La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS A L'ART ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
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- SOIXANTE.HUITIÈME ANNÉE - 1939-1940 DEUXIÈME SEMESTRE 1939 - ANNÉE 1940
- MASSON ET e ÉDITEURS,
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- J 20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
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- SUPPLÉMENT AU No 3064 (15 DÉCEMBRE 1940).
- Le Gérant : G. MASSON.
- IMPRIMÉ PAR. BARNÉOUD FRÈRES ET Cle A LAYAL (FRANCE)
- Published in France.
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- N° 3052
- LA NATURE
- J" Juillet 1939
- LE LAC TCHAD CONQUIS PAR LA
- NAVIGATION
- Nous rappellerons que le Tchad, appelé aussi Ouan-gara par les indigènes soudanais, occupe le centre d’un vaste bassin fermé, limitrophe à ceux de la Bénoué et du Niger, à l’ouest, à ceux de l’Oubangui et du Congo, au sud, et à celui du Nil Blanc, à l’est. On lui accorde une superficie de vingt milliers de km2, mesure aléatoire et qu’il faudrait rectifier sans cesse,.; IJn'e constatation suffira pour le prouver : la carte à grande échelle dressée en 1908 par la mission du général Tilho plaçait le gros village de N’Guigmi à 90 km de la rive, alors qu’il est aujourd’hui l’un des principaux ports du lac.
- Les « gens qui s’y connaissent » (il n’en manque pas, même en géographie) avaient prédit que le Tchad était en voie d’assèchement rapide. La prophétie pourrait être prise au sérieux si la vaste nappe ne recevait pas de constants apports.
- Située à 120 de l’équateur, elle subit une intense chaleur diurne qui provoque une forte évaporation. Mais son altitude de 260 m, secondée par le voisinage (au nord) des régions désertiques où la températui’e nocturne est extrêmement basse, assure le refroidisse-sement de ses eaux au cours de chaque nuit.
- On se demandera quel intérêt majeur pouvait inspirer l’organisation d’un service de navigation sur le Tchad, que sillonnent déjà ces pittoresques pirogues de roseaux (kadéis), manœuvrées à l’aide de perches longues de 4 à 5 m, qu’emploient les riverains pour le transport et l’échange de leurs denrées. Le but envisagé par les promoteurs de l’entreprise est d’assurer la liaison régulière entre Zinder et Fort-Lamy, c’est-à-dire entre l’Afrique occidentale française et l’Afrique équatoriale française. Ce projet est donc bien national ou, selon l’expression que nous commençons à comprendre, il est, au premier chef, « Empire français ».
- Cette liaison n’est assurée actuellement que pendant quelques mois de l’année par deux pistes « automo-bilables » : celle du sud et celle du nord. L’une tra-
- verse la Nigérie britannique et le Cameroun, en passant par Kano, Maidougari et Dikoa, pour aboutir à Koussiri, au confluent du Logone et du Chari, où les véhicules empruntent un bac qui les dépose à Fort-Lamy. L’autre, qui se déroule exclusivement en territoire français, par Maïné-Soroa, N’Guigmi, Mao et Massakori, est d’un parcours pénible, en raison des étendues de sable, des dunes et des cuvettes qu’elle rencontre. Pendant la longue saison des pluies, les inondations rendent l’une et l’autre impraticables. Il
- n’est pas inutile de remarquer que, chaque année, pendant 6 mois, Fort-Lamy, bien que séparé de la rive du lac par une distance de 178 km, se trouve transformé en île.
- TRAVAUX PRÉLIMINAIRES
- Nous avons eu déjà l’occasion de présenter aux lecteurs de La Nature les pi'o-moteurs de l’audacieuse entreprise que nous allons exposer : M. Georges Es-tienne, réalisateur du service transsaharien Colomb-Béchar-Gao, fondateur et administrateur-délégué de la Société algérienne des Transports tropicaux, et M. Jacques R. Roques, son collègue. On se souviendra que, dès 1934, cette jeune firme assurait un service régulier d’autocars entre Alger et la Nigéria. Ce fut à cette époque que MM. Estienne et Roques comprirent que le meilleur moyen de relier entre elles les deux colonies était offert par les eaux du grand lac.
- Il importait avant tout d’en étudier la navigabilité, et l’on pénétrait là sur un domaine quasi mystérieux, en dépit des reconnaissances accomplies par divers exploiteurs dont il nous suffira de nommer le regretté Bruneau de Laborie et le général Tilho. Les cartes les plus récentes ne présentaient qu’un fouillis de marécages et d’impénétrables fourrés de roseaux, bien fait pour décourager toute initiative.
- Cependant, les deux pionniers décidaient d’entreprendre une enquête sur place. En janvier 1936, ils
- Fig. 1. — Des nattes de paille permettent au camion de traverser du sable mouvant, en plein Sahara.
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- Fig. 2. — Le véhicule et sa charge s’engagent dans une cuvette, complètement remplie d’eau pendant Vhivernage.
- arrivaient au Tchad pour prendre livraison d’une baleinière qu’on leur avait promise. Faux espoir. Ils s’adressent aux autorités coloniales, qui refusent de leur prêter une embarcation : elle courrait trop de risques sur un parcours qui, leur assure-t-on, est encombré de roseaux et de papyrus.
- Ils élaborent aussitôt un nouveau plan d’action divisé en deux étapes : pilotes aviateurs l’un et l’autre, ils feront une reconnaissance aérienne de l’itinéraire choisi, par Bosso, Baga de Seyeroum et embouchure du Chari ; puis, ils îœferont ce même itinéraire avec une embarcation qu’ils muniront d’un propulseur amovible.
- L’année suivante (i5 janvier 1937), ils pai’tent d’Alger en pilotant un des avions de tourisme de leur société, atteignent Zinder et en repartent le 22 pour le survol du lac. En passant au-dessus de Bosso, village situé à l’embouchure de la Komadougou, ils se rendent compte que cette puissante l'ivière, fort encaissée, est assez large et navigable pour servir leurs projets et que ce point conviendra à l’établissement d’un port pour l’Afrique occidentale française.
- Poui’suivant leur vol vers le Baga de Seyeroum, distant de quelque 70 km, ils constatent que, sur ce secteur, les eaux sont « magnifiquement libres et d’un bleu méditerranéen », ce qui constitue un indice satisfaisant quant à la profondeur. Le seul détail qui pourrait motiver de l’inquiétude, c’est la bordure de roseaux qui, sur une épaisseur de 2 à 3 km, longe le rivage de la Nigeria, et l’appareil vole trop haut (2.000 m) pour qu’il soit possible de déterminer si cette masse comporte un chenal. Et c’est ici que l’on peut juger, par ailleui's, des avantages de l’exploration aérienne : les aviateurs relèvent l’existence de plusieurs îles qui ne figurent pas sur les cartes les plus récentes et les plus a complètes ».
- Entre le Baga de Seyeroum et l embouchui'e du Chari, les îles, d’abord rai'es et espacées, deviennent plus nombi'euses et plus compactes ; mais les chenaux paraissent assez larges pour permettre une navigation aisée. Et c’est bientôt l’atterrissage à Fort-Lamy, api'ès une traversée « mai-itime » de 180 km environ. Mais nos pionniers ne sont pas au bout de leui’S peines, tant s’en faut ! La « baleinière » où ils s’embarquent dès le lendemain matin, avec un mécanicien français et un équipage indigène, n’est qu’un chaland de 4 t et à fond arrondi, actionné par un moteur de 22 ch. hors-bord ; elle se compoi’te bien sur la descente du lleuve. Mais, le jour suivant, dès qu’elle aborde le lac qu’agite une houle, elle commence à donner de la bande et menace de chavirer. Et c’est l’abandon de cette première tentative, échec dont on se console en tirant de lui cet enseignement : le Tchad est une véritable mer et, comme tel, exige une embarcation marine.
- UN BATEAU TRAVERSE LE SAHARA
- Nous cueillons cette phrase dans les notes que M. Jacques R. Roques a bien voulu nous communiquer :
- 0. L’étonnement du propriétaire de la vedette fut extrême, lorsque, l’achat conclu, je lui annonçai qu’elle traverserait le Sahara, perchée sur un camion. En bon yachtman qu’il était, ce fut avec des lai'mes dans les yeux qu’il me fit promettre que l'ien de fâcheux n’arriverait à son ancien bateau ».
- Rebaptisée L’Explorateur René Estienne, à la mé-moire du frèi'e cadet de Georges Estienne, tué sur son camion près de Bou Denib, en mai 1927, au couis d’une reconnaissance saharienne, la vedette, jaugeant 20 tonneaux, avait 10 m de long sur 2 m 65 de large. Coque entièrement en acier ; moteur de 19 ch donnant une vitesse de ci'oisière de 7 nœuds environ ; aménagements confortables : cabine à deux couchettes avec installation permettant de faii'e la cuisine ; w.-c. ; spacieux salon avec deux banquettes-couchettes ; cockpit abrité du soleil par une tente. Le bateau avait démon-tré son excellente tenue en croisant dans la mer du Nord.
- Un cargo le débarqua sur les quais d’Alger en décembre 1937. Logé dans un berceau d’acier boulonné au châssis d’un camion de 6 t, il allait bientôt commencer son étonnante x’andonnée de 4.100 km ; la rigidité du dispositif imaginé par M. Georges Estienne devait contribuer au succès de cette première phase de l’entreprise.
- Les notes de M. Jacques R. Roques nous rappellent un pi'écédent qui ne fut pas sans mérite. En mars i85o, une expédition composée de l’Anglais Richardson et des Allemands Barth et Overweg, partit de Tripoli, emportant dans ses bagages, convoyés à dos de chameaux, une bai’que démontée en quatre pai’ties, des-
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- linée à l’exploration du Tchad. Barth fut le seul survivant. Après avoir exploré pendant 2 mois les rives du lac et ses îles, Overweg, atteint d’une fièvre pernicieuse, mourut près de son petit bateau. Mais on conviendra que le fait de transporter de toutes pièces, à travers quatre milliers de km de désert, une unité de la taille et du poids de L’Explorateur René Estienne, constitue une prouesse sans pareille.
- Il ne manqua pas de mauvais prophètes pour prédire que le pesant colis n’arriverait pas à destination. Cependant, conduit par un mécanicien expérimenté, M. Chikk, le camion partait d’Alger le 23 décembre, en suivant la piste aménagée depuis 3 ou 4 ans par la Société algérienne des Transports tropicaux, et atteignait sans encombre Zinder le i4 janvier 1938. A son passage aux oasis qui jalonnent cette l'oute (Laghouat, Ghardaïa, El-Goléa, Tamanrasset, etc.), il avait été salué par les cris de surprise des indigènes, qui demandaient à savoir où l’on pourrait trouver assez d’eau pour y poser une embarcation de cette taille.
- Le lendemain, M. Jacques R. Roques et son compagnon, M. Pierre P. Escoffier, partis le 3i décembre par le « Pullmann » de la société, arrivaient à Zinder et s’empressaient d’aller étudier la piste qu’emprunterait le camion pour gagner Bosso et la rive du lac ; ils s’assuraient quelle n’était pas aussi mauvaise que les rapports le prétendaient et, de retour à Zinder, organisaient le départ pour le surlendemain.
- VERS LA RIVE DU TCHAD
- Les débuts sont encourageants : pendant la première journée, le camion parcourt 170 km, sur les 58o qui
- Fig. 3. — Des nègres liaient la vedette sur la Komadoungou, à un passage dangereux.
- ..—..........3 =
- séparent Zinder de Bosso. Mais, à mesure qu’il s’éloigne de son point de départ, la piste se détériore ; le sol cède sous les roues ; les côtes sont dures ; le pesant véhicule menace de verser chaque fois qu’il lui faut s’engager dans l’une des larges dépressions qui jalonnent la piste ; 100 km, c’est tout ce qu’il peut franchir pendant la deuxième journée. Cependant, à force de volonté, nos pionniers atteignent Bosso le jour suivant à 9 h du soir. La nouvelle de l’arrivée du gigantesque kadéi se l’épand vite alentour et, par centaines ou par milliers, les indigènes s’assemblent pour le régaler d’une aubade de leur choix : un grand tam-tam d’honneur. Tous auraient voulu toucher du doigt le gros camion et son étonnante charge.
- Le plus fort était fait, certes ; mais il fallait maintenant mettre la vedette à flot et, pour cela, commencer par soulever le ber (ou berceau) afin de le munir de roues. Un missionnaire, le Père de Bélinay, aumônier du régiment du Tchad à Fort-Lamy, compagnon de voyage de MM. Roques et Escoffier, pendant le trajet d’Alger à Zinder, avait pris les devants pour faire exécuter à Bosso certains travaux préliminaires et recruter de la main-d’œuvre. Le camion recule dans la tranchée en pente que l’on vient d’achever de creuser. Line soixantaine d’hommes tirent sur le ber et le font sortir du châssis sur la longueur voulue pour fixer la première paire de roues.
- L’opération s’effectue tant bien que mal ; il n’en est pas de même pour la pose de la seconde paire. Les noirs mettent tant de cœur à la besogne et, d’autre part, ils sont à ce point excités par les encouragements que leur hurle la foule de spectateurs, qu’ils halent par saccades frénétiques, avec ce résultat que le ber
- Fig. 4. — La vedette s’est échouée sur un banc de
- sable de la rivière. Des équipes de nègres la halent ou la poussent.
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- NAVIGATION MOUVEMENTÉE
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- Fig. o. — Le lac Tchad est sillonné de pirogues en papyrus qui transportent passagers et marchandises.
- glisse du camion et tombe sur le sol. La chute n’a été que de 4o cm ; elle a suffi pour arracher les traverses et tordre tout l’appareil. La suite des opérations s’en trouve compliquée. On tente de soulever le ber à l’aide de crics, qui s’enfoncent dans le sable. Il faut se décider à creuser : des heures de travail avant de pouvoir fixer les roues.
- Enfin, c’est l’essai de mise à l’eau, qui tourne à la catastrophe ! Malgré le chemin de rondins préparé, ber et bateau s’enlisent dans la vase. La nuit interrompt les opérations de dégagement, qui sont reprises le lendemain matin. Le « sultan » de Bosso, brave nègre qui répond aux noms de Chétima Chérida, arrive à la rescousse avec tous les hommes qu’il a pu réunir. Dégagé, le bateau, sous la poussée des noirs, descend la pente douce qui, malheureusement, se termine par un brusque à-pic. Aussitôt que la proue plonge dans la rivière, l’eau pénètre dans les w.-c., situés à l’extrême avant et qui ne comportent pas de clapet.
- « Je vois, conte M. Roques, l’eau envahir le bateau sous la forme d’un véritable geyser. Tout ce que je trouve sous ma main pour aveugler cette voie d’eau est immédiatement employé : il ne me reste plus que ma culotte. La situation reste néanmoins sérieuse, car ce calfatage ne saurait résister bien longtemps. Je fais vider l’eau. Je hurle à Escoffier d’activer l’opération et, avec ce qui lui reste de voix — il sera aphone 2 jours durant — il donne la cadence aux noirs. Heureusement pour lui, un joueur de trompe vient à la rescousse et, aux sons rythmés et tonitruants d’une corne de zébu, la corvée reprend le rythme et, en quelques instants, le bateau flotte. De joyeuses vociférations saluent cet événement, car ceux des gens de Bosso qui ne travaillent pas sont là pour encourager les autres... ».
- Le départ a été fixé à l’aube du 26 janvier. Tout est prêt : il ne manque que les deux Capitas engagés la veille. Ce sont des hommes d'une peuplade de pêcheurs et navigateurs, familiers avec les chenaux. A 9 h, ils ne sont pas encore là, et l’on apprend que le bateau leur fait peur et qu’ils sont cachés dans la brousse. M. Roques avise le « sultan » qui dépêche aussitôt des cavaliers à leur recherche ; on les ramène vers it h. Les fugitifs présentent une excuse que l’on- accepte sans discussion: ils étaient allés chercher des vivres au village voisin. Et la descente de la Komadougou commence : 6 km à vol d’oiseau jusqu’au lac, chiffre presque triplé par les méandres de la rivière.
- La Komadougou est étroite autant que tortueuse ; par endroits, elle est partiellement obstruée ; mais le bateau avance quand même. Vers le milieu de l’après-midi, un redoutable obstacle se présente : le lit est complètement bouché par des masses de plantes aquatiques sur une longueur d’une trentaine de mètres que l’on mettra 3 heures à franchir. Enfin dégagé, le bateau refuse de se mettre en marche ; l’hélice ne tourne plus.
- A l’aube suivante, le a plongeur » de l’équipage, un certain Lara qui a la faculté de rester un temps invraisemblable sous l’eau, la dégage de l’énorme peloton
- Fig. 6. — La vedette fait escale à Nébech, près de l’embouchure du Chari. Au premier plan, blocs de sel gemme.
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- d’herbes qui l’enveloppait. Le bateau parcourt une centaine de m, et pour se trouver soudain, derrière un coude, devant une palissade de roseaux qui bouche entièrement la rivière. Et c’est alors que les Capitas, ces experts, annoncent tranquillement qu’ils ont manqué la veille le bon chenal ! Demi-tour dans un espace réduit ; nouveau plongeon de Lara, pour nettoyer l’hélice une fois de plus. Deux cents mètres de navigation ; et le brave noir doit se remettre à l’eau pour enlever des lignes de pêche qui sont enroulées autour de l’axe.
- Voici le bon chenal, manqué la veille. La rapidité du courant entraîne la vedette sur un banc de sable ; une marche arrière la tire de ce mauvais pas. Mais, plus loin, la rivière n’a plus que 70 cm de profondeur, alors quelle en cale 80. Les gens d’un village proche viennent prêter la main. L’accident se répète et, cette fois, le bateau reste solidement englué. Le dégagement est ajourné au lendemain ; prévenu, le sultan de Bosso enverra des renforts.
- Ils arrivent avant l’aube, annoncés de loin par les tam-tams, conduits par Chétima Chérida qui a passé la nuit à recruter 125 hommes choisis parmi les plus robustes et jure qu’ils sont capables de « porter » le bateau jusqu’aux eaux libres ! Les caisses d’essence sont déchargées, ce qui dé jauge la vedette de 2 à 3 cm. On répartit les équipes, chargées respectivement de haler, de pousser, de soulever. Et les opérations commencent, aux sons des tam-tams qui règlent la manœuvre et excitent les gens.
- Le bateau bouge ! Lentement, il grignote les quelque 3oo m qui le séparent d’un fond où il pourra flotter et finit par l’atteindre. Est-ce le terme des tribulations ? Le sultan annonce qu’il reste à franchir encore un mauvais passage ; on en triomphe par les mêmes manœuvres. Rechargement des caisses ; distribution de l’écompenses. Une demi-heure de navigation, et le lac Tchad apparaît, devant sa ligne d’horizon qui est celle d’une mer.
- OU LE TCHAD S’AVÈRE NAVIGABLE
- La fin de l’aventure court le risque d’apparaître banale, après les émotions et les incidents de la première partie. La vedette disposait maintenant de fonds plus que satisfaisants pour marcher à pleine vitesse. En une journée et demie, elle achevait la traversée du lac et mouillait devant l’embouchure du Chari. Les notes de M. Jacques R. Roques nous fournissent un détail assez pittoresque pour que nous l’accueillions ici : en route, le bateau croisa une énorme pirogue de papyrus, longue d’un vingtaine de mètres, qui transportait, outre de nombreux passagers, plusieurs bœufs ; sa vitesse de marche paraissait être de l’ordre de 1 km 1/2 à l’heure.
- Il ne restait plus aux pionniers qu’à remonter le Chari, ce qu’ils firent en deux étapes qui, malgré la baisse des eaux et l’émergence de fonds de sable, ne furent marquées d’aucun incident fâcheux. A midi,
- Fig. 7. — Enjin, « l’Explorateur René-Estienne » accoste à Fort-Lamy, terminus de son voyage.
- le 3i janvier, L’Explorateur René-Estienne s’amarrait au quai de Fort-Lamy, pavoisé en son honneur.
- Il est donc démontré que la traversée du grand lac africain est un exploit facile pour une embarcation marine et qu’elle peut être effectuée régulièrement, en toutes saisons. L’accès par Bosso a été reconnu si difficile, en raison des obstacles accumulés sur le cours de la Komadougou, que les promoteurs ont décidé l’abandon de ce port au profit de celui de N’Guigmi, situé plus au nord, mais qui offre cet avantage d’être un poste militaire, avec T. S. F., logements, aérodrome, etc. Une piste actuellement à l’étude reliera en toutes saisons N’Guigmi à Agadès.
- Les promoteurs ont renoncé à faire de Fort-Lamy le port d’attache pour l’Afrique équatoriale française ; la navigation sur le Chari est soumise à trop d’aléas : en période de crues, le courant est très rapide ; aux basses eaux, le lit se barre de bancs de sable. Ils ont fait choix de Nébeck, l’un des villages situés près de l’embouchure du fleuve et qui est relié à Fort-Lamv par une bonne piste.
- La vedette a dû commencer son service régulier le i5 janvier 193g. Non seulement elle assurera la liaison constante et économique entre nos deux grandes colonies africaines, mais elle peimettra aux voyageurs venant de l’Afrique du Sud et du Congo Belge de gagner rapidement l’Europe, en traversant le-Sahara et l’Algérie.
- C’est un événement qu’il importait de signaler.
- Victor Forbin.
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- LA PERMANENCE DES PAPIERS
- « Scripta marient » ... si le papier dure. Mais s’il se détériore, l’écrit disparaît tout comme la parole.
- Tous les bibliophiles savent que les éditions anciennes sont rarement piquées, tandis que les livres de l’époque romantique le sont à peu près tous. Tous les bibliothécaires connaissent les difficultés de conserver les collections de journaux, de certains périodiques et même les livres récents imprimés sur mauvais papier.
- Déjà, avant la guerre, M. Sée, dans une thèse de doctorat x-emarquée, avait étudié les moisissures qui causent la piqûre des papiei’s. En 1912, l’Association des éditeurs de journaux américains signalait les dangers du chauffage central des bibliothèques, causant un dessèchement excessif des papiers. En 1928, un comité de la Société des Nations attirait l’attention sur l’état des imprimés, manuscidls et documents de tous ordi'es ayant trait à la gueiTe de 1914 et le peu de chance de conservation de certains d’entre eux, particulièrement ceux sur papiei’s de pulpe de bois blanchie. En 1981, M. René Legendre recommandait le contrôle du pH des papiers, ceux acides produisant, par hydrolyse de la cellulose, du sucre nourrisseur des microoi'ganismes. En 1932, M. YVehmhoff, dii’ecteur technique du Government Pxinting Office de Washington, précisait les essais de contrôle les plus sûrs, si bien que l’industrie de la papeterie, enfin renseignée, est maintenant capable de produire des papiers de consei'vation dura-ble.
- Il semble que la bonne tenue des papiei’s dans le temps sei'ait surtout conditionnée par une haute teneur de la pâte en alpha-cellulose, étant entendu, d’autre part, que des impuretés, même contenues en petites quantités, ne soient pas de nature à détériorer le papier.
- C’est ainsi qu’un excès d’acidité au moment du collage donne des papiers de mauvaise conservation qui
- Fig. 1. —Les papeteries cl’Arches, alimentées par la Niche dont les eaux coulent dans les grès des Vosges et sont remarquablement pures.
- Fig. 2. — Le triage des chiffons aux papeteries d’Arches.
- peuvent s’altérer spontanément en magasin. Cet inconvénient est facile à éviter en surveillant, au cours de la fabrication, le pH des bains de collage et en vérifiant celui du pi’oduit fini.
- Les matières réductrices ont aussi une action néfaste. Ces matièi’es réductiices proviennent de l’hydrolyse des celluloses pendant la préparation de la pâte si celle-ci est faite dans de mauvaises conditions ; elles se trou-vent d’auti'e part à l’état normal (pentosanes, etc.) dans les pâles de bois non purifiées.
- L’expérience a monti'é que les papiei’s les plus stables sont ceux préparés à partir de cellulose très pui’e, en partant comme matière première des chiffons neufs, des linters de coton. Cette stabilité diminue suivant l’origine de la pâte : les chiffons usagés qui ont subi de nombreux lavages et se sont ainsi plus ou moins chargés en hydi’ocelluloses, oxycelluloses, etc. donnent déjà moins de sécui’ité ; puis viennent les pâtes de bois ayant subi une haute purification par ti'aitements chimiques, puis les pâtes de bois au bisulfite, enfin les pâtes à la soude et les pâtes mécaniques.
- L’un des principaux tests utilisés pour chiffrer le degré de pureté des papiers et leur valeur au point de vue de la consei’vation est l’indice de cuivre.
- Cet indice de cuivi’e est la quantité de cuivi’e que produisent en réduisant la liqueur de Fehling les différentes sortes de celluloses ou de pâtes à papier. La quantité de métal obtenue l’apportée à xoo gr de cellulose mesure la proportion de matières réductrices contenue dans l’échantillon considéi’é et constitue son indice de cuivre. La valeur de ce chiffre est essentiellement vax’iable, elle peut aller de 0,1 à 8, suivant la nature et l’origine des produits commerciaux coui’ants.
- La préparation des éthers cellulosiques, des nitro-celluloses pour la fabi’ication des poudi’es, de la soie artificielle, des vernis, exige des celluloses excessivement pures. En fait, l’industrie livre couramment des
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- atmosphérique normale est de io m 33, c’est-à-dire que si h est égal à io m 33, la pression sur s sera nulle. En réalité, par suite de la tension de vapeur de l’eau qui, même à la température ordinaire, entre en ébullition sous pression l’éduite, la hauteur h est inférieure à io m 33 d’une quantité qui correspond à la tension de vapeur de l’eau à la température régnant dans l’appareil.
- Ceci étant dit, examinons les conditions régnant dans la conduite de décharge d’une turbine hydraulique. Supposons d’abord que la turbine soit arrêtée et les vannes de décharge fermées (fig. 2). L’eau dans le tuyau de décharge sera alors dans des conditions très analogues à celles indiquées plus haut au cas b : la pression de l’eau, au niveau des aubages sera inférieure à la pression atmosphérique d’une quantité égale au poids de la colonne d’eau suspendue H . Il est évident, si on veut que le tube reste rempli d’eau, que H, doit être notablement inférieur à 10 m 33.
- Supposons maintenant que la turbine soit en action, l’eau qui circule dans les aubages en fournissant de la puissance, arrive à l’entrée du tuyau de décharge animée d’une vitesse, considérable qui correspond à une
- energie cinétique exprimée par la formule-^, Y2 étant
- la vitesse moyenne de l’eau et g l’accélération de la pesanteur. S’il n’y avait pas de tuyau de décharge à la sortie de la turbine, si l’eau s’échappait directement dans l’atmosphère, il y aurait une perte d’énergie considérable. Tout d’abord, la turbine, au lieu de décharger son eau contre une pression qui est inférieure à la pression atmosphérique de la quantité Hs, la déchargerait contre la pression atmosphérique totale, de sorte que la hauteur de chute efficace au lieu d’être H (fig. 2) serait II — H,. Ensuite, et perte beaucoup plus impor-
- V 2
- tante, toute l’énergie cinétique — serait perdue et
- dissipée en tourbillons et en chaleur. C’est le l’ôle du tuyau de fuite de rendre ces deux pertes minima.
- A cet effet on lui donne une section graduellement croissante en s’éloignant de la turbine de façon à réduire progressivement la vitesse d’écoulement. Par suite du fait que la vitesse de l’eau ne peut être ramenée à zéro (il n’y aurait plus alors d’écoulement), que les tourbillons et le frottement de l’eau contre les parois du canal de décharge ne peuvent être entièrement supprimés, on ne peut recueillir toute l’énergie cinétique que possède l’eau à la sortie des turbines, mais la récupération atteint 80 pour 100 dans les installations bien étudiées. Cette récupération se traduit par une contre-
- \T 2
- pression que l’on peut représenter par e -~
- Fig. 2. — Conduite de décharge d'une turbine hydraulique.
- On peut donc exprimer la valeur de la pression llp contre laquelle les aubages déchargent l’eau par :
- H, - H,
- TT V22
- H, — e —• 29
- Ea étant la pression atmosphérique, Hs la pression statique c’est-à-dire la pression correspondant à la hauteur des aubages au-dessus de la surface du canal de décharge à l’air libre.
- 11 faut cependant tenir compte du fait que l’intensité de la pression n’est pas uniforme dans tout l’espace occupé par les aubages mobiles par suite de l’inégale distribution des vitesses et surtout de la différence de pression sur les faces d’entrée et de sortie de chaque aubage. C’est cette différence qui provoque la rotation de la turbine et la génération de puissance. Par suite, les pressions en divers points d’une section de la turbine, seront alternativement supérieures ou inférieures à la pression moyenne Hp. Soit Hm la valeur minima, de la pression, se produisant en certaines régions des aubages, Hp — Hm est la chute de pression locale qui est proportionnelle à la hauteur de chute totale agissant sur la turbine. On peut donc l'écrire fcH, c’est-à-dire que Ton a :
- H„ — H,„ = fcH
- d’oii Ton tire :
- (0 Hw = H, = H„ — H,
- e étant
- le rendement de la récupération dans le canal de fuite.
- fcH
- - e — — fcH = tla — II, — ail
- MJ
- Vs2
- en remarquant que le terme e ~ est également proportionnel à la hauteur de chute H et en le groupant avec fcH.
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- 14
- Reni ’emet i
- unitaire
- 0,3 0,4- 05 0,6 0,7 0,8 0.9
- Valeur de cr
- Fig. 3. — Courbes donnant le rendement, la puissance, la décharge unitaire d’une turbine hydraulique en fonction de <s (facteur de cavitation).
- (En A, on remarque la discontinuité qui donne la valeur critique de a).
- *
- * *
- Nous arrivons maintenant au phénomène de la cavitation. Supposons que, gardant la même hauteur de charge effective H, nous abaissions de la même quantité le niveau du plan d’eau du réservoir de charge et le niveau du plan d’eau du déversoir. Hs augmente et par suite H^, d’après la formule précédente est diminué d’une quantité égale. Si la diminution de \lm est telle que sa nouvelle valeur soit égale ou inférieure à la tension de vapeur de l’eau à la température ambiante de l’usine, l’eau, aux endroits de la turbine où règne cette pression minima commencera à se vaporiser et à y former des poches de vapeur d’eau : c’est le phénomène de la cavitation.
- Non seulement quand la cavitation se produit, le régime d’écoulement du fluide est profondément modifié, ce qui diminue le rendement mécanique de l’installation, mais encore il se produit des corrosions, des désagrégations du métal des aubages qui rapidement amènent leur destruction.
- Voici le mécanisme de ces érosions. Quand la turbine ou la pompe sont installées avec leurs organes propulseurs à un niveau trop élevé au-dessus du niveau de fuite, en certains points des appareils où la pression est minima, l’eau se vaporisera ; passant ensuite à des régions où la pression est supérieure à la tension de vapeur, la vapeur d’eau se condensera brusquement. Comme, dans le fonctionnement d’une turbine, la pression en un point donné du courant liquide n’est pas rigoureusement stable, si cette pression oscille autour de la valeur de la tension de vapeur, il y aura, au même endroit, successivement évaporation puis condensation. La condensation se traduit par la disparition subite de la cavité gazeuse, déterminant un choc (ou une impulsion) violent en ce point. Dans les turbines où le régime critique de cavitation est atteint, ces rapides vaporisations et condensations produisent un bruit analogue à celui d’une mitrailleuse ou de morceaux
- de rocs passant dans la machine, d'où vibrations dangereuses des divers organes. En même temps la condensation détermine de véritables coups de béliers locaux, les gouttelettes liquides viennent frapper la surface du métal avec une grande vitesse^ lui donnant d’abord une apparence spongieuse, puis frappant dans les cavités pleines d’air ainsi formées, détachent des particules de métal et désagrègent toute la pièce.
- *
- * *
- Lorsque la cavitation est atteinte, Iïwl est' alors égal à la tension de la vapeur d’eau lI,,/3 et par suite l’équation (i) devient : '
- Evp = lïa - IIç — «Tll
- d‘où l’on tire :
- H« — H Vp — H, a = --------h——•
- Remarquons que IIa — \lup représente la hauteur maxima à laquelle l’eau peut s’élever dans le tube de la figure i c et peut être appelée la hauteur de la colonne barométrique d’eau. Elle est sensiblement égale pour les températures ambiantes à 9 m 95. Si on la représente par Hô, la valeur de a est alors :
- Hh — 11.9
- a = —H— *
- C’est la formule de Thoma.
- Pour un modèle de turbine donné, si la hauteur de chute, la vitesse de rotation, l’ouverture des vannes, l’angle des aubages, etc... sont maintenus constants, Ils peut être augmenté progressivement jusqu’à une valeur pour laquelle on constate que les caractéristiques de la turbine (rendement, puissance) changent nettement. Cette valeur de Hs introduite dans la relation de Thoma donne la valeur de a, facteur de cavitation, pour les. conditions particulières réalisées. En calculant les valeurs de o pour chaque valeur de IIS et en traçant les courbes reliant 0 à la puissance ou au rendement, 011 constate qu’en un certain point, les courbes présentent un changement net d’allure qui correspond à la valeur critique de 0 dans les conditions opératoires données. La figure 3 montre quelques-unes de ces courbes.
- Dans toutes les installations de turbines du même type que celui expérimenté il faudra donc s’assurer que le « sigma de l’installation » est au moins égal à la valeur trouvée dans les expériences de laboratoire et ensuite prévoir une marge de sécurité suffisante pour que jamais les conditions critiques ne puissent se trouver réalisées.
- On comprend alors l’utilité des laboratoires spéciaux consacrés aux essais de cavitation et leur importance au point de vue des applications industrielles.
- H. Vigneron.
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- 15
- = LA COUVERTURE DES FORÊTS E ET LE RÔLE DES VERS DE TERRE
- La couverture des forêts est constituée par l’ensemble des feuilles mortes, brindilles, fruits, etc., qui tombent sur le sol et auxquels s’ajoutent les mousses et les résidus des diverses plantes qui croissent spontanément. sous les arbres.
- On estime, d’après les déterminations exactes d’un éminent forestier, M. Ebermayer, le poids total de la couverture annuelle à environ 4.ooo kg par hectare. Une partie de ce tapis disparaît tous les ans et si l’on détermine, à la fin des périodes d’une durée de trois, six ou neuf années, le poids de la couverture d’un même massif forestier, on constate que bien qu’allant en augmentant, il ne représente pas à la fin de chaque période, la somme des feuilles, brindilles, etc., tombées pendant trois, six ou neuf années.
- Pendant longtemps, o'n a attribué à une combustion lente, au contact de l’air, dé la substance organique, la diminution progressive de la couverture des forêts.
- Les expériences faites par M. Ecl. Henry, professeur à l’Ecole nationale forestière de Nancy, ont signalé le rôle considérable des bactéries dans la destruction progressive des feuilles mortes. ,
- La mesure de celle action est donnée par les quantités d’acide carbonique dégagées sous l’influence des microbes d’un amas de feuilles mortes livrées à leur action. Si on paralyse ou si on tue les microorganismes à l’aide de la chaleur ou du chloroforme, on enraye à peu près complètement la décomposition des feuilles mortes.
- Mais les organismes inférieurs ne sont pas les seuls agents de destruction lente de la couverture : les vers de terre et autres invertébrés, si abondants dans le sol forestier, participent largement à cette transformation de la matière organique, comme l’ont montré les expériences de M. Ed. Henry.
- Quand une racine a pénétré dans une galerie, elle s’allonge dans l’air humide de cette galerie sans rencontrer la moindre résistance et elle y trouve plus qu’il ne lui faut de terre humide, meuble et fertile. Dans les sols compacts, argileux, c’est seulement grâce aux galeries des vers de terre que les racines des plantes annuelles peuvent s’enfoncer profondément.
- On a constaté l’existence de nombreuses galeries ayant 3, 4, parfois 8 m de profondeur, produites par de grands vers de terre du genre Dendroboena. Ces galeries sont d’une grande importance pour la végétation, car c’est par elles que les racines pénètrent dans les zones profondes où elles peuvent profiter des eaux souterraines.
- Mais les lombrics ne sè confinent pas dans leurs galeries à parois lisses et durcies qui s’enfoncent à i et 2 m dans le sol, où ils sè réfugient pour hiverner, à l’abri des gelées. Ils circulent, pendant la nuit surtout, entre les particules de terre pour chercher leur nourriture, élargissant ainsi les anciens pores, en créant de nouveaux et provoquant, par là, l’ameublissement du sol.
- Wollny a cherché à mesurer directement le foisonnement de la terre qui résulte de l’action des vers. Il a rempli d’une terre arable humique et humide finement' pulvérisée, deux vases cylindriques. Dans l’un de ces vases, il a mis cinq vers de terre. Au bout de six semaines, la terre était peuplée de lombrics; non seulement elle était mise complètement en. grumeaux, mais encore elle avait augmenté notablement de
- volume. La terre sans vers était restée sans changement (202 cm3) tandis que la terre du vase peuplée de lombrics était portée à 296 cm3, soit 27,5 pour 100 d’augmentation.
- On comprend aisément que les racines, l’air et l’eau pénètrent plus facilement dans une terre ainsi travaillée.
- Dans les pays chauds, l’activité des vers est beaucoup plus grande que dans les régions tempérées.
- M. Millson, de Kew, a calculé qu’en Guinée, les vers de terre rejettent plus de 200.000 kg de déjections à l’hectare, soit 25 kg par mètre carré.
- Un fait très curieux, mis en évidence par les expériences de M. Ed. Henry, c’est le choix que font les lombrics terrestres parmi les feuilles mortes qui constituent le tapis" fies forêts.
- Quatre cadres en planches, de o m 5o de côté, ayant été installés en pleine forêt de Haye, chacun d’eux reçut 100 gr de feuilles des quatre essences principales du massif forestier : chêne, hêtre, charme et tremble. En mars, on constata la présence de nombreux trous de vers dans le sol situé au-dessous des cadres.
- Dès cette époque, il ne restait pi’esque plus rien des feuilles de charme, tandis que les feuilles de hêtre, de chêne et de tremble, plus ou moins rongées, rassemblées en autant de las qu’il y avait de gros vers, existaient encore en quantité très notable. Cela semblait indiquer que les vers, choisissant leur nourriture, préféraient nettement les feuilles de charme aux autres feuilles.
- Pour s’en assurer, on remplit,' le icr août de la même année, une caisse avec de la terre contenant naturellement de nombreux lombrics, mais que l’on enleva en l’émiettant et la séchant au soleil sur le bitume. Cinq gros vers furent introduits dans cette terre à la surface de laquelle on dissémina le mélange suivant : ab
- 5o fexxilles de charme desséchées pesant’ . . 3,295 g
- 5o feuilles de chêne desséchées pesant . . . io,5oo —-
- 5o feuilles de hêtre desséchées pesant . . . 5,120 —
- Total. . i8,gr5 —
- Le 7 octobre, soit CG jours après, on retrouva
- 46 feuilles de chêne pesant sèches 45 feuilles de hêtre pesant sèches ....
- 7 feuilles de charme pesant sèches ....
- 7,470 g 3,770 — o,33o —
- Total. . 11,570 —
- Dans les 60 jours, les cinq vers avaient donc mangé
- 6 g 745 de feuilles, soit plus du tiers de la matière organique qui leur avait été donnée. En deux mois chaque ver avait détruit x g 55 de matière organique desséchée à ioo°.
- Si un ver mange autant pendant dix mois, cela représente
- 7 g 75 et, en admettant qu’il y ait dans toute la forêt autant de vers que dans les lots en expérience, c’est-à-dire 3o par mètre carré, on arrive au nombre de 3oo.ooo vers à l’hectare, consommant 25o kg, soit le dixième environ des feuilles qui tombent annuellement. Ce chiffre doit être un minimum puisqu’on n’a tenu compte que des lombrics et qu’à côté d’eux la couverture des forêts fait vivre nombre d’autres petits vers, larves, etc.
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- D’autres expériences ont permis de constater qu’après deux mois, sur ioo feuilles données aux vers, il en restait 73 de hêtre, 71 de chêne et seulement 10 de charme. Darwin avait déjà indiqué la préférence des vers de terre pour les feuilles de cerisier sauvage, comparativement avec celles du tilleul ou du coudrier.
- Ainsi, il est démontré que les vers de terre font une sélection dans les aliments que leur offre la couverture. De là, étant donné leur rôle, dans l’amélioration du sol, l’indication et l’intérêt qu’il y a à cultiver de préférence des essences d’arbres dont les feuilles recherchées par les vers de terre ont le pouvoir de les attirer. On favorisera ainsi l’ameublissement du sol et la restitution des matières azotées et minérales sous une forme assimilable par les arbres
- Une conséquence évidente des observations relatées ci-des-
- sus, c’cst que la transformation en humus de la couverture des forêts est due en très grande partie à l’action des vers de terre et autres invertébrés qui pullulent dans le sol. D’après les calculs basés sur ces obervations, on peut admettre que le quart ou le cinquième de la couverture est transformé en humus au bout d’un an.
- Enfin, ce que l’on constate dans les forêts existe aussi dans les champs et les jardins : l’entretien de l’ameublissement du sol est largement favorisé par les vers de terre.
- Conclusion. — Dans le travail du sol, respectons les vers de terre, ne cherchons pas à les détruire ; ils ont droit à de particuliers égards : ce sont de petits laboureurs.
- Henri Blin.
- LES BOURDONS
- Les Bourdons (Bombus) sont des Hyménoptères qui vivent en société 7 à 8 mois de l'année, en recueillant le miel et le pollen des fleurs.
- Leur corps trapu, de grosseur très variable, est couvert de longs poils de diverses'couleurs, formant parfois des bandes jaunes, grises ou blanches.
- Le Bourdon possède de fortes mandibules suffîsan-
- une mère, des mâles et des ouvrières. En hiver, les Bourdons et les ouvrières meurent tous ; seule reste la mère qui résiste au froid et recommence sa ponte au printemps suivant.
- A ce monienl, la mère, qui possède des organes pour la production de la cire, commence la construction d’un ou deux rayons ; elle pond et va ensuite recueillir, sur les fleurs du miel et du pollen.
- Quatre ou cinq jours après la ponte, les œufs éclosent et les jeunes Bourdons sécondent bientôt la mère:
- Il n’est pas rare de rencontrer dans les colonies de Bourdons des ouvrières ayant la faculté de pondre des œufs fertiles.
- Les Bourdons sont de plusieurs
- tes pour perforer la fleur au niveau des nectaires, lorsque la gi’osseur de son corps ne lui permet pas de, pénétrer dans la corolle. La capucine par exemple est . toujours percée à la base du cornet qui contient le nectar. Grâce à lui, les fleurs qui n’auraient pu être visitées par les abeilles le sont dès qu’elles ont été perforées.
- Une colonie de Bourdons atteint son plus grand développement à l’automne ; elle peut compter alors 200 à 3oo insectes. Elle possède
- Fig. 1.
- Le Bourdon des pierres sur son nid.
- Fig. 2. — Les larves du Bourdon des pierres.
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- espèces : nous citerons le Bourdon des prés, le Bourdon des bois, le Bourdon des champs, le Bourdon des pierres.
- Le Bourdon des bois construit son nid dans un buisson ou sur un arbre. Celui du Bourdon terrestre est souterrain ; il possède un couloir d’entrée incline de 4o à 5o cm de long, aboutissant à une cavité formée de terre entourée d’une épaisse couche de mousse ou de débris de paille.
- Les Bourdons sont bien moins offensifs que les Abeilles ; ils deviennent cependant agressifs lorsqu’on veut détruire leurs nids ; cependant, ainsi que le fait observer Pérez, ils éprouvent une certaine difficulté à utiliser leur aiguillon qui ne peut piquer commodément que de bas en haut.
- D’après les observations de Goedart et celles plus
- -----.. 17 =rrr
- récentes de Hoffer, certains Bourdons ont un avertisseur chargé de réveiller la colonie : vers les k ou 5 h du matin, il se porte à l’entrée du nid et pendant une demi-heure, agite ses ailes en émettant un bruit qui ressemble à celui du tambour.
- Les Bourdons ont beaucoup d’ennemis, parmi lesquels nous mentionnerons les Psithyres, l’Aphonis colone.lla, les Volucelles, les Conops, les Mutilles, les Souris, Bats, Mulots, Belettes et Taupes. Ces derniers détruisent les nids en dévorant lai'ves, cire et pi'ovi-sions.
- Les photographies ci-jointes nous dispensent de plus amples développements.
- Ed. Alphandéry.
- Directeur de la « Gazette Apicole ».
- Fig. 3 à 9.
- - Le Bourdon des mousses ou terrestre.
- 3. Le nid. — 4. Le même ouvert, montrant les cocons. — o. Le dépôt des provisions de miel dans les cellules spéciales en forme d’amphores ou de godets. *— 6. Les œufs pondus au fond de la cellule de pollen et de miel.
- Après l’éclosion, chaque larve se construira une loge individuelle où elle effectuera ses mues. — 7; Un Bourdon posé sur les loges faites par les larves. — 8. Un morceau du
- gâteau avec des loges ouvertes montrant les larves en transformation. — 9. Nymphes de mâle et d’ouvrière, peu avant , l’éclosion.
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- 18 = LES PRÉSENTATIONS RADIO-ÉLECTRIQUES A L'EXPOSITION DE NEW-YORK
- L'industrie radio-électrique américaine est considérée, à juste titre, comme la première du monde ; ses manifestations à l’Exposition universelle de New-York présentent donc un intérêt particulier et justifient un rapide examen.
- LE RÉSEAU DE DIFFUSION SONORE
- T/Exposition couvre plus de 4So ha et doit recevoir des millions de visiteurs, l'installation du réseau de diffusion sonore a donc posé des problèmes ardus.
- Elle permet de transmettre six programmes différents simultanément, dont quatre de Public-Address proprement dits, d’effectuer toutes les diffusions pho-nographiques désirées, grâce à quatre studios et à seize postes de diffusion sonore disséminés aux points importants de l’Exposition. Le centre de ce vaste système est placé dans le « building » des communications.
- Fig. 1. — I.a péri sphère de GO m de diamètre et le trylàne de 210 m de hauteur, clous de VExposition de .Yeic-Yorh.
- La première sert de haut-parleur,
- Je Irylône d'an terme de T. S. F.
- (Photo Radio-Presse).
- Chacun de ces seize postes de diffusion sonore est relié à deux haut-parleurs à pavillons multicellulaires actionnés par quatre amplificateurs de 5o w.
- Les pavillons, de forme cubique, permettent de propager les ondes sonores dans toutes les directions ; ils mesurent i m de côté et contiennent des éléments séparés pour la transmission des notes graves et aiguës. Quatre studios, spécialement étudiés pour la parole et la musique d’orchestre, ainsi que pour la retransmission, permettent la diffusion des programmes dans toutes les parties de l’Expositon. La qualité musicale obtenue est très satisfaisante, supérieure à celle qu’on constate habituellement dans les auditions de cettev catégorie, avec une distorsion de l’ordre de i pour ioo seulement entre 5o et 7.000 périodes-seconde.
- La partie la plus curieuse peut-être du réseau sqnorc est constituée par l’équipement acoustique de la gigantesque sphère ou périsphère de 60 m de diamètre placée au centre et constituant avec l’obélisque voisin ou trylône de 210 m de hauteur le « clou » symbolique de cette manifestation du « Monde Futur ». La base de cette sphère géante constitue une sorte de diffuseur immense pour les sons transmis par des haut-parleurs disposés en dessous, et ses parois continuent, en quelque sorte, la sui’face du pavillon de ces haut-parleurs (fig. 1 et 2).
- On a déjà tenté, dans quelques salles, en particulier à Paris dans une salle « exponentielle » de cinématographie sonore, de donner aux parois intérieures une forme telle qu’elles constituent, la prolongation du pavillon du haut-parleur, mais ce procédé n’avait pas encore été adopté, semble-t-il, dans des installations extérieures.
- Comme on le voit sur le schéma de la figure 2, douze haut-parleurs à pavillon et vingt-quatre éléments à diffuseurs sont disposés à la base ; les sons sont renvoyés par une paroi de béton vers sa sphère. Un plan d’eau circulaire d’un diamètre de 96 m est, d’ailleurs, ménagé au-dessous de la construction, et Réfléchit également les sons à sa surface.
- Ce pavillon acoustique original émet dans toutes les directions et peut produire théoriquement une pression sonore de deux bars, à la fréquence de 20 périodes par seconde sur le bord de la pièce d’eau. En principe, et à toute puissance, le système sonore ainsi constitué pourrait transmettre des sons audibles à une distance de 3o km !
- Ce dispositif offre l’avantagé de diffuser dans l’espace dans toutes les directions sans que l’auditeur puisse se rendre compte de l’emplacement de la source ; la transmission des différentes fréquences serait, en outre, satisfaisante sur toute la gamme comprise entre 20 et S.000 périodes-seconde. t
- Les Américains ont eu également l’excellente idée
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- Base de la périsphère
- Treillis métallique protecteur
- Matériau
- accoustique
- 12 éléments pour sons aigusv
- y4-—Béton armé
- d’organiser des (( Fêtes de la Lumière et du Son », comme à l’Exposition de 1937 ; les paroles et la musique sont transmises à des projecteurs sonores placés deux par deux de chaque côté de la fontaine centrale.
- Au point de vue acoustique, la particularité de celte installation réside dans la diversité des combinaisons de tonalités qu’on peut réaliser grâce à l’emploi d’éléments séparés pour la transmission des notes graves, medium et aiguës.
- Les quatre éléments produisant les notes graves aboutissent à un pavillon unique dont la section terminale a une surface de 3 m2, et chaque haut-parleur est actionné par huit éléments de ia5 w, dont chacun comporte un diaphragme de 60 cm de diamètre ; l’énergie d’alimenta- Fig. 2. —
- tion totale nécessaire est de 2 kw. L’ensemble des haut-parleurs permet d’obtenir un effet de « relief sonore » dans les diverses directions.
- LES MACHINES PARLANTES
- Comme à l’Exposition de Paris, mais sous une forme plus vaste et plus variée, des machines parlantes sont employées pour les informations, les démonstrations scientifiques, ou publicitaires ; c’est ainsi que la Société General Motors Co. utilise un appareil sonore géant, avec un tambour portant les rubans sur lesquels les sons sont enregistrés, pour signaler aux visiteurs les paysages et les monuments qu’ils pourront visiter, grâce aux. automobiles quelle fabrique.
- Une nouvelle machine parlante, dite « Polyrhetor » permet d’obtenir la diffusion de i5o enregistrements différents. Cette diffusion est réalisée à l’aide de 3oo haut-parleurs disposés chacun sur un fauteuil mobile entraîné par un tapis roulant ; les dispositifs de traduction sont synchronisés, de sorte qu’il ne puisse se produire de décalage entre les différents exposés, au fur et à mesure que le spectateur se déplace.
- A côté de ces présenta lions d’ordre général ou publicitaires, les expositions des différentes sociétés radio-électriques offrent un intérêt peut-être encore plus grand.
- Les laboratoires téléphoniques Bell ont rassemblé dans un vaste bâtiment toute une série de créations concernant l’éleclro-acoustique.
- On y voit, à côté de la machine à parler dont nous avons récemment donné la description, des appareils particulièrement curieux relatifs à la technique téléphonique ou à l’enregistrement sonore.
- Par un phénomène psycho-physiologique singulier, nous ne pouvons connaître le timbre de notre propre voix, tel que l’entendent nos interlocuteurs ou nos correspondants au téléphone. Un dispositif appelé Miroir
- L’équipement sonore de la périsphère (d’après Radiocraît).
- de la voix permet aux visiteurs d’enregistrer leur voix, telle qu’elle est perçue dans un récepteur téléphonique ; ils peuvent ainsi distinguer les défauts de leur prononciation.
- Sur le même principe, l’emploi des filtres entre le microphone et le récepteur permet de faire varier à volonté la tonalité obtenue et de donner au résultat final un timbre variable presque à volonté.
- Une voix d’homme très grave peut ainsi être transformée en une charmante et fluette voix féminine de soprano !
- Sous une forme différente, une antre démonstration est encore plus curieuse. Plusieurs visiteurs peuvent commencer une conversation qui est enregistrée
- Fig. 3. — Le studio de télévision de la N. B. C. pendant une interview de MM. 1). Sarnojf, président de la Radio Corporation of America et Whalen, président de l’Exposition.
- (Au premier plan, la caméra électronique de transmission).
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- à leur insu ; en passant dans une salle voisine, ils entendent ensuite répéter cette conversation par des mannequins de cire, avec toute l’apparence de la réalité, grâce à la fidélité absolue de l’enregistrement et de la i-eproduction, et à l’effet de « relief sonore » réalisé par la disposition des haut-parleurs, suivant une méthode de la Western Electric que nous avons eu l’occasion de décrire. Les auditeurs ont ainsi nettement l’impression d’entendre une conversation entre des personnages dont les timbres de voix et les positions dans la chambre sont différents.
- LA RADIOTECHNIQUE
- La Société Westinghouse a voulu, de son côté, montrer au public les phénomènes qui se produisent dans une lampe à vide amplificatrice. Elle expose donc une immense triode de 70 cm de haut et de 27 cm de diamètre, dans laquelle on peut apercevoir l’effet du flux électronique et sa déviation sous l’action d’un champ électrique.
- Cette lampe géante comporte deux filaments ; les flux électroniques qui viennent bombarder les deux faces de la plaque sont rendus visibles par un enduit fluorescent recouvrant la surface de celle-ci.
- La lampe fonctionne normalement ; on lui applique des oscillations de 60 périodes-seconde perçues dans un haut-parleur, et on peut vérifier que l’intensité de l’audition varie en même temps que la surface fluorescente de la plaque.
- Cette société expose encore, pour montrer les applications des cellules photo-électriques, un « robot » de 1 m 80 de haut, qui danse, parle, chante, fume un cigare, peut sélectionner les couleurs, compter sur ses doigts. Des appareils de téléphonie par la lumière, de musique électrique, des ensembles de cellules à couche d’arrêt et de piles thermo-électriques, montrent encore d’autres applications des cellules et la transformation de l’énergie lumineuse ou calorifique directement en énergie électrique par des dispositifs statiques.
- Le pavillon de la Radio-Corporation of America affecte, d’une manière originale, la forme d’une lampe de T. S. F. géante, symbole de toute l’industrie radio électrique.
- LA RADIO-TRANSMISSION DES JOURNAUX IMPRIMÉS
- En dehors du matériel destiné à l’aviation ou à la navigation maritime construit par cette société bien connue, les visiteurs remarqueront surtout des modèles de récepteurs de phototélégraphie permettant la réception de véritables journaux illustrés ; ceux-ci sont transmis sur ondes hertziennes, par des postes émetteurs radiophoniques ordinaires ; les émissions peuvent être reçues au moyen de récepteurs quelconques,
- munis d’un dispositif additionnel relativement simple et peu coûteux.
- Les essais de phototélégraphie tentés en France il y a quelques années n’ont pas eu de succès parce que les appareils employés, trop compliqués, imposaient à l’usager des manipulations difficiles ; de plus, les photographies et documents transmis ne présentaient pas un grand intérêt. Il n’en est pas de même actuellement aux États-Unis, où de véritables journaux par T. S. F. peuvent être diffusés par les stations radiophoniques pendant plusieurs heures de la journée ou aux premières heures du matin, c’est-à-dire pendant les intervalles de silence des radioprogrammes habituels.
- De nombreux constructeurs américains exposent donc dans leurs pavillons des appareils récepteurs de journaux phototélégraphiés et les visiteurs peuvent même, dans certains d’entre eux, se rendre compte de la façon dont les textes et les images sont transmis dans les postes d’émission.
- LA TÉLÉVISION
- La télévision aux États-Unis en est actuellement à la période d’organisation industrielle ; l’Exposition de New-York permet de s’en rendre compte.
- La pi'ésentation de la Radio Corporation of America, dont les appareils équipent le réseau de la N. R. C. (National Rroadcasting Corporation), la plus grande société de diffusion d’Amérique, est particulièrement importante et permet aux visiteurs de comprendre les possibilités réelles de la diffusion des images.
- Les programmes sont transmis pendant 10 heures par jour, à Radio-City, et reçus simultanément par i3 récepteurs. Des équipements mobiles d’émission complets parcourent sans cesse les principales voies de l’Exposition, transmettent tous les spectacles amusants ou originaux les plus caractéristiques, les événements d’actualité politique et sportifs ; les visiteurs eux-mêmes sont souvent interviewés et télévisés. Un projecteur sur écran permet d’obtenir une image de 3 m sur 1 m 80 pour la réception en public. Au pavillon de la Société Westinghouse, 126 spectateurs à la fois peuvent examiner les réceptions obtenues et observer à distance les visiteurs qui se déplacent à leur insu, devant des caméras électroniques extérieures. Au pavillon de la General Electric Company on voit un studio complet, dont les émissions peuvent être reçues par les amateurs new-yorkais possédant un appareil récepteur (fig. 3).
- La télévision est employée au même titre que la radiophonie ou la diffusion sonore pour la documentation et la publicité ; c’est ainsi que la Ford Motor a installé des récepteurs de télévision dans son pavillon.
- Les dirigeants des stations américaines de télévision annoncent, dès maintenant, qu’ils pourront diffuser dans tout le pays les cérémonies de l’élection du Président des États-Unis en 1941 !
- P. H.
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- OLIVIER DE SERRES
- Olivier de Serres naquit en i53q. Les milieux agronomiques célèbrent son quatrième centenaire. Le livre qu’il fit paraître vers sa soixantième année rassemble les données agricoles du xvie siècle. Il les avait recueillies dans les différentes provinces françaises et à l’étranger, et, ce qu’il est essentiel de noter, les avait soumises au contrôle de la pratique sur son domaine. Le Théâtre d’Agriculture et Mesnage des champs est une œuvre encyclopédique qui se rattache par l’étendue du sujet qu’elle voulait aborder aux immenses compilations et aux prétendues classifications dont le Moyen Age s’est montré si volontiers prodigue ; mais l’esprit précis et en quelque sorte rationnel qui l’anime en fait une oeuvre tournée vers l’avenir dont la lecture est encore fructueuse.
- Olivier de Serres est surtout connu par ses discours sur les cultures et sur les modes d’élevage des animaux domestiques ; nous jugeons qu’il s’est montré un précurseur ; certaines méthodes inaugurées au xvie siècle sur ses terres semblent à maints praticiens du xxe inéluctablement liées au rythme des saisons. Mais ses contemporains l’appréciaient en grande partie sur son opuscule La Cueillette de la Soie, incorporé par la suite au Livre V du Théâtre d’Agriculture. La grande influence de cet ouvrage sur l’économie rurale de la France a permis à des régions pauvres de connaître une source de revenus qui ne fut négligée qu’à la fin du siècle dernier, lorsque la vigne eut conquis la place prépondérante qu’elle y occupe encore aujourd’hui. Le mérite d’Olivier de Serres, bien longtemps avant que toute recherche agronomique s’imposât, en tant que telle, à l’esprit des hommes, est d’avoir consulté les diverses méthodes, recettes et superstitions formant l’art des magnans italiens et provençaux, confronté les résultats, et, d’apiès eux, recommandé une ligne de conduite. Ferions-nous autrement ?
- L’ÉCONOMIE DU XVI* SIÈCLE
- Avant d’analyser comment l’industrie de la soie s’implanta en France au Moyen Age, et quel rôle exact doit être attribué à l’ouvrage d’Olivier de Serres, il est intéressant de tracer rapidement un tableau de l’économie du xvi6 siècle et de montrer les raisons profondément ancrées dans l’histoire de la Nation qui conduisirent Olivier de Serres à composer un Théâtre d'Agriculture et qui expliquent aussi le prodigieux succès du livre.
- L’afflux incessant de métaux précieux que les peuples conquérants, principalement les Espagnols, apportent du Nouveau Monde, agit fortement sur l’économie européenne du xvi® siècle et lui communique une expansion commerciale considérable. Le courant de richesses monétaires qui envahit alors l’Europe provoque une hausse continue du prix des denrées périssables et des objets manufacturés. En même temps, la
- valeur foncière du sol augmente avec la rente qu’il procure. Durant un demi-siècle, sa valeur arrive à tripler O.
- L’accroissement du capital mobilier et immobilier entraîne un mouvement de spéculation qui se marque par les progrès rapides du commerce, par la création de nouvelles industries. Le milieu agricole n’échappe pas à cette impulsion : dans les campagnes, les spéculations sur les produits de la terre conduisent à une spéculation sur la terre elle-même durant Ja période où Olivier de Serres voyage et expérimente. De nombreux marchands des villes, dont le capital nominal s’est gonflé dans le commerce intense qu’ils ont établi et par la montée des cours, pour arrondir un domaine, achètent de nouvelles terres ; les paysans, dont le capital foncier n’a pas suivi la hausse des prix, les cèdent facilement.
- Cet attrait.du sol sur les Bourgeois est souligné par Olivier de Serres quand il écrit : « Car à quoi travailler aux Armes, aux Lettres, aux Finances, aux Trafiques, avec tant d’affectionné labeur, que pour en avoir de l’argent ; et de cet argent, après s’en estre entretenu que pour en achepter des terres (...) et en retirer les fruits pour vivre ? Et comment les en retirer que par la culture ? Ce n’est donc aux habitants des champs que nostre agriculture est particulière : ceux des villes y ont leur fait. »
- Ces nouveaux terriens n’envisagent pas la culture du sol comme le faisaient les possesseurs antérieurs. Au goût de l’observation, ils joignent le sens des améliorations qui rapportent. Ils ont vécu dans la tradition entreprenante du négoce, née de celle confiance en eux-mêmes qu’ils ont acquise en 5o ans de réussite continue. Ils l’amènent dans les campagnes, et l’appliquent à un nouveau but : l’agriculture.
- I. H. Sée et A. Rebilloîs. Le xvie siècle.
- Fig. 1. — Frontispice de l’ouvrage de Le Tellier, représentant des vers s’alimentant et tissant ; une femelle pondant sur un linge et sa ponte ; l’éclosion d’un papillon.
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- Olivier de Serres, issu d’hommes d’église et d’hommes de loi, fait, par certains côtés, partie de ces nouveaux terriens. Sa jeunesse s’est passée dans une ambiance de richesse et de culture intellectuelle. 11 lient de sa famille quelques biens ; il en acquiert d’au-p. es. Il est donc très qualifié pour suivre le mouvement psychologique qui se développe parmi la classe de ceux que l’on a nommés les marchands laboureurs.
- Son œuvre, d’une actualité débordante sur le plan historique, est absolument irremplaçable : elle apporte l’opinion d’un homme averti sur les problèmes auxquels se heurtent ses contemporains. Il a expérimenté sur son sol et à ses dépens ; il est celui qui a eu assez d’habile ténacité pour triompher des essais entrepris, aussi hors de coutume qu’ils pouvaient paraître à son époque. On pourrait établir une parallèle entre lui et les Vilmorin, les Boussingault, les Riessler, les de Vogüé.
- LA CUEILLETTE DE LA SOIE
- La Cueille tle de la Soie permit de résoudre un problème économique mal posé, auquel s’était heurtée la Monarchie depuis i5o ans ; il n’est donc pas étonnant que cet ouvrage ait alors particulièrement attiré l’atention sur Olivier de Serres. Pour en comprendre l’importance, il faut se souvenir de ce qu’était le commerce de cette précieuse « esloffe si admirable h.
- Bien avant de connaître la soie en tant que textile, l’Europe connut les tissus de soie expédiés d’Asie. Ce n’est 'qu'après l’an 1000 que la soie grège dût être tissée en Méditerranée occidentale, comme en font foi ces fragments relevés par Frajvcisque-Miciiel dans le roman de Perceval où des chevaliers prisonniers :
- « ... tissent poiles et bofus et dras de soie à or balus. »
- et dans le Chevalier au lion, où 3oo filles, formant sans doute le harem des rois normands de Sicile :
- « ... diverses œuvres fesoient de fil d’or et de soie ornoient » (x)
- La conquête arabe avait fait connaître le ver à soie à l’Europe : mais, il n’y avait alors pour ainsi dire pas de producteur de soie indigène ; au xi® siècle, une mention en est faite en Italie méridionale, et peu à peu, dans le courant du xme et du xive siècles, un certain nombre d’éducations de vers à soie sont signalées 5 Venise, Bologne, Modène, Lucques, et en Espagne. L’industrie et le négoce de la soie étaient un quasi-monopole des marchands italiens, forts de leurs x’ela-tions commerciales avec l’Orient.
- Le métier de lja soie existe en France depuis le xm® siècle, où des « fllaresses » de soie sont établies à Paris ; à la fin du xive siècle, on pouvait acheter des satins tissés en Avignon, où les papes avaient favorisé cette industrie de luxe. Le marché lyonnais de la soie-
- 1. Clouzat. Le métier de la soie en France.
- rie était fort actif, mais, en fait, aux mains des importateurs italiens. Louis XI essaya de briser cette hégémonie, comme bien d’autres. Il fît venir des ouvriers italiens qui teignent et tissent la soie, afin de monter une industrie nationale « pour empescher grant vui-dange d’or et d’argent » en direction de l’Italie (1470). Les marchands italiens lui fixent, échec à Lyon, mais il réussit à Tours. Cependant, cette industrie périclite sous le règne de François Ier et, en i5g6, était inférieure au dixième de ce qu’elle avait été. Quand Henri IV fut couronné Q).
- A ce moment, par conséquent, le métier de la soie français avait 4oo ans d’existence ; mais, gêné par la difficulté d’acquérir la matière première, la soie grège, qu’il achetait à ses concurrents, il ne pouvait prendre d envergure ; on ne tissait que de la mercerie, et les industries étrangères fournissaient le pays d’étoffes de grande longueur et de tissus imagés.
- La sériciculture, en effet, était représentée par de rares plantations de mûriers et des magnaneries dispersées. Il en existait probablement dans le Languedoc depuis le xiv® siècle, en Touraine et en Provence, sur l’initial ive, semble-t-il, de la maison d’Anjou établie à Naples. Cavalli, Ambassadeur de Venise, écrit : « Les Français ont commencé à planter des mûriers et à élever des vers à soie, à en tirer de la soie autant que le climat le permet. Ils tâchent de réussir à force d’industrie » (i546). 11 aime à présenter l’idée, alors très couramment reçue, et qu’il n’aurait voulu voir démentie, que, seul, le climat chaud de l’Italie convient à l’éducation du ver.
- En somme, le ver à soie, auquel l’Italie et l’Espagne s’intéressent lentement, gagne le Midi de la France ; mais son élevage délicat est peu suivi par les paysans, point par les gens instruits.
- Henri IV cherchait, dans de nombreux domaines, à émanciper l’économie française de la dépendance des industries étrangères. Le Gouvernement Royal, comme plus tard le Gouvernement Révolutionnaire et le Gouvernement Impérial, eut toujours pour thèse, en prenant l’initiative de susciter les intérêts privés, que la France devait produire tout ce qui lui était nécessaire (2).
- Pour la sériciculture, il existait alors plusieurs circonstances favorables à son développement, comme le goût du luxe qui provoquait l’extension de l’industrie lyonnaise, et d’autres, d’ordre naturel, révélés par le témoignage d’Olivier de Serres, à ce moment à la Cour.
- Son ouvrage se place donc dans un courant de tentatives économiques plus ou moins bien menées. Grâce à lui, les procédés d’éducation des vers à soie furent dis-
- 1. Ballot. Établissement de la filature de soie en France, et le rôle du Gouvernement Royal, 1914.
- 2. Ballot (loc. cit.) relève d’autres exemples qu’il ajoute à celui de la sériciculture et de l’industrie de la filature de la soie montés par Henri IV contre l’industrie piémontaise ; Saint-Gobain et les manufactures Van Robais édifiés par Colbert contre Venise et la Hollande ; le Creusot et les machines à filer la laine installés par Calonne contre l’Angleterre.
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- Mercure se trouvera en conjonction inférieure avec le Soleil le io août, à i6h. Ensuite, il arrivera à sa plus grande élongation du matin, le 28 août, à 8h, à iS0^ à l’Ouest du Soleil. Elle sera la plus faible de l’année, mais la planète sera bien placée pour être observée, notamment 10 à i5 jours après son élongation.
- Magni- Magni-
- tude tude
- Date Phase stellaire Date Phase stellaire
- Août 4 o,o63 4- 2,2 Août iq 0,111 + i,6
- — 9 o,oi4 + 2)8 - 24 0,265 + 0,8
- — 14 0,026 + 2,6 — 29 0,466 — 0,0
- Vénus est inobservable, très près de sa conjonction supérieure avec le Soleil.
- Mars est encore bien visible la plus grande partie de la nuit. Il est très bas sur l’horizon de la France (déclinaison : — 27°2i' le 17 août). Pour les indications concernant son observation, voir VAnnuaire astronomique Flammarion. A la fin du mois d’août, le diamètre de mars sera déjà réduit à 2o,f environ. Mars sera stationnaire le 2k août, à oh.
- Deux petites planètes se trouveront en opposition en août et atteindront un éclat accessible aux petits instruments : Victoria (n° 12) et Parthénope (n° ix). La carte spéciale donnée au n° 3o5o, p. 371, montre la trajectoire de la petite planète Victoria sur le Ciel pendant le mois d’août. Son opposition se produira le 5 et elle atteindra la magnitude 8,1.
- La carte (fig. 1) donne la trajectoire céleste de Parthénope, dont l’opposition aura lieu le 3o août. Cette planète attein-di’a alors la magnitude 8,6.
- Jupiter approche de son opposition. On pourra observer les phénomènes suivants produits par les satellites :
- Août 1er, I. E. c. 3h53m,i. — 2, I. O. c. xh8m ; I. P. c. 2hi9m ; II. O. c. 2h3ora ; I. O. f. 3h2ora; IV. E. f. 23h2m,7. — 3, I. Em. ih47m; I. P. f. 22^57™. — 4, III. O. c. oh24m ; IL Em. ih5()m; III. O. f. 3hi7m. — 9, I. O. c. 3him ; I. P. c. 4h7m. — '10, I. E. c. ohi6m,2 ; I. Em. 3h3Gm; I. P. c. 22h34m; IL E. c. 23h36m,6; I. O. f. 2^%2m. — 11, I. P. f. oh45m ;
- II. Em. 4h22m ; I. Em. 22h3m. — 12, II. P. f. 23hi2m. — U, III. Im. 22h53m. — 15, III. Em. ihi7m. — 17, I. E. c. 2hiom,8. — 18, I. P. c. oh2im ; I. O. f. ih36m ; II. E. c. 2hxxm,2; I. P. f. 2h32m; I. Ehx. 23h5om. — 19, II. P. c. 22h5gm; II. O. f. 23h44m. — 20, II. P. f. ih34m. — 21,
- III. E. c. 22h32m,7. —22, III. E. f. ih25m,4; III. Im. 2*22“. — 25, I. O. c. ihi7m ; I. P. c. 2h7m ; I. O. f. 3h3om; I. P. f. 4hi8in ; I. E. c. 22h34n\o. — 26, I. Em. ih36m; I. O. f. 2ih59“; I. P. f. 22h44m; II. 0. c. 23h4o“. — 27, IL P. c. ihi9m; II. 0. f. 2b22m; II. P. f. 3h54ra. — 28, IV. 0. c.
- 2h8m ; IV. 0. f. 3h28m; II. Em. 22V1- — 29, III. E. c. 2h34m,i.
- Saturne est visible presque toute la nuit. Voici les éléments de l’anneau pour le 11 août :
- Grand axe extérieur.......................... 41 ",76
- Petit axe extérieur..........................— n",63
- Hauteur de la Terre sur le plan de Panneau — 160,166 Hauteur du Soleil sur le plan de Panneau . — i4°,ooi
- Élongations de Titan : à l’Ouest, le 8 août, à 6h,i ; le 24, à 4h,7 ; à l’Est, le 16 août, à 5h,i.
- Uranus sera en quadrature occidentale avec le Soleil le i5 aoxxt, à i5h. On s’aidera, pour le trouver sur le Ciel, de la petite carte donnée au n° 3o4o, du ier janvier 1939, p. 26. Uranus sera stationnaire le 28 août, à i2h.
- Neptune, très près du Soleil, est inobservable.
- 27
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 5, à i4h, Jupiter en conjonction avec la Lune, à 3°42' S. Le 7, à gh, Saturne — la Lune, à 2°46' S.
- Le 8, à 2ih, Uranus — la Lune, à 1021'N.
- Le 13, à 1 ih, Mercure — Vénus, à 5°4i' S.
- Le i4. à 17b, Mercure — la Lune, à o°42'N.
- Le 14» à 21b, Vénus — la Lune, à 6°i4'N.
- Le 17, à yh, Neptune — la Lune, à 4°38'N.
- Le 26, à i4h, Mars — la Lune, à 110 0' S.
- Etoile Polaire; Temps sidéral
- Date
- Août 9
- “ '9 — 29
- Passage
- Supérieur
- Heure (T. U.)
- 4h26ra5os 3 47 4a 3 8 33
- Temps sidéral (l)
- 2 I b 6m22S
- 21 45 47
- 22 25 l3
- Etoiles variables. — Minima d’éclat, visibles à l’œil nu, de l’étoile Algol ((3 Persée), variable de 2m,3 à 3m,5 en 2320h49m : le 2 août, à 22hiom ; le 20, à 3hira; le 22, à 23h5om ; le 25, à 2oh38m.
- Fig. 1. —- Trajectoire apparente sur le ciel de la petite Planète Parthénope (n° 11) du 13 août au 22 septembre 1939. Opposition le 30 août 1939.
- Le 18 août, maximum d’éclat de T Céphée, variable de 5m,2 à iom,8 en 395j,9.
- Le 22 août, maximum d’éclat de R Corbeau, variable de 5m,9 à i4m,o, en 323j,4. •
- Le 24 août, maximum d’éclat de % Cygne, variable de 4m,2 à i4m,o en 4i23,9.
- Etoiles filantes. — De très nombreux essaims sont actifs en août. Le principal est celui des Perséides qui donne, du 9 au 11 de nombreux météores rapides, à traînées jau-nâli’es. Radiant voisin de p Persée. Les Perséides cessent vers le 20 août, leur radiant est alors dans la constellation de la Girafe.
- V. — Constellations. — L’aspect de la Voûte céleste le ior août, à 22h3om, ou le i5 août, à 2ih3om est le suivant :
- Au Zénith : Véga; Hercule; le Cygne.
- A VEst : Le Verseau; Pégase; Andromède.
- Au Sud : Ophiuchus; le Sagittaire; le Scorpion; la Baleine; le Capricorne.
- A VOuest : Le Bouvier; la Vierge (à l’horizon).
- Au Nord : La Grande Ourse; Capella, de la constellation du Cocher, est’ voisine de l’horizon nord.
- Em. Touchet.
- 1. A 0h, pour le méridien de Greenwich.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Spark spectrum of iron from 4.650-2.242 A, par
- A. Gatterer et J. Junker. 13 planches de 18 x 24 cm. Texte de 10 pages en anglais ou en allemand. Lire ital. : 75.
- Arc spectrum ot iron from 8.388-2.242 A, par A. Gatterer et J. Junker. 21 planches de 18 x 24 cm. Texte de 10 pages en anglais. Lire ital. : 150.
- Atlas der restlinien von 30 chemischen Blemen= ten, par A. Gatterer et J. Junker. 28 planches sur carton de 30 x 40 cm. Texte de 33 p. Table de 36 p. Lire ital. -..409. Éditeur : Observatoire du Vatican, Castel Gandolfo (Italie). En vente : Pontificia Universita Gi'egoriana Deposito Libri, Piazza délia Pilotta, 4, Roma.
- Le spectre du fer est aujourd’hui généralement utilisé comme spectre de référence en analyse spectrale. Les deux premiers ouvrages mettent à la disposition des spectroscopistes de magnifiques reproductions photographiques des spectres d’arc et d’étincelle du fer où l’on a pu marquer avec leurs longueurs d’onde respectives, presque toutes les raies du fer dont les longueurs d’onde sont données dans le Handbuch der Spec-troscopie de Kayser.
- Dans le troisième volume, on trouvera les spectres d’arc et d’étincelles des principaux éléments chimiques et les spectres d’étincelles dans l’ultra-violet de As, Au, B, P, Pt, Sb.
- La netteté des reproductions est admirable et ces ouvrages rendront les plus grands services à tous lés spectroscopistes. Le clou dans la construction, par Stoy et Fonrobert. Traduit de l’allemand par Rubinstein. I vol., 71 p., 49 fig. Ch. Béranger, Paris, 1939.
- L’assemblage par clous est fort ancien et a le mérite de la simplicité. On peut l’employer non seulement pour des couvercles de caisses, mais pour des constructions beaucoup plus compliquées, comme les fermes. Malheureusement les aide-mémoires sont généralement muets sur les résistances de tels assemblages. La présente brochure rédigée d’après un règlement allemand, établi après longues expériences, permettra de réaliser des charpentes clouées irréprochables.
- Guide du confort dans l'habitation, par René Bazan-nery. 1 vol. in-8°, 213 p., fig.
- Guide du confort dans les locaux commerciaux,
- par René Bazannery. 1 vol. in-8°, 159 p., fig. Chez l’auteur, 9, rue Saint-Romain, Paris. Prix : 30 et 20 francs.
- Étude, avec indication des constructeurs et installateurs, des aménagements modernes d’éclairage, de conditionnement d’air, d’isolation thermique et phonique, d’épuration d’eau, de chauffage, de cuisine, d’aspiration de poussières, de décoration, de sécurité, de communications (ascenseurs, téléphone, T. S. F.), d’organisation des bureaux et magasins, de défense passive, etc., éléments du confort moderne.
- Industrial Research Laboratories of the United States. 6e édition. 1 vol. in-S°, 270 p. National Research Council, Washington, 1938. Prix : 2 $ 50 ; relié toile : 3 $. Liste alphabétique de tous les laboratoires de recherches industrielles existant aux États-Unis, non compris ceux officiels (sauf le Bureau of Standards) et ceux des Universités. On en compte 1.769 financés par l’industrie et pour chacun on trouve l’indication des activités de recherches, du personnel scientifique, des publications.
- Le fonds national de la recherche scientifique et de l'industrie, par F. Béguin. 1 vol., 408 p., 133 fig. Éditeur : F. N. R. S., 11, rue d’Egmont, Bruxelles. L’Institution belge du F. N. R. S. créée par le roi Albert Ier comprend une section « Science-Industrie » autorisée à intervenir financièrement pour faciliter l’étude des problèmes scientifiques dont la solution intéresse les progrès de l’industrie nationale. M. Beghin établit ici le bilan des premières années de fonctionnement de l’organisme ; celui-ci se pose un certain nombre de questions à programme mûrement établi, et confie les recherches y afférentes soit à des centres spécialement organisés à cet effet, soit à des associations techniques, soit à des chercheurs individuels ou à des laboratoires privés. Aux uns et aux autres, il accorde les subsides nécessaires auxquels s’ajoutent parfois des subventions fournies par l’industrie. Cette intelligente organisation a été la source de nombreux et utiles travaux portant sur les branches les plus diverses de l’industrie ; métallurgie, construction, mécanique, électricité, génie civil, chimie, industrie charbonnière, industries céramiques, agriculture, zootechnie, etc., ont bénéficié de ces investigations scientifiques. On trouvera ici le résumé de chacune d’entre elles et les résultats obtenus ; ceux-ci sont fort élo-
- quents et montrent clairement ce que l’industrie peut attendre d’une recherche scientifique utilisant toutes les initiatives et toutes les compétences. Cependant les dépenses relativement faibles ne dépassent jamais 1 million de francs par exercice.
- Les cerfs-volants, par Ch. Lebailly. 1 vol. 118 p., 88 fig. Établissement Chiron, éditeur, Paris.
- Le cerf-volant a connu une période, contemporaine à la naissance de l’avion, où de simple jouet, il est devenu un instrument scientifique d’une certaine importance. Cette période a été courte ; mais le cerf-volant a alors rendu l’immense service d’initier à la mécanique de l’air un grand nombre de chercheurs qui ensuite trouvèrent leur voie dans l’aviation. A cet égard, il peut et doit continuer à rendre d’excellents services : distraction de plein air, il peut en même temps fournir aux esprits avisés matière à une foule d’observations de grand intérêt. L’ouvrage de M. Lebailly apporte une aide précieuse aux amateurs qui désirent aborder ce sport scientifique. Après une brève théorie du cerf-volant, ils y trouvent la description détaillée de 23 modèles de cerfs-volants avec toutes les indications nécessaires pour les construire soi-même.
- Traité de biocolloïdologie, par W. Kopaczewski. Tome V. État colloïdal et médecine. Fascicules I et II, 299 p., 5 fig., 4 pl. Gauthier-Villars, Paris, 1939. Prix : 160 francs. Voici le cinquième tome du grand traité de biocolloïdologie dans lequel l’auteur a voulu exposer les idées actuelles sur les colloïdes, rassembler les faits et les données numériques, y joindre ses propres mesures, fixer les orientations de la nouvelle science. Après avoir étudié les méthodes de recherches (t. I), les origines, préparations et propriétés des colloïdes (t. II), les phénomènes propres à ceux-ci (t. III), leur rôle en biologie (t. IV), il montre leur importance en médecine. L’introduction critique avec verve les habitudes d’expérimentation médicale. Le fascicule 1 est consacré au sang et le deuxième aux liquides organiques : lymphe, liquide céphalo-rachidien, salive, lait, sueur, urine, et aux tissus. Pour chacun on trouve un nombre considérable de renseignements (avec indication des sources) sur la composition chimique et les caractères physiques : densité, concentrations moléculaire et ionique, pH, pression osmotique, tension superficielle, équilibre électrique, pou-, voir rotatoire, etc., tout ce qu’il faut connaître pour raisonner des variations pathologiques qui seront exposées dans les fascicules suivants.
- Problèmes de la vision, par Armand de Gramont. 1 vol. in-16, 282 p., 19 fig. Bibliothèque de philosophie scientifique, Flammarion, Paris, 1939. Prix : 22 francs.
- Excellent exposé, parfaitement à jour, des problèmes multiples posés par la vision. L’auteur se borne aux phénomènes physiques, périphériques. Il décrit l’organe, ses défauts et leurs corrections, le chromatisme de l’œil, puis la vision spatiale des points, des lignes, des surfaces et des volumes, y compris les sensations de relief. Enfin, il traite de la transmission chromatique : photométrie hétérochrome, sensations colorées et contrastes, daltonisme, et termine par une théorie de la perception colorée,. partant de l’hypothèse de Young pour aboutir à une explication par résonance piézoélectrique fort attrayante par les analogies qu’elle suggère.
- Report on the Danish Oceanographical Expéditions 1908-1910, sous la direction de Jolis. Schmidt. N° il. 1 vol. in-4, 276 p., 157 fig. Hôst et Son, Copenhague, 1939. Prix : 30 shillings.
- Depuis 1912, dix volumes ont présenté les principaux résultats des expéditions danoises conduites par Johs. Schmidt à bord du « Thor » en Méditerranée et dans l’Atlantique avoisinant, sans parler des autres publications et des rapports sur le voyage du « Dana » autour du monde. Les observations ont été si précises et les récoltes si nombreuses que les données hydrologiques et biogéographiques sur la Méditerranée en ont été transformées et que beaucoup de groupes zoologiques, mal connus dans leurs stades de croissance, leur mode de vie et leurs déplacements ont été révélés ou éclaircis. Voici le 11e et dernier volume de ce riche inventaire. Trois mémoires sont consacrés aux siphonophores (Henry B. Bigelow et Mary Sears), aux Euphausiacés (Johan T. Rund) et aux Annélides polychètes pélagiques (Élise Wesenberg-Lund). On y trouve l’étude systématique des espèces, l’analyse de leur distribution à travers la Méditerranée, de la surface aux couches profondes, les relations qu’elles révèlent avec l’Atlantique et nombre de faits qui posent d’une manière précise les problèmes biogéographiques fondamentaux. On aura une idée de l’abondance du matériel récolté rien que par le nombre de 95.000 Siphonophores sur lesquels Bigelow et Sears basent leurs conclusions.
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- COMMUNICATIONS A L’ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 avril 1939.
- Les « pains de sucre » du Brésil. — Les pitons rocheux à parois abruptes, fréquents au Brésil et dont le plus célèbre est celui qui se dresse à l’entrée de la rade de Rio de Janeiro, ont attiré l’attention de M. de Martonne. La présence de pareils pitons à l’intérieur des terres montre que des formations provoquées pur le sapement des vagues, ou même par l’action des sels marins, doivent être écartées. L’auteur estime que le point de départ est la coïncidence d’un noyau de gneiss plus résistant avec la crête d’intersection du recoupement normal de deux versants. L’évolution des versants, combinée avec cette résistance particulière, amène l’apparition de la roche nue et la bosse rocheuse voit ses flancs devenir de plus en plus abrupts par l’effet de la desquamation et des éboulements. La forme dissymétrique, à section horizontale elliptique, des « pains de sucre » est une conséquence directe cl’une telle formation.
- Les cultures microbiennes en milieu lécithiné.
- — MM. Levin et Üliïzxi exposent que les cultures de plusieurs espèces microbiennes des groupes typhus-coli et dysentérique dans un milieu contenant de la lécithine colloïdale entraînent après une centaine de passages une diminution importante de l’action pathogène. Les bactéries se développent cependant normalement si on emploie de la lécithine pure, mais les expériences effectuées sur la souris, à partir d’un souche de typhus murin, montrent qu’après 23o passages en milieu lécithiné, la résistance des animaux au virus devient absolue. Les animaux infectés redeviennent rapidement stériles, d’autant plus rapidement que le nombre des passages en milieu lécithiné a été plus grand.
- Séance du 17 avril 1939.
- Les couches minces de fer. — En utilisant le phénomène de Barkhauscn (circulaire), on obtient de grandes discontinuités d’aimantation dans une substance ferromagnétique soumise à la torsion. En déposant des couches minces de fer sur un fil de cuivre et en le tordant, M. Procopiu a recherché pour quelle épaisseur de cette couche le phénomène disparaît. Il a trouvé une valeur de 1,75 p. que l’on peut mettre en parallèle avec le chiffre théorique de 1 p. donné par Becker. La limite des phénomènes magnétiques réversibles a été trouvée voisine de 35 mp, qui est de l’ordre des valeurs de 10 à 20 mp auxquelles la théorie avait conduit Dixit.
- Le givre au Puy=de=Dôme. — Par l’étude microscopique du dépôt de givre en formation sur une plaque de rhodoïd en équilibre de température avec l’air ambiant, M. Bricard a étudié numériquement ce phénomène par temps de brouillard au sommet du Puy-de-Dôme. Les gouttelettes du brouillard ayant un rayon de 6 à 10,5 p, la température variant de — i° à — 70, la vitesse du vent de 5 à i5 m/s, la durée de solidification varie de 9 à 20 s. Dans ces conditions les gouttes se solidifient individuellement, le givre est. fragile, opaque et de faible densité. Si les gouttelettes sont plus grosses, le temps de congélation s’élève jusqu’à 4o s, le givre est homogène, dur et transparent; un vent violent favorise également la formation d’un givre de ce dernier type.
- Les essences de jasmin. — En traitant d’importantes quantités d’essences de jasmin (absolue pétrolique, absolue de pommade, absolue de châssis), MM. Sabetay et Tra-baud ont trouvé l’eugénol parmi les constituants. Ceci
- explique les essais infructueux de reconstitution de l’essence en utilisant seulement ses constituants les plus abondants. Les teneurs en eugénol sont : absolue pétrolique : i,423 pour 1.000; pommade : 0,76 pour 1.000; châssis : 3,16 pour 1.000. L’eugénol ne paraît' pas d’ailleurs être le seul corps phénolique contenu dans les essences de jasmin ; la présence du paracrésol semble également probable.
- Les vipères du Gers. — Il a été signalé qu’il existe dans le Gers (Puycasquier et Monferran Savès), des vipères dont le venin est incolore alors qu’il est en général jaune; son action est moins nécrosante et plus neurotoxique que celle du venin normal, elle est efficacement combattue par le sérum anlivipérin. Mme Phisalix a repris cette étude et montre que ce venin blanc est plus toxique par suite de l’absence d’antigène. Chauffé par la même technique que celle utilisée pour la vaccination par le venin jaune, il ne confère aucune immunité. En résumé, le venin incolore des vipères du Gers est un venin simplifié, réduit à sa neurotoxine, non utilisable pour la vaccination.
- Séance du 2k avril 1939.
- Les tubercules de la pomme de terre. — Noël Bernard a émis l’hypothèse de la nécessaire présence d’un microorganisme pour la production des tubercules chez les plantes. Or M. Molliard a montré que le radis forme ses tubercules même en milieu aseptique pourvu qu’on lui apporte suffisamment de sucre. Après avoir montré qu’il en est de même chez d’autres plantes (oignon, carotte, dalhia, scorsonère), l’auteur expose qu’il a obtenu un résultat analogue pour la pomme de l'erre en partant de graines stérilisées, cultivées en milieu gélosé, fortement sucré mais aseptique. On peut cependant envisager la présence de virus ultra-microscopiques existant à l’intérieur des graines, des Rickettsia en particulier, que l’on retrouve comme parasites de nombreux insectes.
- Les sons musicaux. — MUe Dammann expose les résultats de l’enregistrement et de l’analyse avec un oscillographe cathodique des sons de divers instruments. Pour une intensité moyenne, seule la clarinette donne une fondamentale notable. Les harmoniques importants apparaissent soit groupés (trombone, trompette), soit isolés (clarinette, violon), soit groupés autour d’harmoniques fondamentaux (flûte) ; la répartition en groupes est surtout très nette pour les sons intenses. Lorsque l’intensité du son augmente on observe aussi, qu’à fréquence égale, le maximum se déplace vers les harmoniques élevés.
- La croissance in vitro des tissus végétaux. —
- M. Gautheret expose qu’il a réalisé la culture illimitée du tissu de tubercule de carotte dans un milieu complètement synthétique. Une objection ayant été faite quant à la possibilité d’une vie limitée dont les éléments nutritifs ne seraient pas prélevés sur le milieu mais sur le tissu lui-même, l’auteur, sur le conseil de M. Esnault-Pelterie a repris ces expériences en contrôlant le poids des tissus ; il a constaté que leur poids se trouvait multiplié par 8 au bout de deux mois. Après neuf repiquages il en est encore de même. En supprimant dans le milieu les éléments excitants (cystéine, etc.), la croissance est seulement ralentie et on peut donc se demander si certains éléments, qui passent pour indispensables, ne peuvent pas être reconstitués par synthèse dans les tissus végétaux.
- L. Bertrand.
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- 30 = NOTES ET INFORMATIONS
- ASTRONOMIE
- Les comètes de 1939.
- Cinq comètes, anciennes ou nouvelles, ont été observées depuis le début de la présente année. Nous avons déjà rendu compte, ici même (n° 3o43, P> i2^ et n° 3o45, p. 189) de la découverte de la première d’entre elles, la comète Cosik-Pellier, inscrite sous l’indicatif 1939 a et donné les éléments de son orbite. Celte comète, assez belle, a été observée par un grand nombre d’astronomes.
- A l’observatoire Flammarion de Juvisy, M. F. Quénisset, véritable Messier moderne, en a pris 32 clichés en neuf soirées d’observations. La comète a paru subir des transformations fort intéressantes, qui seront probablement confirmées par les photographies prises dans l’hémisphère austral.
- La comète Vaïsàlii (1939 b), découverte par M. Yaisâlâ à Turku (Finlande), le 8 février 1939, a d’abord été prise pour un « objet céleste » ou astéroïde et inscrite sous l’indicatif provisoire 1939 CB. Ce n’est qu’ensuite que cet « objet » a été reconnu comme une comète nouvelle, se présentant sous l’aspect d’un astre diffus, sans condensation centrale. Le i4 mars, cette comète était de i5e magnitude. Elle serait périodique, avec une révolution de 10 années seulement.
- La comète Pons-Winnecke (1989 c) a ®lé retrouvée par M. Jeffers, à l’observatoire Lick, aux États-Unis, le 17 mars 1939. Elle était de 17e magnitude, diffuse, avec une condensation centrale. Cette comète a une période de 6,i557 ans et le retour actuel est le i3e que l’on observe.
- La comète Pons-Winnecke s’approche rapidement de la Terre et son éclat augmentera beaucoup. Elle sera à sa plus courte distance de la Terre le 3 juillet prochain, à environ r6 millions de kilomètres.
- La comète Jurlof-Archmarof-Hassel (1939 d) a été une belle comète puisqu’elle a atteint la 3° magnitude. Comme il arrive presque toujours pour ces astres qui apparaissent un beau soir dans le crépuscule et ont un mouvement apparent fort rapide, il a été impossible de prévenir à temps les observateurs qui lisent cette revue, la comète ayant disparu avant la publication du plus prochain numéro.
- La comète a été découverte le 16 avril au soir par plusieurs observateurs. Si elle ne porte que trois noms, c’est qu’une convention astronomique récente a limité à trois le nom des « découvreurs officiels ». Et' cependant, les premiers observateurs qui ont vu la comète — d’après la Circulaire n° 769 du Bureau Central de l’Union astronomique internationale — sont MM. A.-D. Walker et Lewis-W. Smith, à Sedgewick, Alberta (Canada). Leur observation a été faite le i5 avril, à gh3om (<c Mountain Standard Time »), soit le 16 avril, à 4h3oIU (T. U.). Le « Mountain Standard Time » diffère de 7 h du Temps de Greewich. Pour établir la concordance des heures ci-dessus, il faut lire 9h3oh soir. D’ailleurs il ne peut en être autrement puisqu’à 9h3om (du matin) il fait jour et on ne pouvait alors observer la comète.
- Jusqu’à nouvel ordre, MM. Jurlof, Achmarof et Hassel restent donc les découvreurs attitrés de cette comète. Il y en a d’autres, nombreux. Ainsi la même comète a été trouvé indépendamment, entre le 17 et le 19 avril, par M. Roger
- Rigollet, à Lagny (Seine-et-Marne), un membre très actif de la Société astronomique de France; par M. Barlow, en Angleterre; par M. Buchar, à Prague; par M. Friend, en Californie; par M. Kosik, à Aschabad (U. R. S. S.) et par M. Okabayasi, à Tokio (Japon). Le Ciel est étroitement surveillé !
- Enfin, on sait que notre collaborateur, M. Lucien Rudaux, à son observatoire de Donville (Manche), a tout d’abord photographié la comète, sans connaître son existence, le soir du 17 avril, en prenant des clichés de l’aurore polaire, ainsi que les 19 et 20 avril. 11 en a ensuite obtenu une très belle photographie, le 25 avril (Voir La Nature, n° 3o5o, p. 368).
- Sans nous étendre sur les particularités physiques de cette belle comète, nous dirons que la queue, bien visible à l’œil nu, avait une longueur de 5 degrés.
- A l’observatoire Flammarion de Juvisy, M. Quénisset en a pris une belle série de photographies, qui montrent' de nombreux détails. Sur les plaques prises le 21 avril, on peut suivre la queue sur 20 degrés de longueur, au moins. Ce jour-là, la tête de la comète paraissait verte (observateurs : Mme G. Camille Flammarion et M. F. Quénisset) (Q. La comète est passée au périhélie le 10 avril et elle s’éloignait déjà du Soleil lors de sa découverte.
- Voici les éléments de l’orbite, calculés par M. Môller :
- Date du passage au périhélie ... T = 1939 avril 10,266 Argument de latitude du périphélie . w = Sg^i'a 1
- Longitude du nœud ascendant. , Q ~ 3io°5i'8 > 1939,0
- Inclinaison.............................. i ~ i38°26'9 j
- Distance périhélie........................q — 0,5296
- Il n’est pas impossible que la Terre reçoive des météores en provenance de cette comète. Le Dr V. Guth, de l’observatoire de Prague, en adoptant les éléments ci-dessus déterminés par M. Môller, a attiré l’attention sur le fait que l’orbite de la comète coupe l’orbite terrestre à deux reprises et qu’en conséquence l’apparition de météores est probable : i° quand la Terre sera voisine du nœud ascendant, le 4 août prochain (radiant situé par j^ôo^ — i2°33/, près de w Baleine); 20 quand elle arrivera vers le nœud descendant', le 3i janvier ig4o (radiant situé par 25x° — 4°i9/, près de 3o Ophin-chus). Les observateurs d’étoiles filantes devront donc, à ces dates, porter leur attention sur ces radiants éventuels. La comète Kopjf (i93g e) n’a pas eu une apparition aussi brillante que la précédente. Cette comète périodique était précédemment passée au périhélie le 21 août 1932. Elle a une période d’environ 6 ans 1/2. Elle a été retrouvée le 22 avril 1939, à l’observatoire Yerkès, aux États-Unis, par le Pr Van Biesbrock. Sa position était alors : Ascension droite = 22hi9m38s,4 ; Déclinaison = — 5°i2,2i,/. Éclat de i3e magnitude.
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- L’année 1938 n’avait été marquée que par l’apparition d’une seule comète. Dès à présent, l’année 1939, au point de vue des études cométaires, est en bien meilleure posture que sa devancière.
- Em. Touchet.
- 1. Voir le détail des observations dans L'Astronomie, mai 1939, pp. 193 à 201.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTES =: 31
- RADIOÉLECTRIOTÉ Récepteurs de T. S. F. minuscules.
- Il y a déjà longtemps qu’on a réalisé des appareils très réduits, généralement du type tous courants. Les filaments des lampes sont montés en série avec une résistance abais-seuse de tension disposée sur le cordon d’alimentation ou séparément. On évite ainsi l’emploi d’un transformateur, d’où réduction d’encombrement et de poids.
- Les lampes à multiples électrodes à ampoules de verre ordinaires peuvent être désormais remplacées par des lam-
- 25L6G
- JULfl
- 6J7G G AD B ZSLBlsl
- Fig. 1. •— Schéma d’un poste minuscule superhétérodyne à 4 lampes dont 1 valve.
- pes entièrement métalliques à culot « octal » ou par des lampes en verre cylindriques minuscules (genre Bantam) ; ces lampes de faibles dimensions permettent de réduire encore le volume des postes ; aussi peut-on construire des postes entrant dans un sac à main, pas plus encombrants qu’un petit appareil photographique.
- La construction de ces récepteurs « ultra-miniature » ne va pas sans difficultés. Les caractéristiques et le montage des organes doivent être soigneusement étudiés pour assurer la résistance aux chocs et une aération suffisante des lampes.
- On construit des postes à quatre ou cinq lampes, dans des boîtiers de moins de 20 cm de côté et de 12 cm de haut.
- Au point de vue radioélectrique, deux montages sont possibles, le changement de fréquence avec une lampe oscilla -triee modulatrice 6A8, une détectrice moyenne fréquence
- Fig. 2. — Schéma d’un poste minuscule à amplification haute fréquence directe.
- 6K7GT
- 6J7GT
- 25A6GT
- 30000 , ^ ohms —
- ohms
- 20.000 ohms
- 25Z6GT
- !8S ohms
- Masse
- 6K7 6J7Z5A6
- 3000
- ohms
- IBMfd dm
- et première basse fréquence 6J7, une basse fréquence 25LG, et une valve d’alimentation 25Z6. Les bobinages sont de faibles dimensions, et généralement les gammes de réception réduites à une ou à deux (tig. 1).
- On se contente souvent, avec raison, d’une amplification haute fréquence directe bien étudiée, avec des bobinages convenables à faible amortissement; la sélectivité est suffisante, le bruit de fond très réduit et la musicalité supérieure (fig. 2). Dans ce cas, le montage comporte trois lampes et une valve, La première amplificatrice haute fréquence est une pentode 6K7 ; la détection est assurée par une GJ7 également pentode 3. — Aspect d’un poste minuscule.
- ainsi que la première
- amplificatrice basse fréquence et l’amplification basse fréquence de sortie par une 25AG.
- Une valve 25Z6 redresse le courant alternatif d’alimentation plaque et on utilise un petit haut-parleur élect'rodyna-mique, dont Je bobinage d’excitation, d’une résistance de l’ordre de 3.000 ohms, est alimenté par la valve.
- Les cadrans de ces petits postes peuvent être éclairés par transparence et gradués en fréquences ou même en noms de stations. Un dispositif de démultiplication sur le bouton de recherches des émissions rend la manœuvre plus facile.
