La Nature
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- BEVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE D'UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- ILLUSTRATIONS
- DESSINATEURS
- MM. BONNAFOUX, FÉRAT, GIACOMELLI, GILBERT, MESPLES, E. JUILLERAT, A. TISSANDIER, etc.
- GRAVEURS
- MM. BLANADET, DIETRIGH, MORIEU, SMEETON-TILLY PÉROT, etc., etc.
- SEPTIÈME ANNÉE
- 1839
- DEUXIÈM E SEME STRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 7° ANNÉE. — No 514.
- 7 JUIN 1879
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LE CHEMIN DE FER TRANSSAHARIEN
- L’Afrique, cette terre des monstres du passé, se présente de plus en plus comme un inépuisable réservoir de richesses pour l’avenir. Cependant la colonisation paraît devoir rencontrer sur ce vieux continent des obstacles bien plus grands qu’elle n’en a surmontés dans l’Inde, en Amérique et en Australie. La raison de ces conditions défavorables réside avant tout dans la difficulté exceptionnelle des voyages en Afrique. Les côtes à peine découpées présentent le minimum de longueur, la région septentrionale est protégée contre l'étranger par le vaste désert du Sahara, et les fleuves par lesquels d’ordinaire on pénètre dans les terres sont ici, à la seule exception du Niger, interrompus à chaque instant par des rapides et parfois par de vraies cascades infranchissables à la navigation. Tout le monde a entendu parler des cataractes du Nil qui, une première fois, interceptent le fleuve dans la traversée de la Nubie Les explorations faites en amont en ont signalé d’analogues qui divisent le fleuve en un certain nombre de longs biefs de navigation discontinue. Les cascades du Zambèze, visitées pour la première fois par Livingstone ont aujourd’hui une célébrité égale à celle du Niagara. Enfin dans sa récente et laborieuse exploration de Zaïre, Stanley n’a pas rencontré moins d’une trentaine de rapides ou de cascades constituant autant d’obstacles pour la plupart infranchissables à la remonte des bateaux à vapeur. Un jour sans doute, lorsque la civilisation aura pénétré dans le continent africain, l’industrie saura tirer parti de ces tronçons de voie et de navigation intérieure, soit en les exploitant isolément, soit en rachetant par des écluses les différences de niveau qui les séparent. Mais, actuellement ces fleuves ne sauraient être utilisés pour donner un premier accès dans l’intérieur du pays.
- Ces remarques conduisent donc à la conclusion que le progrès de la civilisation en Afrique doit être avant tout une question de voies de transport.
- 7e année. — 2e semestre.
- Aussi n’y a-t-il pas d’entreprise plus justifiée d’avance et abstraction faite des détails à étudier successivement que l’établissement de chemins de fer qui pénétrant dans le cœur du continent, permettront de mettre en exploitation réglée les terres africaines. Ce grand problème a récemment occupé à l’envi les journaux et les Sociétés de géographie de l’étranger. D’un côté, une Société anglaise aidée de capitaux puissants paraît poursuivre des études techniques pour la construction d’un chemin de fer qui relierait le coude central du Niger à quelque point peu déterminé de la côte maritime du Sahara ou du Maroc. D’autre part, la Société de géographie de Turin, adoptant les conclusions d’un article publié dans les Nietheilungen de Petermann par l’explorateur Rolfs, reconnaît l’incontestable utilité d’un chemin de fer transsaharien et propose de le faire partir de Tripoli pour déboucher sur le lac Tchad. Enfin, il n’est pas jusqu’à l’Amérique qui, au dire de plusieurs correspondances récemment publiées par les journaux, ne songe très sérieusement à ouvrir sur le Soudan un chemin de fer qui aurait son point de départ dans La petite colonie de nègres affranchis de Liberia, qu’elle possède sur la côte de Guinée.
- Or, avant l’Angleterre, l’Italie, l’Amérique, il convient de nommer un grand État comme ayant le droit de revendiquer la priorité de ces hardis projets, et comme étant placé dans des conditions exceptionnellement favorables pour en réaliser l’exécution. Cet État c’est la France.
- Il y a des années déjà que M. Duponchel, ingé-génieur en chef des ponts et chaussées a émis l’opinion qu’un chemin de fer transsaharien reliant l’Al-gérie à Tombouctou, serait de construction très praticable et rendrait des services immenses. Grâce à une persévérance digne du succès, l’auteur a enfin obtenu de l’administration supérieure les moyens de se rendre en Algérie pour étudier sur place le côté pratique de son projet. De plus en plus for-| tifié dans ses vues par l’étude des conditions du
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- problème, il vient de résumer tout l’acquis de la question dans un volumineux rapport enrichi de deux belles cartes1.
- Le projet consiste à relier par la ligne la mains longue Alger à Tombouctou et l’auteur s’attache à montrer que l’œuvre est bien moins considérable que la construction du Transcontinental américain, réalisée cependant en trois ans.
- On sait que les colonies de la Nouvelle-Angleterre, échelonnées sur le littoral de l’Atlantique, adossées aux collines des Alleghanys ne paraissaient pas à l’origine devoir en dépasser les lignes défaite. La déclaration d’indépendance, en surexcitant le génie naturellement aventureux de la race anglo-saxonne ne tarda pas à imprimer un nouvel essor à la colonisation. Non seulement elle s’étendit sur les versants de la rive gauche du Mississipi, mais franchissant ce grand fleuve, elle atteignit son principal affluent et pendant un demi-siècle se développa librement dans ce vaste rectangle qui sur une longueur de 1500 kilomètres, de Saint-Laurent au golfe du Mexique en mesurait déjà plus de 1000 en largeur, de l’Atlantique au Missouri. Là toutefois paraissait devoir pour longtemps s’arrêter les limites de la Confédération américaine. Si quelques hardis chasseurs s’aventuraient encore dans les vastes solitudes du far ivest, les colons sérieux ne pouvaient songer à suivre leurs traces sur un désert aride impropre à toute culture productive.
- La conquête de la Californie et peu après la découverte inattendue des placers de Sacramento, vinrent modifier tout d'un coup les conditions naturelles d’équilibre dans lesquels se développaient la colonisation. Les déserts de l’Ouest n’étaient plus * seulement une non valeur, un territoire frappé de stérilité. Ils devenaient un obstacle qu’il fallait franchir pour relier aux anciens États, le nouveau groupe de population qui se développait avec une si ardente activité sur le littoral du Pacifique. La construction d'un chemin de fer reliant le Missouri à la Californie s’imposa à l’attention publique et de là à la réalisation il n’y eut pas loin.
- Une loi du 1er juillet 1862 posa les bases de la concession faite à deux Compagnies qui ne tardèrent pas à se mettre à l’œuvre, marchant à la rencontre l’une de l’autre sur ce sol à peine exploré. Les préoccupations de la guerre de la sécession ralentirent toutefois les travaux. Lorsqu’elle eut pris fin, dans les premiers mois de 1866, on ne comptait encore que 161 kilomètres d’achevés. Les travaux furent repris et poussés à raison de 500 kilomè -très par an pendant les années 1866 et 1867. En 1868 on leur imprima une activité tout à fait exceptionnelle car en seize mois on n’acheva pas moins de 1688 kilomètres complétant, avec les 225 kilomètres exécutés par une troisième compagnie de San Francisco au Sacramento, la longueur totale de 5080 kilomètres qui le 10 mai 1869, fut livré à la
- 1 Le Chemin de fer transsaharien, jonction coloniale entre l’Afrique et le Soudan. 1 vol. in-8. Hachette.
- circulation entre San Francisco sur le Pacifique et Omaha, sur le Missouri.
- On se tromperait d’ailleurs étrangement si l’on croyait pouvoir expliquer cette vertigineuse rapidité de 2700 kilomètres de chemin de fer exécutés en trois ans par des facilités exceptionnelles de tracé offertes par les terrains traversés. Non seulement on eut à lutter contre des obstacles tout particulier dans un pays complètement inexploré où l’on ne pouvait cheminer que par deux chantiers à la fois, s’avançant l'un vers l’autre; il a fallu traverser en outre une contrée très tourmentée présentant quatre grandes lignes de faîtes dont le plus élevé n’a pas moins de 2500 mètres de hauteur; se maintenant sur plus de 1800 kilomètres à une altitude supérieure à 1800 mètres; à travers des plateaux pendant plusieurs mois couverts de neige et des fondrières exposées aux avalanches. Pour se préserver contre cette dernière cause d’accidents, on a dû établir des ouvrages de défense tout spéciaux, parfois même de véritables -tunnels en charpente soli-dements construits qui, sur les versants de la sierra Nevada, n’ont pas moins de 70 kilomètres de longueur.
- Avec un pareil précédent que n’oserait-t on pas tenter et combien, comparé au chemin de fer américain, le transsaharien ne paraît-il pas simple et d’exécution facile? En effet le tracé africain, compté à partir de la lisière de nos possessions actuelles, ne devant avoir que 1920 kilomètres pour atteindre le Niger, tandis que le chemin de fer du Pacifique en a 2858 entre Omaha et Sacramento, nous avons déjà de ce chef un avantage de près d’un tiers dans la moindre longueur de ligne à construire. Au point de vue des difficultés techniques que rencontre la construction d’un chemin de fer en tout pays, comme terrassements, tunnels et ouvrages d’art de toute nature, on ne saurait contester que les conditions de traversée ne soient infiniment plus avantageuses dans le Sahara qu’elles ne l’ont été dans le désert américain.
- Jetons en effet un coup d’œil sur le Sahara et voyons rapidement avec M. Duponchel, en quoi consiste sa constitution géologique. Les roches granitiques forment l’ossature principale des monts Hog-ghars et émergent sur tout le versant méridional. Elles paraissent se continuer jusqu’au Niger, constituer les montagnes d’Air et se prolonger jusqu’au Soudan par les séries de plateaux qui avoisinent le Damergon. Il y a même lieu de penser d’après les assertions de René Caillé que la majeure partie du Sahara occidental appartient aux formations granitiques, sans dépôts marins postérieurs. Les vastes plateaux qui s’étagent au nord des lloggards dans le grand bassin de l’Igharghar paraissent appartenir à des terrains palœozoïques, au dévonien et au silurien probablement, auxquels se mêlent des roches éruptives indiquant une action volcanique générale et prolongée dans toute cette région. Sur quelques points on a receuilli des fossiles qu’on croit appar-
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- tenir au terrain carbonifère, ce qui permet d’espérer qu'on pourra peut être rencontrer dans cette région les combustibles minéraux qui manquent complètement à l’Algérie. Les assises de grès dévoniens se prolongent, sous le nom de Batten (ventre) de Sa-mani, sur une partie de la ligne de faîte qui sépare le bassin de l’Oued Ilia de celui de l’Oued Guir, jusqu’au nord de Goléah. Au delà le dévonien disparaît sous le terrain crétacé dont les puissantes assises calcaires constituent le plateau du Mizab qui doit son nom de Shebkha (réseau) aux profondes découpures de vallées à parois verticales qui le sillonnent dans tous les sens. Des terrains crétacés analogues se prolongent en vastes plateaux arides, Hamad, dans toute la régence de Tripoli et dans le Frezzan. C’est également à la même formation, bien que probablement à un étage différent, qu’appartiennent les zones du Sahara qui s’étendent sur la rive droite de l’Oued Chédy, au sud de Laghouat, dans le nord du bassin de l’Oued Guir, et probablement au delà vers l’ouest, s’appuyant sur les formations néocomiennes des versants sud de l’Atlas algérien et marocain.
- Les terrains tertiaires paraissent faire à peu près complètement défaut dans le Sahara, ou tout au moins ne s’y présentent que sous forme de lambeaux épars vers le nord, entre le terrain crétacé et les dépôts quaternaires qui les recouvrent. Ces dernières formations occupent de très grandes surfaces dans le Sahara et paraissent constituer la presque totalité du bassin de l’Oued Guir, depuis les derniers affleu-vements du terrain crétacé jusqu’au Touat et peut être au delà. Ce terrain quaternaire est un sol d’at-terissements sablo-limoneux dont la surface est inégalement endurcie en couches concrétionnées par un ciment calcaire. La surface en est légèrement ondulée et se prolonge à l’infini en immenses plaines que la sécheresse habituelle de l’atmosphère condamne à une stérilité presque complète.
- Les terrains d’atterrissement ont subi des dénudations considérables qui, sur certains points, ont creusé de larges et profondes vallées par lesquel -les s’écoulent les eaux d’orage des affluents de l’Atlas, qui sur d’autres points ont dénudé toute la surface du sol primitif, témoins épars de l’ancien niveau connus sous le nom de gour, s’élevant à des altitudes de 50 à 100 mètres sous forme de pyramides ou de cônes tronqués aux parois abruptes et déchiquetées.
- Une dernière formation caractéristique du Sahara, probablement postérieure aux terrains quaternaires est celle des dunes de sable, disséminées sur toute la surface du désert, mais plus particulièrement dans sa région septentrionale où se trouvent la formation déjà signalée comme barrant tout le bassin de l’O-Guier et sur la rive droite de l’Igharghar inférieur, les dunes qui se prolongent sur huit ou dix jours de marche dans la direction de Ghadamès.
- En somme» on voit que la constitution du Sa
- hara, avec ses grandes plaines faiblement ondulées, coupées de loin en loin par de larges vallées sèches, présentent des avantages incontestables de facile exécution, si on la compare aux régions accidentées que les Américains ont eu à franchir à travers les grandes chaînes de montagnes et les plateaux élevés qui occupent tout le centre de leur continent. D’ailleurs, comme nous l’avons déjà dit, le chemin de fer transsaharien l’emporte sur celui du Pacifique par sa moindre longueur de ligne à construire. Il se présente dans des conditions d’établissement tout au moins équivalentes pour ce qui est des difficultés du climat, de l’hostilité des populations indigènes et des obstacles locaux. L’inconvénient des sables mouvants qui nécessitera la construction de plusieurs tunnels, compense à peu près celui des avalanches de neige. A un seul point de vue, celui de l’approvisionnement de l’eau, la ligne africaine serait dans un certain état d’infériorité. Mais il s’agit ici d’un simple sacrifice d’argent bien déterminé, facile à calculer par avance et qui pourrait tout au plus se traduire par un surcroît de dépense de 12 à 15000 fr. en moyenne par kilomètre.
- « Il ne faudrait pas, dit M. Duponchel, se bercer de l’illusion que la traversée définitive du Sahara pourra s’effectuer en posant directemen des rails à fleur de sol, sans terrassements ni ouvrages d’art d’aucune espèce, je n’ai jamais soutenu pareille opinion. J’ai dit seulement, et je crois avoir démontré que ce pays, par sa constitution physique, présente des conditions de tracé relativement beaucoup plus faciles que celles qu’on peut moyennement rencontrer ailleurs et que par dessus tout il se prêterait, dans les conditions les plus avantageuses, à l’établissement rapide de la voie provisoire dont la pose devra précéder celle de la voie définitive, les faibles déclivités des grandes plaines du Sahara permettront en effet de poser presque partout à la surface du sol naturel les rails de cette voie provisoire. La rencontre des grandes vallées sèches ne saurait elle-même constituer un obstacle à l’avancement rapide des travaux. La voie de service les franchira toujours à niveau, sans autre inconvénient que celui d’une interruption très passagère, en cas d’orage accidentel. L’irruption subite d’une crue pourra bouleverser les rails et intercepter la circulation des trains ; mais il suffira de quelques heures pour la rétablir après l’écoulement des eaux. L’état de siccité habituelle de ces grandes vallées, supprimant presque tout épuisement, donnera d'ailleurs des facilités exceptionnelles pour asseoir les fondations des ouvrages définitifs qui peu à peu remplaceront les traversées à niveau et assureront la continuité du service régulier. »
- Partant de la possibilité constatée de l’œuvre qu’il entreprend, l’auteur cherche à déterminer la direction la meilleure à suivre pour relier aux contrées de l’Afrique centrale nos ports du littoral
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- algérien. Les points du Soudan qu’il convient de viser sont faciles à déterminer et nous avons déjà nommé Tombouctou ; il faut y ajouter le coude que le Niger fait à Bour-roun et que M. Dupon-chel regarde comme particulièrement important comme entrepôt deslpro-ductions du Soudan oriental.
- Quant au tracé à suivre entre l’Algérie et le Soudan, l’auteur expose la valeur comparée des diverses routes transsahariennes et s’arrête à celle qui, passant par l’oasis de Tuggart, prend ensuite une dépression qui, longeant les contreforts de M’Zab et du Ratten de Samani, se continue sous les noms successifs d’Oued Lua et d’Oued Mégniden presque dans le centre du groupe des oasis où elle va se perdre et se confondre avec la vallée principale de l'0-Guier. Ce tracé offre l’avantage d’être à peu près sur le méridien d’Alger, d’assurer une descente facile, de faible inclinaison, sans contre-pente sur le versant sud du massif atlantique et de permettre d’utiliser sur le versant nord la longue vallée rectiligne du Chélif qui est en fait la seule direction par laquelle on puisse franchir toute l’épaisseur du massif en rampe continue, sans contre-pente à la traversée des plateaux.
- La ligne du Soudan aurait pour point de départ la station d’Affre-ville sur le chemin d’Alger à Oran. Une première section aboutirait à La-ghouat et l’autre relierait celle-ci au Niger.
- La première section que l’auteur a pu étudier sur le terrain traverse les
- Carte géologique du chemin de fer transsaharien.
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- gorges du Chélif; le seuil de Boghar formé de couches’ calcaires J corrodées d’une manière bizarre et fortement tourmentées ; la vallée d'Aïn-Oussera, région marécageuse où un mirage incessant dont la cause est mal expli-quée reflète l’image trompeuse d’une eau absente; le Djebel-Ou-Kect , crête rocheuse qui s’élève à 1200 mètres et dont la traversée ne paraît pas devoir être exempte de grandes difficultés ; le bassin de Zahrès ; les dunes de Messerane qui sont en général fixées par une végétation résistante de graminées analogues au chiendent, mais qui mobiles en certains points nécessiteront sans doute l’établissement de voûtes sur la voie ferrée; l’Oued Mélag et enfin l’Oued Sé-gneur.
- Cette première section entre Affreville et La-ghouat, soit 575 kilomètres, nécessiterait d’après les prévisions de l’auteur, une dépense totale de 82 millions de francs.
- La ligne de Laghouat au Niger traverse le vrai Sahara qui, s’il ne diffère pas sensiblement du désert des plateaux et des versants algériens au point du climat et de la flore, s’en distingue nettement au point de vue orographique. Aux terrains plus ou moins accidentés qui forment les dernières assises ou plutôt les ( derniers relèvements du massif atlantique succèdent dans la direction du sud, de très molles ondulations de terrain dont le relief paraît aller en s’affaiblissant à mesure qu’on s’éloigne davantage mais qui restent au moins sur de grandes distances,
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- soumises à cette loi générale de direction qui régit tous les plissements du sol algérien.
- Jusqu’au Raz el Chaab (le Père de la Source des ravins) le travail d’établissement de la voie ferrée paraît devoir être facile. Mais le versant sud de ce point culminant dont la côte atteint 850 mètres est parsemé d’effondrements et de crevasses profondes d’une vingtaine de mètres. Toutefois grâce à la direction toujours rectiligne dans le sens du nord au sud de ces ravins, ces inégalités du sol ne sauraient constituer un obstacle à la pose des rails.
- La voie suivra ensuite la large vallée de l’Oued Lua jusqu’à Goléah et même presque dans les oasis du centre. C’est une dépression libre de sable sur tout son parcours qui parait constituer une série de bas-fonds successifs qui, par une ou plusieurs coupures, écoulent leurs eaux dans les vallées du M’Zab, d’où elles rejoignent le bassin de l’Oued Mia.
- Nous ne possédons que bien peu de renseignements positifs sur tout le parcours des 900 kilomètres qui séparent du Niger les oasis du centre. Ce qui paraît le plus positif c’est qu'après avoir dépassé la zone des oasis la dépression est dirigée vers l’est pour s’infléchir ensuite au sud vers le grand fleuve. Mais M. Du-ponchel reconnaît que c’est seulement après être arrivé dans le Touat que l’on pourra songer à arrêter d une manière définitive la direction à suivre pour atteindre le but.
- Quoiqu’il en soit, et malgré le vague de ces
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- Chemin de fer transsaharien. Projet de M. Duponchel.
- données, l'auteur cherche à établir le devis des frais auxquels donnera lieu la grande ligne du Soudan. La conclusion est que 400 millions de francs répondraient à toutes les exigences et il n’a pas de peine à montrer que les transports de denrées qui nous viendraient de la région tropicale auraient bientôt couvert tous les frais.
- Il paraît en effet que le Soudan, contraire absolu du Sahara, est un vrai grenier d’abondance où nous n’aurions qu’à puiser. Disons quelques mots en terminant de la constitution de ce beau pays. Les granités, les gneiss et les micaschistes forment l’ossature principale de la grande chaîne dorsale des montagnes de la Sénégambie et de la Guinée aussi bien que des massifs du Haoussa entre le lac Tchad et le Niger et probablement de l’Hum-bory,dans la grande boucle du fleuve. Une grande formation de grès que M. Pomel croit devoir rapporter au terrain jurassique s’étage en terrasse sur le littoral maritime et paraît se continuer dans le bassin inférieur du Niger. Les terrains tertiaires feraient complètement défaut, tant dans le centre que sur la lisière maritime. M. Pomel pense qu’il en est de même des terrains quaternaires. Au point de vue des ressources minéralogiques , l’abondance des terrains aurifères est un fait acquis. De tous temps les nègres ont retiré la poudre d’or en lavant les sables des rivières. Les derniers renseignements fournis par M. Bonnat sembleraient indiquer dans certains gi-
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- sementsdecegenre, existent sous les eaux profondes du Voila et des autres rivières de l’Ashanty, un degré de richesse très supérieur à tout ce que la Californie et l'Australie ont pu offrir au début de leur exploitation. Pour l’étendue, pour le climat, pour les productions végétales, le Soudan peut être comparé à l'Inde anglaise. Son sol, formé de couches épaisses d’alluvions que de nombreux cours d’eau couvrent de leurs submersions fécondantes, est tout au moins aussi fertile que celui de l'Inde. Dans l’état actuel, le riz, le coton, l’indigo, croissent spontanément à l’état sauvage dans tout le Soudan. Les graines et les fruits oléagineux, arachides, sésames, cucubitacés de toute espèce, palmiers, oléifères, y sont cultivés en abondance et entrent pour une forte part dans l'alimentation habituelle des popu-lations indigènes. A ces productions naturelles déjà connues, se joignent une foule d’autres végétaux spéciaux au pays et dont nous pourrions tirer bon parti. Tel serait probablement l’arbre à beurre formant des forêts continues que Caillé a suivies pendant plus de deux cents lieues produisant un beurre végétal que Mungo Parck appréciait autant que celui de vache et que la rapidité des transports permettrait sans doute un jour de vulgariser sur nos marchés européens. Le sucre et le café ne paraissent pas jusqu’ici avoir été l’objet (L’aucune culture suivie dans le Soudan. Mais il est hors de doute qu’ils pourraient s’y propager et s’y développer dans des conditions tout au moins aussi bonnes que sur le littoral et aux Antilles, Barth a vu une petite plantation de cannes à sucre réussir parfaitement dans leBournou, entre les mains d'un ancien esclave revenu des Antilles ; et les derniers explorateurs qui ont parcouru la région des grands lacs dans laquelle prennent leur source la plupart des tributaires du lac Tchad et du Dénoué, y ont vu le café réussir aussi bien qu’à Zanzibar.
- Ces faits et d’autres dont il serait facile de prolonger l’énumération justifie évidemment le projet de coloniser le Soudan et l’on sera encore de l’avis de M. Duponchel qui, après avoir montré que ce qui a fait jusqu’ici l'infériorité du Soudan par rapport à l’Inde, a été uniquement le défaut absolu de voies de communications naturelles pouvant permettre l’exportation de ses produits agricoles, il ajoute : « L'immense avantage du chemin de fer projeté joint à la proximité relative d’une région tropicale qui se trouve au plus près de notre méridien, sera de faire disparaître, pour les Français qui voudront exploiter le Soudan, tous les inconvénients des dangers du climat résultant de cette expatriation momentanée, en permettant un rapatriement rapide, sans fatigues et peu coûteux, dès que l’état de santé le rendra nécessaire. » Et il émet cette opinion très juste que le programme de notre colonisation ne devra pas être de substituer des travailleurs européens aux travailleurs indigènes, mais « de régulariser la situation de ces derniers, de leur assurer par notre
- intervention l’ordre matériel et moral, la paix et li sécurité, sans lesquels tout travail producteur est impossible en quelque pays que ce soit ».
- STANISLAS MEUNIER.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Guide du naturaliste préparateur et du naturaliste collectionneur pour la recherche, la chasse, la récolte, le transport, l empaillage. le montage et la conservation des animaux, végétaux, fossiles, par G. Capus, attaché au muséum d’histoire naturelle, 1 vol. in-18 avec de nombreuses figures intercalées dans le texte. Paris, J.-B. Baillière et fils, 1879.
- Acoustique et optique des salles de réunions. principes, observations et documents à considérer pour la disposition des salles de théâtres, amphithéâtres, concerts, temples et oratoires, etc., par Th. Lâchez. 1 vol. in-8 avec figures dans le texte. Paris, chez l’auleur éditeur, 115, rue Lafayette, 1879.
- La photographie appliquée à l'archéologie, par EUGÈNE TRUTAT. 1 vol. in-18 avec épreuves photographiques. Paris, Gauthier-Villars, 1879.
- Les causes actuelles en géologie, par Stanislas Meunier. 1 vol. in-8 avec gravures. Paris, Dunod, 1879.
- Comme son titre l’indique, ce livre, dit Fauteur, est le résumé de leçons que nous avons été appelé à donner dans la chaire de géologie du Muséum d’histoire naturelle, où depuis six années nous suppléons, dans une partie de son enseignement, M. le professeur Daubrée. A vrai dire, il résulte de la réunion des deux cours consacrés, l’un en 1877. à l’exposition générale de la doctrine des causes actuelles en géologie, l’autre l’année suivante, à l’application de cette doctrine à l’étude de la géologie parisienne. Mais nous avons fondu ensemble ces deux points de vue d’une manière intime, de façon à en faire un seul tout, où l’on trouvera un résumé de l’état actuel de la science. On remarquera cependant une sorte de disproportion entre les diverses parties de cet ouvrage : l’histoire des terrains est, à elle seule, beaucoup plus développée que celles ensemble des masses cristallisées et des roches éruptives. Cela tient exclusivement à ce que les circonstances nous ayant permis de l’étudier personnellement bien davantage, nous avons pu offrir au public un ensemble d’observations originales à leur égard. A ce point de vue, nous nous permettrons de signaler spécialement les chapitres relatifs aux terrains de transport, à la variation des couches, etc. Les tables alphabétiques, à la rédaction desquelles nous avons apporté un soin tout particulier, constituent un véritable dictionnaire de géologie.
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- LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- COMPARAISON DES SYSTÈMES A INCANDESCENCE ET DES SYSTÈMES A ARC VOLTAÏQUE.
- Il nous paraît utile de préciser les différences qui existent entre les lampes à incandescence et celles à arc voltaïque, de bien établir ce que c’est
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- qu’un arc voltaïque, à quoi on reconnaît son existence, et dans quel cas on peut alfirmer qu’il n’existe pas.
- Voici ce qu’en dit M. Jamin, dans son Traité de Physique, 2e édition, et que nous ne voulons en rien changer.
- « Les rhéophores opposés d’une pile ayant en général peu de tension, ne donnent point d’étincelle quand on les rapproche; mais ils en produisent toujours une, a la vérité très petite, quand après les avoir réunies on vient à les séparer. Si alors on les maintient à une petite distance et que Y énergie de la pile soit considérable, l’étincelle se transforme en une lumière continue que l’on nomme Varc vollaïque et qui le montre avec un grand éclat entre deux électrodes de charbon. »
- D'après cet exposé on voit que pour qu’il y ait arc voltaïque, il faut une distance entre les électrodes.
- Une des propriétés les plus caractéristiques de l’arc voltaïque, c’est qu’on y observe un transport dans les deux sens; transport de la matière de l’électrode positive à la négative et inversement ; on a établi ce fait d’une manière irrécusable en employant des électrodes de matières différentes. Ce phénomène est capital, parce qu’il fait voir qu’il y a dans l’arc une chaîne conductrice, qui donne la continuité au circuit, même quand l’arc est produit dans le vide de la machine pneumatique.
- Enfin, M. Edlund, savant physicien suédois, a établi, par des expériences délicates, que l’arc voltaïque présente non seulement une résistance passive au passage du courant, comme celle qu’offre un fil plus ou moins bon conducteur, mais aussi une résistance active analogue à celle que présente un voltamètre placé dans un circuit et qui est connue sous le nom de polarisation des électrodes. Cette polarisation paraît liée avec le phénomène de la combustion des charbons dans l’arc voltaïque, combustion qui marche deux fois plus rapidement sur l’un que sur l’autre. Quoi qu’il en soit, au reste, de sa cause, le fait est admis par tous les physiciens, et M. Edlund a même évalué la force électromotrice de polarisation à 20 volts environ, soit celle de J 2 Bunsen à peu près. Il résulterait de là que l’arc voltaïque ne peut pas être obtenu avec une pile de moins de 12 à 13 Bunsen; et que si on veut mettre deux arcs voltaïques dans un seul circuit, il faut que la source ait une force électromotrice supérieure à 25 Bunsen.
- Avant de quitter ce sujet, il faut rappeler encore une expérience et un appareil fort intéressant de M. Fernet, fondé sur le principe d’Ampère de la répulsion réciproque de deux éléments contigus d’un courant. M. Fernet suspend très librement deux charbons, l’un dans le prolongement de l’autre et se touchant par leurs extrémités; au moment où un courant suffisant passe dans ces charbons, ils s’éloignent l’un de l’autre et l’arc voltaïque apparaît entre eux. M. Fernet fait ainsi deux choses à
- la fois; d’abord il fournit une démonstration expérimentale du principe d’Ampère, la seule satisfaisante qu on ait encore donnée; et ensuite il réalise le plus simple des appareils automatiques de lumière électrique qu’il soit possible d’imaginer.
- Cette expérience intéressante a été reprise par M. Reynier qui a combiné une lampe fondée exactement sur ce principe et très ingénieusement disposée, mais abandonnée depuis pour d’autres solutions moins simples en théorie, mais moins délicates en pratique.
- La répulsion, en effet, dont nous venons de parler est extrêmement faible et on s’est trompé quand on a cru que la lampe de M. Varley était basée sur ce principe.
- C’est en se servant d’autres artifices que M. Varley a voulu combiner sa lampe. C'est ce qui résulte indiscutablement de son brevet français du 19 juin 1877, dans lequel on lit ce qui suit :
- « Dans certains cas, je construis le disque de charbon en plusieurs morceaux distincts, chacun étant isolé de ses voisins par un isolant convenable. Dans ce cas, l’arc voltaïque se forme quand la baguette de charbon passe sur les parties du disque occupées par les fragments isolants. Quand on emploie un disque de charbon plein, un léger mouvement de trépidation doit être communiqué à la baguette de charbon par un moyen quelconque afin d’assurer de temps à autre la séparation des deux conducteurs. »
- Ainsi M. Varley n’a pas songé à produire un arc voltaïque entre deux points sans distance entre eux, ce qui eut été absurde; et il n’a pas voulu faire usage du principe de la répulsion, sans doute parce qu’il le jugeait impropre à une application pratique.
- Les appareils d’incandescence sont tout autres; et il est fâcheux de les confondre avec les précédents. Nous avons entretenu les lecteurs de la Nature de la lampe à charbon incandescent s’usant par le bout, imaginée par M. Reynier et nous n’avons pas à revenir sur la description que nous en avons donnée. Nous voulons seulement insister aujourd’hui sur ce fait que cette lampe est bien à incandescence et qu’il n’y a aucun effet d’arc voltaïque dans sa fonction. Cela résulte de ce que le crayon est poussé vers le butoir par un poids ou contrepoids assez considérable; de ce que le disque de charbon qui sert de butoir tourne sous l'influence de la pression exercée obliquement par le crayon. Cela résulte de ce que la lampe fonctionne avec six éléments Bunsen, force électromotrice très inférieure à celle qui est nécessaire au minimum, d’après M. Edlund, pour la production d’un arc voltaïque. Cela résulte de ce qu’on n’observe pas de transport de matière du crayon au disque, quand on se met dans des conditions convenables pour la constater. Cela résulte de ce qu’il n’y a aucune différence appréciable dans l’aspect de la lampe, que le courant aille de haut en bas ou de bas en
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- haut, tandis qu’il y a une dissymétrie dans l’arc voltaïque. Cela se voit enfin dans l’image agrandie projetée sur un écran, image dont la figure ci-jointe donne une idée très exacte. Le disque est visible, faiblement éclairé, mais assez cependant pour qu’on voie sa progression ; progression continue si la lampe est parfaitement réglée, discor.ti-nue et saccadée dans quelques cas. Le contact latéral est visible également, faiblement éclairé. Le crayon enfin apparaît brillant; son diamètre va en diminuant, et son éclat en augmentant depuis le contact latéral jusqu’au contact en bout. On voit le contact entre le crayon et le disque, sans aucun intervalle. On voit même l’extrémité du crayon, ramollie, fléchie quelque peu et témoignant ainsi de la pression qu’elle exerce.
- Quel que soit le mérite relatif des lampes à in-
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- image agrandie du crayon d’une lampe électrique à incandescence.
- candescence et de celles à arc voltaïque, elles diffèrent les unes des autres et il ne faut pas les confondre. Si on comprend bien les unes et les autres, on aura plus de chances de les perfectionner rapidement. La lumière électrique n’a pas dit son dernier mot; bien au contraire; les lampes surtout appellent des modifications ; ces progrès se feront, plusieurs inédits encore seront bientôt présentés au public ; mais si nous voulons que la France garde le premier rang dans cette importante branche de la physique appliquée, il faut voir clair dans nos idées et ne pas confondre des choses dissemblables.
- L’arc voltaïque est une chose, l’incandescence en est une autre ; certainement la lumière de l’arc voltaïque résulte d’une incandescence locale des charbons, mais les conditions dans lesquelles elle se produit sont très particulières ; dans les lampes à incandescence, il n’y a pas d’arc voltaïque et voilà tout au moins une différence bien tranchée.
- A. NIAUDET.
- MISSIONS SCIENTIFIQUES FRANÇAISES
- DANS LE GRAND ARCHIPEL INDIEN
- La publication du livre si remarquable de M. R. Wallace sur le grand archipel d’Asie, n’a pas eu pour seul résultat d’appeler l’attention du grand public sur d’admirables contrées qu’il connaissait à peine de nom, ou de soulever de nouveau quelques problèmes de géographie zoologique, abordés déjà presque tous avec plus ou moins de succès dans la première moitié de ce siècle. Un certain nombre de voyageurs, en lisant ce charmant volume, ont senti naître le désir de visiter, comme le grand naturaliste anglais, ces îles dont il a su rendre si inté-ressante la description. En France, comme en Hollande, en Allemagne, en Russie, en Italie, etc., des expéditions scientifiques se sont organisées pour la Malaisie, et les régions avoisinantes, et nous ne comptons pas aujourd’hui moins'de quatre missions en cours d’exécution ou en préparation pour ces régions que nos explorateurs avaient si complètement négligées depuis plus de trente années.
- La première de ces missions a été confiée à un botaniste enthousiaste, M. le docteur de la Savi-nière, dont on annonce le prochain retour des Célèbes avec une riche moisson de plantes. Pour la seconde c’est un artiste qu’on a choisi, M. Charnay, dont l’ouvrage sur le Yucatan, en collaboration avec M. Viollet-le-Duc est si apprécié des américanistes, et qui semble devoir s’attacher principalement à l’étude des vestiges de civilisation indoue que renferment les îles de la Sonde. M. Charnay s’est, en outre, formé au Muséum avant son départ, à l’étude de l’anthropologie descriptive, et déjà un certain nombre d’observations bien prises, envoyées par ce voyageur, sont venu témoigner de son aptitude toute spéciale pour ce genre de recherches.
- La troisième mission scientifique, envoyée par le gouvernement français dans les îles Malaises, aura quitté Toulon, au moment où paraîtront ces lignes. Cette fois, ce ne sont plus les îles de la Sonde, ce n’est plus le nord des Célèbes que nos voyageurs veulent visiter. C'est dans l’inconnu qu’ils s’élancent, c’est Bornéo, qui est l’objectif principal de la mission qu’ils ont sollicitée, non point le Bornéo des Hollandais ou du Rajah Brooks, mais le Bornéo du N. E., presque complètement inconnu jusqu’ici, et que MM. Montano et Rey se proposent d’étudier en géographes, en zoologistes et en anthropologistes. Ils gagneront ensuite le groupe de Solo, que l'occupation toute récente des Espagnols rend maintenant accessible aux recherches des hommes de science, et peut-être la grande île de Mindanao, dans l’intérieur de laquelle s’étendent plusieurs grands lacs dont la carte reste à faire, et dont la flore et la faune sont aussi nouvelles pour la science que celles du Nord de Bornéo.
- MM. Montano et Rey, docteurs en médecine, élèves du Muséum d’histoire naturelle de Paris, ont très
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- Chef Dayak, de Bornéo, d’après une photographie.
- sérieusement préparé le difficile voyage qu’ils com- | mencent. Les opérations de toute sorte que néces-
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- sitent les études variées et complexes qu’ils doivent aborder, leur sont également familières, et tout fait espérer qu’ils apporteront sur les pays qu’ils visiteront et sur leurs habitants, une riche moisson de faits.
- Toutes les branches de l’histoire naturelle se recommandent également à leur attention. Mais l’anthropologie descriptive est peut-être, de ces sciences, celle qui a le plus à gagner à leurs études.
- Quoique le temps soit déjà loin où l’on confondait toutes ensemble les diverses races humaines qui peuplent ces terres sous le nom commun de Malais. les indigènes de l’intérieur des plus grandes îles, de Bornéo en particulier, les Dayaks dont la figure ci-jointe représente un spécimen fort remarquable, sont encore aujourd'hui regardés par quelques ethnologues comme des Malais sauvages, quoique leurs caractères physiques les éloignent considérablement des Malais proprement dits.
- Bornéo renferme outre ces Dayaks de l’intérieur, et les Malais de la côte, diverses tribus noires dont on ne sait que peu de chose, mais qui semblent bien, certaines d’entre elles au moins, appartenir à cette race Négrito, dont les Aëtas des Philippines sont les représentants les plus répandus aujourd’hui. Les montagnards de Solo, les Hilloonas de Mindanao, font peut-être partie du même groupe.
- Puis il y a ces singulières tribus maritimes, appelées par Rienzi Biadjak-Tzèngaris,eï dont jamais aucun voyageur n’a rien dit de positif; les Min-danais, sorte d’intermédiaires ethnologiques entre les Dayaks et les Tagals de Luçon ; les Chinois immigrés et leurs métis ; les Papouas amenés de l’Est en esclavage, etc., etc. M. Montano qui a déjà fait paraître sur les Dayaks un mémoire d’une certaine étendue, a soigneusement étudié les nombreuses questions relatives à toute cette ethnologie, encore si obscure, et nous espérons bien qu’il rapportera la solution de quelques-uns de ces problèmes que les études du cabinet ne sauraient fournir complète.
- La quatrième mission française en Malaisie est encore en préparation. C’est M. Marche, l’un des explorateurs de l’Ogooué, qui en a la direction. Il compte principalement visiter Luçon et les autres Philippines du Nord. Nous reviendrons sur cette exploration lorsque les grandes lignes en seront définitivement arrêtées.
- E. T. Hamy.
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- L’ALCOOLISME
- La Société industrielle de Mulhouse a acquis une réputation méritée, non seulement par d’excellents travaux scientifiques et techniques, mais encore par le patronage qu’elle exerce sur de nombreuses institutions sociales dues à l’initiative de ses membres, et parmi lesquelles on compte principalement
- les cités ouvrières. Ces cités, avec les cercles ouvriers, dont un seul possède jusqu’à 1700 adhérents, constituent un remède efficace pour combattre chez le peuple les abus des liqueurs spiri-tueuses, mais leur action est encore très limitée et le mal fait aujourd’hui de grands progrès. La Société industrielle a chargé de l’étude de cette grave question son comité d utilité publique, dans lequel le docteur Schoellhammer a récemment lu un mémoire1 dont les observations statistiques et les considéiations sont des plus frappantes.
- L’auteur fait d’abord remarquer la différence entre l’ivrognerie et l’alcoolisme. Le premier de ces vices consiste dans la fréquence de l’ivresse, résultant d’une consommation de boissons spiritueuses telle qu’en peu de temps la limite des capacités physiques du corps est dépassée. Boire sans rompre l’équilibre des capacités du cerveau, boire régulièrement tous les jours par quantités moindres, de manière à s’y accoutumer, constitue l’alcoolisme, dont les symptômes sont identiques à ceux d’un empoisonnement.
- Après des troubles digestifs intenses, de très fré-I quentes insomnies, se manifeste une grande irritabilité dans le caractère, un état de morosité continuelle, de colère contre les objets et les personnes, et bien des ménages auparavant paisibles sont troublés pour toujours.
- L’alcool exerce son influence délétère sur le cerveau, sur les poumons, sur le foie, et les reins. Après une agitation extrême arrivent la prostration, l’hébétude alternant avec les hallucinations. La répétition des excès peut conduire à l’état aigu qu’on appelle delirium tremens ou à l’épilepsie. Les facultés baissent, la mémoire se perd ; l’homme tombe dans une sorte d’indifférence stupide dont il ne sort que pour réclamer sa boisson favorite. Son cerveau se ramollit, et dès lors il devient incurable. En même temps se manifestent de profondes altérations morales, la perte des sentiments du devoir, amenant parfois la ruine, le déshonneur de la - famille ; la folie, le suicide, et, dans tous les cas, la procréation d’enfants chétifs voués aux maladies qui amènent la dégénérescence de la race.
- Le vin naturel serait la meilleure .des boissons spiritueuses, mais deux causes tendent à en amoindrir la consommation en Alsace : les falsifications devenues de plus en plus fréquentes sur le vin blanc, et le renchérissement des vins rouges de France par suite des droits exorbitants dont ils sont frappés à la frontière. L’auteur du mémoire voudrait voir la consommation de la bière plus générale. L’ivresse est rarement amenée par cette boisson; l'alcoolisme aigu ou chronique ne se rencontre pas sous son influence seule, et ne devient possible que chez certains buveurs qui sont entraînés à boire des alcools, sous le nom de chasse-bière, destinés, disent-ils, à faciliter la digestion. Il y a
- 1 Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse. — Octobre 1878.
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- lieu de chercher tout ce qui peut favoriser la fabrication de la bière à bon marché et à en faire la boisson usuelle dans les familles.
- Les liqueurs, l’eau de-vie, et leur essence, l’alcool, voilà l’ennemi auquel il faut s’attaquer. Le vin et ses succédanés produisent et ont produit de tout temps l'ivrognerie, mais c’est l’alcool, dont l’usage et surtout l’abus appartiennent à une époque assez récente, qui conduit à l’empoisonnement dont la fréquence devient inquiétante.
- C’est vers le seizième siècle que l’eau-de-vie est devenue une boisson usuelle, mais ce n’est que vers la fin du dix-huitième siècle que l’introduction de la distillation lui a fait prendre une importance qui en grandissant rapidement est arrivée à donner les tristes résultats que nous déplorons. La France est le seul pays où la distillation du vin s’est développée sur une grande échelle, mais elle diminue maintenant beaucoup et tend même à disparaître dans certaines régions. Los autres pays ne produisent que des alcools tirés des marcs de raisin, des grains, des mélasses, des betteraves, des pommes de terre et des topinambours.
- La statistique montre que la consommation de l’alcool a augmenté très rapidement. En France, la fabrication moyenne, de 140,000 hectolitres de 1863 à 1874, atteignit près de 200,000 hectolitres en 1876 et correspondait à une consommation de 4 litres par tête et par an. A la même époque la consommation moyenne en Angleterre était de 6 litres, 6, et en Allemagne de 5 litres, 2. En Russie la consommation de l’alcool pur est montée de 10 litres par tête à 20 litres entre 1867 et 1869. A Mul-house on eut de même en 1875 une consommation double de celle de 1873, soit 2347 hectolitres, représentant 6 litres par tête et par an.
- L’envahissement est donc général, et il faut ajouter que la boisson en usage est extrêmement mauvaise. On avait d’abord des produits sains, principalement des eaux-de-vie de fruits, mais ils ne sont plus fournis que par de rares producteurs qui les réservent le plus souvent pour leur usage personnel. Le grand public qui consomme l’eau-de-vie est par suite réduit à boire des imitations de ces eaux-de-vie naturelles, obtenues par l’addition aux alcools d’industrie de diverses substances propres à leur donner le goût exigé. Cet alcool, fabriqué dans de grandes usines du nord de l’Allemagne, est expédiée en Alsace, franc de droits et à bas prix. Il renferme toujours une certaine quantité de principes volatils ayant des propriétés toxiques, et subit en outre de nombreuses falsifications opérées par les débitants.
- L’analyse chimique a montré que les substances employées sont d’ordinaire le poivre, le gingembre, le piment, le pyrèthre, l’acide sulfurique, l’ammoniaque, l’acétate d’ammoniaque, l’alun, le datura, le laurier cerise, toutes destinées à développer dans la liqueur la saveur et le bouquet qui plaisent aux consommateurs.
- Les observations faites à Mulhouse montrent que dans les classes aisées et instruites l’alcoolisme à l’état d’abus persistant, chronique, est inconnu. La partie de la population (pii lui paye le plus large tribut se trouve parmi les artisans, et dans cette catégorie il faut ranger tous les métiers. Il y a des distinctions à établir entre les diverses professions, mais on peut dire en général que l’alcoolisme, dans chacune, est en raison directe des loisirs.
- Dans un relevé des cas d’alcoolisme avec delirium tremens traités à l'hôpital de Mulhouse, nous vovons une progression qui va de 2 cas en 1868 à 57 cas en 1877. Il est difficile de dire où le mal s’arrêtera : l’impulsion est donnée, rien de plus facile que de constater jour par jour l’extension qu’il prend.
- Si l’ivrognerie est très répandue chez les ouvriers, l’alcoolisme chronique y est moins fréquent. Ce qui tend à grossir le chiffre des cas, c’est qu’il existe une catégorie de travailleurs qui par leurs goûts, leurs habitudes et les mœurs qu’ils ont adoptées sont voués à l’alcoolisme. Ce sont les commissionnaires, les porte-faix, les scieurs de bois, les conducteurs de houille, ensuite les nombreux déclassés de toute sorte, vagabonds et mendiants, chez lesquels la sobriété est l’exception et l’ivresse la règle. Comme ils disposent de plus de loisirs que les ouvriers proprement dits, ils emploient leur temps à boire et c’est presque toujours de l’eau-de-vie. La plupart finissent à l’hôpital.
- A la campagne comme en ville la consommation de l’eau-de-vie, ou plutôt de l’alcool, a aussi plus que doublé dans les cinq dernières années. En maints endroits l’alcool remplace comme boisson réputée fortifiante le vin et la bière qui coûtent trop cher. L’abus devient facilement habituel, et l’intoxication alcoolique, qui dans beaucoup de localités était chose inconnu, n’est bientôt plus qu’un fait vulgaire. Ainsi dans les campagnes, chez les paysans comme partout ailleurs, il paraît indispensable d’entrer en lutte contre cette tendance funeste, et de l’entraver par tous les moyens possibles.
- L’auteur d'un ouvrage excellent1, le docteur Lu-nier, a mis en évidence la plupart des faits précédents par des cartes teintées, dont nous donnons ci-contre un specimen. Une première indique les quantités d’alcool (voy. la carte ci-contre), une seconde, les quantités de vin consommées dans chaque département de la France et il suffit d’un coup d’œil pour voir que l’intensité des teintes est inverse. Dans les cartes qui présentent par département la proportion des inculpés pour cause d’ivresse publique, des morts accidentelles par suite d’excès de boisson, enfin les aliénés pour cause alcoolique, ce sont les régions privées de vin qui sont les plus fortement teintées. Au contraire, les départements
- 1 De la production et de la consommation des boissons alcooliques en France, et de leur influence sur la santé physique et intellectuelle des populations. — Savy, éditeur.
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- du Centre et du Midi ont les teintes les plus claires, indiquant l’absence des ravages causés par les boissons alcooliques.
- Dans la conclusion de son mémoire le docteur Schoellhammer cherche les moyens pratiques de combattre la marche envahissante de l’alcoolisme. Il met en première ligne l’instruction et la moralisa-
- Consommation de l’alcool en France en 1873. (D’après le Dr Lunier.)
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- tion des masses. Il est en effet indispensable que les populations soient en état de lire et d’apprécier ce qui se publie sur les dangers des abus dont on veut les préserver. En second lieu, il faudrait que les boissons saines, telles que le vin blanc, le vin rouge naturel, la bière et accessoirement le café, le chocolat et le thé-, fussent autant que possible affran-
- chies de droits et d’impôts excessifs. Ces boissons sont les antagonistes de l'alcool, dont il faudrait au contraire chercher à limiter la fabrication en le surchargeant des impôts qu’on enlèverait aux autres boissons.
- D’autre part, il serait à désirer qu’on restreignit le nombre des cabarets aux besoins de la population, et qu’on soumît tout établissement destiné à distribuer l’alcool à une patente spéciale.
- Enfin, pour agir par l’exemple, et pour distraire le peuple de ses habitudes vicieuses, il faudrait encourager, en les soutenant, la création de Cercles et de Sociétés closes, où toutes les espèces de distractions trouvent accès, mais d’où les boissons nuisibles sont sévèrement proscrites.
- F. ZURCHER.
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- LE PERCEMENT DE L’ISTHME AMÉRICAIN
- Le 15 mai 1879,le Congrès international d'études du canal interocéanique s'est réuni à Paris, sous la présidence de M. F. de Lesseps. C’est à l’illustre président-fondateur du canal de Suez, auquel cet honneur revenait de droit, qu’est due l'idée de cette assemblée internationale, destinée à résoudre un des plus grands problèmes de notre époque. La plupart des nations civilisées s’étaient fait représenter ; l’Angleterre, la Belgique, la Hollande, la Suède, la Norwège, l’Allemagne, la Russie, l’Italie, la Suisse, l’Espagne et le Portugal, les États-Unis, le Mexique,
- le Guatemala, le Salvador, le Nicaragua, le Costa Rica, la Colombie, la Chine et le royaume d’Hawaï, avaient envoyé leurs délégués. Après dix jours de travaux et de discussions, le Congrès a fixé son choix parmi les projets les plus sérieux qui avaient été proposés jusqu’ici et dont nous représentons les tracés sur la carte ci-jointe. Ces projets sont les suivants :
- Cnoco. — Projet (n° 1 sur la carte) avec écluses et tunnel du commander Selfridge, réétudié en détail par le lieutenant commander Collins, du golfe d’Uraba à la baie de Chiri-Chiri, via Atrato et Napipi.
- Darien MÉRIDIONAL. — Projet (n° 2) avec écluses
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- Carte des divers projets d’un canal interocéanique.
- et tunnel de la Commission internationale, du golfe d’Uraba au golfe de San Miguel, via Atrato, Caquirri et Tuyra avec variantes.
- Darien méridional. — Projet (n° 3) à niveau avec tunnel de la Commission internationale, d’Acanti au golfe de San Miguel, via Tiati, Tupisa et Chu-cunaque.
- Darien occidental. — Projet (n° 4) à niveau avec tunnel, étudié par Mac Dougal, le commander Selfridge et la Commission internationale, de la baie de San Blas à l’embouchure du Bayano, via Nerca-legua et Mamoni.
- Panama. — Projet (n° 5) avec écluses du commander Lull, de Colon à la baie de Panama, via Chagres. — Projet (n° 6) à niveau avec ou même sans tunnel de la Commission internationale (MM. Wyse
- et A. Reclus), de la baie de Limon à la rade de Panama, via Chagres et rio Grande avec variantes. (Ces deux projets suivent, comme on le voit, le même tracé.)
- Nicaragua et Costa Rica. — Projet (n° 7) avec écluses de Childs réétudié en détail par le commander Lull, des environs de Greytown à Brito, via San Juan et rio Grande avec variantes. Ce projet a paru obtenir la préférence aux États-Unis.
- Le Congrès a voté par appel nominal les propositions suivantes :
- La Commission se plaçant au point de vue pour lequel elle a été instituée est d'avis que le canal interocéanique devra être dirigé du golfe de Limon à la baie de Panama.
- Elle recommande spécialement l’établissement
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- d'un canal maritime à niveau dans cette direction.
- C’est M. l’amiral La Roncière le Noury qui a proclamé ce résultat au milieu des applaudissements. Après une courte allocution du président de la Société de géographie, M. de Lesseps a ajouté quelques mots qui ont soulevé l’enthousiasme. « Un général, s’est-il écrié, qui a gagné une bataille, ne refuse jamais d’en livrer une seconde. » Après la victoire du canal de Suez, nous verrons celle du percement de l’isthme américain.
- Le projet qui a été solennellement adopté par le Congrès est celui qui est indiqué sur notre carte, n° 6 ; il est dû à deux officiers de la marine française , MM. Wyse et Reclus, et paraît offrir de grands avantages. Le canal traverserait des régions habitées, passerait à côté de villes pourvues de ressources. Il exige, il est vrai, la construction d’un tunnel de 6 kilomètres environ de longueur, et d’une hauteur assez considérable pour y laisser passer les navires. La dépense totale qu’il nécessiterait serait de 400 millions en chiffre rond.
- Il ne faut pas oublier que le commerce actuel des pays qui se trouvent dans le rayon d’attraction du tunnel est pour le trafic international de 1 milliard 800 millions, et se traduit par un tonnage de 4 850 000 tonnes. En se basant sur la progression des quinze dernières années, on peut s’assurer que le tonnage, dans dix ans, atteindra près de 9 millions annuels. Si, pour rester dans des évaluations mi-nima , on défalque 20 0/0 sur cette progression, on arrive avec la Commission statistique du Congrès au chiffre de 7 250 000 tonnes. En fixant à 15 fr. le montant des droits à percevoir par tonne (et ce chiffre n’est nullement exagéré), on voit que le canal de l’isthme américain peut fournir un revenu annuel de 108 750 000 francs, soit plus de 10 0/0 d’un capital de 1 milliard de francs. Le côté éco-nomique du problème se présente donc dans les conditions les plus favorables.
- Gaston TISSANDIER.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Le labourage à l'électricité. — L’application de l’électricité, comme force motrice, appartient désormais à la science et à l’industrie. Elle a été affirmée, le jeudi 22 mai, par la remarquable expérience faite à Sermaize en présence d’une délégation de l’Institut, une Commission de la Société nationale d’agriculture de France et de la Société des agriculteurs de France.
- Une foule de 1200 à 1500 étrangers était accourue des villes et bourgades voisines.
- Les inventeurs ne se servent pas de piles, mais emploient les machines Gramme, qui fonctionnent déjà pour la production de la lumière. Le courant électrique, produit à l’usine, est transmis, au moyen de fils de cuivre, à la locomobile électrique faisant mouvoir la charrue. Les fils peuvent être considérés comme une longue courroie de transmission, et l’ensemble comme un immense télégraphe,
- transportant une force énorme, au lieu d’une force insignifiante. Avec un moteur unique, on peut transmettre la force à plusieurs kilomètres ; la déperdition de force est moindre que par tous les autres procédés employés, et surtout que celle d’une locomobile à vapeur fonctionnant à l’air pour le labourage ou le battage dès grains.
- On peut utiliser comme moteur principal les cours d’eau, les moulins à vent, en un mot toutes les forces naturelles ou autres. Dans une ville, dans un village, il suffira d’établir une puissante machine électrique près de la roue d’un moulin, et chaque industriel pourra, au moyen de fils communiquant de son usine au moteur, trouver la force nécessaire pour son travail. Chaque cultivateur pourra, par le même système, faire marcher sa batterie, en payant un faible tribut au propriétaire du moteur principal. Sur les canaux, l’eau qui sort des écluses, au moment du passage des bateaux, peut, au moyen d’un petit moteur hydraulique qui se trouverait en dehors de l’écluse, donner le mouvement à une machine électrique; celle-ci, à son tour, communiquerait l’impulsion à une locomobile électrique, et cette dernière, se mouvant d’elle-même, s’avancerait seul sur la berge du canal, et ferait facilement le halage des bateaux. Les travaux mécaniques des carrières, mines, souterrains, seront désormais possibles sans l’emploi de la vapeur et avec une dépense très minime. PÉRONNE.
- L’Éruption de l’Etna. —Depuis huit jours environ le volcan sicilien est en feu. La montagne projette des quantités de cendres noires tellement denses qu’elles obscurcissent les rayons du soleil. Une pluie de cendres est tombée à Messine, et s’est étendue jusqu’à Reggio, dans la Calabre. Trois nouveaux cratères se sont faits jour près de Randazzo; la lave coule avec une grande viiesse dans la direction du bourg de Blancavilla, où l’on est fort alarmé, et aussi du côté de Santa Maria de Licodia et de Paterno Des dépêches représentent ce spectacle comme grandiose et effrayant.
- L’éruption est continuelle, sans intermittences. Les trois cratères sont à une distance d’un mille l’un de l’autre.
- Le 26 mai, un grand nombre de boules de feu très brillantes ont été projetées à une grande hauteur et ont éclaté comme des fusées en retombant en pluie d’étincelles. Le courant de lave est évalué à 70 mètres de largeur, et il a parcouru plus de 6 kilomètres, en apparence dans la direction de Randazzo.
- Le 30 mai, des nuages de cendres très épais couvraient Piedimonte, où régnait une obscurité presque complète.
- Les femmes savantes. — Une feuille spéciale, la Gazette des femmes, a pris la peine de relever la liste des femmes françaises, docteurs, licenciées et bachelières. Elles sont au nombre de trente sept, dont cinq sont docteurs en médecine, trois licenciées ès sciences, une licenciée ès lettres, deux bachelières ès sciences et ès lettres, six bachelières ès sciences et vingt bachelières ès lettres.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 2 juin 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Taches solaires. — D’après les tableaux adressés de Palerme par M. Tacchini, il paraît que le soleil a été, durant le premier trimestre de celte année, remarquablement dépourvu de taches. Pendant l’époque correspondante de 1878, leur nombre était beaucoup plus grand.
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- LA NATURE.
- or
- Pathologie. — Pour le concours des prix de médecine et de chirurgie, M. le docteur Ch. Avezou adresse une importante étude clinique intitulée : De quelques phénomènes consécutifs aux contusions des troncs nerveux du bras. Ce travail qui sera consulté avec fruit par tous les médecins et dont l’auteur, ancien interne des hôpitaux, a fait sa thèse inaugurale, se divise en deux parties bien distinctes. La première comprend quelques considérations anatomiques appuyées sur la pathologie ; dans la seconde, les accidents consécutifs aux contusions des troncs nerveux du bras et à des lésions multiples des extrémités digitales sont étudiées au point de vue clinique exclusivement.
- Machines à vapeur. — Un ingénieur bien connu des lecteurs de la Nature, M. Charles Tellier, adresse à l’Académie une note que son importance nous engage à reproduire en entier :
- « Jusqu’ici, dit-il, on s’estappliqué à employer dans les machines motrices, la vapeur aussi sèche que possible. Je renverse le problème, en injectant directement l’eau chauffée, dans le petit cylindre des machines Wolff, dites Compound. Ce fait en apparence anormal, conduit cepen-dan, à des résultats économiques considérables; car il permet de produire une quantité [double de vapeur d'eau pour une même quantité de charbon, et par conséquent de réduire d’autant la dépense en combustible. Cette conséquence qui semble paradoxale, s’explique aisément et voici comment : La vaporisation ne se faisant plus, dans les générateurs, mais dans un des cylindres, il n’y a plus à craindre d’ébullitions tumultueuses. Il devient dès lors possible d’employer, au lieu d’eau, des solutions bouillant à de plus hautes températures, que l’eau ordinaire. En ces conditions, on obtient sans pressions exagérées, toute l’étendue de l’échelle calorifique, qui peut être pratiquement utilisée. D’une autre part, en amenant dans le condenseur, et les vapeurs utilisées , et le liquide qui a fourni ces vapeurs, ce qui est facile, puisque ces deux éléments sont le produit de l’échappement de chaque cylindre, on opère, malgré la détente prolongée, la condensation à une température assez élevée (140 à 150°) pour produire de nouvelle vapeur d’eau utilisable à nouveau. Nous ne sommes plus là devant les machines à vapeur combinées, qui transformaient le calorique des vapeurs expirées en vapeurs d’éther. Les perfectionnements apportés aux machines à détente, ne rendraient plus avantageux ce système, qui eut son temps d'opportunité. Nous sommes devant une source secondaire de vapeur d’eau, utilisable avec tous les avantages inhérents à la vapeur d’eau, corps qui reste jusqu’à présent le meilleur des fluides qu’on puisse employer sous un piston. Je ne m’étendrai pas dans celte note sur les conséquences de celte application, au point de vue économique, je n’ai voulu appeler l’attention de l’Académie que sur ce fait physique : l’introduction directe d’eau ou de solution surchauffée, dans les cylindres de machines à vapeur, et comme conséquence de cette application, la formation par la condensation d’une quantité nouvelle de vapeurs d'eau, égale à celle condensée. Ce fait aidé de quelques perfectionnements de détails, va être appliqué à bord du Calorifique, vapeur dont la construction va être commencée à Glasgow. Les résultats qu’il est permis de prévoir sont tels que c’est à moins de 0 kilog. 300 grammes par force de cheval, qu’on peut estimer la dépense en charbon, qui sera faite à bord de ce vapeur A première impression, ce chiffre peut paraître exagéré. Mais si l’on réfléchit, que les machines à deux cylindres
- actuelles, arrivent déjà à ne dépenser que un kilog. ; que, par l’application indiquée, on double la production de la vapeur, tout en profitant des avantages que donnent les machines à deux cylindres. Que, n'ayant plus à produire de la vapeur, à une température déterminée, mais un simple échauffement méthodique de l'eau, il devient possible d’enlever à l’air brûlé, tout le calorique qu’il entraîne, et par conséquent de profiter de tout le pouvoir calorifique du combustible. Qu’enfin la surchauffe, en ces conditions peut être plus judicieusement employée que dans les machines actuelles ; il devient facile de voir que le résultat indiqué, loin d’être exagéré, reste conforme aux données les plus précises de la science, comme de la pratique industrielle. »
- Le carbonate d'alumine. — Quand Richter fit paraître ses célèbres tables d’équivalences chimiques, on s’étonna beaucoup qu’il eut pris comme base « un sel qui n’existe pas, le carbonate d'alumine, et aujourd’hui encore la plupart des chimistes sont persuadés de la non existence de cette combinaison. Cependant MM. Urbain et Reboul annoncent qu’un pareil sel dont la possibilité est rendue évidente par la connaissance du carbonate de sesquioxyde de fer s’obtient aisément si on traite un sel d’alumine par le carbonate de soude ou par le carbonate d’ammoniaque. Il faut toutefois que la température de l’expérience soit très basse, car sans cela on ne précipite que de l’alumine libre. L’analyse du nouveau composé donne :
- Alumine.. ...................52
- Acide carbonique............ Il
- Eau..........................37
- 100
- M. Lawrence Smith ajoute à cette occasion que le carbonate d’alumine parait devoir être compté parmi les espèces minérales naturelles de l’Amérique du Nord.
- Dissociation du sodium. — D’après une lettre très laconique de M. Lockyer et que M. Dumas s'abstient d’accompagner de commentaires, si l’on distille le sodium dans le vide on constate que près du métal le spectroscope ne décèle aucune trace de la raie D. Un peu plus loin, cette raie apparaît et au-dessus on voit les bandes caractéristiques de l’hydrogène.
- Limite ultra-violette du spectre solaire. — M. Cornu pensait pouvoir mesurer la chaleur du soleil en déterminant la limite ultra-violette de son spectre, car on sait que plus un corps solide est chaud et plus cette limite est reculée. Mais il ne tarde pas à reconnaître que l’atmosphère terrestre exerce sur ces rayons ultra-violets une action absorbante tellement énergique que leur étude n’est plus possible. Il n’en a pas moins recueilli à cette occasion des faits dignes d’attention. Par exemple, il a trouvé que si, prenant pour abcisses la longueur d’onde correspondant à cette limite, on prend pour ordonnée le logarithme du sinus de la hauteur du soleil à différents moments de la journée, il en résulte une courbe qui est absolument rectiligne.
- Canal interocéanique. — C’est avec les marques de la plus vive satisfaction que l’Académie apprend de la bouche de M. de Lesseps que le Congrès international réuni à Paris pour étudier les divers projets de canal interocéanique a terminé ses travaux. Adoptant le dernier projet de MM. Wyse et Reclus, il s’est décidé par le canal sans écluse comprenant un tunnel de 7 kilomètres à percer au travers des Andes, M. de Lesseps, chargé de conduire
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- LA NATURE.
- l’opération financière, se déclare dès maintenant assuré de réunir en très peu de temps les 400 millions nécessaires à l’entreprise. Stanislas Meunier.
- UN SERPENT DE MER
- Le récit que l’on va lire est le résumé d’une lettre envoyée par notre correspondant, le major II. W. J. Senior, du corps d’état-major du Bengale ; c’est à cet officier que nous devons aussi l’esquisse d’après laquelle nous avons fait notre gravure.
- « Le 28 janvier 1879, vers 10 heures du matin, j’étais sur le pont arrière du navire à vapeur City
- of Baltimore, par le 12e degré 28 minutes de latitude septentrionale et le 45e degré 52 minutes de longitude orientale. J’aperçus un long objet sur le prolongement de l’arrière du navire, à tribord, dans un éloignement d’environ 1200 mètres; il s’élançait rapidement hors de l’eau et s’y replongeait avec un bruit très distinct ; il se rapprochait aussi de nous avec une grande rapidité. En une minute, il avança de 800 mètres, et je discernai fort bien que c’était un véritable serpent de mer. Je m’écriai : « Le serpent de mer I le serpent de mer ! appelez le capitaine! » Le docteur C. Hall, chirurgien du navire, qui lisait en ce moment sur le pont, accourut assez tôt pour voir le monstre, comme fit aussi Miss Greenfield, du nombre des passagers. En ce
- ^1
- Serpent de mer vu dans le golfe d’Aden, à bord du steamer City of Baltimore, le 28 janvier 1879 (D’après un croquis fait sur nature.)
- moment le serpent n’était qu’à 500 mètres du bâtiment, un peu vers l’arrière, le navire voguait avec une vitesse de 10 nœuds à l’heure dans la direction de l'ouest. En approchant du sillage du navire, le serpent dévia un peu de sa direction antérieure et fut bientôt perdu de vue, par l’effet de la lumière du soleil que reflétaient les vagues de la mer. Ses mouvements étaient si rapides que, lorsqu’il s’approcha du sillage du steamer, je pris mon télescope, mais je ne parvins pas à le distinguer, car il s’élança rapidement hors du champ de ma lunette, avant qu’il me fût possible de le voir. Je ne pus constater s’il avait des écailles ou non. Mais le moment le plus favorable pour l’observation du monstre fut celui où il se trouvait à 500 mètres de nous, autrement dit à trois encâblures. Il me parut alors ne pas avoir d’écailles. Toutefois, je ne puis rien affirmer sur ce point. La tête et le cou ayant
- à peu près deux pieds de diamètre, s’élevaient au-dessus de l’eau à une hauteur de vingt à trente pieds ; l’animal ouvrait et refermait ses mâchoires, en sortant de l’eau et en s’y replongeant. Quand il s’enfonçait dans l’eau, c’était pour reparaître presque immédiatement après, à quelques centaines de mètres en avant1. »
- Le serpent de mer dont parle le major Senior, nous semble être de l’espèce de ceux dont nous avons précédemment parlé à nos lecteurs, et qui, vivant sur les côtes des océans indiens, s’avancent quelquefois au large à de grandes distances 2.
- 1 D’après The Graphie
- 2 Voy. la Nature, 4° année, 1876, 2e semestre, p. 289.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N’ 515. — 14 JUIN 18 7 9.
- LA NATURE.
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- LE DOCK FLOTTANT « LE NICOLAIEFF »
- La gravure ci-jointe, que nous avons empruntée à V Engineering, représente le dock flottant le Nico-laïeff. La nouveauté et la hardiesse du plan de cette construction la rend intéressante sous plus d’un rapport. Notre dessin montre le dock portant un des cuirassés circulaires russes, le Novo-gorod.
- Ce cuirassé a 101 pieds de diamètre et pèse 2450 tonnes. Le dock a aussi été employé avec succès pour soulever un autre cuirassé analogue,
- le Vice-Amiral Popoff, ayant 121 pieds de diamètre et pesant 5850 tonnes.
- Ce dock consiste en une série de pontons, ayant chacun 72 pieds de long, 18 pieds de tirant d’eau et 15 pieds de large, placés à 5 pieds les uns des autres et reliés à un ponton de 280 pieds de long, 44 pieds 1/2 de haut et 12 pieds de large. Le tout ressemble à un peigne, dont le grand ponton formerait le manche et les petits, les dents. Un appareil régulateur communiquant avec le grand ponton, arrête et annihile les oscillations des petits pontons. Ceux-ci se trouvent submergés, quand on permet à l’eau d’y entrer; le cuirassé flotte par dessus,
- Dock flottant le Nicolaieff,
- =.
- te
- quand l’eau a été pompée par un appareil que porte le grand ponton. La quille est supportée par les pontons et les pontons de la cale sont mis à leur place, suivant la manœuvre usuelle.
- Le Nicolaïeff pourrait être employé pour sortir de la mer des cuirassés ayant jusqu’à 55 mètres de diamètre, et par suite de son mode de construction, il serait en outre facile d’accroître encore sa puissance d'action. Il est également bon de rappeler qu’avec cet appareil, on peut déposer sur une cale construite à terre le navire qui a été sorti de la mer.
- Le fractionnement en sections différentes du dock et les dispositions qu’on peut faire prendre à ces diverses sections en raison du travail à exécuter, donnent à ce puissant engin une supériorité incon-
- 7e année. — 2e semestre.
- testable sur les autres appareils de même nature, et il y a lieu de penser que son usage se répandra rapidement dans les différents ports maritimes.
- Le navire le Novogorod, qui se trouve représenté ci-dessus, est un des remarquables navires circulaires que l’on doit à l’amiral Popoff. C’est un garde-côte, au sujet duquel nous avons déjà appelé l’attention de nos lecteurs1. Construit depuis plusieurs années, il nécessitait dans ces derniers temps quelques réparations, qui ont été facilement exécutées, grâce au nouveau dock flottant que la marine russe a inauguré.
- 1 Voy. la Nature, rannée, 1873, p. 255. Les navires cir* culaires de l’amiral Popoff.
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- LA NATURE.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 16 mai 1879.
- M. Gaumet décrit les diverses dispositions qu’il a imaginées pour la mesure rapide des distances. Son télémètre à double réflexion comprend deux miroirs inclinés à 45° : l'un est fixe, l’autre mobile au moyen d’une vis micro-métrique de façon à pouvoir s’incliner de 4° au plus, soit à droite, soit à gauche de sa position moyenne. On sait qu’un rayon lumineux réfléchi une fois à la surface de deux miroirs inclinés fait avec le rayon incident un angle double de l’angle des deux miroirs : quand ceux-ci seront à 45° le rayon doublement réfléchi sera perpendiculaire au rayon incident. L’appareil fournit aussi le moyen de déterminer par deux visées deux directions perpendicu-aires l’une à l’autre, et de les fixer en prenant pour mires des objets très éloignés. Cela posé, la mesure d’une distance s’effectue à l'aide d’un triangle rectangle dans lequel on détermine la base AB et un angle. La base est de 20 mètres par exemple et se mesure au cordon; l’angle s'obtient en transportant l’instrument de A en B, puis inclinant le miroir mobile à l’aide de la vis de rappel jusqu’à ramener la coïncidence des mires, vues en A sous un angle droit. L’auteur signale parmi les problèmes de géodésie que son appareil permet de résoudre commodément la mesure de la distance de deux points inaccessibles, la mesure de la distance d’un bateau en mouvement à un point du littoral, etc. La portée moyenne de l’instrument est de 8 kilomètres et l’approximation est supérieure à 1/100.
- M. Jamin expose les idées théoriques qui l’ont conduit à réaliser un nouveau brûleur électrique utilisant, pour fixer l’arc à la pointe des charbons l’action électrodyna-mique d'un cadre multiplicateur traversé par le courant dans le même sens que les charbons. Les courants d’air produits par la chaleur de l’arc, tendent à le courber vers le haut, à augmenter sa longueur et sa résistance et finalement à l’éteindre; mais en disposant les charbons avec la pointe en bas, l’action électrodynamique et celle des courants d’air agissant en sens contraire et l’arc présente une longueur minimum et une fixité remarquable : de plus la lumière produite est dirigée vers le bas, et l’on recueille sur le sol la plus grande quantité de lumière possible.
- M. Jamin a pu allumer jusqu’à onze de ses foyers dans l’un des circuits d’une machine Gramme, dite à six lumières, l’autre circuit restant ouvert. L’intensité lumineuse totale croit jusqu’à une certaine limite avec le nombre de becs allumés dans le circuit; pour un seul, celte intensité a été trouvée à 120 becs de gaz; avec cinq lumières, l'intensité totale équivaut à 350 becs, soit 70 becs par foyer électrique.
- Il est probable que l’effet du circuit est d’augmenter les extra-courants, d’où le grand nombre et l’éclat des foyers entretenus par la machine Gramme à lumière, laquelle est, comme on sait, à courants alternatifs. M. Jamin reconnaît, en terminant, le mérite de l’invention de M. Jablockoff, qui le premier a rendu pratique l’éclairage par l’électricité : le progrès réalisé par le nouveau brûleur ne sera sans doute pas le dernier mot de la science sur ces matières.
- M. Jablochkoff, sans contester l’existence des actions électrodynamiques, demande si l’efficacité du circuit employé par M. Jamin est suffisante pour être pratiquement constatée. Il dit n’avoir pu la reconnaître, ni pour le nom
- bre des allumages, ni pour l’intensité des foyers, dan des expériences comparatives qu’il a faites tant avec sa bougie qu’avec celle de M. Jamin, et en se plaçant autant que possible dans des conditions identiques à celles où M. Jamin a opéré. Après avoir encore témoigné qu’il rend pleinement justice à M. Jablochkoff, M. Jamin répond que l’action électrodynamique du circuit, étant une conséquence de la loi d’Ampère, son efficacité ne peut faire l’objet d’une discussion. Cette action, existe déjà dans les bougies de M. Jablochkoff, mais c’est M. Jamin qui l’y a signalée le premier, en l’appliquant rationnellement à la construction de son nouveau brûleur.
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- BIBLIOGRAPHIE
- De la cure de l’obésité aux eaux de Brides (Savoie), 1 broh. in-8 par Emile PHILBERT, Paris, A. Delahaye et Cie, 1879.
- Les maladies des plantes cultivées, des arbres forestiers et fruitiers par A. D’ARBOIS de JUBAINVILLE et J. VES-que, 1 vol. in-18 avec 48 vignettes et 7 planches en couleur. Paris, J. Rothschild, 1878.
- De la structure intime et des fondions du système nerveux central des crustacés décapodes par Emile YUNG. 1 brochure in-8. Paris, typographie Hennuyer, 1879.
- Liste des plantes phanérogames et cryptogames croissant spontanément à Saintes (Seine-Inférieure) et dans les environs, par Paul BRUNALD. 1 brochure in-8. Bordeaux, Imprimerie Cadoret, 1878.
- Vie d'un naturaliste, par S. Smiles, 1 vol. in-18 avec gravures, Paris, E. Plon et Cie, 1879.
- L’un des exemples les plus extraordinaires de persévérance mis. au service de la science est certainement la vie de Thomas Edward. L’auteur de « Self-Help », de la Vie des Stephenson, de Caractère, M. S. Smiles, dans ce nouvel ouvrage, donne les détails les plus intéressants sur la vie et les travaux de ce grand admirateur de la nature.
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- . CORRESPONDANCE
- VOYAGE DE M. DE BÉRARD DANS LES INDES.
- Cher monsieur Tissandier,
- Vous apprendrez je pense avec plaisir qu’un artiste d’un mérite reconnu, et qui a déjà fourni quelques matériaux au journal la Nature, est de retour en France après un voyage dans l’Inde accompli dans des conditions exceptionnelles et bien dignes d’être signalées.
- C’est vous le savez sous les auspices du ministère de l’instruction publique et la direction des beaux-arts que M. de Bérard avait accepté la mission de parcourir les régions de l’Inde qui lui paraissaient offrir un champ fructueux d'exploration au point de vue artistique, intéressant tout à la fois l’architecte, l’archéologue et le naturaliste.
- Parti de Marseille, le Tl septembre 1877, M. de Bérard s’arrêta seulement deux jours en Égypte. Il arrivait à Bombay le 3 octobre, très affaibli par onze jours de fièvre gagnée en traversant la mer Rouge. Pendant un séjour de six mois il visita celte grande ville et ses environs et prit de nombreux croquis de temples anciens creusés
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- LA NATÜIE.
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- dans le roc de Karly, de Babja dans les montagnes des Gaulhs, ainsi que des temples d’Elephanta et de l’ile de Salsette dont le séjour fut si funeste à V. Jacquemont. Il ajoutait à ses dessins 150 types des différentes races asia-tiques qu’il remarqua dans cette contrée, et ne négligea pas non plus de prendre des paysages et des esquisses des arbres qu’il rencontrait, et dont le port est habituelle-ment méconnu des botanistes. — Au mois d’avril, M. de Bérard entreprit un voyage dans le Cachemire et parlait de Bombay, accompagné seulement de cinq Indiens, au grand étonnement des Européens qui savent ce que nécessite de personnel un voyage de la sorte dans cette partie de l'Asie.
- Arrivé a la frontière de celte belle province, des ordres sévères en défendaient l entrée, à cause d’une terrible lamine qui la désolait, et ce n’est qu'après de longues et nombreuses démarches que l'interdiction put être levée pour notre compatriote. — Hélas ! quel spectacle affreux lui était réservé! c’était par centaines, par milliers qu’on pouvait compter les morts et les mourants sur les routes. Cependant, grâce à la faveur dont M. de Bérard fut l’ob-jet, il put aller jusqu’au delà de l’Indus sur la route de Pesshawar; mais avec avertissement formel qu’il n’eut à compter exclusivement que sur ses propres ressources en ces circonstances difficiles. — Une seule route en cette saison était exempte de neige; c’était celle de Djhelum ou Hydaspe, et encore était-elle très dangereuse, à cause des pluies torrentielles et des éboulements incessants qui en-trainent chaque année des porteurs, des domestiques et souvent leurs maîtres imprévoyants. — Du point où était M. de Bérard il y avait onze stations avant d’arriver à Baramoula, où des bateaux vous transportent en deux jours à Sirinaghur la capitale du Ghéoral. — De Baram-oula, M. de Bérard traversa la ville de Lopour et déboucha dans le grand lac Woolar où il fut assailli par quarante heures d’ouragan et de pluie torrentielle. Enfin, il arriva dans la mystérieuse ville de Sirinaghur ou vallée du Bonheur et que la mortalité causée par la famine avait fait surnommer par les Anglais la vallée de la mort. Cependant les habitants n’en célébrèrent pas moins la fête du roi, et les Européens présents au nombre de dix furent invités au palais de Chalinas sur le petit lac et assistèrent à des feux d’artifices, pièces d'eau, danses de bayadères et autres réjouissances complétées par un festin tout à fait européen.
- Après avoir dessiné quantité de choses curieuses à Sirinaghur, M. de Bérard se rendit à Islamabad où se trouve la grande manufacture de châles, puis visita le fameux temple du Soleil à Marland. — En de nombreux points, des ruines attestant une civilisation disparue et fort ancienne ont été représentées soigneusement par M. de Bérard. — La saison printanière lui permit de reproduire de splendides paysages. — La vallée de Cachemire était ruisselante de fleurs. A de gigantesques platanes, noyers, peupliers, etc., se mêlaient des massifs de lilas, de grenadiers, de rosiers, de lauriers-rose en fleur. Spectacle bien capable d’émouvoir une âme d’artiste et de naturaliste, s’il n’eut été assombri par la présence d’une population accablée d’écrasants impôts, présentant l’aspect de la misère la plus profonde et néanmoins bien digne d’intéresser le voyageur, car les habitants du Cachemire sont d’une grande douceur et d’une beauté de type remarquable.
- La vallée située à environ 2000 mètres d’altitude et parcourue par le Djhelum est fraîche et fertile. Elle est de tous côtés dominée par les imposantes montagnes dec
- l’llimalaya aux pics toujours neigeux. — Mais ce n’est pas toujours sans les plus grands périls que, dans celte saison, l’on parcourt l’Inde alors que surgit la fonte des neiges. Les routes disparaissent sous des avalanches ou sont balayées par des torrents impétueux.
- M. de Bérard a visité en détail les villes de Lahore, Agra, Delhi, Allahabad et Bénarès dont Jacquemont parle avec tant d’autorité dans la relation de son voyage. Nlais la saison chaude arrivant, elle faillit être mortelle à notre compatriote, et ce n’est qu'après avoir payé un cruel tribut aux 50 degrés de chaleur que supporta M. de Bérard durant la fin de sa campagne, qu’il arriva en France dans un pitoyable état de santé.
- Vous jugerez, cher monsieur, de l’activité de M. de Bérard, quand vous saurez qu’il a rapporté plus de 1200 croquis ou peintures, résultant de son exploration dans l Inde du mois d’octobre 1877 au mois de novembre 1878.
- Veuillez agréer, etc. J. Poisson,
- Aide naturaliste au Muséum d’Histoire naturelle.
- MOULINS A VENT DE SAN FRANCISCO
- Pendant huit mois de l’année une jolie brise régulière règne sur San Francisco. Ce qui explique le grand nombre de moulins à vent que l’on rencontre dans les environs de cette ville. Ils proviennent presque tous des trois grands constructeurs. MM. Fustin, Iloag, Baker et Ilamilton.
- Le plus simple de ces moulins est celui de M. Fustin. Il se compose d’une roue munie d’ailes nombreuses A (planche I, fig. 1), sur lesquelles agis-
- DIAMÈTRE de sa roue. MOMBRE d’ailes. PRIX. GALLONS.
- 10 pieds. 10 75 150
- 10 — 12 95 175
- 12 — 10 95 175
- 12 — 14 120 250
- 14 — 18 200 675
- 16 — 18 240 1.250
- 18 — 18 575 1.800
- 20 — 18 425 2.500
- 24 — 18 575 4.000
- 26 — 18 650 5.000
- 28 — 20 900 6.000
- sent lèvent et qui font mouvoir un arbre Dqui, comme dans les autres moulins, commande la manivelle et la tige de la pompe servant à élever l’eau. La par-ticularite du système consiste dans le gouvernail B, qui au lieu d’être perpendiculaire au plan des ailes lui est parallèle. La tige E de ce gouvernail est mobile et tourne au moyen de charnières G G (fig. 2 et 5), autour d’une barre fixe F. Le moulin est stoppé lorsque le gouvernail est vertical comme dans la figure 1. Tout le système reposant sur une plaque tournante (fig. 2), le gouvernail présente les ailes dans le lit du vent et le moulin ne peut marcher. Quand on veut le faire agir, on pousse la
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- LA NATURE.
- tringle T qui rabat la tige E E sur la barre fixe F et le plan du gouvernail, de vertical en B (fig. 2) devient horizontal en B', le plan des ailes s’oriente perpendiculairement au lit du vent et le moulin marche. Ce système a pour lui une grande simplicité et peut fonctionner très longtemps sans réparations. Quand on craint que la force du vent ne soit trop considérable, au lieu de mettre le gouvernail complètement horizontal, on peut agir sur la tige de manière à donner au plan du gouvernail une inclinaison de 45° ou moins sur l’horizon. Le tableau suivant donne les prix et le nombre de gallons d’eau élevés par heure à 70 ou 100 pieds d’élévation, la force du vent étant de 12 à 16 milles par heure.
- Un moulin plus compliqué, mais aussi plus cu
- E
- rieux comme mécanisme , est VAlthouse Wind-mill, fabriqué par MM. Baker et Ha-milton ; il se rè
- gle de lui-même et quelle que soit la force du vent, la vitesse de la roue ne change jamais. Quand le vent est trop fort, le moulin replie ses ailes et se
- (
- B
- Fig. 2.
- Planche I. — Moulin à
- ferme comme un parapluie L’invention est basée sur les propriétés
- de la force centrifuge (voir planche II). B est l’arbre moteur (fig. 1). Autour d’une couronne clavetée sur l’arbre sont encastrés des tirants J. J. Au bout de chaque tirant se trouve solidement relié une console G (fig. 6). De chaque côté est boulonné par le boulon t' une tige en fer v allant d’un tirant à un autre. Sur cette tige est une autre console f mobile autour de v dans laquelle s’encastre une barre II et c’est
- sur cette barre que sont posées les ardoises en bois qui forment, par leur réunion, une aile du moulin. Il en est de même entre chaque tirant J J. A l’extrémité supérieure des ardoises, on fixe encore d’autres bancs T (fig. 1), dont les milieux sont reliés à des leviers coudés c ; les extrémités de ceux-ci viennent s'encastrer dans la couronne des tirants J J et sur leur avant (fig. 2). Ces leviers peuvent représenter les baleines du parapluie. A chacun de ces leviers sont reliés des tirants a a, fixés eux-mêmes sur une couronne mobile et glissante sur l’arbre moteur. Cette couronne est commandée au moyen de leviers flh,k i( fig. 1) par le poids m, de telle sorte que ce poids tend à ramener constamment la couronne en AR ; par suite les tirants a forcent les baleines de ce
- E
- Fig- 5. vent de San Francisco.
- qu’on a voulu obtenir, vers le point de suspensi ailes, et soulève le poids -clinaisonduvent sur les rotation, par suite la fort que la force suffisante p On voit facilement à l’ des lignes ponctuées, Q
- parapluie à se replier, et les ailes à rester verticales. C’est l’aspect que présente le moulin par calme et par petite brise; mais, si le vent augmente de manière à donner aux ailes une vitesse et une force supérieureà celle qui a été calculée , c’est-à-dire supérieure au poids calculé pour la force la force centrifuge projette n l’extrémité supérieure des q. (fig. 1 ) jusqu'à ce que l’in-ailes, diminuant la vitesse de e centrifuge n’engendre plus our faire équilibre au poids, inspection de la figure 1 et u’en tirant sur la tringle j
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- LA NATURE.
- GI
- on stoppe le moulin en mettant ses ailes horizontales. La figure 3 représente la liaison des leviers b avec la couronne sur l’arbre. Les figures 4 et 5
- montrent la liaison de bielle de l’arbre moteur avec la tige du piston de la pompe. Voici quelques prix de ces moulins : 10 pieds de diamètre, 5000 fr.;
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- Planche II. — Autre moulin à vent de San Francisco.
- 16 pieds de diamètre, 6000 fr.; 25 pieds de diamètre, 15 000 fr.; 30 pieds de diamètre, 19 000 fr.
- Le nombre de litres d’eau obtenus, dépend dans
- chaque moulin du poids que l’on veut placer à l’extrémité du levier.
- Les deux derniers moulins, mentionnés ci-dessus.
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- tO LS
- LA NATURE.
- sont assez forts pour tourner des meules à moudre le blé Celui de 25 pieds peut développer une force de 6 chevaux-vapeur, et celui de 30 pieds une force de 8 à 9 chevaux-vapeur 1.
- GARNAULT, Enseigne de vaisseau. —
- ÉDOUARD SPACII
- La mort qui, depuis un an, a éclairci les rangs des illustrations scientifiques du Muséum, vient encore de ravir à cet établissement un de ses savants les plus distingués en même temps que des plus modestes. Edouard Spach, né à Strasbourg le 26 novembre 1801, vint à Paris après avoir fait d’excellentes études. Ses aptitudes pour les sciences naturelles le firent distinguer de bonne heure par Brisseau de Mirbel qui se l’attacha en le faisant nommer aide-naturaliste de la chaire qu’il occupait au Jardin des Plantes. Spach a surtout brillé dans la botanique descriptive par un rare talent d’analyste. Cependant les observations si délicates de YEmbryogénie des Conifères2, qu’il publia en collaboration avec de Mirbel, prouve bien qu’il était doué de qualités multiples comme naturaliste. La plupart des travaux de Spach, consistant en monographies ou révisions de genres ou de familles de plantes, sont insérés dans la seconde et la troisième série des Annales des Sciences naturelles. Mais ses plus importantes publications sont : Y Histoire naturelle des végétaux phanérogames, dans les Suites à Buffon, 14 vol., avec un atlas de 152 planches, et enfin les Illustrationes plan-tarum orientalium, 5 vol. in-folio avec 500 planches d’une exécution superbe. Ce dernier ouvrage fut fait en collaboration avec le comte Jaubert ; mais on n’ignorait pas que M. Spach en fut le principal auteur.
- Après la mort de de Mirbel, son protecteur, Spach ralentit ses publications et bientôt il se réfugia dans les modestes fonctions de conservateur des galeries de botaniques laissés vacantes par la mort deGaudichaud(1854). A partir de celle époque, il se consacra tout entier au rangement de l’immense herbier du Muséum et les traces de son labeur s’y retrouvent partout. On se demande ce qu’il fallait louer le plus en Spach, ou le savant d’une érudition profonde et d’un savoir immense3 ou la beauté de son caractère et sa simplicité qui furent toujours, pour les personnes qui l’approchaient, un objet d’admiration bien digne d’être offert en modèle aux générations futures. Ce philosophe dans la belle acception du mot ne cessa d’ètre indifférent aux agitations ambitieuses de ce monde. Ce fut un grand trouble pour lui lorsque le vénérable directeur du Muséum le présenta directement au ministre de l’instruction publique un jour qu’il vint au Muséum et le recommanda à sa bienveillance. Quelques jours plus tard, Spach recevait le ruban de la Légion d’honneur. Enfin faut-il ajouter qu’il repoussa les ouvertures qui lui furent faites par des membres de la session de botanique de l’Institut, à l’occasion d’une vacance à l’Académie des science, et pour laquelle l’importance de ses travaux semblait bien devoir lui ouvrir les portes. J. P.
- 1 Mémoire communiqué par le ministère de la marine.
- 2 Mémoire composé de 9 pages et de 4 planches, et qui n’a pas demandé moins de trois ans d’observation à ses auteurs.
- 3 II lisait avec une égale facilité toutes les langues de l’Europe, et était doué d’une étonnante mémoire.
- DÉCOUVERTE
- DUN TOMBEAU ROYAL Z\POTEQUR
- A TE II U AN TEP EC, EN 18 75.
- Dans une modeste maisonnette de torchis, située au faubourg San Sébastian, à Tehuantepec, demeure une pauvre femme, de race zapotèque (tzapotèque), nommée Gregoria Todedo-Ortiz. Voulant pratiquer un nivellement dans la cour qui entoure la petite habitation qu’elle faisait réparer, elle a été assez heureuse pour faire une trouvaille d’une haute importance au point de vue de l’archéologie du Mexique : malheureusement l’incroyable ignorance et la stupidité des principaux habitants de leur ville ont livré à la destruction les trésors découverts d’une manière si inattendue.
- La découverte dont il s’agit offre un intérêt archéologique de premier ordre; aussi croyons-nous devoir en résumer l’histoire avec quelques détails. Elle fera voir combien de documents précieux peuvent être perdus par l’ignorance.
- Les ouvriers indiens, occupés à la réparation de la maison, en démolissant un petit monceau de terre dans la cour pour fabriquer leurs « adobes », trouvèrent un jour tout à coup différents petits objets d’un métal jaune et de formes étranges qu’ils mirent sur une pelle, dans l’ordre où ils les avaient trouvés. Quand Doua Gregoria passa par la cour, ils l'appellèrent en lui montrant les curieux objets qu’ils venaient de sortir de terre.
- La femme, s’imaginant à peine que cela pourrait être de l’or, les en assura néanmoins, et on continua la fouille avec beaucoup de soin. Les objets précieux s’augmentèrent et bientôt on eut réuni une quantité de petites statuettes en or, de boudes d’oreilles, de pendants pour la lèvre inférieure, des douzaines de tortues d’or, etc. La pièce la plus grande de toutes était, à ce qu’on dit, une tablette d'or, ornée de figures fantastiques, peut-être une inscription hiéroglyphique, contenant la légende de ce qu’on venait de découvrir.
- On trouvait encore d’autres choses en dehors de ces joyaux précieux : c‘étaient de petits ornements de cuivre, des vases en terre cuite, joliment peints et de formes gracieuses, tels qu'une tasse, au manche en forme de patte de félin, puis des colliers de petites pierres rondes, de couleur verte ; des bracelets, fiits de coquilles marines émoulues, et au milieu de tout cela, des squelettes humains telle-ment fragiles qu’ils tombaient en poudre par le contact.
- Les circonstances dans lesquelles on a trouvé tous ces objets si remarquables font penser qu’on était tombé sur un tombeau royal tzapotèque d’une grande antiquité, à en juger du moins par la fragilité des ossements que l’on y a trouvés. Une autre raison plaide en faveur de la haute ancienneté de ce tombeau supposé royal ; il est bien à présumer, en effet, qu’il était oublié déjà à l’arrivée des Espa-
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- gnols, à la cupidité desquels il n’aurait pas autrement échappé. Comme on le sait, les conquérants espagnols—qui, soit dit en passant, ne différaient pas beaucoup des bandits et des assassins, — n’ont laissé intact aucun des innombrables temples, palais, etc., semés du Mexique jusqu’au Pérou. Tous les moyens leur étaient bons : ils allaient jusqu’à torturer les malheureux habitants de ces pays pour leur arracher les secrets des tombeaux, ils ont même applicué à cette découverte l'espionnage religieux, ingénieusement organisé entre les néophytes.
- La bonne Doua Gregoria, heureuse du trésor si inopinément découvert, n’eut rien de plus pressé que de ccurir de suite chez les principaux commercants et orfèvres de la ville pour échanger ses curiosités au poids de l’or en monnaie du pavs. Ceux-ci ne surent rien faire de mieux que de fondre immédiatement ces objets précieux pour en faire des bagues, des chaînes et des pendants, grossiers et de mauvais goût. Comme tout était d’or presque chimiquement pur, il en résulta pour Doua Gregoria un bénéfice, d’après nos renseignements assez exacts, de 900 pesos ; et comme les ouvriers indiens avaient été assez prudents pour laisser glisser dans leur propre poche quelques-uns de ces bijoux pour les vendre à la dérobée afin de boire une « capita de mescal » bien méritée, on peut évaluer avec assez de certitude la valeur totale en or de toute la trouvaille à 1000 pesos mexicains, ou 5000 francs.
- Nous sommes par conséquent en droit de considérer cette riche découverte d'orfèvrerie tzapotèque à Tehuantepec, comme la plus importante qu’on ait faite dans les temps modernes dans l’isthme américain. Les antiquités d’or sont devenues de nos jours tellement rares au Mexique (ou plutôt on ne les trouve nulle part), que la plupart des voyageurs, même en résidant des années dans le pays, n’arrivent pas à en voir une seule pièce. Il est donc doublement à regretter que les témoins si précieux d’une civilisation à jamais éteinte aient été détruits d'une façon si brutale. Qu’une simple femme du peuple, pauvre et ignorante, ait agi de cette sorte, on le lui pardonne; mais que les principaux commerçants de la ville, le préfet, le gouverneur de l’Etat de Oajaca et même les résidents européens de l’isthme, gens assez riches, mais, à ce qu'il semble, déjà trop mexicanisés pour prendre de l’intérêt à des affaires archéologiques, n’aient pas voulu rendre à la science la toute petite faveur de changer un peu d’argent pour conserver aux musées du monde ces objets uniques, qu’on leur aurait remboursé avantageusement, même dans la capitale Mexico, c’est tout à fait impardonnable.
- De toute cette splendide trouvaille, quatre pièces seulement ont été conservées. Nous en offrons ici à nos lecteurs les copies fidèles, de grandeur naturelle, faites d’après une photographie que M. Carlock, que le consul américain de Tehuantepec, a bien voulu mettre à notre disposition.
- Une petite statue en or, représentant probable-
- ment un roi tzapotèque, peut-être celui dont les ossements gisaient tout près, et un long pendant en or avec une tête féminine avaient été achetés par M. Carlock pour la valeur d'or de 60 pesos. Ces objets ont été revendus au trésorier du navire de guerre anglais, Fantôme, M. Thomas Clayton, pendant que ce navire était à l’ancre, au commencement de l’année 1876, dans le port de la côte pacifique Salina Cruz. Une tortue en or et un pendant pour la lèvre inférieure, d’un travail remarquable, étaient les deux uniques pièces qui restaient encore lors de notre arrivée à Tehuantepec, au mois de février 1876, chez un marchand delà ville. Nous avons pu les acquérir à leur valeur en or de 15 pesos Ces deux derniers objets se trouvent maintenant au musée de Berlin, auquel nous en avons fait présent, pour ne pas les lier à notre vie hasardeuse de voyageur dans un pays où nous courions journellement le risque d’être volé ou assassiné.
- La statuette d’or (à droite de notre gravure) nous montre un roi tzapotèque, assis sur son trône, avec une couronne sur la tête, un sceptre ou massue dans la main gauche et un bouclier dans la droite. De grandes pendeloques ornent ses oreilles et un bijou est attaché à sa lèvre inférieure. Sur sa poitrine il porte la tête d’une femme, peut-être l’image de son épouse. Cette figure, d’ailleurs mal proportionnée, est néanmoins très curieuse. On distingue si bien ses différents attributs qu’on peut facilement se faire une idée de l’aspect singulier d’un grand personnage des anciens temps du pays des Tzapo-tèques. En jetant un regard sur les nombreux petits grelots que portent tous ces bijoux, on croirait même entendre le cliquetis, qu’ils doivent avoir produit, quand un seigneur du pays se promenait entouré de ses nobles, ou quand il prenait part à une danse sacrée.
- La tortue, la seule sauvée sur une soixantaine, (2e objet à gauche de la gravure), a 8 centimètres de longueur, en y comptant les deux grelots qui pendent de ses pieds de derrière. Elle est percée de chaque côté de deux petits trous, où passaient probablement les cordons avec lesquels étaient unies les différentes tortues pour former une chaîne sur la poitrine. On peut facilement admettre que les plus grandes étaient alors rangées au milieu, et les moins grandes vers les côtés.
- L’objet à tête d’oiseau (à gauche de la gravure) est un joyau pour la lèvre inférieure, pièce unique dans ce genre, et par conséquent d’un intérêt tout spécial pour l’archéologie de ce curieux peuple, qui dans les merveilleuses ruines de Mictla (près de Oajaca), a laissé à la postérité une preuve si éclatante de sa haute civilisation. Il est certain que cet objet est, en réalité, un pendant de lèvre inférieure. On remarque, en effet, un ornement tout semblable attaché à la partie inférieure de la bouche de la petite statue royale.
- La tête d’oiseau est fixée sur une petite rouelle en filigrane. Le bec offre une fente assez longue,
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- qui rappelle l’usage d’y enfermer quelques fleurs odorantes ou des plumes d’oiseau de couleurs resplendissantes. Au-dessous de la tête d’oiseau, il y a un petit crochet, dans lequel est un pendant, formé d’un feuillet d’or, finissant par quatre petits grelots. La longueur totale du bijou entier est de 9 centimètres.
- Ces échantillons de l’ancienne orfèvrerie tzapo-tèque offrent en outre la particularité d’un tour d’adresse que l’humanité a connu dans sa jeunesse et oublié dans ses vieux jours : ils sont tous fondus
- en creux sans aucune soudure. La petite tortue, par exemple, est faite d’une seule pièce, à l’exception des deux petits pendants; elle est entièrement creuse et n’a pas plus d’épaisseur qu’une feuille de papier. Elle ne montre aucune soudure étant percée seulement par deux petits trous pour passer les cordons.
- Les fameux orfèvres de nos jours peuvent s’enorgueillir en présence de leurs anciens confrères d’art en regardant les mauvaises proportions de ces figures, mais si quelqu’un leur voulait dire :
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- Antiquités d’or trouvées à Tehuantepec (Mexique), dans un tombeau royal tzapotèque. (Grandeur naturelle.)
- Eh bien, faites une tortue pareille, qu’elle soit de forme grossière, peu importe, mais qu’elle soit d’une seule, pièce, creuse et sans aucune soudure!... nos artistes modernes ne sauraient pas le faire. Comment les orfèvres archéo-américains fondaient-ils leurs figures en creux? C’est une énigme, peut-être à jamais insoluble.
- Ce tombeau royal tzapotèque soulève encore une dernière réflexion. Quels temps heureux que ceux où l’on pouvait tranquillement confier à la terre la dépouille mortelle d’un seigneur du pays, accompagnée de tant de choses précieuses, ses ornements pendant la vie. Aujourd’hui, trois cents
- cinquante ans après la conquête de ces beaux pays par les Espagnols, qui prétendent les avoir civilisés, mais les ont plutôt ruinés, un tel tombeau ne durerait pas vingt-quatre heures, à moins d’être gardé par un bataillon de soldats. Le malheureux voyageur, dans cette terre dépravée qui s’appelle le Mexique, n’ose plus porter une simple bague de peur d’avoir le doigt coupé par des bandits, s’ils ne peuvent pas la lui arracher assez vite. Porter une chaîne d’or à sa montre en traversant une de ces « barrancas », si célèbres parmi ceux qui ont visité le Mexique, serait un véritable suicide ! F. Maler.
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- NOUVELLE POMPE A PISTON FIXE
- Ce système imaginé par M. Donnadieu fonctionne à l’inverse des pompes ordinaires, le piston reste fixe et le corps de pompe est mobile (fig. 4). Cette disposition offre, paraît-il, des avantages; elle
- supprime la tige du piston et se traduit par une grande diminution de frottement. Tout le frottement se réduit, en effet, dans l’appareil en celui des étoupes du piston contre le cylindre mobile.
- Le modèle de la double pompe (fig. 2) est plus avantageux encore que celui de la pompe simple
- Fig. 1- Fig. 2.
- Pompes alternantes à pistons fixes, de M. Donnadieu.
- représentée dans la figure 1 ; il présente encore une plus grande diminution de frottement et par suite un accroissement de force. La masse en mouvement peut être si parfaitement contrebalancée que la résistance est réduite à un minimum. Les soupapes placées sur une ligne directe d’action ne modifient pas la direction de l’eau, qui monte plus
- facilement. Nos gravures expliquent suffisamment le dispositif de ce système et elles permettront à tous les mécaniciens d’en apprécier les mérites; nous nous bornerons à ajouter que la nouvelle pompe Donnadieu est d’une application très avantageuse quand il s’agit de retirer l’eau de grandes profondeurs, comme dans les puits de mine.
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- LA NATURE.
- RÉUNION
- DES SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE,1
- Du 16 au 19 avril 1879.
- SCIENCES NATURELLES.
- Cataclysmes ornithologiques. — Un de nos ornithologistes les plus distingués, M. le docteur de Montessus, président de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire, appelle l’attention de l’assemblée sur les effets qu’ont spécialement sur les oiseaux les perturbations atmosphériques, les tempêtes, les cyclones, les pluies, les inondations, les températures extrêmes et la disette qui en résulte. Toutes ces causes amènent des déplacements considérables des oiseaux, que M. de Montessus appelle cataclysmes ornithologiques. Les individus sont violemment jetés sur d’autres continents que ceux qu’ils habitent à l’ordinaire. Ceux-ci héritent ainsi d’espèces exogènes, rares quelquefois, toujours intéressantes pour la localité où la perturbation atmosphérique les amène. D’autres agents de destruction sévissent sur place en anéantissant la famille ailée au berceau ; ce sont les inondations.
- Le département de Saône-et-Loire présente de nombreux et remarquables exemples de cette dernière cause de destruction. L’eau débordante balaie les grèves des rivières, enlevant les couvées des petits Echassiers, de certains Sternes, etc. Elle détruit la myriade de nichées déposées dans les îlots du Doubs par les oiseaux aquatiques. C’est dans ces occasions qu’on voit l’intelligence de ces frêles habitants des joncs et des saules leur inspirer les moyens de sauvetage les plus ingénieux. Tel couple de Hérons blongios (le petit Héron), envahi par l’inondation, surélève son nid d’un étage, puis d’un second ; jusqu’à ce qu’il ait porté ses œufs hors de l’atteinte de l’eau, tel autre construit un autre nid et y transporte ses œufs. M. de Montessus cite aussi le déplacement des poussins eux-mêmes. Une Bécasse, inquiétée par le voisinage d’un bûcheron, fit disparaître ses petits en les enlevant, non avec son bec, car ils étaient déjà trop gros, mais en les tenant pressés entre son bec et sa poitrine. Un couple de Canards sauvages, de l’espèce Anas boschus, avait choisi pour berceau de Sa famille un vieux nid de corbeau établi au sommet d’un chêne. Il s’aperçut qu’un paysan guettait la petite famille pour la dénicher; la mère enleva un à un avec son bec les canetons à peine éclos et les transporta sur la rive d’un étang voisin.
- Mille périls attendent les Oiseaux dans les migrations. La main de l’homme est surtout l’instrument le plus actif de la destruction des Oiseaux voyageurs, dans les départements du Midi où le besoin de repos et de nourriture, après la traversée de la Méditerranée, oblige les émigrants à l’agglomération. Delà, au retour du printemps, une foule de victimes qui auraient repeuplé nos départements du centre et du nord de la France L’homme est la cause la plus puissante de la diminution sans cesse croissante du nombre des Oiseaux de passage.
- Les hivers rigoureux, les orages, les tempêtes détruisent, soit les Oiseaux voyageurs, soit les Oiseaux hivernants, soit enfin les Oiseaux sédentaires. Le rude et long hiver de 1878-79 a déplacé bien des peuplades ailées e fait de nombreuses victimes. Il a valu au département de
- 1 Suite et fin. Voy. table des matières du précédent volume.
- Saône-et-Loire l’hivernage ou le séjour momentané de nombreuses espèces. Parmi les hibernants, on remarque surtout deux espèces de Bouvreuils, Pyrrhula vulgaris et Pyrrhula coccinea. Le Bouvreuil ponceau fut plus abondant que le Bouvreuil vulgaire, et l’homme fit à tous les deux une guerre acharnée. Le 20 février 1879 éclata, dans le département de Saône-et-Loire, une tempête d’une intensité inconnue jusqu'alors, ayant son maximum de puissance dans la direction sud-ouest. Des murs et de nombreux arbres furent renversés. La tourmente atmosphérique surprit des troupes de Mouettes tridactyles (Larus tridactylus) et opéra de grands ravages dans leurs rangs. Elles tombaient sans vie au pied des murailles et des arbres, contre lesquels l’ouragan les précipitait.
- Si les perturbations de l’atmosphère, si des nécessités naturelles et périodiques rendent compte des migrations en troupe de certains Oiseaux, ces causes n’expliquent pas toujours les apparitions isolées de quelques individus, qui sont, le plus souvent, des égarés. C’est ainsi que le jeune du Canard Siffleur huppé, Branta ruffina. s’est présenté dans le département de Saône-et-Loire en livrées inédites de première et de seconde année. Le Ier septembre 4865, M. de Montessus abattait un très intéressant sujet de cette espèce, à peine âgé de quatre mois et dans un état de plumage encore inconnu. Il faisait une rencontre plus extraordinaire encore, celle de la Buse féroce, Bufeo ferox, et tuait, le 2 septembre 4878, un jeune mâle de 1,44 d’envergure, gî’é sur le haut d’un chêne. Il avait des Mulots dans l’estomac. Un autre, plus vieux, parvint à s’échapper. C’est à 44 kilomètres de Châlon-sur-Saône que fut abattu ce Rapace diurne. La Buse féroce est un oiseau asiatico-africain, qui n’a été observé en Europe que depuis dix à douze ans seulement, et d’une manière très accidentelle. Jamais il ne s’était éloigné à ce point des frontières de l’Asie, car ses dernières limites connues en Europe étaient le Volga et les environs de Sa-repfa sur ce fleuve. Cet Oiseau n’est pas d’un naturel farouche et offre un vol léger et rapide, deux caractères opposés à ceux de nos Buses indigènes. Le Buteo ferox forme la deux cent quatre-vingt-troisième espèce du catalogue établi par M. le docteur de Montessus des Oiseaux observés dans le département de Saône-et-Loire.
- Véritable nature des Lichens. — On sait que certains botanistes, d’après les travaux de M. Schwendener, regardent les Lichens, non plus comme une classe végétale intermédiaire entre les Algues et les Champignons, mais comme une production formée d’une Algue et d’un Champignon. Les gomdies des Lichens seraient des Algues, dont le mode normal de végétation est plus ou moins troublé par un Champignon parasite, et le botaniste allemand a donné une liste d’Algues pouvant servir de nourriture aux Champignons-Lichens dont elles forment les gonidies. M. Brisson, de Lenharrée, délégué de la Société d’agri-culture de Châlons-sur-Marne, a communiqué un Mémoire intitulé : Examen critique de la théorie de M. Schwendener, et un supplément dans lequel l’auteur a fait connaître les travaux de MM. Sthal et Minks. Il a combattu les observations du premier, qui venaient à l’appui de cette théorie algo-lichénique, tandis qu’il accepte celles du docteur Minks. Si un Lichen peut construire son thalle au moyen de plantes d’autres espèces, c’est une opération analogue à la transfusion du sang où l’on voit parfois un animal vivre avec les globules d'un autre animal, ainsi du mouton à l’homme. Un Lichen peut croître par les globules de la chlorophylle étrangère comme un enfant épuisé par l’hémorrhagie a pu vivre avec des globules de sang de mouton.
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- M. Minks a étudié avec soin le développement des goni-dies et a rendu aux Lichens leur rang de plantes autonomes. Par l’emploi de grossissements énormes, il a découvert dans les Lichens les microgonidies,qui manquent dans les Champignons. M. Brisson fait voir que les goni-dies ont une origine hyphoïdale, qu’elles ne sont point des Algues, que les hyphes des Lichens sont absolument diffé-rentes de celles des Champignons, qu’il n’y a pas d’éléments fongoïdes dans les Lichens et que ceux-ci doivent reprendre leur rang parmi les autres classes des Cryptogames. M. Brisson de Lenharrée a toujours protesté contre la théorie algo-lichénique et a toujours soutenu que le botaniste français Tulasne, l'historien organographique des Lichens, s’est le plus i approché de ce qui semble être la vérité aujourd’hui, les Lichens formant une classe, avec doubles passages, entre les Algues et les Champignons.
- M. Brisson a présenté en outre à l’assemblée un inté-*ressant essai de classification parallèle des animaux et des végétaux, o frant une gradation harmonique analogue dans les deux règnes.
- Géologie de Tam-et-Garonne. — Il serait à désirer, pour chacun de nos départements, que des géologues aussi zélés et aussi instruits que M. Rey-Lescure, de Montauban, puissent étudier la structure et le relief de leur écorce terrestre. M. Rey-Lescure a ajouté à l’important Mémoire qu’il publie sur la géologie de Tarn-et-Garonne, une carte détaillée partant de Montauban, comme point central. Elle est dressée d’après des procédés particuliers de topographie; un grand cercle unitaire, ayant Montauban comme centre, de 0m,10 de rayon et plusieurs petits cercles concentriques de 0m,0 125, 0m,025, 0m,05, ont été tracés sur la carte et inscrits dans un carré de 0m,20 de côté, et ce quadrillage de la carte permet de trouver immédiatement la position symétrique de la plupart des communes distantes de Montauban de 4, 8, 16 ou 52 kilomètres et celle des points intermédiaires. Cette carte a été dressée au moyen de la lunette micrométriqne du colonel Goulier, perfectionnée par M. Rey-Lescure. Il y a fait adaptçr un niveau, une boussole mobile à perpendicule et à double graduation, un compas et une chambre claire, permettant de voir et de mesurer, instantanément et dans tous les sens, la position, la distance, les dimensions des objets et leur inclinaison, de l’inscrire et de le dessiner rapidement et automatiquement à leur 'raie place sur la carte.
- Le département de Tarn-et-Garonne, découpé dans le Quercy, l’Agenais, la Gascogne et le Languedoc, occupe à peu près le centre de la vas‘e dépression géologique du sud-ouest, l’Aquitaine ou plaine sous-pyrénéenne de 5 à 6 millions d'hectares. Celte dépression, successivement mer, golfe et lac, a été émergée peu à peu et comblée par des dépôts marins, fluvio-lacustres et geysériens de sables, de grès, d’argiles, de marnes, de calcaires, etc., dont les éléments avaient été, pendant des milliers de siècles, enlevés par les eaux anciennes aux premières roches du plateau central de l’Auvergne, de la Montagne-Noire et des Pyrénées, dénudées par de longues érosions, après avoir été émergées et relevées à la suile de grandes dislocations. Le grand massif de Tarn-et-Garonne est jurassique et tertiaire. D’altitude moyenne anciennement de 500 à 400 mètres, il a été peu à peu découpé et façonné par les mouvements du sol et par l’action érosive de la Garonne, du Tarn, de l’Aveyron et de quinze cours d’eau secondaires, en plusieurs massifs allongés et divisés en plateaux calcaires perméables et en collines, terrasses et plaines argileuses plus ou moins imperméables. Les vallées se sont successivement et symétriquement abaissées et creu
- sées à 100, 150 et 200 mètres de profondeur, de sorte qu’elles sont aujourd'hui à une altitude moyenne variant de 60 à 120 mètres au-dessus de la mer.
- Les terrains modernes sont des dépôts meubles sur les pentes et les éboulis et des limons fluviatiles argileux ou argilo-siliceux ; les terrains quaternaires sont les limons et graviers anciens des vallées, généralement silico-argi-leux, les limons et dépôts caillouteux des terrasses et les limons des plateaux. Les terrains tertiaires, d’origine fluviolacustre , comprennent des séries alternantes ou des groupes juxtaposés ou superposés : 1° d’argiles marneuses; 2° de sables ou d’arènes, tantôt molasses, tantôt gréseuses; 5" de calcaires plus ou moins argileux ou siliceux. Enfin les terrains jurassiques sont d’origine marine et formés principalement de plateaux calcaires ou causses, ondulés et disloqués, et de collines marneuses profondément érodées, occupant au nord-est environ 60 000 hectares. Ils peuvent se diviser en deux paities, l’une supérieure ou jurassique propre, avec les trois couches de l’oolithe, et l’autre inférieure ou lias.
- Le géologue, qui veut avoir une vue d’ensemble de Tarn-et Garonne, doit monter au sommet de la côte de Mazérolles, en face de Najac, sur la route de Castanet. De là, en effet, on embrasse à la fois, dans un admirable coup d’œil, la faille profonde sud-nord-est de Najac, les lignes ondulées des plateaux granito-gnessiques de l’Aveyron, qu’embrume à l'horizon la fumée des hauts-fourneaux de Decazeville, et le Cantal, dressant, à 100 kilomètres de là et à 1850 mètres d’altitude, son cône de' basalte refroidi. En se tournant vers le sud-ouest, on voit les plateaux triasiques mamelonnés, les marnes liasiques érodées et les calcaires jurassiques disloqués et enfaillés plonger successivement vers l’ancien lac Tarno-Garonnais, où se confondent à perte de vue, dans l’immense plaine de l’Aquitaine, les collines éocènes et miocènes de l’Albigeois, du Quercy, de l’Agenais et de la Gascogne. Au delà les Landes, ces terres émergées les dernières, et derrière lesquelles le soleil couchant semble prêt à disparaître dans l’immense fosse de l’Atlantique, après avoir projeté ses derniers rayons rouges sur les neiges qui couronnent la longue et gigantesque dentelure des granités, des schistes et des calcaires des Pyrénées, soulevées à plus de trois mille mètres.
- Anesthésiation chirurgicale. —- Dans l’importante et magnifique découverte des propriétés anesthésiques de l’éther et du chloroforme, si le physiologiste doit se préoccuper d’une série de phénomènes nombreux et variés, le chirurgien borne son attention à une question capitale, ne pas atteindre la période redoutable de collapsus, dans laquelle une asphyxie rapide peut amener la mort de l’opéré. M. le docteur Simonin, secrétaire perpétuel de l’Académie de Stanislas, à Nancy, a cherché les règles qui doivent donner à cet égard toute assurance au chirurgien, d’après sept cents observations de sa clinique chirurgicale. Il résume en trois points fondamentaux, contituant une sorte de trépied phys ologique, la série de symptômes qui caractérise la vraie période chirurgicale, celle qui, avec l’insensibilité pour la douleur, laisse le malade à l’abri d’accidents. Voici leur énumération : 1° Manifestation de l’insensibilité périphérique, notamment aux tempes, à la cornée, au muscle orbiculaire des paupières ; 2° tris-mus ou état de contraction des muscles des mâchoires, persistant pendant toute la période chirurgicale, bien que tout le reste du système musculaire se trouve arrivé à l’état de résolution, et ne cessant, dans la succession croissante des phases de l’éthérisme, qu’à l’approche de la
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- période de collapsus, qu’on doit éviter; 5° manifestations de la contraction ou du relâchement de l’iris de l’œil, qui permettent au chirurgien d’arriver aussi à des conclusions précises, quoique moins absolues. Le resserrement de la pupille accompagne la période, dite chirurgicale, de l’éthérisme, et, tant que dure cette contraction, il n’existe aucun péril pour la vie du sujet anesthésié, tandis que la dilatation de la pupille doit, au contraire, inspirer des inquiétudes pour lui, ou, tout au moins, provoquer une grande attention, de la part de l’opérateur. « Aussi, dit M. le docteur Simonin, ce sont mes convictions sur les trois manifestations dont il vient d’être question, qui, lors des opérations, me font demander fréquemment aux aides chargés de suivre les résultats de l’anesthésiation : les mâchoires sont-elles serrées? l’iris est-il contracté? l’opération elle-même me servant de critérium pour la question de l’anesthésie. »
- C’est en apportant une grande précision dans la recherches des apparences dues à l’éthérisme, c’est en découvrant la valeur plus ou moins importante de chaque symptôme, que l’anesthésiation a été simplifiée en se perfectionnant, qu’on a vu que l’emploi du chloroforme n’offre pas plus de danger que celui de l’éther, tout en gardant des avantages qui l’ont fait préférer.
- Terrain dévonien des Côtes-du-Nord. — M. Delage, professeur au lycée de Rennes, a présenté, à la réunion des Sociétés savantes, des études sur le terrain des environs du Pas, à Cartravers (Côtes-du-Nord). Ce terrain était regardé comme cambrien. Les travaux de M. Delage le rangent, au contraire, dans l’étage dévonien, en raison de l’identité de stratification avec des terrains reconnus dévoniens, à Caulnes (Côtes-du-Nord), d’après les fossiles caractéristiques de cette époque. Le terrain du bassin de Cartravers est formé de grès, de schistes et de calcaires, sans fossiles. 11 repose sur des schistes où l’on trouve des Orthis non déterminables. M. Delage signale également dans son travail un gisement de graphite dans les Côtes-du-Nord et de nombreux minerais de fer.
- Relèvement des Pyrénées espagnoles. — M. Schrader, qui a déjà publié une carte de la région pyrénéenne du Mont-Perdu, a continué ses relèvements des Pyrénées espagnoles jusqu’à une distance maximum de 40 kilomètres de la crête frontière, dans l’extrémité orientale des Pyrénées. Sa carte, à l’échelle de so comprend les massifs des Posets, de la Maladetta et du Montarto. Ses relevés d’horizon sont obtenus à l’aide d’un instrument qu’il appelle orographe, et qui donne un tracé automatique du pourtour de l’horizon, sous la forme d’un cercle mesurable dans tous les sens. Tout point visé par la lunette qui surmonte l’appareil se reproduit, à l’aide d'un crayon convenablement ajusté et disposé, sur un cercle dont le centre représente le point où l’on opère avec l’instrument. C’est dans l’été de 1878, sur le sommet du pic espagnol de Malibierne, à 3125 mètres d’altitude, que M. Schrader a pris le cercle d’horizon dont il a présenté le tracé à la réunion des Sociétés savantes. On peut voir dans ce travail que les Pyrénées espagnoles, encore médiocrement connues en France, ont un relief particulier et une série de failles caractéristiques.
- Bassin houiller du Nord. — M. Canelle, ingénieur civil des mines à Valenciennes, a dressé, à l’échelle de 50000, une carte très importante du bassin houiller du département du Nord, avec les tracés qui le relient aux bassins de Mons d’une part et du Pas-de-Calais de l’autre. Les documents officiels et les plans authentiques remis à l’auteur
- par les différentes Compagnies houillères, lui ont permis d’établir la partie minéralogique, qui se détache en noir sur le fond bistre de la carte. Elle donne les limites exactes des concessions, les fosses et sondages abandonnés ou en activité, les divers faisceaux de veines distingués par des teintes de différentes couleurs, le tracé de toutes les couches avec leur nom, de nombreuses coupes de détail, la position des travaux de recherches anciens ou récents avec leurs dates et les résultats connus, enfin, en marge, l’indication des Compagnies et des décrets de concession, la nomenclature de toutes les veines, leur composition, la nature, l’analyse et l’usage de leur charbon. Comme on le voit, cette carte, à la fois géologique et industrielle, est destinée à tous les intéressés, à un titre quelconque, dans les houillères du nord de la France.
- Observations sur les Oiseaux. — M. Noury, de la Société industrielle d’Elbeuf, fait connaître quelques faits intéressants qui résultent de ses investigations sur les mœurs des Oiseaux. D’après lui tous les Hérons cendrés de France (la plus grande espèce) vont nicher sans exception dans le parc des comtes de Sainte-Suzanne, à Ecurv-le-Grand (Marne). Dans cette héronnière, ils se nourrissent de Reptiles, de Batraciens, d'Insectes et de Limaces, et, très accidentellement, de Poissons. Les choses se passent tout autrement près d’Elbeuf. Ce sont les Hérons cendrés, dit M. Noury, qui ont dépeuplé de leurs Truites les eaux vives de la Risle, de l’Eure, de l’Ithon et de la Touque. M. Noury a été témoin de leurs étranges manœuvres. Pour faire leur pêche, les Hérons cendrés baignent leurs longues jambes dans la rivière, les doigts bien étalés sur le gravier du fond, le cou tendu, le bec tourné vers l’aval du courant. Par intervalles ils font sur les cuisses des mouvements saccadés de bascule, relevant en même temps la queue et plongeant la poitrine dans l’eau, et happent la Truite au passage d’un rapide coup de bec, blessant les poissons qu’ils manquent, ne les déchirant jamais en morceaux. On voit une série de Truites réellement attirées par le Héron remonter le cours de l’eau et devenir successivement la proie de l’oiseau meurtrier. Il n’y a nullement une fascination par la terreur à l’instar des Serpents ou des Oiseaux de proie. M. Noury a constaté ce fait curieux et, je crois, non encore signalé, que de larges loupes graisseuses existent chez le Héron entre le derme et le muscle peaucier des régions pectorale et pelvienne, et des orifices de sortie de la matière grasse se trouvent à la base des plumes. Celte matière devient à l’air une poudre blanchâtre, d’un toucher gras comme de la poudre de stéatite (prétendue poudre de savon des gantiers et des bottiers), d’une fétidité odieuse pour nous. Secouée dans l’eau par le balancement du corps observé par M. Noury, cette matière en descend lentement le cours et attire les Truites comme un appât délectable. Si on met une poitrine de Héron dans un piège à Truites, il ne tarde pas à être rempli de ces poissons, quelque grand qu’il soit. Le Martin-pêcheur est aussi un grand destructeur de Truites, qu’il apporte à ses jeunes alors qu’elles sont nouvellement écloses et encore pourvues de la vésicule ombilicale. Le nid de cet oiseau se fait en terre et il est précédé d’un long boyau étroit très peu accessible aux petits Carnassiers et Rongeurs, qui ne concourent guère à la destruction de cet oiseau.
- M. Noury propose de recommander partout la chasse aux Hérons et aux Martins-pêcheurs, et de prêcher au contraire la protection des oiseaux insectivores si utiles. Ainsi en hiver les Roitelets parcourent sans cesse les branches des Conifères et des arbres fruitiers, y cherchant surtout
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- des œufs d’insectes, particulièrement ceux de ces Bomby-ciens déposés ou en plaques sous un tampon de poils ou en spirale très serrée, simulant une bague, autour des branches. C’est surtout en mai, alors qu’éclosent les jeunes chenilles et que le Roitelet a sa nichée à nourrir, qu’il opère, dans une proportion considérable, cette utile destruction. Les Bouvreuils, qu’on tue très souvent parce qu’on les accuse de briser les bourgeons des arbres à fruits, ne perforent jamais, d’après M. Noury, que les bourgeons contenant des larves de Charansons (vers d’hiver) et nous rendent par suite des services.
- La lecture de la note de M. Noury a soulevé de graves objections dans l’assemblée. M, E. Blanchard s’oppose complètement à la destruction des Hérons et des Martins-pêcheurs, les premiers étant des oiseaux devenus fort
- rares en France et les Martins-pêcheurs étant peu communs. Je ferai remarquer que M. Noury a préparé, en quelque sorte, l’objection pour les Hérons cendrés, en reconnaissant qu’il n’y a plus, pour toute la France, qu’une seule héronnière des nichées. En outre tout le monde sait que les oiseaux aquatiques ou des rivages, ainsi que les autres oiseaux, diminuent de plus en plus en nombre dans notre pays. Le poisson devrait donc augmenter, au moins les Truites, et cependant le contraire a lieu. M. E. Blanchard fait remarquer que les Truites des cours d’eau de la Seine-Inférieure meurent par suite des impuretés que les usines versent de plus en plus dans ces eaux. M. l’abbé Maze confirme tout à fait cette opinion. Dans la Lézarde et ses affluents, près du Havre, il y avait autrefois beaucoup de Truites et d’Anguilles, et aujourd’hui il n’y a presque
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- Le Héron cendré. — Dessin de M. Noury (d’après nature).
- plus de Truites. Leur poids maximum est actuellement descendu au-dessous de 400 grammes et il dépassait 1500 grammes il y a trente ans. Or Je Héron est fort rare dans celte région et la Truite n’est pas moins rare dans les cours d’eau où manquent à peu près les Martins-pêcheurs que dans certains où ils sont plus abondants. Une des causes de la dépopulation de la Lézarde en Truites, dit M. l’abbé Maze, c’est la présence d’nne grande blanchisserie de toiles, qui y jette ses résidus chloreux. Il n’y a plus de truites en aval, il y en a encore en amont. La cause principale de destruction réside dans les prescriptions de l’administration pour le curage des rives. Les souches qui surplombaient la rivière ont été enlevées, ce qui a privé les Truites de leur principal refuge. Il en est résulté des facilités considérables pour les braconniers, qui, avec le filet dit rince-tout, enlèvent en une nuit toutes les Truites de la rivière et paient ainsi, en quelques
- heures de travail, l’amende dérisoire à laquelle on les condamne, quand, par hasard, ils sont pris.
- En terminant les notes sommaires des travaux de géologie soumis à la réunion des Sociétés savantes de 1879, nous indiquerons un Mémoire de MM. Brylinski et G. Lionnet, extrait du Bulletin de la Société géologique de la Normandie, et intitulé : Phosphates de chaux fossiles» géologie, origine, applications à l’agriculture. Ce Mémoire a été présenté, au nom des auteurs, par M. Lesnier, le savant conservateur du musée du Havre.
- En raison des figures à faire exécuter , nous remettrons à une époque prochaine l’analyse du Mémoire de.M. Jouan sur la distribution géographique des Oiseaux de l’Océanie et la description des procédés de M. de Scorbiac pour le labourage des pentes rapides. Nous aurons aussi à faire connaître, dans un article spécial, un Mémoire de M. le
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- capitaine Bordier, sur les moyens de réalisation pratique du chemin de fer transsaharien, projeté par M. A. Dupon-chel,ingénieur en chef des ponts et chaussées de l’Hérault.
- Maurice Girard.
- SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE PARIS
- Séance du 16 mai 1879.
- M de Montgolfier donne quelques détails sur la transformation de l’acide camphique en camphre, transformation qu’il vient de réaliser en chauffant un mélange de camphate de chaux et de formiate de chaux. Il se forme en même temps du camphène composé qui doit être considéré comme distinct de la phorone. M. de Montgol-fier poursuit d’ailleurs l’étude comparative de la phorone et du camphène. M. de Montgolfier signale aussi la formation, dans la réaction de l’acide sulfurique sur le camphre de menthe, d’un polymère du menthène. Ce nouveau carbure bout à 320°; c’est un liquide visqueux, peu coloré, d’une densité de 0 894, soluble dans l’acide sulfurique. fumant en donnant un dérivé sulfaconjugué, etc. Il est absolument inactif sur la lumière poiaiisée de même que le menthène formé simultanément. D’après son point d’ébullition, le carbure est certainement le dimenthène. — M. Jungfleisch offre de la paît de M. Davila un portrait de Lavoisier. La Société vote au donateur des remerciements qui lui seront transmis par M. le Président. — MM. E. Grimaux et P. Adam ont étudié l’action du brome sur la dichlorhydrine et ont obtenu l’acétone dichloro-brome et son hydrate qui est en très beaux cristaux. — M. Gautier communique les premiers résultats d’un travail sur la déshydratation des hydrates de carbone. Les produits dérivés du glycose par l’hydrate de baryte à 2400 sont les acides acétiques, formique, oxalique, la pyrocaté-chine et l’acide procatéchique en faible proportion, en même temps qu’un acide sirupeux à sel de zinc cristalli-sable, mais qui ne semble pas être identique à l'acide lactique. Pas de gaz et à peine un peu de goudron. M. Gautier rapproche par leurs produits de dédoublement sous l'influence des alcalis, les sucres, les catéchines et les tannins. — M. Miquel expose ses recherches sur un ferment figuré appartenant à l’ordre des Bactéries. Dans les milieux neutres ce ferment élimine le soufre des substances organiques sulfurées, à l’état d’acide sulfhydrique libre. Son action est rapide; non seulement il attaque les composés albuminoïdes, mais il possède aussi la faculté de détruire le caoutchouc vulcanisé qui devient sous son action une source permanente d’hydrogène sulfuré. Ce ferment se trouve répandu dans les eaux courantes, dans l’eau d’érout, et jusque dans l’organisme. C’est à son action combinée avec celle des ferments de l’urée qu’il faut attribuer la production considérable de sulfhydrale d’ammoniaque qui se forme dans les fosses d’aisance peu aérées. En prenant date de ses recherches sur ce nouvel organisme, M. Miquel se réserve de publier prochainement le résultats de ses expériences.
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- CHRONIQUE
- Les Eibliothéques scolaires. — Dans un remarquable et intéressant Rapport récemment publié par M. le baron de Watteville, (Rapport à M. Bardoux,
- Paris, imprimerie nationale, 1879 ), nous trouvons des chiffres éloquents qui montrent l’heureuse extension prise par les bibliothèques scolaires dans ces dernières années. Si grand nombre de départements sont encore insulfisamment dotés de livres , il en est d’autres qui en sont riches. Le département de la Seine qui en 1866 n’avait que 12 bibliothèques, en avait 350 en 1876. Il existe actuellement en France 18 000 communes qui possèdent des bibliothèques scolaires. C’est beaucoup, mais l’auteur prouve que ce n’est pas assez. Le service des bibliothèques scolaires doit être considéré, suivant l’expression de M. Watteville, « comme l’auxiliaire le plus précieux pour développer l’enseignement primaire, pour compléter l’éducation et la moralisation du peuple ». On ne saurait trop faire de sacrifices pour lui assurer de nouveaux progrès.
- L’invention des allumettes chimiques. — On attribue généralement la découverte des allumettes à un Allemand. D’après feu Nicklès, professeur de physique à Nancy, l’inventeur serait Jacques-Frédéric Kammerer, né à Ehmingem, dans le Wurtenberg, le 24 mai 1796. Kammerer est mort en 1857, dans l’asile d’aliénés de Li-divigsburg. Il aurait fabriqué les premières allumettes vers 1832. Il résulte de documents qui nous sont communiqués que dès 1851, des allumettes faites avec du chlorate de potasse, du soufre et du phosphore, ont été confectionnées par un jeune élève du lycée de Dole. (Jura) nommé Sauria. L’origine des allumettes serait donc française.
- Un nouveau singe fossile. — M. Theobaldt, un membre de l’exploration géologique de l’Inde, a découvert dans les roches de Siwalik (Punjab) le squelette d’un singe anthropoïde, femelle adulte, qui devait être aussi grande qu’un gorille ou un orang. C’est le premier singe anthropoïde fossile trouvé dans l’Inde, et comme il constitue une espèce distincte, on propose de lui donner le nom de Paleopithecus (Bulletin de la Société linéennë}.
- Les sels de cuivre. — On sait que depuis quelques années la majorité des médecins ne considèrent plus les sels de cuivre comme de véritables poisons. L’innocuité de ces sels tient en partie à ce que quand ils sont absorbés en quantité un peu considérable, ils ne peuvent être gardés dans l’estomac et produisent des vomissements. Il restait à savoir si chez les animaux incapables de vomir, les sels de cuivre agiraient comme poison. A la dernière séance de la Société de biologie, M. Gallipe a rendu compte de nouvelles expériences faites à ce sujet. Plusieurs lapins ont été soumis à une alimentation mélangée de cuivre. Un de ces lapins a pris pendant six mois chaque jour deux grammes d’acétate de cuivre. Au bout de ce temps l’animal avait un très haut degré d’engraissement. Son foie pesait 70 grammes et contenait 15 centigrammes de cuivre. De plus, ce lapin a été mangé par les expérimentateurs qui n’en ont été nullement incommodés. C’est un fait de plus en faveur de ce qu’on a appelé la réhabilitation du cuivre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 juin 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- Albuminurie. — D’après M. le docteur Vulpian, si l’on injecte sous la peau d’un albuminurique une dissolution de nitrate de pilocarpine, qui est, comme on sait, l’alca-loïde actif du jaborandi, on constate une excrétion con-
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- sidérable de sueur et de salive. De plus, l’analyse montre que ce dernier liquide est chargé d’une quantité anormale d’albumine.
- Guérison de la maladie bactéridique. — Le fait que signale M. le docteur Bacchi paraît promettre à la thérapeutique un champ de recherche tout nouveau au bout duquel on arrivera peut-être à la guérison de la pustule maligne. L’auteur ayant développé des bactéridies dans le sang d’une grenouille, d’après le procédé trouvé par M. Vulpian, injecte sous la peau de l’animal malade une dissolution de phénate de soude. Au lieu de la mort qui, sans le remède, serait venue fatalement au bout d’un temps variable de deux à quatre jours, c’est la guérison qui se produit. La dose employée a été de 4 millièmes de milligrammes par gramme du poids de l’animal.
- Élections de correspondants. — L’ordre du jour appelait l’élection de deux correspondants, l’un dans la section de médecine et chirurgie en remplacement de M. Ehr-mann (de Strasbourg), l'autre dans la section de physique à la place de M. Angstrm (d'Upsal).
- Sur 51 votants, 46 voix désignent M. Donders pour la première place contre 5 données à M. Schwabe et 2 à M. Ludwig. Sur 52 votants, 44 voix appellent M. Stokes à la succession de M. Angstrom. M. Tyndall reçoit 4 suffrages et M. Edlung 2. Il y a 2 billets blancs.
- Rôle thérapeutique des alcalins. — M. Boulay présente à l’Académie un ouvrage du docteur Souligoux, l’un de nos médecins les plus connus de Vichy. Dans ce livre qui a pour titre : Élude sur les alcalins, de leur action physiologique sur les phénomènes de nutrition et de leur application thérapeutique, l’auteur s’efforce d’expliquer l’action bienfaisante des alcalins dans toutes les affections traitées à Vichy.
- « Nous avons cherché la cause, dit le docteur Souligoux dans sa préface, ne la confondant jamais avec l’ef-fet, nous avons mis à contribution la physiologie, l’anatomie normale et pathologique, l’observation et le raisonnement, et c’est fort de leur appui que nous nous sommes décidé à soumettre notre théorie au jugement de nos confrères. »
- M. Bouley demande que le livre du docteur Souligoux soit renvoyé à la commission du prix Montyon de médecine et chirurgie.
- Passage de Mercure. — C’est avec le plus vif intérêt qu’on entend M. l’amiral Serres donner lecture d’un premier rapport sur la mission dont il a été chargé récemment dans l’Amérique du Sud à l’occasion du passage de Mercure. Il nous est d’ailleurs impossible d’après une simple audition de donner une idée de ce travail considérable.
- Acoustique et optique des salles de réunion. — C'est sous ce titre que M. Th. Lachèz, architecte, présente, par l’intermédiaire de M. Janssen, une nouvelle édition d’un ouvrage paru d’abord en 1848. C’est une élude tout à fait scientifique où sont réunis les faits propres à indiquer les meilleures dispositions à adopter dans la construction des édifices où l’on veut le mieux voir et le mieux entendre. L’auteur, successivement ami et collaborateur des deux Savait, a découvert une courbe, qu’il appelle audito-visuelle et qui est la plus convenable au double point de vue acoustique et optique pour les gradins des amphithéâtres. Elle a été appliquée aux quatre principales salles de cours du Collège de France ainsi qu’à diverses parties de l’École militaire de Saint-Cyr.
- Stanislas Meunier.
- EXPOSITION ANTHROPOLOGIQUE
- DE MOSCOU.
- Une magnifique Exposition d’anthropologie s’est ouverte à Moscou le mardi 5/15 avril dernier. Nous recevons sur cet événement scientifique des détails qui montrent assez les progrès que cette science ne cesse de faire dans l’opinion publique de toutes les nations de l’Europe.
- Il est vrai d’ajouter qu'aucun pays, peut-être, ne pouvait trouver sur son territoire des éléments anthropologiques aussi variés. Dans la seule Russie d’Europe vivent une quarantaine de peuples distincts par la langue. Les races les plus diverses, Slaves, Allemands, Lettons, Finnois, Turcs, Kalmouks, Lapons, qui appartiennent à des familles absolument distinctes, contribuent à cette mosaïque de nations qui constitue l’empire russe en Europe. Mais si on traverse l'Oural, quelle variété nouvelle s’offre aux yeux de l’anthropologiste, surtout depuis les dernières conquêtes 1
- Les savants russes ont le mérite d’avoir compris l’intérêt de l’étude qui se trouve ainsi à leur portée. Déjà l’année dernière, ils avaient fait à l’Exposition des sciences anthropologiques du Trocadéro un envoi modeste, mais intéressant à plusieurs égards. Les visiteurs de ce vaste pavillon n’ont peut-être pas oublié les poupées costumées, les modèles de Kour-ganes et surtout les grandes statues de pierre grossièrement taillées qui s’y trouvaient représentées.
- C’est la Société des Amis des sciences naturelles de Moscou qui adressait à Paris ces envois pittoresques. C’est elle aussi qui a organisé l'Exposition de Moscou, mais elle lui a donné des proportions dont nous allons essayer de donner une idée.
- L’Exposition a lieu dans un local très vaste, car c’est là que les soldats font l’exercice en hiver. Le ministre de la guerre a prêté cet immense bâtiment à la Société des Amis de la nature.
- Disposant d’un vaste manège, cette Société n’a pas ménagé la place, et elle a pu s’appliquer tant qu’elle l’a voulu à rendre son Exposition pittoresque et frappante pour les yeux. Elle a fait disposer des éminences de terre de façon à figurer de petites montagnes et de petites vallées disposées avec goût; dans chacune d’elles croît une végétation appropriée aux habitants qu’on lui attribue. Voici, par exemple, la vallée des âges géologiques : on y a planté des lycopodes, des fougères gigantesques et autres plantes appartenant à l’ancienne flore de l’Europe. Dans ces forêts primitives, on rencontre des fac-similé des principaux animaux fossiles : mégathérium, mammouth, ichthyosaure, etc., tandis qu’un peu plus loin on figure la grotte de l’hyène antique. On voit que la partie géologique a été l’objet de soins particuliers; pour plus de clarté, une montagne artificielle présente d’une façon schématique la superposition des différents terrains. Mais quelque lu-
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- mière que la géologie prête à la préhistoire, il faut reconnaître que cela n’est pas de l’anthropologie; en Russie moins qu'ailleurs, puisqu’on admet que pendant la dernière époque géologique, la moitié septentrionale de ce pays était plongée sous l’Océan Glacial, et qu’en tout cas l'homme n’y vivait pas.
- La partie préhistorique est d’ailleurs très soignée : on y montre le résultat de la fouille des tumuli qui couvrent la Russie, etc. Quelquefois (mais rarement), on a rappelé le résultat des fouilles archéologiques dans d’autres pays : ainsi on voit marqués sur notre plan le fac-similé d’un dolmen danois et celui d’un dolmen de notre Bretagne.
- L’anthropologie contemporaine et notamment l’ethnographie occupent une place importante à l’Exposition russe. Par exemple, on a prodigué les
- mannequins représentant divers types de races humaines. Nous devons encore citer l’Exposition organisée par M. Pacrowsky : elle montre, soit par des estampes, soit par des objets réels, les diverses manières d’élever les enfants (mode d'emmaillote-ment, berceaux, etc.), employés chez les différents peuples.
- A côté de l’étude des mœurs, les Russes ont consacré une large place à l’étude anatomique de l’homme. Ils ont réuni 1200 à 1500 crânes de provenances diverses et un certain nombre de squelettes complets.
- Quoiqu’on puisse reprocher à l’Exposition d’anthropologie de Moscou d'être un peu trop exclusivement russe, et d’avoir négligé plusieurs parties de la science anthropologique (notamment la démogra-
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- Plan de l’Exposition anthropologique de Moscou.
- 5. Grotte de l’entrée. — 4. Collections géologiques.— 5. Age de pierre.— 6. Crânes, armes, parures provenant des tumuli.— 7. Mammouth. — 8. Mégathérium. — 9. Plantes fossiles. — 10. Grotte de la hyène. — 11. Ichthyosaure. — 12. Dolmen danois. — 13. Objets relatifs à l’éducation primitive de l’enfant. — 14. Mannequins d’Océaniens. — 15. Mannequins de Lapons. — 16. Mannequins de Samoyèdes. — 17. Mannequins de Tsiganes de Moscou. — 18. Tombeau de Samarkand (Turkestan), — 19. Mannequin de l’homme-chien. — 20. Mannequin de la Vénus Hottentote. — 21. Mannequin d’un homme tatoué. — 22. Tartares de Kazan. — 23. Plésiosaures. — 24. — Grotte du lion. — 25. Grotte de l’ours. — 26. a. Objets concernant le culte religieux. b. Exposition du Musée de Leipzig, c. Comité de statistique, d. Exposition de la Société de géographie de Saint-Pétersbourg, e. Exposition de M. Terechtchenry. f. Cabinet du président de la commission. — 26. Bibliothèque et atelier. — 27. Cabinet de l’administrateur. — 28. Bureau. — 29. Salle des séances. — 30. Entrepôt. — 31. Water closet — 32. Cabinet des délégués. — 33. Cabinet des journalistes. 34. Cabinet du médecin de service. — 40. Dolmen du Caucase. — 41. Collections du Caucase. — 42. Tumulus de Moscou. — 43. Objets provenant des tumuli de Moscou. — 44. Dolmen de Bretagne. — M. Au premier étage. Collections crâniomètriques et photographies. — D. Passage sous les rochers.
- phie), c’est en somme une grande et belle entreprise qui fait le plus grand honneur à la Société qui l’a entreprise, et notamment à son président, M. le professeur Bogdanow. Elle jouit en Russie de la plus grande popularité, et la preuve c’est qu’en une semaine elle a fait une recette de 14000 roubles1.
- Est-il besoin de dire que l’Exposition s’est ouverte par un banquet dans lequel on a porté des tostes à tous les anthropologistes présents, passés et à venir? La Société d’anthropologie de Paris qui y était représentée par son délégué, M. le docteur Arthur Ghervin, a été l’objet d’ovations toutes particulières; on a applaudi les noms des maîtres de l’école française, politesse à laquelle M. Ghervin a éloquemment répondu.
- 1 Le rouble vaut nominalement 4 fr. La valeur réelle varie avec le change. — Il convient d’ajouter que, depuis, ce beau zèle s’est fortement ralenti.
- Mais c’est au mois d’août prochain qu’auront lieu les fêtes destinées à célébrer l’Exposition d’anthropologie de Moscou. MM. Broca, Topinard, de Mor-tillet, etc., y prendront une part active. Un Congrès international aura lieu à cette occasion.
- Déjà, les Russes se sont livrés à un essai de Congrès le 13/25 avril dernier; même M. Ghervin, délégué français, a été appelé à le présider. Nous n’oserons pas dire, malgré son talent, qu’il se soit montré un président bien remarquable, car tous les orateurs parlaient en russe. Heureusement les réunions scientifiques sont rarement tumultueuses, et la présidence devient facilement une sinécure honorifique.
- Jacques Bertillon.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 516. — 21 JUIN 1879.
- LA NATURE.
- 53
- « L’AMIRAL-DUPERRE »
- NAVIRE CUIRASSÉ DE PREMIER RANG.
- Ce bâtiment qu’achèvent en ce moment les forges et chantiers de la Méditerranée, à la Seyne, sera un
- des plus puissants navires de notre marine militaire. Sa longueur, de perpendiculaire en perpendiculaire, atteindra 97m,50 ; sa largeur, au pont et hors cuirasse, 20m,40; la hauteur du livet du pont au-dessus du dessous de la quille : 8m,08 à l’avant, 8'",58 au milieu, et 8m,68 à l’arrière. La profondeur
- 1 == • = =
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- Le nouveau cuirassé français l'Amiral-Duperré, avec le détail des tourelles.
- de la carène du dessous de la quille à la flottaison moyenne en charge aura 7m,85 ; le tirant d’eau 7m,85, son déplacement 40 487 tonneaux.
- La coque est construite dans le bracket System, comme dirait un architecte naval, et le cuirassement s’éten l non seulement aux flancs du bateau et sur
- 7e année. — 2e semestre.
- le pont, mais à l’entourage de la cheminée, aux passages de circulation, aux tourelles et au faux-pont supérieur.
- La cuirasse des flancs est formée de plaques de 55 à 40 centimètres d’épaisseur; celles de l’entourage de la cheminée, des passages et des tou-5
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- LA NATURE.
- relies, de plaques de 500 millimètres; celles du pont, de plaques de 60 millimètres d’épaisseur, larges de lm,20 à 1m,50 et longues de 7 mètres. Les passages des projectiles sont constitués avec des tôles de 20 millimètres superposées de manière à former une épaisseur totale de 100 millimètres.
- L'appareil moteur se compose : 1° de deux machines principales indépendantes du système dit à pilon, actionnant chacune une hélice spéciale ; 2° de deux machines auxiliaires pour le fonctionnement des pompes de circulation d’eau dans les condenseurs, dont une par chaque groupe de machines principales. La puissance normale des machines principales sera de 5000 à 4000 chevaux.
- Le nom donné au navire est l’un des plus célèbres parmi ceux dont s’honore notre marine. Duperré y entra en 1/91 comme sous-chef de timonerie. De celte époque jusqu’à la chute de l’empire, sa vie n’a été qu un glorieux combat. La patrie, d’ailleurs, ne s est pas montrée ingrate. Nommé contre-amiral, commandeur de la Légion d’honneur et baron par Napoléon, la Restauration en fit un vice-amiral et un pair de France, Louis-Philippe un amiral et un ministre de la marine. C’est lui, on s’en souvient, qui commandait les six cents navires qui jetèrent sur la côte d’Afrique les trente-sept mille hommes du général Bourmont. Quand il mourut, en 1846,1e gouvernement et les Chambres décidèrent que scs funérailles seraient faites aux frais de l’État et ses restes déposés aux Invalides, que sa statue serait placée au musée de Versailles et que sa veuve jouirait dune pension de 12 000 francs réversibles à son décès sur ses trois enfants. L’un de ceux-ci est aujourd’hui contre-amiral. L. R.
- ASCENSION DU VOLCAN D’AGUA
- (Volcan d’eau)
- DANS LE CENTRE AMÉRIQUE.
- Je suis parti de Guatemala le 16 février 1879, avec ma femme, M. Graham, chargé d’affaires de Sa Majesté Britannique et un jeune ofticier, M. Gaillarde, capitaine aide de camp du président Barrios.
- Le surlendemain, après une nuit de repos, nous nous mettons en route, escortés de vingt Indiens qui nous accompagnent.
- A onze heures et demie, nous faisons notre entrée dans la ville d’Antigua qui, malheureuse victime d’un tremblement de terre, ne s est jamais relevée de ses ruines depuis 1 773. Nous avons trouvé là des provisions que nous avions commandées d'avance, des chevaux et de nouveaux compagnons, un Français, M. Coupé de Mezerville et un brave lieutenant Guatémalien, chargé de la surveillance des bourgs des Indiens de Santa Maria et de San Pedro. A deux heures, nous sommes montés à cheval, nous dirigeant vers Santa Maria; jusqu'à San Juan dej Obispo, on suit la vallée de l Antigua qui est couverte de plantations de café et de maïs. On commence alors à monter par un chemin entièrement entaillé dans de puis
- sants amas de cendre et de lapille (gravier de lave) dont les nombreuses couches marquent les anciennes éruptions du volcan. A quatre heures, nous avons aperçu les rau-chos de Santa Maria, gros bourg habité entièrement par des Indiens Cakchiquels parlant la langue populuka. Le petit plateau sur lequel ils ont établi leur demeure (à 2081 mètres d’altitude) relie du côté du nord les peuples du volcan aux contreforts montagneux limitant la vallée de Guatemala; il est très ondulé et recouvert de dépôts volcaniques utilisés pour la culture du café, du maïs et de la canne à sucre. Ces Indiens, d’après ce que nous a raconté leur officier inspecteur, sont intelligents, laborieux, honnêtes, de mœurs douces et paisibles, mais très enclins à l’ivrognerie.
- Dès que notre présence fut signalée, un grand nombre d’entre eux, hommes, femmes et enfants, accoururent au-devant de nous, et nous accompagnèrent jusqu’à la porte du cabildo (mairie) dont les deux salles, l’une servant de lieu de réunion au conseil municipal, l’autre consacrée à l’école primaire, furent gracieusement mises à notre disposition par l’alcade de la localité et nous ne tardâmes pas, au milieu de la plus franche gaieté, à oublier les fatigues de cette première journée. A trois heures et demie, la caravane s’ébranla, dirigée par un tambour, un fifre et un porte-lanterne; vingt indiens fermaient la marche. La nuit était assez noire, quoique étoilée, l’air était obscurci par des vapeurs froides qui couvraient la plaine après avoir dépassé les maisons du bourg, nous abordâmes les flancs du cône dont l’inclinaison nous permit de cheminer assez facilement quoique lentement. Prenant alors nos montures par la bride, nous suivons le sentier qui nous conduit à cette clairière nommée la Crux (la Croix) et où nous arrivons à 5 heures 15 minutes. Le thermomètre marquait 5°,80; nous étions à une hauteur de 2580 mètres. Afin de nous garantir du froid qui se faisait sentir vivement, les Indiens allument un grand feu, et assis tout autour nous attendons patiemment le jour. A 5 heures 35, nous nous remettons en route, en laissant nos chevaux à la garde de quelques Indiens et nous pénétrons dans la forêt par un sentier d’une inclinaison de 28 à 30 degres environ. Après une heure de marche, on entre dans la région des conifères, on touche à la lisière de la forêt qui est à 3035 mètres de hauteur. A partir de cette limite, l’ascension est réellement pénible et difficile. Le sentier est tracé au milieu d’herbes touffues de 40 à 50 centimètres de hauteur, et qui est utilisés par les Indiens pour couvrir leur rancho.
- Les premiers pas se font assez facilement, quoique le sol soit fort glissant à cause de sa nature argileuse; les pentes ne sont encore que de 50 à 35 degrés, mais peu à peu, elles s’accentuent et atteignent jusqu’à 45 degrés, si je ne me trompe. A 3100 mètres, on se détourne à droite et on suit pendant quelque temps le ravin par lequel s’est précipitée l’avalanche d’eau qui, en 1541, a détruit la ville de Ciudad-Vieja. On revient ensuite à gauche et on se dirige directement au nord vers l’échancrure du volcan qui semble s’éloigner à mesure qu’on approche. A partir de 3200 mètres, on rencontre de distance en distance de petits glacières nommées ne-verias creusées dans les parois de la montagne, et dans lesquelles les Indiens conservent la glace qu’ils vendent aux habitants d’Antigua. Un fait de physique assez curieux que nous avons observé, c’est que depuis l’entrée de la forêt jusqu’au volcan, la surface du sol à l’abri des rayons du soleil est recouverte d’une couche de glace de quel-
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- LA NATURE.
- C1
- Ot
- ques millimètres d’épaisseur qui se maintient dans cet état quoi qu’on se trouve fort au-dessous de l’altitude où la température moyenne est de 0°. Un autre fait que l’on constate, c’est à mesure que l’on s’élève, les pins deviennent de plus en plus rabougris et moins nombreux, tous ceux que nous apercevons sont à moitié calcinés, et portent les traces ou de la foudre ou d’un incendie qui, il y a peu de temps, a, pendant la saison sèche, brûlé toutes les herbes qui croissent sur les pentes du volcan. L’aspect de ces pins noirs et sans feuillage, parsemés de 10 en 10 mètres- ne fait qu’ajouter à la tristesse de ce désert qu’on a hâte de traverser. Malheureusement, cette dernière partie de l’ascension est la plus laborieuse; la raréfaction de l’air s’ajoute à l’escarpement de la montagne, on est obligé de monter lentement, pour pouvoir respirer; enfin, après de pénibles efforts, nous atteignons à 7 heures et demie l’échancrure du volcan.
- Le volcan d’Agua a jadis détruit une ville tout entière non point avec des torrents de feu ou de lave, mais avec une avalanche d’eau amassée dans ses flancs. L’historien Juarros a raconté ainsi cette épouvantable catastrophe : « La plus effrayante calamité qui eut encore affligé cette ville infortunée se produisit le 11 septembre 1541 au matin. Il avait plu d’une façon incessante et avec une très grande violence pendant les trois journées précédentes, particulièrement pendant la nuit du 10, où l’eau semblait tomber plutôt comme une cataracte que comme de la pluie. Il est impossible de décrire la fureur du vent, les lueurs perpétuelles des éclairs, les éclats effrayants du tonnerre. Le 11, à 2 heures du matin, les secousses de tremblement de terre étaient si violentes que l’on ne pouvait se tenir debout ; les chocs étaient accompagnés de bruits souterrains qui causaient une épouvante générale. Bientôt après, un immense torrent d’eau se précipita du sommet de la montagne, entraînant avec lui d’énormes quantités de roc et des arbres gigantesques. Il descendit précisément sur la malheureuse ville, détruisant presque toutes les maisons et ensevelissant un grand nombre d’habitants sous ses ruines, entre autres Dona Béatrice de la Cueba, veuve de Pedro Alvarado, l’illustre conquérant. »
- Le cratère qui renfermait celte masse d’eau et qui aujourd’hui est complètement à sec, est à peu près circulaire, ayant la forme d’un entonnoir. Son diamètre au bord supérieur est d’environ de 190 à 200 mètres, et au fond de 95 mètres. Sa profondeur ne dépasse pas 70 mètres au-dessous du point culminant; l’échancrure est à une quinzaine de mètres du fond, sa largeur est de 25 à 30 mètres. Les parois sont composées de roches solides, formant tantôt des murailles continues, tantôt des amoncellements de rochers immenses, elles sont fortement inclinées, surtout à l’est et à l’ouest et parsemées de quelques pins rabougris. Le sol du cratère est uni et composé d’une terre argileuse qui donne naissance à une petite herbe au milieu de laquelle s’élèvent quelques plants d’une myrtacée qui pousse également sur les flancs de la montagne. Au bas de l’échancrure; existent pêle-mêle de gros blocs de roches solides, éboulés du sommet et sur lesquels on remarque plusieurs noms écrits avec les dates de 1550, 1553, etc. En quelques points des parois et du bord supérieur, on y voit des traces manifestes d’une ancienne activité éruptive, qui indiquent, avec les dépôts énormes de déjections ignées accumulées autour du pied de la montagne, que le volcan d’Agua fut autrefois ignivome, seulement il n'existe ni histoire ni tradition de ses éruptions.
- Après avoir visité le fond du cratère, je suis monté
- avec le jeune capitaine guatémalien sur son sommet dont nous avons fait le tour. L’ascension en est assez difficile et même dangereuse. On est obligé d’escalader des blocs de roches, et dans certains endroits le passage est. tellement étroit qu’il faut faire grande attention. Le point culminant est à 3801 mètres d’altitude. MM. Dolfus et de Montferrat ont trouvé 3750 mètres et le Père Cornette 3780 ; Cervantes, 4200. Pour parcourir le circuit supérieur du cratère nous avons mis plus d’une heure. De quel magnifique panorama on jouit du haut de cet observatoire placé par la nature à très peu de distance de la ligne de faîte ! Comme ensemble, la vue embrasse toute la République de Guatemala, une partie de celle du Salvador et s’étend jusqu'à l’Atlantique et au Pacifique dont les immenses nappes bleues se confondent avec l’horizon. Comme détails de cet admirable tableau, unique probablement dans le monde, on remarque d’un côté le volcan de Fuego avec son immense panache de fumée, de l’autre, les vertes campagnes d'Escuintla dont les teintes, en diminuant par degrés insensibles, vont mourir peu à peu dans les flots de l’Océan ; le grand lac d'Ama-titlan dont la teinte verte ressort au milieu des plantations de cannes qui l’entourent; plus loin, les sommets nus et déchirés des provinces de Los Altos, entourant comme d’une couronne le lac pittoresque d’Atitlas ; enfin, barrées au loin par les hautes montagnes de la Vera Paz, les riantes vallées de la Antigua et de Guatemala avec leurs champs de café et de maïs, leurs agglomérations de maisons constituant des villes ou des villages. Au milieu de ces merveilles de la nature, ce qui peine un peu c’est de voir que la main de l’homme n’a à peu près encore rien fait pour en tirer parti.
- P. de Thiersant,
- Chargé d'affaires de France au Guatemala.
- —
- BIBLIOGRAPHIE
- ** ' *
- Le grand ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard par Gaston TISSANDIER. 1 vol. in-8, 3° édit. Paris, G. Masson, 1879.
- Les Colonies anglaises, par II. Blerzy. 1 vol. de la Bibliothèque utile. Paris, Germer Baillière.
- A travers champs. Botanique pour tous. Histoire des principales familles végétales, par Mme J. Breton. I volume in-8 orné de 588 illustrations. Paris, J. Rothschild, 1878.
- Congrès international de météorologie tenu à Paris du 24 au 28 août 1878. 1 vol. in-8. Paris, Imprimerie nationale, 1879.
- Pins indigènes de la Savoie, 1 broch. in-8 avec figures, par le baron de Morogues. Observations sur quelques espèces de chênes du Loiret, 1 brochure in-8 avec figures, par le même, Orléans, 1879. ,
- De la greffe chirurgicale dans ses applications à la thérapeutique des lésions de l'appareil dentaire, par le docteur E. Magitot. 1 brochure in-8. Paris, G. Masson, 1879.
- Voyelles et consonnes, mécanisme de leur prononciation par le docteur A. Chervin, directeur de l’institution des Bègues à Paris. I broch. in-8. Paris, J. B. Baillière et fils, 1879.
- Les reptiles de l'époque permienne aux environs d'An-tun, par Albert GAUDRY. I broch. in-8, Meulan, imprime-rie de la Société géologique de France, 1879.
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- LA NATURE.
- LE VESPÈRE
- OU CAPRICORNE DES VIGNES.
- Depuis que le Phylloxéra a appelé l’attention sur les vignes, on peut dire que l'on découvre continuellement de nouveaux ennemis. Un coléoptère du groupe des Longicornes ou des Capricornes, d’abord regardé comme très rare en France, le Vesperus Xatarti, Mulsant, est depuis peu de temps signalé par milliers dans les vignes de Collioure, Banyuls et Port-Vendres(Pyrénées Orientales). C’est un grand insecte brun avec des élytres translucides d'un gris jaunâtre. Les adultes paraissent en décembre et jan -vier, cachés pendant le jour au pied des souches, essentiellement nocturnes comme l’indique leur nom. Le soir les mâles volent avec un bruissement à la recherche des femelles, incapables de voler, surtout quand elles sont gonflées d’œufs après la fécondation, restant sur le sol ou grimpant aux arbres, s’il ne fait pas de vent. Les femelles pondent, sous les écorces en ex foliation , des œufs allongés , accolés les uns contre les autres en sorte de plaques arbo-risées. Il en sort en avril des larves à pattes très
- 1. Œufs sous une écorce en exfoliation. —2. Larve naissante grossie. — 2a. Grandeur naturelle. — 3. Larve développée. — 4. Nymphe. — 5. Adulte mâle. — 6. Adulte femelle non fécondée. — 7. Femelle après la fécondation.
- courtes, blanchâtres comme toutes les larves souterraines. Elles demeurent trois ans et demi avant de devenir insectes parfaits, cessant de manger par les fortes chaleurs et par les grands froids où elles s’engourdissent. Elles ont deux périodes de grande voracité, du 15 mars au 15 mai environ et du 15 septembre au 15 octobre, dévorant alors les racines des vignes dont elles causent la mort, avec des signes extérieurs tout à fait analogues à ceux qu’amène le phylloxéra. A la troisième année écoulée et après la période d’activité du printemps, la larve s’enfonce profondément en terre et devient nymphe au mois de septembre, dans une coque de terre lisse et arrondie à l’intérieur.
- M. P. Oliver, de Collioure, a le premier appelé l’attention sur ce Longicorne qui n’était jusqu’alors qu’une curiosité entomologique, et ses importantes observations pratiques lui ont valu un prix agrono-
- Moee adSE$
- mique de la Société des agriculteurs de France. Il a employé avantageusement le sulfure de carbone, introduit dans le sol par des trous de pal, comme on le fait à l’égard du Phylloxéra et a pu avec succès détruire par les vapeurs toxiques les larves accrochées aux racines. On en tue aussi beaucoup quand on retourne la terre, lors de la première façon donnée à la vigne au printemps. Enfin on peut profiter, pour se débarrasser du Vespère des vignes, qu’il n’est pas exclusif aux racines des vignes et qu’on rencontre ses larves, dans les garrigues d’alentour, rongeant les racines des cistes, du fenouil, du genet, de l’olivier sauvage et même des plantes herbacées. Si on intercale des légumineuses, comme des haricots, dans les vignes, il suffit ensuite de les arracher vivement pour retirer, avec leurs racines , beaucoup de larves de Vespère. C’est une méthode de traitement pour les cultures intercalaires , absolument impuissante contre le Phylloxéra , parce que celui-ci suce exclusivement les racines de la vigne. Il ne faut pas du reste s’effrayer outre mesure du Vespère. C’est un insecte d’Espagne et de Portugal, à redouter pour l’Algérie, mais qui ne peut subsister en France que sur la lisière espagnole. Le
- froid des hivers et l’humidité fréquente du printemps ne lui permettent pas de vivre dans la grande majorité de nos vignobles.
- M. Oliver a remarqué que les larves du Vespère sont abondantes aux racines des vignes dans le voisinage des arbres, amandiers et surtout figuiers qu’on rencontre souvent plantés dans les vignobles. En effet, ces arbres reçoivent souvent les pontes sur leur écorce et servent de lieu de réunion aux mâles et aux femelles pour la reproduction.
- Il existe dans le Midi de la France quelques autres espèces du Vesperus, ainsi le V. strepens, Fabr., long de 20 millimètres, d’un fauve pâle, avec les élytres d’un jaunâtre pâle, grandes et dépassant l’abdomen chez les mâles, le V. lucidus, Rossi, existant aussi en Algérie, etc.
- Maurice Girard.
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- LA NATURE.
- LA SCINTILLATION DES ÉTOILES
- ET LES PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES.
- Pour une personne regardant le ciel à l’œil nu, . la scintillation, ainsi qu’Arago l’a définie, consiste en des changements fréquents de l’éclat des étoiles, changements qui souvent sont accompagnés de variations de couleurs Ces variations sont loin d’être toujours parfaitement distinctes à l’œil nu. Mais l’observateur les perçoit en grand nombre, avec netteté et un vif éclat, lorsque dirigeant une lunette vers une étoile qui scintille, il imprime à l’instrument de courtes et rapides vibrations : alors l’image de l'étoile décrit, dans le champ de la lunette, une ligne sinueuse qui se fractionne en couleurs des plus brillantes, telles que le rouge , l’orangé, le jaune, le vert, le bleu d’acier et parfois le violet. Au lieu de produire le déplacement de l’image de l’étoile à l’aide de semblables vibrations, qui sont toujours irrégulières, il est beaucoup plus avantageux de déplacer d’une manière régulière et continue, les rayons lumineux eux - mêmes dans la lunette immobile. Tel est l’effet qui est obtenu à l’aide du scin-tillomètre imaginé par M. Montigny, membre de l’Académie de Belgique, dont nous résumerons ici les principaux travaux sur la scintillation.
- Cet instrument qui est adapté à une lunette de Secretan, de 77 millimè
- Scintillomètre de M. Montigny.
- tres d’ouverture et supportant un grossissement | de 85, se compose essentiellement (nos 1 et 2) d’une lame de verre circulaire C, de 47 millimètres de diamètre et de 6mm,4 d’épaisseur, qui est montée obliquement, sous un angle de 17° environ, sur un axe de rotation I, très près et en avant de l’oculaire de la lunette. Dans cette position, la lame doit être constamment traversée par le fais-ceau de rayons convergeant vers l’oculaire dans sa révolution autour de l’axe de rotation, qui est parallèle à l’axe optique de la lunette, et n’en est éloigné que de 22 millimètres. Une ouverture percée au centre de la lame, permet d’y sertir un anneau de cuivre à travers lequel passe l’axe de rotation I, comme on le voit sur la figure (n° 2). A la partie où il traverse l’ouverture sont fixés sur cet axe deux pivots (l’un est vu en b) perpendiculairement à celui-ci; leurs extrémités pénètrent
- 1
- dans deux petites ouvertures pratiquées à la face intérieure de l’anneau enchâssé dans l’ouverture centrale. De cette manière, l’inclinaison de la lame par rapport à son axe de rotation est réglée à l’aide de la vis de pression c, qui est taraudée à l’extrémité de la petite pièce de cuivre d fixée perpendiculairement à la longueur de l’axe. Une lame e formant ressort presse légèrement le disque de verre en sens opposé à la vis, de façon à la faire appuyer contre sa pointe, sous une inclinaison constante.
- La lame est mise en rotation par un mécanisme D (n° 1) qui est adapté en dehors du corps de la lunette sur le tube porte-oculaire B. Dans le dessin ce tube est ouvert latéralement, afin de laisser voir les détails de la disposition. La rapidité du mouvement du mécanisme est réglée à l’aide d’un frein, ou mieux par la direction plus ou moins oblique que l’on donne à volonté aux ailettes du volant du mécanisme. Pour que la transmission de mouvement à la lame de verre conserve une régularité constante, elle a lieu à l’aide d’un fil élastique sans fin qui passe dans la gorge de la poulie II (n° 2) montée sur l’axe de rotation de la lame. Cet axe est en outre muni d’un pignon placé près de cette poulie et qui communique le mouvement à un système de deux roues dentées constituant un second mécanisme E (n° 1), dont la vitesse de rotation déterminée par la révo
- lution d’une aiguille sur un cadran, permet de calculer exactement le nombre de révolutions accomplies par la lame en une seconde. Pour le scin-tillomètre que M. Montigny a construit lui-même, ces nombres de révolutions en une seconde sont respectivement de cinq et de deux et demi, selon que la scintillation est forte ou faible.
- Il résulte de la disposition décrite et de l’effet du phénomène connu en physique sous le nom de déplacement latéral, et par lequel un rayon R est transporté parallèlement à lui-même suivant R’ (n° 2), après son passage à travers la lame inclinée, que, quand le disque tourne autour de son axe I, l’image d’une étoile vers laquelle la lunette est dirigée décrit un cercle parfait mn dans son champ. Si l’étoile n’éprouve aucun changement, la circonférence décrite forme un trait continu présentant la teinte de l’étoile. Mais, si celle-ci scintille,
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- cette circonférence est partagée en arcs de couleurs différentes et des plus vives, qui changent continuellement.
- Afin d’énumérer le plus exactement possible ces arcs colorés, si fugitifs, M. Montigny a adapté en F (n° 1) au foyer de la lentille, placée derrière l’œilleton de l’oculaire, un micromètre spécial, qui est représenté n08 3 et 4. Il est composé de trois fils fins, croisés diamétralement, de manière à présenter, dans le champ de l’instrument, quatre secteurs égaux, opposés deux à deux, et valant chacun un seizième de cet espace circulaire. Ce micromètre étant convenablement éclairé à chaque observation, son centre est amené en coïncidence, soit avec le centre de la circonférence décrite par l’image de l’étoile scintillante, soit en un point de cette circonférence. Dans la première position (n° 3), le nombre de couleurs qui apparaissent, à un instant donné, sur l’arc compris entre les deux fils limitant le secteur, indique évidemment le nombre de couleurs qui fractionnent le seizième de la circonférence, laquelle présente des arcs colorés semblables sur toute son étendue dans la seconde position (n° 4), la moitié du nombre des colorations comprises entre les fils du secteur indique la quantité de changements de couleurs qui correspondent à un seizième du contour circulaire. En combinant le nombre des arcs colorés qui sont étalés sur le contour circulaire, avec la vitesse du mouvement révolutif que le mécanisme imprime à la lame de verre, on calcule le nombre de changements de couleurs que l’image de l’astre scintillant éprouve, en une seconde de temps, dans la lunette télesco-pique'.
- Le résultat numérique ainsi obtenu indique évidemment Vintensité de la scintillation de l’étoile, à la hauteur au-dessus de l’horizon où on l’observe, hauteur que l’on détermine immédiatement au moyen du petit cercle divisé G, muni de son alidade èt d’un niveau à bulle d’air, qui est adapté à la lunette. Telle est la signification qu’il faut attacher aux valeurs numériques qui figurent dans les travaux que M. Montigny poursuit depuis plusieurs années.
- Trois causes font varier l’intensité de la scintillation, ce sont : l’élévation de l’étoile, la nature de. sa lumière propre et l’état de l’atmosphère.
- L’observation a montré que le même soir, c’est-à-dire sous l’influence de conditions atmosphériques variant peu, l’intensité de la scintillation d’une étoile diminue à mesure qu’elle s’élève au-dessus de l’horizon. Une loi trouvée par M. Dufour, de Morges, permet de convertir l’intensité absolue mesurée à une hauteur donnée, en une intensité relative qui. est celle que la même étoile eût accusée si elle avait été observée à une hauteur choisie, à 30° par exemple, au-dessus de l’horizon. C’est à cette hauteur, ou à 60° de distance zénithale, queM. Mon-
- 1 Bulletin de l’Académie de Belgique, 2e série, t. XVII.
- tigny rapporte l’intensité de la scintillation des étoiles qu’il observe.
- L’influence de la lumière des étoiles a été précisée par les recherches de M. Dufour et par celles de M. Montigny, toutefois à deux points de vue distincts. Le premier a établi que, toutes choses égales d’ailleurs, les étoiles rouges scintillent moins que les étoiles blanches, et il ajouta qu’en outre il y a entre la scintillation des étoiles des différences essentielles qui paraissent provenir des étoiles elles-mêmes. De son côté, M. Montigny a montré, depuis lors, à l’aide de nombreuses observations poursuivies avec toute l’exactitude que comporte l’emploi de son scintillomètre, qu’il faut attribuer les différences numériques qui caractérisent les intensités respectives de la scintillation des étoiles à la constitution de la lumière propre de chaque étoile, laquelle varie en général d’un astre à l’autre, même à égalité de couleur apparente, ainsi que l’analyse spectrale nous l’apprend. M. Montigny a déduit de l’ensemble de toutes ses observations cette conclusion importante :
- Les étoiles dont les spectres sont caractérisés par des bandes obscures et des raies noires scintillent moins que les étoiles à raies spectrales fines et nombreuses, et beaucoup moins que celles dont les spectres ne présentent que quelques raies principales.
- M. Montigny attribue ces différences aux rayons marquants correspondant aux raies et aux bandes obscures des spectres stellaires, lesquels font défaut selon le nombre et la largeur de celles-ci, dans les faisceaux de rayons de couleurs différentes provenant de la même étoile, qui traversent des régions distinctes de l’atmosphère, avant de se réunir dans l’œil ou dans la lunette de l’observateur.
- M. Montigny a mis à profit ses observations, qui, commencées en 1870, comprenaient plus de six cents soirées avant la fin de l’année dernière, pour étudier les influences des phénomènes météorologiques sur la scintillation, en mettant en rapport l’intensité moyenne de la scintillation des étoiles observées, avec les données concernant ces phénomènes relevées à l’Observatoire de Bruxelles, à chacune de ses soirées d’observation 1.
- Il a d’abord remarqué que le trait circulaire décrit par les images des étoiles présente des différences caractéristiques, selon l’état du ciel, dans la lunette, de 8 centimètres d’ouverture, à laquelle son scintillomètre est adapté. L’atmosphère est-elle calme, le trait est étroit et nettement limité; il est dit réyulier. Sous l’influence de la pluie, il devient moins net, plus épais, diffus. Quand l’atmosphère est troublée, le trait devient très irrégulier et souvent franyé. Enfin, sous l'influence d’une bourrasque, il est pointillé ou bien il est caractérisé par des rétrécissements plus ou moins marqués, espacés sur son contour ; le trait est dit alors perlé.
- 1 Bulletin de l'Académie de Belgique, 2e série, t. XXXVII et XXXVIII, et t. XLII et XLVI.
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- M. Montignya constaté que, parmi les influences qui affectent le plus de scintillation, celle de la pluie est tout à fait prépondérante. Résumons ici ses conclusions les plus importantes.
- En toute saison, la scintillation est notablement plus marquée sous l’influence de la pluie que sous celle de la sécheresse. Elle est beaucoup plus forte en hiver qu’en été et particulièrement en janvier et en février. C’est en juin et juillet qu’elle est la plus faible.
- L’intensité de la scintillation augmente progressivement aux approches de la pluie, et surtout pendant les jours de pluie ; puis elle diminue quand la pluie cesse.
- Quand il pleut le jour de l’observation, le lendemain et le surlendemain la scintillation est notablement plus forte. S’il ne pleut que pendant un seul de ces trois jours, elle est plus marquée quand la pluie survient le jour de l’observation.
- L’intensité du phénomène augmente très fort à l’approche des bourrasques, de manière à atteindre un maximum quand ces grands troubles atmosphériques passent aù voisinage de Bruxelles. Mais à mesure qu’ils s’en éloigne, la scintillation diminue.
- La température de l’air exerce une influence marquée sur l’intensité et les caractères de la scintillation qui se révèle particulièrement pendant les périodes de sécheresse. Quand la température s’abaisse, particulièrement en hiver, la scintillation est forte et les couleurs présentent un vif éclat. Lorsqu’elle s’élève, son intensité diminue et les couleurs perdent beaucoup de leur vivacité, surtout en été.
- La scintillation est influencée par le degré d’humidité de l’air ; elle varie dans le même sens que cette humidité, autant dans les périodes de sécheresse que sous l’influence de la pluie. Elle s’accroît aussi sous l’influence des brouillards, mais pour le cas où ce phénomène survient dans la soirée de l’observation et après celle-ci.
- La neige augmente par elle-même, c’est-à-dire abstraction faite de l’influence du froid, l’intensité de la scintillation. La présence de la multitude de petits cristaux éparpillés dans les régions supérieures de l’air, et dont le groupement donne lieu à la formation de la neige, suffit pour que nous nous expliquions cet accroissement.
- M. Montigny a montré également, à l’aide de tableaux détaillés, que la scintillation est affectée par la direction et la force du vent, et qu’enfin les aurores boréales exercent une influence considérable sur ce phénomène. Il attribue cette dernière influence à un abaissement de température coïncidant avec l’apparition de ces météores.
- M. Montigny a déduit de l'ensemble des recherches que nous venons de résumer cette conclusion importante :
- C'est la présence de l'eau en quantité plus ou moins grande dans l'atmosphère qui exerce l'influence la plus marquée sur la scintillation et qui en modifie le plus les caractères selon cette quan
- tité, soit quand l'eau se trouve dissoute en vapeur dans l'air, soit quand elle tombe au niveau du sol à l'état liquide ou à l'état solide sous forme de neige.
- Gaston TISSANDIER.
- SANTORIN ET SES ÉRUPTIONS
- Au moment où l’Etna fait jaillir des torrents de laves, de fumées et de cendres, il nous paraît intéressant de parler avec quelques détails des phénomènes volcaniques, qui se trouvent être à l’ordre du jour. Nous le ferons en mettant à profit le remarquable travail que M. Fouqué vient de publier sur l’île de Santorin1.
- Les phénomènes naturels se montrent d’autant plus dignes d’admiration qu’on les soumet plus rigoureusement aux sévères procédés d’investigation de la science moderne. Plus ces phénomènes sont grandioses, plus ils semblaient, par leur violence et leur désordre apparent, échapper à toute loi, plus l’esprit qui les étudie éprouve de charme lorsqu'il découvre la trace de leur enchaînement et la série des causes qui ont présidé à leur manifestation. Ace titre, rien d’intéressant comme la monographie d’un volcan. Tel est le sentiment que l’on éprouve en lisant le récent ouvrage de M. Fouqué sur le volcan de Santorin.
- La portion ancienne de l’archipel Santoriniote, celle dont la formation est antérieure à l’histoire, se compose de trois îles d’inégale étendue, appelées Théra, Thérasia et Aspronisi. Théra a la forme d’un fer à cheval, dont Thérasia et Aspronisi obstruent en grande partie l’ouverture. Entre ces îles s’étend une baie de 10 kilomètres de diamètre. Lorsqu’on pénètre en bateau dans l’intérieur de cette enceinte, après avoir franchi l’un des étroits canaux qui la séparent de la pleine mer, on se voit de toutes parts entouré de falaises à pic de plusieurs centaines de mètres de hauteur. L’aspect de ces escarpements frappe d’autant plus vivement la vue, qu’ils sont teintés de couleurs étranges dues à la nature des matériaux divers dont ils sont composés. Ici apparaît un massif de schistes métamorphiques coloré en vert-clair; là s’étendent de longues bandes de scories et de cendres volcaniques, les unes d’un rouge sombre, les autres douées de teintes brunâtres; plus loin des coulées de lave d’un noir foncé séparées par des lits minces de scories se superposent en très grand nombre. Une couche de ponce d’un blanc éclatant, épaisse d’une trentaine de mètres couronne les crêtes et fait ressortir les colorations sinistres des roches sous-jacentes. Çà et là se montrent en coupe les filons par lesquels la lave s’est épanchée au dehors.
- Les sondages qui ont été effectués dans la baie
- 1 Santorin et ses éruptions, par M. F. Fouqué, professeur au Collège de France, 1 vol, in-4. Librairie Masson, 1879,
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- y ont révélé partout une profondeur moyenne de trois à quatre cents mètres. De tous côtés, la verti-
- calité des falaises est aussi prononcée au-dessous de la surface de la mer qu’elle est visible au-dessus.
- Aspect des Kaménis (Santorin) avant l’éruption de 1866. Vue prise de Phira. •
- En somme, la baie n’est qu’une immense cavité, | une sorte de chaudière creusée jadis dans un épou-
- Aspect du phénomène volcanique en mars 1866.
- vantable cataclysme. C'est au milieu de cet espace | que les feux souterrains continuent encore de mam-
- En mai 1866.
- fester leur action. Depuis le commencement de l’ère chrétienne, des éruptions volcaniques répétées y ont
- fait surgir des monticules de lave de forme conique, dont deux sont actuellement sous-marins, tandis que
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- les autres dressent leur cime au-dessus des îlots. Ces derniers, au nombre de trois, constituent des 'dots désignés sous le nom de Kaménis (brûlés).
- Théra et Thérasia sont habitées par une nombreuse population. Il y existe de gros villages et deux petites villes de pluieurs milliers d’habitants.
- Aspect du phénomène en février 1867.
- Ces îles, abruptes du côté de la baie, s’inclinent en I ment revêtues de ponce. La vigne prospère admira-pente douce vers l’intérieur. Elles sont uniforme- | blement dans ce sol meuble et riche en éléments
- Arès l’éruption. (D'après les observalions de M. Fouqué.)
- alcalins ; elle fournit un vin excellent dont l’exportation fait l’objet d’un important commerce. Il n’existe guère d’autre culture. Dans tout l’archipel santoriniote on ne découvre pas un ruisseau, pas
- une source. Je n’y ai vu qu’un seul arbre, un palmier, planté à la porte d’une habitation. Les maisons sont entièrement construites en béton ponceux. Le climat est d’une grande sécheresse. Il pleut une
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- ou deux fois chaque année et l’eau est recueillie avec soin dans de nombreuses citernes. En dehors de l’eau et du vin, tout ce qui sert à l’alimentation est apporté du dehors. Il en est de même à plus forte raison pour les objets servant au vêtement ou aux usages domestiques.
- Les Kaménis sont entièrement stériles; chacun de ces îlots n’est qu’un amas de scories, de cendres et de blocs de lave incohérents. Le plus anciennement formé, Palaea Kaméni, a été produit par une éruption 496 ans avant l’ère chrétienne; un second, Micra Kaméni, a surgi en 1570; enfin le troisième, Néa Kaméni, est le résultat d’une éruption survenue en 1707. Ce dernier îlot est dominé par un cône creusé d’un cratère et élevé d’environ 100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Une petite anse située sur son rivage méridional était naguère le siège d’émanations acides, dernier reste des effluves suffocantes qui avaient signalé l’éruption de 1707; elle recevait fréquemment la visite de navires qui venaient y stationner quelques jours pour se débarrasser des animaux marins attachés à leur doublage. C’est en ce lieu qu’une éruption nouvelle s’est manifestée en 1866 et s’est ensuite prolongée durant quatre ans. (Voyez les gravures.)
- Des phénomènes variés ont signalé l’action re naissante des feux souterrains. Les débuts ont été tranquilles ; des blocs de lave à peine tièdes émergeaient des eaux de la mer, s’entassant sur place et semblant foisonner. Tout alentour le sol s’affaissait lentement. Une portion de Néa Kaméni s’enfoncait sous les eaux et un monticule de blocs de lave s’élevait peu à peu. Bientôt, cependant, ces roches de formation nouvelle s’échauffaient et atteignaient la température de l’incandescence. Des gaz combustibles se dégageaient par torrents de tous leurs interstices. Enfin survenaient d’épouvantables explosions. Les blocs incandescents projetés faisaient plusieurs victimes et coulaient à fond des navires ancrés dans le voisinage du volcan. En définitive, les projections accumulées et les laves épanchées, après avoir comblé une certaine portion de la baie, ont donné naissance à un cône, élevé de 126 mètres au-dessus du niveau de la mer et creusé de plusieurs bouches cratéri formes. Néa Kaméni s’est agrandi d’une étendue de 40 hectares.
- L’étude des laves de la récente éruption conduit à des données nouvelles sur la constitution minéralogique de ces roches. Ces laves ont une composition essentiellement différente de celle des produits analogues du Vésuve et de l’Etna. Elles se rapprochent à beaucoup d’égards des produits volcaniques anciens, riches en silice, et fournit des documents positifs sur la genèse de ceux-ci. On peut maintenant se faire idée rationnelle des conditions géologiques qui ont présidé à l’émission des anciens trachytes.
- L’examen des sources d’eau chaude, abondantes au pied du volcan, a éclairé certaines particularités de la circulation des eaux souterraines. On a vu
- comment l’eau de la mer pénétrait dans les profondeurs du sol et en ressortait ensuite à haute température, à un niveau plus élevé que celui de l’orifice d’entrée.
- Enfin, l’analyse des gaz dégagés a démontré catégoriquement la présence des flammes dans les volcans en activité; elle a justifié ainsi une opinion accréditée dans le public, mais niée jusqu’à présent par les géologues.
- L’étude de l’ancien sol de Santorin n’a pas été moins fructueuse. L’examen microscopique des roches qui en composent le sol, l’analyse chimique et l’observation optiques des minéraux qui en sont les éléments intégrants ont procuré des renseignements nouveaux sur ces matériaux si divers. La connaissance des roches a pris dans ces derniers temps un grand essor. Le travail de M. Fouqué est dirigé dans cette voie de progrès et en élargit la trace.
- L’histoire de l’ancien sol de Santorin est extrêmement curieux. Une théorie célèbre, la Théorie des cratères de soulèvement, l’expliquait jadis d’une façon simple, mais peu exacte. Les phénomènes qui ont engendré cet ancien sol sont très complexes, cependant leur succession nettement éclairée par les observations stratigraphiques n’en est, pour ainsi dire, que plus intéressante. Près d’un massif de roches métamorphiques, on voit, à la fin de l’époque pléocène, s’accumuler d’abord des produits d’éruptions sous-marines. Un soulèvement régional émerge ces dépôts. Des éruptions subaëriennes projettent d’immenses quantités de cendres et de scories; puis des coulées de laves s’épanchent en grand nombre. Il en résulte une montagne volcanique, un grand cône central, hérissé sur ses flancs de cônes parasites. Ce massif est habité par une population industrieuse et douée d’instincts artistiques. C'est alors que survient une épouvantable catastrophe.
- Un effondrement brusque creuse un abîme au centre même du massif, des explosions d’une immense intensité vomissent la couche de ponce qui revêt Santorin comme d’un linceul, la mer pénètre au cœur même du volcan et la baie prend naissance avec sa configuration actuelle.
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- POPULATION DE LA VILLE DE LONDRES
- Londres est la ville la plus peuplée du monde. Sa population est de plus de trois millions et demi d’habitants, ou, si nous ajoutons la population des faubourgs, de quatre millions et demi. Cette population égale celle de vingt-deux autres grandes villes prises ensemble dans le Royaume-Uni . Elle égale presque celle de Paris, Vienne et Berlin réunis; ou, en y comprenant ses faubourgs, elle égale la population des capitales de la France, de la Prusse, de l’Au-triche et de la Russie. La superficie de cette grande cité est de 122 milles carrés, soit un carré ayant plus de 11 milles de chaque côté; de sorte que la densité de la population est de 29 522 habitants par mille carré, et que chaque habitant est à une distance de 11,04 yards de son voisin.
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- LE CHLORURE DE MÉTHYLE
- ET LA PRODUCTION DU FROID
- RECHERCHES DE M. VINCENT.
- Le chlorure de méthyle a été découvert, en 1840, par MM. Dumas et Péligot, qui l’obtinrent en chauffant un mélange de sel marin, d’alcool méthylique et d’acide sulfurique. Le mélange gazeux ainsi obtenu renferme de l’alcool méthylique, de l’oxyde de méthyle et de l’acide sulfureux; par un lavage à l’eau alcaline, on enlève l’alcool, l’acide sulfureux, et l’oxyde de méthyle, ce dernier étant très soluble dans l’eau.
- Jusqu’ici le chlorure de méthyle, ainsi obtenu, n’avait guère reçu d’applications industrielles en raison de la difficulté de sa préparation à l’état de pureté à un prix peu élevé ; tout récemment, M. Camille Vincent, professeur à l’Ecole centrale des arts et manufactures, a fait connaître un procédé qui permet d’obtenir ce produit en abondance et à l’état de pureté.
- Ce procédé consiste à soumettre • à l’action de la chaleur le chlorhydrate de tri-méthylamine, qu’on obtient depuis peu industriellement au moyen des vinasses de betteraves. Le chlorhydrate de tri-méthylamine se décompose ainsi en tri-méthylamine libre, ammoniaque, et chlorure de méthyle ; un lavage à l’eau acide permet d’enlever toute trace d’alcali, et le gaz séché peut être ensuite liquéfié par la compression. Le produit ainsi obtenu, parfaitement pur, est fabriqué sur une grande échelle depuis peu à l’usine de MM. V. Brigonnet et fils, à Saint-Denis.
- Le chlorure de méthyle est facilement transporté dans des vases en cuivre ou en tôle d’acier, contenant, les premiers 2 k. 5 — 5 k. et 25 kilogrammes ; les autres 110 et 220 k. de produit.
- Les premiers de ces vases sont représentés figure 1, ils se composent d’un cylindre en cuivre A, à la partie supérieure duquel est brasée une pièce en fer b, dans laquelle peut se visser un robinet spécial B. Le joint se trouve fait par une rondelle en plomb épais qui vient, par le serrage, se mouler exactement sur le bord de l’orifice ; on obtient ainsi une fermeture parfaitement étanche.
- Le robinet se compose d’une tige filetée c en acier, terminée à l’une de ses extrémités par un cône qui vient s’appliquer sur un siège en bronze. On manœuvre cette tige à l’aide d’une poignée D, et par un léger effort, on peut appliquer le cône en acier exactement sur son siège; un bouchon fileté en fer S sert à la sortie de l’air lors de l’emplissage à l’usine.
- Le vase étant plein de liquide, si on vient à desserrer légèrement la tige filetée c, le chlorure de méthyle à l'état gazeux s'échappe aussitôt par l’ajutage E, et on obtient un jet dont il est facile de régler l’intensité en desserrant plus ou moins la vis. Tout le produit se vaporisera ainsi et s’échappera du vase à l’état gazeux ; mais si' on vient à retour
- ner ce vase comme le représente la figure 2, en desserrant la vis c, le chlorure de méthyle jaillira alors à l’état liquide, et pourra être recueilli dans un vase ouvert ou dans un vase clos, suivant les besoins de l’opération que l’on voudra pratiquer'. Si, pour des expériences on recueille le chlorure de méthyle dans un vase ouvert, ce produit, en jaillissant, entrera en vive ébullition et sa température s’abaissera aussitôt à — 23°, il y aura donc une perte notable de produit. Si on veut le recueillir en vase clos, il suffira de visser à l’ajutage E un raccord Z auquel on adaptera un tuyau en caoutchouc renforcé par des toiles et assujetti par une petite ligature en fil métallique. En adaptant à l’autre extrémité de ce tube de caoutchouc un ajutage raccord Z' semblable au premier, on pourra relier ainsi le vase A à un vase récepteur quelconque; il suffira alors d’ouvrir le robinet du récepteur, puis le robinet B pour faire écouler dans le vase placé en contre-bas du vase A, tout ou partie du chlorure de méthyle. En fermant les robinets et mettant le vase A sur une bascule, la diminution de poids indiquera la quantité de chlorure écoulé.
- Afin d’éviter toute perte de produit pendant le transport, on visse à l’ajutage E un bouchon en bronze K (fig. 1), qui vient appliquer un cuir ou une rondelle de plomb sur l’ajutage, de sorte que s’il existe une fuite entre le cône en acier et le siège en bronze, le produit ne peut s’échapper à l’extérieur, car il est arrêté d’un côté parce bouchon et de l’autre par le stuffingbox en plomb qui est serré fortement contre la tige c du robinet.
- Les vases industriels peuvent contenir, les uns 110, les autres 220 kilogrammes de produit. Ces vases, représentés figure 5, sont en tôle d’acier de première qualité assemblée à double rivure, et essayés à 20 kilogrammes de pression par centimètre carré avant d’être mis en service. Ces vases portent, sur le côté, un bouchon à vis S pour la sortie de l’air lors de l’emplissage à l’usine. Ce bouchon, qui affleure la paroi du vase, ne doit jamais être touché par le consommateur. A la partie supérieure, sur le milieu du fond, se trouve une pièce en bronze- b, dans laquelle vient se visser un robinet identique, sauf les dimensions, à celui des petits vases, et que nous venons de décrire. Le joint est fait également par une rondelle en plomb qui se trouve comprimée par le serrage entre la pièce et le robinet. Pour éviter tout avarie, on a protégé le robinet en l’enfermant dans une boîte en tôle C, comme le montre le dessin, maintenue par quelques boulons. Le robinet porte, pendant le transport, un joint plein d en fer, qui sert à masquer l’orifice de l’ajutage au moyen d’une rondelle en plomb ; cette disposition -a pour
- 1 Un tour de la vis soulevant le cône de 1 millimètre, il suffit théoriquement de moins de deux tours pour donner une section de passage égale à celle du robinet ; mais il est préférable de desserrer de cinq à six tours en raison de petits débris de métal provenant du fdetage des pièces, qui pourraient accidentellement se trouver dans le vase et venir se loger sous le cône.
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- but, comme dans le robinet plus petit, de parer aux fuites.
- Lorsqu’on veut faire écouler le chlorure de méthyle du vase A dans un récipient quelconque, après avoir enlevé le chapeau C, on remplace la bride d et le joint de plomb par un ajutage à bride K, auquel est fixé un caoutchouc à toiles. La manœuvre de ce vase
- est la même que celle des petits cylindres ; nous ne
- D
- B
- tel
- Fig. 1. - Récipient en cuivre pour le transport du chlorure de méthyle.
- nous y arrêterons pas1.
- On peut dire que les applications du chlorure de méthyle ont précédé sa fabrication industrielle et son obtention sous une forme transportable. Ce produit a deux usages bien différents ; l’obtention du froid et la préparation des produits méthylés. Nous ne nous occuperons aujourd’hui que du premier.
- Obtention du froid. — Comme agent frigorifique , le chlorure de méthyle peut être judicieusement employé soit dans les laboratoires, soit dans l’industrie, pour permettre d’obtenir économiquement de très basses températures. Nous allons indi
- quer succinctement ces deux applications.
- Si on fait jaillir le chlorure de méthyle dans un vase ouvert, il entre aussitôt en vive ébullition pendant quelques instants, puis bientôt sa surface devient
- tranquille, et l’on a alors un bain à — 25°, dans lequel on peut plonger les corps que l’on désire refroidir.
- Si on active l’évaporation du chlorure de méthyle par une simple injection d’air sec, on peut abaisser la température du bain liquide à — 55° environ en quelques minutes, et solidifier très facilement du mercure.
- Pour se prêter aux expériences de laboratoire, M. C. Vincent a imaginé un petit appareil frigo-rifère très simple qui permet de maintenir pendant plusieurs heures un bain de 1 litre de liquide in-
- 1 Un tour de vis de ces robinets soulève le cône de 2 millim.; pour les raisons indiquées précédemment, il est bon de desserrer de cinq à six tours lorsqu’on tire le chlorure.
- congélable (comme de l’alcool, par exemple) soit à — 25°, soit à une température de — 50° a — 55° environ. Cet appareil se compose d’un vase cylindrique en cuivre à double paroi A (fig. 4) entre les deux enveloppes duquel on peut introduire du chlorure de méthyle, liquide à l’aide du robinet B, semblable à celui que portent les vases précédents, une vis S, s’appliquant sur une rondelle
- E
- C I !!
- en plomb, étant légèrement desserrée peut laisser échapper l’air et permettre au chlorure de se précipiter dans le vase A, qui est entouré de matières isolantes maintenues par une enveloppe métallique E, afin d’éviter réchauffement par l’air ambiant; cette enveloppe porte trois pieds qui supportent tout l’appareil. Un tube vertical K traversant toutes les enveloppes, permet au besoin pour certaines expériences de faire sortir un tube ou bien de vider le bain liquide mis dans le vase M.
- Pour charger le frigori-fère avec le chlorure contenu dans un des cylindres précédemment décrits, on réunit à l’aide d’un caoutchouc l’ajutage du robinet de celui-ci avec l’ajutage du robinet B de l’appareil,
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- Fig. 2. — Le même vase retourné, montrant la manière de recueillir le liquide.
- puis on desserre la vis d’air S et on ouvre les deux robinets en soulevant le cylindre retourné au-dessus du frigorifère. Le chlorure se précipite aussitôt dans la capacité A. Lorsque la charge est suffisante (ce que l’on reconnaît à la sortie d’un peu de liquide par la vis d’air), on resserre la vis S, on ferme le robinet B, puis celui du cylindre et on enlève le caoutchouc ; l’appareil est alors prêt à fonctionner. Il suffit, après avoir bouché le tube K à l’aide d’un liège, de verser de l’alcool dans la capacité M, puis de desserrer la tige C du robinet pour abaisser la température du bain. Le chlorure de méthyle contenu dans le vase A entre en ébullition
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- d’autant plus vive que la température de l’appareil est plus élevée et que l’on ouvre davantage le robinet B. A mesure que le jet gazeux se ralentit, on ouvre de plus en plus ce robinet, et au bout de quelques minutes on peut desserrer de cinq à six tours, le gaz ne sortant plus que faiblement. La température du bain s’est ainsi abaissée peu à peu à — 25° environ et se maintient stationnaire tant
- qu’il reste du chlorure dans le vase. Pour mettre fin à l’expérience, il suffit de fermer le robinet B; l’appareil est toujours prêt pour une expérience ultérieure, s’il renferme encore du chlorure liquide.
- Pour opérer à une température beaucoup plus basse, soit — 50°, par exemple, il suffit d’activer l’évaporation du chlorure de méthyle en reliant, au moyen d’un caoutchouc, l’ajutage du robinet B à
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- Fig. 4.
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- Fig. 5. Autre récipient pour le transport en grand du chlorure de méthyle. — Fig. 4. Frigorifère de M. Vincent destiné aux expériences de laboratoire.
- une forte machine pneumatique et de faire le vide.
- Un grand nombre d’expériences de liquéfaction de gaz et de solidification de liquides qui exigent encore aujourd’hui l’emploi coûteux du protoxyde d’azote liquide et de l’acide carbonique solide sont ainsi très faciles à réaliser.
- M. Vincent a fait établir un appareil plus complet portant une pompe aspirante et foulante qui permet de faire le vide dans le frigorifère et de liquéfier à nouveau le chlorure de méthyle vaporisé, afin de le
- récupérer. Ce nouvel appareil, plus coûteux, peut servir aux laboratoires et aux usages domestiques ; il est disposé de façon à pouvoir geler rapidement de l’eau ; cet appareil est certainement appelé à rendre des services dans l’économie domestique.
- Sur les mêmes données, on construit également de grandes machines frigorifiques qui peuvent produire de la glace, ou bien être appliquées à refroidir de l’air ou des liquides. Ces machines, disposées d’une façon toute nouvelle et simple, ont l’avantage
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- avec des dimensions réduites de produire des effets frigorifiques énergiques en employant comme véhicule de chaleur un liquide neutre qui n'attaque aucune pièce métallique, dont la vapeur non toxique n’a qu’une odeur douce et faible, et qui, en raison de sa densité considérable s’écoule vers le sol. Ces nouvelles machines trouveront une place importante dans l’industrie.
- ——
- CHRONIQUE
- Curieuse migration de papillons. — Pendant toute la journée du mercredi 11 juin 1879, par très beau temps, légère brise variable du sud à ouest, on a observé à Nancy le passage d’une énorme quantité de papillons du genre Vanessa cardui (Belle dame). Ils venaient de l’est et se dirigeaient vers l’ouest. Cette migration a été signalée dans la plupart des localités du département de Meurthe-et-Moselle; partout le nombre des papillons était immense, la direction seule a présenté quelques différences : en plusieurs points, on la donne comme du sud au nord, ce qui ferait une direction moyenne du sud-est au nord-ouest. Ce passage de papillons a été signalé aussi en Alsace, ils auraient donc franchi la chaîne des Vosges.
- MILLOT.
- •— D’après un calcul approximatif qui vient d’être fait, le nombre des journaux sur la surface du globe serait de 23 291. Il en existe, parait-il, 2509 en Angleterre, 2000 en France, 1226 en Italie, 1200 en Autriche, 500 en Russie, etc. Le chiffre total pour l’Europe est de 13 625. Si l’on ajoute le contingent de l’Asie : 387 ; de l’Afrique, 50; de l’Amérique, 9129; de l’Australie, 100, on arrive au total que nous avons donné plus haut.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 16 juin 1879. — Présidence de M. DAUERÉE.
- Nouvelle planète. — Le directeur de l’Observatoire de Marseille, M. Stéphan, annonce que M. Borelly vient de découvrir une planète qu’on est autorisé à considérer comme nouvelle, et qui dans ce cas devra prendre le n° 198. Il ne serait cependant pas impossible que ce fut la planète 145e qui se fut représentée inopinément. Nous serons prochainement renseignés d’une manière définitive sur ce point intéressant.
- Migration de papillons. — D’après M. Decharme, la ville d’Angers a été, elle aussi, visitée et traversée par d’épaisses colonnes de Vanessa cardui semblables à celles qu’on signalait l’autre jour dans la vallée du Rhône. Tous— ces insectes volaient dans la même direction. L’auteur émet la supposition qu’ils étaient peut-être chassés par le violent orage qui éclata peu après.
- Les eaux minérales d'Auvergne. — M. le docteur Bou-comont, qui, depuis plus de vingt années, est médecin consultant à Royal et dont personne ne peut contester l’autorité, ni la compétence dans toutes les questions concernant les eaux minérales, vient d’avoir l’heureuse idée de réunir dans un charmant petit volume d’un format commode et portatif tous les renseignements que l’on peut désirer avoir sur les Eaux minérales d'Auvergne.
- Ce volume que M. Dumas présentait, avec les éloges
- qu’il mérite, lundi dernier à l’Académie des sciences est en quelque sorte un véritable guide des eaux d’Auvergne, non seulement à l’usage des praticiens,mais encore à ceux des malades qui, chaque année, vont en si grand nombre chercher dans ces contrées privilégiées un soulagement à leurs maux et y trouvent si fréquemment la guérison de leurs douloureuses maladies. C’est à ce titre que nous le signalons à nos lecteurs ; nous reviendrons prochainement sur ce sujet intéressant.
- Chimie. — Il résulte des recherches persévérantes de M. Troost qu’il existe deux sulfhydrates basiques d’am-moniique. Le premier se solidifie à — 80°, mais peut rester liquide, à l’état de surfusion jusqu’à — 250. Le second ne s’est pas solidifié même dans des mélanges réfrigérants à — 55°.
- Deux minéraux nouveaux. — Par l’intermédiaire de M. Daubrée, M. Carnot, professeur à l’École des Mines, fait connaître deux sulfates nouveaux. Le premier, à base de manganèse et renfermant 7 équivalents d’eau, est fort abondant, paraît-il, dans certaines mines de l’Utah. L’autre est une variété manganifère du sulfate de protoxyde de fer.
- Vaccinations et revaccinations.—Le directeur du Journal d'hygiène, le docteur Prosper de Pietra Santa, vient d’adjoindre à la Société française d’hygiène, qui est en grande partie une œuvre personnelle, un service de vaccinations gratuites qui fonctionne avec beaucoup de succès tous les samedis au siège de la Société d’encouragement. Mais l’auteur ne regarde cette création que comme un service temporaire qu’il est nécessaire de transformer dans le plus bref délai possible en un établissement vaccinal définitif pourvu à la fois de vaccin d’enfant et de vaccin de génisse. Ce ne serait que l’imitation de ce qui a lieu de toutes parts à l’étranger.
- C’est à Naples (1840) que le docteur Negri a préconisé pour la première fois en Europe la vaccination animale comme moyen de régénération du vaccin, comme moyen aussi de prévenir les accidents de la syphilis vaccinale. L’Institut vaccinal établi depuis cette époque dans cette ville a rendu de très grands services aux diverses classes de la population. Des établissements analogues ont été créés en Italie, à Milan (1869), à Ancône (1870), et dans douze autres villes principales. La Belgique possède depuis onze ans un Institut vaccinal de l’État, installé au jardin zoologique de Bruxelles. Aux Pays-Bas, il existe actuellement quatre parcs vaccinogènes permanents (Rotterdam , La Haye, Amsterdam, Utrecht), et trois parcs temporaires pendant l’été (Harlem, Karupen, Grœningue). A Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Barcelone, des services analogues sont en pleine exploitation.
- Les efforts de M. le docteur de Pietra Santa sont donc de ceux auxquels doivent applaudir les amis des sciences et de l’humanité.
- Élection de candidats. — Le Muséum a déjà adressé au ministre une liste de deux candidats à la chaire de physiologie comparée laissée vacante par le décès de Claude Bernard. Cette liste comprend : en première ligne, M. Bou-ley, de l’Institut, en deuxième ligne, M. Armand Moreau. L’Académie avait aujourd’hui à dresser sa propre liste pour la même chaire. Au premier tour, 32 voix sur 54 volants appellent M. Bouley au premier rang, M. le docteur Rouget (de Montpellier) recueille 18 suffrages, et M. Moreau, 3; il y a un bulletin blanc. Pour la place de second candidat, M. Rouget est désigné par 35 voix, contre 19 données à M. Moreau. Stanislas Meunier,
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- LA NATURE.
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- MÉTÉOROLOGIE DE MAI 1879
- Ce mois s’est montré peu favorisé depuis quel-ques années.
- Mai 1877 a été froid, la température à Paris, restée presque constamment au-dessous de la moyenne, est descendue extrêmement bas du 1er au 5 et du 21 au 25. Toutefois un seul cyclone de 3e ordre (750mm) a été signalé le 28 et le 291.
- Mai 1878 a eu aussi un temps généralement mauvais, cependant la température moyenne est restée sensiblement normale et les dépressions barométriques n’ont pas dépassé le 4e ordre (740mm) 2.
- Les cartes publiées par le Signal Service des États-Unis et qui résument les observations faites au même moment (midi 53) dans tout l’hémisphère Nord donnent des renseignements très intéressants sur la grandeur, la situation et La forme de la dépression principale du mois suivie l’année dernière sur nos petites cartes d’Europe depuis le 10 jusqu’au 21 mai 1878. Les cartes américaines prouvent en effet que le 10 existait sur l'Océan une vaste zone de basses pressions s’étendant depuis la côte d’Europe jusque vers 55° de longitude occidentale, et depuis la latitude du Groenland jusqu’à celle de Gibraltar; on voit les jours suivants cette zone se déplacer lentement et apparaître le 17 au nord de l’Écosse, le 21 en Norwège : elle a donc subsisté pendant onze jours près de nos ré-"ions.
- •
- Une zone analogue doit se trouver actuellement et depuis le commencement de juin 1879 au large à l’ouest de nos côtes occidentales. C’est de cette zone que se détachent tantôt vers l’Angleterre, tantôt près de la France, tantôt vers l’Éspagne, des dépressions secondaires peu intenses et très limitées qui s’éteignent rapidement sur le continent et y produisent le temps variable et orageux que nous avons depuis le commencement du mois. Il est probable que cette dépression présente une grande analogie avec celle du 10 au 51 mai dont nous avons parlé plus haut : nous comparerons les deux situations lorsque les cartes américaines auront paru.
- Le mois de Mai 1879 est encore plus mauvais que les deux précédents. L’ensemble des cartes ci-jointes le montra nettement.
- Are Décade. — Une aire anticyclonique (770mm) s’étend sur nos régions et sur le nord de l’Europe pendant les sept premiers jours du mois, mais en même temps quatre dépressions se propagent dans le nord-est et le sud. Il en résulte pour nous un régime de vents nord, peu de pluies mais un froid qui très intense les deux premiers jours, est encore très grand le 7 et le 8. Il neige beaucoup en Belgique et sur les plateaux des Ardennes dans la nuit
- 1 Voy. la Nature, no 211. — 16 juin 1877.
- 2 Voy. la Nature, no 264. — 22 juin 1878.
- du 50 avril au 1er mai, quelques flocons de neige sont signalés le 2 à Paris, le 6 et le 7 dans les Ardennes, la Seine-Inférieure et en Belgique, et le 8 à Spa.
- 2° Décade. — La pression est assez uniforme, les aires anticycloniques (770 millimètres) touchent à peine l’Europe par le sud-ouest du 11 au 15, du 16 au 18 et par l’ouest le 15, mais les dépressions, au nombre de trois, se montrent encore : au nord vers la Manche et la Baltique, au sud vers l’Algérie, la Provence et la Turquie. Il en résulte à Paris des vents dominants du quart sud-ouest, des pluies assez importantes et une température basse. En France, les vents de sud-ouest amènent des orages qui sont nombreux surtout le 17 et atteignent les Vosges, la Haute-Garonne et les Alpes-Maritimes où la grêle cause pour 50 000 francs de dégâts à Seillon (arrondissement de Nice). En Hongrie, une nouvelle crue de la Theiss emporte un barrage en aval de Szegedin : deux villages sont encore détruits, et cent cinquante kilomètres carrés de terre cultivée sont envahis par les eaux.
- 3e Décade. — Quelques aires anticycloniques de peu d’étendue apparaissent encore sur les cartes les 22, 25, 24, mais cinq centres de basse pression se montrent sur l’Europe à l’ouest du méridien de Berlin ; elles amènent sur nos régions un temps et un vent très variables avec froid et pluies intermittentes. Le principal centre (745mm), venu de la mer du Nord, est figuré à l’ouest du Danemark sur la carte du 28. Il cause des orages violents en Allemagne les 25, 27, et forts en France le 28, jour où ils sont signalés vers Paris, dans le nord-est de la France, dans le bassin du Rhône, sur le plateau central, dans les Hautes-Alpes et en Provence. En même temps, un autre cyclone méditerranéen bien visible sur les cartes du 26 et du 27 dans les parages du golfe de Gènes est accompagné de pluies torrentielles en Provence et dans la Haute Italie où le Pô, rompant ses digues, commence à inonder les plaines et-les villes voisines et submerge presque complètement Mantoue.
- En somme, la période de mauvais temps qui dure depuis six mois n’a pas encore cessé au 1er juin.
- Les moyennes à Saint-Maur ont été : pour le baromètre de 2 millimètres au-dessus de la moyenne 760,pour le thermomètre de 4 degrés au-dessous de la moyenne, 14 degrés de l’Observatoire; le minimum de température 0°,2 est survenu le 2 et le maximum 25°,8 le 22; on a recueilli 56 millimètres d’eau en soixante-sept heures réparties sur quinze jours.
- La mer s’est montrée presque constamment calme sur nos côtes. Elle est devenue houleuse sur la Manche les 7, 8, 16 ; sur l’Océan le 51 ; sur la Méditerranée les 10 et 17 : elle a été furieuse le 7 à Toulon.
- Le froid a été beaucoup plus considérable les premiers jours que pendant la période connue sous
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- LA NATURE.
- Jeudi 1
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN MAI 1879
- l'après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 18)
- Dimanche 4
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- Dimanche ll Lundi 12
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- Jeudi 15
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- Mardi 20
- Samedi 17
- Mercredi 21
- Jeudi 22
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- Samedi 24
- le nom de Saints de glace, laquelle a fait entièrement défaut cette année.
- — Des halos ont été vus à Paris le 11 et le 13. — Une éruption assez importante de l’Etna a commencé le 25. — La végétation et les apparitions d’insectes sont retardées presque d’un mois.
- La scintillation des étoiles, qui est observée depuis plusieurs années et avec le plus grand soin, à Bruxelles, par M. Montigny, présente avec l’état du ciel une relation entrevue déjà depuis longtemps et qui peut être utile pour la prévision du temps.
- Les nombres publiés dans le Bulletin de l'Observatoire de Bruxelles montrent que les intensités de la scintillation qui étaient, en avril, 64 pour un temps sec et 79 pour un temps pluvieux, sont devenues respectivement 52 et 74 pour le mois de mai.— Les taches sont toujours très rares sur le soleil. Un petit groupe seul s’est montré le 8 mai sur le bord oriental. E. FRON.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16826 — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N’ 317. — 28 JUIN 1879.
- LA NATURE.
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- LE PERCEMENT DE L’ISTHME AMÉRICAIN
- (Suite et fin.—Voy. p. 13.)
- La carte et la coupe géologique, que nous pu- | blions ci-dessous d’après le rapport de MM. N. B.
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- Carte de l’isthme de Panama, avec le tracé du canal interocéanique, adopté par le Congrès.
- Wyse, Armand Reclus et P. Sosa, donnent une idée | très complète du remarquable projet qui a été * 7 année. Qe semestre 4
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- LA NATURE.
- adopté par le Congrès international du canal interocéanique. Nous ajouterons à ces documents quelques détails que nous empruntons aux auteurs de ce grand projet.
- Le canal commence dans la baie de Limon par les fonds de 9 mètres, au point où ces fonds se rapprochent le plus de la côte. L’entrée est abritée, par l'ile de Manzanillo , des vents du N. au N.-E., les plus dangereux. Le courant littoral qui porte au N.-E. pénètre dans la baie de Limon jusqu’en cet endroit; il écartera ainsi de l'embouchure du canal les alluvions et les terres qui pourraient se déposer en avant de l’entrée, élever une barre et diminuer la surface de mouillage.
- Bien que les eaux du Chagres ne charrient que peu d'alluvions, même aux grosses eaux de la saison des pluies, il se serait formé une barre considérable et un delta à son embouchure, n’était, ce courant littoral. Par analogie avec ce qui se passe à l’embouchure du Chagres, il s’établira probablement à l’entrée du canal un petit dépôt de sables lourds ; mais ainsi qu’au canal de Suez, il suffira du travail intermittent d’une seule drague pour enlever ces dépôts dès qu’ils deviendront gênants. Ce travail ne présentera aucune difficulté; pendant la majeure partie de l'année, la rade de Limon est absolument calme, sans houle, ni clapotis, si faibles qu’ils soient.
- Le canal débouche dans la rade de Panama à l’Est du mouillage des îles Naos et Perico dont la profondeur moyenne de 7 mètres, aux plus basses mers de vives eaux, atteint 9 mètres en quelques points; sa superficie, d’environ 50 hectares, en fait un port suffisant pour contenir les navires qui auront à transiter par le canal; les rares bâtiments d’un tirant d’eau supérieur à 6 mètres pourront aussi, le plus souvent, utiliser ce mouillage; il ne leur sera nécessaire de mouiller en pleine rade, à 6 ou 7 encablures au S.-E., qu’à l’époque des vives eaux.
- Au débouché, dans les deux Océans, le canal aura 100 mètres de large au plafond, cette largeur diminuera régulièrement jusqu’au rivage où il n’aura plus que 20 mètres, il conservera cette largeur de 20 mètres, au plafond, dans toute la traversée de l’Isthme.
- Le tunnel, long de 7720 mètres, aura 24 mètres de large à la ligne du niveau moyen des mers ; à partir de 4 mètres de hauteur, les parois s'élèveront en ogive, les deux arcs seront raccordés entre eux par une petite voûte en arc de cercle dont le sommet sera élevé de 34 mètres au-dessus du plan d’eau. Le plafond du canal, dans le tunnel, conservera sa largeur normale de 20 mètres. L’aire de la section sera de 565 mètres carrés au-dessus du niveau moyen; l’aire variant au-dessous de ce niveau à cause de la pente du plafond du canal, elle sera de 215 mètres carrés à l’entrée de l’Atlantique et de 220 à la sortie du Pacifique.
- Le total des déblais, en suivant le tracé ci-contre.
- s’élève à 45 1 92 000 mètres cubes, dont 20 098 000 mètres cubes au-dessus du niveau moyen des océans et 25 008 000 mètres cubes au-dessus de ce niveau.
- L’isthme de Panama offre toutes les ressources désirables pour l'exécution du canal interocéanique.
- Dans la vallée basse du Chagres, on trouve du calcaire tendre pour pierres détaillé; dans le massif central, des roches dures. Il faudra des madriers pour les travaux du tunnel, pour la construction des logements des ouvriers, des magasins, des ateliers, des chantiers, du bois de chauffage pour les machines à vapeur, mais la forêt vierge donnera des essences de toutes les qualités possibles.
- Le rio Obispo et le rio Grande fourniront la force motrice nécessaire pour les travaux du tunnel.
- La contrée produit amplement et à très bon marché les vivres nécessaires au personnel, sauf pourtant la farine (pii sera importée de la Californie où son prix est inférieur à celui de l’Europe.
- L’effectif des terrassiers qu’on pourra réunir dans l’isthme proprement dit est peu nombreux, un millier d’hommes environ; mais les provinces voisines, Darien, Carthagène, fourniront des travailleurs solides, rompus à toutes les fatigues, actuellement sans travail et réduits à la misère par suite de l’épuisement du caoutchouc, dont la récolte était leur seule ressource. On peut compter de ce chef sur deux à trois mille ouvriers.
- Les républiques de l'Amérique centrale, les Antilles et surtout la Jamaïque, dont les terrassiers ont déjà rendu d’immenses services, lors de la construction du chemin de fer de Panama, procureront facilement deux ou trois mille autres travailleurs. Enfin, s’il était besoin d’un plus grand nombre d’hommes, on pourrait recourir aux coolies chinois. Quant aux ouvriers ayant une spécialité comme artisans ou mécaniciens, il faudra les faire venir de l’Europe ou des Etats-Unis.
- Telles sont, résumées en quelques lignes, les conditions de ce grand travail, dont l’exécution et le succès ne semblent plus douteux aujourd’hui.
- Gaston TISSANDIER.
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- MARS 1879.
- L’extension progressive du réseau d’observations travers le versant occidental des Montagnes Rocheuses jusqu’à la côte du Pacifique, a conduit à modifier l’opinion longtemps accréditée que les centres de basses pressions observés sur les États-Unis prennent toujours naissance sur le plateau élevé qui s’étend entre les montagnes et la vallée du Missouri. Un certain nombre de mouvements tournants paraissent en effet se former dans .cette région, principalement pendant la saison chaude; mais les documents recueillis et publiés par le Signal Service montrent nettement que la majeure partie des grandes perturbations atmosphériques ont leur origine bien à l’ouest de l’Amé-rique du Nord.
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- LA NATURE.
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- Le mois de mars 1879 est particulièrement intéressant à ce point de vue. Des 18 dépressions signalées sur toute l’étendue du continent, 11 sont venues de l’océan Pacifique et ont abordé la côte par l’Orégon et le Territoire de Washing ton ; la plupart ont marché sensiblement dans la direction de l’est, leurs centres se déplaçant le long du 45e parallèle. C’est sans doute à ce nombre exceptionnel de bourrasques qu’il faut attribuer l’excès de température que tous les observateurs ont signalé; cet excès semble croître avec la hauteur du lieu au-dessus du niveau de la mer; c’est ainsi que le plus grand écart (+ 7°,5) a été constaté au sommet du Pike’s Peak, dans le Colorado. Pendant les premiers jours du mois, il est tombé dans le nord de la Californie des pluies considérables à la suite desquelles le Sacramento a rapidement grossi, détruisant les digues et submergeant les récoltes. Par contre, les cultivateurs se plaignaient de la sécheresse dans l’Utah, le Kansas et le Texas. La débâcle des glaces sur les rivières a permis à la navigation intérieure de reprendre son cours, interrompu pendant les mois d’hiver. Sur le Mississipi, le premier steamer de la saison passait à Saint-Louis dès le 1er mars, à Keokuk le 8, à Burlington le 16, à La Crosse le 29; à cette date la rivière était encore prise en amont de Saint-Paul, c’est-à-dire au nord du 45e degré de latitude. A la fin du mois, la navigation sur les Lacs n’était pas rétablie, mais la fonte des glaces s’effectuait activement.
- Tu. MOUREAUX.
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- MACHINE MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE
- DE MÉRITENS1.
- A en juger par le nombre de bougies électriques que cette machine peut allumer, on pourrait croire qu'elle constitue le générateur magnéto-électrique le plus puissant pour une force motrice donnée. Elle pourrait, en effet, avec une force motrice ne dépassant pas un cheval-vapeur, maintenir allumées indéfiniment trois bougies Jablochkof, sans exiger de la part du moteur une vitesse de plus de 700 tours par minute et sans produire d’échauffement appréciables. Mais la lumière fournie par ces bougies ne semble pas être aussi forte que celle des bougies alimentées par les machines Gramme, et jusqu’à ce que des mesures précises soient données, on ne peut préjuger définitivement de la puissance relative de ce générateur. Cette machine est magnéto-électrique et fournit comme celle de l’Alliance des courants, renversés, mais elle ne demande pour produire le même effet, que huit aimants d’Alvarre au lieu de quarante-huit et seulement un quart de la force motrice, c’est au moins ce que dit M. de Meritens.
- Les effets avantageux de ce genre de machine résultent de ce qu’aux courants d’induction déterminés dans l’anneau des machines Gramme, sont ajoutés ceux qui se produisent’dans les machines magnéto-électriques ordinaires.
- Pour qu’on puisse la comprendre, imaginons un
- 1 M. Du Moncel vient de publier dans la Bibliothèque des Merveilles (librairie Hachette) un volume très complet et d’un caractère d’actualité tout particulier, sous le titre \' Éclairage électrique. Nous empruntons la description de cette machine, dont on a beaucoup parlé, à cet intéressant ouvrage.
- anneau Gramme (fig. 1) divisé par exemple, en quatre sections, isolées magnétiquement l’une de l’autre et constituant par conséquent quatre électroaimants arqués, placés bout à bout. Imaginons que le noyau de fer de chacune de ces sections soit terminé à ses deux extrémités par une pièce de fer A B, formant comme un épanouissement de ses pôles, et supposons que toutes ces pièces réunies par l’intermédiaire d’une pièce de cuivre C D, constituent un anneau solide autour duquel sont disposée des aimants permanents N, S, N,Savec leurs pôles alternés de l’un à l’autre. Examinons ce qui se passera quand cet anneau accomplira un mouvement de rotation sur lui-même, et voyons d’abord les effets qui résulteront, par exemple, du rapprochement du pôle épanoui B, quand marchant de gauche à droite il s’approchera de N. A ce moment il se déve-
- Fig. 1. — Anneau Gramme.
- loppera dans l’hélice électro-magnétique de A B un courant induit d’aimantation, comme dans une machine de Clarke. Ce courant sera instantané et de sens inverse aux courants particulaires d’Ampère de l’aimant inducteur, il sera très énergique en raison de la proximité de B du pôle N; mais l’anneau en s’avançant va déterminer entre le pôle N et le noyau AB une série de déplacements magnétiques, qui donneront naissance à une série de courants d’interversion polaires, qui se manifesteront de B en A ces courants seront directs par rapport aux courants particulaires de N, mais ils ne sont pas instantanés et vont en croissant d’énergie de B en A. A ces courants se joindront simultanément les courants d’induction dynamique résultant du passage des spires de l'hélice devant le pôle N. Quand A abandonnera N, un courant de désaimantation se produira, égal en énergie et de même sens que le courant d’aiman-
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- LA NATURE.
- tation résultant du rapprochement de l'épanouissement B du pôle N. L’effet, est en effet alors produit à une extrémité différente du noyau magnétique, et l’hélice se présente à l’action d’induction d’une manière inverse. Donc courants induits inverses de l’inducteur par le fait du rapprochement et de l’éloignement des appendices R et A, courants induits directs pendant le passage de la longueur du noyau A B devant l’inducteur, courants induits directs résultant du passage des spires devant N. Toutes les causes d’induction se trouvent donc ainsi réunies dans cette combinaison.
- On remarquera que l’action que nous venons d’étudier pour une seule section de l’anneau peut s’effectuer en même temps pour toutes les autres et
- Fig. 2. — Machine magnéto-électrique de Meritens.
- en bronze adaptée à l’arbre du moteur. C’est au-dessus de cette roue que se trouvent encastrés les aimants inducteurs qui sont fortement fixés sur deux carcasses en bronze où ils sont disposés horizontalement. On distingue (tig. 5) la manière dont ces différents organes sont montés. Pour peu que l’on considère le mode de disposition de l’anneau induit, on reconnaît aisément qu’il se trouve dans les meilleures conditions possibles de construction. En effet, comme chaque section est séparée, elle peut être démontée isolément et l’on peut par conséquent l’enrouler de fils sans aucun embarras. Ceux qui connaissent les difficultés que présente l’enroulement de l’anneau Gramme pourront apprécier facilement cet avan-
- qu’il s’y ajoute encore les courants résultant de la | tage. D’un autre côté la composition du noyau avec réaction latérale des pôles A et B sur les pôles voisins. | des lames juxtaposées qui peuvent être découpées
- Afin d’augmenter encore les effets d’induction, M. de Méritens compose le noyau AB et les appendices A et B avec des lames minces de fer découpées à l’emporte-pièce, comme on le voit sur la figure, et juxtaposées en faisceaux au nombre de cinquante ayant un millimètre d’épaisseur chacune. Les fils des hélices sont d’ailleurs reliés de manière que les courants induits puissent être associés en tension, en quantité ou en séries, suivant les conditions de l’appli-cation. Nous n’avons con-
- (WINAIl .y
- Détail de
- la précédente
- d’un seul coup à l’emporte-pièce, est un énorme avantage, car ce système dispense de la précision nécessaire dans la construction de ces anneaux, toujours difficiles à maintenir parfaitement ronds. Enfin il n’y a ni commutateur ni collecteur dans la machine, et par conséquent aucune perte de courant.
- Nous avons vu que les courants fournis par cette machine pouvaient allumer de trois à quatre bougies Jablochkoff, mais on a pu également allumer des régulateurs, et dans ce der-
- sidéré dans la figure théorique que nous avons donnée que quatre sections. Mais, par le fait, il y en a un plus grand nombre, et dans le modèle dont nous avons parlé, il y en a seize que l’on distingue aisément (tig. 2). Elles sont montées sur une roue
- nier cas, on a pu écarter les charbons jusqu’à cinq centimètres sans éteindre la lumière, il est certain que ces résultats sont importants.
- Th. du MONCEL,
- Membre de l’Institut.
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- LA NATURE.
- L 20
- UNE NOUVELLE ILLUSION D’OPTIQUE
- M. Silvanus P. Thompson, professeur de physique à University College (Bristol) dont l’intéressant travail sur les Spectres magnétiques1 n’a certainement pas échappé aux lecteurs de la Nature, vient de présentera la dernière séance de la Société française, un curieux exemple d’illusion d’optique, illusion dont la cause vraie n’est pas encore connue à ce qu’il semble, mais que l’on peut rapprocher de quelques autres faits signalés déjà depuis longtemps sans que l’explication précise en ait été donnée.
- Voyons d’abord en quoi consiste l’effet découvert
- par M. S. P. Thompson ou plutôt les effets, car il y en a deux réellement différents : les dessins ci-contre permettent d’ailleurs de vérifier la réalité de ce que nous avons à indiquer.
- Le premier cercle stroboscopique (tel est le nom donné par l’inventeur) consiste en une série de cercles concentriques de 1 millimètre de largeur environ séparés par des intervalles blancs de même largeur (fig. 1); ces dimensions n’ont rien d’absolu, elles varient avec la distance et peuvent même atteindre plusieurs centimètres s’il s’agit de montrer le phénomène à un auditoiie un peu nombreux. Si tenant ce dessin à la main, on vient à lui imprimer, par un léger déplacement du poignet, un mouvement circulaire dans son plan, le cercle paraît tourner autour de son centre, et cette rotation s’effectue dans le
- 1 Voy. la Nature, 6e année, 1878, 2° semestre, p. 179.
- sens du mouvement réel et avec une égale vitesse angulaire, c’est-à-dire que le cercle paraît décrire un tour complet pendant que le carton en décrit réellement un et dans le même sens. Pour que l'effet soit très net, il convient de regarder le cercle pendant son mouvement en fixant le regard sur un point voisin.
- Pour le second effet on trace un cercle noir à l’intérieur duquel sont figurées un certain nombre de dents régulièrement espacées (fig. 2). En opérant comme i l a été dit plus haut, cette sorte de roue dentée paraît tourner autour de son centre, mais cette fois en sens contraire du mouvement réel. Là encore l’effet est plus satisfaisant si l’on ne regarde pas directement le dessin : aussi les mouvements sont-ils particulièrement frappants dans descombinai-sons telles que celle représentée dans la figure 3
- Fig- 3.
- Imprimez un mouvement circulaire à ces figures, les cercles paraîtront tourner.
- dans laquelle la multiplicité des cercles ne permet pas d’en fixer un spécialement.
- Nous ajouterons que l’on obtient des résultats analogues avec des cercles excentriques ou même avec des courbes autres que des cercles. A l’aide d’une photographie sur verre, M. Thompson a pu projeter ces dessins sur un écran où ils étaient"ob-tenus à une très grande échelle : un mouvement circulaire était communiqué à la plaque photographique, de telle sorte que le dessin se mouvait circulairement sur l’écran et dans ce cas encore on avait l’illusion, de telle sorte que chaque cercle semblait tourner autour de son centre.
- Quelle est l’explication de ces apparences curieuses? M. Thompson ne croit pas et nous partageons cette opinion, que la propriété que possède la rétine de conserver les images pendant un certain temps (persistance des impressions dans la rétine) puisse expliquer complètement ces effets. Sans en vouloir donner une théorie entière, M. Thompson pense que l’on doit rapprocher ces
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- phénomènes d’autres qui sont signalés, au moins en partie, depuis longtemps, et que peut-être il faudrait attribuer à l’œil une propriété nouvelle qui expliquerait le tout à la fois.
- Brewster et Addams ont décrit des apparences qui sont également curieuses et dont nous rappellerons les principales en y joignant quelques observations analogues dues aussi à M. Thompson; il semblerait en résulter qu’il existe dans l’œil un effet de nature mal définie, qui arriverait à faire compensation (Brewster) au phénomène réel parce qu’il serait de sens contraire, effet qui persisterait pendant un certain temps après la cessation du phénomène et oui, seul dès lors, donnerait une sensation inverse à celle que l'action réelle aurait dû produire absolument.
- Ainsi, après avoir fixé les yeux pendant deux ou trois minutes sur l’eau qui tombe dans une cascade, si l’on vient brusquement à porter les regards sur des rochers situés dans le voisinage, ceux-ci paraissent se mouvoir de bas en haut. Il ne s’agit pas ici, bien entendu de l’effet de mouvement relatif que l’on peut observer en regardant simultanément l’eau qui tombe et les rochers : si l’on parvient à s’abstraire suffisamment pour que l’eau paraisse immobile, les rochers paraissent prendre un mouvement égal et contraire. Dans l’effet que nous rapportons il n’y a pas comparaison simultanée : on regarde successivement et isolément l’eau d’abord et les rochers ensuite.
- Dans un fleuve à cours rapide, le Rhin au-dessus de la chute de Schaffhouse, par exemple, les eaux n’ont pas partout la même vitesse et le courant est notablement plus rapide dans la partie . médiane que près du rivage. Si l’on regarde fixement d’abord la partie centrale, puis que brusquement on dirige les yeux vers les bords, il semblera que l’eau remonte vers la source.
- Cette sorte de compensation ne semble pas seulement se produire pour un déplacement, mais également pour des changements de grandeur apparente. Lorsque dans un train marchant à grande vitesse on regarde la campagne qui fuit, les objets qui s’éloignent et que l’on fixe forment évidemment sur la rétine des images de plus en plus petites. Si, dans ces conditions, on reporte soudainement les yeux à l'intérieur du wagon sur des objets qui sont immobiles par rapport à l’observateur, soit les parois, soit même la figure des compagnons de voyage, les images rétiniennes conserveront réellement la même grandeur et, cependant, ces objets paraîtront croître et se rapprocher.
- Tels sont quelques-uns des laits intéressants que l’on peut rapprocher de ceux que M. S. P. Thompson a découverts et auxquels celui-ci serait porté à assigner une cause commune Bien que nous ne veuillons pas rechercher quelle pourrait être cette cause, il nous a semblé qu’il n'était pas sans intérêt de signaler ici cette nouvelle illusion d’un organe dont les propriétés sont à tous égards si curieuses et si remarquables. G. M. Gariel.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE1.
- LES ÉPONGES ET LA FORMATION DE L’INDIVIDUALITÉ ANIMALE.
- Pendant leur période d’activité, les êtres que nous avons étudiés jusqu’ici se montrent sous deux formes fondamentales : 1° la forme amiboide dans laquelle le protoplasme nu peut produire, sur toute sa surface, des appendices temporaires d’aspect essentiellement variable, les pseudopodes; 2° la forme ciliée ou flagellifère dans laquelle le protoplasme, souvent contenu dans une enveloppe, s’étire en un ou plusieurs longs filaments, les flagellum, fouets ou cils vibratiles, seuls capables désormais d'exécuter des mouvements et ne cessant jamais de battre d'une façon rythmique l’eau qui les entoure.
- D’ordinaire la même monère, le même proliste peut revêtir successivement ces deux formes, après avoir traversé une phase de repos que l’on peut appeler la phase ovulaire, en raison de la ressemblance ou même de l’identité que pendant cette phase l’être considéré, présente avec l’œuf des animaux. On se souvient, en effet, que les Protomonas, les Vampy-relia, les Myxastrum, les Protomyxa, les Radiolaires, les Myxomycètes, après avoir vécu plus ou moins longtemps sous la forme amiboide, s’enkystent et qu’à l’abri de l’enveloppe qui la protège leur substance se divise en zoospores monociliés qui s’échappent du kyste et nagent librement dans le liquide ambiant. Sous ces deux formes, plusieurs individus peuvent s’associer pour constituer des colonies : les Myxodyctium sont des colonies de monères amiboïdes ; il existe des Foraminifères et des Radiolaires composés; lesAnthophysa, les Codosiga, les Phalansterium, les Dinobryon, les algues de la famille des Volvocinées, les Magosphœra sont des colonies de cellules ciliées.
- Toutes ces colonies sont formées d’éléments semblables entre eux. Ces éléments eux-mêmes sont souvent complètement indépendants les uns les autres. Toutefois, chez les Foraminifères et les Ra diolaires, de même que chez les Volvocinées, ils manifestent déjà une certaine tendance à s’unir d’une façon intime pour constituer une unité nouvelle à laquelle on peut donner le nom d’individu polycelluluire. Chez les Éponges nous constatons un phénomène nouveau : la cellule amiboide (fig. 3, n° 5) et la cellule ciliée ou flagellifère (fig. 5, nos 2, 5, 4) s’associent pour former des colonies qui sont, par conséquent, composées de deux sortes d’individus monocellulaires. De plus, ces individus sont entre eux dans des rapports si étroits qu’il n’est plus possible de voir en eux autre chose que les éléments composants d’un individu, d’espèce nouvelle, Yindividu spongiaire (fig. 1, n° 1).
- On doit à Hæckel, professeur de zoologie à l’Uni-
- 1 Suite. Voyez la table des matières du précédent volume.
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- versité d’Iéna, d’avoir nettement, montré cè qu’il fallait entendre par individu chez les Éponges. Jusqu’à lui le plus grand désaccord régnait parmi les naturalistes.
- On se ferait une idée très fausse de ce que peut être une Éponge si l’on ne connaissait que l’Éponge usuelle, l'Éponge de toilette. Le réseau fibreux qui, pour la plupart des gens est la partie essentielle de l’Éponge, n’est, au contraire, qu’une sorte de squelette destinée à soutenir la masse charnue d’un organisme des plus singuliers dont elle reproduit assez fidèlement la forme et les principales particularités anatomiques. La composition chimique des fibres de ce squelette se rapproche beaucoup de celle de la soie; chez certaines Éponges, au réseau fibreux, viennent s’associer des productions siliceuses de forme bien nettement définie, ce sont les spiculés. Le plus souvent, les fibres manquent et le squelette est alors tout entier constitué par ces spiculés dont les formes, extrêmement variées, sont souvent d’une grande élégance, comme en fait foi la figure ci-jointe (fig. 1). On y remarque des épingles, des crochets, des ancres, des étoiles à trois rayons, des clous à tête étoilée, des croix, etc. Tantôt ces spiculés sont siliceux, tantôt ils sont calcaires et leur forme est alors généralement assez simple. Nous voyons encore ici le protoplasme manifester des aptitudes chimiques différentes, mais exactement de même ordre que celles déjà connues de nous : les matières solides qui se déposent dans sa substance sont de trois sortes : elles sont ou de nature organique, ou calcaires ou siliceuses. Des spiculés calcaires et siliceux ne conexistent jamais dans une même Éponge, de sorte que la composition chimique des spiculés indique bien réellement ici une différence fondamentale dans les propriétés du protoplasme ; c’est un point sur lequel nous avons déjà insisté en parlant des Foraminifères et des Radiolaires. En admettant la théorie de la descendance, on pourrait donc se demander si les Éponges à spiculés calcaires ou, pour abréger le discours, les Éponges calcaires et les Éponges siliceuses ne descendent pas de Protistes différents qui se seraient développés parallèlement. Tout au plus y aurait-il entre elles, dans cette hypothèse, une parenté collatérale. Quelques Éponges, entièrement dépourvues de squelette, devraient peut-être alors former un groupe spécial : on leur donne le nom de Myxosponges ou Éponges gélatineuses.
- Les fibres et les spiculés des Éponges ont été étudiés avec un soin extrême ; on leur a demandé des caractères distinctifs pour les genres et pour les espèces ; mais ils ne sont que l'accessoire de l’Éponge, le principal c’est la masse charnue dans laquelle ils se développent, masse creusée de canaux ramifiés en sens divers et aboutissant à des orifices extérieurs qu’on reconnaît encore facilement en examinant avec tant soit peu d’attention une Éponge de toilette. Cet examen montre même que ces pores sont de deux sortes : les uns rares, de grand dia
- mètre, dans lesquels on pourrait facilement placer le bout du doigt, ce sont les oscules; les autres, extrêmement nombreux et de petit diamètre, ce sont les pores inhalants.
- On trouve assez fréquemment, dans les eaux douces, deux espèces de petites Éponges siliceuses : \&Spongilla lacustriset la Spongilla fluviatilis, dont les pores et les oscules sont parfaitement évidents. Qu’on les place dans un vase rempli d’eau tenant en suspension une poussière colorée comme de la poudre d’indigo ou de carmin. On ne tardera pas à constater, grâce au mouvement de cette poussière, qu’un courant d’eau continu pénètre dans la substance de l’Éponge par l’intermédiaire des pores inhalants et que cette eau est rejetée à l’extérieur par l’intermédiaire des oscules. Les pores inhalants semblent donc des milliers de petites bouches constamment ouvertes par lesquelles pénètre l’eau chargée de matières alimentaires ; les oscules servent d'orifice de décharge.
- On comprendra facilement comment est entretenu le courant d’eau qui traverse l’Éponge si l’on veut bien jeter les yeux sur la figure 4 qui représente une coupe pratiquée à travers une Éponge gélatineuse, VHalisarca lobularis. On voit sur cette figure : 1° de grandes lacunes centrales, qui font partie d’une vaste cavité correspondant à l'un des oscules, et 2° tout un système de canaux, partant de la périphérie de l’Éponge et aboutissant tous à la cavité centrale. Les orifices extérieurs de ces canaux ne sont autre chose que les pores inhalants. Sur leur trajet les plus petits de ces canaux présentent presque toujours un élargissement sphérique tapissé par des cellules munies chacune d’un flagellum. C’est là ce que l’on nomme une corbeille vibra-tilè (fig. 2 et 4). Le mouvement des cils qui revêtent ces singuliers organes empêche l’eau d’y séjourner la chasse toujours dans le même sens ; de là le courant qu’il s’agit d’expliquer. Carter, qui a découvert ces corbeilles vibratiles, les comparaît à des Volvox retournés ; il voyait en elles la partie fondamentale de l’Éponge, l’organisme, l’individu dont toutes les autres parties n’étaient que des dépendances. Les Éponges étaient pour lui quelque chose comme des colonies de Volvox.
- il y a ceci de vrai dans cette manière de voir, c’est que la plupart des Éponges doivent, en effet, être considérées comme des colonies. Chaque oscule est le centre d’un système particulier de canaux et de cavités qui constitue dans l’Éponge un domaine à part dont les limites sont plus ou moins nettement tracées. Parfois il y a continuité absolue entre deux domaines voisins; mais parfois aussi la séparation est complète et l’on connaît enfin nombre d’Éponges qui ne possèdent jamais qu’un oscule. Ces dernières méritent évidemment le nom d’Éponges simples par opposition à celles dont les oscules sont multiples et qui sont des Éponges composées. Ces Éponges simples, pourvues d’un seul oscule, sur lesquelles Hæckel a, avec raison, appelé l’attention, nous four-
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- nissent le type de ce que l’on doit considérer comme l’individu chez les Éponges, comme l'individu spon glaire.
- La forme la plus importante pour la théorie est celle à laquelle Hæckel a donné le nom d'Olynthus (fig. 3,n°1). L'Olynthus typique a la forme d’une urne dont l’ouverture n’est autre chose que l’oscule de l’Éponge; ses parois minces, soutenues par des spiculés calcaires à trois branches, sont assez régulièrement perforées de trous, ce sont les pores inhalants Ces trous peuvent se fermer temporaire-
- corbeille vibratile. On ne peut manquer d’être frappé de la ressemblance absolue des cellules flagellifères des Eponges avec les Salpingœca ou avec les individus constitutifs des colonies d’Anthophysa ou de Codosiga dont nous avons précédemment parlé. Le noyau, le nucléole, la vésicule contractile, la collerette qui entoure le flagellum, tout concourt à établir l'identité fondamentale avec ces petits êtres. Aussi un naturaliste américain, James Clarke, a-t-il proposé de considérer les Éponges comme des colonies d’Infusoires flagellifères, des colonies de Monades.
- Fig. 1- — SPICULES D’ÉPONGES. — 1. Spiculé en épingle d’Hyme-niacidon carnosa. — 2, 3. Halichondria incrustons. — 4. Te-thea Collingsii. — 5, 6,11. Euptectella aspergillum. — T, 10, 11. Hyalonema mirabilis. — 8. Hymedesmia Johnsoni.— 9. Halichondria variantia. — 12. Réseau siliceux de Farrea.
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- Fig. 2.— 1. Coupe à travers une Éponge calcaire (Leacyssa incrustons), montrant une corbeille vibratile, avec ses cellules à un seul cil, des œufs, les noyaux des cellules de la substance sarco-dique et les enveloppes des spiculés. — 2. Portion d'une éponge calcaire (Sycandra compressa) montrant la couches des cellules flagellifères, et au-dessous un embryon en voie de développement.
- ment; il arrive même quelquefois qu’ils se ferment tous ensemble. Les parois de l’urne sont constitués par deux couches de tissu bien distinctes; l’une, l’interne, est formée de cellules munies chacune d’un flagellum entouré à sa base d’une collerette membraneuse (fig. 3, nos3 et 4 et fig. 2, n°2). La cavité intérieure de l’urne ne communique alors avec l’extérieur que par l’oscule.
- Ces cellules sont identiques à celles qui constituent les corbeilles vibratiles des Éponges composées, de sorte qu’on peut considérer la cavité toute entière d’un Olynthus comme ne formant qu’une grande
- En ne considérant que la couche externe, d'autres naturalistes avaient été conduits d’une façon analogue à voir dans les Éponges des colonies d’Amibes. Il est impossible, à la vérité, de distinguer dans cette couche des cellules nettement délimitées; mais on y voit de nombreux noyaux indiquant son origine cellulaire et quand une partie quelconque de sa substance vient à être isolée, cette partie se met à exécuter des mouvements amiboïdes de la plus grande netteté. C'est là une particularité si frappante que pendant longtemps de nombreux auteurs, parmi lesquels il faut citer Dujardin, Carter, avant la dé-
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- Fig. 4 — Coupe à travers une Éponge gélatineuse (Halisarca lobu-taris) montrant le système des corbeilles vibratiles placées sur le trajet des canaux correspondant aux pores inhalants; la cavité centrale correspond à l’oscule ; dans l’épaisseur des colonnes charnues qui la traversent sont des embryons à différents degrés de développement.
- Fig. 5. — ÉPONGES CALCAIRES — 1. Olynthus primordialis, Hæckel, type de l'individu spongiaire. —2 Éléments mâles du même. — 3, 4. Ce.lules ilagellifères du même. — 5. Cellule ami-boïde considérée comme un œuf. — 6 Coupe transversale d’un Ascaltis Gegenbauri, montrant la couche amiboïde, les spiculés, les œufs et la couche des cellules Ilagellifères,
- couverte des corbeilles vibratiles, Carpenter, Gegenbaur, etc., ont placé les Eponges à côté des Rhizopodes.
- La divergence de ces opinions doit être pour nous un enseignement. Il n'est pas plus permis de dire que les Éponges sont des colonies d’Infusoires Ilagellifères ou des colonies d’Amibes que de dire qu’une maison est un assemblage de moellons ou un assemblage de pièces de bois. La maison, une fois construite, constitue un objet nouveau méritant une dénomination spéciale et que ne définit plus suffisamment la désignation des matériaux qui la constituent, parce que ces matériaux sont désormais liés d’une façon
- Fig. 5. — ÉPONGES CALCAIRES. — 1. Larve ou gastrula de VOlynthus armatus, d’après Hæckel. — 2. Larve de Sycandra raphanus, d’après F. E. Schulze. — 5. Colonie de Sycinula ampulla, Hæckel.
- Il n’en est pas moins vrai cependant qu’après avoir pris place dans l’ensemble qui constitue la maison, ces matériaux conservent entièrement leurs caractères propres. C’est ce qui arrive pour les éléments d’une Éponge. Chacun d’eux demeure comparable soit à un Infusoire flagellifère, soit à un amibe ; chacun d’eux conserve à un haut degré son individualité, vit pour son propre compte, à sa façon spéciale : mais une discipline particulière soumet à sa loi tous ces organismes et les fait concourir au maintien de l’existence et à la prospérité d’une individualité nouvelle, d’une unité d’ordre supérieur ; l’Eponge simple, VOlyn-
- déterminée, en vue d’une destination particulière. | thus. Chacun de ces éléments composants de l’Eponge
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- s’est élevé d’ailleurs au-dessus de sa condition primitive d’organisme unicellulaire. Il porte en lui une force d évolution qui l’entraîne, dès qu’il est isolé, à reproduire l’individu dont il faisait partie : il n'est plus fait pour vivre seul, indépendant; il est alors incomplet et tout l’effort reproducteur tend chez lui à reconstituer la société complexe que nous venons d’apprendre à connaître. Cette tendance est mise à profit pour la reproduction de l’espèce chez les Spon-gilles et chez diverses Éponges marines dont la masse presque tout entière se résout à certaines époques en petites sphérules protoplasmiques enveloppées d’un kyste soutenu par des spiculés d’une forme particulière. A un moment donné, le protoplasme s’échappe du kyste par un orifice ménagé à cet effet, et après avoir rampé pendant un temps plus ou moins long à la façon d’un amibe, se transforme en Éponge.
- Les Éponges ont un autre mode de reproduction, plus général et peut-être aussi plus instructif.
- Dans leur substance, probablement dans la couche amiboïde, apparaissent de grandes cellules bien distinctes des tissus environnant et pourvues d’un beau noyau et d’un nucléole (fig. 2, n° 1). Ces cellules n’ont pas de membrane d’enveloppe et lorsqu’elles sont isolées leur contour présente toutes les modifications de forme caractéristique du mouvement des amibes (fig. 3, n° 5).
- On doit les considérer comme de véritables œufs, d’autant plus que l’élément mâle semble représenté chez les Éponges par d’autres cellules munies d’un flagellum et résultant peut-être d’une modification des cellules flagellifères ordinaires dont elles ne diffèrent guère que par la taille (fig. 3, n°‘ 2 et 6). La fécondation n’a pas été observée de façon que l’on sache positivement en quoi elle consiste : mais il n’en est pas moins certain que les grandes cellules ovulaires ne tardent pas à se diviser, dans la masse même de l'Eponge en deux, quatre, huit, seize, trente-deux cellules ou même davantage (fig. 5) et à se transformer en une petite masse sphérique, creuse, composée de cellules toutes semblables entre elles (fig. 5, n° 6), toutes semblables à la cellule d’où elles sont provenues par une série de bipartitions successives, équivalant chacune, par conséquent, à un amibe. La jeune Eponge, à ce moment, n’est réellement qu’une colonie d’amibes.
- Mais bientôt les cellules d’une des moitiés de la sphère s’allongent, s’effilent, produisent un flagellum, se transforment, en un mot, en cellules flagellifères, comme nous avons vu le faire les cellules amiboïdes de Magosphœra. L’Embryon est dès lors une colonie composée d’amibes et de monades (fig. 5, n°2). Ces dernières jouent dans cette colonie le rôle d’individus locomoteurs; l’embryon peut nager librement dans le liquide ambiant : il est d’ail-leurs exactement comparable aux embryons des animaux supérieurs ; il représente au même titre qu’eux un individu distinct; mais l’histoire du développement d’un tel individu nous apprend qu’il résulte à son tour de l’union d’éléments tout à fait
- identiques quant à leur structure et à leur mo le de formation aux êtres unicellulaires que nous avons étudiés précédemment et auxquels nous n’avons pu refuser la qualité d’individus. Il n’y a dans l’histoire des Éponges qu’un fait nouveau, c’est que ces individus élémentaires, au lieu de se séparer a mesure qu’ils se forment, demeurent unis ; leur indépendance réciproque est d’ailleurs encore assez grande, nous l’avons vu, pour que des savants expérimentés aient pu voir en eux les véritables individus dont l’association immédiate constitue l’Éponge sans passer par d’autres intermédiaires.
- En somme, les Eponges ne diffèrent pas à cet égard des organismes les plus élevés. Toute une science, Vhistologie, repose sur ce fait que les animaux de tout rang sont des associations d’éléments I analogues à ceux que nous offrent les Éponges, mais seulement de formes plus variées : elle a pour objet la détermination de ces éléments et l’étude de leurs propriétés. Elle proclame cette vérité qui a été pour Claude Bernard une source si féconde de découvertes, que même dans les organismes les plus complexes et les plus hautement individualisés, les éléments histologiques conservent encore leur indépendance, se comportent comme des êtres bien distincts les uns des autres, temporairement associés pour une œuvre commune. L’homme lui-même n’est qu’une colonie de ce genre, mais il a fallu bien des étapes pour arriver à le constituer et nous aurons à voir comment ces étapes ont pu être parcourues.
- Edmond PERRIER, Professeur au Muséum d’Histoire naturelle de Paris;
- — La suite prochainement. —
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- CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE
- DE LA FONDATION DE L’ÉCOLE CENTRALE DES ARTS , ET MANUFACTURES.
- En 1829, MM. Lavallée, Dumas, Ollivier et Péclet se réunissaient pour créer à Paris une école libre destinée à former des ingénieurs, des manufacturiers, des industriels, des professeurs pour l’enseignement industriel.
- De ces quatre fondateurs un seul reste aujourd’hui pour assister au succès éclatant de l’École centrale des arts et manufactures; c’est M. J.-B. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences et membre de l’Académie française; les autres sont morts; mais leur souvenir remplissait le souvenir de tous ceux qui assistaient, dans la salle du Trocadéro, à la séance du cinquantième anniversaire de la fondation de l’Ecole centrale. Cette intéressante séance a eu lieu le samedi 21 juin.
- La vaste salle du Trocadéro était remplie par un public d’élite composé d’un grand nombre d’anciens élèves de l’École centrale, actuellement ingénieurs ou industriels, par les six cents élèves suivant les cours et quelques centaines d’invités et des dames en élégantes toilettes.
- La cérémonie était présidée par M. Tirard, ministre de l’agriculture et du commerce, assisté de M. J.-B. Dumas, président du conseil de l’École, et de M. Solignac, direc-
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- leur. Derrière eux, se trouvaient les membres du conseil et les professeurs de l’école, ainsi qu’un grand nombre de savants et de membres de l’Académie des sciences.
- Un premier discours a été prononcé par M. J.-B. Dumas, qui a fait l’histoire de l’École centrale et a rendu compte des services qu’elle a rendus à notre industrie nationale. M. de Comberousse, ingénieur civil, professeur de mécanique appliquée, a pris ensuite la parole et, dans un style imagé, il a fait, avec une véritable éloquence, le tableau des résultats que peut atteindre un élève de l'Ecole centrale et du rôle de l’ingénieur dans la société moderne. M. Müller, ingénieur civil, a ensuite énuméré la liste des grands travaux exécutés, tant en France qu’à l’étranger, par les ingénieurs sortis de l’École centrale, et rappelé le succès de ceux-ci à l’Exposition universelle de 1878.
- Au moment où la séance allait être terminée, M. Tirard s’est levé et, dans une très courte allocution, à chaque instant coupée par les applaudissements de toute la salle, il a adressé des félicitations à ceux qui avaient organisé celte fête en témoignage de leur respect pour les hommes qui, par leurs efforts persévérants, par de sérieux sacrifices d’argent, ont fondé cette belle œuvre due à l’initiative privée qui s’appelle l’École centrale.
- « C’est vous, a dit M. Tirard aux ingénieurs qui l’entouraient, qui nous rendez la vie facile, qui imprimez au monde son mouvement, qui êtes l’orgueil et la force de la France ; il est juste que le gouvernement de la République s’occupe de vous avec sollicitude et donne à l’école qui vous a formés l’extension qui lui est nécessaire ; aussi, je vous le déclare, l’un de mes premiers soucis sera-t-il de vous aider à donner à l’École centrale une installation sa’isfaisante. »
- Puis, après avoir, en termes émus et d’un réel patriotisme, dit avec quelle peine il avait vu les machines anglaises en si grand honneur dans plusieurs de nos cités industrielles, après avoir dit aux élèves qui l’écoutaient que leur devoir était de vaincre dans la lutte que nous soutenions à ce sujet avec la nation anglaise et de créer ainsi un débouché nouveau à l’industrie de notre pays, il a dit à quel point il était touché de l’accueil qui lui était fait et honoré d’avoir présidé cette belle fête pacifique du cinquantième anniversaire de la fondation de l’École centrale. Dans la soirée, ajoute le XIXe Siècle, auquel nous empruntons ces détails, un banquet de 300 couverts a réuni les anciens élèves de l’École et de nombreux invités, puis un très beau concert a été donné dans les salons de l’hôtel Continental. Ce concert a été suivi d’un bal qui avait réuni toute la haute société industrielle et financière de Paris.
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- LA POMPE-INJECTEUR CHIAZZARI
- Tous nos lecteurs connaissent l’injecteur Giffard qui est aujourd’hui partout employé pour l'alimentation des locomotives. Cet appareil a fait connaître au monde entier le nom de l’ingénieur éminent qui en est l’auteur.
- La pompe-injecteur Chiazzari n'est pas sans doute un appareil aussi parfait que l’injecteur, cependant elle réalise aussi des économies assez importantes, mais d’après un procédé indirect en utilisant pour l’aspiration et réchauffement de l’eau d’alimenta
- tion la vapeur de l’échappement au lieu de la prendre dans la chaudière.
- Elle exige une certaine dépense de force motrice comme toutes les pompes antérieurement employées pour l’alimentation, mais l’économie réalisée vient de ce qu’elle utilise une source de chaleur qui resterait autrement sans effet.
- Différents systèmes avaient déjà été essayés dans le but de tirer parti de l’échappement pour échauffer l’eau d’alimentation ; les uns comme Kirchwe-ger et Rohrbeck, etc., la réchauffaient dans la caisse du tender, d’autres comme Clarke, Ehrhardt, etc., dans le parcours du tender à la chaudière, mais on n’atteignait jamais plus de 60 à 65°, et ces appareils ne paraissent pas être jamais entrés dans le service courant, car les complications qu’ils entraînaient l’emportaient sur les avantages provenant de l’économie de combustible.
- La pompe-injecteur Chiazzari est beaucoup plus simplement installée, elle permet en outre d’élever la température de l’eau jusqu’à 90°, et l’essai qui en a été fait dans plusieurs grandes usines et dans les ateliers de nos grandes Compagnies de chemins de fer, notamment au Nord et à l’Est, permet de penser qu’elle pourra être adoptée d’une façon définitive avec une réelle économie. Elle a obtenu enfin une médaille d’or à l’Exposition universelle; et il nous a paru qu’elle méritait de retenir un instant l’attention de nos lecteurs.
- La figure 1 représente une coupe de la pompe et des tuyaux au moyen desquels elle est en communication avec la caisse du tender, la chaudière et l’échappement. Le piston G S peut osciller dans le corps de pompe A' et il détermine par son mouvement l’aspiration et le refoulement de l’eau d’alimentation. Il est muni d’une grosse tige comme l'indique la figure, et il produit par suite dans sa marche un espace libre beaucoup plus grand à l’avant qu'à l’arrière. Quand il s’avance en avant vers A\ la pression atmosphérique élève dans le tuyau T l’eau contenue dans la caisse du tender, celle-ci arrive à l’orifice du tuyau, et pénètre dans le cylindre en soulevant le boulet t, puis elle se répand dans l’espace annulaire compris entre les parois du cylindre et la tige du piston. Quand l'eau ainsi renfermée est refoulée par le mouvement en retour du piston, elle soulève le boulet d et pénètre dans le conduit horizontal à deux branches dD qui contourne le gros tuyau CH du réservoir à air et vient aboutir en P. Enfin l’eau appelée par l'aspiration créée dans la pompe lors de la marche arrière du piston, traverse les petits trous de la grille p et rentre dans le corps de pompe en soulevant le boulet b. Mais, comme l’espace libre d’avant est plus grand que celui d’arrière, il n’entre pas assez d’eau pour le remplir entièrement et il reste encore un espace vide qui détermine une aspiration de vapeur dans le conduit d’échappement. La vapeur ainsi appelée se précipite avec une grande vitesse par le tuyau V, elle traverse la
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- LA NATURE.
- pomme d’arrosoir où elle se résout en gouttelettes et elle se mélange intimement dans le condenseur B à l’eau d’alimentation dont elle élève considérablement la température. Le mélange d’eau et de vapeur ainsi formé remplit la partie antérieure du cylindre, et il est refoulé sous la pression du piston dans le réservoir à air H et delà dans le tuyau C qui le conduit à la chaudière.
- Une fois que la pompe est ainsi amorcée, l’alimentation continue tant que le piston est en mouvement. Celui-ci est commandé par un excentrique calé sur l’essieu moteur et agissant par l’intermédiaire du balancier de gauche et de la tige munie de l’articulation à genou, qu’on voit en M sur la figure ; le mouvement n’a lieu que si la machine est en marche. Dans les pentes où on ne consomme pas de vapeur, on ferme le tuyau d’alimentation, et la pompe fonctionne à vide.
- Le tuyau v qui est représenté sur la figure sert à I
- conduire une partie de la vapeur dans la caisse du tender quand on veut réchauffer au préalable l’eau d’alimentation. M. Chiazzari avait même disposé à cet effet un système de tuyaux réchauffeurs un peu compliqué mais très ingénieux que nous ne décrirons pas ici, car l’élévation de température ainsi obtenue est assez faible, et l’auteur paraît y renoncer actuellement. On devra donc considérer ce tuyau v comme étant toujours fermé pour le fonctionnement normal de la pompe et ouvert seulement pour réchauffer l’eau du tender.
- La température de l’eau d’alimentation s’est toujours maintenue dans les expériences faites à l’atelier du chemin de fer du Nord entre 86° et 90° ; l’économie de combustible qu’elle peut réaliser est déterminée par le poids qu’il faudrait brûler pour obtenir ce résultat, diminué de celui qui correspond à la force motrice absorbée par le fonctionnement de la pompe. L’injecteur ordinaire élève bien aussi
- Fig. 1. — Pompe injecteur Chiazzari.
- la température de l’eau, mais c’est, comme nous l’avons dit, aux dépens de la vapeur prise dans la chaudière. L’économie d’eau obtenue avec lapompe-injecteur est déterminée par le poids de vapeur d’échappement qu’elle réintroduit dans l’alimentation.
- L’essai comparatif fait au chemin de fer du Nord a été poursuivi pendant plusieurs mois, et on s’est entouré de toutes les précautions nécessaires pour obtenir des résultats qui fussent bien comparables; l’économie observée est un peu inférieure à celle qu’indique M. Chiazzari dans son ouvrage (SulïA-limentazione delle caldaie), mais elle n’en est pas moins fort importante, comme on va le voir.
- Sur la machine fixe de l’atelier des forges, la consommation journalière qui atteignait en moyenne 2150 kilog. de charbon, avec l’injecteur s’est abaissée à 1820 avec la pompe, ce qui représente une économie de 350 kilog, soit plus de 1/7 de la consommation antérieure. Le volume d’eau dépensée pour l’alimentation s’est abaissé de 15 mètres
- cubes 118 à 12, 486, et l’économie atteint ici 2 mètres cubes 500, soit 1/6.
- La pompe-injecteur fut installée également sur une locomotive, mais les résultats observés furent loin d’être aussi saillants, on trouva bien une économie d’eau de 1/7, mais il fut impossible d’observer aucune diminution dans la quantité de charbon consommé. Ce résultat peut tenir d’ailleurs à ce qu’on ne peut guère évaluer exactement la consommation de charbon d’une locomotive pendant un parcours déterminé, ni éliminer facilement l’action des influences extérieures.
- En outre, il se produisit certaines difficultés dans la marche, la pompe alimentait moins bien dans les rampes, la température de l’eau s’abaissait beaucoup, car, avec un tirage énergique, la quantité de vapeur aspirée par la pompe n’augmente pas proportionnellement à la dépense d’eau.
- Enfin, il faut ajouter que dans les pentes où la machine ne consomme plus de vapeur, la pompe qui continue toujours de fonctionner introduit alors
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- de l’air dans la chaudière et peut, empêcher l'injec-teur de s’amorcer. Il est vrai qu’on pourra obvier à cet inconvénient, comme le propose M. Chiazzari, en mettant les deux parties de la pompe en communication avec l’atmosphère par l’ouverture de deux petits robinets à air, la pompe fonctionnerait à vide sans produire aucun effet.
- Quoi qu’il en soit, la pompe installée sur la locomotive amène une économie d’eau incontestable, et c’est là un résultat précieux, puisqu’on pourra diminuer le volume et par suite le poids du tender, ou même faire un plus long trajet sans s’arrêter pour prendre de l’eau. Si la pompe peut être adaptée sur les machines à grande vitesse, elle rendrait aussi de grands services pour les trains rapides.
- Au sujet de la machine fixe, nous devons ajouter que l’alimentation était faite avec l’eau de Paris
- toujours un peu chargée de sels calcaires, et que l’emploi de cette eau entartrait rapidement la pompe et la mettait hors d’état de fonctionner. Il se produisait au bout d’une période de quinze jours de marche environ un dépôt de tartre abondant sur le siège du boulet b, celui-ci restait constamment soulevé et n’interceptait plus quand cela était nécessaire la communication entre la pompe et le condenseur. L’eau aspirée était toujours refoulée dans le condenseur dont la température s’abaissait fortement, et il passait peu d’eau dans le tuyau de la chaudière.
- Ce fait peut tenir à réchauffement subit qu’éprouvait l’eau au contact de la vapeur d’échappement, échauffement qui déterminait sans doute la précipitation des sels minéraux tenus en suspension et peu solubles dans l’eau chaude. Il n'en est pas
- Fig. 2. — Application de la pompe-injecteur à une locomotive à quatre essieux accouplés.
- P. Corps de pompe. — B. Balancier moteur. — C. Condensateur. — A. Tuyau d'aspiration. — R Tuyau de refoulement. — E. Tuyau amenant la vapeur d'échappement. — C'. Tuyau allant au condensateur initial. — t, V. Thermomètres.
- de même dans l’injecteur ordinaire où le courant d’eau n’est pas brisé comme dans la pompe, et possède une vitesse considérable; les particules solides qui peuvent se former sont entraînées dans la chaudière et ne se déposent pas dans les tuyaux de l’injecteur.
- En dehors de cet inconvénient qui oblige à nettoyer fréquemment le boulet d’avant, et qui a peut-être l’avantage de diminuer les dépôts de tartre dans la chaudière, la pompe Chiazzari fonctionne depuis trois mois déjà et elle alimente constamment à 86° sans donner lieu à aucune difficulté et comme nous le disions plus haut, elle fournit constamment une économie de combustible de 300 k. sur une consommation journalière de 2000 kilog., résultat qu’elle obtient par la condensation des 2500 kilog. de vapeur repris, et qui abaissent la consommation d’eau de 15 mètres cubes à 12,500.
- Il ne faudrait pas chercher à conclure de ce der-
- nier chiffre le poids d’eau vaporisée dans le cas de la pompe par kilog. de charbon brûlé, car on trouverait un résultat trop faible puisque les 2500 kilogrammes d’eau provenant de la vapeur condensée doivent être vaporisés de nouveau. D’autre part, le chiffre de 15 mètres cubes qui représente le poids d’eau amené à la chaudière dans le cas de la pompe comme dans celui de l’injecteur, est supérieure au poids d’eau réellement vaporisée, à cause de l’entraînement de l’eau mêlée à la vapeur; il conviendrait donc de le diminuer de 7 0/0 comme on le fait ordinairement. Si on voulait prendre le poids de vapeur dépensé dans chaque cylindrée et tenir compte du nombre de cylindrées par jour, on aurait un chiffre trop faible, à cause de la proportion de vapeur qui se condense toujours au commencement de chaque admission sur les parois refroidies du cylindre. En ayant égard, autant qu’on peut le faire, à ces causes d’erreurs opposées, on
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- peut admettre qu’une chaudière ordinaire qui vaporise avec l'injecteur 6 kilog. 4 d’eau environ par kilog. de charbon brûlé fournit avec la pompe-in-jecteur 7 kilog. 2.
- C’est là l’effet utile qu’on peut attendre en service régulier de la pompe Chiazzari convenablement visitée et entretenue. L. Raclé,
- Ancien eleve de l’École polytechnique.
- CHRONIQUE
- L'exposition horticole et l'éclairage électrique au palais de l'Industrie. — Le 7 juin on a inauguré simultanément l’exposition florale de 1879 et l’illumination par le procédé Jablochkoff de la nef et des salles du palais de l’Industrie occupé par l’exposition annuelle des beaux-arts. Les peintures, exposées dans les salles du premier étage, sont parfaitement éclairées par les globes semi-dépolis armés de réflecteurs. La lumière est aussi vive que par une journée ne soleil. La flamme des bougies Jablochkoff se colore, il est vrai, assez souvent de nuances roses pourpres passagères, mais elles projettent sur les tableaux un ton chaud qui généralement ne leur est pas désavantageux; les affaiblissements momentanés de certains becs électriques donnent seulement la sensation de nuages légers passant rapidement devant le soleil par une claire après-midi.
- Dans la nef, par suite de la double nécessité de ne pas employer de réflecteurs pour répartir en chaque point la clarté, et d’envelopper alors le bec d’un verre complètement dépoli, afin de ne pas offenser la vue (le point brillant n’étant plus caché par un réflecteur comme devant les tableaux), enfin à cause de la grande déperdition de rayons par la toiture vitrée, l’effet est loin d’être aussi satisfaisant, la lumière est triste, pâle, lunaire ; ce peuple de statues à demi enfouies dans des prairies de fleurs, des forêts d’arbustes de serre aux corolles et aux feuilles diaprées, si magnifique le joui’, n’est plus qu’une procession de fantômes; — il reste un dernier progrès à accomplir qu’amènera peut-être l’emploi de réflecteurs horizontaux supérieurs à la bougie.
- L’exposition des fleurs est splendide. Tant de choses se disputent l’admiration que l’on ne sait que ne pas citer. Les collections extraordinaires de calladiums de M. Bleu attirent entre toutes les regards.
- Actuellement les feuilles le disputent aux fleurs pour donner les tons les plus éclatants de la palette humaine. Les nouveaux crotons jaunes de M. Morlet et les dracænas pourpres sont particulièrement remarquables. Les fleurs anciennes ne sont pas les moins intéressantes; au hasard, citons de singulières pensées noires et des pensées géantes exposées par M. Falaise, de gigantesques clématites, certaines roses atteignant la grosseur de pivoine en arbre, les superbes orchidées--des serres du Luxembourg et, nous ne dirons pas le parterre mais le véritable fourré, le taillis de rhododendrons, de kal-mias, d’azalées de pleine terre et de serre qui a valu la médaille d’honneur à M. Moser; enfin, sans oublier les vieilles réputations toujours légitimes, fleurs champêtres de Vilmorin, roses de Margottin, asperges de Léraut chaque année plus colossales, il faut en terminant citer deux boudoirs exquis, vrais temples de Flore, décorés, presque tapissés avec un goût adorable, de fleurs fraîches,
- auxquelles se mêlent pour l’un d’eux, les fleurs de flamme des appliques, des lustres et des girandoles.
- Ch. Boissay.
- Statistique de l’industrie de l'horlogerie dans le monde entier. — C’est avec justice que l’horlogerie a été mise au premier rang des produits du travail national et classée parmi ceux qui lui font le plus d’honneur. N’est-elle pas, en effet, et en même temps, un art et une industrie : un art quand elle vient en aide à la science qui, aujourd’hui, ne saurait se passer d’elle; une industrie quand elle donne satisfaction à une multitude de besoins de la vie civile. Elle est indispensable pour le bon emploi du temps.
- Aussi, sa production a prodigieusement augmenté depuis quelques années.
- Il serait peut-être utile d’initier le public à ses développements successifs, à ses procédés de travail ; il apprendrait, entre autres choses curieuses, que certaines parties de ces délicates merveilles qu’on appelle des montres de dames sont exécutées par les campagnards de la Savoie et du Jura français et suisse, et avec une grande dextérité de main.
- Ces détails nous entraîneraient aujourd’hui peut-être un peu trop loin et nous nous contenterons, dans le simple but de donner une idée du grand développement de la fabrication des machines à mesurer le temps, d’inscrire ci-dessous les chiffres de la production actuelle.
- La France produit en chronomètres, montres, pendules, horloges, pour une valeur d’environ. . . Fr. 65 000 000 La Suisse, en montres 60 000 000
- L’Amérique, en montres et pendules. . . 52 000 000 L’Angleterre, en chronomètres, montres. 16 000 000
- L’Autriche, en pendules.................... 10 000 000
- L’Allemagne, en pendules et quelques milliers de montres........................ 25 000 000
- Ce qui, au total, donné une valeur qui dépasse notablement 200 000 000 de francs, pour l’ensemble de la production horlogère dans le monde entier.
- Et ce chiffre prend une importance encore plus grande si l'on remarque que la matière première y entre pour une part relativement faible et les salaires d’ouvriers pour une part extrêmement forte. Un petit nombre d’industries donnent des résultats aussi avantageux.
- Voici maintenant les nombres approximatifs des pièces fabriquées :
- En pendulerie, la France fait environ 1000 000 de pièces diverses par an.
- L’Allemagne en produit davantage, autour de 2000 000 ; mais ici le prix moyen est bien inférieur.
- On peut en dire autant de la pendulerie américaine, qui met, bon ou mal an, dans le commerce au moins de 7 à 800 000 objets.
- Quant aux montres, la Suisse tient la tête avec une production annuelle de 1 500000 montres.
- La France vient ensuite ; elle en fabrique près de 500 000.
- Les États-Unis font de 300 000 à 350 000 montres; et l’Angleterre environ 200 000.
- Total gigantesque : 2 500 000 montres et près de 4 000 000 de pendules, coucous,etc., qui, chaque année, sont dispersées aux quatre coins du globe.
- CLAUDIUS SAUNIER.
- L'air comprimé dans l'exploitation des houillères. — Le danger que présente l’emploi de la poudre dans les houillères a donné l’idée d’essayer l’emploi de
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- l’air comprimé pour abattre la houille. Les essais faits dans ce sens semblent promettre de bons résultats.
- On emploie une petite machine transportable au moyen de laquelle deux hommes suffisent à comprimer l’air, et on obtient une pression de 14 200 kilos par pouce carré. L’air comprimé est amené par des tuyaux en fer forgé dans une cartouche en fonte de 12 pouces de long qu’on a placée dans le trou de mine. La cartouche éclatant, brise en même temps le charbon. Une pression de 9500 livres par pouce carré a été reconnue suffisante pour abattre le charbon le plus dur.
- L’un des inventeurs de ce système. M. Garforth, a déclaré dernièrement à Manchester, devant un auditoire de bouilleurs, qu’il pourrait mettre bientôt à la disposition du mineur une pression de 10, 15 ou 20 000 livres par pouce carré, ce qui permettra d’exploiter la houille sans avoir à craindre les dangers d’explosion de grisou, etc.
- La rage. — La question du traitement et de la guérison de la rage est toujours d’actualité et bien qu’à chaque instant de nouveaux remèdes soient proposés on en est encore réduit à l’opération plus effrayante que douloureuse de la cautérisation au fer chauffé à blanc. Ces temps derniers cependant plusieurs travaux, plusieurs études sérieuses ont été faites sur les causes de la maladie, sur son mode d’inoculation et sur les désordres qu’elle produisait dans l’économie. Citer les noms de MM. Pasteur et Paul Bert comme auteurs de ces études c’est en montrer l’importance.
- Tout d’abord, nous devons signaler un nouveau remède secret préconisé par un vétérinaire, qui prétend avoir été mordu deux fois par des chiens enragés dans le cours de ses expériences, sans que grâce à son remède, il n’en soit résulté pour lui aucun accident. Tout ce que l’on sait sur ce remède, c’est qu’il est à base d’ammoniaque. L’ammoniaque est un médicament diffusible, déjà essayé bien souvent dans le traitement de la rage. Aussi avant d’être convaincu de l’efficacité du nouveau remède, il faut attendre un plus grand nombre d’expériences et son emploi par les médecins.
- Les études de M. Pasteur ne sont que commencées et portent sur le virus qui transmet la rage, sa nature et son mode de propagation. Les beaux travaux de M. Pasteur sur les maladies produites par les virus permettent d’espérer des résultats importants.
- A côté des remèdes préconisés pour guérir de la rage se placent les moyens propres pour arrêter sa propagation. La rage se propage, comme chacun sait, par la morsure de l’animal, par la plaie produite parles dents dans laquelle pénètre la salive de l’animal. Ces faits ont été démontrés expérimentalement par M. Paul Bert qui, enlevant les glandes salivaires à des chiens et ensuite leur inoculant la rage, constatait une fois que la maladie s’était développée, que leur morsure était inoffensive. Les chiens pouvaient mordre bien entendu, mais faute de salive le virus ne pouvait être transmis.
- C’est dans le même ordre d’idée que M. Bourrel a imaginé son système, ici il ne s’agit plus d’empêcher le virus de se transmettre en supprimant la salive, mais bien en rendant les morsures inoffensives, en les empêchant de faire des plaies. Le système de M. Bourrel repose en effet sur ce principe que ce sont les dents incisives et surtout les canines, les crocs qui dans les morsures de chiens produisent les plaies. Or si on épointe ces dents, si on les rend plates dans le genre de celles des ruminants, les morsures ne seront plus dangereuses, il y aura pression, mais il n’y aura plus de plaies produites
- par la pénétration des pointes des dents, qu’un chien ayant les dents ainsi taillées devienne enragé, ces morsures deviendront inoffensives et incapables de transmettre la maladie.
- M. Bourrel propose donc de tailler les dents aux jeunes chiens de façon à les rendre plates, et pour cela il a inventé plusieurs instruments au moyen desquels l’opéra-lion, qui est facile, ne dure que quelques minutes.
- Celte opération qui n’enlève à la plupart des chiens aucun avantage pour l’usage auquel on les emploie, est une grande garantie de sécurité pour le propriétaire.
- PROSPER GUYor.
- Le dorÿphora en Russie. — Un journal agricole de Berlin annonce que le doryphora, l’insecte destructeur des pommes de terre dont nous avons déjà parlé, s’est trouvé importé accidentellement en Russie dans une des provinces polonaises, et l i, il s’est répandu et multiplié avec assez de rapidité pour détruire à peu près la récolte de pommes de terre sur une étendue assez considérable de terrain. On a pris des mesures énergiques pour détruire les insectes et arrêter leurs ravages.
- L’année dernière, on se rappelle que des doryphoras avaient été vus dans un champ en Allemagne, on était parvenu à les détruire en répandant sur le champ de pommes de terre infesté, de la paille arrosée de pétrole, on y mit le feu, et les Doryphoras furent détruits.
- Tous les gouvernements prennent de grandes précautions pour empêcher les doryphoras de s’introduire dans les nations de l’Europe, et pour les détruire sitôt leur introduction si les premiers moyens n’avaient suffi. Ainsi en Allemagne, dans toutes les communes, il y a des tableaux représentant l’insecte à tous ses états et il en est de même dans les gares de chemin de fer, afin que chacun apprenne à le connaître et que sitôt son introduction, il soit signalé au gouvernement, qui alors prendrait toutes les mesures nécessaires pour détruire tous ceux qui se seraient propagés.
- Les arbres gigantesques. — On regardait jusqu’ici les Séquoias de l'Amérique du Nord comme les plus grands de tous les arbres connus : l’un de ces Séquoias, en place à Stockton (Californie), a une hauteur qu’on évalue à 97 mètres. Il parait que ces végétaux gigantesques sont encore dépassés par certains Eucalyptus d’Australie. L’un de ces arbres, tombé à Gippsland, mesure 150 mètres de la racine au sommet; un autre, encore debout dans le district de Dandenong (Victoria), a une hauteur qu’on estime à 155 mètres.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 juin 1879. — Présidence de M. DAUBRE.
- Injections lactées. — D’après M. Béchamp, l’injection intra-veineuse de lait ne détermine, chez les animaux sur lesquels on la pratique, aucun désordre physiologique. Ce résultat pouvait d’ailleurs être prévu jusqu'à un certain point d’après l’analogie que le lait présente avec le chyle évidemment si favorable à la vie.
- Liquéfaction des gaz. — Un bibliophile signale le passage suivant du Traité de chimie de Berzélius, passage dont l’intérêt ressort des expériences faites récemment par M- Cailletet et par M. Pictet : « Les plus remarquables de tous les gaz permanents sont les trois gaz simples : oxygène.
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- nitrogène et hydrogène; les deux premiers constituent par leur mélange l’air atmosphérique. Perkins a assuré que ce dernier commençait à se condenser à une pression de 600 atmosphères et que sous celle de 1200 almosphères il était parfaitement liquide; mais l’expérience ayant été faite dans un vase de métal, qui empêchait de voir ce qui se passait, la liquéfaction de l’air ne peut pas être regardée comme absolument certaine, quoiqu’elle ne soit pas dénuée de probabilité. » (BERZÉLIUS, Traité de chimie, t. 1 de la 2e édition française, p. 55.)
- L'hydrocellulose. — C’est sous ce nom que M. Aimé Girard désigne le produit friable qui résulte des actions des acides sur la cellulose. Il insiste spécialement sur le rôle de l’eau dans la génération de ce nouveau composé. Qu’on place de la cellulose dans une cloche contenant de l’acide chlorhydrique parfaitement sec et l’on pourra laisser les corps en présence sans déterminer aucun effet sensible, même au bout d’un temps fort long ; mais qu’on introduise dans le gaz acide la moindre trace d’humidité, et l’hydrocellulose se produira aussitôt.
- Alliages de plomb et d'anti-moine. — Un chimiste dont le nom nous échappe signale les propriétés fort curieuses des alliages stibio-plombiques. On les obtient en ajoutant de l’antimoine au plomb porté au rouge. La matière ainsi produite se liquate d’elle-même et donne ainsi des cristaux du système rhomboé-drique dont la composition est parfaitement définie, et qui peuvent subir, aussi bien que l’acier, une vérita
- Moulage en plâtre des empreintes de doigts trouvées sur une poterie de l’époque lacustre. (D’après une photographie.)
- ble trempe. Les cristaux dont il s’agit sont fort solubles dans le plomb et on peut même obtenir aussi une vraie solution sursaturée d’où l’alliage défini se précipite dès qu’on y introduit un des cristaux précédents.
- Spectroscopie. — Revenant sur un sujet qui l’a occupé précédemment, M. Cornu démontre d’une manière extrêmement élégante, la faculté absorbante de l’air atmosphérique vis-à-vis les radiations ultra violettes du spectre. Voici comment il opère. On étale sur un écran le spectre de l’aluminium qui présente les raies les plus réfrangibles que l’on connaisse et qui sont désignées sous les n°’ 50, 51 et 52. Si la lumière ne traverse que 25 centimètres d’air, on constate que 50 est la plus vive, 52 celle qui vient ensuite et 51 celle dont l’éclat est intermédiaire, mais si on interpose une couche d’air de 6 mètres seulement d’épaisseur, on trouve que 52 s’efface tout à fait pendant que 51, cependant moins brillant à l’origine, est encore perceptible. Si l’on fait passer la lumière dans un tube suffisamment long, fermé aux deux bouts par deux lames parallèles et relié à une machine pneumatique, on voit à mesure que le vide se fait la
- ligne 51, d’abord invisible, apparaître peu à peu. La démonstration est donc complète.
- A propos de spectroscopie , nous ajouterons que M. Henry Draper, présent à la séance, dépose une photographie du spectre solaire qui parait prouver l’existence de l’oxygène dans notre astre central. On y voit en effet des bandes brillantes dont la position coïncide avec les lignes de l’oxygène. Toutefois, comme M. Janssen le fait remarquer, il s’agit de bandes et non de lignes et par conséquent on ne pevt pas être sûr d’une coïncidence absolue. Stanislas Meunier.
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- DÉCOUVERTE D’EMPREINTES DE DOIGTS
- D'UNE FEMME DE L'ÉPOQUE LACUSTRE.
- Sur le fond d'un vase de 1 âge du bronze provenant de la station lacustre de Corcelettcs, au lac de Neuchâtel, M. le professeur Forel de Morges a remarqué cinq creux faits évidemment par l’artiste potier en enfonçant ses doigts dans l’argile encore tendre ; un moulage en plâtre lui a fourni le relief dont nous donnons une copie fort démonstrative, laite d’après une photographie.
- Sur ce moulage l’on voit deux fois l’extrémité du pouce et trois fois l’ex
- trémité de l’index, chacune d’elles sur une longueur de près de 1 centimètre.
- L’ongle du pouce, dont tout le pourtour est parfaitement modelé, était fort joli, à courbure régulière, moyennement convexe; il mesurait 11 millimètres de largeur sur 12 de longueur. L’ongle de l’index est moins bien reproduit; il mesurait 9 millimètres de largeur sur 11 de longueur; il était assez fortement convexe transversalement et présentait une flèche de plus de 2 millimètres.
- D’après les dimensions et la forme des doigts, l’artiste potier était une femme.
- La pièce archéologique qui a fourni ce moulage porte le n° 10 646 du catalogue; cabinet des antiques du musée cantonal vaudois, à Lausanne.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 518. - 5 JUILLET 1879.
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- LA MIGRATION DE PAPILLONS
- DU MOIS DE JUIN 1879.
- On a signalé sur un très grand nombre de points de la France, de la Suisse et de l’Espagne, à Angers, à Nancy, dans la vallée du Rhône, à An-goulème, à Albi, à Montélimart, à Lausanne, à Berne, à Valence, etc., le passage d’une véritable armée des papillons connus vulgairement sous le nom de Belle dame (Vanessacardui, Linnée), et qui dans certaines localités formaient des nuées abondantes dont la gravure ci-dessous représente le curieux
- aspect. Nous avons déjà signalé ce fait extraordinaire dans notre dernière livraison (page 46). Nous complétons aujourd’hui ces premiers renseignements en publiant les documents que quelques-uns de nos correspondants nous ont adressés. On verra que le phénomène s’est manifesté pendant plusieurs jours dans la première quinzaine du mois de juin.
- « Dans l’après midi du 2 juin, nous écrit M. Condamy, une nuée de plusieurs milliers de Vanesses du chardon, dans les environs d’Angou-lème, a suivi la vallée de l'Anguienne dans la direction du levant au couchant. Le 7, on a observé
- Passage des Vanesses du chardon, observe près de Berne le 15 juin 1879.
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- un deuxième passage moins important. Un naturaliste distingué, témoin du fait, prétend que les familles de certains papillons à l’époque de l’accouplement, répandent une odeur assez forte pour attirer tous les mâles d’une contrée. Il suffirait du passage d’une seule vanesse femelle pour que toute la gent masculine prit la même direction et s’empressa de lui faire cortège. Cette explication semble vraie en tant que la distance parcourue ne soit que de un à deux kilomètres environ; mais si les papillons ont franchi plusieurs départements pour arriver dans nos régions de l’Ouest, ils obéissent, alors, à un sentiment mal connu, analogue à celui qui fait voyager quelques poissons de mer et sur-tont plusieurs espèces d’oiseaux. »
- M. Plumandon, météorologiste adjoint à l'obser-
- 7e année. — 2e semestre.
- vatoire du Puy-de-Dôme, nous a adressé d’autre part la lettre suivante :
- « Le passage de Vanesses a eu lieu ici le 15 juin. Ila duré de 11 heures du matin à 2 heures du soir. Ces papillons ne marchaient pas en masses serrées, mais par groupes de 2, 3, 4, 5 ou 6. J’en ai compté 280 qui ont passé devant moi en 5 minutes sur un front de 9 mètres. La largeur de la colonne qu’ils formaient dans leur ensemble, à la hauteur de Clermont, avait au moins 8 kilomètres, puisqu’ils ont été remarqués à Royat et à Lempdes ; mais il est probable qu’elle avait une dimension beaucoup plus grande. Quoi qu’il en soit, en se basant sur des chiffres moyens, le nombre des papillons qui auraient passé entre Royat et Lempdes serait de trois millions environ. Ces papillons qui se dirigeaient
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- LA NATURE.
- tous vers le sud, avaient un vol très rapide, et se maintenaient ordinairement à 1 mètre ou 2 au-dessus du sol. S'ils rencontraient une muraille, un bouquet d’arbres ou une maison, ils s’élevaient verticalement après un instant d’hésitation apparente, sans se détourner à droite ou à gauche, et franchissaient l’obstacle. Il m’a été très difficile d’en saisir quelques-uns. Le moindre de mes mouvements leur donnait l’éveil : ils s’élevaient alors et passaient au-dessus de ma tête. J’en ai repoussé plusieurs 8 ou 10 fois de suite avec mon chapeau sans pouvoir les faire changer de direction; dès qu’ils m’avaient échappé, ils reprenaient leur vol instinctif vers le Midi sans s’arrêter une seconde, même pour butiner les fleurs. Il est à remarquer d’autre part que les papillons indigènes de même espèce n’ont pas été entraînés dans le mouvement d’émigration, auquel ils paraissent au contraire être restés complètement indifférents. La colonne émigrante que j’ai pu observer n’a pas été unique. Le mardi précédent, on en avait remarqué une sur les boulevards de Clermont, et le même jour, M. le docteur Barberet, médecin principal du 13e corps d’armée, en avait rencontré une autre vers huit heures du matin auprès de Saint-Nectaire, dans le canton de Champeix, où il voyageait. Là, le sol était tellement jonché de papillons morts ou mourants, que chaque pas du cheval qui conduisait la voiture faisait sur la route une large tache blanche. Vers cinq heures du soir, M. Barberet repassait au même endroit et la colonne n’avait pas encore fini de s’écouler. Les papillons qui la composaient, marchaient tous vers le sud, comme ceux que j’ai observés à Clermont. »
- « Plusieurs journaux, nous écrit-on de Berne, à la date du 16, ont mentionné les passages des papillons vanesses du chardon. Chez nous, entre Berne et Thoune, ces papillons abondent d’une manière surprenante. Ils forment parfois au sein de l’air, de véritable nuées d’une prodigieuse étendue. »
- MM. Ch. et R. Oberthür, de Rennes, ont observé le phénomène à Rennes le 10 juin 1879. « Le vent soufflant du sud, vers onze heures trente minutes du matin, par un ciel clair et une température chaude, nous avons été témoins, disent ces naturalistes, d’une migration considérable de Vanessa car-dui et de Plusia Gamma. Les papillons, dans cette localité, marchaient d’abord du sud au nord; à deux heures ils se dirigèrent vers l’ouest. Les vanesses volaient en extrême abondance et avec rapidité; elles parcouraient environ 5 mètres à la seconde. Le type n’est pas celui que nous prenons ici habituellement : c’est le type africain très caractérisé. »
- M. Clément nous écrit d’autre part que les'Vanesses ont été très abondantes cette année aux environs de Paris, et qu’il en a été vu au jardin du Luxembourg et même dans les rues de Paris.
- — La suite prochainement. —
- —
- I NOUVELLES RECHERCHES DE M. CROOKES
- SUR LE RADIOMÈTRE.
- M. Crookes a montré que le mouvement du radiomètre est dû à la présence de gaz résiduel. Il a étudié dernièrement la répulsion exercée par la radiation d’une lampe sur des disques de mica et de moelle de sureau recouverts de diverses poudres ou précipités chimiques, et suspendus dans le vide d’un appareil de torsion.
- Le tube de verre horizontal a b (fig. 1) contient un fléau en paille, à la fois léger et suffisamment rigide. Le fil de torsion c d, en flint-glass, est fixé
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- Fig. 1.
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- en d à un bouchon à l’émeri ; pour avoir une fermeture hermétique, on coule autour du bouchon un mastic formé de deux parties de résine et trois de cire d’abeilles. En c est un miroir de verre argenté ; en e une petite cuvette destinée à recevoir les contre poids des disques suspendus à l’autre extrémité. Ces disques, au nombre de six, sont collés sur une tige de verre rigide avec un peu de mastic, et cette tige est ajustée à l’extrémité du fléau au moyen d’une lame d’aluminium. Le premier de ces disques, h, est toujours en moelle recouverte de noir de fumée : les autres sont changés à chaque expérience. Un petit aimant permet d’amener le fléau au 0° sans enlever le bouchon d. Deux glaces sont mastiquées en o et p ; on les enlève pour changer les disques ; on fait le vide dans
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- LA NATURE.
- 67
- l’appareil par le tube q qui communique avec une Dans la figure 2, l’appareil est en expérience : on machine pneumatique à mercure, voit des trous percés dans le mur en face du miroir
- Fig. 2.
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- et des disques. Le premier d est limité par une carte noircie vers l’intérieur ; les autres sont munis
- L’image d'une lampe fournie par le miroir e se promène sur la division d’une règle g placée à
- Elévation.
- 2123156168111
- Centimètres.
- 1,50 de distance; le déplacement de cette image mesure la déviation du fléau.
- Une seconde lampe, dont on connaît la distance à
- Fig. 3.
- de tubes également noircis. Les intervalles sont remplis de coton cardé. L’appareil est en outre pro-
- —O>—
- Plan
- tégé par une rangée de bouteilles pleines d’eau et un écran en bois.
- Fig. 7s
- l'appareil, envoie ses rayons à tel ou tel disque que l’on veut.
- Les poudres étaient appliquées sur les disques comme une peinture à l’eau, sans mastic. On recon-naissait que le vide était toujours poussé au même
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- 68
- LA NATURE.
- point, à ce que la répulsion obtenue avec le premier disque était constante. L’air était desséché par de l’acide phosphorique anhydre.
- On a fait tomber les rayons sur les disques directement, puis en leur faisant traverser une couche d’eau; on comparaît les répulsions à celles que donnait dans les deux cas le disque témoin, et que l’on représentait par 100. Pour ce disque, la répulsion dans le second cas était un onzième de la première.
- Les poudres noires ont donné une répulsion
- Le péroxyde de thallium a donné la plus grande répulsion, savoir 121,7.
- En résumé, on peut diviser les substances en deux classes :
- Les positives, pour lesquelles la répulsion (comparée à celle du noir de fumée) est plus grande derrière l’eau que directement : c’est-à-dire qui sont plus sensibles aux rayons lumineux qu’aux rayons obscurs. Par exemple : le tungstate et l’oxalate de cuivre, le safran, le sélénium.
- Les négatives, jouissant de la propriété contraire.
- Fig. 8.
- ©
- *_______
- Fig. 11.
- de 92,2 qui s’est élevée à 99,1 par l'interposition d’eau.
- Les poudres blanches ont donné 53,5 dans le premier cas et 8,5 dans le second. On voit que l’action de la flamme nue sur les poudres blanches est principalement due aux rayons ultra-rouges. Lorsque ceux-ci sont arrêtés par l’écran d’eau, l’action de la flamme est diminuée cinquante fois.
- Fi?. ».
- S
- Parmi les poudres rouges, le sélénium précipité donne à la flamme nue 55,8 et derrière l’écran 69,5. Les autres donnent 52,2 et 24,9.
- L’acide tungstique anhydre présente la même exception parmi les poudres jaunes.
- Les poudres bleues absorbent mieux les rayons lumineux que les rayons obscurs. C’est le contraire pour les matières colorantes organiques, sauf le safran et un produit de décomposition de la chlorophylle.
- Parmi les métaux couverts de noir de fumée, le fer absorbe mieux les rayons obscurs et l’or les rayons lumineux.
- Par exemple : l'oxyde vert de chrome, l’hydroxyde de zinc, le sulfate de baryte, le carbonate de chaux.
- On peut vérifier ces résultats en recouvrant de deux substances différentes les faces opposées des ailettes d’un radiomètre (fig. 5). La boule de ce ra-diomètre a une large ouverture fermée par une glace polie et mastiquée, permettant de changer à volonté les ailettes sur lesquelles on applique les différentes poudres avec de l’eau ou de l’alcool.
- Si l’on prend l’oxyde de chrome et le sélénium
- Fig. 12.
- précipité, la rotation change de sens, suivant qu’on met ou qu’on enlève l’écran d’eau. Avec le safran et l’hydroxyde de zinc, l’appareil ne se meut pas sous l’influence de la lumiève directe; il tourne quand on interpose l’écran.
- M. Crookes étudia l’action de la lumière polarisée sur des lames de tourmaline suspendues dans la balance de torsion. On pouvait penser que la tourmaline laissant passer la lumière polarisée dans un certain plan, éteignant la lumière polarisée dans un plan perpendiculaire, ne serait repoussée que dans ce dernier cas. L’expérience montre que l’effet est sensiblement le même, quel que soit le plan de polarisation, ce qui prouve une fois de plus que l’action de la lumière sur les radiomètres ne s’exerce qu’à la surface; la polarisation, au
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- M M
- 1
- Fig. 15. — a, b. l’artie supérieure de la pompe pneumatique. — d, c. Appareil de Mac-Lead pour mesurer la pression résiduelle. — f. Tube à acide phosphorique anhydre. — <j. Tubes contenant du soufre précipité du cuivre réduit. — h. Tube de Geissler pour examiner le spectre du gaz résiduel. — k, m, n, p, q. Appareil pour1 mesurer la viscosité du gaz. — s. Appareil fig. 14 : le cercle de platine est recouvert d’un disque de mica noirci. — t. Pile. — v, B. Boîtes de résistance. — w. Commutateur. — A. Galvanomètre.
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- LA NATURE.
- contraire, est due au passage au travers de la lame.
- Un système mobile de deux aillettes d’aluminium noircies d’un côté est placé dans l’appareil (lig. 5). Dans les figures 4 et 5, le pointillé indique le côté recouvert de noir de fumée, et les flèches marquent le sens de la rotation positive. On a soumis l’appareil à la radiation d’une lampe placée
- Fig. 14.
- • S’
- c.
- 1 s
- I —j—
- à 0m,10 de distance. La rotation était lente et positive. En protégeant par un écran le côté noirci, on obtient une forte rotation positive ; en protégeant le côté brillant, la rotation est plus faible et négative. Lorsque les deux côtés sont éclairés, l’effet est la différence des deux précédents.
- , Par des expériences variées, M. Crookes a reconnu que le radiomètre le plus sensible est celui
- qui a des ailettes d’argent, planes, attachées aux bras sous un angle de 45°, et noircies extérieurement (fig. 6).
- Les figures 7 et 8 montrent suffisamment l'action d’une bougie sur des radiomètres dont les ailettes sont en mica et en aluminium.
- Si l’on plonge un radiomètre dans de l’eau chaude, ou si on le recouvre d’un entonnoir chauffé dans une étuve, il prend une rotation positive; si on le refroidit en le plongeant dans l’eau froide, il prend une rotation négative. La rapidité du mouvement dépend de la conductibilité des ailettes pour la chaleur. — On peut encore échauffer l’appareil en mettant dessus des anneaux de bronze a, b (fig. 9) chauffés à 400°. La rotation des ailettes est positive ou négative suivant que l’anneau est. placé à l’équateur ou au pôle.
- Dans les figures 10 et 11, on a essayé de repré-
- Fig. 15.
- senter les actions moléculaires qui prennent naissance dans ces deux cas.
- Si l’on applique à la fois les deux anneaux, ou si l’on met l’appareil dans l’eau chaude, l’effet obtenu est la différence des effets dus à réchauffement des parties équatoriales et polaires.
- Des expériences furent faites avec des ailetles ayant la forme de cônes, de cylindres, de coupes. — La figure 12 montre comment ont lieu les répulsions sur des aillettes coniques.
- Pour étudier l’effet de la pression résiduelle, M. Crookes fit construire un radiomètre dont les 4 ailettes ont la forme de calottes sphériques de 10 millimètres de diamètre, appartenant à une sphère de6 millimètres de rayon. L’appareil étant réuni à une machine pneumatique et exposé à la radiation d’une lampe placée à 10 centimètres, on nota de temps en temps le nombre de tours effectués par les ailettes dans une minute, et la pression résiduelle correspondante. On a pu construire une
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- LA NATURE.
- —
- courbe (fig. 14), dans laquelle les ordonnées repré-sentent le nombre de tours par minute, et les abcis-ses la pression en millionnièmes d’atmosphère. La sensibilité du radiomètre a été maxima à la pression de 0mm,03 environ.
- La figure 15 représente un appareil permettant d’étudier directement la chaleur obscure. La source est un cercle de platine a, qu’on porte à différentes températures allant jusqu’au rouge en le faisant traverser par le courant d’une pile. Les ailettes sont des lames de mica transparent, inclinées à 45° sur l’horizon. Au-dessus est un disque tournant sur une pointe spéciale. — La rotation positive du disque est inverse de celle des ailettes.
- A la pression ordinaire, le platine étant porté au rouge, les deux appareils prennent une rotation positive. Les ailettes font 15 tours par minute, le disque en fait une. A 80 millimètres le disque cesse de tourner. A 19 millimètres les ailettes s’arrêtent et prennent une rotation négative; elles s’arrêtent de nouveau à 0mm,105, et reprennent une rotation positive dont la vitesse est de 100 tours à la pression de Omm,1 et de plus de 000 tours à 0mm,01. — Le disque a repris une rotation positive croissante ; elle est de 5 tours à la minute à la pression de 1 millimètre.
- Avec un appareil dont le vide était plus parfait (fig. 15), M. Crookes a vu la vitesse des ailettes s’élever à 1000 tours à la pression de 0mm,005, et augmenter encore jusqu’à la limite des pressions obtenues, savoir: 0mm,0003. Il n’y a plus de maximum comme précédemment.
- Dans l’hydrogène, il paraît y avoir un maximum vers 0mm,0008. A. Leduc.
- ——
- BIBLIOGRAPHIE
- Astronomie populaire, par M. Camille Flammarion. Édition illustrée paraissant en livraisons hebdomadaires. Marpon et Flammarion, Paris.
- Notre collaborateur, M. Camille Flammarion, publie actuellement une Astronomie populaire, spécialement rédigée pour le public non scientifique. Elle est destinée à combler une grande lacune; nous n’avions pas, en effet, de livre d’astronomie populaire proprement dite ; assez clair pour être compris sans le secours des mathématiques . La première livraison que nous avons sous les yeux, nous parle de la place que la terre occupe dans le ciel. Ajoutons que V Astronomie populaire, qui se publie par livraison de 10 centimes, est illustrée de fort belles gravures dues au crayon de nos meilleurs artistes.
- Dictionnaire de botanique, par M. H. Bâillon, paraissant en livraisons grand in-8 richement illustrées. Le onzième fascicule vient de paraître.'Paris, Hachette et Cie.
- Annuaire du club Alpin-français, 5e année, 1858, 1 vol. in-8. Paris, Hachette et Cie, 1879.
- Éléments de physique appliquée à la médecine et à la physiologie, par A. MOrTESSIER. Optique, 1 vol. in-18 avec 177 figures. Paris, G. Masson, 1879.
- —ç
- BAROMÈTRE ABSOLU
- DE MM. HANS ET HE RM A R Y.
- Un thermomètre ordinaire n’est sensible qu'à l’influence de la température; mais, un thermomètre dont le réservoir contient une certaine quantité d’air (ou d’un gaz quelconque) est sensible, non seulement à cette influence, mais encore à celle de la pression que subit le gaz. L’observation simultanée d’un thermomètre ordinaire et d’un thermomètre à air peut donc faire ressortir les variations de pression.
- Pour mettre ce principe en pratique, en évitant l’emploi du calcul, les inventeurs du baromètre absolu ont eu l’idée de déterminer la‘pression par une opération matérielle très simple qui est la traduction exacte d’un théorème de géométrie. En outre, en adoptant des dispositions nouvelles pour la construction du thermomètre à air, ils en ont fait un instrument qui ne se dérange nullement dans les transports et dont la durée est, pour ainsi dire, indéfinie. Par ces moyens, ils ont surmonté des difficultés devant lesquelles avaient échoué des tentatives antérieures et ils ont constitué un instrument précis, commode et original.
- Le théorème de géométrie se résume en quelques mots : lorsque la température varie seule, les allongements des deux colonnes thermométriques sont constamment proportionnels entre eux ; par suite, si les tiges des deux thermomètres sont disposées parallèlement, la ligne droite qui joint les extrémités des deux colonnes passera toujours par un même point que nous désignerons par P ; si la pression varie, le point P se déplacera et décrira un lieu qui est précisément une ligne droite1.
- Chaque position du point P sur le lieu correspond à une pression déterminée qui peut être indiquée sur une échelle ; la ligne droite qui joint les extrémités des colonnes peut être représentée par un fil. On peut donc construire un baromètre dont les éléments essentiels seraient : un thermomètre ordinaire, un thermomètre à air, une échelle graduée et un fil. Les tiges des deux thermomètres seraient fixées suivant deux droites parallèles et l’échelle serait disposée convenablement par rapport à ces lignes.
- L’instrument est habituellement complété par des organes accessoires ; il a été réalisé sous diverses formes dont l’une est représentée dans la figure 1. La légende explicative qui accompagne cette figure donne la description détaillée du baromètre et la manière de le consulter.
- 1 Cette propriété se démontre aisément par la géométrie supérieure ou par l’analyse; mais elle peut être considérée comme étant simplement la conséquence de cette remarque : si l’on suppose les lois de dilatation des liquides et des gaz suffisamment prolongées, on peut imaginer que l’on ait tracé la droite qui joint les extrémités des colonnes à la température du 0 absolu ; or, cette ligne reste la même, quelle que soit la pression, puisque le volume de l’air est nul; elle passe donc par tous les points P.
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- (3
- LA NA TUBE.
- La hauteur barométrique absolue, c’est-à-dire celle qui serait donnée par un bon baromètre à
- mercure à 0°, se lit sur un arc de cercle gradué en regard du fil qui est assujetti à passer par le centre du cercle. L’échelle étant convenablement tracée, il est évident que cela revient au même que si la lecture se faisait sur le lieu géométrique dont il a été question. On remarquera que les divisions de cette échelle sont à peu près équidistantes1. Une deuxième graduation portée par un secteur mobile peut donner, pour un lieu déterminé,, la hauteur barométri-que ramenée à la valeur qu’elle aurait au niveau de la mer.
- Dans la construction du thermomètre à air, une première question se présentait : c’était le choix d’un liquide pour former la colonne qui devait emprisonner la masse gazeuse dont on voulait observer les variations de volume. Dans les limites des températures qui se manifestent dans nos climats, ce liquide devait conserver une fluidité convenable, ne pas émettre de vapeurs sensibles, n’exercer aucune action sur l’air du ré-
- on a dû séparer ces liquides par une colonne d air. On a coloré l’acide sulfurique au moyen de 1 in-
- CENTIGRADE
- ABSOLU
- &
- S t u.
- 1
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- is
- t I
- Fig 1.—Nou-veau baromètre absolu. — A. Thermomètre à air. — B. Tige métallique portant un cur-moyen d’un bouton
- i
- seur à aiguille qui se manœuvre au moyen d’un bouton placé sur le côté supérieur du cadre ; le mécanisme qui transmet le mouvement est dissimulé à l’intérieur de l’instrument. — C. Thermomètre à air. — D. Tige métallique portant un curseur qui se manœuvre au
- placé sur le côté inférieur du cadre ; l’axe de cette
- tige représente le lieu des points P. — E, F. Graduations circulaires fixe et mobile. Un fil attaché au curseur supérieur traverse le curseur inférieur, passe par un point fixe au bas du cadre et tombe verticalement sous l’action d’un poids tenseur.
- Manière de consulter l'instrument.— 1” Manœuvrer le bouton supérieur de manière que l’aiguille du curseur correspondant vienne effleurer l’extrémité de la colonne du thermomètre ordinaire; 2“ manœuvrer le bouton inférieur de manière que le fil vienne affleurer l’extrémité de la colonne du thermomètre à air; 5° lire, en regard du fil, la hauteur barométrique ou le pronostic du temps.
- servoir et, enfin, donner lieu à des effets capillaires
- l’avantage de fournir un
- digo.
- Les deux liquides sont placés chacun dans un tube en U ; cette disposition présente différents avantages, mais elle est surtout essentielle pour la facilité de la construction parce qu’elle permet d’employer le mouvement de fronde pour chasser les bulles d’air qui pourraient former des séparations dans les colonnes liquides.
- La figure 2 représente un thermomètre à air dont toutes les parties ont été ramenées sur un même plan pour faciliter l'intelligence du dessin.
- Le baromètre absolu de MM. Hans et Hermary est très commode pour les personnes qui veulent faire des observations fréquentes dans le but de suivre les variations météorologiques. On pourrait croire que la nécessité de faire une manipulation pour consulter 1 instrument constitue un inconvénient. Il n’en est rien : cette opération s’exécute avec la plus grande facilité et, comme elle laisse subsister l’indication de la dernière pression observée, elle présente moyen d’apprécier cha-
- parfaitement constants, choisi comme remplissant toutes ces conditions; mais comme il absorbe l’humidité de l’air, on a dû l’isoler de l’atmosphère par une deuxième colonne liquide qui est formée d’une huile non siccative. Naturellement,
- que fois le sens et la valeur de la variation baromé-
- L’acide sulfurique a été
- Fig. 2. — B. Réservoir. — A- Tube en U contenant l’acide sulfurique. C. Tube en U contenant l’huile — D. Extrémité ouverte.
- D
- trique.
- Complété par un dispositif très simple qui obvie au balancement du poids, cet instrument peut rendre de grands services à terre comme à bord des navires.
- Les mouvements de la mer, d’après des
- pour éviter l’action chimique de l’acide sur l’huile,
- 1 On démontre que ces divisions déterminent des segments égaux sur les droites parallèles à une certaine direction (voir les prochains comptes rendus de l’Association française pour
- essais récents, ne nuisent nullement à la régularité
- de ses indications.
- Gaston TISSANDIER.
- l'avancement des sciences. Congrès de Paris 1878). Cette direction est à peu près celle de la corde de l’arc gradué.
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- LA NATURE.
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- L’ÉRUPTION DE L’ETNA - MAI-JUIN 1879
- Cette éruption qui depuis trois semaines environ a diminué d’intensité d’une façon rassurante a com-
- mencé le 25 mai 1879. Un immense nuage de fumées et de cendres, dont notre première gravure
- Fig. 1.— L’éruption de l’Etna. Nuage de cendres et de fumées s’échappant du cratère le 23 mai 1879. (D’après nature.)
- i
- :
- représente l’aspect (fig. 1), s’échappa du cratère et les régions environnantes se trouvèrent recouvertes
- d’une pluie de cendre très abondante. Vu de la mer le phénomène était d’un aspect grandiose, et la
- Fig. 2. — Aspect du phénomène vu de la mer. (D’après nature.)
- montagne sicilienne étit surmontée d’un véritable panache de fumée (fig. 2). Les jours suivants
- trois cratères s’ouvrirent et projetèrent dans l’air, à une grande hauteur, des masses incandescentes
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-
- 74
- LA NATURE.
- qui faisaient explosion avec un bruit formidable. Ces bouches volcanique déversèrent en même temps un immense torrent de lave qui glissait sur les flancs de la montagne, formant un véritable fleuve de feu. La plus importante de ces bouches s’était formée entre le monte Frumento et le monte Nero, à une distance égale de Randazzo et de Lingua-glossa. Les deux autres se trouvaient, la première, entre Bronte et Aderno, et la seconde entre Giarre et Aci Reale. Les habitants qui vivent autour de l’Etna étaient dans la consternation; des tremblements de terre continuels ébranlaient le sol et quelques maisons s’écroulèrent. Dans les premiers jours de juin, les oscillations furent tellement intenses dans la province de Catane et surtout près d’Aci Reale que cinq villages ont été presque complètement détruits. Plus de dix personnes ont été tuées et plusieurs autres grièvement blessées.
- Le 29 mai, l’Etna a été visité par deux naturalistes allemands au récit desquels nous empruntons les détails qui suivent :
- « On distinguait à cette époque quatre cratères en travail, dont trois semblaient réunis par des coulées de lave brûlante. Toute la masse de feu pouvait avoir de 8 à 10 kilomètres de longueur. Les langues de feu poussées vers le ciel, les serpents de lave descendant les flancs de la montagne, les détonations sourdes, le roulement du tonnerre, l’écho de masses de pierres et de cendres lancées de tous les cratères, ce spectacle vu et entendu à une distance de 35 kilomètres donnait une idée exacte de la puissance du volcan. Quant au dégât causé, on peut s’en faire une idée par le seul fait que, le 29 mai, la masse de lave avait déjà parcouru dix kilomètres. A Linguagrossa, moitié chemin entre Taormina et les cratères, la cendre avait atteint une épaisseur de 30 centimètres. » Dans une autre lettre du commencement de juin, un des voyageurs raconte qu’il s’est rapproché du théâtre de l’éruption, qu’il a gagné Mojo, et que de là il s’est rendu près du fleuve de lave, encore distant de 2 kilomètres de cette dernière localité. « Quand nous en approchâmes, ce qui nous stupéfia, c’était son énorme hauteur qui, par endroits, montait à 30 mètres en viron. Sa largeur couvrait un espace de 1 kilomètre à 1 kilomètre et demi. Le flot ressemblait à une masse de métal en fusion. La rapidité du courant a diminué dans la vallée d'Alcantara. J'estime le chemin parcouru par la lave à 2 mètres par heure. Actuellement elle en fait 15, la pression du cratère étant devenue plus forte. A l'ouest s’élevaient les plus magnifiques plantations de noyers qui, peu à peu, disparaissaient sous la lave. On entendait un craquement particulier. Plus loin, c’était un riche champ de blé, avec ses épis verts, qui se carbonisait lentement. A l’est, on voyait quelques maisons abandonnées ; le flot de feu dévorait. Quatre heures durant, nous observâmes la marche de cette masse ignée qui anéantissait tout sur son passage. On pouvait en approcher jusqu’à une distance de cinq pas
- et allumer son cigare aux scories qui s’en détachaient. J’en emportai un morceau; deux heures après il n’était pas encore refroidi. »
- On sait que depuis le 9 juin, le phénomène a presque complètement cessé, et que le volcan ne lance plus de laves. Quelques jours après cette époque, un tremblement de terre anéantissait le petit pays de Bon-Giardo; l’église et toutes les habitations sans exceptions se sont écroulées.
- LES ŒSTRIDES
- NOTAMMENT CEUX QUI ATTAQUENT L'HOMME, LE CHEVAL, LE BŒUF ET LE MOUTON.
- L’attention des naturalistes et celle des peuples pasteurs a dû être attirée de bonne heure sur certains insectes diptères, qui, malgré la petitesse relative de leur taille, inspirent une indicible terreur à nos quadrupèdes domestiques les plus précieux, s’introduisent sous leur cuir épais, dans leurs entrailles, jusque dans les cavités du crâne, et attaquent quelquefois l’homme lui-même.
- S’il faut en croire Bracy-Clark, auteur d’un excellent travail sur les Œstrides, il serait question de ces insectes dans le passage de la Bible où Moïse parle de ces mouches qui sifflent et font du bruit (which hiss and mak a noise), et qui causèrent de grandes terreurs dans toute l’Egypte.
- Aristote mentionne plusieurs fois, soit dans son Histoire des animaux, soit dans son livre De par-tibus animalium, les olarpot et les pomsç, qui percent la peau des hommes et des autres animauxl. il en est aussi question dans Elien.
- Pline emploie le mot œstrus, mais pour désigner, au dire de Cuvier, le sexe mâle (ou bourdon) de l’abeille ordinaire. Virgile lui-même a décrit, avec son rare talent, l’effroi que l’Œstre cause aux grands troupeaux de bœufs. Tout le monde connaît le passage qui suit :
- Est lucos Silari circà, ilicibus que virentem Pluriinus Alburnum volitans, cui nomen asilo Romanum est : OEslron Graii vertère vocantes ;
- Asper, acerba sonans : quo tota exterrita sylvis Diffugiunt armenta ; furit mugitibus æther Concussus, sylvæque et sicci ripa Tanagri.
- (Virgile, Géorgiques, liv. III, vers 146-151),
- Aux rives du Silare, où des forêts d’yeuses Prolongent dans les champs leurs ombres ténébreuses, Vole un insecte affreux, que Junon autrefois, Pour tourmenter lo, déchaîna dans les bois, Aux bourdonnements sourds de son aile bruyante, Tout un troupeau s’enfuit en hurlant d’épouvante, De leurs cris furieux le Tanagre frémit, La forêt s’en ébranle et l’Olympe en gémit.
- (Traduction de Tissot).
- 1 Ert ôs 01 TJ oiarpot xol 01 p.cnes, 01 U.Ev rà Tor &vbponov, oî 5e xat rà rov &))cv oov oepuara
- Aristote, De partibus animalium, liv. 1, cap. XVI.
- p.74 - vue 78/436
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-
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- LA NATURE.
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- Mais ici se présente tout naturellement une question qui a été fort diversement résolue. L’olarpoç des Grecs, l’usilus des Latins, sont-ils bien l’animal qu’on nous désignent aujourd’hui sous le nom d’Œstrus'l
- Olivier, Latreille surtout, dont l’autorité est d’un si grand poids en pareille matière, enfin sir W. Sharp Mac-Lee lui-même se prononcent pour la négative. D’après eux, l'vlarpoç (diptère) d’Aristote et d'Elien désigne le taon, tabanus de nos catalogues méthodiques actuels. Camus, traducteur et commentateur de l'Histoire des animaux, pense que l'olarpog n’est rien autre chose que la mouche asile des naturalistes modernes (Asilus crabroniformis, Linné?). Bracy-Clark, au contraire, soutient que l’insecte nommé olarpog par Aristote est un véritable Œstrus, et non un Tabunus.
- Pour étayer cette opinion, il se fonde surtout sur la terreur que les vrais Œstrides inspirent à nos animaux domestiques, terreur que ceux-ci n’éprou-vent pas, dit cet auteur, quand ils sont tourmentés par les taons, tabani. Ils se contentent, dit-il, de les chasser. soit par des contractions brusques de la couche musculaire sous-cutanée, soit par des mouvements de la queue plus ou moins énergiques. Mais il n’en est pas moins vrai que ce naturaliste a décrit plusieurs fois son olorpog comme élant pourvu d'une langue solide (iazvpav %oogav Ezoùçt) capable de percer la peau et d’en sucer le sang (oclao^âpa. (), produisant en volant un bruit sourd, 1xov op)cc4 rwvà xal rpxzv, qui effraye les troupeaux, ceux de bœufs surtout.
- Or, tous ces caractères conviennent parfaitement aux Tabaniens et très peu aux Œstrides, lesquels n’ont pas de trompe solide (la^upàv yoccav), ne perçant pas le cuir des mammifères, même à l’état parfait, et ne sucent pas leur sang.
- Il est donc très douteux pour nous que les anciens aient connu les vrais Œstrides à l’état parfait, ou s’ils ont eu l’occasion de les connaître, ils les ont confondus avec les Taons et surtout avec le Tabanus bovinus, dont la présence, d’après Mac-Levy, qui a été témoin du fait, cause une grande terreur aux troupeaux de bœufs (ovc ExBiotu).
- Quant aux Œstrides à l’état de larves, il est certain qu’Aristote connaissait celle qui vit dans le go-sier des cerfs, puisqu’il la décrit dans son Histoire des Animaux, liv. V, chap. 18. C’est aussi au Tabanus bovinus que se rapportent les beaux vers de Virgile que nous avons cités.
- Les auteurs byzantins qui ont écrit sur l’art vétérinaire (Absyrtus, Theoinnestus) mentionne la larve de l'Œstre hémorrhoïdal, qui attaque les chevaux, et même celle qui vit'dans le gosier des cerfs.
- Beaucoup plus tard (vers 1797), Malpighi, etRedi, quelques années après, décrivirent l’un, VŒstrus equi ; l’autre, l’Œstre du cerf et celui du mouton. Valbisnicri, médecin de Padoue et neveu du célèbre Malpighi, fit connaître les métamorphoses de l’Hy-
- poderme du bœuf et de la Céphalémyie de la brebis. Réaumur a écrit depuis l’histoire des Œstrides, de manière à laisser bien peu de chose à faire à ses successeurs. Enfin, en 1805, un vétérinaire anglais, Bracy-Clark, correspondant de l’Institut de France, fit paraître sa belle monographie intitulée : An Essay on the Bots of borses and others animais, et, tout en ajoutant aux travaux de ses devanciers bon nombre de faits intéressants, il eut le mérite, grand à nos yeux, de faire justice d’un certain nombre d’espèces illégitimes, qui embarrassaient la Science au lieu de l’enrichir.
- Mais si, dès le commencement de ce siècle, l’histoire naturelle des Œstrides était déjà suffisamment bien connue, il n’en était pas de même de leur anatomie. Jusqu’au moment où nous publiâmes nos premières Recherches sur l’organisation générale des Œstrides (1846) S on savait si peu de chose sur la structure anatomique de ces insectes, que des entomologistes, d’ailleurs très distingués, Latreille, Lacordaire,Macquart, Bracy-Clark lui-même, allaient jusqu’à refuser à la plupart d’entre eux une bouche et, par suite, un canal digestif. Quelques auteurs avaient même cru pouvoir les désigner sous le nom très impropre d'As tomes2.
- On comprendra facilement cette ignorance, en quelque sorte forcée, si l’on songe aux difficultés presque insurmontables que présente l’étude des Œstrides. En effet, ces diptères, à l’état parfait, vivent très peu de temps : ils sont peu répandus, surtout aux environs des villes. A l’état de larves, on ne peut les nourrir hors du corps des animaux sur lesquels ils vivent en parasites; il faut donc les saisir au moment même où ils en sortent, si l’on veut observer leurs singulières métamorphoses, et se procurer des sujets propres aux dissections. Ajoutez à ces difficultés celle d’avoir constamment à sa disposition des bœufs, des chevaux et des moutons attaqués par ces hôtes incommodes et dangereux ; joignez-y celles, plus grandes encore, que vous opposent l’ignorance ou d’absurdes préjugés, qui font regarder le patient et inoffensif entomologiste comme un mauvais génie disposé à jeter des sorts sur toutes les bêtes ovines, bovines et chevalines de la contrée ; et vous aurez une faible idée de tout ce qu’il faut de zèle et d’amour de la science pour triompher de tant d’obstacles. Alors vous comprendrez pourquoi, malgré l’aimable procédé des religieuses de Malnoue qui lui envoyèrent les vaches de leur abbaye pour qu’il pût les observer plus à son aise; malgré « le traité de commerce » (sic) qu’il avait conclu avec le pâtre de cette sainte maison,
- 1 N. Joly, Recherches zoologiques, anatomiques, physiologiques et médicales sur les Œstrides en général et particulièrement sur les Œstres equi et du mouton. Lyon, 1846.
- 2 Nous devons pourtant une mention spéciale au travail publié, en 1843, par J. L. G. Schrœder van der Kolk, travail spécialement consacré à l’anatomie de la larve du Gastrus equi, mais entaché, je crois, de regrettables erreurs. Voy. J. L. C. Schvœder van der Kolk, Mémoire sur l’anatomie et la physiologie du Gastrus equi.
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- LA NATURE.
- Réaumur ne put se procurer que trois Œstres du bœuf à l’état parfait : pourquoi Vallisnicri n’en eut jamais qu’un seul en sa possession; pourquoi Linné et Fabricius ne connurent pas cet insecte ; pourquoi le savant Léon Dufour, malgré des recherches actives continuées pendant douze ans, ne le posséda jamais dans sa riche collection; pourquoi enfin, en employant force recommandations, en adressant force prières aux possesseurs de bestiaux, et même en ayant souvent recours à ces arguments que Dom Basile disait irrésistibles, nous n’avons pu faire venir à bien que trois individus (deux mâles et une femelle).
- Nous ne parlerons pas ici des larves que nous avions payées très cher, dans l’espérance de les voir parvenir à leur dernière morphose, mais qui périssaient avant ce terme tant désiré, parce qu’elles avaient été prématurément et violemment extraites des tumeurs œstrifè-res, tandis qu’à en croire nos très peu délicats pourvoyeurs, elles en étaient toujours sorties spontanément.
- Quant à la dissection des divers appareils de ces insectes, et surtout celle de l’appareil digestif, elle est, de l’aveu de Léon Dufour lui-même, tellement difficultueuse, qu’il lui fallut, malgré toute son habileté et sa longue habitude du scalpel, employer six heures consécutives rien que pour met
- La plume mécanique.
- . Arbre portant le volant v et recevant le mouvement par l’intermédiaire du ressort c. — d. Petit excentrique qui fait mouvoir l'aiguille.
- tre en évidence le tube intestinal de la Céphalémyie du mouton. Aussi la partie anatomique de ses belles Recherches sur les Diptères, qui a trait aux Œstrides, est-elle des plus incomplètes, et c’est le désir d’en combler, s’il était possible, les nombreuses lacunes que lui-même nous signalait, qui nous a engagé à reprendre, pour ainsi dire ab ovo, l’histoire de ceux de ces insectes qui attaquent l’homme, le cheval, le bœuf et le mouton. Nous avons pensé que le résumé de nos observations, jointes à celles de nos prédécesseurs, pourrait offrir un certain intérêt aux lecteurs de la Nature ; si nous nous sommes trompés, ils nous pardonneront notre erreur en faveur de notre bonne intention.
- Dr N. Joly (de Toulouse), Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
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- LA PLUME MÉCANIQUE
- La Nature a parlé du crayon voltaïque, de la plume électrique et de la plume pneumatique (Aer semestre 1878). Nous signalerons aujourd’hui la plume mécaniqwé\]e plus simple des appareils de ce genre, breveté depuis 1878.
- Cet appareil peut se monter sur le bâti de n’importe quelle machine à coudre. Voici de quoi il se compose : un tube en laiton, vertical, se tient à la main; à son extrémité supérieure, une fourche porte l'arbre moteur. Celui-ci porte d’une part un petit volant, d’autre part un petit excentrique calé sur lui. Le collier qui embrasse cet excentrique se prolonge dans le tube par une petite tige, dont l’extrémité porte l’aiguille. On comprend que la rotation de l’arbre déterminera le va-et-vient de l’aiguille ; et que l’on peut régler la saillie de cette aiguille, car l’extémité f est faite exactement comme un porte crayon.
- Pour déterminer ce mouvement, j’emploie la transmission flexible de ressort à boudin à spires jointives.
- Une petite poupéep, munie d’une contre-pointe, porte une broche k, que commande une corde passant sur la poulie h. Le moteur est un mouve-ment de pédale quelconque.
- Sur la broche k j'emmanche en forçant un peu, les premières spires du ressort à boudin qui a 0m,40 environ de longueur. L’autre extrémité c de ce ressort entre dans un bout de tube de caoutchouc de 2 centimètres de long, et ce tube enter sur l’extrémité de l’arbre, taillée en prisi e hexagonal pour donner de l’adhérence.
- Il n’y a aucun autre emmanchement : ni vis ni écrous, ni rien de susceptible. Le fonctionnement de l’appareil est extrêmement satisfaisant, l’aiguille peut être changée en quelques secondes. En raison de sa simplicité, cet appareil est d’un prix extrème-ment modique 1.
- R. V. Picoü,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- 1 On nous signale d‘Italie une plume pneumatique, imaginée par M. Philippe Torrigiani.
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- LA NATURE.
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- LA LAMPE ÉLECTRIQUE
- Parmi les nombreux régulateurs ou lampes électriques employés jusqu'ici pour obtenir et régulariser l’arc voltaïque, le système Rapieff est un de
- Fig. 1. — La lampe Rapieff.
- ceux qui réalisent le mieux les conditions de simplicité et d’économie que réclament les applications industrielles. Les dessins qui accompagnent cet article et que nous empruntons à ['Engineering représentent, la figure 1 une vue perspective de la lampe à quatre charbons et la figure 2 le détail du mécanisme tr ès simple renfermé dans le socle de l’appareil.
- Le pôle supérieur est constitué par deux charbons de 6 millimètres de diamètre glissant entre des galets qui les guident en établissant un parfait contact électrique. Ces deux charbons forment une sorte de V dont la longueur diminue avec la combustion, mais dont le point de rencontre est fixe. Une combinaison très simple de ficelles dont on voit la disposition sur la figure transmet l’action d’un poids à ces charbons et
- les sollicite à des
- cendre, la rencontre des pointes détermine l’arrêt et fixe le point lumineux.
- Le pôle inférieur forme un V renversé disposé dans un plan perpendiculaire au plan des deux charbons du pôle supérieur; on retrouve la même disposition de galets et de ficelles qui sollicitent les charbons à remonter et à constituer par leur rencontre un second point fixe par rapport à leur sup
- port. Ce support articulé au point O permet de produire un écart convenable des charbons au moment où le courant passe. Pour obtenir ce résultat, M. Rapieff dispose dans le socle un électro-aimant plat à deux branches dont l’une est fixe et l’autre articulée à l’une de ses extrémités.
- Au moment où le courant passe, les pôles de noms contraires s’attirent et le déplacement de la branche inférieure mobile de l’électro-aimant réagit sur une tige placée dans un des montants verticaux de l’appareil et exerce une traction sur le support des charbons inférieurs articulé en 0 ; il en résulte l’écartement des charbons primitivement au contact et par suite la formation d’un arc voltaïque dont on règle la longueur en contrebalançant l’action de l’électro-aimant par un ressort en spirale convenablement tendu à l’aide d’une vis de réglage (fig. 2). Par cette disposition très simple, on obtient une lampe électrique dont le point lumineux reste tou
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- Fig. 2. — Mécanisme intérieur du socle de l’appareil.
- jours fixe dans l’espace, dont la longueur des charbons est illimitée et dans lequel la résistance très faible que ces charbons introduisent dans le circuit est très faible et indépendante de leur longueur.
- Dans une autre disposition, M. Rapieff remplace les deux charbons du pôle supérieur par un seul charbon, mais plus gros. Dans cette lanipe à trois charbons, le rôle de l’électro-aimant est renversé, il ne sert plus qu’à produire un rapprochement des charbons pour l’allumage; lorsque la lampe est allumée, cet électro-aimant devient inactif, l’arc a alors une longueur constante, réglée à l’avance et qui dépend seulement du nombre d’appareils introduits dans le circuit.
- Chaque lampe est munie d’un ingénieux appareil auquel M. Rapieff a donné le nom de savety-appa-ratus et qui a pour but de rétablir le circuit directement entre les bornes de la lampe si, pour une cause quelconque, la rupture accidentelle d’un charbon, par exemple, cette lampe est mise hors d’usage. Cette disposition serait très utile appliquée aux bougies Jablochkoff et aurait pour effet de limiter l’extinction due à la mauvaise qualité d’une
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- LA NATURE.
- bougie à cette seule bougie, au lieu d’éteindre les cinq appareils placés dans le même circuit.
- Le système Rapielf est appliqué, à Londres, pour l’éclairage de la grande salle des presses du journal le Times. Une machine Gramme à courants alternatifs (type de 1G bougies) dont on n’utilise jusqu’ici que deux des quatre circuits, envoie le courant qu’elle engendre dans deux séries de trois lampes chacune. Ces lampes éclairent brillamment une surface de 400 mètres carrés environ malgré les globes opalins dont on les a garnies.
- Le parfait fonctionnement des appareils a décidé la direction à établir six nouvelles lampes dans une des salles de composilion.il serait désirable de voir se produire à Paris un éclairage électrique dont les résultats, à Londres, sont si satisfaisants.
- E. Hospitalier.
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de physique. — Séance du 6 juin. —M. Gariel présente, au nom de M. Silvanus Thompson, les curieuses expériences d’illusions d’optique dont il a été question ici même (page 53). M. Duboscq rappelle à ce sujet d’anciennes expériences de M. Plateau à peu près identiques à celles de M. S. Thompson. — M. Bouty expose les travaux de MM. du Bois-Reymond, Hermann, Weber et Helmholtz sur les modifications apportées par la transmission téléphonique dans l’intensité ou la phase des sons. D’après M. du Bois-Reymond, les sons graves devraient être affaiblis plus que les sons aigus, d’où une certaine altération du timbre : en même temps tous les sons, qu’elle qu’en soit la hauteur, prendraient un retard d’un quart d’onde. Au contraire, M. Helmholtz, par une théorie plus complète en apparence, trouve que tous les sons sont affaibl s à peu près dans le même rapport et que la différence de phase introduite doit être très faible. — M. Kœnig a entrepris des expériences pour décider la question. Il substitue deux diapasons A et B aux membranes de deux téléphones associés, et fait vibrer A avec l’archet : aussitôt B entre en vibration, et l’on peut, soit en observant successivement à l’aide du comparateur optique les vibrations de A et de B, soit en disposant A et B comme dans l’expérience connue de M. Lissajous pour la composition des mouvements vibratoires rectangulaires, mesurer la différence de phase des deux diapasons qui se trouve exactement égale à un quart de longueur d’onde. Une expérience sur les sons complexes a été faite, en changeant m diapason ut, de diapasons ut, de manière à produire simultanément les sons 1 et 8 devant le barreau d’un téléphone ; la différence de phase du son 8 devant les téléphones manipulateur et récepteur a été encore trouvé égale à un quart d’onde. La mise en équation de M. du Bois-Reymond est donc mieux en accord avec l’expérience que la théorie de M. Helmholtz. Au reste, le problème de la transmission téléphonique parait éminemment complexe. De nouvelles expériences de M. Kœnig établissent : 1° qu’un diapason vibrant devant le barreau d’un téléphone, dont le circuit est fermé, revient au repos dans un temps beaucoup plus court que le même diapason vibrant librement ; 2° que le son du diapason baisse d'autant plus que sa distance au barreau du téléphone est plus petite et l’amplitude de la vibration plus faible. Une théorie com
- plète devrait tenir compte de ces phénomènes. — M. Brisac décrit et fait fonctionner le nouveau brûleur à gaz pour l’éclairage de la rue du Quatre-Septembre. Il est formé de six becs papillons dont les flammes se touchent et sont disposées en cercle au centre de la lanterne. Une sorte de couple à double paroi placée au-dessous des becs est disposée pour produire un double courant d’air intérieurement et extérieurement à la couronne lumineuse et remplacer ainsi la cheminée des lampes à gaz ordinaires. Un bec en veilleuse de très faible débit demeure perpétuellement allumé ; un robinet extérieur à la lanterne permet soit de mettre en activité la couronre des six becs, soit de leur substituer après minuit un bec central unique identique aux becs de gaz ordinaires de la ville de Paris.
- Société chimique de Paris. — Séance du 6 juin. — M. de Forcrand, en faisant agir l’azoti'e d’argent sur l’éther bromacétique, a obtenu un liquide incolore bouillant de 151 à 152 degrés, qui est l’éther de l’acide nitré dérivé de l’acide glycollique, c’est-à-dire l’acide nitracé-tique. En réduisant cet éther par l’étain et l’acide chlorhydrique il se forme du glycocolle. — M. Carnot a remarqué sur des échantillons provenant de la mine d’argent de Luchy-Boy (Utah) de nombreux fragments cristallins, appartenant à des espèces ou variétés minérales, qui n'avaient pas encore été signalées. L’une est un sulfate de manganèse hydraté. SO5 Mn0+7Aq. M. Carnot lui a donné le nom de Mallardite. L’autre est un sulfate hydraté de protoxyde de fer et de manganèse, SO3 (FeO, MnO) 4- 7 hq, dans lequel la proportion du manganèse est 1/10 environ de celle du fer. C’est une variété de mélantérie ou couperose verte, qu’on peut appeler Luckite pour rappeler son origine. — M. Grimaux a obtenu l’acide pseudourique, CH6Az‘0*, en faisant réagir l’urée surl’uramide. Par l’action de l’acide sulfurique, l’acide pseudo-urique fournit de la xanthine C4H*Az302. —M. Millot propose une modification au dosage du plomb par le procédé deM. Riche. Cette méthode est exacte s’il y a peu de plomb, mais si la proportion dépasse 40 à 50 milligrammes,l'oxyde de plomb se détache et est entraîné par le lavage. M. Millot place dans le creuset de platine une toile de même métal enroulée sur elle-même; de cette manière le dépôt peut s’élever jusqu’à 1 et même 2 grammes de bioxyde. L’auteur s’occupe en ce moment du dosage du zinc par la pile. M. Salleron envoie un travail de M. G. Dal Sie, de Vérone, sur la poudre insecticide (Chrysanthemum Cine--rariæjolium) de Dalmatie. L’extrait éthéré des fleurs fournit un acide cristallisable et un autre de consistance huileuse à la température ordinaire possédant une odeur aromatique; l’auteur a retiré également de l’extrait alcoolique un glucoside. — M. Henninger présente, au nom de M. Wassermann, un travail sur les dérivés du méthylen-génol. — M. Friedel rend compte d’un travail de M. Bal-sohn. L’éthylène en reagissant sur la benzine en présence du chlorure d’aluminium a fourni de l’éthylbenzine, de la diéthylbenzine et de la triéthylbenzine. — M. A. Guyard expose les considérations qui le portent à admettre l’existence de l’ouralium.
- Société géologique de France.—Séance du 9 juin. M. Daubrée fait hommage à la Société de la première partie d’un ouvrage intitulé : Études synthétiques de géologie expérimentale. Cette première partie montre les résultats d’expériences destinées à expliquer divers phénomènes géologiques, les uns physiques et chimiques, les autres mécaniques. Les premiers se rattachent à l’histoire des dépôts métallifères, des roches cristallines ainsi qu’au mécanisme des volcans. Dans les phénomènes de la se-
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- conde catégorie figurent la formation des galets, des sables et des limons, le mécanisme des déformations et des cassures terrestres (failles et joints), l’origine de la schistosité des rochers, enfin la chaleur qui a dû se développer dans les roches parles actions mécaniques. — M. Delatour présente de la part de l’auteur un Mémoire de M. Hilton Price sur le Gault de l’Angleterre. — Le secrétaire présente de la part de M. Fontannes le cinquième fascicule des Éludes straligraphiques et paléontologiques pour servir à l’histoire de la période tertiaire dans le bassin du Rhône. Ce fascicule est intitulé : Description de quelques espèces nouvelles ou peu connues, VOstrea Barriensis, Font. (0. Falsani, Locard, non Tournouër, mss,), et insiste sur les inconvénients que présente l’emploi dans les collections de noms spécifiques non publiés. — M. Cotteau présente, au nom de MM. Peron et Gauthier et au sien, le Cinquième fascicule des Échinides de l'Algérie, et donne quelques renseignements stratigraphiques sur l’étage cénomanien si puissamment développé dans nos possessions d’Afrique, et si riche en Échinides. — M. Terquem présente un Mémoire de M. Berthelin sur les foraminifères du Gault de Moncley (Doubs). Les dépôts de cette période sont bien connus dans les différents pays, France, Angleterre et Allemagne. Il n’en est pas de même de la faune microscopique, sur laquelle il n'existe qu’un seul Mémoire, celui de M. Reuss, sur les Foraminifères du Hils et du Gault de l’Allemagne du Nord. M. Berthelin décrit et figure les quatre-vingt-trois espèces qu’il a rencontrées dans le Gault de la région qu’il a étudiée. Une partie de ces espèces est spéciale à Montcley tandis que d’autres sont communes avec l’Allemagne. — Le secrétaire donne lecture d’une note de M. Ch. Lory sur un gisement de Poissons fossiles dans les Marnes aptiennes de Rosans (Hautes-Alpes).
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 50 juin 1879. — Présidence de M. DACEEÉE.
- Constitution chimique des amalgames alcalins. — On admet généralement que l’énergie du potassium est plus grande que celle du sodium et, en effet, le premier de ces métaux déplace l’autre dans la plupart des cas. Cependant cette règle souffre des exceptions et l’on trouve, par exemple, que l'amalgame de potassium est décomposé par la soude qui le convertit en hydrate de sodium. M. Ber-thelot rend aujourd’hui compte de ce fait, de la manière la plus concluante, par des considérations de thermochimie. L’amalgame de potassium dégage en se produisant beaucoup moins de chaleur que l’amalgame de sodium et il en résulte que c’est un composé moins stable. Une fois engagé dans l’alliage mercuriel, les deux métaux alcalins ont donc leurs affinités renversées. C’est à peu près la reproduction de ce qui se passe avec les haloïdes. On sait que, à l’état de liberté, le chlore déplace le brome qui lui-même déplace l’iode. Mais les choses sont tout autres si les métalloïdes sont préalablement combinés à l’hydrogène. Alors c’est l’acide iodhydrique qui déplace l’acide bromhydrique et même l'acide chlorhydrique. Et le fait tient encore à ce que les hydracides se sont produits avec des dépenses inégales de chaleur.
- La mer intérieure d'Afrique. — De retour à Paris, M. le commandant Roudaire adresse, par l’entremise de M. de Lesseps, un premier rapport sommaire sur sa mission dans les Chottes. Les nivellements très multiples ont permis de dresser un plan de la région par plans équidistant de 60 en 60 centimètres. On a exécuté de nombreuses
- observations météorologiques et les naturalistes de l’expédition ont recueilli plusieurs centaines de plantes et d’animaux parmi lesquels plusieurs espèces paraissent nouvelles. Les vingt-deux sondages pratiqués sur l’itinéraire du futur canal ont presque tous traversé jusqu’à 10 mètres au-dessous du niveau de la marée basse, des sables, des argiles et des bases molles. Toutefois, au sommet du seuil de Gabez, la sonde a rencontré un banc de calcaire à 8 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée. Mais cette roche n’est pas très dure et n'apportera pas une grande difficulté aux opérations. M. Roudaire a du reste recueilli cinq cents échantillons géologiques qui seront sans doute l’objet d’un examen approfondi
- Sur une particularité d'une expérience historique. — Quand on répète la célèbre expérience par laquelle Gay-Lussac et Thénard ont extrait le métal de la soude et de la potasse par l’action sur les bases du fer, porté au rouge, ou constate que la portion de fer qui s’est trouvée exposée à la plus forte température, n'offre pas la moindre trace d’oxydation. M. Debray a cherché la cause de cette circonstance étrange à première vue et il l’a trouvée dans les résultats obtenus en 1870 par M. Deville étudiant l’oxydation du fer par la vapeur d’eau et la réduction de l’oxyde de fer par l’hydrogène. Ces deux effets inverses sont dus chacun à l’action d’une température particulière. Pour le prouver, M. Debray place dans un tube de porcelaine une petite nacelle pleine d’oxyde de fer et une très longue nacelle remplie de fer réduit par l’hydrogène. Il fait le vide dans le tube, puis il chauffe, ce qui dégage une petite quantité d’hydrogène occlus dans le métal. Après l’expérience continuée un temps suffisant, on reconnaît que tout l’oxyde de fer a été réduit et que la portion du fer qui s’est oxydée est celle qui dans la nacelle était relativement la moins chauffée. Évidemment toutes ces conditions sont réalisées dans l’expérience de Gay-Lussac et Thénard et le fait étudié n’a plus rien d’obscur.
- Vn nouveau métal. — Des expériences de spectrosco-pie conduisent M. Lecoq de Boisbaudran à reconnaître qu’une des terres extraites par M. Lawrence Smith de la Samarskite américaine renferme un métal qu’on ne peut identifier avec le decipium de M. Delafontaine et qui parait nouveau.
- Élection. — Une place de correspondant étant vacante dans la section de mécanique depuis le décès de M. le général Didion, la section a présenté pour la remplir : en première ligne, M. Dausse, et en seconde ligne, M. Ordinaire de la Colonge. Les votants étant au nombre de 45, 38 désignent M. Dausse qui est nommé. M. Bazin a 3 voix, M. Ordinaire 1 et M. Boussinesq 1.
- Stanislas MEUNIER.
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- FOUR A COMBUSTION DES RÉSIDUS
- Les détritus végétaux et animaux des marchés, les débris de cuisine, les balayures, etc., qui forment les résidus des grandes villes, sont un objet dont les municipalités cherchent à se débarrasser. A Paris, on calcine ces résidus et on confectionne le charbon de Paris. L’appareil ci-contre est employé aux États-Unis pour la combustion de ces résidus. M. R. Foote, de Stamforl (Connecticut), inventeur du four que nous représentons, se propose de détruire les résidus pour assainir les villes aux environs desquelles ils s’entassent, et à cet effet de les brûler sans em-
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- LA NATURE.
- ployer d’autres combustibles que les matières elles-mêmes, sans produire, durant l’opération, d’odeurs désagréables. En règle générale, les matières organiques surabondent dans ces détritus dont elles constituent parfois les 2. Il y a toujours plus de combustible qu’il n’en faut pour produire une chaleur capable de faire fondre les matières minérales qu’ils contiennent. En produisant un haut degré de chaleur par la combustion des matières organiques des résidus, au moyen d’un haut-fourneau à tirant d’air intense, on fait entrer en fusion les matières non-combustibles, qui forment des scories vitreuses entièrement inodores, inoffen-
- | sives et pouvant être utilisées de différentes manières. La portion supérieure du four imaginé est en fer forgé supporté par des rangées de briques cuites au four. Le tout est placé sur un quadrilatère de fer que soutiennent des colonnes pareillement en fer. Le foyer est construit en briques cuites au four; il a la forme d’un cône renversé, étant plus étroit à sa base et plus large à son sommet. Les côtés du four sont percés, non loin de la base, d’orifices pour les tuyères à courant d’air. Un élévateur à vapeur est destiné à transporter les tas de résidus sur une plate-forme, d’où ils sont projetés dans le four par un plan incliné.
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- Appareil pour la combustion des résidus des villes et leur transformation en scories vitreuses.
- Des tuyaux transportent le gaz du haut du four, au foyer, après avoir traversé un appareil où ils échauffent l’air injecté dans les tuyères. Les résidus sont brûlés à la partie inférieure du four, où l’air est forcé d’entrer; le feu continue aussi longtemps que le courant d’air est utilisé et, tant que les matières brûlent à la base, on en fait tomber continuellement sur le sommet, de telle façon que le four soit toujours plein.
- Les gaz qui s’échappent se composent en grande partie de gaz oxyde de carbone et d’hydrogène carboné, produits parla distillation des matières animales et végétales. Ces gaz forment un combustible excellent pour le foyer.
- Les résidus, en descendant dans le haut-fourneau, sont exposés à l’action siccative des gaz chauds de
- distillation, puis à celle des produits brûlants de la combustion ; leur température s’élève à mesure qu’ils approchent des tuyères, ils arrivent secs et même inflammables au niveau des flammes. Les matières minérales fondent et forment des scories vitreuses qui coulent au dehors. Elles se déversent dans des réservoirs d’eau froide, qui les convertissent en grains ou poudres de sable fin. Si le liquide s’écoule par une espèce d’écluse, et qu’on y insuffle un courant d’air ou de vapeur, on les transforme en une espèce de laine qui produit des fds de verre d’une grande finesse et d’usages divers.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16 826 — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 319. — 12 JUILLET 1879.
- LA NATURE.
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- L'ÉCLAIRAGE AU GAZ
- DE LA RUE DU QUATRE-SEPTEMBRE, A PARIS.
- Depuis quelques mois, la rue du Quatre-Sep-tembre, à Paris, est éclairée au gaz par les nouvelles lanternes de la Compagnie Parisienne (fig. 1); la lumière qu’elle reçoit est tout aussi intense que
- Fig. 1.
- Nouvel appareil d’éclairage au gaz de la rue du 4 septembre.
- celle de sa voisine, l’avenue de l’Opéra, où brillent, comme on le sait, les bougies électriques. Nous avons consacré de nombreux articles aux nouveaux systèmes d’éclairage électrique, nous croyons devoir parler aujourd’hui des perfectionnements de l’éclairage au gaz.
- Les appareils d’éclairage de la rue du Quatre-Septembre se composent de six becs papillons A
- 7 e année. — ‘2 e semestre
- (fig- 2) semblables à ceux employés pour l’éclairage' public de la ville de Paris. Ces six becs sont disposés sur un cercle de 15 centimètres de diamètre et leurs fentes dirigées suivant les tangentes à ce
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- Fig. 2.
- Coupe verticale et plan du nouvel appareil d’éclairage au gaz.
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- cercle. Un système. de deux cheminées en cristal BB‘, CC‘ placé inférieurement à la couronne, détermine deux courants d’air, l’un intérieur, l’autre extérieur au cercle de flammes. Ces courants d’air
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- maintiennent les flammes fixes et verticales et augmentent leur éclat. Leurs sections ont été déterminées de manière à donner le maximum de rendement en pouvoir éclairant.
- Un petit bec K, constamment en veilleuse, permet l’allumage de la couronne par la manœuvre du robinet R, sans qu’on 'soit obligé d’ouvrir la lanterne. L’appareil est complété par un bec central D qui peut, par le simple jeu du même robinet, s’allumer au contact des flammes de la couronne. Ce bec reste seul allumé après minuit, lorsqu’on n'a plus besoin d’un éclairage aussi intense.
- Cet appareil est placé dans des lanternes semblables à celles employées aux Champs-Elysées, dont le chapiteau et le fond ont été modifiés de manière à produire une ventilation énergique. Le haut de la lanterne est disposé de manière à former réflecteur et à renvoyer la lumière sur le sol.
- Quelles sont les causes qui viennent agir pour augmenter le pouvoir éclairant?
- On sait que le pouvoir éclairant augmente rapidement avec la quantité de gaz consommé, pourvu, toutefois, qu'on ne dépasse pas une certaine limite, c’est-à-dire, en un mot, que la proportion de lumière soit plus considérable pour de fortes que pour de faibles consommations. Le nouvel appareil consommant 1400 litres de gaz à l’heure, se trouve dans le premier cas, et par conséquent son pouvoir éclairant est augmenté par cela même dans de notables proportions.
- Mais un autre fait plus important peut expliquer l’augmentation de l’intensité lumineuse ; nous voulons parler de la température de la flamme qui augmente avec le volume de gaz brûlé.
- Les expériences de Becquerel ont établi que la lumière émise par des corps solides chaulfés varie très rapidement, même pour de faibles augmentations de température. Or, on sait qu’une flamme peut être assimilée à un corps solide, et que les particules de carbone provenant de la décomposition des carbures d’hydrogène, est comparable à la surface rayonnante d’un corps chauffé. L’influence de la température est donc très importante à considérer, puisque les particules charbonneuses contenues dans la flamme sont portées à une température d’autant plus élevée que le volume brûlé est plus grand.
- Les prix de revient de l’éclairage de la rue du Quatre-Septembre ont été donnés comme il suit :
- « Les soixante-deux appareils à gaz du nouveau système, placés dans la rue du Quatre-Septembre, ont été combinés de manière à dépenser pour 11 francs 40 centimes de gaz par heure au prix municipal, mais ils offrent une intensité lumineuse de treize Carcel chacun, au minimum, et équivalent à huit cent six Carcel, tandis que dix-neuf foyers électriques coûtant le même prix n’en fourniraient que deux cent trente. On peut donc dire qu’à dépense égale l’éclairage au gaz de la rue du Quatre-Septembre, ramenée au mètre superficiel de chaus
- sée, procure une lumière trois fois et demie plus forte que l’éclairage électrique de l’avenue de l’Opéra. »
- Nous devons dire que la Société générale d'élec-tricité a publié des chiffres qui ne s’accordent pas avec ceux qui précèdent. D’après son affirmation : « Le prix de l’éclairage électrique est d’environ 46 pour 100 moins élevé que celui par le gaz, et ne coûte en outre à la ville aucun frais d’allumage, d’extinction ou d’entretien.
- Il ne nous appartient pas de rien conclure quant au prix de revient. Quels que soient ces prix, nous croyons d’ailleurs que l’éclairage électrique peut prendre un grand développement, avoir de nombreux usages sans diminuer sensiblement la consommation du gaz. Le gaz de l’éclairage n’a nullement supprimé la lampe à huile dont on se sert encore tous les jours.
- Nous ajouterons que les nouveaux appareils -d’éclairage au gaz viennent d’être encore installés place du Château-d’Eau, où ils produisent le plus bel effet.
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- OBSERVATOIRE DE zI-KA-WEI
- L’Observaloire magnétique et météorologique de Zi-ka-wei est établi près de Chang-hai (Chine), à la latitude de 510,12‘,30"N; longitude, 7h,56m,24*E de Paris; altitude, 7 mètres. Fondé par la Mission catholique, il publie un Bulletin mensuel très complet sous la direction du R. P. Dechevrens. Les observations, faites avec suite et méthode, comprennent la pression atmosphérique, la température, l’humidité, l’évaporation, la pluie, le vent, l’état du ciel, la radiation solaire, le magnétisme terrestre, etc. Chaque bulletin indique en outre les phénomènes météorologiques remarquables observés pendant le mois. La description de ces phénomènes est généralement accompagnée de notes propres à en faciliter l’étude et à en faire connaître les causes. Toutes les observations trouvent leur contrôle dans les courbes tracées par deux grands appareils enregistreurs, le météorographe du R. P. Secchi, et le magnétographe photographique, tel qu’il existe à l’Observatoire royal de Kew (Angleterre), dont l’installation à Zi-ka-wei a été terminée en février 1877.
- La Société météorologique de France a publié, dans son Annuaire de 1876, un important Mémoire*, très étendu, extrait du Bulletin de l'Observatoire de Zi-ka-wei, année 1875. Nous n’empruntons au Bulletin de 1877 qu’un petit nombre de faits intéressants, notre désir étant simplement d’attirer aussi l’attention sur l’établissement d’une nouvelle station météorologique lointaine où des études poursuivies avec persévérance et chaque année plus approfondies, contribuent aux progrès de la science. Combinées avec les matériaux recueillis par la Mission sur les principaux points de la côte, elles rendront d’ailleurs un jour, suivant le juste espoir exprimé par le R. P. Dechevrens, de réels services à la navigation dans les dangereux parages des mers de la Chine.
- ’ Recherches sur les principaux phénomènes de météorologie et de physique terrestre à l'Observatoire météorologique et magnétique de Zi-Ka-Wei, par le R. P. Marc De-heurens. S. J.
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- « Pluie de sable. —Le 21 mars, eut lieu une véritable pluie de sable ; l’atmosphère en était littéralement chargée ; l’obscurcissement du soleil dura toute la journée et une partie de la matinée du 22. Dès le 20, ces tourbillons de sable et de poussière avaient envahi la ville de Tien-Tsin à tel point qu’on dût, à midi, allumer les lanternes pour y voir. Des lettres qui m’arrivent des divers points de la province évangélisée par nos missionnaires, il résulte que cette tempête, car le vent eut partout une très grande violence, vînt réellement du nord, longeant la côte, sans entrer bien avant dans l’intérieur des terres. Le P. Rende, en effet, m’assure de vive voix qu’il ne vit rien de semblable dans les environs de Ngan-King, sinon un voile uniforme dans les régions supérieures de l’air, selon ce que je lis dans son journal quotidien, à la date du 20 et du 21 mars.
- « Le lendemain 22, le vent tourna au sud-est et de nouveaux tourbillons furent relevés et chassés en sens opposé ; l’orage qui éclata le soir sur Chang- haï et dans les environs nous débarrassa enfin de cette incommode poussière qui se déposait partout. Un missionnaire de la grande île de Tsong-ming, à l'embouchure du Yan-tze-kiang, me fait part d’une distinction que les indigènes font entre deux espèces de pluie de sable : le ouaug-souo, sable jaune, et le he-souo, sable noir : celui-ci dessèche et fait périr les plantations; l’autre est inoffensif et c’est ce dernier qui a envahi l’île le 21 et le 22 mars. Les paysans sont dans la persuasion que c’est un météore céleste, absolument comme la pluie et la neige. »
- « Ondulations de l'Océan. - Le 11 mai eut lieu une grande agitation par tout l’océan Pacifique : d’immenses ondulations, parties des côtes du Pérou à la suite d’un tremblement de terre qui détruisit la ville d’iquique, traversèrent les vastes régions maritimes qui s’étendent à l’ouest des deux Amériques, et le même jour, presque à la même heure, vinrent soulever et abaisser alternativement les eaux sur les rivages du Japon et sur ceux de l’Australie et de la Nouvelle Zélande.
- « Le même phénomène avait été observé déjà au mois d’août 1868, lors des épouvantables tremblements de terre du Pérou ; aussi est-il inutile d’entrer ici dans plus de détails; du reste, ces faits sont maintenant connus partout. Les premières nouvelles parvenues à Chang-haï furent celles du Japon, quelques jours après l’observation du phénomène; ce ne fut qu’à la fin du mois de juin qu’on connut la simultanéité du flot dans les deux hémisphères.
- « Il n’est pas improbable que ces convulsions de l’Océan, agité nécessairement jusque dans ses plus grandes profondeurs, n’aient une relation très étroite avec les perturbations du magnétisme du globe. Déjà plusieurs fois, j’ai eu occasion de noter dans ces bulletins les troubles observés dans les mouvements de nos aimants quand une secousse de tremblement de terre était ressentie soit au Japon, soit aux îles Philippines. »
- « Bandes colorées crépusculaires. — Un phénomène sur lequel je désirerais attirer en peu de mots l’attention des météorologistes, a été observé plusieurs fois durant le mois d’août et pendant le mois de juillet précédent. Ce phénomène ne me semble pas pouvoir être observé en France et dans les pays plus septentrionaux ; car je suis maintenant convaincu qu’il ne se produit que dans une atmosphère chargée de vapeur d’eau, telle qu’est la nôtre dans ces deux mois de juillet et d’août. Le soir, immédiatement après le coucher du soleil, ou le matin assez longtemps avant son lever, quels que soient l’état du ciel
- et la direction du vent, pourvu que la journée ait été chaude ou doive l’être, par conséquent, pourvu que la quantité d’eau contenue dans l’air soit considérable (à cette époque, à Zi-ka-wei, de 20 à 24 millimètres de tension), on voit apparaître sur la voûte blanchâtre ou rosée du ciel des bandes dont la teinte peut varier du bleu le plus délicat au bleu intense le plus foncé. Souvent, ces bandes se montrent d’abord à l’Orient, si c’est le soir, ou à l’Occident si c’est le matin et semblent rayonner d’un même centre qui est manifestement l’opposite du soleil ; elles peuvent n’exister que du côté opposé au soleil, ou seulement rayonner du point où se trouve l’astre, ou enceindre tout le ciel d’Orient en Occident; quelques fois même je ne les ai vues qu’en ces deux parties extrêmes du ciel sans parvenir à les distinguer dans l’intervalle. Ces bandes, plus ou moins variables en nombre, en éclat, en durée (j’en ai vues persister, le soir, quarante-cinq minutes après le coucher du soleil, ou apparaître, le malin, en même temps que les premières lueurs de l'aurore), sont manifestement mobiles dans le ciel; il n’y a pas à douter qu’elles doivent en partie leur existence aux cu-muli qui se trouvent alors sous l’horizon et qui sont les nuages ordinaires à cette époque de l’année. L’année dernière, ce phénomène revêtit une splendeur extraordinaire et il ne se passa pas de jour sans qu’on n’eut l’occasion de l’observer matin et soir. »
- « Typhons de Formose. — Le canal de Formose, situé entre le 21e et le 26e degré de latitude nord, est par sa longueur et sa direction nord sud en situation d’être souvent visité par les tourbillons qui prennent naissance du choc des vents contraires, lors du changement des moussons ou des grands courants atmosphériques. Ces tourbillons, resserrés entre deux côtes montagneuses, n’en acquièrent par là que plus de violence sur les eaux du canal ou à l’une de ses deux entrées. C’est ce qui eut lieu le 20, le 21, le 22 elle 24 septembre, où l’on put observer quatre typhons distincts, de peu d’étendue, il est vrai, de peu de durée,mais de grande violence. Le premier fut rencontré dans la matinée du 20, au sud-est de Formose, à la hauteur des îlesBashée ; le vent soufflait du nord-ouest et tourna au sud. Le deuxième sévit pendant la nuit du 21 au 22 dans le canal même et joncha la mer des débris de joncques chinoises submergées; sa trajectoire courait du sud-est au nord-ouest. Dans la matinée du 22, un navire rencontra un troisième tourbillon au nord du détroit ; le vent qui était d’une force extrême venait du nord-est vers huit heures du matin et avait tourné au sud-sud-est à onze heures : le baromètre du bord baissa d’un pouce. Peut-être ce typhon doit-il être identifié avec celui de la nuit précédente. Quoi qu’il en soit, ces deux tempêtes s’unirent pour ravager la côte chinoise le long du canal. Au point du jour, la mer en furie s’éleva à une grande hauteur et s’abattit sur les villages, détruisant les maisons et noyant leurs habitants. Enfin une dernière tempête, sur laquelle on n,’a pas de détails, éclata encore dans le canal, le 24.
- « Le magnétisme terrestre eut aussi, de son côté, deux perturbations dont la première fut très peu intense ; elle commença le 15, vers six heures du soir et se termina vers quatre heures du matin, le 16. La seconde perturbation, beaucoup plus importante, puisqu’elle précéda immédiatement la série des typhons de Formose, commença subitement le 18, à trois heures du matin, par une augmentation d’intensité et une série de petites oscillations qui se continuèrent, avec quelques intervalles de calme, jusqu’au 19 à deux heures du matin. »
- E. MARGOLLÉ.
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- LE CYCLOSCOPE
- L’appareil très remarquable que nous allons décrire, a été imaginé par MM. Mc Leod et Clarke, professeurs au Royal Indian Engineering College ; il sert à mesurer la vitesse de rotation d’une machine quelconque, et permet de déterminer, avec une précision inconnue jusqu’ici, la vitesse absolue de la machine en mouvement au moment même de l’observation. Pour en faciliter la description, nous rappellerons succintement quelques-uns des phénomènes qui lui servent de base.
- Tout le monde sait, ou a remarqué, que si une série d’objets quelconques tournent ou se meuvent avec une certaine vitesse l'œil perd la propriété d’en distinguer les contours en raison de la persistance des impressions sur la rétine. Le phenakisticope et d’autres jouets d’enfants sont basés sur ce phénomène physiologique. Supposons donc qu’un certain nombre de points (fig. 1, a), soient examinés dans un miroir fixé à l’une des
- branches d’un diapason. Quand le diapason vibrera, en raison du phénomène décrit plus haut, ces points nous apparaîtront comme autant de lignes (fig. 1, b). Plaçons maintenant ces points, que nous supposons équidistants, sur le diamètre d’un cylindre, puis imprimons à ce dernier un mouvement de rotation uniforme. Si nous disposons notre diapason de telle sorte que les vibrations se fassent
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- dans une direction parallèle à l’axe de rotation du cylindre, les points nous apparaîtront alors sous la forme d’une ligne sinueuse (fig. 2, a) ou onde, résultant des mouvements de translation du point et du miroir. La hauteur de l’onde dépendra naturellement de l’amplitude des vibrations, tandis que sa longueur variera avec la vitesse de rotation du cylindre. On comprendra facilement que si une certaine relation existe entre la période du diapason et la vitesse du cylindre, l’onde apparaîtra stationnaire.
- Rien n’est plus facile que de déterminer les conditions nécessaires à la formation d’une onde stationnaire. En effet, si la vitesse des points, par exemple, est telle que le temps employé par chacun d’eux pour traverser une longueur égale à l’inter- j
- valle qui les sépare, est équivalente à la durée d'une vibration complète du diapason, une onde stationnaire (fig. 2, a) apparaîtra. Si d’autre part le temps employé par chaque point pour parcourir un espace égale à deux intervalles est encore équivalent à la durée d’une vibration complète, l’onde tracée par l’image de chaque point rencontrera le point adjacent, et, comme chaque point tracera dans l’espace une onde qui lui est propre, ces ondes se superposeront, et une onde double (fig. 3, a) apparaîtra. On pourra donc théoriquement obtenir un nombre infini d’ondes. Pratiquement, l’onde de huitième ordre a pu être examinée.
- Chacune de ces ondes peut aussi varier, quant à la forme par une altération de leur longueur. En effet, si nous appliquons au diapason le raisonnement que nous avons appliqué aux points, c’est-à-dire si nous supposons que la durée des vibrations est altérée d’une certaine manière, les ondes comme celles représentées par les fig. 2, b et 5, b pourront apparaître.Théoriquement encore, nous pourrons pour chaque onde obtenir un nombre infini
- d’ondes de même ordre.
- Voyons maintenant comment on peut tirer parti de ce phénomène pour apprécier la vitesse d’un cylindre en rotation, par exemple. Pour cela, supposons que nos points soient au nombre de 100 et tous placés à des intervalles égaux. Prenons un diapason faisant 60 vibrations complètes par seconde, puis examinons nos points ; supposons de plus qu’une
- onde stationnaire, similaire à celle représentée par la fig. 2, nous apparaisse, il est bien évident que 60 points par seconde (ou 5600 par minute) passeront alors devant le miroir : mais pour un tour du cylindre 100 points devront passer devant le miroir, la vitesse du cylindre est donc égale à 36°.° = 56 tours par minute. La moindre altération dans la vitesse du cylindre donnera un mouvement apparent de translation à l’onde; si cette vitesse est trop grande, fonde marchera dans la même direction que les points et dans la direction opposée si cette vitesse est trop petite. Cette expérience bien simple est la base fondamentale du cycloscope qu’il nous reste maintenant à décrire.
- Si nous n’avions sur le cylindre qu’une série de
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- points, une seule vitesse du cylindre pourrait engendrer l’onde que nous aurions choisie pour en déterminer la vitesse; mais si nous plaçons côte à côte une série d’anneaux pointillés, le nombre de points variant dans chacun d’eux, il est bien évident que pour obtenir la même onde quand nous examinerons les points d’un de ces anneaux, il nous faudra imprimer au cylindre des vitesses différentes.
- Pratiquement néanmoins, il serait presque impossible de placer sur un cylindre une telle série d’anneaux pointillés. La fig. 4 indique le moyen ingénieux employé par les inventeurs pour tourner cette difficulté. On trace sur une feuille de papier des lignes convergeant toutes vers un point o et passant par des points équidistants marqués sur
- une ligne a b; ces lignes sont généralement blanches sur un fond bleu ; ceci fait, on coupe un parallélogramme c d e f d'une dimension égale au développement du cylindre et on colle la feuille sur ce dernier. Des calculs forts simples servent à déterminer la distance du point o à la ligne a b, ainsi que le nombre de points entre c et e. Si maintenant nous examinons ces lignes, non plus dans un miroir, mais au travers d’une fente découpée dans une feuille mince de métal ou de carton, tous les phénomènes décrits plus haut se manifesteront exactement de la même manière, de plus l’inspection seule de la fig 4 nous fait voir facilement que ces lignes jouent le rôle d’une série infinie de points équidistants, et qu’en conséquence nous pourrons déterminer toutes vitesses possibles entre les
- Fig. 5. — Le Cycloscope de MM. Mc. Leod et Clarke.
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- vitesses extrêmes déterminées par e c et d f. -Ces lignes possèdent encore une propriété importante ; si nous traçons des lignes parallèles à e c. ces lignes couperont les obliques eu un nombre de points proportionnels à leur distance à la ligne e c. . Si, par exemple, le côté e c équivaut à 60 révolutions du cylindre et le côté d f à 20 ; la ligne qui partage (e f — cd) en deux parties égales, correspond à la position que devra occuper la fente au travers de laquelle il nous faudra examiner les lignes pour obtenir l’onde stationnaire avec une vitesse du cylindre égale à 40 tours par seconde. L’onde adoptée généralement est l’onde de deuxième ordre représentée par (fig. 3, a) comme étant la plus facile à reconnaître.
- La fig. 5 représente le cycloscope tel qu’il est construit maintenant. En B nous voyons le cylindre recouvert de son papier. La roue R sert à le mettre
- en communication avec la machine dont on veut mesurer la vitesse de rotation. La boîte mobile A renferme une anche ou lance vibrante qui fait l’office de notre diapason et à laquelle est fixée une petite lame de zinc percée d’une fente, d’une largeur égale environ à l’épaisseur des lignes tracées sur le cylindre. Cette lance fait 60 vibrations par seconde. La petite roue dentée E et la roue D étant sur ce même axe, on peut, en faisant tourner cette dernière à droite ou à gauche, amener la boîte A et la lame vibrante devant une partie quelconque du cylindre. En S est une ouverture par laquelle on examine les lignes à travers une lentille qui grossit les images. Quand l’appareil est en marche on fait vibrer la lame à l’aide d'une petite soufflerie dont on voit le tuyau en C C. La boîte A porte un index O qui se meut avec elle et permet de lire la vitesse sur une échelle graduée. Supposons que le cylindre
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- soit en marche et que nous désirions apprécier sa vitesse. Nous mettons l’œil en S et avec la main droite nous tournons la petite roue D jusqu’à ce que nous rencontrions l’onde stationnaire qui a servi à déterminer les divisions. L’index O nous indiquera la vitesse. M. Mc Leod place aussi l’échelle graduée de telle manière que l’on peut lire la vitesse sans retirer l’œil de S. On peut suivre ainsi les plus infimes variations de vitesse et constater que la plus parfaite des machines, si bien réglée qu’elle soit, est constamment sujette à des variations. Les services qu’un tel appareil peut rendre sont sans nombre, et comme l’a dit sir W. Thomson, M Mc Leod nous a donné là un moyen de mesurer le temps, plus sensible et plus parfait que le chronomètre le mieux construit.
- Nous terminerons cette notice en disant que M. Mc Leod, en renversant le principe de l’appareil, a fait dernièrement une série d’expériences des plus intéressantes, sur la détermination du nombre de vibrations d’un diapason donné. En effet, si nous prenons un diapason qui devrait faire un certain nombre de vibrations par seconde, nous pourrons facilement vérifier si le diapason les donne réellement en imprimant au cylindre la vitesse nécessaire pour former une onde donnée. C’est ce qu’a fait M. Mc Leod à l'aide d’un appareil assez compliqué, mais qui n’est en fait qu’un cycloscope renversé. Les résultats ont été communiqués dernièrement à la Boyal Society, et ils prouvent clairement qu’un diapason n’est jamais absolument parfait, et que la température peut l’affecter d’une manière assez sensible. Il en est de même des anches qui sont plus imparfaites encore, et pour des expériences délicates on remplace ordinairement, dans le cycloscope, l’anche par un diapason.
- P. NOLET. —
- LES EAUX MINÉRALES D’AUVERGNE
- M. le docteur Boucomont a écrit sous ce titre un livre intéressant, que nous avons déjà signalé à nos lecteurs ; nous en donnons aujourd’hui une analyse plus complète.
- Les richesses de la France en eaux minérales sont encore trop peu connues, elles ne méritent pas d’être négligées au profit de leurs similaires situées à l’étranger. Pourquoi s’expatrier? Pourquoi courir chercher, à grands frais, chez des voisins toujours hostiles ce que nous possédons en abondance chez nous? El parmi toutes les stations thermales en est-il beaucoup qui soient supérieures à celles que nous offrent en si grand nombre l’Auvergne si exceptionnellement et si richement dotée. Châteauneuf ne vaut-il pas Baden ou Wiesbaden, à Kissingen ne pouvons-nous pas opposer avec avantage les eaux toni-purgatives de Châtel-Guyon; Saint-Nectaire n’est-il pas supérieur à Niederbronn, et Royat a-t-il quelque chose à envier à l'Ems allemand ? Y a-t-il rien de plus pittoresque, de plus suave que le tableau formé par ces roches, par ces bois, ces cascades, par ce village qui grimpe et qui sourit à travers les arbres touffus, cette église formidable et cette grotte merveilleuse qui semble le frais et mystérieux asile d’une divinité
- mythologique, l’agreste boudoir d’une naïade, s’écrie Eugène Guinot en parlant de Royat.
- Les indications thérapeutiques de Royat sont excessivement nombreuses.
- Les eaux conviennent également bien aux diabétiques, aux goutteux, à qui la lithine qu’elles contiennent procure un si grand soulagement, aux phthisiques à tempérament nerveux et excitables dont les voies respiratoires, promptes à se congestionner, sont aussi impressionnables au froid qu’aux températures élevées. Royal, par ses eaux, ses environs, ses installations balnéaires, son climat tempéré, a mérité le nom d’Ems français.
- Que dire du Mont-Dore, de la Bourboule, de Châteauneuf, de Châtel-Guyon et d’autres stations moins connues, comme Sainte-Marguerite, Sainte-Marie, Chaudes-Aigues, la Bastide, sinon que toutes ont été trop négligées jusqu’ici des baigneurs français. Il faut savoir gré au savant médecin consultant de Royat d’avoir groupé à côté des grandes stations connues des stations plus modestes quo.que d’une grande valeur et complètement ignorées.
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- LES ORIGINES ET LE DEVELOPPEMENT
- DE LA VIE.
- (Suite. — Voy. p. 54.)
- LES ÉPONGES ET LA FORMATION DE I’INDIVIDUALITÉ ANIMALE.
- Revenons maintenant à notre embryon d’Éponge.
- Après avoir nagé quelque temps, il se laisse choir au fond de l’eau et va se fixer à l’abri de quelque aspérité du sol. On voit alors l’hémisphère composé de cellules amibcïdes envahir de plus en plus l’hémisphère flagellifère. Celui-ci semble rentrer en se retournant lui-même dans l’intérieur du premier et l’embryon se trouve ainsi transformé peu à peu en une sphère composée de deux couches, l’une interne provenant des cellules monadoïdes, l’autre externe provenant des cellules amiboïdes. Ces dernières ne tardent pas du reste à se fusionner au point de n’être plus distinctes que par leurs noyaux; mais la masse qu’elles constituent conserve encore longtemps la faculté de s’étirer en pseudopodes qui servent à assurer la fixation de l’Éponge (fig. 1, n° 4). L'Éponge ne présente à ce moment aucun orifice. Bientôt les spiculés apparaissent, l’oscule se forme, puis les pores inhalants. L’être qui résulte des métamorphoses de l’embryon est une Éponge simple plus ou moins analogue à un Olynthus. L’Embryogénie nous conduit donc elle aussi à considérer cette dernière forme comme le véritable individu chez les Eponges. Plus tard, dans les Éponges munies de corbeilles vibratiles, des vacuoles se creusent dans la masse et les cellules amiboïdes qui les tapissent se transforment en cellules monadoïdes.
- Ce que nous venons de dire s’applique surtout aux Éponges calcaires dont l’Embryogénie présente encore du reste quelques points douteux ou obscurs. Chez les Eponges siliceuses et chez les Eponges gélatineuses (Myxosponges) on trouve des formes larvaires un peu différentes. Nous en avons fait représenter
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- quelques-unes (fig. 1, n°’ 1, 2 et 5) empruntées à l’intéressant Mémoire de M. Charles Rarrois.
- Dans ces groupes, les Éponges simples sont plus rares que dans celui des Éponges calcaires; mais elles atteignent en revanche une taille bien plus considérable et une élégance de forme qui confond l’observateur.
- Parmi les plus remarquables de ces Éponges se placent en première ligne ce magnifique Alcyoncellum speciosum, recueilli pour la première fois par Quoy etGaimard, durant le voyage de l'Astrolabe et la belle Euplectella aspergillum des îles Philippines (fig. 3, n° 2).
- Ces grandes Éponges manquent d’oscules. Leur squelette est formé par un réseau siliceux, transparent comme le plus pur cristal de roche, régulier comme la plus charmante dentelle. Des spiculés à six branches en constituent la partie fondamentale, mais ces spiculés sont reliés entre eux par des fibres siliceuses qui donnent au tissu de l’Éponge une assez grande solidité. Ce sont les Éponges dont le squelette est à la fois le plus régulier et le plus compliqué. VAlcyoncellum speciosum est toujours demeuré fort rare; les naturalistes du Challenger en ont cependant recueilli de beaux exemplaires. Les Euplectelles sont, au contraire, devenues assez communes. Malgré leur beauté et l’étonnement qu'elles provoquent toujours quand on les voit pour la première fois, on ne les paye guère plus de dix francs aux marchands d’objets d’histoire naturelle de Paris.
- Nous avons déterminé la forme simple des Éponges, ce que, dans le groupe des Éponges, on doit nommer un individu. On peut se figurer l'individu spongiaire comme une sorte d’urne dont les parois percées de trous livreraient constamment passage à de l’eau qui sortirait par l’ouverture de l’urne, par l’oscule. Nous avons vu comment on pouvait relier cet individu aux organismes unicellulaires et même aux monères par une série de formes successives. On peut résumer cette évolution de la façon suivante : Les êtres unicellulaires se reproduisent d’abord par division en deux parties semblables; puis la reproduction s’effectue à l’intérieur d’un kyste; elle consiste en une division de la masse protoplasmique en un grand nombre de parties dont la forme, déterminée, est différente de celle du parent; le Zoospore flagellifère, la Monade succède ainsi à l'Amibe et alterne avec lui. La forme zoospore devient peu à peu la plus importante des deux; ainsi prend naissance le groupe des Infusoires flagellifères. Amibes et Infusoires flagellifères acquièrent la faculté de vivre en sociétés composées d’individus tous semblables entre eux. Dans ces sociétés, chaque individu est d’abord complètement indépendant de ses voisins et conserve d’une façon à peu près complète en personnalité ; mais peu à peu cette personnalité s’efface, elle est absorbée, en quelque sorte, par celle de la société : l’individu primitif déchoit de son rang : il n’est plus qu’une partie plus ou
- moins importante d’une individualité nouvelle, le rouage d’une machine ; enfin les deux formes amibe et monade s’associent pour produire, avec quelques modifications de détail, l’individu spongiaire dans lequel les uns et les autres peuvent être plus ou moins complètement fusionnés.
- Eh bien, cet individu spongiaire, une fois constitué, se prête à son tour exactement aux mêmes combinaisons que les individus unicellulaires, les éléments qui le composent. Un certain nombre d’individus bourgeonnent d’abord les uns sur les autres, tout en conservant d’une manière complète leur indépendance comme le montre, parmi des milliers d’autres formes, la Sycinula ampullaf Hæckel (fig. 5 du précédent article, n° 3, voyez page 57), qui semble n’être qu'une colonie d'olyn-thus unis par leur base. Dans les colonies arborescentes d'Ascandra pinus (fig. 2), les divers individus, composants sont encore assez distincts, mais déjà leurs limites respectives sont souvent difficiles à déterminer. Leurs cavités centrales communiquent toutes directement entre elles de façon à établir entre tous les individus composants des rapports étroits au point de vue de la nutrition : aussi en voit-on quel-ques-uns vivre en parasites, pour ainsi dire, aux dépens de la colonie; leur oscule disparaît et leurs voisins sont chargés d’éliminer l’eau qui pénètre à travers leurs parois. C’est un commencement de polymorphisme II arrive même dans certaines co* lonies que plusieurs individus, d’abord distincts les uns des autres, se réunissent par leur extrémité su-périeure pour n’avoir qu'un oscule commun Nombre d’espèces présentent ce phénomène; on voit même, des colonies de même espèce, nées d’embryons différents et croissant dans le voisinage l'un de l’autre,J se souder tout comme peuvent le faire les individus d’une même colonie. C’est le phénomène que Hæckel, a désigné sous le nom de concrescence.
- Le plus souvent, enfin, les individus composant une même colonie se fusionnent à ce point qu’il est impossible de tracer entre eux aucune démarcation ; le nombre des individus composants ne peut être alors déterminé que par celui des oscules et comme certains individus peuvent, nous l’avons vu, être privés de cet orifice, ce dénombrement n’a lui-même rien de rigoureux.
- Ordinairement toutefois les divers individus d’une colonie laissent entre eux d’étroits espaces dans lesquels l’eau peut circuler pour pénétrer dans l’Eponge à travers les pores inhalants. Il en résulte un système de canaux bien distinct de celui qui résulte de la fusion des cavités digestives et qu’on observe dans un grand nombre de colonies.
- L’Éponge commune, l’Éponge de toilette, est une des Éponges composées où la fusion des individus composant la colonie est poussée au plus haut degré.
- Toutefois, cette fusion peut devenir telle, que le caractère de colonie disparaît à son tour. La colonie redevient un individu, ou, comme dit Hæckel, uno personne.
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- LA NATURE.
- Certaines'Éponges calcaires formant la famille des Sycones de Hæckel ressemblent à des Olynthus dont les parois, au lieu d’être minces et percées de trous, sont épaisses et traversées par des canaux rayonnant assez régulièrement autour d’une cavité centrale. Onprendrait, au premier abord, ces Éponges pour des individus simples, exactement comparables à des Olynthus dont les parois se seraient épaissies. M. Hæckel pense, cependant, qu’on doit les considérer comme des colonies : pour lui, chacun des canaux rayonnant est la cavité digestive d’un individu particulier né par bourgeonnement sur la paroi extérieure de VOlynthus primitif, celui dans la cavité duquel
- déterminées pour constituer des organismes nou-veaux, véritables individus composés au second degré.
- En général, chez les Éponges composées, l'individualité de la colonie est assez vague et la forme demeure tellement flottante qu’on a créé jusqu’à des genres différents pour des individus appartenant à la même espèce. Ce n’est pas du reste sans un grand embarras que l’on peut déterminer ce qu’il faut entendre par le mot espèce chez les Éponges. La forme extérieure ne saurait que rarement servir de guide, la forme des spiculés, leur mode de groupement sont essentiellement variables. Hæckel, qui a
- F.g. 1. — LARVES D’ÉPONGES. — 1. Larve de Verong a rcsea (Éponge fibreuse). — 2. Larve de Halisarca lobularis (Éponge gélatineuse).-—5. Larve de Isodyctia rosea (Éponge siliceuse). — 4. Jeune Éponge calcaire à surface extei ne encore douée de mouvements amiboïdes ; l’oscule n’est pas encore formé ( Sycan-dra raphanus).
- viennent déboucher tous les canaux rayonnants. Les Sycones seraient donc des colonies dont les individus composants se seraient fusionnés de manière à reconstituer un autre individu d’ordre plus élevé, un individu, simple en apparence, mais en réalité, composé Volynthus comme Volynthus est lui-même composé d’individus unicellulaires. Ce serait là le dernier terme de l’évolution des Éponges.
- Cette manière d’envisager les Sycones est un peu hypothétique; mais ce qui reste encore douteux chez les Éponges se produit avec une remarquable netteté dans un groupe voisin, celui des Polypes hydraires, comme nous le montrerons bientôt. Là des hydres, comparables comme organismes aux Olyn-thus, s’associent bien réellement suivant des règles
- Fig. 2. — ÉPONGES CALCAIRES.- Colonie arborescente d‘Ascandra pinus, Hæckel.
- étudié les Eponges calcaires, Oscar Schmidt, qui a étudié les Eponges cornées et siliceuses, arrivent l’un et l’autre à cette conclusion qu'il n'y a pas d’espèce chez les Éponges; phénomène qui ne saurait nous surprendre après ce que nous avons vu chez les Rhizopodes. La génération sexuée est encore à peine indiquée chez les Eponges; elle paraît, en tous cas, résulter de l’action réciproque d’éléments nés sur le même individu; la génération asexuée a donc dans ce groupe une importance prédominante ; nous nous retrouvons dans des conditions où la génération reproduit l’individu avec l’ensemble de ses caractères acquis ou hérités, sans que ceux-ci puissent suffisamment prédominer sur ceux-là pour constituer ce type moyen, sensiblement immuable, qui permet de caractériser une espèce. Dans le groupe des Polypes hydraires, dont nous parlerons dans notre prochain article, la génération sexuée prend, au contraire, ses
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- Fig. 5. — Squelette de deux éponges siliceuses, grandeur naturelle. — 1. Alcyoncellum speciosum, Quoyet Gaimard. — 3. Euplectella aspergillum, Owen. (D’après les échantillons du Muséum.)
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- LA NATURE.
- caractères définitifs ; l’espèce en même temps s’accuse nettement et la concordance de ces deux phénomènes nous fait comprendre comment la fixité apparente des espèces actuelles, loin d’être un argument contre la théorie de la descendance témoigne au contraire en sa faveur.
- Edmond Perrier, Professeur au Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- — La suite prochainement. —
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- NOUVEAUX DOCUMENTS
- SUR l’histoire DE LA DÉCOUVERTE de l’amérique.
- Une publication très importante a été faite récemment en Espagne par les soins du ministre de l’instruction publique ; c’est une collection de lettres de Christophe Colomb et de ses contemporains, ainsi que des rapports adressés, durant le seizième siècle, par les gouverneurs des nouvelles provinces américaines. Les originaux de ces lettres et de ces rapports se trouvent maintenant dans les archives de l’État à Séville.
- L’ouvrage qui vient d’être publié a pour titre Carias de India, lettres de l’Inde ; il forme un gros volume de 877 feuilles in-folio et contient les documents suivants, qui sont d’un haut intérêt :
- 1° Deux autographes de Colomb, adressées en 1502 au roi Ferdinand et à la reine Isabelle, le premier insistant sur la nécessité de mesures propres à augmenter la population de file à'Espaïiola (Saint-Domingue), le second contenant une dissertation sur l’art de la navigation ;
- 2° Une lettre d’Amerigo Vespuchi au cardinal Ximenes di Cuneros, archevêque de Tolède, datée de Séville, 1508, et ayant pour objet des marchandises à envoyer aux Antilles ;
- 5° Deux lettres de Fra Bartholomeo de Las Casas, archevêque de Nicaragua, à l’infant don Filippo, datées de Gracias à Dios, dans le Guatemala ;
- 4° Deux lettres de Bernaldo Diaz del Castillo, un des guerriers de la petite armée de Cortès et l’auteur d’une histoire de Mexico ; ces deux lettres sont adressées à Charles V, 1552, et à Philippe II, 1558;
- 5° Des lettres de bacheliers, aon Pedro de Gasca et don Christophor Vaca, de Castro, datées de Quito, 1541, et de Cusco, 1542, annonçant à Charles V la mort du marquis Don Pizaro, et l’insurrection de Don Diego de Almagro ; toutes ces lettres sont très intéressantes, étant écrites par des témoins oculaires des faits qu’elles racontent ;
- 6° Une lettre très curieuse de Dona Isabella Quivara, relative au courage remarquable dont les femmes ont fait preuve pendant l’expédition de Cortès, tandis que tous les hommes étaient accablés par la maladie.
- L’ouvrage contient 652 pages de texte et 225 pages d’un appendice dans lequel nous trouvons : 29 lettres autographes et des rapports de différents personnages historiques ; 28 pages autographes de Colomb, de Vespuchi, de Las Casas, de Diaz del Castello, de Ximenes, etc. ; une carte de la forteresse dans laquelle les pierres précieuses des Incas ont été trouvées, et enfin les cartes de l’Amazone, de l’archipel des Antilles, du détroit de Magellan, exécutées au seizième siècle.
- LES ŒSTRIDES
- (Suite.—Voy. p. 74.)
- CARACTÈRES GÉNÉRAUX.
- Ces insectes ont généralement le port de la mouche domestique : leur corps velu ou soyeux ressemble assez bien à celui d'un bourdon ; il est soutenu pendant le vol par deux ailes à grandes cellules et de couleur plus ou moins enfumée. Des antennes très courtes, de trois articles, dont le dernier presque toujours globuleux, porte une soie dorsale insérée près de sa base ; une trompe très petite dans les uns, absente dans les autres, palpes rudimentaires ; deux yeux composés ou à facettes ; trois ocelles ou yeux simples. Larves généralement coniques, à corps composé de douze segments, garnis de tubercules ou d’épines plus ou moins longues et diversement dirigées, selon les espèces : bouche armée ou non de deux crochets. mandibulaires ; appareil respiratoire très compliqué. Les œufs d’où sortent ces larves affectent des formes très diverses, et les larves elles-mêmes ont des instincts très différents.
- Les unes vivent, en effet, dans l’estomac ou les intestins1 (larves gastricoles de Bracy-Clark) ; les autres, dans diverses cavités du corps2 (larves cavi-coles), les sinus ethmoïdaux et frontaux, par exemple ; d’autres, enfin, se tiennent sur la peau des mammifères sur lesquels elles vivent en parasites3 (larves cuticoles). Quant aux insectes parfaits, leurs mœurs varient suivant les genres et les espèces. Nous les ferons bientôt connaître en parlant de chacun d’eux.
- Quoique peu nombreux en espèces, les Œstrides se sont répandus dans les deux continents. Ainsi, la Céphalémyie du mouton se retrouve en Arabie, dans la Perse et dans les Indes occidentales : l’Hypoderme du bœuf a été rencontré à Smyrne ; l’Œstre du cheval paraît cosmopolite.
- C’est de ce dernier que nous allons d’abord nous occuper.
- Les Œstrides, comme la plupart des autres insectes, subissent des métamorphoses diverses en passant par les différents états d'œuf, de larve en ver, de pupe ou de nymphe, enfin, d'insecte parfait. Nous avons même constaté chez l’OEstrus equi un cas d’hypermétamorphose pendant l’état larvaire : il en sera question dans un instant.
- A l’état parfait, les Œstrides ne paraissent vivre qu’en vue d’assurer la perpétuité de leurs espèces, plus nuisibles qu’utiles, au moins en apparence. Comment s’opère chez eux l’accouplement. Personne ne le sait, car personne ne l’a vu. Mais la présence d’une armure cupulatrice, très développée chez le mâle, ne permet pas de douter que celui ci ne saisisse sa femelle, et ne la force à s’unir à lui par un
- 1 Ex. OEstrus equi, OE. hœmorrhoïdalis.
- 2 Cephalemyia ovis. ,
- 3 Hypoderma bovis, et genres Catcrebra. OEdemagena.
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- moyen analogue ou semblable à celui qu’emploient beaucoup d’autres Diptères, notamment la Piophila petasiaùs ou mouche du jambon, si bien étudiée par notre regrettable Léon Dufour.
- Occupons-nous maintenant de VOEstride qui attaque le plus beau de nos quadrupèdes et vit pendant dix ou onze mois à ses dépens.
- DESCRIPTION ET MŒURS DE L'ŒSTRE DU CHEVAL.
- {CEstrus equi, Bracy-Clark ; gastrus equi, Schrœder van der Kolk).
- A l’état parfait, l’Œstre du cheval se distingue des autres insectes de la même famille par sa tête large et obtuse ; sa face et son front fauves et velus ; ses yeux noirs, plus petits chez la femelle que chez le mâle; antennes ferrugineuses; corps couvert de poils ; thorax grisâtre ; abdomen orné de taches et de points noirs sur un fond d’un jaune ferrugineux; ailes blanchâtres, non diaphanes, à reflets divers, traversées, vers le milieu, par une bande flexueuse noirâtre et marquée de deux points de la même couleur vers leur sommet ; pattes d’un jaune pâle. La femelle se distingue surtout du mâle par son abdomen plus allongé.
- Taille de l’insecte ==10 à 11 millimètres.
- Le moment de la ponte arrivé, la femelle commence par choisir parmi les chevaux qui paissent celui qui lui convient ; puis elle s’approche de l’endroit où elle veut déposer ses œufs, se tient suspendue pendant quelques secondes au-dessus de cet endroit et fond sur l’animal. Ensuite, recourbant .son abdomen, elle en approche l’extrémité de l’un des poils qu'elle a choisi, y colle un œuf, puis un autre, puis un troisième, etc., au moyen d’une liqueur glutineuse dont elle l’enduit et qui ne tarde pas à se dessécher. Le même manège se répète à des intervalles très courts, et souvent plus de 4 ou 500 œufs sont ainsi déposés sur un seul et même cheval.
- Un instinct particulier, mais pas toujours infaillible, semble avoir appris à la femelle à ne placer ses œufs que sur les partie du corps que le cheval peut atteindre avec sa langue, c’est-à-dire, à la partie interne des genoux, sur les épaules, et rarement à l’extrémité libre des poils de la crinière. Quelquefois cependant nous avons trouvé des œufs sur le cou, sur la croupe, derrière les jarrets, en un mot sur des parties que l’animal ne peut jamais lécher; preuve évidente que l’instinct, quelque sûr qu’il puisse être, n’est cependant pas toujours à l’abri de l’erreur.
- Description de l’œuf. — Les œufs, de couleur blanchâtre, et de forme à peu près conique, adhèrent aux poils par la plus grande partie de leur longueur et ont leur gros bout dirigé vers le bas. Cette grosse extrémité, qui est tronquée obliquement, est munie d’un opercule ovale, convexe extérieurement et garni d’un rebord. Cet opercule, assez fortement adhérent à l’œuf tant que dure le développement de l’embryon, s’en détache, au contraire, sous les
- moindres efforts de la larve au moment où l’éclosion doit avoir lieu.
- D’après Bracy-Clark, quatre ou cinq jours suffisent pour l’évolution complète du ver Œstrus equi. Mes observations personnelles et mes expériences directes contredisent formellement cette assertion du célèbre vétérinaire anglais. Des œufs de l’espèce dont il s’agit ici, mis à sec dans une boite de carton, ou constamment portés sur moi dans un petit flacon légèrement humide à l’intérieur, ont mis, les premiers 27 à 28 jours, les seconds 25 jours pour éclore. En supposant, ce qui est possible, que l'éclosion puisse avoir lieu un peu plus tôt pour les œufs laissés en place sur le cheval, nous n’en sommes pas moins disposé à tenir pour certain que le développement complet de l’embryon ne peut jamais s’opérer en quatre ou cinq jours seulement.
- DESCRIPTION DE LA LARVE DE L‘ OEstrUS equi AU MOMENT DE SA NAISSANCE.
- Elle diffère sous plusieurs rapports essentiels, et quant à la forme et quant à la structure, de la larve parvenue à son entier accroissement. En effet, au lieu d’être à peu près conique et ramassée comme cette dernière, elle est presque fusiforme, très allongée, et son corps, y compris la tête, est composé de treize segments dont les deux antérieurs sont très difficiles à bien distinguer.
- Le segment céphalique, outre deux prolongements charnus et rétractiles, marqués d’un point noir à leur extrémité libre (palpes ou antennes?), porte encore deux crochets cornés (mandibules) qui serviront à la jeune larve à s’accrocher à la membrane interne de l’estomac du cheval, lorsqu’elle sera parvenue dans cette cavité. Une couronne et un faisceau d’épines, presque aussi grandes que les crochets, mobiles, recourbées comme eux et placées tout à fait en avant du deuxième anneau, concourent à fixer l’animal et à l’aider dans ses mouvements de progression, rappelant ainsi, jusqu’à un certain point, l’organisation de ces vers intestinaux que les naturalistes désignent sous le nom d’Echinorhynques.
- Des épines analogues aux précédentes garnissent les bords postérieurs de chacun des neuf anneaux qui suivent la tête; le dixième, le onzième et le douzième en sont complètement dépourvus. Ce dernier offre à son extrémité libre deux espèces de lèvres entre lesquelles on voit sortir, de temps en temps, deux tubes rétractiles destinés à remplir un rôle important dans l’acte de la respiration.
- Mais comment cette jeune larve pénètre-t-elle dans l’estomac du solipède?
- Bracy-Clark avait d’abord pensé que les chevaux sur lesquels l’Œstre femelle avait pondu, introdui -saient les œufs dans leur estomac après les avoir détachés, avec leur langue, des poils auxquels ils étaient adhérents. Plus tard, l’illustre vétérinaire anglais reconnut qu’il s’était trompé, et il avoua son erreur avec cette loyale franchise qui caractérise l’ami sincère de la Science et de la Vérité.
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- Ce n’est pas à l’état tVœufs, comme on l'avait cru d’abord, mais bien sous celui de larves, que le cheval introduit dans sa cavité stomacale les hôtes parasites auxquels la nature a assigné ce singulier séjour ; c’est en léchant qu’il la saisit avec sa langue ; c’est en avalant sa nourriture qu’il les fait arriver jusqu’à son estomac. Enfin, ce qui n’est pas moins étonnant, ce sont fréquemment d’autres insectes (taons, hippobosques), qui, en irritant la peau du cheval par leurs piqûres réitérées, déterminent cet
- animal à se lécher et, par suite, à introduire dans la place ces parasites effrontés. Souvent même c’est en léchant la peau d’un autre cheval, qu’il devient la victime inconsciente de son zèle et de ses bons offices.
- On conçoit que, dans le périlleux trajet qu’elles doivent parcourir, bien des larves succombent, broyées par les dents du solipède ou écrasées par les matières alimentaires. Une sur cinquante peut-être arrive saine et sauve dans l’estomac, et cependant
- Fig. 1. Poil du cheval auquel sont fixés des œufs d'OEstrus equi, grandeur naturelle. — Fig. 2. Un autre poil (grossi) avec les œufs qui y sont adhérents, a, opercule des œufs. En b, les membranes de l’œuf sont devenues assez transparentes pour qu'on puisse apercevoir déjà les segments du corps de la larve qui va bientôt éclore. — Fig 3. Une larve vue au microscope lorsqu’elle sort de l’œuf, a, coque de l'œuf; b, opercule; c, la jeune larve. — 4. La même larve un peu plus grossie et encore enveloppée en partie par la membrane intérieure de l'œuf, a. — Fig 5. Opercule de cet œuf. — Fig. 6. Le même, plus fortement grossi. — Fig. 7. Larvule âgée de deux jours, grossie une fois, a, segment céphalique ou plutôt buccal; b, b, palpes rudimentaires; c, c, les deux crochets mandibulaires et les pièces cornées qui les portent; d, paquet d’épines situé sur le deuxième segment, e, e, les épines des neuf premiers segments ou anneaux post-céphaliques; *, les deux lèvres du dernier segment entre lesquelles passsent les deux tubes respiratoires, f, f; en g, g, les deux trachées qui vont aboutir à ces tubes, et longent la face dorsale de la larvule; h, h, trachées qui partent des deux troncs principaux et vont se répandre sur tous les viscères. — Fig. 8. Larve adulte retirée de l’estomac d'un cheval et grossie. A, grandeur naturelle. — Fig. 9. OEstrus equi, femelle. — 10. OEstrus equi, mâle.— Fig. 11. Tête grossie de l'œstre du cheval. y, y, yeux; a, a, antennes; b, ouverture buccale et ses pulpes punctiformes.
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- si nous ouvrons ce viscère chez un cheval attaqué par les Œstres, nous le verrons presque toujours littéralement criblé de ces insectes. Lorsqu’ils y ont atteint leur complet développement larvaire, ils y sont tellement serrés les uns contre les autres, que sur une portion d’estomac à peine égale à un décimètre carré, j’en ai compté plus de quatre-vingts.
- Aussi, longtemps avant nous, le docteur Gaspari comparaît-il au nombre des grains d’une grenade celui des larves d’ Œstres contenues dans le ven
- tricule des cavales italiennes qui, en 1715, succombèrent à une épidémie fort désastreuse dont ces larves paraissent avoir été la cause principale, peut-être même la cause unique. La comparaison du docteur Gaspari est d’autant plus admissible, que vers le moment où elles n’ont pas encore complètement atteint le terme de leur croissance, la couleur des Œstrus equi, à l’état vermiforme, rappelle assez bien celle des grains d’une grenade à maturité.
- Les larvules de VŒstrus equi sont donc d’abord entraînées dans la bouche, puis dans l’estomac du
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- quadrupède, où elles demeureront accrochées jusqu’au moment de la nymphose.
- « Quelle singulière, quelle étonnante manœuvre ! s’écrie Léon Dufour, dans ses savantes Recherches sur les Diptères. D’une part, obligation indéclinatoire du cheval d’introduire dans ses entrailles des vers qui doivent le ronger; de l’autre, mission innée d’une pauvre larve d’être avalée pour pouvoir vivre. Ne dirait-on pas qu’une mère dénaturée, ou pour le moins impré voyante, a jeté ses enfants à une distance infranchissable du lieu où doivent se trou
- ver les conditions propres au maintien de leur vie et de leur prospérité?
- « Bien qu’il soit né au milieu des poils de la jambe du cheval, c’est pourtant dans l’intérieur de l’estomac de celui-ci qu’est la subsistance de ce ver si délicat. Il attend presque du hasard sa translation brusque et instantanée dans ce viscère. Vous allez voir comme le génie créateur a tout disposé pour le succès de ce rapt par un coup de langue. Je répète tou
- jours avec un sentiment profond de conviction et d’admiration que, dans la structure si prodigieusement variée des insectes, il n’est pas une saillie, un poil, une ride qui n’ait une destination fonctionnelle, si l’on sait bien les interpréter.... Eh bien! ces harpons, ces aspérités dont la bouche et la peau de la jeune larve sont armées, lui servent d’abord à excii ter, à titiller le tégument de son hôte, à y déterminer un prurrit qui provoque à l’instant le lécher du cheval. Ces mêmes aspérités,
- Fig. 12. — Portion de l’estomac -d’un cheval avec quelques-unes des larves qui s’y sont accrochées. On voit en a les trous pratiqués dans la membrane muqueuse par d’autres larves qui s'y étaient fixées.
- Fig. 13. - Œstrus equi femelle déposant ses œufs sur la partie interne du genoux du cheval. On voit en a les œufs qu'elle y a déjà fixés.
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- ces mêmes harpons changent aussitôt de rôle, et s’accrochent solidement à la langue du ravisseur, pour l’abandonner quand celle-ci est rentrée dans la bouche. Ces mêmes spinules, ces mêmes crocs, sont encore pour la larve parvenue dans l’estomac, des instruments de préhension, de trituration, de
- reptation et de fixation.... Il faut s’humilier devant les grandes merveilles de ces petits êtres1 ! »
- Ajoutons à ce que dit si bien Léon Dufour, que les épines dont les segments du corps sont garnies,
- * Léon Dufour, Recherches anatomiques et physiologiques sur les Diptères. Extrait du tome XI de l’Académie des sciences (savants étrangers), 1850, p. 119.
- s’opposent, par leur direction même (la pointe est en arrière), à ce que la larve soit entraînée hors de
- l’estomac par les aliments qui, ayant subi la pre-mière digestion, vont passer par l’ouverture pylo-rique pour se rendre dans l’intestin.
- Dès qu’elle a été transportée et qu’elle s’est fixée dans l'estomac, grâce aux manœuvres que nous venons de décrire, la jeune larve subit dans cette cavité des changements successifs et des plus remarquables. En effet.de blanchâtre qu’elle était d’abord, nous la verrons devenir, en grandissant, d’un rouge
- groseille assez foncé : plus tard,cette teinte s’affaiblira et passera au jaune rougeâtre, puis presque à la couleur de chair : et ces changements de coloration, notez-le bien, s'effectueront dans une cavité complètement fermée à l’accès des rayons lumineux.
- Bientôt la forme elle-même aura changé. Au lieu de rester allongée et presque fusiforme, comme au moment de sa naissance, la larve adulte, ou à peu près, présente une forme
- assez régulièrement C
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- que. Son extrémité postérieure est brusquement tronquée et offre à la place des deux tubes respiratoires dont la larvule est munie, un appareil très complexe que nous ferons bientôt connaître. Les deux lèvres du dernier segment existent encore, mais elles sont gonflées par un liquide aqueux, qui les fait paraître comme vésiculeuses. Le segment céphalique, toujours très petit et ordinairement logé en partie dans le second, porte les deux mamelons et les deux crocs
- mandibulaires dont nous avons déjà parlé : entre ces derniers est située la cavité buccale. Tous les segments du corps, le pénultième et le dernier exceptés, sont garnis, à leur bord postérieur, d’une double rangée d’épines plus nombreuses, plus fortes et plus colorées que celles qu’on observait chez la
- larvule.
- Parvenue à son développement complet, la larve de YŒstrus equi mesure 20 à 21 millimètres de longueur, sur une largeur de 6 à 7 millimètres vers le milieu du corps.
- Il y a donc ici un fait d’hypermétamorphose des plus remarquables, inaperçu jusqu’à nous, et tout à
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- ‘ait analogue à celui que von Siebold a observé chez les Strepsitères et, plus tard, Fabre, d’Avignon, chez les Méloïdes.
- Dr N. Joly (de Toulouse).
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- —
- MÉTÉOROLOGIE INTERNATIONALE
- OBSERVATIONS SIMULTANÉES DE NUIT ET DE JOUR
- SUR TERRE ET SUR MER.
- Nous sommes heureux de pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs les extraits suivants du nouveau rapport de M. le général Albert Myer, commandant le service des signaux de l’armée américaine. Ce rapport, actuellement sous presse aux États-Unis, va paraître prochainement à Washington :
- La proposition adoptée par le Congrès des Météorologistes délégués par les divers gouvernements qui se sont réunis en 1873, à Vienne, à l’effet de décider qu’on fit dans le plus grand nombre de stations possibles, réparties dans tous les climats, au moins une observation quotidienne simultanée dans le but d’échanger les renseignements ainsi recueillis et de les faire servir à la préparation des cartes synoptiques, a continué d’avoir des résultats pratiques.
- Sous l’autorité du département de la guerre des États-Unis, et avec la coopération courtoise des savants étrangers et des chefs des services météorologiques organisés par les différents pays, on échange deux fois par mois les observations qu’ils ont faites avec celles des États-Unis et des îles adjacentes. Les rapports ainsi obtenus couvrent les territoires suivants : l’Algérie, l’Autriche, l’Australie, la Belgique, la Grande-Bretagne, la Chine, l’Amérique du Centre, le Danemark , la France, l'Alle-magne, la Grèce, le Groenland, l’Italie, l’Islande, le Japon, le Mexique, le Maroc, les Pays-Bas, la Norwège, le Portugal, la Russie, l’Espagne, la Suède, la Suisse, la Turquie. Tunis, l’Amérique anglaise, les États-Unis, les Açores, les îles Sandwich, Malte, l’Tle-de-France, les Indes occidentales, l’Afrique du Sud et l’Amérique du Sud.
- L‘"Office central du Signal Corps des États-Unis commença le 1" juin 1875 la publication quotidienne d’un Bulletin imprimé, résumant les résultats de ces observations internationales.
- Chaque observateur coopérant à ce grand travail reçoit régulièrement un exemplaire de ce Bulletin qui, depuis lors, a paru sans interruption. On doit considérer que les résultats de ces observations ont une importance toute particulière. En effet, c’est la première fois que les efforts de toutes les nations se trouvent combinés pour une œuvre dont toutes seront appelées à profiter. Il ne manque plus que le concours que peuvent fournir les forces maritimes des différentes nations (celles des Etats-Unis et du Portugal ont déjà donné le leur dans les limites que nous avons indiquées dans la partie de notre rapport relatif à la météorologie des mers) pour étendre ces études à des observations comprenant tout l’hémisphère boréal de la sphère terrestre. Ce but est déjà atteint en grande partie.
- Sous ce point de vue, le Signal Office des États-Unis doit reconnaître hautement la valeur de la coopération des
- différents services météorologiques et de leurs représentants, dont voici la momenclature :
- Algérie, le général Teissier, commandant supérieur du génie; Autriche, le docteur Julius Hann, directeur de l’Institut central météorologique impérial et royal de Vienne; Belgique, M. Houzeau, directeur de l’observatoire royal de Bruxelles; Grande-Bretagne, Robert Scott, esq., membre de la Société royale, secrétaire du Conseil météorologique de Londres ; Alexandre Buchan, maître ès-arts, membre de la Société royale d'Écosse à Édimbourg, et différents observateurs; à Costa-Rica, M. Frédéric Maison, directeur de l’Office, central de statistique et de météorologie; Danemark, le capitaine N. Hoffmeyer, directeur de l’Institut royal météorologique à Copenhague ; France, M. N.-J. Le Verrier, directeur de l'Observatoire de Paris ; le professeur Mascart, directeur du Bureau central de France ; Allemagne, le professeur Georges Neumayer, directeur de l’Observatoire naval d’Allemagne à Hambourg; Grèce, le professeur Julius Schmidt, directeur de l’Observatoire royal d'Alhènes; Inde, H.-F. Blan-ford, rapporteur météorologique du gouvernement de l’Inde ; Italie, par le ministère de l’agriculture, de l’industrie et du commerce et différents observateurs : Japon, l’Observatoire impérial météorologique et l’Université impériale de Tokio; Mexique, M. MarianoBarcena, directeur de l’Observatoire météorologique dans la ville de Mexico, et différents observateurs ; Pays-Bas, le professeur Buijs-Balot, directeur de l’Institut royal météorologique des Pays-Bas à Utrecht ; Norwège, le professeur Mohn, directeur de l'observatoire royal de Christiania ; Portugal, J.-C. de Brito Capello, directeur de l'Observatoire météorologique de l’infant don Luiz à Lisbonne; Russie, le professeur Wild, de l’Observatoire impérial et central de Russie à Saint-Pétersbourg; Espagne, Antonio Aguilar, de l’Observatoire royal de Madrid, et différents observateurs; Suède, le professeur R. Rohenson, directeur de l’Observatoire royal de Suède à Stockholm, et le docteur H.-H. Hildbranson, chef de la division météorologiqne de l’Observatoire d’Upsal ; Suisse, le professeur R. Wolf, directeur de l’observatoire de Zurich, et le professeur E. Plan-(amour, directeur de l’observatoire de Genève; Turquie, A. Donmbary-Effendi, directeur de l’Observatoire central de Constantinople, et le professeur C. V. A. van Dyck. superintendant de l’Observatoir Lee à Beïrouth ; Canada, le professeur G. T. Kingston, directeur de l’Observatoire magnétique à Toronto, et surintendant de l’Office météorologique du Dominion de Canada, et différents observateurs ; Etats-Unis, le département de la marine par les soins du contre-amiral Daniel Ammen et du commodore W. D. Whiting, chefs du Bureau de la navigation, et plusieurs observateurs en différents points du pays.
- Depuis la publication du dernier rapport, l’Office a eu à regretter la mort de plusieurs collaborateurs distingués de son œuvre internationale, Urbain Le Verrier, directeur de l’Observatoire de Paris; le professeur Ernest Que-telet, directeur de l’Observatoire de Bruxelles ; le professeur Édouard Heiss, de Münster; et le professeur Pierre Angelo Seccbi, de Rome.
- A la demande du Signal Corps, un grand nombre d’observations ont été prises à bord des navires à la mer pour compléter les rapports du service international et transmises sous la forme qu’il a indiquée dans ses circulaires. L’utilité de ces documents est évidente pour l’étude des orages qui approchent des côtes américaines, et qui mettent en danger les navires se trouvant dans les eaux des États-Unis.
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- La coopération de la marine des États-Unis a été acquise par un ordre du secrétaire naval, en date du 25 décembre 1876, qui assure des observations simultanées faites d’après le système du Signal Corps, sur toutes les mers ou flotte le pavillon américain. C’est par l’intermédiaire du chef du Bureau de la navigation, que ce service est rendu tant par le ministère de la marine des États-Unis que par notre marine nationale. Le peuple américain est donc la première puissance dont l’armée et la marine coopèrent à une œuvre de progrès universel, en exécutant des observations scientifiques partout où elles se trouvent, et c’est un exemple que suivront successivement toutes les armées et toutes les marines du monde civilisé.
- Par suite de la création du système d’observations simultanées, faites à la mer par les marines navales ou commerciales des Etats-Unis et des autres nations, et pour arriver à l’étendre, on a établi depuis la date du dernier rapport des baromètres de la fabrication la plus perfectionnée dans les ports de San Francisco et de New-York. On les a destinés à servir d’étalons et en conséquence on les a soigneusement vérifiés. Ces baromètres ont été placés dans des endroits publics, afin de permettre de régler les instruments des navires de toutes les nations. Quoique ces étalons soient soigneusement gardés, ils sont pourtant facilement accessibles. On avertit le public du lieu où ils sont placés, et un sergent du Corps des Signaux s’y tient chaque jour afin de donner les renseignements qu’on lui demande, et de régler tous les baromètres marins qu’on lui apporte pour les vérifier.
- Le baromètre-étalon pour l’usage des vaisseaux dans l’océan Atlantique a été placé à la Bourse maritime de la ville de New-York; le baromètre-étalon pour l’océan Pacifique a été placé à la Bourse des marchands de San Francisco. Les officiers du service des Signaux dans les différentes villes et dans les différents ports des Etats-Unis, ou le long des différentes côtes, donnent tous les renseignements qu’ils possèdent, et aident de tout leur pouvoir les vaisseaux en détresse sans distinction de nationalité. Avec le système adopté par le service des Signaux pour dresser ses cartes, et le nombre des rapports qu’il reçoit, on peut dire que les changements météorologiques produits sur une grande partie des continents situés au nord de l’équateur peuvent être représentés d’une façon assez exacte pour en permettre une étude soigneuse et utile. Pour obtenir toute la valeur dont elles sont susceptibles, ces cartes doivent contenir en outre les observations faites à la mer. Un vaisseau en marche devient ainsi une excellente station pour les observations simultanées.
- La valeur de ces renseignements est augmentée par le changement de situation du vaisseau en vingt-quatre heures. Il n’y a pas de navire au long cours qui ne soit monté par un équipage assez nombreux et qu’on ne puisse obliger, s’il en est besoin, à porter des instruments météorologiques. Le plus petit bateau, en ne s’occupant que de sa propre sécurité, peut en faire un usage assez grand pour ajouter à la valeur des observations les plus étendues et les plus complètes. Il n’y a pas de nation qui ne soit intéressée à la réussite de ce système, basé sur l’échange des observations universelles. Jusqu’à ce jour, aucune puissance n’a hésité, quand la proposition lui en a été faite d’une façon convenable, à prendre part à un travail si simple. En effet, il n’exige qu’un très petit effort de la part de chacun de ceux qui y participent, mais il a en vue un bienfait pour le genre humain tout entier, car, de
- sa nature, il ne peut servir à l’intérêt égoïste d’une partie quelconque à l’exclusion du reste de l’humanité.
- Beaucoup de grandes Compagnies américaines et étrangères de bateaux à vapeur desservant les principales lignes commerciales, ont promis leur puissante assistance et tiendront leur parole.
- Le Corps des Signaux s’est acquis la coopération de la Compagnie des vapeurs du Pacifique, qui a été promise par ses agents; MM. William Blanchard et Cie, MM. Ismay Imrie et Cie, de Liverpool, et M. R.-J. Curlis, de New-York, ont assuré le concours de la ligne White-Star. Nous avons la parole de M. Georges-H. Brodbarg, président de la Compagnie orientale et occidentale à vapeur ; de MM. A. Schaumacher et Cie agents du North-German Lloyd; de M. H.-D. Welsh, président de la Compagnie américaine de navigation à vapeur; de M. James-A. Wright, président de ligne du Bred-Star ; enfin, MM. A. Schaumacher et Cie ont encore assuré le concours de la ligne Allan.
- Lorsque les marins coopèrent au système d’observations maritimes, les États-Unis supportent tous les frais de poste, d’impressions, etc., etc., et bien des fois, lorsqu’on le désire, ils prêtent les instruments nécessaires.
- Le nombre des observations faites chaque jour à la mer sur différents navires pour le système universel est d’une centaine. On a déjà fait des recherches pour découvrir la route par laquelle on peut, sinon prédire, du moins suivre les tempêtes ; et l’on a cherché à déterminer quelles conséquences résulteront pour les côtes américaines du Pacifique, de l’état du temps constaté sur cet océan ou sur les côtes orientales de l’Asie. On a fait des études analogues sur les côtes américaines de l’océan Atlantique et sur celles de l’Europe. Le temps n’est point éloigné ou tout navire quittant un port de l’océan Atlantique, pourra être informé s’il existe au large une perturbation notable, et s’il y a des chances qu’une tempête menace son voyage.
- L’établissement de stations océaniques permanentes le long des lignes traversant les océans, au-dessus ou dans le voisinage des lignes télégraphiques, et en communication télégraphique avec l’un ou l’autre continent, n’est point considéré comme impraticable, et l'on y a fait allusion dans un rapport précédent. On peut supposer qu’on a accompli un progrès qni éliminera de l’étude de la météorologie internationale quelques-unes des difficultés déjà rencontrées. On peut aussi espérer que les conditions atmosphériques et les changements de temps peuvent être enregistrés avec une exactitude suffisante sur toute l’étendue de la surface de la terre. Si cet espoir se trouve réalisé, les barrières qui s’opposent à l’étude de la météorologie cesseront pratiquement d’exister.
- Il suffit de jeter les yeux sur un exemplaire du Bulletin international pour comprendre le caractère des rapports internationaux, et des renseignements que l’on reçoit de chaque station.
- La carte accompagnant ce Bulletin montre aussi exactement que possible la place de ces différentes stations, et permet de pressentir la nature des services que les rapports quotidiens permettront de rendre. Le nombre de ces stations augmente constamment.
- Quand elles sont réunies en grand nombre dans quelque localité, chacune d’elles est utile ; chacune, en effet, sert à contrôler le travail de l’autre, et chacune d’elles sert à remplir les lacunes que la suppression des autres pourrait quelquefois occasionner. Mais il n’est pas probable que le travail soit abandonné par ceux qui ont pris
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- part à son établissement, et qui participent à ses bienfaits. S’il ne servait à un autre but qu’à entretenir la coopération amicale des savants qui, dans les différents pays, sont chargés d’une mission météorologique, il serait, dis-je, d’une valeur incontestable. Mais on peut espérer que, par des systèmes d’observations ainsi étendues, on découvrira des lois générales qui permettent d’annoncer à l’avance les changements météorologiques pour un temps plus long qu’on ne l’a fait jusqu’ici.
- Le nombre moyen des observations simultanées faites quotidiennement en dehors de l’Amérique est de deux cent quatre-vingt-treize. Le nombre total des stations terrestres ou maritimes dont les rapports sont régulièrement enregistrés dans le Bulletin, est de cinq cent cinquante-sept.
- La coopération des différentes nations, dont on s’est assuré par le plan d’échange que nous venons de décrire, permet d’établir ce grand système d’observations, sans demander au budget des États-Unis d’autres sacrifices sensibles que les dépenses nécessitées par la préparation, l’impression et la reliure du Bulletin international ainsi que des cartes qui l’accompagnent. Ces frais seraient en grande partie nécessaires, pour conserver les rapports, même dans le cas où les Bulletins ne seraient point distribués
- Le chef du service des signaux a le plaisir d’annoncer, aujourd’hui, que le travail de collection des rapports des observations internationales simultanées faites dans les pays étrangers, en coopération avec les Etats-Unis et sur le territoire des États-Unis, ou sur mer, a fait assez de progrès pour avoir atteint un des principaux résultats que l’on avait en vue en le créant. Le 1er juillet 1878, il est devenu possible de commencer la publication d’une carte quotidienne internationale du temps, rédigée chaque jour, publiée chaque jour et basée sur les données recueillies dans les rapports internationaux simultanés portant la même date. Cette carte fait le tour du monde, car elle s’étend sur tout l’hémisphère Boréal.
- La publication quotidienne, ainsi faite pour la première fois par les États-Unis d’un document universel, est sans précédents dans l’histoire. Elle constate la coopération dans un but unique de toutes les puissances civilisées établies au nord de l’Equateur.
- L’étude de ces cartes rend possible les améliorations qui se développeront à mesure que leur exécution se perfectionnera, que leur surface sera mieux remplie d’observations prises avec soin, et que leur valeur sera de mieux en mieux appréciée par les hommes de science. Elles peuvent servir à résoudre les questions relatives à la translation des orages d’un continent à un autre, à la direction qu’ils suivent et - à la vitesse avec laquelle ils se propagent Les mouvements des aires de haute et basse pression barométrique pourront être dessinés. On pourra constater les conditions de température, de pression et de direction de vent existant autour de la terre à un instant précis, et par conséquent déterminer le contraste des effets de nuit et de jour. On se rendra compte de la distribution et de la quantité de pluie et l’on résoudra beaucoup d’autres problèmes qui ne peuvent être énumérés ici, et dont nous serions même hors d’état de suggérer une solution. li ne semble pas impossible que ces cartes puissent servir un jour à résoudre les questions de climatologie et peut-être d’autres relatives à la prédiction des changements de temps bien avant qu’ils ne s’accomplissent ; on peut croire qu’elles mettront à même de déterminer, au commencement de l’année, le
- caractère des saisons futures. Dans notre dernier rapport annuel, nous avons fait allusion au grand secours que des matériaux ayant subi celte première élaboration donnent aux recherches entreprises pour généraliser les résultats acquis ou pour vérifier les théories proposées. Dans beaucoup de cas, on n’a d’autre travail à faire que de les réunir.
- Cette entreprise est d’une grande importance parce qu’elle permet de mieux combiner les efforts des différentes nations, parce qu’elle donne les moyens d’obtenir à la mer une coopération qui permettra de tracer les lignes aussi complètement sur les océans que sur les continents, et qui finira par faire connaître le mouvement des aires de perturbation, aussi complètement à la surface des mers qu’il l’est déjà à celle de quelques continents.
- Général Albert Myer, Chef du Signal-Corps des États-Unis.
- Les extraits ci-dessus du rapport pour l’année finissant au 1er novembre 1878, adressé au secrétaire de la guerre par le général Albert Myer, commandant le service des signaux et le service de l’avertissement des orages, montrent clairement le progrès fait aux États-Unis d’Amérique pour les observations internationales simultanées, la manière de les résumer, et l’établissement de la météorologie universelle.
- On ne doit pas être étonné d’apprendre qu’encouragé par leurs premiers succès, les États-Unis vont essayer de donner une nouvelle extension à un système d’observations qui a déjà produit en si peu d’années des résultats considérables.
- L’expérience ayant montré que l’intervalle de vingt-quatre heures qui sépare deux observations internationales successives est trop long, il est question de porter à trois le nombre des lectures simultanées faites chaque jour dans tous les établissements où se fera l’observation internationale.
- Les Hottes de toutes les nations, aussi bien que tous les météorologistes stationnaires, devront s'as-sujétir à trois observations simultanées faites de huit en huit heures, dont l’exécution régulière sera un bienfait pour l’humanité tout entière.
- Récemment réorganisée et absolument dotée par le gouvernement, la météorologie française prendra à honneur de seconder l’effort d’une entreprise faite par une république sœur, dans un but de progrès universel et d’intérêt général.
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- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de physique. — Séance du 20 juin. — M. Fontaine offre à la Société son ouvrage sur l'Éclairage à l'électricité et communique les résultats des mesures photométriques qu’il a effectuées pour comparer entre elles les machines magnéto-électriques à courant continu et à courant alternatif. Il a employé des régulateurs à charbons opposés, et un moteur fournissant trois chevaux de force. Il a trouvé que la quantité de lumière émise horizontalement est à peu près la même que le courant soit continu ou alternatif. Au contraire dans
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- une direction inclinée de haut en bas le courant continu produit plus de lumière; de telle sorte que la somme totale de lumière émise par le courant continu est presque double de celle qu’émet le courant alternatif. Ce résultat lient, d’après l’auteur, à ce que les deux charbons se taillent en pointe lorsqu’on fait usage du courant alternatif tandis que, avec le courant continu, le charbon supérieur prend la forme en cratère dont la concavité fonctionne comme réflecteur; de plus, la température et l’éclat de ce cratère sont plus élevés que dans le cas de la pointe. L’emploi d’un réflecteur devient presque inutile avec le courant continu. M. Fontaine ajoute que des expériences récentes sur le transport de la force motrice à l’aide de deux machines Gramme ont fourni un rendement de plus de 60 0/0. M. Fontaine ayant représenté graphiquement la distribution de la lumière émise sui vant diverses inclinaisons, par une courbe plane tracée en coordonnées polaires. M. Mascart dit que la quantité de lumière émise dans toutes les directions de l’espace serait représentée par le volume engendré par la rotation de cette courbe autour de son axe-vertical. M. Cornu dit que cette quantité pourrait être représentée par la masse d’une surface sphérique concentrique au bec et dont chaque point aurait une densité proportionnelle à l’éclat de la lumière qui y tombe normalement. — M. Thollon présente un spectroscope à grande dispersion fournissant un spectre solaire de 15 mètres de longueur. Nous offrirons prochainement à nos lecteurs la description de ce remarquable appareil. — M. Gariel communique au nom de M. Silvanus Thompson l’élude faite par ce physicien de l'aimantation de la plaque du téléphone. Au moyen des spectres magnétiques, il a trouvé que les lignes de forces sont à peu près normales au centre de la plaque, à peu près tangentes vers les bords. M. Thompson pense que cela est dû à une vibration moléculaire au centre, à une attraction magnétique plus près des bords. — M. Cornu fait part à la Société de ses recherches sur la limite ultraviolette du spectre solaire. Ce spectre est limité vers le violet par une absorption que nous sommes impuissants à faire disparaître; c’est l’absorption par l’atmosphère. Si l’on compare le spectre solaire du fer avec le spectre de ce métal fourni par l’arc électrique, on trouve qu’il y a coïncidence et proportionnalité pour toutes les parties des deux spectres qui sont identiques à l’intensité près. Mais aux environs des raies appelées par M. Cornu T et U le spectre solaire se montre brusquement couvert d’un voile, qui est précisément la bande d’absorption atmosphérique. Cette bande qui limite le spectre recule quand la hauteur du soleil augmente. La longueur d’onde qu’on peut atteindre diminue proportionnellement au logarithme du sinus de la hauteur solaire; en portant pour un même jour cette longueur en abscisses, ce logarithme en ordonnées, on obtient une ligne droite : d’une saison à l’autre, cette droite se déplace quelque peu parallèlement à elle-même. En changeant de latitude ou même d’altitude on gagne peu de chose. M. Cornu a calculé qu’en s’élevant à une hauteur de 4000 mètres l’observateur ne gagnerait que 6 à 7 unités sur la longueur d’onde extrême qui est de 293 millionième environ. Les poussières en suspension dans l’atmosphère n’ont' qu’un faible pouvoir absorbant.
- Société chimique de Paris. — Séance du vendredi 20 juin. — M. Schneider donne lecture d’une note de MM. Monel, Reverdin et Nolling, établissant la présence du métanitrotaluène dans le nitrotoluène commercial. — M. Amory Austin présente une note sur la
- diamylbenzine. — M. Antony Guyard développent certaines parties d’un « Mémoire préliminaire pour servir de base à une théorie chimique nouvelle dite théorie tomi-que. MM. Jungfleisch et Schutzenberger font connaître quelques-unes des raisons qui ne leur permettent pas de partager la manière devoir de M. A. Guyard. — M. Raoul Pictet expose un ensemble de considérations générales sur la thermochimie. Il s’attache d’abord à donner une démonstration théorique et expérimenlale de la définition suivante : La température est représentée par la longueur de l’oscillation calorifique des molécules d’un corps. Admettant que les lois de l’attraction de la matière pour la matière sont générales et régissent les phénomènes de désagrégation des corps, M. Pictet réduit, comme conséquence de ces postulats, les deux lois suivantes que vérifient les données expérimentales : 1° Plus le point de fusion d’un solide est élevé, plus les oscillations moléculaires doivent être courtes ; 2° les températures de fusion des solides correspondant à des longueurs d’oscillations égales, le produit des longueurs d’oscillation par les températures de fusion doit être un nombre constant pour tous les solides. Autrement dit, quand on considère les corps solides, il existe un rapport simple entre le poids atomique de ces corps, leur longueur d’oscillation calorifique et leur température de fusion. Les liquides considérés à leurs points d'ébullition conduisent à une conclusion analogue. D’une manière générale, on observe donc un rapport simple entre les poids atomiques, les dilatations et les températures de changement d’état des corps. Pour M. Pictet, l’affinité et la cohésion sont une seule et même force dont les manifestations obéissent à la théorie Newtonienne. En terminant, M. Pictet fait ressortir l’importance des phénomènes de dissociation observés à des pressions décroissantes.
- Société géologique de France. — Séance du 23 juin 1879. — M. Janettaz présente une note sur les colorations du diamant dans la lumière polarisée (Extr. du Bulletin de la Société minéralogique). — M. Sauvage dépose en son nom, et en celui de M. F. Liénard, un Mémoire sur le genre machimosaure, et fait connaître ce crocodilien amphicœlien qui n’avait été décrit que sur des dents isolées. — M. Œhlert présente une note, faite en collaboration avec M. l’abbé Davoust, sur la Faune dévo nienne inférieure de la Sarthe. Cette note comprend quelques rectifications apportées à la liste donnée par M. de Verneuil en 1850, et indique les espèces qui ont été signalées dans les travaux de MM. d’Orbigny, Barrande, Bayle, Guéranger, etc. — M. Hébert annonce à la Société qu’il y a environ quinze jours, M. de Mortillet lui avait remis des fossiles extraits des tranchées du chemin de fer de grande ceinture, à 2 kilomètres du château de Saint-Germain, qu’il a visitées en compagnie de MM. de Mortillet et Munier-Chalmas. Ces fossiles proviennent des fausses glaises (argiles sableuses, sables noirs et lignites) comprises entre le calcaire grossier et l'argile plastique. Les fausses glaises ont 10 à 12 mètres d’épaisseur. Elles renferment une quantité considérable de coquilles, surtout Cyrena antiqua : les autres espèces reconnues sont : Cerithium funantum (C. variabile, Desh.), Melanopsis buccinoïdes, Ostrea sparnacensis. — M. Hébert revient sur la question des lignites : il ne saurait admettre, comme semble le dire M. de Mercey , qu’il ait contribue à établir deux horizons distincts de Lignites. Il y a un grand nombre de couches de lignites, mais qui toutes appartiennent à un même ensemble, synchronique des fausses glaises de Paris. La couche à Cyrena tellinella, que la Société a vue
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- en 1849 au mont Berru, appartient au système général des lignites dont elle renferme tous les fossiles; elle est séparée par 10 mètres d’argiles avec lignites, de la couche de cailloux roulés qui forme la base de sables de Cuise. La Cyrena tellinella abonde d’ailleurs à Varangéville, près Dieppe, dans les couches à Cyrena cuneifornis, etc. Il n’y a pas lieu de considérer ce fossile comme caractéristique d’un système distinct. — M. Hébert présente un Mémoire de M. Laevivier sur le terrain crétacé supérieur de l'Ariège (garumnien de M. Leymerie). Il fait ensuite une communication sur les calcaires à Echinolampas (Amblypygus) Michelini du midi de la France. Il a constaté la présence de ces calcaires à Louer (Landes), au-dessous des couches argileuses noires à crabes (XANTHOPSIS DUFOUREI) et à orbitolites. — M. Munier-Chalmas croit que Y Echinolampas Michelini doit servir de type à un nouveau genre pour lequel il propose le nom deNeolampas. Ce genre est caractérisé par un periprocte infère et allongé dans le sens du grand axe de l'oursin, tandis qu’il est transverse dans les Echinolampas. — M. Vasseur fait une communication sur le terrain tertiaire du Cotentin et présente la liste des fossiles qu’il a recueillis à Bois-Gouët : sur les cent cinquante espèces qu’il a déterminées, cent trente-deux se retrouvent dans le calcaire grossier supérieur et quatre-vingt-huit dans les sables moyens. — M. A. Gaudry annonce que M. le docteur Fauvelle vient de découvrir des fossiles quaternaires au bas du versant septentrional de la colline de Laon, contre la base de l’escalier qui descend à la gare du chemin de fer ; parmi ces ossements, il a remarqué des restes de Rhinocéros tichorhinus, de cheval et de grand cerf. — Le secrétaire donne lecture d’une note de M. Gornuel sur les puits naturels des calcaires portlan-diens de la Haute-Marne et de la Meuse et sur le minerai de fer qu’ils renferment. Ce minerai est du minerai géo-dique remanié; il est associé à des ossements d’Elephas primigenius et de Bos primigenius. L’origine des puits naturels doit être attribuée au passage de l’eau chargée d'acide carbonique à travers les fissures et les fentes des calcaires, et à l’action de transport des eaux diluviennes. Les puits à minerai n’ont pas montré d’indices d’émanations ferreuses. — M. Tardy, en réponse à un article publié dans une Revue, et affirmant qu’il n’existe pas de glaciers dans le Beaujolais, montre que s’il n’en existe pas du côté de Beaujeu, il y a au contraire des probabilités pour croire qu’il y a une moraine à Sainte-Cécile-la-Valouse, sur Je chemin de fer de Mâcon à Paray-le-Monial, en amont de Cluny. C’est une nouvelle espérance, dit-il, pour la découverte de débris glaciaires dans le Morvan. Dans une seconde note, M. Tardy donne les résultats géologiques de ses excursions aux environs de Boury depuis 1872. Il ressort de cette étude qu’il existe au sud de Boury deux moraines superposées : l’une est quaternaire et l’autre pliocène. — M. Tournouër met sous les yeux de la Société une molaire supérieure d'Equus Stenonis ? provenant des recherches faites par M. Thomas dans le gisement de grès ferrugineux (tertiaire supérieur) d’Ain Jourdel. près de Constantine, qui avait déjà fourni plusieurs dents d'Hip-parion.
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- CHRONIQUE
- Une nouvelle association. — Nos lecteurs ont eu dans le premier volume de la Nature, une description des magnifiques laboratoires de chimie dirigés au Muséum par M. Frémy. Ce que vaut l’enseignement donné par
- l’illustre savant, c’est ce qu’il faut demander aux innombrables chefs d’industrie qui ont choisi leurs chimistes parmi ses anciens élèves. Aussi a-t-il semblé à ceux-ci que l’honneur d’avoir eu un tel maitre constituait entre eux les liens d’une véritable confraternité et, désireux de se connaître davantage et de s’entr’aider au besoin, ils ont fondé une association, dûment autorisée et qui a tenu samedi dernier 5 juillet sa séance annuelle.
- M. Frémy, président de l’Association a prononcé à cette occasion une chaleureuse allocution, applaudie à chaque mot, et où vibre, d’un bout à l’autre la fibre généreuse qui fait du grand chimiste une des personnalités les plus aimées de la jeunesse. En terminant son beau discours que nous regrettons vivement de ne pouvoir reproduire, M. Frémy a inauguré une caisse toute amicale, destinée à faciliter les études des élèves du laboratoire en y versant une somme de mille francs tant en son nom qu’au nom de son beau-père, M. Boutron.
- Le soir un banquet qui réunissait maître et élèves terminait cette charmante fête de la manière la plus cordiale et la plus gaie.
- — Par décret en date du 21 juin 1879, M. Bouchard (Charles-Jacques), agrégé près la faculté de médecine de Paris, est nommé professeur de pathologie et de thérapeutique générales à ladite faculté, en remplacement de M. Chauffard, décédé.
- — On va établir à Messine un laboratoire de zoologie maritime analogue aux établissements déjà créés à Naples et à Trieste, sur la Méditerranée, à Concarneau, à Roscoff et à Wimereux, sur l’Océan Atlantique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 juillet 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Développement des graines. — D'après M. Labureau, directeur de la station agronomique de Lille, les corps gras contenus dans les graines jouent un très grand rôle lors du développement de celles-ci. L’oxydation que ces matières éprouvent et qui les fait rancir, développe une quantité de chaleur qui serait suffisante pour déterminer l’éclosion des phénomènes vitaux. Ce travail est renvoyé à l’examen de M. Boussingault.
- La maladie des oignons. — Les oignons sont fort malades et M. Maxime Cornu vient de s’assurer que la cause du mal n’est autre qu’une mucédinée nouvelle, un uracistis de la famille des uslaliginées dont le type est le charbon. Ce parasite est d’origine américaine; c’est un cadeau de plus que nous fait le Nouveau Monde vraiment trop prodigue, à la fin, des faveurs du même genre. Sait-on que la fleur de mauve elle-même vient de voir son prix s’élever à cause de la maladie qu’elle éprouve sous l’influence d’une autre cryptogame américaine ?
- La chimie de la poudre. — Dans les analyses exécutées sur les résidus de l’explosion de la poudre, on rencontre beaucoup d’hyposulfite de potasse. Mais les chimistes admettent en général que ce sel n’est pas autre chose qu’un produit de transformation du sulfure de potassium. MM. Noble et Abel sont d’un avis différent et ils exposent les résultats d’expériences qui leur paraissent démontrer que l’hyposulfite est un produit primitif.
- En même temps, les deux expérimentateurs anglais
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- appellent l’attention sur la quantité de chaleur développée par l’explosion de la poudre, sur la température des produits de l’explosion et sur la quantité des gaz dégagés par les diverses qualités de poudre.
- La température de l’explosion est en général voisine de de 3000 degrés; cependant une certaine poudre espagnole donne 4087 degrés. La poudre de mine ne fournit que 2900 degrés.
- De même la quantité de gaz est très variable. Un gramme de poudre espagnole n’en donne que 234 centimètres cubes; tandis que la poudre de mine en dégage 360 centimètres pour le même poids. On voit donc que le volume de gaz dégagé et la température développée croissent en sens inverse et il en résulte que l’effet utile des diverses variétés est très sensiblement le même.
- L'éruption de l'Etna. — Après l’intéressante étude publiée par la Nature sur la récente manifestation volcanique de la montagne sicilienne, nous ne devons pas entrer ici dans beaucoup de détails sur les lettres reçues par l’Académie à propos du même sujet. On sait que M. Fouqué a été envoyé sur les lieux pour suivre les phases de l’éruption ; malheureusement il est arrivé trop tard et n’a pu examiner que des dégagements accessoires ou fumerolles. Les résultats confirment tout à fait ceux qu’il avait déjà recueillis lors d’éruptions antérieures et que M. Charles Saint-Claire Deville avait décrits comme généraux.
- M. de Saussure, qui a assisté à l'éruption, adresse de son côté une longue communication pleine de documents importants. Il signale l’abondance du perchlorure de fer qui teignait en jaune très sensible la neige tombée sur la montagne. L’éruption s’est singularisée par l’ouverture subite de cette immense crevasse de 10 kilomètres de long et de 60 mètres de large en certains points, qui fendrait le volcan en deux si elle n’était interrompue précisément à l’endroit occupé par le cratère central dont elle prolonge le diamètre sud-sud-ouest, nord-nord-est. La lave est sortie par toute la longueur de celle fissure et l’on peut croire que sans cette véritable soupape ouverte à l’énergie des gaz souterrains, l’ile tout entière aurait été secouée par des tremblements de terre désastreux. On a une idée de la puissance du phénomène quand on saura que la masse de lave vomie en onze jours seulement, durée de cette très courte convulsion, représente un bloc de 11 kilomètres de long, large de 600 mètres et épais de 40.
- Le Norwégium. — C’est le nom d’un métal découvert récemment par M. DafU dans un arséniure de nickel de cuivre et de fer. Ce métal nouveau n’a pas été découvert au spectroscope et c’est un titre de plus à l’attention des chimistes. L’auteur ne parait même pas en avoir examiné le spectre. L’oxyde se réduit facilement par le charbon ou par l’hydrogène et le Norwégium libre est blanc, malléable, dur comme le cuivre, fusible au rouge naissant. Sa densité est égale à 9,44. L’acide chlorhydrique le dissout difficilement, mais l’acide azotique en fait aisément un azotate. La dissolution concentrée est bleue; l’eau ajoutée le fait passer au vert. 196 représente son équivalent si l’on admet que son oxyde est un protoxyde. Il précipite par la potasse, l’ammoniaque, le carbonate de soude et se redissout dans un excès de précipitant. L’hydrogène sulfuré donne un précipité brun insoluble dans le sulfhydrate d’ammoniaque. Au chalumeau, avec le borax, il se fait une perle verte à chaud et bleue à froid. Le sel de phosphore donne une perle jaune qui passe au vert émeraude par le refroidissement.
- Paléontologie parisienne. — Nous signalons un gisement nouveau de sable fossilifère du niveau d’Ormoy, dans la localité de Pierrefitte, auprès d’Élampes, comme contenant des fossiles non encore décrits. Parmi eux est un cardium, une thracia, etc.
- Dissociation du sul/hydrate d'ammoniaque. — D’après M. Moitessier, un fragment de charbon placé dans les vapeurs de sulfhydrate d’ammoniaque absorbe des quantités d’acide sulfhydrique et d’ammoniaque qui ne correspondent pas à la composition du sel en expérience, lequel subit par conséquent une dissociation évidente.
- Stanislas Meunier.
- L’ORAGE DU 28 JUIN 1879
- OBSERVÉ A PARIS.
- Le samedi 28 juin, les habitants de Paris ont été réveillés par le bruit de coups de tonnerre d’une intensité rare. La foudre est tombée en plusieurs endroits, où elle n’a pas seulement causé des dégâts matériels.
- Dans un chantier situé rue François Ier, plusieurs ouvriers étaient occupés à barder des pierres, quand un coup de tonnerre vint les surprendre. L’un d’eux fut frappé mortellement, et les deux autres ont reçu des commotions violentes qui, très probablement, les paralyseront pour quelque temps.
- Avenue Marbeuf, un passant a été foudroyé ; rue de Rome, la foudre est tombée à côté d’un groupe de porteurs de journaux; tous ont été renversés, mais heureusement aucun d'entre eux n’a été blessé. Deux ouvriers qui se rendaient à leur atelier se sont évanouis de frayeur.
- Rue Saint-Georges, une femme électrisée par la foudre, n’est revenue à elle qu’au bout d’une heure.
- Sur les quais, la foudre a tué les deux chevaux de l’omnibus du collège Stanislas. Quant au cocher et à un maître d’études qui se trouvait dans le véhicule, ils n’ont eu d’autre mal que la peur.
- Place d’Eylau, où la foudre est tombée également, elle n’a causé aucun accident.
- L’orage a sévi également dans la banlieue. A Meu-don, deux ouvriers employés aux carrières ont été grièvement blessés par la foudre, qui s’est abattue sur un arbre près duquel ils étaient placés. D’autres arbres ont été brisés dans différents endroits. En deux minutes, la foudre a frappé deux fois une maison de cette localité. La première fois, la foudre fendait un mur de séparation près d'une conduite de gaz, puis après avoir fondu en partie le tuyau de plomb, regagnait la gouttière et allait se perdre dans la citerne. On n’avait pas encore eu le temps de se remettre de cette première alerte qu’une deuxième fois la foudre tombait sur la maison. Cette lois, le fluide tombait avec un fracas effroyable sur le toit, jetait à terre une énorme cheminée, arrivait dans le salon par la fenêtre duquel il s’échap-
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- pait, après avoir fait sauter une persienne. Une petite fille, qui s’était abritée sous la porte, a été violemment jetée à terre, mais n’a heureusement eu aucun mal.
- A Suresnes, place Henri IV, la foudre, tombant dans le restaurant Dubois, a effondré la toiture, démoli une cheminée et détérioré le compteur à gaz; une fuite de gaz considérable s’est produite.
- Nous avons examiné en détail une des maisons qui a été atteinte par la foudre, celle de l’avenue de Clichy, n° 54; elle a élé le théâtre de phénomè-
- nes très remarquables, dont le lecteur se rendra compte en jetant les yeux sur la gravure ci-dessous. La foudre paraît avoir pénétré dans la maison par un tuyau d écoulement des eaux, situé du côté de la cour en T ; elle a suivi la solive qui sépare le quatrième étage du cinquième. Dans • la chambre n° 1, les carreaux du plancher ont été soulevés sous la commode A, dont le marbre a été cassé. Le globe de la pendule C a été percé d'un trou rond à travers lequel on peut passer le poing, le balancier de la pendule a été décroché et tordu, le marbre de la
- Coupe de la maison frappée par la foudre pendant l’orage du 28 juin 1879 (n° 34, avenue de Clichy, à Paris). Figure servant à l’explication des phénomènes électriques
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- table de nuit B a été brisé. Une vieille dame qui buvait un bol de lait dans cette chambre a senti une secousse violente. Le plafond de la chambre du dessous (n° 5) s’est effon iré, tout a été mis en pièces dans celte chambre, et les carreaux de la fenêtre N ont été brisés au milieu d’un nuage de poussière formé par les plairas. La foudre a pénétré en même temps au cinquième étage dans la chambre n° 2. Une brave femme qui y habite, effrayée par les coups de tonnerre, s’était assise sur le bord de son lit et caressait son chien pour le rassurer ; tout à coup la foudre a brisé son lit, le sommier est tombé à terre, et le pied du lit D a été haché comme à coups de tranchet. Les carreaux
- de brique, du sol de la. pièce, ont été brisés en E et en F. Le témoin de ce phénomène raconte que le bruit a été effroyable, et que le dégât s’est accompli au milieu d’un nuage de fumée accompagné d’une forte odeur de poudre. La chambre du dessous, n° 4, n’a pas été atteinte. Le concierge de la maison a vu le coup de foudre; il se trouvait dans la cour, quand une lueur a passé devant ses yeux. Il a ressenti une vive commotion, et pendant plusieurs jours il s’en est trouvé incommodé.
- GASTON TISSANDIER.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 520. - 19 JUILLET 1879
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- LES NOUVELLES-HÉBRIDES
- Les Nouvelles-Hébrides forment un groupe assez important, à environ 50 lieues au nord de la Nouvelle Calédonie. Elles s’étendent du nord-nord-ouest au sud-sud-est sur une longueur de 120 lieues, dans une direction analogue à celle de notre possession océanienne. Leur nombre est d’une vingtaine; il en est neuf principales.
- Ce fut en 1606 que l’Espagnol Quiros les découvrit. Il les salua du nom de Tierra australia del Espiritu Santo, supposant, comme beaucoup doses contemporains, que la plupart des îles en apparence éparses du Grand Océan se rattachaient à toute une région continentale. La première terre fut nommée Nues-tra Senora de Luz : c’est probablement le Pic de l'Étoile d’aujourd’hui. Son aspect pittoresque, ses nombreux ruisseaux, ses cas-cades charmèrent les navigateurs, qui ne tardèrent pas à se mettre en relation avec les indigènes.
- Deux de ces derniers, retenus d’abord de force, furent rasés à la mode européenne, habillés de vêtements écarlates et renvoyés heureux comme des enfants déguisés. Cette diplomatie facile déjoua toutes les hostilités. Le chef, reconnaissant d’un si grand honneur rendu à ses sujets, adressa aux
- conservé le souvenir? Questions insolubles. L’histoire du monde, telle qu’elle est écrite, diffère à chaque page de l’histoire que la nature écrit elle-même.
- Les indigènes des Nouvelles-Hébrides, à la fois curieux et craintifs, venaient au-devant des Espagnols, leur offraient des fruits, mais leur faisaient signe de partir. Comme les nouveaux venus ne tenaient aucun compte dépareillés injonctions, un des chefs traça une raie sur la poussière et d’un geste défendit qu’on passât sa ligne magistrale.
- Pour toute réponse, un des capitaines espagnols, Torrès, la franchit aussitôt. De là, conflit. Grêle de flèches, d’une part ; coups de mousquets, de l’autre. Les navigateurs finirent par intimider les sauvages, qu’ils signalèrent assez naïvement dans leur journal comme ayant décidément un mauvais caractère. S’étant délivrés de leur présence par la terreur, ils élevèrent une croix, célébrèrent la Fête-Dieu et prirent possession du pays au nom de Philippe IH. Quelques jours après, ils dévalisaient des villages, enlevaient des enfants, faisaient une razzia de toutes les provisions et se plaignaient toujours de n’ê-tre pas reçus à bras ouverts par les indigènes. Bref, après un assez court séjour dans cet archipel, ils l’abandonnèrent sans grand regret, cherchant de nouvelles terres à conquérir,
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- Espagnols des cochons, des ignames et des bananes.
- Quiros rapporte qu’il ne vit pas sans étonnement trois types différents parmi les populations de l’archipel : l’un, du noir le plus caractérisé ; l’autre, blanc, avec la barbe rouge ; le troisième, mulâtre. Le temps semble avoir fait disparaître ces singuliers contrastes. Y avait-il eu, bien avant l’arrivée de Quiros, quelque émigration étrangère? L’homme blanc avait-il déjà fait son apparition en Océanie, à des dates éloignées, sans que la tradition en ait 7e année. — 2e semestre.
- de nouveaux peuples à dépouiller.
- La Tierra del Espiritu Santo était à peu près oubliée, lorsque Bougainville et Cook vinrent jeter une éclatante lumière sur cet important archipel et rappeler les vieilles relations de Quiros. C'est le 22 mai 1768 que notre illustre marin Bougainville, naviguant dans ces parages, distingua, se profilant devant lui, deux terres assez élevées qu’il nomma Pentecôte et Aurore, puis, encore plus loin, à moitié perdues dans la brume, plusieurs autres îles émer-
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- LA NATURE.
- géant à une assez grande hauteur au-dessus de l’Océan. En dépit des démonstrations les plus pacifiques, les naturels, ayant sans doute conservé dans leur histoire le souvenir de leurs premières relations avec les blancs, se tenaient prudemment sur la défensive. Bougainville n'y prêta qu’une attention distraite et, sans plus s’inquiéter, fit charger ses canots de fruits et de bois. Le drapeau de la France fut planté sur un des points de l’archipel, et l’on grava l’acte de prise de possession sur une planche de chêne que l’on enterra au pied d’un arbre. Plus de cent années s’étaient écoulées depuis la découverte de Quiros ; il n’était pas rigoureusement prouvé à Bougainville, d'après ses calculs, qu’il revoyait les mêmes terres que le capitaine espagnol, il n’hésita donc pas à considérer comme françaises les îles qu’il nomma Grandes-Cyclades et que Cook devait appeler quelques années plus tard Nouvelles-Hébrides.
- Le capitaine Cook, cette grande figure d’autant plus remarquable qu’elle doit tout à sa persévérance et à son génie, rencontra également les mêmes îles ; ce fut dans son second voyage, le 17 juillet 177 i,— seulement six années après Bougainville, — qu’il reconnut l’archipel des Grandes-Cyclades. Les indications de son prédécesseur étaient trop précises pour lui laisser le moindre doute. Il salua donc successivement l’ile Aurore, l’île des Lépreux, l’île Pentecôte, l’île d’Ambrym, la grande île Mallicollo. Dans cette dernière, il jeta l’ancre et ne tarda pas à être entouré par une foule de sauvages qui agitaient des rameaux verts et s’écriaient : T omar ! tomar ! ce qui voulait évidemment dire : ami, frère. Sans oublier les mesures de prudence, Cook leur permit de venir sur le navire : bientôt ce fut une fourmilière de sauvages, qui parcouraient curieusement le pont, les chambres, et qui grimpaient aux mâts comme les plus habiles marins. Les choses allaient au mieux, rapporte Dumont-d’Urville, quand un incident subit faillit troubler la bonne harmonie naissante. Un sauvage des pirogues, voyant qu’on lui interdisait l’accès du vaisseau, banda son arc contre un matelot. Ses compatriotes voulurent l’en empêcher, mais il persista. Cook lui-même, l’ayant menacé, fut couché en joue, alors le capitaine, peu endurant de sa nature, prévint l’agression par un coup de fusil chargé de dragées ; le naturel chancela, mais ne renonça point, et ne laissa tomber son arc qu’à une seconde décharge. A ces actes d’hostilités succéda une sorte de pêle-mêle. Les sauvages se sauvèrent en décochant quelques flèches. Il fallait à tout prix rétablir l’ordre par l’intimidation. On fit retentir le bruit du canon et tout parut pacifié par cette grande voix.
- En résumé, les Anglais eurent plutôt à se louer de leurs rapports avec les indigènes; ils furent même surpris des scrupules de probité de ces pauvres habitants, qui n’acceptaient jamais de cadeau que contre échange. Néanmoins, ces rives hospitalières faillirent tout à coup devenir fatales. On mangea des poissons dont l’espèce était bien connue et qui,
- par conséquent, ne présentaient aucun danger apparent, mais qui cependant occasionnèrent les accidents les plus graves. L’équipage tout entier fut en péril de mort. Pareille aventure était arrivée cent-soixante années auparavant à Quiros et dans le même archipel ! Forster, le célèbre naturaliste, compagnon de Cook, attribue cet empoisonnement, non à la mauvaise qualité de l’aliment, mais aux plantes vénéneuses dont les poissons doivent se nourrir.
- Ainsi, les Nouvelles-Hébrides, découvertes par les Espagnols au commencement du dix-septième siècle, reconnues ensuite par les Français conduits par Bougainville, explorées par Cook, étudiées depuis par Dumont-d’Urville et bien d’autres voyageurs, les Nouvelles-Hébrides étaient jusqu’à présent, en dépit des diverses prises de possession, demeurées indépendantes. Elles demandent, paraît-il, à être annexées à la France. N’est-ce pas leur droit? Si elles deviennent françaises, félicitons-en d’abord les indigènes : de toutes les suprématies auxquelles ces malheureux enfants de l’Océanie sont infailliblement voués, la nôtre est encore une des plus douces; nous réprimons les tentatives de révolte lorsqu’elles viennent à se produire, mais nous ne combinons pas froidement l’anéantissement des premiers maîtres du sol, nous respectons leur passé, nous aimons à nous bercer de l’espoir que l’indigène transformé peut vivre en bonne intelligence avec le colon, et, si nous nous trompons, notre erreur est généreuse, et je la préfère, pour ma part, à toutes les cruautés triomphantes de certaines politiques.
- Passons rapidement en revue ce bel archipel. Deux îles priment tout le groupe par leur grandeur : ce sont Saint-Esprit et Mallicollo. Quant à l’archipel entier, il peut se diviser en trois parties assez distinctes : au sud, quatre îles ou îlots, Annotam ou Annatom, Tanna, Erronan, Koromango ou Erro-mango; au centre, Sandwich, Api, Ambrym, Malli-collo, Saint-Esprit, Pentecôte, Aurore, l’île des Lépreux, etc.; au nord, les îles Banks.
- Les plus méridionales, par conséquent les plus rapprochées de la Nouvelle-Calédonie, forment un groupe montagneux d’un intérêt secondaire. Tanna est la plus belle de ces îles et pourrait offrir un excellent asile au trop-plein de la colonisation calédonienne. Les habitants, signalés comme assez industrieux, ont pour nourriture des ignames, des patates, du taro, des volailles et des cochons. A l’époque de Cook, les connaissances géographiques des naturels de Tanna ne dépassaient pas Koromango. Ils se croyaient à peu près seuls dans le monde. Leurs pirogues ne se hasardaient que bien rarement sur la haute mer.
- Koromango, également découverte par Cook en 1774, est montagneuse et assez fertile.
- La première île du groupe central, Sandwich, n’est qu’à 22 lieues de Koromango, et déjà le type, le langage des habitants diffèrent. Cook et ses compagnons qui la découvrirent, en 1774, furent presque enthousiasmés de la beauté de ses paysages; ils
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- parlent de ses bosquets ombreux, de ses plaines verdoyantes, de la richesse de sa flore et des huttes gracieuses qui cherchent un abri sous la voûte des palmiers.
- Si nous laissons ensuite de côté des îlots qui, pour la plupart, se dressent sous la forme de pics, nous arrivons, en nous dirigeant toujours du sud au nord, aux quatre terres découvertes par Bougain-ville : Ambrym, Pentecôte, Aurore et l’île des Lépreux. Ces îles sont montagneuses et généralement fertiles. On a vu que les habitants accueillirent autrefois favorablement les Français.
- A l’ouest de ce groupe, un soulèvement parallèle a fait émerger du sein de la mer les grandes îles de Mallicollo et de Saint Esprit, découvertes parQuiros. Mallicollo n’a pas moins de dix-huit lieues de longueur sur six ou sept de largeur ; Saint-Esprit, plus grande encore et qui, en longueur, mesure environ 22 lieues, est évidemment, à tous les points de vue, la reine de l’archipel. Les voyageurs n’hésitent pas à la saluer comme une des plus belles terres du monde.
- Enfin, tout à fait au nord, l’on désigne sous la dénomination d’îles Banks quatre îles ou îlots découverts par Blighen1789. Ces îles, sans importance, au reste, ont un aspect analogue à celui de la plupart des terres de l’archipel.
- Telles sont donc les Nouvelles-Hébrides. Qui peut prédire l’avenir réservé à toutes ces îles aujourd’hui perdues dans l’immense Océan? L’Europe, vieillie, lassée par les luttes stériles, n’ira-t-elle pas se rajeunir dans ce monde nouveau, et nos arrière-petits fils, devenus citoyens d’une patrie vraiment libre, ne regarderont-ils pas notre pauvre France comme nous considérons nous-mêmes aujourd'hui les pays de l’antiquité, l’Assyrie, l’Égypte, la Grèce? Nous serons le glorieux passé, la terre des ruines, la terre des morts ! Les archéologues océaniens viendront pratiquer des fouilles dans notre vieux sol, et peut-être de nos cendres jetées au vent sortira-t-il encore quelques grandes idées ! Richard CORTAMBERT.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Études synthétiques de géologie expérimentale, par A. Daubrée, membre de l’Institut, etc. Première partie ; Application de la méthode expérimentale à l'étude de divers phénomènes géologiques. — 1 vol. in-8, avec de nombreuses gravures. Paris, Dunod, 1879.
- Depuis trente ans environ, l’éminent directeur de l’Ecole des Mines a publié une série de Mémoires où l’expérience sans cesse appliquée à l’étude delà géologie, apporte à la science une quantité considérable d’aperçus nouveaux. Dans l'ouvrage que M. Daubrée offre actuellement au public, il développe les résultats de ces expériences et arrive à expliquer sûrement par les conséquences qui s’en déduisent, divers phénomènes géologiques, les uns chimiques et physiques, les autres mécaniques. Cet ouvrage remarquable ouvre à la science de grands horizons, en apportant des matériaux à la constitution de la Géologie expérimentale.
- Voyages en France. Un département par mois. No 1, Ain, par M. Alfred D'AUNAY. Une brochure gr. in-8 de 80 pages, avec 8 gravures, 14 croquis, 1 carte. Paris, 1879.
- Les publications par fascicules rendent l’acquisition et la lecture des plus vastes ouvrages accessibles aux bourses les plus modestes et aux personnes les plus occupées. Aussi M. d’Aunay a adopté ce système pour publier la monographie alphabétique des 87 départements français. Ce ne sera pas là une compilation faite sur des livres antérieurs, l’auteur va lui-même dans chaque département et du chef-lieu, rayonne vers la frontière départementale; il parcourt et décrit successivement toutes les voies ferrées qui le sillonnent. En même temps, pendant que l’auteur écrit, un habile artiste dessine, chemin faisant, de charmants croquis de voyages sans prétention, pleins de vie et de vérité, grâce auxquels nous surprenons avec lui, dans leur existence de tous les jours, les lieux qu’il traverse et les habitants des pays rencontrés au passage.
- Outre les croquis reproduits par le procédé Gillot, des gravures sur bois très fines et que l’impression sur beau papier fait doublement ressortir complètent, avec une grande carte, les illustrations.
- L’AUDIOMÈTRE OU SONOMÈTRE
- DE M. HUGHES
- APPLIQUÉ AUX RECHERCHES MÉDICALES ET ACOUSTIQUES.
- Le professeur Hughes, célèbre déjà par ses inventions du télégraphe imprimant et du microphone, en poursuivant ses études sur les courants d'induction, vient de doter les sciences expérimentales de deux instruments de recherche aussi puissants que délicats. Ces appareils ont été présentés à la Société royale de Londres dans sa séance du 15 mai par leur auteur ; le premier, que nous décrivons aujourd’hui, mis entre les mains de M. le docteur Benjamin Ward Richardson a été le sujet d’une seconde lecture dont nous donnons ici les passages les plus importants. Le second appareil, qui porte le nom de balance d'induction, fera le sujet d’un autre article.
- L’audiomètre se compose de deux éléments ordinaires Leclanché , dans le circuit desquels se trouve un microphone placé sur le socle d’une petite pendule m et le sonomètre ou audiomètre proprement dit. Cet appareil est formé d’une bobine a sur laquelle est roulée 100 mètres de fil de cuivre, et d’une seconde bobine b ne renfermant que 6 mètres de fil de cuivre dont l’enroulement est tel que les courants que ces bobines induisent dans une troisième bobine c analogue à a soient de sens inverse. La bobine b, dont les extrémités du fil sont reliées à un téléphone t, glisse sur une règle de 25 centimètres de longueur environ, divisée en centimètres et en millimètres de droite à gauche. Supposons que la bobine b soit placée très près de a, le courant induit par a dans la bobine b permettra d’entendre très nettement dans le téléphone t les bruits produits par la pendule m. Si nous éloignons b
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- LA NATURE.
- en la faisant glisser sur la règle graduée, le son ira en s’affaiblissant. A un moment donné l’action de la bobine c équilibrant celle de la bobine a, il ne se produira plus aucun bruit dans le téléphone, c’est le zéro de l’appareil. On se rend compte maintenant de la raison qui a fait adopter des bobines inégales ; on peut ainsi déplacer le zéro de l’échelle en le rapprochant de c et donner un plus grand développement à la graduation qui, dans l’appareil présenté à la Société royale, présente une longueur de 20 centimètres divisée en 200 degrés. On peut donc faire passer successivement l’intensité du tic-tac produit par la pendule depuis la valeur 0 jusqu’à un maximum 200 degrés, maximum qui dépend de l’appareil mais qu’il sera toujours facile de rapporter à un autre parfaitement déterminé pris pour unité ou étalon.
- L’appareil ainsi établi, voici quelques-unes des nombreuses observations faites par le docteur I B. Ward Richardson pendant les quelques jours qu’il l’a soumis à l’expérience. Ces exemples suffiront pour montrer l’immense portée scientifique du merveilleux appareil imaginé par M. Hughes.
- Mesure de la puiss ance de l'ouïe. — Cin-quante observations . faites sur différents sujets
- L’Audiomètre de M. Hughes.
- Pile
- ont donné tous les degrés de l’échelle depuis 2 degrés qui parait être le plus petit degré de la finesse de l’ouïe jusqu’à 200 degrés qui caractérise la surdité presque complète. En se mettant dans les conditions convenables, c’est-à-dire à l’abri des bruits extérieurs, il suffit de déplacer la bobine de 1 degré pour éteindre ou rendre perceptible le tic-tac de la pendule. Une diminution graduelle dans l’intensité du son (en faisant glisser b très doucement) permet de descendre assez bas sur l’échelle de l’audiomètre sans éteindre le tic-tac. Un affaiblissement brusque ne permet pas de descendre aussi bas. Si dans le premier cas on peut arriver à 5 degrés, par exemple, dans le second on ne pourra pas descendre au-dessous de 15 degrés. Cette expérience vient justifier scientifiquement l’expression si souvent employée : « Le bruit m’assourdit. » L’assourdissement n’est que passager, heureusement.
- Influence de la respiration. — La puissance de l’ouïe est augmentée pendant quelques secondes en retenant la respiration à la condition d’avoir la poitrine remplie d’air. Une oreille fine marquant 8 de
- grés (cela veut dire que le tic-tac de la pendule s’éteignait à 8 degrés) pouvait atteindre 5 degrés en retenant sa respiration. Une oreille dure marquant 100 degrés pouvait arriver à 80 degrés dans les mêmes conditions. Ces résultats ne se constatent plus si la poitrine est vide d’air lorsqu’on retient sa respiration.
- Influence des mouvements habituels du corps.— En général, le sens de l’ouïe est le plus développé du côté droit ; pour les gauchers c’est l’inverse. Chez les médecins habitués à appliquer le stéthoscope sur une oreille, l’oreille gauche en général, la puissance de cet organe est beaucoup plus grande de ce côté.
- Influence de la pression atmosphérique. — Un abaissement de pression produit une perte de 2 à 4 degrés sur la puissance de l’ouïe suivant les personnes.
- Influence de la maladie. - Le docteur Richardson cite deux exemples : 1° Une jeune personne très anémique marquait 18 degrés pour son oreille droite et 15 pour son oreille gauche. Dix jours après, un nouveau régime, une amélioration dans la santé générale faisait descendre à 12 degrés l’oreille droite et à 5 degrés l’oreille gauche ; 2° une personne sujette à de fréquents évanouissements marquait 30 de
- grés. Après quelques soins la puissance auditive descendait à 5 degrés de l'échelle audiométrique, ce qui est la puissance normale de l’ouïe.
- Il serait trop long d’examiner toutes les applications auxquePes se prête l’appareil, né d’un mois à peine.
- Signalons seulement l’étude de l’influence sur le sens de l’ouïe des substances capables d’activer ou de retarder la circulation du sang, l’influence des excitations nerveuses de toute nature, l’appréciation de la valeur relative des cornets acoustiques et des tympans artificiels, enfin un grand nombre de recherches médicales et scientifiques dont l’importance n’échappera à personne.
- La science étend chaque jour son domaine et c’est avec joie que nous constatons que ses plus belles conquêtes sont dues à l’électricité, grâce aux nou-valles méthodes d’observation qu’elle met entre les mains des chercheurs.
- E. Hospitalier, ingénieur des Arts et Manufactures.
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- SUR L’OBSERVATION DU VENT
- PAR LES GIROUETTES.
- Depuis un temps immémorial, on se sert de girouettes pour déterminer la direction du vent.
- Elles ont souvent de graves défauts; souvent elles sont mal équilibrées ou fixées à un axe qui n’est pas vertical ; la plupart ne tournent que quand le vent a une certaine intensité et s’arrêtent aussitôt qu’il devient faible. Celles qui sont très mobiles sont impossibles à observer exactement à cause de
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- Diagrammes représentant la fréquence des vents à Paris, à Montsouris et au Parc de Saint-Maur.
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- W. / Le Parc / Moyenne 1873-78
- l’amplitude de leurs mouvements irréguliers, de sorte qu’on en est réduit à leur préférer des girouettes moins sensibles. J’ai vu, d’ailleurs, des girouettes très mobiles, dont l’axe reposait sur une agate, user et rayer notablement ce support en quelques mois. Cela tient à ce que les poussières de l’atmo-
- sphère renferment beaucoup de grains quartzeux plus durs que les agates.
- J'ai indiqué dans les instructions météorologiques, en 1855, que les seules girouettes sur lesquelles on puisse compter sont celles qu’on ferait reposer sur un flotteur. Ces girouettes, en effet, résistent à tout
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- mouvement brusque et obéissent au vent le plus léger.
- Depuis 1874, je me sers d’une simple bande de soie noire de 2 à 3 centimètres de largeur et de 55 centimètres de longueur attachée au bout d'une ligne à pêcher placée au faîte de la maison ; c’est une girouette pour laquelle on n’a à craindre ni le frottement, ni le défaut d’équilibre, mais elle flotte de telle manière que l’observation n’est pas beaucoup plus précise que celle d’une bonne girouette ordinaire, si ce n’est par les vents très faibles.
- Ces défauts et la difficulté de l’observation sont cause qu’on ne possède, nulle part, une indication sûre et précise du régime des vents.
- Depuis longtemps on a représenté la fréquence des vents par des courbes; on porte sur les huit ou seize rayons d’une circonférence des longueurs proportionnelles au nombre de fois que chaque vent a soufflé. Haeghens, par exemple, a publié dans l’An-nuaire météorologique de la France pour 1850 (tome 11, p. 525), les résumés des observations des vents faites à Paris, à midi, pendant les trente années de 1816 à 1845. En réduisant les observations aux huit directions principales, on a des courbes annuelles assez régulières. Il résulterait de leur examen que le vent le plus fréquent dans le climat de Paris est à 55°, ensuite un vent entre NE et ENE : deux minima de fréquence auraient lieu au NW et à l’ESE, ce dernier étant de beaucoup le plus petit.
- J’ai fait moi-même des résumés de la fréquence des vents à Paris suivant les mois et les années depuis cent vingt-cinq ans, par périodes de dix années. Les résultats ne sont pas identiques dans toutes ces séries; une prédominance de tel ou tel vent à une certaine époque serait très importante, mais les observations sont trop imparfaites pour qu’on puisse compter sur les résultats qu’elles fournissent.
- J’obtiens, pour le Parc de Saint-Maur et pour les six années 1875-1878, six courbes qui ne diffèrent pas beaucoup entre elles ; la moyenne de ces six courbes est représentée dans la figure ci-contre. Elle offre un maximum vers le S55°W; un autre maximum entre le NNE et le NE, à peu près dans la direction opposée; puis deux minima, l’un au NW et le principal à l’ESE.
- Les courbes du Parc s’accordent mieux avec celles de Moutsouris qu’avec celles de l’Observatoire astronomique. Néanmoins, les courbes du Parc sont plus allongées du NE au SW ; elles offrent, par conséquent, des maxima plus tranchés, plus dominants aux dépens des directions transversales.
- Les courbes de l’Observatoire de Paris, au contraire, sont beaucoup moins allongées, ou, ce qui revient au même, très éloignées de l’est à l’ouest, surtout dans cette dernière direction. Il me semble impossible de ne pas reconnaître un simple défaut de la girouette qui a une tendance à tomber vers l’ouest; mais comme les vents du N sont générale
- ment moins forts que ceux du S et partant du SW. c’est la fréquence du vent du N qui est principalement diminuée par ce défaut de l’instrument et le maximum est reporté trop à l’ouest.
- J’ai représenté sur la même planche les courbes des trois observatoires pour l’année 1875, parce que cette courbe est presque identique au Parc à la moyenne des six années 1875-1878. Certainement, six années ne suffisent pas pour donner une courbe définitive, mais comme celle de Paris ne diffère que peu des résultats de soixante ans, il est à peu près certain qu’au Parc un grand nombre d’années ne modifieraient que peu cette courbe.
- Mais je me garderai bien d’affirmer qu’on trouvera au Parc la véritable courbe de la fréquence des vents pour le climat de Paris. La forme si allongée de cette courbe tient sans doute à ce que les vents de SSW et de NE sont plus fréquents au Parc qu’à Paris, et cette fréquence semble en rapport avec la forme du sol environnant et l’abaissement du sol, ou plutôt l’éloignement des plateaux dans les directions des vallées de la Seine et de la Marne.
- Il faudra donc installer des appareils inscripteurs du vent sur les plateaux entre Versailles et Rambouillet, et dans la Beauce, entre Étampes et Orléans. J’ai eu maintes fois l’occasion de voir que, dans ces plaines unies, on peut donner, sans instruments et sans s’élever au-dessus de la plaine, la direction du vent à 4 ou 2 degrés près. Il faudra, dans les autres parties de la France, choisir des positions analogues autant qu’il sera possible. Dans les vallées, au milieu des montagnes, l’observation du vent ne donnera que des résultats locaux. On voit qu’il est encore plus difficile de placer une girouette qu’un thermomètre.
- L’appareil inscripteur devra être une girouette à flotteur. Il est facile de réaliser cet appareil à peu de frais, en plaçant sur l’axe de la girouette un cylindre recouvert de papier sur lequel marque un crayon qui descend avec le poids d’une horloge. C’est par cette inscription continue, seulement, que l’on pourra mettre en évidence une oscillation diurne de la direction du vent et établir les vents de nuit qu’on a négligés bien à tort jusqu’ici 1.
- E. RENOU.
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- CURIEUX INSECTES EXOTIQUES
- Les gens du monde ont souvent demandé des livres d’histoire naturelle dépouillés de tous les détails précis mais arides des classifications. Ils ne cherchent pas à faire soit des collections d’insectes, soit des herbiers; ils désirent une distraction qui devienne en même temps une étude profitable de toutes ces formes si variées et parfois étranges que présentent les deux règnes organiques des animaux et des végétaux. C’est ce qu’a très bien compris un
- 1 Extrait d’une note présentée à la Société météorologique de France.
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- éditeur, M. J. Rothschild, qui doit sa réputation à une série de publications d’animaux et de plantes illustrées de belles gravures coloriées ou noires. Après deux volumes destinés aux ordres si importants des Coléoptères et des Lépidoptères, l’éditeur a terminé la série entomologique par un volume intitulé les Insectes et qui comprend les autres ordres de la classe. Ce livre déroule sous les yeux du lecteur un agréable panorama de figures presque toujours singulières pour nous parce qu’elles se rapportent principalement à des espèces exotiques. Le texte a soin de les comparer aux types indigènes analogues et fait ressortir les mœurs de ces insectes, s’attachant ainsi à ce qui intéresse le plus la’ curiosité. On se reporte en esprit aux régions lointaine des tropiques et à cette végétation luxuriante ou abondent des insectes en rapport avec des plantes inconnues à nos froides régions, dans lesquelles les cultures de l’homme détruisant les espèces sauvages ont amené une monotone uniformité.
- Pour faire connaître le livre nous prendrons au hasard quelques types.
- Les Orthoptères, ces gros mangeurs du monde entomologique, ont des groupes sauteurs, à pattes postérieures fortes et développées en conséquence. Parmi eux se trouvent les Grylliens, tantôt avec les pattes de devant d une conformation spéciale pour fouir le sol, comme on le remarque chez la Cour-tilière, si funeste à nos jardins potagers, tantôt avec les trois paires de pattes de configuration analogue, comme on le voit dans le Grillon des champs et le Grillon domestique ; leurs femelles se distinguent des mâles par une longue et grêle tarrière à l’extrémité de l’abdomen, servant à la ponte des œufs. La plus grosse espèce du groupe, très anciennement connue dans les collections, est le Grillon monstrueux (Schizodactylus mons-trosus, Drury), long de plus de 40 millimètres (fig. 1), à corps jaunâtre, tacheté de brunâtre, ainsi que les appendices. Cette espèce, avec d'im-menses antennes grêles, présente des caractères qu’on ne retrouve chez aucun autre insecte, les pseudélytres et les ailes, bien plus longues que le corps, se contournent au repos à leur extrémité en plusieurs tours de spirale très serrés et les articles des tarses sont garnis de singulières dilatations qui les font ressembler aux doigts bordés d’expansions cutanées de certains oiseaux aquatiques, les Grèbes et les Foulques. Ce Schizodactyle, dont le nom se rapporte à cette dernière particularité d’organisation, habite les Indes orientales. Il creuse sur les bords du Gange un trou, d’un mètre environ de profondeur, y reste caché pendant tout le jour et ne vole que la nuit.
- La tribu des Locustiens ou des vraies Sauterelles présente, comme les Grylliens, un appareil de stridulation chez les mâles, qui produisent des bruits secs destinés à attirer les femelles, si bien connus dans la grande Sauterelle verte, en frottant l’une contre l’autre les pseudélytres comme un parche
- min ; ce sont des cymbaliers. Les femelles ont une tarière de ponte ou oviscapte plus forte que chez les Grillons, constituée par des valves en gouttière accolées, tantôt droites tantôt courbes, de sorte que ces insectes ont l’air d’avoir ou une épée ou un sabre. Nous trouvons aux environs de Paris une singulière espèce, d’assez forte taille, l'Ephippigère des vignes, sur les broussailles et sur les vignes, dont le vaste corselet relevé en capuchon en avant et dilaté en arrière ressemble à une selle. On voit au-dessous deux courtes élytres, fortement réticulées, chevauchant à demi l’une sur l’autre, en forme de coquilles convexes; impropres au vol, elles servent aux deux sexes à s’appeler par un aigre bruissement, car ici, par exception, la femelle stridule comme le male. Les ailes manquent complètement. Ces Ephippigères sont d'ordinaire peu nuisibles; cependant depuis quelques années elles dévorent les mûriers dans certaines communes du Vaucluse et menacent de détruire ces précieux arbres. Cette espèce de France nous sert de transition pour un gros et robuste Locustien, de plus forte taille, absolument privé des deux paires d’ailes dans les femelles, n’ayant chez les mâles que des rudiments d’élytres (fig. 2). Les deux sexes sont d’un joli vert tacheté de noir et l’abdomen des femelles se termine par un oviducte, en forme de sabre court, qui manquent aux mâles.
- Les Hyménoptères, dont la bouche réunit aux mandibules des broyeurs une lèvre en trompe aplatie et allongée servant à lécher les nectars des fleurs, nous offrent un groupe à mœurs très singulières, les Fouisseurs. Les adultes ne vivent que de sucs floraux, mais les larves sont carnassières. Privées de pattes et généralement aveugles, elles périraient sans la prévoyance instinctive des mères. Celles-ci creusent dans le sol, dans les branches sèches, le bois pourri, les vieux murs, des nids où elles déposent leurs œufs et deviennent pour leurs enfants à venir, de cruelles chasseresses d’un gibier quelles ne mangent pas. Elles entassent dans le nid, selon les espèces, des chenilles, des larves, des Abeilles, des Criquets, des Grillons, des Mouches, des Araignées', etc. Il faut que les larves débiles trouvent une proie toujours fraîche et cependant incapables de se défendre et de résister aux morsures de leur mandibules. Aussi les femelles, avant de porter leurs victimes au nid, les percent de leur aiguillon venimeux, les engourdissent dans une véritable anesthésie qui les prive de mouvement sans les tuer, de sorte quelles restent ainsi pendant plusieurs mois comme une pâture succulente pour les larves. Nous voyons voler en été, sortant de petits trous sur les chemins sablonneux, un élégant insecte à abdomen effilé à la base et en partie d’un rouge de feu, à ailes noirâtres. C’est le Pompile des chemins, qui semble être un vengeur de la race des insectes, car il n’approvisionne son nid que d’Araignées. Il ose entrer dans la maison et s’élancer sur la toile de l’Araignée domestique,
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- qui bondit toute joyeuse hors de son trou d’affût; mais le Pompile la terrifie par son aspect, fond sur elle, la perce du glaive et emporte au vol inanimée, ventre contre ventre, les pattes repliées, une
- les sont dues à des écailles, à peu près comme chez les Papillons. Tantôt ces ailes sont mêlées de noir et de ferrugineux, tantôt noires avec des reflets bleus ou violacés, parfois avec des taches clai-
- Fig. 1. — Le Grillon monstrueux.
- Fig. 5. — Mygnimie avicole.
- proie bien plus lourde et plus grosse que lui. Qu’on se garde de saisir ce Pompile des chemins, sa piqûre brûle comme une étincelle de feu. Bien plus
- Fig. 2. — Bradypore cloporte, mâle.
- cruelles encore sont les piqûres de grands Pompi-les des régions tropicales, les Pepsis. 11 en existe une cinquantaine d’espèces où le corps est coloré de noir brillant, de bleu avec ou sans reflet, de vert métallique, etc. Les riches colorations des ai
- res. Nous figurons une très grande espèce de Java, la Mygnimie avicule (fig. 5), du sous-genre Mygni-mia, entièrement d’un noir mat avec un léger semis de points blancs, comme de la gelée blanche, les ailes
- Fig. 4. — Atte barbaresque, ouvrière à grosse tête.
- également noires, les antérieures ayant à l’extrémité une large tache blanche satinée.
- Un groupe très curieux d’Hyménoptères aberrants est celui des Formiciens, insectes à vie sociale, où la reproduction exige le concours de trois ou quatre formes distinctes. Par moments sortent en essaims hors des fourmilières, et pourvus d’ailes diaphanes, les mâles et les femelles qui s’accou-
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- plent, ces dernières perdant leurs ailes aussitôt la fécondation opérée. L’immense majorité des individus est formée d’ouvrières sans ailes, architectes des nids, butineuses au dehors et nourrices des larves qu'elles alimentent et transportent aux meilleures places de la fourmilière. On voit ces ouvrières, dès qu’on bouleverse l’asile social, emporter
- Myrmiques. Ces dernières sont les plus variées, de configuration et de mœurs. Elles ont deux articles ou nœuds au pédicule de l’abdomen, et leurs nymphes sont nues et sans cocons. On trouve fréquemment des espèces de Myrmiques dites Fourmis rouges ou rousselets, dans le sable, sous les pier-
- Fig. 5 — Œcodome céphaltote ouvrière.
- Fig. 7. — Catocanthe incarnat.
- entre leurs mandibules les larves et les nymphes, qui sont appelées improprement œufs de fourmis et très recherchés pour nourrir les jeunes faisans. Parfois, et surtout chez les Formiciens exotiques, il y a une autre forme de neutres, bien moins
- res et les mousses, dans les trous d’arbres pourris, etc., et leur petit aiguillon peut entamer la peau, surtout celles des femmes et des enfants et causer de douloureuses démangeaisons. Un autre type de Myrmiques est celui des Attcs ou Fourmis moissonneuses, dont une partie des ouvrières offre une
- Fig. 6. — Pachylis géant.
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- Fig. 8. — Bocydie porte-grelots (figure grossie).
- nombreux que les ouvrières et également sans ailes : ce sont les soldats, défenseurs des nids et s’y précipitant avec courage aux brèches qu’y font les animaux ennemis, reconnaissables à leur tête énorme, armés de puissantes mandibules, comme des tenailles, servant à déchirer les agresseurs. On distingue trois groupes dans les Formiciens, les Fourmis proprement dites, sans aiguillon, et deux groupes qui en sont pourvus, les Ponères et les
- très forte tête. Elles sont très nuisibles à l’agriculture et surtout aux jardins, car elles recherchent partout les graines des Graminées, des Composées, des Légumineuses, les dépouillent de leurs enveloppes et en font de grands dépôts au fond de leurs nids, dans de véritables silos maçonnés avec de petites pierres. Au printemps les graines subissent un commencement de germination et il s’y développe de la matière sucrée, servant à nourrir les
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- Attes et leurs larves. Ces Formiciens sont connus dans tout l’Orient et le midi de l’Europe. Ce sont eux dont Salomon vante la prévoyance dans ses Proverbes, en parlant de leurs magasins à provisions pour l’hiver, et La Fontaine, en empruntant au Grec Ésope la fable de la Cigale et de la Fourmi, ne savait pas qu’il parlait des Attes et nullement de nos fourmis parisiennes et du nord de la France, qui ne font pas de provisions et meurent ou s’engourdissent en hiver, à la façon des Héris-sons et des Loirs. L'Atte barbaresque (fig. 4) abonde en Algérie jusqu’aux confins du Sahara, et se trouve aussi dans l’extrême midi de la France. Une autre espèce très voisine se rencontre jusqu’au centre de la France, remonte par places jusqu’à Moret et peut-être jusqu’à Rambouillet, désespère les jardiniers dans les Charentes en détournant les graines des semailles d’automne, et a empêché en Corse la culture du trèfle incarnat dont elle amoncelait toutes les graines dans ses silos souterrains.
- Dans l’Amérique tropicale sont d’autres Myrmi-ques exclusivement phytophages, les Œcodomes, dont l’espèce principale très commune à la Guyane et au Brésil dans les plantations, est VOEcodome cephalote (fig. 5); c’est une grosse Fourmi, à aiguillon nul ou rudimentaire, longue de 16 à 20 millimètres, d'un brun marron, avec une grosse tête luisante. Cette espèce porte à la Guyane le nom de Fourmi manioc, car elle mange les graines de cette plante alimentaire. Ces Fourmis creusent en terre de vastes fourmilières, dont la position est indiquée par un monticule de terre comme une vaste taupinière, avec des canaux souterrains à grande distance. D’immenses armées de butineuses sont occupées sans relâche à dépouiller de leurs feuilles tous les arbres, surtout les arbres cultivés, et feuilles et petites branches tombent sur le sol comme de la pluie, de sorte que bientôt l’arbre dépouillé ressemble plus à un balai qu’à un arbre, dit Mme Sibylle Mérian. D’autres ouvrières découpent en morceaux les feuilles tombées à terre et les emportent, cheminant sous des fragments de feuilles souvent dix fois plus grands qu’elles. Les feuilles sont amoncelées sous les dômes de terre et servent à nourrir les Œcodomes, ainsi que des morceaux de fruits et des graines. Outre les ouvrières de diverses tailles, il y a à l’intérieur des fourmilières de gigantesques soldats, avec de grandes dents noires. Ils gardent l’entrée des trous, comme des sentinelles, les mandibules écartées. Si on enfonce un bâton dans la fourmilière, les soldats sortent d’un air menaçant, et un gros œil, qu’ils ont au milieu du front de leur énorme tête, fait penser tout de suite à des Cyclopes qui émergeraient de leurs cavernes.
- L’ordre des Hémiptères se distingue par une longue trompe droite, rigide et articulée, maintenue au repos sous le corps et que ces insectes suceurs enfoncent dans les végétaux qu’ils épuisent sous leurs succions, ou dans les animaux dont ils aspirent le sang. On
- appelle Hétéroptères une première division d’Hémiptères dont les ailes supérieures, coriaces à leur base, sont membraneuses à l’extrémité, les ailes inférieures étant membraneuses en entier. Nous citerons comme type les Punaises de bois et de jardins, dont une partie appartient au groupe des Pentatomes, à antennes de cinq articles, à corps large et aplati, secrétant souvent des odeurs désagréables, trop connues dans la répugnante Punaise des lits et laissant souvent leurs traces sur les fruits qui ont subi les promenades des Punaises de jardin. Ces Hétéroptères offrent beaucoup de genres exotiques.
- Ainsi le genre Pachylis (fig.6) comprend des espèces américaines, à tête courte, les pattes postérieures à cuisses renflées et épineuses, les jambes comprimées, le troisième article des antennes dilaté en feuillet. Ce genre est peu éloigné de la Lygée aptère, cette Punaise allongée, rouge et noire, sans ailes, qu’on voit si souvent se chauffant au soleil, sur les troncs des tilleuls ou au pied des vieux murs. Les paysans des environs de Paris l’appelaient autrefois le Suisse, à cause de l’uniforme rouge des troupes suisses au service de la France. Dans les vrais Pentatomiens la faune exotique offre à nos citations une belle espèce de l’Inde, le Catocanthe incarnat (fig. 7), variant du jaune au rouge, avec des taches noires, et l’extrémité des ailes antérieures ou hémélytres d’un bleu sombre.
- Les Hémiptères homoptères sont ceux dont les ailes antérieures sont partout de même consistance, les postérieures étant pareilles aux précédentes, ainsi dans les Cigales, ou seules membraneuses et plus minces; on y rencontre un type des plus étranges, la famille des Membraces, formée de petits insectes qui sont surtout du Brésil, des Guyanes et de la Floride. Quand on voit les figures, pourtant bien fidèles, de ces petits Hémiptères, on croirait au caprice extravagant d’un artiste, voulant dessiner des animaux impossibles. Le corselet des Membraces présente en dessus les prolongements les plus bizarres et les plus variés. Nous avons près de Paris, dans le genre Cen-trote, un représentant de ce type, le Centrote cornu, que Geoffroy, le vieil historien des insectes parisiens, appelle le petit diable cornu. On le voit sauter en automne dans les lieux boisés un peu humides, surtout sur les Fougères et les Chardons II est d’un brun noirâtre, ayant à la partie antérieure du corselet deux cornes aiguës et trigones, tandis que la partie postérieure s’effile en une pointe très allongée, bossue au milieu. Encore plus étrange est la configuration du genre Bocydie, dont une espèce du Brésil, le Bocydie porte-grelots, de la grosseur d’une Mouche ordinaire, brun à corselet noir, présente celui-ci sans prolongement postérieur, ayant au bord antérieur un tube portant quatre vésicules arrondies couvertes de grands poils, et en arrière une très longue épine, coudée à sa base 1.
- Maurice Girard.
- 1 Les gravures de cet article sont tirées du livre les Insectes. Paris, 1878, J. Rotschild.
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- LE CRANE DE DESCARTES
- SA CAPACITÉ
- ET LA CAPACITÉ DE QUELQUES AUTRES CRANES D’HOMMES ILLUSTRES.
- C'était un fait fort connu en anthropologie que le crâne de Descartes était petit. On ne l’avait pas jaugé, mais on ce fiait à son aspect extérieur. Et cet aspect n’annonçait rien de bien relevé. Chaque fois donc que l’on apportait quelque preuve nouvelle en faveur de cette proposition que pour une grande intelligence il faut un grand crâne, quelqu’un ne manquait jamais de s’exclamer : « Et le crâne de Descartes! » Cela seul devait suffire à suspendre tout jugement. On ne le jaugeait toujours pas, ce crâne. Mais décidément il sortait de la règle et était un embarras. On contesta son authenticité.
- Le Discours de la méthode et les Méditations n’avaient pu être élaborées dans une aussi petite boîte osseuse. Et le fait est que le crâne de Descartes avait eu de singulières vicissitudes. Dérobé par un gentilhomme suédois, il était passé par bien des mains lorsqu’il fut mis à l’encan dans une vente publique. C’est Retzius qui, heureusement, l’acheta. Et grâce à ce savant, il fit retour à la patrie de son primitif propriétaire
- Mais il n’y avait là pourtant aucune raison péremptoire pour supposer que chacun de ses propriétaires successifs s’était trompé ou avait trompé sur son origine. Le gentilhomme qui l’avait dérobé avait moins que tout autre des motifs de s’abuser. Car ce qu’il en faisait était dans une bonne intention ou en tout cas dans une intention désintéressée. L’admiration pour le grand homme ou tout au plus la curiosité d’avoir en sa possession cette partie la plus respectable de sa personne, était seule à l’animer.
- On s’accommoda néanmoins de l’incertitude qui planait sur lui. C’était si simple!
- Mais il y avait aussi autre chose de fort simple, c’était de l’étudier, de le mesurer, de le cuber. M. le docteur Le Bon vient enfin de le faire. Et que trouve-t-il? Que ce prétendu petit crâne a une capacité de 1700 centimètres cubes, c’est-à-dire de 150 centimètres cubes au-dessus de la moyenne des crânes parisiens actuels (1550 centimètres cubes).
- Il est tel savant contemporain et des plus distingués (on ne s’attend pas à ce que nous donnions des noms), qui passe pour avoir une petite tête, au crâne trompeur duquel pourrait bien arriver la même aventure. Il ne faut décidément se fier qu’aux mesures précises, aux chiffres.