- Appareils Mustel-Detrola, iG, avenue de Wagram, Paris (8e).
- MÉCANIQUE Les noix explosées.
- La technique moderne fait maintenant couramment emploi des explosifs et ceux-ci pénètrent même dans le domaine purement mécanique. On connaît les rivets explosés dans lesquels l’éclatement d’une petite charge d’explosif assure la formation de la tête et remplace ainsi le travail du maltage et d’écrasement au marteau; dans les travaux publics, les pieux explosés assurent les assises des constructions en terrains peu résistants.
- Voici que d’Amérique nous vient une nouvelle application peu banale. Au lieu de casser les noix, ce qui, lorsqu’on veut en extraire les cuisses intactes, nécessite un doigté spécial, on les passe dans une machine où une scie détermine une entaille juste suffisante pour traverser l’enveloppe dure. En même temps, par l’ouverture ainsi produite on insuffle un gaz explosif. Il n’y a plus qu’à présenter la noix devant la flamme d’un bec de gaz pour qu’elle s’ouvre sans que le contenu soit abîmé. On pourrait ainsi ouvrir 4oo kgr de noix par jour !
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- BOITE AUX LETTRES
- CORRESPONDANCE
- Le cinématographe et l’enseignement du tir
- (n° 3050 du ltr juin 1039).
- M. Étienne Oehmichcn, professeur au Collège de France, nous écrit :
- « Je viens de prendre connaissance du dernier numéro de La Nature. Il y est question d’un appareil de tir utilisant le cinématographe pour l’éducation des tireurs.
- Il se trouve que l’auteur de l’article, assurément mal informé, m’attribue tout à fait à tort la création de cette machine.
- Je crois savoir que des armoires de tir de ce genre ont été équipées avec des projecteurs de mon système, utilisant la boucle automatique dont je suis en effet l’inventeur. Mais là s’arrête ma participation à cette application cinématographique ».
- De tout un peu.
- M. Chabel, Valence. — Adresses de maisons pour matériel d’herborisation : Émile Lyon, 171, boulevard Saint-Germain, Paris ; Bureau, 16, villa de la République, Montrouge (Seine). Pour globes terrestres de précision ; Girard et Barrère, 17, rue de Buci ; Thomas, 44, rue Notre-Dame-des-Champs ; Société française de cartographie, 121, boulevard Saint-Michel, Paris.
- M. Zialcita, Manille. — La question est du domaine de l’astrologie. Il faudrait se reporter aux commentateurs de Nos-tradamus, voir la thèse de M. de Fontbrune, à la Librairie Véga, 175, boulevard Saint-Germain, et les tables utilisées par les astrologues pour déterminer la position des astres à une date donnée, que vous trouverez à la même librairie.
- M. Jarrelier, Fès. — La correction de la myopie par des verres concaves, divergents, correction qui doit être totale et permanente, est le seul moyen efficace de remédier à cette infirmité. Mais cette correction optique peut souvent être complétée par un traitement médical général. La prescription de lunettes aux myopes exige une grande expérience et une étude parfaite du fond de l’œil à l’ophtalmoscope. Elle doit être réservée aux médecins ophtalmologistes.
- Dans les myopies élevées, l’extraction du cristallin transparent est un moyen d’améliorer l’acuité visuelle et permet souvent au malade de se diriger sans lunettes. Par contre, tous les procédés de compression, les massages et autres moyens tendant à diminuer la longueur antéro-postérieure de l’œil sont à rejeter. Outre que la coque oculaire ne se prête pas à ces manœuvres, la compression de l’œil myope n’est pas sans danger (décollement rétinien, hémorragies, etc.).
- M. P. Dargent, à Beyrouth. — La brillantine dont vous parlez est une brillantine homogène dans laquelle on a utilisé la sensibilité complète de l’huile de ricin dans l’alcool, vous pouvez prendre comme type d’une réalisation de ce genre la formule suivante :
- Huile de ricin blanche .... 50 gr
- Alcool à 95°................... 800 —
- Glycérine neutre à 30°......... 150 —
- Parfumer au choix en dissolvant l’essence de roses ou autre préalablement dans l’alcool.
- M. de Bony, à Poitiers. — Vos prévisions sont exactes, les produits vendus sous le nom de soudures à froid, ne sont que des mastics à l’acétate de cellulose dissous dans l’acétone, additionnés de poudre d’aluminium pour leur donner l’aspect métallique.
- Ces produits peuvent bien obturer les fissures quand les ustensiles, casseroles ou autres ne sont soumis à l’action de la chaleur que contenant de l’eau, s’ils étaient chauffés à sec
- l’acétate de cellulose serait détruit et la prétendue soudure bien compromise.
- M. Permanne, à Lille. — Les deux procédés que vous signalez pour conserver la bière mousseuse : addition de sucre ou de quelques grains de riz, se justifient par le fait qu’ils entretiennent la vitalité de la levure en lui fournissant les éléments d’une production prolongée d’acide carbonique. Il est évident que le dégagement ne peut être que très lent puisque le saccharose doit d’abord être interverti par la diastase de la levure et l’amidon du riz saccharifié par son amylase, mais l’emploi répond bien au but poursuivi.
- Établissements Intard, à Cauderan. — A notre avis, le moulage au soufre sera celui qui conviendra le mieux pour la fine reproduction de vos originaux en marbre. Bien que l’huilage préalable de l’objet puisse être pratiqué, il n’est généralement pas appliqué par les spécialistes qui se contentent de le rendre humide par capillarité, en plongeant la base seulement dans une assiette contenant de l’eau.
- D’autre part il faut observer que le soufre fondant à 114° C. s’épaissit ensuite en devenant visqueux vers 200° C., pour revenir à l’état liquide à 300° C. Le choix du moment favorable au moulage présente donc une grande importance ; on peut fixer comme règle que moins le soufre est chaud plus l’épreuve est parfaite.
- Pous plus de détails sur cette question, consulter le Manuel du Mouleur, de Lebrun et Magnier, édité par la Maison Mulo, 12, rue Hautefeuille, à Paris.
- M'ie Vaganay, à Mâlo-les-Bains. — 1° La réalisation des papiers marbrés s’effectue ainsi :
- 1° Prendre une dissolution de graine de lin ou de gomme adragante, de préférence cette dernière, que l’on aura préalablement fait digérer une journée dans l’eau froide avant liquéfaction au bain-marie et que l’on prendra soin de passer chaude au tamis de crin ; verser dans une cuvette peu profonde sous une épaisseur de 5 à 6 cm, écumer soigneusement la surface avec une carte.
- 2° Préparer une solution aqueuse, en flacons séparés bien entendu de chaque couleur, l’additionner de fiel de bœuf et la verser à la surface du bain où elle s’étendra naturellement.
- Dans le cas de marbrures différentes, par exemple du rouge, du noir, de l’orangé, etc., on mettra peu de fiel dans le rouge, plus dans le noir, davantage dans l’orange et ainsi de suite pour les couleurs successives, chacune étant plus chargée que la précédente.
- 3° Asperger le bain avec une brosse trempée dans de l’eau aussi fiellée. A ce moment, si on a mis plusieurs couleurs, celles-ci se sépareront en veines inégales ; l’opérateur peut à volonté produire des effets de marbrures nombreux et variés en dessinant sur le bain des zig-zags, des tourbillons que sa fantaisie lui suggérera, les couches demeurant dans la position où cette opération les aura placées.
- 4° Appliquer alors à la surface la feuille de papier, celle-ci après relevage présentera les marbrures parfaitement transportées.
- Pour préparer le fiel de bœuf. — 1° Faire bouillir celui-ci sans la vésicule qui le contient et l’écumer, puis le partager en deux flacons dans l’un desquels on introduira 30 gr d’alun en poudre et dans l’autre 30 gr de sel marin, par litre.
- Laisser reposer jusqu’à ce que les liquides soient éclaircis, les décanter, mélanger et laisser reposer à nouveau, ensuite filtrer.
- Le liquide obtenu est incolore, ne change pas les tons des couleurs et se conserve très longtemps.
- 2° Vous trouverez le choréoplaste ou pâte de garnissage du cuir repoussé, chez Lefranc, qui prépare tous les produits pour arts d’amateurs, 15, rue de la Ville-l’Ëvêque. Il sera plus économique pour vous de faire l’acquisition de la pâte toute prête à l’emploi, plutôt que d’entreprendre une préparation au résultat un peu aléatoire.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barn'éoud frères et cle a laval (france) . — 1-7-1939 — Published in France.
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- N° 3053
- LA NATURE
- 15 Juillet 1939
- [ LES OBJETS DE TOILETTE DANS L'ANCIENNE ÉGYPTE
- II n’y a pas que des bizarreries et des hiéroglyphes dans la civilisation pharaonique et. pour bien des choses de la vie courante, nous voyons en elle un aspect de ce que Chesterton appelle a l’homme éternel ». Certes la toilette et la coquetterie sont de toutes les époques, mais les anciens habitants de la vallée du Nil ont su leur donner un cachet particulièrement artistique.
- L’éminent égyptologue Jéquier a écrit que « le besoin de propreté, tant pour le corps lui-même que pour les vêtements, était inné aux anciens Égyptiens bien plus qu’aux autres Orientaux et avait pris, à une époque très ancienne, un tel développement qu’il était devenu le symbole de la pureté morale, nécessaire pour assurer aux défunts la vie d’outre-tombe ». Nous nous en tiendrons ici à la toilette civile, celle de la vie quotidienne et non pas celle des rites.
- SCÈNES DE TOILETTE
- On trouve quelques scènes de toilette représentées aux diverses époques. A la Y0 dynastie (vers 2000 av. J.-C.) 011 voit figuré dans son tombeau le seigneur Ptahhelep, assis, entouré de serviteurs dont l’un lui présente un frottoir poulies mains, un autre lui met sa perruque, un troisième apporte un nécessaire de toilette et lui oint les pieds. A la XIe dynastie (vers 2200 av. J.-C.) un fragment de stèle de la dame Ipwel (au British Muséum) montre ce sujet inattendu de la défunte assise tenant dans la main gauche un miroir et de la droite un linge avec lequel elle applique une crème de beauté sur sa figure. De la même époque, le musée de New-York possède une statuette en calcaire trouvée à Lisht, représentant une femme que l’on coiffe pendant qu’elle allaite son bébé. A la XVIIIe dynastie (vers i4?o av. J.-C.) l’on voit dans la tombe de Rekhmiré une réception chez ce grand vizir. De jeunes servantes s’empressent auprès des dames, les parent de couronnes et de colliers de fleurs, une autre arrange une coiffure. L’une d’elles oint les bx-as d’une dame avec un onguent contenu dans un vase que lui tend une deuxième. Des servileui-s s'occupent de pai-er les messieurs. Pendant ce temps des î-afraîchissements circulent et une artiste accorde son théorbe. Cette scène est si vivante tjue l’on croit entendre les papotages des
- l’Est
- Fig. 1. —
- mondaines et les intrigues des fonctionnaires en mal d avancement ! Citons enfin la plus amusante des scènes de toilette : un papyrus de la XXe dynastie sur lequel un humoriste a saisi d’un coup de pinceau allègre une coquette dans le feu de l’action et. dont la caricature est une satire encore actuelle de certains « travaux d’art » (fig. 1).
- NÉCESSAIRES DE TOILETTE
- On a découvert dans plusieurs tombes des nécessaires de toilette complets datant du début de la XVIIIe dynastie. Parmi ses belles trouvailles dans la nécropole de 1 tv'1 " Deïr-el-Médineh en 1934-1935, M. Bniyère, directeur des fouilles de l’Institut Français du Caire, a mis au jour plusieurs nécessaii-es de toilette dans les tombes des artistes et artisans de la nécropole thébaine. Ces nécessaires étaient généralement des paniei's. Voici l’inventaire des objets de la dame Maja tel que le dresse l’archéologue : « 11 y avait dans la tombe n° 1.370 un nécessaire de toilette composé de deux peignes de bois, trois étuis à kohol, un grattoir en silex, un vase à kohol en albâtre, une aiguille à stibium en ébène, un tampon à farder emmanché comme un outil, un petit vase de terre ordinaire vide, un écheveau de lin, un débris de coquille nacrée pour le mélange des fards et un scarabée de faïence bleue dont le chaton qui représente un faucon debout protégeant de ses ailes le cartouche de Thotmès III a sei'vi à sceller tous les vases et paniers de la morte. Tous ces objets étaient rassemblés à l’intérieur d’un coi'beille ovale de vannerie monochrome mesurant o m 26 de longueur, o m i5 de largeur, et o m i3 de hauteur et munie d’un couvercle plat ». En 1935-1936, M. Lansing a découvert à Deïr-el-Bahari la tombe des pai'ents du fameux architecte Senmout et parmi les objets de toilette de la mèi’e de Senmout : son mii-oir de bronze, son rasoir, une boîte en bois à couvercle décoré de cercles concentriques et contigus iircisés, des plats en faïence, des vases à onguent en albâtre. Le tout a été partagé entre les musées du Caire et de New-York.
- Le nécessaire de toilette de la femme du sciibe Ani, au début de la XIXe dynastie, est un coffret rectangu-
- Caricature d’une élégante à sa toilette.
- Musée de Turin.
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- laire en bois monté sur quatre pieds (British Muséum). Il est divisé en quatre compartiments, trois petits et un grand, dont les panneaux de séparation sont ornés d’ébène et d'acajou. L’intérieur renferme : un vase en terre cuite rempli d’une sorte de savon, deux vases en albâtre contenant des onguents, un grand morceau de pierre ponce, un double tube à collyre noir avec bâtonnets en bois et en ivoire pour étaler le collyre, un peigne en ivoire à dos arrondi, une coquille de bronze pour étaler et mêler les onguents, une paire de sandales à pointes relevées en peau de gazelle peinte, trois petits coussins en papyrus teint en rouge.
- OBJETS USUELS
- En dehors des nécessaires, certains objets ont été retrouvés isolément. Le musée Guimet possède une aiguière à bec recourbé, trouvée en Abydos qui date de l’Ancien Empire. Elle est en cuivre recouvert d’une magnifique patine vert-de-gris et haute de io cm. Au Nouvel Empire la forme change, le vase perd son bec latéral qui est remplacé par un Lrès haut col. Le musée do New-York en possède un très joli exemple en bi-onze ayant pour anse une charmante tête de bouquetin terminant un long cou (fig. 2). La cuvette accompagnée de son aiguièi’e se trouve dès l’Ancien Empire. On peut en voir, de la Ve dynastie, en bronze, provenant des fouilles de M. Alliot à Edfou, au musée Guimet, et en terre cuite à Bruxelles. Le savon proprement dit étant
- Fig. 3. — Peigne à décor de félin.
- Fig. 4. — Peigne à décor de bouquetin.
- Musée de Bruxelles.
- (Cl. Fondation Ëgyptologique).
- inconnu, on le l’emplaçait par des sortes de cubes de pâte contenant des matières dégraissantes. Il y avait aussi des frottoirs en pieire ponce. Ensuite on s’essuyait avec une serviette à franges.
- Les rasoirs, de foi’mes diverses, se trouvent couramment, étant employés aussi bien par les femmes que par les hommes. La mèi'e de Chéops en avait six en cuivre et deux en or. On usait aussi beaucoup de lancettes, canifs et grattoirs. Enfin on connaissait les pinces à épiler terminées parfois en forme de mains humaines.
- Pour la chevelure, on utilisait les aiguilles-démêloirs, les peignes et les fers â friser. Les aiguilles-démê-loii's, destinées à calmer les démangeaisons du cuir chevelu sans déraixger la perruque, sont des baguettes en bois, os ou ivoire, pointues et longues de i5 à 20 cm. L’une en ivoire, s’épanoxxit en chapiteau cam-paniforme sui'monlé d’une petite figurine d’homme marchant dont le style excellent dénote la XIIe dynastie (au Caire). D’autres sont décorées d’une tête de gazelle ou de faucon ou de roi, à moins que ce ne soit d’un lotus ou d’un uréus.
- Les peignes sont tantôt simples, tantôt doubles (dos à dos). Ils sont faits de matièi'es variées que nous employons encore à cet usage : acacia (les plus courants), ébène, os, ivoire, coi’ne, écaille. Parmi les peignes simples dont la partie supérieure est décoi’ée nous citerons un peigne en ivoii-e, trouvé à Thèbes, terminé en chanfi’cin ondulant à quatre noeuds dont la décoi’alion consiste en fleurs et boutons de lotus allei’nés gravés très légèrement (au Caii'e). Le musée de Bruxelles possède deux beaux peignes de bois ornés d’animaux (fig. 3, long. 55 mm ; fig. 4, long. 60 mm). Un autre est décoin ainsi d’un cheval (Bi'itish Muséum).
- Les fers à friser, en bronze, sont assez nombreux et souvent combinés avec un canif destiné à couper les cheveux rebelles. La collection d’Univei'sity College de Londres est très représentative puisqu’elle en contient des divei'ses périodes depuis la YIe jusqu’à la XXIIe dynastie. Comme il est habituel, ceux de la XYIIF sont décorés et l’une des parties est en forme de chacal, de panthère courent, de cheval au galop, de déesse Thouéris. L’un est en forme de grue et l’oiseau semble ouvrir le bec quand on manœuvre l’instrument. La « mise en plis » était sujette à la mode qui exigeait des perruques avec des ondulations plus ou moins larges. Le musée de Turin possède la peiTuque de Mirit, femme de l’architecte Kha.
- Tous ces instruments auraient été inutiles si l’on n’avait pas eu de miroirs pour juger du l'ésxxltat. Ceux-ci ont un disque en bi'onze poli. Tantôt le manche est fait de même matière, taix-tôt il est en hois, os ou ivoire. C’est la partie de l’objet prêtant à la décoration. Il peut êti’e, comme au Moyen Empire, une colonnelle à chapiteau souvent papyriforme (d’autres fois le chapiteau est fait d’une tête de diexx Bès ou de déesse liathor), soit le signe hem, pai’fois deux faucons sont pei’chés sur la retombée du chapiteau (fig. 5). Enfin il y a le manche-statuette en
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- forme de jeune fille nue, qu’on trouve souvent au Nouvel Empire (au Louvre, Le Caire, Berlin). Les miroirs étaient tantôt placés dans des étuis laissant dépasser le manche, tantôt enfermés en entier dans des boîtes dont la plus jolie est en sycomore plaqué d’ivoire peint décoré d’une façon charmante et dans un style excellent ; c’était celle de la reine Henit-Taoui, femme d’Amenophis II, qui, émouvant témoignage de coquetterie, tint à l’emporter sur son cœur dans la tombe.
- LES PRODUITS DE BEAUTÉ
- Quelles substances utilisaient les Egyptiens comme produits de beauté ? On trouve des collyres pour les yeux, des fards pour le visage, des cosmétiques ou onguents, des parfums. Les recherches des chimistes modernes nous ont donné quelques indications. Le collyre pour les yeux aujourd’hui appelé Kohol, est presque toujours de la galène (sulfure de plomb), parfois de la malachite, mais pas de sulfure d’antimoine. L’intensité de chaleur et d’éclairage en été rendaient utiles les cosmétiques, onguents et fards qui lubrifiaient et protégeaient la peau. Il semble bien que les élégantes usaient de l’ocre rouge pour les lèvres et du henné pour les ongles et les cheveux. Comme fards, elles avaient à leur disposition tout un arc-en-ciel : noir mat, noir foncé, noir velouté, gris foncé, brun marron clair, brun marron, brun foncé, orangé, vert, rose, blanc, gris pâle, gris fer. Les onguents étaient faits soit de cire, soit d’huile d’olive, peut-être aussi de graisse animale additionnée d’une substance aromatique résineuse. Le Dr Reutter a analysé des parfums contenant du storax, de rencens, de la myrrhe, des résines de térébenthine, du bitume de Judée parfumé au henné, des débris végétaux aromatiques pi’éalable-rnent additionnés de vin de palmier ou d’extraits provenant de la pulpe de certains fruits (casse, tamai’in) et macérés dans du vin.
- Les vases contenant les produits de beauté ont des formes très appropriées. L’étui à kohol avait généralement la forme d’un petit cylindre vertical ou jumelé, haut de io à i5 cm. Il était en roseau naturel, en bois, ivoire, faïence, verre (parfois en forme de colonnelte). Le Louvre en possède plusieurs contenant encore leur stylet. Le musée de Bruxelles en possède un, quadruple, datant du Moyen Empire, et décoré d’une souris fort réaliste. Le musée Guimet en a un, au nom de la reine Tiyi. Comme il est très fruste, je pense qu’il n’a pas fait partie des objets de toilette de la reine, mais qu’il a pu servir de cadeau de la souveraine à l’une des femmes à son service. Le vase à kohol ou à onguent, de formes amples et à couvercle plat était en pierre (albâtre, calcaire, pierres dures), ou en faïence ou en verre. Quelques-uns de ceux de la princesse Sithathor sont en obsidienne à monture d’or. Ceux de Toutan-khamon, en albâtre, ont une décoration très chargée. Les gens de la classe moyenne en avaient de fort simples mais non sans beauté (fig. 6, largeur 84 et 8o mm). Certains, en bois, étaient soutenus par une figurine de porteur ou de porteuse en ronde-bosse dont la souplesse
- de mouvement est un démenti à l’accusation de rigidité que l’on adresse habituellement à la sculpture égyptienne. Un porteur (à la Bibliothèque nationale de Paris) est célèbre à cet égard, ainsi qu’une porteuse du musée de Levde. D’autres sont tenus par une figurine de singe debout ou accroupi. Il y a aussi des vases en forme de hérisson, en faïence, et de canard retournant la tète et enfonçant son bec dans son plumage
- (exemple au Louvre) dont le dos sert de couvercle et dont le type remonte à la IrG dynastie.
- M. Bruyère a trouvé, dans ses fouilles de iq34-I935, une corne de bovidé, longue de 3a cm, fermée par un bouchon de bois et à la pointe de laquelle était fixée une cuiller en bois ronde décorée au dos d’une main droite en relief. Un tampon de chiffons obturant la pointe permettait, en l’enlevant, de laisser couler goutte à goutte dans la cuiller l’huile parfumée conte-
- nnû rlone la
- Fig. o. — Miroir à décor de faucons.
- Musée de New-York.
- LES CUILLERS A FARD
- Par leur qualité artistique, les cuillers à fard méritent d’être étudiées à part. Ces objets, qui sont parmi les créations les plus originales du génie égyptien, prouvent que l’art civil n’était pas moins capable de produire des chefs-d’œuvre que l’art officiel et hiératique. Ils prouvent aussi, selon la très juste remarque de Mme Frédéricq, qui a établi le catalogue de celles du British Muséum, que le niveau artistique de l’Egypte du Nouvel Empire était singulièrement élevé puisqu’on
- Fig. G. — bases à onguent en albâtre, dont l’un encore clos. Musée du Louvre (d’après Bruyère).
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- Fig. 7. — Cuiller à fard à décor d’antilope. Musée du Louvre.
- Leur longueur varie entre io et 3o cm. Quelquefois elles sont peintes et môme incrustées de pâles de couleur et d’ivoire, comme les belles pièces d ebénisterie. M. Capart y voit une influence de la bijouterie. En tous cas elles datent du Nouvel Empire, ou plutôt de la XVIIIe dynastie, sans qu’il soit possible de préciser davantage, la plupart n’ayant pas été trouvées dans des fouilles scientifiques. La collection la plus riche du monde est incontestablement celle du Louvre.
- Comme pour les bas-reliefs, on trouve ici des thèmes (fui se répètent : quand une jolie idée avait plu, elle donnait naissance à un motif qui la renouvelait par des variantes de détail. Ces variantes, lorsqu’on les observe attentivement, prouvent la fertilité d’invention, la fantaisie et le goût délicat des grands artistes auxquels sont dus ces fragiles objets. Sans avoir la prétention d’établir un classement complet et définitif, on peut les
- trouvait des artistes assez habiles pour exécuter ces petites merveilles et des amateurs assez raffinés pour en faire la demande. Ces cuillers donnent une haute idée de ce que devait être le cadre de la vie quotidienne des éléganies de celle époque.
- Les cuillers à fard (l’une, au British Muséum, contient encore des restes de cire) sont la plupart
- du temps en bois, paifois en pjg. 10. — Cuiller à fard à décor de nageuse et canard.
- Musée du Louvre.
- repartir de la façon suivante. Parmi les cuillers sans manche on trouve plusieurs types : i° l’antilope abat-lue et ligotée pour le sacrifice, dont le corps évidé sert de cuilleron, il y en a deux variétés en bois au Louvre (fig. 7, les cornes ont disparu) et également en pierre (Louvre) et en faïence (au Caire), le bouquetin (Louvre) existe aussi dans le meme type qui remonte aux palettes prédynasliques ; 2° le chien couché dont le corps sert de cuilleron (Bruxelles) ; 3° le lion dévorant une antilope, en ivoire (Berlin) ; 4° le poisson lûtes tout seul (British Muséum) ou accompagné de fleurs de lotus (un, en albâtre, à New-York).
- Parmi les cuillers avec manche la variété esL plus grande encore car le sens décoratif inné des artistes égyptiens s’est dépensé spécialement pour orner cette partie de l’objet. On peut les classer en quatre grandes catégories selon que domine le décor humain, animal, floral ou divers. Dans la première, on trouve : i° le porteur ou la porteuse de vase, le porteur étant généralement un homme'âgé et parfois un Asiatique (beaux exemples au Louvre). Parmi les porteuses, la jeune fille de Copenhague (fig. 8, hauteur 27 cm) est mise en valeur par le fond de papyrus en fleurs sur lequel ses lignes gracieuses se détachent ; 20 la musicienne jouant du théorbe, découpée en ajouré entre des fleurs et debout, soit sur le sol (fig. 9) soit sur une barque (Louvre et IJniversity College de Londres) ; un exemple en
- ivoire, en pierre ou en faïence.
- Fig. 8. — Cuiller à fard à décor de porteuse de vase. Copenhague, Glyptothcque Ny-Cnrlsherg.
- (Cl. Koefoed-Petersc-ïi).
- Fig. 9. — Cuiller à fard à décor de musicienne. Musée du Louvre.
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- faïence, fragmentaire, est au musée Guimet. On la trouve aussi à demi agenouillée se détachant, non plus en ajouré mais en très léger relief, sur un fond de fleurs (Berlin) ; 3° la jeune fdle cueillant des fleurs de papyrus (Louvre) ; 4° le retour du marais : jeune fille ramenant des fleurs et des oiseaux, homme ramenant un veau et une botte de papyrus (tous deux au Louvre) ;
- 5° la nageuse, au corps joliment sculpté en ronde-bosse, soit toute seule (au Caire), soit tenant un bassin formant cuilleron (Louvre, Bruxelles, Berlin), ou une feuille lancéolée formant cuilleron (à Providence), soit attrapant un canard (fig. io et au Caire), dont la fêle est parfois en ivoire (Louvre). Dans la série à décor animal nous avons : i° un cuilleron ovale terminé par deux télés de bouquetins dressées dos à dos (au Caire) ;
- :>u un renard attrapant un poisson lates qui sert de cuilleron (British Muséum) ; 3° une antilope incisée sur fond de bois (Bruxelles et Le Caire). La série à décor floral peut se répartir ainsi : i° cuilleron en forme de feuille lancéolée soutenue par de petites fleurs (British Muséum) ou de boulon de papyrus allongé (Louvre) ;
- :v’ cuilleron dont le manche est un groupe de fleurs ou im bouquet (fig. ii et au British Muséum). Enfin dans la série des « divers » : i° cuiller décorée d’un dieu Bès soit de face et seul (British Muséum), soit de profil de chaque côté d’une colonnelte (University College), soit jumelée avec deux cuillerons (British Muséum);
- 2° cuiller à décor de main tenant une coquille et le manche terminé par une tête de canard se retournant (fig. 12).
- Les formes les plus courantes des cuillerons sont : une coquille, un vase, un bassin rectangulaire, une fleur, un cartouche royal. Dans certains cas la disposition horizontale des plantes entre le manche et le cuilleron en forme de coquille fait que l’ensemble présente une analogie marquée avec l’hiéroglyphe ankh (= vie).
- Ce n’est pas le lieu d’entrer dans de plus amples détails, mais ces exemples suffisent pour donner une idée d’un art très séduisant et pas assez connu. On admirera dans ces petits objets la variété des sujets,
- .................— LE CANAL
- Le canal Albert qui réunit Maastricht sur la Meuse au port d’Anvers est un ouvrage d’art qui, pour la Belgique a une importance primordiale aussi bien au point de vue stratégique qu’au point de vue économique. Décidé en 1927, commencé en 1930, il sera inauguré très prochainement. Nous donnerons quelques détails sur ce canal empruntés à une très intéressante communication de M. Delmar à la Société des ingénieurs civils.
- Lorsqu’en i8i5, après l’effondrement, de l’Empire français, les puissances de la Sainte Alliance voulurent, se protéger contre la France, elles firent de la ville hollandaise de Maastricht située au débouché de la vallée de la Meuse dans la grande plaine du Nord, au sortir du fleuve, du long et profond défilé à travers le
- Fig. 11. — Cuiller à fard à décor floral. Fig. 12. — Cuiller à fard à décor de coquille. Musée du Louvre.
- la souplesse des attitudes des personnages, la justesse de représentation des animaux, la liberté de composition et la fantaisie pleine de charme des vieux artistes dont l’œuvre est toujours jeune parce qu’elle trouve dans sa beauté le secret de l’immortalité.
- Henry de Morant.
- Les figures 2 et 5 sont reproduites par la courtoise autorisation du Metropolitan Muséum de X'cw-York. Les figures 9, 10, 11, 12, sont des clichés des Archives photographiques d’Art et d’Histoire.
- ALBERT ....................... =
- massif hercynien, une tète de pont importante permettant à un ennemi massé à Aix-la-Chapelle de s’enfoncer comme un coin entre les organisations défensives de la frontière belge.
- La Belgique pour défendre son territoire a préparé sa défense en prolongeant la ligne Maginot le long de sa frontière de l’Est. Le Luxembourg au terrain accidenté et couvert de forets est armé de nombreux ouvrages militaires, le Haut plateau des Ardennes, lande marécageuse, est aisé à défendre, le plateau de Herve, vallonné et découvert a été solidement organisé et constitue un bouclier qui protège la région industrielle de Liège. Au Nord, la résistance s’appuie sur les lignes d’eaux : la Meuse et ses canaux (de Liège à Maastricht, de Maastricht à Bois-le-Duc).
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- Nimèaue
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- Bois-le-Duc
- / \Schoofen • + * VV ,/
- r 9'— .terre
- Matines<
- j/LIIMBOURG
- /Maastricht
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- de Herve
- Plateau
- IVamup.
- Charleroi
- Dinant
- 50 Km.
- Fig. 1. — Le Rhin, l’Escaut et le canal Albert.
- Pour supprimer le point faible constitué par la tête de pont de Maastricht, les Belges l’ont entourée, par le canal Albert, constituant h cet endroit une profonde tranchée présentant sa concavité du côté de l’ennemi, aux bords presque à pic, le bord « ami » relevé en plu-
- sieurs endroits par les déblais commandant nettement le bord « ennemi )>. Le canal Albert, voie d’eau qui va rejoindre l’Escaut à Anvers serait ainsi la ligne principale de résistance contre un envahisseur venant du Nord.
- D’autre part, ce grand ouvrage militaire construit autour de Maastricht apporte la solution d’un problème économique fondamental : celui de la communication entre l’active région industrielle walonne d’une part et la plaine maritime avec ses ports d’autre part.
- La vallée mosane est en effet le berceau de la grande industrie belge qui a besoin d’être reliée aussi directement que possible à la mer d’où arrivent les matières premières, le zinc en particulier, et par où les produits manufacturés sont dirigés vers les marchés lointains, les barrièi'es douanières fermant de plus en plus les marchés de l’Europe.
- Depuis longtemps, les canaux prolongeant la navigation mosane belge vers la mer étaient insuffisants et en particulier dans l’enclave de Maastricht, le tracé en zig-zag autour de la citadelle était si encombré qu’il fallait plus de 3 jours aux bateaux pour avancer de 8 km. La question était d’autant plus brûlante que le gouvernement hollandais avait réalisé sur son territoire une solution unilatérale qui portait un coup sensible aux intérêts belges : par le Rhin, le canal du Rhin à la Meuse à Nimègue, par la Moselle canalisée jusqu’à Maastricht et enfin par le canal Juliana entre Maas-bracht et Maastricht, les Pays-Bas avaient ouvert une grande voie de pénétration dont la tête est Rotterdam et l’aboutissement la Meuse navigable belge, détournant ainsi le trafic international du port d’Anvers. Le canal Albert fut la riposte à l’œuvre néei’landaise. Il a également le gros avantage d’unir les usines de la vallée de la Meuse aux nouveaux charbonnages de lu Campine.
- Le canal Albert, long de 127 km, accessible aux bateaux rhénans de 2.000 t, est embranché sur la Meuse à Liège à un altitude de 60 m au-dessus du niveau de la mer et est maintenu à cette altitude dans la vallée de la Meuse jusqu’à la frontière néerlandaise, tandis que le fleuve et la plaine alluviale s’abaissent progressivement de plus de 10 m. Le canal est en quelque sorte suspendu et ses eaux sont contenues par de hauts murs-digues. Autour de Maastricht, le rebord du plateau de la Hesbaye a été entaillé par une tranchée qui en certains endroits a plus de 70 m de profondeur sur une largeur de plus de 200 m, ce qui a nécessité l’enlèvement de plus de 25 millions de m3 de déblais qui ont d’ailleurs servi à la constitution des digues dans la vallée de la Meuse.
- Pour passer du bassin de la Meuse dans celui de l’Escaut, le canal emprunte le col d’Eygenbilsen dans une tranchée de 4 km 5oo et de 20 à 3o m de profondeur, qui a donné environ 10 millions de m3 de déblais.
- Les couches supérieures sont faites de
- Fig. 2. — Carte du canal Albert.
- rurnaut
- PAYS
- BAS,
- Bocholt
- Anvers'’
- 1 Lierre
- Louvain
- BRUXELLES
- Mil Charbonnages Canal Albert _ Liège Anvers 127 km , 6 écluses
- Haccourt
- Seraing
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- limon, de sable et de graviers sans consistance et imprégnées d’eau. Au lieu d’opérer comme les Américains qui, au canal de Panama, ont simplement enlevé les terres à mesure qu’elles glissaient dans la fouille, on a évité de mettre en mouvement les terrains meubles en enlevant lentement les limons, sables et graviers de façon à substituer progressivement un nouvel état d équilibré à celui qui préexistait. De plus, pour éviter l’érosion superficielle et la liquéfaction des argiles, les talus sont protégés par une couverture d’un
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- mélange de sable et graviers, de la terre végétale et du gazon ainsi que par des drains qui, disposés tous les i5 m environ, orientent latéralement l’écoulement des eaux souterraines qui sont, captées par des puits filtrants. Ajoutons que 6 écluses permettent de rattraper les différences de niveau. C’est dans cette région où tout récemment se sont produits les éboulements et la rupture des berges qui ont causé l’inondation de plusieurs millions d’hectares de terre.
- II. Vigneron.
- INSECTES ENNEMIS DES ROSIERS
- Depuis l’antiquité, on cultive les diverses espèces de Rosiers sous tous les climats. De nos jours, la phalange des rosiéristes s’augmente sans cesse et d’ingénieux spécialistes s’efforcent de créer de nouvelles variétés de celte fleur, que le poète grec Anacréon surnommait déjà, voilà a5 siècles, « la joie des mortels ». Mais hélas loutes les parties de ces jolis arbrisseaux sont al laquées par des multitudes d’insectes qui, apparaissant à différentes époques de l’année, nécessitent une surveillance continuelle ainsi que des traitements variés.
- Certains Coléoptères, comme les Cétoines dorées (jGg. i) s’attaquent aux fleurs tandis que le Buprestide Coræbus rubi L. préfère creuser les tiges. Les chenilles du Tortrix Bergmanniana L. et autres microlépidoptères rongent les feuilles ainsi que les boutons floraux. Plusieurs larves d’Hyménoptères de la famille des Tenthrédides, YAthalia rosœ (fig. a), la Blenno-campa pusilla (fîg. 3) et 1’ Hylotoma rosœ, se nourrissent également des feuilles qu’elles découpent plus ou moins artistement alors que leurs très industrieuses cousines, les Megachiles (fig, 4 et 5) se contentent de les échancrer eirculairement sur les bords. Des Cocci-dés, les Diaspis ou « Poux collants » (fig. 6) sucent la sève des mêmes arbrisseaux pendant que des Pucerons, les Spiphonoyhora rosae L. (fig. 7 et 8) envahissent souvent les jeunes pousses, les boutons à fleurs ou la face inférieure des feuilles de Rosiers. De leur côté, les fèriielles de Cynips (fig. 9) piquent les rameaux afin d’y introduire leurs œufs au moyen de leur tarière et elles produisent ainsi des galles chevelues de couleur verte ou rouge. A l’intérieur de ces excroissances végétales, connues sous le nom de Bédêguars se trouvent un certain nombre de loges renfermant chacune une larve de ces petits Hyménoptères. En conséquence, pour combattre la maudite engeance, il faut brûler toutes lés galles et on tue de la sorte les Cynips qui s’y trouvent enfermés. Enfin divers champignons tels les Phragmidies ou les Sphœrothèques (fig. 10) en envahissant le dessous des feuilles de leurs fructifications conidiennes y produisent soit des taches de couleur orangée, soit des plaques de filaments blanchâtres feutrés, qui gênent beaucoup le développement normal des Rosiers.
- Donnons quelques détails sur la biologie de ces mi-
- nuscules malfaiteurs et sur les armes que la technique horticole a mises entres les mains des rosiéristes pour annihiler leurs déprédations.
- Inutile d’insister sur la Cétoine dorée (Cetonia aurata L.) (fig. 1) très commune dans nos bois, nos vergers, nos jardins et dont la taille varie de 16 à ar mm. Ses élytres d’un vert tantôt pur, tantôt d’un violet noirâtre ou d’un rouge cuivre à reflets verdâtres, offrent beaucoup de variations de couleur. Cet étincelant coléoptère fréquente au printemps non seulement les Roses mais encore les Pivoines, les Œillets, les Lilas et les Ombellifères. Sa larve se développe dans le terreau, dans les vieux arbres creux et parmi les déchets des fourmilières ; elle construit sa coque nymphale avec les morceaux de bois agglutinés. L’adulte recherche les organes floraux et principalement les étamines. Pour détruire ces brillants « Hannetons des roses », on conseille de les recueillir quand
- Fig. 1. — La Cétoine dorée (Cetonia aurata L.) sur une rose dont elle dévore le cœur.
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- Fig. 2. — Larves d’Athalia rosae L. dévorant une feuille de rosier.
- ils sont encore engourdis par la fraîcheur matinale, sur un di'ap au-dessus duquel on secoue les branches des arbustes pour les brûler ensuite.
- Parmi les diverses espèces de microlépidoplères nuisibles aux Rosiers, distinguons le plus terrible d’entre eux, le Tortrix Bergmanniana L. qu’on nomme aussi « Pyrale » ; c’est un petit papillon aux ailes supérieures jaune soufre en dessus, finement réticulées de rouge brun, traversées par trois lignes argentées et bordées par une frange de même couleur. Ses ailes inférieures et son abdomen sont d’un gris noirâtre, sa tête, ses antennes et son thorax d’un jaune soufre. L’adulte apparaît dans toute l’Europe, vers la fin de juin ou au début de juillet, dans les jardins plantés de rosiers autour desquels on le voit voltiger, le soir, après le coucher du soleil. La femelle pond ses oeufs sur les rameaux et si la saison est chaude, une seconde génération de papillons apparaît en septembre». D’ordinaire, les œufs pondus en été n’éclosent qu’au mois d’avril suivant. D’abord vert pâle, la chenille devient plus tard jaune clair avec quelques taches vertes sur le dos ; elle porte deux plaques noires contiguës sur la face dorsale du premier anneau ainsi que des poils épars sur la surface du corps. Pour se procurer le vivre et le couvert, la chenille réunit en paquets, à l’aide de
- fils de soie, les jeunes feuilles qu’elle plie, tord et enroule avec les boutons floraux de façon à constituer un nid confortable, qu’elle agrandira à mesure de sa croissance. Sous cet abri, qui la défend des intempéries et la dérobe à la vue de ses ennemis, elle ronge tout ce qui l’entoure jusqu’à la fin de mai. Parvenue au terme de sa croissance, à 12 mm de longueur, elle tapisse l’intérieur de sa demeure d’un réseau soyeux, puis se métamorphose en une chrysalide brune dont chaque anneau porte sur le bord deux rangées de petites épines. Un mois plus tard, l’éclosion se produit. Pour se débarrasser d'une telle vermine, on doit couper les paquets de feuilles pliées par les « Tordeuses de Rcrgmann », puis les enlr ouvrir pour écraser les voraces chenilles. Quant aux papillons on peut les capturer, la nuit tombée, à l’aide de piège lumineux.
- Dans la tribu des Tenlhrèdides, vulgairement appelées « Mouches à scie », notons d’abord VAlhalia rosae. Cet hyménoptère aux ailes jaunâtres, à l’abdomen rougeâtre, à la tête et au corselet noirs, mesure seulement 8 mm de longueur et est très nuisible aux rosiers. La femelle entaille les rameaux pour y pondre ses œufs. Les larves verdâtres ont i5 mm de long et 22 pattes ; elles attaquent la face inférieure des feuilles dont elles mangent l’épiderme et le parenchyme mais respectent les nervures (fig. 2). Très abondantes en juin et septembre, elles se nymphosent en terre. Aussi pour tuer les Athalies, il faut introduire dans le sol, à l’automne, des vapeurs de sulfure de carbone ou d’hydrogène sulfuré. On détruit de même la Blennocampa pusilla (fig. 3), autre « mouche à scie » de 3 mm de longueur, d’un noir brillant et de mœurs à peu près identiques. Sa larve très petite, verdâtre et à tête brune,
- Fig. 3. — La Mouche à scie (Blennocampa pusillaj, rouleuse des feuilles de rosier.
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- se nourrit de feuilles et se métamorphose également en terre. Les Hylotomes (Hylotoma rosae L.) pullulent dans les roseraies, au cours de certaines années. Voici d apres rappellent ouvrage de E. Dongé et P. Estiot sur les Infectes et leurs dégâts (20 édition refondue par E. Ség'uy, 1931) les caractères généraux et les mœurs de ces voraces Tenthrèdes. Leurs larves d’uri" vert jau- ’ nâtre parsemées de points verruqueux noirs, atteignent de i5 à 20 mm de longueur et possèdent 18 pattes. On les rencontre, de juin à octobre sur les Rosiers, principalement sur les espèces grimpantes ou à hautes tiges ; elles déchiquettent les feuilles en commençant par le bord du limbe. Très prolifiques* ces Hyménoptères donnent deux générations par an/Les pi’emiers adultes naissent en mai ; chaque femelle, munie d’une tarière en forme de ciseaux dentés, pratique au moyen de cet organe, une entaille dans l’écorce des jeunes rameaux, à quelques centimètres du sommet de l’arbuste et y dépose successivement 5 à i5 œufs. Elle recommence la même opération sur d’autres branches jusqu’à la fin de sa ponte et meurt ensuite. Au bout d’une dizaine de jours, l’éclosion se produit et durant un mois les « fausses-chenilles » dévorent leur « berceau a feuillu. Les piqûres faites amènent un flux de sève autour desdites blessures et la partie supérieure de la pousse végétale, ainsi pi’ivée de nourriture, se raccornit en noircissant. Les grassouillettes bestiolent se suspen-
- Fig. 4. — Mégachiles sortant de leur nid de feuilles cloisonné. (M. centumcularis L.).
- Fig. 5. — Feuilles de rosier échancrées par des Mégachiles.
- Fig. 6. — Branches de rosier engluées de Diaspis rosae.
- dent alors à un fil quelles secrétent puis se laissent glisser jusqu’au sol où elles s’enfoncent. Là, elles se construisent un cocon à double paroi, l’extérieure rugueuse et résistante, l’interne souple et soyeuse. En août, elles sortent de leur moelleuse prison pour s’accoupler aussitôt. D’ordinaire, les larves de cette deuxième génération se montrent en plus grand nombre que leurs devancières, et vivent encore sur les rosiers jusqu’au milieu d’octobre ; elles accomplissent également leurs métamorphoses sous terre mais restent dans leur cocon jusqu’au printemps de l’année suivante. A cette époque, elles se changent en nymphes et devenues adultes, quelques jours plus tard, elles volent dans les jardins, en quête d’arbusles propices à leur ponte où se continuera le cycle de leurs métamorphoses. Comme procédés de destruction, il faut capturer les adultes avec des pièges gluants et tuer les fausses chenilles par des pulvérisations à base de nicotine ou d’arséniate de chaux. L’entomologiste Fintzescou conseille de capturer seulement les larves d’Hylotome ayant un abdomen vert, pâle et de respecter les variétés dont le dos présente une teinte rouge oi'angée. Celles-ci,* en effet, sont parasitées par un autre Hyménoptè£elt(Plîeroma-lus hylotomœ) qui attaquerait, à son tour, l£ deuxième génération des redoutables «.Mouches à scie?».
- Les Mégachiles, (Megachile centuncularis L.) (fig. 4), que Réaumur a surnommées « Abeilles çoupeuses de feuilles », à cause de la façon singulière dont elles construisent leur nid,^appartiennent à ta famille des Apides et “leurs mœurs sont des ' plus “curieuses. Les
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- adultes qui mesurent environ 20 mm d’envergure, apparaissent à la fin de mai ou au commencement de juin : le mâle est roussàtre et la femelle noire. Dès sa naissance, cette dernière cherche une cavité. Tantôt elle jette son dévolu sur une galerie abandonnée qu’un grillon, un lombric ou autre-bestiole a creusée dans le sol ou dans une souche couverte de mousse. Tantôt elle avise le trou d’une muraille ou l’intérieur d’une lige creuse. Après quoi, elle s’envole vers un rosier, dans les feuilles duquel elle découpe des morceaux circulaires (fig. 5) qu’elle emporte dans l’anfractuosité choisie. Avec ces fragments végétaux, l’habile « tapissière » confectionne de minuscules godets dont elle garnit le fond et les parois de son « terrier » d'adoption. Dans chacun, elle dépose une pâtée mielleuse, destinée à servir de nourriture à la future larve, née de l’œuf quelle y pond. Puis elle ferme l’alvéole ainsi réalisé avec une rondelle de feuilles de rosier et immédiatement au-dessus elle en construit un autre s'emboîtant légèrement dans le premier, qu’elle approvisionne encore d’une miellée nourricière et d’un œuf ; elle continue à édifier de la sorte 6 à 10 cellules, engainées les unes dans les autres. Finalement elle obture, de façon hermétique, avec des brindilles de bois ou des débris de leire, le tunnel où git sa progéniture, incluse dans ce long étui cloisonné. Les larves sorties des œufs se développent au milieu du « grenier d’abondance » amassé par leur mère prévoyante, morte une fois sa tâche accomplie. Arrivées au teiune de leur croissance, ces fausses chenilles se tissent des coques de soie où elles se métamorphosent et au printemps suivant, les insectes parfaits éclosent. La Mégachile qui occupe la cellule située à l’entrée de la galerie sort la première, les autres suivent à tour de rôle et petit à petit toute la (t nichée » apide s’envole vers les feuilles à échan-crer. Dès ce moment, le rosiériste, à son tour, doit entrer en lutte. Il lui faut installer, près de ses arbris-
- Fig. 7 et 8. — Les pucerons du rosier (Siphono-phora rosae L.), d’une tige et très grossies.
- A droite, femelles aptères détachées sur une tige.
- Fig. 9. — Femelle de Cynips dont les galles sont connues sous le nom de bedeguar.
- seaux menacés, des planchettes enduites d’un mélange visqueux sucré sur lesquelles les trop gourmandes a Abeilles tapissières » viendront s’engluer.
- Durant l’été on aperçoit aussi très souvent sur les rosiers des colonies considérables d’un Coccidé, le Diaspis Rosae, remarquable par son dimorphisme sexuel. Les mâles fort petits, au corps allongé et brun jaunâtre, sont munis d’une paire d’ailes ; ils apparaissent en mi-juin et se différencient des femelles qui, d’abord blanches avec une tache jaunâtre, ressembleni à une boule minuscule et aplatie. Aptères et recouvertes d’une carapace cireuse, elles deviennent ultérieurement rougeâtres, pondent leurs œufs en août et vivent immobiles sur les branches. Abritées sous leur enveloppe, elles enfoncent leur rostre dans les tiges afin de sucer la sève végétale, d’où affaiblissement de l’arbuste. Les larves qui naissent de ces femelles grossissent puis s’accouplent et une fois par an, déposent sous elles de nombreux œufs. Peu après la ponte, les mères meurent, mais leur dépouille sert de bouclier à leur progéniture qui se développe en dessous. Par contre, les larves des mâles, plus rares, plus petites et mobiles s’entourent peu à peu de substance cireuse ; sous celte carapace elles se nymphosent également mais produisent un insecte à deux ailes. Afin de se débarrasser de cette vermine, on taille de bonne heure les rosiers en supprimant, si possible, les branches infestées par ces poux. On racle ensuite avec une brosse dure les rameaux épargnés afin de détruire les œufs restants. Puis on procède au lavage de toutes les parties de l’arbrisseau avec une dissolution de savon noir et on termine par un rinçage à l’eau claire. Quant aux autres traitements préconisés (pétrole, huile lourde, benzine et divers insecticides) ils se révèlent assez inefficaces, car les carapaces qui protègent les femelles de ces Coccidés adhèrent très fortement aux liges ou aux feuilles sur lesquelles elles sont fixées.
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- Fig. 9. — Dessin de la planète Mars par M. Antoniadi.
- Ce sont les dessins de M. Antoniadi qui se rapprochent le plus des photographies. Comme les cartes précédentes, ce dessin fut pris à la grande lunette de Meudon.
- LES NOUVEAUX PROBLÈMES DE VATMOSPHÈRE MARTIENNE
- La réalité objective des canaux P Elle est démontrée, explique M. Fournier, par leur périodicité : « Il paraît bien établi que la plu part des canaux sont invisibles pendant l’hiver martien et que c’est vers 1 equinoxe de printemps qu’ils commencent à apparaître, d’abord indécis, larges et pâles, n’ayant à la vérité rien de l’aspect d’un canal. Ils augmentent en nombre à mesure que la saison s’avance, se précisent en devenant plus étroits et plus sombres, comme par une sorte de condensation des éléments qui les constituent, pour s’évanouir à la fin de l’automne (,\) ».
- Un autre phénomène caractéristique, continue M. Fournier, est le suivant ; sur l’emplacement d’un canal quasi-imperceptible, on voit quelquefois naître et se développer une formation considérable, par son étendue, sa teinte, aussi sombi'e que celle des mers, sa durée telle que la formation peut prendre place parmi la topographie martienne. Citons l’exemple du Cerbère, que Schiaparelli repré sente comme une traînée insignifiante et que Fournier décrit aujourd’hui comme « un « énorme bras sombre et noueux, d’une largeur de 4° aréographiques (1 2) ».
- De tels faits, conclut-il, établissent que chaque canal, « pour subtile que soit parfois son apparence, peut être considérée comme l’embryon d'une formation topographique importante, susceptible de se développer dans un futur plus ou moins rapproché ».
- Mais que dit la photographie ? Montre-t-elle, oui ou non, des canaux ?
- On verra, par les photographies reproduites ici {fig. 8), combien il est malaisé discerner des détails aussi petits. Il est vrai que ce ne sont pas les meilleures épreuves obtenues sur Mars. Probablement •celles-ci sont-elles celles que M. Baldet prit avec A. de la Baume-Pluvinel en 1909, à l’Observatoire du Pic du Midi. Elles sont au nombre de i.35o, n’ont jamais été publiées et sont merveilleuses de finesse et de
- La photographie à travers des écrans colorés a fourni une importante contribution à l’étude de Mars. On
- Fig. 10. — Les nuages de l’atmosphère martienne.
- Le dessin de droite montre la région de la Grande Syrte (la tache noire à droite). Sur le dessin de gauche, la Grande Syrte est masquée par un nuage
- clair matinal.
- (Documents Jarry-Desloges ; observation de M. G. Fournier, le 20 mai 1920).
- netteté.
- Notons encore que ce sont les dessins de M. Antoniadi qui se rapprochent le plus des belles photographies de Barnard et de Haie lequel, dans une lettre à M. Antoniadi, du 3 janvier 1910, disait : « L’aspect parfaitement naturel de la planète et l’absence totale de ligues droites ou de configurations telles que celles dessinées par Lowell me paraît significative ». Concluons-en que la controverse n’est point close entre « canalistes » et « anti-canalistes ».
- 1. Quelques-uns un peu plus tardivement, nous
- a précisé l’auteur. ______________,... ,
- 2. C’est-à-dire de 234 km environ.
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- Fig. 11. — La grande lunette de l’Observatoire de Meudon. Cette lunette, la plus puissante d’Europe, est pourvue d’un objectif photographique? de 62 cm et d’un objectif visuel de 83 cm, dus tous deux austères Henry. Le tube de la lunette a 17 m de longueur et'' la partie mobile .. pèse 6 t.
- sait, en effet, que les raàialions violettes ou bleues se laissent arrêter par les nuages, que traversent, au contraire, les radiations rouges. Les premiers, M. Baldet et A. de la Baume-Pluvinel prirent des photographies monochromatiques de Mars, au Pic du Midi en 1909, et l’Américain Wright suivit leurs traces en 1924. Comme il était prévu, sur les images en lumière rouge, les détails du sol sont très accentués, avec de forts contrastes ; en lumière bleue ou violette, on n’aperçoit plus que quelques taches irrégulières, qui changent du jour au lendemain — des nuages, évidemment. La calotte polaire fait exception : appartenant au sol, elle est pourtant beaucoup mieux visible en lumière bleue. Probablement, suggère Russel, cela tient-il à un nuage de vapeur qui l’enveloppe.
- — Puisque la surface du sol est invisible en lumière bleue, faut-il croire que l’atmosphère martienne esL très épaisse, suffisamment pour que ses molécules dispersent les ondes lumineuses de courte longueur ?
- Vous oubliez, répondent les aréographes, que celte atmosphère est, au contraire, extrêmement diaphane, tellement diaphane que les Martiens (?) doivent voir les étoiles en plein jour.
- E. C. Slipher élucida en partie ce paradoxe en 1987 v1)- Les 20 et 21 mai, il photographia la planète. La région de la Syrtis Major était très apparente en lumière bleue et le phénomène était d’autant plus étonnant qu’une autre photographie, prise aussi en lumière bleue un mois auparavant, n’avait pas montré trace de la Syrtis Major (2). Slipher en déduisit que, dans l’intervalle,,d’un mois, l’atmosphère de Mars avait passé de son état2 brumeux habituel à une limpidité surpi’enante. A quoi attribuer cette étrange modification, se demanda-Lil*? A des poussières finement divisées errant dans le ciel martien, lui répondit Russel. Tout à fait d’accord Approuva M. Fournier. Moi aussi, j’ai observé de nombreuses nuées (fig. 10).
- 1. Publications of the Astr. Soc. of Pacific, juin 1937.
- .2. Voic La Nature,- lsr -novembre 1937, p. 403. .....
- Les astronomes fondent de grands espoirs sur la présente opposition et sur celle de 1941. qui rapprochent Mars presque à son maximum de proximité. N’ayons pas, toutefois, le vain espoir qu’elles permettront de trancher les problèmes pendants énumérés dans cet article. Il est peu probable, en particulier, que nous sachions de sitôt si des êtres vivants rôdent au bord des canaux et si des bestiaux broutent les pâturages martiens ! La position de ce dernier problème a d’ailleurs changé : on admet que, soumise à des circonstances différentes de celles de la Terre, Révolution biologique aurait abouti là-bas à des êtres tout différents, et, nous avertit Lowell, « parler d’êtres marliens n’est pas parler d’hommes martiens ». Bien qu’il fût très convaincu du savoir-faire des ingénieurs traceurs de canaux, il n’est donc pas sûr que Lowell eût approuvé la panique qui, en octobre dernier, secoua les habitants du New-Jersey, quand la radio leur annonça que les Martiens descendaient sur la Terre en suivant fidèlement les instructions de H.-G. Wells.
- Pierre Rousseau.
- N. B. — Mes remerciements vont à MM. Antoniadi, Baldet, Danjon et Fournier, qui ont bien voulu me donner d’utiles conseils ou me communiquer d’intéressants documents.
- Fig 12. — La grande lunette de Meudon (en bas et à gauche'), vue du sommet de la coupole (28 m de hauteur), par l’ouverture des trappes.
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- LE MAT TOTÉMIQUE DU MUSÉE DE L'HOMME
- Les ethnographes désignent sous le nom de totems des images d’animaux ou d’hommes auxquels des sociétés primitives attribuaient leur origine et que par suite elles vénéraient. Après avoir considéré le totémisme comme une forme religieuse rudimentaire et l’avoir indûment généralisé, on tend aujourd’hui à voir dans ces images, non plus de véritables idoles, mais seulement des armoiries. En particulier, les mais totémiques sculptés dans des troncs d’arbres par les Indiens de la Colombie britannique, au bord de 1 Océan Pacifique, rappellent seulement, la plupart du temps, Je nom d une tribu et illustrent des exploits accomplis par de plus ou moins lointains ancêtres.
- Le mât-totémique, érigé récemment a l’entrée du Musée de l’Homme est un des plus remarquables exemplaires de ce genre. Découvert dans le ravin d’IIagwel-get à proximité de la côte occidentale du Canada par M. Kurt Seligmann, il appartenait au chef indien Gyaedem-Skanees, « l'homme des montagnes », et deux artistes indigènes le sculptèrent vers 1870. Scs dimensions gigantesques (16 m de hauteur) et son excellent état de conservation, en font un magnifique objet de curiosité. Indépendamment d’une loutre et de plusieurs personnages, qui décorent les parties intermédiaires de son fût, une statue de Kaigyet, « l’homme fort )), ancêtre mythique de son ex-propriétaire contemporain, le couronne. Grâce à un concours d’heureuses circonstances, on a pu ramener en France ce chef-d’œuvre monumental de la sculpture indienne et en orner le porche du Palais de Chaillot. Mais la descente et le transport d’un tronc d’arbre pesant plus d’une tonne ne fut pas chose aisée. D’abord une cinquantaine d’hommes peinèrent toute une journée pour le tirer du ravin oii il gisait et il fallut vaincre ensuite les préjugés des Indiens Gitksan, qui s’opposaient à son enlèvement. Enfin les braves Peaux-Rouges désabusés accordèrent l’autorisation en formulant le vœu suivant : « C’est pour perpétuer notre souvenir après notre disparition que nous le laissons partir. Quand dans 3o ou 4o ans, notre peuple n’existera plus et lors-
- que les derniers totems seront tombés, les gens de Pains penseront encore à nous, se rappelant nos noms et notre histoire ». L’original mat totémique se dresse depuis peu, majestueusement et désormais à l’abri des intempéries, sous le péristyle du Musée de l’Homme, face à la place du Trocadéro.
- J a co uf.s Boyer.
- Fig. I. — Le mât totémique érigé à l’entrée du Musée de l’Homme.
- En cartouche, la statue de Kaigyet, (( l’homme fort », qui couronne U mât totémique du Trocadéro (photos ’Fracol).
- UN DOCUMENT POUR L’HISTOIRE DU MOBILIER LE FAUTEUIL DE L’ÉCRIVAIN DE SAINT-GERVAIS
- Avant de se muer en fauteuil, le faudesleuil n’était pas autre chose qu’un pliant en métal. Sa courbure s’impose si naturellement quelle subsiste encore dans nos tables pliantes en fer.
- Dès le début de sa transformation le faudesleuil cesse d’être pliant ; il devient rigide, comme dans le célèbre fauteuil de Dagobert, par la présence d'un dossier de métal, plus décoratif que le dossier souple en lanière, mais il garde l’allure primitive de sa ligne. Devenu meuble de bois, il persiste longtemps à garder la trace dé sa forme ancienne, devenue tout à fait inutile.
- Ce qui est resté aussi, c’est la manière de s’y asseoir : on se place dans l’axe des croisillons, comme nous le faisons pour nos petits pliants portatifs. Tous les meubles qu’on nous présente dans les livres en font foi. Et pourtant il existe un document contraire, dans les stalles de l’église Saint-Gervais, à Paris. Dans le groupe des « miséricordes » qui furent sculptées à la tin du règne de François Ier et au début de celui d’Henri II, il y a la représentation d’un homme de robe, que 1 on s’accorde à considérer comme un écrivain et qui est assis dans un très curieux fauteuil :
- Dans ce siège, on voit immédiatement la courbure
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- Fig. 1.
- Faudesteuil.
- classique du faudesteuil, mais lecrivain est assis en travers ; le dossier aussi a changé de direction. De sorte que ce fauteuil l'appelle le dispositif de nos fauteuils pliants dénommés « transatlantiques ».
- Erreur ou fantaisie de l’artiste ? C’est peu probable, car ce groupe de sculptures est très soigné dans le détail et reproduit très fidèlement les moindres fanlai-sies vestimentah'es de celte époque. Alors, copie d’un meuble de bois en usage courant ? Ce meuble aurait été en bois, vu l’épaisseur de ses membrures ; il aurait été rigide, car non seulement ses courbes, d’ailleurs
- situées dans un meme plan, ne marquent pas un véritable croisement, mais aussi ses pieds prolongés en équerre exigeraient un écartement précis, imcompali-lde avec les sièges pliants. Quant au dossier, le haut figure un bois sculpté ; mais la courbure du siège, moins commode à établir en bois, fait supposer que tout le fond était souple, en forte étoffe, ou mieux, en cuir.
- Que conclure de ce document isolé ? Celte forme fut-elle utilisée en série ? Fut-elle précédée par des sièges pliants analogues à nos Iransallanliques ? C’est un petit probème posé aux historiens du meuble.
- Paul Dapsexce.
- Fig. 2. — L’écrivain de Saint-Gerrais.
- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- MAI 1939, A PARIS
- Mois frais clans l’ensemble et les valeurs mensuelles de la température, de l’humidité relative, de la pluie et de l’insolation ont toutes été plus ou moins légèrement déficitaires.
- La pression barométrique moyenne, ramenée au niveau de la mer, à l’Observatoire du Parc Sanit-Maur, 761 mm 7, est égale à la normale.
- La moyenne mensuelle de la température au même observatoire, i2°,8, est inférieure de o°,G à la normale; ce déficit résultant principalement d’une période froide et très pluvieuse qui a duré du 12 au 22. Les premiers jours du mois, également frais, ont amené le minimum absolu mensuel, 4°,5, observé le Ier et supérieur de 2°,5 au minimum absolu moyen. Un écart de sens inverse mais atteignant 4°,o caractérise le maximum absolu, 24°,o, noté le 3i. Les températures nocturnes ont été sensiblement normales et la moyenne des minima n’est en déficit que de o°,i. Le déficit de la moyenne des maxima, i°,9, est notablement plus élevé, ce qui indique que la fraîcheur de la température a été beaucoup plus accentuée pendant les heures de jour que pendant les heures de nuit. La végétation a subi le contre-coup de
- celle anomalie et les dates de floraison qui étaient en avance de 3 ou 4 jours à ia fin d’avril, sont à la fin de mai, en retard d’environ une semaine.
- La hauteur totale de pluie recueillie pendant le mois au Parc Saint-Maur, 5i mm 1, est très sensiblement normale. Les précipitations ont été observées presque toutes entre le 12 et le 19. Pendant cette période, 7 journées pluvieuses, sur 9 que compte tout le mois (contre 11 nombre moyen), ont apporté 5o mm d’eau, soit 98 pour 100 du total mensuel. La journée du 12, la plus pluvieuse, a fourni i5 mm x d’eau avec de la grêle et du tonnerre lointain. Une auti’e chute de grêle a accompagné la pluie du 18.
- A l’Observatoire du Parc Saint-Maur la moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 69,3 pour 100, en déficit de 2 seulement et celle de la nébulosité de 54 pour 100. On y a constaté : 1 jour de gouttes; 2 jours de grêle; 5 jours de brouillard ; 22 jours de brume ; 19 jours de rosée; 1 jour d'erage ou tonnerre.
- Premier chant du coucou le 10; des grenouilles le 17; de la tourterelle et du loriot, le 20.
- Em. Roger.
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- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du a4 avril 1989.
- La maturation des fromages. — MUe Haas et M. Guittonneau ont étudié la nature des taches jaunes soufre qui passent pour indiquer la parfaite réussite de l’af-linage de certains fromages (Saint-Nectaire, Tomme de Savoie). Ils ont pu isoler les microorganismes responsables qui .appartiennent à l’espèce Sporolrichum aureum, dont ils ne semblent pas être d’ailleurs une race particulière. Cette espèce a été retrouvée sur les débris organiques en voie d’altération. L’activité de ces champignons se porte surtout sur la caséine.
- Fixation du virus aphteux. — Le pouvoir adsor-bant du carbone pour le virus de la fièvre aphteuse a déjà été signalé. MUe Cordier montre aujourd’hui que, si la fixation du virus en suspension à 1 pour 100 est possible sur le charbon animal, elle est beaucoup moins aisée sur les charbons végétaux. Le complexe formé avec le charbon animal crée une immunité relative chez le cobaye après une unique injection. Après une seconde injection de concentration double, les épreuves donnent 55 pour 100 d’individus réfractaires, 20 pour 100 ne donnant' qu’une réaction locale et 25 pour 100 donnant une généralisation m ,is sans mortalité.
- Séance du ior mai 1989.
- Caryocinèses végétales. — MM. Simonet et Guino-ciiet ont déjà signalé l’action exercée par le paradichloro-benzène sur la caryocinèse. Cette action est différente de celle de la colchicine. En poursuivant leurs recherches, les auteurs ont observé que l’a-monochloronaphtalène et l’a-monobromonapht'alène possèdent aussi une action très nette sur la caryocinèse qui, cette fois, ressemble parfaitement à celle de la colchicine : augmentation du volume des noyaux, abondance des figures de caryocinèse, absence d’ana-phascs et élévation anormale du nombre de chromosomes.
- La vie en haute altitude. — Dans une série de notes, Mme Enselme, MM. Piéry, Enserme, Peschera, Dan-jon et Martin exposent les modifications provoquées par un séjour de G mois au laboratoire de la Jungfraujoch, à une altitude de 8.457 m. Les expériences ont porté sur des oies et des lapins. Les auteurs ont noté un abaissement du CO2 sanguin et de la saturation oxygénée du sang artériel, une augmentation du nombre des globules, de la respiration des globules nucléés et de la capacité en oxygène du sang. Les cœurs d’oies ne présentent pas de lésions, ceux de lapins montrent quelques lésions ou une légère congestion. Les poumons sont toujours congestifs, la congestion s’étendant à tout le poumon. Ces lésions pulmonaires, très marquées, aggravent les effets de l’altitude aboutissant à l’anoxémie, puis à l’anoxie. Chez les oies, on observe un net abaissement du fer musculaire et une variation identique, mais plus légère, du fer hépatique. Chez les lapins, le fer musculaire est' inchangé et il y a augmentation du fer hépatique. Il est possible que par un séjour plus prolongé en haute altitude on observe une augmentation plus générale du fer, plus rapide chez le lapin que chez l’oie, et liée à une réaction de défense ; des études plus étendues sont nécessaires pour permettre de conclure sur ce point.
- Séance du 8 mai 1989.
- Le bore du sol.— MM. Gabriel Bertrand et Silberstein exposent leurs recherches sur la teneur en bore des sols, l’importance de ce métalloïde pour les végétaux ayant déjà été démontrée. La très grande difficulté est la nécessité d’une fusion alcaline en présence d’un carbonate alcalin rigoureusement exempt de bore. Les produits les plus purs du commerce sont inutilisables dans ce cas ; les auteurs ont dû trouver une méthode spéciale de purification par calcinations et cristallisations successives du bitartrate de potassium. Après fusion avec ce carbonate, on peut ensuite doser le bore des terres en le faisant passer à l’état de borate de méthyle par des méthodes classiques. En général les terres contiennent de 10 à 3o mgr de bore par kilogramme ; les teneurs de 7 à 8 mgr sont exceptionnelles ; celle de 5o mgr n’a été notée qu’en Italie centrale, en des points connus pour avoir bénéficié d’un enrichissement par des émanations de vapeur d’eau chargée d’acide borique, dont l’action s’étend à de larges territoires.
- Lfinfection colibacillaire du foie. — M. Vincent confirme par des expériences effectuées sur le lapin la réceptivité particulière du foie pour le colibacille. L’immunité active et générale due à la vaccination spécifique ne protège pas contre une infection directe et locale du parenchyme hépatique. Il faut relier ce fait à ce que les anticorps du sang ne passent dans la bile qu’à l’état de traces infimes et disparaissent complètement en une semaine.
- Les diamines aliphatiques. — La préparation de diamines exemptes de bases secondaires et tertiaires est un problème très délicat. M. Darzens expose un nouveau procédé général de préparation en partant des dérivés halogènes des carbures éthyléniques aliphatiques. Il suffit de chauffer un de ces dérivés en tube scellé pendant 8 jours vers 78°-8o° avec une solution ammoniacale concentrée à 28° B. On extrait ensuite l’amine en traitant par la soude et en reprenant par l’alcool. Le rendement souvent très élevé atteint 92 pour 100 pour la préparation de la pro-pvlènediamine. Cette dernière base est intéressante par la présence d’un carbone asymétrique qui permet de l’utiliser pour certaines séparations.
- L'ombre de la Terre. — Dès le xvme siècle on a observé l’ombre de la Terre sur son atmosphère. A ce phénomène se rattache celui de 1’ « albe », ou second crépuscule, lueur paraissant à l’anticouchant. M. Combier a pu étudier photographiquement ces apparences. Il montre que l’albe est bien un phénomène objectif, provenant peut-être de la réfraction de certains rayons solaires. Les colorations en sont variables, le rose pouvant être remplacé par un blanc bleuté, l’ombre restant bleue. Cette coloration se présente avant l’apparition clés nuages moyens. La hauteur de l’albe varie d’une façon qui nécessite encore de longues études avant qu’une loi puisse être dégagée.
- Choc transfusionnel. — MM. Jeanneney, Wangermez et Ringenbacii indiquent que les chocs violents qui résultent parfois des transfusions de sang peuvent s’expliquer par la mise en présence de sangs de charges électriques opposées. Ils ont mis au point une technique pour la mesure de ces charges et exposent qu’il peut être utile de rechercher ces chocs dans le traitement de certaines septicémies. L. Bertrand.
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- 60 ~ LIVRES NOUVEAUX
- The National Physical Laboratory. Collectée! Rcsear-ches. Vol. XXIV, Standards. 1 vol., 448 p. 23 x 23. His Majes-ty’s Stationery Office, Londres, 1038. Prix : 1 £ 2 s. 6 p.
- Cet ouvrage résume les recherches effectuées au National Physical Laboratory relatives aux déterminations des grandeurs fondamentales de la physique, déterminations de la force électro-motrice de l’élément Weston, mesure des hauts voltages, comparaison des échelles thermométriques entre 0° et 100°, et entre 660° et 1.083°, détermination de l’ampère en valeur absolue, détermination de l’ohm par la méthode de Lorenz, détermination des longueurs d’onde en fonction des étalons de longueur et inversement, ainsi qu’une étude sur les pivots dans les instruments de mesure.
- The photochemistry oi the halogens, par G. K. Rol-j.efson. 1 vol. in-S, 53 p. Actualités scientifiques et industrielles, Hermann et Cle, Paris, 1938. Prix : 20 francs. L’auteur étudie rapidement l’action de la lumière sur les halogènes à l’état gazeux et en solution, l’interprétation en fonction de la mécanique chimique de quelques réactions bien étudiées et signale les problèmes encore restés sans solution.
- Der Feste Kœrper. 1 vol. 154 p., 30 fig. Verlag. von S. Hir-zel, Leipzig, 1938. Prix : 7 RM.
- Tout le monde croit savoir ce qu’est un corps solide. Mais quand le physicien essaye de creuser cette notion simple, quand il cherche de quelles propriétés fondamentales de la matière dérivent les qualités du corps solide, il se heurte à de graves difficultés. Les problèmes ainsi posés ont suscité en ces dernières années d’importants travaux dont l’intérêt pratique ne le cède en rien à l’intérêt théorique. La Société physique de Zürich, à l’occasion de son cinquantenaire en 1937, avait mis cette question à l’ordre du jour et provoqué ainsi des conférences de savants autorisés, pour faire à cette date le point de la question. Ces conférences sont réunies dans le présent ouvrage. P. Niggli de Zürich passe en revue les problèmes minéralogiques de la structure cristalline ; W. L. Rragg de Cambridge expose les connaissances nouvelles acquises sur la structure des alliages à la faveur des progrès réalises dans l’analyse rœntgénographique par le procédé des poudres ; P. Debye de Berlin montre comment on peut mettre en évidence la structure quasi-cristalline des liquides et fait ressortir que l’état liquide se rapproche beaucoup plus de l’état solide que de l’état gazeux. A. Muller de Londres étudie les cristaux organiques à longue cha'ne moléculaire dont le tvne le plus simple est la paraffine. H. Mark de Vienne aborde une question très voisine en traitant de la formation et des propriétés des solides fortement polymérisés. H. Staudinger de Fribourg-en-Brissrau aborde un autre aspect de la même question en traitant du développement de la chimie des grosses molécules, A. Som-merfekl de Munich expose l’aspect théorique de l’état métallique (chaleur spécifique et conductibilité). Enfin von Laue de Berlin donne la théorie des lignes de Kossei et de Kikuchi, c’est-à-dire des interférences qui se produisent quand on étudie un cristal soit avec, une source de rayons X, soit avec une source d’électrons extérieure au cristal.
- Le pH et sa mesure, par M. IIuybrechts, 3e édition. 1 vol. in-18, 460 p., 54 fig. Bibliothèque scientifique belge. Masson et Cie, Paris, 1939. Prix : 50 francs.
- Les mesures de la concentration en ions hydrogène ou pH, celles du potentiel d’oxydo-réduction ou rH'ont trouvé tant d’applications dans l’étude des solutions et les réactions qui s’y produisent qu’un exposé clair, didactique, complet, comme celui du professeur de l’Université de Liège est devenu indispensable au laboratoire et, à l’usine. Cette troisième édition prouve son grand succès. On y trouve un rappel très simple des grandes lois chimiques qui conduisent à la théorie de la dissociation ; les techniques de mesures sont ensuite expliquées en soulignant les méthodes qui prédominent aujourd’hui : l’électrode de verre en électrométrie, les indicateurs bicolores en colorimétrie. Le rH est remarquablement expliqué et sa mesure présentée par quelques exemples concrets. Un copieux appendice entraîne aux méthodes de calcul ceux qui n’en ont pas l’habitude,. Enfin, la théorie de l’activité qui se dégage peu à peu de celle de la dissociation est présentée dans son état actuel.
- Le phosphore des végétaux, par E. Michel-Durand. IL Phosphore lipidique. I vol. in-8. Les problèmes biologiques. Presses universitaires de France, Paris, 1939. Prix : 25 francs. Ayant exposé les dosages du phosphore total, des phosphates et du phosphore glucidique, l'auteur aborde mainte-
- nant les formes plus difficiles à connaître, plus complexes et plus actives du phosphore lipidique. Il étudie sa répartition dans les végétaux, son métabolisme et son rôle biologique qui apparaît considérable, bien qu’encore peu étudié et mal connu.
- Les oiseaux de France, par A. Menegaux. Vol. IV, t. IL Passereaux, par le Dr Robert Didier. 1 vol. in-16, 71 fig., 68 pl. en noir et en couleurs. Encyclopédie pratique du naturaliste. Lechevalier, Paris, 1939. Prix cartonné toile : 60 francs.
- Voici le quatrième et dernier volume du sous-directeur au Muséum, publié après sa mort par son disciple. 11 est tout entier consacré aux Passereaux, comme le volume précédent et traite des familles contenant nombre d’espèces communes. Chacune est figurée et décrite : noms vulgaires, caractères, mœurs, nourriture, nid, œufs. M. Seguy y a joint la description des insectes parasites observés sur les oiseaux vivants. Il est inutile de faire l’éloge de cette collection d’ouvrages de poche, indispensables au naturaliste sur le terrain. Les Oiseaux de Menegaux en forment une digne suite.
- Bestimmung der Transpiration und Evaporation mit Rücksicht auf die Bedürfnisse der Œkologie,
- par Erich Leick. Fascicule 479 du Handbuch der biologischcn Arbeitsmethoden. 1 vol. in-8°, 194 p., 30 fig. Urban et Scliwarzenberg, Berlin et Vienne, 1939. Prix : 14,50 R. M.
- Le colossal manuel des techniques employées en biologie, dirigé par le Pr Abderhalden, est l’encyclopédie complète de tous les moyens d’observation, d’expérimentation et de mesures réalisés jusqu’ici dans les sciences naturelles. Le 479e fascicule termine la IVe partie du tome XI consacré aux méthodes spéciales pour l’étude des végétaux. Le professeur de l’Université de Greifswald y décrit, analyse et discute tous les procédés de mesures de la transpiration et de l’évaporation. On peut estimer la transpiration par des pesées directes, en maintenant le degré d’humidité do l’atmosphère, en enregistrant les pertes de poids, ou par des méthodes gazométriques ou volumétriques ; on peut aussi la connaître indirectement par des hygromètres ou des papiers au chlorure de cobalt aux couleurs changeantes. L’évaporation peut être évaluée dans des matières poreuses de diverses sortes, des psychromètres, des substances hygroscopiques déformables. Tous les modèles imaginés ou existants sont ici présentés, figurés, critiqués, guidant et limitant les recherches futures.
- L’IIe=de=France. Etude géologique, topologique et morphologique, par Paul Lemoine, t. II, chapitre III. Valois et Mul-tien. Mémoires du Muséum national d'Histoire Naturelle.
- 1 vol. in-8, 173 p., 24 fig. Muséum national, Paris, 1939. Prix : 30 francs.
- La Nature a déjà signalé (n° 3023) les 3 premiers volumes de cet ouvrage magistral, basé sur les données de nombreux sondages, auxquelles le professeur du Muséum a ajouté une étude-minutieuse de la géographie et de la toponymie. Après le Vexin et les pays du nord-ouest de l’Oise, il aborde cette fois le Valois, le Multien, les forêts de Retz, de Compïègne et de Halatle, examinant les formes actuelles du terrain, les vallées et les buttes, qui révèlent les traces de terrasses à divers niveaux. Puis il fixe, niveau après niveau la stratigraphie qui permet de délimiter les couches de chaque étage à partir de la craie jusqu’au quaternaire, et de préciser la tectonique de la région, plus complexe qu’on n’imaginerait dans une région de sédimentation aussi homogène. Cette vaste monographie, pleine de détails et d’aperçus nouveaux, guidera les observations des géologues, des ingénieurs eL des naturalistes dans l’Ile-de-France.
- Connais tes ennemis. Les ennemis intérieurs, par
- H. Coutière. 1 vol. in-16, 195 p. Béranger, Paris, 1939. Prix : relié toile : 22 francs.
- On connaît l’esprit, le charme et l’énorme lecture du professeur de la Faculté de pharmacie de Paris. Il sait présenter avec agrément les sujets les plus divers, les plus nouveaux comme les plus profonds. En trois volumes, il a entrepris de faire connaître tout l’homme : sa physiologie, ses ennemis extérieurs et intérieurs. Les ennemis qu’il porte en lui sont par ordre d’importance l’hérédité mystérieuse, le système nerveux, les organes, dont les excès comme les manques troublent^ les normes, font les caractères, les constitutions, les tempéraments, ou même créent les maladies innées, les psychopathies, les tumeurs, tout ce cortège de douleurs et de malheurs d’une humanité fort imparfaite.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- PHYSIQUE
- Un générateur de rayons X de 1 million de v.
- C’est à Londres, au Saint-Bartholomevv’s Hospital que cet appareil a été installé. Le tube générateur de rayons X est un tube d’acier de 38 cm de diamètre et 5 m 5o de long. La partie centrale d’où sort le faisceau de rayons X traverse la chambre de traitement et ses deux extrémités se trouvent dans des pièces voisines où se trouvent 2 générateurs de courant continu de 5oo kv.
- Le tube et les redresseurs de courant sont constamment soumis à l’action de pompes à huile qui y maintiennent le vide nécessaire. La cathode a une forme spéciale et comporte 0 filaments interchangeables de façon à éviter de faî.v rentrer l’air lorsqu’il est nécessaire de remplacer un filament visible. Le tube à rayons X fonctionne normalement sous une puissance de 1.000 kv et a résisté parfaitement à 1.100 kv.
- La dissipation artificielle des brouillards.
- Pour permettre aux avions d’atterrir par le brouillard sur les aérodromes, un grand nombre de procédés plus ou moins efficaces ont été proposés. De leur étude critique, le P1' Brunt, de l'Impérial College of Science and Technology de Londres, a pu tirer des conclusions intéressantes.
- Les brouillards peuvent avoir pour origine, soit le refroidissement de la surface de la terre par une nuit claire, soit l’arrivée d’un courant d’air humide et chaud sur la surface de la terre froide. Dans le premier cas, le brouillard ne se produit qu’en l’absence de vent appréciable et aucun moyen de le combattre n’a encore pu être trouvé. Dans le second cas au contraire, l’air est en mouvement et on peut arriver à produire une zone claire en appliquant un traitement convenable à l’amont de la région à éclaircir.
- Les méthodes employables sont limitées par la nécessité d’une part d’avoir un effet quasi instantané sur une hauteur de 100 m environ et d’autre part de ne pas exiger d’installations permanentes capables de gêner le trafic. C’est ainsi que des pulvérisations de chlorure de calcium, satisfaisantes théoriquemenl, sont impossibles pratiquement puisque les pulvérisateurs devraient être installés à la région supérieure du brouillard.
- Le seul moyen possible est le chauffage. Si on admet que 5 pour 100 de l’humidité du brouillard est sous forme de gouttelettes et que l’écard de température entre la base du brouillard et la partie supérieure est de 5° environ, la vitesse du vent étant de 1 m par seconde, on trouve qu’en brûlant 200 m3 de gaz par minute ou Go 1 de paraffine, on peut supprimer le brouillard sur une hauteur de 100 m et une largeur de 100 m, suffisantes pour permettre aux avions d’effectuer leur manœuvre d’atterrissage. La quantité de chaleur ainsi produite sert à condenser les gouttelettes (i3 pour xoo), à renverser le gradient de tempéi’ature, de façon que le chauffage des zones supérieures par convection soit possible et à contrebattre l’addition de vapeur d’eau dans l’air due à la combustion du gaz de chauffage Des essais satisfaisants ont été obtenus en disposant sur le terrain une rampe circulaire de gaz munie de brûleurs tous les 3 ou 4 m.
- BALISTIQUE
- L’obus aérien auto=détonant.
- On a parlé récemment d’un obus destiné à abattre les avions et qui n’exploserait de lui-même que lorsqu’il se
- trouverait au voisinage immédiat de l’aéroplane. Voici comment il serait constitué :
- A l’intérieur de la tête de l’ogive se trouve disposée une lampe électrique alimentée par une petite batterie et dont la lumière sort à l’extérieur par une série de fenêtres percées dans la paroi du projectile. A la base de l’obus se trouve une série de prismes qui, lorsqu’ils sont éclairés, renvoient la lumière sur une cellule photo-électrique actionnant un relais déterminant l’explosion de la gaine détonateur de l’obus.
- Le fonctionnement de l’ensemble est le suivant. Dans sa trajectoire ascendante, l’obus qui tourne à grande vitesse émet une nappe lumineuse. Quand il passe au voisinage d’un avion, les rayons qui frappent l’avion sont réfléchis et un certain nombre de ces rayons sont renvoyés dans la direction des prismes situés à la base du projectile et déterminent son éclatement.
- Si le projectile passe trop loin de l’avion, il ne se produit rien, mais lorsqu’il retombe, une fusée à retardement provoque sa destruction avant qu’il ne soit au voisinage du sol.
- CHIMIE
- Propriétés singulières de l’alcool octylique.
- Parmi les produits nouveaux, chaque jour plus nombreux, que l’industrie chimique de synthèse met à notre disposition, certains illustrent particulièrement la complexité des phénomènes de tension superficielle et présentent un intérêt pratique dans la technique industrielle.
- C’est notamment le cas de l’alcool octylique dont la formule est :
- CIL3 — (CH2)3 — CH — CI-POH
- I
- C2H3
- et dont l’addition à faible dose dans divers mélanges, émulsions ou solutions, permet la suppression des mousses ou empêche leur formation et par suite élimine tous les inconvénients dus à ces dernières. Mais le fait extrêmement curieux et d’ailleurs inexplicable théoriquement est que le pouvoir anti-mousse de l’alcool octylique ne s’exerce que pour des taux bien déterminés de ce dernier, en général très faibles, et que si on l’emploie à des concentrations plus grandes il favorise alors la formation des mousses au lieu de les détruire.
- En général, de bons résultats sont obtenus avec les solutions saturées d’alcool octylique dans l’eau (o,i4 en poids à 25°). Voici quelques exemples typiques d’application. Dans la régénération des huiles de graissage, on ajoutant 23o gr d’alcool à 3.800 1 d’huile renfermant 2 pour 100 d’eau, on obtient une suppression complète des mousses et le temps de chauffage, pour l’élimination de l’eau, est réduit de 7 h à moins de 1 h.
- Dans une machine à papier débitant 38o 1 de pulpe à la minute, la formation anormale de mousse a été complètement supprimée par addition de 7 cm3 d’alcool octylique par minute.
- Il semble que ce produit, à dose très faible, puisse rendre des services intéressants dans un grand nombre d’industries : fabrication de matières colorantes, de vernis, sucrerie, régénération des huiles de graissage, impression des tissus, papeterie, etc...
- II. Vigneron.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTES
- CAMPING
- Maisonnette pour le camping.
- Nombreux sont les adeptes du camping. Mais, avouons-le, quitte à nous faire maudire par les fervents et les enthousiastes, le confort est souvent rudimentaire et en particulier les tentes-abris, dans lesquelles on ne peut se déplacer que couché et dans lesquelles, en cas d’intempéries on est bien forcé de se réfugier, sont peu satisfaisantes pour ceux que l’âge, en diminuant leur souplesse, a rendu plus exigeants. Évidemment, il existe des installations de camping luxueuses
- comme les caravanes remorquées par une automobile. Mais leur prix est élevé et de plus, pendant les périodes de non-emploi, leur garage est encombrant.
- L’idéal serait une maisonnette assez haute pour permettre aux occupants de se tenir debout, assez spacieuse pour deux lits, assez claire pour qu’on puisse vaquer à ses occupations habituelles à l’intérieur et voir ce qui se passe à l’extérieur, assez solide pour ne pas craindre les grands vents, assez légère pour être transportée démontée sur le toit d’une automobile de tourisme, assez maniable pour être édifiée par une seule personne, rapidement et sans le secours d’instruments, assez simple pour qu’on trouve partout de quoi refaire les pièces brisées ou égarées; enfin assez bon marché pour être à la portée de tous.
- Ce programme ambitieux a tenté M. Marcon, un vétéran du Touring-Club de France et sa maisonnette, qui a remporté le premier prix au concours du Touring-Club à Rambouillet, peut être établie, si on la fabrique soi-même suivant les indications minutieusement détaillées données par
- Fig. 1. — La maisonnette avec son double toi .
- son inventeur pour une dépense totale de 5oo fr environ.
- La maisonnette dont la ligure i donne la vue d’ensemble avec son double toit et la figure 2 le détail de l’ossature a une superficie habitable de 2 m 25 x 2 m 5o. Elle comporte 4 fenêtres en Isorel (rhodoïd) transparent de 4i x 18 cm. Sa hauteur est de 1 m 85 et le poids total ne dépasse pas 5o kgr tout compris (ossature, toiles, panneaux-fenêtres, tuilons, etc.) réparti en un grand nombre de pièces dont aucune ne pèse plus de 3 kgr et ne dépasse 1 m 70, ce qui permet un arrimage solide et aisé sur l’automobile.
- Dans une brochure éditée par la Revue Camping, 9, rue
- .Richepanse, Paris (8e), on trouvera toutes les indications pour' construire les divers éléments, les assembler et les démonter. Nous n’entrerons pas dans le détail du travail que chacun peut réaliser en quelques jours très simplement.
- Roulotte-cam ping.
- L’emploi des roulottes-remorques est de plus en plus en faveur en France. Il existe maintenant des modèles perfec-
- Fig. 1. — La roulotte-camping, type Bijou.
- tionnés, dont le poids ne dépasse pas 425 kgr, ce qui permet la traction par une simple automobile de 7 cli.
- Une voiture de ce type est munie d’un éclairage électrique fonctionnant à l’aide de la batterie de la voiture remorqueuse ou avec accumulateur supplémentaire, et comporte trois pièces : salle à manger, chambre à coucher et cuisine. Le chauffage au gaz butane permet l’emploi d’un .réchaud, l’eau courante contenue dans deux réservoirs de i5 1 alimentent le lavabo en faïence avec écoulement d’eau et la cuisine. Des fenêtres s’ouvrent dans la cuisine et dans la salle à manger avec deux vasistas latéraux.
- Dans la salle à manger, la table pliante se rabat contre la paroi, les sièges forment chacun divan pour deux personnes ; une grande baie laisse pénétrer l’air et la lumière.
- Dans la chambre à coucher, les deux divans servant de sièges lors des repas sont transformés rapidement en un lit pour deux personnes de 2 m sur 1 m 20, avec matelas à ressorts métalliques. Une penderie-placard et une cuisine avec buffet et étagères comportant un dispositif contre les cahots augmentent le confort.
- Caravane Camping, 1.4, rue de l’Amiral Mouchez, Paris.
- Fig. 2. •— Vue intérieure de la roulotte.
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- BOITE AUX LETTRES
- RECTIFICATION
- A propos du nouvel homme de Néanderthal
- (n° 3051).
- C'est par une erreur typographique que, dans la page 383, ire colonne, l’Homme fossile du Mont Circé a été daté de 7.000 ans au moins avant notre ère. C’est 70.000 ans qu’il faut lire.
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Construction de redresseurs à oxyde de cuivre.
- — Les rondelles des redresseurs à oxyde de cuivre sont constituées au moyen de lames de cuivre pur, c’est-à-dire renfermant moins de 2 pour 100 d’impuretés, nettoyées à fond, puis chauffées dans une atmosphère eontenat de l’oxygène en excès, à une température voisine de 1.020° C. Il se forme alors à la surface du cuivre une couche d’oxydule cuivreux, dont l’épaisseur dépend de la température et de la durée de passage dans le four. Après oxydation, on laisse refroidir pendant un temps bien déterminé jusqu’à une température de 200° environ et on trempe.
- Industriellement, pour éviter que les deux faces des rondelles ne s’oxydent à la fois, on réunit les rondelles par paires sur des tringles munies d’encoches, ou on les place en grand nombre sur une plaque en verre siliceux introduite dans le four.
- Une fois les rondelles oxydées, on élimine l’oxyde cumique noir nuisible, par sablage ou par immersion dans un acide. Les surfaces libres obtenues sont passées au graphite, on pose sur elles des contre-électrodes en plomb.
- Cette construction, malgré les apparences, est extrêmement délicate, elle exige des études de mise au point très minutieuses et un outillage établi en conséquence.
- M. J. Masson, à Hennebont (Morbihan).
- Amplificateur à résistance. — Le montage push-pull avec lampes symétriques donne, en théorie, une amplification plus puissante que le montage avec une seule lampe de même type, sans que les résultats pratiques correspondent entièrement à la théorie. L’avantage le plus grand réside dans l’amélioration de la qualité musicale ; on évite la saturation du circuit magnétique du transformateur basse fréquence, et on atténue, par un effet de compensation les harmoniques pairs pouvant provenir des lampes de sortie des amplificateurs.
- Au lieu d’utiliser un transformateur à prise médian pour établir la liaison entre l’étage de sortie push-pull et le premier étage basse fréquence précédent, on peut employer une liaison à résistance-capacité, et le montage est alors appelé push-pull cathodyne.
- Mais, dans ce cas, pour faire agir les oscillations dans le sens convenable sur les deux lampes symétriques, il faut une lampe supplémentaire, dite déphaseuse. Ce montage a surtout pour but d’éviter l’emploi du transformateur push-pull dont le prix est relativement élevé.
- M. Begon, à Avignon (Vaucluse).
- Variations de fonctionnement d'un récepteur de
- T. S. F. — Les variations d’intensité d’audition dans un récepteur de T. S. F. peuvent provenir de causes très diffé-provient de l’émission et non du récepteur.
- Pour savoir si ces variations ne proviennent pas de l’émission que l’on reçoit, il suffit d’accorder le récepteur sur une autre émission. Si le défaut cesse, c’est que le phénomène provient de l’émission, et non du récepteur.
- La variation d’intensité peut être due aussi à une variation de tension dans l’alimentation du poste, et on peut le vérifier à l’aide d’un voltmètre.
- Pour régulariser une tension de courant d’alimentation trop variable, on emploie un survolteur-dévolteur à commande manuelle, ou même automatique.
- On peut avoir aussi des variations d’audition dues à des variations de la tension plaque provoquées par des irrégu-
- larités de fonctionnement de la valve de redressement, dont le filament serait usé, ou qui ne resterait pas stable sur ses supports.
- Enfin, le dispositif anti-fading a pour but de faire varier la sensibilité du récepteur, en raison inverse de l’intensité des signaux qui agissent sur lui. Si ce dispositif est détérioré, on conçoit que son action soit irrégulière et puisse provoquer des variations gênantes.
- Voyez à ce sujet l’ouvrage Entretien, dépannage des appareils radioélectriques, par P. Hémardinquer (Eyrolles, 03, boulevard Saint-Germain, Paris).
- M. J. L., à Alençon (Orne).
- Construction d'un récepteur pour ondes courtes.
- — 1° Vous trouverez des appareils de mesures électriques et thermo-électriques aux établissements Chauvin et Arnoux, 190, rue Championnet, Paris.
- 2° Pour améliorer le rendement d’un poste récepteur toutes ondes, en vue spécialement de la réception des ondes courtes, vous pouvez adapter un bloc additionnel relié à votre appareil, et qui permettra la réception par double changement de fréquence : on remplacera simplement le bloc oscillateur et modulateur, ainsi que le système d’accord de votre récepteur ordinaire.
- Vous pouvez également construire un appareil séparé comportant des circuits de changement de fréquence, d’ainpliüca-tion moyenne fréquence et utiliser seulement les étages basse fréquence de votre ancien appareil.
- Vous supposons que vous désirez recevoir les émissions sur la gamme de 13 à 80 m, et non les émissions sur ondes très courtes et ultra-courtes de o à 10 m.
- Vous trouverez des schémas de récepteurs complets pour ondes courtes et « toutes ondes » modernes, dans l’ouvrage : Les meilleurs appareils de T. S. F, (Dunod, éditeur).
- M. àntonopoulo, à Athènes (Grèce).
- Choix d'un récepteur de T. S. F. — Il est difficile de vous donner des indications d’ordre commercial sur le choix d’un récepteur de T. S. F., il existe de très nombreux modèles de fabrication française et étrangère d’excellente qualité.
- Les observations doivent porter surtout sur la sélectivité et la musicalité, et il vous est possible de les effectuer, soit chez le fabricant, soit en demandant un essai à votre domicile.
- Vous trouverez des indications sur l’examen d’un poste dans l’ouvrage : Comment choisir un poste de T. S. F. (Dunod, éditeur).
- M. Petit-Yvelin, à Levallois-Perret (Seine).
- Recharge d'une batterie d'automobile. — La charge d’une batterie d’automobile sur courant alternatif est extrêmement facile, soit avec un redresseur statique à éléments à oxyde de cuivre, ou à valve à gaz genre Tungar, soit avec un groupe tournant moteur-dynamo.
- Pour effectuer cette opération avec un chargeur ne permettant d’obtenir qu’une tension de l’ordre de 7 à 8 v, il est nécessaire évidemment de diviser la batterie ’ en deux groupes de G v, et de charger en même temps ces deux groupes montés en parallèle.
- M. P. K., à Bougival.
- Appareils de mesure acoustique et matériaux
- insonores. — 1° Dans les sonomètres à comparaison auditive, le son à mesurer est comparé avec celui d’un petit ronfleur à lame vibrante oscillant sur une fréquence basse ou moyenne. On règle l’intensité du son étalon jusqu’à ce qu’il paraisse avoir la même intensité que le bruit perçu par
- l’oreille libre, en appliquant un écouteur téléphonique ordinaire sur l’oreille. Au moyen d’une courbe d’étalonnage, on peut alors déterminer l’intensité auditive du son ; l’erreur peut dépasser G décibels.
- Les appareils de ce genre à effet de masque, tout en étant aussi simples, sont un peu plus précis. On applique la
- méthode du récepteur écarté, l’observateur écoute simultané-
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- ment le bruit à mesurer et un son de référence-étalon, d’intensité réglable, produit dans un récepteur téléphonique maintenu à une distance de quelques millimètres de l’oreille, à l’aide d’un anneau percé d’ouvertures par lesquelles parviennent les sons à mesurer. L’opérateur peut ainsi entendre, en même temps, le bruit à mesurer directement et le bruit étalon produit par l’écouteur.
- L’erreur ne semble pas alors dépasser 1 à 2 décibels, l’opération consiste à diminuer l’intensité du bruit étalon, au moyen d’un système atténuateur gradué, jusqu’à ce que la perception par l’oreille soit très réduite, l’audition du bruit extérieur continuant. On peut estimer, à ce moment, que le bruit produit à l’extérieur est égal au bruit étalon produit par l’écouteur.
- Vous trouverez des indications sur ces appareils simplifiés et portatifs dans l’ouvrage : La pratique acoustique et électro-acoustique, par F. J-Iémardinquer (Evrolles, éditeur).
- Vous trouverez des appareils de ce genre, à la Société L. M. T., 46, quai de Boulogne, à Boulogne-Billancourt (Seine) ou aux établissements Radiopbon, 56, faubourg Poissonnière, à Paris.
- 2° L’amiante est très employée pour la fabrication de matériaux insonores. Ceux-ci comportent généralement des cellules formant nids d’abeilles, dont l’ouverture est dirigée dans la direction do la source sonore. Vous pouvez vous adresser à ce sujet aux établissements Wanncr, 07, avenue de la République, à Paris (IIe).
- M. A. Loiuconi, à Sèvres (Seine-et-Oise).
- Emploi d’un appareil enregistreur de sons. — Les
- résultats obtenus avec un appareil d’enregistrement direct dépendent évidemment du microphone utilisé et du graveur, mais aussi de l’amplificateur.
- Si vous voulez utiliser comme étages d’amplification les éléments basse fréquence de votre récepteur de T. S. F., il ne nous semble pas possible de choisir un autre microphone qu’un type à cliarbm, ou, à la rigueur, un modèle électrodynamique sensible, parce qu’il est alors indispensable d’obtenir une tension d’entrée comparable à celle d’un pick-up, c’est-à-dire de l’ordre du volt.
- Il existe actuellement de petits microphones dynamiques à aimant permanent utilisés, en particulier, dans les appareils « Interphones », et qu’il suffit, en principe, d’adapter à la prise « pick-up » d’un récepteur de T. S. F. Les résultats obtenus, tout en étant suffisants, nous paraissent cependant d’une qualité inférieure à celle qu’on peut réaliser avec un microphone à charbon de très bonne qualité.
- 11 existe des modèles de ce genre comportant dans un socle la pile d’excitation et le transformateur d'adaptation, ce qui simplifie leur montage. Constructeur : Max Braun, 127, avenue Ledru-Rollin, Paris (11e).
- 2° Nous vous conseillons d’utiliser un graveur séparé du pick-up reproducteur. Vous pouvez vous adresser aux établissements Dictrichs, 13, rue Bleue, à Paris.
- M. Goutmax, à Nice (Alpes-Maritimes).