- Le crâne de Descartes fait partie de la collection de Gall qui se trouve au Muséum. M. Le Bon a fait mesurer toute la collection. Et sur vingt-cinq sujets dont on connaît la vie, qui se sont distingués, il n’y en a qu’un dont le crâne soit très-notablement au-dessous de la moyenne. C’est celui de Roquelaure de Bessuyole (1565 centimètres cubes). Il était évêque de Senlis, premier aumônier de Louis XV et membre de l’Académie française. Il n’y a pas évidence que pour posséder tous ces titres il faille être d’une intelligence supérieure. Et de fait Roquelaure n’était qu’une médiocrité.
- Après lui, dans l’ordre de capacité croissante, viennent Alxinger, poète de bonne heure oublié, avec 1505 centimètres cubes; Wurmser, général autrichien toujours battu, avec 1510 centimètres cubes ; Juvenal des Ursins, chancelier de France sous Charles V, avec 1525 centimètres cubes.
- Les autres sont au-dessus de la moyenne.
- Cent, cubes.
- Unterber, père, peintre et mécanicien habile... 1660
- Boileau qui a, paraît-il, un crâne d’aspect féminin. 1690
- Gall...................................... 1692
- Descartes................................. 1700
- Carême qui fut célèbre par ses ouvrages et ses inventions culinaires........................... 1700
- Chinevin, chimiste éminent..................... 1700
- De Zach, célèbre astronome et mathématicien... 1715
- Maréchal Jourdan.................................... 1725
- David, mathématicien habile......................... 1725
- Jean sans Peur, duc de Bourgogne.................... 1750
- Cassaigne, jurisconsulte distingué.................. 1755
- Abbé Gautier, auteur de nombreux ouvrages de pédagogie très estimés......................... 1770
- Nous en passons.
- Thouvenin, grand industriel doué d’une intelligence supérieure................................. 1825
- Volta...................................... .. 1850
- Spurzheim.......................................... 1950
- La Fontaine........................................ 1950
- La palme, et c’est curieux, reste au « bon la Fontaine. »
- Ce n’est pas toutefois sans doute dans ses crânes énormément grands que les facultés sont le mieux équilibrés. Et si pour de grandes intelligences il faut de grands crânes, l’inverse est-il vrai, de grands crânes impliquent-ils de grandes intelligences? Aucunement.
- M. le docteur Bordier a récemment cubé 56 crânes d’assassins guillotinés du musée de Caen. Leur moyenne était fort respectable, car elle s’élevait à 1547, 91 c. c. Le plus capace avec 2076 centimètres cubes était évidemment pathologique. Mais encore! Et aucun d’eux ne s’abaissait à 1500 centimètres cubes.
- Les crânes finnois de la dernière exposition d’anthropologie, provenant de criminels morts en prison, ont pour la plupart des capacités fort au-dessus de la moyenne ordinaire. Il en est plusieurs parmi eux, 12 sur 59*, dont la capacité est supérieure à 1600 centimètres cubes, et la capacité de l’un d’eux est même de 1950 centimètres cubes.
- Il est évident que si la capacité du crâne est le principal facteur de l’intelligence, elle n’est d’abord qu’un facteur, c’est-à-dire qu’entre deux grandes intelligences, ce n’est pas nécessairement celle qui est la plus grande qui est logée dans le crâne le plus capace. Ensuite nous ne savons pas si la capacité d’un crâne donné est le résultat d’un développement normal et sain du cerveau. Enfin, ce ne sont pas seulement les qualités intellectuelles les plus élevées qui entraînent un accroissement de volume du cerveau.
- Ce n’est pas tout. Les rapports de l’intelligence et de la capacité du crâne, déjà si compliquées, se compliquent encore de la question de l’espèce. Chez les différentes espèces les rapports de la fonction à l’organe sont différents. Or les races blanches, mongoles et nègres, ont entre elles, du moins sur ce point, des caractères différentiels d’une nature spécifique. Il y a longtemps qu’on a dit qu’une femme blanche avec le crâne de la Vénus hottentote, qui était loin de manquer d’intelligence, serait idiote.
- ZABOROWSKI.
- 1 Et probablement davantage, car ils n’ont pas été assez rigoureusement cubés.
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- LE SOIXANTIÈME ANNIVERSAIRE DE
- LA MORT DE
- Les femmes ayant fait des ascensions aérostatiques sont loin d’être rares, leur nombre est cependant bien moindre que celui des hommes dans le même cas, aussi le nombre de celles qui ont été victimes d’un accident mortel est-il bien moindre. Nous n'en connaissons que trois. L’une est Mme Blan-chard. La seconde fut Emma Verdier, pauvre jeune paysanne ignorante, n’ayant jamais vu un ballon, qu’un malheureux, dont l’incurie et l’imprudence ont presque fait un assassin, détermina, pour augmenter l’attrait du spectacle, à monter seule en montgolfière perdue1. Cet indigne fut jugé à Mont-de Marsan, lieu de l’ascension, et c’est la seule fois, croyons-nous, qu’un homme s’occupant d'aérostation soit passé devant une Cour criminelle.
- La troisième catastrophe termina, le 2 avril 1875, un voyage extraordinaire quoique récent, qui conduisit le ballon de M. et Mme Galland de Rouen à Marseille. A la descente, le mari fut blessé grièvement, la femme mortellement; elle mourut huit jours plus tard. Nous ne connaissons aucun autre détail sur cette dramatique traversée aérienne, l’une des plus longues qu’un aérostat ait jamais accomplie, et si l’un de nos lecteurs pouvait nous adresser quelques renseignements à ce sujet, nous serions heureux de les' insérer, suivant leur importance, dans le corps du journal ou dans notre Boîte aux lettres.
- Bien des fois déjà la Nature
- 1 On appelle ballon perdu celui qui n’est pas monté par un aéro-naute. Ici, cela doit s’entendre que la montgolfière n’était pas disposée pour être montée, c’est-à-dire qu’elle n’ dont la combustion entretient l’ascension.
- Madame Blanchard.
- et à peine connu, | si elle mettait une
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- Le tombeau en ruine de Mme Blanchard au cimetière du Père Lachaise, à Paris.
- emportait pas un feu
- a ouvert ses colonnes aux récits d’anciennes expériences aérostatiques1, et, si Mme Blanchard a été précédée par d’autres femmes dans la nacelle de l’aérostat (on se rappelle que Mme Thible fut la première à monter en ballon libre), c’est la première qui ait fait de l’art aéronautique sa profession. Pour cette raison seule , elle mériterait qu’on ne laissât pas sa mémoire tomber dans l’oubli. Les circonstances de son mariage furent singulières et sont, au fond, en l’honneur de Blanchard. Au commencement de 1778 cet aéro-naute, passant au village de Trois-Cantons, près de la Rochelle, remarqua une paysanne qui travaillait aux champs malgré son état de grossesse avancée. Touché de la pauvreté et du courage que dénotait ce fait, il eut l’idée très bizarre de dire à cette femme que, fille au monde, il épouserait cette enfant quand elle aurait seize ans.
- Le 25 mars suivant 1778, la jeune Sophie Armand naissait en cette commune. Il n’oublia pas sa promesse aventureuse, et à l’époque fixée par lui, il tint parole.
- Tant que son mari fut plein de vie et de santé, Mme Blanchard ne fit des ascensions que
- 1 Voy. la Nature, 4° année, 1876, 1er semestre, p. 162, 186 : Xavier de Maistre aéronaute; p. 311 : Nouveaux documents sur l’école aérostatique de Meudon. 5e année, 1877, 1er semestre, p. 82 : Pèlerinage aéronautique aux monuments de Blanchard et de Pilastre ; p. 145 : Nouveaux documents sur les aérostats militaires de la première République; p. 305 : Monument commémoratif de la catrstrophe du Zénith, Ie année 1879, 1er semestre, p. 331 : Pilâtre de Rozier, documents inédits. Voy. encore 4e année 1876, 2e semestre, p. 24 : La céramique et les aérostats ;
- 6e année 1878, 2e semestre, p. 432 : Curiosités aérostatiques. Pendule Louis XVI en forme de ballon.
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- LA NATURE.
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- pour son plaisir, mais quand l’apoplexie le foudroya1, au champ d’honneur, on peut le dire, pendant le voyage aérien fait en 1808 à La Haye devant le roi Louis, elle ne l’abandonna pas durant les treize mois que le pauvre grand aéronaute vécut encore paralysé et hors d’état de faire quoi que ce soit. Pendant cette longue agonie, les dernières ressources s’épuisèrent, et, vaillamment, pour vivre, la veuve de Blanchard re-
- prit la carrière de celui qu’elle avait perdu.
- Mme Blanchard fit dans toute l’Europe — toujours seule — des ascensions qui eurent alors un immense retentissement , mais dont le souvenir s’efface peu à peu2. Seule, la dernière est restée vivante dans la mémoire des Parisiens qui en ont eu le spectacle terrible, dont Dupuis Del-court, contemporain de la catastrophe, a conservé pieusement le souvenir précis.
- C’était, il y a soixante ans, le soir du 6 juillet 1819. Il y avait grande fête au splendide jardin de Tivoli dont les ombrages séculaires sont aujourd’hui remplacés par les halles vitrées et
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- Mort de Mme Blanchard, le 6 juillet 1819 (D'après une gravure du temps.)
- les multiples
- voies de fer de la gare Saint-Lazare. La foule est nom-breuse et brillante; animée par le plaisir, elle entoure la pelouse d’où Mme Blanchard va s’élancer en em
- 1 Blanchard avait probablement des dispositions constitutionnelles à l’apoplexie, mais on peut présumer que la cause occasionnelle de l’attaque fut la réunion de la décompression atmosphérique rapide par suite de l’ascension et de ce fait que Blanchard venait à l’instant d’alimenter le fourneau de sa montgolfière, ce qui avait dû lui échauffer la face, plus exposée que les autres parties du corps au rayonnement de la chaleur.
- 2 Quelques-unes cependant sont connues : en 1804, avec son maria Marseille; en 1805, seule à Toulouse ; en 1810, à Paris
- portant un feu d’artifice avec elle. Jeune encore, vive et aimable, de taille mignonne, Mme Blanchard est aimée et respectée de tous. Mais aussi elle s’ingénie à plaire, et aujourd’hui elle a préparé une surprise aux admirateurs de son talent : outre les flammes de Bengale et la pluie d’or suspendues sous son ballon, elle emporte dans sa nacelle, avec une mèche enflammée pour l’allumer, un second feu d’artifice attaché
- à un parachute. Quand elle le lancera du haut des airs, les pauvres diables qui n’ont pu payer leur place et se pressent au dehors des portes de Tivoli, jouiront du spectacle. N’est-ce pas encore là faire l’aumône ?
- La musique sonne une fanfare, les artifices flamboient et Sophie Blanchard s’enlève dans une apothéose. Les flammes bleues de la pelouse éclairent seules d’abord la voyageuse; puis, comme par une sympathie secrète, d'autres flammes azurées s’al-I ument d’elles-mêmes au- dessous de son aérostat; enfin le bruit et le feu éclatent de toute part sur la terre et dans le ciel. Un moment de calme succède. Tout le
- monde regarde avidement.... Elle saisit d'une main son parachute et de l’autre la mèche allumée.... Une lueur apparaît dans la nacelle; l’aéronaute quitte la mèche et, à deux reprises, serre le col du globe de soie contre sa poitrine, quand une haute aigrette de flamme jaillit du sommet de l’aérostat.
- pour le mariage de Napoléon et de Marie-Louise; en 1811, à Rome et Naples; en 1812, à Turin, par un froid extrême qui détermina une hémorrhagie ; en 1817, à Naples, elle tomba dans un marais; en 1818, elle descend sur un arbre; une autre fois, elle monte si haut que sa figure se couvre de givre. Elle dormait, dit-on, en ballon et ne descendait qu’au matin.
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- LA NATURE.
- — Que c’est beau ! que c’est beau ! Vive Mme Blanchard !
- Pendant que la foule applaudit, on voit le ballon descendre en laissant derrière lui une traînée lumineuse.... Grand Dieu ! il est en feu; il éclaire Paris comme un fanal effrayant et mobile. Sophie Blanchard n’essaie plus d’éteindre l’incendie; calme, elle prépare sa descente. Le vent la porte sur les vastes jardins occupant à celte époque le derrière de la rue de Provence. Le gaz a mis un certain temps à brûler ; l’aérostat n’est pas descendu trop vite; elle va être sauvée.
- — A moi ! s’écrie-t-elle, et son petit esquif d’osier touche le toit, doucement, il glisse — rien n’est encore perdu, — un crampon l'accroche et le retourne : Mme Blanchard est jetée dans la rue; on la relève morte.
- La fin de cette femme, qui venait, comme le gladiateur, de mourir pour leur plaisir, fit sur les Parisiens une impression profonde et, en un instant, une souscription réunit une somme assez forte avec laquelle, hommage suprême, une concession perpétuelle fut achetée au Père-Lachaise et un modeste tombeau y fut élevé.
- Nous venons de visiter l’humble mausolée et son aspect nous a inspiré une mélancolie sincère. Il est plus que délaissé, il est oublié, méconnaissable ; sans l’aide d’un plan, nous n’aurions pu en retrouver la place. La végétation l’a envahi, les racines se sont glissées entre les pierres et les ont écartées, renversées ; l’eau du ciel et les mousses ont totalement effacé les inscriptions. La tombe est muette. Les contemporains de la pauvre héroïne aérienne ont voulu lui donner un témoignage perpétuel de sympathie et de regret. La postérité ne doit pas refuser d’exécuter ce fidéicommis. Une somme très minime, qui, répartie entre une vingtaine de personnes de bonne volonté, se réduira aune quotité insignifiante, suffira pour restaurer le petit monument et rétablir l’inscription. Il est à Paris assez de gens qui s’intéressent à la belle science aérostatique pour que, sans recourir à une souscription que la modicité de la somme rend inutile, une simple collecte suffise à réunir les fonds qui vont permettre, nous l’espérons, de conserver à. nos descendants la mémoire lapidaire de la pauvre Sophie Blanchard.
- Charles Boissay —0—
- UN PETIT PARADOXE
- Si l’on définit simplement le mouvement perpétuel, celui d’un corps qui, après avoir reçu une impulsion, continue à se mouvoir indéfiniment en vertu de sa seule inertie, je dis que, dans ces conditions, il est réalisable. Tous les mouvements que nous produisons finissent, on le sait, par s’arrêter, parce qu’ils rencontrent inévitablement des résistances qui les détruisent, de sorte que, pour maintenir un mouvement pendant longtemps, il faut l’intervention d’une force étrangère qui restitue sans cesse au mobile la portion de mouvement que les résistances lui
- enlèvent : c’est ainsi que les oscillations du pendule d’une horloge sont entretenues par les petites impulsions de l'échappement. Mais si la force étrangère, au lieu de rendre au mobile le mouvement que les résistances lui font perdre, est employée à annuler ces résistances, le mobile continuera à se mouvoir tant que la force étrangère neutralisera les résistances. Or, on peut faire usage d’une force toujours présente, telle qu'un courant extrait d’une rivière, et, dans ce cas, le mobile débarrassé des résistances se mouvra indéfiniment en vertu de sa seule inertie.
- Prenons un exemple : concevons un disque horizontal mobile autour d’un axe vertical fixé au centre de sa face inférieure; soit Creusée, au centre de la face supérieure, une cavité hémisphérique de quelques millimètres de diamètre; supposons l’appareil installé à côté d’une rivière, et faisons communiquer celle-ci par un tuyau avec un réservoir placé plus bas que le niveau des plus basses eaux ; construisons ce réservoir de façon à fournir, par un orifice inférieur, un écoulement uniforme et intense qui puisse, quand nous le voudrons, faire tourner avec une grande vitesse le disque ci-dessus.
- Cela étant, avant de laisser agir notre cours d’eau, déposons par sa pointe, au milieu de la petite cavité hémisphérique, une toupie d’une masse suffisante, à laquelle nous aurons préalablement communiqué une rotation très rapide, puis recouvrons aussitôt cette toupie d’une cloche en verre dont l’axe coïncide avec Celui de l’appareil, et qui est maintenue dans cette position par un moyen quelconque ; enfin, à l’aide de notre courant d’eau, mettons le disque, avec la cloche, en mouvement dans le même sens que la toupie. Après un certain temps, on le conçoit, les mouvements du disque, de la toupie et de l’air emprisonné sous la cloche, se seront égalisés ; alors la toupie ne rencontrera plus de résistance à sa pointe, puisque le sol sur lequel elle repose tourne aussi vite qu’elle et dans le même sens ; elle n'éprouvera non plus aucune résistance de la part de l’air ambiant, puisque ce gaz possédera également la même vitesse angulaire, et l’on aura ainsi le curieux spectacle d’une toupie demeurant indéfiniment en équilibre sur sa pointe; elle continuera à tourner, non parce qu’on lui restitue du mouvement perdu, mais parce qu’elle n’en perd pas; ce sera le mouvement perpétuel suivant la définition donnée au commencement de cette note. Seulement, il faudra se débarrasser de l’eau qui s’écoule incessamment après son action sur l’appareil, ainsi que de celle qui provient du trop-plein du réservoir ; il suffira pour cela de choisir une localité convenable.
- J. Plateau,
- Membre de l’Académie des sciences de Bruxelles.
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- CHRONIQUE
- Ascension aérostatique. — MM. W. de Fon-vielle et Jovis ont exécuté à Douai, le 10 de ce mois, un voyage aérien accompagné de circonstances atmosphériques très remarquables. Le départ a eu lieu à cinq heures du soir, malgré l’intensité d’une violente raffale. Les aéronautes, dans la nacelle d’un petit ballon de G00 mètres cubes, ont dû s’élever avec une force ascensionnelle de plus de 70 kilogrammes, afin de triompher de l’action du courant aérien. Ils se sont trouvés en équilibre à 1500 mètres d’altitude, et ont été entraînés avec une vitesse de 100 kilomètres à l’heure. L’aérostat a touché terre en Belgique, près du village de Trivières ; l’atterris-
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- LA NATURE.
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- sage, très accidenté, s’est accompli par une véritable tempête. Tous les instruments ont été brisés.
- Les jets d’eau électrisés. — Lord Raleigh, dit le Journal de l'Électricité vient de lire devant la Société royale un mémoire fort intéressant sur l’influence qu’exerce l’électricité dans la forme des jets d’eau. Lorsque l’eau est électrisée, mais d’une façon faible, les gouttes ne se séparent point comme dans le cas ordinaire. Si l’on pousse l’électrisation plus loin, on voit au contraire les gouttes d’eau se disperser comme si elles se repoussaient l’une l’autre, et si une force nouvelle venait s’ajouter à l’action de l’air. On peut empêcher la colonne ascendante de se diviser sans le secours de l’électricité, en faisant dissoudre dans l’eau une faible quantité de savon. Mais la présence de cette substance étrangère n'empêche pas l’éparpillement de se produire lorsque la quantité de l’électricité est suffisante pour que les gouttes d’eau se repoussent l’une l’autre. Il serait intéressant de savoir quel serait l’effet de l’électrisation sur de l’eau rendue conductrice par l’addition de un dixième d’acide sulfurique.
- Le biscuit pour les chevaux. — On sait que pendant la guerre, une des questions les plus difficiles est de pourvoir toujours et partout à la nourriture des chevaux ; les fourrages mêmes quand ils sont comprimés tiennent une place énorme et nécessitent des transports considérables. C’est pour remédier à ces inconvénients que les administrations de la guerre en Russie et en Prusse ont essayé de faire pour les chevaux une sorte de biscuit renfermant beaucoup de matières nutritives sous un faible volume. Les résultats auxquels on est parvenu sont très intéressants.
- Ces biscuits sont formés de farines d’avoine, de pois et de lin ; leurs diverses combinaisons ont été étudiées avec soin et on est parvenu à obtenir un mélange tel que 1 kilogramme équivaut à 5 kilogrammes d’avoine. Dans ces proportions, on a reconnu que les chevaux supportaient mieux la fatigue et étaient plus vigoureux en mangeant du biscuit qu’en mangeant de l’avoine. Ces biscuits sont des sortes de galettes plates que l’on peut enfiler les unes sur les autres au moyen d’un fil de fer ; un cheval peut ainsi porter sa nourriture pendant 4 ou 5 jours.
- Pendant la dernière guerre avec la Turquie, la Russie a employé 20 millions de ces biscuits et les résultats ont été si avantageux que le gouvernement russe va en continuer l’usage en temps de paix.
- Quant aux prix de revient, en France, la nourriture à l’aide de ces biscuits reviendrait à un peu plus cher que la nourriture à avoine. Il est cependant à remarquer que lorsque ceux-ci se seront répandus dans le commerce, il pourra se trouver bien des circonstances où leur emploi sera avantageux par suite de leur facile transport, ainsi en voyage, pour les transports sur les routes, les charrois où les travaux agricoles s’effectuant au loin, en somme chaque fois que l’on aura besoin de réparer les forces des animaux, loin de chez soi sans vouloir emporter des provisions d’un grand volume.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 14 juillet 1879. — Présidence de M. DAUERÉE.
- Vraie séance de vacances: ouverte à 3 heures 1/4, elle est levée au bout d’une demi-heure et elle ne présente aucune nouveauté saillante.
- Astronomie. — De Marseille, M. Stéphan adresse les éphémérides des planètes (193) et (198) et il joint à cet envoi des observations relatives à la planète récemment découverte à Rochester par M. Schmidt.
- Maladies de la vigne. — Le secrétaire analyse successivement des lettres relatives à trois maladies de la vigne.
- Tout d’abord il s’agit de l’anthracose que M. Paul a été chargé d’étudier, et qui d’après lui est radicalement guérie par l’application de chaux vive mélangée de soufre.
- En second lieu, M. Viallat décrit l’affection à laquelle ont succombé de nombreux ceps aux environs de Semur. Elle était causée par le développement d’un mycélium, apporté dans le terrain par le fumier de ferme, qui en était infesté. Cette maladie est donc toute locale et ne présente aucun danger sérieux.
- Enfin, on a beaucoup parlé du phylloxéra. M. Faucon, après avoir eu l’opinion inverse, reconnaît aujourd’hui que la submersion des vignobles, même prolongée pendant cinquante jours ne détruit pas complètement les phylloxéras radicicoles. De son côté, M. Viallat décrit les taches phylloxériques apparues près de Morges et de Meursault et donne des renseignements sur leur origine et sur le traitement.qui les a fait disparaître.
- Nouvelle sangsue. — D’après M. de Quatrefages, les batraciens d’Algérie présentent à l’état parasitaire une hirudinée nouvelle, la batracopdèle dont M. Didier, qui l’a découverte, décrit les caractères avec beaucoup de soin.
- Stanislas Meunier.
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- LES SPILOTES
- Parmi les Couleuvres que les zoologistes désignent sous le nom d’Isodontiers, et qui sont caractérisés par leurs dents semblables entre elles, toutes également espacées, et dont la tète est nettement séparée du corps par sa grande largeur, le groupe le plus intéressant, et par la taille que peuvent atteindre les animaux qui le composent, et par les vives couleurs dont leur robe est parée, est à coup sûr celui des Spilotes. La ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle ayant dernièrement reçu l’un de ces animaux par les soins de son correspondant, M. Mélinon, et ayant fait l’acquisition d’une autre espèce provenant du Brésil, il nous a semblé de quelque intérêt d’appeler pour un instant l’attention de nos lecteurs sur le genre dont nous parlons.
- Chez les Spilotes, le tronc est comprimé, plus haut que large; la tête est épaisse, généralement courte; les écailles sont grandes, à peine entuilées. Toutes les espèces habitent les parties les plus chaudes de l’Amérique du Sud; elles se tiennent dans les endroits marécageux et dans les grands bois; elles nagent avec la plus grande facilité et grimpent aux arbres pour s’emparer des jeunes oiseaux; leurs mâchoires longues et fort dilatables leur permettent de s’emparer d assez grosses proies.
- Quatre espèces sont connues : pour deux d’entre
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- elles, le Spilote variable et le Spilote à bouche variée, les écailles sont munies de carènes ; chez le Spilote coraïs et le Spilote à queue noire, les écailles sont lisses.
- L’espèce la plus anciennement connue est le Spilote variable que Séha figure dès 1754 sous le nom de Couleuvre de la Nouvelle-Espagne. La taille de cet animal peut atteindre près de 2 mètres 1/2, le tronc est marqué de bandes jaunes ou blanchâtres, obliques et irrégulières, et de bandes noires plus larges formant parfois de grandes taches ; la tète est noire en dessus, le plus souvent teintée de jaune; les côtés de la bouche sont jaunes et bordés de noir profond ; le dessous du corps est blanc, avec quel -ques traits noirs, irréguliers et irrégulièrement espacés. L’individu que possède la ménagerie a la
- queue d’un noir uniforme ; le corps est noir, avec des taches jaunes oblongues, irrégulièrement distribuées ; le ventre est d’un noir ardoisé, à l’exception du quart antérieur de la longueur du corps qui est jaune traversé de bandes noires plus étroites que le fond ; l’extrémité du museau est jaune, traversé par quelques étroites bandes noires ; les tempes sont d’un jaune vif; une large tache jaune se voit sous l’œil ; une série de taches, alternativement jaunes et noires, orne les lèvres.
- Le Spilote à bouche variée, qui peut arriver à la grosseur de quelques Boas, est facilement reconnaissable à sa tête très grosse, ramassée, élargie, à sa queue effilée et aux teintes d’un jaune tirant sur le vert dont le corps est orné; la tête est d’un rouge-brun, le ventre d’un jaune assez vif; les mâchoires
- Spilote. D’après l’individu actuellement vivant à la Ménagerie des Reptiles au Jardin des Plantes.
- revêtues de grandes plaques dont les bords sont colorés en brun.
- De même que les deux espèces que nous venons de citer, le Spilote coraïs est originaire du Brésil et de la Guyane; c’est de Cayenne que provenait le serpent envoyé par M. Mélinon. Les individus jeunes sont ornés débandés transversales, obliques, étroites et rapprochées les unes des autres, tandis que chez les adultes le corps est de teinte rouge-brun uniforme. Les écailles très grandes, lisses, à peine entuilées, presque isolées les unes des autres, permettent au tronc de s’élargir beaucoup ; grâce à sa tête volumineuse, à ses mâchoires largement fendues, l’animal peut du reste engloutir des proies d’un très gros volume. L’espèce doit atteindre une grande taille; Schlegel parle, en effet, d’individus de la grosseur du bras et de huit pieds de long.
- Tandis que les autres Spilotes habitent l'Amé
- rique du Sud, le Spilote à queue noire habite les parties méridionales du Mexique. Voisine du Spilote coraïs, cette espèce en diffère par la tète moins allongée, le museau plus obtus, la queue de couleur noire uniforme.
- La famille des Isodontiers est représentée, en Europe, par un genre qui lui est spécial, le genre Rhinechis qui ne comprend qu’une seule espèce, le Rhinechis à échelons du midi de la B1rance, d’Italie et de la péninsule Ibérique. L'Élaphe à quatre raies a été trouvée en Grèce et en Dalmatie; l'Ablabes à quatre raies, l'Élaphe dione et l'Élaphe de Sarmatie vivent dans les parages de la mer Noire et de la mer Caspienne, bien que ce soient des espèces plutôt asiatiques qu’européennes. E. Sauvage.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER
- 16826 — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N’ 321. — 26 JUILLET 1879.
- LA NATURE.
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- LES RÉCENTS CYCLONES DU KANSAS
- (états-unis)
- Dans la soirée du 30 mai 1879, une tempête furieuse se déchaîna sur les territoires du Kansas,
- du Nébraska, du Missouri, et donna naissance à deux ou trois trombes locales, d’une sphère d’action limitée, mais d’une violence effroyable. La plus formidable paraît s’être formée sur les rives de la Salina dans le Kansas; elle traversa la contrée jusqu’à la rivière Salomon, et pénétra par le nord-est
- La trombe du 30 mai 1879, observée au Kansas (États-Unis). D’après un dessin fait sur nature par M. Davidson.
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- dans le Nébraska. Une grande partie de ce pays, actuellement ravagé par ce météore, n’est colonisée que depuis peu de temps. Cinquante personnes environ ont été tuées ou blessées, un grand nombre de maisons ont été détruites. La route suivie par la trombe a décrit des sinuosités extraordinaires.
- 7e année. — 2e semestre
- Les témoins de ce phénomène effroyable virent se mouvoir à la surface du sol une nuée immense en forme d’entonnoir; animée d’un terrible mouvement rotatoire et d’un irrésistible pouvoir d’attraction, elle balaya la contrée en tordant tous les obstacles sur son passage, et en laissant derrière
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- LA NATURE.
- elle une ligne sinueuse de débris et d’arbres déracinés. Tout ce qui se trouvait sur son chemin était emporté, mis en pièces et éparpillé à la surface du sol. Tout fut enlevé, tordu et détruit pêle-mêle. Chevaux, bœufs et porcs furent saisis par le tourbillon, enlevés de terre et souvent écrasés par le choc de manière à ne plus former que des masses inertes. Sur quelques points, la trace du météore est rectiligne et d’une faible largeur ; sur d’autres, elle forme des zigzags, par suite desquels la destruction s’opéra sur un demi-mille de largeur. Certains espaces ont été complètement épargnés et formant comme des oasis au milieu d’une aire de destruction complète. Dans un de ces points, ra-conte-t-on, une maison resta intacte bien que tout autour d’elle on peut suivre à ses ravages le chemin parcouru par la trombe.
- Notre gravure montre l’aspect général de ce grand météore. M. Davidson, l’artiste qui l’a dessiné, a déjà eu l’occasion de pouvoir observer de près plusieurs phénomènes analogues. L’imagination la plus vive ne saurait donner une idée exacte de l’imposante majesté et de l’effroyable puissance d’une trombe de ce genre. La marche, en avant, du tourbillon peut n’être pas plus rapide que celle d’une forte brise; mais la vitesse réelle du vent, qui accompagne la trombe, semble être excessive. Il est impossible de préciser exactement la valeur du mouvement de translation du courant atmosphérique. Les maisons disparaissent emportées comme si ce n’étaient que des brins de paille; des lourds wagons, de pesantes locomotives sont quelquefois soulevés de terre; les arbres les plus solides sont rompus et enlevés comme de simples roseaux. L’action de l’électricité, la foudre qui accompagne ces tourbillons meurtriers, se joint à l’ouragan, mais la pluie qui peut tomber en même temps est généralement peu abondante1.
- DE L’INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE
- DANS L’ANCIENNE GRÈCE4.
- On retrouve dans l’ancienne Grèce, qui fut civilisée par les Lydiens, les Egyptiens, les Phéniciens, toutes les richesses chimiques et technologiques, tous les arts primitifs des Indes et de l’Afrique.
- Ce contact direct qu’elle eut avec l’Orient, plus de cent ans avant que l’Empire tombât sous la domination des Perses, dût exercer sur elle une influence plus durable que les colonies si contestées et si mystérieuses que Cécrops aurait amenées de Sais (Égypte), Cadmus de la Phénicie, et Danaüs de Chemnis (Égypte)3.
- Par suite de sa constitution géologique, la Grèce
- 1 D’après le Scientific american.
- 2 Fragments détachés d’un ouvrage manuscrit sur les Arts
- chimiques, industriels et économiques chez les Anciens.
- 9 De Humboldt. Cosmos, II, p. 120.
- est une région passablement métallifère. De très bonne heure on sut y exploiter l’or, l’argent, le cuivre, le plomb, l’étain, le zinc, le fer, et, d'après les recherches de M. Rossignol, ce furent des tribus asiatiques, exclusivement vouées au travail des mines, qui, sous les noms de Dactyles, Curèles, Coryban-tes, Cabires, Dioscures, Telchines, y importèrent les arts du mineur, du métallurgiste, du forgeron, du fondeur de statues, etc.
- C’est surtout de la Phrygie, région pareillement très métallifère, que paraissent être sorties ces tribus dont, plus tard, on fit des prêtres, puis des dieux. Les mythes de Vulcain, de Cadmus, de Jason et de la Toison d’or, se rattachent à ces associations de mineurs et de métallurgistes. Telle fut, à une certaine époque, l’impulsion donnée à l’exploitation des mines qu’il semblait, au dire de Xénophon, qu’on voulut pénétrer jusque dans l'empire même de Pluton.
- L’extraction, dans ces anciens temps, ne s’opérait pas seulement à ciel ouvert ; elle devint réellement un art et consista dans des travaux souterrains que l’on établissait au moyen de puits et de galeries. Les anciens Grecs, comme les Étrusques de l’Italie, procédaient .eux-mêmes à la fonte des minerais extraits de leurs mines. Ils exploitaient en même temps les nombreuses rivières qui charrient des paillettes d’or, en Thessalie, en Macédoine, en Servie, en Bosnie. Des Bohémiens se sont emparés des anciennes laveries de l’Haliacmon, sur le revers oriental du Pinde.
- « M. Pouqueville, dit Fournet, les a vu opérer soit par le triage à la main, soit en plaçant dans la rivière de vieilles couvertures en laine et des toisons pour arrêter les paillettes d’or au passage. Il est évident que ce procédé, analogue àcelui des peuples du Caucase, décrit par Appien, nous ramène aux Argonautes, et il est intéressant de voir expliquer le mythe de Jason et de sa toison d’or par les méthodes de quelques nomades contemporains1. »
- Les mines d’or les plus considérables étaient situées, d’une part, sur la côte nord-ouest de • la Thrace, au pied de la petite chaîne dont le Pangée (Pitat-Tépé) est le point culminant, notamment à Datum (Œsyme) et à Scaptésylé ou Scapté-Hilé, et, d’autre part, dans la partie orientale de l’île de Thasos (la Chrysé ou Vile dorée des poètes2), qui n’est séparée du continent que par le petit bras de mer appelé Aulon. Au dire d’Hérodote, ce furent les Phéniciens qui, sous la conduite de Cadmus, vers 1500 avant J.-C., commencèrent l’exploitation de ces mines3; ils en furent dépossédés, vers la fin du huitième siècle avant notre ère, par des colons grecques venus de Paros4, qui continuèrent leurs
- 1 Fournet. Du mineur, son rôle et son influence sur les progrès de la civilisation, 1 vol. in-8, 1862. Lyon. p. 279.
- 2 Eustath. Ad. Dion, V, 517.
- 3 Hérodote. VI, 47. —Pausanias. V., xxv, 7.
- 4 Thucyd. IV, 104. — Desdevises du Dézert., Géographie ancienne de la Macédoine, 1 vol. in-8. 1863, p. 154, 414; 418, 420.
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- LA NATURE.
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- procédés et n’en laissèrent pas décroître le produit.
- Vers 490, les mines du Rangée rapportaient annuellement 80 talens (444 872 francs), celles de Thasos un peu moins, peut-être 60 à 70 talens, de sorte que les deux exploitations réunies donnaient à l’État de 140 à 150 talens, c’est-à-dire de 778 526 à 834135 francs. Mais, comme le fait observer M.G. Perrot, dans son Mémoire sur T lie de Thasos, ce n'est pas là, toutefois, le produit total des mines, que l’État ne pouvait guère exploiter directement, mais la part du produit que devaient lui remettre les entrepreneurs auxquels il accordait des concessions ou donnait les mines à loyer1.
- Les Peiscs, les Athéniens, puis Philippe II de Macédoine s’emparèrent successivement de mines aussi précieuses. Sous le règne de ce prince, qui s’était fait initier dans sa jeunesse au culte des Dieux Cabires dans l’île de Samothrace, autrement dit qui apprit d’eux la métallurgie dont ils étaient les représentants, l’exploitation des gîtes aurifères précédents prit les plus grands développements, puisque les seules mines du Rangée lui procuraient annuellement 5 millions 1/2 de francs2. D’autres mines de la Chalcidice, aux environs du Dysorum, qui avaient été déjà fouillées par Alexandre Ier, lui donnèrent aussi de bons produits3, de sorte qu’il ne tarda pas à devenir plus riche que la république d'Athènes.
- Les mines d’argent, de cuivre, de plomb, de fer étaient encore plus communes que les gîtes et les sables aurifères, et donnèrent lieu, non seulement sur le continent, mais encore dans les principales îles de l’archipel grec, à d’importantes extractions. L’Épire, la Thessalie, la Macédoine, la Thrace, les îles de Crète, de Chypre, d’Eubée, de Délos, de Syros; de Samos, de Thasos, de Lemnos, et bien d’autres points furent célèbres dans l’antiquité par les travaux métallurgiques de leurs habitants.
- Les mines d’argent du mont Laurium, dans l’At-tique, étaient exploitées dès le temps de Cécrops, le fondateur d’Athènes. Elles étaient formées de galène (plomb sulfuré) argentifère disséminée dans une gangue de fer carbonate spathique, avec des minerais de zinc, d’antimoine et des traces de cuivre. D’après Pline, on trouvait également dans les mines d’argent de Thorico des émeraudes de qualité inférieure4. Ces mines étaient la propriété de l’État, qui les louait aux citoyens par bail perpétuel, aliénable et transmissible aux héritiers. Outre une redevance annuelle en nature d’un vingt-quatrième du produit, la concession était accordée moyennant une somme de 1 talent 1/2 (8100 francs). Du temps de Thémis-tocle, ce qui revenait à l’État s’élevait à 4 800 000 drachmes (environ 4500000 francs). Ces mines occupaient alors 20 000 ouvriers. Trente ans plus
- 1 G. Perrot. Mémoire sur l’île de Thasos (Archiv. des missions scientifiq., 2e série. 1.1, p. 10).
- 2 Strabon. Lib. VII. — Senec. Quœst nalur, lib. V, c. xv.— Diod SiciL, lib. XVI.
- 3 Desdevises dit Dézert. hoc. citât., p. 154.
- 4 Pline. XXXVII, c. xvm.
- tard, sous Périclès, l’exploitation atteignit son apogée; les revenus qu’elle procurait à la république servirent à payer les énormes dépenses occasionnées par la construction des édifices publics et par les préparatifs de la guerre du Péloponèse1.
- Le travail d’extraction du minerai était très pénible. « Armés d’un pic en fer à tête plate et d’une pointerolle, barre cylindrique terminée par une pointe conique, les mineurs arrachaient, pour ainsi dire, la roche miette à miette, et l’on est effrayé quand on songe à l’énorme dépense de force que représentent les milliers de puits, de galeries et les vastes excavations du Laurium creusées dans le marbre et le micaschiste durs. Les plus anciens travaux communiquaient avec la surface par des galeries inclinées; mais, à mesure qu’ils s’étendirent, il fallut rejoindre les couches par des puits profonds parfois de 100 mètres. Ceux-ci étaient toujours rectangulaires et avaient en moyenne 1,50 de largeur sur lm,80 de longueur. Les parois en sont encore parfaitement lisses ; de distance en distance, elles portent des entailles qui servaient à assujettir les échelles. Les vides pratiqués dans les couches sont immenses.
- « Après avoir subi dans la mine un premier triage, le minerai était transporté, soit à dos d’homme par les galeries inclinées, soit peut être par les puits à l’aide de treuils, aux ateliers de préparation, où il était cassé,au marteau, puis trié définitivement. Les parties les plus pauvres étaient broyées dans des mortiers en fer ou en pierre dure, et enrichies par le lavage. Les restes des laveries sont très nombreux ; plusieurs d’entre elles ont été recouvertes par des scories, et sont d’une conservation parfaite. Elles se composent de bassins paral-lépipédiques, cimentés, réunis entre eux par des canaux et disposés suivant un carré de 10 ou 11 mètres de côté. Au milieu est une aire horizontale ou peu inclinée. L’un de ces bassins renfermait probablement un crible, car il porte sur les parois deux rainures longitudinales qui paraissent destinées à encastrer des pièces de bois; les autres servaient de bassins de dépôt, les matières fines les plus riches et, par conséquent, les plus lourdes s’y réunissaient. L’eau était recueillie précieusement dans de grandes citernes cylindriques ou rectangulaires, creusées dans le roc, cimentées, et dont la capacité variait de 500 à 1500 mètres cubes. Un escalier ménagé sur une des parois permettait aux ouvriers de descendre jusqu’au fond pour enlever les boues de dépôt.
- « Les fonderies étaient ordinairement placées près des mines et des laveries; quelques-unes se trouvaient sur le bord de la mer; d’autres, en grand nombre, étaient disséminées dans l’intérieur des terres. Plusieurs fours, remontant à la période grecque, ont été découverts sous les scories. Ils
- ’ Charles Ledoux. Le Laurium et les mines d'argent en Grèce [Revue des Deux-Mondes du 1er février 1872, t. 97, p. 552).
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- étaient très bas, cylindriques, d’environ 1 mètre de diamètre, et construits avec des micaschistes du Laurium ou avec des trachytes très réfractaires provenant de l’île de Milo. Le combustible était du charbon de bois, fourni soit par les forêts du pays, soit par celles de Thrace et de Macédoine. Le courant d’air était entretenu par des soufflets mus à bras d’homme. Au-dessus des fours on élevait de hautes cheminées, afin de soustraire les ouvriers et les champs environnants à l’action délétère des fumées de plomb.
- « Les produits de la fabrication étaient de trois sortes : 1° le plomb d’œuvre renfermant de 1500 à 5000 grammes d’argent par tonne; 2° la scorie;
- 5° la cadmie ou oxyde de zinc. Celle-ci se déposait dans les cheminées et sur les parois des fours sous forme de plaquettes ; elle était employée en médecine.
- « Le plomb d’œuvre était soumis, comme aujourd’hui, à la coupellation....
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- Fig. 1. — Tétradachme d'Athènes.
- On n’a pas encore rencontré de restes de tours de coupellation ; toutefois des débris de litharges jaunes
- et rouges, trouvés au milieu des scories, semblent indiquer que l’opération était pratiquée sur place. Ces litharges, que Pline nomme « écume d’argent», étaient en partie vendues au commerce, en partie revivifiées, et donnaient du plomb pauvre qui servait à fabriquer des tuyaux, des lampes, des vases, des
- crampons de scellement, de la céruse.
- « Lorsqu’on étudie de près l’industrie antique, ajoute M. Ch. Ledoux, on est frappé du degré d’avancement vraiment remarquable qu’avaient atteint dès cette époque les connaissances techniques, surtout celles qui constituent l’art d’extraire et de fondre
- Fig. 2. — Bacchus sur l’âne. Monnaie de Mendé.
- les métaux. La disposition des galeries de mine, la profondeur des puits, l’exactitude avec laquelle chaque veine de minerai a été suivie et exploitée, enfin l’étendue des travaux souterrains prouvent que, sans connaître la géologie, les anciens possédaient des notions empiriques très justes sur l’allure des couches et des filons. D’autre part, les fondeurs ignoraient en vertu de quelles actions chimiques ils opéraient dans leurs fours la réduction des sulfures métalliques, l’expulsion des gangues par les scories, la séparation du plomb et de l’argent au moyen de la coupellation, et pourtant, sauf la différence résultant de l’emploi des engins mécaniques perfectionnés, leurs procédés étaient à peu près les mêmes que ceux qui sont encore en usage aujour-
- d’hui. Ici, comme dans toutes les sciences d’observation, la pratique a devancé la théorie1. »
- Mais l'activité que les anciens peuples de la Grèce avait imprimée aux travaux des mines diminua graduellement; ces travaux, comme du reste tous les autres arts manuels, étaient abandonnés à des bandes d’esclaves naturellement ignares, mal disciplinés, paresseux; aussi peu à peu les exploitations métallifères, principalement celles d’argent de l’At— tique, finirent par donner si peu que, du temps de Strabon, c’est-à-dire à l’époque du règne d’Auguste, les produits couvraient à peine les frais d’extraction. Cent soixante-quatorze ans après l’ère chrétienne, Pau-sanias parlait de l’exploitation de ces mines comme d’un fait historique enseveli dans la nuit du passé. Dans tous les cas, si l’on s’en rapporte aux paroles de Strabon, la métallurgie laissait encore beaucoup à désirer, même à sa période la plus florissante. « Il y avait autrefois dans l’Attique, dit-il,
- des mines d’argent très riche, qui sont aujourd’hui délaissées. Cependant, ceux qui font maintenant
- fondre les scories et le résidu qu’avaient laissé les
- anciens, obtiennent une quantité notable d’argent ;
- ce qui prouve qu’ils n’avaient pas une grande expé
- rience du travail des fourneaux2. »
- Il est de fait que depuis 1864 une Société franco-italienne, qui avait obtenu la concession des mines
- du Laurium, a exploité avec profit pendant plu-sieurs années les anciens débris et les scories déjà traités par les fondeurs du temps de Strabon, et a établi sur la plage d’Er-gastiria l’une des plus grandes fonderies du monde. Ces débris et scories antiques renferment de 8 à 12 p. 100 de plomb, dont chaque tonne fournit de 500 à 400 grammes d’argent. La nouvelle usine était arrivée à obtenir annuellement de 9 à 10 000 tonnes de plomb, c’est-à-dire près de la moitié de la production totale de la France. Malheureusement, la Compagnie a été arrêtée dans ses travaux par les tracasseries du gouvernement grec, si mal inspiré, aussi la vie a de nouveaux abandonné ces célèbres gîtes métallifères du Laurium3.
- 1 Ch. Ledoux. Loc. citât., p. 588 et suiv. — Voir aussi dans Bœckh, Economie politique des Athéniens, 1. III, c. m, comment était organisée en Attique l’exploitation des mines du Laurium et quelle part y était réservée à l’État.
- 2 Strab., Géograph., lib. IX, p. 599. — Narcès Tarassenko-Otreschkoff. Exploitation des métaux précieux dans l’ancienne Grèce, p. 87.
- 3 Ch. Ledoux. Loc. citât., p. 560 et suiv.
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- De tout ce qui précède, il résulte bien que les Grecs connurent et pratiquèrent d’assez bonne heure, comme les Egyptiens, la purification ou l’affinage de l’argent au moyen du plomb. Strabon et Polybe parlent, en effet, d’un minerai d’argent qui, après avoir été lavé sept fois, était fondu avec du plomb et qui, par ce moyen, était transformé en argent pur.
- Ils soumettaient également le minerai d’or au même traitement qui était une véritable coupellation.
- Ils nommaient cette opération obrussa, et l’or purifié s’appelait or obryze, autrement dit passé plus ieurs fois au creuset1. L’or pur natu rellement recevait le nom d’or sans feu, crusos apuras, c’est-à-dire or qui n’a
- 5. — Monnaie de Métaponte.
- pas besoin de passer par le feu pour être pur.
- « Les fondeurs, dit Agatharchide, après avoir reçu au poids et à la mesure, une certaine quantité de minerai d’or, le déposent dans un vase de terre; ils y ajoutent du plomb proportionnellement à la quantité d’or, avec du sel, un peu d’étain et du son d’orge ; ensuite, ils recouvrent le creuset d’un couvercle qu’ils lutent exactement; ils exposent le creuset à un feu de fourneau pen
- Fig. 4 — L’olivier de Minerve sur une monnaie d’Athènes.
- dant cinq jours et cinq nuits sans discontinuer. Après ce laps de temps, ils laissent refroidir la matière. Alors on voit apparaître l’or très pur, et sans la moindre trace des substances étrangères qu’on y avait ajoutées. Le métal a perdu un peu de son poids1. » Mais savait-on séparer l’argent de l’or2. Un passage de Strabon ne laisse aucun doute à cet égard. En parlant de l’exploitation des mines de l’Espagne , ce géographe avance qu’après avoir fait passer le minerai au feu, pour en obtenir un mélange d’or et d’argent, on exposait ce mélange à une nouvelle calcination pendant la
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- Fig. 5. — Tétradrachme d’Alexandre.
- quelle l’argent était détruit ou brûlé, tandis que l’or restait seul au fond du creuset 3.
- Il est évident que Strabon n’a eu qu’une idée imparfaite du procédé de départ suivi par les ouvriers espagnols, et qu’il n’a pas su qu’on ajoutait
- 1 Hérodote, I, p. 49, édit. H. Steph. — Cicer. in Bruto. — Senec. Quœst. natur, épist. 13.
- 2 Diod Sic., 1. III, p. 183, édit. Wesseling.
- 3 Strab. Loc. citât., lib. III, p. 146.
- quelque chose à l’alliage pour faire disparaître l’argent. Heureusement Pline complète le récit de Strabon :
- « On met, dit l’auteur latin, avec l’or, dans un vase de terre, 2 parties de sel commun, 3 parties de mysi (sulfate de fer ou de cuivre), et de nouveau 2 parties d’un autre sel (salpêtre, sans doute), et 1 partie d’une pierre appelée schiste (argile) ; on expose ce vase à l’action du feu ; alors le mélange s’empare de tout ce qui est étranger à l’or, qui demeure pur4. »
- Avec les ingrédients dont parle Pline, l’argent était converti en chlorure fusible qui restait dans les matières terreuses plus ou moins vi
- trifiées surnageant le bain d'or purifié. Ce n’était pas assurément une méthode économique, mais elle était rationnelle, et elle continua à être employée dans plusieurs hôtels des monnaies d’Europe, sous le nom de cément royal, jusqu’au moment de la découverte du départ de l’or au moyen de Veau-forte, dans le douzième ou le treizième siècle de notre ère1.
- C’est d’abord sous forme de barres ou de lingots que l’or et l’argent servirent
- comme valeur représentative et non périssable des objets d’échange ou de commerce.
- On les livra d’abord au poids; puis, afin de prévenir les fraudes dans les transactions, on imagina de fabriquer des pièces métalliques, d’un poids déterminé, portant des empreintes ou certains signes convenus ; c’est ce qu’on appela des pièces de monnaie.
- Voici ce que dit Aristote à ce sujet : « On convint de donner et de recevoir, dans les échanges, une matière qui, utile par elle-même, fut aisément maniable dans les usages habituels de la vie; ce fut du fer, par exemple,
- de l’argent ou telle autre substance analogue, dont on détermina d’abord la dimension et le poids, et qu’enfin, pour se délivrer des embarras des continuels mesurages, on marqua d’une empreinte particulière, signe de sa valeur. »
- 1 Plin. XXXIII, c. xxvi.
- 2 L. Savot. Recherche sur la métallurgie des anciens, c. vin dans le Recueil des anciens minéralogistes de France, par Gobel, t. II, p. 8.
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- Les Grecs revendiquaient cette invention, mais il est incontestable que les Juifs du temps d’Abraham avaient des monnaies, tels que le side d'argent, et que, plus anciennement encore, les Indiens et les Chinois avaient des pièces marquées. Quoiqu’il en soit, les plus savants numismates s’accordent tous à dire que la première monnaie d’argent que l'on connaisse fut frappée dans l’ile d’Égine, sous le règne de Phédon, tyran d’Argos, qui régnait 895 ans avant J.-C., le même qui, dit-on, mais à tort, inventa la balance. Les plus anciens échantillons, parvenus jusqu’à nous, portent sur la face une figure de tortue, et sur le revers une marque particulière, comme si le métal, au moment du frappage, avait été posé sur un poinçon qui, par la force du coup, aurait laissé une profonde empreinte.
- A cet égard, quelques détails sur le monnayage ne seront pas déplacés.
- A l’origine, les Indiens et les Chinois fabriquaient leurs monnaies par simple moulage, et ce procédé est encore usité dans les pays peu civilisés.
- « Plus tard, dit M. Manès, on coula, toujours dans des moules en sable, l’alliage en lentilles, ainsi que l’indique l’aspect de plusieurs monnaies grecques et romaines. On prenait ces lentilles avec une pince terminée aux deux extrémités par des coins de bronze gravés au touret. On faisait rougir ces lentilles ainsi placées entre ces deux coins, sur lesquels on frappait avec un marteau pour donner l’empreinte aux pièces. Mais dans ce frappage à chaud, le métal, cassant faute d’être écroui, se trouvant plus comprimé au centre qu’à la circonférence, et n’étant pas maintenu, comme aujourd'hui, dans un cercle d’acier qui arrondit et polit la tranche , la pièce, généralement fort épaisse et peu large, présentait sur les bords des fissures plus ou moins profondes et n’était pas parfaitement ronde.
- « On prit ensuite le parti de couler l’alliage en plaques ou lames que l’on amincissait par une suite de forgeages au marteau et de recuites au feu pour adoucir le métal. Ces lames étaient ensuite divisées en carré, puis arrondies et réduites au même poids, à l’aide du ciseau, en les taillant sur les bords au hasard et sans précaution, sauf à les rendre un peu plus rondes au moyen du marteau. On comprend qu’elles devaient offrir encore des inégalités d’épaisseur et des contours assez irréguliers. Les rondelles ainsi préparées prenaient alors le nom de flans et passaient à l’atelier du blanchiment où elles subissaient un second recuit, et on les faisait bouillir dans un vase qui contenait de l’eau avec de la lie. de vin séchée et mélangée de sel marin. Enfin, les flancs blanchis et séchés étaient frappés à froid, au marteau, entre deux coins indépendants faits en acier, gravés au burin, et beaucoup plus durs que les coins en bronze précédemment employés1. »
- 1 W. Manès. Du monnayage en général, etc. (Actes de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux. 1861, p. 262. — Voir pour plus de détails sur les monnaies anciennes :
- Les premières pièces d’or, attribuées par Hérodote au roi de Lydie, sont désignées sous le nom de chryséides; mais comme elles offraient des figures d’animaux, particulièrement de vache et de taureau, il est plus rationnel d’en attribuer l’invention et l’usage aux Egyptiens qui, comme on le sait, plaçaient la vache et le taureau au nombre de leurs divinités. En dehors de toute idée religieuse, il semble que ces figures d’animaux devaient, mieux que tout autre symbole, représenter la richesse des peuples pasteurs, c’est-à-dire le troupeau, pecus, d’où vinrent plus tard les mots pecu-nia, pécule, désignant une somme quelconque.
- Les monnaies d’or et d’argent étaient assez rares chez les Grecs avant leurs expéditions en Orient. La conquête d’une partie de l’Asie par Cyrus,de555 à 558 ans avant J.-C., fit affluer vers l’Occident une masse immense de numéraire, et sans doute, comme le fait remarquer Blanqui1, les fabuleux récits des richesses de Crésus, roi de Lydie, et du pactole au sable d’or, doivent leur origine à des faits vraisemblables que l’imagination des Grecs aura exagérée. Avant cette époque, c’est à peine si, dans un petit nombre de villes, Athènes, Thèbes, Panticapée, on frappait quelques stàtères d’or. Ces pièces se multiplièrent lorsque Philippe de Macédoine exploita les mines du Pangée, et on leur donna le nom de Philippes. Pinkerton prétend que les Grecs n’eurent pas de monnaies d’or avant le temps de ce prince, et Athènes avant la guerre du Péloponaise2.
- Dans le champ des monnaies grecques, il y eut un type accessoire plus petit que le type principal, pour désigner le magistrat qui avait présidé à leur fabrication, ou l'atelier monétaire d’où elles étaient sorties. Chaque Etat mettait sur sa monnaie un signe particulier : Delphes, un dauphin; Athènes, une tête de taureau, et plus tard une chouette3 ou un olivier; Égine, une tortue; Sparte, un bouclier; Pæstum, une sirène; Métaponte, un épi ; les Béotiens, un Bacchus , les Rhodiens, un soleil ; les Thasiens, sur leurs plus anciennes monnaies d'argent, un satyre sollicitant une bacchante, ou la saisissant et l’embrassant de force4; plus tard ils eurent de plus belles monnaies qui portaient d’un côté Bacchus, de l’autre Hercule; elles furent émises, en très grande quantité, pendant tout le cours du cinquième et du sixième siècle avant J.-C.5.
- Germain Garnier. Hist. de la monnaie depuis les temps de la plus haute antiquité jusqu’au temps de Charlemagne. Paris, 1819,2 vol. in-8. — Letronne. Considérât. générale sur l’évaluation des monnaies grecques et romaines. 1817, in-4. — Bureau de la Malle. Économie politique des Romains. Paris, 1840. 2 vol. in-8.
- 1 Blanqui. Histoire de l’économie politique en Europe, I, p. 25.
- 2 Pinkerton. Essai sur les médailles, 1784, I, p. 77.
- 5 Plularq. Vie de Thésée, 1, p. 32, note 91.
- 4 Mionnet. Description des médailles, t. II du supplément, figure de la planche insérée p. 545 de ce volume.
- 5 ld., Ibid., t. Lp. 435, supplément t. II, p. 545, pl. LV et pl. VIII.
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- Ces dernières monnaies paraissent avoir été, pendant toute cette période, dans l’intérieur de la Thrace et jusqu’au delà du Danube et des Carpa-thes, le principal moyen d'échange, la monnaie la plus recherchée des Barbares, celle dont ils donnaient le plus haut prix. Corinthe et Syracuse furent aussi renommées pour la perfection de leur art monétaire. Les Athéniens exerçaient une surveillance sévère sur la fabrication de la monnaie, et la leur était de si bon aloi qu’on la recherchait avec faveur sur tous les marchés. D’après une loi de Solon, l’altération de la monnaie était punie de mort’. J. Girardin.
- Directeur de l’École supérieure des Sciences de Rouen.
- — La suite prochainement. —
- LES ÉLÉPHANTS D’ASIE
- EMPLOYÉS A L’EXPLORATION DE L’AFRIQUE.
- Le roi Léopold, après avoir fondé l’Association Internationale Africaine, poursuit avec une intelligente persévérance l’œuvre à laquelle son nom restera attaché. Grâce à l’initiative de ce souverain, les voyageurs qui portent à cette heure dans l’Afrique centrale le drapeau de l’Association 2, disposeront bientôt sans doute d’un puissant moyen d’action dont manquaient leurs prédécesseurs.
- On sait que la plus grande difficulté des voyages dans le centre africain résulte de la nécessité de transporter à dos d’homme toutes les provisions de route, les instruments, les armes, les munitions, ainsi que les marchandises nécessaires pour se faire bien venir des chefs et des populations. Les porteurs, enrôlés un peu au hasard, ne sont ni bien obéissants ni bien fidèles. Trop souvent, on les a vus se révolter contre l’Européen qui les avait engagés, abandonnant à l'improviste ou même emportant dans leur fuite une partie des objets confiés à leur garde. Le roi Léopold a eu la pensée de les remplacer par des éléphants.
- Il est inutile d’insister longuement sur les avantages que présenterait cette substitution. Des renseignements fournis par M. G. P. Sanderson, qui a dirigé pendant plusieurs années la chasse et le dressage des éléphants au Bengale, il résulte qu’un de ces animaux porte à peu près la charge de vingt hommes et marche au moins deux fois plus vite. A ce compte, une caravane de trois cents porteurs serait représentée par quinze éléphants, dont on n’aurait à craindre ni mutinerie, ni désertion, ni ces mille tracasseries si pénibles pour un chef d’expédition. La durée du voyage serait en moyenne abrégée de moitié, et l’on pourrait en outre forcer quelque peu les étapes pour franchir rapidement les régions malsaines. L’officier anglais ajoute que
- 1 Leg. Attic. V, IV, p. 510. — Bræckh. Loc. citât., -I, c. ix et IV, c. n.
- 2 Ce drapeau est ài azur à une étoile d’or.
- l’éléphant nage peut-être mieux qu’aucun animal terrestre. Un troupeau de soixante dix-neuf tètes, envoyé de Dacca à Barrackpour, resta une fois six heures à l’eau sans prendre pied, se reposa quelque peu sur un banc de sable et acheva le trajet par trois heures de natation1. On voit quels immenses services pourraient rendre ces animaux intelligents dans une région où abondent les lacs et les grands fleuves.
- L’Association Africaine se serait, à coup sûr, empressée de tenter la réalisation de l’idée conçue par son fondateur. Mais celui-ci a voulu lui épargner les frais d’une expérience coûteuse. Les Carthaginois ont su jadis dompter et employer l’éléphant d’Afrique. Des médailles, où l’on reconnaît cette espèce à ses grandes oreilles, mettent le fait hors de doute. Mais les Arabes, les Turcs, n’ont jamais connu cette industrie; et, en Afrique, tous les éléphants sont sauvages.
- Il fallait donc tirer de l’Inde les animaux destinés à l’expédition belge. Or, M. Sanderson nous apprend que depuis quelques années le prix des éléphants a beaucoup augmenté. Naguère encore une bonne femelle se vendait environ 2000 francs; elle coûte aujourd’hui jusqu’à 7500 francs. En 1875, deux mâles nouvellement pris et sans mérites spéciaux ont été achetés pour la somme de 40 000 francs, c’est-à-dire 20 000 francs pièce. Un mâle, digne du titre de pur sang, atteint souvent le prix de 50 000 francs.
- Le roi des Belges a fait acheter, à ses propres frais, au gouvernement de Bombay, deux mâles et deux femelles. Ces animaux ont été choisis au dépôt de Poona par le colonel Mignon, intendant général de l’armée de Bombay. Sur la recommandation de M. Mackinon, la Compagnie de Navigation Indo-britannique a disposé un navire, la Chinsura, pour les transporter à la côte d’Afrique avec six mahouts (cornacs) et un sergent, tous employés du gouvernement indien.
- L’empressement mis par les Anglais à faciliter cette expérience n’a rien qui doive surprendre. Leur esprit pratique a vite compris l’intérêt très réel et très grand qu’elle présente. A la dernière séance de notre Société de Géographie, M. Duveyrier a déposé sur le bureau un paquet de journaux du Cap où l’on demande au gouvernement de prendre des mesures pour utiliser au plutôt les éléphants d’Afrique comme leurs frères de l’Inde. On voit que le roi des Belges a déjà fait des prosélytes. A coup sûr, d’ici à peu d’années, les modernes Carthaginois auront ressuscité l’industrie de leurs devanciers et l’éléphant indigène sera devenu le plus puissant auxiliaire de l’homme blanc contre la barbarie nègre. Dans les luttes à soutenir contre des chefs de bandits comme Mirambo, contre des populations sem-
- 1 Thirteen years among the wild beests of India, by G. P. Sanderson, officer in charge of the government éléphant cat-ching establishment in Mysore. (Revue britannique, mars, 1879.)
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- blables à celles qui ont assailli Stanley, il aura un rôle analogue à celui que joua jadis le cheval en Amérique. Il assurera la victoire et la rendra moins sanglante pour les deux partis. Mais, plus on appréciera ses services, plus on devra songer au souverain dont l’initiative aura produit de pareils résultats.
- Les éléphants achetés à Bombay sont arrivés à Zanzibar le 29 mai de cette année après vingt-trois jours de traversée heureuse. Le 51 du même mois, la Chinsura gagnait la côte d’Afrique et procédait le lendemain au débarquement de sa cargaison vivante. M. Vanden Ileuvel, un des voyageurs de l’expédition belge, a adressé au Comité exécutif de l’Association un rapport sur cette opération. Ce rapport et les croquis qui l’accompagnent ont été autographiés pour les membres des divers Comités
- nationaux. C’est cette pièce officielle que nous reproduisons pour nos lecteurs.
- Msasani Bay, 31 mai 1879.
- DÉBARQUEMENT DES ELEPHANTS.
- Le navire s'approcha de la côte, autant qu’il le put sans danger, en ne s’avançant qu’avec la plus grande prudence, après des sondages répétés. Il s’arrêta définitivement dans la baie de Msasani, au point indiqué au croquis (fig- 1).
- Il n’y avait qu’une distance de 200 yards entre ce point et la côte est; mais celle-ci était couverte d’une jungle épaisse, qui s’avançait jusque dans la mer et dont la traversée devait être difficile. D’un autre côté, entre le point où la Chinsura s’était arrêtée et la côte sud, il y avait au moins 800 yards, distance déjà considérable pour être franchie à la nage par les éléphants. On résolut néanmoins de tenter le débarquement de ce côté.
- Dar-es-Salaam © à 3o milles de Zanzibar
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- Fig. 1. — Carte de la baie de Msasani (près de Zanzibar).
- On installa sur un mât d’avant un système de poulies qui permettait d’enlever les animaux de la cale, de les mouvoir vers le flanc du navire et de les laisser descendre dans la mer. C’est cette opération difficile et dangereuse dont nous avons essayé de donner une idée dans la figure 2.
- Le premier éléphant à débarquer fut entouré de cordes auxquelles se cramponnèrent deux mahouts (cornacs); on lui passa sous le corps une ventrière faite de couvertures de laine et un fort câble double dont les extrémités furent attachées à un solide crochet.
- L’animal, ainsi ficelé, formait un véritable ballot qu’on enleva du fond de la càle jusqu’à 4 ou 5 mètres au-dessus du pont, qu’on fit ensuite tourner à 10 mètres du liane du navire, puis qu’on laissa descendre dans la mer. Au moment de l’immersion, les mahouts restés accrochés sur le dos de l’animal défirent les sangles et coupèrent les cordes entourant l’éléphant, qui se trouva ainsi libre au milieu de l’eau.
- A partir de ce moment, l’opération devint particulièrement intéressante. Engourdi par un séjour d’un mois à fond de câle, surpris de se trouver brusquement plongé
- dans l’eau, le pauvre éléphant, tout à fait ahuri, ne cam-prenait pas les commandements du mahout, et, ne sachant où se diriger, restait immobile. Les mahouts le réveillèrent d’un coup de pique, tandis que l’on s'efforçait de l’éloigner du navire, en le remorquant à l’aide d’une barque. Le pauvre animal tourna deux fois la tête de notre côté, semblant chercher du regard ses compagnons dont on venait de le séparer si brusquement.
- Enfin, après quelques efforts, on parvint à l’éloigner du navire ; il aperçut le rivage et cette vue le ranima instantanément. Il commença aussitôt à nager vers la côte, la trompe relevée et laissant derrière lui un large sillage. Il franchit rapidement les 800 yards qui le séparaient du rivage; et bientôt nous vimes successivement émerger de l’eau les cornacs, la tête et l’immense dos de l’éléphant. A peine arrivé sur la terre ferme, il se mit à courir joyeusement, au grand ébahissement des naturels qui contemplaient avec stupeur le premier éléphant apprivoisé qui foulait le sol de la côte du Zanguebar.
- Le débarquement des autres éléphants fut remis au lendemain, et le commandant de la Chinsura, M. Gavin,profita des dernières heures du jour pour se rapprocher
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- encore de la côte, après que des nouveaux sondages lui eurent montré qu’il pouvait le faire sans danger.
- On se décida à tenter cette fois le débarquement par la
- côte est, qui n’était plus éloignée alors que d’environ 100 yards de la nouvelle position du navire.
- On recommença avec les trois derniers éléphants l’opé-
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- Fig. 2 — Mise à l'eau des éléphants, dans la baie de Msasam.
- ration qui avait si bien réussi la veille. Comme celle-ci, elle fut couronnée de succès.
- Nous vîmes les trois éléphants prendre pied tour à tour sur la côte africaine et se frayer, beaucoup plus facilement
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- Fig. 3. — Éléphant gagnant le rivage. (D’après les croquis joints au rapport adressé au Comité exécutif de l’Association Internationale Africaine.)
- que nous ne l’avions espéré, un chemin à travers la ! jungle.
- En deux heures, le steamer était débarrassé de ses I
- hôtes indiens et nous étions ravis de les voir se promener sur la côte.
- A onze heures, la Chinsura mit le cap sur Zanzibar,
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- ramenant une grande partie de la colonie européenpe, qui avait voulu assister à l’intéressante opération dont je viens d’essayer de vous donner une idée.
- Dr Vanden HEUVEL.
- CORRESPONDANCE
- Monistral, 23 juin 1879.
- Monsieur le Rédacteur,
- La pompe de M. Donnadieu, dont vous avez donné le dessin dans le n° 315 de la Nature (p. 25), n’est pas la seule de ce genre. La pompe Gonin, du nom de M.Gonin, de Saint-Étienne (Loire), son inventeur, est encore fondée à peu près sur le même principe. Elle consiste en un corps de pompe ABCD muni d’une soupape O à sa base, sur lequel glisse à frottement doux un cylindre creux ELMN, dont la base fermée porte elle-même une soupape I. Le
- la pompe est
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- corps de pompe étant solidement fixé au fond du puits au moyen d’un fort plateau de chêne, et de manière à immerger complètement dans l’eau, le cylindre ELMN est mis en jeu au moyen de la tige K et par le jeu des soupapes I et 0 refoule l’eau dans le corps de pompe, pour de là l’élever par force de pression et au moyen du tuyau T à l’endroit voulu.
- L’avantage de cette pompe est de n'avoir aucune aspiration et de présenter par là une économie de force réelle. Se trouvant placé au fond des puits, le corps de pompe se trouve naturellement à l’abri de la gelée. On peut du reste soustraire également les tuyaux conducteurs à l’action du froid, en pratiquant à la partie inférieure du tube (soit au point R du croquis) une tubulure d’assez petit diamètre pour n’être qu’une cause de légère déperdition pendant le jeu de la pompe et qui permette cependant au tuyau de se vider aussitôt que repos. Cette pompe paraissait encore
- avoir cet avantage sur la pompe Donnadieu, que tout le tuyautage n’étant pas mis en jeu comme dans cette dernière, il y a moins de frottement et surtout moins de poids à mouvoir.
- Veuillez agréer, monsieur le directeur, etc.
- II. de L.
- MESURE DES COEFFICIENTS DE DILATATION LINÉAIRE
- Le Scientific American signale, avec un enthousiasme peut-être exagéré, une application heureuse qu’a faite le professeur Mayer du procédé du miroir tournant à la mesure des coefficients de dilatation des barres métalliques. Sans insister sur les dispositions spéciales adoptées par M. Mayer pour enfermer la barre dans un manchon horizontales à fermetures constamment étanches aux températures de la vapeur d’eau ou de la glace fondante, il suffit d’indiquer l’avantage qu’il peut y avoir à mesurer, non pas l’allongement lui-même, mais la rotation que produit cet allongement sur le pivot à roue dentée d’un petit miroir vertical. La méthode, dans son ensemble, est plus simple que celles de Laplace, dont elle dérive, au fond. Mais ici, plus de massifs de maçonnerie, plus
- de lourdes lunettes, un rayon lumineux annonce les ré-sultats, dont la comparabilité doit être facile à établir, si toutefois on peut obtenir une connexité absolue et exacte entre la crémaillère et la roue dentée. Nous croyons cependant que, à l’aide d’une construction soignée, les chiffres peuvent présenter une grande précision et nous serons heureux d’en trouver le relevé dans l’ouvrage qu’annonce l’illustre professeur sur les « petites mesures de la science moderne ». Dr G.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'Année médicale (1878), Résumé des progrès réalisés dans les sciences médicales par le Dr BOURNEVILLE et plusieurs collaborateurs. 1 vol. in-18. Paris, E. Plon et Cie, 1879.
- Le but de ce recueil fort intéressant est de résumer les progrès réalisés chaque année dans les sciences médicales. Pour donner un tableau précis et substantiel dans un petit nombre de pages, les rédacteurs s’en sont tenus, autant que possible, aux recherches vraiment neuves et originales.
- Des moyens à employer pour construire le chemin de fer Trans-Saharien projeté par M. Duponchel, par Désiré Bordier. 1 br. in 8. Alger, V. Aillaud et Cie, 1879. Dans cet opuscule, l’auteur fait ressortir l’importance de l’œuvre projetée, met en évidence la possibilité de son exécution et indique des moyens pratiques de la réaliser.
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- LA BALANCE D’INDUCTION
- DE M. HUGHES.
- Nous avons étudié précédemment (voy. p. 105) le premier appareil de M. Hughes relatif aux études sur l’induction, auquel il a donné le nom d'audiomètre; nous avons considéré les applications de cet instrument au point de vue médical et physiologique. Nous allons voir aujourd’hui comment la balance d'induction qui complète le premier appareil a étendu beaucoup le cercle des études et créé une nouvelle méthode d’observations et de recherches dont on ne peut encore apprécier l’importance.
- Rappelons en quelques mots le principe de l’audiomètre (voy. la figure ci-contre). Une pile P (qui peut être quelconque à la condition d’être constante et d’une intensité parfaitement déterminée) envoie le courant qu’elle engendre dans un microphone a placé sur le socle d’une pendule. Après avoir traversé un galvanomètre t, le courant circule dans deux bobines inégales b et c placées à 25 centimètres de distance l’une de l’autre, et qui induisent dans la bobine d des courants de sens contraire, courants qui s’équilibrent par une certaine position de la bobine d, position qui correspond au zéro de l’échelle graduée sur laquelle la bobine d peut glisser.
- Un téléphone T placé dans le circuit de la bobine induite d reproduit le tic-tac de la pendule avec une intensité qui dépend de la position de d. La graduation de l’échelle sert donc à mesurer l'intensité de sons émis par le téléphone.
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- Examinons maintenant la balance d'induction proprement dite. Elle se compose de deux étuis en carton A et B supportant chacun une paire de bobines e f, g h en tout semblables aux bobines c et d, c’est-à dire renfermant chacune 100 mètres de fil de cuivre assez fin. Les bobines inférieures f h sur chaque support de carton correspondent avec le circuit de la pile et du microphone. Les deux bobines supérieures e g sont reliées au téléphone T à l'aide du commutateur K et forment un second circuit indépendant du premier. Sur la figure, les fils qui correspondent avec le circuit de la pile ou circuit primaire sont indiqués en traits pleins, ceux qui correspondent avec les bobines induites et qui sont traversés par des courants induits ou secondaires sont indiqués en traits pointillés.
- L’enroulement des fils sur les deux paires de bobines f h et e g est tel que les courants induits tendent à se détruire mutuellement. On règle l’appareil en agissant sur la vis v qui a pour effet d'approcher ou d’éloigner la bobine h de la bobine g pour obtenir un parfait équilibre des courants induits, ce que l’on peut constater par le téléphone T qui, placé dans le circuit des bobines induites c et g, doit rester muet. L’échelle graduée sur le bâtis de B sert à repérer cette position. Le commutateur K qui prend deux positions sert à établir les communications comme il suit :
- Première position. — Communication avec l’audiomètre. Le courant primaire traverse les bobines b et c, le téléphone correspond avec la bobine induite d.
- Deuxième position. — Communication avec la balance d’induction A B. Le courant primaire tra-verse les bobines f et h, mais ne traverse plus les bobines b et c de l’audiomètre. Le téléphone T communique avec le circuit formé par les deux bobines induites e g. Ceci bien établie, et les deux parties A et B de la balance étant placées à un mètre de distance au moins pour éliminer leurs influences réciproques, voici la méthode générale d’observation, de pesée électrique, si je puis m’exprimer ainsi, employée par M. Hughes.
- Cette méthode consiste à introduire le corps soumis à l’étude dans un des tubes (A par exemple) ; cette introduction d’un corps étranger dans A a pour effet de détruire l’équilibre et de produire dans le téléphone T (lorsque K est dans sa dernière position) un tic-tac d’une intensité proportionnée au trouble que le corps introduit en A a apporté dans l'équilibre des courants induits et à mesurer cette perturbation au moyen de {'audiomètre. Pour cela il suffit de déplacer la bobine d en manœuvrant le commutateur k jusqu’à' ce que les intensités du tic-tac produit par le téléphone soient égales, soit que le courant traverse l’audiomètre, soit qu’il traverse la balance d’induction. En lisant alors sur l’échelle graduée de l’audiomètre le degré auquel on s’est arrêté en déplaçant la bobine d pour égaliser l’intensité des deux sons, on a l’ex
- pression en degrés des perturbations produites dans l’équilibre delà balance d’induction par l’introduction du corps soumis à l’étude.
- Si le lecteur a bien voulu nous suivre jusqu’ici dans cette description pénible de la méthode ingénieuse imaginée par le professeur Hughes, nous allons maintenant passer en revue quelques-unes des expériences faites à l’aide de ce merveilleux instrument.
- Sensibilité de l'appareil. — Un fil métallique fin comme un cheveu d’une longueur de 2 à 3 centimètres pesant un demi-milligramme introduit dans le tube A (à hauteur des bobines e f) suffit à troubler l’équilibre, le téléphone fait alors entendre très distinctement le tic-tac de la pendule. En retirant le fil, le téléphone redevient muet. Cette perturbation qui dépend de la nature physique, chimique et de la masse du fil introduit dans le tube A n’est jamais moindre de 5° à 6° dans l’audio-mètre.
- Nature des métaux. — Des disques métalliques de la grandeur d'une pièce de un franc par exemple, introduits dans le tube A déterminent une perturbation qui, mesurée par le sonomètre, est toujours la même si le diamètre, l’épaisseur et la nature de ces disques est la même. Il y a entre les degrés indiqués par le sonomètre pour des disques des différents métaux et les conductibilités électri-ques de ces métaux certaines relations dont l’étude présentera un grand intérêt. Si, plaçant le commutateur K dans la position (2) nous introduisons dans les deux étuis A et B deux disques métalliques identiquement semblables, il y aura équilibre, et le téléphone restera muet.
- Application au contrôle des monnaies. — Ce que nous venons de dire suffît à montrer quelles ressources l’instrument offre pour le contrôle des monnaies. L’appareil indique la plus petite différence dans la valeur des monnaies, l’usure d’une pièce par le frottement est aussitôt trahie par l’instrument par un tic-tac d’autant plus bruyant que l’une des pièces est plus usée. Il va sans dire que l’introduction d’une pièce fausse dans un des étuis si une bonne pièce est dans l’autre, se traduit par un vacarne relatif qui ne laisse aucun doute sur sa nature. L’appareil permet d’apprécier aussi une différence de 1000 dans la composition des alliages qui composent les monnaies en opérant sur des disques parfaitement étalonnés. La monnaie de Londres étudie la balance de M. Hughes à ce point de vue et publiera bientôt les résultats d’expériences.
- Il y a une méthode nouvelle et qui, si la pratique la sanctionne, simplifiera considérablement les méthodes d’analyse chimique dans une foule de cas.
- Propriétés physiques des corps. — La matière moléculaire des métaux introduits dans la balance d’induction modifie la valeur de leur perturbation. De l’or en poudre marquant 2° à l’audiomètre est arrivé par la pression à marquer à l’état de disque
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- disque solide jusqu’à 117°. La trempe influe beaucoup aussi sur la perturbation apportée dans la balance.
- Citons quelques chiffres :
- Recuit. Trempé.
- Fer chimiquement pur.... 160 150
- Fer doux forgé....................... 150 125
- Fil de fer tréfilé................... 156 120
- Acier fondu.......................... 120 100
- La traction et la torsion modifient l’influence
- perturbatrice, la chaleur exerce aussi une action : deux tiges de fer d’égal diamètre introduites dans les tubes ne détruisent pas l’équilibre, il suffit de chauffer l’une d'elles pour que le tic-tac devienne très distinct et aille en s’affaiblissant au fur et à mesure du refroidissement jusqu’à ce que la tige chauffée soit revenue à sa température initiale.
- Il serait trop long d’examiner ou seulement d’énoncer les recherches nouvelles auxquelles se prête
- Balance d’induction de M. Hughes.
- l’instrument; il faudrait consacrer un article spécial à chaque nature d’application. Contentons-nous d’en avoir signalé quelques-unes et de constater quel appui solide cet appareil vient de donner à la théorie universellement admise aujourd’hui de Vunité des forces physiques. Nul ne peut prévoir encore les conséquences que la science pourra tirer des recherches auxquelles cet appareil ouvre une voie nouvelle et, l’appareil de M. Hughes dut-il, ce que nous ne croyons pas , restreindre son domaine aux études purement spéculatives, nous ne saurions être encore trop reconnaissant au célèbre
- physicien de nous avoir mis entre les mains une méthode d’une délicatesse et d’une fécondité sans précédent.
- S’il est agréable à l’homme de faire tourner à son profit et à son bien-être les phénomènes et les forces de la nature, il ne lui est pas moins doux d’en pénétrer les mystères et de lui arracher ses secrets.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LA MIGRATION DE PAPILLONS
- DU MOIS DE .JUIN 1879.
- ( Suite et lin. — Voy. p. 65.)
- Les Vanesses du chardon ne forment pas la seule espèce qui ait été observée dans cette remarquable migration qui a eu lieu sur une partie de l’Europe. La Plusia Gamma, espèce nocturne, a été remarquée le 10 juin à Rennes, et à la même époque dans la forêt de Sénar t, à Angers, à Montélimar et sur un grand nombre d’autres points. (Voy. la gravure ci-dessous.)
- Mais c’est le passage de la Vanesse Relie Dame qui
- s’est surtout signalée par une abondance extraordinaire. Nous publions ici les nouveaux documents qui nous ont été communiqués au sujet de ce curieux phénomène. Voici ce que nous écrit M. le docteur Victor Fatio :
- « Le passage des Vanesses, à la date du 20 juin, a été observé en Suisse non seulement en plaine dans beaucoup de nos cantons, mais encore, parait-il, jusqu’à d’assez grandes hauteurs dans nos montagnes, à 2150 mètres au-dessus de la mer, au Saint-Gothard, par exemple. Le transport anormal de ces lépidoptères sur ce col élevé, qui est aussi pour les oiseaux une des principales lignes de passage au travers des Alpes, semble bien indiquer que les Vanesses que nous voyons traverser notre pays ne sont
- Passage de Plusia Gamma, observé le 15 juin près de Montélimar.
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- pas toutes nées dans nos contrées; toutefois il est très difficile jusqu’ici de dire s’il faut attribuer ce déplacement insolite aux rigueurs du printemps sur le versant méridional des Alpes, aux inondations des plaines de Lombardie, ou encore à la persistance des vents du Midi. »
- M. M. P. Toussaint, du Havre, nous adresse les lignes suivantes : .
- « Une bande de l’espèce Vanesse s'est élevée dans le nord de la France et est passée sur Bolbec (arrondissement du Havre) le samedi 28 juin, se dirigeant vers l’ouest 1/4 nord-ouest. Ils volaient en troupe serrée sur une largeur de près de 1500 mètres. »
- Nous devons à M. A Cheux quelques détails au sujet du phénomène observé dans le Maine-et-Loire :
- « Le passage de Vanessa cardui, nous écrit M. A. Cheux, a eu lieu près d’Angers le 10 juin, de onze heures du
- matin à deux heures du soir. Plus de vingt mille ont passé très vile, sans tourner les obstacles, par groupe de dix à dix-huit allant de l’est à l’ouest. Le temps était beau le vent faible de l’est-sud-est et la température chaude. Le soir, beaucoup de plantes et principalement les Valérianes étaient couvertes de la noctuelle Plusia Gamma usées et frottées. Le lendemain, malgré le fort orage et la grande pluie de quatre heures du malin, l’émigration aussi forte que la première a eu lieu de dix heures du matin à une heure du soir. Le ciel était couvert et le vent faible dusudwest, la température était de 19°,2. Toutes ces Vanesses étaient usées et les couleurs passées. »
- M. Crozet-Noyer nous communique, d’autre part, les renseignements suivants :
- « J’ai assisté à l’arrivée de ces nuées de papillons dans ma propriété d’été, qui donne sur le rivage de la Médi-
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- terranée entre V. Raphaël et Agay (Var). Deux courants étaient bien prononcés, l'un venant sans doute d’Afrique, passant par Carthagène, Valence, se dirigeant vers l’ouest de la France (je l’ai appris depuis), et l’autre, celui dont j’ai été le témoin, suivant sans doute la Sardaigne, la Corse et la France, et attirant après eux un nombre considérable de Culs-blancs, oiseaux genre de Motteux pour qui cette manne était une bonne aubaine, ces oiseaux étaient tellement alourdis de cette nourriture abondante et probablement à leur goût qu’on pouvait les approcher facilement et les voir happer sur les rochers marins ou ils s’étaient embusqués, ces papillons dont le nombre ne paraissait pas diminuer. L’arrivée de ces papillons était produite avec la pluie sans que les ailes parussent mouillées, ils arrivaient par rafales avec fort vent de sud-est.
- Ceci se passait du 15 au 20 avril ; ces insectes ailés auraient donc mis environ cinquante jours pour côtoyer les Alpes et les montagnes du Jura et les Vosges... pour passer à Nancy, où on les a signalés. »
- C’est encore de Marseille que nous sont adressés, par M. Bonnifay, les détails qui suivent :
- « Le 51 mai, me trouvant à bord d’un cutter, sur les côtes de Provence, entre Marseille et Toulon, à 10 milles environ de la terre, par une mer calme avec faible brise d’ouest, mon attention fut attirée par des papillons ( Va-nessia cardui) qui, venant du large, se dirigeaient vers la côte. Ils voyageaient isolément et non en troupe serrée, suivant tous d’un vol rapide et régulier la même direction. Aucun d’eux ne s’est arrêté à bord; leur défilé a duré toute la journée et le nombre de ces lépidoptères qui ont traversé le champ relativement restreint de mon o b-servation a dû être très considérable. »
- Nous ajouterons en terminant que la migration des Vanesses a encore été observée en Angleterre, en Allemagne et en Italie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 juillet 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Géodésie. — C’est officiellement que le Ministre de la guerre annonce à l’Académie la prochaine prolongation de la méridienne de France par-dessus la Méditerranée. L’institut géodésique d’Espagne a relié tous ses travaux exécutés en divers points de la péninsule et l’État-major français vient de terminer toutes les mesures, d’une part entre Perpignan, et d’une autre part en Algérie. Cette année même, le général Ibanèz pour l’Espagne et le commandant Perrier pour la France, termineront toutes les opérations.
- A cette occasion le commandant Perrier présente le résultat des triangulations effectuées sur toute la surface de l’Algérie. Il en résulte la détermination précise d’un arc de parallèle s’étendant de Nemours à l’ouest jusqu’à Bôneà l’est. Une très grande carte exposée dans la salle, permet de suivre toutes les explications du savant géo-désiste.
- Colon poudre. — Le secrétaire perpétuel ne fait que citer par leur titre des recherches expérimentales de MM. Sarrau et Vieille sur la décomposition du coton poudre en vase clos. En échange, il donne quelque détail sur la conversion réalisée par M. Aimé Girard de l’hydro-cellulose en nitrocellulose. Ce que nous avons dit précé
- demment de la première de ces substances fait comprendre comment la matière explosible qu’elle engendre se présente à l’état pulvérulent. Il en résulte divers avantages et spécialement la possibilité d’obtenir par compression, des briquettes beaucoup plus dures que celles fournies par le coton poudre ordinaire. D’un autre côté, il paraît que le collodion, dérivé de cette nitrocellulose, présente des qualités supérieures et toutes spéciales, soumises en ce moment à une étude complète par différents photographes.
- Fer réduit par l'hydrogène. — M. Henri Moissan a fait l’analyse de douze échantillons de fer réduit pris dans le commerce parisien, soit chez des droguistes, soit chez les pharmaciens. Aucun de ces échantillons n’était pur. Le meilleur renfermait seulement 87 pour cent de fer, les plus mauvais 72, les autres de 75 à 80. La plupart des échantillons avaient une teinte noire indiquant une réduction incomplète. Presque tous renfermaient du soufre, cinq contenaient de l’arsenic. Enfin une maison de droguerie, faisant une erreur incompréhensible, livre à un pharmacien de l’oxyde de cuivre pour du fer réduit.
- Le dosage du fer a été fait par la méthode de Margueritte, l’arsenic a été décelé par l’appareil de Marsh après séparation par l’azotate d’argent.
- Réhabilitation d'un insecte. — Les sylviculteurs, d’accord avec les constructeurs maritimes, regardent comme éminemment nuisible le coléoptère désigné sous le nom de Bostricus iypographicus et qui creuse des galeries rayonnantes sous l’écorce des arbres, mais sans entamer profondément le bois. Or, de très longues observations conduisent un entomologiste, dont le nom nous échappe, à s’inscrire contre ce jugement, injuste suivant lui, et il défend la bestiole calomniée, avec une chaleur extrême.
- Dosage de l'urée. — Depuis longtemps on dose l’urée dans l’urine des malades à l’aide de l’hypobromite de soude. Quoique les résultats soient fort utiles pour la pratique médicale, on sait fort bien qu’ils ne sont pas absolument exacts : il y a un déficit d’azote qui s’élève à 1/14 environ de sa quantité totale. Or, M. Mœvus, ayant constaté que ce déficit ne se présente pas dans l'urine des diabétiques s’est demandé si une addition de sucre ne rendrait pas dans tous les cas les indications tout à fait précises. L’expérience a vérifié cette prévision.
- Élection d'un correspondant. — La mort de M. Roki-tanski ayant laissée vacante une place de correspondant dans la section de médecine et de chirurgie, l’Académie désigne par 35 voix M. Schwann (de Liège) pour la remplir. MM. Hanover (de Copenhague), Palaciano (de Naples) et Ludwig (de Leipsig) obtiennent chacun un suffrage. Il y a en outre un billet blanc.
- Eau minérale de la Bourboulè. — Grâce à la proportion exceptionnelle de son analyse, exécutée sur 500 litres d'eau, M. Garrigou est parvenu à reconnaître et à doser dans les sources de la Bourboule, 52 corps simples dont beaucoup avait passé absolument inaperçus. Il signale entre autres l’arsenic et le mercure.
- Le protoxyde d'azote et la chirurgie. — Déjà nous avons dit comment M. Paul Bert a eu l’ingénieuse idée d’administrer comme anesthésiques des mélanges d’oxygène et de protoxyde d’azote soumis à une pression plus forte que celle de l’atmosphère. Aujourd’hui le célèbre physiologiste annonce que la pratique chirurgicale a adopté la méthode nouvelle et en a tiré des résultats merveilleux.
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- LA NATURE.
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- Grâce au concours de M. Labbé et de M. Péan, près de vingt opérations plus ou moins graves et quelques-unes très graves ont pu être effectuées dans des conditions toutes nouvelles de bien-être et de sécurité pour les malades. La place nous manque pour entrer dans les détails des faits; bornons-nous à dire qu’ils proclament la découverte de M. Bert comme l’une des plus précieuses dont se voit enrichi l’art de guérir, si fertile maintenant en perfectionnements imprévus.
- Stanislas MEUNIER.
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- MÉTÉOROLOGIE DE JUIN 1879
- La température moyenne de juin pour la période de 1806 à 1870 est à l’Observatoire de Paris de 17°,2. Depuis 1870, le mois de juin le plus froid a été celui de 1871 avec une température moyenne de 14°, 8 à Montsouris.
- Juin 1877 a présenté un régime anticyclonique dominant avec température moyenne élevée 190,8 à Montsouris et pluie très faible.
- Juin 1878 a eu une moyenne barométrique et thermométrique et une quantité de pluie supérieures à la normale.
- Juin 1879 est froid, avec pression atmosphérique la plus basse qu’on ait observée depuis 1860. Les cyclones sont nombreux et une seule aire de pression élevée 770mm apparaît sur la carte du 15.
- iro décade. — Les basses pressions barométriques persistent au nord et à l’ouest et 5 cyclones principaux sont à signaler.
- Si nous jetons les yeux sur la carte du 5, nous y voyons deux dépressions enfermées par la ligne 750mm : l’une provient d’un premier cyclone (a) dont le centre situé d’abord entre l'Écosse et la Norwège se trouve le 5 vers Fano ; l’autre et causée par d’une second cyclone (b) qui, venu du S. 0. à travers la Manche, a son centre le 5 vers le Pas-de-Calais : toutes les deux se réunissent à cette date en une dépression unique, laquelle se trouve le 4 vers Christiania, le 5 vers llernôsand, traverse la Baltique, passe le 7 dans le voisinage de Moscou, puis se dirige vers Irkousk où la température est en excès de 9° sur la normale. Ces cyclones ont suivi la trajectoire anglo-baltique, se transportant des Îles Britanniques vers la Finlande en versant des quantités d’eau considérables successivement sur l’Angleterre, la France et toute la dépression Baltique.
- Une troisième dépression (c) venue du sud et qui marche du sud au nord, aborde l’Irlande vers le 6, parcourt lentement cette contrée et disparaît le 10 dans les environs de Greencastle. Elle a suivi la trajectoire hispano-britannique, amenant de la chaleur, des orages et des pluies qui se transportent successivement du Portugal vers la France et l’Angleterre. Cette seconde cause fait que les pluies sont encore considérables surtout le 7 et le 8 sur l’Europe occidentale.
- En outre deux bourrasques méditerranéennes
- très circonscrites sont signalées : l’une (a) est le 4 vers Alger, le 5 vers Celte et le 6 vers Nice ; une seconde (8) se trouve le 9 au sud de l’Algérie, amène un sirocco intense avec beaucoup de sable vers Bougie, Sétif, Tébessa, et disparaît vers le sud.
- 2e Décade. — Pendant la première moitié de la seconde décade, le baromètre est assez élevé dans le sud-ouest de l’Europe et une aire de fortes pressions (770 millimètres) fait une courte apparition le 15, amenant une diminution momentanée des pluies. Mais cette aire disparaît bien vite et les basses pressions dominent de nouveau à partir du 15. Quatre cyclones sont signalés. L’un (d) apparu le 10 vers la Corogne, suit la trajectoire hispano-britannique et se comble sur place le 12 vers Valentia. Un second (e), venu de l’Irlande, a son centre le 16 au sud de l'Angleterre, le 18 au sud de la Norwège et le 19 au sud du Danemark; un troisième (f) apparaît le 19 à l’ouest de l’Irlande, se dirigeant également vers le golfe de Bothnie. Les deux derniers ont suivi encore la trajectoire anglo-baltique, et sous celte triple influence les pluies sont de nonveau considérables dans l’Europe occidentale et centrale ; elles sont fortes surtout le 17, le 18 et le 19. La journée la plus remarquable est celle du 19 où l’on voit deux zones de pluie très nettement marquées : l’une qui s’étend depuis le nord du Danemark jusqu’en Alsace, en Vénétie, en Hongrie, en Prusse et est due à la dépression (e), l’autre qui sévit sur l’Irlande, la mer d’Irlande, la Bretagne et est soumise à l’action du cyclone (f). Entre les deux règne un beau temps momentané.
- Sur la Méditerranée, une dépression (y) se montre le 16 aux Baléares et atteint deux jours après le golfe de Gènes. Le sirocco, les pluies de sable, les orages sont fréquents en Algérie et le 18 de forts vents de sud-ouest soufflent dans le golfe de Gênes où la mer est houleuse.
- 5° Décade. — Les basses pressions avec pluies dominent encore dans le nord de l’Europe sous l’action de (f) ; puis une dépression (g) se montre le 25 à l’ouest de l’Irlande et s’étend le 25 sur la mer du Nord, disparaissant à l’ouest de la Norwège ; une autre (h) se trouve le 27 à l’ouest de l’Irlande, le 28 à l’ouest de l'Écosse et disparaît également dans le Nord. Elles suivent la trajectoire anglo-arctique allant des îles Britanniques vers les îles Loffoden, et elles amènent encore des orages et des pluies intenses sur l’Europe occidentale.
- En résumé, le baromètre à Paris est au-dessous de 760 millimètres du 1er au 8, du 16 au 18 et du 25 au 25. Le minimum, 756, arrive le 5 sous l’influence de la dépression (b) ; le maximum, 768, a lieu le 15, jour où une aire de forte pression règne sur le nord delaFrance. La moyenne du mois est de 760 millimètres environ.
- La température est au-dessous de la normale presque constamment, sauf du 5 au 6, le 15, le 21, et du 27 au 28. La moyenne est de 1 degré environ au-dessous de la normale. On a recueilli à Saint-
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- LA NATURE.
- Maur 40mm,8 d’eau en quarante-quatre heures réparties en dix-neuf jours. Les vents ont soufflé presque constamment du sud-est au sud-ouest et à l’ouest. La mer a été grosse sur l’Océan du 1er au 5,
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- le 8, le 26, et houleuse pendant dix jours. Des orages ont été signalés en France les 1er, 2, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 15, 16, 17, 18, 20, 25, 27 et 28.
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN JUIN 1879
- D’après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 1 8 )
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- Samedi 28 Dimanche 29 Lundi 30
- Les pluies ont été générales en Europe et il ne s’est pas passé un seul jour sans qu’elles sévissent sur l’une ou l’autre région du continent.
- La scintillation moyenne pendant ce mois est, d’après M. Montigny, de 42 pour un temps sec et 68 par un temps humide.
- Sur le soleil, 3 protubérances très élevées ont été
- observées le 4 et un groupe de petites taches s’est montré le 5 au centre et le 27 au bord oriental du disque. E. Fr,on.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 522. — 2 AOUT 1879.
- LA NATURE.
- L 1
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- LA GLACIÈRE NATURELLE DE DOBSCHAU
- Pendant le cours d’un voyage en Hongrie, j’eus l’occasion de visiter, l’été dernier, une caverne de glace près la ville de Dobschau1; celui qui l’avait découverte voulut bien me servir de guide et me pria de la faire connaître. C’est dans ce but que j’ai écrit le récit suivant.
- La caverne est située au nord-ouest de Dobschau et on y parvient en traversant une étroite et tortueuse vallée calcaire : le Stracenaer thaï. Elle s’étend dans la direction de l’ouest à l’est, à l’inté
- rieur d’une montagne dont la pente est inclinée vers le nord; on y descend par des escarpements qui se changent parfois en véritables précipices. L’entrée, fort étroite, est située au point le plus élevé de la caverne. La glace est disposée en couches innombrables et superposées que la congélation a réunies et qui prennent des formes variées et fantastiques. La superficie totale de la glace et du roc est de 8874 mètres carrés sur laquelle la glace occupe 7171 mètres carrés, le rocher 1705 mètres carrés. La masse de cette glace peut être évaluée à 125 000 mètres cubes.
- La caverne est divisée en deux parties, étage su-
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- Vue intérieure du grand sab>n de la caverne de glace de Dobschau. (D'après un croquis fait.sur nature.)
- périeur, étage inférieur; on atteint le premier immédiatement au sortir de l’entrée. Son sol est formé de glace, et la voûte, ainsi que les parois, de pierre calcaire. Il est divisé en deux chambres inégales, le petit et le grand salon, par un rocher formant cloison qui descend du faîte. Le petit salon n’est pas situé au même niveau que le grand. Dans le grand salon, on remarque trois piliers de glace (V. gravure ci-contre) translucides, et, au-dessous de la cavité cylindrique que renferme une de ces colonnes, il y a un écoulement d’eau faible, mais continu. De plus, il existe là de nombreux orne-
- 1 Dobschau est situé un peu au sud du chemin de fer de Raschau-Oderberg, et la station la plus rapprochée sur cette ligne est Iglo.
- ments de glace qui ont reçu divers noms de fantaisie.
- L’extrémité orientale du salon se rétrécit de manière à former un coin très étroit ; à ce point il y a eu un éboulement correspondant à une dépression en forme de cratère sur le talus de la montagne Duosa où est située la caverne. Dans le petit salon, à droite de l’entrée, on voit une cascade entièrement composée de glace.
- L’étage inférieur consiste en un corridor de 200 mètres de longueur et dans l’aile gauche duquel existe un superbe édifice de glace appelé la grotte.
- Grâce à l’amabilité de M. Ruffiny, qui a décou-j vert la caverne, et du docteur Pelech, j’ai pu obte-
- 7e année. — 2e semestre.
- 9
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- s
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- LA NATURE.
- nir communication de dessins, dont nous reproduisons un des plus intéressants 1.
- W. BEZANT Lowe.
- LE BASSIN DU MISSISSIPI
- Par la longueur de son cours, par l’étendue de son bassin, parle volume de ses eaux, le Mississipi est un des grands fleuves de la terre. Ceux qui pourraient rivaliser avec lui, l’Amazone et le Parana en Amérique, le Nil et le Niger en Afrique, les fleuves de la Sibérie et de l’Asie orientale, traversent des contrées peu connues ou habitées seulement par des races d’une civilisation inférieure. Au contraire, le bassin du Mississipi appartient à une nation qui n’est en arrière d’aucune autre. Le vaste territoire qu’il arrose entre les Alleghanys et les Montagnes Rocheuses équivaut en superficie à l’Europe entière moins la Russie. Depuis l’embouchure de l’Ohio jusqu’au golfe du Mexique, il descend sur 1500 kilomètres de long dans une vallée où toutes les cultures prospèrent. Plus haut, il se ramifie en une infinité de rivières et de ruisseaux sur une largeur prodigieuse. D’un bout à l’autre de ce long trajet, on rencontre toutes les variétés de climat, de sol, de productions.
- Un fleuve dont la vallée est si féconde et si peuplée, méritait d’être étudié avec soin. Il était nécessaire d’explorer ses affluents, de mesurer ses crues, d’observer le régime de ses eaux ; car les moindres détails importent à ceux qui le parcourent ou qui vivent sur ses bords. Marins ou colons, tous avaient intérêt à connaître ses allures. Aussi, dès 1850, le Congrès des États-Unis institua-t-il à cet effet un Comité de recherches, sous la direction du capitaine Humphreys, du corps des ingénieurs militaires, aujourd’hui général. Ce Comité n’avait à s’occuper que du cours inférieur du fleuve, depuis Je cap Girar-deau jusqu’à la mer. C’est la partie où le Mississipi, ayant acquis toute son ampleur, s’étale à travers des terrains alluvionnaires qu’il submerge pendant les, crues. Plus haut, de nombreux explorateurs, libres ou pourvus d’une mission gouvernementale, exploraient les divers affluents. Le rapport de M. Humphreys, publié en 1861, vient d’être réimprimé avec quelques additions. On y trouve la description complète de ce fleuve magnifique telle que des savants pouvaient l’écrire.
- Pour la commodité de l’étude, il convient de diviser ce cours d’eau gigantesque en deux sections ; d’une part, le fleuve réduit à la partie comprise entre le confluent du Missouri et le golfe du Mexique ; de l’autre, les affluents qui l’alimentent et dont les sept principaux se rangent ainsi qu’il suit par ordre d’importance : le Missouri, l'Ohio, le Mississipi supérieur, l’Arkansas, la Rivière Rouge, le Yazoo et le
- * Extrait d’une notice publiée par Nature, de Londres.
- Saint-François. Remarquons tout de suite que l’affluent auquel la tradition conserve le nom de Mississipi ne vient qu’au troisième rang. Quant aux deux derniers, on a quelque peine à les retrouver sur les cartes ordinaires d’un atlas où ils semblent même n’être que des dérivations. Les observations hydrographiques ont démontré qu’ils ont une alimentation qui leur est propre et que le volume de leurs eaux n’est pas à négliger.
- Au-dessous du confluent de la Rivière Rouge commence le Delta. Le fleuve ne reçoit plus que des tributaires insignifiants. Au contraire, s’en détachent des bras innombrables, des bayous, qui aboutissent en éventail sur le littoral du golfe. Le Delta doit aussi être examiné séparément, car c’est là que les marins rencontrent le plus d’obstacles.
- Le bassin de la Rivière Rouge est celui dont l’aspect topographique est le plus varié. Les riches terres d’alluvions, les prairies, les steppes salées et stériles, les montagnes se succèdent depuis l’embouchure jusqu’aux sources perdues dans un massif escarpé presque inaccessible. Il descend d’une hauteur de 800 mètres sur un parcours de 2000 kilomètres environ ; mais sur les 460 derniers kilomètres la pente n’est que de 50 mètres ou de 11 centimètre par kilomètre. La largeur varie entre 200 et 500 mètres dans cette dernière section, et les bateaux à vapeur, qui ne calent pas plus de lm,50, peuvent le remonter sauf dans les temps d’extrême sécheresse. Plus haut, un grave obstacle s’oppose à la navigation : c’est un barrage mobile formé par un prodigieux amas de bois flottants. Les ingénieurs de l'Union ont essayé de détruire ce barrage (raft) ; ils n’y ont pas réussi. Toutefois cet obstacle a eu pour conséquence naturelle de rejeter les eaux en dehors du lit, en sorte qu’il s’est formé sur les rives des dérivations par lesquelles des bateaux d’un faible tonnage peuvent remonter au delà. Les lacs qui existent dans la région moyenne du bassin et le barrage lui-même tendent à modérer la hauteur des crues; ce qui n’empêche pas que les variations de niveau atteignent 15 mètres près de l’embouchure. Cette rivière a une teinte rougeâtre très prononcée d’où lui vient son nom et que l’on attribue aux argiles qu’elle traverse.
- L’Arkansas prend naissance au plus haut des Montagnes Rocheuses. Entre cette chaîne et le 97e degré de longitude (méridien de Greenwich), elle ne coupe qu’une grande plaine stérile; au-dessous seulement, son bassin devient fertile. Plus de la moitié de ce bassin n’est donc propre qu’à la culture pastorale d’un peuple nomade. La longueur totale est de 2700 kilomètres avec une pente totale d’à peu près 5000 mètres. La partie navigable s’étend jusqu’au Fort Gibson, à 1000 kilomètres de l’embouchure avec une pente maximum de 20 centimètres par kilomètre. La largeur varie de 500 à 600 mètres; mais la hauteur d’eau se réduit en étiage à fort peu de chose. Même plus haut, dans la région sablonneuse des prairies, le lit reste parfois à
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- LA NAT U R E.
- sec, et cependant les crues y atteignent une hauteur de 15 mètres.
- Le bassin du Saint-François est une zone marécageuse que rien ne semble séparer du bassin du Mis-sissipi. La carte fait voir que de nombreux bayous relient cet affluent au fleuve, en sorte que celui-ci doit s’épancher dans les canaux du Saint-François à la moindre crue. Toutefois il est à considérer que les levées construites le long du Mississipi ont créé une séparation artificielle entre les deux bassins. Aujourd’hui le Saint-François s’alimente par des sources et surtout par les eaux du ciel qui sont très abondantes dans cette région. On a cru longtemps que le fond des marais au milieu desquels il s’épanche était d’anciennes alluvions du Mississipi; c’est, paraît-il, une erreur. Les alluvions ont peu d'épais-seur ; le sous-sol est une argile d’origine ancienne.
- La rivière dont nous nous occupons est navigable sur un parcours de 120 kilomètres pour des bateaux d’un tirant d’eau de 1 mètre ; sa largeur moyenne est de 200 mètres ; la pente est insensible ; mais, en temps de crue le niveau s’élève au point de submerger toute la plaine, car il y a un écart de 12 mètres entre les hautes et les basses eaux. En temps de crue, le courant est renversé jusqu’à une grande distance en amont par les eaux du Mississipi ; cependant le bassin du Saint-François n’agit pas, paraît-il, comme réservoir pour atténuer les grandes crues du Mississipi, parce que, lorsque ce fleuve est en hausse, il est déjà rempli lui-même par les pluies locales.
- Le Missouri est le principal des affluents qui concourent à former le Mississipi, le principal par la longueur de son cours et par l'étendue de son bassin, mais non par le volume de ses eaux, car il traverse une contrée montagneuse et de grandes plaines où les pluies sont modérées. L’une des sources, que l’on peut considérer si l’on veut comme l’origine du fleuve, est située par 45°,30' de latitude sur le pic de l’Union, ainsi nommé parce que ce sommet est un point de partage entre les bassins du Mississipi, du Colorado et de la Colombie. Sur la rive droite, les affluents sont nombreux; on peut citer notamment la Rivière Yellowstone, la Rivière Platte et le Kansas; sur la rive gauche, les affluents ont un faible développement, car le bassin y a peu d’étendue. La longueur totale peut être évaluée à 4800 kilomètres entre le pic de l’Union et l’embouchure. Surplus de 1000 kilomètres, dans la partie inférieure de son cours, le Missouri conserve une largeur presque constante de 900 mètres en hautes eaux. L’écart entre les crues et l’étiage, qui est d’environ 11 mètres à l’embouchure diminue à mesure que l’on se rapproche • des montagnes. La raison en est que les neiges qui alimentent les sources ne fondent qu’en plusieurs mois et peu à peu de façon à ne jamais transformer les rivières en torrents.
- Les bateaux de la Compagnie américaine des fourrures, construits pour la navigation spéciale du
- Missouri, remontent avec des chargements de 150 à 200 tonnes jusqu’au confluent de la Yellowstone; le voyage dure de vingt à trente-cinq jours. Au delà, les bateliers ne s’aventurent qu’avec réserve parce qu’ils pourraient s’y voir bloqués par les glaces. Le grand danger de cette navigation provient desSnags ou troncs d’arbres enfoncés dans le chenal et qui forment souvent des écueils cachés sous l’eau. Parfois aussi ces arbres s’unissent en barrages d’une rive à l’autre; il faut alors attendre une débâcle.
- Rien différent du bassin du Missouri, celui du haut Mississipi se distingue par l’absence complète de montagnes. Auprès des sources, le pays couvert de lacs et de marécages n’est qu’à 480 mètres au-dessus du niveau du golfe. Le sol est fertile, le climat salubre; cette région, qui est susceptible de nourrir une nombreuse population, se défriche rapidement.
- Tout près des sources, dans les 100 premiers kilomètres, le haut Mississipi n’a qu’un cours très lent interrompu de distance en distance par des ra-pides. Il n’est pas hors de propos de rappeler que sur toute cette longueur se retrouvent quantité de noms français plus ou moins dénaturés par un idiome étranger. L’écart entre les hautes et les basses eaux varie entre 5 et 12 mètres; c’est près de l’embouchure qu'il est le plus fort. Enfin dans la dernière partie de son cours, le lit est divisé par des îles boisées en une foule de bras, les uns larges, d’autres étroits. La largeur est donc très variable; cette circonstance concourt avec les rapides dont il a été parlé plus haut, à en rendre la navigation difficile.
- Quant à l’Ohio, c’est une rivière de toute autre allure. Elle prend sa source, on le sait, dans les Alleghanys ; elle s’accroît d’innombrables affluents et se déroule au travers d’un vaste bassin assez accidenté, qui est un des plus florissants pays du monde. A Pittsburg, où l'Ohio se forme par la jonction de l'Alleghanys et du Monongahela, deux cours d’eau torrentueux, c’est déjà une grande rivière, et cependant elle a encore 1600 kilomètres à parcourir avant d’atteindre le Mississipi. Sur ce long trajet, la pente n’est que de 120 mètres, asse uniforme sauf aux chutes de Louisville. Les crues sont considérables, mais assez régulières suivant les saisons de l’année.
- Parmi les tributaires, le Tennessee, le Wabash, le Cumberland, méritent au moins d'être nommés. Malgré des variations de niveau qui sont extrêmes, on ne saurait trouver nulle part un plus beau réseau de rivières.
- Le bassin du Yazoo a beaucoup d’analogie avec celui du Saint-François; il borde le fleuve entre Memphis et Vicksburg, n’en étant le plus souvent séparé que par les digues construites pour protéger la vallée contre les inondations. Sa longueur est de 800 kilomètres, navigable en toutes saisons par des bateaux légers sur la moitié inférieure ; la pente est faible, le courant insensible; mais les crues atteignent 15 mètres à l’embouchure.
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- o1
- LA NATURE.
- Il est utile de résumer en un tableau ce que l’on sait de ces sept affluents afin de montrer dans quelle proportion chacun d’eux concourt à former le grand fleuve dont il va être question.
- Ce tableau fait voir que l'Ohio fournit à lui seul plus qu’un cinquième du débit total et, comme conséquence naturelle, que ses crues sont les plus violentes. Le Missouri fournit un peu moins avec un bassin d’une superficie plus que double. On remarquera le débit considérable que donnent le Yazoo et le Saint-François bien que leurs bassins soient d’étendue restreinte. C’est donc avec raison que ces petites rivières comptent au nombre des principaux tributaires. L’abondance des eaux varie, ainsi qu’il fallait s’y attendre, selon la hauteur moyenne des pluies annuelles.
- Au confluent du Missouri et du Mississipi supérieur, le fleuve commence à se montrer comme un
- cours d’eau bouillonnant, torrentueux, immense en force et en volume. A partir de ce confluent, il va parcourir 2150 kilomètres presque en ligne droite, détruisant ici ses rives, créant plus loin des îles, absorbant l’un après l’autre chacun de ses grands tributaires sans que son régime en paraisse modifié, diminuant de largeur au lieu de s’accroître, avec des hauteurs de crue de plus en plus réduites, en un mot s’apaisant en quelque sorte jusqu’au moment où il arrive au golfe du Mexique qui l’absorbe.
- Mais pour rendre avec exactitude l’impression que laisse au spectateur ce fleuve gigantesque, on ne saurait mieux faire que d'emprunter à Chateaubriand quelques passages de son Voyage en Amérique :
- « Le Missouri est un fleuve fougueux, aux eaux blanches et limoneuses qui se précipite dans le pur et tranquille Mississipi avec violence. Au printemps, il détache de ses rives de vastes morceaux de terre :
- RIVIÈRES. ÉTENDUE du bassin. MOYENNE. des pluies. DÉBIT moyen par seconde à l’embou- chure. LARGEUR ÉCART entre l’étiage et les grandes crues. SURFACE de la section mouillée en grandes crues. OBSERVATIONS.
- Rivière lougc Arkansas Saint-François Missouri Ohio Yazoo. . Mississipi 1. Le total des superficies du Mississipi. La différence une iidluence sensible. 1 kil. carrés. 261.000 510.000 28 000 1.598.000 456.000 578.000 57.000 5.559.000 des sept bassi est due à quai centimètres. 105 79 111 56 95 112 -125 82 is secondaires rc petits bassi mètres cub. 2.100 2.31 0 1.150 4.440 5.880 5.850 1.590 25.000 donne, à 91,0 ns dont il n’y mètres. 240 450 210 900 1.5(0 900 250 1.570 1 900 1 740 00 kilomètres i pas à s’occu mètres. 15,50 15,50 12,00 10,50 10,50 15,00 14,40 15,50 9,50 1,50 carrés près, per ici, parce mèt. carrés. 5,600 6.500 5.500 6.700 9.000 15.500 4.500 17 2GO 18.000 17.900 a superficie i qu’ils sont tr Au confluent A Cairo, A Râton-Rouge. Au Fort St-Philip. ndiquée pour le bassin op petits pour exercer
- ces îles flottantes descendant le cours du Missouri avec leurs arbres couverts de feuilles ou de fleurs, les uns encore debout, les autres à moitié tombés, offrent un spectacle merveilleux. »
- Puis le voyageur arrive à l’embouchure de l’Ohio. Ici le spectacle est différent : « A gauche, vous apercevez le Mississipi qui présente une grande eau troublée et tumultueuse; à droite, l’Ohio, plus transparent que le cristal, plus paisible que l’air, vient lentement du nord au sud, décrivant une courbe gracieuse. Le volume de leur fluide est presque le même; les deux fleuves, s’opposant une résistance égale, ralentissent leurs cours, et paraissent dormir ensemble pendant quelques lieues dans leur lit commun. »
- • Et enfin, quand le Mississipi a reçu tous ses affluents, l’aspect change encore. « Ce dernier fleuve, dans un cours de plus de mille lieues, arrose une délicieuse contrée que les habitants des Etats-Unis appellent le Nouvel Eden, et à laquelle les Français ont laissé le doux nom de Louisiane. Mille
- autres fleuves, tributaires du Meschacébé, le Missouri, l’Illinois, l’Akanza, l'Ohio, le Wabache, le Te-nase, l’engraissent de leur limon et la fertilisent de leurs eaux. Quand tous ces fleuves se sont gonflés de déluges de l’hiver, quand les tempêtes ont abattu des pans entiers de forêts, les arbres déracinés s’assemblent sur les sources. Bientôt la vase les cimente, les lianes les enchaînent; et les plantes, y prenant racine de toutes parts, achèvent de consolider ces débris. Charriés par les vagues écumantes, ils descendent au Meschacébé; le fleuve s’en empare, les pousse au golfe mexicain, les échoue sur des bancs de sable, et accroît ainsi le nombre de ses embouchures. Par intervalle, il élève la voix en passant sous les monts, et répand ses eaux débordées autour des colonnades des forêts et des pyramides des tombeaux indiens ; c’est le Nil des déserts. Mais la grâce est toujours unie à la magnificence dans les scènes de la nature : tandis que le courant du milieu entraîne vers la mer les cadavres des pins et des chênes, on voit sur les deux courants latéraux
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- Carte des terrains d’alluvion du Mississipi.
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- LA NATURE.
- remonter, le long des rivages, des îles flottantes de Pistia et de Nénuphar, dont les roses jaunes s’élèvent comme de petits pavillons. Des serpents verts, des hérons bleus, des flamants roses, de jeunes crocodiles, s’embarquent passagers sur ces vaisseaux de fleurs; et la colonie, déployant au vent ses toiles d'or, va aborder endormie dans quelque anse retirée du fleuve. »
- Sous cette description poétique ne devine-t-on pas ce qu’il y a de grandeur dans ce fleuve magnifique qui traverse du nord au sud le continent presque entier. Est-ce donc un géant aux fantaisies brutales que ce cours d’eau auquel rien ne résiste? Non; il obéit à des lois; ses caprices peuvent être prévus, mesurés ; s’il n’a guère d’histoire dans le passé, du moins les Européens, depuis qu’ils habitent sur ses bords, se sont occupés de lui comme d’un voisin bienfaisant et redoutable dont il faut connaître les habitudes pour en profiter sans en être victime.
- Examinons les phénomènes d'un peu plus près que ne le font les poètes.
- Au cap Girardeau, 50 kilomètres environ au-dessus de l’embouchure de l’Ohio, le fleuve coupe une chaîne de collines calcaires ; sa vallée est alors étroite, mais, au sortir de ce défilé, le bassin s’élargit. De là jusqu’au golfe s’étendent des savanes marécageuses, souvent inférieures au niveau des eaux, même avec une hauteur moyenne du fleuve. Ce sont des terrains d'alluvions, les plus fertiles que l’on puisse imaginer. Le sol y est d'une argile compacte reposant sur des bancs de gravier ou de sable. En général, les collines qui bordent la vallée sont tout à fait proches de la rive gauche; cependant, entre Memphys et Vicksburg, le lit est au milieu même des formations alluvionnaires. (Voy. la carte.)
- Ces terrains de sédiment, que les eaux recouvrent à chaque crue, s’accroissent à chaque inondation par les dépôts que le courant du fleuve y abandonne. Ce n’est pas une plaine, ainsi que l’on serait tenté de le croire. Il y a une pente sensible, d’environ 1,20 par kilomètre à partir de la rive. Cela s’explique sans peine : lorsque les crues surviennent, c'est au bord du lit ordinaire du fleuve que le dépôt sédimentaire est le plus abondant. Cette disposition explique que les levées, construites en vue de protéger les terres contre les inondations, aient été placées aussi près que possible du courant. C’est là, en effet, que ces digues peuvent avoir la moindre hauteur. Au surplus, en réduisant autant que possible le lit majeur, on y gagne encore de protéger contre les crues les champs les plus fertiles.
- Bien que la direction générale soit à peu près rectiligne, le fleuve fait de longs détours et est encombré d’îles. Ces îles sont si nombreuses que, à défaut de noms, les principales ont été numérotées. De Cairo à Bâton Bouge, il y en a cent-vingt et quelques, qui sont ainsi désignées par des numéros. Bien n’est plus variable au surplus que la topographie de ce lit. Là où le courant se dirige vers la rive, celle-ci se creuse ; les deux bords opposés d’une de ces
- boucles se rapprochent peu à peu; puis, un jour où l’eau est plus violente, l’isthme qui sépare les deux portions du fleuve se rompt tout à fait; le fleuve s’ouvre un nouveau lit, plus court que l’ancien; une nouvelle île se forme. Ailleurs, le phénomène inverse se produit : des deux bras qui entourent une île, celui qui est le plus long a un courant plus tranquille, les sédiments s’y déposent à l'entrée et à la sortie; un jour des snags s’y enracinent; tout autour le dépôt augmente ; la végétation s’y développe ; l’ancien lit devient un lac en forme de croissant. Que l’on regarde la carte avec attention : on apercevra soit des presqu’îles qui sont à la veille d’être séparées de la rive, soit des lacs qui ont été récemment séparés du fleuve. Cette double opération se continue sans cesse, sans que la longueur du fleuve paraisse en être modifiée dans l’ensemble, car il perd d’un côté ce qu’il gagne de l’autre.
- Un point à noter est que ces dépôts et barrages se composent de sédiments d’autant plus fins que l’on se rapproche du golfe, car les matériaux les plus lourds sont ceux que le courant entraîne le moins loin. Quelle que soit leur situation par rapport à la rive primitive, ces accrues se recouvrent promptement de saules qui contribuent à les fixer.
- La distance est telle entre Cairo et le golfe que la végétation ne peut être partout la même. Jusqu’à la latitude de 55 degrés, le blé est le principal produit du sol; au-dessous, vient le coton; puis, vers le 29e degré, c’est la canne à sucre et enfin les orangers se montrent dans les marais salants du littoral. En fait d’arbres, le saule apparaît partout; mais au nord, il y a des sycomores, tandis qu’au midi les cyprès, les gommiers, et plus loin les magnolias et autres arbustes des tropiques garnissent les,terres vierges de la vallée.
- 11. BLERZY.
- — La suite prochainement —
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- LA NOUVELLE SOIE FRANÇAISE
- La soie des Bombyciens constitue depuis la plus haute antiquité la plus belle des matières textiles que l’industrie emprunte à la nature. Longtemps leVer à soie du mûrier a été le seul producteur connu en Europe, et aucune autre espèce ne peut rivaliser avec lui pour l’éclat du brin soyeux du cocon ; mais aujourd’hui, après plus de trente ans d’épidémies persistantes, c’est véritablement à perte que les producteurs européens travaillent à maintenir çà et là, sans certitude pour l’année suivante, quelques élevages en magnaneries. Le commerce demande à la Chine et au Japon, où la main-d’œuvre est à vil prix, la majeure partie des soies livrées au tissage, ce qui enlève tout espoir de prix rémunérateurs. D’autre part, ces soies sont de qualité inférieure, les peuples de l’extrême Orient gardant, avec un soin jaloux, leurs produits les plus beaux pour l’usage intérieur. Aussi nos éto’fes de soie ne sont plus les magnifiques tissus qui faisaient la gloire des fabriques françaises, et l’on voit tous les jours, aux vitrines
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- LA NATURE.
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- des magasins, des étoffes à bon marché où il y a plus d’apprêt que de soie.
- Dans de telles conditions on peut se demander si la France ne possède pas quelque espèce indigène dont on puisse utiliser" les cocons, non pas pour rivaliser avec la soie du Ver du mûrier, mais pour la remplacer dans les qualités inférieures. En outre, la mode a tant de caprices qu’une soie nouvelle a toujours chance d’entrer dans quelque combinaison textile, soit pure, soit mélangée, or cette espèce existe et peut nous donner, sans soins ni dépenses, une soie fort convenable.
- Depuis une douzaine d’années, un papillon importé est devenu un insecte de France, vivant en liberté et opérant sa reproduction et la ponte de ses œufs sans aucun concours de l’homme. Il faut au contraire, pour le Ver à soie habituel, l’achat des œufs sains, la magnanerie et le mûrier, c’est-à-dire des dépenses qui deviennent une grosse perte si l’éducation manque. Bien des personnes ont pu remarquer, volant le soir au mois de juin, un grand papillon, à ailes diaprées de bandes longitudinales, dans les squares, les avenues, les jardins plantés en allantes, dans les environs de Paris et même dans Paris. En hiver, on voit pendre aux branchettes dépouillées de feuilles de longs cocons d’un joli gris perle. Ce sont les œuvres de la chenille de VAtlacus cynlhia ou Ver à soie de l’ailante, introduit autrefois en France par les soins de la Société d’acclimatation, sous la direction de Guérin-Méneville. L’animal s’est bien trouvé du climat et il est aujourd’hui chez nous comme chez lui, aussi robuste, aussi grand et aussi bien coloré qu’au nord de l’Inde et en Chine. Il a fait la même chose que la Punaise des lits, la Blatte des cuisines et le Phylloxéra; mais, loin d’être un ennemi, on peut dire que l’étranger, au lieu de rester malgré nous, a conquis ses lettres de grande naturalisation et deviendra un véritable bienfait pour le pays de sa volontaire adoption ; car les sujets d’aujourd’hui sont la descendance des échappés des éducations d’amateurs.
- On n’a pas fait jusqu’ici grand accueil au nouveau venu. Le cocon n’est pas très riche en soie, elle est assez fortement incrustée, et, surtout, ce cocon ouvert offre par cela seul des difficultés de filature. Aussi on ne le regardait que bon tout au plus pour le cardage et ne pouvant donner que de la filoselle, matière de peu de valeur. On avait essayé de le dévider et on y avait réussi, ainsi Mme la baronne de Pages et le docteur Forgemol; mais le dévi-dage ne donnait que le fil individuel du cocon, trop fin pour être employé et exigeait un outillage spécial dont aucun filateur n’avait voulu faire les frais ; aussi les brevets sont-ils périmés sans profit.
- La question industrielle vient d'être reprise et résolue par M. Christian Le Doux. Il a réussi à opérer un décreusage partiel, permettant de tirer les fils avec la plus grande facilité et de leur conserver, en même temps, assez de glu naturelle pour que les fils de plusieurs cocons dévidés en même temps puissent, par l’opération de la croisade, s’accoler ensemble et donner des brins de soie grège, la seule qu’on puisse utiliser pour le tissage. C’est ce qu’on fait pour les cocons du Ver à soie du mûrier, dont la grège, selon les usages auxquels on la destine, varie de trois fils de cocon pour les plus minces étoffes jusqu’à cinquante pour les cordes à yiolon. Un autre point capital de la découverte de M. Le Doux, c’est que cette produc-tion de soie grège s’obtient avec les mêmes bassines et la même main-d’œuvre que la soie grège ordinaire, de sorte que nos filateurs du Midi n’auront à élever aucune objection, puisqu’ils n’auront aucune dépense spéciale à faire,
- ce qui est le point important pour tous ceux qui connaissent les routines invétérées de notre industrie de la soie.
- A la Société d’acclimatation, à la Société entomologique de France, à la Société centrale d’horticulture, ont été présentés les cocons préparés par M. Le Doux, à divers degrés du dévidage, les déchets (frisons et pelelles) utilisables dans les manufactures de bourre de soie et enfin des échevettes de soie grège, filée à cinq brins. Cette soie est d’une très jolie couleur blonde et ferait de charmantes étoffes écrues. En outre, l’Exposition de 1878 nous a montré que les teinturiers anglais et français savent teindre en tou'es couleurs et amener au blanc éclatant les soies des divers Séricigènes sauvages.
- L’éducation du Ver à soie de l’ailante ne demande ni soins ni dépenses. Les papillons à l’état sauvage s’accouplent d’eux-mêmes et vont pondre sur les a lantes. Il ne reste qu’à ramasser les cocons attachés aux feuilles ou aux petites branches. L’ailante ou faux-vernis du Japon est un arbre rustique, à croissance très rapide, se développant très bien sur les terrains rocailleux. C’est une essence admirable pour reboiser nos pentes dénudées et pour garnir les talus de chemins de fer, de sorte qu’à tous les avantages du reboisement en lui-même, on pourra ajouter le profit d’une soie qui ne coûtera rien à produire.
- Maurice Girard.
- LE STRABISME
- On sait que le globe de l’œil est maintenu par plusieurs petits muscles qui lui permettent de prendre telle ou telle position. Dans les cas ordinaires si une personne veut regarder un objet, les muscles des yeux obéissent à sa volonté, et portent également chaque œil dans la même direction. Mais si, par une cause quelconque, l’un de ces p etits muscles s’est affaibli, son antagoniste, c’est-à-dire le muscle qui se trouve de l’autre côté de l’œil acquiert alors une force prédominante, et fait tourner l’œil de son côté, les deux yeux ne sont plus symétriques, la personne est atteinte de strabisme, c’est-à-dire elle louche. Une cause des plus fréquentes du strabisme, consis e à recevoir le jour de côlé. Un enfant, dont le berceau sera toujours placé dans la même position, c’est-à-dire dans lequel il aura le jour constamment du même côté, sera très exposé à loucher. Cela tient à ce que les yeux cherchant toujours la lumière, alors les muscles du côté d’où vient le jour acquièrent une prédominance sur leurs antagonistes, qui amène le strabisme. On emploie celle tendance de l’œil à chercher la lumière pour guérir le strabisme chez les enfants. Pour cela on leur met des sortes de lunettes en carton, de façon qu’ils ne voient le jour que par deux ouvertures placées au centre de chaque œil de la lunette ; l’enfant cherche à voir des deux yeux, les petits muscles obéissent, et peu à peu les yeux se redressent. On emploie également dans le même but la section partielle du muscle qui attire l’œil trop fortement. En l’afiaiblissant par la section de quelques fibres, on l’amène à ne plus avoir une force prédominante sur son antagoniste et l’œil se redresse de lui-même. Il y a quelques semaines, à l’une des séances de l’Académie des sciences, M. Bouley a présenté une note de M. Boucheron sur la guérison du strabisme intermittent des jeunes enfants, sans opération. M. Boucheron atténue ou abolit le pouvoir d’accommodation de l'œil au moyen de mydriasiques. L’enfant n’est plus tenté désormais à faire des efforts infructueux pour accommoder son œil à la vision de près.
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- LA NATURE.
- LABOURAGE PAR L’ÉLECTRICITÉ
- La question du transport de la force par l’électricité n’est pas absolument nouvelle; depuis quelques années déjà plusieurs personnes s’en sont occupées. Dans ces derniers temps cependant de nouveaux et importants efforts ont été accomplis et tout fait espérer que des progrès rapides amèneront bientôt des applications importantes.
- Rappelons d’abord sommairement les principes. Les machines magnéto-électriques à courant redressé et notamment la machine Gramme qui nous occupera plus particulièrement, ont pour fonction principale de transformer la force mécanique en électricité. Mais elles peuvent faire l’inverse et transformer l’électricité en force motrice ; elles deviennent alors des moteurs électro-magnétiques. En d’autres termes, les machines magnéto-électriques sont réversibles. L’expérience la plus frappante qu’on puisse faire pour le montrer consiste à mettre dans un même circuit deux machines Gramme à aimant permanent ; si on tourne à la main la première, on produit un courant électrique qui est envoyé à la seconde et la fait tourner ; si on arrête la première machine et qu’on la fasse tourner en sens inverse, la seconde s’arrête aussi, puis se remet en mouvement en sens inverse.
- Au lieu de manœuvrer la première, on peut manœuvrer la seconde et c’est alors la première qui suit et obéit.
- Ce système peut être comparé à celui de deux poulies sur lesquelles passe une même corde ou courroie ; l’une quelconque des deux peut être commandante, l’autre est alors commandée.
- On peut également le comparer au système de deux pompes rotatives placées sur un tuyau sans fin; l’une d'elles peut servir de pompe et faire mouvoir l’eau qui entraîne l’autre ; cette dernière devient alors un moteur capable de travail mécanique.
- Dans ces trois combinaisons, poulies avec courroies, pompes avec tuyau de communication, machines magnéto-électriques, nous voyons des systèmes réversibles, c’est-à-dire des cercles de cause et d’effet, dans lesquels l'effet peut à tout instant devenir cause et la cause effet.
- Cette idée de la réversibilité introduite dans la science par Sadi Carnot est sans doute une des plus fécondes que les hommes aient jamais eues. Longtemps elle a passé inaperçue, ignorée ou mal comprise; mais aujourd’hui elle est entrée dans les préoccupations de tous les hommes instruits, dans le langage courant des physiciens ; et nous croyons que l’expérience que nous avons citée plus haut, si frappante et si souvent répétée, n’a pas été sans y contribuer.
- Il résulte de ce qui précède que deux machines électriques présentent un moyen de transmettre de la force mécanique d’un axe à un autre. Cette transmission se fait plus souvent avec des courroies,
- des cordes ou des câbles; mais il faut que les axes soient dans des positions invariables et dans des orientations déterminées l’une par rapport à l’autre ; il n’est d’ailleurs pas pratiquement possible de placer ces deux axes commandant et commandé à une distance très grande l’un de l’autre.
- La transmission de la force serait possible également au moyen de deux appareils hydrauliques comme nous l’avons indiqué plus haut ; mais il faudrait établir entre eux à poste fixe deux tuyaux et faire une telle perte que ce système n’a jamais été essayé.
- Au contraire, les axes de deux machines électriques reliées par un double conducteur peuvent être placés dans des orientations quelconques l’une par rapport à l’autre ; le câble conducteur est relativement facile à transporter, à poser et à déposer; enfin la distance entre eux pourra être fort grande. Sir William Thomson estime qu’elle pourra atteindre des centaines de kilomètres.
- Venons maintenant aux applications réalisées. La première de toutes a été faite à l’atelier de l’artillerie de Saint-Thomas-d’Aquin. On avait à conduire une machine à diviser de grande précision ; elle était établie fort loin de la machine à vapeur de l’établissement. On plaça près du moteur une machine Gramme de laboratoire, près de la machine à diviser un autre moteur électro-magnétique et on posa des fils entre eux. Dès lors le travail de la division se trouva fait par le moteur à vapeur avec une facilité, une économie et divers avantages pratiques qui frapperont tous les gens compétents.
- On ne transmettait là qu'une très petite force, peut-être moins de 1 kilogrammètre; mais une application pratique était réalisée et nous croyons qu’elle fait honneur aux officiers d’artillerie qui en ont eu l’idée et l’ont mise à exécution.
- La seconde application en date est beaucoup plus importante; c’est celle dont M. Cadiat, qui en a eu l’initiative, a rendu compte lui-même aux lecteurs de la Nature. 50 kilogrammètres sont transportés par le moyen de deux fils de cuivre de 3 millimètres de diamètre d’une longueur de 150 mètres chacun, entre deux machines Gramme à lumière du modèle ordinaire dit type d’atelier. Ge système a fonctionné depuis son installation, il y a deux ans environ, tous les jours ouvrables, sans aucune difficulté, sans usure sensible des collecteurs, sans aucun soin donné que la lubrification des deux tourillons de l’axe unique de chaque machine. Beaucoup de physiciens français et étrangers ont vu cette application à Paris, boulevard Richard-Lenoir, dans les ateliers de la Société du Val d’Osne et en ont été très frappés.
- MM. Chrétien et Félix, très au courant des travaux de M. Gramme et des applications antérieures, sont entrés dans la voie d’applications plus importantes encore. Pendant la dernière campagne, à la sucrerie de Sermaize, dans la Marne, ces messieurs ont employé la combinaison que nous venons d’indiquer au déchargement des bateaux et au chargement de
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- Le labourage à l’électricité. — Expérience faite à Sermaize le 22 mai 1879.
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- wagons. La machine Gramme commandée fait tourner, par le moyen d’une courroie, une grande roue qui conduit une chaîne à palettes très analogue à celle des dragues. Cette chaîne descend jusque dans le bateau où six ouvriers chargent sur les palettes les betteraves qu’il s’agit d’élever. Sans arrêt aucun du mouvement, l’ascension a lieu. Parvenues au point le plus élevé de leur parcours, les palettes se déchargent d’elles-mêmes dans un couloir incliné qui amène les betteraves dans le wagon qui les porte à l’usine. Dans la campagne 1878-79, on a ainsi déchargé quatre cents tonnes de betteraves amenées au port de Sermaize par des bateaux sur le canal de la Marne au Rhin.
- La machine Gramme commandante est placée dans l'usine même de Sermaize à une distance de 100 mètres du port; deux conducteurs de 5 millimètres placés sur des poteaux relient les deux machines ensemble.
- Mais MM. Chrétien et Félix sont allés beaucoup plus loin; ils ont, encore à Sermaize, montré des machines opérant le labourage par l’électricité. Ces expériences pratiques, dont M. Tresca a rendu compte à l’Académie des sciences, ont eu un grand nombre de témoins et ont attiré l’attention du public en général. Nous allons essayer d’en donner une idée.
- Le principe général est toujours le même ; une machine Gramme commandante est placée à poste fixe dans l’usine, conduite par le moteur à vapeur ; des fils conducteurs amènent l’électricité qu’elle produit, tantôt à un treuil, tantôt à un autre. Ces deux treuils, montés sur charriots à quatre roues, sont représentés à droite et à gauche du champ figuré dans le dessin. Ils commandent tour à tour une charrue à quatre socs dont deux travaillent dans chaque sens. Cette traction alternative se produit au moyen d’un petit câble de fils d’acier de 12 millimètres de diamètre, qui s'enroule sur le treuil de gauche en même temps qu’il se déroule du treuil de droite et inversement ensuite.
- Ces treuils sont mùs chacun par deux machines Gramme placées à droite et à gauche et que nos lecteurs reconnaîtront de suite dans le dessin; elles reçoivent Je courant électrique transformant cette énergie en mouvement rotatif comme nous l’avons expliqué. Quant à la disposition mécanique qui lie le mouvement des machines Gramme à celui du treuil, elle est fort simple. Chacune des machines Gramme présente une poulie enveloppée d’un anneau de caoutchouc qui presse contre un volant à surface polie et l’entraîne ; c'est un engrenage sans dents, un engrenage par frottement, comme on en emploie quelquefois. Les machines Gramme sont montées sur un support mobile de sorte qu’elles pressent sous l’influence d’un ressort convenablement réglé et que le frottement qui produit l’entraînement n’est ni trop faible, ce qui produirait du glissement, ni trop fort ce qui augmenterait la résistance passive.
- D’ailleurs ce que nous venons de dire et que la figure montre clairement, existe une seconde fois à l’arrière plan ; l’axe de la machine Gramme sort des deux côtés du bâti et sur chacun de ses deux bouts porte une poulie; ces poulies d’arrière engrènent par frottement avec un volant comme celles de devant. Cette disposition double présente des avantages qu’il est superflu d’indiquer.
- L’axe unique des deux volants commande par un pignon et une roue dentée le treuil proprement dit.
- Ainsi, en résumé :
- Le courant venu de la ferme ou de l’usine par le câble à deux conducteurs, fait tourner les deux machines Gramme ;
- Elles commandent les deux grands volants par frottement ;
- L’axe des deux volants conduit par engrenage le treuil ;
- Le treuil, au moyen de la corde métallique, entraîne la charrue.
- Quand la charrue est arrivée près du treuil en question, on tourne un commutateur; le courant cesse de passer dans les deux machines Gramme que nous venons de considérer. Et il est envoyé par un câble supplémentaire à deux conducteurs, deux cent cinquante mètres plus loin dans le second treuil, semblable au premier et placé de l’autre côté du champ. Ce second treuil fait faire à la charrue un mouvement en sens inverse du premier et trace avec deux autres socs deux nouveaux sillons.
- Une chose nous reste à dire, mais le lecteur l'a probablement devinée déjà. Ces chariots portant les treuils peuvent être mùs eux-mêmes par l’électricité et après chaque double sillon tracé, on déplace au moyen d’un changement d'embrayage la commande des machines Gramme ; elles cessent d’agir sur le treuil et agissent sur le train d’arrière du chariot. Le chariot avance, on coupe le courant, le charriot s’arrête. On rétablit la commande primitive et le treuil peut agir de nouveau, obéissant à l’électricité. Ce mouvement de transport du chariot peut d’ailleurs se prolonger autant que le comporte la longueur du câble conducteur; et permet d’amener le matin chacun d’eux à sa destination et de le reconduire le soir au hangar qui l’abrite. Ce chariot est vraiment animé par le courant électrique et comparable à un puissant attelage de bœufs. Il obéit non pas à la voix de son conducteur, mais à un geste, geste imperceptible suffisant pour déplacer un commutateur.
- Nous espérons que les agriculteurs seront frappés des avantages de cette combinaison; nous ne voulons pas dire, bien entendu, qu’elle soit partout et dès à présent à sa place; mais le fermier qui a une machine à vapeur trouvera grande économie à l’utiliser au labourage des terres placées dans un rayon de 500 à 800 mètres autour de son habitation; les machines à vapeur nombreuses qui restent inactives une partie de l’année, celles des sucreries, par exemple, trouveront un aliment nouveau dans les
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- travaux agricoles à exécuter autour d’elles, labou-rage, battage, etc., etc. Dans plusieurs de nos départements des chutes d’eau importantes sont aujourd’hui sans emploi aucun; l’industrie ne peut ni ne veut aller les trouver; il faut les utiliser à féconder le sol qui les entoure.
- On s’effraie des mauvaises récoltes, de l’arrivée des grains d’Amérique sur les marchés de l'Europe; il faut s’armer pour ces combats nouveaux; il faut s’outiller comme les Américains et mieux qu’eux. L utilisation des forces naturelles s’impose à notre agriculture; il ne suffit pas de gémir, il faut agir.
- A. NIAUDET.
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- LES ORIGINES DU FEU DANS L’HUMANITÉ
- Notre collaborateur, M. N. Joly (de Toulouse), vient de publier dans la Bibliothèque scientifique internationale, à la librairie Germer Baillière et Cie, un remarquable et intéressant ouvrage intitulé : L'homme avant les métaux. Dans la première partie, l’auteur, sous le titre I Antiquité de l'homme, parle des âges préhistoriques, des travaux de Boucher de Perthes, des cavernes à ossements, des tourbières et des Kjækkenmæddinger du Danemark , des habitations lacustres, des sépultures de l’homme préhistorique américain, et de l’homme tertiaire. Dans la deuxième partie, il aborde l’histoire de la Civilisation primitive. La vie domestique, l’industrie, l’agriculture, la navigation et le commerce, les beaux-arts, le langage et l’écriture, ]a religion, le portrait enfin, de nos premiers ancêtres, olfrent au savant correspondant de l’Académie des sciences les sujets d’une série de chapitres tout remplis de faits, et traités de main de maître. Les pages que l’on va lire et que grâce à l’obligeance des éditeurs nous pouvons extraire de ce beau livre, donneront à nos lecteurs une idée de la valeur de l’œuvre que nous signalons.
- Le feu, tout à la fois source de chaleur, de lumière et de vie; le feu, principe actif d’une foule d industries et surtout de 1 industrie métallurgique, est sans contredit une des plus précieuses conquêtes de l’homme sur la nature.
- Sa découverte fut plus qu’un bienfait : ce fut un vrai pas de géant dans la voie de la civilisation. Avec lui devaient naître la sociabilité, la famille, les saintes joies du foyer domestique, toutes les industries, tous les arts et les merveilles qu’ils ont enfantés et enfantent tous les jours. Aussi conçoit-on sans peine qu’il ait été et qu’il soit encore, chez un grand nombre de peuples, l’objet d’un culte particulier (prêtres de Baal, guèbres, brahmines de l’Inde, vestales à Borne, prêtresses du Soleil au Pérou, etc.), et qu’il ait souvent figuré dans les rites religieux ou funéraires des nations les plus éloignées les unes des autres, et dans les temps et dans l’espace (Chaldéens, Hébreux, Grecs, Romains, Hindous, Péruviens, Mexicains, etc.). Mais comment et à quelle époque l’homme est-il parvenu à faire cette grande découverte, en l’absence de laquelle on ne conçoit guère comme possible ni ses arts, ni son existence elle-même? Est il allé, ainsi que le disent
- les mythes indiens ou helléniques, ravir le feu au ciel, ou bien, comme l’attestent certaines autres légendes, a-t-il su faire tourner à son profit l’incendie spontané des forêts, le frottement mutuel de deux branches sèches violemment agitées par le vent, ou bien, enfin, s’est il ingénié, dès l’origine, à trouver un de ces moyens simples et pratiques, à l’aide desquels certaines tribus sauvages ou à demi civilisées se procurent encore le feu nécessaire aux besoins de la vie?
- Malgré bon nombre d assertions contraires, aussi loin que nous remontions dans l’histoire de l’homme, nous le voyons déjà en possession du feu. La fable de Prométhée, qui va le chercher dans l’Olympe même, n’est rien autre chose que le mythe védique, qui nous représente le dieu Agni, ou le feu céleste (en latin Ignis), comme blotti dans une cachette d’où Matarichvan le force à sortir pour le commu-niquer à Manou, le premier homme, où à Bhrigu, le brillant, père de la famille sacerdotale du même nom.
- Le nom de Prométhée lui-même a une origine toute védique et rappelle les procédés employés par les anciens brahmanes pour obtenir le feu sacré. Ils se servaient, dans ce but, d’un bâton qu’ils appelaient malha ou pramatha, le préfixe pra ajoutant l’idée de ravir avec force à celle contenue dans la racine matha du verbe mathâmi, ou man-thnâmi, produire au dehors au moyen de la friction. Prométhée est donc celui qui découvre le feu, le fait sortir de sa cachette, le ravit et le communique aux hommes. De Bramantha ou Prâmâthyus, celui qui creuse en frottant, qui déroba le feu, la transition est facile et naturelle, et il n’y a qu’un pas à franchir pour arriver du Prâmâthyus indien auPro-méthée des Grecs, qui déroba le feu du ciel pour allumer l’étincelle de l’âme dans l’homme formé d’argile.
- Le bâton allumeur ou pramantha était muni d'une corde de chanvre mêlée à du poil de vache, et à l’aide de cette corde enroulée autour de sa partie supérieure, le prêtre de Brahma lui imprimait un mouvement rotatoire alternatif de droite à gauche et de gauche à droite. Ce mouvement avait lieu dans une petite fossette pratiquée au point d’intersection de deux morceaux de bois placés transversalement l’un au-dessus de l’autre, de manière à former une croix, tandis que leurs extrémités, recourbées à angle droit, étaient fixées solidement par quatre clous de bronze, afin qu’elles ne pussent tourner ni d’un côté ni de l’autre. L’en-semble de la machine ainsi formée se nommait Sivastika1. Le père du feu sacré se nommait Twas-
- 1 Chose bien remarquable ! le Swastika est figuré très fréquemment avec ces deux formes
- —| de l’inde
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- ou [ . O • J sur les fusaïoles ou disques de terre cuite trouvés en si grande abondance, par le docteur Schliemann,
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- tri, c’est-à-dire le divin charpentier, qui fabriquait le Swastika et le Pramanthâ, dont le frottement réciproque produisait l’enfant divin Agni (en latin, Ignis). Sa mère avait pour nom Maya. Lui-même se nommait Akta (oint, xpiotoç) lorsque les prêtres avaient répandu sur sa tête le spiriteux Sôma, et sur son corps, le beurre purifié du sacrifice.
- Dans ses Researches on the early history of
- Mandkind,M. Tylor nous donne de précieux détails sur l’invention du feu et sur les divers moyens employés à toutes les époques pour se le procurer. Le procédé primitif semble avoir consisté, selon lui, à frotter deux morceaux de bois secs l’un contre l’autre ; mais ce procédé s’est perfectionné dans la suite des âges, et en raison du plus ou moins d’ingéniosité des peuples qui l’ont adopté. Ainsi, tout
- Fig. 1. — Le stick-and-groove, procédé employé à Tahiti, à Tonga, à Samoa, aux îles Sandwich, à la Nouvelle-Zélande, etc. Le bois dont on se sert pour allumer le feu, surtout à Tahiti, est Vhibis-cus tiliaceus, bois extrêmement léger quand il est sec.
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- Fig 2. — Le fire-drill, usité en Australie, en Tasmanie, dans l'Inde, en Afrique, chez les Guanches des îles Canaries, au Mexique, etc.
- d’abord le frottement s’effectue à l’aide d’un bâton que l’on fait glisser rapidement par un mouvement de va-et-vient, sur un morceau de bois tendre et sec placé à terre [Tahiti, Nouvelle-Zélande, îles Sandwich, Timor, etc.). C’est le procédé que Tylor nomme stick-and-groove (voy. fig. 1) (bâton et sillon), par opposition au fire-drill ou vilebrequin à feu, bien plus généralement employé (fig. 2, 3 et 4). Dans sa forme la plus simple, le fire-drill consiste en un bâton dont l’une des extrémités repose sur une cavité creusée dans un morceau de bois sec; on le fait tourner entre les deux mains, qui exercent en même temps sur lui une pression verticale aussi grande que possible.
- On retrouve cet instrument
- Fig. 5. — Ancien Mexicain allumant du feu au moyen du fire-drill. (D’après une peinture ancienne du Mexique reproduite au trait par Tylor.)
- non seulement en Australie, à Sumatra, aux îles Carolines, au Kamtschatka, mais encore en Chine, sous les ruines de l’antique Dion *. D’où cette conclusion toute naturelle, que les Troyens étaient de souche aryane. Quant aux analogies, aux ressemblances même qui existent entre certaines cérémonies du culte A'Agni et certains rites du culte catholique, elles peuvent s’expliquer aussi par la communauté d’origine, du moins jusqu’à un certain point**.
- * Voyez Heinrich Schliemann, Trojanische Alterkunier, p. 49, et suiv. Leipzig, 1874; et Émile Burnouf, la Science des religions.
- ** Agni, à l’état d'Akta (oint), rappelle le Christ; Maya, Marie, sa mère; Twastri. saint Joseph, le charpentier de la Bible.
- dans l’Afrique sud et dans les deux Amériques. Il était usité chez les anciens Mexicains (fig. 5) ; il l’est encore aujourd’hui chez les Yenadis, dan l’Inde méridionale, chez les sauvages veddas de l’île de Ceylan et les Gauchos de l’Amérique méridionale (fig. 4).
- Un progrès de plus s’accomplit ; le bâton servant à allumer le feu tourne sur lui-même à l’aide d’une corde ou d’une courroie qu’on enroule autour de lui et dont les extrémités sont tirées alternativement en sens opposés. C’est l’instrument décrit dans les Védas et éneore employé par les brahmes de nos jours pour allumer le feu sacré. Car, ainsi que le fait très bien observer Tylor, il est assez fréquent de voir, dans les cérémonies religieuses, le
- feu s’obtenir par les procédés antiques, de préférence aux moyens plus faciles que l’art moderne a inventés. Ainsi, le feu sacré que les Vestales laissaient s’éteindre se rallumait au moyen des rayons du soleil concentrés par une lentille de verre. On sait qu'un moyen analogue était employé par les anciens prêtres du Pérou pour allumer le feu du sacrifice. C’était là un de ces hommages pieux que le cœur se plaît à rendre à la mémoire des ancêtres les plus lointains.
- Un instrument qui rappelle jusqu’à un certain
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- point celui dont se servaient les brahmines de l’Inde, est usité aujourd’hui chez les Eskimaux et chez les habitants des îles Aléoutiennes (voy. fig. 5). Il se compose d’un bâton appuyé d’une part sur une pièce de bois fixée entre les dents (mouth-piece), aboutissant de l’autre à une fossette creusée dans un autre morceau de bois sec, et mis en mouvement
- pyrite de fer, le choc de deux morceaux de bambou l’un contre l’autre (moyen usité en Chine), la compression de l’air dans un tube d'ivoire ou de bois (procédé adopté par les Malais), etc., etc,
- Le parenchyme desséché du bolet amadouvier {amadou), l’écorce de cèdre éraillée1, des feuilles sèches, des fibres végétales préalablement carboni -sées, etc. : telles sont les matières combustibles or-
- Fig. 4. — Autre sorte de fire-drill usité par les Gauchos, peuple pasteur à demi-sauvage, qui habite les pampas de l’Amérique.
- Fig. 5. — Eskimau allumant du feu au moyen du thon-drill ou vilebrequin à courroie.
- au moyen d’une courroie qui s’enroule deux fois autour de la tige rigide, et que tirent alternativement les deux mains, tantôt à droite, tantôt à gauche.
- De légères modifications s’introduisent dans la construction du fire-drill, et l’ingéniosité des peu-
- Fig. 6. — Le bow-drill, employé, d’après Schoolcraft, par les Sioux et les Indiens du Canada.
- pies crée d’autres instruments servant au même usage. Tels sont, par exemple, le bow-drill, ou vilebrequin, mù à l’aide d’un archet qui rappelle le foret moderne ; et le pump-drill, employé tout à la fois pour obtenir du feu et pour percer des trous dans le bois, la pierre ou le métal (voy. fig. 6 et 7.)
- Parmi les autres moyens d’obtenir du feu, ou du moins des étincelles, nous ne faisons que mentionner, en passant, la percussion réciproque de deux silex, ou d’un silex avec un morceau d’acier ou de
- dinairement employées pour recevoir l’étincelle obtenue par la percussion.
- Existe-t-il, a-t-il jamais existé des peuples auxquels l’usage du feu ou la manière de le produire soient restés complètement inconnus? Bien des auteurs se sont déclarés pour l’affirmative. On a dit, par exemple, que les habitants de la Tasmanie con-
- s
- Fig. 7. — Le pump-drill, en usage chez les Iroquois, depuis un temps immémorial.
- naissent le feu, en font usage, mais qu’ils ignorent le moyen de se le procurer. Aussi, leurs femmes
- 1 L’écorce de cèdre éraillée et desséchée est, en effet, d’après Paul Kane, la substance dont se servent les Chinooks de la rivière de Colombia pour recevoir les étincelles produites au moyen d’un bâton arrondi, que les deux mains font tourner très rapidement dans un trou creusé au milieu d’une plinche de cèdre.
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- ont-elles pour mission spéciale de porter des torches jour et nuit allumées, et destinées à guider la marche de la tribu à travers les forêts. Si la torche vient à s’éteindre, on entreprend des voyages quelquefois assez longs pour aller la rallumer chez une autre tribu. Presque toujours aussi, chaque famille emporte avec elle un cône de hanksia, dont la combustion lente, comme celle de l’amadou, remplit convenablement le but qu’on se propose d’atteindre.
- Ce qui prouve d’ailleurs que les Australiens eux-mêmes ne sont pas, en ce qui concerne l’emploi du feu, aussi ignorants que certains auteurs le disent ou le supposent, c'est qu’ils ont une légende relative à son origine, et cette légende la voici : nous l’empruntons à Vilson, qu, dans son livre sur l’homme préhistorique, a consacré un très intéressant chapitre à la question qui nous occupe.
- Un petit handicoot, (animal assez semblable-au cochon d’Inde, guinea-pig) était d’abord seul possesseur du feu. Malgré les instances des autres animaux, il refusait obstinément de le partager avec eux. Ceux-ci tinrent conseil et résolurent d’obtenir, de gré ou de force, le feu, objet de leur convoitise. Le pigeon et le faucon furent députés vers le handicoot; mais il se montra inébranlable en son refus. Alors le pigeon tâcha de s’emparer du précieux élément : mais le légitime possesseur lança le feu dans la rivière, afin de l’éteindre pour toujours. Heureusement le faucon, à l’œil perçant, vit le brandon au moment où celui-ci allait tomber dans l’eau, et, d’un coup d’aile, il le lança sur les herbes sèches de la rive opposée. Des flammes jaillirent : l’homme noir sentit le feu et dit qu’il était bon. (Vilson, Prehistoric man, p. 86.)
- Dr N. JOL.Y (de Toulouse), Correspondant de l'Institut.
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- LE VOYAGE DU MAJOR SERPA-PINTO
- DANS L’AFRIQUE AUSTRALE.
- Un jeune voyageur Portugais, le major Serpa-Pinto vient de traverser l’Afrique de l’ouest à l’est. Arrivé à Paris, il a donné lundi 21 juillet à la Société de géographie dans la salle de la Sorbonne, une conférence dans laquelle il a montré les résultats de son voyage. En voici les points principaux :
- Le gouvernement portugais ayant décidé qu’une expédition serait envoyée pour explorer l’Afrique centrale au point de vue des intérêts des colonies portugaises, le major Serpa-Pinto et deux officiers de marine acceptèrent cette mission. Le 12 novembre 1877 les trois voyageurs se trouvèrent à Saint-Louis de Eenguella sur la côte ouest de l’Afrique. Là, dans le but d’agrandir le champ de l’exploration, le major Serpa-Pinto se sépara des deux officiers de marine et se dirigea vers l’est. A peu de distance dans l’intérieur des terres, le major Pinto fut pris d’une fièvre qui le tint alité pendant trois mois; découragé, presque sans ressources, il était sur le point de rentrer en Europe. Cependant, la lièvre passée, il résolut de continuer son voyage, il organisa son expédition com
- posée de 150 nègres, et se mit en route, malgré ses faibles ressources en provisions, en étoffes et en verroteries, qui sont les monnaies des peuples sauvages ; — il comptait sur la chasse pour nourrir lui et ses hommes. — Il organisa son expédition en mai 1878 et il arriva à Natal sur la côte est de l’Afrique en mai 1879. — Un détail à noter, c’est que, parti avec 150 personnes, il n’en avait plus que 7 à son arrivée : 15 avaient déserté, les autres étaient mortes. Dans son voyage, il a découvert plusieurs rivières importantes, et enfin un immense lac salé qui dans la sécheresse se dessèche et se transforme en un désert couvert d’une couche de sel épaisse de 1 à 2 centimètres. — Il signale aussi une rivière reliant ce lac avec un autre plus petit, et qui coule suivant les saisons de l’est à l’ouest ou inversement. — Dans son voyage le major Pinto a rencontré des forêts de fougères, des nids de termites que de loin, il prenait pour des villages. Ces nids sont construits en terre glaise que ces fourmis vont chercher dans le sous-sol et ressemblent à des cases de nègres. De plus, il a vu une tribu de nègres blancs, c’est-à-dire de nègres ayant la peau blanche des Européens, mais ayant la chevelure noire et crépue des nègres. — Il se plaint de la monotonie des forêts de l’Afrique centrale qui toutes sont formées d’acacias. — Après avoir souffert de la soif, de la faim, de la fièvre et avoir couru une série de dangers immanquables dans un pareil voyage, le jeune voyageur est enfin arrivé à Natal comme nous le disions, et de là en Europe. Quant aux deux officiers de marine, ses collègues au début de son voyage, on n’en a eu depuis aucune nouvelle.
- Par son étendue et l’importance des découvertes auxquelles il a donné lieu, ce voyage se place à côté de ceux de Livingstone, de Stanley, de Cameron, de Brazza.
- M. le major Serpa-Pinto semble avoir de 28 à 50 ans, il est de taille moyenne, mince, les cheveux noirs, n’a que de fines moustaches, il a l’air doux et même timide, rien en lui ne dénote la force de volonté, l’énergie et le courage dont il a fait preuve pour effectuer un pareil voyage.
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- CHRONIQUE
- L’éclipse de soleil du 19 juillet 1839. — L’observation de l’éclipse à Paris n’a donné aucun résultat à cause de la brume épaisse qui couvrait l’atmosphère au moment où elle s’est produite. MM. N. Wolff, Levant et les frères Henry étaient à leur poste, mais leur zèle n’a point été récompensé. L’impossibilité dans laquelle ils se sont trouvés est d’autant plus regrettable que Paris se trouve sur la limite de la zone où l’éclipse a dû se produire. Mais des télégrammes arrivés d’Amérique, et qui nous sont communiqués par l’Observatoire, nous apprennent que M. Peters de Clinton vient de découvrir deux nouvelles planètes qui, s’il n’y a point double emploi, porteront les numéros 199 et 200 dans la nomenclature de ces corps célestes. (Journal officiel).
- La plus grande ferme du monde. — La plus grande ferme du monde pour la culture des céréales est probablement celle de Gondin, près de la ville de .largo, dans le Dakota, aux États-Unis. Elle se compose d’environ 40 000 acres, et touche à la rivière Rouge. Ede se divise en quatre parties ; elle a ses bâtiments d’habitation, des greniers, des ateliers pour la fabrication des outils, des ascenseurs, des écuries pour deux cents chevaux, des magasins pour 1 million de boisseaux de blé. Outre les
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- LA NATURE.
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- terres consacrées aux céréales, il y a pour l’élève du bétail une ferme de 20 000 acres.
- A l’époque des semailles, on occupe de 70 à 80 hommes, et, pendant la moisson, de 250 à 500. Les semailles commencent vers le 9 avril et continuent pendant tout le mois. On commence à moissonner vers le 8 août et l’on termine vers le 1° septembre; le battage succède avec huit machines.
- Après le battage vient le labourage avec de grandes charrues à trois chevaux qui creusent simultanément deux sillons; on laboure jusqu’aux gelées, au commencement de novembre. Le rendement en moyenne de cette ferme du Dakota est de 20 à 25 boisseaux anglais par acre; le boisseau représente un peu plus de 56 litres.
- (Société des agriculteurs de France).
- Une collection de vieux animaux. — Dans les environs de Paris, à quelques kilomètres de Gonesse, un riche propriétaire a fondé une maison de refuge pour les vieux animaux. Quelques-uns de ses pensionnaires ont, d’après lui, atteint des âges extraordinaires ; ainsi il possède une vache de 56 ans, un mulet de 72 ans, un porc de 25 ans, une chèvre de 18 ans, une pintade de 12 ans. On remarque dans la basse-cour une oie qui, parait-il, est âgée de 57 ans ; son ventre traîne sur le sol et ses pattes sont déformées et couvertes de verrues. Dans une volière, on voit un chardonneret de 28 ans et un moineau de 51 ans. Le propriétaire dont nous parlons offre du reste de montrer toutes les pièces et certificats établissant l’âge de ses pensionnaires. Il esta remarquer que les animaux domestiques, quand ils ne sont pas épuisés par le travail ou par la production du lait, s’il s’agit des vaches, peuvent atteindre des âges beaucoup plus grands que l’âge moyen de ceux qui meurent naturellement. Ainsi, il arrive quelquefois que dans les fermes ou chez les particuliers, on garde des animaux par souvenir ou par affection. S’ils sont bien soignés, ils arrivent ordinairement à une grande vieillesse. Chacun peut en avoir vu des exemples, soit des vaches d’une trentaine d’années, ou des chevaux allant quelquefois jusqu’à 55 ans. PROSPER GUror.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 28 juillet 1879. — Présidence de M. DATEEÉE.
- La théorie de la grêle. — Déjà à plusieurs reprises nous avons dit comment M. Faye rattache la formation de la grêle aux phénomènes tourbillonnaires dont notre atmosphère est sans cesse le siège. Sa théorie si simple et si ingénieuse, n’a cependant pas satisfait tous les savants» et c’est avec une activité infatigable que le célèbre météorologiste répond aux objections sans nombre qui lui sont faites. Il montre aujourd’hui les impossibilités des suppositions émises récemment, les unes par M. Oltra-mare, les autres par M. Colladon (de Genève), et il trouve dans les observations mêmes de ses contradicteurs de puissants arguments en faveur de sa propre manière devoir.
- Élection de candidats. — On sait que la mort de M. Paul Gervais a laissé vacante au Muséum d’histoire naturelle, la chaire d’anatomie comparée. L’assemblée des professeurs, administrateurs a déjà présenté au ministre une liste de deux candidats comprenant : en Are ligne, M. Georges Pouchet et 2° ligne, M. Jourdain. L’Académie avait à dresser aujourd’hui de son côté une liste semblable et son choix s’est porté sur les mêmes savants. C'est à l’unanimité que M. Pouchet a été nommé premier
- candidat. Pour le second rang, M. Jourdain a obtenu 28 voix sur 52 votants ; 2 bulletins étaient au nom de M. Giard et 2 autres étaient blancs.
- Constitution de l'hydrate de chloral. — Nos lecteurs se rappellent l’intéressante discussion à laquelle a donné lieu la constitution de l’hydrate de chloral. M. Wurtz apporte, pour élucider cette question importante, le résultat d’une expérience qui démontre que l’union du chloral anhydre avec la vapeur d’eau n’est pas une combinaison chimique, mais un simple mélange. En effet cette union se fait sans aucun dégagement sensible de chaleur.
- Synthèse des fers nickelés météoritiques. — Au nom d’une Commission composée de MM. Frémy , Henry Saint-Claire Deville, Debray, Des Cloizeaux et Daubrée, ce dernier académicien lit un Rapport sur plusieurs Mémoires soumis par nous à l’Académie et relatifs à la reproduction artificielle des alliages météoritiques de fer et de nickel. La méthode que nous avons employée consiste à réduire par l’hydrogène les mélanges des chlorures des deux métaux, et les résultats reproduisent jusque dans des détails intimes la constitution des fers tombés du ciel. En remplaçant l’hydrogène par l’oxyde de carbone, nous avons obtenu de vrais fac simile des célèbres fers natifs du Groenland dont l’origine terrestre est définitivement démontrée. La conclusion du Rapport de M. Daubrée est que l’Académie ordonne l’insertion de notre travail dans le Recueil des Mémoires des savants étrangers à l’Académie. Cette conclusion mise aux voix est adoptée.
- Stanislas Meunier.
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- UN THERMOMÈTRE MÉTALLIQUE
- En construisant un thermomètre dans lequel la dilatation d’un métal donne seule la mesure des températures de l’air, M. Tremeschini a eu pour but d’éliminer l’inconvénient inhérent à la nature du verre, celui de son pouvoir rayonnant et absorbant, inconvénient qui a fait dire à l’illustre Tyndall « qu’un thermomètre de verre, suspendu dans l’air, ne donne pas la température de l’air. »
- Mais, en choisissant une lame métallique comme indicateur des températures, l’inventeur n’a pas oublié les essais infructueux de ses devanciers. Aussi, dans ce nouveau thermomètre, point de système d accouplement de deux ou plusieurs lames formées de métaux inégalement dilatables, pas de courbes surtout, de quelque nature quelles soient.
- La lame métallique en cuivre récroui et laminé très dur (elle peut être en argent) est légèrement platinée, pour préserver le métal de l'oxydation. L’épaisseur de celte lame n est que d’un centième et demi de millimètre, afin qu’elle atteigne le plus haut degré d’impressionnabilité.
- Le cadran de l’instrument, sur lequel l’aiguille indicatrice marque les températures, repose sur un châssis qui mérite une description particulière.
- Ce châssis se compose de deux barres métalliques parallèles, 1 une en acier, l’autre en cuivre, reliées à leurs extrémités par des traverses métalliques. Elles sont représentées à droite et à gauche de la ligure ci-contre»
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- LA NATURE.
- La traverse horizontale supérieure, fixée solidement aux deux barres, les maintient constamment à angle droit avec elle, tandis que la traverse inférieure, arrêtée par deux goupilles soigneusement ajustées, permet aux deux autres angles du quadrilatère de se modifier sous l'influence de l’inégal allongement des barres.
- L’ensemble du châssis constitue par conséquent un trapèze rectangulaire dont un des côtés, celui du bas, peut prendre différentes inclinaisons. Ce côté mobile se prolonge au delà du trapèze, et la lame impressionnable est fixée à un point de ce prolongement, déterminé d’avance par le calcul.
- Quant au côté opposé du châssis, il se termine par
- un appendice fourchu, dont les deux branches contiennent une entaille en forme de M, au fond de laquelle repose un couteau mobile. C’est à l’une des faces de ce couteau qu’est accrochée l’autre extrémité de la lame impressionnable.
- Il résulte de cette disposition que les deux points du châssis auxquels sont fixés, d’une part, la lame impressionnable, d’autre part, le couteau oscillant, sont à une distance invariable l'un de l’autre, quelle que soit la variation de la température.
- La dilatation de la lame impressionnable a pour résultat de faire osciller le couteau, qui porte à sa partie inférieure un levier. Ce levier transmet le mouvement à l’aiguille indicatrice par l’intermé-
- Thermomètre métallique de M. Tremeschini
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- diaire d’un système dont les résultats sont d'une importance remarquable : point de chaîne, point de râteau, et surtout point de spirale antagoniste.
- Au bas du levier est convenablement appliquée une toute petite pièce en acier qui présente la forme d’un V, dont la section des branches est conique et le sommet du cône retourné vers l’axe de l’aiguille.
- L’axe est sillonné de deux rainures divergentes, et l’angle de ces rainures est en rapport exact avec celui des deux branches.
- Enfin les deux branches se trouvent incessamment engagées et maintenues dans les rainures de l’axe, au moyen d’une toute petite paillette placée également en bas du levier.
- Il est maintenant facile de comprendre que, toutes les fois que le levier subira une impulsion quel
- conque de la part de la lame impressionnable de l'instrument, son appendice V transmettra nécessairement, et sans temps perdu, ce mouvement à l’axe de l’aiguille, quelle que soit l’entité de l’impulsion reçue, et quel que soit le sens (aller ou retour) dans lequel l’impulsion s'est opérée.
- Ce thermomètre réunit donc les conditions indispensables aux observations sérieuses, puisque, dans la construction de cet instrument, l’inventeur a eu pour but d’éviter les courbes, l’accouplement de deux lames, et d’obvier aux inconvénients signalés par le savant Tyndall dans l’emploi des thermomètres de verre.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16826 — Typographie A. Lahure,rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 323. — 9 AOUT 18 7 9.
- LA NATURE.
- LES NUBIENS
- DU JARDIN D’ACCLIMATATION.
- De nouveaux habitants de la Nubie, chasseurs de bêtes sauvages, sont venus encore cette année chercher au Jardin d’Acclimatation de Paris le succès que leurs compatriotes y avaient obtenu il y a deux ans. Nous avons
- revu leur campement bizarre sur la vaste pelouse du Jardin ; nous avons retrouvé les longs et larges glaives dont ces Nubiens font un si terrible usage dans leurs chasses à l’éléphant, leurs sagaies barbelées, leurs pittoresques draperies blanches bordées de rouge comme les laticlaves romains, leurs étranges coiffures ointes à profusion d’un suif blanc de neige. Ces hommes, admirables statues de bronze, présentent lés mêmes caractères d’élégance un peu féminine, la même sveltesse nerveuse, le même visage aux traits fins et éminemment caucasiques malgré la teinte foncée de leur peau. Nous ne nous étendrons pas d’ailleurs longuement sur eux,
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- M.s, r " "25,
- Petit )
- Femmes Nubiennes du Jardin d'acclimatation. (D’après une photographie de Pierre
- préférant renvoyer nos lecteurs à l’article que nous avons consacré en 1877 à leurs prédécesseurs à Paris 1.
- Nous dirons seulement qu’en fait de Nubiens purs, c’est-à-dire de la race des Bedjas, il se trouve seize hommes, Hadendoas et Halenqas principalement, et deux femmes appartenant chacune à l’une de ces deux grandes tribus du Taka.
- 1 Voy. la Nature, 5e année, 1877, 2e semestre (n° 221, du 25 août), p. 198.
- Dans la première caravane figurait principalement un groupe d'Hadendoas, dans celle-ci nous avons remarqué six Halenqas qui, par le type, ne sont pas sensiblement différents des autres Nubiens : même costume, mêmes mœurs, même physionomie. Toutefois, un intérêt historique particulier s’attache à cette tribu, dont l’antiquité remonte à une époque très reculée. Les Halenqas, c’est-à-dire les gens de de Halcn, au
- raient vraisemblablement fourni une dynastie royale à l’Ethiopie. A Axum, ancienne capitale de l’Abyssinie, existent de très vieux monuments chargés d’inscriptions • hiéroglyphiques et qui datent pour le moins d’un siècle ou deux avant l’ère chrétienne: or, parmi les titres donnés à un des rois d'Éthiopie en l’honneur desquels ces inscriptions ont été gravées, figure celui de Bese-Ha-len, qui signifierait à peu près « chef de la famille ou de la tribu de Halen. » Les conducteurs de girafes, de petits bœufs bossus et de chèvres africaines, les chasseurs d’éléphants du Jardin d’Ac-climatation seraient donc les descendants d’une famille qui
- régna autrefois sur la mystérieuse Ethiopie. N’est-ce pas là une singulière destinée ? Les ancêtres ont porté le sceptre et la couronne, ont étendu leur empire
- de la mer des Indes au Nil, ont soumis les peuplades noires des régions inconnues, ont combattu les Égyptiens, les Grecs des Ptolémées, les Arabes des rois de Saba et d’Hadhramaut, ont élevé des monuments, des obélisques couverts de caractères étranges destinés à transmettre à la plus lointaine postérité le souvenir de leurs conquêtes et de leurs hauts
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- 7* année. — 2e semestre
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- LA NATURE.
- faits. Les descendants chassent aujourd’hui les fauves dans les forêts épaisses des bords de l'Atbara et dans les plaines tantôt herbeuses, tantôt désolées du Taka, et pour le compte de négociants européens conduisent leurs prisonniers dans les Jardins zoolo-giques d'Europe où les curieux les contemplent et leur donnent des sous qu'ils savent, du reste, très bien quêter après avoir donné quelque représentation.
- Une des deux femmes de la troupe actuellement au Jardin d’Acclimatation appartient à cette tribu des Halenqas; l’autre est une lladendoa. Toutes deux se ressemblent fort d’ailleurs et présentent tous les caractères ethniques des Bcdjas. Encore jeunes, assez jolies, elles n’ont point cependant ni la beauté de forme, ni l'élégance d’allure des hommes. Chez les peuples non civilisés, la femme est souvent, comme chez les oiseaux, intérieure en beauté au sexe mâle. La taille est relativement moins élevée, le corps moins svelte, la démarche moins souple chez la Nubienne que chez le Nubien. Leur costume sied peu du reste : ce ne sont plus les nobles dra-peries ornant le corps plus qu’elles ne le couvrent et laissant voir les membres vigoureux et forts d’une race de chasseurs agiles eX intrépides. Les femmes, au contraire, s’enveloppent et s’encapuchonnent même dans de grandes pièces d’étoffe blanche à l’origine, mais devenue grise ou bistrée par l’usage. Tout le corps est dissimulé et la femme a tout à fait l’air de ce que nos dames appellent « un paquet ». Ce n’est pas pourtant que ces pièces de cotonnade plus artistiquement portées ne puissent produire un effet heureux. Le contraste du blanc et du brun rouge et bronzé de la peau pourrait faire aussi bien chez la femme que chez l’homme, d’autant plus que de larges bordures imprimées, de nuances très variées, mais où dominent le rouge cl le jaune, serviraient de transition entre le ton de la peau et la couleur éclatante de l’étoffe.
- La physionomie assez douce des deux jeunes femmes reçoit un certain caractère d’étrangeté de l’ornement qu’elles portent à la narine droite qui est perforée : l’une y a un anneau d’argent, l’autre un bouton en corne noire de buffle. (Ces objets ont été enlevés dans la photographie reproduite ci-con-tre.) Mais la coiffure des deux Nubiennes n’est pas moins remarquable que celle des hommes; les cheveux coupés assez courts ne descendent pas plus bas que le sommet des épaules et sont divisés en mille petites tresses formant chacune la spirale. Ces cheveux ne sont pas le moins du monde laineux ; d’un noir intense, ils sont oints d’une huile qui leur donne du brillant. Dans leur pays, les Nubiennes extraient cette huile du ricin, et exhalent ainsi l’odeur nauséabonde et écœurante du célèbre purgatif. Il ne nous a point paru que les deux femmes du Jardin d’Acclimatation se soient servi de ce liquide pour leur coiffure, car nous n'avons pas constaté dans notre visite qu’elles sentaient l'huile de ricin. Cette coiffure en tresses est d’une haute antiquité, on la retrouse sur la tête de jeunes filles éthiopiennes
- figurées dans les antiques monuments de l’Égypte.
- Aux bras elles portent un grand nombre d’anneaux en corne de buffle qui leur couvrent tout le poignet et remontent jusqu’au milieu de l’avant-bras; on dirait une collection de porte-bonheur. Mais, ce qui est encore plus curieux, c’est l’espèce de tatouage dont elles ont orné leurs bras ; on remarque, en effet, sur la partie de l’avant-bras qui, de l’endroit où s’arrêtent les bracelets, va jusqu’au coude, une série de taches de nuance plus claire que la peau, formant une moucheture régulière, placées qu’elles sont en lignes droites suivant la longueur du bras et à égale distance les unes des autres. Ces taches claires sont dues à la décoloration du pigment par suite de brûlure. On en voit, il est vrai, de semblables chez les hommes, mais isolées et sur dilfé--rentes parties du corps ; celles-ci, de l’aveu de ceux qui les portent, ont été produites par le feu que dans ces pays on applique à titre de remèdes. La régularité et le nombre de ces traces de brûlure chez les Nubiennes démontrent, au contraire, l’existence d’une sorte de tatouage curieux comme procédé.
- En voyage, les femmes montent à chameau comme les hommes ; toutefois, elles ont à leur usage une espèce de palanquin fermé et bas en natte tressée de diverses couleurs, principalement jaune pâle et jaune d’or, rouge et noir. Les selles d’hommes sont de leur côté fort brillantes : elles sont garnies de drap rouge et couvertes de broderies en perles de verre de couleur et en petites coquilles blanches.
- Dans la troupe qui est au Jardin d’Acclimatation, outre les Bedjas, il y a trois individus appartenant à deux types bien différents : nous voulons parler d’un Galla et dedeuxBazzas. Ces derniers sont bien, géographiquement parlant, des Nubiens, mais leurs caractères physiques les distinguent très nettement des Bedjas. Bien qu’à les voir dans leur ensemble, on est frappé de la différence des deux types, malgré l’analogie des vêtements et de la taille également élevée. Tandis que le Bedja est d’un beau ton de bronze rouge, le Bazza a le teint noir sans aucun rellet ; la face, au lieu d’être ovale, est plus large et plus courte; les mâchoires sont puissantes, sans prognathisme cependant, les pommettes sont saillantes; les lèvres sont fortes et pourtant les cheveux ne sont pas laineux. C’est un noir et non un nègre. La barbe plus fournie que chez les Bedjas est légèrement crespelée. Enfin la structure générale est plus massive et d’aspect plus vigoureux qu’agile. Ce n’est pas que l’ensemble soit disgracieux, au contraire, car il donne l’idée de la force. En résumé, si le Bedja rappelle quelque belle statue en bronze florentin de l’Apollon ou du Bacchus indien à la carnation féminine et molle, le Bazza fait naître l’idée d’un Hercule en fonte de fer noire. Cette tribu passe d’ailleurs dans le pays pour être d’origine bien distincte de celle des Bedjas ; elle a la réputation d’être très barbare et est redoutée de tous ses voisins qu’elle attaque et qu’elle pille avec l’impunité que
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- lui assurent les rudes montagnes où elle fait sa résidence. Les deux individus qui se sont joints à la caravane en ce moment à Paris seraient des transfuges, chassés de leur tribu pour des causes inconnues.
- Enfin, le Galla est le représentant d’une race très répandue en Afrique. C’est à coup sûr un nègre, car il est du plus beau noir luisant qu’on puisse voir et ses cheveux absolument laineux sont même presque insérés par touffes ou plutôt par cordons sur toute la surface du crâne. En revanche, il est grand, bien fait et d’une belle musculature. La face ronde ne présente point de prognathisme; le nez court est néanmoins à peine épaté. Les tribus gallas qui se trouvent au sud de l'Abyssinie et dont l'individu en question est originaire, ne sont point, paraît-il, indigènes dans la région qu’elles occupent. Leur nom de Galla signifie « exilé », et ces noirs se donnent à eux-mêmes le titre d'Ilm-Orma, « les hardis guerriers ». Leurs traditions leur donnent pour berceau les montagnes de l’intérieur de l’Afrique, dans la région du Haut-Nil, et peut-être même, croit-on, les bords des deux grands lacs Victoria-Nyanza et Oukereoué. En tout cas, il semble presque certain que les classes élevées, les familles royales dans les états noirs visités par les voyageurs en quête des sources du Nil, les Speke, les Grant, les Baker, les Stanley, les Gordon sont de race Galla. Le célèbre Mtesa, roi de l’Ouganda, et ami de Speeke et de Stanley lui-même, serait un Galla. C’est d’ailleurs une race supérieure par son intelligence comme par son type physique aux autres races nègres de l’Afrique centrale.
- Nous ne voulons pas terminer cet article sans signaler à l’attentjon du public les jolis chevaux qui font partie de la caravane nubienne. Ces animaux sont de la race de Dongolah ; ils sont nerveux et élégants et rappellent les beaux types des chevaux barbés, dont ils diffèrent cependant un peu par leur chanfrein busqué. Ils présentent un intérêt très vif pour les zoologistes et les amateurs d’hippologie.
- Girard de RIALLE.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Cultures du champ d'expériences de la station agronomique de Grignon-, par M. P. P. DEHÉRAIN, avec la collaboration de MM. Boreau, Monnet et Nanlier. I broch. in-8. Paris, G. Masson, 1879.
- Suivant l’heureuse expression de l’auteur, l’engrais est la matière utile à la plante qui manque au sol ; l’en-grais doit varier de composition avec la nature de la terre arable; il doit uniquement fournir à celle-ci le complément des aliments nécessaires à la plante; ce qu’il apporterait en outré constituerait une dépense stérile. Notre savant collaborateur a entrepris de fixer par l’expérience cette importante notion de matière complémentaire, qui est le propre de l’engrais. Le mémoire qu’il publie est le résultat de quatre années d’expérimentations dont nos lecteurs connaissent déjà l’importance et dont tous nos agriculteurs ne manqueront pas de profiter amplement.
- Diagnoses plantarum novarum vol minus Cognitarum mexicanarum et centrali americanarum. Auctore W. B. Hemsley. 1 brochure in-8. London. Taylor and Francis, 1879.
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- FREIN CONTINU A -AIR COMPPRIMÉ
- SYSTÈME WESTINGHOUSE.
- Dans la Nature du 29 juin 1878, nous avons donné la description de deux des principaux types de freins continus qui sont expérimentés actuellement parles ingénieurs de nos grandes Compagnies de chemins de fer; nous allons dire maintenant quelques mots du troisième type et non le moins ingénieux de tous les freins à air comprimé, système Westinghouse, qui est essayé aujourd’hui en Angle, terre par plusieurs Compagnies anglaises, et en France, par celle de l’Ouest qui l’a appliqué notamment sur les trains du chemin de fer de ceinture à Paris.
- Dans la disposition première de ce système de frein, un réservoir à air comprimé était installé sur la locomotive du train et mis en communication par une conduite spéciale régnant sur toute la longueur du train avec les cylindres à frein dont chaque véhicule est muni. Le tuyau partant du réservoir de la machine est garni d’un robinet à trois voies au moyen duquel le mécanicien peut envoyer l’air comprimé dans toute la conduite, et de là dans les cylindres à frein quand il veut déterminer le serrage; pour desserrer, au contraire, il lui suffit de laisser Pair de la conduite s’échapper dans l’atmosphère, en donnant au robinet une position convenable.
- Plus tard, enfin, le fourgon d'arrière a été muni également d’un réservoir à air comprimé semblable à celui de la machine afin de permettre au garde de serrer les freins de la queue du train par une manœuvre analogue en cas de séparation des deux tronçons, dans une rupture d’attelage, par exemple.
- Ainsi installé, le frein ne fonctionnait pas de lui-même lorsqu'il se produisait dans les tuyaux une avarie quelconque, il n’était pas automatique, en un mot; mais dans la disposition que nous allons décrire, au contraire, M. Westinghouse est arrivé à réaliser pleinement cette condition importante, et tant que le train roule sans difficulté, le mécanicien est entièrement sûr qu’il ne s’est produit aucun, accident et que le frein pourra fonctionner immédiatement en cas de besoin.
- Dans ce nouveau dispositif, en effet, la pression de l’air comprimé règne d’une façon continue dans la conduite générale du train, et toute avarie, toute rupture d’attelage, tout accident qui mettrait l’inté-rieur de cette conduite en communication avec l’atmosphère, y déterminerait une dépression et entraînerait par là même le serrage de freins.
- Les figures 1, 2 et 5 représentent les organes
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- principaux de l’installation du frein automatique.
- Chaque véhicule est muni d’un réservoir à air comprimé R indiqué sur la figure 2 et pouvant être mis en communication, comme on le voit, par l’intermédiaire du tuyau m et de la valve M, soit avec le cylindre à frein E du véhicule, soit avec la con duite générale G. Ce réservoir est toujours relié à la'
- conduite tant que le frein ne fonctionne pas, et la pression de l’air s’établit ainsi d'une manière uniforme dans tous les réservoirs du train.
- L’organe chargé d’établir automatiquement la communication avec le cylindre E quand les freins doivent être serrés, est une merveille de disposition ingénieuse et élégante, c’est la triple valve indiquée
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- Aspination / d‘aair
- 1 f I
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- Fig. 1. — Vue extérieure de la locomotive munie du réservoir d’air comprimé et de la pompe d’aspiration, pour le fonctionnement du frein à air continu. (Expériences des trains du chemin de fer de ceinture, à Paris.)
- en M dans la figure 2 et représentée en coupe dans la figure 3.
- Elle se compose d’un piston P muni d’une tige pouvant s’élever ou s’abaisser dans l’espace A suivant le sens de la pression qui le sollicite. Ce piston, qui reste habituellement soulevé, établit dans
- cette position par l’intermédiaire du canal du milieu non obstrué alors par la tige inférieure la communication avec A de la chambre inférieure. Cette chambre est isolée, au contraire, par la fermeture du canal quand le piston est abaissé, comme c’est le cas représenté sur la figure.
- Fig. 2. — Vue inférieui’c de la machine et d’un wagon munis de l’appareil automatique.
- R
- a
- Dans la situation représentée sur la figure on voit que l’air venant du réservoir peut se rendre en même temps dans le cylindre à frein en suivant le chemin indiqué par les flèches, et déterminer par sa pression le serrage des freins. Les choses resteront dans le même état tant que la pression ne sera pas relevée dans la conduite G, ce que le mécanicien peut déterminer facilement sur sa machine par une manœuvre convenable du robinet à trois voies ; dès lors la pres-
- sion de l’air transmise dans la chambre inférieure, combinée avec l’action du ressort inférieur, se trouvera suffisante pour relever le piston P, et dans son mouvement ascensionnel celui ci isolera, comme nous allons le dire, le tuyau F de la chambre A et le mettra même en communication avec l’atmosphère, au moyen du tuyau e; il détruira ainsi la pression dans le cylindre à frein et amènera un desserrage complet. La pièce T forme en effet un tiroir mobile compris
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- -Si
- entre les deux butoirs de la tige du piston elle s’élève et s’abaisse avec celle-ci. Quand le piston P sera arrivé vers le haut de la chambre
- A, le bord du tiroir aura dépassé l’orifice O qui se trouvera mis ainsi par l’intérieur du tiroir en communication avec le tuyau e.
- Alors, les choses sont revenues au même état qu’avant le serrage.
- Si le mécanicien voulait se contenter seulement de serrer progressivement les freins comme dans les cas où il aurait une rampe à descendre, par exemple, il lui suffirait d’ouvrir un instant la communication de la conduite G avec l’atmosphère, en la fermant ensuite immédiatement. Dans ces conditions, le piston P s’abaisse légèrement, et avec lui le tiroir, ce qui amène un peu d’air dans le cylindre à frein ;
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- H’ 1 Mi
- Fig. 5. — Coupe de la triple valve.
- puis le piston se relève, et si la manœuvre est bien faite le frein reste légèrement serré sans trop presser
- les bandages des roues.
- Comme une simple dépression dans la conduite suffit pour déterminer le serrage des freins, on voit qu’il sera facile de donner aux gardes ou au
- voquée à dessein, l’air se rend
- Fig. 4. — Accouplement de deux tuyaux.
- chef de train la
- possibilité de les serrer en mettant à leur disposition un robinet qu’ils ouvriront sur la conduite.
- De même dans le cas d’une rupture d’attelage, le frein se serrera de lui-même sans l’intervention d’aucun agent, puisque la rupture établira la communication avec l’atmosphère.
- Les accouplements des tuyaux de la conduite sont disposés d’ailleurs de façon à ne jamais les obturer dans ce cas et à se séparer sans se briser. Cet accouplement est représenté dans la figure 4; on voit que les tuyaux sont réunis par une surface courbe et retenus par deux petites saillies. En outre les deux pièces emmanchées sont pressées l’une contre l’autre par l’élasticité
- Fig. 5.
- Valve de fuite.
- des rondelles de joint en caoutchouc et de petits ressorts intérieurs.
- Ajoutons, enfin, que cette propriété précieuse de déterminer automatiquement le serrage des freins
- lorsqu'il se produit dans la conduite une dépression quelconque peut devenir un inconvénient dans le cas d'une fuite légère, par
- exemple.
- Pour y remédier, M. Westinghouse a établi sur le tuyau, un peu avant le cylindre à frein, une petite valve verticale formant soupape destinée à empêcher le serrage du frein dans le cas d’une dépression très faible.
- Cette soupape, représentée dans la figure 5, reste appuyée sur son siège et n’intercepte pas l’échappement de l’air par le tuyau supérieur tant que l’air arrive en petite quantité dans le tuyau inférieur et le cylindre à frein, comme c’est le cas, lorsqu’il s’est produit dans la conduite une fuite légère.
- Au contraire, si la dépres
- sion y est considérable, comme lorsqu'elle est pro
- en grande abondance dans le cylindre à frein, la pression s’élève dans le tuyau inférieur, la soupape est maintenue soulevée et hermétiquement appliquée contre le joint supérieur en caoutchouc qui
- amortit le choc;
- on évite ainsi toute perte d’air pour le serrage du frein. M. Westinghouse a donné à cette soupape le nom de valve de fuite, Leakage-Valve.
- On voit par ce rapide aperçu tout ce qu’il y a d’ingénieux dans la disposition du frein à air comprimé; ajoutons enfin que M. Westinghouse, qui ne cesse d’en étudier et d’en perfectionner les détails, vient encore d’y ajouter une nouvelle valve régulatrice que nous ne pouvons décrire ici, à l’aide de laquelle le colage des roues peut être évité d’une manière à peu près complète malgré la réduction de vitesse sous l’action du frein.
- Les études théoriques vérifiées d’ailleurs par les belles expériences du capitaine
- Douglas Galtin montrent qu’on obtient un arrêt beaucoup plus doux et rapide en modérant graduellement l’intensité du serrage à mesure qu’on réduit la vitesse, et en évitant de caler les roues,
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- ce qui a d’ailleurs l’inconvénient d’occasionner des avaries grandes dans les bandages.
- L. Raclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
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- OBSERVATIONS
- RECUEILLIES
- PENDANT LE VOYAGE DE LA FRÉGATE LA MAGICIENNE.
- Extrait d’une note lue par M. l’amiral Serres, à l’Académie des sciences, dans la séance du 9 juin 1879.
- La frégate ta Magicienne .a quitté Brest à la fin de l’année 1876. Dès la première relâche à la Praya (îles du Cap-Vert), M. Lemercier, lieutenant de vaisseau, a commencé une série d'observations magnétiques qui a été continuée pendant toute la campagne. Dans chaque lieu, l’inclinaison, la déclinaison et l’intensité ont été déterminées au moyen du théodolite de M. Marié-Davy.
- M. Dubois, médecin en second de la frégate, a commencé aussi à la Praya la collection des fonds de mer demandés par l’Académie. Ces fonds ont été recueillis de préférence sur les ancres au moment ne l’appareillage; ils appartiennent par suite à des couches relativement profondes, plus fixes et plus homogènes que les couches superficielles. Il est regrettable que le temps et les instruments nous ait manqué pour faire des sondages par de grandes profondeurs.
- Après une relâche sans intérêt à Montevideo, la Magicienne a fait route pour le détroit de Magellan ; elle a remonté ensuite les canaux qui longent la côte ouest d’Amérique et vont déboucher au sudà du golfe de Peias. Dans ces parages, il y avait faire une riche moisson. M. le Dr Savatier, médecin en chef de la division, s’est mis à la tête des chasseurs et des explorateurs; un grand nombre de spécimens des trois règnes ont été recueillis, quelques espèces rares et même nouvelles ont été trouvées. MM. les professeurs du Muséum ont bien voulu faire préparer les éléments d’un compte rendu dont M. Savatier s’occupera dès son retour.
- Au cours de notre navigation dans les canaux, nous avons rencontré nombre de pirogues montées par des habitants de la Terre de Feu (Fueginos) ou plutôt par des habitants des îles qui s’étendent à l’ouest de la Terre de Feu proprement dite. Ces sauvages profitent de la belle saison pour remonter vers le nord et jouir des bienfaits d’une nature moins inclémente. Ils voyagent dans de mauvais bateaux au moyen de quelques rames grossières. En général, faibles, paresseux, rabougris, ils ne savent fabriquer que des instruments de chasse, de pêche et de guerre très imparfaits. Vivant au milieu des loups marins, dont la fourrure est si chaude et si facile à assembler en vêtements, ils restent à peu près nus; les huttes qu’ils construisent peuvent
- à peine passer pour un abri. C’est la race la plus abjecte que j’aie jamais rencontrée, et, chose étrange, cette race est éminemment sobre : leFuégien re-pousse toute boisson fermentée; il ne s’enivre jamais, montrant ainsi qu’il est d’une famille qu’on peut voir dégradée, mais qu’on ne peut comprendre sans une vertu.
- Après avoir franchi le détroit de Magellan, la frégate a visité Lota, dans le golfe d’Araucanie, Val-paraiso et la baie du Callao. Entre ces divers points, les études relatives aux vents et aux courants ont été continuées ; sur le dernier, les observations magnétiques ont même pris un intérêt nouveau. M. Lemercier a pu transporter son théodolite presque au sommet des Andes; nous l’avons accompagné en suivant le chemin de fer de la Oroya, une voie dont les rails doivent unir la côte du Pacifique aux rives de l’Amazone, une folie qui pourrait devenir une merveille. Du Callao nous nous sommes rendus à Ancon, petit port situé à quelques lieues dans le nord de Lima et voisin d’une nécropole indienne où nous nous proposions de faire des fouilles.
- Ces fouilles ont été dirigées par M. Savatier et par M. de Cessac, jeune voyageur envoyé en mission par le département de l’instruction publique. L’importance des résultats n’est pas encore connne; ce que je puis annoncer à l'Académie, c’est que nombre de squelettes, de vases, d’ustensiles ont été trouvés et que les éléments d'une belle étude ethnographique ont été réunis. Si ces éléments parais • sent incomplets, il sera facile de s’en procurer de nouveaux : le nombre de sépultures intactes est encore considérable.
- Une traversée rapide nous a conduits d’Ancon à San Francisco. Ce n’est point ici le lieu de parler des merveilles de ce pays où la paix, la sécurité, la culture intellectuelle et toutes les élégances de la civilisation ont remplacé, dans l’espace d’un quart de siècle, les désordres et les violences des premiers jours; qu’il me soit permis seulement de rendre hommage à l’empressement, je devrais dire au zèle, avec lequel les Américains nous ont initiés à la connaissance de leurs industries et de leurs institutions. La rade de San Francisco est une de celles où l’on peut se faire une idée juste des progrès que la marine à voiles, stimulée par la concurrence de la marine à vapeur, a pu, grâce à l’emploi du fer, accomplir dans ces derniers temps. Chaque année l’Angleterre expédie en Californie des centaines de clippers (fig. 1.), dont le port va jusqu’à 2000 tonneaux. Ces navires, longs, étroits, fortement mâtés, grands marcheurs, apportent pour un fret modique des marchandises de faible valeur; ils reviennent en Europe avec du blé qu’ils chargent à 50 ou 60 fr. la tonne. Les armateurs se plaignent et continuent leur trafic. La supériorité de marche des clippers à voiles, élément indispensable de leur succès, est due non seulement à leurs formes, mais aussi à l’excellente organisation de leur voilure, et le trait caractéristique de cette voilure c’est sa grande éléva-
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- ce Ct
- tion. J’insiste sur ce point, parce qu’une série d’observations faites sur la Magicienne donne raison aux constructeurs qui, contrairement aux usages
- anciens, ont agrandi les voiles hautes aux dépens ; des voiles basses. Pendant la campagne, un anémomètre de Robinson a été observé toutes les heures à une altitude de 8 mètres; deux fois par jour ce même instrument a été observé à une altitude de 36 mètres. Sauf de très rares exceptions, la vitesse du vent a toujours été trouvée plus grande dans le second cas que dans le premier, et le rapport moyen déduit de milliers de lectures a été de 12 à 10. On voit par là combien il importe d’aller chercher la puissance motrice dans les régions supérieures. Je présente à l’Académie un spécimen des matures nouvelles. On pourrait les croire dangereuses, mais les cordes métalliques ont des propriétés que les constructeurs ont su utiliser, et d’ailleurs l’expérience a donné raison de leur audace.
- Le moment étant venu de visiter l'Océanie, la frégate a fait voile pour Tahiti. Nous avons, en chemin, touché aux Marquises et traversé le groupe des Pomotou. La précision des atterrages nous a confirmés dans la confiance que nous inspiraient déjà nos chronomètres. Ces instruments, que M. le directeur général du Dépôt des Cartes nous avait confiés au nombre de dix, avaient été mis aux mains de M. Lemercier. Les résultats qu’il a obtenus en déterminant et en appliquant les coefficients de température donnent la mesure de ce qu’on peut attendre des montres marines actuelles lorsqu’elles sont nombreuses et en bonnes mains. Pendant notre longue campagne, nous n’avons jamais constaté une erreur de plus de 2 milles, et les longitudes, déterminées a posteriori pour certains points douteux, tels que les Marquises, seront, sans nul doute, exactes à la seconde du temps.
- A Tahiti, un observatoire a été organisé; plusieurs étoiles australes ont été observées ; les calculs qui doivent précéder leur insertion au catalogue seront bientôt déterminés.
- L’ethnographie de la race polynésienne a été l’objet d’études si savantes, qu’il siérait mal à des voyageurs sans compétence d’émettre une opinion sur le même sujet. Qu’il me soit permis cependant de vous faire part d’une impression qui a été trop générale pour ne pas toucher par quelques points à la vérité. Nous avons vu des familles d’Indiens dans toute l’Amérique, Fuégiens , Patagons, Arau-cans, naturels du Pérou et de la Bolivie, habitants des provinces du nord, gens de la côte et de l’intérieur : presque tous ont une physionomie morne et manifestent une sorte de répulsion pour l’Européen ; leurs mouvements manquent de grâce ; ils n’ont point de goût pour les arts; ceux qui vivent au bord de la mer sont des pêcheurs timides, et ce n’est que par la force qu’on en fait des marins. Le Polynésien, au contraire, qu’il soit né aux Sand-wich, aux Gilbert ou aux Tonga, est d’humeur fa-cile et confiante; il a reçu du ciel l’instinct de l’élé
- gante et de la beauté; la femme fait des travaux d’ornement d’une exquise délicatesse; l’homme est supérieur pour les exercices du corps; tous ont
- pour la musique des dispositions surprenantes, et il est des îles, celles du groupe de la Société par exemple, où l’on entend des chœurs d’une harmonie irréprochable. De plus, les Polynésiens sont, sans exception, d’intrépides navigateurs; les femmes ne le cèdent point aux hommes pour l’indifférence aux dangers de la mer, et l’on raconte que la reine Pomaré, dans le cours de sa longue existence, n’a jamais retardé d’une heure, pour raison de mauvais temps, un voyage annoncé. Comment admettre que des peuples de dispositions et d’aptitudes si différentes puissent avoir une origine commune?
- En quittant l’Océanie, nous avons fait route pour la côte du Chili, et nous sommes arrivés à Valpa-raiso le 4 janvier 1878, à temps pour recevoir des mains du capitaine du paquebot l’équatorial et la lunette photographique destinés par l’Académie à l’observation du passage de Mercure.
- Les instruments et leurs accessoires ayant été trouvés en excellent état, il ne restait qu’à régler l’installation de l’observatoire et à préparer les cb-servateurs. Ces soins ont été dévolus à M. le commandant Fleuriais, que son instruction et son expérience appelaient naturellement à ce rôle.
- En attendant l’époque où la Magicienne devait quitter les (ôtes du Chili, nous nous sommes occu-pés d’une détermination intéressante pour les marins et les géographes, celle de la différence en longitude entre Buenos -Ayres et Valparaiso. Ces deux points sont reliés télégraphiquement; mais, sur le parcours, il y a plusieurs lignes appartenant à diverses Compagnies. Il fallait obtenir l’établissement d’une communication directe et la libre disposition des appareils pendant quelques heures. Grâce à l’obligeance de M. Zarratea, ministre de la République argentine, les difficultés de détail ont été levés; un officier de rHamelin, envoyé par M. le contre-amiral Allemand, commandant en chef de la station de l’Atlantique sud, a pu recevoir et renvoyer nos signaux. On doit regretter aussi que les circonstances de temps trouvées par M. Martin à Buenos-Ayres n’aient pas été plus favorables ; on doit regretter aussi que nous n’ayons pu disposer, pour fixer les états des montres, que de nos instruments à réflexion. Il n’en reste pas moins acquis que la différence de longitude entre deux points choisis sur les côtes est et ouest d’Amérique est connue à une seconde près, c’est-à dire avec une précision que ne comportent pas les observations lunaires.
- Nous sommes partis de Valparaiso le 20 mars et, remontant la côte, nous avons laissé tomber l’ancre pour la deuxième fois dans la rade du Cal-lao. Obligés, pour le service de la station, d’y séjourner plusieurs semaines, nous trouvant sous un climat analogue à celui de Payta, point choisi à cause de la pureté de son ciel pour les observations
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- du 6 mai, nous résolûmes d’organiser notre observatoire, de le rendre amovible, de faire toutes les études préalables, et de nous transporter prêts et
- armés à Payta quelques jours avant le passage.
- Les dessins envoyés à l’Académie montrent en détail les dispositions adoptées. Les instruments
- Fig. 1. — Clipper à haute voilure faisant le service de Liverpool à San Francisco.
- SB
- < nu II II
- ont été montés sur des piliers en briques ou en béton. Établis au centre de fosses profondes, entou-
- rés après leur érection de matières compressibles, telles que paille, sciure de bois et copeaux, ces pi-
- Fig. 2. — Pointe Saint-Michel, au Havre Molyneux. (Détroit de Magellan et canaux latéraux.)
- Is. 1.: -B 1., V : w 2 ‘ ™,
- liers ne transmettaient aux lunettes aucune des vibrations du sol. Les opérateurs de la lunette photographique et les observateurs du chronographe
- étaient établis sous des cabanes légères; une voile soutenue par des espars mettait l’équatorial à l’abri du vent.
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- -s
- Peu de jours suffirent pour compléter ces prépa- 1 M. Fleuriais commença l’instruction du personnel, ratifs et distribuer les rôles. Sans plus attedre, | Au bout de vingt jours, celte instruction nous pa-
- -mr . h.
- av wa vam TXl l B , e Tan
- A.
- 1
- -s
- A aheer kans .5,
- Fig. 3. — Baie Cherueca. (Détroit de Magellan et canaux latéraux )
- naissant complète et la frégate n’étant plus retenue I fîmes pour Payta. Nous avons mouillé dans ce port au Callao par les exigences du service, nous par- le 28 avril : vingt-quatre heures après, nos lunettes
- Fig. 4. — Baie Olway Golfe de Pénas. (Détroit de Magellan et canaux latéraux ) — Dessins de M. Feyseau, lieutenant de vaisseau, membre de l’expédition de la frégate la Magicienne.
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- étaient remontées. Aucune disposition nouvelle n’a été prise ; seulement on a eu le soin de tracer sur les murs des maisons voisines l’épure du passage,
- et l’on a élevé dans l’ouest de l’observatoire une tente destinée à le protéger contre le vent.
- Pendant les journées qui ont précédé le 6 mai,
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- chacun s est rendu à son poste et l’on a fait des répétitions complètes ; la sensibilisation des plaques a été définitivement réglée. Aussi bien préparés que possible, nous avons attendu le moment décisif. Le 5, nous avons conçu quelques appréhensions : le temps s est couvert et l’atmosphère s’est chargée; mais, le 6, le Soleil s’est levé dans un ciel d'une pureté parfaite, et les observateurs ont pu étudier le phénomène sans interruption.
- Il est inutile de rappeler ici des résultats que 1 on connaît déjà. La réussite a répondu aux espérances ; aussi, je pense que, si des observations analogues doivent être entreprises avec les mêmes instruments, il n’y a point à chercher d’autres dispositions que celles qui avaient été adoptées. Je ne voudrais, pour ma part, ajouter que deux recommandations, celle de drainer les fosses des piliers si l’on s’établit dans un pays pluvieux, celle de donner à l’équatorial des abris moins précaires et plus efficaces.
- Après avoir quitté Payta, la Magicienne a fait pour la seconde fois le tour de l’océan Pacifique, en passant par Panama, les archipels et San Fran-cisco. Au cours de ces diverses traversées, des observations régulières relatives aux températures de l'air et de l’eau, à la force et à la direction du vent, aux variations barométriques, à l’intensité des courants, ont été poursuivies par M. le lieutenant de vaisseau Bretel. Les résultats ont été consignés dans des Bulletins hydrographiques et météorologiques qui seront prochainement réunis et classés.
- A son retour en France, la frégate a touché Val-paraiso, mouillé à l’entrée du golfe de Péas, traversé les canaux et le détroit de Magellan. Une fois encore, nous avons admiré le spectacle étrange et grandiose de ces régions, qui semblent à peine échappées aux convulsions des premiers âges. Plus heureux qu’au début, grâce au talent de M. le lieutenant Feyseau et de plusieurs jeunes officiers formés à son école, nous avons conservé la trace de nos impressions. (Fig. 2, 3 et 4.)
- La difficulté, bien souvent même l’impossibilité de naviguer la nuit dans les canaux et dans le détroit nous ont obligés à de fréquentes relâches. Elles ont été utilisées et nous avons ajouté aux plantes recueillies au Chili, un bon nombre d’espèces, notamment de celles demandées par le Muséum. L’arbre de Winter, le hêtre antarctique, plusieurs conifères, une grande variété de mousses et de fougères ont été transportés dans des bâches avec tout le soin possible. Malheureusement la traversée du cap des Vierges à Sainte-Hélène a été longue, et nos collections ont été soumises à une température trop élevée; beaucoup de sujets ont péri, et, ce qui nous cause un vif regret, nous n’avons pas pu sauver ni un seul de nos fraisiers du Chili, ni une de ces fougères antarctiques qui sont fines comme une dentelle et si légères, qu’un souffle les fait onduler.
- A Sainte-Hélène, M. Lemercier a terminé la série de ses observations magnétiques. La discussion des résultats de son travail sera intéressante; elle confirmera, si je ne me trompe, plusieurs des vérités signalées par Humboldtet Bravais. De Sainte-Hélène, la Magicienne a fait voile pour la France, emportant de sa dernière relâche quelques plants de fougère arborescente, curieuse à cause de leur origine.
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- LE BOLIDE DU 27 NOVEMBRE 1877
- On sait qu un Comité de savants anglais s’est constitué dans le but de recueillir, de publier et de discuter tous les documents qui se rapportent à cette branche d’astronomie qu’on nomme Vastrono-mie météorique. Tous les ans, ce Comité présente à V Association britannique pour l'avancement des sciences, un rapport contenant le résumé de ses travaux. On ne s’étonnera point de l’intérêt qu’un travail de ce genre offre pour les astronomes et pour tous les curieux des sciences physiques et naturelles, quand on saura que le rapporteur est le digne et savant A. S. Herschel, fils de sir John Herschel, et que les membres du Comité sont : James Glaisher, R. P. Greg, C. Brooke , Prof. G. Forbes et Walter Flight. Le « Report of observations of luminous meteors during the year 1877-78 » a paru tout récemment, et parmi les nombreux matériaux qu’il renferme, nous allons extraire quelques détails que nous croyons intéressants sur un bolide qui a été observé vers la fin de l’année 1877.
- C’est le capitaine G. L. Tupman, à qui l’on doit déjà de nombreux travaux d’astronomie, qui a fourni au Comité des météores lumineux, les données et les calculs dont nous allons présenter le résumé.
- Dans la nuit du 27 novembre 1877, à 10 heures 26 minutes précises (t. m. de Greenwich), par un ciel clair, j’observai, dit M. Tupman, un beau bolide, du type normal, qui descendait de 6° environ au-dessus de l’étoile Castor, vers un point situé à 5° ou 6° à gauche de Sirius. Le point terminal était exactement à la même altitude que Sirius, et environ à la même distance à sa gauche. Au début de son apparition, le météore brillait comme une étoile de première-seconde grandeur, et, après avoir parcouru le quart ou le tiers de sa route, on le vit croître subitement en éclat et en diamètre apparent. Il avait l’aspect d’un globe de feu d’un blanc bleuâtre, et laissait derrière lui une traînée, colorée de bleu, de rouge et de vert, de plusieurs degrés de longueur. A ce moment, le noyau pyriforme mesurait de 10 à 12 minutes de diamètre, le tiers environ, ou un peu plus du tiers, du diamètre de la Lune. En surface, le bolide était donc d’une grandeur apparente huit à neuf fois moindre que celle du disque lunaire dans son plein.
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- A peu près aux deux tiers de sa course, le météore commença à diminuer d’éclat, et sa couleur passa au rouge terne; vers la fin, son mouvement devint très lent, si lent que le bolide parut tout à fait stationnaire. Il se voyait alors, au travers d’une brume légère, comme une étoile de la grandeur de Sirius.
- Un point important de l’observation de M. Tup-man, c’est l’évaluation de la durée de la visibilité ou du parcours de la trajectoire apparente suivie par le météore. Voici ce qu’en dit l'observateur anglais : « Je comptai 22 secondes de durée du phénomène, en tenant mentalement compte du temps qui s’est écoulé avant que j’aie commencé à compter ; mais, immédiatement après, en me représentant le trajet à parcourir encore, j’estimai cette durée à 15 ou 16 secondes ; elle ne fut certainement pas moindre que 15 et a peut-être atteint 20 secondes. »
- La trajectoire du bolide était légèrement concave du côté de la constellation d’Orion. Le lieu de l’observation était situé à un demi mille à l’est de l’observatoire royal de Greenwich.
- Les détails que nous venons de reproduire ont leur intérêt, comme toute description des météores lumineux de quelque importance. Mais ce n’est pas là le côté le plus curieux de la relation de M; Tup-man, ce qui la signale particulièrement à l’attention de nos lecteurs, c’est la détermination de la trajectoire, réellement décrite dans l’espace par le bolide du 27 novembre, celle de l’orbite approchée qu’il décrit autour du Soleil, et dont les éléments sont tels que le capitaine Tupman a intitulé son travail « A meteor of Short periodic Time » un météore à courte période.
- Ce qui a rendu possible cette détermination, c’est que — les lecteurs de la Nature l’ont d’avance compris — le bolide du 27 novembre a été vu et observé avec quelque précision par un second observateur dont le nom est d’ailleurs cité plus d’une fois dans les Rapports du Comité des météores lumineux, M. Henry Corder, à Writtle près Chelms-ford (Essex). Voici en quels termes ce savant décrit l’apparition :
- « Nov. 27, 10h 25®. — Au commencement, le bolide était de la 3e ou 4e grandeur, puis atteignit rapidement la première; sa couleur était un rouge foncé, il laissait derrière lui une traînée rougeâtre. Egal en éclat à Vénus, il prit une couleur bleu-verdâtre. » Il décrivit, parallèlement à la ligne qui joint a Orion et p du Taureau, une trajectoire de 38° de longueur, puis, au moment de son plus grand éclat, disparut derrière un nuage. La durée exacte de son apparition n’a pu être notée, mais M. II. Corder l’estime à 5 ou 6 secondes.
- Un troisième observateur a vu le météore, mais seulement vers la fin de son apparition. C’est Mme Ursula Ware, à Clifton Down, Bristol; l’altitude du météore était celle de Sirius ; sa position environ 1 degré à gauche du vertical de Procyon.
- Son mouvement fut presque insensible pendant les trois secondes de sa visibilité.
- De ces données, M. Tupman déduit les coordonnées azimuthales du bolide au moment de son apparition, à l’instant de son plus grand éclat, à celui où sa lumière commença à s’éteindre, et enfin à l’instant de sa disparition ; ces coordonnées se rapportent naturellement tantôt à l'une, tantôt à l’autre de ces trois stations. Elles s’accordent d’une manière remarquable à donner, pour la trajectoire réelle du météore, les éléments qui suivent : •
- « Quand le bolide apparut, il se trouvait à une hauteur verticale de 56 milles (90.2 kilom.) au-dessus de l’embouchure de la Tamise ; à 11 milles au nord de Margate, ou en lat. 51° 33' N., en longit. 1° 21' E. (mérid. de G.). Il se mouvait dans la direction S. 26° E., dans une trajectoire inclinée de 55° à l’horizon, il disparut à la hauteur verticale de 15 milles (20.9 kilom.) au-dessus d'un point situé à 12 milles à l’ouest de Saint-Omer, en France, ou en lat. 50° 45' N., en longit. 2° 0' E., et enfin la longeur totale de sa trajectoire fut de 78 milles (125.6 kilom.) avec une erreur probable de = 5 milles. Le premier radiant était dans la Lyre, en un point distant de 7° du pôle nord de l‘é-cliptique et ayant 340° de longitude.
- Étant connus, pour l’époque de l’observation, la longitude du Soleil, celle de l’apex du mouvement de la Terre, le rayon vecteur terrestre et enfin la vitesse orbitale de notre planète (alors de 19.1 milles ou 50 kilom. 75 par seconde) il fallait en déduire l’orbite du météore.
- Pour cela, M. Tupman calcule la vitesse relative du bolide, c’est-à-dire celle avec laquelle il a parcouru l’arc de sa trajectoire apparente, et en déduit sa vitesse réelle ou orbitale en tenant compte de la vitesse de la Terre. Il remarque d’abord qu’en supposant au météore la vitesse parabolique (19.1 X(2), il eut fallu qu’il parcourut les 78 milles de sa trajectoire en 4 secondes 1/2 et les 50 milles vus par M. H. Corder en 30 secondes. Les données de l’observation ont donné, on l’a vu plus haut, une durée comprise entre 15 et 20 secondes. On peut déjà conclure de là que la vitesse est moindre que la vitesse parabolique, et, par conséquent, que la forme de l’orbite est elliptique. En adoptant le chiffre de 15 secondes, la vitesse relative est seulement de 5 1/4 milles par seconde, correspondant à une vitesse orbitale ou réelle du météore de 20.4 milles ou de 52 k. 8 par seconde, un peu plus forte que celle de la Terre.
- Dans cette hypothèse, partant du fait que le bolide et notre planète avaient alors nécessairement un rayon vecteur égal, M. Tupman déduit d’une relation connue entre ce rayon et les vitesses respectives des deux astres, la valeur du demi grand axe de l’orbite cherchée, et il arrive au nombre 1.1681, la distance moyenne de la Terre étant prise pour unité.
- Ainsi le rayon moyen de l’orbite du bolide est de
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- 170 millions de kilomètres environ, correspondant à une période de révolution de 462 jours.
- En réduisant de moitié la durée de 15 secondes, le demi-grand axe devient 1.5785 correspondant à une période de révolution de 591 jours. Enfin, M. Tupman fait observer que ce n’est pas la peine de calculer dans l’hypothèse d’une durée beaucoup plus grande, puis qu’en admettant 50 secondes, les éléments de l’orbite ne sont pas sensiblement changés. Voici, en définitive, l’orbite la plus probable du inétéore du 27 novembre, qu’on peut avec M. Tupman appeler justement le bolide à courte
- période :
- Longitude du périhélie................ 7006'
- Longitude du nœud ascendant. . 245050'
- Anomalie.............................. 4°16‘
- Inclinaison........................... 15°0‘
- Excentricité.......................... 0°1568
- Distance périhélie.................... 009858 Période de révolution................. 462 jours.
- Mouvement direct.
- D’après M. Tupman, saut l’inclinaison, tous ces éléments sont calculés avec un degré d’exactitude égal à celui des éléments des comètes bien observées.
- Quelques observateurs ont reconnu antérieurement un point radiant d'étoiles filantes très voisin du point radiant de ce bolide et correspondant à une date à peu près la même; seulement on ignore quelle était la vitesse apparente de ces météores. Si ce radiant est réellement permanent, et si l’on constate une vitesse apparente faible, il deviendra probable qu’il existe, dans une position approchée de celle que marquent les éléments ci-dessus, un anneau météorique, presque circulaire, se mouvant autour du Soleil dans une période de révolution qui n’excède pas d’un tiers l’année terrestre.
- On sait que l’on a déjà pu calculer les orbites de quelques bolides ; mais que généralement ces corps ont traversé notre atmosphère avec une vitesse qui dénotait, soit une orbite parabolique, soit une orbite hyperbolique.
- Dans le premier cas, l'analogie avec les comètes non périodiques, c’est-à-dire avec les comètes de beaucoup les plus nombreuses, est manifeste. Dans le second cas, les corps qui sont venus ainsi nous visiter, n’ont fait que traverser notre système solaire. Émanés des profondeurs de l'univers sidéral, ils ont repris leur course, en s’éloignant de nous indéfiniment. Le bolide du 27 novembre 1877, par la brièveté de sa période et la forme peu allongée de son orbite moins excentrique que celle de Mercure, et à peine plus excentrique que celle de Mars, se rapproche des corps planétaires. Les essaims météoriques d'août et de novembre sont des fragments, comme la belle théorie de Schiaparelli ne permet pas d’en douter, des comètes de 1862 et de 1866. Le bolide à courte période et l’anneau auquel il appartient peut être, ne pourraient-ils être regardés comme des fragments d’une planète, ainsi que
- notre cher collaborateur St. Meunier l’a soutenu en thèse générale avec une grande autorité, ou encore des fragments d’un anneau nébuleux, qui, à l’origine de la formation du monde solaire, confondait presque la matière dont il était formé avec la nébulosité à laquelle notre planète doit sa naissance.
- Il y a là, comme on voit, matière à spéculations intéressantes, mais nous ne voulons pas abuser de l’espace que nous laisse la Nature. Ses lecteurs sauront bien suppléer à ce que nous pourrions dire à ce sujet. Amédée GUILLENIN.
- LA BOUGIE ÉLECTRIQUE
- SYSTÈME WILDE.
- L’exposition d’éclairage électrique qui a eu lieu à Londres au mois de mai dernier a mis en évidence quelques systèmes nouveaux et intéressants. Celui que nous allons décrire aujourd’hui mérite une mention toute spéciale à cause de sa simplicité et des résultats acquis dès les premières expériences.
- Quelques mots sur la source électrique. M. Wilde emploie comme M. Jablochkoff des courants alternatifs. La machine qui engendre le courant présente cette particularité que les électro-aimants fixes qui servent à induire le courant dans les bobines tournantes sont excités par une partie de ces bobines tournantes elles-mêmes, ce qui dispense d’avoir une seconde machine séparée de la première et destinée à alimenter les électro-aimants qui, dans les machines Gramme à courants alternatifs, porte le nom d'excitatrice.
- Les modèles établis jusqu’ici peuvent alimenter de quatre à douze bougies1 et dépensent un travail de 110 kilogrammètres (1 cheval 1/2 environ) par bougie.
- La bougie Wilde, représentée en élévation figure 1,
- se compose de deux charbons parallèles de 4 millimètres de diamètre séparés par un intervalle vide de 5 millimètres 1/2 environ. Chaque charbon est fixé dans son support à l’aide d’une pince à ressort représentée en plan figure 2, d’acier plat B courbé en V, à l’extrémité duquèl est fixé un galet D qui, en appuyant le charbon contre M, le maintient, tout
- en lui permettant de glisser de bas en haut et lui
- assure en même temps un bon contact métallique
- avec le support, M.
- Le charbon de droite est fixe, le suppôtt du charbon de gauche C est articulée en A de telle sorte que, lorsque le courant électrique ne traverse pas l’appareil, le charbon de gauche prend la position représentée en pointillé. Un bras horizontal portant une armature en fer placée en face d’un électro-
- 1 A l’exposition d’Albert Hall, M. Wilde a fait fonctionner une machine de huit bougies disposée en deux circuits de quatre bougies chacune. Dans la machine de six bougies les six bougies sont placées dans le même circuit en tension.
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- aimant E, complète le support mobile. Le courant arrivant par la borne de gauche traverse l'électro-aimant E, le support du charbon C, le charbon G, redescend par le charbon de droite, son support et la borne de droite pour retourner à la source élec-
- Fig. 1. — Élévation de la bougie Wilde, 1/2 grandeur. — C. Charbon mobile. — A. Axe de rotation du support du charbon mobile. — B. Ressorts des galets. — E. Électro-aimant.
- trique ou à une autre bougie placée dans le même circuit.
- Les deux charbons se touchant à leur extrémité, le circuit est fermé et le .courant peut passer, mais au moment où il passe, l’électro-aimant E devient actif, il rappelle son armature, le charbon C bascule autour de A et les charbons reprennent leur parallélisme. Cette simple disposition réalise parfaitement V allumage automatique.
- Si, pour une cause quelconque, la bougie s’éteint,
- 1 électro-aimant redevient inactif et le charbon C reprend la position en pointillé prêt à produire un rallumage si le circuit est complet dans les autres parties du système. La bougie brûle donc absolument comme une bougie Jablochkoff sans isolant, à raison de 11 à 12 centimètres par heure avec une puissance lumineuse variant de 600 à 800 bougies, soit 60 à 80 becs Carcel environ. Les charbons, ayant 65 centimètres de longueur, représentent une durée d’éclairage de cinq heures. Avec des charbons neufs, on met environ 20 centimètres au-dessus des supports et 40 centimètres dans le tube représenté en coupe (fig. 1) et qui forme en quelque sorte le magasin de charbon. Au bout d’une heure et demie la bougie s’étant usée, l’arc voltaïque est à hauteur de C environ, il suffit de venir soulever une petite rondelle placée à l’intérieur du tube à l’aide d’un bouton place sur le côté, les charbons étant poussés de bas en haut glissent dans leurs supports grâce aux galets D et la bougie se trouve allongée d’une nouvelle quantité. Cette manœuvre se fait très rapidement sans produire l’extinction de la bougie et ressemble beaucoup à celle des chandeliers de cuisine lorsqu’on soulève le petit bouton de cuivre pour
- Fig. 2. — Plan des pinces à galet. — M. Coins fixes. — D. Galets de cuivre. - B. Ressorts.
- élever plus ou moins la chandelle. Cette disposition est très pratique lorsque, dans une soirée, on n’a pas besoin de plus de cinq heures d’éclairage; elle ne nécessite que deux manœuvres dans la soirée pour pousser les charbons, la première après sept quarts d’heure d’allumage, la seconde après trois heures et demie. Pour des durées plus longues, M. Wilde a disposé en cercle sur un socle horizontal une série de bougies dont la longueur est calculée pour donner une heure et demie à deux heures d'éclairage.
- En faisant tourner ce socle, soit à la main, soit automatiquement, les bougies viennent se placer successivement dans le circuit et se brûler avec cet avantage que la bougie en combustion étant toujours placée au même endroit, elle peut être parfaitement centrée par rapport au globe opale ou niellé qui 1: recouvre. On peut disposer cet appareil de telle sorte que l'ombre portée par les bougies non encore consumées se projette du côté où elle paraît être le moins gênante.
- La bougie peut être renversée et brûle aussi bien que dans sa position naturelle, l’usure des charbons étant seulement un peu augmentée dans cette seconde position.
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- On sait que l’arc voltaïque peut être soufflé comme toutes les flammes; avec la bougie Wilde cette extinction volontaire ou accidentelle ne dure, qu’un instant inappréciable à cause du rallumage automatique. N’y aurait-il pas lieu de rajouter à la bougie Wilde le cadre imaginé par M. Jamin, cadre qui aurait peut-être pour effet de dégager l’arc voltaïque qui, dans le système Wilde, tend à jaillir entre les pointes des deux charbons au lieu de se produire à la pointe même, comme il serait plus avantageux? Il est fort à craindre que chaque inventeur se retranchant dans son système, nous ne puissions voir fonctionner de longtemps encore la combinaison que nous signalons ici et qui, en réunissant les avantages du rallumage automatique et du dégagement de l’arc voltaïque, supprimerait le défaut inverse que chacun de ces systèmes présente à notre avis.
- Quoi qu’il en soit, les résultats obtenus sont satisfaisants, et personne ne pourra contester au système Wilde, entre autres mérites, celui d’une très grande simplicité. Des expériences qui se poursuivent à Londres en ce moment nous diront bientôt sa valeur au point de vue industriel et économique.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- L’HYLODE DE LA MARTINIQUE
- Les Rainettes ou Grenouilles d’arbre, très largement représentées dans les parties les plus chaudes de l’Amérique du Sud, aux Guyanes et surtout au Brésil, sont également connues dans les îles de la mer des Antilles, nous noterons entre autres les Phyllobates de Cuba aux doigts non palmés, à la langue libre en arrière, au palais dépourvu de dents, faisant passage aux Crapauds, les Trachycéphales de Cuba et de Saint-Domingue à la tête rugueuse, les Hylodes aux pouces non opposables aux autres doigts.
- Ces derniers Batraciens sur lesquels l’attention des zoologistes a été tout particulièrement appelée dans ses dernières années grâce aux intéressantes recherches de M. Bavay, de notre marine nationale, sont de petits animaux au corps grêle et élancé, aux formes sveltes et gracieuses, dont les doigts sont minces, complètement libres, dépourvus de palmures et peu dilatables à leur extrémité, de telle sorte qu’ils rattachent les Grenouilles aux Rainettes. La langue est grande, oblongue, à peine échancrée en arrière, libre dans sa moitié postérieure ; les dents qui arment le plancher de la bouche sont insérées, non sur le vomer, mais implantées plus en arrière sur les os palatins. Les mâles, ainsi que cela se voit chez la Rainette de nos pays, ont un sac vocal bien développé.
- De même que chez les Cystignathes, qui appartiennent au groupe des Grenouilles, l'Hylode rayé, qui se trouve à Cayenne, a les extrémités des doigts simplement renflés à la face inférieure, tandis que les doigts sont dilatés en disque plat chez les trois autres espèces qui composent le genre. L’Hylode de Ricord, spécial à l’île de Cuba, se reconnaît à son dos semé de pelites verrues et aux nombreuses taches noirâtres se détachant sur le fond grisâtre
- du corps. Tandis que chez l’Hylode oxyrhynque, a la couleur fauve nuancée de taches d’un brun roussâtre, le museau est allongé, celte partie de la tête est obtuse chez l’Hylode de la Martinique.
- Chez cette dernière espèce, la tête est assez plate, aussi large que longue. Les yeux sont grands, proéminents ; d’un jaune d’or, ils étincellent du plus vif éclat. Les flancs sont légèrement granuleux. Les pattes de devant sont aussi longues que le tronc, tandis que les membres postérieurs sont bien plus allongés. La couleur des régions inférieures est blanche ou grisâtre; le fond des parties supérieures est, en général, d’un blanc-grisâtre, assez souvent piqueté ou nuagé de brunâtre ; une grande tache brune se continuant avec une large bande de même couleur que porte le dos, orne la partie postérieure de la tête ; les membres sont rayés de quelques bandes brunâtres. Chez certains individus le dessus du corps est violacé et l’on voit en travers du front une raie blanchâtre ; une ligne noirâtre borde l’extrémité du museau. Chez d’autres la partie antérieure de la tête porte des taches irrégulières de couleur brune.
- Tels sont les exemplaires que la ménagerie des reptiles du Muséum vient de recevoir de M. Venturini, pharmacien en chef de la marine. Ces Hylodes sont des animaux des plus agiles, et ils s’élancent sur leur proie à une très grande distance. A la Martinique, ils habitent les endroits obscurs, les vieilles murailles principalement, se cachant le jour et ne sortant guère que la nuit. Leur chant est doux, peu strident et se compose de la note couiii, couiii, fréquemment répétée. Le fait le plus intéressant que présente l’histoire de cet animal, est que le petit, à l’inverse de ce que nous connaissons chez les autres Batraciens, subit toutes ses métamorphoses dans l’œuf, de telle sorte qu'il arrive au monde à l’état parfait.
- E. Sauvage.
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- CHRONIQUE
- Essais du canon de cent tonnes à Woolwich. — Les essais du canon de cent tonnes ont commencé au polygone de l’arsenal royal de Wolwich. On sait qu’à la suite du crédit de 150 millions de francs volé en 1878 par le Parlement, les quatre canons de cent tonnes de Sir W. Armstrong ont été achetés au prix de 400 000 francs l’un. Deux de ces pièces sont à Woolwich depuis quelque temps, et c’est l’une d’elles qui est soumise actuellement aux épreuves qui viennent de commencer. Le transport de la pièce au polygone ne laissait pas que d’exiger de grandes précautions, en particulier la consolidation de la voie ferrée, surtout aux passages des ponts. Le canon de cent tonnes a été transporté sur son affût et son châssis et formait ainsi une masse de cent soixante-dix tonnes, qui représentait une valeur de 625000 francs. L’opération a parfaitement réussi. Les expériences de tir ont commencé dès que le canon a été à son poste : le projectile à tête plate, qui a servi à charger la pièce, pesait 912 k. 5 (environ 18 quintaux anglais); comme la pièce et l’affût, il sortait des ateliers d’Armstrong, à Elswick. Il était garni d’un gas check (culot obturateur); son diamètre est un peu moindre que celui de l'âme qui est du calibre de 0m,451, atteignant 0m,502 à la chambre. L’épaisseur de la pièce à la volée n’est que de 0,127, mais à la culasse la chambre à poudre est garnie d’une frette en fer de 0m,81 d’épaisseur, le diamètre maximum de la pièce étant de lm,98. Le canon a une longueur totale de 10m,97, sur laquelle 10m,06 sont
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- LA NATURE.
- S C1
- occupés par l’âme. Lorsque la pièce est en position de tir, la longueur totale de la pièce et de l’affût est de 13m,41. La gargousse contenait 189 k. 7 de poudre cubique dans une enveloppe en toile consolidée avec des bandes de bois. Quand elle était à poste, elle occupait dans l’âme une longueur de 1m,52 ; celle du projectile était de 0m,81. On a disposé des écrans électriques pour la mesure des vitesses, et des appareils Crusherpour celle des pressions à la base du projectile et dans la chambre. On a fait feu au moyen de l’électricité ; le recul a été considérable, la pièce, l'aflût et la plate-forme n'ont pas souffert. La vitesse a été de 484m,6 par seconde, mais le projectile s’étant brisé, ce résultat peut ne pas être exact. En outre, les fragments du projectile et le refoulement des sables ont tellement bouleversé les buttes qu’on a été forcé de remettre à un autre jour la suite des expériences. On prendra des empreintes de l’âme avec de la gutta-percha, mais elle parait en excellent état. (Times.) E. W.
- Une centenaire. — On écrit de Blienschiller, à l Espérance de Nancy :
- Un cas de longévité, extraordinairement rare dans notre pays, vient d’avoir lieu dans notre localité. La veuve Catherine Heusch vient de décéder, à l’âge bien respectable de cent un ans. A l’âge de quatre-vingt-dix ans, ses forces lui permettaient encore de se rendre deux fois par jour à l’Ungersberg, forêt élevée de 904 mètres au-dessus du niveau de la mer, et distante de notre localité de 8 kilomètres, pour emporter deux bottes de bois mort. Cette centenaire a été accompagnée à sa dernière demeure par ses deux fils, dont l’ainé a soixante-quinze ans, par quatorze petits-fils et huit arrière-petits-fils.
- La lutte pour l’existence. — Une page de Darwin : suivant les statistiques officielles 22 851 animaux sauvages et 127 295 serpents ont été détruits par l’homme aux Indes en 1877, tandis que 16 777 personnes sont mortes de piqûres de serpents et 2 918 ont été tuées par les tigres, léopards, loups et autres animaux sauvages. L avantage est à l’homme. (Revue d’anthropologie.)
- Le téléphone dans les églises. — Un téléphone a été placé à Mansfield (Ohio) dans l’église protestante. Les fils aboutissent aux demeures de plusieurs personnes âgées ou infirmes. Le téléphone a été logé au sommet d’un motif de décoration représentant des fleurs, et il est a peine visible. L’orateur n’y fait aucune attention en parlant, et la moindre parole prononcée devant l’auditoire parvient fidèlement dans toutes les pièces du circuit. Les premiers mots du ministre en inaugurant le téléphone ont été empruntés à l’Écriture : « La parole est près de toi. — Sa parole se répand très rapidement. »
- — M. Wurtz fait au nom de M. Lebel une très intéressante communication sur le pouvoir rotatoire d’un alcool amylique obtenu par synthèse. Considérant la molécule d’alccol amylique :
- CIP
- 110. CH
- C5H7
- on remarque que le tétraèdre qu’elle forme est dissymétrique ; c’est à celte dissymétrie que M. Lebel attribue le pouvoir rotatoire; dans l’alcool amylique inactif la dissymétrie n’existe pas, car il n’y a pas de raison pour qu’elle se produise, le résidu 011 placé à gauche dans une molécule pouvant se trouver placé à droite dans une autre, mais si l’on fait végéter, comme l’a fait M. Lebel, des penicillum glaucum dans cet alcool inactif, les molécules dextrogyres sont détruites et le résidu possède un pouvoir rotatoire lœvogère d’environ — 12° pour une longueur de 22 centimètres.
- Cyclones. — Des chutes de pluie ou de grêle, d’après M. Colladon, peuvent entrainer de l’air de haut en bas et produire ainsi une aspiration dans les régions supérieures. Le contraire peut également se produire, et de l’air peut être aspiré de bas en haut; l’auteur de la communication cite un fait curieux qu’il a observé à la cascade de Pissevache, dans le Valais ; vers le sommet, à peu près aux quatre cinquièmes de la hauteur, d’innombrables gouttes d’eau remontent rapidement et semblent aspirées par le vide que produit la chute.
- — M. Paye décrit un tornado qui a fait de grands ravages dans l’État de Visconsin, aux États-Unis; cette fois encore, le météore s’appuyait sur le sol, rasant des champs de blé et balayant de grandes quantités de boue. Sa vitesse était celle d’un train omnibus; il parcourut 128 milles avec 500 mètres de largeur, renversant quantité de maisons et tuant ou blessant une soixantaine de personnes.
- M. Faye lit ensuite une description que Spallanzani fit d’une trombe qu’il rencontra lors de son voyage à Constantinople ; le célèbre observateur dit clairement que le phénomène se forma de haut en bas et que le sommet du cône, arrivé à la surface de la mer, refoula l’eau tout autour de lui comme l’eût fait un immense soufflet.
- Phylloxéra. — D’après M. Guyon, professeur à Bordeaux, il ne se formerait pas, comme le croit M. Boutin, de sucre réducteur dans les racines des vignes phylloxé-rées; la maladie n’exercerait aucune interversion sur le sucre de canne contenu dans les organes attaqués.
- Stanislas Meunier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 août 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Fermentations. — Il résulterait d’un travail de M. Denis Cochin, travail exécuté dans le laboratoire de M. Pasteur, que le ferment alcoolique soluble n’exisle pas; 1 auteur cultivait la levure dans un milieu non fermentescible, filtrait et étudiait l’action du liquide filtré suides substances capables de subir la fermentation alcoolique.
- OBSERVATION
- DE L’OCCULTATION D’ANTARÈS
- LE 28 JUILLET 1879.
- L’état du ciel a mieux favorisé l’observation de ce phénomène qu’on n’aurait pu s’y attendre par la persistance des mauvais temps qui régnent depuis près d’une année. L’atmosphère était d’une transparence rare et d’un calme
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- LA NATURE.
- remarquable. J’ai observé l’occultation au point de vue de la duplicité de l’étoile.
- Antarès (grandeur = 1,7) offrait une coloration orangée plus intense que celle de G Hercule, et son compagnon de 7e grandeur une nuance de vert émeraude approchant du bleu. Le compagnon précède et lorsque le couple arriva près du bord obscur de la Lune, derrière lequel il devait s’éclipser, la petite étoile verte disparût la première, instantanément, puis la seconde orangée avec la même instantanéité. La Lune était à son dixième jour; son bord obscur était absolument invisible, et l’immersion surprend toujours, quoique toute l’attention soit expressément fixée sur elle.
- Le bord obscur où l’immersion s’est opérée n’était pas fort éloigné du méridien éclairé par le Soleil levant, et les pics argentés des montagnes lunaires mettaient hautement en relief la vivacité de l’éclat flamboyant d'Anlarès. Le contraste était celui de l’argent avec la flamme d’une bougie. La triple enceinte du mont Copernic était admirablement dessinée. Le cirque de Mayer était juste sur le cercle terminateur et l’éclairement oblique était dirigé de telle sorte que ce cirque se montrait manifestement posé sur la crête même d'une chaîne de montagnes s’étendant de part et d’autre et surplombant à pic une plaine immense, contiguë à l’est, encore plongée dans la nuit à 8h,30m et dont la surface très accidentée avait toutes ses hauteurs éclairées au moment de l’immersion : 9h,48m.
- L’émersion s’est faite au bord lumineux, à la mer de Humboldt. Le compagnon vert sortit le premier, immédiatement suivi d’Antarès, moment fugil.f suffisant cependant pour montrer que la couleur de la petite étoile n’est pas un effet de contraste dû à la présence de l’étoile orangée, mais bien une couleur réelle et certaine.
- A la sortie comme à l’entrée du bord lunaire sur l’étoile double aucun signe d’absorption ou de réfraction atmosphérique ne s’est manifesté avec certitude. C’est précisément lors d’une occultation analogue que le compagnon d’Antarès a été découvert par Burg en 1819. Alors comme aujourd’hui, il précédait la grande étoile, son mouvement relatif est insensible depuis 60 ans. Voici toutes les observations que j’ai pu réunir :
- 1819,28 270°= n. m. B
- 46,59 270± 2"52 Mt
- 48,02 275,2 5,46 Da
- 48,59 275,0 5,11 Mt
- 48,64 775,5 5,60 Bo
- 49,70 276,2 5,69 Mc
- 55,68 274,6 n. m. Po
- 56,22 275,5 5,2 Ja
- 56,41 275,5 5,0 Se
- 57,18 275,1 5,4 Ja
- 57,40 270.0 5,5 S tu
- 58,55 275.8 5,50 Wr
- 61,09 271,9 n. m Po
- 64,45 275,7 5,67 Da
- 64,44 275,8 5,57 Ua
- 65,56 270,4 2,99 De
- 66,17 272,9 2,92 Se
- 75,42 268,7 5,46 Ws
- 74,62 268,4 5,29 G1
- 75,81 274,0 3,22 Sp
- 76,55 271,5 5,25 lia
- 77,42 273,6 2,86 St
- La divergence des résultats vient des difficultés des
- mesures. Le dédoublement net est très difficile à cause
- du rayonnement d’Antarès et le couple est un test plutôt atmosphérique qu’optique. La valeur des observations
- dépend principalement ici de l’état de l’atmosphère; lundi dernier les conditions étaient exceptionnelles.
- Quoique les deux composantes restent fixes, ce système est physique, car le mouvement propre d’Antarès,
- AR — 03,006 et 0. P. + 07,034.
- en parlant des observations sûres de 1848, aurait malgré sa lenteur amené actuellement la position à 290° et 3",55. Mais les deux composantes restent fixes à 272° - 2° et 3",2 = 0",03.
- L'essai que j’ai fait de plusieurs lunettes et télescopes sur le dédoublement de cette étoile donne la préférence aux lunettes.
- L’étoile voisine cr, de quatrième grandeur, est également double, quoi qu’elle ne soit indiquée comme telle ni dans les Catalogues en général ni dans les Connaissances des temps. Son compagnon, de 9e grandeur, la précède exactement comme celui d’Antarès, mais à une plus grande distance. On le distingue mieux en détournant
- Zénith
- 1
- Occultation d’Antarès, le 28 juillet 1879.
- l’œil qu’en le fixanl 1. Les deux étoiles sont bleuâtres
- Voici toutes les mesures de ce couple :
- 1785,16 270,5 21,67 11
- 1822,45 271,2 20,60 Fo
- 1851,59 271,4 20,5 Sm
- 54,57 274,5 15,0 112
- 58,52 271,6 20,5 Sm
- 46,22 272,2 20,56 Ja
- 47,58 271,1 22,34 Ja
- 55,55 96,0 20,57 Se
- 79,42 272,0 18.0 Cr.
- Je dois la dernière mesure à l’obligeance de M. Cruls, astronome de l’Observatoire de Rio Janeiro, qui pensait sur la foi de la mesure du 5 : Secchi, que ce couple devait être ajouté à mon Catalogue des Étoiles doubles en mouvement.
- La comparaison de toutes les observations montre que ce couple reste fixe depuis près d’un siècle à : 271° ± 1° et à 20" ± 2". L’angle de Secchi est difficile à interpréter; une erreur de 180° donnerait 276°.
- Le mouvement propre de G
- AB — O5 005 et D. P. — 0",01.
- n’est pas assez sûrement déterminé pour que nous puissions rien conclure sur la nature du système.
- Il est rare que la Lune passe devant des étoiles aussi intéressantes et appelle ainsi un instant notre attention sur ces lointains systèmes, à la distance desquels, d’ailleurs, la Terre et la Lune sont complètement invisibles et absolument inconnues. Camille Flammarion.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Laliure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 524. — 1G AOUT 1879.
- LA NATURE.
- S
- TÉLÉPHONE AVERTISSEUR DE M. PERRODON, CONSTRUIT PAR M. TROUVÉ
- Dernièrement, M. le capitaine Perrodon faisait présenter à l’Académie des sciences, par M. Cornu, un système d’avertisseur téléphonique, basé sur le principe suivant : Un téléphone quelconque rend un son continu, élevé et intense quand le courant d'une pile traverse sa bobine et passe en outre entre l'armature et un contact fixe. Si d’autres téléphones sont interposés dans le même courant, ces instruments vibrent tous à l’unisson du premier avec la même intensité.
- Si le principe de l’appareil est simple, dit M. Perrodon dans la Bevue d'Artillerie, l’application était très délicate, et la réussite eût été douteuse sans l’habileté du constructeur.
- La figure ci-contre représente, à demi grandeur, un téléphone Bell ordinaire, transformé en avertisseur par M. Trouvé.
- Ce système d’appel est extrêmement pratique, puisqu’il laisse au téléphone ces deux propriétés précieuses : son transport si facile, son emploi à la portée de tout le monde.
- Cependant, quelques auteurs rejettent a priori tout système d’appel nécessitant l’emploi d’une pile. En fait, au point de vue domestique les avertisseurs sans piles seraient à préférer, tandis que, au point de vue militaire, ils seraient un défaut. En effet, on sait que les avertisseurs
- sans piles ont le grave inconvénient de ne transmettre qu'environ le 136 du son produit au départ et à de faibles distances. Dans l’armée, le
- peste ne pourrait fournir l’appel sans trahir sa présence, et se ferait entendre, par une nuit calme, de 1 à 2 kilomètres de distance. Ce bruit serait en outre très gênant, comme les sonneries, dans un établissement industriel. Un inconvénient encore aussi grave, c’est qu’il ne contrôle pas la ligne et qu’on est obligé quand même d’avoir une pile et un galvanomètre pour
- Fig. 2. — Avertisseur téléphonique indépendant, de M. Trouvé. (Grandeur d’exécution.)
- ce contrôle qui est tout à fait indispensable à la I qui a réalisé le téléphone avertisseur en lui adaptant guerre. Si la pile a des inconvénients, ils ne doivent I son interrupteur, bien connu, de ses appareils 7e année. — 2e semestre. 1 1
- 1•
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- — Téléphone avertisseur de M. J. Perrodon.
- pas être exagérés. Si elle est embarrassante dans les transports, que dire des bobines de câble qu’il faudra emporter? D’ailleurs la pile compense ces inconvénients par le contrôle de la ligne qu’elle fournit, le téléphone servant lui-même de galvanomètre pour cette vérification.
- D’ailleurs, une pile peut desservir deux ou plusieurs postes, comme cela pourrait se faire, par exemple, sur les chemins de fer à une voie, où les gardes-barrières seraient munis de téléphones avertisseurs, remplaçant avantageusement les cloches ordinaires et fonctionnant tous par le courant d’une pile unique et fixe installée à la station voisine.
- Cette condition est réalisée par le téléphone avertisseur.
- Ce téléphone représenté ci-contre (lig. 1) ne diffère des autres que par l’adjonction d’une aiguille A montée sur un axe E muni de deux cames F G fixées à angle droit. Ce système de commutateur distribue le courant, soit au circuit téléphonique par le ressort II, soit au trembleurpar un contact qui s’approche du centre de la membrane pour la mettre en vibration, suivant les positions de l’aiguille.
- L’aiguille placée sur la lettre T (téléphone), le courant ne met pas la plaque en vibration, tandis que
- placée en A (avertissement), le courant passe par le trembleur, dont la plaque téléphonique constitue l'armature.
- Le réglage, à la fois mobile et stable, était très difficile à obtenir. Dans les dispositifs combinés, la production de l’appel exigeait toujours de l’adresse et un certain apprentissage.
- Cela se conçoit, du reste, si nous disons que l’amplitude des vibrations de la plaque n’atteint guère qu’un 130 de millimètre. Cette difficulté a été complètement résolue par M. Trouvé,
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- LA NATURE.
- électro-médicaux, que nous avons publiés dans la Nature (6° année 1878, 2e semestre, p. 530).
- Emploi de l'appareil. — Les téléphones (supposons en deux), étant placés avec la pile dans le même circuit, le poste qui veut avertir tourne lentement son aiguille de T vers A, en arrêtant de suite la rotation dès que l’appareil chante. Le poste appelé, averti par le bruit de son téléphone, qui chante à l’unisson du premier, fait osciller de droite à gauche l’aiguille de son téléphone, ce qui a pour effet d’é-sablir des intermittences dans le chant des téléphones qui était tout à l’heure régulier et monotone.
- A ce nouveau signal, les deux postes remettent chacun de leur côté l’aiguille de leur téléphone sur la lettre T (correspondance téléphonique) et la correspondance est échangée à la manière ordinaire.
- En résumé, voici les principaux avantages du système :
- 1° Extrême simplicité, dépense insignifiante et conservation complète de toutes les qualités du téléphone. Cet avertisseur, qui peut leur être appliqué
- Fig. 3.
- à tous, permet de les placer immédiatement dans les meilleures conditions de réglage;
- 2° Avertissement très bruyant avec deux éléments pour des résistances de 100 à 110 kilomètres, les bobines de deux téléphones entrant déjà pour 90 à 95 kilomètres dans cette résistance.
- La portée et le bruit croissent jusqu’à une certaine limite avec le nombre des éléments employés, ce dernier au point de devenir insupportable.
- 3° Contrairement aux autres systèmes d’avertisseurs, le bruit à l'arrivée est de même intensité qu’au départ. Il sert encore de moyen de contrôle, puisque le système ne peut fonctionner que si la ligne est intacte.
- 4° On peut placer un certain nombre d’instruments sur la même ligne, qui rendront tous simultanément, avec la plus grande fidélité, la note de celui qui commandera l’appel, malgré le plus grand désaccord possible dans la tension des membranes, ce qui suffira au besoin pour distinguer les postes entre eux, comme cela se fait, avec les sonnettes d’appel, par la hauteur du son ou par la différence des timbres.
- Ces avantages le recommandaient tout particulièrement à l’armée, à laquelle il rend des services signalés.
- Il pourrait également remplacer, sur les lignes ferrées simples, les signaux à cloches qui, avec une. installation plus coûteuse, ne peuvent pas rendre des services aussi complets.
- Lorsqu’il s’agit d’utiliser des téléphones existant déjà dont la construction tout à fait exceptionnelle ne permet pas, ainsi que leur mauvais état de conservation, de leur appliquer avantageusement l’avertisseur du capitaine Perrodon,M. Trouvé emploie dans ce cas un avertisseur indépendant que nous allons décrire.
- Le petit trembleur indépendant que M. Trouvé applique comme avertisseur téléphonique en l’intercalant dans le circuit de la pile et des téléphones, n’est autre que le trembleur spécial de son appareil explorateur destiné à la recherche des projectiles enfermés dans les plaies par armes à feu, appareil bien connu par les nombreux services qu’il a déjà rendus et les nombreuses publications qui en ont été faites.
- Ce petit trembleur de grandeur naturelle (fig. 5) renfermé dans une boîte à doubles glaces transparentes, ressemblant à une toute petite montre, sert aussi de commutateur, car l’axe entraîné par l’aiguille est muni de cames à cet effet.
- La position perpendiculaire de l’aiguille, par rapport à l’armature de l’électro-aimant, représentée dans notre dessin, correspond à l’avertissement, c’est-à-dire que la pile, le trembleur et les téléphones se trouvent dans le même circuit.
- La position oblique de l’aiguille, soit à droite, soit à gauche, établit seulement la correspondance téléphonique en supprimant la pile du circuit.
- La disposition élégante de ce trembleur avertisseur ne conviendrait pas aux usages domestiques et à l’armée, aussi M. Trouvé, pour ces nouvelles applications, n’a-t-il pas hésité un instant à sacrifier l’élégance à la solidité et à la sûreté des effets. Il a donc renfermé son petit électro-trembleur, non plus dans une petite boîte de montre à doubles glaces transparentes, mais bien dans une petite auge rectangulaire en caoutchouc durci (ébonite) de 3 à 4 centimètres de longueur sur 1 centimètre 1/2 de largeur et d’épaisseur (fig. 2).
- Cette auge étant complètement étanche, l’électro-trembleur, en dehors des chocs violents qu’il peut supporter sans avaries, vu son faible poids, se trouve aussi préservé des autres causes perturbatrices qui pourraient l’influencer, comme, par exemple, les intempéries de l’atmosphère, la chaleur, l’humidité, la poussière, etc. Il pourrait même être exposé à l’eau sans avoir à subir de détérioration. L’avertissement est aussi bruyant au téléphone de départ qu’à celui de l’arrivée ou de réception, comme dans celui de M. le capitaine Perrodon, réalisé par M. Trouvé, malgré de grandes difficultés d’exécution, comme le dit M. Perrodon lui-même dans la Revue d'Artillerie de février 1879.
- Cet avertisseur indépendant a, suivant nous, qui avons expérimenté les deux systèmes, une supério-
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- LA NATURE.
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- rite sui’ l’autre en ce qu’il met la pile au repos pendant la correspondance, qu’il ne nécessite absolument aucuns changements aux téléphones que l’on possède déjà et qu’en outre il ne demande ni le réglage des téléphones, ni le passage du courant dans un sens déterminé et qu’il s’adapte immédiatement à n’importe quel système de téléphone connu.
- Les trois boutons(fig. 2) ou serre-fils sont destinés à le placer dans le circuit téléphonique, la ligne et la terre.
- L’aiguille B, dans la position T qu’elle occupe (fig. 2), se trouve sur la correspondance téléphonique, sans la pile dans le circuit; il en serait de même dans la position T', tandis que, l’aiguille ramenée en A qui signifie avertisseur, le trembleur serait mis en action par le courant de la pile qui franchirait alors la ligne, les téléphones et ferait son retour par la terre. Tous les téléphones mis en ligne rendraient dans ces conditions un son rauque, plus ou moins élevé, mais correspondant exactement au nombre des vibrations de l’électro-trembleur. Le son croît aussi en intensité avec le nombre des éléments employés.
- —
- LES BATEAUX-PORTE-TORPILLES
- Il y a quelques années, les gouvernements dépensaient de nombreux millions pour construire des vaisseaux cuirassés dont la masse et l’armement effrayait l’imagination. Aujourd’hui l’esprit suit une marche en sens inverse ; il veut détruire ces géants des mers à l’aide des plus petits engins possibles. C’est la lutte des infiniment grands et des infiniment petits. Auxquels des deux restera la victoire? La suite des temps le décidera. Anéantir en un instant 12 ou 15 millions, envoyer au fond de la mer un vaisseau tel que la Dévastation ou le Suffren avec tout son équipage, voilà le problème que les bateaux porte-torpilles essaient de résoudre. Monté par huit ou dix hommes, marchant avec une vitesse vertigineuse, évoluant avec rapidité, dépassant à peine les flots, ne donnant que peu de prises au boulet, tel doit être le torpilleur. Avant de dire ce qu’il est aujourd’hui, voyons ce qu’il a été aux différentes époques.
- Le premier, le célèbre Fulton, désireux d’affranchir les mers de la puissance britannique, chercha le moyen de renverser le mode de combat sur mer, et d’ôter l’avantage au nombre des vaisseaux. En décembre 1797, à Paris, il reprit les expériences d’un Américain, Bushnell (1777) qui, le premier, avait imaginé les bateaux plongeurs; il tenta de diriger entre deux eaux et de faire éclater à un moment donné des boîtes remplies de poudre. (Déjà en 1628 les Anglais avaient lancé contre la flotte française assiégeant la Rochelle des pétards flottants, munis d’un ressort pour pouvoir faire explosion au moindre choc.) Mais il ne put pousser bien loin ses expériences faute d’argent. Renvoyé au ministre de
- la guerre par le Directoire auquel il s’était adressé, il ne put faire admettre ses plans. Il se présenta une deuxième fois au Directoire, mais alors muni d’un très beau modèle de son bateau sous-marin destiné à porter les boîtes de poudre. Mieux accueilli, renvoyé devant une commission dont le rapport lui fut favorable, il vit cependant après de longues tergiversations ses plans refusés par le ministère de la marine : il avait ainsi perdu trois ans.
- Il passa en Hollande où ses projets ne furent pas mieux accueillis qu’en France; découragé, abattu, triste, et manquant d’argent, il dut chercher dans son talent de peintre les moyens de subvenir aux frais de ses essais. Disons en passant que ce fut lui qui, sous la direction de R. Barker, l’introducteur des panoramas en France, exécuta le premier tableau de ce genre qui ait été offert à la curiosité des Parisiens. Sur les entrefaites, Bonaparte fut nommé consul; l’ingénieur américain fut enfin heureux dans les démarches qu’il fit auprès de lui ; des fonds lui furent accordés ; Volney, Monge, Laplace, nommés commissaires, approuvèrent ses vues. Bientôt, sur leur invitation, Fulton construisit un grand bateau sous-marin, destiné à porter ses torpédos, comme il les appelait. Malheureusement les essais, qui eurent lieu au Havre et à Rouen, ne répondirent pas à son attente. Pendant l’été de 1801, il se rendit à Brest avec le même bâtiment ; il s’enfonça jusqu’à 80 mètres sous l’eau, y demeura vingt minutes, parcourut ainsi une grande distance, remonta pour disparaître de nouveau, et revenir à son point de départ. Le 17 août 1801, il demeura immergé quatre heures et parcourut ainsi cinq lieues. Ce bateau portait la torpédo ou torpille, machine infernale dont il est, on peut le dire, l’inventeur : 100 livres de poudre étaient contenues dans une boîte en cuivre, munie d’une platine de fusil qui devait mettre le feu à la poudre au moyen d’un mouvement d’horlogerie. Le bateau immergé profondément s’approchait tout contre le bâtiment qu’il fallait détruire, déposait sa torpille et se retirait rapidement ; au bout d’un temps fixé par le mouvement d’horlogerie, l’explosion avait lieu. Quelquefois on livrait à distance deux torpilles, accouplées par un câble, au courant qui les entraînait vers l’ennemi, ou on en plaçait plusieurs dormantes de place en place, à 12 ou 14 pieds sous l’eau de manière à faire explosion au moindre choc. Fulton avait encore imaginé de conduire ses torpilles contre le vaisseau ennemi à l’aide d’une chaloupe, armée d’un gros fusil qui lançait un harpon dont la pointe allait se fixer dans les flancs de l’adversaire, et dont l’extrémité opposée portait un cordage coulant sur une poulie placée sous la quille de la chaloupe et qui permettait de faire arriver la torpille. Quant au Nautilus, ainsi que Fulton appelait son bateau sous-marin, il ressemblait assez aux navires de ce genre que l’on a essayés dans nos ports. On a pu voir que les torpilles de Fulton avaient beaucoup de rapports, sauf en ce qui concerne l’agent explosif
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- LA NATURE.
- (on emploie aujourd’hui la nitroglycérine) avec les terribles engins de destruction essayés en rade de Toulon par l’amiral BouetWillaumez en janvier 1866. Le premier essai de la torpédo eut lieu à Brest en présence de l’amiral Villaret sur une chaloupe qui fut lancée à plus de 100 pieds dans l’air. Mais pas plus dans la rade du Havre que dans les parages de
- Berthaume et de Camaret, Fulton ne put s’essayer sur un navire ennemi ; aussi Bonaparte, fatigué de ces lenteurs et mécontent de ce que l’essai n’eut point encore été fait sur les Anglais, lui fit savoir officiellement que le gouvernement français ne s’occuperait plus de ses essais.
- Cependant, ces essais effrayaient l’Angleterre :
- Fig. 1. — Bateau-mortier de James Nasmyth (1855.
- lord Stanhope en parla au Parlement; alors le premier ministre, lord Sydmouth fit offrir à Fulton 15000 dollars en cas de succès, à condition de livrer ses plans à l’Angleterre. Fulton s’y rendit en 1804; mais le ministre ne voulait qu’anéantir
- un secret qui eut détruit la suprématie maritime de sa patrie. L’ingénieur américain rencontra des difficultés de toutes sortes : délais, obstacles, mauvais vouloir de la commission, entraves mises à un essai contre les bateaux réunis en rade de Boulogne
- Fig. 2. — Le Plongeur de M. Bourgeois (1865)
- (1er octobre 1805), tout fut mis en œuvre. Enfin, le 15 octobre 1805, le-malheureux ingénieur obtint de faire un essai en présence de Pitt dans la rade de Walmer, près de Deal. Il réussit parfaitement. Cependant on refusa de le seconder, mais on proposa de lui acheter son secret, à condition de ne jamais le mettre en pratique ; il repoussa cette pro-
- position avec indignation. Fulton, repoussé de toutes parts, quitta l’Angleterre en 1806 et ne s’occupa plus de ce genre de défense qui ne fut repris que beaucoup plus tard. Disons cependant avant d’aller plus loin qu’en 1807, aux Etats-Unis, il fit un dernier essai, qui ne réussit pas davantage à cause de la difficulté d’attacher la torpille au navire.
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- LA NATURE.
- es co
- En 1853, un Anglais, James Nasmyth, stimulé par la crainte d’une invasion française, imagina un bâtiment presque complètement submergé, véhicule et affût tout à la fois d’un immense mortier qui devait lancer à bout portant dans la membrure ennemie une bombe monstre, rivale de la torpille. Ce mortier est placé à l’avant de la coque d’un bateau à vapeur à hélice qui doit le transporter directement vers l’objet à détruire (fig. 1). Il fait corps avec le bâtiment. La coque du mortier flottant, sur les côtés et à sa partie supérieure, est épaisse de 10 pieds et formée par un bois léger, très élastique et
- à peu près incombustible, le peuplier. Un boulet rouge peut se loger dans une telle membrure sans l’enflammer, il s’y refroidira en carbonisant le bois tout autour. Du reste, le bateau étant presque entièrement sous l’eau est bien à l’abri; à l’intérieur, et protégées par cette carapace, sont placées une chaudière et une machine à haute pression donnant une vitesse de 8 à 9 nœuds à l’heure. Quatre hommes déterminés forment tout l’équipage du mortier flottant.
- La bombe, d’une énorme grosseur, est conique ; le diamètre de la longueur est deux fois celui de la
- Fig. 3. — Bateau porte-torpilles construit par M. A. Normand (1878).
- largeur. Au point de sa lumière, elle a une capsule destinée à la faire éclater au moindre choc contre un objet présentant une certaine résistance. La bombe, pendant son séjour dans le mortier, est protégée contre l’effet de l’eau par une enveloppe de cuivre ayant deux petits rebords saillants à la bouche du mortier. Ces rebords ferment hermétiquement l’intérieur et laissent un petit espace entre la partie postérieure de la bombe et le fonds du mortier. Le bateau arrive contre l’ennemi avec une vitesse de 9 nœuds, les saillies sont brisées, la capsule est choquée, la bombe éclate et fait une brèche
- à 6 pieds au-dessous de la ligne de flottaison. Si ce bateau eut servi, il eut produit de grands désastres, mais peut-être eut-il eu à souffrir lui-même.
- Plus tard, l’Espagnol Narciso Monturiol construisit un navire sous-marin, VIctineo, qui eût un fort grand succès, mais il n’essaya point de l’utiliser pour porter des torpilles ou autres agents explosibles. Il sortirait donc de notre cadre d’en parler.
- Vers la fin de 1863, M. Alstilt terminait dans le port de Mobile (États-Unis) un petit bâtiment sous-marin dont il espérait monts et merveilles; rien, suivant lui, ne pourrait lui résister. Construit en
- Fig. 4. — Coupe d’un bateau porte-torpilles construit par M. Thornycroft (1878).
- forte tôle, ce bâtiment est long de 23 yards (21 mètres). Il est partagé en deux parties par une cloison horizontale ; la partie inférieure comprend de vastes réservoirs; la partie antérieure, la chambre des machines, le carré de l’équipage, des réservoirs remplis d’air comprimé. Il porte une hélice mue tantôt par une machine à vapeur, tantôt par deux moteurs électriques. Sur le pont se présentent en saillie des tuyaux d’échappement de vapeur et d’air, et une guérite de cristal peu élevée ou se tient le timonier.
- En temps ordinaire les bastingages sont relevés, les réservoirs sont remplis d’air. Survient-il un bâtiment ennemi, les bastingages sont repliés, les
- feux sont éteints, les moteurs électriques entraînent l’hélice, l’eau remplit les réservoirs ; un manomètre indique la profondeur à laquelle on descend, et un gouvernail particulier placé à l’avant se mouvant autour d’un axe horizontal est élevé ou abaissé, suivant que l’on veut monter ou descendre. Alors commence le rôle meurtrier de ce bâtiment.
- A un yard (0”,91) sous l’eau, le timonier y voit suffisamment pour s’approcher de l’ennemi. De chaque côté du pont sont placées des caisses hermétiquement fermées et remplies de poudre, elles sont unies deux à deux par une chaîne assez longue. Le navire que l’on veut attaquer est-il à l’ancre, le ba-
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- teau vient sur les indications du timonier se placer sous sa quille, laisse échapper deux caisses qui, en vertu de la différence de poids, se placent sous les flancs du vaisseau. Le batiment de M Alstilt se retire et, quand il est à l'abri, à l’aide d’un contact électrique, il enflamme la poudre. Si, au contraire, le navire est en marche, le bateau sous-marin sème sur sa route plusieurs couples de caisses munies d’appareils à percussion, qui couleront inévitablement son ennemi.
- Plus récemment encore, MM. Payerne et Lamiral ont construit un bateau sous-marin marchant par une machine à air comprimé. Il réussit assez bien, mais n’attira pas longtemps sur lui l’attention.
- Nous arrivons enfin au précurseur immédiat des torpilleurs actuels, au Plongeur (fig. 2), construit à Rochefort sur les plans deM. Bourgeois, capitaine de vaisseau. C’est celui qui unit le mieux la navigation sous marine au transport des torpilles. Le Plongeur fut lancé à Rochefort en mai 1865 ; il est destiné à agir à une certaine profondeur sous l'eau. Il mesure 44,50 de longueur; sa hauteur totale est de 3m,60; son tirant d’eau, lorsqu’il flotte, est de 2m,80. Il ne dépasse donc alors la surface des flots que de 0m,80. Il ressemble à un immense cé-tacé, recouvert d’une carapace d’acier. La force de la machine est de 80 chevaux-vapeurs de 75 kilo— grammètres ; elle est mue par de Pair comprimé. De vastes réservoirs sont pratiqués à l’intérieur du bateau, pour servir soit à la compression de l’air, soit à contenir l’eau nécessaire à l’immersion. Dans la prévision d’un accident, une partie de la carapace pouvait se détacher du navire et servir de canot. Navire de guerre avant tout et redoutable engin de destruction, il porte à l’avant un large éperon en forme de tube, contenant une cartouche vide dans laquelle on peut placer de la poudre ou une bombe incendiaire. Le Plongeur s’approche d’un bâtiment ennemi, ouvre dans ses flancs avec son dard un large trou où il dépose son présent meurtrier, puis se retire rapidement en déroulant un fil métallique qui lui permet d’enflammer le projectile placé à trois mètres au-dessous de la ligne de flottaison; car pour approcher de si près de l’ennemi, le Plongeur doit remplir d’eau ses réservoirs ; alors dépasse seule au-dessus des flots une tourelle étroite où se tient le commandant. Il réunit deux qualités dans son immersion : instantanéité qui le dérobe à la vue, submersion complète qui l’empêche d’être un point de mire. Ses essais, terminés le 25 février 1864, sous la direction de M. Doré, lieutenant de vaisseau, ont montré qu’il était doué d’une assez grande vitesse.
- Depuis lors, ce mode de combattre avait été à peu près abandonné à cause de divers inconvénients dont l’énumération nous entraînerait trop loin, lorsque les gouvernements comprirent qu’avec les bâtiments cuirassés les batailles sur mer seraient des luttes sans fin, et qu’il fallait trouver quelque moyen de porter remède à un pareil état de choses.
- Chacun d’eux s’adressa à ses ingénieurs qui apportèrent leurs plans à peu près identiques. Il est à remarquer que la navigation sous-marine est complètement abandonnée aujourd’hui et que l’on revient aux chaloupes de Fulton dont nous avons parlé ci-dessus, qui lançaient la torpille. Mais il fallait supprimer le bruit du gros fusil de l’ingénieur américain. On se résolut alors à construire une sorte de canon à vent. Mais n’anticipons pas.
- Une question se présente tout d’abord quand on étudie les torpilleurs actuels, c’est le nom de l’inventeur. C’est incontestablement à M. Thornycroft que revient l’honneur d’avoir construit le premier des embarcations à grande vitesse destinées au service spécial des torpilles, et non M. Ericson, comme on le croit communément.
- Le gouvernement français a chargé de construire ses bateaux torpilles, MM. Thornycroft et Cie, constructeurs anglais, la Société nouvelle des forges et chantiers de la Méditerranée, MM. Augustin Normand et Cie, MM. Claparède et Cie. Ces bateaux sont construits en acier galvanisé, fort peu élevés sur l’eau, à l’exception de la cheminée de la machine, de la cheminée d’aération et de la tourelle du timonier. Leur longueur totale est de 27 mètres, la largeur de 5",50; le tirant d’eau au milieu de 0“,85,et à l’arrière de lm,80.
- L’appareil moteur se compose d’une chaudière tubulaire, type locomotive, timbrée à 8 kil. 1/2 par centimètre carré. La machine est du système Compound à condensation par surface. Pour activer la combustion, une manche à vent sert de tuyau d’aspiration et de prise d’air extérieure pour un ventilateur mû avec une vitesse de 1200 tours par minute par une très petite machine à vapeur spé-.ciale. Il déverse son air dans la chambre de chauffe entièrement fermée par des portes étanches et des claires-voies à coulisse. L’air se trouve renfermé sous une pression de 0“,10 à 0m,l5 d’eau environ, ce qui n’influence pas le personnel, car cela ne fait qu’une différence de 11 à 12 millimètres du baromètre. L’air comprimé se précipite dans le foyer avec une telle violence que les morceaux de coke incandescent s’échappent parla cheminée et que les barreaux des grilles fondent en quelques heures. Mais en revanche on obtient une quantité de vapeur capable d’alimenter la machine dont la force varie entre 550 et 500 chevaux de 75 kilogrammètres. Cette machine imprime à l’hélice une vitesse de 540 à 560 tours par minute, qui userait rapidement les coussinets qui supportent l’arbre de couche, s’ils n’étaient faits des matières les plus résistantes. Une telle rapidité causerait de si grandes trépidations que le bateau ne saurait y résister, si l'on ne poussait le soin jusqu’à forer les tiges des pistons et les autres pièces mobiles pour les alléger. Aussi, le moteur complet ne pèse-t-il que environ 12000 kilogrammes, soit 50 kilogrammes environ par cheval de 75 kilogrammètres. Les ailes de l’hélice sont faites en tôle d’acier, forgées et clavetées après coup
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- sur un moyeu d’acier. Leur épaisseur réduite, leur inclinaison vers l’arrière leur assurent un bon fonctionnement.
- Avec une machine aussi soignée, aussi parfaite jusque dans ses moindres détails, on arrive à des résultats étonnants. M.Ericson (Nature, février 1879), obtint une vitesse de 15 nœuds, soit 24 kilomètres à l’heure Dernièrement à la Seyne, près de Toulon, on a lancé un torpilleur long de 50 mètres, large de 5m,50, et d’un tirant d’eau de Om.8O qui a réalisé une vitesse de 55 kilomètres à l'heure, soit environ 19 nœuds. Le constructeur anglais, M. Thor-nycroft, a obtenu 17nœuds,65 (52 kilomètres). Un autre constructeur, français, nous sommes heureux de le dire, M. Normand, du Havre, vient de réaliser 19 nœuds, 855 et fort souvent même 20 nœuds, 22, soit 57 kilomètres. Tout fait espérer que ces vitesses, vertigineuses pour des navires, seront bientôt dépassées.
- Pour arriver à ce résultat, il fallait soigner non seulement la machine, mais aussi les coques. Les maîtres-couples presque circulaires ont été adoptés et le pied des couples maintenu très plein jusqu’à la quille. L’arrière est moins fin relativement que l’avant afin d’éviter l’acculage dû à la vitesse, et les lignes d’eau sont légèrement convexes, presque droites. Le bordé a 5 millimètres d’épaisseur aux extrémités et 5 millimètres au milieu, ce qui met l'équipage à l’abri des balles de fusil et note, grâce aux matériaux employés, aucune solidité aux torpilleurs.
- Aujourd’hui, ces embarcations se divisent en deux classes : celles (fig. 5 et 4) qui portent la torpille au bout d’un espar, celles qui lancent une torpille automotrice Whitehead au moyen de tubes placés soit au-dessous, soit au-dessus de l’eau.
- Les torpilleurs à espar doivent s’approcher de l’ennemi suffisamment pour que la torpille placée à 6 ou 8 mètres à l’avant fasse explosion en rencontrant le bâtiment ennemi. Tous sont en outre munis d’un appareil électrique dont le commutateur se trouve dans la chambre d’avant. Le commandant placé dans cette chambre à côté du timonier, dirige sous ses yeux la manœuvre des espars porte-torpilles, et met en mouvement le commutateur destiné à produire l’explosion indépendamment du choc. C’est incontestablement le moyen le plus sûr, et dans l’opinion de beaucoup de marins, le seul sur lequel on puisse compter pour obtenir des résultats sérieux. Il présente toutefois un grand inconvénient, puisqu’il oblige l’embarcation à s’approcher jusqu’au contact sous le feu de l’ennemi. Mais le danger d’approcher de l’ennemi jusqu’au contact disparaît, puisque les torpilleurs doivent être montés par des marins, dont chacun connaît et admire le courage à toute épreuve ; on péut don: être sûr de former les équipages le plus facilement du monde : le bateau de M. Alstilt perdit trois équipages, et il s’en présenta un quatrième aussitôt.
- Les torpilleurs de la deuxième classe s’approchent
- beaucoup moins près de l’ennemi. A l’avant, comme dans la premire classe, du reste, se lient l’équipage et le timonier. Ce dernier à la tête placée dans une tourelle d’acier munie d’une fente circulaire qui lui permet de tout observer. A côté de lui se lient le commandant qui a à sa portée divers signaux pour communiquer avec la machine. Dans cette chambre se trouve le réservoir destiné à remplir les torpilles d’air comprimé pour faire mouvoir leur moteur. Les bateaux lance-torpilles s’approchent à quelques centaines de mètres de l’ennemi ; puis l’orifice du tube de lancement, fermé d’un chapeau qui continue les formes du bâtiment est découvert et au moyen soit de la vapeur, soit de l’air comprimé, la torpille est lancée dans la direction de l’ennemi. Celle-ci est du système Whitehead et marche, grâce à sa machine, avec une vitesse de 10 à 15 nœuds. Chacune d’elles coûte 15 000 francs. Bien que la stabilité de direction de ces torpilles soit assez grande, il résulte fréquemment de l’extrême complication de leur mécanisme qu’elles dérivent de leur route : on en a même vu revenir frapper l’embarcation qui les lançait, surtout lorsqu’elles étaient projetées au-dessus de l’eau. De plus, la mobilité du but vers lequel on les lance ajoute aux chances d’insuccès. Une fois la torpille lancée, le chapeau qui ferme l’extrémité du tube de lancement est refermée par l’équipage.
- Doués d’une vitesse effroyable, les bateaux porte-torpilles périraient infailliblement en rencontrant le vaisseau ennemi qu’ils doivent choquer. Aussi a-t-on essayé soit à l’aide d’immenses ressorts en forme d’antennes croisées, soit au moyen de pistons munis de ressorts résistants et buttants contre une certaine masse d’eau, d’amortir les chocs. Ce qui n’a pas empêché plusieurs événements désastreux d’avoir lieu.
- Telles sont actuellement les embarcations porte et lance-torpilles qui ont si profondément modifié la tactique navale. Jusqu’ici on a limité leur emploi à la défense des ports de guerre et de commerce, et pour ce but elles paraissent remplir merveilleusement leur objet, car on n’a pas encore trouvé des moyens de défense suffisants pour garantir contre leurs attaques les vaisseaux cuirassés. Tant que ces moyens ne seront pas découverts, on peut à peu près affirmer que les blocus des ports seront impossibles. Si l’on songe, en effet, qu’un seul cuirassé représente la valeur en hommes et en argent de cent embarcations porte-torpilles, on reconnaîtra sans peine que, entre le géant et ses cent ennemis lilliputiens, la partie ne sera pas égale. En cas de combat, beaucoup de ceux-ci succomberont sans doute, mais la victoire restera certainement du côté du nombre. De plus, en admettant qu’une escadre cuirassée puisse se garantir au moyen de la lumière électrique et des canons-revolvers, les seules armes que l’on ait encore trouvé contre les torpilleurs, ces moyens de défense deviendront impuissants en cas de brume.
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- LA NATURE.
- Il reste aujourd’hui à étendre l’emploi des canots torpilleurs aux batailles navales. Pour cela il faut encore réduire leurs dimensions pour permettre aux navires d’escadre de les porter comme des canots ordinaires suspendus aux porte-manteaux. La marine française vient d’entrer dans cette voie.
- Maintenant notre tâche est finie. Puissions-nous, pour notre faible part, avoir fait connaître un genre de navire peu apprécié jusqu’alors et dont le besoin se fait sentir aujourd’hui plus que jamais. Mais quelle est leur destinée? Est-ce la gloire ou l’oubli qui les attend? La suite des temps nous l’apprendra.
- P. Toussaint
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- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire de la découverte du mercure dans l'eau de la source du Rocher de Saint-Nectaire, par le Dr F. GARRIGOU. I broch. in-8, Toulouse, 1879.
- Il y a déjà trois ans que M. le docteur Garrigou a annoncé que certaines eaux minérales contenaient du mercure. On conçoit que ce fait qui offre assurément un grand intérêt hydrologique, ait produit quelque étonnement. Il a été contesté, mais on peut affirmer actuellement qu’il est devenu incontestable. Des vérifications ont été faites par M. Wilm dans le laboratoire de M. Wurlz et la présence du mercure dans la source du Rocher est certaine. Une lame d’or ternie dans le liquide, a manifesté la présence du mercure par l’action de la chaleur et de l’iode. M. le docteur Garrigou résume l’histoire de sa découverte dans la brochure que nous annonçons.
- Application du sulfure de carbone au traitement des vignes phylloxérées. Campagne de 1878. Rapport sur les expériences et les applications réalisées et sur les résultats obtenus, par M. A. F. Marion. I broch. in-4o, avec une carte. Paris, imprimerie Paul Dupont, 1879.
- INSECTES DE LA NOUVELLE-GUINÉE1
- LES CYPHOCRANES ET LES KÉRAOCRANES.
- Les êtres les plus remarquables par leur grande taille, les plus étranges par leurs formes sont certainement entre tous, les Orthoptères, et particulièrement certains représentants de la famille des Plias-mides ; nous indiquions précédemment les contrastes que celte famille présentait entre ses formes grêles aptères, ses formes robustes également aptères et ses formes ailées aux organes du vol démésurément grands attachés à un corps démesurément long. Nous avons retracé l’histoire des Eurycanthes, spectres errants et nocturnes qui courent sur les arbres chargés de lianes et d’orchidées des forêts de la Nouvelle Guinée, de l’île Woodtark, des îles Salomon ; au-d'hui nous parlerons, non pas des Cyphocranes anciennement connus qui se trouvent dans les îles océaniennes depuis Java jusqu’en Australie, à Timor,
- 1 Suite. Yoy. table des matières du précédent volume, 1879, 1er semestre.
- à la Nouvelle Guinée, etc., mais des Kéraocranes, très apparentés à ces derniers, qui paraissent habiter seulement la terre des Papous et ont été rapportés tout récemment, pour la première fois, par MM. Raf-fray et Maindron. Les dimensions vraiment extraordinaires de ces Insectes n’ont pas permis de les représenter dans l’amplitude de leurs mouvements ; leur corps, en effet, abstraction faite des antennes, mesurant plus de 20 centimètres de longueur, leurs ailes ayant une envergure d’au moins 22 centimètres, il eut été impossible, malgré la grandeur de la planche ci-contre, de les dessiner les ailes déployées , les pattes étendues; on peut à bon droit considérer les Kéraocranes comme des géants parmi les Insectes. Cependant, pour donner une idée de leur forme générale, le dessinateur en a représenté un considérablement réduit, fuyant dans l’espace.
- Ce qui frappe à première vue chez tous les-Phas-mides, c’est la brièveté du premier segment du corps qui porte la première paire de pattes (prothorax) et l’allongement considérable du deuxième segment (mésothorax) qui supporte la première paire d’ailes ou élytres ainsi que la deuxième paire de pattes; mais chez les Kéraocranes, comme d’ailleurs chez les Cyphocranes, ce caractère essentiel de la famille acquiert son maximum de développement; la figure ci-jointe en fournit le témoignage. Les pattes de ces Orthoptères sont fort longues, carénées et dentelées ; celles de la seconde paire ayant la faculté de se porter soit en avant, soit en arrière, ce qui leur permet de prendre les attitudes les plus bizarres, les plus inattendues. La première paire d’ailes est remarquable par sa brièveté relativement à la seconde paire : elle en recouvre à peine le tiers. Les Kéraocranes possèdent les principaux caractères des Cyphocranes, mais ils en diffèrent au premier coup d’œil par la forme de la têtequi,au lieu d’être simplement gibbeuse, porte à son sommet deux prolongements verticaux ayant l’apparence de cornes; par la forme des appendices abdominaux des femelles qui, au lieu d’être allongés et pointus, sont arrondis etbilobés, par la forme de la plaque sous-axale des femellesqui ne dépasse pas l’extrémité de l’abdomen. Ces caractères différentiels nous ont contraint, malgré notre répugnance à encombrer la nomenclature de noms nouveaux, de créer le genre Kérao-crana de (xapaç, cornu, qui a des cornes et de xpavtov, crâne) ; seulement nous nous sommes attachés à conserver la terminaison de crâne pour indiquer la parenté avec les Cyphocranes, nous contentant de rappeler qu’ils en diffèrent par un trait d’organisation très nettement accusé, la présence de cornes sur la tête. Nous représentons dans la planche ci-jointe l’Insecte type du genre, le Kéraocrana papuana, qui fait partie des collections du Muséum ; les figures sont très fidèles, il nous suffira d’ajouter pour que chacun puisse se faire une idée juste de ce singulier Orthoptère, que sa coloration générale est brune-verdâtre foncée'.
- Les vieux auteurs racontent sur les Cyphocranes
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- Le Kéraocrane papoue, orthoptère de la Nouvelle-Guinée grandeur naturelle).
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- LA NATURE
- des légendes fort étranges ; réunis en grande troupe, ces Insectes traverseraient les rivières à la nage pour chercher leur nourriture; et, chose plus étonnante encore, seraient capables d’un seul coup de mandibules d’emporter un doigt de la main qui les provoquerait. Il n’est pas nécessaire de réfuter de telles histoires, on doit se contenter de sourire; si nous devons regretter que les voyageurs à la Nouvelle Guinée ne nous aient pas rapporté d’observations originales sur le genre de vie des Kéraocranes et des Cyphocranes, nous pouvons toutefois affirmer en toute certitude que ces Orthoptères, exclusivemeut phytophages, se contentent de dévorer les feuilles des arbres,
- JULES KÜNCKEL d’Herculais,
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de physique. — Séance du 4 juillet. — M. Saint-Loup adresse une note sur des expériences qu'il a réalisées pour reconnaître l’influence exercée par un courant d’air rapide rasant l’extrémité d’un tube ouvert, perpendiculairement à la direction de ce tube. — M. Napoli décrit un pantographe planimétrique de son invention. Cet appareil est destiné à reproduire les figures en vraie grandeur. Il se compose d’un parallélogramme articulé, dont deux sommets contigus A et B font l’office décentrés de rotation ; sur les deux sommets opposés Cet B est articulé un second parallélogramme ayant deux de ses sommets en C et D; les deux autres E et F portent une planchette et un stylet traceur à genouillère de Cardan permettant de suivre le contour d’un solide quelconque dans le plan où se meut le pantographe. Un planimètre d’Amsler convenablement disposé donne l’aire de la figure que cet appareil reproduit. — M. Bouty étudie l’action de la chaleur sur les thermomètres métallisés. La contraction produite au moment du dépôt du métal est entièrement compensée par la différence des dilatations du verre et de l’enveloppe métallique à une température d’autant plus haute que la contraction a été plus grande, et que la différence des dilatations est plus faible, mais indépendante de l’épaisseur du dépôt. Au-dessus de cette température critique à la pression exercée sur le réservoir succède une traction ; bientôt des déchirures se produisent à la surface du contact et il en résulte des déformations permanentes qui produisent un nouveau déplacement du zéro. Ce der-nier effet ne se produit jamais quand on n’a pas dépassé lia température critique. Un thermomètre métallisé peut (être employé à la mesure des températures, pourvu qu’on l’ait comparé à un thermomètre type, dont il ne diffère .d’ailleurs sensiblement que si le dépôt métallique a une épaisseur notable. Quand on électrolyse du sulfate de cuivre entre deux thermomètres très sensibles, cuivrés superficiellement, on constate que le thermomètre attaché au pôle positif de la pile est à une température supérieure, le thermomètre négatif à une température inférieure à celle du liquide ambiant. On observe le même phénomène en électrolysant du sulfate de zinc entre deux thermomètres recouverts de zinc. M. Bouty rappelle que quand deux lames de zinc ou de cuivre sont maintenues à des températures différentes dans le sulfate correspondant, il se produit un courant et que le métal chaud est le pôle positif de la pile ainsi constituée. Il y a entre la production
- de ces courants et les phénomènes d’échauffement et de refroidissement constatés par M. Bouty une relation de réversibilité analogue à celle qui lie le phénomène de Pel-lier et les courants thermo-électriques ordinaires. — M. Pellat a eu l’occasion de mesurer la force thermo-électrique de contact entre le cuivre et le sulfate de cuivre : elle est égale à 100 de Daniel!, et dans le sens in- voqué par M. Bouty pour l’interprétation de ses expériences. . M. Lamansky a étudié la fluorescence des substances qui, comme le rouge de Magdala, passent pour ne pas obéir à la , loi de Stokes depuis les expériences de M. Lommel. Pour ! éviter l’influence perturbatrice de la lumière diffuse, M. Lamansky produit un spectre solaire très pur sur la paroi d’une boite dans laquelle est disposée une fente mobile. Les rayons monochromatiques émis parla fente sont renvoyés par un prisme à réflexion totale et une lentille à la surface du liquide fluorescent où se produit une image réelle très nette de la fente. Un second prisme à réflexion totale recueille la lumière émise par le liquide fluorescent et la renvoie sur la fente du collimateur d’un spectro-mètre de Brünner. Dans le champ de vision, on aperçoit deux images, l’une provenant de la lumière réfléchie, l’autre de la lumière fluorescente on mesure le minimum de déviation des deux images et l’on trouve que la lumière fluorescente est toujours moins réfrangible que la lumière, conformément à la loi de Stokes. A propos d’une observation de M. Lamansky, M. Henri Becquerel, rappelle que d’après les expériences de M. Becquerel, il n’y a entre les deux phénomènes de la phosphorescence et de la fluorescence qu’une différence de durée ; que dans les deux cas la lumière émanée du corps phosphorescent ou fluorescent doit être considéré comme de la lumière émise par ce corps aux dépens des radiations absorbées. — M. Niaudet indique un nouveau mode de suspension des aiguilles aimantées, consistant à les placer dans un bateau reposant à la surface d’un liquide. Le bateau peut lui-même être suspendu par un fil de cocon; la mobilité de ce système est supérieure à celle des suspensions ordinaires sur pivot, ou à l’aide d’un fil de cocon.
- Société chimique de Paris. — Séance du vendredi 4 juillet. — M. Grimaux décrit un composé correspondant à la formule C‘H®Az‘04 et obtenu en faisant agir l’urée sur l’acide parabanique. — M. Achsner est parvenu à purifier la diméthylrésorcine en la traitant à plusieurs reprises par de la lessive de potasse étendue de la moitié de son volume d’eau. — MM. Delachanal et Mermet font observer qu’une méthode de dosage de soufre publiée récemment par MM. Palper et Kill est à peu près identique à celle qu’ils ont publiée deux ans auparavant. — M. Loir adresse un Mémoire établissant les droits de Guimet à l’invention de l’outremer artificiel et montrant que l’attribution de cette découverte à Gmelin n’est pas justifiée. — M. Loir adresse également un Mémoire sur la double fonction chimique, alcool et aldéhyde, de divers acides monobasiques organiques. Il a observé que ces acides se combinent au bisulfite de soude. D’autre part il a signalé des différences entre les anhydrides acéto-benzoïque et benzo-acétique. — MM. Friedel et Sarrazin ont reproduit artificiellement le phosphate de zinc naturel (Hoppéite) par l’action directe de l’acide phosphorique sur l’oxyde de zinc. — M. Balsohn a étudié l’action de l’acide sulfurique concentré sur la cinnaméine bromée. — M. Friedel en prenant la densité de vapeur du soufre a obtenu ce corps cristallisé dans le système triclinique. — M. Carnot a constaté la présence de l’acide borique dans les eaux de Royat.
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- AVRIL ET MAI 1879.
- Les phénomènes météorologiques observés aux Étals-Unis pendant les mois d’avril et mai 1879 ont présenté un contraste frappant avec le caractère général du temps dans les régions de l’Europe occidentale.
- Avril 1879. — Dans le Texas, un vent sec n’a cessé de souffler pendant tout le mois; le ciel était d’une pureté persistante et l’air presque dépourvu d’humidité; dès le 19, on y signalait une sécheresse excessive sur une grande étendue du pays; dans quelques villages, les fermiers étaient obligés de parcourir huit à dix kilomètres pour s’approvisionner de l’eau nécessaire aux usages domestiques. On ne se rappelle pas avoir vu les cours d’eau à un niveau aussi bas que celui auquel ils étaient descendus à la fin du mois. Et ce n’était pas là un phénomène local : dans le Michigan, le Dokota, l’Utah, le Territoire Indien..., on se plaignait également de la sécheresse. Le résumé des observations pluviométriques faites sur l’ensemble du réseau des États-Unis, montre d’ailleurs que seules les stations maritimes ont reçu un excès d’eau sur la chute moyenne, et que la pluie n’a atteint sa valeur normale dans aucune station de l’intérieur. Les écarts de la température sont d’un ordre inverse : dans les stations continentales, le thermomètre s’est tenu au-dessus de la moyenne, tandis que sur les côtes la température est restée au-dessous de la normale.
- Sur les 18 centres de basses pressions dont les trajectoires ont pu être tracées, 8 sont venus par l'Océan Pacifique. Un certain nombre de tornados se sont produits sous l’influence de la dépression qui a traversé le continent du 10 au 15. Dans l’après-midi du 14, trois de ces tourbillons ont atteint successivement le village de Col-linsville, dans l’Illinois; la plupart des maisons furent renversées.
- Mai 1879. — La situation atmosphérique ne s’est pas sensiblement modifiée; les écarts de pluie et de température sont de même ordre et se sont produits dans les mêmes conditions qu’en avril. D’après les observations recueillis dans les stations du Canada, les mois d’avril et de mai sont les plus secs qui aient été observés depuis l’établissement du service météorologique. Le 12 mai, sous l’influence d’une bourrasque dont le centre passait sur le Nebraska, le vent atteignit au sommet du Pike’s Peak la vitesse de 178 kilomètres à l’heure, chiffre qui n’avait pas encore été enregistré à celte station.
- Les observations ont signalé un grand nombre de tornados, dont le plus important, survenu le 50, a été décrit dans le numéro de la Nature du 26 juillet dernier.
- Le professeur G. Hinrichs, de lowa, rapporte que le 10 mai un brillant météore passa sur Dickinson vers cinq heures du soir en éclatant avec violence ; on trouva deux météorites pesant respectivement 460 et 150 livres.
- La Monthly Weather Review publie le résumé des observations faites de juin 1878 à février 1879, à York Factory, dans la baie d’Hudson. Nous en extrayons quelques chiffres relatifs à la température de cette région polaire. En juillet, le thermomètre est monté jusqu'à 41 degrés, et la moyenne mensuelle a été de 25 degrés; en février, au contraire, le thermomètre à minima est descendu a 44 degrés au-dessous de zéro, et la moyenne du mois a été de — 54 degrés. Au 1er mars, la rivière était gelée sur une épaisseur de l"',80.
- Th. MOUREAUX.
- CORRESPONDANCE
- APPAREILS POUR L'ENSEIGNEMENT DE LA COSMOGRAPHIE.
- Un habile vulgarisateur et un professeur distingué que je viens d’entendre, M. Laurendeau, de Bordeaux, pour donner une idée de la gravitation universelle se sert d’un globe terrestre sur lequel de petits personnages sont attachés par un morceau de caoutchouç. Si on écarte le personnage du globe, le caoutchouc le fait retomber sur le globe avec un bruit sec que tout le monde entend et cela quelle que soit sa position sur le globe; il y a un personnage à la partie supérieure du globe et un autre à la partie inférieure aux antipodes. M. Laurendeau démontre ainsi qu’il n’y a ni haut ni bas et que ce que nous appelons haut c’est ce qui est le plus loin du centre de la terre. Il passe ensuite à la force centrifuge et emploie l’appareil dont on se sert dans les cours de physique et qui consiste en deux cerceaux d’acier dont les plans sont perpendiculaires et tournant autour d’un axe vertical, lorsque l’appareil est mis en rotation, on voit la sphère formée par les cerceaux se rentier à l’équateur et s’aplatir vers les pôles. Il fait ensuite apparaître l’anneau de Saturne en se servant d’une sphère tournant autour d’un axe horizontal : dans l’équateur de cette sphère sont disposés des secteurs en métal attachés au centre de la sphère par des fils en caoutchouc, lorsque la sphère est mise en rotation les secteurs en sortent et en vertu de la persistance de l’impression sur la rétine, l'auditoire voit se produire l’anneau de Saturne.
- M. Laurendeau fait ensuite tourner au moyen d’une ficelle un bassin contenant de l’eau sur laquelle il plaça un petit bateau renfermant des personnages et le public voit, en vertu de la force centrifuge, l’eau ne pas s’écouler et le petit bateau continuer à y flotter malgré la pesanteur.
- Il prend ensuite deux boules de même masse et de même volume attachées à un fil, il tord le fil, puis l’abandonne à lui-même, les boules tournent alors, le fil se détordant et le public les voit s’écarter par la force centrifuge : puis M. Laurendeau remplace les boules de même masse, et de même volume par une grosse boule et une petite, cette fois la petite gravite autour de la grosse, tandis que lorsque les masses étaient égales elles gravitaient autour d’un centre situé entre elles. M. Laurendeau fait alors tourner l’appareil autour d’une boule représentant le Soleil et reproduit la révolution de la Terre autour du Soleil et celle de la Lune autour delà Terre; il dispose ensuite une peli. boule massive en plomb et une sphère plus grosse en c Jutchouc gonflée d’air, et le public voit la grosse boule graviter autour de la petite plus massive. Il fait ainsi saisir aux gens les plus étrangers aux sciences les grands principes de la gravitation universelle et de la force centrifuge.
- Puis vient l’expérience du gyroscope, puis celle du radiomètre de Crookes.
- Ensuite M. Laurendeau met en mouvement son grand planétaire : le Soleil est une boule en verre grosse comme la tête d’un homme, renfermant une lampe ; il porte sur sa surface des dessins de tâches avec moyenne et pénombres, facules, lucules, il tourne autour de son axe, en même temps toutes les planètes tournent autour de lui au moyen d’un ingénieux mécanisme d’horlogerie et les durées relatives de la rotation du Soleil et des révolutions des planètes sont parfaitement conservées.
- Veuillez agréer, etc.
- Henry Courtois.
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- LA NATURE.
- L’ART DES JARDINS1
- Le nombre des publications sur les jardins n’est pas très considérable, et aucune de celles que l’on peut citer ne développe d’une façon complète la pratique et les détails de cet art qui a fait tant de progrès depuis cinquante ans. M. Édouard André, architecte paysagiste de grand talent, élève de M. Alphand, vient de publier un véritable traité didactique de la composition des jardins. C'est une œuvre considérable que nous signalons à nos lecteurs comme ce qui a été fait de plus complet sur un sujet auquel j
- tout le monde s’intéresse aujourd’hui. M. Édouard André n’a pas seulement résumé la science qu’il a acquise par une longue pratique, il a été chercher des documents dans presque tous les pays du monde ; après avoir parcouru l’Europe sur tous les points renommés pour leurs jardins, il a exploré la Nouvelle Grenade, l’Équateur et le Pérou, afin d’étudier sur place la végétation des régions intertropicales, il a visité tous les grands parcs publics des Etats-Unis. Jamais auteur ne s’est mieux préparé à produire son œuvre, aussi l’œuvre se présente-t-elle comme le fruit d’un travail consciencieux, d’un labeur énergique et persévérant où l’on trouve groupés avec un
- :
- Fig. 1. — Jardin égyptien au temps des pharaons.
- rare talent d’exposition les faits les plus utiles, unis à des aperçus nouveaux et à des idées originales.
- M. Édouard André présente d’abord au lecteur l’histoire des jardins, depuis l’antiquité les plus reculée jusqu’à nos jours.
- « C’est à l’Orient, dit-il, vers l’Inde et vers la Chine qu’il faut aller chercher les traditions bien effacées des premiers jardins. Il est permis de croire, d’après les limites affectées à ces jardins, que leur forme était régulière, symétrique. Les parcs chinois d’aspect paysager ne vinrent que pos térieurement au quatrième siècle avant l’ère chré-
- 1 Traité général de la composition des parcs et jardins, par ÉDOUARD André, 1 vol. gr. in-8 de 888 pages, avec 11 planches chromo-lithographiques et 520 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1879.
- tienne, quand les autres peuples étaient à peine sortis de l’enfance. Meng-Tseu a cité le parc de Wen-Wang, qui avait sept lieues de tour. Celui de Chi-Hang-Ti, cent ans plus tard, en avait trente, Wou-Ti en fait un de cinquante, plein de palais, d’arbres rares et d’animaux. Mais préciser quelque chose en dehors de ces vagues indications serait une spéculation pure, que nul document historique ne justifierait.
- « Les Égyptiens qui prétendaient remonter à l’origine des temps, avaient donné une place importante aux jardins dans leur civilisation. Le soin qu’ils ont pris de transmettre aux âges futurs les annales de leur histoire, leurs costumes et usages, gravés sur leurs monuments, nous révèle l’intérêt qu’ils attachaient aux jardins, et quelques histo-
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- LA NATURE.
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- riens, comme Strabon et Hérodote, ajoutent leur témoignage à ceux que nous ont fournis les hiéroglyphes déchiffrés par Champollion et ses successeurs. »
- En compulsant les textes grecs, l’auteur a su reconstituer un jardin du temps des Pharaons. Nous en donnons ci-contre le curieux spécimen (fig. 1); il ouvre ensuite à nos yeux les charmantes villas des Grecs et des Romains et nous montre les transformations successives qu’elles subissent dans la suite des âges.
- M. Édouard André sait très habilement allier les
- notions techniques aux considérations philosophiques les plus élevées, et au sentiment de l’art spéculatif. Les pages qu’il a écrites sur Vidée du beau et V Origine du goût sont de l’excellente littérature :
- « Après avoir admiré le beau dans la nature et analysé les émotions qu’il donne à notre âme, dit l’auteur, nous avons vu comment les sentiments qu’il inspirait aux hommes étaient traduits par les écrivains et les peintres. Il est un troisième mode de reproduction, plus sensible que les deux autres, et qui prend également ses moyens d’action dans la nature et dans l’art. C’est celui qui fait l’objet
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- Fig. 2. — La villa de M. Ch. Garnier à Bordighera (Italie).
- de ce livre et que l’on peut appeler La composition des jardins. Au lieu de peindre à nos yeux la nature par le langage ou le dessin, c’est avec les éléments mêmes du paysage qu’il opère. Le sol est sa toile, les arbres, les fleurs et les gazons ses couleurs. Son but est de charmer nos regards, et d’émouvoir doucement notre âme en empruntant à la création ses plus belles scènes, en ajoutant à son harmonie et à sa variété, en faisant valoir ce qu’elle a de plus beau, en supprimant ou dissimulant ses défaillances. »
- Après avoir longuement étudié ainsi, en style excellent, l’Esthétique, le sentiment de la nature, M. André aborde les principes généraux de la com
- position des jardins, il parle des effets de proportion, des jeux de lumière et de vision, décrit les différents styles et donne une classification complète des jardins.
- Dans la deuxième partie du livre, l’auteur traite, en véritable homme de science, la pratique de l’art L’examen du terrain, les travaux d’exécution, chemins, terrassements, plantations, emploi des eaux, rochers, plantations, fleurs et plantes, lui fournissent les sujets d'une série de chapitres où les faits abondent.
- M. Édouard André termine ce vaste ouvrage en donnant la description de quelques-uns des parcs les plus célèbres de l’Europe, et cela dans tous les styles.
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- LA NATURE.
- C’est ainsi que parmi les jardins du midi d’aspect oriental, il cite celui que M. Charles Garnier, architecte de l’Opéra, s’est construit à Bordighera, au pied des Alpes-Maritimes (fig. 2).
- Le Traité des parcs et des jardins, édité avec grand luxe, comprend de remarquables planches en couleur et une quantité innombrables de figures, de belles gravures qui en font à tous les points de vue une œuvre unique. M. Édouard André peut se dire avec la conscience de l'homme qui a vaillamment travaillé à une œuvre utile : Exegi monumenlum.
- Gaston Tissandier.
- ——
- CHRONIQUE
- Le ballon captif de Berlin. — Les Prussiens ont voulu avoir un aérostat captif à Berlin; des constructeurs inexpérimentés et présomptueux, ont tant bien que mal façonné un petit ballon semblable à ceux de nos fêtes publiques, et ils se sont figurés que ce modeste engin allait rivaliser avec le Léviathan aérien que l’on doit à M. Henry Giffard. Voici, d’après le Norddeutsche Zeitung la catastrophe qui a eu lieu dès le premier essai : « La première ascension, qui a eu lieu la semaine dernière dans les jardins de Schœneberg, a donné lieu à des scènes palpitantes. Vers six heures, l’aérostat s’était enlevé emportant quatre voyageurs, lorsque, arrivé à une hauteur de trente-trois mètres, un vent violent du sud-ouest le fit balloter et tirer tellement sur le câble, que l’aéronaute dut sonner du cor, pour que l’on opérât la descente au moyen de la machine à vapeur ; mais en ce moment, l’enveloppe du ballon éclata tout à coup,, et les passagers tombèrent avec une vitesse vertigineuse. Heureusement la nacelle s’accrocha à un arbre, dont les branches, en se rompant, amortirent la chute. Les milliers de spectateurs témoins de l’accident poussèrent des cris d’effroi; des femmes s’évanouirent. Enfin, on s’élança au secours des malheureux passagers : aucun d’eux n’était grièvement blessé. »
- Les constructeurs berlinois ont oublié que le ballon de la cour des Tuileries est une merveille de mécanique, que tous les matériaux qui le constituent peuvent être considérés comme des organes nouveaux, dont la résistance connue, est savamment éprouvée par l’expérience et dont le fonctionnement est absolument sûr. Celte mésaventure fait involontairement penser au bonhomme La Fontaine : n’est-ce pas le cas de dire en effet que la sphère aérostatique des jardins de Schœneberg, comme la grenouille de la fable,
- S’enfla si bien qu’elle creva.
- Ascension aérostatique. — Nous lisons dans Vlm-partial de l'Est le récit d’un nouveau voyage aérien exécuté par MM. W. de Fonvielle et Jovis, à l’occasion des dernières fêtes de Nancy. Une intéressante expérience a été faite au point de vue des applications militaires des aérostats. Avant le départ du ballon, le capitaine Bing avait établi sur le versant des coteaux de Malzéville, sur l’emplacement du polygone, un appareil à projection lumineuse, du capitaine Mangin, un des officiers attachés à l’école aérostatique de Meudon. Le but de cet expérience était de diriger un rayon sur le ballon et de s’assurer si l’on pouvait échanger des signaux avec les voyageurs aériens. Cette
- tentative a parfaitement réussi, les indications enregistrées dans le livre de bord ont coïncidé avec les notes re-eue llies par les officiers.
- L'eau verte. — L’eau verte a été pendant longtemps un remède secret ayant une réputation d'efficacité très répandue dans l’Est. M. Braconnier, ingénieur des mines à Nancy, vient de publier une note sur les résultats que donne l’emploi de cette eau et sur sa préparation. Depuis plus de trente ans, dit-il, l’eau verte est employée à Metz et à Mirecourt pour les maladies des yeux. L’on cite dans l’arrondissement des localités où des maladies d’yeux épidémiques ont disparu en quelques jours par l’emploi de l’eau verte étendue de la moitié de son volume d’eau. L’application de l’eau verte à la guérison des brûlures, coupures, contusions et écorchures a donné des résultats extrêmement remarquables. — Pour les brûlures, l’eau verte procure un soulagement presque instantané ; pour les blessures, à part le premier contact de la plaie vive avec le liquide, le soulagement de la souffrance est considérable ; les plaies présentent très rapidement un aspect des plus satisfaisants et guérissent comparativement en peu de temps; mais ces précieux résultats ne s’obtiennent qu’en maintenant les compresses largement et con-stamment imbibées. L’eau verte se prépare ainsi qu’il suit : l’on commence par obtenir de l’alcool camphré en dissolvant 150 grammes de camphre dans 500 grammes d’alcool à 44 degrés Baumé; puis on mélange dans trois litres d’eau de fontaine 2 grammes de sulfate de cuivre, 6 grammes de sulfate de zinc, 5 décigrammes de safran et 125 grammes d’alcool camphré; ce mélange, agité à plusieurs reprises, est prêt à servir au bout de trois jours. Avant d’en faire usage, il faut, chaque fois, l’agiter fortement.
- Tel est le résumé de la note que, dans un but humanitaire, M. Braconnier a publiée dans le journal le Fer. Il y ajoute plusieurs exemples de personnes guéries par l'em-ploi de l’eau qu’il préconise. {Correspondance Prosper Guyot.)
- La fièvre jaune aux États-Unis. — Ce terrible fléau sévit très violemment à Memphis, aux Etats-Unis, où l’on compte chaque jour de nombreuses victimes. Le Courrier des États-Unis rappelle que l’année dernière le premier cas de fièvre jaune avait été constaté le 15 août, et que, dans l’espace de 24 heures, 1200 personnes avaient quitté la ville. Dans les vingt-sept jours suivants 1200 personnes étaient mortes sur 15 000 qui étaient restées, ce qui est une proportion rarement égalée dans les batailles les plus meurtrières. Memphis, il est vrai, n’a pas été la première ville attaquée. Juste à celle époque, à deux jours près, le 12 juillet, les premiers cas faisaient leur apparition à la Nouvelle-Orléans. A la fin du même mois 150 cas étaient constatés et 40 décès. A partir de là le développement a été rapide. A cette même date, Vicksburg et Memphis se sont déclarés en quarantaine contre la Nourelle-Orléans. Mais dès le 25 juillet, dit-on, Je tug John Potter portait l’infect.on sur le littoral du Hlaut-Mississipi et de l’Ohio. Du 10 au 13 août, le fléau se déclara avec une énergie foudroyante à Grenada, Vicksburg et Memphis, qui furent bientôt transformées en véritables nécropoles. La première semaine de septembre a été la plus terrible à Vicksburg, Memphis et la Nouvelle-Orléans. Le déclin a commencé alors, et, dans la dernière semaine d’octobre, l’épidémie était virtuellement terminée.
- L'orang-outang du Jardin d'acclimatation.
- — Le jardin zoologique d’acclimatation du bois de Bou-
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- logne vient de recevoir un orang-outang comme on n’en a jamais vu. L’orang-outang et sa femelle causant de grands dommages aux habitants d’un village de l’ile de Bornéo, limitrophe des forêts, les naturels résolurent de se débarrasser de ces dangereux voisins et se mirent en chasse. L’entreprise n’était pas sans péril, car plusieurs Indiens (huit, assure-t-on), avaient été victimes de leurs poursuites, et avaient perdu la vie, assommés ou étranglés par les redoutables mains de l’orang-outang. On se remit bientôt en chasse, et cette fois on put diriger ce gibier presque humain sur une fosse profonde de 10 mètres qui avait été établie pour capturer des éléphants sauvages; les orangs-outangs y tombèrent, et comme les parois de h fosse étaient verticales, les captifs ne purent s’échapper. Quand ils furent suffisamment affaiblis par le jeûne, on les garrotta, et il fut alors possible de les enfermer dans une cage solide. Quelques mois après la capture, l’orang-outang femelle devint mère. Cet accouchement lui coûta la vie. Le père adopta l’enfant, se montra même reconnaissant des soins qu’on donnait à son fils, qui d’ailleurs apprit bien vite à se servir du biberon et est aujourd’hui plein de vigueur. C’est, croyons-nous, la première fois qu’il arrive en Europe un orang-outang de cette taille. Sa force est véritablement prodigieuse. Il mesure lm,30 de hauteur, et lorsqu’il lève les bras, il atteint 2m,50. L’homme des bois de Bornéo et son fils sont installés au Jardin zoologique d’acclimatation, dans la maison des singes.
- Les possessions américaines. — Les Anglais aiment à dire que le soleil ne se couche jamais sur l’empire britannique. Le Philadelphia Record fait remarquer que les Américains du Nord peuvent en dire autant. Le territoire des Etats-Unis occupe en effet 197 degrés de longitude, c’est-à-dire 17 degrés de plus que la moitié du tour du globe. Depuis l’acquisition de l’Alaska, San Francisco n'est plus la limite extrême de l’Union à l’Ouest ; cette ville se trouve à moitié route entre la plus lointaine des îles Aléoutiennes et Easport, dans l’État du Maine. Au moment où le soleil se couche aux confins de la mer de Behring, il se lève et inonde de lumière les champs et les forêts du Maine. Tandis que le pêcheur aléoutien, averti par le crépuscule, rentre son canot pour la nuit, le bûcheron du Maine, réveillé par l’aurore, fait retentir du bruit de sa coignée les échos des bois.
- Orage de grêle en Italie. — Le 6 août, à six heures du soir, un ouragan épouvantable s’est déchaîné sur la ville de Coni. Une grêle, comme on n’en avait jamais vu, tomba ou plutôt fut lancée par le vent contre les toits et contre les murs des maisons. Les grêlons avaient des dimensions plus grandes que celles d’un œuf. Quelques-uns avaient plus de 4 centimètres d’épaisseur et 6 de longueur.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 11 août 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Excitation musculaire. — Une nouvelle et très intéressante application des appareils enregistreurs est faite par M. Marey, à l’étude de l’action exercée sur les muscles par l’électricité. Pour nos sens, la contraction due à la décharge est absolument instantanée; mais les choses se présentent tout autrement si l’on interroge, à l’aide de l’enregistrement, les chronomètres si délicats dont la science dispose aujourd’hui. On voit alors la contraction succéder à distance à la décharge ; la distance varie de 8
- à 30 cent millièmes de seconde, selon les individus, et, pour le même individu, selon les circonstances. Ainsi, les études cliniques auxquelles un médecin de Varsovie, M. Mendelsohn vient de se livrer montrent que divers poisons modifient la durée du temps perdu dont il s’agit : la strychnine la diminue et la vératrine l’augmente. D’où il résulte que nous possédons un nouveau symptôme pour les affections musculaires, ce qui est évidemment fort important.
- Chimie organique. — En collaboration avec M. Demar-çay, M. Cahours a soumis les acides gras bruts à l’action de la vapeur surchauffée. Le produit, traité alors par la distillation fractionnée, s’est scindé en cinq acides gras, dans lesquels les auteurs ont reconnu les acides oléïque, valé-rique, caproïque, œnanthylique et caprique.
- Les quinquinas à la Réunion. — Dans une note présentée par M. Chatin, M. Trouet signale la prospérité des quinquinas à l’ile de la Réunion. L’ile porte maintenant 30 000 pieds dont la qualité est supérieure puisque chaque kilogramme d’écorce renferme de 50 à 55 grammes de quinine. L’auteur pense que l’acclimatation si bien réussie à la Réunion pourrait être étendue, moyennant des précautions, d’ailleurs faciles, à notre colonie d’Alger qui y trouverait une source de revenus immenses.
- A cette occasion, M. le général Morin rappelle comment les quinquinas ont été introduits à la Réunion. M. De-caisne venant, en 1870, d’en recevoir un paquet de M. le Dr Hooker, M. Morin proposa de les envoyer à M. le docteur Vinçon et la proposition fut acceptée. Moins de quatre mois plus tard, l’Académie recevait des pousses robustes issues de la semence. L’acclimatation de la précieuse ruliacée n’avait pas coûté un centime à l’État.
- Le venin de bolhrops. — Deux physiologistes Brésiliens, MM. Conty et Lacerda, ont étudié les désordres produits chez les animaux par l’inoculation du venin des bothrops. Il se manifeste d’abord une excitation, puis un état de collapsus, et la durée totale ne dépasse pas dix minutes au terme desquelles arrive la mort. Les auteurs remarquent d’ailleurs que l'intoxication n’est pas absolument identique dans tous les cas et ils se proposent de continuer leurs recherches.
- Théorie de la rage. — Un nombre relativement grand d’observations conduisent M. Dubouet à penser que la rage n’est pas autre chose qu’une lésion nerveuse qui se transporte successivement le long des nerfs jusqu’aux centres bulbaires. Il se fonde surtout sur ce que le temps qui s’écoule avant l’apparition des accidents serait d’autant plus grand que le trajet à parcourir par la lésion est lui-même plus considérable. On ne saurait évidemment se faire une opinion sur cette manière de voir tant que tout un ensemble d’expériences directes n’aura pas été institué; et c’est ce que M. Dubouet n’est, paraît-il, pas en état de faire lui-même.
- Stanislas Meunier.
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- OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
- EN BALLON
- VOYAGE AÉRIEN DU 30 JUILLET 1879.
- Le diagramme ci-contre représente l’état de l’atmosphère observé pendant le cours de l’ascension du
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- LA NATURE.
- ballon le National', le mercredi 30 juillet. Le départ a eu lieu à cinq heures précises de l’usine à gaz de la Villette; l’aérostat dans la nacelle duquel nous avions pris place, M. Armand Petit, mon frère Albert, Mme Gaston Tissandier et moi, s’est dirigé vers le nord-est, entraîné par un vent sud-ouest. La température à terre, de 29° environ, était de 24° à l’altitude de 400 mètres, et de 17° à 1720 mètres maximum de l’altitude que nous avons pu atteindre. Un quart d’heure environ après le départ, nous avons traversé un nuage brumeux, très froid, qui a fait aussitôt descendre l’aréostat. Pour le traverser, nous avons dû jeter coup sur coup deux sacs de
- lest; le séjour y a été de trop courte durée pour que le thermomètre ait pu prendre l’équilibre de température. L’air, au delà, était sec et chaud; après deux heures et demie de voyage, le ballon à 1400 mètres d’altitude, se trouvait à la hauteur de remarquables cumulus, suspendus tout autour de la nacelle, sur tous les points de l’horizon. Çà et là, des status de couleur foncée se détachaient de leur masse. A un niveau supérieur, on remarquait des cirrus très abondants, dont la forme était particulièrement pennée. Pendant la durée de notre voyage, qui s’est prolongé trois heures environ, nous avons vu descendre ces cirrus vers les régions inférieures,
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- Diagramme de l’ascension aérostatique du 50 juillet 1879.
- et produire, au coucher du soleil, un très-beau halo, dont mon frère a reproduit les aspects par des dessins. Nos lecteurs ont eu si souvent sous les yeux la reproduction de phénomènes analogues, que nous n’avons pas cru devoir leur en donner un nouveau spécimen.
- Il nous paraît intéressant de faire remarquer que cette descente des cirrus des régions supérieures de l’air vers les régions inférieures, s’est manifesté le soir et le lendemain du jour de notre voyage, par un abaissement de température et un changement du temps à la surface du sol.
- 1. Cet aérostat, qui cube 1200 mètres cubes, est entièrement neuf. Il a été construit avec beaucoup de soins et d’habileté par M. Armand Petit.
- A six heures cinquante minutes, le ballon, revenu dans le voisinage de la terre, se trouvait au-dessus de la ville de Dammartin, à 29 kilomètres de Paris, à vol d’oiseau. La nacelle planait à 60 mètres au-dessus de terre, lorsque le vent, changeant brusquement de direction, nous a fait tourner autour de la ville, et nous a dirigés vers le sud-est. Après un parcours de sept kilomètres dans cette nouvelle direction, l’aréostat a touché terre dans le voisinage de Vinantes, à sept heures quarante-cinq minutes du soir.
- Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16820 — Typographie A. Lahure,rue de Fleurus, 9, à Paris,
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- N’ 325. — 25 AOUT 1 8 7 9.
- LA NATURE.
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- LES ÉLÉVATEURS A BLÉ
- Le mode de déchargement et la manutention des grains, au débarquement, sont restés, dans les principaux ports de France, parfaitement stationnaires; et la pratique séculaire des portefaix, débardeurs ou déchargeurs n’a pas été modifiée, malgré la rapide augmentation des importations. Aujourd’hui, comme il y a un siècle, chaque navire est obligé d'attendre son tour, pour prendre place à quai, pendant des jours et même des semaines ; son déchargement dure plusieurs jours, souvent plus d’une semaine,
- quand sa cargaison est considérable. Les blés, à leur sortie du navire, restent amoncelés sur le quai, quelquefois couverts par des prélarts, le plus souvent en plein air, exposés à toutes les intempéries et gravement endommagés par la mouillure ou la fermentation. Il en résulte tout à la fois des pertes de valeur pour l’importateur, des pertes de temps pour tous, et l’encombrement du port et de ses accès pour les navires qui attendent sur la rade leur tour de quai.
- Dans une autre contrée, célèbre par l’esprit pratique de ses habitants, il a été fort habilement paré à ces inconvénients. Aux États-Unis, où le passage
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- Élévateur à blé projeté dans le port du Havre.
- brusque d’une zone chaude dans une zone froide est très fréquent, où la conservation des blés pour l’exportation est une question de première importance, on a songé à abréger les longueurs du déchargement à dos d'hommes et à procurer aux céréales les conditions d’abri, d’aération et de manipulations qui sont indispensables à leur conservation ou à leur réfection.
- Après de nombreux tâtonnements, les Américains sont arrivés à créer un instrument qui répond à ces divers besoins. L’élévateur, tel qu’il existe dans la plupart des grandes villes des États-Unis, a atteint un degré de perfection suffisant pour qu’on ne cherche plus à y apporter des changements dignes d’être appréciés. En effet, il a complètement mo-
- 7e année.— 2e semestre
- difié la durée du déchargement et du rechargement des blés. Il en opère automatiquement la pesée, l’aération et, si l’on veut, le triage. Il sert à leur emmagasinement, et facilite les opérations des warrants pendant la durée de cette période. Un coup d’œil jeté sur le dessin ci-dessus permettra de se rendre compte de la simplicité du mécanisme par lequel ces divers actes s’accomplissent.
- Un tube ou cylindre en fonte est placé en dehors de l’élévateur et va plonger dans la cale des navires accostés le long de la façade de l’élévateur; il pompe et aspire par l’action du vide, ou par une chaîne de godets, suivant le système adopté, les blés chargés en vrague ou sortis des sacs dans lesquels ils avaient été embarqués. Au sortir du cylindre aspirateur, le
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- LA NATURE.
- blé tombe dans une sorte de caisse à bascule d’une contenance déterminée où il subit l’opération du pesage. Son poids connu, le blé continue de circuler à travers diverses caisses pourvues de trémies ou faisant fonction d'essoreuses, suivant le degré de mouillure qu’il présente. A la fin de ce circuit, le blé est revenu à l’état sain qu’il avait avant l’embarquement; il peut être dirigé vers les greniers ou silos de l’élévateur pour y attendre la vente ou pour être conduit dans la partie du bâtiment placée au dessus de la voie ferrée et des wagons, dans lesquels il tombe à l’aide d’un clapet ou d’un cylindre en entonnoir armé d’une manche en toile pour le mieux diriger dans ce chargement. Rien de plus simple que ce mécanisme, dont l'emploi se traduit par une économie de temps considérable, et par une grande garantie de conservation apportée à une marchandise précieuse.
- 11 y a lieu de croire que ces ingénieux systèmes seront prochainement inaugurés en France : une Société s’est récemment formée pour la construction d’élévateurs à blé dans nos ports, et a d’abord demandé à M. le ministre des travaux publics la concession d'un terrain situé sur le quai occidental du bassin de l'Eure dans la ville du Havre. Nous faisons des vœux pour le succès de cette entreprise éminemment utile et intéressante.
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- LE BASSIN Dü MISSISSIPI
- (Suite. — Voy. p. 154.)
- La pente du Mississipi est assez régulière malgré les modifications incessantes qu’éprouve son lit. Son plus grand défaut est dû aux crues formidables qui s’épanchent en torrents sur toute la largeur de la vallée. On a coutume de dire qu’il y a deux saisons de hautes eaux chaque année, l’une au printemps et l’autre à l’automne. Ce n’est pas tout à fait exact. Ces crues, conséquence de celles qu’éprouvent ses affluents, n’ont rien de bien régulier parce que ceux-ci ne se gonflent pas tous les ans à la même époque ni de la même manière. La figure 1 indique comment le niveau du fleuve a varié, pendant les années 1858 et 1859 en trois points de son cours. Les chiffres en lignes verticales se rapportent aux échelles de jauge placées dans ces divers endroits. La graduation est en pieds anglais, mais le zéro ne correspond pas au plafond du fleuve. On a déjà vu que les crues, excessives vers l’embouchure de l’Ohio, vont en s’affaiblissant à mesure que l'on approche du Delta. Dans cette partie inférieure du cours, deux autres causes de perturbations s’introduisent : la marée, qui est assez régulière, et surtout les vents qui font varier le niveau du golfe, par conséquent celui du fleuve dans des limites assez étendues. En résumé, on peut dire que les eaux sont hautes vers la fin de mars à cause des pluies d‘é-quinoxe, que le fleuve décroît ensuite jusqu’à l’ar
- rivée, en juin, d’une nouvelle crue produite par la fonte des neiges dans les Montagnes Rocheuses. Une seconde période de basses eaux arrive en octobre ; les pluies d’automne font remonter le niveau assez vite, et enfin il y a encore une période de basses eaux lorsque la gelée ralentit le cours des rivières. Ceci n’est qu’une indication générale ; si bien établie que soit cette loi de crues et d’étiages alternatifs, on ne peut en faire usage pour prédire quel sera l’état du fleuve à telle ou telle époque de l’année.
- Il n'est pas d’un médiocre intérêt d’apprendre comment varient la largeur et la profondeur du Mississipi, quelle est aux divers points de son cours l’étendue de la section mouillée suivant que les eaux sont hautes ou basses. Les expériences faites en vue de déterminer ces dimensions sont assez délicates, on le comprend. Sonder un tel fleuve lorsque les eaux y roulent avec impétuosité ou lorsque les rives à moitié découvertes engendrent la fièvre, même mesurer la largeur, ce ne sont point des opérations faciles. Toutefois les travaux des ingénieurs, continués pendant plusieurs années, ont permis de dresser un tableau qui est le résumé de milliers d’ob-servations en un grand nombre de points intermédiaires. Bien que ce ne soient que des moyennes, on peut s’en faire une idée de ce qu’est le puissant fleuve dont il s’agit. (Voy. le tableau, p. 184.)
- Ce tableau est très instructif. On y voit d’abord que le fleuve diminue en largeur à partir du confluent de la Rivière Rouge, par l’effet des bayous qui s’en détachent; puis encore, que la profondeur s’accroît à mesure que l’on approche de la mer; que l’influence des crues se réduit en même temps, ce que nous savions déjà. C’est presque un torrent dans le haut : c’est presque un canal paisible au voisinage des embouchures. La figure 2 fait voir ce que sont la forme et la section mouillée du fleuve et de ses principaux affluents.
- Il importait aussi de savoir quelle quantité de sédiment le Mississipi charrie jusqu’à la mer. Les expériences faites dans ce but ont été poursuivies pendant deux années entières, en différents points, et l’observateur avait soin de recueillir chaque fois trois échantillons de l’eau soumise à l’observation. L’un des échantillons était pris à la surface, le second à moitié profondeur et le troisième près du fond. De la moyenne des expériences, on peut conclure que le sédiment est en poids 1800 et en volume 2 000 de l’eau qui s’écoule, le poids spécifique de ce sédiment étant à peu près 1,9. Veut-on comparer ces résultats avec ceux obtenus sur d’autres fleuves ? Le sédiment du Rhône varie, en poids, entre 4000 et 11,800; celui du Gange serait de slo en poids ; celui du Pô de 300 en volume.
- Maintenant, le débit annuel du Mississipi à l’embouchure étant de 526 000 millions de mètres cubes, il en résulte que le volume des matières solides qu’il apporte chaque année au golfe du Mexique où qu’il dépose sur les terres basses du Delta est de 180 millions de mètres cubes. Uniformément étendu
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- sur 1 kilomètre carré. cet énorme dépôt alleindrait | une hauteur de 180 mètres. Ce n’est pas tout. Le courant entraîne peu à peu jusqu’à la mer les graviers dont se compose le fond. On ne peut estimer cet apport à moins d’un dixième de ce que les eaux transportent en suspension.
- On arrive par ces calculs à déterminer avec assez d’approximation ce que le fleuve jette, année ) moyenne, dans la mer. Que si l'on voulait en déduire depuis quelle époque le Delta est en voie de formation, il faudrait connaître au préalable, ce que l’on , ne sait guère, la profondeur primitive qu’avaient ! les eaux du golfe au-dessous des terres actuellement émergées.
- De la température, il y a peu de chose à dire, si ! ce n’est que les eaux du fleuve sont en général un peu plus chaudes que l’air ambiant, dans le haut du bassin, mais d’une traction de degré seulement ; plus bas, le climat devient plus chaud ; l’eau ne s’é-chauffe pas à proportion. A Carrolton, l’eau est de 5 degrés au-dessous de l’atmosphère. En somme, la température de l’eau ne s’accroît que de 1,7 degré en passant de Memphis à Carrolton, tandis que la température moyenne annuelle de l’atmosphère s’accroît de 4,4 degrés.
- Nous voilà renseignés sur les allures habituelles du Mississipi. Nous nous rendons compte qu’avec ces crues formidables de 10 à 15 mètres les terrains bas de la vallée, depuis le cap Girardeau jusqu’aux passes, doivent être souvent inondés. Or, ces terrains bas sont ce qu’il y a de plus fertile en Amérique. Le lit est assez encaissé pour que le débordement n’ait lieu que par les très hautes eaux, et alors les terres cultivées sont recouvertes d’un mètre ou deux. Il n'en est pas moins nécessaire de se prémunir contre ce fléau périodique.
- Les levées du Mississipi sont aussi anciennes que les premiers essais de colonisation dans cette région. La Nouvelle Orléans fut fondée en 1717. L’ingénieur de la Tour qui traça le plan de la ville fut aussi le premier à s’occuper des travaux de défense contre les inondations. Dix ans plus tard, les colons s’étendaient jusqu’à 50 kilomètres en amont et sur toute celte longueur les levées étaient achevées ou tout au moins ébauchées. En 1805, lorsque la Louisiane fut cédée aux États-Unis, les établissements avaient dépassé Bâton Rouge; il y avait de petits groupes de cultivateurs à Concordia, en face Natchez, au confluent de l’Arkansas, à New Madrid. Partout les levées se dressaient sur le bord du fleuve. Ce ne fut cependant qu’en 1850 que le gouvernement fédéral s’en occupa. Sur son initiative, les États de la Louisiane, du Mississipi, de l’Arkansas, du Missouri, organisèrent des services d’ingénieurs et des Commissions locales pour la protection des terres sujettes à l’inondation. Les ressources nécessaires aux travaux étaient les contributions imposées aux propriétaires riverains et la vente des terres marécageuses que l’opération rendait disponibles. En général, les levées de cette époque ont été faites avec
- peu de soin, souvent elles n’ont pas un profit sufli-sant, en sorte qu’elles s’effondrent sous la pression des hautes eaux. Souvent aussi elles n’ont pas la hauteur voulue.
- Maintenant chaque État a un règlement élaboré avec soin sur la matière. Citons, pour exemple, quelques articles du règlement en vigueur dans la Louisiane.
- Toute levée qui doit soutenir une hauteur d’eau de un à trois pieds aura cinq de base pour un de hauteur ; de trois à cinq pieds, six de base pour un de hauteur; de cinq à six pieds, sept de base pour un de hauteur; au-dessus de six pieds, huit de base pour un de hauteur.
- La largeur du sommet sera le tiers de la largeur de la base. La hauteur sera telle que, après tassement, le sommet dépasse de un pied les plus hautes eaux.
- Lorsque la rive est rongée, la levée sera placée à 192 pieds du bord; ailleurs à GO pieds au moins. La terre sera prise du côté du fleuve.
- Toute nouvelle levée sera recouverte d’un fascinage du côté du fleuve.
- Les bayous qui reçoivent les eaux en temps de crue et servent alors de décharge ne pourront être barrés qu’en vertu d’une loi.
- Les ingénieurs français modernes ont souvent reproché à leurs prédécesseurs du moyen âge d’avoir endigué la Loire entre deux levées; ils prétendent que cette opération a eu pour conséquence de surélever le fond du lit et d’aggraver les effets des inondations actuelles. Les Américains connaissent ce précédent ; ils ne s’en sont pas effrayés, peut-être parce que leurs digues n’ont encore que 1 ou 2 mètres de haut.
- On aura une idée sur la figure 5, de ce que sont les levées du Mississipi comparée à celles de nos fleuves d’Europe. Les deux premiers profils se rapportent au Rhin, en Alsace et en Hollande. Les deux suivants, d’énorme dimension, appartiennent au Pô, dans les plaines de la Lombardie, le cinquième à la Vistule; enfin les trois derniers profils représentent ce que sont d’habitude les levées du Mississipi. On observera que leur largeur transversale est faible.
- Les grandes crues du Mississipi ne reviennent pas tous les ans. Lorsqu’elles se produisent, comme des crevasses s’ouvrent toujours dans les digues et que les bas-fonds sont alors inondés, c’est un désastre pour les cultivateurs. Aussi s’est-on efforcé de rechercher d’autres préservatifs contre ce fléau.
- Quelques-uns s’étaient dit d’abord que le mieux était de redresser le lit du fleuve, c’est-à-dire d’ouvrir des canaux artificiels partout où il y a des boucles qui en allongent le cours. Il en résulterait, per.sait-on, que l’eau s’écoulerait plus vite à la mer. Mais on n’ignore pas que ces redressements de lit ont pour effet de faire divaguer les eaux un peu plus loin. On l’a vu plus haut, ce travail s’opère spontanément de temps en temps sur les points où le lit
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- se replie sur lui-raème après un long détour. On n’a jamais observé que le régime des eaux en fut amélioré.
- Pourrait-on détourner certains des affluents du Mississipi dans un autre chenal, afin de diminuer le volume des eaux auxquelles il sert d’émissaire? On reconnaîtra sur une carte de l’Amérique qu’il ne
- serait pas impossible de rejeter le haut Missouri sur le versant de l’océan Glacial; l’Arkansas pourrait être relié au bayou Bartholonew et la Rivière Rouge au bayou Atchafalaya; mais ces nouveaux émissaires n’auraient pas une section suffisante pour contenir en tout temps la masse d’eau qu’il s’agit de leur donner; et puis, ce n’est pas la faute
- LOCALITÉS. HAUTES EAUX. BASSES EAUX.
- Aire. Largeur. Profondeur maximum. Aire. Largeur. Profondeur maximum.
- mèt. carrés. mètres. mètres. mèt. carrés. mètres. mètres.
- Entre l’Ohio et l’Arkansas 17.200 1.340 26 4.000 1.020 15
- Entre l’Arkansas et la Rivière Rouge 17.200 1.220 29 4.900 920 17
- Entre la Rivière Rouge et le bassin La Fourche. . 18.000 900 34 9.000 820 23
- Entre le bassin La Fourche et les passes 17.000 730 58 14.800 670 34
- de tel ou tel affluent en particulier si le Mississipi déborde. La région qu'il traverse est si pluvieuse qu’il se grossit de lui-même au point de sortir de son lit habituel.
- Quant aux réservoirs à créer dans le haut des affluents, il est inutile d’en parler. C’est un expé
- dient que l’on ne veut pas appliquer à la Loire parce que la dépense en serait trop considérable; il en serait de même à plus forte raison pour les immenses fleuves de l'Amérique.
- On a songé aussi à ouvrir de nouvelles issues au fleuve à travers le Delta qu’il traverse. Sur la rive
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- Fig. 1. — Variations du niveau du Mississipi
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- droite, trois canaux de décharge existent déjà : les bayous Atchafalaya, Plaquemine et La Fourche; ils ont un cours long et tortueux, ce qui ne leur permet pas d’avoir un débit considérable ; les approfondir serait une dépense considérable et peut-être inutile parce que les alluvions les combleraient bientôt. Sur la rive gauche, il semble plus facile d’ouvrir des débouchés, car le Delta y a moins de largeur. C’est
- à Bâton Rouge que disparaît la chaîne de collines, qui borde le fleuve à l’orient depuis Vicksburg. De Bâton Rouge au golfe, la rive gauche n’est plus qu’une série de marais, souvent de très faible largeur. Ainsi, du Mississipi au lac Pontchartain ou au lac Borgne, la distance n’est que de 8 à 10 kilomètres. Le niveau de ces lacs est de 5 à 6 mètres au-dessous du niveau du Mississipi en hautes eaux.
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- Rien ne serait plus facile, semble-t-il, que d’ouvrir | un canal aboutissant dans l’un ou l’autre lac. Il
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- Fig. 2. — Secticns mouillées du Mississpi et de ses principaux affluents.
- suffirait de creuser une simple rigole que le courant élargirait lui-même autant qu’il serait nécessaire. Mais qu’en résulterait-il plus tard? Cette issue nouvelle s’agrandirait peut-être au point de devenir le bras principal du fleuve, car de si gran-
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- des masses d’eau ne se maîtrisent pas à volonté. Les embouchures actuelles s’obstrueraient au point que les navires n’y pourraient plus passer; le port de
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- Nota. Les hauteurs et les longueurs sont exprimées en pieds anglais = a o™3o47 9 • Fig. 3. — Levées du Mississipi comparées à celles des fleuves de l’Europe.
- la Nouvelle Orléans serait perdu. Ce grave inconvé- | de dépense, ou ne seraient pas
- nient fut-il évité, il s’en produirait toujours un autre presque aussi redoutable, l’envasement des lacs Borgne et Pontchar-train qui n’ont pas plus de 4 mètres de profondeur moyenne.
- Ainsi, dérivations, réservoirs, redressements, tous les procédés auxquels on pourrait avoir recours pour prévenir les débordements ou pour abaisser le niveau du fleuve sont impraticables; ils exigeraient trop efficaces ou même
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- seraient dangereux. Il n’en reste qu’un que les ingénieurs puissent employer; c’est de construire des digues qui protègent les terrains bas contre les inondations. Est-il vrai que ces digues soient aussi un danger pour l’avenir parce qu’elles produisent l’exhaussement du lit? L’opinion se prononce assez généralement dans ce sens. Les Américains n’y veulent pas croire. On saura dans quelques siècles s’ils ont tort ou raison.
- 11. BLERZY.
- — La suite prochainement. —
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- FOUS OU CRIMINELS?
- Les assassins sont-ils des fous?
- Cette question n’est pas nouvelle, et sans doute que longtemps encore on la discutera, car les questions de définition sont celles que, malgré soi, on discute le plus, et, au fond, ce problème n’est, je crois, pas autre chose. Avant de l’aborder, on devrait expliquer nettement ce qu’on appelle un fou.
- Mais, derrière la question de mots s’en trouve une bien plus grave : il s’agit de savoir si le crime est un acte de volonté dont tout le monde est également susceptible, ou si le criminel n’obéit pas à certaines tendances spéciales de son organisme.
- Une étude très curieuse que notre collaborateur, M. le docteur Bordier, a publiée dans la Revue d'Anthropologie nous semble jeter un nouveau jour sur ce problème, l’une des vexalæ questiones de la philosophie.
- Celte étude porte sur trente-six crânes d’assassins envoyés par le musée de Caen à l’Exposition d’anthropologie du Trocadéro.
- Le cubage de ces crânes a donné tout d’abord un résultat assez paradoxal : c’est que les assassins ont la tête plus grosse que la moyenne des autres hommes. On sait que c’est là un caractère général de supériorité : non pas qu’une forte tête, prise isolément, soit une preuve de forte intelligence, pas plus qu’une petite n’est preuve de médiocrité, mais chacune de ces conformations est assurément une présomption dans son sens. C’est ainsi que les crânes sauvages sont généralement plus petits que les nôtres; les crânes du moyen âge plus petits que ceux du temps actuel, les crânes de la fosse commune plus petits que ceux des bourgeois généralement instruits, etc.
- La supériorité de la capacité des crânes des assassins ressort nettement des chiffres recueillis par M. Bordier. Ainsi,ils nous montrent que sur 100 crânes parisiens, il y en a près de 22 qui n’ont qu’une capacité médiocre (1500 à 1400 centimètres cubes). Parmi les assassins, il n’y en a que 11,4 qui présentent une aussi faible capacité.
- Au contraire, si l’on considère les fortes têtes, on constate que les assassins obtiennent un avantage marqué sur les autres hommes. Ainsi pour la capacité de 1600 à 1700 centimètres cubes, nous trouvons que 5 p. 100 seulement des Parisiens honnêtes gens parviennent à ce ehiffre, tandis que 22,8 assassins sur 100 possèdent de ces fortes têtes, et ainsi de suite.
- Le résultat de cette première étude semble assez effrayant pour la vertu. Crime et intelligence marcheraient-ils de pair? C’est là un résultat paradoxal et qui parait au premier abord inacceptable.
- Rassurons-nous, l’anthropologie ne nous condamne
- pas si vite. Une enquête plus détaillée va nous conduire à d’autres résultats.
- il y a longtemps qu’on sait, en effet, que les facultés intellectuelles résident dans la partie antérieure du crâne. Peut-être les anciens avaient deviné que le développement de celte région était un signe d’intelligence et de force; sans doute, c’est dans celte pensée que les Grecs ont doué le Jupiter Olympien de ce vaste front, si large, si haut, si proéminent qu’il passerait pour monstrueux et pathologique dans la vie réelle, et qu'il a fallu tout l’art de Phidias pour le rendre acceptable à la vue. Quoi qu’il en soit, les études modernes ont mis hors de doute le rapport qu’il y a généralement entre l’amplitude du front, et la force de l’intelligence.
- Or, les assassins présentent un front des plus modestes; si petit que lorsqu’on compare sa largeur à la circonférence totale de la tête, on trouve qu’aucune race présente ou passée de notre continent n’en a jamais possédé d’aussi étroit ; les crânes qui y ressemblent le plus sont les préhistoriques, et encore les gens de cette époque étaient-ils supérieurs à nos assassins actuels. Au contraire, c’est par les côtés de la tête que le crâne de l’assassin se distingue. Les côtés de la tête, il convient de le dire ici, paraissent (car on ne sait encore rien de bien positif sur ces sujets difficiles) en rapport avec les sièges moteurs, les facullés impulsives, etc.; on a vu la partie correspondante du cerveau atrophiée chez un microcéphale apathique, hypertrophiée, au conlraire, chez les agités.
- « Moins de région frontale, plus de région pariétale : moins de réflexion et plus d’action, telle paraît être la caractéristique commune de l’homme préhistorique et de l’assassin moderne. »
- On comprend assez que de telles facultés doivent être développées chez des êtres vivant à l’état sauvage comme les malheureux de l’âge de pierre dont nous descendons. Les dangers de la vie sauvage surviennent à l’improviste ; il faut les fuir lestement avant tout, avant même de les raisonner, quitte à songer ensuite aux moyens rationnels de les éviter plus sûrement quand il se représenteront. Aussi les centres impulsifs doivent-ils être développés chez des individus condamnés à cette existence d’aventures.
- Dans nos sociétés raffinées, les conditions de la vie sont bien différentes. Loin de passer pour bien doué, un être disposé à se jeter tout d’abord dans les partis extrêmes, fùl-ce sur un couteau, n’est évidemment pas à sa place dans un pays policé. C’est un anachronisme vivant, et de plus un anachronisme dangereux pour ses voisins. « C’est un sauvage en pays civilisé, dit M. Bordier, et quelque chose de comparable à un animal qui, né de parents depuis longtemps domestiqués, apprivoisés, habitués au travail, apparaîtrait brusquement avec la sauvagerie de ses premiers ancêtres. On voit parmi les espèces domestiques des individus de ce genre : ce sont des animaux rétifsAn-domptables, insoumis. Parmi les hommes, leurs analogues sont les criminels. Venus en leur temps, à l’âge de pierre, ils auraient pu faire des chefs respectés de leur tribu. »
- Cette première partie du travail de M. Bordier indique que l’homme peut naître criminel. Nous devons avouer que, pour nous, la preuve n’est pas encore entièrement faite. Les différences notées par l’auteur entre les criminels et les autres hommes ne nous semblent pas assez considérables pour entraîner pleinement la conviction. On ne serait obligé de se ranger à son opinion que si des études faites sur d’autres séries de crânes d’assassins venaient la confirmer.
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- La seconde partie de son travail est bien plus démonstrative; elle a trait aux maladies cérébrales que l’examen du crâne des assassins révèle chez ces misérables. Elle montre, en un mot, que si l’on peut naître assassin, on peut aussi le devenir. Le crime est souvent la conséquence d’une maladie.
- Sur 100 crânes d’assassins, on n’en trouve que 8 qui soient absolument normaux ; 33 autres sont anormaux sans être positivement pathologiques; enfin, près de 59 p. 100 sont des crânes de malades!
- Voilà des chiffres qui nous paraissent tout à fait imposants.
- Parmi les lésions que M. Bordier a signalées, nous en mentionnerons une qui nous paraît très importante : ce sont les lésions osseuses qui révèlent l’existence d’une ancienne inflammation méningée à leur niveau. Sur 36 crânes dont M. Bordier disposait, 14, c’est-à-dire près de la moitié, présentaient ces sortes d’altérations.
- Et sait-on où siégeaient ces méningites limitées? Dans 13 cas sur 14, c’était justement sur les côtés de la tête, en cet endroit dont nous avons déjà constaté le volume remarquable chez les assassins, et que les physiologi-tes considèrent comme le siège des centres moteurs! C’est aussi cette région du crâne qui, très souvent chez les fous, est le siège d’une température exagérée. C’est là une observation d’une valeur qui nous paraît considérable.
- M. Bordier a décrit avec grand soin toutes ces lésions en les comparant, quand il l’a pu, à l’histoire du criminel et aux conditions dans lesquelles il avait commis ses forfaits.
- Ces observations sont très curieuses à plus d’un titre : elles montrent, par exemple, que lorsque deux scélérats s’entendent pour faire un mauvais coup, il y en a souvent un qui domine l’autre, et lui fait faire ce qu’il veut; l’autre, par faiblesse d’intelligence ou de caractère, n’est qu’un instrument passif. Deux fois, M. Bordier a pu étudier ces sortes de couples et dans les deux cas les caractères crâniométriques concordaient avec l’histoire du crime qui avait conduit les deux associés à l’échafaud.
- Peut être le lecteur sera curieux de tirer de cette remarquable étude quelque conclusion philosophique ou même pratique. Ce n’est pas ici le lieu de le suivre dans cette voie. Qu’il nous suffise de dire avec M. Bordier qu’il importe peu, au point de vue pratique, que l’assassin soit responsable ou non. Dans tous les cas, c’est un être dangereux dont on ne saurait trop se garer. Pour arriver à ce but, tous les moyens reconnus efficaces nous paraissent également dignes d’être employés. La loi pénale n’a à s’occuper que de deux questions dont elle s’est d’ailleurs montrée assez peu soucieuse jusqu’à ce jour : 1° Les moyens coercitifs qu’elle prescrit diminuent-ils le nombre des crimes? (question fort douteuse et très difficile) ; 2° entre plusieurs moyens également efficaces, quels sont les moins barbares?
- Tels sont les deux problèmes que le législateur doit déposer. Nous craignons que leur solution ne soit encore lointaine. Jacques Bertillon.
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- ILLUSION D’ACOUSTIQUE
- PRODUITE PAR LE TÉLÉPHONE ET CONSTATÉE A L’OBSERVATOIRE DU PUY-DE-DÔME.
- Lorsque nos oreilles perçoivent un son sans l’intermédiaire d’aucun instrument, nous reconnaissons facilement la direction dans laquelle ce son s’est produit. Nous ne nous trompons presque jamais et cette opération de notre
- esprit est infaillible lorsque le bruit entendu a une certaine intensité, et s’il ne se manifeste pas à une distance trop grande.
- Qu’on nous appelle à notre gauche, à notre droite, par devant, par derrière, même dans l’obscurité ou quand nous avons les yeux fermés, nous nous retournons instantanément, instinctivement du côté d’où est venue la voix, sans jamais commettre d’erreur.
- L’explication du fait paraît bien simple lorsque la voix nous arrive latéralement : l’une de nos oreilles est placée plus près du bruit que l’autre ; les ondes sonores lui parviennent d’une manière plus directe; elles sont, par conséquent, plus fortes pour cette oreille que pour la seconde ; et l’on conçoit aisément que nous puissions, au moyen de la différence d’intensité des sensations transmises au cerveau par les deux oreilles, distinguer le côté d’où est parti le son.
- Le phénomène s’explique moins facilement lorsque la personne qui nous appelle est placée exactement devant ou derrière nous.
- Peut-être devons-nous à l’expérience, à l’habitude de pouvoir saisir dans nos sensations acoustiques, des nuances qui échappent au raisonnement de notre esprit.
- Mais nous le devons plus probablement à ce que ce n’est pas par le seul pavillon de l’oreille que nous percevons les sons. Notre corps tout entier contribue à transmettre à la membrane du tympan les vibrations qui impressionnent le nerf acoustique, et il n’est peut-être pas impossible que le reste de notre système nerveux soit un peu influencé par les ondes sonores.
- Si la question n’est pas résolue, elle mériterait d’être étudiée parles physiciens et par les physiologistes.
- Pour moi, je me bornerai, dans cet ordre de faits, à citer un autre phénomène qui a pu être observé par tous ceux qui se servent habituellement du téléphone.
- Lorsque, pour prendre part à une conversation téléphonique, on place un téléphone à son oreille gauche, par exemple, la voix de la personne qui parle semble venir de très loin et par la gauche. — Si alors, on approche un second téléphone de l’oreille droite, tout en maintenant le premier à l’oreille gauche, la voix paraît se rapprocher en se déplaçant de la gauche vers la droite, et semble se fixer à une très petite distance de l’expérimentateur, et en face de lui.
- Il est bien évident que le fait ne se passe ainsi que pour les personnes qui ont les oreilles d’une égale sensibilité.
- Quand je l’ai observé pour les premières fois, à la station de la Plaine de l’Observatoire du Puy-de-Dôme, mon interlocuteur se trouvait à la station du sommet de la montagne, et sa voix paraissait venir se placer devant moi, à cinquante centimètres environ. — Elle semblait partir de la caisse d’un baromètre anéroïde placé sur ma table, et, malgré tous mes efforts, je ne pouvais dissiper l’illusion qu’augmentait encore le timbre étouffé des sons téléphoniques.
- Depuis, l’usage quotidien d’un seul téléphone que je place toujours à mon oreille gauche a rendu celle-ci beaucoup plus sensible que mon oreille droite. Aussi, lorsque je répète l’expérience, je suis obligé, pour qu’elle réussisse, de diminuer l’intensité des sons du téléphone de gauche au moyen de la vis de réglage.
- On pourrait encore placer ce téléphone à une petite distance de l’oreille correspondante afin qu’elle n’éprouve pas une impression plus forte que l’oreille droite.
- Dans tous les cas, on peut toujours, en plaçant d’abord an téléphone à l’oreille la moins sensible, faire passer la
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- LA NAT U LE.
- voix du côté de l’autre oreille, en approchant de celle-ci un second téléphone.
- Cette illusion d’acoustique pourrait servir à comparer la sensibilité des oreilles d'une personne en se servant de deux téléphones qui émettraient des sons d’égale intensité.
- PLUMANDON, Météorologiste adjoint à l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
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- UNE ASCENSION AU VÉSUVE
- PENDANT LA DERNIÈRE ÉRUPTION.
- Pour terminer les séances du Congrès météorologique de Rome, le gouvernement italien eut la gracieuse idée d’offrir à tous les savants qui avaient pris part aux travaux du Congrès, une ascension au Vésuve. Le rendez-vous était fixé à Naples : le 24 avril, à sept heures du matin, des calèches commandées d’avance emmenaient tous les invités à l’Observatoire, dirigé par M. le professeur Palmieri. Soixante personnes environ avaient pris place dans les voitures, et déjà les Napolitains paraissaient émerveillés de voir un semblable défilé le long du port. Une foule de mendiants de tout âge et de tout sexe nous entourent bientôt, et sans les gendarmes, qui heureusement nous protégeaient en faisant ranger tous ces pauvres gens, il nous aurait été certainement impossible de gagner les dernières maisons de Portici.
- Un temps clair et doux nous favorise; des fleurs, des vignes entrelacées, forment de gracieuses guirlandes; des ormeaux bordent notre route.
- Ce charmant spectacle est de peu de durée ; quel-ques détours suffisent, et nous entrons dans un pays extraordinaire. La verdure disparaît subitement ; c’est un amoncellement lugubre de lave noire bour-soufflée, un désert épouvantable, la désolation même. A chaque instant un nouveau spectacle se présente; l’horizon bleu de la mer dominant la baie de Naples et la lave noire affreusement tourmentée, prennent les formes les plus fantastiques en premier plan.
- Nous arrivons à l’Observatoire. Le directeur, M. Palmieri en fait gracieusement les honneurs, montrant et expliquant à chacun les instruments curieux qui servent à ses nombreux et utiles travaux, et dont nous avons déjà parlé souvent dans la Nature.
- Un déjeuner était servi dans une vaste salle, nous allions prendre des forces pour faire l’ascension du cône. Mais comment s’occuper de ces détails, lorsque devant les yeux se déploie la baie de Naples, et que le soleil éclaire le ciel ; nous étions tous impatients de monter au plus haut de la montagne, pour voir de près les immenses vapeurs qui s’échappaient du cône. Chacun se prépare, quelques dames sont avec nous; elles donnent l’exemple et partent les premières. L’ascension est pénible, les pentes sont rapides, et nous enfonçons dans un terrain mou et fait de cendres ; la marche est lente.
- Après une heure et demie cependant, nous ar- j
- rivons au faîte, et la fatigue éprouvée est vite oubliée.
- Nous sommes sur une immense falaise demi-circulaire formée de roches énormes, brisées, tourmentées de mille manières. A cinquante mètres environ au bas de ces roches, nous voyons un lac de lave noire, d’où s’échappent des vapeurs de soufre, des fumées incandescentes d’un aspect vraiment merveilleux. Dans l’espace laissé ouvert par les hauts rochers, s’écoule lentement la lave épaisse, le long des pentes du Vésuve. Le cône même d’où sort actuellement l’éruption, domine le tableau, au travers de toutes les vapeurs lumineuses formées par les fumerolles s’échappant de la lave qui est à nos pieds. Le cône paraît avoir la même hauteur que les rochers où nous sommes.
- Les guides nous indiquent un sentier pour descendre au niveau même des laves ; elles sont bouillantes, se soulèvent par place et forment ainsi des crevasses rouges comme de la fonte en fusion ; des flammes sortent par instants et donnent naissance à des fumées épaisses allant se confondre avec les nuages. Nous descendons jusqu’au bord de la lave et après quelques instants d’hésitation, nous nous risquons sur ce nouvel océan. Les guides nous montrent le cône d’éruption; quelques minutes de marche suffisent pour arriver au-pied, mais à cet endroit les vapeurs augmentent d’intensité; c’est une suffocation, un manque d’air respirable et, malgré notre désir, il est impossible de faire l’as-sension du cône. La lave prend ici un nouvel aspect; elle est dorée, brillante, de couleurs diverses, orange, verdâtre ; les vapeurs qui s’échappent du sol déposent à chaque moment une couche nouvelle de poussières soufrées et d’autres matières sulfureuses.
- Nous sommes obligés de revenir bientôt sur nos pas et les guides nous cherchent d’autres chemins au travers de la lave chaude. Souvent nos pieds sont brûlants, il faut faire des détours pour éviter les endroits où les flammes apparaissent ; la lave se soulève alors, se boursoufle à la manière d’un serpent de Pharaon. Dans d’autres places, quoique levée, la lave est assez solide pour soutenir le poids des hommes. mais il faut l’expérience des guides pour conduire sans accidents des voyageurs inexpérimentés. Nous arrivons au pied des hauts rochers, d’où nous étions partis quelques instants auparavant; c’est de cet endroit que j’ai pu faire un croquis en quittant la lave bouillante.
- Nous remontons les roches, et après avoir admiré une dernière fois le panorama de la baie de Naples, nous commençons notre descente.
- En quelques minutes, nous glissons jusqu’au bas du cône ; rien n’est plus pittoresque, plus amusant même, que cette marche rapide dans les cendres du Vésuve; c’était un spectacle original, de voir ainsi, à travers de légers tourbillons de cendres, cette petite troupe de soixante personnes, accompagnées de guides, de gendarmes et de mendiants.
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- Les cimes du Vésuve et le lac de laves qui entoure le cratère. (D’après nature, par Albert Tissandier.)
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- LA NATURE.
- Une heure après, nous quittions l’observatoire de M. Palmieri, pour regagner Naples.
- Albert TISSANDIER.
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- EMPLOI DES SULFURES NATURELS
- COMME COMBUSTIBLES DANS LA MÉTALLURGIE
- (PROÉDÉ IIOLLWAY).
- Le procédé Hollway, récemment inventé et expérimenté en Angleterre, a pour objet d’utiliser la chaleur produite par l’oxydation rapide de certaines substances minérales qui, jusqu’à présent, n’avaient pas été employées comme source de chaleur pour la fusion. La chaleur ainsi obtenue est utilisée pour la réduction des charges du fourneau, lesquelles peuvent se composer en partie de sulfures et en partie de minerais siliceux. Un courant d’air forcé passe à travers les sulfures liquides, qui, par ce moyen, sont oxydés rapidement. Une grande chaleur est ainsi développée, qui fait du procédé de fusion une opération se suffisant à elle-même. Il s’ensuit qu’aucun combustible n’est nécessaire, si ce n'est celui qui est employé pour produire la vapeur des machines soufflantes; quand on a à sa disposition une force motrice hydraulique, aucune espèce de combustible charbonneux n’est nécessaire pour l’opération, sauf un peu de coke pour mettre le fourneau en train.
- Il est bien connu que les minerais pyriteux sont facilement combustibles, mais le meilleur moyen d’utiliser la production de chaleur des sulfures métalliques n’est pas si facile qu’il semble à première vue. De ces sulfures, les pyrites de fer seules sont suffisamment combustibles à une basse température pour brûler à l’air libre ; mais la masse ne peut s’élever à la température où commence l’oxydation que par l’union du soufre et du fer avec l’oxygène. En Espagne, il y a de nombreux dépôts de pyrites de cuivre pauvres. Les Compagnies de Rio Tinto et de Tharsis traitent annuellement à leurs mines environ 1 million de tonnes de ces pyrites pour l’extraction du cuivre seul, laquelle ne rend pas plus de 2 p. 100. Le procédé employé consiste essentiellement dans le grillage des pyrites en tas à l’air libre, dans la dissolution du cuivre des matières grillées et dans la précipitation du cuivre par le moyen du fer. Cette opération demande des mois. L’or et l’argent contenus dans le minerai sont perdus, et le fer et le cuivre aussi. Le soufre passe dans l’air à l’état de gaz nuisible, qui désole et empeste la contrée.
- Depuis les premiers âges, le charbon a été considéré comme une nécessité pour toute opération métallurgique. Il est bien connu que le charbon brûle à diverses températures; dans notre corps, dans un feu de charbon ordinaire ou dans un fourneau. Un grand nombre d’opinions ont été émises au sujet de l’économie des combustibles charbonneux, et beaucoup d’essais ont été faits dans ce but. Cependant la dépense en charbon ou coke nécessaire à la
- fusion d’une quantité donnée de métal est encore supérieure de beaucoup à la limite théorique. Les causes principales de cette différence peuvent être énumérées comme suit :
- 1° Une partie de l’oxygène de l’air passant dans le fourneau agit seule sur la matière à brûler ;
- 2° L’oxygène n’arrive pas en contact avec les matières combustibles avec assez de rapidité pour obtenir la température nécessaire à l’opération;
- 3° Les gaz s’échappent chauds et non brûlés. Ceux-ci sont maintenant fréquemment utilisés.
- Il y a une opération métallurgique dans laquelle les deux premières sources de pertes sont évitées, c’est dans le système Ressemer, où, par le soufflage de l’air à travers de la fonte liquide, une très haute température est obtenue par la combustion de petites quantités de carbone et de silicium contenus dans la fonte. Cela n’est pas cependant le cas dans le procédé du puddlage, où l’oxydation est étendue à une période considérable de temps, de sorte que le constituant lui même de la matière à puddier est souvent brûlé en proportion notable. Mais souvent, dans le procédé Ressemer, le carbone n’est brûlé qu’à moitié et une forte quantité de chaleur s’échappe avec l’oxyde de carbone et l’azote.
- Lorsque de minces couches d’air sont forcées à travers des sulfures de fer liquides reposant sur un foyer à tuyère, une haute température est produite par la combustion parfaite résultant de l’oxydation des sulfures, et il ne s’échappe pas à la surface des matières fondues de gaz non brûlé, sauf de l’azote et des vapeurs de soufre. L’azote chaud et l’acide sulfureux peuvent agir sur les pyrites de fer et autres matières minérales, et lorsque les pyrites sont ainsi chauffées, un atome de soufre tenu en faible combinaison est en grande partie expulsé. On obtient ainsi du protosulfure de fer fondu, qui est ensuite brûlé par l’oxygène de l’air envoyé par la partie la plus basse du foyer, produisant ainsi la chaleur nécessaire à la continuation de l’opération. Ce procédé peut être . défini comme un système d’oxydation partielle, dans laquelle les nombreux constituants d’une charge de fourneau peuvent être séparés les uns des autres et concentrés en différentes parties de l’appareil, la chaleur nécessaire à l’opération étant obtenue par la combustion d’une portion des constituants de moindre valeur.
- Les principaux minerais des métaux employés, excepté le manganèse et l’étain, sont des sulfures. Le fer lui-même, bien que rencontré souvent sous forme d’oxydes, est aussi abondamment trouvé combiné avec le soufre, et le bisulfure de fer ou pyrite de fer, est un exemple de minerai sulfureux et combustible. On trouve invariablement associées avec le fer et le soufre, dans les pyrites de fer, de petites quantités d’autres métaux, principalement le cobalt, le nickel, le cuivre, l’argent, l’or, le plomb, le zinc et l’arsenic. De ceux-ci, le zinc est au moins aussi combustible que le fer lui-même ; le plomb et l’arsenic se volatilisent facilement à l’état de sul-
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- fures, et le cobalt, le nickel et le cuivre sont moins aisément oxydables que le fer, tandis que l’argent et l’or ne s’oxydent pas dans ces conditions; finale-ment, en insufflant de l’air dans ces matières, le fer est le premier des éléments à subir l’oxydation. Si l’oxydation est arrêtée avant que tout le fer soit brûlé, le cobalt, le nickel, le cuivre, l’argent et l’or contenus dans le minerai traité se trouveront dans la portion non brûlée. Ce principe trouve son parallèle dans le procédé. Ressemer, quand on traite de la gueuse pour faire de l'acier. Un courant d’air est forcé en bouillonnant à travers un bain de fonte liquide. Le silicium est oxydé le premier, et suivi de près et en grande partie par le carbone, très peu de fer est oxydé, avant que tout le silicium et le carbone soient brûlés.
- Les expériences faites aux établissements de MM. Cammell à Penistone, près Sheffield, dans un convertisseur Ressemer, ont prouvé qu’en soufflant de l’air à travers des sulfures de fer en fusion, le fer et une portion du soufre sont oxydés. Si l’oxydation est arrêtée avant que la combustion du fer soit complète, un régule ou matte pesante est obtenu, qui renferme outre une petite proportion du fer contenu dans le minerai, la plus grande partie du cuivre et des autres métaux moins oxydables. Dans une de ces expériences, les sulfures fondus furent coulés dans le convertisseur d’un cubilot, dans lequel on les avait auparavant fondus et la températuré fut maintenue pendant une période de dix heures, sans le secours d’aucun combustible charbonneux, la chaleur dérivant entièrement de l’oxydation du fer et d’une portion du soufre des morceaux de pyrites, qui étaient continuellement jetés dans la gueule du convertisseur. Un convertisseur Ressemer étant peu convenable pour recueillir les produits gazeux et volatils, les dernières expériences furent faites dans une série de cubilots appartenant à MM. John Brown et Cie à Sheffield.
- Ces expériences ont prouvé la possibilité d’obtenir une matte riche, une scorie ne contenant pour ainsi dire pas de cuivre et une quantité considérable de soufre cru. M. Pourcel, le chimiste bien connu de la Compagnie de Terre Noire en France, a aussi fait quelques expériences intéressantes. Il a traité par cette méthode un sulfure de cuivre et d’antimoine, contenant du plomb et du zinc, et s’est servi de spath pesant et de silice pour fondants. Il a obtenu une matte contenant tout le cuivre sous forme de sulfure, une scorie légère, et le plomb, le zinc et l’antimoine en deux sublimés séparés, lesquels s’étaient condensés en différentes parties de l’appareil. La séparation est due à,la plus grande volatilité des sulfures de plomb sur les oxydes de zinc et d’antimoine.
- Dans les expériences de Penistone et de Sheffield on a employé l’air froid pour le soufflage. Les gaz qui sortaient du convertisseur ou du fourneau à l’air libre emportaient avec eux une forte quantité de chaleur. En pratique, cependant, il serait écono
- mique d’employer l’air chaud, et celui-ci pourrait être chauffé par la chaleur des gaz qui s’échappent. Il est remarquable que les métaux de moindre valeur, comme le fer et le zinc, engendrent par leur combustion la plus grande quantité de chaleur.
- Le procédé Hollway peut être employé pour la réduction de tous les métaux volatils. M. A. IL Allen, de Sheffield, a ainsi obtenu de l’antimoine métallique par la simple oxydation du sulfure.
- On sait que le sulfure de plomb réagit sur l'oxyde de plomb avec production de plomb métallique et d’acide sulfureux. Si, en outre, une quantité limitée d’air est insufflée dans du sulfure de plomb liquide, l’oxyde ainsi formé dans la partie inférieure du fourneau, en passant plus haut, au contact avec les sulfures de plomb chauds, produira du plomb métallique, avec dégagement d’acide sulfureux. Le fourneau ayant un bassin de repos au-dessous des tuyères, le plomb métallique y sera recueilli et pourra de temps à autre être coulé. Une quantité limitée de vent doit être introduite, parce que si l’on souffle trop rapidement et trop fort, le sulfure de plomb distillera et se volatilisera.
- En traitant ainsi des minerais de plomb argentifères, l’argent, et l’or s’il y en a, se trouveront avec le plomb réduits les premiers. Pour traiter ainsi de la galène, le fourneau devra avoir une garniture basique.
- Le procédé Hollway est surtout applicable :
- 1° Au traitement des substances métallifères qui ne peuvent pas avantageusement se réduire par les autres méthodes. A l’extraction du soufre par distillation, et simultanément à la concentration et la séparation du cobalt, du nickel, du cuivre, de l’argent, de l’or des minerais, sous forme de matte; le plomb, le zinc, l’antimoine et l’arsenic seront dans les sublimés;
- 2° Au traitement des minerais complexes, par exemple, le cuivre gris antimonifère, pareil à celui essayé par M. Pourcel; les minerais similaires à ceux travaillés dans la mine bien connue du Rottino, à Seravezza, dans les Alpes-Apuanes, qui contiennent quatorze ou quinze métaux pesants, y compris le plomb et l’argent, pour lesquels seulement on travaille depuis des siècles; les blendes des mines de plomb du Derbyshire, appelées mveks, habituellement rejetées par les mineurs parce que la quantité de plomb associée à ces blendes rend le zinc obtenu mauvais ;
- 3° Au traitement des pyrites argentifères et aurifères. En pratique, il n’est pas possible d’obtenir tout l’or des pyrites par l’amalgamation avec le mercure, à cause de la présence du sulfure d’arsenic qui empâte et précipite le mercure, tandis que par fusion on obtient tout l’or et tout l’argent;
- 4° Au traitement des pyrites contenant souvent quelques traces de cobalt, de nickel et de cuivre, qui sont concentrés par ce procédé dans une matte riche, tandis que ce résultat n’est pas obtenu par les procédés très lents de grillages et de réduc-
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- lions alternatifs. De semblables minerais contenant 10 p. 100 et même souvent 12 p. 100 de cuivre, existent dans l’Amérique du Sud et en beaucoup d’autres parties du monde, mais ne sont pas jusqu’à présent susceptible d’un traitement économique, à cause de la difficulté d'avoir un combustible bon marché. Le procédé peut aussi être avantageusement appliqué au traitement de minerais plus riches en cuivre, comme ceux fondus à Swansea;
- 5° Au traitement des minerais de plomb pauvres. Si de tels minerais sont ajoutés aux charges des fourneaux avec des pyrites cuivreuses, la silice qu’ils contiennent sera utilisée et combinée avec les oxydes de fer résultants pour former la scorie, la galène sera volatilisée et ensuite recouvrée à l’état de sublimé, et l’argent contenu enrichira la matte. Poulie moment, par un procédé coûteux, on broie, on lave ces minerais, la galène est concentrée, mais une forte proportion est laissée dans les déblais ou passe avec l’eau dans les rivières, rendant l’existence des poissons impossible dans ces eaux. La force hydraulique nécessaire pour laver ces minerais pourrait en beaucoup de cas être employée à produire le vent.
- Lorsqu’on traite ainsi des pyrites de fer cuprifères, on obtient quatre produits :
- 1° Une malle ou régule contenant de 50 à 50 p. 100 de cuivre, les traces de cobalt, nickel, argent et or que peut contenir le minerai, le reste étant fer et soufre. Cette matte a une pesanteur spécifique de 4 1/2 à 5;
- 2° Une scorie consistant en silicate de fer, résultant de l’oxyde de fer combiné avec les matières siliceuses contenues dans les minerais ou dans les fondants ajoutés;
- 5° Du soufre sublimé, plus ou moins mélangé avec des composés volatils de plomb, zinc et arsenic ;
- 4° Des gaz consistant en acide sulfureux et azote.
- La matte ressemble beaucoup au course métal du procédé ordinaire pour cuivre de Swansea, qui n’est maintenant obtenu qu’après un travail consi dérable et à grands frais, avec beaucoup de temps et de combustible. Si dans le sulfure de fer et de cuivre formant le bain traité, on souffle continuellement de l’air, il arrivera à la longue que tout le fer sera oxydé et que la matte dans le bain consistera en sous-sulfure de cuivre. Si alors un surplus d’air est introduit, le cuivre sera réduit à l’état métallique par le dégagement de l’acide sulfureux.
- La scorie obtenue à Penistone était essentiellement du silicate de fer, contenant environ 50 p. 100 de fer et 29 p. 100 de silice. Elle avait une densité d’environ 3,8 à 4 et était par sa composition à peu près pareille à celle des fours à cuivre où l’on fond le minerai, ou encore à celles dites tap-ainder des fours à puddler le fer. Par l’addition de matières calcaires, la gravité spécifique de la scorie est diminuée assez pour se séparer facilement de la matte au dessus de laquelle elle se recueille. Dans une des dernières expériences, lorsqu’on employa la chaux,
- la proportion de cuivre restée dans la scorie était très faible. Cela est un point très important, parce qu’en travaillant des minerais contenant si peu de cuivre, la présence d’une-si petite quantité que ce soit de métal dans la scorie, représente une perte considérable du cuivre contenu. Ces scories peuvent être utilisées pour la fabrication de l’acier, étant pratiquement un minerai de fer siliceux, privé de phosphore et la réduction dans un haut-fourneau peut en être utilement effectuée si la proportion du fer est élevée, comparativement au poids des matières ; et même, il peut être possible de les réduire lorsqu’elles sont à l’état liquide.
- En revolatilisant le soufre, on peut le libérer de toute impureté excepté de l’arsenic; à l’établissement de MM. John Hutchinson et Cie, celui-ci est éliminé au moyen du polysulfure de chaux.
- Comme une certaine portion du soufre du minerai a subi la combustion, les gaz sulfureux qui en résultent contiennent de 14 à 15 p. 100 d’acide sulfureux. Finalement la proportion d’acide sulfureux à l’azote est à peu près identique à celle des gaz produits par le grillage des pyrites dans les fours employés par les fabricants de vitriol, et peut par suite être utilisé pour la production de l’acide sulfurique dans les chambres de plomb.
- Cela semble être la solution la plus simple du grand problème de fondre ces minerais de cuivre sans causer de dommage aux environs et le même résultat pourrait s’obtenir en recueillant et liquéfiant l’acide sulfureux. On peut sans grande perte de température employer les matières les plus incombustibles et étendre l’application du procédé; pour cela il y a beaucoup de minerais, y compris les silicates et les carbonates contenant des métaux sous forme d’oxydes, qui peuvent être convenablement mélangés avec une certaine proportion de minerais pyriteux pour en effectuer la réduction. En fait, un des principaux desiderata du procédé est de savoir jusqu’à quel point on peut effectuer la fusion de minerais ou charges de fourneaux contenant comparativement une quantité modérée de sulfures. Il est évident qu’il faut entièrement obvier à la nécessité d’employer un combustible carbonifère pour tout ce qui concerne la production de la matte, de manière à multiplier beaucoup le nombre des localités où l’on puisse avantageusement introduire cette opération de fusion. Un des principaux mérites du procédé est qu’il est également applicable sans grande différence de prix soit à des minerais très pauvres, soit à des minerais très riches. Quelle que soit la faiblesse du rendement en matte, celle-ci contient à peu près tout le cobalt, le nickel, le cuivre, l’argent et l’or contenus dans la charge du fourneau, tandis qu'on trouve le plomb, le zinc, l’antimoine et l’arsenic dans les matières sublimées.
- Traduit de l’anglais par
- F. Blanchard,
- ingénieur-directeur des mines du Rottino (Italie).
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- LA NATURE.
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- PLUIES DE POUSSIÈRES
- Un savant micrographe italien, M. le professeur Orazio Silvestri, vient de publier un important Mémoire1 sur ce phénomène qui se présente si fré-
- quemment en Italie et surtout en Sicile. Nous avons trop souvent parlé à nos lecteurs des pluies dépoussiéré1 pour y revenir aujourd’hui. Nous nous bornerons à publier une belle planche qui montre, réunis en un seul groupe, les plus fréquents objets que l’on rencontre dans les poussières aériennes d'origine
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- Poussières tombées en Sicile, vues au microscope (grossissement 500 diamètres). — Dessin de M. O. Silvestri.'
- 1. Gallionella crenata, Ehr. — 2. Sinedra entomon, Ehr. — 3. Pinnularia intermedia, Silv. — 4. Navicula fulva, Ehr. — 5. Lithostvli-dium clepsammidium, Ehr. — 6. Spongolithis striata, Silv. — 7. Protococcus meteororicus, Silv. — 8. Protococcus meniscus, Silv. — 9. Protococcus simplex, Silv. — 10. Vorticella convallaria, Ehr. — li. Cyclidium solitarium, Tilv. — 12. Petite étoile appartenant à un organe végétal. — 15. Fragment de conferve (Gallionella lyrata, Ehr.)? — 14. Fructification de formes variées. — a, a, a. Fragments de conferve, épiderme, fibra de plante phanérogame. — Les fragments angulaires représentent la partie minérale de la poussière. Les amas grumeleux répandus çà et là sont formés dune substance organique.
- terrestre. Les trois règnes de la nature se trouvent représentés dans les corpuscules imperceptibles qui flottent au sein de l’océan aérien : on y rencontre des fragments divises de toutes les roches, on y voit des végétaux microscopes, des algues innombrables,
- 1 Prof. Orazio Silvestri. Ricerche chimico-microgra fiche Sopra le Ploggc rosse et le Polvère meteoriche della Sicilia. Catania.
- on y observe enfin des infusoires, des Kolpodes, des Vorticelles (n° 10 de la figure ci-jointe), etc.
- Le beau dessin de M. Orazio Silvestri permet d’apprécier l’intérêt que présente l’étude micrographique des poussières atmosphériques.
- 1 Voy. Tables des années précédentes.
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- LA NATURE.
- LE CLIMAT DE SYDNEY
- ET DE IrA NOUVELLE-GALLES DU SUD.
- Au moment où l’attention publique est portée sur l’Exposition internationale qui doit s’ouvrir prochainement à Sydney (Australie), il ne sera peut-être pas hors de propos de donner quelques détails sur ce pays situé vers l'antipode de Paris. La colonie de la Nouvelle-Galles du sud fut fondée par le capitaine anglais Philipp en 1788 ; elle comprenait à l’origine toute la région de l’Australie qui s’étend à l’est du 135° degré de longitude. Les progrès de l’immigration ont amené peu à peu le gouvernement anglais à la diviser en plusieurs colonies ayant chacune une administration propre ; c’est ainsi que la province de Victoria fut séparée en 1851 et Queensland en 1859. La population qui était seulement de 13 000 âmes en 1802 dans tout le pays, atteignait 662 000 habitants au recensement de 1877 dans la Nouvelle-Galles du sud proprement dite. Cet accroissement rapide est dû en partie à la découverte, de riches mines d'or en 1851, mais il faut l’attribuer aussi pour une grande part à la douceur du climat.
- Les naturels appartiennent à la race malaise ; leur caractère sauvage ne s’est modifié en rien au contact des Européens, et ils se sont retirés peu à peu dans l'intérieur devant l’envahissement progressif de l’immigration ; on ne les rencontre plus guère que sur les confins du pays occupé, où les colons sont obligés de se protéger contre leurs déprédations. Les ressources du sol sont nombreuses et variées, et c’est à cause de la quantité considérable de plantes nouvelles qu’il rencontra à l’endroit de son débarquement en 4770, que le capitaine Cook lui donna le nom de Botanij Bay. On y a acclimaté sans difficulté le blé, le maïs, le tabac, la canne à sucre, la vigne, l'olivier, l’oranger, etc., que l’on voit croître ensemble dans les environs de Sydney. La colonie offre surtout à profusion des arbres à haute futaie employés à la construction des vaisseaux, des ponts, et en général pour les travaux exigeant la dureté et les grandes dimensions ; on y rencontre communément l'Eucalyptus, connu pour sa propriété de neutraliser ou d’absorber les miasmes qui s’élèvent des marécages. Les herbes indigènes constituent un élément de richesse des plus importants, dont les colons tirent le meilleur parti dans l’élevage des bestiaux. Les richesses minérales ne sont pas moins considérables : on y trouve le diamant, l’or, l'argent, l’étain, le cuivre, le fer, le plomb, le pétrole, la houille, les pierres de construction, etc. La récente Exposition universelle de Paris a du reste montré les admirables ressources de cette riche colonie.
- Sydney, sa capitale, est bâtie dans la baie de Port Jackson, sur la côte orientale de Pile , sa population est actuellement de 180 000 habitants. Elle possède un muséum, une bibliothèque populaire,.une université, un observatoire, plusieurs sociétés savantes, etc. Un palais a été construit il y a quelques années pour la Société d’agriculture : c’est dans ce monument, et dans les dépendances et annexes que la circonstance rend indispensables, que se tiendra l’Exposition internationale ; l’ouverture en est fixée au 1" septembre prochain, époque correspondant au commencement de la saison du printemps.
- Les conditions météorologiques de la Nouvelle-Galles du sud, peu connues jusqu’ici, ont été étudiées récemment par M. H. G. Russell, directeur de l Observatoire de Sydney, et sont publiées dans un volume fort intéres
- sant résumant toutes les observations faites dans les différentes parties de la colonie. Le climat de Sydney est beaucoup plus doux que celui de Paris ; il présente une grande analogie avec celui de Lisbonne ou de Naples ; la gelée y est à peu près inconnue, et on cite comme un fait absolument exceptionnel une chute de neige le 28 juin 4836, c’est-à-dire en plein hiver, phénomène que les plus anciens habitants ne se rappelaient pas avoir vu et qui ne s’est pas reproduit depuis. La température moyenne annuelle y est de 17 degrés; la moyenne du mois le plus froid (juillet) est de onze degrés, et celle du mois de janvier, époque des fortes chaleurs, de 21°,8. Les fortes pluies tombent pendant les mois d’été, principalement en janvier et en février; elles sont amenées par les vents des régions est, qui, venant de l’Océan, sont fortement chargés d’humidité. On y constate quelquefois des pluies de 200 millimètres en une journée, mais de semblables chutes d’eau sont exceptionnelles , et la moyenne annuelle est d’environ 1300 millimètres répartis sur 102 jours de pluie. Le climat du versant oriental de l’île, où s’est fixée la majeure partie des émigrants, est assez semblable à celui de Sydney; il est doux, salubre, agréable. En raison de la pente rapide'des terrains, les fortes pluies occasionnent quelquefois le débordement des rivières, mais on n’y redoute pas les sécheresses extrêmes qui désolent souvent les régions de l’intérieur. En été, les vents sont d’une régularité remarquable; on n’y observe guère que les brises de terre ou de mer qui caractérisent les rivages maritimes; en hiver les vents dominants viennent de l’ouest.
- Les Montagnes Bleues, qui forment la ligne de partage des eaux, en Australie, sont presque parallèles à la côte orientale, dont elles sont très rapprochées en certains points; leur altitude moyenne est comprise entre 600 et 4000 mètres, mais quelques pics atteignent une hauteur de plus de 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces montagnes divisent la colonie en deux régions bien tranchées au point de vue météorologique; en effet, tandis que Sydney et ses environs jouissent des avantages du climat marin, au contraire, le plateau à l’ouest des Montagnes Bleues présente tous les caractères du climat continental. Les températures extrêmes y sont très accentuées, et la quantité de pluie est d’autant moindre qu’on s’avance davantage vers l’intérieur. Là, le total des pluies d’une année moyenne est d’environ 600 millimètres seulement, et le nombre des jours pluvieux de 74; mais certaines stations sont quelquefois plus d’une année sans recevoir une goutte de pluie. Les sécheresses sont donc le principal obstacle à l’extension de la colonisation vers l’ouest; elles s’expliquent aisément : nous avons vu que les fortes pluies viennent généralement de l’est ; or les masses nuageuses se condensent plus ou moins à la rencontre des montagnes, et il n’y a guère que les grandes perturbations atmosphériques qui puissent entraîner l’air humide sur le versant opposé; ajoutons à cela que les températures de l’été y sont très élevées, et que la tranche d’eau évaporée peut atteindre 300 millimètres en un seul mois. On a cru observer que les sécheresses de l’intérieur coïncidaient avec les débordements des cours d’eau dans le voisinage de la côte, mais celte remarque est loin d’être absolue; ainsi les inondations de 4870 ont ravagé non seulement le versant oriental de l’île, mais se sont étendues au delà des montagnes jusque dans la vallée du Murray.
- De toutes les particularités du climat australien, le vent brûlant (hot wind) qui souffle par intervalles pendant les mois d’été, est certainement la plus remarquable et la
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- LA NATURE
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- plus intéressante. Il est précédé et accompagné d’un accroissement considérable de la température ; sous son influence le thermomètre à l’ombre monte quelquefois à 45 degrés dans le voisinage de Sydney, et atteint jusqu’à 55 degrés dans les stations de la plaine; son pouvoir desséchant est tel que pendant l’été de 1828 il détruisit complètement les blés sur pied dans la vallée du Hunier River sur une longueur de plus de 50 kilomètres. Ce vent est comparable quant à ses effets au sirocco d’Algérie ; il ne souille que sept ou huit fois en moyenne pendant toute la saison chaude.
- Bien que les trois dernières années aient été marquées par des sécheresses excessives, celte période accuse autant de prospérité que les années antérieures, et malgré le faible rendement des mines d’or actuellement en exploitation, l’accroissement des recettes a continué à progresser : ce résultat est dû en grande partie aux conditions exceptionnelles du climat de ce pays fertile. La population ouvrière abandonne peu à peu les chantiers d'extraction de minerais précieux, mais sans songer pour cela à quitter la colonie; elle reporteuses efforts vers les travaux agricoles, moins pénibles, plus rémunérateurs, et dont les produits trouvent un débouché assuré jusque sur nos marchés de l’Europe. Tu. MoUREAUX.
- CHRONIQUE
- L'horographe. —Nous avons décrit aux lecteurs de la Nature la plume Edison, la plume mécanique et la plume pneumatique. L’appareil que nous signalons aujourd’hui est basé sur le même principe. Il ne diffère de ses devanciers que par le mouvement communiqué à l’aiguille de la plume. Un mouvement d’horlogerie, placé au bout du manche, et que l’on remonte tous les quarts d’heure, est le moteur employé pour donner à l’aiguille son mouvement, rapide de va-et-vient. L’appareil servant à reproduire le cliché est ainsi réduit à sa plus simple expression et peut se mettre dans la poche. L’horographe est construit par MM. Newton, Wilson et Cie,de Londres.
- Action de la morphine sur les chevaux. — La thérapeutique comparée, trop souvent négligée, est un objet d’étude pourtant fécond pour la thérapeutique humaine. A ce titre, nous signalons les effets d’excitation extrême que produit la morphine chez le cheval. Un grand nombre de, vétérinaires, John Albrecht, Schilling, ont déjà signalé le fait. Un nouveau fait vient d'être signalé par M. Friedbeyer, professeur de clinique à l’école vétérinaire de Munich. Deux injectians de 10 centigrammes de chlorhydrate de morphine dans vingt-cinq parties d’eau (soit 20 centigrammes) furent faites à un cheval. L’animal s’élance, frappe des pieds, devient inabordable; la sueur couvre la tête, surtout la base des oreilles ; la respiration est accélérée et pénible, les vaisseaux de la tête sont fortement distendus, les muqueuses sont injectées. L’accès de frénésie dura pendant quatre heures environ et ne fut calmé que par une saignée de quatre litres.
- (Recueil de médecine vétérinaire, 15 mai 1878.)
- Étamage des glaces à l'argent mercure. — L’étamage des glaces au moyen de l’amalgame d’étain a toujours été considéré comme une opération insalubre; les ouvriers qui la pratiquent se mettent difficilement à l’abri de l’action redoutable des vapeurs mercurielles. Il y a trente ans environ, une amélioration considérable s’est introduite dans l’industrie de la miroiterie : l’étamage des glaces au moyen du mercure a été remplacé,
- après de nombreux essais, par l’argenture. L’opération de l’argenture des glaces est des plus simples. La glace que l’on veut argenter est placée sur une table horizontale en fonte, portant une couverture de laine qui est chauffée vers 40 degrés , on verse successivement sur la glace, préalablement bien nettoyée, deux solutions, l’une d’acide tartrique, l’autre d’azotate d’argent ammoniacal; sous l’influence de la chaleur, l’acide organique réduit le sel métallique, et, au bout de vingt minutes environ, l’argent se dépose sur la glace en couche adhérente, continue et brillante ; l’argenture est terminée en une heure environ ; il ne reste plus qu’à sécher la glace et à recouvrir l’argent précipité d’un vernis assez résistant et compacte pour garantir l’argent contre tout frottement et le préserver des vapeurs sulfureuses qui le noircissent. Par ce procédé, une glace peut être étamée en quelques heures, et livrée immédiatement, tandis que, par l’ancienne méthode, l’opération durait au moins douze jours.
- L’argenture présente cependant des inconvénients qu’il ne faut pas méconnaître : le reflet de l’argent est toujours un peu jaunâtre; il arrive souvent que la lame d’argent n’adhère pas au verre ou qu’elle se soulève par l’action du soleil; en outre le vernis appliqué derrière la glace ne préserve pas toujours l’argent de l’influence des émanations sulfureuses. Ces inconvénients ont engagé M. Lenoir à chercher une méthode qui, en conservant à la glace les avantages de l’argenture, lui donnât les qualités de l’amalgamation, dans des conditions qui préserveraient les ouvriers de la vapeur mercurielle.
- Il est arrivé au but qu’il poursuivait par le procédé suivant : La glace étant une fois argentée, est soumise à l’action d’une dissolution étendue de cyanure double de mercure et de potassium : il se forme un amalgame d’argent blanc et brillant qui adhère fortement au verre. Pour faciliter l’opération et pour utiliser tout l’argent employé en économisant le cyanure double de mercure et de potassium, M. Lenoir, dans un perfectionnement récent, saupoudre la glace au moment où elle est recouverte de la solution mercurielle, d’une poudre de zinc très fine qui précipite le mercure et régularise l’amalgamation. La glace qui porte cet amalgame d’argent ne présente plus de reflet jaunâtre et donne des images blanches entièrement comparables à celles qui étaient produites par les glaces étamées au mercure dans l’ancien procédé. Cet amalgame résiste mieux que l’argent seul aux émanations sulfureuses. L’opération que nous venons de décrire donne donc à la miroiterie le moyen de produire des glaces étamées par un amalgame de mercure et d’argent, en préservant les ouvriers de tous les dangers qui résultent de l’étamage des glaces par l’ancienne méthode. (Extrait d'un rapport de M. Frémy),
- —
- MÉTÉOROLOGIE DE JUILLET 1879
- La série des mauvais temps continue.
- Pendant le mois de juillet 1879, 2 cyclones de 5e ordre, à gradiant fort, et analogues par suite à ceux de l’hiver ont parcouru de 1'0. à l’E. le nord de l’Europe. Ces cyclones sont bien apparents sur les cartes du 2 et du 8. Ils ont amené des tempêtes sur les côtes de France et d’Angleterre.
- Un cyclone de 4e ordre bien visible sur les cartes du 21 et du 22 a causé des pluies torrentielles et des inondations dans le nord de la France, en Bel-
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- LA NATURE.
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- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN JUILLET 1879 L’api es le Bureau central météorologique de France. (Réduction 18)
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- Mercredi 30
- gique et dans les Pays-Bas. Il a suivi comme les deux précédents la trajectoire
- Anglo-Baltique.
- Enfin le 26, une dépression de 5e ordre, à gradient faible, apparaît marchant du S. au N. au large du golfe de Gascogne. La courbe 760 présente
- o C,
- Jeudi 31
- pendant la seconde, enfin désastres produits par les inondations au commencement et par les orages à la fin de la dernière décade, tels sont les faits météorologiques les plus saillants de ce mois qui fut excessivement pluvieux et l’un des plus froids que l’on connaisse.
- à peu près la forme de la côte de Brest à la Corogne, et de nombreux orages éclatent sur l’ouest, le
- Juillet 1816 peut seul depuis un siècle et demi lui
- centre et l’est de la France.
- Ainsi donc, tempêtes d'hiver pendant toute la première décade, continuation des mauvais temps
- être comparé.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant ; G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N» 526. — 50 AOUT 1879.
- LA NATURE.
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- UNE NOUVELLE MÉTÉORITE
- La collection de météorites au Muséum d’his-toire naturelle vient de s’enrichir d’un nouvel échantillon dont l’intérêt est considérable et que le dessin ci-joint reproduit à moitié de grandeur dans ses caractères les plus généraux. Il provient d’une pluie de pierres assez nombreuses tombées le 15 octobre 1877 vers deux heures après midi à Soko-Banja, au N. E. d’Alexinatz, en Serbie .
- D'après un témoin oculaire le temps était beau à ce moment et le ciel clair. Tout à coup éclata un bruit de tonnerre semblable à des décharges d’artillerie , à la suite duquel l’air éprouva un violent déplacement. Des pierres tombèrent alors, dont la plus grosse, pesant trente ohas, c’est-à-dire 67 t/2 livres autrichiennes, toucha terre à Scherbanowaz près du Rtanj Berg. D’après les paysans il en tomba au même point une autre aussi volumineuse qu’ « un sac de farine », mais qui se pulvérisa au contact de la surface rocheuse. On estime à 80 kilogrammes le poids total des pierres.
- Il résulte d’une enquête ouverte sur les lieux par les savants de Belgrade , que deux explosions analo
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- Météorite tombée le 13 octobre 1877 à Soko-Banja (Serbie). Conglomérat cosmique dont la structure est identique à celle des roches appelées trass dans les régions volcaniques terrestres. (Moitié de la grandeur naturelle.)
- gues à des salves d’artillerie se firent entendre, en même temps qu’une grande lumière s’ajoutait à l’éclat du jour. Une fumée, noire et dense, se montra à une hauteur considérable et se divisa en trois colonnes, progressivement remplacées par une légère fumée blanche. Bientôt arrivèrent les météorites qui, en grand nombre, se répartirent sur une surface de terrain d’un mille et demi de longueur sur un demi-mille de largeur.
- Les calculs fondés sur les données de l’observation permettent de conclure, que l’explosion s’est produite à une hauteur de 7000 mètres. La trajectoire du météore faisait un angle de 220°,50’ avec le méridien magnétique, et était dirigée du N. E. au S. O. en descendant très rapidement.
- Des échantillons de la météorite de Soko-Banja,
- 7* année. — 2e semestre.
- envoyés au Muséum d’histoire naturelle de Belgrade y furent soumis à l’analyse chimique. C’est une roche d’un gris de cendre d’une structure extrêmement remarquable qui, suivant moi, n’a pas suffisamment attiré l’attention des savants serbes On y voit une sorte de pâte générale à grains fins englobant des fragments en forme de polyèdres émoussés qui y sont pris exactement comme des cailloux dans le béton dont ils font partie. C’est ce que montre bien la figure. Nous y mentionnerons aussi un minéral vert d’herbe d’apparence pi-roxénique, rappelant la sahlite et qui ne paraît pas avoir été signalé. Malgré son étrangeté, la pierre serbe ne constitue pas un type nouveau parmi les météorites, elle rentre exactement dans la manbhoomite que j’ai décrite dès 1870 comme espèce lithologique distincte.
- Pour lui trouver un analogue parmi les roches naturelles, il suffit de rapprocher la météorite des conglomérats ou tufs trachytiques connus sous le nom de trass et qui sont si abondants par exemple en Auvergne et sur les bords du Rhin.
- Cette ressemblance est d’ailleurs exclusivement physique, le trachyte étant essentiellement un silicatealumineux, tandis que la météorite consiste dans le mélange de silicates magné
- siens, mais elle n’est pas moins très éloquente quant au mode de formation de la masse cosmique puis-qu’elle y démontre le jeu successif d’actions géologiques toutes pareilles à celles dont nos roches terrestres sont le produit. Il est en effet, manifestement impossible que la masse ait pris, d’un seul jet, cette structure compliquée, et il faut, de toute nécessité, que des assises de roche, préalablement constituées, aient été soumises à des écrasements et à des frictions qui les ont réduits en menus fragments. De plus, tous ces fragments n’étant pas identiques entre eux il faut que des éléments originaires d’assises primitives différentes aient été charriés jusqu’à un point commun, peut-être à l’aide d’actions explosives analogues aux éruptions volcaniques qui mélangent des matériaux variés dans leurs cendres,
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- LA NATURE.
- agrégées ou non. Enfin, quand on examine de près le conglomérat de Soko-Banja , on reconnaît que postérieurement au mélange des éléments pierreux dont il est formé, un ciment métallique formé d’un alliage.de fer et de nickel est venu s’insinuer en quantités d'ailleurs très faibles dans les fissures et relier toutes les parties de la brèche. Or, ceci suppose encore des actions géologiques comparables à celles qui se développent sur la terre dans les régions volcaniques et dans les filons métallifères.
- Cette dernière conclusion est d’autant plus certaine qu’elle est fondée sur l’expérience directe. Dans une série de mémoires lus devant l’Académie des sciences, j’ai montré en effet qu'il est possible de cimenter entre eux des fragments pierreux au moyen d’alliages définis de fer et de nickel en les chauffant en présence du mélange des chlorures de ces deux métaux dans une atmosphère d’hydrogène.
- Le résultat de cette expérience peut être d’autant mieux accepté comme la reproduction du fait naturel qu’on a la preuve que la plupart des fers météoriques ont été produits par la réduction de chlorures métalliques sous l’influence de l’hydrogène. Il est arrivé en effet, en coupant des blocs du métal cosmique, d’y rencontrer de petits cristaux de protochlorure de fer représentant comme un résidu des matériaux générateurs; et l’on ne peut chauffer dans le vide un fer météorique sans en extraire beaucoup d’hydrogène qui y était occlus suivant l’expression de Graham.
- Je ne fais que mentionner les expériences que j'ai tentées dans cette voie, réservant pour un article spécial les détails relatifs à la reproduction artificielle des fers tombés du ciel, et je terminerai par une simple remarque :
- Une des conséquences du mode de formation de tufs analogues à celui de Soko-Banja est que le milieu d’où dérivent les météorites était relativement volumineux et qu’il s’y était établi des actions géologiques comparables à celles dont notre propre globe est le théâtre.
- De plus, les réductions métalliques dont nous venons de parler et la célèbre expérience de Gay-Lussac sur l’oligiste spécula ire des volcans diffèrent simplement par l’oxygène, absent des premières et présent dans l’autre. Cette différence, en ajoutant un terme nouveau à la série des comparaisons établies entre les roches cosmiques et les masses constituant l'écorce terrestre, fait ressortir une fois de plus, la grandiose unité des phénomènes géologique dans notre système solaire.
- Stanislas Meunier.
- ——
- DE L’INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE
- DANS L’ANCIENNE GRÈCE.
- (Suite.— Voy. 2/2
- On employait généralement pour la monnaie, l’or et l’argent natifs, c’est-à-dire des métaux rarement
- purs, en sorte que le titre des monnaies n’était pas fixe et invariable comme il l’est depuis longtemps dans nos monnaies européennes. Le petit nombre d’analyses de monnaies ou médailles anciennes autorise à penser que pour l’or, au moins, on employait le métal tel que la nature l’offrait. Voici les seules analyses de monnaies grecques en argent parvenues à ma connaissance.
- Les monnaies d’or de Crésus, roi de Lydie, étaient très pâles et se composaient d’or, d’argent, de cuivre et d’étain.
- Th. Thomson a examiné, en 1806, une monnaie d’argent de Crotone ; c’est une des plus anciennes de la Grèce; on suppose qu’elle a été frappée six cents ans avant l’ère chrétienne. Elle était épaisse, rude au toucher, imparfaitement arrondie, du poids de 7«,32. Sur 100 parties en poids, le chimiste anglais y a trouvé :
- Argent.................................. 96,27
- Cuivre................................... 0,88
- Or..................................... 0,11
- Perte............... 2,74
- 100,00
- Cette monnaie était donc fabriquée avec un argent presque chimiquement pur1.
- Patin et Jean Fabbroni, de Florence, ont fait l’analyse de plusieurs statèresd’or de Philippe de Macédoine; ils les ont trouvés composés de :
- Or..................................... 97,9
- Argent................................ 2,1
- 100,0
- Cela prouve que Philippe faisait servir à la fabrication de ses statères, l’or natif tel qu’il se trouvait dans ses mines du Pangée, puisque le titre de l’or natif est à peu près le même que celui des monnaies de ce prince*.
- Une autre preuve que sous le règne de ce prince on employait, pour la fabrication des monnaies, des alliages dont la composition était naturelle ou au moins inconnue, c’est la singulière composition d’une monnaie ancienne à l’effigie de Philippe, que d’Arcet a analysée en 1809. Cette pièce contenait sur 100 parties :
- Argent.................................. 36,8
- Or...................................... 18,4
- Cuivre.................................. 44,8
- 100,0
- D’Arcet ne pense pas que la loi monétaire ait exigé un alliage pareil ni si compliqué à une époque où les moyens d’analyses ou d’essais ne consistaient qu’en méthodes approximatives, et qui étaient, sans contredit, fort éloignées du degré d’exactitude au-
- 1 Th. Thomson Méin. sur les monnaies d'argent (Journ.de Nicholson, septemb. 1806 et Ann. de chimie, 31 août 1809, Irc série, t. 71. p. 115.
- 2 Le statère de Philippe, père d'Alexandre ou les relevés de J. Fabbroni sur la pureté ou sur le titre de l’or, avec des notes de M. d’Arcet (Ann.de chimie, ire série, t. 72, p. 25).
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- quel on peut arriver, en n’employant même que la pierre de touche, le touchau et l’acide préparé, dont on fait encore usage de nos jours1.
- Du temps d’Hérodote, vers 500 ans avant Jésus-Christ, l’or s’échangeait en Grèce contre 16 fois son poids en argent. Plus tard, du temps de Socrate, il ne valait plus en argent que 12 fois son poids. Cette diminution de la valeur de l’or doit être attribuée aux sommes considérables de ce métal que les rois de Perse consacraient à corrompre les républiques grecques1.
- D'après Pinkerton, les plus anciennes monnaies de cuivre que nous connaissions sont celles de Gilo, roi de Syracuse, qui régnait environ 490 ans avant l’ère chrétienne; elles étaient appelées chalci ou pièces de bronze; d’autres, d’une plus petite dimension, portaient le nom de Lepta ou Kerma, comme
- étant à l’usage des pauvres1. Cette monnaie de bil-lon, qui servait aux relations usuelles du petit commerce, n’avait pas cours en dehors des frontières2.
- Voici quelques analyses de ces monnaies de cuivre ou plutôt de bronze :
- il est évident que, dans toutes ces monnaies, à l’exception de celles placées sous les numéros 10, 11, 15 et 16, le plomb, le fer, l’or, le nickel, le cobalt et le soufre ne s’y trouvent qu’accidentellement, par suite de l’impureté des deux métaux essentiels : le cuivre et l’étain.
- Chez les Lacédémoniens, Lycurgue pour empêcher les progrès du luxe et déraciner entièrement l’amour des richesses, supprima toute monnaie d’or et d’argent, et les remplaça par des pièces de fer d’un si grand poids et d’une valeur si modique que, pour placer une somme de 10 mines repré-
- 1 Nos d’ordre. CUIVRE. ÉTAIN. PLOMB. FER. OR. NICKEL. COBALT. SOUFRE.
- 1 Hliéron I, 478 ans avant J.-C. . . . 94,15 5,49 )) 0,52 » )) » »
- 2 Alexandre-le-Grand, 555 ans av. J.-C. 86,77 12,99 » » » » » 0.06
- J — (anal. d’A. Phillipis). 87,00 15,00 )) » » » » »
- 4 — (anal. deSchmid). . 95,96 3,28 0.75 » trace » » »
- 5 — (anal, par Vagner). . 86,762 10,24 2.511 » trace » » »
- 6 Philippe III. 525 ans avant J.-C. . 90,27 9.45 )) » » » )) »
- 7 Philippe V, 200 ans avant J.-C. . . . 85,15 11,12 2,85 0,42 » )) )) trace
- 8 D’un roi de Macédoine 87,96 11,44 » )) » )) » »
- 9 Monnaie d’Athènes 88,54 9,95 0,65 0,26 » trace trace »
- 10 Monnaie de la période romaine. . . . 76,41 7,05 16,54 » » » » »
- 11 Monnaie d’Athènes — (Vaguer).. 85,62 10.85 5,55 » » » )) »
- 12 Monnaie de l’Attique (Mitscherl). . . 86,46 10,04 1,50 » » )) » »
- 15 (Ulich) 87,87 11,58 (( 0,27 » » • » • »
- 14 — (Held) 88,81 9,61 )) 1,18 » )) » (1)
- 15 Monnaie de la période romaine.... 85,50 11,10 5,50 )) » » » »
- 16 1 Erdi 2 A. 1 Monnaie de Samosate, 215 av. J.-C.. . nann, Journ. fur prakt Chemic., t. XL, hillips. Société d’encouragement, 1857, t. 70,91 j. 371. — IV de la 2 6,75 Annuaire < série, p. 21,96 e Millon e 7'27. trace Reiset, 18 )) 48, p. 157. » » C)
- sentant environ 700 francs, il fallait, au dire de Plutarque, une chambre entière et un chariot attelé de deux bœufs pour le traîner. Ces pièces de fer étaient d’abord chauffées jusqu’au rouge , puis trempées dans du vinaigre, afin que devenu par cette trempe aigre et cassant, le métal ne pût plus être forgé, ni employé à d’autre usage. Il était façonné en petites verges ou barres qui, de cette forme, furent nommées obelos, c’est-à-dire alênes ; la main pouvait en embrasser six, c’est pourquoi le nombre était appelé une drachme, du verbe grec drasso, qui veut dire empaumer. Dans la suite ces sortes d’alènes pointues, grandes et pesantes, reçurent la forme de disques épais, en grec pelanoi, c’est-à-dire gâteaux.
- Cette singulière et incommode monnaie resta en
- 1 d’Arcet. Annales de chimie, Are série, t. LXXI, p. 157 et t. LXXI, p. 49.
- - Letronne. Considérations sur les monnaies des Grecs et des Romains.
- usage tant que les Spartiates se renfermèrent dans leur pays ; mais quand ils furent engagés dans des guerres étrangères, ils se virent forcés de recourir à l’or des Perses qui les corrompirent. Lysandre, qui pilla Athènes en 405 avant notre ère, rapporta dans Lacédémone toutes les monnaies que Lycurgue en avait bannies. L’avarice devint dès lors plus forte que les lois, et Platon disait, à ce sujet, qu’on voyait bien l’or et l’argent entrer à Sparte, mais qu’on ne l’en voyait pas sortir5.
- Les Clazoméniens, au dire d’Aristote1 et, plus tard les Byzantins eurent aussi de la monnaie de fer. Au temps de César, les peuples de la Grande-Bretagne se servaient d’anneaux et de plaques de même métal en guise de monnaie5.
- 1 Pinkerton. Loc. citât., I, p. 77.
- 2 Blanqui. Loc. citai., I, p. 51.
- 5 Plutarq. Vie de Lycurgue, t. 1, p. 180, 220, 254, et Vie de Lysandre, t. V, p. 226, 261.
- 4 Aristot., li». II, occon.
- 5 César. Commentaires B. G , liv. V.
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- Denys, tyran de Syracuse, fit battre de la monnaie d’étain. Ce métal, d’un blanc d’argent, peu altérable à l’air sec et humide, est trop mou pour bien conserver les empreintes, aussi n’en rencontre-t-on plus de spécimens. Les Arméniens se servaient de monnaies de plomb, dont on ne retrouve que très rarement des espèces. Les fouilles entreprises par ordre de Napoléon III et dirigée par la Commission de la carte des Gaules ont fait retrouver à Alèze-Sainte-Reine (Côte-d’Or), une monnaie de ce genre qui porte en abrégé le nom du pays d’Alèze (Pagus Alesiensisy Le plomb est encore moins propre que l’étain à cet usage, car il se ternit promptement à l’air et s'altère plus facilement par le frottement en raison de son extrême mollesse1.
- Un fait assez remarquable dans l’histoire artistique des métaux, c’est le nombre infini d’artistes grecs devenus célèbres dans la ciselure et, d’après Pline, l’absence totale d’habiles ciseleurs en or‘. Nous allons voir que cette dernière assertion n’est pas fondée. L’encyclopédiste romain énumère la plupart des ciseleurs dont les ouvrages avaient acquis chez les amateurs des prix considérables.
- Ces artistes appartenaient à toutes les parties de la Grèce; il y en eut à Corinthe, à Sicyone, àEgine, à Délos, à Rhodes, à Chalcis, à Ædepsus, en Eu bée et dans toutes les villes oit l’on travaillait finement les métaux ; les vases à boire de Chalcis étaient fort renommés.
- Fig. 1. — Fourneau métallurgique antique, d’après un vase du Musée britannique.
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- On se fera une idée du luxe effréné qui régnait en Italie à l’époque du grand Pompée, en apprenant que deux coupes ciselées par Zopire étaient estimées 12 000 sesterces (5000 fr., en mettant le sesterce à 25 centimes), et que les ouvrages de Pithéas se vendaient sur le pied de 10000 sesterces les deux onces (2500 fr. les 54 grammes 1/2).
- On faisait aussi en argent des statues, des chars, des anneaux, des boucles et autres objets d’ornements 5. C’est à partir de la moitié du cinquième siècle avant J.-G. qu’on commença à voir chez les princes et chez les riches particuliers beaucoup de vaisselle et d’autres objets en argent ; le goût s’en répandit surtout après la conquête de la Perse, sous Alexandre et ses successeurs; il pénétra même chez des gens de condition médiocre. Ces derniers, toutefois, qui ne pouvaient avoir de véritable argenterie, s’en procuraient l’imitation en faisant recouvrir de simples poteries avec des feuilles d’argent battu d’une extrême ténuité auxquelles les ouvriers savaient
- 1 W. Mans. loc. citât., p. 250.
- 2 Pline. XXXIII. e. lv.
- 5 Pline. XXXIII, c. lv,
- donner par le repoussé un puissant relief1. On a trouvé un de ces vases d’argent doublé aux environs de Bernay (Eure) en 1850 2. On connaît beaucoup de ces poteries ainsi argentées3.
- C'est également de l’Asie que la Grèce reçut avec l’or lui-même et les premiers objets de cette matière, les procédés de la ciselure et de l’orfèvrerie. On trouve déjà dans les poèmes d’Homère la mention de vases, de bijoux d’or, de meubles et d’armes qui en étaient ornés4. Mais de ces objets, les uns , au dire du poète , étaient des présents de princes étrangers, tandis que nombre d’autres étaient apportés par les marchands phéniciens sur les côtes où ils abordaient et étaient d’origine asiatique ou égyptienne5. Dès le huitième siècle avant J.-C., à Samos, les hommes aussi bien que les femmes portaient, suivant la mode asiatique, des boucles d’oreilles, des colliers, des bracelets en or.
- Les fouilles récemment faites à Mycènes par le docteur allemand Heinrich Schliemann dans l’acropole de cette capitale des Grecs confédérés sous le sceptre d’Agamemnon, ont fait découvrir dans des tombeaux, qui paraissent antérieurs à l’époque dite Homérique, des monceaux de bijoux et d’objets d’or, d’argent, d’ivoire , de cristal de roche, de bronze, travaillés avec un art des plus délicats qui donne une haute idée de l’habileté des orfèvres de cette époque. Les richesses considérables déposées dans ces
- tombeaux et dont la valeur intrinsèque dépasse cent mille francs, ornent maintenant le musée d’Athènes 6.
- Au temps de la plus grande prospérité de cette ville, le travail de l’or tenait une place considérable. Des ouvriers ou artistes qui s’en occupaient portaient le nom de crusokoos. lis confectionnaient des trépieds, des cratères, des couronnes, des ustensiles sacrés et même des statues en or ; .mais il
- 1 Athen. V, 22; VI, 250, 251 ; XI, 469. —J. Girardin. Mém. des Sav. étrangers de VAcadémie des inscriptions, t. VI, 1re série, lr“ partie, Analyse de plusieurs produits d'art d’une haute antiquité, 2e Mémoire.
- 2 R. Rochette. Vases de Bernay (Journ. des Savants, 1850), Chabouillet, catal. n° 2806.—Visconti. Atti. d. Accad. rom., 1.1, p. 507.
- 5 De Witte. Collect. Castellani, n° 251, 255. — Klügmann. Ann. d. Instit. archéol., 1871, p. 1 et suiv.
- 4 Homèr. Iliad , X, 294 et XVIII, 418. — Odyss. III, 425 et VII, 91.
- 3 Ibid. Odyss. XV, 416,460.
- 6 Voir pour plus de détails l’analyse de l’ouvrage du docteur Schliemann, publié à Leipzig en 1878, faite par M. George Cogor-dan sous le titre de : Une cité grecque des temps héroïques-Mycène et ses trésors (Revuedes Deux Mondes, 15 juin 1878, t. XXVII, p. 866).
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- est à remarquer que, comme chez les peuples plus anciens, c'était rarement des statues massives, mais des statues de bois recouvertes de feuilles ou de lames plus ou moins épaisses battues au marteau, travaillées au repoussé, réunies par des clous ; elles étaient donc l’œuvre de forgerons plutôt que de fondeurs. Ce n’est qu’à une époque plus avancée, lorsqu’on sut couler le métal dans un moule, qu’on fit des statues d’or massif, et encore, comme le fait, remarquer Beulé, n’en trouve-t-on guère que dans les pays réputés barbares par les Grecs, c’est-à-dire en Orient1.
- Les auteurs citent comme la plus ancienne et la plus mémorable des statues de ce métal le colosse de Cypsélus qu’on voyait à Olympie. Cypsélus régnait à Corinthe au milieu du septième siècle, vers l’an 657 avant J.-C. Ce colosse était une statue de Jupiter en or battu au marteau. Une autre, non moins célèbre, fut celle de Minerve placée dans le Parthé-non d’Athènes ; elle n’avait pas moins de 11m,96de hauteur; elle
- Fis. 2. — Vase Lebes antique.
- était due au ciseau de Phidias ; les parties apparentes du corps étaient en ivoire, le reste en or pur; il fallut de ce métal, d’après Thucydide, une masse du poids de 40 talents, soit environ
- 1 375 252 francs2.
- Les dimensions des statues que avec l’ivoire, soit seul, soit associé à l'or et à l’argent indiquent une abondance extraordinaire de dents d’éléphants. G’est surtout sous Périclès que furent exécutées en ivoire les œuvres les plus considérables. C’est au retour de l’expédition de Troie que les artistes grecs commencèrent à en faire usage. Il est probable que les Phéniciens leur apprirent, ainsi qu’aux Hébreux, l’art de travailler cette matière précieuse. On lit dans l’Odyssée que le trône de Pénélope était orné d’ivoire et d’argent.
- l’on fit en Grèce
- Fig. 5. — Chaudière servant à la cuisson des viandes.
- A quelle époque, en Grèce, succéda l’âge de bronze à l’âge de la pierre? C’est ce qu’il est assez difficile de préciser, quant à présent. Ce qu’il y a d’à peu près certain, c’est qu’au-tour de l’enceinte du fameux temple de Jupiter, à Dodone, en Épire, monument antérieur au déluge de Deucalion ainsi qu’à toutes les cités des Hellènes, il y avait suspendu des cloches ou bassins de bronze
- 1 Beulé. Histoire de l'art grec avant Périclès, 2e édition, p. 356, 360.
- 2 Pausanias, I., c. XXIV. — Pline. XXXVI, c. v. — Thucyd.
- lib. II, c. xiii. — Valer. Max. lib. I, c. i, § 7.
- dont les vibrations servaient à prédire l’avenir1.
- Le kalkos (aes des Latins), que nous traduisons par les mots airain, bronze, était d’un usage général à l’époque de la guerre de Troie, c’est-à-dire 900 à 4000 ans avant J.-C., pour la confection des armes, des haches, des piques de lance, des ustensiles les plus usuels, de tous les outils des forgerons, et même des vases et objets d’ornement d'un assez grand volume. Homère, qui nous renseigne à cet égard, nous dépeint Ajax et Ulysse combattant pour un beau trépied en bronze coulé offert par Achille et dont la valeur était estimée à 12 des plus beaux bœufs 2. Un trépied de ce prix devait être un produit remarquable de l’art de cette époque.
- Le même poète nous apprend que les guerriers portaient des bottes d’airain, et Hésiode, de son côté, en parlant des armes d’Hercule, lui donne des bottes de cuivre ou d’airain3.
- Nous voyons encore dans Homère que l’étain était très estimé de son temps, puisque à propos
- de l’armure d’Agamemnon et du bouclier d’Achille, faits par Vulcain de l’airain le plus dur, le poète raconte qu’ils étaient ornés d’étain, d’or et d’argent4.
- D’où venait cet étain? On croit généralement que les Grecs le recevaient des Phéniciens, mais il paraît probable, d’après l’origine du mot cassiteros employé par Homère, qui vient de kastira, qu’ils commencèrent par le tirer de l’Inde.
- Quoi qu’il en soit, on fabriquait le bronze tantôt avec du cuivre, de l’étain et du plomb, tantôt avec du cuivre, de l’or et de l’argent, comme cela avait lieu pour l'airain de Corinthe. Souvent même, et peut-être bien dès l’origine de la fabrication de cet alliage, on se servit uniquement de cuivre et de zinc.
- Ainsi Aristote rapporte que les
- Mosgnœces, qui habitaient près du Pont-Euxin (la mer Noire actuelle), faisaient du cuivre d’une magnifique couleur blanche, non pas en y ajoutant de l’étain, mais en le mêlant et en le cémentant avec une terre qui se trouve dans leur pays8. Strabon rapporte aussi que dans le
- 1 Mened ap. Steph. Fragm. in Dodon. Eustath, in Odgss., lib. XIV. t. III, p. 1760, — Strab. Suppl., lib. VII, op. géogr.
- min., t. II, p. 103. — Philostr. iscon., lib. II, c. xxxiv.
- » llomèr lliad., V, XXIII. Odyss., lit et V.
- 3 Hésiod. V, 122. — Don Calmet. Loc. citât., I, p. 567.
- 4 llomèr. lliad., II et XVIII.
- s Arist. De Mirab. op., II, 721.
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- voisinage d’Andyra , ville de Phrygie, il existe une pierre fort singulière qui, calcinée, se transforme en fer, et, fondue avec une certaine espèce de terre, laisse échapper des gouttes d’un mé- : tal argentin qui, mêlé avec du cuivre, donne un alliage appelé aurichalcum1. Il est évident que ces pierres ou terres qui donnaient ainsi au cuivre des propriétés nouvelles n’étaient autre chose que des minerais de zinc dont des gîtes avaient aussi été reconnus auprès de Thèbes.
- Nommé pierres calaminaires, ou cadmie, cal-mei, galmei, culmine, calamine en l’honneur de Cadmus , cet habile fondeur phénicien qui se .fixa en Béotie et y bâtit Thèbes en 1580 avant J.-C. ; ces minerais servaient à fabriquer cette espèce d’airain qu’on appelait orichalque, d’après M. Rossignol, et qui n'est autre chose que notre cuivre jaune ou laiton. Les ouvriers avaient très bien aperçu que lorsqu’on chauffe les minerais de cuivre et de zinc pour faire cet alliage, il se sublime des flocons blancs qui s’attachent aux parties supérieures des fourneaux. C’est de l’oxyde de zinc impur, qu’ils nommèrent aussi cadmie, mais cadmie des fourneaux (cadmia fornaceum') pour la distinguer de la cadmie naturelle. Les médecins grecs en firent plus tard un médicament souverain contre les maladies des yeux2. Les médecins de nos jours se servent encore de certains sels de zinc pour composer des collyres astringents.
- Les Grecs connaissaient donc les différents alliages du cuivre avec les autres métaux usuels. Les mots kalkos et aes signifient, par conséquent, tantôt laiton, tantôt bronze, souvent même cuivre. Ainsi Vairain de Chypre que Pline appelle Cyprium, d’où vint plus tard le nom de Cuprum, cuivre, n’était autre chose que ce métal pur5 ; on l’employait dans la coloration des verres, et c’est avec lui qu’on imitait sur les statues la couleur rouge des robes prétextes. — Le nom de Cyprium ou d’aes cyprium ne parait avoir définitivement fait place à celui de kupros [cuprum des Latins), que vers la fin du troisième siècle. Spartien, qui vivait vers 290, dit, dans la Vie de Caracalla : cancelli ex aere vel cupro‘, des grilles d’airain ou de cuivre.
- C’est aux Corybantes que la mythologie grecque attribue la découverte du cuivre de l’Eubée et la fabrication de ses premiers alliages. Il est certain que les habitants de cette île, voisine de l’Hellade, excellaient dans le travail de ce métal, à peu près aussi commun chez eux que dans l'île de Chypre. Cette industrie métallurgique est évidemment une importation asiatique ou égyptienne qui remonte à une époque fort ancienne. Samos, Delos, Egine, Corinthe, Rhodes furent surtout les localités où elle se développa et se perfectionna.
- Le bronze d’Egine était recherché, non seule
- 1 Strab. Geograph , LXIII. — Pline. XXXIV, c. xxn. 10. — Plato. Crialias. Dialog.
- 2 Dioscor. Mat. médic., V, 84.
- 5 Pline. XXXVI, c. xXVIII.
- ment par le commerce qui exportait des meubles et des ornements de tous genres, mais par les sculpteurs étrangers. Ainsi, Myron, d’Eleuthère, qui florissait vers 452 avant J.-C., employait surtout le bronze de Delos pour ses statues, tandis que Po-lyclète, de Sycione ou d’Argos, son condisciple et son émule, préférait celui d’Egines1.
- Le bronze de Corinthe jouissait surtout d’une grande réputation ; les plats, les vases, les lampes, les statues en cet alliage se vendaient à des prix fous à l’époque de la Rome impériale. Quelle était sa composition? C'est ce qu’on ne sait pas. Pline dit qu’il y entrait de l’or ou de l’argent. Il en distingue trois espèces :
- « 1° Le blanc, qui approche de l'argent par son éclat, et où ce dernier métal entre en grande proportion ;
- « 2° Le jaune, dont la couleur indique la présence de l’or ;
- « 5° Celui où chacun des trois métaux est en proportions égales. »
- Il ajoute qu’on parlait d’une quatrième espèce, de couleur de foie, dont la nature n’était pas connue, mais qui, tout en étant inférieure aux trois premières, l’emportait encore sur les airains d’Egine et de Délos, qui passèrent longtemps pour les premiers2.
- Il est probable que tout le secret de la préparation de l’airain de Corinthe consistait dans l’emploi d’un minerai particulier de cuivre argentifère, qu’on amenait par des grillages successifs à un état de pureté beaucoup plus grand que celui auquel on arrivait habituellement pour les autres espèces de bronze.
- Pline rapporte que Sycione, située à quelques lieues de Corinthe, fut aussi pendant longtemps le centre et, pour ainsi dire, la patrie de toutes les industries qui emploient les métaux : Officinarum metallorum omnium patria. En cela elle rivalisait avec Corinthe; peut-être cet art précoce était-il un héritage desTelchines, si habiles à travailler les métaux, et qui avaient anciennement occupé Sycione3.
- Les fourneaux employés, dès les temps homériques, pour la fonte et le travail des métaux, étaient fort simples. La figure ci-jointe (fig. 1), empruntée à la peinture d’un vase du musée britannique et qui peut dater du sixième siècle avant J.-C., nous montre l’intérieur d'une forge avec les principaux outils alors en usage. Le courant d’air nécessaire pour produire une haute température est activé par un soufflet posé à l’opposé de la bouche du fourneau ; au-dessus du foyer et de l’espèce de cheminée qui le surmonte se trouve un vase fermé par un couvercle destiné sans doute à la fonte du métal. L’un des ouvriers saisit à l'aide de pinces un morceau de métal qu'il a retiré du foyer et le pose sur une enclume très basse, tandis que l’autre,
- ’ Pline. XXXIV. c. v.
- 2 Soc. citât., c. ni.
- 3 Beulé. [.oc. citai., p. 371.
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- appuyé sur son marteau, attend le moment de battre le métal1.
- Quoi qu’il en soit, voici des analyses de quelques bronzes antiques d’origine grecque :
- Cuivre. Étain.
- Fragment d’une boucle (fibula) ou d’un autre ornement d’une armure, trouvé
- en Sicile dans un monument grec....... 89 11
- Coupe antique trouvée dans un sépulcre grec dans le pays de Naples 86 14
- Clous antiques de l’épaisseur d’un fd de laiton moyen.............................. 97,75 2,252
- On voit, par ces analyses, que suivant l’emploi qu’ils en voulaient faire, les artistes grecs variaient avec intelligence les proportions des deux métaux essentiels de l’alliage. Ainsi, celui qu’on destinait à la fabrication des clous, devant posséder une grande ductilité, ne recevait, à cause de cela, qu’une très minime quantité d’étain, tandis que celui qui devait servir à la confection des vases et des coupes, exposés à des chocs plus ou moins violentes, admettait de 10 à 14 0/0 d'étain.
- « Dans les bronzes antiques, dit M. E. Guillaume, dans ceux qu’à raison de leur beauté comme œuvre d’art, on peut rattacher avec quelque certitude aux temps où la sculpture a été portée à la perfection, l’étain se trouve seul associé avec le cuivre. Ainsi, dans quelques ouvrages grecs, on a trouvé une proportion d’étain qui peut être estimée en moyenne à 14 0/0 dans les statues, et à 10 1/3 quand il s’agit des ustensiles. C’est aussi, à peu de chose près, la composition des bronzes égyptiens, qui donnent 85,85 de cuivre pour 14,15 d’étain. Et les personnes qui chaque jour dans nos musées ont l’occasion d’admirer la belle coloration des armes et des bijoux gaulois ne peuvent ignorer que, sauf quelques traces de fer et de plomb, le métal qui les composent a des bases identiques3. »
- Tous les vases et coupes que l’on a découverts, prouvent évidemment que les ouvriers grecs connaissaient l’art de réduire le bronze en lames minces, comme nous faisons avec le laiton. Les anciens faisaient un fréquent usage de ces vases pour ustensiles de cuisine et de cave ; cette application était plus rationnelle que celle du laiton ou cuivre jaune faite par les modernes, car le bronze est bien moins sujet à s’oxyder et à nuire à la santé des hommes.
- Les figures ci-jointes (fig. 2 et 3) représentent :
- 1° Un vase dit Lebes destiné à recevoir l’eau lustrale qu’un serviteur versait au moyen d’un petit broc, prochos, sur les mains ou les pieds des convives au commencement et à la fin des repas4;
- 1 Voir pour plus de détails sur le travail des métaux en général l’article de M. E. Saglio dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monuments, 5e fascicule, p. 778
- 2 Klaproth. Analyses de plusieurs alliages antiques d’airain (Joum. des Mines, 1er semestre de 1808, t. XXIII, p. 161).
- 3 E. Guillaume. La sculpture en bronze, 1868, p. 7.
- 4 Homèr. Odyss., 1,157 et XIX, 586. — Ovid. metam. XII, 245. — Virgil. Œncicl. III, 466 et V, 266.
- 2 ° Une chaudière servant à la cuisson des viandes et des autres aliments. On la posait sur de grosses pierres entre lesquelles on faisait du feu. La figure empruntée à un vase en marbre couvert de bas-reliefs montre un Lebes dans lequel on va faire cuire un cochon de lait1.
- Les Grecs avaient aussi appris de fort bonne heure à durcir le bronze au moyen de la trempe ; Proclus et Eustathe , commentateurs grecs d'Hésiode et d'Homère, l'indiquent très clairement2. Agathar-chide, qui vivait 104 ans avant J. C., et dont j’ai déjà parlé, nous apprend que, de son temps, on trouvait très souvent des ciseaux et des marteaux de bronze dans les débris des anciennes mines3. D un autre côte, on battait à froid le bronze pour lui donner l’élasticité nécessaire pour en fabriquer des ressorts4.
- J. Gibardin,
- Recteur honoraire, directeur de l'École supérieure des Sciences de Rouen.
- — La suite prochainement. —
- —
- L’ECRIVAIN
- On ne voit que trop souvent sur les vignobles du centre de la France les feuilles des vignes portant en tous sens sur leur limbe des petites entailles allongées, comme des réglu res de papier de musique, simulant un peu des caractères cunéiformes. Elles sont dues aux morsures des mandibules d’un petit insecte Coléoptère, à l’état adulte, que cette particularité a fait appeler l’Écrivain. On l’a nommé aussi piquebrot et tête-cache, à cause de sa tète enfoncée dans le corselet; on l’appelle fréquemment le Gribouri et VEumolpe de la vigne, et aussi quelquefois bêche, lisette, noms impropres, car ils sont également employés pour désigner divers Charançons. Il a probablement été connu des Romains, sous le nom de Volucra ou de Volvox, mais peut-être s’agit-il de l’Altise de la vigne, extrêmement nuisible aussi dans le Midi de l’Europe et en Algérie. Il appartient à la tribu des Chrysoméliens ou Phytophages, et a été successivement désigné sous les noms de genre Cryptocephalus, Geoffroy, Eu-molpus, Kugelann, Bromius, Redtenbacher, Adoxus, Kirby. C’est ce dernier nom qui est adopté par les auteurs les plus récents, de sorte que le nom scientifique est Adoxus vitis, Fabricius.
- Cet insecte est le plus redoutable ennemi de la vigne après le Phylloxéra, car, de même que le funeste Puceron, il peut faire périr les souches en détruisant les racines, c’est -à-dire les organes essentiels d’un végétal, qui sont comme son estomac, demeurant en toute saison à l’état actif et absorbant. L’Ecrivain se rencontre dans toute l’Europe,
- 1 Virgil. Iliad. — Isidor. Orig. XX, 814.—Virgil. Loc. citai.
- 2 Hesiod. Opéra et dies., vers. 142. — IIomèr. Iliad-, 1, comment, vers. 142.
- 3 Goguet. Loc. citât., I, p. 158.
- 4 Philon. Veter mathematici, p. 70.
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- sauf dans la partie la plus septentrionale des régions viticoles. Aussi il est fort rare près de Paris, mais il apparaît près de Fontainebleau, dans les cultures de raisin de table, ainsi à Thomery. Il est très fréquent en Bourgogne et dans tout le centre de la France, plus que dans l’extrême Midi. On le rencontre en Amérique, mais il n’est pas cité comme nuisible aux vignes de ce continent, qui sont de genres et d’espèces différents du Vitis vinifera, Linn., d’Europe. L’adulte, sorti de terre à l’état parfait dans les premiers jours de juin, monte aussitôt sur le feuillage et sur les jeunes grappes pour les ronger. Long de 2 à 3 millimètres, il est d’un noir mat, fortement ponctué et garni de très fins poils gris, les élytres d’un brun rougeâtre, ainsi que les jambes. La tête, profondément enchâssée dans le corselet, présente la bouche cachée et en dessous. Les antennes, très écartées, renflées au bout en petite massue et de moitié aussi longues que le corps, ont les quatre premiers articles d’un rouge jaunâtre. Le corselet, un peu plus large que long, est fortement bombé, coupé droit par devant, arrondi en arrière et sur les côtés, l’écusson est petit, mais visible, et les élytres beaucoup plus larges que le corselet et dont l’ensemble forme une sorte de carré, laissant à découvert l’extrémité de l’abdomen.
- L’accouplement des adultes a lieu sur les
- /y-
- 1. Adulte. — 2. Grandeur naturelle. — 5. Larve grossie. — 4. Mandibule de la larve très grossie. — 5. Mâchoire de la larve et son palpe, ici. — 6. Tête de la larve, id. — 7. Nymphe. — 8. Feuille de vigne avec les traces des morsures des adultes.
- feuilles, peu de jours après l’éclosion. On voit, vers la fin de juin et au commencement de juillet, les femelles avec le ventre gonflé d’œufs fécondés, et leur ponte s’opère sur le cep, très probablement au collet contre terre, de sorte que les larves auront grande facilité à gagner le sol. Ces œufs sont très petits et fort difficiles à apercevoir, ce qui rend peu pratique une destruction par des agents chimiques ou par l’ébouillantage, moyens qui sont du reste bons en hiver, mais dangereux à l’époque où la vigne est en pleine activité de végétation. Bien que la grande abondance de l’Ecrivain se produise à la fin du printemps, on rencontre encore des adultes et par suite des œufs en automne, en raison d’éclosions ou retardées ou prématurées ; c’est beaucoup affaire de température et cela n’a rien de bien régulier. Ainsi
- que je l’ai constaté lors de ma mission dans les Cha-rentes, l’insecte peut se trouver sur les feuilles des vignes phylloxérées, comme sur celles des vignes saines, un fléau n’empêchant pas l'autre.
- Les œufs éclosent au bout d’une douzaine de jours après la ponte et donnent les larves, qui sont la phase nuisible de l’espèce, car les adultes ne font jamais grand mal. On a longtemps répété partout, une grave erreur de Geoffroy, en 1764, qui avait confondu la larve de l’Ecrivain avec celle de l’Attise et la faisait dévorer à l’air les feuilles et les jeunes fleurs de la vigne, ce qui serait fort heureux pour nous en donnant l’occasion d’un ramassage très aisé. Les larves de l’Eu-molpe de la vigne, organisées pour un travail de mineurs souterrains du bois, vivent sur les racines , profondément enchâssées dans des sillons longitudinaux , n’étant par suite accessibles que d’un seul côté aux insecticides; en dessous des raies. Elles sont rongeuses et non suçeuses comme le Phylloxéra et vivent huit à neuf mois; il faut arracher la souche pour les découvrir. Elles sont parfois si abondantes qu’elles font périr les vignes, en amenant la pourriture des racines qu’elles rongent et produisant au milieu des vignobles des taches circulaires de vignes rabougries ou mortes, qu’on aperçoit de loin et qui ont souvent été prises pour la tache d'huile du Phylloxéra. La larve de VAdoxus
- vitis, pervenue à toute sa taille, est longue de 8 millimètres environ, de 6 1/2 quand elle est recourbée. Elle ressemble à un jeune ver blanc de Hanneton, car, sauf la tête d’un brun clair, elle est blanche parce fait de décoloration habituel aux larves profondément souterraines. Elle offre quatorze segments, y compris la tête et le segment anal peu visible, présente six pattes thoraciques et manque d’yeux; sa forme générale est, en profil, celle d’un croissant à pointes mousses. Aux premiers jours de mai, pour les sujets les plus nombreux d’éclosion printanière, elle se creuse dans la terre une loge ovale, dont elle tasse et lisse les parois et où elle devient nymphe, état inerte qui dure environ trois semaines. Cette nymphe est blanche et montre ses douze anneaux parsemés de rangées de cils raides et de poils. On y reconnaît très bien les
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- organes de l’adulte, la tète, inclinée sur la poitrine, , montrant les palpes et les mandibules, les pattes appliquées contre le corps en dessous, les antennes, •recourbées en arrière, passant derrière les deux premières paires de pattes, les élytres et les ailes développées, ramenées sur les flancs et en dessous, entre les deux paires de pattes postérieures, l’abdomen offrant huit segments, dont les quatre derniers s’atténuent progressivement. Il faut remarquer que cette nymphe est munie de crochets recourbés au | bout de l’abdomen et à l’extrémité des cuisses an- , térieures et postérieures. Ces crocs joints aux poils ' de la nymphe lui permettent de se déplacer dans la 1
- terre, par des mouvements ondulés où elle prend des points d’appui, et d’arriver près de la surface du sol, d’où l’adulte sortira avec facilité.
- La connaissance des mœurs de h larve a fait penser à l’emploi des insecticides souterrains pour la détruire, ainsi le sulfure de carbone avec les trous de pal, ou le sulfocarbonate de potasse par arrosage; mais ces agents auront beaucoup moins d’effet sur des larves profondément enchâssées dans les racines qu’elles rongent que sur les Phylloxéras dont le corps reste entièrement à découvert sur la surface des racines. M. le baron Paul Thénard, en Bourgogne, a obtenu de bons résultats en répandant
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- Fig. 2. — Ramassage de l’Ecrivain dans un vignoble.
- aux pieds déchaussés des ceps des tourteaux à essence insecticide sulfurée de colza ou de moutarde.
- Il en faudrait une bien grande quantité et une main-d’œuvre coûteuse quand l’Écrivain ravage d’immenses vignobles. Nous croyons que c’est contre l’insecte adulte et aérien qu’il est préférable de diriger les efforts. Il faudrait pouvoir écraser tous les Écrivains sur les feuilles, car si on les laisse regagner la terre ils reviendront par légions l’année suivante. Comme le dit très bienM. J. Lichtenstein, la lutte de l’homme contre les insectes nuisibles rappelle la fable antique du géant, fils de la terre, qui reprenait de nouvelles forces dès qu’il touchait le sein maternel et qu’il fallut étouffer en l’air. Les oiseaux peuvent être utilisés contre l’Ecrivain. Dans les grapperies de M. Rose Charmeux, à Thomery, on
- lâche des Cailles qui dévorent les Écrivains. Des vignerons de Bourgogne ont obtenu de bons effets destructeurs en apportant à leur vigne une famille de poules mises le matin dans une hotte et qu’on laisse picorer toute la journée. Ce serait le cas de se servir des poulaillers roulants de M. Giot, si utiles contre les vers blancs, mais qui ont eu le privilège de faire rire, car, chez nous, l’esprit de facétie est encore plus nuisible que les vers blancs, les Eu-molpes et les Phylloxéras. Les oiseaux, au reste, ne peuvent s’employer que sur de très petits vignobles. Le meilleur est encore le ramassage des adultes, exécuté par les femmes et les enfants, travailleurs à bon marché. On fait tomber les Écrivains dans un entonnoir, muni d’un sac en dessous, au-dessus duquel on secoue les ceps et qu’il est bon d’échan-
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- crer en plat à barbe, afin qu’il puisse s’emboîter à la tige. Ou bien on emploie de larges poches de toile, emmanchées à un cercle de fil de fer au bout d’un manche. On peut faire rendre le fond des sacs ou poches dans une boîte que porte l’opérateur; on recueille les Écrivains quand ils sont en tas et on les échaudé à l’eau bouillante; ou bien on les livre aux flammes vengeresses.
- Mais il est une précaution indispensable et propre à cette espèce. L'Ecrivain est très craintif et se laisse tomber à terre au moindre bruit, dès qu’on en est à cinq ou six pas, si le temps est clair, contractant tous ses membres et contrefaisant le. mort. Le ramassage n’est possible et fructueux que si on opère sur des insectes bien endormis, soit par la fraîcheur du matin, soit par un temps pluvieux et très couvert 1.
- Maurice Girard.
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- ASSOCIATION FRANÇAISE
- P,OUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- CONGRÈS DE MONTPELLIER --------- 1879
- Séance d’ouverture, 28 août.
- La huitième session de l’Association Française s’est ouverte à Montpellier, le jeudi 28 août. M. Bardoux, président du Congrès, a prononcé un discours, dont nous publions quelques extraits-:
- C’est un éclatant honneur de succéder à des hommes éminents dont l’Europe connaît le nom ; c’est aussi un grand péril. Pour justifier votre choix à la présidence, il ne suffirait pas d’être sincère dans sa modestie et dans son dévouement à votre œuvre. Mais notre association, courageuse et indépendante, recherche avant tout des faits et des idées, elle accueille avec bienveillance les intelligences de bonne foi, et ne demande à chacun de ses membres que de s’intéresser à l’une des parties du vaste domaine qu’elle exploite.
- Les méthodes de pédagogie et d’éducation sont assurément l’un des plus graves problèmes qui puissent s’imposer à nos méditations. S’il est vrai que les progrès ne sont possibles dans une nation que si tout le monde y collabore, on peut assurer que jamais l’attention publique n’a été plus éveillée et plus désireuse de voir améliorer notre organisation scolaire à tous les degrés. Que dans leur ardeur patriotique, les esprits les plus résolus ne s’y méprennent point! La tâche est ardue et compliquée; elle demande plus que des mois pour être menée à bonne fin. On ne s’attaque pas impunément à des habitudes d’enseignement; et quels que soient l’activité et le dévouement des membres du corps enseignant, on ne transforme pas du jour au lendemain, dans un pays comme le nôtre, des
- 1 Les travaux les plus récents et les plus complets à consulter sur l’Écrivain sont les suivants : Docteur Geyza von Horvath ; Beitrag zur Naturgeschichte von Eumolpus vitis, Fabr., avec pl. 1, B, p. 57 ; Verhandlungen, Zool. Botan. Gesellschaft in Wien, 1875, XXIII.— J. Lichtenstein etV. Mayet; Étude sur le Gribouri ou Écrivain delà vigne; Annuaire de la Société des Agriculteurs de France pour 1878, p. 555. Nous avons emprunté à ce dernier Mémoire les figures de la larve et de la nymphe.
- convictions et des méfiances respectables. On ne fait sur ce terrain que de lentes conquêtes; elles sont si décisives et elles peuvent modifier si complètement l’âme même de la nation, que l’on comprend dans le passé toutes les hésitations et les scrupules de la responsabilité. L’heure est venue de prendre un parti! Grâce aux missions con-fiées à des maîtres distingués, les comparaisons sont faciles avec les méthodes employés chez les peuples les plus plus compétents en science pédagogique. Une précaution est pourtant nécessaire, c’est approprier les réformes accomplies ailleurs au génie de notre nation, au caractère de notre démocratie, caractère qui nous sépare si distinctement de la démocratie américaine.
- C’est un axiome que la première loi de l’éducation est d’élever les jeunes générations pour le milieu social où elles doivent vivre. Les méthodes d’éducation doivent donc se modifier avec la société même.
- L’orateur donne quelques détails sur l’éducation du premier âge, et parle de la nécessité d’avoir en France de bons ouvrages de lecture et d’enseignement.
- Apprendre à lire, n’est rien, si en même temps on n’apprend pas à aimer le livre. Avec quelle douleur ne devons-nous pas constater l’infériorité de la France dans la production de cette littérature familière sans bassesse, gaie sans scepticisme, instructive sans lourdeur, qui fait l’éducation et la récréation des enfants et surtout des jeunes filles, en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis ! Comment se fait-il que dans notre pays dont le passé est si riche en légendes poétiques, en œuvres d’imagination, il ne se soit pas rencontré un véritable écrivain populaire réunissant les précieuses qualités françaises avec le don du merveilleux, la raison sans le pédantisme? On n’écrit point chez nous pour les masses, a dit M. Bréal, et il ajoute : « Au lieu qu’en d’autres pays, il y a des écrivains connus et aimés de la nation entière, rien de pareil ne se voit en France : nous avons deux nations, l’une pense, lit. écrit, discute et contribue au mouvement de la culture européenne ; l’autre ignore cet échange qui se fait à côté d’elle ».
- Comment combler cette lacune? ce ne seront pas les petits journaux avec leurs romans qui pourront remplacer ces livres de lecture courante que l’élève prend plaisir à feuilleter, quand il sort de classe, ces contes, ces poésies naïves, qu’il relit dans ces heures de repos et qui bercent sa jeune imagination avant que les réalités de la vie ne l’aient flétrie. Des œuvres estimables, remplies de bonnes intentions, ne tiendront jamais lieu du vrai talent, et ne traceront pas ce sillon lumineux derrière lequel courent en jouant les jeunes générations.
- M. Bardoux insiste sur l’importance des études littéraires, et on ne saurait trop approuver les paroles de l’honorable orateur quand il déclare qu’elles sont l’appui du progrès scientifique.
- Il ne peut être question un seul instant de supprimer l’étude du grec et du latin, d’enlever à l’esprit de l’enfant la connaissance de ces chefs-d’œuvre de poésie et d’éloquence, de sagesse et de bon sens, de ces beautés morales où l’humanité s’est tant de fois désaltérée, où elle a repris confiance en elle-même, aux heures les plus sombres de ses destinées.
- Mille fois non ! ne plus connaître Homère et Platon, Eschyle et Sophocle, Virgile et Horace,Cicéron et Senèque !
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- qui peut y songer! ce serait faire la nuit dans l’intelli-gence ! Il s’agit de supprimer la méthode inventée dans une époque où non seulement les sciences n’avaient pas acquis toute leur importance, mais où les conditions sociales étaient différentes.
- Il ne peut être question d’altérer le caractère de notre esprit national, ni même de diminuer l’importance de la culture du goût....
- Ce que nous voulons ardemment, c’est qu’il n’y ait plus de défiance pour la science ; ce que nous voulons c’est une instruction qui développe le jugement, qui mette en garde par la réflexion contre les chimères, sans éteindre dans l’âme le culte désintéressé du beau. Ce que nous voulons, c’est exciter dans les jeunes gens la soif du savoir, remplir plus leur cœur que leur mémoire et donner de l’attrait à cette étude des lettres latines et grecques, jouissance de toutes les intelligences élevées et qui ne rappellent à la plupart des écoliers devenus hommes que de la fatigue et de l’ennui.
- Cette réforme est urgente et en l’exécutant avec prudence, elle est possible. Notre enseignement secondaire l’attend.
- Après quelques paroles prononcées par M. le préfet de l’Hérault, qui, au nom du département, a fait un chaleureux accueil à l’Association française, M. le maire de Montpellier a voulu souhaiter la bienvenue aux membres du Congrès.
- La municipalité de Montpellier, heureuse de remplir les obligations que les circonstances lui imposent, met à votre disposition toutes les ressources qu’elle peut vous offrir. Son vif désir et son devoir sont de vous rendre votre tâche plus facile dans l’accomplissement de votre mission au milieu de nous.
- En parcourant nos riches collections et nos bibliothèques, vous vous associerez, j’ose l’espérer, à la haute opinion qu’ont déjà conçue, de la valeur scientifique de Montpellier, tous les hommes compétents qui les ont visitées.
- Si, parmi tant de villes importantes qui réclamaient le même honneur, vous avez fait choix de Montpellier pour le lieu de votre réunion c'est, qu’il me soit permis de le dire, à raison de l’éclat qui a honoré nos Facultés dans le passé, et dont elles n’ont pas cessé de se montrer dignes.
- M. le comte G. de Saporta, secrétaire général, a résumé les travaux de la précédente session, qui a eu lieu à Paris. Le savant géologue a rappelé les récompenses qui ont été accordées à quelques-uns des membres éminents de l’Association française, lors de l Exposition universelle de 1878; il a retracé l’histoire des excursions qui ont été faites, et a terminé par un excellent éloge de la ville qui offre celle année l’hospitalité à l’Association française.
- S’il est une ville où cette œuvre préparative en vue de la science moderne ait été active et féconde, c’est certainement Montpellier. Ici vint s’installer, dès le treizième siècle, la science arabe, c’est-à-dire toute celle du temps. Ici, remarquez-le, la médecine apportait, en fondant une école célèbre, les germes associés de toutes les autres sciences : la chimie, l’anatomie, la physiologie, la zoologie et la botanique. Aussi, ne vous étonnez pas si parmi les noms célèbres sortis de Montpellier, à ceux des médecins, comme Barlhès, des chirurgiens, comme La Pey-
- ronnie, viennent se joindre des zoologistes, comme Rondelet, des botanistes, comme Magnol, des chimistes, comme Chaptal. Une étroite solidarité scientifique unissent entre eux ces grands esprits, formant ensemble un même faisceau, sortis du même foyer lumineux auquel, par une coïncidence que je ne saurais oublier, je suis fier de me rattacher moi-même par mon nom et mes ancêtres directs1.
- Encore un mot, messieurs : lorsqu’un Américain quitte le sol de l’Union pour visiter l’Europe, ses compatriotes ont un mot touchant pour exprimer ce retour vers leur patrie d’origine, celle à laquelle ils se sentent liés par une filiation déjà lointaine ; ils disent alors : vous allez au « vieux pays ». Nous aussi, avec autant de raison, en entrant à Montpellier, en nous souvenant de tout ce que la science moderne doit à son école illustre, dont la vitalité a résisté à tant de siècles et garde encore son éclat, nous aussi, nous pouvons dire : accueillez-nous comme vos enfants, nous vous devons la meilleure partie de nous-mêmes, et nous revenons au vieux pays.
- La séance a été terminée par une allocution de M. G. Masson, qui a parlé des finances de l'Association.
- L’honorable trésorier a rappelé que la municipalité de Paris avait voté l’an dernier, en faveur de l’Association française, une somme de 30 000 francs.
- Après avoir payé tous les frais immédiats de la session, il restait disponible, sur la somme qui nous avait été attribuée, une somme d’environ 15 000 francs, applicable à nos dépenses courantes. C’est sur ce reliquat que nous avons prélevé le capital nécessaire à l’achat d’une rente de 400 francs, du montant de laquelle le Conseil d’administration disposera chaque année sous le titre de subvention de la Ville de Paris.
- Ainsi sera perpétué dans les Annales de l’Association, et cela de la façon qui pouvait le, mieux répondre au but élevé des donateurs, le souvenir de la libéralité dont nous avons été l’objet de la part d’une municipalité éclairée, et que les intérêts de la science ne laissent jamais indifférente.
- Le capital de l’Association s’est notablement accru d’année en année, et il s’élève aujourd’hui à 530 000 francs.
- Un pareil résultat, atteint en huit années d'existence, n’est pas sans importance. Il n’est que le début, cependant, de la prospérité que nous espérons atteindre un jour, et Montpellier contribuera, comme toutes les villes que nous avons visitées jusqu’ici, à augmenter ce patrimoine de la science.
- Ses habitants, en prenant les premiers l’initiative, en dehors de tout concours officiel, de la cordiale réception qui nous attendait ici, ont créé entre eux et nous un lien d’autant plus intime. Ils deviendront et resteront nos collègues, unis avec nous dans une pensée féconde qui fait de l’Association française l’apôtre du progrès scientifique, et grâce à laquelle elle rentre, après chacun de ses congrès, plus nombreuse, plus riche et par conséquent plus utile.
- 1 L’orateur a en vue Louis, Antoine et Jean Saporta, ses neuvième, huitième et septième aïeuls, tous trois professeurs royaux, vice-chanceliers ou doyens de l’Université de Montpellier, dans le cours du seizième siècle.
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- LE CANOT DE PAPIER
- M. J. N. Bishop est un jeune Américain qui a les audaces caractéristiques de sa race : dans le but de satisfaire ses goûts, et d’accroître son instruction par les voyages, il parcourt seul dans un petit canot les grands fleuves de l’Amérique ou les côtes peu connues de ce vaste continent et apporte de nouveaux documents à la géographie de son pays. Les voyages qu’il a ainsi accomplis sont inouïs : il vient de les résumer en un livre écrit avec beaucoup de simplicité et beaucoup d’attrait1.
- L’auteur est parti de Québec, capitale du Canada, le 4 juin 1874, avec un seul compagnon, dans un canot en bois, long de dix-huit pieds, et faisant route vers le golfe du Mexique. Il se proposait de suivre les cours d’eau naturels ou artificiels du continent, en marchant toujours vers le sud jusqu’au golfe du Mexique et en ne descendant à terre que le moins souvent possible, voulant prouver que des canots d’un faible tirant d’eau peuvent ne rencontrer 1 que très peu de lacunes pour aller des régions glaciales et brumeuses du Saint-Laurent, au nord, jusqu’à la grande mer dont les flots battent au 1 sud les côtes sablonneuses des États-Unis. Après
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- Fig. 1. — La résidence de l’Alligator
- avoir parcouru d’abord 640 kilomètres, l’auteur arriva à la ville de Troy, sur le fleuve Hudson, où, depuis plusieurs années, MM. Waters père et fils ont perfectionné la construction des canots en papier (papier-carton, vernis, de fabrication spéciale).
- On ne saurait plus mettre en question les avantages que présente en pareil cas, et pour une semblable expédition, un canot ne pesant que cinquante-huit livres, dont la solidité et les conditions de durée ont été démontrées de la manière la plus satisfaisante. A Troy, l’auteur congédia son compagnon et
- 1 Le Canot de papier de Québec au golfe du Mexique, 2500 milles à l’aviron, par N. H. Bishop, traduit de l’anglais par Hephell, 1 vol. in-18, avec cartes et gravures. Paris, E. Plon et Cie, 1879.
- « mania, lui tout seul, ses avirons » jusqu’à la fin du voyage, c’est-à-dire sur une distance d’environ 3000 kilomètres.
- Bien que fréquemment égaré dans le dédale des ruisseaux et des marais qui bordent la côte sud de son pays, il se tira de toutes ces difficultés, grâce aux cartes si bien dessinées des côtes des Etats-Unis, travail remarquablement exact, au sujet duquel l’auteur adresse aux hydrographes ses compliments et l’expression de sa gratitude.
- L’accueil hospitalier que les gens du Sud ont fait à ce voyageur inconnu, au milieu des cours d’eau, des sounds et des rivières du littoral, fut des plus agréables ; il n’ajoute à ce témoignage de sa reconnaissance qu’un extrait de sa réponse à l’a-
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- dresse du maire de la ville de Sainte-Marie, où, à la fin de son voyage, on l’honora d’une ovation particulièrement flatteuse : « Pendant que mon petit, canot de papier était dans les eaux du Sud, accomplissant un voyage d’exploration géographique depuis les caps du Delaware jusqu'à la belle ville de Sainte-Marie, j’ai été profondément sensible à la cordiale hospitalité des habitants du Sud. Les pêcheurs qui vivent sur les plages solitaires de la côte orientale du Maryland et de la Virginie; les gardiens des phares des sounds d'Albemarle, de Pamplico et de Core, dans la Caroline du Nord ; les planteurs de ground-nuts,qui habitent les hauts plateaux bordant
- tout l’ensemble des ruisseaux et des marais, depuis la passe du Bogue jusqu’au cap Fear; les bûcherons et les distillateurs de térébenthine des petites collines qui rompent la monotonie des grands marais de la rivière sinueuse le Waccamaw; les représentants de l’aristocratie autrefois si puissante des planteurs de riz des rivières Santee et Peedee ; les hommes de couleur des Sea lslands de la côte de Géorgie ; les habitants de la Floride, entre la rivière de Sainte-Marie et leSuwanee; enfin, les insulaires du golfe du Mexique, — là où je terminai ma longue course, — tous ont contribué au succès du « Voyage 1 du canot de papier ».
- Fig. 2. — Chassé par les Marsouins,-
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- Depuis ce voyage dans le canot de papier, fauteur s’est encore embarqué, seul, le 2 décembre 1875, dans un bateau en bois de cèdre, long de 12 pieds, à la source de l’Ohio, à Pittsburgh (Pennsylvanie), descendant l’Ohio et le Mississipi, 3000 kilomètres. Puis, après une relâche à la Nouvelle Orléans, il fit un portage à l’est, sur le lac Pontchartrain, et longea à l’aviron les côtes du golfe du Mexique sur une distance de 1000 kilomètres environ, jusqu’aux Cedar-Cayes dans la Floride, point où il avait terminé son premier voyage dans le canot de papier.
- Pendant ces deux voyages, qui représentent plus de 8000 kilomètres parcourus à la rame, l’auteur n’eut qu’une seule épreuve vraiment grave à subir,
- lorsque son canot chavira dans la baie de la Delaware ; néanmoins, il a ramené chez lui ses bateaux en bon état avec les cartes et les journaux qu’il avait à bord.
- Mais il ne fut pas sans courir quelques autres dangers pendant la route. Un jour, en remontant le Jointer, rivière de la Géorgie, M. Bishop voguait près des rives vaseuses de grands bois, et restait immobile sur ses rames, pour découvrir un lieu de débarquement. Un bruissement se produisit tout à coup : « Je vis sortir lentement du couvert, dit l’intrépide voyageur, un alligator presque aussi grand que mon canot (fig. 1). Sa tête n’était pas moins longue qu’un canon de fusil; son épaisse carapace était toute gluante de vase, et ses yeux
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- ternes étaient braqués droit sur moi. .l'étais si surpris et si fasciné par l’apparition de ce monstrueux reptile, que je restai sans mouvement dans mon bateau, lorsque le monstre, après avoir réfléchi sans doute, plongea à quelques pas de moi. »
- Une autre fois, non loin des côtes de la Caroline du Sud, M. Bishop faillit être entraîné au large par un terrible courant de marée. « Sous le vent, raconte-t-il, l’écume des flots me révéla la présence d’un bas-fond et me força à ramer vigoureusement afin de rentrer dans le Sound et de n’être pas jeté sur les brisants. Ce danger était à peine passé, lorsque tout à coup les flots qui m’entouraient entrèrent en ébullition; de vagues s’entr’ouvraient et se refermaient en clapotant. En même temps de grandes créatures s’élevaient du fond de l'eau à plusieurs pieds en l’air, et retombaient lourdement dans la mer. Ma mince petite barque roulait et tanguait à l’aventure. Lorsque ces animaux apparaissaient et disparaissaient, en s’élançant du sein des vagues, plongeant sous le bateau et réapparaissant sur l’autre bord, ils fouettaient le courant de leurs queues puissantes, et soufflaient ou lançaient de l’eau d’une façon très désagréable. Au premier moment, ma surprise et mon inquiétude furent si grandes que pas un de mes muscles n’obéissait à ma volonté. Le canot commençait à être entraîné par le courant vers la pleine mer.... Cet effroi ne fut que momenté, car ayant découvert que mes compagnons n’étaient que des marsouins et pas autre chose, je manœuvrai pour les éviter, aussi vite que possible (fig. 2). »
- Sur la demande des commissaires, du gouvernement des États-Unis à l’Exposition de Philadelphie, le canot de papier la Maria Theresa et le bateau de cèdre le Centennial of the Republic ont été exposés à la section des Etats-Unis, pendant l’été et l’automne de 1876.
- Les cartes de la route suivie par le canot de papier ont été dressées, en vertu d’un traité passé avec les membres du Bureau hydrographique, à l’échelle de 1.500.000; étant construites d’après des levers récents, elles peuvent être considérées comme les meilleures qui aient été, jusqu’ici, offertes au public'.
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- CHRONIQUE
- La catastrophe du Mont-Cervim. — Le Mont-Cervin vient d’être encore le témoin d un événement tragique. Un jeune Américain, M. Moseley, faisait partie d’une expédition qui a quitté Zermatt dans la nuit du 13 au 14 août. Il avait fait heureusement l’ascension du Matterhorn et traversé les mauvais pas qui précèdent l’Epaule, où avait eu lieu la catastrophe de 1865, lorsqu’arrivé un peu au-dessus de la cabane, il voulut absolument se détacher de la corde, malgré les instances de ses compagnons et de ses guides. C’est à ce moment
- 1 Les gravures qui accompagnent cette notice sont extraites du volume que nous signalons à nos lecteurs. E. Plon, éditeur.
- même qu’un faux pas le lit d’abord glisser sur une rapide pente de neige; il chercha encore, mais en vain, à se cramponner à quelques saillies de rochers. L’instant d’après, le malheureux était précipité dans l’abîme et venait tomber sur le glacier qui fait face au Riffel, entre le Hornli et le passage du Saint-Théodule. On pouvait voir son corps gisant inerte et complètement dépouillé de ses vêtements, sur une corniche de glace. Une expédition a été aussitôt organisée à Zermatt pour aller chercher cette triste dépouille.
- Curieux effet de la foudre. — Mardi dernier, pendant le violent orage qui a passé dans l’est de la France, il s’est produit, près de la ferme de Heurtvent, un fait peut-être unique dans l’histoire des bizarreries de la foudre. Un domestique de la ferme, le sieur Eugène Daunois, surpris par la pluie, revenait au logis en courant et tenant sur son épaule, les pointes en l’air, une longue fourche américaine. Tout à coup, Daunois ressentit une forte commotion et fut jeté par terre, après avoir, comme il l’a dit depuis, senti la fourche violemment arrachée de sa main. L’instrument fut retrouvé, après l’orage, à une distance de cinquante mètres. Les deux branches en acier avaient été rapprochées et tordues en tire-bouchon avec une exactitude mathématique que n’eût point surpassée une machine de précision. L’acier était brûlé et s’en allait en petites lamelles qui dégageaient une légère odeur de soufre. Les deux pointes étaient étirées de plusieurs centimètres. {Echo de l'Est.)
- Acclimatation du Saumon en Nouvelle-Zé-lande. — Un million d’œufs du Saumon de Californie {Salmo quinnat) ont été offerts, l’année dernière, au gouvernement de la Nouvelle-Zélande par la Commission de la Pêche aux Etats-Unis. L'English Mechanic nous apprend que 95 pour cent de ces œufs sont venus à éclosion, et que l’alevin a été distribué avec succès dans un certain nombre de rivières. Il paraît que les Maoris apprécient aussi bien que les blancs la chair délicate du Saumon d’Amérique. Les chefs des tribus sauvages ont aidé à déposer l’alevin dans les rivières et ont- pris les mesures nécessaires pour la protection du poisson. Un essai d’acclimatation du « Poisson blanc » {Coregonus al-bus) des lacs d’Amérique tenté, à la même époque, n’a pas eu le même succès. Quoique ce dernier poisson supporte des eaux plus chaudes que le Saumon, ses œufs, plus délicats, n’éclosent qu’à une basse température, et, sur 250 000, on n’a pu en sauver que quelques douzaines. L’essai va être répété, cette année, dans des conditions plus favorables.
- — On vient de commencer, du côté des rues Clopin et Cardinal Lemoine, les travaux d’agrandissement de l’École polytechnique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 août 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Le Scandium nouveau métal. — Au nom d’un chimiste suédois. M. Wurtz annonce la découverte d’un métal auquel l’auteur donne le nom de scandium. Ce scandium est comme le gallium un des métaux dont M. Mendeleef, partant d’une loi qui a été exposée dans la Nature, avait a priori affirmé l’existence. Le nouveau corps dont le poids atomique devait être de 45 d’après les vues théoriques du chimiste russe est de 44 d’après les déterminations du chimiste suédois. Dans le mémoire présenté
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- l’auteur étudie les principaux caractères et quelques-uns des sels du nouveau métal.
- Le même académicien a présenté un mémoire sur les phénomènes thermiques qui accompagnent la décomposition de la dynamite.
- Le phylloxéra. — On se rappelle que M. Faucon, avec une loyauté toute scientifique, a constaté qu’un 'certain nombre de phylloxéras échappait toujours à la submersion des vignes. Il proteste aujourd’hui contre les conséquences sans doute intéressées que certaines personnes ont voulu tirer de cette constatation et maintient que nonobstant la résistance d’un petit nombre d’insectes la submersion est, de tous les moyens employés contre le phylloxéra, le plus efficace.
- Un autre auteur signale le Jacquet comme celui des plants de vigne qui, par sa résistance au terrible puceron, est la mieux en état d’indemniser les vignerons de leurs soins, fatigues et dépenses.
- M. Milne-Edwards. — L’illustre savant présente le treizième volume de la vaste encyclopédie (mais une encyclopédie méthodique) qu’il consacre à l’organisation et aux fonctions des êtres animés. Ce volume comprend entre autres matières d’un puissant intérêt, les actions mentales des animaux. L’auteur ajoute que le quatorzième volume est sous presse. Il compte achever cette année même la construction de ce monument.
- Correspondance politique du grand Frédéric. — La correspondance littéraire de Frédéric II avec Voltaire, D’Alembert, etc., est partout; sa correspondance politique était restée dans les archives secrètes du gouvernement de Berlin ; elle en sort aujourd’hui, et le volume qu’elle forme, qui sans doute n’est qu’un premier volume, est adressé à l’Académie des sciences de Paris, par le président de celle de Berlin : M. Dubois-Raymond.
- — Le huitième volume des œuvres de Lagrange est déposé sur le bureau par M. Serrel quia, comme on sait, la direction de cette grande publication.
- Jupiter. — Dans une suite de communications (trois lettres, croyons-nous, et une dépêche), M. Edouard Gaud, professeur de tissage à Amiens, déclare avoir vu à plusieurs reprises du 11 au 17 de ce mois, Jupiter et ses quatre satellites entourés d’une nébulosité commune régulièrement limitée. L’observateur se sert d’une lunette achromatique munie d’un oculaire céleste grossissant 70 fois.
- Statue d'Arago. — Par lettre, M. Faye annonce, au nom des sections d’astronomie et de physique, qu’à M. Janssen échoit l’honneur de représenter l’Académie à l’inauguration de la statue d’Arago. D’un autre côté, sur l’invitation du maire de Perpignan, M. l’amiral Mouchez, directeur de l’Observatoire, assistera à cette cérémonie. Enfin le Bureau des longitudes y délègue MM. D\Lnadie et Bréguet. — L’Académie sera donc représentée dans la personne de quatre de ses membres.
- Stanislas Meunier.
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- LE CONTROLEUR ELECTRIQUE
- DES RONDES DE NUIT.
- DE M. NAPOLI.
- Le contrôleur dont nous allons donner la description, d’après la notice de M. Napoli, est un des
- appareils les plus curieux qu’ait imaginés cet ingénieux inventeur à qui nous devons déjà tant d’applications remarquables de l’électricité
- Le gardien chargé des rondes de nuit passe aux différents postes qu’il doit visiter en suivant un ordre prescrit à l’avance. Dans chacun d’eux, il doit, pour constater sa présence, toucher un bouton analogue à celui d’une sonnette électrique, et il provoque ainsi dans le circuit métallique reliant ce poste au contrôleur central, un courant qui détermine dans l’appareil l’impression d’une lettre en regard d’un trait indiquant l’heure du passage du gardien. La réunion des lettres ainsi imprimées dans la visite aux différents postes constitue une phrase déterminée, et l’agent chargé du contrôle n’a qu’à jeter les yeux sur le papier pour savoir dans quel ordre et à quelle heure est passé le gardien.
- Le récepteur qui est représenté dans la figure ci-contre est l’organe essentiel du système, il est fondé sur l’emploi exclusif d’un seul électro-aimant H‘H, établi à demeure, et relié au circuit d’une pile électrique, sur lequel sont embranchés les fils des différents postes 1, 2, 5, 4.... 10. L’appareil comprend en outre un cylindre G' mobile sur son axe et sollicité à tourner par un mouvement d’horlogerie. Un disque isolant D‘ à centre métallique est fixé à l’extrémité du cylindre et tourne avec lui. Il porte une barrette en fer disposée suivant un rayon, ainsi qu’une série de boutons a, etc., correspondants à chacun des postes, répartis sur toute la surface du disque et distribués sur des rayons différents de longueur inégale. La barrette ainsi que tous ces boutons sont en communication avec le centre. De plus, le contour du disque présente, comme l’indique la figure, une série de dents placées à l’extrémité du rayon de chacun de ces boutons et destinées à enclancher à des moments convenables l’ergot de la palette p ainsi qu’il sera expliqué plus loin. Le disque reste en outre en contact avec une série de ressorts 1, 2, 5 .... 10 qui frottent constamment contre sa surface. Ceux-ci, en nombre égal à celui des postes et des boutons, et reliés chacun avec le fil de leur poste sont disposés de façon à toucher une fois le bouton correspondant pendant une révolution du disque, et ils rétablissent alors la continuité métallique entre ce poste et le centre.
- Sous le cylindre C‘ passe à une petite distance une bande de papier B' qui se déroule d’un mouvement uniforme sous l’action d’une horloge imprimant en même temps les heures sur le bord de la bande.
- Un cylindre excentrique E' est placé sous cette bande; à chaque révolution il la soulève, l’applique contre le cylindre C' pour y déterminer l’impression de la lettre ou du numéro qui se trouve alors sur le cylindre à l’endroit du contact. Ces lettres ou numéros correspondent aux différents postes, et sont distribués sur le cylindre de façon à se trouver chacun en regard de la bande de papier quand le bouton
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- arrive sur le disque au contact du ressort du poste auquel il est affecté.
- L'excentrique E' porte une tige t qui sert à l’en-clancher en venant porter contre des boutons disposés sur l’une des faces d’une roue à rochet r. Cette roue est commandée par un cliquet g actionné lui-même par la palette p placée en regard de l'é-lectro-aimant, H‘H‘ et mobile autour d’un axe. Quand l’appareil est au repos, la palette n’est pas attirée, son extrémité porte contre le prolongement de la barrette/'alors verticale, et elle empêche ainsi le mouvement du disque, comme c’est le cas représenté sur la figure.
- Dans cette position, la barrette se trouve en contact avec les lames de ressorts établissant ainsi une communication métallique entre les fils venant des postes et celui de l’élec-tro- aimant, le circuit est interrompu seulement par les solutions de continuité dues aux boutons des postes 1, 2, 3.... 10.
- Dès lors le fonctionnement du contrôleur s’établit de la manière suivante : lorsque le gardien appuie sur le bouton de l’un des postes, le n° 6, par exemple, le courant s’établit par l’intermédiaire du
- Nouveau contrôleur électrique.
- N
- O’
- Oro o o0,
- F
- fil correspondant, l’électro-aimant entre en action et attire la palette dont l’extrémité cesse alors de buter contre la barette, le disque et le cylindre se mettent à tourner sous l’action du mouvement d’horlogerie. Mais en même temps la barette cesse d’être en contact avec les ressorts, le courant est rompu, et la palette n’est plus attirée. Toutefois, le mouvement de la palette a déplacé le cliquet g et la roue à rochet a tourné d’une dent mais sans déclancher l’excentrique E' en raison de la grande longueur de la tige t. Le courant se ferme encore au moment où le ressort n° 6 arrive au contact du bouton correspondant (le gardien continuant d’appuyer sur le bouton du poste). L’électro-aimant attire de nouveau la palette, dont l’extrémité vient, cette fois porter contre la dent du disque placée sur le rayon
- du bouton, et le mouvement du disque et du cylindre se trouve ainsi interrompu. En même temps la roue à rochet tourne d’une nouvelle dent sous l’action du cliquet et elle déclanche l’excentrique E' qui opère une révolution complète. La bande de papier est soulevée et appliquée sur le cylindre C' alors immobile; elle prend l’empreinte de la lettre placée en regard comme il a été dit plus haut, et la lettre affectée au poste n° 6 se trouve ainsi fixée sur le papier au-dessus du trait donnant l’heure du passage du courant.
- Les choses restent dans le même état jusqu’à ce que le gardien interrompe le courant en cessant d’appuyer sur le bouton du poste n° 6, la palette s’écarte alors de l'électro- aimant, et cesse de buter à l’extrémité contre la dent du disque , celui-ci reprend son mouvement et continue à tourner jusqu’à ce que la barette redevienne verticale, car elle rencontre alors l’extrémité de la palette, et le disque s’arrête dans la position initiale représentée sur la ligure.
- Lorsque le gardien arrivera au poste n° 7, il appuiera sur le bouton de ce poste ainsi qu’il a fait pour le poste n° 6, les mouvements décrits plus haut
- se reproduiront dans le même ordre sur le récepteur, et la lettre du poste n° 7 se trouvera imprimée à côté de la précédente sur le trait indiquant l’heure de la visite du gardien.
- Cet appareil réellement ingénieux a été construit et appliqué en 1874 par la Compagnie de l’Est, et depuis il a toujours donné les résultats les plus satisfaisants, ce qui nous a fait penser que la description n’en serait pas sans intérêt pour nos lecteurs.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N’ 327. — 0 SEPTEMBRE 1879.
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- LES CRABES TERRESTRES DU MUSÉUM
- On peut voir en ce moment, au Muséum d’histoire naturelle, des crabes provenant des Antilles, et qui offrent sous divers rapports un assez grand intérêt.
- Ces Crustacés, qui font partie du grand groupe désigné sous le nom de Décapodes brachyures, appartiennent à la tribu des Gécarciniens.
- Ces Gécarciniens constituent une des divisions les plus intéressantes parmi les Crustacés. En effet, bien que leur appareil respiratoire soit constitué par des branchies, c’est-à-dire conformé pour la respiration aquatique, ils sont cependant essentiellement terrestres, et ce n’est qu’à de rares occa
- sions qu’ils se rendent à la mer. Certains d'entre eux, plongés pendant quelque temps dans l’eau, ne tardent pas à périr asphyxiés.
- Parmi les genres qui constituent la tribu des Gécarciniens, se trouve celui que l’on désigne sous le nom de Cardisome. C’est à ce groupe qu’appartiennent les Crustacés qui vivent actuellement au Muséum.
- Le genre Cardisome est sur tout caractérisé parla disposition des pattes-mâchoires ; le cadre buccal a la forme d’un carré long; les bords latéraux sont droits; le deuxième article des pattes-mâchoires externe est rétréci antérieurement, et le troisième, un peu moins long que le précédent, s’élargit d’arrière en avant, de façon que ces organes laissent entre eux un espace ayant à peu près la forme d’un losange.
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- Cardisome Guanhumi, d’après l’individu actuellement vivant au Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- Le front est très large, presque droit; les pattes sont épineuses, les branchies sont au nombre de sept de chaque côté, la première étant, comme d’ordinaire, très petite, et les deux dernières très longues.
- Ce genre comprend plusieurs espèces, les plus communes sont : leCardisomebourreau (C. carnifex)y qui vit dans les Indes, à la Nouvelle-Calédonie, etc., et le Cardisome Guanhumi, qui habite les Antilles, le Brésil, etc. C’est ce dernier que représente notre dessin, et que l’on peut voir dans la ménagerie du Muséum.
- Ce Cardisome a la carapace renflée latéralement, les pinces sont allongées, et l’une d’elles prend, chez les mâles, un développement considérable. La main qui termine ces organes offre une grande courbure, et l’animal ne peut serrer que par les extrémités de ce mordant, comme l’appellent les anciens naturalistes. Ce crustacé est d’un blanc livide, et peut
- 7 e année.— 2e semestre
- acquérir une assez grande taille. On le désigne souvent sous le nom de grand Tourlouroux, ce nom de Tourlouroux étant appliqué à tous les crabes terrestres.
- Ces Cardisomes et leurs congénères ont de tout temps attiré l’attention des voyageurs. Bien, en effet, que dans les circonstances ordinaires ils ne sortent que la nuit, on les voit, pendant les temps pluvieux, quitter leurs retraites et se montrer en troupes innombrables.
- Le premier voyageur qui semble avoir observé ces animaux avec quelque soin est de Rochefort, qui publia en 1667 une histoire naturelle des Antilles1. Voici ce qu’il rapporte de ces Cardisomes Guanhumi, qu’il désigne sous le nom de Crabes blanches : «.............Les 'autres sont toutes blanches, se tiennent aux pieds des arbres, en des trous qu’elles
- 1 De Rochefort. Histoire naturelle des Antilles, 1667.
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- se font en terre, où elles se retirent comme lapins en leurs clapiers. Il s’en voit telles, qui ont l’une de leurs pattes de la grosseur d’un œuf, de chair aussi délicate que celle de l'écrevisse de rivière.Elles se plaisent particulièrement sous les palétuviers et sous les autres arbres qui sont au bord de la mer, et dans les endroits les plus marécageux........ Quand on fouille dans les terres ou dans le sable pour les chercher en leurs retraites, on les trouve toujours à moitié le corps dans l’eau, de même que la plupart des autres animaux amphibies. »
- Un autre voyageur, dont il a déjà été question dans les colonnes de la Nature, F. Léguât, nous a laissé aussi diverses observations sur les Crabes terrestres. Mais il est probable que l'espèce qui vivait à l'ile Rodrigues devait se rapporter au Cardisome bourreau. Quoi qu’il en soit, voici ce que nous dit Liguât, qui était doué d’un véritable talent d’observation :
- « Les crabes de terre furent nos troisièmes ennemis; il est presque impossible de les détruire, à cause de leur prodigieuse quantité dans la plupart des lieux bas, et de la grande difficulté qu'il y a à les déterrer dans leurs trous. Elles se logent en terre et creusent jusqu’à ce qu’elles aient trouvé de l’eau; leur tanière est large et a plusieurs issues, et elles ne s’en éloignent que fort peu, se tenant toujours sur leurs gardes.
- « Elles arrachaient nos plantes dans nos jardins, et si nous renfermions ces plantes sous des espèces de cages dans l’espérance de les garantir, si elles n’étaient pas fort loin, elles approfondissaient leurs tanières et se faisaient une nouvelle route, venaient par-dessous la cage arracher la plante.
- « Le dos ou la coque ou coquille de cette crabe est d’un roussâtre sale à peu près rond, et d’environ quatre pouces de diamètre. Elle marche en tous sens, sur‘huit pattes qui s’élèvent à quatre doigts de terre, et elle a deux serres dentelées de grandeur inégale... la serre ou patte droite étant plus grosse et plus forte que la gauche. On ne voit pas la bouche quand elle marche, mais ses yeux s’élèvent à un bon pouce l’un de l’autre, sur le bord et au-devant de la coque. Quand on en approche, elle est extrêmement prompte à se retirer, et comme elle court toujours après les pierres qu’on lui jette, on a tout le loisir de lui en jeter jusqu’à ce qu’on la frappe. Il est dangereux de s’exposer à en être pincé. Cet animal nettoie fréquemment son trou, et après qu’il a fait un petit tas des ordures qu’il y rencontre, il les emporte dehors en les pressant avec les serres contre son ventre. Il fait cela si souvent et avec tant de diligence, qu’il a bientôt ôté ce qui l’incommode. La chair en est assez bonne et approche du goût des écrevisses de nos rivières. Un peu avant et après les pluies de juillet et d’août, ces crabes vont par milliers, et de tous les endroits de l’ile, à la mer ; nous n’y en avons vu aucune qui ne fût chargée d'œufs. On peut alors en détruire beaucoup, parce qu’elles marchent en troupes prodi
- gieuses, et qu’étant éloignées de leurs trous, elles n’ont aucune retraite. Nous en avons quelquefois tué, à coups de bâton, plus de trois mille en un soir, sans nous apercevoir, le lendemain, que le nombre en fût diminué...... L’un de nos gens qui, à tout hasard, avait apporté deux grands coffres pleins de marchandises pour les Indes, et une assez bonne quantité de louis d’or, mais qui était pour le moins aussi défiant que riche, fut plaisamment attrapé par une de ces petites bêtes. Il avait les pistoles en plusieurs bourses, et pour peu qu’il s’éloignât de sa cabane, nous remarquions qu’il les prenait avec lui. Avant de se coucher, il ne manquait non plus jamais de les cacher en divers endroits, le plus adroitement qu’il pouvait; mais quelque fin qu’il fût, il trouva plus fin que lui encore, et fut la dupe d’un voleur dont il ne s’était pas défié, je veux dire de quelque crabe, qui lui enleva un de ses sachets dont le cuir, étant un peu gras, se trouva sans doute au goût du voleur. Le lendemain, comme on s’aperçut qu’il était chagrin, et qu’on le vit chercher quelque chose avec beaucoup d’application, on le pressa tant que, soit par importunité, soit parce qu’il était bien aise qu’on lui aidât, il raconta naïvement l’aventure. Quoiqu’il fût difficile de n'en pas rire un peu, on se mit pourtant en quête avec lui; mais quelque perquisition que l’on fit, on ne trouva rien, et il fallut que le volé se consolât de sa perte. Il est vrai qu’il eut une permanente rancune contre toute la nation des crabes, et que dans la guerre que nous leur faisions souvent, il n’en tua jamais aucune sans lui donner encore quelques coups après sa mort.....»
- D’autres voyageurs, Feuillée1, Labat2, se sont aussi occupés de ces animaux.
- Je transcris ici quelques observations de Labat.
- « ....... Il y en a de violettes et de blanches; les violettes se trouvent dans les montagnes, les lieux éloignés de la mer... Les crabes blanches3 ne se trouvent que dans les lieux bas, marécageux, sur les bords de la mer. J’en ai vu, à la Guadeloupe, qui avaient plus de sept pouces de large dans leur grand diamètre. Elles ont cinq jambes de chaque côté et deux mordants dont les pinces sont faites en manière de tenaille, et d’un si grand diamètre, qu’on peut passer le poing au milieu de leur circonférence. »
- Labat donne ensuite un grand nombre de recettes pour accommoder ces crustacés, en pâtés chauds, ragoûts, etc.
- Il paraît en effet que les nègres et aussi les colons sont très friands de la chair de ces crabes. Cependant, si on en croit Labat, cette nourriture ne laisserait pas que d’avoir quelques inconvénients.
- Voici ce que raconte notre auteur:
- « ........On dit communément que les crabes sont
- ’ R. P. L. Feuillée. Journal des observations physiques, etc. 1725.
- 2 R. P. Labat. Voyage aux Indes d'Amérique, etc., 1724. 5 Ce sont les Cardisomes Guanhumi.
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- une bonne nourriture...Pour moi, je suis convaincu qu’elles sont de difficile digestion et qu’elles causent beaucoup d’humeurs froides et hypocondriaques. J’ai remarqué que toutes les fois que j’en avais mangé, quelque soin que l’on se fût donné pour les bien accommoder, je me trouvais assoupi, alangui, et comme endormi le reste de la journée........Je crois même que la mélancolie et la nonchalance qu’on remarque dans les Caraïbes est l’effet de cette nourriture... »
- Quoi qu’il en soit des appréciations du Révérend Père, il paraît certain que les personnes qui mangent des crabes terrestres s’astreignent à quelques précautions. Elles pensent en effet que ces Crustacés ayant pu manger des substances vénéneuses, comme le fruit du mancenilier, par exemple, leur chair pourait avoir contracté des propriétés malfaisantes. Pour parer à cet inconvénient, on place les crabes pendant quelques jours dans des caisses fermées. Là, on les laisse jeûner, ou bien on leur donne des bananes comme nourriture.
- C’est surtout pendant la nuit qu’on leur fait la chasse, car c’est aussi à ce moment qu’ils sortent de leur tanière pour chercher leur nourriture.
- Quelquefois on verse de l’eau chaude dans leur trou pour les forcer à sortir. A la Martinique, les nègres les prennent avec des espèces de souricières amorcées avec des fruits. Il semble, en effet, que leur nourriture soit surtout végétale. Cependant, on les accuse, au Brésil, de s’emparer des jeunes poulets et de les manger. On a prétendu aussi qu’ils se rendaient dans les cimetières, pour dévorer les cadavres.
- Fréminville proteste contre cette accusation, et cependant ce voyageur ne semble pas avoir eu de grandes sympathies pour ces animaux, qui lui inspiraient les plus singulières réllexions. On en peut juger par le passage suivant : « En les voyant sortir par centaines de leurs souterrains, leur couleur livide et terreuse, le mouvement rapide de leurs grandes pattes, le cliquetis de leurs pinces, qu’ils frappent l’une contre l’autre, leur donnent presque l’air d’ossements qui s’exhument, se meuvent et s’animent. Ce spectacle bizarre m’a plus d’une fois retracé celui que l’imagination se forme de la résurrection générale. Au reste, ajoute Fréminville, comme ils sont très bons à manger, on leur fait une chasse très active. »
- Si on cherche à résumer les faits consignés dans les observations qui précèdent, on voit qu’en somme les Cardisomes habitent de préférence les lieux marécageux, situés sur le bord de. la mer. C’est ainsi qu’à la Nouvelle-Calédonie on les rencontre en troupes nombreuses, au milièu des palétuviers. On comprend donc facilement que les jeunes Cardisomes puissent facilement être transportés par des courants marins sur des rivages très éloignés de ceux où ils ont pris naissance. Il n’est pas douteux, en effet, que ces animaux pondent à la mer. Mais cette ponte a été révoquée en doute pour quelques autres es
- pèces de crabes terrestres, qui vivent ordinairement dans des endroits éloignés de la mer. Cependant le fait paraît indéniable; la présence des branchies chez ces animaux indique bien leurs habitudes au moins partiellement aquatiques. Quant à la manière dont s'effectue la respiration pendant que ces animaux restent à terre, voici l’explication que l’on en a donnée. Les pièces calcaires qui forment les flancs de l’animal présentent une rainure profonde dans laquelle peut séjourner une certaine quantité d’eau qui suffit à entretenir l’humidité des branchies; il ne faut pas oublier, d’ailleurs, que tous ces crabes vivent dans des endroits très humides, et nous avons vu que souvent leurs tanières sont en partie inondées Mais on trouve en outre, chez ces Crustacés, une disposition anatomique qui explique que ces animaux puissent vivre un certain temps au moins dans un air relativement sec. On trouve en effet, sous leur caparace, une membrane épaisse, comme spongieuse, dans laquelle on peut observer un riche lacis vasculaire. Cette membrane constitue un véritable poumon, et le sang vient s’y mettre en contact médiat avec l’air qui pénètre facilement sous la carapace. Le seul point de l’histoire de ces animaux qui reste donc enveloppé de quelque mystère est celui qui a trait à la façon dont s’effectue la ponte chez quelques espèces. Il est à désirer que les naturalistes qui habitent les régions où ces animaux vivent en troupes si nombreuses, fassent quelques observations suivies, sur ce point de la science.
- Dr Paul BROCCHT.
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- ACOUSTIQUE ET OPTIQUE
- DES SALLES DE RÉUNION1.
- Il y a peu de questions plus importantes et qui soient néanmoins plus complètement négligées que celles de V acoustique et de Yoptique des salles de réunion. Bien peu de personnes s’en occupent, et tout le monde cependant a un véritable intérêt à ce que cette importante question soit prise en sérieuse considération. Comment expliquer cette négligence absolue qui fait éprouver à tout le monde une gêne souvent pénible et qui se perpétue indéfi • niment dans toutes les salles où l’on doit parler, voir et entendre?... C’est que l’acoustique et l’optique, appliquées aux constructions architecturales, sont des sciences difficiles à étudier et surtout à pratiquer; elles demandent un ensemble de facultés qui semblent être assez rares à rencontrer. D’un côté les savants qui s’occupent de physique expérimentale ne sont pas des spécialistes en fait de bâtiments à construire; ils ne peuvent s’occuper d’acoustique et d’optique qu’à un point de vue théorique ou pédagogique; et, se fussent ils occupés utilement de certaines applications à un genre particulier d’édi-
- 1 Un vol. in-8, avec figures dans le texte, chez l’auteur, M. Lâchez, 113, rue Lafayette.
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- CM
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- fices, le difficile serait toujours de se faire comprendre des personnes chargées de l’exécution matérielle. D’un autre côté, les constructeurs'de bâtiments ne sont guère portés aux recherches scientifiques applicables à des édifices spéciaux; leurs connaissances techniques n’ont aucun rapport avec ces deux chapitres de la physique générale : de là l’état regrettable de toutes les salles de réunion dont les qualités et les défauts, au point de vue de l’audition et de la visibilité des objets, sont toujours dus au ca price du hasard. En fait d’optique, l’œil ne trouve, dans toutes les salles de réunion, que la décoration plus ou moins outrée, et qui nuit trop souvent à ce qui doit être vu tout spécialement. En fait d’acoustique, l’oreille ne rencontre que les résultats des vices de la forme et des mauvais aménagements des salles, aménagements dont personne ne cherche à se rendre compte pour y apporter les remèdes qui sont
- cependant indiqués depuis bien longtemps sans qu’on ait jamais voulu eu tenir compte.
- A l’appui du sujet qui nous occupe, nous citerons deux exemples de salles parmi les plus fréquentées du public, bien qu’elles soient les plus mal disposées au point de vue de la fonction essentielle qu’elles ont à remplir.
- Transportons-nous d’abord dans une célèbre salle, si connue de tous, et qui se nomme : le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Ce local incommode est établi depuis trois quarts de siècle peut-être, dans l’étage supérieur et sous les combles d’un vieux bâtiment dont on a démoli, autant que possible, les divisions intérieures, de manière à obtenir un très long espace, limité, suivant sa longueur, par deux murs parallèles, rapprochés l’un de l’autre à dix mètres de distance. C’est une sorte de galerie mal éclairée, de cinquante à soixante mètres de
- Fig. 1. — Profil des gradins d’un amphithéâtre, établis suivant une ligne droite (Disposition défavorable pour l’audition.)
- largeur, qu’on a eu l’idée d’appeler un amphithéâtre, et cela sous le patronage tacite de tous les professeurs de physique qui s’y sont fait entendre depuis trois quarts de siècle ! On y a disposé des banquettes en tous sens, de telle façon — ce qu’il était impossible de faire autrement — que le quart à peine des spectateurs et des auditeurs se trouvent en face de l’emplacement occupé par l’orateur, et les trois autres quarts sont condensés latéralement jusqu’aux extrémités des deux espaces très étendus, d’où l'ora-teur ne peut être aperçu que de profil, pendant qu’il émet naturellement ses paroles devant lui. Tâchez donc de voir et d’entendre commodément dans une pareille enceinte, qui laisse d’ailleurs tant à désirer sous le rapport de la ventilation.
- « L’auditoire, —dit à ce sujet M. Lachèz dans le chapitre de son livre sur les positions vicieuses des spectateurs, — l’auditoire s’y divise en deux masses principales, l’une à droite, l’autre à gauche, séparées par un noyau central ; les deux cents auditeurs du
- milieu sont bien placés, mais les six cent cinquante de chaque côté sont plus ou moins éloignés vers les extrémités latérales. Si l’orateur s’aperçoit qu’en parlant devant lui, il peut laisser quelque chose à désirer, sous le rapport de l’audition, aux spectateurs de sa droite ; si machinalement, alors, il tourne sa tête vers eux, pensant que ses paroles peuvent n'être pas parfaitement entendues, aussitôt la gauche est privée de toute audition et semble réclamer sa part légitime; l’orateur se sent porté à y satisfaire, mais bientôt il s’aperçoit des réclamations de sa droite; naturellement dominé du besoin de se faire entendre de partout', il tourne la tête continuellement de droite et de gauche; cherche à satisfaire toutes les parties de son auditoire ; mais il ne parvient à envoyer l’expression de son éloquence qu’avec des lacunes alternatives d’audition. Ce doit être un martyre pour lui, s’il veut corriger les inconvénients du local dont il ne s’est pas rendu compte; mais c’est une souffrance plus pénible encore pour tout
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- LO r—
- ce monde qui écoute sans pouvoir entendre. Si l’orateur ne s’inquiète de rien et ne pense qu’à son sujet, la partie de l'auditoire qui lui fait face entend à merveille, mais les neuf dixièmes placés latéralement entendent mal ou pas du tout. »
- Parmi les salles les plus mal disposées, chacun désignera la salle des conférences du boulevard des Capucines, où tant d’éminents conférenciers attirent la foule en dépit des mauvaises dispositions locales. Cette salle n’est pas établie comme celle de la Sorbonne, dans l’étage supérieur d’un vieux bâtiment; c’est tout le contraire; elle est écrasée et aplatie dans le rez-de-chaussée trop bas d’un bâtiment neuf, où il eût sans doute été impossible de faire des remises, des écuries ou des magasins de marchandises. On a cependant trouvé ce local convenable, tout impossible qu’il est, pour en faire une salle de réunion destinée à la parole des orateurs, aux dé
- monstrations de physique, etc.; ce qui prouve le peu d’intelligence ou de réflexion qui préside à ces sortes d’installations, dont les défauts sont imposés aux orateurs et aux auditeurs qui, les uns et les autres, les subissent sans se plaindre, croyant sans doute que le malaise qu’ils éprouvent est une nécessité fatale et sans remède possible.
- Un concours fortuit de circonstances, il y a bien longtemps déjà, a conduit un jeune architecte, qui avait le goût des expériences de physique, dans une agence particulière de travaux publics : c'était au Collège de France, lorsque de 1853 à 1841, on s’est occupé de l’agrandissement considérable de cet établissement. Là, M. Lachèz s’est trouvé en contact journalier avec d’illustres savants, et entre autres, avec F. Savart, dont les travaux scientifiques avaient, pour le jeune architecte, un attrait tout particulier, à tel point qu’il devint ainsi,par un hasard heureux, le disciple
- Fig. 2. — Profil des gradins d'un amphithéâtre, établis suivant une ligne courbe. (Disposition favorable pour l’audition.)
- assidu du savant maître ; à tel point qu’il remplissait bien souvent auprès de lui — quand il n’était pas occupé sur les chantiers de construction— la fonction de coopérateur dans le laboratoire de physique. C’est là que M. Lachèz s’est formé aux premières études de l’acoustique: « J’ai été, dit-il dans une de ses préfaces, journellement témoin des belles expériences qui ont fait faire à la science de l’acoustique des pas considérables, et qui avaient pour moi un double attrait : les moyens ingénieux, la clarté, la précision avec lesquels elles étaient imaginées et exécutées ; puis, l’immense utilité que j’entrevoyais de l’application de toutes ces lois de l’acoustique à la construction de certains édifices, tels que salles de spectacles, de concert, les amphithéâtres, et toutes les salles enfin destinées aux réunions pu. bliques ou privées. »
- C’est à cette époque que M. Lachèz a trouvé la courbe qu’il appelle audito-visuelle et qui résulte de la disposition particulière qu’il donne aux ban-
- quettes d’un auditoire. Cette disposition est telle que tous les rayons lumineux qui doivent arriver à l’œil du spectateur, ainsi que tous les rayons sonores qui doivent aboutir à son oreille, y arrivent toujours sans obstacle; ce qui fait que cette courbe atteint le double butde faire bien voir aux spectateurs ce qu’on veut leur montrer, et de faire bien entendre tout ce que leur oreille doit percevoir. Nous reproduisons ici deux figures qui feront comprendre les avantages que présente le profil des gradins d’un amphithéâtre établi suivant une ligne courbe (fig. 1 et 2). « Le tracé de la courbe est extrêmement facile, » — c’est ainsi que s’exprime M. Léonce Reynaud, ingénieur en chef des ponts et chaussées, dans son grand Traité d'architecture (p. 365), — « la figure enrendun compte tellement clair, qu’il paraît inutile d’entrer dans aucun autre détail à ce sujet. » Malgré cette autorité d’une aussi haute valeur, la courbe audito-visuelle de M. Lachèz n’a pas encore été mise en pratique sérieuse par ses confrères, qui
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- semblent n’y attacher aucune importance, parce qu’elle est sans doute ignorée du public, qui souffre de son absence sans pouvoir s’en rendre compte.
- La République de 1848 est arrivée sans que M. Lachèz ait eu l’occasion de faire la moindre application de ses études. Lorsqu'il vit les fautes énormes qui avaient été commises dans l’établissement d’une trop fameuse salle provisoire, édifiée de toutes pièces après la révolution du 24 février 1848, pour les assemblées des représentants de la nation, il crut devoir résumer dans une publication spéciale les principes de l’acoustique et de l’optique applicables à la construction des salles de réunion. Il signala dès lors les défauts des salles, résultant de l’inobservance des lois de l’acoustique, en indiquant ce qu’il fallait faire pour les éviter, pour obtenir les qualités utiles au but que l’on doit atteindre dans ce genre d’édifices.