- Amplificateur musical et poste à batteries. —
- Sur les étages de sortie des amplificateurs de puissance moyenne, on utilise beaucoup aujourd’hui la lampe 6 L 6 à concentration électronique, dont nous avons donné les carac-ténisliques dans La iSature.
- Vous trouverez le schéma d’un amplificateur à haute fidélité dans Les meilleurs appareils de T. S. F., par P. Ilémardinquer (Dunod, éditeur).
- Si vous désirez une excellente musicalité, nous ne vous conseillons pas une amplification avec un étage de sortie classe B. Ce montage augmente le rendement, mais non la fidélité.
- 2° Grâce aux lampes batteries fonctionnant sous une tension de chauffage de 2 v, ou même de 1,5 v, il est désormais possible de réaliser des postes sur accumulateurs possédant les qualités des postes-secteur modernes.
- Dans ces appareils, on peut utiliser, comme vous l’indiquez, en étage de sortie un montage classe B, qui offre l’avantage de réduire la consommation en courant de plaque, mais il ne
- semble pas avec les lampes de sortie les plus récentes que l’emploi de ce montage soit indispensable ; vous pouvez aussi adapter une lampe de sortie 1 C 5.
- M. Martel, à Montreuil-sous-Bois.
- Ouvrages de documentation technique. — Il
- n’existe pas, à notre connaissance, un ouvrage de vulgarisation dans lequel sont traitées toutes les questions qui vous intéressent.
- Nous pouvons vous indiquer les ouvrages de vulgarisation suivants, sur l’automobile et la T. S. F. :
- Comment choisir, comment installer un poste de T. S. F., par P. Ilémardinquer (Dunod, éditeur, 2, rue Bonaparte, Paris) ; La T. S. F. expliquée (Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris) ; La T. S. F. sans parasites (Dunod, éditeur) ; L'A. B. C. de l’automobile (Chiron, éditeur) ; L’auto sans chauffeur (Chiron, éditeur). Il n’existe pas, à notre connaissance, de moteur électrique utilisé sur les avions ; veuillez nous préciser ce que vous désirez à ce sujet.
- M. A. Pépin, à Sousse (Tunisie).
- De tout un peu.
- M. F. C. R., Bahia. — La balance de Boys est une balance de torsion. Vous pourrez trouver cet appareil, ainsi qu’un oscillographe, chez M. Dannatt, instruments de précision, 108, rue Saint-Jacques, Paris.
- La maison Ducretet n’existe plus. On peut néanmoins trouver des appareils de physique, à l’usage des cours supérieurs, dans les maisons suivantes : Deffez, 26, rue Boulard, Paris ; Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris ; Jouan, 113, boulevard Saint-Germain, Paris ; Thouzard et Matignon, 11, rue Tournefort, Paris ; Prolabo, 12, rue Pelée, Paris, etc.
- M. J. de Peretti, à Nice. — La réargenture d’un miroir de télescope ne peut être confiée à un miroitier. C’est, en effet, une opération qui ne peut être réalisée que par un spécialiste. Vous pourrez vous adresser pour cette réargenture à M. C. Boulet, 101, rue de Rennes, Paris (6e).
- Voici les adresses de constructeurs d’instruments astronomiques : Secrétan, 151, boulevard Augusto-Bl an qui, Paris (13®) ; M. Manent, 44, rue du Parc, à La Croix-de-Berny (Seine) ; E. Vion, 38, rue de Turenne, Paris.
- M. Segretain, à Kouen. — Dans son Traité d’Aslro-plnjsique, p. 412, M. J. Bosler écrit : « Sur 347 orbites comé-taires calculées, 275 ont été trouvées paraboliques, 60 nettement elliptiques et 12 seulement légèrement hyperboliques. Géométriquement, les trois espèces de coniques sont caractérisées par la valeur de leur excentricité e : l’ellipse correspond-à e <( 1 ; la parabole à e = 1 et l’hyperbole à e > 1 ».
- Comme il est extrêmement peu probable, ajoute M. Bosler, « qu’une orbite soit rigoureusement parabolique, on peut se demander si l’immense majorité des paraboles cométaires ne sont pas en réalité des ellipses très allongées ou des hyperboles. Dans le premier cas, les comètes observées sont les membres permanents du système solaire ; dans le second, venues de l’infini, elles y retournent pour toujours ».
- M. A. Gkmthier, à Lyon. — En général, la longueur focale des objectifs astronomiques est comprise entre 13 et 16 fois leur diamètre. Un objectif de 75 mm a environ 1 m de longueur focale et un objectif de 81 min une longueur focale de 1 m 30.
- Il n’est pas possible de vous indiquer ici le prix des objectifs et des oculaires, ces prix différant suivant les constructeurs. Puisque vos préférences vont plutôt à un objectif d’occasion, vous pourriez consulter M. C. Boulet, 101, rue de Rennes, Paris (6e), spécialisé dans la vente et l’échange des instruments astronomiques.
- M. le Dr N., à Nice. — La paraffine est soluble en toutes proportions dans les hydrocarbures, vous pouvez par conséquent employer comme solvant la benzine, la gazoline, l’essence minérale, le pétrole. Elle est également soluble dans * une partie de chloroforme, une d’éther, 0,5 partie de sulfure de carbone.
- Le Gérant : G. Masson.
- imprimé par barnéoud frères et cie a laval (france). — 15-7-1939 — Published in France.
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- N° 3054
- LA NATURE
- ___ ii
- LA COKERIE MODERNE =
- CENTRE DE LA PRÉPARATION SYNTHÉTIQUE DE PRODUITS CHIMIQUES
- I. — EXPOSÉ
- Jusqu’à l’année 1920, environ, de nombreuses coke-ries éprouvaient des difficultés pour le placement de leur gaz. Bien que ce gaz ne fut souvent que de médiocre qualité en raison de la présence d’éléments inertes, due à la mauvaise étanchéité des chambres de carbonisation, spécialement des portes, M. Georges Claude a eu l’audacieuse idée de chercher à en extraire industriellement l’hydrogène par condensation et distillation fractionnée, selon les principes posés par lui, dès 1903. Un débouché considérable était ouvert, dès lors, au gaz de fours à coke qui devenait une matière pi'emière pour la fabrication synthétique de l’ammoniaque. La première usine correspondante a été créée, en 1921, aux mines de Béthune.
- Les travaux de M. Georges Claude ont été particulièrement féconds. En effet, dans tous les grands pays industriels, le gaz de fours à coke constitue une source abondante d’hydrogène pour des opérations de synthèse : ammoniaque, essence. On a pu, en outre, au cours de la liquéfaction et de la condensation fractionnée du gaz de fours à coke, séparer l’éthylène pour le faire servir à des opérations de synthèse : alcool éthylique, glycol, polymérisations, etc....
- On sait, à ce propos, qu’à la suite des travaux des savants américains Ipatieff et Egloff, la chimie des oléfines entre dans une voie toute nouvelle menant vers la préparation de supercarburants et de superlubrifiants spécialement destinés à l’aviation. Ce même principe du traitement des gaz par liquéfaction, appliqué d’abord par Georges Claude, est actuellement utilisé, en outre, à la déméthanisation des gaz formés au cours de l’hydrogénation des combustibles solides et liquides.
- II. — DONNÉES GÉNÉRALES SUR LA CONNEXION ENTRE UNE COKERIE MODERNE ET UNE USINE
- PRÉPARANT DES PRODUITS CHIMIQUES PAR VOIE DE SYNTHÈSE
- Le complexe houille-chimie-pétrole qui prend le four à coke pour point de départ est devenu une entité exerçant un rôle primordial dans l’industrie houillère
- — quelquefois même dans l’industrie métallurgique
- — de la plupart des grands pays industriels : France, Allemagne, Italie, Belgique, Hollande, Japon, Angleterre, Etats-Unis.
- Par exemple, en moyenne courante, on produit ainsi, par jour, quelque 5.ooo 1 d’alcool éthylique aux mines de Béthune et 12.000 à la Société belge de l’Azote et des Produits chimiques du Marly.
- A titre d’exemple, la figure 1 représente schématiquement l’enchaînement des opérations d’utilisation du gaz de fours à coke à la Société belge de l’Azote et des Produits chimiques du Marly. La figure 2
- montre, d’autre part, la
- vue en avion des usines du Marly. Cet ensemble comporte essentiellement l’utilisation de l’hydrogène et de l’azote pour la production de l’ammoniaque et de l’acide nitrique, permettant la fabrication d’une gamme complète
- d’engrais azotés, ammoniacaux, nitriques et phos-
- phatés ainsi que toute une série de produits techniques.
- La fabrication des différents nitrates nécessite la production de fortes quantités d’acide nitrique que l’on obtient par oxydation de l’ammoniaque.
- L’hydrogène sulfuré est utilisé à la production de l’acide sulfureux liquide, vendu en tubes ou transformé en sulfites techniques (bisulfite, hydrosul-
- | Compress P | " >\Epuration ^^Ré3énérJi?\^Fa4'p,%fion[*SOi
- mnçat. ac.L^yers ta-'Msuifur.\hrirj,tn/Ur.n.
- als éthylique et isapropili-que, éthers et cétones.
- H“ Epuration. —* \
- i H1* CO2
- Convers ? / , Décarbona-1R. du CO * -tation . 1 * HydrogênafX
- m*. vers fabrication bicarbona te - chlorhydrate Gaz résiduels
- Méthanal et déri-_+yés.(Formai, hexaméthylêne, triotty, résines, etc.
- lubrifiants de synthèse.
- ng.. 1. — Schéma de Vutilisation des gaz à la Société belge de l’azote et des produits chimiques du Marly.
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- Fig. 2. — Vue des usines du Marïy, prise par avion.
- file, etc...). Dans une autre direction, l’hydrogène'sulfuré sert à la fabrication du soufre colloïdal.
- Le département des fabrications organiques repose sur la valorisation du méthane, des mélanges d’oxyde de carbone et d’hydrogène puis de la fraction éthylé-nique du gaz de fours à coke.
- En vue d’augmenter les disponibilités en oxyde de carbone, le méthane est converti catalyliquement, sous l’action de la vapeur d’eau, en un mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène, lequel sert de matière première pour le groupe méthylique qui comporte un ensemble de produits tels que le méthanol, la formaldéhyde, l’hexaméthylènetétramine et les résines à base de phénol-formol, d’urée-formol, etc...
- L’utilisation de la fraction éthylénique bifurque en deux voies. Suivant la première, les hydrocarbures éthyléniques sont fixés par l’intermédiaire de l’acide sulfurique et, suivant la seconde, par l’intermédiaire du chlore. Les acides alkylsulfuriques obtenus dans le premier cas sont transformés en alcools, en éther sulfurique, en cétones, etc... afin d’obtenir une série de solvants organiques.
- Les dérivés chlorés de l’éthylène viennent compléter cette série de solvants. D’autre part, l’hydrolyse de la chlorhydrine éthvlénique est réalisée en vue de la fabrication du glycol.
- Enfin, une nouvelle orientation, susceptible d’un vaste développement, est constituée par la division « Hydrogénation ». En utilisant le charbon ou ses dérivés ou encore les huiles les plus diverses, la Société belge de l’Azote et des Pi'oduits chimiques du Marly
- obtient, par un procédé qu’elle a mis au point, procédé basé essentiellement sur l’emploi de pressions de l’ordi’e de 800 à 1.000 atm, des carburants ou des lubi’ifîants de synthèse.
- Les procédés qui permettent ces diverses fabrications présentent une portée considérable. En effet, par leur large transposition — elle nous semble inéluctable — à l’industrie du pétrole, ils permettront de préparer, à partir des gaz de cracking notamment, une variété considérable de produits chimiques indispensables. Parmi ceux-ci, citons ceux qui servent pour l’alimentation de choix des moteurs : alcools, éthers et cétones en améliorant le pouvoir indélonant des essences de base. Déjà, aux Etats-Unis, par exemple, on prépare annuellement à partir de l’éthylène environ 420.000 hl d’alcool éthylique, soit le huitième de la production totale de cet alcool aux Etats-Unis. Dans certains pays, l’alcool de synthèse concurrencera peut-être victoi'ieusement l’alcool de fermentation.
- Retenons aussi que celte chimie de la houille fournit des insecticides et des fongicides dont l’agriculture et l’arboriculture ont le plus impérieux besoin.
- III. — LE CIRCUIT DU GAZ DE FOURS A COKE DANS LE COMPLEXE HOUILLE-PRODUITS AZOTÉS DE SAN GIUSEPPE DI CAIRO (ITALIE)
- Cette usine est sise à quelque 4o km au nord-ouest de Gênes. On y prépai'e journellement 200 t d’ammoniaque qui servent à leur tour à la fabrication d’autres produits azotés, selon les procédés Fauser.
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- San Giuseppe di Cairo, que représente la figure 3, est, par ses ateliers de produits chimiques annexés à une cokerie toute moderne, une des plus modernes et des plus puissantes du monde. Elle occupe une superficie de 5o ha.
- La figure 4 représente schématiquement le circuit suivi par les gaz de fours à coke au cours de leur transformation en produits chimiques. Quand ce gaz a été dépouillé de son goudron, de son ammoniaque et de son benzol, il passe dans des tours métalliques remplies d’oxyde de fer où il se débarrasse de ses composés sulfurés. Afin de faciliter les manipulations de la matière épurante, ces tours sont disposées au-dessus du niveau du sol (fig. 5). Après compression à ia atm, le gaz est lavé à l’eau sous pression afin de parfaire son épuration en composés sulfurés et en anhydride carbonique. Il entre alors dans les appareils de condensation et de distillation fractionnée fournissant, d’une part, de l’hydrogène dont le taux de pureté est de 99,5 pour 100 — il contient au maximum o,ooi pour 100 d’oxyde de carbone — puis, d’autre part, du gaz à 6.ooo-6.5oo cal au mètre cube, à base de méthane, qui est utilisé principalement pour le chauffage des fours à coke. Quant à l’hydrogène, il est utilisé, après addition d’azote pur dans une proportion telle que le mélange gazeux réponde à la for-
- — ..............——..........—-........ 67 =
- mule N2 + 3Ii2. Cet ensemble rentre dans l’installation Fauser pour la fabrication de l’ammoniaque. Celle-ci que représente la photographie de la figure 6 comprend trois tubes et leurs satellites. Chacun d’eux satisfait à une production de 65-70 t d’ammoniaque par jour.
- L’azote est séparé de l’air dans des appareils à condensation et distillation fractionnées. L’oxygène représente un sous-produit qui est utilisé dans un autre atelier pour l’oxydation catalytique de l’ammoniaque en vue de la fabrication de l’acide nitrique.
- La synthèse de l’ammoniaque semble parvenue, aujourd’hui, à un degré maximum de perfectionnement. Cet important résultat provient de la connaissance meilleure des phénomènes de catalyse, ce qui a permis de préparer des catalyseurs possédant simultanément les deux caractéristiques majeures que voici : activité et stabilité.
- Par suite, on obtient jusqu’à 12-1.0 kgr d’ammoniaque par jour et par décimètre cube de catalyseur, soit environ i5 fois plus que voici une quinzaine d’années. En outre, le catalyseur garde son activité durant 18 à 2 4 mois avant qu’il soit besoin de le régénérer, ce qui ne nécessite d’ailleurs l’arrêt du tube de catalyse que pour une semaine environ, tout compte tenu du temps nécessaire pour le refroidissement du tube, l’enlève-
- Fig. 3. — Installation de la Société Ammonia (Montccalini) à San Giuseppe di Cairo.
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- Atelier. de sulfate
- Condensation
- Batteries
- d'ammoniaque
- déshydrogéne
- Epuration
- sèche
- Lavage
- à l'eau
- Compression
- 250 atm.
- v Pompe 'de circulation
- Colonne
- | de | Condensa ion synthèse | de I I l’ammoniaque
- Oxydât"
- Production deSO*H2 concentré.
- dilué
- Calcaire
- ?s hydratât ion de l'acide I n i trique I dilué. I
- Calcaire
- Saturation
- du AzÇ3H dilué
- Saturation
- du SO\H2 dilué.
- Attaque du Cu CO 3
- Acide
- nitrique
- concentré.
- / Nitrate \ / Sulfate \
- aammoniaque d'ammoniaque
- \à 2! % N2}
- Nitrate ' de chaux
- .515,5% N2
- Fig. 4. — Schéma des opérations effectuées dans l’ensemble des usines de San Giuseppe di Cairo.
- ment de la masse catalytique à régénérer, le chargement du catalyseur neuf et la remise du tube au régime requis de température et de pression.
- La figure 7 représente l’atelier pour la fabrication journalière de 4oo t d’acide nitrique à 36° Bé, suivant le procédé Fauser.
- La combustion de l’ammoniac gazeux a lieu en présence d’oxygène à basse pression, suivant une réaction fortement exothermique, laquelle nécessite pratiquement 3 vol. d’oxygène par volume de gaz ammoniac :
- 4NH3 + 502 = 4NO + 6H 20 -F 214.200 cal.
- Elle s’effectue dans les appareils représentés sur la figure 7, en présence d’un toile de platine rhodié jouant le rôle de catalyseur.
- Celle toile de platine est à 80 mailles par centimètre carré et les fils ont o mm o65 de diamètre, L’acti-vi lé catalytique d’une toile est faible au début, le platine étant neuf et d’aspect brillant mais elle s’accroît progressivement et devient normale quand sa couleur devient gris-foncé et quand son aspect est rugueux, ce qui montre que la nature de la surface joue un rôle important dans l’effet utile d’un cataly seur.
- Le platine, pur ou rhodié, est toujours le catalyseur le plus employé. Avec des fours appropriés, on arrive maintenant à des rendements de conversion de 98 et meme 99 pour 100. Cependant, les frais de renouvellement des toiles en platine interviennent pour un montant non négligeable dans le prix de revient de l’acide nitrique produit, c’est pourquoi on cherche à substituer au platine d’autres catalyseurs moins coûteux, sous forme d’oxydes complexes qui permettent d’atteindre des rendements comparables à ceux du platine.
- Après la formation d’oxyde d’azote dans les chambres servant a la combustion catalytique de l’ammoniaque, interviennent les deux réactions principales que voici :
- (1) 2 AzO + O = 2 Az02
- Fig. 5. — Tours pour épuration du gaz des fours à coke avant la synthèse (2) 3IVO 4- FT O = oATH TT îvn
- de l’ammoniac. “ 22 4- i\u.
- Quand ils ont été refroidis, les gaz nitreux sont additionnés d’air, dit secondaire, puis introduits dans les tours d’absorption (fig. 8).
- Afin d’accélérer les processus d’oxydation et de polymérisation, on a proposé de refroidir les gaz au-dessous de o° ; la constante de vitesse d’oxydation de NO s’accroît, en effet, avec l’abaissement de la température. Cette façon d’opérer, outre la complication quelle entraîne, donne lieu à une grande consommation d’énergie, non récupérable, pour le fonctionnement de l’installation frigorifique ; d’autre part, si, d’un côté, on favorise la polymérisation de NO2, on ralentit, en même temps, la réaction de ce gaz avec l’eau, de sorte qu’on arrive à une simple dissolution de peroxyde dans l’acide faible, comme cela est décelé par la couleur verte présentée par l’acide.
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- IV. — CONNEXIONS ENTRE LES COKERIES DE LA RHUR ET L'INDUSTRIE DES PRODUITS DE SYNTHÈSE (ESSENCE, CORPS GRAS)
- Les houillères de la Ruhr onl créé le Comité central de Recherches qui a pour mission d’adapter à l’industrie minière les résultats d’études faites en commun. Son rôle principal consiste à coordonner les résultats obtenus dans divers laboratoires ou installations et de les faire connaître aux organismes qui sont appelés à en tirer profit industriellement. Parmi les études faites jusqu’à présent au sein de ce comité, citons celles qui tendent à rendre l’Allemagne indépendante des pays étrangers au point de vue approvisionnement en combustibles liquides : par exemple la préparation d’essence synthétique, la fabrication et l’utilisation de combustibles gazeux pour les moteurs d’automobiles, l’obtention .du semi-coke et la synthèse du carbone poulie moteur à charbon pulvérisé ; la fabrication des acides gras à partir de la paraffine, problème technique résolu à Mulheim.
- Dans une certaine mesure, cette synthèse correspond à une variante des applications du procédé Fischer-Tropsch quand celui-ci est orienté vers la fabrication principale ou accessoire de la paraffine que l’on oxyde et transforme en acides gras en présence de catalyseurs. Après épuration physique et chimique, ces acides gras sont saponifiés par un alcali, suivant la méthode classique employée dans l’industrie des savons.
- C’est à Witten que l’on a produit pour la première fois, à partir du charbon, des acides gras synthétiques.
- L’industrie du savon de, la Marck et la Firme Henkel et Cie ont fondé la Deutsche Fetlsâure-Werke G. m. b. h. à Witten (Ruhr) (Société des usines allemandes d’acides gras), qui, depuis quelque temps, obtient industriellement des acides gras à partir du charbon.
- Cette dernière société travaille conjointement avec l’I. G. Farben qui étudiait depuis longtemps la synthèse des acides gras.
- Les usines en activité ont une capacité de production annuelle de 20.000 t. Celles dont la construction vient de s’achever porteront la capacité totale à 60.000 t.
- Le prix de revient des corps gras artificiels sera à peine plus élevé que celui des produits obtenus par traitement des graisses naturelles.
- Celte technique nouvelle offre un grand intérêt économique pour le Reich qui consomme par an quelque 2,4 millions de t de corps gras industriels.
- Il reste maintenant à indiquer les particularités de construction et de fonctionnement des appareils de traitement du gaz de four à coke qui ont permis d’aboutir à des résultats aussi remarquables.
- V. - CARACTÉRISTIQUES DES APPAREILS CLAUDE-AIR LIQUIDE POUR LA SÉPARATION DE L'HYDROGÈNE DU GAZ DE FOURS A COKE
- Le principe suivi consiste à séparer l’hydrogène en piocédant à une condensation progressive des autres constituants, notamment benzol, C2H4, CH4, CO, du
- gaz de fours à coke, celui-ci ayant fait l’objet dun
- Fig. 7. — Installation pour l’oxydation de l’ammoniac suivant le procédé Fauser.
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- lig. 8. — Installation pour l’absorption des gaz nitreux sous pression suivant le procédé Fauser.
- traitement préliminaire pour le décarbonater et le désuif urer.
- Quant au froid destiné à provoquer la condensation des éléments du gaz autres que l’hydrogène, on l’obtient en détendant soit l’hydrogène, soit l’azote d’un circuit indépendant, avec production de travail extérieur.
- Actuellement, deux types d’appareils à hydrogène sont en exploitation, savoir :
- i° Ceux produisant de l'hydrogène à pureté réduite, par exemple : i à 3 pour ioo d’oxyde de carbone et 7 pour xoo d'azote ;
- 2° Ceux produisant de l’hydrogène très pur, c’est-à-
- La pureté de l’hydrogène provenant des appareils de la première catégorie est suffisante pour la synthèse de l’ammoniaque par hyperpression Claude, en utilisant un purificateur où l’oxvde de carbone est transformé en méthane, ou mieux en alcool méthyli-que, et à la suite duquel les tubes de synthèse sont disposés en série.
- Les appareils à hydrogène montés par la Société L’Air liquide à la Compagnie des Mines de Béthune, par exemple, fonctionnent dans ces conditions, la catalyse, système Claude, produisant de l’alcool méthyli-que dans le premier tube et de l’ammoniaque dans les tubes suivants.
- Présentement, vu la nécessité de produire de l’hydrogène très pur pour les systèmes de synthèse généralement adoptés, avec recirculation des gaz non combinés, la grande majorité des appareils à hydrogène produisent ce gaz en utilisant le principe du lavage à l’azote et rentrent dans la catégorie 2 indiquée ci-dessus.
- La présence de l’azote jusque dans la proportion de 20 pour ioo ne présente évidemment aucun inconvénient quand le mélange gazeux correspondant doit servir à la fabrication synthétique de l’ammoniaque.
- L’hydrogène sort de ces appareils soit à la pression atmosphérique, soit sous pression d’environ io atm, le circuit d’azote de lavage étant, dans ce cas, utilisé comme cirouit frigorifique.
- Enfin, un autre type d’appareil a été étudié pour la préparation de l’hydrogène au taux de 97-98 pour 100, destiné spécialement à l’hydrogénation des combustibles, opération pour laquelle l’azote représenterait une impureté.
- VI. - PUISSANCE, RENDEMENT,
- DÉPENSE D’ÉNERGIE DES APPAREILS CLAUDE POUR LA SÉPARATION DE L’HYDROGÈNE
- dire contenant moins d’un cent millième d’oxyde de carbone.
- Fig. 9. — Appareil Claude à hydrogène.
- Ei. Es. E3. E.. échangeurs de chaleur sur le gaz de fours ; E5, échangeur de chaleur pour l’azote de lavage : B, colonne de rectification de l’éthylène ; B, refroidisseur d’azote ; L, liquéfacteur-réchauffeur ; Dt, ï)4, vaporiseur ; C. colonne de lavage ; D, détendeur ; G, génératrice-frein.
- Dans les usines d’ammoniaque synthétique les plus modernes, par exemple à l’usine de Waziers de la Société chimique de la Grande Paroisse, on dispose d’appareils de liquéfaction susceptibles de traiter chacun xo.ooo m3 de gaz de fours "à coke par heure, ce qui correspond à une fabrication journalière de 5o t d’ammoniaque ou de 200 t de sulfate d’ammoniaque. La figure 9 en l’eprésente les dimensions relativement restreintes. Le régime frigorifique y est maintenu par la détente avec ti’avail extérieur' de l’hydrogène, de la pression de 12 atm à o atm 3 effectif, contre-pi’ession fixée par la perte de charge du circuit hydrogène détendu et par la détente libre des autres constituants du gaz de fours et de l’azote destiné au lavage dont la proportion n’est que de 7 pour 100 du gaz traité.
- Le i-endement en hydrogène est de 97 pour 100 et la dépense d’énergie au mètre cube d’hydrogène est de o,3 kw/h.
- Ces appareils, munis de divers dispositifs de contrôle de la production, assui’ent des
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- marches continues pouvant dépasser six mois.
- Le prix de tout l’appareillage correspondant, comprenant l’épuration et les compresseurs, s’élevait à environ 6 millions de fr au mois de décembre iq38.
- VIL — APPAREILS CLAUDE POUR LA SÉPARATION DE L'ÉTHLYÈNE DU GAZ DE FOURS A COKE ET DES RAFFINERIES DE PÉTROLE
- Ces appareils traitent les carbures éthylé-niques, au taux généralement de 25 à 4o pour ioo, extraits des appareils de liquéfaction à hydrogène.
- Ils permettent d’en extraire, par liquéfaction et rectification successives, l’éthylène proprement dit et l’éthane, à 95 pour 100 de pureté.
- Le froid nécessaire est obtenu par un circuit frigorifique indépendant avec détente du gaz choisi, l’éthylène, par exemple.
- Ces appareils sont également utilisés pour traiter les gaz de raffinage des pétroles en vue de l’obtention, en particulier, du propane, du butane, de l’éthane, de l’éthylène et du propylene.
- VIII. — APPAREILS CLAUDE POUR LA
- DÉMÉTHANISATION DES GAZ PERMANENTS PROVENANT DES USINES D'HYDROGÉNATION DES COMBUSTIBLES
- Ces appareils servent à éliminer le méthane et autres carbures, saturés introduits avec l’hydrogène et formés lors de l’hydrogénation du charbon.
- Dans un appareil utilisé à la Compagnie française des essences synthétiques, à Liévin, le gaz est pris en dérivation sur le circuit d’hydrogénation, à 3oo atm par exemple ; le froid nécessaire au fonctionnement est produit par un circuit frigorifique d’azote indépendant, l’azote de ce circuit se détendant avec travail extérieur.
- Le gaz entrant, présentant une teneur de i5 pour 100 de méthane, n’en contient plus que o,5 pour 100 à la sortie.
- Lorsque l’appareil est muni d’un bain d’azote en dépression, il permet, de plus, d’abaisser la teneur en azote et de la faii'e descendre, par exemple, de 10 pour xoo à 5 pour 100.
- Fig. 10. — Appareil Claude de déméthanisalion.
- Ei, Es, Es, échangeurs île chaleur ; Es, échangeur de chaleur du circuit azote ; Cs, condenseur d’azote et de méthane ; L, liquéfacteur du circuit azote.; G, compresseur d’azote à 30 atm. ; D, détendeur du circuit azote ; G, génératrice-frein.
- de 6 à 9 gr de soufre par mètre cube, principalement sous la forme d’hydrogène sulfuré, ce qui correspond à 2 kgr 5 environ de soufre par tonne de charbon et est appréciable. Or, en ig38, les usines allemandes de carbonisation ont produit 24,4 milliards de m3 de gaz, ce qui représente approximativement 176.000 t de soufre. Celle quantité passe à 200.000 t en tenant compte du gaz résultant de la carbonisation des 9 millions de t d’agglomérés de lignite qui, depuis 1938, sont carbonisés en Saxe, dont environ 3 millions de t à Bolhen, près de Leipzig.
- En pratique, rien que pour l’année 1907, la production de soufre mélalloïdique en Allemagne, aux dépens des gaz de carbonisation a été de l’ordre de r20.000 t dont environ 29.000 t ont été obtenues par
- Fig. 11. — Schéma du procédé Kalasulf pour la récupération du soufre.
- IX. - LA RÉCUPÉRATION DU SOUFRE DANS LES COKERIES ALLEMANDES
- Afin de mieux assurer leur ravitaillement en soufre, les Allemands ont amélioré les méthodes classiques d’épuration du gaz de houille lequel contient, à l’état brut,
- Laveur
- Lavage du gaz par une
- Circuit des solutions de sulfite et de bisulfite Circuit de la solution de sulfate Vers la.
- Eau pompe
- Air à vide
- Gaz catalysé Sortie de
- • brut vapeur c
- chauffage
- Transport fa. courroie pour le sulfate d’ammoniaque
- \ ' "fiHHM M H mHh
- -A—Solution saturée |___H de sulfate
- ÉfcfRH™
- I
- Solutnde sulfate 'dàmmoniaque
- Entrée de vapeur3-de chauffage
- Solution saturée de sulfite
- Bac de mesure
- _ eide sulfurique
- Entrée de vapeur de chauffage
- -Autoclave
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- 72
- Fig. 12. — Vue d’une installation appliquant le procédé Katasulf.
- (Les appareils visibles ici sont ceux de lavage du gaz et de séparation électrostatique du goudron).
- (Ph. I. G. Bildarchiv).
- le traitement des gaz dans les cokeries de la Ruhr et 4o.ooo t dans les usines de carbonisation du lignite dans le district de la Leuna. Celte récupération de soufre correspond à la préparation de près de 5oo.ooo t d'acide sulfurique 6o° B.
- Jusqua ces dernières années, la méthode la plus courante pour extraire le soufre des gaz de carbonisation de la houille et du lignite, où il se trouve principalement à l’état d’hydrogène sulfuré, puis accessoirement de mercaptans et de thiophène, consistait à le mettre en contact avec de l’oxyde ferrique en présence d’air. Après une suite de régénérations par l’air, suivant une technique connue, on arrivait à disposer d’une masse d’oxyde de fer conlenant de 5o à 55 pour ioo de soufre utilisable pour la fabrication de l’acide sulfurique (l).
- Actuellement, spécialement en Allemagne, on dispose de plusieurs procédés de traitement des gaz conlenant du soufre à l’état précité pour l’obtenir sous l’une des formes que voici :
- i° Récupération du soufre à l’état d’acide sulfurique ;
- 2° Récupération du soufre sous la forme de sulfate d’ammoniaque par combinaison directe des composés oxygénés du soufre du gaz avec les composés arnmo-
- 1. Dans son excellent mémoire paru dans le- Bulletin de l'Association française des Techniciens du Pétrole (1er octobre 1937, pp. 59-74), M. Sabrou indique qu’à l’usine à gaz cl’Amsterdam' la moyenne de gaz épuré, sur une période de trois années, a atteint 150.000 m3 de gaz par mètre cube de matière épurante Lux qui, comme on le sait, est un sous-produit de la fabrication de l’aluminium par la méthode de Sainte-Claire Deville (calcination de la bauxite avec du carbonate de soude).
- Les résultats obtenus à l’usine à gaz d’Arnslerdam sont absolument remarquables, au point de vue économique en particulier, puisqu’on a pu vendre la matière épurante après usage, sans qu’elle soit sortie de la cuve une seule feis, d’où une grosse économie de main-d’œuvre.
- niacaux également contenus dans le gaz.
- 3° Obtention du soufre à l’état de soufre mélalloïdique.
- Parmi ces procédés, celui qui, pour le moment, mérite de retenir le plus l’attention en raison de son principe et de son importants application industrielle, c’est celui dit Katasulf. La méthode correspondante, dont la figure ii montre l’installation à la cokerie Auguste Victoria, la plus septentrionale et l’une des plus modernes de la Ruhr, est basée sur l’emploi de catalyseurs parmi lesquels figure le nickel et grâce auxquels l’hydrogène sulfuré du gaz est converti in situ en anhydride sulfureux. La réaction a lieu à la tempéralure de 35o° et nécessite évidemment l’incorporation au gaz de la quantité voulue d’air pour oxyder l’hydrogène sulfuré. Pour le détail des réactions, nous renvoyons à l’article général de M. Vigneron sur la récupération du soufre des gaz de cokeries (n° 3o48 du ier mai 1939).
- La figure 11 représente schématiquement la disposition des appareils pour l’application du procédé.
- Le gaz brut, mais soigneusement dégoudronné, traverse d’abord une tour en aluminium, où il est lavé avec une solution d’acide sulfureux, puis il passe dans un échangeur tubulaire, à contre-courant des gaz chauds sortant de la chambre de catalyse (fig. i3). Quand sa température a été portée à 8o°, il est additionné de la quantité d’air correspondant à l’oxydation du soufre de l’hydrogène sulfuré, en vue de la réaction qui a lieu aussitôt après dans la chambre de
- Fig. 13. — Vue de Véchangeur de chaleur d’une installation Katasidf.
- (Ph. I. G. Bildarchiv).
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- calalyse, disposée à côté ou au-dessous de l’échangeur de température. Le gaz à 35o° traverse alors les échangeurs de température, à contre-courant du gaz frais, puis abandonne son ammoniac et son anhydride sulfureux dans deux tours de lavage où circule une solution de sulfite et de bisulfite. Le gaz ainsi purifié est alors soumis au débenzolage.
- La transformation du sulfite et du bisulfite en sulfate à j3o° se fait en ajoutant à la solution correspondante de l’acide sulfurique. L’ensemble est alors traité dans un autoclave par la vapeur d’eau. On filtre ensuite la solution de sulfate d’ammoniaque à la densité de 1,25-1,27 pour en retirer le soufre formé au cours de la. cuisson dans l’autoclave. On concentre finalement, dans un multiple effet, la solution claire.
- CONCLUSIONS GÉNÉRALES
- Parmi les progrès les plus importants réalisés de nos jours dans l'industrie chimique, il y a lieu de retenir celui qui permet de séparer, à l’état de grande pureté, divers constituants du gaz de fours à coke : éthylène, méthane, hydrogène, etc..., par l’action
- -... -........ -..... .......... 73 =
- combinée des très basses températures et de la distillation fractionnée. C’est ainsi que, dans tous les grands pays industriels, la cokerie a pu devenir un centre pour la fabrication synthétique des produits chimiques les plus variés comme il en existe des exemples particulièrement remarquables aux mines de Béthune, eu France ; à la Société belge de l’Azote et des Produits chimiques du Marlv, en Belgique ; aux mines de l’État néerlandais, près d’IIeerlen ; à San Giuseppe di Cairo, eu Italie et dans la Ruhr.
- Ces résultats hautement remarquables sont la conséquence de la marche des fours à coke, des appareils de séparation des gaz et de préparation de produits de synthèse, devenue absolument régulière à cause de la qualité des principes scientifiques appliqués et des perfectionnements apportés à la construction de tout le matériel correspondant. Sa souplesse et sa sécurité de fonctionnement sont accrues, d’ailleurs, par l’emploi d’appareils de contrôle et de mesure qui représentent souvent de véritables merveilles de science et de mécanique.
- Cii. Berthelot.
- Ingénieur-Conseil.
- LES VARIATIONS DE TEMPÉRATURE PRÈS DU SOL
- OBSERVATIONS FAITES A L'ÉCOLE NATIONALE D’AGRICULTURE DE RENNES
- EN i 938
- La présente étude a été faite dans le but de comparer les températures qui se manifestent auprès du sol avec celles indiquées par les renseignements météorologiques, tels que les donnent les stations d’observation.
- Chacun sait que la lecture des thermomètres à maxima ou minima, voire enregistreurs, se fait avec appareils suspendus à 2 m sous abri.
- Il nous a paru intéressant de compléter leur documentation, telle qu’elle résulte de notre station, par des relevés à des niveaux inférieurs avec appareils identiques.
- Pour cela des thermomètres ont été disposés sur de petits chevalets à diverses hauteurs au-dessus du sol : o m o5, o m \o et à diverses profondeurs dans la terre : o m o5, o m 20, o m 5o.
- En raison de l'importance du sujet, nous n’examinerons maintenant que les résultats obtenus dans l’air.
- Pour rester dans des conditions normales d’observation, nous dirons que les thermomètres spécialement disposés pour l’élude des températures auprès du sol l’ont été sur terrain gazonné.
- Il ne s’agit donc point de chiffres faussés par des circonstances d’exception, comme ceux que l’on pourrait lire sur des thermomètres subissant l’action de sui'faces réfléchissantes, tel un mur, un chemin de terre battue, par exemple.
- Nous avons tenté de noter le milieu thermique réel où vivent et croissent les plantes culturides.
- Les écarts thermiques journaliers ont souvent révélé des chiffres insoupçonnés.
- Nous les avons consignés dans le tableau ci-après, dans lequel le choix des dates où ils ont été relevés correspond aux jours où les minima thermiques étaient les plus faibles.
- Ces jours sont liés, pour la plupart, à une situation météorologique anticyclonique, avec insolation diurne accusée et rayonnement nocturne important par suite de la clarté ou de la faible nébulosité des nuits correspondantes.
- Les écarts de température, plus significatifs du fait de ce choix, ne contrarient en rien les déductions que nous avons pu tirer de l’examen des chiffres enregistrés.
- Interprétant maintenant le tableau de nos observations journalières, que pouvons-nous en tirer ?
- D’abord que les écarts thermiques s’affirment quelle que soit la saison examinée.
- Qu’ils sont d’autant plus accusés que les niveaux envisagés sont plus près du sol.
- Que leur maximum se produit à la période printanière, ce qui est conforme à la courbe de chute calorifique solaire, résultant des expériences actinométriqucs classiques.
- Enfin, qu’entre les maxima et minima thermiques se manifeste une différence de température double et plus de celle existant entre les températures extrêmes enregistrées par les météorologistes à 2 m de hauteur.
- En application de ces résultats nous pouvons affirmer l’apparition de la gelée au sol alors que la documentation de la météorologie estime la température au-dessus de zéro.
- Les différences thermiques telles que les chiffres les ont révélées nous permettent aussi de concevoir la souffrance de la culture, en général, quand la pluie se fait rare, l’été.
- Avec le phénomène d’accumulation calorifique journalier, par suite de la longueur des jours et l’inclinaison minima des rayons solaires sur la terre, le sol s’appauvrit de plus en plus en eau par évaporation; la sécheresse se poursuivant devient une calamité.
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- i938 Mois et dates Températures maxima Températures minima Ecarts thermiques
- à 2>n à o|n4o à omo5 à 2m à 0^40 à omo5 à 2m à om4° à omo5
- Janvier 4 • • 4? 3,°8 3?8 — 6°8 00 * 0 -J — 12 On io,8 12® 5 i5°8
- l8 • 11,8 11,6 14,2 - 1,3 — 2,1 - 3,8 13,1 *3,7 18
- 28 . . 7,8 11,1 i6,3 - 1,1 — 0,5 - 3 8,8 11,6 19,3
- Février 8 . . 8 ii,4 14,1 2,3 2,9 — -4,7 to,3 8,5 18,8
- 18 . . 1,8 6,2 12,2 - 2,2 — 4 — 7,5 4 10,2 19,7
- 24 • • 9,1 12,7 20,7 — 2,9 — 4, t — 8 12 16,8 28,7
- Mars 3 . . • • • • 11,8 17 20,5 - 2,5 — 3,7 — 5,6 14,3 20,7 32, I
- 19 . . *7 20,3 24,5 2,8 1 — 1,8 >4,2 >9,3 26,3
- 24 . . 20,2 26 35,5 1,9 0,9 — 2 i8,3 26,1 37,5
- Avril 4 . • 11,2 17,8 29,2 — *,2 — 1,8 - 3,5 12,4 >9,6 32,7
- 20 . 12,1 20,3 34,5 0,2 — t ,5 — 3,8 12,3 21,8 38,3
- 22 . 13,1 19 3 8 3i ,2 °, 7 — °, 7 - 3,8 12,4 20,5 35
- Mai 9 • • l6 23,3 38,2 2,3 — 0,2 — 1,9 13,7 23,5 4o,i
- 12. 21,7 27,5 42 3,8 2,1 — 0,2 i7,9 25,4 42,2 '
- Juin 4 • • 17,8 23 3t 4,3 3 1 13,5 20 3o
- 2t. 22,8 3t 4o,3 7, 1 6 4,7 15,7 25 35,6
- Juillet 3 . . >9,5 26,4 35,9 6,9 5,8 3,7 12,6 20,6 32,2
- 29 • • 21,8 27,8 38,5 9 8,2 6,8 12,8 >9,6 3i ,7
- Août 18 . . 21,8 29,3 42 7 6,8 5 i4,8 22,5 37
- 22 . *9,8 25,5 3i ,5 6,5 6,5 3,4 13,3 19 28,1
- Septembre 4 . 21,8 29,2 39 4,7 4,6 2’o !7,i 24,6 36,8
- 17 . . 20,8 26,8 •37,2 4,8 2,8 0,8 16 24 . 36,4
- Octobre i5 . . !9,> 25,4 37 7 6 4,8 12,1 .8,4 32,2
- 25 . 1 ü,3 21,8 29,9 1,1 — 0,2 — ',9 i5,2 22 3t ,8
- Novembre 3 . . 14,1 18 22,1 6,8 5,5 2,5 7,3 12,5 '9,6
- 27 . . 10,2 l3,9 n — 0,2 — i,5 3,2 io,4 i5,4 20,2
- Décembre 7 • • n,8 >4,i 16,9 2,2 »,i — 1,9 9,6 i3 18,8
- 20 . - 6 > 7 - 3,7 0,8 — ii,3 — 12,1 - i3 - 4,6 - 8,4 — 122
- 21. - 3,8 - 2,3 2,8 — 9,9 9,4 — 11,2 — 6,1 — 7,1 - 8,4
- En sons inverse la glace apparaît l’hiver et peut devenir un fléau.
- Nous n’en voulons pour preuve que la destruction fourragère quasi complète après Jes nuits des 20 et 21 décembre 1938 dans l’Ouest par l’effet de la glace.
- Ces deux jours laisseront dans nos régions, tout comme l’été exceptionnel de l’année envisagée, le souvenir d’un
- désastre. Les chiffres de notre tableau se suffisent par eux-mêmes pour donner une idée du préjudice causé à la culture si l’on veut bien se rappeler que la neige, qui eût été protectrice des conséquences des grands froids, n’est apparue que le 23 décembre.
- P. Bricaud.
- Chef de travaux de météorologie.
- UN ŒIL DOUÉ DE VISION SPECTROSCOPIQUE
- Le journal anglais Nature signale le cas, sans doute unique, d’un Australien qui, à l’âge de 18 ans fut blessé à l’œil par un éclat de silex qui pénétra dans la cornée et l’iris. La plaie se cicatrisa normalement mais la pupille de l’œil se trouva déplacée de sa position normale et prit une forme elliptique. Bien que la vision soit restée normale elle subit une modification curieuse qui ne fut signalée qu’il y a quelques années par l’ancien blessé qui a aujourd’hui 5a ans : les sources de lumières vives paraissent entourées de couleurs spectrales. L’œil se comporte comme
- un spectroscope à réseau : dé chaque côté de la source lumineuse, l’observateur voit des spectres dont le bleu est vers la partie interne et le rouge vers la partie externe de l’image. En faisant des mesures approchées de l’angle de vision des spectres des différents ordres, on constate que l’œil se comporte comme un réseau ayant x.000 à i.3oo traits au centimètre. En examinant l’œil on a constaté que les cellules de la cornée, à l’endroit de la cicatrice, ont perdu leur noyau et sont allongées dans une direction bien définie. D’où sans doute leur fonctionnement comme éléments d’un réseau.
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- L’écran est simplement constitué comme précédemment par un verre dépoli, une plaque d’opaline ou du celluloïd douci, et forme le fond d’une boîte de stéréoscope muni, de la façon habituelle, de deux oculaires et d’une crémaillère de mise au point.
- L’observateur placé devant ce stéréoscope aperçoit simultanément les deux images par transparence de l’écran, et chacune des images ne peut être observée que par un œil.
- Le synchronisme entre les caméras peut être obtenu très aisément, même par un montage d’amateurs. On emploie un socle commun de fixation, et les axes des deux appareils sont prolongés et réunis par un accouplement rigide. Les appareils de prises de vues fonctionnent alors simultanément, par le simple déclenchement des mécanismes à ressort.
- Les deux appareils de projection sont accouplés de la même façon que les appareils de prises de vues, et fixés sur un socle commun portant également l’écran translucide et le stéréoscope à deux oculaires.
- Pour éviter de retoui’ncr les films, chaque vue peut être projetée sur un miroir incliné à 45°, comme le montre la figure 3. Ces miroirs renvoient les images sur l’écran translucide disposé comme précédemment, et par transparence,
- les images sont alors vues dans leur sens normal.
- La liaison des deux projecteurs est réalisée, dans ce cas, par des groupes de pignons coniques, et à l’aide d’un arbre intermédiaire; l’entraînement peut être obtenu aussi à l’aide d’un seul moteur commun actionnant cet arbre. Ce dernier peut être remplacé par une transmission flexible par câble, avec cardan et flecteur.
- Dans ces conditions, l’observation n’est possible que pour un ou deux spectateurs, mais des miroirs permettent, dans une certaine mesure, l’observation par plusieurs spectateurs, et la simplification obtenue est remarquable.
- Le même système se prête à la projection en relief au moyen de films en couleurs naturelles polychromes, ou à images multiples sélectionnant chacune une couleur par un procédé additif. P. 11.
- Oculaires
- 1e.r projecteur
- Miroirs
- Fig. 3. — Dispositif utilisé pour le redressement des images.
- MARC TIFFENEAU ..........
- MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS
- Le 8 mai 1989, l’Académie des Sciences de Paris a élu M. Marc Tiffeneau, éminent chimiste et pharmacologue, doyen de la Faculté de Médecine de Paris, à la place laissée vacante dans la section de chimie, par le décès du P1' Georges Urbain. Le nouvel académicien naquit, le 7 novembre 1873, dans la petite ville de Mouy (Oise) où son père, commerçant parisien ruiné par la Révolution de i848, était venu se fixer. Ses éludes secondaires terminées, il entra comme stagiaire chez un pharmacien de Pont-Sainte-Maxence, localité sise au bord de l’Oise, à la lisière de la pittoresque forêt de llalalte. A cette époque, les officines provinciales récoltaient encore sur place la plupart des simples entrant dans la composition des diverses préparations galéniques. Aussi comme nous le disait récemment le nouvel académicien,
- « tantôt j’occupais mes loisirs à herboriser sur le mont Galipet où fleurit au printemps l’anémone pulsatile, tantôt je parcourais les champs, les bois et les jardins, soit pour y cueillir certaines labiées odorantes comme la lavande, le thym, la menthe ou l’oi’igan, qui servent à composer les alcoolats, soit pour y arracher des pieds de belladone d’où l’on tire maints médicaments et récolter toute autre plante que comprend l’arsenal thérapeutique ».
- En octobre 1890, le jeune herborisateur abandonna ses promenades à travers les beaux sites de l’île de France pour poursuivre sa carrière dans la Capitale. Après avoir terminé ses deux dernières années de stage dans la célèbre pharmacie parisienne fondée par Gobley et dirigée alors par Pierre Vigier, il entra en 1892 à l’École de Pharmacie, devint peu après interne à l’Asile Sainte-Anne, puis trois ans plus tard, à F Hôpital Ricord, dans le service du Pr Béhal dont l’incomparable enseignement exerça sur lui une profonde influence et détermina sa vocation chimique. Le Maître lui ouvrit les portes de son laboratoire en 1897 et dès. 1901 Tiffeneau publia avec lui un premier mémoire sur les transpositions moléculaires. Ce travail, comme il l’écrit a avait un double objet : d’une part établir la réalité de la transposition récemment découverte par M. Bougault
- et consistant dans la transformation de l’anéthol à chaîne linéaire en aldéhyde à chaîne ramifiée ; d’autre part, décrire une nouvelle transposition inverse de la précédente, celle du pseudo-anélhol, qui possède une chaîne ramifiée, en anisy-lacétone dont la chaîne est linéaire. Nous savons aujourd’hui que ces transpositions se rattachent aux deux types que je suis parvenu plus tard à individualiser : le type semi-hydrobenzoïnique pour la première et, pour la seconde le type semi-pinacolique ». Depuis lors et malgré les orientations fort diverses de sa carrière, Tiffeneau n’abandonna jamais ce problème des transpositions moléculaires, le saisissant sous ses divers aspects, le retournant sous toutes ses faces, jusqu’à ce qu’il l’ait maîtrisé.
- Après un court séjour dans le laboratoire de l’importante société de produits chimiques organiques de Laire, il fut nommé au concours pharmacien des Hôpitaux (1904) et il se consacra désormais entièrement à la science. Menant de front scs études médicales, ses recherches de chimie pure et de biologie, il acheva en 1907 sa thèse de doctorat ès sciences consacrée aux transpositions moléculaires. Il travailla ensuite à l’Institut Pasteur avec le Dr Marie sur la toxine tétanique et la tuberculine, puis bientôt au laboratoire du Pr Charles Richet où, sous la direction de Pachon, il s’initia à la pharmacologie. Trois ans plus tard, il soutenait sa thèse de doctorat en médecine traitant des Alcaloïdes synthétiques voisins de l’adrénaline. Ce sujet continua à le passionner et par d’ingénieuses expériences, il parvint, dans la suite, à montrer ou à préciser l’influence qu’exercent le pouvoir rotatoire et la position des hvdroxyles phénoliques sur l’action vaso-conslrictive. En 1910, il fut reçu à l’agrégation de pharmacodynamie à la Faculté de Médecine de Paris. Ce succès ne ralentit pas, d’ailleurs, l’activité du jeune savant.
- Poursuivant ses recherches chimiques, il découvrit bientôt l’une des plus curieuses transpositions moléculaires, celle qui permet de passer du noyau du cyclo-hexane à celui du cyclopentane. D’autre part, il s’efforça d’associer la
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- chimie à la pharmacologie, étudiant les métamorphoses successives des substances médicamenteuses dans l’organisme et en dégageant les rapports entre la constitution chimique et l’action pharmacodynamique.
- La grande guerre n’interrompit pas le labeur intellectuel de M. Tiffeneau. Mobilisé d’abord à l’Hôpital de la Fère, puis à celui de Beauvais où il contracta une dysenterie qui faillit lui être fatale, il fut affecté ensuite à l’hôpital Buffon, qu’il quitta au milieu de i<)i5. L’administration militaire lui demanda alors d’utiliser scs connaissances, au prolit de la Défense Nationale. Il entra donc au service des recherches toxicologiques de l’armée, qu’il abandonna en 1917 pour passer au centre des études et expériences chimiques où il apporta sa contribution au problème complexe des gaz de combat.
- À la fin du conflit mondial, il reprit avec non moins d’enthousiasme son travail scientifique. 11 s’entoura alors de précieux collaborateurs, entre autres du chimiste Oré-khof et de MUe Jeanne Lévy, s’efforçant toujours de former de nouveaux disciples. Au cours de son existence,
- M. Tiffeneau s’attacha, en effet, à remplir le a double rôle de chercheur et d’éducateur qui incombe à tout membre de l’enseignement supérieur ». Nommé en 192/1. titulaire de la chaire de chimie du P. C. B. à la Sorbonne, il revint deux ans plus tard comme professeur de pharmacologie à la Faculté de médecine de Paris. De nouveau, il mena de front ses recherches de chimie pure et de pharmacologie. Tour a tour, il étudia les hypnotiques, les anesthésiques ainsi que les bromures volatils dont il montra plus tard la localisation dans
- le cerveau, grâce à une originale microméthode permettant de doser jusqu’à un gamma dans quelques centigrammes de substances cérébrale. Il entreprit ensuite de déceler l’influence exercée par les ions II sur les effets pharmacodynamiques et tout récemment, il a abordé le problème des poisons potentiels dont il explique l’action caractéristique par un mécanisme d’adaptation.
- Aussi, dès 1927, l’Académie de Médecine de Paris lui ouvrit ses portes et l’année suivante l’Université de Buenos-Aires l’invita à donner à ses étudiants en médecine un enseignement do chimiothérapie. Enfin, en 1901, la Société des Nations le désigna comme expert devant la Conférence de limitation des stupéfiants. Actuellement il continue sa collaboration à l’Institution genevoise comme membre du Comité central de l’opium et de la Commission internationale des Pharmacopées.
- Au cours de ses recherches sur les transpositions molé-
- M. Marc Tiffeneau
- culaires, M. Tiffeneau a été amené à s’occuper encore de deux grands problèmes théoriques; celui des capacités affi-jiitaires qu’il a entrepris avec M. Orékhof et celui des diasléréoisomères, qui le conduisit à traiter la question de la synthèse symétrique. En observant les conditions qui, lors de la création d’un second carbone asymétrique, président à la formation, en proportions plus ou moins inégales, de deux diastéréoisomètres prévus théoriquement, le savant chimiste a pu, en collaboration avec Mlle Jeanne Lévy, montrer
- l’influence inductrice qu’exerce le carbone asymétrique originel, suivant que celui-ci se trouve voisin ou éloigné du carbone asymétrique créé au cours de la réaction.
- M. Tiffeneau a généralisé également le fait, constaté pour la première fois par son collègue Orékhoff et maintes fois observé depuis, que sous l’influence d’un radical à forte capacité affinitaire, un hydroxyde secondaire devient souvent moins stable qu’un hydroxyde tertiaire. En particulier, la même influence conditionne l’isomérisation des époxydes et la fixation, sur les liaisons éthyléniques, des divers acides hypohalogéneux, notamment de l’acide liypo-iodeux dont l’iode se fixe tantôt sur le carbone secondaire, tantôt sur le tertiaire, selon la nature des radicaux substituants. Les capacités affinitai-res de ces derniers et leurs aptitudes migratrices éclairent donc d’un jour nouveau le mécanisme des transpositions moléculaires : mais alors que les secondes interviennent seulement dans le phénomène migrateur, les premières conditionnent la réaction qui précède et déclenche celui-ci. D’ailleurs, ces notions et les conséquences qui en découlent permettent d’expliquer certaines réactions restées juscpi’iei sans interprétation; en outre, elles conduisent à en prévoir de nouvelles, d’où l’importance et l’originalité des travaux de M. Tiffeneau. En définitive, grâce à lui, les phénomènes transpositeurs sont aujourd’hui parfaitement établis, les lois qui les régissent nettement codifiées et les cadres clans lesquels ils doivent rentrer aussi exactement définis que limités.
- En chimie organique, le grand chapitre des transpositions moléculaires se trouve donc désormais constitué.
- Ajoutons que l’habile expérimentateur, consent à se
- délasser de l’austérité des travaux de laboratoire, en consacrant ses loisirs à l’histoire scientifique et à la musique qu’il adore. Il a exhumé, en particulier, l’œuvre cl’un de ses illustres prédécesseurs, le chimiste alsacien Charles Ger-hardt, dont il a publié la correspondance inédite soit avec Aug. Laurent, soit avec d’autres savants.
- Jacques Boyer.
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- POISONS DE PÊCHE SUD-AMÉRICAINS DE LA FAMILLE DES SAPINDACÉES
- Un grand nombre de tribus indiennes de l’Amérique du Sud se servent de poisons végétaux pour pêcher dans les lagunes ou les points sans courant des rivières. Suivant la région et les groupes ethniques, les plantes utilisées varient.
- Les plus employées, de l’Argentine à l’Amazone, appartiennent à la famille des Sapindacées. Ce sont pour la plupart des lianes ou des arbustes sarmenteux des genres Serjania ou Paullinia connus sous le nom général guarani de Timbo, ou Tinguy. Les liges, plus rarement les racines, réunies en petits fagots sont battues dans l’eau avec un lourd morceau de bois. Peu après les poissons manifestent une vive agitation puis viennent flotter inertes (20 à ko minutes en moyenne) à la surface.
- J’ai étudié surtout une plante de ce gi’oupe, Serjania lethalis St H., employée par les Indiens Cayapos, entre les rios Araguaya et Xingu. Les résultats obtenus ont été vérifiés avec S. fuscifolia, Paullinia pinnala et P. elegans.
- Les extraits aqueux préparés avec l’écorce de Serjania lethalis, soit par macération à froid, soit par infusion dans l’eau bouillante ou l’alcool dilué, présentent les caractères d’une saponine acide : ils donnent des solutions légèrement visqueuses, moussant fortement par agitation ou par ébullition, précipitant avec les sels neutres, en particulier avec l’acétate de plomb, et réduisant la liqueur de Fehling. Les solutions sont nettement acides au tournesol, elles ont .un pli de 6,5.
- Leur action physiologique est analogue à celle des sapo-nines d’autres origines : ils possèdent une activité hémo-lytique intense in vivo et in vitro, une forte action anticoagulante in vivo seulement, s’exerçant sur la première phase de la coagulation, sans formation d’antithrombine, et des propriétés irritantes, produisant par injection ou par voie orale une congestion considérable de tout le tube digestif, souvent accompagnée d’hémorragies, une néphrite aiguë et une vive réaction locale par voie sous-cutanée. Le chien présente des vomissements, une exacerbation du péristaltisme intestinal, des tremblements pouvant dégénérer en convulsions cloniques et une torpeur progressive. L’action sur la pression artérielle et la respiration est celle de la saponine. La mort peut survenir peu de minutes après les injections intraveineuses; le plus souvent les animaux résistent quelques jours.
- Les poissons placés dans des solutions diluées d’extrait de Serjania lethalis meurent en une demi-heure environ avec des symptômes d’asphyxie. C’est une action purement physique, due à l’élévation de la tension superficielle de l’eau provoquée par la saponine. Mis dans l’eau fraîche, les poissons en état d’asphyxie avancée se rétablissent très vite.
- L’extraction à chaud par l’alcool étendu permet d’obtenir de l’écorce de S. lethalis une saponine impure possédant les propriétés générales des macérations totales.
- A côté de la saponine à qui elles doivent leur activité, les préparations de S. lethalis contiennent du tanin, paraissant de nature catéchique, leur communiquant une coloration rougeâtre en milieu alcalin et une coloration noire au contact des sels ferriques. La teneur en tanin est trop faible pour expliquer l’action de ces préparations sur les poissons; les solutions privées de tanin après un traitement par la poudre de peau se montrent d’ailleurs aussi actives pour ces animaux que les solutions brutes.
- Aucun autre principe actif n’a pu être mis en évidence.
- De nombreuses plantes de la famille des Sapindacées (genres Serjania, Paullinia, Magonia, Talisia, Thinouia, etc.) et même de familles différentes (Caryocaracées par exemple), toutes Fiches en saponine, possèdent des propriétés analogues à celles de Serjania lethalis et sont également employées sous le nom de imbo comme poisons de pêche par les indiens sud-américains.
- Parmi les poisons de pêche malais, les semences de Bar-ringtonia vrisei contiennent aussi une forte proportion de saponine pouvant atteindre 8 pour 100 (Robert).
- Ces poisons de pêche devant leur activité à leur teneur en saponine sont les plus répandus dans les parties méridionales et centrales de l’Amérique du Sud. En Amazonie et dans les régions voisines, Pérou, Colombie, Guyanne, Venezuela, d’autres plantes douées de propriétés différentes sont également utilisées pour la pêche. Les unes, plantes à roté-nonc (Papilionacées), plantes à latex toxique (Euphorbiacées, Apocynacées), contiennent des principes déjà connus, mais de nombreuses espèces appartenant à des familles diverses n’ont jamais été étudiées expérimentalement.
- J. Vellar».
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- UN CADRAN SOLAIRE DE FORTUNE
- Étendons la main gauche ouverte à plat horizontalement, la paume de la main tournée vers le ciel et les doigts réunis et bien allongés. Prenons un brin de paille ou un morceau de bois bien mince et plaçons-le verticalement dans l’angle entre la jointure du pouce et l’index. La longueur du brin de paille au-dessus de la main doit être égale à la longueur de l’index mesuré à partir du fond de la jointure. Plaçons-nous ensuite le dos tourné au soleil en orientant notre main gauche de
- façon que l’ombre du muscle qui est au-dessous du pouce se termine à la ligne appelée de vie. Nous voyons alors l’extrémité du brin de paille projeter son ombre sur nos doigts. Si l'extrémité de l’ombre tombe au bout de l’index il est 5 h ou 19 h, au bout du doigt du milieu 6 h du matin ou du soir, au bout de l’annulaire 7 h ou 17 h, au bout du petit doigt 8 h ou 16 h, à l’articulation suivante du petit doigt 10 h ou 14 h, à la racine du même doigt 11 h ou 13 h. Enfin l’ombre tombant sur la ligne de la main dite ligne de table marque midi.
- (Communiqué par M. Pol Honnobé).
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN SEPTEMBRE Ï939 (])
- Les planètes en évidence pour l’observation sont Mercure (au début du mois), Mars (encore bien placée) puis Jupiter, Saturne et Uranus. A signaler un nombre imposant ch phénomènes du système des satellites de Jupiter, de conjonctions, etc. De grandes marées au milieu du mois et la production du mascaret.
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil, en septembre, sera de + 8°3i/ le ier, de o° le 20 à a3h et de — a°33/ le 3o. L’automne astronomique commencera donc le a3 septembre.
- La durée du jour sera de i3h27m le ier et de nh45m le 3o. Elle diminue très vite, surtout le soir.
- Voici, de 3 en 3 jours, le temps moyen à midi vrai :
- Date : Sept. Heure du passage Date : Sept. Heure du passage Date : Sept. Heure du passage
- ier nh5om5os i3 11 t>4Cm/igs 25 11H4 2tn3 5 s
- 4 11 49 53 16 Il 45 45 28 11 41 34
- 7 11 48 53 19 11 44 42 3o 11 4° 54
- 10 11 47 5i 22 II 43 38
- Observations physiques. — Si l’état du ciel le permet, observer chaque jour le Soleil. Voici la suite des éphémé-rides permettant d’orienter les dessins et les photographies du Soleil :
- Date (o'* 1) P Bü L0
- Sept. 2 + 21,20 E + 7,20 325;.5
- — 7 + 22,40 E + 7,25 2G9,T I
- — 10 + 23,04 E H- 7,25 229,49
- — 12 + 23.45 E + iM 208,08
- — «7 "h 24,3G E + 7; 1 7 137,07
- — 22 + 25,10 E *P 7,06 71,07
- — 27 + 25,68 E + 6,89 5,o8
- Lumière zodiacale. — Elle sera bien visible le matin, avant l’aube, du 12 au 22 septembre, période pendant laquelle la Lune ire gênera pas son observation.
- 1. Toutes les heures figurant en ce « Bulletin astronomique » sont basées sur Je « Temps Universel » (T. U.) compté de 0h à à partir de 0h (minuit). L’heure d’été étant en service, augmenter toutes ies heures de
- IL — Lune. — Phases de la Lune, en septembre :
- 1). Q. le 0. à 2uh24in I P. Q. le 20, à 10^34111
- N. L. le 13. à 11 Ii22|n | P. L. le 28, à 141127
- Age de la Lune : le ier septembre, à oh = i6j,8; le 14, à oh = oj,5.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune en septembre : le 7, à i2ü = +- ig'ho'; le 20, à 3h = — ig°5/.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le i2 septembre, à i8h. Parallaxe = GPi 4". Distance
- = 358 108 km.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre, le 25 septembre, à 3h. Parallaxe = 54/2//. Distance
- = 4oo 820 km.
- Occultations d’Êtoiles et de Planètes par la Lune :
- Magni- Phéno-
- Date Astre uiaft 1x1* tude mène Paris Uccle
- Sept. G 5qoB. D. -1-160 6m,1 Em, oh I 2m,4 0111701,0
- — 7 104 Taureau 5 0 Em. 1 58 4 2 i 7
- — 21 5i55B. D.—180 6 3 Im. 18 44 0 J8 kl 9
- Marées; Mascaret. — Les plus fortes marées du mois se produiront surtout du 11 au 17 septembre, à l’époque de la Nouvelle Lune. Elles seront très importantes, leur coefficient atteignant 116 centièmes les i4 et i5 septembre.
- Le mascaret se produira aux heures probables ci-après :
- Date Coefficient de la marée — — „ a Heure d'arrivée du mascaret à :
- Quillebeuf Villequier Caudebec
- S'ept. i3 106 7k 5m 71142m 71*51m
- — 13 111 19 24 20 1 20 10
- — 14 114 7 44 8 21 8 3o
- — 14 116 20 4 20 4i 20 5o
- — i5 116 8 24 9 1 9 10
- — i5 n4 20 47 21 24 21 33
- — 16 110 9 9 9 46 9 55
- 3
- III. — Planètes. — Le tableau ci-après, que nous avons dressé à l’aide des renseignements fournis par l'Annuaire astronomique Flammarion, contient les données nécessaires pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois de septembre 198g.
- ASTRE Date : Sept. Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation et étoile voisine
- 1 5h 7m 1ih5om5os i8b34m 101139m + 8°3i' 3t 45"o Lion )
- Soleil . .! 10 5 20 11 ki 5i 18 i5 11 12 + 5 11 3i 49,2 Lion /
- 1 22 5 37 11 43 38 17 5o 11 55 T 0 34 3i 55,4 Vierge (
- 3o 5 48 11 40 54 U 33 12 24 - 2 33 3i 59,8 Vierge '
- Mercure . ,0 22 4 i3 5 3i 11 11 10 46 18 *7 5 58 10 3o 11 54 + + 11 14 2 21 5,4 4,8 (3 Lion ' Vierge
- Vénus. ,° 22 5 23 5 58 11 12 55 2 18 18 26 5 11 16 12 11 + + 6 14 0 14 9,8 9,8 , <7 t Vierge Vierge
- Mars . 10 16 41 20 3i 0 24 19 55 — 25 53 18,6 Sagittaire
- 22 ï5 5g 19 58 23 58 20 10 — 24 3i 16,6 Capricorne
- Jupiter \ 70 18 52 1 3 7 10 0 25 4- 0 -56 46,0 10 Baleine |
- 1 22 18 2 0 10 6 i4 0 19 + 0 19 46,4 10 Baleine 1
- Saturne . , 10 1 22 19 46 19 58 2 1 36 46 9 8 31 3o Crt en 00 + + 9 10 8 55 17 > 4 17,6 P S1 Baleine ( Baleine
- Uranus 28 19 10 2 44 10 i3 3 17 + 17 5i 3,6 Bélier
- Neptune . 28 4 44 11 3 17 23 11 38 + 3 39 2,4 89 Lion
- VISIBILITE
- mois.
- Inobservable.
- I
- (Toute la nuit. (Opposition le 27.
- (presque toute la nuit.
- Presque toute la nuit. Inobservable.
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- Mercure sera un peu visible le matin, dans les premiers jours du mois, sa plus grande élongation ayant eu lieu le 28 août. Voici la phase de Mercure (fraction illuminée de
- disque) : Magni- Magni-
- tude tude
- Date Phase stellaire Date Phase stellaire
- Sept. 3 0,675 — 0,7 Sept. 18 0,989 -“,3
- — 8 o,843 — 1 , 1 — 23 0,999 —
- — i3 0,944 — i,3 — 28 0,991 — 1,0
- Mercure sera en conjonction supérieure avec le Soleil le
- 22 septembre, à i4*.
- Vénus sera inobservable ce mois-ci. Elle sera en conjonction supérieure avec le Soleil le 5 septembre, à 21*.
- Mai's est encore bien visible au début de la nuit. Son diamètre, qui avait atteint 24// le 23 juillet, au moment de l’opposition, ne sera plus que de ibH à la fin du mois. Pour toutes les données relatives à la présentation du globe de Mars, voir l'Annuaire astronomique Flammarion.
- Junon, la petite planète n° 3, pourra encore être observée. Voir la carte figure 1, page 871 du n° 3o5o.
- Parthénope, la petite planète n° 11, pourra être recherchée à l’aide de la petite carte du Bulletin astronomique (p. 27) du n° 3o5a.
- Harmonia, la petite planète n° 4o, arrivera en opposition le 24 septembre; elle atteindra la magnitude 8,9. Voici quelques positions où l’on pourra la trouver :
- Date
- Sept. 6
- — i4
- — 22
- — 3o
- Ascension droite
- 0*l8m,8 012 3 o 5 o 23 57 5
- Déclinaison
- — 6015'
- — 7 10
- — 8 3
- — 8 5o
- Jupiter sera en opposition avec le Soleil, le 27 septembre, à 1911. En dehors des bandes qui traversent son disque et des variations de sa surface, on pourra observer les phénomènes suivants, dus aux mouvements des quatre principaux satellites :
- Septembre 1er, I. O. c. 3hnm; I. P. c. 3*52“; III. P. f. 2iMim. — 2, I. E. c. o'h28m,6; I. Em. 3*2i“; I. O. c.
- 21*39“; I. P. c. 22*18“; I. O. f. 23h53m. — 3, I. P. f.
- 0*29“; II. O. c. 2*18“; II. P. c. 3h37m; I. Em. 21*48“. — 4, IL E. c. 2oh38m,5. — 5, II. Em. o*25“. — 8, III. O. c. 20*28“; III. P. c. 22h4om; III. O. f. 28*17“. — 9, III. P. f. i*i“; I. E. c. 2*28“,4; I. o. c. 23*34“. — 10, I. P. c. oh2m ; I. O. f. Ih47“; I. P- f- 2hi3m ; II. O. c. 4*55“; I. E. c.
- 20*52“,2 ; I. Em. 23*32m. — 11, I. O. f. 2ohi5m; I. P. f.
- 20*89“ ; II. E. c. 23*i3“,7. — 12, IL Em. 2*4o“. — 13, IV. O. e. 20*42“; IL O. f. 20*55“; IV. O. f. 2i*23“; IL P. f. 21*07“. — 16, III. O. c. o*3o“ ; III. P. c. 1*57“; III. O. f. 8*17“ ; I. E. c. 4*i8“,3 ; III. P. f. 4*19“. — 17, I. O. c. ih28m; I. P. c. i*45“ ; I. O. f. 3*4i“; I. P. f. 3*57“; I. E. c. 22*47“,1. — 18, I. Em. 1*16“ ; I. O. c.
- 19*56“; I. P. c. 2ohnra; I. O. f. 22*10“; I. P. f. 22*28“. —
- 19, IL E. c. i*4g“,2; IL Em. 4*54“ ; I. Em. 19*42“ —
- 20, IL O. c. 20*52“; IL P. c. 21*17“; II. 0. f. 20*33“ ;
- IL P. f. 23*52“. — 23, III. 0. c. 4*31“; III. P. c. 5*n“. — 24, I. 0. c. 3*22“; I. P. c. 3*29“. — 25, I. E. c. o*42“,i; I.. Em. 3*o“ ; I. 0. c. 2i*5i“; I. P. c. 2i*55“. — 26, I. 0. f. o*4“ ; I. P. f. 0*6“ ; IL E. c. 4h24“,9; I. E. c. 19*10“,8; I. Em. 21*25“; III. E. f. 21*27“,7. — 27, II. 0. c. 28*29“; IL P. c. 23*31“. — 28, IL P. f. 2*6“; IL 0. f. 2*10“. — 29, IL E. f. 20*22“,5.
- Le i3 septembre, vers 0*15“, remarquer la disposition et les mouvements des satellites de Jupiter, tous à l'Est de la planète.
- Saturne approche de son opposition. Voici les éléments de l’anneau pour le 12 septembre :
- Grand axe extérieur.......................... 43",q3
- Petit axe extérieur..........................— n",g5
- Hauteur de la Terre sur le plan de l’anneau — 150,790 Hauteur du Soleil sur le plan de Panneau . — i-4°,438
- Élongations de Titan : à l’Est, le ier septembre, à 3*,5 ; le 17, à i*,4 ; à l’Ouest, le 9 septembre, à 2*,9 ; le 25, à o*,8.
- Uranus est visible presque toute la nuit. Pour l’observer, utiliser la carte du n° 3o4o (ior janvier 1989), p. 26.
- Neptune sera en conjonction avec le Soleil le 16 septembre, à 21*, il sera inobservable.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le ier, à 16h, Jupiter en conj. avec la Lune, à 3°48' S.
- Le 3, a i4*, Saturne — la Lune, à 2042’ S.
- Le 5, à 4*, Uranus — la Lune, à io36' N.
- Le 6, à 2ih, Vénus — ; Lion (4“8) à o» 5' N.
- Le 10, à gh, Mercure —- a Lion (4m2) à 0019' S.
- Le i3, à ih, Mercure — la Lune, à 60 2' N.
- Le i3, à 18*, Vénus — la Lune, à 4°49' N.
- Le 13, à igh, Neptune — la Lune, à 4fl3o' N.
- Le 14, à 7b, Vénus — Neptune, à 001 6' N.
- Le 16, à 18h, Mercure — <7 Lion, à 00 5' N.
- Le 19, à 12*, Mercure — Neptune, à oo34'N.
- Le 28, à 6*, Vénus — vj Vierge (3mg) à 00 4'S.
- Le 28, à 8*, Mars — la Lune, à 9040' S.
- Le 25, à i4*> Mercure — ï! Vierge(3“9), à 00 9' S.
- Le 28, à 16*, Jupiter — la Lune, à 40 6' S.
- Le 3o, à 17*, Saturne — la Lune, à 2c,5o' S.
- Etoile Polaire; Temps sidéral Temps
- Date Passage Heure sidéral (*)
- Sept. 8 Supérieur 2*29m24s 23* 4138s
- — 18 — 1 5o 13 23 44 4
- — 28 — iii 0 0 23 29
- Etoiles variables. — Minima d’éclat, visibles à l’œil nu, de l’étoile Algol (ji Persée) variable de 2“,3 à 3“,5 en 2j2o*49m : le 9, à 4*4i“; le 12, à i*3o“; le x4, à 22*19“.
- Le 5 septembre, maximum d’éclat de T Grande Oui’se, variable de 5“,5 à i3“,5 en 261,8 jours.
- Le 12 septembre, maximum d’éclat de R Serpent, variable de 5“,G à i3“,8 en 354,4 jours.
- Etoiles filantes. — De nombreux essaims donnent naissance à des météores dans le courant de septembre. On en trouvera la liste au n° 2968 du ior août 1935, page i33.
- V. — Constellations. — L’aspect de la Voûte céleste le ier septembre, à 28*, ou le i5 septembre, à 22*, se présente ainsi :
- Au Zénith : Le Cygne; Céphée; Cassiopée.
- A u Noj'd : La Petite Ourse ; le Dragon ; la Grande Ourse.
- Au Nord-Est : Le Cocher.
- A l’Est : Le Bélier; le Tanreau ; Andromède; Persée.
- Au Sud : Pégase; le Verseau; le Capricorne; le Poisson Austral.
- /I l'Ouest : La Lyre; Hercule; la Couronne boréale; l’Aigle ; Opliiuchus.
- Em. Touchet.
- 1. Pour le méridien de Greenwich.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Pour s’initier à la mécanique céleste, par l’Abné l’h. Moreux, directeur de l’Observatoire de Bourges. 1 vol. in-16 de 176 p. avec 9 pl. et 45 fig. Doin, Paris. Prix : 22 francs.
- Cet ouvrage qui a pour but de vulgariser la mécanique céleste, sera précieux à ceux qui désirent, sans culture mathématique très étendue, s’initier à cette branche fondamentale de l’astronomie. On y apprendra comment on peut démontrer, sans faire appel à l’analyse, que les lois de Newton sur la gravitation conduisent à celles de Kepler régissant les mouvements des corps célestes et pourquoi ces mouvements s’effectuent suivant des courbes qui sont des sections coniques. L’ouvrage est complété par des tableaux sur les masses et les vitesses dans le système solaire.
- Thaïès. Recueil annuel des travaux et bibliographie 1936 de l’Institut d’histoire des sciences et des techniques de l’Université de Paris. 1 a7o1. in-8°, 265 p. Alcan, Paris, 1938. Prix : 50 francs.
- Cet institut a un programme très vaste qu’il n’aborde chaque année que très fragmentairement. Le présent recueil réunit quatre mémoires : l’éloge de Le Chatelier par M. E. Picard, l’hommage à Pierre Duhem de M. Rey, une note de M. Lapic-que sur sa découverte de l’isochronisme neuro-musculaire, une étude de M. Laignel-Lavastine sur le rôle des médecins dans les origines intellectuelles de la Révolution française. Suivent des travaux, des conférences, des analyses bibliographiques sur des sujets épars, où l’histoire des techniques tient fort peu de place, si la philosophie des sciences est très largement représentée.
- L’homme devant la science, par Lecomte du Noüy. 1 vol. in-16, 283 p. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1939. Prix : 20 francs.
- « La science, celte inconnue » paraphraserait ce livre. S’appuyant sur les dernières théories des physiciens, l’auteur en dégage les probabilités, les incertitudes, les relativités, qui mènent à une impasse. La matière, l’univers qu’on avait cru appréhender et concevoir clairement se refusent à l’entendement ; les lois mathématiques qu’on avait aperçues n’éclairent en rien les phénomènes biologiques. La vie, l’évolution restent sans réponse. L’homme ne peut réussir à être objet et sujet de connaissance tout à la fois. Et le voici une fois de plus au carrefour : matérialisme, scientisme, logique et dialectique ne répondent pas ù ses désirs de savoir et de vivre. Il lui faut encore, toujours, chercher sa voie.
- Mouvement brownien. IL Partie théorique, par J. Du-claux. 1 vol. in-S, 197 p., 7 fig. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et C1®, Paris, 1938. Prix : 30 francs. Suite du cours de chimie physique du professeur au Collège de France. Ayant exposé les données expérimentales, l’auteur rappelle les théories fondamentales du mouvement brownien (Smoluehowshi, Einstein), les formules diverses qu’on y a ajoutées, les difficultés qu’elles rencontrent. ; il rappelle que si le mouvement brownien n’est pas en désaccord avec le deuxième principe de la thermodynamique et peut s’accorder avec la pression osmotique, il ne s’applique pas aux phénomènes vitaux.
- Dictionnaire de radioélectricité et de radiovF sion, par Clément Duval, I. Peychès et L. Dorkc. 1 vol., 510 p., 530 fig. Librairie des Sciences et des Arts, Paris, 1938. Prix : 80 francs.
- Présenter dans l’ordre alphabétique tous les termes, même les plus spéciaux, employés en radiotechnique, donner de chacun une définition ou une explication claire, telle est la tâche que se sont assignée les auteurs de ce dictionnaire et dont ils se sont acquittés avec plein succès. Cet ouvrage constitue une véritable encyclopédie, parfaitement mise à jour, d’une consultation très commode, accompagné de nombreux schémas fort bien compris. L’ensemble représente un travail considérable qui mérite le succès et dont les auteurs doivent être félicités.
- Appareils de mesures électriques, par A. Palm, traduit de l’allemand par A. Schubert. 1 vol. xix-329 p., 205 fig. Dunod, éditeur, Paris, 1939. Prix broché : 150 francs. L’auteur, spécialiste de la construction des instruments de mesures électriques, présente ici, sous une forme simple et claire, les éléments théoriques essentiels qui président à la construction des différents appareils électrométriques ; il
- décrit ces appareils fort nombreux en les classant suivant leur constitution : instruments à bobines mobiles, à aimant mobile, à fer tournant, électrodynamomètres, appareils à champ tournant, instruments thermiques, électrostatiques, oscillographes. Il décrit les montages et les applications de ces appareils. C’est une grande commodité de trouver ainsi groupés en un seul volume tous les instruments de mesure électrique avec les renseignements nécessaires pour en comprendre les propriétés et pour les employer à bon escient.
- Le problème de l’injection d’un combustible liquide, par André Labartiie. 1 broch., 178 p., 176 fig. Numéro spécial des Annales de l’Office national des Combustibles liquides, 85, boulevard Montparnasse, Paris, 1938. Prix : 30 francs.
- L’injection du combustible liquide soulève des problèmes difficiles, particulièrement ardus dans le cas des moteurs Diesel d’aviation rapides. L’étude de M. Labarthe apporte à leur solution une contribution théorique et expérimentale de la plus haute importance.
- Avant d’aborder l’étude des systèmes d’injection proprement dits, l’auteur étudie les conditions optima de répartition du combustible dans la chambre de combustion, ainsi que les influences du délai d’inflammation et de la turbulence. Des relevés de diagrammes de pression en différents points de la chambre de combustion, effectués sur de nombreux types de moteurs, lui ont permis d’établir une nouvelle classification des moteurs Diesel, basée uniquement sur la répartition des pressions à l’intérieur du cylindre. A la lumière d’une étude très poussée des oscillations de pression du gas oil dans les tuyauteries d’injecteurs, il détermine ensuite l’influence de facteurs tels que : longueur de la tuyauterie, élasticité du métal la constituant, coefficient de compressibilité du combustible et du ressort de l’injecteur, etc. Les irrégularités de remplissage de la pompe pour les grandes vitesses de rotation ou les très faibles débits, ainsi que les anomalies de fonctionnement dues à l’inertie des clapets de la pompe, sont enregistrées sur une série de diagrammes fort démonstratifs. Une analyse mathématique de la désagrégation du jet sous l’action des forces capillaires complète cette belle étude.
- L’électricité dans la voiture automobile, par Henri Petit. 1 vol., vm-96 p., 22 fig. Dunod, éditeur, Paris, 1939. Prix broché : 19 francs.
- Ce cours consacré à l’équipement électrique, composé et rédigé avec le souci d’élégante clarté qui caractérise tous les ouvrages de M. Petit, est destiné à l’usager qui n’a besoin d’aucune connaissance scientifique spéciale. L’auteur expose en langage simple tout ce qu’il est nécessaire de connaître de l’équipement électrique : commençant par les notions les plus simples, il aborde progressivement l’étude particulière des organes les plus complexes : dynamos, génératrices, batteries, etc. Des chapitres sur l’entretien, la surveillance et enfin sur les pannes électriques complètent heureusement cet exposé.
- Le bassin supérieur de l’Yonne, par Albert Boit. 1 vol. in-S, 179 p., 17 pl. Imprimerie Tridon-Gallot, Auxerre, 1938. Sur le terrain, l’auteur a longuement parcouru le Morvan et ses marges ; sur la carte il a reporté ce qu’il a vu et ce que les géologues avaient noté. Il en dégage une vue tectonique du pays, des notions sur ses mouvements, son érosion, son modelé topographique, l’écoulement des eaux incertain entre l’Yonne et l’Aron.
- Almanach du campeur 1939. 1 vol. 500 p. avec cartes et illustrations. Editeur : Revue Camping, 9, rue Riche-panse, Paris. Prix : 12 francs.
- Les amateurs de camping trouveront ici l’adresse des clubs français et étrangers de camping, canoë, etc., les règlements du camping, de nombreux renseignements pratiques, la liste de 5.500 terrains de camping publics avec 600 plans et 20 cartes régionales.
- Les auberges de France. Reportages gastronomiques du Club des Sans-Club. 1 vol. in-16, 34, rue de Trévise, Paris. Prix : 33 francs.
- Acheter ce livre suffit pour être membre du club. Et ce livre contient toutes les bonnes adresses des restaurants et des auberges qu’on rencontre à Paris et sur les routes de France, avec une appréciation de chaque étape, des renseignements sur les spécialités et les prix, recueillis ou contrôlés par les touristes eux-mêmes. C’est dire qu’il a sa place dans l’auto, à côté des cartes itinéraires.
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- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i5 mai 1909.
- Éruptions solaires et orages magnétiques. —
- La dépendance des orages magnétiques terrestres avec les éruptions solaires paraît démontrée, mais il reste intéressant de noter les durées de succession de ces phénomènes. MM. Coulomb et Dugast exposent qu’une éruption solaire donne en période magnétique calme un crochet sur l’enregistrement magnétique. D’après de très nombreux enregistrements il semble apparaître que le crochet précède, en moyenne, l’orage de 26 h, nombre déjà indiqué par Haie. Pour que ces deux phénomènes soient enregistrés il faut d’ailleurs que l’émission ultra-violette et l’émission corpusculaire liées à une même éruption solaire atteignent toutes deux la Terre.
- Synthèse de quartz. — Poursuivant leurs études sur la reproduction des minéraux par voie gazeuse à l’aide d’explosifs brisants et du recuit à très haute pression, MM. Miciiel-Lévy et Wyart montrent qu’il est possible d’obtenir le quartz par cette méthode en opérant en présence d’une certaine quantité d’eau contenant de la potasse caustique. On obtient de beaux cristaux et un résidu vitreux riche en inclusions liquides, comme il s’en présente dans les granités. Il est probable que les conditions de l’expérience sont voisines de celles qui ont conduit, dans la nature, à la formation des granités.
- La région tropicale australienne. — On distingue sur la côte orientale de l’Australie, au point de vue de la biogéographie marine, une zone australienne ou tempérée et une zone indo-pacifique ou tropicale. En considérant de nombreuses espèces, divers auteurs fixent la limite entre les deux zones en des points différents : Cap Sandy, Moreton Bay, Sydney. M. Fischer indique que les caractères essentiels de la zone tropicale sont les coraux et la mangrove. Pour les uns comme pour l’autre, c’est le Cap Sandy qui limite au sud les formations amples, telles que la Grande-Barrière.
- La chimiothérapie. — MM. Levaditi, Girard et Vais-man exposent la très haute activité de la 4-nitro-4’-amino-diphényl-sulfone sur les streptocoques. Ce corps est trop toxique pour pouvoir être employé en thérapeutique mais les azoïques obtenus par copulation avec les acides naphtol-sulfoniques (corps 94, 95 et 190) sont tout aussi actifs et très peu toxiques. Ces composés présentent une activité curative de tout premier ordre vis-à-vis du streptocoque hémolytique, une activité manifeste ou même intense sur le gonocoque, le bacille de Friedlànder et le pneumocoque type 2 et une action non négligeable sur les autres pneumocoques.
- Séance du 22 mai 1989.
- Un cyclone en Nouvelle-Calédonie. — M. Durand-Viel rapporte une communication du commandant de l’aviso « Dumont d’Urville » qui rend compte d’un cyclone subi près de l’île Art de l’archipel Belep, au Nord-Ouest de la Nouvelle-Calédonie, le 25 mars 1989. La tempête a duré 8 h, la pression s’est abaissée jusqu’à 711 mm, avec des variations horaires atteignant 10 mm. La vitesse du vent a pu être estimée à i5o km/h; le bâtiment a chassé pendant 5,5 milles. Ce cyclone n’avait été signalé par aucune station. Il a dû se former entre l’île Huon et les Nouvelles-Hébrides, il a atteint le nord de la Nouvelle-Calédonie, les îles Loyauté et Walpole et a dû se combler à 3oo ou 4oo milles au sud-est de Nouméa.
- Le nickel catalytique. — En réduisant NiO par l’hydrogène on obtient le nickel cubique, ferromagnétique, qui constitue un catalyseur d’hydrogénation très actif. Chauffé à 170° en atmosphère d’oxyde de carbone, ce nickel se transforme en nickel hexagonal peu actif. MM. Le Clerc et Lefebvre confirment les propriétés des deux variétés allotropiques. Ils montrent que le nickel hexagonal peut reprendre la forme cubique et l’activité correspondante si on le chauffe à 25o° dans le vide ou dans l’azote. Par contre le cobalt qui existe aussi en variété cubique et en variété hexagonale conserve les mêmes propriétés catalytiques sous les deux formes. Sur un autre plan ces études montrent les relations étroites entre l’activité catalytique et le ferromagnétisme, donc avec la structure électronique.
- Action de l’ypérite. — L’action vésicante du sulfure d’éthyle dichloré a été attribuée à une formation de HCl dans les cellules, les parois cellulaires étant perméables à l’ypérite mais non à l’acide chlorhydrique libre. MM. Kling, De Fonbrune et Raynal ne sont pas de cet avis et montrent par des expériences directes sur des amibes que, ni les produits d’hydrolyse de l’ypérite, ni même l’ypérite elle-même n’ont d’action marquée lorsqu’ils sont introduits directement dans le protoplasma. Au contraire, par immersion, on obtient la mort presque immédiate des amibes si la solution contient seulement des doses très faibles d’ypérite. Il est probable que la mort des cellules est due à une modification de la perméabilité de leur surface. On peut rapprocher cette conclusion de l’hypothèse qui fait intervenir une modification de l’hydrophilie des lipides car, dans les cellules vivantes, les lipoïdes sont localisés vers les parois.
- Le rayonnement radioactif et les microbes. —
- Les modifications de structure des microorganismes sous l'action des émanations radioactives sont un fait déjà connu. MM. Metalnikoff, Yakimacii et Yadoff montrent l’aptitude particulière des sarcines à se modifier morphologiquement sous l’action du radon. A côté du tube radioactif les colonies sont tuées, plus loin elles restent vivantes et forment une grande quantité de microcoques et de bâtonnets ainsi que d’autres types curieux contenant une ou plusieurs vacuoles transparentes (flèches, épingles, boules, formes ramifiées). Les sarcines roses peuvent donner des mutations de couleur blanche, crème ou orange. Ces caractères étant héréditaires peuvent être considérés comme appartenant à des races nouvelles et placent le rayonnement radioactif parmi les forces créatrices.
- Dépolarisation de la lumière. — En 1921, M. Pro-copiu a découvert qu’une suspension de fines particules colloïdales ou cristallines dépolarise la lumière. M. Calini-cenco expose aujourd’hui quelques lois du phénomène lorsque les particules sont des grains d’amidon de riz ou de fécule. Il montre qu’à égalité de particules il y a proportionnalité entre l’angle de dépolarisation et le rayon des particules. La dépolarisation diminue lorsque la température de la suspension augmente; elle cesse à 82° pour l’amidon de riz et à 66° pour la fécule ; ces températures doivent être celles de la déchirure du tégument des granules. En effectuant la suspension dans divers liquides, on constate que la dépolarisation ne dépend pas de l’indice du liquide. En laissant l’empois se refroidir, l’amylose, qui constitue la partie inférieure, manifeste encore une faible dépolari-salion, tandis que celle-ci a disparu de l’amylopectine formant la couche supérieure. Le phénomène est toujours lié à la biréfringence des particules.
- L. Bertrand.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- TECHNIQUE
- Une application intéressante de la soudure autogène.
- Les perfectionnements de la technique opératoire ont souvent une répercussion importante sur la marche d’une industrie. C’est ainsi que la mise au point de méthodes nouvelles de soudure oxy-acétylénique a permis d’envisager par ce procédé des constructions dont la réalisation il y a peu de temps encore paraissait extrêmement délicate et d’un prix de revient élevé.
- Dans l’exploitation des salines, la construction des appareils évaporatoires a pu être, en particulier, perfectionnée d’une manière intéressante. Le principe appliqué le plus souvent pour l’extraction du sel des gîtes est la dissolution. Lorsqu’un sondage a révélé à une profondeur déterminée la présence du gisement de sel, on envoie de l’eau dans la couche intéressée. Cette eau se sature de sel, et la saumure ainsi formée est pompée et envoyée dans des bacs d’évaporation appelés poêles où elle est portée à une température de 8o° environ. La vapeur d’eau s’évapore, et le niveau dans l’appareil évaporaloire est maintenu constant, la quantité d’eau admise correspondant à l’évaporation. Celte eau est additionnée de sels de chaux pour précipiter les sels magnésiens qui se déposent les premiers au contact du fond ; au-dessus se forme le dépôt de chlorure de sodium que l’on ramène péi’iodiqucment vers les bords à l’aide de racloirs dits volants ou râbles. Quand le sel est extrait, on racle à nouveau le fond pour enlever les calcaires magnésiens ou schlot.
- Les poêles ont un fond rectangulaire de 20 à 3o m de long sur 8 m 5 de large et étaient jusqu’à présent constituées par des tôles de chaudières rivées. Cette construction présente de graves inconvénients du fait des surépaisseurs au droit des coutures, les racloirs ne pouvant y enlever correctement lî dépôt. D’autre part la rigidité des rivures provoque des déformations, des poches atteignant 8 cm de profondeur sur 4o à 5o cm de large, dont il est impossible d’extraire le sel de chaux par grattage. On retrouve ainsi tous les inconvénients de l’entartrage des chaudières : coups de feu, mauvaise transmission de la chaleur, nécessité tous les trois mois d’arrêter le fonctionnement de la poêle pour détacher au burin la masse des dépôts.
- Grâce à la mise au point de la soudure oxy-acétylénique dite montante à double cordon à deux chalumeaux, il a été possible aux salines de Sommerviller en Meurthe-et-Moselle de réaliser, avec un personnel non spécialisé, le remplacement des panneaux rivés par des panneaux soudés. L’expérience a montré qu’il en résultait dans l’exploitation même des avantages décisifs en faveur de ce nouveau mode de construction que l’on peut résumer comme suit : possibilité d’employer des tôles plus minces, d’où diminution du prix de revient et économie de combustible ; suppression des rivets et des coutures et par suite des amas calcaires à leur voisinage ; déformations moindres et dont la forme est plus favorable au raclage ; diminution des risques de coup de feu.
- Ajoutons que'la vitesse moyenne de soudure est de 3 m à l’heure pour des tôles de 6 mm et de 2 m 65 pour des tôles de, 8 mm et que le prix de revient est de 20 à 25 pour 100 moins cher que pour la construction rivée.
- Ces résultats sont extrêmement intéressants et sans nul doute pourront s’appliquer à toutes les industries dans les-
- quelles l’évaporation de masses importantes de liquide et la précipitation de sels constituent une des phases de la fabrication.
- IL V JCNERON.
- Le repérage des avions par les caméras cinématographiques.
- Les caméras cinématographiques sont employées aux États-Unis pour le repérage des avions en vol, les essais de tir contre avion et les études du vol des avions à l’atterrissage et' à l’envol.
- On mesure ainsi, par exemple, la distance et l’altitude en utilisant deux caméras de 16 mm placées sur le terrain d’atterrissage et d’envol.
- Ces caméras sont disposées à 18 m l’une de l’autre, ou à des longueurs multiples de cette valeur. Les prises de vues sont effectuées à la cadence de 4 photographies par seconde. Les deux appareils fonctionnent en synchronisme sous l’action d’un électro-aimant plongeur, avec impulsion unique d’un relais de contrôle; les objectifs identiques ont une longueur focale relativement grande.
- Les appareils sont légèrement décalés; leurs axes convergent à une distance de 48o m pour une base de 18 m, de 9C0 m pour une base de 36 m. Le décalage des images de l’avion sur les deux films dépend donc de la distance et' de l’altitude.
- Pour la projection, on emploie une machine à deux projecteurs permettant de mesurer les déplacements les plus minimes des deux images de l’avion sur les deux films. Un projecteur séparé est employé pour chaque bande de film de la paire obtenue, mais les deux films sont entraînés simultanément, image par image. Les images gauches et droites se déplacent donc en synchronisme, comme elles ont été enregistrées. Le film est serré entre deux glaces, s’écartant au moment du déplacement.
- Les objectifs de projection sont réglables, l’un horizontalement, l’autre verticalement, de manière à compenser le déplacement possible des films. Les projections étant effectuées sur deux écrans translucides contigus, les deux images différentes du même avion apparaissent graduellement séparées, à mesure que l’appareil s’est déplacé.
- Ce décalage est directement mesurable au moyen d’une échelle placée directement sur l’écran translucide, et, pour une certaine base, jusqu’à 750 m pour une base de 18 m. La lecture de cette distance permet de déduire immédiatement l’altitude de l’avion sur l’échelle graduée et de reconstituer ainsi la marche exacte de l’appareil.
- P. IL
- DÉMOGRAPHIE
- La natalité allemande après l’annexion des Sudètes.
- La statistique du Reich vient de faire le relevé du nombre des naissances enregistrées en 1987 dans les territoires sudètes récemment annexés : il s’élève à 52.000. Le nombre des naissances survenues sur le territoire actuel de l’Allemagne atteint donc, au total, i.4i3.ooo. D’après les résultats déjà connus pour 1988, la statistique du Reich prévoit une augmentation de plus de 4o.ooo.
- En France, le nombre des naissances n’a pas dépassé, en 1937, 616.000, et il a été inférieur à ce chiffre en 1938.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTES
- AUTOMOBILISME
- Interrupteur de sécurité pour automobiles.
- Les batteries d’accumulateurs des automobiles sont reliées directement aux installations d’éclairage et de démarrage de la voiture et il n’existe généralement aucun dispositif de coupure, d’où l’impossibilité d’une rupture en cas de court-circuit. L’emploi d’un « robinet de batterie », permettant d’interrompre le courant, constitue une mesure de sécurité contre l’incendie et de protection de la batterie d’accumulateurs qui prolonge sa durée.
- En isolant la batterie chaque soir, on évite le désagrément de la trouver le malin déchargée par l’humidité des bacs, le défaut d’isolement de l’installation, ou, tout simplement, parce qu’on a oublié de couper l’éclairage.
- Le « robinet de batterie » empêche également le vol du véhicule, puisqu’il interdit la mise en marche du moteur. On peut prévoir l’installation d’un feu de position indépendant restant seul éclairé, tous les autres circuits étant coupés.
- L’interrupteur ordinaire n’assure pourtant pas une sécurité absolue et il ne peut couper un courant important sous
- Fig. 1. — Interrupteur de sécurité Paris-Rhône ; vue d’ensemble et démonté.
- peine de détérioration, ni un court-circuit franc sans être détruit. Voici un nouvel interrupteur de sécurité à rupture brusque qui présente sous ce rapport un grand avantage.
- Il comporte un couteau de cuivre oscillant autour d’un axe, qui peut venir s’engager entre deux mâchoires également en enivre, et les court-circuiler dans la position de fermeture (fîg. i).
- Chacune de ces mâchoires foi'me cosse à l’extérieur et est reliée à un câble de connexion. Une forte pression des deux mâchoires sur le couteau assure des contacts parfaits et le maintient en position.
- Au moment de la coupure, et par suite de l’effort exercé sur la clé de commande, le couteau tend à se dégager des mâchoires, et, à ce moment, un ressort le sépare brusquement de celles-ci. Le mouvement du couteau est possible, grâce à la fraisure prévue dans son axe qui le rend indépendant de la clé de manœuvre.
- La chute de tension est réduite au minimum, par suite des grandes dimensions des mâchoires et du couteau, et l’interrupteur monté dans un boîtier parallélipipédique peut se fixer dans n’importe quelle position et être aisément dissimulé.
- Le démontage est facile, et, pour l’utilisation, il suffit de tourner la clé de verrouillage d’un quart de tour, pour assu-
- rer la fermeture du circuit de la batterie. Après la rupture du circuit, on peut enlever la clé et rendre la voiture inutilisable.
- Société Paris-Rhône, 83, chemin de Saint-Priest, Lyon (7e).
- PHOTOGRAPHIE
- Visionneuse pour clichés de petit format.
- La prise de vues en couleurs naturelles à l’aide d’appareils de petit format de ik x 36 mm est de plus en plus en faveur grâce aux progrès des émulsions autochromes addilives, et surtout soustractives, sur film standard de 35 mm employé aisément dans ces appareils, en cartouches pour chargement en plein jour.
- Ces vues en couleurs, obtenues ainsi dans les appareils Leica, Contax, Rétina, etc., ne sont pas destinées, en géné-
- Fig. 1. — Visionneuse Filmoslo pour vues autochromes (24 x 36 mm).