- Les principes qui président à la disposition d’une bonne salle, où l’on doit entendre la parole des orateurs ou des professeurs et où l’on doit voir ce qu’ils exposent aux regards, peuvent ainsi se résumer : 1° grouper tout d'abord l’auditoire en face de l’orateur, en tenant compte de l’intensité de la voix, qui n’est à son maximum que dans la direction qu’elle prend naturellement en sortant de l’organe humain ; « comme celte intensité — ce qu'il est facile de remarquer — diminue à mesure que l’on s’écarte latéralement de la normale, et qu’elle devient presque nulle sur les côtés, d’où l’orateur ne s’aperçoit plus que de profil, il est indispensable de supprimer en partie ces espaces latéraux, et de les reporter de préférence en face de l’orateur ; car alors, quoique un peu plus loin, on y entend mieux et on y voit mieux que latéralement; 2° établir l’auditoire selon la courbe audito-visuelle, ce qui se comprend de reste ; 5° supprimer, dans la disposition générale du vaisseau, le volume d’air inutile et nuisible qui se trouve au-dessus de l’orateur; cette suppression se fait au moyen de surfaces disposées de manière à répercuter les sons de la voix ; répercussion peu sensible, il est vrai, mais utile en ce sens que les ondes sonores réfléchies marchent alors à peu près dans le même temps que les ondes sonores directes; 4° enfin amortir les ondes sonores sur les parois les plus éloignées de l’orateur, afin d’éviter des résonnances fatigantes pour l’orateur et nuisibles à l’audition claire et nette de la parole. »
- Tels sont les principes, peu nombreux, comme on le voit, et bien simples, que M. Lachèz a développés dans son livre ; ils sont d’une application on ne peut plus facile, mais on n’a pas encore jugé à propos d’en faire le moindre essai ; c’est là un état fâcheux qui se perpétuera indéfiniment, si la presse ne vient pas en aide à la propagation d’idées utiles à tout le monde.
- Comme spécimen d’une utilité urgente en 1848, M. Lachèz avait donné un projet de salle pour neuf cents représentants, et qui aurait pu être construite économiquement alors, à titre d’essai nécessaire :
- cet essai aurait pu venir corriger ou améliorer, par une expérience peu coûteuse, la donnée même des principes mis en avant. Mais la question de la représentation nationale ayant été amoindrie, ajournée indéfiniment, pendant toute la durée du second empire, son importance ne reparut à l'ordre du jour qu’après l’avènement de la République définitive. On pouvait espérer voir enfin les principes d’une bonne salle mis à exécution, mais rien n’a pu être tenté. Les débats intéressants qui ont occupé à ce sujet trois séances entières de l’Assemblée nationale en 1849 et 1850, ont été complètement oubliés, après un laps de trente ans, il est vrai. M. Lachèz, dans les circonstances actuelles a cru devoir donner une nouvelle édition de son travail, qui se trouve considérablement augmenté, et qui renferme des documents du plus sérieux intérêt ; il serait regrettable que l’on continuât à n’en tenir aucun compte.
- Nous terminerons cet article par une citation empruntée à l’intéressant travail de M. L. Simonin, sur le livre de M. Lachèz, et publié dans Y Indépendance belge du 1er juillet 1879 :
- « Plus de quarante ans se sont écoulés depuis que M. Lachèz a commencé ses études sur l'acoustique et l’optique des salles de réunion, et c’est à peine s’il a pu une seule fois, grâce à l’intervention de F. Savart au Collège de France, faire adopter dans quelques salles de cet établissement public l’emploi de sa courbe audito-visuelle. Cette longue lutte, soutenue presque inutilement pendant environ un demi siècle, en faveur de la vérité, semble avoir découragé l’auteur. La presse lui sera plus équitable que ses propres confrères, et fera connaître en tous pays des documents scientifiques qui intéressent tout le monde également. Aujourd’hui que l’instruction se répand partout, que le peuple partout s’élève et grandit, la bonne construction des salles de conférences, de spectacles et de débats politiques, doit être placée au premier rang dans les désidératums de l’art architectural. »
- Nous nous associons complètement à ces paroles, et nous souhaitons qu’elles soient partout entendues.
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- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE.
- (Suite. — Voy. p. 54 et 86. )
- L’HYDRE d’eau douce et l’individualité ANIMALE.
- Les recherches de Trembley, publiées à Leyde en 17441, ont rendu célèbres les Hydres d’eau douce. Des êtres que l’on peut multiplier autant qu’on le
- 1 Mémoires pour servir à l'histoire d'un genre de Polypes d'eau douce à bras en forme de cornes, par A. Trembley, de la Société Roïale.
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- veut en les coupant en morceaux, qui vivent après avoir été retournés comme un gant, sans paraître avoir éprouvé le moindre dommage de cette opération, devaient à bon droit passer pour de nouvelles merveilles. Ils nous apportent en effet de précieux enseignements.
- Les Polypes de nos eaux douces ont été signalés pour la première fois en 1705, dans les Transactions philosophiques de la Société Royale de Londres, par l’illustre micrographe hollandais Leu-wenhœk1 et par un anonyme, qui n’avaient pu en avoir chacun qu’un très petit nombre d’exemplaires. Bernard de Jussieu les chercha et les découvrit aux environs de Paris où elles abondent, notamment dans les bassins du Jardin des Plantes. Il les montra à Réaumur et il en est question dans la préface du tome VI des Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes. Ce fut seulement en 1740 que Trembley, précepteur des enfants du comte de Bentinck, sans connaître les travaux antérieurs, commença l’étude des Polypes qu’il avait découverts à nouveau dans les bassins du château de Sorguliet, propriété du comte aux environs de La Haye. Ces petits êtres de couleur verte, presque toujours immobiles sur la plante qui les supporte, terminés par une couronne de filaments en nombre variable, déliés, semblables à des branches ou à des racines, lui parurent tout d’abord des végétaux. Bientôt, il les vit s’agiter lentement dans le liquide, se contracter ou s’étendre, changer de place pour venir se fixer toujours dans la partie la plus éclairée du vase qui les renfermait. Il dut se demander dès lors si ce n’étaient pas des animaux. Mais il conservait encore quelques doutes et c’est pour les éclaircir qu’il entreprit la merveilleuse série d’expériences qui ont fait de lui l’émule de Bonnet, son maître, de Swammerdamm, son contemporain, et de Lyonet, l’habile anatomiste, qui, dans son enthousiasme pour Trembley, apprit à graver pour faire lui-même les planches des Mémoires sur les Polypes.
- Les Hydres de nos eaux douces sont au nombre de trois espèces déjà distinguées par Trembley : l'Hydre verte (Hydra viridis), l’Hydre aux longs bras (fig. 1, nos 1 et 2, et fig. 2) ou l’Hydre brune (II. fusca) et l’Hydre grise (H. vulgaris ou H.grisea) (fig. 1, n° 2). Les unes et les autres offrent la forme générale d’un cornet dont l’extrémité pointue serait pourvue d’une sorte de ventouse permettant àl’ani mal de se fixer sur les corps durs, tandis que l’ouverture du cornet serait surmontée par les bras du Polype dont le nombre varie de six à treize ou même dix-huit. Une membrane tendue entre les bras ferme cette ouverture, mais d’une façon incomplète : car elle est elle-même percée à son centre d'un orifice par lequel la cavité du cornet communique avec l’extérieur. Cet orifice sert à la fois à l’entrée des matières alimentaires et à la sortie des résidus de la digestion.
- Les bras ont ordinairement l’aspect de filaments grêles, très contractiles, pouvant se mouvoir en tous sens; chez l’Hydre verte, leur longueur ne dépasse jamais la moitié de "celle du corps de l’animal, mais ils peuvent atteindre 5 ou 6 centimètres chez l’Hydre aux longs bras (fig. 1, n° 1). Ils sont alors quelquefois aussi déliés que des fils d’araignée et constituent d’ailleurs, eux aussi, un véritable appareil de chasse. Le Polype les étend autour de lui, explorant sans cesse, grâce à leurs mouvements, l’eau qui l’entoure. Malheur aux animaux de petite taille qui viennent à les rencontrer. Ils semblent aussitôt paralysés et demeurent adhérents au bras qu’ils ont touché. Celui-ci s’enroule bientôt autour d’eux et ne tarde pas à se recourber pour transporter sa proie dans la cavité même du Polype.
- Cette façon de pêcher semble au premier abord identique à celle que nous avons décrite précédemment chez les Rhizopodes. On est tenté d’assimiler les bras ou tentacules des Polypes aux filaments protoplasmiques qui constituent les Pseudopodes des organismes les plus inférieurs et qui sont capables, eux aussi, d’arrêter et de paralyser subitement de petits animaux. Cette ressemblance est toute superficielle. Chez les Rhizopodes, c’est dans la substance même des filaments protoplasmiques que réside la faculté stupéfiante; les bras des Hydres offrent au contraire des organes bien définis, spécialement chargés de sécréter une substance vénéneuse et de la porter dans l’organisme des animaux dont le Polype veut s’emparer. Ce sont d’in-nombrâbles vésicules (fig. 2) à parois résistantes, toutes remplies d’un liquide hyalin et dans lesquelles on aperçoit, à un fort grossissement, un fil très fin enroulé en une spirale parfaitement régulière. Au moindre contact, ce fil est projeté au dehors comme un ressort fortement bandé, pénètre à la façon d’un aiguillon dans les tissus et y porte avec lui le liquide venimeux dans lequel il était plongé et qui recouvre encore sa surface. On donne à ces singuliers organes le nom de némalocystes, qui rappelle que leurs parties essentielles sont un fil et une vésicule. Les Hydres et les animaux analogues ne sont pas seuls à en posséder. Les Actinies ou anémones de mer, les Coraux, les Madrépores, les Polypes flottants connus sous le nom de Galères et les Polypes voisins en sont tous pourvus et leur action est souvent autrement puissante. Il est impossible de manier quelques-uns de ces animaux sans ressentir aussitôt comme une violente brûlure suivie d’une enflure plus ou moins prononcée, qui demeure parfois assez longtemps douloureuse. Les mille flèches empoisonnées que le Polype darde de tous côtés ont à elles seules causé ces phénomènes inflammatoires bien connus des pêcheurs; aussi désigne-t-on depuis longtemps sous le nom d'orties de mer les belles anémones qui abondent sur presque toutes les plages. La plus remarquable sous ce rapport est VAnlhea cereus, bien reconnaissable à ses longs bras verts, à pointe rose qu’elle ne peut
- 1 Né à Délit en 1638.
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- jamais retirer entièrement dans le sac brun-rougeâtre qui forme son corps.
- Les Nématocvstes des Hydres d'eau douce sont disposés par petits groupes formant autour des bras des spirales assez régulières, faciles à distinguer avec une forte loupe. Chacun de ses groupes présente à son centre un Nématocyste plus grand que les autres et dont le lil spiral est armé à sa base, légèrement rentlée, de trois crochets recourbés en arrière qui le transforment en une sorte de harpon. On a cru autrefois que ces crochets étaient
- forme typique des Éponges. Dans les deux cas, l’organisme tout entier se trouve réduit à une sorte de sac dont les parois sont constituées par deux couches superposées de cellules séparées par une couche moins distincte où. se développent des spiculés chez les Eponges, des fibres contractiles plus ou moins nettes chez les Hydres. L'intérieur du sac est dans les deux cas une cavité digestive. Mais tandis que chez les Hydres cette cavité ne communique avec l’extérieur que par un orifice unique servant à la fois de bouche et d’anus, nous avons
- Fig. 1.— HYDRES A DIVERS ETATS DE CONTRACTION.-1. Hydre brune ayant saisi deux Naïs et une Daphnie. — 2. Une autre à demi contractée et bourrée de nourriture. — 5. Hydre grise également en train de digérer. (Ces deux figures montrent bien la différence de longueur des pédoncules dans ces deux espèces.) (Grossissement 5 fois environ.)
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- Fig. 2. — IIYDRE BRUNE, ayant saisi deux Daphnies, portant deux œufs et entourée de ses grands Nématocystes (grossie 15 fois). (Les vésicules des Nématocystes qui restent normalement dans les tissus sont ici figurées libres pour montrer l’ensemble de ces organes.)
- placés au sommet du fil qui demeurait engagé dans les tissus, tandis que la vésicule à venin était projetée au dehors. Une figure presque classique et que nous reproduisons pour mettre en garde contre elle représente même une Hydre dont tous les grands Nématocystes sont censés développés de la sorte (fig. 2). C’est exactement le contraire qui a lieu; mais cette figure a au moins le mérite de donner une bonne idée du nombre et de la disposition de ces singuliers organes.
- Supprimez les bras d’une Hydre, faites abstraction des nématocystes, il reste un organisme qui n’est pas sans de réelles analogies avec VOlynthus,
- vu chez les Éponges un nombre considérable de pores servir à l’entrée de l’eau et des matières ali-mentaires — on pourrait les considérer comme autant de petites bouches — tandis qu’un orifice unique, l’oscule, est seul chargé de porter à l’extérieur ce dont l’organisme veut se débarrasser. L’oscule est donc physiologiquement un anus. Il paraît cependant que tous les pores inhalants peuvent se fermer simultanément dans certaines circonstances chez les Olynthus; de sorte que dans ce cas, sauf les bras, qui peuvent du reste manquer à certaines Hydres comme la Protohydra Leuckarti de Schneider, sauf encore les spiculés et les nématocystes,
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- l’Eponge correspond exactement à l’Hydre; l’oscule, servant à la fois à l’entrée et à la sortie de l’eau et des aliments, est alors tout à fait comparable à l’orifice unique des Hydres.
- Il y a donc au point de vue de la constitution générale une grande analogie entre VOlynthus, forme la plus simple des Éponges, et l’Hydre ordinaire. Ce sont, si je puis m’exprimer ainsi, des organismes exactement de même ordre. Toutefois, si nous avons pu hésiter à définir ce qu’on peut appeler individu chez les Éponges, si VOlynthus lui-même, immobile, à peine sensible, sans volonté apparente, n’a pu être que difficilement distingué
- lequel elles se meuvent. Les nos 1 à 4 de la figure 3 représentent les diverses positions d’une Hydre rampant ainsi. Mais l’animal procède quelquefois d’une façon plus expéditive. Il fait son premier pas comme précédemment, se fixe par la bouche, puis se dresse verticalement, recourbe son corps du côté opposé, fixe son pied et se remet debout exactement comme un gymnaste exécutant une culbute (fig. 3, n°s 5 à 9). C’est ordinairement pour aller vers la lumière qu’elles aiment beaucoup, bien qu'elles n’aient pas d’yeux, que les Hydres se déplacent ainsi; mais elles le font aussi pour chercher leur proie. Évidemment tout indique ici, à la différence de ce
- Fig. 5. — LOCOMOTION DSS HYDRES. — 1, 2, 3, 4. Hydre rampant à la manière des Chenilles arpenteuses. — 5, 6, 7, 8, 9. Positions successives d’une Hydre effectuant une culbute. (Grossie 3 fois )
- Fig. 4 - OPÉRATIONS SUR LES HYDRES. —1, 2, 3. Façon de retourner une Hydre. — 4, 5, 6, 7. Deux Polypes mis l’un dans l’autre et en train de se séparer. Le Polype extérieur se fend pour laisser sortir le Polype intérieur. (Grossie 5 fois.)
- d’une véritable colonie d'Infusoires, il n’en saurait être de même des Hydres. Là la vie animale se manifeste dans toute son activité. Chaque Hydre se montre nettement comme un individu distinct qui veut, sait se mouvoir en vue d’un but déterminé et coordonne ses mouvements de manière à atteindre ce but. On a pu le pressentir par ce que nous avons déjà dit; mais rien ne le démontre mieux que l’observation des moyens que l’Hydre emploie pour se déplacer. On la voit (fig. 5, nos 1 à 4) courber son corps en arc, se fixer par la'bouche, détacher son pied et le ramener vers sa bouche, puis détacher celle-ci, la fixer de nouveau et ramener vers elle, comme précédemment, sa partie postérieure; elle marche alors exactement comme le font les Chenilles arpenteuses qui ont l’air de mesurer le terrain sur
- que nous avons vu chez les Éponges, une personnalité parfaitement nette D’ailleurs une comparaison plus rigoureuse de ces deux sortes d’organismes montre entre eux d’autres différences importantes, témoignant que leur origine ne saurait être la même.
- Nous avons vu chez les Éponges la couche cellulaire interne que nous appellerons, pour abréger, Ventoderme différer essentiellement de la couche externe, à laquelle on peut donner le nom d'ero-derme. L’entoderme des Éponges est formé de monades flagellifères, l’exoderme est formé d’amibes et ces deux sortes d’éléments se distinguent déjà chez la larve. L’entoderme et l’exoderme de l’Hydre se ressemblent, au contraire, d’une façon presque complète. L’une des plus célèbres expériences deTrem-
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- bley témoigne même d’une façon indiscutable de leur identité fondamentale. On peut à volonté faire, aussi souvent qu’on le désire, de l’entoderme d’une Hydre son exoderme et inversement. Il suffit pour cela de retourner comme un doigt de gant le double sac qui constitue le Polype. Pour que l’animal continue à vivre, il faut alors que son exoderme, qui lui servait de peau, se mette à digérer les aliments; que son entoderme, qui jouait le rôle de muqueuse digestive, devienne, au contraire, la partie tout à la fois protectrice et sensible du corps. Quel bouleversement plus complet peut-on apporter dans un organisme? Il semblerait que l’Hydre dut cent fois en mourir. Ce retournement est cependant sans aucune espèce de gravité pour notre singulier animal. Pendant quelques heures, le patient semble bien mal à l’aise ; il tente même des efforts assez souvent couronnés de succès pour recouvrer sa position primitive. Mais s’il n’y parvient pas, il fait très vite contre mauvaise fortune bon cœur : au bout de deux jours tout au plus on le voit étendre ses bras pour pêcher et manger copieusement; il répare le temps perdu. L'exoderme s’acquitte fort bien de ses nouvelles fonctions et l’entoderme, devenu la peau, ne lui cède en rien sous ce rapport. Rien ne saurait évidemment mieux prouver l'identité fondamentale de ces deux tissus que. la facilité avec laquelle on les transforme l’un dans l’autre.
- Cette opération du retournement des Hydres se fait sans beaucoup de peine; elle mérite d’être décrite avec quelque détail. Le Polype est de trop petite taille pour qu’il soit facile de le manier dans son état normal. Il faut avant tout accroître son volume, dilater autant que possible sa cavité : on y parvient, grâce à la gloutonnerie de l’animal qui, s’il se contente à la rigueur d’Infusoires ou de petits Crustacés, tels que les Cyclopes et les Daphnies, dévore aussi parfaitement de grosses Naïs ou même des larves d’Insectes. Les Vers rouges que l’on vend habituellement à Paris pour nourrir les poissons lui conviennent parfaitement ; ce sont les larves d'un Diptère, le Chironome plumeux. On donne donc une de ces larves à manger à une Hydre qui n’est guère plus grosse qu’elle. L’Hydre se dilate pour l'avaler, comme on le voit figure 4, n° 1 ; on la met alors dans le creux de sa main gauche avec un peu d’eau, puis avec une soie de porc, on refoule lentement le fond du sac qui la constitue vers l’intérieur. Quand on a réussi à l’y faire pénétrer d’une certaine quantité, il arrive d’ordinaire que dans les mouvements que fait l’animal il se retourne brusquement comme de lui-même ; sinon on continue à refouler le sac jusqu’à ce que le retournement complet soit obtenu. Cela fait, on embroche l’Hydre près de sa bouche avec une nouvelle soie de manière à l'empêcher de se déretourner, pour me servir de l’expression de Trembley. Au bout de deux jours, l’Hydre est complètement habituée à sa nouvelle manière d’être; elle recommence à manger.
- Du succès de cette opération faudrait-il conclure que les deux couches de cellules qui forment la partie essentielle de l’Hydre sont, à l’état normal, absolument identiques l’une à l’autre et que dès lors leur situation relative n’est d’aucune importance pour l’animal ?
- Le contraire paraîtra déjà probable si l’on se souvient que l'Hydre est visiblement malade pendant un certain temps après avoir été retournée et qu’elle fait des efforts pour revenir à sa position primitive. Mais l’Hydre retournée se charge de prouver directement que l’exoderme et l’entoderme ne jouissent pas, en temps ordinaire, de propriétés identiques. Il arrive fréquemment qu’une Hydre ayant subi cette opération se déretourne en partie, de manière à présenter l’apparence de la figure 3, n°4. Dans ces conditions l’entoderme de la partie déretournée se trouve sur une plus ou moins grande longueur en contact immédiat avec l’entoderme de la partie retournée qu’il recouvre. Il ne tarde pas à se souder complètement avec lui. De plus la partie déretournée forme à la partie supérieure du Polype comme une espèce de ligature qui resserre l’orifice supérieur, amène au contact toutes les parties provenant de l’ancien exoderme et ces parties ne tardent pas à se souder à leur tour. De sorte que la bouche du Polype se ferme : il s’en fait une nouvelle au point de contact de l’extrémité de la partie réfléchie du Polype avec le reste du corps.
- Nous voyons se manifester ici une curieuse propriété des tissus du Polype, celle de se souder entre eux quand on les maintient en contact. Toutefois, dans le cas dont nous venons de parler, la soudure n’a eu lieu qu’entre tissus de même nom : entoderme avec entoderme, exoderme avec exoderme.
- Inversement la couche exodermiqne est-elle apte à se souder à la couche eutodermique et réciproquement? Si ces deux couches sont exactement de même nature, cela doit être. Une autre expérience va répondre.
- Il est possible de faire avaler à un Polype un autre Polype presque aussi grand que lui. si l’on coupe d’un coup de ciseau l’extrémité amincie du Polype qui doit avaler l’autre, on peut disposer les deux animaux de façon que le Polype intérieur soit exactement recouvert par l’autre comme par un manchon et le dépasse seulement à ses deux extrémités.
- On pourrait croire que dans ces conditions le Polype intérieur sera digéré ou absorbé. Il n’en est rien. Loin de chercher à s’entre-dévorer, les deux Polypes font tout ce qu’ils peuvent pour se débarrasser l’un de l’autre : ils y parviennent toujours rapidement si l’on n'a pas eu soin de les maintenir unis en les embrochant au moyen d’une soie comme dans la figure 4, n° 4. Même dans ce cas ils trouvent encore moyen de se séparer, mais au prix d’une opération des plus terribles en apparence. Tantôt en avant, tantôt en arrière de la soie, le Polype extérieur se fend (fig. 4, n08 5 et 7) ; cette fente
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- s’étend bientôt sur toute la longueur du corps de l’animal et le Polype intérieur se trouve mis en liberté. Puis le Polype extérieur se referme; les deux bords de la lente se ressoudent et chacun des deux patients revient à la vie ordinaire.
- Remarquez que dans cette expérience, l’exoderme, la peau du Polype intérieur est en contact avec l'en-toderme ou couche digestive du Polype extérieur. Ces deux parties n'ont évidemment manifesté aucune aptitude à se souder. Mais faisons l’expérience d’une autre façon : retournons le Polype qui doit être avalé avant de l’introduire dans la cavité digestive de l’autre. Les conditions sont changées : le Polype intérieur et le Polype extérieur se touchent par toute l’étendue de leur entoderme ; le résultat est tout différent. Les Polypes, cette fois, ne se séparent pas : au bout de peu de jours le Polype extérieur et le Polype intérieur sont intimement soudés l’un à l’autre. Ils forment un Polype unique qui ne se distingue plus guère des Polypes ordinaires que par la plus grande épaisseur des parois de son corps et par sa double couronne de tentacules. Le Polype intérieur est seul chargé désormais des fonctions digestives, et l’on doit noter qu’en sa qualité de Polype retourné, c’est à l’aide de son ancien exoderme qu’il s’en acquitte.
- On pourrait varier l’expérience en liant ensemble deux Hydres de manière à les maintenir en contact par leur exoderme, ou bien en retournant une Hydre et lui faisant aussitôt avaler de force une Hydre non retournée : ce seraient cette fois les deux exo-dermes qui se toucheraient, et ce qui se passe quand une Hydre « se déretourne » en partie ne peut laisser aucun doute sur le succès de l’expérience : les deux Hydres se souderaient encore.
- Ainsi chez les Hydres la soudure ne s’établit qu’entre tissus appartenant à la même paroi, interne ou externe, du Polype.
- 11 y a donc bien normalement chez ces animaux deux tissus différents, composés tous les deux de cellules, jouant l’un le rôle de peau, l’autre celui de muqueuse digestive et possédant chacun des propriétés spéciales, caractéristiques. Mais de ce fait qu’un simple retournement de l’Hydre suffit pour les transformer l’un dans l’autre, il résulte nécessaire-ment que ces tissus tiennent leurs propriétés particulières, non pas d’une différence d’origine ou de quelque autre cause plus ou moins mystérieuse, mais simplement d’une différence de position, d’une différence dans l’action et la réaction réciproques de ces tissus et des milieux extérieurs, c’est-à-dire d’une cause toute physique. Les Hydres nous montrent avec la dernière évidence quelle peut être l’influence de ces milieux sur les tissus organiques; elles nous montrent que placés hors de leurs conditions normales ces tissus ne meurent pas fatalement, ils peuvent se transformer de manière à vivre dans les conditions nouvelles qui leur sont faites; ils s'adaptent à ces nouvelles conditions. Leurs propriétés physiologiques, leur com
- position chimique, leur forme extérieure peuvent dès lors se modifier plus ou moins profondément et c’est là l’une des sources les plus fécondes de diversification du règne animal.
- Mais cette faculté d’adaptation des tissus qu’est-elle elle-même, sinon la faculté que possèdent les êtres vivants élémentaires, les organismes unicellulaires, de s’adapter eux-mêmes aux milieux dans lesquels le hasard les fait vivre ?
- EDMOND PERRIER,
- Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris;
- — La suite prochainement. —
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- LE SPECTROSCOPE
- ET SES DERNIERS PERFECTIONNEMENTS.
- « Le spectre solaire usera bien des yeux encore, » — disait, il y a quelque temps, M. Mascart à la Société de physique, en félicitant M. Thollon du tour de force qu’il venait de faire, — aidé, il est vrai, par le beau soleil de l’Italie, — de dessiner en moins de trois mois un spectre de près de 15 mètres, et plus de quatre mille raies parfaitement déterminées.
- Et, de fait, quoi de plus attachant que cette science, à peine vieille d’une trentaine d’années, qui fait déjà, avec une égale facilité, l’analyse des mondes à travers l’espace, ou la découverte, sous nos pas, de corps restés inconnus jusqu’à ce jour, tandis que d’aucuns vont jusqu’à lui demander le secret le plus intime de la constitution même de la matière?
- Aussi ne faut-il pas s’étonner des efforts qui ont été faits de tout temps pour perfectionner ce magnifique instrument de dissection lumineuse, le spectroscope, chargé de disperser sur le plus grand espace possible la succession des images prismatiques que donne une fente éclairée par des rayons de réfrangibilités différentes. Plus s’étale le spectre, moins il y a d’empiètements des images, et mieux se détachent, sur leur portée de raies sombres, les notes brillantes de la symphonie lumineuse.
- Mais — c’est là l’écueil — on perd nécessairement en éclat ce que l’on perd en dispersion, et les pertes tendent encore à s’exagérer par les réflexions irrégulières et par les absorptions multiples, dès qu’on augmente le nombre des prismes réfringents. D’ailleurs on se trouve arrêté, même dans cette voie, par le retour sur lui-même du rayon plusieurs fois réfracté, et c’est avec peu de succès que l’on avait tenté jusqu’alors de tourner la difficulté.
- A force de calculs et d’essais, M. Thollon est parvenu à éviter d’une manière très heureuse presque tous ces inconvénients, dans un instrument construit avec une extrême perfection par M. Laurent et qui mérite à plus d’un titre d’être signalé. Les prismes sont des cuves à sulfure de carbone, dont les faces d’entrée et de sortie sont formées par des lames
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- compensatrices de crown, taillées elles-mêmes en forme de prismes de très petit angle. Sans insister sur les raisons qui ont fait imaginer et adopter ce système mixte, il nous suffira de constater ce ré -sultat presque incroyable, quoique simplement conforme aux prévisions de l’auteur, que trois de ces prismes, deux fois traversés par le rayon, donnent une dispersion équivalente à celle de trente et un prismes ordinaires de 60° et d'indice 1,65.
- En réalité M. Thollon a employé deux prismes et deux demi'prismes auxquels sont accolés des prismes ordinaires à réflexion totale. La figure 1 montre la disposition des cuves, la ligure 2, le schéma de la marche de la lumière. On voit comment lerayon, entré par le collimateur C (fig. 1), se réfracte en traversant la partie supérieure du prisme A (fig. 2) et du demi-prisme B, puis se réfléchit totalement sur les laces rectangles du prisme horizontal P, pour reve
- nir en sens inverse, un étage plus bas, de B en A, rentrer à la partie supérieure de A' et de B', se réfléchit encore en P', redescendre une seconde fois, et finalement, après avoir traversé B', A', ressortir parallèle à lui-même, avec un simple déplacement de hauteur, dans la lunette 0 (fig. 1) et dans l’œil de l’observateur.
- Les quatre cuves, symétriquement disposées, quoique à deux niveaux différents, sont portées sur des plaques à pivots et reliées par un ingénieux système de ressorts et d’engrenages, en telle sorte qu’il suffit de tourner la vis V (fig. 4) pour que toutes les réfractions se fassent au minimum de déviation du rayon qui se présente sous le réticule. La tète de cette vis porte, dans une gorge analogue à celle des récepteurs télégraphiques, une bande de papier sans lin, qui pend de part et d’autre verticalement, tendue à la partie inférieure par le poids d'une
- Fig. 1. — Le spectroscope de M. Thollon. Figure montrant l’ensemble de l’appareil et la disposition des cuves.
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- autre poulie égale, à axe libre. Un crayon, sous la dépendance d’une manette M, peut, à chaque arrêt, tracer un trait sur le papier.
- De celte façon , l’enregistrement des raies se trouve être une fonction continue de leur passage sous le réticule, et rien n’empêche, dès qu’on aura constaté quelques coïncidences bien certaines avec le spectre d’interférences d’Amstrong, de calculer par interpolation les chiffres d’ondes intermédiaires. Avantage immense, car en dehors des nombres de vibrations, il ne saurait y avoir rien de précis dans l’étude spectrale, et c’est faute de pareils repérages que tant et de si belles recherches sur les corps célestes ou terrestres, ou sont restées sans résultats immédiats, ou bien ont donné naissance à des inductions téméraires.
- Ne fut-ce qu’en vue de cette révision des tables fondamentales d’Amstrong, il y aurait tout intérêt à un travail qui, doublant, et au delà, le nombre des raies, fait pressentir déjà quelques rectifications de détail dans le superbe monument du savant danois. Mais là ne s’arrêtera pas la portée d’un in
- strument dont la sensibilité est telle qu’il a suffi d’y recevoir simultanément la lumière des deux bords équatoriaux du soleil, pour constater très nettement le déplacement des raies dû à la différence des deux vitesses opposées de rotation. Fizeau avait annoncé qu’on devait trouver, dans le jaune, 110 environ de l’écartement des raies, et comme ici Du D2 apparaissent à la distance énorme de 45 à 48 millimètres (fig. 5), il est très facile d’apprécier, surtout auprès des raies telluriques non déplacées, l’écart total de $ de millimètre environ du à cette faible différence de vitesses de 4 kilomètres, sur tant de millions. Et comment douter, après cela, que le jour où M. Thollon pourra tenir au bout de son spectroscope une tache solaire, il ne parvienne à trancher d’une manière définitive la grande querelle de M. Faye et du P. Secchi sur les courants ascendants ou descendants?
- Évidemment, il n’est pas un point de la spec-troscopie qui ne doive passer au crible de cette vérification toute-puissante. Que dire, par exemple, des auteurs qui, sans considération des harmonies
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- probables, semblent prêcher la multiplication indéfinie des raies et croient en avoir aperçu jusqu'à soixante entre D,, D,? Tout bien compté, M. Thollon en a trouvé une douzaine; et pourtant il a vu apparaître en même temps des raies nouvelles d'une finesse telle qu’à l’emploi du réticule, devenu impossible, il a fallu substituer parfois, comme ver-nier, un second spectre renversé et superposé à l’autre.
- Une foule de raies simples se dédoublent : telles sont (fig. 4) b3, lu, du nickel et du manganèse. Telles plusieurs autres, et — fait remarquable, — c’est toujours sur des raies réputées communes à deux métaux qu’ont porté jusqu’à piésent tous ces dédoublements. Ce qui pourrait bien venir à l’encontre de
- B
- Fig. 2 — Schéma de la marche du rayon lumineux.
- la théorie, si brillamment émise ici même1, de M. Lockyer.
- Parmi les raies nouvelles figurent sans doute bien des raies gazeuses, et aussi des raies de métaux que leur finesse empêche ordinairement d’apercevoir. Y a-t-il réellement de l’oxygène dans la chromosphère, ainsi que l’avançait dernièrement M. II. Draper? N’y aurait-il pas de l’or et d’autres
- métaux lourds? Ne serait-ce pas à l’ozone des hautes régions qu’il faudrait attribuer l’aspect si saisissant et la frappante analogie, même après leur révolution, des groupes telluriques A et B, ces groupes qui se montrent toujours ensemble, dans les mêmes circonstances, et qu’Amstrnga pu voir en l’absence de toute humidité, par un froid de 17 degrés? Autant de points d’interrogation dont la réponse ne se fera pas attendre le jour où, par le moyen de l’électricité, M. Thollon aura pu établir le spectre propre de chaque corps simple.
- Pour le moment, il a fallu se borner à l’étude, pour ainsi dire, individuelle des raies, telles qu’une aussi large dispersion les montre dans leur physionomie intime. Un grand nombre d’entre elles présentent alors
- une sorte de nébulosité, se rattachant d’une manière plus ou moine dégradée au corps ou noyau de la raie, ce qui donne à chacune son cachet particulier.
- Il est difficile de rendre sur la gravure sur bois cette apparence que M. Thollon a reproduite dans ses dessins avec une telle exactitude qu’on y reconnaît immédiatement, d’un coup d'œil, ainsi que
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- Ti.Ca.
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- Fig. 4.
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- 1. Aspect des raies d’après M. Thollon — 2. Les mêmes raies d'après M. Amstrong.
- nous avons pu le constater, la place du spectre qu’on a sous le réticule.
- Dans les figures 3 et 4 nous avons indiqué par une petite courbe conventionnelle la largeur qu’occuperait la nébulosité : on voit qu'elle peut être assez considérable, et il est assez difficile de s’en rendre compte si l’on n’admet pas que la vibration lumineuse, comme celle d’une corde sonore, au lieu d’être absolument fixe et unique, est seulement la moyenne d'oscillations infiniment petites
- 1 Premier semestre 1879, p. 177, 250, 291.
- autour d'un maximum plus ou moins net, qui donne le ton.
- Plus on avance dans le violet, et plus s’accentue avec la dispersion le caractère des raies, en même temps que s’accroît leur nombre. Mais aussi la disproportion devient telle avec le spectre d’interférences que tout raccord est impossible, et c’est de ce côté surtout que se fait sentir le besoin de quelques points de repère obtenus par l’électricité. Espérons que M. Thollon pourra nous donner bientôt ce complément indispensable d’un si beau travail, tandis que d’autres observateurs, avec d’au-
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- LA NATURE.
- très instruments, explorent cette partie, plus lointaine encore, des rayons ultra-violets, dont la Nature a eu l’occasion d’entretenir souvent ses lecteurs, à propos des savantes communications de M. Cornu.
- Adrien GUÉBHARD.
- ——
- CHRONIQUE
- Les nouveaux téléphones Edison et le service des communications téléphoniques à Paris. — Nous avons assisté jeudi 28 août à des expériences fort intéressantes sur les téléphones perfectionnés du système Edison, téléphones destinés au service de communications qu’une Société se propose d’établir entre les abonnés de Paris et de la banlieue. Voici en quelques mots en quoi consiste ce service.
- Chaque abonné reçoit mensuellement une liste de tous les abonnés avec un numéro d’ordre correspondant à chacun d'eux. Si, par exemple, l’abonné 107 veut correspondre verbalement avec l'abonné 218, il envoie un signal au poste central établi avenue de l’Opéra.
- Le poste central ainsi averti demande alors à l’abonné 107 quelle est la personne avec laquelle il désire que la communication soit établie. Après que le poste central a été averti que la communication doit être établie avec le n° 218, il avertit ce dernier que le n° 107 demande à lui parler. Le poste central établit alors la communication entre le nn 107 et le n° 218. Lorsque la conversation est términée (conversation que le poste central ne peut entendre), un signal spécial en avertit le poste central qui supprime alors les communications entre les nos 107 et 218 et remet alors les appareils dans la position d'attente. Il n’y a ainsi ni perte de temps ni fausse manœuvre. Ce système fort ingénieux, fonctionne déjà à New-York, Boston, San Francisco, etc., et y donne les meilleurs résultats. Le nombre de communications entre particuliers s’augmente de jour en jour, ce qui est la meilleure preuve du succès. La Société du téléphone Edison se propose d’étendre le réseau téléphonique aux environs de Paris, de telle sorte qu’un particulier puisse correspondre à la fois avec les autres abonnés, son usine, les usines voisines, sa maison de campagne, etc., etc. Nous entrerons dans peu de détails relativement aux appareils employés par la Société Edison.
- Les abonnés auront à leur choix deux systèmes de communications à leur disposition. Le premier, qui garantit le secret des correspondances, se fera par un téléphone à charbon transmetteur relié à un téléphone Phelpps que nous décrirons prochainement. Ce système oblige le correspondant à approcher l’oreille de l’instrument ou l’instrument de l’oreille pour entendre les paroles émises par le correspondant.
- Dans le second système, que nous avons vu fonctionner jeudi avec grand succès à la gare de l’Ouest, les paroles se reproduisent avec assez d’intensité pour être perçues à plusieurs mètres de l’instrument. Ce second système a été décrit dans le numéro de la Nature du 47 mai 1879, mais nous devons signaler ici un grand perfectionnement qui lui a été apporté. Le cylindre composé de chaux, de potasse et d’acétate de mercure n’a plus besoin d’être maintenu humide comme dans le premier modèle que nous avons décrit, ce qui dispense absolument de toute espèce d’entretien. Lorsque l’appa
- reil reste muni d’un mouvement d’horlogerie permeltant de supprimer la manivelle mue à la main, son fonctionnement reste parfait et sera certainement très apprécié dans le cas où le secret des communications ne constitue qu’une condition secondaire du service téléphonique.
- Dans les expériences auxquelles nous avons assisté le loud speaking téléphone, — tel est le nom donné par l’inventeur à cet appareil, — nous avons pu entendre dans une salle de plus de 100 mètres carrés de superficie des airs de flûte joués à Asnières à dix centimètres de l’embouchure du transmetteur.
- Dans une autre expérience, des paroles prononcées à Mantes ont été très distinctement entendues dans la salle entière. Espérons que ces expériences ne resteront pas lettre morte et que Paris sera bientôt doté d’un réseau téléphonique au moins aussi complet que celui de plusieurs villes de l’Amérique, dont l’initiative hardie doit nous encourager et nous stimuler dans la voie du progrès.
- Ascensions aérostatiques. — MM. Jovis et Van Roosbecke ont exécuté le 16 à Cambrai une ascension avec le ballon de l’Académie aérostatique. Des pigeons voyageurs ont été expédiés de la nacelle à 800 mètres d’altitude et à différentes reprises. Les oiseaux étaient munis de dépêches indiquant le détail des opérations militaires exécutées par un détachement du 16e dragon, parti de Cambrai une heure avant le lâcher tout et lancé dans la direction qu’avaient indiquée les ballons pilotes. Les deux officiers commandant le détachement, le capitaine de Jacquelin-Dulphe et le lieutenant Mahé, ont atteint l’aérostat au moment de la descente. La direction de l’angle de route avait été donnée par le lieutenant-colonel du 4 6° dragon. Un rapport a été adressé au ministère de la guerre sur les opérations de la journée. Le but de cette double expérience avait été expliqué avant le départ dans une conférence faite à la mairie par M. W. de Fonvielle. Depuis lors, M. le maire de Cambrai a accordé l’autorisation d’élever des pigeons voyageurs, ce qui avait été refusé jusqu’à ce jour. On nous apprend qu’une société colombophile est déjà en voie de formation dans cette importante ville frontière. — Le 34 août, une autre ascension a été exécutée à Amiens par MM. Perron et Ballet. L'aérostat s’est élevé à cinq heures et a parcouru dans la direction du nord-est un espace de 49 kilomètres en une heure vingt-deux minutes.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 25 août 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE. 4
- Le système métrique et la médecine. — Les Etats-Unis ont pris l’initiative d’un mouvement en vue d’introduire le système métrique dans la thérapeutique et la pharmaceutique, où il a jusqu’ici trouvé porte close, ce qui constitue une véritable anomalie, car il semble que c’est surtout dans ces spécialités scientifiques que ce système eut dû trouver bon accueil. M. Seguin a rédigé et soumet à l’Académie un compte rendu des travaux, réunions, en un mot, des efforts accomplis en faveur de cette réforme. Son travail est renvoyé à la section intéressée.
- Densité des vapeurs de l'alizarine. — M. Troost s’est occupé de la déterminer et semble être arrivé au but, car M. Milne Edwards, faisant fonction de secrétaire perpétuel, nous informe que les expériences nombreuses instituées
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- par l’auteur et dans lesquelles il a fait varier considérablement les pressions, ont donné des résultats concordants.
- L'acide phénique et la fièvre jaune. — D’après le récit fait par un missionnaire à M. Déelat, l’acide phénique appliqué en Amérique au traitement de la fièvre jaune aurait donné d’heureux résultats. Cette communication est renvoyée à l’examen de M. Gosselin.
- La diffusion du cuivre dans les roches primordiales est l'objet d’un travail de M. Dieulafait, professeur de géologie à la Faculté des sciences de Marseille, travail présenté par M. Berthelot. L'auteur rencontre le cuivre dans une multitude de roches où'on n’en reconnaissait pas l’existence et fait jouer un rôle considérable à cette diffusion dans la formation des minerais de ce métal. Il trouve le cuivre dans l’eau de mer. Au point de vue analytique comme sous le rapport théorique. M. Berthelot considère ce travail comme plein d’intérêt.
- Mesure des calories dégagées par un animal en un temps donné. — L’auteur du travail est M. Darsonval et c’est M. Marey qui le présente. Une cuve contient de l’eau à une température fixe donnée, soit 50 degrés ; de plus, les choses sont organisées de telle sorte que si dans celte cuve on introduit un corps et, par exemple, un corps vivant dont la température soit moindre ou plus élevée que celle ci-dessus, un robinet s’ouvre spontanément par lequel s’introduit la quantité d’eau froide ou chaude nécessaire pour amener la masse à la température initiale ; cette quantité indique le nombre de calories dégagées par l’animal. Dans cette cuve est l’enceinte où se place celui-ci. Tel est en principe l’appareil dont il s’agit. Comme contrôle on lui a donné un nombre connu de calories (sous forme d’une quantité déterminée d’eau à 100 degrés); l’appareil a correctement exprimé le nombre fourni. La cuve que nous venons de décrire est placée au milieu d’une enceinte à température invariable par laquelle se trouve éliminée les causes d’erreur venant des variations de température du milieu atmosphérique, qui, sans cela, eussent vicié tous les résultats.
- Les vertus digestives du suc d’un arbre américain, suc usité au Brésil pour rendre la viande plus tendre, ont été constatées par M. Bouchut. Celui-ci, ayant reçu des feuilles de ce végétal, s’est servi du suc en question pour dissoudre des membranes, etc., à l’incitation de ce médecin, le produit nouveau vient d’être l’objet d’un travail analytique de M. Wurtz qui a isolé une véritable pepsine jouissant de toutes les propriétés de celte substance.
- Deux comètes, d’après une note adressée par le directeur de notre Observatoire, viennent d’être découvertes. Sur les circonstances de la découverte ni sur les éléments des nouveaux astres, nous ne sommes pas, pour le moment, en état de renseigner nos lecteurs.
- La rage. — La durée de l’incubation de la rage chez le chien est non seulement très variable, mais parfois fort longue ; au point d’aller jusqu’à un an. Il en résulte que le chien se prête assez mal aux expériences à faire en vue de déterminer, si possible, les causes de celte terrible maladie et son remède. Heureusement pour nous, malheureusement pour eux, les lapins qui rendent déjà tant de services forcés à la physiologie expérimentale offrent à la culture de la rage, d’après la découverte de M. Gallier, professeur à Lyon, un terrain infiniment plus favorable. Il résulte, en effet, des expériences de ce médecin, dont M. Bouley présente un compte rendu à l’Académie, que la
- rage inoculée au lapin, éclate chez lui en un laps de temps qui peut n’être que de quatre jours et qui n’en a jamais demandé plus de quarante-trois. C’est donc le lapin qui va faire les frais des expériences à venir.
- Le formiate de soude a, d’après M. Armand, autre professeur à l’école de Lyon, la même action que le saly-cilale de soude sur la circulation, la respiration et la calorification et peut être employé en toute sécurité dans ces cas où on redoute de recourir à ce dernier corps. Le médicament d’ailleurs est nouveau ; il mérite donc d’être présenté au lecteur.
- Les anesthésiques et la sensitive. — Ce sujet a de même occupé l’auteur que nous venons de nommer, qui l'a renouvelé, car c’est par les racines qu’il fait arriver à la plante le chloral, le chloroforme et l’éther. Cette manière de procéder lui a permis de mesurer la vitesse avec laquelle se propage l’action de l’anesthésique, vitesse qui n’est autre que celle avec laquelle l’eau chloroformée partant des racines, atteint les folioles qui en subissent et en traduisent l’influence.
- Séance du 1er septembre 1879. —Présidence de M. DAUEEÉE.
- Cellules végétales. — M. Van Tieghem présente le travail d’un physiologiste étranger qui démontre l’existence de cellules végétales à plusieurs noyaux dans le liber et dans les vaisseaux lacticifères.
- Système nerveux des insectes.—.Au nom de M. Edouard Brandi, professeur à Saint-Pétersbourg, qui assiste à la séance, M. Milne Edwards présente une longue suite de travaux imprimés en allemand et en russe sur Je système nerveux des insectes. D’après le savant présentateur, l’auteur a découvert dans le cours des métamorphoses, des formes dont on n’avait aucune idée. M. Milne Edwards juge ces résultats si intéressants qu’il propose de renvoyer les travaux de M. Brandt à la Commission du prix Thore. Entre autres faits, le suivant est cité : les circonvolutions que Dujardin a constatées naguère dans le cerveau des hyménoptères, et qu'on croyait appartenir exclusivement aux insectes de cet ordre, existent chez tous, plus ou moins développées. On les retrouve à plus forte raison chez les mâles des abeilles qui, d’après Wagner,en étaient privées.
- Sur le même sujet, M. Blanchard présente les recherches de M. Künckel dont celles de M. Brandt ne diminuent ni l’originalité ni l’importance. Nous saisissons au vol ce détail : les centres nerveux qui chez les larves de diptères sont concentrés dans la région antérieure du corps, chez l’insecte parfait, par suite de l’allongement des correctifs forment une chaîne étendue dans toute la longueur de l’animal. Notons encore que ses découvertes conduisent M. Künckel à rectifier nombre de classements, qui, basés uniquement sur la considération des formes extérieures, sont démontrées fautives par l’anatomie du système nerveux. On s’est trompé non seulement sur l’espèce, sur le genre, mais même sur la famille.
- Contractures chez les hystériques. — Tel est le sujet étudié par MM. Brissot et Ch. Richer, dont M. Gosselin présente l’intéressant travail. La volonté seule suffit, d’après leurs recherches, pour déterminer (chez les hystériques) la contracture de certains muscles. L’état de contracture n’emploie pas toute la puissance du muscle contracturé; ce qu’ils établissent en montrant que sous l’influence de l’électricité un muscle contracturé se contracte encore dans une certaine mesure. Une friction j énergique au niveau du tendon (dans le biceps, par
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- LA NATURE.
- exemple) fait cesser la contracture. Enfin la contracture cesse également par l’enroulement d’une bande d'Esmarch autour du membre, c’est-à-dire par la suppression de la circulation. Tels sont les principaux résultats de cet important Mémoire.
- Canal interocéanique. — M.deLesseps présente un volume in-4 de 666 pages que vient de publier la Société de géographie commerciale de Paris et qui constitue le compte rendu officiel des travaux du récent Congrès relatif au percement de l’isthme de Panama.
- Chemin de fer du Soudan. — Le même membre dépose sur le bureau les travaux de M. Duponchel sur le chemin de fer transsaharien et à cette occasion il annonce que Ben-Driss qui, comme Agha de Touggourt, a rendu tant de services aux explorateurs du Sahara algérien, assiste à la séance. L’ex Agha Ben-Driss, dont la belle physionomie répond à l’idée que nous nous étions faite de lui, est aujourd’hui capitaine de spahis et c’est dans l’élégant costume de ce corps et décoré de deux ordres, qu’il a
- pris place sur une]des banquettes réservées au public, d’où il suit avec intérêt le déroulement de la séance.
- Stanislas Meunier.
- POMPE-TURBINE A FORCE CENTRIFUGE
- SYSTÈME HATANT.
- L’appareil que nous allons décrire et qui a valu à son auteur une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1878 a été établi sur des considérations théoriques qui ne trouveraient point ici leur place, mais qui le mettent dans les meilleures conditions de fonctionnement. Dans la disposition imaginée par M. Harant, les conditions suivantes sont réalisées : 1° l’eau arrive sur les aubes sans choc ; 2° l’eau quitte les aubes avec une vitesse très faible; 5° il n’y a pas de rentrée d’air, l’axe de
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- Fig. 1 et 2. — Pompe turbine Harant. Vue transversale et coupe.
- rotation de la pompe étant placé du côté opposé à l’aspiration.
- L’appareil se compose 1° d’une couronne annulaire fixe terminant le tuyau d’aspiration et versant l’eau dans la roue mobile dans une direction déterminée. Cette couronne guide est représentée au centre du dessin ;
- 2° D’une roue mobile tournant sans frottement autour de la couronne fixe et portant les aubes courbes calculées de telle sorte que l’eau y arrive sans choc et le quitte avec une très faible vitesse.
- 3° D’une enveloppe formée de deux disques dont l’un porte la couronne fixe et le tuyau d’aspiration et l’autre le tuyau de refoulement.L’axe delà couronne mobile traverse l’enveloppe à gauche (fig. 1 ) du côté opposé à l’aspiration. Par cette disposition très simple on évite les chocs sur les aubes, les coups de bélier et toutes les pertes dues aux changements de direction et aux changements de vitesse. La pompe no 1 débite 2 à 3 hectolitres par minute à une vitesse de dix-huit cents tours avec une force
- ascensionnelle de 6 mètres. La pompe n° 12 débite 150 à 150 hectolitres par minute avec une force ascensionnelle de 24 mètres et une vitesse de sept cents tours.
- Dans la pompe Harant le débit est proportionnel au nombre de tours et la force ascensionnelle est proportionnelle âu carré du nombre de tours. Il est donc facile de calculér le débit et la force ascensionnelle d’une pompe d’un numéro donné pour une vitesse donnée, avantage que ne présente aucune des autres pompes centrifuges connues
- La simplicité de construction et la facilité d’établissement de cet appareil le rendent très précieux dans une foule de cas; il est apte à élever les liquides chauds ou froids, même ceux contenant des matières en suspension et peut être utilisé pour l’élévation de la pâte à papier, des sirops, aussi bien que pour les drainages et les épuisements de mines.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 528. — 15 SEPTEMBRE 1879.
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- BIJOUX ÉLECTRIQUES ANIMÉS
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- Fig. 1. — Bijoux électriques de
- M. Trouvé.
- M. Trouvé dont le nom se trouve souvent dans la Nature, a su tirer un ingénieux parti de l’électricité pour en obtenir des effets nouveaux et souvent imprévus. Nous parlerons à nos lecteurs des charmants bijoux électriques qui lui sont dus, et qu’il montrait récemment aux invités de la belle soirée du cinquantenaire de l’École centrale à l’Hôtel Continental.
- Ces bijoux forment toute une famille de petites figurines animées par une pile liliputienne. Décrivons-en quelques-unes.
- La tête de mort placée à droite de l’oiseau sur notre figure 1 est en or avec peinture sur émail, elle a des yeux en diamants et une mâchoire articulée. C’est un bijou qui se porte à la cravate.
- Le lapin, aussi d’or, placé à la gauche de l’oiseau, est assis sur sa queue et tient dans ses pattes de devant, deux petites baguettes, avec lesquelles il exécute un roulement sur un timbre microscopique d’or. Encore un bijou de cravate.
- Un fil conducteur invisible, relie l’objet avec la petite pile hermétique de la grosseur d’une cigarette et qui se cache dans la poche du gilet (fig. 2). Supposez que
- vous portiez un de ces bijoux sous le menton, si | de caoutchouc durci (ébonite), fermant hermétique-
- 7e année. — 2e semestre.
- Charbon!
- Fig. 2. — Coupe d’un bijou électrique et de la pile qui le met en mouvement.
- quelqu’un y jette les yeux, vous glissez un doigt dans la poche de votre gilet, vous faites fonctionner la pile, aussitôt la tête de mort roule des yeux étincelants et grince des dents, ou bien le petit lapin se met à travailler comme un timbalier de l’Opéra.
- La pièce capitale, l’oiseau en diamant que nous avons associé dans notre gravure avec la tête de mort et le lapin, n’est plus un bijou de cravate, mais une riche parure animée.
- Cet objet d’art appartient à Mme de Metternich. Quand une dame le porte dans sa chevelure, elle peut à volonté faire battre des ailes à l’oiseau de diamant, par l’intermédiaire d’un fil caché, que personne ne peut voir.
- Nous devons à présent donner une courte description de la pile hermétique qui met en action les bijoux dont nous venons de donner un aperçu, et que M. Trouvé a appliqué à un grand nombre d’appareils spéciaux dont se servent tous nos médecins.
- Cette pile est formée d’un couple de zinc et de charbon renfermé dans un étui
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- LA NATURE.
- ment. Le zinc et le charbon n’occupent que la moitié supérieure de l’étui; l’autre moitié contient le liquide excitateur.
- Tant que l’étui conserve sa position naturelle, le couvercle en haut, le fond en bas, l’élément ne plonge pas dans le liquide; il n’y a pas production d’électricité, ni dépense par conséquent. Mais dès que l’étui est renversé ou placé horizontalement, la réaction chimique qui engendre le courant, a lieu, et se continue tant que l’étui conserve cette position : au contraire, en redressant la pile, toute fonction cesse.
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- UNE MOUSSE LUMINEUSE
- On rencontre assez fréquemment dans les Pyrénées un petit végétal qui intrigue généralement les personnes étrangères à l’histoire naturelle et sur laquelle on nous demande quelques renseignements.
- Le Schistostega osmundacea est une petite mousse au feuillage distique et élégant, formant à elle seule un genre monotype créé par le naturaliste Mohr, au commencement de ce siècle. Hedwig avait placé cette mousse parmi les Gymnostomum et plus tard Mohr l’en distingua, parce que l’opercule de l’urne, c’est-à-dire le petit couvercle qui surmonte le fruit se déchirait au lieu de se lever tout d’une pièce comme dans la plupart des autres mousses, d’où le nom composé grec Schistostega = (couvercle fendu, Brise-couvercle).
- Depuis longtemps cette humble plante avait attiré l’attention des naturalistes, mais surtout la curiosité des touristes qui fréquentaient les Alpes, les Pyrénées, la Suisse, etc., là où le sol tourmenté, anfractueux, ménage des cryptes ou des cavernes abritées delà lumière, et qui sont les stations favorites du Schistostega. Dans ces conditions et avec une lumière très affaiblie, les parois où le sol des cavernes paraissent, ça est là, produire des effets lumineux et d’un ton verdâtre, qu’on a comparés à des reflets d’émeraude. On avait cru tout d’abord à une phosphorescence dont cette mousse serait le siège. Mais vers 1825, alors que Bridel, un des bryologues les plus distingués, publiait sa Bryologia universa, la raison de phosphorescence dut être abandonnée, car ce savant fait remarquer que lorsqu’on oblitère complètement l’entrée de la caverne dans laquelle le Schistostega miroite, l’effet lumineux disparaît. Il ressortait de cette observation que l’on était le jouet d’un phénomène de réflexion lumineuse, dù à la forme particulière des cellules délicates et remplies de grains de chlorophylle, composant les filaments qu’on remarque à la base et dans le voisinage du Schistostega.
- A l’époque où écrivait Bridel, la botanique n’avait pas fait les progrès considérables qu’on dut mettre à son avoir vingt-cinq ou trente ans plus tard. C’est ainsi que ce bryologue prit pour une algue nouvelle, qu’il nomma Catopridium smaragdinum, les filaments en question qui avaient la propriété de refléter la lumière. Ces filaments n’étaient autre que l’état végétatif de la mousse elle-même, qui suit la germination des spores ou graines contenus dans les fruits de celte petite plante, état que les botanistes ont nommé prolonema. En effet, lors de la germination d’une spore de mousse, on voit se produire un filament contenant des grains de matière verte ; bientôt ce filament se cloisonne pour former une lile de
- cellules, puis il se ramifie, et ce n’est qu’après avoir vécu un laps de temps qui varie avec les espèces, que ce pro-tonema donnera naissance à des bourgeons qui s’enracineront, et donneront une tige et des feuilles, comme celles que nous avons l’habitude de voir aux mousses qui nous environnent. Ce second état est la forme adulte de ces petites cryptogames. En résumé la mousse nommée Schistostega osmundacea, ou Brise-couvercle, doit sa propriété lumineuse au protonema qui est sa première période de végétation. Ce protonema est formé de filaments de cellules, lesquelles, par leur disposition anatomique, emmagasinent la lumière qui leur arrivent et la reflètent, de même qu’une pierre taillée à facettes, comme le brillant, renvoie avec profusion la lumière qu’elle reçoit. Et celle-ci paraîtra d’autant plus vive que cette pierre sera placée dans la pénombre, c’est-à-dire dans un milieu relativement obscur.
- J. Poisson,
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- JUIN 1879.
- Les grandes perturbations atmosphériques qui traversent l’Amérique du Nord sont, comme en Europe du reste, beaucoup plus nombreuses et plus intenses en hiver que pendant les mois d’été. D’après les cartes spéciales publiées par le Signal-Service, les observations recueillies mettent en évidence seulement neuf centres de dépression pendant le mois de juin dernier, alors qu’il avait été possible d'en suivre quinze en mai et dix-huit pendant chacun des mois de mars et d’avril. Mais si les bourrasques d’été sont moins funestes aux intérêts maritimes, elles acquièrent une grande importance pour les agriculteurs, à cause des orages, des pluies, des grêles, des trombes locales...., qui se produisent fréquemment sous leur influence. A ce point de vue, nous en signalerons une qui, venue par la Californie dans la soirée du 3 juin, a franchi les Montagnes-Rocheuses et traversé les États du Colorado, du Nebraska et du Kansas, amenant sur tout son parcours des orages violents, accompagnés de fortes pluies, et souvent do grêles désastreuses. A Leavenworth (Kansas), il est tombé soixante-trois millimètres d’eau en quatre heures, et dans une station voisine, à Saint-Joseph, cent trois millimètres dans une journée. Les récoltes ont été plus ou moins endommagées par la grêle sur une grande étendue de pays, principalement dans le Kansas, où elles ont été totalement détruites en certains points; on a recueilli des grêlons pesant jusqu’à quatre cents grammes.
- Le 11, vers dix heures du soir, des secousses de tremblement de terre ont été ressenties à Montréal et à Québec, dans le Canada. Le 17, une belle aurore boréale fut observée dans la Nouvelle-Angleterre, les États du Milieu, la région des Lacs, et les vallées supérieures de l’Ohio et du Mississipi; apparu vers neuf heures du soir aux stations les plus occidentales, ce phénomène n’a été aperçu qu’à 10 heures dans les États de l’Atlantique; il cessa d’être visible vers minuit.
- M. le professeur Loomis vient de publier les résultats d’un travail très intéressant sur les bourrasques de direction anormale. On sait que les grands tourbillons qui viennent du Pacifique ou se forment à l’est des Montagnes-Rocheuses, marchent en moyenne vers l’est, ou plutôt vers l’est-nord-est. Le savant météorologiste américain a étudié tout spécialement les bourrasques qui s’éloignent le plus de cette direction moyenne, et il les a classées en deux groupes : celles qui s’en écartent vers le nord, et celles qui s’en
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- écartent vers le sud; son but était de rechercher les causes de ces anomalies. La comparaison de ces deux groupes de dépressions a conduit à constater des particularités très remarquables. Dans celles qui marchent vers le nord, le minimum barométrique se creuse progressivement; de plus elles sont accompagnées et souvent précédées de pluies considérables, tandis que celles qui voyagent du nord vers le sud, diminuent plutôt d’intensité pendant leur course; les pluies recueillies sous leur cercle d’action sont toujours très faibles et, en avant de leur centre, le ciel est peu nuageux et quelquefois absolument pur.
- Les phénomènes observés avec les dépressions du premier groupe sont une preuve de l’influence de la condensation sur la propagation des bourrasques; mais d’un autre côté, on voit que la pluie n’exerce aucune action sur celles du deuxième groupe. Il parait donc difficile d’admettre que des condensations énergiques précèdent et provoquent invariablement la formation des mouvements tournants; aux Etats-Unis, on remarquerait, au contraire, que les chutes de pluie ne sont réellement importantes que lorsque le système de rotation des vents autour du minimum barométrique s’est nettement établi. Ce mouvement de rotation résulterait principalement de la présence simultanée de zones de hautes pressions, situées à des distances plus ou moins considérables l’une de l’autre. De grandes différences de température et d’humidité sont également des causes capables d’en favoriser le développement et d’en accroître l’énergie ; enfin, des pluies abondantes, si elles s’étendent à une grande région, peuvent apporter de pro-fones modifications dans la direction et la force des vents.
- Quoiqu’il en soit, il reste à résoudre cette question : Pourquoi certaines bourrasques se dirigent-elles vers le Nord, et d’autres, au contraire, marchent-elles du Nord au Sud? D’après M. Loomis, la direction moyenne des trajectoires des bourrasques paraît être déterminée principalement par la circulation générale de l’air près de la surface de la terre; les écarts accidentels constatés, seraient dus surtout aux causes, encore inconnues, qui apportant une perturbation dans la régularité de ce mouvement, modifient les conditions moyennes dans lesquelles il s’effectue habituellement.
- Th. MOUREAUX.
- BIBLIOGRAPHIE
- Exposé élémentaire des découvertes de Gauss et de Listing sur les points cardinaux des systèmes dioptri-ques centres, par le docteur A. Guébhard, licencié ès sciences mathématiques et physiques. I broch. in-8, Paris, G. Masson. Dans cet ouvrage, on trouve résumés d’une manière très simple, les moyens d’introduire dans l’enseignement élémentaire les formules de Gauss et de ne pas négliger, dans l’étude des systèmes réfringents, l’épaisseur des lentilles.
- Architecture navale. — Carènes rapides à ondulations naturelles, par A. WAZON. 1 brochure in-8, Paris, E. Lacroix.
- Cours d’embryogénie comparée du Collège de France semestre d’hiver 1877-1878). Leçons sur la Génération [des Vertébrés, par G. BALBIANI, professeur au Collège de France. Recueillies par le docteur F. Henneguy, revues par le professeur. 1 beau vol. grand in-8, avec 150 ligures dans le texte et 6 planches en chromo-lithographie hors texte. Paris, Octave Doin, 1879.
- LE BASSIN DU MISSISSIPI
- ( Suite et fin. — Voy. p. 154 et 182.)
- Le Delta du Mississipi mérite d’être étudié à part, à cause de son étendue et de la rapidité avec laquelle il s’accroît. A voir sur la carte le réseau de bayous qui se détachent du fleuve à partir du confluent de la Rivière Rouge, on est tenté de croire que les. eaux marines s’étendaient jadis jusque-là. Quelques personnes même ont pensé qu’un bras du golfe du Mexique s’avançait autrefois à l'intérieur des terres jusqu’à l’Ohio ou à peu près, et que les plaines alluvionnaires marquent encore la largeur de cet ancien bras de mer. Les observations géologiques contredisent cette hypothèse. Les alluvions ont peu d’épaisseur; le sous-sol, d’origine plus ancienne que la mer actuelle, n’a pas été déposé par les rivières de l’époque contemporaine. En y regardant de près, on est forcé de conclure que le littoral primitif est probablement délimité par l’extrémité des collines de la rive gauche, vers Baton Bouge et le bayou Manchec. La formation des lacs serait moderne, par conséquent, et le lit du fleuve se serait allongé d’à peu près 550 kilomètres depuis que le littoral a perdu sa forme originale.
- Il résulte d’observations assez précises que les embouchures s’avancent maintenant de 80 mètres, année moyenne. Si cette avance avait été toujours uniforme, le Delta serait le produit d’environ quarante-quatre siècles. Ce calcul n’a aucune valeur réelle. Il est possible, en effet, que le fleuve n’ait pas toujours charrié la même quantité de limon, et il est certain en outre que l’allongement est-d’autant plus lent que la tête s’avance davantage vers les grandes profondeurs. Entre Saint-Louis et Cairo, le Mississipi coupe la chaîne des monts Ozark à travers lesquels . il s’est ouvert un passage d’une centaine de mètres de profondeur. Dans le temps où cette chaîne faisait barrage, la vallée en amont constituait un lac immense qui s’unissait peut-être au lac Michigan. Il est vraisemblable que le courant d’aval était alors limpide et que le fleuve ne formait pas de delta à son embouchure. Lorsque, par la rupture, lente ou subite, de cet obstacle, les eaux sont devenues limoneuses, le dépôt littoral s’est fait dans une mer peu profonde. A mesure que la pointe du Delta gagnait au large, la largeur et la profondeur augmentaient. Sur le site où s’élève aujourd’hui la Nouvelle Orléans, la profondeur de la mer devait être de 12 mètres; à l’entrée des passes, de 50 mètres; au delà, l’inclinaison du fond augmente assez rapidement; elle atteint 500 mètres à 20 kilomètres en avant de la barre, vers l’endroit où les dépôts actuels commencent à se former.
- De ce que le lit du fleuve s’allonge en empiétant sur la mer, il résulte que la pente diminue à partir de l’origine du Delta. Les eaux y coulent avec moins de vitesse et par conséquent déposent en partie le limon dont elles sont chargées avant d’atteindre le
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- golfe ; la profondeur doit donc diminuer peu à peu. Mais cet effet est très lent. On a calculé qu’un allongement de 40 kilomètres serait nécessaire pour que le lit fut envasé de 50 centimètres à la hauteur du Fort Saint-Philip, et cet allongement de 40 kilomètres serait l'œuvre de cinq cents ans, à supposer que la progression des embouchures se continue à l'avenir aussi vite qu’aujourd’hui, ce qui est peu probable à cause des grands fonds que les dépôts atteignent déjà.
- En aval du bayou La Fourche, le Mississipi n'a plus que des dérivations d’un débit insignifiant ; aussi le chenal se maintient-il avec des dimensions à peu près constantes. La largeur est de 730 mètres, la protondeur de 59 mètres et la section mouillée mesure 18 000 mètres carrés en temps de crue; en étiage, ces chiffres s’abaissent à 070 mètres, 54 mètres et 14500 mètres carrés. A 55 kilomètres en aval du Fort Saint-Philip, un grand changement se produit. La largeur s’accroît jusqu’à 2200 mètres, la profondeur se réduit à 12 mètres au plus et la section
- mouillée est de 25 000 mètres carrés. On reconnaît là l’effet de l’affaiblissement de la pente et de la réduction de vitesse qui en est la conséquence. Puis le fleuve se partage en trois branches (voy. carte ci-contre) que l’on a l’habitude de désigner sous les noms de Passe du sud-ouest, du sud et du nord-est ; cette dernière se bifurque même encore et forme la Passe à Foutre. Le tableau ci-dessous, placé en regard de la carte, fait voir comment le courant se partage entre les quatre issues de cette patte d’oie.
- Il existe une barre à l’embouchure de chaque passe, à l’endroit où l’eau douce se mélange avec l’eau salée. Quelques mots suffiront pour dire comment on explique la formation de cet obstacle. L’eau douce s’élève au-dessus de l’eau salée à cause de sa légèreté spécifique ; elle s’étale en largeur et perd sa vitesse, d’où résulte que le limon qu’elle entraîne se précipite. Toutes les barres ont à peu près la même forme ; le flanc d’amont est à pente très douce ; le flanc d’aval est plus abrupte. Au sommet, sur une
- NOMS. LONGUEUR entre la bifurcation et la barre. LARGEUR moyenne. PROFONDEUR moyenne. SECTION moyenne. DÉBIT.
- Passe du Sud-Ouest Passse du Sud Passe du Nord-Est. . . Passe à l’Outre. Dérivations secondaires • kilomètres. 28 25 2G 25 » mètres. 3 GO 210 750 500 » mètres. 17,5 10,2 11,1 10,8 » Total. mètres carrés. 0.500 2.200 8.500 4.200 » 0,540 0,080 0,225 0,254 0,121
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- longueur de 800 mètres suivant l’axe du fleuve, la profondeur atteint rarement 5'“,50; entre les courbes de 61,70 de profondeur de part et d’autre, il y a une distance de 5 kilomètres 1/2. Du reste, la profondeur varie souvent suivant l’état delà marée, le débit du fleuve, les vents régnants. Quand le débit est considérable, l’eau reste douce à la surface, même au delà de la barre. Au contraire, lorsque le débit est restreint et surtout si le vent souffle du sud en même temps, le fleuve est saumâtre jusqu’à une grande distance en amont.
- On n’ignore pas que la marée est peu sensible dans le golfe du Mexique; son plus grand dénivel-lement ne dépasse pas 50 centimètres. Les vents produisent une différence de niveau au moins aussi considérable. Aussi la saison d’hiver, pendant laquelle les vents viennent surtout du nord, est-elle la moins favorable pour la navigation, et pourtant c’est pendant cette saison que le commerce de la Nouvelle Orléans a le plus d’activité.
- La barre empêche que le Mississipi soit ouvert en tout temps aux navires de gros tonnage; aussi les Américains cherchent-ils depuis longtemps à faire disparaître cet obstacle. Dès 1852, une Commission
- d’ingénieurs dressa le plan des travaux à exécuter et recommanda d’abord de draguer les haut-fonds, puis, si cet essai ne réussissait pas, de construire deux jetées que l'on prolongerait d’année en année à mesure que la barre s’avancerait au large, et enfin si les jetées ne donnaient point la profondeur voulue, de creuser un canal de dérivation pour éviter le passage par les embouchures. Pour commencer, une somme de 75 009 dollars fut dépensée en dragages pendant l’année 1855. On obtint la profondeur de 5,40 que l’on voulait avoir ; mais les crédits ayant été supprimés l’année d’après, il ne restait plus aucune trace de ce travail d’approfondissement en 1855.
- Des travaux subséquents donnèrent à penser que les dragages seraient toujours insuffisants. On ne voulait point d’ailleurs d’un canal éclusé qui aurait été une gêne pour les navires. Il ne restait plus à tenter que l’endiguement de l’une des passes entre deux jetées parallèles. L’essai devait en être fait sur la passe du sud dont l’embouchure progresse moins rapidement que les autres. Il y avait au reste une difficulté d’exécution qui est propre au tempérament du gouvernement américain. Le Congrès n’aime pas
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- à faire exécuter des travaux en régie; il préfère les mettre en adjudication, quelque compliqués qu’ils soient.
- En vertu d’un marché conclu en 1875, l’entrepreneur s’engagea à construire deux jetées à 210 mètres d’intervalle et à réaliser une profondeur d’au moins 6 mètres en contre-bas de l’étiage dans un délai de trente mois; l’approfondissement devait se continuer ensuite à raison de 60 centimètres au moins par an jusqu’à ce que la profondeur de 9 mètres fut acquise.
- En échange, le gouvernement devait payer un capital de 26 millions de francs, plus 500000 francs par an pour l’entretien.
- Les travaux se continuent depuis quatre ans. Il faut renoncer, dit-on, à obtenir la profondeur de 9 mètres qui était imposée à l’entrepreneur. Ce sera déjà beaucoup d’aller à 8 mètres, et, ce qui importe davantage, ce sera suffisant pour les plus grands navires qui fréquentent le port delà Nouvelle Orléans, car le fond est une vase molle et mobile.
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- Carte du delta du Mississipi.
- L’importance du commerce maritime de la Nouvelle Orléans justifie amplement les grosses dépenses qu’il est question de faire pour améliorer les embouchures. En 1869, plus de trois mille six cents navires jaugeant 2 millions 1/2 de tonneaux avaient franchi la barre ; le produit des droits de douanes sur les marchandises importées dépassait 21 millions de francs. C’est que, en vérité, le bassin du Mississipi produit toutes les richesses imaginables. Au nord, il comprend les États a céréales; au sud, sont les terres à coton ; l’Ohio prend naissance dans le pays du pétrole et de la houille ; le Missouri se prolonge jusqu’aux territoires où sont les mines d’or. Il n’est
- pas étonnant que, d’un bout à l’autre de cet immense bassin, on ait souci d’aplanir les obstacles naturels. Lorsqu’il y a des rapides, on creuse des canaux latéraux; les dragues approfondissent les passages où la profondeur fait défaut; des navires à vapeur pourvus d’appareils spéciaux enlèvent chaque année les snags qui gênent le cours de l’eau. Enfin, un canal a été creusé entre l’Illinois et le lac Michigan, en sorte que des bateaux peuvent maintenant descendre des lacs du nord au golfe du Mexique.
- Nous aurions tort, nous autres Français, de nous désintéresser de ces grandes entreprises ou de dédaigner le Mississipi parce qu’il appartient aujourd’hui
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- à des hommes d’une autre race, c. r ce furent nos compatriotes qui parcoururent les premiers ces beaux pays. En 1675, le Père Marquette, missionnaire jésuite, et Joliel, bourgeois de Québec, furent envoyés en reconnaissance du côté de l’ouest par le gouverneur général du Canada. Après avoir porté leur canot jusqu’au Wisconsin, à travers une prairie marécageuse, ils suivirent cette rivière jusqu’au Mis-sissipi, descendirent le fleuve jusqu’au confluent de l’Arkansas et revinrent par la rivière des Illinois au lac Michigan ; en ce voyage de quatre mois à travers une région inconnue, ils s’étaient assuré que la rivière mystérieuse dont les Indiens parlaient aux colons du Canada, était bien la même qui se jetait à 800 lieues de là dans le golfe du Mexique. Sept ans plus tard, Cavelier de la Salle descendait jusqu au golfe et prenait possession, au nom de la France, d’un pays qu’il appelait la Louisiane.
- L aspect de la contrée s’est bien modifié depuis deux siècles : d’autres populations, d’autres mœurs, se sont implantées sur les rives du grand fleuve ; et cependant les noms de de la Salle, de Marquette, et bien d’autres encore de même origine se perpétuent sur les bords comme un souvenir persistant des hardis aventuriers qui y sont passés les premiers.
- H. BLERZY.
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- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
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- (Suite. — Voy. p. 54, 8G et 218.)
- Dans le cas spécial de l’Hydre, les cellules qui constituent l'entoderme ou couche digestive, celles qui constituent l’exoderme ou couche protectrice et sensible, sont-elles autre chose que des organismes unicellulaires, de petits êtres, plus ou moins analogues aux amibes, temporairement associés pour former un organisme plus élevé, se partageant le travail, devenant en quelque sorte les uns les ministres des affaires intérieures, les autres les ministres des affaires extérieures de la société qu’ils constituent, conservant d’ailleurs la faculté de changer de rôle quand les circonstances les y forcent? Tout aussi bien que VOlynthus avec lequel nous indiquions précédemment sa ressemblance, tout aussi bien que les Éponges, l'Hydre doit être considérée comme une colonie d’individus élémentaires dont la personnalité, pour s’être fondue quelque peu dans celle de la société qu’ils constituent, n’en est pas moins encore facile à dégager.
- Le propre de l’individu est, en effet, de pouvoir vivre d’une vie indépendante. Or. chez l’Hydre — cela est peut être encore plus clair que chez les Éponges — toutes les parties du corps sont aptes non seulement à vivre séparées les unes des autres, mais encore à reproduire dans ces conditions un organisme analogue à celui de qui elles ont été détachées, C’est encore à Trembley que l’on doit les
- belles recherches qui mettent hors de doute cette proposition.
- Trembley les entreprit pour chercher à décider si les Hydres qu’il observait étaient des animaux ou des végétaux. Les parties d’un végétal sont seules aptes, pensait-il, à vivre encore et à reproduire le végétal après en avoir été détachées. Il se mit donc à couper des Hydres de diverses façons ; les fragments vécurent et se reproduisirent comme devaient le faire des fragments d’un végétal. Mais Trembley avait tant d’autres raisons de considérer les Hydres comme des animaux qu’il conclut seulement de ses recherches que son critérium était faux et qu’il avait sous les yeux la bête la plus étrange de la création. Fort étrange, en effet, si l’on ne tient pas compte des idées que nous développons en ce moment.
- Une Hydre est-elle coupée en deux moitiés dans le sens de sa longueur? Chacune des deux moitiés ne met pas plus de vingt-quatre heures pour se refermer de manière à constituer une Hydre nouvelle capable de saisir une proie et de la digérer.
- Si l’on coupe une Hydre par le travers, en deux jours la moitié antérieure s'est refait un pied et la moitié postérieure a déjà poussé de nouveaux bras. Si, au lieu de ne donner qu’un coup de ciseau, vous en donnez deux de manière à couper l’Hydre en trois morceaux, il ne faudra pas plus de huit jours à chacun de ces tiers d’Hydres pour redevenir une Hydre complète. On peut encore couper une Hydre longitudinalement en deux moitiés, puis couper encore par le travers chacune de ces moitiés en deux. L’Hydre est alors écartelée : mais en huit jours chacun des fragments est redevenu une Hydre complète. On peut découper l’Hydre en un nombre de rondelles superposées qui n’est limité que par l’impossibilité de saisir avec des ciseaux un corps trop petit, chacune de ces rondelles redevient une Hydre. A la seule condition d’attendre que les parties en voie de restauration aient atteint une taille suffisamment considérable, Trembley a pu couper une Hydre en cinquante morceaux, fabriquer, par conséquent, à ses dépens cinquante hydres nouvelles.
- Évidemment, dans de bonnes conditions, la division pourrait être poussée bien au delà et nous sommes dès lors en droit de dire que toute partie du corps d’une Hydre est capable de vivre d’une vie indépendante, et doit être en conséquence considérée comme un individu. Ce que nous savons des relations des Éponges et des autres organismes composés avec les Monères et les êtres monocellulaires, nous autorise à penser que ces individus élémentaires ont d’abord vécu isolés, se reproduisant par simple division. Les éléments nés les uns des autres, au lieu de se séparer, ont pris peu à peu l’habitude de demeurer unis, puis se sont partagé le travail physiologique, tout en conservant la possibilité de se substituer les uns aux autres et de vivre isolément, possibilité qui témoigne encore de leur communauté d’origine, de leur égalité primitive, de leur indépendance réciproque et qui ne
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- saurait s’expliquer en supposant l’Hydre formée d’emblée.
- Ce que nous avons considéré comme la cavité digestive de l’Hydre n’est d'ailleurs nullement une condition nécessaire à la nutrition des éléments du Polype. On ne doit voir en elle qu’un lieu où les matières nutritives sont maintenues à la disposition de ces éléments et où tous viennent puiser commodément et isolément leurs aliments. C’est une sorte de garde-manger plutôt qu’un lieu d’élaboration; aussi les éléments du Polype peuvent-ils puiser directement leur nourriture dans le milieu ambiant. Cela est évidemment nécessaire pour qu’un lambeau détaché du corps d’une Hydre puisse augmenter suffisamment de volume et de poids pour constituer une Hydre nouvelle. Ces lambeaux se comportent alors exactement, au point de vue de la nutrition, comme les organismes monocellulaires et c’est encore une preuve à l’appui de leur indépendance primitive.
- Mais, au fond, qu’est-ce que la nutrition pour de tels organismes constitués presque exclusivement par une gelée homogène, enveloppée ou non d’une membrane? C’est le pouvoir de transformer totalement ou partiellement en une substance analogue à la leur et de s’incorporer les substances différentes avec lesquelles ils sont en contact. C’est ainsi qu’agissent les ferments ; ce n’est pas autrement qu’agissent les cellules des Hydres et les lambeaux qui en sont formés. La nutrition suppose en présence deux substances différentes, l’une active, qui transforme l’autre et s’en nourrit ; l’autre passive, qui est décomposée et absorbée. Deux êtres protoplasmiques , deux êtres composés - d’une substance homogène, ou même deux êtres composés dans toute leur étendue d’éléments semblables entre eux, ne pourront donc, s’ils sont identiques, se servir réciproquement de nourriture : ils pourront se fusionner, se souder l’un à l’autre, mais alors même ils ne se seront pas nourris l’un de l’autre, puisque chacun aura conservé sa constitution primitive et se sera simplement ajouté à son semblable. C’est ce qui arrive pour les lambeaux d’Hydres que l’on maintient en contact : ils se soudent avec une extrême facilité, mais ne s’altèrent pas réciproquement. On s’explique maintenant que l’Hydre, malgré sa voracité, ne dévore pas ses semblables. Animal presque homogène dans toutes ses parties, il est sans action sur un organisme aussi homogène que lui et qui lui est identique : il se soude à lui ou en demeure indépendant sans le modifier.
- La même chose a lieu du reste pour les Éponges, pour les Coraux de même espèce et c’est même là un des bons caractères physiologiques de l’espèce chez ces animaux.
- Pourquoi, chez les Hydres, l’exodermese soude-t-il à l’exoderme, l’entoderme à l’entoderme, tandis que l’exoderme et l’entoderme sont sans action l’un sur l’autre. Il serait difficile de l’expliquer actuellement d’une façon complète. Mais on peut conclure qu’entre
- l’identité absolue qui fait que deux êtres peuvent se souder en un seul et l’antagonisme qui fait qu’ils peuvent se nourrir l’un de l’autre, il y a des états intermédiaires correspondant à une sorte d’indifférence. Ainsi, l’Hydre brune ne paraît pas se nourrir de l’Hydre verte ; mais ses tissus ne se soudent qu’avec une extrême difficulté à ceux de cette espèce. Il n’y a entre les éléments constitutifs de ces deux espèces ni assez de dissemblance, ni assez de ressemblance pour que l’un de ces deux phénomènes se produise. Au contraire, les fibres musculaires, les cellules épithéliales, les éléments des différents tissus d’un jeune brochet sont des étrangers pour les éléments cellulaires de la muqueuse digestive du brochet plus gros qui en fait sa proie : aussi sont-ils transformés par eux et assimilés. Pour que les animaux de même espèce arrivent à s’entredévorer, il faut que leurs tissus aient acquis un certain degré de variété. C’est donc un signe de perfection organique que la possibilité pour un animal de servir de nourriture à ses semblables.
- Le phénomène de la soudure des tissus analogues de différents Polypes entraîne une conséquence des plus curieuses et qui montre bien à quel point l’individualité des éléments constitutifs d’une Hydre est distincte de celle de l’Hydre elle-même. On peut, en elfet, couper une Hydre en plusieurs parties, souder chacune de ces parties à des fragments enlevés à des Hydres différentes et constituer ainsi une sorte de mosaïque qui ne tarde pas à devenir une Hydre distincte. Aucune trace des individualités primitives n’a été conservée, les lambeaux de diverses origines qu’on a rassemblés s’accommodent de leurs nouveaux compagnons et reconstituent avec eux une société nouvelle analogue à celle dont ils faisaient partie, mais distincte et possédant son individualité propre.
- La possibilité de mélanger ainsi entre eux les éléments provenant de Polypes différents nous permet de préciser aussi nettement que possible le caractère de l’individualité chez les Hydres. Il est bien évident que si les divers éléments n’avaient pas gardé une indépendance considérable à l’égard les uns des autres, un tel mélange ne saurait avoir lieu. Du moment qu’ils sont indifférents les uns aux autres on peut à volonté changer les membres de l’association, l’important c’est que les règles de celle-ci subsistent ; l’individualité de l’Hvdre est dès lors analogue à celle d’une société dont tous les membres se borneraient à mettre en commun léurs efforts et leurs richesses, et à manger, chacun pour son compte, à la même table. Cette société pourrait évidemment se partager en sociétés distinctes ayant chacune leur autonomie et c’est ce qui arrive pour l’Hydre quand on la sectionne. On peut aller plus loin dans cette voie et constituer des sections ayant une certaine indépendance, mais demeurant toutefois ciliés directement entre elles ; c’est ce que l’on fait en coupant longitudinalement la partie antérieure d’un Polype et laissant les lambeaux attachés
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- à la partie postérieure. Chaque lambeau se referme, reconstitue la partie antérieure d’un Polype complet. Il semble qu’on ait alors un animal à plusieurs têtes et c’est l'étymologie de ce nom d’Hydre qui a prévalu dans la science pour désigner les Polypes d'eau douce à bras en forme de cornes, de Trem-bley. Dans une Hydre ainsi faite, combien doit-on compter d'individus? Y en a-t-il autant que de têtes? N’y en a-t il, au contraire, qu’un seul? Rien ne saurait permettre de répondre à cette question, car si les parties qui demeurent unies mettent tout en commun et contribuent également à faire vivre la partie de l’Hydre primitive qui les supporte, il suffit d’un coup de ciseau pour en faire autant d’Hydres distinctes.
- Ce que l’anatomiste fait avec ses ciseaux, la nature le fait du reste spontanément. Chaque partie de l’Hydre artificiellement isolée est capable, nous l’avons vu, de reproduire une Hydre; sans se séparer du reste de l’animal, chaque partie de l’Hydre est aussi capable de s’individualiser et de reproduire une Hydre nouvelle. C’est toutefois principalement au point où le corps de l'Hydre commence à s’amincir pour former le pied, que se manifeste cette tendance à l’individualisation. Il est impossible de conserver une Hydre quelques jours en la nourrissant convenablement, sans voir se manifester dans cette région du corps une ou deux petites bosselures, Ce sont d’abord de simples boursouflures delà paroi dans lesquelles se prolonge la cavité digestive. Peu à peu ces boursouflures grandissent : une ouver-turc se forme à leur extrémité libre et des bras poussent autour de celte ouverture. Une Hydre nouvelle s’est formée sur la paroi du corps de la mère. Sa cavité digestive continue à communiquer largement avec la cavité digestive de sa mère. Chacun des deux animaux peut chasser et engloutir sa proie pour son compte, mais par les contractions du corps la matière alimentaire est portée alternativement d’une cavité digestive dans l’autre : de sorte que le produit de la chasse profite également aux deux Polypes. C’est le commencement d’une société nouvelle, d’une colonie, dans laquelle deux individus de génération différente mettent en commun toute leur activité physiologique. En général, chez les Hydres d’eau douce, cette association qui semble surtout avantageuse au jeune qui se développe, n’est que de faible durée; il ne faut pas plus de vingt-quatre heures, en été, pour qu’un jeune Polype soit déjà complètement formé; en hiver, quinze jours sont parfois à peine suffisants; le Polype reste cependant uni plus longtemps à celui qui l'a produit; mais au bout d’un temps variable de deux jours à cinq ou six semaines, suivant que la température est haute ou basse, la communication entre la mère et le jeune Polype semble s’oblitérer et celui-ci se détache pour vivre isolément.
- EDMOND PERRIER, Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- — La suite prochainement. —
- LE GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR
- DE M. HENRY GIFFARD 1
- Nous avons décrit le ballon captif de la cour des Tuileries avec trop de détails, pour ne pas enregis-t trer ici le dernier chapitre de sa longue et glo-rieuse histoire. Après avoir si admirablement fonctionné l'année dernière, après avoir accompli plus de mille ascensions et enlevé plus de 55 600 voya-geurs pendant la durée de l’Exposition de Paris en ‘ 1878, le grand aérostat a été une seconde fois gonflé dans les premiers jours de juin 1879 et sa nacelle a été ouverte au public le 15 du même mois. Depuis cette époque, la saison a été si pluvieuse, l’air si fréquemment agité, que les ascensions ont presque constamment été entravées par le temps. Cependant les ascensionnistes n'ont jamais fait défaut, bien loin de là; ils se présentaient au contraire en grand nombre, dès que l’on détachait les amarres de l’aérostat, et prouvaient ainsi que le public ne s’é-pas encore lassé de contempler les panoramas aériens.
- Le samedi 16 août devait être le dernier jour du ballon captif. Dans l’après-midi, le vent s’éleva à Paris avec une violence extrême ; à quatre heures de l'après-midi, de gros nuages noirs déversèrent des torrents de pluie dans toutes les rues, et cela au milieu d’un véritable cyclone. Le grand Captif supporta d’abord les premiers coups de la tempête, mais malheureusement il ne se trouvait pas complètement rempli de gaz; le tissu au lieu de présenter au vent une surface arrondie et convexe, se creusait en concavités qui faisaient voiles, et donnaient une prise énorme à l’ouragan. L’étoffe soulevée avec énergie à la partie inférieure de l’aérostat, entraînait la soupape de l’appendice qui, ne pesant pas moins de 400 kilogr. lui faisait éprouver en retombant, des chocs très énergiques. A 4 heures 55 minutes, le tissu, malgré sa solidité, se déchira; la déchirure s’augmenta jusqu’au pôle supérieur de la sphère immense; les vingt-cinq mille mètres cubes d’hydrogène qui s’y trouvaient emprisonnés, furent en une seconde disséminés dans l’atmosphère. L'aérostat vidé tomba à terre.
- Il est certain que cet accident ne serait pas arrivé si le ballon captif avait été entièrement plein de gaz.
- M. Henry Giffard reprendra peut-être une autre année la construction d’un nouvel aérostat captif; il complétera dans ce cas son appareil à gaz, par un gazomètre, qui permettra de remplir presque instantanément la sphère aérostatique, dès que l’hydrogène se trouvera contracté par un brusque abaissement de température. Le ballon se trouvera ainsi à l’abri des surprises de l’ouragan.
- Nous publions aujourd’hui comme document complémentaire de nos descriptions antérieures,
- 5 Voy, la Nature, 1878, 1er et 2e semestres, tables des matières.
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- La nacelle du grand ballon captif à vapeur de la cour des Tuileries. Paris, 1878-1879. (Desins.de M. Albert Tissandier, d’après une photographie de M. Dagron.)
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- une gravure qui représente fidèlement la nacelle du grand ballon captif.
- On voit à gauche du dessin la petite passerelle mobile, où circulaient les voyageurs pour pénétrer dans la galerie de la nacelle circulaire : quarante à cinquante personnes se trouvaient ainsi réunies pour chaque ascension. La nacelle est figurée au repos ; on aperçoit les solides cordes d’amarres qui la fixaient au rivage terrestre. Elle est suspendue au-dessus de la cuvette au fond de laquelle le câble passait à travers la gorge de la grande poulie à mouvement universel; elle est reliée au filet par l'ingénieuse combinaison de cordages et de poulies qui faisait l’admiration de tous les visiteurs. Notre gravure montre la partie inférieure de la sphère, et la soupape automatique de l’appendice dont nous avons parlé précédemment. Le dessin que nous publions est d’une exactitude parfaite; nos lecteurs, nous en avons la persuasion, y jeteront les yeux avec intérêt, en souvenir d’une des constructions mécaniques les plus belles et les plus hardies des temps modernes. Ils se rappelleront que cette œuvre entièrement due à l’initiative privée, a été le plus grand succès de l’Exposition universelle de 1878.
- L’ingénieur éminent qui l’a faite à ses frais et à ses risques et périls, l’a conçue et entreprise avec un désintéressement rare à notre époque, dans le seul but de servir la Science et de faire honneur à la ville de Paris. Quand on a prodigué les récompenses honorifiques..., le croirait-on? lui seul a été oublié.
- Gaston TISSANDIER.
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- L’EXPÉDITION SUEDOISE
- DANS LES RÉGIONS POLAIRES.
- Le vapeur suédois Wega, ayant à bord le professeur Nordenskïold, est arrivée à Yokohama le 3 septembre, venant du détroit de Behring, après avoir contourné heureusement tout le nord de l’Europe au Japon et de l’Asie et avoir ainsi accompli un voyage qui restera comme un des plus impor-portants de notre temps.
- Les consuls étrangers sont allés féliciter le professeur Nordenskïold du succès de son expédition.
- L’expédition suédoise du professeur Nordenskïold était partie de la Suède depuis le mois de juillet 1878. Le Wega est un bateau à vapeur spécialement construit en vue de la navigation dans les glaces; il avait été approvisionné pour deux ans et portait un état-major dont fait partie M. Danekelmann, président du bureau météorologique scientifique de Leipzig. L’équipage était composé d’un officier de marine, d’un médecin et d’une quinzaine de sous-officiers et matelots volontaires de la marine royale. On avait choisi parmi ceux-ci des hommes énergiques et résolus accoutumés aux explorations dans les régions arctiques.
- L’expédition, après avoir traversé le détroit de Matoschin qui sépare en deux la Nouvelle-Zemble, pénétra dans la mer de Kara et parvint à l’embouchure de l’Yenissei. Les deux navires composant jusque-là l’expédition se séparèrent peu après, le Wega continua sa route, et la Lena remonta le fleuve de ce nom jusqu’à Yrkoust, la capitale de la Sibérie. On reçut par celte voie un rapport allant jusqu’au 27 août 1878.
- Nous donnerons une idée de l’intérêt que présente le voyage de M. Nordenskïold en publiant un extrait d’une lettre fort intéressante que le savant explorateur a récemment écrite à son ami, le docteur Dickson, et que nous devons à l’obligeance d’un de nos correspondants :
- Nous arrivâmes au cap Schélagskoï dans la nuit du 6 septembre 1878, après avoir été forcés, pendant les heures de navigation, de faire de nombreux détours pour éviter les glaçons qui nous menaçaient de toutes parts.
- Avant nous, cette partie du littoral sibérien n’avait encore été explorée que par Deschneff, en 1648, et Schalauroff entre les années 1760 et 1764. Schalauroff, riche négociant, paraît avoir été animé par la passion d’étudier les côtes sibériennes à l’est de la Léna. En 1760, il ne dépassa pas le cours de la Jana. A la fin de septembre 1761, il atteignit « Holy Cape». Arrêté par les glaces, il se réfugia vers l’embouchure de la Kolyma et hiverna dans une hutte sur les bords de cette rivière. En 1762, les vents et d’autres obstacles l’empêchèrent de dépasser le cap Schélagskoï. Après avoir hiverné de nouveau dans sa hutte de la Kolyma, il fut abandonné par son équipage, épuisé par trois années d’une si rude navigation. Étant allé à Moscou pour y recruter d’autres matelots et renouveler ses provisions, il retourna en 1764 dans les mers polaires. Celte fois, il périt comme l’infortuné Franklin et ce ne fut que dans l’année 1823 qu’un des compagnons de Wrangel découvrit ce qui restait de Schalauroff, de sa hutte et de son navire. Il avait donc fallu aux explorateurs précités des années pour accomplir des traversées que, grâce à la vapeur, nous avons pu faire dans l’espace de quatre à cinq jours.
- Le 6 septembre, en côtoyant le rivage pour naviguer sur une eau non encore gelée, nous vîmes se diriger vers nous deux bateaux, pareils aux oumiaks des Esquimaux et remplis de naturels. Nous leur fîmes signe de monter à bord; ils s’empressèrent d’obéir ; malheureusement aucun d’eux ne comprenait le russe ni aucune autre langue connue de nous. Un jeune garçon compta jusqu’à dix en langue anglaise, ce qui prouvait que ses compatriotes avaient moins de rapports avec les Russes qu’avec les baleiniers américains. Depuis ce jour, nous avons eu des relations constantes avec ces indigènes, sans toutefois pouvoir nous comprendre autrement que par gestes. En conséquence, mon lieutenant Nordqvist s’est mis à étudier toutes les langues parlées sur les côtes de la Sibérie. J’ai aussi déchargé de tout travail, de toute corvée, le pêcheur Jonsen, pour lui permettre de se lier avec les Tchuktschers et d’étudier leur langage, leurs mœurs et leurs usages. Cette peuplade emploie encore des outils en pierre et en os et les traits du visage indiquent qu’elle est formée d’un mélange de Mongols, d’Esquimaux et d’indous. Les tentes des Tchuktschers, que j’ai visitées, sont grandes et spacieuses, renfermant plusieurs chambres à coucher, revêtues entièrement de peaux de rennes, qui les tiennent
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- chaudes. L’intérieur des tentes est éclairé par des lampes à huile de baleine. Pendant l’hiver, les habitants allument un feu de hois dans la tente intérieure, dont le sommet est percé d’une ouverture par laquelle s’échappe la fumée Ces naturels se montrèrent très hospitaliers à notre égard. Ils se nourrissent principalement de la chair bouillie ou rôtie du renne. Les peaux de rennes servent de sacs à provisions. Les parents sont très affectueux pour les enfants, qui paraissent se porter à merveille. En me livrant à un trafic d’échanges, j’ai donné à ces naturels quantité d’articles de ménage, d’armes et de vêtements. Les ustensiles des Tchuktschers ressemblent à ceux des Groenlandais jusque dans les moindres détails. Chose étrange, les Tchuktschers aiment beaucoup le papier monnaie et ne font aucun cas de l’or, auquel ils préfèrent des boutons en étain ou en bronze. Quelquefois on perce les pièces d’or pour les porter en guise de pendants d’oreilles. Hommes et femmes fument des pipes de tabac. Ils n’emploient pas de sel, mais sont fort avides de sucre. Ils aiment beaucoup le thé et le café quand il est bien sucré. Ils ne veulent à aucun prix se défaire de leurs amulettes. Quand ils ne sont pas nu-tête, ils ont des coiffures ornées de perles. Les deux sexes ont le visage plutôt peint que tatoué. Les vestiges d’anciennes habitations et les récits des naturels nous ont appris que des peuples, antérieurement fixés en Sibérie, ont été forcés par leurs vainqueurs de chercher un asile dans des îles plus rapprochées du pôle. Ces infortunés s’appelaient Ondinos.
- Le Wéga fut définitivement bloquée par les glaces à partir du 28 septembre 1878 ’. NORDENSKIOLD.
- On a vu plus haut que le savant explorateur a réussi à pénétrer dans l’océan Pacifique par le détroit de Berhing. C’est là, nous le répétons, un fait géographique des plus considérables.
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- ÉDUCATION D’UN BOMBYCIEN SÉRIC1GÈNE
- L'ATTACUS CECROPIA.
- Depuis longtemps déjà on a tenté d’élever, en Europe, plusieurs espèces de Bombyciens exotiques. On l’a fait quelquefois dans le but de les acclimater et dans l’espoir d’utiliser la soie qu’ils produisent tous et qui, malgré sa couleur généralement grise, pourrait servir à la fabrication d’étoffes possédant des qualités remarquables de solidité. Mais ce n’est pas essentiellement le côté économique de la question qui entraîne la plupart des amateurs dans de semblables essais, c’est bien plutôt le plaisir de voir éclore ces superbes papillons, de taille gigantesque, aux ailes falquées, ornées de couleurs et de dessins si différents de ce que nous présentent nos bombyx indigènes.
- Leurs chenilles, d’ailleurs, sont fort belles, et si ce n’est la difficulté qui se présente à Paris pour se procurer en quantité suffisante le chêne dont la plupart se nourrissent, elles sont généralement faciles à élever, lentes dans leurs mouvements, quittant peu les feuilles, ce qui permet ordinairement de les
- 1 Evening Standard du 25 avril.
- laisser à l’air libre, sur des branches simplement plongées dans une carafe pleine d’eau.
- Nous avons eu la bonne fortune d’élever la chenille de VAttacus Cecropia, une des plus belles que l’on connaisse, et remarquable surtout par les changements qu’elle subit à chaque mue.
- Au commencement de l’année 1878, la Société d’acclimatation s’étant procuré un grand nombre de cocons de cette jolie saturnie, elle les distribua avec la libéralité qu’on lui connaît, et un de mes collègues et amis, M. Berce, en reçut un certain nombre.
- Il attendit l’éclosion, obtint des accouplements, puis des pontes dont il m’offrit une partie, et nous fîmes tous nos préparatifs pour mener à bien cette éducation.
- Les premiers individus que M. Berce vit éclore furent tous des mâles, et les derniers tous des femelles, ce qui restreignit beaucoup le nombre des accouplements. Cet habile entomologiste se hâta de piquer les femelles fécondées, dans la conviction que ce procédé les oblige à une ponte plus complète et plus rapide.
- Il en est résulté des pontes en paquets, et nous ferons observer que cela n’a pas ordinairement lieu dans la nature pour nos grands bombyx, comme la Saturnia Pyri, par exemple, qui pond ses œufs par très petits groupes sur les branches et le tronc des arbres fruitiers, et VAttacus Cynthia, ce joli papillon chinois aujourd’hui complètement acclimaté en France, dont la femelle pond au revers des feuilles de l’ailante, des rangées de six, huit, dix œufs et au delà.
- Les œufs de Cecropia ressemblent à ceux de la plupart des grands Attacus, tels que Yama-maï et Pernyi; ils sont jaunâtres, tachés irrégulièrement de brun.
- Les petites chenilles qui en sortent environ une douzaine de jours après la ponte, sont noires, avec des tubercules épineux de même couleur. Bientôt on en voit quelques-unes qui présentent deux rangées de taches dorsales jaune foncé. En observant attentivement, M. Berce et moi, nous avons cru voir là une première mue qui avait échappé à beaucoup d’entomologistes.
- Nous sommes ici d’accord avec M. Blanchard, qui, dans ses Métamorphoses des insectes, dit, à propos d’éducations faites autrefois au Muséum, que la chenille de cette espèce a cinq mues.
- Quoiqu’il en soit, il y a déjà là un premier changement, suivi d’un autre plus considérable après la deuxième mue. Les chenilles sont alors complètement d’un beau jaune orangé, les tubercules avec leur verticille d’épines sont noirs ainsi que la tête, les stigmates et les pattes écailleuses. Les pattes membraneuses sont verdâtres avec une ou deux taches noires.
- Après la troisième mue, la chenille a tout à fait changé, elle est vert jaune avec le dos bleu de ciel, et présente deux rangées dorsales de tubercules,
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- dont les quatre premiers, d’un rouge corail ou carminé sont gros et sphériques, avec une rangée de six épines noires verticillées et une septième épine également noire au sommet. La base de chacun de ces tubercules est entourée de gros points noirs saillants, quel-quefois con-fluants, ordinairement en même nombre que les épines. Les autres tubercules dorsaux sont subcylindriques d’un beau jaune-foncé avec de petites épines noires à l’extrémité. Les côtés présentent deux rangées de tubercules d’un beau bleu tur -quoise.
- A la quatrième mue la chenille change peu, elle, est plus bleue, les tubercules jaunes sont plus clairs, les stigmates foncés, la tête et les pattes d’un vert-jaune, celles-ci avec une tache noire à la base. La con-ronne des fausses pattes reste bleue.
- A la cinquième mue, les tubercules rouges ont pâli et sont grenat clair, leurs épines se sont raccourcies, et ont l’aspect de cônes obtus. Les taches noires situées à leur base sont beaucoup plus grandes. Au moment de la
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- Fig. 1. — Attacus cecropia.
- 1, Les œufs. — 2. Chenille au sortir de l’œuf. — 3. Chenille après la première mue. — 4. Chenille après la deuxième mue. — 5. Chenille après la troisième mue. — Sa. Ses tubercules. — 6. Chenille après la quatrième mue. — 7. Chenille après sa cinquième mue, taille moyenne au moment de filer. — 7a. Ses tubercules.
- mue, ces taches ainsi que les épines sont de même couleur que le tubercule qui est lui-même presque incolore. La coloration noire n’apparaît qu’au bout d’assez longtemps.
- Après chaque mue, la chenille lorsqu’elle est un
- peu raffermie se retourne, et mange presque entièrement la peau qu’elle vient de quitter avant de prendre tout autre nourriture, fait qui, -d'ailleurs, n’est pas particulier à cette espèce.
- Au moment de filer, les chenilles sont devenues plus vertes, les gros tubercules plus foncés, les tubercules bleus, presque blancs à l’extrémité, et la région dorsale blanchâtre. Pendant le cours de l’éducation, qui a duré environ six semaines, elles restaient volontiers sur les rameaux, pourvu qu'ils fussent renouvelés assez souvent pour leur offrir toujours en abondance une nourriture fraîche , mais plus tard ce fut bien différent ; si elles cessaient de juger convenable l’emplacement que leur offraient les branches pour établir leurs cocons, elles partaient résolument. Les ramasse-t-on à ce moment dans la chambre pour les replacer sur les branches, elles les quittent de nouveau pour s’aller réfugier dans les plis d’un rideau, sous une chaise ou ailleurs, mais elles restent rarement dans les
- branches. Cela arrive pourtant quelquefois lorsqu’elles y trouvent déjà quelques fils de soie jetés par une autre chenille, et qui vont leur servir de point de départ pour filer leur cocon.
- Qu’on se figure l’état de mon éducation à ce mo-
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- ment, j'avais élevé mes chenilles à l’air libre dans mon cabinet de travail, elles avaient alors environ
- 1 décimètre de longueur. A chaque pas on manquait d’en écraser, on en trouvait partout, dans la salle à manger, la cuisine, le salon, la chambre à coucher, les armoires, et jusque dans les lits.
- Le plus grand nombre filent des cocons dont le volume et la couleur sont assez variables. Les uns sont fusifor-mes, d’un tissu serré, durs, adhérents dans toute leur longueur aux branches et aux feuilles. Les autres de forme moins régulière ont été confectionnés entre des feuilles plus écartées. Il y en a d’énormes, la ligure ci-jointe en représente un de taille moyenne. Dans les deux cas, le cocon est formé d’une double enveloppe, et l’on assure que pour le rendement de la soie les premiers sont très supérieurs. Ces cocons sont ord inaire m e nt d'un brun ferrugineux. Au moment où ils viennent d’être filés ils sont blanc nacré.
- La soie est très forte, on assure qu’en la tirant des filières, au moment où la
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- chenille com-
- Fig. 2. — Attacus cecropia. — Cocon et Papillor.
- mence à filer, comme cela se pratique pour certains vers à soie
- malades (fils de Florence), on obtient un fil gros et solide qui est, parait-il, excellent pour la fabrication des lignes de pêche.
- La chrysalide est noirâtre comme celle de tous les grands bombyx, et passe l’hiver dans le cocon. Le papillon qui en sort au mois de mai n’a qu’une
- génération par an, et mesure environ 14 centimètres d’envergure.
- Il me suffira, pour en donner une idée exacte, d’ajouter à la figure ci-dessous (fig. 2) quelques indications de couleur.
- Les quatre ailes sont gris-foncé en dessus avec la bande transversale blanche ou jaune d’ocre clair en dedans, et d'un rouge bri-que vif en dehors. Les lunules sont d’un blanc-jaunâtre au centre , rouges au pourtour et bordées d’un filet noir. L’angle apical des supérieures porte une tache noire ovale, entrecoupée par un demi-cercle fin bleu-cendré; au-dessus de cette tache, on voit une ligne si-nueuse blanche sur laquelle s’appuient des taches carminées diffuses, et en haut presque sur la côte, existe encore une petite tache noire presque triangulaire. Les bandes et lignes margina-les sont d’un gris-jaunâtre.
- Les antennes bipectinnées dans les deux sexes sont presque noires, beaucoup plus larges chez le mâle que chez la femelle, les yeux sont bruns,
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- le corselet rouge,
- avec un collier blanc ou jaunâtre clair, et les pattes rouges avec les
- crochets noirs.
- L’abdomen est fort joli, présentant pour chaque sexe les différences de forme qu’on observe ordinairement chez les bombyx. Chacun de ses anneaux porte une bande rouge et une bande blanche séparées par un filet noir, excepté le premier qui est
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- entièrement rouge elle dernier qui est gris parsemé de poils rouges et noirs.
- Sur les côtés de cet abdomen se trouve une rangée de belles taches rouges entourées de brun-foncé, et en dessous les anneaux sont bordés de blanc avec une série de taches rouges entourées de noir.
- Nous pensons que l’espèce s’acclimatera facilement en France, parce que dans les conditions où nous l’avons élevée pour la première fois, l’éducation n’a présenté aucune difficulté. Il est vrai de dire que les chenilles étaient placées dans une pièce exposée au Midi, où le soleil venait les visiter tous les jours pendant plusieurs heures, et dont les fenêtres restaient ouvertes jour et nuit. Cette circonstance paraît être une des plus favorables conditions de succès.
- Nous les avons nourries avec diverses espèces de prunier. Elles ont aussi mangé les feuilles d’autres arbres fruitiers, mais elles revenaient toujours au prunier quand elles avaient le choix, et semblaient même préférer le prunier sauvage, c’est-à-dire non greffé.
- Nous ajouterons que cette année même, nous avons élevé avec un plein succès la deuxième génération de cette espèce.
- A. L. Clément,
- Membre de la Société entomologique de France; et lauréat de la Société d’acclimatation.
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- EXÉCUTION
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- CHEMIN DE FER TRANSSAHARIEN d’après M. LE CAPITAINE BORDIER.
- Le journal la Nature a initié ses lecteurs, au début du semestre actuel, au grand et patriotique projet par lequel M. Duponchel, ingénieur en chef des ponts et chaussées de l’Hérault, cherche à doter notre pays de Nouvelles Indes, en joignant par un chemin de fer notre colonie algérienne aux plateaux du centre de Soudan. M. A. Du-ponchel, dans son livre sur le chemin de fer transsaharien, a réfuté les diverses objections qui lui étaient faites sur la nature du sol, le prétendu manque d’eau et l’hostilité des indigènes.
- On comprend que l’exécution première de ce projet doit être une œuvre essentiellement militaire. Ce sont les moyens pratiques qui ont été développés, avec beaucoup de talent et l’accent d’une conviction ardente, par M. Bordier, capitaine au 81e régiment d’infanterie. M. Bordier était mieux que personne en état de traiter cette question au Congrès des Sociétés savantes de 1879, à la Sorbonne, car le service militaire l’a retenu vingt ans en Algérie et au Sénégal. Il a cherché les moyens de construire ce chemin de fer transsharien et de le doter d’un personnel aussi restreint que possible, mais possédant toutes les qualités nécessaires pour construire, exploiter et défendre la voie ferrée. Comme l’a très bien dit M. Bordier, la force militaire devra être uniquement protectrice et non agressive.
- Il faudra construire d’abord, non pas la voie, mais des
- stations fortifiées servant de dépôt de matériel, avant d’exécuter la voie elle-même, qui se formera par tronçons successifs de 20 à 25 kilomètres, d’Alger jusqu’au Niger. Ils seront immédiatement livrés à la circulation et exploités, à mesure de leur construction. A chaque station sera un comptoir commercial destiné à se mettre en rapport avec les populations et rien que le transport de l’alfa et surtout du sel, denrée d’un immense commerce avec l’intérieur de l’Afrique, donnera une rémunération suffisante. Des détachements militaires resteront dans ces stations-redoutes, qui seront reliées par des fils télégraphiques , et des puits seront forés d’une station à l’autre.
- Le point capital du système d’exécution du capitaine Bordier, c’est le personnel. Il sera de deux sortes, l’un temporaire, pour la confection de la voie, l’autre permanent. Le premier sera pris dans les condamnés militaires. Le personnel permanent ou d’exploitation sera pris dans un corps militaire dit des Guides-sahariens recruté dans cette catégorie assez nombreuse de l’armée d’Afrique, qu’on peut nommer les déclassés de l’armée régulière et qu’un écrivain contemporain a baptisés du nom pittoresque de Bohèmes du drapeau. Ce sont les soldats des compagnies de discipline, les chasseurs des bataillons d'infanterie légère d’Afrique, et, dans une certaine mesure, les condamnés militaires libérés.
- I Ces gens, rebelles à la vie de la caserne, réfractaires aux minuties du service journalier, sont des hommes d’énergie et d’action, esprits aventureux et hardis, où l'on prendra le personnel des chefs de gare, mécaniciens, chauffeurs, aiguilleurs, télégraphistes, ouvriers d’art et de métiers de toute catégorie. En outre, et ce point importe, ces Guides-sahariens ne coûteront que 1 fr. 50 par jour, prix très inférieur à celui de tout ouvrier civil.
- A ce contingent, chargé de la partie intelligente de la mission, seront adjoints des auxiliaires indigènes, auxquels le rôle spécialement militaire, la garde des postes et la surveillance de la voie, sera plus spécialement réservé. Ils pourront également servir d’hommes d’équipe pour le chargement et le déchargement des wagons, la manipulation des marchandises, etc. Le noyau du contingent indigène sera formé avec les tirailleurs ou turcos et les spahis et il sera grossi, au fur et à mesure des besoins, par un recrutement sur place. Fort au début de trois à quatre cents hommes, l’effectif des Guides-sahariens augmenterait progressivement, en raison directe de l’avancement de la ligne ferrée et de la nécessité de laisser de petits détachements dans les stations-redoutes, pour assurer le service des trains. Il serait formé de fantassins, de cavaliers, de chameliers et d’artilleurs. Son rôle, au moment de la construction de la voie, est facile à déterminer, dès que cette voie sortira de la zone protégée de la colonie. Les Guides-sahariens seront alors fractionnés en quelques groupes, chacun de soixante à cent hommes au maximum, qui précéderont de 25 à 30 lieues les travailleurs de la ligne ferrée.
- Le capitaine Bordier a terminé sa chaleureuse communication, qui complète sur un point important le projet Duponchel, en demandant le concours des ministres de la guerre et de la marine et des capitalistes, n’ambitionnant pour lui que la gloire de marcher à l’avant-garde des Guides-sahariens, et de planter le drapeau national sur les bords du mystérieux Dioli-Ba.
- Maurice Girard.
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- compagnies font exécuter en ce moment des travaux importants dans un grand nombre de rues et d’avenues afin d’étendre leurs lignes. Entre Greenwich Street et Broadway, le Metropolitan s’est rendu acquéreur de blocs de 1 maisons d’une valeur d’environ 6 millions de francs pour y établir des remises et des ateliers de réparation; il doit pousser son chemin de manière à entourer la 8e avenue jusqu’à Kingsbridge. D’après le rapport que vient de publier le New-York Elevated, le nombre des voyageurs transportés en 1878 par cette ligne a été de 10 079625, ainsi répartis : premier trimestre, 932 581, deuxième trimestre, 983 833; troisième trimestre, 2 075107; quatrième trimestre, 6 088 625. La voie entière, dont le développement actuel est de 27 milles, a été achevée jusqu’à Harlem le 30 décembre dernier. Lorsqu’on aura construit l’extension de Chatam square à City Hall, elle aura une longueur totale de 38 milles, c’est-à-dire d’une douzaine de lieues anciennes. Les riverains de ces chemins de fer aériens continuent à se plaindre d’un voisinage qu’ils déclarent très incommode. Ceux qui ont des magasins le long de la voie prétendent qu’on n’entre plus chez eux et demandent, en conséquence, des indemnités. Tous élèvent des plaintes contre le bruit, la fumée et les flammèches qui les exposent aux incendies. A la suite de procès qui leur ont été intentés devant la Superior Court, les compagnies ont dû chercher par tous les moyens possi-blés à remédier à ces inconvénients. C’est ainsi que, pour amortir le bruit occasionné par le passage des trains, on a imaginé de placer le long de la voie des pièces de bois recouvertes de feutre, et d'appliquer également des bandes de feutre à certaines parties des essieux et des roues. Ce système diminue sensiblement les vibrations et parait donner quelque satisfaction au public.
- Clous en acier. — MM. John Beathers and Cie, de Middlesbroow, fabriquent des pointes d’acier, qui, à peu près du même prix que les pointes de fer, leur sont supérieures quant à la qualité. Bien qu’elles puissent sans aucune altération être pliées et redressées à froid, elles entrent sans se courber dans les bois les plus durs. Elles sont entièrement faites par des procédés mécaniques et leur forme ne laisse rien à désirer.
- Une horloge merveilleuse. — Le Times annonce que dans la ville de Détroit (Michigan), on a exposé une horloge qui l’emporte en complication et en intérêt sur la fameuse horloge de Strasbourg. Elle a 18 pieds de haut et elle est enfermée dans une caisse de noyer noir soigneusement sculpté et orné. Le personnage qui domine au sommet représente la Liberté, placée au-dessus d’un dais qui abrite la tête de Washington assis sur un dôme de marbre. Le dais est supporté par des colonnes de chaque côté. Aux quatre coins de l’horloge, au-dessous et dans des niches, sont quatre statues représentant l’Enfance, la Jeunesse, l’Age mùr et la Vieillesse tenant chacune une cloche d’une main et un marteau de l’autre. Les niches sont remplies par des anges portant des torches allumées, et au centre est placé la figure du Temps. Au quart d’heure, l’enfant frappe sur sa clochette ; aux demies, le jeune homme tape sur son instrument, dont le son est plus énergique; aux trois quarts, c’est le tour de l’homme fait, et aux heures, le vieillard. A ce moment, le Temps sonne l’heure, tandis que deux petites statues ouvrent les portes entre les colonnes des deux côtés de Washington, et une procession des présidents des États-Unis défile. Washington salue au passage chaque président qui, de son côté, lui rend son salut. Ils rentrent par la porte de l’autre côté qui se referme sur
- CHRONIQUE
- La machine parlante de M. Faber. — M. Fa-ber s’est proposé de construire une machine réellement parlante, c’est-à-dire produisant les sons et les articulations, et, pour arriver à ce résultat, il a imité, au moins d’une manière générale, les organes de la phonation.
- La machine se compose essentiellement de trois parties :
- 1° La soufflerie ;
- 2° L’appareil producteur du son ;
- 3° L’appareil articulant.
- 1. Nous n’avons rien de particulier à dire de la soufflerie, qui est destinée à envoyer un courant d’air dans le larynx. 2. L’appareil, producteur du son, le larynx, est une anche en ivoire dont on peut faire varier, dans une certaine limite, la longueur, de manière à changer la hauteur du son produit. On peut regretter que M. Faber n’ait pas cherché à employer un système d’anches mem. braneuses qui rapprocherait davantage la machine de la réalité. 3. L’appareil articulant comprend une partie destinée à produire les voyelles et une partie pour la production des consonnes. Les voyelles sont dues au passage de l’air à travers des ouvertures de diverses formes, pratiquées dans des diaphragmes qui viennent successivement se placer sur le passage du courant d’air sous l’action de leviers mus par des touches; de plus, une cavité spéciale, qui peut être mise en communication avec la précédente est destinée à produire les sons nasaux : la communication se produit à volonté par un levier spécial. Les consonnes sont dues à l’action de pièces dont le fonctionnement est très analogue à celui des lèvres, des dents et de la langue. Un moulinet spécial produit le ronflement de l’R. Toutes ces pièces et tous ces organes sont mis en mouvement par quatorze touches qui sont très ingénieusement disposées, de manière à faire agir avec l’intensité convenable et dans l’ordre nécessaire les organes destinés à produire une syllabe. Le nombre de quatorze touches est suffisant, parce que, à l’aide de touches accessoires, on peut faire varier le caractère d’une consonne du fort au faible, etc. La parole de la machine est nécessairement monotone; ajoutons qu’elle n’est pas parfaite : certains sons produisent un meilleur effet que d’autres; cependant, en général, on comprend les mots et les phrases prononcés. Certes, on ne peut penser à comparer les sons ainsi produits avec les intonations si variées de la voix humaine; cette machine, indépendamment des perfectionnements qu’elle pourra recevoir, n’en est pas moins intéressante, en ce quelle montre nettement le mécanisme de la phonation, qui a pu être reproduite ainsi artificiellement et, par conséquent, obéit absolument aux lois de l’acoustique1.
- C. M. GARIEL.
- Les chemins de fer aériens de New-York. — Le réseau des voies ferrées aériennes de New-York* se complète chaque jour. Des railways, construits au-dessus des rues, sur des colonnes ou piliers métalliques, sont actuellement au nombre de deux : le Metropolitan Eleva-ted railroad et le New-Yord Elevaled railroad. Ils partent du même endroit, c’est-à-dire de la Batterie, point le plus méridional de l’ile de Manhattan, et vont aboutir à son extrémité septentrionale, à Harlem River. Les deux
- 1 Extrait du Journal de Physique.
- 1 Voy. la Nature (6e année 1878, ‘2e semestre, p. 161}.
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- LA NATURE.
- le dernier personnage du cortège. Pendant le défilé, l’horloge exécute des airs de musique. Le mécanisme indique aussi d’une manière correcte le mouvement des planètes autour du soleil, en y comprenant Mercure, dont la révolution s’accomplit en 88 jours; Vénus, 224 jours; Mars, 686 jours; Vesta, 1 327 jours; Junon, 1 593 jours; Gérès, 1681 jours; Jupiter, 4332 jours; Saturne, 29 ans, et Uranus, 84 ans. Il y a des cartouches indiquant l’heure de toutes les capitales importantes, les jours, les semaines, les mois, l’année, la saison, les phases de la Lune, etc.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 septembre 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Séance de quelques minutes occupée par l'indicalion de quelques pièces de correspondance, pour le dépouille- j ment de laquelle M. Péligot prête obligemment son con- | cours à M. Bertrand encore convalescent de la maladie I qui l’a tenu, pendant quelques semaines, éloigné de | l’Académie.
- Immunité de certaines variétés de l’espèce ovine tou- | chant l'infection charbonneuse. Tel est le sujet d’un important mémoire de M. le professeur Chauveau, de Lyon. | Dès 1872, l’auteur avait constaté que le sang de rate peut être impunément inoculé à de certains moulons ; | mais le fait avait besoin d’être confirmé et plus ample- | ment étudié. La confirmation est, comme on va le voir, | aussi complète qu’on puisse le désirer. Il parait que d’Alger arrive maintenant à Lyon un grand nombre de moutons destinés à l’alimentation de cette ville. Or, M. Chauveau vient de constater qu’aucun mouton de celte provenance ne contt acte l’infection charbonneuse. L’importance de cette constatation, quant à la science, à l’hygiène et à l’économie domestique, n’a pas besoin d’être mise en relief. M. Chauveau ne doute pas que les conditions de cette immunité ne soient de nature à être réalisées expérimentalement et que, par suite, le privilège dont jouissent actuellement les races algériennes ne puisse être communiqué à toute l’espèce ovine.
- Des Mémoires de M. Schelzer, professeur à Lauzanne, sur le rôle des insectes dans la fécondation de Yarum crinitum, de M. Cauvy, professeur à Montpellier, et d’un délégué de l’Académie dans la guerre au Phylloxéra, sur les conditions dans lesquelles se fait la réinvasion de l’insecte dans les vignobles qu’on en avait cru entièrement débarrassés; de M. Paul Caylus, chef de bataillon d'infan-terié, sur l’introduction de la lumière électrique dans les travaux des mines au lieu et place de la lampe Davy ; enfin de M. Garrigou sur les sources minérales françaises qui renferment du mercure, complètent la correspondance.
- M. Daubrée, président, annonce l’heureuse, et on peut dire la triomphante arrivée de M. Nordenskïold à Yokohama. L’événement était déjà connu par les journaux, mais il était nécessaire qu’il fut officiellement communiqué à l’Académie et que la satisfaction que ce grand corps en éprouve, fut exprimée par une voix autorisée; chose dont l’honorable président s’acquitte avec un grand bonheur d’expression.
- La séance est levée à trois heures vingt minutes.
- Stanislas Meunier.
- LAMPE RÉVEIL-MATIN
- Le petit appareil représenté ci-dessous et que nous empruntons au Scientific American, nous montre à quel point les Américains sont doués de sens pratique jusque dans les moindres détails de la vie. Un réveil-matin ordinaire est surmonté d’une lampe à pétrole portant un petit brûleur qui reste allumé toute la nuit et qui sert de veilleuse. Le réveil-matin porte un petit index (représenté en
- l ampe réveil-matin
- pointillé sur la figure) que l’on dispose sur l’heure à laquelle on veut être réveillé. Ce petit index est relié au mouvement de telle sorte qu’à l’heure fixée il vient déclancher une tige verticale représentée sur la droite de la figure. Cette tige sollicitée par un ressort porte une crémaillère qui vient agir sur la vis qui sert à élever la mèche, préalablement abaissée. La mèche ainsi soulevée vient s’allumer au contact du petit brûleur et répand une clarté qui vient ajouter son effet au bruit du carillon pour secouer la paresse du dormeur.
- La lampe réveil-matin que nous signalons, est, paraît-il, très répandue à New-York.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16826. — Typographie A. La hure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 3 2 9. — 20 SEPTEMBRE 18 7 9.
- LA NATURE.
- 1S Ot
- LA STATUE DARAGO
- A PERPIGNAN.
- La statue de François Arago, due au ciseau de M. Mercier, va être inaugurée dimanche 21 septembre à Perpignan,ville natale du grand physicien. En plaçant sous les yeux de nos lecteurs l’œuvre de l’éminent artiste, nous rappellerons les événements principaux qui ont si bien rempli l’existence de celui dont elle doit perpétuer le souvenir.
- Arago (Dominique-François) naquit le 26 février 1786 à Estegel, près de Perpignan. Son père, qui occupait depuis la Révolution l’emploi de caissier de la Monnaie à Perpignan, lui fit faire de bonnes études au collège de cette ville. A l'âge de dix-sept ans, le jeune François fut admis après un brillant examen à l’École polytechni-que. Au sortir de cette école, il fut attaché à l’Observatoire comme secrétaire du Bureau des longitudes, et en 1806 l’empereur, sur la recommandation de Monge, le chargea avec Biot et deux commissaires espagnols, Chaix et Rodriguez, de continuer la grande opération géodésique de Delambre et Mé-chain, pour donner une mesure plus
- W N d
- La statue d’Arago, à Perpignan.
- parfaite de l’arc du méridien terrestre, mesure qui a servi de base au nouveau système métrique.
- Les deux savants français se mirent aussitôt à l’œuvre, en établissant un grand triangle destiné à relier l’île d’Yvice, l’une. des Baléare, à la côte d’Espagne. Ils plantèrent leurs tentes sur le sommet de ce triangle, c’est-à-dire sur une des montagnes les plus élevées de la Catalogne, pour se mettre par des signaux en communication avec Rodriguez, placé sur la montagne de Campuey dans l’île d’Yvice. Exposés à toutes les intempéries, ils
- 7e année. — 2e semestre
- passèrent plusieurs mois de l’hiver dans ces solitudes escarpées. « Souvent, dit Biot, la tempête emportait nos tentes et déplaçait nos stations. Arago, avec une constance infatigable, allait aussitôt les rétablir ne se donnant pour cela de repos ni jour ni nuit’. » En avril 1807, les opérations principales furent terminées. Biot empressé d’arriver par le calcul au résultat définitif, partit pour Paris. Arago allait seul achever les travaux commencés lorsque la guerre éclata entre l’Espagne et la France. Le jeune et intrépide savant revit le sol natal en 1809. L’Académie des sciences, pour le récompenser de tant de labeurs, le reçut dans son sein, contrairement à ses règlements, car il n’avait alors que vingt-trois ans. Il fut en même temps nommé professeur à l’École polytechnique. Ce fut Là que le collègue de Laplace et de Monge enseigna l’analyse et la géodésie pendant plus de vingt ans.
- Dès 1830, Arago devint homme politique ; il entra à la Chambre comme député des Pyrénées-Orientales et s’assit à l’extrême gauche, entre Laffitte et Dupont de l’Eure.
- Vers le déclin de sa vie, Arago joua un rôle actif dans la Révolution de 1818. Membre du gouvernement provisoire, ministre de la guerre
- et de la marine, il fut choisi par l’Assemblée constituante pour faire partie de la Commission exécutive. Lors des sanglantes journées de juin, il marcha aux barricades à la tête des troupes.
- Malgré son activité politique, Arago n’a jamais cessé de cultiver les sciences avec une ardeur incomparable; ses découvertes ont été nombreuses; mais il a droit surtout à la reconnaissance pour l’admirable talent avec lequel il a popularisé la
- 1 Biot. Mercure de 1809.
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- LA NATURE.
- science par sa parole éloquente et par ses écrits qui brillent d’un enthousiasme toujours jeune.
- Plusieurs branches de la physique, particulièrement l’optique et l’électro-magnétisme doivent a Arago de notables progrès. Il adopta la théorie de l’ondulation, imagina le polariscope, inventa plusieurs appareils ingénieux pour déterminer avec précision le diamètre des planètes, ajouta de nombreux faits aux notions connues sur 1 électro-magnétisme, découvrit le magnétisme par rotation et enrichit bien d’autres chapitres de la science, de laits importants l.
- Le nom de François Arago restera comme une des gloires scientifiques de la France.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Éléments de physique appliquée à la médecine et à la physiologie ; Optique, par M. A. MOITESSIEN , professeur de physique à la Faculté de médecine de Montpellier2.
- Parmi les phénomènes physiques que l’homme est le plus fréquemment à même d'observer, il n’y en a pas qui se manifestent sous des formes plus variées et sous des apparences plus curieuses que ceux qui se rattachent à la lumière. Le fait que nous possédons un organe spécial susceptible de donner directement des sensations permettant d’établir des comparaisons, est certainement une des raisons principales de l’intérêt que nous portons aux phénomènes lumineux : les phénomènes électriques et magnétiques, si curieux dans leurs effets multiples, n’intéressent réellement que les personnes qui ont étudié les questions qui s’y rattachent : nous n’avons pas connaissance de ces phénomènes directement, mais nous concevons leur existence, de seconde main, pour ainsi dire, par l’observation d’effets caloriques, chimiques, etc., qui se manifestent directement à nous. Aussi nous croyons qu’un livre dans lequel les phénomènes lumineux sont présentés dans leur ensemble, quoique d’une manière élémentaire, est appelé à un succès réel : ce livre, c’est précisément, pensons-nous, celui dont le titre est inscrit en têle de cet article et, bien que l’auteur l’ait fait plus spécialement en vue des applications aux sciences médicales, il n’est pas tellement écrit pour les médecins ou les étudiants qu'il ne puisse être lu facilement et avec intérêt par tout le monde. M. le professeur Moitessier a disposé les matières dans un ordre méthodique (sauf quelques restrictions sans grande importance, qu’il y aurait lieu défaire à cet égard, croyons-nous), ses descriptions sont claires, les déductions sont logiques, à peine quelques formules sont-elles données et encore, le plus souvent, leur lecture n'est pas indispensable : l’auteur, par cette précaution, s’est privé certainement de la possibilité de donner plus complètement quelques développements, quelques généralisations : mais il sait que les étudiants en médecine sont presque absolument rebelles aux calculs même élémentaires et que lorsque l’on parle ou que l’on écrit spécialement pour eux, il fut de toute nécessité se soumettre à cette condition.
- 1 Voy. Biographie générale de Firmin Didot.
- 2 1 vol. in-18, 600 p. et 177 figures dans le texte. Paris, G. Masson, 1870.
- Mais un livre écrit dans cet esprit, qui ne pourrait être utile ni pour le baccalauréat, ni pour la licence, ce qu’il ne cherche pas d’ailleurs, présente l’avantage de pouvoir être lu par tous ceux qui ont conservé de leurs études classiques des notions générales au point de vue scientifique.
- L'Optique de M. Moitessier n’est pas une simple paraphrase des chapitres d’optique des traités élémentaires classiques adoptés pour l’usage des étudiants en médecine et des gens du monde : cet ouvrage, outre quelques parties spéciales comme celles qui se rapportent à l'œil et à la vision, comprend un résumé des principaux points qui appartiennent à ce que l’on appelle V optique physique et qui peuvent seuls nous fournir sur la nature de la lumière des renseignements que nous ne pouvons déduire de l’optique géométrique : les interférences, la diffraction, les phénomènes variés se rattachant à la polarisation, sont présentés d’une manière clairement résumée : les curieux effets de phosphorescence que M. Becquerel a étudiés avec son phosphoroscope sont signalés ainsi que ceux que l’on désigne sous le nom de fluorescence.
- Dans un autre ordre d’idées, l'étude du spectre solaire est indiquée complètement au moins dans ses traits généraux : le spectroscope qui est devenu un précieux instrument d’analyse et d’investigation est décrit avec soin ; les soins à apporter dans son emploi, les résultats principaux auxquels il a déjà conduits et qui en même temps qu’ils nous renseignent sur la composition intime de notre globe, nous font connaître la constitution des astres, soleil et étoiles, sont donnés d’une manière intéressante.
- Dans la partie classique même, dans l’optique géométrique, M. Moitessier a étendu certains points et, ne se bornant pas à des constructions géométriques, a présenté la question au vrai point de vue physique : nous signalerons, par exemple, le chapitre du microscope qui contient le minimum des connaissances que doit posséder toute personne qui, pour une cause quelconque, regarde, dans un microscope. L’intéressante application de la photographie à la reproduction des images microscopiques, est également indiquée avec quelques détails. On peut voir par ce rapide compte rendu l’esprit dans lequel est fait cet ouvrage qui est le premier d’une série dans laquelle M. Moitessier promet de donner successivement les diverses parties de la physique en autant de monographies distinctes. Si nous ajoutons que l’édition est très soignée et digne des autres ouvrages de la Bibliothèque Diamant, que l’impression est nette, que les gravures sont bien faites et bien tirées, que le format et la reliure sont élégants et commodes nous aurons énuméré les conditions matérielles qui jointes au mérite même de l’ouvrage, expliquent le succès que nous croyons pouvoir promettre à ce livre.
- C. M. GARIEL.
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- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE.
- (Suite. - Voy. p. 54, 86, 218 et 234.)
- Il n’est pas rare de trouver des Hydres qui portent deux, trois, quatre ou cinq petits à différents degrés de développement. La tendance à former des colonies s’accuse donc d’une façon assez nette chez nos intéressants Polypes; on n’a pas
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- LA NATURE.
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- trouvé cependant d’Hydre vivant à l’état de liberté qui portât plus de sept jeunes, ce qui est déjà respectable. En entretenant des Polypes en captivité, il est possible d'aller beaucoup plus loin et de se rendre compte en même temps des causes qui peuvent in-Huer sur l’activité de la génération des Polypes. Plus un Polype est maintenu à une chaude température, plus sa nourriture est abondante et plus sont nombreux les petits qu’il est capable de produire dans un temps donné, plus est considérable la durée de leur union avec la mère. Cela s’explique sans peine : la chaleur et l’abondance de nourri -ture surexcitent toujours l’activité vitale, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, dans ces conditions, les petits deviennent plus nombreux. Le manque de nourriture doit aussi forcer les jeunes à abandonner leur mère dès qu’ils sont capables de se suffire. Us vont donc, pour leur propre compte, chercher une région plus plantureuse : quand deux commerçants ne font pas leurs affaires dans la contrée qu’ils exploitent, l’un cède la place à l’autre et va s’établir ailleurs; c’est la vie de tous les jours. Mais si la nourriture abonde, les individus provenant de diverses générations n’ont plus de raison de se séparer aussi vite; ils demeurent unis, et Trembley a pu obtenir de la sorte une Hydre qui ne portait pas moins de dix-neuf petits appartenant à trois générations différentes (fig. 1, n° 1). C’était bien une véritable colonie dont il aurait été intéressant de suivre la destinée ultérieure.
- Ainsi l’Hydre d’eau douce nous fait assister au passage de la vie solitaire à la vie sociale. Il suffit d’un peu de bien-être pour que l’individu ne se sépare pas de ses semblables, pour que la société se fonde. L’homme en pareil cas n’agit pas autrement que la nature. Quand son domaine peut nourrir sa famille, il ne se sépare [tas de ses enfants bien que les liens qui l’unissent à eux soient heureusement moins réels que ceux qui unissent l’Hydre à sa progéniture. Quand le domaine est trop petit ou trop pauvre, les enfants émigrent; le chef de famille reste seul.
- Les Hydres d’eau douce n’arrivent jamais cependant à former des colonies bien nombreuses; mais ce qu’elles ne réalisent qu’imparfaitement, d’autres espèces le réalisent, au contraire, d’une façon complète. Après avoir vu la tendance à la vie sociale se manifester d’une façon aussi nette chez l’Hydre, on ne sera pas étonné de voir la vie en commun devenir l’état normal. C’est surtout chez les espèces marines, en général plus abondamment pourvues de nourriture, vivant au milieu de conditions d’existence plus constantes que la colonie se présente le mode ordinaire d’existence. Les Polypes forment alors des touffes arborescentes, souvent volumi neuses, semblables à des pieds de Mousses ou à des Algues; en même temps que se développe, pour protéger la colonie et la soutenir, un étui de consistance cornée, le Polypier. On a signalé cependant dans quelques-uns des cours d’eau
- de l’Europe un Polype voisin des Hydres, le Cordy-lophora lacustris (fig. 2), remarquable en ce qu’il vit toujours en colonies arborescentes et en ce qu’il possède un Polypier corné tout comme les Polypes hydraires marins. J’ai signalé cet animal en 1874, dans les bassins souterrains du Jardin des Plantes, c’était la première fois qu’on le rencontrait en France. Ses colonies formaient de petites touffes sur les coquilles de la Dreyssena polymorpha, sorte de moule qui envahit depuis peu nos cours d’eau, cheminant de l'est à l’ouest et qui parait avoir été primitivement, elle aussi, un type semi-marin. La Dreyssena semble porter le Cordylophora avec elle partout où elle arrive, de sorte qu’on peut se demander si l’on n’est pas en présence d’une immigration graduelle dans les eaux douces d’ani -maux primitivement marins, que l’on retrouve encore dans les eaux saumâtres de la Baltique ou de l’embouchure des fleuves, et qui ont peu à peu remonté ceux-ci jusqu’au centre des continents pour se répandre ensuite dans les ruisseaux, voire même dans les simples conduites d’eau des villes où la Dreyssena est fréquemment devenue un sérieux embarras.
- Outre son habitude de former des colonies, le Cordylophora se distingue nettement des Hydres par sa taille un peu plus petite et par la disposition de ses bras qui, au lieu d’être disposés en couronne à peu près régulière, sont épars à la surface du corps lequel présente la forme générale d’une massue.
- La disposition des bras en couronne n’est pas du reste un caractère absolu des Hydres. Ces bras poussent assez souvent tantôt un peu plus haut, tantôt un peu plus bas, quelquefois tout à fait loin de la bouche, vers le milieu du corps, par exemple. Dans ce cas, ils se produisent parfois fort lard et d’une façon toute particulière Sur le corps du Polype naît une bosselure qui semble d’abord être le premier rudiment d’un jeune. Cette bosselure grandit, puis un petit tubercule apparaît à son sommet, s’effile et se transforme en un véritable bras auquel la bosselure forme une base conique élargie. Puis cette base se résorbe et le bras persiste, mais à une place anormale. On serait tenté de dire que ce bras représente à lui seul une Hydre avortée et d’assimiler chaque bras d’une Hydre à un individu; mais précisément Trembley n’a jamais réussi à faire transformer en Hydre un bras isolé. Nous verrons cependant chez certains Hydraires marins que les bras peuvent tout aussi bien que les autres parties du corps se transformer en individus et ces individus présentent même une importance toute particulière : ce sont, en effet, les individus reproducteurs, les individus sexués,doués d’une organisation bien plus élevée que celle de l’Hydre elle-même , capables de nager, d’atteindre même une assez grande taille ; tout le monde connaît bien ces individus reproducteurs, ce sont les Méduses dont nous expliquerons prochainement la parenté avec les Hydres.
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- LA NATURE.
- Les Hydres d’eau douce, les Cordylophora, en dehors du mode de reproduction que nous venons de décrire peuvent, en effet, se reproduire par voie de général ion sexuée, c’est-à-dire au moyen d’œufs qui doivent être fécondés pour se développer. Vers la fin de la belle saison il se produit sur les Hydres (fig. I), comme dans les colonies de Cordylophora (fig. 2), des excroissances qui ressemblent tout à fait d’abord à de jeunes Polypes en voie de formation et occupent exactement la place où se produisent habituellement ces derniers. Mais au lieu de
- pide des Polypes marins nous prouvera que ces organes sont en réalité des individus modifiés en vue de la reproduction. Ces nouveaux pas que va faire la nature dans la complication des êtres et qui consiste dans la production d'organes chargés d’accomplir des fonctions spéciales, elle le fait donc en choisissant dans les colonies des individus qu’elle transforme de manière à les rendre plus aptes que leurs frères à l’accomplissement de ces fonctions. Aussi la distinction entre l’organe et l’individu est-elle d’abord difficile à établir; bientôt cependant
- Fig. 1. — REPRODUCTION DES HYDRES. — 1. Hydre grise abondamment nourrie en captivité et ayant produit une colonie de dix-neuf petits. — 2. Hydre portant un petit. — 5 Hydre pêchée dans une eau exceptionnellement riche eu Infusoires et petits Crustacés, et parvenue au maximum ordinaire de fécondité.
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- Fig. 2. - HYDRAIRES D’EAU DOUCE. - 1. Colonie de Cordylo-phora lacustris montrant les individus nourriciers et les indi-
- vidus reproducteurs. — Dans l’un des deux, les jeunes larves (Planules) ont acquis leur complet développement et s’échappent. — 2, 3. Planules ou Larves de Cordylophora à deux états de contraction différents. (Grossissement 30 fois environ.)
- pousser des bras et de se creuser d’une bouche, ces excroissances se transforment en petits sacs sphériques et l’on voit apparaître dans les uns des œufs, dans les autres les éléments caractéristiques du sexe mâle. Les premiers de ces sacs sont des ovaires, les autres des glandes génératrices mâles ; ce sont par conséquent des organes, au sens ordinaire de ce mot. Mais leur position tout extérieure est bien différente de la position habituelle de ces organes chez les autres animaux, leur mode de formation ressemble d’autre part d’une façon bien frappante à celle des polypes eux-mêmes. En fait, l’étude ra
- ie caractère personnel de l’organe s'efface; mais à mesure que chacun des membres de la colonie cède de sa personnalité, se dévoue plus exclusivement à sa tâche, à mesure que grandit la division du travail, grandit et se développe à son tour une personnalité nouvelle, plus active et plus puissante, la personnalité même de la colonie, qui devient à son tour l'individu.
- Edmond Perrier,
- Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
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- L’HISTOIRE DES PHARES D'EDDYSTONE
- Les Anglais viennent de poser les fondations d’un nouveau phare sur un des rochers d’Eddystone, si connus par les tempêtes qui s’y déchaînent. Le prince de Galles et le duc d’Edimbourg ont inauguré les travaux de cet important monument, dans les derniers jours du mois dernier. Nous retracerons à ce propos la curieuse et dramatique histoire des phares d’Eddystone, qui a si souvent inspiré les poètes et les romanciers.
- Le premier phare d’Eddystone a été construit à la fin du siècle dernier, par le plus grand excentrique de son temps, HenriEWistanley.
- Avant de songer à élever un phare à Eddystone, Wistanley s’était distingué par un talent de mystificateur scientifique qui faisait de sa résidence du comté d’Essex un séjour de merveille et de surprises. On glissait son pied dans une pantoufle en se déshabillant, et un spectre se dressait devant vous. Un fauteuil ouvrait ses bras, mais malheur à vous si vous aviez la mauvaise idée d'en user, ces bras vous retenaient jusqu’à ce qu’on fût venu vous délivrer en poussant un ressort caché. On cherchait l’ombrage d’un berceau, et l’on se trouvait dans une nacelle au milieu d’un étang, etc.
- C’était en 1696, époque où bien des gens croyaient encore qu’une vieille femme pouvait faire naître une tempête avec quelques mots de gri-
- Haute Mer
- BasseM
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- 1696-1703
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- 1879
- Les phares d’Eddystone depuis 1696 jusqu'à nos jours.
- moire. En érigeant son phare, Wistanley, qui était sans doute un esprit fort, prétendait, sinon combattre la tempête, du moins soustraire les navires à ses effets. Il se mit donc bravement à l’œuvre et parvint à élever un monument qui se ressentit naturellement des goûts singuliers de l’architecte. C’était quelque chose de fort extraordinaire et qui, avec ses galeries découvertes et ses grues en saillie, ressemblait assez à une pagode chinoise ou à ces belvédères que l’on voit de nos jours dans les jardins publics des faubourgs de Londres. Une gravure du temps, exécutée par Wistanley, et que nous reproduisons (Voy. ci-dessus), le représente lui-même se livrant du haut d’une fenêtre aux innocents plaisirs de la pêche à la ligne. Cette maison, toute chargée de devises et d’inscriptions, hérissée d’ornements fantastiques, n’avait qu’un défaut, elle n’était point solide. Wistanley, persuadé d’avoir
- réussi, n’en déliait pas moins la tempête. « Soufflez, vents! l’entendait-on s’écrier en des accents de témérité lyrique, révolte-toi, mer, déchaînez-vous, éléments, et venez mettre à l’épreuve mon ouvrage! » La tempête ne se fit pas trop prier. Le 26 novembre 1705, Wistanley s’était rendu dans sa tour pour y faire quelques réparations. Il survint pendant la nuit un effroyable orage qui engloutit tout, et l’œuvre et l’ouvrier.
- Les chroniqueurs de l’époque racontent que cet ouragan fut l’un des plus désastreux qui se soient produits. Survenu à onze heures du soir, il dura jusqu’au lendemain sept heures du matin. Parmi les bâtiments qu’il détruisit, il y eut treize navires de guerre montés par 1519 hommes qui périrent en même temps ; le contre-amiral Beaumont fut du nombre. Son navire, la Mary, disparut tout entier dans les sables de Goodwin. Les pertes supportées
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- à Londres furent évaluées à 1 million sterling; pour sa part la ville de Bristol perdit 150000 livres. On fut si profondément ému en Angleterre par cet immense désastre, qu’un jeûne public fut prescrit. Le gouvernement voulut que le salaire dû aux gens de mer morts pendant la tempête fut considéré comme si ces hommes eussent péri dans un combat, et de son côté, la Chambre des communes s’empressa de mettre à la disposition de la reine tous les fonds dont le gouvernement aurait besoin pour réparer les pertes matérielles que la nation avait subies.
- Un fait assez curieux, s’il est vrai, se rattache à la disparition du phare d Eddystone. On rapporte qu’au moment où l’édifice s’écroulait, son modèle, qui était dans la maison de Wistanley, à Littlebury, dans le comté d'Essex, c’est-à-dire à une distance d'environ 200 milles de la côté, fut jeté sur le sol et se brisa.
- La seconde construction élevée sur Eddystone
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- Carte des rochors d’uddystone.
- fut toute différente de la première, ce qui ne lui épargna pas une fin moins tragique. Il est vrai que son architecte, Rudyard, n’était pas beaucoup mieux préparé que Wistanley à bâtir un monument capable de lutter contre les fureurs de la Manche. Pas plus que Wistanley, Rudyard n’était ingénieur. C'était un humble marchand de soieries de Lud-gate-Ilill 1, mais qui avait la vocation. Smeaton, qui s’y connaissait, parle avec admiration de son plan, qui fut réalisé en 1706, avec le seul concours de deux charpentiers et de leurs ouvriers. Comme son prédécesseur, il employa le bois et la pierre disposés par assises.
- Seulement l’ouvrage de Wistanley était plein de coins et de recoins dans lesquels l’eau et le vent pénétraient tout à leur aise, tandis que celui de Rudyard était, au contraire, un petit cône solidement attaché au sol, tout uni et autour duquel la mer et le vent mugissaient sans l’ébranler. Et qui sait? Peut-être durerait-il encore si l’incendie n’avait triomphé au bout de quarante-six ans, de ce qui avait résisté à la colère des tempêtes.
- Comment le feu prit-il à la tour? On l’ignore.
- 1 A narrative of the building and a description of the construction of the Eddystone light house, by J. Smeaton.
- Tout ce qu’on sait, c'est que dans la nuit du 1er novembre 1755, l’un des gardiens étant monté dans la lanterne pour moucher les chandelles, il vit qu’elle était en feu. Il donna aussitôt l’alarme à ses deux camarades, qui ne l’entendirent point d’abord; il chercha à éteindre l’incendie, mais sans résultat. Une pluie de plomb fondu tomba du sommet de la tour sur sa tête, sur ses épaules et jusque dans sa bouche1. Les autres gardiens furent plus heureux, et purent se réfugier sur une chaîne de rochers qui s’élève près de l’écueil et où des pêcheurs, attirés par la lueur des flammes, les trouvèrent le lendemain matin.
- Les fermiers d’Eddystone étaient, à cette époque, animés d’un esprit assez libéral. Les péages cessaient dès que la lumière s’éteignait, et ils ne pouvaient être repris que lorsque la lumière se montrait de nouveau. Il faut ajouter qu’ils eussent été malvenus à réclamer leurs droits en présence des sinistres qu'occasionnait l’absence du fanal. L’intérêt des fermiers était donc de rebâtir le plus promptement possible. Cette fois ils consultèrent le plus habile ingénieur du temps, Smeaton, et sur son avis qu’il fallait reconstruire le phare en granit, ils se soumirent d’eux-mêmes aux retards et au surcroît de dépenses qui devaient en résulter pour eux2.
- Le célèbre phare de Smeaton, érigé en 1757, reste encore intact aujourd’hui. Il est peint en bandes alternativement rouges et blanches, comme on le voit sur notre gravure.
- Le nouveau phare se construit à côté de ce dernier, comme le montre la carte que nous publions ci contre. Cette carte donne la disposition exacte du groupe de rochers dont l’ensemble forme un récif des plus redoutables et contre lequel se sont brisés un grand nombre de navires. Les tempêtes sont là si furieuses, que les phares d’Eddystone ont parfois été entièrement couverts par les vagues. Le nouveau phare n’aura pas moins de 40 mètres de hauteur au-dessus du niveau des eaux de la h ute mer.
- SUR TROIS CAS PARTICULIERS
- DE LA ROTATION D’UN ELLIPSOÏDE
- Première expérience. — Si l’on prend un ellipsoïde de révolution en bois ou en métal, dont les axes sont dans le rapport de 7 à 4 environ, et si on le suspend par fune des extrémités de son grand axe à un cordon auquel on peut transmettre un mouvement de rotation plus ou moins rapide, on observe : qu’au fur et à mesure que cette ro-
- 1 Cet homme mourut douze jours après l’événement, et les médecins trouvèrent dans son estomac un morceau de plomb. Ce fait extraordinaire a été consigné dans les Philosophical transactions of London.
- 2 Nous empruntons ces curieux documents historiques à un intéressant ouvrage de notre collaborateur M. L. Renard : les Phares, 1 vol. in-18, Hachette et Cie.
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- talion est communiquée à l’ellipsoïde, son grand axe s’écarte graduellement de la verticale ; chacune des moitiés de cet axe décrit des surfaces coniques dont l’angle au sommet va croissant jusqu’à devenir presque égal à 180 degrés. A ce moment, le grand axe de l'ellipsoïde se meut dans un plan sensiblement horizontal, et si l’on a eu soin de tracer à la surface de l’ellipsoïde quelques-unes de ses génératrices, on reconnaît à l’inspection de ces courbes que la rotation initiale autour du grand axe a totalement cessé, pour s’effectuer exclusivement autour du petit axe, qui alors coïncide avec la verticale.
- Deuxième expérience. — Si l’on place ce même ellipsoïde sur un plan horizontal, et qu’à l’aide de l’index de la main gauche et du pouce de la main droite appliqués aux extrémités du grand axe, on communique à ce corps deux impulsions symétriques de façon à produire une rotation rapide autour du petit axe, on constate : qu’après une série d’évolutions plus ou moins régulières, le grand axe se relève graduellement et devient vertical ; que la rotation de l’ellipsoïde se fait alors exclusivement autour de cet axe et qu’elle est de même sens que la rotation initiale.
- La coïncidence du grand axe avec la verticale ne dure qu’un instant, il s’écarte presque de suite de cette ligne pour y revenir bientôt, puis s’en écarte de nouveau, eh ainsi de suite; en un mot, il exécute des oscillations de part et d’autre de la verticale, dont le nombre dépend de la vitesse de la rotation initiale. Du reste, ce phénomène se produit d’autant plus vite et persiste d’aulant plus que l’ellipsoïde est plus homogène, et que les impulsions qui lui sont données sont plus énergiques et plus symétriques.
- Troisième expérience. — Enfin, si l’on dépose l'ellip-soïde sur un plan léger, bois ou carton, que l’on tient à la main, et si l’on imprime à ce plan un mouvement de translation circulaire graduellement rapide et autant que possible autour du même centre, on remarque bientôt que les évolutions de l’ellipsoïde débutent par un déplacement circulaire du grand axe, mais en sens contraire du mouvement de translation du plateau. Ce dernier mouvement étant maintenu aussi rapide que possible, le grand axe de l’ellipsoïde se relève peu à peu en exécutant des évolutions plus ou moins excentriques et finit par occuper une position très voisine de la verticale; à ce moment la rotation finale s’effectue exclusivement autour de cet axe, mais aussi en sens contraire du mouvement du plateau, qui doit cesser lorsque le redressement du grand axe est obtenu. On observe également des oscillations du grand axe de part et d’autre de la verticale, comme dans l’expérience précédente.
- Cette troisième expérience demande un peu d’habitude et exige une certaine dextérité que l’exercice fait acquérir bien vite du reste.
- Il est bien entendu que ces expériences ne réussissent qu’autant que les axes principaux d'inertie sont fixes. On en a la preuve en se servant d’un ellipsoïde creux, dans lequel on introduit un peu de grenaille de plomb qui se déplace lors des évolutions qu’il exécute, et empêche les expériences précédentes de réussir. En opérant avec un œuf frais, les résultats sont négatifs : ils sont des plus faciles à obtenir avec un œuf cuit dur.
- Je me borne aujourd’hui à indiquer ces expériences intéressantes, ainsi que la manière de les réaliser, me réservant de donner plus tard, sinon une théorie complète de ces phénomènes, du moins une explication élémentaire satisfaisante. Georges Sire.
- L’AGE DE BRONZE EN SARDAIGNE1
- A 1 0 ou 12 kilomètres environ du petit village de Teti (450 habitants) et au nord-ouest, après la dernière ondulation de la plus grande montagne de l’île, existe une région nommée Abini. Elle comprend un étroit bassin, cultivé, nommé sa badde de sa domo. Là fut autrefois découvert une quantité d’objets antiques.
- Dans le cours de septembre 1864, on mit au jour des statuettes en bronze et autres pièces semblables à celles qu’on avait déjà rencontrées; elles furent acquises par un collectionneur, le chevalier Elisio Timon ; on en parle comme d’une précieuse découverte, et elles furent décrites dans une monographie illustrée, dédiée au professeur Biondelli.
- Stimulés par la connaissance de ces faits, plusieurs terrassiers du village de Teti, guidés par un certain Giuseppe Soddu, travaillaient du côté d'A-bini avec l’espoir de laire quelque bonne trouvaille et de mettre la main sur un trésor. Ces recherches ne furent pas heureuses dans le cours de l’hiver de 1878.
- Cependant, au commencement d’avril, pendant l’arrachement dans une enceinte cyclopéenne d’un vieux tronc d’olivier sauvage, à un peu plus de 1 mètre de profondeur, on trouva une grande olla grossièrement modelée, remplie de terre végétale et qui tomba en pièces sous les coups de pioche; elle était entourée d’une quantité d’objets. Les épées, en grand nombre et de longueur variée (plusieurs ont lm,30), étaient réunies en faisceau par un lien métallique, tandis que les autres objets étaient amassés pêle-mêle, à l’exception des statuettes placées à part. Celles-ci offraient encore à leur base des traces de soudure qui témoignaient qu’elles avaient été arrachées à des piédestaux. Parmi les ustensiles de bronze, il s’en trouvait d’un usage incertain, des disques de cuivre et un de plomb en forme de calotte sphérique; un petit vase de terre cuite fait comme une petite barque; un peson et, enfin, quelques morceaux d’une sorte de résine — que les paysans avaient comparés à l’encens. D’autre part, sous une grande pierre grossièrement équarrie, il y avait un lit de menus fragments de charbon fossile ayant de l’analogie avec du bitume.
- M. le professeur Vivanet eut l’heureuse inspiration de se transporter immédiatement sur les lieux à travers les forêts sombres et sauvages, où les chemins n’existent pas plus qu’aux temps préhistoriques. Le pays d'Abini offre au pied de montagnes couvertes d’anciens bois une étroite et tortueuse vallée,au fond de laquelle court un mince ruisseau. C’est un paysage mélancolique, vraiment triste, où l’imagination populaire s’est plu à placer la demeure des
- 1 Notizie degli scavi di antichità. Luglio, 1878, Roma, p. 244. Les gravures qui accompagnent cette note ont été faites d’après les dessins de M. Crespi, conservateur du Musée de Cagliari.
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- esprits malins. S’il est vrai, comme tout l'indique, que là, durant l'époque du bronze, était un antique et vénérable sanctuaire, il faut avouer qu’il était heureusement situé, à peu de distance du centre de l’île, au pied de la région montagneuse de l’est, et sur un coin de la grande vallée du Tirso. Tous les habitants de la Sardaigne pouvaient aisément y parvenir.
- M. Vivanet put constater d’abord que les fouilles avaient été faites comme par des Vandales, et qu’il était trop tard pour se former une juste idée du plan de l’édifice dans lequel on avait fait la découverte. On pouvait juger, d’après un lambeau encore debout
- du mur cyclopéen, qu’il avait une réelle analogie avec les constructions nuragiques les plus anciennes; la forme se rapprochait d’une ellipse de 25 à 25 mètres en longueur et 20 à 21 mètres en largeur ; probablement deux renflements comme deux mamelles interrompaient à l’extérieur l’arc elliptique, à droite et à gauche d’une entrée tournée vers le levant. Une solide plate-forme, telle qu’en offrent la plupart des nuraghi, avait pour effet d’élever au-dessus du sol tout l’édifice, cône tronqué, d’une grande hauteur peut-être, et qui devait dominer la partie la plus basse de la vallée sacrée.
- Jetant un coup d’œil sur les terrains voisins, on
- Fig. 1. — Objets de bronze découverts à Teti, Sardaigne.
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- remarque une élévation soutenue par des murs égale- | ment cyclopéens (véritable rampe d’arrivée dans la vallée), adossée à un rocher proéminent, qui a l’aspect d’une forteresse naturelle propre à défendre la seule entrée du bassin dit sa badde de sa domo, quand on arrive du Tirso. Non loin du grand nuraghe décrit ci-dessus, en descendant, suivant le cours du torrent, on voit très nettement de nombreuses fondations de forme circulaire, en grosses pierres, base évidente de nuraghi de petite dimension, fort rap prochées et telles qu’on peut imaginer un village des temps préhistoriques.
- Comme il a été dit, l’Abini paraît avoir eu à lage du bronze un temple consacré à quelque divinité inconnue, et les bronzes découverts seraient des offrandes ; ils constituent en définitive la plus
- grande trouvaille qu’on ait faite en Sardaigne. Quant aux petits nuraghi précédemment indiqués, ils auraient été la demeure des prêtres et des pèlerins.
- Les bronzes pèsent 108 kilogrammes. En voici la liste approximative : 1° Vingt-deux statuettes grandes et petites ; 2° six épées (spade) avec deux cerfs gemmellés symétriquement (fig. 1, nosl et 5); 5° trois épées avec deux cerfs et une figurine humaine (fig. 1, n° 2); 4° cent vingt et une épées simples et de dimensions variées; 5° soixante-seize lances et lames de poignard de diverses grandeurs; G0 plusieurs pointes de traits ; 7° bon nombre de tiges (fig. 2, n° 7) ; 8° épingles à cheveux (au milieu de la fig. 1)); 9° poignard avec emmanchure ouvragée; 10° diverses amulettes, talismans pour les guerriers; 11° anneaux en grand nombre, por-
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- tions d'autres armes coniques, manches de poignard (fig. 1,n°5et fig. 2, n° 1), haches et autres objets d’un usage indéterminé; 12° trois objets (manubri) ouvragés, avec et sans figures d’animaux en relief (fig. 1, nos 8 et 9); 15° huit plaques de cuivre; 14° plaque de plomb; 15° un poids de 2k,120; 16° pied humain bien modelé, ayant depuis l’extrémité du talon au bout du pouce, 0,065 ; 17° vases en terre, en forme de petites barques, assez grossièrement faits, probablement coupes à boire.
- Voici maintenant la liste des statuettes : 1° Deux statues avec quatre yeux, quatre bras et deux bou-
- cliers (fig. 2, n° 5) : 2° deux miles cornutus tendant leur arc (fig. 2, n° 5); 5° un autre combattant bien armé; 4° deux autres semblables; 5* statuettes de guerrier habillé du sayon militaire avec poignard, la main gauche armée d’un bâton long et noueux, la droite sur la défensive; 6° un autre miles cornutus avec un bouclier arrondi, la main gauche avec une arme cylindrique terminée en pointe, la droite sur la défensive; 7° guerriers avec savon, la tète couverte d’un chapeau aux larges bords et pointu (fig. 1, n° 4); 8° statuette plus petite ayant sur l’épaule la pianela sacerdotale avec une longue coiffure pointue (fig. 1, no 7); 9° deux statuettes, une de miles cor •
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- Eig. 2. — Objets de bronze découverts à Teti, Sardaigne.
- nutus, a la main gauche armée d’une très longue épée et d’un bouclier; l’autre avec un bonnet penché avec plumet, armée d’un bâton cylindrique pointu, avec un bouclier; toutes deux avec la main droite font le geste de se défendre (fig. 2, n° 4); 10° autre avec une sorte de tutulus en forme de diadème empanaché, avec bâton dans la main gauche, bouclier rond à l’épaule, jambe protégée-par des tibialia (fig. 1, n° 6).
- Les huit restant sont moins’grandes, fort oxydées, incomplètes.
- Tous ceux qui se sont occupés de ces types de statuettes, appelées improprement idoles phéniciennes ou sardo phéniciennes, trouvent qu’elles se groupent en deux catégories. L’une comprend les types rigoureusement archaïques, de composition
- simple, images de l’homme, aussi bien faites que le permettait l’art primitif; l’autre de forme bizarre, fantastique, de structure compliquée, ayant pour objet la représentation d’idées et de croyances religieuses, et se rattachant aux anciens cultes phéniciens.
- Les premières, d’un caractère spécial et déterminé, ont à tous égards une telle empreinte qu’elles semblent sorties d’un seul atelier et comme de la même main. Les autres offrent des apparences bien diverses, elles appartiennent à une époque bien plus récente. Les figurines de Teti se rapportent sans aucun doute au premier groupe; elles ont entre elles et avec d’autres que l’on a exhumées çà et là un air de famille évident.
- C’est par l’étude de ces antiquités, si précieuses
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- pour l’histoire des temps primitifs de la Sardaigne, qu’il sera possible de faire luire la lumière au milieu des ténèbres accumulés par les dires incomplets et contradictoires d’Hérodote, de Diodore, de Strabon, de Pomponius Mela, de Silius Italiens, de Solin et de Pausanias parmi les anciens, et de Marziano Ca-pella et d’Isidore parmi les modernes. La parole est définitivement à la préhistoire, à l’anthropologie, à la philologie. Et pour terminer, constatons que les bronzes d'Abini constituent un trésor réel; les savants ne manqueront pas d’en tirer de nombreux renseignements sur la vie et l’industrie des antiques habitants de Pile1.
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- DÉCOUVERTE D’UNE GROTTE
- EN CALIFORNIE.
- M. Alfred Gardner vient de découvrir aux environs de Columbia, dans le comté de Tuolomne (Californie), une grotte merveilleuse d’une immense étendue, et qu’il compare à un magnifique palais souterrain. Après l’avoir parcourue sur un mille de distance, il n’a pu en déterminer les limites, mais il affirme que les beautés de cette caverne naturelle dépassent toute description. En certains endroits, on y rencontre de vastes chambres ayant 60 pieds de longueur sur 20 pieds de largeur. Cette bizarrerie de la nature attire journellement une foule de visiteurs qui en sortent émerveillés.
- Cette sorte de caverne naturelle doit sans aucun doute s’être formée dans la couche de pierre calcaire qui se prolonge sur le versant ouest de la Sierra Nevada, en partant des environs de Mariposa jusqu’à Auburn, sur un parcours de 120 milles. On a déjà d’ailleurs découvert depuis longtemps un certain nombre d’excavations semblables, mais beaucoup moins vastes, dans les comtés de Mariposa, Calaveras et El Dorado.
- La grotte monstre du Kentucky est d’une formation identique. La roche calcaire du versant ouest de la Sierra Nevada se trouve en beaucoup d’endroits transformée en granit tendre de couleur grisâtre, mais néanmoins on y rencontre quelques carrières de marbre d’une dureté suffisante et susceptible d’un beau poli. Cette roche est visible et presque à fleur de terre aux intersections formées par les profondes ravines, qui ont servi d'écoule-ment aux eaux provenant de la fonte des neiges depuis nombre d’années. On la rencontre encore aux endroits où d’anciens lits de rivière ont amassé des couches de gravier aurifère, comme à Columbia, Scahw’s Fiat, Mar-phy’s, Camp, Volcano et Indian Diggings.
- La plupart de ces districts ont été extrêmement riches en dépôts aurifères, la surface dure de la roche calcaire ayant suffi à arrêter l’or, tendant toujours à descendre en raison de sa pesanteur spécifique. Depuis que le sol a été remué et boulersé de fond en comble dans ces parages, le voyageur est surpris d’y rencontrer un tel désordre. Ici, des morceaux de gravier entassés jusqu’à une grande hauteur, à côté d’un trou béant et d’une excavation dont l’œil ne saurait sonder la profondeur; plus loin, d’énormes blocs de granit qui ont été déplacés et paraissent suspendus aux flancs de la montagne, d’où ils me-
- 1 D’après les Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l’homme, par de Carthailhac.
- nacent de tomber à chaque instant. Tel est l’aspect de ces champs dévastés par les mineurs à la recherche du précieux métal.
- Plus d'une fois, à l’époque où florissaient les placers dans le comté de Mariposa et de Tuolumne, les mineurs avaient découvert en faisant des fouilles certaines excavations souterraines qui leur servaient d’écoulement pour les débris de leurs lavages, et dont après plusieurs mois ils ignoraient encore la profondeur et l’étendue. Parmi ces excavations, la nouvelle grotte est une véritable merveille.
- DE L’INDUSTRIE MÉTALLURGIQUE
- DANS L’ANCIENNE GRÈCE.
- (Suite et lin. — Voy. p. 118 et 199.)
- Du temps d’Homère, on ne coulait pas encore le bronze. Les écrivains grecs attribuaient la découverte de cette pratique pour la confection des statues à Rhæcus et à Théodore, de Samos. Auparavant, on battait des feuilles de bronze, on les repoussait au marteau, ensuite on rivait les différentes feuilles ; ainsi se formait la statue. Telle était la statue de Jupiter, œuvre de Cléarque, de Rhegium, que l’on voyait à Sparte. Il semble, en effet, dit Beulé, que les forgerons, accoutumés à battre sur l’enclume des casques et des cuirasses, aient dû avoir de bonne heure l’idée, non plus de modeler le corps pour le protéger, mais de le modeler pour l’imiter.
- « Rhæcus et Théodore, ajoute Beulé, inventèrent-ils réellement l’art de couler le métal autour d’un noyau? Ne l’empruntèrent-ils pas à l’Égypte, où les Samiens avaient un comptoir dans la ville de Nencratis, ou à l’Asie, qui était si proche? Les Étrusques que l’on rattache à l’Asie par les Lydiens, étaient habiles à traiter les métaux, et ils avaient un commerce fréquent avec la Sicile. Or, en Sicile, vers la même époque, le sculpteur Périllus exécutait pour Phalaris le célèbre taureau où des hommes étaient brûlés vivants.
- « Sur des points très divers du monde ancien, le bronze était donc mis en œuvre. Il est probable que Rhæcus et Théodore n’ont fait qu’améliorer les procédés et les répandre dans la Grèce continen. taie1. »
- C’est vers 530 avant J.-C. que ces artistes auraient produit les premières statues de bronze par le moulage. Cet art prit un rapide essor pendant le siècle de Périclès et atteignit à une perfection qu’il conserva jusque sous le règne d’Alexandre le Grand. A cette dernière époque, Lysippe, l’un des auteurs présumés du Laocoon, créa de nouveaux moyens de moulage et obtint des résultats gigantesques. On fondit alors d’énormes colosses en bronze. La seule île de Rhodes en possédait plus de 100, dont un seul, au dire de Pline, aurait suffi à la gloire d’une ville. Le plus célèbre de tous, commencé par Charès
- 1 Beulé. Loc. citât., p. 538.
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- et terminé par Lâchés, de Linde, avaient 70 coudées (31m,064) de haut; il avait coûté 12 ans de travail et 500 talents (1 680 000 francs). Cinquante-six après son érection, il fut renversé par un trem-blement de terre; ses débris restèrent 900 ans sur la plage; enfin, l’an de J.-C. 655, le khalife Moa-via, s’étant emparé de Rhodes, vendit le colosse à des marchands qui le livrèrent à la fonte; il ne fallut pas moins de 900 chameaux pour en transporter les fragments’.
- Lors de l'invasion romaine, le consul Mucianus trouvait à Rhodes 5000 statues, et Pline qui donne cette indication ajoute que, suivant l’opinion com-mune, il n’en restait guère moins à Delphes, à Athènes et à Olympie2. Pausanias et Plutarque parlent avec admiration de l’éclat et de celte belle couleur azurée (Kvava) qui jetait comme un reflet des eaux de la mer sur les nombreuses statues qui remplissaient le temple de Delphes5. Les détails précédents peuvent donner une idée de l’importance de Part des bronzes dans la Grèce antique.
- Mais comment procédait-on au montage de toutes ces pièces monumentales? Les écrivains grecs et latins sont muets à cet égard. Le procédé était déjà très perfectionné, à en juger par la beauté des produits qu’il fournissait. « On croit, dit M Gruyer, que les anciens faisaient leurs moules avec de l’argile mêlée de lleurs de farine, et nous avons la preuve que, loin de chercher à fondre leurs statues d’un seul jet, ils s’attachaient, au contraire, à fractionner le travail. Ainsi ils composaient leurs figures de plusieurs pièces, qu’ils réunissaient ensuite par des soudures et des attaches en queue d’aronde. C’est ce qu’on voit très bien dans la figure ci-contre (fig. 1) empruntée à une peinture qui décore le tour d’une coupe du musée de Berlin; l’ouvrier est occupé à réunir et à réparer, à l’aide d’un marteau, les morceaux d’une statue qui ont été fondus séparément; la tête gît à terre derrière une sorte de lit en terre sur lequel la statue est couchée. En opérant de la sorte, les anciens se mettaient à l’abri des fontes manquées et du défaut d’homogénité dû au phénomène de liquation qui a toujours lieu dans les grandes masses de bronze fondu qui se refroidissent lentement.... C’est à ce phénomène de liquation qu'il faut attribuer la quantité innombrable de petits trous que l’on remarque à la surface de la plupart des bronzes anciens. La partie de l’alliage la plus riche en étain étant venue se déposer à la surface, elle fut facilement oxydée et détruite sous la double influence de l’air et de l’humidité. De là cet aspect poreux qu’ont une grande quantité de bronze antiques 4. »
- Quant à l’emploi du fer, des traditions plus positives que le mythe de Vulcain attribuent sa dé-
- 1 Pline. XXXIV, c. xvm. — Notes sur ce livre, t. XIX, p. 311.
- 2 Pline. XXXIV, c. xvii.
- 3 Pausanias, X, ix. — Plutarq. de P. Or., II.
- 4 A. Gruyer. L'art et l’industrie des bronzes (Revue des Deux Mondes, 26e année, 2° période, 1856, t. 1. p. 155).
- couverte aux Dactyles Idéens qui habitaient l’île de Crète, et les marbres de Paros la font remonter à l'an 1452 avant J.-C. Dans l’histoire mythologique de Jupiter et de sa guerre contre les Titans et les Géants, on représente Hercule tuant Eurytus avec une massue de chêne (fig. 2), pendant que Vulcain, armé d’une masse de fer rouge, terrasse Glytius. Cette dernière arme était une masse de fer garnie de nœuds nombreux ou de pointes aiguës, qu’on attachait à un manche de bois, absolument comme la massue de guerre que portaient les Assyriens qui suivaient l'armée de Xerxès 1 (fig. ).
- Il est certain qu’on employait déjà le fer en Grèce avant l’époque d’Hésiode; mais il était encore inconnu à l’époque à laquelle remonte la fondation de Mycènes, puis que parmi les différents métaux et les armes que M. Schlielmann a retiré des tombeaux découverts par lui sous l’agora de cette antique cité, il n’y a pas trace de fer sous quelque forme que ce soit 2.
- On le trouve, au contraire, mentionné jusqu’à 52 fois dans les poèmes homériques. Le célèbre brigand, Périphètes, tué par Thésée, avait reçu le surnom de korunètès, parce qu’il se servait d’une massue de fer. Pendant le siège de Troie, les armes, les pointes de lances et de javelots paraissent avoir été, soit en airain, soit en fer; mais on était encore dans l’enfance de la production de ce dernier métal. Homère nous dépeint Achille mettant un large palet de fer au nombre des prix institués dans les jeux en l’honneur de Patrocle, ce qui indique bien qu’alors ce métal avait beaucoup de valeur et que c’était encore un objet de luxe 3.
- S’il existait des instruments tranchants en fer, dans ces temps reculés, l’usage devait en être restreint à un petit nombre d'individus, car plusieurs auteurs nous disent que l’architecte Dédale , qui vivait peu de temps après la construction du temple de Salomon, ne connaissait pas la scie, et que c’est son neveu qui en fut l’inventeur. Ce jeune homme, rapporte-t-on, ayant trouvé par hasard la mâchoire d’un serpent, s’en servit pour fendre un morceau de bois, ce qui lui donna de suite l’idée de fabriquer des outils en fer de la forme de cette mâchoire et le conduisit à l’invention de la scie4.
- La rareté du fer dura longtemps, puisqu’à Sparte, au septième siècle avant l’ère chrétienne, on ne portait encore que des anneaux de fer pour bagues; j’ai déjà dit que sa monnaie consistait en barres de fer lourdes et grossières ; les coins dont on se servait pour marquer cette monnaie étaient aussi en fer durci par son immersion, au sortir de la forge, dans du vinaigre5.
- C’est probablement aux Egyptiens que les Grecs durent la connaissance du covinus ou char de
- 1 HIomèr. Iliad., VII, 141. — Ilérodot. VII, 63. — Ovid. metam. XV, 22.
- 2 G. Cogordan. Loc. citai., p. 889.
- 3 Homèr. Iliad., XXIII.
- 4 Diodor. Sicil. IV, p. 319. — Ovid. Metam. III, vers 241.
- 5 Plutarq. Vie de Lysandre, V, p. 226.
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- guerre, ce terrible instrument de destruction, armé de longues lames tranchantes et de crochets pour tailler et entraîner tout ce qu’il rencontrait. M. Pegge prétend qu’on l’employait déjà du temps de la guerre de Troie1 ; ce qui est fort douteux.
- D’après Hérodote, ce serait Glaucus, de Chio, qui aurait inventé la soudure du fer. En parlant de l’offrande que fit Halyattes, roi de Lydie, au temple de Delphes, il dit : « Le roi, échappé à la maladie, consacra à Delphes un grand cratère d’argent et une base en fer soudé, offrande remarquable entre toutes celles du sanctuaire; c’est l’œuvre de Glaucus, de Chio, qui le premier de tous les hommes inventa cette soudure’. »
- Le cratère d’argent avait disparu du temps de Plutarque et de Pausanias, mais la base était restée. Pausanias en fait une description détaillée : « Ce support est l'ouvrage de Glaucus; chacune des lames qui le composent est attachée aux autres, non par des pointes ni par des clous, mais seulement par la soudure, qui les unit toutes les unes aux autres, etc.3.
- « Plus difficile que l’art de Glaucus », était un proverbe grec4.
- Le fer de la Béotie était le plus estimé ; on en tirait aussi du Tay-gèle, des îles de Mélos, Thassos de Sériphos et d’Eubée.
- Le fer oxydulé magnétique du mont Ida était déjà mentionné par Tha-lès, 640 ans avant J.-C.
- Hippocrate parle aussi, dans un de ses livres, de la pierre qui attire le fer; Sophocle l’appelle la pierre de Lydie, Platon, la pierre d’Hercule (Lithos he-racleia), et Aristote la nomme simplement la pierre, c’est-à-dire la pierre par excellence. On l’appella encore la terre de fer, la pierre indomptable.
- D’après Nicandre, le nom grec de l’aimant naturel, magnes, viendrait du berger qui, menant paître son troupeau sur le mont Ida, aurait découvert le gîte de ce minerai, en sentant ses souliers retenus à terre par les clous des semelles et sa houlette par le bout ferré5. D’autres rejetant cette étymologie, comme fabuleuse, font dériver magnés, du nom de la ville de Magnésie, dans l’ancienne Lydie, dont le territoire était riche enpierre d'aimant.
- Quoi qu’il en soit, « les anciens, principalement les Grecs, admettaient l’existence de plusieurs espèces d’aimants, dont chacune a ses propriétés, ou,
- 1 Pegge. Archéologie, vol. VII, art. 24.
- % Hérodot. 1,25. Pausanias, X, 1G, 1.
- 3 Pausan. X, 16, 1.
- 4 Platon. Des lois.
- 5 Pline. XXXVI, c. xxv, 1G.
- pour mieux dire , sa légende particulière. Par exemple, V androdamas attire l’argent et le cuivre aussi bien que le fer; Vamphidane ou la chrysocolle attire l’or; la sagde s’attache au bois des navires ; la catochite s’attache aux mains et agit sur tous les corps placés à sa portée; aussi Démocrite en a-t-il fait usage pour opérer des merveilles qui ont étonné les mages. Enfin la Pantarbe exerce son pouvoir sur l'or et les pierreries. Elle a servi à retirer de l’Indus 460 anneaux et pierres précieuses qui vinrent se fixer en forme de chaîne, les uns au bout des autres.
- « Il y a des aimants mâles et des aimants femelles ; les premiers capables d’agir sur les métaux, les seconds privés de cette puissance. — L’aimant, en général, perd sa vertu quand il est placé à côté du diamant, ou quand il a été frotté d'ail ou d’oignon ; il la reprend après avoir été trempé dans du sang de bouc! Posé par le mari sous l’oreiller de sa femme, il sera une preuve d’infidélité ou de vertu conjugale. Il rétablit l’union entre des frères ou des amis qui ont cessé de s’entendre. Il suffit de porter sur soi un fragment de cette pierre incomparable pour gagner l’affection de tous ceux dont on est entouré, ou pour acquérir subite -ment les dons de l’éloquence. Consultez la science d’Esculape, et elle vous répondra, par l’organe d’Aetius, que l’aimant calme les con
- vulsions, les douleurs de la goutte et les maux de tête. Utile à l’art de guérir, il ne lest pas moins à l’art de tuer. Avec une épée aimantée, on porte à son ennemi des coups plus dangereux qu’avec une épée ordinaire1. »
- Laissons ces fables et occupons-nous de faits plus sérieux.
- Dans son Traité sur les pierres, Théophraste, ce célèbre successeur d’Aristote, qui conquit une si juste renommée comme naturaliste, a inséré nombre de renseignements sur l’industrie minéralogique de son temps. Malheureusement la partie relative à l’art métallurgique proprement dit a été perdue; il n’en est resté que quelques fragments épars dans les ouvrages des écrivains qui l’ont suivi ; c’est là que tous, Pline, Strabon, Diodore de Sicile, ont puisé les documents qui concernent la question du numéraire dans l’antiquité2.
- 1 Ad. Franck. Sur la foudre, l’électricité et le magnétisme chez les anciens, par Th. Henri Martin, doyen de la Faculté des lettres de Rennes. 1 vol. in-18. Librair. académiq. de Didier et Cie. Paris, 1866 (Journ. des savants, août 1866, p. 513).
- 2 Théophr. Traduct. latine de Turnèbe. Paris, 154. — Traduction française de Levesque, 1782. Nouvelle traduction de Stiévenart, 1842.
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- C’est Théophrate qui nomma hématite le minerai de fer compacte qui accompagne si fréquemment le fer oligiste et qui sert, comme ce dernier, à l’extraction du métal. « L‘ hématite ou pierre de sang, dit-il, est d’une texture serrée et solide; elle est sèche et semble, comme le mot l’indique, être formée de sang pétrifié. »
- 11 dit qu’en brûlant l'ocre naturel, on en fait du rouge artificiel, c’est-à-dire du colcothar ou peroxyde de fer anhydre impur, ce qui est parfaitement exact. La rouille ou peroxyde de fer hydraté était déjà employée en médecine et à peu près dans les mêmes cas pour lesquels on la prescrit aujourd’hui, à savoir les perles utérines et la chlorose.
- L'usage médical de l'eau ferrée remonte à une époque fort reculée.
- Il en était de même des oxydes et des sels de cuivre. L'oxyde noir de ce métal était préparé principalement dans les usines de Chypre, en grillant dans des vases de terre des morceaux de cuivre. On s’en servait pour l’ex-tirpation des polypes et d’autres excroissances charnues, pour l’amélioration et la guérison des plaies. Aristote prétend même que les plaies faites avec des armes de cuivre sont beaucoup plus faciles à guérir que celles faites avec le fer, ce qui est loin d’être prouvé. On avait aussi constaté les propriétés vénéneuses de cet oxyde, pris intérieurement.
- Quant aux sels de cuivre, sulfate, acétate ou vert de gris, carbonate, qu’on confondait souvent sous le nom d'ios, de chal-canthos, et qu'on obtenait par des procédés peu différents de ceux qui sont encore en usage, on les faisait entrer dans la composition des collyres et des emplâtres. Dioscoride en signala les propriétés vomitives.
- Théophraste distingue très bien l'azur naturel ou carbonate bleu de l’azur artificiel qu’on fabriquait particulièrement en Égypte.
- La litharge ou protoxyde de plomb fondu, le minium, la céruse ou carbonate de plomb, dont il y avait des fabriques à Rhodes, à Corinthe, à Lacédémone, sont mentionnés par Théophraste qui en indique la préparation.
- Il parle également, le premier, des sulfures d’arsenic, l'orpiment et la sandaraque, qu’on trouve dans les mines d'argent, dans celles de cuivre, en
- même temps que l’ocre, les pyrites cuivreuses et l’azur. Ces sulfures d’arsenic servaient à composer des poudres ou pâtes caustiques et épilatoires ; on les faisait d’abord griller ou torréfier au contact de l’air, ce qui les changeait partiellement en acide arsénieux.
- Le sulfure d’antimoine, stimmi ou stibi, était appliqué au traitement des blessures récentes. Les femmes grecques, à l'imitation de celles de l’Orient, l’adoptèrent pour noircir leurs sourcils.
- Le cinabre ou sulfure de mercure , plus connu sous le nom de vermillon quand il est en poudre fine, était très employé en peinture.
- Homère donne aux vaisseaux des Achéens le nom de millo-parnoi, c’est-à-dire à joues rouges, parce qu’ils étaient colorés à l’extérieur avec celte substance4. C’était principalement des mines d’Almaden, dans la province de la Manche, en Espagne, qu’on la faisait venir. Voici ce qu’en dit Théophraste :
- « Il y a aussi deux espèces de cinabre, l’une naturelle, l'autre factice; le naturel, qui se trouve en Espagne, est dur et pierreux de même que le cinabre de Col-chos, qui, dit-on, s’y produit dans les rochers et les précipices, d’où on le fait tomber au moyen de dards et de flèches. »
- Dards et flèches sont ici pour coins de fer acérés ayant à peu près la longueur des anciennes flèches d’arbalètes, et, comme beaucoup d’entre elles, terminées par une pointe allongée. — Dans les Pyrénées-Orientales, on appelle encore sagette, qui vient évidemment de sagitta, flèche, l’instrument ou le coin de mine avec lequel on abat le minerai de fer des flancs du Canigou.
- On confondait souvent en Grèce le vermillon avec le minium ou oxyde rouge de plomb. Dioscoride signale cette erreur : « C’est à tort, dit-il, que quelques-uns confondent le cinabre avec le minium ou miltos; car le cinabre s’exploite eu Espagne ; les ouvriers sont obligés de se couvrir la figure avec une vessie, à cause des vapeurs mercurielles qui sont dangereuses à respirer*. »
- J. GIRARDIN,
- Recteur honoraire, directeur de l’École supérieure des Sciences de Rouen.
- 1 Homèr. Iliad.
- 2 Dioscorid. V, 109.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Danger des ponts de neige. — Un accident qui aurait pu avoir les suites les plus funestes est arrivé sur le mont Blanc, près des Grands-Mulets, le 5 septembre. Trois étudiants genevois, conduits par un guide de Chambéry (Valais) et un porteur de Chamonix, étaient descendus du sommet et partaient des Grands-Mulets vers neuf heures du matin pour regagner la vallée; ils étaient attachés à une corde et marchaient dans l’ordre suivant : le guide, les trois étudiants, le porteur. A cinq cents mètres environ des Grands-Mulets, un pont de neige s’est effondré sous les pieds du guide ; le guide et deux étudiants sont tombés dans une crevasse profonde. Le porteur, qui fermait la caravane, a pu heureusement enfoncer son piolet dans la neige et maintenir ainsi la chaîne humaine; le troisième touriste restait sur le bord de la crevasse. Par bonheur la corde ne s’est pas rompue.
- A ce moment, un Anglais et un Français descendaient du mont Blanc avec quatre guides, et arrivaient aux Grands-Mulets. Six guides ou porteurs se sont précipités avec des cordes au secours des Genevois; ils sont parvenus à retirer de la crevasse les trois malheureux. Le guide de Chambéry paraissait souffrir de simples contusions; un étudiant n’avait aucun mal; il n’en était malheureusement pas de même du second (nommé Charles Bourgeois, étudiant en philosophie, d’après les inscriptions du registre des Grands-Mulets) : il avait la figure couverte de sang et ne pouvait se tenir debout. On l’a péniblement reconduit jusqu'à la cabane. Le sauvetage est dû au dévouement des guides et des porteurs de Chamonix, parmi lesquels le nommé Payot (Prosper) s’est particulièrement distingué.
- Toute la population de Chamonix a suivi avec émotion les péripéties du sauvetage, qui a duré près d’une heure. L’accident s’est produit en vue du village, et les lunettes d’approche n’ont pas chômé pendant ce temps. Onze guides étaient partis pour aller porter secours en cas de besoin.
- Le chemin suivi par les victimes de l’accident était abandonné depuis deux jours par les porteurs des Grands-Mulets; la caravane marchant rapidement, le guide n’avait pu sonder le passage ; de plus, les voyagurs ne conservaient pas les distances que permettait la longueur de la corde. {Journal officiel.)
- La hauteur des voies ferrées. — Il n’est pas sans intérêt de se demander quelles hauteurs franchissent actuellement les chemins de fer; voici, a ce sujet, quelques indications : la ligne de l’Apennin s’élève à une altitude de 617 mètres, celle de la Forêt-Noire à 850, le Sœmmering à 890, la ligne du Caucase à 975, le Saint-Gothard, au tunnel, à 1154, le Brenner à 1567, le mont Cenis à 1358,-le North Pacific à 1652, le Central Pacific a 2140, l’Union Pacific à 2515, enfin le chemin de fer des Andes atteint l’altitude de 4769 mètres.
- Flux et reflux des eaux souterraines. — On sait que dans les mines de Dux, en Allemagne, mines aujourd’hui sous l’eau, on a observé ou l’on croit avoir observé un phénomène qui ressemble aux flux et au reflux de la mer. A ce propos, la Nouvelle Presse libre, de Vienne, rappelle qu’il y a quelques mois le Scientific American, des États-Unis, faisait remarquer qu’il existait un puits artésien où l’on pouvait observer le même phénomène. L’écoulement et le non-écoulement de l’eau y coïncident parfaitement avec le temps du flux et du re
- flux. En sorte que, suivant ce journal, les expériences qui vont être faites sur les eaux de Dux devraient être également tentées sur les puits artésiens.
- Les pigeons voyageurs et les avertissements météorologiques. — D’intéressantes expériences ont eu lieu ces jours-ci sur les côtes d’Angleterre avec des pigeons messagers, dont on s’est servi pour transporter rapidement à de grandes distances les observations météorologiques. Plusieurs de ces oiseaux ont été lâchés au port de Penzance, sur les côtes de Cornouailles, à douze milles du cap Finistère; ils ont franchi en six heures la distance de 270 milles qui sépare ce port de Londres, c’est-à-dire avec une vitesse de 45 milles à l'heure.
- Les tempêtes dans ces latitudes atteignent rarement une vitesse de 50 milles par heure; en moyenne, on calcule qu’un centre de tempête parcourt chaque heure de 16 à 17 milles; un pigeon messager aurait donc toujours une avance considérable pour annoncer la nouvelle du danger aux endroits menacés. (L’Épervier).
- Nouvelle source de pétrole. — A Pohar (Gallicie), il a été découvert récemment, à ce qu’annonce le Neues Wiener Tagblatt, une nouvelle source de pétrole dont le rendement promet d’être, à ce qu’il paraît, assez abondant. Le point convenable pour faire les sondages avait été indiqué par deux membres de l’École de géologie (Reichsaustalt), et l’emploi des moyens vraiment scientifiques s’était montré le meilleur, comme toujours dans des cas analogues. L’un des puits donne déjà, pour une profondeur médiocre de 70 mètres, près de 2000 kilos de liquide brut en vingt-quatre heures.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 15 septembre 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- La séance, ouverte après trois heures, n’a duré que vingt minutes. Aucun membre n’a fait de communication personnelle. La correspondance ne renfermait qu’un seul Mémoire qui nous paraisse de nature à être cité.
- Propriétés anesthésiques du chloral. — On sait que les physiologistes ont beaucoup discuté sur le mode d’action du chloral. Les uns ont dit que dans le sang ce corps se dédouble en formiates alcalins et en chloroforme, et que c’est ce dernier qui détermine l'anesthésie; les autres ont fait remarquer que le chloral a une action spéciale, différente de celle du chloroforme. Dans un Mémoire analysé par M. Boulay, M. Arloing a eu la très heureuse idée d‘é-tudier à l’aide d’appareils enregistreurs les perturbations apportées par ces agents au rythme normal de la circulation. Il a trouvé que le chloroforme, les formiates et le chloral donnent des courbes qui leur sont respectivement caractéristiques. Cela posé, l’ingénieur expérimenté a eu l’idée de réaliser une véritable synthèse dans le système vasculaire lui-même. Il prend un cheval préalablement chloroformisé et il le soumet à l’action des formiates, de façon à reproduire chez lui les conditions où l’aurait placé l’administration directe du chloral. Le tracé n’est plus alors ni celui du chloroforme ni celui des formiates, mais exactement celui du chloral. La conclusion est que, dans l’organisme, le chloral subit réellement la dissociation qu’on avait supposée et on trouve la cause de son utilité dans la manière lente et successive dont il se décompose.
- Stanislas Meunier.
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- CORRESPONDANCE
- SUR LE TREMBLEMENT DE TERRE DU 9 SEPTEMBRE 1879 A LYON.
- Lyon, 10 septembre 1879.
- Monsieur le rédacteur en chef,
- Permettez-moi de vous transmettre les quelques renseignements que j’ai pu recueillir sur un tremblement de terre ressenti hier matin, 9 courant, dans la région lyonnaise.
- Dans la nuit, une première secousse très faible a réveillé quelques personnes de ma connaissance, mais aucune n’a pu m’indiquer à quelle heure elle s’est produite ; les journaux n’en font pas mention.
- C’est à sept heures trois quarts du matin que plusieurs secousses se sont succédées pendant huit ou dix secondes. Aucun accident ne s’est produit et tout s’est borné aux effets habituels à ces sortes de phénomènes, tels que meubles déplacés, batteries de cuisines agitées, etc. Quelques vieux murs se sont lézardés.
- A Lyon, c’est surtout sur la rive droite de la Saône que les secousses ont été le plus fortement ressenties, dans les quartiers Saint-Georges, Saint-Jean et Vaise.
- Sur toute la colline de Fourvières, les oscillations ont été très fortes. Enfin à Saint-Genis, Couzon, Neuville, Meximieux, etc., les mêmes phénomènes se sont produits avec une intensité variable.
- C’est la troisième fois cette année que notre région est ébranlée par des tremblements de terre. Aux mois de février et de juin, Lyon et la contrée avoisinante avaient déjà ressenti plusieurs secousses de la même importance.
- Agréez, etc. P. C.
- SUR LECLAIRAGE ÉLECTRIQUE.
- Monsieur le Directeur de La Nature,
- Dans l'article que vous consacrez à la bougie Wilde (n° du 9 août 1879, p. 160), vous conseillez de réunir les deux procédés, celui de l’inventeur anglais et le mien. Vous ignoriez que j’ai moi-même employé un dispositif qui réalise les mêmes avantages et qui y ajoute des qualités toutes nouvelles; dispositif qui, au premier abord, ressemble à celui de M. Wilde, mais qui, au fond, est tout autre. Il lui ressemble parce qu’il emploie un électro-aimant, ce qui est permis à tous, il en diffère par la construction de cet électro-aimant et par son mode d’emploi.
- Tout l’appareil (fig. 1) est porté sur une plate-forme circulaire C E de marbre, d’onyx ou d’ardoise ; les deux charbons cc', placés dans des porte-crayons articulés, montent ou descendent le long des deux tiges M,N dont l’une amène et l’autre recueille le courant qui a traversé les charbons; après quoi ce courant circule dans une gouttière CDE où il se replie six fois et dont l’action fixe invariablement l’arc à l’extrémité C. L’appareil peut d’ailleurs être employé en mettant les pointes en haut ou en bas; il réussit avec la machine Gramme ou avec les machines à courants alternatifs : supposons qu’il s’agisse de ce cas.
- Pour que le fil du cadre se replie six fois dans une gouttière, il finit qu’il passe six fois dans la plate-forme C E, comme l’indique la figure 2. Gette portion, jusqu'à présent inutile, des fils a reçu une application heureuse. On les fait
- passer entre les deux branches d’une lame de fer M repliée en U. Gela suffit pour les aimanter et produire deux pôles A et B (fig. 3) contraires et très faibles. Il faut que le fer soit parfaitement doux et qu’il prenne instantanément, avant et après chaque inversion des courants, des aimantations contraires. Deux contacts mobiles autour de l’articulateur O et écartés par des ressorts C et D sont attirés à chaque aimantation et prennent un mouvement oscillatoire synchrone aux passages des courants. Ils se raccordent par deux bras de levier avec les charbons c qui prennent ce même mouvement, se rapprochant quand les courants cessent, et s’éloignant progressivement et proportionnellement à l’intensité des courants successifs que fournit la machine. Au repos ils sont en contact et s’allument dès que le circuit est fermé. Telle est en gros ce que je nomme la lampe oscillante. Voyons maintenant ses avantages.
- Représentons par une courbe (fig. 4) les intensités des
- courants successifs en fonction du temps. A cause delà
- résistance de l’arc, ces courants ne passent que s’ils ont une intensité capable de la vaincre; ils sont arrêtés quand cette intensité est faible. L’un d’eux s’arrête en A, par exemple; il ne recommence à circuler et ne rallume l’arc qu au moment où son intensité a repris en B une intensité suffisante, probablement plus grande qu’en A. Alors pendant toute la durée AB, rien ne passe ; puis l’arc se reproduit pendant la durée BC et ainsi de suite. C’est une action discontinue et les charbons ne recueillent qu’une partie de l’électricité : à la vérité, c’est la plus grande ; mais l’autre, celle qui est produite pendant AB, est entièrement perdue; elle est d’autant plus grande que les charbons sont plus écartés ; elle serait moindre si on les rapprochait. C'est précisément ce que fait l’oscillation que je viens d’indiquer. Les charbons se rapprochant quand le courant diminue, l’arc ne s’éteint qu’en A', il se rallume
- N
- IIIIIIH
- en B', la plus grande partie de l’élec- Fig. I. tricité qui était perdue est alors em.
- pioyée, il en résulte un notable accrois-
- sement de lumière. Ce n’est pas tout. La chaleur produite aux pointes résulte de deux causes : 1° du passage du courant; c’est la chaleur électrique; 2° de la combus
- tion du charbon. J’ai mesuré la chaleur totale en enfer
- mant l’appareil dans un calorimètre ; quand à la chaleur de combustion, elle se calcule en multipliant le poids du charbon brûlé par sa chaleur de combustion pour un gramme. Or, il s’est trouvé que celle-ci est très considérable: avec unseul brûleur, elle est le tiers; avec sept brû leurs, elle est la moitié de la chaleur électrique.
- Ce n’est pas le moment d’insister sur les conséquences de ce fait inattendu; la seule remarque qu’il faille faire, c’est que ces deux charbons concourent proportionnellement à la production de la lumière et qu’on doit se préoccuper, non de réduire, mais au contraire d’activer la combustion, par de l’oxygène, par un courant d’air ou tout autrement. Or, l’oscillation du charbon dans l’air, renouvelle les couches gazeuses qui sont en contact avec lui et le fait brûler plus vite comme par l'effet d’un soufflet.
- Si un seul des charbons oscille on le voit plus brillant
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- et il s’use plus rapidement ; alors une dénivellation survient et la lampe cesse de marcher avec régularité. C’est pour celte raison que j’emploie deux contacts et que je place les deux charbons dans des conditions identiques.
- J’en ai tiré une conséquence pratique très importante. Malgré la perfection qu’a atteinte la fabrication des charbons, il n’est pas possible que ceux qu’on accouple aient une identité si absolue, qu’ils brù'ent ensemble au même niveau sur une longueur de 1 mètre pendant quatorze heures. Cela n’arrive jamais et il n’est pas permis d’espérer que cela arrive jamais. Or, par un réglage convenable des ressorts qui limitent l’oscillation, il est facile de diminuer le mouvement du charbon qui prend l'avance, ou même de le fixer. Celte opération peut se faire de
- B
- temps en temps, sans arrêter la marche de la lampe et dès lors, rien ne limite plus la longueur des bougies.
- Tels sont les avantages de ma lampe oscillante : Ie utilisation d’une portion des fils du cadre primitivement sans emploi ; 2° utilisation d’une portion de l’électricité jusqu’à présent perdue ; 3° augmentation de la lumière et par cette cause et par l’activité donnée à la combustion; 4° égalisation de l’usure des deux charbons par le réglage du mouvement oscillatoire.
- Le cadre directeur de l’arc électrique peut être utilisé
- de bien d’autres manières. La disposition suivante (fig. 5) réalise les mêmes avantages que la précédente. J’ai déjà dit que les lils sont couchés et repliés dans une gouttière CDE. On peut la faire avec une tôle mince recuite. Les deux bords placés à l’extérieur s’aimantent et constituent deux pôles longitudinaux très rapprochés, bien dressés, dont le sens d’aimantation change à chaque inversion du courant, deux contacts CC" EE" sont attirés, font reculer les leviers C' E', et ceux-ci écartent les charbons par le moyen de petits crochets attachés à leur sommet. Cette disposition, plus simple que la première, résout le même problème et offre l’avantage d’une simplicité plus grande. Enfin, on peut disposer la gouttière de fer de manière à placer le talon à l’extérieur elles pôles en dedans,et si on couvre les charbons de nickel, substance magnétique, ils sont attirés et s’écartent, pendant que le courant passe,
- sans qu’il y ait besoin d’aucun organe mécanique : mais alors la dépense des charbons est augmentée.
- Il y a donc une infinité de moyens pour déterminer l’allumage automatique et l’oscillation des pointes : tous dérivent de l’emploi du cadre directeur lui-même. Il me reste à ajouter quelques mots sur la qualité de la lumière émise par mon brûleur.
- S’il fonctionne pointes en bas, il éclaire naturellement de haut en bas, condition excellente. L’intensité de l’é
- clairement produit varie avec l’inclinaison. Verticalement
- il est peu intense, il augmente à mesure que l’inclinaison du rayon émis diminue, il est maximum à 60 degrés et décroît ensuite continuement quand l’inclinaison devient nulle et change de signe. Ces variations tiennent à l’étendue apparente des surfaces de charbon illuminées, et il en résulte cette condition inat-
- tendue que, si la lumière est en L (fig. 6), l’éclairement d’une surface horizontale PC est constant jusqu’à 50 degrés, l’augmentation de distance étant compensée par l’augmentation de l’intensité. Ainsi une table ronde illuminée par un brûleur L est également éclairée en tous ses points. La flamme ainsi produite est enveloppée d’un arc convexe par le bas, bien fixe et bien calme, peu bruyant si la vitesse est faible.
- Quand on retourne l’appareil et qu’on met les pointes en haut, il y a une transformation curieuse de la
- lumière. Les pointes sont enveloppées d’une flamme ascendante de couleur orangée, elle a l’apparence d’un papillon de gaz qui remplit en s’étalant l’espace coiupris entre les deux branches du cadre. La lumière n’est plus un point, mais une large surface violette en bas, rouge vers le haut et au milieu, de laquelle se distinguent, comme deux étoiles brillantes, les pointes éclatantes du
- charbon. Pour expliquer cette précieuse dilatation de la lumière et la coloration orangée qui en résulte, il faut se rappeler que dans le vide les charbons se désagrègent, s’échappent en parcelles très tenues et tapissent bientôt les parois de l’œuf électri
- i.
- Fig. 6.
- que. C’est ce charbon désagrégé repoussé par le circuit directeur qui prend feu dans l’air et produit la flamme.
- J’ajouterai que, dans ce cas, la répulsion exercée périodiquement sur la flamme renforce le son de la machine jusqu’à rendre gênant le brûleur dans un appartement : mais c’est le vrai brûleur des rues, où le bruit n’a point d'inconvénients.
- Telles sont, monsieur, les qualités spéciales de mon brûleur. Dans très peu de jours un vaste laboratoire qui s’installe, me permettra de vous convoquer pour vous le faire voir. Vous pouvez en attendant publier cette lettre si cela vous agrée.
- Veuillez recevoir l’assurance de tonte ma considération.
- J. Jamin (de l’Institut.)
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
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- No 550. — 27 SEPTEMBRE 1879.
- LA NATURE.
- L
- NOUVELLE LAMPE ÉLECTRIQUE
- A INCANDESCENCE (SYSTÈME REYNIER).
- On se souvient que le principe des lampes Reynier consiste à maintenir incandescente une
- mince baguette de carbone, par le passage d’un courant électrique qui la traverse sur une partie limitée de sa longueur, entre un contact en bout sur lequel elle bute, et un contact latéral dans lequel elle glisse en progressant.
- Nous avons montré aux lecteurs de
- Fig. 1-
- 1
- 2,
- "oewoaim guuasduanun»n»)
- la Nature1 les diverses dispositions successivement imaginées par l’inventeur pour mettre en pratique ce principe original.
- Continuant à perfectionner
- son système, M. Reynier vient de réaliser un nouveau bec électrique plus simple encore que ses précédents dispositifs, et qui va sans doute faire en-, trer les lampes à incandescence dans l’éclairage courant. Ce nouveau bec est représenté figure 1.
- Le charbon C, poussé dans le sens de la flèche par un mécanisme quelconque, bute sur le contact en bout B ; le contact latéral L, monté à l’extrémité d’un levier, s’appuie sur le charbon par le tirage d’un ressort r et limite entre i et j l’incandescence de la baguette.
- Le contact en bout B est monté dans un porte-contact fixé à baïonnette dans la douille inférieure du bec. Pour introduire le charbon dans la lampe, on retire ce porte-contact, qui laisse libre l’orifice du tube ; on pousse le charbon dans ce tube, puis on remet en place le contact en bout : et l’appareil est prêt à fonctionner.
- L’incandescence, avons-nous dit, se manifeste entre i et j sur une longueur qu’on peut faire varier entre 4 et 8 millimètres. La lumière obtenue est de cinq à vingt becs Carcel par foyer, selon
- 1 Voy. table des matières des précédents volumes.
- 7e année. — 2e semestre.
- ©
- O
- l’intensité du courant électrique et la longueur d’incandescence qu’on s’est donnée. Avec une pile de huit éléments Bunsen plats (modèle Ruhmkorff), on produit une lumière équivalente à douze becs Carcel environ. Quand on fonctionne avec des machines magnéto-électriques, on peut produire, par cheval-
- vapeur, de trois à cinq foyers valant chacun huit à quatorze becs, ce qui fait un rendement de trente à quarante becs Carcel par force de cheval.
- Étant donné le bec, il était aisé de l’adapter à des lampes de formes diverses. M. Reynier a fait des ap
- pareils marchant de haut en bas par l’action d’un contrepoids ou d’une poussée hydrostatique, un modèle à barillet fonctionnant dans toutes les po
- sitions et un appareil suspendu, le plus simple de tous : c’est celui que nous représentons figure 2.
- Ici, la progression du charbon est obtenue par la descente du cylindre p, qui pèse directement sur la tête du charbon.
- —
- SUR L’EMPLOI DES PILES HYDRO-ÉLECTRIQUES
- ET DES LAMPES REYNIER pour l’éclairage domestique.
- Nos nouvelles lampes électriques à incandescence, devenues simples, commodes et sûres, peuvent fournir de trois à cinq foyers par cheval-vapeur. Ces appareils trouveront donc un débouché important dans les usines et les grands établissements pourvus d’un moteur; car tout en fournissant un fractionnement plus grand qu’aucun autre système, les nouveaux foyers conservent un rendement photométrique assez satisfaisant (50 à 40 becs Carcel par cheval) ; de sorte qu’ils réalisent sur le gaz une économie sensible, en offrant des qualités de blancheur, de fixité, de salubrité, etc., qui en font un éclairage de luxe.
- En dehors de ces applications, nos lampes à incandescence pourraient prendre place dans les in-17
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- LA NATURE.
- stallations privées, si l’on avait un moyen commode et économique de produire l'électricité sans moteur.
- Avec 6 ou 8 couples Bunsen, modèle plat de Ruhmkorff, on obtient une belle lumière de 6 à 12 becs Carcel, pendant 4 heures. Mais ces piles sont fragiles et d’un maniement incommode; l’acide nitrique qu’elles emploient, et les vapeurs nitreuses qu’elles dégagent s’opposent à leur introduction dans les appartements. Leur dépense est trop élevée. 8 couples Ruhmkorff, donnant une lumière de 12 becs Carcel, dépensent en 4 heures :
- Acide nitrique, 4* à .........................
- Acide sulfurique, 1*,2 à 0‘,30 .... 0f,56
- Mercure, 0k,l à 6 fr.......................0f,60
- Zinc (y compris déchet) 0*,400 à 1 fr. . 0‘,40
- Entretien, casse, etc., environ.......... 06;50
- Montage et démontage..........................
- 5,81
- Sf 81
- Soit — —— OL122 par heure et par bec.
- 4X12 1 1
- Cette dépense élevée et les désagréments signalés plus haut, rendent les piles Bunsen impraticables pour l’éclairage courant.
- On s’est demandé s’il ne serait pas possible de remplacer les couples Ruhmkorff par des piles moins désagréables et d'une moindre dépense.
- Diverses piles s’offraient à notre attention : les piles à bichromate, employées avec succès dans la galvanoplastie; les piles Thomson, récemment importées d'Angleterre par M. Niaudet, et expérimentées au Collège de France par M. Mascart sur des moteurs électriques ; la pile de Faure, sorte de couple Bunsen modifié, dans lequel la dépense est diminuée et les vapeurs nitreuses supprimées; enfin Va pile rotative de Becquerel, bien connue des physiciens, quoique inusitée.
- Nous avons été chargé d’examiner ces diverses piles au point de vue pratique, en nous renfermant strictement dans l’étude du parti qu’on en pourrait tirer pour l’exploitation commerciale des lampes Reynier. Voici, succintement rapportés, les résultats de ces recherches sommaires.
- PILE DE FAURE.
- Cette pile se compose d’une bouteille poreuse de graphite aggloméré, fermée par un bouchon de charbon, et d’un zinc ordinaire cylindrique entourant la bouteille sans la toucher. On met de l’acide nitrique dans la bouteille et de l’eau acidulée autour du zinc. Le couple ainsi monté fonctionne comme un Bunsen ordinaire, sans dégagement sensible de vapeurs nitreuses ; mais la production d‘é-lectricité est très faible. Huit couples, montés avec soin, n’ont pu porter à l’incandescence l’extrémilé d’un charbon de 10 dixièmes.
- Il n’entrait pas dans notre programme de rechercher les causes de cet insuccès, qui peut provenir de la mauvaise conductibilité des bouteilles, ou de leur insuffisante porosité.
- PILE THOMSON.
- La pile essayée se composait de 12 couples dont les surfaces zinc et cuivre avaient 200mm x200mm. Les électrodes et les liquides étaient séparés par une cuvette carrée en papier parcheminé, et par des cales de bois d’environ 4mm d’épaisseur.
- Ces douze couples, attelés à une lampe Reynier portant du charbon de 1mm de diamètre, ont donné une lumière blanche, mais extrêmement faible (1 bougie?). La résistance intérieure est donc fort grande, malgré le développement et le rapprochement des électrodes.
- Nous estimons que pour obtenir un courant équivalent à celui de huit couples Ruhmkorff, il faudrait au moins 15* X 3« = 45 couples Thomson de notre modèle, ce qui serait coûteux d’achat, et assez encombrant. La dépense, pour 4 heures,
- serait environ :
- Zinc (y compris déchet), 0k,700 à 1 fr. 0f,70 Sulfate de cuivre, lk,500 à lf,10 . . . U,60 Entretien (vases poreux, etc.).............0‘,35 Montage et démontage (payés en partie par le cuivre recueilli).........................
- Total...................
- soit —=0‘,062 par heure et par bec.
- 48
- Cette pile est très constante, ne dégage aucune odeur, et pourrait fonctionner plus de douze heures sans être rechargée. Par contre, elle est coûteuse d’achat et encombrante. Quoique plus économique que le Bunsen, elle dépense encore trop pour pouvoir être utilisée dans l’éclairage courant.
- PILES AU BI-CHROMATE DE POTASSE.
- A. Pile à treuil. — Une pile à treuil de quinze couples (5t.X3 q.), modèles de M. Ducretet et de M. Loiseau, n’a point donné de bons résultats. La lumière, assez vive au moment de l’immersion des éléments, commence immédiatement à baisser. Au bout de dix minutes la polarisation, devenue considérable, réduit la lumière à un demi bec environ. En remontant les couples, on les dépolarise presque instantanément. L’agitation au sein de la liqueur procure une dépolarisation partielle, qui permet de faire durer l’expérience plus longtemps qu’au repos.
- Cette pile, coûteuse, encombrante et très inconstante, ne pourrait servir que pour des expériences de courte durée.
- B. Piles à vases poreux. — Huit couples Ruhm-korfl ont été essayés successivement avec les liquides suivants :
- / Vase intérieur (charbon) : eau i acidulée, bichromatée;
- 1" Goarant de Tromelin. (Vase extérieur (zinc) : solu-| tion de chlorhydrate d’am-\ moniaque.
- ( Vase intérieur(charbon) : eau ) acidulée bichromatée ;
- 2° Pogsendori .... Vase extérieur (zinc) : eau ( acidulée.
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- LA NATURE.
- S
- La pile Goarant de Tromelin est supérieure à la pile n° 2. Dépourvu des instruments nécessaires pour faire des mesures de force électro-motrice et d’intensité, je n’ai pu établir les constantes de la piles Goarant; mais d’après l’essai que j’en ai fait sur une lampe, j’ai pu établir que :
- 1° Cette pile ne dégage aucune odeur; les zincs s’usent régulièrement; il n’y a pas d’effervescence ;
- 2° Le liquide dépolarisateur s’épuise en deux heures, la contenance du vase intérieur étant environ de 55 centilitres ;
- 5° il faudrait tripler à peu près (en quantité) le nombre des couples pour obtenir un résultat pareil à celui des couples Bunsen qui durent quatre heures ;
- 4° Les mêmes piles, montées avec les liquides n° 2, ont donné des résultats moins bons : l’usure des zincs est moins grande. La substitution, à l’eau acidulés, de la solution saturée de chlorhydrate d’ammoniaque est donc avantageuse ;
- 5° Pour remplacer les piles Bunsen par des piles à bichromate et chlorhydrate, il faudrait, dans celles-ci : 1° augmenter le nombre des couples en quantité, ou développer leurs surfaces; 2° augmenter la capacité relative du compartiment charbon.
- Dépense d’une pile Goarant de Tromelin de vingt-quatre couples (8 t. X5 q.) avec vase poreux d’une contenance double et des vases d'une contenance moindre, fonctionnant quatre heures :
- Chlorhydrate d’ammoniaque, 1*. . . . 2‘,50 Zinc (y compris déchet), 0*,300 à 1 fr. 0‘,30 Mercure
- Bichromate de potasse, 2* à 2,40. . . 4,80 Entretien, montage et démontage . . . lf,25
- Total.................8‘,85
- 8f 85
- Soit -0=0,18 par heure et par bec : dépense 48
- beaucoup trop considérable. L’avantage résultant de la suppression de l’acide nitrique et des vapeurs nitreuses est bien compensé, d’ailleurs, par la nécessité de tripler le nombre ou les surfaces des couples.
- Pile rotative. — Une pile de douze couples circulaires zinc-charbon, de 14 centimètres de diamètre, immergés sur une hauteur de4 1/2 centimètres environ, n’a donné que des résultats insignifiants quand le liquide immergeant était de l eau acidulée, ou une solution de chlorhydrate d’ammoniaque.
- Avec de l’eau acidulée, bichromatée, les résultats sont remarquables.
- Les zincs étaient amalgamés.
- Vitesse de rotation : quatre-vingts tours par minute.
- Composition du liquide :
- Eau...........6 kil.
- Acide suif. . . lk,200
- Bichromate. . 0k,500
- Au début, la pile illumine assez franchement deux lampes avec charbon de 2 millimètres ; puis,
- plus franchement une seule lampe. L’expérience dure quarante cinq minutes. Au bout de ce temps le liquide est épuisé.
- Il faudrait huit couples pour illuminer une lampe donnant environ huit becs.
- Pour marcher quatre heures, il faudrait donnera chaque cuve une capacité de trois litres. La dépense totale en quatre heures serait :
- Acide sulfurique, 2k,800 à 0‘,30 . . Bichromate, 1*,700 à 2f,40 . . . . Zinc (y compris déchet), 0*,300 à 1 fr
- Mercure, 0k,05 à 6 fr...............
- Montage et démontage.................
- Total..........
- 20. 20 O o © o
- 9 12 G I
- O — o o © in
- En doublant la surface de l’électrode charbon, on obtiendrait une lumière d’environ huit becs. La dé-5f 70 pense par heure et par bec serait 39= Of,18.
- Ainsi la pile à disques, plus commode que toutes les autres si elle était bien agencée, doit cependant être écartée aussi à cause de son prix élevé et de sa dépense considérable.
- Nous ne citerons que pour mémoire quelques expériences faites par des amateurs avec des piles télégraphiques. Il faudrait certainement plus de deux cents couples Leclanché grand modèle ou plus de trois cents couples Callaud convenablement couplés pour obtenir un peu de lumière.
- CONCLUSIONS.
- La pile la plus énergique est la pile Bunsen, modèle B uhmkorff; mais elle est incommode et délétère, et dépense beaucoup.
- La pile la plus économique et la plus constante ' est la pile Thomson ; mais elle est coûteuse et encombrante.
- La pile l.i plus commode serait une pile rotative bien agencée; mais le-prix en serait élevé (200 fr. au moins) et la dépense quotidienne énorme.
- Une pile aussi énergique que la pile Bunsen, aussi économique que la pile Thomson, et aussi commode qu’une rotative bien agencée, serait encore loin de pouvoir convenir à l’éclairage courant.
- Ce n'est donc pas parmi les piles hydroélectriques aujourd'hui connues que se trouve la solution d'un electro-moteur domestique applicable aux lampes électriques actuelles.
- • ÉMILE REYNIER.
- APPLICATION INDUSTR1ELLE
- DU CHLORURE DE METHYLE
- A LA PRODUCTION DU FROID.
- Nous avons publié dans notre numéro du 21 juin dernier la description des vases que M. Ca-
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- t 4.
- LA NATURE.
- mille Vincent, professeur à l’École centrale, a combinés pour transporter le chlorure de Méthyle à l’état liquide, ainsi que les appareils de laboratoire permettant de refroidir un bain incongélable à — 50° environ et de réaliser un grand nombre d'expériences frigorifiques; nous avons terminé notre exposé en disant que sur les mêmes données on construisait de grandes machines frigorifiques qui pouvaient être appliquées à refroidir de l’air ou des liquides. Nous donnons aujourd’hui quelques développements sur ces nouvelles machines.
- La machine frigorifique à chlorure de Méthyle se compose de trois parties principales :
- 1° D’un frigorifère où se produit le froid ;
- 2° D’une pompe, aspirant la vapeur de chlorure de Méthyle dans le frigorifère, la comprimant et l’envoyant ensuite dans un condenseur où elle se liquéfie ;
- 3° D’un condenseur, ou liquéfacteur, destiné à refroidir la vapeur de chlorure de Méthyle comprimée et à en déterminer la liquéfaction ; le produit liquéfié retourne ensuite d'une façon graduée dans le frigorifère.
- La figure ci-contre représente l’ensemble d’une de ces machines frigorifiques capables de produire depuis 100 jusqu’à 500 kilogrammes de glace à l’heure 1.
- Le frigorifère qui, dans le dessin, se trouve à droite au fond de l’atelier et sous l’ensemble des alvéoles renfermant l’eau à congéler, est une véritable chaudière tubulaire horizontale, renfermant le chlorure de Méthyle liquide ; une dissolution incongélable de chlorure de calcium passe dans les tubes de cet appareil, s’y refroidit et se trouve ensuite chassée par l’action d’une hélice autour des alvéoles renfermant l’eau, dont bientôt la congélation a. lieu.
- La vapeur de chlorure de Méthyle produite dans le frigorifère est aspirée, à l’aide d’un long tuyau, par la pompe dont on voit la disposition à gauche du dessin, puis comprimée et dirigée sur un autre tuyau, dans le liquéfacteur, situé au milieu des deux appareils précédents, où s’effectue la liquéfaction du produit.
- Ce liquéfacteur est formé essentiellement d’un corps tubulaire vertical, dans les tubes duquel circule de l’eau destinée à refroidir le chlorure de Méthyle comprimé, lancé autour des tubes par la pompe. Le chlorure liquéfié retourne dans le frigorifère par un tuyau partant d’un robinet à vis situé au bas et en avant de cet appareil, et destiné à en régler l’écoulement suivant la marche de la machine.
- La compression de la vapeur du produit frigorifique est faite dans les nouvelles machines avec une perfection qui, jusqu'ici, dans aucune des machines à glace,soit à ammoniaque soit à acide sulfureux, à
- 1 Dans les ateliers de M. A. Crespin, ingénieur constructeur, 23, avenue Parmentier, fonctionne journellement une machine semblable produisant 100 kilogrammes de glace à l'heure.
- éther ordinaire ou méthylique n’a été réalisée et d’où résulte un rendement considérable et finalement une économie de charbon.
- En effet, la pompe de compression est à deux cylindres de diamètres inégaux, comme le montre la figure, et fonctionne à la façon des machines Compound ; ce qui permet de réaliser tous les avantages connus de ce système. Les pistons sont métalliques et ne portent pas de segments, mais seulement des cannelures, ce qui permet de diminuer considérablement le frottement contre la surface des cylindres ; enfin, ils sont guidés de chaque côté par de longues tiges. Le premier piston, qui est le plus grand, aspire la vapeur de chlorure de Méthyle et la comprime de la moitié de la quantité finale ; le second cylindre reçoit ainsi la vapeur comprimée et son piston la refoule dans le réfrigérant après en avoir doublé la pression ; la liquéfaction s’opère dans ce dernier appareil.
- Les deux cylindres compresseurs sont disposés dans un bac où circule un courant d’eau froide; on évite ainsi un échauffement trop considérable. Les soupapes d’aspiration des deux pompes sont mues mécaniquement, ce qui assure une grande régularité de marche et une précision parfaite. Tout l’ensemble des pompes, disposé sur le même bâti, est combiné de façon à tenir une place très restreinte ; le mouvement est donné par une longue bielle en retour, actionnée par l’arbre coudé, qu’on voit à droite du dessin, et qui reçoit le mouvement d’une machine motrice au moyen d’une poulie et d’une courroie. Cette disposition permet de réduire considérablement la longueur de la machine tout en réalisant les meilleures conditions.
- Le fonctionnement de la machine frigorifique est indiqué par deux manomètres, correspondant l’un avec le liquéfacteur et l’autre avec le frigorifère.
- En marche normale, la pression dans le liquéfacteur n’est que de 3 à 4 atmosphères, suivant la température de l’eau employée à la réfrigération ; et le degré du vide dans le frigorifère varie de 0 à 1/2 atmosphère suivant l’abaissement de température que l'on désire obtenir.
- Les machines frigorifiques à chlorure de Méthyle offrent de réels avantages sur les autres ; elles ne nécessitent point de graissage, le chlorure lubrifiant les pistons ; elles ne sont pas exposées aux rentrées d’air, le produit ayant une tension de vapeur suffisante ; le chlorure de Méthyle n’altère pas les métaux et ne se décompose nullement par suite du fonctionnement de la machine ; sa vapeur, d’une odeur douce, n’incommode pas les ouvriers lors des réparations; enfin, il permet une grande simplicité d’organe, ce qui conduit à abaisser considérablement le prix des machines. A tout cela on peut ajouter que le chlorure de Méthyle est un produit de fabrication industrielle courante, dont la valeur est la moitié ou le tiers de celle des autres agents frigorifiques usités ; nous avons vu précédemment qu’on le transportait facilement dans des
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- Appareil industriel de M. Vincent pour la production du froid au moyen du chlorure de Méthyle.
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- LA NATURE.
- cylindres en tôle d’acier, dont nous avons donné le dessin.
- Les nouvelles machines frigorifiques trouveront certainement une place importante dans l’industrie, car elles réalisent des conditions d’économie qu’on n’a pas atteintes encore.
- Le plus petit modèle des machines à chlorure de • Méthyle faisant 5 kilogrammes de glace à l’heure et destiné aux chantiers de travaux ou aux habitations éloignées des villes fonctionne actuellement à l’Exposition du Palais de l’Industrie.
- UN NOUVEAU MÉTAL
- LE SCANDIUM
- Dans la séance de l’Académie des sciences du 24 mars 1879, M. Nilson a annoncé la découverte d’un nouvel élément, qu’il appelle scandium et qu’il avait extrait de l’ytterbine. Quelques semaine après cette publication, j’ai trouvé le même métal dans la gadolinite et dans l’ytlro-titanite de Norvège. J’en ai examiné les caractères. Voici les résultats :
- État naturel. — Jusqu’ici on n’a trouvé le scandium que dans la gadolinite et dans l'yttrotitanite. Il se trouve dans ces deux minéraux seulement en quantités minimes. La gadolinite renferme au moins 0=r,002 à 06,003 pour 100 de l’oxyde, et l’yttrotitanite 0,003.
- Atomicité. — Le seul oxyde que donne le scandium, ou la scandine, doit avoir la formule Sc205. La composition du sulfate double ammoniacal et de l'oxalate double potassique prouve l’exactitude de celte formule, et la composition du sulfate double potassique ainsi que du sélénite le constate encore mieux.
- Poids atomique. — Ayant extrait 8 à 10 grammes de l’oxyde de scandium ayant le poids moléculaire, environ 106 (BO, nombre de M. Nilson), j’ai soumis son azotate à des décompositions répétées. Il en résulta environ un gramme d’une terre blanche, tout ce que j’ai pu extraire de grandes quantités de gadolinite et d’yttrotitanite. Je l’ai transformé en sulfate, et le sulfate a été calciné. 1*r,451 du sulfate a donné 0*r,5293 d‘oxyde de scandium.
- Le poids atomique du métal est, d’après celte détermination, 44,91, et le poids moléculaire de l’oxyde, si l’on écrit ScÔ, 45,94, qui s’écarte considérablement de 105,85, nombre le plus bas que M. Nilson ait pu trouver. Cette grande différence me faisait croire que j’avais affaire à l'oxyde d'un nouvel élément qui se cachait dans la scandine; mais l’examen spectral, que M. Thalèn a eu l’obligeance d’exécuter, a prouvé que la terre n’était que la scandine pure. Il est évident que la scandine, dans les 0**,3298 de la terre de M. Nilson, se trouvait mélangée avec sept à huit fois son poids d’ytterhine, ou que M. Nilson n’a eu qu’à peine 0ïr,45 de scandine.
- Pour contrôler l’exactitude de ma détermination du poids atomique, j’ai transformé la scandine en azotate et soumis celui-ci à une décomposition partielle. L’oxyde contenu dans le sel basique insoluble a été transformé en sulfate. 0,4479 de Se205 a donné 15,2253 de sulfate, et le sulfate a donné par calcination ü‘r,4479 de ?e205.
- I Le poids atomique du scandium est, d’après cette détermination, 45,12. On peut donc prendre 45 comme poids atomique du scandium.
- L'oxyde de scandium ou la scandine Sc203 est une poudre parfaitement blanche et légère, infusible, ressemblant à la magnésie. Les acides mêmes les plus forts l attaquent avec difficulté ; néanmoins, il est plus soluble dans les acides que l alumine. L acide sulfurique donne avec la scandine une masse blanche et volumineuse de sulfate, rappelant à l’apparence le sulfate de thorium lorsqu il se sépare par la chaleur. L’acide chlorhydrique dissout la scandine plus facilement que l’acide azotique. La densité de l’oxyde est approximativement 3,8.
- L'hydrate de scandium est un précipité blanc et volumineux, ressemblant à l’hydrate d’alumine. Il ne paraît [ as attirer l acide carbonique de l’air. Séché, il forme des fragments semi-transparents. L’hydrate est insoluble dans un excès d’ammoniaque et de potasse caustique. Il ne décompose pas le sel ammoniaque si l’on chauffe avec une solution de ce sel.
- Les sels de scandium sont incolores ou blancs; ils possèdent une saveur astringente et fort acerbe, très différente de la saveur sucrée des autres terres d’yttria. Le sulfate ne forme pas des cristaux distincts; l’azotate, 1 oxalate, 1 acétate et le formiate sont cristallisibles. Le chlorure donne les réactions suivantes.
- Chauffé à la flamme de gaz, il ne donne pas de spectre. La potasse et l’ammoniaque produisent un précipité volumineux, insoluble dans un excès des réactifs. L’acide tai trique empêche la précipitation par l’ammoniaque à fro d ; mais, lorsqu’on chaulfe la solution, il se forme un précipite abondant et volumineux. Le carbonate de sodium produit un précipité volumineux, soluble dans un excès du réactif. L hydrogène sulfuré n’occasionne aucun changement. Le sulfure d’ammonium précipite l’hydrate. Le phosphate de sodium (HNaTO4) donne un précipité gélatineux. L’acide oxalique produit un précipité caillebotté, qui se transforme aussitôt en une poudre de cristaux mi— croscopiques. L oxalate est soluble dans les acides concentrés et sa séparation d’une solution acide n'est pas complète. Bien que l’oxalate paraisse être plus soluble que les oxalates des autres terres, il se trouve dans les premières fractions lorsqu’on soumet à une précipitation partielle le mélange d’un sel de scandium et d’un sel d’ytterhine. L’oxalate acide de potassium donne une poudre cristalline de sel double. L’hyposulfite de sodium précipite avec facilité, mais pas complètement, une solution bouillante. L’acétate de sodium donne à l’ébullition un précipité qui se dépose aisément et qu’on peut détacher sans difficulté du filtre. La précipitation ne paraît pas être complète. Le sulfate de potassium occasionne, dans une solution concentrée, la séparation d’un sel double, poudre cristalline, soluble dans une solution saturée du sel potassique. Le sulfate de sodium se comporte de la même manière.
- Je décris, dans mon Mémoire, le chlorure, l’azotate, le sulfate,
- ( 2033803+2205,
- les sulfates doubles... Sc2053S0*+3Na20 S05+12H20,
- | Sc2053805+(AzH*)20S05. l’oxalate double 2053205+20205+ 31120, le sélénite 52Sc8NsioSOî4-4H<0,
- l’acétate et le formiate.
- Ce qui rend la découverte du scandium intéressante, c’est que son existence a été annoncée d’avance. Dans son Mémoire sur la loi de périodicité, M. Mendeleeff a prévu l’existence d’un métal à poids atomique 44 1. Il l’appelle ékabor. Les caractères de l’ékabor correspondent assez bien à ceux du scandium. P. Clève
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- LA NATURE.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Nouvelle Géographie universelle, par ÉrISÉE RECLUS.— Le tome V comprenant 1 Europe Scandinave et russe est en cours de publication. — Paris, Hachette et Ce, 1879. Études sur les microscopes étrangers, par le Dr J. PEL-letan. 1 vol. in-8°. — A. Delahaye et Ce. Paris.
- Annuairé du club Alpin français. 5e année 1878. 4 vol. in-8° illustré. — Paris, Hachette et ce, 4879.
- Units and physical constants by J.-D. EvERETT. 4 vol. in-48. — London, Macmillan and Co, 1879.
- Observations météorologiques en ballon, par Gaston TISSANDIER. 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Villars, 1879.
- L’ARCHITECTURE DES OISEAUX
- NID DE MÉSANGES.
- Quand les beaux jours sont revenus, au printemps, l’heure a sonné pour les oiseaux d’édifier les fragiles demeures qui doivent abriter leur progéniture; aussi quelle activité dans les bois et dans la campagne ! Les mignonnes créatures ailées se mettent en quête de matériaux de construction : pièce à pièce, avec une patience infinie, elles rapportent dans leur bec des brindilles, de la mousse, des flocons de laine, qu’elles sont parfois obligées d’aller cheicher à une grande distance. Mais, tandis que certains oiseaux, paresseux ou inhabiles, se contentent d’entrelacer de menus rameaux sur le sol ou à l'enfourchure d’une branche, et de déposer dans cet abri grossier quelques plumes arrachées au ventre de la mère, d’autres, plus soucieux du bien-être de leurs petits, façonnent une coupe élégante, qu’ils tapissent intérieurement avec du duvet ou du coton; d’autres, plus soigneux encore, donnent à leur nid la forme d’une bourse munie d’une étroite ouverture, et dans laquelle les jeunes sont à l’abri des intempéries et des attaques de leurs ennemis; d’autres, doués d'un instinct remarquable de sociabilité, se réunissent pour bâtir des villes aériennes, de véritables phalanstères ; quelques-uns enfin poussent la coquetterie jusqu’à disposer à côté du nid où la femelle couvera ses œufs, une sorte de guérite où le mâle fera sentinelle!
- Nous citerons aujourd’hui à nos lecteurs un modèle de construction élevée par des oiseaux du groupe des Mésanges.
- Comme chacun sait, les Mésanges (ou Paridés) sont des passereaux de petite taille, qui se ressemblent tous par leur organisation fondamentale, mais qui diffèrent parfois notablement les uns des autres
- 1 Nous avons publié précédemment une notice sur le remarquable travail de M. Mendeleeff; nous y renvoyons le lecteur (voy. la Nature, 4e année 1870, 2e semestre, p. 310). Dans un article publié sur le Gallium, nous avons aussi montré comment M. Lecoq de Boisbaudran a pu prévoir l’existence du métal dont on lui doit la découverte (voy. 4e année 4876, 1er semestre, p 193).
- par l’aspect extérieur. Chez certaines Mésanges, telles que la grande et la petite Charbonnière, et la Mésange bleue, les proportions de la tête, du Ironc, des ailes et de la queue sont à peu près les mêmes que chez un Moineau ou chez un Pinson, et les plumes du vertex sont rabattues en arrière, lorsque l’oiseau n’est agité par aucune passion; chez d'autres, au contraire, ces mêmes plumes se relèvent constamment en une huppe élégante, chez d’autres enfin, tandis que la tête et le corps sont réduits à une petite balle de plumes, la queue acquiert des dimensions inusitées, au point de constituer dans certaines circonstances une véritable gêne pour l’oiseau. Les teintes varient également : ici c’est un bleu pâle, là un vert pré, un roux vineux ou un brun foncé avec des taches blanches et noires. Aussi les naturalistes ont-ils essayé de répartir les Mésanges en plusieurs groupes secondaires et en un nombre de genres assurément trop considérable. C’est ainsi qu’ils ont établi, parmi les Paridés, les familles des Sylva ins, des Riverains et des Pendu-liens, qui comprennent à leur tour les genres Cer-thiparus, Melaniparus, Lophophanes, Parus, Cya-nistes, Pœcile, Mecistura, Psaltria, Panurus, Ægithalus, etc.
- Du reste, toutes les Mésanges ont à peu près les mêmes mœurs et le même naturel. Malgré leur faiblesse et leur petitesse, ce sont des oiseaux très courageux, qui ne craignent point de s’attaquer à des animaux plus gros qu’eux et qui, en réunissant leurs efforts, parviennent à mettre en fuite une Chouette, en la criblant de coups de bec et lui arrachant les plumes. Pour employer une expression familière, on dirait que les Mésanges ont du vif argent dans les veines. Sans cesse en mouvement, elles grimpent le long des vieux murs, furetant sous les feuilles, sautant de branche en branche, se suspendant la tête en bas, se querellant à propos d’une mouche ou d’une araignée, s’appelant par de petits cris précipités, et manifestant le plus violent désespoir quand elles se trouvent subitement séparées de leurs compagnes. En dépit de leur caractère mutin, les Mésanges, en effet, sont éminemment sociables et vont toujours en petites troupes. Pendant la belle saison, elles se tiennent de prétérence dans les contrées montagneuses, au milieu des forêts de conifères; mais, vers la fin de l’automne, lorsque le froid commence à se faire sentir, elles se rapprochent des habitations et visitent les vergers et les jardins. Elles recherchent alors non seulement les graines et les chrysalides, mais aussi, chose triste à dire, les pauvres petits oiseaux blessés ou pris au piège; elles les achèvent à coups de bec et se re paissent de leur cervelle. Les individus que l’on garde en captivité montrent des instincts aussi féroces et des goûts aussi dépravés ; ils tuent sans pitié leurs compagnons malades ou affaiblis, et mangent avec délices de la viande gâtée, du sang coagulé, du suif, etc. Du reste, comme beaucoup d’habitants des régions boréales, les Mésanges pa-
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- raissent avoir une singulière prédilection pour les matières grasses, et préfèrent les fruits et les graines oléagineuses, les noix, les noisettes, les châtaignes, les faînes, le chènevis. En été, toutefois, leur régime est beaucoup plus insectivore, et à ce titre les Mésanges méritent certainement d’être rangées parmi les oiseaux utiles. Quelques agriculteurs les accusent cependant de détruire leurs abeilles et leur font une chasse active. On les prend au lacet, à la reginglette, au moyen d’un bâton fendu, ou même, dit-on, en les enivrant avec de la farine délayée dans du vin. Quand elles se sentent saisies par la main du chasseur, elles mordent cruellement, et appellent par des cris aigus leurs compagnes, qui accourent et se font prendre à leur tour. A un certain moment de l’année, on voit des Mésanges en abondance chez les marchands d’oiseaux ; il est facile alors de s’en procurer, et, avec un peu de soin, on peut les garder assez longtemps en captivité et les apprivoiser. Plusieurs personnes en ont eu qui circulaient librement dans l’appartement et faisaient la chasse aux mouches.
- Les Mésanges sont très fécondes, elles pondent en général de quinze à vingt œufs, qu’elles déposent dans un nid toujours soigneusement construit, mais dont la forme se modifie suivant les espèces. Le nid de la Charbonnière est établi d’ordinaire dans un trou d’arbre et constitué avec du duvet moelleux ; celui de la Rémiz, au contraire, comme nous le verrons tout à l’heure, est tissé, pour ainsi dire, et suspendu à l’extrémité d’un rameau.
- La Mésange Rémiz est un petit oiseau dont la taille varie entre onze et douze centimètres, et dont la livrée n’offre que des couleurs modestes. Chez le mâle, la tête est d’un blanc plus ou moins lavé de gris, avec une ligne d’un noir bistré s’étendant à travers le front jusqu’aux oreilles; le dos, d’un roux vif en avant, tourne au grisâtre en arrière ; les ailes et la queue sont noirâtres, avec des lisérés blancs au bord des pennes; l’œil est d’un brun jaunâtre, le bec et les pieds sont noirs. La femelle présente des teintes encore moins brillantes. Cette espèce habite l’Asie centrale, la Russie, la Pologne, la Galicie, la Hongrie, la Grèce, la Toscane et le midi de la France. Jadis on lui assignait l’Italie pour patrie exclusive, et c’est pour ce motif que les anciens auteurs la désignaient sous le nom de Re-misch ou d’Acanthis romana (oiseau romain) En général, la ponte de la Mésange Rémiz a lieu deux fois par an, d’abord au mois d’avril ou de mai, puis au mois d'août. Le nid, à la construction duquel le mâle et la femelle travaillent avec une égale activité, est terminé en une quinzaine de jours, et n’en est pas moins une véritable merveille. Il est toujours suspendu au-dessus d'un marais, ou dans le voisinage immédiat d’un cours d’eau, à quatre ou cinq mètres du sol. Pour supporter cette fragile demeure, œs oiseaux font choix d’un rameau mince, plongeant, une ou deux fois bifurqué, en entourent l’extrémité avec delà laine, du chanvre, des fibrilles
- d’écorce, et disposent d’abord une sorte de cupule, légèrement excavée. Puis, en ajoutant sans cesse de nouveaux matériaux, ils agrandissent successivement les bords de ce vase renversé, et peu à peu lui donnent une forme sphérique ou plutôt ovoïde ; mais ils ont bien soin de réserver sur les côtés deux ouvertures, dont l'une sera presque toujours boû-chée ultérieurement, tandis que l’autre restera béante et sera même parfois prolongée en goulot. Lorsqu’il est terminé, le nid ressemble tantôt à une cornue, tantôt à un sac comme celui dont nous donnons un dessin, et mesure seize à vingt centimètres de haut sur onze à quinze de large. Les parois sont tissées avec un duvet léger arraché aux fleurs des saules, des trembles, des peupliers, des chardons, des pissenlits,des masses d’eau, et renforcées extérieurement avec des brindilles et de petites racines entremêlées de quelques poils. A l'intérieur est une couche moelleuse de duvet, sur laquelle la femelle dépose six ou sept œufs, d’un blanc rosé, finement pointillés de rouge.
- Comme on pouvait s’y attendre, l'aspect des nids varie, du reste, non seulement suivant les localités et la nature des matériaux employés, mais encore suivant les époques où ils ont été construits; ce fait a été parfaitement mis en lumière par Schinz, par Thieneman, par Baldamus et par plusieurs autres observateurs, et peut être facilement vérifié en examinant comparativement les nombreux spécimens conservés dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle. Certains nids sont d’un blanc presque pur, d’autres, d'un gris argenté, d’autres d’un jaune ocreux, et en général les nids faits au printemps sont tissés avec plus de soin que ceux qui datent de l’arrière-saison.
- Le célèbre voyageur russe Radde nous apprend qu’en Sibérie, pour guérir la fièvre intermittente, on fait respirer aux malades la fumée dégagée par la combustion d’un de ces nids. Suivant le même auteur, le nid de la Mésange Rémiz, ramolli dans l’eau chaude, passe pour un remède excellent contre les douleurs rhumatismales. Les Mongols croient que lorsqu’un nid a deux ouvertures, le mâle et la femelle vivent en mauvaise intelligence et que, lorsqu’il n’y a qu’une seule porte, le mâle est au contraire parfaitement d’accord avec la femelle, et fait bonne garde pendant que cette dernière est chargée des soins de l’incubation.
- Suivant d’autres auteurs, le mâle et la femelle couvent alternativement, et plus tard s’occupent avec une égale sollicitude de nourrir leurs petits avec des mouches, des araignées et des chenilles. Dans la Vie des animaux, Brehm raconte que Baldamus est parvenu à élever de jeunes Mésanges Rémiz en leur donnant du fromage doux mélangé à des cœurs de poule hachés menus, et qucM. le comte de Gourcy a réussi dans la même entreprise en employant de la pâtée de Rossignols additionnée d’œufs de fourmis.
- Enfin, quand la jeune famille est élevée, elle sort du nid, et, sous la conduite des parents, se met à
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- Md de Mésange Rémiz (Composition inédite de M. Giacomelli).
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- explorer les bois et les vergers d’alentour. Dans les petites troupes ainsi constituées, règne, comme nous l’avons dit, l'harmonie la plus touchante; un individu est-il égaré, il manifeste le plus profond désespoir, pousse des cris d’appel, et s’efforce de rejoindre le reste de la bande; est-il, au contraire, blessé au milieu de ses compagnons, il est aussitôt entouré des autres oiseaux, qui semblent chercher à le secourir. Toutes les Mésanges, du reste, mani lestent ces sentiments de confraternité. Quel dommage qu’elles ne ne puissent pas les inculquer à l’espèce humaine.
- E. OUSTALET.
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- LES PLUS FORT GROSSISSEMENTS
- MICROSCOPIQUES 1
- Les grossissements obtenus avec les instruments actuels sont énormes comparativement à ceux que réalisaient les objectifs d’il y a une vingtaine d’années. Ce qui a contribué à amener ce perfectionnement, c’est le développement des études micrographiques et, par conséquent, les exigences toujours croissantes des micrographes, particulièrement des diatomistes qui se sont attachés à étudier des détails de structure tellement petits qu’ils atteignent, s’ils ne les dépassent pas, les limites de la visibilité. On sait, en effet, qu’aujourd’hui certains physiciens pensent que beaucoup de ces stries de diatomées ne sont pas réelles, mais que l’image qu’en fournit le microscope résulte de la diffraction. (Je ne le crois pas, parce que souvent leur nombre est constant bien qu’on le mesure dans des conditions différentes, avec des instruments différents sur plusieurs exemplaires distincts.)
- Les micrographes devenant de plus en plus difficiles, les opticiens se sont perfectionnés tant comme science que comme habileté pratique; ils sont arrivés à construire des lentilles achromatiques de foyer extrêmement court et dont il a fallu réduire, par conséquent, l’ouverture utile à des dimensions microscopiques, telles que Biot avait dit autrefois que c’était impossible.
- Puis, on s’est aperçu qu’en combinant plusieurs systèmes de lentilles suivant des formules diverses, on pouvait arriver à agrandir considérablement l’angle du cône lumineux admis dans l’objectif. Mais cela n’était possible qu’avec une distance frontale extrêmement courte. En revanche, on obtenait avec ces objectifs à grande ouverture des images bien autrement parfaites qu’avec les anciens objectifs à petit angle. On s’est donc habitué à travailler avec des instruments à très courte distance frontale, ce qu’il y a seulement dix ou douze ans on jugeait impraticable. Les lentilles à immersion ont. d’ailleurs, facilité ce résultat.