- ral, à l’exécution de positifs; on utilise le positif inversé obtenu sur le film original.
- L’examen direct est peu agréable, par suite du format très réduit ; aussi faut-il projeter ces vues, ou les examiner à travers un appareil grossissant. Un nouvel appareil pratique a été étudié dans ce but. L’éclairage des positifs s’effectue par en dessous au moyen d’une ampoule à incandescence demi-watt dont la coloration lumineuse a été choisie pour donner des couleurs exactes ; l’observation est effectuée au moyen d’une loupe de grossissement de 2,5 environ; l’éclairement est intense et uniforme.
- Un passe-vues à chute permet le glissement automatique des vues montées dans des porte-cadres standardisés de 5x5 cm, employés actuellement pour le montage des vues autochromes 2/; x 36 mm, en cadres ou en sous-veri'es.
- Celle visionneuse peut également cti'e utilisée pour l’examen des films en bandes, au moyen d’un passe-vues séparé pour bobines.
- L’appareil est contenu dans un coffret en métal givré portatif deiC x i3 x 5 cm.
- Établissements Cholard, 20, rue Bobillot, Paris.
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- BOITE AUX LETTRES
- Mlle Y. Dumon. — 1° Le procédé le plus simple pour enlever' le goût de fumée à du marc est de l’agiter à plusieurs reprises et cela pendant une huitaine de jours avec de la braise de boulanger fraîchement éteinte, S à 10 gr par litre, puis de filtrer sur une flanelle pour éliminer le charbon.
- 2° Une imitation de chartreuse peut être réalisée assez
- facilement en prenant :
- Semences d’angélique ... 2 gr 50
- Racines d’angélique .... 0 gr 60
- Fleurs d’arnica..................... 0 gr 30
- Cannelle de Ceylan .... 0 gr 30
- Semences de cardamome . . 0 gr 40
- Génépi (absinthe suisse). . . 2 gr 50
- Semences de coriandre ... ^ 7 gr
- Clous de girolle.................... 0 gr 30
- Sommités d’hysope .... 2 gr 50
- Macis (fleur de muscade) . . 0 gr 30
- Feuilles de mélisse................. § gr
- Thym................................ O gr 10
- Alcool à 90°...................... 940 cm^
- Sucre blanc....................... 600 gr
- Eau distillée..................... 700 —
- Teinture de safran au 1/10. . 2 —
- Laisser macérer d’abord les plantes dans l’alcool seul, pendant deux ou trois jours, ajouter ensuite l’eau et continuer à faire digérer pendant une quinzaine en agitant fréquemment. Finalement filtrer au papier.
- Si le liquide n’est pas parfaitement limpide, pratiquer un collage en ajoutant par litre une cuillerée de lait. Ne pas s’inquiéter du trouble et de l’aspect peu engageant. Reposer 24 h et refiltrer sur nouveau papier, ce qui donne un produit parfait.
- N.-B. — Toutes les liqueurs, pour acquérir le « fondu » désiré, doivent attendre quelques mois avant d’être consommées, attente qui fait surtout la supériorité de la chartreuse vraie.
- 3° Pour préparer le vernis à ongles, prendre :
- Acétate d’amyle........................ 85 gr
- Acétone............................... 110 —
- Celluloïde transparent.................. 2 —
- Colorer en rouge par une quantité suffisante d’une solution alcoolique d’éosine et parfumer à volonté par exemple au moyen d’une trace d’essence de violettes.
- P. C., à Gand. — 1° Le blanc gélatineux se prépare en mélangeant à chaud une solution de colle de lapin à une infusion de blanc de Meudon dans l’eau.
- Il est évident que le mélange colle et blanc de Meudon peut se jvréparer d’avance, mais il faut ajouter un antiseptique. On parfume généralement à. la nitrobenzine.
- 2° On peut préparer une colle forte liquide en faisant gonfler 35 gr de bonne colle dans l’eau froide pendant quelques heures, après quoi on retire la colle saturée d’eau, on y ajoute 20 gr d’eau et 4 gr d’acide acétique cristallisable et maintient au bain-marie jusqu’à ce qu’une goutte du liquide placée sur une assiette ne se solidifie plus par refroidissement, la colle toutefois conservant une certaine viscosité.
- 3° Par leur constitution, les colles à la gélatine ne peuvent adhérer au métal ou au verre.
- M. Bousset, à Beaucaire. — La formule de pâte à copier que nous avons donnée dans le n° 3039 étant puisée à bonne source, nous n’y avions apporté aucune modification. Après étude, il nous semble qu’elle pourrait être améliorée soit en évaporant une partie de l’eau au bain-marie, soit en y ajoutant après refonte de la masse environ 100 gr de sucre blanc.
- Un abonné de Hollande. — L’insecte qui a envahi votre peau d’ours et particulièrement la tête naturalisée est l’An-thrène des Musées (Anthrenus museorum), la plupart des insecticides sont en effet souvent inefficaces pour le détruire, mais il en est un qui vous donnera un résultat certain s’il est bien employé, c’est le sulfure de carbone .
- Après avoir bien battu la peau au dehors et tapoté la tête avec une baguette de jonc pour déloger les insectes et en mettre une grande partie en fuite, car ils aiment le calme et l’obscurité, bourrer l’intérieur de la tête avec du coton hydrophile et arroser celui-ci de sulfure de carbone. Rouler aussitôt, le plus serré possible, la peau autour de la tête, puis enve’opper dans un papier d’emballage fort, tel que le kraft-neuf pour ne pas présenter de fissures. Ficeler enfin très soigneusement et laisser ainsi assez longtemps pour que le sulfure de carbone puisse exercer son action dans les cavités les plus profondes.
- N.-B. — Nous insistons sur l’importance de ne manipuler le sulfure de carbone qu’au dehors, ce liquide étant très inflammable et d’autre part d’odeur peu agréable.
- M. Bolland, à Paris. — La préparation du caoutchouc chloré ou duroprène consiste essentiellement à mettre en contact une solution de caoutchouc dans le tétrachlorure de carbone, l’hexachlorethane ou un autre solvant chloré, avec le chlore à l’état gazeux.
- Cette préparation est issue d’un vieux procédé anglais Englehard et Day (1850) qui a été mis au point par Peaclcey (1915) et a été ensuite amélioré vers 1925 par Edison (brevet U. S. A. P. I.-495-580) qui réduisait la quantité de solvant nécessaire.
- Enfin un dernier perfectionnement est celui de la Société d’électro-chimie d’Ugine (Brevet français 800.624 du 11 avril 1935) qui produit le duroprène en flocons faciles à utiliser pour la confection des peintures.
- Pour plus de détails se reporter à l’article très complet sur cette question, paru dans le n° 560 d’août 1938, page 242 de la Revue de Chimie Industrielle, qui nous a fourni les données précédentes.
- E. D., Collège Saint-Servais, à Liège. — 1° Les hautes températures sont obtenues dans les fours électriques, l’ouvrage très précis d’Escard sur les fours électriques de laboratoire, vous fournira tous renseignements sur ces réalisations. Editeur, Dunod, 92, rue Bonaparte, à Paris.
- 2° Vous trouverez une étude complète sur la dissociation de l’eau, de l’acide carbonique et de l’oxyde de carbone par la chaleur, dans le Dictionnaire de Würtz, tome I, pages 1172 et suivantes.
- B. S., à Bois-Colombes. — L’enduisage du bois, peur en faire un tableau noir s’effectue avec la mixture suivante :
- Huile de lin. . (...................... 200 gr
- Essence de térébenthine................ 250 —
- Noir de fumée.......................... 300 —
- Ardoise pulvérisée..................... 100 —
- Emeri diamant en poudre. . . 30 —
- Vernis gras.............................. 60 —
- Siccatif liquide......................... 30 —
- Broyer le noir, l’ardoise et l’émeri, ajouter l’huile de lin ensemble, l’essence de térébenthine, puis en dernier lieu, le vernis gras et le siccatif.
- Etendre cette composition sur la planche, laisser sécher au moins 3 jours et donner une seconde couche ; éventuellement une troisième, si la porosité du bois avait fait absorber très rapidement la première, dite couche d’impression.
- M. le Dr Eaucher, à Orléans. — La peinture au caoutchouc se réalise ainsi :
- On commence par préparer une solution mère de caoutchouc en chauffant au bain-marie dans un ballon muni d’un long tube pour éviter l’évaporation :
- Caoutchouc pur en lanières. . . 100 gr
- Benzine lourde.................. 1.200 cm3
- Une fois la dissolution terminée, la mélanger à une peinture ordinaire dans les proportions suivantes :
- Peinture préparée................. 1,000 gr
- Solution de caoutchouc............ 15 —
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud FRÈRES et cle a laval (france). — 1-7-1939 — Published in France.
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- N° 3055
- LA NATURE
- 15 Août J 939
- L'EAU A L'EXPOSITION DE LIÈGE
- Le prétexte de la grande manifestation : l’inauguration du canal Albert, cette audacieuse entreprise qui fait honneur à la technique moderne.
- Pour éviter un bief de partage et réaliser un simple escalier alimenté par le fleuve et descendant vers Anvers et la mer, il a fallu relever les eaux de la Meuse à la cote 6o au moyen du barrage de Monsin. C'est l’élément déterminant, la pierre angulaire de tout l’édifice et qui réalise, au départ du canal, un bief de 56 km, car la cote 6o se prolonge depuis le fleuve à sa traversée de l’agglomération liégeoise jusqu’à G e n k , réunissant ainsi directement et sans écluse, les nou-veaux gisements houillers de Campine au vieux bassin industriel de Liège.
- Trafic rapide — les berges sont bétonnées — grande section prévue pour la circulation de péniches de 2.000 tonnes.
- A lui seul, le canal constitue un exemple de toutes les difficultés géologiques et hydrologiques proposées à la sagacité des techniciens : profondes tranchées de Caster et Yroenhoven, tranchée mouvante d'Eygenbilsen — point névralgique de tout le système — digues en terre et eh béton de Lixhe et Haccourt, siphons, grandes écluses à commande électrique, nombreux ponts métalliques et en béton, etc...
- Au royaume de la houille noire, on ne s’étonnera donc pas que l’Exposition présente surtout les techniques de la navigation moderne fluviale et maritime, mais l’utilisation de la houille blanche n’a pas été oubliée, surtout dans les palais de la France, de l’Allemagne, ni dans les sections de la Suisse, de la Norvège, de la Suède et du Canada.
- En vérité, l’Exposition présente en son entier, le vaste problème de l’eau, sans oublier le décor des dentelles liquides suivant des modes originaux et puissants.
- Le Pays de Liège qui a vu naître l’inventeur et le
- réalisateur de la machine de Marly : Rennequin Sua-lem, et, à une date moins reculée, l’inventeur de la dynamo : Zénobe Gramme, a plus d’une fois collaboré, par ses fils, au développement de l’industrie hydroélectrique en Europe.
- Ce qui vient d’être créé en moins de 12 mois, est un record d’optimisme, de ténacité et de foi. Record d’économie aussi car, par la collaboration de tous, la location et même souvent le prêt de nombreux éléments,
- c’est un grand effort anonyme et désintéressé qui est à la base de la réussite.
- Une idée lancée en 1937, étudiée au début de 1938, près de 100 ha couverts le 20 mai ig3g et l’Exposition ouverte malgré deux mobilisations, un hiver très rigoureux et l’âpreté de la lutte contre la routine, les inerties, le découragement..., les éléments.
- L’enthousiasme des Liégeois a vaincu bien d’autres difficultés et puis, la Cité Ardente est encore et malgré tous les modernismes et les normalisations, u n réservoir inépuisable d’artistes et de vrais artisans.
- Enfin, il y a ici une bonne fée : la Meuse. Celle de Domrémy, de Vaucouleurs, de Verdun..., la Meuse d’Ambiorix et des Quatre Fils Aymon ; le beau fleuve qui est le motif et le plus bel ornement de la grandiose manifestation.
- Une nappe d’eau de 200 m de largeur qui divise une exposition en deux parties peut être un écueil ; ici, la difficulté a été transposée en avantage : un téléférique, les charmantes et rapides vedettes de Paris — 1937 —, un pont provisoire livrant passage à de petits trains miniature et voilà les meilleures attractions livrées à la joie et aux commodités des visiteurs.
- Les équipes ? Un groupe d’architectes très jeunes (leur chef de file a 3o ans à peine) et quelques ingénieurs et techniciens très... expérimentés. Mariage difficile mais heureux et les résultats témoignent de la
- Fig. 1. — La Meuse et le départ du Canal Albert à Liège.
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- Fig. 2. — La Meuse.
- A gauche : le départ du Canal Albert ; à droite : le pont provisoire et le pont-barrage de Monsin..
- qualité des collaborations. Enfin, je l’ai déjà dit, une troupe de compagnons d’élite, des hommes de bonne volonté.
- QUELQUES REMARQUES
- Au départ de l’exposé général, une partie historique présentée dans la section belge, mérite tous les éloges : tuyaux en terre cuite, datant de nombreux siècles avant notre ère, tuyaux en bois, en plomb, reproduction
- Fig. 3. — Exposition de Liège. Le canal navigable et les ossatures métalliques des Palais belges.
- d’aqueducs célèbres, machines élévatrices primitives, enfin, et celle-ci en action comme quelques autres : la réduction de la machine de Modave exécutée par Rennequin Sualem et qui servit de modèle à celle de Marly. A ce sujet, trois étoiles et un croissant retrouvés dans les archives du grand inventeur mosan, confirment une fois de plus ce que nous disions au sujet de ses origines arabes (V. La Nature, i5 février 1937).
- Et les Arabes, nos pères en hydraulique, ont été un peu oubliés dans la grande manifestation de l’eau. Aucun souvenir non plus, des puits aériens utilisés dès la plus haute antiquité et dont la technique fut remise en lumière par le savant belge : Knapen.
- Le bélier hydraulique est en bonne place et présenté en action dans la section française mais nous aurions été heureux de retrouver ici le nom des Montgolfier. De même celui de Pierre-Paul Riquet et les dessins de son « petit » et valeureux canal du Midi, voisinant avec les plans de l’imposant canal des Deux-Mers.
- Dans les jeux d’eau et fontaines, le charme acoustique a été négligé. 11 existe une chanson de l’eau et l’on peut même réaliser des accords parfaits en réglant la capacité et l’orifice des bassins. On aurait pu obtenir de beaux effets dynamiques au moyen de tuyères mobiles actionnées mécaniquement ou même au moyen de lances manœuvrées suivant des rythmes déterminés.
- Dans les sections réservées à la navigation, le visiteur aurait été heureux de trouver les dessins de Léonard de Vinci, relatifs aux écluses qui furent perfectionnées par cet homme de génie.
- Enfin, les organisateurs du jardin zoologique n’ont pas pu obtenir une famille de castors et c’est gi'and dommage. A leur défaut, une documentation sur les travaux hydrauliques et les mœurs de ces intelligents animaux aurait pu trouver sa place dans la section norvégienne ou dans le chainiant petit bungalow canadien.
- PROCÉDÉS DE CONSTRUCTION
- 11 n’existe pas encore de véi’itable technique d’exposition, c’est-à-dii’e de constitutions manufacturées et normalisées d’un montage lapide et d’une récupération avantageuse. Il est certain que dans le cas qui nous occupe, il faut éviter autant que possible maçonneries et bétons dont la réalisation est lente et peut même être entravée pendant les hivers trop rigoureux comme ce fut le cas. Au lieu de récupération, ce sont des frais de démolition qu’il faut encore prévoir.
- Il y a eu cependant à Liège, dans le sens du principe évoqué plus haut, une décision qui a porté ses fruits : la normalisation des charpentes métalliques de tous les palais. Sans nuii’e à la liberté d’évolution des idées architecturales, le support invisible a été réalisé en
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- Fig. 4 et 5.
- A gauche : la piscine et le Lido en construction ; à droite au fond : charpentes de la section française ; à droite : Vue partielle
- du Lido et de la piscine olympique.
- série c’est-à-dire rapidement et économiquement. Quant aux matériaux de couverture, ils ne sont pas encore assez incombustibles ni assez récupérables et là encore, le métal n’a pas dit son dernier mot.
- Dans les terrains instables et dans les remblais trop frais des rives de Meuse, bien des bassins, canaux, postes de pompage, puits des contrepoids du téléféi'i-que, etc., auraient, s’ils avaient été exécutés en éléments métalliques, évité beaucoup de difficultés relatives aux défauts d’étanchéité.
- Tous les terrains marécageux de la rive droite ont dû être consolidés par une forêt de pieux surmontés dans presque tous les cas par des semelles en béton armé. La cote moyenne de 59 m a été relevée à 60, celle de la Meuse, dont les terrains sont séparés par la digue des quais.
- La nappe aquifère se rencontre généralement en moyenne à la cote 58,5o, ce qui a compliqué la construction des stations souterraines.
- Dans le village Mosan dont le sol est à la cote 5g,5o, il a suffi de creuser une tranchée de 2 m de profondeur pour réaliser le canal qui a une longueur de 200 m et est alimenté naturellement par la nappe aquifère.
- Le hois qui devrait être complètement évité dans les constructions qui se trouvent au-dessus du sol, pourrait par contre rendre de grands services lorsqu’il s’agit de retenir des terres ou de créer des canaux ou bassins provisoires. La méthode qui consiste à établir* ces organes au moyen de jute asphaltique posé à même le sol peut donner des résultats satisfaisants quand les terrains sont arrivés à leur tassement définitif, mais dans des remblais récents, il faut s’attendre à des déboi-
- res. Il est préférable dans ce cas d’établir une solide charpente en bois, revêtue de planches qui retiennent la membrane imperméable que l’on peut recouvrir elle-même d’une légère couche de béton.
- Dans l’ensemble des constructions, une réalisation heureuse doit être retenue: celle des damiers d’eau, deux groupes de 44 carrés de 4 m sur 4- Ces constructions proposées sous forme de monolithe par la majorité des entrepreneurs, furent réalisées pour une dépense beaucoup moindre en éléments indépendants par un spécialiste de talent dont la science en matière d’étanchéité avait été mise à l’épreuve au moment du percement du tunnel sous l’Escaut à Anvers de même que pour divers travaux du canal Albert.
- Le type de ces bassins faisait ses preuves depuis 1982.
- Exposition de Liège : le jet d’eau de 100 m et le téléférique.
- Fig. 6.
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- terminés par une crépine qui plonge dans le fleuve.
- La station fixe de la rive gauche est alimentée par l’eau d’un puits qui abandonne ses frigories aux installations de la patinoire avant d’aller alimenter le canal navigable de l’autre rive. L’eau de gravier de la rive droite n’a pas été utilisée à cet effet parce que trop ferrugineuse et pas assez limpide. Les pompes de la rive droite sont, en cas d’alerte, alimentées par le réservoir de xo.ooo m3 de capacité constitué par le lac du Lido et le canal navigable. Le niveau de cette nappe d’eau est supérieur à celui de l’axe des pompes. Les deux stations à haute pression peuvent débiter 200 m3 à l’heure.
- Fig. 7. — Exposition de Liège : les palais de la Section française.
- FILTRAGE ET CONDITIONNEMENT DES EAUX
- 11 s’agissait d’une piscine privée circulaire de 12 m de diamètre et de 2 m de profondeur, composée d’une calotte armée suspendue à un anneau. Le bassin sert de patinoire pendant l’hiver. La calotte sphérique réalisée en béton composé d’un gravier métallique et d’un ciment spécial, n’a que 4 cm d’épaisseur et résiste parfaitement, bien que construite à flanc de coteau en terrain rapporté.
- Les 44 bassins construits suivant cette technique se sont fort bien comportés malgré de sérieux mouvements de terrain (nous sommes en pays minier) qui auraient été fatals à tout autre système.
- DÉFENSE CONTRE L’INCENDIE
- Le problème de la défense contre l’incendie a été particulièrement soigné, les matériaux combustibles étant encore entrés en trop grande quantité dans la construction et la décoration des pavillons et palais.
- Sur la distribution d’eau de la Ville (pression statique de 5 kgr), i45 bouches ont été réparties à l’extérieur, tandis que 3oo lances et 4oo extincteurs étaient placés à l’intérieur des bâtiments. Les canalisations principales extérieures d’eau à basse pression ont un développement de 7 km. Conduites en fonte et en amiante-ciment dont les diamètres varient entre 260 et 80 mm. La défense a été renforcée par 4i bornes extérieures alimentées à
- 12 kgr par deux stations de pompage (une sur chaque rive) réunies entre elles par un siphon passant au fond de la Meuse. Groupes électriques fonctionnant 24 h par jour et groupes à essence de réserve. Cinq kilomètres de conduites de i5o mm de diamètre intérieur en acier pour la rive droite et en amiante-ciment pour la rive gauche. Un poste de pompiers veille à demeure sur chaque xive et la prise d’eau en Meuse par les moto-pompes automobiles est facilitée par i4 tuyaux d’acier de ïoo mm de diamètre
- Une piscine olympique de 20 m sur 5o a été construite au milieu du lac du Lido au moyen de palplan-ehes métalliques. Elle est alimentée à l’origine par de l'eau potable qui passe ensuite sans arrêt et en circuit fermé, par quatre filtres verticaux à sable, nettoyés par contre-courant. Ces filtres sont alimentés par deux pompes électriques donnant un débit total de 200 m3 à l’heure. La capacité totale de la piscine est de 3.000 m3 environ pouvant être utilisés également par les pompes du service d’incendie.
- Le conditionnement de l’eau est fait par l’acide hypochloreux dont on connaît les avantages. La clarification des eaux est obtenue par addition de sulfate d’alu-rnine agissant par floculation des matières organiques en suspension. Le nettoyage du fond du bassin est exécuté au moyen d’un balai électrique.
- Une étude d’épuration par ozonisation des eaux des barboteuses du jardin d’enfants est restée sans objet par suite de l’utilisation d’eau potable très aérée et
- Fig. 8. — Exposition de Liège : entrée principale et fontaines synchronisées.
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- réchauffée au contact de l’air, en passant sur de nombreux gradins.
- FONTAINES ET JETS D’EAU
- Liège a voulu montrer un ensemble original et puissant de fontaines constituant le plus bel ornement de la manifestation de l’eau (2.5oo kw de pompes et projecteurs).
- Sur la rive gauche, de chaque côté de l’entrée principale, deux séries de damiers où les bassins alternent avec les parterres de fleurs. Quarante-quatre jets droits de 4 m de hauteur sont actionnés par des groupes électriques verticaux installés en sous-sol.
- Viennent ensuite deux grands bassins de 5o m de longueur contenant chacun trois fontaines dont les jeux d’eau multiples et les éclairages variés sont synchronisés suivant une technique nouvelle dont la mise au point a présenté quelques difficultés.
- Les i.54o jets de la Roseraie constituent un ensemble du plus agréable effet. Un vaste jardin est constitué par des parterres de roses séparés entre eux par d’étroites bandes liquides d’où jaillit un rideau constitué chaque fois par 28 jets d’eau. Réalisation heureuse d’une idée puisée dans les jardins d’Andalousie mais traitée un peu sévèrement suivant le goût de notre époque. Chacun des 53 bassins possède son petit groupe électrique en sous-sol.
- Six vasques munies de jets simples et dont une est ornementée par un groupe d’enfants rieurs, agrémentent les rotondes réparties le long de la grande avenue de la rive gauche.
- Sur la rive droite : le Lido, son lac, la piscine et le
- canal navigable, constituent des miroirs d’eau qui reposent le regard. Un petit motif constitué par des jets interrompus fournit une note originale. C’est la timide réalisation d’une idée relative à l’utilisation du coup de bélier pour lancer des masses d’eau suivant une cadence déterminée, problème qui pourrait avoir un sérieux intérêt dans la défense contre l’incendie en augmentant la pression, donc la hauteur des projections. Les consti’ucteurs ont hésité devant les difficultés du problème, le temps accordé aux essais étant relativement court.
- Le canal navigable d’un kilomètre de développe-
- Fig. 10. — Les palais belges et le jardin d’eau de la rive droite.
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- ment, serpente à travers les nombreux motifs d’eau et de lumière d’un vaste jardin d’inspiration orientale.
- Quatre motifs principaux : le tunnel d’eau où la voûte est constituée par des jets descendants ; le motif ,, central où un jet de 3o m s’élève au centre de tubes ; luminescents circulaires ; l’étang aux fontaines multiples aussi variées de formes que de couleurs ; le grand hémicycle où l’ensemble classique des effets d’eau et d’éclairage donne une impression harmonieuse d’équilibre.
- Enfin, voici au centre de la Meuse, le ponton métallique de 35 m sur 7 d’où s’élance à plus de 100 m de hauteur, le jet record. Problème technique assez intéressant parce que nouveau.
- ( En effet, les études et expériences publiées jusqu’ici se limitaient en général aux jets destinés à la défense , contre l’incendie, donc d’une puissance relativement faible. Les jets d’eau de plus de 5o m de hauteur (Genève et Hanovre) étaient, l’un alimenté par une différence de niveau naturelle, l’autre inférieur à 70 m.
- La formule de Mariotte est fort incomplète ; Weis-bach et Luger sont allés un peu plus loin. Enfin Freeman a vérifié ses calculs par de nombreuses expériences sans dépasser cependant 5o m de hauteur et 35 mm de diamètre. Les hydrauliciens savent combien les extrapolations sont scabreuses, surtout dans le cas présent où la courbe obtenue en portant en abscisses les pressions initiales et en ordonnées les hauteurs atteintes, a une allure parabolique dont la dernière partie ne peut évidemment pas exprimer la réalité.
- Après quelques tâtonnements bien excusables, après de timides essais avec tuyères simples et à pointeau, le choix s’est arrêté à une tuyère annulaire de 90 mm de
- diamètre. La puissance des pompes a été poussée à 1.200 ch et la pression d’émission à 20 kgr, le débit horaire atteignant 750 m3.
- Certes, il eût été désirable de pousser les essais plus avant, tant au point de vue des formes de tuyères qu’à celui des rapports de débit à pression, mais de pareils essais sont hélas longs et coûteux. L’important est que le résultat désiré ait été obtenu.
- CONCLUSIONS
- Le bref exposé qui précède n’a pas la prétention de passer en revue tous les méritants efforts des Liégeois et de leurs amis qui sont venus nombreux des quatre coins du monde. Notre but vise davantage à exposer un certain nombre d’expériences plus ou moins heureuses mais pouvant être, ce nous semble, profitables dans d’autres occasions.
- Une décision prise en quelques jours, une étude dressée en quelques semaines, un travail considérable exécuté en quelques mois avec un budget invraisemblable et avec des cadres nécessairement formés un peu au hasard, voilà, si je ne m’abuse, ce que l’on peut appeler une improvisation.
- Il ne peut pas être question pour le moment de former des équipes spécialisées qui s’en iraient de par le monde comme nos grands Compagnons du Moyen Age mais il semblerait précieux de réunir avec soin les conclusions à tirer de chaque nouvelle expérience.
- C’est à cette ceuvi’e que nous avons voulu apporter noire modeste pierre.
- P. Basiaux,
- Chef des Services hydrauliques.
- LES APPLICATIONS INDUSTRIELLES DES GLYCOLS
- On donne le nom générique de glycols aux alcoois diatomiques, dont la molécule renferme deux groupements alcooliques OH. Le plus simple, découvert par Wurtz en i856 est le glycol CH2OH — CH2OH ou éthanediol ou éthylène-glycol et dont le nom a été pris pour désigner toute la famille des corps ayant même fonction.
- Ce n’est que tout récemment que ces corps ont pris une importance pratique considérable, aussitôt que leur fabrication industrielle a permis de se les procurer commercialement à un prix aboi’dable. Ce sont quelques-unes de leurs multiples applications que nous allons rapidement passer en revue,'d’après une conféi'ence de M. Mc Clure à l’Association américaine pour l’Avancement des sciences faite à Richmond èn décembre 1938.
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- Application au refroidissement des moteurs. —
- En; 1921, le Bureau of Standards recherchait un liquide antîcongelant pouf les radiateurs d'automobile et n’attaquant ni le moteur ni le radiateur. Le glycol, sans odeur, ne se vaporisant pas des solutions aqueuses comme l’alcool, sans effet sur les vernis automobiles ni sur les métaux,
- remplissait toutes les conditions requises. Additionné de divers produits ayant surtout pour but d’éviter les corrosions par l’eau, il a été en Amérique immédiatement adopté par les automobilistes sous des noms variés : Everready, Prestone, etc....
- L’emploi de ces produits n’est pas resté limité au domaine automobile et a été étendu aux saumures réfrigérantes lorsque la corrosion est à craindre. On a cherché à les utiliser également pour la réfrigération des moteurs d’avion où alors leur rôle est celui d’un liquide de refroidissement et non plus d’un antîcongelant. Ils permettent d’atteindre des températures de fonctionnement de i3o°, bien supérieur au point d’ébullition de l’eau aux altitudes de vol actuelles.
- L’avantage principal du fonctionnement du radiateur à température élevée est de permettre de réduire ses dimensions, par suite la résistance de l’air à l’avancement et le poids mort du radiateur et des tuyauteries. C’est pourquoi les avions de records américains ont des radiateurs fonctionnant au glycol, comme l’avion de bombardement qui a établi le record entre Dayton et Buffalo. L’emploi des glycols comme refroidissants à haute température a été étendu aux tubes à rayons X, aux mitrailleuses et aux tanks.
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- Application à la dynamite. — On sait que la dynamite, ou trinitroglycérine, gèle à des températures relativement modérées et est alors peu sensible aux chocs. Mais les accidents se produisent lorsqu’on la fait dégeler pour lui permettre d’exploser sous l’action d’un détonateur. Aussi un des grands progrès réalisés depuis la découverte de Nobel en 1866 a-t-il été l’addition de corps anticongelants. Le plus efficace est le dinitrate de glycol découvert par Henry en 1870 mais qui n’a pu être utilisé pratiquement que lorsque les glycols furent préparés industriellement.
- Actuellement on nitre des mélanges de glycérine et de glycol et on obtient des dynamites qui ne gèlent p s à — 70° et sont un peu moins sensibles aux chocs. Quand on prépare les dynamites-gommes on incorpore également du diéthy-lène-glycol.
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- Application aux condensateurs électrolytiques.
- — Les condensateurs électrolytiques utilisés dans les postes de T. S. F. de petit volume, genre midget, sont fabriqués à l’aide de deux feuilles d’aluminium entre lesquelles se trouve une feuille de papier, de feutre imbibée à chaud d’une solution d’acide borique dans le chloroglycol (OHCH2
- — CIi2Cl) ou monochlorhydrine du glycol, additionné de traces d’ammoniaque ou d’éthanolamine pour éviter l’attaque de l’aluminium par l’acide. Le tout est enroulé de façon à constituer un rouleau et on applique à ce moment une différence de potentiel entre les pôles du condensateur ainsi réalisé jusqu’à ce qu’il se soit formé une pellicule d’alumine isolante. Remarquons que si, en service normal le condensateur se trouve percé, le courant qui le traverse alors reforme la pellicule d’alumine et répare ainsi l’accident automatiquement.
- Ces condensateurs sont moins chers que les condensateurs ordinaires en papier paraffiné et moins volumineux que les condensateurs à lames d’air. On les emploie non seulement en T. S. F. mais également pour le démarrage des moteurs électriques domestiques pour obtenir un couple puissant quand le moteur démarre en charge (appareils réfrigérants en particulier).
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- Plastifiants et adhésifs. — Tous les premiers termes de la série des glycols sont solubles dans l’eau et peuvent se mélanger aux colles de gélatine, aussi sont-ils très utilisés comme plastifiants pour les adhésifs employés dans un grand nombre d’industries.
- Par exemple pour fabriquer des bouchons de liège aggloméré, on mélange les débris de liège broyés avec un liant plastique, on moule le tout en baguettes que l’on découpe ensuite en disques et rondelles d’épaisseur convenable. On se sert de gélatine, caséine, résines phénoliques, etc... additionnées de glycol.
- De même dans la fabrication des rouleaux de gélatine pour l’imprimerie on peut remplacer la glycérine par le glycol.
- Les glycols étant des alcools divalents peuvent réagir sur des acides polybasiques pour donner des résines. Par exemple le glycol ordinaire (glycol éthylénique) et l’anhydride phtalique donnent une résine. Plus le poids moléculaire du glycol est grand, plus le point de fusion de la résine obtenue est bas. En général, ces résines sont moins dures que celles obtenues à partir de la glycérine et ses homologues supérieurs et ne nécessitent pas l’addition de plastifiants, aussi les emploie-t-on fréquemment à leur place, surtout lorsque le prix des glvcérols est trop élevé.
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- Les éthers des glycols sont très utilisés comme revêtements protecteurs et dans la teinture des bois car ils donnent avec les colorants dissous dans l’eau un produit qui n’altère pas le grain du bois et ne provoque pas de gonflement.
- Applications à l’industrie textile. — Enfin le dié-thylène-glycol (OHCIP — Cil2 — O — CH2 — OH) a des applications importantes dans l’industrie textile. Quant les fibres peignées sont dessuintées, elles perdent leur huile naturelle et deviennent cassantes. Il faut donc les traiter par un produit qui leur permettra de pouvoir subir sans dommage les multiples frottements, torsions, etc... qui accompagnent les opérations de tissage. Jusqu’à ces dernières années, on lubrifiait les fibres à l’aide d’huiles végétales ou animales (huile d’olive et huile de lard en particulier). Mais il fallait évidemment éliminer ces huiles avant teinture ou blanchiment et les filateurs recherchaient un produit lubrifiant qui puisse être éliminé par simple trempage dans l’eau froide.
- Le diéthylène-glycol et ses dérivés sont sans odeur, incolores, ne rancissent pas avec le temps, sont complètement solubles dans l’eau et ont des propriétés lubrifiantes marquées. Ils ont fourni une solution très satisfaisante de ce problème.
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- Les propriétés hygroscopiques des glycols. —
- Les glycols ont des propriétés hygroscopiques marquées, puisqu’ils peuvent absorber 25 à 5o pour 100 de leur poids d’eau lorsqu’on les laisse à l’air dans les conditions atmosphériques normales. Il en est résulté de nombreuses applications.
- Par exemple, quand les écheveaux de soie arrivent d’Orient, ils sont recouverts d’une sorte de cire qu’il est nécessaire d’éliminer avant de les enrouler sur les bobines de tissage. On les immerge pendant plusieurs heures dans une émulsion d’huile renfermant une substance hygroscopique, comme le diéthylène-glycol.
- Dans l’apprêt des textiles, les glycols sont ajoutés à la solution d’amidon pour éviter qu’ils ne sèchent trop et deviennent cassants, etc....
- Une autre application, dans un domaine très différent, s’est développée depuis quelques années dans l’industrie du gaz d’éclairage, surtout en Amérique. Les conduites en fonte servant au transport du gaz avaient leurs éléments assemblés par des joints garnis de jute ou de fibres de chanvre et l’humidité contenue dans le gaz empêchait ces garnitures de sécher et de se contracter. Depuis que l’on utilise des gaz naturels et des gaz desséchés, l’humidité étant supprimée, les joints se déshydratent et il en résulte des fuites importantes.
- L’emploi de mélanges à base de glycols pour humecter les garnitures de jute ou de chanvre a permis de supprimer cette cause de pertes de gaz qui devenaient très onéreuses pour les compagnies de distribution.
- Etendant le champ d’application de leurs propriétés hygroscopiques, les glycols sont employés pour déshydrater les gaz naturels des puits de pétrole qui sont en général envoyés dans des conduites sous forte pression. Ils évitent ainsi que les conduites ne se bouchent par condensation des produits hydratés pendant l’hiver.
- Le mélange diéthylène-glycol et monoéthanolamine est également employé dans plusieurs usines pour déshydrater et désulfurer le gaz.
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- Les transmissions hydrauliques. — Les glycols peuvent servir de liquide de travail dans les appareils hydrauliques et nous signalerons deux applications dans des domaines très différents.
- Dans l’industrie automobile, on utilise de plus en plus les freins « hydrauliques », remarquables par leur puissance, leur souplesse, leur facilité de réglage, etc. Mais le choix du liquide est assez difficile, car on exige de lui de nombreuses qualités. Il doit être non volatil, incongelable, sans action sur les divers métaux constituant les organes des freins ; sa variation de viscosité avec la température doit être faible, enfin il doit lubrifier également les pistons et les organes mécaniques mobiles du frein. On n’a pu arriver à satisfaire à ces nombreuses conditions qu’en utilisant des mélanges dans lesquels les glycols et leurs dérivés entrent pour une part très importante.
- Le verre Triplex. — Pour la fabrication des verres type Triplex, dans lesquels des feuilles de verre sont collées par une couche de matière plastique, on opère parfois en empilant dans un autoclave un certain nombre de ces feuilles de verre sandwichées. On remplit l’autoclave d’un mélange de glycol diéthylénique et d’éther éthylique et on chauffe. Sous l’action de la pression et de la chaleur, l’adhérence se produit sans formation de bulles d’air. Le liquide est ensuite éliminé par lavage.
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- Émulsionnants et solvants. — Les divers dérivés des glycols ont aussi trouvé depuis une dizaine d’années des applications multiples et variées que nous ne ferons que signaler rapidement.
- Les dérivés ni très, en particulier la triéthanolamine
- (IIOCH2 — C1I2)3N sont d’excellents agents émulsifiants, donnant des savons très efficaces utilisés dans les industries textiles, la papeterie, l’industrie du cuir.
- A la température ordinaire, les solutions d’éthanolamines sont de puissants absorbants pour l’acide carbonique et l’hydrogène sulfuré dont on peut extraire ensuite le gaz par simple chauffage, aussi les emploie-t-on pour la purification et la récupération dans les industries productrices de ces gaz.
- Les dérivés halogénés ont également trouvé de nombreuses applications. C’est, ainsi que l’éthylène dichloré (C1CH2 — CIPCl) est, à égalité de volume, le moins cher de tous les hydrocarbures chlorés. Ce corps dont la densité est de i,25 et le point d’ébullition de 83°5 est très peu soluble dans l’eau (o,5 pour ioo à 20°) ; c’est un excellent solvant des huiles, graisses, cuirs, etc... et il remplace dans beaucoup de leurs emplois le tétrachlorure de carbone et le trichloréthylène. C’est également un constituant important des composés antidétonants que l’on ajoute à l’essence, car ces mélanges de dichloro- et de dibromo-éthylène employés comme solvants du plomb tétraéthyle donnent des composés de plomb volatils qui sont expulsés des cylindres avec les gaz de combustion sans encrasser les cylindres et les bougies.
- Les stéarates et oléates de glycol sont de très bons émulsifiants, les thiocyanates de très efficaces insecticides, les acétates des solvants puissants.
- Comme, en prenant des glycols supérieurs (diéthylène, triéthylène, etc.) on obtient des corps dont le point de fusion est de plus en plus élevé et la tension d’évaporation de plus en plus faible, qu’en les combinant pour former des esters ou en allant aux polypropylènes-glycols on obtient des composés insolubles dans l’eau, on voit qu’il est possible de trouver dans la série ou les dérivés des produits ayant une variété de propriétés qui permet d’entrevoir de multiples applications industrielles. H. Vigneron.
- LA RÉPARTITION DES AUDITEURS DE RADIODIFFUSION EN FRANCE
- Le mois d’avril 1989 marque une date dans l’iiistoire de la radiodiffusion française ; c’est, en effet, celui où a été déclaré le cinq millionième récepteur. Certains trouveront que c’est peu par rapport à nos voisins : l’Allemagne ne compte-t-elle pas 11 millions d’auditeurs et la Grande-Bretagne près de g millions ?
- Mais il faut se souvenir que la déclaration des postes récepteurs n’est imposée en France que depuis le 3i mai ig33 et que le nombre des auditeurs à cette date était estimé à 600.000 environ. En fait, le nombre des déclarants, qui était de 1.367.715 fin xg33 a plus que triplé en 5 ans, ce qui n’est pas si mal.
- Fig. 1. — Graphique des déclarât,ions de postes récepteurs en France de 1934 à 1938.
- 395.000 déclarations 22 855.000 598.5kl
- SK. 167 * .
- LE CINQ MILLIONIÈME AUDITEUR
- Et d’abord un mot sur le cinq millionième auditeur. Bien que les déclarations de postes récepteurs ne soient pas anonymes — et pour cause — il est pratiquement impossible de déterminer quel fut le cinq millionième, puisque chaque bureau de poste de France peut recevoir les déclarations, qui sont centralisées et dénombrées chaque mois par le service de la radiodiffusion.
- Pour les amateurs de récréations mathématiques, nous indiquerons cependant un procédé de calcul qui a permis de trouver un auditeur répondant aux données du problème.
- Du 3i mars au 3o avril 1939, le nombre des récepteurs déclarés pour toute la France est passé de 4.957.886 à 5.025.285, ce qui représente un accroissement de 67.399 pour le mois d’avril. Or, dans le courant de ce mois, il y a eu cinq dimanches plus le lundi de Pâques, au total six jours fériés pendant lesquels la poste est restée fermée aux déclarations. Sur les trente jours d’avril, vingt-quatre furent donc ouvrables et il y eut, en moyenne, 2.808 déclarations par jour ouvrable. Les 42.114 déclarations nécessaires pour atteindre
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- Fig. 2. — Pourcentage des auditeurs par rapport à la population de chaque département en 1933.
- les cinq millions à partir du ier avril se sont donc étendues sur 14,996 jours ouvi’ables. Et comme les bureaux de poste sont ouverts, chaque jour, de 8 h à 19 h, la déclaration du cinq millionième aura donc été faite le i5e jour ouvrable d’avril à une heure déterminée par les 99,6 centièmes de xx h, soit 10 h 956.
- On peut donc considérer que le cinq millionième déclai'ant s’est présenté au bureau de poste le 19 avril à 18 h 67. En fait un déclarant s’est présenté le 19 avril à 18 h 55 au bureau de poste de Charenton ; un autre à 18 h 45 à Farmoutiers (Seine-et-Marne), un troisième à 18 h 3o à Maureilhan (Hérault), et un quatrième à la même heure à Fiers.
- LE REVENU DES TAXES RADIOPHONIQUES
- Une image assez nette du développement de la radiodiffusion française est donnée par le revenu des taxes radiophoniques sur les récepteurs et sur les lampes au cours de ces quatre dernières années.
- Taxes 1935 1936 1937 1938
- Récepteurs Lampes. . fr. 125.552 000 16.096.0Û0 fr. 148.402.000 17.980.000 fr. 200.032.000 19.195.000 fr. 226.123.000 16.012.000
- Total. . 141.648 000 166.382.000 219.127.000 242.135 000
- Il convient d’observer à ce propos que l’accroissement du nombre des auditeurs n’est pas une fonction
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- linéaire du temps. C’est une fonction sinueuse, sorte de fonction linéaii'e qui serait modulée par une fonction sinusoïdale. La période est d’un an, l’acci'oissement’des déclarations est maximum en hiver et minimum en septembre.
- D’une année à l’autre, l’acci’oissement total du nombre de l'écepteurs peut vaider presque du simple au double comme l’indique le graphique de la figure 1.
- Ces quelques chiffres donnent une idée du chemin parcouru depuis ig33, par compai’aison avec ceux que nous avons publiés vers cette époque Q. Voici d’abord le tableau du nombi’e de postes l’écepteurs déclarés par département au 3o avril ig3g :
- Ain............. 35.169
- Aisne........... 63.908
- Allier.......... 38.406
- Alpes (Basses-) . . . 7.359
- Alpes (Hautes-). . . 6.758
- Alpes-Maritimes. . . 67.253
- Ardèche......... 17.171
- Ardennes........ 40.666
- Ariège.......... 9.506
- Aube............ 32.135
- Aude. ................. 25.685
- Aveyron......... 16.819
- Bouches-du-Rhône . 121.008
- Calvados........ 44.022
- Cantal.......... 11.349
- Charente........ 25.683
- Charente-Inférieure. 41.291
- Cher............ 29.424
- Corrèze......... 14.153
- Corse........... 7.005
- Côte-d’Or....... 43.414
- Côtes-du-Nord . . . 21.631
- Creuse.......... 11.843
- Dordogne........ 21.668
- Doubs........... 39.521
- Drôme........... 28.318
- Eure............ 35.995
- Eure-et-Loir .... 29.981
- Finistère....... 30.845
- Gard............ 38.953
- Garonne (Haute-) . 47.351
- Gers................ . 11.852
- Gironde......... 95.149
- Hérault......... 50.001
- Ille-et-Vilaine . . . 35.500
- Indre........... 17.572
- Indre-et-Loire.... 37.119
- Isère........... 66.005
- Jura . . .............. 23.881
- Landes.......... 15.191
- Loir-et-Cher.... 22.436
- Loire........... 74.403
- Loire (Haute-) . . . 13.945
- Loire-Inférieure . . 55.828
- Loiret ................ 44.608
- Lot............. 9.450
- Lot-et-Garonne . . 17.253
- Lozère................ 4.412
- Maine-et-Loire . . . 37.070
- Manche............ 27.845
- Marne................ 58.836
- Marne (Haute-) . . 22.691
- Mayenne ...... 12.325
- Meurthe - et - Moselle .................. 82.660
- Meuse................ 26.318
- Morbihan............. 20.610
- Moselle.............. 85.966
- Nièvre............... 24.542
- Nord................ 357.751
- Oise................. 58.831
- Orne................. 21.290
- Pas-de-Calais. . . . 176.750
- Puy-de-Dôme.... 42.758
- Pyrénées (Basses-).- 29.880
- Pyrénées (Hautes-). 13.548
- Pyrénées - Orientales.................. 20.087
- Rhin (Bas-)........ 86.317
- Rhin (Haut-).... 61.703
- Rhône............... 147.320
- Saône (Haute-) et Territoire de Belfort ................ 34.531
- Saône-et-Loire . . . 58.957
- Sarthe............... 33.037
- Savoie............... 19.127
- Savoie (Haute-). . . 25.560
- Paris, Seine, Seine-
- et-Oise......... 1.288.238
- Seine-Inférieure . . 144.105
- Seine-et-Marne. . . 68.302
- Sèvres (Deux-) . . 20.540
- Somme................ 65.556
- Tarn................. 25.738
- Tarn-et-Garonne. . 13.001
- Var................... 44.650
- Vaucluse........... 26.805
- Vendée............... 15.572
- Vienne............... 22.593
- Vienne (Haute-) . . 25.724
- Vosges............... 46.225
- Yonne................ 33.031
- Total général . . 5.025.285
- La région pai'isienne vient en tête avec 1.288.238 auditeurs pour Pai'is, la Seine et la Seine-el-Oise. Elle est immédiatement suivie par le Nord (357.751), par le Pas-de-Calais (176.700), par le Rhône (147.320) et par la Seine-Inférieui’e (i44-io5).
- Les départements qui viennent en queue de liste sont : les Basses-Alpes (7.359), la Corse (7.005), les Hautes-Alpes (6.758) et la Lozère (4.4ia).
- A vrai dii’e, ces indications absolues ne signifient pas grand'chose, la densité de la population variant dans de larges limites d’un dépai’tement à l’autre. Pour être
- 1. Voir La Nature, septembre 1934, pp. 264 à 266.
- • •
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- = 106 ...................................:.........:
- réellement renseigné sur le goût que les habitants des diverses provinces françaises éprouvent pour la radiodiffusion, il faut calculer pour chaque département la proportion des auditeurs par rapport au chiffre global de la population.
- C’est ce que montre la carte de la figure 2, établie en 1933 sur la base des premières statistiques publiées par le service de la radiodiffusion.
- Nous venons d’établir une carte analogue (fig. 3) indiquant l’état de la situation radiophonique cinq ans après, à la fin de l’année 1938. Toutefois le calcul de la proportion a été fait non plus par rapport à la population totale de chaque département, mais par rapport au nombre de foyers d’après le dernier recensement qui remonte à 1936.
- Le tableau ci-après indique le pourcentage de récepteurs par rapport au nombre des foyers, les départements étant classés dans l’ordre décroissant :
- 1. 2. Nord 53,02 45. Charente-Inférieu- 28,89
- Paris, Seine et re
- Seine-et-Oise . . 51,48 46. Cher 28,40
- 3. Pas-de-Calais . . . 49,35 47. Tarn 28,04
- 4. Seine-Inférieure . 48,53 48. Aude 27,84
- 5. Seine-et-Marne . . 48,46 49. Nièvre 27,22
- G. Meurthe-et-Mosel- 50. Puy-de-Dôme . . . 27,02
- le 45,62 51. Pyrénées (Basses-). 26,61
- 7. Moselle 44,76 52. Loir-et-Cher.... 26,33
- 8. Oise 44,04 53. Sarthe 25,95
- 9. Marne ' 44,01 54. Alpes (Basses-) . . 25,77
- 10. Somme 42,10 55. Savoie 25,69
- il. Rhône 41,90 56. Pyrénées - Orienta- 25,50
- 12. Ardennes 41,78 les
- 13. Doubs 40,80 57. Alpes-Maritimes. . 25
- 14. Aisne 40,47 58. Charente 24,96
- 15. Rhin (Bas-) . . . 40,32 59. Loire-Inférieure . . 24,34
- 16. Rhin (Haut-) . . 39.63 60. Tarn-et-Garonne . 24,12
- 17. Aube 38,77 61. Vienne (Haute-) . 23,60
- 18. Vosges 37.65 62. Pyrénées ( II a u - 23,14
- 19. Côte-d’Or 37,27 tes-)
- 20. Meuse 37,23 63. Orne 23,07
- 21. Loiret 36,12 64. Maine-et-Loire. . . 22,86
- 22 Eure-et-Loir .... 35,99 65. Vienne 22,06
- 23. Eure 35,89 66. Indre 21,35
- 24. Ain 34,97 67. Sèvres (Deux-) . . 20,22
- 25. Marne (Haute-). . 34(87 68. Lot-et-Garonne . . 19,79
- 26. Calvados 34,32 69. Manche 19,70
- 27. Isère . . 33,68 70. Gers 19,48
- 28. Var. . ..... . 33,46 71. Cantal 19,46
- 29. Haute-Saône et Territoire de Bel- 72. Ardèche 73. Ille-et-Vilaine . . . 19,36 19,25
- fort . . . . . . . 33,20 74. Landes 19,20
- 30. Vaucluse . . . . . . 32,89 75. Ariège 18,56
- 31. Bouches - du-Rhô 76. Dordogne 17,9S
- ne 32,81 77. Corrèze 17,90
- 32. Yonne 32,80 78. Creuse 17,89
- 33. Jura 32'63 79. Lot 17,26
- 34. Savoie (Haute-) . . 32,15 80. Aveyron 17,20
- 35. Loire 31(96 8t. Loire (Haute-) . . 16,89
- 36. Gironde 31,85 82. Mavenne 15,54
- 37. Saône-e t-Loire. . . 31(75 83. Lozère 15,40
- 38. Drôme 31(50 84. Finistère. 14,81
- 39. Garonne (Haute-). 31,38 85. Côtes-du-Nord . . 13,55
- 40. Indre-et-Loire. . . 30(65 86. Morbihan 12,95
- 41. Hérault 29,52 87. Vendée 12,68
- 42. Gard 29(51 88. Corse 9,92
- 43. Alpes (Hautes-). . 29,38 Pourcentage géné-
- 44. Allier 29,15 ral 35,78
- 11 ressort de ces chiffres que la proportion moyenne du nombre de récepteurs par rapport au nombre d’habitants est passée de 3,5 à 12,5 pour 100 de ig33 à 1938, tandis que la proportion moyenne par rapport au nombre des foyers passait de 10 à 35,8 pour 100.
- Ce qui frappe à première vue, c’est l’énorme diffé-
- rence entre les départements extrêmes : de 53 pour 100 pour le Nord à 9,92 pour 100 pour la Corse. Ce pourcentage ne reste d’ailleurs pas constant avec les années. 11 augmente plus ou moins irrégulièrement comme l’indiquent les chiffres ci-dessous relevés pour les cinq départements les mieux partagés et pour les cinq qui le sont le moins bien :
- Départements Nombre d’habitants Propor de p< par rap 1936 tion du xstes déc port au habitani 1937 nombre .tarés nombre s 1938
- Paris, Seine, Seine-et-Oise 6.376.439 14,07 18,05 19,16
- Nord 2.022 167 12,62 15,80 17,06
- Seine-et-Marne. . . . 409.311 11,75 14,41 15,89
- Seine-Inférieure . . . 915.628 10,31 12,84 14,95
- Pas-de-Calais .... 1.179.467 9,81 12,40 14,13
- Côtes-du-Nord .... 531.840 2,51 3,20 3,73
- Vendée 389.211 2,47 3,11 3,71
- Finistère 756.793 2,38 3,11 3,74
- Morbihan 542 248 2,16 2,83 3,48
- Corse 322.854 1,08 1,59 1,95
- Une légère différence dans le classement des départements apparaît selon que la proportion d’auditeurs est calculée par rapport au nombre de foyers (premier tableau) ou par rapport au nombre des habitants (second tableau). Ainsi Paris qui vient au second rang dans le premier tableau se classe au premier rang dans le second, parce que ses foyers comptent moins d’enfants que le Nord. Inversement le Pas-de-Calais qui est au 3e rang si l’on compte par foyers passe au 5e rang si l’on compte par rapport au nombre global d’habitants, pour la raison inverse.
- En comparant les cartes des figures 2 et 3, on constate que la répartition des auditeurs est restée sensiblement la même en France de ig33 à 1939, que le calcul de la proportion soit fait par foyers ou par nombre global d’habitants.
- Cette constatation nous incite à penser qu’on peut dégager une loi de répartition et à rechercher l’influence des divers facteurs d’ordre géographique, démographique et radiophonique.
- Facteurs géographiques. — Si l’on trace une ligne XY de Cherbourg à Marseille, on s’aperçoit que les plus fortes proportions d’auditeurs se l’encontrent au nord de cette ligne et les plus faibles au sud. Les proportions élevées sont sans contestation l’apanage du nord et de l’est, les auditeurs n’existant qu’à l’état sporadique dans les provinces du sud et de l’ouest.
- A quoi peut être attribuée cette répartition géographique aussi nette ? Certainement pas à la nature géologique du sol, ce que montre immédiatement la comparaison de la carte de la figure 3 avec une carte des terrains, tout au moins en ce qui concerne le sol proprement dit, car le sous-sol a une influence indéniable
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- comme nous le verrons plus loin en étudiant les productions.
- Le relief du sol paraît être un facteur sans intérêt. On a coutume de répartir la France en deux zones, l’une de plaines, l’autre montagneuse situées de part et d’autre d’une ligne AB allant de Bayonne à Givet. Les lignes AB et XY faisant entre elles un angle de l’ordre de 70°, on en déduit que l’orographie ne joue aucun rôle dans la répartition des auditeurs.
- Fadeurs climatiques. — Le seul aspect de la carte montre au contraire que les facteurs climatiques sont à retenir. La ligne XY divise la France en deux régions, la région nord-est froide, brumeuse, sombre et aux hivers longs, et la région sud-ouest douce ou chaude, au ciel clair, ensoleillée, aux hivers courts. La seule exception est celle de la Provence et de la Côte d’Azur.
- Il n’est pas surprenant que l’on compte une plus forte proportion d’auditeurs dans les régions nord et est de la France, où la dureté du climat oblige les gens à rester enfermés pendant de longs mois, que dans les régions ouest et sud où l’on peut vivre dehors une bonne partie de l’année. Ce facteur joue d’ailleurs pleinement pour les pays voisins de la France. Pour des populations sensiblement égales, l’Angleterre compte 9 millions d’auditeurs, la France 5 millions et l’Italie 1 million seulement. Les fortes proportions d’auditeurs se rencontrent dans les pays du nord, les faibles proportions dans les pays méridionaux.
- Facteur démographique. — Il serait naturel de penser que les régions les plus peuplées sont celles qui comptent les plus fortes proportions d’auditeurs. Il n’en est rien.
- Si l’on considère la carte de la figure 3, on constate qu’à l’exception des départements du Nord, de la Seine et de la Seine-et-Oise et d’Alsace, à l’exception des agglomérations de Lyon, Grenoble et Saint-Etienne, la densité de la population est assez faible dans bien des départements à forte densité d’auditeurs. La Beauce, la Brie, la Champagne, les Ardennes, la Bourgogne, le Jura, les Hautes et les Basses-Alpes sont des régions peu peuplées.
- Il est assez curieux de noter que le Var (398.662 habitants) possède une proportion d’auditeurs par foyers de 33,46, supérieure à celle des Bouches-du-Rhône (1.224.802 habitants) qui sont plus de trois fois plus peuplées (32,81) et à celle des Alpes-Maritimes (25) qui sont également sensiblement plus peuplées (513.714).
- Ainsi le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes prouvent que les départements assez peuplés peuvent présenter une densité d’auditeui's assez faible. Ici, c’est le facteur climatique qui joue en sens contraire.
- Faisons maintenant la contre-épreuve. Si les régions à forte proportion d’auditeurs ne sont pas forcément les plus peuplées, inverse-
- —.......... -. 107 ==
- ment les régions les plus peuplées, n’ont pas, pour autant, une forte proportion d’auditeurs. C’est ce que nous constatons au sud de la ligne XY. L’ensemble de ces provinces est assez fortement peuplé, à raison de plus de 4o habitants par km2, chiffre que n’atteignent pas certaines régions de l’est et du sud-est. La Bretagne notamment est riche en habitants. Seules dans tout l’ouest, les Landes sont presque désertiques.
- Or ces départements très peuplés : Finistère (756.793 habitants), Morbihan (542.2.48 habitants), Côtes-du-Nord (53i.84o habitants) et Vendée (389.211 habitants) ont une densité d’auditeurs si faible quelle les classe en queue des départements (nos 84 à 87) avec la Corse. On peut objecter la pauvreté de la Bretagne, mais on ne peut en dire autant du pays nantais, de l’Anjou et du Bordelais, que la radiophonie n’intéresse guère.
- Ainsi il est démontré que la densité de la population n’a aucun rapport avec la proportion des auditeurs.
- Facteur de production. —- Notre conclusion sera inverse si nous considérons maintenant la nature des productions. La ligne XY est aussi celle qui, globalement, sépare la France en deux régions : industrielle au nord et à l’est, agricole au sud et à l’ouest.
- En général, les pays à forte concentration industrielle sont aussi ceux qui ont le plus d’auditeurs. La carte le montre à l’évidence. Mais comme toute règle comporte des exceptions, nous noterons que les
- Fig. 3. — Pourcentage du nombre des récepteurs déclarés par rapport au nombre des foyers dans chaque département en 1939.
- Cherbourg
- '//.'S*
- Marseille'
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- =— 108 :::::::::: =
- concentrations industrielles de Nantes, Saint-Nazaire, Angers, La Rochelle, ainsi que celles des bassins de Decazeville et de Carmaux sont insuffisantes pour relever la faible proportion des pays agricoles de l’ouest et du centre.
- Un fait certain, c’est que le paysan, qu’il soit breton, sarthois, angevin, vendéen, saintongeois, gascon, landais, basque ou languedocien, ne s’intéresse pas à la radiophonie. Ou plus exactement il ne s’y intéresse que dans la mesure où elle lui apporte les cours du blé, du vin, des œufs, du beurre, du bétail ou de la viande.
- On peut être tenté de tirer une conclusion hâtive : les régions industrielles comptent plus de récepteurs parce qu’elles sont plus riches que les régions agricoles. Ce serait une erreur. Si le nord et la région parisienne comptent tant d’auditeurs, c’est parce qu’une famille sur deux possède son appaieil. Or, l’ouvrier, l’employé, le petit fonctionnaire ne sont pas plus riches que le paysan, c’est même le contraire, mais ils achètent plus facilement.
- Répondant à la publication de la statistique de la radiodiffusion, un paysan d’Ille-et-Vilaine nous expliquait l’autre jour que si la radio n’est pas plus répandue à la campagne, c’est parce qu’elle est trop chère. Constatons simplement que, depuis dix ans le prix des récepteurs n’a cessé de baisser, qu’un appareil de i.ooo fr en 1939 est infiniment plus parfait qu’un de 2.000 fr en 1929 — et ce ne sont pas les mêmes francs ! — alors que le prix des denrées agricoles a été multiplié par 2 ou 3. Peut-on raisonnablement affirmer que la radio est trop chère ?
- Facteurs radiophoniques. — Et pour terminer cette enquête, nous allons rechercher l’influence des facteurs spécifiquement radiophoniques, c’est-à-dire du nombre, de la puissance et de la répartition des stations d’émission.
- Du fait de la coexistence d’un réseau d’État et d’un réseau privé, les stations françaises ne se trouvent pas réparties régulièrement. Paris possède sept stations, sans compter Paris-Mondial, mais trois de ces stations seulement (Radio-Paris, Paris P. T. T. et Poste Parisien) ont à la fois de la puissance et de la portée.
- Si donc l’on jette un coup d’œil sur la carte de la figure 3, on aboutit à ce paradoxe que — exception faite pour Paris et sa banlieue — les départements qui comptent le plus d’auditeurs et la plus forte propor« tion — ceux du nord et de l’est — sont précisément ceux où il y a le moins de stations, très exactement deux : Lille et Strasbourg, plus la station privée de Radio-Normandie. De Lille à Strasbourg, il y a environ 5oo km sans aucune station ; il en est de même de Fécamp à Strasbourg et de Lille à Lyon sur 600 km.
- Comment expliquer ce paradoxe ? Sans doute par la proximité d’émetteurs étrangers de langue française tels que Rruxelles, les petites stations privées belges, Radio-Luxembourg surtout, Radio-Suisse-Romande, puis les stations allemandes écoutées pour la musique.
- Est-ce à dire qu’il y ait d’autant plus d’auditeurs que les stations sont moins nombreuses ? Il serait im-
- prudent de le soutenir. Il semble évident, au contraire, que la proportion des auditeurs méridionaux serait beaucoup moindre si l’on ne comptait pas deux stations à bordeaux, à Toulouse, à Montpellier, à Lyon, à Nice, s’il n’existait pas de station d’État a Grenoble, ni de station privée à Agen et à Nîmes.
- Il n’y a pas moins de i5 stations françaises au sud de la Loire et 11 seulement au nord.
- Si le Gard et l’Hérault ont à peu près la même proportion d’auditeurs que les Bouches-du-Rhône, qui comptent une agglomération de 900.000 habitants, c’est simplement du fait des trois stations voisines de Radio-Montpellier, Radio-Nîmes et Montpellier-Languedoc.
- Par contre, les provinces de l’ouest ont été déshéritées. La station de Rennes doit se faire entendre sur x4 départements, de Cherbourg à Niort et de Brest à Tours. La station de Limoges ne possède encore qu’une puissance extrêmement faible et se trouve en reconstruction, de même que celle de Bordeaux-Lafayette.
- 11 est certain que cette carence de stations dans l’ouest est en partie responsable de l’inertie que témoignent les agriculteurs à la radio. Mais le choix de la ville de Rennes pour une station de 120 k\v ne paraît pas heureux. En dépit de cette puissance considérable, l’Hle-et-Vilaine ne se classe qu’au 73e rang des départements, avec 19 pour 100 de récepteurs par foyers ! 11 eut certainement été préférable de construire la grande station de l’ouest à proximité des fortes agglomérations de la Basse-Loire, surtout de Nantes, dont le rendement radiophonique pourrait être très supérieur.
- A ceux qui estiment que la proportion des auditeurs peut être modifiée par le développement du réseau des stations, nous répondrons que les cartes di-essées en 1933 et en 1939 se ressemblent étrangement, quoique la puissance des stations ait considérablement augmenté entre ces deux dates.
- La conclusion qui s’impose, c’est qu’il faut développer notre réseau en tenant compte des divers facteurs d’ordre géographique, démographique, industriel ou autres que nous avons énumérés ci-dessus. On doit logiquement tirer un bien meilleur parti des provinces de l’ouest à la condition d’achever le plan Ferrié (Limoges, Bordeaux) et de le compléter par des stations relais, telles que celle de Brest prévue au programme. Les lois de la propagation sont telles, en effet, que ces provinces entendent beaucoup mieux les stations anglaises que les stations françaises.
- Il faut attendre aussi une amélioration du fait que le poste national de Radio-Paris sera prochainement transféré près de Bourges et que, dans l’Est, deux émetteurs seront érigés à Nancy et à Besançon. Car il n’est pas défendu d’espérer qu’on puisse encore gagner des auditeurs dans nos régions de Test et du sud-est.
- Nous estimons qu’on peut encore faire beaucoup pour recruter en France des auditeurs, sans toutefois avoir la prétention de modifier les conditions imposées par le climat, le genre de vie et le tempérament.
- Michel Adam.
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- LES ÉCLAIRS ÉTUDIÉS AVEC UN APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE
- A 8 CHAMBRES TOURNANTES <»>
- La photographie, en fournissant des images d’une scrupuleuse exactitude, permet d’étudier les capricieuses manifestations des décharges électriques lumineuses qui se produisent, pendant un orage, soit entre deux nuages, soit entre un nuage et la terre. Mais pour prendre des instantanés documentaires de phénomènes aussi rapides, il faut se servir d’un matériel approprié. Au moyen d’appareils spéciaux fixes ou mobiles, à une ou plusieurs chambres, divers physiciens, entre autres G. V. Boys, H. Hoffert, B. Walter, Larsen, W. L. Lloyd et W. A. Mc Morris ont obtenu de très intéressants clichés des jets fulgurants qui s’échappent des nuées orageuses et ils ont pu en reconnaître l’allure générale. Toutefois on ignore encore leur mode exact de propagation.
- D’après les constatations ainsi faites, la plupart des éclairs sont multiples ; ils se composent de plusieurs décharges empruntant le canal d’air chaud ionisé qu’a tracé le premier éclatement. Quand on opère le filmage sur une plaque mobile fournissant des images séparées, seule d’ordinaire et presque toujours, la décharge initiale s’accompagne de ramifications. A la vérité, cette règle souffre des exceptions et parfois la plus intense des décharges intermédiaires présente aussi des formes arborescentes. Les coups de foudre entre le ciel et la terre sont constitués le plus souvent par de multiples décharges. Par contre, les éclairs éclatant entre deux nuages prennent fréquemment l’apparence d’étincelles uniques, très longues, pouvant atteindre plusieurs kilomètres.
- Voilà quelques années, le Dr Schonland et M. H. Gol-lens ont photographié avec une chambre à 2 lentilles tournantes un grand nombre de phases successives d’un éclair. En étudiant les images ainsi obtenues, ils ont constaté, entre autres, que, la plupart du temps, les coups de foudre sont formés d’une sorte d’étincelle « pilote » marchant à l’allure de 11.000 km à la seconde et allant des nuages vers le sol.
- Sitôt que cette étincelle a touché la terre, une décharge brillante, dite composante principale, se produit en sens inverse à une vitesse moyenne six fois supérieure. En outre, les branches d’un éclair ramifié se développent à l’intérieur de sa « composante principale » avec une vitesse à peu près identique. Les ingénieurs de la « General Electric Company » ont repris les observations faites en Afrique du Sud au Laboratoire de la grande société américaine, à Pittsfield (États-Unis), et ils sont arrivés aux mêmes conclusions.
- Récemment un de leurs compatriotes, le
- 1. Voir La Nature. Appareil pour photographier les éclairs, n° 2828, 1er mars 1930 ; photographie des éclairs," n° 2840, 1er septembre 1930 ; structure de l’éclair, n° 2938, 1er octobre 1934.
- Pr John G. Albright, a imaginé un nouveau dispositif pour étudier ce difficile problème. Son appareil comprend 8 chambres photographiques mobiles ayant chacune 45° d’ouverture, montées sur un disque tournant, reposant lui-même sur un trépied. Sous les chambres mobiles s’en trouvent 3 autres fixes qui embrassent un large secteur de l’horizon vers lequel on porte l’observation. Le disque tournant est une roue de bicyclette actionnée par une manivelle ; un compteur permet de connaître la vitesse de rotation des 8 chambres photographiques au cours des prises de vues, tandis que les 3 chambres fixes servent à prendre des images de comparaison. M. Albright a installé son appareil sur une plateforme élevée au-dessus des toits de la u Case School of applied science » de Cleveland (Ohio) où il professe la physique.
- Quand, par une nuit d’été, de gros cumulus s’amoncellent à l’horizon et que le tonnerre gronde, il monte à son poste d’observation, oriente l’objectif de la chambre fixe médiane vers la zone orageuse, ouvre les volets de toutes ses chambres photographiques, puis met en rotation le plateau à une vitesse angulaire constante. Un doigt fixe buttant contre des tiges fixées à chaque objectif permet de fermer ou d’ouvrir ceux-ci pendant qu’ils tournent.
- Lorsqu’une décharge se produit en un point du ciel, l’une ou l’autre des 8 chambres mobiles ainsi que l’une des 3 chambres fixes enregistrent son image. L’expérimentateur peut laisser les châssis ouverts pendant la durée de 3 ou 4 éclairs, puis fermer les volets, arrêter le disque et remplacer les films.
- Les photographies ainsi obtenues par M. Albright,
- Fig. 1. — L’appareil du professeur Albright à 8 chambres photographiques tournantes et 3 fixes.
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- 118
- Fig. 2. — La plate-forme d’observation sur le toit de l’Ecole de sciences appliquées de Cleveland (Etats-Unis).
- confirment dans leurs grandes lignes et précisent les diverses observations de ses prédécesseurs. Voici, du reste, le résumé des commentaires dont il accompagne
- les intéressantes images que nous reproduisons. Elles représentent la fin d’un orage estival nocturne à Cleveland. Les multiples décharges lumineuses, qui éclatèrent pendant la nuit, entre un nuage et la terre, mesuraient environ 2 km de longueur. Sur une épreuve de la chambre fixe du milieu, se peignent plusieurs jets fulgurants et sur diverses autres, prises par les chambres mobiles, on se rend parfaitement compte que l’éclair compi'end 6 branches composantes partielles. D’autre part, les mesures effectuées sur les images des chambres mobiles indiquent que les étincelles eurent une durée totale de o sec. 162. L’intensité lumineuse de la (( composante principale » est plus grande vers son extrémité inférieure que vers le haut, mais cela tient sans doute à la meilleure visibilité au voisinage de la terre. D’après la largeur de la ligne sinueuse la représentant sur la plaque, on déduit que son illumination dura seulement o sec. 0015. Toutefois on ne peut déterminer ce temps que d’une façon approximative à cause du halo de l’image photographique. Une deuxième décharge lumineuse se produisit o sec. oa3 après la première ; on observa également vers la droite d’un de ces clichés une sorte d’éclair parasite et beaucoup moins intense dont M. Albriglit ne s’occupe pas. La brisure de l’image vers le bas est due au coin de la balustrade de la plate-forme de support.
- La troisième « composante », qui éclata o sec. o3i après, ne comporte pas plus de l’amifications que la quatrième qui eut lieu o sec. o3o plus tard et qui est plus lumineuse. La cinquième, qui se produisit o sec. o4o plus tard, se révéla la plus brillante de toutes et dura plus longtemps. Quant à la sixième et dernière « composante » elle comprend en réalité deux décharges sépai’ées entre elles par un très minime intervalle de temps (o sec. 00075). Le premier de ces a doublets » lumineux éclata environ o sec. o3j après la cinquième « composante » et sa durée dépassa celles de tous les éléments partiels constitutifs de l’éclair filmé.
- Fig. 4. — Les six composantes successives d’un éclair ayant duré 162 millièmes de seconde environ.
- A, première avec ramifications ; B, deuxième, 0 s 023 après ; C, troisième, 0 s 031 après ; D, quatrième, 0 s 030 plus tard ; E, cinquième, 0 s 040 plus tard ; F, sixième, dédoublée, 0 s 037 après.
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- Des séries de photographies prises, de leur observation et de leurs mesures, M. Albright croit pouvoir déduire les constatations ou les lois suivantes : voir déduire les constatations ou les lois suivantes.
- D’abord, dans la plupart des cas, les nuages orageux possèdent des charges d’électricité positive par rapport à la terre. En second lieu, une sorte d’étincelle « pilote » guide toutes les décharges « composantes » ultérieures. Troisièmement, la a composante princi pale » se dirige d’un nuage vers la terre avec une vitesse variable pouvant aller de 4 à 12.108 cm/sec. En outre, le principal éclatement qui suit immédiatement celui de l’étincelle « pilote », voyage dans une direction opposée avec des vitesses encore plus grandes ; il semble donc logique de le considérer comme une flux d’électrons allant du sol vers le ciel nuageux et constituant un formidable courant électrique.
- J. dk la Cerisaie.
- Fig. 3. — Éclair multiple photographié au cours d’une nuit d’orage.
- —= JUSTIN JOLLY
- MEMBRE DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS
- Issu d’une longue lignée de cultivateurs champenois et limousins, qui compta également parmi ses membres des magistrats et des médecins, entre autres l’anatomiste Cru-veilhier son aïeul, M. Justin Jolly naquit à Melun, le C août 1870. Après de solides études secondaires faites à Paris, il entreprit sa médecine et dès 1891, il entra dans un laboratoire du Collège de France dirigé alors par Ran-vier et Malassez. Là, il devait poursuivre toute sa carrière scientifique, heureusement commencée sous les auspices de ces deux remarquables biologistes.
- Comme la plupart de ses recherches ultérieures, ses premiers travaux se rapportent à l’histologie. Il les mena de front avec la préparation du concours de l’internat des hôpitaux auquel il accéda en 1894 et de sa thèse de doctorat en médecine sur les différentes variétés de globules blancs, qu’il soutint quatre ans plus tard. D’une manière générale, nous dit récemment M. Jolly « j’ai envisagé l’histologie surtout comme une science destinée à mettre en évidence, par des constatations morphologiques, dans des conditions précises d’observation et d’expérience, la connaissance du fonctionnement physiologique.
- Les sciences morphologiques
- subirent, en effet, à la fin du siècle dernier, une évolution caractéristique. Après avoir longtemps cherché leurs directives dans la description statique ainsi que dans la comparaison, elles se sont orientées peu à peu vers une conception
- dynamique des problèmes envisagés et elles ont finalement demandé à l’expérimentation la solution de presque toutes les questions qui les intéressent. Ainsi naquit à la frontière de l’histologie et de la physiologie, l’histophysiolo-gie, qui participe à la fois de ces deux disciplines ; elle cherche à saisir le mécanisme physiologique, soit en observant directement in vitro les tissus vivants, soit en étudiant à l’aide du microscoque, les tissus aux différents stades de leur fonctionnement, de leur réparation et de leur régénération, soit en observant leurs réactions aux agents physiques et chimiques ».
- Dans plus de 200 notes et mémoires, la plupart publiés dans les Comptes rendus de la Société de biologie dont il est le secrétaire général depuis 1926, le sagace travailleur s’inspira toujours de ces idées directrices et il exposa les résultats de ses constatations dans ses Cours du Collège de France où, après avoir été nommé directeur de laboratoire (1912), il professe l’his-
- M. Justin Jolly, membre de l’Institut.
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- topliysiologie depuis 1925. Il s'efforça toujours de choisir des sujets capables de lui permettre de -vérifier, à l’état vivant, les mouvements cellulaires et la succession des phénomènes observés, d’autre part, sur l’objet fixé et coloré.
- A l’époque où le jeune biologiste s’attaqua à l’hématopoïèse, Neumann avait montré le rôle capital que joue la moelle osseuse dans la formation et la régénération du sang des Vertébrés, mais on ignorait le mécanisme de ces transformations, à propos desquelles les savants soutenaient les opinions les plus contradictoires. En particulier, la nature des hématies des Mammifères déroutait quelque peu les spécialistes, car, à l’encontre de tous les autres Vertébrés, les Mammifères possèdent des hématies sans noyau. Or, comme le sang de leurs embryons se trouve constitué par des globules rouges nucléés, Jolly pensa qu’il était formé de cellules dont le noyau avait disparu par dégénérescence, sa chromatine subissant des métamorphoses chimiques suivies d’une dissolution finale. Afin de légitimer ses vues, l’habile chercheur poursuivit pendant plus de 20 ans une série d’expériences sur l’évolution du sang de divers animaux pendant la période embryonnaire. Il étudia, en particulier, les ébauches sanguines dans l’œuf du Cobaye, du Lapin, du Rat et de la Souris, suivant très exactement leur formation, leur évolution et leur dissociation. Grâce aux observations faites au cours de ces recherches, qu’il a résumées dans son magistral Traité technique d’hématologie (1923), il a résolu le difficile problème de ces processus cellulaires.
- Durant la vie embryonnaire des Mammifères, les cellules sanguines primitives atteignent leur maturation quand l'hémoglobine apparaît dans le cytoplasme. Puis ces hématies primordiales se multiplient très activement par mitose. M. Jolly montra aussi que chez le Rat, la Souris, le Chat ou le Porc, par exemple, des globules rouges nucléés persistent en petit nombre dans le sang de ces animaux, quelquefois jusqu’à la maturité sexuelle et jusqu’à l’âge adulte. D’autre part, dans la moelle osseuse du Chevreau et de l’Agneau, tous les stades de la transformation de la colorabilité dans le noyau aboutissent à la disparition complète de celui-ci. En définitive, l’hématie des Mammifères est une vieille cellule ayant perdu son noyau.
- Pour compléter ses recherches sur l’hématopoïèse, il démontra que chez les Batraciens et les Reptiles se produisent des poussées printanières de régénération faisant apparaître dans le sang des cellules immatures et des divisions cellulaires. Il put reproduire expérimentalement ees phénomènes en exposant les animaux à une température plus élevée et surtout en les suralimentant après un long jeûne, ce qui le conduisit à l’étude physiologique, sur l’objet vivant, des phénomènes compliqués de la caryocinèse et à des expériences sur la culture des cellules.
- Ces travaux ainsi que d’autres sur le système lymphatique, la rate et ses fonctions, la radiosensibilité cellulaire, les organes lympho-épithéliaux et divers autres sujets biologiques, que nous allons brièvement exposer, valurent à M. Jolly d’être élu membre de P Académie de Médecine de Paris en 1928. Du reste, cette distinction n’incita pas l’infatigable physiologiste à se reposer. Continuant ses intéressantes expériences sur les œufs de Mammifères, entreprises en collaboration avec Mme Lieure, il réussit à cultiver ceux-ci in vitro dans un plasma sanguin homologue et incoagulable. En appliquant une technique spéciale, il observa les phases du développement des œufs utérins du Rat et du Cobaye. Il suivit, à l’état vivant, la formation de la chorde, de; la gouttière médullaire, de la scissure cérébrale, de l’invagination
- intestinale, des myotomes, du cœur, des ébauches sanguines, des vaisseaux et des hématies. Et même, en renouvelant le plasma ou en ensemençant des œufs plus âgés, il put suivre des stades plus avancés tels que la formation des vésicules optiques ou auditives, les ébauches des reins, du foie, de la thyroïde et des membres.
- La culture des œufs des Mammifères lui permit encore d’assister, sur des objets vivants, à la formation des deux ébauches cardiaques ainsi qu’à leur soudure et à l’apparition de leurs premiers battements. Ceux-ci s’installent lentement en une heure ou deux, deviennent perceptibles quand les deux ébauches arrivent au contact sur la ligne médiane, leur rythme régulier atteint alors 60 à 120 pulsations par minute. A partir de ce stade, les ébauches sanguines achèvent leur développement, leur dissociation s’effectue peu à peu tandis que l’hémoglobine y apparaît et en quelques heures, la circulation vitelline s’établit. Au début, le sang, très peu chargé de globules, circule dans de larges capillaires où des courants tracent la direction et la place des futurs vaisseaux vitellins, les hématies des îlots sanguins se trouvant seulement entraînées, petit à petit, dans le système circulatoire.
- Dans de récents mémoires, publiés au cours des années 1935-1989, M. Jolly a précisé le problème précédent. D’après ses dernières constatations expérimentales, le cœur des Vertébrés supérieurs se développe au moyen de deux ébauches disposées symétriquement de chaque côté de la ligne médiane; se rapprochant par la suite, elles fusionnent au devant de l’intestin pour constituer un cœur unique. Si chez le Cobaye et le Rat on détruit avant leur réunion l’une des deux ébauches cardiaques, on obtient, d’ordinaire, un cœur unique animé de battements rythmiques, capable de s’unir aux vaisseaux vitellins du côté opéré, susceptible d’animer et de régulariser la circulation dans toute l’étendue de l’aire vasculaire. Au contraire, quand on anéantit la région séparatrice des deux ébauches cardiaques, on donne naissance à deux cœurs latéraux indépendants et battant sans synchronisme. Enfin, l’enlèvement complet des deux ébauches fournit un embryon sans cœur mais elle n’empêche pas l’évolution complète des ébauches vasculaires et sanguines de l’aire vitelline, pas plus que l’apparition des germes vasculaires dans l’allantoïde ou sur le trajet des aortes.
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- Telle est, brièvement résumée, l’œuvre de M. Justin Jolly. L’Académie des Sciences de Paris en l’appelant dans son sein, le 19 juin 1989, a justement récompensé ce patient chercheur, qui se comparait modestement devant nous à un « ouvrier ayant apporté quelques pierres à l’édifice encore inachevé du palais de la biologie » mais nous ajouterons qu’il a su les placer au bon endroit et les tailler avec art. Au microscope, l’unique outil des histologistes de jadis, il a eu le mérite d’ajouter de fécondes techniques expérimentales, qui lui ont permis de vérifier, sur des objets vivants, le processus de divers phénomènes cellulaires, que ses prédécesseurs avaient seulement étudiés à l’aide de coupes microscopiques, colorées parfois d’une façon impeccable mais mortes. Ses méthodes de culture des œufs de Mammifères et ses originales recherches sur la régénération du sang ont, en particulier, fourni aux embryologistes de nouveaux moyens d’investigation.
- ..... Jacques Boxer.
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- : LE CHAUFFAGE ÉLECTRIQUE EN CULTURES MARAICHERES
- Comme suite à l’article paru dans le n° 3o4o de La Nature (1), nous ajouterons qu’en Bourgogne, la région maraîchère de Saint-Marcel se signale par le développement remarquable qu’a pris, en quelques années, le chauffage électrique des couches.
- En 1932, un maraîcher réalisait une installation de ce genre, aujourd’hui 95 de ses voisins, dans un périmètre de 3o km environ, utilisent ce procédé.
- Les maraîchers de la région de Saint-Marcel s’adonnent à la culture intensive des salades, épinards, choux-fleurs, céleris, tomates et à la culture en primeurs des melons et concombres. Pour ceux-ci, ils opèrent les semis sur couche chaude dans la deuxième quinzaine de mars ; le repiquage' se fait en godets sur couche chaude. Après reprise (3 à 4 semaines), on plante en place sur couche froide. Les terrains sont abondamment fumés et un exploitant de 4 journaux et demi enfouit, chaque année, 8 t de fumier dans ses terres.
- La chaleur excessive développée par le fumier occasionne, par mauvais temps, l’étiolement des plants. Par temps pluvieux, c’est l’humidité qui devient excessive et provoque la fonte. Les germes apportés par le fumier développent des mycéliums tels que la toile qui augmentent encore les déchets; enfin, le montage de la couche retient une main-d’œuvre qui se fait rare et coûteuse.
- Dans ces conditions, la sécurité et la simplicité du chauffage électrique devaient retenir l’attention de l’exploitant. Pour les semis, un châssis double dont la terre de culture est maintenue à 28-3o° C. ; pour les repiquages, 6 à 9 châssis doubles à une température de 25° G. La chaleur est fournie par les câbles chauffants enfouis dans le sol, commandés à la main par interrupteurs suivant les indications d’un thermomètre plantoir, et raccordés à l’installation électrique existant pour la moto-pompe.
- L’énergie électrique nécessaire, consommée uniquement de nuit au plus bas tarif, est enregistrée par un compteur triple tarif horaire unique pour tous les usages. La consommation est en moyenne de o kw/h 800 à 1 kw/h 200 par mètre carré.
- Plusieurs installations sont en service depuis 5 ans sans avoir donné lieu à aucun incident de marche, ni remplacement des câbles chauffants pour usure.
- Du point de vue pratique, les horticulteurs de Saint-Marcel ont donc trouvé dans leur installation de chauffage électrique une chaleur toujours disponible et une économie de main-d’œuvre.
- Du point de vue agronomique, la chaleur régulière obtenue, indépendamment des conditions atmosphériques, a permis de réduire considérablement les risques de maladies et de pourriture, donc le pourcentage des déchets, et d’augmenter la qualité et la vigueur des plants obtenus.
- 1. Une erreur typographique a fait indiquer une dépense de lo kw/h par kilogramme d’endive ; c’est 1 kw/h 5 qu’il faut lire.
- Devant ces résultats, certains usagers commencent à étendre l’emploi de leur installation de chauffage à d’autres cultures : semis de tomates, céleris, chicorées frisées, dont les levées se font beaucoup plus rapidement, culture forcée de chicorée Witloof, etc....
- Un autre problème intéressant consiste à installer des couches mixtes (fumier plus chauffage électrique) pour les exploitations maraîchères. L’ancienne méthode obligeait les maraîchers à établir des châssis de culture sur une couche de fumier épaisse de 5o cm environ, puis dans le courant de l’hiver, lorsque la chaleur dégagée par la fermentation décroît, à mettre en place un supplément de fumier (« réchauds ») pour obtenir une température constante. Ce procédé présente de nombreux inconvénients : refroidissement des cultures, frais importants de main-d’œuvre et d’achat de fumier. Diverses expériences ont été faites pour établir les données techniques et économiques d’un système plus simple et d’un meilleur rendement. Ce dernier consiste à placer, sous la couche de fumier, des câbles chauffants électriques. Au début la culture se fait normalement, mais au bout de quelques temps (un mois environ) la couche ainsi montée ne donne plus assez de chaleur, les maraîchers, à ce moment, mettent le chauffage électrique en fonctionnement au lieu de placer les « réchauds ».
- Pour être précis, prenons un exemple de chauffage de deux couches comprenant : l’une trois châssis chauffés au fumier et l’autre trois châssis à chauffage mixte.
- La construction de chaque couche nécessite, dans un cas comme dans l’autre, 3 m3 de fumier. Au bout d’un mois, un premier réchaud est mis en place sur la couche au fumier ; à ce moment l’électricité apporte un complément de chaleur dans l’autre couche. Dans le courant de la saison, 2 autres réchauds sont placés sur la première couche. Le bilan s’établit de la façon suivante :
- Couche au fumier :
- Construction : 3 m3 de fumier.
- Ier réchaud : 1 m3 de fumier.
- 2e réchaud : x m3 de fumier.
- 3e réchaud : 1 m3 de fumier.
- Couche mixte :
- Construction : 3 m3 de fumier.
- Consommation d’électricité : i5o kw/h.
- On peut estimer qu’il y a équivalence de dépense entre les frais de main-d’œuvre pour la construction des réchauds et l’amortissement de l’installation électrique.
- Dans ces conditions, la couche mixte revient à 3o pour 100 moins cher. De plus le producteur a la certitude d’obtenir des plants précoces, homogènes et vigoureux.
- Daniel Claude.
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- E PRESTIDIGITATION =
- TROUBLANTE ENIGME. LOUIS XVI
- Ce nouveau truc, ou du moins cette nouvelle combinaison, est assez déconcertante, mais son titre ne parle de Louis XVI que par suite de la présentation faite comme accessoires et costumes en style de l’époque Louis XVI car il n’a rien d’histoxdque.
- Au lever du rideau on aperçoit sur la scène deux tables, ou pour mieux dire deux plaques tournantes montées sur pieds d’un assez joli style Louis XVI et assez hautes pour que l’on ne puisse rien dissimuler dessous. Sur chacune de ces plaques est posé un paravent en soierie à trois feuillets avec légère monture blanche à colonnetles (fig. x). Des aides, costumés en laquais de l’époque font tourner les plaques qui entraînent les paravents. Ceux-ci par leur rotation font bien voir qu’ils ne dissimulent i’ien derrière eux. Les paravents dont les trois feuilles formaient des triangles fermés sont ouverts successivement, fermés puis ouverts encore pour bien monti'er qu’ils ne renferment rien et
- ne peuvent rien cacher.
- Des spectateurs sont invités à monter sur la scène pour examiner tout de très près. Cependant, sur un coup de pistolet tiré par le prestidigitateur, les pointes des paravents s’écartent et laissent voir dans l’un, une jeune femme et dans l’autre un jeune homme (fig. ?.), tous deux dans le costume de l’époque. Ils sortent des paravents, font un salut au public, ren-ti’ent dans les paravents qui sont refermés. Rouverts à nouveau, retournés de tous les côtés les paravents sont vides : les deux per-
- sonnages ont disparu !
- J’ai déjà eu l’occasion de parler d’un truc à peu près semblable (La Nature, du i5 juin 1932) où l’unique pai’avent est muni d’un soufflet à bascule cachant la personne à faire disparaître. Cette fois, mieux agencé, le panneau de fond du paravent est muni d’une porte à deux battants s’ouvrant et se fermant sans bruit en avant ou en arrière, et qui est parfaitement dissimulée dans le décor en colonneltes et lignes droites.
- Dans chaque paravent, la personne qui joue le rôle entre ou sort suivant les besoins de la mise en scène et en accord parfait avec les mouvements convenus de présentation des domestiques. Il faut donc une minutieuse entente préalable entre les paroles du présentateur et les mouvements des domestiques ainsi que des personnages.
- Lorsque le paravent est ouvert, l’habitant du triangle est sorti par la porte du panneau d’arrière et se tient debout sur la plate-forme tournante.
- Lorsque les mouvements sont exécutés avec un ensemble parfait, l’effet pour les spectateurs est déconcertant.
- Prestidigitateur Alber.
- Fig. i. — L’une des plaques tournantes et le paravent.
- Fia. 2. — Le paravent s’ouvre.
- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- JUIN 1939, A PARIS
- Mois chaud dans son ensemble, avec précipitations légèrement excédentaires, insolation normale et pression déficitaire. Il fut très chaud et. très sec à son début.
- La hauteur moyenne barométrique du mois, au Parc Saixit-Maur, ramenée au niveau de la mer, a été de 761 mm 7, inférieure de o mm 9 à la normale.
- La moyenne mensuelle de la température, au même lieu, i7°,8, présente un excédent de i°,3 et classe ainsi ce mois parmi les mois de juin chauds. Cet excédent résulte en majeure partie des températures très élevées qui ont accompagné la forte insolation de la première décade. Les moyennes des 5, G et 7, dont les écarts à la normale ont atteint respectivement + 7°,3, + 8°,i et + 8°,o, sont les plus élevées que l’on ait constatées à pareille date de l’année depuis 1874. Le maximum absolu mensuel, 82°,4, enregistré le 7, surpasse de 2°,6 le maximum absolu moyen. Les orages qui se sont produits au début de la deuxième décade7 ont amené un refroidissement très accusé; c’est ainsi que la
- température moyenne du i3, 90,8, a présenté un déficit de 6°,4 à sa moyenne respective et est la plus basse qui se soit présentée à pareille date depuis 65 ans ; elle est sensiblement égale à la normale du 18 avril. Cette même remarque s’applique également au minimum absolu, 4°)7> qui a été noté le i4 et qui présente un déficit de i°,3 par rapport au minimum absolu moyen. Dans la dernière décade, pluvieuse et mal ensoleillée, les écarts positifs ou négatifs des températures journalières sont restés inférieurs à 3°. A Montsouris, les extrêmes absolus de la température ont été de 32°,9 et 5°,3 et, pour l’ensemble de la région, de 2°,8 à Verrières, le i4 et 35°,5 à Asnières et à Sevran, le 7.
- Au Parc Saint-Maur, les précipitations, normales au point de vue de leur fréquence, ont fourni en 12 jours une couche d’eau de 58 mm 8 d’épaisseur, en excédent de 6 pour 100 sur la moyenne normale. Assez rares et peu importantes pendant les deux premières décades, elles ont été plus fréquentes et surtout plus abondantes au cours de la dernière,
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- apportant au sol, desséché par les chaleurs du début du mois, respectivement 20 mm et 11 mm d’eau le 25 et le 28. A Montsouris, la durée totale de chute de pluie, 46 h 2, est supérieure de 52 pour 100 à la normale et les hauteurs maxima en 24 h ont été, pour Paris, 28 mm 4 à Bercy et, pour les environs, 64 mm 5 à Vaucluse, du 24 au 25.
- Les brouillards ont été quotidiens et locaux; le 3o, cependant, il a été général à toute la région et la visibilité s’abaissa à 5o m à Montesson.
- On a signalé des orages ou du tonnerre, sur divers points, les 7, 12, 22 et 3o et de la grêle les 7, n, 12 et i3.
- La durée totale de l’insolation, à l’observatoire de la Tour Saint-Jacques, 257 h 5o m, est supérieure de 19 pour 100 à la normale.
- Au Parc Saint-Maur, la moyenne mensuelle de l’humidité relative a été de 66,3 pour 100 et celle de la nébulosité de 59,0 pour 100. On y a constaté : 4 jours de gouttes; x jour de grêle; 3 joui’s d’orage; 1 jour de brouillard; 11 jours de brume; 12 jours de rosée.
- = 123 =
- Additif au bulletin-résumé du mois de mai 1939.
- Température. — Les extrêmes de la température pour l’ensemble de la région ont été : 2°,o à Saint-Cloud le ier, et 26°,8 à Ville-Évrard le 3i.
- Pluie. — A Montsouris, la hauteur totale de pluie accueillie a été de 43 mm 6, inféi'ieure de i3 pour 100 à la normale, pour 9 jours de chute au lieu de 16, nombre moyen.
- La durée totale de chute, 43 h 20 m, a été supérieure de i3 pour 100 à la normale. Hauteurs maxima en 24 heures : pour Paris, 21 mm 5 à la Porte d’Ivry et, pour les environs, 34 mm o à Brévannes, du 12 au i3.
- Divers. — Les brouillards ont été quotidiens et locaux; le ier, la visibilité s’est trouvée abaissée à 100 m à la Belle-Épine.
- Il y a eu des orages ou du tonnerre, sur divers points de la région, aux dates suivantes : 7, 12, 17 et 18 et des chutes de grêle les 12, 16 et 17.
- La durée totale de l’insolation, à l’observatoire de la Tour Saint-Jacques a été de 243 h, supérieure de i4 pour 100 à la normale. Em. Roger.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- MOULAGE DES MOSAÏQUES
- La revue Mouseion, organe de l’Office international des Musées, rend compte d’une étude récemment publiée par M. Georges Ilolt, du Fogg Art Muséum, dans Technical Studies.
- Il s’agissait de faire, pour l’Institut byzantin de ce musée, un moulage des mosaïques de Sainte-Sophie d’Istambul, qu’une mission américaine venait de dégager d’une épaisse couche de peinture et de plâtre appliquée en 1847.
- La méthode usuelle de reproduction par une peinture en trompe-l’œil sur une surface plate, très utile pour la notation des couleurs, laissant à désirer sous bien des rapports, on chercha un moyen plus exact de reproduire la substance des éléments cubiques et leur agencement.
- La surface des mosaïques est légèrement ondulée, du fait que le support est appliqué chaque fois sur une étendue correspondant à une journée de travail ; de plus, les éléments sont souvent légèrement inclinés, soit intentionnellement, soit accidentellement par l’insertion du cube voisin ; en outre, sauf pour les éléments d’or ou d’argent composés d’une feuille de métal entre' deux plaques de verre dont la surface est lisse, le plan de la desselle varie. Trois méthodes de reproduction s’offraient : tailler les éléments dans une matière comme le gesso, disposée sur un panneau ; construire des cubes de plâtre d’après des photostats établis à l’aide de l’ox’iginal ; enfin, exécuter un moulage de la surface de la mosaïque originale. Les deux premières méthodes présentaient l’avantage de ne pas toucher'à l’original, et l’application de la seconde permettait même de rouler les reproductions, ce qui facilitait le transport, mais les résultats obtenus ne justifiaient pas la somme de travail nécessaire et les difficultés techniques à vaincre. On s’arrêta donc à la troisième méthode, seule susceptible de donner de bons résultats, et après avoir, pour des raisons faciles à comprendre, écarté l’emploi du caoutchouc liquide, de la cire et de la gélatine, on s’arrêta à l’ancien procédé c'e reproduction de mosaïques et stèles par estampage, et ou obtint ainsi des reproductions très satisfaisantes, tout eu assurant de façon absolue l’intégrité des originaux. La substance utilisée pour le moulage est le cellucoton (ouate de cellulose), composition d’un très grand pouvoir absorbant, faite de pulpe de bois chimique, avec un peu de colle de peau, d’un emploi courant pour les pansements chirurgicaux.
- Le procédé, des plus simples, exige de l’habitude et de l’adresse. Pour fabriquer le moule, on passe une brosse douce ou une éponge humides sur la surface de la mosaïque à reproduire ; deux ou trois feuilles de cellucoton sont appliquées sur la surface humide, en laissant une marge de 2 â 3 cm environ
- tout autour ; puis , le cellucoton (sauf la marge que l’on maintient sèche) est tapoté à l’aide d’une brosse humide, action qui a pour résultat de le faire pénétrer dans les moindres interstices ; on ajoute petit à petit des couches de cellucoton de plus en plus épaisses et on leur fait subir le même traitement jusqu’à ce qu’on obtienne une épaisseur suffisante pour que le moule ait une certaine résistance (environ 2,6 cm de cellucoton sec). On soulève le moule ainsi obtenu, on l’imbibe de gomme et on le laisse sécher.
- Toute l’opération ne demande qu’une quarantaine de minutes ; il faut avoir soin d’employer le moins d’eau possible, de sorte que l’humidité à laquelle est soumise la mosaïque ne dépasse pas celle de l’atmosphère un jour de pluie.
- Une fois le moule sec, la marge est coupée et on fixe une bande de métal tout autour. Une mince couche d’huile, ou de toute autre matière isolante, est versée sur l’empreinte, puis on y coule du plâtre de Paris. Une fois le plâtre sec, on arrache le moule et on applique la colle de peau chaude pour diminuer le pouvoir absorbant du plâtre ; après avoir laissé sécher le moulage, il est prêt à recevoir les couleurs.
- Les dimensions de ces moules sont forcément limitées ; des moulages de 30 x 30 cm constituent une bonne moyenne ; ce morcellement obligatoire du moulage ne constitue d’ailleurs pas un désavantage, chaque élément pouvant ainsi être d’une épaisseur réduite, ce qui en diminue le poids ; le transport et l’emballage des moules sont plus aisés. L’assemblage n’offre aucune difficulté sérieuse.
- Deux moulages ont été exécutés selon cette méthode en 1938 à Sainte-Sophie, l’un mesurant 47,6 x 67,6 cm, l’autre 76 x 106 cm (en plusieurs sections).
- PROCÉDÉ MÉCANIQUE POUR ENLEVER LES TACHES SUR LA PEAU
- Les taches produites sur la peau par l’acide picrique, par d’autres nitrophénols ou d’autres colorants ne disparaissent spontanément qu’après un assez grand nombre de jours qui peut atteindre ou dépasser deux semaines.
- M. Dunand a eu l’idée de recouvrir la tache, au pinceau, d’une couche de collodion qu’on détache une dizaine de minutes après à l’aide d’une lame de canif. La faible épaisseur d’épiderme qui a fixé le colorant est entraînée par la pellicule de collodion.
- S’il est nécessaire, on renouvelle l’opération le lendemain et, au besoin, le surlendemain.
- Si quelques parties du collodion ont de la peine à se détacher, on peut les enlever par dissolution dans l’acétone.
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- LIVRES NOUVEAUX
- La théorie de la connnaissance scientifique de Kant à nos jours, par F. Enriques. 1 vol. in-8, 45 p. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1938. Prix : 12 francs.
- Vaste tableau, largement brossé, des critiques modernes de la théorie kantienne de la raison pure. Espace, temps et cause ont été discutés et modifiés, mais les données scientifiques n’ébranlent pas l’effort tendu vers la vérité, la réalité, la religion.
- Humanisme, sociologie, philosophie. Remarques sur la conception française de la culture générale, par C. Bouglé. 1 vol. in-8, 61 p. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cie, Paris, 1938. Prix : 15 francs.
- Le directeur de l’Ecole Normale Supérieure, expert en la matière, montre comment l’enseignement secondaire français a cherché dans ces trois voies l’orientation de la culture générale vers la liberté intellectuelle.