- Voyant qu’on pouvait utiliser ces objectifs à très courte distance, les opticiens en ont profité pour diminuer encore le rayon de leurs lentilles, diminuer, par conséquent, le foyer et augmenter le grossissement, en même temps qu’ils ont trouvé diverses formules pour corriger les aber-
- 1 Un des lecteurs de la Nature ayant exprimé le désir d’avoir quelques documents précis à ce sujet, nous nous empressons de les lui fournir, et nous remercions M. Pelietan d avoir bien voulu nous les communiquer. G T.
- rations à l’aide des deux ou trois systèmes de lentilles placées derrière la frontale. Nachet, Hartnack et Prazmowski, en France, Zeiss en Allemagne, Wenham, Powell et Lea-land en Angleterre, Toiles et Spencer en Amérique sont arrivés à réaliser des amplifications formidables. Mais il ne faut pas oublier que les chiffres donnés dans les catalogues sont le plus souvent très fantaisistes, et, dans tous les cas, théoriques, c’est-à-dire que tel objectif associé à des oculaires de plus en plus courts donnerait tel grossissement qu’on voudrait. C’est sans limite, en progression géométrique. Seulement,à partir d’un certain moment on' ne voit plus rien que la nuit, dans le tube du microscope, parce que l’image n’est plus assez éclairée, — mais théoriquement elle existe au grossissement indiqué — il ne reste qu’à la rendre perceptible. C’est pour cela que les Anglais ont tant travaillé les condensateurs.
- Powell et Lealand ont annoncé un objectif de 1/80 de pouce anglais, lequel, cela est certain, donnerait des grossissements énormes, même avec des oculaires relativement longs, car, avec des oculaires courts, ce serait la nuit. L’ont-ils jamais construit, je n’en sais rien, et Ion pense en général que non. Mais Toiles, qui est le premier opticien du monde, a construit un 1/75 de pouce pour le docteur Harriman, de Boston.(J’ai décrit cet instrument dans le Journal de Micrographie pour juin 1879.) Le grossissement serait de 15 000 diamètres avec un oculaire d’un demi pouce, à la distance de 25 centimètres ; je dis serait, car je ne crois pas que pratiquement cet objectif puisse être utilisé avec un tel oculaire. Il est très difficile de maniement, comme on le comprend ; on ne peut s’en servir qu’au fond d’une cave pour éviter les vibrations, et son prix a été de 2000 francs. Bien entendu qu’on ne peut le monter que sur un corps de microscope d’une solidité extrême et admirablement construit (le grand stand de Toiles ou de Zentmayer).
- Quant aux microscopes anglais (et non plus aux objectifs, deux choses que certaines personnes peu compétentes peuvent confondre), ils sont supérieurement construits, beaucoup mieux qu’en France, ils remplissent tous les desiderata, tandis que les nôtres sont complètement arriérés, — mais ils coûtent tout simplement deux fois plus cher. Que s’ils ne sont pas plus cher, ils ne valent rien du tout : c’est de la quincaillerie, .ce n’est plus de la construction. Tous les microscopes anglais à bon marché, ou presque tous, sont mauvais. Dr J. Pelletan.
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- INAUGURATION DE LA STATUE D’ARAGO
- A PERPIGNAN
- La fête d’inauguration dont nous avons précédemment parlé1 a eu lieu en présence de M. le ministre de l'instruction publique; de M. Janssen, délégué par l’Académie des sciences; de M. l’amiral Mou-chey, directeur de l'Observatoire ; de toutes les notabilités de la ville et du département. Après un discours de M. J. Ferry, M. Paul Bert a été chargé de faire l’éloge du grand astronome. Nous publions une partie des paroles prononcées par M. Bert :
- Etudier Arago sous tous les aspects où peut l’envisager l’admiration de la postérité : homme de science, renver-
- 1 Voy. la Nature, n° du 20 septembre 1879. p. 245.
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- LA NATURE.
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- santl’hypothèse newtonienne de l’émission de la lumière, déterminant la constitution physique du soleil, expliquant la scintillation des étoiles, la nature des aurores boréales ; découvrant l’aimantation par les courants, origine de la télégraphie électrique ; étendant à tous les corps la pi 0-priété magnétique; enfin, car je dois me borner aux sommets, signalant au plus éminent de ses disciples l’astre encore inconnu, encore invisible, dont la découverte a ramené l’ordre parmi les planètes troublées et demeure encore la marque la plus extraordinaire de la puissance du genre humain : professeur, devant ces mille auditeurs de l'Observatoire ou dans son fauteuil de secrétaire perpétuel, écrivant ses incomparables notices scientifiques, ou dictant, devenu aveugle, son astronomie populaire ; toujours, par la parole ou par la plume, merveilleux de clarté, desûreté, de puissance et d’ampleur ; agrandissant tout ce qu’il touche; rendant à l’inventeur surpris sa découverte développée et fécondée ; semant à pleines mains les idées, et se réjouissant lorsque d’autres, amis ou ennemis, s’enrichissaient de la précieuse récolte : historien scientifique, surpassant Condorcet, égalant Cuvier, balançant Fontenelle et se caractérisant entre tous, par la re cherche passionnée des droits de chacun, et d’un amour jaloux de la justice : orateur, apportant à la tribune la vigueur et la clarté de la chaire scientifique vivifiées par l’émotion des maîtres, et dominant l’Assemblée de sa haute stature, avec sa belle tête méridionale et son œil plein de flamme ; homme politique, débutant par refuser sa voix à l’homme de Brumaire, finissant par refuser son serment à l’homme de Décembre, et faisant, le premier, retentir à la tribune, devant une Chambre plus surprise encore qu'effrayée, les mots fatidiques de « suffrage universel et d’organisation du travail » ; l’homme, enfin, chez qui la volonté d’agir s’unissait à la conscience de sa force; intelligence merveilleusement compréhensible et puissamment créatrice, si hardie et pourlant si prudente à la fois, que jamais elle ne commit d’erreur nécessitant une rétractation ; nature ardente, mais loyale, prête pour la domination, mais incapable de haine et affamée de justice; cœur sensible et vaillant, quelquefois entraîné, disait un contemporain, à se montrer sévère envers le fort pour soutenir le faible; âme austère et front serein ; père de famille et citoyen digne des légendes antiques, et pouvant, comme Carnot, se rendre, en quittant la vie, ce noble témoignage :
- « Mes mains sont nettes et mon cœur pur. »
- Voilà le champ immense que j’entrevis d’un coup d’œil. A l’étendue de l’esquisse, jugez ce que devait être le tableau.
- Je n’hésite pas à l’avouer : l’exécution en eût été pour moi impossible, et je n’eusse pas été assez téméraire pour en hasarder la tentative. Mais je savais que des voix plus compétentes et plus autorisées que la mienne viendraient rappeler à la France attentive les découvertes de cet immortel génie. Je devinais que l’Académie des sciences saisirait cette occasion de rendre un public hommage au savant qu’elle compta dans son sein pendant près d’un demi-siècle, au secrétaire perpétuel dont elle a, durant vingt-trois ans, applaudi la parole, au Maître dont l'influence était si grande sur elle, que l'illustre Laplace l’appelait, non sans quelque amertume, le grand électeur académique; à ce François Arago qui attend encore, après vingt-six ans écoulés, l'éloge solennel auquel il a droit.
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- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES*
- (Congrès de Montpellier. Août 1879).
- EXCURSION A NIMES ET A AIGUESMORTES.
- La journée du dimanche 51 août a été consacrée, pendant le Congrès de Montpellier, à une excursion à Nîmes et à Aiguesmortes, qui a présenté, à tous les points de vue, le plus vif intérêt, et que nous allons brièvement raconter.
- Un train spécial emporte, à 6 heures du matin, les excursionnistes, au nombre de 250 environ, dans la direction de Nîmes. Il marche à toute vapeur et s’arrête bientôt à Lunnel, le seul arrêt avant Nîmes. Mais la rapidité du trajet n’est pas telle que l’on ne puisse examiner le paysage qui se déroule à droite et à gauche. Le chemin de fer traverse une vaste plaine que ferment à l’horizon les derniers contreforts des Cévennes. Presque partout le sol est nu et désolé ; quelques champs de blé récemment coupés montrent encore leurs chaumes; par ci par là des plantes fourragères essayent de pousser, mais la sécheresse et le soleil en arrêtent l’essor. Pour celui qui a parcouru cette ligne, il y a quelques années, le contraste est douloureux. Jadis, à celte date, une mer vraie de pampres verdsyants couvrait le sol à perle de vue; les joyeuses vendanges commençaient, et donnaient de véritables fleuves de vin. On se procurait à grand’peine les foudres nécessaires à la récolle, et les immenses hangars construits à toules les gares regorgeaient de futailles. Aujourd’hui ces hangars sont vides, la vigne a disparu, et avec elle la richesse du pays. C’est le phylloxéra qui a fait ce désastre. Il n’y a plus de vin, et il n’y a même pas d’eau. Aussi tous les habitants aspirent-ils ardemment après la création du canal dérivé du Rhône qui leur apportera l’eau indispensable à tous leurs besoins, ainsi qu'à la production de leurs champs. Jusqu’à Nîmes et bien au delà, s’étend cette vaste région ruinée qu’on a caractérisée par le nom trop juste de pays de la soif.
- A Nîmes, la populalion toute entière, massée autour de la gare, attend Y Association française. Les autorités viennent saluer son président, M. Bardoux. à la sortie du wagon. Les musiques entonnent l’hymne national, et c’est au milieu d’applaudissements que les excursionnistes descendent de la gare pour faire, à travers la ville un rapide pèlerinage à tous ses monuments.
- M. Revoii, architecte de la ville, qui a consacré sa vie à ses antiquités, nous fait successivement visiter les Arènes , qu’on restaure avec beaucoup de goût, le Musée, la Maison Carrée, qui suffirait pour illustrer une ville, les Bains romains, qui remontent au temps d’Auguste, le Temple de Diane, la Maison d'Antonin. A la cathédrale, il nous explique ses plans de restauration de ce magnifique morceau d'architecture romane auquel il a l’ambition de rendre toute sa pureté. Nous saluons, en passant, la statue de Reboul, le poète nîmois, et la belle fontaine due au ciseau de Pradier.
- La caravane s’arrête au Casino pour faire honneur au déjeuner. La longue course à travers la ville a ouvert l’appétit; le soleil du midi, qui s’est mis de la fête, a altéré tous les gosiers. Mais rien ne manque, grâce à l’habileté avec laquelle M. Gariel, secrétaire général, et
- 1 Suite. Voy. n° 326 du 30 août, p. 206.
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- LA NATURE.
- M. Masson, trésorier de l’Association, ont pris toutes les mesures nécessaires pour le succès de l’excursion. La musique de l’artillerie se fait entendre pendant tout le repas. Au dessert, M. Bardoux se fait l’interprèle de l’Association pour adresser à la ville de Nîmes ses chaleureux remerciements. M Revoil répond en excellents termes; puis M. le docteur Gosse, de Genève, porte, au nom des savants étrangers, un toast éloquent à la France et à la science française.
- En wagon pour Aiguesmortes La chaleur devient étouffante, mais personne ne reste en arrière. Quelques dames, qui ont voulu faire partie de l’expédition, ne sont pas les moins intrépides à braver les ardeurs du soleil.
- Autour de Nîmes, la campagne a toujours le même aspect. A part quelques vergers d’oliviers, la végétation est presque partout misérable, la terre a soif. Les cigales chantent de toutes parts. Les criquets voyageurs viennent jusque dans les wagons saluer les entomologistes, et leur
- donner la passagère illusion d’une course à travers les plaines africaines. Mais nous passons la station de Milhaud, et nous voici dans la région des sables de la côte.
- Le paysage prend un aspect nouveau. Aussi loin que la vue peut s’étendre à droite et à gauche de la voie, c’est une immense plaine sans aucune ondulation. A peine quelques bouquets de pins arrêtent le regard. Des marais presque partout. Sur l’espace enlevé aux eaux, des champs cultivés entourés de remparts de roseaux, pour abriter des vents violents leur sol trop mobile. Les mas (fermes) sont clairsemés. Les produits sont maigres. On est réduit à exploiter les roseaux des marais, qui sont vendus pour faire des litières, des toitures, etc. De loin en loin, un village : Beauvoisin, Vauvert, Aymar-gues, Massillargues, Saint-Laurent d’Aigouze. L’œil ne trouve de réelle verdure que dans quelques plantations de vignes. Mais le travail de l’homme se révèle dans cette solitude. Les cours d’eau sont canalisés ou endigués, des
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- Fig. 1. — L’enceinte d’Aiguesmortes. (D’après une photographie.)
- roubines d’assainissement sont creusées de toutes parts; c’est la lutte persistante contre le marais.
- Tout à coup une haute tour se profile à gauche de la voie. Elle coupe la route de Nîmes. C’est la tour Carbon-nière, ancien poste avancé d’Aiguesmortes, construite à la fin du treizième siècle, et complètement restaurée il y a vingt ans. Encore quelques tours de roue, et nous sommes en gare. Le chemin de fer ne va pas plus loin. La population-tout entière est sur pied pour nous recevoir; la musique municipale joue la Marseillaise au pied des antiques murailles des temps féodaux.
- Ce n’est pas ici le lieu de faire l’histoire d’Aigues-mortes. Elle a été magistralement écrite dans le beau livre que M. Ch. Lenthéric, ingénieur des ponts et chaussées, a consacré à la description du littoral de la Méditerranée1. Nous ne pouvons rappeler que nos impressions,
- 1 Les Villes mortes du golfe de Lion, ouvrage enrichi de 15 cartes et plans, couronné par l'Académie française. — Librairie Plon, à Paris.
- qui se sont succédé rapides pendant toute l’excursion.
- Aiguesmortes est une ville du moyen âge qu’on croirait édifiée de la veille, tellement toutes les parties de son enceinte sont admirablement conservées. Celle-ci forme un vaste quadrilatère avec tours, créneaux, mâchicoulis, sans qu’une seule pierre y fasse défaut. La figure 1 représente la perspective de l’une des faces du quadrilatère. La ville est demeurée limitée à son ancienne enceinte; elle dort silencieuse entre ses hautes murailles, sans qu’aucun toit n’émerge au-dessus de celle-ci. Aigues-mortes est restée telle qu’elle fut construite au treizième siècle; c’est autour de la ville que des changements se sont opérés. Mais ces changements n’ont pas été tels qu’une ancienne légende le ferait supposer. Il n’est pas vrai que la Méditerranée venait au moyen-âge baigner les murs de la ville; saint Louis, partant pour la croisade, s’embarqua à Aiguesmortes, mais comme nous le ferons tout à l’heure, sur un chenal conduisant à la mer, qui était distante de la ville de plus de 5 kilo-
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- mèlres comme aujourd’hui. L’armée des croisés était campée entre Aiguesmortes et la mer. Le canal qui, alors, menait à la Méditerranée, traversait les étangs de la Marotte et du Repausset, et aboutissait au Grau-Louis (le mot grau, ou grao en langue romane, signifie embouchure). Au seizième siècle, ce canal, ayant été ensablé, était remplacé par un deuxième, que suivit Charles-Quint, et qui aboutissait au grau de Croisette. Le chenal actuel date du siècle dernier. Tous ces faits reposent sur des documents authentiques recueillis dans les archives d’Aiguesmortes.
- Avant de nous embarquer, montons sur la tour Constance que construisit saint Louis et d’où il s’embarqua. Isolée de l’enceinte au nord, la tour forme un des plus beaux modèles de l’architecture militaire gothique que l’on puisse voir. Vastes salles d’armes, cheminées monumentales, et dans l’épaisseur des murs qui a près de 7 mètres (20 pieds), couloirs sombres, escaliers en coli-
- maçon, cachots, oubliettes, etc. De la plate-forme qui domine le sol à une hauteur de 52 mètres, la vue est magnifique. Elle s’étend, sans obstacles, d'une part sur la Camargue et les lagunes qui la remplissent, d’autre part sur la Méditerranée, et les mille accidents de la côte. Mais voici qu’au delà du canal de Beaucaire qui aboutit à la ville, et derrière l’enceinte, se montre une vaste surface dont la magnifique verdure contraste avec le reste du paysage. C’est le vignoble, la nouvelle source de richesse pour Aiguesmortes. Depuis quelques années, près de 1500 hectares de vignes ont été plantés -sur son territoire ; la vigne française a trouvé ici un refuge contre le Phylloxéra. Celui-ci, en effet, se développe mal dans ces terrains mobiles, et la vigne est prospère malgré lui. Dans les nouvelles plantations, on a bientôt une production de 80 à 100 hectolitres de vin en Aramont et en Grenache ; quand la vigne peut être fumée, le rendement s’élève après cinq ans, jusqu’à 150 à 180 hectolitres. Aiguesmortes et
- Fig. 2. — Embouchure du canal d’Aiguesmortes, au Grau-du-Roi.
- les sables du littoral s’enrichiront par la ruine du vignoble méridional.
- Nous redescendons au port. Trois grands bateaux, frétés par la Compagnie des Salins du Midi, attendent Y Association française pour la conduire aux salines. Nous suivons le nouveau chenal maritime d’Aiguesmortes; il traverse jusqu’à la mer l’étang du Repausset, et deux digues insubmersibles le préservent contre les ensablements du Rhône. C’est, en effet, par les crues de ce fleuve que les deux anciens canaux ont été peu à peu comblés ; dans les très grandes eaux, il est arrivé que le Rhône venait battre les murailles d’Aiguesmortes. . Le canal actuel a une longueur de 5000 mètres ; sa largeur varie de 40 à 50 mètres. Bientôt nous faisons escale aux pontons des Salines.
- MM.Gervais et Mion, ingénieurs de la Compagnie, font à Y Association française les honneurs de leur vaste exploitation. Les tables saunantes, longues de 150 mètres, entourées de rigoles d’écoulement, se succèdent sur une
- longueur de plusieurs kilomètres. La saline que nous visitons est celle du Perrier. Les tables (larges bassins d’une profondeur de 30 à 35 centimètres, où l’eau de mer subit, pendant deux mois environ, l’action du soleil) se succèdent pour montrer toutes les phases du travail. La première est encore pleine ; sur la deuxième, on a fait écouler l’eau, et nous marchons sur la couche de sel admirablement cristallisé. Sur la troisième, on procède au battage; les ouvriers détachent, avec une pelle plate en bois, les cristaux de sel, et en forment des gerbes ou petits cônes de 1 mètre environ de hauteur où le sel se débarrasse de l’humidité qu’il renferme ; les cristaux ont, au moment où ils sont réunis en gerbes, une très jolie teinte rose ; à mesure qu’ils se dessèchent, ils prennent une blancheur éblouissante. Sur une quatrième table, se fait le levage; on enlève le sel des gerbes, et les ouvriers en forment de vastes masses prismatiques, appelées camelles, qu’on recouvre non seulement au sommet, mais sur les parois, d’un paillis en roseaux, pour protéger le sel
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- LA NATURE.
- jusqu’au moment où la camelle est détruite pour la vente du produit.
- La visite s’achève par l’examen des roues à tympan qui servent à élever l’eau de mer sur les tables, et celui des appareils de trituration, blutoirs, etc., qui permettent à la Compagn e de livrer des sels pulvérisés, d’une pureté remarquable. Mais deux gardes montés sur leurs chevaux camargues à l’allure rapide et au jarret vigoureux, rallient les excursionnistes disséminés sur la vaste étendue de la saline, et les appellent aux bâtiments principaux.
- On arrive à un immense châlet en bois. exhaussé de 2 mètres environ, d’une longueur de 30 mètres, d'une largeur de 13 mètres, et dont l’architecture est des plus élégantes. Après avoir gravi les marches du perron, on traverse un véritable musée des salines, renfermant tous les outils qui servent à l’exploitation du sel Des spécimens d’oiseaux de mer, habitants de ces parages, ornent les murs; un flamant rose attire surtout l’attention. Puis, on pénètre dans un immense hall : d’un côté, un long divan, de l’autre une immense table enguirlandée de fleurs, ornée d’admirables cristaux de sel, mais surtout couverte d’un lunch riche et par la variété et par l’exquise qualité des rafraîchissements qu’il offre aux hôtes des salines. Chacun se réconforte, puis M. Bardoux se fait l’interprète des sentiments de tous pour exprimer à la Compagnie des salins nos remerciements pour son chaleureux accueil. L’admiration devient une véritable stupéfaction, quand on apprend que ce vaste et magnifique châlet n’est-qu’une œuvre éphémère, qu’il a été construit en l’honneur de V Association française, et que, le lendemain, il sera par terre. Jamais encore depuis huit ans, l’Association n’avait reçu, de simples particuliers, réception aussi grandiose.
- Il faut s’arracher à tant de cordialité, et remonter sur les bateaux pour achever l'itinéraire. La flotille continue à descendre le canal, et arrive bientôt au Grau-du-Roi. Ici encore la population est sur pieds; elle se presse sur les deux rives du canal, drapeaux à la main, musique en tête. Quand les bateaux passent, ce sont des hourras enthousiastes, des décharges de mousqueterie, puis une farandole effrénée qui se poursuit jusqu’à l’extrémité de la jetée. On traverse le port rempli de bateaux de pêche, bateaux-bœufs, suivant l’èxpression du pays: ils sont tous pavoisés. Puis lentement, on entre dans la Méditerranée. La mer aussi a fait sa toilette des jours de fête pour recevoir l’Associaiion. Pas une ride sur les flots. Au large, la vue est magnifique; on embrasse d’un coup d'œil le golfe d’Aiguesmortes. A droite la pointe de l’Espiguette, avec son phare avancé sur les sables. A gauche, la ligne des sables qui borne l’étang de Maughuio, puis le grau de Pa-lavas, l’étang de Thau et Cette, le port heureux rival d’Aigues-Mortes. Au fond, la ligne des Cévennes.
- Au retour, ce sont les mêmes acclamations, les mêmes vivats qui accueillent nos bateaux à Aiguesmortes, comme au Grau-du-Roi.
- L’enthousiasme a été le même dans les excursions faites à Balaruc et à Cette le surlendemain. Ici il fallait visiter les chais célèbres dans tout l’univers, ainsi que l’établissement thermal de Balaruc. Régales, banquet, feu d’artifice, fête vénitienne, c’est par ces manifestations que la joie publique a accueilli l’Association.
- D’autres visites ont encore eu lieu : à la fabrique de bougies, de M. Faulquier, aux nombreuses collections scientifiques de Montpellier, à l’École d’agriculture sur laquelle nous aurons à revenir; à Villeneuvette, chez M. Jules Maistre; à Pise et à Alais, à Carcassonne, etc. Partout le même accueil. L'Association française gardera
- longtemps le souvenir des sympathies qu’elle a suscitées dans sa session de Montpellier, trop courte au gré de ses hôtes. HENRY SAGNIER.
- CHRONIQUE
- Un doigt coupé et recollé. — Dans les duels d’étudiants allemands, il arrive très souvent qu’un des combattants, d’un coup de sabre, enlève le nez de son adversaire. Dans ce cas. l’un des témoins ramasse la partie détachée, et dit-on, la met dans sa bouche pour l’empêcher de se refroidir, pour lui conserver sa vitalité. Pendant ce temps, les autres nettoient la plaie, arrêtent l’hémorragie, puis l’un d’eux applique l’extrémité détachée du nez, sur sa base, la fixe par des bandelettes de sparadrap, et bientôt les deux parties se recollent, se ressoudent sans autre inconvénient qu’une légère cicatrice, une simple ligne blanche. Des parties fraîchement détachées du corps, le nez, les oreilles, des morceaux de chair, ayant conservé encore toute leur vitalité, peuvent en effet, dans des circonstances favorables, se ressouder là où elles ont été enlevées. M. Larrey, dans une des dernières séances de l’Académie de médecine, vient d’en citer un exemple des plus remarquables :
- Un jeune homme de 28 ans, menuisier, reçut un coup de hache sur le pied droit. Le gros orteil fut presque complètement détaché, il ne tenait plus que par un petit filet de peau et tombait complètement sur le côté du pied. Le docteur Gavoy, appelé de suite, détacha complètement l’orteil, puis après l’avoir lavé ainsi que la plaie, il adapta Us deux surfaces aussi bien que possible lune contre l’autre, et les fit tenir au moyen de mèches de charpie imbibées de collodion mises dans le sens de leur longueur. Quand le collodion eut pris, il enroula une autre mèche autour des premières. De plus un appareil fixa toutes les parties du pied dans une immobilité complète. Douze jours après, le pansement ne donnait aucune mauvaise odeur, le malade se trouvait très bien et demandait à sortir. Vingt-quatre jours après l’accident, la cicatrisation était parfaite.
- Les fabriques de soie en Suisse. — Elles sont groupées principalement autour de Zurich pour les étoffes et de Bâle pour les rubans ; elles occupent 51 000 métiers environ, dont les produits annuels ont une valeur totale de 130 à 160 millions de francs. En fait d’industrie manufacturière particulière au canton de Bâle, il faut citer en première ligne la fabrication des rubans de soie, qui y fut introduite, lors de la révocation de l’edil de Nantes, par des réfugiés français, dont les descendants forment encore aujourd’hui une partie des familles patriciennes de la ville. Dès 1810, le canton de Bâle comptait de 500 à 600 métiers à rubans de soie gaufrés, brochés et unis, dont les produits ne s’élevaient pas moins à 10 millions de Ir. Vers 1830, ces chiffres se doublaient déjà. C’est en 1872 que l’industrie sérigène bâloise a atteint son apogée. Alors, sur une production totale en Suisse de 65 millions de francs de ruban, Bâle figurait seul pour plus de 60 millions. Vers la même époque, le nombre des métiers mécaniques à rubans se montait à 9156, savoir :
- Pour Bâle ville et Bâle campagne............ 7.562
- Pour les autres cantons de la Suisse......... 1.594
- On calcule que les 7562 métiers de Bâle occupent en-
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- LA NATURE.
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- viron 6000 ouvriers des deux sexes, tant dans la ville qu’aux environs, et 60 dessinateurs et fergers ; ils con-somment annuellement 400 000 kilogrammes de soie conditionnée et produisent 125 millions de mètres de rubans. Selon une statistique récemment publiée à l’occasion de la nouvelle loi fédérale sur le travail dans les fabriques, l’industrie des soies de Bâle n’aurait plus manufacturé en 1875 que pour 45 millions de francs.
- Les bestiaux de la Plata. — On a beaucoup parlé ces temps derniers de l’importation en Europe de chevaux et de viande de bœuf, venant de la Plala.
- La Plata, qui se trouve dans la partie méridionale de l’Amérique du Sud, est un pays formé de grandes plaines, de grandes prairies, dans lesquelles vivent d’immenses troupeaux de bestiaux à demi sauvages.
- M. Gaston Lemay, dans son intéressant récit de voyage à bord de la Junon, cite un propriétaire qui possédait à lui seul trente-cinq mille moulons.cinq mille bœufs et six cents chevaux. Il est juste toutefois de remarquer que les bestiaux sont bien loin d'avoir dans ces pays la valeur qu’ils auraient par exemple sur le marché de Paris. Un mouton coûte là-bas de 3 à 5 francs; un bœuf de 40 à 50 francs; un cheval une centaine de francs. Pendant longtemps la viande des bœufs n’avait aucune valeur, on les tuait pour avoir la peau que l’on expédiait en Europe ; mais depuis quelques années on utilise la chair sous forme de salaison, ou d’extrait de viande, ou enfin de viande conservée par le froid. L’abattage des animaux se fait très en grand. Les troupeaux de bœufs destinés a être abattus comprennent des milliers de têtes et sont dirigés par des hommes à cheval, dans de grandes enceintes formées par des pieux enfoncés dans le sol. Ces enceintes sont près des abattoirs. Les animaux sont introduits ensuite vingt par vingt dans une petite cour pavée de dalles très glissantes que l’on a même soin d’entretenir mouillées. Un homme jette une corde munie d’un nœud coulant sur la tête d’un des bœufs ; un cheval attelé à cette corde se met immédiatement à tirer ; le bœuf se raidit et glisse ; il passe ainsi à la portée d’un autre homme qui le tue d’un seul conp de couteau derrière la tête. Le bœuf tombe foudroyé sur un petit wagon qui se trouve au niveau du sol ; le wagon va dans un hangar où le bœuf est saigné, écorché, lavé et dépecé immédiatement. Pour un bœuf de forte taille, il ne se passe que six minutes depuis le moment où il est saisi par la corde, et celui où il est coupé en morceaux. Dans ce pays, les établissements un peu importants abattent en moyenne mille bœufs par jour pendant les quatre mois que dure la saison.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 septembre 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Mécanique céleste. — M. Tisserant présente un Mémoire où la fonction perturbatrice est développée dans le cas où l’inclinaison mutuelle des orbites est quelconque.
- Influence de l'électricité sur la végétation. — Il y a quelques mois, M. Grandeau, directeur de la station agronomique de Nancy, annonce que des expériences effectuées sur le maïs et sur le tabac prouvaient que l’électricité atmosphérique exerce une influence des plus favorables sur la végétation. M. Naudin, directeur du Jardin botanique national d’Antibes, expose aujourd’hui des faits d’où ressort une conclusion diamétralement opposée. Il a opéré sur d’autres plantes et comme on voit sous un autre climat
- et il en conclut que les conclusions de M. Grandeau étaient trop générales. Selon lui, l’électricité atmosphérique, comme tous les autres agents de la végétation, joue un rôle utile, mais qui, à son défaut, peut être rempli par une autre force.
- L’expérience fut faite de la manière suivante : sur une planche de potager bien exposée en pleine lumière on choisit, à 7 mètres de distance, deux carrés de 51 décimètres superficiels et on mit sur chacun d’eux une touffe de haricots nains, une lailue, un pied de tomates et deux graines de cotonnier herbacé. L’un des lois fut laisséà lui-même, l’autre fut recouvert d une cage en fil de fer dont les quatre montants, terminés en pointes, avaient pour effet de soutenir toute l’électricité atmosphérique. Pendant quinze jours les deux cultures parurent semblables entre elles; mais au bout de ce temps, il se dessina une différence de l’une à l’autre, et la différence, tout à l'avantage de la cage métallique, alla en s’accentuant de plus en plus. Le haricot, sous la cage, était beaucoup plus développé el beaucoup plus riche en graines qu’à l’air libre. Pour la laitue, on trouva à l’air libre une hauteur de 1 mètre; sous la cage. 1m,20; à l’air libre, un poids total de 357 grammes; sous la cage, un poids de 427 grammes. Pour la tomate, à l’air libre, une longueur de 0m,80 ; sous la cage, 1 mètre; à l’air, un poids de 0k,072, et sous la cage de 3k,754. Tandis que sous la cage il y avait quatre-vingt-trois fruits, on en comptait que trente-sept à Pair libre et ces fruits, qui pesaient 2k,162dansla première condition, ne pesaient dans l’autre que lk,080, etc.
- Chimie. — M. Villotte, ingénieur des ponts-et-chaussées à Brest, adresse une démonstration théorique de la loi de Dulong et Petit. Comme le fait remarquer M. le secrétaire perpétuel, on ne saurait espérer dans celte question ardue une solution complète et rigoureuse, ma s l’auteur, qui fait du problème un chapitre de la théorie mécanique de la chaleur, présente une foule de considérations des plus instructives.
- Destruction des pucerons. — Il s’agit cette fois du puceron de pommier. On le détruit aisément, d’après M. Baudris, en humectant le duvet qui l’enveloppe à l’aide d’un pinceau chargé d’alcool annylique.
- Stanislas Meunier.
- —3—
- MÉTÉOROLOGIE D'AOUT 1879
- Aucun anti-cyclone (à pression barométrique supérieure à 770 millimètres) ne se montre, tandis que nous avions signalé leur présence pendant cinq jours au moins dans les mois d’août 1877 et 1878.
- En revanche les cyclones sont nombreux : peu importants pendant les deux premières décades, ils le sont davantage dans la troisième partie du mois.
- Toutefois, la moyenne barométrique est supérieure à 760 millimètres, tandis que la moyenne thermométrique (à Saint-Maur) est un peu au-dessous de la normale de l’Observatoire de Paris. Le total de la pluie recueillie à Saint-Maur a été de 65 millimètres.
- lre Décade. —Le temps, assez beau les premiers jours, se trouble le 4 sous l’influence de basses
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- LA NAT LUE.
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN AOUT 1879
- L’après le Bureau central météorologique de France. (Réduction 18.)
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- pressions qui se localisent dans le nord de l’Europe et produisent des orages. Le 3, le thermomètre atteint à Saint-Maur 31°,9. c’est la température maximum du mois. Quatre jours de pluie sont signalés à Paris et amènent 22 millimètres d’eau.
- 2° Décade. — La température, élevée les cinq premiers jours, s’abaisse ensuite et un maximum de 41°, 6 est constaté le 17.
- Le ciel est généralement couvert et la pluie recueillie a été de 30mm,5.
- dantes, et
- 3e Décade. — Les vents continuent à souffler d’entre sud et ouest, ils prennent de la force et la mer s’agite sur toutes nos côtes. La température, généralement froide, s’abaisse jusqu’à 9°,6 dans la nuit du 26 au 27. Les pluies sont plus nombreuses mais moins abon-l’on recueille seulement 1O"1U1,8 à l'Ob
- servatoire de Saint-Maur.
- E. FRON.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N’ 551. — 4 OCTOBRE 1879.
- LA NAT U B E.
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- LE TÉLÉMÈTRE DE POCHE
- DU LIEUTENANT GAUMET.
- L’appréciation des distances à la vue simple est sujette à des erreurs trop considérables pour qu’on j puisse compter avec un pareil procédé sur la moindre approximation; de là, la nécessité d’un instrument donnant la mesure exacte et rapide des distances.
- Le télémètre imaginé et récemment perfectionné par M. Gaumet, par sa simplicité, sa facilité d’emploi, son peu de volume, remplit au plus haut degré, les conditions auxquelles doit satisfaire un instrument de ce genre.
- Le télémètre Gaumet comprend deux parties essentielles :
- 1° Un système de deux miroirs, D, E. (fig. 1 et 2) disposés sur une petite plaque métallique de manière à faire entre eux un angle de 45 degrés ; l'un d'eux D (fig. 2) est fixe, l’autre E, est monté sur une alidade mobile ; on peut ainsi faire varier l’angle des miroirs de 41 à 49 de-grés.
- 2° Une vis micrométrique AG très régulière, d’un pas de 1/2 millimètre. La tête de cette vis est un cercle divisé sur sa circonférence en cent parties, cette vis se meut dans un écrou fixé sur la plaque métallique. Une réglette se trouve, par sa tranche, presque en contact avec le bord du cercle et sert de repère.
- Un ressort agissant sur
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- Fig. 1 et 2. — Télémètre de M. Gaumet.
- Vue perspective et projection horizontale (grandeur d’exécution).
- l’extrémité de l’alidade établit un contact permanent entre celle-ci et la pointe de la vis. Ges pièces sont disposées dans une boite rectangulaire, présentant à la partie postérieure une petite ouverture à fente horizontale servant de viseur, et, sur la droite, une fenêtre rectangulaire, par laquelle pénètrent les rayons lumineux émanés des objets vus par double réflexion.
- Un cordonnet de 10 mètres de long enroulé sur une bobine est joint à l’instrument et sert à la mesure de la base.
- Le télémètre de poche est une application immédiate du principe de la double réflexion. « Lorsqu’un rayon lumineux est réfléchi successivement par deux miroirs plans, dans un plan perpendicu
- laire, à l’intersection de ces deux miroirs, l’angle formé par le rayon incident et le rayon réfléchi est double de l’angle des miroirs. »
- La mesure d’une distance avec le télémètre de poche comprend trois opérations :
- 1° Détermination d’un angle droit ou à peu près droit GAM (fig 3).
- 2° Mesure d’une base AB au moyen du cordonnet ou au pas;
- 3° Mesure de l’angle au sommet ACB.
- Le télémètre donne le moyen de construire l’angle CAM et de mesurer l’angle au sommet AGB.
- Un observateur voulant mesurer la distance AG se place en A de manière à apercevoir sur sa droite le point C : l'image du point C apparaît directement placée au-dessous d’un signal M naturel ou artificiel, vu directement et situé sur la direction perpendiculaire ou presque perpendiculaire à AG.
- L’angle CAM est droit toutes les fois que les deux miroirs font un angle de 45 degrés. Lorsqu’il ne se trouve pas dans la direction perpendiculaire de signal naturel et qu’on ne peut pas y faire placer un signal artificiel, homme ou jalon, on choisit comme signal un point voisin, et on amène sur ce po’nt l’image G' du point C, en faisant tourner le miroir d’un petit angle en agissant sur la partie molletée de la vis.
- [L’erreur résultant de l’obliquité de la base est inférieure au 1 /200 de la distance lorsque l’inclinaison de la bas
- ne dépasse pas 8 degrés].
- L’image du point C. apparaissant dans la direction du signal choisi, l’observateur fait mesurer une base AB de 20 mètres dans la direction AM. Il se porte ensuite à l’extrémité de la base et vise de nouveau le signal. Il ne retrouve plus alors l’image du point C en coïncidence avec le signal M ; cette image est reportée à droite en un point C", C"BM étant égale à ACB. Pour rétablir la coïncidence, il faut faire tourner le miroir mobile d’un angle égal à la moitié de C"BM ou de ACB qui lui est égal. Dans le télémètre de poche, l’angle de rotation du miroir est mesuré par sa tangente ; cette mesure s’effectue à l’aide de la vis micrométrique.
- L’emploi d’un pareil procédé donne une très
- 7e année.— 2e semestre.
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- LA NATURE.
- grande approximation; on peut, en effet, au moyen de la vis micrométrique, mesurer un déplacement tangentiel de 1/600 de millimètre. Lorsqu’on a produit à U extrémité de la base la coïncidence entre le signal et l’image du point G, on lit sur la tête de vis le numéro de la division qui est en face du repère.
- Le nombre total des divisions donne la mesure de la tangente de l’angle de rotation du miroir.
- Cet angle est moitié de l’angle ACB, celui-ci étant toujours très petit, on peut admettre sans erreur sensible que la tangente de l’angle ACB est double de la tangente mesurant l’angle de rotation du miroir.
- Afin d’éviter tout calcul, une table fixée sous l’instrument et protégée par une feuille de corne transparente donne immédiatement la distance correspondant à chaque nombre de divisions. Cette table a été construite en supposant une base de 20 mètres, et suffit jusqu’à 2000 mètres. Pour mesurer des distances supérieures, on prendra la
- pourra, en quelques minutes et presque sans changer de place, relever les points principaux formant le canevas d’un levé expédié. C’est ainsique M. Gau-met a pu, du sommet de l’Arc de triomphe, déterminer la distance qui existe entre les principaux monuments de Paris.
- On peut, en employant deux instruments conjugués, sur un navire en repos ou en mouvement déterminer la distance du bord à un point du littoral.
- Lorsque le zéro de la vis micrométrique correspond au zéro de la réglette, les deux miroirs par construction, font un angle de 45° et les images des objets doublement réfléchis sont déviées de 90°. Un pareil instrument peut donc servir à élever des perpendiculaires tout en présentant sur l’équerre d’arpenteur les avantages de ne pas exiger de support toujours embarrassant à transporter, d’être d’un emploi plus rapide et de posséder une plus grande justesse.
- Le télémètre de poche, essentiellement portatif,
- Fig. 5.
- Fig. 4.
- base de 40 mètres jusqu’à 4000 mètres, celle de 60 mètres jusqu’à 6000 mètres, etc.; dans ce cas on doublera ou triplera les nombres fournis par la table.
- La durée moyenne d’une opération télémétrique est environ de deux minutes, souvent cette opération peut être effectuée en moins d’une minute.
- L’emploi du télémètre dans la mesure des distances n'est limité que par la visibilité des objets; c’est ainsi que cet instrumenta pu servir à apprécier des distances de 10, 12 et même de 24 kilomètres, les points visés se détachant suffisamment sur l’horizon.
- On peut également employer le télémètre pour mesurer la distance de deux points inaccessibles A, B. (fig. 4.) Dans cocas, on mesure avec le télémètre les distances du point de station aux points A, B, puis on prend sur les directions OA, OB des longueurs OA', OB', proportionnelles aux distances OA, OB. La mesure de A' B' donnera par une simple proportion la valeur de AB.
- On voit par là, quel parti précieux on peut tirer du télémètre dans l’exécution des levés rapides. Un observateur placé sur une position dominante
- d’un maniement commode, d’une exactitude suffisante, est susceptible de nombreuses applications :
- Au point de vue militaire, son emploi est tout désigné : sur le champ de bataille, dans les reconnaissances, aux avant-postes, dans la guerre de siège, cet instrument rendra de précieux services.
- Au point de vue topographique, le télémètre sera de la plus grande utilité pour la détermination rapide des distances dans l’exécution des levés expédiés. Cet instrument permettant de mesurer la distance de deux points inaccessibles, on pourra, en quelques minutes, relever tous les points principaux formant le canevas d’un levé expédié.
- Le télémètre peut être avantageusement employé par les ingénieurs dans l’exécution de certains avant-projets, par les géomètres dans les opérations d’arpentage en même temps qu’il devient une partie indispensable du matériel scientifique de tout voyageur chargé de l’établissement d’un levéchoro-graphique.
- Les expériences faites par les nombreuses commissions chargées d’expérimenter le télémètre Gau-met ont fait ressortir les avantages de cet instrument et en ont sanctionné la valeur. Tel a été l’avis
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- LA NATURE.
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- du jury de l'Exposition universelle de 1878 qui, reconnaissant les services que peut rendre cet instrument, a décerné à M. Gaumet une médaille d’argent. Le ministre de la guerre, à la suite des expériences faites par les commissions des écoles de tir, a fait envoyer le télémètre Gaumet dans toutes les divisions d’infanterie.
- ——
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Oiseaux dans la nature.—Sous ce litre, la librairie Germer Baillière vient de commencer la publication par livraison in-folio d’un grand ouvrage qui comprendra la description de 60 espèces d’oiseaux choisis particulièrement parmi celles qui sont auxiliaires de l’agriculteur. Les dessins, reproduits par la chromolithographie et par la gravure sur bois, sont dus à un peintre habile, M. L. P. Robert : observateur consciencieux de la nature, il n’a rien donné à la fantaisie ; il met sous les yeux de ses lecteurs l’oiseau vivant, perché sur l’arbre qu’il affectionne, au milieu des taillis et des fleurs dont il fait sa demeure habituelle. L’ouvrage complet comprendra 30 livraisons divisées en trois séries, la première série donnera les mésanges, les pinsons et les fauvetles. Chaque livra son contiendra deux grandes chromo-lithographies, une grande gravure sur bois, et 4 pages de texte in-folio. Il | araitra une livraison tous les quinze jours ; les deux premières livraisons qui viennent de paraître, conliennent les monographies de la mésange charbonnière, de la mésange nonnette, de la mésange bleue et de la mésange à longue queue.
- Traité de la fabrication de la soude et de ses branches collatérales. Edition française, par Q. LUNGE, professeur de chimie industrielle à l’École polytechnique de Zurich, ancien manufacturier, et J. NAVILLE, ancien élève de l’École polytechnique de Zurich. — Tome premier : Acide sulfurique, avec 312 figures dans le texte et 7 planches hors texte. — Paris, G. Masson, 1879.
- Compte-rendu des travaux de la Société des agriculteurs de France. Tome X. Annuaire de 1879. Paris 1879.
- Le Japon, par E. VILLETARD. 1 vol. in-8, illustré de la Bibliothèque des Écoles et des Familles. Paris, Hachette et Cie, 1879.
- La Légende des Mois, par Albert Lévy, 1 vol.in-18, illustré de la Bibliothèque des Écoles et des Familles. Paris, Hachette et Cie, 1879.
- Notice sur la scintillation de l'Étoile principale de Y. d'Andromède dans ses rapports avec la couleur de cette étoile, par M. Ch. MONTIGNY. 1 vol. broch. in-8 Bruxelles 1879. Sur la prédominance de la couleur bleue dans les observations de la scintillation aux approches et sous l'influence de la pluie, par Ch. MONTIGNY. I broch. in-8., par le même. Bruxelles, 1879.
- EMPLOI DU GAZ
- DANS l’éclairage DES BOUÉES.
- Nos lecteurs savent qu'une bouée est un corps flot-tant en liège, en tôle ou en bois, généralement de forme conique à ses deux bouts. Les bouées servent
- à marquer les passes d’un chenal ou à indiquer au navigateur l’emplacement d’un banc, d’un rocher, d’un danger quelconque. On les peint de couleurs différentes pour les distinguer, et les instructions nautiques des eaux qu’elles jalonnent donnent la clef de ces distinctions.
- Quelque utile que soit ce genre d'amer et si reconnaissants que dussent leur être les marins des précieuses indications qu’elles leur donnent, les bouées n’en sont pas moins pour eux un terme de comparaison presque toujours ironique, à cause de leur fixité, de leur isolement.
- Or voici que les bouées s’animent! Elles ne parlent pas encore, mais elles sifflent, comme la bouée américaine Courtenay, que nous avons décrite1, et dont notre gouvernement a déjà placé plusieurs spécimens sur nos côtes. En voici une autre, la bouée Pintsch et Pischon qui, sur tous les rivages du monde, va bientôt lancer autour d’elles des torrents de lumière.
- Le système employé pour les doter de ce pouvoir éclairant est tout simplement une sorte de gaz comprimé dû à l’invention de M. Pintsch, qui a été expérimenté avec un plein succès pour l’éclairage des wagons sur une partie du Métropolitain-Railvay de Londres et sur quelques lignes d’Allemagne et de Russie. Sa fabrication est des plus simples. On emploie à cet effet les résidus d'huile de schiste ou toutes autres matières grasses que l’on peut se pro -curer à vil prix. Un fourneau et quelques cornues de fonte suffisent pour l’opération. Le gaz qui s’échappe des cornues, traverse successivement les laveurs, purificateurs et condenseurs avant de se rendre au réservoir, où il demeure emmagasiné provisoirement. Des pompes le refoulent ensuite dans des caisses ad hoc jusqu’à 10 atmosphères. Cette haute pression ne le rend pas moins stable, il ne se condense pas dans les tuyaux et ne laisse aucun dépôt La pompe de compression est à deux cylindres; dans le premier, le gaz est comprimé à 4k,2 par centimètre carré, et il n’acquiert la dépression finale que sous la deuxième où la pression s’élève à 10*,56.
- Les expériences faites par ordre de Trinity House, qui est l’administration des phares en Angleterre, ont duré quelques mois et ont eu lieu en divers points des côtes d’Angleterre. Une des bouées chargée de ce gaz était mouillé sur le travers de Trinity Wharf, Blackwall. D’une capacité de 1680 décimètres cubes, elle a brûlé du 29 août 1878 à 5 heures du soir au 27 septembre à 6 heures du soir avec une belle lumière qui, diminuant graduellement, s’éteignit le 26 à 9 heures du soir. On a, pendant les expériences, projeté de l’eau à haute pression sur la lampe, mais on n’a pu l’éteindre. Une autre bouée ayant été mouillée à l’embouchure de la Tamise dans une position très exposée, la Trinity House en fit construire de son modèle or-
- 1. Voy. 4e année 1876. p. 564. — lr0 année 1873, p. 241.
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- dinaire pour adapter l’appareil au gaz. Un autre modèle a été en outre expérimenté près de Dundee, mais malgré l’avis de l’ingénieur du port, on l’a remplacé par le bateau-feu; cependant cet ingénieur déclare que ce mode d’éclairage est destiné à remplacer les bateaux-feux qui coûtent très cher, qu’on peut fabriquer des bouées de grandeur suffisante pour éclairer pendant six mois et que le feu peut être placé à une hauteur telle qu’il soit visible à une distance de 7 à 8 milles.
- Les bouées que fait construire la Trinity House sont, comme toutes celles qu’emploie cette administration, du système Herbert. Les figures ci-jointes donnent du reste le dessin de l’appareil complet et de la lampe.
- La bouée est en tôle de fer capable de supporter une haute pression. A sa partie supérieure est rivé un fort tuyau droit d'une certaine longueur qui sert en même temps de conduite à gaz et de support pour l’appareil éclairant. Ce tuyau est en communication avec le brûleur au moyen d’un petit tuyau; un régulateur de Pintsch est interposé dans l’enveloppe afin de réduire la pression du gaz, de son passage du corps de la bouée à sa sortie du brûleur, d’où il doit arriver à la lampe avec sa pression ordinaire. La bouée est percée à sa partie supérieure d’une ouverture circulaire fermée par une
- Bouée éclairée au gaz avec le détail de la lampe.
- soupape d’arrêt à laquelle on peut attacher provisoirement un emmanchement flexible qui conduit au réservoir de gaz sans pression placé dans une embarcation : on peut ainsi charger la bouée quand il le faut.
- Du régulateur, le gaz passe au brûleur en tra-versant un robinet commandé en dehors de l’enveloppe. La partie supérieure de la lanterne est fermée par un couvercle à charnières qui repose sur l’armature supérieure de l’enveloppe et qui laisse des passages suffisants pour l’évacuation des produits de la combustion; en outre l’air extérieur entrant par l’espace annulaire compris entre les glaces et les lentilles arrive à la lampe au-dessous
- du brûleur. Celui-ci est surmonté d’une cheminée qui conduit à la cheminée principale du couvercle de la lanterne garanti au sommet par un écrou et un rebord horizontal qui le met à l’abri du vent et des embruns.
- La valve du régulateur est indépendante de la bouée ; elle est réglée par un ressort de telle façon que quand la lampe s’incline, le ressort la maintient ouverte.
- On a cherché à munir les bouées lumineuses
- d'appareils électriques pour n’allumer les lampes que du coucher au lever du soleil, mais l’économie que l’on ferait n’est pas en rapport avec les dépenses d’établissement du matériel nécessaire ; il vaut mieux laisser le feu allumé et il brûlera jour et nuit, car il ne semble pas qu’il puisse s’éteindre par suite de gros temps.
- Le feu qui a été mouillé près du feu flottant de Mouse, à environ 4 milles 1/2 au large de Shoe-buryness, en octobre 1878, a supporté sans le moindre accident tous les gros temps du dernier hiver. Les bouées que l’on construit actuellement ont une provision de gaz de quatre mois environ, et on se propose d’en faire de dimensions supérieures. Rien ne sera plus facile que de faire leur plein dans la première embellie qui suivra letroisièmemois; de cette façon elles brûleront sans discontinuité.
- L’usage de ces bouées va donc permettre d’éclairer et de baliser à bas prix certains passages et certains ports qui ont été jusqu’à ce jour assez peu favorisés. Une autre application et non la moins importante, c’est l’emploi de ces appareils dans la pose des câbles télégraphiques ; quand par la force du temps, on sera obligé de couper le câble, on y attachera une bouée lumineuse qui servira pendant la nuit de point de repère au bâtiment.
- Une lampe du système Pintsch ne brûle, d’après les estimations faites, que 30 à 60 centimes par vingt-quatre heures. L. R.
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- LES BATRACIENS DE FRANCE
- LE VENIN DES BATRACIENS1.
- Tous les anciens naturalistes, d’accord en cela avec les préjugés populaires, regardaient les Batraciens, les Crapauds et la Salamandre terrestre surtout, comme des animaux des plus dangereux et pensaient que leur venin était un terrible poison ; nous avons dit ce que cette opinion a d’exagérée, tout en constatant que loin d’être inoffensifs, les Batraciens sont pourvus de glandes donnant un liquide qui, véritable venin, n’est pas sans sérieuse influence sur les animaux, sur ceux de faible taille
- surtout. L'action de ce venin étant presque iden-tique, qu’il provienne soit de la Salamandre, soit des Tritons, soit des Crapauds, il nous a semblé préférable de décrire ses effets lorsque nous aurions fait connaître tous les Batraciens de nos pays ; nous évitions ainsi de nombreuses redites.
- Des pores qui criblent les téguments, des glandes parotides surtout, s'écoule, lorsque l’on irrite l’animal, un liquide visqueux et blanchâtre, d’odeur nauséeuse qui, à l’inverse du venin des serpents n’agissant que par inoculation, produit ses effets toxiques, tout aussi bien lorsqu’il est absorbé par les voies digestives que lorsqu’il pénètre directement dans le sang par le torrent circulatoire.
- L’Euprocte des Pyrénées.
- Nous devons ajouter à ce sujet que beaucoup d’animaux paraissent toutefois être absolument réfractaires à l’action du poison lorsqu’il est absorbé par l’estomac; c’est ainsi que l’on voit à la ménagerie des reptiles du Muséum, la Couleuvre à collier, le Sauvegarde, la Salamandre du Japon avaler avec une égale indifférence des grenouilles ou des crapauds couverts de bave. Ce n’est pas à dire pour cela que tous les animaux à sang froid soient insensibles à l’action du venin, ainsi que nous le verrons plus loin.
- MM. Gratiolet et Cloëz, et après eux M. Vulpian, ont montré que le liquide contenu dans les pustu-
- 1. Voyez Tables des Matières des précédents volumes.
- les cutanés de la Salamandre terrestre et du Crapaud, constitue un subtil venin qui peut rapidement tuer des animaux d’assez grande taille. Nous ne pouvons mieux donner une idée de la rapidité avec laquelle agit le poison qu’en citant en son entier une expérience rapportée par M. Vulpian dans les comptes rendus de la Société de biologie pour l’année 1854 : « Chez un chien à qui l’on fait une plaie à la face interne de la cuisse droite, on introduit sous la peau le venin retiré des deux groupes pustuleux parotidiens du Crapaud commun. Le chien est mis dans une chambre où on lui laisse une liberté complète. Pendant dix minutes à peu près, il parait éprouver une douleur assez vive dans le membre postérieur droit; il le tient levé
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- quand il marche et pousse à chaque moment des cris plaintifs. Il semble agité et ne peut rester en place. Au bout de ces dix minutes, il se calme un peu et se couche dans un coin; mais bientôt aiguillonné par une nouvelle douleur, il jette quelques cris, se relève brusquement et va se coucher ailleurs pendant deux ou trois minutes. Une demi-heure après le commencement de l’expérience, le chien est pris de vomituritions, puis de véritables vomissements; après des efforts considérables, il rejette des mucosités spumeuses très abondantes: il vomit ainsi une dizaine de fois en vingt minutes; puis les vomissements deviennent plus fréquents et sont précédés d’efforts encore plus violents et qui paraissent très douloureux. Une heure environ après l’introduction du venin sous la peau, le chien commence à chanceler sur ses pattes comme s’il était ivre; il fait quelques pas, tombe sur le flanc, étend convulsivement les pattes, allonge le cou, hurle deux ou trois fois, et meurt aussitôt. » Chez les Cochons d'Inde, M. Vulpian a observé des convulsions plus ou moins fortes revenant d’abord par accès, puis continues ; l’animal pousse comme des cris de terreur et tout le corps, la tête surtout, est agité de mouvements spasmodiques.
- En résumé, ainsi que le dit M. Vulpian, « les phénomènes observés chez les Chiens et chez les Cochons d’Inde, présentent plusieurs périodes : 1° une période d’excitation ; 2° une période d’affaissement ; 5° une période pendant laquelle se manifestent les vomissements ou les efforts de vomissement ; 4° chez les Cochons d’Inde une période assez longue caractérisée par des convu’sions et se terminant par la mort. Chez les Chiens il n’y a pas de convulsions et par conséquent cette période manque, mais la mort est précédée d’une espèce d’ivresse qui dure environ deux minutes.
- L’action est sensiblement h même chez les oiseaux, ainsi que nous avons pu nous en assurer. Que l’on introduise, ainsi que nous l’avons fait, le venin recueilli soit sur les glandes parotides, soit le long de la queue d’une Salamandre terrestre que l’on irrite en la grattant légèrement avec le manche d’un scalpel, que l’on introduise, disons-nous, ce venin dans une petite plaie faite sous l’aile d’un oiseau, on observera que l’animal paraît être comme inquiet au bout de quelques minutes. Il ne voltige plus avec autant de facilité et loin de sautiller d’un juchoir à l’autre, ainsi qu’il le faisait il n’y a qu’un instant, il reste presque immobile et va bientôt se blottir dans le fond de sa cage. Son regard devient vague, et bien que percevant parfaitement les impressions lumineuses, bien que fermant instinctivement l’œil à l’approche d’un corps étranger, il semble être indifférent à ce qui l’entoure. Des piaulements de douleur ne tardent pas à se faire entendre ; un sentiment de véritable terreur s’empare du malheureux oiseau; les plumes de la tête se hérissent par instant; d’inutiles efforts de vomissement ont lieu et le bec se remplit d’une
- écume souvent sanguinolente. Un calme relatif s’établit et l’animal cherche à fuir comme un prochain danger, mais c’est en vain; les mouvements sont déjà désordonnés et cela par la paralysie partielle de l’un des côtés du corps, de sorte que le vol ou le saut sont des plus incertains ; la paralysie s’accentue et l’oiseau s’affaisse sur lui-même, les pattes à demi repliées, le ventre traînant à terre, le corps penché tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche ; des cris plaintifs se font entendre de temps en temps. Puis la période de convulsions arrive; l’animal tombe et se met à tourner sur lui-même, en poussant de fréquents et douloureux piaulements; toutes les plumes se hérissent; la respiration est des plus difficile, l’anxiété est extrême, le bec s’entr’ouvre comme si l’oiseau voulait réagir contre l’asphyxie qui le tue, les deux branches du bec claquent l’une contre l’autre. Le coma arrive, l’œil devient hagard, et l’animal meurt dans une dernière convulsion. La mort peut arriver parfois bien lentement et nous avons vu des moineaux ne périr que plus de six heures après l’inoculation du venin ; les phénomènes d’empoisonnement ne revenaient que par intervalle, l’animal se remettant presque complètement pendant un certain temps, puis étant brusquement repris des phénomènes toxiques; nous avons observé que des oiseaux chez les quels ces phénomènes s’étaient manifestés avec une extrême violence se remettaient complètement, tandis que d’autres, légèrement atteints, mouraient brusquement quelques heures après la disparition des effets du venin.
- Si l’on introduit du venin de Salamandre ou de Crapaud sous la peau d’une grenouille, l’on constate au bout de quelques instants que la respiration devient anxieuse; il se produit des spasmes, surtout lorsque l’on touche la tête ou le dos de l’animal; les muscles se contractent convulsivement; l’animal est pris souvent d’une sorte de danse folle ; puis les membres se raidissent et il meurt dans un véritable accès de tétanos. Tous ceux qui ont récolté des batraciens savent combien est active l’action du Crapaud sur la Grenouille; si l’on place, en effet, dans un même sac des Crapauds et des Grenouilles, on constate qu’au bout de peu de temps toutes ces dernières sont mortes, empoisonnées par l’absorption du venin des Crapauds.
- Ce venin agit, avons-nous dit, sur les voies digestives. M. Lataste rapporte qu’ayant lait mordre une seule fois la parotide d’un Crapaud à un Lézard vert fort vivace, l’animal fut pris à la septième minute après la blessure de mouvements épileptiformes et qu’à la neuvième il expira. Suivant M. Vulpian, si l’on fait mordre un Crapaud par un Chien, il le lâche aussitôt avec dégoût, se met à tousser en secouant la tête, et la gueule se remplit de salive écumeuse qu’il essaye de rejeter; quelques instants après, commencent des efforts de vomissement. M. Vulpian est parvenu à tuer des Grenouilles
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- en leur faisant absorber par l’estomac du venin de Crapaud et de Salamandre. -
- Dans l’empoisonnement par ce venin, l’irritabilité musculaire reste intacte; ainsi que l’irritabilité nerveuse. A l'autopsie, l’on constate que le cœur est immobile, gorgé de sang, que le foie et les centres nerveux sont congestionnés, que les poumons sont exsangues; l’arrêt du mouvement du cœur n’a pas été occasionné par l’abolition de l’irritabilité musculaire de ses parois, car on peut le plus souvent, avec une pince galvanique, exciter des contractions dans les ventricules et dans les oreillettes. Cet arrêt est dû à ce que ces venins agissent profondément sur le système nerveux central. L’effet du venin du Crapaud sur le cœur se montre chez les Grenouilles de la manière la plus évidente, ainsi que l’a établi M. Vulpian l’on connaît la persistance des mouvements du cœur chez les Grenouilles et cette persistance est telle que le cœur peut battre vingt-quatre heures et même plus après la mort de l’animal; or le cœur ne bat plus immédiatement après la mort chez la Grenouille empoisonnée par le venin du Crapaud
- Le venin des Tritons1 est laiteux, assez épais; au contact de l’air, il devient rapidement visqueux; il exhale une odeur forte, pénétrante, vireuse, désagréable. Ce venin agit avec énergie, ainsi que le prouve l’expérience suivante que nous choisissons parmi celles que M. Vulpian a relatées dans un second travail communiqué en 1856 à la Société de biologie. « A neuf heures du matin, on fait une incision à la région supérieure du cou chez un chien de grande taille... ; dans cette plaie on verse le venin retiré de quatre Tritons, après l’avoir délayé dans l’eau...; au moment de l'introduction du venin, douleur manifeste qui s’apaise bientôt; mais au bout de quelques minutes, le chien pousse des cris tout particuliers, hurlements modulés qui paraissent accuser une vive souffrance.... Les hurlements durent pendant plus d’un quart d’heure. A neuf heures un quart, le chien est couché sur le ventre, il est agité, fait à chaque moment des efforts pour se relever, puis retombe dans la même position ; il n’a plus la force de se tenir sur ses quatre membres. Il pousse encore de temps en temps des cris. La respiration est très lente. A onze heures moins le quart, il est couché sur le flanc; sa respiration est très lente; il ne crie plus depuis longtemps. Il est presque insensible; je lui marche sur une patte, la patte se retire comme par action réflexe, sans que le reste du corps se meuve. Résolution complète. Il n’y a d’ailleurs eu aucun mouvement convulsif, à moins cependant qu’on ne comprenne sous ce nom quelques tiraillements dans les membres au début de l’empoisonnement. A midi moins le quart, il meurt dans le même endroit et dans la même position où je l’avais laissé
- 1. Le dessin ci-contre figure une espèce de Triton dont on a donné la description complète dans l’article paru antérieurement. Voy. table des matières du précédent volume.
- une heure auparavant. » Chez les Cochons d’Inde, d’après M. Vulpian, l’effet du venin se manifeste par quelques convulsions, un pressant besoin de changer de place, quelques grincements de dents; la respiration est pénible. L’animal se refroidit et les battements du cœur s'affaiblissent peu à peu.
- L’on constate chez les Grenouilles que la respiration est moins fréquente, la faiblesse grande; l’on trouve à l’autopsie que l’irritabilité musculaire est complètement anéantie sur le cœur et qu’elle se détruit très rapidement dans les muscles des membres. M. Vulpian conclut de scs expériences que le venin du Triton, moins énergique que celui du Crapaud, a, comme celui-ci, une action très puissante sur le cœur dont il arrête les mouvements ; « l’arrêt du cœur a pour cause l’affaiblissement de l’irritabilité musculaire de ses parois. Le venin du Triton a même une influence plus prononcée que celui du Crapaud sur l’irritabilité des parois cardiaques; il l’abolit complètement ou presque complètement.... D’autres différences très tranchées distinguent le venin du Triton de celui du Crapaud. Celui-ci produit constamment une période d’excitation, souvent des convulsions, et dans tous les cas des efforts de vomissements ou de véritables vomis-semants. Le venin du Triton semble plutôt stupéfiant qu'excitant; il ne détermine ni nausées, ni vomissements. » Le venin de la Salamandre terrestre est un poison convulsif très énergique et les phénomènes qu’il détermine indiquent qu’il a une action spéciale sur la moelle épinière, tandis que dans l’empoisonnement par le venin du Crapaud et du Triton les troubles du côté du cœur sont surtout le phénomène prédominant.
- Les diverses espèces dont nous avons parlé peuvent s’empoisonner l’une l’autre; le venin du Crapaud empoisonne les Tritons, tandis que le venin des Tritons tue les Crapauds; le venin de la Salamandre terrestre, les Crapauds et les Tritons. Contrairement à l’opinion généralement admise, Claude Bernard a prouvé que ces animaux pouvaient être empoisonnés par leur propre venin ; il en faut toutefois une quantité beaucoup plus considérable poulies tuer que pour faire périr une autre espèce.
- Nous ne connaissons pas l’action du venin chez les batraciens exotiques, mais à en juger par la grandeur de certains de ces animaux, du Crapaud à oreilles noires ou du Crapaud agua, par exemple, cette action doit être des plus actives, si l’on en juge par les batraciens de faible taille de nos pays. L’on a cru pendant longtemps que le venin des Crapauds entrait pour une large part dans la composition de ce redoutable poison amazonien, le curare. Il n’en est rien; l’on sait, parles récentes observations faites par le docteur Jobert lors de son voyage au Brésil, que le curare est composé du suc de certaines plantes, de pipéracées et de strychnées.
- L’on a attribué au sang de certains batraciens une action dont nous devons dire quelques mots en finissant. L’on rencontre fréquemment chez les tri-
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- LA NATURE.
- bus sauvages du bord de l'Amazone ou du Maroni des Perroquets verts dont une partie du corps offre une couleur jaune ou rouge; ces oiseaux sont dits Perroquets tapirés; l'on prétend, à tort ou à raison, que l’on obtient cette variété en frottant les petites plaies tpii existent à la surface du corps de ces Perroquets, lorsque pris tout jeunes, on leur arrache les plumes, en les frottant, disons-nous, avec le sang ,d’uii Crapaud que les naturalistes désignent sous le nom de Dendrobate à tapirer, ou Dendro-bates tinctorius. Ce genre Dendrobate est curieux en ce que les trois espèces qui le composent, vivant au Chili et dans le nord de l’Amérique du Sud, ont les extrémités des doigts dilatés comme les Rainettes et vivent sur les arbres et les buissons; un animal du même groupe, l’Hyladactyle lâcheté, est de Java.
- E. Sauvage.
- LA SCIENCE AU THEATRE
- LES MONUMENTS DE L’ÉGYPTE AU THÉÂTRE DU CHATELET.
- On a inauguré au théâtre du Châtelet à propos de la pièce de M. A. Belot, la Vénus noire, un nouveau mode d’exposition que nous trouvons très heureux. Les scènes successives de l’œuvre du célèbre romancier, se déroulent en Afrique : on a eu l’idée de réunir dans le foyer du théâtre, des objets, des dessins, des photographies, qui représentent en réalité les pays que le spectateur voit en fiction sur la scène, et qui lui permettent pendant les entr’actes, de jeter les yeux sur une exhibition africaine vraiment intéressante. Les notions instructives se trouvent ainsi prendre place à côté du plaisir théâtral, et suivant le précepte ancien, joignent fort à propos l’utile à l’agréable. Nous voulons appeler l’attention sur une des parties les plus remarquables de cette exposition , sur les belles photographies des principaux monuments de l’Egypte dues à un voyageur-amateur et à un véritable artiste, M. Henri Cammas.
- 11 y a quelques années déjà, M. Cammas, est parti de Paris avec sa femme qui a su affronter les fatigues avec un rare courage; muni des instruments nécessaires à l’exécution de la photographie, il arriva à Alexandrie, où le vice-roi, applaudissant à son entreprise, fit tout ce qui était en son pouvoir pour l’aider dans ses projets, et lui donna une fort belle barque, une daabie, qui allait pendant près d’un an le transporter entre les deux rives du Nil.
- C’est à bord de cette barque confortablement organisée, pourvu d’un interprète indiqué par le consulat, d’un firman donné par le vice-roi, que M. Cammas a parcouru la vallée du Nil, exécutant partout des photographies sur lesquelles nous voulons donner quelques détails.
- La photographie dans les pays chauds offre des difficultés surtout quand il s’agit de produire des clichés de grandes dimensions tels que ceux que
- l’on doit à M. Cammas. Ce sont des rectangles dont la base est de 70 centimètres et la hauteur de 60 : ces dimensions ont pu être dépassées par les photographes de nos pays qui agissent avec le collo-dion et opèrent au milieu de toutes les circonstances favorables; mais aucun voyageur à notre connaissance n’a rien produit de plus remarquable. La grandeur des photographies est un résultat qu’il faut apprécier, car on ne peut juger un monument quand les proportions en sont réduites à l’excès.
- M. Cammas a employé le procédé Baldus au moyen duquel les clichés de verre sont remplacés par des clichés en papiers albuminés qui sont cirés après coup. Ces papiers sont maintenus humides et posés sur des doublures qui les consolident. On peut se passer d'eau distillée qu’il est difficile de se procurer en voyage, et les produits employés ne s’altèrent pour ainsi dire pas : ce sont le nitrate d’argent, l’acide acétique, l’hyposulfite de soude et l’acide gallique. Les clichés sont portatifs, et M. Cammas a pu ainsi rapporter toute l'Égypte dans un mince carton qui n’exigeait pas des soins trop minutieux.
- M. Henri Cammas a exécuté quatre-vingts clichés de grande dimension, et plus de cent de dimensions moindres, représentant les magnifiques vestiges des temples de l’ancienne Égypte, depuis Alexandrie jusqu’à la troisième cataracte.
- On voit dans l’avant-foyer du théâtre du Châtelet quelques spécimens des photographies deM. Cammas ; nous en reproduisons ci-contre une des moins connues ; elle représente les ruines du temple de Comombos, dont les belles colonnes couronnent un lieu très élevé qui était sacré de toute antiquité.
- Comombos, jadis Ombos, était le chef-lieu du dernier nome égyptien ; la province de ce nom confinait à la Nubie. Le temple est remarquable par un grand pylôme suspendu au-dessus du Nil ; «cepylôme, dit M. Cammas1, précède un pronaos magnifique : c’est un péristyle décoré de quinze colonnes géantes dont les chapiteaux supportent une imposante architrave. Les murs et les plafonds étaient couverts de peintures qui ont résisté au sable et au soleil; seulement elles se détachent aisément par larges plaques. Elles étaient appliquées sur un mastic très dur et très poli. »
- Parmi les belles photographies exposées au théâtre du Châtelet nous appellerons encore l’attention sur celles qui représentent l’ile de Philæ et les temples d’Ibsamboul; ces localités sont, avecThèbes, la fameuse ville aux cent portes, les plus étonnants prodiges de l’Egypte.
- L île de Philæ, longue de 570 mètres, est couverte de ruines de monuments sacrés qui prouvent que ce séjour enchanté était aimé des dieux autant que des mortels. Ces ruines, d’un âge relativement récent, sont habitées par un monde de sou-venirs. Les temples admirables qui en couvrent la
- 1 Henri Cammas et A. Lefebvre, La Vallée du Nil. 1 vol. in-8, Hachette, éditeur.
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- Les ruines du temple de Comombos, en Égypte. — (D’après une photographie de M. Henri Cammas).
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- LA NATURE.
- surface n’ont plus ces proportions gigantesques de l'enfance de l’Égypte, mais ils ont plus de mesure et plus de grâce. Ils marquent la transition entre deux architectures différentes et sont le trait d’union qui lie l'art égyptien à l’art grec. Plusieurs propylées étendus s’élèvent dans celte île ; des chapelets de colonnes se succèdent de toute part ; la variété des chapiteaux est remarquable, il n’y en a pas deux qui se ressemblent. Malheureusement un grand nombre de monuments sont presque entièrement détruits.
- Les temples d’Ibsamboul sont situés en Nubie et comptent parmi les merveilles de la vallée du Nil.
- Les deux temples sont creusés dans un seul rocher ; ils sont découpés dans les gisements calcaires d’une montagne. A l’entrée du grand temple quatre colosses sont assis, les mains sur les genoux : leur taille dépasse de 4 mètres nos plus hautes maisons de cinq étages.
- Une immense barbe encadre leur visage. Rien de plus grandiose que ces personnages royaux, qui semblent avoir une portée surhumaine. Ce sont, d’après Champollion, les statues de Rhamsès le Grand ou de Sésostris, qui régnait au seizième siècle avant notre ère.
- La porte d’entrée est surmontée d’une grande corniche où sont sculptés trente dieux assis, qui couronnent cet édifice aussi imposant par sa grandeur que par sa simplicité. En pénétrant dans le temple on arrive dans une série de salles intérieures; la première est soutenue par huit piliers où s’adossent huit Rhamsès de 8m,50 de haut. Derrière cette galerie, les murailles sont couvertes de sculptures bizarres qui représentent les conquêtes de Sésostris en Ethiopie.
- Ces deux temples sont intérieurement peuplés d'hiéroglyphes et de sculptures; mais comme la lumière ne pénètre pas dans ces lieux, la photographie ne pourrait y réussir qu’à l’aide de la lu mière au magnésium ou de la lumière électrique.
- Nous regrettons de ne pouvoir nous étendre plus longuement sur l’œuvre de M. Henri Gammas;nous nous contenterons d’ajouter en terminant qu’elle est digne d’être examinée et admirée tout entière; elle restera comme un des plus précieux documents qui aient été recueillis sur l’ancienne Egypte.
- Gaston TISSANDIER.
- LA FORCE MOTRICE A DOMICILE PAR L'ÉLECTRICITÉ.
- Le problème de la distribution de la force motrice à domicile a préoccupé déjà bien des savants et bien des inventeurs. En 1840, un ingénieur français, M. Andraud, avait étudié un projet pour résoudre la question par l’air comprimé. Le faible rendement des machines joint à la difficulté d’établir des canalisations d’air, à une pression un peu élevée, rendaient cette solution à peu près impraticable, et il n’y fut pas donné suite. Dans certaines villes de la Suisse, où les distributions d’eau se font à des pres
- sions assez élevées, on a employé de petits moteurs hydrauliques pour actionner des machines à coudre, des tours, etc. Le moteur de M. Schmitz, de Zurich, est très employé et très pratique pour ce genre d’application. Les moteurs à gaz, Otto ou Bisshop, sont aussi appliqués dans une foule de cas, pour la fabrication des articles de Paris, par exemple.
- L’eau et le gaz, au point de vue de la force motrice à domicile, présentent des avantages et des inconvénients que nous n'avons pas à examiner ici. Les nouvelles machines magnéto et dynamo-électriques qui transforment directement le travail en électricité, et l’électricité en travail, nous offrent une solution nouvelle de la question, dont on commence seulement à entrevoir l’importance et l’avenir.
- En Angleterre on s’est occupé de la question surtout au point de vue du rendement mécanique, et nous avons entre les mains un ouvrage deM. Paget Higgs, intitulé: Electric transmission of Power, qui résume tous les travaux faits dans cette voie jusqu’à ce jour. Nous ne suivrons pas M. Higgs dans ses études un peu abstraites, mais des renseignements que nous trouvons dans son ouvrage, nous retiendrons seulement le fait suivant : lorsqu’une machine dynamo-électrique est mise en mouvement par une force motrice d’une puissance donnée, elle produit un courant électrique ; ce courant électrique, envoyé dans une seconde machine semblable, se transforme de nouveau en travail, et on peut recueillir sur l’arbre de cette seconde machine jusqu'à cinquante pour cent du travail dépensé pour mettre la première en mouvement. Les expériences ont été faites sur les machines Gramme, les machines Siemens, etc., par plusieurs savants, et ce chiffre peut être admis sans discussion. Admettons seulement vingt-cinq pour cent de rendement, chiffre qui sera toujours facilement atteint, et examinons comment avec ce simple fait et les principes déjà connus on peut réaliser la distribution de la force motrice à domicile. Concevons une machine à vapeur puissante (de 400 chevaux par exemple) établie au centre d’un quartier de Paris, et mettant en mouvement un certain nombre de machines Gramme ou Siemens produisant des quantités énormes d’électricité, que nous enverrons dans toutes les directions par des conducteurs électriques rayonnant dans un périmètre qui, d’après les expériences faites en Angleterre, peut dépasser un rayon de 2 kilomètres. En admettant un rendement de vingt-cinq pour cent, c’est donc 100 chevaux de force effectifs que nous distribuerons autour de notre usine centrale, mais avec ce grand avantage que cette force motrice arrivera au point où on doit l’utiliser sous forme d’électricité, à l’aide de deux fils de quelques millimètres de diamètre, qui pourront se placer et se déplacer à volonté sans installations spéciales, sans dégager ni fumée, ni vapeur, en un mot sans que l’on ait à se débarrasser d’aucun produit, la mise en marche et l’arrêt se faisant à l’aide d’un simple commutateur. Comme la machine de l’usine peut produire la force d’un cheval-vapeur pendant une heure, en brûlant à peine 1 kilogramme de charbon, il s’en suit que chaque cheval-vapeur effectif distribué par l’usine centrale dépensera 4 kilogrammes de charbon ; c’est un rendement très avantageux pour les petites forces. Mais il y a plus. Chaque cheval-vapeur effectif peut se subdi-ser en un grand nombre de parties, sans que la division diminue le rendement, comme cela se produit jusqu’ici avec la lumière électrique. Le courant produit par chaque machine électrique pourra donc se subdiviser en 10, 20, 50 fractions égales ou inégales, dont la puissance pourra
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- être proportionnée au travail dont on aura besoin dans chacune de ces parties. On pourrait actionner par exemple 10 machines à coudre, 5 tours à bois, 2 machines à découper le carton, et 5 scies dans vingt endroits différents, avec le courant produit par une seule machine dépensant à l’usine 4 chevaux de force et produisant vingt travaux différents, dont la somme représente un cheval-vapeur. Le travail nécessaire à ces vingt industries n’ayant coûté à l’usine que 4 kilogrammes de charbon, les Irais généraux et l’amortissement, le prix de location de la force motrice ainsi distribuée pourrait être très rémunérateur, tout en restant peu élevé. Si nous considérons maintenant que les moteurs électriques sont très légers, — le moteur Marcel Deprez, que nous décrirons bientôt, développe le travail d’un homme et pèse moins de 15 kilogrammes, le moteur pour machine à coudre pèse 4 kilogrammes, — qu’ils ne produisent ni eau, ni vapeur, ni fumée, qu’ils sont très faciles à transporter, à mettre en marche et à arrêter, qu’ils ne demandent aucun entretien pendant la marche, qu’ils sont toujours prêts à fonctionner, on voit quels avantages retirerait la petite industrie d’une distribution d'électricité qui lui donnerait la force motrice dans des conditions aussi avantageuses. Restent les questions du réglage du courant et de sa mesure. La première ne présente aucune difficulté ; il existe plusieurs appareils nommés régulateurs automatiques de courants, qui ont pour but de maintenir l’intensité du courant, constante sur un circuit donné et qui ne laissent passer dans ce circuit que la quantité d’électricité pour laquelle l’appareil a été réglé.
- La mesure de l’électricité peut se faire de plusieurs façons. Ou bien, comme cela se pratique pour l’eau, on prendra un abonnement annuel ou mensuel, ou bien le régulateur inscrira lui-même sur une bande de papier qui se déroule la quantité d’électricité dépensée, et le temps pendant lequel on la dépense, ou bien on établira en dérivation un voltamètre qui mesurera la quantité d’électricité passée dans un temps donné par la quantité de gaz dégagée dans une cloche graduée; en mettant une dérivation très résistante, on pourra ne dépenser ainsi qu’un millième, par exemple, du courant total, et réduire l’appareil de mesure à des dimensions très pratiques.
- L’usine de force motrice ainsi établie se transformera le soir en usine à lumière. Par une manœuvre convenable des commutateurs, le courant produit par les machines sera envoyé dans les théâtres, les concerts, les cafés, les rues, etc., et fera fonctionner alors les lampes électriques et autres appareils, dans lesquels l’électricité peut jouer un rôle.
- L’électricité dépouillée ainsi de sa partie fastidieuse, la production pourra étendre beaucoup son domaine, et telles applications impossibles jusqu’ici, cesseront de l’être, parce que le fluide merveilleux sera toujours à la disposition de ceux qui auront à l’appliquer.
- E. Hospitalier.
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- P.-S. L’article ci-dessus était déjà écrit et composé, lorsque nous avons reçu communication d’une lecture faite à Sheffield, à l’Association britannique, par M. le professeur W.-E. Ayrton, qui vient confirmer les idées que nous venons d’exposer. M. Ayrton croit que la réalisation de ces idées ne pourra s’effectuer que le siècle prochain. Nous avons plus confiance dans les progrès de la science. Si l’avenir nous donne raison, le jeune et savant professeur sera le premier, nous en sommes convaincu, à se féliciter d’avoir été mauvais prophète. E. H.
- LES ŒSTRIDES
- Suite. — Voy. p. 74 et 90.)
- L’appareil respiratoire de la larve de VŒstrusequi est si compliqué, que je renoncerais presque à le décrire sans des dessins exacts faits d’après nature.
- Et d’abord, contrairement à ce qui existe chez l’immense majorité des insectes et chez certains insectes aquatiques (larves de libellules, par exemple), il n’existe, sur les parties latérales du corps, aucune ouverture stigmatique visible à l’œil, même armé d’une forte loupe. Cependant, au-dessous de la peau du second segment, à l’endroit où devraient se trouver ces ouvertures, on voit les deux gros troncs trachéens qui longent les deux côtés de l’insecte, se terminer par une sorte de tube presque corné, terminé lui-même par un bouton qui m’a paru de nature spongieuse, et dont l’usage m’est inconnu. Mais au-dessous des deux lèvres charnues et contractiles qui terminent postérieurement l’abdomen, on trouve une lame d’apparence cornée, formée de. chaque, côté par trois arcs concentriques se regardant par leur côté concave, et interceptant entre eux un espace presque losangique occupé par une membrane au milieu de laquelle est percée une ouverture, ou plutôt un étroit-canal qui communique avec une chambre à air spacieuse, dont nous parlerons dans un instant. L’orifice du canal dont il s’agit est entouré de fibres musculaires disposées les unes en forme de rayons, les autres circulaires, et destinées évidemment à ouvrir ou à fermer l’ouverture stigmatique, absolument comme les fibres musculaires de l’iris dilatent ou resserrent l’ouverture de la pupille chez les vertébrés supérieurs.
- Nous avons dit que ce stigmate (car c’en est un, c’est même l’unique qui mérite ce nom), communique avec la chambre à air. Celle-ci est une cavité circulaire limitée à sa circonférence par les téguments de l’insecte, en arrière par la plaque stigmatique, en avant par une autre plaque cornée percée, près de son pourtour, de huit ouvertures assez considérables et, à son centre, de deux orifices plus petits auxquels s’abouchent les deux trachées latérales qui se terminent antérieurement par le bouton spongieux dont nous avons parlé. Des huit ouvertures marginales partent autant de gros troncs trachéens, lesquels émettent, à une faible distance de leur origine, une foule de branches et de rameaux qui vont se perdre dans une espèce de tissu rouge, vésiculeux, qui ressemble, sauf la couleur, à du tissu adipuleux, mais qui pourrait bien, comme le soupçonnait déjà Malpighi, constituer une sorte de tissu pulmonaire. Schrœiler van der Kolk lui donne même ce nom, et peut-être n’a-t-il pas tort.
- Le même auteur regarde la paque cornée extérieure, au milieu de laquelle s’ouvre le tube stigmatique, comme étant un appareil branchial destiné à fonctionner quand l’animal est plus ou moins longtemps plongé dans l’eau dont le cheval s’est abreuvé. S’il fallait en croire Van der Kolk, la larve de
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- VOEstrus equi serait donc véritablement amphibie et respirerait, suivant le cas, tantôt par des trachées pulmonaires, tantôt par de véritables branchies.
- Mais où sont situées ces branchies, destinées, d'après l’auteur hollandais, à séparer de l’eau l’air nécessaire à la respiration de l’insecte, accidentellement et souvent immergé dans ce liquide?
- Précisément sur la plaque extérieure à ouverture sligmatique médiane, que nous avons dit être constitués, de chaque côté, par trois arcs concentriques dont il faut maintenant examiner de plus près la structure. D’abord, chacun de ces arcs offre, dans sa partie moyenne et dans le sens de sa longueur, une sorte de sillon ou de rainure recouverte par une fine membrane; et, de chaque côté, une série de vésicules (40 à 50) séparées les unes des autres
- par des cloisons incomplètes, dont l'un des bords se détache comme autant de lignes noires sur le fond jaunâtre de l’arcade. Cet arc ou arcade elle-même est un canal divisé ainsi en autant de compartiments qu'il y a de vésicules et communiquant, à l’aide de ses cloisons incomplètes, avec la chambre aérifère dont il a été précédemment question. Nous avouons franchement n’avoir jamais aperçu ces vésicules, que Schrœder van der Kolk dit avoir vues gonflées d’air pendant l’inspiration, et affaissées pendant l’expiration : cela tient sans doute à ce que nous n’avons examiné ce curieux appa
- pi. i.
- a
- Plaque respiratoire externe plus follement grossie que dans la figure 20 ci-contre.— a, a, a; b; d; o indiquent les mêmes parties que dans la figure 20 ci-jointe; v, v, vésicules remplies d’air qui occupent les parties latérales et terminales ue chaque arcade du côté droit de la figure.
- Les vésicules du côté gauche sont vides : de là leur différence d’aspect. Schrœder van den Kolk, à qui nous empruntons ce dessin, croit que cette plaque externe sert à la respiration branchiale, quand l’insecte est immergé dans l’eau avalée par le cheval comme boisson.
- reil que sur des larves mortes : mais nos dessins, exécutés d’après nature, concordent néanmoins avec ceux du naturaliste hollandais, bien que la présence des vésicules en question ne soit indiquée ni dans le texte ni dans l’explication des figures de la Monographie que nous avons publiée en 18461.
- Schrœder van der Kolk a signalé aussi, dans les arcades, une particularité de structure qui avait échappé à notre observation; je veux parler du tissu aréolaire et comme spongieux dont est formée la paroi interne de chaque arcade, tissu qui permet une facile communication des vésicules et des canaux avec la chambre aérifère.
- 1 N. Joly. Recherches zoologiques, anatomiques, physiologiques et médicales sur les CSTRIDES en général, et spécialement sur les Œstres qui attaquent l’homme, le cheval, le bœuf et le mouton, avec huit planche s iu-40, lithographiées par l’auteur, Lyon, 1846.
- Resterait maintenant à interpréter l’action de l’appareil si compliqué que nous venons de décrire. Au dire de l’anatomiste d’Amsterdam, la lame qu’il appelle branchiale et ses arcades serviraient à la respiration aquatique, à extraire l’air dissous dans l'eau où l’insecte est souvent submergé. Les trachées et les vésicules que nous avons, comme lui, comparées à des vésicules pulmonaires, bien qu’elles soient remplies d’un liquide rouge dont la nature nous est inconnue, serviraient à la respiration aérienne proprement dite. Mais la première de ces fonctions, c’est-à-dire la respiration branchiale ou aquatique, nous paraît non seulement inadmissible, mais encore inutile chez la larve de ï'OEslrus equi ou des espèces congénères douées des mêmes habitudes qu’elle. Inadmissible, car l’auteur lui -même
- nous apprend qu’il a vu les vésicules qu’il nomme branchiales se gonfler d’air pendant les mouvements inspiratoires, et s’affaisser sur elles-mêmes ou se vider pendant l'expiration. Rien de semblable ne s’aperçoit dans les fausses branchies des insectes vraiment aqua-tiques. Nous ajouterons que ce mode de respiration est inutile; car la provision d’air que l’Œstre du cheval emmagasine dans ses vastes réservoirs (les prétendues vésicules et arcades branchiales y comprises) est plus que suffisante pour lui permettre d’attendre que l'estomac du quadrupède lui offre la condition favorable à
- une libre respiration, et, par suite, à une nouvelle provision de fluide atmosphérique dans ces mêmes réservoirs.
- On le voit : l’appareil respiratoire de VOEstrus equi, à l’état de larve, offre un degré de complication bien remarquable, bien supérieur peut-être à ce que nous avons observé jusqu’à présent chez les autres insectes, si favorisés, d’ailleurs, sous le rapport de la respiration. Et voyez quel surcroît de précautions la nature a prises pour mettre cet appareil singulier à l’abri du contact nuisible des matières alimentaires? Elle l’a caché dans une cavité formée aux dépens de la peau, et pouvant s’ouvrir ou se fermer, nous l’avons déjà dit, au gré de l’animal. Veut-il permettre l’accès de l'air dans les nombreux tubes trachéens qui doivent transporter ce fluide dans tous ses organes pour revifier le sang qui les baigne ou qui les pénètre? Il écarte les deux
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- lèvres de sa bouche anale, et son but est atteint. Veut-il, au contraire, mettre son crible aérifère à l’abri des liquides gastriques ou des aliments soumis à leur action transformatrice? Il rapproche les deux lèvres susdites, et tout contact dangereux est évité.
- Voilà donc un animal qui est enfermé dans une sorte de cornue vivante, soumis à l'influence de divers liquides, de l’air, de la chaleur, à l’action d’une chimie toute mystérieuse encore, et cet animal, résiste à toutes ces forces décomposantes, et assimilatrices. Il vit, il respire, il grandit dans ce laboratoire obscur, il y séjourne pendant près d’une année
- entière. Mais d’où lui vient le gaz vital qu’il respire ?
- D’abord on sait, Chevreul l’a prouvé, qu’il existe ordinairement dans l’estomac des Mammifères une certaine quantité d’oxygène : ensuite, les aliments eux-mêmes dégagent une certaine quantité d’air et une dose assez notable de ce fluide pénètre dans la cavité stomacale pendant l’acte de la déglutition. Or, la quantité d’oxygène nécessaire à la respiration d’un insecte est extrêmement minime.
- D’après Tréviranus, 0,003 de pouce cube suffisent pendant une heure à une mouche. Selon Burdach, 0,005 de pouce cube suffisent à une cétoine, et
- hstmiiifil foean
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- l'I. II, lig. 14. — Segment céphalique d'une larve d'OEstrus equi adulte, a a palpes? rudimentaires; b, b crochets mandibulaires ; c, e maxilles d ouverture buccale; e épines du segment céphalique. — Fig. 15. Un des crochets mandibulaires très grossi. — Fig. 16. — Le même avec la pièce cornée qui lui sert de support : a son muscle releveur ; b son muscle abaisseur. — Fig. 17. Une des maxilles (grossie). — Fig. 18. La même encore plus grossie. — Fig. 19. Segment anal vu par sa face postérieure, a et b les deux lèvres mobiles, ici écartées, à dessein, pour montrer en partie l’appareil respiratoire si compliqué de cet insecte. — Fig. 20. La plaque stigmatique extérieure, retirée de la cavité qui la contient; a a a les trois arcades creuses, qui communiquent avec la chambre aërifère. d rainure médiane des arcades, b membrane à fibres rayonnantes et circulaires. On voit au milieu l’ouverture stigmatique o. — Voy. les détails sur la pl I (p. 288). — Fig. 21. Lame cornée qui limite en avant la chambre aërifère, et qui est percée, près de ses bords, de huit trous auxquels aboutissent un égal nombre de grosses trachées, a, a, a; en b, b, deux trachées plus petites et plus centrales, v, v, vésicules roses. — Fig. 22. Vésicules roses (pulmonaires?) à la surface desquelles s’épanouissent de très nombreuses et très fines trachées émanées, pour la plupart, des gros troncs a a a de la figure précédente. — Fig. 23. Quelques-unes de ces vésicules plus fortement grossies. — Fig. 24. Tube et tissu d’apparence spongieuse qui termine antérieurement les deux trachées centrales (b, b) de la fig. 21.
- 0,001 à un hanneton pendant le même laps de temps. On n’ignore pas, d’ailleurs, que ces articulés peuvent vivre durant plusieurs heures dans l’air raréfié par la machine pneumatique; que l’hydrogène carboné, l’hydrogène sulfuré même ne leur sont pas instantanément mortels. Enfin, nous verrons bientôt que nos larves d’Œstrus equi peuvent résister pendant plusieurs heures, et même pendant plusieurs jours, à l’action de l’alcool, de l’huile de ricin, de l’huile empyreumatique de Dippel, etc. Cette résistance vitale à des agents si délétères s’explique, au moins en partie, par la grande provision d’air que l’insecte emmagasine dans son appareil respiratoire si richement développé.
- Contentons-nous donc de constater un fait des plus singuliers, et n’ayons pas la vaine prétention de vouloir tout expliquer par des mots qui peuvent satisfaire notre amour-propre, facile à contenter, mais qui, à coup sûr, ne voilent pas notre ignorance.
- Au milieu de la masse alimentaire dont il se trouve le plus souvent enveloppé, de quoi se nourrit le ver de l’Œstre du cheval ?
- Si l’on considère que V Hypoderma bovis vit du pus sous-cutané dont sa présence sous le cuir du bœuf détermine la formation; si l’on songe que la Cepha-lemyia ovis se nourrit du mucus sécrété par la membrane des sinus frontaux de la brebis, on sera peut-
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- être disposé à admettre avec nous que la larve de VOEstrus equi vit également de matière animale, et très probablement de la mucosité qui sécrètent les nombreux cryptes de la muqueuse stomacale, peut-être même, comme le pense Schrœder van der Kolk, du sang dont ses piqûres dans la muqueuse stomacale déterminent l’effusion.
- Arrivée au moment de sa métamorphose en nymphe, la larve de YOEstrus equi abandonne la membrane stomacale où elle était restée fixée jusqu’alors ; puis, faisant volte-face, c’est-à-dire dirigeant la partie antérieure de son corps vers l’ouverture pylorique de l’estomac, elle se laisse entraîner par les aliments qu’ont modifiés les sens gastriques, traverse avec eux toute l'étendue du canal intestinal, sort par l’anus, tombe à terre, et cherche un endroit propice pour opérer l'avant-dernière de ses métamorphoses. Alors la peau, qui jusqu’à ce moment s’était prêtée, sans se déchirer, aux accroissements successifs du ver, devient plus épaisse et se fonce en couleur : de rougeâtre qu’elle était, elle passe au rouge brun, puis au noir, et l’animal n’est bientôt plus qal’une sorte de pupe ou maillot immobile, entièrement rempli d’une pulpe blanchâtre, dans laquelle il est impossible de découvrir aucun linéament d’un organe quel qu’il soit. Peu à peu, cependant, cette pulpe s’organise et, au bout de quelques semaines, l’insecte parfait détache l’opercule placé, à la partie antérieure de sa pupe, déploie ses ailes, et ne tarde pas à s'élancer dans les airs.
- D.-N. JoLY (de Toulouse),
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Les fougères comestibles. — La plupart des fougères de nos forêts et de nos bois renferment de l’amidon et pourraient être consommées. Cependant il esta observer que, quand la plante est sortie de (erre, elle possède une odeur et un goût qui répugnent, et qui en rendent l’usage impossible. Il en est, du reste, de même pour les asperges; aussi, comme pour ces dernières, on ne peut consommer directement les tiges des fougères qu’avant qu'elles soient sorties de terre, avant qu’elles aient subi l’action verdissante des rayons du soleil ; à cet état, ces liges sont charnues, blanches, tendres, se rapprochent beaucoup comme qualité des tiges d’asperges. La principale espèce de fougère comestible de nos contrées est la fougère mâle, la plus commune, celle’dont la forme se rapproche de celle d’un petit palmier. Un peintre paysagiste, bien connu compte, au nombre de ses titres de gloire, l’invention des omelettes aux pointes de fougère. En France, cependant, la consommation des pointes des fougères est des plus restreintes et reste à l’état de simple curiosité. Il n’en est pas de même au Japon : pendant la belle saison, les habitants des hautes montagnes argileuses tirent presque toute leur alimentation des fougères, qu’ils nomment Warabi. Au printemps, ils en mangent les jeunes feuilles, plus lai d, ils se nourrissent avec l’amidon qu’ils extrayent
- de leurs racines. La préparation en est des plus simples. On commence par laver les racines pour en enlever la terre, puis on les concasse avec un maillet, ensuite on agite les débris dans des réservoirs d’eau formés par des troncs d’arbres creusés, et on envoie cette eau déposer l’amidon dont elle s’est chargée dans des réservoirs analogues placés en dessous. On obtient ainsi, en amidon, environ 15 pour 100 du poids des racines employées. Chaque hameau a un emplacement spécial affecté à cette opération ; les résidus de ces lavages y forment des masses considérables, qui témoignent de l’importance de cette fabrication. C’est pour assurer la reproduction de ces fougères que les habitants incendient tous les deux ou trois . ans les herbes et les broussailles venues à l'ombre des chênes et des châtaigners. (Correspondance P. Guyot.)
- Invasion d’abeilles. — Après les papillons, les abeilles. Les journaux de Rouen signalent une invasion d’essaims d’abeilles dans plusieurs maisons de cette ville. Ce curieux phénomène s’est produit avec une intensité remarquable. Rue de la Grosse-Horloge, chez un confi-seur, des légions d’abeilles ont pris possession de ses ateliers, à tel point qu’il a été impossible aux ouvriers de continuer leurs occupations. Presque partout le personnel de la maison a été piqué; l’un des employés s’est même vu maltraiter par ces abeilles de telle façon, qu’il a dû • recevoir des soins spéciaux. On a tenté de se débarrasser d’abord de ces hôtes importuns en brûlant du soufre pour les asphyxier; les abeilles se sont contentées de se réfugier aux étages supérieurs, puis quand la fumée s’est apaisée, elles sont redescendues : les murs étaient couverts, par endroits, de plaques de plusieurs centimètres d’épaisseur.
- Le commerce de Hongkong. — Ce port situé dans la petite ile du même nom, ne produit par lui-même rien qui vaille la peine d’être mentionné; mais au point de vue commercial, Hongkong peut se comparer à Osaka, la ville du Japon, où se centralise tout le commerce de l’intérieur du pays. En effet, c’est à Hongkong que se trouve l’entrepôt général de toutes les marchandises provenant des pays occidentaux et orientaux, de l’Amérique, de l’Australie, etc. Doit-on attribuer ce vaste mouvement commercial à la liberté des échanges, car on sait qu’il n’existe pas de douane à Hongkong? L'absence d’une douane ne permet pas d’établir des statistiques régulières sur le commerce de cette colonie, mais on peut s’en rendre compte par le mouvement de la rade. Pendant la dixième année de Méidji, il est entré à Hongkong, 2869 navires étrangers jaugeant 2 445 755 tonnes et 25 500 navires chinois, d’une capacité de 1 798 788 tonnes. Les principaux produits importés sont : les tissus de cotons, le fer, etc., d’Europe; le mercure, le Ninjin (plante médicinale), l’huile de pétrole, la farine, etc., d’Amérique; le charbon, d'Australie; l’opium, la canne du Bengale, des Indes; le riz et le sel de Saigon; le sucre, le thé, la soie, le camphre, le charbon, de l’intérieur de la Chine; et enfin, le riz, le blé, la biche de mer, le cuivre, le camphre, Je soufre, diverses plantes médicinales, etc., du Japon. Avec un pareil mouvement, Hongkong est appelé à devenir pour l’Orient du Pacifique ce que San Francisco est pour l’Occident.
- « (Traduit du Bukka Shimpo.)
- Action superficielle des tremblements de terre. — Le tremblement de terre qui vient d’avir lieu à Virginia City'n’a pas été ressenti par les ouvriers Ira-
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- vaillant au fond des mines. Il y a quelques années, un tremblement de terre beaucoup plus violent avait éclaté dans la même ville, brisant les cheminées, renversant les bâtiments ; cependant la secousse fut à peine ressentie dans l’intérieur des mines, et ne fut pas remarquée das les puits les plus profonds.
- In rail-way dans l’Afrique centrale. — On est fort préoccupé à Lisbonne d’une nouvelle arrivée d’Angleterre. Il ne s’agirait de rien moins que la création d’un grand chemin de fer à travers le centre de l’Afrique. Ce projet auquel le gouvernement anglais donne sa pleine adhésion émanerait de l’initiative de Henri Stanley, qui a traversé l’Afrique dans son voyage à la recherche de Livingstone. Déjà une grande réunion a eu lieu à ce sujet à Manchester, et les grands industriels et commerçants de cette ville sont très favorables à l’entreprise. La Compagnie qui doit se former au capital de 60 millions de francs serait sur le point d’être constituée. Le chemin de fer partirait du fleuve Zambèze pour aboutir au nord de la côte de Zanzibar en passant près Nyassa des Marari, où existe déjà une ville écossaise appelée Lixingstonia. Le chemin de fer aurait un parcours de 400 milles auxquels il faut ajouter comme route commerciale les 1300 milles navigables du lac. C’est là l'histoire de tous les pays à l’intérieur desquels a pénétré, quelque fût son motif apparent, la forte puissance d’outre-Manche. L’Afrique centrale et les trésors de toute espèce, dont les précieux explorateurs ont été les Anglais, paraissent sur le point de suivre la destinée de l’Inde et de l’Australie.
- Et notre transsaharien ? {L'Exploration.)
- Réseaux télégraphiques. — Le réseau télégraphique d’Europe comprenait, fin 1877, 450 087 kilomètres (longueur des lignes) et'1 199 628 kilomètres (longueur des fils).
- Le nombre des stations était de 19 627 pour les stations appartenant à l’Etat et 12 708 pour celles des chemins de fer ou pour les stations particulières. Le personnel se montait à 61 984 individus, les appareils à 41 708 pièces.
- Le chiffre des dépêches taxées atteignait 86 millions.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 29 septembre 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Chimie physiologique. — D’après M. Béchamp, les tissus animaux considérés à l’état physiologique contiennent une certaine quantité d’alcool. Avec lui existe une proportion variable d’acide acétique. L’auteur pense que l’origine de ces composés doit être recherché dans une matière amylacée ou sucrée dont il reste d’ailleurs à démontrer l’existence, et qui serait transformée en alcool et en acide acétique par le fonctionnement de certaines cellules.
- Vibrations des bulles de savon. — M. Decharme, professeur à Angers, faisant vibrer une tige métallique à l’extrémité de laquelle il a fixé une bulle de savon, voit celle-ci entrer en vibration, de telle façon que de sphérique qu’elle était d’abord, elle devient polyèdrique. Le nombre de nœuds produits, varie avec la nature du son, et les figures jouissent d’une permanence assez grande pour qu’on puisse en faire une’ étude complète. Poursuivant l’étude de ces curieux phénomènes, l’auteur en arrive à se demander s’ils ne sont pas de nature à révéler la forme des molécules mêmes des corps, molécules qu’on regarde
- comme soumises à des vibrations incessantes. On sent quel immense horizon, ces aperçus peuvent ouvrir devant les physiciens.
- Nitrates acides. — En réponse aux chimistes qui avaient contesté la possibilité de supposer l’existence de nitrates acides, M. Ditte fait connaître la méthode qui permet d’obtenir de semblables composés. Voici la méthode qu’il emploie : On prend de l’acide azotique tel que, malgré l’addition d’un peu d’eau, il fume encore à l’air, et on y jette un nitrate jusqu’à solution saturée. On remarque alors que le liquide n’émet plus aucune fumée, et cette diminution de tension est déjà un indice d’une véritable combinaison entre l’acide et la sel. Mais ce fait peut être tout à fait démontré.
- Pour cela on fait deux parts du liquide. L’une est amenée simplement à zéro, tandis que l’autre est complètement congelée par le froid. Cela fait, on prend un petit fragment du solide produit et on le jette dans le liquide. Celui-ci se prend en masse comme font toutes les solutions sursaturées. On s’est d’ailleurs assuré qu’un fragment de nitrate neutre ne donne lieu à aucune cristali-sation.
- • Étalon métrique. — MM. Deville et Mascart étudient les conditions physiques du platine iridié qui a servi à fabriquer l’étalon métrique, et par exemple ils en déter-'minent la densité à l’aide de pesées faites au 1/100® de milligramme. Les auteurs se préoccupent enfin des moyens propres à permettre la fabrication d’un étalon d’un milligramme, et ils peuvent y arriver en transformant la mesure des poids en une mesure de volumes.' Pour cela deux poids égaux étant équilibrés dans le vide, on augmenterait la pression autour de l’un d’eux de façon à lui faire perdre 1 milligramme, et on mesurerait cette pression. Ce procédé parait d’ailleurs n’être encore qu’à l’état de projet. Stanislas Meunier.
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- LES CENTENAIRES
- Une étude très intéressante sur la longévité humaine vient d’être publiée en Autriche par le directeur de la statistique administrative, à Vienne. Les derniers recensements de la population dans les divers États européens ont fourni les éléments de ce travail. Il résulte des recherches dont nous parlons que sur les 102,831 individus ayant dépassé l’âge de 90 ans, et dont l’existence a été "constatée dans les grands Etats, on compte 60,505 femmes et 42,528 hommes.
- La grande longévité du sexe féminin se traduit d’une façon encore plus sensible dans le nombre des êtres humains à qui la chance (si c’en est une) permet d’atteindre et même de dépasser la centaine. En Italie, par exemple, on a trouvé 241 femmes centenaires pour 141 hommes; en Autriche, 229 femmes pour 185 hommes en Hongrie, 526 femmes pour 524 hommes, etc.
- En Autriche, le nombre des sexagénaires est de 1,508,559, soit 7.5 p. 100 de la population totale.
- M. Amédée Lhote, employé à la Bibliothèque de Châlons-sur-Marne, a publié d’autre part des recherches curieuses sur les centenaires nés ou morts
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- dans le departement delà Marne-, il a pu résumer l'histoire de 96 personnes ayant dépassé dans le département l’âge de cent ans. Nous citerons d’après lui, quelques-uns de ceux qui ont atteint le plus grand âge.
- Pierre Piéton, vigneron, meurt à Ilautvillers (arrondissement de Reims), le 27 septembre 1695, âgé de 117 ans; il avait travaillé à la vigne jusqu’à l’âge de 115 ans.
- Jacques Thevenot, laboureur à Château-Villain (Haute-Marne), ancienne province de Champagne, meurt le 11 septembre 1711, à l’âge de 114 ans. Le mois précédent, il avait fauché ses prés. Trois différentes épouses lui avaient donné trente-neuf enfants.
- Anne Martin , native de Gerbevillers (Meurthe), qui a été pendant 90 ans domestique chez le sieur Gayard , procureur de Saint-Dizier ou ses aïeux, mourut à Saint-Dizier (Haute-Marne), le 19 février 1712, âgée de 114 ans, sans avoir jamais été atteinte d’aucune maladie. Il est à remarquer qu’elle ne mangeait rien de trop salé et qu’elle a conservé la connaissance et la raison jusqu’à la veille de sa mort.
- Marie - Henriette De-poix de Cerpond, issue du mariage de Pierre Clays de Cerpond et de Barbe de Lhomme, née à Maestricht (Pays-Bas), le 4 mai 1758, est décédée aux Chênes - le - Vézier ( Marne), le 24 juillet 1846, âgée de cent huit ans 2 mois et 20 jours.
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- Portrait d’un centenaire. — Frédéric Beadon, mort le 10 juin 1879, à l’âge de 101 ans (d’après une photographie).
- Veuve en premières noces de M. Frantz Pleine ; divorcée en deuxièmes noces, au temps de la République, avec Andrien -Jacques Dumontier, mort également centenaire, et veuve en troisièmes noces de M. Etienne Grimon. De ces trois mariages, elle n’a pas eu d'enfant. Tout porte à croire que cette dame, d’un tempérament robuste, avait encore vingt ans à vivre, si un accident n’était venu lui donner la mort. Jusqu’à ce moment, elle a conservé toutes ses facultés morales et physiques. — Retirée dans une charmante petite habitation, elle vaquait à toutes ses affaires et donnait tous les soins à son ménage, sans le secours d’aucune domestique, et faisait son pain. Etant montée sur une chaise pour poser un fromage, elle tomba et se fractura la cuisse; cette chute fut la seule cause de sa mort.
- Un habitant de Sedan, Jean Maucomble , mou
- rut en cette ville le premier mars 1756, à l’âge de cent neuf ans. Maucomble avait pu voir le petit-fils de sa petite-fille touchant sa quinzième année. Il était frère de la veuve Crété qui est morte âgée de cent onze ans le premier novembre de l’année précédente.
- François Content, bûcheron de la Croix-aux-Bois (Ardennes), y meurt subitement en janvier 1 760, à l’âge extraordinaire de cent vingt et un ans et neuf mois ; il était allé la veille même de sa mort chercher un fagot à une lieue de son village. On rapporte que pendant l’été précédent il faisait encore le voyage de Mézières d’une seule traite et qu’il n'était atteint d’aucune infirmité.
- Nous ne pouvons mieux terminer cette courte notice qu’en signalant la mort toute récente d’un ministre protestant, Frédéric Beadon qui s’est éteint en Angleterre le 10 juin dernier après avoir dépassé l’âge de cent ans. Il était le plus vieil ecclésiastique de l’Église d’Angleterre. Né à Londres en décembre
- 1777, il avait atteint 101 ans. Son père parvint aussi à un âge très avancé ; il vécut pendant plus de soixante-dix ans à Nord Stoneham, près Southampton. Frédéric Beadon avait fait ses étu-des à l’école de Charter-house ; diplômé à Trinity’ College, Cambridge, en 1 800, il fut nommé chanoine à Wells Cathédral en 1812. De sorte que le père et le fils se sont trouvés recteurs d’une paroisse pendant près de 140 ans. Le chanoine était
- le dernier des “ Freemen " de la ville de Sou-thampton où il était très aimé. Il se faisait remarquer par sa passion pour l’horticulture, et avait été un des fondateurs d’une Société d'horticulture très prospère dans le district. Il était aussi le président d’une maison de banque très importante et, malgré son grand âge, conserva l’usage de toutes scs facultés jusqu’au dernier moment. La maladie qui amena sa mort ne dura que quelques semaines. Peu de temps après la célébration de son centenaire, la reine d’Angleterre lui avait envoyé une lettre de congratulation autographe. Nous reproduisons ci-contre la photographie de ce vénérable ecclésiastique alors qu’il avait cent ans.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 552 - 1 1 OCTOBRE 187 9.
- LA NATLKE.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE.
- (Suite. —Voy. p. 54, 86, 218, 254 et 246.)
- LES MÉDUSES ET LEUR PARENTÉ AVEC LES HYDRES.
- Quiconque a visité une plage connaît les Méduses.
- La mer rejette parfois sur ses grèves des quantités considérables de ces globes gélatineux, transparents comme du cristal, irisés comme de gigantesques diamants. Les gens de mer n’y touchent qu’avec
- précaution : ils savent que leur contact, comme celui des anémones et des galères, produit une inflammation des plus vives. Les Méduses possèdent, en effet, de nombreuses et puissantes capsules urticantes, aussi Cuvier les rangeait-il dans sa classe des Aca-lèphes, c’est-à-dire des Orties.
- L’une de celles qui atteignent la plus grande taille est le Rhizostome bleu, ainsi nommé à cause de la splendide teinte azurée que présentent certaines parties de son corps. Elle dépasse souvent un pied de diamètre. C’est aussi celle qui est la plus souvent échouée sur nos côtes. Les Méduses de
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- Fig- I. Fig, 2.
- Fig. 1. Méduses NÉES de Scïphistomes. — 1.—Pélagie noctiluque — 2. — Aurélie oreillarde (Aurélia aurita).
- Fig. 2— 1. — Scyphistome de la Cyanæa capillata. — 2. — Strobile né de ce Scyphistome et dont les tentacules commencent à s’atrophier, — 3. — Deux strobiles ayant déjà donné naissance à plusieurs Méduses —le 1" article du strobile de droite reproduit un Scyphistome. — 4. 5. — Petites méduses (Ephyres) nées de ces scyphistomes et destinées à se transformer en Cyanæa capillata.
- grande taille voyagent fréquemment par bandes considérables. Une substance grasse particulière répandue dans les cellules de leur épiderme rend plusieurs d’entre elles phosphorescentes, telles la Pélagie noctiluque (fig. 1), la Cunina moneta et d’autres encore qui contribuent pour, leur part au merveilleux phénomène de l’illumination de la mer.
- Il y a dans toute Méduse deux parties principales : 1° le splendide globe transparent, gélatineux ou corné qui, de suite, attire sur elles l’attention et que l’on voit constamment agité de contractions 7e année. — 2e semestre.
- rythmiques pendant que nage l'animal — c’est ce qu’on appelle l'ombrelle ou la cloche de la Méduse — 2° une sorte de sac, suspendu au-dessous de l’ombrelle, plus ou moins analogue par sa forme à un battant de cloche, ordinairement ouvert par le bas et généralement très mobile — c’est le sac stomacal ou encore le manubrium, que nous appellerons tout simplement le battant; l’ouverture qu’il porte le plus souvent est la bouche. Chez les Rhizostomes, il n’y a pas de bouche proprement dite et le manubrium se divise en un grand nombre de ramifications terminées chacune par un orifice et 19
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- constituant autant de suçoirs par lesquels l’a-nimal pompe sa nourriture. Souvent le sac stomacal porte autour de la bouche des tentacules ou bras, qu’il ne faut pas confondre avec ces suçoirs et qui le font ressembler, quand il est pris isolément, à un Polype hydraire.
- L’ombrelle des Méduses présente deux formes principales bien distinctes, tantôt c’est une masse transparente compacte, qui surmonte le sac stomacal comme le chapeau d’un champignon surmonte la pédoncule qui le supporte. Tantôt, au contraire, l’ombrelle se rabat autour du sac stomacal de manière à figurer réellement une cloche dont le sac stomacal serait le battant. Dans ce cas, l’ouverture de la cloche est rétrécie par un disque membraneux, percé à son centre d’une ouverture par laquelle peut faire saillie le sac stomacal et disposé au-devant de la cloche comme l’iris au-devant du globe de l’œil; c'est le voile ou vélum. Les Méduses de ce dernier type forment une classe bien distincte 1; elles ont une organisation généralement plus simple que celles du premier type, atteignent une moins grande taille, demeurent même quelquefois presque microscopiques et nagent toujours obliquement en comprimant brusquement leur ombrelle de manière à chasser par l'ouverture du vélum l’eau qu’elle contient. De cette brusque expulsion de l’eau résulte un véritable phénomène de recul dont l’action se manifeste sur le fond de l’ombrelle et détermine le déplacement de l'animal.
- L’ombrelle des Méduses porte différentes sortes d’organes. Ce sont d’abord des filaments plus ou moins longs, plus ou moins nombreux, diversement disposés et le plus souvent garnis de pelotes de Nématocystes. A l’aide de ces filaments que l'on peut désigner sous les noms de tentacules ou de filaments pêcheurs, les grandes Méduses sont capables de capturer d’assez gros animaux, des crustacés, des poissons qui sont réduits en une sorte de bouillie, soit dans le sac stomacal, soit au dehors au moyen de sucs excrétés par l’animal et assimilés par cette masse d’apparence presque amorphe. C’est l’animal le plus élevé, le plus complexe, le plus fini, si l'on peut s’exprimer ainsi, qui sert de proie au plus simple. La pièce d'or devient billon. Souvent, à la base des tentacules ou de leurs groupes, quel-quefois alternant avec eux, se trouvent des capsules sensitives, dont la structure est déjà celle d’yeux ou d’oreilles fort simples, mais parfaitement caractérisés. Un véritable système nerveux est en rapport avec ces capsules. Enfin l’ombrelle des Méduses
- 1 A cause de cette particularité, elles ont été désignées par Gegenbaur sous le nom de Méduses Craspédotes, par opposition aux précédentes qui ont été nommées Méduses acras-pèdes. Forbes avait précédemment divisé les Méduses en deux groupes, les Gymnopt haïmes dont les organes des sens sont nus et les Stéganopthaïmes où ces organes, nés dans une fossette, sont protégés par un repli des téguments. Les divisions de Gegenbaur correspondent à peu près exactement à celles de Forbes, les Méduses craspédotes étant en général gym-nophthalmes et inversement.
- est parcourue par un système de canaux, simples et disposés suivant les méridiens chez les Méduses en forme de cloche, souvent ramifiés vers le bord chez les Méduses en forme de Champignon, chez les Rhizostomes, par exemple. Ces canaux, le plus souvent au nombre de quatre ou de huit, partent du fond de la cavité stomacale, communiquent directement avec elle, puisent dans son intérieur les matières nutritives pour les répartir dans le reste du corps et constituent ainsi une sorte d’appareil circulatoire qui n’est que la continuation de la cavité digestive, une sorte de cavité digestive ramifiée dans les tissus. C’est là l’appareil gastro vasculaire, complété, chez les Méduses où les vaisseaux sont simples, par un canal circulaire qui les fait communiquer tous ensemble en longeant le bord de l’ombrelle et, chez les Méduses à vaisseaux plus ou moins divisés par les branches mêmes de ces vaisseaux qui s’anastomosent entre elles et forment ainsi un réseau vasculaire périphérique. Dans tous les cas, les matières digestives élaborées passent directement du fond de la cavité stomacale dans l’appareil circulatoire qui est en continuité avec elle et communique librement par son intermédiaire avec l’eau extérieure. Il ne saurait y avoir ici de sang proprement dit. Le liquide nourricier est un mélange d’eau de mer et de produits immédiats de la digestion. La progression de ce liquide est assurée par les contractions de l’ombrelle et par des cils vibra-tiles qui tapissent la paroi des canaux. C’est évidemment l’une des dispositions les plus simples que puissent présenter les appareils de nutrition.
- Des glandes génitales bien développées se montrent soit dans l’épaisseur du sac stomacal, soit vers le sommet de l’ombrelle, soit sur le trajet des vaisseaux; les sexes sont ordinairement séparés.
- Les Méduses sont d’ailleurs des organismes incomparablement plus compliqués que les Hydres et il semble qu’un hiatus profond les sépare des Polypes que nous venons d’étudier. Cuvier et avec lui tous les naturalistes de son époque constituèrent toujours dans leurs méthodes des groupes tout à fait différents pour les Polypes et les Acalèphes.
- Aussi quelle ne fut la surprise de tous les naturalistes lorsqu’on 4857, un naturaliste norvégien peu connu jusqu’alors, Michaël Sars, vint annoncei que les rapports génétiques les plus étroits unissaient les Méduses aux Hydres, que les Méduses étaient filles des Polypes ou pour mieux dire n’étaient que des Polypes modifiés !
- Sars était le fils d’un capitaine au long cours de Bergen. Habitué de bonne heure au spectacle de la mer, il s’était épris de ses merveilles et afin de pouvoir consacrer à leur étude une grande partie de sa vie, il avait choisi pour carrière le ministère évangélique. Successivement pasteur à Kinn et à Manger, localités situées sur le bord de la mer, il en explorait avec une ardeur infatigable les grèves rocheuses, si admirablement disposées pour offrir aux animaux marins les circonstances variées pro-
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- près à assurer leur multiplication. Quelques publications remarquables par l’exactitude des descriptions qu’elles contenaient et par la précision des détails avaient déjà attiré l'attention sur ses recherches. Parmi les êtres qu’il faisait pour la première fois connaître aux naturalistes se trouvaient deux Polypes, l’un tout à fait semblable aux Hydres d’eau douce pour lequel il créait le genre Scyphis-tome (fig. 2, n° 1), l’autre, plus grand, plus allongé, ayant un corps cylindrique régulièrement annelé, était le type du genre Strobile (fig. 2, n° 2).
- Personne à cette époque n’aurait songé à une parenté entre le Scyphistome et le Strobile. Cependant Sars ne tarda pas à découvrir une foule de formes intermédiaires entre eux; il vit lui-même le Scyphistome se changer en Strobile sous ses yeux : les deux genres devaient donc être réunies ; mais le pasteur-naturaliste n’était pas au bout de ses étonnements. Après s’être marqués seulement par des étranglements successifs les segments du corps d’un Strobile prennent une forme très particulière. Ils deviennent concaves par leur partie supérieure, convexes par leur partie inférieure et augmentent graduellement d’épaisseur; en même temps leurs bords se découpent en huit lobes présentant eux-mêmes une échancrure assez profonde. Le Strobile ressemble alors à une pile d’assiettes creuses ou d’é-cuelles à contour élégamment festonné. Le segment supérieur continue à porter les tentacules du Polype tout en acquérant des lobes, comme ceux qui le suivent. Au fond de l’échancrure des lobes de chaque segment apparaît enfin une tache colorée, un œil (fig. 2, n° 5). Sars ne pouvait s’y méprendre ; à cet état, les divers segments d’un Strobile rappellent exactement certaines petites Méduses, abondantes précisément dans les eaux où vivent les Scyphistomes et pour lesquelles on avait créé le genre Ephyra. Il n’hésita pas à annoncer que les Éphyra n’étaient autre chose que les segments détachés du corps du Strobile, vivant désormais librement, d’une vie indépendante et vagabonde. Il eut d’ailleurs la bonne fortune de constater bientôt directement que ses prévisions étaient parfaitement exactes, il put voir les segments des Strobiles se séparer un à un dans ses aquariums et devenir autant de petites Méduses. Il fallait donc renoncer à considérer les Acalèphes comme distincts des Polypes. Ce n’étaient plus deux genres, mais deux classes qui se fondaient en une seule.
- Ce n’est pas tout : les petites Méduses, les Ephyra, issues des Strobiles, n’ont pas atteint leur forme définitive. Elles grandissent et se transforment encore : leur ombrelle s'élargit, se régularise, se frange sur ses bords de filaments grêles et délicats tombant autour d’elle de la plus gracieuse façon; quatre bras apparaissent autour de sa bouche et s’allongent de plus en plus. L’Ephyra est devenue V Aurélia aurita (fig. 1, n° 2), l’unede nos plus charmantes Méduses. D’autres Ephyres, provenant bien entendu de Scyphistomes et de Strobiles d’espèces
- distinctes, ont donné à Sars une autre Méduse d’un type un peu différent, la Cyanœa capillata.
- Les observations de Sars ont été répétées depuis par un grand nombre de naturalistes : tous ont reconnu leur exactitude absolument rigoureuse : quelques-uns ont pu même les compléter.
- Un professeur à l’Université de Louvain, P. J. Van Beneden, qu’ont illustré ses belles recherches sur les migrations des Ténias, a pu suivre, sur les côtes de Belgique, les métamorphoses du Scyphistome et du Strobile de la Cyanœa capillata. Il restait encore quelques doutes sur le sort du premier et du dernier segment du corps des Strobiles, segments qui ne ressemblent pas tout à fait aux autres : Van Beneden a vu les tentacules du Scyphistome qui surmontent le premier segment du Strobile, se flétrir (fig. 2, n° 2) et disparaître graduellement, résorbés par l’animal qui les porte et qui devient ainsi identique à ses frères. Quant au dernier segment, celui qui est fixé, il reproduit bientôt une ncuvelle couronne de tentacules : avant même que l’Éphyre qu’il supporte ait pris sa liberté, il est redevenu lui-même (fig. 2, n° 5) un nouveau Scyphistome, apte à se transformer en Strobile et à fournir, par conséquent, une génération nouvelle de Méduses. On ignore encore combien de fois le phénomène peut se répéter, combien de générations de Méduses peuvent naître d’un seul Polype.
- Il est possible que les Scyphistomes se reproduisent ainsi durant toute la belle saison.
- Le Scyphistome, l’Hydre ou plutôt le Polype hydraire qui engendre les Méduses résulte lui-même de la métamorphose d’une petite larve ovoïde sans organes, formée de cellules toutes semblables entre elles, issue d’un œuf de Méduse et qui ne se fixe sur les corps sous-marins qu’après avoir plus ou moins longtemps nagé librement à l’aide des cils vibra-tiles dont son corps est entièrement recouvert. Cette larve ciliée, qui est aussi la première forme sous laquelle se montrent les Coraux et les Madrépores, est ce qu’on appelle une planule.
- Cette longue série de phénomènes se résume finalement ainsi : l’œuf d’une Méduse donne naissance à une larve ciliée ovoïde, la planule; celle-ci se transforme en un Polype hydraire, le Scyphistome. Par division spontanée de son corps, le Scyphistome produit un nombre assez considérable de générations de Méduses. Les Méduses à leur tour pondent des œufs et le cycle de la génération se trouve ainsi fermé; nous revenons au point de départ.
- Ces phénomènes avaient certes de quoi surprendre et les naturalistes devaient les interpréter de bien des façons.
- Tout d’abord on fut frappé des différences manifestes que présentent la forme extérieure et l’organisation des Hydres et des Méduses que l’on considérait comme leurs filles. Rien n’était plus contraire aux idées reçues, rien n’est encore plus fait pour frapper l'imagination que de voir des êtres d’une
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- forme déterminée engendrer des êtres de forme absolument différente, des fils qui ne ressemblent jamais à leurs parents et reproduisent, au contraire, d'une façon constante les traits de la génération qui précède. Il ne pouvait du reste ici être question de métamorphoses puisque Y Hydre primitive, le Scyphistome ne conserve pas son individualité, que celle-ci disparait et se trouve finalement lemplacée non par une — ce qui pourrait encore fournir matière à discussion — mais par un grand nombre d’individualités nouvelles, indépendantes les unes des autres, ce qui est bien le propre de la reproduction. On se trouvait donc en présence de deux générations différentes succédant régulièrement l’une à l’autre, alternant l’une avec l’autre. Lu illustre naturaliste danois, Steenstrup, caractérisa ce phénomène en le désignant du nom de génération alternante qui est encore usité dans la science. Mais quelles étaient les causes de cette alternance, à quels phénomènes plus profonds pouvait on la rattacher??. J. Van Bene-den ne tarda pas à faire remarquer que les Hydres et les Méduses devaient leur origine à deux modes de reproduction absolument différents. Les Hydres provenaient directement d’un œuf fécondé, relevaient, par conséquent, de la génération sexuée; les Méduses naissaient des Hydres sans fécondation préalable par une simple division du corps, plus ou moins compliquée de cette indivi
- A. L.Ctuent
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- Fig. 5—NIYDRARES. — 1. — Colonie de Bougainvillia ramosa portant des Méduses développées dans les régions où se développent également des polypes. — a, Polypes nourriciers — b, individus sexués (Méduses) à divers états de développement (grossi 10 fois) — 2. Méduses de Bougainvillia ramosa devenue libre (même grossissement).
- dualisation de partie du corps récemment formées, que nous avons déjà eu occasion de désigner, par comparaison avec ce qui se passe dans le règne végétal, sous le nom de bourgeonnement. La génération alternante était donc expliquée pour Van Beneden par la faculté que possèdent beaucoup d’êtres vivants de se reproduire de deux façons par voie sexuée et par voie agame. Il y a de nombreux animaux chez qui l’on peut constater ces deux sortes de reproduction, sans que les générations qui en résultent et qui se succèdent diffèrent entre elles — il y en a d’autres chez qui la génération sexuée n’ap
- paraît qu’après un nombre plus ou moins considérable de générations agames — l’alternance peut manquer soit dans la forme des individus nés les uns des autres, soit dans les modes de reproduction, soit dans les deux à la fois sans que l’essence du phénomène change. P. J. Van Beneden repousse donc pour ce phénomène la dénomination de génération alternante et propose de la remplacer par celle de digénèse, impliquant seulement l’existence de deux modes différents de reproduction.
- M. de Quatrefages admet pleinement ces distinctions, mais pour lui la génération agame n’est qu’une forme modifiée et presque une conséquence de Vaccroissement proprement dit. Nous avons déjà eu de fréquentes occasions de montrer combien Yac croissement et la reproduction sont, en effet, deux phénomènes intimement liés l’un à l’autre. La reproduction agame n'est au fond qu'un accroissement suivi d’individualisation, un véritable marcottage, pour me servir d’un terme emprunté à la culture. Mais elle a une conséquence, qui est pour M. de Quatrefages le point capital: elle multiplie la puissance de reproduction des êtres qui la présentent; elle lait que d’un œuf, il ne sort plus un individu, mais toute une volée d’individus aptes à se reproduire par voie sexuée. Imaginez que d’une Chrysalide sorte non pas un papillon, mais des centaines de papillons et voyez quelle
- sera la fécondité des Lépidoptères ! Voilà pour M. de Quatrefages le caractère essentiel de la reproduction des Méduses : entre deux générations sexuées successives, il y a engendrement d’un nombre plus ou moins considérable de générations qui ne le sont pas. C’est ce que le savant professeur du Muséum indique par le mot de généagénèse qui lui sert à désigner non seulement les phénomènes étudiés par Sars et les phénomènes analogues, mais encore tous ceux qui rentrent dans La digénèse et dont le mécanisme, variable dans les détails, ne paraît pas suflisamment indiqué par ce dernier mot.
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- Ces diverses théories montrent bien sous ses dil-férents aspects le phénomène dont il s’agit. Nous devons voir en lui une conséquence toute naturelle de l’indépendance primitive des éléments qui constituaient l’Hydre. Cette indépendance se manifeste encore par la faculté qu’ils possèdent dans toute Hydre suffisamment accrue de se grouper de manière à se constituer en individu. Nous avons pu saisir dans l’histoire des Hydres, l’influence des circonstances extérieures sur la plus ou moins grande rapidité de cette individualisation.
- Ici, toutefois, intervient un autre phénomène de haute importance, mais que nous avons déjà rencontré presque au début de ces études. La partie qui se transforme en individu s’adapte en même temps à des conditions nouvelles d’existence, comme aussi à un rôle physiologique particulier. Il en résulte dans sa forme extérieure, dans son organisation, dans son allure générale des modifications plus ou moins profondes grâce auxquelles un être d’organisation élevée se substitue à un être infiniment plus simple. Il peut même arriver que les
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- Fig. 4. Fig. 5.
- Fig. 4 —Médises. — 1. Eleutherie, Méduse marcheuse produite par ia Clavatella proliféra et dont l’ombrelle n’est représentée que par les bras bifurqués qui constituent l’appareil locomoteur—2. Cladonema radiatum, Méduse en forme de cloche (Cospéidrate), à la fois nageuse et marcheuse montrant une ombrelle très développée du haut de laquelle pend le sac stomacal oumanubium m de l’ouverture circulaire du voile (grossissement 10 fois). — Fig. 5. — Hvdiuip.es marins — 1 — Colonie de Syncoryne erimia, montrant sur l’un des individus des Méduses poussant à la place des tentacules. — 2. Méduse de Syncoryne dans sa position normale pendant la natation. On voit nettement l’ombrelle et ses canaux gastro-vasculaires, le sac stomacal et le vélum aver son ouverture circulaire. (Grossissement 10 fois).
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- (A mamdAynyy ), Insmuso
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- formes dérivées résultant de ces modifications prennent une importance telle que la forme initiale de plus en plus réduite dans son rôle finisse par disparaître. C’est ainsi que plusieurs de nos plus belles Méduses naissent directement de la larve ciliée, de laplanule, sans jamais avoir revêtu la forme d’Hydre fixée. Il n’y a plus alors de génération alternante, mais les phénomènes de la digénèse ou de la généa-génèse n’en persistent pas moins dans certains cas : quelques-unes de ces Méduses ayant conservé la faculté d’en reproduire d’autres soit sur leur
- manubrium, soit sur les bords ou sur la face inférieure de leur ombrelle, soit même dans l'intérieur de leur cavité générale. Il peut ainsi se former des colonies de Méduses comparables aux colonies d’Hydres elles-mêmes. Les Influences qui ont agi sur les Hydres pour les transformer en Méduses ont du reste agi d’une façon très inégale et produit des formes très variées. Toutes les Méduses sont loin de se ressembler; parfois elles sont remplacées par des êtres en apparence fort différents. Il est toujours possible malgré tout de relier entre elles les formes
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- les plus disparates de manière à établir leur filia-tien.
- Il est facile d’ailleurs de se convaincre que l’individualisation, même compliquée, dont nous venons de parler, peut se produire comme dans le cas des Hydres d’eau douce aux dépens d’une partie quelconque du Polype primitif. L’histoire des Méduses en forme de cloche est à cet égard particulièrement instructive.
- Ces Méduses ne naissent pas comme les grandes Méduses en forme de Champignon, par division transversale d’un Strobile. Elles proviennent d’Hydres vivant en colonies plus ou moins arborescentes, comme les Cordylophoraet sont elles-mêmes la conséquence d'un véritable bourgeonnement. Or, quand on passe d’une espèce à l’autre, on les voit apparaître en des points absolument quelconques de la colonie.
- Les Perigonimus forment des colonies dont les divers individus sont reliés entre eux par un réseau ramifié rampant à la surface des objets sous-marins : leurs Méduses naissent sur les mailles de ce réseau et se dressent à des places correspondantes à celles qu’occupent les Polypes eux-mêmes : chaque Méduse représente donc un Polype qui s’est tout entier transformé. Chez les Bougainvillea (fig. 5, n° 1), les colonies sont ramifiées et la Méduse se développe également sur des rameaux identiques à ceux qui portent les Hydres. Chez les Clavatelles qui produisent une charmante petite Méduse marcheuse désignée par M. de Quatrefages sous le nom d’Éleuthé-rie (fig. 4, n°1) les Méduses naissent en un lieu spécial à l'extrémité inférieure des Polypes. Chez les Syn-corynes, elles occupent une place plus remarquable encore; c’est parmi les tentacules qu’elles apparaissent, occupant exactement la place de l’un d’eux. On ne peut s’empêcher de considérer la Méduse comme morphologiquement équivalente dans ce cas à un simple tentacule : c’est, malgré l’insuccès des expériences de Trembley pour réaliser le fait arti-ficiellement, la démonstration decette proposition que les tentacules d’un Polype hydraire sont susceptibles de s'individualiser aussi bien que les autres parties de son corps et d’atteindre au même degré de perfectionnement organique. Il serait étrange, en effet, que les éléments associés pour constituer le Polype et qui se disposent de manière à former les tentacules fussent les seuls qui n’eussent conservé aucune trace d'une faculté qui appartient à tous les autres.
- Chez les Corymorpka, les Méduses se montrent aussi dans une position analogue à celle qu’on leur voit chez les Syncorynes (fig. 5), entre la trompe qui porte la bouche de l’animal et la couronne de tentacules : elles sont disposées en grappes le long de pédoncules qui retombent gracieusement autour de la tige de l’animal; mais dans ce cas la Méduse paraît plus tôt le résultat d’une prolifération spéciale de la région buccale, que celui de la métamorphose d'un tentacule.
- Quelques Méduses naissent enfin dans des condi
- tions particulièrement remarquables. Elles se disposent soit en collerettes, soit en grappes autour d’individus spéciaux qui les produisent à l’exclusion des autres individus de la colonie, mais présentent des modifications de forme toutes spéciales, de sorte qu’on peut les considérer comme des individus reproducteurs, spécialement chargés de former et de porter, pendant leur évolution, les individus sexués, les Méduses1. La perte des tentacules, la disparition de la bouche et de la cavité digestive sont les caractères les plus ordinaires des individus reproducteurs que l’on trouve notamment chez les Podocorynes, les Dicorynes, et un assez grand nombre d’autres types. Ces individus reproducteurs et les individus sexués qu’ils portent finissent par constituer une sorte d’appareil reproducteur spécial, enfermé dans un étui corné plus ou moins compliqué, chez tout un groupe d’Hydraires qu’Allman a désigné, à cause de cela, sous le nom d’Hydraires cryptoblastiques et qui comprend, entre autres, les genres Campanulaire, Plumulaire, Sertulaire, etc.
- La place où naissent les Méduses est donc infiniment variable. Quand on considère le groupe des Polypes hydraires tout entier, on peut s’attendre à voir se former à une place quelconque quand on passe d’un groupe à l’autre, ces individus sexués dont l’organisation est à tant d'égards si intéressantes. N’est-ce pas, à bien dire, une réalisation naturelle de la belle expérience de Trembley, montrant qu’une partie quelconque du corps d’une Hydre était capable de s’individualiser pour vivre d’une vie indépendante? Cette faculté, qui peut s’exercer spontanément, a d’abord été générale; elle s’est ensuite localisée plus spécialement, suivant les circonstances, dans telle ou telle partie du corps, contribuant ainsi pour sa part, à établir entre les Polypes les différences que nous employons aujourd’hui dans nos méthodes pour distinguer les groupes plus ou moins étendus, voire même les espèces.
- Ainsi s’explique, grâce à la théorie qui voit dans les Hydres des colonies individualisées d’êtres monocellulaires originairement indépendants, la diversité si remarquable des phénomènes de bourgeonnement offerts par cette classe d’animaux ; mais une théorie qui s’explique est une théorie qui se confirme.
- Nous allons maintenant voir la vie sociale s’établir entre les Hydres, comme elle s’est établie entre les éléments qui les constituent, produire dans ce groupe d’animaux de plus remarquables effets et conduire à la constitution de nouvelles individualités les SIPHONOPHORES et les CORALLIAIRS.
- Edmond PERRIER,
- Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- La suite prochainement. —
- 1 Ces deux termes : individus sexués et individus reproducteurs, cessent par conséquent pour nous d’être équivalents.
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- LES MALADIES DES CHATAIGNIERS
- En 1842 apparaissait en Italie une maladie qui décimait les bois de châlaigniers ; le docteur Selva estimait que sur le seul territoire de Graglia il en était mort environ six mille de ces arbres de 1842 à 1808 et que depuis cette dernière année, il en mourait un millier par an.
- Le gouvernement s’en émut et nomma une Commission d’étude. L’un de ses membres les plus éminents, le pro-fesseur Gibelli de l’Université de Modène, a publié de 1875 à 1878 une série de travaux. Il concluait de ses expériences et des analyses chimiques dues à l’un de ses collaborateurs, le docteur Antonelli, qu'il fallait attribuer à l’appauvrissement du sol la maladie des châtaigniers, dont le symptôme par excellence était le dépôt d’une substance granuleuse brune, à l'intérieur des cellules corticales de la racine.
- Vers 1876, les agriculteurs français constataient dans des régions éloignées, dans les Pyrénées, aux environs de Bayonne, dans des localités diverses des Cevennes, un dépérissement et une mortalité inusités des châtaigniers. Depuis ces dernières années, la maladie est devenue épidémique. elle s’étend maintenant en formant tache d’huile, elle s’attaque aux plus vigoureux arbres comme aux plus languissants dans les sols riches cultivés, arrosés et dans les terrains maigres et pauvres constitués par des sables granitiques.
- L’arbre ne se dessèche pas toujours tout d’un coup, on s’aperçoit qu’il languit plusieurs années, les feuilles sont plus petites, les fruits atrophiés, puis les feuilles, les branches, le tronc, tout se dessèche. Si l’on examine l’arbre mort ou malade, on reconnaît que les racines sont le siège d’une altération profonde, comparée par M. Planchon, de Montpellier, à une gangrène humide. Le ramollissement de l’écorce et sa destruction sur certains points laisse exsuder des liquides riches en tannin, qui pénétrent un sol contenant du fer et y forment de l’encre ; d’où les taches noires que l’on observe sur la terre et à la surface des racines. Ces symptômes extérieurs sont les mêmes dans tous les pays où l’on constate le fléau.
- En examinant au microscope les fines radicelles qui forment le chevelu de la racine et l’écorce des grosses racines, M. de Seynes a reconnu la présence d’un champignon consistant en filaments d’un brun noirâtre, qui s’appliquent sur les radicelles et forment un lascis d’où partent des branches qui s’enfoncent dans les tissus cellulaires de l’écorce, et s’introduisent à l’intérieur même des cellules. Ces filaments qui constituent la partie végétative des champignons, ce que les botanistes appellent le mycélium, se nourrissent aux dépens du protoplasma contenu dans la cellule ; le mycélium s’y développe quelquefois d’une manière luxuriante et remplit la cellule, il y mûrit aussi ses corps reproducteurs en se segmentant en une multitude de petits corps sphériques très petits et de couleur brune. Sous l’action de ce parasite, les fonctions d’échange nutritif et d’assimilation s’effectuent au profit du champignon, les phénomènes de décomposition chimique, qu’il occasionne dans le contenu et dans la paroi des cellules, amènent la mortification du tissu qui gagne de proche en proche et se trahit par une formation très abondante de matière brune. Après s’être nourri des produits vivants, le champignon continue à végéter aux dépens des produits morts et décomposés. La matière brune qui remplit alors les cellules et qui a été signalée par M. Gibelli, est un grand obstacle à l’étude du parasite;
- pour le voir et l'étudier au microscope, il faut rendre aux tissus leur transparence; on y parvient en les faisant bouillir dans une solution de potasse caustique.
- M. de Seynes pense que le champignon qu’il a décrit et observé dans les échantillons provenant de châtaigners des Cevennes ou des Pyrénées, n’est qu’une forme végétative et reproductrice appartenant sans doute au groupe des Sphériacés. M. Gibelli a signalé dans ses derniers travaux un concep'acle ou périthèce, qui pourrait bien en être un mode de reproduction plus élevé; la découverte de ces organes sur les racines a ramené M. Gibelli à l’opinion que le parasitisme de nature fongique jouait un rôle plus important qu’il ne l’avait pensé d’abord. D'autres champignons ont été accusés de produire la maladie actuelle du châtaignier : M. Planchon l’avait attribuée à un Agaric dont le mycélium produit chez beaucoup d’arbres une sorte de carie du bois, étudiée en Allemagne par M. HIar-tig ; mais les caractères des mycélium rencontrés sur les racines ou à l’intérieur des tissus du châtaigner sont différents de ceux que présente le même organe chez l’Agaric en question; d’ailleurs, soit en France, soit en Italie, on n’a jamais rencontré cet Agaric (Agaricus melleus) au pied des châtaigniers, sains, malades ou morts.
- Dans les conditions de vie intracellulaire du parasite observé par M. de Seynes et nommé par lui Torula exi-tiosa il paraît douteux que l’on puisse employer d’autre remède que l’élagage des racines atteintes et la destruction par le feu de ces racines, comme de toutes celles qui proviendraient de l’arrachage d’arbres morts ou malades. Cet arrachage fait d’une manière méthodique et accompagné de la destruction par le feu de tous les débris et d’un véritable écobuage du sol remué à une très grande profondeur pourrait circonscrire le mal et permettrait de nouvelles plantations.
- M. Gibelli a signalé l’apparition de la même maladie sur les Noyers en Italie. La propagation en sera sans doute plus lente, car les Noyers ne sont pas généralement groupés en grandes masses comme les Châtaigniers; ils sont le plus souvent en allées, en bordures de champs ou isolés. La maladie est donc beaucoup moins menaçante pour cet arbre utile.
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- NOUVELLES EXPLORATIONS
- DES RUINES DE PALENQUE (MEXIQUE).
- Lorsque venant de San Cristobal de Las Casas, la modeste capitale de l’Etat de Chiapa, nous arrivâmes, au mois de juillet 1877, aux célèbres ruines du petit village appelé El Palenque, avec l’intention d’y prendre des vues photographiques, nous n’espérions guère trouver encore quelque chose de nouveau dans un lieu si bien exploré par les Stephens, les Waldeck, les Dupaix. Néanmoins, sans nous laisser décourager, nous nous mîmes hardiment à entreprendre une exploration minutieuse, en laissant nos bagages dans une des spacieuses salles du Palais des rois, où nous nous étions provisoirement installés.
- Accompagné de quelques Indiens Maya etTzendal, nous parcourûmes le pays pendant vingt jours dans toutes les directions imaginables; nous avons visité,
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- sur les pentes d’une chaîne de m ntagne de peu l'élévation, cachés sous un manteau toujours vert d’une abondante végétation, les curieux témoins d’une civilisation perdue. L’irrégularité du terrain et les obstacles que nous opposait l’exubérante végétation qui le couvre, étaient telles, que rarement nous pouvions marcher debout, malgré l’usage incessant que faisaient nos Indiens de leur « macheté (espèce de serpe), pour nous ouvrir un chemin à travers les broussailles et les lianes. Nous servant des mains presque autant que des pieds, nous grimpions, nous nous laissions glisser, nous rampions même sous les broussailles.
- Avançant ainsi peu à peu, en examinant soigneusement tout ce que nous trouvions de remarquable, nous traversâmes nombre de petits ruisseaux d’eau limpide, où s’arrêtèrent nos Indiens pour ramasser avidement les Melania levissima (shoti des Maya), cette coquille fluviatile si appréciée chez eux comme friandise; nous escaladâmes des murailles de rocher calcaire, presque inaccessibles où nous faisions provision de cœurs de palmiers, nommés Chapay par les Indiens, et qui doucement rôtis au feu, sont le manger le plus délicat que fournit une forêt tropicale. Journellement nous tuâmes des « Crax » à plumage noir (Coshotitli des Astèques), ou des « Pe-
- .................................................... 2189_________________________________________________________
- Fig. 1. —Sculpture avec une ligure eu forme de croix découverte par JI. Maler, près de Palenque (Mexique).
- Z‘a Mi
- nelope purpurascens » (Chachalaca, c’est-à-dire fort cri eu r).
- Parfois aussi nous restions saisis d’effroi devant d’énormes serpents enroulés, les terribles « Na-huyaca », qui nous faisaient rétrograder sans bruit pour ne pas les éveiller.
- En prenant le Palais des rois pour point de départ, nous avons multiplié nos excursions dans tous les sens, ne nous arrêtant qu’à la dernière limite des vestiges de ruines. Nous avons rencontré sur nos pas, d’innombrables monceaux de pierre, dernière forme des monuments humains les plus solides. Nous avons trouvé des centaines de maisons, partiellement debout, partiellement écroulées, des petits ponts, des aqueducs où, de nos jours encore, l’eau coule si fraîche et si pure que nous ne pouvions la regarder sans en boire. Bravant les jaguars ou les pumas, maintes fois nous sommes descendus
- dans de vastes galeries, jadis les étages inférieurs de somptueux édifices, aujourd’hui de sombres souterrains. Enfin, nous sommes montés sur des pyramides énormes, couronnées encore de leurs adora-toires aériens.
- Le nombre exact des temples et des palais encore debout sur leur base pyramidale plus ou moins grande est (en comptant le grand Palais des rois, avec sa tour comme un seul édifice), de douze exactement.
- Il nous est impossible d’offrir aux lecteurs de la Nature les résultats complets de notre exploration, et de leur présenter la série complète des photo • graphies que, malgré la faible lumière qui règne dans ces forêts, nous avons parfaitement réussies. Nous nous bornerons à affirmer que le résultat de nos recherches relatives à la grande étendue de la ville ruinée, surtout en direction de l’est à l’ouest,
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- est parfaitement conforme à ce que nous racontent les plus anciens explorateurs comme Laideron, Bernasconi et Dupaix. Nous sommes seulement en désaccord avec les récits des voyageurs modernes qui ayant uniquement visité les édifices situés tout près du Palais royal, sans avoir pénétré plus loin dans la forêt inextricable, ont mis en doute l'abondance des ruines.
- Une seule de nos découvertes, — mais en même temps la plus intéressante,— fera l’objet plus spécial de cet article. Nous voulons parler d’un temple jusqu’ici complètement ignoré, qui cache dans son sanctuaire une sculpture mystérieuse avec une fi
- gure de croix, bien propre à donner beaucoup à penser aux archéologues américains (fig. 1 et 2).
- Pour donner une idée de l’incroyable épaisseur des forêts vierges dans ces lieux déserts, nous ferons remarquer que le temple nouveau ne se trouve pas à grande distance du centre des ruines, mais, bien au contraire, tout près du temple de la Croix (connu depuis longtemps), et du temple du Trophée, formé par deux lances avec un bouclier au milieu (appelé aussi Soleil, à cause de la forme ronde du bouclier, que d’autres voyageurs ont pris pour l’image du soleil).
- Ces trois temples sont situés à faible distance du
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- 1
- Fig. 2. — Temple antique récemment découvert près de Palenque (Mexique) par M. Maler (d’après une photographie).
- Palais royal, vers le sud-est, c’est-à-dire en direction du Cerro alto del Palenque, avec leurs façades tournées vers une petite place triangulaire, dans laquelle ils occupent les trois angles. Ils sont bâtis sur un plan presque identique, qu’on peut appeler le plan typique des temples du Palenque. Chacun d’eux s’élève sur une pyramide qui, pour les deux temples depuis longtemps connus, est dégagée de tous les côtés, tandis que pour le dernier, elle reste adossée à la pente du Cerro alto. La distance d’un temple à l’autre, du reste difficile à apprécier, ne nous paraît pas excéder cent cinquante mètres et celle d’un commencement de pyramide à l’autre, pas même une cinquantaine de mètres.
- La végétation d’une exubérance inouïe, jointe à la circonstance que le soubassement pyramidal de
- V adoratoire forme partie de la montagne même, explique comment ce monument a pu échapper à nos illustres prédécesseurs.
- Sur la plate-forme de la pyramide, d’une hauteur peut-être de quarante mètres, s’élève le temple, qui, de sa base jusqu'à la crête du toit de pierre, n’excède pas la hauteur de huit mètres. Il est bâti entièrement de moellons calcaires, revêtus de crépissure. La façade, ou partie extérieure du vestibule, jadis formée comme chez les deux temples voisins, par quatre piliers qui soutenaient la toiture de pierre, a malheureusement déjà cédé au travail funeste de la végétation, ce qui est très à regretter, parce que ces piliers étaient généralement ornés de superbes figures en stuc, richement peintes.
- Le fond du sanctuaire, dans la pièce centrale, est
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- orné de sculptures, les plus curieuses de Palenque; elles sont exécutées sur trois dalles de pierre calcaire, mesurant un mètre quatre-vingt-un centimètres de hauteur et deux mètres quatre-vingt-neuf centimètres de largeur totale. Les deux piliers qui soutiennent la voûte du sanctuaire étaient auparavant comme dans les autres temples, décorés de figures sculptées sur de grandes dalles de pierre calcaire, qui malheureusement ont disparu. Quelques morceaux de ces figures, représentant des personnages richement vêtus, gisaient encore sur le seuil, mais il nous fut impossible de reformer l'ensemble des deux dalles.
- En revanche, la sculpture au fond du sanctuaire est encore parfaitement conservée et assez visible, malgré son faible relief. Dans un seul endroit, on remarque les traces d’une main sacrilège qui, à l’aide d’un levier, a vainement cherché à arracher du mur ces dalles précieuses. Sur une espèce de socle, s’élève une croix, d’un dessin encore plus frappant que celui du temple voisin, si universellement connu (fig. 1). Cette croix est montée — circonstance singulière! — d’une tête étrange, portant au cou un collier avec un médaillon, parure générale chez tous les grands personnages du Palenque. Devons-nous voir dans cette tête bizarre,ornée à ce qu’il semble de deux cornes, un souvenir vague du bison de l’Amérique du Nord, où devons-nous y trouver les dernières traces d’un christianisme presque effacé, qui, dans des temps reculés, aurait trouvé son chemin jusqu’aux races lointaines de l’Atlantis. Voilà des questions bien difficiles à résoudre.
- Au-dessus de la croix est assis un oiseau à tête hiéroglyphique. A droite, un homme est placé sur un feuillage gracieux. Ce personnage n’est pas vêtu à la manière des grands seigneurs du Palenque, il représente sans doute un homme du peuple, comme la femme placée en regard. Celle-ci tient à la main une offrande.
- Dans la main gauche de l’homme, on aperçoit un petit objet difficile à expliquer, ayant quelque ressemblance avec le symbole de la vie, autrement dit la Croix ansée, que tant de statues égyptiennes tiennent de la même façon.
- L’homme et la femme ont la bouche ouverte, en signe qu’ils parlent aux dienx. Quatre rangées de katun (ou signes d’écriture maya), à droite et à gauche du groupe, contiennent sans doute la légende sur le culte auquel était destiné le temple, et sur l’époque de sa fondation.
- Nous devons renoncer à les déchiffrer et avouer franchement que, tant que nous n’aurons pas à notre disposition autre chose que la clef due au fanatique évêque de Yucatan, Fray Diego de Landa, dans sa « Relacion de las Cosas de Yucatan »,nous ne pourrons jamais entreprendre une telle tâche. Cet homme funeste, qui a pris une si triste part à la destruction des manuscrits maya, n’a laissé à la postérité, en échange de ces pertes irréparables, qu’un griffonnage aussi absurde qu’inutile. F. MALER.
- BAROMÈTRE DYNAMIQUE
- La place que l’on réserve au vent dans les tableaux météorologiques est selon nous beaucoup trop modeste en comparaison du rôle important qu'il joue. Cela tient, comme il me semble, à ce que l’on n’a point jusqu’à présent d’appareil commode pour indiquer, d’une manière évidente à tous, les variations de vitesse et de pression du vent, et que la méthode employée jusqu’à ce jour pour enregistrer ces mesures, ne se prête point à une exposition graphique, .l’ai imaginé l’appareil suivant dont je vais donner la description. Le corps de la girouette (fig. 1 ) est formé par un cylindre creux
- D
- G
- u=
- G
- G
- A en fer-blanc ou en laiton, dans lequel entre du côté du vent un tube conique B, dont l’orifice extérieur est protégé contre la pluie par un écran D. Du côté opposé au cône est fixé dans le cylindre un tube cylindrique C. L’axe E de la girouette est creux et en libre communication avec l’intérieur du cylindre A, ainsi que par son extrémité inférieure avec un baromètre placé à portée de l’observateur. Les lettres F indiquent les ailes de la girouette et les lettres G des presse-étoupes élastiques servant à fermer hermétiquement le réservoir A, tout en laissant à la girouette pleine liberté de fonctionner.
- Il est clair que le vent en entrant dans le cône B et passant de là dans le tube cylindrique C produit une aspiration de l’air contenu dans le réservoir A, et cette aspiration produit une dépression qui se manifeste de suite par un abaissement du niveau du baromètre. Cette dépression se trouve dans un rapport bien déterminé avec la vitesse du vent, de sorte qu’en comparant les indications de ce baromètre, — auquel je propose de donner le nom de baromètre dynamique, puis qu’il indique la pression de l’air en mouvement, tandis que les baromètres ordinaires nous indiquent la pression de l’air en repos, ce sont par conséquent des baromètres statiques, — donc en comparant les indications du baromètre statique à ceux du baromètre dynamique, nous déduisons de la différence de hau-
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- teur de ces deux baromètres la vitesse du courant, | absolument comme pour chaque corps liquide, d’après la formule :
- W2 __ P1p, 29 7
- La différence des hauteurs barométriques Pa — Pa doit être exprimée en kilogrammes par mètre carré, ce qui ne présente point de difficultés, puisqu’à chaque millimètre de mercure correspond une pression de 15,6 kilogrammes. La pesanteur moyenne de l’air (le poids d’un mètre cube) doit être déduite pour chaque cas particulier de la pression barométrique de l’air ainsi que de sa température, mais pour des calculs approximatifs, qui ne viseraient qu’à satisfaire la curiosité, on pourrait se contenter d’une valeur moyenne généralement adoptée, égale à 1,29 kilogramme, de sorte que chaque personne quelque peu instruite pourrait, en prenant la différence des baromètres, se procurer une idée plus ou moins exacte de la force vive du vent et par conséquent aussi de sa vitesse. Il y a à remarquer cependant, que puisque l'appa-reil ne présente point de sensibilité parfaite, puisque une plus ou moins grande partie de la force vive du vent se perd dans le frottement et les résistances de tout genre, la véritable vitesse se déduit de la formule :
- WE(-.) Pi—Pa 29 7 7
- où le coefficient Ç indique la quantité qu’il faut ajouter à la différence des hauteurs barométriques observées, pour compenser la perte de force vive. Ce coefficient doit être déterminé spécialement pour chaque appareil, après son installation au moyen d’expériences préalables.
- En connaissant la vitesse du vent on pourrait en calculer aussi la pression, mais je suppose qu’il serait plus commode d’avoir des indications spéciales sur la pression et d’installer pour cette raison un autre appareil (fig. 2) qui n’est qu’une modification du premier. Il consiste au lieu du cylindre A en une sphère creuse A, dans laquelle s’enfonce du côté du vent le tube conique B. Le tube cylindrique C, servant d’issue à l’air, est supprimé, de sorte que le vent en s’engouffrant dans la sphère y produit une plus ou moins grande pression, selon sa vitesse, et cette pression se transmet par l’intermédiaire du support creux E à un manomètre placé dans le cabinet de l’observateur. Si le manomètre consiste par exemple en un syphon ouvert, et si la différence de niveau dans les deux branches du syphon est de 100 millimètres d’eau, cela veut dire que la pression du vent est 'de 100 kilogrammes par mètre carré au-dessus de la pression atmosphérique, puisque c’est la hauteur d’eau nécessaire pour équilibrer cette pression.
- Toutefois ces indications peuvent être enregistrées de la même manière que les indications barométriques et pour avoir une idée exacte du temps,
- les bulletins météorologiques d’une localité auraient à publier au lieu d’une courbe barométrique, trois courbes, dont l’une, la supérieure, indiquerait les pressions du vent, la courbe du milieu cor-responderait au baromètre statique, et la courbe
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- ‘ 2 \ es.
- inférieure au baromètre dynamique ; en cas de calme, ces trois courbes se confonderaient. En indiquant encore dans la courbe inférieure, par des flèches disposées à intervalles de temps égaux, la direction du vent, nous aurions un tableau graphique bien complet de l’état atmosphérique de la localité1.
- A. WINKLER.
- Odessa, 23 septembre 1879.
- LE NOUVEL APPAREIL
- A FABRIQUER LA GLACE,
- DE M. FRANZ WINDHIAUSEN, A BERLIN.
- Nous avons signalé à nos lecteurs la plupart des machines à glace qui sont basées sur l’abaissement de température produit au moyen de l’évaporation des liquides volatils, tels que l’ammoniaque liquide (procédé Carré), l’éther méthylique2 (procédé Tel-lier), l’acide sulfureux3 (procédé R. Pictet), le chlorure de méthyle4 (procédé C. Vincent). On peut encore produire le froid par la dilatation de Pair comprimé; l’expérience fort ancienne du briquet à air est la démonstration de ce simple principe de
- 1 On pourrait y ajouter d’autres signes encore, par exemple : des rayures au-dessus de la courbe barométrique pour indiquer un ciel nuageux ; des rayures au-dessous de la ligne pour indiquer la pluie, la hauteur de la surface rayée servirait de mesure à la quantité de pluie ; des zigzags indiqueraient l’orage, etc., etc.
- 2 Voy. 2e année 1874, 2e semestre, p. 167 (n° 63 de la Nature).
- 3 Voy. 5e année 1877, 1er semestre, p. 209 (n°196.)
- 4 Voy. n° 330 du 27 septembre 1879, p. 261.
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- la physique, que M. Franz Windhausen a le premier mis en pratique en Allemagne dès 1869; un grand appareil de ce genre a été exploité un peu plus tard à la Nouvelle-Orléans, mais sans aucun succès, par une société fondée sous le titre de : Windhausen Ice making and Refrigerating Association. La machine Windhausen à air comprimé, tombée dans le domaine public, a souvent été reprise, mais il est démontré aujourd’hui que ce mode d’appareil, qui consomme beaucoup trop de force, est tout à fait inférieur aux systèmes basés sur l’évaporation des liquides volatils. On peut enfin utiliser un troisième procédé pour produire le froid. Ce procédé consiste à produire l’évaporation
- de l’eau dans le vide au moyen d’une pompe à air. M. Edmond Carré a depuis longtemps confectionné une petit appareil de ce genre au moyen duquel on arrive à l’aide d’une machine pneumatique à frapper l’eau d’une carafe dans le vide. La vapeur d’eau entraînée, est au fur et à mesure de sa formation, absorbée par del’acidesulfurique concentré.
- M. Franz Windhausen, abandonnant son premier système, a utilisé le même principe pour construire une véritable usine à glace. Legrand appareil qu’il a imaginé et qui est en action à Berlin a une marche continue et fonctionne avec de l’acide sulfurique ayant toujours le même degré de concentration, cet acide étant continuellement régénéré.
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- Fig. 1 et 2. Grand appareil pour la fabrication de la glace de M.
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- Les gravures ci-contre représentent le détail de la machine Windhausen (fig. 1 et 2) et l’ensemble de l’installation de sa fabrique (tig. 3).
- La figure i représente en A, Ap des armoires réfrigérantes contenant des bâches remplies d’eau à congéler. — Ces armoires sont en communication parles tuyaux E, F, avec la pompe à air entretenant le vide dans ces armoires ainsi que dans le cylindre d’absorption B; lorsque la glace est forméé dans nne armoire A., on ferme le clapet e, la communication de cette armoire avec le reste de la machine est ainsi interrompue et on peut l’ouvrir pour retirer la glace, tandis que la machine continue à produire de la glace dans les autres armoires A. — Pour mettre, la vapeur d'eau en contact intime avec l’acide sulfurique contenu dans le cylindre
- absorbeur B, l’inventeur a placé dans ce dernier un arrosoir centrifuge tournant à grande vitesse et un ventilateur aspirant la vapeur d’eau dans la direction des flèches 2, 2. Pour empêcher l’air de passer entre la tige f, f et son stuffenbox, ce dernier est entouré d’eau, tandis que l’eau qui pourrait passer entre cette tige et son stuffenbox est conduite par le tuyau g dans le vase h communiquant par le tuyau i avec la pompe à air.
- Un serpentin k recevant directement l’eau d’un réservoir, est destiné à refroidir l’acide sulfurique qui s’échauffe en absorbant la vapeur d’eau venant des appareils réfrigérants ; l’eau en sortant de la partie inférieure du serpentin, remonte entre le cylindre absorbeur B et un manchon qui l’enveloppe, après avoir ainsi refroidi le cylindre B, cette
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- eau ressort par n, traverse le cylindre II et ressort en n' à l’air libre. L’acide sulfurique ainsi refroidi et en partie étendu d’eau est enlevé de l’appareil absorbeur par une pompe placée en P qui le refoule dans le cylindre G ou après avoir refroidi l’acide sulfurique concentré, venant en sens inverse, il s’écoule par l' dans l’appareil de concentration C. Celui-ci est muni d’un serpentin dans lequel circule de la vapeur à haute pression qui se condense, et par sa cnaleur latente donne la chaleur nécessaire pour la concentration de l’acide sulfurique. La vapeur d’eau provenant de l’évaporation de l'acide sulfurique arrive dans un condensateur J à injecteur d’eau, l’eau froide venant par r' et ressortant par r. Le condensateur .1 est ainsi en communication avec la pompe à air qui doit y faire un vide partiel ainsi que dans l’appareil de concentration C pour diminuer la température d’ébullition de l’acide sulfurique. On peut pourtant aussi au moyen d’un clapet t, servant de soupape de sûreté,
- faire passer les vapeurs, provenant de la concentration, à l'air libre.
- L’acide sulfurique ainsi régénéré et concentré, est aspiré dans l’appareil absorbeur B où se trouve un vide complet. Avant d’arriver en B cet acide traverse le tuyau en plomb m qui est tourné en forme de serpentin dans les cylindres G et H et aboutit en m1 dans le cylindre R. Cet acide concentré est refroidi dans cette marche par l’acide étendu et froid venant de B et refoulé dans le cylindre G, où il Iècne ic serpentin qui y est plaré, tandis que le serpentin placé en II est arrosé par l’eau qui, après avoir refroidi le cylindre B, en ressort par n. De cette manière, une circulation continue de l’acide est établie et l’appareil absorbeur B contient presque toujours de l’acide sulfurique froid et à un état voisin de la concentration.
- Celte machine d’après l'inventeur a les grands avantages suivants : 1° la glace est produite directement sans solutions salines; 2° la main-d’œuvre
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- Fig. 5. Installation générale de la fabrique de M. Windhausen à Berlin.
- est minime; 5° on évite l’emploi des liquides volatils.
- Ces avantages, d’après M. Windhausen, sont encore plus grands si l’on envisage la disposition d’une fabrique telle quelle est représentée dans la figure 2 et en activité à Berlin.
- Les armoires réfrigérentes, sont remplacées par des couples de cylindres A, A’ (dans le croquis ci-inclus, 6 paires). Ces cylindres sont fermés en bas par un couvercle hermétique à charnières. Chaque cylindre est en communication par un tuyau f avec une bâche contenant exactement la quantité d’eau nécessaire pour former un bloc de glace remplissant à peu près tout le cylindre. Cette eau est aspirée au fur et à mesure du besoin dans le cylindre réfrigérant de telle sorte que la glace se forme par petite couche, un robinet règle cette aspiration par le tuyau f. Lorsque toute l’eau de la bache est aspirée on sait que le bloc de glace est formé, on laisse encore le cylindre en question pendant quelque temps en activité pour durcir le bloc; lorsque les deux bâches deau d’une paire de cylindres A A', sont vides, on ferme le clapet y.
- l’interruption de la paire de cylindres en question avec le reste de la machine est ainsi effectuée, on ouvre alors les couvercles à charnières de ces deux cylindres et les blocs de glace tombent comme on le voit en q : ces blocs se brisent en tombant, et on charge la glace sur les voitures tenues prêles, ou on la laisse tomber par des plans inclinés dans les caves où elle doit être conservée. Ici le cylindre absorbeur B est placé horizontalement, un arbre à palette remplace l’arrosoir de la ligure précédente, le reste du dispositif est le même : C l'appareil de concentration, D la pompe à air, E la locomobile. Les blocs de glace ainsi formés ont environ 0'“,50 de diamètre et 2 mètres de hauteur.
- La dépense de charbon pour produire 100 kilog. de glace est de 6 kilog. Ce peu de consommation de charbon s’explique si l’on considère que pour produire 100 kilogrammes de glace, l’acide sulfurique doit absorber environ 16 kilogrammes de vapeur d’eau et que la principale dépense de charbon est pour retirer ces 16 kilogrammes d’eau de l’acide sulfurique en la concentrant D’après la théorie, il faut pour cela 3 kilogrammes de charbon, mais
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- LA NATURE.
- en admettant le double, soit 6 kilogrammes, en se servant des vapeurs d’échappement de la machine à vapeur pour produire cette concentration de l’acide sulfurique. On peut dire que ces vapeurs d’échappement suffiront complètement pour ce but, car la machine à vapeur n’a qu’à conduire la pompe à air et fournir l’eau pour la glace et la machine. Or si l’acide sulfurique absorbe toute la vapeur d’eau venant des cylindres A A (cylindres réfrigérants), la pompe à air n’a qu’à entretenir le vide dans ces cylindres et en retirer l’air ; elle emploie donc très peu de force. La vapeur nécessaire pour concentrer l’acide sulfurique suffira aussi pour conduire la machine à vapeur.
- La nouvelle machine Windhausen, d’après de récentes expériences, consommerait 60 kilogrammes de charbon par 1000 kilogrammes de glace produite. Les machines à air comprimé nécessitent 560 kilogrammes de charbon pour la même quantité de glace produite. Les 60 kilogrammes de charbon employés pour 1000 kilogrammes de glace dans la machine Windhausen ne coûteraient, d’après l’inventeur, que 1,66 franc soit 1/6 de centime par kilogramme de glace produite. En ajoutant la main-d’œuvre, les frais généraux, etc.,on arriverait à un prix, de revient définitif de 1/2 centime1.
- Ces résultats semblent être très importants au point de vue économique. Toutefois nous devons faire observer que le nouvel appareil nous paraît d’autre part offrir un inconvénient, qui consiste dans la nécessité de faire fonctionner des caisses ou armoires tenant le vide. On sait combien il est difficile de construire et de faire marcher des appareils qui remplissent pratiquement cette condition d’une façon complète. Il y a peut-être là un obstacle contre le succès complet du nouvel appareil.
- Jusqu’à ce jour, l’avantage nous paraît, en définitive, appartenir pour la production de la glace, aux appareils basés sur l’évaporation des liquides volatils, surtout depuis que l’on sait préparer de semblables liquides n'offrant plus d’inconvénients. Les machines à air comprimé, cinq ou six fois plus volumineuses, exigent une force motrice bien plus considérable.
- Gaston TISSANDIER.
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- CHRONIQUE
- Le commerce des fauves, — On trouve dans un journal de Vienne quelques prix du commerce en gros de fauves vivants. Les lions et les tigres atteignent un prix moyen de 1600 marks (le mark vaut 1 fr. 25 c.); une panthère tachetée, 600 marks; un léopard, 4000 marks, tandis qu'une panthère noire monte au prix de
- 1 Nous devons les renseignements qui précèdent à l’obligeance de M. Louis Cohen, ingénieur civil, qui a assisté aux expériences de M. Windhausen»
- 5000 marks et un tigre tacheté, jusqu’à 6000 marks. Le jaguar va de 600 à 1000 marks, le chat-tigre d’Amérique, de 50 à 200 marks; la hyène, de 240 à 600 marks. Un ichneumon vaut en moyenne 500 marks; un loup, de 100 à 200 marks. Voici le prix des ours : l’ours laveur, 160 marks; l’ours blanc, 500 marks; l’ours brun, 200 marks; l’ours noir et de Syrie, 240 marks ; l’ours du Japon ou de l’llymalaya, 500 marks. Le prix d’un rhinocéros varie entre 8000 et 20 000 marks. On peut obtenir un éléphant d'Afrique à 1200 marks, tandis que celui de l’Inde coûte de 5000 à 6000 marks. La paire de kanguroos se paye entre 200 et 1200 marks ; le prix des singes est extrêmement varié : depuis de petits singes à 20 marks jusqu’au chimpanzé ou orang-outang, qui se paye jusqu’à 2000 marks.
- Les almanachs. — Les almanachs pour 1880 commencent à faire leur apparition; on en voit de tout format et de tous les prix, s’adressant à toutes les classes de lecteurs. A coté d’almanachs purement littéraires ou amu-sauts, il s’en trouve un très grand nombre oui contiennent des petits articles scientifiques, agricoles ou d’économie domestique et qui constituent ainsi des œuvres de vulgarisation. D’autant plus que certains ouvrages qui ne se vendraient qu’à quelques exemplaires sous forme d’un livre ordinaire, se vendent par dizaines de mille s’ils sont mis sous forme d’almanach. La vente des almanachs donne lieu à un mouvement d’affaires de librairie très important, et certaines maisons, la maison Plon et Cie, par exemple, en vendent des millions d’exemplaires.
- Il est à remarquer que les acheteurs aiment à retrouver chaque année, dans leur almanach habituel, le même aspect, et pour ainsi dire les mêmes imperfections. On cite à ce sujet un fait curieux : On sait que les almanachs liégeois de Mathieu Laensberg sont d'affreux petits livres de format incommode, imprimés sur de gros papier rugueux avec des caractères en tête de clous. Or, une année, les éditeurs de ces almanachs voulurent les améliorer, les imprimer sur papier ordinaire, avec des caractères neufs; à leur grand étonnement, la vente fut pour ainsi dire nulle: « Ce n’est plus notre almanach, » disaient les acheteurs habituels, et il fallut de suite faire une nouvelle édition sur papier à chandelle, imprimée avec les anciens caractères à tète de clous.
- Le chauffage des villes par la vapeur. — On a entrepris, dans plusieurs villes de l’Amérique, de chauffer les habitations, non plus avec des calorifères placés, comme chez nous, dans le sous-sol de chaque maison,— ceci est l’enfance de l’art,— mais avec un calorifère commun, distribuant la chaleur dans toutes les maisons d’un quartier, par des tuyaux où circule de la vapeur émanant d’une chaudière centrale. C’est à Buffalo, ville de l’État de New-York (comté de l’Erié), située à l’extrémité orientale du lac Erié, à cinq kilomètres sud des chutes du Niagara, que l’essai de ce nouveau mode de chauffage a été essayé pour la première fois pendant l’hiver de 1877-78. Plus de cinquante maisons particulières et une grande école publique située dans leur voisinage, ont été chauffées à la fois pendant tout l’hiver au moyen de la vapeur. La question se trouvant ainsi résolue dès la première expérience, l’installation provisoire a été augmentée de manière à devenir définitive pour une canalisation de trente kilomètres. La ville de Lockport, située à peu de distance de Buffalo (trente et un kilomètres), et appartenant aussi à l’Etat de New-York, mais à un autre comté, celui du Niagara, cou-
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- LA NATURE.
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- tigu au nord du comté de l’Erié, sur les bords du lac Ontario, a lait aussi, de son côté, pendant le même hiver de 1877-78, un essai analogue, qui a été également couronné de succès. Plusieurs autres grandes villes de l’Elat de New-York et des autres États ou territoires des régions les plus septentrionales et les plus froides des Etats-Unis, se sont empressées de suivre l’exemple si heureusement donné par Buffalo et Lockport. C’est ainsi qu’à Détroit, chef-lieu le plus important de l’Etat du Michigan, le chauffage à la vapeur a été organisé l'hiver dernier. C'est encore ainsi qu’à New-York même, une Compagnie, qui s’est constituée dans le but d’établir le chauffage à la vapeur dans toutes les grandes villes, a obtenu l'autorisation d’établir des conduites de chaleur à travers les rues de celte grande cité américaine.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 octobre 1879. — Présidence de M. DAUERÉE.
- Mission géodésique méditerranéenne. — Le succès des opérations, dont le but était de raccorder le réseau géo-désique européen au réseau africain, est, parait-il, complet. Une lettre de M. le commandant Perrier annonce comme un fait accompli la prolongation delà méridienne de France jusqu’au Sahara. On sait que c’est par l’Espagne que ce travail considérable a été réalisé, mais les difficultés ont été très nombreuses. Le soleil s’est montré complètement revêche à l’entreprise et celles-ci n’ont pu aboutir vers les foyers électriques qu’on avait eu soin d’installer dans les localités indiquées et qui ont été parfaitement visibles à travers d’immenses espaces embrumés. Ceux des opérateurs qui fonctionnaient sur la côte ont accompli une tâche des plus rudes ; d’abord ils ont dû installer les générateurs électriques, et, par conséquent, des machines à vapeur jusqu’à des altitudes de 5000 mètres; en outre, ils ont eu à souffrir d’un froid des plus vifs qui s’est abaissé jusqu’à — 7°. La neige les a même contraint d’abandonner le travail pendant un temps heureusement peu prolongé. Sans doute la relation complète de M. Perrier présentera un vif intérêt et nous l’attendons avec impatience.
- Nouvelle maladie de la vigne. — On peut bien dire que le besoin ne s’en faisait nullement sentir, mais on peut espérer qu’elle sera facilement guérie. C’est encore une importation d’Amérique et elle nous arrive avec son nom transatlantique de Milden. M. Planchon, qui l’a étudiée, propose de l’appeler faux oïdium américain. Elle est due, en effet, à un champignon dont l’apparence première est celle de l’oïdium, mais le savant botaniste re-connait que c’est un végétal plus voisin du Perispora infestons, célèbre comme auteur de la maladie des pommes de terre.
- Recherches sur l'électricité. — Il s’agit de la suite des belles recherches de M. Gaston Planté, dont nos lecteurs ont suivi les développements avec tant d’intérêt, que l'auteur a réuni dans un très remarquable volume. Cette suite paraît sous la forme d’un fascicule qui commence le tome second de l’ouvrage et qui, riche déjà de 40 pages, traite avec des détails très minutieux des effets de la machine rhéostatique (effets de tension et effets de quantité). Le style clair et précis est rendu plus lumineux encore par plusieurs gravures où l'on voit tantôt les appareils em-ployés, tantôt les résultats auxquels ils donnent lieu.
- Essai des huiles. — Il est reconnu que les huiles ont des qualités industrielles et alimentaires d’autant plus précieuses qu'elles sont moins rapidement oxydables. Partant de ce fait, MM. Dufort et Rouart ont imaginé d’essayer ces corps gras de la manière suivante. Une goutte d’huile additionnée d’un peu d’acide est étalée sur une lame de cuivre bien décapée et on mesure le temps qui s’écoule avant la formation des sels gras à base de cuivre que leur couleur bleue rend très apparents. Il parait qu’on peut de cette façon très simple, doser jusqu’à un certain point les huiles falsificatrices et oxydables ajoutées à l’huile d’olive.
- Minéraux de platine. — Dans un travail dont nous n’entendons la lecture que très imparfaitement, M. Debray a réalisé, en collaboration avec M. Deville, la synthèse d’un grand nombre de minéraux qui accompagnent le platine dans la nature. Ils ont en outre préparé un sulfate de platine qu’on n’avait jamais vu et qui est tout à fait insoluble dans l’eau régale, réactif qui dissout le platine, comme on sait.
- Météorite. — M. Daubrée met sous les yeux de l’Académie une météorite tombée le 31 janvier dernier à la Bécasse, près de Dun-le-Poëlier (Indre). Cette pierre, appartenant au type lucéite, parait n’offrir aucune particu larité nouvelle.
- Géologie parisienne.— A la sortie du hameau dePierre-filte, à trois kilomètres à l’ouest de la côte Saint-Martin, d’Etampes, j’ai rencontré, dans l’escarpement du nouveau chemin, la succession de couches que voici. Sous la terre végétale, épaisse de quarante centimètres environ, se rencontre une assise de marne de un mètre, dans laquelle sont englobées des plaquettes d’un calcaire jaunâtre très compact, riche en Potamides Lamarckii. Au-dessous, se présentent trois mètres de galets siliceux, tout pareils à ceux de la butte de Saclas ou de la partie inférieure de la côte Saint-Martin. Enfin arrive une couche d’épaisseur inconnue d'un sable quartzeux littéralement pétri de coquilles marines. Bien que la plupart de ces coquilles soient brisées, on arrive cependant à recueillir des échantillons dont la conservation est suffisante pour leur détermination. Des recherches qui sont évidemment loin d’être complètes, m’ont amené à y reconnaître, avec des côtes d'Halitherium, des dents de squales, de valves, de Balanus et des polypes, quarante-sept espèces de mollusques. La liste de ces débris fossiles offre un mélange d’espèces très remarquables. Le Cardita Bazini, si caractéristique de la faune d’Ormoy s’y trouve aussi abondante que le Melania semidecussala et le Pectunculus obovatus propres jusqu’ici à l’horizon de Morigny. Peut-être, et malgré l’état roulé des fossiles de Pierrefitte, cette circonstance fournira-t-elle de nouveaux arguments à la discussion dont ont été l'objet les divers niveaux fossiles des sables supérieurs. Quoiqu’il en soit, j’appelle l’attention sur quelques espèces nouvelles pour la science, dont le gisement de Pierrefitte m’a fourni des échantillons, ce sont : Sphenia stampi-nensis, Corlulomya Moreleti, Cytheræa variabilis, Cythe-ræa dubia, Cardium stampinense, Deplodonta Bezan-çoni, Turbo Ramesi et Cerithium undulosum. Je dois, à l’occasion de ce travail, adresser mes plus sincères remerciements à M. le docteur Besançon et à M. le commandant Morelet, qui ont bien voulu m’accorder le concours de leur science profonde des coquilles fossiles.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- 1 - D’UNE
- PROJETÉE SUR LA BRUME.
- La gravure que nous publions de ce curieux phénomène a été faite d’après un croquis envoyé à Londres par des touristes anglais qui ont exécuté récemment l’ascension du pic d’Adam à l’île de Ceylan.
- Après être partis la nuit, ils arrivèrent à la pointe du jour au sommet de la montagne où ils furent reçus par un vieux prêtre boudhiste qui vit là isolé
- du monde dans une habitation fort ancienne construite au centre d’un plateau assez étroit entouré d’une véritable terrasse.
- « Nous aperçûmes, disent les voyageurs’, l’ombre du pic qui s'étalait sur la brume en un cône immense. Il y avait justement une vaste nappe de vapeurs au-dessus de l’horizon et l’ombre s’y trouvait projetée, de sorte qu’il semblait qu’il y avait une autre montagne, de la même forme que celle au sommet de laquelle nous nous trouvions, et se tenant sur le ciel à une distance de 60 kilomètres environ. Nous remarquâmes bientôt que du sommet de l’ombre on voyait surgir des rayons changeant con-
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- Phénomène d’optique observé à l’ile de Cevlan, en janvier 1879. — L'ombre du pic d’Adam projetée sur la brume.
- stamment détonné; tantôt ils formaient une colonne compacte, comme de la fumée lumineuse sortant d'un volcan, tantôt ils s’élançaient en jets isolés tels qu’on voit des rayons de soleil sortant d’un nuage (voyez la gravure).
- Mais ce qu’il y avait de plus particulier, c’est que ces rayons semblaient avoir la faculté d’attirer la moindre petite brume ou nuage qui flottait dans le ciel à côté d’eux; alors la masse nuageuse cessait de progresser; elle, demeurait stationnaire sur le cône de l’ombre, agrandie et transformée dans les plus brillantes couleurs du prisme. Jamais nous n’avons assisté à un phénomène naturel plus splendide, et nous nous sommes bien largement trouvés récompensés des fatigues de l'ascension. Nous examinâmes le phénomène pendant longtemps (l’un de
- nous en lit un croquis) et pendant que le soleil montait vers le zénith, et que l’ombre était couchée sur la terre juste au-dessous de la montagne, nous vîmes bien distinctement de chaque côté de la trace bleue de l’ombre, une auréole aux sept couleurs de l’arc-en-ciel. »
- Ce phénomène intéressant rentre dans la classe de ceux qui sont connus sous le nom de spectre d'Ulloa, auréoles aérostatiques dont nous avons souvent parlé dans la Nature2.
- 1 Th Graphie de Londres.
- 2 Voyez tables des matières des années précédentes.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N» 333. — 18 OCTOBRE 1879.
- LA NATURE.
- S t0
- LE GORILLE ET LE CHIMPANZE |
- DU PALAIS DE CRISTAL A LONDRES1.
- Que l’on soit partisan ou non de la théorie de la descendance des êtres, tout ce qui touche à l’histoire naturelle des singes anthropomorphes a le privilège d’exciter au plus haut point l’intérêt. Nous en avons trouvé un nouveau témoignage dans l’empressement avec lequel —----------“ le public parisien est allé visiter les orangs-oulangs dont le Jardin d'acclimatation a récemment fait l'acquisition et que la mort a bientôt frappés2. On faisait queue pour pénétrer dans l’habitation des orangs, et le dimanche la foule était si considérable que des sergents de ville faisaient entrer peu à peu les curieux, dix par dix, comme s’il s’était agi de vi-siter quelque personnage. A Londres, comme partout ailleurs, la curiosité n’est pas moins grande à cet égard ; il y a quelques semaines, un jeune gorille et un jeune chimpanzé ont exercé une « great attraction » dans le jardin du Palais de Cristal. Le
- Le Gorille et le Chimpanzé du Palais de Cristal, à Londres. (D’après une photographie de MM. Zambra et Negretti.)
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- rude climat de Londres n'a pas tardé à avoir raison de ces malheureux singes qui ont succombé comme
- la plupart de leurs prédécesseurs à la phthisie pulmonaire. Toutefois, avant leur mort, deux habiles physiciens anglais, MM. Negretti et Zambra, sont par
- 1 Voy. Orangs-outangs, n° du 27 juin 1874, p. 49. Le gorille, n° du 4 mars 1876, p. 289. Les singes anthropomorphes, nos des 11, 18 août, 8 et 22 septembre 1877, p. 85,123, 170, 242 et 257 (2e semestre 1877).
- 2 Voy. ne 234 du 16 août 1879: p. 178.
- venus à prendre leurs portraits fidèles à l’aide de la photographie instantanée. Nous publions ci-contre une reproduction de l’épreuve obtenue par le cliché fort bien réussi. Nous y ajouterons quelques renseignements sur l’histoire de ces deux infortunés animaux. Tous deux ont été pris sur la côte occidentale de l’Afrique Le chimpanzé est un mâle et le gorille une femelle. On suppose que le premier était âgé de deux ans et demi et le second d’un an et demi environ. Quand le gorille était debout il avait à peu près O111,65 de hauteur; en se développant, il est probable qu’il eut atteint la taille de cinq pieds. Les deux singes ont été rapportés par un naturaliste deLiverpool, M. William Cross, qui les a vendus pour la somme fabuleuse de 50000 francs à M. Garcia de Manchester. Avec des prix aussi rémunérateurs, il est étonnant que tous les indigènes du Gabon ne se livrent pas exclusivement à la chasse du gorille. Le correspondant anglais, auquel nous empruntons ces documents, termine cette histoire succinte par quelques paroles de commiséra -tion : « Nous éprouvons, dit-il, un sympathique intérêt pour ces
- pauvres créatures, incapables de supporter le froid et l’absence du soleil. Nos enfants vont
- voir les gambades des singes dans les jardins zoologiques, et ils se figurent que d’une année à l’autre ce sont toujours les mêmes bêtes qui prennent
- leurs ébats sous leurs yeux; ils se trompent. Des arrivages sans cesse renouvelés sont nécessaires pour combler les vides que la phthisie ne cesse de faire dans les rangs de ces pauvres animaux. »
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- 1© C
- 7* année. — 2 semestre
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- LA NATURE.
- COAGRÈS PÉRIODIQUE INTERNATIONAL
- DES SCIENCES MÉDICALES, A AMSTERDAM
- S’il est un lieu commun sur lequel il est inutile de s’appesantir, c’est sans contredit l’intérêt qui s’attache au rapprochement effectif des savants dans les congrès : lès médecins ont senti cette vérité comme lès autres et, sans parler des congrès nationaux, ont organisé des congrès internationaux qui, fondés à Paris en 1867, se réunissent tous les deux ans : ils ont eu lieu ainsi successivement à Florence, Vienne, Bruxelles, Genève, et cette année à Amsterdam, du 7 au 15 septembre.
- On conçoit que nous n’ayons pas l’intention de donner ici un compte rendu détaillé qui ne serait à sa place que dans un journal spécial ; nous croyons cependant qu’il ne sera pas sans intérêt d’appeler l’attention des lecteurs de la Nature sur quelques points qui ont été traités dans les séances.
- La session avait été organisée avec beaucoup de soin par un comité composé de médecins hollandais qui, non contents de s’occuper des questions d’ordre matériel, avaient préparé un certain nombre de questions capitales sur lesquelles des rapports avaient été faits et dont les conclusions avaient été imprimées à l’avance, pour une part au moins, ce qui permettait des discussions fructueuses. Nous nous permettrons cependant une sérieuse critique à laquelle nous souhaiterions qu’on eût égard dans les congrès futurs ; nous avons été surpris que dans ces rapports il ne s’en trouvât pas pour nous renseigner sur la constitution médicale du pays où nous nous trouvions. La Hollande, avec ses plaines, ses canaux, son atmosphère brumeuse, doit avoir à cet égard un caractère particulier ; et, particulièrement la ville d’Amsterdam, avec ses eaux, trop souvent stagnantes qui remplissent les 380 canaux qu’elle contient. Quel est l’état hygiénique? quelles sont les maladies endémiques, épidé-miques?La grosse question des eaux d’égout aurait été écoutée avec grand intérêt à la section de médecine publique, et tant d’autres. Nous avons manqué là une occasion que nous ne retrouverons jamais de recueillir des renseignements capitaux que nous eussions pu vérifier et discuter sur place.
- Le Congrès était présidé par le professeur Donders, d’Utrecht, à qui l’ophthalmologie est redevable de si beaux travaux et qui a magistralement ouvert la session par un beau discours, dans lequel il a rapidement caractérisé les grandes théories qui, dans les sciences médicales, ont appelé l’attention générale depuis un siècle. On ne saurait trop louer le charme, l’affabilité de ce savant, à qui nous adresssons ici nos sincères remerciements au nom de nos compatriotes.
- La session comprenait des séances de sections (ces sections étaient : médecine, chirurgie, gynécologie, biologie, médecine publique, psychiatrie, ophthalmologie, otologie, pharmacologie), des séances générales, des conférences, des excursions. Les langues officielles étaient le français et l’allemand : toutefois les séances générales étaient conduites en français.
- Pour donner une idée de l’importance des sujets traités nous en allons indiquer quelques-uns choisis parmi ceux dont il est facile de concevoir l’intérêt général.
- Le pansement des plaies préoccupe en ce moment l’attention de tous les chirurgiens, dont les uns croient que toutes les méthodes peuvent être bonnes si elles sonl appliquées avec soin, tandis que d’autres n’ont confian
- que dans un procédé déterminé. La présence du docteur Lister, de Londres, a donné naturellement un vif intérêt aux discussions. — M. Lister a une foi absolue dans son pansement à l’acide phénique et dans toutes les' minutieuses précautions auxquelles il s’astreint : ses statistiques sont superbes; ses idées ne sont pas partagées par tout le monde, mais elles auront eu certainement pour effet d’appeler l'attention sur l'utilité- indispensable de ces minuties que l’on négligeait quelquefois.
- M. Donders a présenté à la section de biologie un travail important sur le système des sensations de couleurs : quelles sont les origines simples des nuances presque infinies en nombre que distingue un œil bien conformé? L’auteur, d’accord avec d’anciennes théories, mais s’appuyant sur des expériences qui paraissent des plus probantes, conclut que trois sensations primordiales sont la base des effets multiples que nous ressentons.
- •A un autre point de vue, la question des couleurs se présentait à la section d'ophthalmologie : on sait que certaines personnes ne peuvent distinguer toutes les couleurs, que, par exemple, elles confondent le rouge et le vert. Il est facile de concevoir quels graves inconvénients peuvent présenter les personnes affectées de ce défaut (daltonisme), alors qu’elles sont employées dans les chemins de fer et dans la marine où ces couleurs ont des significations très distinctes. N’est-il pas nécessaire, d’autre part, que dans ce cas la vue, à tous égards, jouisse d’une intégrité absolue. Un projet de règlement qu’il conviendrait d'appliquer, d’imposer même dans ces cas, fut discuté et approuvé après quelques modifications.
- Dans la section de médecine publique la question de la variole fut longuement discutée : au point de vue de la vaccination et de la revaccination d’abord; au point de vue de l’isolement des .varioleux, ensuite. La section renouvelant un vœu émis à l’un de nos précédents congrès, vota en faveur de la vaccination et de la revaccination obligatoires. D’autre part elle conclut à l'intérêt qu’il y a à obtenir l’isolement effectif des varioleux, soit par la création d’hôpitaux spéciaux, soit par l’adoption d’une série de mesures propres à permettre d’éviter l’infection. Mais sauf pour le premier point, on se tint dans des généralités sans pouvoir arriver à un résultat pratique.
- Nous signalerons également deux tentatives éminemment recommandables ayant pour but d’obtenir en médecine cette uniformité entre les divers pays qui devient d’autant plus nécessaire que les communications sont plus faciles : l’une à laquelle le docteur Séguin )de New-York) s’est dévoué, consiste dans l’uniformisation des mesures (en particulier, généralisation de notre système métrique décimal), l’autre conduirait à l’établissement d’une pharmacopée universelle.
- Parmi les conférences et séances générales, nous citerons spécialement la conférence du docteur Marey qui a étudié la part des diverses nations dans la détermination des connaissances relatives à la circulation du sang, et la spirituelle et intéressante causerie du professeur Ver-neuil sur l’influence des constitutions dans les opérations chirurgicales. L’un et l’autre de nos compatriotes ont eu de véritables succès qu’ils ont partagés avec le docteur Lister. Nous ne parlerons que pour mémoire des autres communications générales insérées au programme et dont deux au moins, celles de M.Wirchow, étaient attendues avec impatience; nous préférons ne point insister sur ces conférences faites en allemand et pour lesquelles nous n’aurions peut-être pas toute l’impartialité désirable.
- Le Congrès comprenait naturellement des visites dans
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- les collections scientifiques, dans les hôpitaux ; les universités des villes voisines furent également choisies comme but de promenades, ainsi que les bains de mer de Scheveningue. Mais une des grandes « attractions » du Congrès au point de vue pittoresque et bien qu’elle n’eût rien de médical fut la promenade à Ymuiden. Les membres du Congrès répartis sur deux bateaux à vapeur brillamment pavoisés visitèrent les grands travaux auxquels a donné lieu la construction du canal de la mer du Nord, depuis le barrage à l’embouchure de l’Y dans le Zuiderzée jusqu’aux écluses et aux jetées d'Ymuiden sur les côtes de la mer du Nord : cette excursion, un peu contrariée par la pluie dans la matinée, restera certainement comme un des bons souvenirs de cette session.
- Ce que-nous ne pouvons raconter, c’est l’amabilité de nos hôtes, les Hollandais, qui avaient organisé chaque soir des banquets, des concerts, des fêtes auxquels les meilleures places nous étaient réservées ; beaucoup d’entre eux-avaient offert de loger dans leurs maisons un ou plusieurs étrangers et cet offre rendit de grands services, car les hôtels d’Amsterdam furent bientôt entièrement pleins; l'affabilité des manières ajoutait encore à la gracieuseté de l’offre, et nous ne doutons pas que si fous les membres du Congrès ont emporté un excellent souvenir du Congrès, pour beaucoup cette session aura été le point de départ de liaisons amicales sérieuses.
- Pour terminer, nous ajouterons que l’assemblée générale a décidé que la prochaine session, celle de 1881, aurait lieu dans la Grande-Bretagne en laissant au corps médical de ce pays le choix de la ville où se fera la réunion. c. M. G.
- SYSTÈME AGUDIO
- POUR LA TRAVERSÉE DES MONTAGNES
- PAR LES VOIES FERREES.
- La traversée des fortes rampes a toujours présente dans l’exploitation des voies ferrées des difficultés particulières, et on a dû fréquemment recourir à des procédés de traction spéciaux, capables de remplacer la locomotive ; car dès que la pente dépasse 5 à 4 centimètres par mètre, l’effet utile de cette machine décroît rapidement et la locomotive ne peut plus guère traîner que son propre poids. Avec une pente supérieure à 10 centimètres, il faut garnir la voie d’un rail central fournissant un point d’appui à la locomotive, ou bien encore poser une crémaillère, comme au Righi, véritable échelle de fer sur laquelle la locomotive se hisse lentement avec le wagon qu’elle remorque.
- - Autrement, on peut renoncer à la locomotive, disposer un appareil moteur immobile placé à l’une des extrémités de la rampe à gravir, et exercer l’effort de traction par l’intermédiaire d’un câble enroulé sur un tambour. C’est ' la solution qui fut adoptée à la Croix-Rousse et dont la Nature a donné la description (Voy, n° 502 du 15 mars 1879).
- M. Agudio est l’auteur d’un système ingénieux formant une sorte de moyen terme entre ces deux procédés différents. L’appareil moteur est toujours une machine fixe transmettant l’effort de traction au
- moyen d’un câble, mais celui-ci n’est pas attaché directement sur le train qu’il remorque, il est enroulé, au contraire, sur les poulies d’un appareil spécial appelé locomoteur, mobile avec le train et qui remplit dans une certaine mesure un rôle analogue à celui de la locomotive ordinaire, car il sert à régler le mouvement, et l’adhérence propre qu’il exerce sur les rails peut venir s’ajouter à l’effort moteur.
- Dans ce procédé, la vitesse de translation du câble peut être amplifiée dans une proportion quelconque par rapport à celle du train, ce qui entraîne une réduction correspondante dans l’effort qu’il exerce et permet de réduire de même la section et par suite le poids du câble.
- L'effort tangentiel que le câble exerce à la gorge de la poulie détermine seul en effet la section qu’il faut lui donner et cet effort peut être considérablement diminué par rapport à celui qu’un câble de traction directe devrait exercer. C’est alors le frottement exercé sur la gorge de la poulie qui détermine la rotation de celle-ci, et le mouvement continue tant que l’effort à vaincre pour entraîner le train n’est pas supérieur à l’adhérence du câble sur la poulie.
- M. Agudio a déjà pu faire deux fois l’essai de son système, et tout en conservant le même principe, il a dû donner au locomoteur des formes diverses pour l’accommoder aux conditions particulières dans lesquelles il se trouvait placé.
- A Dusino, sur la ligne de Turin à Gênes, il réussit d’une façon entièrement satisfaisante sur un plan incliné, long de 2*6, et dont la pente atteignait seulement, il est vrai, 5 centimètres par mètre. Il avait installé deux machines motrices, l’une au sommet, l’autre au bas du plan incliné, et les deux brins du câble, l’un en amont, l’autre en aval, du locomoteur, transmettaient tous deux un effort de traction, ce qui permettait encore de réduire de moitié la section du câble Celui-ci était formé de 4 torons de fils d’acier enroulés autour d’une âme en chanvre, il avait une section cinq fois plus faible que celle d’un câble à traction directe et il était animé d’une vitesse de translation égale à deux fois et demie celle du train. Un câble dormant d’un diamètre plus gros était posé sur la voie, il s’enroulait autour du tambour d’adhérence du locomoteur auquel il fournissait un point d’appui. M. Agudio put remorquer sur le plan de Dusino un train de cent-vingt tonnes avec une vitesse de 16 kilomètres à l’heure, en employant deux locomotives comme machines fixes. En attelant ces locomotives directement à la tête du train, on ne pouvait guère obtenir une vitesse supérieure à 9 kilomètres à l’heure.
- M. Agudio entreprit en 1869, pendant qu’on creusait le tunnel du mont Cenis, une nouvelle expérience avec un plan incliné allant de Lans-le-Bourg au refuge n° 20 sur le versant français de la montagne. Comme ce plan présentait une pente moyenne de 0,24, il fut obligé d’installer un rail central et de munir en même temps le locomoteur de six ga-
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- G’
- 1
- LA NATURE.
- lets de friction horizontaux appuyés contre ce rail. D’autre part les neiges accumulées au sommet du plan ne lui permirent pas d’y installer une machine motrice, et il dut se contenter d’une machine inférieure en rendant moteur un seul des deux brins du câble. L’installation de l’appaieil avait été retardée par la guerre de 1870 et il ne put pas fonctionner assez longtemps pour fournir une démonstration suffisante, car le tunnel fut terminé peu de temps après.
- Nous n'insisterons pas sur ces deux essais, et nous donnerons seulement la dernière disposition
- adoptée par l'auteur et proposée par lui pour les lignes d’accès au tunnel du Saint-Gothard.
- Le projet, tel qu’il est conçu actuellement et pour une voie ordinaire, oblige à donner à la ligne un développement considérable sur les lianes de la montagne, tant du côté suisse, de Wsen à Gœscho-nem, que sur le versant italien d’Airolo à Giornico, à cause de l’obligation de n’accepter que des pentes voisines de 3à4 centimètres par mètre. M. Agudio propose d’établir, au contraire, sur les deux versants, des plans inclinés avec une pente de 5 à 10 centimètres sur lesquels les trains seraient remorqués,
- ELEVATION.
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- PLAN et COUPE horizontale sur un des essieux et sur l'arbre central.
- B
- Fig. 1 et 2.
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- locomotive en tète, au moyen de son appareil et pourraient continuer ensuite au delà sur une voie plus facile. La vitesse du train sur ces plans serait sans doute considérablement réduite, mais comme le parcours total serait plusieurs fois moindre, on arriverait encore aussi rapidement à la même altitude, et on resterait toujours finalement bien au-dessus delà vitesse de 22 kilomètres à l’heure exigée par le cahier des charges.
- Le locomoteur Agudio, qu’on pourrait employer sur ces plans est représenté dans les figures 1 et 2.
- Le câble arrive dans l’axe de la voie au bas des deux poulies à gorge qu’on voit au milieu du locomoteur, il se relève ensuite et fait un tour complet en embrassant les demi-circonférences extérieures
- de ces deux poulies, puis il retombe sur la voie et se poursuit jusqu’au bas du plan. Lorsqu’il est tiré vers le haut, il communique aux poulies, comme on le voit, un mouvement en sens inverse de celui que prendraient les roues porteuses du locomoteur sous l’impulsion directe du câble. Le mécanisme interposé entre les poulies et les roues a pour but de transformer le sens de ce mouvement de façon à ce que la rotation de ces dernières s’opère en effet dans la direction de l’effort moteur. On voit que les poulies sont indépendantes des essieux qui les supportent, elles sont solidaires, au contraire, de deux manchons mobiles aux deux extrémités desquels sont fixées quatre roues dentées engrenant deux à deux avec les deux pignons placés sur l'arbre central. Cet arbre
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- LA NATURE.
- C
- est relié lui-même aux deux roues porteuses par un double accouplement de bielles et de manivelles, et on peut se convaincre facilement que le mouvement des poulies détermine une rotation en sens inverse des roues porteuses. L’adhérence de celles-ci vient s’ajouter à l’effort moteur du câble pour empêcher le glissement du train, et cet effet utile sera d'autant plus marqué que le poids du locomoteur sera d’autant plus élevé. C’est ce qui a déterminé M. Agudio à ajouter sur le châssis quatre caisses pleines de sable qui fourniront au locomoteur une surcharge importante, et le sable en poussière servira en même temps pour empêcher, s’il est nécessaire, le glissement sur des rails trop gras.
- L’appareil est installé de la manière suivante, comme il est indiqué dans la figure 3 : le câble moteur forme une chaîne sans fin, il va d’une extrémité à l’autre du plan porté au milieu de la voie sur de petits galets de friction qui lui permettent de se dévier dans les courbes, il arrive à la
- partie supérieure où il s’enroule sur les gorges d’un couple de grandes poulies en fer qui sont mises directement en mouvement par la machine motrice. Il redescend ensuite en ligne droite au bas du plan, s’enroule sur un tendeur inférieur et remonte alors le long de la voie.
- Quand le train est arrivé au bas du plan, locomotive en tête, le locomoteur vient s’atteler à l’arrière, les poulies se mettent en mouvement sous l’impulsion du câble, et le mécanicien placé sur le locomoteur embraye les roues dentées, dont nous parlions plus haut et qui transmettent aux roues porteuses le mouvement de rotation ainsi déterminé. Il peut d’ailleurs régler la vitesse à volonté en agissant sur cet embrayage, absolument comme il gouverne une locomotive ordinaire au moyen de son régulateur.
- En outre, l’appareil est pourvu de freins énergiques qui lui permettraient de s’arrêter sur la voie en cas d’accident imprévu ; tant que le câble résiste, le mécanicien cale les roues porteuses au moyen de
- PLAN
- Etablissement des turbines
- Fig. 5 et 4.
- refins à sabots du type ordinaire; dans le cas contraire, il cherche un point d’appui sur les rails et amarre le train en quelque sorte au moyen de quatre sabots à coin qui viennent s’appliquer sur les rails et les saisissent comme dans une fourche.
- Sur les pentes modérées, les freins ordinaires pourront suffire à la descente. Le locomoteur avancera simplement avec les poulies motrices débrayées et se développant librement sur le câble moteur immobile. Mais si ces freins ne suffisaient pas, on pourrait serrer plus ou moins les embrayages pour introduire une résistance nouvelle qu’on réglerait à volonté, et qui aurait pour limite extrême le glissement du câble sur les poulies calées.
- Les machines motrices seraient fournies par les turbines représentées sur la figure. Celles-ci utiliseraient ainsi les chutes d’eau si'abondantes qui actionnent maintenant les perforateurs à air comprimé pour creuser le tunnel. Une disposition d’engrenages convenables permettrait de donner au câble des vitesses différentes pour remorquer les trains de voyageurs ou de marchandises.
- M. Agudio cherche également à appliquer son pro
- cédé pour la montée de la Superga, petite montagne située à 3 kilomètres environ de Turin, où la famille de Savoie a conservé sa sépulture jusqu’à Victor-Emmanuel, et qui, les jours de fête, est le but des promenades des habitants de la ville. Il serait facile de trouver la force motrice nécessaire en prenant une faible dérivation sur le Pô qui coule dans le bas de la montagne.
- Nous ne pouvons mieux faire en terminant pour apprécier ce procédé qui n’a pas encore pu recevoir d’application définitive, que de reproduire le jugement autorisé de M. Couche, le maître en ces matières :
- « Pris dans son ensemble, le système Agudio n’est pas un simple perfectionnement, c’est réellement une solution nouvelle, se pliant aux circonstances et reculant d’une manière inespérée les limites d’inclinaison, de rayon de courbure et de longueur dans lesquelles il fallait se renfermer pour les plans inclinés à traction directe, plans chers à établir et non moins cher à exploiter. Aussi les repousse-t-on avec raison en cherchant à obtenir, souvent à force de sacrifices de tout genre, un tracé sur lequel la loco-
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- LA NATURE.
- motive puisse se traîner encore avec un semblant de charge. Quoique l’ajournement de l’épreuve définitive à laquelle le système Agudio devait être soumis soit regrettable, on en sait assez dès à présent pour que les ingénieurs placés en présence d’un passage difficile, ne puissent pas faire abstraction de cette solution. »
- L. Raclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
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- LES ÉTOILES DOUBLES
- DAPRÈS LE CATALOGUE DE M. FLAMMARION1.
- Il y a deux siècles que les premières lunettes ont montré des étoiles juxta-posées (Y du Bélier a été vue comme formée de deux étoiles en 1644, ç de la Grande Ourse en 1650, a du Centaure en 1689), il y a un siècle que la comparaison des premières mesures de ces étoiles a démontré à Herschel que ces groupes ne sont pas tou-ours purement apparents, ne tiennent pas tous au rapprochement sur le même rayon visuel de deux étoiles très différemment éloignées, mais que certains résultent d’une association physique : l’une des étoiles tournant autour de l'autre; et c’est en 1828 que Savary a calculé la première orbite d’étoile double.
- Aujourd’hui, que l’on connaît onze mille étoiles multiples sur lesquelles il a été fait, depuis leur découverte, deux cent mille observations (cent mille de distance, cent mille de position relative), il devenait nécessaire d’inventorier ces richesses, de discuter ces observations pour savoir quels sont les groupes purement optiques, dus aux hasard des perspectives célestes, et quels sont les groupes physiques cheminant de concert à travers l’espace ou gravitant autour l’un de l’autre. Pour arriver à ce résultat, il fallait d’abord construire un catalogue des mouvements propres des étoiles dans l'espace (et non plus des étoiles satellites relativement à l’astre principal), afin de distinguer les systèmes emportés par un mouvement propre commun, des étoiles doubles optiques dont les composantes ne partagent pas toutes deux le même mouvement d’ensemble sur la sphère étoilée. Or, les distances stellaires sont si énormes que pour la très grande majorité des systèmes multiples, depuis qu’on les étudie, tout mouvement quel qu’il soit, mouvement propre du groupe, mouvement relatif de ses composantes, est entièrement nul, ou tout au moins les observations ne sont pas assez nombreuses et précises pour permettre de le faire ressortir. Dans ces cas, l’absence de tout mouvement ne permet pas de préjuger la nature du groupe et les savants des siècles futurs pourront seuls la découvrir.
- L’élimination pour cette cause a été si considérable que sur les onze mille étoiles multiples, il n’en est resté que huit cent dix-sept dont une des composantes au moins présente un mouvement relativement aux autres, plus quatre-vingt-trois groupes dont les composantes semblent immobiles par rapport les unes aux autres, mais partagent le même mouvement propre dans l’espace. Sur les huit cent dix-sept groupes en mouvement relatif, trois cent cinquante-huit sont sûrement associés physiquement ensemble, deux cents le sont probablement ; les autres ne sont réunis que par les hasards de la perspective. Mais
- * Astronomie sidérale : Catalogue des étoiles doubles en mouvement relatif certain, par Camille Flammarion ; 1 vol. in-8 de 204 pages. Paris, Gauthier-Villars, 1878.
- il n’est pas douteux que les couples animés d’un mouvement commun dans l’étendue, ne soient liés physiquement, seulement il suffit que leur révolution dure neuf à dix mille ans pour que le déplacement des astres par rapport l’un à l’autre soit inappréciable en un siècle, c’est-à-dire au-dessous des erreurs de mesure. Pour les trois plus brillantes composantes de la célèbre sextuple 6’ d’Orion on connaît leur position depuis deux cent vingt-trois ans et pourtant elle est si profondément enfoncée dans le ciel qu’elle paraît immobile; déplacement relatif et absolu, tout est nul depuis ce temps. Aussi les couples excessivement rapprochés, les plus difficiles à séparer, présentent-ils pour l’humanité cet intérêt de plus que leur révolution doit être la plus rapide et devenir calculable en un petit nombre d’années. Le groupe le plus serré que l’on puisse entrevoir est t du Bouvier AB, que personne n’a jamais vu divisé en deux astres, mais le satellite forme une protubérance allongeant l’étoile suivant une direction qui tourne rapidement. On ne connaît pas encore la durée de révolution de ce couple, mais celle de 8 Petit-Cheval AB ne dépasse pas sept ans, d’après Otto Struve, c’est la plus rapide connue; la plus longue dont la durée soit mesurée avec précision est Castor A B dont la révolution demande, d’après les calculs concordants de Thiele et de Doberck, presque exactement mille ans. Au delà on n’a plus que des appréciations, c’est ainsi que M. Flammarion estime que la révolution de 5 de la Grande-Ourse peut durer environ dix-huit mille ans et celle de Y d’Andromède A B le double de ce temps. Mais ceci n’est encore rien auprès des systèmes stellaires. De la période de u.2 du Bouvier, qui est bien connue et s’élève à deux cent quatre-vingts ans, M. Flammarion conclut avec une assez grande probabilité que cette étoile double, d’après la troisième loi de Kep-pler, doit tourner autour de p.1 (qui est entraîné dans le ciel par le même mouvement propre, ce qui prouve la liaison des trois étoites) en cent vingt mille ans. Enfin, Fauteur évalue le temps de révolution des composantes des deux groupes conjugués e1§2 de la Lyre à un million d’années. M. Flammarion aurait pu encore aller plus loin, car les deux étoiles doubles s1 s2 de la Lyre ne sont séparées que par une distance de 5'27" or, le laborieux astronome a découvert un système tout semblable, formé de deuxétoiles doubles chacune,! 7 x Cygne et 2575 Srruve également emportées dans l’espace par un mouvement propre commun ; ces deux doubles sont écartées de quinze minutes.
- Il n’y a que quatre-vingt-trois groupes pour lesquels M. Flammarion se soit hasardé à indiquer la période de révolution possible et sur ce nombre il n’en est que vingt-huit dont on ait calculé l’orbite.
- En général, en cas de doute sur la nature du mouvement, quand la distance ne dépasse pas une seconde, le couple est orbital, quand elle dépasse vingt-cinq secondes il y a probabilité qu’il est optique; entre ses extrêmes, si l’une des étoiles est beaucoup plus brillante que l’autre, il est aussi plus probable que le couple est optique, la petite est fixe au fond du ciel la grande passe devant. Mais toutes les anomalies se rencontrent : pour 1516 Struve du Dragon les composantes sont presque du même éclat et se sont approchées à deux secondes et demie et pourtant l’une d’elle doit être beaucoup plus brillante puisque elle est enfoncée tellement plus loin dans la profondeur céleste que sa compagne apparente passe devant en vertu de son mouvement propre, sans que l’autre étoile exerce sur elle aucune attraction sensible qui modifie sa marche.
- De très petites étoiles, au contraire, peuvent avoir un mouvement propre, comme M. Flammarion l’a découvert
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- LA NATURE.
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- pour le compagnon optique d’Alébaran et pour l’étoile E du superbe système : 36 Ophiucus, 50 Scorpion (dont les étoiles brillantes ne sont évidemment pas moins éloignées que la plus faible). D’autres étoiles, comme la 61e du Cygne, tout en formant un syslème physique dont les composantes sont rapprochées en réalité, ne tournent cependant pas autour l’une de l'autre, mais entraînées par une force qui les domine toutes deux, marchent en ligne droite. Dans cette étude, l’auteur a trouvé ainsi maintes fois des conséquences qui bouleversent les idées reçues. Il a terminé par l’examen des cinq mille nébuleuses connues et sur ce nombre il a relevé dix nébuleuses doubles en mouvement relatif.
- Cet immense travail a demandé cinq années ; l’astronome a dû d’abord, par la comparaison des positions anciennes et actuelles et par le dépouillement des travaux antérieurs dresser le catalogue des mouvements propres. Il a fallu ensuite fouiller les publications en toute langue des observatoires des deux hémisphères pour y relever les mesures d’angle de position et de distance d’étoiles doubles et insérer dans le catalogue toutes celles qui ont décélé un mouvement relatif. Ces dernières mesures sont au nombre de vingt-huit mille.
- Charles Boissay.
- LES DÉCOUVERTES DU DOCTEUR LEITNER
- DANS LE DARDISTAN.
- Le voyage entrepris par le docteur Leitner dans le Dardistan est, sans conteste, un des plus intéres-sants qui aient été exécutés à notre époque; les résultats obtenus par le savant explorateur ont été une véritable révélation, à tous les points de vue. Ce pays, situé au nord-est du royaume de Kashmir, compris entre le Schwab, le Thibet, et les différents territoires qui confinent à l’Afghanistan, était jadis complètement inconnu; on ignorait même la langue que parlaient ses habitants et à peine, pour des raisons diverses, quelques-uns de ceux-ci étaient-ils venus individuellement dans le Kashmir. Il fallait posséder un bien grand amour de la science pour se lancer, à corps perdu, au milieu de ces populations qui passaient pour fort inhospitalières et cela sans en connaître la langue; ce n’est qu’à force d’énergie, de souffrances et de difficultés de toutes sortes, que le docteur Leitner a pu triompher de tous les obstacles et rapporter les splendides collections ethnographiques, artistiques, historiques que l’on peut voir actuellement exposées à Londres, dans la galerie royale d’Albert Hall et au Belvédère, à Vienne.
- Le docteur Leitner, après avoir étudié au Collège Royal de Londres, en devint un des professeurs distingués. Lors de la campagne de Crimée, le département de la guerre se l’attacha comme premier interprète pour les langues orientales, qu’il possède à fond. Plus tard, il fut envoyé dans l’Inde, par le gouvernement anglais, pour diriger les collèges de Lahore ; là il fonda de nombreuses écoles, des institutions littéraires et un collège universitaire. C’est
- alors qu’il fit le voyage dont nous parlons et qu’il découvrit les dialectes et les races du Dardistan. Son zèle, ses connaissances philologiques et enfin tous ses travaux multiples lui ont valu les plus grandes distinctions honorifiques de la part des jurys d’expositions et des sociétés savantes. -
- Les collections qui lui sont dues se composent de nombreuses monnaies et médailles bactriennes et autres; de sculptures principalement greco-boudhiques; de spécimens entomologiques des pays de Kulu, de Dharmsala, etc., etc .... dans l’Himalaya; de manuscrits en thibétain, sanscrit, turki, arabe, persan, kashmiri, etc., etc... ; d’objets ethnographiques du Dardistan, du Kafiristan et de différentes parties de l'Asie centrale; d’une collection de plantes et de minéraux de l’Himalaya recueillis entre Kulu et Ghilghit d’articles d’industrie et autres objets venant de l’Asie centrale et de l’Inde septentrionale, ainsi qu’une collection pour l’enseignement.
- Les médailles et sculptures greco-boudhistes montrent l’influence très probable de l’art grec sur la représentation du boudhisme primitif et pur; d’autres indo-bactriennes, ayant beaucoup de rapport avec les précédentes, montrent les relations des satrapes bactriens avec les satrapes boudhistes où d’autres princes du nord de l’Inde.
- La série des sculptures exposées par le docteur Leitner, soit à Londres, soit au Belvédère à Vienne, éclaircissent une période de onze cents ans, de l’an 500 avant J. G. jusqu’à l’an 800 de l’ère chrétienne. L’étude de ces monuments, particulièrement des groupes finement taillés, élucidera beaucoup, non seulement l’histoire indienne ancienne, mais aussi l'histoire de l’art et de la religion et l’histoire universelle, tandis que la variété des types fournis par les sculptures greco-boudhistes présente une grande importance ethnologique.
- La matière dont les sculptures sont composées est variée, mais elle consiste 'principalement en ardoise, mortier, chaux et grès rouge.
- La collection, que le cadre de cet article ne permet pas d’analyser en détail, comprend cent quatre-vingt-quatre sculptures principalement greco-boud-hiques, toutes plus intéressantes les unes que les autres et dont l’examen semble indiquer, à n’en pas douter, que l’art grec a influencé fortement l’art indien (fig. 4).
- Le docteur Leitner a rapporté de l’Asie Mineure une pierre représentant les divinités égyptiennes, une tête romaine et une autre tête d’un style byzantin bâtard, dans le but d’établir des comparaisons qui prouveront que si l’ancien art boudhique et l’ancien art indien ont été affectés par des éléments étrangers, ce ne peut avoir été que par les Grecs, au temps de l’invasion d’Alexandre le Grand ou peu de siècles après.
- En résumé, l’ensemble de ces sculptures prouve surabondamment un mélange d’une touche classique à un art encore dans l’enfance. Il faut donc
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- LA NATURE.
- s’arrêter à une invasion venant de ‘Occident, et la pensée se reporte de suite vers Alexandre le Grand. Y a-t-il établi des écoles? c’est difficile à affirmer; mais, dans tous les cas, il a essayé d’y implanter les arts de son pays.
- C’est sur la frontière du Penjab, que l’art grec
- est le plus manifeste; en se dirigeant vers le sud. cette influence diminue graduellement ; les figures finissent par manquer de proportion; les objets se transforment ; les serpents deviennent de hideux dragons; les bras et les jambes se multiplient sur le corps humain, et l’ornement remplace la draperie.
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- Fig. 1. Spécimens de sculplures greco-boudhistes, rapportées du Dardistan par M. le Dr Leitner.
- Nous nous bornerons à signaler les manuscrits de cette collection, qui en renferme d’éminemment curieux, ainsi que les différentes publications du docteur Leitner ; elles comprennent un certain nombre de traductions d’ouvrages écrits dans les différents idiomes de ces pays, ainsi que des documents historiques sur certaines de ces contrées.
- Au point de vue ethnographique, les travaux du docteur Leitner ne sont pas moins complets et in
- téressants. A la suite de son voyage à Zanskar, La-dâk, le Thibet inférieur, Kashmir, Ghilgit et plus tard son exploration du Dardistan, il a rapporté de curieux détails sur les peuples de ces contrées généralement peu hospitalières et d’une civilisation des plus élémentaires.
- Dans le Dardistan, le habitants diffèrent de ceux du reste de l’Inde ; ils ne sont pas réellement sectateurs de Mahomet, car ils boivent du vin publi-
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- quement et n’imposent pas de dégradation aux femmes.
- Un des districts de cette dernière, contrée est habité par les Shiah Posh Kafirso légende veut qu’ils soient les descendants dangr-colonie établie
- par Alexandre le Grand. En effet, leurs coutumes, leur apparence européenne et leur teint presque blanc, semblent trahir une origine occidentale. On prétend même qu’ils ont des notions du christianisme, quoiqu’ils n’aient jamais été visités par des
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- lig. 2. — Reproduction de lyres phctogrplié, jur e ü- Lealuér.
- Kashmirien vivant à Nagyr. Matavalli de Hunza. Homme de Ghilghit.
- missionnaires. Leurs mœurs sont des plus primitives; ils se revêtent de peaux de chèvres. Ils sont en guerre perpétuelle avec les Muhammadans, qui les entourent de tous côtés,
- Dans un voyage que le docteur Leitner fit en Europe, il amena avec lui un Kafir; c’est le premier qui y soit jamais venu; il était natif de Katar,
- dans l’Indukush, et offrait un grand intérêt.
- M. le docteur Leitner a bien voulu mettre à ma disposition des photographies des différents types de ces populations absolument ignorées de nous, entre autres un Astri (Sunni Muhammadan) ; un Ghilghiti (Shiah Muhammadan) ; un habitant de Skardo (Thibet inférieur); un Chilazi ; un Bâshgeli
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- LA NATURE.
- Kafir; un Kalasha Kafir et un Ghiâlâsi. J’en ai reproduit deux en les groupant dans la gravure ci-dessus (fig. 2).
- Le plus curieux de ces types est incontestablement le dernier, qu’il a eu l’obligeance de m’envoyer tout récemment. C’est la photographie d’un individu appelé Matavalli, et natif de Hunza (Voy. le personnage au milieu de la gravure). Je donne presque textuellement les termes de la lettre, qui accompagne l’envoi : « Le pays de Hunza est habité par un peuple d’une très grande férocité, dont l’existence consiste à vivre de brigandage et à vendre des prisonniers qu’ils font sur la route qui mène à Yarkand. Notre homme parle une langue qui diffère de tous -les langages connus et qui paraît être un reste d’une langue préhistorique dans laquelle les voyelles et les sons gutturaux se heurtent encore. Ce peuple professe la religion mulai, une sous-division de la secte Shiah musulmane, mais qui est tout à fait hérétique.
- « Ils adorent un certain Aga Khan, riche marchand de chevaux établi à Bombay, parce qu’il est le descendant de Muhammed par la ligne Ismaélite. Méta-valli appartient à la secte des « Vieux de la Montagne », auxquels on a donné le nom d'assassins, mot corrompu de Hchichîn, breuvage extrait du hchich qui leur faisait commettre des actes d’aveugle obéissance. Actuellement, les Mulai de Hunza vivent dans un dévergondage effréné.
- « Les Mulais de Hunza ne prient jamais; mais, en revanche, ils dansent et, contrairement à la loi musulmane, boivent à excès. Matavalli appartient à la secte Shiah, qui compte une douzaine de familles persécutées à Hunza. Il n’est pas mauvais garçon, quoiqu’il ait bien des crimes sur la conscience, entre autres, la part qu’il a prise à l’horrible massacre de plusieurs centaines de femmes et d’enfants, à Maduri, en Yasin, par les soldats envahisseurs de Kashmir en 1869. »
- Pour terminer, il est bon d’ajouter que d’autres savants, à la recherche de renseignements pour éclaircir l’histoire bien obscure encore des migrations anciennes des peuples et de leurs rapports entre eux, ont découvert des faits qui bouleversent nos idées et nos connaissances historiques. M. Hyde-Clarke, entre autres, a récemment annoncé qu’il avait remarqué une grande affinité entre les monuments de l’Hindoustan et ceux du Mexique et du sud de l’Amérique. Entre le Pérou et la Mésopotamie, on a aussi trouvé des rapports dans les inscriptions cunéiformes et dans le langage.
- Peut-être lira-t-on avec intérêt la pièce dont M. le docteur Leitner nous donne la traduction française.
- Le Révérend J. Prag a publié dernièrement, dans VAcademy, une curieuse inscription, qui prouve que les Phéniciens n’ont pas ignoré l’existenec du Nouveau Monde. L’inscription en hébreu a été traduite en anglais par le célèbre hébraïste qui y a ajouté une explication savante des termes obscurs et des irrégularités.
- 1. Nous, les enfants de Sidon, la cité royale, puisse son commerce
- 2. Fleurir supportant la terre grande et élevée, choisie par (où pour) les (dieux) suprêmes
- 3. Et les suprêmes (déesses) dans la dix-neuvième année de la destruction de notre puissant roi (ou roi Abar) (probablement un successeur de Hivam).
- 4. Nous partîmes d’Acco (Ptolémaïs) et nous vainquîmes sur la mer un marin voyageant avec dix vaisseaux.
- 5. Nous restâmes deux ans ensemble sur la mer, entourant une terre chaude et éloignée.
- 6. De grandes eaux entrèrent dans la flotte.... (incomplet)....................................... notre compagnie. Nous arrivâmes ici douze
- 7. hommes et trois femmes dans cette île nouvel (ment découverte) que j’ai enrichie (cultivée)
- 8. et répartie. Puissent les Suprêmes (dieux) et les Suprêmes (déesses) nous être favorables.
- Ces derniers faits nous prouvent les relations qui ont existé entre les deux continents. Le docteur Leitner nous a montré d’une manière plus palpable celles qui ont existé entre l’Asie et l’Europe. Il serait bien désirable que l’on étendît et que l’on encourageât les recherches ethnologiques, en ce qui concerne le côté artistique et le côté historique.
- C’est en Asie que se sont passés les grands événements des temps anciens, et c’est aussi de là que sont parties les hordes immenses qui ont envahi l’Europe et tout bouleversé au moyen âge.
- St. de Drée.
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- UN MOT SUR L’IRRADIATION
- Les physiciens qni s’occupent des phénomènes subjectifs de la vision, savent que, dans un Mémoire Sur l'irria-diation' publié en 1859, j’ai défendu l’ancienne théorie qui attribue le phénomène à une propagation de l’impression sur la rétine. Dans ma deuxième Note Sur les couleurs accidentelles ou subjectives'1, publiée en 1876, après avoir discuté tous les écrits relatifs à l’irradiation qui ont paru depuis 1839, j’ai soumis à un nouvel examen la théorie que j’avais cherché à faire prévaloir, et j’ai présenté tous les arguments en sa faveur. J’ai tâché d’établir que la réaction de la rétine contre l’action de la lumière émanée de l’objet irradiant s’étend au delà du contour de l’image de cet objet, d’abord dans la bande d’impression propagée, dont elle limite la largeur, puis au delà encore, en produisant la teinte de contraste. Or, depuis cette dernière publication, j’ai recueilli, à l’appui de la théorie dont il s’agit, de nouveaux arguments qui me paraissent très puissants.
- Avant de les exposer, qu’il me soit permis de reproduire ce que j’ai dit à la fin de ma Note Sur une loi de la persistance des impressions dans l’œil 3, à propos de l’expérience suivante de M. Exner : Un disque partagé
- 1 Mém. de l'Acad, de Belgique, t. XI.
- 2 Bulletin de l’Acad, de Belgique, 2me série, t. XLII, pp. 535 et 684.
- J 3 Ibid., ibid., t. XLVI, 1878, p. 334.
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- en secteurs alternativement blancs et noirs tourne avec une vitesse modérée, de manière qu’on y voie encore du papillotage; si, pendant qu’on le regarde, on se comprime graduellement les yeux, le papillotage s’efface et le disque se montre d’un gris uniforme, qui s’assombrit peu à peu.
- « M. Exner paraît faire dépendre le phénomène de ce principe, que l’action de la lumière épuise continuellement une substance photochimique nécessaire à la fonction visuelle, substance continuellement restituée aussi par un afflux dû à la circulation. Dans ses idées, en effet, avant la compression des yeux, l’afflux libre de la substance visuelle tendait à ramener la rétine à son état normal pendant le passage de chaque secteur noir, et ainsi amoindrissait rapidement la persistance de l’impression incomplète engendrée par le passage du secteur blanc précédent; mais la compression diminuant l’afflux dont il s’agit et amoindrissant ainsi la cause qui ramène la rétine à son état normal, l’impression persistante du secteur blanc décroît d’une quantité trop petite pour que l’œil puisse s’en apercevoir, et, par suite, la teinte grise lui semble uniforme. »
- En réfléchissant à cette expérience, je me suis dit que si la compression des yeux amoindrit la réaction de la rétine, cette réaction doit perdre de son influence sur la largeur de la bande d’impression propagée, et qu'alors conséquemment l'irradiation doit s’étendre beaucoup plus loin. Comme M. Exner signale le danger de se comprimer ainsi les yeux, je n’ai pas osé soumettre à l’expérience les personnes qui observent pour moi; mais je trouve, dans deux Notes de Brewster1, des faits qui apportent une nouvelle preuve en faveur de la propagation de l’impression. et peuvent, en outre, permettre de se passer de la compression volontaire des yeux.
- Dans la première Note, il s’agit de l’affection passagère signalée par plusieurs auteurs et consistant en ce que le patient ne voit qu’une portion des objets. Brewster, chez qui cette affection s’est présentée plusieurs fois, a constaté que lorsque l’image de caractères d’impression ou d’autres petits traits sombres tombait sur la portion de la rétine ainsi affectée, ces petits objets disparaissaient complètement, sans que le fond sur lequel ils étaient tracés parût perdre de son éclat. Il en conclut que l’impression du fond était propagée par l’irradiation sur les images de ces mêmes petits objets, et il ajoute :
- «...........Les portions qui sont affectées dans ce cas, s’étendent irrégulièrement du foramen centrale au bord de la rétine, comme si elles étaient en relation avec la distribution des vaisseaux sanguins de celte membrane, et conséquemment il est probable que la paralysie des parties correspondantes de l’organe était produite par leur pression. Cette opinion aurait pu être considérée pendant longtemps comme une explication simplement rationnelle de l’hémiopsie, s’il ne s’était présenté à moi un phénomène qui la met hors de doute. Pendant une attaque assez intense, j’allai accidentellement dans une chambre obscure, et je fus surpris d’observer que toutes les parties affectées de la rétine étaient légèrement lumineuses, effet qui est invariablement produit par une pression sur la membrane. »
- La seconde Note commence ainsi :
- « Dans un écrit sur .....................j’ai mentionné
- 1 On Hemiopsy, or Half- Vision (TANSACT. of the Roy. Soc. of EDINBURGH, t. XXIM, 1865, volume publié en 1867, p. 15). On a new property of the retina (Ibid., ibid., 1866, p. 527).
- le fait remarquable que les parties de la rétine qui sont insensibles aux impressions visuelles sont sensibles aux impressions lumineuses, la lumière étant due à une irradiation envoyée par les parties adjacentes de la rétine. »
- Et, plus loin, Brewster décrit une affection du même genre qu’il a constaté dans son œil droit, avec cette particularité qu’elle était permanente, et constituait ainsi une sorte d’amaurose locale, et il dit :
- « Quand l’image d’un objet lumineux couvre en tout ou en partie cet endroit, elle est invisible;.l’œil est donc dans cette portion absolument insensible à la lumière qui le frappe venant de l’extérieur; mais si je dirige l’œil vers le ciel, vers le plafond blanc d’une chambre ou vers toute surface blanche étendue, je ne vois pas, dans le champ de la vision, la moindre tache présentant le plus petit degré d’obscurité. Conséquemment la portion de la réline insensible à la lumière qui tombe sur elle directement, c’est-à-dire de l’extérieur, est éclairée par l’irradiation des portions environnantes. »
- Je n’ai pas besoin d’insister sur ces faits; il me semble impossible de les expliquer autrement que par une propagation de l’impression, et ils rendent bien probable, comme je l’ai dit, qu’une compression artificielle, en même temps qu’elle diminuerait la sensibilité aux impressions directes; augmenterait au contraire la sensibilité aux impressions propagées. Il est vivement regrettable que l’expérience offre du danger, car si elle donnait le résultat que je prévois, c’est-à-dire un développement extraordinaire de l’irradiation, la théorie que j’ai soutenue serait absolument prouvée. J. Plateau,
- Membre de l’Académie des sciences de Bruxelles.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Traité clinique et pratique de la phtisie pulmonaire et des maladies tuberculeuses des divers organes, par le Dr II. Lebert, 1 vol. in-8 de 597 pages. Paris, A. Delahaye et Cie, 1879.
- Comment on observe les nuages pour prévoir le temps, par André Poey, 1 vol. in-8. 3e édition revue et augmentée. Paris, Gauthier-Villars, 1879.
- Report on a preliminary investigation of the proper-ties of the Copper-tin Alloys. Robert H. THURSTON Chair-man, 1 vol. in-8, Washington Government printing office, 1879.
- RECHERCHES
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- EFFETS DE LA MACHINE RHÉOSTATIQUE
- La longueur des étincelles que peut donner la machine rhéostatique1 est sensiblement proportionnelle au nombre des condensateurs.
- Avec dix condensateurs, j’obtenais des étincelles de 0m,015 environ, avec trente condensateurs des étincelles de plus de 0m,04; en employant une ma-chine de quatre-vingts condensateurs*, chargée par ma batterie secondaire de huit cents couples, j’ob-
- 1 Voy. La Nature. n° 235, du 1er décembre 1877.
- 2 Le cylindre de caoutchouc durci du commutateur a 1“ de longueur sur 0m,15 de diamètre.
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- tiens actuellement de bruyantes étincelles de plus de 0m,12 de longueur. Si ces étincelles sont produites au-dessus d’une surface isolante saupoudrée de fleur de soufre, elles peuvent même atteindre 0m,15. Dans ce dernier cas, elles forment sur leur passage un sillon sineux de 0,002 à 0,003 de largeur, et, en prenant comme surface isolante un mélange de résine et de 1‘ environ de paraffine, elles laissent au milieu du sillon une ligne bleuâtre très nette, directement visible, tracée comme à la mine de plomb, et qui permet d'en conserver facilement l'exacte autographie (fi g. 1).
- On reconnaît que ces étincelles présentent sou-
- vent, quand elles n’ont pas la longueur maximum qu’elles peuvent atteindre, des embranchements fermés, semblables à des anastomoses, qui peuvent échapper quand on n’observe que le trait lumineux. | On y retrouve particulièrement la forme en crochet, ! près du pôle négatif, qui se faisait déjà remarquer dans les étincelles plus petites de ma première machine rhéostatique. Ce crochet semble résulter de l’angle formé par la rencontre des deux mouvements de la matière pondérable arrachée aux pointes de l’excitateur. Le mouvement électrique partant du pôle positif étant le plus rapide, la matière projetée de ce pôle parcourt la plus grande partie de
- Fig. I. — Sillins sinueax tracé, par l'étincelle électrique au-dessus d’une stiface i olante saupoudrée de fleur de soufre
- la distance à l’autre pôle, d’où part un mouvement inverse, et l’angle ou crochet arrondi qui en résulte se produit naturellement plus près du pôle négatif.
- Ces étincelles offrent ausssi des arborescences qui apparaissent en enlevant l’excès de soufre par quelques légers chocs donnés à la lame isolante sur laquelle elles ont laissé leur sillon (fig. 2) h Ces arborisations permettent de s’expliquer les empreintes d’apparence végétale que l’on a observées quelquefois sur le corps de personnes foudroyées, et qui ne sont que le résultat des ramifications du trait de la foudre elle-même2.
- 1 Cette figure représente, en grandeur naturelle, les arborisations formées sur le trajet d’une étincelle de Om, 15 de longueur, produite par la machine rhéostatique.
- 2 On en trouve un exemple récent, cité dans le Lancet de Londres : « Un berger ayant été frappé d’un coup de tondre sous un arbre, dans le comté de Leicester, on trouva sur son
- Les étincelles de la machine rhéostatique peuvent aussi percer le verre et donner à sa surface les figures roriques observées par M. Riess avec l’électricité statique. Produites au-dessus de la résine pure, elles fournissent, par l’insufflation de la poudre soufre et minium, de belles figures à la Lichtenberg, d’un autre genre que les arborisations ci-dessus, et qui, fixées sur du papier humecté d’un vernis, constituent de précieux éléments pour l’étude de la décharge électrique. Si l’on donne à la machine un mouvement continu de rotation, les étincelles se succèdent rapidement, et l’on peut charger dos, admirablement reproduite en saillie sur la peau et dans une teinte écarlate brillante, une lige d’arbuste avec de nombreuses branches délicatement tracées comme avec une pointe d’aiguille. Le tronc avait à peu près trois quarts de pouce de largeur, et l’aspect général était celui d’un pied de fougère à six ou huit branches.
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- des jarres ou des batteries de Leyde comme avec une machine électrique. Les pôles de tension de l’appareil doivent être, dans ce cas, soigneusement isolés de ceux de la pile secondaire.
- La quantité d’électricité dynamique nécessaire pour la production d’effets statiques est si minime, que la source primaire à laquelle la machine rhéo-statique emprunte son électricité se réduit à trois ou quatre éléments de Daniell, dont le courant subit une première transformation dans la batterie secondaire.
- Cet appareil donne aussi des effets statiques de
- quantité qui diffèrent notablement de ceux de tension, en maintenant tous les condensateurs associés en surface et en y adjoignant un autre petit commutateur spécial, animé d’un mouvement de rotation, destiné à recueillir les décharges, sans mélange avec les effets de la batterie secondaire. Les étincelles continues que l’on obtient ainsi sont également bruyantes, mais n’éclatent qu'à une très faible distance ( ou 23 de millimètre), en présentant l’apparence d’un point très brillant entouré d’une auréole de flamme, et projettent, sous forme de rayons, des particules arrachées aux électrodes.
- Fig. 2. — Arborescences fommées par l’étincelle électrique de la machine rhéostatique.
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- Si l’on fait passer ces étincelles statiques de quantité dans un voltamètre rempli d’une solution saline, dont le pôle négatif est une électrode à la Wollaston et que les longues étincelles de tension traverseraient silencieusement, ce passage est accompagné d’un bruit très fort, semblable à une petite explosion; l’effet mécanique produit est si énergique, que le vase même du voltamètre se déplace et avance sur son support ; le verre entre en vibration, et, si l’on fait tourner rapidement le commutateur, il en résulte une sonnerie ou un roulement très intense.
- En disposant les communications de manière que la batterie secondaire agisse en même temps sur le voltamètre par l’intermédiaire d’un contact imparfait, des interruptions continues se produisent spon
- tanément et la sonnerie devient automatique. Un rhythme quelconque donné à ces interruptions se répète avec une grande intensité dans le voltamètre, et il serait peut-être possible de tirer parti de ce fait dans la téléphonie.
- La plupart des phénomènes que j’ai observés en employant des courants de haute tension se manifestent, à J’aide de ces décharges continues d’origine semi-dynamique et semi-statique, avec plus de facilité et une moindre tendance à se transformer en effets calorifiques. L’expérience que j’ai désignée sous le nom de pompe voltaïque se reproduit ici très nettement par une action surtout mécanique de la force électrique. Au lieu de s’élever sans interruption, comme avec un courant continu, l’eau monte par saccades ou par chocs d’autant plus rap-
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- proches que les étincelles se succèdent plus rapidement, et l’appareil devient alors un véritable bélier rhéostat ique.
- Gaston Planté.
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- LA MER DE SARGASSE
- Au milieu de l’Atlantique, vers le 16° et 58° latitude, et 50° et 80° longitude occidentale, un peu à l’ouest, du triangle formé par les Açores, les Canaries et les îles du cap Vert, se trouve l’étendue de mer connue sous le nom de mer de Sargasse (du mot portugais Sarç/açao, qui signifie varech). Sa surface est égale au bassin du Missis-sipi et les « raisins du tropique » (fucus natans), qui la couvrent, y sont souvent assez abondants pour opposer à la marche des navires un obstacle sensible. La région comprise dans la partie concave entourée par le Gulf-Stream est donc remplie de forêts ou prairies marines. Contrairement à l’opinion généralement admise et adoptée par Maury, suivant laquelle ces varechs auraient été arrachés aux rivages et amassés là par les courants, les fucus natans, qui composent ces prairies, me paraissent croître sur place, grâce, sans doute au calme relatif dont jouissent ces parages. Ils sont en effet protégés contre le mouvement des eaux (vagues ou lames), par le courant qui les entoure de toute part. S’il en était autrement, si ces varechs avaient été déracinés et enlevés aux rochers continentaux, pourraient-ils végéter là où on les ren-contre? Ne feraient-ils pas, des régions maritimes qu’ils occupent, des foyers de putréfaction ? Et comment auraient-ils remonté la courbe extérieure du Gulf-Stream ? Cette question me paraît être tranchée depuis qu’en 1852 le capitaine Lee, dans sa campagne scientifique à bord du Dolphin, a trouvé dans la mer de Sargasse un minimum de 2670 mètres, et un maximum de 6989. A la manière de certains végétaux, d’eau douce, ces plantes, dépourvues comme eux de racines, croissent et se propagént à la surface (3000 et 7000 mètres de profondeur ne leur permettant probablement pas de plonger leur tige jusqu’au sol). De nombreuses vésicules pleines d’air, que les marins, dans leur langage pittoresque, ont nommé « raisins du tropique», les allègent comme aulant de petits ballons. Tantôt entraînés sous telles ou telles latitudes par l’action des vents et des courants, tantôt ramenés vers d'autres parages, ces fucus flottent, parfois en nappes continues, presque toujours en paquets isolés. Ils sont remplis d’animalcules marins, car la vie y pullule avec encore plus de richesse que dans les forêts de la terre.
- Ces prairies marines ont l’aspect le plus étrange. Bien plus vastes que les llanos du bassin de l’Orénoque, que les pampas de la République Argentine, que les prairies du Far-West, elles s’étendent, à perte de vue, en inextricables amas d’herbes, de tiges, de fleurs de toutes nuances. Vert, rouge, jaune, rose, on dirait qu’un immense prisme décompose en cet endroit les rayons du soleil tropical ! « Que sont nos arbres les plus élevés, dit M. L. Dubois, les pins géants de la Californie eux-mêmes, les eucalyptus de la Nouvelle-Hollande, qui dressent leur tige superbe à une hauteur de 100 mètres, si on les compare à certaines algues, telles que la Du^villea de l’océan Antarctique ou varech portepoire delà Terre-de-Feu, dont la taille démesurée peut atteindre jusqu’à 560 mètres. L’Océan, qui nourrit dans ses abîmes les plus grands des animaux, voit également croître les colosses du règne végétal. A côté de
- ces algues gigantesques, il en est d’autres qui mesurent à peine un ou deux centièmes de millimètre; mais elles sont répandues avec une telle profusion qu’elles teignent l’Océan sur une vaste surface. La mer Rouge doit la coloration de certaines de ses parties à une algue élémentaire de ce genre. »
- D’après le commandant Leps, qui a étudié sur place la mer de Sargasse, elle n’aurait pas moins de 550 lieues de largeur sur 800 lieues de longueur, soit une superficie huit fois plus grande que celle de la France. Cette singulière région, qui ne fut pas inconnue de l’antiquité, faillit retarder d’un siècle, peut-être, sinon davantage, la découverte du Nouveau Monde. Vous savez tous que Colomb, engagé dans ces prairies, ne dut qu’à son énergie et à son héroïsme de pouvoir triompher de la terreur de ses marins, à la vue des navires qui ne pouvaient plus avancer.
- Depuis le quinzième siècle, la mer de Sargasse ne parait pas avoir changé d’aspect ni de place. Elle paraît être séparée en deux parties comme si un petit courant superficiel la partageait. L’esprit pratique et positif de notre siècle s’est demandé si l’agriculture et l’industrie ne pourraient pas emprunter à la « mer de Sargasse » des richesses jusqu’ici inexploitées. Il n’a pas eu de peine à y découvrir une opulente mine d’engrais de soude et d’iode. En effet, on évalue à 5 milliards de tonnes l’engrais qu’il serait possible d’extraire de ce vaste dépôt de varechs et à près d’un milliard d’hectares l’étendue de terre arable que l’on pourrait fumer avec cet engrais. La superficie de l’Europe n’est que de 960 000 000 d’hectares. Quelles richesses! Quelles sources de fécondité pour nos terres fatiguées ! Quelle jeunesse ne leur redonnerait-on pas si on les fumait avec quelques tonneaux de cet engrais naturel ! Et l’on ne peut compter les résultats, les surprises que réservent encore ces mers à ceux qui les exploreront !
- (Filz-Gerald et l'Exploration.)
- CHRONIQUE
- Verre trempé1.-— M. de Luynes a fait récemment à la Société d’encouragement, au nom de M. de Labastie, une communication sur les progrès que l'industrie du verre trempé a faits depuis que la Société lui a donné son approbation et ses encouragements.
- Il montre à l’assemblée les nombreux spécimens qui sont placés sur les tables, et qui présentent les formes les plus variées et les plus correctes. Ce sont des tubes pour verres de lampes et verres de becs de gaz, des gobelets de forme très diverse, des verres à pied, des mortiers pour laboratoire et leurs pilons : au sujet de ces dernières pièces, il rappelle les accidents si fréquents auxquels ces pilons étaient sujets; la moindre chute en causait la rupture, et M. de Luynes montre qu’il n’en est pas de même de ces objets en verre trempé. Il présente aussi des capsules pour la pharmacie et pour la chimie, de toute grandeur et de toute forme, des assiettes en verre, en cristal ou en émail, des tasses à café et à thé en émail blanc. Il termine cette énumération par une expérience frappante : des verres ordinaires sont mis dans un panier à salade avec des verres à boire de même forme, en cristal trempé; après quelques secousses, les verres ordinaires sont tous cassés, et tous les verres trempés sont intacts.
- On voit que toutes les difficultés de la question ont été résolues. Mais, ce qui est plus important, les procédés de
- 1 Voy. tables des matières des précédents volumes.
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- LA NATURE.