- Annales de VInstitut de Physique du Globe de rUniversité de Paris et du Bureau central de magnétisme terrestre. Publié par les soins de Ch. Mau-rain. Tome XVII, Paris, 1939. Les Presses universitaires de France, 1 vol. 30 x 24 de 117 p.
- On trouve dans ce volume les observations magnétiques faites à l’observatoire de Chambon la Forêt qui remplace maintenant celui de Val Joyeux et à l’observatoire de Nantes en 1937, les observations météorologiques, actinométriqués et séismologi-ques faites au Parc Saint-Maur. Hors de France, les mesures du champ électrique de l’atmosphère dans l’Océan Atlantique et la Méditerranée, les observations magnétiques à Tananarive et à Tamanrasset, ainsi que dans le Hoggar et les régions voisines font également l’objet de rapports précis.
- Travaux pratiques de physique (mesures, chaleur), par M. Prost. 1 vol., 93 p., 27 iig. Hermann et Cie, éditeur, Paris, 1938. Prix : 25 francs.
- Ce manuel destiné surtout aux élèves du P. C. B. sera utile à tous les néophytes à qui il donnera les notions nécessaires pour faire correctement un certain nombre de mesures fondamentales, en utilisant les instruments suivants : pied à coulisse, palmer, balance, densimètres, pendule de torsion, baromètre, thermomètres, calorimètres, manomètre, hygromètre, viscosimètre.
- Dictionnaire des pannes électriques de l’automo* bile, par F. Navez. 1 vol., xv-251 p., 136 fig. Dunod, éditeur, Paris. Prix broché : 35 francs.
- Ouvrage essentiellement pratique qui donne au professionnel ou à l’usager le moyen de prévenir les pannes électriques et aussi d’y remédier, sans cependant faire appel à des connaissances techniques spéciales. A cet effet, il donne une étude de chacun des appareils électriques de la voiture, de ses caractéristiques, de ses défauts et des moyens d’y remédier. Il termine par l’exposé d’une méthode rationnelle pour déterminer, lors d’une panne complexe, quel est l’organe ou la pièce auquel est imputable tel ou tel défaut.
- Le technicien en DieseFauto, par F. Navez. 1 vol., 107 p., 83 üg. Éditeurs : A. de Bœck, Bruxelles et Ch. Béranger, Paris, 1939. Prix cartonné : 21 francs.
- L’auteur, professeur à l’Université du Travail de Charleroi, présente ici à l’usage des praticiens un excellent manuel pratique du moteur Diesel d’automobile. Il donne, en un langage accessible à tous, l’explication du cycle des moteurs Diesel, la description précise, croquis à l’appui, des divers organes, avec une claire explication de leur rôle et de leur fonctionnement, l’énumération des principaux modèles de Diesel pour automobiles avec leurs caractéristiques essentielles. Cet ouvrage, fort bien conçu, rendra les plus grands services dans un domaine où la littérature technique de langue française est peu abondante.
- A, B, C de la T. S. F., par J. Lemouzy. 1 vol., 91 p., avec dessins et schémas. En vente chez l’auteur, 1939. Prix :
- 6 francs.
- M. Lemouzy est un technicien et industriel dont l’activité date des « âges héroïques de la T. S. F. ». Il a résumé les enseignements d’une expérience autorisée dans d’utiles conseils pratiques à l’usage du grand public.
- La pratique des petits formats, par N. Bau. 1 vol. 192 p., 171 illustrations. P. Montel, éditeur, 1939. Prix : 35 francs.
- Ce livre très documenté, abondamment illustré, constitue un véritable vade-mecum pour le photographe-amateur utilisant les appareils de petit format aujourd’hui si en faveur. Il y trouvera la documentation pratique nécessaire. L’ouvrage pourra même rendre d’utiles services aux techniciens, en leur faisant connaître toutes les possibilités actuelles des nouvelles méthodes photographiques.
- Flore desmidiale de la région de Montréal, par
- Frère Irénée-Marie. 1 vol. in-8, 547 p., fig., 69 pl. Procure des Frères de l’Instruction chrétienne, école Saint-Pierre, Trois-Rivières P. Q. (Canada). Prix : 3,50 dollars.
- Un bel exemple pour les naturalistes. Depuis 1935, l’auteur a étudié les étangs de la région de Montréal, l’hiver sous la glace comme l’été quand ils sont desséchés ; il a aussi examiné les oiseaux qui les fréquentent. Il a borné ses recherches à une seule famille d’algues microscopiques, les Desmidiées, et il en a trouvé 527 espèces dont 48 nouvelles, toutes variées et curieuses de formes. Ce livre donne leurs habitats, leurs conditions de vie, les modes de récolte, de préparation et d’examen, puis décrit et classe les espèces qui sont toutes figurées exactement. Si bien qu’il est un inventaire et aussi un guide qui servira à de nouvelles vocations.
- Le Japon, par A. et J. Maybon. 1 vol. in-8, 160 p., 148 fig., 4 pl. en couleurs. Fernand Nathan, Paris, 1939. Prix : relié, 24 francs.
- Une admirable suite de photographies aussi belles que des estampes, une série de récits légendaires ou historiques font sentir le caractère traditionnel japonais, les rites, le théâtre, les arts, les mœurs, jusqu’à l’époque Meiji. Mais rien ne vient troubler ce rêve par les images du Japon actuel : l’armée et les guerres, l’industrie et les grouillements des foules en casquette, les tramways électriques à la porte des temples.
- La civilisation et la folie raciste, par Georges Lakhovsky. 1 vol. in-I6, 140 p., 24 pl. Editions S. A. C. L., 25, rue des Marronniers, Paris. Prix : 18 francs.
- L’auteur critique les théories racistes, voyant dans les races les effets de la nature géologique du sol, de l’alimentation, des métissages, trouvant des arguments dans la proportion des groupes sanguins, et il juge le racisme, l’antisémitisme de dangereuses folies.
- Principes df astrologie scientifique, par William J. Tuoker. 1 vol. in-8, 213 p., 4 fig., Payot, Paris, 1939. Prix : 25 francs.
- Science ou superstitions ? Naturellement, l’auteur admet que des influx astraux variables, plus ou moins analogues aux rayons X ou à la T. S. F., nous parviennent et agissent sur nous, mais prudemment il fait de leur application un art plus qu’une science et il pose ainsi les règles de l’étude du caractère et de la formation des horoscopes. Aux lecteurs sagaces le soin d’expérimenter et de conclure.
- La main, miroir du destin, par Henri Mangin. 1 vol. in-16, 110 p., 47 fig. Fernand Sorlot, Paris, 1939. Prix : 15 francs.
- Analysant les formes, les lignes, les signes, que de nombreuses figures représentent, l’auteur entend répondre aux deux questions : vivrai-je vieux ? serai-je heureux ? et à quelques autres.
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- COMMUNICATIONS A U ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 mai 1909.
- La combustion des hydrocarbures. — MM. Duma-nois, Rentenauer et Prettre montrent que le dicyclopen-tanediène, non seulement résiste comme la tétraline à l’oxydation au-dessous de 3oo°, mais agit également comme inhibiteur de la combustion des carbures plus oxydables, rôle qui ne peut être joué par la tétraline.
- La distribution de l’ozone. — Dobson a montré que l’épaisseur de l’ozone atmosphérique diminue du pôle à l’équateur; de récents radio-sondages ont, d’autre part, montré les caractéristiques plus nettement polaires de la stratosphère dans l’hémisphère austral que dans le boréal. Mme et M. Vassy ont recherché si cette dissymétrie ne se retrouve pas aussi dans la répartition de l’ozone. D’après des observations encore trop peu nombreuses, il a été possible de noter que l’épaisseur déduite de l’ozone est plus élevée de 8 pour 100, à latitude égale, dans l’hémisphère sud. Il est permis de se demander s’il s’agit seulement d’une répartition différente suivant les latitudes à la surface de chaque hémisphère ou d’une abondance absolue de l’ozone dans l’hémisphère austral. En tout cas ce nouvel élément de dissymétrie entre les deux hémisphères est probablement une conséquence de la profonde différence dans la répartition des mers et des continents.
- La foudre dans les Hautes-Pyrénées. — Le département des Hautes-Pyrénées est un des plus foudroyés de France. MM. Dauzière et Bouget y distinguent trois zones : une zone à coups de foudre très rares comprend l’ouest du département jusqu’au cours du Gave de Pau, d’Argelès à Lourdes, ainsi que les sommets calcaires voisins de Bagnères de Bigorre ; une zone à coups de foudre très fréquents qui comprend presque toute la partie au sud de Tarbes ; une zone moyenne, formée par le nord du département, où les coups de foudre se raréfient à mesure que l’on s’éloigne des Pyrénées. Cette répartition confirme pleinement le rôle attractif vis-à-vis de la foudre des accidents géologiques (failles, lignes de contact, grottes, gouffres). Elle fait ressortir la fréquence de la foudre, coïncidant avec celle des orages à grêle, dans la zone qui va du Plateau de Ger au Plateau de Lannemezan. La ville de Tarbes et ses environs ont souvent souffert des effets catastrophiques de cette situation.
- Séance du 3o mai 1939.
- L’audibilité des sirènes. — Le problème s’est posé de préciser l’influence des bruits de rue sur l’audibilité des sirènes. M. Baron l’étudie en enregistrant un bruit de rue typique (boulevard Haussmann vers 18 h) et en le reproduisant avec une intensité variable dans une salle isolée. Le bruit de la sirène est capté par un microphone et reproduit dans la salle par un haut-parleur réglable. Six auditeurs assurent l’écoute. L’auteur définit le degré d’audibilité comme le rapport de la durée de la perception de la sirène à la durée totale de l’essai. Ce rapport passe de 0,15 à 0,90 quand l’intensité du signal augmente de 17 décibels; pour
- le maintenir constant, il faut que l’intensité du signal varie dans le même rapport que le bruit de la rue. On peut admettre qu’un bon signal doit avoir un degré d’audibilité de 0,90. Des vai’iations continuelles de l’intensité du signal le rendent moins audible ; si ces variations portent au contraire sur la hauteur du son l’audibilité est améliorée.
- La reviviscence des mousses congelées. —
- M. Becquerel expose qu’à la suite de ses premières recherches sur la reviviscence des mousses soumises à de très basses températures, MM. Luyet et Gehenio ont pu obtenir le retour à la vie des mousses immergées dans l’air liquide, non seulement à partir de l’état de vie ralentie, même si l’expérience a lieu en période de vie active, sur des tissus contenant 70 pour 100 d’eau. Il faut seulement éviter la formation de la glace en passant très rapidement de — i5° à o° pendant le réchauffement. L’auteur indique qu’un refroidissement lent jusqu’à — 190°, suivi d’un réchauffement lent permettent la conservation de la vie ; dans ce cas, pendant le refroidissement, la teneur en eau des mousses est ramenée à ce qu’elle est en vie ralentie. Cette survie peut s’expliquer par l’arrêt de la synérèse pendant le dégel, permettant aux amicrons de reprendre leurs liaisons avec les molécules d’eau et de reformer le système colloïdal initial.
- Réactions visuelles. — M. Escher-Desrivières a repris dans une cabine à toiture vitrée amovible les mesures des réactions psychomotrices visuelles déjà effectuées en lumière artificielle par Pottevin et Faillie. Cette étude peut donner d’utiles renseignements sur le rendement du travail. Elle confirme qu’en éclairage naturel, les temps des réactions tendent rapidement vers une limite avec l’éclairement du test. De 20/100 de seconde pour 5o lux, elle décroît ensuite très lentement lorsque l’éclairement croît jusqu’à 5oo lux. Un vitrage bleuté ne ralentit les réactions que dans la mesure où il diminue le nombre de lumens admis dans la cabine. Il serait intéressant d’étudier les modifications possibles de ces résultats pour de très longues séries d’épreuves faisant intervenir l’accoutumance et la fatigue.
- Antigène tuberculeux. — La sensibilisation des animaux à la tuberculine n’est conférée que par inoculation de bacilles vivants à très faible dose ou de bacilles morts à une dose beaucoup plus élevée. Mlle Choucroun expose que, dans ce dernier cas, la sensibilité est particulièrement intense si les bacilles morts sont préalablement mis en suspension dans l’huile de paraffine. Elle est ainsi amenée à supposer que le principe actif du bacille passe dans l’huile. Il lui a été possible de vérifier cette importante conclusion. Une émulsion de bacilles morts dans l’huile donne par séparation à la centrifugeuse une huile qui diffère de l’huile vierge par sa viscosité accrue, sa fluorescence et son spectre d’absorption. Cette huile contient un antigène actif dont la présence est vérifiable in vivo sur le lapin et le cobaye. Cet antigène, qui paraît être le plus complet du bacille tuberculeux, est spécifique de l’espèce de bacilles (humain ou bovin) qui a servi à le préparer.
- L. Bertrand.
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- 126 = NOTES ET INFORMATIONS
- CHIMIE INDUSTRIELLE
- La coloration du ciment Portland.
- Pour colorer le ciment dans la masse, on emploie des pigments minéraux dans des proportions qui ne doivent pas dépasser io pour ioo du poids du ciment pour ne pas diminuer ses qualités mécaniques. On mélange soigneusement avant emploi ces pigments broyés très fin. Voici une liste des produits recommandés.
- Ciment bleu : oxyde de cobalt; ciment brun : oxyde de fer ; ciment jaune : ocre jaune ; ciment gris : oxyde de fer noir ; ciment vert : oxyde de chrome ; ciment rouge : oxyde rouge de fer. En mélangeant dans des proportions variables ces différents corps, on peut obtenir toute une gamme de teintes intermédiaires.
- Utilisation des excédents de caiés.
- On sait que lorsque la récolte de café au Brésil était surabondante et ne pouvait être absorbée par la consommation, on en était réduit, pour se débarrasser des stocks, à les brûler dans les chaudières des locomotives.
- Cette utilisation était barbare et on a cherché à trouver d’autres moyens de résorber les excédents qui atteignent parfois 4 millions de sacs, en en tirant des produits ayant une valeur marchande. D’après les travaux du laboratoire Mellon de New-York, on peut retirer du café vert des résines, de l’huile et de la cellulose susceptibles d’applications industrielles. Les matières plastiques à base de résines de café peuvent être moulées sous pression et donnent des produits résistant à l’action de l’eau, aux alcalis, aux acides faibles et à un grand nombre de liquides organiques.
- L’huile extraite du café est riche en vitamines D et donne une substance peplisante intéressante.
- Le rendement serait, par sac de 65 kgr, de 4 à 5 1 d’huile et d’une quantité de matière plastique suffisante pour recouvrir une surface de 4 m2 sous une épaisseur de 3 cm.
- STATISTIQUE
- La population de la Turquie.
- On sait que dans l’ancien empire ottoman, il était impossible d’effectuer un recensement quelconque par suite de l’opposition irréductible qu’une telle opération aurait rencontrée de la part de la fraction musulmane de la population. La réclusion de la femme constituait une barrière empêchant l’évaluation de leur nombre ainsi que celui des enfants. Aussi, en 1918, les évaluations oscillaient-elles entre 7 millions (d’après les estimations des services du Ministère français des Affaires étrangères) et 9 millions (d’après le Foreign Office). Quand les résultats du premier recensement d’octobre 1927 furent publiés, ce fut donc une surprise de constater que la population turque atteignait au moins i3.65o.ooo. En 1935, un second recensement plus précis confirma largement les premiers résultats et donna une population de 16.200.000 habitants se répartissant comme suit :
- Population Surface en km2 Habitants par km2
- Turquie d’Europe .. i.o4o.ooo 23.975 52,8
- Turquie d’Asie 12.610.000 738.761 20,2
- Total ... i3.65o.ooo 762.736
- Si on compare la densité d’habitants au km2 à celle des
- pays avoisinants (Grèce 91,9; Bulgarie, 59,1; Yougoslavie, 59,4) on constate que seule la Turquie d’Europe a une densité analogue. La Turquie d’Asie est au contraire très peu peuplée, la densité variant de 29,7 dans les régions côtières de la Mer Noire à 8,7 dans les provinces de l’Est qui furent décimées pendant la guerre.
- La Turquie, malgré les échanges de population avec la Grèce en 1923-1924, est encore une véritable mosaïque de races et de religions ainsi que le montre le tableau suivant l’elatif au recensement de 1927 :
- Race Turquie d’Europe Turquie d’Asie
- Turcs. 774.000 11 000.000
- Kurdes . J .700 1.182.000
- Croates . 1.700 i35.000
- Cireassiens . 100 100.000
- Tartares . 4oo 10 000
- Grecs. 77.000 10.000
- Arméniens . 5o.000 27.000
- Juifs .... 45 000 37.000
- Au point de vue des religions, la répartition est approximativement la suivante : mahométans i3 millions, catholiques 160.000, juifs 82.000.
- Quant aux étrangers : italiens, persans, russes, bulgares, anglais, français (3.5oo), allemands, etc., leur nombre qui atteignait 86.000 en 1927, dont 65.000 en Turquie d’Europe, a fortement diminué par suite des restrictions à l’émigration et des lois nouvelles de 1932 et n’est plus en 1938 que de 42.000 en Turquie d’Europe.
- Étant donné le courant d’émigration vers la Turquie, contrôlé et dirigé par le gouvernement, la population totale de la Turquie atteindra bientôt 20 millions.
- La population de VU. R. S. S.
- D’après le recensement du 17 janvier 1939, la population de l’U. R. S. S. s’élève à 170.467.186 individus dont 81.664.981 du sexe masculin et 88.802.2o5 du sexe féminin. Depuis 1926, l’augmentation de la population recensée est de 23.439.271. Pendant la période 1926-1939, l’augmentation moyenne annuelle de la population a été de i,23 pour 100. La population de Moscou est passée pendant cette période de 2.029.425 habitants à 4-i37.oi8, celle de Leningrad de i.6go.o65 à 3.191.304. Un des traits caractéristiques de l’évolution démographique de l’U. R. S. S. est le rapide accroissement de la population urbaine qui a plus que doublé entre 1926 et 1939 et représente aujourd’hui 32,8 pour 100 de la population totale, contre 17,9 pour 100 en 1926. On compte 82 villes ayant plus de 100.000 habitants et parmi elles des villes sorties de terre depuis peu comme Karaganda (167.000 habitants), Magnitogorsk (145.870).
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTES
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- CONSTRUCTIONS D'AMATEURS
- Un appareil de pilotage en chambre simple et amusant.
- Voulez-vous piloter un avion sans quitter votre intérieur P C’est fort simple. Vous pourrez vous-même construire le système complet et à distance vous ferez décoller l’appareil. Il prendra de la hauteur, s’inclinera à votre gré sur l’aile et progressera au-dessus des champs et des ^ villages qui seront bien entendu dessi-
- nés simplement sur le décor (fig, i).
- moteur 4 Ventilateur
- invisibles. Si on les lâche, l’appareil prend de la hauteur. Si on tire dessus au contraire, il descend.
- Toute la difficulté du pilotage consiste à maintenir l’avion juste au-dessus de la colonne d’air que projette le ventilateur.
- Plus l’avion prend de la hauteur, plus il est difficile de le maintenir en équilibre.
- Comme dans un véritable appareil, en tirant le manche à balai vers soi on s’élève, en poussant en avant on descend et les mouvements latéraux inclinent à droite ou à gauche comme si les ailerons agissaient.
- Ces quatre déplacements sont commandés par quatre fils reliés aux bouts de chaque aile et aux extrémités de l’empennage (fig. 3). Ils passent dans des boucles de fil de fer elles-mêmes solidaires du chariot. Il y a lieu de s’assurer que ces boucles sont bien refermées, il convient qu’elles fassent plutôt plusieurs spires sur elles-mêmes car autrement le fil risquerait de s’y accrocher.
- Les fils sont réunis deux par deux de façon que le manche à balai n’actionne plus que deux groupes. Ils passent en bas sur deux pitons ronds servant de renvois puis remontent dans la direction du manche. Celui-ci est formé d’un simple tube : une grosse tringle à rideaux ou un tube en carton pour expéditions. Au centre, il porte deux ouvertures allongées à travers lesquelles passe une tige d’acier rond percée d’un trou et pouvant tourner sur elle-même (fig. 4)- Les deux mouvements de rotation sont ainsi réalisés.
- Le manche est relié par les deux biellettes C aux renvois
- 2. — La soufflerie. — Fig. 3. — La fixation de l’avion.
- Fig. 4. — Le manche de manœuvre.
- dei fi/s
- Fig. 1. — Vue de l'appareil de pilotage d’un avion-jouet et de son mécanisme.
- L’avion peut avoir n’importe quelle forme, monomoteur, bimoteur, peu importe. L’essentiel est qu’il soit léger. On le construira donc en balsa, papier ou aluminium très mince. Son envergure ne doit pas dépasser io à 12 cm.
- La disposition générale du système est représentée figure 1. L’appareil est soulevé par une soufflerie accrochée sous un chariot (fig. 2). Ce chariot lui-même roule sur deux rails très légèrement inclinés. Au repos, il ne peut pas glisser le long de la pente, mais quand le moteur tourne, la trépidation le fait progresser lentement.
- Si on dispose d’un petit moteur électrique de i/5o ch, la soufflerie est facile à construire. Le carter dans lequel l’air est brassé est en carton collé ou pris dans une boîte ronde sur laquelle on fixe une cheminée suivant la tangente.
- L’avion est retenu au sol au moyen de quatre fils noirs fins, qui pratiquement sont
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- A et B en gros fil de fer roulé. Si on le pousse en avant, les biellettes poussent les renvois et tendent les fils. L’àvion plaque au sol. Au contraire, si on le tire vers soi, on donne du fil et l’avion grimpe vers la colonne d’air que le ventilateur lui envoie.
- Si le tube est bien dans l’axe pendant le pilotage, les deux biellettes tirent autant l’une que l’autre, mais si on déplace le manche d’un côté quelconque l’équilibre est rompu et l’avion s’incline à droite ou à gauche. De cette façon on corrige les glissades que procurent les remous irréguliers de la soufflerie. Les novices auront du mal à éviter la chute « sur l’aile « qui heureusement ne provoquera même pas de dégâts matériels. Mais avec un peu d’habitude, on « sent l’air » en tenant le manche et on dirige l’appareil sur une couche porteuse.
- Pour que l’illusion de la navigation aérienne soit aussi complète que possible, il y a lieu de dissimuler la soufflerie et le mécanisme par un décor figurant la mer ou la campagne.
- Il suffira de ménager deux fentes pour laisser passer les fils et d’avoir aussi une ouverture au-dessus du chemin que parcourt la turbine. Cette ouverture peut être recouverte par de la toile métallique à mailles larges, genre garde-manger, qui sera peinte de la même couleur que le reste.
- Dans cette partie du travail, l’imagination peut se donner libre cours. Avec des sujets de plomb ou de petits villages en bois, il est facile de constituer tout un paysage sur lequel on fera du rase-motte en pleine campagne, des montées brusques ou des atterrissages impeccables.
- J. Garcin.
- BOITE AUX LETTRES
- De tout un peu.
- M. Langloys, à Saint-Étienne. — Le procédé le plus pratique pour imperméabiliser les vêtements de ski consiste à les badigeonner avec une solution composée de :
- Vaseline blanche..................... 10 gr
- Lanoline anhydre..................... 10 —
- Essence minérale..................... 500 cm3
- Tétrachloi’ure de carbone. . . 500 —
- Si on dispose d’un pulvérisateur à débit suffisant, l’operation se trouve facilitée, en même temps que la répartition du liquide est beaucoup plus uniforme, le vêtement étant suspendu librement sur un porte-manteau.
- N. -B. — La lanoline est une matière grasse retirée du suint de mouton.
- Société de la Haute-Isère, à Viclaire. — 1° Le vernis dont vous piariez était très probablement un vernis cellulosique ; vous pouvez prendre comme type d’une préparation de ce
- genre la formule suivante :
- Celluloïd transparent................... 15 gr
- Acétone................................ 100 —
- Acétate d’amyle........................ 100 —
- Benzine................................ 100 —
- Ether acétylacétique.................... 20 —
- L’addition de ce dernier produit a pour but d’empêcher la production d’un voile au moment de l’évaporation des solvants.
- Ce vernis incolore et transparent convient très bien à une finition.
- 2° Les maisons suivantes sont susceptibles de vous fournir des vernis analogues : Soehnée frères, 58, rue de Saint-Mandé, à Montreuil-sous-Bois (Seine) ; Clément et Rivière, 42, rue Beaurepaire, à Pantin.
- M. Bontemps, à Colombes. — Le noir de fumée étant obtenu généralement par combustion incomplète des huiles, contient toujours environ 5 à 6 pour 100 de matières grasses ou résineuses, il en résulte que les molécules de carbone sont difficilement mouillables. L’addition de noir de fumée au liège pour la confection des engins de sauvetage empêche donc le liège d’absorber l’eau et le rend plus longtemps flottable.
- M. Solari, à Paris. — Pour désodoriser l’essence minérale, ajouter à 5 1 de celle-ci environ 100 gr de chlorure de chaux (poudre de chlore du commerce), puis quelques centimètres cubes d’acide chlorhydrique, agiter fortement et laisser en contact quelques jours.
- Après repos, décanter le liquide clair dans un second récipient contenant un peu de chaux vive pour saturer l’acide chlorhydrique, agiter, laisser reposer puis décanter l’essence ainsi désodorisée.
- M. Leriche, à Meudon. — La façon la plus simple de repeindre les parties écaillées des ailes d’une auto est d’appliquer une peinture cellulosique telle que le novémail à base d huile de Tung qui présente une grande adhérence sur le métal. La plupart des marchands de couleurs tiennent ce produit ; à défaut vous pourrez vous adresser au distributeur, 112, rue Réaumur, à Paris.
- M. Peyruqueou, à Biarritz. — Pour répondre utilement à votre question, il serait nécessaire de connaître la réalisation que vous avez en vue, car à premier examen, il semble que l’eau simple satisfait à la demande, puisque les savons du commerce : stéarates de soude ou de potasse, ainsi que les savons de toilette dits « à la glycérine » y sont très facilement solubles, étant débités en copeaux, par chauffage au bain-marie.
- Abonné 118-1, à Condom. — Si la pâte à polycopier que vous avez préparée ne durcit pas, reste visqueuse et si l’on ne peut en détacher le papier que difficilement, c’est que la quantité d’eau ajoutée a été trop grande. Vous pourrez facilement remédier à cet inconvénient en évaporant l’excès d’eau au bain-marie, jusqu’à ce que la pâte se soit montrée après refroidissement à consistance convenable.
- Collège de Bellevue, à Dinant (Belgique). — 1° La formule suivante de terre plastique à l’huile vous donnera
- très probablement satisfaction :
- Poix de Bourgogne............... 35 gr
- Térébenthine de Venise .... 50 —
- Cire d’abeilles................ 270 —
- Beurre de cuisine............... 65 —
- Huile de table.................. 25 —
- Amener doucement à fusion, rendre homogène puis incorporer :
- Fécule de pommes de terre. . . 540 gr
- Rouge d’Angleterre.............. 15 —
- Malaxer jusqu’à refroidissement pour éviter la séparation de l’ocre et de la fécule, mettre en boîtes munies de couvercles.
- 2° Pour la prise de creux sur le modelage, le mieux sera de vous servir de plâtre à modeler dans lequel vous noyerez en surface quelques floches de chanvre pendant qu’il sera encore pâteux, ainsi que l’on procède pour le staf.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cl0 a laval (france) . — 15-8-1939 — Published in France.
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- N°3056
- LA NATURE
- V' Septembre 1939
- ----- LE p0RT DE CAEN : ".
- ET SES NOUVEAUX AMÉNAGEMENTS
- Si le port de Caen ne vient qu’au septième rang des ports français, il n’en est pas moins, après Rouen et Le Havre, le troisième des ports normands, et le premier pour l’importation, sous pavillon français, des charbons étrangers.
- Activité de ce port. — Son tonnage moyen, qui s’était tenu, au cours des dix dernières années, aux environs de 1.800.000 t par an, atteignait, en 1987, un maximum de 2.223.911 t, avec un excédent d e 435.8o3 t sur 1936.
- Et si, d’autre part, et en fonction du tonnage total d e 1936, on calcule le pourcentage d’augmentation pour les sept grands ports français, on constate que Caen vient en tête, avec une augmentation de 24,37 pour 100, alors qu’elle n’est que de 16,06 pour 100 pour Bordeaux, port 1 e plus fa\rorisé après Caen.
- Bien que, — et c’est là une constatation extrêmement pénible, — la production du minerai de fer, en janvier 1936, c’est-à-dire avant la semaine de 4o h, atteignît 124 t par ouvrier et par mois, elle n’était plus, en janvier 1938, et malgré les progrès incessants apportés au matériel, que de 102 t par ouvrier et par mois.
- Cependant si, en France, la production totale du minerai de fer est tombée de 5o.731.000 t en 1929 à 37.769.000 en 1987, elle s’est élevée, en Normandie, de 1.522.000 t en xg36 à 1.891.999 t en 1987.
- Et si l’augmentation du tonnage total, pour le port de Caen, provient en partie, aux entrées, du trafic presque nouveau des hydrocarbures et de celui des bois, goudrons et pyrites, elle est due surtout, aux sorties, au minerai de fer, dont le tonnage a atteint, en 1937, 677.629 t au lieu de 196.708 en xg36 (fig. 1).
- La comparaison entre les chiffres de la production du minerai de fer du bassin normand et ceux du tonnage
- du minerai exporté, monti'e immédiatement qu#^ importante quantité de ce minerai est utilisée sur par l’industrie sidérurgique de la région qui impw^ç, pour les besoins de ses hauts-fourneaux, les finesC^ coke qui lui sont indispensables.
- Et c’est précisément à cette importation conjuguée avec l’exportation du minerai de fer non utilisé dans la région, que le port de Caen doit en grande partie le développement de son tonnage, les ai’mateurs qui
- débarquent ce coke à Caen ayant la presque certitude d’y embarquer, en minerai, le fret de retour qui leur est nécessaire pour une utilisation rationnelle de leurs navires.
- C’est également la raison pour laquelle ce port est le premier de Fi'ance par sa portée du tonneau de jauge, ou quotient du tonnage total des marchandises importées et exportées par la somme des tonnages de jauge des navires, et qui atteint 1.700 kgr par tonneau de jauge, conti'e 1.000 kgr à Rouen, et bien moins encore pour les autres ports.
- Le port actuel. — Important port fluvial au Moyen Age, mentionné déjà vers l’an 900, le port de Caen abrita les chantiers où furent construits les « drakkars » utilisés par Guillaume le Conquérant pour son expédition en Angleterre, et c’est dans ce port que furent embarquées, après la conquête, une bonne partie des pierres employées à ce moment pour la construction des principaux monuments de Londres.
- Mais, en raison de l’insuffisance des profondeurs dans l’Orne et des dimensions croissantes des navires, il ne prit une grande extension qu’après l’exécution du canal de Caen à la mer, comportant un premier bassin, le bassin Saint-Pierre, tei'miné en 1848, alors que le canal lui-même ne le fut qu’en 1857 (fig. 2).
- Les approfondissements successifs de ce canal, l’élar-
- Fig. 1. — Port de Caen. Les quais au minerai de jer. (Collection de la Société nationale des Chemins de Fer).
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- OUISTREHAM
- , Chenal
- Avant Port Js
- Ane. Ecluse
- BENOUVILLE
- .Bassin SV Pierre I font delà Fonderie
- 'Eclose de l'Orne
- HER0UV1LLE
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- ££Pont de Blainyille
- Ecluse
- Pont de Bénouville ~PAEN________-M-g
- Bassin^^ de l'Orne ^ Nauv.Barrage
- Pont d'Hêrouville
- ;e du siège
- SAUJE.NELLES
- COLOMBELLES
- RAN VILLE
- Fig. 2. — Port de Caen. Plan de la rivière d’Orne et du Canal de Caen à la mer.
- gissement de la passe de navigation des ponts tournants, la création de nouveaux quais, transformèrent peu à peu ce port primitif et l’amenèrent à l’état actuel, où il compte, avec 18 ha de sui’face d’eau, 2.370 m de quais accostables, et i3i ha de terre-pleins (fig. 3).
- Il comprend deux bassins anciens, le bassin Saint-Pierre déjà nommé et le bassin de l’Orne, tous deux insuffisamment profonds, et dont les terre-pleins sont do trop faible étendue. Le premier, cependant, est pourvu d’un hangar public intéressant en ce sens que sa toiture est composée de panneaux métalliques amovibles, d’un poids unitaire d’environ 1.000 kgr, qu’une grue peut soulever et déposer sur un panneau voisin, ouvrant ainsi une baie d’environ 18 m2 par laquelle les marchandises provenant du bateau sont déposées directement par la même grue sur le sol du hangar.
- Le nouveau bassin, doté de 1.000 m de quais, assure à lui seul un trafic de 5 à 6 fois supérieur à celui des
- deux bassins précédents (fig. 4). Cependant, les fines de charbon sont reçues dans un bassin privé qui appartenait autrefois à la Société métallurgique de Normandie et qui comporte un môle d’accostage en béton armé de i5o m de longueur. Grâce au puissant outillage dont ils disposent, ces deux bassins assurent un trafic d’environ 2.000.000 de t, qui constitue malheureusement la limite de leur utilisation, et qui empêche tout nouveau trafic, ainsi que la création de lignes nouvelles.
- Et c’est pourquoi la Chambre de commerce de Caen procède actuellement, au port privé de la S. M. N., cédé par cette Société à l’État, et qui fera désormais partie du port public, à des travaux approuvés par le Ministère des Travaux publics, et qui permettront une utilisation intensive de ce port.
- Silo pour 40.000 t de minerai. — Ces travaux (fig. 5) consistent en une installation à grand débit,
- Fig. 3. — Plan d’ensemble du port de Caen.
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- destinée à l’embarquement du minerai jusqu’ici unique en France. Grâce à l’existence, près de ce bassin, d’une verse aux laitiers dominant le plan d’eau du bassin d’environ i5 m, la Chambre de commerce construit, en déblai de cette verse, un silo d’une longueur totale d’environ i3o m, divisé par des cloisons métalliques transversales en 9 cases pouvant contenir, sans risque de mélange, des minerais de provenances et de natures différentes, à raison de 4-5oo t environ par case, soit près de 4o.ooo t de minerais au total.
- Un viaduc à deux voies ferrées, surmontant ce silo, reçoit les trains de minerais composés de wagons-trémies de 5o t à déchargement automatique, de longueur sensiblement égale à celle de chacune des cases, qu’ils rempliront par simple gravité, ce qui facilitera grandement ce travail.
- Trappes distributrices. — Chacune de ces cases comporte, à sa partie inférieure, une trémie double en béton amié fermée à l’aide de trappes d’un modèle très particulier, déjà adopté par les mines de fer pour la fermeture de leurs silos de stockage.
- Fig. 4. — Port de Caen. Les nouveaux bassins. (Collection de la Société nationale des Chemins de Fer).
- Ces trappes « Zublin », dites « à chaîne », consistent en une sorte de chenille analogue à celle des chars d’assaut, commandée par un mécanisme d’entraînement électrique et formée de palettes d’acier articulées pouvant être manœuvrées à l’ouverture, et même à la fermeture, avant que le silo soit vide, en coupant le courant de minerai, et même sous une très forte charge.
- L’arrêt de la chaîne forme sur elle, à la sortie de la trémie, un talus de minerai en équilibre sous l’influence de la charge et de son frottement interne, et qui, après constitution du talus d’éboulement, suffit à arrêter tout éboulement de ce minerai.
- Si la chenille est mise en route, le tas de minerai avance en même temps que les palettes, il se forme en arrière un vide recomblé aussitôt par d’autre minerai descendant de la trémie, et le minei’ai transporté s’écoule à l’extrémité de la chenille à une vitesse proportionnelle à celle de la chenille elle-même
- Le ralentissement, puis l’arrêt de ce mouvement, interrompent sans aucun heurt, sans production d’aucun coincement, le débit du minerai, l’ouverture par laquelle il s’écoulait restant libre.
- jBascule imprimante. — On calcule souvent encore le poids du minerai embarqué dans les cales d’un navire en
- Fig.
- déterminant l’enfoncement par la lecture de deux échelles peintes à l’avant et à l’arrière. On en déduit ce poids, — très approximativement, — à l’aide de labiés calculées en tenant compte de la surface des différentes sections immergées.
- 5. — Elévation, coupe et plan des installations en cours pour embarquement des minerais.
- Elévation développée
- sVn
- Bras de chargement Ouvraoe d'accostaae
- Silos à minerais
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- Coupe transversale d’un silo
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- L’installation, à Caen, sera équipée d’une bascule automatique et imprimante comportant un plateau mobile de 6 m de longueur environ sur lequel seront fixés des galets porteurs qui soutiendront sur cette longueur la courroie transporteuse. La bascule préalablement tarée indiquera le poids du minerai porté à un instant donné par cette courroie sur la longueur du plateau.
- Des pesées effectuées à intervalles réguliers, égaux chacun au temps que mettra chaque point de la courroie à se déplacer de la longueur du tablier, permettront de peser chaque morceau de minerai une fois, et une seule. Les résultats de ces pesées s’additionneront sur un cadran, et indiqueront le poids total du minerai passé sur la bascule depuis la remise au zéro de ce cadran.
- Un système enregistrant et imprimant établira automatiquement, et en double exemplaire, un ticket por-
- tant le poids correspondant au chargement du navire, détaillé suivant les différentes cales qui peuvent être destinées à un réceptionnaire différent. On évitera ainsi toutes contestations sur le poids, et les doubles des tickets serviront de base de paiement de la taxe perçue par la Chambre de commerce pour le fonctionnement des appareils de manutention.
- Chargement des navires. — Le minerai ainsi pesé sera amené au sommet d’une esta-cade accostable établie à 8 m au-dessus du plan d’eau (fig. 6).
- Reçu par une petite courroie auxiliaire portée par un bras mobile, il sera alors déversé, à raison de i.ooo t à l’heure, dans les cales du navire amarré à l’estacade, soit en 3 ou 4 h, avec le contenu d’une seule case, pour un navire de 3 à 4.ooo t.
- 11 est facile d’imaginer l’économie de temps et d’argent que procurera cette installation. Elle sera plus sensible encore lorsque les dragages prévus dans le canal auront porté le tirant d’eau jusqu’à la limite de 7 m 6o, permise par l’écluse de Ouistreham, ce qui facilitera l’entrée au port de navires de plus grand tonnage.
- Dès maintenant, cette installation libérera le nouveau bassin de la manutention des minerais et y permettra l’établissement de nouvelles lignes venant s’ajouter à la ligne nord-africaine Schiaflino qui, chaque mois, amène d’Algérie du phosphate à destination d’une usine à superphosphates, ainsi que des pyrites et des vins, et emporte, comme fret de retour, des aciers fabriqués à Caen.
- Georges Lanorville.
- = V AGRICULTURE =
- SOURCE DE MATIÈRES PREMIÈRES POUR L'INDUSTRIE
- Lorsqu’on parle de « produits agricoles », presque tout le monde pense immédiatement « produits comestibles ». Pour beaucoup, l’agriculture a pour mission essentielle et exclusive la production de matières alimentaires destinées à l’homme, ou aux animaux qui eux-mêmes doivent finalement assurer sa subsistance.
- Il y a une cinquantaine d’années, cette conception pouvait être soutenue avec quelque vraisemblance. C’était alors par exemple qu’un éminent savant, sir William Crookes, n’hésitait pas à prédire la mort à brève échéance de la race blanche, des « mangeurs de pain » dont le nombre augmentait plus vite que les possibilités de production du blé.
- Depuis cette date, non seulement la population blanche, particulièrement en France hélas, n’a pas continué à s’accroître au même rythme, mais la sélection des espèces les plus productives, l’emploi des méthodes culturales perfectionnées, l’usage intensif des engrais ont augmenté les rendements à l’hectare dans des proportions considérables
- Il en résulte, la faculté de consommation humaine n’étant pas indéfinie, que pour assurer la production nécessaire à la population, il suffit de cultiver normalement des surfaces moindres. Si les récoltes sont une année exceptionnellement bonnes, c’est la surproduction, Ja rupture de l’équilibre entre l’offre et la demande, la catastrophe. Le phénomène se reproduit périodiquement dans le monde : surproduction de café, de blé, de vin, de coton, etc..., entraînant des crises économiques qui sont pour beaucoup dans le dépeuplement de nos campagnes. À moins que, s’adressant à l’État-Providence, celui-ci n’absorbe les excédents, dont il ne sait d’ailleurs quel emploi faire, avec les conséquences financières dont la politique du blé en France est actuellement un exemple typique.
- Depuis longtemps les États-Unis ont pressenti le danger et poursuivent patiemment la solution du problème. L’idée directrice qui les a guidés est la suivante : l’agriculture peut être une source non seulement de produits alimentai-
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- res, mais encore de matières premières pour l’industrie, au même titre que les mines de charbon ou de minerais métalliques. Ces matières premières transformées en produits ouvrés rentrent dans la circulation économique du pays et constituent alors une nouvelle branche d’activité en même temps qu’un régulateur des marchés de ces matières. Les nouvelles industries permettent d’absorber normalement une partie de la production, de stabiliser les cours, de résorber les excédents, de créer le cas échéant de nouveaux marchés et de permettre l’extension et le développement soit de cultures existantes, soit de nouvelles cultures rémunératrices pour les agriculteurs.
- Ce sont les principaux résultats obtenus à l’heure actuelle ainsi que les directions dans lesquelles se poursuivent les recherches en Amérique que nous allons rapidement passer en revue.
- Les efforts ont été dirigés dans trois directions différentes : chercher à utiliser les sous-produits et les résidus ; introduire de nouvelles cultures donnant des récoltes capables de remplacer certaines matières premières importées ; enfin inventer de nouvelles applications des récoltes ou de leurs excédents pour débouchés non alimentaires.
- LES PRODUITS VÉGÉTAUX ET ANIMAUX DANS L'INDUSTRIE DES MATIÈRES PLASTIQUES
- L’industrie des matières plastiques, qui actuellement prend de plus en plus d’importance, a largement fait appel aux produits végétaux et animaux, c’est-à-dire en définitive, à l’agriculture.
- Depuis longtemps, la cellulose, dont la molécule est déjà fortement polymérisée, a servi de base à un grand nombre de matières plastiques : les nitrocelluloses, les acétates de cellulose, les éthylcelluloses, etc.
- Le coton et le bois en sont les matières premières. Les chimistes américains cherchent maintenant à utiliser dans le même but la lignine qui est la partie non glucidique de la paroi cellulaire des végétaux et qui joue le rôle mécanique de soutien.
- La caséine du lait a servi, surtout en Europe, à la préparation de matières plastiques et en Italie et en Allemagne on l’utilise pour obtenir une laine artificielle, le lanital (J).
- En Amérique la caséine est relativement peu employée, car on lui reproche de donner une matière plastique trop sensible aux variations climatiques et elle ne sert guère qu’à fabriquer des objets de petite dimension (boutons par exemple) durcis par traitement à la formaldéhyde pendant plusieurs jours. On évalue à 3.ooo t seulement sa consommation annuelle sous le nom d’Amcroïd.
- La zéine qui forme l’albumine du maïs a fait l’objet de nombreuses éludes. Le fait qu’elle est soluble dans l’alcool et possède des propriétés plastiques remarquables, même à faible teneur d’humidité, permet d’envisager un marché intéressant lorsque les difficultés pratiques (en particulier le coût d’extraction) auront été résolues. Déjà on en prépare des feuilles transparentes genre cellophane.
- Les graines de soja ont un avenir beaucoup plus brillant et actuellement, principalement sous l’impulsion donnée par IL Ford, le constructeur d’automobiles, qui a dépensé plus de i.5oo.ooo dollars sur cette culture, des résultats pratiques ont été obtenus. Comme on cherche, depuis de longues années déjà, à introduire en France la culture de cettè légu-mineuse pour l’alimentation et les emplois industriels, nous donnerons quelques détails sur cette question.
- Le soja est une plante répandue en Asie depuis une épo-
- 1. Voir La Nature, n° 3046, 1er avril 1939.
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- que très reculée ; elle donne des feuilles pouvant servir de fourrage et des graines, dans une cosse analogue à des haricots et propres à la consommation. Sa culture ne demande pas de conditions spéciales de sol et de climat, la plante est très résistante à la sécheresse et une humidité abondante ne lui est pas nuisible. Mais, pour qu’elle pousse autre part qu’en Asie, il faut l’inoculer, car la bactérie spéciale qui lui permet de se développer en fixant les éléments nécessaires, n’existe pas dans nos terrains.
- En Améi’ique, sa culture se répand rapidement : Ford pour sa part en a récolté en 1938 plus de 72.000 hl. Les graines séchées traitées dans un extracteur à huile spécial donnent 200 1 d’huile par tonne de graines. Cette huile est traitée pour faire des peintures et le tourteau restant peut être soit donné en nourriture au bétail, soit transformé en matières plastiques avec lesquelles on fait les cornets d’avertisseurs, les chapeaux de bobines de Delco, les boutons de leviers, etc. et un grand nombre de pièces accessoires de carosserie automobile.
- Les résines synthétiques à base de phénol-formaldéhyde ou d’urée-formaldéhyde ont besoin, pour être employées industriellement, d’être additionnées de matières renfermant des protéines. On leur adjoint avec avantage la protéine du soja qui leur confère des propriétés de moulage, de plasticité remarquables.
- La protéine de soja, qui ressemble à la zéine au point de vue propriétés plastiques, traitée par la formaldéhyde, donne une matière dite thermoplastique (1) qui sert de base à des matières plastiques intéressantes par addition de composés qui tout en leur donnant une fluidité suffisante pour qu’on puisse les travailler et les mouler, accroît leur résistance à l’action de l’eau. Les alcools à polyfonction, comme les glycols, mélangés à du stéarate d’aluminium ou de l’acide oléique, semblent pouvoir donner des résultats satisfaisants. Enfin, la protéine de soja formaldéhydée se mélange bien avec certaines matières plastiques, en particulier à base de phénol ou d’urée et de formaldéhyde.
- Les recherches des chimistes sont loin d’être terminées car, ainsi que nous avons eu l’occasion de l’exposer ici-même, la nouvelle chimie des grosses molécules et de la polymérisation n’en est encore qu’à ses débuts, malgré les remai’quables réussites industrielles auxquelles elle est déjà arrivée.
- UTILISATION DES PAILLES
- Mais la cellulose et les matières cellulosiques agricoles ont d’autres applications que la préparation des résines synthétiques. En particulier les pailles de blé, de maïs, les bagasses de canne à sucre, les racines de réglisse do ît on importe 35.000 t par an aux États-Unis, etc... sont utilisées pour la confection de cartons isolants calorifiques, de cloisons insonores, de papiers d’emballage (plus de 55o.ooo t en 1937), de carton ondulé (plus de 6 millions de tonnes en 1937), et même de papier genre Kraft.
- Malgré les tonnages considérables que nous venons d’indiquer incidemment, il n’y a encore qu’une très petite fraction, peut-être 10 à i5 pour 100 seulement, de ces sous-produits de la culture qui soient industriellement transformés en produits finis et les recherches sont activement poussées
- 1. On distingue les matières plastiques en matière thermo-plastique, qui se ramollit sous l’action de la chaleur, durcit au refroidissement et ensuite, si on la réchauffe se ramollit de nouveau comme l’acétate de cellulose, et en matière thermo-setting qui est molle et insoluble lorsqu’on la prépare, mais qui, en se refroidissant dans le moule donne une matière qui, soumise à un chauffage ultérieur, ne se ramollit plus : leur réaction de formation sous l’influence de la chaleur n’est pas réversible.
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- par l’Agricultural By-Products Laboratory et le Bureau of Chemistry and Soils pour trouver de nouveaux débouchés et des procédés économiques de transformation, pour remplacer en particulier la sciure de bois qui est mélangée avec la plupart des matières plastiques.
- L’AMIDON
- L’amidon est un des produits de la ferme connu depuis la plus haute antiquité et pour la plupart des applications industrielles son origine est indifférente, bien que ses caractères physiques soient nettement caractéristiques de la plante dont on l’a extrait. Signalons cependant que pour certains usages, des amidons particuliers sont préférables, comme l’amidon de tapioca pour la colle des timbres-poste et la farine de maïs dans l’industrie du caoutchouc.
- Etant donnée la multiplicité des applications des amidons et fécules, les Américains ont cherché à les adapter au mieux à chaque cas particulier. C’est ainsi que l’on prépare des amidons qui gardent leur viscosité malgré l’hydrolyse à laquelle ils sont soumis lors de leur emploi. Citons comme exemple dans l’industrie des conserves la préparation des potages, comme le potage à la crème de tortue, très en faveur outre-Atlantique. D’autres amidons résistent à l’action hydro-lysante des électrolytes forts et peuvent être ainsi utilisés dans la confection des piles sèches. Dans la papeterie, l’industrie textile, l’industrie du caoutchouc, on utilise des amidons répondant à des conditions spéciales, soit sous forme d’amidon, soit sous forme de dérivés chlorés qui agissent alors comme colloïdes protecteurs.
- Des amidons gélatinisés ou précuits à caractéristiques bien définies ont des applications peu connues des profanes. Par exemple, en fonderie, on se sert d’un lait d’amidon pour recouvrir les grains de sable superliciels des moules, pour consolider les noyaux et les surfaces, de façon que les moules puissent être manipulés sans risque de casse ou de désintégration. Mais il faut cependant que sous l’action de la chaleur cet amidon perde ses qualités adhésives pour permettre ensuite le démoulage facile des pièces.
- Dans l’industrie minière, on se sert d’empois d’amidon pour hâter la précipitation des matières en suspension dans l’eau de lavage des charbons ou dans l’eau d’exhaure des mines. Dans d’autres cas, par un traitement chimique approprié, on confère au contraire aux amidons des propriétés émulsionnantes et ils empêchent alors la séparation et. la sédimentation des boues, des argiles et des sables fins de façon que le liquide boueux puisse être utilisé soit pour le forage par la méthode rotary, soit pour le remblayage hydraulique des galeries de mine abandonnées.
- Les dextrines et les colles que l’on prépare à partir des amidons sont également susceptibles d’acquérir des propriétés très diverses : certaines colles doivent avoir un pouvoir adhésif presqu’instantané, comme pour la fabrication des cigarettes ; d’autres au contraire doivent permettre le mouvement des joints pendant la confection des objets (conditionnement des boîtes et des emballages), d’autres doivent encoller les tissus, par exemple, sans les durcir et pouvoir être enlevées facilement par les teintures, etc....
- Une grosse partie de l’amidon est utilisée pour la production de sucres et glucoses par traitement par les acides sulfurique ou chlorhydrique.
- En Amérique, une question commerciale et économique de première importance s’est posée il y a quelques années, lorsque, par suite des conditions douanières, les importations de tapioca et de manioc de l’Asie ont submergé le marché, enlevant aux producteurs américains près de
- 4o pour ioo du marché. Au lieu de chercher à combattre cette concurrence par un abaissement des prix, les industriels ont cherché à valoriser leurs produits, à les transformer par des traitements appropriés en matières susceptibles d’être vendues à des prix rémunérateurs.
- C’est, ainsi que fut mise au point la production d’hexo-alcools, mannitol et sorbitol qui concurrencent maintenant le glycol ; de même, des protéines purifiées extraites du gluten ont des débouchés dans l’industrie des matières plastiques et concurrencent certaines résines synthétiques comme la bakélite. L’amidon qui se vend environ 3 cents le kilo à l’état brut, se vend 4o cents lorsqu’on l’a ainsi transformé.
- On a pu préparer des pellicules transparentes, à base d’amidon, remplaçant la gélatine dans la confection des papiers et pellicules photographiques, les papiers de tenture lavables, les vêtements imperméables, etc.
- Avec des amidons convenablement traités on obtient par réaction avec la formaldéhyde des adhésifs résistant à l’humidité, supérieurs à ceux à base de caséine et qui sont employés en aviation.
- On pourrait multiplier les exemples, ceux que nous venons de donner suffisent pour montrer l’intérêt des recherches de laboratoire et les débouchés industriels, dans un nombre considérable de directions, de l’amidon et du gluten.
- HUILES ET GRAISSES
- Des huiles et graisses des animaux de la ferme et des cultures agricoles (graines de coton, de lin, de soja, de coco) les Américains ont tiré en 1937 environ 2,25 millions de tonnes de glycérides dont 5a,5 pour 100 ont été employés pour des applications industrielles se répartissant comme suit :
- Fabrication des savons . . . 56,3
- Peintures, laques et vernis. 17,4
- Linoléum, toiles huilées. . . 3,9
- Encres d’imprimerie. . . . 1
- Graisses industrielles .... 8
- Divers i3,4
- Dans les applications industrielles diverses, citons les détergents et agents mouillants de l’industrie textile (20.000 1), l’étamage (i5.ooo t), l’industrie du caoutchouc (amélioration de certains latex par l’acide stéarique, accélérateurs et plastifiants).
- LE FURFURANE
- Nous ne dirons rien de la fabrication de l’alcool qui en France a un développement important et est une des plus anciennes industries reposant sur l’agriculture, ni des produits extraits des pins (térébenthine et résine) qui ont des débouchés multiples (matières plastiques, savons, vernis, insecticides, disques de phonographe, dégraissage des tissus, etc.). Nous mentionnerons simplement les applications du furfurane extrait du blé comme fungicide, comme base de matières plastiques (les résines furfurane et phénol servent par exemple comme ciment du culot des lampes à incandescence), comme solvant dans le ''affinage des huiles et des pétroles, dans l’industrie des matières plastiques (esters cellulosiques, résines phénoliques, composés vinyliques, etc...).
- L'ACIDE CITRIQUE A PARTIR DES MÉLASSES
- Les industries de fermentation trouvent également dans les substances carbohydratées produites par l’agriculture, des
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- matières premières extrêmement intéressantes et nous en donnerons un seul exemple typique.
- Pratiquement, tout l’acide citrique provenait des citrons.
- En France particulièrement, le citrate de chaux est importé d’Italie et de Sicile et transformé à Marseille. Or on a trouvé que sous l’action de VAspergillus niger, le glucose, le sucrose, les mélasses se transformaient en acide citrique avec des rendements remarquables. Cette préparation a été mise au point en Amérique et actuellement, les importations d’Italie sont supprimées. En France, rien ne s’opposerait à ce que celte industrie se développe et nous rende ainsi indépendants de l’étranger.
- Citons pour mémoire les fermentations alcool butylique-acétone, la production du gluconate de chaux (remplaçant la préparation par oxydation électrochimique du glucose), la production d’acide acétique, etc....
- INSECTICIDES ET FUNGICIDES
- Pour terminer ce rapide exposé nous dirons quelques mots de la production agricole des insecticides et fungici-des. Bien que jusqu’à présent la majorité de ces produits soit d’origine minérale (arséniates de chaux, de plomb, composés fluorés, sels de cuivre, soufre, etc.) on tend de plus en plus à chercher dans le règne végétal des composés organiques qui soient plus toxiques pour les insectes et moins toxiques pour l’homme. D’où le développement des produits à base de nicotine, d’anabasine, de roténone par extraction de ces corps des feuilles ou des racines de plantes dont certaines sont sans aucune valeur agricole actuellement.
- C’est ainsi que de la racine d’une herbe appartenant à la
- =- LE SONDAGE DE
- Les sondages entrepris dans la Haute-Garonne par l’Office national des combustibles liquides en vue de la recherche du pétrole viennent de donner un premier résultat. A Saint-Mar cet, à 12 km au nord de Saint-Gaudens, une sonde poussée à la profondeur de i.5oo m a donné dans la nuit du j3 au i4 juillet un fort dégagement de gaz combustibles : méthane, hydrogène et hydrocarbures.
- On sait que ces jaillissements de gaz sous pression sont souvent l’indice de la présence d’une nappe de pétrole liquide, rassemblée à la partie haute d’une voûte anticlinale dont le gaz occupe la partie supérieure. La sonde de Saint-Marcet a été aussitôt fermée, en vue de maintenir la pression dans la poche si elle existe, et de nouvelles sondes vont être
- =-: -........... 135 =
- famille des légumineuses le Tephrosia Virginia qui pousse dans les terrains en friche et arides, sur le bord des routes, de l’Ontario à la Floride, les Américains sont arrivés à extraire jusqu’à 4 pour ioo en poids de roténone qui est 3o fois plus actif que l’arséniate de plomb et sans danger pour l’homme.
- Le thiocyanate de lauryle,,dérivé de l’acide laurique extrait des noix de coco, est un insecticide puissant.
- Les alcools de fermentation du thé, du maïs, du riz, traités par le sulfure de carbone et les alcalis, donnent des xan-thates dont les sels de cuivre et de zinc sont insecticides et fungicides.
- L’huile de ricin donne, par distillation destructive et combinaison avec l’isobutylamine, un composé qui remplace avantageusement, en pulvérisation, le mélange kérosène-poudre de pyrèthre dont en Amérique on importe annuellement, plus de io.ooo t du Japon et du Brésil.
- L’agriculture apparaît donc comme une source de matières premières extrêmement importantes pour l’industrie chimique. La France et son empire colonial trouveraient dans l’exploitation de ces richesses une source de revenu considérable et les cultivateurs pourraient varier leurs cultures beaucoup plus qu’ils ne le font actuellement, avec la certitude de pouvoir en tirer des revenus intéressants. Les crises économiques agricoles seraient sinon entièrement supprimées, tout au moins fortement atténuées et le dépeuplement des campagnes, résultant du découragement des populations dont le travail n’est plus suffisamment rémunérateur, serait arrêté. Espérons que dans le plan de redressement économique de la France, ce facteur de première importance ne sera pas négligé. H. Vigneron.
- SAINT-MARCET '
- immédiatement foncées à ioo ou 200 m de la première et descendues jusque vers 2.000 m, à la recherche de la nappe de pétrole. Il serait prématuré de formuler des prévisions sur les chances d’existence du pétrole dans le sous-sol de cette région. Les dégagements de gaz hydrocarbures dans les sondages s’observent très souvent, sans correspondre à l’existence d’une nappe de pétrole exploitable.
- Tel est le cas du sondage de Vaux, dans le Bugey, qui a donné pendant de longues années un dégagement régulier de gaz combustibles utilisé pour l’éclairage des localités voisines, sans que les prospections entamées aient pu aboutir à la découverte de pétrole.
- E UN CURIEUX ALIMENT MEXICAIN : E
- LE CHARBON, CHAMPIGNON PARASITE DU MAÏS
- La découverte d’un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d’une étoile.
- Brillât Savarin.
- Les Aztèques rendaient un juste hommage au maïs qui était personnifié dans leur religion par la déesse Zinteotl.
- Aujourd’hui comme autrefois, cette plante reste l’aliment énergétique essentiel du peuple mexicain. Le
- maïs pousse à toutes les altitudes et, dans les conditions les plus favorables de chaleur et d’humidité, peut donner deux récoltes par an.
- Le Mexique doit une grande fertilité à sa situation tropicale, à son sol volcanique et à la concordance entre la saison chaude et la saison des pluies. Ces conditions exceptionnelles entraînent une richesse et une vartété de la flore remarquable, mais favorisent aussi un intense parasitisme végétal. Certaines plantes épi-phytes 11e sont pas nuisibles, telles les orchidées qui
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- Fig. \. — Jeune mexicaine tenant des épis de maïs parasité par Z’Ustilago.
- prennent part à l’hymne à la nature chanté par la terre mexicaine ; mais d’autres s’attaquent aux plantes cultivées.
- On imagine aisément les désastres que pourrait causer un parasite du maïs dans ce pays de monoculture. Or, il existe au Mexique comme partout une maladie fréquente et grave du maïs : le « charbon » ou « carie ». L’Ustilago maidis est un champignon du groupe des Basidiomycètes inférieurs (famille des Ustilaginacées, genre Ustilago). Son développement est le suivant :
- Le mycélium provenant de la germination de la spore ne peut pénétrer que dans une région encore jeune du maïs, la fleur par exemple. Le mycélium cloisonné, hyalin, ramifié, chemine entre les cellules à l’intérieur desquelles il plante de véritables suçoirs. Tant que le champignon reste stérile, la plante ne semble pas souffrir ; au contraire, le pied parasité est plus haut et plus vert que les autres. Lorsque le maïs mûrit, le champignon fructifie. Alors apparaissent des tumeurs rondes ou piriformes en nombre et de volume variables, allant de la grosseur d’une noisette à celle du poing, de couleur gris clair puis noire, pouvant siéger sur toute la plante, mais particulièrement sur l’épi.
- L’épi malade où il ne reste que quelques grains sains est inutilisable et si on ne le récolte pas avant l’éclatement des charbons qui dissémine les spores, celles-ci germeront l’année suivante et perpétueront la maladie. Ce parasite existe au Mexique mais il est très peu répandu, car l’Indien cueille le champignon jeune pour la consommation (fig. i) et réalise inconsciemment une prophylaxie efficace de la maladie. L’épi
- malade est très recherché et sa valeur marchande est bien supérieure à celle d’un épi sain. Frit dans l’huile ou la graisse, ce champignon dénué de toxicité constitue un mets excellent et digne des meilleures tables.
- Ce n’est probablement pas la faim qui a poussé primitivement l’Indien à découvrir cet aliment nouveau : l’index démographique n’est pas tel au Mexique qu’il faille utiliser comme en Extrême-Orient tout ce qui est comestible. C’est plutôt le besoin de variété et la curiosité gustative qui lui ont fait trouver une quantité d’aliments étranges qu’il sait accommoder suivant la recette la plus favorable et présenter de façon artistique, satisfaisante à la vue. Les œufs d’hémiptères aquatiques du Lac de Texcoco qui constituent le caviar indien (fig. 2), les vers de maguey, les axolotls, certains champignons parasites des cônes de pin sont très sapides et ne surprennent pas outre mesure nos palais d’Européens à condition que l’on surmonte une répugnance purement psychique.
- Il nous a semblé utile de signaler l’intérêt culinaire d’un champignon du maïs universellement répandu.
- En outre il est remarquable de trouver un exemple de prophylaxie idéale rarement réalisé en agriculture et jamais en médecine humaine : en effet l’intérêt immédiat concorde ici avec l’intérêt éloigné et la satisfaction individuelle n’est pas nuisible à la collectivité.
- Lucien Brumpt, Interne des Hôpitaux.
- Fig. 2. — Au marché de Texcoco : une vendeuse d’« ahuauhtli », cx'ufs d’hémiptères aquatiques constituant le caviar indien. Les œu[s 'minuscules remplissent la corbeille doublée d’étoffe blanche, devant elle.
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- LES HORMONES VÉGÉTALES
- Dans un roman paru voici quelques lustres, Wells, s’inspirant de la découverte récente des hormones animales, imagina qu’un savant avait réalisé la synthèse d'une poudre qui fait grandir les animaux. Quelques parcelles égarées ayant été mangées par une guêpe, celle-ci grossit au point de pouvoir attaquer et dévorer un jeune chien. Finalement l’humanité l'isqua detre dépossédée de la terre par une race de géants. L’auteur n’avait pas songé à compléter le tableau par l’invention d’une poudre qui ferait grandir en proportion le règne végétal. Ce qui n’était qu’un amusement littéraire va-t-il devenir une réalité ? Nous pouvons nous le demander en voyant les résultats obtenus depuis peu, par la collaboration des chimistes et des botanistes, qui a abouti à la création de plantes géantes.
- Il y a plus d’un siècle déjà que les botanistes parlaient vaguement de substances susceptibles d’activer la croissance des plantes, mais sans bien les définir. Puis on découvrit les hormones animales, sécrétions internes mystérieuses qui semblent régler la vie des individus. Par analogie, les physiologistes se demandèrent s’il n’existait pas des hormones végétales. La difficulté qu’ils ont rencontrée dans leur isolement est que la plante n’a pas d’organes différenciés analogues aux glandes. On ne connaît que des groupes de cellules différenciées, dans les méristèm.es par exemple. Il y a 20 ans, le terme d’hormones végétales était presque inconnu. Aujourd’hui, la bibliographie de la question comprend plus de 3oo titres, dont le plus grand nombre date de moins de 5 ans. On peut dire que les botanistes furent mis sur la voie d’une manière assez curieuse, à la suite d’un échec. Lors de la construction de la nouvelle université de Chicago, on eut l’idée ingénieuse d’installer les serres sur les terrasses, pour avoir le maximum d’ensoleillement : toutes les plantes périrent. Les botanistes voulurent connaître la cause de leurs déboires : ils les attribuèrent aux gaz émis par les laboratoires situés aux étages inférieurs. Une étude plus poussée montra enfin que le coupable était l’éthylène, ou ses composés, soit à l’état gazeux, soit à l’état de dissolution dans l’eau qui baignait les racines des semis. C’était déjà un beau résultat ; les savants voulurent pousser à fond leur avantage. On savait qu’au cours de leur maturation, des fruits, et spécialement les bananes, oranges et autres agrumes, dégagent des quantités notables d’éthylène. On avait remarqué que, dans les caves et les silos, des grains enfermés avec des pommes ne germent plus et que les tubercules ne donnent plus de radicelles ; or l’atmosphère de ces silos est riche en éthylène. On chercha expérimentalement l’action de faibles doses de ce gaz sur des fruits et l’on constata qu’elle accélère leur maturation ; les fruits verts jaunissent ou rougissent. Cette donnée est déjà appliquée aux bananes et aux citrons qu’on transporte verts, et qu’on mûrit rapidement avant de les livrer au marché.
- On essaya d’autres corps susceptibles d’avoir pareille action. Les hormones animales furent expérimentées,
- en arrosant l’humus des plants avec des solutions de ces hormones. Si paradoxal que cela puisse paraître, certaines, et spécialement l’hormone sexuelle femelle, à doses élevées, semblent avoir une action stimulatrice sur la croissance des plantes. Le résultat était intéressant mais le procédé trop onéreux pour être pratique. Bien d’autres produits furent aussi essayés. Par exemple, suivant Laszlo Havas, si l’on injecte dans les vaisseaux de la plante, comme dans les veines d’un animal, des solutions diluées de triméthylamine, il y a stimulation : la tomate, par exemple, voit le nombi’e de ses lleurs augmenté de 20 pour 100 par pied ; il faut ajouter que par les mêmes injections, les tumeurs de ces plantes sont également accélérées. Une étape décisive fut franchie à la station de Cold Spring Har-bour, dépendant du Carnegie Institule de Washington, lorsque les botanistes firent appel à un médicament de la vieille pharmacopée, la colchicine, alcaloïde extrait du bulbe du Colchicum autumnale. Ce produit, expérimenté par Duslin sur l’animal, puis étudié par Havas, A. F. Blackslee, Gavaudan, Mangenot, etc. a donné des résultats surprenants. D’autres produits semblent posséder des propriétés analogues : tels sont l’acénaphtène, étudié par Kolstoff, Gavaudan et J. F. Durand, le chloral et la phényluréthane de J. Lefèvre, etc. Si on soumet à l’action de ces produits, soit des graines, soit des radicelles, on constate, par l'examen histologique, des perturbations profondes dans la mitose des cellules actives. Les filaments des chromosomes présentent des aspects anormaux : ils peuvent s’agglomérer ou se diviser deux fois plus que dans le sujet normal : c’est la diploïdie. Les génétistes avaient montré que, lorsqu’au cours d’une mitose les chromosomes sont doublés accidentellement ou spontanément, les individus qui en résultent sont des géants : c’est ce que l’on observe ici aussi. Souvent la plante soumise à l’action de ces agents chimiques périt, intoxiquée par une dose trop forte, mais si l’on arrive à l’élever jusqu’à la floraison, elle donne des feuilles plus épaisses, des inflorescences et des fleurs géantes (cas du datura, du pétunia, etc.) ; les grains de pollen sont géants. Les graines conservent les caractères acquis. Sur la deuxième génération on peut recommancer le traitement. Actuellement, dans les laboratoires des États-Unis, des savants suivent depuis 3 ans des lignées qu’ils ont ainsi grossies trois ou quatre fois (tri- ou tétraploïdie). C’est bien la première fois que l’homme a la possibilité de réaliser à volonté une telle multiplication des chromosomes.
- Outre la création d’individus géants, celte technique laisse espérer le croisement d’espèces différentes et l’obtention d’hybrides féconds. On sait que les croisements entre espèces différentes sont rendus difficiles du fait de la différence du nombre de leurs chromosomes ; les cellules géantes contenant un nombre plus grand de ceux-ci, les croisements pourront peut-être devenir plus nombreux. On peut maintenant concevoir la naissance d’un hybride du blé et d’une grami-
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- Fig. 1. — Fleurs d’une même espèce de Datura. Normale haploïde (n chromosomes) ; normale diploïde (2 n) ; triploïde (3 n) ; tétraploïde (4 n).
- née sauvage. Un autre résultat, non moins éliange, déjà constaté est que, si l’on saupoudre une fleur non fécondée avec de la colchicine diluée dans une poudre inerte, il en résulte des fruits sans pépins.
- Enfin, il est une autre classe de stimulants, qui compte déjà 16 représentants, connue depuis ig3& seulement, à la suite des travaux des Drs P. W. Zimmermann et A. E. Hitchcok, du Boyce Thomson Institute for Plants Research, Yonkers, N. Y. Si l’on applique sur une feuille une pommade contenant des traces d’acide indolacétique, ou une solution à la dose d'un cent-millionième, on constate que la feuille prend un aspect gaufré, plissé. Sous le microscope on voit dans les cellules touchées le blocage des mitoses : la cellule continue de s’accroître sans se diviser. Le résultat est que, sur la lige, sur la feuille, et meme sur les pétales des fleurs, les cellules s’allongent. Il semble pousser partout un chevelu de radicelles. Suivant le mot d'un expérimentateur, on voit pousser des « moustaches » sur les fleurs ! C’est ce résultat stupéfiant qui valut aux auteurs, l’an dernier, le prix de i.ooo dollars de l’À. A. A, S. (American Association for lhe Advance-merit of Sciences).
- En conclusion de tout ceci, tous les produits connus jusqu’ici comme actifs semblent n’être que des accélérateurs de croissance : on leur a donné le nom générique d’auxines. On admet que, dans les méristèmes, dans les bourgeons terminaux, la sève apporte des produits inachevés, ou pré-auxines, qui sont transformés dans les cellules actives, puis repartent sous forme d’auxines, pour stimuler la croissance des cellules voisines. Ces méristèmes seniblent jouer ainsi le rôle des glandes closes chez l’animal. Les produits artificiellement introduits dans la plante, comme stimulants, sont les hétéro-auxines. On a cru'trouver de ces hétéro-auxines partout, dans la salive, dans les embryons de poulets, etc.
- Déjà le Dr N. H. Grâce a eu l’idée de mélanger les stimulants à des poudres inertes, comme le talc ou le charbon de bois, et de tremper dans ce mélange soit des graines, soit des racines de plants avant de les repi-
- quer. Le résultat est que le développement des racines est considérablement accéléré. La méthode a été appliquée sur une grande échelle, à d’immenses champs de céréales, en divers points du territoire, par le Comité national canadien des recherches agricoles. Dans les plaines du Middle West, tant que la plante n’est pas ancrée dans le sol, le vent peut enlever les grains, ou la sécheresse arrêter leur évolution. Un retard d’une semaine dans la fixation des plants peut donc signifier la perte d’une récolte. Comme les fermiers étaient déjà accoutumés au chaulage des blés, ce nouveau traitement ne change pas leurs habitudes, on peut donc le leur faire adopter. On peut du reste, combiner les deux opérations en une seule, par un mélange préalable des poudres, avant de les mettre sur le marché. Evidemment l’acide naphtyl-acétique, par exemple, coûte encore plus de 5oo fr la livre, mais aux dilutions où on l’emploie, on peut dire que la dépense à l’hectare est négligeable.
- La question que l’on peut se poser, maintenant, est de savoir si les céréales ainsi traitées donneront une récolte plus précoce et plus importante ? Jusqu’ici, les résultats obtenus sont trop peu nombreux pour pouvoir répondre.
- A côté de ces travaux, nous devons citer la voie nouvelle ouverte aux chercheurs par le Pr John W. Shives du N. Y. Institute : la culture des végétaux sans sol. On remplace l’humus par des poudres stériles, telles que le sable siliceux calciné, que l’on imbibe d’une solution rigoureusement dosée de sels minéraux. Des résultats très satisfaisants ont été obtenus par les horticulteurs avec les lilas et d’autres fleurs de serres. L’expérience vient d’être montée sur une grande échelle par l’aviation américaine. Sur la ligne des clippers aériens qui relient la Californie et l’Asie, passé l’îlot de Midway, on a installé une halte sur un récif stérile de 2.5oo m2, à peine, Wake Island, perdu dans les immenses solitudes du Pacifique Nord. Là, pour le ravitaillement en aliments frais des gardiens et des passagers, on a installé des jardins artificiels, sur le corail. En io jours, au mois de mai dernier, on a récolté 33 livres de tomates, 20 de laitues, 20 de haricots verts, etc.
- Que faut-il penser de tous ces travaux ? Au point de vue théorique, leur portée est incalculable : c’est la première fois, nous le répétons, que l’homme arrive à perturber à volonté la structure intime des cellules. Au point de vue pratique, on arrivera peut-être à créer des espèces nouvelles, à un anci'age plus rapide des végétaux au sol, à des récoltes plus assurées ? Quant aux cultures sans sol, elles peuvent être intéressantes pour le fleuriste, ou, dans des cas particuliers comme celui que nous avons cité, mais les fruits et légumes cultivés artificiellement ne sont pas encore prêts à remplacer les produits de la vieille agriculture traditionnelle.
- Pierre de Blauzac.
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- LES DIMENSIONS DES ETOILES
- Pour le commun des mortels, les étoiles ne sont que des points plus ou moins brillants, que les regards humains contemplent inlassablement depuis qu’ils ont appris à s’élever vers le ciel. Quiconque n’est pas averti peut supposer qu’au moins les astronomes sont logés à meilleure enseigne. Mais ces derniers ne sont pas plus favorisés. Les puissants télescopes dont dispose la science moderne, s’ils permettent de sonder l’espace à des distances incommensurables, de découvrir des astres dont l’œil nu n’aurait même jamais soupçonné l’existence, ne révèlent rien à l’examen visuel direct, quant aux dimensions réelles des étoiles : quelle que soit l’amplification optique, dans les limites des possibilités actuelles, les étoiles restent des points étince-
- L. £
- 1.391.000 km = 109,05 fois le diamètre terrestre
- Fig. 1. — Le diamètre de la, Terre comparé à celui du Soleil (la moitié du globe solaire seulement étant figurée ici).
- lents, depuis celles qui, dans le champ télescopique, semblent éblouir le regard, jusqu’aux plus faibles n’apparaissant que comme de lumineuses piqûres d’aiguille sur le fond sombre de l’espace. Remarquons, en passant, que certaines apparences peuvent induire en erreur un observateur non prévenu. Car examinant ainsi les étoiles avec un instrument d’un pouvoir quelconque, on les voit sous l’aspect de petits disques souvent bien marqués, autour desquels se dessinent concentriquement de fins anneaux : mais ce sont des aspects dont la formation purement optique est due à la diffraction. Donc quel que soit le mode d’observation, l’examen oculaire ne peut nous renseigner que sur les différences — considérables d’ailleurs — d’intensité lumineuse et sur certaines qualités de coloration.
- Aussi est-on resté longtemps dans l’ignorance complète des dimensions réelles des étoiles. Tout ce qu’il était possible de soupçonner, d’après les connaissances progressivement acquises révélant qu’il s’agissait là d’autres soleils infiniment lointains, c’est que la parenté de nature n’impliquait pas une identité par-
- Fig. 2. — La constellation du Scorpion où brille Antarès (à gauche du centre de la photo) naguère la plus grosse étoile connue.
- faite à tous points de vue. Et l’on put admettre d’après les distances en jeu et diverses estimations photométriques que certains de ces soleils devraient être plus
- Fig. 3. — La belle région du ciel où se voient en même temps liélelgease (au milieu en haut) et Sirius la plus brillante de toutes les étoiles (vers le bas à gauche).
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- de cas ; des chiffres sont enfin venus confirmer et surtout exagérer prodigieusement, nous allons le voir, ce que laissaient supposer les premières notions.
- Sur les méthodes utilisées pour la détermination de ces diamètres inaccessibles à l’œil, et qui ont déjà été exposées ici, nous n’avons pas à insister à nouveau. Nous plaçant dans le cadre de ces lignes au point de vue descriptif, nous ne considérerons donc que les résultats obtenus. Ils fournissent des éléments de comparaison bien faits pour provoquer l’étonnement. D’après ces données, le ciel constellé va prendre à nos yeux un sens tout différent. Le charme de son simple examen, qui est à la portée de
- Fig. 4. — Comparaison des diamètres du Soleil (1), de Sivius (2), de Yéga (3) et de Capclla (4). Ces vues pittoresques, à une même échelle, montrent de quelle importance nous verrions les trois derniers soleils, en les supposant substitués au nôtre propre.
- gros, plus éclatants que le nôtre ; puis la spectroscopie apportait, dès la seconde moitié du siècle dernier, de précieuses révélations sur d’autres différences, de constitution intime celles-là.
- Depuis peu, relativement, celle ignorance a cessé. Les méthodes de la physique moderne, les puissants moyens d’optiques et l'outillage des grands observatoires ont eu raison de l’obstacle qui paraissait insurmontable. Non pas
- que l’on puisse encore voir directement les diamètres stellaires, mais il est devenu possible d’en évaluer l’importance, du moins dans un assez grand nombre
- tous — surtout à cette époque de l’année — suscitera alors de plus profondes impressions. Car lorsque nos regards se porteront vers ces minuscules lumières sein-
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- lillantes, nous saurons que celles-ci sont des soleils auprès desquels le nôtre n’est qu’un corps céleste insignifiant, on bien seulement un pâle lumignon....
- Ce soleil, pourtant, nous le jugeons énorme tandis que l’intensilé de son éclat nous éblouit littéralement. Centre d’un système de planètes tournant autour de lui, ses proportions sont en effet colossales, comparativement à celles du globe terrestre (fig. i). A notre simple appréciation c’est vraiment une sphère géante, puisque malgré son éloignement de i5o millions de km (en chiffres ronds) elle se présente encore comme un disque de fort respectable diamètre apparent. Cette importance relative du globe solaire va nous servir de point de départ pour les comparaisons et les réflexions qui s’imposeront à l’esprit devant le spectacle du firmament.
- Dès l’abord, il est vrai, quelques étoiles retiennent l'attention-, parce que dominant par leur éclat le gros de l’armée céleste. Ce sont les étoiles qualifiées de iie grandeur, ou mieux de ire magnitude. Cette dernière désignation est en effet préférable, car « grandeur » peut évoquer une idée de dimension ; or ce que l’on veut désigner c’est la valeur de l’éclat apparent.
- IN’en concluons donc pas qu’une étoile est plus importante qu’une autre parce quelle nous paraît plus brillante. La magnitude est une résultante de la dimension, de l’éclat intrinsèque et du plus ou moins grand éloignement.
- Ainsi vex’rons-nous de ire magnitude une étoile prodigieusement distante, tandis qu’une autre l'elativement proche aui'a un si faible éclat qu’elle restera invisible à l’œil nu.
- Sans insister davantage à ce sujet, attachons-nous seulement à préciser l’étonnante divei'sité qui a pu être l’econ-nue, quant à l’importance réelle de certains de ces auti'es soleils. Le nombre est déjà assez gi’and maintenant de
- ceux aupi'ès desquels notre asti’e du jour doit baisser pavillon.
- Si nous regardons la constellation du Scorpion qui les soirs d’été oi'ne le ciel de France vers l’hoi'izon sud (fig. 2) nous y contemplerons Antarès un des géants du ciel : ce petit point, qui jette les feux d’un chax-bon ardent possède en effet un diamèti*e estimé envii’on 45o fois supérieur à celui du Soleil. Moins énormes sont d’auti'es étoiles qui, plus qu Antarès s’imposent aux regards. Telles sont par exemple Sirius qui est entre toutes l’étoile la plus étincelante, et Véga. Celles-ci ne sont respectivement, que 1,8 et 2,4 fois plus lar-
- Fig. 5. — Les diamètres des étoiles géantes et super-géantes comparés aux dimensions des orbites des planètes du système solaire ; à cette échelle le Soleil lui-même n’est qu’un
- point imperceptible.
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- Fig. 6. — Mouvement apparent de la constellation du Cocher dent les principales étoiles, pour la latitude de Paris, restent toujours visibles ; les voici (à gauche) rasant l’horizon nord au solstice d’été et (à droite) se dégageant des premières lueurs
- de l’aube.
- ges en diamètre que le Soleil. Mais elles doivent l’aspect éclatant sous lequel nous les distinguons aussi bien à leur proximité relative qu’à l’intensité de leur lumière propre, l’emportant de beaucoup sur celle de la lumière solaire : au total l’éclat absolu de Sirius est 26 fois, et celui de Véga 5o fois supérieur à celui du Soleil. Faisons la supposition pittoresque que ces Soleils viennent prendre la place du nôtre : la figure 4 fait ressortir de quelle importance nous les verrions comparativement à notre propre Soleil. Mais sui'lout nous en recevrions une telle radiation que sans doute elle serait intolérable ; car il faut penser que le fulgurant éclat de ces astres est associé à une température propre de 11.200°, tandis que celle du Soleil n’est que de 6.5oo°. Et que dirions-nous du spectacle offert dans ces mêmes conditions par Capella ? Si sa température est légèrement inférieure à celle du Soleil, du moins serions-nous plus qu’incommodés encore par la radiation de son disque dont le diamètre apparaîtrait. 12 fois plus large, c’est-à-dire 144 fois plus étendu en surface !
- Jugerons-nous Capella un colosse ? Non point, et il s’en faut de. beaucoup. Tout à l’heure nous invitions à contempler dans Anlarès un Soleil 45o fois plus large que le nôtre. Avant d’atteindre à ces énormités nous trouverons bien des échelons : Arclurus est 3o' fois plus large que le Soleil, Aldébaran 60 fois, jâ Pégase 170 fois, Bételgeuse 290 fois, a Hei'cule 4oo fois. Mais cela n’est rien encore, car ces étoiles
- géantes font à leur tour modeste figure à côté de deux de leurs semblables récemment découvertes et qualifiées .justement de supergéantes. En effet le diamètre de W Cé.phée serait x.ioô fois et celui de e Cocher 3.3oo fois supérieur à celui du Soleil ! Tant et si bien que pour cette catégorie il devient impossible, dans le cadre d’une simple figure, de représenter à une échelle suffisante de telles disproportions. Ces diamètres géants, il faut, pour une comparaison suggestive, les rapporter (fig. 5) à ceux des diamètres des orbites planétaires autour du Soleil ; ce dernier ne pouvant être figuré ainsi que comme un point imperceptible. On voit alors que si les centres de ces soleils venaient occuper la place du nôtre, leurs sphères engloberaient pour la plupart l’orbite de la Terre ; celle de Bételgeuse s’étendrait jusqu’à l’orbite de Mars, laquelle à son tour serait débordée de beaucoup par Antarès ; enfin des deux super géantes, l’une atteindrait presque jusqu’à l’orbite de Jupiter et la circonférence de l’autre se trouverait à mi-chemin entre Saturne et Uranus... Ainsi et jusqu’à nouvel ordre, le point brillant de 3e magnitude qu’est e Cocher doit représenter à notre entendement le plus formidable des Soleils connus, en dimension du moins, car sa température paraît être assez basse, de x.4oo° seulement ; et sa distance est telle que ses rayons mettent environ 3.000 ans à nous parvenir.
- Enfin ajoutons que du simple point de vue spectacu-
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- laire, cette étoile se trouve occuper sur le ciel une position grâce à laquelle, pour nos contrées boréales, elle reste comprise dans la zone circumpolaire ; pour la France, par exemple, ne se couchant jamais, on peut donc la contempler chaque nuit : lorsque l’obscurité commence à se faire, nous la voyons en été au voisinage même de l’horizon nord, dans la clarté mourante du crépuscule, tandis qu’au printemps elle trône vers le zénith.
- Faut-il conclure que le Soleil n’est qu’un nain ? Loin de là. Dans l’immense famille dont il fait partie nous pouvons établir aussi des comparaisons opposées, qui lui restitueront une réelle majesté. C’est dire qu’il existe bien plus petit que lui. On a reconnu des étoiles — dans la catégorie qualifiée de « naines » — dont les dimensions sont si exiguës que, comme dans le cas des géants, il nous est difficile d’établir des figures correctes pour les comparer au Soleil. Et ainsi que le montre la figure 7, le globe terrestre cette fois nous servira de terme de comparaison, pour remonter de là au Soleil par l’entremise de la pi’emière figure.
- Telles sont les différences, vraiment prodigieuses, révélées par les premières notions véridiques acquises sur l’importance des diamètres stellaires. Faisons cependant une restriction obligée. En raison des difficultés de ces déterminations, par différentes méthodes, les valeurs qu’elles fournissent ne peuvent être qu’approchées, l’accord entre les résultats obtenus étant d’ailleurs satisfaisant. Ce sont des moyennes qu’indiquent les chiffres donnés ici ; si donc ils n’ont rien d’absolu, ils restent suffisamment voisins de la réalité pour édifier pleinement. Peu importe, en l’espèce, qu’Antarès soit 45o ou 48o fois plus large que le Soleil : c’est cet ordre de grandeur qui doit retenir l’attention. De si suggestives notions, il faut bien se les représenter d’une façon concrète quand on examine ces myriades de petites lumières qui scintillent dans la nuit terrestre. Et le charme de cette contemplation se trouve singulièrement amplifié par les multiples réflexions qui alors se présentent à l’esprit.
- Lucien Rudaux.
- Fig. 7. — Les diamètres des plus petites étoiles actuellement connues, comparés à celui de la Terre.
- LA DÉTERMINATION DES MINÉRAUX EN GRAINS
- La détermination des minéraux en grains prend de plus en plus d’impoi'tance.
- L’étude des lames minces de roches au microscope polarisant est capable de déterminer les constituants principaux, mais les minéraux accessoires échappent presque toujours à l’observation. En effet une préparation ne représente que quelques milligrammes d’échantillon. La probabilité est bien réduite d’y rencontrer des corps, qui ne sont présents dans la roche qu’à un très faible pourcentage.
- L’étude microscopique des minéraux en grains constitue la méthode de choix pour les sédiments et les alluvions, mais elle s’applique également aux roches massives.
- Celte méthode s’est, révélée très féconde pour l’élude des roches sédimentaires, dans la prospection des champs pétrolifères ; dans celle des alluvions pour des fins industrielles ; on y recherche maintenant autre chose que de l’or, du platine ou des gemmes. La tita-nite, le béryl, les sables monazilés d’où dérivent les
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- terres rares proviennent dè gîtes alluvionnaires, 1
- Elle est indispensable pour l’étude de certaines roches : les gaizes, les tuffeaux notamment, également pour la détermination des minéraux détritiques que l’on trouve dans la craie, dans les calcaires en général et qui se sont trouvés inclus dans ces terrains sédimentaires au cours de leur formation.
- Des problèmes théoriques ou même pratiques tels que la corrélation entre les sédiments et les roches dont ils proviennent peuvent être résolus par ces examens.
- L’étude océanographique des fonds marins fait également appel à ces méthodes.
- Enfin, elles s’appliquent largement à l’étude pétro-graphique des sols qui, du point de vue agricole, présente un intérêt certain.
- TECHNIQUE
- Si l’on se propose d’examiner une roche massive, on en prélève quelques fragments que l’on pulvérise au mortier d’Abich et passe au tamis 80 ou 100. On lave ensuite les grains à l’eau pour éliminer les parties trop fines qui gêneraient l’observation, et on ne conserve que les grains ainsi débouchés.
- S’il s’agit d’alluvions ou de roches meubles on procède également au tamisage.
- L’échantillon préparé est alors, par diverses méthodes, séparé en plusieurs lots contenant un nombre res-tieint de constituants, de manière à circonscrire, pour chacun de ces lots, entre quelques minéraux seulement le problème de leur détermination.
- Ces séparations s’effectuent d’abord en extrayant à l’aimant les éléments très magnétiques qui constitueront un premier lot.
- On procédera ensuite au fractionnement par densité en 4 ou 5 parties suivant les cas.
- On utilisera pour cela des liqueurs lourdes de densités croissantes. On les verse dans un entonnoir à robinet et y dépose la poudre à trier. Les parties les plus légères surnagent, les minéraux lourds tombent au fond de l’entonnoir (fig. i) et sont séparés au moyen du robinet. Les deux parties sont retirées du liquide par filtration, lavées, séchées, étiquetées.
- Les minéralogistes disposent de toute une série de liqueurs lourdes permettant le fractionnement d’un échantillon. Voici les principales :
- Bromoforme : densité, 2,g.
- Liqueur de Thoulet, solution aqueuse d’iodure de mercure et d’iodure de potassium : densité, 3,i8.
- Solution saturée de borotungstate de cadmium : densité, 3,28.
- Iodure de méthylène : densité, 3,3.
- Liqueur de Clerici : solution saturée à froid d’un
- mélange de malonate et de formiate de thallium dans l’eau distillée : densité, 4,2.
- Liqueur de Clerici : même composition que ci-dessus mais saturée à chaud : densité, 5.
- On peut utiliser aussi les sels fondus. Le nitrate mercureux qui fond à 70° donne un liquide de densité 4,3.
- Le mélange de nitrate de thallium et de nitrate de mercure fond à 76° et donne un liquide de densité 5,3.
- La séparation par densité effectuée, on dispose d’un certain nombre de lots dont il faut déterminer les constituants minéralogiques. Pour cela on aura recours à tous les caractères : formes cristallographiques, indices de réfraction, dureté, couleur, propriétés optiques (double réfringence, pléochroïsme), phosphorescence, fluorescence, radio-activité, essais spectroscopiques, microchimiques, etc.
- Nous n’envisagerons ici que les caractères qui peuvent être déterminés au microscope et qui, dans la plupart des cas, permettent l’identification.
- Avec un peu d’habitude, il est facile de reconnaître un certain nombre de minéraux par leur simple aspect général. Pour les espèces moins fréquentes ou moins aisées à distinguer, on note les diverses caractéristiques.
- D’abord la couleur, par transparence et par réflexion, et pour les minéraux opaques, la couleur en lumière réfléchie. L’action de la chaleur est parfois très nette sur la coloration qu’elle accentue ou même modifie.
- On note également l’aspect de la surface des cristaux qui peut être brillante, grenue, mamelonnée, etc. et la cassure qui peut être conchoïdale ou cristalline.
- L’examen en lumière polarisée donne de très utiles indications : tous les corps cristallisés appartiennent à l’un quelconque des six systèmes cristallins. Il n’est pas facile de déterminer exactement à quel système appartient un grain considéré, mais on peut cependant faire facilement une division générale : les minéraux amorphes et ceux cristallisant dans le système cubique sont dits isotropes, ils sont sans action sur la lumière polarisée et par conséquent apparaissent toujours sombres dans le champ du microscope polarisant entre niçois croisés. Tous les autres cristaux appartenant aux auti'es systèmes cristallins sont anisotropes et apparaissent dans les mêmes conditions avec des couleurs plus ou moins vives.
- Cette coloration entre niçois croisés dépend de l’épaisseur du grain d’une part et de la différence entre la valeur des indices de réfraction du minerai suivant la direction de ses axes optiques d’autre part. Les grains fins, peu réfringents prennent une teinte gris bleuâtre tandis que ceux plus réfringents présentent des couleurs vives. Au contraire, si les grains sont gros, les moins réfringents sont vivement coloi'és tandis que ceux à fort indice de réfraction ne donnent que des teintes grises ou pâles.
- Si l’on fait tourner la platine portant la préparation, on observe que les minéraux biréfringents éteignent dans quatre positions placées à angle droit au moment
- Fig. 1. — Entonnoir à robinet pour la séparation par les liqueurs lourdes.
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- où les axes de leur ellipsoïde optique coïncident avec les sec Lions principales des niçois croisés à 90°.
- Cette extinction peut présenter divers caractères : elle est dite parfaite quand le minéral devient entièrement invisible ; complète quand le fragment, formé d’un cristal unique, s’éteint en entier d’un seul coup ; imparfaite quand le cristal devient sombre tout en restant visible ; incomplète quand l’extinction se fait par parties, ce qui prouve que le grain est formé de plusieurs cristaux juxtaposés ou qu’il est constitué par une mâcle.
- Ces phénomènes sont plus nets et plus faciles à observer si l’on examine les grains à étudier, non pas à sec, mais immergés dans un liquide d’observation : eau, huile de cèdre, bromure de naphtalène, etc. et recouverts d’une lamelle.
- La détermination du système cristallin par le microscope polarisant en lumière convergente est extrêmement délicate, l’irrégularité du volume et de l’orientalion des grains sur la préparation ne permettant pas facilement letude de l’ellipsoïde optique.
- Un autre caractère utile à observer est le dichroïsme des grains minéraux en lumière polarisée. Les corps amorphes et cristallisés dans le système cubique ne présentent pas ce phénomène ; il est au contraire commun à tous les autres systèmes cristallins, mais à des degrés très différents, spécialement pour les minéraux colorés.
- Pour observer le dichroïsme, on enlève le nicol supérieur dit analyseur du microscope et conserve le nicol inférieur. On observe alors la préparation en la faisant tourner sur la platine ; on peut constater pour un tour complet deux teintes différentes à des distances angulaires de 90°.
- L’une des caractéristiques les plus importantes d’un minéral est l’indice de réfraction. 11 importe de le connaître exactement comme élément ultérieur de détermination.
- Pour cela on immerge le minéral à étudier entre lame et lamelle dans un liquide d’indice connu et de valeur moyenne. L’examen microscopique permettra très facilement de savoir si l’indice cherché est plus élevé ou plus faible que celui du milieu. En effet, lorsqu’un minéral transparent est immergé dans un liquide ayant le même indice de réfraction que lui, il est bien évident que les rayons lumineux traversent toute la masse sans aucune déviation et le grain est à peine visible. Au contraire, si les indices sont différents, les bords deviennent d’autant plus visibles que l’écart est plus fort.
- Pour déterminer lequel des deux, du grain minéral ou du liquide possède le plus fort indice, on utilise la méthode du cc liseré de Becke » (fig. 2). On met au point sur les bords extérieurs du minéral et observe ce qui se passe quand on élève le tube du microscope.
- Si des lignes alternativement sombres et brillantes semblent courir vers l’intérieur du grain, celui-ci a un indice plus élevé que le liquide d’immersion. Si ces mêmes lignes semblent se déplacer vers l’extérieur, le grain possède l’indice le plus faible. Dans les deux
- cas, la lumière passe de la substance du plus bas indice vers celle du plus fort.
- C’est ainsi que si l’on met au point un fragment de
- Fig. 2. — Le liseré de Becke
- A, grain de topaze dans nn liquide d’indice de réfraction plus faible (benzène) ;
- B, aspect de la fluorine dans un liquide
- d’indice plus élevé (nitrobenzène).
- topaze immergé dans du benzène (fig. 2) on a, en A. 1, le contour du grain. Si l’on élève le tube du microscope les lignes paraîtront comme il est indiqué en A. II à l’intérieur du grain de topaze car c’est lui qui possède le plus fort indice. Au contraire, si l’on observe un cristal de fluorine immergé dans de la idtrobenzine et mis au point en B. I, si l’on élève le tube du microscope, les lignes se formeront comme indiqué en B. II, car c’est la nitrobenzine qui possède le plus fort indice.
- La forme des grains rend parfois difficile l’observation du liseré de Becke, on peut alors compléter cette méthode par l’examen de l’effet d’ombre obtenu au microscope par la méthode de Schrœder Van der Kolk : voici en quoi elle consiste : on met au point le grain dans le milieu choisi, on baisse alors le condensateur du microscope et glisse sous la platine un écran constitué par un petit morceau de carton. Le champ s’assombrit d’un côté et l’on voit apparaître une ligne noire sur un des bords du grain observé. Si la ligne noire apparaît du côté opposé à l'ombre, l’indice du minéral est supérieur à celui du liquide (fig. 3 a). Si au contraire le liséré obscur se manifeste du même côté que l’assombrissement, l’indice du minéral est inférieur à celui du liquide (fig. 3, b).
- Ces phénomènes sont parfaitement nets si les cristaux appartiennent au système cubique ; ils le sont un peu moins avec les minéraux anisotropes si leur biréfringence est forte, car les indices du même cristal sont différents suivant la direction des axes optiques. Dans ce cas, on fait plusieurs observations sur divers cristaux et en faisant varier leur orientation par rotation de la préparation sur la platine.
- Quand on a déterminé si le grain observé est d’indice plus fort ou plus faible que le liquide d’immersion, on change
- ce dernier suivant Fig. 3. — Aspect, par la méthode de le cas juSQu’à ce Schrœder Van der Kolk de deux ,, J , , grains d’indices différents.
- que 1 on ait trouve
- le liquide correspondant à l’indice de réfraction du minéral. On peut le déterminer, par cette méthode, à une unité près de la seconde décimale.
- Voici une liste très écourtée de
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- liquides d’indices de réfraction croissants qui pourra servir par essais successifs à la détermination des indices de réfraction des minéraux en grains :
- Eau................................... i,333
- Acétone............................... i,36o
- Butyrate de méthyle................... i,386
- Paraldéhyde........................... 1,407
- Bromure d’éthyle...................... i,425
- Chloroforme........................... i,45o
- Xylol................................. 1,490
- Benzène........................... . i,5o3
- Huile de cèdre........................ i,5io
- Benzène monochloré.................... i,53o
- Nitrobenzène....................... 1,555
- Benzoate de benzyle................... 1,570
- Aniline............................... 1,587
- Benzène monoiodé...................... 1,620
- Bromonaphtalène....................... 1,660
- Iodure de méthylène................... 1,740
- Iodure de méthylène saturé de soufre. 1,770
- Pour disposer d’indices de réfraction plus élevés, il faut recourir aux mélanges spéciaux, tels celui de soufre et de sélénium qui, suivant les proportions s’étend de 1,998 à 2,920 (x).
- En dehors des indications réunies par les méthodes ci-dessus, on peut encore recourir à l’attaque par les acides et aux réactions microchimiques, qui fourniront d’utiles précisions.
- Dans les parties lourdes séparées des diverses formations des roches anciennes ou magmatiques, on rencontrera surtout les minéraux suivants : anabase, apa-tite, hornblende, muscovite, magnétite, ilménite, rutile, topaze, tourmaline, zircons, etc.
- Dans bien des cas, un observateur exercé distinguera au seul aspect un certain nombre des minéraux des divers lots séparés par les méthodes indiquées ci-dessus qui constituent déjà un triage important des éléments minéralogiques.
- Dans les alluvions, les résidus de lavage de roches sédimentaires, les espèces minérales peuvent être fort nombreuses et diverses. Je renverrai pour une détermination complète Fig. 4. — Cristal d’apatite entre niçois aux ouvrages spéciaux qui traitent de ces questions :
- Méthodes optiques de détermination et tableaux des minéraux transparents o u opaques des concentrés des sables d’alluvions, par M. E. Denaeyer et
- 1. La Nature, n° 3040, 1er janvier 1939. Milieux de montage en microscopie, par L. Perruche.
- J. Gonieau, Annales de la Société géologique de Belgique, t. LX, mai 1937 ;
- Sedimentary Petrography, par H. B. Milner ;
- Alluvial Prospecting, par C. Baeburn et H. Milner ;
- The microscopie détermination of non opaque minerais, par E. S. Larsen et H. Berman. U. S. Geological Survey ;
- Précis d’analyse des fonds sous-marins, par J. Thou-
- let.
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- * *
- 11 y a une différence profonde entre l’étude des roches cristallines par la méthode des lames minces et la détermination au microscope des minéraux en grains. La première est essentiellement pétrographi-que. La seconde a généralement pour but d’accumuler des renseignements qui seront utiles pour retracer l’histoire naturelle géologique des sédiments et éventuellement envisager leur utilisation technique. Elle permet de remonter aux conditions de formation des terrains ; la nature des minéraux détritiques peut situer leur origine et les conditions de leur dépôt pour des raisons chimiques, ou par suite d’érosion ou de mouvements tectoniques, etc.
- Ces phénomènes géologiques continuent de se produire actuellement. Le Pr Thoulet a montré que les diverses aires sous-marines sont caractérisées par une ou plusieurs espèces minérales spéciales. D’après les fonds qu’il a lui-même analysés, la chlorite caractérise les fonds du bassin marin situé à l’Est de Madagascar ; ceux des Iles de la Réunion et Maurice renferment des grains de basalte ; ceux des Açores, des débris volcaniques : scories, obsidiennes et ponces ; ceux de Groix, des saphirs ; ceux de l’Iroise, des grenats ; ceux du Sud de la Mer du Nord, des silex. La récolte de chacun de ces fonds où le minéral rare est noyé dans une masse de quartz, argile, carbonate de chaux répandus à peu près uniformément partout et par conséquent sans valeur spécifique, affirmerait donc, si on l’ignorait, l’existence d’un Madagascar et de ses schistes chloriti-ques, d’une Réunion et de ses basaltes, des îles et archipels de l’Atlantique Nord avec leurs ponces et leurs obsidiennes, des roches armoricaines et des silex des falaises de Normandie.
- Si on étudie une roche sédimentaire ancienne : un calcaire secondaire de Lorraine, par exemple ; que l’on élimine par traitement à l’acide chlorhydrique étendu, le carbonate de calcium ; que par un triage approprié on recueille et sépare les minéraux rares et que, sous le microscope, on reconnaisse parmi eux des zircons, des corindons, des tourmalines, des rutiles microscopiques, on établira par ce seul fait l’existence de continents antérieurs et la nature des roches qui en constituaient les masses montagneuses dont les débris, entraînés par les eaux, allaient s’accumuler à l’état de sédiments au sein des mers du trias, du lias et du jurassique de la région. L’examen des terrains de proche en proche fixe la position géographique de ces
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- avec leurs grains anguleux et inégaux résultant de l’e-xaration des glaciers sont identiques aux sables glaciaires anciens de Suisse. Les sables quartzeux à arêtes vives se trouvent à l'embouchure des rivières torrentielles, tandis que ceux à surface mamelonnée et piquetée ont roulé sur le lit de larges fleuves à cours lent, arrosant des contrées en pentes douces.
- Celle étude des minéraux en grains, en dehors des résultats pratiques déjà acquis au point de vue technique, peut donc aussi fournir sur la connaissance pure des phénomènes géologiques du passé des renseignements précieux.
- Leur simple examen microscopique peut faire revivre l’histoire des mers anciennes et de leurs dépôts, mettre un peu de lumièi’e et de vie dans les couches de terrains que nous montre la géologie stratigraphique.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- montagnes par rapport aux lieux de récolte actuels, tandis que les autres caractères des grains précisent certaines conditions jadis ambiantes.
- En effet, les travaux du P1' Thoulet ont montré que le? caractères extérieurs des grains : forme anguleuse ou arrondie et aspect de la surface, montrent pour ainsi dire qualitativement et quantitativement la vitesse du courant d’eau ou d’air qui a transporté ces grains. Ceci en se basant sur la comparaison attentive des faits actuels et anciens, avec leurs effets identiques dans le présent et dans le passé. Il en cite des exemples : entre Madagascar et la Réunion, les lamelles de chlorite larges et abondantes tout contre la côte de la grande île diminuent en nombre et en dimensions jusqu’au milieu de la distance séparant les deux terres, car les courants présentent en ce point une zone calme où se déposent les particules les plus fines. Ce phénomène se répéterait exactement s’il s’agissait de dépôts anciens formés ensemble à une même époque.
- Les grains de quartz d’Arcachon, gros, ronds et lisses, montrent qu’ils ont fait partie antérieurement de dunes. Les fonds marins des fjords de Norvège,
- Fig. 10. — Anabase (à gauche) et zircons (à droite) dans les minéraux lourds de la craie.
- Fig. 5 à 7. — Rutile, zircon et ilménite dans des alluvions do Madagascar. Fig. 8 et 9. —• Minéraux lourds.
- A gauche, dans un granit ; à droite, dans les sables de Folkestone.
- (L. Thiébaut).
- = LES NOUVEAUTÉS DU MUSEUM NATIONAL
- UNE NOUVELLE COLLECTION DE REPTILES,
- BATRACIENS ET POISSONS
- Un grand musée d’histoire naturelle doit contenir à la fois, selon les idées modernes, une partie scientifique réservée aux chercheurs et une partie pédagogique destinée aux écoliers de toutes classes et au grand public désireux de s’instruire. Ces deux collections, dans certains musées comme celui de Londres, sont absolument distinctes et séparées l’une de l’autre. A
- D’EAU DOUCE DE FRANCE
- Paris, les nécessités architecturales obligent à les laisser côte à côte et'parfois à les confondre. Mais si ce défaut est inéluctable, il est possible d’y remédier dans une certaine mesure par l’aménagement de vitrines plus particulièrement destinées au public.
- Dès 1922, je signalais ici-même et présentais aux lecteurs de La Nature les nouvelles collections de Crus-
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- Fig. 1. — Plan de la partie du Musée de Zoologie où se trouve la vitrine des Reptiles, Batraciens et Poissons d’eau douce de France.
- tacés et d’Arachnides organisées au Muséum par le regretté professeur Gravier et par sou sous-directeur, devenu aujourd’hui professeur, Louis Fage. En 1920, j’écrivais un article sur la nouvelle collection de Reptiles aménagée par le professeur Roule. bn peu plus tard, en igSé, les Mollusques de France étaient l’objet d’un heureux remaniement de la part du professeur Gei'main. Au service du professeur Rpurdelle appartiennent les magnifiques salles consacrées aux Oiseaux
- d’Europe (collection Marmoltan), aux Mammifères de France et aux animaux en voie d’extinction. Je ne cite enfin que pour mémoire ces heureux ensembles devant lesquels stationnent longuement les visiteurs : la vitrine des Manchots, celles de la nacre et des Huîtres perlières, celle de l’os-ü’éicullure, celle des Temiites, etc.
- Il manquait une collection publique de Reptiles, Batraciens et Poissons d’eau douce de notre pays. Plus exactement lorsque le professeur Jacques Pellegrin prit possession, en 1987, de la chaire de Zoologie des Vertébrés inférieurs, cette collection n’était à peu près organisée que dans une de ses parties : celle des Poissons d’eau douce, où figuraient toutefois un trop grand nombre de dessins et pas assez de pièces authentiques provenant de localités françaises. L’admirable collection erpétologique de Rollinat était en vrac sur un des côtés de la vitrine et n’offrait pour le visiteur aucune espèce d’intérêt. Enfin les étiquettes explicatives ne répondaient que très imparfaitement aux multiples questions d’ordre élhologique
- Fig. 2. — Vitrine des Reptiles, Batraciens et Poissons d’eau douce de France.
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- el. biologique qu’est amené à se poser un visiteur de culture moyenne.
- Un gros effort vient d’être accompli pour modifier cet état de choses.
- Actuellement, la nouvelle collection occupe une vaste vitriue de io m sur 2 située au rez-de-chaussée des galeries de Zoologie (fig. 1). La lumière naturelle lui est assez généreusement répartie dans toute son étendue. A son voisinage immédiat se trouve la collection des Mammifères de France.
- La visite de la vitrine doit être commencée par son petit côté qui fait face à la porte d’entrée du musée. A cet endroit, un écriteau en indique la destination et une première flèche, complétée ultérieurement par quelques antres, marque au visiteur l’ordre dans lequel il doit examiner successivement les Beptiles (Sauriens, Ophidiens, Chéloniens), les Batraciens (Urodèles, Anoures) et les Poissons (Cartilagineux, Osseux).
- Chacune des grandes vitres de la vitrine délimite en quelque sorte une « page » consacrée à un groupe zoologique et doit être « lue », par conséquent, de haut eu bas (fig. 2 et 3). Sur la planche supérieure est fixée l'étiquette de famille indiquant le nom et les principaux caractères de celle-ci. Immédiatement au-dessous figure généralement une « pièce montée » prise pour type. Enfin les diverses espèces sont montrées à tour de rôle dans leur morphologie, leur éthologie et leur embryologie. La collection de Raymond Rolli-nat (1859-1931) a fourni ici les développements complets de plusieurs espèces de Reptiles et de Batraciens. Voici d’abord le Lézard vert dont, après plusieurs spécimens de teintes et d’aspects différents, sont exposées des femelles à divers stades de l’évolution des œufs. La ponte a lieu dans un trou du sol. Rollinat a observé l’éclosion dans ses terrariums d’Argenton-sur-Creuse. Ses préparations en alcool font assister à ce curieux phénomène. Chez le Lézard des souches, l’oviparité montre une tendance à l’ovoviviparité. Certains œufs peuvent être conservés assez longtemps par l’organisme maternel pour éclore au moment même de la ponte. Enfin cette parturition devient la règle chez le Lézard vivipare et chez l’Orvet. Une belle série de dissections de ce Lézard sans pattes (fig. 4) fait voir des embryons à l’intérieur de leur mère. Même opposition entre les Couleuvres ovipares (Couleuvre à collier, Couleuvre vipérine) et les Couleuvres ovovivipares (Coronelle lisse). Toutes les Vipères, enfla, mettent leurs petits au monde entièrement constitués et prêts déjà, grâce à leur venin, à se saisir de proies à leur taille.
- Nombreux sont les problèmes que pose la reproduction des Vertébrés à température variable. Dépendant en toute première ligne du milieu ambiant, elle varie avec ce dernier et donne prise à l’expérimentateur.
- Voici des embryons informes et minuscules provenant d’œufs de Tortue (Cisiude d’Eu-
- l'ig. 3. — Section de la vitrine consacrée aux Vipéridés (partie supérieure) et aux Chéloniens ou Tortues (partie inférieure).
- rope) incubés à l’ombre et à l’humidité. A côté figurent des jeunes du même âge, mais à terme, extraits d’œufs maintenus dans un terrarium ensoleillé. Cette expérience de Rollinat conduit à celles, effectuées par Kam-
- Fig. 4. — Développement de l’Orvet. disséquées pour montrer la croissance des œufs et des embryons Collectkm Rollinat.
- Femelles
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- Fi y. 5. — Esturgeon pris dans l’estuaire de la Seine en 1S23.
- merer et devenues classiques, sur le développement des Salamandres. En pi’incipe, la Salamandre tachetée est ovipare tandis que la Salamandre noire des régions montagneuses est ovovivipax-e. Mais on peut atténuer celte difféx’ence et même l’inverser par action de la température. On peut obliger des Salamandres tachetées à conserver leurs œufs jusqu’à éclosion. Inversement, des Salamandres noires peuvent être contraintes à une ponte précoce.
- C’est au Jardin des Plantes de Paxis qu’a été découvert, en 1740, le curieux mode de parturition du Crapaud accoucheur. On sait que le mâle de celte espèce s’empare des chapelets d’œufs pondus par la femelle et les enroule autour de ses pattes postérieures. Il les conserve ainsi pendant deux à ti'ois semaines, les baignant de temps à autre dans quelque mare, jusqu’à ce que les têtards éclosent. Plusieurs bocaux dus à Rollinat montrent des mâles ainsi chargés de leur précieux fardeau.
- Tandis que les Reptiles et les Batraciens offrent une gamme complète dans leurs modes de reproduction,
- Fig. 0. — Moulage galvanoplastique de Crapauds des joncs. Collection Lataste.
- la variété est moins grande chez les Poissons où il a suffi d’établir la différence entre une espèce à développement dii'ect (Saumon) et une espèce à croissance larvaire suivie de métamorphose (Anguille).
- Pour revenir aux Reptiles, on sait que les Lézards ont la faculté (autotomie) de briser leur organe caudal pour échapper, si besoin est, à leui’s agresseurs. La queue mutilée se cicatrise et régénère ultérieurement une extx'émité qui est parfois double ou triple. La nouvelle collection du Muséum comporte de tels monstres appartenant aux espèces du Lézard vert et du Lézard des murailles.
- Un dernier aspect important de la biologie des Reptiles est leur venin. Il fallait montrer au public l’organe producteur et l’organe inoculateur de cette sécrétion. On y est parvenu au moyen d’un modèle agrandi en carton peint et d’une très fine dissection due à l’habileté de Mme le docteur Marie Phisalix. Elle-même a rédigé la notice sur le traitement sérothérapique des morsures de Vipère et rassemblé les éléments d’une trousse antivenimeuse. Une étiquette rappelle à ce propos que le sérum antivenimeux a été découvert au Muséum de Paris, en 1894, par Césaire Phisalix et Gabriel Bertrand.
- Sur les 100 m de rayons que comporte la vitrine sont disposés au total n5 bocaux de Reptiles, 90 de Batraciens et 65 de Poissons d’eau douce. Les pièces « montées en peau » sont au nombre d’une trentaine.
- Parmi elles se trouvent un grand Siture glane de 1 m 20 pris dans le Doubs et un Esturgeon (fig. 5) pêché dans l’estuaire de la Seine, en 1823, à une époque où les eaux de ce fleuve n’étaient pas encore suffisamment polluées pour en interdire l’accès aux espèces migratrices.
- Les étiquettes, au nombre de i5o, ont été rédigées de la manièx’e suivante : i° le nom vulgaire (en rouge) de l’animal considéré ; 20 son nom latin ; 3° les renseignements essentiels sur ses caractères, ses mœurs et son habitat. Les développements sont expliqués par des étiquettes distinctes que complètent, si besoin est, des index fixés aux bocaux.
- On s’est efforcé d’atteindre un juste équilibi'e entre le nombre des pièces exposées et celui des notices explicatives. Il n’y a pas trop de bocaux. Aucun, en particulier, ne se trouve à moins de 60 cm du sol. Des expériences préalables ont montré que c’est la hauteur minima à laquelle doivent être placés des objets de petites dimensions. Au-dessous, le public se refuse à faire l’effort nécessaire pour les examiner.
- Ainsi rien n’a été laissé au hasard dans l’organisation d’une vitrine dont l’aspect agréable résulte aussi des couleurs harmonisées dont elle se compose : le blanc des planches et des étiquettes, le rouge et le noir des lignes écrites, l’argenture des bocaux et des sous-veiTes. Ceux-ci sont des aquai'elles extraites des ouvrages suivants : La Vie des Reptiles de la France centrale de Raymond Rollinat (iq34), Les Poissons et le Monde vivant des eaux de Louis Roule (1926-1936).
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- Leur intérêt est de montrer les animaux dans leurs habitats respectifs et avec les couleurs si belles qu’ils ont à l’état de nature. Les parures de noces s’y expriment dans tout leur éclat.
- J’ajoute que la collection est complétée, au premier étage de la galerie, par une vitrine horizontale où ont été rassemblés une trentaine de moulages galvanoplas-tiques des Reptiles et Batraciens du Sud-Ouest de la France (fig. 6). Ces moulages ont à la fois une réelle valeur artistique et un intérêt scientifique des plus grands. Ils ont été exécutés par le célèbre erpétolo-giste girondin Fernand Lataste (1S47-1934) et consti-
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- tuent à peu près tout ce qui soit resté en France de ses collections d’étude.
- En somme, l’ensemble des pièces conservées dans l’alcool ou montées en peau, des moulages, des aquarelles, des notices explicatives, etc. qui sont actuellement présentés au public permettra, je l’espère, de lui faire mieux comprendre la vie, souvent curieuse, des Vertébrés inférieurs de notre pays. Bien des idées fausses à leur sujet et bien des préjugés dont ils souffrent finiront par disparaître grâce à de tels efforts de vulgarisation. Léon Bertin,
- Sous-directeur au Muséum.
- LA OUATE DE VERRE EN HORTICULTURE
- L’outillage horticole vient de s’enrichir d’une nouveauté, l’ouate de verre.
- Ce produit, employé surtout pour protéger les plantes contre le froid et les intempéries, ou le grand soleil, est connu aussi sous les appellations de laine de verre, laine isover, soie de verre, fibre de verre et, en Amérique, laine de Corning, fibre de Corning.
- La laine de verre est fabi’iquée avec des matériaux affinés d’origine minérale, fondus dans un four de verrerie ordinaire à la température d’environ 1.370°.
- Elle a l’aspect et la couleur blanc de neige de l’ouate de colon. Elle est formée de fibres très ténues, feutrées en une masse élastique, souple, que l’on peut froisser sans briser les filaments.
- La fibre de verre tamise la lumière, en laissant passer suffisamment pour la fonction chlorophyllienne. Du gazon, sur laquelle elle reste étendue un certain temps ne jaunit pas. Perméable à l’air, elle n’entrave pas la respiration des plantes et permet l’évaporation de l’excès d’humidité du sol. Elle laisse passer la chaleur solaire et amortit les écarts de température.
- Légère, pesant au maximum 1 kgr au m2 et 5o kgr au m3, elle est très facile à manier et peut épouser toutes les formes. On la coupe et la débite en bandes de longueur variable, que l’on roule après usage. Les nappes de 6 m de longueur et de 1 cm 5 à 2 cm d’épaisseur conviennent pour couvrir les parterres.
- Enfin, inorganique, imputrescible, incombustible, inattaquable par les champignons, les insectes, les rongeurs, les acides, elle ne se détériore pas d’une façon appréciable avec le temps.
- Comme nous l’avons dit, la soie de verre sert à protéger les plantes contre les gelées ou contre le soleil trop ardent. Dans ce but on la déroule sur des fils de fer supportés par
- des piquets, à la façon des paillassons à base de paille de seigle (plus longue et plus lisse que les autres pailles), ou de petits roseaux (Arundo phragmites), paillassons d’une durée limitée et plus pesants. On peut en couvrir également le vitrage des serres, bâches, coffres, où il suffit de la fixer au moyen d’un treillage métallique à larges mailles.
- Grâce à sa légèi’eté, on peut la placer directement sur le gazon ou les plantes de petite taille ; on la maintient alors avec de petits piquets.
- Découpée en collerettes, la laine de verre peut aussi isoler les pots de fleurs de l’excès d’humidité.
- En guise de paillis en été, elle protège le sol contre l'évaporation trop rapide des eaux d’arrosage ou de pluie ; elle empêche le tassement du sol par ces mêmes eaux et évite la projection de boue sur cer-
- Fig. i. — Une nappe de laine de verre.
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- Fig. 2. — Paillage de fraisiers avec de l’isover.
- tains fruits, les fraises par exemple. Dans cet usage la laine de verre a l’avantage, sur le fumier, la paille ou le terreau, de ne pas apporter de graines de mauvaises herbes.
- Comme isolant dans le montage des couches en plancher, ou en tranchée pour les couches sourdes, et même dans les serres chauffées, on estime qu’une bande de i5 mm d’épaisseur équivaut, au point de vue isolation thermique, à un mur de briques creuses de i dm d’épaisseur.
- On l’utilise encore pour le calfeutrage des bâches, le forçage des oignons à fleurs en état de végétation, en remplacement des châssis vitrés, pour l’emballage des fleurs coupées (roses, œillets, lilas, etc.), des plantes exotiques, arbustes et autres végétaux sensibles au froid, des fruits délicats (ananas, bananes, oranges, etc.) ; pour l’ensachage des fruits.
- Enfin, on peut employer là fibre de verre pour la filtration des liquides acides, alcools, jus, solutions et bouillies diverses.
- tes de fibre de Corning repartaient mieux et plus tôt au printemps.
- D’autres résultats ont été obtenus par des spécialistes de la floriculture américaine. Ainsi, la laine de verre s’est montrée favorable sur les racines des orchidées. Les oignons à fleurs ont une végétation plus rapide dans ce produit que dans le gravier ou dans la mousse. On a remarqué la floraison précoce de quelques variétés de ces plantes qui n’avaient pu pousser dans le gravier. On a pu conserver en hiver, dans d’excellentes conditions, des bulbes de dahlia, placés dans des sachets de laine de verre.
- On protège efficacement les arbres fruitiers et arbustes conti’e les insectes qui grimpent sur le tronc en entourant ce dernier de bandes de laine de Corning. On fixe par deux ficelles un manchon de papier d’emballage goudronné entoilé (tissu contre l’écorce) et on enduit la partie externe de goudron ou de coaltar. On applique le manchon de laine de verre sur l’enduit et on maintient le tout en place par un ficelage final circulaire, passant à l’extérieur et à fa partie médiane du manchon. Au-dessus de ce premier manchon on en dispose un second, à distance raisonnable, simplement fixé par un lien de sisal ou de raphia. On obtient ainsi deux sortes de troncs de cône favorables au refuge des insectes. Si on le juge utile, le second manchon est imbibé d’un insectifuge ou d’un insecticide. Par mesure de précaution d’autres bandes, moins larges, peuvent être disposées sur les branches maîtresses.
- Nul doute que ce remarquable isolant trouvera place dans l’horticulture française et aidera efficacement à protéger les plants contre les gelées, le soleil et les « pestes » que sont les insectes.
- A. Rolet.
- Les clichés des figures illustrant cet article nous ont été aimablement communiqués par le Bulletin des Engrais, 16, rue de la Baume, Paris.
- La laine de Corning a déjà fait l’objet, aux États-Unis, de nombreux essais au Jardin de Floriculture et d’Horticulture de l’Université de Cornell. Comparée à d’autres matériaux destinés à couvrir les plantes en hiver, ces expériences ont donné les résultats suivants, la meilleure couverture étant cotée ioo :
- Laine de Corning, 100 ; paille d’avoine, 80 ; paille de sarrasin, 75 ; fumier, 75 ; canne à sucre 75 ; fibre de bois, 70 ; témoins, 65.
- On a constaté aussi que les plantes couver-
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- A QUI REVIENT LA GLOIRE D'AVOIR DÉCOUVERT
- L'AMÉRIQUE
- Les historiens admettent désormais comme une chose authentique le fait que les Scandinaves découvrirent et tentèrent de coloniser le littoral oriental de l’Amérique du Nord plusieurs siècles avant les voyages de Christophe Colomb. Les Basques, qui furent d’intrépides chasseurs de baleines, auraient découvert les Bancs de Terre-Neuve et le Golfe de Saint-Laurent, en poursuivant ces grands cétacés, dès le début de xv° siècle ; mais on attend encore les preuves qui justifieraient ces prétentions. Enfin, un auteur américain s’est fait le champion de cette curieuse hypothèse que les Mandingues de notre Afrique occidentale auraient connu les rivages brésiliens en des temps très reculés. Et voici que les Portugais entrent à leur tour en scène comme « découvreurs » du Nouveau Monde !
- C’est l’un d’eux, M. Jaime Cortesâo, écrivain et géographe, qui rouvre la discussion, entamée avant lui par divers historiens d’Europe et d’Amérique; et nous conviendrons tout de suite que plusieurs des arguments qu’il offre dans le Geographical Journal prêtent à la réflexion.
- Il dénonce d’abord deux erreurs qui ont trop longtemps obscurci le problème qu’il veut traiter. La première est de supposer que les voyages trans-océaniques présentaient plus de difficultés que les voyages littoraux ; la seconde est d’oublier que les buts économiques, visés par un État, pouvaient empêcher la divulgation de découvertes géographiques.
- « Quand nous étudions, écrit-il, les relations d’espace entre les trois continents atlantiques, en nous plaçant sous l’angle de la durée des trajets, nous aboutissons à cette conclusion que, d’une manière générale, l’Amérique est plus rapprochée de l’Europe que ne l’est l’Afrique occidentale.
- « Un voilier mettra autant de temps pour aller de Terre-Neuve au Pas-de-Calais que s’il était parti du détroit de Gibraltar ; le voyage du Cap Horn à la Manche lui prendra autant de journées que s’il venait de Lagos, dans le golfe de Guinée ; il suffit de regarder une carte pour admettre ces constatations.
- cc Si l’on envisage ces voyages dans l’autre sens, soit d’Europe vers l’Amérique et l’Afrique, on peut ajouter aux comparaisons de distances ces faits bien connus : les vents alisés et le grand courant équatorial venant du Nord facilitent considérablement la marche d’un voilier entre l’Europe et l’Amérique tropicale, tandis qu’un navire qui va d’Europe au golfe de Guinée ou au cap de Bonne-Espérance rencontre la zone des calmes équatoriaux ou celle des tempêtes de l’Atlantique-Sud ».
- LE SILENCE EST DE RIGUEUR
- On s’étonne de ne trouver, dans les chroniques portugaises des xve et xvie siècles, que de rares et obscures allusions aux voyages de découverte des navigateurs lusitaniens. Ce fut là une véritable conspiration du silence, imposée par des raisons d’État. Comme l’avaient fait jadis Phéniciens et Carthaginois, cachant jalousement la route qui menait leurs galères aux mystérieuses Cassitérides d’où ils rapportaient
- l’étain, métal de haute importante industrielle à cette époque, le Portugal gardait le secret autour de ses conquêtes d’outre-mer qui l’acheminaient progressivement vers le cap de Bonne-Espérance et la route des Indes.
- Dès i443, le prince Henri le Navigateur organisait un monopole de commerce et de circulation maritime, concernant les terres découvertes. En x454, la papauté ratifiait ce monopie et défendait à tous les chrétiens de naviguer vers ces terres sans la permission du roi de Portugal. En i48o, ce monarque ordonnait de jeter à la mer les équipages de tous navires étrangers, surpris dans la zone de navigation qui lui appartenait.
- La plupart des chroniques et livres de bord des navigateurs portugais de cette époque ont disparu, et les rares documents qui ont survécu montrent de flagrantes marques de mutilation. Par exemple, notre Bibliothèque Nationale possède une « Chronique de Guinée », œuvre de Zurara, célèbre pilote portugais. On constate que ce n’est là que la copie cc expurgée » de la chronique originale, car on a supprimé les chapitres ou passages qui, relatant les découvertes de l’auteur, auraient pu fournir aux étrangers des précisions sur les routes maritimes qu’il avait suivies. Les mutilateurs se sont laissé prendre, si l’on peut dire, la main dans le sac, car Zurara, au cours d’un second ouvrage, renvoie le lecteur à sa première chronique, en désignant plusieurs chapitres qui sont précisément ceux que la censure royale avait supprimés.
- Parmi les autres faits que cite M. Cortesâo sur ce sujet de la conspiration du silence, citons d’abord celui-ci : la chronique du règne de Jean II (i48i-i495) n’accorde pas un mot à l’exploit de Bartholomé Dias, qui doubla le cap de Bonne-Espérance, non plus qu’au célèbre voyage de Pedo da Covilhâ, qui atteignit Calicut et les Indes.
- Écrivant la chronique du règne précédent, celui d’Alphonse V, l’historien Joâo de Barros décrit la découverte de la côte africaine et des archipels voisins, et ajoute : « D’autres terres ont été découvertes, mais nous n’en parlerons pas, parce que nous ignorons quand et par quels capitaines elles le furent. Cependant, tout le monde sait que, durant le règne de ce monarque, les découvertes de nouveaux pays furent beaucoup plus nombreuses que celles que nous venons de mentionner.... »
- L'OPINION DE CHRISTOPHE COLOMB
- On sait que l’illustre Génois (que la Corse réclame, d’ailleurs, comme un de ses fils) passa plusieurs années au Portugal, alors qu’il méditait déjà son expédition. Il se rendait fréquemment au petit port de Palos, voisin de la frontière, et s’y entretenait avec les vieux marins. Il rencontra notamment un pilote, Pedro de Velasco, qui lui dit avoir navigué jadis (probablement en i452), sous les ordres de Diogo de Teive; organisée par le prince Henri, l’expédition avait pour but de découvrir vers l’Ouest la fabuleuse « Ile des Sept Cités ». Elle parvint dans des parages où cer-
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- taines observations démontrèrent qu’une grande terre devait exister un peu plus loin, mais ne prolongea pas ses recherches ; pendant le chemin de retour, elle découvrit Florès, la plus occidentale des Açores.
- Ce récit, consigné par Colomb dans son « journal », sous forme de note, a donné lieu à bien des commentaires. Certains auteurs pensent que cette cc grande terre » appartenait à l’Amérique du Nord et que ce serait Terre-Neuve. Telle ne fut pas l’opinion de Colomb. Alors qu’il se trouvait à San-Tiago (archipel du Cap Vert), il écrivit dans son « journal », que nous connaissons par les citations de Las Casas, son historiographe :
- « J’entends partir vers le Sud, parce que je veux savoir sur quoi se basait l’opinion du roi Jean II de Portugal, quand il déclara qu’un continent existait dans cette direction.... »
- Ce n’était pas une intuition qui faisait parler le monarque. En dépit de cette conspiration du silence derrière laquelle le royaume édifiait son empire colonial, certains faits révèlent que les navigateurs portugais avaient sillonné l’Atlantique bien au large du continent africain, dès le milieu du xve siècle. Il se peut, comme l’assurent plusieurs historiens, qu’ils reconnurent le Groenland et le Labrador ; mais il paraît incontestable qu’ils abordèrent au Brésil et y firent des tentatives de colonisation à peu près à cette même époque.
- L’un des documents les plus significatifs que M. Cor-tesâo ait versés dans la controverse est une lettre dont l’existence n’a été connue que récemment. Elle date de i5oo et fut écrite au roi de Portugal par Maître Jean, le cosmographe de l’expédition de Cabrai qui, chargée d’une mission de découverte et de conquête aux Indes, fut assaillie, au large du cap de Bonne-Espérance, par de violentes tempêtes qui poussèrent les navires jusqu’au rivage brésilien.
- Le cosmographe informe le roi qu’il a pu calculer facilement la latitude de cette nouvelle terre, mais qu’il n’en est pas de même pour la longitude; et il conseille au monarque d’ordonner qu’on lui apporte la « carte du monde » de Pedro Vaz Bisagudo : il y verra la position géographique de cette nouvelle terre.... Or, ce Bisagudo
- avait fait partie de la brillante, équipe de pilotes de haute mer, formée par le prince Henri le Navigateur, et sa carte devait dater de i45o, soit 42 ans avant le premier voyage de découverte de Christophe Colomb. Mais le mystère que les rois portugais entretenaient autour des prouesses de leurs marins était si grand que Cabrai croyait de bonne foi qu’il découvrait le Brésil, alors que ce pays figurait depuis 5o ans sur une carte, gardée d’ailleurs secrète !
- On cite encore une lettre, adressée en i5i3 au roi Manuel par un capitaine, du nom de Frois. Revenant du Brésil, un ouragan l’avait contraint à se réfugier aux Antilles, où les Espagnols emprisonnèrent l’équipage, sous l’accusation qu’il venait envahir leurs domaines. Plusieurs matelots furent mis à la torture ; comme leurs compagnons l’avaient fait, ils jurèrent qu’ils arrivaient d’un pays, fei'tué à i5o lieues au Sud de l’équateur, et qui appartenait au roi de Portugal depuis plus de 20 ans. Ils affirmaient donc là que leur peuple connaissait et possédait déjà le Brésil, au moment où les Antilles étaient découvertes par Colomb.
- Nous mentionnerons finalement un dossier découvert, il y a quelques années, par un historien portugais, M. Jordâo de Freitas; il a trait à une curieuse affaire, restée enfouie pendant quatre siècles dans la poussière des archives.
- En i53i, le corsaire français La Pèlerine, commandé par le baron de Saint-Blancard, attaqua le comptoir portugais de Pernambouc, au Brésil, et s’empara de la petite forteresse qui le défendait. Y laissant une garnison, le navire, chargé de butin, reprit la route de Marseille, mais fut capturé, au large de Malaga, par une flotte portugaise. Sur la plainte adressée par Saint-Blancard au roi de France, l’affaire fut soumise à un tribunal franco-portugais qui siégea à Bayonne. Quatre navigateurs lusitaniens affirmèrent sous serment que, lorsque le corsaire attaqua Pernambouc, le Portugal occupait Pernambouc depuis plus de 4o ans, ce qui était l’âge du comptoir et des maisons d’habitation installés sur ce point de la côte brésilienne.
- On savait déjà que Christophe Colomb avait trouvé de précieuses informations au Portugal avant de tenter sa grande aventure; et l’on sait maintenant que les Portugais découvrirent l’Amérique avant lui. Victor Forbin.
- NOUVELLE MÉTHODE DE CONSERVATION DU LAIT
- La conservation du lait sans être obligé de le traiter par la chaleur est un des problèmes les plus importants qu’ait à résoudre l’industrie laitière.
- D’après des travaux récents de l’Institut national pour les recherches laitières, de Reading (Angleterre) on peut conserver le lait pendant environ i5 jours, sans danger de le voir se cailler, en ajustant son pH à la valeur 5,2 et le maintenant à une température de 2 à 3°.
- Pendant la première semaine, le nombre des colonies bactériennes diminue brusquement puis augmente brusquement au bout de 2 à 3 semaines. Voici à titre d’exemple les résultats d’une expérience avec du lait amené au pli 5,x5.
- Age en jours Calorits par cm3
- 2.5oo 46o 240
- 00
- Le pH du lait est modifié par l’addition d’acide chlorhydrique ajouté en agitant vigoureusement et que l’on neutralise ensuite au moment de l’emploi du lait. La méthode semble très intéressante au point de vue pratique; elle ne demande pas d’installations coûteuses et le lait conserve en entier sa saveur originale de lait frais. Il est impossible par le goût de déceler le traitement.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN OCTOBRE (939 (*)
- Mois très chargé au point de vue astronomique. Deux éclipses l’une de Soleil, le 12; l’autre de Lune, le 28. Cette dernière, seule, en partie visible à Paris. Visibilité des planètes Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune et de la petite planète Vesta, en opposition. D’intéressants phénomènes du système de Jupiter et le 19, une occultation d’une étoile par Jupiter, etc., etc.
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil, en octobre, passera de — 2°56' le ier à — i3054/ le 3i. La durée du jour sera de iih4im le ier et de 9h56m seulement à la tin du mois. La diminution est surtout sensible le soir.
- Voici, de 3 en 3 jours, le temps moyen à midi vrai :
- Date : Oct. Heure du passage Date : Oct. Heure du passage Date : Oct. Heure du passage
- 1er 1 ih4om34s i3 11H37m 6S 25 1 ih34rn52S
- 4 Il 3g 37 16 11 3b 25 28 11 34 33
- 7 11 38 43 J9 11 35 48 3i 11 34 21
- 10 11 37 53 22 11 35 17
- Observations physiques. — Observer le Soleil chaque jour de ciel clair. Voici les éphémérides permettant d’orienter
- les dessins et les Date (oh) photographies P du Soleil. B„ L„
- Oct. 2 + 26*10 E + 6,67 299*10
- — 7 -j- 26,33 E + 6,40 233,i3
- — 12 + 26,39 E + 6,09 167,16
- — 17 -j- 26,27 E + 5,72 101,21
- — 22 + 25,95 E 4- 5,32 35,26
- — 27 4- 25,44 E 4- 4,87 329,32
- Lumière zodiacale; lueur antisolaire. — Rechercher la
- lumière zodiacale le matin, à l’Est, avant l’aube, du 10 au 23 octobre, et la lueur aniisolaire du 10 au 20, dans les Poissons (vers l’étoile 0 le i4).
- Éclipse totale de Soleil. — Le 1.2 octobre une éclipse totale de Soleil, dont la plus grande phase durera im32s, sera visible du Sud-Est de l’Australie, du Sud de l’Océan Paci-
- 1. Tontes les heures mentionnées - ici sont exprimées en Temps Universel (T. U.) compté de 0h à 24h, à partir de 0h (minuit). L’heure d’été sera en service quelques jours encore, en octobre : pendant ce temps, ajouter 1 heure à toutes les heures données dans ce « Bulletin astronomique ».
- fique, dans l’Océan Antarctique et de la Terre de Feu. Commencement de l’éclipse à i8h35m ; maximum à 2oh4om ; fin, à 22h45m. Grandeur maximum : i,oi3, le diamètre du Soleil = 1. L’éclipse sera invisible à Paris.
- II. — Lune. — Phases de la Lune en octobre 1989 :
- D. Q. le 6. à 5h2yin 1 P. Q. le 20, à m
- N. L. le 13, à 2o|l3o<n | P. L. le 28, à 6h42‘n
- Age de la Lune, le Ier octobre, à o11 = 173,5; le i3, à oh = oj,i.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune, en octobre : le 4, à i8h = + xg0!/ ; le 17, à i2h = — iq°o'.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre), le 11 octobre, à ih. Parallaxe = 6o,38,r. Distance = 36i 65o km.
- Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre), le 22, à 23h. Parallaxe = bk’q". Distance = 4o4 945 km. Occultations d’étoiles et de planètes par la Lune :
- MorrnU p(,inn_ Heure
- Date
- Oct. 3
- — 5
- — 8
- — 20
- — 20
- — 20 ---- 23
- — 3o
- Marées; Mascaret. — Les plus grandes marées du mois se produiront surtout du 10 au 16. Elles seront très fortes (coefficient maximum 112 centièmes, le i3 au soir).
- Date Coefficient de la marée Heure d’arrivée du mascaret à :
- Quillebeuf Villequier Caudebec
- Oct. 12 109 19b 5m 191142“ iqh5im
- — 13 111 7 25 8 2 8 11
- — i3 112 19 44 20 21 20 3o
- — 14 111 8 3 8 4o 8 49
- - 14 109 20 23 21 0 21 9
- Éclipse partielle de Lune. — Belle éclipse, presque totale (grandeur 0,993 le diamètre de la Lune étant égal à un)
- Astre tude mène Paris Uccle
- 544B.D. + i6o 6m,3 Em. 3h56m ,7 31159m, .9
- 26 Gémeaux 5 1 Em. 23 5o 2 23 52 4
- A2 Cancer 5 7 Em. 4 17 0 4 19 4
- 5626B.D. —15° 6 2 Imm. 17 44 0 17 49 2
- 3 Capricorne 3 2 Imm. 17 52 5 17 57 2
- — 3 2 Em. 19 10 8 19 i3 2
- 5757B.D.—4° 6 8 Imm. — 23 19 7
- 750B.D. -f-170 6 2 Em. 23 10 8 23 i5 4
- ASTRE Date : Oct. Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation et étoile voisine VISIBILITÉ
- 4 5b54m 1ih39m37S 1171124m I2h38m — 4°6' 3 2' 2,"o Vierge
- Soleil . 16 6 12 11 36 25 17 0 i3 22 — 8 3q 32 8,6 Vierge ))
- ( 28 6 3i 11 34 33 16 38 14 8 — 12 55 32 15,1 Vierge 1 «
- 4 6 42 12 i3 17 43 i3 9 — 6 54 4,8 a Vierge
- Mercure . 16 7 43 12 36 17 27 i4 18 — 14 55 5,o Balance ‘Inobservable.
- 28 8 36 12 56 17 14 i5 26 — 24 29 5,6 Scorpion )
- 4 6 33 12 10 17 45 i3 6 — 5 5o 9)8 « Vierge )
- Vénus. .< 16 7 9 12 18 17 26 i4 2 — 11 38 10,0 Balance /Inobservable.
- 28 7 46 12 29 17 11 i5 0 — 16 46 10,2 Balance
- 4 i5 21 19 3i 23 4l 20 29 — 22 47 i4,8 Capricorne
- Mars . 16 14 45 «9 7 23 3o 20 52 — 20 43 i3,4 Capricorne
- 28 14 10 18 46 23 22 21 18 — 18 18 12,0 1 Capricorne liUlli
- Jupiter 16 16 22 22 20 4 23 0 8 — 0 55 45,8 5 Baleine Presque toute la nuit.
- Saturne . iC 17 20 0 5 6 46 1 49 + 817 18,0 0 Poissons Toute la nuit.
- Uranus 28 17 10 0 42 8 10 3 i3 —f- 17 35 3,6 83 Bélier Toute la nuit.
- Neptune . 28 2 5i 9 9 i5 27 11 42 -f- 3 i5 2)4 (3 Vierge Avant l’aurore.
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- le 28 octobre. Malheureusement, à Paris, la Lune se couchera un peu avant la plus grande phase. Voici les heures des principales phases :
- Entrée de la Luae dans la pénombre à . . 3*i4im,5 Entrée de la Lune dans l’ombre à . 4h54m,3
- Milieu de l’éclipse à.......................6^36™,2
- Sortie de l’ombre à.........................8bi8m,3
- Sortie delà pénombre à................... . ghSi^o
- Coucher de la Lune et lever du Soleil à Paris à. 6b3i
- III. — Planètes. — Nous avons réuni dans le tableau précédent, d’après les indications de VAnnuaire astronomique Flammarion, les renseignements les plus utiles pour rechercher et observer les planètes principales pendant le mois d’octobre 193g.
- Mercure et Vénus sont inobservables ce mois-ci.
- Mars est encore bien placé pour être observé. Commencer son étude dès l’arrivée de la nuit. Son diamètre, à la fin du mois, sera réduit à moins de i2,r.
- Vesta, la petite planète n° 4, arrivera en opposition avec le Soleil le 28 octobre. Elle atteindra la magnitude 6,9 et sera visible dans une jumelle.
- Voici quelques positions où on pourra la rechercher.
- Date (oh)
- Ascension droite
- Déclinaison
- Oct. 8
- — 16
- — 24
- 2^27 m, 2 2 20 3 2 12 16
- 4- 2042' -j- 2 o -j- 1 22
- Jupiter est visible presque toute la nuit (l’opposition a eu lieu le 27 septembre. On pourra observer les phénomènes suivants, produits par les quatre principaux satellites :
- Octobre 2, I. Im. 2h3im; I. P. c. 23h38m; I. O. c. 2oh46m. — 3, I. P. f. ih5om ; I. O. î. ib59m ; I. Im. 2oh57m ; III. Im. 22hi2m; I. E. f. 23hi9m,7. — 4, III. E. f. x):129in,i;
- I. O. c. i8hi4m; I. P. f. ?ohi6m; I. O. f. 20h28m. — 5, II.
- P. c. i*45m ; II. O. c. 2V1; II. P. f. 4h2im. — 6, II. Im. i9b52m; II. E. f. 22b58m,6. — 10, I. P. c. ih22m; I. O. c. ih4im ; I. P. f. 3h34m; I. O. f. 3h54m; I. Im. 22b4im. —
- II. I. E. f. ihi4m,8 ; III. Im. ih27m; I. P. c. i9b48m;
- I. O. c. 20h9m; I. P. f. 22hOm; I. O. f. 22h22m. — 12, I. E. f. igh43m,6. — 13, IL Im. 22h36ra. — 14, II. E. f. ih34m,8; III. O. f. 19*19™. — 15, II. O. c. i8*3m; IL P. f. i9h44m; IL O. f. 2oh43m. — 17, I. P. c. 3hGm. — 18, I. Im.
- oh25ra ; I. E. f. 3h9m,9; I. P. c. 2i*32m; I. O. c. 2 2*4™ ;
- I. P. f. 23*45™. — 19, I. O. f. 0*17™; I. Im. i8*52m;
- I. E. f. 2ih38m,8. — 20, I. P. f. i8hum ; I. O. f. i8h47m. — 21, II. 1m. 0*22™; III. P. c. i8hi4m; III. O. c. 20*39™;
- III. P. f. 20*47™; III. O. f. 23*20™. — 22, II. P. c.
- 19*25™; II. O. c. 20*40™; II. P. f. 22h2m; II. O. f. 23*19™.
- — 24, IL E. f. i7b29m,g. — 25, I. Im. 2*11™; I. P. c. 23hi8m. — 26, I. O. c. 0*0™ ; I. P. f. i*3o™ ; I. O. f.
- 2hi2m ; I. Im. 20*37™; I. E. f. 23*34™,2. — 27, I. P. c.
- 17*44™ ; I. O. c. 18*28™; I. P. f. 19*57™; I. O. f. 20*41™. —
- 28, IL Im. 2h39m; I. E. f. 18*2™ ,8; III. P. c. 2i*3g™. —
- 29, III. P. f. 0*13™ ; III. O. c. 0*42™; IL P. c. 2i*43™; IL O. c. 23*17™. — 30, IL P. f. 0*21™; IL O. f. i*56. — 31, IL E. f. 20*6™,9.
- Le 19 octobre, l’étoile BD — i°,3 de 9e magnitude sera occultée par Jupiter de 22*3™ à 0*6™ du 20 octobre.
- Suivre la curieuse disposition et les mouvements des satellites I, III et IV à l’Ouest, de Jupiter, le 24 octobre, vers 22*3o™ et le 20 octobre, à la même heure des satellites I,
- II, III et IV tous à l’Est de la planète.
- Saturne se trouvera en opposition avec le Soleil le 22 octobre, à 3*.
- Voici les éléments de l’anneau pour le i4 octobre :
- Grand axe extérieur........................... 45" ,12
- Petit axe extérieur...........................— n",64
- Hauteur de la Terre sur le plan de l’anneau — x4°,948 Hauteur du Soleil sur le plan de l’anneau . — i40,87O
- Élongations de Titan : à l’Est, le 2 octobre, à 23h,o et le 18 à 20h,4 ; à l’Ouest, le 10 octobre, à 22*,4 et le 26, à i9h59-
- Uranus approche de l’opposition. Pour le trouver, utiliser la carte du n° 3o4o (ier janvier 1939), p. 26.
- Neptune va devenir observable et on le trouvera, à la fin du mois, avant l’aurore, à l’aide de la carte du n° 3o42 (ier février 1939), p. 91.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 2, à jb, Mercure en conj. avec Vénus, à 0035' S.
- Le 2, à 9b, Uranus — la Lune, à 1041' N.
- Le x 1, à 7b, Neptune — la I une, à 4°26' N.
- Le 13, à 15h, Vénus — la Lune, à 0048' N.
- Le i3, à 21 h, Mercure — la Lune, à ioi6' S.
- Le 18, à 23b, Vénus — / Vierge (4m7), à 00 7' N.
- Le 2i, à i8h, Mars — la Lune, à 8°iî' S.
- Le 25, à 12b, Vénus — « Balance, (21119) à o» 1 ' N.
- Le 25, à JP C n=3. <r+- CD ** 1 la Lune, à 4°22' S.
- Le 27, à 20b, Saturne — la Lune, à 3o 3' S.
- Le 29, à 13b, Uranus — la Lune, à 1037'N.
- Étoile Polaire; Temps sidéral : Temps
- Date Passage de la Polaire Heure (T.U.) sidéral (')
- Oct. 8 Supérieur oh3im46s ib 2m55s
- — 18 — 23 48 34 1 42 20
- — 28 — 23 9 16 2 21 4d
- Il y aura deux passages de la Polaire le 16 octobre : l’un à o*o™2is; l’autre à 23*56™26s.
- Étoiles variables. — Minima de l’étoile Algol ((3 Persée), visibles à l’œil nu (Cette étoile varie de 2m,3 à 3m,5 en 2j2oh4gm) : le 2 octobre, à 3*io™ ; le 4, a 28*59™; le 7, à 20*48™; le 22, à 4h52m; le 25, à ih4om; le 27, à 22h29m; le 3o, à i9hi8m.
- Le 5 octobre, maximum d’éclat de R Lion, variable de 5m,o à 10™,5 en 3o8J,7.
- Étoiles jilantes. — Le principal essaim actif ce mois-ci est celui des Orionides (Radiant voisin de v Orion), qui donne des météores du 16 au 22 octobre.
- V. — Constellations. — Voici l’aspect du ciel le ier octobre, à 21* ou le i5 octobre, à 20*.
- Au Zénith . Le Cygne; Céphée.
- Au Nord : La Petite Ourse; le Dragon; la Grande Ourse.
- Au Nord-Est : Le Cocher.
- A VEst : Le Bélier; le Taureau; Andromède; Persée.
- Au Sud : Pégase; le Verseau; le Capricorne; le Poisson Austral.
- A VOuest : La Lyre ; Hercule ; la Couronne boréale; Ophiu-chus; l’Aigle.
- Em. Touchet.
- 1. A 0h, pour le méridien de Greenwich.
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- COMMUNICATIONS A U ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 juin 1939.
- La buée. — M. Mérigoux poursuit ses études sur le dépôt de la buée obtenue en soufflant sur la surface d une huile de paraffine contenant des traces d’un corps actif, soluble et susceptible de former une couche monomoléculaire. Il expose que, si ce corps actif est un acide contenant moins de 17 atomes de carbone, les fines gouttelettes formant la buée crèvent les unes dans les autres et donnent une plaque; si le corps actif est l’acide stéarique, la tripalmitine, la tristéarine ou l’alcool cétylique, les gouttelettes crèvent difficilement et constituent des chapelets dont la forme persiste. Ces deux formes sont probablement dues à ce que la couche monomoléculaire est liquide dans le premier cas et solide dans le second. L’examen des figures de souffle permet l’identification de la substance active contenue dans l’huile et constitue donc une méthode d’analyse qui pourra être perfectionnée.
- Dosage de la morphine. — Le dosage précis et rigoureux de la morphine dans les tissus présente une grande importance en toxicologie. MM. Cahen et Feuer exposent une technique permettant de transformer quantitativement la morphine en apomorphine et de doser celle-ci photométri-quement avec l’analiscomètre Jouan. Cette méthode permet le dosage pour des quantités de 0 mgr 02 avec une précision de 5 pour 100 et de o mgr 16 avec une précision de 1 pour 100. Les solutions sont stables pendant au moins 24 heures et permettent donc des vérifications.
- Les levures de vin. — M. Renaud a étudié les levures à partir des lies des vins de la Vallée de la Loire en les cultivant, de préférence sur moût gélatiné à 12 pour 100. Au cours de ses recherches il a pu identifier 62 races de levures qui se rangent toutes dans le genre Saccharomyces et appartiennent aux types ellipsoideus, cerevisiae et pasto-rianus, le premier type étant de beaucoup le plus fréquent. Le genre Zygosaccharomyces est absent. Certaines races se rencontrent dans des vins d’origines très différentes, mais la microflore de chaque vin est assez spéciale et toujours complexe. Il est d’une pratique courante de provoquer la vinification par des races spéciales isolées à partir de vins réputés. L’adaptation des levures aux crus est un phénomène trop mal connu pour que ce procédé soit justifiable autrement que par ses résultats.
- La croissance de la betterave. — M. Godard expose les résultats de ses recherches sur l’influence de l’éclairement sur la croissance de la betterave sucrière. Celle-ci, dans nos conditions de climat, tend à utiliser la lumière maximum. Une réduction de 60 pour 100 de l’insolation moyenne entraîne l’impossibilité de la formation des racines par suite de l’équilibre entre l’assimilation et la respiration. Le facteur eau reste néanmoins fort important et les années à forte insolation mais trop sèches (1911) donnent des rendements inférieurs aux étés moins lumineux mais plus humides. En général c’est en automne, quand les besoins en eau sont toujours satisfaits, qu’une bonne insolation est susceptible d’accroître le rendement. Il est à noter que les différences portent presque uniquement sur la racine, le bouquet ne présentant que peu de variations.
- Séance du 19 juin 1989.
- Le champignon de couche. — La culture du champignon de couche se pratique par la germination des spores sur le moût gélosé et ensemencement sur fumier stérilisé. On obtient ainsi le « blanc de champignon » qui est transporté dans les couches. M. Sarazin a réussi des cultures monospores en séparant les spores dès apparition du tube germinatif au moyen d’un micromanipulateur. Les champignons de couche, sans doute par suite de la culture intensive, ont acquis un pied long et un chapeau globuleux. Au contraire, les plus vigoureuses parmi les cultures monospores ont donné des champignons ayant retrouvé leurs caractères primitifs : chapeau et pied larges. L’auteur a opéré ainsi une véritable sélection.
- L’atténuation des virus par la lécithine. — On
- sait que par cultures répétées en milieu lécithine, certains bacilles perdent leur virulence, celui du typhus murin est, par exemple, dans ce cas. MM. B. S. Levin et Olitzki ont vérifié qu’une souche ayant subi 260 passages en milieu lécithiné ne peut reprendre sa virulence. Leurs expériences ont été réalisées, soit après 80 passages ultérieurs en bouillon ordinaire, soit après 12 passages sur la souris, soit par contact entre les animaux infectés et des portées de jeunes. En aucun cas il n’a été possible de constater une reprise de la virulence des bacilles et leur atténuation par la lécithine paraît donc définitive. Cette vérification était très importante pour autoriser certaines techniques de rraccination.
- Une nouvelle fièvre. — M. Brumpt signale que l’épidémie de fièvre récurrente à poux qui a ravagé certaines peuplades de l’Afrique Équatoriale est due au spirochète de Babylone dont il a reconnu la présence à Damas, à Bey-. routh et à Palmyre. La maladie est propagée par un ornithodore, rOrnithodorus asperus, fréquentant les terriers profonds. Ce spirochète, malgré une parenté évidente avec d’autres parasites du bassin méditerranéen ou de l’Asie centrale, se comporte comme une espèce particulière. En dehors de l’O. asperus, agent vicariant normal, l’infection peut être réalisée par d’autres ornithodores, l’O, turicata, par exemple, qui ne vit qu’en Amérique. Ceci montre que certains facteurs vicariants, non décelés comme tels, peuvent le devenir dès qu’ils sont mis en contact avec des réservoirs de virus.
- Mécanisme de la vaccination. — MM. Vieuchange et Galli ont été amenés à supposer dans la vaccination jennérienne la présence d’un facteur neutralisant au niveau du point d’inoculation, facteur provoquant la tendance constante à guérir de la lésion. En effet, tous les extraits préparés à partir des lésions dermiques ont manifesté un pouvoir neutralisant très net vis-à-vis du virus vaccinal. Ce facteur a d’ailleurs un caractère spécifique. Il y a donc coïncidence, au point d’inoculation, du processus infectieux et du facteur immunitaire, le facteur neutralisant existant bien avant les anticorps qui n’apparaissent que le quatrième jour. La recherche de ce facteur dans les régions cutanées, même très voisines de la lésion, et dans les ganglions lymphatiques, donne des résultats très inférieurs à ceux obtenus dans le foyer inflammatoire. Ces variations sont parallèles à celles de la multiplication et de la migration du virus.
- L. Bertrand.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Notions d’éclairagisme, par A. Salomon. 1 vol. 189 p., 134 fig. Dunod, éditeur, Paris, 1939. Prix : broché : 38 francs. Ces conférences faites aux élèves de l’École des Arts Décoratifs intéressent les architectes et ensembliers auxquels l’exercice de leur art donne de multiples occasions d’appliquer les méthodes d’éclairage moderne. Dans le même ordre d’idées, elles rendront service aux peintres et sculpteurs pour la, présentation de leurs oeuvres. Les électriciens chargés de réaliser des installations rationnelles et artistiques y trouveront d’utiles indications.
- Les petites machines électriques à courant continu et alternatif (de 1/200 à 3/4 de ch) (t. II), par H. Lanoy. 1 vol. 172 p., 167 fig. Girardot et Cie, Paris, 1939. Prix : 48 francs.
- Ce volume est consacré à la construction des moteurs asynchrones à induction de faibles puissances, de types récents : moteurs monophasés à condensateurs, à répulsion, induction, à spires de démarrage en court-circuit, en particulier. Une éLude nouvelle et inédite traite de la mesure des bruits des petites machines, des moteurs silencieux, des essais, etc.
- Technique de la photomicrographie, par Fernand Lemardeley et l’Abbé Frémy. 1 vol. in-8°, 183 p., 116 fig. Librairie des Sciences et des Arts, Paris, 1939. Prix : 27 francs.
- Cet ouvrage expose avec clarté et méthode la technique de la photomicrographie. Celle-ci est loin d’être utilisée autant qu’elle devrait l’être, car beaucoup de micrographes amateurs et même professionnels s’en exagèrent beaucoup les difficultés. En suivant les indications des auteurs, on peut être assuré d’obtenir rapidement d’excellents clichés reproduisant bien les détails que l’on désire mettre en valeur ; de nombreux tours de main et renseignements pratiques sont réunis ici. Ce volume constitue la deuxième partie du Traité de Microscopie dont il a déjà été question ; la troisième et dernière partie : Recherche, récolte et préparation des objets microscopiques paraîtra prochainement.
- Le cerf sika, par F. Vidron. 1 vol. in-8°, 36 p., 16 pi. Encyclopédie biologique. Lechevalier, Paris, 1939. Prix : 60 francs. Un cerf et trois biches, offerts en 1890 par l’Empereur du Japon au Président de la République, se sont acclimatés et reproduits à Rambouillet si bien qu’ils ont aujourd’hui des descendants dans beaucoup de domaines de chasse et figurent aiix tableaux des battues. L’auteur, chef du service des chasses présidentielles, décrit ce cerf, vante ses qualités d’animal de parc et fixe l’histoire de son introduction et de son extension jusqu’en Provence.
- Wild ûowers of Australia, par Thistle Y. Harris. 1 vol. in-8°, 198 p., 65 pi. en couleurs. Angus and Robertson, Sydney and London, 1939. Prix relié toile : 8 sh 6 d. L’Australie forme un continent dont la flore et la faune sont très particulières. Depuis la jungle de la côte orientale, chaude et pluvieuse, en passant par la brousse aux fleurs magnifiques, jusqu’aux terres arides et aux déserts du centre et de l’Ouest, c’est une grande variété de plantes dont beaucoup sont ailleurs inconnues. Pour faciliter leur reconnaissance et guider les botanistes herborisants, l’auteur donne leur description et des tables de classification, suivies d’un glossaire. Cette partie scientifique est précédée d’une autre présentation plus populaire, avec indications d’habitat et de floraison, accompagnée de 248 figurations en couleurs des plantes les plus communes par un artiste de talent, Adam Foster. Écrit pour les étudiants australiens, ce livre attirera l’attention des botanistes européens.
- La parthénogenèse des Vertébrés, par Tean Rostand. 1 vol. in-8°, 62 p. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cle, Paris, 1938. Prix : 18 francs.
- Analyse et bibliographie très complètes des travaux sur la parthénogenèse chez les Vertébrés, principalement chez les Batraciens qui ont servi à un grand nombre d’expériences.
- Uapiculture pratique, par Jean Hurpin. 1 vol. in-16, 192 p., 25 fig. La Maison rustique, Paris, 1939. Prix : 15 francs.
- Praticien expérimenté, l’auteur a réuni tout ce qu’il faut savoir des abeilles, du rucher, des travaux apicoles, du miel. C’est un manuel simple, clair, plein de conseils pratiques et de renseignements de première main.
- L’art de moderniser son rucher par la méthode du transvasement, par Edmond Alphandéry. 1 broch. in-8°, 16 p., 31 fig. Librairie de vulgarisation apicole, Mont-favet (Vaucluse).
- Pour peupler les ruches modernes à cadres, l’auteur explique ce qu’il faut faire d’un essaim ou des abeilles d’une ruche fixe : époque, outillage, préparation des cadres, transvasement du miel et du couvain.
- Une civilisation du miel, par J. Vellard. l vol. in-8°, 189 p.
- Ayant parcouru pendant 2 ans le Chaco paraguayen et la grande forêt orientale, l’auteur a approché les Guayakis, petites hordes errantes, sans agriculture, presque sans industrie, faibles et méfiants, nourris du miel des abeilles sauvages, protégés par la forêt à 50 km du chemin de fer. Il a noté leur vie, leur organisation sociale, leur langage, recueilli leurs instruments et il révèle ainsi une des formes les plus rudimentaires de vie forestière.
- Monographie des Betsileo (Madagascar), par H.-M. Dubois, S. J. 1 vol. in-4, 1510 p., 191 fig., 10 pi. Travaux et Mémoires de l’Institut d’Ethnologie, Palais de Chaillot, Paris, 1939. Prix : cartonné toile, 250 francs.
- Arrivé au pays Betsileo en 1902, l’auteur écrit 37 ans après la somme des connaissances qu’il y a acquises, après avoir été longtemps missionnaire de brousse, directeur d’écoles, puis avoir ordonné ses observations et ses informations à Tanana-rive, Rome et Paris. Il a compris ses catéchumènes et les a aimés, si bien qu’il les présente avec beaucoup de vérité et de finesse : aussi n’est-on pas surpris qu’il les voie comme les Champenois de la Grande lie. Son livre est l’inventaire complet de cette grande tribu : géographie, peuplement, histoire ; vio individuelle, familiale et sociale ; religion, morale et droit ; divination, fétichisme et magie ; art et littérature ; il est suivi d’un vocabulaire et d’un lexique. Tout est si bien observé, senti et réfléchi, qu’on voit toute la vie indigène, qu’on pénètre sa mentalité et ses sentiments. C’est un témoignage, un exemple et un modèle.
- La réglementation de la culture du tabac, par René Besse. 1 vol. in-16, 175 p. Collection « La Terre ». Flammarion, Paris, 1939. Prix : 16 fr. 50.
- Les tabacs sont un monopole régi actuellement par la Caisse autonome d’amortissement. Leur culture appartient à des planteurs privés groupés aujourd’hui en Confédération. L’État, acheteur unique, autorise les cultures et surveille les récoltes, exige leur déclaration et leur livraison, fixe les prix par qualités, réassure même contre les risques. Ce régime spécial et complexe est remarquablement exposé et expliqué par le député de Cahors, lui-même planteur.
- Les réflexes conditionnels et la psychologie mo= derne, par W. Drabovitch. 1 broch. in-8°, 69 p. Actualités scientifiques et industrielles. Hermann et Cis, Paris, 1937. Prix : 15 francs.
- Élève de Pavlov, l’auteur rappelle le développement de son oeuvre sur les réflexes conditionnels qui l’ont conduit de la physiologie nerveuse aux confins de la psychologie, puis il décrit ses mesures personnelles des variations de chronaxie pendant Faction des excitants conditionnés et il termine par l’espoir d’une fusion des connaissances de la conscience et de l’expérience.
- Hygiène du cardiaque, Par B. Theodoresco. 1 vol. in-16, 101 p. Collection Hygiène et diététique, Doin et Cie, Paris, 1938. Prix : 15 francs.
- Il y a une prophylaxie des affections cardiaques, notamment des suites du rhumatisme. Il y a des règles d’hygiène à observer tous les jours dans la profession, l’alimentation, les sports, etc., et des soins particuliers à chaque affection. Clair et simple, ce livre donne au malade et au médecin tous les conseils utiles.
- Radiobiologie. Applications de l’art des sourciers à l’agriculture, à la médecine humaine et vétérinaire, par M. Lar-varon. 1 vol. in-16, 206 p., fig. Chez l’auteur, 66, rue du Général Margueritte, Rennes. Prix : 25 francs.
- Avec 'des pendules et des baguettes qui lui sont propres, l’auteur prospecte les cultures, l’être vivant ; ses travaux, dit-il, « ouvrent un large champ d’étudés aux biologistes et aux physiciens ».
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- AUTOMOBILE
- Une solution simple de la roue libre pour automobile.
- La roue libre rend plus agréable la conduite et surtout permet de réduire dans des proportions plus ou moins sensibles la dépense de carburant; dès que l’élan de la voiture est suffisant, le moteur est automatiquement réglé à sa vitesse de ralenti minimum.
- Pourtant, les différents dispositifs mécaniques de roues libres, généralement ingénieux mais compliqués et délicats, ne semblent pas avoir eu grand succès ; on peut leur reprocher, en interrompant la liaison du moteur et des roues motrices, de rendre moins satisfaisante la tenue de route. Dans le service de ville, le moteur ne peut plus agir comme frein et la sécurité du freinage en est un peu diminuée. C’est pourquoi, tous les dispositifs de roue libre proposés possédaient un dispositif permettant de les bloquer à l’aide d’une manette placée sur le tablier de contrôle de la voiture.
- Une solution nouvelle, beaucoup plus simple, uniquement pneumatique et non mécanique, donne des avantages analogues à ceux de la roue libre mécanique, en évitant la plupart de ses inconvénients.
- E n particulier, elle ne comporte aucun mécanisme sur la transmission et elle laisse les roues motrices constamment e n liaison avec le moteur.
- L’appareil agit essentiellement comme économiseur et remplace les additions d’air réglable qui ont souvent l’inconvénient de troubler l’alimentation du moteur.
- Le dispositif consiste simplement en une large soupape de prise d’air placée sur le collecteur d’admission des gaz. A l’aide d’une tirette, ou par la remontée de la pédale d’accélérateur, on ouvre cette soupape et on suspend ainsi l’aspiration sur le carburateur, ainsi que l’effet de freinage qui eu résulte, par suite de l’obstacle créé au passage du flux gazeux par le papillon du carburateur (fig. i).
- La tubulure d’admission étant à la pression atmosphérique, les pistons ne sont plus retenus dans leurs mouvements de descente pendant le temps de la dépression, et le moteur devient complètement libre ; il ne s’oppose plus à la course de l’automobile et, bien entendu, toute consommation d’essence est supprimée, puisqu’il n’y a plus d’aspiration. On supprime donc à la fois le débit d’essence et la résistance apportée par le moteur à l’avancement de la voilure.
- Il n’y a plus de modification de la carburation comme avec un économiseur ordinaire, mais une mise hors circuit' du carburateur, toutes les fois que l’élan de la masse du véhicule tend à entraîner le moteur, au lieu d’être entraînée par lui.
- Pour que ce résultat soit atteint, la valve d’admission
- libre doit être parfaitement étanche au repos ; son ouverture et sa fermeture doivent être très brusques pour assurer les reprises du moteur. L’entrée massive et brutale de la masse d’air au moment où la valve est ouverte dans la tubulure d’admission produit, de plus, un décalaminage contribuant à augmenter l’intérêt de ce montage aussi simple qu’ingénieux.
- AGRICULTURE Bêche automatique.
- Que la terre est basse ! s’est écrié souvent l’horticulïeur-amatcur qui bêche son propre jardin, et que de maux de reins ont suivi ce labeur !
- La bêche automatique, que nous décrivons ci-dessous, facilite infiniment ce travail.
- Elle consiste en une fourche-bêche du modèle ordinaire, au manche muni d’une poignée, pourvue d’un dispositif comprenant un socle avant, un socle arrière, une pédale et un mécanisme intérieur soulevant et retournant la motte de terre.
- La bêche, tenue par la poignée, étant présentée au sol,
- Fig. 2. — La bêche automatique.
- parallèlement à la tranchée faite au préalable (fig. 2, à gauche) est enfoncée par une pression du pied sur la pédale jusqu’à ce que le socle avant touche le sol.
- A ce moment, l’opérateur saisit l’extrémité du manche et le tire en arrière, en même temps qu’il appuie du pied sur le socle arrière (fig. 2, au milieu).
- Ces deux mouvements combinés produisent immédiatement le soulèvement de la motte de terre, son avancement au-dessus de la tranchée et son retournement (fig. 2, à droite).
- Tout en maintenant le pied sur le socle arrière, il suffit maintenant de relever le manche par la poignée d’enfoncement et de soulever l’ensemble de l’appareil pour revenir à la position de départ.
- Un dispositif secondaire permet de retourner la terre, à volonté, à droite ou à gauche. On la fait se retourner à droite quand on bêche à droite, et à gauche quand on bêche à gauche.
- Les photos montrant l’opérateur bêchant de la main gauche, tout en maintenant en équilibre, dans la main droite, Une bêche automatique en miniature, prouvent avec quelle facilité s’opère ce bêchage.
- M. P. Lacroix, rue Jean-Jaurès, à Villeparisis (Seïne-et-Marne).
- Fig. 1. — Schéma de montage de la valve d’admission libre Westinghouse jouant le rôle d’une roue libre pour automobile.
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- BOITE AUX LETTRES
- De tout un peu.
- M. le Pr V. Peresvit, à Paris. — 1° S’il s’agit d’effectuer un collage du caoutchouc vulcanisé, il faut pour avoir de la solidité faire intervenir le chlorure de soufre et décaper soigneusement l’endroit où doit se faire la jonction, en frottant avec du papier de verre neuf.
- Après avoir appliqué à cet endroit la « dissolution » courante du commerce, laisser partiellement sécher, puis passer rapidement sur ladite application une mixture composée de :
- Sulfure de carbone.............. 100 cm3
- Chlorure de soufre.............. 2 gr
- Faire immédiatement la jonction des pièces, serrer fortement et laisser prendre le collage définitivement.
- 1° Si votre colle pour cuir dont le solvant s’est évaporé, ne se dissout pas dans l’acétone, c’est qu’elle est très probablement à base de caoutchouc ; dans ce cas, essayer la benzine ou le sulfure de carbone.
- M. Verbeke, à Bruges. — La préparation d’origine étrangère employée pour brasure doit avoir une composition voi-
- sine de la suivante :
- Borax pulvérisé....................... 60 gr
- Sel ammoniac.......................... 20 —
- Ferrocyanure de potassium ... 15 —
- Colophane.............................. 5 —
- M. Chabel, à Valence (Drôme). — 1° Le verre Pyrex peut être employé sans inconvénient dans les conditions que vous exposez.
- 2° Le liquide dont vous parlez, employé pour le dérouillage, est très probablement une solution saturée de chlorure d’étain, la coloration étant là seulement pour la présentation à la clientèle.
- Cercle des Beaux-Arts, à Nantes. — 1° Vous pouvez prendre comme type de colle acétonique la formule suivante :
- Celluloïd ............................ 30 gr
- Acide oxalique......................... 1 — 5
- Acétone.............................. 100 —
- Laisser digérer en agitant fréquemment jusqu’à dissolution complète, ce qui demande au moins trois à quatre jours, décanter après repos et conserver en flacons bien bouchés.
- 2° L’ouvrage Colles et mastics, de Fritsch, édité par la Librairie centrale des Sciences, 27, quai des Grands-Augustins, vous donnera très probablement satisfaction.
- M. Renant, Maison Saint-Augustin, à Enghien (Belgique). — 1° Vous pourrez facilement élever le point de fusion de la cire des cierges en y incorporant une quantité suffisante soit de paraffine fondant à 80°, soit de cérésine qui fond de 75° à 80°.
- 2° Pour éviter d’avoir à moucher les mèches des bougies ou des cierges, il suffit d’appliquer le procédé inventé par de Milly en 1836 qui consiste à prendre des mèches en coton tressé et de les tremper pendant quelques heures dans une solution à 1,5 pour 100 d’acide borique et 1,2 pour 100 de sulfate d'ammoniaque ; après quoi on essore les mèches et les fait sécher à l’étuve avant mise en place dans les moules où doit avoir lieu la coulée de la cire.
- M. de Mentry, à Bruxelles. — 1° Pour éviter les réflexions dans le tube, noircir l’intérieur des lunettes au
- moyen du vernis suivant :
- Eau chaude............................ 500 cm3
- Borax................................... 15 gr
- Gomme laque en écailles. ... 30 —
- Glycérine.............................. 15 —
- Après dissolution dans l’ordre indiqué, on ajoute 60 gr de noir d’aniline.
- Plus simplement, il vous suffirait comme préparation d’amateur de faire dissoudre 10 gr de colophane dans 100 cm3 d’alcool à 95°, puis d’incorporer une quantité suffisante de noir de fumée.
- 2° Les caoutchoucs factices sont constitués par des huiles végétales, habituellement lin ou colza, traitées par de la fleur de soufre à chaud, ou au chlorure de soufre à froid, donnant par le premier traitement des factices bruns et par le second des factices blancs.
- Dans le premier cas, on expose dans une enceinte de vapeur à plus de 120° G, un mélange de l’huile oxydée, additionnée à l’avance de la proportion de soufre en fleur nécessaire au fixage de la masse.
- Dans le second cas, on expose la masse peu épaisse (1 mm au maximum) dans une atmosphère de vapeurs de chlorure de soufre, ou bien on la trempe dans une solution de chlorure de soufre dans l’essence de pétrole à 0,700-0,720 de densité, ou encore dans le sulfure de carbone, d’ailleurs moins employé à cause des dangers d’inflammation.
- 3° La nitrobenzine C6H5Az02 qui porte également les noms de nitrobenzol et essence de mirbane se prépare ainsi :
- Prendre 150 gr d’acide sulfurique concentré, 100 gr d’acide nitrique ordinaire (D = 1,41). Dans le mélange froid, on introduit par petites portions 50 gr de benzine (benzol). Ensuite, on chauffe une demi-heure à 60°, refroidit, lave à l’eau et rectifie par distillation.
- Le rendement est d’environ 80 pour 100.
- M. Madeuf, à Aurillac. — L'imperméabilisation des draps pour vêtements se fait généralement à l’alumine, procédé qui a l’avantage de ne pas supprimer la circulation de l’air au travers de l’étoffe.
- On commence par faire une dissolution de :
- Alun pulvérisé........................... 5 kgr
- Eau ordinaire chaude.................... 60 1
- A cette solution, on ajoute la suivante :
- Cristaux de soude...................... 250 gr
- Eau chaude.............................. 10 1
- Il se produit une effervescence, on mélange bien, puis on fait intervenir une troisième solution de :
- Acétate de plomb......................... 5 kgr
- Eau chaude.............................. 40 1
- Il se produit un abondant précipité blanc de sulfate de plomb et le liquide renferme alors de l’acétate d’alumine qui est l’agent d’impei'méabilisation, on laisse reposer douze heures et décante le liquide limpide qui est prêt pour l’usage ; quant au dépôt inutile, il peut être jeté.
- L’imprégnation du drap se fait par immersion dans le bain froid ; une fois le tissu bien imbibé, on le laisse égoutter au-dessus du récipient, puis le fait sécher dans une étuve portée à 50°-60° C. dans laquelle se fait la dissociation de l’acétate d’alumine en alumine qui reste à la surface de la fibre et en acide acétique, lequel étant volatil s’évapore.
- Ce dernier chauffage est indispensable pour fixer l’alumine, à défaut d’étuve on peut se contenter de passer sur le drap un fer à repasser modérément chauffé, mais l’opération se conduit moins bien que par l’étuvage qui est la méthode de choix.
- Gymnasio N. S. da Victoria, à Bahia. — La formule suivante de pâte à polycopier vous donnera très probablement
- satisfaction :
- Gélatine.................................. 80 gr
- Glycérine................................ 300 —
- Dextrine ................................. 30 —
- Sucre blanc .............................. 40 —
- Eau ordinaire ... i ... . 200 —
- On laisse la gélatine se gonfler dans l’eau froide pendant douze heures, puis liquéfie au bain-marie et ajoute successivement la dextrine, le sucre et la glycérine ; après repos et écumage au moyen d’un petit carton, on coule la masse encore tiède dans les moules en fer blanc de faible hauteur préparés aux dimensions du papier qui doit être utilisé.
- Au cas où par suite de la température élevée du pays, la préparation se révélerait trop molle, il suffirait de diminuer un peu la quantité d’eau et de glycérine dont les proportions n’ont été indiquées que comme élément de départ.
- Le Gérant : G. Masson.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (france). — 1-9-1939 — Published in France.
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- N" 3057
- LA NATURE
- 15 Septembre 1939
- LE DEGAGEMENT DES ACCÈS DE LYON
- Le 12 février dernier, un premier coup de pioche symbolique autant que solennel a inauguré les travaux de percement de la colline de la Croix-Rousse à Lyon. Quelques mois plus tôt, la première pierre d’un pont
- a imprimé aux rues la cadence d’un mouvement jusque-là inconnu. Qu’on y veuille voir le signe d’une utile activité ou la marque d’une agitation factice, le fait est là. Il faut en tenir compte.
- Boules Nationales Ifoies principales autres que UN. Chemins de Fer Rocade Ferroviaire Autoroute inlra et extra urbaine — Limite du département
- Fig. 1. — Plan d’ensemble de Lyon et de sa banlieue montrant les travaux entrepris pour dégager la circulation automobile. Ils comprennent 4 ponts : 1, 2, 3, 4 ; un tunnel T ; une autoroute A, un boulevard de ceinture B.
- sur le Rhône, dénommé pour l’instant pont « Amont », avait été posée au voisinage immédiat du pont du chemin de fer sur la ligne de Genève.
- Tout cela fait partie d’un ensemble de grands travaux, projetés en vue de décongestionner la circulation lyonnaise, et qui sont maintenant en voie de réalisation.
- Ici, comme partout, la traction automobile a modifié l’aspect de la ville. La multiplication des véhicules
- UN PLAN D’ENSEMBLE INSPIRÉ DU PASSÉ,
- DU PRÉSENT ET DE L’AVENIR
- Avec ses deux larges voies d’eau et sa demi-ceinture de collines, la topographie d^Lyon ne facilitait pas la tâche des urbanistes auxquels est échue la mission de pratiquer sur le pourtour les saignées de dégagement.
- En leur temps, les tracés ferroviaires n’avaient pas soulevé moins de difficultés. On s’en était tiré par des
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- Fig. 2. — Maquette du pont « Amont ».
- lancements de ponts et des percées de tunnels : ponts Perrache sur le Rhône et sur la Saône, tunnel de Saint-Irénée en direction de Paris, tunnel Saint-Paul en direction de Montbrison, pont sur le Rhône à hauteur de Saint-Clair en direction de Genève. Pour des lignes d’intérêt secondaire (ligne des Dombes) ou d’intérêt local (train-tramway de Vaugneray), dont il avait paru plus expédient de situer l’embarcadèi'e à l’altitude du plateau, c’est par le moyen de « ficelles » (*) que voyageurs et marchandises y accédaient depuis la ville basse. Plus tard, lorsque se révéla engorgé le goulot Vaise-Perrache, on recourut à des lignes de rocade : construction de la ligne Givors-Roanne, dégageant le trafic sud-nord en direction du Bourdonnais d’un côté, du Nivernais de l’autre, par le tunnel des Echarmeaux, aménagement de la ligne Saint-Fons, Lyon-Brot-teaux, Lyon-Saint-Clair gagnant directement la ligne de Bourgogne par le tunnel de Caluire et le pont de Collonges.
- C’est à des remèdes analogues qu’ont dû s’arrêter les services compétents pour dégager les accès de Lyon par la route et faciliter le trafic des véhicules en transit. Tous les moyens, à l’exception des « ficelles » ont été mis à contribution pour l'aménagement du plan d’ensemble.
- Mais tandis que les chemins de fer avaient la faculté de/tailler dans le neuf, la voirie routière a dû adapter son système de débridement au réseau routier existant. Un coup d’œil sur une carte (fig. i) montre tout de suite l’important nœud de communications routières qu’est Lyon. S’articulant en cisaille au cœur de la ville, les routes nationales 7 (Paris-Antibes) et 6 (Paris-Turin) assurent les grands courants Nord-Sud et Nord Sud-Est. Autour de cette articulation s’épanouissent en éventail la N. 83 en direction de Strasbourg, la N. 84 en direction de Genève, la N. 517 en direction de Crémieu et d’Aix-les-Bains, la N. 86 en
- 1. Funiculaires.
- direction du Puy, la N. 89 en direction de Bordeaux.
- Ainsi apparaît le caractère de plaque tournante de la circulation routière du Lyon de nos jours. Or, ce caractère est celui du Lyon de toujours, retrouvé à la faveur de la traction automobile. Plaque tournante était Lyon au temps du roulage et des diligences, plaque tournante au temps de la pénétration italo-médi-terranéenne de la Renaissance ; plaque tournante au temps des migrations médiévales ; plaque tournante du réseau général du Rhône, tel était, il y a 2.000 ans, le rôle assigné à Lyon par la volonté de Rome, lorsque Marcus Vispanius Agrippa, gendre d’Auguste, entreprenait de faire de Lugdunum le carrefour centré sur le Forum Vêtus (Fourvière) d’un réseau de routes stratégiques et commerciales qui devait assurer à Lyon la prééminence dans la Gaule romaine.
- Ce rôle, Lyon l’a recouvré et plus complètement peut-être qu’il n’était souhaitable ; car le carrefour stratégique avait été un peu perdu de vue. A la faveur des événements, il reprend toute sa valeur. C’est de quoi souhaiter que les travaux entrepris en vue de dégager la plaque tournante de la a transalpine romaine et chevelue » soient menés rondement.
- UNE AUTOROUTE SEMI-FLUVIALE
- L’écueil à éviter dans le dégagement était de trop dégager, c’est-à-dire, par une voie de rocade trop excentrique, d’écarter la circulation en transit de l’agglomération lyonnaise et de ses attraits artistiques, touristiques et commerciaux. D’autre part il n’était pas possible d’élargir les routes nationales dans la traversée de la ville, sans se heurter à des expropriations prohibitives et sans tailler dans des ensembles architecturaux, dont on ne peut amputer la ville sans la défigurer.
- Aussi s’est-on arrêté à une solution hybride.
- Comme on le voit sur le plan d’aménagement ci-contre (fig. 1) une demi-ceinture de boulevards circu-
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- laires est créée à bonne dislance du centre, depuis un point situé sur le Rhône à la hauteur de Saint-Clair jusqu’en un autre point sur le Rhône, situé au delà du coniluent de la Saône, à la hauteur de Saint-Fons.
- C’est par le cours du Rhône, entre ces deux mêmes points, que la boucle sera bouclée. Oui, mais pas par les quais du Rhône qu’il ne pouvait être question d’élargir sans détruire les plantations qui en font l’agrément et qu’on pouvait, moins encore, voir transformer en autostrade avec les servitudes qu’entraîne une telle situation.
- L’idée originale a consisté à utiliser pour cet objet les bas-ports. Ainsi la configuration hydrographique a-t-elle été mise à profit pour l’aménagement d’une rocade participant du boulevard extérieur et de la grande artère centrale.
- Fmtre le pont amont et le pont Pasteur, la circulation sera à sens unique, descendante sur la rive droite, ascendante sur la rive gauche. Au-delà du pont Pasteur la circulation se poursuivra à double sens et à quatre files de véhicules.
- Ce tracé fluviatile posait trois questions : A quel niveau implanter la chaussée ? Comment passer sous les ponts P Comment parer aux crues du fleuve ?
- Les deux premières sont résolues. La chaussée sera construite au niveau du bas-port, en adoptant une cote moyenne pour supprimer les ondulations du profil en long, la protection sera assurée par une murette. Des sorties sur chaque rive à chaque pont sont prévues et des raccordements aux extrémités, d’une part, avec le pont « Amont » et le boulevard de ceinture et, d’autre part, au sud avec la R. N. 7 et le boulevard de ceinture.
- Pour le franchissement des ponts, trois modes différents, en rapport avec la structure des ponts, sont envisagés.
- Pour g d’entre eux (Amont, viaduc du chemin de fer, ligne de Genève, Boucle, Central,
- Wilson, Guillotière, Université, viaduc du chemin de fer Perrache, Pasteur) il existe, ou existera, sur les bas-ports des arcs de décharge permettant le passage d’une autoroute de 7 m de large, avec garde-roues de o m a5. Le seul travail envisagé est, là où la chose sera nécessaire, de creuser légèrement le profil en long de manière à assurer partout sur toute la largeur de la chaussée un gabarit de 4 m 5o.
- Pour 3 autres ponts (Morand, Lafayette, Galliéni), où il n’existe pas d’arc de décharge, on passera sous l’arc en creusant le profil en long sans modifier sensiblement les alignements et l’on évacuei'a par pompage automatique, avec dispositif de contrôle et signalisation à distance du niveau, les eaux de pluie, d’infiltration, voire de crues.
- Enfin pour le pont Waysse et la passerelle du Collège, qui sont des ouvrages suspendus légers, la traversée est prévue en ligne droite
- : = ~ = ........ ~ 163 =t-
- et à niveau des massifs de culée qui empiètent complètement sur les bas-ports.
- La protection de l’autoroute contre les crues pose la question de savoir à quel niveau doit être arasée la murette de protection. Elle doit tenir compte des relevés pratiqués depuis fort longtemps trois fois par jour sur 3 échelles, l’une à l’amont de la ville, la 2e au pont Morand, la 3e au confluent de la Saône ; mais aussi d’un grand nombre de facteurs locaux : remous des ponts, dénivellation du profil transversal dans les courbes, qui compliquent singulièrement le problème. Le tracé définitif est en cours d’étude.
- 11 va de soi que ces aménagements impliquent l’abandon de la navigation dans la traversée de la ville. Mais, depuis des années déjà, cet abandon est acquis sur la section en question et le canal parallèle au fleuve, prévu au programme de la Compagnie nationale du Rhône, doit recueillir la navigation rhodanienne en amont du confluent de la Saône.
- Condamnées à disparaître sont aussi, semble-t-il, les « plattes », ces utiles bateaux-lavoirs dont l’aspect appartenait au paysage traditionnel des rives et que les Lyonnais ne verront sans doute pas, sans regrets, déserter leurs attaches.
- LES NOUVEAUX PONTS
- Ils seront au nombre de quatre.
- Sur la Saône, le pont « Ouest » joindra la N. 7 à son débouché à Yaise au tunnel en construction sous la Croix-Rousse, lequel à son autre extrémité débouchera sur le pont « Central » raccordé à l’autoroute montante et à l’autoroute descendante des bas-ports du Rhône. Ainsi les véhicules arrivant par la N. 7 pourront-ils à leur gré accéder facilement au centre de la ville, ou la contourner. Situé dans l’axe du boulevard Pommerol, le pont « Amont » sera en communication directe avec
- Fig. 3. — Etal des travaux du pont « Amont » jin 1938.
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- = 164 ...................:== =
- le boulevard de ceinture et, par un viaduc d’accès en béton armé de 77 m de longueur, avec l’autoroute rive gauche. Par là s’écoulera le flot des voitures en provenance ou en direction de Genève et de Strasbourg.
- Enfin le pont « Aval » est appelé à faire la liaison entre l’autoroute et les directions de Saint-Étienne et du Puy d’un côté, de Rive-de-Gier de l’autre. L’étude n’en est pas terminée.
- Pour les trois autres on peut fixer comme suit leurs caractéristiques :
- immeubles. Un profil en long rectiligne et horizontal raccordera ces deux points à la cote 171 m.
- Le profil en travers a été largement conçu à quatre voies, c’est-à-dire à 12 m de large. Ainsi, la même largeur étant accordée aux ponts et au tunnel, celui-ci ne formera pas goulot de rétrécissement, ce qui sera de nature à éviter bien des accidents aux accès. Le gabarit adopté, 4 m 3o, autorise la circulation de tous véhicules. Un trottoir de service de chaque côté, de o m 95, avec bordures garde-roues de o,35, porte au total la
- Nature Longueur Largeur
- Chaussée Trottoirs
- Pont « Ouest »... Suspendu rigide i38m8o 1 travée centrale 2 travées de rives I2m sur dalle en béton armé revêtement : mastic bitumineux antidérapant 2 x 4m
- Pont cc Amont » . . Béton armé 237m 5 arches 12m revêtement : béton à base d’hydrocarbure 2 X 4m
- Pont « Central » . . Béton armé 205m arc central en béton encadré par'2 culées ajourées 12m 2 x 4m
- Seul est en voie de construction, pour l’instant, le pont « Amont » dont on voit par la maquette reproduite ci-contre (fig. 2) qu’il formera un ensemble d’une architecture plaisante restant dans la note d’une élégante simplicité. Son achèvement est prévu pour décembre 1940.
- Pour le pont « Ouest » les travaux doivent commencer en 1940 et être achevés en 1942. Aucune prévision n’est encore donnée pour le pont « Central ».
- UN TUNNEL ROUTIER DE I 793 MÈTRES SOUS LA CROIX-ROUSSE
- Dans le répertoire des tunnels analogues, celui-ci se placera par sa longueur entre le tunnel sous l’Escaut à Anvers (1.780 m) et celui de Mitwood à New-York sous l’Hudson (2.45o m). Parmi les derniers construits, celui de la Mersey à Liverpool atteint le chiffre record de 3.220 m.
- Comme têtes d’attaque, on a choisi : côté Saône un point situé dans l’axe de la rue Marietton à Vaise, rue qui n’est autre que la N. 7 au point dénommé place de la Pyramide où elle s’articule à la N. 6 ; côté Rhône, la plàhe Chazette, où la .colline domine directement le quai, de telle manière que l’on n’aura ni section à ciel ouvert au milieu des' rues, ni souterrain sous des
- plate-forme à i4 ni 60 ; ce qui paraît une largeur record pour un ouvrage de cette longueur : les trois souterrains, les plus récents précédemment cités, — New-York, Anvei’s et Liverpool — ont des chaussées respectivement de 6 m 52, 6 m 80 et de 11 m de large avec d’étroits passages de service. Seul dépassera légèrement cette largeur, quand il sera achevé, le tunnel de Saint-Cloud, avec sa section de 17 m (x) ; mais celui-ci sera plus de moitié moins long que le tunnel de la Croix-Rousse.
- Ainsi que le montre la coupe géologique donnée ci-contre (fig. 4), la colline de la Croix-Rousse offrait au percement de ce souterrain des conditions exceptionnellement favorables. Sauf sur une longueur de 200 m, où l’attaque rencontrera des molasses marines compactes, toute la percée traverser un massif d’origine interne parfaitement résistant surmonté d’une couche de marnes imperméables qui se prolonge pardessus la molasse jusqu’à affleurer au rebord de la terrasse rhodanienne. Ainsi peut-on prévoir de remarquables conditions d’étanchéité.
- A Anvers, dont nous avons visité le tunnel sous l’Escaut pendant sa construction, on n’avait pas eu tant de chance.
- 1. Voir notre article : Le dégagement des accès de Paris, La Nature du lo janvier 1938.
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- LE PROBLÈME DE LA VENTILATION
- 165
- Si l’aération naturelle peut être suffisante pour des souterrains de courte longueur, il n’en va pas de même pour un tunnel de l’ordre de celui en construction à Lyon.
- Aussi la question de la ventilation a-t-elle fait l’objet d’une étude minutieuse de la part de M. Chadenson, le distingué ingénieur auteur du projet en cours de réalisation.
- Comme son étude a plus d’une raison d’être intéressante, laissons-lui la parole :
- « A la vitesse de 16 km, qui sera la vitesse au maximum de charge, une voiture de tourisme de puissance moyenne dégage en palier 28 1 d’oxyde de carbone par minute. Un camion de 5 t dans les mêmes conditions en produit 70 1 par minute.
- Pour une circulation de 4.000 véhicules à l’heure, marchant à 16 km/h, en admettant un tiers de poids lourds, il y a en permanence dans le tunnel de 1.800 m :
- — 45o véhicules dont i5o poids lourds.
- 16.000
- Cela donne, par minute, un dégagement d’oxyde de carbone égal à :
- 3oo x 28 + i5o x 70 = 18.900 l/mm.
- A ce régime de pointe, le réglage de CO est à la limite, soit au pourcentage de ~ q~0 > Ie pourcentage
- 25
- normal étant de
- 10 000
- volume d’air frais de :
- ; cela demande donc un
- 18.900 X 10.000
- = 47.a5o.ooo 1/nm = 47.000 m3 ».
- En se basant sur ce calcul et en prévoyant le dosage de l’oxyde de carbone par comptage des véhicules au moyen de cellules photo-électriques et intégrateur donnant total et fréquence par unité de temps, comme la chose est pratiquée dans le tunnel sous l’Escaut, on réglera la ventilation.
- Le réglage sera donné au départ par une gamme de ventilateurs de puissance différente, fonctionnant chacun à vitesse variable et actionnés à partir de deux stations prévues à chaque tête de tunnel.
- LE TUNNEL
- SERA ÉCLAIRÉ A LA VAPEUR DE SODIUM
- Des considérations physiques (plus grande brillance), physiologiques (vision plus nette parce qu’un objet étant éclairé par lumière monochromatique, l’œil n’a à s’accommoder que sur une longueur focale), économiques (à égalité d’éclairement la lampe à vapeur de sodium consomme trois fois et demi moins que la
- rgi le ^o’m p à cté/
- Accès Ouest
- Accès Est'
- 170,25
- la Saônej
- 1733 m
- Fig. 4. — Le tunnel et la géologie de la colline de la Croix Rousse.
- (Les chiffres indiquent les cotes d’altitude).
- lampe à incandescence) ont fait donner la préférence aux foyers lumineux au sodium pour l’éclairage du tunnel de la Croix-Rousse. On en prévoit un total de 800 de 100 w, soit une puissance installée de 80 kw.
- L’achèvement du tunnel est prévu pour fin 1942.
- *
- * «
- Ainsi, si tout va bien, si les travaux sont menés avec la rapidité désirable, que l’on aborde sous peu les parties du programme encore à la phase des études et qu’on poursuive l’exécution de celles-ci avec la même célérité, on peut espérer qu’environ 1945, Lyon sera doté d’un ensemble d’ouvrages d’art d’une conception originale qui, exclusivement réservés aux véhicules automobiles, assureront le dégagement de sa circula-tion à la satisfaction des usagers de la route.
- Georges Kimjpflin.
- Fig. 5. — Section transversale du tunnel de la Croix Rousse. Le parement de la voûte sera du type figuré à droite en terrain d’alluvions et du type figuré à gauche en terrain rocheux. La capacité de ce tunnel sera de 96.000 véhicules par jour.
- Pierres sèches
- /
- -yChape 0,05 ou Çjrciment de yÊL/aitier
- Ma. En veloppe 0,005
- Débris de, rachesy<\
- Eclairage
- Ec/airagt
- Pente 0,01 p.
- Canalisai onj%,Air frais êlectr. et ff/Vk. ^
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- = VOLCANISME, « MAUVAISES ANNÉES »
- ET GLACIATIONS
- Dans notre civilisation citadine et mécanique, la notion de « mauvaise année » a perdu presque toute signification. Mais dans les campagnes, où les souvenirs sont plus vivaces et entretenus par les récits d’anciens, la formule n’est pas encore désuète et possède toujours sa puissance d’évocation. En des temps où les échanges étaient beaucoup plus restreints, l’argent beaucoup plus rare, les communications beaucoup plus difficiles, ces deux petits mots comportaient un sens chargé d’émotion, lié à une réalité à la fois pitoyable et redoutable.
- L’exemple suivant en fera sentir tout le tragique. L’année 1816 fut, pour la France et l’Europe, le type même de la « mauvaise année », à telles enseignes qu’elle en garda le nom. Voici en bref la description qu’en donne, dans la partie météorologique de son Histoire de la Vigne en Lorraine (191/i.), le baron J. Riston (p. 875) :
- « 181G. Année dite la Mauvaise année, si calamiteuse que, de mémoire d’homme, on ne se souvenait d’en avoir vu une pareille. L’été fut excessivement pluvieux et la fenaison ne se fit que dans la seconde moitié de juillet. Pas de chaleur pour mûrir les blés; du 21 au 2G août, brouillards et gelées blanches. La moisson, qui avait été précédée, pendant la belle saison, de 90 jours de pluies sur ii5 journées d'été, commença vers le 29 août, quand le 2 septembre, arriva une giboulée de neige et de grésil. Le lendemain un spectacle, digne d’inspirer une éternelle pitié, plongea la population dans la stupeur et la consternation : une couche de neige couvrait les blés, couchés depuis plusieurs semaines et ensevelis sous les herbes ; et ce grain représentait la subsistance de toute l’année, et le blé vieux, devenu rare, se vendit 80 fr l’hectolitre. L’année suivante, le blé vieux se vendit de 120 à 125 fr le resal. Quantité de personnes moururent de faim..., on se nourrissait de pain d’orge et d’avoine, d’herbes, d’écorces... Le pain bis se vendait jusqu’à 2 fr le kilogramme », soit donc, en francs actuels, environ 24 fr.
- Autre exemple : l’année 1785, telle qu’elle est décrite dans la Chronique d’un bourgeois de Sonneberg, en Thuringe, J.-Martin Steiner (publiée à Sonneberg en 1926") :
- « 1780. Lorsqu’actuellement, en plein mois de mai, on traverse un village, on entend le bétail beugler misérablement de faim. Dans nos hameaux forestiers, comme Steinach et Sleinheid, les vaches sont offertes à 4 Gulden pièce. On est stupéfait de voir la neige recouvrir la terre et l’on se demande avec inquiétude comment cette terre pourra être cultivée... À la fin de mai seulement on a pu commencer à semer dans la plaine de Sonneberg... Au début de l’été les récoltes avaient la meilleure apparence. Mais depuis le mois de juillet jusqu’au début d’octobre, il a plu constamment, sauf six belles journées ; très peu de foin a pu sécher et venir aux granges... En raison des pluies, la moisson n’a pu commencer qu’en octobre, mais la plus grande partie du grain était germée sur les tiges debout ou couchées... »
- En remontant à travers l’histoire météorologique, les documents locaux, les vieilles chroniques, on arriverait à dresser une liste imposante d’années également désastreuses du fait des conditions atmosphériques, d’années « sans été », froides et généralement humides à l’excès. Elles doivent leur malfaisance à un abaissement notable de la température ?noyenne pendant les mois de la végétation. A première vue, un degré de plus ou de moins de cette température estivale paraît sans importance, d’autant que nous
- sommes habitués à voir le thermomètre monter et descendre sans cesse au cours des jours et des semaines. En réalité la moyenne de ces variations exerce une grande influence sur la vie des végétaux. Un faible abaissement de température, d’un demi-degré par exemple, s’il se prolonge toute une saison, suffit pour déplacer d’environ i35 km la limite de maturité des céréales, par suite pour en entraver la maturité sur une zone large de i35 km au pourtour septentrional de l’hémisphère boréal. En dehors de cette considération territoriale, les abaissements thermiques agissent défavorablement et de manière très sensible sur la durée du cycle de développement normal des plantes. Il est établi, par exemple, qu’une moyenne inférieure à la normale seulement de 0,72 suffit à retarder d’un an la maturité de la canne à sucre.
- Or les comparaisons de dates révèlent un frappant parallélisme, au moins partiel, entre grands fléchissements thermiques et grandes éruptions volcaniques, Celles-ci, par les vastes nuages de cendres qu’elles émettent, interceptent suffisamment les rayons solaires pour abaisser la moyenne de l’insolation de 10 à 20 pour 100 sur la surface terrestre. D’où les répercussions signalées sur les récoltes, et, par contre-coup parfois aussi, jusque sur les événements historiques.
- L’un des fléchissements thermiques les plus accentués en même temps que les plus prolongés des deux derniers siècles se place dans les années 1783 à 1785, à la suite des éruptions de l’Asama Yama au Japon et du Skaptar Jôkull en Islande. Les cendres de ce dernier anéantirent les moissons et ruinèrent les plus beaux pâturages de l’île. Il s’ensuivit là-bas la terrible famine de 1784-1785. Les récoltes de céréales furent également ensevelies par ces cendres en Ecosse, soit à 965 km du volcan. De plus, le 17 juin 1783, une nuée épaisse, dont on ignorait naturellement l’origine, envahit l’Europe, puis recouvrit le globe tout entier. On l’observa en Asie, en Afrique, en Amérique. Nous devons à Benjamin Franklin une description des phénomènes atmosphériques qui signalèrent en Amérique ce singulier été. « Pendant plusieurs mois de l’été de 1783, alors que la force des rayons solaires qui réchauffent la terre dans ces régions septentrionales aurait dû être la plus puissante, une nuée immobile recouvrait l’Europe entière et une partie de l’Amérique du Nord. Cette nuée était de nature uniforme. Elle était sèche et les rayons solaires paraissaient peu capables de la dissiper comme c’eût été le cas pour des nuages formés de vapeur d’eau. Ils étaient en fait tellement affaiblis, après l’avoir traversée, que recueillis au foyer d’une lentille ils pouvaient à peine enflammer du papier. Naturellement leur action thermique sur la terre était extrêmement réduite. C’est pourquoi la surface du sol fut glacée de bonne heure, pourquoi aussi la première neige resta sans fondre et s’accrut régulièrement des nouvelles chutes. Ce fut là vraisemblablement la raison pour laquelle l’hiver 1783-1784 fut le plus rigoureux que l’on eût vu depuis de longues années (Q. »
- En Europe l’abaissement de température fut surtout sensible quelques mois plus tard qu’en Amérique. Il s’accompagna d’autres phénomènes qui frappèrent vivement les observateurs. La Chronique de Steiner, citée plus haut, les décrit ainsi :
- 1. Cité par R. F. Griggs, dont il sera question plus loin, dans (trad. allemande) Tal der Tausend Dampfe, Leipzig, 1928.
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- « 1780. Du début à la fin de juillet, il n’est pas tombé une seule goutte de pluie. La chaleur et la sécheresse furent indescriptibles. On vit avec stupeur notre région (le Thu-ringer YVald) couverte tous les jours de nuées et de brumes, à tel point que l'on pouvait à peine voir à dix pas devant soi. Cependant tous les produits des champs, des prairies et des arbres étaient superbes. Au début de juillet, l’on vit tout à coup avec effroi le soleil couchant ensanglanté, le même que la lune en son plein, si bien que l’on se demandait si c’étaient là des signes de la fin du monde ». Les mêmes phénomènes ont fait l’objet, cette année même 1783, d’une brochure du pasteur luthérien J.-L. Christ, l’un des fondateurs de la pomologie scientifique. Pas plus que les autres, Christ ne connaissait les événements islandais; mais, en qualité de neptunien rallié aux vues de Werner expliquant le volcanisme par des feux souterrains consumant des couches de houille, il fut le premier sans doute à songer aux effets du volcanisme pour expliquer ces nuées persistantes. Bien plus, non seulement il a appris qu’elles s’étendent également sur Paris et Marseille, mais il songe expressément à l’Islande dont « de récents rapports, dit-il, lui ont appris qu’un îlot entier est en feu ».