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- fabrication se sont simplifiés et se sont combinés avec les opérations ordinaires de la verrerie, de manière à diminuer considérablement les dépenses et à donner des formes plus régulières et une exécution plus parfaite. Les objets faits avec la matière liquide, quand ils sont encore rouges, sont directement jetés dans le bain de trempage, et ne sont plus réchauffés, comme à l’origine, jusqu’au ramollissement, ce qui causait souvent une altération de leur forme. Les bouteilles, verres à boire, tubes et verres de lampes et autres objets concaves, contenant de 1 air, qui s’opposerait à l’entrée du liquide pendant la trempe, sont reçus sur un tube courbe, sorte de siphon qui, au moment de leur immersion, laisse échapper l’air pendant que le liquide entre sans effort dans leur cavité.
- Tous ces perfectionnements sont installés à la verrerie de Choisy-le-Roi, et ils donnent lieu à une fabrication courante, assez facile pour qu’on puisse prévoir déjà le moment, peu éloigné, où les objets en verre trempé ne coûteront pas sensiblement plus cher que ceux en verre ordinaire.
- Chute des avalanches. — D’après le témoignage unanime des guides et des habitants des hautes Alpes, les avalanches en hiver ne tombent guère quand le ciel demeure couvert, mais presque toujours quand le ciel s’éclaircit, surtout le malin. Les religieux du grand Saint Bernard sont aussi de cet avis ; ils engagent toujours les voyageurs à ne pas se mettre en route quand le ciel s’éclaircit, et plusieurs d’entre eux qui ont méprisé cet avertissement ont été victimes de leur imprudence.
- Si le ciel s’éclaircit, le sol se refroidit ; les petits filaments de glace qui reliaient les masses de neiges se contractent, se brisent et provoquent le glissement de celles-ci. Dès qu’une petite quantité de neige a commencé à se mettre en mouvement, des masses beaucoup plus considérables s’ébranlent aussi, comme cela arrive toujours en pareil cas, et les avalanches tombent dans la vallée.
- La plus grande écluse du monde. — Le général Weitzel, ingénieur des États-Unis, achève en ce moment, au saut Sainte-Marie, par où le lac Huron communique avec le lac Erié, la construction d’une écluse qui sera la plus grande du monde. Elle a 545 pieds de long 80 pieds de large et 48 pieds de chute. Un navire de 60 pieds de largeur pourra passer par ses portes. Le général Weitzel estime que onze minutes seulement suffiront pour une éclusée, c’est-à-dire pour l’entrée et la sortie d’un navire. Ce magnifique travail va permettre à la navigation des grands lacs de se développer encore davantage, d’autant plus que le Canada, de son côté, agrandit et achève les canaux latéraux du Saint-Laurent. Ce qu’on recherche par tous ces travaux, c’est de mettre les régions intérieures du Dominion et des Etats-Unis, éloignées de 4000 milles ou 1600 kilomètres de la mer, en mesure de rejoindre l’Atlantique par la voie la plus économique sinon la plus courte, c’est-à-dire par la voie d’eau, et pour cela on perfectionne par des moyens artificiels ce que la nature a déjà en partie préparé. (Journal officiel.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES.'
- Séance du 13 octobre 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Les asperges et le phylloxéra. — M. Maumené signale les résultats obtenus aux environs de Saint-Emilion en cultivant des asperges dans les intervalles laissées entre les ceps d’une vigne phylloxérée. Le parasite a quitté la
- vigne pour se porter sur l’asperge et la récolte en vin a été sauvée. M. le docteur Chantre a observé le même effet par la culture intercalaire du ricinus palma christi.
- Thermo-chimie. — Sous le titre d'Essai sur la mécanique chimique, fondée sur le thermo-chimie,M. Berthelot présente un ouvrage qu’il vient de publier et qui ne peut manquer d’être accueilli avec un puissant intérêt. L’auteur rappelle d’abord que la science nouvelle à laquelle il s’est consacré est essentiellement française. Pressentie en quelque sorte par Laplace et Lavoisier, elle a reçu ses premières conquêtes des recherches de Dulong et Petit puis de Régnault. Depuis lors une foule de savants de premier ordre s’en sont occupés dans tous les pays et les acquisitions de la thermo chimie sont maintenant immenses. Suivant M. Berthelot toutefois ces résultats ne font que préparer le terrain à des découvertes futures dont le der. nier mot sera l’union intime de la chimie et de la physique sous un ensemble de lois mathématiques qu’on ne peut jusqu’ici que prévoir.
- Un gymnote. — C’est avec intérêt que les physiologistes apprendront l’arrivée au laboratoire de M. Marey (Collège de France) d’un gymnote électrique du Pérou. L'intéres-sani animal est, parait-il, quelque peu fatigué de son long voyage, mais on espère à force de soin le mettre dans peu de temps en état de se prêter à toute une série d’expériences.
- Traitement de l'ophthalmie symphathique. — A la suite d’une blessure ou d’une lésion d’un œil, l’autre œil peut être atteint d’affections variées et généralement très graves qu’on désigne sous le nom d'ophthalmie sympathique. Les travaux modernes ont démontré que cette maladie se transmet d’un œil à l’autre par l’intermé. diaire des nerfs ciliaires et peut-être par le nerf optique. Le seul traitement efficace employé autrefois était l’enlèvement complet de l’œil du blessé, point de départ des accidents, dits sympathiques. En juin 4876, M. le docteur Boucheron, dans une note à l’Académie des sciences, indiqua une méthode opératoire nouvelle, aussi efficace que l’enlèvement de l’œil, mais présentant l’avantage de ne pas faire subir de mutilation au malade. Se basant sur de nombreuses expériences faites dans le laboratoire de M. Paul Bert, à la Sorbonne, M. Boucheron annonçait que la section des nerfs ciliaires et du nerf optique en arrière de l’œil, peut s’exécuter sans destruction de l’œil, chez les chats, les chiens et les lapins, pourvu que les animaux soient bien portants. Si cette opération est, chez les animaux, généralement suivie de la conservation de l’œil, il devenait légitime d’utiliser cette opération sur l’homme. Or, depuis la présentation de la première note, un grand nombre d'ophthalmologistes ont suivi cette voie nouvelle, et maintenant, l’opération de M. Boucheron a reçu la consécration de l’expérience sur l’homme, dans plus de quarante cas, entre les mains de plusieurs observateurs. On peut la considérer comme une conquête définitive de la chirurgie conservatrice.
- Joints des grès de Fontainebleau.— Dans un Mémoire qui fait suite à des Recherches, M. Daubrée étudie la direction des fissures ou joints (ou diaclases, suivant Je nom qu’il leur a imposé) qui traversent les assises de grès dans la forêt de Fontainebleau. Il reconnaît que ces joints n’affectent pas des orientations quelconques mais sont dirigés suivant deux systèmes très sensiblement perpendiculaires l’un à l’autre, par N. 105° E. et par N. 42° E. Un fait important à noter est que la topographie de la région est nettement ordonnée par rapport à ces fractures du sol. Stanislas Meunier.
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- THERMOMÈTRES MÉTALLIQUES
- DE M. CORET.
- Les thermomètres métalliques de M. Coret consistent dans une disposition de tubes de métaux différents, soudés parallèlement, bout par bout, zinc et fer, ou cuivre et acier, par exemple, de manière à former une série dans laquelle les différences de dilatation entre deux tubes consécutifs, s’ajoutent autant de fois qu’il y a de couples employés. La figure 1 donne une des dispositions adoptées par l’inventeur; elle représente la partie inférieure de la tige plongeante d’un thermomètre destiné à donner la température d’un liquide. La
- Coupe horizontale
- Fig. 1*
- Fig. 2.
- Thermomètre métallique de M. Coret.
- marche du talon du dernier tube est suffisante pour qu’elle puisse être amplifiée par une roue dentée et déplacer sensiblement l’aiguille d’un cadran gradué. Cette partie du système n’est pas représentée sur la figure 1. La figure 2 donne l’ensemble complet d’un nouveau type de thermomètre construit par M. Coret. Le mécanisme et les tubes qui constituent l’appareil thermique sont fixés sur une même platine placée dans l’encastrement d’une pièce de bois en forme de lyre. L’appareil thermique est adapté à la platine par le point A ; l’extrémité B est reliée à un levier qui commande le secteur de roue dentée mis en relation avec l’aiguille indicatrice.
- Le système que nous signalons a le double avantage de pouvoir être construit à bon marché et de présenter une très grande sensibilité.
- GRÊLONS EXTRAORDINAIRES TOMBÉS A QUEENSTOWN (AFRIQUE DU SUD).
- 11 y a quelques mois déjà, une des petites villes de la colonie du Cap, dans l’Afrique du Sud, Queenstown, a été assaillie par un orage de grêle d’une intensité tout à fait extraordinaire. Les grêlons qui atteignaient la grosseur d’oranges, ont fait dans la localité des dégâts considérables; ils ont percé de trous des toits de tôles assez nombreux dans la localité et ont causé la mort de plusieurs moulons qui n’avaient pas eu le temps de trouver à s’abriter. Un photographe de la localité a ramassé quelques-uns des grêlons déjà en partie fondus, il les a recueillis dans un saladier, et après y avoir fait placer la main de son aide, qui donne leur grandeur par comparaison, il en a pris un cliché. Nous repro
- Grêlons tombés à Queenstown. (D’après une photographie.)
- duisons ci-dessous une épreuve de cette photographie assez ingénieuse; elle complète les nombreux documents que nous avons précédemment publiés sur des grêlons extraordinaires. Il est regrettable que ce document, qui a d’abord été envoyé au Graphie de Londres où nous l’empruntons, n’ait pas été accompagné de détails circonstanciés sur le curieux phénomène météorologique dont il résulte. Cependant quelques faits assez curieux ont été signalés. Il paraît que des coups de foudre très intenses se sont fait entendre avant la chute des grêlons, et que ceux-ci sont tombés sur le sol au milieu d’un bruit remarquable, assez comparable au déchirement d’une étoffe de soie. Quelques grêlons avaient une forme prismatique, très caractérisée.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- No 334 - 25 OCTOBRE 1879.
- LA NATURE.
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- Or
- LE DRESSAGE DES CHEVAUX
- PAR L'ÉLECTRICITÉ
- MORS ET STICK ELECTRIQUES.
- On a souvent proposé des moyens divers pour arrêter et maîtriser les chevaux emportés ou rétifs, il n’en est pas de plus ingénieux et de plus efficace que celui qui a été imaginé par M. Defoy et dont M. Bella, administrateur de la Compagnie des Omnibus, a récemment apprécié les avantages devant la Société d’encouragement1.
- M. Defoy exécute chaque jour de remarquables
- expériences que nous croyons devoir signaler à nos lecteurs. Disons d’abord en quoi consiste le système employé. C’est simplement un petit appareil de Clark renfermé dans une boîte qui peut facilement être placée sous la main du cocher ou du cavalier. Les rennes du cheval contiennent intérieurement un fil métallique conducteur qui aboutit au mors d’une part, et à l’appareil magnéto-électrique d’autre part. En tournant la manivelle de l’électro-aimant, on détermine la formation d’un courant électrique qui agit dans la bouche du cheval, et lui cause une telle surprise qu’il s’arrête et reste immobile. En joignant à l’action de l’électricité la douceur et
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- Cheval lancé au galop, instantanément arrêté par l’action d’un mors électrique. (D’après nature.)
- les caresses, le cheval le plus dangereux est rapidement maîtrisé.
- M. Bella rapporte que M. Defoy a expérimenté son appareil sous ses yeux, au dépôt de la Compagnie générale des Omnibus, où se trouvent réunis les chevaux les plus méchants et les plus dangereux. Un cheval hongre très difficile à ferrer fut amené à la forge où il se montra extrêmement méchant, on le munit de la guide conductrice du courant: au bout de quelques minutes d’expérimentation, le cheval se laissa caresser l’encolure et le dos, puis toucher les jambes, et finalement relever les pieds de derrière, toujours les plus difficiles à aborder et à relever. « On frappa sur le fer sans
- 1 Société d.' Encouragement, séance du 25 avril 1879.
- 7e année. — 2e semestre.
- qu’il se révoltât, ditM. Bella, et on lui changea ses fers, sans qu’il fût entravé et sans qu’il recommençât ses dangereuses défenses. »
- Le directeur de la Compagnie parisienne des Petites Voilures a récemment aussi constaté l’efficacité de ce procédé. « L’expérimentation, dit M. Camille, dans un rapport que nous avons sous les yeux, a eu lieu sur plusieurs chevaux qu’il avait été jus-qu’alors impossible de ferrer, tous sans exception ont cédé à l’influence de l’appareil. Un cheval qu’il s’agissait de ferrer allait jusqu’à se rouler à terre, se débattant, se défendant et luttant contre tout, rien ne pouvait le dompter. J’eus recours à l’appareil de M. Defoy; à la première expérience, on leva, à mon grand étonnement, sans de grandes difficultés, 21
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- les pieds du cheval rétif ; à la seconde expérience, il fut aussi facile de le ferrer que s'il n’avait jamais opposé la moindre résistance; l’animal était vaincu. »
- M. Defoy a récemment conduit devant nous un cheval dangereux qu’il arrêtait instantanément après l’avoir lancé au galop, en tournant la manivelle de l’appareil de Clark installé sur le siège de la voiture (voy. la gravure). Il est important de faire remarquer que le résultat n’est pas obtenu par une commotion violente ; le courant électrique n’est pas assez intense pour galvaniser ou stupéfier l’animal ; il produit plutôt chez lui l’étonnement, et la sensation désagréable, mais non douloureuse, du picotement électrique. Nous avons pu supporter nous-même très facilement le courant de l’appareil magnéto-électrique employé par M. Defoy. Il n’y a donc rien dans ce procédé qui rappelle les méthodes ' barbares que l’on emploie parfois pour dompter les j chevaux par la force ou par la violence, qui les I brisent de fatigue, les surexcitent et les rendent fa- | rouches et vindicatifs.
- Nous ajouterons que M. Defoy a complété le ; mors électrique par un stick électrique non moins ingénieux que le premier appareil. C’est une cravache contenant deux fils métalliques conducteurs du courant, isolés l’un de l’autre par du cuir. Ils se terminent par deux pointes placées perpendiculairement à l’extrémité du stick et sont mis en relation, comme précédemment, avec un appareil magnéto-électrique. Si un cheval a l’habitude de se cabrer, il suffit, au moment où il forme son temps i d’arrêt, de lui donner l’impulsion au moyen des jambes et de lui appliquer en même temps les pointes du stick électrique sur le sommet de l’encolure. Sous l’influence du courant électrique il se porte immédiatement en avant la tête basse. On réussira de même sur un cheval faisant des voltes-face ; il suffira de lui appliquer le courant sur la joue, du côté où il voudra faire son demi-tour, et on l’arrêtera aussitôt.
- A l’aide d’un stick électrique, M. Defoy fait en peu d’instants obéir un cheval à toutes ses volontés, d’une façon vraiment merveilleuse. Le nouveau procédé nous paraît de nature à rendre de très grands services. Gaston TISSANDIER.
- BIBLIOGRAPHIE
- La photographie des peintres, des voyageurs et des touristes, nouveau procédé sur papier huilé, simplifiant le bagage et facilitant toutes les opérations, avec indications de la manière de construire soi-même la plupart des instruments nécessaires, par M. A. PÉLEGRY, 1 vol. in-18, Paris, Gauthier-Villars, 1879.
- The climateof Eastern Asia, by Dr H. FRITSCHE, Direc-tor of the impérial russian Observatory al Peking. 1 vol. in-8, « Celestial Empire » office, Shangaï.
- Il Clima di Calania del doit, G. B. UGIETTI. 1 vol. in-8, Païenne, 1879.
- Catalogue of scienlific Sériais (1633-1876), by Samuel II. Scudder, 1 vol. in-8, Cambridge, library of Haward University, 1879.
- Le Transsaharien, par Gazeau de VAUTIBAULT, 1 vol. in-18, Paris.
- Anuario del observatorio de Madrid, ao. XVII, 1879, Madrid, 1878.
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- LA FAUNE DES ILES FANNING
- PETIT ARCHIPEL DE l/oCÉANIE SITUÉ SOUS L’ÉQUATEUR.
- Le petit groupe d’îles que les Américains désignent sous le nom d’îles Fanning ou Fanning-Group, est formé de quatre îlots de corail, situés dans l’océan Pacifique, immédiatement au nord de l'Équateur et au sud des îles Sandwich.
- Bien que découvert en 1798 par le capitaine baleinier Edmond Fanning, ce petit archipel est généralement peu connu, et le docteur Th. IL Streets, qui l’a visité en 1876, prétend que ces îles ne se . trouvent sur aucune carte1. Plus heureux que M. Streets, nous avons trouvé, sur les cartes françaises, ces quatre îles indiquées sous leurs noms respectifs de Palmyra, Washington, Fanning et Christmas, qui désignent chacune d’elles dans l’ordre oii elles sont disposées, en allant de l’ouest à l’est et du nord au sud. Mais elles ont été peu explorées, surtout au point de vue de l’histoire naturelle, à part l’île de Christmas (ou de Noël), dont il est question dans un certain nombre de relations de voyages, et que l’on représentait comme tout à fait isolée sous l’Équateur.
- Ces quatre îles se trouvent situées entre 10,57’ et 50,49’ de latitude nord, et entre 157°,27' et 162°,II' de longitude, à l’ouest du méridien de Greenwich (ce qui correspond à peu près à 159° — 165°, à l’ouest du méridien de Paris). De même que les autres îles de l’océan Pacifique, elles sont orientées du nord-ouest au sud-est, comme suivant la cime d’une montagne sous-marine, et exclusivement formées de récifs de corail. — La plus à l’ouest, évidemment la dernière soulevée du groupe, est Palmyra. Elle a la forme d’un fer à cheval avec une lagune au milieu, et constitue ce qu’on appelle un atoll. — L’ilot oriental (Christmas), est le plus ancien ; la végétation y est plus abondante et comprend une plus grande variété de plantes.
- L’île Washington, située entre les deux autres que nous venons de nommer, est la plus remarquable du groupe, surtout par sa géologie. Elle présente des traces de bouleversements. C’est un atoll oblitéré : on ne trouve plus au centre qu’un lac d’eau douce, au lieu d’une lagune d’eau de mer. La communication qui existait primitivement avec la mer a été bouchée par des débris où Ion reconnaît des troncs de Cocotiers et de Pandanus. La végéta-
- The american Naturalist, février 1877.
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- tion est luxuriante. L’eau du lac est à peine légèrement saumâtre. On y trouve une espèce d’Anguille et une Crevette, qui toutes deux seraient différentes de celles que l’on trouve dans la mer qui entoure l’île. M. Streets tient ce renseignement d’un intelligent Anglais qui a habité quelque temps cette île comme surveillant pour la récolte des cocotiers : le peu de temps qu’il y a passé personnellement (un jour à peine), l’a empêché de se procurer des individus de ces deux animaux.
- Son exploration lui a donné de plus riches résultats sous le rapport de la faune ornithologique de l’île Washington.
- Le lac et ses rives sont habités par une petite espèce de Canard que M. Streets a nommée, en l’honneur du docteur Elliot Coues, Chaulelasmus Couesi, et qui ne diffère que par sa taille moindre et quelques détails de bec et des pattes de l’espèce plus anciennement connue du même genre, le Chaulelasmus streperus, qui est presque cosmopolite, se trouvant à la fois en Europe, en Asie, en Afrique et dans l’Amérique du Nord.
- Mais le plus brillant représentant de toute la gent ailée sur cette île est un petit perroquet lory, appartenant à un groupe polynésien où le rouge prédomine dans le plumage : c’est le Coriphilus Kuhlii, de Vigors, ou Vini écarlate, de Lesson. — Bien que découvert depuis longtemps, et redécouvert de nouveau, il importait de déterminer exactement sa patrie. Finsch, dans ses Papegais, l’indique comme un des plus rares dans les musées. Wagler suppose qu’il vient des îles Sandwich, — Vigors l’attribue à l’une des îles de la Société (Tu-buititiruba), près Tahiti, — Lesson, à celle de Borabora, dans le même archipel. Enfin Borjot dit que l’individu du Musée de Paris « vient de l’île Fanning au nord-ouest de Christmas et au nord-est du groupe Phœnix.... », et d’après M. Streets cette dernière indication serait la seule exacte1. Ces deux îles (Fanning et Washington) peuvent, dans tous les cas, être considérées comme la vraie patrie de ce petit Lory, et il est probable qu’on ne l’a jamais pris dans aucune autre localité.
- Voici du reste la description originale du voyage deFanning en 1798, époque delà découverte de ces îles : — « Cet oiseau est de la taille du Rouge-gorge ; la poitrine est écarlate, le dessous du corps se terminant par du rouge-clair ; le cou est couleur d’or, le dos d’un beau vert, le bec jaune, excepté la pointe qui est d’un brun brillant ; les ailes et la queue sont d’un noir de jais, et cette dernière présente une barre blanche en écharpe : c’est un bel oiseau varié de couleurs riches et brillantes. »
- Ce petit perroquet est assez, abondant à l’île
- 1 II existe des petits perroquets très voisins de celui-ci à Tonga et à file Wallis (du groupe de Samoa), ainsi qu’aux îles Vit et Fidji (Coriphilus fringillaceus et C. solitarius). Mais il ne semble pas y avoir de vrais perroquets aux Sandwich où ils sont remplacés par les genres Loxops et Psittirostra {Note du traducteur}.
- Washington. Un indigène du groupe de Kingsmill (îles Gilbert), en procura à M. Streets plusieurs individus en les attirant dans un bambou au moyen d’un oiseau apprivoisé, et leur passant un nœud coulant autour du cou.
- Le seul autre oiseau terrestre, à l’île Washington, est un passereau gobe-mouche (Flycatchar ou Muscicapa). Les individus que M. Streets s’en procura, envoyés au Smithlonian Institution, à Was-hington, y furent confondus avec d’autres dans la collection, et il ne put les retrouver plus tard quand il voulut en déterminer l’espèce. Un oiseau semblable, mais un peu plus petit et plus brun (ce qui tient sans doute à la différence des conditions du milieu suivant la localité), se trouve à l’île Christmas, où il est le seul oiseau terrestre. Mais de même que le précédent, il n’a pu être retrouvé pour la détermination spécifique. — Ce dernier est probablement le Gobe-mouche que Gray a nommé Campephaga (Calage) œquatorialis, d’après la planche 92 des icônes ineditœ d’Ellis, exécutées pendant le troisième voyage de Cook, et conservées au British Muséum1. — Un autre passereau se trouverait encore à l’île de Christmas, d’après Gray : c’est la Sylvia æquinoctialis, de Latham, que l’on place avec doute dans le genre Tatare, et qui n’a pas été revue par les navigateurs qui ont visité cette île depuis le siècle dernier2.
- Les oiseaux de mer sont plus nombreux : le Sula piscator se trouve à Palmyra et à Christmas : Gray paraît avoir confondu cette espèce avec le très différent Sula fiber qu’il indique à Christmas, probablement à tort (loc. cit., p. 61). Une autre espèce de Fou existe bien à Christmas, en compagnie de celle-ci, mais c’est le Sula cyanops (que Gray désigne sous le nom de Sula personata, Gould) M. Streets a remarqué que les individus de cette dernière espèce, sont tous à Christmas en plumage d’adulte, tandis que ceux qu’il a trouvés nichant à Palmyra étaient en plumage imparfait, ce qui lui fait supposer que les jeunes sont écartés de l’autre île par leurs parents jusqu’à ce qu’ils aient revêtu la livrée d'adulte. — Plusieurs hirondelles de mer, Anous stolidus, Sterna fuliginosa et Gygis alba se montrent à Palmyra, où cette dernière espèce niche sur les arbres. — Gray indique encore, à Christmas, Procelsterna cinerea (Gould), Lafr. (sous le nom d’Anous parvulus, Gould), — et Sterna a ffinis (Rüpp), Schlegel, sous les noms de Sterna media (Horsfs.), St. australis (Gm.), et St. Torresii (Gould), — que M. Streets n’y a pas ren-| contré.
- A Christmas, ce dernier a trouvé les espèces suivantes : Phaëton rubricauda (et non pas Phaëton œthereus, que Gray indique probablement à tort, cette dernière espèce étant plutôt propre à l’océan
- 1 Gray : Catalogue of Birds of Tropical Islande of the Pacific Océan, p. 23. Cette espèce n’est pas indiquée dans son Handlist of Birds.
- 2 Gray : loc. cit., p. 14, et Handlist, t. 1, p. 194, n°2680.
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- Atlantique) ; — Æstrelata parvirostris (Peale), et un autre Puffin que M. Streets décrit comme nouveau sous le nom de Puffinus nativitatis, et qui doit être l’une des espèces précédemment indiquée par Gray (Puffinus obscurus) (Vieill.), et Procellaria alba (Gin.),— qui y signale également VOssifraga gigantea (Forster), Reich. ; — enfin une petite frégate, le Tachypetes Palmerstonii de Gassin, qui ne diffère pas de la Fregatta mi no r de Lalham et des auteurs modernes.
- Les échassiers, plus communs et plus nombreux
- à Palmyra qu’à Christmas sont : Numenius femo-ralis (que M. Schlegel ne distingue pas du Numenius phœopus de Latham, et que Gray a confondu avec le Numenius australis (Gould), sous le nom de Numenius tahitiensis); — Charadrius fulvus, petit pluvier qui remplace notre Pluvier doré dans l'Orient; — Totanus semipalmatus, espèce de l’Amérique du Nord qui paraît s’égarer, lors de ses migrations jusqu’en Europe; — enfin une espèce de Tringa que M. Streets laisse indéterminée, et qui correspond probablement au Tringa parviros-
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- tris de Peale, qui est VActitis rufescens (Vieill.), de M. Schlegel et le Totanus (Tryngites) cancella-tus (Gm.) de Gray.
- Les autres animaux terrestres trouvés par le naturaliste américain sur ces îles sont une petite Tornatellina, mollusque qui s’attache aux frondes d’une fougère (Polypodium aureum), et une petite sangsue qui se fixe aux paupières des jeunes oiseaux.
- On y voit deux crabes : Cœnobita glivieri presque terrestre. On le rencontre partout, grimpant aux arbres et aux buissons, en traînant après lui la lourde coquille du Turbo argyrostoma. — Puis le gigantesque Burgus latro, qui vit à l’île Washing
- ton. Il ne monte pas aux troncs des cocotiers, comme on l’a dit, pour cueillir des noix : il vit à terre et ne s’attaque qu’aux fruits déjà tombés des arbres et qu’il pousse dans les terriers où il se gîte. Ses pinces sont assez fortes pour ouvrir les noix et il y met une rare ténacité; j’en ai vu rester plus d’une heure suspendus à un bâton qu’on leur avait fait saisir entre leurs pinces. La nuit, ces animaux vont à la mer pour mouiller leurs branchies.
- Traduit librement de la relation du Dr T. Streets
- par le Dr E. L. TROUESSART.
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- LES AGRANDISSEMENTS
- DE LA, BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, A PARIS.
- Depuis longtemps le monde savant se préoccupe des dangers permanents auxquels se trouve exposée la Bibliothèque nationale, par suite du voisinage des maisons qui l’enclavent encore, du côté de la rue Vivienne et de la rue Colbert.
- Il suffit de rappeler, pour donner une idée de ces dangers, que, parmi les diverses industries occupant ces immeubles figurent un hôtel, un res
- taurant, un marchand de bois et charbons, une épuration d’huiles, un pharmacien, tous ou pres-que tous mitoyens avec notre grand établissement scientifique.
- Cette situation regrettable a été bien souvent signalée aux pouvoirs publics par les fonctionnaires à qui incombe la responsabilité de la garde de ces riches dépôts ; bien souvent on a démontré l’absolue nécessité d’isoler les bâtiments de la Bibliothèque, et, pour cela, d’exproprier les maisons des rues Colbert et Vivienne.
- Il a fallu arriver jusqu’à ces dernières années,
- Plan de la Bibliothèque nationale à Paris et des maisons à exproprier. — A. Grande cour d’entrée. — B. Vestibule. — C. Sallede travail des Imprimés. — D. Hémicycle. — E. Grand magasin de livres. — F. Bureaux du Catalogue des imprimés. — G. Bureaux des entrées; au-dessus, Réserve des imprimés. — H. Entrée provisoire. — I. Grande entrée. — K. Salle des Globes. — L. Salle publique de lecture actuelle. — M. Jardin sur la rue Vivienne. — N. Cour de l’hôtel du directeur. — 0. Ateliers de reliure. — P. Bureaux de l’administration — Q. Exposition de géographie — R. Département des éstampes; au-dessus, Galerie Mazarine. — S. Amphithéâtre d'archéologie; au-dessus, Département des Manuscrits. — T. Magasin de livres; au-dessus, Département des Médailles. — 3, 5, 7, 9. Maisons à exproprier pour isoler la Bibliothèque.
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- jusqu’à cette année même, pour voir ces justes réclamations prises en considération ; et c’est seulement au mois de février 1879 qu’une Commission de la Chambre des députés, sur le rapport de M. Marcellin Pellet, a reconnu le bien fondé de ces réclamations, en concluant à l’adoption d’une proposition de loi de M. Edouard Lockroy, relative à l'isolement de ces précieuses collections.
- Il y a tout lieu d’espérer que cette proposition sera discutée et votée dès le début de la session prochaine, qui va s’ouvrir dans quelques jours. Aussi, pour que nos lecteurs se rendent bien compte de l'intérêt qu’il y a depuis longtemps à ce que l’expropriation demandée soit promptement opérée, nous avons dressé le petit plan ci-dessus, grâce à
- l’obligeant concours de M. Pascal, l’architecte distingué qui a succédé, dans la direction des travaux de la Bibliothèque, à M. Labrouste, membre de l’Institut, nous pouvons ainsi montrer à nos lecteurs à quels immeubles doit s’appliquer la somme de 5 millions 100 000 fr. reconnue approximativement nécessaire pour l’achat des immeubles en question.
- Ces immeubles, désignés sur le plan par des hachures obliques, portent les numéros 3, 5, 7 et 9 de la rue Vivienne et 1 de la rue Colbert.
- Ils sont immédiatement contigus aux bureaux de l’administration et au secrétariat de la Bibliothèque (P), où se trouvent des archives importantes, la caisse, etc., etc. ; à l’exposition permanente
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- des sciences géographiques, et à la vaste salle dite des Globes (K), où sont disposés de précieux documents relatifs à l'histoire de la géographie, des cartes de toute rareté, portulans, etc., des sphères uniques au monde, particulièrement les grands globes de Coronelli, dont nous avons donné ici même, il y a quelques années, une description complète1, des plans autographes, des appareils de cosmographie et d’astronomie extrêmement curieux, etc., etc. Rien que la perte de ces pièces, qui ne forment pourtant qu’une très minime partie de l’ensemble des collections, serait tout à fait regret table, et, à beaucoup d’égards, absolument irréparable.
- Mais ce qui serait un véritable désastre, non seulement pour Paris, non seulement pour la France, mais pour le monde, pour l’humanité tout entière, ce serait la destruction des richesses immenses contenues dans les autres bâtiments de la Bibliothèque, qu’un incendie aurait vite fait d'envahir de proche en proche.
- Nous ne parlons pas de la salle dite de lecture (J), dont l’entrée est rue Colbert, et dont les 20 000 volumes, malgré leur prix, pourraient à la rigueur être remplacés; mais sur le même palier que celte salle, à son extrémité méridionale, s’ouvre la galerie Mazarine, dont la décoration, avec le magnifique plafond de Romanelli, la Chute des Titans, est une des curiosités de Paris.
- Or, la galerie Mazarine est occupée, depuis l’année dernière, par une exposition sans pareille dans aucune bibliothèque, et que le manque d’espace a seul empêché de rendre plus brillante encore.
- C’est, pour ainsi dire, l’histoire de l’écriture et de l’imprimerie représentée par ses monuments les plus précieux : manuscrits, incunables de toute beauté, exemplaires uniques, miniatures et enluminures splendides, reliures de' toute rareté et d'une conservation admirable; les vitrines qui occupent cette longue galerie renferment, en joyaux d’une valeur inestimable, la rançon de plusieurs souverains. Et le propre de ces richesses, c’est que, une fois détruites, il n’est pas de fortune qui puisse les remplacer, car, pour la plupart, ces pièces n’existent guère que là.
- A l’extrémité de la galerie Mazarine, c’est le Département des manuscrits, dont les 100 000 volumes constituent le fonds le plus considérable de ce genre, puis la Section des cartes et plans, dont les portefeuilles offrent aux travailleurs une mine inépuisable d’utiles matériaux.
- Au-dessous de la même galerie, au rez-de-chaussée, se trouve la salle de travail du Département des estampes, formant elle-même une exposition des pièces les plus rares qu’ait enfantées l’art de la gravure. Là figurent des monuments uniques dont la perte serait un deuil universel pour le monde des artistes et des hommes de goût.
- 1 Voy. la Nature, n° 116 du 21 août 1875. p. 177.
- Les collections seules de ce département comptent plus de 2 millions 500 000 pièces, conservées dans 15 000 volumes et plus de 4000 portefeuilles.
- Enfin cette même section est contiguë au Département des imprimés, à la grande Salle de travail, ainsi qu’à une partie des dépôts de ce département
- Là sont rangés, sur une longueur de 50 kilomètres de rayons au moins, environ 2 millions 200000 volumes, dont une grande partie formée de livres rares et précieux, classés à part, dans les salles dites de la Heserve et qui, situées au premier étage des bâtiments neufs, sur la rue Richelieu, sont, à la rigueur, un peu mieux à l'abri des dangers immédiats signalés plus haut.
- Le grand magasin central de ce département (E) est formé de cinq étages de planchers en fer, à jour, éclairés seulement par le haut, et où les seuls éléments combustibles sont les tablettes et les livres eux-mêmes ; comme le chauffage y a lieu par des appareils à air chaud, pour éviter autant que possible toute cause d’incendie, il serait déplorable que toutes ces précautions fussent rendues inutiles par un feu venant de l’extérieur.
- Enfin ce grand magasin est mitoyen avec le Département des médailles et antiques, qui, situé au premier étage sur la rue Richelieu, a été aussi complètement isolé qu’on a pu le faire, et mis à l’abri des risques du même genre. De plus, en raison des richesses spéciales que renferment ses collections, où l’on compte plus de 150 000 médailles, monnaies, pierres gravées et antiques fort précieux, des mesures de sûreté toutes particulières lui assurent encore une sécurité exceptionnelle.
- Tel est, dans un rapide ensemble, le tableau des services de notre grande Bibliothèque nationale, des dangers que lui fait courir la situation actuelle et des pertes qui pourraient résulter de cette situation.
- Ajoutons que l’accroissement constant des collections nécessite un développement continuel des galeries et des dépôts, et que l’expropriation qu’on tarde à accorder pour mettre ces collections à l’abri de ces périls, il faudrait la décider forcément un jour ou l’autre, quand les bâtiments existants seront devenus complètement insuffisants.
- Enfin, pour terminer cet exposé, il faut rappeler la nécessité d’installer, dans des locaux vastes et appropriés, les services de la Salle publique de lecture, dont on est obligé de refuser l’entrée, pendant une partie de l’année, à un nombreux public, faute de places. Le chiffre des lecteurs, qui n’était, en 1869, que de 54 472, s’y est élevé, en effet, en 1877, à 58 877, et à 58 961 en 1878.
- Espérons, encore une fois, que le Parlement saura se rendre à toutes ces raisons, reconnaître des nécessités évidentes et assurer bientôt à la Bibliothèque nationale, avec de nouveaux espaces indispensables à ses services, une sécurité qu’on ne peut plus lui refuser plus longtemps.
- Charles LETORT.
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- LES MARTYRS DE LA SCIENCE
- La librairie Maurice Dreyfous va dans quelques jours mettre en vente un ouvrage publié sous ce titre par M. Gaston Tissandier. Cet ouvrage forme un volume in-8, illustré de trente-quatre gravures sur bois composées par M. C. Gilbert, dont nos lecteurs connaissent le talent. Nous en donnons ci-dessous quelques extraits :
- Nous devons la civilisation moderne aux grands ouvriers de tous les pays et de tous les temps. Héritiers du domaine qu’ils ont cultivé à travers les âges, nous recueillons le fruit dont ils ont semé le germe.
- « Entre tous les noms qu’a consacrés l’admiration publique, a dit Geoffroy Saint-Hilaire, il n’en est pas, il ne saurait en être de plus véritablement glorieux que ceux des grands inventeurs scientifiques. » N’ont-ils pas droit, en effet, à notre reconnaissance ces héros du travail, savants, explorateurs, écrivains, philosophes, qui nous ont légué les bienfaits de la science?
- Que d’enseignements féconds, que d'exemples précieux ne trouvons-nous pas dans l’histoire de leur vie, de leurs luttes et de leurs efforts !
- Voulons-nous savoir comment s’accomplissent les grandes choses, voyons-les à l’œuvre, considérons l'énergie, l’opiniâtreté dont ils font preuve. Écoutons Newton, il nous dira qu’il a fait ses découvertes « en y pensant toujours. » Buffon s’écriera : « Le génie c’est la patience. » Tous parleront le même langage. Travail et persévérance, est leur commune devise.
- « Avec le temps et la patience la feuille du mûrier se change en soie1. » Newton recommença quinze fois sa Chronologie avant d’en être satisfait. Michel-Ange travaillait constamment, il prenait ses repas à la hâte et se levait quelquefois la nuit pour se mettre à l’œuvre. Pendant quarante ans, Buffon écrivit à son bureau tous les jours, cinq heures le matin et cinq heures le soir. Montesquieu parlant d’un de ses ouvrages, disait à un ami : « Vous lirez ce livre en quelques heures, mais je vous certifie qu’il m’a coûté tant de travail que mes cheveux en ont blanchi. »
- « Ceux qui prétendent que l’on peut réussir sans travail et sans peine, a dit Franklin, ce sont des empoisonneurs. »
- Quel que soit le but que l’homme se propose d’atteindre, il ne doit pas seulement s’assujétir au travail ; il faut encore qu’il s’exerce à vaincre les difficultés, car les obstacles de toutes sortes entraveront sa marche. Quoi qu’il entreprenne, il devra lutter pour s'assurer le succès, pour triompher dans le combat de la vie. Or, qui dit lutte, dit péril.
- Si l’explorateur veut s’élancer à la conquête de pays nouveaux, traverser les mers, visiter les continents, étendre le domaine de la géographie, étudier la faune ou la flore de pays lointains, les dangers
- 1 Proverbe indien.
- innombrables s’offriront à lui. Sur l'Océan, la tempête entravera sa marche ; sur la terre, les hommes et les animaux l’assailliront, la fatigue et la faim seront ses ennemis. Il devra combattre contre vents et marées.
- L’innovateur qui veut éclairer l’humanité, détruire les vains préjugés, féconder le domaine de l’intelligence, en y semant le germe d’idées nouvelles, rencontrera des obstacles d’un autre genre, mais non moins redoutables. La jalousie, l’envie, la haine, s’acharneront après lui, 1 ignorance habilement exploitée le menacera sans cesse. Galilée est persécuté, Palissy est emprisonné. Bannis est massacré à l’heure sinistre de la Saint-Barthélemy, Etienne Dolet périt dans les flammes du bûcher, allumé par l’Inquisition. Il en est malheureusement de même de la plupart de ces génies qui, depuis le jour où Socrate but la ciguë, se sont attachés à des entreprises prématurées et ont eu, suivant l’heureuse expression de Casimir Delavigne :
- L’inexcusable tort d’avoir trop tôt raison.
- Le physicien, le chimiste qui interrogent la nature par l'expérience, savent affronter d’autres dangers. Le genre des travaux qu’ils entreprennent les exposent parfois à l’action des éléments qu’ils étudient, ou des forces qu’ils mettent en œuvre.
- Les obligations du devoir professionnel ne sont pas non plus sans faire de victimes : le médecin pendant les épidémies, le mineur au sein de la terre, savent aussi affronter la mort.
- Le spectacle de tous ces martyrs du progrès, soldats qui souffrent ou qui succombent pour de nobles causes, est fait pour nous émouvoir, et pour alimenter notre compassion ; mais il faut nous garder d’y trouver l’objet du découragement.
- Une considération doit nous fortifier. Parmi les causes qui font les martyrs de la science, il en est qui disparaissent de nos sociétés modernes : ce sont celles qui tirent leur origine non pas des éléments, mais de l’homme lui-même, de ses préjugés, de son ignorance. La persécution, qui a fait tant de victimes dans le passé, a cessé de s’attacher à l innovateur; nul ne la connaît aujourd’hui. On verra toujours des Livingstone terrassés par les fièvres sur le théâtre de leurs exploits, on ne verra plus de Christophe Colomb enchaînés par la haine et l’iniquité. Il faut louer Bernardin de Saint-Pierre qui nous a fait entendre cette parole de consolation : « Nos aïeux ont traversé l'âge de fer, l’âge d’or est devant nous. »
- Après avoir ainsi exposé son sujet, l’auteur aborde successivement l’histoire des martyrs de la science, des explorateurs, depuis Christophe Colomb jusqu’à Livingstone, des philosophes et des savants persécutés, des grands inventeurs et des grands producteurs malheureux, des médecins victimes de leur dévouement, etc., etc.... Nous reproduisons ci-dessous quelques extraits relatifs à Denis Papin et à Josué Heilmann.
- En 1707, Denis Papin publia à Francfort un
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- petit livre intitulé : Nouvelle manière d'élever l'eau par la force du feu, et dans lequel il décrivait un nouveau système de machine à vapeur. Papin le fit plus tard exécuter en grand et l’appliqua à un bateau qu’il essaya avec succès sur la Fulda.
- A la suite de difficultés survenues avec quelques
- personnages de Marbourg, l'inventeur résolut de faire connaître à Londres son premier bateau à vapeur. Leibnitz s’efforça d'obtenir de l’électeur de Hanovre l’autorisation nécessaire pour faire passer le bateau, de la Fulda sur le Weser, mais malgré son influence, il échoua complètement. Pendant ce temps,
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- Denis Papin. — lis s’acharnent à briser la machine.... (Voy. page 354, col. 1.)
- Papin expérimentait son bateau à feu qui donnait d’admirables résultats « La force du courant était si peu de chose en comparaison de la force de ma machine », écrit-il dans une lettre à son protecteur Leibnitz, « qu’on avait de la peine à reconnaître qu’il allât plus vite en descendant qu’en remontant. » L’inventeur se préparait à s’embarquer prochainement avec sa famille quand il apprit que le président du
- bailliage de Münden refusait décidément le passage. « Je me vois en grand danger, dit Papin, qu’après tant de peines et de dépenses qui m’ont été causées par ce bateau, il faudra que je l’abandonne et que le public soit privé des avantages que j’aurais pu, Dieu aidant, lui procurer par ce moyen. Je m’en consolerai pourtant, voyant qu’il n’y a pas de ma faute, car je ne pouvais jamais imaginer qu’un
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- dessein comme celui-là dut échouer faute de permission. »
- Après quelques jours de nouvelles et vaines démarches, Denis Papin, exaspéré, voulut essayer de passer outre. Le 24 septembre 1707, il embarqua sur son bateau à vapeur toute son humble fortune,
- consistant en quelques effets, quelques misérables ustensiles de ménage ; il y fit placer sa femme et ses enfants. Lui-même monte près de son appareil. Il part, il navigue sur le fleuve, maître du flot et du vent. Bientôt il arrive près de Loch au confluent du Wéser.
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- J. Heilmann. — Si je pouvais imiter cette manière de tirer les cheveux.... (Voy. page 554, col. 2.
- Mais là commence la fatale juridiction de la corporation des bateliers. On prévient à la hâte le président du bailliage Zeune, qui accourt en toute hâte, et, excité par la curiosité, visite le bateau de Denis Papin. Il se fait expliquer l’étrange petite machine au moyen de laquelle on pourrait faire manœuvrer les vaisseaux sans mâts ni voiles; mais en homme craintif et prudent, il se retire bientôt sans oser
- protéger l’inventeur. Le lendemain, Denis Papin voit arriver un grand nombre de bateliers de la corporation, qui lui signifient que son embarcation, qui a voyagé sans permis, leur appartient désormais, en vertu de leurs privilèges, qu’elle va être tirée sur la berge, pour que les débris en soient vendus publiquement. Denis Papin, exaspéré, proteste et réclame, mais il est seul contre tous ; c’est en vain qu’il re-
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- quiert l’assistance des habitants des faubourgs de Loch; les bateliers ne voulant pas perdre leur proie, se précipitent sur le navire, et sans désemparer, le mettent en pièces; ils s’appliquent à briser avec acharnement la machine et les roues, en présence de l’inventeur consterné.
- Ainsi s'exécuta cet acte de destruction barbare, qui, en reculant d’un siècle l’avènement de la navigation à vapeur, a peut-être modifié la destinée des peuples.
- Plus tard, nous retrouvons à Londres Denis Papin, faible et malade. Robert Boyle, son ancien ami, est mort; les nouveaux membres de la Société royale le connaissent à peine. Le vieillard songe encore à la patrie absente, mais il est protestant, plus que jamais, à la fin du règne de Louis XIV, l’intolérance religieuse lui en ferme l’accès. Pendant longtemps, l’inventeur vécut d’une humble solde de la Société royale, dans un état voisin de la misère. Faute de ressources, il ne lui fut jamais possible de renouveler les expériences de son bateau à vapeur. « Je suis obligé maintenant, dit-il dans une de ses lettres, de mettre mes machines dans le coin de ma pauvre cheminée. »
- Denis Papin vécut très vieux et d’autant plus misérable, qu’il était chargé de famille. On ne peut préciser l’époque de sa mort ; mais il est certain qu’il languit longtemps dans l’abandon et la pauvreté 1.
- Dans la liste des inventeurs qui ont contribué à perfectionner les machines à filer, à carder et à tisser le coton, nous devons mentionner Josué Heil-mann2. Contrairement à la plupart des inventeurs, il avait une fortune qui s’élevait, tant par son propre patrimoine que par la dot de sa femme, à 500 000 francs environ, mais le démon de l’invention le possédait, Heilmann, qui vivait dans le centre des fabriques alsaciennes, apprit que les principaux industriels de la localité offraient un prix de 5000 francs au constructeur d’une nouvelle machine à peigner le coton. La machine à carder alors en usage ne pouvait servir à préparer le coton en laine, et elle entraînait en outre un déchet considérable. Heilmann prit la résolution de concourir. Il n’en était pas au début de ses travaux; après avoir dirigé un atelier pour la construction des machines, il avait inventé successivement une curieuse machine à broder dans laquelle vingt aiguilles fonctionnaient à la fois, un métier perfectionné, une machine à mesurer et à plier les étoffes, une autre pour enrouler la trame. Son métier pour tisser à la fois deux pièces de velours avait très vivement attiré l’attention. Mais le nouveau problème auquel Heilmann s’adressait était beaucoup plus difficile qu’il n’avait pu le supposer. Il dut consacrer plusieurs années à étudier ce sujet, et s’y acharnait d’autant plus que le but était
- 1 Arago. Notices scientifiques, LU.— Louis Figuier. Les Merveilles de la Science, t. Ier. — Le baron Ernouf. Denis Papin, sa Vie et sonOEuvre, 1 vol. in-18. Paris, Hachette et Cie.
- 2 Né à Mulhouse en 1796.
- plus éloigné. Il fallait entreprendre des expériences coûteuses, construire des appareils d’essais, sans cesse renouveler les tentatives. Heilmann s’engagea dans de si grandes dépenses que toute sa fortune, y compris la dot de sa femme, fut absorbée par les frais de ses travaux de recherche. Bientôt réduit à la pauvreté, il se vit dans la cruelle nécessité d’emprunter de quoi vivre à quelques amis ; sur ces entrefaites, le malheureux chercheur ayant perdu sa femme, résolut de quitter sa patrie et d’aller chercher en Angleterre une profession qui lui permît de faire vivre ses deux filles. Heilmann se rendit à Manchester : l’idée de sa machine à peigner le poursuivait toujours et remplissait toutes ses pensées. Il en construisit un modèle pour un fabricant anglais, mais ses espérances furent encore une fois déçues. Il revint en France visiter sa famille, ne cessant jamais en quelque endroit qu’il se trouvât de songer à la solution du problème qui le poursuivait comme une idée fixe. Assis, un soir, près de son foyer, et méditant sur la triste destinée des inventeurs, il se surprit à observer presque sans en avoir conscience, mais très attentivement, ses filles qui se peignaient et qui, d’une main légère et sans la moindre difficulté, faisaient glisser le peigne entre leurs longs cheveux. « Si je pouvais, pensa-t-il, imiter avec succès dans une machine cette manière de tirer en avant les cheveux longs et de refouler les courts par l’action inverse du peigne, cela pourrait vraiment me tirer d’embarras 1. »
- Josué Heilmann se remit à l’œuvre ; après plus de sept années d’efforts, il inventa enfin le mécanisme, simple en apparence, mais en réalité très complexe, de la machine à peigner. Il lui fallut encore plusieurs années pour arriver à son modèle définitif. Celui-ci atteint, il est vrai, un si grand degré de perfectionnement qu’on ne peut guère espérer le dépasser. Il faut voir fonctionner cette merveilleuse machine, pour l’apprécier et pour saisir l’analogie qui existe entre le mécanisme et l’action qui en a fait naître l’idée. Suivant l’expression d’un éminent ingénieur anglais, la machine d’Heilmann agit « avec une délicatesse de touche presque comparable à celle des doigts humains. » Elle peigne la mèche de coton des deux bouts, place les filaments dans une position de parallélisme parfait, opère le triage des fils longs, qu'elle sépare des courts, pour réunir les uns et les autres en faisceaux distincts.
- Les filateurs de Manchester comprirent bien vite les mérites et les avantages de la nouvelle machine ; l’un des principaux d'entre eux l’ayant adopté, six autres fabricants se cotisèrent et en achetèrent le privilège 750 000 francs. Les filateurs de laine donnèrent la même somme pour l’appliquer à la laine, et les fabricants de Leeds payèrent 500 000 francs l’autorisation de la mettre à profit pour peigner le lin. Josué Heilmann vit la richesse affluer dans sa maison ; mais il n’en profita pas, et mourut au
- 1 Samuel Smiles, Self-Help.
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- moment où le succès venait si brillamment couronner ses longs travaux. Son fils, qui avait partagé sa misère et ses convictions, le suivit de près dans la tombe1. Gaston TISSANDIER.
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- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES1
- [Congrès de Montpellier Août 1879).
- visite a l'école d’agriculture de Montpellier
- Le Congrès de Montpellier a été l’occasion, pour la plupart de ceux qui ne connaissaient qu’imparfaitement le Midi, d’une véritable révélation, en ce qui concerne l’École nationale d’agriculture créée dans cette ville, en 1872, par le ministère de l’agriculture, avec le concours de la ville et du département de l’Hérault. C’est sur le domaine, de la Gaillarde, que l’École a été établie. Ce domaine est à 1800 mètres environ de Montpellier; les bâtiments sont admirablement placés, au double point de vue de l’hygiène et de l’agrément, sur une colline isolée qui domine la ville et sa banlieue.
- Créée spécialement pour la région méridionale, l’École d’agriculture eut des commencements difficiles; mais, grâce à la persévérance de son directeur, M. Camille Saint-Pierre, au savoir et au labeur incessant de ses professeurs, elle a pris depuis quelques années une réelle importance ; elle forme aujourd’hui non seulement un centre d’enseignement, mais aussi un centre d’études et de recherches scientifiques appliquées aux cultures méridionales. C’est surtout sur ce dernier caractère qu’il con viendra d’insister, après avoir donné quelques détails sur l’organisation de l’Ecole.
- Lorsque l’École fut créée, le domaine de la Gaillarde ne comptait que trois corps de bâtimenis, peu appropriés au but du nouvel établissement. Il fallut d’abord les aménager, puis en construire de nouveaux suivant les besoins du service, pour arriver à former l’ensemble que représentent les fig. 4 et 5. Lorsque les laboratoires qui sont encore en construction seront complètement achevés, l’École aura à sa disposition tous les éléments de travail indispensables à sa prospérité, de même que déjà, au point de vue de l’organisation matérielle des salles d’étude, amphithéâtre, dortoir, réfectoire, etc., elle n’a rien à envier aux établissements les plus réputés.
- L’École compte actuellement environ soixante-dix élèves, tant internes qu’externes ou auditeurs libres. A la rentrée du mois d’octobre 1878, trente-huit élèves avaient été admis, dont vingt-trois internes. Il n’y a pas plus de trois ans que l'internat a été créé; autrefois, tous les. élèves étaient externes. La création de l’internat a donné à l’établissement un essor complet; celte année encore, il a fallu créer de nouveaux lits; les bâtiments de l’École peuvent aujourd’hui loger cinquante-cinq internes. Mais ce nombre n’est pas suffisant ; il n’est pas difficile de prévoir
- 1 Voici le sommaire des chapitres de l’ouvrage dont nous venons de publier quelques extraits : L Héros du travail. — 11. La conquête du globe.— III. L’exploration des hautes régions de l’atmosphère — IV. La découverte du système du monde. V. L’Imprimerie. — VI. La méthode scientifique. — VII. Créateurs de sciences. — VIII. L’industrie et les machines.— IX. Bateaux à vapeurs et chemins de fer. — X. Les médecins-— XL Science et Patrie. — XII. Simples soldats.
- 1 Suite et fin, p. 206 et 271.
- que, pour ne pas entraver le développement de l’École, il faudra, dans un avenir prochain, porter ce chiffre à une centaine. Il serait, en effet, fâcheux que bientôt l’École fût obligée de refuser les élèves qui, chaque année, se pré-sentent plus nombreux pour en suivre les cours.
- L’enseignement de l’École d’agriculture comprend neuf cours réguliers : sciences physiques, génie rural, botanique et sylviculture, zoologie et zootechnie, agriculture appropriée aux cultures du Midi, sériciculture, entomologie, économie rurale et législation, technologie, outre, des conférences sont faites aux élèves sur l’hygiène, ainsi que sur l’horticulture et sur la médecine vétérinaire. Chaque cours comprend, à côté de l’enseignement didactique, des exercices pratiques qui se font, soit dans les laboratoires, soit dans les champs appartenant au domaine de l’École. Une vaste bibliothèque est à la disposition des élèves, et des collections nombreuses facilitent les démonstrations ; il suffit de parcourir les salles dans lesquelles ces collections sont réunies pour juger du soin avec lequel elles ont été formées et du zèle qui préside à leur entretien. Ces collections s’enrichissent d’ailleurs constamment par les soins des professeurs. Parmi les plus intéressantes, il faut citer l’herbier provenant de l’Institut agronomique de Versailles, les collections Perris d’insectes européens, comprenant dix mille espèces et trois cent cinquante échantillons de bois attaqués par les insectes; une collection entreprise par M. Valery-Mayet, des insectes de la région de l’olivier, aux diverses phases de leurs métamorphoses ; un herbier ampélographique consacré aux vignes françaises et aux vignes américaines. Les étables renferment quelques types des principales races bovines et ovines du pays, notamment de la race bovine de Schwitz, de la race ovine lauraguaise, etc. ; quelques animaux reproducteurs y ont été élevés pour être mis gratuitement, pour la monte, à la disposition des agriculteurs du pays.
- Ces détails, forcément incomplets, suffisent pour donner une idée des ressources matérielles de l’enseignement. Mais celles-ci resteraient à peu près infructueuses si l École ne possédait pas un corps de professeurs absolument dévoués à leur grande lâche, aimant passionnément leurs études spéciales, et animés du seul désir de développer le cadre de leurs leçons. Aussi, ont-ils rapidement acquis autour de l’École la légitime influence à laquelle ils avaient droit ; un certain nombre de villes, Montpellier en têle, leur ont, à diverses reprises, demandé des leçons et des conférences pour les agriculteurs de leur rayon.
- Il nous faut indiquer maintenant les principaux services scientifiques annexés à l’École.
- C’est d’abord la station séricicole créée en 1874, et mise sous la direction de l’un des professeurs, M. Maillot, un des élèves les plus distingués de M. Pasteur. La station a été établie dans le double but de faire des recherches de sériciculture et de propager le système de grainage cellulaire pour faire des éducations saines de vers à soie. M. Maillot remplit avec succès cette double mission. Il est constamment dans son laboratoire, à suivre les éducations qu’il fait pendant presque toute l’année, à contrôler les systèmes nouveaux proposés en France et à l’étranger, et pendant l’hiver dernier, il trouvait encore le temps de faire vingt-deux conférences dans les principales villes du Midi. Pendant la campagne dernière, la station a distribué des lots de graines de sélection à cent dix éducateurs de vers à soie, et elle a répandu plus de mille brochures sur la sériciculture dans tout le midi de la France.
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- A côté, un petit observatoire météorologique a été construit; les observations régulières qui y sont faites depuis 1872 ont été publiées. En outre, dans un jardin spécial qui l’entoure, les phases de la végétation aux diverses époques de l’année sont suivies avec le plus grand
- Dans le laboratoire de technologie, M. Saint-Pierre consacre le temps qu’il peut dérober à la direction de l’École, à des études importantes, encore en cours d’exécution, sur les vins provenant des cépages américains et sur la maturation des raisins.
- soin en ce qui concerne les principales plantes cultivées du Midi.
- Des recherches sur les terres, les plantes, la composition des engrais, sont poursuivies à la station agronomique créée depuis deux ans. C’est M. Au-doynaud qui est à la tête de celte station. Il a fait, en outre, en 1878, près de deux cents analyses de terres et d’engrais pour les agriculteurs, sans compter celles qui lui ont été demandées par des associations agricoles et par l’administration. Parmi les travaux les plus récents de M. Audoynaud, il faut citer des recherches sur la diffusion dans
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- Fig. 1. — Vigne américaine en prospérité. (Reproduction d’une photographie)
- Si tous les travaux qui viennent d’être indiqués sommairement ont une grande importance, il en est cependant quelques autres qui sont suivis avec encore plus d’intérêt par les agriculteurs méridionaux. Ce sont les travaux de la station viticole où sont étudiées toutes les questions relatives à la viticulture et à l'ampélo-graphie. Une création de ce genre s’imposait à l’École d’agriculture de Montpellier; mais elle était devenue beaucoup pins urgente après les désastres causés par le phylloxéra. La station viticole a été créée au mois de janvier 1876, et placée sous la di-
- le sol. du sulfure de carbone appliqué au traitement des vignes phyloxérées, sur l’influence que les engrais potassiques exercent sur le sol, sur l’application des divers engrais à la culture de la vigne, etc.
- rection de M. Gustave Foex. Les travaux qu’il a exécutés depuis quatre ans ont complètement justifié la confiance qui lui a donné ce poste délicat. Il s’agissait, en effet, de rechercher les moyens de rendre à la viticulture sa pros-
- Fig. 2. — Vigne Mestroune ravagée par le phylloxéra. — Fig. 5. — Vigne Claparède ravagée par le phylloxéra. (Reproduction de photographies.)
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- périté disparue. La Commission du phylloxéra avait établi, de l’autre côté de la ville de Montpellier, au Mas de Las Sorres, un champ d’expériences où ont été étudiés avec beaucoup de soins tous les insecticides proposés pour détruire le terrible puceron. Sans abandonner les études sur les insecticides, la station viticole de l’École se trouvait
- naturellement portée à diriger ses recherches d’un autre côté et notamment sur les vignes américaines, que beaucoup d’hommes distingués préconisaient comme un des principaux moyens de salut pour la viticulture française. Et de fait, il est heureux que ses études aient pris cette voie, car il en est sorti des faits bien constatés et d’une
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- haute utilité. Avec un laboratoire organisé pour les ana- | lyses et les recherches mycrographiques, la station viti-
- Fig. 4. — Vue des bâtiments de l’École d’agriculture de Montpellier. (D’après une photographie.)
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- Fig. 5. — Plan généralde l’École d'agriculture de Montpellier. — 1. Enseignement, internat, musée et bibliothèque. — 2. Service de l’anatomie. — 5. Direction et bureaux. — 4. Stations agronomique et œnologique. — 5. Machine agricoles — 6. Écurie, vacherie et bergerie. — 7. Fumier — 8. Station séricicole et services de l'entomologie. — 9. Chalet de la station séricicole. — 10. Services des cultures et de la porcherie. — 11. Conciergerie et magnanerie.— 12. Stations viticole et botanique. — 15. Station et jardin météorologiques. — 14. Plantations arbustives en terrasses. — 15 et 16. Mûriers. — 17. Oliviers. — 18. Micocouliers. — 19. Jardin botanique. — 20. Jardin dendrdlogiquc. — 21. Potager. — 22. Jardin fruitier. — 25 à 23. École de viticulture et collections de vignes américaines. — 26 à 28. Vignes américaines. — 29. Collection de vignes françaises. — 50. Arrosage par les eaux d’égout. 31. École de génie rural. — 52. Champ d’études.— 55 à 58. Vignes. — 59 à 42. Terres labourables. —45. Citerneaux eaux d'égout. — 44. Citerne d’eaux pluviales.
- nisé, sur plusieurs parties de champs indiquées sur le i 1° Une école démultiplication, où sont faits des essais sur planque nous reproduisons: | les semis, le bouturage, le provignage etla greffe delavignc;
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- 2° Une école de taille, où sont expérimentés les systèmes de taille les plus généralement adoptés;
- 5° Des collections renfermant environ deux cent cinquante espèces ou variétés de vignes américaines ;
- 4° Des collections en voie de formation, où seront peu à peu réunis tous les cépages français greffés sur la vigne américaine ;
- 5° Des plantations où sont expérimentées en grand les variétés américaines qui paraissent les plus dignes d’intérêt.
- Enfin, avec l’aide d’un certain nombre de viticulteurs, il a été créé sur treize points différents de la région phy-loxérée, dans des conditions diverses de sol et de climat, des stations d’essai des principaux cépages américains, où les observations sont scrupuleusement recueillies d’après un modèle uniforme.
- On voit que l’étude des vignes américaines a été organisée avec une grande précision. Il était nécessaire qu’il en fût ainsi; car il suffit d’un peu de réflexion pour se rendre compte des multiples conditions d’acclimatement de végétaux venus de pays lointains, et de la nécessité de faire la part dans les succès ou les insuccès de l’adaptation du cépage au sol, suivant l'heureuse expression de M.Vialla, du climat, et enfin de l’action du phylloxéra lui-même.
- Quels sont les résultats actuellement acquis? Il y a aujourd’hui une lutte très vive entre les partisans des vignes américaines et les partisans des insecticides contre le phylloxéra. On reproche, avec juste raison, aux vignes américaines d’avoir introduit le fléau en France, et on affirme que leur culture ne ferait que l'y entretenir. A cela, les partisans des vignes américaines répondent que, si l’on veut tirer parti des insecticides, il faut éteindre tous les foyers d’infection, et que cela est désormais matériellement impossible dans la zone de plusieurs centaines de mille d’hectares complètement envahis. Donc, à leurs yeux, puisque le phylloxéra existe, il faut se résoudre à vivre avec lui, et la vigne américaine est un des moyens de résoudre ce problème, peut-être même le meilleur moyen. Sans vouloir prendre parti, nous n’avons à dire ici que ce qui s’est passé à l’École d’agriculture de Montpellier. Dans cette terre où les phylloxéras abondent et renaissent sans cesse, les insecticides ont échoué, tandis que la vigne américaine se développe admirablement. Nous donnons trois vues qui ont été prises le même jour, le 20 juillet dernier, par la photographie, sur le domaine de l’École.
- La première représente une vigne américaine (fig. 1), du cépage Herbemont, qui en est à sa quatrième feuille, en d’autres termes, âgée de quatre ans; la vue est prise dans la vigne du nord, à l’École; l’Herbemont a été planté en 1875, en plants enracinés, sur une vigne arrachée, et qui avait péri sous les atteintes du phylloxéra, malgré un traitement au sulfocarbonale. Le dessin montre la vigueur de la végétation ; cette vigne était, au mois de septembre, couverte de fruits. Cette vigueur est tellement éclatante, que les vignerons des environs, convaincus par ce qu’ils voient, ne se contentent pas de demander des sarments pour boutures à M. Saint-Pierre, qui les distribue généreusement, mais encore viennent parfois, clandestinement, arracher et emporter des ceps entiers.
- A côté, voici la vigne Mestroune (fig. 2), de 72 ares, qui a été traitée au sulfure de carbone. C’est une ancienne vigne plantée en Carignane; avant 1874, elle donnait une belle récolte. C’est en 1875 que le phylloxéra y a été trouvé. Dès cette année, la vigne était traitée par du fumier et du sulfure de potassium; en 1876, on appliquait le sulfo-carbonate; en 1877, le procédé Rousselier (sulfure de
- carbone et huiles lourdes); en 1878 et 1879, le sulfure de carbone, d après la méthode de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée. La récolte a été, pour cette vigne : en 1874, 11 000 kilog. de raisin ; en 1875, 7100 kilog. ; en 1876, 2012 kilog. ; en 1877, 2085 kilog. ; en 1878,1595 kilog.
- Mais c’est la vigne Claparède (fig. 5) qui est dans le plus triste état. Elle a une surface de quatre-vingts ares, et elle était plantée en Carignane et Grenache. En 1874, elle donnait 7600 kilog. A l’automne de cette année, on y a constaté deux taches phylloxériques, l’une de trois cent quatre vingt-dix mètres carrés, l’autre de deux cents quatre-vingt-cinq. Dès 1875, la vigne était soumise à un traitement de fumier, de cendres et de sulfocarbonale de potassium, et depuis 1876 exclusivement au sulfure de potassium, d’après le procédé Mouillefert. Pendant les deux premières années, la dose employée avait été à raison de quatre cents kilog. par hectare; en 1878 et 1879, elle a été élevée à six cents kilog. Voici quelles ont été les récoltes : en 1874, 7600 kilog. de raisins; en 1875, 5000 kilog. ; en 1876,1906 kilog. ; en 1877, 1880 kilog.; en 1878,1a vendange est descendue à 706 kil. de raisins.
- La vigne américaine prouve donc, à l’École de Montpellier, sa résistance au phylloxéra par sa vitalité. D’ail-leurs, dans les cultures de l’École, la sélection se fait rapidement, et bientôt il en sortira une étude complète sur la valeur de chacun des cépages des trois groupes F. La-brusca, F. Cordifolia et F. œstivalis. Mais là ne se bornent pas les services rendus par la station viticole. Les patientes recherches de M. G. Foëx ont élucidé la cause de la résistance des vignes américaines. C’est dans la différence de constitution des racines, dans les vignes françaises et américaines, que gît le secret de la mort des premières sous les atteintes du phylloxéra. Tandis que les racines des vignes françaises conservent toujours un tissu mou et spongieux, celles des vignes américaines se lignifient rapidement; les rayons médullaires sont plus étroits, plus nombreux, formés de cellules plus petites; les ponctuations des cellules sont aussi d’un diamètre beaucoup plus faible. Les tissus sont donc moins perméables ; ils sont simplement attaqués superficiellement par le phylloxéra, et la plaie se cicatrise rapidement. L’importance de cette découverte est considérable ; elle rassure,en effet, les viticulteurs sur la durée de la résistance des vignes américaines. Cette résistance provenant de la structure et d’un mode de fonctionnement des tissus, ne parait pas devoir se modifier, même dans le cas de la greffe des vignes françaises sur des souches américaines. Ainsi s’évanouissent les craintes soulevées souvent à ce sujet.
- Il serait hors du cadre de cet article d’entrer dans de plus longs détails sur les travaux sortis de l’École de Montpellier. Ce que nous avons dit suffit pour justifier la sympathie qu’elle inspire à tous les amis de notre agriculture méridionale. Henry SAGNIER.
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- CHRONIQUE
- Une idole des habitations lacustres. — Une découverte importante pour l’histoire des habitations lacustres vient d'être faite au Petit-Cortaillod, en Suisse, par deux pécheurs. Il s’agit d’un pilotis lacustre de l’âge de la pierre, qui mesure 1“,65 de hauteur et dont la forme est des plus remarquables. C’est une colonne en bois de pin surmontée d’un chapiteau; sous la saillie de ce chapiteau se trouvent cinq ouvertures parfaitement taillées, assez grandes, qui correspondent avec d’autres
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- LA NATURE.
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- ouvertures placées sur le rebord du piédestal de la colonne. Le chapiteau est de forme conique, la partie intermédiaire est parfaitement arrondie à la hache; le socle, cylindrique, est posé d’aplomb : on dirait une idole. Ce pilotis a fait travailler l'imagination des archéologues : les uns veulent y voir un instrument destiné à attacher les bestiaux ; d'autres, une machine à courber les arcs. Celle dernière supposition est assez naturelle lorsque le visiteur examine ces ouvertures correspondantes, placées à une distance suffisante pour de grands arcs, et creusées en inflexion recourbée dans l'intérieur.
- Un tunnel sous la Tamise. — Un nouveau tunnel, autorisé parade du Parlement, parait devoir être construit prochainement sous la Tamise, entre Greenwich et Millwall, près de Londres. La population de ces deux localités s élève à 259 000 habitants. Lorsque les ferry-boats ne marchent pas, par exemple dans les temps de brume, il faut faire un long détour de 12 milles, pour aller d une rive à l’autre, en traversant le fleuve à London-Bridge. Le nouveau passage serait donc d'une grande utilité pour le public. On sait que l’ancien tunnel, percé sous la Tamise, par l’ingénieur Brunei, est situé à environ 2 kilomètres 1/2 de London-Bridge Dans un meeting, tenu récemment à Greenwich, il a été résolu que la voie souterraine projetée s étendrait sous le lit du fleuve depuis un point voisin du Ship Hôtel, à Greenswich, jusqu’à côté de la gare du chemin de fer du Great-Eastern, à Millwall. Le nouvel tunnel se trouverait à une distance de 10 kilo-me.res de London-Bridge, et aurait une longueur d’environ 530 mètres. On y descendrait par un escalier de quinze marches à Millwall et de vingt-quatre marches à Greenwich.
- William Fothergill Cooke. — Un des pionniers scientifiques qui honoraient l’Angleterre, mais qui travail-lait pour le monde entier, a disparu dernièrement sans bruit et sans éclat. Sir William Fothergill Cooke fut le créateur, ou du moins l’introducteur du télégraphe électrique. Né en 1806, élevé dans le comté de Durham, où son père était professeur, il entra en 1826 dans le service militaire de la Compagnie des Indes, qu’il quitta en 1855 pour se livrer à l’élude de l’anatomie et de la physiologie à Paris et à Heidelberg. Il acquit une grande habileté dans le modelage des figures de cire. En 1856, une conférence sur le télégraphe de Schilling attira son attention vers la télégraphie électrique, dont il aperçut déjà tout le grand avenir; et il consacra tous ses efforts à la tâche d’introduirele nouvel agent dans les usages des gouvernants et des nations, en dépit de l’indolence des uns et de l’incrédulité des autres. Ce n’était pas un inventeur, il n’aspira jamais à la gloire d’une découverte ; mais il possédait à un haut degré le sens pratique des choses, une perspicacité merveilleuse pour les juger, et une énergie indomptable pour arriver à ses fins. Dans toutes les conjonctures d’événe-ments imprévus, ses conseils étaient d’une grande res source. Il s associa à Wheatstone pour introduire la télégraphie électrique dans les entreprises industrielles. Sous l’impulsion de ses vigoureuses initiatives, la première ligne établie en Angleterre fut expérimentée en 1857 ; la première Compagnie de communications électriques fut fondée en 1844; le premier câble fut posé en 1851; aujourd’hui enfin le monde est devenu un immense réseau de fils télégraphiques ; et le pionnier qui avait tant fait pour la production de ces merveilleux résultats a été porté en terre, sans qu’aucun des représentants des nations civilisées, ni aucun membre du Congrès télégraphique réuni à Londres
- ait jeté une fleur ni un regard sur le modeste cercueil.
- (Les Mondes.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 octobre 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Physique. — M. Wardon ayant proposé de remplacer la plaque en acier de la boussole de M.Duchemin par une rose en nickel, le nouvel instrument envoyé au ministère de la marine fut essayé comparativement avec des boussoles de différents systèmes ; l’expérience ne fut pas favorable à l’appareil de M. Wardon; on comprend du reste que le pouvoir magnétique du nickel étant beaucoup moins intense que celui de l’acier,les oscillations puissent durer plus longtemps ; les anciennes boussoles à aiguilles seraient même préférables à la rose en nickel.
- — M. Jamin annonce un nouveau saccharimètre de M. Laurent avec lequel on obtient des résultats d’une grande précision.
- Physiologie. — Des observations dont les résultats sont absolument contradictoires ont été faites sur la production du sucre dans le sang au moment de l’asphyxie.
- Quelques observateurs admettent que le sucre diminue, d’autres qu’il augmente ; M. Dastre ayant étudié la question dans le cas de l’asphyxie lente et dans le cas de l’asphyxie rapide reconnut que les résultats n’étaient pas du tout les mêmes ; après asphyxie lente, il y a diminution de glucose; après asphyxie rapide, il y a augmentation. Claude Bernard avait souvent constaté qu’après la curarisation la quantité de sucre dans le sang augmentait ; il se produirait des phénomènes analogues à ceux que M. Dastre avait étudiés dans l'asphyxie.
- Astronomie. — La 260e planète vient d’être découverte par M. Peters, de l’Observatoire de Washington.
- M. Bertrand analyse un projet de M. Jobert, relatif à rétablissement d’une école d’astronomie au Trocadéro ; il faudrait installer de nombreux appareils et en essayer de nouveaux. M. Bertrand doute que ce projet puisse être réalisé de longtemps, l’installation nécessitant des dépenses considérables.
- Mathématiques. — Une note curieuse est envoyée par M. Vachette sur le nombre de combinaisons que l’on peut effectuer avec 28 dominos; il parait qu’il suffirait de quinze millions d’années pour réaliser toutes les combinaisons.
- La séance, très courte d’ailleurs, est levée à 4 heures moins un quart. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE SEPTEMBRE 1879
- Le régime anticyclonique domine: aussi pendant chacune des 5 décades, la moyenne barométrique est supérieure à 760mm. L’anticyclone le plus remarquable est celui qui est visible sur les cartes du 2 et du 5, et dont la limite est indiquée sensiblement par le contour de la ligne 770.
- Les cyclones ont été nombreux, se propageant tous de l’ouest à l’est, mais peu importants. Le plus remarquable est un cyclone de 2° ordre (721mm au centre), bien marqué sur la carte du 25 et qui a amené des mauvais temps sur nos côtes septentrionales, une tempête du sud dans la mer du Nord et des pluies torrentielles dans les parages
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- LA NATURE.
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN SEPTEMBRE 1879
- D’apès le Bureau central météorologique de France. (Réduction 18)
- Lundi 1
- 378
- Samedi 6
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- de la Manche. Un autre cyclone de 3e ordre (735mm) qui apparaît le 4 au nord de la Suède atteint le 5 le golfe de Bothnie et cause une tempête sur la Baltique.
- Les pluies ont donc été moins continues pendant ce mois que pendant les précédents : on a recueilli encore cependant 18mm d’eau pendant la ire décade, 20 pendant la seconde et 3mm seulement pendant la 3e. Total 41mm.
- A Paris, la moyenne des hauteurs barométriques ramenées au niveau de la mer a été de 763mm et
- une pression inférieure à 760 a été constatée du 5 au 9, du 12 au 16 et du 25 au 24.
- Les lectures du thermomètre ont été généralement inférieures à la normale. On a constaté un maximum de 26°,4 le 6 et un minimum de 90,5 le 25. La moyenne du mois 15°,0 a été inférieure de 0°,7 à la normale de l’Observatoire de Paris. E. FRON.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N 335. — 1er NOVEMBRE 18 7 9.
- LA NATURE.
- LE MOTEUR ÉLECTRIQUE
- DE SI. MARCEL DEDIIEZ
- La question des moteurs électriques, comme celle des moteurs à vapeur, se divise en deux parties parfaitement distinctes :
- 1° La production de l’électricité;
- 2° L’utilisation de l’électricité comme production de force motrice.
- C’est à la seconde partie de la question des moteurs électriques que l’appareil de M. Marcel Deprez a fait faire de grands progrès et c’est à ce point de vue qu’il mérite de fixer notre attention.
- Nous allons d’abord décrire le moteur, il sera ensuite plus facile de nous rendre compte des avantages qu’il présente.
- L’appareil se compose d’un aimant en fer à
- cheval formé de huit lames superposées; ces aimants ont une puissance beaucoup plus grande que les aimants de même forme et de même poids d’une seule pièce. Entre les pôles de cet aimant est placée une bobine de Siemens dont l’axe est parallèle aux branches de l’aimant. Cette bobine est un cylindre de fer très doux portant deux rainures longitudinales dans lesquelles est roulé le fil qui doit traverser le courant, chacune des extrémités de ce fil étant reliée à un des demi anneaux de laiton qui forment le commutateur placé sur la droite de la figure. Le courant arrive au commutateur par des balais formés de fils de laiton très fins comme dans la machine Gramme ; le rôle du commutateur est de faire changer le sens du courant à chaque demi-tour.
- Le courant qui traverse le fil de la bobine B a pour effet de déterminer dans cette bobine deux pôles
- E S
- Moteur électrique île M. Marcel Deprez (1/4 grandeur d'exécution).
- de grande longueur qui changent de nom au moment où ils vont passer devant ceux de l’aimant. Les pôles de même nom se repoussent, les pôles de nom contraire s’attirent, il est donc facile de voir que la bobine va prendre un mouvement de rotation qui dépendra du sens du courant qui la traverse. Les balais sont montés sur un support pouvant tourner autour de l’axe de la bobine, ce qui permet de faire varier très facilement le calage du commutateur Cette disposition permet de changer la vitesse du moteur dans de très grandes proportions sans changer le rendement.
- Dans le petit modèle que nous reproduisons ci-dessus à l’échelle de un quart, l’aimant composé de huit lames pèse 1700 grammes, la bobine 400 grammes et le poids du moteur complet avec le socle, les engrenages, les balais, barre, etc., ne dépasse pas 4 kilogrammes.
- La vitesse normale de la bobine est de trois mille tours par minute, ce qui correspond à cent inversions de courant par seconde dans la bobine B. La poulie que l’on voit sur la gauche fait cents tour par
- 7 e anoée. — 2e semestre
- minute; en disposant sur sa gorge une simple corde à boyaux, on peut mettre en action différents appareils tels que machines à coudre, machines à diviser, tours d’horloger, etc., etc. A cet appareil, M. Deprez a ajouté une disposition particulière qui constitue un excellent régulateur de vitesse.
- Si la rotation tend à devenir trop rapide, soit par un accroissement de la puissance de la source élec-trique, soit par une diminution du travail à effectuer, un petit ressort, en communication fixe pai une de ses extrémités avec un des bouts du (il de la bobine et venant s’appuyer par son autre extré -mité sur une des coquilles du commutateur, s’écarte par l’effet de la force centrifuge. Le circuit se trouve rompu et reste ouvert jusqu’à ce que la vitesse soit redevenue normale. Le contact se rétablissant de nouveau, il se produit ainsi une série d’interruptions à intervalles très courts qui maintiennent les variations de vitesse entre des limites excessivement rapprochées, car elles ne dépassent pas 1/700 de la vitesse normale.
- Nous donnons ci-dessous des résultats d’expé-
- 22
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- LA NATURE.
- riences dynamométriques faites aux ateliers Rhum-korff avec le frein funiculaire de M. J. Carpentier, constructeur de l’appareil, expériences qui permettent de se rendre compte de la puissance vraiment remarquable de ce moteur. Dans ces expériences, la source électrique se composait d’éléments Bunsen plats, modèle Ruhmkorff, montés en tension. Les chiffres de la colonne 2 se rapportent au petit modèle dont nous venons de parler, ceux de la colonne 3 à un modèle plus grand mais exactement semblable. Le travail est exprimé en kilo-grammètres.
- NOMBRES D’ÉLÉMENTS Ruhmkorff en tension. 1 TRAVAIL DÉVELOPPÉ par le moteur Deprez petit modèle. 2 TRAVAIL DÉVELOPPÉ par le moteur Deprez grand modèle. 5
- 1 0,27 0,40
- 2 0,57 0,70
- 3 0,87 1,10
- 4 1,10 1,50
- 5 » 1,90
- 0 » 2,50
- 7 D 2,70
- Ces chiffres sont loin de ceux fournis parles moteurs électriques expérimentés en 1855 par M. Becquerel. Les résultats si satisfaisants que nous con-statons sont dus à plusieurs causes :
- 1° Le remplacement des organes oscillants par des organes rotatifs, perfectionnement qui permet d’augmenter beaucoup la vitesse.
- 2° Disposition longitudinale de la bobine remplaçant la disposition transversale. Ce changement, qui constitue le véritable perfectionnement apporté à la machine de Siemens, utilise toute la puissance de l’aimant et rend le moteur beaucoup plus léger à puissance égale.
- 5° Changement facile du calage des balais, calage qui dépend de la vitesse pour donner le meilleur rendement.
- 4° Régulateur de vitesse à force centrifuge qui empêche le moteur de s’emporter et par suite de se détériorer.
- Ajoutons pour terminer que le moteur est réversible, c’est-à-dire qu’en tournant la manivelle placée sur la poulie à gauche de la figure, il fonctionne comme une machine magnéto-électrique à courant continu dont la force électro-motrice atteint trois éléments Bunsen pour le petit modèle. A ce point de vue il pourra rendre de grands services dans les cabinets de physique où l’on ne veut pas monter de pile pour des expériences de quelques instants. Il suffira de tourner la manivelle pour avoir une source électrique assez puissante pour répéter la plupart des expériences d’électricité dynamique telles que effets chimiques, calorifiques, électro-magnétisme, induction, etc., etc. Considéré comme moteur électrique, l’appareil de M. Marcel Deprez sera suscep
- tible d’une foule d’applications du jour où on aura réalisé la distribution de l'électricité à domicile, à moins que la découverte d’une pile économique ne vienne supprimer la question de distribution, ce qui est jusqu’à présent peu probable.
- E. HOSPITALIER,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- MESURE RAPIDE DES LONGUEURS
- LE CARTOMÈTRE
- L’usage des cartes et des plans tend à devenir chez nous de plus en plus familier. La pratique des chemins de fer d’une part, les exercices militaires d’un autre côté, ont contribué à créer un mouvement d'opinion en faveur des études de géographie et de topographie.
- Nous signalerons aujourd’hui un instrument nouveau destiné à simplifier la mesure des distances sur les plans. Pour effectuer cette opération, on n’indique le plus souvent rien de mieux aux écoliers que de transporter une ouverture de compas le long de la sinuosité à mesurer. Plusieurs praticiens ont, il est vrai, construit sous le nom de curvimè-tres des instruments totalisateurs, mais nous pensons que l'on n’avait pas encore réalisé autant de
- H
- Le cartomètre (grandeur d’exécution).
- précision que dans le cartomètre dont il est ici question.
- L’instrument ressemble à une petite montre qui porte une roulette en saillie sur la circonférence extérieure. Lorsqu’on tient verticalement la montre, la roulette qui est à la partie inférieure appuie sur le papier, et tourne suivant les mouvements de la main qui promène l’instrument le long de la ligne tracée. Une -série d’engrenages intérieurs ramène sur deux aiguilles placées au centre de la montre l'indication du chemin parcouru. La figure ci-dessus représente en grandeur d’exécution une des faces de l’instrument. Le diamètre est de 0m,027 et l’épaisseur de O111,008. La roulette dont l’axe est à l’intérieur de la boite fait saillie de 0m,003 en dehors. La circonférence est de 5 centimètres, elle est divisée en millimètres. Le cadran porte deux divisions correspondant à deux aiguilles : la petite
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- LA NATURE.
- 543
- indique les mètres par les chiffres 1,2,. 9,10, la grande indique les centimètres par les chiffres 10, 20,..................................... 90,................................100.
- L’ordre des divisions des deux circonférences est de gauche à droite; le nombre 10 des mètres et le nombre 100 des centimètres se trouvent sur le même rayon et indiquent le point de départ des mesurages. Par la construction de l’instrument, les aiguilles marchent dans le sens inverse du mouvement de la roulette, c’est un point important à noter pour ne pas commettre d’erreurs.
- Le cartomètre est répétiteur, on peut ainsi augmenter l’exactitude de la mesure et déterminer un coefficient de correction pour tenir compte de l’imperfection de la construction ou de l’usure de la roulette.
- Un ingénieur très compétent, M. J. Moinot, qui a exécuté la plus grande partie des études du réseau central de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Orléans, a soumis l’instrument à des épreuves très rigoureuses. Il a répété dix fois le mesurage du chemin de fer tracé sur la carte au 80000e de l’Etat-major (feuille n° 222), comprenant toute la feuille entre Saint-Cézaire et Monteilles, passant à Nîmes, Tarascon, Avignon et Bédarrides. Cette opération a pris 30 minutes compris le temps pour inscrire successivement les longueurs; elle adonné des résultats concordant à très peu de choses près, en démontrant que l’instrument donne des longueurs trop faibles de 8 dixièmes de millimètre seulement par mètre. Cette différence peut bien provenir de la longueur des mètres qui ont servi pour la construction et pour l’épreuve de l’instrument.
- En résumé, on peut affirmer que l’instrument fonctionne avec une régularité très grande et que les mesures effectuées avec le cartomètre sont d'une approximitation remarquable.
- CH. BONTEMPS.
- —
- VAGUES DE LA MER LUMINEUSES
- Le rapport suivant, fait à l’Amirauté britannique, nous a été communiqué par le capitaine Evans, hydrographe de la marine anglaise, pour être publié. — « Le 15 mai dernier, nous trouvant à 260,26’de latitude nord et à 53°,IL de longitude est, à 9 heures 40 minutes du soir, par un temps clair et une nuit étoilée, Arcturus à 70° du zénith environ, et Vénus près de disparaître sous l’horizon, vent nord-ouest de la force 3, la mer lisse et s’enflant légèrement dans la même direction, le navire ayant ses armures à tribord et le cap vers l’ouest-sud-ouest, avec une vitesse de trois nœuds, nous avons été témoins d’un phénomène extraordinaire.
- Nous vîmes tout à coup des vagues lumineuses se mouvant avec une prodigieuse vitesse, et passant sous le navire en venant du sud-sud-ouest. En regardant vers l’est une de ces vagues, nous auiions dit une roue à palettes lumineuses en mouvement autour d’un point intérieur; vers l’ouest, le spectacle était le même, si ce n’est que la rotation semblait se faire en sens opposé. Je montai au
- sommet du mât de misaine, à une hauteur de cinquante pieds au-dessus de l’eau ; j’y fus rejoint par mon premier lieutenant, et nous reconnûmes que les vagues lumineuses marchaient parallèlement sans mouvements rotatoires, et que la fausse apparence de ces mouvements avait été l’effet de la différence des distances des diverses parties de chacune d’elles combinée avec leurs mouvements de translation. La lumière de ces vagues paraissait homogène, plus claire et cependant moins étincelante que la phosphorescence ordinaire en mer, et, de la surface, elle s’étendait à une grande profondeur; j’estimai que les vagues pouvaient avoir une largeur de vingt-cinq pieds, avec des intervalles obscurs de soixante-quinze pieds; de sorte que la distance d’une crête à la suivante était de cent pieds. La vitesse de leur marche était telle, qu’il en passait sous le navire soixante-quatorze ou soixante-quinze par minute, ce qui donne, pour leur vitesse de translation, quatre-vingt-quatre milles anglais par heure.
- De notre hauteur de cinquante pieds, nos regards pouvaient à peine embrasser cinq ou six de ces vagues. Le phénomène était vraiment magnifique et frappant....
- Je dois ajouter que, dans l’après-midi du 15 et dans la matinée du 16, le navire traversa des parages où l’eau était chargée de frai de poisson qui lui donnait une apparence oléagineuse1 Elliot Pringle.
- LES ŒSTRIDES
- (Suite. - Voy. p. 74, 90 et 287.)
- L’Œstre du cheval n’est pas le seul aux attaques duquel ce noble compagnon de nos travaux soit exposé. Un autre insecte de la même famille, dont le nom nous rappelle une erreur longtemps répandue à son sujet (TOEstrus hemorrhoïdalis), le poursuit quelquefois avec acharnement pendant l’été et va déposer ses œufs, non pas sur la marge de l’anus, comme on l’a dit et trop souvent répété, mais sur les lèvres, où sa présence détermine un chatouillement si désagréable,que le quadrupède, hors de lui-même, s'enfuit en galoppant et finit, s’il le peut, par se plonger dans l’eau, seule ressource qui lui reste pour éviter sûrement son dangereux ennemi.
- L’œuf de l’Œstre hémorrhoïdal est noir, pédicellé, tronqué à sa grosse extrémité, près de laquelle il présente une échancrure latérale; il est strié transversalement dans toute sa longueur. On ignore le temps nécessaire à son éclosion. La larve qui en naît ressemble beaucoup à celle de VOEstrus equi. Le dernier segment du corps, le seul qui soit dépourvu d’épines, est froncé sur son pourtour à la manière d’une bourse, au lieu de présenter les deux lèvres mobiles que nous avons décrites chez la larve de l’Œstre du cheval. A l’exemple de cette dernière, avec laquelle on la trouve presque toujours associée; une fois arrivée dans l’estomac, elle s’y cramponne au moyen de ses crochets mandibulaires.
- Quelquefois elle franchit le pylore pour s’attacher à l’intestin grêle, passe près d’une année dans cette singulière habitation, puis, après en avoir parcouru
- 1 Nature de Londres.
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-
- C1 -M-s
- LA NATURE.
- tous les détours, en sort par l'ouverture postérieure (anus), au bord de laquelle on la trouve souvent suspendue par les crochets dont sa bouche est armée. Enfin, comme la larve de VŒstrus equi, elle se laisse tomber à terre, dans le fumier, pour s’y changer en nymphe. La nymphose a lieu environ vingt-quatre heures après la sortie de l’anus. La peau de la pupe, rougeâtre d’abord, devient noire au bout de quelque temps. Vingt-cinq à trente jours au plus suffisent pour l’éclosion de l’insecte parfait.
- Le mécanisme auquel l’Œstre hémorrhoïdal (et
- probablement aussi tous les insectes du même genre) a recours pour sortir de sa pupe est des plus singuliers. Plusieurs fois témoin de cette opération, nous pouvons garantir l’exactitude des détails qui vont suivre.
- Parvenu au moment de sa dernière métamorphose, l’insecte contracte toutes les parties de son corps et notamment son abdomen. A la suite de ces contractions apparaît un gonflement considérable de la face, laquelle ressemble à une vessie d’un volume énorme relativement à celui de la tête entière. On a dit, mais à tort, que cette vessie, déjà vue par d’autres
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- PL I —Fig. 25. Cheval effrayé par les attaques de l’Œstre hémorrhoïdal. (D’après Bracy-Clark).— 26.OEstrus hœmorrhoidalis, femelle se disposant à pondre. A, grandeur naturelle. — 27. Abdomen du mâle (grossi). — 28. Œuf pondu (grossi). A, sa grandeur naturelle. — 29. Larve adulte, de grandeur naturelle. — 30. Nymphe ou pupe de cette larve (grossie). A, grandeur naturelle. — 31. La même ouverte après l’éclosion. — 32. Opercule de cette pupe que l’insecte a détaché au moment de l’éclosion. —53. Tête de l’insecte parfait, avec la vésicule, gonflée d’eau, à l’aide de laquelle il fait sauter l’opercule de sa pupe. — 54. Portion (grossie) de la tête de l’insecte parfait (lapeau seulement), a a, cavités où sont insérées les antennes b b ; en c on voit l’ouverture buccale ; v d palpes. — 5a. Une des antennes grossie, a b c, les trois articles qui les composent.
- observateurs, était gonflée par de l’air. Un coup de ciseaux, donné prestement au moment même où elle était la plus volumineuse, nous a convaincu qu’elle contient un liquide semblable à de l’eau pure.
- D’où vient ce liquide? Probablement de l’intestin, d’où il est poussé en avant par les contractions violentes dont nous avons parlé, et qui deviennent surtout très sensibles au toucher quand on tient la mouche entre le pouce et l’index.
- Quoi qu’il en soit de l’origine du liquide en question, la vessie céphalique, ou plutôt faciale, venant à agir contre l’upercule placé à la partie antérieure de la pupe, l’ébranle à chaque secousse et finit par le détacher tout à fait du reste des téguments. Presque
- immédiatement après, l’insecte sort de l’ancienne peau dans laquelle il était en quelque sorte emmail-lotté, ses ailes se déploient, prennent de la consistance et lui permettent de s’envoler dans les airs.
- J’ai parfaitement constaté et senti l’odeur de marais que la mouche exhale, surtout au sortir de la pupe, odeur qui, d’après Bracy-Clark, est assez prononcée pour que les chevaux et les moutons, avertis par elle de la présence d’un Œstre caché dans le gazon, s’éloignent précipitamment et avec une sorte de terreur du lieu où ils ont flairé l’ennemi.
- D.-N. JoLY (de Toulouse),
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
- C1
- UNE MINE SOUS L’EAU
- L'ILE D'ARGENT DANS LE LAC SUPÉRIEUR (TATS-UNIS)
- Nous reproduisons, dans la gravure ci-jointe, une coupe de l'île d'Argent et des travaux exécutés
- par la Compagnie concessionnaire pour l’exploitation du minerai précieux qu'elle renferme. On voit que le puits d’extraction débouche entièrement dans le lac, et qu’il a fallu construire une tour pour en élever l’orifice au-dessus du niveau des eaux; toutes les galeries d'exploitation sont également si-
- 6tGALERTE
- Niveau du Lac Supérieur 305m au-dessus du niveau de la mer
- Echelle en Mètres.
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- 8s
- lu . _lz mo3S: 11200m
- Coupe de la mine d’argent exploitée aux États-Unis sous les eaux du Lac supérieur.
- tuées sous le fond du lac. Nous croyons devoir donner ici quelques renseignements sur cette mine, en raison de la richesse considérable du minerai qu’elle renferme, et des circonstances particulières dans lesquelles l’exploitation se présente.
- L’île d'Argent elle-même ne forme guère qu’un
- simple récif aligné parallèlement au rivage nord du lac, et situé à une distance de quatre kilomètres environ de la terre ferme. Le cap du Tonnerre, qui domine la baie du même nom dans laquelle est situé le puits d’extraction, se dresse verticalement au-dessus du niveau de l’eau, à une
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- LA NATURE.
- hauteur de plus de 500 mètres; les communications delà mine avec l'île d’Argent sont particulièrement difficiles en été et deviennent tout à fait impossibles en hiver.
- Le sol, d’apparence volcanique , présente des déchirures sans nombre ; il est composé de trappes et de diorites recouvrant des grès rouges que les Anglais appellent sandstones. Le filon lui-mème renferme de l’argent natif avec un remplis-sagedecalcite; il traverse l’ile dans la direction S.-E., N.-O., et il présente plusieurs affleurements qui en indiquent la trace. Une fente de 1 kilomètre de long, transversale à la direction du filon, permit de l’étudier complètement et d’assigner la direction des veines d’argent qui descendaient sous le fond du lac.
- Le percement du puits s’accomplit, malgré des difficultés sans nombre, en raison des venues d’eau et de nombreuses fissures qu’il fallut aveugler, et heureusement les régions dans lesquelles on pénétra par les premières galeries en travers ban qui furent tracées, présentèrent une richesse exceptionnelle et permirent de faire face aux travaux ultérieurs. La Compagnie put installer également, sur le récif de l ile d Argent, un petit atelier de préparation mécanique où elle put broyer les morceaux de minerai moins riches, et les séparer de leur gangue.
- Le filon présente une largeur moyenne de 10 à 15 mètres; il reste presque toujours vertical, de sorte qu’on peut abattre entièrement la roche, sans laisser de pilier de soutènement.
- Le minerai paraît être d’une richesse exceptionnelle, comparable à celle des mines de Cerro de Pasco , dans l Amérique du Sud, dont nous avons déjà entrenu nos lecteurs; le minerai riche peut contenir, en effet, de 100 à 150 kii. d’argent à la tonne et rapporter ainsi de 20 à 50 000 francs; on rencontre fréquemment des blocs d’argent presque purs, dans lesquels on extrait 60 pour 100 de métal précieux.
- Le minerai riche est embarqué immédiatement et expédié aux fonderies de la Compagnie fermière, sur la terre ferme, le minerai de teneur moyenne subit un premier broyage dans l’atelier de préparation mécanique de l’île.
- L. Raclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
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- INONDATIONS EN ESPAGNE
- De terribles inondations désolent depuis quelques jours les vallées de Murcie, d’Orihuela et la province d’Almeria, en Espagne. Le débordement du Segura a commencé au milieu de la nuit. A Murcie, les eaux se précipitant comme un torrent, sont entrées dans la ville par le moulin connu sous le nom des Vingt-Quatre-Pierres qu'elles ont balayé, ainsi qu’une fabrique de farine et le moulin de San Francisco. Le tocsin a été sonné aussitôt à la cathédrale et dans
- toutes les églises. Les habitants sont sortis de leurs demeures, et les autorités, ayant à leur tête le comte de 11e-redia-Spinola, gouverneur de la province de Murcie, ont organisé les secours à la lueur des torches, le gaz ayant été éteint par les eaux dans la plupart des rues de la ville.
- Les rues qui ont le plus souffert à Murcie sont celles de Zarandona, d’Apostoles, d’Organislas, de Barandillo, toutes celles de la paroisse de San Pedro, les places de Abastos, de Palacio, de Calenas. La vieille porte de Castille, l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, la belle promenade de Florida Blanca, la prison, la gare du chemin de fer ont été également inondées. Des maisons se sont écroulées dans le faubourg San Benito, derrière le rempart du Malecon, et dans le quartier qu’habitent les gitanos. Quant à la Hueria, cette merveilleuse vallée arrosée par le Segura et par une infinité de canaux dont le réseau est resté le même depuis les Arabes, en quelques instants elle a disparu complètement. Sur plusieurs points on n’apercevait que la cime des arbres.
- On ignore encore combien de fermes ont été détruites par les eaux et quel est le chiffre exact des morts.
- Près d’Alcantarilla, une des familles les plus connues de Murcie qui était venue passer quelques jours dans une maison de campagne a été surprise par l’inondation. Le père et ses trois filles ont été noyés; la mère a pu s’enfuir, - mais on l’a retrouvée à moitié asphyxiée. Six employés du chemin de fer de Murcie sont au nombre des morts. On cite l’acte de courage d’une femme qui a sauvé son mari malade en le portant sur ses épaules ; elle a traversé la promenade du Marquès deCorvera, ayant de l’eau jusqu’à la poitrine; puis, ayant laissé son mari dans un édifice à l’abri de l’inondation, elle est revenue opérer le sauvetage de trois autres personnes.
- Dans la Huerta d’Orihuela, dont les riches cultures rivalisent avec celles des Vegas de Grenade et de Valence, des milliers d’habitants se trouvent sans asile. Les plaines de Lorca, d’Almeria et de Malaga ont moins souffert que celles de Murcie et d’Orihuela 1.
- RÈGLE A CALCUL ACOUSTIQUE
- Si l’on examine d'une manière superficielle l’histoire d’une science, cette science füt-elle la ma-thématique, on est porté à croire qu’il existe à chaque époque une mode par suite de laquelle des idées d’un certain ordre deviennent prépondérantes, tandis que celles qui précédemment étaient en honneur, tombent en oubli : il semble même qu'il y a une périodicité plus ou moins régulière qui ramène les mêmes idées après un temps d’abandon ou de délaissement. La chose n’est pas aussi simple et il est facile de mettre en évidence les progrès constamment accomplis, progrès qui sont en désaccord formel avec l’idée d'un cycle dans lequel tournerait l’esprit humain. Mais si l’on ne peut admettre cette rotation d’une manière absolue, on ne peut pas ne pas être frappé du développement plus considérable qui surgit à certains instants. C’est ainsi que les méthodes géométriques auxquelles, par
- 1 D’après la Paz de Murcie. Journal officiel.
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- LA NATURE.
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- exemple, Archimède a donné un si grand relief sont tombées ensuite dans une sorte de discrédit ; que, de nouveau, elles ont fleuri au dix-septième siècle pour subir une nouvelle éclipse, tandis que depuis quelques années elles apparaissent encore, se pliant aux besoins qui ont surgi avec les progrès de l’industrie et prenant un cachet pratique qu’elles n’avaient pas présenté jusque-là. C’est à cet ordre d’idées qu’il faut rattacher la règle à calcul sous ses diverses formes, les abaques graphiques appliquées aux opérations arithmétiques en général ou à des calculs spéciaux (calculs de terrassements, etc.); nous ne pouvons que signaler en passant l’importance capitale que prend actuellement la statique graphique ; enfin c’est à ce même ordre d’idées
- qu’il convient de rattacher la règle à calcul acoustique qui a été construite sur les indications de M. G. Guéroult, le traducteur autorisé de l’acoustique physiologique d’Helmholtz. Cette règle a pour but de résoudre immédiatement et par une simple lecture diverses questions qui se rattachent aux intervalles musicaux.
- On sait que chaque intervalle musical est caractérisé par une fraction représentant le rapport des nombres de vibrations correspondant aux deux notes qui constituent l'intervalle. C’est ainsi que les nombres 2, 3, 3, 2, etc., caractérisent respectivement l'octave, la quinte, la quarte, la tierce, etc.; autrement dit, c’est le rapport et non la différence des nombres de vibrations de deux notes qui définit la
- REGLE A CALCUL ACOUSTIQ1
- RCES GUEROULT
- P
- Fig. 1. Règle acoustique; face pour l’étendue de l octave.
- Fig. 2. Règle à calcul acoustique; face pour l’étendue de 6 octaves.
- relation musicale qui existe entre elles. Par suite encore, ajouter deux intervalles, revient à multiplier les rapports qui les caractérisent. Par exemple, étant données une note (prise pour tonique) et sa quinte, on demande de déterminer quel intervalle fait, avec la tonique, la quarte de la quinte, c’est-à-dire qu’on demande d'ajouter ces deux intervalles, la quinte et la quarte : pour résoudre la question, il faut multiplier le rapport 3 caractéristique de la quinte par * caractéristique de la quarte. Le produit X: fera connaître l’intervalle de la note considérée à la tonique ; ce rapport étant 2 correspond à l’octave.
- En somme, les questions diverses de ce genre correspondent à des opérations simples sur les fractions ; on peut arriver à les simplifier encore en évaluant les divers intervalles en commas, car alors l’intervalle en commas résultant de la somme de
- deux intervalles déterminés est la somme des nom" bres de commas correspondants. Cette transformation correspond en réalité à l’emploi de logarithmes; on voit, en effet, sans qu’il soit nécessaire d’insister, que dans l’un et l’autre cas les multiplications sont remplacées par des additions.
- Des questions inverses peuvent se présenter : on peut, par exemple, chercher l’intervalle qui est une fraction donnée d’un intervalle déterminé; par exemple, quelle est la note qui correspond aux trois quarts de la quinte? Là encore on peut faire le calcul soit par les rapports caractéristiques des intervalles, soit par les nombres de commas.
- Les mêmes questions, en physique sinon en musique, peuvent être posées en partant soit des nombres de vibrations, soit des longueurs d’une corde déterminée et sont résolues par des considérations analogues.
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- LA NATURE.
- Ajoutons enfin qu'il n’existe pas une seule gamme, mais que les physiciens en considèrent trois : la gamme pythagoricienne, la gamme naturelle, la gamme tempérée et que pour chacune d’elles les mêmes problèmes peuvent se poser. C’est la solution graphique, dirais-je volontiers, de ces problèmes que donne la règle à calcul acoustique.
- Cette règle est une planchette sur chacune des faces de laquelle se trouvent des séries de lignes droites et courbes convenablement divisées (fig. 1) : l’une des faces, plus développée, plus exacte, correspond à un intervalle d’octave. Elle présente une réglette mobile divisée en commas, comme l’est la base des courbes fixes, et susceptible d’occuper diverses positions par rapport à celle-ci : cette réglette sert principalement à déterminer les sommes ou les différences d’intervalles. Un curseur vertical divisé en cinquièmes de millimètre correspond à une courbe représentative des nombres de vibrations et permet de résoudre des questions relatives à ces nombres ou aux longueurs des cordes.
- L’autre face (fig. 2) présente une disposition analogue, si ce n’est qu’elle est étendue à six octaves par une réduction de l’échelle des longueurs : elle permet, en somme, de résoudre les mêmes questions, mais avec une moindre approximation.
- On conçoit que nous ne puissions entrer dans le détail très simple du maniement de ce petit appareil. La marche à suivre dans chaque cas est d’ailleurs indiquée dans une instruction imprimée jointe à l’instrument. Nous ne doutons pas que les personnes qui s’occupent de musique ou d’acoustique au point de vue musical ne puissent se servir très utilement de ce nouvel appareil qui est ingénieusement disposé. C. M. GARIEL.
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- L’ARCHITECTURE DES OISEAUX
- NID DE TROGLODYTE.
- Nous sommes à la fin de l’automne, les jours sont déjà courts, et vers le coucher du soleil, des brouillards s’élèvent lentement du fond de la vallée; les arbres ne portent plus que des feuilles jaunies que le vent d’hiver va bientôt balayer; un voile de tristesse est répandu sur les champs et sur les bois. Tout à coup, dans le silence du crépuscule retentit un joyeux ramage; des notes claires et fortes se précipitent en un trille harmonieux; c’est le chant du Troglodyte, de cette mignonne créature ailée qui partage avec le Bouge Gorge le privilège d’égayer les sombres journées d’hiver.
- Aussi petit que le Boitelet, avec lequel il est souvent confondu, le Troglodyte porte une livrée beaucoup plus modeste; il n’a sur la tête ni bandeau ni couronne, et les teintes de son plumage sont des plus humbles; sur la tête et sur le dos, c’est un brun roussâtre ; sur les joues, la gorge et la poitrine,
- un fauve pâle, légèrement mélangé de gris; pour tout ornement, quelques bandes transversales d’un brun plus foncé, tirant au noir, viennent recouper ces couleurs terreuses sur les parties supérieures du corps, sur les ailes et sur la queue. Les pattes sont d’un gris roux; le bec, d’un ton brunâtre, est singulièrement effilé; il mesure près d’un centimètre de long, tandis que l’oiseau tout entier n’a pas plus de dix centimètres: il est, par conséquent, admirablement conformé pour aller saisir les araignées et les petits insectes jusque dans les plus étroites fissures. C’est d’insectes, en effet, et d’arachnides que se nourrit principalement le Troglodyte; pour s’en emparer, il se coule entre les branches, dont il explore l’écorce rugueuse ; il entre dans les trous des vieux murs avec la prestesse d’une souris; il se glisse sous le chaume des masures et pénètre parfois jusque dans les habitations. Ses yeux vifs lui font découvrir les chrysalides engourdies pour la saison d’hiver, et quand cette nourriture lui fait défaut, il se contente des quelques baies qui pendent encore aux buissons dépouillés.
- Tour à tour hardi ou craintif à l’excès, le Troglodyte tantôt s'avance presque à portée de notre main, tantôt se cache subitement pour reparaître l’instant d’après. Toujours vif et frétillant, même au cœur de l’hiver, il sautille de branche en branche, s’arrêtant à peine un moment pour explorer les environs, le buste en avant, la queue relevée verticalement ou même inclinée du côté du dos. Si rien ne l'inquiète, il fait alors entendre sa petite chanson ou tout au moins son cri d'appel, vif et bref comme celui des Mésanges.
- Dès le mois d'avril, le Troglodyte se met à bâtir son nid, qui est toujours artistement construit et en parfaite harmonie avec le milieu ambiant, quoiqu’il soit placé dans les endroits les plus divers. Le nid que notre ami, M. Giacomelli,a eu sous les yeux et qu’il a dessiné pour les lecteurs de la Nature était établi dans un de ces liens qui servent à attacher les fagots. Évidemment l’oiseau trouvant sur son chemin, au milieu d’une coupe de bois, ce lien abandonné, s’était dit : « Voilà mon affaire; la charpente de ma construction est toute faite ; je n’aurai qu’à entourer ce cadre de bois de quelques brindilles, à le tapisser de mousse et d’herbe sèche pour avoir un édifice à la fois solide et élégant. » Aussitôt, il s’était mis à l’ouvrage, et travaillant du bec et des pattes, il avait achevé en peu de jours la charmante demeure dont vous avez l’image.
- Le Muséum d histoire naturelle a reçu de M. Desnoyers un nid de Troglodyte qui n’est pas moins remarquable : ce nid est disposé au milieu d’une énorme gerbe de tiges de haricot desséchées, qui dissimulent entièrement sa forme et laissent à peine entrevoir son étroite ouverture.
- Souvent le Troglodyte cache sa progéniture dans les interstices d’un toit de chaume, ou dans le creux d’un arbre; parfois même, il lui tresse un abri de mousse sur le sol même, au milieu d’un fouillis de
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- Nid de Troglodyte mignon (Tro^ludyteii uarvulusi grandeur naturelle. (Composition inédite de M. Giacomelli.)
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- LA NATURE.
- racines. Les œufs, au nombre de six ou huit, sont fort gros relativement au volume de l'oiseau, et d’un blanc légèrement rosé, marqués de points bruns au gros bout.
- Le Troglodyte, comme tous les becs-lins, ne peut être que difficilement conservé en captivité : il lui faut pour nourriture de la pâté de Rossignol, de petits vermisseaux ou des insectes, et pour demeure, une cage assez vaste, renfermant une petite maison en bûchettes et en mousse dans laquelle il puisse se tapir quand il lui plaît.
- On ne trouve en France qu’une seule espèce de Troglodyte, celle que l’on désigne sous le nom de Troglodyte mignon (Troglodytes parvulus), et qui est également répandue dans l’Asie occidentale et le nord de l’Afrique. Au Japon et dans la Mongolie, vit le Troglodyte enfumé (Troglodytes fumigatus), tandis que dans l’Inde et la Chine méridionale habite le Troglodyte du Népaul ( Troglodytes nipalensis). Enfin l’Amérique septentrionale possède une autre espèce, le Troglodyte d’hiver (Troglodytes hyema-lis), dont les mœurs, admirablement décrites parle grand naturaliste Audubon, sont absolument les mêmes que celles de notre Troglodyte européen.
- E. OUSTALET.
- LE FREIN A CONTRE-VAPEUR
- OU FREIN LECHATELIER
- Lorsqu’on veut arrêter un train lancé à une certaine vitesse, ou qu’on veut seulement modérer cette vitesse, si ce train descend une pente, on s’oppose aux mouvements des roues par un procédé quelconque, et l’on crée ainsi une résistance qui détruit la puissance vive du train. La méthode employée le plus généralement consiste à venir appliquer des sabots en bois, ou en fonte, qui frottent contre les jantes des roues et transforment en chaleur cette puissance vive.
- On peut aussi créer cette résistance au mouvement des roues de la locomotive, d’une autre manière, et c’est cette méthode qui constitue le frein à contre-vapeur, dont nous allons exposer sommairement le principe.
- Supposons le train lancé, si nous voulons modérer sa vitesse, renversons la vapeur, c’est-à-dire que, les roues tournant dans le sens de marche en avant, disposons la distribution de vapeur pour la marche en arrière.
- Sans entrer dans le détail des phases diverses de la nouvelle distribution, on peut concevoir que le rôle des cylindres se trouve interverti, et qu’au lieu d’agir pour produire de la force motrice, en dépensant de la vapeur qui s’échappera dans l’atmosphère, ils agiront, au contraire, comme une pompe aspirante et foulante, pompe aspirant de l’air dans la boîte à fumée et le refoulant dans la chaudière, par suite, dépensant un certain travail pour ce refoulement, travail qui tend à diminue la vitesse du train, puisqu’il s’oppose au mouvement des roues, exactement comme le font les sabots dans les freins ordinaires.
- Voilà le principe théorique du frein à contre-vapeur, principe que son nom seul suffît à bien faire comprendre.
- En y réfléchissant un peu, on peut voir qu’il est abso-ment impossible de marcher longtemps dans ces conditions. En effet, les tuyaux d’échappement des cylindres débouchent, comme on sait, dans la boîte à fumée. Il en résulte que les cylindres, en marchant à contre-vapeur, aspirent les gaz produits par la combustion, gaz dont la température varie entre 500° et 500°. La compression de ces gaz dans les cylindres avant leur refoulement dans la chaudière, élève leur température jusqu’à 800° A cette température, les garnitures et les huiles brûlent, les cylindres grippent et tout le mécanisme est compromis.
- D’autre part, l’aspiration entraîne de la fumée, des cendres, des escarbilles, etc., qui viennent ajouter leurs effets destructifs à ceux des gaz chauds. Les gaz refoulés dans la chaudière tendent à faire remonter la pression et, comme ils ne sont pas liquéfiables, ils empêchent le fonctionnement ultérieur de l’appareil d’alimentation, le Giffard, fonctionnement basé sur la condensation de la vapeur en contact avec l’eau froide.
- Le frein à contre-vapeur doit donc, pour être pratique :
- 1° Empêcher l’aspiration des gaz chauds de la boite à fumée ;
- 2° Empêcher l’aspiration des escarbilles, cendres, etc.;
- 5° Maintenir les cylindres à une température non nuisible à leur conservation ;
- 4° Empêcher le refoulement de l’air dans la chaudière, cette quatrième condition étant une conséquence toute naturelle de la première.
- L’invention de M. Lechatelier réside donc toute entière dans les moyens pratiques de réaliser facilement ces conditions, et c’est l’ensemble des dispositions adoptées qui constituent le frein à contre-vapeur. Deux tubes partant de la chaudière aboutissent à une boite commune dans laquelle ils amènent, l’un de la vapeur, l’autre de l’eau prise dans cette chaudière. Le mélange d’eau et de vapeur ainsi obtenu est envoyé alors dans le tuyau d’échappement où il constitue une atmosphère artificielle aspirée par les pistons. Celte simple disposition pare à tous les inconvénients signalés plus haut. En effet, les cylindres n’aspirent alors que le mélange d’eau et de vapeur, sans cendres ni escarbilles, l’eau mélangée à la vapeur empêche les cylindres de trop s’échauffer par la compression, et on ne refoule dans la chaudière que de la vapeur. Des robinets spéciaux, disposés sur les conduites d’eau et de vapeur qui aboutissent à la boîte, permettent de proportionner convenablement le mélange. Le frein Lechatelier rend de très grands services pour la descente de longues pentes et est appliqué, pour l’arrêt des trains, concurremment avec les freins à sabots, surtout pour les trains de marchandises, à petite vitesse par conséquent.
- Pour les trains de voyageurs à grande vitesse, les trains express, par exemple, son action serait insuffisante, car elle ne s’exerce que sur la locomotive. Les freins continus, dont nous avons donné la description dans la Nature, agissent sur le poids entier du train, et constituent des moyens d’arrêt beaucoup plus puissants que le frein à contre-vapeur.
- Les premières applications du frein Lechatelier sont déjà anciennes, elles datent de 1865; il était utile cependant d’en faire connaître le principe, pour compléter les renseignements précédemment donnés à nos lecteurs sur les freins, question qui intéresse à un si haut degré l’exploitation des voies ferrées et la sécurité des voyageurs.
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- LA NATURE.
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- UNE VISITE A L’ILE DE MAN
- Isolée au milieu de la mer d'Irlande File de Man offre encore dans ses gorges profondes, sur ses sommets arides, des vestiges de son origine celtique. C’est le pays des vieilles légendes, des croyances naïves, mêlées aux épisodes guerrières. Placée à égale distance des trois royaumes d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, elle a laissé un souvenir de son ancienne position politique dans ses armes. Ce sont trois jambes bottées et éperonnées, courant les unes après les autres dans un cercle, avec cette devise : Quocumque jeceris, slabit; partout où on les jettera, elles seront en équilibre. Aujourd’hui elle fait partie du Royaume-Uni; car elle a été achetée en 1829 au duc d’Atholl, parle gouvernement, pour 12 500 000 francs. Il ne reste plus d’autre souvenir de sa propriété que son château de Castle Mona, aujourd’hui transformé en un luxeux hôtel à l’usage des touristes. L’ancien domaine des Stanleys, l’ile gaélique de Bein-y-phoh ou Mona, conserve encore, dans les hameaux protégés du contact de l’étranger, sa langue manx, ses anciennes lois, une partie de son administration semi-cléricale.
- L’ile a 50 kilomètres de long sur 16 de large ; elle est entourée de falaises calcaires déchirées par l’impétuosité des tempêtes. Ces rochers noirs et lugubres, couverts des embruns et des vagues retentissantes, s'élèvent à plus de 100 mètres, laissant à peine quelques plages où les pêcheurs peuvent abriter leurs bateaux. Dans l’intérieur, une chaîne de sommets dénudés forment une arête où domine le Snaffell, qui atteint l’altitude de 600 mètres. Du haut de cet observatoire, dont l’escalade est toujours dans le programme des visiteurs, on domine toutes les côtes, et de plus on peut voir, avec une atmosphère bien transparente, la silhouette des rivages des trois royaumes. A l’extrémité méridionale, se dresse l’ilot satellite de Calf of Man, rocher de schiste calcaire, s’élevant à 150 mètres; il est séparé par un détroit de trois kilomètres, impraticable par les mauvais temps; circonstance favorable à 'a conservation de nombreux lapins réservés pour la chasse.
- Le voyageur qui arrive par mer est frappé en entrant dans le port de Douglas du coup d’œil féerique que présente l’endroit où il va débarquer. La masse imposante de l’ile, d’abord plongée dans la brume, devient progressivement plus détaillée. Les pentes couvertes de bouquets de bois se détachent des pics dénudés; les champs cultivés apparaissent avec leurs clôtures de haies vives; ils forment un réseau aux mailles multicolores. Au bas des coteaux s’étend, en forme de croissant, la ville de Douglas avec ses 15 000 habitants. Aux deux extrémités, de sombres rochers en promontoire, surmontés de phares. Du côté gauche, vers lequel se dirige le steamer, dans un pli de la montagne, une anfractuosité naturelle transformée en un port modeste, protégé par des jetées anciennes. A côté, la nouvelle pier, plus monumentale, où accostent les différents steamers des lignes qui relient l’ile à la terre ferme et où ils trouvent une profondeur suffisante pour partir et arriver à toute heure de la marée.
- La ville de Douglas et son port sont protégés des vents d'ouest par un promontoire élevé, sur les pentes duquel se groupent des villas gothiques, aux créneaux couverts de lierre, au pied desquelles viennent s’éteindre les dernières pulsations de la mer. Son vieux fort, le fort Ann, plus utile pour l’harmonie du tableau que pour la défense, est placé sur le brise-lames. Au dessus, un somptueux hôtel, en architecture Tudor, encadré dans les buissons de chênes, paraît être plutôt la résidence seigneuriale
- qu’une auberge à la mode. Au milieu de la baie, sur un îlot de rochers schisteux. s’élève une tour de refuge, dernier vestige des fortifications du moyen âge, ressemblant plutôt à une fantaisie de décorateur qu’à une forteresse. Ce bijou d’architecture militaire est un but de promenade des boatings-parties et forme un premier plan dans le remarquable panorama de la baie de Douglas, qui, ensoleillée aux beaux jours de l’été, rappelle un peu le golfe de Naples.
- L’ile est pourvue de chemins de fer, comme les autres comtés du Royaume-Uni; deux lignes, partant de Douglas, traversent ses vallées sinueuses. La première se dirige surCastletownetPort-Erin; la seconde, traversant l’ile dans sa largeur, aboutit à Peel et possède un em-branchementsurRamsey. Excepté pendant la belle saison, les voyageurs sont peu nombreux ; aussi a-t-on procédé à la construction avec une sage économie : voie étroite, trois pieds; courbes prononcées, rampes de 2 et 5 centimètres, stations élémentaires. Une locomotive minuscule entraîne des voitures simplement attachées par une cheville, les fait contourner les flancs des coteaux escarpés, ou les entraîne le long des gracieux ruisseaux, coulant sous des ombrages séculaires. Le voyageur qui veut voir les rivages escarpés, peut aussi s’embarquer sur un des steamers, qui, pendant la belle saison, font, en quelques heures, le tour de l’ile. Comme la navigation est facile, les bas-fonds n’étant pas à craindre, on longe la côte de près et le regard pénètre dans les nombreuses anfractuosités.
- L’intérieur est une Suisse en miniature, sans neiges et sans glaciers. L’opposition des sites sauvages, si recherchée des artistes, est un des caractères particuliers de ses paysages. Une fraîche cascade, tombant dans une vallée profonde, se trouve à côté de collines arides ; des falaises fantastiques servent de piédestal à des bouquets de bois épais, d’où l’on aperçoit la mer azurée à travers les hêtres touffus. Ailleurs, ce sont des ports naturels gracieusement découpés dans les rochers, comme Port-Erin, qui a été formé par une jetée en blocs de bétons énormes, comme la modeste petite anse de Maryport, où quelques barques de pêcheurs s’abritent à côté de falaises calcaires de cent mètres de haut, sur lesquelles, suivant la tradition, un des navires de l’Armada vint se briser.
- L’antiquaire retrouve de fréquents restes des temps de la féodalité. A Castletown, fondée en 945 par Guttred, fils du roi de Norwège Orry, existe encore le château de Rushen, où s’est déroulée l’histoire de la conquête et des guerres du moyen âge. On rencontre de nombreux cercles druidiques, quelques-uns assez bien conservés, particulièrement à Cloven, près Laxey, à Glendarrogh, à Kirk-Arborey. Parmi les rares monuments anciens, on peut citer Kirk-Braddon, où se trouvent des piliers runi-ques, ainsi qu’à Kirk-Andreas, où ils sont assez bien conservés. Dans celte dernière localité, on a découvert des barrows ou sépultures des anciens chefs du temps de la féodalité.
- L’historien peut voir, dans l’île que Jules César appelait déjà Mona et qu’il confondait avec Anglesea. des traces de coutumes conservées par le fait de son isolement au milieu de la mer. Les vieilles lois manx, qui permettent de mettre en prison pour une dette d’un schilling, sont encore en vigueur, quoique confondues avec les coutumes anglaises. Les légendes guerrières du moyen âge, même certaines superstitions, se sont conservées dans les hameaux des montagnes. On voit à Tyn-dall Hill une éminence sur laquelle les lois étaient proclamées annuellement le 5 juillet. La juridiction de l’ile
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- LA NATURE.
- était divisée en 17 kirk ou paroisses, subdivisées en six sheadings.
- L’intérêt que présente, sous différentes formes, l’ile de Man attire, tous les ans, pendant la belle saison, des milliers de visiteurs et de touristes qui viennent chercher le calme et les sites enchanteurs.
- J. Girard.
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- LES RUES DU VIEUX PARIS1
- On lit toujours avec intérêt ce qui se rapporte à l’ethnographie des pays lointains, aux mœurs, aux coutumes des peuples peu connus qui habitent des régions éloignées; sans aller au loin, nous avons
- chez nous, dans le milieu qui nous entoure, mille observations à faire, d’innombrables recherches à poursuivre et bien des faits instructifs et curieux à recueillir. M. Victor Fournel s’est engagé dans une telle voie, en ce qui concerne un des plus curieux chapitres de l'histoire de Paris. Il a écrit en un style excellent, et sous une forme très heureuse, une chronique vivante des rues de notre métropole, de ses fêtes, de ses divertissements, de ses métiers nomades, de ses industries curieuses, de ses figures, de ses types populaires, des usages pittoresques et des traditions qui s’y sont succédé à travers le cours des siècles. Recueillant les vieilles estampes, les vieux livres et les vieux journaux, il y a puisé
- Fig. 1. — Distribution gratuite de pain, de viande et de vin au
- peuple de Paris ; d’après une gravure sur bois du seizième siècle.
- les matériaux d’un véritable tableau de Paris à toutes les époques de son histoire.
- Nous empruntons à ce remarquable ouvrage deux passages intéressants qui, si succincts qu’ils soient, donneront une juste idée de son intérêt. M. Fournel parle longuement des solennités nationales et des fêtes populaires du vieux Paris. Ces grands divertissements devenaient souvent l’occasion d’un véritable désordre.
- « Tous les événements heureux dans la vie des princes, dit l’auteur, devenaient des prétextes à divertissements qui revêtaient presque toujours, avec des variantes inspirées par les circonstances, certaines formes consacrées. Les distributions pu-
- 1 Les Bues du vieux Paris, Galerie populaire et pittoresque, par Victor FoURNEL, 1 vol. in-8, illustré de 165 gravures sur bois, Paris, Firmin-Didot, 1879.
- bliques d’argent, de vin et de comestibles à la foule, soit sur la place de Grève, soit dans les Champs-Elysées, qui succédèrent à cette place comme centre des fêtes nationales, furent longtemps l’accompagnement obligé et la partie la plus populaire de toute solennité de ce genre. Il n’y eut jamais pour le peuple de bonne fête sans bombance. L’usage était donc d’accord avec ses plus chères traditions. On juge aisément des désordres qui en étaient la suite inséparable. Mercier en a tracé un tableau hideux et que nous croyons vrai, en faisant la part de la misanthropie satirique de ce J. J. Rousseau au petit pied. « Il nous faut décrire les banquets où la munificence des échevins appelle le peuple. Ces buffets sont merveilleux dans des descriptions, de près cela fait pitié. Imaginez des échafauds d’où l’on jette des langues fourrées, des
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- cervelas et des petits pains. Le laquais lui-même fuit le saucisson envoyé par des mains qui s’amusent à le lancer avec force à la multitude Les petits pains deviennent pour ainsi dire des cailloux entre les mains des insolents distributeurs. Imaginez ensuite deux tuyaux étroits qui versent un vin assez insipide. Les forts de la halle et les fiacres s’unissent ensemble, mettent un broc au bout d’une longue perche et l’élèvent en l’air, mais la difficulté est de l’assujettir, au milieu d’une foule emportée et rivale, qui déplace incessamment le vase où coule la liqueur. Les coups de poing tombent comme grêle, il y a plus de vin répandu sur le pavé que dans le broc. Celui qui n’a pas les larges épaules d’un portefaix et qui n'est point
- entré dans la Ligue, pourrait mourir de soif devant ces fontaines de vin, après s’être enflammé le gosier par la charcuterie.... L’abjection et la misère, voilà les convives de ces fameux banquets.... Ensuite des symphonistes tout déguenillés, perchés sur des tréteaux environnés de sales lampions, font crier des violons aigres sous un dur archet; la canaille fait un rond immense sans ordre ni mesure, saute, crie, hurle, bat le pavé sous une danse lourde; c’est une bacchanale beaucoup plus grossière que joyeuse. Si l’on jette de l’argent, c’est pis encore, malheur au groupe tranquille où l’écu est tombé. Des furieux, des enragés, le visage sanglant et couvert de boue, fondent avec emportement, vous précipitent sur le pavé, vous rompent bras et
- Fig. 2. — Le marchand d’encre; d’après l’Album de Marlet, 1821.
- jambes pour ramasser la pièce de monnaie. »
- Ce tableau nous paraît un peu forcé ; s’il ne l’est pas, on peut affirmer que le temps a tout modifié, et les étrangers pouvaient admirer récemment la tranquillité et le calme de nos dernières fêtes nationales. Si ces véritables saturnales ne sont pas à regretter dans le vieux Paris, il n’en est pas toujours de même des petits métiers de la rue, qui donnaient parfois à la capitale un aspect pittoresque tout particulier.
- « À mesure qu’il progressait en civilisation, dit M. Fournel, et qu’il croissait en élégance, Paris, comme un parvenu dédaigneux de ses vieux souvenirs, abandonnait en route bon nombre de ses petites industries de la rue et de ses cris pittoresques. Le perfectionnement des arts et des sciences tuait successivement le marchand de briquets et
- d’amadou, le mercier ambulant avec sa balle, la ravaudeuse dans son dernier tonneau, la marchande de chapeaux installée sous un auvent, avec son étalage portatif, et coiffée d’un tuyau de poêle, en guise d’enseigne, le cureur de puits, le crieur de pierre noire et le marchand de cirage, qu’on voyait encore parcourir Paris dans les premières années du règne de Louis-Philippe, ou trôner sur les places publiques, devant son étalage garni de couleuvres et de petits oiseaux immobiles, haranguant la foule avec assurance, et faisant reluire comme une escarboucle le soulier de quelque maçon pour servir de preuve à l’appui de son discours. Le progrès des lumières tuait l’allumeur de réverbères, s’installant au milieu de la rue, avec son attirail et toute sa famille pour nettoyer les vitres de la lanterne descendue à portée de la main, frot-
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- ter les réflecteurs et renouveler la provision d’huile, le colporteur d’almanachs et de pronostications, le marchand de chapelets, médailles et patenôtres, le crieur des confréries, le pèlerin chantant par les rues le cantique de Sainte-Reine ou de la Sainte-Baume. Les progrès de la police tuait les crieurs de corps et de vin, les mendiants et les vielleurs des places publiques, les clocheteurs des trépassés, et que sais-je encore....
- « Nos lecteurs de Paris connaissent les cris qui ont survécu et dont le nombre diminue chaque jour. Quelques-uns peuvent se souvenir encore d’avoir entendu les marchands d’encre, spécialement connus pour la fantaisie et la variété de leur répertoire, et en particulier cet original qui parcourait les rues accompagné de son jeune fils, celui-ci criant à tue-tête : « papa vend de l’encre » ; celui-là ajoutant d’une voix grave et profonde : « l’enfant dit vrai 1. »
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- CHRONIQUE
- Phénomènes d‘optique céleste. — Dimanche 5 octobre, le ciel offrait à Bordeaux un curieux sujet d’observations. En revenant de la Sauve, j’ai aperçu un éclair en zigzag, qui est resté visible pendant au moins dix minutes. La partie inférieure se terminait par un renflement. Cette empreinte s’est effacée graduellement, sans explosion. A neuf heures du soir, à Talence, j’ai été appelé à observer un nouveau spectacle céleste, déjà constaté la veille par le jardinier du domaine. La lune était contenue entre deux baguettes lumineuses qui se sont ensuite mises en croix, l’une comme une tangente se développant sur le périmètre supérieur de l’astre ; l'autre la coupant verticalement. Hier la lune paraissait à moitié enveloppée d’une vapeur lactée très transparente, qui formait au-dessus d’elle un sommet de triangle. Cette vapeur se contractait et s’élargissait comme une flamme agitée. Au centre de l’astre, des cercles faisant corps entre eux et doués d’un mouvement gyratoire avaient une apparence incandescente. A minuit, le phénomène n’avait pas cessé.
- [Journal de Bordeaux )
- Lièvres tués par les locomotives. — Lu lait curieux, dit le Journal officiel d’après une feuille de la Mayenne, se produit fréquemment sur la ligne de Mayenne à Laval, entre Martigné et la Chapelle-Anthenaise. Dimanche dernier, le surveillant de nuit a ramassé un superbe lièvre tué par le train ; c’est le sixième lièvre que les trains de nuit tuent depuis deux mois. On a également ramassé six lapins. Ces animaux, qui viennent la nuit se promener sur la ligne, se blottissent sur les rails quand ils entendent arriver le train et généralement ils ont la tête écrasée par la locomotive.
- Le labourage électrique. — De très intéressantes expériences de labourage à l’électricité, avec des machines Gramme, ont eu lieu récemment à Noisiel, à l’usine de de M. Menier. Plusieurs sillons ont été tracés dans le parc de Noisiel, à une distance de 700 mètres du barrage donnant la force motrice nécessaire pour développer le courant moteur. La charrue, sur laquelle un spectateur
- 1 Les gravures qui accompagnent cette notice sont empruntées au remarquable ouvrage de M. V. Fournel,
- pouvait monter sans diminuer sensiblement la vitesse, faisait un travail équivalent à celui que donneraient environ deux paires de bœufs. C’était un curieux spectacle que de voir un fil de moindre diamètre que le petit doigt transporter la force motrice assez loin de l’usine pour qu’elle fût entièrement cachée et que cette puissance parût sortir de terre. Les essais avaient été improvisés par M. Henri Menier, pour démontrer la possibilité de faire marcher avec une vitesse d’un mètre par seconde une charrue Fowler à six socs.
- M. Henri Menier a le projet de faire servir exclusivement l’électricité dans le labourage des fermes de son père, dont les plus éloignées sont à 5 kilomètres du barrage. Les machines Gramme motrices pourront être employées pour exécuter le battage des grains et aux autres travaux agricoles sur un vaste périmètre, sans autre dépense que les appareils et la main-d’œuvre nécessaire à leur mise en action. En effet, la chute de la Marne fournira gratis, et au delà, toute la force motrice nécessaire, qu’on évalue à 50 chevaux-vapeurs. L’usine possède actuellement huit machines à lumière éclairant tous les ateliers avec une dépense insignifiante. C’est avec ces machines à lumière qu’ont été exécutées les expériences du mois courant.
- Découverte d’une nouvelle île au Japon. — L'Akébono rapporte que l’on vient de découvrir une nouvelle ile à une distance d’environ soixante ris nord-ouest de la mer de Sékichiou, en face du ken de Shimané. D’après M. Yoshida, navigateur d’Akashi (ken de Hiogo), qui l’a découverte et visitée, elle aurait à peu près trente ris de l'est à l’ouest, et quinze ris du nord au sud. Les côtes sont couvertes d’une végétation luxuriante Comme elle n’est indiquée sur aucune carte, tant européenne que japonaise, M. Yoshida a annoncé sa découverte au gouvernement, en le priant de vouloir bien s’en occuper le plus tôt possible. [L'Exploration.)
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- BIBLIOGRAPHIE
- Deutschlands famé mit Berücksichtigung der angren-zenden Gabiete Oesterreichs, Frankreichs und der Schweiz, von HEINRICI Waldner. Planches photographiées, formatin-o, Francfort-sur-le-Main, 187 J,
- At Anchor. A Narrative of expériences Alloat and Ashore during the voyage of H. M. S. Challenger from 1872 to 187G, by John James Wild. With illustrations by the Author, 1 vol. in-folio, London, Marcus Ward and Co, Chandos Street.
- Cet ouvrage, qui reproduit l’histoire complète de la campagne du Challenger, écrite par un membre de l’expédition, est incontestablement une des plus belles publications de notre époque. Nos lecteurs connaissent le voyage du Challenger et comprennent quel peut être l’intérêt du récit retracé avec art et une scrupuleuse exactitude. Un grand nombre de chromolithographies, dont quelques-unes sont de véritables chefs-d’œuvre, représentent les pays parcourus et les types étudiés, d’innombrables gravures accompagnent le texte; cet ouvrage édité avec le plus grand luxe sera recherché par tous ceux qui aiment les beaux livres.
- Del processo morboso del Coleya asiatico del suo stadio di morte apparente memoria del Pott. FILIPPO PACINI. I broch. in-8, Firenze, 1879.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 27 octobre 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Chimie. — De remarquables expériences ont été faites par M. Filhol pour déterminer les chaleurs spécifiques et les points de fusion d’un certain nombre de métaux.
- L’iridium est de tous les métaux connus le plus diffici-lement fusible; la chaleur nécessaire pour le fondre est justement celle que produit l’hydrogène brûlant dans l’oxygène; il a fallu à M. Filhol 500 litres d’hydrogène et 250 litres d'oxygène pour fondre 20 grammes d’iri-dium.
- Voici, d’après l’auteur, les températures de fusion de quelques métaux :
- Argent................................ 954"
- Or..................................... 1035"
- Cuivre......... .............. 1054"
- Platine....................... 1775"
- Iridium.................. ............. 1950"
- On voit que le cuivre pur exige pour fondre une température plus élevée que l’or ; le cuivre du commerce, au contraire, fond un peu avant 1035°.
- M. Filhol insiste sur la nécessité de préciser entre quelles limites les chaleurs spécifiques sont déterminées ; ainsi la chaleur spécifique de l’iridium et de l’or croît d’une quantité considérable avec la température.
- — On sait que l’hydrogène phosphoré a les plus grandes analogies avec l’ammoniaque; jusqu’ici cependant, on n’avait pas encore réussi à le combiner à l’acide chlorhydrique; M. Ogier a démontré que lorsqu’on augmente la pression ou que l’on abaisse la température, la combinaison s’effectue; si la température s’élève ensuite, il y a dissociation. M. Dumas fait observer qu’il doit y avoir sous la surface du globe des composés qui, comme le chlorhydrate d’hydrogène phosphoré de M. Ogier, ne peuvent exister que sous une pression supérieure à celle de l’atmosphère.
- Le phylloxéra. — Un observateur, dont nous n’avons pu entendre le nom, a remarqué que vers le commencement de juillet une grande quantité de larves de phylloxéras se promènent à la surface du sol en quête de fissures qui leur permettent d’arriver aux racines non encore attaquées; cet observateur qui habite Marseille fait remarquer que le mistral doit enlever et transporter au loin beaucoup de ces larves et qu’ainsi dans bien des cas la propagation de la terrible maladie de la vigne n’est pas seulement due à l’insecte ailé mais aussi au transport de la larve par le vent. Une feuille de papier huilé que l’on avait déposée sur le sol de la vigne a empâté une vingtaine de larves dans une surface de 2 ou 5 décimètres carrés.
- Géographie et géodésie. — S. M. l’empereur du Brésil, don Pedro, a envoyé à M. le général Morin deux cartes de cet empire; sur l’une d’elles, manuscrite, sont marquées toutes les provinces avec leurs voies fluviales, leurs chemins de fer en voie d’exécution ou en projet ; de nombreux documents sont joints à cette carte.
- L’échelle est de 1 millimètre pour 2 degrés d’équateur. La deuxième carte est lithographiée ; son échelle est à 1 ooo ’ il ne s’agit ici que de la province de Rio de Janeiro. Une chaîne de montagnes qui non loin de la côte s’étend parallèlement à la mer a créé de grandes difficultés lors de l’établissement du chemin de fer qui, de l’intérieur de la province, aboutit aux ports de Santos et de
- Rio de Janeiro ; tout près de la mer la voie est encore à 375 mètres au-dessus du niveau de la vallée.
- On s’occupe beaucoup là-bas de l’établissement de chemins de fer; le Brésil possède 3984 kilomètres de voies ferrées, 3072 kilomètres sont en construction.
- — M. Faye, au nom de M. le commandant Périer indique quelques-uns des résultats obtenus en Algérie par la mission qui actuellement réside au camp deMl’Sabiha; différents points du réseau algérien sont déterminés avec une grande précision, à moins d’un dixième de seconde.
- Les instruments dont se sert M. Périer sont excellents et pour pouvoir compter sur la théorie de la réfraction il n’observe que des étoiles s’écartant de moins de 25 degrés du zénith. M. Faye fait observer qu’à aucune époque et dans aucun pays on n’est arrivé à des résultats aussi parfaits que ceux qu’a obtenus la mission algérienne.
- Dans des postes comme celui où se font actuellement ces observations, il ne suffit pas d’être un excellent mathématicien, il faut encore être doué d’une grande énergie et d’une grande persévérance, aussi M. le général Morin proclame-t-il vaillants soldats, M.lc commandant Périer et ceux qui l’accompagnent. Stanislas Meunier.
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- CONSTRUCTION DE L’OBSERVATOIRE
- DU PIC-DU-MIDL.
- Le 18 septembre dernier, j’étais au Pic-du-Midi chez le général de Nansouty et j’ai pu me rendre compte de l’état où se trouvent les curieux travaux de l’observatoire météorologique actuellement en construction à la hauteur de 2877 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- La saison désastreuse de cette année, les neiges exceptionnelles ont singulièrement retardé les travaux. C’est le 28 juillet seulement, que l’entrepreneur, M. Abadie, a pu songer à se meltre à l’œuvre. Le plan primitif dont on a parlé ici même cet hiver (n° 297, 8 février 1879, p. 153), a dû être modifié dans divers détails, mais l’ensemble est resté à peu de choses près le même ; le bureau télégraphique a motivé quelques changements M. Vaus-senat, ingénieur dirige les travaux actuels.
- Le 28 juillet 1879, le général de Nansouty a pu monter au sommet du Pic-du-Midi avec M. Abadie; ils reconnurent que le sentier servant de route était absolument ruiné par les neiges et qu’il était impossible de songer à y faire passer les chevaux chargés de matériaux.
- Des ouvriers se mirent aussitôt au travail pour consolider et déblayer ce chemin.
- A 2258 mètres sous la Moraine auprès du lac d'Oncet on découvrit une carrière de sable; cette trouvaille devait singulièrement faciliter les travaux; les pierres se trouvent en abondance au sommet du Pic, les ouvriers n’ont qu’à tailler. Il fallait encore l’eau. Le lac d’Oncet seul pouvait servir de réservoir, mais la distance est bien grande par le sentier, et pour transporter dans des outres à dos de mulets l’eau nécessaire, il fallait perdre un temps considérable. Cette année par exception rare,
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- le lac n’a pas cessé d’être gelé, mais en revanche, la neige malgré les pentes rapides des rochers est restée amoncelée au sommet du Pic. On fit monter un certain nombre de tonneaux pour les remplir deneige; reliés ensemble par un système de tuyaux de caoutchouc, ils donnèrent-sur le lieu du chantier, l’eau nécessaire formée parla neige fondue. — Un danger était encore à éviter : celui de la fondre; il fallait un paratonnerre. Mais comment transporter en haut du Pic une chaîne de 1100 mètres de longueur, destinée à rejoindre le lac d’Oncet?
- Des chevaux chargés chacun de fragments de 80 mètres de fil ont tout porté jusqu’à la cime pour
- l’installation du paratonnerre. La chaîne est composée de 9 torons formés chacun de 8 fils. Pour faire les soudures nécessaires, deux bouts de chaînes sont rapprochés et reliés entre eux par des pointes ou chevilles enfoncées entre les torons; cet assemblage déjà solide est encore enveloppé par un fil de fer très serré qui entoure le tout en le protégeant des accidents extérieurs. La chaîne est noyée dans une profondeur de 6 mètres d’eau et va se perdre dans un panier rempli de 6 mètres de coke.
- Ces préparatifs terminés, M. Abadie prit enfin possession de son chantier; les travaux de maçon-
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- État des travaux de construction de l’Observatoire du Pic-du-Midi en octobre 1879. — D’après nature par M. Albert Tissandier.
- nerie commencèrent le 16 août dernier, époque déjà bien avancée. Les jours sont plus courts et le froid se fait sentir, l’entrepreneur ne pouvait laisser ses ouvriers descendre dans la vallée pour prendre du repos et des vivres; il fallut donc installer au sommet du Pic une sorte de colonie formée d’hommes énergiques et courageux.
- Il semble que tous ceux qui contribuent aux travaux du Pic-du-Midi, obéissent à un même sentiment de hardiesse et de dévouement sous l’inspiration du général de Nansouty qui sait donner l’exemple à tous ceux qui l’entourent. M. Abadie a trouvé une quarantaine d’ouvriers fidèles qui ont consenti à vivre en haut du Pic pendant la durée des travaux; madame Abadie, jeune et intrépide femme, a bien voulu accepter aussi cette existence
- extraordinaire et c’est elle qui s’est chargée des soins à donner à tous.
- Depuis le 16 août, les travaux ont avancé aussi vivement que possible et l'observatoire est plus d’à moitié achevé. Une partie, comme l’indique le croquis que j’ai fait sur place, reste à couvrir. Dès le 18 septembre, jour de mon ascension au pic, le froid a dû arrêter tous travaux. Dans la partie couverte se trouve déjà des matériaux préparés pour la reprise des constructions qui aura lieu au printemps prochain.
- Albert Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16 826—Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- Vers le milieu du siècle dernier, parut un ouvrage peu connu, mais digne néanmoins d’attirer l’attention des hommes de science et des économistes. Dans ce livre, l’auteur, Pierre Barrère, donne, en effet, l’un des premiers, des détails précis sur l’histoire, et les productions naturelles de cette France équinoxiale dans laquelle de hardis pionniers partis de nos côtes près de cent cinquante ans auparavant, avaient fondé les premiers établissements européens sur les rives de l’Amérique tropicale.
- « Sous le nom de Raparara, dit notre auteur, les
- Indiens des bords du Maroni désignent une tortue assez singulière par la figure; elle a le col long, fort ridé, d’où pendent de petites membranes déchirées ou déchiquetées à peu près comme de la frange ; la tête est aplatie, triangulaire, terminée par une espèce de trompe semblable à un petit tuyau de plume à écrire; le dessus de l’écaille est comme sillonné et formé de grosses pointes1. »
- Bien que concise, cette description rend parfaitement les traits principaux de la tortue dont nous parlons. On ne sait en effet ce qui frappe le plus les regards, ou la tête, large, triangulaire et déprimée, la fente de la bouche s’étendant au delà des
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- Tortue Matamata actuellement vivante à la ménagerie des Reptile-, au Jardin des Plantes (d’après nature).
- oreilles, ou le dos, relevé et sillonné de deux profondes gouttières laissant entre elles trois crêtes relevées en bosses saillantes.
- L’extrémité de la tète se termine par une petite trompe mobile; les yeux, petits et placés très en avant, ont un faible diamètre; les mâchoires, fort tranchantes, sont revêtues d’un étui corné; l’oreille est très grande. Le cou est gros, hérissé de tubercules; de chaque côté pendent des lambeaux de chair qui flottent dans l’eau; des lambeaux tout déchiquetés se voient sous le cou. La carapace est découpée en avant et en arrière; les écailles qui la bordent font saillie par leurs épines; de chaque bosse formée par les écailles relevées, partent de nombreux sillons qui rayonnent en tous sens. La
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- queue est courte et obtuse; des ongles longs et crochus terminent des pattes médiocrement palmées et de longueur moyenne ; la caparace est largement échancrée pour laisser passer les membres de derrière. Le plastron est étroit, creusé d’une large et profonde gouttière dans sa partie postérieure.
- En général, le dessus du corps est d’un rouge brique; le plastron, de couleur moins foncée, est orné de larges marbrures noirâtres. D’après Spix, qui a observé l’animal vivant, les écailles de la carapace sont d’un brun marron, avec des raies disposées en rayon; le dessous du cou et de la tête, ainsi
- 1 Essai sur l'histoire naturelle de la France équinoxiale. Paris 1741. — Nouvelle relation de la France équinoxiale, 2 vol. Paris 1743.
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- que la plus grande partie des membres, sont d’un jaune verdâtre, piqueté de brun. La figure de Spix indique aussi que le dessous des pattes et du cou est d’une couleur orangée, que les ongles sont bruns, et que la couleur orangée du cou, sur laquelle sont imprimées deux bandelettes d'un jaune verdâtre, liserées de noir, offre elle-même, à droite et à gauche, un liseré de cette dernière couleur.
- Originaire des Guyanes la tortue que nous faisons connaître vit dans les eaux stagnantes, dans les marais à moitié desséchés. Le moment de la ponte excepté, elle ne va presque jamais à terre. Enfoncée dans la vase, dont elle revêt la couleur, elle guette les animaux assez imprudents pour nager dans son voisinage; les lambeaux de peau déchiquetée qui flottent dans l’eau comme autant de petits vers attirent les poissons toujours en quête de nourriture ; malheur à eux! Lorsqu’une proie passe à sa portée, la tête, repliée sur le côté droit, se détend tout à coup avec la rapidité d’un ressort, et la victime est facilement engloutie dans la large gueule du reptile.
- Indiquée avons-nous dit, par Barrère, sous le nom de Raparara, la tortue dont nous nous occupons a reçu de Schneider le nom de Tortue simbriée ; elle a été plus tard désignée et signalée sous le nom de Matamata par Bruguibre, dans le Journal d'histoire naturelle de Paris; c’est sous cette dénomination que la connaissent les zoologistes modernes.
- La seule espèce dont on a formé le genre Chelys habite les Guyanes : c’est de la région de Maroni que vient l’individu actuellement vivant à la ménagerie des reptiles du Muséum; il a été capturé par M. J. Crevaux, le hardi voyageur qui le premier a exploré les régions comprises entre notre lointaine colonie et les rives du fleuve des Amazones.
- E. Sauvage.
- LES ŒSTRIDES
- (Suite et fin. — Voy. p. 74, 90, 287 et 545.)
- Les effets produits par les larves gastricoles sur les chevaux qui en sont attaqués ont été très diversement appréciés par les vétérinaires.
- Bracy-Clark affirme que, loin de nuire aux animaux sur lesquels ils vivent en parasites, les Œs-trides sont pour eux des excitants salutaires, des stimulants naturels, des espèces de cautères destinés à favoriser l’action des organes de la nutrition et, par suite, à empêcher une foule de maladies des systèmes glandulaire et cutané. Il va même jusqu’à conseiller de les employer comme médicaments, et il assure avoir obtenu de bons effets de VŒstrus equi à l’état d’œuf, introduit dans l'estomac de son propre cheval.
- M. Dujardin se range à l’avis de Bracy-Clark ou du moins il se montre disposé à croire que les larves d’Œstrides « ne causent aucune incommodité à l’animal qui en est porteur. »
- Vallisniéri, au contraire, Hurtrel d’Arboval, les auteurs du Dictionnaire usuel de chirurgie et de médecine vétérinaires, M. le professeur Lafore, Kollar, etc., regardent les larves gastricoles comme très dangereuses et même comme une cause de mort pour le cheval, lorsqu’elles sont réunies en grand nombre dans ses cavités digestives.
- La plupart des médecins vétérinaires soutiennent que les larves gastricoles finissent par percer de part en part toutes les tuniques de l’estomac. Sans nier la justesse de cette assertion, Bourgelat reste dans le doute; Bracy-Clark, au contraire, se déclare contre la réalité de ces perforations, et nous confessons nous-même ne les avoir jamais aperçues. Dans le plus grand nombre des cas, nous avons vu seulement l'épithélium ou la membrane interne du sac œsophagien ventriculaire percée de part en part d’une plus ou moins grande quantité de petits trous, dans lesquels les larves d'OEstrus equi enfonçaient leur petite tête et leurs crochets mandibulaires. Bien plus, lors même que nous laissions ces larves pendant plus d’une semaine sur un lambeau d’estomac extrait de la cavité abdominale et exposé à l’air dans un endroit humide et chaud, elles se bornaient à détacher l’épithélium et à s’en faire une sorte de capuchon enveloppant quelquefois plus de la moitié de leur corps.
- Il n’est donc pas probable que, à l’état naturel, ces insectes perforent jamais toutes les tuniques d’un viscère où ils ont le plus grand intérêt à rester solidement fixés, tant qu’ils n’ont pas atteint leur entier développement. Ce que nous disons de l’es-tomac s’applique également à l’intestin, quand les larves gastricoles viennent l’occuper à l’époque où elles se préparent à leur métamorphose. On conçoit cependant que la présence d’une aussi grande quantité de parasites, soit dans le sac stomacal, soit dans le canal digestif proprement dit, puisse occasionner l’inflammation, l’ulcération même des tissus attaqués. C'est là, en effet, ce qu’on observe assez souvent.
- Les symptômes qui annoncent la présence de ces larves sont généralement très obscurs; ils sont même nuis ou tout à fait inappréciables quand ces larves sont peu nombreuses Si elles sont multipliées outre mesure, les animaux sont tristes, ils ont les poils secs et piqués, la mue s’effectue mal, les membranes muqueuses sont pâles, la maigrem survient rapidement, la digestion est souvent tioublée, l’appétit est irrégulier et capricieux.
- Quant au traitement à employer pour expulser les larves gastricoles, il devra être, on le conçoit, des plus énergiques; les purgatifs drastiques tels que le julap, l’aloès, la scammonée, l'huile empy-reumatique, etc., en feront la base; mais on devra ne les administrer qu’à petite dose pour ne pas augmenter l'irritation, déjà considérable, des membranes muqueuses stomacale et intestinale.
- Malheureusement ces larves maudites sont douées, nous l’avons déjà fait remarquer, d'une vitalité vraiment prodigieuse, et elles résistent à l’action des
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- médicaments les plus énergiques, arrêtées qu’elles sont à la muqueuse de l'estomac par leurs crochets mandibulaires et par les épines aiguës dont tout leur corps est hérissé.
- Nous avons fait à cet égard quelques expériences qui viendraient confirmer, s’il en était besoin, celles qu’avaient exécutées avant nous Bourgelat, Numan et Van der Kolk, et qui prouvent une fois de plus l’étonnante vitalité des larves de l’Œstre du cheval. En effet, une couple de ces larves extraites de l’estomac et mises, deux jours après, dans l'eau ordinaire, y ont vécu, l’une 85 heures; l’autre 90 heures. Dans l’eau saturée de sel marin, l'une 108 heures, l’autre 109 heures. Dans l’alcool à 55 degrés, l’une 48 heures, l’autre 50 heures. Dans l’huile de ricin, l’une 108 heures, l’autre 109 heures. Dans l’huile empyreumatique, l’une et l’autre 8 heures.
- Quelques larves d’Œstrus equi ont même vécu 10 jours dans l’huile d’olive, et 12 jours dans l’huile de ricin. Bourgelat les a même vues vivre dans l’huile pendant 14 jours.
- Celles que Schrœder van- der Kolk avait plongées dans l’eau privée d’air par l’ébullition et recouverte d’une couche d’huile, continuèrent à vivre pendant 8 jours : d’autres en vécurent 50 dans l’eau de pluie, c’est-à-dire beaucoup plus longtemps que les nôtres dans l’eau ordinaire. Mais il est à observer que nos expériences furent faites pendant l’été, et que celles de Van der Kolk eurent lieu vers la fin de décembre. La différence des températures peut expliquer, du moins jusqu’à un certain point, la différence des résultats.
- Enfin le professeur Numan a constaté que les larves d'OEstrus equi peuvent résister pendant quelque temps à l’action des gaz les plus délétères [acide sul ['hydrique, acide carbonique) et des plus forts poisons [strychnine, morphine, arsenic, sublimé corrosif).
- On conçoit, d’après cela, combien il est difficile de débarrasser le cheval des hôtes incommodes, si ce n’est dangereux, qui envahissent parfois ses cavités digestives.
- Dr N. Joly (de Toulouse),
- Correspondant de l’Institut.
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- UNE ASCENSION AÉROSTATIQUE
- DE BLANCHARD le 26 AOUT 1785
- Il existe à Lille une réunion d’amateurs, érudits et bibliophiles, qui publient depuis quelques années, sous forme de brochures tirées à petit nombre d’exemplaires, une série de pièces rares ou inédites relatives à l’histoire de leur ville. Une bonne fortune leur a fait récemment découvrir, chez un bouquiniste, plusieurs années du Mercure de France et du Journal de Brucelles, où ils ont trouvé la relation d’un célèbre voyage aérostatique exécuté à Lille par Blanchard et le chevalier de l’Espinard le
- 26 août 1785. Cette ascension qui a été illustrée par le pinceau de Watteau et le burin d’Helman, mais qui n’est racontée dans aucune histoire des ballons, vient d’être publiée par les amateurs Lillois, sous forme d'une charmante plaquette imprimée par M. Lefebvre Ducrocq 1. Elle offre un très grand intérêt au point de vue météorologique et mérite à tous les points de vue d’être signalée.
- Blanchard et son compagnon de l’Espinard, montèrent dans la nacelle un peu avant onze heures.
- « A midi vingt minutes, dit Blanchard, nous entrâmes dans un nuage si épais que nous ne nous vîmes plus dans la nacelle. Ce nuage avait une odeur infecte, et selon ce que nous avons pu estimer, il avait sept ou huit cents pieds d’épaisseur. Nous le traversâmes en une minute et demie... A midi et trois quarts nous étions dans un silence parfait et jouissant du plus beau ciel. Les nuages s’étaient tellement amoncelés qu’ils nous avaient dérobé la terre, il nous semblait que nous voguions sur une mer en tempête dont les flots écumaient, avec cette différence qu’aucun bruit ne se faisait entendre.
- « Nous observâmes l’ombre de notre globe qui se projet-(ait sur la surface inégale des nuages, et à celle ombre on voyait un arc-en-ciel qui jetait les couleurs du prisme les plus vives. »
- Un peu plus loin, l’aéronaute raconte que son compagnon et lui pénétrèrent dans un nuage si humide qu'ils se trouvèrent très mouillés, et que la nacelle fut bientôt toute ruisselante d’eau. Il jeta du lest pour ne pas descendre sous le poids de cette condensation.
- Le ballon s’éleva plus tard jusqu’à l’altitude de 15 104 pieds (4256 mètres)... « Nous éprouvâmes, dit Blanchard, un affreux mal dans les oreilles, notre vin, dont nous bûmes chacun un coup, tombait avec des parcelles de glace dans notre verre et l’air inflammable se troubla encore une fois. Nous étions montés à celte région où l’homme se trouve dans un état de béatitude :nous foulions à nos pieds l’immensité et nous jouissions du plus beau ciel. Une rotonde de nuages, entassés les uns sur les autres et se formant comme des montagnes de neige, au milieu de laquelle nous étions extrêmement élevés, nous offrait un coup d’œil enchanteur. Le froid devenant extrême, nous bûmes encore chacun un verre de vin glacé, et le chevalier s’endormit. Je ne fus pas d’abord tranquille sur son état, mais après l’avoir examiné, je vis qu’il n’y avait rien à craindre ; je le laissai reposer et me gardai bien de succomber moi-même au sommeil qui voulait aussi s’emparer de moi. »
- Avant de descendre, les aéronautes traversèrent un nuage orageux d’où ils virent s’échapper des éclairs au milieu du bruit du tonnerre. Ils touchèrent terre à Servon dans les Ardennes, après s’être dirigés du Nord au Sud jusqu’aux environs de Compiègne, puis du Sud-Ouest au Nord-Est jusque près de Mézière, puis enfin du Nord au Sud jusqu’à Servon et avoir parcouru cent vingt lieues dans l’espace d’environ sept heures.
- Le retour de Blanchard et de l’Espinard à Lille fut un véritable triomphe : la ville entière se porta à la rencontre des heureux voyageurs aériens. On envoya pour les recevoir un carrosse avec deux valets de ville et le magistrat de Lille promit à Blanchard une boite d’or aux armes de la Ville, et au chevalier une cafetière d'argent.
- Le soir, M. deSombreuil, maréchal de camp et des ar-
- 1 Relation de la quatorzième ascension de Blanchard, faite à Lille le 26 août 1785, avec la carte et le développement de ce voyage aérien. I broch. in-18. Lille, imprimerie de Lefebvre-Ducrocq, 1879 (tiré à cent exemplaires).
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- niées du Roi, commandant la place de Lille, conduisit les voyageurs aériens à « la « Comédie », où les ovations recommencèrent. Gaston TISSANDIER.
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- NOUVEAU BÉLIER HYDRAULIQUE
- DE DOUGLAS1
- Chacun sait que les béliers hydrauliques sont des appareils servant à élever automatiquement, et d’une manière continue, l’eau des sources ou des chutes d’eau. Ces appareils ont reçu, depuis le commencement du siècle, de nombreux perfection
- nements. Le constructeur américain du nouveau bélier que nous signalons aujourd’hui, M. Douglas’, a su profiter des travaux de ses devanciers, et lui-même les a heureusement complétés. Il suffira d’une courte description de son bélier pour en faire comprendre le mécanisme.
- Le bélier de M. Douglas se compose simplement d’un tuyau d'amenée de l’eau, et d’un tuyau de refoulement ou d’ascension, se coupant à angle droit, au-dessous de l’ouverture d’une grande chambre formant réservoir d’air. Le tuyau de refoulement est ouvert à la partie inférieure de la chambre d’air. Quant au tuyau d'amenée, il com-
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- Installation du Bélier hydraulique de M. Douglas.
- mimique avec celle-ci par une soupape à clapet dont le poids suffit pour tenir l'ouverture fermée. Il se prolonge au delà en un coude qu'on voit à gauche de la figure, et qui se termine par une soupape plongeante. Lorsque la pression s’accroît à la partie inférieure du tuyau d’amenée, le liquide soulève la soupape de la chambre d’air, et une certaine quantité d’eau entre dans celle-ci et dans le tuyau de refoulement. La soupape plongeante se ferme en même temps. La pression devenant rapidement plus considérable dans la chambre d’air, la soupape de celle-ci est repoussée, et l’eau, maintenue dans le tuyau d’amenée, s’écoule en soulevant la soupape plongeante de l’extrémité. C’est par ce jeu alternatif
- 1 M. Piller, constructeur à Paris.
- de soupapes qu'une certaine quantité d'eau est constamment élevée.
- On comprend que le débit du bélier hydraulique doit varier avec beaucoup de conditions : les dimensions du bélier et des tuyaux, la hauteur d’ascension, celle de chutes, etc. D’après les expériences nombreuses qui ont été faites, la quantité d’eau à élever par le bélier est du septième du débit pour une hauteur égale à cinq fois la hauteur de chute; elle serait naturellement moitié moindre pour une hauteur double. Le prix est d’ailleurs peu élevé. Il varie suivant les dimensions du bélier1.
- L. DE SARDRIAC.
- 1 Journal de l'Agriculture de M.‘Barrai.
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- LA NATURE.
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- L’HARMONOGRAPHE DE M. TISLEY
- L’harmonographe se rattache à la mécanique par son principe et à la science acoustique par son application. Examinons d’abord l’appareil en lui-même. Il se compose de deux pendules A et B (fig. 1) placés sur des suspensions à la Cardan. Le pendule B supporte une plate-forme P sur laquelle on peut placer des petites feuilles de bristol, comme le montre la ligure. Ces feuilles sont fixées à l’aide de petites pinces de laiton. Le pendule A porte une tige horizontale à l’extrémité de laquelle est un tube en verre T terminé à son extrémité inférieure par une ouverture capillaire; ce tube est rempli d’encre d’aniline et vient s’appuyer sur le bristol ; le support et le tube sont équilibrés par un contre-poids à vis placé sur la droite. Les deux pendules A et B sont lestés par des rondelles de plomb qu’on peut déplacer à volonté sur les tiges de façon à obtenir des oscillations dont la durée peut varier dans certaines limites. Pour que le rapport entre les durées d'oscilla
- tion des deux pen- Fis. 2 - Rapport 1/2. dules puisse se régler exactement, la tige A. supporte un petit poids 1 additionnel dont on peut régler la hauteur à l’aide ! d’une vis et d’un petit treuil. En imprimant au pendule Aun mouvement d’oscillation, la pointe du tube T viendra tracer une ligne droite sur le bristol placé en P, mais si l’on imprime un mouvement au pendule B, le papier se déplaçant aussi, la pointe du tube T tracera des courbes dont la forme variera
- avec la nature du mouvement de la tige B, le rapport des oscillations des pendules A et B, l’amplitude des mouvements, etc. Si le mouvement des pendules s’effectuait sans frottements, la courbe serait la même et la pointe repasserait indéfiniment sur le même trait, mais l’amplitude des oscillations diminuant régulièrement, il s’en suit que la courbe diminue de grandeur en conservant toujours sa forme pour tendre à un point qui correspond à la position de repos des deux pendules. Il en résulte que les courbes tracées par l’appareil et dont nous reproduisons trois spécimens (fig, 2, 3, 4) sont tracées d’un trait continu en commençant par la partie qui correspond à la plus grande amplitude. En changeant le rapport des durées d’oscillation et les phases de leur mouvement , on obtient des courbes dont l'aspect varie à 1 infini. M. Tisley a une collection de plus de trois mille courbes que nous avons parcourue rapidement et dans laquelle nous n’avons jamais rencontré deux figures pareilles. A chaque rapport entre ces courbes correspond une famille spéciale dont l’analyse peut définir les caractères
- généraux, question qui sort de notre cadre.
- En imprimant au plateau P un mouvement de rotation, on obtient des courbes spirales d’un très curieux effet, mais l’appareil est plus compliqué. Considéré à ce point de vue, il constitue un appareil cinématique intéressant montrant la combinaison des mouvements et résolvant certaines questions de mécanique pure.
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- LA NATURE.
- Au point de vue acoustique, il constitue un appareil d’études non moins curieux. Les expériences de M. Lissajous ont prouvé que les vibrations des diapasons étaient pendulaires quoique beaucoup plus rapides que celle du pendule. On peut donc reproduire avec cet appareil toutes les expériences de M. Lissajous avec cette différence que les mouvements étant plus lents sont plus faciles à étudier et que leur inscription devient par cela même très facile. Lorsque le rapport entre le nombre de vibrations, — nous employons à dessein le mot vibration pour le mot oscillation, — est un nombre simple, on obtient les dessins des ligures 2 et 5. Si le rapport n’est pas exact on obtient la figure 4, figure assez
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- Fig. 4. — Rapport 1/2 et une fraction.
- irrégulière d’aspect et qui correspond aux déformations observées dans les expériences de M. Lissa-jous.
- La ligure 3 a été tracée avec le rapport exact 3, la figure 2 avec le rapport !, la ligure 4 correspond au rapport 1, plus une petite fraction qui cause l’irrégularité de la figure. Eu considérant l’harmo-nie des figures 2 et 3 dont la première correspond à l'octave et la seconde à la quinte, tandis que la figure 4 correspond à une neuvième, intervalle désagréable s’il en lut, n’est-on pas tenté d’ajouter une certaine foi à la loi fondamentale des rapports simples comme base de l’harmonie. Pour l’œil cela parait hors de doute; les musiciens se contenteront-ils de cette explication? L’harmonographe aura bien mérité de la musique s’il arrive à trancher la question.
- LES ORIGINES ET LE DEVELOPPEMENT
- DE LA VIE.
- (Suite. — Voy. p. 54, 86, 218, 254. 246 et 295.)
- LA DIVISION DU TRAVAIL ET LES COLONIES DE POLYPES HYDRAIRES
- La division du travail est la condition même du progrès dans toute organisation sociale. L’association est peu utile quand tous les membres possèdent les mêmes facultés, accomplissent les mêmes actes, de la même façon. Chacun peut alors se passer de ses
- voisins, et ce n’est que dans de bien rares circonstances qu’il est conduit à leur demander une assistance passagère et accidentelle. Les liens entre les membres d’une pareille société sont nécessairement fort lâches; la société elle-même n’a aucun caractère personnel; elle est représentée par un nombre, mais elle ne saurait avoir ni volonté, ni cohérence. Que la division du travail apparaisse, tout change. Chaque individu a un rôle assigné, auquel il doit exclusivement se dévouer, une fonction, un métier qu’il exerce plus ou moins exclusivement, et dans lequel il acquiert, au grand avantage de la société, une habileté extrême. En revanche, il devient par le fait même de son application spéciale, déplus en plus inhabile à faire tout autre chose; il se trouve, par suite, à chaque instant forcé d’emprunter le concours de ceux de ses concitoyens qui ont pris une direction différente, et qui sont à leur tour dans l’obligation de lui demander ses services. Il s’établit donc entre tous les membres de la société une soli-darité qui grandit d’autant plus que la division du travail est plus grande. Chaque travail se trouvant mieux fait par les individus qui s’y trouvent exclusivement consacrés, l’échange réciproque met à la disposition de tous des produits d’une qualité supérieure, et si tous les individus accomplissent régulièrement leur tâche, si les échanges s’opèrent d’une façon strictement équitable, une telle société ne peut manquer de grandir et de prospérer. Riche et puissante, elle est en état de soutenir avantageusement, contre ses voisines, la lutte pour l’existence, et tôt ou tard l’emporte fatalement sur elles. Chez elle, l’individu conserve une large part d’indépendance; il ne saurait être soumis, dans l’exercice de sa fonction, à des règles absolues qui le condamneraient à la routine et seraient la négation de tout progrès; il n’est même pas nécessairement assujetti d’une façon immuable à un rôle déterminé, il peut se transformer dans le cours de son existence, et sa progéniture, qui hérite dans une large mesure de scs aptitudes et de ses fonctions, peut à son tour en acquérir qui lui soient propres et prendre même un rôle tout nouveau ; toutefois, il arrive nécessairement, en raison même de la solidarité qui unit tous les membres, que chaque citoyen doit faire à la société l’abandon d’une part certaine de son indépendance, que tous doivent être soumis à une discipline rigoureuse, dont l’inobservance serait la mort de la société. Quand les règles qui dominent toute cette organisation sont enfreintes, la société souffre. Une véritable conscience sociale s’est donc développée, et avec elle une personnalité réelle dans laquelle se confond en partie celle des citoyens.
- Cette personnalité ne résulte pas de la prédominance d’un membre quelconque de la société, qui impose aux autres sa volonté et les réduit à l’état d’esclaves : chacun concourt à la former par l’abandon qu’il fait d’une partie de sa liberté, par sa soumission à tout ce qui est nécessaire à la
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- LA NATURE.
- prospérité de l’association, qui lui donne en échange une part de bien-être plus grande que celle à laquelle lui donneraient droit, ses facultés personnelles, s’il était livré à lui-même.
- Pour que la société puisse vivre, il faut non seulement que tous ses membres soient intéressés à son maintien, que la majorité d’entre eux prospère, mais encore qu'ils soient constamment en voie de progrès, sans quoi elle est dominée bientôt par des sociétés mieux organisées et disparait. Des modifications incessantes devant s’accomplir dans son sein, il faut qu’à chaque instant, toutes ses parties composantes s’harmonisent entre elles, que rien d’immobile ne puisse entraver l’accord de tous. La société la plus vivace est celle où l’immobilité est réduite au minimum.
- Cette liberté de transformation ne saurait dominer la discipline nécessaire à laquelle tous doivent se soumettre. Vis-à-vis de cette discipline, l'individu n’est plus qu'un organe social, il doit fonctionner comme tel et remplir rigoureusement son rôle pour le bien de tous.
- Quelque semblables entre eux qu’aient pu être les individus qui se sont primitivement associés, une telle identification avec des fonctions diverses ne peut avoir lieu sans entraîner avec elle, comme une conséquence nécessaire, l’apparition et le développement de différences extérieures ou intérieures de plus en plus marquées. Chacun prend, suivant une expression vulgaire, mais aussi juste qu’énergique, la figure de son emploi. Quelques-uns n’éprouvent que des modifications sans grande importance; d’autres s’élèvent dans l’échelle de l’organisation; d’autres, au contraire, dégénèrent. La division du travail, indispensable à la force, à la puissance, à l’autonomie de la société, entraîne fatalement avec elle, comme une nécessité qu’on n’a pas le droit d'appeler un mal parce qu’elle est dans l’essence des choses, l'inégalité des conditions.
- Appliquons ces considérations au règne animal.
- Des individus de même espèce, de même origine, issus des mêmes parents, demeurant unis les uns aux autres, formeront des sociétés d’autant plus puissantes, d’autant plus aptes à prendre l’avantage, que les règles de la division du travail seront plus strictement appliquées chez elles. Dans ces sociétés, les individus ne pourront, d’après ce qui précède, conserver une forme identique. Les uns accaparant pour eux seuls les fonctions relatives à l’alimentation de la société, auront des organes propres à saisir les êtres qui doivent devenir leur proie : une bouche, un estomac, dans lequel les matières alimentaires seront élaborées, pour se répartir ensuite, grâce à un système de canaux plus ou moins compliqué, dans toutes les parties de la colonie. Les autres étant particulièrement chargés de la repro-duction, tout l’effort nutritif se portera chez eux vers l’appareil génital. Ils cesseront de dépenser leur activité vitale à la recherche et à la capture d’une proie ou à l'élaboration de matières alimentaires
- que leurs compagnons préparent pour eux et qu’ils se bornent à assimiler. Dès lors, leurs organes de préhension, s’amoindriront et disparaîtront; leur bouche s'oblitérera, leur cavité digestive seule persistera, demeurera en communication avec celle des individus chargés des fonctions nutritives et y puisera les substances alimentaires déjà élaborées, toutes prèles à pénétrer dans les tissus. D’autres encore pourront avoir en partage la locomotion, et acquerront dès lors de nouveaux organes appropriés à cette importante fonction.
- Ainsi la physionomie, l’aspect extérieur, l’organisation même changeront avec l’emploi. Ce ne sera plus par la description d’une forme unique que l’espèce pourra être définie, ce sera quelquefois cinq ou six formes équivalentes entre elles qui la représenteront. Non seulement le parent pourra différer complètement de sa progéniture, mais les individus de même génération, les frères, s’adaptant chacun à une fonction particulière, ne se ressembleront même plus, et pourront devenir plus différents les uns des autres que s’ils n’étaient pas d’une espèce identique. L’espèce deviendra donc polymorphe. Ce sera le premier degré de l’organisation sociale.
- Nous avons déjà constaté un certain polymorphisme chez les Éponges; mais là, l’état très inférieur de la génération sexuée ne permettait pas la fixation par hérédité des progrès accomplis par les individus; de plus, en raison de la prédominance dans son économie des matières minérales inertes et par cela même vouées à l'immobilité, l'organisation des Eponges ne présente qu'une faible plasticité. Le polymorphisme se manifeste au contraire dans les colonies de Polypes hydraires, d’une façon d’autant plus remarquable que les individus composants conservent à un haut degré leur personnalité et sont par conséquent faciles à reconnaître.
- D’autre part, chez ces animaux, la reproduction agame et la reproduction asexuée sont combinées de façon à avoir une importance presque pareille; d’où il suit que nous trouvons également réunies la mobilité résultant toujours de la reproduction agame, qui permet à toutes les modifications individuelles de se transmettre, et la stabilité résultant de ce que la génération sexuée, ramène sans cesse à une moyenne relativement constante, les formes sollicitées à varier par les actions extérieures.
- Nous avons déjà vu quelles différences profondes séparaient l’organisation des Polypes hydraires de celle des Méduses, qui représentent la forme asexuée et la forme sexuée d'une même espèce. Quoique très variable, la forme des individus asexués est infiniment plus fixe chez les Hydres que chez les Éponges. Les espèces sont nombreuses, très différentes entre elles, mais présentent cependant des caractères qui les rendent d’ordinaire assez facilement reconnaissables.
- La forme fondamentale des polypes est presque toujours une modification de celles que nous ont
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- présentées les Hydres et les Cordylophora. Les Dico-ryne, les Bougainrillia, les Perigonymus, les Eu-dendrium, les Hydractinia, les Podocorynes, les Garveia, les Tubulaires, les Campanulaires, les Ser-tulaires, les Plumulaires, etc., ont les tentacules disposées en couronne comme les Hydres. Les Clara, les Corynes, les Syncorynes, les Gémellaires, les ont épars, comme les Cordylophora. Le curieux Staur-dium sur lequel Dujardin observa pour la première fois, en 1845, la formation de Méduses par bour-
- geonnement sur des Polypes hydraires, ne possède que huit tentacules, quatre relativement grands, terminés par des bouquets de nématocyste, et disposés en croix autour de la bouche, quatre autres, grêles et plus petits, alternant avec les premières, situés vers la moitié inférieure du corps. Chez les Myrio-thela, dont la taille est considérable, et que l’on rencontre depuis les côtes de Suède jusque sur celles de Bretagne1, toute la moitié supérieure du corps est libre, et la moitié inférieure est au contraire
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- Fis. 1. Fig. 2.
- Fig. 1. — HxDRAIRES. Colonie de Olavatella proliféra, grossie sept fois. Le plus grand individu porte à sa base de jeunes individus sexues (Méduses modifiées), les Eleuthéries, de Quatrefages.—Fig. 2. HYDRAIRES. 1, extrémité supérieure d’un individu de Tubularia in a ivisa, grossi un peu plus de deux fois ; a, tentacules buccaux ; b, deuxième couronne de tentacules ; m, grappe d’individus sexués (Méduses incomplètes) ; 2, une jeune Tubularia indivisa encore libre et marchant la bouche en bas.
- couverte de nombreux tentacules épars, parmi lesquels se développe l’appareil reproducteur. Si la Protohydra Leuckarti, de Schneider est un hydraire adulte, il y aurait même des hydraires absolument dépourvus de tentacules , des Polypes sans pieds. Partout le nombre et la disposition des tentacules sont éminemment variables. Les colonies ont éga lement une apparence très différente même dans des types voisins. Peu d'Ilydraires vivent isolés comme les Polypes de Tremblay; mais tous sont bien loin de former des colonies arborescentes, même aussi simules que celles des Cordylophora. Très souvent de l’extrémité inférieure du corps du Polype, du point
- même par lequel il adhère aux corps étrangers, naissent des espèces de racines qui rampent en se ramifiant à la surface des corps et forment ainsi un réseau plus ou moins serré sur lequel bourgeonnent de nouveaux individus. Les colonies s’étendent alors en surface et forment sur les roches, les algues et jusque sur les coquilles des mollusques vivants et les carapaces des crabes, soit des masses encroûtantes, soit de petites touffes rappelant l’apparence des mousses et des lichens. Tel est le cas des Clara,
- 1 II a été trouvé à Roscoff (Finistère), par M. de Lacaze-Duthiers.
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- de certaines Svncorvnes 1, des Gémellaires, des Cla-vatelles (fig. 1), des Hydractinies , des Podocory-nés, des Perigonymus et des Tubulaires (fig. 2), dont les individus atteignent quelque fois près d’un décimètre de longueur. Les tiges flexibles des Campanulaires rampent à la surface des feuilles, dressant seulement les clochettes pédoncu-lées qui portent les polypes. Les Bougainvillia, les Eudendrium (fig. 3) et le plus grand nombre des hydraires ayant un polypier corné suffisamment ré-
- sistant1 forment le plus souvent des colonies arborescentes dont la forme est quelquefois caractéris-tique dans toute l’étendue d’un genre, comme si un commencement d’individualité tendait à se manifester. Dans un grand nombre de cas, chez les Corynes et certaines Bougainvillia, par exemple, le deux formes de colonies se combinent : le réseau encroûtant donne naissance, non plus à des Polypes isolés, mais à des touffes arborescentes de Polypes. Ces derniers, qui bourgeonnent le plus souvent sans
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- Fig. 3. — HYDRAIRNES. Colonie A'Eudendrium, ramosum grossie sept fois ; a, individu stérile ; b, individu portant des sacs reproducteurs mâles avant la chute des tentacules ; d, bouquet de sacs reproducteurs mâles ; 2, un sac ovigère ; 3, Planuies à divers états de développement; 4, Spermatozoïdes. — Fig. 4. HYDRAIRES. 1, fragment de colonie de Coryne pusilla (grossie vingt fois environ) montrant deux individus stériles et un individu reproducteur ; 2, un tentacule grossi cent fois terminé par un bouquet de Nématocystes ; 3, une Capsule urticante ou Nématocyste avec son (il spiral développé,grossie quatre cents fois; 4, un œuf mûr, grossi soixante fois; 5,Planule ciliée à se métamorphoser en Polype.
- ordre, se disposent, dans le groupe des Sertula-riens, suivant des règles fixes, qui fournissent des caractères pour la distinction des espèces et des genres.
- Malgré cela, nous ne trouvons pas encore dans les colonies des Polypes hydraires proprement dits, cette fixité de forme que nous verrons bientôt s'accuser déplus en plus. L’instabilité paraît ici presque aussi grande que chez les Éponges quand on considère la classe tout entière. Les Polypes eux-mêmes, malgré la simplicité de leur structure, présentent d’un
- 1 Syncorine.
- groupe à l’autre des variations de forme extérieure plus étendues que dans les classes les plus élevées du règne animal. C’est spécialement par l’étude des individus sexués, dérivés des individus agames par une série de lentes et graduelles modifications, vivant longtemps aux dépens de la colonie, subissant plus que tous les autres, en raison même de leur complication, le contre-coup des influences qui s’exercent sur elle, que l’on peut bien mesurer l’étendue de la mobilité des formes
- 1 Les Hydraires Calyptoblastiques d’Allman, notamment les Sertulaires, Plumulaires, Antennulaires, Halecium, etc.
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- LA NATURE.
- animales qui nous occupent. Aucun de ces individus — on peut le dire — n’a conservé la forme primitive fondamentale; aucun d’eux ne présente d’une façon complète la forme et l’organisation d’un Polype. Mais tous ne sont pas parvenus, tant s’en faut, à la forme si nettement caractérisée de Méduse. Beaucoup même après l’avoir atteinte sont revenus en arrière; la colonie semble, comme le fait très justement remarquer P. J. Van Beneden, n’avoir plus la puissance de les conduire jusqu’au terme de leur évolution normale ; elle ne produit plus, que des Méduses plus ou moins incomplètes, des Méduses atrophiées, ce que le savant naturaliste Belge appelle d’un seul mot des Atrophions. L’atrophie peut du reste présenter tous les degrés. Chez les Tubularia indivisa (fig. 2), la Méduse atteint presque son entier développement; elle peut même posséder des tentacules chez la Tubularia larynx, chez la Gonothyrœa Loveni et autres espèces. Son appareil gastro-vasculaire est complet ; mais l’ouverture de l’ombrelle est très petite et celle du sac stomacal n’existe pas; l’animal ne peut nager; il est incapable de prendre de la nourriture et ne se détache pas du Polype qui lui a donné naissance. Chez la Garveia nutans, la Méduse est encore plus incomplète ; son ombrelle et son sac stomacal sont également dépourvus de tout orifice; mais l’ombrelle possède encore quatre canaux gastro-vasculaires terminés en cæcum, le canal circulaire qui réunit d'ordinaire ces canaux et longe le bord libre de l’ombrelle chez les Méduses a disparu. Chez les Hydrac-tinies les canaux gastro-vasculaires ne sont plus représentés que par un léger renflement de la base de la cavité du sac stomacal entre les deux parois duquel les œufs se développent; l’ombrelle a complètement disparu. Chez ï'Eudendrium ramosum (fig. 3, u° 2), la Clava squamata,h cavité du sac stomacal est rejetée sur le côté, comme un organe inutile, par le développement de l’œuf unique que contiennent ses parois. Enfin cette cavité peut même cesser de se prolonger dans le sac reproducteur, c’est le cas des Hydres d’eau douce.
- Assez souvent un seul sexe est ainsi frappé d’arrêt de développement et c’est indifféremment, suivant les espèces, le sexe mâle ou le sexe femelle; mais les deux peuvent aussi avorter sans que le degré de développement de l’un entraîne nécessairement le même degré de développement de l’autre. On trouve ainsi dans un même groupe tous les intermédiaires entre des Méduses parfaites et de simples sacs remplis d’œufs et de semence; les Méduses des deux sexes avortent complètement, par exemple, chez les Hydres, les Cordylophora, les Clava, les Hydractinies, certaines Corynes (Cor y ne squamata). Elles atteignent presque leur complet développement dans les deux sexes chez les Tubularia indivisa, Coryne aculeata, Syncoryne ramosa. La femelle seule devient une Méduse libre chez les Corydendrium parasiticum, Eudendrium ramoi sum et racemosum, Eucoryne elegans, Pennaria
- Cavolini; c’est au contraire le mâle qui atteint un complet développement chez la Podocoryne carnea et les Coryne mirabilis et gravata. Enfin les deux sexes sont également bien développés chez les Tubularia Dumortieri, Syncoryne mirabilis, Cleodora, Sarsii, C. Stenio, etc.1. L’examen des espèces appartenant à ces différents genres montre qu’on peut établir une gradation continue entre la forme de leurs individus reproducteurs, montrant de la façon la plus indiscutable que les plus simples, les plus dégradés sont morphologiquement les équivalents des plus parfaits.
- La Méduse si élégante, si agile, si complexe même dans son organisation, peut donc se réduire à ce point de n’être plus qu’une glande reproductrice, sans individualité propre, simple dépendance du Polype qui la porte. Ce n’est plus un être personnel, c’est un organe. Néanmoins l’équivalence morphologique subsiste : nous devons considérer cet organe comme représentant la Méduse ; le sac reproducteur de l’Hydre d’eau douce n’est qu’une Méduse avortée.
- Dans ces transformations des Méduses, la forme du Polype primitif n’est absolument pour rien. En regard de chaque genre de Polypes producteurs de Méduses, on peut mettre un ou plusieurs genres de Polypes, identiques en apparence, mais qui ne produisent jamais que des Méduses plus ou moins atrophiées. Les Corynes (fig. 4) ne diffèrent des Syncorines dont il a été précédemment question que par la substitution de simples sacs reproducteurs aux belles Méduses à quatre tentacules que produisent ces dernières et pour lesquelles on avait créé le genre Sarsia. Les Syncorynes ne diffèrent à leur tour des Gemellaria que par la forme des Méduses qu’elles produisent. De même les colonies complexes d’Hydractinies, que nous étudierons plus tard, ne diffèrent des colonies de Podoco-rynes que parce que les premières n’ont que des sacs reproducteurs, tandis que les Podocorynes produisent exactement à la place de ces sacs de charmantes petites Méduses pourvues de huit tentacules simples ; c’est aussi le caractère qui distingue les Eudendrium (fig. 3) des Bougainvillia5 les Heterocordyle ont toute l’apparence de Perigo-nymus où les Méduses à deux tentacules qui poussent sur les stolons seraient remplacées par des individus sans bouche, ni tentacules, portant à leur surface de nombreuses Méduses avortées. Mais le parallélisme absolu des deux formations n’est nulle part peut-être plus saisissant que chez les Tubularia (fig. 2) et les Corymorpha. Les unes et les autres sont des Polypes exactement de même forme : les Tubulaires poussent en général isolément sur un réseau de stolons et chaque individu n’est relié à ses frères que par ces sortes déracinés communes; les
- 1 Van Beneden. Recherches sur les Polypes des côtes de Belgique Mémoire de l’Académie royale des Sciences de Bruxelles, 1867.
- 2 Voir la Nature du 11 octobre 1879, p. 297, fig. 5.
- 3 Voir la Nature du 11 octobre 1879, p. 296. fig. 5,
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- Corymorpha sont isolées et enfoncent dans le sable la partie inférieure de leur corps. Les uns et les autres ont une forme très particulière : ils portent une double couronne de tentacules, l’une placée, immédiatement autour de la bouche, au sommet du cône qui porte celle-ci; l’autre, formée de tentacules plus grands entoure la base même de ce cône.
- Nous avons déjà dit qu’entre ces deux couronnes poussent, chez les Corymorpha, des grappes de Méduses souvent formées d’une dizaine d’individus qui se détachent successivement pour nager librement et pêcher leur nourriture à l'aide du long tentacule unique dont chacun d’eux est muni. Les Tubulaires présentent des grappes en tout analogues, souvent plus fournies, mais dont les divers éléments ne revêtent jamais la forme de Méduse. Ils s’en rapprochent cependant parfois beaucoup, car on peut reconnaître en eux, nous l’avons vu, une véritable ombrelle, parcourue par un appareil gastro-vasculaire bien développée et portant même des rudiments de tentacules. Mais cette ombrelle demeure fermée pendant la plus grande partie de son existence ; le sac stomacal qu’elle entoure et avec lequel communiquent ses vaisseaux n’offre jamais de bouche et, par conséquent, ne peut servir à la digestion; enfin,ces Méduses incomplètes ne se détachent jamais du pédoncule qui les supporte. Il en est de mâles et de femelles ; celles-ci ne produisent en général qu’un seul œuf, qui traverse toutes les phases de son développement dans la cavité de l'ombrelle de sa mère et n’en sort que sous la forme d’un Polype présentant déjà une ressemblance considérable avec les Tubulaires adultes. Ce jeune Polype marche quelque temps (fig. 2, n° 2) à l’aide des longs bras dont il est pourvu ; puis il se fixe pour prendre enfin sa forme définitive.
- L’examen des listes de Van Beneden montre même que dans l’étendue d'un seul genre tous les passages du simple sac reproducteur à la Méduse complète peuvent se rencontrer. Suivant lui, tandis que les deux sexes avortent également chez la Coryne squamata, ils atteignent presque l’état de Méduse chez la Coryne ocideata, le mâle y parvient même complètement chez les Coryne mirabilis et gravata. Les Syncorynes seraient plus remarquables encore puisque de la Syncoryne Listeri, où les deux sexes avortent, on peut s’élever aux Syncorynes cleodora, Sarsii et Stenio, où ils atteignent tous deux l’état de Méduse, par l’intermédiaire de la Syncoryne ramosa où les Méduses, quoique assez parfaites, ne quittent jamais’ la colonie. Les Tubulaires nous offriraient des exemples analogues.
- Edmond Perrier,
- Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- — La suite prochainement. —
- L’ENSEIGNEMENT PAR LES PROJECTIONS
- La méthode d’enseignement par les projections a pris depuis quelques années une importance qui va chaque jour en grandissant.
- C’est qu’en effet elle facilite à la fois la tâche du professeur et celle de l’élève en rendant claires et apparentes pour tous, les démonstrations expérimentales les plus délicates.
- Les phénomènes scientifiques reproduits d’ordinaire avec des appareils de petite dimension ne sont visibles que pour les quatre ou cinq observateurs qui peuvent faire cercle tout autour.
- Ils sont perdus pour une classe de quarante élèves, et plus encore pour les auditoires de deux ou trois cents personnes qui remplissent les amphithéâtres de nos grandes écoles ou des cours publics. Comment, par exemple, apercevoir à une distance relativement considérable le petit mouvement que fait l’aiguille d’un galvanomètre? On ne distingue que la forme extérieure de l’objet. Pour le reste, pour l’expérience elle-même, il faut en croire le professeur sur parole. Si au contraire l’élève peut voir le phénomène manifestement exposé sous ses yeux dans tous ses détails, il le saisit sans effort et le conserve gravé dans sa mémoire.
- On conçoit dès lors quel service M. Duboscq a rendu à l’enseignement lorsqu’il l’a enrichi d’instruments propres à ces démonstrations publiques.
- C’est lui qui le premier en 1866 a construit pour le Conservatoire des Arts et Métiers l’appareil pour la projection des corps placés horizontalement (fig. 1). Une source lumineuse (fig. 2) envoie ses rayons sur un miroir à 45°qui les réfléchit verticalement, ils sont rassemblés par une lentille dite condenseur, sur laquelle l’objet repose directement. Une lentille ou un objectif achromatique placé au-dessus de l’objet en donne une image agrandie ; le faisceau lumineux vertical rencontre un prisme à réflexion totale qui le renvoie horizontalement et l’image se forme sur un écran.
- Cet appareil est un véritable mégascope servant à la fois à la projection des tableaux transparents, ou à celle d’objet réels dont on veut montrer les formes extérieures.
- On peut projeter à l’aide de cet instrument un très grand nombre d’expériences soit des différentes branches de la physique, soit de chimie, soit même de physiologie.
- Choisissons par exemple la célèbre expérience d’Œrsted relative aux actions des courants sur les aimants. D’ordinaire à peine visible, dans les cours, elle devient évidente grâce au procédé de M. Duboscq.
- Le conducteur qui doit traverser le courant est formé de deux lames de cuivre d’inégale longueur, la plus courte est mobile autour d’un boulon dans un plan horizontal et peut être amenée à volonté au contact de l’autre.
- Chacune d’elles communique avec l’un des pôles
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- de la pile. Au-dessous se place l'aiguille aimantée, mobile sur un disque de verre gradué transparent. Elle est parallèle au conducteur.
- Ce système monté dans un support cylindrique se pose sur la lentille condenseur de l’appareil de projection. Cela fait, on rapproche les deux lames de cuivre, on voit ainsi sur l’écran le courant se fermer et aussitôt l’aiguille se mettre en croix avec sa position primitive.
- C’est là une manière saisissante de montrer la déviation que le passage d’un courant fait subir à un aimant voisin, ce fait capital qui servit de point de départ aux théories d’Ampère et à l’invention des télégraphes.
- L appareil sert encore à montrer la belle expé-
- FLROT
- Fig. 1.
- couronne sur le pivot où était tout à l’heure l'aimant ce qui est beaucoup plus simple.
- Cette fois c’est l’aimant qui forme toupie. On le forme de deux barreaux en croix pour lui donner plus de puissance. En le faisant tourner on voit sa rotation entraîner celle de la couronne, le mouvement il est vrai est moins rapide que tout à l’heure.
- Mais ce n’est pas tout, l’appareil de M. Duboscq, peut prêter son secours à toutes les branches de la physique. Voici par exemple une expérience d’optique.
- Tout le monde sait que les différentes parties du spectre ne jouissent pas des mêmes propriétés. Parmi les rayons, les uns sont plus particulièrement lumineux, d’autres possèdent surtout l’activité chimique; a d’autres enfin sont réservés, les effets calorifiques. Le dernier de ces phénomènes si délicats
- rience d’Arago sur le magnétisme de rotation.
- Elle consiste comme on sait dans l’entraînement réciproque d’un barreau aimanté par la rotation d’une couronne de cuivre placée à distance. Le barreau est monté sur un pivot au centre d’un disque gradué en verre qui se pose sur la lentille conden -seur. On coiffe le tout avec un support contenant la couronne. On fait tourner celle ci rapidement au moyen d’un fil comme une toupie. Quatre pe tits trous dont elle est percée vont faire leur image sur l’écran et permettent de suivre le mouvement. On voit alors le barreau entraîné dans le même sens. Remplacez la couronne par une autre à secteurs alternativement pleins et vides, le barreau n’est plus entraîné. Pour faire l’expérience réciproque on suspendait autrefois la couronne au moyen d’un fil métallique. La monture était coûteuse et l’expérience délicate. M. Duboscq pose la
- à observer d'ordinaire apparaît clairement à tous avec le système des projections.
- On emploie le plus sensible des thermomètres, la pile thermo - électrique ; les courants produits sous l’influence delà chaleur sont rendus manifestes par la déviation du galvanomètre. C’est donc l’image de ce dernier appareil qu’il faut rendre visible à tous et que l’on projette sur l’écran. Par une disposition ingénieuse, la source lumineuse qui fournit le spectre sert aussi à éclairer l’appareil de projection (fig. 3).
- A cet effet elle occupe au centre de la lanterne les foyers des deux lentilles enchâssées dans des parois d’équerre. On obtient ainsi deux faisceaux parallèles à angle droit.
- L’un va se briser sur un prisme et donne un spectre dans lequel on peut promener la pile thermoélectrique. L’autre tombe sur le miroir de l’appa-
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- reil et éclaire par en dessous le galvanomètre qui repose directement sur la lentille condenseur.
- Ce galvanomètre (lig. 4) est l’appareil ordinaire que tout le monde connaît. M. Duboscq l’a légèrement modifié pour la commodité de l’expérience ; il est à fond transparent ; une aiguille très légère en aluminium située en dehors de la bobine mais relié au système asiatique est mobile sur un disque de verre gradué. Tant que la pile est dans les parties violettes du spectre, l’aiguille reste immobile. A mesure qu'elle avance vers les rayons moins réfrangi-bles, l'aiguille se déplace; dans l'ultra-rouge, là où l’œil ne perçoit plus aucune sensation lumineuse, la dé
- . • • Fig.
- viation est maximum ;
- c’est donc là que se trouve accumulée la plus grande quantité de chaleur, résultat surprenant qui prouve que le spectre solaire renferme des rayons invisibles.
- Ce mode de distribution de la chaleur dans les
- différentes parties du spectre permet de trancher une question qui a fait beaucoup de bruit, il y a deux ou trois ans, et qui a partagé un instant les physiciens ; je veux parler du radioscope. M.Croo-kes avait construit un petit moulin à ailettes très légères, qui tournait dès qu’il était en présence d’une source lumineuse. Etait-ce la lumière seule qui était la force motrice ou bien la chaleur. Pour s’en assurer, M. Violle porte le radioscope sur la lentille condenseur de l’appareil à projection; le petit moulin se met en mouvement. Interpose-t-on alors un verre rouge qui laisse passar lumière et chaleur, la rotation continue avec la même
- Fig. 4.
- rapidité. Avec un verre bleu, qui intercepte la plus grande partie des rayons calorifiques, elle diminue sensiblement. Enfin, avec une cuve pleine d’eau distillée qui laisse passer la lumière en absorbant toute la chaleur, le radioscope s’arrête tout à fait.
- Après la lumière et l'électricité, l’appareil de M. Duboscq aidera à l’acoustique.
- Les expériences de Chladni sont destinées à mettre hors de doute ce principe fondamental que le
- son est le résultat d’un mouvement vibratoire. Prenez une plaque métallique fixée en un de ces points et soupoudrez là de sable. Attaquez-là avec un archet normalement à sa surface. Aussitôt elle rend un son et en même temps le sable se met à sautiller, ce qui prouve évidemment la présence des vibrations. Mais peu à peu il s'accumule suivant certaines lignes qui dessinent des figures particulières, selon la manière dont la plaque est attaquée et selon la hauteur du son produit. C’est que ces lignes restent immobiles et deviennent pour les autres parties comme des axes d’oscillations.
- Les lignes ainsi formées sur de petites plaques que l’on lient à la main se distinguent à peine à quelques pas. Mais répétez ces expériences avec des lames, non plus en métal, mais en verre que vous porterez sur la lentille condenseur de l’appareil de projection, aussitôt les dessins se projettent nettement sur l'écran, visibles dans
- tous leurs détails.
- Enfin pour bien faire ressortir ce qu’on pourrait appeler les différentes aptitudes de l’appareil, je prouverai qu'il peut servir à montrer même des expériences de chimie. Prenons par exemple les phénomènes de sursaturation de M. Gernez. On pose sur la lentille condenseur une lame de verre; on y verse de l’azotate de chaux sursaturé et on laisse tomber un petit cristal du même corps. On voit aussitôt sur l’écran une foule de cristaux se former autour du premier qui devient comme un centre d'attraction et la masse entière se prend peu à peu.
- J’ai décrit, avec quelques détails, certaines des expérien
- ces que l’appareil permet de répéter.
- La place me manque pour bien d’autres non moins intéressantes que je citerai brièvement.
- Recomposition de la lumière par la persistance des impressions sur la rétine.
- Formation des teintes complémentaires.
- Aimants; fantômes magnétiques. Polarisation de la chaleur. — Vibrations des membranes. Décompositions chimiques. — Théorie de la galvanoplas-
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- lie. — Mouvement giratoire du camphre à la surface de l’eau.
- C’est beaucoup déjà ; mais ce n’est pas assez encore, et le nombre augmente chaque jour des expériences que l’on peut projeter pour les besoins de l’enseignement avec cet auxiliaire précieux que M. Duboscq a fourni aux professeurs.
- STIEGLER,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- —=
- CORRESPONDANCE
- sur l’utilité de l’enseignement DE LA GÉOLOGIE
- Monsieur le Rédacteur,
- Une comte excursion géologique que je viens de faire dans l’Anjou, m’a suggéré quelques réflexions qui, en raison même du titre et du but de votre estimable journal, m’ont paru pouvoir y prendre place.
- Il s’agit en effet de la vulgarisation de la connaissance des choses de la nature, et du profit qu’en tireraient à la fois les ignorants et les savants.
- Je n’entends parler ici, d’ailleurs, que d’une connaissance élémentaire de ces choses. Forcé même de restreindre la question et de me placer sur le terrain spécial de la géologie, j’estime qu’au moment où M. le ministre de l’instruction publique se montre animé des meilleures intentions pour l’extension de l’enseignement des sciences naturelles, il conviendrait d’amener au plus vite les cultivateurs et les ouvriers des mines et des carrières à reconnaître et à épargner les ossements, coquilles, végétaux ou empreintes fossiles qu’ils sont appelés chaque jour à rencontrer sous leur pioche.
- Je ne crains pas en effet de trop m’avancer, en affirmant que les vestiges les plus précieux sont dérobés à l'étude de la géologie par l’ignorance de ceux qui pourraient être ses meilleurs auxiliaires.
- Les nombreux faits de ce genre que j’ai vus s’accomplir sous mes yeux, non seulement dans l’Anjou, mais partout où il y a un gisement paléontologique, m’ont conduit à chercher quel serait le remède au mal.
- Le voici, selon moi :
- S’adresser avant tout à la jeune génération et, dans ce but, exiger d’abord des instituteurs primaires des notions sommaires de géologie et de paléontologie, qui les amènent à étudier et à reconnaître, à ces deux points de vue, la contrée qu’ils habitent. Puis, une fois à la tête d’une école, qu’ils soient tenus d’initier à leur tour, pratiquement plus encore que théoriquement, les enfants qui leur sont confiés à la connaissance du sol où ils sont nés. Et alors, avant d’en venir à utiliser pour leur propre compte le hasard de certaines trouvailles, on verra ces enfants, encouragés au besoin par l’appât de certaines récompenses, porter chez l'instituteur même ou chez quelque collectionneur de l’endroit, tous les objets analogues à ceux qu’on leur aura déjà montrés, objets dont ils n’apprécieront sans doute pas l’importance, mais dont ils sauront au moins distinguer la nature. Et plus tard, devenus hommes, ils ne passeront plus indifférents devant des richesses scientifiques dont ils connaîtront la valeur. Qui sait, même? plus d’un d’entre eux, peut-être, prenant goût aux recherches dont il aura dès l’enfance con
- tracté l’habitude, et complétant la pratique par la théorie, finira par enrichir la science et illustrer son pays.
- Instruire pratiquement les enfants, voilà donc selon nous, le moyen de couper le mal dans sa racine. Mais est-ce à dire qu’il n’y ait rien à faire dès maintenant pour ouvrir les yeux et l’intelligence des adultes? Si vraiment.
- Que les mêmes instituteurs soient chargés, moyennant rétribution s’il le faut, de faire aux cultivateurs de leur commune, un soir par semaine, ou le dimanche, une série de conférences élémentaires sur la géologie en général, et plus particulièrement sur la constitution et la nature du sol de leur contrée. Qu’ils y ajoutent quelques aperçus sommaires de paléontologie, qu’ils s’offrent enfin à recueillir les produits de leurs fouilles et de leurs découvertes.
- En gravissant l’échelle pédagogique, que les professeurs de sciences naturelles des lycées, en usent de même dans leur sphère d’enseignement, qu’ils joignent à la parole le livre, le traité élémentaire mis à la portée des gens de la campagne et destiné à les initier non seulement aux origines et à la constitution du sol qu’ils habitent, mais encore à la valeur des matériaux que ce sol renferme et à ses conditions d’adaptation aux diverses cultures.
- Enfin sur un degré de l’échelle encore plus haut, que la Société géologique de France, dans ses sessions extraordinaires, fasse bénéficier de son passage les localités où elle's’arrête. Que, réservant ses discussions scientifiques pour des comités spéciaux et uniquement affectés à ses membres, elle profite de l'empressement des habitants de ces localités, qu’on voit d’ordinaire accourir en foule à ses lieux de réunions, pour leur consacrer ses séances publiques. Là, qu’elle leur trace, à grands traits, les origines, la nature et les ressources géologiques de leur pays. Et que les renvoyant enfin pour l’étude des détails à l’enseignement local, elle encourage et confirme ainsi cet enseignement de sa haute sanction.
- Cela fait, notre but sera atteint. Nous n’assisterons plus à ces actes de vandalisme scientifique dont nous sommes chaque jour témoins. Et, tout au contraire, nous verrons les sources d’informations multipliées, les témoins des anciens âges religieusement conservés et, par suite, les collections régionales formées sur tous les points du territoire, aider puissamment au progrès de la géologie.
- Agréez, etc. PAUL Vulpian.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de chimie générale, comprenant les principales applications de la chimie anx sciences biologiques et aux arts industriels, par P. SCHUTZENBERGER, tome premier. — 1 vol. in-8°, Paris. Hachette et Cie, 1880.
- Cet ouvrage écrit parle savant professeur du Collège de France, comprendra cinq ou six volumes, qui donneront au lecteur l’histoire complète des plus récents progrès de la chimie moderne. Le premier volume qui vient de paraître donne une haute idée de l’importance de cette œuvre considérable, qui sera lue et étudiée par tous les chimistes et qui rendra les plus grands services à la science.
- Les Martyrs de la science par Gaston Tissandier. Ouvrage illustré de trente-quatre gravures sur bois, composées par C. Gilbert. — 1 vol. in-8°. Paris, Maurice Drey-fous.
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- LA NATURE.
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- La Provence maritime ancienne et moderne, par Charles LENTIIÉRIC. 1 vol. petit in-8° renfermant neuf cartes et plans. Paris, E. Plon et Cie, 1880.
- Cet ouvrage est un nouveau volume consacré par M. Charles Lenthéric au littoral de notre mer Méditerranée. C’est le complément des Villes mortes du golfe de Lyon et de la Grèce et l'Orient en Provence du même auteur, ouvrages remarquables qui ont été couronnés par l’Académie française. Toute l’antiquité semble avoir passé sur la Provence., et ce rivage privilégié a tour à tour nourri, enrichi et charmé tous les peuples de la région méditerranéenne. Ce fut, dans les temps antiques comme de nos jours, un véritable pays d’hivernage.
- A Handbook of Double Stars with a Catalogue of twelve hundred double Sta"s and extensive lists of measures, for the use of amateurs, by EDWD. Crossley, J. Gledhile and .1. M. Wilson. 1 fort volume in-8 avec planches et gravures. London, Macmillan and C°, 1879.
- Les Oiseaux dans la nature, 4e livraison, 2 chromolithographies. Paris, Germer Baillière.
- Nouveau dictionnaire de Géographie universelle, par Vivien de Saint-Martin. Le onzième fascicule vient, de paraitre. Paris, L. Hachette et Cie, 1879.
- CHRONIQUE
- Mors électrique. — Nous avons reçu une réclamation au sujet du mors électrique dont nous avons parlé dans un de nos derniers numéros (no du 25 octobre 1879, p. 525). M. Sidot, préparateur de physique et de chimie au lycée Charlemagne, inventeur d’un mors électrique breveté en 1868, présenté à la Société d’encouragement le 12 mai 1872, et examiné par le Comité de l’agriculture le 19 juin de la même année, réclame la priorité de l’application de l’électricité à l’arrêt des chevaux emportés et vicieux. Il rappelle à ce sujet des expériences dans lesquelles il a obtenu ainsi l’arrêt soudain de chevaux lancés à toute vitesse, les guides lâchées.
- Perfectionnement aux fours à puddlcr. — MM. Philipps et Nimick de Pittsburg viennent d'adopter une heureuse innovation. Les fours à puddler ont été garnis à l’avant d’un tablier creux en tôle qui protège les ouvriers contre le rayonnement de la chaleur. Une circulation d’eau à l’intérieur de ce tablier le rend tout à fait efficace. A l’aide de poulies et de contrepoids, on le déplace facilement pour pouvoir charger le four ; on le replace ensuite, et il ne présente alors que les ouvertures très petites nécessaires au passage de l’outil. Les ouvriers sont très heureux de ce perfectionnement qui, facilitant le travail, permet de supprimer un homme sur trois.
- — Le pont de Waterloo, à Londres, vient d’être éclairé à la lumière électrique. Le Times remarque que le nouveau mode d’éclairage fait de grands progrès en Angleterre. Du 15 décembre 1878 au 9 octobre 1879, les essais entrepris sur les quais de la Tamise ont duré 1574 heures pendant lesquelles 27 997 bougies éleciri-ques ont été consumées. En y comprenant le pont de Waterloo, on trouve actuellement le long de la Tamise une longueur de 27 kilomètres et demi de fils métalliques conducteurs de l’électricité qui produit l’éclairage.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 novembre 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Appareils de gymnastique. — M. Larrey présente une note de M. Nostrôm sur la gymnastique de M. Zauder de Stockholm. Il s’agit d’une collection de cinquante et quelques appareils mus par la vapeur, et agencés de telle sorte qu’ils fonctionnent sous l’action des muscles du malade, pendant qu’il exécute les mouvements. Chaque appareil correspond à un mouvement spécial ; l’un sert à étendre chaque membre selon ses aptitudes, un autre à le ployer, un troisième à le tordre, un quatrième à le rouler. On peut se rendre compte de la douceur et de la puissance merveilleuses de ces machines, en les voyant fonctionner à l’Exposition actuelle du Palais de l’Industrie. Ces appareils sont destinés à remplacer les gymnastes qui, dans les établissements ordinaires étendent, ploient et tordent les articulations. Mieux que la gymnastique manuelle, la gymnastique mécanique répond aux exigences du bien-être des personnes faibles et des malades. On peut, en effet, disposer une machine graduant les efforts entre un maximum et un minimum déterminés. Si, par exemple, le sujet doit faire une flexion du bras, l’appareil destiné à cet effet est mis à une faible résistance ; on l’augmente insensiblement jusqu’au moment où un léger effort devient nécessaire pour la surmonter. L’échelle de l’appareil indique exactement cet effort.
- La gymnastique mécanique indique toujours avec certitude la mesure des efforts que chaque malade doit se permettre pour obtenir une augmentation uniforme. Pour les malades atteints d’une affection de cœur, la gymnastique est une nécessité constante. Au moyen des appareils du docteur Zauder, une partie de ces maladies, si elles ne sont point trop avancées, peuvent être guéries radicalement. Quant aux maladies avancées, elles sont au moins arrêtées dans leur développement et leurs symptômes diminuent d’intensité. Beaucoup d’autres maladies, telles que celles du poumon; de la trachée artère, de l’estomac, les déviations de la colonne vertébrale, les vices de la conformations, sont attaquées directement par la gymnastique mécanique. Enfin sur les personnes en bonne santé, sur les jeunes filles, cette gymnastique exerce la plus heureuse influence. Ajoutons que le succès atteste déjà l’excellence delà méthode du docteur Zauder. Stockholm, Gothembourg, Orebro, Narkôping, Upsal, Hlelsingfors, Abo, Saint-Pétersbourg ont des établissements pourvus de ces appareils de gymnastique.
- Physiologie. — L’acide chlorhydrique combiné à la leucine ne contribue pas à la dissolution des matières azotées ; c’est ce qui ressort des expériences du docteur Dufresne. Il est nécessaire que l’acide minéral soit déplacé par des acides organiques pour qu’il puisse agir dans l’acte de la digestion.
- Spectroscopie. — Les spectres d’absorption des éthers azoteux et azotique diffèrent du spectre des azotates métalliques : ils sont beaucoup plus transparents et l’éther azoteux est caractérisé par une bande d’absorption très nette. Ces résultats dus aux travaux de M. Soret semblent indiquer un arrangement moléculaire différent dans les composés oxygénés que l’azote forme avec les radicaux métalliques et avec les radicaux alcooliques.
- — On sait que dans le spectre ordinaire les rayons dont les longueurs d’onde sont les plus petites sont ceux qui sont le plus déviés; il existe cependant une anomalie sin-
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- LA NATURE.
- gulière : si dans un prisme on introduit une dissolution de fuschine, le spectre est renversé, c'est le rouge qui paraît le plus dévié. Un savant suédois vient de démontrer que cette anomalie n’est qu’apparente ; il se servait de deux prismes superposés dont les angles réfringents étaient tournés en sens contraire ; en introduisant quelques fragments de fuschine dans l’un des prismes, il constata que le violet n’était nullement dévié de sa position ordinaire, mais que le rouge était rejeté du côté le plus ré-frangible; les raies étaient également dans l'ordre ordinaire ; l’auteur conclut de ces faits que le rouge seul donne un spectre spécial pour l’aniline.
- Géographie. — M. le contre-amiral Mouchez, qui a fait une étude approfondie des côtes de notre colonie algérienne, déplore les mauvaises cônditions dans lesquelles elles se trouvent ; peu de ports et ceux qui existent sont presque toujours assez mal établis ; de nombreuses ruines romaines retrouvées démontrent que cette côte possédait dans l’antiquité des ports bien plus nombreux.
- Instruction. —M. le ministre de l’instruction publique vient d’autoriser l’admission d’élèves à l’Observatoire de Paris; après deux années d’études, ces élèves seront admis au grade d’aide astronomes.
- Stanislas Meunier.
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- Une expérience d’électricité au dix-huitième siècle. — (D’après une ancienne gravure.) ’
- UNE EXPERIENCE D’ÉLECTRICITÉ
- AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
- Si nous voulons nous rendre compte des progrès accomplis par la physique, et par l’électricité en particulier, il suffit de nous reporter à un siècle en arrière. C'est ce que nous permet de faire l’examen de la gravure ci-dessus. La machine électrique est formée d’une sphère de soufre qu’un jeune abbé met en rotation à l’aide d’une manivelle; une dame appuie sa main sur la sphère et y développe par le frottement la production du fluide. Un jeune homme horizontalement suspendu par des cordes de soie se trouve électrisé et fait jaillir l’étincelle à l’extrémité de son doigt qu’il oppose au bâton qu’un autre expérimentateur lui présente.
- Les expériences de ce genre étaient très à la
- mode vers le milieu du siècle dernier, et tout le monde voulait se rendre compte des effets de la machine électrique ; on variait les expériences à l’infini, mais celle que nous représentons se répétait très fréquemment.
- Comme cet humble appareil est déjà loin de nous ! Considérons aujourd hui le cabinet de physique, où nous voyons la machine rhéostatique, les machines Gramme, les lampes électriques, etc.; nous serons aussitôt saisis d’étonnement par les transformations successives que la science a subies ; en envisageant ainsi le chemin parcouru dans le passé, nous prendrons confiance dans l’avenir.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9 à Paris.
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- N° 337. — 15 NOVEMBRE 18 7 9.
- LA NATURE.
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- RAILS SANS FIN
- SYSTÈME CLÉMENT ADER
- Les rails sans fin que l’on peut adapter à toute espèce de véhicules, se composent d’éléments de
- 0,50 ou 0,40 de longueur, articulés entre eux, et dont les bouts reposent sur un patin commun pour assurer à la voie la stabilité nécessaire. Le rail sans fin enveloppe entièrement les roues dans toute la longueur du train. Le rail de droite et celui de gauche, sont indépendants l’un de l’autre. Au fur
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- — Rails sans fin adaptés à un train de voitures aux chèvres dans le Jardin des Tuileries, à Paris (d’après nature).
- et à mesure que le train avance, les éléments de la voie se posent devant et se relèvent derrière. Devant, ils sont guidés par deux roues distributrices
- (lig. 2), gouvernées par la traction elle-même, de sorte que si l’effort de traction oblique à gauche ou à droite, la voie sans fin suit automatiquement la même direction. Derrière le train,
- Fig. 2. — Avant et arrière-train d’un convoi pourvu d’un système de rails sans fin.
- les éléments de la voie sont reliés par deux autres roues, mais comme dans les courbes, les chemins parcourus par les deux rangées de roues des voitures ne sont pas égaux tandis que la longueur de la voie sans fin reste invariable, il s’ensuit qu’un côté de la voie, par rapport à la dernière voiture, s’allonge et que l’autre se raccourcit; pour cette raison, les
- 7 e année. — 2* semestre
- roues de relèvement de derrière sont munies d’un mouvement différentiel, quand l’une recule l’autre avance d’autant, de cette manière, la voie est con
- stamment appuyée et relevée régulièrement quelle que soit la courbe parcourue (les voitures t tournent aisément dans une courbe de 6 à 7 mètres de rayon).
- Le rail sans fin
- est accompagné de l’arrière à l’avant fort simplement par des galets spéciaux placés sous le plancher des wagons. Les roues des véhicules sont à double boudin pour éviter fout déraillement et sont montés sur essieux comme l’on veut, mais de préférence à la manière du wagon de chemin de fer. Le système, considéré au point de vue mécani-24
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- LA NATU LE
- que, offre d’abord un résultat frappant, c’est . le peu d’effort que demande le train pour être mis en mouvement. La résistance au roulement mesurée au dynamomètre, ne s’est trouvée être que de 12 kilogrammes par tonne et on peut avancer hardiment que sur un même chemin, à traction égale, avec ce moyen de transport à rails sans fin, on peut transporter un poids double et même triple qu’avec les moyens ordinaires. La chose peut être vérifiée tous les jours dans le Jardin des Tuileries; avec un petit matériel, c’est vrai, mais assez grand pour être démonstratif. Les trois voitures traînées par les chèvres contiennent trente enfants (lig. 1). Elles sont souvent au grand complet, le dimanche principalement; il n’y a pas plus de deux chèvres pour les traîner, et toujours les mêmes, de 2 heures à 9 heures du soir. Chacun connaît la force très limitée de ces animaux; eh bien, sans se fatiguer, elles font régulièrement leur service ayant souvent des charges d'environ 1000 kilogrammes (enfants et matériel). Pour traîner un poids semblable dans trois autres voitures à roues ordinaires, il faudrait une douzaine de chèvres, soit quatre par voiture; c’est d’ailleurs ce nombre que l’on attèle aux petites voitures qui promènent les enfants dans les Champs-Elysées.
- L’économie de transport est donc incontestable.
- La vitesse normale est de 4 à 6 kilomètres à l'heure, c’est-à-dire que le système n’est pas destiné aux voyageurs, mais uniquement aux marchandises.
- Les applications de ce système pourraient être lès nombreuses sur toutes les routes, pour toutes sortes de transports, en utilisant pour la traction les chevaux, les bœufs et surtout les machines routières, dans les mines et usines, pour desservir les gares de chemins de fer, aux colonies dans les plantations, etc., etc.
- L’inventeur, M. Ader, destinait particulièrement le système aux transports dans les Landes; à l’aide de leurs patins, les rails tiennent très bien sur le sable mouvant; sur un terrain semblable la voie se pose et fonctionne aussi bien que sur un chemin ordinaire. De sorte que dans les Landes, au lieu d’empierrer à grands frais les routes, on n’aurait seulement besoin que de les tracer et de couper les plus hautes fougères Ce serait une vraie fortune pour ce pays; il y a des étendues énormes de terrains et des forêts de pins, où le bois et la résine se perdent sur place et qu’on ne peut pas exploiter, faute de chemins.
- —9—
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DK PHYSIQUE
- Réunion du vendredi 7 novembre 1879.
- JL Bouty présente au nom de M. Saint-Loup un modèle de phonographe à plateau. Cet appareil est remarquable au point de vue de sa disposition mécanique, qui permet de communiquer à chaque instant au plateau la vitesse angulaire convenable, d’après la distance du style inscrip-
- leur au centre. M. Bouty présente encore, au nom de M. Lutz, un microscope polarisant très portatif. L’appareil s’adapte sur un manche qu’on tient verticalement à la main. Un diaphragme, muni de verres colorés, permet d’observer dans la lumière monochromatique.
- M. Gaumet décrit sous le nom de Cyllomètre un appareil destiné à mesurer la longueur d’une courbe. C’est une roulette mobile sur une vis, et dont le contour divisé se déplace en face d’une réglette fixe, sur laquelle on lit directement la longueur parcourue.
- M. Gernez étudie l’influence de l’électricité sur l’évaporation. Si l’on prend deux tubes concentriques communiquant par le haut et contenant un même liquide jusqu’à une certaine hauteur, et qu’on fasse traverser l’espace intermédiaire par le courant d’étincelles d’une machine de Holtz, on constate que le niveau du liquide s’élève du côté du pôle négatif, comme s’il s’opérait une distillation rapide dans le sens du mouvement de l’électricité. M. Gernez voit surtout dans ce phénomène un transport mécanique du liquide le long des parois mouillées. Toutefois, il y a des traces d’évaporation; les deux causes agissent dans le même sens pour produire la dénivellation du liquide. L’alcool absolu distille trois fois plus vite que l’eau; mais un mélange à parties égales d’alcool et d’eau distille moins vite que l’eau pure. Quelques gouttes d’ammoniaque ou d’acide sulfurique, des traces d’un sel soluble accélèrent le transport. Le sulfure de carbone, le chlorure de carbone, l’essence de térébenthine ne distillent pas en quantité appréciable. En réponse à une question de M. d’Almeida, M. Gernez dit’qu’il n’a trouvé aucune relation entre le phénomène qu’il observe et la conductibilité plus ou moins grande du liquide employé. Il ne pense pas qu’il y ait connexion intime entre ce phénomène et le phénomène de l’endosmose électrique décrit par Porret. A ce sujet, M. Lipinann rapporte quelques expériences qu’il a faites sur l’influence de la nature du diaphragme dans le phénomène de Porret. Tous les diaphragmes isolants paraissent équivalents à ce point de vue.
- M. Mascart présente des courbes obtenues au moyen de divers appareils enregistreurs à inscription mécanique. Il signale à ce sujet plusieurs phénomènes nouveaux ou peu connus. En premier lieu, l’enregistrement des observations électroscopiques établit que l’excès de l’indication de l’électroscope par rapport à la valeur moyenne est d’une manière générale positif pendant la nuit, négatif pendant le jour; les perturbations sont plus marquées et plus fréquentes pendant la période diurne : elles dépendent de l’action de masses très éloignées, car on retrouve les mêmes accidents sur des courbes obtenues le même jour aux stations du Collège de France et de Montsouris distantes d’au moins trois kilomètres. La pluie est en général négative. M. Mascart signale encore une oscillation très accusée de baisse barométrique suivie d’ascension qui marque le commencement des orages ; la pluie non orageuse produit seulement une ascension qui peut atteindre 1 millimètre. Il explique ces phénomènes par la condensation de la vapeur effectuée sur place par suite de la formation des nuages orageux et par l’évaporation de la p’uie pendant sa chute. M. Mascart constate, au point de vue. de la sensibilité, une supériorité marquée des enregistreurs mécaniques sur les enregistreurs photographiques.
- M. Bjerknes expose la théorie des forces apparentes qui naissent entre des corps sphériques enfermés dans un fluide incompressible au sein duquel ils effectuent des vibrations isochromes.
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- LES
- ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE
- (Suite. — Voy. p. 54, 86, 218, 234, 246, 295 et 562.)
- Des Polypes hydraires extrêmement voisins peuvent produire des Méduses d’aspect absolument différent. Les Hydraires du groupe des Euden-drium sont à cet égard particulièrement remarquables. Tandis que les Eudendrium vrais ne donnent que rarement des Méduses complètes, les Bougainvillia donnent des Méduses pourvues de quatre tentacules bifurqués dès leur base; les Péri-gonymus des Méduses qui n’ont que deux tentacules opposés, les Dicorynes (fig. 3, nos 2 et 3) des individus sexués libres d’une forme toute autre que celle des Méduses.
- En présence de cette instabilité, dans la forme extérieure, comme dans l’organisation que les Méduses offrent à un si haut degré, en présence de tous ces passages graduels entre les formes sexuées de Polypes presque identiques les uns aux autres sous leur forme agame, n’est-il pas permis de se demander s’il ne serait pas possible'd'amener, par le choix de conditions convenables, les Hydracti-nies, les Corynes, les Tubulaires, les Garveia, à produire des Méduses complètes, et d’arrêter inversement le développement des Méduses dans les genres correspondants des Podocorynes, des Syncorynes, des Gemellaria, des Corymorpha? Ce serait là de bien curieuses expériences à tenter. Peut-être la nature s’est-elle chargée du reste de les faire pour nous. Louis Agassiz a cru voir que suivant la saison les Méduses produites par la Coryne mirabilis peuvent devenir libres ou pondre sans se détacher de la colonie. Des recherches attentives permettraient sans doute de découvrir d'autres cas où dans la même espèce on trouverait des colonies produisant des Méduses, d’autres n’en produisant pas. Nous avons vu une température et une nourriture convenables amener presque l’Hydre d’eau douce, habituellement solitaire, à fonder des colonies. Des circonstances analogues ne pourraient-elles pas déterminer les Méduses à demeurer unies à la colonie qui les a produites, hâter chez elles le développement et l’ex-pulsion des éléments reproducteurs et rendre, par conséquent, inutile la formation des organes destinés à assurer l'existence de la Méduse pendant la durée de sa vie vagabonde? Quels arguments plus précieux pourrait-on recueillir en faveur de la mutabilité des formes spécifiques? Les Polypes hydraires nous montrent déjà comment un organisme simple peut revêtir les formes les plus diverses, redescendre l’échelle de l’organisation après avoir acquis une forme en apparence définitive ou la remonter, au contraire, pour devenir un organisme relativement élevé; ils nous permettent, encore de nos jours, de suivre pas à pas cette merveilleuse métamorphose ; ils nous enseignent comment elle a pu avoir lieu spontanément ; quel complément
- à cette grande leçon si nous pouvions à notre gré produire ou empêcher cet admirable phénomène !
- L’individu sexué, né sur une colonie d’Hydraires peut du reste devenir libre et apte à se mouvoir sans revêtir nécessairement la forme de Méduse. Chez la Clavatella proliféra1, c’est presque une Hy-dre, sans appareil de fixation, assez analogue à un jeune Tubulaire et qui marche sur les Algues à l’aide des longs tentacules bifurqués terminés pai des pelotes de Nématocystes, dont est garni le pourtour de son corps. Ces tentacules rappellent un peu les tentacules courts sur lesquels la Cladonema radiatum (voir la fig. 4 de l’un des articles précédent, p. 297, n° 332), Méduse élégante provenant d’un Polype à quatre bras du genre Stauri-dium, aime à reposer son ombrelle. Mais ici l’ombrelle a presque entièrement disparu et les éléments reproducteurs se développent, au-dessus du sac stomacal, dans la région dorsale et convexe de l’Eleuthérie, celle par laquelle le jeune animal était d’abord fixé à la colonie.
- Chez la Dicoryne conferta (fig. 3, nos 2 et 3), l’individu sexué est particulièrement étrange, c’est une sorte de double sac ovale, armé à l’un de ses pôles de deux bras placés côte à côte et divergeant comme des cornes. Ce singulier animal nage à l’aide des longs cils vibratiles dont tout son corps est recouvert. De même que l’Éleuthérie des Clavatelles rappelle un peu les jeunes Tubulaires, l’individu sexué des Dicorynes n’est pas sans analogie avec les larves de certaines Méduses dont le développement s’effectue directement, sans nécessiter la formation préalable de Polypes hydraires, telles que les Ægi-neta ou les Æginopsis. On pourrait donc considérer ces formes aberrantes comme représentant quelques-unes des phases du développement historique des Méduses, quelques-unes des phases que le Polype sexué a eu à traverser avant d’atteindre sa forme définitive.
- Retenons de tout ceci que les Méduses sont essentiellement polymorphes, c’est-à-dire que leur forme est essentiellement variable et peut changer avec une extrême facilité suivant les circonstances ; leurs tentacules, leur ombrelle, leur vélum, leur appareil circulatoire peuvent avorter ; l’ouverture de l’ombrelle peut changer de place et se trouver transportée sur le côté, comme on le voit chez les Tubulaires. Il suffit que la Méduse demeure attachée à la colonie pour que ces modifications se produisent en elle, et nous nous souvenons que pour forcer les divers individus nés d’une Hydre d’eau douce à demeurer unis entre eux, il n’est besoin que d'un peu plus de chaleur et d’une plus copieuse nourriture. D’autres influences peuvent sans doute agir dans ce sens et transformer des Méduses primitivement destinées à devenir libres, en Méduses qui demeurent indéfiniment fixées. Ce sont là des faits
- 1 Voir aussi dans la Nature du 11 octobre, p. 297, fig. 4, n° 1.
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- d’une haute importance et dont nous sommes bien loin d’avoir encore épuisé les conséquences.
- Si nous avons pu supposer qu’il ne serait pas impossible d’obtenir expérimentalement des modifi-cations assez considérables dans la forme des Méduses d’une même colonie, si même il paraît probable que dans les colonies issues d’une même ponte, il arrive naturellement que les individus sexués ne se présentent pas toujours sous la même forme, nous avons dû cependant pour établir le polymorphisme
- des individus sexués du groupe des Hydraires avoir recours à des formes que l'on considère habituellement comme appartenant à des espèces ou même à des genres distincts.
- Les différences profondes qui séparent une Méduse adulte de l'Hydre qui l’a engendrée nous ont montré toutefois que, dans une même colonie, les individus sexués revêtent une forme qui paraît au premier abord n’avoir aucun rapport avec celle de l’individu stérile. Mais ce n’est pas seulement entre
- Fig. 1.
- Fig. 2.
- Fig. 1. Podocoryne carnea, grossie huit fois. a b, individus nourriciers contractés; c, individus reproducteurs; d, individus sexués (Méduses); e, individu nourricier épanoui. — Les figures marquées e et isolées dans le haut du dessin sont des Méduses devenues libres et en train de nager, grossies huit fois environ. — Fig. 2. HYDRAIRES. Un rameau reproducteur de Tubularia indivi sa, grossi treize fois; a, jeunes individus sexués en voie de développement; b, individus sexués (Méduses incomplètes) plus développés; d, jeune tubulaire développée dans l’individu sexué et en voie d’éclosion; 2, Méduse de Corymorpha nutans grossie trois fois.
- l’individu agame et l’individu sexué que de telles différences se produisent.
- Les colonies d’Hydres marines se trouvent dans les conditions les plus variées. A marée basse, quand l’eau ne recouvre plus les feuilles vertes et déliées des Zostères ou les frondes brunes et vésicu-leuses des Varechs que d’une mince couche transparente, on aperçoit sur elles les grêles filaments des Campanulaires terminés chacun par une coupe élégante sur laquelle s’étale, semblable à une délicate corolle, la couronne de tentacules du Polype. Plus bas, parmi les touffes du Fucus vesiculosus, ces masses, couleur de chair, rappelant un peu
- certains Champignons sont des Clava de différentes espèces. Les Laminaires, notamment le superbe Baudrier de Neptune, portent souvent les belles colonies en forme de plumes, des Aglaophenia. Les diverses espèces de Sertulaires couvrent de leur mousse aux teintes foncées la plupart des corps sous-marins et s’attachent souvent aux coquilles d’Huîtres et de Peignes pendant la vie du Mollusque qui les habite. Les Hydractinies, les Podocorynes, les Perigonymus, les Heterocordyles et plusieurs autres espèces préfèrent, au contraire, se fixer sur les coquilles de Nasses, de Troques ou de Buccins et jusque sur leur opercule. Ces Polypes choissent souvent,
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- celles de ces coquilles qui sont habitées par les Crabes singuliers connus sous les noms de Pagures ou Ber-nard-l'Hermite. Toutes les fois que vous voyez une coquille contenant un Pagure courir sur le sable, enveloppée comme d’une sorte de mousse légère, demi-transparente, recueillez-la : ce sont des Polypes qui forment son habit. Chez les Hydractinies, une substance cornée sert de soutien à la colonie, revêt la coquille d’une croûte épaisse et se prolongeant plus ou moins au delà de son ouverture, lui forme
- une collerette par laquelle sortent les pinces du Crabe. Des épines se dressent sur cette base cornée et constituent pour les Polypes une palissade naturelle.
- En examinant de près une colonie d'Hydractinies (lig. 4), on ne tarde pas à distinguer en elle diverses sortes d’individus. Les plus nombreux (fig, 4 a) dont le corps, très contractile, peut revêtir les aspects les plus variables ont à peu près l’apparence des Hydres d'eau douce, sauf qu’ils possèdent un
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- Fig. 5. Fig- 4.
- Fig. 5. IIYDRAIRES. 1, colonies de l)icori/ne conferta avec individus nourriciers et individus reproducteurs dépourvus de tentacules (grossises dix fois environ) ; 2, individu sexué (Sporosac) femelle, vu de face (grossi cinquante fois) ; 5, le même vu de profil. — Fig. 4. Polypes IIYDRAIRES. Colonie d’Hydractinia echinata grossie six fois ; a, individus nourriciers épanouis; b, un individu nourricier contracté la bouche ouverte ; c, un Dactylozoïde (individu astome et stérile); d, individu reproducteur ; c, individus sexués (Sporosacs) femelles; f, Épines cornées protectrices.
- plus grand nombre de tentacules, plus régulièrement disposés.
- Leur bouche peut se dilater démesurément (fig. 4 b) ; ils mangent avec avidité, sont stériles et doivent être considérés essentiellement comme des individus nourriciers.
- Au milieu d’eux se trouvent d’autres individus plus allongés, plus grêles,privés de bouche, et chez lesquels les bras sont remplacés par un collier de tentacules remplis de Nématocystes (fig. 4 d) ; silices individus se développent les sacs reproducteurs, mâles et femelles des Hydractinies (fig. 4 e), les Méduses sexuées qui sont chargées de reproduire et
- de disséminer les colonies des Podocorynes. Ce sont là des individus reproducteurs.
- Sur les bords de la colonie se montrent encore d’autres individus stériles (fig. 4e), construits sur le type de ceux qui portent les sacs reproducteurs, mais un peu plus grêles, plus allongés et susceptibles de se rouler en spirale au moindre contact. Leur position et leur façon générale de se comporter démontrent que ces individus se sont modifiés de manière à devenir des espèces d’organes du tact, des tentacules coloniaux. D’autres filaments dépourvus de bouquets de Nématocystes, plus ou moins flexueux, mais rarement enroulés en spirale régulière, représentent
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- LA N AT U B E.
- chez les Hydractinies un degré plus inférieur encore de dégénération de l’individu.
- Il paraîtrait même — c'était du moins l’opinion de Louis Agassiz — que les Épines cornées qui hérissent la colonie (lig. 4f) sont formées par des bourgeons exactement semblables à ceux qui deviennent des Polypes. Seulement ces bourgeons, au lieu de continuer à grandir, sont rapidement recouverts d’un enduit chitineux. On ne devrait pas moins les considérer comme de véritables individus, arrêtés dans leur développement et transformés en organes de défense.
- On peut se figurer une colonie d’Hydractinies comme une espèce de ville dans laquelle les individus se sont partagés les devoirs sociaux et les accomplissent ponctuellement. Les uns sont de véri-bles officiers de bouches ; ils se chargent d’approvisionner la colonie ; ils chassent et mangent pour elle; d’autres la protègent ou l’avertissent des dangers qu’elle peut courir, ce sont de véritables agents de police. Sur les autres repose la prospérité numérique de l’espèce et ils sont de trois sortes, à savoir : les individus reproducteurs chargés de produire les bourgeons sexués, les individus males et les individus femelles. Dans la ville le nombre total des corporations — que l’on me passe le mot — n’est pas inférieur à sept.
- Une telle division du travail laisse nettement pressentir qu’une individualité nouvelle pourra naître d’une association d’Hydres ; nous verrons bientôt, en effet, comment cette individualité se réalise.
- La diversité des formes que peut revêtir l’individu chez les Hydractinies est bien faite pour étonner. On se demande tout d’abord quelles causes ont pu déterminer d’aussi multiples adaptations : un seul exemple suffira à montrer à quel point la forme et l’organisation des Polypes sont sous la dépendance des circonstances extérieures : il arrive assez souvent que certains animaux viennent se loger à l’intérieur d’un Polype nourricier, soit pour y trouver un abri, soit pour profiter de la chasse du Polype et se nourrir ainsi sans se donner beaucoup de peine. La gêne qui résulte de leur présence ne semblerait pas devoir être bien considérable et cependant le Polype ainsi habité perd presque toujours ses tentacules et prend un aspect très voisin de celui des individus reproducteurs. Les larves de Pycnogonides, êtres bizarres, intermédiaires entre les Crustacés et les Arachnides, sont les parasites qui produisent le plus habituellement ce singulier phénomène. Les excitations incessantes produites par le contact des objets extérieurs sur les Polypes occupant le bord d’une colonie d’Hydractinies, n’ont-elle pas été suffisantes pour déterminer chez eux une dégénérescence analogue à celle qui résulte de l’excitation produite par la présence d’un parasite? L’organe reproducteur en voie de formation attirant à lui les lluides nutritifs n’agit-il pas dan? le même sens qu’un parasite qui détourne à son profit une part de l’activité digestive du Polypes
- Ces assimilations, quoique imparfaites, n’en sont pas moins suffisantes pour faire pressentir comment se produisent ces variations de la forme fondamentale des Polypes, si étranges qu’elles pataissent. Quelquefois ces modifications ne sont que transitoires et leur rapport avec la fonction que remplit le Polype n’en est alors que plus évidente. L'Euden-drium ramosum porte ses capsules reproductives en verticilles au-dessous de la couronne de tentacules. Les individus reproducteurs ne diffèrent d’abord en rien des individus stériles, mais leurs tentacules tombent dès que les organes reproducteurs ont atteint un certain développement. Il est évident que si l’on parvenait à faire apparaître ces derniers avant que le Polype qui les porte se soit garni de tentacules, ces tentacules ne se développeraient pas et on aurait un Polype reproducteur analogue à celui des Hydractinies.
- Louis Agassiz1 et Allman2ont observé un phénomène exactement inverse de celui que présente l’Eudendrium ramosum. Dans un Hydraire américain pourvu de sacs reproducteurs très simples, le Rhizogeton fusiformis, L. Agassiz a vu ces sacs se transformer en Polypes complets après s’être débarrassés de leur contenu. La même chose a été vue par Allman sur le Cordylophora lacustris. C’était cette fois la partie de l’individu reproducteur correspondant au sac stomacal qui avait produit un Polype, ce qui est du reste parfaitement conforme aux homologues. Allman pense que ces deux cas sont accidentels : ils n’en sont que plus intéressants puisqu’ils démontrent par cela même l’influence des conditions dans lesquelles les Polypes sont placés. Rien ne saurait mieux prouver que le développement précoce des éléments sexuels peut retarder momentanément l’évolution des Polypes qui les porte, évolution qui reprend son cours dès que disparaissent les causes qui la gênaient.
- Edmond PERRIER,
- Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris.
- La cuite prochainement. —
- SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE.
- Séance du 5 novembre 1879. Présidence de M.Daubrée.
- M. Brocchi décrit un crustacé fossile découvert par M. Roche dans les schistes permiens des environs d’Au-tun. 11 place ce crustacé dans une nouvelle division de l’ordre des Amphipodes et propose de le désigner sous le nom de Nectotelson Rochei.
- M. de Lapparent expose les relations stratigraphiques des schistes et de la pegmalite aux environs de Bagnères-de-Luchon. Il montre, par des exemples empruntés aux tranchées de la route forestière de Superbagnères et de
- 1 Louis Agassiz. Contribution to the Natural history of United States. Tome IV. p. 226.
- 2 A monograph of the Tubularian oc Gymnoblastir hydroids pg. 40, 1871,
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- LA NATURE
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- celles du Portillon de Bossost, que la pegmatile est fran-chôment éruptive, qu’elle a pénétré en filons, de la manière la plus nette, tant dans le micaschiste gneissique que dans les schistes noirs pyriteux (siluriens) et que. par suite, on ne saurait accepter l'origine métamorphique que lui attribue M. Garrigou.
- M. Lory trace une coupe des falaises de la pointe dePi-riac (Loire-Inférieure), montrant des faits analogues à ceux dont vient de parler M. de Lapparent. On y voit d’abord un grand massif de granulite, traversé par des filons de pegmatite et par un filon stannifère de quartz, mêlé, vers les salbandes, de feldspath et de mica blanc. Le massif de granulite est limité par une faille dirigée, comme ce filon, vers l‘E.-N.-E., sur l’autre bord de laquelle vient une série d’assises plongeant vers le nord : 1° grès bariolés rougeâtres; 2° schistes ampéliteux ; 5° schistes argileux verdâtres. Les assises 1 et 3 sont traversées par des veines d’une pegmatite à feldspath rose, bien différentes d’aspect de celles qui traversent la granulite; l'assise 2 est coupée aussi par de nombreuses veines, qui paraissent purement quartzeuses. Le massif de granulite n’a traversé que des gneiss et des micaschistes, et il est probablement antérieur à cette série d’assises en contact avec lui par la faille. Cette série est elle-même probablement très ancienne, peut-être du silurien inférieur : dans l’étage silurien moyen d’autres parties de celte région, M. Lory ne connaît pas d’exemples de filons de pegmatite ou d’autre roche granulitique.
- M. de Lapparent fait ensuite connaître la trouvaille, due à M. Maurice Gourdon, d’un nouveau gisement de trilo-bites aux environs de Luchon. Ce gisement situé à Cather-vieille, dans la vallée de l’Ai boust, consiste en un schiste ardoisier avec empreintes de Dalmanites et de Phacops, associées à des orthocères de forme très grêle. Cette faune paraît se rapporter à la partie tout à fait supérieure du terrain silurien.
- M. N. de Mercey fait une communication sur des coupes du chemin de fer en construction de Compïègne (Oise) à Roye (Somme).
- Ces coupes permettent de se rendre compte de la composition entre l’Oise et la Somme des sables de Bracheux et du mode d’origine de l’argile plastique qui serait le premier produit d’une émanation terminée par le dépôt du calcaire de Mortemer.
- Les grès de Cannes passaient, d’après leurs fossiles, pour correspondre aux sables coquilliers de Bracheux même qui, au contraire, les recouvrent en les ravinant. La composition ainsi que l’épaisseur de ces sables et grès de Gannes varient beaucoup sur de faibles distances. Les grès ne sont qu’accidentels ; et toute la couche peut se réduire de telle sorte que les sables coquilliers de Bracheux arrivent presque en recouvrement de la glauconie de La Fère qui paraîtrait ainsi former une sous-assise distincte sur laquelle se seraient déposés en discordance les sables et grès de Cannes ainsi que les sables de Bracheux proprement dits. Les tranchées permettant d’étudier ces dépôts sont celles qui se présentent au S. et au N. de la station de Villers-sur-Coudun. On peut aussi dans ces tranchées ainsi que dans celle qui est ouverte à l’O. du village de Marquéglise constater que le calcaire de Mortemer, épais de 0m,80 au plus, recouvré en concordance la dernière couche des sables de Bracheux formé par la marne verdâtre à Huîtres. Mais, au delà de la station de Ressons-sur-Matz, dans la tranchée ouverte à 1’0. du hameau dullaut-Malz, ainsi que dans la tranchée qui coupe un mamelon à l’E. de Pontlétrier, le calcaire de Mortemer se présente dans des conditions plus complexes. Là, il forme le der
- nier terme d’une émanation ayant commencé par la sortie de l'argile plastique grise-b’euàtre, bariolée de rose plus ou moins vif ou de jaune avec gypse flabelliforme, etc., à travers des cheminées coupant les sables jusqu’à leur lit coquillier tei minai. C'est encore sur ce lit coquillier à Huîtres que repose le calcaire de Mortemer sorti en dernier lieu par les salbandes, ainsi qu’on peut très bien le voir, et qui tout en s’épanchant ainsi latéralement vers la fin de l'émanation de l’Argile plastique, s’en est séparé dans les cheminées mêmes par un départ ayant déterminé la formation de lentilles calcaires atteignant vers la partie supérieure de l'argile jusqu'à près de 1 mètre dans leur plus grand axe. Les cheminées de sortie de l’argile plastique se prolongent jusque dans la Craie, en diminuant d’ouverture. Les lignites ont été en partie traversés à Antheuil, ainsi qu’au S. de la tranchée du Haut-Matz où a été mis à découvert un ban de grès à empreintes végétales épais de 0m,06 seulement dont les débris sont très répandus dans la contrée, mais qui reste habituellement invisible. Ce banc forme la base du dépôt des lignites, car il repose directement sur l’argile plastique, situation dans laquelle il a été souvent rencontré au fond des c ndrières. Ces tranchées présentent encore d'autres faits intéressants en ce qui concerne les dépôts quaternaires.
- M. Hébert fait ses réserves sur la théorie exposée par M. de Mercey au sujet de l'origine de l’argile plastique; il rappelle qu’il a toujours insisté sur la séparation des lignites et de l’argile plastique.
- M. Arnaud présente, sur les lignites de Saint-Cyprien (Dordogne) une note tendant à établir le synchronisme des lignites du Sarladais et de ceux de l’embouchure de la Charente.
- M. Fischer présente deux plaques de marnes fossilifères de la couche à poissons tertiaires de Licala (Sicile), envoyées au Muséum par M. Alby, vice-consul de France. Si la faune des poissons de Licala a été bien étudiée par M. Sauvage, à part quelques Foraminifères et Polycyslinées, on ne connaît rien de relatif aux invertébrés fossiles de cette localité. Or, sur une des plaques, on voit nettement l’extrémité postérieure de la plume d’un Loligo véritable; et sur l’autre une quantité de pièces d’une espèce d’Anatife (Lepas fascicularis, Ellis et Solander ; Anatifa vitrea, Lamarck) qui vit actuellement dans toutes les mers chaudes et tempérées du globe. Ces fossiles indiquent que Li-cata communiquait largement avec la haute mer.
- L’ARTILLERIE CHINOISE
- La maison Armstrong vient de terminer quatre canonnières pour le gouvernement chinois. Les essais ont été faits par les soins de l’amirauté et du ministère de la guerre, en présence de l’ambassadeur du Cé-leste-Empire, et ont donné de très bons résultats. Chaque canonnière porte un canon de 35 tonnes, chambré, dont l’effet est supérieur à celui du canon de 38 tonnes actuellement en service. Ces canons de 35 tonnes sont dus au capitaine Noble ; ils ont une puissance supérieure à celle des pièces de 38 tonnes en service tirant la baltering charge de 235 livres (106 kil.) ou même 250 livres ( 123 kil.). Le calibre est de 11 pouces (28 centimètres). Le projectile pèse 525 livres (238 kil.). La battering-charge se compose de deux gar-gouses, chacune d’elles contenant 117 1/2 livres (53 kil.) de poudre pebble. Le projectile possède une vitesse initiale de 1,817 pieds (554 mètres) qui donne une force vive de 12,267 pieds tonnes (3,799,000 kilogrammètres)
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- correspondant à 357 pieds-tonnes par pouce de circonférence (44,200 kil. par centimètre de circonférence). Le canon de 58 tonnes non chambré, actuellement en service, tire un projectile du calibre de 12 1 2 pouces (31 c. 7) et de 812 livres (568 kil.) avec une charge de 150 livres (59 kiL) de poudre ; la vitesse initiale est de 1,450 pieds (412 mètres). Le canon de 58 tonnes, chambré, qui n’est pas encore en service, a une vitesse initiale de 1,540 pieds (469 mètres). Aussi, la réduction du calibre et l’augmentation de vitesse initiale de ce nouveau canon de 55 tonnes amènent une tension plus considérable de la trajectoire.
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- LE ZOULOULAND
- Le Zoulouland, avant d’avoir acquis une grande notoriété par le fait de la dernière guerre qui a tant passionné l’Angleterre, par l’accomplissement d’un événement politique si important pour la France, était tiès peu connu et, à part les Anglais, directement intéressés, les géographes et quelques rares voyageurs qui ont exploré le sud de l’Afrique, il est permis de dire que le reste du monde n’en connaissait guère que le nom et la position sur la carte.
- Les Zoulous, font partie de cette grande famille des Cafres,qui occupe presque tout le sud de l’Afrique, de lest à l’ouest.
- La Cafrerie est bornée à l’est par le Mozambique, au sud-est par l’océan Indien, au sud-ouest par le pays des Hottentots et la colonie anglaise du cap de Bonne-Espérance et au nord-ouest par des contrées dont les habitants sont fort peu connus Les principales tribus cafres sont les Namaquas sur l’océan Atlantique au nord du fleuve Orange; les Betchuanas, les Griquas, les Basutos, les Koussas, les Tamboukis, les Mamboukis et les Amazoulahs ou Zoulous, comme on les appelle vulgairement.
- Depuis que l’Angleterre a pris possession de la colonie du Lap, elle a été continuellement en hostilité avec ces différentes tribus qui voyaient avec impatience ses empiètements, son but évident d’étendre ses frontières très loin et, par conséquent, de les refouler ou de les soumettre. Déjà elle a fini par s’emparer du territoire des Basutos; les Cliquas ainsi que d’autres tribus subissent tellement l’autorité anglaise que leur annexion n’est qu’une question de forme.
- Au milieu de toutes ces tribus différant sensiblement les unes des autres dans les détails, mais conservant dans l’ensemble une ressemblance et une conformité de race, les Zoulous se sont toujours fait remarquer par une supériorité incontestable.
- Si l’on examine de près la contrée qu’ils habitent, on s’aperçoit que les flancs des montagnes sont sillonnés par des vallées et des ravins profonds servant de lits aux torrents. Les bois sont formés d’arbres élevés et de forme élégante parmi lesquels on rencontre l’Euphorbe, le Cactus, l’Aloës et le Minosa. Des troupes nombreuses de Babouins et de Singes sautent de branches en branches au milieu des arbres de ces forêts aussi impénétrables que lesjungles
- de l’Inde; aussi le Zoulou y est-il inattaquable lorsqu’un ennemi a osé le poursuivre jusqu’au milieu de ces fourrés.
- Là il défie la science des armées européennes; mais, pour lui, le malheur veut qu’il n’y peut res • ter longtemps, la forêt n’offrant pas les ressources nécessaires à la vie de l’homme pendant un long séjour. Les Zoulous sont obligés pour vivre de descendre dans les plaines où ils se livrent à la culture et à l’élevage du bétail.
- Quoique peu nombreux, ils ont les instincts très guerriers, et leur chef Cethwayo, que l’on peut considérer à bon droit comme un homme supérieur, a pu compenser l’exiguïté de ses États par une organisation forte qui lui a fait une situation unique parmi les autres tribus cafres et lui a permis de résister à l’Angleterre.
- Qui a donné les premiers prétextes à celte dernière guerre? Les avis sont très partagés. Le fait est que depuis longtemps déjà, sous le règne du roi Chaka et depuis sous le règne de Upanda, le père de Cethwayo, on avait compris l’impor-tance croissante que prenait la colonie du Cap et la marche envahissante de la politique anglaise. Upanda, reconnaissant les talents politiques de son fils, partagea avec lui la direction des affaires et leurs efforts furent toujours dirigés vers les moyens qui devaient leur donner la force de résister à ce torrent envahisseur.
- Cethwayo, confiant dans son peuple, sur la bravoure duquel il savait pouvoir compter, se décida à une organisation absolument militaire, et dans ces dernières complications, il a montré une intelligence tout à fait supérieure qui, cultivée dans un autre centre, l’aurait peut-être amené à faire de très grandes choses.
- Sir Théophile Shepstone, gouverneur de Natal, après un voyage qu’il fit dans le Zoulouland, ra-conte que Cethwayo lui fit une grande impression ; ce dernier se fit remarquer par son laconisme et son horreur du verbiage. « C’est, dit-il, un homme d’action, décidé à marcher dans la voie de son oncle le grand Chaka, fondateur de la puissance des Zoulous ; son plus grand désespoir est de voir les progrès de son obésité, dont il a hérité de son père Upanda. »
- L’armée des Zoulous compte environ quarante-cinq à cinquante mille hommes; elle est divisée en deux ailes composées chacune d’un nombre à peu près égal de régiments. Une des ailes se compose de célibataires, tandis que l’autre ne comprend que des hommes mariés. Les régiments de la première portent le bouclier blanc, tandis que ceux de la seconde le portent noir.
- Personne n’a le droit de se marier sans la permission du roi et quand un régiment a, par sa conduite, mérité une faveur, celui-ci donne l’autorisation à tous les hommes qui le composent de prendre femmes; à partir de ce moment, il passe dans l’autre aile de l’armée. Tout homme doit le
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- Une scène dans le Zoulouland.—Composition de M. de Drée (d’après des photographies).
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- service de seize ans à soixante ans. La discipline est d’une sévérité extrême et la plus légère infraction qui lui est faite entraîne la peine capitale. Les Zoulous professent le plus profond mépris de la mort; aussi montrent-ils un courage indomptable et ne reculent-ils jamais. On cite ce fait que lorsqu’ils ont un fleuve à traverser, les hommes se massent serrés les uns contre les autres, poussent ceux qui sont en avant; de sorte que personne ne peut reculer; beaucoup se noient dans la traversée, mais l’armée a passé le fleuve et continue sa marche.
- Primitivement l’armement se composait de lances ou assagaiesque les Zoulous savent manier avec une adresse remarquable et qu’ils emploient encore dans les combats lorsqu’ils peuvent aborder l’ennemi à l’arme blanche. Depuis quelques années, le roi Cethwayo porta tous ses efforts vers un armement plus perfectionné ; son idée fixe fut d’armer ses troupes, d’armes à feu. C’était difficile; on prit d’abord, au hasard, tout ce que l’on put trouver; les hommes, par ordre, partaient de leur pays, traversaient péniblement de grandes étendues de territoire, allaient s’engager comme serviteurs n’importe où lorsqu’ils savaient trouver un salaire suffisant pour acheter une arme, principalement dans les mines de diamants du Cap et, dès qu’ils avaient en leur possession la somme nécessaire pour acquérir un fusil, ils repartaient pour le Zoulouland; l’ordre du roi était formel et nul n’aurait osé l’enfreindre. Plus récemment encore, Cethwayo a pu, par le moyen de trafiquants étrangers, mettre un peu de régularité dans cet armement, en achetant des fusils à tir rapide; mais malheureusement pour les Zoulous ils n’ont pas encore appris à s’en servir d’une manière utile, pour deux raisons: le temps leur a manqué et d’un autre coté la difficulté de se procurer des munitions n’a pas permis des exercices de tir, en temps de paix.
- Les villes ou villages des Zoulous portent le nom de kraals ; il y a des kraals militaires où les régiments se réunissent et qui sont fortifiés. Ces fortifications se composent d’une ligne de circonvallation tout autour des huttes et qu’ils savent rendre très difficilement franchissable. Ils plantent d’abord de gros pieux assez rapprochés les uns des autres ; ceux-ci sont rejoints par des claies ; contre cette barrière, ils accumulent une quantité énorme d’abattis d’arbres, de pierres, de façon que l’approche du kraal devient un véritable labyrinthe où il est difficile de s’engager sans se trouver exposé à leurs coups.
- M. Witt, un missionnaire qui a séjourné assez longtemps dans ce pays, dit que les Zoulous diffèrent sensiblement des autres peuplades cafres. Une de leurs occupations favorites est de se livrer à de longues discussions et argumentations sur les questions les plus difficiles. Il cite une coutume bizarre lors de leurs mariages : quand un homme désire se marier, il va trouver le père de la femme qu’il veu épouser et lui achète sa fille moyennant un certain
- nombre de têtes de bétail. Si au bout d’un certain espace de temps celle-ci ne lui a pas donné d’enfants il la renvoie à son père qui est alors obligé de lui restituer le bétail donné.
- Le mariage est souvent pour le mari une très bonne affaire ; les filles qu'il peut avoir, deviennent une source de profits, car il les vendra et en retirera beaucoup plus que ne lui a coûté leur mère; aussi sa fortune s’accroîtra en raison de la fécondité de celle-ci. Comme chez les autres peuplades cafres, la culture des champs est réservée exclusivement aux femmes. Les hommes font peu de chose en dehors du service militaire; mais il est cependant curieux de remarquer que c’est eux seuls à qui est réservé le soin de traire les vaches, les femmes ne pouvant toucher à celles-ci sans encourir une peine grave.
- Les Zoulous croient à la transmigration de l’âme, après la mort, dans le corps d’un serpent; aussi ont-ils la plus grande vénération pour ce dernier. Un homme qui tuerait un serpent s’attirerait un terrible châtiment et peut-être la mort. Quand un serpent quitte une maison ou abandonne le village, cet événement est considéré comme de très mauvais augure.
- En somme, le Zoulou est intelligent, brave et plein de patriotisme. Les notions du juste et de l’injuste sont peut être quelque peu différentes des nôtres, en ce sens que quand il vient sur des territoires occupés par des Européens, il commettra bien peut-être quelques déprédations, mais il n’en est pas moins vrai qu’un étranger, qu’il soit voyageur, trafiquant ou chasseur, peut voyager en Zoulouland avec sécurité et sera à l’abri de toutes espèces de spoliation dès qu’il aura mis le pied sur le territoire avec l’autorisation du roi, qui est bientôt averti de son arrivée. Dans ce cas, voici ce qui se passe : à tous les points où il est possible de franchir la frontière, le voyageur verra se dresser devant lui un soldat qui lui demandera ce qu’il désire. Selon sa réponse, qui ne peut être évidemment que la manifestation de son désir de trafiquer ou de chasser dans les parties montagneuses, le soldat le laisse passer et l’accompagne jusqu’à un autre soldat posté à une certaine distance et dont le rôle est de le conduire jusqu’à un autre et ainsi de suite.
- De poste en poste, il arrivera jusqu a la capitale; là on lui donnera une case et tout ce dont il aura besoin; comme protection, il sera placé une sentinelle auprès des wagons ou chariots. La demande est portée au roi, qui la discute s’il y a lieu ; mais dans tous les cas la vie du voyageur et ses propriétés sont garanties ; le vol le plus léger serait même puni de mort.
- Ces autorisations sont toujours accordées avec certaines conditions et tant que celui qui l’obtient s’y conformera, il n’aura rien à craindre ni pour lui ni pour son avoir.
- Si quelques difficultés ont été faites de temps en temps, cela provenait de la crainte du gouvernement de laisser trop facilement le libre parcours du pays
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- aux agents anglais pour le compte du gouvernement de la colonie du Cap.
- On a appris le dernier épisode de la guerre du Zoulouland : la capture de cet infortuné roi cafre qui avait tenté de résister à l’Angleterre. Sa défaite était inévitable; mais cependant on ne peut retirer entièrement sa sympathie à ce petit peuple. Quoique barbare encore, il a su montrer à quel degré d'hé-roïsme le patriotisme peut pousser les hommes. A partir d aujourd’hui le Zoulouland, comme Etat libre, n’existe plus et est sous la suzeraineté de l’Angleterre; avant peu, il comptera comme une des provinces de la colonie du cap de Bonne-Espérance.
- Les peuples qui ont des colonies continentales sont condamnés à les augmenter toujours. Après le Zoulouland, d’autres, et ainsi de suite jusqu’à la pléthore ! St. de DRÉE.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Niger et Bénué, voyage dans l'Afrique centrale, par Adolphe Burdo, 1 vol. in-18, illustré. Paris, E. PlonetCie 1880.
- Cet ouvrage présente un tableau émouvant d’une exploration entreprise au cœur de l’Afrique. L’auteur soulève à nos yeux un coin du voile qui recouvre encore ces régions équatoriales; il nous conduit au milieu des peuplades anthropophages de l’Akpolo et du Mitshi, et nous fait toucher du doigt la plaie de l’esclavage qui décime les malheureuses populations nègres de ces contrées.
- Les Oiseaux dans la Nature, par Eugène Rambert et Paul Robert, 5e livraison. Le pinson des Ardennes. Le pinson commun. 2 chromolithographies et une gravure hors texte, in-folio. Paris, Germer Baillière.
- Almanach de l'agriculture pour 1880, publié par J.-A. BARRAL, 1 vol. in-18. Paris, G. Masson.
- The arlic voyages of Adolf Erik tyordenskïold, 1838-1879. With illustrations and maps, 1 vol. gr. in-8. Londres, Mac Millan and Co, 1879.
- L'ouvrage que vient de publier l’éminent explorateur, est de ceux dont il n’est pas possible de faire l’analyse en quelques lignes. Nous nous bornons aujourd’hui à en signaler l’apparition : nous en reparlerons prochainement.
- PERCEMENT DU VERRE
- PAR L'ÉTINCELLE ÉLECTRIQUE
- Lorsque le verre qu'on se propose de percer est épais, l’un des fils des réophores doit être noyé dans un manchon de résine isolante assez épais et soudé, lui-même, sur l’une des faces de la plaque de verre. Cette opération, nécessitant l’emploi de la chaleur, est fort longue, sans compter qu’une fois le percement obtenu, il reste encore à débarrasser le verre de la résine.
- Le procédé suivant, d’une application très facile,
- ne demande que quelques instants pour préparer et faire l’expérience.
- Il est d’abord nécessaire d’avoir un petit appareil qui sert indéfiniment et dont la simplicité est telle que chacun peut le construire soi-même.
- Cet appareil représenté ci-dessous en coupe verticale est composé : 1° d’une plaque rectangulaire A de caoutchouc durci noir et ayant, pour une bobine donnant des étincelles de 12 centimètres, 18 centimètres de longueur sur 12 de largeur; 2° d’un fil de laiton B dont la pointe recourbée C, insérée, à frottement dur ou à vis, dans la plaque de caoutchouc, affleure le dessus de celle-ci. Voilà tout l’instrument.
- Quand on veut s’en servir, on le pose horizontalement sur le support de la table à expériences ou sur tout autre support, et on met le fil de laiton B en communication avec l’un des pôles de la bobine. Cela fait, on verse quelques gouttes d’huile d’olive sur la plaque de caoutchouc au-dessus de la pointe C et on superpose la plaque de verre à percer I) en
- Coupe verticale de l’expérience, échelle 1/3.
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- ayant soin de ne pas emprisonner des bulles d’air. L’huile d’olive remplit parfaitement son but qui est d’isoler la pointe C. Il est probable que toute autre huile conviendrait également.
- Les choses étant ainsi disposées, il ne reste plus qu’à mettre en position le fil E venant de l’autre pôle de la bobine et à provoquer l’étincelle.
- En déplaçant latéralement le verre, il est très aisé de le percer, en quelques instants, de trous très rapprochés les uns des autres.
- La seule condition essentielle à observer pour la réussite de l’expérience, consiste à avoir une plaque de caoutchouc assez grande. Il faut en effet que l'étincelle ne puisse pas jaillir entre les fils en suivant les chemins indiqués par les lignes poin-tillées. Fages,
- Architecte de la ville de Narbonne.
- EXPÉRIENCES NOUVELLES
- SUR L’INJECTEUR GIFFARD
- L’injecteur Giffard est un curieux appareil bien connu, très employé aujourd’hui pour l’alimentation des chaudières à vapeur et réalisant cet objet par un moyen qui semble au premier abord paradoxal ; en effet, la pression de la vapeur qui s’échappe d'un
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- générateur est employée à refouler de l'eau dans ce générateur lui-même.
- Dans le but d’étudier le principe et le fonctionnement de cet appareil, on peut construire aisément dans les laboratoires le modèle suivant (fig. 1) qui permet de répéter des expériences assez variées. Il se compose d’un tube AA en verre, de 6 millimètres de diamètre intérieur sur une longueur de 10 centi mètres environ, représenté à part (fig. 2). En C est soudé perpendiculairement un tube CD plus petit.
- Un tube HK (tig. 2), effilé en H, est adapté à l’extrémité A au moyen d’un bouchon en caout-chouc. Enfin, un autre tube MN de 1 diamètre un peu inférieur au précédent est de même adapté à l’autre extrémité A; il est légèrement élargi en N.
- La vapeur est fournie par un ballon en verre O muni d’un manomètre à mercure et dont la figure 1 montre la disposition.
- On fait arriver la vapeur par le tube K, l’extrémité D plongeant dans l’eau. Dès que la pression atteint 1 ou 2 centimètres de mercure, la vapeur sor-
- En voyant l’eau s’échauffer si rapidement, on peut croire qu'il n’y a aucune perte de chaleur lors de la condensation de la vapeur et que le travail mécanique produit ne provient que de la vitesse de la vapeur, J’ai été amené ainsi à penser qu’un gaz comprimé et froid réussirait aussi bien que la vapeur d’eau. Toutefois il y avait une difficulté : l’air, par exemple, aspire l’eau comme le jet de vapeur, mais il divise ensuite la colonne d’eau engagée dans le tube MN et le jet de liquide n’est pas continu. Pour que l’expérience réussisse, il faut que le gaz disparaisse au sortir du tube II. Il n’y a par conséquent qu’à remplacer Pair par un gaz, l’ammoniaque ou l’acide chlorhydrique, se dissolvant presque instantanément au sortir du tube d'arrivée. Elfective-ment, en échauffant dans le ballon O la solution
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- tant de la partie effilée II avec une grande vitesse, entraîne Pair du tube AB et l’eau monte dans CD. La vapeur se condense alors en faisant entendre un bruit particulier assez intense, en même temps que l’eau jaillit du tube M; le jet augmente peu à peu à mesure que la pression s’élève. Quand elle a atteint 3 centimètres environ, on adapte le tube de caoutchouc T au tube M et Peau monte jusqu’au sommet du tube recourbé P qui a une hauteur de 25 centimètres (fig. 2).
- Si les dimensions relatives des tubes et si les ouvertures II et N sont convenables, Peau s’élève à une hauteur qui équivaut à la pression dans le générateur.
- Comme Peau retombe dans la bâche où plonge le tube d’aspiration CD, elle finit par repasser plusieurs fois dans l’appareil et elle s’échauffe ainsi assez rapidement. On constate alors que l’appareil ne peut plus fonctionner dès que la température atteint 45 degrés environ ; mais si on enlève le tube T, il recommence à fonctionner jusqu’à ce que la température devienne 60 degrés ; si le tube CD est très court on peut aller jusqu'à 65 degrés.
- ammoniacale du commerce et en interposant un flacon plein de chaux vive pour dessécher le gaz produit, et le refroidir en même temps, on arrive au résultat prévu : à la même pression de 3 centimètres de mercure, l'eau est entraînée de la même façon que précédemment, le débit est le même, seulement le bruit dû à la condensation du gaz est un peu différent.
- L’acide chlorhydrique se comporte de la même manière et produit le même résultat.
- Il résulte de ces expériences que le travail mécanique de l’injecteur Giffard n’est pas dû à une transformation de chaleur en mouvement lors de la condensation de la vapeur.
- L’eau condensée a échauffé l’eau qu’elle entraîne et quand celle-ci est à une température qui varie de 40 à 65 degrés selon la vitesse de l'eau et de la vapeur, elle ne peut plus conlenser toute la vapeur ; des bulles restées gazeuses divisent la colonne et rendent le débit insignifiant.
- Charles TRUCHOT,
- Boursier de licence à la Faculté des sciences de Clermond-Ferrand.
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- LA NATURE.
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- SUR QUELQUES PROPRIETES NOUVELLES
- DES SULFURES MÉTALLIQUES NATURELS
- Les sulfures métalliques jouent un si grand rôle dans l’économie du globe que tout ce qui éclaire leur histoire doit être accueilli avec intérêt.
- Déjà la question de leur origine et de leur dépôt sous forme concrélionnée dans les filons a fourni la substance de travaux du plus haut intérêt et de reproductions artificielles remarquables. Mais si l’on sait beaucoup de choses à cet égard on n’a pas suffisamment remarqué qu’une fois constitués les filons sulfurés n’ont pas pour cela cessé de remplir un rôle actif dans l’épaisseur de la croûte terrestre. Sans doute il n’est pas nouveau de dire que, vers l'affleu-rement et parfois sur une épaisseur considérable, la matière sulfurée s’oxyde, se carbonate, se déshydrate et donne lieu à des minéraux tout différents de ceux qui constituaient le filon primitif, mais nous croyons être des premiers à faire voir que ces produits d’altération superficielle s’infiltrant dans la région intacte du filon donnent lieu à des réactions secondaires dont les résultats, connus depuis longtemps, passent généralement pour avoir une origine toute différente.
- Je m’explique. Tout le monde connaît le minerai d’argent qui a fait la richesse du Mexique, du Chili et du Pérou. C’est une matière complexe contenant du sulfure, du chlorure et d’autres sels d’argent mêlés à une foule de substances que le plus souvent on rejette à cause de leur infériorité relative comme produits
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- Fragment de galène (plomb sulfuré) recouvert de végétations métalliques par son séjour dans la solution aqueuse d’azotate d'argent. Grandeur naturelle.
- industriels. Or, ces minerais complexes constituent dans bien des cas le chapeau de filons, sulfurés sous l’action superficielle de l’eau et de l'atmosphère. Parmi les sulfures intacts des régions souterraines, l'un des plus fréquents est celui dont le plomb est la base et qu’on appelle galène. Eh bien, j’ai reconnu que la galène, loin d’être inerte et absolument insoluble comme on l’admet généralement, agit énergiquement sur les dissolutions métalliques mises en contact avec elle et spécialement sur les dissolutions qui renferment de l’argent.
- Pour terminer la description de ce qui a lieu dans la nature, il faut rappeler que le chlorure d’argent insoluble dans l’eau pure est soluble, au contraire, dans'l’eau salée; les infiltrations marines l’entraînent en abondance et le sel argentique arrive ainsi au contact du minerai de plomb.
- Que se passe-t-il alors? C’est ce què des expériences très simples révèlent d’une manière complète. La figure qui accompagne cet article représente,
- d’après nature, ce qu’est devenu après huit jours un fragment de galène immergé dans la dissolution aqueuse du nitrate d’argent. Sur la surface du sulfure de plomb s’est développée une charmante végétation métallique composée de petits arbres d’argent pur dont les ramifications se compliquent à mesure que leur croissance se poursuit. Bientôt le liquide est rempli d’une vraie forêt cristalline qui surpasse en éclat les fameux arbres de diane dont les pharmaciens ornent si volontiers leurs vitrines.
- Les conditions de cette expérience étant évidemment celles que nous venons de signaler dans les filons de galène où suintent des infiltrations argentifères, il est naturel de supposer que la réaction qui nous occupe se développe à chaque instant dans la nature. C’est en effet ce que prouvent de très nombreux échantillons où l’on voit la galène associée à de l’argent métallique, le plus souvent en grains trop petits pour que l’œil les aperçoive, mais parfois aussi à l’état de dendrites et de cristaux ramu-leux dont le volume peut être considérable. On peut dire d’une manière générale qu’il n’y a pas de galène sans argent et l’on sait que le minerai de plomb est le plus souvent traité tout d’abord pour en retirer ce métal précieux. Mais la galène ne jouit pas d'un privilège exclusif. Les autres sulfures naturels , tout insolubles qu’ils soient déclarés, donnent lieu à des faits de même ordre dont quelques-uns sont fort intéressants.
- Un des plus curieux est relatif à la pyrite proprement dite ou bisulfure de fer qu’on regarde généralement comme d’une inertie absolue. Placée dans la dissolution
- aqueuse du perchlorure d’or, elle donne naissance peu à peu à une végétation d’or tout à fait analogue, sauf pour la substance, aux arbres de Diane de tout à l’heure et il faut se rappeler que si dans la nature les galènes sont argentifères, les pyrites sont presque toujours chargées d’or. On admire même dans les collections de minéralogie des échantillons de fer sulfuré portant des cristaux d’or natif et la province d'Arizona en exposait l’an dernier au Champ de Mars de magnifiques spécimens. La réaction est d’ailleurs exactement la même ici que précédemment et quand on compare les deux expériences on est frappé d’une sorte de parallélisme entre l’énergie chimique des divers corps qui y prennent part. Si la pyrite est un bisulfure, le métal qu’elle isole est l’or, beaucoup moins oxydable que l’argent isolé par le protosulfure de plomb,
- D’ailleurs les propriétés réductrices des sulfures insolubles se font sentir sur certains sels dont le
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- LA NATURE.
- métal ne saurait être ramené à l’état de liberté et il en résulte parfois des reproductions exactes d’espèces minérales naturelles. C’est ce qui a lieu tout spécialement lorsqu’on abandonne un fragment de galène dans la solution aqueuse désulfate de cuivre Au bout de quelques mois on reconnaît que le plomb sulfuré, très profondément attaqué, s’est recouvert d’une multitude de rosettes cristallines très brillantes et d'un vert-émeraude des plus vifs. En même temps le liquide laisse déposer une matière blanche aisée à reconnaître pour du sulfate de plomb.
- La substance verte soumise à divers essais chimiques se comporte comme le sous-sulfate de cuivre connu des minéralogistes sous le nom de brochan-tite ; et l’on peut croire que dans la nature ce minéral s’est produit en vertu des mêmes réactions que dans notre expérience. En effet, outre que deux analyses de Magnus signalent l’oxyde de plomb dans la brochantite, on cite l’association, en Hongrie, de cette espèce avec la galène. D’ailleurs l’oxydation spontanée de certaines pyrites de cuivre peut aisément donner lieu à des suintements de cyanose au contact du plomb sulfuré.
- Placée en contact du bichromate de potasse, la galène détermine la production d'un sous-chromate de plomb connu dans la nature sous le nom de mêlanochroïte et qu’on rencontre toujours en association avec le plomb sulfuré.
- Nous aurons terminé l’exposé des phénomènes de réductions les plus remarquables auxquels donnent lieu les sulfures naturels quand nous aurons dit que les sulfures alcalins possèdent à cet égard les mêmes propriétés que les substances énumérées plus haut. Leur grande solubilité apportait d’ail-leurs à l’expérience une difficulté spéciale. Pour la vaincre j’ai eu recours, après divers essais, au dispositif suivant : un gros tube de verre de 15à 20 millimètres de diamètre et de 1 mètre environ de longueur est placé verticalement et fermé aux deux bouts par des bouchons de liège. On ouvre dans une cuvette pleine d’eau l’extrémité inférieure, puis on introduit une certaine quantité de sulfure alcalin au-dessus du bouchon que l’on replace immédiatement. Cela fait, on retire le bouchon supérieur et on le remplace par une pipette fermée par en haut après avoir été remplie de la solution étendue de nitrate d’argent et dont l’extrémité effilée plonge dans l’eau du tube. Le sel d’argent se diffuse lentement dans la colonne liquide et arrive au contact du sulfure, molécule à molécule. Après moins de vingt-quatre heures, on observe sur la paroi interne du tube, au niveau delà zone atteinte par le sulfure dans sa très lente diffusion ascensionnelle une sorte d’anneau brillant constitué par du sulfure d’argent et par beaucoup d’argent métallique. La quantité de celui-ci augmente peu à peu par une sorte de végétation analogue à celle des dendrites naturelles. J’ai varié la disposition de cette expérience qui a constamment réussi.
- On conçoit que ce fait peut avoir les conséquences les plus directes quant au mode de formation des gîtes d’argent natif puisque les eaux sulfurées circulent de toutes parts dans l’écorce terrestre et doivent rencontrer à chaque instant des dissolutions argentiques. Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- SULFOCARBONATE DE POTASSIUM ET PHYLLOXÉRA.
- Paris, ce 11 novembre 1879.
- Monsieur G. Tissandier, directeur du journal la Nature.
- Dans votre numéro du 25 octobre 1879 (p. 355) de votre très intéressant journal la Nature, vous reproduisez des photographies du champ d’expériences de l’École d'agriculture de Montpellier, qui représentent des vignes américaines en pleine prospérité, et des vignes françaises qui ont été traitées au sulfure de carbone et au sulfocar-bonate de potassium, qui ont un mauvais aspect.
- Comme mon nom est cité dans cet article au sujet des traitements qui ont été effectués avec ce dernier remède, permettez-moi de venir vous présenter quelques observations sur les faits rapportés par M. Sagnier.
- Deux vignes ont été traitées pendant les années 1876, 1877 et 1878 sous ma direction; lors du premier traitement, elles étaient entièrement malades, un grand nombre de ceps étaient déjà morts, surtout dans la vigne que l’on représente. Il aurait fallu pour les régénérer deux applications de sulfocarbonate pendant les deux premières années. Par suite de diverses circonstances que je n’ai pas à indiquer ici, ces deux applications ne purent être effectuées, et chaque fois la réinvasion inévitable d’été, en détruisant les nouvelles racines formées en mai, juin et juillet, a annulé la bonne action du traitement de printemps.
- De plus, la partie que représente la photographie est celle qui était la plus malade au début du traitement, la plupart des ceps y étaient déjà morts dès 1875.
- La deuxième vigne (Malane), que la photographie ne représente qu’imparfaitement, et dont on ne parle pas, était moins affaiblie que la précédente et elle est aujourd’hui, malgré les défectuosités du traitement, en bonne voie de régénération.
- En peu de mots, il est très vrai que le sulfocarbonate de potassium n’a pas donné à l’École d’agriculture de Mon pellier tout ce qu’on était en droit d’en attendre, mais cela ne prouve rien contre la valeur de ce remède, puisque l'on n'a pas fait ce qu'exigeait la situation et l'état des vignes qu'il s'agissait de guérir.
- D’ailleurs, il est aujourd’hui facile de citer de nombreux cas où l’insecticide fertilisant de M. Dumas, a parfaitement réussi et qui établissent d’une manière incontestable son efficacité.
- Veuillez agréer, etc. P. MOUILLEFERT,
- Professeur à l’École nationale d’agriculture de Grignon.
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- CHRONIQUE
- Admission d’élèves-astronomes à l’Observatoire de Paris. — Les candidats aux places d’élèves-astronomes, créées à l’Observatoire de Paris par l’arrêté
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- ministériel du 31 octobre 1879, sont invités à se présenter au secrétariat de l’Observatoire, de 9 heures à midi, avant le 1er décembre prochain, pour fournir les rensei-guements nécessaires à leur admission.
- Les trains éclairs. — C’est depuis quinze jours que fonctionne le train-éclair entre Paris et Marseille. Ce train, qui est maintenant le plus rapide de France, part à 8 heures 39 minutes de Paris le malin et arrive à 11 h. du soir à Marseille. La durée du trajet n'est donc que de 14 h. 20 m. Sur ce temps, il y a deux arrêts d’une demi-heure pour les repas. Ce serait à la rigueur du temps que l’on pourrait épargner; si comme sur les trains américains on installait dans un des wagons un buffet où les voyageurs pourraient manger pendant le trajet. Une heure est encore perdue aux différents arrêts, bien que ceux-ci ne soient que de 3 minutes chaque. Il n’y a donc qu’en-viron 12 heures de marche effective. Comme la distance entre Paris et Marseille est de 804 kilomètres, la vitesse moyenne de ces trains est donc de 72 kilomètres ou 18 lieues à l’heure. Faire 1200 mètres en une minute est une vitesse énorme, d’autant plus que cette vitesse est dépassée dans les alignements droits parce que dans les courbes il serait dangereux d’aller jusque-là. On sait que les plus grandes vitesses de chemin de fer sont atteintes, non en Amérique, comme le croient beaucoup de personnes, mais bien en Angleterre où sur un certain nombre de lignes elles atteignent 80 kilomètres à l'heure. Rappelons aussi que le rapide de Paris à Bordeaux fait 63 kilomètres à l’heure.
- — Des fouilles ont lieu en ce moment près de Maes-tricht, sur l’emplacement d’une colonie romaine.
- Une villa qui surpasse en grandeur et en beauté toutes celles que les archéologues ont découvertes jusqu’ici en Belgique et dans les Pays-Bas, a été trouvée près de Backersbochdel. Plusieurs chambres ayant été déblayées, on en a retiré une foule d’objets d’art, de monnaies et de marbres.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 novembre 1879. —Présidence de M. DAUBRÉE.
- Fermentation. — On se rappelle la discussion qui eut lieu il y a quelque temps au sein de l’Académie, entre M. Pasteur et M. Berthelot, au sujet de la fermentation alcoolique. M. Cochin vient de faire de nouvelles expériences sur ce point délicat : il s’agissait de savoir si la le-vùre de bière secrète un ferment propre à donner la fermentation alcoolique. Pour cela, M. Cochin a préparé de l’eau de levûre absolument exempte de sucre et d’alcool, et il a étudié l’action, sur une dissolution sucrée : 1° de cette eau de levure ; 2° des cellules restées sur le filtre et qui avaient servi à la préparer.
- Dans le premier cas, il ne s'est produit aucune trace d’alcool, mais bien une certaine quantité de sucre inverti ; dans le second cas, fermentation alcoolique.
- Le fer passif. — Jusqu’ici aucune explication sérieuse n’avait été donnée du phénomène de la passivité du fer, c’est-à-dire de la résistance qu’offre ce métal à sa dissolution dans l'acide nitrique étendu après son cntact avec l’acide concentré. M. Louis Varenne , a remarqué que lorsqu’on fait passer un 'courant d’acide carbonique ou
- d’hydrogène dans le vase où se trouvent en présence le fer et l'acide nitrique étendu, la dissolution du métal s’opère. M. Varenne eut alors l’idée d’examiner à la loupe la surface de morceaux de fer passif et il reconnut qu’elle était couverte d’une mince couche gazeuse. Dans le vide, celte couche se détache et le gaz qui en provient brunit à l’air : c’est donc du bioxyde d’azote; le fer ainsi dépouillé de cette gaine gazeuse est immédiatement attaqué par l’acide nitrique étendu.
- Le canal de Panama. — Deux des anciens entrepreneurs du canal de Suez viennent d’expédier une brigade de sondeurs dans l’isthme de Panama; M. de Lesseps va lui-même partir dans un mois pour rejoindre là-bas des ingénieurs de différents pays.
- Le charbon. - Il paraîtrait que jamais aucun mouton de race barbarine n’a été atteint du charbon. Notre consul à Mogador a fait celte observation. Si le charbon apparaissait là-bas apporté par un mouton de nos pays, les animaux de cette heureuse race jouiraient-ils encore de cette immunité?
- Le darwinisme et le langage. — La théorie de l’évolution des espèces est combattue par M. Battmann qui a étudié la question par l’observation du langage chez les animaux; jusqu’ici, dit M. Battmann, on s’est borné à l’étude des caractères physiques et cependant aucune preuve n’est venue de ce côté à l’appui du darwinisme. Il en est de même du langage, le langage articulé est l’apanage de l'homme seul, aucune transition ne s’observe et le cri du singe ne se rapproche pas plus de la parole humaine que le cri d’aucun autre animal.
- Séance peu chargée qui ne dure que trois quarts d’heure.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE D’OCTOBRE 1879
- Sur l’Europe Occidentale, le régime anticyclonique domine encore pendant ce mois comme en septembre, aussi chacune des 5 décades présente une moyenne barométrique à Paris supérieure à 760mm. Les aires de haute pression les plus remarquables sont celles qui se montrent sur les cartes du 3 au 13 et du 26 au 51.
- Le régime cyclonique amené par le courant équatorial est d’abord concentré dans les régions boréales. Il s’abaisse ensuite vers l'Europe centrale et dans la seconde moitié du mois, atteint le bassin méditerranéen. Son arrivée est annoncée par un mouvement cyclonique, très circonscrit, une sorte de trombe qui dans la nuit du 14 au 15 amène des pluies torrentielles dans les provinces de Murcie, Alicante, Alméria, Malaga produit des dégâts terribles et un nombre de victimes incalculable. La zone des pluies après avoir séjourné pendant quelque temps sur l’Éspagne se propage ensuite vers le golfe du Lion, puis vers la Provence, le golfe de Gènes elle Nord de l’Italie en amenant partout des inondations désastreuses.
- A Paris, les pluies ont encore diminué pendant ce mois. On a recueilli seulement Amu d’eau
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- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN OCTOBRE 1879
- D’après le Pureau central météorologique de Prance (Réduction 1[8).
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- Mercredi 29 Jeudi 30
- pendant la première décade, 22mm pendant la seconde et 4mm pendant la troisième. Total 27mm d’eau en 11 jours.
- La moyenne des hauteurs barométriques ramenées au niveau de la mer a été de 765mm et la pression n’est descendue au-dessous de 760 que le
- t Vendredi 31
- Les lectures du thermomètre ont été généralement inférieures à la normale ; on a constaté un maximum de 19°,8 le 1, le 7, et un minimum de— 10,9 le 17. La moyenne du mois 9°,7 est inférieure de 2° à la normale de l’observatoire de Paris. En somme le mois a
- 19, le 20 et le 23. Le minimum barométrique a eu lieu le 20 vers 5 heures du soir sous l’action d’un cyclone dont le centre était en Norwège vers Sku-desness (730mm). Le maximum barométrique a eu lieu le 12.
- été froid, peu pluvieux et à pression barométrique
- élevée.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
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- N° 538. — 22 NOVEMBRE 187 9.
- LA NATURE.
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- LE POISON DE GRENOUILLE
- EN COLOMBIE1
- Au mois de mars 1876, j’étais à Cartago, petite ville de la Nouvelle-Grenade, située dans la vallée
- du Cauca, vers 78° 26' 48" de longitude ouest de Paris et 4° 45' de latitude boréale.
- Dans mes courses aux environs du rio de la Viéja, si remarquables par leur richesse et les nombreux produits de l’histoire naturelle, j’avais découvert un vieux nègre nommé Pédro, qui habitait l’an-
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- Préjar tiou du 1 oisen de gr nouille par les sauvige: de la okccbie (d’après un croquis de M. Ed. André).
- cienne Cartago, à quatre lieues de là, et qui m’aidait à récolter les Orchidées que j’envoyais en Europe*. Il
- 1 L’article que l’on va lire nous a été communiqué par M. Ed. André (dont on peut apprécier les remarquables voyages dans Le Tour du Monde), à propos des notices publiées ici même sur le Venin des Batraciens (Voy. p. 281). Cet article forme un intéressant complément de ce dernier travail.
- (Note de la rédaction.)
- 2 La plus belle de ces Orchidées était le Cattlega Chocoen-sis, Linden et André, et qui est maintenant répandu dans les serres de l’Europe.
- 7e année. — 2e semestre.
- connaissait à fond le Choc et la province d’Antio-quia, où il avait autrefois accompagné les collecteurs Wallis et Rœzl. Sa conversation était des plus attachantes ; elle révélait un esprit d’observation supérieur à celui des indigènes de la contrée. Je n’en eus pas de meilleure preuve que par l’examen d’une sorte de petit livre où il avait séché ou dessiné grossièrement, mais d’une manière reconnaissable, les plantes et les insectes les plus rares qu’il eût rencontrés. C’est ainsi qu’il parvint
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- LA NATURE.
- à découvrir et à introduire vivantes en Europe plusieurs belles espèces d’Orchidées inconnues avant lui.
- Un jour, après avoir fait une excursion d'An-serma Viejo au chemin de Tatam, Pédro rapporta une grenouille d'une espèce particulière, qu’il avait eu grand’peine à capturer. C’était un petit animal de formes un peu grêles, d’un jaune citron vif à la partie supérieure du corps, avec les patles et l’abdomen noirâtres. Il l’avait rencontré sous bois, en terre tempérée (tierra templada), par conséquent vers 1500-2000 mètres d’altitude.
- C’était la Grenouille Neaard, ainsi nommée par les Indiens du Choc.
- Ce batracien, en apparence inoffensif, porte un des venins les plus terribles que l’on connaisse. Il sert à empoisonner les flèches, et remplace, pour les Indiens Chocoès, le fameux curare (prononcez couraré) des sauvages de l’Orénoque et du Brésil. Les trois tribus principales qui habitent les im -menses forêts du Choc sont les Cunas, les Noana-mas et les Chocoès. Le vaste territoire parcouru dans tous les sens par ces Indiens s’étend de la baie de Buenaventura (5° 50' N.) jusqu’à l’isthme du Darien, avec le Pacifique pour limite occidentale, et la Cordillère occidentale vers l’est. De grands fleuves comme l’Atrato et le San Juan, arrosent ces vastes solitudes, où le jaguar, le cougouar, le tapir, les grands boas et les caïmans ont établi leur quartier général, à peine troublés dans leurs courses par les rares Indiens qui leur font la chasse.
- Depuis de longs siècles, cette chasse a lieu au moyen de la sarbacane (bodoquera), long tube de 3 mètres, fait de deux moitiés de tiges de palmier, fendus, vidés et rajustés au moyen de fibres enroulées autour comme un ruban et recouvertes d'une gomme noire qui se durcit en séchant. De petites baguettes de bambou, fines et deux fois longues comme une aiguille à tricoter constituent les flèches. Elles sont aiguisées par une extrémité, entourées de l’autre d’un peu de coton sauvage pour les ajuster à la grosseur du truc et poussées violemment par une forte expiration du chasseur. Ces flèches, contenues dans un petit carquois placé à la ceinture et taillé dans un entre-nœud de bambou, sont rainées à leur extrémité et trempées dans un poison subtil qui n’est autre que le venin de grenouille dont j’ai à entretenir mes lecteurs.
- Pour préparer leurs flèches, les Chocoès se mettent en quête de la grenouille Neaar, qu’ils trouvent généralement dans le district du rio Tatam, affluent du San Juan. M. Triana m’a dit également l’avoir rencontrée une fois dans les bois du Taman, sur le chemin de Cartago à Novita. Il était à ce mome-t perché sur le dos d’un Indien carguero, seul moyen de locomotion dans ces sentiers affreux dont aucun chemin de l’ancien monde ne peut donner l’idée, lorsqu’il vit le sol comme couvert de citrons tombés d’un arbre. Il descendit et s’approcha....; tous les « citrons » (c’est-à-dire les gre
- nouilles Neaar se mirent à sauter avec précipitation.
- Pour s’emparer de l’animal, sans le mettre en contact avec la peau, les Indiens se garnissent les mains de larges feuilles et après l’avoir pris, opéra-ration que sa vivacité rend assez malaisée, ils l’enferment dans un morceau de bambou. Arrivés à leur campement, ils allument du feu. Lorsque les tisons sont bien allumés, la grenouille est saisie avec précaution au moyen d’une fine baguette de bois, pointue, qui lui est passée dans la bouche et à travers les pattes postérieures. Puis on tourne et retourne cette baguette au-dessus des charbons ardents. La peau se boursoufle et éclate bientôt sous l’influence de la chaleur et exsude un liquide jaunâtre, âcre, dans lequel on trempe immédiatement les flèches qui doivent être empoisonnées. On dit, — mais cela me semble difficile à croire, — que l’animal ne meurt pas toujours de cette exposition au feu, et qu’alors il est rendu à sa forêt natale, afin d’être repris et remartyrisé quelque jour si le besoin se fait sentir de lui emprunter une nouvelle dose de poison.
- Lorsque les Chocoès veulent préparer une assez grande quantité de venin, ils opèrent sur une plus grande échelle et installent le petit appareil représenté par notre dessin. Trois cannes de bambou, rassemblées à leur sommet, sont placées en pieds de marmite au-dessus des tisons enflammés. La pauvre grenouille est alors suspendue à une ficelle, et lorsque son corps surchauffé se couvre de l’exsudation du fameux venin, une femme la racle avec un petit couteau et la dépose dans un petit pot de terre [otlila^ù elle est précieusement conservée et ne tarde pas à prendre la consistance solide du curare. On n'y trempe les flèches qu’avant sa solidification complète, et comme il se conserve quelque temps dans cet état, les hommes le portent à la ceinture à côté de leur carquois de bambou.
- Les effets du venin de la grenouille du Choc sont assez semblables à ceux du curare. Ils sont nuis si cette substance est ingérée dans l’estomac, et toute leur action toxique, une fois introduit dans le sang, est de déterminer une paralysie momentanée, assez durable pour tuer par asphyxie l’animal blessé d’une flèche empoisonnée. Lorsqu’on pique un oiseau avec l'un de ces dards, même préparé depuis plusieurs années, il est pris de halètement et de tremblement, une bave épaisse sort de son bec, et il meurt au bout de trois à quatre minutes, si la quantité de poison ingéré a produit toute son action. Une seule flèche lancée contre un chevreuil le met hors de combat en moins de dix minutes, et le double de ce temps suffit pour tuer un jaguar adulte.
- On ne connaît pas de contrepoison au venin de grenouille du Choco. Les pauvres Indiens le savent si bien que, si l'un d’eux a le malheur de se blesser avec une flèche empoisonnée, il se couche immédiatement et attend la mort sans rien tenter pour i sa guérison. Il suffirait cependant, dans la plupart
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- des cas, d’une ligature qui isolerait le membre blessé, et d’une forte cautérisation après application de ventouses sur la plaie. Rœzl racontait naguère que, dans ces mêmes forêts du Choco, où il avait été mordu à la jambe par un serpent equis, il n’avait été 'sauvé qu’en faisant brûler immédiatement de la cire à cacheter sur la plaie, de manière à enlever , avec le venin, la moitié du mollet. Dans des cas aussi graves, il ne faut pas hésiter à employer les moyens héroïques.
- La grenouille du Choc est une Rainette rentrant dans le genre Phyllobates, créé par MM. Bibron et Duméril, et caractérisé par un palais dépourvu de dents, la langue libre en arrière et des doigts complètement libres. Je pense qu’elle constitue une simple variété du Phyllobates bicolor, Bibr. , espèce signalée d’abord à l’île de Cuba, et qui est arboricole, tandis que la Rainette du Choco ne monte pas sur les arbres. M. A. Posada Arango, médecin colombien qui a publié une très bonne notice sur cet animal, a cru pouvoir créer en sa faveur, en se fondant sur ce caractère, une espèce nouvelle, sous le nom de Phyllobates chocoensis. L’accueil fait par les erpétologistes à cette proposition apprendra si on doit l’adopter, ou s’il faut se contenter de la solution que je conseillerais, de nommer la Rainette du Choco Phyllobates bicolor, var. toxicaria.
- Sa description sommaire donne les caractères suivants : tête triangulaire obtuse, narines submar-ginales ; yeux proéminents, d’un jaune doré, paupière hyaline; bouche assez grande, dents milles, langue libre à la partie postérieure, rétrécie à l’in-sertion, obtuse au sommet; vessie vocale bioper-culée à l’arrière de la langue; corps long de 4 centimètres, large de 12-15 ou un peu plus, atténué vers les pattes, arqué en dessus, déprimé en dessous; peau lisse, à peine verruqueuse à la partie inférieure; pattes antérieures longues de 5 centimètres à quatre doigts libres, le cinquième nul ; pattes postérieures de 5 à G centimètres, à cinq doigts libres, le deuxième plus long que les autres dans chacune des pattes, tous terminés par un appendice claviforme bilobé, charnu, servant d’organe adhérent à l’animal immobile. Se tient sur le sol, parfois sur les racines des arbres, mais ne grimpe pas sur les branches. Indigène des forêts sombres du Choco (Colombie), entre Anserma Viejo et Novita, surtout dans les forêts de Tatam; se retrouve près des sources du rio San Juan et probablement dans d’autres localités de cette région, vers le 32 degré de latitude nord et entre les 78e et 79e de longitude ouest de Paris.
- Les effets presque foudroyants du poison de grenouille sont de nature à intéresser les physiologistes. Il serait curieux de faire des expériences sur d’autres espèces, notamment celles des régions chaudes du globe, car, de même que les venins des serpents diffèrent considérablement suivant les espèces, de même la sécrétion cutanée provoquée
- artificiellement sur les batraciens peut varier dans sa composition et dans les effets toxiques qui sont le résultat de son introduction dans la circulation du sang. Ed. André,
- Voyageur chargé d’une mission scientifique dans l’Amérique du Sud, en 1875-1876.
- BIBLIOGRAPHIE
- Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industriels, par M. J. Girardin. Sixième édition. Supplément aux cinq volumes avec soixante-deux figures. 1 vol. in-8. Paris, G. Masson, 1880.
- M. J. Girardin vient de compléter par la publication de ce Supplément, le remarquable traité dont le succès nous dispense de faire l’éloge. Le nouveau Supplément qui forme à lui seul un fort volume, résume d’une façon très complète, l’histoire de tous les nouveaux progrès de la science : liquéfaction des gaz dits permanents, études nouvelles des poussières de l’air, nouveaux métaux, nouveaux procédés industriels, etc., l’auteur n’a rien oublié des questions scientifiques et industrielles qui ont préoccupé le monde savant dans ces derniers temps. Le traité de M. Girardin devient ainsi l’un des meilleurs ouvrages que l’on puisse recommander pour l’étude de la chimie et “des plus récents progrès de cette science.
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- SOCIÉTÉ CHIMIQUE DE PARIS.
- Séance du vendredi 19 juillet 1879. Présidence de M. Jungfleisch.
- M. Miquel indique un procédé pour obtenir à l’état de pureté, le ferment qu’il a découvert dans les eaux d’égout. Il décrit un bacillusagent delà fermentation sulfhydrique. — M. J. Ogier fait connaître ses résultats relatifs à la chaleur de formation de l’hydrogène silicié et de l’éther sili-cique.— M. Rémont indique une méthode d’analyse qualitative des pétroles lourds.— M. Rosenstiehl décrit les spectres d’absorption de l’alizarine, delà purpurine et de la pseudo-purpurine. — M. Salet expose un travail de M. Crookes sur la physique des gaz à très faible pression et reproduit quelques-unes des expériences de l’auteur.— MM. Le Bel et Ilenninger font connaître quelques résultats obtenus avec un de leurs appareils distillatoires à quinze plateaux. — M. Silva indique les propriétés qui différencient la propylbenzine de l’isopropylbenzine. — M. Losa-nilch indique la réaction exercée par l’acide nitrique sur la diphénylguanidine chlorée. — M. Colson décrit un procédé de dosage du soufre dans les pyrites. — M. Grimaux expose un travail sur les matières protéiques. Il a obtenu un colloïde azoté, analogue à l’albumine en faisant agir l’anhydride aspartique sur l’urée. — M. Millot décrit un procédé de dosage électrolytique du zinc. Il opère sur une solution potassique d’oxyde de zinc. — M.Ch. Girard présente un ouvrage de MM. Lunge et Naville sur la fabrication de la soude.— M. Ilenninger présente un travail de M. A. Michael relatif à la synthèse du phénolplucoside et de l’orthoformylglucoside ou hélicine. — M. Riban a étudié l’action du zinc sur l’aldéhyde benzoïque à 255 degrés. ___M. Ch. Gundelach a obtenu deux matières colorantes dérivées de la nitrosodiméthylaniline. — M. Pabpst rappelle quelques expériences qu’il a faites sur le même sujet avec MM. Ch. Girard et Dielz. — M. Horsin-Béon dépose
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- LA NATURE.
- deux Mémoires relatifs l’un au sucre neutre et au sucre interverti, l’autre à un sucre de palmier de Calcutta.
- L'ACCROISSEMENT DE LA POPULATION AUX ÉTATS-UNIS
- Il y a un siècle, la population des colonies qui forment aujourd’hui les Etats-Unis, ne comptait pas deux millions d'habitants; elle s’est accrue à un tel point qu'elle comprend actuellement plus de quarante millions d’habitants. Il y a là un phénomène d’accroissement très remarquable, unique dans l’histoire de l'humanité et sur lequel il est intéressant de recueillir des documents précis. Nous le ferons en mettant à profit, les chiffres que l'Économiste français ta récemment publiés, en les accompagnant de quelques intéressants renseignements qu'il fait connaître à ses lecteurs.
- A l'époque où elles s’insurgèrent, les colonies étaient au nombre de 13, et Burke, d’après des documents qu’il avait, disait-il, mis plusieurs années à recueillir et cou t r Ô1 e r, Burke n’estimait pas leur population à plus de 2 millions d’Européens et d’environ 50 0,0 0 0 noirs. Aujourd’hui l'Union se
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- Nombre d’habitants
- Courbe de l’accroissement de la population des Étals-Unis depuis 1790.
- compose de 57 États et de 11 territoires y compris l’Alaska, l’ancienne Amérique russe, acquise en 1807 : le gouvernement de Washington a fait procéder depuis 1790 à des dénombrements décennaux. Ils attestent dans le mouvement de cette population une marche ascendante qui ne s’est jamais ralentie et qui obéit à une gradation sans précédents dans l’histoire.
- 1790............... 5.929.827 hab. 1800............... 5.505.926 —
- 1810............... 7.259.614 —
- 1820................ 9.658.151 —
- 1850............... 12.866.020 —
- 1840................ 17.059.455 — 1850................ 25.191.676 — 1860................ 51.445.211 — 1870.................... ..............58.558.371 —
- Encore à raison du taux d’accroissement que ces chiffres indiquent, ce dernier chiffre aurait-il dù être environ 42,600,000; mais l’obstacle répressif, comme disait Malthus, est venu dans l’intervalle d’un dénombrement à l’autre, jouer son rôle fatal.
- L’Amérique n'avait pas connu, jusqu’à une époque encore récente, ces mises en coupe de l’humanité qui s’appellent les grandes guerres, et quand elle en a été victime à son tour, elle a vu le mouvement de sa population décroître.
- Au taux indiqué par les recensements qui se sont succédé de 1790 à 1860, le Census qui aura lieu l’année prochaine aurait fait ressortir plus de 57,000,000 d'habitants, et l’on a dès à présent la certitude que ce chiffre restera inférieur à 50,000,000.
- Comme il n’y a nulle raison de supposer que le taux d'accroissement de 1870 à 1880 soit resté inférieur au taux de 1860 à 1870, on arrive à prévoir en 1880, une population totale de47,694,598 pour l’Union entière. Les statisticiens, cependant, regardent cette estimation comme un peu basse, et ils supposent qu’avec une immigration qui, après avoir pour ainsi dire cessé, semble avoir beaucoup repris en ces derniers temps, le Census du mois de juin 1880 attribuera aux États-Unis 48 millions et demi d'hommes. Ce recensement montrera également si le phénomène de l'accroissement des grandes villes, si visible en Europe et plus remarquable encore en Amérique, s’y est précipité ou bien s'il se ralentit.
- Quand la révolution de 1776 éclata, Boston, Baltimore, Philadelphie étaient des centres dont la population variait entre 20 et 50,000 âmes ; en 1870, c’étaient des villes de 250,000, de 267,000 et de 674,000 habitants. A cette époque, Chicago n’était qu’une bourgade; aujourd'hui c’est une ville de 500,000 habitants, et Saint-Louis du Missouri qui, en 1854, n'était qu’un rendez-vous de chasseurs, de trappeurs, de Peaux-Rouges, en 1 enferme 510.000. Cincinnati plus de 210,000, San Francisco 149,000. et la Nouvelle-Orléans, si chétive sous la domination française, 191,000.
- A la tête de toutes ces cités figure New-York, dont la population, qui était de 815,069 personnes en 1860, était arrivé, dix ans plus tard, au chiffre de 942 292 et dépassera 1,000,000 en 1880, si le taux de 15 p. 100 d'accroissement, signalé de 1860 à 1870, ne s'est pas affaibli. Un bras de mer seul la sépare de Brooklyn, que l’on peut considérer comme l’un de ses faubourgs, et Brooklyn, toute petite ville lorsque Clinton y battit Washington, est aujourd’hui une cité de plus de 400,000 âmes.
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- LA NATURE.
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- NOUVELLE SCIE AMÉRICAINE
- La gravure ci-jointe que nous reproduisons d’après le Scientific American représente un système de scie imaginé par M. William W. Giles, de Chicago (Illinois, États-Unis). Le dessin est par lui-même assez explicite pour qu'il ne soit pas nécessaire de donner autre chose qu’une explication très laconique.
- L'ensemble de la machine a environ huit pieds de long et l’extrémité antérieure est fixée sur le tronc d’arbre qu'il s’agit de scier.
- Le siège que l’opérateur occupe se prête aux mouvements qu’il fait pour mettre la machine en marche. L’ouvrier, en appuyant les pieds sur les pédales, pousse la scie en avant; ce mouvement est aidé par l’effort des mains qui tirent en arrière le levier principal.
- Il en résulte que, la scie avance avec une gran ie force de propulsion, qui résulte du poids de la plus grande partie du corps et de la vigueur déployée par les bras. Quand l’opérateur au contraire pousse le levier en avant, il porte le poids des jambes en arrière, la scie accomplit un mouvement en sens inverse. Dans l’emploi de cette machine, on utilise
- Nouveau système de scie de M. W. Giles, de Chicago.
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- tout à la fois le poids de l’ouvrier et la force des muscles de ses bras et de ses jambes. La scie a une portée de trois pieds et elle fonctionne avec une grande régularité.
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- LES ÉLÉPHANTS DE L’INDE EN AFRIQUE
- Les éléphants de l’Inde importés en Afrique par les soins et aux frais du roi des Belges, ont merveilleusement répondu à tout ce que l’on attendait d’eux. On en jugera par les détails suivants dont nous pouvons garantir l’exactitude.
- Partis de Dar es Salam le 2 juillet sous la conduite de M. Carter, leur habile -conducteur, ces
- animaux arrivaient en pleine santé le 3 août à Mpwapwa.
- La manière dont cette première étape avait été franchie constituait déjà une expérience sérieuse et dont le succès était des plus encourageants. En effet, la distance était d’environ 196 milles anglais (314 kilomètres) et les contrées traversées présentaient des conditions de marche très variées. A la région maritime, au magnifique pays ondulé qui s’étend jusqu’aux forêts à clairières dont parle Stanley, succèdent des régions plus accidentées, des vallées plus ou moins marécageuses, des cours d’eau et une région franchement montagneuse.
- Les éléphants, chargés chacun d’environ 500 kilogrammes, ont gravi les montagnes, traversé les
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- LA NATURE.
- rivières, les marais, les ravins, tout en aidant par- i ibis leurs conducteurs à frayer ou à élargir le pas- | sage à travers la jungle.
- Deux faits très importants étaient acquis à la suite de ce trajet.
- D’abord, contrairement à l’opinion généralement accréditée les éléphants se sont passés de pain,sans en souffrir le moins du monde. Ils se sont conten lés des vivres que fournissait le pays. Bien que les renseignements dont nous disposons ne disent rien de la nature des eaux qu’ils ont dû boire, on sait par les récits des voyageurs et en particulier de Stanley, que cette eau est saumâtre sur une assez grande étendue de la route. Le silence gardé à ce sujet prouve que les éléphants ont bu sans répugnance et n’en ont pas été incommodés.
- Avoir acquis la certitude que ces animaux, étrangers à l’Afrique, pouvaient se plier au régime imposé par les conditions du voyage était un résultat d’un intérêt facile à comprendre. Mais il était bien plus important de savoir s’ils résisteraient aux attaques de la tsé-tsé. On sait que les piqûres de celte mouche, à peu près sans action sur l'homme, sont inévitablement mortelles pour les bœufs, les chevaux, etc. En serait-il de même pour les éléphants? Là était la grande question. Elle est aujourd’hui résolue de la façon la plus heureuse. Les éléphants ont traversé des districts infestés par le redoutable insecte; ils en ont été littéralement couverts disent les documents que nous avons sous les yeux. Ils n’ont présenté aucun symptôme alarmant, et, comme nous l’avons dit, ont atteint Mpwapwa en très bonne santé.
- Là toutefois l’un d’eux, un mâle, est mort brusquement peu de jours après l’arrivée de la caravane. On pouvait se demander si la tsé-tsé n’était pour rien dans ce grave accident qui diminue d’un quart la force de portage dont disposait l’expédition. Heureusement les détails donnés par M. Carter ne sauraient laisser de place au moindre doute. L’animal se portait à merveille une demi-heure avant de tomber. Il venait de travailler avec sa force et son entrain habituels. Rien donc ne rappelle l’affaiblis-sement progressif qui suit chez le bœuf l’inoculation de l’étrange poison que possède la tsé-tsé. Tout paraît indiquer que ce* éléphant a succombé à une attaque d’apoplexie; M. Carier ajoute d’ailleurs que ces morts subites ne sont pas rares chez les éléphants employés en Asie.
- Quoi qu’il en soit les défenses du défunt ont été enlevées, pour être envoyées au roi des Belges et le corps a été enterré. Nous faisons des vœux pour que le squelette soit recueilli par quelque voyageur et apporté à son tour à Bruxelles. Il figurerait à merveille dans le magnifique musée organisé par M. Dupont. Il y rappellerait la généreuse initiative du roi Léopold et les débuts d’une expérience, dont le succès, désormais assuré, aura une influence des plus sérieuses sur l’avenir de l’Afrique.
- Les trois éléphants survivants se portaient du
- reste très bien, quoi qu’ayant été, eux aussi, couverts de tsés-tsés. Or, ils avaient besoin de toute leur vigueur pour traverser la contrée qui se présente un peu au delà de Mpwapwa. Cette région est l’Ou-gogo et voici ce qu’en dit Stanley : « Pays déplaisant pour le voyageur..., sol argilo-siliceux, aride et ingrat. Série de plaines séparées les unes des autres par des collines rocheuses et des jungles épineuses. L’eau, rare et de mauvaise qualité, ne se rencontre généralement, pendant la saison sèche, que dans des étangs boueux ou dans des citernes.... Des vents froids qui vous pénètrent, un air morfondant qui donne la fièvre, les extorsions et l’insolence des indigènes, tout se réunit pour faire de l’Ougogo un pays haïssable pour le corps et pour l’esprit. »
- Une lettre de M. Carter nous apprend comment les éléphants ont franchi ce pas difficile. Ils sont restés une fois sans boire pendant quarante-deux heures et trente et une heures sans manger ; ils ont marché pendant vingt-sept heures et demie chargés de leurs pesants fardeaux en même temps qu’ils aidaient à abattre des arbres et à percer des jungles épaisses.—1Tout habitué qu’il était à ces puissants auxiliaires de l’homme, M. Carter semble avoir été surpris en les voyant déployer tant de rusticité et de résistance aux fatigues de toute sorte. Il termine sa lettre en disant : « Les éléphants n’ont pas seulement réussi; ils se sont montrés en outre des prodiges de patience. Ils constituent le moyen le plus efficace de civilisation de l’Afrique. »
- Cette conclusion d’un juge éminemment compétent confirme et justifie tout ce que nous avons dit a ce sujet dans l’article où nous annoncions l’arrivée des éléphants asiatiques1. L’importance pratique des laits que nous venons de résumer a d’ailleurs été vite comprise. Déjà des demandes d’éléphants ont été adressées dans l’Inde par les Anglais; déjà l’on songe sérieusement aux moyens à employer pour capturer, dompter et utiliser l’espèce africaine. Toutes nos prévisions à ce sujet seront donc à coup sûr réalisées, plus promptement peut-être que nous n’aurions osé l'espérer nous-mêmes.
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- SOIRÉES DE L’ASSOCIATION SCIENTIFIQUE DE FRANCE
- Conférences spéciales sur la Photographie, par M. Dâvanne.
- Il était regrettable qu’il n’y eut pas en France, ainsi que cela existe en Belgique depuis plus de dix ans, un centre où toute personne ayant intérêt à connaître et à suivre l’ensemble des méthodes photographiques pùt acquérir facilement les connaissances nécessaires.
- Le Conseil de l’Association scientifique de France, présidé par M. Milne Edwards, et le président de l’Association française de Photographie, M. Peligot, ont pensé qu'il y avait lieu de combler cette lacune en instituant
- 1 Voy. n°521 du 26 juillet 1879, p. 123.
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- LA NATURE.
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- une série de conférences dans lesquelles sérail résumé l’ensemble des nolions relatives à la photographie.
- Ces conférences, ont principalement pour but de faire connaître, par un enseignement oral et démonstratif, les méthodes photographiques que jusqu’à présent on ne pouvait étudier que dans les traités spéciaux.
- Une large part y sera donnée aux notions élémentaires et aux différents procédés pratiques dont la connaissance est nécessaire pour les applications diverses de la photographie. N. Davanne, vice-président de la Société française de Photographie, a bien voulu se charger de cet enseignement.
- Les conférences auront lieu les mardis à 8 heures 50 minutes du soir, à la Sorbonne, dans le grand amphithéâtre; elles commenceront le 2 décembre 1879 et continueront jusqu’au milieu du mois de janvier suivant-elles seront publiques.
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- CHRONIQUE D'HISTOIRE NATURELLE
- Puissance germinative des graines.—}]. C. de Candolle de Genève, a expérimenté, de concert avec M. Raoul Pictet, l’action des températures très basses sur la faculté germinative des graines. Il a soumis, pendant deux heures, à une température inférieure à 80° centigrades, des graines des espèces suivantes : Sinapis alba, Lepi-dium salivum, Artemisa annua, Mimosa pudica, Gala-telladracunculoïdes, Silene pendilla, Perilla ankinensis, Hyoscyamus niger, Galega officinalis, Nigella Damas-cena, Fœniculum officinale, Nicotiana acuminata, et enfin le blé ordinaire.
- Toutes ces graines, à l’exception de celles de Perilla, Hyoscyamus et Nicotiana, ont germé et poussé leurs premières feuilles aussi rapidement que d’autres graines des mêmes espèces, non soumises au froid, et semées en même temps.
- Métamorphoses des Batraciens ürodèles. — Mlle de Chauvin a fait sur les Batraciens Ürodèles un certain nombre d’expériences fort curieuses. La Salamandra atra est vivipare et met au monde des petits dépourvus de branchies, et destinés à vivre immédiatement sur la terre ; mais, avant leur naissance, ils ont passé par une phase pendant laquelle ils ont des branchies et une queue natatoire. Mlle de Chauvin a pris plusieurs de ces embryons dans le ventre de leur mère, et les a introduits dans l’eau pour voir s’ils continueraient à vivre sous cette forme larvaire. Les branchies embryonnaires tombèrent bientôt, mais, après une crise assez grave, il s’en reforma de nouvelles; la frange membraneuse délicate de la queue embryonnaire fut remplacée également par une autre plus ferme; la peau resta plus molle et moins noire que dans la Salamandra atra ordinaire. Toutefois, au bout de seize semaines de séjour dans l’eau, les branchies disparurent graduellement par résorption, comme cela a lieu dans le développement normal des autres Salamandres. Mlle de Chauvin parvint aussi à plier un jeune Protée à la vie terrestre, en le faisant séjourner pendant plusieurs mois dans de l’eau bouillie. Enfin, la métamorphose des Axolotls donna lieu à une observation curieuse-Un Axolotl, transformé presque complètement en Amblys. tome, fut remis dans l’eau ordinaire; ses branchies se développèrent de nouveau et la frange caudale se reforma. Revenu ainsi à la forme primitive, il fut replacé dans de l’eau bouillie, et il reprit, plus complètement encore que la première fois, la forme d’Amblystome.
- R. VION.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE SYSTÈME LONTIN
- L'ensemble des appareils actuellement exposés par M. Lontin au Palais de l’Industrie comprend :
- 1o Une machine excitatrice ou amorçante à courants continus destinée à alimenter, à nourrir la machine à lumière.
- 2° Une machine à lumière à courants alternatifs dont la disposition permet de produire, à volonté, soit un petit nombre de foyers puissants, soit un grand nombre de petits foyers.
- 5° Un régulateur électrique à arc voltaïque qui permet d’établir plusieurs lampes dans un même circuit.
- 4° Un régulateur de courants pour l’incandescence à fil de platine, régulateur appliqué à une rampe à incandescence. Nous allons examiner rapidement ces divers appareils qui présentent un réel intérêt autant par leurs dispositions ingénieuses que par les applications dont ils sont susceptibles.
- Machine excitatrice. Il est facile de comprendre le fonctionnement de cette machine en se reportant à la machine de Gramme dont nos lecteurs connaissent le principe. Sur une roue à laquelle M. Lontin donne le nom de pignon magnétique sont disposées quarante petites bobines D,D en dix rangées de quatre bobines chacune (fig. 1) ; dans chaque rangée les bobines sont disposées en hélice et sont garnies d'un noyau de fer à l’intérieur; elles constituent ainsi une série d’électro-aimants, qui, en tournant entre les pôles du grand électro-aimant ou inducteur AA prennent des polarités dont le sens change à chaque demi-révolution. Les courants d’induction engendrés sont recueillis sur un collecteur analogue à celui de la machine Gramme par des balais formés de feuilles minces de cuivre qui frottent sur ce collecteur.
- L’inducteur AA dont la culasse forme le socle de la machine est excité par le courant même de la machine, c’est-à-dire que son fil est dans le circuit des bobines par l’intermédiaire des balais du collecteur. Le courant continu produit par cette machine est envoyé dans la machine à lumière.
- Machine à lumière. La machine à lumière se compose d’une série d’électro-aimants B B (fig. 2) fixées sur une couronne, les fils de chacun de ses électro-aimants aboutissent à un appareil nommé manipulateur dont nous allons examiner la fonction tout à l’heure. A l’intérieur de cette couronne d’électro-aimants tourne un pignon magnétique formé de 24 dents. Chaque dent est une lame de fer entourée de son hélice magnétisante.
- Le courant de la machine excitatrice arrivant par F, vient par un frotteur sur une bague a reliée à l'une des extrémités du pignon magnétique.
- Après avoir traversé les 24 bobines A, il sort par une seconde bague et un second frotteur pour retourner à la machine excitatrice. L’enroulement du fil est tel que les pèles développés aux extrémités des
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- lames de fer qui le composent sont alternés et qu’un pôle nord succède à un pôle sud, et ainsi de suite.
- En imprimant au pignon magnétique un rapide mouvement de rotation , les dents de ce pignon, en passant devant les bobines B, développent des courants dus au changement de pôle des noyaux à chaque passage d’une dent du pignon devant les bobines B, courants auxquels M. du Moncel a donné le nom de courants d'interversion polaire.
- La machine faisant 360 révolutions par minute en marche normale, il se produit 8640 changements de polarité dans les
- , s E‘bE=t
- Fig. 1. — Machine excitatrice de M. Lontin.
- bobines B, soit 144 par seconde. Il en résulte que, dans chaque seconde, le fil des bobines induites aura
- été traversé par 72 sens et par 72 courants circulant en sens contraire.
- Toutes les extrémités de fils de bobine B arrivent au manipulateur M et sont attachées à des bornes m.
- Ce manipulateur permet de faire communiquer entre elles toutes ces bobines comme on veut, en tension, en quantité et en nombre plus ou moins grand. Avec la machine qui est à l’exposition et un manipulateur approprié
- courants circulant dans un
- lampes de M. Lerrin au
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- Fig. 2. — Machine à lumière.
- on peut établir 24 circuits différents qui alimenteront chacun une lampe, ou bien disposer toutes les bobines sur un seul circuit et alimenter un seul foyer puissant. Le plus souvent on utilise deux ou quatre bobines sur un seul circuit pour faire des
- lumières de puissance moyenne. Dans une expérience faite à la gare de l’Ouest on a pu alimenter jusqu’à 12 régulateurs placés sur un seul circuit, résultat qui, jusqu’ici, n'a encore été obtenu par aucun autre système. En combinant convenablement les manettes I du manipulateur on peut instantanément changer la circulation électrique dans un circuit donné, en supprimer des bobines, en ajouter de nouvelles, en un mot, proportionner l’intensité de la circulation é-lectrique à l’effet qu’on veut produire, sans rien changer au régime de la machine.
- Régulateur à arc voltaïque. C’est en se fondant sur les lois
- des courants dérivés que M. Lontin a pu établir son régulateur électrique et son application aux
- chemin de fer de l’Ouest à
- la gare Saint-Lazare a fourni de très bons résultats.
- On peut exprimer la loi des courants dérivés d’une façon simple en disant que lorsque d’une source électrique on fait partir deux circuits dont la résistance est différente, il passe dans chacun de ces circuits un courant dont l’intensité est inversement proportionnelle à cette résistance.
- Si nous comparons la source élec
- trique à un réser-
- voir d’eau placé à une certaine hauteur et les circuits de résistance inégale à deux tuyaux d’écoulement d’inégal diamètre, nous savons que le tuyau le plus gros laissera écouler un volume d’eau plus grand : de même le circuit le moins résistant lais-
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- sera passer une plus grande quantité d’électricité.
- En partant de ce principe, il est facile de comprendre le mécanisme du régulateur de M. Lontin. Le courant de la machine passe par l’arc et par un électro-aimant à fil très fin et par suite très résistant, monté en dérivation.
- L’armature de cet électro aimant lorsqu’il est inactif arrête le mécanisme qui sert à rapprocher ces charbons. L’appareil étant bien réglé, il passe dans l’arc voltaïque la plus grande partie du courant parce que sa résistance est infiniment plus faible que celle de l'électro-aimant. Mais les charbons venant à s’user, la résistance de l’arc voltaïque augmente avec leur distance, il en résulte que l’intensité du courant qui traverse l'électro-aimant aug-mente jusqu'à ce qu’elle soit as-ez grande pour que cet électro-aimant attire son armature
- maintenue par un ressort antagoniste réglé à l’avance, déclanche le mécanisme les charbons. A mesure que ce
- se produit, la résistance de l’arc diminue, l'élec-tro-aimant s’affaiblit, il abandonne son armature qui vient alors arrêter le mouvement de rapprochement et ainsi de suite. Le régulateur est ainsi réduit à une très grande simplicité.
- Régulateur de courants. — L’éclairage électrique par incandescence bien que fort coûteux relativement à l’éclairage par l’arc voltaïque présente cependant certains avantages qui en dictent l’emploi dans des conditions spéciales.
- Le plus grand obstacle qu’on ait rencontré jusqu’ici réside dans la difficulté d’empêcher la fusion des spirales de platine traversées par le courant lorsque, pour une cause quelconque, l’augmentation de vitesse de la machine, par exemple, l’intensité du courant devient assez grande pour fondre le fil.
- M. Lontin a résolu
- Fig. 5. — Régulateur automatique. le problème d'une fa-
- çon très élégante par le qui rapproche | régulateur représenté ci-contre, figure 3.
- rapprochement ! Le courant arrivant par une des bornes de la
- Fig. 4. Rampe électrique de M. Lontin à incandescence de fil de platine.
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- lampe à incandescence traverse le fil d'un électro-aimant droit, la spirale incandescente et sort par la seconde borne.
- La borne d’entrée est reliée aussi avec le noyau
- de l’électro-aimant droit et la borne de sortie avec une petite lame verticale portant à sa partie supé-rieme un petit bouton de fer placé en regard de l’électro-aimant. Un petit ressort antagoniste qu’on
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- LA NATURE.
- règle à la main exerce une certaine tension sur la lame et permet de la maintenir éloignée de l’élec-tro-aimant.
- Tant que le courant n’atteint pas une certaine intensité, le petit bouton formant armature reste éloigné du noyau de l'électro-aimant, mais si le courant dépasse cette intensité, l’électro-aimant attire le petit bouton de fer jusqu’à ce qu'il y ait contact, il s’établit ainsi un chemin direct pour le courant qui traverse seulement le noyau de fer et la petite lame, il ne passe plus qu’un courant très faible dans la spirale qui se trouve ainsi préservée. Mais alors l’électro-aimant devient inactif, la lame revient à sa position première et le même mouvement se produit tant que l’intensité du courant n’est pas revenue à la limite fixée par le réglage du ressort antagoniste.
- Un seul régulateur peut servir à plusieurs lampes à la fois et nous avons représenté figure 4 une rampe dans laquelle dix spirales de platine sont maintenues au degré de température voulu, par un seul régulateur semblable à celui que nous venons de décrire.
- Les dix lampes sont montées en tension dans le même circuit. Les spirales sont faites avec du fil de platine de 1 millimètre de diamètre, le développement de ces dix spirales représente une longueur de fil de 2m,50 environ. On peut entretenir douze spirales semblables incandescentes en employant huit bobines, soit le tiers seulement de la machine à lumière du type que nous avons décrit ; une machine à lumière de vingt-quatre bobines peut donc alimenter trente-six spirales et par suite produire trente-six foyers lumineux.
- C’est là, il nous semble, un progrès sensible au point de vue de la division de la lumière électrique. L’expérience photométrique nous apprendra s’il y a un véritable intérêt à pousser aussi loin un fractionnement qui, jusqu’à présent a été assez défavorable à l’électricité au point de vue du rendement lumineux. Nous devons savoir gré à M. Lontin d’avoir montré que la division était possible, le jour n’est pas loin peut-être où elle sera aussi économique.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- ARRIVÉE de LA PREMIÈRE EXPÉDITION BELGE
- SUR LES BORDS DU TANGANYIKA.
- M. Cambier, lieutenant de l’état-major belge, chef de la première expédition envoyée en Afrique par l’Association internationale Africaine, qu’a fondée le roi Léopold, est arrivé récemment à Karéma sur la rive occidentale du Tanganyika. Il a obtenu de Massi-Kammba, qui gouverne ce pays au nom de Kapoufi, roi du Fipa, un terrain sur lequel s’élèvera la première station de l’Association.
- C’est Stanley qui a désigné ce point du littoral comme
- étant le plus propre à recevoir la colonie scientifique et hospitalière dont M. Cambier va jeter les fondements. Karéma est situé dans l’angle d’une baie paisible qui commence à la pointe d’Iganngoué et se termine à des amas de rochers fantastiques formant le cap Mpimmnboué. Les Vouafipas, qui peuplent cette côte, paraissent être des Nègres tranquilles et capables d’entendre raison. Aussi les Arabes commencent-ils à s’établir dans ce village pour trafiquer. Espérons qu’ils verront sans trop de jalousie s’élever un établissement qui, n’ayant pas le commerce pour but, ne saurait leur faire concurrence.
- M. Cambier est arrivé seul à Karéma; et, pour atteindre ce but, il a dû déployer une persévérance, une ténacité des plus méritantes. On sait combien ont été longues et cruelles les épreuves subies par cette première expédition. Au début, elle comprenait quatre blancs, MM. le capitaine Crespel, le lieutenant Cambier, appartenant tous deux à l’état-major belge; M.le docteur Maïes, sorti de l’Uuniver-sité de Louvain, et M. Marno, naturaliste autrichien, déjà connu par quelques voyages en Afrique.
- Plus tard, le lieutenant Wautier, le docteur Du-trieux, le lieutenant Dutalis, avaient été envoyés pour combler les vides. Or, de ces sept voyageurs, trois sont morts, savoir : MM. Crespel, Maïes et Wautier; M. Du-talis a dû rentrer en Europe pour éviter le même sort ; MM. Marno et Dutrieux, rebutés par les difficultés de l’entreprise, ont rompu leurs engagements. M. Cambier, sans se laisser décourager par la mort ou l’abandon de ses compagnons, par les trahisons de Mirambo, par le mauvais vouloir des Arabes, a continué sa route et a atteint le but.
- Une seconde expédition est en route pour le joindre. Elle a pour chef le capitaine Popelin qu’accompagne M. le docteur Vandenheuven. Ce dernier, pour mieux se préparer à ce long voyage, est venu à Paris prendre des leçons au Muséum et à Montsouris.
- Ces deux voyageurs ont été aussi cruellement éprouvés par le climat d’Afrique. Ils sont arrivés très malades à Mpwapwa, où ils ont été parfaitement accueillis et soignés par la mission anglaise. A peine rétablis, ils se sont remis en route et ont franchi l’Ougogo. Il y a peu de temps, ils ont été rejoints par M. Carter et vont poursuivre leur route avec l’aide des éléphants. Il est permis d’espérer que ces nouveaux auxiliaires leur éviteront une partie des difficultés et des lenteurs qui ont si longtemps arrêté M. Cambier.
- Les deux expéditions vont donc sans doute se rejoindre prochainement à Karéma; mais celte réunion sera de courte durée. Bientôt l’un des deux chefs franchira le lac et ira sur un point, qui n’est pas encore déterminé, fonder la seconde de ces stations qui doivent former une chaîne jusqu’aux rives de l’océan Atlantique.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE.
- (Suite. —Voy. p. 54, 86, 218, 254, 246, 293,562 et 575.)
- Dans l’une des grandes divisions de la classe des Polypes hydraires, remarquable par le développement plus considérable de l’étui corné qui soutient et protège dans un grand nombre d’au-
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- LA NATURE.
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- très genres le corps délicat des Polypes, les individus reproducteurs et les individus sexués qui se développent sur eux affectent une disposition des plus remarquables. Quand on examine ces colonies où chaque Polype a une loge particulière, où ces loges ont, suivant les genres et les espèces, une forme et une disposition tout à fait caractéris-tique et souvent fort élégante, l’attention est bien vite attirée par des loges beaucoup plus grandes que les autres et dont la surface est ordinairement couverte d’une ornementation toute particulière. Ces loges ressemblent quelquefois à de petites corbeilles habilement tressées : plus souvent ce sont des urnes relativement spacieuses au col rétréci qui surgissent sur les rameaux de la colonie comme les cônes des Thuya ou des Cyprès au milieu de leurs frondes aux mille découpures. Les noms de Sertu-laire cyprès de Sertidaire sapin qui ont été don-nés à quelques espèces indiquent à quel point cette ressemblance est frappante. Elle est d’autant plus réelle que ces grandes loges sont précisément les appareils de fructification de nos Polypes. Je me sers à dessein du mot appareil, car le contenu de ces chambres est l’équivalent de tout un rameau du Polypier. Dans VObeliageniculata (fig. 1,n°2) l’axe de chaque loge, en forme d’urne, est occupé par une sorte de massue charnue1 dont le sommet dilaté ferme l’ouverture de l’urne : ce n’est pas autre chose qu'un individu reproducteur sur toute la longueur duquel se forment successivement de haut en bas un nombre considérable de Méduses. Les Méduses les plus rapprochées de l’ouverture de la loge arrivent les premières à l’état de maturité et s’échappent bientôt pour nager librement à l’extérieur.
- Sans que rien de fondamental soit changé dans cette disposition, les individus sexués peuvent prendre toutes les formes que nous connaissons déjà depuis l’état de Méduse jusqu’à l’état de simple sac reproducteur ne contenant qu’un seul œuf. Chez la Gonothyrœa Lovéni (fig. 1, n° 1) déjà, les Méduses ne dépassent pas l’état auquel elles arrivent chez les Tubulaires et ressemblent même exactement aux Méduses de la Tubularia larynx dont l’ombrelle porte autour de son orifice, très petit du reste, une couronne de tentacules. Ces Méduses ne se détachent jamais de l’individu reproducteur et les œufs se transforment en planules dans la cavité de leur ombrelle. Au fur et à mesure que leur contenu mûrit, l’accroissement de l’individu reproducteur porte successivement les Méduses hors de la loge qui les contient : les planules s’échappent alors, la Méduse se flétrit et disparaît. Les individus sexués sont réduits à de simples sacs contenant chacun un œuf chez les Laomedea. Chez la Laomedea repens, Allman, l’individu reproducteur présente une modification particulière ; il se divise presque dès sa base en quatre branches sur chacune desquelles se développe une double série de sacs sexués exactement comme cela arrive pour le
- 1 Le Plastostyle de Allman.
- placenta de certains végétaux. Parmi les Hydraires à appareil reproducteur très simple, le Cordy-lophora lacustris nous a déjà présenté une division analogue de l’individu reproducteur. Chez les Sertulaires, c’est seulement à son extrémité supérieure, après avoir donné naissance sur sa longueur à plusieurs individus sexués, que l’individu reproducteur se divise en plusieurs autres autour desquelles se développent1 autant de lames cornées, découpées sur leur bord comme des feuilles et dont l’ensemble forme une sorte de corolle au-dessus de la loge. Au centre de cette corolle se développe d’ordinaire une poche sphérique 2 dans laquelle passent les œufs quand ils sont mûrs pour y subir les premières phases de leur développement. Ne dirait-on pas que cet appareil est une fleur pourvue de ses pétales, de son ovaire infère par rapport à la corolle et contenant un placenta couvert d’ovules?
- Peut-être ces ramifications de l’individu reproducteur conduisent-elles à la disposition singulière que l’on observe chez l'Halecium halecinum où chaque grande loge contient, accolés l’un à l’autre sur une partie de leur longueur, deux individus stériles tout à fait semblables aux individus nourriciers et un individu reproducteur qui disparaît quand les œufs sont arrivés à maturité. On pourrait voir dans les deux individus stériles des ramifications de l’individu reproducteur parvenues à l’état de Polype par une exagération de développement semblable à celle qui change dans les fleurs doubles les étamines et parfois même les feuilles carpel-laires en pétales et rend ainsi ces organes stériles. Les Plumulaires nous fournissent d’ailleurs l’exemple d’un appareil dans lequel plusieurs individus nés symétriquement sur un même rameau sont rassemblés dans une même enveloppe cornée, semblable à une petite corbeille ovale, dans laquelle tous les in-dividus seraient déposés.
- Nous avons déjà vu dans un grand nombre de cas s’effectuer, chez les Polypes hydraires, le passage d’un individu à l’état d’organe, ou le passage d’un organe à l’état d’individu. Les différents exemples que nous venons de citer montrent qu’il n’est pas moins fréquent de voir un assez grand nombre d’individus s’associer pour former un organe. Nul ne songerait à voir dans les appareils reproducteurs des Laomedea, des Obelia, des Sertulaires ou des Plumulaires autre chose que de simples organes, si une comparaison attentive des modes de reproduction des Polypes hydraires n’amenait à conclure, en toute certitude, que ces organes résultent de la fusion d’un nombre plus ou moins considérable d’individus modifiés en vue de la fonction de reproduction. Ainsi chez les végétaux un nombre variable de feuilles originairement indépendantes les unes des autres, s’associent en se modifiant pour former un organe complexe : la fleur.
- 1 Sertularia rosacea, Sertularia tamarisca, etc.
- 2 Acrocyste ou la poche marsupiale de Allman,
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- LA NATURE.
- S’il est rare que chez les Hydraires proprement dits le polymorphisme soit porté aussi loin que chez les Hydractinies et les Podocorynes, on retrouve cependant assez fréquemment associées cinq sortes d'individus : Vindividu nourricier, Vindividu reproducteur, les deux sortes d'individus sexués (le mâle et la femelle), enfin ces individus sans bouche dont le rôle se borne à palper et à saisir, et à qui nous donnerons dès maintenant le nom spécial de Dactylozoïdes', car ils auront pour nous dans la suite une importance particulière. Ces Dactylo-zoïdes se montrent notamment chez un Polype voisin des Campanulai-res, découvert par Thomas Hincks, (pii lui a donné le nom d'Ophio-des mirabilis^. Les individus nourriciers portent un peu au-dessous de la bouche, placée au sommet d’un cône surbaissé, une couronne parfaite-ment régulière de tentacules; au-dessous de cette couronne, le corps présente une constriction circulaire figurant une sorte de cou, puis se renfle de nouveau pour n’amincir ensuite de ma-sière à figurer une massue. Les dactylozoïdes sont beaucoup plus minces, très capables d’une grande extension,très mo-biles, presque cylindriques et terminés chacun par un bouquet de né-matocystes, comme ceux des Hydractinies. Ils sont presque aussi nombreux que les individus nourriciers et disséminés dans la colonie sans présenter avec eux aucun rapport déterminé de position. Les individus re
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- Fig.1. — No 1. Appareil fructificateur de la Gonothyræa Lovéni : a, cavité de la loge; b, individu reproducteur (Blastostyle) ; c, son sommet élargi en forme d opercule ; d, d', d", individus sexués parvenus à maturité et présentant l'organisation d'une Méduse; k, k', paroi externe du sac stomacal incomplet;
- 1, canaux gastro-vasculaires aboutissant au vaisseau circulaire n; mi, œufs; o, embryons ciliés ou planules s’échappant delà cavité de Vombrelle. — Ne 2. Appareil fructificateur de VObe-lia geniculata : a, la loge; b, l’individu reproducteur couvert de Méduses à différents degrés de développement ; c, son extrémité supérieur élargie en opercule; d, membrane commune enveloppant les Méduses.
- producteurs offrant une disposition spéciale complètent un ensemble analogue au fond à celui des Hydractinies, mais très différent d’aspect parce que la colonie, au lieu de s’étaler en couche horizontale, forme, au contraire, des branches ramifiées portant les diverses sortes d’individus. Les
- 1 Ce nom introduit dans la science par Moscley,l’un des naturalistes du Challenger, signifie littéralement animaux-doigts.
- 2 Annals and magazine of Natural history, novembre 1866.
- Ophiodes sont enveloppés par un mince Polypier corné où les diverses sortes d’individus possèdent des loges de forme différente et très facilement reconnaissables. Les plus grandes ressemblent à des urnes : c’est dans leur intérieur que se développent les individus reproducteurs; les moyennes s’évasent en entonnoir; elles sont habitées par les individus nourriciers ; les plus petites, figurant de petits cornets, appartiennent aux Dactylozoïdes.
- Dans presque toutes les colonies de Polypes du groupe des Plumulaires, on observe à la base des loges occupées par les individus nourriciers, de petites loges, semblables aux loges des dactylo-zoïdes des Ophiodes, et disposées par couples (fig. 2, n° 1). Ce sont cependant des individus d’une structure toute spéciale et des plus significatives qui habitent ces loges. Ils ont été désignés par Busk, qui a le premier attiré sur eux l’attention, sous le nom deNématophores1. Quand on observe pendant quelque temps une colonie bien vivante de Plumu-laires, on ne tarde pas à voir sortir des petites loges en question des masses charnues qui s’allongent en s'amincissant jusqu’à dépasser de beaucoup les Polypes propre ment dits. On ne reconnaît en elles aucune structure : ces masses sont d’abord presque cylindriques ou coniques, mais peu à peu leur surface se hérisse de prolongements irréguliers, de véritables pseudopodes, en tout analogues à ceux desProtozoai
- res. L’être qui habite les petites loges d’une colonie de Plumulaires, n’a rien de l’organisation d’un Polype hydraire. Il est exclusivement formé de protoplasma, ou plutôt de masses protoplasmiques diversement fusionnées entre elles. S’il existait seul, si l’on supprimait par la pensée tous les individus nourriciers et reproducteurs, on ne pourrait manquer de considérer la partie restante de la
- 1 Busk, Hunterian Lecture delivered at the Royal College of Surgeons, London, 1857.
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- colonie comme une colonie de Rhizopodes. Il faudrait placer les Plumulaircs, les Antennulaires, qui ont comme elles des Nématophores et tous les Hydraires voisins à côté des Foraminiferes, et des Radiolaires.
- Eh bien, il est une période de la vie de ces singuliers Polypes, où cette condition est réalisée, où les individus protoplasmiques, les nématophores existent seuls. Quan I la jeune Planule qui provient d’un œuf de Plumulaire se lixe, ce sont les individus protoplasmiques avec leur appareil protecteur qui naissent les premiers1. La Plumulaire est caractérisée dès le début de son développement par ces individus. Or, c’est une loi fondamentale du développement embryogéni-que des êtres — tel que l'interprète la doctrine transformiste — que les métamorphoses é-prouvées par chaque individu, dans le cours de son évolution, ne font que reproduire, en abrégeant leur durée, les diverses formes qu’a traversées dans la suite des temps 1 espèce à laquelle il appartient pour parvenir à sa forme actuelle.
- Les Hydraires auraient-ils donc apparu tout d’abord sous la forme de simples colonies de Rhizopodes qui se seraient graduellement compliquées, comme l’ont fait depuis les colonies d'Hy-draires elles-mêmes ?
- C’est l’opinion d’un homme qui s’est illustré par ses recherches sur ces animaux, le
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- Fig. 2. — No 1. Ànl.iiiiu' r a aui.nnina, montrn: dleus Polypc. cl six Nématophores à divers états de contraction. — Nos 2 à 6 : GRAP-toutes : 2, Graptolites turriculatus, Barrande ; 3, Graptolites priodon, Broun ; 4, Diplograpsus folium, Hisinger; Prionotus geminus, Hisinger; 6, Gladioliles Geinitzianus, Barrande.
- naturaliste Anglais Georges James Allman : c’est aussi l’opinion de l’un des savants qui occupent le rang le plus élevé dans la science européenne, Thomas Huxley.
- Cette hypothèse que suggère l’Embryogénie, semble du reste confirmée par la Paléontologie. Dans les terrains les plus anciens, dans les couches siluriennes, on trouve des fossiles délicats, semblables à des Mousses d’une admirable régularité, dont les folioles seraient remplacés par de petites loges
- 1 Allman. A Monograph of Gymnoblasti or Tubularian Hy-droids. Part II, 1876.
- toujours disposées suivant une loi déterminée : ce sont les Graptolites, dont les formes sont aussi nombreuses qu’élégantes et variées (fig. 2, n° 2). Ils sont généralement constitués par un axe solide sur lequel viennent se placer les loges pressées les unes contre les autres, presque toujours soudées entre elles, et formant tantôt une seule série occupant l’un des côtés de l’axe, tantôt deux séries symétriquement disposées de chaque côté de ce dernier. L’axe peut être absolument rectiligne comme chez les Diplograpsus, ou bifurqué et gracieusement courbé de manière à figurer une accolade, ou enroulé en spirale et peut présenter encore d’autres dispositions fort diverses. Les loges ne sont pas moins variables d’aspect. Quelquefois elles sont en forme de cornet comme celles des nématophores des Plu-molaires, souvent aussi leur ouverture se rétrécit brusquement de manière à devenir à peine visible. On ne peut supposer qu’un organisme comparable à une Hydre ait pu ia-i’mas passer a travers "‘unepareillefilière. Nous lavons vu, au contraire, *fles Rhizopodes habiter ''des loges ou des co-I quilles qui les enveloppent complètement et ne laissent qu'un étroit orifice pour permettre au Protoplasma demi-fluide qui forme le corps de ces animaux de 'se répandre à l'ext-' rieur; on est donc conduit à penser que les êtres qui ont formé les Graptolites étaient de [ nature protoplasmique comme les Rhizopodes
- que nous connaissons et, par conséquent, tout à fait semblables aux nématophores des Plumu-l a ires.
- Les Graptolites étaient des colonies de Nématophores comme les jeunes Plumulaires réduits à leurs Nématophores sont elles-mêmes de véritables Graptolites. Ces rapprochements jettent une vive lumière tout à la fois sur la véritable nature des Graptolites et sur la généalogie des Polypes hydraires. Les Hydraires, comme les Éponges, sont ainsi rattachés aux Rhizopodes; mais pour ces deux groupes la généalogie s’établit d’une
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- LA NATURE.
- façon différente. Les Éponges semblent avoir exigé la formation préalable d’éléments cellulaires de deux sortes : c'est sur les éléments qu’a porté tout d’abord la division du travail ; l'individu spongiaire n’est venu qu’après et ses colonies ne se sont jamais élevées bien haut. Chez les Hydres, l'individu hy-draire s’est formé avant toute spécialisation des éléments qui le constituaient. et dans la suite, les plus essentiels de ces éléments, ceux qui constituent l’exoderme et l’entoderme sont encore demeurés de même nature. Les Hydraires primitifs, les Grapto-lites se sont très vite constitués en colonies et c’est seulement entre les individus de ces colonies complexes qu’a commencé la division du travail.
- Il y a donc eu dès l’origine une différence profonde dans le mécanisme de formation des Éponges et des Hydres. Les uns et les autres dérivent des êtres protoplasmiques et des organismes mono-cellulaires et sont encore trop près de cette origine pour ne pas manifester quelques analogies ; chez les uns et les autres, le progrès organique s’accuse par la production d’une cavité dans laquelle les matières alimentaires sont retenues pour être élaborées; mais là se borne la ressemblance et les parties qui entourent cette cavité, les éléments con-titutifs de ses parois, les individus monocellulaires qui contribuent à former l’individualité nouvelle sont déjà de nature différente. Ce ne sont pas, en un mot, les mêmes Protozoaires qui ont formé les Éponges d’une part, les Hydres de l’autre.
- Aussi le progrès s’arrête-t-il très vite dans le premier de ces groupes, tandis que nous verrons dans la suite, les colonies des Polypes hydraires se transformer en individualités nouvelles, plus complexes et d’une haute importance.
- Edmond PERRIER,
- Professeur administrateur du Muséum d’Histoire naturelle de Paris;
- CHRONIQUE
- Nouvelles expériences de lumière électrique. — La lumière électrique fait chaque jour de nouveaux progrès surtout au point de vue de la division.
- Nous avons assisté le 11 novembre à des expériences faites chez M. Siemens à Paris. Une machine à lumière de 16 bobines, à courants alternatifs alimentait vingt lampes disposées en deux circuits de dix lampes chacun.
- La machine motrice dépensait de 8 à 10 chevaux-vapeur; chaque lampe représentait environ 25 becs Carcel.
- Les régulateurs employés par M. Siemens’ sont basés à la fois sur le principe des dérivations, appliqué pour la première fois par M. Lontin aux régulateurs électriques, et sur l’action différentielle du courant qui traverse à la fois la bobine de dérivation et un électro-aimant à gros fd placé dans le même circuit que l’arc voltaïque. Le mécanisme étant placé entièrement au-dessus des ch rbons, le point lumineux est parfaitement dégagé et la lumière parfaitement fixe.
- Le 15 novembre nous avons vu fonctionner pour la première fois à Paris les bougies Wilde dont nous avons donné
- la description dansle numéro de la Nature du 9août 1879. Une machine de l’Alliance à cinq disques alimentait cinq bougies placées dans le même circuit. Nous enregistrons avec plaisir tous ces progrès qui sont un acheminement vers la solution de la question si difficile de la division de la lumière électrique.
- L’Orang-outang chez lui — M. William T. Hor-naday a récemment publié aux États-Unis une intéressante notice sur l’orang-outang de Bornéo. L'auteur a passé plusieurs mois dans cette île, étudiant particulièrement sa faune simienne. Chaque individu de la race des orangs de Bornéo diffère de ses congénères et possède à lui seul autant de particularités faciales, qu’on peut en découvrir chez les êtres humains appartenant à une race sans mélange telle que celle des Chinois ou des Japonais. Les physionomies des orangs les plus intelligents sont douées d’une grande diversité d’expression et pour quelques-unes la manifestation de passions variées est vraiment remarquable. L’auteur a eu en sa possession quatre jeunes orangs vivants. Trois d’entre eux étaient stupides et insociables ; mais le quatrième était singulièrement intelligent et docile. Le développement de son front et de l’ensemble de son crâne « eût paru tout à fait inquiétant à un ennemi de la théorie de l'évolution ». Ce spécimen était un jeune mâle, âgé de sept ou huit mois, de la taille de vingt-deux pouces et un quart. Il mesurait trente-sept pouces de l’extrémité d’un bras à celle de l’autre et pesait quinze livres et demie. Il manifestait tout autant d’intelligence que le premier enfant venu, âgé de moins de deux ans, et témoignait les mêmes sentiments d’affection, de dégoût, de colère, de crainte, etc. Quand on dépassait les bornes en le tourmentant, il se mettait d’abord à gémir par accès; puis, si l’on continuait à le tracasser, il se jetait à terre, donnant des coups de pied, poussant des cris et se prenant la poitrine comme un enfant. M. Hornaday dit que les orangs mâles aiment à se battre en se servant principalement de leurs énormes canines en guise d’armes offensives. Un des sujets décrits par l’auteur, portail les marques de plus d’un combat acharné. Des morsures avaient enlevé de larges morceaux à ses deux lèvres et ses doigts annulaires avaient été détachés de la même façon. Il avait perdu dans la lutte deux de ses dents. La demeure de l’orang est faite de quantité de grosses tiges feuillues, arrachées et empilées sans ordre à une bifurcation des branches de l’arbre. L’orang choisit d’ordinaire un jeune arbuste pour y construire sa hutte à la cime. Parfois ce logement a bien trois pieds de diamètre ; mais habituellement il n’en a pas plus de deux et il est même tout à fait plat au sommet.
- Constitution des dicranum.— M. Ed. lleckel a fait connaître à l’Académie des sciences un fait de constitution remarquable dans les Dicranum(mousses). Ces organismes composés uniquement comme toutes les mousses, de simples cellules,présentent une manière d’être intermédiaire entre la constitution cellulaire des Sphagnum et celle des Leucobryum. Les premiers ont leurs membranes d’enveloppes perforées largement, les seconds présentent des pertuis non développés donnant accès aux liquides extérieurs dans la cavité cellulaire. Les Dicranum dont b s feuilles sont très épaisses ont les parois de leurs membranes cellulaires pourvues de pertes de substance réduisant les couches de cellulose de 5 à 1 seule. Cette manière d’être qui rappelle en dégradé la constitution cellulaire des Conifères, rattache les Gymnospermes aux Cryptogames par un lien inconnu jusqu’ici. Les fonctions
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- LA NATURE.
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- physiologiques de ces cellules semi-perforées sont faciles à prévoir ; elles permettent plus facilement l’accès de l’eau et des liquides nourriciers de cellule à cellule.
- Un nouveau steamer à grande vitesse. — On construit en ce moment dans les chantiers de la Clyde un steamer gigantesque, le Sahara, dont on attend des résultats merveilleux au point de vue de la vitesse. Il ferait en six jours la traversée de l’Europe aux Etats-Unis. Plus grand que Y Arizona et YOrient, ce nouveau paquebot ne jaugera pas moins de 7500 tonneaux avec une machine de 10 000 chevaux effectifs. On voit par ces chiffres qu’aucun steamer à flot sur l’Océan ne pourra rivaliser avec le Sahara. Il aura cinq ponts, dont un spécialement consacré à la promenade, et pourra contenir 450 passagers de première classe et 600 d’entre-pont. L’équipage comprendra 200 hommes. La coque et les machines, construites d’après les derniers perfectionnements scientifi-fiques, seront en acier.
- Hydrographie de la mer du Japon. — Le journal russe, la Voix, annonce le prochain départ d’une expédition scientifique, sous la direction du lieutenant Onatsévitch, pour faire des études hydrographiques dans la mer du Japon et dans la mer d'Okkotsk. L’un des adjoints de M. Onatsévicht, l’enseigne Heller, est déjà parti pour Vladivostok, à bord du croiseur Asie, emportant avec lui les instruments nombreux dont le département hydrographique a muni l’expédition. Le garde-marine, Lanevsky Volk, et quatre autres officiers de marine partiront, avec M. Onatsévicht, par voie de Sibérie. Le but de cette expédition est de combler les lacunes des travaux de MM. Babkine, Bolchew, Staritsky, Yélaguine et autres. Elle aura à explorer, particulièrement au point de vue hydrographique, les embouchures des rivières qui se jettent dans la mer du Japon depuis la frontière sud de la Russie jusqu'au golfe de Castries. Elle fera des travaux géodésiques dans la partie sud-ouest du golfe Pierre-le-Grand et à l’embouchure de l’Amour. Enfin, elle étudiera les courants des eaux et les parties est et sud de l’ile de Sakhaline, du district de Lapérouse, etc
- Eclairage électrique des chutes du Niagara.
- — L’illumination des chutes du Niagara au moyen de la lumière électrique ne cesse d’attirer sur la rive américaine une foule considérable de visiteurs. Les fantastiques exhibitions de couleurs obtenues par celte lumière, dit un journal de Buffalo, surpassent les teintes les plus riches que le peintre puisse jeter sur sa palette. De la terrasse du Prospect Park, par une nuit sombre, les chutes apparaissent sous les rayons d’une lumière électrique rouge, comme une immense et rapide avalanche de lave pourpre qu’un tour de main de l’homme qui manœuvre le verre tournant placé devant le foyer, change subitement en un scintillement de vif-argent; et quand des couleurs alternantes sont mises devant la flamme éblouissante, on croirait voir un gigantesque arc-en-ciel mouvant. L’écume de l’abîme se transforme en nuages dans lesquels les rayons du feu électrique produisent un effet magique qui rappelle la phosphorescence de l’Océan avant une tempête de nuit.
- Chasse à l’électricité. — On vient d'inaugurer, près de Marseille, une nouvelle application de l’électricité. C’est l’emploi de la bobine Rhumkorff pour la chasse. Au lieu d’enduire de glu l’arbre sur lequel les oiseaux voyageurs (étourneaux, etc.) viennent se percher, on l’entoure de fil de cuivre. Un oiseau, servant à attirer ses compères, est attaché au haut d’un mât, près de l’arbre préparé. Lorsque les malheureux voyageurs sont réunis en assez
- grand nombre sur le perchoir traîtreux, le chasseur qui les guette fait un mouvement avec son commutateur. Aussitôt les pauvres oiseaux tombent foudroyés, sans qu’un seul ait pu s’échapper, si l’appareil est assez puissant. L’effet est beaucoup plus sûr qu’avec un coup de fusil à plomb. On sait que les oiseaux sont très sensibles au fluide électrique, car bien souvent on en ramasse le long des lignes télégraphiques sur lesquelles ils avaient été imprudemment se percher. La nouvelle application de la bobine Rhumkorff n'est donc que la généralisation d’un accident produit par le hasard.
- l a peste bovine en Autriche. — Nous parlions précédemment de l’épidémie de peste bovine qui a éclaté dans la Pologne russe et dis précautions prises en Allemagne pour s’en préserver. On annonce que l’Autriche a laissé pénétrer la maladie sur son territoire, et qu’ac-tuellement sur ses frontières de l’est, un grand nombre d’animaux sont atteints, 25 localités sont infectées. Le gouvernement autrichien a pris les mesures de rigueur usitées en pareil cas, et qui consistaient dans l’abattage immédiat de tous les animaux malades et l’isolement de ceux qui ont été en contact avec les premiers. S’il y avait le moindre danger pour le bétail de France, immédiatement l’importation du bétail venant de l’Autriche serait interdite sur nos frontières.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 17 novembre 1879. — Présidence de M. DAUBRÉE.
- Accident de mines. — Des ouvriers qui travaillaient dans un puits de la mine de houille, de Rosebel (Gard) entendirent une explosion semblable à celle que produit un coup de grisou, mais plus brève; quelques instants après une nouvelle explosion eut lieu et cette fois trois ouvriers furent tués et leurs corps projetés avec force contre les parois de la galerie ; aucune flamme ne s’était produite ; des cartouches entassées dans un coin n’avaient pas sauté, les ouvriers tués ne présentaient aucune trace de brûlure. De plus le grisou était inconnu dans la mine, à ce point que l’on ne se servait pas de la lampe de sûreté. Quelle était donc la cause d’un si terrible accident ?
- A côté de la mine de houille se trouve une mine de pyrite et ces deux mines sont supportées par une couche de calcaire; la mine de pyrite produit par oxydation une grande quantité d’acide sulfurique qui, s’infiltrant dan. la couche calcaire, en dégage une quantité énorme d’acide carbonique ; les cavités de charbon s’emplissent de ce gaz qui s’accumule et s’y comprime au point de produire des explosions comme celle qui eut de si terribles conséquences.
- Après l’accident les galeries étaient envahies par une quantité d’acide carbonique que l’on [eut évaluer à 4596 mètres cubes et la houille menue qui avait été projetée en tous sens continuait à en dégager. La communication est de M. Delesse.
- Le spectre solaire, — Il y a quelques mois, M. Cornu avait insisté devant l’Académie sur ce fait que l’atmosphère absorbe en grande quantité les rayons ultra-violets; pour pouvoir étudier ces radiations, ce qui paraît le plus simple, c’est de faire des observations à des altitudes un peu élevées. M. Cornu a constaté que pour éviter cette absorption considérable, il faudrait s’élever à des hauteurs qu’il nous est encore impossible d’atteindre : ainsi en s’élevant de 868 mètres on ne gagne qu’une unité de longueur d’onde; au Riffelbergoù 29 clichés du spectre so-
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- LA NATURE.
- laire ont été tirés, on est arrivé à une longueur d'onde 295 limite de 7 000000 de millimètre; au Righi, notablement
- plus bas, ta limnite était 1000000"
- Les tremblements de terre. — En examinant les sta-tistiques des tremblements de terre, M. Delaunay a reconnu une coïncidence entre les époques de leurs mani-festations et celles de la situation des planètes Jupiter et Saturne; sans faire entrer aucune théorie dans ces considérations, l’auteur constate que l'intensité des mouvements du sol passe par un maximum lorsque ces deux planètes sont à 265 degrés ou 155 degrés de longitude.
- Le Phylloxéra. — Il avait été annoncé dans la dernière séance que des œufs d’hiver du phylloxéra avaient été trouvés sur le sol. M. Balbiani, qui avait préconisé un traitement reposant sur la destruction des œufs d’hiver attachés au cep, fait remarquer que les insectes déposent tou
- jours une partie de leurs œufs sur un lieu d’élection et qu’une autre partie se trouve égarée et dans des circonstances défavorables à l’éclosion; ce fait coïncide avec l’observation de M. Boileau qui avait reconnu que les œufs de phylloxéra déposés sur le sol et qu’il avait recueillis, n’étaient pas viables.
- Chlorophylle cristallisée. — Pour extraire la chlorophylle cristallisée comme l’obtient M. Gauthier, on traite les feuilles par l’alcool ; on obtient ainsi la chlorophylle, de la matière grasse, des résines; ce mélange filtre sur un certain charbon animal lui abandonne sa chlorophylle. La chlorophylle ainsi séparée des substances qui l’accompagnent toujours, cristallise dans le système rhomboïdal oblique ; ses propriétés se rapprochent de celles de la matière colorante de la bile et non de celles de la matière colorante du sang : le fer est un principe constituant de celle dernière et non de la chlorophylle.
- STANISLAS Meunier.
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- 32 +At7. fare. TorS. * "* w*
- Fig. L.-—Ancien ivoire sculpté, représentant la première ascension de Charles et Robert dans un ballon à gaz, au Jardin des Tuile-lies, le 1" décembre 1783 (grandeur d’exécution).
- Fig. .. Midailloa Louis XV;, en cristal de roche taillé, représentant un ballon dans le ciel. Au-dessous, chaton de bague avec cornaline gravée (grandeur d’exécution).
- CURIOSITÉS AÉROSTATIQUES
- Nous avons déjà dit que le nombre des objets d art de toute nature qui ont été faits sous Louis XVI, au moment de l’apparition des aérostats, est vraiment incalculable. On a décrit ici même les assiettes à ballon1 qui ont précédé les faïences dites patriotiques, on a parlé d’une pendule en forme de ballon 2. Voici quelques nouveaux objets dont la description intéressera les amis de la navigation aérienne et les amateurs de curiosités. La ligure 1 représente un objet en ivoire sculpté d’une grande finesse, figurant le ballon à gaz hydrogène dans lequel Charles et Robert ont accompli leur mémorable ascension du 1er décembre 1785. La figure 2 représente les deux faces d’un médaillon très remarquable formé de
- 1 Voy. n° 158 du 10 juin 1876, p. 24.
- a Voy, no 287 du 50 novembre 1878, p. 417.
- deux lamelles de cristal de roche, sur lesquelles l’artiste a gravé deux paysages différents, avec un ballon dans le ciel. Un verre bleu interposé entre les deux lames de cristal de roche donne au bijou un très joli aspect et fait ressortir la délicatesse de la gravure. Au-dessous est figuré l’aspect exacte d’une bague de la même époque : c’est une cornaline où est gravé en entaille un petit aérostat que l’on reconnaît encore pour être celui de Charles et Robert. De 1783 à 1785, on a confectionné avec une véritable profusion des éventails, des bonbonnières et bien d'autres objets représentant les ballons de l'époque. Nous pourrons en donner l’aspect, si le sujet paraît offrir quelque intérêt et si nos lecteurs le trouvent digne d’arrêter leur attention.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16 826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9 à Paris.
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- N’ 539. — 29 NOVEMBRE 18 7 9.
- LA NATURE.
- QUELQUES OBSERVATIONS
- SLR L’ETHNOGRAPHIE DE JAVA
- A PROPOS DE L'EXPOSITION NATIONALE HOLLANDAISE A ARNIIEN.
- L'exposition nationale hollandaise d'Arnhem qui a pris lin récemment ne valait par elle-même ni plus ni moins que la plupart des expositions organisées dans des conditions analogues. Les locaux livrés aux neuf cents exposants accourus de tous les points du royaume sur le Jans Binnen Singel
- étaient vastes et bien aménagés. Une galerie de machines, imitée sur une petite échelle de celle du Champ de Mars, montrait en mouvement un assez grand nombre d’appareils. Les groupes se suivaient dans un ordre méthodique, offrant de ci de là quelques produits plus ou moins remarquables, fort semblables d’a lleurs à ceux qui avaient valu son succès à la section des Pays-Bas de l’Exposition universelle de 1879.
- L’intérêt de la « Nationale Tentoonstelling » n’était point là. Le public passait assez indifférent devant toutes ces choses qu’il peut voir chaque jour, moins bien choisies sans doute, mais beau-
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- L’orchestre javanais de l’empereur de Solo, à l’Exposition d’Arnhem.— (D’après un croquis de M. E. T. Hamy.)
- coup plus variées dans les rues des grandes villes I néerlandaises. Il s’arrêtait un instant devant les tapis de Deventer, saluait la résurrection de la vieille céramique de Delft, donnait un coup d’œil rapide aux vitrines artistiques de Delaunoy, etc., puis s’engageait bien vite dans les annexes du Parc des Arts.
- C’est de ce côté qu’étaient exposés les produits des colonies hollandaises, installés dans le premier étage du bâtiment Musis sacrum. C’est aux abords de cet édifice que les musiciens javanais ont donné, pendant une partie de l’été, les curieux concerts autour desquels se massaient la plupart des visiteurs de l’exposition.
- Les lecteurs de la Nature n’ont certainement pas oublié la gigantesque pyramide élevée l’année
- 7e année. — 2esemestre.
- dernière dans l’angle S. O. du palais du Champ de Mars à la gloire et à la prospérité des Indes nérlan-daises. On y voyait accumulé tout ce que la nature et l’homme produisent de plus intéressant dans ces îles fortunées qui sont pour la Hollande la source de tant de richesses. Ce groupe pittoresque et instructif était en somme un des mieux réussis de notre Exposition.
- A Arnhem, ce n’est plus le monde officiel des colonies qui est intervenu comme à Paris, ce sont des associations privées, des particuliers même, qui ont représenté lès Indes, avec moins d’ampleur sans doute, mais d’une manière encore assez complète. La Société pour le développement des colonies qui a fondé à Haarlem, il y a quelques années, 1 Exposition coloniale, s’était chargée de grouper
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- LA NATURE.
- les produits naturels et les spécimens d’industrie: V Association des missionnaires nérlandais, qui possède à Rotterdam un intéressant musée ethnogra-phique, en avait distrait au profit de la Tentoons-telling les pièces les plus caractéristiques. La Société deBilliton représentait spécialement l’ilede ce nom. Le baron Sloet van de Beele, ancien gouver-neur des Indes, qui réside à Arnhem, avait exposé un choix fort remarquable d’objets d’art d’origine javanaise; vingt autres collectionneurs avaient apporté leurs meilleurs spécimens, et de tout cet ensemble s’était formé un fort joli musée de l’Archipel indien qui jouait un rôle fort important dans l’Exposition arnhemoise.
- L’orchestre ou gamalan de l’empereur de Solo était le complément intéressant de cette exposition. Installés dans une large case faite de nattes et de bambous et ouverte sur deux de ses faces, les quatorze artistes que Sa Majesté a bien voulu distraire pour quelques mois de son entourage musical1, exécutaient chaque jour des morceaux plus ou moins compliqués, accompagnés le plus souvent d’une mélodie bizarre que chantait en dansant lentement une célèbre bayadère venue tout exprès de Java.
- Deux heures sonnent. Le chef d’orchestre fait un signe imperceptible, et les musiciens accroupis sur trois rangs commencent leur travail. L’air est doux et mélancolique; un petit violon fait léchant qu’accompagnent de leurs variations les autres instruments. Ce violon en forme de cœur, porté sur un long pivot, et garni de deux cordes seulement, se joue verticalement avec un petit archet courbe. C’est le rebab.
- A droite et à gauche du rebab, véritable centre de l’orchestre, sont disposées des caisses rectangulaires de diverses grandeurs sur lesquelles s’alignent des touches de bois sonore ou de métal; ce sont les gambang kayou et gangsa. Des bambous de diamètre régulièrement croissant, placés verticalement comme de courts tuyaux d’orgue, forment au-dessous des touches autant de caisses d’harmonie.
- Plus loin sont les bonang, suite de petits vases de cuivre de différentes tailles, rangés à plat sur une double ligne dans un châssis en bois; deux tambours, longs et étroits, tendus de la même manière que les nôtres, et que l’on joue horizontalement couchés comme nos grosses caisses ; derrière enfin, suspendus dans des cadres, quatre doubles gongs.
- Les joueurs de gambangs tapotent avec vivacité les claviers de leurs petits maillets en répétant indéfiniment deux tierces entrecroisées. Le tambour bat des doigts une mesure pressée, le bonang fait retentir ses notes argentines et de temps à autre les
- 1 Le grand orchestre de Sa Majesté, le plus célèbre de toute la Malaisie, ne compte guère moins de 50 exécutants. M. Char-nay, qui l'a récemment entendu, nous dit qu’il n’a pas fallu moins de trois générations pour en faire ce qu’il est devenu aujourd'hui.
- paresseux timbaliers frappent nonchalamment l’un des gongs dont ils ont la charge.
- Cependant le chef d’orchestre, un métis hollandais-malais, vêtu à l’européenne, regarde impassible, derrière ses lunettes cerclées d’or, travailler ses administrés. Il tire sa montre, une belle montre d’argent dont il paraît tout fier, et quand le temps voulu est expiré, par un nouveau signal tout aussi imperceptible que le premier, il met fin aux lamentations du rebab et aux agitations de ses accompagnateurs.
- Quelques instants se passent, et un second morceau, tout semblable, nous paraît-il, à celui que nous venons d’entendre commence comme l’autre a fini. Cette fois seulement le chant et la danse accompagnent la musique. Une femme, demeurée jusqu’alors à peu près inaperçue au milieu des exécutants, s’est levée avec lenteur, et vient de se dresser devant le premier rang des joueurs de gam-bangs. Elle est jeune, petite, assez bien faite, d’un ton canelle clair, et vêtue du costume bien connu des bedoios ou danseuses officielles des seigneurs javanais. Les cheveux noirs et lisses sont tordus en un chignon épais orné de quelques fleurs et de nombreuses épingles. Un corselet noir bordé d’un large galon d’or lui serre la poitrine de la taille aux aisselles. Les épaules et les bras sont nus, les poignets et les doigts chargés de bracelets et de bagues. Le sarong fixé par une riche ceinture la couvre jusqu’au bas des jambes, enfin une écharpe lui entoure la taille et pend négligemment sur les hanches. Les pieds, très grands à proportion et surtout très plats, sont complètement nus.
- La bedoio entonne tout à coup d’une voix aiguë et nasillarde la première strophe de son poème. C’est sans doute quelque complainte analogue à celles qu’ont jadis publiées Railles et Crotch. Un balancement lent et rythmé accompagne le récitatif ; c’est d’abord toute la danse. Mais bientôt aux ondulations du corps viennent se joindre des contractions des membres supérieurs qui partent des épaules et se propagent tout doucement, en manière de crampes jusqu’aux extrémités des doigts. La bedoio se met en marche à pas lents et cadencés, les bouts des pieds en dedans, s’appuyant tantôt sur la pointe et tantôt sur le talon, tantôt aussi faisant assez rapidement succéder l’une de ces allures à l’autre.
- De temps en temps un petit coup sec vient brusquement relever les deux extrémités de l’écharpe tenues entre ses mains. D’autres fois elle soulève en avant à quelques centimètres du sol (voyez la figure) un de ses pieds en tendant fortement de la main opposée son sarong sur ses genoux. Tout cela se fait lentement, mécaniquement, sans aucune espèce d’entrain, et la fatigue remplace bien vite chez le spectateur l’intérêt que cette danse étrange et nouvelle lui avait d’abord inspiré.
- Aussi bien que la danseuse, les musiciens du gamalan offrent un type extrêmement accentué.
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- Leur taille assez réduite ne doit guère dépasser 1 "',60, chiffre qui représente la moyenne des observations de Wilkes, Junghuhn et Raffles. Leurs proportions sont courtes et ramassées telles que » M. Charnay nous les montre dans les tableaux anthropométriques qu’il nous a envoyés de Java. La peau d’un brun rouillé s’éclaircit aux parties saillantes. La tête, couverte de cheveux noirs et luisants, est globuleuse, comme taillée à pic en arrière; la face est large et plate, le nez est court et dilaté. Les yeux horizontaux sont petits et un peu bridés. Les pommettes dessinent sous la peau des saillies anguleuses. La bouche, large et grimaçante, laisse voir, quand elle s’entr’ouvre, des gencives d’un rouge vif et des dents parfois blanches, mais le plus souvent noircies par l’abus du bétel.
- Ils sont vêtus, comme presque tous les fonctionnaires des sultans tributaires de Java, Madoura, etc., du sikapan, sorte de jaquette en drap bleu foncé, ornée de boutons dorés au-dessous de laquelle ils portent un gilet blanc boutonné jusqu’au, col. Un sarong plus ou moins riche enveloppe les jambes ; sur leur tête est le mouchoir plié que surmonte, dans la grande tenue, une sorte de chapeau sans bords de forme légèrement conique. Un grand cris ou poignard, planté droit dans la ceinture au beau milieu du dos, complète la toilette.
- .... Entendre de tels artistes, voir une bedoio exécuter sa danse, constituait jadis un véritable privilège Quelques sultans du centre de Java, quelques hauts fonctionnaires du gouvernement hollandais pouvaient seuls posséder un gamalan. Pas un d’eux n’a jamais eu d’ailleurs cinquante et quelques exécutants et sept à huit chanteurs de mérite comme le sultan de Solo, qui a bien voulu pour quelques mois prêter au roi, son suzerain, les quatorze gagistes dont je viens de décrire de mon mieux la singulière musique.
- Grâce à cette déférence du sultan, la Hollande tout entière a pu entendre un gamalda célèbre et contempler à son aise une vraie bedoio. Ce double plaisir, envié jadis des Javanais, n’a point été apprécié de leurs maîtres. Peu de gens en effet pouvaient y voir autre chose que des contorsions pénibles ou démêler au milieu des impressions désagréables que procure aux Européens une pareille musique, les dissonances spéciales, les accords particuliers, enfin les éléments d’une gamme, bien différente de la nôtre. L’ethnographe qui cherche le côté scientifique d’une telle exhibition, trouve en outre à une grande partie des instruments qu’il lui est donné d’étudier, des affinités exotiques, qui manifestent avec une netteté toute particulière l’origine asiatique des Javanais. L’Inde, la Chine et l’Arabie se sont cotisées, en quelque sorte, pour composer le gamalan, comme elles ont contribué à former les populations mixtes qui savent en goûter les accords.
- E. T. Hamy.
- —
- INDICATEUR DE PRESSION
- DE MARCEL DEPREZ
- SUR LE WAGON D’EXPÉRIENCES DU CHEMIN DE FER DE L’EST.
- Nos lecteurs auront sans doute remarqué avec un vif intérêt le wagon d’expériences de la Compagnie des chemins de fer de l’Est qui figurait à l’Exposition universelle de 1878. Ce véhicule dont l’installation présente un intérêt tout particulier, permettra de faire un grand nombre d’expériences et de résoudre une foule de questions restées obscures jusqu’à présent dans la théorie des locomotives.
- Ce wagon a pour but de relever simultanément et à distance les phénomènes intéiessant la distribution de la vapeur dans les cylindres de la locomotive, ainsique les efforts de traction variables qu’elle développe à chaque instant. On pourra étudier ainsi d’une manière intime, les relations nécessaires de ces deux ordres de faits dont la connaissance est indispensable pour édifier une théorie complète, et sur lesquelles on n’avait guère encore de renseignements. Ces lacunes provenaient, comme le dit justement l’Exposé de la Compagnie de l’Est, de la difficulté de procéder à des recherches expérimentales sur les machines en marche. D’une part, le vent et les mouvements brusques de la machine gênaient considérablement l’opérateur; d’autre part, aux grandes vitesses, les courbes fournies par l’indicateur de Watt sont altérées par l’inertie des pièces en mouvement. En outre, le découvrement et la fermeture des lumières s’opèrent alors dans un espace de temps excessivement court, et il importe que la vitesse d’enregistrement suive parallèlement celle des phénomènes eux-mêmes, et que l’inertie des organes explorateurs ne viennent pas créer des retards capables d’altérer les indications graphiques.
- Nous ne pouvons malheureusement pas décrire ici tous les appareils si élégants et délicats au moyen desquels les ingénieurs distingués de la Compagnie de l’Est sont arrivés à écarter toutes ces difficultés, en partant des solutions théoriques fournies par le génie inventif de M. Marcel Deprez, l’auteur de tant de recherches et de découvertes qui ont rendu son nom si justement célèbre. Nous nous contenterons de donner dans cet article, d’après la notice de la Compagnie de l’Est reproduite dans la Revue des chemins de fer, la description de l’indicateur de pression de M. Marcel Deprez, muni du régulateur dépréssion dcM. Napoli.
- On sait que l’indicateur de pression a pour but d’établir un diagramme représentant le travail de la vapeur en donnant la valeur de la pression dans le cylindre pour chaque position du piston.
- Dans l’indicateur que Watt avait construit à cet effet, il s’était borné à placer sur un tuyau vertical formant un petit cylindre mis en communication avec le cylindre de la machine à vapeur un piston retenu par un ressort à boudin, s’élevant ou s’abaissant suivant la pression de la vapeur, et dont les dé-
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- LA NATURE.
- placements étaient enregistrés à chaque instant sur un tableau mobile entraîné lui-même par les mouvements d’oscillation du piston moteur dans le cylindre
- Cet appareil fort simple ne fournissait guère que des courbes approximatives, car l’inertie des pièces, et en particulier le lancé du ressort antagoniste défigurait le tracé en l’altérant par des sinuosités que M. Marcel Deprez réussit à éviter dans l’indicateur installé sur le wagon de l’Est. En outre, son appareil permet à l’observateur de relever les courbes à distance sans être placé sur la machine, comme il est nécessaire avec l'indicateur de Watt afin d’éviter toute chute de pression.
- Les pistons de l’indicateur de Watt sont remplacés dans l’appareil de M. Deprez par une membrane métallique excessivement mince, sollicitée d’un côté par une pression déterminée s’exerçant sur une de ses faces, et de l’autre par la pression de la vapeur du cylindre amenée au contact de l’autre face. Cette pression variable avec la position du piston va en décroissant peu à peu, en passant successivement par toutes les valeurs ; elle reste un instant seulement égale à la pression antagoniste pour lui devenir ensuite inférieure ; à ce moment la membrane se déplace légèrement obéissant à l’impulsion de l’effort moteur qui chan
- Fig. 1. — Indicateur de
- ge de sens, et cette rupture d’équilibre est enregistrée automatiquement par l’intermédiaire d’un courant électrique sur un tableau installé à cet effet dans le wagon d’expériences. L’indication qui en résulte donne immédiatement la valeur de la pression de la vapeur qui est égale à ce moment à celle de la pression connue, et comme le tableau est animé d’autre part d’un mouvement rigoureusement identique à celui du piston, on voit qu’on obtient à la fois la valeur de la pression et la position correspondante du piston. On répète ensuite l’expérience en donnant à la pression connue représentant le travail de la vapeur différentes valeurs aussi rapprochées que possible et l’ensemble des résultats obtenus sert à constituer le diagramme.
- Nous ne pouvons donner ici la description des appareils qui sont des merveilles d’invention et de
- relever la pression, l’autre
- o
- pression de M. Marcel Deprez.
- construction au moyen desquels on est arrivé à bien assurer le synchronisme des mouvements du tableau et du piston, nous avons représenté seulement dans les deux figures ci-contre la membrane métallique et le régulateur de pression.
- La membrane dite exploratrice m (fig. 1), est en acier, elle a 1/20 de millimètre d’épaisseur et 50 millimètres de diamètre. Elle est pincée entre deux coquilles de bronze entre lesquelles sa course est limitée à 1/4 de millimètre de part et d’autre de sa position d'équilibre. La membrane sépare donc l’espace vide des deux coquilles en deux chambres distinctes A et V, l’une desquelles V communique par un tuyau avec le cylindre dans lequel on veut A avec une chambre manométrique remplie d’air comprimée, destinée à fournir à chaque instant une pression déterminée. Au centre de la membrane est fixée une petite lige dont l'ex-l rémité, hors de la boîte, se termine par une pince d’argent c. Cette pince frotte contre une pièce f formée de rondelles de verre et d’argent rodées ensemble et soigneusement isolées de l ’enveloppe, de la membrane.
- Lorsque celle-ci est en équilibre par égalité de pression sur ses deux faces, la pince est en contact avec la rondelle d’argent , et le courant passe ; mais aussitôt que l’équilibre est
- .Verre
- rompu d'un côté ou de l’autre, il y a interruption du courant et cette rupture détermine immédiatement la production d un signal sur le tableau indicateur, comme il a été dit plus haut; il suffit donc de connaître alors exactement la pression exercée sur l’autre face de la membrane par l’air comprimé venant de la chambre manométrique pour avoir de même celle de la vapeur au moment de la production du signal.
- En outre, en faisant varier les pressions d’air de 0 à 10 atmosphères, par exemple, on obtiendra la succession des pressions de la vapeur qui sont toutes comprises dans ces limites.
- La figure 2 donne la coupe du régulateur de pression dû à M. Napoli, apppareil qui permet de mesurer la pression auxiliaire, fournie par l’air comprimé et delà maintenir constante et bien définie aussi longtemps qu'il est nécessaire.
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- 3
- Dans ce dispositif, une pompe à air mue par un excentrique calé sur un des essieux du wagon envoie de l’air comprimé dans un réservoir amarré sous le plancher du wagon, et le tuyau qui s’y trouve adapté voir amène de l’air dans le socle a du régulateur de pression.
- Cetappareilcom-prend un petit cylindre vertical b de 20 millimètres de diamètre intérieur parfaitement alésé dans lequel se meut d’une très faible course un piston plein relié par sa tige centrale à une soupape de 2 millimètres de diamètre c qui s’ouvre dans le socle a. L’autre extrémité de la tige du piston est solidaire d'un ressort à boudin e que l’on peut bander au moyen d’une vis f, dont l’écrou g est mobile à la main. L’intervalle compris entre le piston et la soupape forme la chambre manomé-trique dont nous parlions plus haut.
- L’air contenu en a s’échappe au -dessus de la soupape c, arrive en b pour être conduit ensuite sur la face supérieure de la membrane exploratrice , et il possède, comme on va le voir, une pression variable avec les différentes tensions du res-
- I
- Fig. 2. — Régulateur de pression de M. Napoli.
- sort, et constante en même temps pour une position donnée de celui-ci.
- Supposons le ressort bandé d’une quantité déterminée, il détache par l’effet de sa pression la petite soupape de son siège, l’air comprimé pénètre dans la chambre b jus-qu’à ce qu’il fasse équilibre au ressort, et presse la face interne du piston en fermant la soupape. S’il n’y a pas de fuite, la pression reste constante en b, et la tension du ressort en mesure l’intensité ; s’il y a une fuite, au contraire, la pression d’air s’abaisse, et l’action du ressort ouvre la soupape, l'air comprimé rentre en quantité suf-lisante pour relever la pression et la maintenir à sa valeur antérieure. Cette action est continuelle et tellement rapide qu’un manomètre sensible en communication avec l’appareil n’accuse aucune va riation de pression sensible à l’œil.
- — La vis f est so-— lidaire d’une tige qui porte l’enregistreur chargé d’inscrire sur le tableau les signaux provoqués par une rupture d’équilibre de la membrane ni ainsi qu’il a été expliqué plus haut. Cette tige descend verticale-
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- LA NATURE.
- ment devant le tableau qui se ment horizontalement en reproduisant synchroniquement les déplacements du piston de la machine. La succession des points obtenus au moyen de ces signaux en faisant varier la pression de l’air comprimé, constitue le diagramme représentant le travail de la vapeur dans le cylindre, et on comprend immédiatement qu’il faut pour obtenir un diagramme autant de coups de piston qu’on a pris de valeurs différentes de la tension de l'air comprimé.
- Il faut avoir soin d’ailleurs de ne pas faire varier celte tension trop brusquement, car il est indispensable d’avoir sur le tableau des points assez rapprochés qui permettent de tracer sans erreur la courbe continue du diagramme.
- ——
- TRAVAIL MAXIMUM DISPONIBLE
- DANS LES PILES
- Depuis trente années, plusieurs millions ont été engloutis sans résultats dans la recherche d’un moteur électrique puissant, et l’insuccès des nombreux travaux faits dans cette voie s’explique aisément.
- Nous pouvons de tous points comparer l'ensemble d’un moteur électrique avec sa pile à une machine à vapeur avec sa chaudière.
- La solution du problème se compose donc en réalité de deux parties parfaitement distinctes :
- 1° Trouver un moteur utilisan’ bien l’électricité fournie par une source électrique donnée;
- 2° Trouver une source électrique qui fournisse économiquement la somme d’électricité que demande ce moteurs d’une puissance donnée.
- Tous les inventeurs, ou presque tous, se sont acharnés dans la solution de la première partie de la question, bien qu’en réalité, ce soit la seconde, et la seconde seule, qui présente un véritable intérêt économique et industriel.
- Certains moteurs électriques, tels que les machines Gramme, Siemens, Lontin, le moteur Marcel Deprez, etc., utilisent jusqu’à quatre-vingts pour cent du travail théorique, en tenant compte de la somme d’électricité fournie par la source électrique, il y a donc peu de progrès à réaliser de ce côté. C’est donc la pile, la chaudière électrique, si on peut s’exprimer ainsi, qui réclame notre attention, et nous nous proposons de montrer rapidement, dans cet art.cle, quel faible travail disponible représentent les meilleures piles en usage jusqu’à ce jour.
- Reprenons notre comparaison entre une pile chaudière d’électricité et une chaudière à vapeur; el'e aura Favantage de mieux faire saisir, par ana-sogie, certains termes encore trop peu connus et souvent mal interprétés.
- Pour nous, une pile est donc un générateur d‘é-lectricité comme une chaudière est un générateur
- de vapeur. Pour produire de la vapeur, nous brûlons du charbon à trois centimes environ le kilogramme ; pour produire de l’électricité, nous consommons du zinc qui en coûte soixante-quinze, soit environ vingt-cinq fois plus à poids égal, différence importante.
- En brûlant du charbon nous dégageons un certain volume de vapeur à une certaine pression ; en consommant du zinc nous produisons une certaine quantité de courant (ce qu’on nomme souvent intensité en France, bien que le mot quantité ait, prévalu en Angleterre) , ce courant électrique ayant une certaine pression, une certaine tension nommée aussi quelquefois force électro-motrice.
- Prenons, par exemple, une pile composée de cent éléments Bunsen, nous pouvons établir avec ces cent éléments plusieurs dispositions, plusieurs montages, qui donneront au courant électrique soit de la tension, soit de la quantité.
- En disposant les cent éléments les uns à la suite des autres, de sorte que le zinc du premier élé ment se rattache au charbon du second, que le zinc du second se rattache au charbon du troisième et ainsi de suite, jusqu’au centième, nous aurons monté notre pile en tension présentant une grande force é‘ ectro-motriceet une faible quantité de courant. Elle sera analogue à une chaudière fournissant un faible volume de vapeur à une très haute pression.
- Si, au contraire, nous disposons nos cent éléments en attachant les cent charbons ensemble pour former le pôle positif et les cent zincs ensemble pour constituer le pôle négatif, nous montons notre pile en quantité, elle fournira un courant ayant beaucoup d'intensité mais une faible force électro-motrice. On pourra la comparer à une chaudière fournissant un grand volume de vapeur à basse pression 1.
- 1° La formule de Joule qui exprime le travail fourni par un courant électrique est
- W est le travail exprimé en kilogrammètres.
- R la résistance du circuit électrique en ohms.
- Q l’intensité du courant en webers.
- Dans le cas où nous nous plaçons, une batterie de force électro-motrice E (en volts) agissant sur un circuit extérieur de résistance R (ohms) ayant une résistance intérieure r (ohms) fournit un courant dont l’intensité Q est exprimée par la formule de Ohm.
- (b) U = E.
- En élevant au carré et en substituant dans l’équation (a), on a une expression de travail en fonction de la résistance extérieure du circuit R et des constantes de la pile qui sont la force électro-motrice et la résistance intérieure. Cette valeur du travail Wa un maximum pour r = R; elle devient alors
- E2
- (c) W = -o,, kilogrammètres.
- 09,24 K
- Le tableau que nous donnons ci-contre a été calculé par les deux formules b et c; nous avons supposé chaque fois les 100
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- LA NATURE
- pamm
- Quel que soit le montage employé, tension ou quantité, la théorie établit, d'accord avec l’expérience, que le travail maximum qu'on peut utiliser dans le circuit extérieur a lieu lorsque la résistance extérieure du circuit est égale à la résistance intérieure de la pile, et ce travail est indépendant du montage de la pile, si la condition que nous venons d’exprimer est réalisée. Nous donnons en note la formule de Joule qui permet de calculer ce travail disponible; les chiffres du tableau ci-dessous se rapportent aux piles le plus ordinairement employées.
- Les chiffres de la colonne 5 représentent le travail disponible dans une pile formée de cent éléments désignés colonne 1. Les chiffres de la colonne 4 se rapportent à l’intensité du courant, en supposant les 100 éléments groupés en tension.
- NOMS des ÉLÉMENTS. 1 o _ 9 ? O © E — o E -9 © "E[58 Sc• osO • s s ‘2 e e n © g I = = R.258 tn E -0 e e H E-=.= « 3 10.10 0.00 1.13 0.41 0.22 0.12 g. E - o E BE9 =5 § * _4 0.0555 0.89 0.00 2.44 4.75 8.53 © _| s 53 © Sc Q- © -0 • 1 .2 > E. P- 103 — E --.À0 9 - S — 5
- Daniell à grande résistance. Daniell à faible résistance. . Leclanché nouveau modèle. Bunsen moyen modèle . . . Bichormate modèle Gloris Baudet . . . Bunsen modèle Ruhmkorff. . 1.07 1.07 1.50 2.00 2.09 2.00 0.292 4.84 5.02 24.88 50.0 84.83
- Les chiffres du tableau ci-dessus sont des maxi-ma qui ne seront jamais atteints car ils supposent :
- 1° Que la force électro-motrice des éléments reste constante, ce qui n’arrive jamais à cause de la polarisation des électrodes, des changements dans la nature des liquides, tels que saturation, cristallisation, appauvrissement des solutions, etc.
- 2" Que la résistance intérieure n’augmente pas, ce qui aurait pour effet de diminuer le travail disponible, et on sait que cette résistance augmente presque toujours par l’usage.
- 5° Qu’il n'y a pas de résistance inutile, et cela est impossible à réaliser à cause des liaisons entre les éléments et des fils qui'conduisent l’électricité au moteur électrique,
- 4° Que le moteur utdise toute l’électricité fournie par la pile, et cette condition est aussi impossible éléments montés en tension, ce qui revient à prendre E égal à cent fois la force électro-motrice d’un élément et R égal à cent fois la résistance intérieure de cet élément.
- à réaliser à cause de réchauffement des fils, des changements de sens dans l’aiman’ation des pièces mobiles, de la force contre-électro-motrice développée par le moteur, etc., etc.
- Le travail effectif réalisable variera donc, suivant la constance de la pile,entre dix et quarante pour cent du travail maximum disponible, et les chiffres de la colonne 5 du tableau montrent combien ces chiffres sont faibles.
- Si on tient compte du volume énorme des piles relativement au travail qu’elles peuvent fournir, ainsi que du prix élevé du zinc qu’elles consomment, on en conclut que la pile est une source d’é-lectricité trop encombrante et trop dispendieuse au point de vue de la production de grandes quantités de travail : cela tient à ce que le zinc ne s’y brûle pas assez vite, même dans les conditions de maximum, elles représentent une chaudière dont le foyer mal agencé aurait un mauvais tirage et ne produirait que de faibles quantités de vapeur, tout en employant un combustible très cher.
- Que les inventeurs s’ingénient donc à produire une pile économique et à grand débit, au lieu de borner leurs reeherches à l’étude de dispositions plus ou moins ingénieuses de moteurs électriques. Jamais, avec les piles actuellement connues, on ne pourra produire plus de travail que le chiffre de notre tableau ne l’indiquent,
- Vouloir produire davantage, c’est chercher le mouvement perpe'tuel sous une forme où il est aussi impossible que sous les autres.
- En mécanique et en physique, on ne crée rien, on ne fait que transformer; il n’était pas inutile de rappeler cette vérité en l’appuyant de quelques chiffres, à propos d’une question qui préoccupe certains inventeurs dont la bonne volonté ne supplée pas toujours aux connaissances scientifiques indispensables pour l’aborder.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LES NOUVEAUX WAGONS-RESTAURANTS
- ES ANGLETERRE.
- Tous ceux qui voyagent en chemin de fer ont appris à leurs dépens à avoir une profonde horreur pour les buffets organisés le long de la route. Ce repas auquel on est condamné, qu’il faut s’évertuer d’obtenir d’un garçon maladroit et surmené, qu’il faut absorber précipitamment au milieu du tumulte, des cris, des appels, du bruit et des sifflets de la vapeur, est un véritable supplice. Ne fait-il pas peine à voir le malheureux voyageur qui ayant enfin pu conquérir un bol de bouillon brûlant, se prépare à l’avaler, quand la terrible cloche du départ se fait entendre, et quand retentit l’appel : « En voiture! En voiture! »
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- S
- LA NATUBE
- B y a longtemps que les Américains, gens prati-ques et amis du confort, ont inauguré les wagons-Pullmann, où ils dorment, circulent, prennent leur repas en toute commodité : nos voisins d’ou-tre-Manche viennent à leur tour de faire l’expérience
- de magnifiques wagons-restaurants, sur la ligne du Great Northern Railway; nous allons parler aujourd’hui de cette intéressante tentative.
- Les dispositions des nouveaux wagons sont luxueuses et rappellent l’arrangement des wagons-dortoirs
- n
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- T+, yr
- La cuisine du wagon-restaurant récemment inauguré en Angleterre.
- et des wagons-salons. Le salon d’un wagon-restaurant est garni d’une rangée de petites tables, à chacune desquelles peuvent se placer quatre convives. A l’une des extrémités de ce wagon se trouve une cuisine en miniature, où un chef apprête les mets les plus succulents et les plus propres à satis-
- faire les voyageurs affamés. Le premier essai, exécuté à la fin du mois d’octobre, a parfaitement réussi. Un repas, composé de six plats chauds, a été servi durant tout le trajet de Londres à Peter-borough, alors que le train marchait avec une vitessse de 65 milles (104 kilomètres) par heure.
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- LA NATURE.
- ou
- Le wagon-restaurant est si bien posé sur ses ressorts qu’à peine s’aperçoit-on des oscillations du véhicule. Les voyageurs prirent leur repas avec la même aisance et la même gaieté que s’ils eussent été chez eux. Outre le restaurant-salon et la cuisine,
- il y a dans les nouveaux wagons un compartiment à l’usage exclusif des dames, un autre à celui des fumeurs, etc. Dix-neuf personnes peuvent dîner à la fois dans le restaurant, où deux garçons dont le plus jeune est costumé en page, s’empressent de
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- oa
- Vue intérieure du wagon-restaurant, système Pullman.
- répondre à toutes les demandes. il y a de plus un conducteur, chargé de percevoir les prix quelque peu élevés des consommations, prix sur lesquels compte la Compagnie Pullmann pour payer ses frais, qui s’élèvent annuellement à 5 000 livres sterlings (75000 francs) par wagon-restaurant et
- pour réaliser des bénéfices qui seront considérables, comme il est impossible d’en douter. De nouveaux essais non moins heureux ont été exécutés ensuite sur le chemin de fer de Londres à Leeds. Dès les premiers jours de novembre, la Compagnie a attaché un wagon-restaurant à tous ses trains express.
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- LA NATURE.
- Nos Compagnies de chemins de fer imiteront-elles l'heureux exemple du Northern Railway d’Angleterre ?
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- BIBLIOGRAPHE
- Le Statuaire J.-B. Carpeaux, sa Vie et son Œuvre, par Ernest Chesneau, 1 vol. in-8°, 1880; A. Quantin, | éditeur.
- L’auteur de cette belle étude a beaucoup connu le grand artiste. Il a recueilli de ses lèvres mêmes, en 1867, le récit douloureux de sa vie, interrogé ses élèves, ses amis les plus anciens et les plus intimes, les témoins de sa longue agonie, complété ces vivants souvenirs à l’aide d’une correspondance qui s’étend depuis 1851 jusqu’en 1875, année de sa mort, analysé toutes ses œuvres avec une sympathie clairvoyante et l’autorité d’un juge expérimenté, réuni tous les documents qu’il lui a été possible de se procurer, et qui sont des plus curieux. Ce livre, exécuté dans de telles conditions et consacré à l’une des plus grandes gloires de la statuaire française, sera vivement recherché par tous ceux qui s’intéressent à notre art national. L’illustration de cet ouvrage est aussi complète que possible et elle reproduit presque toutes les œuvres du maître. Les principaux sujets, le Groupe de la Danse, la Fontaine de l'Observatoire, etc., sont gravés à l’eau-forte et tirés hors texte. C’est encore un bel et bon volume à ajouter à l’actif de la maison Quantin.
- Guide de l'élève et du praticien pour les travaux pratiques de Micrographie, comprenant la technique et le applications du microscope à l’histologie végétale, à la physiologie, à la clinique, à l’hygiène et à la médecine légale par H. BEAUREGARD et V. GALIPPE, 1 vol. in-8o de 904 piges avec 570 figures dans le texte. Paris. G. Masson. 1880.
- « Le temps n’est pas encore loin où deux ou trois élèves réunis dans une serre de l’École de Pharmacie, en plein été et sous les rayons ardents du soleil, s’exerçaient péniblement au maniement du microscope. Si l’on compare le présent au passé, on peut mesurer le chemin parcouru A la place d’une serre chaude, on voit de vastes laboratoires inondés de lumière, au lieu des rares élèves d’autrefois, deux cents jeunes gens, munis chacun d’un microscope et de ses accessoires, travaillent sous les yeux diligents de maîtres aussi instruits que bienveillants. » Cette remarquable organisation actuelle, est due à M. A. Châtin, le savant directeur de l’École de Pharmacie, et à ses brillants élèves MM. les docteurs H. Beauregard et V. Galippe. Ces deux derniers ont voulu compléter l’œuvre du maître, en publiant un traité spécial qui pût répondre d’une façon complète, aux besoins multiples d’une grande diversité de sujets d’étude.
- L’ouvrage considérable de MM. Beauregard et Galippe composé avec méthode, écrit avec une grande clarté, est assurément appelé à rendre de grands services aux physiologistes, aux médecins et aux pharmaciens.
- Voyage d'une famille autour du monde à bord de son yacht le Sumbeam, racontée par la mère, mistressBRASSEY, traduit de l’anglais par J. Butler. 1 vol. in-8e. illustré de 120 gravures sur bois et de six cartes. Deuxième édition Maurice Dreyfous à Paris.
- Ce livre qui obtient en France un succès égal à celui j qu’il a obtenu en Angleterre, a un mérite peu commun : ,
- il est vrai; le voyage autour du monde, raconté au jour le jour avec une simplicité charmante, n’est pas une fiction. Il est réel et son intérêt y prend un attrait tout particulier. M. Th. Brassey, membre de la Chambre des Communes, a fait le tour du monde en amateur, sur son yacht, accompagné de sa femme et de ses quatre enfants, et après avoir si bien contribué à l’éducation de sa jeune famille, on le voit revenir al home avec la sérénité d’un homme qui vient de faire une promenade.
- LES BALLES A FEU
- On expérimente actuellement dans plusieurs places fortes et particulièrement à Grenoble, un nouvel engin de guerre. Il s’agit de balles à feu du système Lamarre. Ces balles à feu sont des projectiles d’une nature spéciale destinés à permettre à une garnison assiégée de reconnaître des travaux de tranchée et d’établissement de batterie qui ne s’exécutent jamais que dans la nuit. Ces balles qui s’enflamment peu après leur sortie de la pièce, sont envoyées au juger, sur le point où l’on soupçonne les travaux de l’ennemi , et brûlent pendant un certain temps avec une extrême intensité en dégageant une lumière des plus vives dont on profite pour pointer les canons destinés à détruire ces travaux. Ces curieux projectiles sont en outre munis d’une grenade dont l’explosion se produit au bout de délais très irréguliers, ce qui naturellement tient à distance les soldats ennemis qui tenteraient d’éteindre le foyer lumineux. Les expériences auxquelles on procède ont pour but de déterminer à la fois la sûreté du tir et la distance à laquelle ces balles à feu peuvent être envoyées.
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- ESSAI DE MÉCANIQUE CHIMIQUE
- FONDÉE SUR LA TIIERMOCHINIE PAR M. BERTHELOT1.
- Les sciences changent de caractère à mesure qu’elles avancent. A leurs débuts, elles sont purement sciences d’observation et d’énumération ou de classification. Plus tard elles reconnaissent et étudient la coordination des phénomènes connus ; elles en déterminent les lois; elles sont alors sciences de raisonnement et d’analyse. Enfin, elles arrivent à une intelligence plus profonde de la simplicité du plan de la nature; elles voient qu’une cause unique produit un nombre infini d’effets infiniment variés; elles parviennent à calculer ces effets, à prévoir les phénomènes, parfois même à pénétrer l’avenir; elles sont alors sciences de calcul et de synthèse.
- L’astronomie, science aujourd’hui achevée (dans un sens que le lecteur comprend) présente un frappant exemple de ces transformations.
- Les bergers de la Chaldée, dans lesquels on a l’habitude de voir les premiers astronomes, observèrent la configuration fixe du ciel, les déplacements de la sphère étoilée par rapport au jour, c’est-à-dire
- 1 2 vol, in—8, Paris, Dunod éditeur, 1879.
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- LA NATURE.
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- au soleil, ils virent le retour des saisons lié à cette position réciproque, les mouvements capricieux des planètes et de la lune. C’était là de l’observation pure. Quelle attention persistante, quelle dépense d’intelligence et de temps ne fallut-il pas pour arriver à ces connaissances. C’est là la première époque, ce n’est pas une époque inférieure dans l’histoire de l’astronomie.
- L’étude du mouvement des planètes, de la lune et du soleil par rapport à la terre nous paraît-être le problème le plus compliqué que les hommes aient jamais résolu. Depuis les Grecs jusqu’à Copernic et Képler, les astronomes s’y acharnèrent avec la ténacité la plus extraordinaire, n’ayant pour les pousser que le désir ardent de découvrir la vérité.
- C’est là ce qu’on peut appeler la seconde période, celle de la détermination des lois ; la période d’analyse.
- Avec Newton on est entré dans le troisième âge ; il a donné une raison, un pourquoi unique de ces mouvements planétaires. Il a fourni les moyens de calculer, des siècles à l’avance, la position des astres dans le ciel. Cet immense effort de l’esprit humain une fois accompli, on a pu étudier des mouvements encore plus compliqués que ceux du monde solaire et n’y trouver que des difficultés mathématiques; il a été possible au dernier des grands astronomes de démontrer l’existence d’un astre que nul n’avait encore vu, de le faire voir pour ainsi dire du doigt dans le ciel. Telle est l’époque actuelle; l’astronomie est une science de calcul, une science mathématique ; elle explique le monde par les lois de la mécanique ; elle annonce l’avenir avec la plus étonnante précision; et les mondes nouveaux qu’on découvrira obéiront à ses lois.
- Nous ne ferons pas la même revue des progrès de la physique ; mais elle aussi marche à grands pas vers une unité, vers une capacité de calculer tous les phénomènes et de tout subordonner aux principes de la mécanique. La chimie vient ensuite dans cette marche des sciences à leur terme mathématiques, précédant de loin la physiologie et les sciences naturelles encore bien arriérées.
- Longtemps la chimie a dû se borner à reconnaître et à distinguer les diverses substances ; elle a fait des efforts pour les classifier, pour découvrir leurs dissemblances. C’est là la période d’observation, compliquée sans doute d’efforts pour faire entrer dans la science des systèmes aujourd’hui presque oubliés et de tentatives pour résoudre des problèmes insolubles. Dans tout ordre de choses, les hommes ont perdu beaucoup de temps à chercher la pierre philosophale ; on ne peut les en louer ; mais peut être ne faut-il pas les trop blâmer; car souvent, en cherchant ce qu’ils ne pouvaient trouver, ils ont rencontré des vérités qu’ils ne cherchaient pas.
- A la fin du siècle dernier, la chimie est entrée dans une ère nouvelle ; on a compris que les corps composés sont formés de proportions invariables de leurs composants; que ces relations de composi
- tion sont simples si on les rapporte aux quantités reconnues équivalentes des corps irréductibles ; que les compositions des divers corps analogues par leurs propriétés se présentent avec une symétrie admirable. Avec cette vue, l’analyse chimique des corps de la nature est devenue un problème — à coup sûr difficile et indéfiniment renouvelé — mais parfaitement précis et déterminé. Comme contrepartie de l’analyse, on a accompli la synthèse chimique, et M. Berthelot, de qui nous allons parler tout à l’heure a attaché son nom à cette série de problèmes inverses. Quel degré de certitude plus grand, peut-on rêver dans la connaissance de la composition des corps, que celui que donne la con-struction faite de toutes pièces des substances que présente la nature, A ce point de vue l’édifice de la chimie analytique, élevé depuis une centaine d’années, paraît un des plus solides que les hommes aient construits.
- L’énorme accumulation de matériaux que présente la chimie telle qu’elle est aujourd’hui ne laisse pas d’effrayer. Si cette rapidité de production continue, comment feront nos successeurs pour tenir compte de tout ce que les chimistes auront découvert. Et le but auquel doit tendre le philosophe est-il uniquement d’augmenter cette masse énorme?
- D’autres problèmes heureusement se sont posés; on a cherché la cause de ces réactions innombrables qui s’accomplissent dans la nature et dans les laboratoires. Pourquoi telle substance se forme-t-elle et non telle autre? Qu’est-ce en d’autres termes que l’affinité chimique? car nous ne sommes plus au temps où l’invention d’un mot peut être prise pour une explication des choses. L’expression d’affinité, très bonne d’ailleurs, a besoin d’être soutenue par des idées, des expériences, des faits. C’est par ces questions que la chimie entre dans ce que nous appellerons sa troisième période, celles des calculs, des prévisions mathématiquement formulées; c’est à cet ordre de questions qu’est consacré le nouvel ouvrage de M. Berthelot. La thermochimie, la connaissance et la mesure des phénomènes calorifiques qui accompagnent les transformations chimiques, sont la raison générale capable de tout expliquer.
- Pour la physique nouvelle, renouvelée par la thermodynamique, la chaleur n’est qu’une forme de mouvement, ou plutôt le mouvement, la chaleur, l électricité ne sont que des formes différentes de l’énergie.
- Pour cette chimie nouvelle, l’énergie chimique est une forme de plus de l’énergie prise dans son sens le plus étendu. Cette idée une fois admise, on voit que les problèmes chimiques rentrent dans la catégorie de ceux qui peuvent se traiter en appliquant les principes de la mécanique. C’est là ce qu’a affirmé hautement M. Berthelot en donnant à son livre, ce titre : Essai de mécanique chimique.
- Sans doute la thermochimie ne date pas d’hier et il y a cent ans aujourd’hui que Lavoisier et Laplace firent les premières mesures de la chaleur dégagée
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- dans les combinaisons chimiques; sans doute plu- j sieurs physiciens, Dulong et Petit en 1819, Favre et j Silbermann vers 1848, M. Thomsen plus récem- j ment et d’autres encore ont fait de nombreuses et utiles expériences; mais M. Berthelot s’est attaché à ces recherches de calorimétrie et de thermo-chimie avec la persistance, l’énergie et la hauteur de vues qu’il met à ses entreprises scientifiques. Il s’y est consacré presque exclusivement depuis 1864, y rattachant même les études que les malheurs du pays en 1870 avaient imposés à son patriotisme.
- Son travail sur les corps explosifs nous montre en effet ces substances singulières comme des édifices d’une excessive instabilité ; ce sont de vrais châteaux de dominos. Si aucune cause appropriée ne vient les ébranler, ils peuvent durer; mais le plus petit choc bien dirigé suffit à en produire l’effondrement; ils se détruisent avec grand bruit et dans un temps à peine appréciable.
- En d’autres termes, la constitution des corps explosifs exige une dé-pense d'énergie, une dépense de travail ; à l'inverse des combinaisons chimiques en général qui en fournissent. Tout le monde sait en effet que la combustion du charbon par exemple, c’est-à-dire la combinaison du charbon et de l’oxygène et la formation de l’acide carbonique, produit de la chaleur et du travail ; nul ne l’ignore, disons-nous, puisque chacun voit les machi
- ImI
- Calorimètre avec ses enceintes. Échelle de 1/3. GG, calorimètre de platine; C, son couvercle; 60, thermomètre calorimétrique; EE, enceinte argentée ; C', son couvercle : HH, double enceinte de fer-blanc, remplie d’eau; C", son couvercle; AA, son agitateur ; tt, son thermomètre ; ? P, enveloppe de feutre épais appliquée sur l’enceinte de fer-blanc.
- nes à vapeur devoir à cette combinaison chimique tout le travail qu’elles rendent.
- Dans un grand nombre de Mémoires, publiés pres-que tous dans les Annales de chimie et de physique, M. Berthelot a accumulé les faits d'expérience et les idées philosophiques, matériaux nécessaires à l’édification de l’œuvre importante qu'il présente aujourd'hui au public.
- Nous ne pouvons pas songer à donner en quelques lignes la connaissance d’un sujet auquel l’auteur a consacré 1500 pages. Nous avons voulu seulement essayer de marquer la place de ce livre dans F histoire de la science; nous pourrons revenir plus à loisir sur quelques-unes des questions qui y sont résolues.
- Aujourd'hui, pour terminer, nous allons simplement ouvrir un des volumes sous les yeux du lecteur et lui montrer l’un des appareils principaux qui ont servit à M. Berthelot à déterminer les chiffres si nombreux, qu'il a coordonnés avec ceux des autres expérimentateurs en 89 tableaux.
- Le calorimètre se compose d’un vase de platine, de laiton ou de verre, à parois très minces, en forme de gobelet, pourvu de divers accessoires et posé sur trois pointes de liège. Le platine a été employé le plus souvent,'parce qu’il a une très faible chaleur spécifique et que le vase pesant 65 grammes a une valeur calorimétrique très faible ; réduit en eau il vaut de 2 à 5 grammes suivant les pièces accessoires; cette circonstance est très favorable à la précision des expériences. D'ailleurs le platine seul avec l’or, parmi tes métaux usuels, est inatta -quable par les acides et par les liqueurs alcalines. Enfin sa couleur et son poli lui donnent un grand pouvoir réflecteur et par suite un faible pouvoir absorbant, ce qui garantit l’instrument contre les pertes ou gains par rayonnement.
- Il faut agiter les liquides réagissant les uns sur les autres dans le calorimètre ; dans certains cas le thermomètre suffit à cette fonction , mais parfois M. Berthelot a employé des appareils spéciaux. Dans tous les cas, il faut tenir compte de la chaleur qu’ils ont absor
- bée. C'est là une correction à apporter au chiffre principal ; et de celle-là comme des suivantes nous dirons qu’on prend toutes ses dispositions pour qu’elles soient aussi petites que possible ; mais on en tient cependant un compte minutieux.
- L’enceinte d’eau disposée autour du calorimètre le met à l’abri des influences variables, dues au rayonnement des corps ambiants; elle élimine notamment l’influence exercée par le voisinage de l’opérateur; elle contient de 10 à 40 litres d’eau suivant les appareils. D'ailleurs entre le calorimètre et l’enceinte d'eau il y a une enceinte de cuivre rouge plaquée d'argent à l’intérieur pour dominer autant que possible le rayonnement.
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- NOUVEAU DENSINÉTRE
- Le nouveau densimètre se fonde sur la formule
- P
- bien connue P=VD d’où D=y. Donc, le poids et le volume d’un corps étant connus, on en aura im
- médiatement la densité, en divisant la première de ces quantités par la seconde. La ligure I représente le densimètre, qui se compose d’un cylindre creux en verre C terminé à son extrémité inférieure par une boule de verre S contenant du mercure et qui constitue le lest additionnel de l’instrument. Sur deux génératrices opposées du cylindre C se trouvent gravés, d’un côté les degrés de den-sité et de l'autre les degrés volumétriques correspondants à un centimètre cube. Sur le point a se trouve indiqué le poids nécessaire pour faire allEmrer l’instrument plongé dans de l'eau distillée, comme on le voit sur le dessin. Si l’on
- Fig. 1.— Nouveau densimètre.
- veut au moyen de ce densimètre déterminer le poids spé
- cifique d’un liquide, il suffira de plonger l’instrument dans de l’eau distillée et puis de verser le li
- quide petit à petit dans l’intérieur du cylindre C jusqu’à ce que l’affleurement se produise.
- En lis tnt alors sur l’échelle le volume occupé
- par le corps et en en divisant le poids déjà connu (il est égal à la division marquée en a, et représentant le poids nécessaire pour faire plonger l’aréomètre jusqu’à ce point), par ce volume, on aura la densité des corps solides. On procède de la façon suivante : on introduit un petit fragment du corps dont on veut déterminer la densité, dans l’intérieur du cylin-dre G pourvu cependant que son poids soit inférieur à celui marqué en a qui produit l’affleurement ; on ajoute alors un liquide quelconque, dans lequel le corps à étudier ne soit pas soluble, jusqu’à ce que l’instrument affleure; on
- voit le volume
- !9
- S 0.
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- ! o.
- occupé, et soit V ce volume; en enlevant le corps solide de l’intérieur du cylindre on verra le volume du liquide que nous représenterons par V', donc V—V‘ fera le volume du corps solide; son poids s’obtient en soustrayant le poids p du liquide
- employé du poids 1* marqué en a. Le quotient
- P—P
- V—V'
- représente la densité cherchée. Il faut déterminer le poids p du liquide et non celui du solide parce que celui-ci serait altéré par son immersion dans le liquide additionné, ce qui nous obligerait d’augmenter la quantité du liquide additionnel pour compenser la perle de poids que le corps aurait
- subi.
- Ce densimètre n’est qu’un aréomètre à poids constant et volume variable quoique à première vue il paraisse un aréomètre de poids consiant, parce que c'est toujours le même poids qui le fait affleurer et de volume constant parce qu’il immerge toujours également. Ce densimètre se gradue de la façon suivante.
- Après avoir interrompu la communication entre la sphère S et le cylindre C et avoir introduit du mercure dans la sphère S, on plonge l’instru-ment dans de l’eau distillée et on verse dans l’intérieur du cylindre une petite quantité de mercure, assez grande pourtant pour que son volume
- puisse être apprécié sur l’échelle des volumes gravée d’a
- vance. On marque par un Irait le point d’affleurement et sur ce trait on inscrit le poids du mercure
- employé. Sur la génératrice opposée et au même niveau on marque la densité de ce métal. On procède d’une même façon pour quelqu’autre liquide
- en en prenant toujours une quantité suffisante pour déterminer l’ai lieu rement du densimètre. On a donc ainsi un poids toujours égal à celui marqué en a.
- Après avoir construit un densimètre étalon il est facile de faire différents modèles, sans être obligé de déterminer chacune des densités. Pour arriver à ce résultat on construit un tube du même calibre; en sondant à une de ses extrémités une sphère creuse dans laquelle on introduit avant de la B' fermer une petite quantité de mercure qui sert de lest, on interrompt la communication entre la sphère et
- le restant de l’appareil, et l’on grave sur une de ses génératrices les degrés volumétriques par rapport à un centimètre cube.
- Puis, sur une droite AB (fig. 2) égale à la distance qui va du point d’affleurement à celui sur lequel est marquée la densité du mercure sur le den-
- simètre étalon, on transporte les degrés indiqués par celui-ci, et sur une autre droite A B' égale à la dis-
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- tance entre le point d’affleurement et celui marqué par la densité du mercure sur le nouvel instrument, on marque un point f' qui correspond à la densité d'un liquide choisi arbitrairement, et que l’on détermine d’après le procédé déjà décrit. On relie ce point au point f qui lui correspond sur la droite A B et par les points b c d g h, on trace des parallèles à ff qui déterminent les degrés densimétriques b‘ c' d'h, du nouvel instrument.
- VIRGILIO MACHADO (de Lisbonne).
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- ÉTÉ DE 1879
- Juillet. — Le mois de juillet a été caractérisé aux Etats-Unis par des chaleurs excessives survenues vers la fin delà première quinzaine, c’est-à-dire pendant l’époque habituelle du maximum annuel; le thermomètre a dépassé 35 degrés dans un grand nombre de stations; à Saint-Louis, le 10, il atteignait 370,8; et le maximum absolu des diverses stations du Signal Service, relevé le 12, à Charlestown, dans la Caroline du Sud, s’est élevé jusqu’à 44 degrés à l’ombre. Vers la fin du mois, des pluies générales ont amené un refroidissement qui a compensé les hautes températures de la première moitié, en sorte que la moyenne mensuelle reste sensiblement voisine de la normale. La pluie est insignifiante ou nulle sur le versant occidental des Montagnes-Rocheuses, surtout en Californie, ou du reste la saison d’été est généra-ment très sèche. Dans les régions de la côte atlantique, au contraire, on a recueilli de fortes quantités d’eau; il en est tombé jusqu’à 445 millimètres dans la Caroline du Nord, à Fayetteville, et 465 millimètres au fort Bar-rancas, dans la Floride.
- Neuf aires de basses pressions seulement ont traversé le continent américain du Nord pendant le mois de juillet ; la plupart n’offrent qu’un intérêt secondaire, quelques-unes pourtant ont été remarquables par leur intensité, et sur tout par le nombre considérable de tourbillons secondaires, beaucoup plus circonscrits auxquels elles ont donné naissance. On a signalé des orages nombreux, mais généralement localisés; seule une grêle énorme, survenue le 16, a étendu ses ravages dans plusieurs États du Nord-Est, depuis les environs de New-York jusque dans le Connecticut.
- Août. — La température de ce mois s’est tenue généralement au-dessous de la moyenne, et des pluies considérables sont encore tombées dans l’est, depuis la vallée de l’Ohio jusqu’à l’Océan. Au fort Barrancas, l’observateur en a recueilli 636mm,8, c’est-à-dire beaucoup plus qu’il n’en tombe à Paris dans une année moyenne.
- L’ouragan des 18 et 19 est le phénomène météorologique le plus important de ce mois ; il fut signalé dès le 17 au matin au nord de Cuba, sa trajectoire se dirigeait alors au nord-ouest vers le continent ; en approchant de la Floride, elle se releva peu à peu pour suivre vers le nord et le nord-nord-est une direction sensiblement parallèle à la côte. Cet ouragan a été remarquable par la vitesse énorme de son mouvement de translation et par l’étendue restreinte de son cercle d’action- Si le centre du cyclone était passé plus à l’est sur l’Océan, on n’aurait pas eu à déplorer les désastres dus à sa proximité de la côte, c’est-à-dire de la portion de la mer la plus fréquen
- tée par les petits bateaux. Sur tout le littoral, depuis la Floride jusqu’à Terre-Neuve, on a constaté des dégâts immenses, mais ce n’est rien auprès des sinistres maritimes ; cent bâtiments de fort tonnage et plus de deux cents barques montées ont été naufragés ou gravement endommagés. Sans les avertissements expédiés de tous côtés par le Signal Office, et grâce auxquels on avait pu prendre bien des précautions, les pertes eussent été plus grandes encore.
- Une autre bourrasque présente également un certain intérêt en raison de sa direction anormale; venue par le golfe du Mexique, elle atteignait le continent à l’ouest de la Nouvelle-Orléans dans la soirée du 22. Le tourbillon, qui marchait d’abord vers le nord, s’inclina peu à peu vers le nord-est, puis vers l’est, en sorte que sa tra • jectoire avait sensiblement la forme d’une demi-circonférence; après avoir remonté la vallée de l’Ohio, il franchit les monts Alleghanys et disparut le 25 au soir sur l’Océan.
- L’observation des étoiles filantes d’août a été très brillante cette année, notamment dans les États de l’Est.
- Septembre.— Comme en août, la température moyenne mensuelle est restée généralement au-dessous de la normale ; pourtant entre le 11 et le 16, le thermomètre s’est encore élevé jusque vers 38 degrés sur le versant du Pacifique; dans le Texas également, ce. mois est un des plus chauds qu’on ait observés depuis longtemps, tandis que dans la portion orientale des États-Unis, le thermomètre est resté au-dessous de la moyenne de ses indications à cette époque de l’année. La répartition de la pluie a été très inégale en septembre; tandis que certaines régions, limitées en étendue, en recevaient un excès considérable,, d’autres au contraire se plaignaient à la fin du mois d’une sécheresse inquiétante pour les récoltes encore sur pied et pour la préparation des semailles. Le niveau de l’eau dans certaines rivières était tellement bas que la navigation a dû y être suspendue momentanément; plusieurs cours d’eau même ont tari.
- Les bourrasques de ce mois ont généralement fréquenté les hautes latitudes en se dirigeant de l’ouest à l’est; on remarque pourtant une forte dépression venue le 1er par le golfe du Mexique, et qui marchant vers le nord-est disparaissait, le 4, par la vallée du Saint-Lau-rent. Th. MOUREAUX.
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- CHRONIQUE
- Cause des fièvres paludéennes. — Un professeur de pathologie anatomique de Rome, M. Tommassi, de concert avec le professeur Klebs, de Prague, a porté, ses recherches spéciales sur la cause à laquelle est due la fièvre paludéenne ou fièvre intermittente. Suivant un rapport qu’il a présenté à l’Académie de Rome, ses études ont obtenu un plein succès. Les deux savants ont passé plusieurs semaines du printemps dernier dans VAgro Roma-no, où ce genre de fièvre sévit principalement. Ils ont examiné minutieusement les couches inférieures de l’atmosphère, ainsi que le sol et les eaux stagnantes ; dans l’atmosphère et dans le sol, ils ont découvert un fungus microscopique, formé de nombreuses spores mobiles, brillantes, d’une forme ovale et allongée de 9 millimètres de diamètre. Ce fungus peut croître dans différents sols. La matière fluide obtenue par deux professeurs a été filtrée et lavée à plusieurs reprises, et le résidu a été introduit sous la peau d’un certain nombre de chiens ; la
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- LA NATURE
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- même expérience a été répétée avec les particules microscopiques obtenues par le lavage de grandes quantités prises à la surface du sol. Les animaux sur lesquels on a opéré ont tous eu la fièvre et elle a suivi son cours normal, avec des intervalles de repos, durant plus ou moins de temps, jusqu’à soixante heures, avec accroissement de la température du sang pendant les accès de frisson jusqu’à près de 42 degrés, la température normale dans les chiens bien portants étant de 58 à 39 degrés centigrades. L’eau filtrée n’a causé que de légers changements de température dans le corps, même lorsque la même quantité d’eau a été administrée cinq fois successivement, il n’en est résulté que très peu de fièvre, qui n’a pas eu le caractère intermittent.
- Les animaux chez lesquels la fièvre intermittente a été inoculée, ont présenté avec des symptômes aigus le même élargissement de la rate observé chez l’homme qui a contracté cette maladie de la manière ordinaire ; dans la rate de ces animaux, on a trouvé une grande quantité de fungus de la forme caractéristique. On l’a de même trouvé en grande abondance dans les autres vaisseaux lymphatiques. Comme le fungus y croit sous la ferme de petites lignes, MM. Tomassi et Klebs lui ont donné le nom de Bacillus Malariæ.
- La méthode rigoureusement scientifique suivie dans ces recherches ne permet pas de douter, dit le Times, que les deux savants professeurs n’aient trouvé la véritable cause de la maladie. Cette découverte se rattache à la série de celles qui ont été faites dans les cas d’inflammation de la rate et de diphthérite. Contre l’infection de la fièvre in termittente, qui provient de ce fungus microscopique nouvellement découvert, la science médicale était autrefois désarmée, comme elle l’est encore contre la diphtérite et l’inflammation de la rate. Pour la fièvre intermittente cependant la médecine a posédé un remède quand les vertus de la quinine ont été découvertes et l’on peut espérer que tôt ou tard elle, trouvera de même un antidote contre le fungus qui produit les deux autres maladies. Des détails plus étendus sur les expériences et la découverte de MM. Tommassi et Kleibs ont paru dans le numéro du mois de juillet du Zeitsohrift que publie M. le professeur Kleibs
- Les buveurs d'opium en Angleterre — Le docteur Moffat affirme que depuis que les établissements publics en Angleterre sont fermés de bonne heure, la consommation de l'opium et du laudanum a augmenté. Il serait intéressant de rechercher et d’établir dans quelle exacte proportion, l’intempérance a diminué et l’usage de l’opium s’est accru. En 1874, le docteur Moffat commença à acquérir la conviction que la consommation de l’opium était plus générale dansl es classes ouvrières qu’on, ne le supposait communément. Il entreprit de rechercher la vérité à cet égard. Le droguiste d’un certain village minier lui apprit que depuis la fermeture à 10 heures du soir des public-houses, ses ventes d’opium fort petites auparavant s’étaient élevées à deux quarts de gallon par semaine (2 litres 27 centilitres). De semblables rapports lui furent adressés par les pharmaciens de quelques autres villages miniers. Ce n’est pas seulement la consommation de l’opium et celle de l’hydrate de chloral qui ont augmenté. Beaucoup de soporifiques et de boissons alcooliques sont absorbés à la place de la bière, entre autres l’absinthe, l’eau de Cologne, la teinture de rhubarbe, la mixture d’opium et de chloroforme, la chlorodyne et les éthers. En Irlande, il s’est produit un grand accroissement dans la quantité d’éther sulfurique consommée à partir du moment où, dans ce pays, les établissements publics ont été fermés le dimanche.
- La lumière électrique au foyer de l’Opéra.
- — Nous avons assisté le 20 novembre à des expériences de lumière électrique faites au foyer de l'Opéra dans le but d’éclairer les magnifiques peintures du plafond dues au pinceau de M. Baudry. Les systèmes Jablochkof et Wer-dermann ont été employé concurremment. Les quatre lustres de droite portaient chacun deux bougies Jablochkoff, les quatre lustres de gauche étaient munis chacun de trois lampes Werdemann perfectionnées par M. Napoli dans le but de s’appliquer aux conditions générales de cette intéressante expérience. En faisant connaître à nos lecteurs la disposition nouvelle de la lampe Werdermann dout nous avons déjà décrit le principe, nous donnerons les résultats de ces expériences.
- Chemin de fer du Vésuve. — Une lettre adressée au Times ces jours derniers annonçait que le chemin de fer à câble d'acier du Vésuve se trouve terminé et à la veille d’être livré à la circulation. Sa longueur n’est qu’environ d’un kilomètre, et la machine de traction se trouve au pied du cône qu’il sert à gravir. La voie a été solidement pavée, et l’on a pris toutes les précautions possibles pour empêcher la lave de l’envahir. Il est curieux de noter que la fin des travaux coincïde avec le commencement d’une période d’activité dans laquelle nous apprenons que le volcan vient d’entrer.
- Trois cratères lancent actuellement de la lave qui va se perdre dans la vaste vallée séparant le Vésuve proprement dit de la Somma. A la fin d’octobre, il s’est ouvert deux petits cratères nouveaux, d’où sortent des coulées de lave dont les habitants de Naples peuvent suivre la progression.
- Exploration de l’Australie du Sud. — On vient de recevoir des nouvelles de l’expédition dirigée par M. Forest dans la partie septentrionale de l’Australie du Sud. Une dépêche, adressée à Sydney, annonce que les explorateurs sont arrivés, le 18 septembre, à Katherine Station, après avoir suivi la côte jusqu’à Beagle Bay, d’où ils se sont dirigés à l’est dans la direction de King’s Sound, jusqu’à la rivière Fitzroy. Ils ont suivi cette rivière pendant 250 milles, avant de pouvoir la traverser par le 17°,42 de latitude, puis ils ont gagné le rivage de Collier-Bay ; mais il ne leur a pas été possible d’atteindre le Glenelg, à cause de la nature sauvage du pays. Il a fallu renoncer à toute exploration dans la région de l’extrême nord; dix chevaux ont succombé aux fatigues de la route. De retour sur les bords de la rivière Fitzroy, l’expédition Forest a visité des plaines superbes, bien arrosées et formant de beaux pâturages. Une étendue de pays, évaluée à 5 millions d’acres, et qui n'avait jamais été explorée, a été reconnue. Les naturels se sont montrés partout très hospitaliers.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 novembre 1879. —Présidence de M. DAUBRÉE.
- Séparation du nickel et du cobalt. — La méthode de séparation proposée par M. de Pirbel, repose sur l’action simultanée d’un phosphate alcalin et de l’acétate d’ammoniaque sur la solution des nitrates ou des sulfates de nickel et de cobalt. A la faveur d’une ébullition prolongée, il se précipite du phosphate de cobalt insoluble tandis que le sel nickélique reste en dissolution. On aura une
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- LA NATURE.
- idée de la précision de la nouvelle méthode quand on saura qu’elle a permis de déceler la présence du cobalt dans les minerais de nickel néo-calédonien où elle n’avait pas été soupçonnée.
- Gaz d'éclairage naturel. — En signalant au lieu dit la Fontaine ardente, à 5 lieues et demie de Grenoble l’existence d’une source d’hydrogène carboné, M. Pyrène si-gnale la gigantesque quantité de force qui s’y perd depuis des siècles. Suivant son estimation, la source débite un million de mètres cubes de gaz pendant 24 heures, et il pense que leur exploitation pourrait se faire dans des conditions très profitables.
- Le ferment nitrique. — Déjà à plusieurs reprises, nous avons signalé la découverte faite par M. Schlœsing et Müntz d’un ferment auquel doit être attribué le travail de la nitrification. Ces messieurs annoncent aujourd’hui qu’ils sont parvenus à isoler le ferment nitrique, et ils en décrivent la forme constante dans les conditions les plus variées. Ce ferment existe en abondance dans toutes les terres arables, et il suffit d’en prendre une poignée pour avoir de quoi déterminer la fermentation nitrique dans un milieu convenable. Dans l’eau ordinaire le ferment existe presque toujours ; l’air ne l’a jamais présenté. Mis en rapport avec les mucors, il ne tarde pas à être étouffé par eux, et c’est pourquoi les sols envahis par ces Cryptogames sont radicalement impropres à la nitrification.
- Chlorophylle cristallisée. — M. Gauthier a récemment annoncé la découverte de la chlorophylle cristallisée. A celle occasion, M. Trécul fait remarquer que, dès 1865, il était arrivé au même résultat, les botanistes refusaient d’y croire, et l'auteur se réjouit de la confirmation d'au-jonrd'hui.
- Paléontologie végétale. — C’est avec les plus grands éloges que M. Duchartre signale un important mémoire de M. B. Renault, aide-naturaliste au Muséum, sur l’anatomie de plusieurs végétaux carbonifères. Ce travail dont l’auteur vient de faite le sujet d’une thèse pour le doctorat est relatif à un groupe de plantes que l'auteur réunit sous le nom de Diproxilées et qui présentent deux corps ligneux se développant en sens inverse l’un de l’autre. A l’époque actuelle, les Cycadées, seules, offrent des particularités analogues. De splendides planches dessinées par M. Renault lui-mème apportent au texte un complément éloquent.
- Géodésie. — M. le commandant Perrier rend compte de la mission qu’il vient de remplir en Algérie, pour la prolongation de la méridienne. On voit déjà que le succès le plus complet a couronné les efforts du savant géodésiste.
- STANISLAS MEUNIER.
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- CORRESPONDANCE
- VITESSE DES TRAINS DE CHEMINS DE FER. — NOUVEAU SYSTÈME DE RAILS.
- Monsieur le rédacteur,
- Je prends la liberté de vous écrire au sujet de l’article qui a paru dans votre avant-dernier numéro de la Nature (no 357 du 15 novembre, article intitulé : Les Trains-Éclairs, p. 387). On y affirme que la vitesse moyenne du train rapide de Marseille est de 72 kilomètres a
- l’heure, tandis que le rapide de Bordeaux ne marcherait qu’à 65 kilomètres.
- J’ai actuellement sous les yeux le dernier indicateur Chaix portant les dates du 9 au 15 novembre 1879. Voici les renseignements qu’il me donne :
- Le rapide de Marseille part de Paris le matin à 8 heures 50 minutes et arrive à Marseille à 11 heures 50 minutes (et non à 11 heures juste). Durée totale du trajet, 15 heures. En outre des deux grands arrêts de Tonnerre et de Lyon, le train stationne à cinq autres gares, le total des arrêts est de 81 minutes. La durée du trajet, les arrêts étant déduits, est donc de 13 heures 39 minutes. Le parcours est de 863 kilomètres. Ce qui fait comme valeur moyenne à l’heure 63 kilomètres 2.
- Le rapide de Bordeaux part de Paris à 8 heures 45 minutes du matin et arrive à Bordeaux (Bastide) à 5 heures 52 minutes du soir. Durée totale du trajet 9 heures 7 minutes. Il s’arrête aux Aubrays (Orléans) 25 minutes et dans six autres gares, en tout 46 minutes d’arrêt et encore l’indicateur ne donne pas la valeur des arrêts de trois gares. La durée totale, arrêts retranchés, est donc de 8 heures 21 minutes. La distance à parcourir jusqu’à Bordeaux est de 578 kilomètres , ce qui fait une vitesse moyenne de 69 kilomètres 2 à l’heure.
- Le rapide de Bordeaux fait donc 6 kilomètres de plus à l’heure que le rapide de Mar- | se i lie.
- Il est juste de rendre à César ce qui appartient à César , à la Compagnie d’Orléans l’honneur d’avoir créé la première en France le train rapide qui allait et qui va encore le plus vite de ceux qu’on a créé depuis. C’est celte même Compagnie qui a inauguré la
- première les wagons de première classe à qua- Fig. 1. tre compartiments suspendus par des ressorts doubles, composés de ressorts ordinaires et de rondelles de caoutchouc.
- Je saisis l’occasion qui m’a porté à vous écrire pour vous signaler une invention assez simple et qui me paraît fort ingénieuse. Dans l’établissement des voies de chemin de fer les rails sont placées bout à bout, séparés entre eux par un léger intervalle nécessaire à la libre dilatation du métal. Or cet espace.occasionne un choc à la roue qui le franchit. Considérez la vitesse des convois et le nombre de rails, vous verrez le nombre de chocs subis par la roue et subis par les ressorts. M. Séguin expose dans une partie assez obscure de l’exposition actuelle des Champs-Elysées un modèle du système qu’il a - imaginé pour remédier à cet inconvénient.
- Au lieu de couper le rail perpendiculairement à sa longueur, il le coupe transversalement (voyez fig. 1). Il en résulte que la roue passe sur le rail suivant avant d’avoir quitté le premier : le choc est évité. Du reste l’assemblage des rails se fait comme d’habilude au moyen d’éclisses, absolument identiques à celles qu’on emploie pour les rails ordinaires.
- Voici une disposition bien simple et bien heureuse. J’ai pensé qu’il vous serait agréable de la connaître et de la vulgariser. Je ne connais du reste nullement l’inventeur.
- Veuillez agréer, etc. Henri Leleu,
- Ingénieur - chimiste.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TISSANDIER.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeilles (Invasion d‘), 290.
- Académie des Sciences (Compte rendu des séances hebdomadaires), 14, 51, 46, 65, 79, 98, 115, 150, 147, 165, 179, 211, 226, 227, 244, 258, 275. 291, 307, 525, 539, 554, 571, 387, 403, 419.
- Acoustique des salles de réunion, 31, 215.
- Acoustique (Règle à calcul), 346.
- Aérostatiques (Ascensions), 144, 178, 179, 226.
- Aérostatiques (Curiosités), 404.
- Afrique australe (Le Voyage du major Serpa-Pinto dans T), 146.
- Afrique Centrale (Un railway dins 1’), 291.
- Air comprimé dans l’exploitation des Houillères, 62.
- Albuminurie, 30.
- Alcalins (Rôle thérapeutique des), 51.
- Alcoolisme, 10.
- Alizarine (Densité des vapeurs de l’), 226.
- Almanachs, 506.
- Allumettes chimiques (Invention des), 50.
- Alumine (Carbonate d’), 15.
- Amalgames alcalins (Constitution chimiques des), 79.
- Américaines (Possessions), 179, Amérique (Nouveaux documents sur la découverte de P), 90.
- Amiral Duperré, navire cuirassé de premier rang, 33.
- Anesthésiques et la sensitive (Les), 227. Anesthésiation chirurgicale, 27.
- Animaux (Une collection de vieux), 147.
- Anthropologique de Moscou (Exposition), 31.
- Arago (Statue d’), 211, 245, 270.
- 7* année, — ier semestre.
- Arbres gigantesques, 63.
- Artillerie chinoise, 579.
- Ascension aérostatique de Blanchard. 359.
- Asperges et phylloxéra, 525.
- Association française pour l’avancement des sciences, 206, 271, 535.
- Attacus Cecropia, 259.
- Audiomètre ou sonomètre de Hughes. 105.
- Avalanches (Chute des), 525.
- B
- Bacléridique (Guérison de la maladie), 51.
- Balance d’induction, 127.
- Ballon Captif à vapeur de M. 11. Gilfard, 236.
- Ballon Captif de Berlin, 178.
- Baromètre absolu, 71.
- Baromètre dynamique, 502.
- Batraciens (Venin des), 281.
- Bélier hydraulique de Douglas, 560.
- Bestiaux de La Plata, 275.
- Bibliothèque nationale (Agrandissements de la) 3 19.
- Bibliothèques scolaires, 50.
- Bijoux électriques animés, 229.
- Biscuit pour les chevaux, 115.
- Blanchard (Une ascension de), 359.
- Blanchard (Le soixantième anniversaire de la mort de Mme), 112.
- Blé (Élévateurs à), 181.
- Bolide du 27 novembre 1877 (Le), 138.
- Bombicien séricigène (Éducation d’un), 239.
- Bothrops (Le venin de), 179.
- Bouées (Emploi du gaz dans l’éclairage des), 279.
- Bougie électrique système Wilde, 160. Bourboule (Eau minérale de la), 150.
- Bronze en Sardaigne (L’âge de), 251. Bulles de savon (Vibration des), 291.
- C
- Calories dégagées par un animal, 227.
- Canal interocéanique, 228, 387.
- Canon décent tonnes à Woolwich , 162. Canot de papier, 208.
- Capricorne des vignes, 36.
- Cartomètre (Le), 342.
- Cataclysmes ornithologiques, 26.
- Cellules végétales, 227.
- Centenaire (Une), 162.
- Centenaires (Les), 291.
- Cervin (Catastrophe du mont), 210. Charbon (Le), 387.
- Charbonneuse et espèce ovine (infection). 214.
- Chasse à l’électricité, 403.
- Châtaigniers (Maladie des), 299.
- Chauffage des villes par la vapeur, 506.
- Chemins de fer aériens à New -York, 242.
- Chemins de fer du Soudan, 228.
- Chemin de fer trans-saharien, 1, 242.
- Chemins de fer (vitesse des trains de), 420.
- Chevaux (Action de la morphine sur les), 195.
- Chimie organique, 179.
- Chimique de Paris (Société), 50, 78, 87, 174, 591.
- Chimpanzé, 509.
- Chloral (Hydrate de), 147.
- Chloral (Propriétés anesthésiques du), 258.
- Chlorophylle cristallisée, 404, 420.
- Chlorure de méthyle et la production du froid (Le), 43.
- Clous en acier, 243.
- Comètes (Deux), 227.
- Congrès international des sciences médicales. 510.
- Cooke (W. F.), 539.
- Contrôleur électrique de rondes de nuit, 211.
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- Ol Cl -t.
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Cosmographie (Appareils pour l’enseignement de la), 175.
- Coton-poudre, 150.
- Crabes terrestres du Muséum, 215.
- Crâne de Descartes, 111.
- Cuivre dans les roches primordiales (Diffusion du), 227.
- Cuivre (Sels de), 50.
- Cyclones, 165.
- Cyclones du Kansas (Les récents), 117.
- Cycloscope (Le), 84.
- 1)
- Dardistan (Découvertes dans le), 515.
- Darwinisme et le langage (Le), 587.
- Densimétre (Nouveau), 417.
- Descartes (Le crâne de), 111.
- Dévonien des Côtes-du-Nord (Terrain), 28.
- Dicranum (Constitution des), 402.
- Dilatation linéaire (Mesure des coefficients), 126.
- Docks flottants le Nicolaïeff, 17.
- Doigt coupé et recollé, 274.
- Doigts d’une femme de l’époque lacustre (Empreintes de), 64.
- Doryphora en Russie, 65.
- Dressage des chevaux par l'électricité, 525.
- E
- Eau verte, 178.
- Eaux minérales d’Auvergne, 46, 86.
- Éclairage électrique, 259, 261, 595, 402.
- Éclairage électrique au palais de l’Industrie, 62, 595.
- Éclairage au gaz, 81.
- Éclipse de soleil du 19juillet 1879, 146.
- Écluse du monde (La plus grande), 525.
- École centrale (Cinquantième anniver-versaire de 1’), 58.
- École d’agriculture de Montpellier, 555. Écrivain (L’), 205.
- Égypte (Monuments de 1’), 284.
- Éléctricité au XVIII° siècle (Expérience d’), 572.
- Électricité (Le labourage à 1’), 140.
- Électricité (Recherches sur 1’), 507.
- Électrique (Bougie), 160.
- Électrique de M. Marcel Deprez (le moteur), 541.
- Électrique (Lumière), 6, 595.
- Éléphants d’Asie employés à l’exploration de l’Afrique, 125, 595.
- Ellipsoïde (Rotation d’un), 250.
- Étalon métrique, 291.
- États-Unis (Accroissement de la population aux), 592.
- Etna (Éruption de 1’), 14, 77, 99 Etoiles doubles, 514.
- Étoiles (Scintillation des), 57.
- Exposition horticole au palais de l’Industrie, 62.
- F
- Fanning (l’aune des îles), 526.
- Faune des îles Fanning, 526.
- Fauves (Commerce des), 503.
- Fer passif (Le), 587.
- Fer réduit par l’hydrogène, 130.
- Ferme (la plus grande du monde), 146. Fermentations, 165, 587.
- Ferment nitrique, 420.
- Fers nickelés météoritiques,147.
- Feu dans l’humanité (Origine du), 145.
- Fièvre jaune (L’acide phénique et la), 227.
- Fièvre jaune aux États-Unis, 178.
- Fièvres paludiennes (causes des), 418.
- Flux et reflux des eaux souterraines, 278.
- Force motrice à domicile par l’électricité, 286.
- Formiate de soude, 227.
- Foudre (Curieux effets de la), 210.
- Fougères comestibles, 290.
- Four à combustion des résidus, 79.
- Fous ou criminels ? 186.
- Frein à contre-vapeur Lechâtelier, 551,
- Frein continu à air comprimé, 151.
- Froid (Production du), 265.
- G
- Gaz (Éclairage au), 81.
- Gaz d’éclairage naturel, 420.
- Géodésie, 150, 420.
- Géodésique méditerranéenne (Mission), 507.
- Géologie (Utilité de l’enseignement de la), 570.
- Géologie du Tarn-et-Garonne, 27.
- Géologie parisienne, 507.
- Géologique de France (Société), 78, 97, 578.
- Glace (Appareil de Fr. Windhausen pour fabriquer la), 505.
- Glaces par l’argent mercuré (Étamage des), 195.
- Glacière naturelle de Dobschau, 155.
- Gorille, 509.
- Grains (Développement des), 98.
- Grêle (Théorie de la), 147.
- Grêle en Italie (Orage de), 179.
- Grêlons extraordinaires, 324.
- Grenouille en Colombie (Poison de), 589.
- Grès de Fontainebleau (Joints des), 325.
- Grotte en Californie (Découverte d'une), 254.
- Gymnastique (Appareil de), 571.
- Gymnote, 523.
- Il
- Har monographe de M. Tisley, 561.
- Hébrides (Nouvelles-), 101.
- Hongkong (Le commerce de), 290.
- Horloge merveilleuse (Une), 243.
- Horlogerie (Statistique de l’), 62.
- Iforographe, 194,
- HIouiller du Nord (Bassin), 28.
- Huiles (Essai des), 307.
- Hydrocellulose, 64.
- IIylode de la Martinique, 162.
- Hystériques (Contractures chez les), 227
- I
- Idole des habitants lacusties, 53’8.
- Ile de Man (Une visite à 1’), 551
- Ile nouvelle au Japon, 354.
- Illusion d’optique (Une nouvelle), 53.
- Indes (Voyage dans les), 18.
- Indicateur de pression, 407.
- Indien (Missions scientifiques françaises dans le Grand Archipel), 8.
- Injecteur Giffard (Expériences nouvelles sur F), 383.
- Injections lactées, 63.
- Inondations en Espagne, 346.
- Insecte (Réhabilitation d’un), 130.
- Insectes de la Nouvelle-Guinée, 172.
- Insectes exotiques (Curieux), 106.
- Insectes (Système nerveux des), 227.
- Irradiation (Un mot sur F), 318.
- Isthme américain (Le percement de l’), 15, 15, 49.
- J
- Japon (Mer du), 405.
- Jardins (L’Art des), 176.
- Java (Ethnographie de), 405.
- 1 Jets d’eau électrisés, 115.
- | Jupiter, 211.
- L
- Labourage par l’électricité, 140, 554.
- Lampe électrique à incandescence, 261,
- Lampe électrique Rapieff, 77.
- Lampe réveil-matin, 244.
- Lichens (Véritable nature des), 26.
- Lièvres tués par les locomotives, 554.
- Liquéfaction des gax, 63.
- Londres (Population de la ville de), 42.
- Lumière électrique, 6,62, 259, 261, 395, 402, 419.
- M
- Machine parlante de M. Faber, 245.
- .Machine rhéostatique (Recherches sur les effets de la), 519.
- Machines à vapeur, 15.
- Magneto-électriquedeMéritens(Machine), 51.
- Martyrs de la science (Les), 531.
- Matamata (La), 352.
- Mécanique chimique, 414.
- Médicales (Congrès international des sciences), 310.
- Mer du Japon, 403.
- Mer intérieure d’Algérie, 79.
- Mercure (Passage de), 31.
- Mésanges (Nid de), 267.
- Métal (Un nouveau), 79.
- Métallurgique dans l’ancienne Grèce (De l’industrie), 118, 198, 254.
- Météorite, 507.
- Météorite (Une nouvelle), 197.
- | Météorologie internationale, 94.
- I Météorologie des mois de mai, juin, juillet, août, septembie, octobre 1879, 47, 151, 195, 275, 559, 587.
- Météorologiques aux États-Unis (Mois), : 50,175, 250,418.
- | Météorologiques en ballon (Observations), 1 179.
- I Méthyle à la production du froid (Application du chlorure de), 265
- Métrique et la médecine (Le système), 226.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- fi
- U1
- Microscopiques (Les plus forts grossissements), 270.
- Mine sous l’eau (Une), 345.
- Mines (Accidents de), 405.
- Mississipi (Bassin du). 134, 182, 251.
- Montagnes par les voies ferrées (Traversées des), 311.
- Morphine sur les chevaux (Action de la), 495.
- Mors électrique, 525, 371.
- Moteur électrique de MM. Deprez, 541.
- Moulins à vent de San Francisco, 19.
- Mousse lumineuse (Une), 250.
- Musculaire (Excitation), 179.
- N
- Nickel et Colbalt (séparation du), 419.
- Nid de mésange, de troglodyte, 2.7, 340.
- Nitrates acides, 291.
- Norvegium, 99.
- Nubiens du Jardin d’Acclimatation (Les), 149.
- O
- Observatoire de Zi-Ka-Wei, 82.
- Observatoire du Pic du Midi (Construc-‘ tion de I’), 355.
- Occultation d'Antarès, le 28 juillet 1879, 165.
- Œstrides (Les), 74, 90, 287, 543, 358.
- Oignons (Maladie des), 98.
- Oiseaux (Architecture des), 267.
- Oiseaux (Observations sur les), 28,
- Ombre d’une montagne projetée sur la brume, 508.
- Opium en Angleterre (Buveurs d’), 419.
- Ophthalmie sympathique, 325.
- Optique (Une nouvelle illusion d'), 55.
- Orage du 28 juin 1879 observé à Paris 99.
- Orang-Outang chez lui. 402.
- Orang-Outang du Jardin d’Acclimatation, 178.
- Origines et le. développement de la vie r (Les), 54. 80, 218, 234, 246, 295,
- 562. 375, 398.
- P
- Palenque (Ruines de), 299.
- Paléontologie parisienne, 99.
- Paléontologie végétale, 420.
- Papillons (Migration de), 46, 65, 129.
- Paradoxe (Un petit), 114.
- Paris (Les rues du vieux), 552.
- Pathologie, 15.
- Poste bovine en Autriche, 405.
- Pétrole (Nouvelle source de), 258.
- Phares ù Eddystone (L’histoire des), 249.
- Phénique et fièvre jaune (Acide), 227.
- Phénomènes d’optique céleste, 354.
- Phylloxéra, 165, 211, 323, 355, 404.
- Physique (Société française de), 18, 78, 1/4, 574.
- Pic du Midi (Observatoire du), 355.
- Pigeons voyageurs et les avertissements anétéorologiques (Les), 258.
- Piles (Travail maximum disponible dans les), 410.
- Photographie (Conférence sur la), 594.
- Planète (Nouvelle), 46.
- Platine (Minéraux de), 307.
- Plomb et d’antimoine (Alliage de), 64. Plume mécanique, 76.
- Poison de grenouille en Colombie, 389.
- Polaires (Expédition suédoise dans les), 258.
- Pompe à piston fixe (Nouvelle), 25.
- Pompe injecteur Chiazzari, 59.
- Pompe turbine à force centrifuge, 228.
- Ponts de neige (Dangers des), 258. Poudre (Chimie de la), 98.
- Poussière (Pluies de), 195.
- Projections (Enseignement parles), 567.
- Protoxyde d’azote et la chirurgie (Le), 130.
- Pucerons (Destruction des), 275.
- Puddler (Four à), 371.
- Pyrénées espagnoles (Relèvement des), 28.
- Q
- Quinquinas de la Réunion (Les), 179.
- R
- Radiomètre (Nouvelles Recherches de M. Crookes sur le), 66.
- Rage (La), 227.
- Rage (La), 63, 179.
- Rails sans fin, 373.
- Règle à calcul acoustique, 546.
- S
- Sangsue (Nouvelle), 115.
- Santorin et ses éruptions, 59.
- Sardaigne (Age de bronze en), 251.
- Sargasse (La mer de), 322.
- Saumon en Nouvelle-Zélande, 210.
- Scandium, nouveau métal (Le). 210, 266.
- Scie américaine (Nouvelle', 595.
- Scintillation des étoiles, 37.
- Sensitive (Les anethésiques el la), 227.
- Serpent de mer, 16.
- Singe fossile (Un nouveau), 50.
- Société chimique de Paris, .50, 78, 97, 591.
- Société chimique de France, 78, 97, 578.
- Société française de physique. 18, 78. 96, 574.
- Sociétés savantes des départements à la Sorbonne (Réunion des), 26.
- Sodium (Dissociation du), 15.
- Soie en Suisse (Fabrique de), 274.
- Soie française (Nouvelle), 158.
- Spach (Édouard), 22.
- Spectre solaire (Limite ultra violette du), 15, 405.
- Spectroscope et ses derniers perfectionnements (Le), 225.
- Spectroscopie, 64.
- Spilotes (Les), 115.
- Steamer à grande vitesse (Un nouveau), 405.
- Strabisme (Le). 159.
- Sulfhydrate d’ammoniaque (Dissociation du ), 99.
- Sulfocarbonate de potassium et phylloxéra, 586.
- Sulfures métalliques naturels, 385.
- Sulfures naturels comme combustibles dans la métallurgie (Emploi des), 190.
- Sydney (Le climat de), 194.
- T
- Taches solaires, 14.
- Tanganyika (Expédition belge sur les bords du), 598.
- Télégraphiques (Réseaux), 291.
- Télémètre de poche, 277.
- Téléphoné avertisseur de M. Perrodon 165.
- Téléphone dans les églises, 165.
- Téléphone Edison (Le nouveau), 226.
- Téléphone (Illusion d’acoustique produite par le), 187.
- Thermo-chimie. 523, 414.
- Thermomètres métalliques. 147, 324.
- Tombeau royal zapothèque, 22. torpilles (Les bateaux porte-). 167. Tortue matamata, 357.
- Trains-Eclairs, 420.
- 1 Tremblement de terre du 9 septembre 1879, à Lyon, 259.
- Tremblements de terre (Action superli cielle des), 290.
- Tremblements de terre, 404.
- Troglodyte (Nid de), 348.
- Tunnel sous la Tamise, 359.
- U
- Urée (Dosage de l’), 150
- V
- Vaccinations, 46.
- Vagues de la mer lumineuses, 345.
- Vancsses du chardon, 65.
- Végétation (Influence de l’électricité sur la). 275.
- Venin des Batraciens, 281.
- Vent pu- les girouettes (Observationsdu , 105.
- Verre percé par l’étincelle électrique, 585.
- Verre trempé. 522.
- Vespère (Le), 36.
- Vésuve (chemin de fer du), 419.
- Vésuve (Une ascension au), 188.
- Vie (Les origines et le développement de la), 54, 86, 218, 234, 246, 295 362, 375, 398.
- Vigne (Maladies delà), 115,507.
- Volcan d’Agua (Ascension au), 34. voyage de la frégate la Magicienne (Observations recueillies pendant le), 154.
- W
- Wagons-restaurants en Angleterre, 411.
- z
- Zoulouland (Le), 380.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- André (Ed.). — Le poison de grenouille en Colombie, 389.
- Bâclé (L.). — La pompe-injecteur Chiazzari, 59. — Frein continu à air comprimé, système Westinghouse, 151. — Le contrôleur électrique des rondes de nuit de M. Napoli, 211. — Système Agudio pour la traversée des montagnes par les voies ferrées, 311. —Une mine sous l’eau. L’ile d’argent dans le Lac Supérieur (États-Unis), 345.
- BERTULON (J.). — Exposition anthropologique de Moscou, 31. — Fous ou criminels? 186.
- Blanchard (F.). Emploi des sulfures nalurels comme combustibles dans la métallurgie. Procédé Hollway. 190.
- Blezzy (H.). — Le bassin du Mississipi, 134, 182, 231.
- Boissay (Ch.). — Le soixantième anniversaire de la mort de madame Blanchard, 112. — Les étoiles doubles d’après le catalogue de M. Flammarion, 314.
- Bontemps (Ch.). — Mesure rapide des longueurs. Le carto-mètre, 342.
- BROCCHT (Dr P.). — Les crabes terrestres du Muséum, 213.
- C... (P.). — Sur le tremblement de terre du 9 septembre 1879 à Lyon, 259.
- Clément (A. L.). — Éducation d’un bombycien séricigène. L'Attacus cecropia, 239.
- Clève (P.). — Un nouveau métal, le scandium, 266.
- CORTAMBERT (Richard). — Les Nouvelles-Hébrides, 101.
- COURTOIS (II.). Appareils pour l’enseignement de la cosmographie, 175.
- Drée (St. de). — Les découvertes du Dr Leitner dans le Dar-distan, 315. — Le Zoulouland, 380.
- Fagès. — Percement du verre par l’étincelle électrique, 383.
- Flammarion (Camille). — Observation de l’occultation d'Antarès le 28 juillet 1879, 163.
- FRON (E.). — Météorologie de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, 47, 151, 195, 275, 359, 587.
- Gariel (C. M.). — Une nouvelle illusion d’optique, 53. — La machine parlante de M. Faber, 243. — Éléments de physique appliqués à la médecine et à la physiologie, par M. A. Moi-tessier, 246. — Congrès périodique international des sciences médicales à Amsterdam, 310. — Règle à calcul acoustique, 346.
- GARNAULT. — Moulins à vent de San Francisco, 19.
- Girard de RIALLE. — Les Nubiens du Jardin d’Acclimatation, 149.
- Girard (J.). Une visite à l’ile de Man, 351.
- Girard (M.).— Réunion des Sociétés savantes des départements à la Sorbonne, 26. — Le vespère ou capricorne des vignes,
- 36. — Curieux insectes exotiques, 106. — La nouvelle soie française, 138. — L’écrivain, 205. — Exécution du chemin de fer transaharien d’après le capitaine Bordier, 242.
- Girardin (J.). De l’industrie métallurgique dans l'ancienne Grèce, 118, 198, 254.
- GUÉBHARD (Ad.). — Le spectroscope et ses derniers perfectionnements, 225.
- Guillemin (Amf.dée). — Le bolide du 27 novembre 1877, 159.
- Hamy (E. T.). —Missions scientifiques françaises dans le grand archipel indien, 8. — Quelques observations sur l’ethnogra-phie de Java à l’exposition nationale hollandaise à Arnhem, 405.
- Heuvel (Dr Vanden). — Les éléphants d’Asie employés à l’exploration de l’Afrique, 123.
- Hospitalier (E.). — La lampe électrique Rapieff, 77. — L’audiomètre ou sonomètre de M. Hughes, appliqué aux recherches médicales et acoustiques, 103. — La balance d’induction de M. Hughes, 126. [— La bougie électrique, système Wilde, 160. — La force motrice à domicile par l'électricité, 287. — Le moteur électrique de M. Marcel Deprez, 341. — L'éclairage électrique, système Lontin, 295. — Travail maximum disponible dans les piles, 410.
- JAMIN (J.). — Sur l’éclairage électrique, 259.
- Joly (Dr N.). — Les œstrides, notamment, ceux qui attaquent l’homme, le cheval, le bœuf et le mouton, 74, 90, 287, 543, 358. — Les origines du feu dans l’humanité, 143.
- KÜNCKEL D'HERCULAIS (J.). — Insectes de la Nouvelle-Guinée. Les Cyphocranes et les Kéraocranes, 172.
- LEDUC (A.). — Nouvelles recherches de M. Crookes sur le radio-mètre, 66.
- LELEU (H.) Vitesses des trains de chemins de fer, 420.
- Letort (Cil). — Les agrandissements delà Bibliothèque nationale à Paris, 329.
- Lowe (W. Bezant).— La glacière naturelle de Dobschau, 133.
- MACHADO (V.) Nouveau densimètre, 417.
- Maler (F.). — Découverte d’un tombeau royal zapotèque à Téhuantepec en 1875,22.— Nouvelles explorations des ruines de Palenque (Mexique), 299.
- Margollé (E.). — Observatoire de Zi-ka-wei, 83.
- Meunier (Stanislas). — Académie des sciences (Comptes rendus des séances hebdomadaires) 14, 50, 46. 63, 79, 98, 115, 150, 147, 165, 179, 210, 226, 227, 244, 258, 275, 291. 307, 525, 539, 555, 571, 587, 405, 419.
- Le chemin de fer transsaharien, 1. —Une nouvelle météo-
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- §
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- rile, 197. — Sur quel ques propriétés nouvelles des sulfures métalliques, 58..
- MONCEL (DU). — Machine magnétique de Méritens, 51.
- MOUILLEFERT (P.). — Sulfocarbonate de potassium et phylloxéra, 586.
- MOUREAUX (Th.). — Mois météorologique aux États-Unis : mars, avril, mai, juin, juillet, août 1879, 50. 175, 250, 418.— Le climat de Sydney et de la Nouvelles-Galles du sud, 194.
- MYER (Albert). — Météorologie internationale. Observations simultanées de nuit et de jour sur terre et sur mer, 94.
- NIAUDET (A.).— Lumière électrique. Comparaison des systèmes à incandescence et des système à arc voltaïque, 6. — Labourage par l’électricité, 119.
- NOLET (P.). — Le cycloscope, 84.
- NoRDENSKIOL.D. — L’expédition suédoise dans les régions polaires, 258.
- OUSTALET (E.). — L’architecture des oiseaux. Nid de mésanges, 267, nid de troglodyte, 548.
- PELLETAN (Dr J.). — Les plus Forts grossissements microscopiques, 270.
- Perrier (Edmond). — Les origines et le développement de la vie; les éponges et la formation de l’individualité animale. — L’hydre d’eau douce et l’individualité animale. — La division du travail et les colonies de polypes hydraires, 54, 86, 218, 254, 246, 295,562, 575, 598.
- Picou (R. V.). — La plume mécanique, 76.
- Planté (G.). — Recherches sur les effets de la machine rhéo-statique, 519.
- PLATEAU (J.). — Un petit paradoxe, LU. — Un mot sur l'irra-diation, 519.
- PLUMANDON. — Illusion d’acoustique produite par le téléphone et constatée à l’observatoire du Puy-de-)ôme, '187.
- Poisson (J.). — Voyage de M. de Bérard dans les Indes, 18. — Edouard Spach, 22. — Une mousse lumineuse, 250.
- R... (L.). — 1j Amiral Duperré, navire cuirassé de premier rang, 55. •— Emploi du gaz dans l’éclairage des bouées, 279.
- RENOU. —Sur l’observation du vent par les girouettes, 105.
- Reynier (E.). — Sur l’emploi des piles hydro-électriques et des lampes Reynier pour l’éclairage domestique, 261.
- Sagnier (Henry). — Association française pour l’avancement des sciences. Congrès de Montpellier. Excursions à Nîmes et à Aiguemortes; visite à l’Ecole d’agriculture de Montpellier, 271, 555.
- SARDRIAC(L. de). —Nouveau bélier hydraulique de Douglas, 561.
- Sauvage (E.). — Les spilotes, 115.,— L’hylode de la Martinique, 162. — Les batraciens de France; le venin des batraciens, 281. — La matamata, 557.
- Serres (L’amiral)— Observations recueillies pendant le voyage de la frégate la Magicienne, 154.
- Sire (Georges). Sur trois cas particuliers de la rotation d’un ellipsoïde, 250.
- Stiegler. — L’enseignement par les projections, 567.
- Thiersant (P. de). — Ascension du volcan d’Agua (Centre Amérique), 54.
- TISSANDIER (A.). — Une ascension au Vésuve pendant la dernière éruption, 188. — Construction de l’Observatoire du Pic du Midi, 555.
- TISSANDIER (G.). — Le percement de l’isthme américain, 15, 49 — La scintillation des étoiles et les phénomènes météorologiques. 57. — Baromètre absolu de MM. Hans et Hermary,. 11. — L’orage du 28 juin 1879, observé à Paris, 99. — L’Art des jardins, 176 — Observations météorologiques en ballon; voyage aérien du 50juillet 1879, 179. — Le grand
- ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard, 256. — La Science au théâtre; les monuments de l’Égypte au théâtre du Châtelet, 284. — Le nouvel appareil à fabriquer la glace, de M. Fr. Windhausen à Berlin, 505. — Le dressage des chevaux par l’électricité. Mors et stick électriques, 525. — Les martyrs de la science, 551. — Une ascension aérostatique de Blanchard le 26 août 1785, 549.
- Toussaint (P.). — Les bateaux porte-torpilles, 167.
- TROUESSART (Dr E. L.). —La faune des îles Fanning, 526.
- Truchot (Ch.). — Expériences nouvelles sur l'injecteur Giffard, 585.
- Vion (R.). — Chronique d’histoire naturelle, 595.
- | VULPIAN (P.). — Sur l’utilité de l’enseignement de la géologie, | 570.
- WINCKLER (A.). — Baromètre dynamique, 502.
- Zaborowski. — Le crâne de Descartes, sa capacité et la capacité de quelques autres crânes d’hommes illustres, 111.
- ZURCHER (F.). —L’alcoolisme, 10.
- Articles non signés. — Un serpent de mer, 16. — Le dock flottant le Nicolaieff, 17. — Société française de physique, 18, 78, 96, 174, 574. — Société chimique de Paris, 50, 78, 97, 174, 591. — Nouvelle, pompe à piston fixe, 25. — San-torin et ses éruptions, 59. — Population de la ville de Londres, 42. — Le chlorure de méthyle et la production du froid Recherches de M. Vincent,(45. — Cinquantième anniversaire de l’École centrale des arts et manufactures, 58. — Découverte d’empreintes de doigts d’une femme de l’époque lacustre, 64. — La migration des papillons du mois de juin 1879, 65, 129. — L’éruption de l’Etna, mai, juin 1879, 75. — Société géologique de France, 78, 97, 578. — Four à combustion des résidus, 79. — L’éclairage au gaz de la rue du Quatre-Septembre à Paris, 81. — Les eaux minérales d’Auvergne, 86. — Nouveaux documents sur l’histoire de la découverte de l’Amérique, 99. — Les récents cyclones du Kansas, 117. — Le strabisme, 159. — Le voyage du major Serpa Pinto dans l’Afrique australe, 146. — Un thermomètre métallique, 147. — Téléphone avertisseur de M. Perrodon, 165. — Les élévateurs à blé, 181. — Pluies de poussières, 195.—Association française pour l’avancement des sciences, 296. — Le canot de papier, 298. — Acoustique et optique des salles de réunion, 215. — Pompe turbine à force centrifuge, système Harant, 228. — Bijoux électriques animés, 229. — Lampe réveil-malin, 244. — La statue d’Arago à Perpignan, 245. — L’histoire des phares d’Eddystone, 249. — L’âge de bronze en Sardaigne, 251. — Découverte d’une grotte en Californie, 254. — Nouvelle lampe électrique à incandescence, système Reynier, 261. — Application du chlorure de métyle à la production du froid, 265. — Inauguration de la statue d’Arago, 279. — Le télémètre de poche du lieutenant Gaumet, 277. — Les centenaires, 291. — Les maladies des châtaigniers, 299. — L’ombre d’une montagne projetée sur la brume, 598. — Le gorille et le chinpazé du palais de Cristal à Londres, 599. — La mer de Sargasse, 522. — Thermomètres métalliques de M. Goret, 524. — Grêlons extraordinaires, 524. — Vagues de la mer lumineuses, 545. — Inondations en Espagne, 546. — Le frein à contre-vapeur ou frein Lechatellier, 559. — Les rues du vieux Paris, 552.— L'harmonographe deM. Tisley, 561. — Une expérience d’électricité au xviii6 siècle. — Rails sans lin, système Clément Ader. 575. — L’artillerie chinoise, 579. — L’accroissement de la population aux États-Unis, 592. — Nouvelle scie américaine, [395. — Les éléphants de l’Inde en Afrique, 595. — Conférences spéciales sur la photographie, 595. — Arrivée de la première expédition belge sur les bords du Tanganyika, 598. — Curiosités aérostatique, 404. — Indicateur de pression de M. Marcel Deprez, 497. — Les nouveaux wagons-restaurants en Angleterre, 411. — Essai de mécanique chimique fondée sur la thermochimie par M. Berthelet, 414.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B, Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- La scintillation des étoiles (G. ....................... 37
- Observation de l’occultation d’Antarès, le 28 juillet 1879 (G. FLAMMARION)........................163
- Les étoiles doubles d’après le catalogue de M. Flammarion (Ch. Boissay)..........................314
- Taches solaires......................................... 14
- Passage de Mercure...................................... 31
- Nouvelle planète................. 46
- L'éclipse de soleil du 19 juillet 1879................. 146
- Jupiter................... . . 211
- Deux comètes........................................... 227
- Mécanique céleste................. 275
- Admission d'élèves-astronomes à l'Observatoire de Paris 386
- Physique.
- Lumière électrique. Comparaison des systèmes à incan-
- descence et des systèmes à arc voltaïque (A. NIAUDET). 6 Société française de physique, ... 18, 78, 96, 174, 374 Machine magnéto-électrique de Méritens (Du MONCEL) . 51
- Une nouvelle illusion d’optique (G. M. GARIEL) .... 53
- Nouvelles recherches de M. Crookes sur le radiomètre (A. Leduc) 66
- Baromètre absolu de MM. Hans et Hermary (Gaston 71
- La lampe électrique Rapieff (E. Hospitalier)......... 77
- L’éclairage au gaz de la rue du Quatre-Septembre à Paris. 81 Le cycloscope (P. Nolet)............................. , 84
- L’audiomètre ou sonomètre de M. Hughes, appliqué aux recherches médicales et acoustiques (E. Hospitalier). 103 Mesure des coefficients de dilatation linéaire (Dr G.) . . 126 La balance d’induction de M. Hughes (E. Hospitalier). 126 Le labourage à l’électricité (A. NIAUDET) 140
- Uu thermomètre métallique ..............................147
- La bougie électrique, système Wilde (E. Hospitalier). . 160
- Téléphone avertisseur de M. Perrodon, construit par
- M. Trouvé. . . ................................... 165
- Illusion d’acoustique produite par le téléphone (PLUMAN-don) 187
- Le contrôleur électrique des rondes de nuit de M. Napoli (E. Bâclé) 211
- Acoustique et optique des salles de réunion...........215
- Le spectroscope et ses derniers perfectionnements (Ad.
- Guébhard).............................1........... . 223
- Bijoux électriques animés...............................229
- Sur l’éclairage électrique (J. Jamin)...................259
- Nouvelle lampe électrique à incandescence (Système Reynier) 261
- Sur l’emploi des piles hydro-électriques et des lampes
- Reynier pour l’éclairage domestique (E. Reynier). . . 261
- Les plus fort grossissements microscopiques (D‘ J. Pelle-tan)...............................................270
- Le télémètre de poche du lieutenant Gaumet............277
- La force motrice à domicile par l’électricité (E. Hospitalier) .............................................286
- Un mot sur l’irradiation (J. Plateau).................518
- Recherches sur les effets de la machine rhéostatique (G. Planté)........................................319
- Thermomètres métalliques de M. Goret..................324
- Le dressage des chevaux par l’électricité. Mors et stick électriques (Gaston Tissandier)....................325
- Le moteur électrique de M. Marcel Deprez (E. Hospitalier)......................................... ... 341
- Règle à calcul acoustique (G. M. GARIEL)............. 347
- L'harmonographe de M. Tisley......................... 361
- L’enseignement par les projections ...................367
- Une expérience d’électricité au dix-huitième siècle. . . 372
- Percement du verre par l’étincelle électrique (Fagès). . 383
- Expériences nouvelles sur l'injecteur Giffard (Ch. Truchot). 583
- L’éclairage électrique; système Lontin (E. Hospitalier). 395
- Travail maximum disponible dans les piles (E. Hospitalier). 410
- Nouveau densimètre (V. Machado).......................417
- Le labourage à l'électricité.......................... 14
- Limite ultra-violette du spectre solaire.............. 15
- Acoustique et optique des salles de réunion........... 31
- L’éclairage électrique au palais de l’Industrie. . . 62
- Liquéfaction des gaz.................................. 63
- Spectroscopie......................................... 64
- Les jets d’eau électrises............ 115
- Les nouveaux téléphones Edison et le service des communications téléphoniques à Paris...... 226
- Le système métrique et la médecine....................226
- La machine parlante de M. Faber.................243
- Vibration des bulles de savon........... 291
- Étalon métrique.................................291
- Mission géodésique, méditerranéenne.............307
- Recherches sur l’électricité........... 507
- Le labourage électrique.........................354
- Nouvelles expériences de lumière électrique.....402
- Le spectre solaire.................................. 403
- Éclairage électrique des chutes du Niagara. . . . 403
- Chimie.
- Société chimique de Paris. ............. . 50,78, 97, 174
- Le chlorure de méthyle et la production du froid. Recherches de M. Vincent................................... 43
- Four à combustion des résidus........................ 79
- De l’industrie métallurgique dans l’ancienne Grèce (J. Girardin) 118, 198, 254
- Application industrielle du chlorure de méthyle à la production du froid.....................................263
- Un nouveau métal le Scandium (P. ....................266
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- 428
- TABLE DES MATIÈRES.
- Le nouvel appareil à fabriquer la glace de M. Franz Windhausen à Berlin (G. ................ 505
- Sur quelques propriétés nouvelles des sulfures métalliques (S. MEUNIER)....................... 585
- Essai de mécanique chimique, fondé sur la thermochimie par M. BERTHELOT.........................414
- Le Carbonate d'alumine........................... 15
- Dissociation du sodium........................... 15
- Les sels de cuivre............................... 50
- Alliages de plomb et d’antimoine................. 04
- Constitution chimique des amalgames alcalins. . . 79
- Un nouveau métal................................. 79
- La chimie de la poudre.......................... 98
- Le norvégium..................................... 99
- Dissociation du suif hydrate d’ammoniaque........ 99
- Coton-poudre.................................... 150
- Fer réduit par l'hydrogène.......... .... 150
- Dosage de l'urée.............................
- Eau minérale de la Bourboule.....................150
- Constitution de l’hydrate de chloral.............147
- Fermentations .................. 165
- Chimie organique.................................179
- Etamage des glaces à l’argent mercuré............195
- Le scandium nouveau métal.......................‘210
- Densité des vapeurs de l’alizarine...........
- Formiate de soude............................
- Chimie physiologique.............................291
- Nitrates acides. . ..............................291
- Essai des huiles.................................507
- Minéraux de platine..............................507
- Verre trempé.................. 522
- Thermo-chimie.................. 525
- Fermentation................... 587
- Le fer passif ................. 587
- Séparation du Nickel et du Cobalt................419
- Gaz d’éclairage naturel..........................420
- Le ferment nitrique..............................420
- Météorologie. — Physique du globe.
- Géologie. — Minéralogie.
- La scintillation des étoiles et les phénomènes météorologiques (Gaston ......................................... 57
- Santorin et ses éruptions................................. 59
- Météorologie de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre 1879 (E. Fros). . 47, 151, 195, 275, 559, 587 Mois météorologiques aux États-Unis; mars, avril, mai. juin, juillet, août 1879 (Th. MOUREAUX), 50, 175, 250 118 Baromètre absolu de MM. Hans et Hermary. .... 71
- L’éruption de l’Etna, mai-juin, 1879...................... 73
- Société géologique de France................... 78, 97, 378
- Observatoire de Zi-Ka-Wei................................. 82
- Météorologie internationale. Observations simultanées de nuit et de jour sur terre et sur mer 94
- L’orage du 28 juin 1879, observé à Paris (G. TISSANDIER). 99
- Sur l’observation du vent par les girouettes (E. RENOU, . 105
- Les récents cyclones du Kansas (Etats-Unis)...............117
- La glacière naturelle de Dobschau (W. BEZANT Lowe). . 135 Le bassin du Mississipi (II. BLENZY). . . . 134, 182, 231
- Le bolide du 27 novembre 1877 (AMÉDÉE GUILLEMIN). . 158
- Une ascension au Vésuve pendant la dernière éruption (Albert TISSANDIER) 188
- Pluies dépoussiérés. . . ........................ . 195
- Le climat de Sydney et de la Nouvelle-Galles du sud (Th. Moureaux) 194
- Une nouvelle météorite (S. MEUNIER).......................197
- Découverte d’une grotte en Californie.....................254
- Baromètre dynamique ......................................302
- L’ombre d’une montagne projetée sur la brumr............508
- La mer de Sargasse...................................... 322
- Grêlons extraordinaires tombés à Queenstown...............324
- Vagues de la mer lumineuses (ELLIOT ......................545
- Inondations en Espagne....................................540
- Construction de l’Observatoire du Pic du Midi (A. TISSAN-dieu) 555
- Sur quelques propriétés nouvelles des sulfures métalliques (S. Meunier).................................385
- L’éruption de l'Etna.................................. 14
- Géologie de Tarn-et-Garonne........................... 27
- Terrain dévonien des Côtes du Nord................... 28
- Relèvement des Pyrénées espagnoles.................... 28
- Bassin houiller du Nord.............................. 28
- Eaux minérales d’Auvergne......................46, 86
- La mer intérieure d'Algérie. ..................... 79
- L’éruption de l’Etna.................................. 99
- La théorie de la grêle................ 147
- Synthèse des fers nikélés métcoritiques. . ... . 147
- Cyclones..............................................163
- Orage de grêle en Italie..............................179
- Curieux effet de la foudre............................210
- Diffusion du cuivre dans les roches primordiales. . 227
- Dangers des ponts de neige............................258
- Flux et reflux, des eaux souterraines.................258
- Nouvelle source de pétrole.......................... 258
- Sur le tremblement de terre du 9 septembre 1879 à Lyon 259
- Les pigeons voyageurs et les avertissements météorologiques..........................................258
- Action superficielle des tremblements de terre. . . . 290
- Météorite.........................................307
- Géologie parisienne................ 307
- Joints des grès de Fontainebleau..................... 523
- Phénomènes d’optique céleste. ........................354
- Les tremblements de terre....... .....................404
- Paléontologie végétale.............................. 420
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Un serpent de mer..................................... 16
- Le vespère ou capricorne des vignes (M. Girard) .... 56
- Les origines et le développement de la vie. Les éponges et la formation de l'individualité animale; l’hydre d’eau douce et l’individualité animale ; les méduses et leur parenté avec les hydres ; la division du travail et les colonies de polypes hydraires (Ed. PEREIER). 54, 86.
- 218, 234, 246, 293, 362, 575, 398
- La migration de papillons du mois de juin 1879. . 65, 129 Les œstrides, notamment ceux qui attaquent l’homme, le cheval, le bœuf et le mouton (D" N. Joly). 74. 90,
- 287, 545, 358
- Curieux insectes exotiques (M. Girard).................106
- Les spilotes (E. Sauvage). ............................115
- L'hylode de la Martinique (E. Sauvage). ....... 102
- Insectes de la Nouvelle-Guinée. Les cyphocranes et les kéraocranes (J. KUNCKEL 172
- L’écrivain (M. Girard).................................205
- Les crabes terrestres du Muséum (Dr P. Broc hi). . . . 215
- Une mousse lumineuse (J. Poisson)......................230
- Éducation d’un bombycien séricigène. UAltacus cecropia (L. Clément) 259
- L’architecture des oiseaux. Nid de mésanges, nid de troglodyte (E. Oustalet) 267. 548
- Les batraciens de France. Le venin d.s batraciens (E. Sauvage) 281
- Le gorille et le chimpanzé du palais de Cristal de Londres. 509
- Le faune des îles Fanning(Dr ........................... 3-6
- La Matamata (E. Sauvage)...............................557
- Cataclysmes ornithologiques............................ 26
- Véritable nature des lichens........................... 26
- Observations sur les oiseaux........................... 27
- Un nouveau singe fossile............................... 50
- Curieuse migration de papillons........................ 46
- L’exposition horticole au palais de l’Industrie . . . 62
- Les arbres gigantesques................................ 65
- Développement des graines............................. 98
- Paléontologie parisienne............................... 99
- Réhabilitation d’un insecte............................ 130
- Eorang-outang du Jardin d'Acclimatation................. 178
- Les quinquinas à la Réunion............................. 179
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- TABLE DES MATIÈRES.
- O. xt}
- Cellules végétales................. 227
- Système nerveux des insectes.................227
- Influence de l'électricité sur la végétation.275
- Invasion d'abeilles..........................291
- Un gtjmnote..................................525
- Puissance germinative des graines............595
- Métamorphoses des Batraciens urodèles........595
- U orang-outang chez lui............ 402
- Constitution des dioranum....................402
- Chlorophylle cristallisée.............404, 420
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences
- préhistoriques.
- Découverte d’un tombeau royal zapotèque à Téhuantepec en 1875 (T. ..................................... 22
- Exposition anthropologique de Moscou (J. Bertillon). . 51
- Découverte d’empreintes de doigts d’une femme de l’époque lacustre................................ 64
- Le crâne de Descartes, sa capacité et la capacité de quelques autres crânes d’hommes illustres (ZABOnOWSKI). 111
- Les origines du feu dans l’humanité (Dr N. Joly) .... 145
- Les Nubiens du Jardin d’Acclimatation (Girard de Rialle). 149
- L’âge de bronze en Sardaigne.....................251
- Les monuments de l’Egypte au théâtre du Châtelet (G. ............................................284
- Nouvelles explorations des ruines de Palenque (Mexique) (T. ............................................299
- Les découvertes du D1 Leitner dans le Dardistan (Sr. de
- Drée).............................................515
- Le poison de grenouille en Colombie (ED. André). . . . 589
- L’accroissement de la population aux États-Unis..592
- Quelques observations sur l’Ethnographie de Java, à propos de l'Exposition nationale hollandaise à Arnhem (E. T. Hamy) 405
- Une centenaire.................. 163
- Géographie. — Voyages d'exploration.
- Missions scientifiques françaises dans le grand archipel Indien (E. T. Hamy)..................................... 8
- Voyage de M. de Bérard dans les Indes (J. Poisson) . . . 18
- Ascension du volcan d’Agua dans le Centre Amérique (P. de 54
- Les Nouvelles-Hébrides (R. ...........................101
- Les éléphants d’Asie employés à l’exploration de l’Afrique (Dr Vanden 125, 595
- Le voyage du major Serpa-Pinto dans l’Afrique australe. 146
- Observations recueillies pendant le voyage de la frégate la Magicienne 134
- Le canot de papier......................................208
- L’expédition suédoise dans les régions polaires (NORDENS-kiold)..................................................258
- Mesure rapide des longueurs. Le cartomètre (Ch. Bon-temps) ....................................................
- Une visite à l'ile de Man..............................551
- Le Zoulouland (St. de Drée).................................
- Arrivée de la première expédition belge sur les bords du ........................................................598
- La catastrophe du mont Cervin...........................210
- Découverte d’une nouvelle île au Japon......................
- Hydrographie de la mer du Japon.........................405
- Exploration de l’Australie du Sud.......................419
- mécanique. — Art de l’ingénieur. — Travaux publies. — Arts industriels.
- Le chemin de fer transsaharien (S. ..................... 1
- Le percement de l’isthme américain (G. TISSANDIER). 15. 49
- Moulins à vent de San Francisco (GARNAULT). .... 19
- Nouvelle pompe à piston fixe........................... 25
- La pompe-injecteur Chiazzari (L. Bâclé)................ 59
- La plume mécanique iR. V. ............................. 76
- Un petit paradoxe (J. Plateau)............................ 114
- Frein continu à air comprimé. Système Westinghouse (L. Bâclé) 151
- Emploi des sulfures naturels comme combustibles dans la méallurgie. Procédé Hollway (F. BLANCHART). . . 190 Pompe-turbine à force centrifuge, système llarant. . . 228
- Exécution du chemin de fer transsaharien, d’après le capitaine Bordier (M. Girard) 242
- Lampe réveil-matin..........................................244
- L'histoire des phares d’Eddystone......................... 249
- Système Agudio, pour la traversée des montagnes par les voies ferrées (L. Bâclé) 311
- La plus grande écluse du monde..............................323
- Une mine sous l’eau. L’ile d’Argent dans le Lac supérieur (États-Unis)(L. Bâclé)........................• 545
- Le frein à contre vapeur du frein Lechatelier.... 550
- Nouveau bélier hydraulique de Douglas (L. de Sardriac). 560
- Rails sans fin. Système Clément Ader........................575
- Nouvelle scie américaine....................................593
- Indicateur de pression de M. Marcel Deprez sur le wagon d’expériences du chemin de fer de l’Est 407
- Les nouveaux Wagons-restaurants en Angleterre. ... 411
- Sur la vitesse des trains de chemins de fer (Leleu). . . 420
- Machines à vapeur.......................... 45
- Canal intérocéanique....................... 15
- L’air comprimé dans l’exploitation des houillères. . 62
- Géodésie...................................430
- L'horographe................................................495
- C.anal interocéanique..................... 228, 387
- Chemin de fer du Soudan.....................................228
- Les chemins de fer aériens de New-York......................245
- Clous en acier.................. 243
- Une horloge merveilleuse....................................245
- La hauteur des voies ferrées........... 258
- Les fabriques de soie en Suisse....................
- Un railway dans l'Afrique centrale..........................291
- Réseaux télégraphiques......................................291
- Le chauffage des villes par la vapeur.......................306
- Les trains-éclairs..........................................587
- Nouveau steamer à grande vitesse. ....... 405
- Accidents de mines................ 405
- Chemin de fer du Vésuve.....................................418
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- L’alcoolisme (F. ................................. 10
- Le strabisme.........................................
- Fous ou criminels? (J. Bertillon).................186
- Illusion d’acoustique produite par le téléphone (PLUMAN-don)............................................. 187
- Congrès périodique international des sciences médicales à Amsterdam (C. M. G.) 510
- Un mot sur l’irradiation (J. Plateau). ...........518
- Le poison de grenouille en Colombie (Ed. André). . . . 389
- Pathologie.................................... 15
- Anesthésiation chirurgicale................... 27
- Albuminurie................................... 30
- Guérison de la maladie bactéridique........... 31
- Rôle thérapeutique des alcalins............... 51
- Vaccinations et revaccinations................ 46
- La rage....................................... 65
- Injections lactées............................ 65
- Le protoxyde d’azote et la chirurgie..........130
- L’eau verte. .....................................178
- La fièvre jaune aux États-Unis.................. 178
- Excitation musculaire............... 179
- Le venin du bothrops..........................179
- Théorie de la rage............................179
- Action de la morphine sur les chevaux.........195
- L’acide phénique et la fièvre jaune...........227
- Mesures des calories dégagées par un animal. . . 227
- Lavage........................................227
- Les anesthésiques et la sensitive.......... 227
- Contractures chez les hystériques. ........ 227
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- 450
- TABLE DES MATIÈRES.
- Propriétés anesthésiques du chloral.................258
- Un doigt coupé et recollé..........................‘274
- Traitement de l’ophthalmie sympathique..............523
- Appareils de gymnastique. . . . 571
- Le charbon..........................................587
- Le darwinisme et le langage.........................587
- Causes des fièvres paludéennes .......... 418
- Les buveurs d'opium en Angleterre. ....... 18
- Agriculture.— Acclimatation. —
- Pisciculture, etc.
- La nouvelle soie française (MAURICE Girard)............ 158
- Le labourage à l’électricité (A. .......................140
- Les élévateurs à blé.............................. ... 181
- L’écrivain (Maurice Girard)............................ 205
- Les maladies des châtaigniers......................... 299
- Visite à l’École d’agriculture de Montpellier (H. SAGNIER). 335
- Sulfocarbonate de potassium et phylloxéra (P. MOUILLE-................................................... 586
- Le labourage à l'électricité............................ 14
- Le doryphora en Bussie,................................. 63
- La maladie des oignons............................ . 98
- Le biscuit pour les chevaux.............................115
- Maladies de la vigne.................................. 146
- La plus grande ferme du monde....................• • 146
- Une collection de vieux animaux........................ 147
- Phylloxéra..............................165, 211. 355, 404
- Acclimatation du saumon en Nouvelle-Zélande. . . 210
- Immunité de certaines variétés de l’espèce ovine touchant l’infection charbonneuse..........................244
- Ixs bestiaux de La Plata................................275
- Destruction des pucerons............................... 275
- Nouvelle maladie de la vigne............................507
- Les asperges et le phylloxéra. .........................323
- La peste bovine en Autriche............................ 405
- Art militaire. — Marine.
- Le dock flottant le Nicelaieff.......................... 17
- L’amiral Duperré navire cuirassé de premier rang (L. II.) 55
- Les bateaux porte-torpilles (P. Toussaint).............167
- Emploi du gaz dans l’éclairage des bouées (L. R.). . . 279
- L’artillerie chinoise...................................379
- Essais du canon de cent tonnes à Woolwich............162
- Aéronautique.
- Le soixantième anniversaire de la mort de Mme Blan
- chard (Ch. Boissay)............. ................ 112
- Observations météorologiques en ballon. Voyage aérien du 30 juillet 1879 (G. Tissandier)................. 179
- Le grand ballon Captif à vapeur de M. Henry Giffard (G. Tissandier)..........................................
- Une ascension aérostatique de Blanchard le 26 août 1785
- (G. .Tissandier).......................................359
- Curiosités aérostatiques.................................404
- Ascension aérostatiques..........................114. 178
- Le ballon Captif de Berlin...............................178
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- ÉdouardSpach(J.P.)...................................... 22
- Madame Blanchard (soixantième anniversaire de sa mort) (Ch. Boissay)....................................112, 270
- La statue d’Arago à Perpignan............................245
- Invention des allumettes chimiques....................... 30
- Statue d’Arago...........................................211
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences ; comptes rendus des séances hebdomadaires (STANISLAS Meunier). 14, 30, 46, 63. 79, 98, 115, 150, 147, 163. 179, 210, 226. 227.
- 244, 258, 275, 291, 507, 323, 339, 355, 371, 587, 419
- Société française de physique.......18, 78, 97, 174, 374
- Société chimique de Paris........... 50, 78, 97, 174, 591
- Exposition anthropologique de Moscou (J. Bertillon). . 31
- Réunion des Sociétés savantes des départements, à la
- Sorbonne du 16 au 19 avril 1879 (M. Girard). . . . 26
- Société géologique de France.................. 78, 97, 378
- Association française pour l’avancement des sciences.
- Congrès de Montpellier (II. Sagnier). . , 206, 271, 335
- Soirées de l’Association scientifique de France à la Sorbonne. Conférences spéciales sur la photographie, par
- M. ....................................................394
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Population de la ville de Londres................. 42
- Cinquantième anniversaire de la fondation de l’Ecole centrale.......................................... 58
- Nouveaux documents sur l’histoire de la découverte de l’Amérique 90
- L’Art des jardins (G. Tissandier)..................176
- Sur trois cas particuliers de la rotation d’un ellipsoïde (Georges Sire)....................................250
- Les centenaires................................. 291
- Les agrandissements de la Bibliothèque nationale à Paris (Ch. Le tort).....................................529
- Les Martyrs de la science (G. Tissandier).........335
- Les rues du vieux Paris..........................352
- L’accroissement de la population aux Etats-Unis. . . . 392
- Les femmes savantes................................ 14
- Bibliothèques scolaires............................ 30
- Statistique de l’industrie de T horlogerie dans le monde entier. .......................................... 62
- La lutte pour l’existence..........................163
- lx téléphone dans les églises......................165
- Les possessions américaines........................179
- Les fougères comestibles. . .........................290
- Le commerce de Hong-Kong.............................290
- Le commerce des fauves............................. 306
- Les almanachs................. 506
- Lièvres tués par les locomotives..............« . . 354
- Bibliographie.
- Eléments de physique appliquée à la médecine et à la physiologie ; Optique par M. A. Noitessier (C. M. Gariel) 247
- Notices bibliographiques. 6, 18, 35, 71, 103, 126.
- 151, 172, 259, 267, 279, 319, 354, 370, 385. 591, 414
- Correspondance.
- Voyage de M. deBérarddans les Indes (J. Poisson). . . |8
- Sur la pompe Gossin (H. de L.)...........................126
- Appareils pour l'enseignement de la cosmographie (II. Courtois)......................................175
- Sur le tremblement de terre du 9 septembre 1879, à
- Lyon (P. C.)........................................... 259
- Sur l’éclairage électrique (J. Jamin). .. .... . . 259
- Sur l’utilité de l’enseignement de la géologie (Paul VUL-pian)..................................................370
- Sulfocarbonate de potassium et phylloxéra (P. MOUILLE-fert)..................................................586
- Vitesse des trains de chemins de fer ................. 420
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 18, col. 2, ligne 25. — Au lieu de : Seine-Inférieure, lisez : Charente-Inférieure.
- Page 90. col. 2, ligne 43. — Au lieu de : de larve en ver, lisez : de larve ou ver.
- Page 92, ligne 6, de la légende. — Au lieu de: grossie une fois, lisez : 140 fois.
- Page 92, ligne 12, de la légende. — Au lieu de ; pulpe, lisez: palpes.
- Page 127, col. 2, ligne 56. — Au lieu de : La matière moléculaire, lisez : la nature moléculaire.
- Page 153, col. 2, ligne 51. — Au lieu de : colage, lisez . calage.
- Page 198, col. 2,5e ligne du titre. — Au lieu de : (suite voy. p. 74), lisez : (suite voy, p. 118).
- Page245, col. 1,ligne 4.— Au lieu de: M. Mercier, lisez: M. Mercié.
- Page247, col. 1. ligne 53. — Au lieu de : la colonie se présente, lisez : la colonie représente.
- Page 255, col. 1, ligne 4. — Au lieu de : six après, lisez : six ans après.
- Page 255, col. 2, ligne 12. —Au lieu de ; (fig.), lisez : (fig. 3).
- Page 275, col. 2, ligne 42.— Au lieu de : annylique, lisez : amylique.
- Page299, col. 1, ligne 4. — Au lieu de : il en était mort, lisez : il était mort.
- Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
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