- Sur l’hiver qui suivit, nous avons des relations assez détaillées, tant dans la Chronique de Steiner que dans le Registre paroissial de Bergen près Francfort (publié en 1901). « 1784. Les phénomènes atmosphériques, dit ce dernier, se continuèrent pendant l’hiver. Celui-ci se signala par l’abondance des neiges et des glaces entassées l’une sur l’autre. Le s7 février commença le dégel. Les inondations et la débâcle des glaçons causèrent des ruines et des dévastations dans les villes, les villages, les fermes, les ponts, les champs, comme on n’en avait pas vu depuis des siècles. Il y eut un nombre incroyable de victimes ». On a vu dans les citations du début ce que fut l’été de 1785. J. Riston note (l. c., p. 878) à cette date : ce Le foin se vendit 100 livres le nulle ; on prétend même qu’il en fut vendu à i4o livres ».
- Avec 1784 et 1785 commençait une série de a mauvaises années », désastreuses pour l’agriculture, et qui, on' le sait, ne furent pas sans influence sur les prodromes de la Révolution. Ainsi le volcan perdu dans les brumes de l’Islande se mêla-t-il aux événements de la grande histoire.
- Soixante ans avant l’éruption du Skaptar Jôkull, les volcans islandais s’étaient déjà manifestés avec une grande violence, et l’on peut remarquer qu’à cette éruption de 1724 succédèrent deux années calamiteuses, ainsi résumées dans le travail de J. Riston : « 1725. Pluies continuelles de mai à septembre ; les grains germèrent sur pied et furent entièrement pourris à la campagne. Des sources nouvelles surgirent... L’année suivante : même calamité; le blé ne put être converti en pain, ni employé comme semence; on fut obligé d’en faire venir de l’étranger. »
- En i8i5, à Sumatra, l’éruption du Tomboro revêtit une intensité telle que les cendres firent régner l’obscurité pendant trois jours sur un rayon de plus de 5oo km autour du volcan. Elles couvrirent la mer d’une couche flottante assez épaisse pour entraver la marche des navires, parvinrent à ensevelir une grande partie de l’île de Bornéo, formèrent une couche de 60 cm d’épaisseur, à 1.070 km du centre et recouvrirent une surface de 2.5oo.ooo km2. Les explosions furent perçues à plus de 1.600 km. En Europe se reproduisirent les phénomènes de 1783 : soleil sanglant, nuées épaisses, chute de la température moyenne de plus de i°. Les conséquences agricoles, nous les avons vues plus haut : l’année 1816 resta dans les campagnes le type de la « mauvaise année ».
- Les circonstances de l’éruption du Krakaloa, dans le détroit de la Sonde, en i883, sont bien connues. Assoupi
- — :::v : - ' , — -i 167 =
- depuis 1680, il se réveille le 20 mai i883, Dans la nuit du 26 au 27 août se déroulent les phénomènes Arolcaniques les plus prodigieux que l’on connaisse. Le nord de l’île avec le volcan s’enfonça sous les eaux, des îlots surgirent, des îles environnantes doublèrent ou triplèrent de surface. Des vogues formidables déferlèrent sur les côtes de Sumatra et de Java, y faisant, dit-on, plus de roo.ooo victimes. La commotion fut ressentie à Sidney, à New-York, à Paris, à Berlin, à Saint-Pétersbourg. Les cendres s’accumulèrent sur les îlots de la région en monceaux, étouffant toute vie. Grâce à leur extrême ténuité, non seulement elles se maintinrent deux années dans les hautes régions de l’atmosphère, mois elles y firent le tour du monde en provoquant les troubles atmosphériques habituels, tels que nous les avons vus décrits dans les relations précédentes. L’événement était d’abord passé inaperçu en Europe. Mais les étranges couchers de soleil aux lueurs ensanglantées, les nuées persistantes, les crépuscules anormalement prolongés, forcèrent l’attention publique. Sensiblement inférieure à celle du Katmaï, dont nous allons parler, pour la masse des produits expulsés, cette éruption la dépassa en violence, car elle fut ressentie à des distances encore plus considérables. Ses répercussions thermiques eurent ceci de particulier qu’elles atteignirent leur maximum en Europe seulement deux ans après. L’été de i884 fut remarquablement chaud et sec, et la sécheresse se continua, d’après les relevés de J. Riston, même en novembre. Mais en i885 la température mondiale marqua une dépression de o°45.
- Après les éruptions de 1902, celle, catastrophique, de la Montagne Pelée, celle du Santa Maria au Guatemala, celle du Colima au Mexique, on nota une chute de température encore plus prononcée, qui se manifesta au cours de l’année kjo3.
- Mais aucun refroidissement brusqué d’origine volcanique, parmi ceux connus, n’atteignit l’intensité de celui de 1912, consécutif à l’éruption du Katmaï, en Alaska. Les effets en ont été étudiés minutieusement par le botaniste américain R. F. Grigg, qui, plusieurs étés de suite, parcourut avec un groupe d’exploration, la région dévastée, devenue particulièrement périlleuse. Deux jours après le début de l’éruption, le 8 juin 1912, dit Grigg, se manifesta dans le Wisconsin une nuée d’un genre à part, différente de tout ce que l’on avait observé jusque-là. Elle avait l’aspect de bandes striées, de lignes ondulées et mouvantes, et resta visible de xi h du matin jusque tard après-midi. Les deux jours suivants, la nuée persévéra, mais devint plus dense. Le 10 juin elle avait atteint la Yirginie, où elle frappa tellement l’attention que le Pr II. II. Kimball crut utile de lui consacrer une étude, bien que n’ayant sur le moment aucune idée de son origine. Abbot, qui se trouvait alors en Algéi'ie pour des recherches sur les radiations solaires, l’aperçut le 19 juin et dut abandonner ses recherches en raison de l’opacité atmosphé-iique. Le ciel était encore voilé de ces brumes lorsque, le
- 10 septembre, l’expédition quitta Alger. Abbot estima alors que les cendres du Katmaï avaient abaissé de 10 pour 100 la température dans la zone tempérée de l’hémisphère nord.
- 11 considère que si elles étaient demeurées assez longtemps pour que le globe pût ressentir dans leur plénitude les effets de celte baisse, sans qu’intervint aucun élément antagoniste, la température de l’atmosphère terrestre aurait pu se voir réduite de 6-7°. Bien plus, il en venait à penser qu’une semblable dépression thermique, si elle durait suffisamment, pourrait amener un certain retour des glaciations.
- La question rejoint ainsi le problème des périodes glaciaires, mais elle en renouvelle certaines données. L’une des principales hypothèses sur les causes des glaciations est celle de S. Arrhenius (1909). A se yeux la variation de la teneur
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- en acide carbonique — et secondairement en-vapeur d’eau — de l’atmosphère serait à l’origine des différences dans l’intensité du rayonnement et, par suite, des grandes variations de température à la surface de la terre. Une proportion plus élevée d’anhydride carbonique, pensait-il, amoindrirait considérablement le rayonnement nocturne sans affaiblir l’apport thermique solaire. De sorte que, augmentée du double ou du triple, cette proportion ramènerait un climat analogue à celui de l’Eocène, plus chaud de 8-9°. Et cet afflux d’acide carbonique s’expliquei’ait à son tour par l’action des volcans. Frech (1908), appliquant l’hypothèse aux glaciations, supposait que les époques de forte activité éruptive, en produisant de nouvelles masses d’anhydride carbonique, ont été plus chaudes, et que les glaciations se sont produites dans l’intervalle de ces périodes.
- Les faits examinés précédemment ne paraissent pas favoriser ces hypothèses, et d’ailleurs les recherches plus récentes semblent prouver que les variations dans la teneur en acide carbonique sont impuissantes à expliquer d’aussi forts écarts de température qu’il en faut supposer entre les périodes glaciaires et interglaciaires.
- Abbot a-t-il fait avancer sensiblement la solution du problème en attribuant aux nuées de cendre les fléchissements thermiques ? Avant lui, les frères P. et F. Sarasin avaient déjà proposé cette explication (1901). Les chiffres qu’il a donnés, ceux réunis en 1913 par G. Dorno sur les troubles atmosphériques consécutifs aux éruptions du Katmai, les mesures d’intensité relevées, durant l’été de 1912, par Fowle en Californie, par Kimball en Virginie, sembleraient appuyer son hypothèse. Néanmoins il faut reconnaître que l’autre côté du problème reste assez obscur, c’est-à-dire l’existence des périodes interglaciaires. D’ailleurs, on le sait assez, aucune hypothèse jusqu’ici n’arrive .1 expliquer pleinement et complètement tous les phénomènes liés aux glaciations et tout le monde est à peu près d’acord pour estimer que l’invasion simultanée du globe entier par le phénomène glaciaire requiert avant tout des causes extérieures au globe lui-même. Du moins, pour ce qui est des années agricole-mcnt désastreuses, leur corrélation avec les phénomènes éruptifs semble-t-elle désormais certaine.
- P. Fournier.
- LE CONDITIONNEMENT PROPHYLACTIQUE = DE L’AIR ET DES PAROIS
- Au mois de juillet 1938, le Comité de non-intervention de Londres a adopté à l’unanimité des dix-sept nations adhérentes, la technique prophylactique de conditionnement antiseptique des surfaces et de l’atmosphère, imaginée par M. J. Risler.
- Cette nouvelle technique avait été, dès le début de la guerre civile espagnole, appliquée aux bateaux transportant les réfugiés évacués de Santander et de Bilbao, puis à la frontière des Pyrénées-Orientales et dans les camps de réfugiés.
- Le temps manquait pour appliquer les méthodes classiques de vaccination et les pires épidémies étaient à craindre. C’est alors que M. Risler mit en œuvre l’idée qu’il avait émise dès 1933 d’assurer la « self defense » des habitations en les traitant, pour les rendre impropres à la vie des microbes, par imprégnation de substances immunisantes, pénétrantes et
- d’action durable.
- Fig. 1. — Variation dans le temps L’idée originale du. pouvoir antiseptique d’une surface , „ 6 ,
- de bois imprégnée. de mélanger des
- substances antiseptiques très volatiles, c’est-à-dire possédant un pouvoir agressif pres-q u e foudroyant sur les germes pathogènes, avec des substances antiseptiques moins volatiles, à faible tension de vapeur,
- Temps ( en mais)
- qui confèrent aux surfaces ainsi traitées une action durable est la base de la nouvelle méthode prophylactique.
- C’est une désinfection continue de tout le milieu d’habitation (bois et parquets, murs, meubles, tapis, tentures, peintures, etc...).
- L’expérimentation bactériologique préalable avait élé réalisée en ensemençant avec des cultures de staphylocoque, âgées de i!\ h, la surface de petits morceaux de bois imprégnés par trempage des huiles essentielles à étudier du point de vue antiseptique, avant et après fixation. Les colonies bactériennes étaient maintenues au contact quinze minutes et l’infection était répétée chaque jour sur les mêmes morceaux de bois imprégnés, de manière à déterminer avec précision le moment où le pouvoir antiseptique commençait à faiblir. Les résultats furent les suivants :
- Essences non fixées : Durée du pouvoir antiseptique (nombre de jours)
- Thym ...... . . 28
- Citron . . 220
- Camphre . . 20
- Serpolet . . 18
- Lavande i5
- Moutarde ii
- Cèdre G • • 0
- Huile essentielle de pin. . . 4
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- 2° Mélanges fixés Thym .... Terpinol ....
- Thym............
- Huile de pin
- Thym............
- Cannelle ....
- Thym............
- Benjoin . .
- 4 ans et 12 jours 4 ans i mois et 12 jours
- 4 ans 1 mois et 12 jours
- 4 ans 1 mois et 12 jours
- Si l’on considère qu’un antiseptique puissant tel que le formol (aldéhyde formique à \o pour 100) n’agit que pendant un temps très court qui n’atteint jamais 6 jours, la remarquable persistance du pouvoir antiseptique des huiles essentielles apparaît déjà comme un fait expérimental particulièrement probant, sur lequel on n’avait jamais insisté.
- La courbe du pouvoir antiseptique des mélanges d’essences susceptibles de se rési-nifier ou des surfaces traitées par oes mêmes essences, s’abaisse d’abord par élimination des parties les plus volatiles, puis se relève lentement par suite des phénomènes d’oxydation.
- Parmi tous les mélanges possibles,
- M. Risler a choisi ceux qui présentent un groupement de différentes fonctions chimiques : acide, aldéhyde, phénol, et qui, mélangés à un excipient fixateur se comportent comme un milieu bactéricide polyvalent. Ils affaiblissent puis tuent tous les microbes arrivant à leur contact et peut-être aussi déclenchent dans l’être qui les respire des réactions d’immunité.
- En tous cas, les constatations faites en cours d’épidémie ont dépassé toute espérance ; on peut arrêter brutalement un foyer de contagion, tout au moins pour les maladies transmissibles par les voies respiratoires : scarlatine, diphtérie, rougeole, coqueluche, grippe, etc...
- L’examen des prélèvements microbiens effectués dans une salle conditionnée anti-septiquement suffit pour juger des résultats foudroyants de cette application systématique.
- Projeté dans l’air, le bacille tétanique rencontrant la fine particule terpénique de Risler, s’altère, s’amincit, se recroqueville, diminue sensiblement de volume et finit par disparaître.
- Le bacille tuberculeux, pourtant si résistant, en raison de sa membrane cireuse, se trouve être presque complètement dissous.
- Le bacille diphtérique est aussi transformé en une émulsion fine, méconnaissable.
- Ce processus de destruction presque totale de la bactérie pathogène, n’est cependant pas général ; d’autres microbes sont atteints différemment.
- Les colibacilles, en milieu de Risler, se gonflent et se gorgent d’eau.
- Les mêmes mélanges d’essences peuvent être pulvérisés et vaporisés dans l’atmosphère et ils y assurent de même la destruction rapide des germes qui se trouvent fatalement dans une salle où. parlent, s’agitent, toussent, crachent, éternuent, un grand nombre d’individus ou de malades rassemblés.
- Deux expériences illustreront l’intérêt de cette technique :
- i° Dans une classe de 120 m3 environ, on pulvérise des cultures de staphylocoques et de colibacilles. Des
- Fig. 2. — Colonies de diverses bactéries cultivées sur gélose.
- A droite, bactéries intactes ; à gauche, bactéries altérées ou gonflées par l’action d’une pulvérisation d’huiles antiseptiques ; de bas en haut, bacille tétanique, bacille tuberculeux, bacille diphtérique, colibacille.
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- 2° Une confirmation plus pi’écise a été obtenue par l'expérience suivante effectuée avec des cobayes. Un lot de vingt cobayes est maintenu pendant 16 jours dans une salle de 12 m3. L’atmosphère du local a été infectée par un petit microniseur-moléculaire de Ris-ler, pulvérisant en 10 h de marche par jour 25 gr d’une suspension microbienne cencentrée (2 rngr 4) dans l’eau physiologique de paratvphique B ; puis chaque jour on y répand, à l’aide du gros microniseur-moléculaire de Risler évaporant 17 gr à l’heure, un mélange de méthyl-3-isopropyl-phénol et de méthyl-isopropyl-4-cyclohéxène par parties égales ; 45 jours après, les vingt cobayes sont inoculés par voie inti’a-péritonéale avec o cm3 2 de paralyphique R vivant et virulent. Aucun animal ne meurt.
- Cette expérience révèle, non seulement une prophylaxie efficace, mais l’établissement d’un processus d’immunité.
- La double technique prophylactique par conditionnement de l’air et des surfaces repose sur l’imprégnation des sols, au pistolet compresseur, par des mélan-
- Fig. 3. — Le microniseur Risler.
- boîtes de Pétri contenant une couche de gélose nutritive, déposées dans cette salle, montrent 24 h après des colonies nombreuses. On éva-poi'e alors la solution antiseptique de Risler à l’aide d’un centrifugeur moléculaire. L’opération est arrêtée après trois quarts d’heure de fonctionnement de l’appareil. Les milieux de culture introduits alors restent stériles. En outre, des prises d’air par la méthode des bourres, donnent avant et après dispersion de
- 435 cm3 de liquide : Avant
- Nombre de colonies par
- mètre cube d’air . 800
- Fig. 5. — Désinfection et conditionnement antiseptique de Fig. 4. - Groupe moteur compresseur Vair d’une salle d’opérations à bord du navire-hôpital « Maré-
- pour la pulvérisation. chai Lyautey ».
- ges antiseptiques fixés par un excipient à faible tension de vapeur et sur l’antiseptie de l’air, à l’aide d’un nébu-lisateur basé sur le principe de la centrifugation, projetant dans l’air, sous forme de nuage, des particules antiseptiques ultra-dispersées.
- C’est par ces moyens que furent réalisés les barrages sanitaires dans les locaux et installations provisoires de premier hébergement où se succédèrent, sans arrêt, les foules de malades, blessés et réfugiés, pendant les premiers jours de l’exode espagnol.
- L’opération était pratiquée à l’aide de compresseurs électriques de forte puissance dans les centres de premier hébergement installés près de la frontière, au Ferthus, à Prats de Mollo, au Boulou, dans les voitures et ambulances servant au transport des blessés ou malades, et dans les navires-hôpitaux, tels que le
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- « Maréchal-Lyautey » et « L’Asni », en rade de Port-Vendres, le a Providence » et le « Patria » en rade de Marseille.
- Dans l’hôpital du Boulou, au moment où l’armée républicaine descendait de la vallée de Prats de Mollo en rangs serrés, les voitures d’ambulance furent ainsi désinfectées à la cadence d’une voiture par trois minutes. Le groupe moteur compresseur avait été branché sur une douille de lampe d’éclairage d’une maison voisine de l’hôpital.
- L’immense nef de l’ancien hospice Saint-Louis à Perpignan, où gisaient de nombreux blessés sur le sol couvert de paille, a été aussi désinfectée en moins de 17 minutes.
- Un train sanitaire espagnol en gare de Cerbère et les
- navires hôpitaux ont été stérilisés de la même façon, dans un temps extrêmement court, et avec une main-d’œuvre réduite à deux hommes, l’un transportant le moteur-compresseur dans les différents endroits des locaux à désinfecter, l’autre maniant le pistolet pulvérisateur.
- L’application systématique de cette technique a réduit très rapidement une petite épidémie de coqueluche apparue au camp du Boulou, dans l’école du village transformée en hôpital et mise à la disposition des mères et enfants réfugiés.
- Tel est le nouveau moyen, simple et efficace que, par un juste retour des choses, les malheureux événements d’Espagne ont servi à vulgariser, pour le plus grand bien de la santé publique.
- = CAPTURE DES GORILLES AVEC LES PYGMÉES =
- DE MINDOUROU
- Attaché par le Ministre des Colonies à la dernière mission du P1' A. Urbain au Cameroun, j’ai pu participer à la capture de Gorilles vivants destinés au « Zoo » du Muséum. Il me faut tout d’abord insister sur le caractère de cette capture, uniquement autorisée dans un but scientifique. Les Gorilles, en effet, sont des anthropoïdes supérieurs, peu nombreux et par là strictement protégés ; « il est formellement interdit de les chasser, de les tuer, de les détenir en captivité et de les transporter ». Ces mesures de protection de la faune, appliquées à d’autres espèces en voie de disparition, peuvent être relevées par les administrateurs coloniaux qui ont toute liberté pour organiser des « battues administratives », en vue de défendre les indigènes et les plantations menacés. La capture des Gorilles est donc et doit rester une expédition scientifique exceptionnelle.
- ITINÉRAIRE
- Je me bornerai à indiquer les étapes du voyage à partir de Yaoundé. Partis de cette ville, à 8 h du matin, le 2 mars 1939, en camionnette automobile 0), le Pr Urbain, M. G. Bonnet, Inspecteur des Eaux et Forêts et moi, nous arrivons pour déjeuner à Akono-linga, ancien poste allemand sur la rivière Nyong. Le soir, nous couchons à Abong-Mbang, après avoir traversé le bac d’Ayos, où se trouve le centre principal de la lutte contre la maladie du sommeil, créé par le D' Jamot. Le 3, nous arrivons à Mindourou, petit village indigène qui va être notre centre de capture. Nous sommes reçus par le chef local, Atangana, qui met à notre disposition une vaste case aux murs de terre et
- 1. Je tiens à remercier personnellement M. le Gouverneur Général du Cameroun R. Brunot pour l’accueil qu’il m’a réservé et les moyens de transport qu’il a fait mettre à ma disposition.
- au toit de feuilles de palmiers. L’installation est rudimentaire, mais relativement confortable ; M. Urbain a
- Fig. 1. — Carie de la région de chasse.
- LAC TCHAD<
- CAMEROUN
- MISSION du P ? A URBAIN. ITINÉRAIRE DU D9M.MATHIS.
- FORT-LAMY
- [FORT-FOU REAU
- 'MARQUAS,
- D- /
- . . / 3 N GAOUNDERE / O
- ’YOKO
- 1 MOYEN-CONGO
- /DOUALA
- A80NG-IYIBANG,
- YAOUNDE,
- MIN OOUROU
- AKO NO-LIN GA
- | GUINEE | ESPAGNOLE!
- GABON ^ MOYEN-CONGO
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- Fig. 2. — Le dispositif de chasse à Mindourou.
- pensé aux moindres détails, notamment aux descentes de lit en paille tressée, pour nous protéger contre les chiques.
- LES PYGMÉES DE MINDOUROU
- A i5 h, nous prenons contact avec la tribu des Pygmées ou Négrilles qui ont été spécialement convoqués pour notre expédition. Dès leur arrivée, ils ont construit, à l’orée de la forêt, en bordure du village, de petites cases en feuillages, de forme ronde, à une seule ouverture. Ces huttes minuscules, élevées très rapidement, sont néanmoins étanches, comme j’ai pu m’en rendre compte, quelques jours plus tard, après une puissante tornade. A l’intérieur, se trouve un feu de braise ; un tronc d’arbre sépare le foyer des fougères séchées qui servent de lits. Les nuits sont fraîches et humides et les Pygmées particulièrement frileux. Ils peuplent uniquement les grandes forêts et on ne les trouve jamais dans la savane ; depuis des siècles, ils vivent en symbiose avec certains villages dont ils dépendent, ravitaillant ceux-ci en viande fraîche, recevant du chef du sel, du tabac et des produits du sol en échange.
- EXPÉDITION D’EXPLORATION
- Le 4 mars, nous partons à 6 h du matin, avec nos chasseurs Pygmées, pour une tournée d’exploration dans la forêt. Cette marche d’une vingtaine de kilomètres, nous fera connaître la région, les indigènes et la faune.
- Les Pygmées, une vingtaine environ, sont réunis,
- debout, lance au poing. Ils paraissent vieux, malgré leur musculature très marquée, des attaches fines, des visages intelligents. Vus de loin, ils ne semblent pas particulièrement petits, mais nous les dépassons de la tète.
- Au départ, la forêt est encore très obscure. Le sentier que nous prenons, très étroit, est envahi par une végétation luxuriante, couverte de rosée. En quelques minutes, nous sommes mouillés jusqu’à la ceinture. Nous marchons vite, en file indienne, d’un pas très rapide, menés par les Pygmées. De temps en temps, l’homme de tête s’arrête brusquement, tendant l’oreille. Immédiatement, sans une parole, la caravane s’immobilise toute entière. Après quelques secondes d’écoute, le chef de file repart et nous reprenons notre marche. De distance en distance, nous découvrons des traces du passage des Gorilles : des troncs de bananier arrachés, décortiqués, le cœur dévoré ; de grosses termitières, rondes, d’environ 4o cm de diamètre, spéciales à la région forestière, renversées et brisées par les dents des anthropoïdes. Ils se régalent souvent des termites ailés, prêts pour le vol nuptial. Parfois, nous apercevons aussi la terre des plantations retournée et labourée par les cochons rouges. Après quatre heures de cette marche sans repères, nous débouchons brusquement à une autre extrémité du village de Mindourou. Une confiance réciproque s’est établie entre nous et nos chasseurs. Les femmes et les enfants, groupés autour des feux de braise, attendaient notre retour, espérant du gibier. Quelques mots brefs les renseignent sur notre malchance. L’après-midi, sans la moindre fatigue, nos chasseurs organisent en notre honneur, une grande séance de danse.
- ALERTE AUX GORILLES
- Le soir, vers n h, en plein sommeil, nous sommes éveillés par ces mots magiques : « Môssieu, les Gorilles ». Après quelques explications, nous arrivons à comprendre que les Gorilles sont couchés à 5o m de la route de Lomié, à une quinzaine de kilomètres de Mindourou. Un pisteur a repéré le lieu où ils passent la nuit. Car ces grands singes ont des mœurs diurnes ; ils ne voient pas dans l’obscurité et ils dorment la nuit.
- De solides filets de corde apportés de Paris, longs d’environ 5o m, sont distribués.
- Avant le jour, vers 5 h du malin, notre chef de mission donne le signal du départ. En une demi-heure, la camionnette nous amène près du nid des Gorilles. Un conciliabule se tient à voix basse avec les Négrilles, déjà arrivés, à la faible lueur d’une lampe tempête. Il fait frais et humide. Quelques minutes plus tard, le jour se lève brusquement. Nous allons pouvoir les surprendre « au saut du lit ». Les quelques hommes valides, exactement six, du petit village le plus proche, se sont joints à notre expédition. Ils manifestent tous un grand désir de manger du Gorille, peut-être parce que cette viande est proche de celle de notre espèce.
- M. Urbain précise ses ordres et nous prenons nos
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- postes respectifs. Pour ma part, je longe le filet haut de 2 m tendu dans la forêt pendant la nuit par les Pygmées. Ils ont taillé un véritable sentier au milieu de la végétation, sans avoir attiré l’attention des bêtes endormies sur leur litière grossièrement constituée par des feuilles et des fougèi'es.
- Dans la forêt où nous pénétrons, il fait de nouveau nuit. Une buée cotonneuse monle de cet humus millénaire, enrichi chaque jour par la putréfaction des feuilles et le travail incessant de myriades silencieuses d’insectes fouiseurs. Demi-obscurité, silence total, pas un souffle, la forêt pèse de toutes ses forces sur nos épaules et surtout sur notre âme. Je comprends dans mon corps mystérieusement angoissé, que les Noirs aient besoin de secouer ce joug en dansant, des nuits entières, au son de leur tam-tam. De temps en temps, une goutte de rosée tombe près de moi avec un petit bruit lourd étouffé. J’observe une fourmi, silencieuse, qui monte et descend inlassable d’un pétiole de fougère géante.
- Je suis fixé à mon poste par la végétation qui s’accroche à mes vêtements, ne permettant pas la moindre velléité de fuite. Tout à coup, et sans que rien n’ait pu le faire prévoir, un cri effroyable me fait sursauter. Je dis effroyable, non à cause de son intensité, mais par le sentiment de colère et de surprise qu’il indique ;
- .: : . ’ . ..... 173 =====
- il éclate dans un silence à peu près absolu. A ma gauche, à quelques mètres, se tient le seul homme que je voie, un grand Noir revêtu d’un chandail vert. Il est armé d’un coupe-coupe, grande lame d’acier triangulaire montée sur un manche de bois très solide. Quelques instants auparavant, je pensais : a Cet homme sera capable de me prêter main-forte en cas de bagarre, avec une telle arme entre les mains ». Hélas, le Noir me dit d’une voix basse et angoissée : « Môssieu, les Gorilles très méssants », il tremble et je lis sur son visage et dans ses yeux, les deux passions qui s’opposent en lui : le désir de manger du gorille et la peur.
- Des bruits de feuilles froissées s’amplifient et brusquement à quelques mètres de moi, tous les Gorilles se mettent à rugir en même temps. Je ne les vois pas à cause de la végétation, mais je les devine très près. Le Noir est devenu gris de terreur, néanmoins il crie à son tour pour refouler les bêtes vers le filet. Les ordres du professeur sont formels : « Chasser les Gorilles dans les filets en criant. Laisser s’enfuir les adultes pour capturer les jeunes. Ne tirer qu’à toute extrémité et seulement pour défendre ses hommes ou se défendre soi-même ». Après ces rugissements de colère et ces effrayants tambourinements sur la poitrine, les bêtes se taisent, d’un seul coup. Aucun des chasseurs de mon côté n’a cédé et les Gorilles se déplacent sans
- Fig. 3. — Une femelle adulte abattue (Photo transmise par un planteur colonial).
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- Fig. 1. — Un jeune enchaîné, destiné au « Zoo ».
- bruit, cherchant une autre issue. Cette chape de silence devient pénible ; l’incertitude nous empoigne : « Où sont-ils ? Que font-ils ? ». De nouveau des rugissements et les clameurs des chasseurs qui s’avancent, en arc de cercle, pour les empêcher de fuir. Un silence, une nouvelle série de hurlements et des paroles criées au loin. Mon Noir me les traduit à mesure : « Môssieu, il dit que les gorilles sont six très gros, et des petits... Ils ont passé la route... Ils sont partis... ». C’est un grand soulagement pour mon interlocuteur ; le désir de manger du Gorille transparaît bien comme un regret fugace, mais les yeux expriment la joie d’être libéré de cette obscure menace.
- J’avouerai sans honte que lorsque les Gorilles hurlaient de colère à quelques mètres de moi, j’avais la sensation d’être dans un rêve et d’avoir les jambes molles, ce qu’on éprouve parfois sur un balcon élevé. Je n’avais pas peur, mais j’étais envahi par des pressentiments néfastes. De plus, j'étais obsédé par une idée fixe : « Partira-t-il ou non ? ». Et je vérifiais sans cesse le cran de sûreté de mon fusil, enlevé pour ne pas perdre une fraction de seconde si la horde était apparue.
- J’ai pu reconstituer par la suite, les différentes péripéties de cette capture manquée, à cause du trop petit nombre des chasseurs. Le schéma ci-joint (fig. 2) représente le trajet des bêtes traquées. A aucun moment, les Gorilles n’ont eu l’air affolés, malgré leur surprise ; ils ont donné l’impression de juger la situation et d’utiliser au mieux nos défauts d’encerclement.
- Au dire de mes compagnons, les Pygmées sont les seuls Noirs qui n’aient manifesté aucune crainte. Ce sont de grands chasseurs qui attaquent les éléphants à la lance même.
- Le danger d’une telle chasse, c’est la confusion qui résulte parfois de la moindre bagarre corps à corps. Les mâles adultes pèsent jusqu’à 35o kgr et mesurent dressés jusqu’à 2 m xo. Ces bêtes ont une force musculaire prodigieuse : d’un effort brutal elles peuvent détacher la tête d’un homme du tronc comme nous arrachons une orange de sa tige, et tordre les canons des fusils.
- Quelques jours plus tard, utilisant la même technique, le P1' A. Urbain capturait dans une autre région, avec une centaine de chasseurs au lieu de 3o que nous avions, quatre jeunes Gorilles, après avoir été obligé de tuer quelques adultes. Au cours de cette capture, un des chasseurs eut la clavicule brisée d’une simple chiquenaude.
- Dr Maubice Mathis.
- LES PROGRÈS DE LA FABRICATION DES PNEUMATIQUES
- Il y a 3o ans, les automobiles ne dépassaient guère la vitesse maximum de 60 km/h et les pneumatiques devaient être remplacés tous les 3 à 4-000 km. Aujourd’hui, on fait couramment du 100 à l’heure et les pneumatiques fournissent facilement a5 à 3o.ooo km d’excellents services. La comparaison de ces deux résultats montre que des perfectionnements importants ont été réalisés dans la fabrication des pneumatiques. N’oublions pas aussi que les routes ont également été très améliorées, que les silex, les nids de poule, les pierrailles qui émaillaient leur surface ont disparu depuis le goudronnage et les nouveaux procédés de revêtement. Néanmoins, les qualités des pneumatiques entrent pour une part importante dans le gain de kilométrage.
- Le pneumatique peut être considéré comme constitué de deux parties : la bande de roulement dont le dessin doit être conservé avec son relief le plus longtemps possible et
- la carcasse qui constitue la partie mécanique du pneumatique et qui doit garder ses propriétés aussi longtemps que possible, au moins autant que la durée de la bande de roulement et même plus pour permettre un rechappage.
- L’usure de la bande de roulement dépend de plusieurs facteurs : le choix du dessin qui doit assurer le silence en marche et l’adhérence. Dans la zone de contact avec le sol le rapport entre la surface d’appui des sculptures et la surface totale de contact matérialisée par l’empreinte du pneumatique au repos doit être aussi grande que possible. Quant à 1 ’épaisseur et la largeur de la bande de roulement, plus ces dimensions sont importantes plus évidemment elles assurent une longue vie au pneumatique. Et la qualité de la gomme est un facteur primordial.
- Des perfectionnements très importants ont été réalisés dans ce domaine en particulier. L’un des principaux a consisté
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- à introduire dans les mélanges du noir de carbone. C’est un produit obtenu par la combustion incomplète des gaz qui se dégagent du sol dans certaines régions pétrolifères. C’est à la présence de ce corps qu’est due la coloration actuelle des pneumatiques qui sont noirs, tandis que les anciens pneumatiques étaient grisâtres. L’action du noir de carbone est d’augmenter la résistance à l’usure et on en emploie de plus en plus grandes proportions. En 1920 par exemple, la teneur ne dépassait pas 10 pour 100 du poids du caoutchouc, tandis qu’actuellement elle atteint 5o pour 100 et même plus. Ceci n’a pu être réalisé que par le perfectionnement de la technique des mélanges et de la dispersion de plus en plus parfaite du noir de carbone dans la masse totale.
- Un autre progrès important a été obtenu par l'emploi des accélérateurs de la vulcanisation qui permettent non seulement d’opérer plus rapidement, mais encore de diminuer la proportion de soufre utilisé, ce qui donne des produits de meilleure qualité, plus constants comme propriétés et qui sont fabriqués en plus grande quantité pour un même matériel donné, d’où diminution des frais d’amortissement du capital important que représente le matériel de moulage et de vulcanisation.
- A côté de ces perfectionnements chimiques, les perfectionnements mécaniques ont également été très remarquables. Nous avons parlé plus haut du matériel de mélangeage et de dispersion des divers produits pour constituer une masse parfaitement homogène. Dans l’opération de vulcanisation elle-même des progrès ont été réalisés. L’enveloppe est vulcanisée dans un moule chauffé extérieurement. Or le caoutchouc est mauvais conducteur de la chaleur. Donc pour que la chaleur pénètre a à cœur » il est difficile d’éviter une sur-vulcanisation de la partie extérieure; au contraire, si on veut conserver à celle-ci ses qualités opt'ima, une sous-vul-canisation de l’intérieur est à craindre. L’enveloppe est maintenue appliquée contre les parois chauffantes du moule par une sorte de chambre à air qui, jusqu’à ces dernières années, était effectivement gonflée à l’air. On a pu récemment mettre au point des qualités spéciales pour ces chambres permettant de les gonfler à l’eau chaude ou même à la vapeur. De cette façon l’enveloppe est prise entre deux sources de chaleur et sa vulcanisation est plus rapide et beaucoup plus régulière.
- La carcasse de l’enveloppe a aussi été perfectionnée. Son rôle est de résister à la pression de gonflement qui la tend et d’exercer une traction sur la pièce d’amarrage sur la jante que l’on appelle talon.
- Autrefois le talon présentait un bourrelet s’agrafant sur la jante dont le rebord était recourbé en forme de crochet. Ce bourrelet était un anneau de caoutchouc semi-durci, rigide mais suffisamment élastique pour franchir le rebord de la jante au montage. Les pneumatiques actuels comportent des tringles inextensibles. Le montage s’effectue au moyen d’un rebord de jante amovible ou grâce au principe bien connu de la jante creuse.
- On a exactement déterminé la forme et les dimensions du rebord de jante, la résistance, la grosseur, l’emplacement de la tringle, les efforts qui s’exercent entre enveloppe et jante et entre tringle et carcasse, de sorte que les déjantages autrefois assez fréquents ne sont plus à craindre maintenant.
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- Le tissu de la carcasse a fait l’objet de modifications extrêmement importantes dont la principale a été le remplacement du tissu croisé par le tissu sans trame. Anciennement on utilisait des tissus classiques à chaîne et trame et comme ils devaient habiller une surface de révolution non développable (un tore) on était obligé de les disposer de biais, c’est-à-dire de les couper en bandes obliques. Comme il fallait que fils de chaîne et fils de trame soient symétriquement placés par rapport au plan méridien de la surface, la coupe était faite à 45°.
- Or, dans un tissu croisé, chaque fil de chaîne passe successivement en dessus et en dessous de chaque fil de trame et inversement. Dans l’enveloppe du pneumatique, malgré la tension des fils due au gonflage, ils présentent une ondulation qui fait que, sauf aux points de croisement, ils ne sont pas dans le plan tangent à la surface. De plus, aux points de croisement, les fils sont appliqués fortement les uns contre les autres sans interposition de gomme élastique, car dans le gommage d’un tissu croisé il est impossible d’enrober chaque fil dans la gomme. Il résulte de ce que nous venons de dire que lorsque le pneumatique se déforme sous l’action de la charge de la voiture en déplacement sur la route, en chaque point de croisement les fils vont frotter les uns sur les autres et les forces normales à la surface qui les appliquent vont également varier. Il en résultait une rupture des fils et en même temps, comme un pneumatique comporte plusieurs nappes de tissus (4 à 6) une tendance fâcheuse à la séparation des nappes.
- Dans les pneumatiques actuels, la chaîne et la trame au lieu d’être enchevêtrées, sont superposées et chaque nappe de tissu croisé est remplacé par deux nappes de tissus sans trame. Chaque nappe peut donc être recouverte d’une couche de gomme, de sorte qu’aux points de croisement les fils ne sont plus en contact. Comme ils ne sont plus ondulés, ils sont donc en un point quelconque toujours dans le plan tangent à la surface et leur tension n’engendre plus d’efforts normaux à cette surface. Ruptures de fils et déco’lages de nappes sont par suite éliminés.
- Naturellement, on a également amélioré les fils eux-mêmes au point de vue de leur texture, de leurs caractéristiques mécaniques et de leur résistance à la fatigue.
- Enfin la forme de la section des pneumatiques et l’angle des fils de la carcasse ont été étudiés de façon à augmenter la réaction du pneumatique lorsqu’il est déformé par la prise d’un virage, réaction que l’on appelle la force de virage et qui intervient pour réduire l’angle de braquage supplémentaire que l’on doit donner à la direction d’une voiture engagée dans un virage. Un pneumatique donnant une force de virage élevée améliore la réponse du véhicule aux sollicitations du volant.
- Tels sont, rapidement exposés, les principaux progrès réalisés dans la fabrication des pneumatiques, organes qui interviennent de façons multiples et complexes dans le problème général de la conduite et de la tenue de route des automobiles.
- h. v.
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- 176 = DÉVOLUTION DE LA CONDENSATION DE L'ACIDE CHLORHYDRIQUE
- La principale source d’acide chlorhydrique est l’industrie du sulfate de soude produit par attaque du chlorure de sodium par l’acide sulfurique. La production en France est d’environ ioo.ooo t par an d’acide à 210 Baumé (34 pour 100 HCl).
- En effet, l’acide chlorhydrique s’emploie rarement à l’état gazeux et sa forme commerciale est sa solution dans l’eau. Comme il est extrêmement soluble, le problème théorique de sa dissolution est fort simple : il suffit de faire barboter 3e gaz dans l’eau pour obtenir la solution immédiate.
- Au point de vue industriel et pratique, le problème est beaucoup plus compliqué. En effet, la dissolution s’accompagne d’un dégagement de chaleur considérable dont on comprendra l’importance lorsque nous aurons dit que pour convertir 1.000 gr d’eau en une solution d’acide chlorhydrique à 3o pour 100 d’acide, il faut y dissoudi’e 428 gr d’acide à l’état de gaz et la quantité de chaleur dégagée est suffisante pour élever de i5 à 87° la température de 2 1 d’eau. Il faut donc éliminer la chaleur de dissolution dès l’instant où elle est engendrée et au point même où elle se dégage.
- D’autre part, il faut, pour que la dissolution s’opère sans perte d’acide gazeux, que le contact soit intimement réalisé entre le gaz et l’eau d’absorption. Enfin il faut refroi-
- Fig. 2. — Plan et élévation d’une installation de condensation et d’absorption d’acide chlorhydrique par le système des tours en grès.
- Fig. 1. — Condensation et absorption de l’acide chlorhydrique par l’ancien système des tours en grès.
- dir immédiatement la solution à une température inférieure au point d’ébullition pour la concentration particulière réalisée. Si on tient compte également que l’acide chlorhydrique ou sa solution attaquent, surtout à chaud, un grand nombre de métaux, le problème de l’appareillage industriel apparaît assez difficile.
- Pendant longtemps, le système le plus généralement adopté a consisté à refroidir d’abord les gaz chauds renfermant l’acide chlorhydrique, à la sortie des fours à sulfate, dans de grandes tours en grès inattaquable mesurant parfois plus de 20 m de haut et garnies de cylindres et de poteries sur lesquelles ruisselle de l’eau. Au bas de la première tour on recueille de l’acide à 7 ou 8° Baumé (15 pour 100 environ de HCl), cette solution passe dans une seconde tour d'où elle sort à i5°-160 Baumé (24 pour 100 environ de HCl). A la suite des tours, se trouvent disposées en cascade 60 à 70 bonbonnes en grès alimentées par la solution sortant des tours. Le gaz circule dans cette batterie dont les éléments
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- communiquent par des siphons qui prennent la solution au bas de chacune d’elles et la conduisent à la bonbonne suivante. Tout l’ensemble de l’installation est en plein air, les bonbonnes étant disposées en escalier et l’encombrement est considérable (fig. i et 2).
- Comme le grès est mauvais conducteur de la chaleur, l’évacuation des calories dégagées par l’absoi'ption ne s’effectue que lentement et, lorsque la température ambiante est élevée, en été par exemple, la condensation totale est extrêmement difficile. Jusqu’à ces dernières années cependant on ne disposait pas d’auti’es moyens et les installations n’avaient pas subi de modifications notables depuis plus de 5o ans.
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- Le développement de la métallurgie qui a pu produire des aciers ayant une résistance meilleure aux acides, la nécessité d’économiser la place dans les usines de produits chimiques et d’augmenter le rendement des installations ont eu pour conséquence la création de matériel nouveau qui actuellement tend à remplacer les anciennes installations. Cette évolution générale est particulièrement frappante dans le cas de la condensation de l’acide chlorhydrique et illusti’e bien les tendances modernes de l’industrie chimique.
- Dans un premier système (fig. 3), les gaz sortant des fours à sulfate, qui renferment environ 3o pour 100 d’acide chlorhydrique en volume, sont à une température trop élevée et doivent donc subir une réfrigération, avant leur condensation, pour les amener à la température optima.
- A cet effet (fig. 4) ils traversent d’abord un pot collecteur 1 en matière spéciale réfractaire et anti-acide puis un réfrigérant 2 constitué par une chambre à plusieurs compartiments également en grès, ces compartiments sont subdivisés par des chicanes pour prolonger le parcours des gaz.
- Chaque compartiment comporte un certain nombre de tuyaux de réfrigération en grès, résistant aux températures élevées tout en ayant une assez bonne conductibilité thermique. Une circulation d’eau les maintient à la température voulue. Dans ces appareils se déposé la plus grande partie de l’anhydride sulfurique contenu dans les gaz ; l’acide chlorhydrique condensé est recueilli au bas du réfrigérant.
- Les gaz sont alors aspirés par un ventilateur (4) et refoulés dans l’appareil de condensation proprement dit (5) et qui est composé d’une tour unique (fig. 3). Cette tour, de section circulaire, est subdivisée par deux cloisons perpendiculaires verticales en 4 compartiments. Elle est en grès spécial anti-acide et chaque compartiment est muni d’un système de ruissellement très efficace, d’un réfrigérant d’acide (6) et d’une pompe de circulation qui refoule l’acide en circuit fermé sur le dessus de la tour.
- Les gaz traités dans chacun des compartiments passent dans le compartiment suivant à travers les cloisons de séparation à double paroi, ce qui assure dans
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- chaque compartiment une circulation à contre-courant des gaz et du liquide d’arrosage.
- Les quati’e circuits d’arrosage sur les compartiments de la tour sont connectés entre eux et le liquide d’aiTO-sage d’un des compartiments est refroidi dans le réfrigérant du compartiment immédiatement précédent, de sorte que le liquide en circulation s’enrichit graduellement et on obtient une absorption totale des gaz d’une part et d’auti'e pai't un acide chlorhydrique d’une concentration de 20 à 220 Baume. Un filtre à coke (3) inséi’é dans le circuit permet d’éliminer si on le désire les dernièi’es traces d’anhydride sulfurique.
- Cette installation, bien qxi’employant encore le grès comme matériau de construction, est très simple, et d’un encombrement infiniment moins considérable que les installations classiqxies. Une tour de 4 m de diamètre extérieur peut produire jusqu’à i5o t d’acide chlorhydrique à 20-22° Baumé par 24 h. Les figures x et 3 sont frappantes à ce sujet : elles l’eprésentent, dans la même usine, l’ancienne installation et la tour unique qui l’a remplacée. Ajoutons que la consommation de force motrice pour une unité de 120 t par jour est
- Fig. 3. — Installation de condensation d’acide chlorhydrique à tour unique (système Induschimie).
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- Fig. 4. — Plan de l’installation de condensation d’acide chlorhydrique à tour unique. (En service à l’usine de la Société Potasse et Engrais chimiques, à Grand-Couronne, Rouen).
- de 65o kw par 24 h et la consommation totale d’eau de refroidissement de 85o à g5o m3 par 24 h.
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- Un nouveau perfectionnement, qui semble d’ailleurs ne guère pouvoir être amélioré, a été réalisé grâce à l’emploi d’appareils en tantale.
- En 1801, Hatchett, analysant un minerai de l’Amérique du Nord, y découvrit un nouvel élément qu’il dénomma colombium ; Ekeberg en i8o3 trouva dans le même minerai un autre élément, le tantale, qu’il ne put d’ailleurs isoler.
- Ce n’est qu’en 1908, cent ans après, que von Bol ton parvint à préparer le tantale métallique dont l’une des applications les plus intéressantes fut la confection des lilaments des lampes électriques à incandescence
- Le tantale et le colombium (ou niobyum) se trouvent toujours associés dans leur minerais et jusqu’en 1937, la principale source de ces métaux était en Australie, dans le district désertique de Piebarra où le manque d’eau ne permet l’exploitation que pendant la courte saison des pluies. Récemment un autre gisement exploitable a été découvert en Amérique, dans les Black Hills du South Dakota.
- La teneur en tantale des minerais est très faible, et il faut en moyenne traiter 5 t de minerai pour obtenir x kgr de tantale que l’on ne peut séparer que par
- traitement chimique (dissolution dans les réactifs et précipitation).
- Le tantale a une densité de 16,6, double de celle de l’acier et son point de fusion est de 2.85o° C. environ. C’est.dire que l’on ne peut lui appliquer les méthodes métallurgiques classiques. Lorsqu’on a obtenu par précipitation le tantale sous forme de poudre, on ne peut le fondre et le couler comme l’acier. On a alors recours au procédé dit du « frittage » : .compression de la poudre dans des moules métalliques chauffés ensuite dans des fours à vide à une température voisine de 2.5oo°. Le frittage commence à se produire, on forge alors la masse semi-agglomérée obtenue que l’on réchauffé ensuite et retraite dans les mêmes conditions.
- Le métal homogène finalement, obtenu est ductile comme le nickel et peut être laminé, étiré à froid, les pièces étant ensuite soumises au revenu dans le vide. Ainsi préparé, le tantale se travaille comme l’acier.
- Ses propriétés chimiques sont remarquables, surtout sa résistance à la corrosion et aux acides concentrés, sauf l’acide fluorhydrique même dilué et l’oléum. Pour l’acide phosphorique concentré et l’acide sulfurique, les résultats suivants montrent sa résistance à leur action.
- Acide phosphorique concentré à i45°, vie moyenne 870 ans.
- Acide sulfurique concentré à i47°, vie moyenne q55 ans.
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- Acide sulfurique concentré à 175°, vie moyenne 32 ans.
- Acide sulfurique concentré à 200°, vie moyenne 25 ans.
- Acide sulfurique concentré à 25o°, vie moyenne 1,76 mois.
- Par vie moyenne, on désigne le temps au bout duquel la perte de poids d’un échantillon atteint 5o pour 100.
- On voit donc qu’au - dessous d e i5o°, le tantale est pratiquement inatta-qué par ces deux acides. De même, pour le chlore et l’acide chlorhydrique, e n dessous de 175°. Aussi a-t-il reçu d’intéresisantes applications dans l’industrie chimique (serpentins de chauffe, agitateurs, vannes, robinets, etc.) et en particulier pour la condensation de l’acide chlorhydrique.
- Comme nous l’avons dit au début de cet article, l’élimination de la chaleur de condensation est le facteur qui conditionne pratiquement toute la réaction et les appareils en grès sont forcés d’avoir des dimensions considérables pour présenter les grandes surfaces de refroidissement nécessaires, puisque la conductibilité thermique du grès est très faible.
- Au contraire, en utilisant des appareils de condensation en tantale, métal inattaquable à l’acide dans les conditions normales de fonctionnement et dont la conductibilité calorifique est du même ordre que celle de l’acier, on peut réaliser des installations non seulement très efficaces, mais d’un volume parti-
- Fig. 5. — Appareillage en tantale pour l’absorption et la condensation de l’acide chlorhydrique.
- cuiièrement réduit. C’est ainsi que l’appareillage que nous allons décrire maintenant n’occupe pas plus de 10 m3 pour une condensation de 7 t d’acide par 24 h.
- La partie active de l’installation, le tube dans lequel se produit l’absorption de l’acide chlorhydrique par l’eau a 18 cm de diamètre et 2 m de haut pour une condensation de 115 d’acide gazeux à l’heure.
- Les figures 5 et 6 donnent la vue et le schéma complet de la condensation. La chambre d’absorption est un tube mince en tantale dans lequel le gaz et l’eau circulent dans le même sens et qui est refroidi énergiquement par une circulation d’eau avec chicanes.
- Dans la partie supé- 6 — Vm ^e i’appareïl-
- rieure du tube d’absor- lage en tantale.
- ption, les gaz se dissolvent dans la pellicule d’eau qui ruisselle sur ses parois ; à la partie inférieure la solution acide formée est refroidie à la température correspondant à la force de l’acide que l’on désire préparer. Le schéma montre sans qu’il soit besoin d’autres explications la constitution de l’ensemble et la marche des gaz et des liquides.
- On voit donc que grâce aux progrès de la technique générale et de la métallurgie en particulier, l’industrie chimique évolue rapidement et que l’aspect des usines se transforme d’une façon que le profane même peut apprécier immédiatement. L’industrie de la condensation de l’acide chlorhydrique en particulier s’est radicalement transformée depuis quelques années et constitue à cet égard un exemple typique.
- H. Vigneron.
- LE DEUXIÈME CENTENAIRE DE CISTERNAI DUFAY
- « On frotte bien un tube de verre pour le rendre électrique et le tenant dans une situation horizontale on laisse tomber dessus une petite feuille d’or; sitôt qu’elle a touché le tube, elle est repoussée en haut, perpendiculairement et demeure presque immobile. Si on élève le tube, elle s’élève aussi, en sorte qu’elle s’en tient toujours dans le même éloignement et qu’il est impossible de l’y faire toucher P On peut la conduire n’importe où de la sorte parce qu’elle évitera toujours le tube (1) ...
- 1. Otto de Guericke (1602-1686) avait fait une observation analogue sans toutefois en tirer des conclusions générales.
- « Il demeure donc certain que les corps devenus électriques par communication sont chassés par ceux qui les ont rendus électriques. Mais en est-il de même pour tous les autres corps électriques, de tous les genres, et les corps électriques ne diffèrent-ils entre eux que par les divers degrés de l’électricité P Ayant élevé en l’air une feuille d’or par le moyen du tube dé verre, j’en approche un morceau de gomme copal frottée et rendue électrique, la feuille s’y attache et y demeure, ce qui est contraire à l’expérience et au raisonnement précédent. La même chose arrive quand on approche de la feuille un morceau d’ambre ou de cire
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- d’Espagne frotté. Mais lorsqu’on approche de la feuille d’or chassée par le tube de verre une boule de cristal de roche frottée et rendue électrique, telle repousse cette feuille de même que le tube. Un autre tube de verre électrique présenté à la même feuille la chasse de même... Il n’est pas douteux que le verre et le cristal de roche font le contraire de la gomme de copal, de l’ambre et de la cire d’Espagne, en sorte que la feuille repoussée par les uns à cause de son électricité est attirée par les autres. Il y a donc deux genres d’électricité.
- « ... On ne peut se dispenser de leur donner des noms différents. L’une est l'électricité vitreuse, l’autre est l'électricité résineuse. S’il n’y a dans la nature que ces deux espèces d’électricité, l’une attirant ce que l’autre repousse, il doit en résulter que tous les corps qui sont dans la nature, à l’exception des métaux, seront dans l’une ou dans l’autre de ces deux classes. De ces expériences apparaissent : « deux vérités nouvelles sur cette matière et deux principes dont on n’avait pas eu, jusqu’à présent le moindre soupçon; le premier que les corps électriques commencent par attirer tous les corps et qu’ils ne les repoussent que lorsqu’ils les ont rendus électriques par la communication d’une partie de leur tourbillon; le second qu’il y a deux électricités réellement distinctes et très différentes l’une de l’autre. Que ne devons-nous point attendre d’un champ aussi vaste qui s’ouvre à la physique ».
- Voici résumé, en respectant toute la saveur de son style à la franchise naturelle et gracieuse, le mémoire publié en 1733 par Cisternai Dufay. Il ouvrait largement la voie aux progrès de la science de l’électricité. Tout d’abord la connaissance des principes qu’il mettait en lumière permit de grouper d’une façon systématique les phénomènes électriques dévoilés par l’expérimentation aux formes si diverses des physiciens de cette époque. En cela il a rendu d’inestimables services. Il y a plus, car c’est sur eux qu’est basée la découverte des lois de l’attraction électrique et les travaux de Coulomb, lorsque ce grand savant ouvrit l’ère des recherches quantitatives en électrostatique. Charles-François de Cisternai Dufay (*) est né à Paris le i4 septembre 1G98. Homme de guerre jusqu’à 25 ans, homme de sciences pendant i5 années, adjoint à l’Académie des sciences quand il était encore capitaine, pensionnaire académicien à 33 ans, intendant du Jardin des Plantes l’année suivante, appelé deux fois à l’honneur de diriger les travaux de l’Académie (2), rl disparut prématurément à l’âge de 4i ans le i<3 juillet 1739, il y a deux cents ans.
- Dufay qui fut le prédécesseur de Buffon comme Intendant du Jardin Royal des Plantes avait été reçu à l’Académie des sciences comme chimiste. A la vérité, il n’était étranger à aucune des sciences et de ce physicien Fontenelle pouvait dire en 1739 qu’il était le seul des Académiciens ayant donné des mémoires dignes d’être présentées au public dans les six classes dont était composée la Compagnie depuis 1699 : géométrie, astronomie, mécanique, anatomie, chimie, et botanique. Mais la physique expérimentale l’attira d’une façon toute particulière. En 1723 il débuta par une étude sur le « phosphore des baromètres », c’est-à-dire sur ces lueurs qui apparaissent dans le vide barométrique par suite du frottement du mercure contre le verre dépouillé d’humidité. Un travail entrepris en 1724
- 1. Il signait Dufay, mais l’orthographe adoptée par ses contemporains était : du Fay.
- 2. Notice sur Charles-François de Cisternai du Fay, physicien, intendant du Jardin Royal des Plantes (1698-1739), par Henry Becquerel, Pr de Physique appliquée à l’histoire naturelle au Muséum national d’Histoire naturelle (1852-1908). Volume commémoratif du centenaire du Muséum, 1893.
- sur les miroirs en fait un précurseur de Melloni dans ses recherches sur la transmission de la chaleur rayonnante et l’inspirateur des miroirs ardents réalisés plus tard par Buffon. Il fit par la suite des observations sur les salamandres, sur la sensitive, sur la rosée, sur les liquides dont les courants se croisent sous divers angles et sur bien d’autres choses, sur la phosphorescence notamment. Mais la partie capitale de son oeuvre a trait à l’électricité, ce « petit phénomène de physique », comme on disait en 1733, qui se présente rarement, a qu’on ne daigne presque pas observer parce qu’il ne paraît conduire à rien » et qui cependant, grâce aux savants qui l’ont regardé de plus près commence à devenir si considérable, si étendu « qu’on ne sait plus où cela s’arrêtera ». De 1733 à 1737, Dufay consacra huit mémoires à l’étude de l’électricité, en partant de l’analyse de l’état des connaissances d’alors sur les effets de l’électricité, depuis les travaux de Gilbert (1600) qui exposait tout ce qui était acquis sur les aimants et sur les corps qui ont le pouvoir, après frottement, d’attirer les corps légers, ceux d’Hauks-bee (1709) effectués avec sa machine électrique à globe ou cylindre de verre, ceux enfin d’Etienne Gray (1720) qui conduisirent à la découverte de la transmission de l’électricité d’un corps à un autre par conductibilité.
- J’ai brièvement exposé les travaux de Dufay sur les deux électricités, en indiquant leur grande importance. Toutefois, il faut bien noter que ce ne sont pas ceux-ci qui le rendirent célèbre aux yeux de ses contemporains et attirèrent sur lui l’attention du grand public. Dufay provoqua la surprise universelle par une expérience spectaculaire comme on dit aujourd’hui. Il répéta sur lui-même l’expérience de Gray qui consistait à électriser un enfant. Il s’étendit dans la position ventrale, sur une planche, soutenue horizontalement à un certaine distance du sol par des cordons de soie et il se fit électriser par le contact d’un gros tube de verre frotté. Une feuille d’or qui se trouvait par hasard à proximité fut attirée et s'attacha à sa jambe, c’est alors qu’une personne voulant enlever cette feuille à la présence insolite approcha la main et fit éclater une étincelle. C’était la première qui jaillissait d’un corps humain. L’abbé Nollet, qui assistait à cette expérience, a écrit dans ses Leçons de physique expérimentale qu’il n’oublierait jamais l’étonnement qu’il éprouva en observant ce phénomène. Lorsqu’il fut connu de la société, la sensation fut grande. L’expérience de Dufay fut répétée un nombre incalculable de fois et devint à l’époque le point de départ de discussion interminables entre philosophes et physiciens. Elle assura à Dufay une célébrité mondiale.
- On doit à Cisternai Dufay d’autres observations d’un caractère moins passionnant pour l’élite cultivée de l’époque, mais qui sont cependant d’une singulière portée. C’est Dufay qui observa le premier la conductibilité des flammes, établissant ainsi le premier exemple d’un gaz rendu conducteur, ce que nous appelons maintenant un gaz ionisé. C’est aussi Dufay qui construisit le premier électro-scope, composé de deux fils suspendus qui se repoussaient lorsqu’ils étaient électrisés et dont dérive l’électroscope à feuille d’or si utilisé pour les recherches sur la radioactivité.
- Dufay observateur sagace, savant probe et enthousiaste, fut aussi un administrateur émérite. Nommé intendant du Jardin Royal des Plantes en 1782 à un moment où une administration déficiente avait laissé tomber cet établissement dans un lamentable état de désordre, de délabrement et de décrépitude, par ses initiatives, par l’utilisation judicieuse des exemples qu’il alla chercher en visitant les jardins de Plantes d’Angleterre et de Hollande, par son activité, par la vivacité de ses décisions, par son entregent et
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- son influence dans les milieux officiels, il parvint en sept années à faire du Jardin Royal des Plantes « le plus beau d’Europe », de l’avis unanime des visiteurs étrangei’S (x).
- Il mourut de la petite vérole le iC juillet 1709, après six ou sept jours de maladie. Par testament, il avait donné au Jardin des Plantes qu’il avait rénové une collection de pierres précieuses ce qui fera partie d’un grand cabinet d’histoire naturelle, dont il était presque le premier auteur, tant il lui avait procuré, par ses soins, d’augmentation et d’embellissements ».
- Il n’était peut-être pas entièrement vain de rappeler, comme je viens de le faire, l’essentiel de la vie de Cisternai Dufay, l’homme des deux électricités, précisément à une époque où cette question des deux électricités se trouve renouvelée. La structure élémentaire de l’électricité est bien établie aujourd’hui et la différence de nature entre les charges positives et négatives se précise tous les jours. A l’état normal, les électrons négatifs sont des particules libres et avec elles nous pouvons expliquer tous les phénomènes électro-techniques. Les électrons .positifs, eux, sont intimement liés aux propriétés d’inertie de la matière représentée par la masse. Il est bien évident, comme dit Louis de Broglie, que la dualité de l’électricité doit être
- 1. Fontenelle. Éloges académiques.
- =~......:..... ...—-........... —...— 181 =====
- quelque chose de très profond, de très fondamental et ce serait grande satisfaction pour l’esprit que de pouvoir, dans l’état actuel de nos connaissances, établir une symétrie complète de structure entre les deux électricités et de reporter le problème de la dissymétrie sur les relations entre la masse et l’électricité. C’est le problème de l’avenir. Les préoccupations du monde savant dans ce domaine ne sont plus sur le même plan que du temps de Dufay. Les travaux sur le passage de l’électricité à travers les gaz raréfiés nous ont conduits à la connaissance des particules élémentaires de l’électricité et à toutes ses conséquences dans le domaine de la structure de la matière. La faible lueur qui s’élevait dans le vide d’un baromètre à mercure que transportait l’Abbé Picard en 1676 fut la première observation relative à la décharge électrique dans le vide. Dufay, je l’ai dit plus haut, la connaissait. Il reprit l’expérience et en précisa les conditions de réalisation. Autour de lui, sous son double aspect, s’élevait le problème des deux électricités, et pour lui, dans ses expéx’iences qui nous apparaissent bien naïves, il était aussi indéchiffrable que ne l’avait été celui de la métallurgie dans les volutes de fumée du feu de camp solitaire, premier foyer métallurgique pour les hommes de la préhistoire à l’aurore de l’Age du métal.
- Albert Ranc.
- NOUVEL APPAREIL AUTOMATIQUE DE PESAGE
- Il est peu de nos lecteurs qui n’aient été à même de voir les balances automatiques employées dans les gares, et dont les types les plus courants, de 25 et 5o kgr, ne sont gradués que par fractions de xoo gr.
- Il en résulte que, pour le pesage précis des colis « valeurs » ou ce internationaux », on est obligé d’avoir recours aux balances ordinaires, à poids, avec lesquelles la pesée est lente et peu pratique.
- Or, la balance automatique Dubourdieu, de 3ô kgr, porte une graduation par 10 gr, et celle de 60 kgr par 20 gr, ce qui constitue, évidemment, un progrès intéressant.
- De même, les bascules plus puissantes, du même modèle, de 3oo et 5oo kgr, sont graduées respectivement par fractions de 100 et 200 gr ; les ponts à bascule de 3o t, par fractions de 10 kgr, soit avec 3.000 divisions de 10 kgr, et l’ancien réseau P. L. M. a pu installer, à Lyon-Guillotière, un indicateur Dubourdieu de 80 t, gradué par 20 kgr, relié à deux ponts à bascule jumelés, pour wagons de 35 et 5o t, un dispositif de sélection permettant d’annuler à volonté, au moyen d’un levier, l’action de l’un des deux ponts, suivant que le wagon à peser est à petit ou à grand empattement.
- Et l’on peut, grâce à cette installation, effectuer avec une précision suffisante le pesage des rames de wagons, en marche lente, à 2 km à l’heure.
- A la gare de Bercy-Douane, un pont à bascule, type P. L. M. de 5o t, est équipé d’un indicateur Dubourdieu gradué de o à 4o t par fractions de 10 kgr.
- Ces appareils, mis au point par M. Dubourdieu, contrôleur
- Fig. 1. — Indicateur Dubourdieu, cadran mobile.
- technique adjoint du P. L. M. (service des ponts à bascule), aujourd’hui en retraite, sont remarquables surtout par l’étendue considérable de leur graduation, qui atteint, grâce à une conception particulière de deux cadrans, l’un fixe, et l’autre mobile, 3 m 20 pour une balance de 24 kgr et 8 m 5o pour un pont à bascule de 80 t.
- En raison, d’autre part, de la disposition fractionnée des indications chiffrées du cadran mobile, ce qui réduit considérablement la course angulaire de l’aiguille du peson, les yeux, quelle que soit la charge, n’ont à parcourir que 1/8 ou 1/10 de la graduation totale.
- Le dispositif comprend deux mécanismes ayant chacun un rôle bien distinct, et 8 à 10 masses pendulaires, de poids rigoureusement égal pour toutes, et munies d’une double bride qui permet leur accrochage, par l’un ou l’autre de ces deux mécanismes.
- Le premier est en relations directes avec la charge, et comprend les leviers A et B, le porte-masses C et le cadran mobile D (fig. 1 et 3).
- Le second, influencé seulement par les masses pendulaires, comprend les leviers E et F, le peson G, et le cadran fixe H (fig. 2).
- Disposition de l'indicateur au repos. — Au repos, toutes les masses pendulaires, — en nombre égal, 8 à xo, aux bandes chiffrées du cadran mobile, — sont accrochées, de part et d’autre de son point d’appui o, sur le levier à bras égaux E, qui les supporte entièrement, la masse n° 1 elle-même n’étant pas en contact avec le porte-masses C par sa bride supérieure.
- Fig. 2. — Cadran fixe.
- Cadran fixe
- Graduation fixe
- Viseur
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- Cadran
- Cadran
- mobile
- Frein \
- Masses pendulaires généralem : au nombre de 8 ou 10
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- Masses paires / ?A. 6.8.10 /
- Masses impaires 1.3.5.79 „
- Levier démulli-pUcaieur d'une bascule ,
- Fig. 3. — Elévation et profil du mécanisme.
- La tare est ainsi assurée à zéro. Dans cette position, le levier E est légèrement incliné, ainsi que le peson G, dont l’aiguille est placée en regard de la première division gauche du cadran fixe H, cependant que le cadran mobile D montre dans le viseur sa première série de chiffres.
- Rôle du premier mécanisme. — Lorsqu’on opère une pesée et sous l’influence de la charge, le porte-masses G se soulève, soulevant en même temps les masses i, puis 2, puis 3, etc., en raison de la disposition étagée des crochets supérieurs de ces masses, disposition conditionnant leur soulèvement, qui a lieu d’une façon progressive. Ce soulèvement du porte-masses G fait pivoter en même temps le cadran mobile D, auquel il est relié par une tige rigide, et qui présente dans le viseur, à chaque masse accrochée, une nouvelle série de chiffx’es, jusqu’à ce que l’équilibre de la charge soit obtenu.
- j)
- Rôle du deuxième mécanisme. — L’entraînement de la masse i par le porte-masses C rompt l’équilibre du levier à bras égaux E, qui décrit un certain angle sous l’influence des masses paires supérieures en nombre. Mais le contre-poids du peson G interrompt cette course angulaire, et rétablit l’équilibre, l’aiguille du peson se trouvant alors sur la dernière division droite du cadran fixe H.
- L’accrochage de la masse 2 détruisant cet équilibre, le levier E et le peson G reprennent leur position primitive. A ce moment se produit l’accrochage de la masse 3, et le mouvement inversé du levier E et du peson G, ainsi que le pivotement du cadran mobile D, cet ensemble de mouvements se reproduisant à chaque entraînement d’une nouvelle masse par le porte-masses G.
- Dans la plupart des cas, la dernière masse entraînée par le porte-masses C n’est pas nécessaire en totalité pour assurer l’équilibre parfait, et cette dernière masse restant en contact, à la fois, avec le porte-masses C et le levier à
- bras égaux E, l’aiguille du peson ne peut parcourir toute sa course, et marque donc, exactement, la valeur de la charge équilibrée par la dernière masse. Le poids net de cette charge se lit alors en face de l’aiguille, sur la dernière bande chiffrée, apparaissant dans le viseur.
- La charge étant enlevée, le porte-masses s’abaisse, rend les masses au levier E, et l’appareil revient au zéro.
- Un premier frein hydraulique, relié au levier B, amortit les chocs dus à une action violente sur le tablier. Un second, relié au levier F, neutralise les oscillations de l’aiguille du peson, l’empêche de parcourir toute la course du cadran H, lorsque plusieurs masses sont soulevées successivement, et assure à cette aiguille une stabilisation rapide, et, par suite, une rapide lecture du poids de la charge.
- Le peson n’équilibi'ant qu’une seule masse, quelle que soit la charge, peut être très léger, et par conséquent très sensible, et d’usure pratiquement nulle. Tous les organes sont d’ailleurs équilibrés entre eux et montés sur couteaux et coussinets, et, par suite, de réglage et d’entretien très facile.
- Grâce à la première balance fournie, à titre d’essai, à Mar-seille-Joliette — balance de 24 kgr — 56.534 pesées, dont 20.272 pour pesages ordinaires et 36.262 pour pesage de colis valeurs, ont été effectués en moins de n mois, avec une rapidité atteignant, en moyenne, 4oo pesées à l’heure.
- Il semble donc qu’on puisse considérer l’indicateur automatique Dubourdieu, construit par les étalbissements A. Trayvou, à La Mulatière, Rhône, comme l’un des meilleurs appareils automatiques connus à ce jour.
- Georges Lanorville.
- Fig; 4. — Pont-bascule automatique Dubourdieu (cadran gradué de 0 à 40 t pour 10 Icgr) installé à la gare de Bercy-Douane pour le pesage des wagons.
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- LE JADE
- Que sont devenus tous ces objets d’art que j’ai vus rassemblés à Shanghaï en 1987 et que la Chine se proposait d’envoyer à notre Exposition internationale, où ils eussent trouvé une place d’honneur.
- Sur l’initiative du Comité de Coopération intellectuelle internationale, les collections avaient été choisies et rassemblées par une délégation de cinq membres : le Dr Tsu Min Yee, président, MM. Geo, Liou Fou Tchang (de la Banque Franco-Chinoise à Paris), Sie Tong Fa (de la Légation de Chine à Paris) et Léon Ly Tchang.
- Parmi les merveilleuses séries de tapis, de laques, de porcelaines, de meubles et d’objets d’art que la Chine se proposait de nous envoyer, la collection de jade, présentée en mai 1987 dans les salons de la Sun C° avait particulièrement retenu mon attention.
- D’énormes lanternes en gaze peinte, où figuraient des coqs et des dragons, sous un portique décoi’é d’inscriptions chinoises, annonçaient l’entrée. Les Chinois se pressaient en masse, sans se bousculer. Ils regardaient, ils admiraient, ils s’exclamaient à haute voix et comme c’était très beau, ils s’appuyaient commodément sur la balustrade qui entourait les vitrines, sans plus bouger. L’un d’eux finit par remarquer ma présence et m’ouvrit un chemin. Je m’expliquais leur attitude. Aucune pierre ne possède comme le jade une telle richesse de coloris. Il en est de blancs, de bleus, de gris, de mauves et des verts qui évoquent les mers profondes et chaudes, d’autres les sombres forêts, d’autres les feuilles au printemps. Le plus apprécié en Chine est vert foncé ; sa valeur dépend de sa transparence et de son poli.
- La pièce capitale était l’autel de la pagode vert-jade.
- De mémoire d’homme on n’avait vu une œuvre d’une telle importance dans l’art du jade, même au temps de la prolifique période de la dynastie des Yang et de la dynastie des Sung. Avant de la composer, M. Chang Wen Ti avait parcouru la Chine afin de relever ici et là des détails architecturaux sur différentes pagodes ; muni de tant de documents il dessina le chef-d’œuvre, beau par ses proportions, qui symbolise l’art chinois.
- Le contour général rappelle Sung-Hua, près de Shanghaï, mais l’ensemble est plus fin et résume de nombreux types. Bien n’y manque : portes, fenêtres, balcons, cloches.
- Concevoir est une chose, exécuter une autre. Tout d’abord il fallait disposer d’un énorme bloc de jade. On finit par le trouver, il y a 18 ans, dans les carrières de Burma. 11 appartenait à M. Le Pin Yin. La pierre n’est pas de toute première qualité, mais comment découvrir une telle masse d’une seule couleur ? D’une hauteur de 1 m 25 et d’un diamètre de o m 33, la pagode terminée pèse 33 kgr. Les sept étages ont été travaillés séparément, mais l’agencement a été si minutieusement fait qu’ils semblent taillés dans un seul bloc.
- Trois plates-formes copiées très exactement d’après celles du temple de Pékin entourent la pagode ingénieusement illuminée.
- Devant, d’autres pièces se détachent : un « pai-lou », un portique d’un art consommé, deux lanternes, en forme de ciboire, d’une beauté remarquable, et deux lions, symboles de la dualité.
- Plus de i5o ouvriers travaillèrent à cette œuvre de patience et d’art pendant 10 ans. Il fut un temps où le moindre faux-pas eût ruiné tout l’ensemble et fait perdre le bénéfice de tant d’années de travail.
- Fig. 1 et 2. — Statuettes et lanternes en jade.
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- Fig. 3. — La pagode de jade exposée à Shanghaï.
- Dans l’exposition, on voyait aussi deux blocs de jade dans leur gangue : seules quelques petites entailles révélaient çà et là la pierre précieuse, sinon on les eût pris pour de gros cailloux comme on en trouve dans les ruisseaux. Ces pierres se trouvent aux confins du Yunnan et de la Birmanie, ainsi que dans les montagnes du Sinkiang ; il en est qui pèsent jusqu’à ooo livres ; on les achète au poids sur place.
- Pour tailler et graver, les outils sont très rudimentaires : on enduit la pierre d’une poudre abrasive (car-borundum), très humectée d’eau et on l’attaque au moyen d’un disque de métal actionné par des pédales en bois ; le disque tourne et lentement la pierre se fend. On met près de 8 jours pour partager un bloc de o m 70 de hauteur.
- Pour sculpter, c’est le même outil qui sert, mais la main droite, du bout des doigts, freine ou laisse aller le disque, tandis que la main gauche tourne et retourne dans tous les sens le morceau de jade pour qu’il soit taillé selon le dessin tracé. Travail très laborieux et très lent, aussi délicat et dangereux pour l’objet que pour l’ouvrier : une seconde d’inattention et des doigts sont coupés.
- Les disques sont de différentes tailles et de différentes épaisseurs, il y en a de très grands et d’aussi minuscules que la tête d’un clou. Ces disques se font en fer et en cuivre. Quant aux pédales, l’une fait manœuvrer
- le disque dans un sens tandis que l’autre le fait tourner en sens contraire. Ce mouvement rétrograde facilite le modelage.
- J’ai visité un atelier, ou plutôt la petite pièce toute simple où travaillaient deux ouvriers. La boue couvrait le mur et les vitres. Pour protéger leurs visages, les ouvriers placent souvent devant eux une tige de bambou, coupée par le milieu. Enfin, pour polir, on se sert de disque en cuir. Le brillant définitif s’obtient en ajoutant de la cire.
- Les artisans du jade sont recrutés généralement dans la classe pauvre. Les apprentis débutent à i4 ans. Après 4 ans, ils deviennent artisans. Ce n’est qu’aux environs de la trentaine qu’ils ont appris tout leur métier. A quarante ans, on ne leur confie plus de travail délicat. 11 en est peu qui poursuivent jusqu’à 5o ans, car ce travail très délicat requiert une grande force physique et une vue excellente, surtout pour graver. Quant aux salaires, ils sont de 1 à 4 dollars par jour, ce qui fait environ au cours du change de 6,5o à 26 francs français. Les grands artistes peuvent atteindre jusqu’à 20 dollars. L’industrie du jade s’est localisée en Chine, à Canton, Shanghaï, Soochow et Peiping.
- Souhaitons que toutes les richesses artistiques aient été épargnées par la guerre et qu’un jour, elles soient présentées en France.
- Germ. Dubois de Pontmartin.
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- = RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES ="" 185
- Solutions des problèmes proposés dans LA NATURE du \5 mars J939 (n° 3045)
- Rappelons l’énoncé des questions :
- Problème A. — Les géants de l’ile d’Onéirie jouent avec des dominos taillés dans d’énormes blocs de marbre blanc. Leur jeu va du double blanc au double cent. De combien de pièces se compose-t-il ? Quelle est la somme totale des points de ce jeu ?
- Problème B. — Un champ de forme triangulaire a pour dimensions : AB = i54 m, BC = 102 m, CA = 80 m. D’un point D, situé sur AB et à 35 m de A, on veut tracer un sentier étroit rejoignant BC en F, et partageant le champ en deux parties équivalentes. Comment détei'miner le point E ? Quelle sera la longueur du sentier ?
- Problème C. — Quatre villes A, B, C, D, doivent être desservies par une route automobile circulaire. En admettant que les quatre villes ne soient pas situées sur une même cercle, comment faudra-t-il tracer cette route pour qu’elle passe à égale distance de chaque ville P Y a-t-il plusieurs solutions ? (Problème déjà posé).
- Problème D. — Démontrer qu’un cercle de rayon unité vaut la moitié d’un plat de lentilles (Proposé par M. Arnaud André, xo, place Maurice Rouvier, à Marseille).
- Solutions.
- Problème A. — Généralisons pour un jeu allant du double blanc au double n. Supprimons tous les doubles et posons fur une première ligne les dominos du blanc — x an blanc — n; sur une deuxième ligne nous poserons les dominos du 1 — 2 au 1 — n, sur la troisième des dominos du 2 — 3 au 2 — n et ainsi de suite jusqu’à la ne ligne qui ne contiendra qu’un seul domino le (n — 1) — n.
- De cette manière nous aurons épuisé le jeu sans omission ni répétition. Le nombre des pièces ainsi alignées est égal à la somme de n nombres croissants de 1 à n, c’est-à-dire :
- n(n + 1)
- •---------*
- 2
- en ajoutant les n + 1 doubles nous obtenons la formule :
- n(n +1) (n + 1) (n + 2)
- -----------h n + 1 =-----------------------
- 2 2
- D’où, pour n = 100 .‘
- xox x 102
- ------------- = 5.x5i
- 2
- Prenons un deuxième jeu de même composition et ali-gnons-le comme le premier, mais en commençant par le point le plus élevé. La première ligne ira du n — (n — 1) au n — blanc, Za deuxième du (n — 1) — (n — 2) au (n — 1) — blanc... la dernière ne contiendi'a que le x — blanc et le jeu — toujours sauf les doubles — sera épuisé complètement. Alignons, d’autre part, les doubles du premier jeu par ordre croissant du double blanc au double n et ceux du deuxième jeu du double n au double blanc. Superposons, par la pensée, ces deux dispositions, les points de chaque pile de deux dominos auront une somme constante et égale à 2n. D’où en multipliant par le nombre de piles et divisant par 2, nous aurons pour un seul jeu :
- n(n + 1) (n + 2)
- 2
- Pour n = 100, nous obtenons, pour somme des points : 5ï5.i©o.
- Problème B. — Le triangle DEB est équivalent au quadri-
- latère DACE; transformons cette figure en un triangle équivalent. Joignons EA (fig. 1) et par C menons la parallèle à EA rencontrant en F le prolongement de BA. Le triangle DFE est équivalent au quadrilatère DACE, en effet le triangle DAE l’este inaltéré par la transformation et les triangles FEA et ACE sont équivalents comme ayant même base AE et les sommets C et F situés sur une parallèle à cette base. Donc aire DEB = aire DFE, ED est la médiane du triangle FEB et BD = ' DF. D’où la construction très simple : sur BA prolongée, on prend DF = BD, on joint F à C et par A on mène la parallèle à FC qui rencontre BC en E : c’est l’extrémité de la droite DE partageant ABC en deux parties équivalentes.
- Les triangles semblables FBC et ABE fournissent la relation :
- BA _ BE aBD ~ BC’
- d'où nous tirons BE :
- 154 _ BE .
- 2 119 102’
- 2.7.11__ BE
- 2 7.17 23.17’
- BE = 66 m.
- Pour calculer la longueur du sentier DE nous avons plusieurs méthodes à notre disposition, nos lecteurs ont utilisé
- /,y' //
- B E c
- à peu près tous les procédés. Voici l’un d’eux qui permet de n’extraire qu’une seule racine carrée :
- Le théorème de Stewart appliqué au triangle AÏÎC donne :
- AB2 x EC + ÂC2 x BE — ÂË2 x BC = BE x EC x BC d’où l’on tii’e :
- AE“ = io.i35.
- Le même théorème, avec le triangle AEB donne :
- lW2 x AD + ÂI2 x BD — DË2 x A13 = BD x DA x AB d’où :
- DE“ = 4.656 et DE = 68 m 24. Problème C. — Question facile, tellement simple que beaucoup de nos coi’respondants n’ont pas soupçonné le piège tendu. Le tracé de la route s’obtient aisément. Soit O le centre d’un cercle passant par trois des points donnés A, B, C, par exemple; la circonférence est à la distance A du 4S point D .Pour obtenir une solution il suffit, de 0 comme centi-e, de tracer une circonférence concentrique à la pre-A
- ntière et à la distance — de celle-ci. Si nous appelons R le rayon du cercle passant par A, B, C, l’autostrade aura pour rayon R = R — —, si le point D est à l’extérieur et Rx = R A
- -f- — si le point D tombe à l’intérieur. Mais il y a une autre
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- = 186 : . . —....................................:
- manière de construire le cercle primitif, c’est de prendre pour centre O le point de concours des perpendiculaires élevées sur les milieux de AB et de CD, par exemple. La circonférence passant par AB est à égale distance des points C et D et on achèvera de déterminer la route comme précédemment. Par la première méthode on trouve 4 solutions, chaque point pouvant, à tour de rôle, être considéré en dehors de la circonférence. Par la deuxième méthode on obtient encore 3 solutions, car il y a trois manières de grouper 4 points en doux couples opposés : AB et CD ; AD et BG ; AC et BD.
- Donc, en général, le problème comporte 7 solutions. Nous disons, en général, car il y a une discussion des plus intéressantes, et nous préférons vous laisser le plaisir d’approfondir cette question en étudiant le problème ci-dessous. Attention ! il y a encore des embûches.
- Problème D. — C’est une amusette basée sur un calembour. Voici la solution de l’auteur : Dans un cercle de rayon unité il y a ttR2, dans un plat de lentilles il y a DxR (des pierres) ou 2ttR2 ce qui démontre la proposition (?).
- A la suite de cette question plusieurs lecteurs nous ont adressé des amusettes de ce genre, la plupart déjà connues. Nous n’abusons pas beaucoup de ces récréations qui s’écartent quelquefois par trop du ton de notre rubrique. Pour être pris en considération, dans le cadre qui nous est tracé, il faut que ces problèmes se rapportent aux mathématiques et comportent une solution très courte.
- Ont envoyé des solutions justes :
- Problèmes A, B, C. — MM. Herman Pelletier, 33, avenue du Collège à Ottawa (Canada); R. Tellier, à Saint-Georges-sur-Fontaine (Seine-Inférieui’e) ; Dr L. Balozet, Institut Pasteur, Tunis ; José Hernandez, à Tennico (Chili) ; J. P. Exter-mann, « Le Pommier », Petit-Saconnex (Genève); R. Sagot, à Paris; A. Jouffray, à Mantalot par La Roche-Derrien (Côtes-du-Nord) ; G. Tuaillon, ingénieur, Pont-de-Roide (Doubs) ; Jean Devisme, pasteur, à Rouillé (Vienne) ; Edmond Chamois, 028, rue des Pyrénées, Paris; Roman, 29, rue de Berri, Paris; Th. Muller, 18, rue Saussure, Paris; Mn® M. Corbillon, 10, boulevard du Roi, Versailles; MM. Eug. Meyer, instituteur à Pfastalt (Haut-Rhin) ; André Arnaud, 10, place Maurice Rouvier, Marseille; Th. de Mon-tey, i3a, nie Père-de-Deken, Bruxelles; Paul Blain, ingénieur, 7, rue des Augustins, Enghien (Belgique); Henri Ravaud, 48, rue de Reuilly, Paris; Victor Laugel, 17, rue Thiers à Grenoble; Jean Frémont, à Troissy (Marne); M. Rubie, 2, rue des Lilas à Monte-Carlo; J. Huyghebaert, 5,,. rue Ancienne Église, à Anvers (Belgique); Maurice Jégo,
- Base aéi’ienne, Chartres; J. de Luigné, 53, rue Legendre, Paris.
- Problèmes A et C. — M. Roger Schmidt, 4, rue Saint-Étienne, à Lyon.
- Problèmes B et C. — M. Léon Comte, sanatorium à Tho-renc (Alpes-Maritimes).
- Problème A. — MUe Monique Perrin, étudiante, à Reims.
- Problème C. — M. J. L. Bonnet, hôpital Maillot, Alger.
- Problèmes proposés.
- Problème A. — De combien de manières peut-on affranchir une lettre à o fr 90, en tenant compte des conditions suivantes :
- x° On utilisera au maximum 5 vignettes.
- 20 Les timbres pourront être de valeurs différentes ou non.
- 3° On dispose, en nombre suffisant, de toutes les valeurs de timbres de o fr o5 en o fr o5, mais de o fr o5 à o fr 85 seulement (Proposé par M. A. Jouffray, à Montalot (Côtes-du-Nord).
- Problème B. — Quatre cyclistes A, B, C et D roulent sur une piste circulaire ayant 200 m de développement. Ils partent ensemble d’un point O ; A et B marchent dans le sens des aiguilles d’une montre, leurs vitesses respectives sont de 5 m et 8 m à la seconde ; C et D vont en sens contraire et leurs vitesses sont respectivement de 7 m et i3 m à la seconde. Au bout de combien de temps et à quel point de la piste se vencontreront-t-ils de nouveau tous les quatre ?
- Problème C. — Problème de l’autostrade (voir ci-dessus). Dans quds cas y a-t-il moins de 7 solutions? Dans quels cas a-t-on des solutions distinctes et de rayons égaux ? Peut-il y avoir zéro ou une infinité de solutions ? INous rappelons i'1 que les 4 points ne sont pas, par hypothèse, sur un même cercle; 20 que des droites (circonférences de rayon 00) ne peuvent être considérées comme satisfaisant à l’énoncé.
- Petite correspondance. — Capitaine Duport, 21, rue Saint-Jean, à Metz : Démonstration connue du théorème de Fermât. A. Arnaud, Marseille : Intéressant mais un peu spécial; Dr G. II. Niewenglowski, 3, avenue Saint-Maurice, à Nice : Problèmes déjà posés dans la Revue. G. Tuaillon, Pont-de-Roide : Bonnes questions mais trop difficiles ; le problème des verres est à retenir mais il demande une mise au point, celui de l’horloge est trop connu.
- IL Barolet.
- LE MOIS MÉTÉOROLOGIQUE
- JUILLET 1939, A PARIS
- Mois frais, pluvieux et orageux, assez mal ensoleillé.
- La hauteur barométrique moyenne, ramenée au niveau de la mer, au Parc Saint-Maur, 761 mm 7, est inférieure de 1 mm o à la normale.
- La moyenne mensuelle de la température, au même lieu, i7°,5, est inférieure de o°,8 à la normale. Les deux tiers des moyennes journalières ont été inférieures à leurs normales respectives. Les écarts des températures quotidiennes sont restés compris entre — 5°,7, le 24, journée la plus froide (i2°,6) notée à pareille date depuis 1874, et + 4°,i, le 29. Le minimum absolu, 8°,6, noté le i3, est supérieur de o°,6 au minimum absolu moyen; le maximum absolu, 29°,5 le 29, est inférieur de i°,9 au maximum absolu moyen.
- La nébulosité a été fortement élevée, aussi, de ce fait,
- l’amplitude de la variation diurne de la température n’a été que de 9°,9 au lieu de n°,r.
- Les pluies, très fréquentes au Parc Saint-Maur (on a noté
- 18 jours pluvieux au lieu de i3, nombre moyen) ont été pour la plupart peu abondantes. On a noté 8 journées au cours desquelles on a entendu le tonnerre ; 3 d’entre elles ont fourni à elles seules 61 pour 100 du total pluviométri-que mensuel lequel s’est élevé à 70 mm o, en excédent de
- 19 pour 100. La moyenne mensuelle de l’humidité relative y a été de 72,3 pour 100 et celle de la nébulosité de 67 pour 100. On y a relevé : 8 jours d’orage et tonnerre; 1 jour de brouillard; 10 jours de brume; 18 jours de rosée; 1 jour d’éclairs.
- Em. Roger.
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- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 juin 190g.
- Ionisation des gaz. — M. Perrier montre que, si les rayons X provoquent la formation de gros ions, qui ne sont pas dus au vieillissement des petits ions ou à leur fixation sur des poussières, il n’en est pas de même avec les rayons y des sels radioactifs, qui ne donnent que de petits ions très mobiles. M. Reboul expose, qu’au contraire, la lumière ultra-violette provoque la formation de gros ions anormaux, qui paraissent dus à l’action secondaire d’un facteur ionisant dont l’action persiste et dépasse même pendant 3o minutes environ l’effet de destruction des gros ions par recombinaison. Par interposition d’une lame de cellophane, on peut d’ailleurs vérifier que ce sont les radiations les plus absorbables qui sont les plus actives suivant un processus encore inconnu.
- Détonation de l’iodure d’azote. — L’iodure d’azote détone s’il est mélangé à l’oxyde d’urane dans lequel un faisceau de neutrons provoque des ruptures nucléaires. MM. IIaïssinsky et Walen ont recherché s’il en est de même sous l’action des rayons a des corps radioactifs. Leurs résultats ont été positifs, mais il faut pour cela utiliser des sources relativement intenses de rayons a et le degré de siccité de l’iodure est un facteur qui fait varier beaucoup la durée d’exposition provoquant la détonation. Il est également probable que le volume des grains de l’iodure joue un rôle important.
- Les eaux souterraines du Niger. — M. Enikeff a mesuré la salinité et la résistivité des eaux composant la nappe souterraine de la partie ouest du delta du Niger. La salinité croît de plus en plus au fur et à mesure que l’on s’éloigne du fleuve; la variation est d’abord très rapide puis une certaine stabilité apparaît. La mesure de la résistivité fait ressortir une ligne d’anomalies due à une salinité inférieure à celle des puits voisins. Il existe probablement une variation saisonnière de la résistivité. D’une façon très générale, toutes les recherches tendent à prouver que cette nappe est uniquement alimentée par le Niger, les variations du lessivage des dépôts anciens pouvant expliquer les anomalies.
- La culture artificielle de la truffe. — La production du « blanc truffier » en culture pure présente un intérêt particulier; il n’est pas démontré qu’elle ait déjà été réellement obtenue par de précédents chercheurs. MM. Chaze et Mestas annoncent qu’ils ont pu conduire la culture pure de la Truffe jusqu’à la formation de véritables asques contenant de 1 à 4 ascospores, qu’il ne leur a pas été possible de faire germer. La gamme des couleurs du mycélium ne paraît pas identique à celle trouvée dans les cultures douteuses qui avaient été réalisées. Ce mycélium peut atteindre une épaisseur de 1 cm, Il est composé de deux sortes de filaments : les uns blanchâtres, enchevêtrés, les autres, foncés, formant des cordons compacts.
- Le grain de blé. — On admet que la composition du sol a peu d’influence sur celle du grain de blé. Cependant M. Mièce a déjà montré une répercussion pour certains éléments peu abondants. En collaboration avec M. Brodskis, il expose les résultats d’expériences effectuées dans la région de Rabat sur des sols très différents et affirme qu’une terre déséquilibrée, caractérisée par la déficience ou la carence de certains éléments, influence la composition du grain de blé. De plus des sols bien équilibrés mais appartenant à des types pédologiques différents donnent des rendements et des grains très dissemblables. En particulier un sol alluvial, de forma-
- tion récente, a donné un très mauvais rendement en grain et un excellent en paille.
- Le curare. — M. Vellard expose qu’il a pu assister dans la région des sources du Tapajoz à la préparation du curare par les Indiens, préparation qui n’était jusqu’à ce jours pas très bien connue, tout au moins en ce qui concerne les produits réellement actifs. Une seule plante est utilisée, un Strychnos, probablement inédit, difficile à identifier par l’absence de fleurs et, d’ailleurs, peu abondant. L’écorce des racines est épuisée par l’eau; cclle-ci est ensuite soumise à une ébullition rapide puis à une concentration lente à chaleur douce. On obtient une pâte d’un brun rougeâtre devenant très dure par refroidissement. L’auteur a pu vérifier la très haute toxicité de ce produit. Cette observation étend, d’autre part, jusqu’à l’extrême limite méridionale du bassin amazonien la zone d’extension du curare, dans des tribus où il n’avait pas encore été signalé.
- Séance du 3 juillet 1939.
- Comparaison des unités électriques. — Conformément à la mission confiée au Bureau international des poids et mesures, MM. Pérard, Romanowski et Roux ont comparé les étalons de résistance et de force électromotrice remis par divers pays adhérents (Allemagne, État-Unis, France, Grande-Bretagne, Japon et U. R. S. S.). Cette comparaison, déjà effectuée depuis plusieurs années, montre des erreurs résiduelles de plus en plus faibles, qui ne dépassent plus le dixième de microhm pour les résistances et 2 à 3 dixièmes de microvolt pour les forces k électromotrices. Les modifications subies par les étalons de force électromotrice sont toujours sensiblement plus fortes que celles des résistances ; ceci s’explique facilement par la nature de ces étalons : éléments Weslon ou fils métalliques recuits.
- La luminescence de Veau. — L’eau devient luminescente si elle est soumise à des ultra-sons. M.. Paounoff a étudié ce phénomène en détail en utilisant une source d’ultra-sons de 4oo kilocycles par seconde. Il expose que la luminescence de l’eau est due à la présence d’oxygène dissous. L’étude spectrale montre une bande de o,46 à o,56 p, 'comparable à celle de la décomposition de l’ozone; l’existence de ce gaz dans l’eau permet de déduire que celte interprétation est exacte et que c’est bien cette décomposition qui donne la luminescence. Parmi les gaz dissous, la quantité d’hydrogène et d’azote est, en général, diminuée de moitié, sans doute par suite de la dégazéification aux plans ventraux. Au contraire l’émission lumineuse est toujours plus intense au niveau des plans nodaux.
- Foudre en boule. — M. Garreau fait connaître d’une façon détaillée une chute de foudre qui a eu lieu à La Rochelle le 26 avril 1939. Un éclair bleu trertical très intense s’est pariagé en trois branches qui ont donné des boules de feu à chacun de leurs points d’impact. Ces boules de i5 à 20 cm de diamètre ont été observées par différents témoins. L’une s’est perdue sur un toit humide après avoir suivi un hauban de fer. La seconde a éclaté avec grand fracas au sommet d’une grue électrique en faisant de multiples dégâts. La troisième a suivi un paratonnerre et s’est perdue dans une flaque d’eau en arrivant au sol. On n’a constaté aucune odeur particulière. Il est curieux de remar-* quer que, dans le même quartier, l’un des témoins avait assisté à un phénomène analogue en 1905.
- L. Bertrand.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Étude historique sur le principe de la moindre action, par P. Brunet. 1 vol., 114 p. Hermann et Cie, éditeurs, Paris, 1938. Prix : 30 francs.
- Le principe de la moindre action jdue un très grand rôle dans la mécanique et la physique modernes. Formulé publiquement pour la première fois en 1744 par le mathématicien français Maupertuis, il a soulevé de violentes polémiques, tout d’abord du fait de 3a revendication de priorité formulée par Kœnig en faveur de Leibnitz, puis en raison des conséquences métaphysiques que son auteur et les philosophes du temps ont voulu en tirer. Depuis lors, le principe de moindre action a subsisté en mécanique, mais au prix de modifications importantes de son énoncé et de sa démonstration et, en définitive il subsiste fort peu de chose aujourd’hui de l’œuvre de Maupertuis. Mais M. Brunet montre que celle-ci a eu néanmoins une importance considérable, car elle a profondément influencé Euler, puis Lagrange qui a donné au principe de moindre action une forme mathématique rigoureuse. À travers ces savants et leurs successeurs Hamilton et Jacobi, l’influence de Maupertuis se prolonge ainsi jusqu’à nos jours.
- Curiosités et récréations mathématiques, par
- G. Bouciikny. 1 vol., 148 p., 52 fig. Larousse, éditeur, Paris, 1939. Prix • 20 francs.
- Nos lecteurs savent que les mathématiques n’ont pas toujours l’abord rébarbatif que le grand public se plaît à leur prêter. L’aimable branche des jeux et récréations mathématiques, cultivée depuis la plus haute antiquité, les présente au contraire sous des aspects qui piquent la curiosité et forcent l’attention. M. Boucheny a fait dans ce domaine une sélection en se limitant à des problèmes accessibles à des lecteurs d’une instruction très élémentaire : nombres remarquables, deviner un nombre pensé, opérations à compléter, problèmes de partage, de parenté, tours de cartes, démonstrations paradoxales de propositions fausses. Pi simples que soient tous ces problèmes, ils offrent matière à d’amusants exercices qui, pour beaucoup de lecteurs seront une véritable et fort agréable initiation mathématique.
- Décharge électrique dans ies gaz, par Marcel Laporte. 1 vol., 41 fig., 22 tableaux. Collection Armand Colin, 103, boulevard Saint-Michel, Paris (5e). Prix broché : 15 francs ; relié, 17 fr 50.
- M. Marcel Laporte expose avec précision, et un minimum de calculs, les résultats les mieux acquis et les plus utiles à connaître pour la compréhension des mécanismes des différents modes de décharge électrique dans les gaz et des phénomènes lumineux qui accompagnent cette décharge. Son livre constitue un guide sur pour les étudiants et les ingénieurs, mais aussi pour toutes les personnes qui, dans le grand public, désirent s’initier à l’une des branches les plus vivantes de la physique moderne.
- Le pick-up et l’amplification musicale, par P. Hémar-dinquer. 1 vol., 155 p., 100 fig. Chiron, éditeur, Paris, 1939. Prix : 18 francs.
- L’association du phonographe et de l’amplificateur a donné naissance à toute une catégorie d’appareils de musique électrique présentant un grand intérêt.
- On trouvera ici l’exposé des connaissances nécessaires à tout usager des pick-up.
- L’auteur, qui est un spécialiste de la question, étudie en détail les différentes caractéristiques des pick-up actuels, les manières pratiques de les adapter aux amplificateurs et de les utiliser, leur choix suivant les différents usages que l’on veut considérer. Il montre également comment on peut construire les amplificateurs destinés à la diffusion sonore et, plus particulièrement à l’amplification phonographique.
- Études sur l’écoute des sources sonores éloignées,
- par A. Rey. 1 vol., 86 p., 34 fig. Hermann et Cie, éditeurs,
- . Paris, 1939. Prix broché : 25 francs.
- Le perfectionnement des appareils d’écoute et de repérage des avions pose un certain nombre de problèmes théoriques et expérimentaux auxquels, dans l’état actuel de nos connaissances, on n’est pas encore en mesure de donner une réponse très précise. L’auteur montre comment se posent ces problèmes, et indique la voie à suivre pour les résoudre pratiquement.
- La ligne de Mermoz, Guillaumet, Saint-Exupéry et de leurs compagnons d’épopée, par J. G. Fleury. 1 vol., 285 p. Gallimard, Paris, 1939. Prix : 28 francs. Dans les derniers jours de la guerre, un constructeur d’avions, Latécoêre, présentait au gouvernement français le projet d’une ligne aérienne commerciale reliant la France à l’Espagne, l’Afrique du Nord, l’Amérique du Sud. Dès 1919, ce projet utopique recevait un commencement de réalisation : tout était à créer, les hommes, le matériel, l’organisation. Il se trouva un chef, Daurat, pour créer les uns et les autres et pour faire naître l’esprit de ligne : étapes par étapes la ligne Toulouse-Barcelone, devient Toulouse-Alicante, atteint Casablanca, puis Dakar, franchit l’Atlantique Sud, conquiert l’Amérique du Sud. Mais au prix de quels efforts et de quels sacrifices ! Les Pyrénées, le Sahara, les Andes, l’Atlantique ont valu aux admirables équipages de la ligne les plus dramatiques aventures, terminées trop souvent d’une façon tragique. J. G. Fleury nous conte cette histoire épique d’où ressortent les grandes et belles figures de Mermoz, Guillaumet, Saint-Exupéry, Rose, Serre, Collenot, Pranville et tant d’autres : pilotes, mécaniciens, ingénieurs, radios, sans oublier le financier Marcel Bouil-loux-Lafont, organisateur des lignes aériennes de l’Amérique du Sud qui se sont donnés tout entiers et ont tout sacrifié à cette grande œuvre. Pourquoi, hélas, l’avoir laissé sombrer !
- Les guêpes, par Lucien Berland. 1 vol. in-16, 167 p. Éditions Stock, Paris, 1939. Prix : 18 francs.
- Dans l’excellente collection « Les livres de nature », le sous-directeur du laboratoire d’entomologie du Muséum a déjà décrit de main de maître les merveilles des araignées ; il présente maintenant les guêpes à la vie intense, variée, aux mœurs étonnantes qui vont de la paralysie des proies à la fabrication de nid de papier, d’un instinct maternel développé à une vie sociale organisée. Avec précision, il décrit les guêpes solitaires et les espèces sociales et son récit est simple, clair, plein d’agrément.
- Petits atlas d’histoire naturelle. — Petit atlas des fossiles, 3 fasc. Petit atlas des Insectes (Hémiptères, Névrop-t.ères, Diptères), 2 fasc. Petit atlas des papillons et des chenilles, 2 fasc. Petit atlas des coléoptères, 2 fasc. N. Boubée et Cie, 3, place Saint-André-des-Arts, Paris. Prix de chaque fascicule avec planches hors texte . 15 fr 75.
- La Maison Boubée, qui s’est depuis longtemps spécialisée dans le matériel de récolte et de collection des objets d’histoire naturelle, a eu l’heureuse idée d’éditer une série de petits atlas de poche à l’usage des amateurs et des débutants. Ils y trouveront la description des instruments utiles, des modes de ramassage et de capture, de préparation, et surtout des vues d’ensemble qui les aideront beaucoup dans leurs chasses ainsi que la description et la figuration des espèces les plus communes et les plus caractéristiques qu’ils pourront rencontrer. C’est une précieuse initiation qui donne accès aux ouvrages plus savants et plus techniques.
- Manuel du kayak, par A. Mahuzier. 1 vol. in-16, 111 p., fig. Revue « Camping », Paris, 1939. Prix : 15 francs. D’esquimau, le kayak est devenu européen ; bateau à pagaie pour une personne, il s’est augmenté souvent d’un second siège et d’une voilure ; mais il reste démontable, léger, sans profondeur, l’embarcation des beaux voyages et des acrobaties. Des films consacrent sa vogue et voici son premier manuel où l’on trouvera tous renseignements sur la construction, le montage, l’entretien, le chargement, la navigation, la sécurité et 1’ « esquimautage ».
- Le rouspéteur en vacances, par Paul Allard. 1 vol. in-16, 182 p. Les Éditions de France, Paris, 1939. Prix : 10 francs.
- Pittoresquement, l’auteur rappelle les droits du touriste, du pjomeneur, du pêcheur, du chasseur, du baigneur, du citadin en vacances et indique ce qu’il peut réclamer.
- Manuel pratique de radiesthésie, par Charles Claudel. 1 vol. in-16, 119 p., Rieder, Paris, 1939. Prix : 20 francs. Un de plus ! « Armé de votre pendule, dit l’auteur, vous serez fort et infaillible et vous pourrez vous spécialiser, vous entraîner et, si vous êtes doué, vous lancer sur les traces des grands Radiesthésistes et faire des prodiges ». Puisque la boule le dit....
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- NOTES ET INFORMATIONS
- ASTRONOMIE Nouvelles comètes.
- Les informations ci-après font suite à celles publiées dans les nos 3o43, p. 123; 3o45, p. 189 et 3oo2, p. 3o concernant les comètes découvertes en 1939.
- Nous en étions restés à la comète Kopff (1939 e), la cinquième de l’année. Depuis le mois de juin, la liste s’est assez sérieusement allongée.
- La comète Schwassmann-Wachmann n° 1 (1939 /), qui est une comète périodique cataloguée définitivement sous le numéro 1925 II a été redécouverte le 12 juin 1939, à l’observatoire de Johannesburg, par le Dr J. Jackson. Elle apparaissait alors comme une nébulosité avec condensation centrale. Ce n’est que le lendemain, i3 juin, que l’identification certaine fut établie avec la comète 1925 II. Éclat de i3e magnitude (d’après les « Circulâmes » nos 776 et 777 du Bureau central des Télégrammes astronomiques à l’observatoire de Copenhague).
- La comète périodique Brooks II (1939 g), qui était apparue pour la dernière fois en 1982, a été retrouvée le 17 juin 1939, par Miss Adams et M. Jeffers. Elle était très faible (17e magnitude) et avait un aspect diffus, sans noyau.
- Une nouvelle comète a été découverte par M. Rigollet, le 28 juillet, dans la constellation du Taureau. La comète Rigollet (1939 h) avait pour position, ce jour-là, à 2h5m,o : ascension droite = 4ll54m,o ; déclinaison = + 25°45L Magnitude : 8,0. La comète, au télescope, apparaissait comme un objet diffus, avec une condensation centrale. Déplacement diurne très rapide d’environ 4 degrés vers le Nord-Est (D’après la « Circulaire » n° 112 du Service des Informations rapides de la Société astronomique de France).
- La « Circulaire » suivante (n° n3) de ce meme service est venue apporter quelques renseignements complémentaires sur ce nouvel astre, qui se dirigeait vers la riche région stellaire du Cocher où se trouvent, les amas M. 30 et M. 38.
- Nous ne donnerons pas ici les diverses positions probables de la comète qui ne pourraient être utilisées par les observateurs, puisqu’elles s’arrêtaient au 3 août.
- La comète, le 28 juillet, brillait comme un astre de 8e magnitude et présentait l’aspect d’une nébulosité diffuse avec condensation centrale, sans queue.
- Une photographie prise à l’observatoire de IJouga, dans le Gers, ce même jour, avec un objectif Couder de o m 20 donne à la nébulosité un diamètre de U,5, un aspect en éventail de la chevelure, vers l’angle de position no°.
- Enfin, le Bureau central astronomique de Copenhague a fait connaître par télégramme, la découverte, le 28 juillet 1939, d’une nouvelle comète par M. Kamensky.
- La comète Kamensky avait alors pour position, à 22b53m,o : ascension droite = 2ihi7m,5; déclinaison — — j8°23/.
- Elle était à peu de distance de l’étoile 1 Capricorne.
- Cette comète était assez brillante (magnitude : 7,0) et offrait l’aspect d’une nébulosité diffuse, avec condensation centrale. Ajoutons que la comète Kamensky a été inscrite sous la dénomination 1939 i, mais les télégrammes et les Circulaires la concernant ne mentionnent pas, au début, cette indication.
- Voici donc déjà neuf comètes parues en 1939. Rappelons qu’une seule avait été vue en 1938.
- Em. Touchet.
- INVENTIONS
- La prolongation de la durée de validité des brevets français.
- Une mesure importante, souvent promise, attendue depuis longtemps, vient enfin d’être prise en faveur des inventeurs. Par décret-loi promulgué au Journal officiel du 4 août 1939, la durée de validité des brevets français est portée à 20 ans à partir du dépôt. Tous les brevets en vigueur à la date de promulgation de la loi bénéficient de cette augmentation.
- La durée du brevet, précédemment fixée à i5 ans, était trop souvent insuffisante pour permettre à l’inventeur de tirer de son invention le fruit légitime. Entre le moment où une invention est conçue et celui où elle peut entrer dans le domaine de l’exploitation industrielle, il se passe en effet très souvent de longues années, consacrées à la mise au point de l’invention et à la création de l’atmosphère nécessaire à son développement, tâches d’autant plus difficiles et onéreuses que l’invention offre une originalité plus accentuée. La plupart des pays ont depuis longtemps reconnu cette situation : en Allemagne la durée du brevet est de 18 ans, aux États-Unis de 17 ans à partir de l’accord du brevet, au Canada de 18 ans également à partir de l’accord, en Belgique de 20 ans, en Angleterre de 16 ans.
- CHIMIE INDUSTRIELLE Les peintures indicatrices de température.
- On sait que certains corps, des oxydes métalliques en particulier, présentent la propriété de changer de couleur lorsque la température à laquelle ils sont soumis atteint une valeur bien déterminée pour chacun d’eux. Mais ces températures sont assez élevées, ce qui limite, dans les applications, leur domaine d’utilisation.
- La I. G. Farben Industrie vient de prendre récemment un brevet relatif à des compositions qui subissent des changements nets de couleurs pour des températures inféi'ieures à ioo°.
- Ce sont des composés du nickel et du cobalt qui contiennent, outre de l’eau de cristallisation, de l’hexaméthylène tétramine sous une forme combinée. A des températures nettement définies, ces composés perdent leur eau de cristallisation et changent brusquement de coloration. En les humectant ensuite, on les ramène à l’état initial et elles peuvent de nouveau servir comme thermoscopes, tandis que, dans une atmosphère riche ou si on ne les humidifie pas, la coloration finale reste permanente. Voici, d’après le brevet de l’I. G. Farben Industrie la composition et les caractéristiques de quelques-unes de ces substances :
- Température de changement Nature du
- Composé de couleur changement
- C0Cl22CsH12N4ioH20 . 35° rose à bleu
- C0Br22C<TIl2N4ioH?0 . 4o° rose à bleu
- C0I22Cr>H12N4ioH20. . . 5o° rose à vert
- C0(CNS)22C‘iH12N4ioH20 . 6o° rose à bleu
- CI0(N03 )2 2 C 6 H12 N41 oII20 75° rose à pourpre
- C.0S04C6II12N49Ii20. . . 6o° rose à violet
- NiCl22C6H12N4ioH20 . NiBr22CsH12N4ioH20 . \ 6o° > IOO° ’ ) 6o° vert pâle à jaune jaune à violet vert pâle à bleu
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTES
- ASTRONOMIE
- Le cosmographe solaire Primatex.
- Jusqu’à ce jour, aucun des maîtres appelés, soit à initier de jeunes enfants aux notions élémentaires de la cosmographie, soit à donner, à des élèves plus avancés, des notions plus approfondies et plus précises, ne disposait d’un appareil de démonstration scientifiquement conçu qui lui permît, par une réalisation matérielle effective, de montrer, dans leur diversité et leur complexité, les mouvements propres et rotatifs d’astres qui, pour nous, ont un intérêt tout particulier : le Soleil, la Terre et la Lune.
- Le Cosmographe Primatex de M. P. Prachay vient combler cette lacune. La figure i montre la vue le l’appareil et la figure 2 le schéma du mécanisme qui le commande.
- L’appareil comprend un dispositif mécanique et une carte
- Fig. 1. — Le cosmographe Primatex.
- projetante représentant en projection orthogonale tous les mouvements réalisés.
- Le dispositif mécanique est constitué par un socle dans lequel vient se visser un vilbrequin (manivelle) E, bloqué au moyen de l’écrou IL Le vilbrequin porte le Soleil S. Sur ce vilbrequin peut tourner le bras B portant la Terre et la Lune. La Terre est portée par son axe des pôles A relié à la tige verticale T sur laquelle est bloquée une roue dentée M au moyen de la vis G. Cette roue T est commandée par une roue identique T! par l’intermédiaire de la chaîne C. La demi-splière d’ombre D est amovible, et se fixe sur l’extrémité du.bras par deux broches.
- Là tige L, fixée à demeure sur le bras, soutient le système lunaire composé de la manivelle I portant l’axe d’inclinaison de l’orbite lunaire, de la manivelle J et du petit bras porte-lune Y.
- La carte projetante pst collée sur une plaque en contreplaqué fixée sur le socle par l’écrou R.
- Grâce à cet appareil, rien de ce qui concerne les trois astres précités n’échappe à l’explication concrète et immédiate. Une simple nomenclature des mouvements réalisés, qui s’obtiennent très facilement en suivant la notice très
- complète qui accompagne l’appareil et qui est en réalité un véritable petit cours de cosmographie, permettra de montrer tout l’intérêt qu’il présente.
- La Terre : son mouvement de rotation autour de l’axe des pôles ; son mouvement de révolution autour du Soleil ; l’écliptique, l’orbite terrestre et ses caractéristiques (l’aphélie, le périhélie, la ligne des apsides, la ligne des équinoxes, la ligne des solstices, le point vernal, le cercle d’illumination et son mouvement, etc.).
- Le jour solaire, le jour solaire moyen, le jour sidéral, le jour et la nuit polaires, l’inégalité de la durée du jour et de celle de la nuit, les variations de la durée du jour et de la nuit en un point du globe terrestre, etc....
- Heure d’un lieu (heure locale, fuseaux horaires), l’année tropique, l’année sidérale, les équinoxes, les solstices, les saisons et le mécanisme de leur retour, le calendrier; la division du temps.
- Sphère en
- Fig. 2. — Schéma du mécanisme de commande du cosmographe.
- Des mouvements peu connus, tels que le mouvement direct de la ligne des apsides de l’orbitë terrestre en une période de 108.000 ans, se trouvent même enregistrés sur la carte-projection qui fait partie de l’appareil, et c’est ainsi qu’en combinant ce mouvement avec celui de la ligne des équinoxes, on peut réaliser, en quelques instants, les positions respectives de la ligne des solstices et de celle des apsides, telles qu’elles ont été ou telles qu’elles seront à une époque quelconque.
- La Lune : son mouvement de révolution autour de la Terre, sa révolution synodique et sa révolution sidérale, son mouvement de rotation autour de son axe des pôles, l’orbite lunaire et scs caractéristiques, ses phases : les lunaisons, sa trajectoire ondulée par rapport au Soleil, ses librations, la nutation, les mouvements de son axe des pôles, les mouvements de son orbite : rotation de son grand axe, la ligne des nœuds et son mouvement de rotation.
- Le Soleil : son mouvement, les éclipses, etc....
- Cet appareil qui a reçu une médaille d’argent avec prime à la Foire de Paris 1938 a été adopté par la Ville de Pai’is pour les écoles primaires et nul doute qu’il ne facilitera l’élude si intéressante du mouvement des astres.
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- MÉCANIQUE
- Nouvelle tirefonneuse pour voies ferrées.
- Chacun de nous a pu constater, de visa, combien doit être pénible, à la longue, le serrage parfait des tirefonds maintenant les rails sur les traverses de bois, travail qui s’opère généralement à l’aide d’une clé à béquille manœu-vrée par deux hommes.
- M. Mollard, Chef de district à Sommières, sur l’ancien Réseau du P. L. M., a conçu un nouveau modèle de tirefonneuse, d’un poids de 5 kgr 900, et qui peut être aisément manœuvrée par un seul homme.
- Elle se compose d’une tige portant à sa partie supérieure une poignée à béquille, et à sa partie inférieure une douille s’adaptant à la tête du tirefond.
- Un rochet, dont la queue est prolongée par un leAÛer, est monté sur cette tige, et est muni d’un cliquet qui permet
- Fig. 8. — Tirefonneuse Mollard en action de serrage.
- d’actionner ce rocliet, à volonté, dans le sens du serrage ou dans celui du desserrage.
- Le vissage étant amorcé à l’aide de la poignée à béquille, l’ouvrier le termine, jusqu’au serrage à fond, au moyen du levier manœuvré par va-ct-vicnt.
- Quelques coups de ce levier suffisent, d’ailleurs, pour un simple resserrage.
- Le cliquet étant renversé, le même mouvement opère, sans aucune fatigue, le desserrage du tirefond.
- En lui adaptant simplement une douille appropriée, on peut obtenir avec cet outil, dans les mêmes conditions, le serrage et le desserrage des crapauds qui fixent le rail sur les traverses métalliques.
- Il permet donc un travail meilleur, plus rapide, avec une fatigue moindre, et, à ce titre, il nous a paru intéressant de le signaler.
- ÉLECTRICITÉ
- Oscillographes cathodiques à incandescence„
- Les oscillographes cathodiques utilisés pour les mesures et en télévision comportent toujours un écran fluorescent
- — : = rrr----- 191 =
- formé sur le fond du tube, et sur lequel s’inscrit la figure à observer ou l’image reçue. Il y a toujours intérêt, spécialement en télévision, à obtenir une image brillante, et sans trop d’effet de phosphorescence. Différentes méthodes ont été proposées pour augmenter cette brillance ; modification de la composition chimique de l’écran, accélération du bombardement électronique, ou même changement du principe de fonctionnement ordinaire.
- Un nouveau procédé curieux vient d’être proposé en Angleterre ; il consiste à remplacer, en quelque sorte, le phénomène de la fluorescence classique par un effet d’incandescence.
- Le bombardement électronique produit un échauffement plus ou moins intense des surfaces métalliques disposées sur le passage des électrons ; c’est ainsi que les plaques des lampes à vide de forte puissance, par exemple des lampes d’émission, sont facilement portées au rouge.
- En général, on cherche à éviter ce phénomène, alors qu’au contraire on le recherche dans ce cas particulier. L’écran à incandescence des tubes à rayons cathodiques devrait cependant être d’abord amené à une température moyenne assez élevée avant le bombardement cathodique, à l’aide d’un courant auxiliaire, de manière à obtenir un effet suffisant sans avoir besoin d’une accélération électronique trop grande, et, par conséquent, d’une tension anodique très élevée.
- Il ne faut pas produire une incandescence générale de la plaque métallique- servant d’écran, mais uniquement obtenir un point lumineux très brillant formant le spot cathodique ordinaire, qui doit disparaître en 1/16 ou 1 /2A de seconde au maximum.
- Une feuille très mince de tantale d’une épaisseur de l’ordre de 3 à 6 microns peut facilement être portée au rouge blanc au point d’impact du bombardement électronique.
- L’inertie est très faible grâce à cette faible épaisseur, et pour localiser encore l’effet calorifique, l’écran est divisé par des lignes de perforations qui le séparent en petits carrés distincts au point de vue thermique.
- La surface utilisée est de l’ordre de 76 mm x 5o mm; avec une analyse à 200 lignes, l’épaisseur de chaque ligne est de l’ordre du 1/2 mm, les carrés élémentaires divisant l’écran ont alors des dimensions du même ordre.
- On a également employé un écran formé de particules de tungstène mélangé avec du charbon en poudre ; la composition forme une pâte appliquée sur les interstices d’un treillis également en tungstène ; on diminue la conductibilité thermique, on obtient une température plus élevée sans risque de fusion et on augmente la brillance en diminuant l’inertie.
- Le courant auxiliaire est utilisé pour maintenir l’écran à la température limite au-dessous de l’incandescence, et ainsi la tension anodique nécessaire est réduite au minimum.
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- Fig. 4. — Aspect schématique d’un
- écran à incandescence pour oscil-
- lographe cathodique.
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- BOITE AUX LETTRES
- CORRESPONDANCE
- Nous avons reçu la lettre suivante, de M. Aubertin, à Longwy :
- « Dans une ampoule où l’on a apparemment introduit un gaz, se trouve un peu de mercure. Quand on agite l’ampoule, on aperçoit nettement une lueur rougeâtre, qui cesse dès que le mercure n’est plus agité. Ce phénomène curieux n’a-t-il pas déjà donné lieu à quelques applications ? »
- Nous serions reconnaissants à ceux de nos lecteurs qui pourraient nous donner quelques explications ou références sur ce phénomène qui a déjà été signalé.
- QUESTIONS ET RÉPONSES
- Alimentation d’un récepteur de T. S. F. sur auto= mobile. — Pour alimenter un récepteur de T. S. F. sur automobile, on emploie normalement la batterie d’accumulateurs de la voiture, de 6 v ou de 12 v, et on adopte des lampes à chauffage indirect de 6 v B, analogues à celles qui sont utilisées dans les récepteurs « tous courants » fonctionnant sur le courant continu ou alternatif d’un secteur. Dans ce dernier cas, les filaments chauffants sont montés en série, alors que pour l’alimentation sur accumulateurs ils sont montés en parallèle.
- Pour l’alimentation en haute tension, on transforme à l’aide d’un vibrateur le courant basse tension de la batterie d’accumulateurs en courant alternatif, ou plutôt pulsatoire. On en améliore la forme à l’aide d’un circuit-filtre. On élève sa tension au moyen d’un transformateur, et, finalement, on le redresse, soit à l’aide d’une paire de contacts synchrones du premier trembleur, soit au moyen d’une valve à vide, généralement bi-plaque.
- On peut encore recourir à une petite commutatrice tournante, alimentée également par la batterie, et fournissant directement le courant continu haute tension nécessaire, avec filtre éliminant les perturbations parasites.
- Vous trouverez du matériel de ce genre aux établissements Philips, 2, cité Paradis, Paris, ou aux établissements Pulmann, 125, bou’evard Lefèbvre, Pai'is (15e).
- Réponse à M. Berdin, à Pantin (Seine).
- Chargeurs d’accumulateurs. — Les chargeurs d’accumulateurs à usage continu, à très faible débit, avaient été réalisés lorsqu’on employait des accumulateurs rechargés constamment, pour le chauffage des filaments des lampes des récepteurs de T. S. F.-batteries, et avant l’apparition des postes-secteur.
- Ces chargeurs ne sont donc plus employés, ni même construits d’une manière courante. Peut-être, un modèle de ce genre pourrait-il cependant vous rendre des services pour être adapté à un poste portatif batteries comportant un élément d’accumulateurs 2 v. Cela vous permettrait d’employer ce poste dans un appartement, sans avoir à vous soucier de la recharge de la batterie.
- Vous pouvez trouver un appareil de ce genre chez n’importe quel revendeur de matériel de T. S. F., et il en existe même des séries vendues en solde à des prix réduits. Voux pouvez ainsi vous adresser, par exemple : aux revendeurs suivants : Le Pigeon voyageur, 252 bis, boulevard Saint-Germain, Paris ; établissements M. S., 19, rue Claude-Bernard, Paris.
- M. Vigneau, Rouen.
- De tout un peu.
- M. Doubrovine, Liège. — Quel que soit le procédé employé pour enlever un tatouage, il se produit toujours une
- cicatrice, laquelle peut devenir chéloïdienne. Il y a donc des risques à envisager, dont le malade doit être prévenu. Toutes les méthodes sont du domaine médical et ne peuvent être exécutées que par un praticien.
- On peut employer le thermocautère, en pratiquant des pointes de feu fines; juxtaposées, profondes de 3 mm. On peut faire aussi des applications de neige carbonique. L’ablation chirurgicale peut être indiquée en certains cas, et l’on peut pratiquer avec bénéfice l’électro-coagulation.
- On peut détatouer à l’aide des caustiques chimiques. Procédé du Dr Variot : verser une solution concentrée de tanin sur les parties tatouées, puis faire à ce niveau des piqûres fines et serrées, à l’aide d’une aiguille de tatoueur. Passer ensuite en frottant sur les parties piquées un crayon de nitrate d’argent, jusqu’à ce que les piqûres se détachent en noir foncé, essuyer alors. Une escarre superficielle se forme, avec réaction inflammatoire. Au bout de 14 à 18 jours, l’escarre tombe, en laissant une cicatrice rougeâtre qui s’atténue progressivement.
- Procédé du Dr Brunet : la région à détatouer est désinfectée et anesthésiée à l’aide de réfrigérants ou d’injections de cocaïne à 5 pour 100. On limite exactement le champ à opérer à l’aide de bandes d’épithème ; on applique un tampon imbibé d’ammoniaque liquide et on le maintient pendant 15 mn sous une étoffe imperméable. On enlève alors l’épiderme soulevé avec une pince^ flambée, on découvre alors le derme où les points tatoués se dessinent nettement. On laisse tomber quelques gouttes de la solution de cocaïne sur les surfaces mises à nu et on frotte énergiquement avec du nitrate d’argent. Application de compresses humides jusqu’au lendemain où on renouvelle le pansement. On peut enlever l’escarre avec du collodion. La p’aie est pansée par les moyens aseptiques habituels.
- M. Di Goro, à Grasse. — Le vernis protecteur généralement employé pour la gravure sur cuivre a la composition
- suivante :
- Poix de Bourgogne..................... 20 gr
- Asphalte.................. . 80___
- Cire d’abeilles................ . 100 —
- Colophane. ............................ 40___
- Suif de mouton.......................... 5___
- Les enlevages se font au moyen de pointes fines, puis on dépose sur les parties mise à nu un mélange d’acide nitrique et d’eau à parties égales, qu’on laisse agir afin d’obtenir la profondeur d’attaque cherchée. Finalement on rince à l’eau claire, essuie et enlève le vernis au moyen d’un chiffon imprégné de benzine.
- M. Serée, à Alençon. — 1° Nous pensons que vous pourriez réaliser une serviette à brillanter sans abrasif en imprégnant modérément un tissu de coton pelucheux du mélange suivant :
- Huile de vaseline................ 150 cm3
- Essence minérale................. 850 —
- Tordre ensuite et laisser sécher.
- 2° La formule suivante pourra vous servir de basé à la préparation d’un savon anticambouis :
- Savon mou............................. 500 gr
- Essence minérale ....... 100 —
- Alcool à brûler....................... 100 —
- A conserver en boîtes munies d’un bon couvercle de préférence.
- M. Moret, à Aubusson. — 1° Vous trouverez des renseignements très complets sur les alliages d’aluminium dans la revue L’Aluminium Français et dans les publications éditées par cette revue, 5, rue Balzac, Paris.
- 2° Les fumées émises par les avions traceurs sont obtenues au moyen du chlorure de titane ou du chlorure d’étain associés au gaz ammoniac.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et c1® a lavae (france) . — 15-9-1939 — Published in France.
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- N° 3058
- LA NATURE
- 15 Décembre 1939
- LE GUIDAGE DES AVIONS PAR LES ONDES
- ULTRA-COURTES
- Les ondes hertziennes ultra-courtes sont employées aujourd’hui pour faciliter aux pilotes d’avion l’atterrissage sans visibilité. On sait quelles difficultés présente l’atterrissage, surtout avec les avions très rapides, lorsque le pilote ne peut distinguer le sol, ni se rendre compte du sens du vent ; en particulier pour les avions de chasse et de bombardement de nuit qui sont appelés à atterrir sur un terrain plongé dans l’obscurité pour éviter le bombardement par les escadrilles ennemies.
- PRINCIPES DU GUIDAGE A L’ATTERRISSAGE
- Pour permettre au pilote d’effectuer les manœuvres nécessaires à l’atterrissage sans visibilité, il faut lui fournir des indications précises sur l’orientation de son avion par rapport au terrain, et par rapport au vent, lui faire connaître la hauteur et la distance convenables pour le début de la manœuvre de descente, et le conseiller jusqu’à la fin de cette manœuvre pour éviter les dangers possibles.
- La dernière partie de la manœuvre peut normalement être exécutée à l’aide des appareils de bord ; c’est seulement lorsque le temps est complètement bouché, par brouillard épais, la nuit par temps de neige, ou sur l’eau pour un hydravion que cette fois la manœuvre est difficile.
- Le guidage par ondes hertziennes pour l’atterrissage sans visibilité a été d’abord préconisé aux États-Unis dès ig3o. Il a commencé à être employé, en France, sous une forme simplifiée vers 1932 ; mais c’est seulement grâce aux ondes ultra-courtes que l’on a pu, en ces derniers temps, obtenir des résultats vraiment complets.
- On peut distinguer, parmi les appareils de guidage, deux catégories ; les premiers donnent seulement au pilote des indications sur sa direction, sa position au-dessus du terrain, et son altitude au moment où
- doivent commencer la descente et le redressement ; les seconds guident le pilote durant toutes les manœuvres d’atterrissage et jusqu’au moment où il arrive au sol.
- LES PROCÉDÉS DE GUIDAGE SIMPLIFIÉS.
- MÉTHODE ZZ
- En France, on utilise depuis 1932 au Bourget, à Lyon, à Strasbourg, et à Dijon, une méthode simple
- et assez rudimentaire. Elle a l’avantage de n’exiger sur l’avion aucun dispositif spécial autre qu’un ra-diogoniomètre.
- Ce procédé est connu sous le nom de « méthode ZZ ».
- Chaque aérodrome comporte une zone "d’accès, déterminée pâr les conditions lo-calfes et les conditions atmosphériques. Par là méthode radio-go-'niométrique ordinai-re, et au moyen de relèvements effectués par des postes de repérage à terre, on transmet au pilote les indications nécessaires pour amener l’avion dans cette zone d’accès.
- Une fois ce résultat obtenu, le pilote doit procéder au réglage exact de son altimètre de bord ; à cet effet, on lui transmet de terre la pression barométrique au sol, ce qui lui permet de connaître exactement sa hauteur au-dessus du sol.
- L’avion se rapprochant du port, les observateurs à terre entendent à un moment donné le bruit de son moteur ; par T. S. F. ils informent immédiatement le pilote qu’il approche du terrain d’atterrissage.
- Lorsque l’avion arrive à une altitude connue, et à une distance suffisante pour permettre les préparatifs d’atterrissage, de l’ordre de 2 à 4 km par exemple, on lui transmet le signal « ZZ » indiquant qu’il peut commencer son atterrissage. Comme on le voit, la méthode est simple, mais elle est également trop rudimentaire pour donner des indications précises lorsque les conditions de visibilité sont insuffisantes.
- ?e émetteur datterrissage ou signaI radiophonique
- A ^ ^
- Emetteur de balisage ou indications |
- radiophomques\ Commencement 1 delà descente
- -}--altitude
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- Trajectoire de l'avion guidé par un premier radiophare , ou par indications radiophoniques —
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- Région des bpaits
- Région des pbrnis j.
- ba/ise
- Fig. 2. — Installation ae radioguidage S. F. R. de l’aérodrome de Toulouse-Francazals.
- MÉTHODE DE GUIDAGE CLASSIQUE
- Il a donc fallu perfectionner celte méthode en recourant à la signalisation automatique : des postes émetteurs spéciaux donnent automatiquement au pilote les indications nécessaires, au moment où il se trouve dans la position convenable par rapport au terrain.
- On guide d’abord l’avion an-dcssus du terrain d’atterrissage dans la direction convenable, et à l’altitude nécessaire, à l’aide d’un dispositif de guidage radio-électrique dont les principes ont déjà été signalés, à plusieurs reprises, dans la revue.
- Pour indiquer au pilote le moment où son avion approche du terrain, et en franchit la limite, on utilise, d’autre part, des radio-phares de position, ou balises d’atterrissage spéciales, qui produisent un champ d’ondes dirigées formant une sorte de rideau vertical que doit traverser l’avion en suivant le trajet d’atterrissage ; l’opérateur de bord en reçoit un signal caractéristique qui lui précise sa position.
- On a reconnu qu’il était nécessaire de donner au pilote à deux reprises des indications suffisamment précises, sur le terrain survolé. A cet effet, on emploie deux émetteurs de faible puissance, le premier est placé à quelques kilomètres du terrain. Son signal indique au pilote, dont l’avion est à ce moment à une altitude convenable, de l’ordre de quelques centaines de mètres, qu’il doit se préparer à descendre pour atterrir.
- L’avion passe ensuite au-dessus du second émetteur, placé à la limite du terrain et à quelques centaines de mètres en avant ; à ce moment, l’altitude de l’avion est déjà très basse, de l’ordre de 3o m par exemple, ce qui permet un atterrissage correct (fig. i).
- Ce dispositif relativement simple permet d’amener avec sécurité l’avion au-dessus d’un point jde position
- connue, et à une hauteur bien définie, à une distance du terrain convenable pour commencer les préparatifs d’atterrissage.
- Étant donné la vitesse actuelle des avions, une durée trop brève du signal indicateur rend très difficile la réception ; une durée trop longue ne donne plus une précision suffisante, en raison même de cette vitesse ; de là, la nécessité d’une étude complète des conditions du problème pour chaque aérodrome et l’emploi de deux balises au minimum.
- L’installation S. F. R. du champ d’aviation de Toulouse-Francazals fournil un exemple récent d’application de cette méthode.
- L’installation comporte un radio-phare, balisant l’axe d’atterrissage du terrain, une balise dile d’approche située à 3 km avant la limite du terrain, et une balise d’atterrissage placée à i5o m avant le bord du terrain ; la disposition générale est représentée sur la figure y.
- Le radio-phare de guidage émet sur une longueur d’onde de 9 m, avec une modulation musicale de i.i5o périodes-seconde ; sa puissance est de 45o w. La méthode employée, pour le guidage, est du type « à enchevêtrement » bien connu, à points et traits.
- La largeur d’axe est de i°,5 à 20 mesurée en vol, et la portée de l’ordre de 45 km à 60 km, à 1.000 m d’altitude.
- Les balises sont de petits postes émetteurs fonctionnant sur 7 m 90 de longueur d’onde ; stabilisée par quartz piézoélectriques, avec une modulation de 700 périodes-seconde pour la balise d’approche, manipulée à la cadence de traits, de 1.700 périodes-seconde
- Fig. 3. — Vue intérieure de l’émetteur de balisage S. F. R. sur ondes courtes.
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- pour la balise d’atterrissage manipulée à la cadence de points. La balise d’approche a une antenne moins directive ; c’est un émetteur doublet composé par deux brins demi-onde ; la réception s’effectue pendant plusieurs secondes (fig. 3).
- Au contraire, la balise d’atterrissage a une antenne composée de quatre brins demi-onde mis bout à bout, beaucoup plus directifs, ce qui donne plus de précision. L’antenne réceptrice correspondante de l’avion est disposée de manière à recevoir beaucoup mieux les émissions provenant d’en dessous et de côté, et, plus difficilement, les émissions venant de l’avant ou de l’arrière (fig. 4)-
- Le pilote suivant la direction de l’axe d’atterrissage observe ainsi sur un indicateur visuel de bord le signal distinctif de la balise d’approche, puis, celui de la balise d’atterrissage, et atterrit alors comme dans la méthode ZZ, mais avec plus de sécurité. Pour une vitesse de 200 km à l’heure, la durée du signal reçu varie entre 6 s et 3o s pour la balise d’approche lorsque l’altitude varie de 100 à 2.000 m, et, dans les mêmes conditions, entre 2 s et 22 s pour la balise d’atterrissage.
- Le récepteur est du type superhétérodyne avec appareil visuel portant un cadran pour l’indication de l’axe, un indicateur de l’intensité du champ reçu, et de deux voyants lumineux, l’un indiquant le passage au-dessus de la balise d’approche, l’autre le passage au-dessus de la balise d’atterrissage.
- L’emploi des ondes très courtes a permis le succès de cette méthode en évitant les brouillages par les
- Fig. 4. — Antenne directrice de la balise d’atterrissage de Toulouse-Francazals.
- Ligne de champ en ondes Ligne de champ
- ultra - courte^vr ___________ en^ondes longues
- /s / \ de ! avion
- // / \
- Fig. 5. — Principe de la méthode d’atterrissage guidé à champ constant.
- transmissions radio-électriques normales ou par les parasites atmosphériques, et en permettant l’emploi d’antennes de faibles dimensions.
- LE GUIDAGE COMPLET EN ALTITUDE
- Les méthodes précédentes donnent au pilote sa direction, et lui font connaître le moment où il doit effectuer les manœuvres d’atterrissage ; mais elles supposent que le pilote puisse voir directement le terrain, lorsqu’il arrive à une hauteur de quelques dizaines de mètres ; cette condition n’est pas toujours remplie, on a donc cherché à aller plus loin et à guider le pilote non seulement en direction, mais aussi en altitude.
- La solution du problème est fournie aujourd’hui par la méthode dite de Vémission à champ constant, en ondes ultra-courtes ; elle repose sur la forme du diagramme de rayonnement dans cette gamme d’ondes.
- Lorsqu’on utilise une antenne d’émission vibrant en quart d’onde, avec une base mise à la terre suivant la méthode classique, on obtient en ondes longues, et pour un sol considéré théoriquement comme un conducteur parfait, une courbe de la forme indiquée sur la figure 5 ; pour les points de l’espace à une faible hauteur au-dessus du sol, l’intensité du champ ne varie pas dans des proportions appréciables.
- Au contraire, pour une émission en ondes très courtes, le diagramme du rayonnement change de forme, et l’intensité du champ devient proportionnelle à la hauteur des points de réception au-dessus du sol. On obtient ainsi dans l’espace ce qu’on appelle une famille de courbes à champ constant.
- Sur l’avion un récepteur convenable recueille les signaux recueillis et actionne un indicateur visuel ; il suffit que l’indication donnée par cet appai’eil demeure, constante, pour que le pilote soit assuré de suivre une courbe de descente permettant un atterrissage correct.
- On obtient un guidage complet en associant cette méthode de guidage en altitude à la méthode précédente de guidage en direction.
- L’ensemble comprend alors un radio-phare d’approche, deux balises d’atterrissage, et l’émetteur de guidage en altitude.
- C’est sur ce principe que repose, par exemple, le système de radio-atterrissage L. M. T., un des plus
- Emetteur I / ^^Pn^^mWtion
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- Enfin, à 3oo m de l’entrée du terrain, il perçoit le signal de la balise d’atterrissage consistant en 6 points par seconde, émis sur la longueur d’onde de 7 m 90 modulée à 1.700 périodes-seconde ; il sait à ce moment qu’il se trouve entre 10 et 5o m d’altitude, et 11’a plus qu’à revenir aux méthodes ordinaires d’atterrissage visuel.
- Le procédé est donc parfaitement sûr, et donne toute sécurité, si le pilote veut bien en suivre avec attention les indications. La pratique a montré que les résultats obtenus étaient, dès à présent, parfaitement réguliers et précis.
- Les méthodes que nous venons de décrire si elles sont utiles en temps de paix pour guider les avions commerciaux dans leur atterrissage par mauvais temps ou brume sont encore plus nécessaires en temps de guerre pour les avions de bombardement rapides qui c doivent au retour d’un raid nocturne atter-
- Fig. G. — Les antennes du guidage en direction et en altitude rir sur les terrains non éclairés par crainte
- du système L. M. T.
- récents de ce genre, dans lequel l’émetteur de guidage en altitude fonctionne sur une longueur d’onde de 7 m 90 et envoie un signal modulé à 2.000 périodes-seconde. Une installation de ce genre est en service à l’aéi'odrome de Troyes.
- Le système d’antennes comporte deux éléments horizontaux distants d’une demi-longueur cl’onde, et alimentés en opposition de phase. L’ensemble est complété par deux l’éflecteurs situés en dessous et en ai'rière de l’élément rayonnant (fig. 6 et 7).
- Le récepteur comporte deux circuits à changement de fréquence avec indicateur visuel.
- Le pilote arrivé dans la zone d’approche de l’aérodrome place son avion dans le chenal d’appi'oche lorsqu’il perçoit un signal, ou un son continu correspondant au signal du radio-phare émis sur la longueur d’onde de 9 m ; puis, à 5 km du terrain, il reçoit le signal préparatoire de la balise d’approche consistant en deux traits par seconde modulés à 700 périodes-seconde, et émis sur 7 m go de longueur d’onde.
- A partir de ce moment, il est guidé en altitude, suivant la courbe à champ constant correspondant à son altitude ; il amorce sa descente en suivant cette courbe, d’après l’indicateur visuel de champ fonctionnant sous l’action de l’émission continue de 7 m 90 modulée à 2.000 périodes-seconde.
- Fig. 7. — Enregistrements photographiques de l’atterrissage d’un avion guidé par le dispositif L. M. T.
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- du bombardement par l’aviation ennemie dont c’est une des ripostes les plus efficaces. En effet, les gros bombardiers ont besoin d’aires d’atterrissage particulièrement bonnes, et si le terrain a été bouleversé par des bombes, les capotages sont à redouter, entraînant la destruction des avions, perte particulièrement sensible en temps de guerre.
- Il résulte de cette nécessité d’atterrissage rendu le plus sûr possible, que les terrains doivent être spécia-
- =...... ::.. .............:....... 197 ==
- lement équipés, et que d’autre part la manoeuvre elle-même prend un temps appréciable. Pour ces deux raisons, il ne semble pas que des raids nocturnes de 200, 5oo, 1.000 avions comme nous en menacent la propagande allemande et les pessimistes, soient possibles. 11 faudrait trop de terrains d’aviation, faciles à repérer et à détruire, trop de temps pour l’envol et surtout l’atterrissage.
- P. Hémardinquer.
- = LES TRANSMUTATIONS DE L’URANIUM = ET L’UTILISATION DE L’ÉNERGIE INTRA-ATOMIQUE
- LA RUPTURE EXPLOSIVE DU NOYAU D’URANIUM BOMBARDÉ PAR DES NEUTRONS
- Dès sa découverte en ig32, par les Joliot-Curie et par Chadwick, le neutron, particule matérielle élémentaire de charge électrique nulle et de masse à peu près égale à celle du proton (noyau d’hygrogène) s’est révélé comme le plus efficace des projectiles utilisables pour le bombardement atomique. Ne portant aucune charge électrique, il franchit, en effet, sans difficulté les barrières électriques qui défendent efficacement le noyau atomique contre les autres projectiles dont dispose l’artillerie atomique : protons, deutons, particules a, tous porteurs de charges électriques. Le neutron qui dans sa course atteint un noyau atomique peut pénétrer au cœur de cet édifice ; les derniers résultats de la chimie nucléaire nous représentent celui-ci comme une agglomération extraordinairement compacte de neutrons, particules neutres et de protons porteurs chacun d’une charge électrique élémentaire positive (1). Le nouveau neutron qui vient s’insinuer dans cette agglomération en modifie obligatoirement l’architecture, soit qu’il s’incorpore simplement à l’ancien noyau, soit qu’il en expulse d’autres constituants. Et l’on assiste ainsi à toute une série de transmutations dont l’étude a été poursuivie en ces dernières années avec une fébrile activité.
- Tous les corps connus ont été soumis au bombardement des neutrons. Jusqu’au début de l’année. 1939, tous les phénomènes de transmutation observés avec certitude avaient pu se classer dans l’une des trois catégories suivantes :
- 1. Le nombre Z des charges positives élémentaires égal au nombre des protons du noyau représente le rang de l’élément dans la classification naturelle de Mendéléev. C’est le numéro atomique ; il constitue la caractéristique fondamentale de l’élément. La somme des masses de protons et neutrons du noyau représente la masse atomique. Pour un même élément, elle peut varier suivant le nombre des neutrons présents, dans le noyau ; les éléments de même numéro atomique et de masses atomiques différentes sont des isotopes.
- i° Capture pure et simple du neutron avec formation d’un isotope de l’élément bombardé, c’est-à-dire d’un noyau de même charge électrique, autrement dit de même numéro atomique et de poids atomique augmenté d’une unité ; réaction accompagnée d’une émission de l’ayons X suivant la formule (x) :
- Xz + nJ^>Y^ + 1-f rayonnement y
- 20 Capture du neutron et émission d’un proton (noyau d’hydrogène) avec formation d’un élément de numéro atomique diminué d’une unité, suivant la formule :
- X z + 110 Y z — 1 + H1
- 3° Capture du neutron avec émission d’une particule et formation d’un corps de poids atomique diminué de trois unités, et de numéro atomique diminué de deux unités, suivant la formule :
- + nl^Yïzt+Kel
- Dans de nombreux cas ces transmutations s’accompagnent d’une émission d’électrons positifs ou négatifs qui se prolonge après cessation du bombardement. Les éléments résultant de la transmutation sont alors doués de radioactivité artificielle. Ces produits radioactifs peuvent se caractériser comme les corps radioactifs naturels par leur période d’activité.
- Parmi les éléments qui ont immédiatement retenu l’attention des chercheurs figure l’uranium, doué, comme on le sait, de radioactivité naturelle. Étant parmi tous les éléments connus, celui qui possède le poids et le rang atomiques les plus élevés, il était particulièrement intéressant de savoir s’il donnait lieu à des transmutations aboutissant à des corps de rang et de poids atomique supérieurs. Dans ce cas la limite que la nature semble assigner à la densité des noyaux atomiques pourrait être artificiellement franchie et
- 1. La notation X £ l’élément signifie que X a pour poids atomique A et pour numéro atomique Z.
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- le laboratoire pourrait créer des éléments dont la nature n’offre aucun exemple.
- Le savant italien Fermi et ses élèves se sont consacrés tout particulièrement à ces recherches qui les ont conduits à des découvertes de la plus haute importance sur les propriétés des neutrons. En ce qui concerne l’uranium, ils ont montré qu’il se forme dans l’uranium irradié par des neutrons lents des radio-éléments différents de l’uranium et voisins du polonium et du thorium. Des réactions chimiques qu’ils ont observées ainsi que des mesures de radioactivité auxquelles ils ont procédé, ils ont d’abord cru pouvoir conclure à la formation d’éléments de numéros atomiques supérieurs à celui de l’uranium qui est de 92 et auxquels on assigna même les numéros g3, g4, g5 et 96.
- Aujourd’hui la question des éléments transurani-ques paraît réglée. On n’a pas créé d’éléments trans-uraniques et il semble bien que la nature ne permette pas d’accumuler dans un noyau stable plus de particules que n’en contient le noyau de l’uranium.
- Celte conclusion négative repose sur une série de découvertes toutes récentes qui, si elles ont apporté à certains égards quelque déception, ont révélé un nouveau mode d’action du neutron sur le noyau atomique et ouvert la voie, comme nous allons le voir, à des études de la plus haute importance et à des applications qui demain peut-êti’e révolutionneront le monde.
- En 1938, Irène Joliot-Curie et Savitch signalaient que lors du bombardement de l’uranium par le neutron il se forme un radio-élément ayant les propriétés chimiques d’une terre rare, le lanthane (Z = 67), sans être un isotope de l’actinium (Z = 89) qui appartient au groupe du lanthane dans la classification de Mendeleev. Ces savants tout en pensant qu’il s’agissait d’un nouvel élément transuranien signalaient que celte interprétation de l’expérience soulevait bien des difficultés théoriques.
- Cette observation fut aussitôt reprise par les savants allemands Hahn et Strassmann, fermes défenseurs de la thèse des éléments transuraniques. Par une série de séparations chimiques, ils établirent la présence du baryum (Z = 56) dans les produits du bombardement neutronique de l’uranium. Cette constatation leur parut si surprenante que dans leur première communication ils déclaraient, comme physiciens, ne pouvoir l’accepter. Mais il leur fallut se rendre à l’évidence. Par de nouvelles expériences d’identification ils confirmèrent la présence du baryum ou d’isotopes du baryum. Ils constatèrent aussi la production de noyaux de lanthane (Z = 5 7), de strontium (Z = 38), d’yttrium (Z = 3g), de xénon (Z = 54) et de cæsium (Z = 55).
- La conclusion s’impose : sous le bombardement neutronique, le noyau d’uranium se brise parfois en au moins deux gi’os fragments, de masse environ moitié moindre. Cette explosion s’accompagne d’un énorme dégagement d’énergie qui, par divers moyens, donnant des résultats concordants, a pu être évalué approximativement à 180 millions d’électrons-volts par atome brisé.
- Des phénomènes analogues se produisent avec le thorium (Z = 90). Mais jusqu’ici aucun autre élément n’a permis d’observer ce genre de rupture du noyau.
- Fernand Joliot, par une expérience élégante, reposant sur un principe tout différent, confirmait presque aussitôt ces résultats. Tirant parti de l’énergie de recul des débris atomiques projetés par l’explosion du noyau d’uranium, il leur faisait traverser la couche d’urane où ils avaient pris naissance et les recueillait sur un support extérieur en bakélite où ils venaient en quelque sorte se ficher et où il pouvait les déceler par mesure de leur radioactivité. Des expériences dans la chambre de détente de Wilson ont permis aussi de photographier et d’identifier les trajectoires de ces gros fragments qui se révèlent par un pouvoir ionisant très élevé.
- Mais Joliot ne se contentait pas de ces confirmations : un raisonnement simple le conduisit à la découverte d’un autre phénomène extrêmement important : d’après les données actuelles de la chimie nucléaire, le nombre des neutrons contenus dans un noyau n’est pas proportionnel au numéro atonique de l’élément ; il croît plus vite que celui-ci (Pour un élément de poids atomique A et de nombre atomique Z, il est égal à A — Z). Si donc un noyau d’uranium se brise en deux ou plusieurs noyaux plus légers, le nombre total de neutrons emprisonnés dans ces derniers doit être inférieur au nombre de neutrons contenu dans le noyau originel d’uranium. Par conséquent des neutrons doivent être libérés au cours de l’explosion.
- L’expérience faite par Joliot et ses collaborateurs Von Halban et Kowarski a confirmé cette prévision. Ces savants ont trouvé que la rupture de l’uranium libérait en moyenne 3,5 neutrons par atome. Le savant italien Fermi actuellement réfugié aux États-Unis, arrive à un résultat analogue et trouve environ 2 neutrons libérés par atome brisé. Ces neutrons paraissent être projetés avec de grandes vitesses.
- Mais si l’explosion d’uranium provoquée par le choc d’un neutron provoque la libération d’un ou plusieurs neutrons, ceux-ci pourront à leur tour heurter d’autres atomes d’uraniùm, les faire exploser, dégager de nouveaux neutrons qui provoqueront de nouvelles décompositions et ainsi de suite. La réaction amorcée par un bombardement initial se continuera alors d’elle-même entraînant de proche en proche la décomposition de toute la masse d’uranium, avec libération d’une quantité d’énergie correspondante qui pourra être utilisée sous forme thermique par exemple.
- Cette décomposition en chaîne n’a pas encore été observée. Mais elle est théoriquement possible et nous verrons plus loin les conditions nécessaires pour qu’elle soit réalisable.
- Pour l’instant il nous suffit de savoir qu’elle est dans le domaine des possibilités pour comprendre que, pour la première fois, l’homme voit s’ouvrir devant lui une voie qui peut conduire à la captation effective et pratique de l’énergie intra-alomique.
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- L’ÉNERGIE LIBÉRÉE PAR LA RUPTURE EXPLOSIVE DU NOYAU D’URANIUM
- Celle énergie est facile à calculer ; admettons le chiffre de 180 millions d’électrons-'volts par atome brisé, indiqué plus haut et supposons que cette énergie soit totalement transformée en chaleur. L’électron-voll est une minuscule unité d’énergie qui ne vaut que 1,6.io-8 ergs ou i,6.io~20 kgr/m. Mais un atome d'uranium ne pèse que 1,6 x 238 x io~24 gr ; i gr d’uranium dont tous les atomes se briseraient dégagerait donc environ 2 x io~7 grandes calories : 20 millions de grandes calories, autant que la combustion de 2 l ://2 d’un charbon à 8.000 cal par kgr.
- En iç)33, toutes les centrales thermiques de France ont produit au total environ 8 milliards de kw/h entraînant une consommation de charbon de l’ordre de 5 millions de t. La destruction de 2 t d’uranium pur suffirait pour obtenir la même production d’énergie. Avec 5 à 6 t d’uranium par an on ferait face à tous les besoins d’énergie électrique du pays.
- Le paquebot Normandie à chaque voyage doit charger dans ses cales 7 à 8.000 t de mazout ; s’il marchait à l’uranium, il lui suffirait de recharger 4 à 5 kgr d’uranium : provision que le mécanicien monterait facilement à bord dans une valise à main.
- On remarquera qu’il n’est nullement nécessaire de recourir à l’uranium métallique pur ; on employerait naturellement les composés ou les minerais usuels d’uranium, les composants autres que Luranium ne gênant guère, semble-t-il, les décompositions ; les poids nécessaires seraient seulement un peu plus élevés que ceux calculés ci-dessus.
- Il n’est pas besoin d’insister sur les perspectives extraordinaix’es qui s’ouvrent ainsi devant l’humanité. Après l’ère de la machine à vapeur, de la houille blanche et du moteur à combustion interne, on voit poindre celle de l’énergie intra-atomique.
- Mais toute utilisation pratique de l’énergie libérée par l’explosion des atomes lourds reste subordonnée à la possibilité d’obtenir l’auto-décomposition d’une masse tangible de matière par un processus de ruptures en chaîne.
- Sinon la rupture du. noyau d’uranium par les neutrons se rangerait à côté des autres mécanismes déjà connus de transmulations où il faut un nombre immense de projectiles, lancés à grande vitesse, pour avoir des chances d’atteindre un noyau d’atome. On sait que l’on peut se représenter l’atome comme formé d’un minuscule noyau où serait concentrée la quasi totalité de la masse, et autour duquel gravite sur une série d’orbites éloignées un cortège d’électrons. L’ordre de grandeur du diamètre des noyaux d’uranium est évalué à io~12 cm ; le diamètre de l’orbite externe d’électi'ons est de l’ordre de io~8 cm ; dans une masse d’uranium métallique pleine et homogène où tous les atomes seraient au contact, deux noyaux voisins seraient donc séparés par une distance d’au moins
- io~8 cm, c’est-à-dire plus de 10.000 fois supérieure à leur diamètre ; d’autre part les projectiles de bombardement sont plus petits encore que le noyau : imaginez un champ de bataille sur lequel les cibles à atteindre, larges de o m 5o seraient dispersées à raison d’une tous les 5 km ; on se rend compte aisément de l’énorme quantité de projectiles dont une artillerie dépourvue de tout moyen de visée devrait arroser le terrain pour obtenir de temps à autre un coup au but. Tel était jusqu’ici le cas dans tous les phénomènes mis en œuvre en balistique atomique.
- A ceci s’ajoute pour les projectiles autres que les neutrons la cuii’asse répulsive opposée par le noyau aux corpuscules électriquement chargés.
- On a calculé qu’il faudrait des millions d’années pour obtenir par de tels bombardements la transmutation d’une quantité pondérable de matière de l’ordre du milligramme.
- Mais la situation change si la cible, atteinte par hasard, peut à son tour faire explosion et lancer elle aussi des projectiles efficaces.
- Pour faire comprendre, dans quelles conditions les explosions successives pourraient se propager, et par quels moyens on pourrait les maîtriser afin d’éviter une déflagration brutale qui serait une catastrophe, il nous faut préalablement rappeler quelques propriétés des neutrons.
- LES NEUTRONS
- Les neutrons sont produits par bombardement d’éléments légers comme le glucinium ou le lithium au moyen de protons ou de deutons artificiellement accélérés ou de particules a projetées par des éléments naturellement radioactifs.
- Les neutrons ne portant aucune charge électrique ne sont pas directement décelables comme les autres particules élémentaires de l’atome ; mais quand ils traversent de l’hydrogène ou une substance fortement hydrogénée comme la paraffine, ils provoquent l’apparition d’un rayonnement extrêmement pénétrant, qui les a fait prendre tout d’abord pour des rayons y. En réalité ce rayonnement est corpusculaire et formé de protons projetés par les neutrons ; c’est en comptant les protons ainsi engendrés et en mesurant leur parcours qu’on a pu identifier les neutrons et en calculer la masse.
- L’apparition de ces protons est due au choc du neutron contre le noyau de l’atome d’hydi’ogène ; il s’agit ici d’une collision élastique entre deux masses à peu près égales ; quelque chose d’un peu analogue au choc de deux billes de billard ; le neutron incident est ralenti, mais la vitesse qu’il perd est communiquée au noyau d’hydrogène.
- Le faisceau de neutrons produit par le bombardement du glucinium au moyen de particules a ou autres n’est jamais homogène. Il contient des neutrons animés de vitesses différentes ; certains ont des vitesses très élevées de l’ordre de 1.000 km à la seconde.
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- Or une particularité remarquable de l’action réciproque des neutrons et des noyaux atomiques est que la probabilité d’une action du neutron sur le noyau augmente quand la vitesse des neutrons diminue. Les neutrons lents produisent donc beaucoup plus de transmutations que les neutrons rapides.
- La propriété de l’hydrogène de ralentir les neutrons offre, par conséquent, un moyen précieux pour multiplier en quelque sorte l’efficacité de ces projectiles. C’est avec des neutrons ralentis par l’hydrogène qu’ont été effectuées la plupart des expéi’iences sur la décomposition du noyau d’uranium.
- Comment se comporte le neutron dans son passage à travers la matière ? N’ayant aucune charge électrique, il ne peut être ralenti, dévié ou absorbé que s’il heurte de plein fouet un noyau. Mais en raison des dimensions minimes et de l’énorme écartement relatif des noyaux, ces collisions seront extrêmement rares. Autrement dit, toutes les substances à l’égard des neutrons se comportent plus ou moins comme des matières transparentes. Mais, autre particularité remarquable, cette transparence est d’autant plus grande que la substance est formée d’éléments plus lourds. Comme le dit M. Maurice de Broglie dans son beau livre Atom.es, radioactivité, transmutation, une paroi solide est pour les neutrons l’équivalent d’un bon vide et même avec une grande épaisseur ne saurait les retenir et les empêcher de s’échapper. « On ne pourra donc ni les conserver, ni accumuler cette étrange matière ».
- Quand l’épaisseur de la matière traversée par un faisceau de neutrons n’est pas très grande par rapport au libre parcours moyen des neutrons on doit donc s’attendre au processus suivant :
- La plus grande partie des neutrons traverse la matière sans obstacle et sans déviation ; un petit nombre seulement pénètrent dans le rayon d’action de noyaux ; ils peuvent alors suivant les cas subir une collision purement élastique qui les dévie, sans modifier leur vitesse ; c’est le phénomène de diffusion, ou bien être ralentis comme dans le cas de l’hydrogène, ou encore être capturés en donnant naissance à l’une ou l’autre des transmutations ci-dessus décrites.
- LA POSSIBILITÉ DES EXPLOSIONS EN CHAINES
- Les explications qui précèdent font comprendre que la formation d’une chaîne illimitée d’explosions s’engendrant successivement par création de nouveaux neutrons n’est possible que si l’épaisseur de la matière est grande par rapport au libre parcours moyen des neutrons, et que si la matière laisse sortir moins de neutrons qu’il ne s’en crée. Il faut en outre que le total des chances d’absorption avec rupture du noyau, soit supérieur à celui des chances d’absorption suivant les autres mécanismes possibles. On observera que les neutrons simplement diffusés ou ralentis présents dans la masse continuent à compter comme neutrons actifs au point de vue qui nous intéresse.
- M. Francis Perrin, le premier, a fait le calcul de l’épaisseur minima nécessaire pour obtenir les explosions en chaîne. Les données numériques nécessaires lie sont pas encore toutes connues avec précision ; d’autre part le mécanisme intime de tous les phénomènes intervenant n’est pas encore suffisamment élucidé dans le détail pour que le résultat de ce calcul puisse être donné comme une certitude. Mais il ne repose que sur des hypothèses très vraisemblables et sur des chiffres qui peuvent être considérés comme suffisamment approchés.
- M. Francis Perrin a pris tout d’abord le cas le plus défavorable ; celui d’une masse uranifère ne donnant naissance qu’à des neutrons rapides ; il la suppose de forme sphérique et entourant une source centrale de neutrons. Elle est formée d’oxyde (U3Os) en poudre de densité 4,2. Il arrive au résultat suivant : la réaction en chaîne sera possible si le rayon de la sphère dépasse i m 3o, ce qui représente une masse d’oxyde d’uranium de 4o t. En entourant la sphère uranifère d’une couche diffusante de o m 35 faite de fer ou de plomb, métaux qui absorbent par les neutrons rapides, mais en diffusent une partie vers l’intérieur, la masse minima tombe à 12 t.
- Si l’on introduit dans la masse uranifère un composé hydrogéné, une partie des neutrons sera ralentie jusqu’à être en équilibre thermique avec le milieu. Les chances de rupture augmentent. M. Perrin trouve que pour de l’oxyde d’uranium contenant 3 pour xoo d’eau et 1 pour 10.000 de cadmium, dont on verra plus loin le l’ôle, il faut une sphère d’un rayon minimum de o m 65 à la températui’e ordinaire et de o m 80 à la tempéi’atui’e de 900° C., soit dans ce dei-nier cas 10 t environ d’oxyde d’uranium.
- COMMENT ÉVITER LA CATASTROPHE
- Le physicien allemand Flugge, qui a repris par une méthode difféi’ente le calcul de M. F. Perrin pour aboutir à des résultats concordants, a établi d’autre part que si la réactioix en chaînes s’amorce, elle gagnera toute la masse uranifère, mélangée ou non d’hydrogène, en une courte fraction de seconde.
- Oix s’imagine aisémexxt quelle catasti’ophe représenterait une pareille déflagration portant sur 10 t d’uranium ; et équivalant au dégagement instantané de l’énergie de combustion de 25 millions de t de charbon ; l’effet sei’ait sans doute celui d’un violent tremblement de terre ou d’une gi'ande énxption volcanique : tout serait déli'uit daixs un grand l’ayon autour du foyer de l’explosion.
- Il existe heui'eusement des moyens pour conjurer ce péril et pour maîtriser le dégagement d’énergie produit par la transformation massive de l’uranium.
- Dans les éludes mentionnées plus haut, M. Francis Perrin a montré que le rayon minimum ou rayon critique de la sphère d’uranium, nécessaire pour obtenir la décomposition en chaînes, augmente quand la températui’e s’élève. On donnera donc à la splxèi’e
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- d’uranium un rayon inférieur au rayon critique correspondant à une température convenablement choisie que l’on s’interdira de dépasser. Si la réaction tend à s’accélérer, la température de la mases s’élève rapidement et le rayon de la sphère devient insuffisant pour permettre au processus des explosions en chaînes de se continuer ; il s’arrête, la température baisse, le rayon critique diminue avec elle et la réaction reprend. On possède donc ainsi, du moins théoriquement, un moyen d’autostabilisation du système.
- Mais, reposant sur des calculs délicats et encore incertains, il n’élimine pas encore le danger, au moins dans les premières expériences.
- Deux collaborateurs de M. Joliot, MM. Adler et Yon Halban, ont apporté à ce procédé d’autostabilisation un perfectionnement d’une importance capitale, qui semble résoudre de la façon la plus complète le problème de la sécurité et du réglage automatique de la décomposition en chaîne.
- 11 consiste à incorporer à la masse uranifère, à côté de substances hydrogénées ralentissant les neutrons, une petite quantité, convenablement dosée, de cadmium.
- Le cadmium possède la propriété remarquable d’absorber les neutrons lents, avec un coefficient d’absorption rigoureusement indépendant de la température. Jusqu’ici on n’a trouvé qu’un seul autre corps, doué de la même propriété, c’est le gadolinium, dont le pouvoir absorbant est même plus élevé que celui du cadmium et qui pourrait donc remplacer ce dernier avantageusement.
- Que se passera-t-il au sein d’une masse contenant des atomes d’uranium, d’hydrogène et de cadmium et dans laquelle sera amorcée une décomposition en chaîne ?
- Si celle-ci tend à s’accélérer, la température tend à s’élever, les neutrons libérés deviennent de plus en plus rapides et sont de moins en moins ralentis par l’hydrogène ; par suite le nombre des collisions libé-
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- ratrices de nouveaux neutrons diminue, tandis que reste constant le nombre de neutrons absorbés et par suite neutralisés par le cadmium. D’autre part l’absorption des neutrons par le cadmium se fait en un temps plus court que le dégagement des neutrons lors d’un choc de neutron sur un atome d’uranium. On arrive donc à un équilibre au moment où le cadmium absorbe autant de neutrons qu’il s’en produit. La réaction est ralentie et stabilisée à une température terminée qui ne dépend que de la propoi'tion du cadmium et qui est d’autant plus haute qu’il y a moins de cadmium. Si la température tend à baisser au-dessous de la limite ainsi fixée, ce qui se produira si l’on extrait, pour l’utiliser, la chaleur dégagée dans le système, la masse uranifère accélérera d’elle-même sa décomposition pour maintenir la température. On voit que l’on pourra par ces moyens réaliser, avec sécurité, un générateur de chaleur créant de l’énergie thermique à une température terminée, avec un débit automatiquement proportionné à la demande des appareils d’utilisation.
- La proportion de cadmium nécessaire est très faible. Flugge a calculé que par mètre cube d’oxyde d’uranium U3Os c’est-à-dire pour 4 t 2, contenant 280 kgr d’eau il faut 56 gr de cadmium pour stabiliser la réaction à 35o° C.
- On possède donc tous les éléments nécessaires pour tenter l’expérience ; l’extraordinaire activité des investigations scientifiques qui se poursuivent sur ce passionnant problème, en France, aux États-Unis, en Allemagne, en Angleterre, au Danemark, en Suède et en Russie donne à penser qu’elle aura lieu quelque jour.
- Les substances uranifères ne sont pas des corps rares, et il ne sera pas malaisé d’en réunir les quelques tonnes nécessaires ; c’est l’affaire de quelques millions de francs ; faible enjeu en regard du résultat en cas de succès.
- A. Troller.
- LES PLUS CURIEUX CHAMPIGNONS DE FRANCE
- Le mot « champignon » évoque immédiatement à l’esprit cette curieuse production en forme de parasol, que l’on rencontre à chaque pas sur l’humus des bois, pendant l’automne. Il existe pourtant bien d’autres aspects plus ou moins surprenants, dans cette grande classe de végétaux. La plupart des profanes les ignorent.
- Dans les pays tropicaux, la végétation fongique atteint une richesse inouïe de formes et de couleurs. Notre pays ne se trouve cependant pas défavorisé à cet égard, et l’on peut rencontrer en France un grand nombre de champignons dont l’étude morphologique est des plus attrayante.
- Ces cryptogames constituent tout un monde étrange et infiniment curieux. En le parcourant, le mycologue débutant ainsi que le simple curieux des choses de la
- nature, vont de surprise en surprise. Ils ont peine à concevoir que des organismes inférieurs, produits de la décomposition des cellules mortes animales et végétales, puissent prendre des formes aussi variées, des teintes aussi délicates.
- Délaissant toute considération technique, nous voudrions montrer les plus curieux champignons ayant élu domicile sur notre sol.
- Nous aborderons successivement les diverses familles de champignons, en suivant l’ordre généralement adopté sur les flores mycologiques, ainsi que la classification dite « de Fries », qui est encore la plus usitée par les amateurs.
- Agaricinées. — Munis d’un pied plus ou moins central, ces cryptogames se reconnaissent sans peine
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- Fig. I. — Amanita muscaria.
- Fig. 2. — Coprinus picaceus.
- par la présence sous le chapeau de lamelles généralement rayonnantes.
- Si beaucoup de champignons de cette immense famille sont dotés de formes et de teintes remarquables, il n’en existe par contre aucun dont le faciès soit vraiment extraordinaire. Ne pouvant pas nous étendre longtemps sur cette vaste famille, nous citerons seulement trois types particulièrement intéressants :
- — Amanita muscaria (amanite tue-mouches) ;
- — Coprinus picaceus (coprin couleur de poix) ;
- — Pholiota squarrosa (pholiote écailleuse).
- Amanita muscaria (fig. i). — Tout le monde a rencontré ce beau champignon, affectionnant surtout les bois de pins en été et en automne. Croissant parmi les mousses, son merveilleux chapeau pourpre se détache admirablement sur la verdure délicate qui l’entoure. Les bizai’res verrues blanchâtres qui parsèment le chapeau, et qui ne sont autres que les débris de la volve, en rehaussent l’éclat. La rencontre d’un groupe de ces amanites, à divers stades de développement, tel que celui représenté par notre photographie, est un véritable régal pour le regard. En considérant les larges ombelles de ces champignons, on se prend aussi à songer à certains récits légendaires entendus au cours de l’enfance. Il était alors question de farfadets et de lutins minuscules, s’abritant sous de merveilleux champignons qui n’étaient autres souvent que de jolies amanites, accompagnées de lépiotes géantes.
- Coprinus picaceus (fig. 2). — Les coprins sont les plus éphémères de tous les champignons. Le plus beau de cette espèce est le « coprin couleur de poix ». Porté par une longue hampe, d’une fragilité extrême, le chapeau, d’abord en forme de cloche, tend rapidement à s’étaler pour prendre finalement l’aspect d’un plateau. Sa teinte est foncée, fine, brillante, avec des pla-
- ques blanches. En quelques jours, l’élégant cryptogame se transforme, hélas ! en une affreuse bouillie noirâtre. On trouve ce coprin par groupes dans les bois, mais il n’est pas commun.
- Pholiota squarrosa (fig. 3). — Ce beau champignon se rencontre en troupes souvent compactes, sur les vieilles souches d’arbres. Le chapeau et le pied de ce cryptogame sont entièrement recouverts de mèches brun-roüge qui lui donnent un aspect très caractéristique et une étrange élégance.
- Polyporées. — Cette famille comprend deux types bien distincts de champignons.
- Le premier renferme les « cèpes » ou « bolets », toujours portés par un pied. Le second comprend les polvpoi'ées en forme de plaques ou de croûtes, rarement pédicellées.
- Les deux types se différencient des autres familles de champignons par les petits trous ou pores, parfois irréguliers, situés sous le chapeau.
- Cette famille possède de nombreux genres intéressants. Parmi les bolets nous n’en citerons qu’un.
- Boletus strobilaceus (bolet pomme de pin) (fig. 4). — Ce beau champignon, malheureusement assez rare, est très facilement déterminable. D’aspect élancé, ses carpophores portent un chapeau brun-noirâtre, couvert de grosses écailles imbriquées, assez régulièrement disposées. Celles du bord du chapeau forment des mèches assez élégantes. Les écailles recouvrent aussi le pied jusqu’à moitié de sa hauteur.
- Les polyporées ligneuses sont très intéressantes à observer et à étudier. En parcourant les coupes de bois fraîches et anciennes, les souches des arbres abattus fournissent au mycologue une foule de champignons de ce genre. Parmi les diverses espèces de Polyporus,
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- Fig. 3. — Pholiola squarrosa. — Fig. 4. — Boletus strobilaceus. — Fig. 5. —
- Fig. 7. — Hydnum imbricatum. — Fig. 8. —
- de Daedalea, de Trametes, de Lenzites, etc..., on rencontrera parfois des sujets remarquables. Nous en citerons trois fort curieux.
- Polyporus lucidus (fig. 9). — Ce champignon, assez commun sur les souches de chênes, est absolument typique. On le nomme vulgairement polypore laqué ou luisant. Il porte bien son nom. Le dessus du chapeau et le pied excentrique qui le porte sont couverts d’un étonnant vernis, brun rougeâtre et brillant. Sous le chapeau on voit une foule de pores blanchâtres et minuscules. Tout le champignon est ligneux et imputrescible. On peut ainsi le conserver intact pendant très longtemps.
- Fistulina hepatica (fistuline hépatique) (fig. 5). — Cet autre cryptogame de la même famille retient l’attention de l’observateur ; on l’appelle vulgairement « foie de bœuf » ou « langue de bœuf ». Quand on le rencontre à l’état frais, sur une vieille souche, on se demande véritablement quel est l’animal qu’on a égorgé là, tellement cette plante extraordinaire ressemble à un énorme caillot. Elle en a l’aspect, la couleur et la consistance. Ce champignon est assez recherché pour sa comestibilité, mais il ne convient guère qu’aux estomacs solides, car il est très indigeste. Pour compléter son affinité avec une pièce de boucherie, nous dirons qu’on l’accommode généralement en tranches, comme de simples bifteacks.
- Daedalea biennis (dédalée bisannuelle) (fig. 6). — Cette autre polyporée remarquable, malheureusement rare en certaines régions est un champignon élégant, de teintes sobres, affectionnant certaines souches d’arbres. Il jaillit des anfractuosités du bois, où croît son mycélium. De curieux rameaux plus ou moins aplatis
- Fistulina hepatica. — Fig. 6. — Daedalea biennis. Clavaria truncata.
- poussent en éventail. Chacun d’eux est divisé en lobes irréguliers. Quand on rencontre, fraîchement épanoui, un de ces polypores sous une forme bien caractéristique comme celle de notre dessin, on a sous les yeux une des plus curieuses formes de notre sol.
- lîydnées. — On reconnaît du premier coup les champignons de cette intéressante petite famille par les aiguillons qui tapissent le dessous de leur chapeau. Ces aiguillons sont parfois d’une longueur démesurée, comme dans Hydnum erinaceum et H. coralloides. Ces deux espèces figurent parmi les plus étonnantes que l’on puisse rencontrer. Malheureusement elles sont extrêmement l'ai'es.
- Nous citerons une hydnée plus commune et bien curieuse aussi : 1
- Hydnum imbricatum (fig. 7). — Dans certains bois de conifères, on trouve en automne des champignons au vaste chapeau, dont l’épiderme brun est couvert de grosses mèches plus foncées et disposées dans un ordre assez régulier. Ce sont des Hydnés imbriqués. Ces beaux et robustes cryptogames attirent toujours le regard, surtout si l’on en rencontre une colonie importante, disposée en groupe ou en cercle.
- Clavariées, — Avec les cia variées, nous entrons dans un monde où les formes deviennent de plus en plus surprenantes. Les trois familles dont nous venons de parler renferment toutes les espèces que l’on désigne communément du nom de « champignons », c’est-à-dire possédant l’organe aérien en forme de parasol. A présent, à part certains carpophores, dont l’aspect se rapproche un peu de celui d’une agaricinée
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- Fig. 9. — Polyporus lucidus.
- Fig. 10. •— Clavaria cristala.
- (ex. Morchella), nous observerons des organismes exlreniement bizarres.
- Les clavariées se distinguent pour la plupart par leur forme rameuse et élancée. Depuis le simple pied filiforme ou en massue jusqu’à la touffe énorme composée d’une foule de ramifications, les clavariées offrent une grande diversité de productions. Nous en citerons une de chaque genre.
- Clavaria truncaia (clavaire tronquée) (fig. 8). —-Parmi les formes simples, il n’en est pas de plus curieuse. Cette espèce ressemble à Clavaria pistillaris, mais le carpophore, en massue lui aussi, est aplati et comme tronqué au sommet. On trouve ce cryptogame dans les forets de sapins des régions montagneuses de l’Est de la France.
- Clavaria cristala (clavaire à crêtes) (fig. io). — Les
- Fig. il. — Phallus impudicus. — Fig. 12. •— Clathrus cancellatas. — Fig. 13. — Anthurus ascroiformis. Fig. 14. — Quclclia mirabilis. — Faj. 15. — Gcastr.r /imb-nalus. — Fig. 10. — Lycoperdon echinatum.
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- Fig. 17. — Cyathus hirsutus. Fig. 18. — Geaster hygrometricits. — Fig. 19. — Lycoperdon gemmatum. Fig. 20. — Tremella mesenterica. — Fig. 21. — Hirneola auric-ula judae. — Fig. 22. — Helvella crispa.
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- formes ramifiées de clavaires sont très communes dans tous les bois humides. L’une d’elles : Clavaria cristata est une des plus élégantes.
- Notre photographie représente bien ce champignon, que l’on rencontre en troupes nombreuses, émergeant de la mousse' fine qui garnit le sol des bois de pins, à la fin des automnes très humides.
- Phalloïdées. — Celte famille renferme sans contredit les plus curieux champignons de France.
- Les phalloïdées nous viennent des pays chauds. Les trois espèces que nous allons citer, acclimatées chez nous, donnent une idée de la flore mycologique tropicale, où abondent les formes extraordinaires.
- Phallus impudicus (fig. n). — Comme toutes les phalloïdées, ce champignon se signale de loin à l’attention du mycologue par une odeur nauséabonde. Quand le jeune naturaliste arrive pour la première fois devant un spécimen de Phallus, il ne peut oublier par la suite celte forme étrange et déconcertante.
- Phallus impudicus ressemble à certaines morilles coniques, mais son pédicule, parfois de haute taille, est unique en son genre. Il est blanc, comme poreux et perforé, et d’une légèreté extrême. Au sommet se trouve un chapeau alvéolé, couvert d’une mucosité spéciale d’odeur repoussante. Les mouches et certains insectes sont attirés par cette odeur et ils se font les auxiliaires de la reproduction future du phallus car, inconscients, ils emportent avec eux les spores incluses dans la mucosité malodorante.
- Clathrus cancellatus (fig. 12). — Cette phalloïdée est plus extraordinaire encore. À l’origine, c’est un œuf sphérique et blanchâti’e, terminé par une racine de même teinte. Épanouie, cette plante affecte la forme d’une sphère rouge et creuse, percée de grosses alvéoles. Son odeur est très désagréable et c’est fâcheux car c’est un superbe champignon. Il est aussi d’une fragilité extrême.
- On ne trouve ce Clathrus que dans le Midi et l’Ouest de la France. Il remonte jusqu’en Bretagne où certaines années il est même, dit-on, assez commun.
- Anthurus aseroiformis (fig. i3). — Voici un champignon exotique récemment acclimaté en France. C’est la guerre de 1914-1918 qui nous l’a apporté. Il a élu domicile dans les Vosges (région de Raon-1'Étape) sur d’anciens cantonnements australiens, d’où il s’étend rapidement dans les prairies avoisinantes. On le signale maintenant à une assez grande distance de son point de départ.
- Anthurus aseroiformis est un très beau cryptogame, dont l’odeur est nauséabonde, la forme et les teintes des plus curieuses. 11 se présente généralement comme une élégante étoile à 5 lobes rouges ponctués de noir. Les branches partent d’une sorte de tube rosé qui émerge lui-même d’une valve brun-violacé.
- Ce magnifique champignon est très commun dans certaines stations, au pied du Donon, en août ou septembre. Les habitants de l’endroit, ne pouvant arriver à supprimer cette espèce qu’ils estiment indésirable, il n’est pas à craindre qu’elle disparaisse. C’est une preuve de plus, en faveur de l’acclimatation possible dans des pays tempérés, d’espèces exotiques et même tropicales.
- Nidulariées. — Cette petite famille ne renferme que des espèces de taille exiguë, mais curieuses.
- Cyathus hirsutus (fig. 17). — Les branches en décomposition, gisant à terre, et les très vieilles souches d’arbres, portent souvent de bizarres petites excroissances en forme de dés. Certaines sont jaunâtres (C. crucibulum), d’autres sont de teintes brun ferrugineux à l’extérieur et gris cendré à l’intérieur. Ces dernières sont des Cyathus hirsutus. Des stries garnissent les parois de ces jolis petits creusets, qui contiennent des sortes de graines appelées « péridio-les ».
- Une colonie de ces cryptogames, comme celle représentée par notre photographie est intéressante à observer. Le jeune mycologue encore novice a quelque difficulté à prendre pour des champignons les
- Fig. 23. — De gauche à droite : Verpa digitaliforrais, Gyromitra esc-ulenta, Verpa boheinica. — Fig. 24. — Pcziza eximia. — Fig. 25. — Pcziza onotica. — Fig. 26. — Xylaria polymorpha.
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- Fig. 21. — Xylaria hypoxylon.
- Cyathus qu’il rencontre au cours de ses premières excursions.
- Lycoperdinées. — Qaelelia mirabilis (fig. i4). — La sciure et les copeaux humides des tanneries sont les lieux d’élection d’un champignon fort rare : la quelelie admirable. Ce qualificatif est peut-être un peu exagéré, mais que l’on imagine un chapeau globuleux, porté par un pied trapu. Des mèches retroussées bizarres et irrégulières sont situées tout autour du chapeau et du pied, donnant un aspect inusité à ce cryptogame. On croirait que le pied a été comme tailladé à la serpe, tellement celui-ci semble fragmenté et haché.
- Geaster (fig. i5 et 18). — La rencontre de « geaster » étonne toujours le jeune mycologue, ainsi que le simple promeneur s’intéressant aux champignons.
- Geaster hygrometricus, très commun surtout dans les bois de pins, ajoute à un faciès fort singulier, la propriété de se rétracter ou de s’étaler, selon que l’air est sec ou humide.
- Certains « geaster » ont un appareil fructifère porté par un assez long pédoncule, qui ajoute à l’étrangeté du végétal. Geaster fimbriatas est le représentant le plus commun de ce type.
- Lycoperclons (fig. 16 et ig). — Il existe de nombreuses espèces de lycoperdons. Toutes retiennent l’attention du naturaliste, soit par la finesse de leur enveloppe extérieure (Lycoperdon gemmaium, perlatum, caelatum), soit par l’énormité de leurs dimensions (Lycoperdon giganieum), soit encore par l’étrangeté de leurs formes (Lycoperdon echinatum).
- Nos photos et dessins représentent ces différents types, qui donneront une idée de l’intérêt spectaculaire présenté par ces productions.
- Trémellées. — Tremella mesenterica (fig. 20). — Si l’on parcourt les bois en hiver on rencontrera pres-
- Fig. 28. — Bulgaria inquinans.
- que certainement sur les branches mortes de petits amas de gelée ridée et tremblotante, de. couleur jaune d’or. Ce sont des trémelles.
- Cette espèce de champignons dont il existe plusieurs sortes de couleurs différentes, est assez commune dans la plupart des bois humides.
- Auricttlariées. — Hirneola auricula judae (fig.-21). — Le tronc rugueux des vieux sureaux donne asile à un champignon, ressemblant à une pezize. C’est l’auriculaire ou oreille de judas. En temps de sécheresse, il n’attire pas l’attention, mais après la pluie, quand il est gonflé d’humidité, il prend la forme d’une oreille, poussant même la ressemblance jusqu’à présenter à sa surface des plis et des veines. Sa couleur est brun foncé. Il n’est pas rare de voir certains troncs de sureaux à demi-morts littéralement couverts par endroits de ces cryptogames.
- Ascomycètes. — Nous terminerons cette liste déjà longue par quelques représentants de celte intéressante famille, qui renferme une foule de productions fongiques extrêmement curieuses.
- Morchella, Verpa, Gyromitra (fîg. aS). — Quand on parle de morilles, on se représente tout de suite le champignon bien connu, en forme de petite éponge brune, ronde ou conique, posée sur un pied plus ou moins trapu et ridé. Cependant à côté de Morchella esculenla, roiunda et conica, il faut signaler des formes s’éloignant du type et moins connues.
- Nous citerons Verpa digitaliformis, Verpa bohemica et Gyromitra esculenla, dont la figure 23 reproduit les aspects caractéristiques. Ces espèces, très proches de la famille des morilles, sont plus rares que celles-ci. Certaines régions de France en sont complètement dépourvues.
- Peziza (fig. 2.4 et 25). — Les pezizes sont d’autres formes très particulières de champignons. Certaines
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- sont très colorées et prennent toutes les teintes de l’arc-en-ciel. Les plus remarquables sont : Peziza eximia, d’un beau violet foncé ; Peziza aurantia, d’une teinte orangée très pure et Peziza onotica, dont le jaune d’or tranche si bien sur le fond sombre du sol des bois.
- Helvella (fïg. 22). — Les helvelles sont les proches parentes des morilles. Les mycopliages qui en ont consommé les dénomment à juste titre les morilles du pauvre.
- Les helvelles sont plus communes que les morilles. Rien n’est plus étrange que la vue d’une vaste éclosion de grosses helvelles crépues (Helvella crispa), de formes très tourmentées et irrégulières. On en trouve dans les bois, au bord des chemins humides, sur les talus, et aussi sous les bois de conifères, où croissent diverses espèces, avec des teintes plus ou moins sombres.
- Xylaria hypoxylon (fîg. 27). — Cet ascomycète est extrêmement commun à la fin de l’automne sur toutes les vieilles souches des coupes forestières. Elle est reconnaissable par sa forme grêle et aplatie. La base de chaque pied est noire, le sommet blanc est couvert de spores pulvérulentes et rugueuses. Ces Xylaria aiment la société et on les trouve toujours en nombreuse compagnie. De petite taille en général, nous en avons rencontré parfois qui dépassaient 10 et 12 cm de hauteur.
- La famille des Xylaria, qui forme en quelque sorte une transition entre les champignons supérieurs et ceux dits inférieurs, ne comporte que deux espèces : celle dont nous venons de parler et Xylaria polymor-
- pha (fîg. 26), plus rare mais plus bizarre d’aspect. Ce sont de curieux moignons noirs, rugueux et biscornus. Si l’on ouvre ces cryptogames on est étonné de voir qu'ils renferment une chair blanche assez len-dre, où sont inclus les organes fructifères.
- Bulgaria inquinans (fîg. 28). — Si l’on parcourt en novembre ou décembre une coupe forestière, on remarquera sur l’écorce de certains arbres abattus, un nombre considérable de pustules noires. Ce sont de curieux champignons que l’on nomme « bulgarie salissante » (Bulgaria inquinans). Dans leur jeune âge ils ressemblent à des boutons de guêtre ou à des cupules peu profondes, à fond brunâtre et à bords noirs. En croissant, ils prennent peu à peu la forme d’une toupie ou d’un cône renversé. Us sont élastiques comme du caoutchouc. L’intérieur contient une sorte de gelée ferme et granuleuse. Ces champignons se rencontrent toujours en colonies importantes, mais ils n’élisent domicile que sur des troncs gisant à terre.
- Voici terminé notre rapide tour d’horizon parmi les principales merveilles fongiques. Notre article n’a d’autre but que d’inciter le lecteur — qui souvent est un naturaliste qui s’ignore — à s’intéresser aux champignons et à observer leur diversité.
- En éveillant la curiosité sur ce sujet, nous croyons faire œuvre utile, car en ces temps troublés, l’étude de la nature constitue le meilleur, le plus sain et le plus sage des passe-temps.
- Rexé Brossard,
- Membre de la Société Mycologique de France.
- L'EXPLORATION DU FOND DES MERS
- La presse quotidienne a parlé à plusieurs reprises des projets du professeur Piccard pour la prospection du fond des mers à l’aide d’un appareil qui, toutes proportions gardées, serait le correspondant du ballon stratosphérique qui a rendu le savant belge justement célèbre.
- Grâce à une conférence du professeur Piccard à la Société des Ingénieurs Civils nous sommes capables de fournir quelques indications précises sur la solution à laquelle il s’est arrêté et dont la réalisation pratique ne dépend plus que de l’octroi de crédits par le Fonds National de Recherches Scientifiques en Belgique.
- Actuellement, pour explorer le fond de la mer, on dispose de deux moyens. D’abord les filets qui permettent de remonter à la surface de la mer les habitants des bas-fonds qui ont été capturés. Mais les difficultés techniques que présentent la descente et la remontée de filets de profondeurs atteignant parfois 6.000 m sont très considérables.' Les câbles cassent souvent, soit sous le poids de leur charge, soit sous l’action des tractions et des efforts violents dus au mouvement propre du bateau explorateur et
- aux courants sous-marins. De plus, par suite de la décompression rapide à laquelle sont soumis lors de la remontée les animaux capturés à grande profondeur, ceux-ci arrivent à la surface en piteux état et on se trouve pratiquement en présence d’une véritable bouillie d’êtres vivants.
- Il y a ensuite les scaphandres rigides et étanches dont les limites d’action ne dépassent pas quelques centaines de mètres et cela au prix de complications mécaniques considérables et du risque, mortel pour l’observateur, des voies d’eau quand la pression devient élevée. Pour aller plus bas, il a été réalisé par un zoologiste américain, le professeur Beebe, une cabine étanche, sphérique, en fonte d’acier, de petit diamètre, fixée à un câble et munie de fenêtres, qui a permis de descendis à 900 m de profondeur où règne une pression de 90 kgr par centimètre carré.
- Mais la cabine est attachée à un câble d’acier et la vie des habitants de la sphère dépend de la solidité de ce câble qui, sous l’influence des secousses, peut être sollicité à la limite de rupture. De plus la cabine suit les mouvements du bateau et révèle ainsi sa présence aux animaux qui s’en écartent. Elle ne peut
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- aller jusqu’au fond même, le danger de heurter le fond étant trop grand par suite du mouvement incessant de la cabine.
- Le professeur Piccard, aéronaute distingué, a cherché à éliminer le câble, source de difficultés et de dangers et à réaliser le progrès accompli, dans le sens inverse, lorsque l’on passe du ballon captif au ballon libre.
- Le premier problème était la réalisation de la cabine, de la nacelle, assez solide pour résister aux pressions et assez légère pour se porter elle-même.
- Pour les petites profondeurs, jusque vers 3.ooo m, la solution est simple mais pour des profondeurs plus grandes, les conditions de construction mécanique font que la cabine ne pourra plus se porter elle-même. Il faut alors la munir d’un flotteur, c’est-à-dire d’un corps plus léger que l’eau. Lequel ? Les gaz, trop compressibles, sont à éliminer ; avec les liquides légers, comme les hydrocarbures, on peut arriver à des forces ascensionnelles de l’ordre de 3oo kgr par mètre cube, mais il y a à craindre les fuites et comme d’autre part leur compressibilité est plus grande que celle de l’eau, la force portante diminue au fur et à mesure que l’on descend et par suite, l’équilibre vertical est instable.
- Gomme on ne connaît aucun liquide moins compressible et plus léger que l’eau, on est amené aux corps solides qui tous sont très peu compressibles. Le lithium métallique dont la densité est de o,55 conviendrait parfaitement, mais il n’est pas possible, de s’en procurer de grandes quantités, aussi le corps auquel le professeur Piccard s’est ari’êté est-il la paraffine dont la densité est de 0,9 et qui porte ia5 kgr par mètre cube dans l’eau de mer.
- Une autre question très importante est le choix du métal constituant la sphère de 2 m de diamètre qui constituera la nacelle de ce ballon sous-marin. On a le choix enti'e les alliages d’aluminium, de magnésium ou les aciers spéciaux. Seule l’expérience et les possibilités de fabrication permettront de décider, mais il est probable que c’est l’acier qui aura la préférence, mais il faudra un flotteur plus important.
- Les hublots d’observation devront être l’objet de précautions particulières, pour parer aux risques de rupture du verre, et comporteront une fermeture de sécurité en métal, placée à l’extérieur du hublot de façon à pouvoir agir en autoclave et maintenue ouverte par un électro-aimant. En coupant le courant de l’électro, par exemple par un variomètre placé dans la cabine et réagissant aux variations rapides de pression, le couvercle se fermera instantanément sous l’action d’un ressort.
- Enfin pour éclairer les profondeurs sous-marines au voisinage de la nacelle, on disposera au bout d’un bras aussi long que possible une source lumineuse extérieure, une lampe à vapeur de mercure sous haute pression, par exemple, dont le rendement est très bon et qui peut supporter les pressions extérieures les plus fortes.
- Comment s’effectuera la navigation sous-marine ?
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- Flotteur en paraffine
- Passage pour
- de TSF
- Sphère Jaboratoi re
- Hélices de propulsion
- Guide -
- Batterie
- d'accumulateurs
- L’idée originale du professeur Piccard est d’employer le guide-rope des ballons libres. L’engin sera donc muni à sa partie inférieure d’un lourd filin d’acier qui, en reposant par une longueur plus ou moins grande sur le sol déleste tout l’appareil et stabilise ainsi automatiquement l’équilibre. Ainsi donc le professeur Piccard espère pouvoir suivre le fond de la mer à quelques mètres en se laissant entraîner par les courants d’eau. Et si, par malheur, l’eau est totalement immobile (calme plat des aéronautes) de petites hélices, mues par des moteurs électriques, pourront communiquer une légère vitesse horizontale, 10 cm par exemple à la seconde.
- L’appareil, tout comme un ballon, emportera du lest, qu’il abandonnera lorsqu’il voudra remonter à la sui’face. La solution la plus sûre et la plus simple est de constituer ce lest par de la gi'enaille de fer, placée dans un entonnoir sous la cabine. La tubulure de l’entonnoir est en fer ; on peut l’aimanter ainsi que la grenaille au moyen d’une bobine qui entoure la tubului'e. Aussi longtemps que le courant passe dans la bobine, le lest aimanté ne peut s’écouler. En coupant le courant, il s’échappe en débit bien l’égu-lier. Un appareil expérimental a montré qu’avec une dépense de 1 w 5 on peut contrôler parfaitement uxx débit de 5o kgr par minute. Ajoutons qu’une panne de coui'ant serait sans danger, puisqu’elle n’aurait
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- pour effet que de faire remonter la nef sous-marine à la surface. Même si par extraordinaire l’entonnoir était bouché par un corps étranger, le professeur Piccard a prévu la possibilité de lâcher tout le lest, récipient compris, d’un seul coup. Pour cela, il suspend tout le dispositif à un électro-aimant. Si celui-ci est en fer doux avec un très petit entrefer, de l’ordre de o mm i à o mm 2, après aimantation, il suffît d’une très faible excitation permanente pour compenser le champ démagnétisant de l’entrefer. C’est ainsi qu’un appareil d’essai portait 4oo kgr avec une consommation de moins de 1 w et, lorsque le courant était
- coupé, la force portante tombait à 10 ou i5 kgr.
- En résumé l’appareil du professeur Piccard aurait l’aspect général représenté sur la figure. On voit que l’étude a été poussée très à fond ; nous n’avons d’ailleurs pas parlé d’autres questions qui ont aussi été résolues, telles que l’étanchéité du trou d’homme, les dispositifs de prise d’eau, etc... Il n’y a plus qu’à passer à l’exécution, et à attendre, pour un avenir peut-être très proche, les l'ésullats certainement sensationnels que nous apportera l’exploration des grands fonds sous-marins.
- H. Vigneron.
- = LA DESTRUCTION DE L'OXYDE DE CARBONE = PAR COMBUSTION CATALYTIQUE
- L’oxyde de carbone étant un gaz très toxicpie, il y a intérêt à en débarrasser les atmosphères ou les gaz qui le contiennent. Une des méthodes les plus simples est la transformation par oxydation de l’oxyde de carbone en gaz carbonique, gaz beaucoup moins nocif et plus facile à éliminer. L’opération doit être conduite de façon que les gaz mélangés à l’oxycle de carbone ne soient pas oxydés dans le même temps ; aussi dans beaucoup de cas la combustion seule ne pourrait être utilisée et on est amené à employer des catalyseurs spéciaux.
- Deux méthodes générales sont employées, selon que l’oxygène est pris à l’air ou qu’il provient de la vapeur d’eau.
- Les catalyseurs utilisés dans les deux cas sont des oxydes métalliques n’ayant pas atteint leur maximum d’oxydation ; leur insuffisance en oxygène facilite la transformation de l’oxvde de carbone et leur structure évite que les autres gaz soient sensiblement modifiés, sauf exceptions indiquées plus loin.
- Le type des catalyseurs de première catégorie est constitué par les hopcaliles ou pseudo-bioxydes de manganèse, préparés par précipitation de solutions de sels de manganèse. L’hydrate de manganèse obtenu est séché, mais les opérations sont conduites de façon que le bioxyde formé contienne du protoxyde, c’est-à-dire que le manganèse ne soit pas combiné avec le maximum théorique d’oxygène. On a ainsi un composé binaire répondant à la formule : MnO, MnO3. Des additions de sels de cuivre ou d’argent donnent de la stabilité et de la durée à ces catalyseurs. Ils agissent sur l’oxvde de carbone à la température ordinaire.
- Les hopcalites oxydent également de nombreux composés organiques, en particulier tous les gaz toxiques à l’état de vapeurs. Us offrent donc un intérêt considérable pour la purification de l’air, en particulier dans le domaine de la défense passive, où on les emploie dans les masques à gaz et les caissons filtrants d’abris.
- Le prix de revient clés hopcalites étant très élevé, on ne peut les utiliser pour éliminer les 8 à 16 pour 100 d’oxyde de carbone contenus dans les millions de mètres cubes de gaz de houille distribués journellement dans les villes. On emploie dans ce cas des oxydes de fer activés. La combustion catalytique de l’oxyde de carbone au sein du gaz de ville est provoquée à chaud, en présence de vapeur d’eau dont l’oxygène est fixé par l’oxyde de carbone et dont l’hydrogène
- est libéré. Comme ce dernier a sensiblement la même valeur calorifique que l’oxyde de carbone, et qu’il s’y substitue volume pour volume, il n’y a pas de perte de calories.
- Toutefois il faut maintenir l’oxyde de fer à une température de 35o à 45o° pour obtenir des rendements intéressants ; on est donc obligé de porter à ces températures le gaz de ville et la vapeur d’eau avant de leur faire traverser le catalyseur.
- En plus du four de catalyse, l’appareillage comprend une série d’échangeurs thermiques dans lesquels on vaporise de l’eau et on chauffe le mélange gaz de ville-vapeur d’eau au moyen des gaz sortant du four de catalyse.
- Une série d’épurateurs et de laveurs, de surpresseurs ou d’injecleurs de vapeur sont prévus sur la circulation des gaz.
- Avec des échangeurs bien étudiés au point de vue rendement thermique et des appareils bien calorifugés, on peut dire que la chaleur dégagée par la réaction d’oxydation de l’oxyde de carbone (appelée parfois « conversion ») est suffisante, en marche industrielle, pour porter le mélange gaz-vapeur à la température de réaction et pour produire, par vaporisation d’eau, plus de la moitié de la vapeur nécessaire au procédé, ce qui le rend économique.
- Le catalyseur à base d’oxyde de fer a également l’avantage de débarrasser le gaz de presque tout le soufre « organique » (non éliminé actuellement par les procédés ordinaires d’épuration) et de l’oxygène, des résines, des gommes, risques de bouchage et de corrosion.
- Des installations industrielles de ce procédé, appelé dans certains milieux « désintoxication du gaz », ont été réalisées en Allemagne, en ces dernières années. En particulier la vil 1 e de Hameln est entièrement alimentée depuis deux ans arec un gaz de ville dit « non toxique », qui contient moins de x pour 100 d’oxyde de carbone.
- Une fuite de gaz à la suite d’une explosion de bombe d’avion par exemple, en cheminant sous le revêtement des chaussées, peut atteindre les abris et asphyxier les occupants, même s’ils sont munis de masques filtrants, car la plupart des masques laissent passer l’oxyde de carbone, et ceux qui l’arrêtent sont d’un prix très élevé.
- La protection conti’e l’oxyde de carbone est techniquement résolue et certains procédés de combustion de ce gaz sur des catalyseurs comme les hopcalites ou les oxydes de fer activés sont au point et répondent aux soucis de pi’otection individuelle et collective actuels. A. et L. Bouron.
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- LA LUMIÈRE POLARISÉE ET LA GUERRE =
- La polarisation de la lumière est un phénomène extrêmement connu, puisque son étude figure au programme des examens de l’enseignement secondaire, mais dont les applications dans la pratique sont restées jusqu’à présent peu ou pas utilisées. Il n'y a guère, en dehors des laboratoires, que la saccharimé-trie qui, à cause du fisc, de la douane, etc., ait pris une importance industrielle.
- Pourtant la lumière polarisée est extrêmement répandue dans la nature ; ce n’est point une curiosité de laboratoire, ou une propriété n’appartenant qu’aux cristaux et dont le spath d’Islande est l’exemple célèbre. La lumière réfléchie par une nappe d’eau, par la surface de la mer, par un toit mouillé, par des vitres et aussi la lumière du ciel par beau temps, est polarisée partiellement, parfois même totalement, de sorte que, ainsi que l’a dit M. H. Bénard, nous voyons une partie de la nature en lumière polarisée sans le savoir, de même que M. Jourdain faisait de la prose sans qu’il en sût rien.
- Pourquoi donc, un phénomène, parfaitement bien connu depuis plus de 100 ans grâce aux travaux d’Arago et de Malus, extrêmement répandu, n’a-t-il pas été mis à profit pour des utilisations qui, ainsi que nous le verrons, sont des plus intéressantes ?
- On peut donner deux raisons principales. La première est que, rien île décèle à première vue la lumière polarisée qui n’impressionne pas l’œil d’une façon particulière. Rappelons que c’est accidentellement que Malus, dit-on, regardant la lumière solaire réfléchie par les fenêtres du palais du Luxembourg à travers un cristal de tourmaline, découvrit que celle lumière était polarisée.
- L’autre raison, peut-être la plus importante au point de vue pratique, est que pour déceler ou examiner la lumière polarisée, il fallait ce que l’on appelle un analyseur, tourmaline ou nicol et que ces appareils coûtaient cher et ne pouvaient être produits ni en grande dimension, ni en grande série. Une tourmaline dépasse rarement quelques centimètres carrés et les gemmes naturelles utilisables sont peu abondantes ; les niçois sont fabriqués à l’aide de cristaux de spath d’Islande dont le gisement est unique, et s’épuise très rapidement. Les beaux cristaux de spath permettant de faire des niçois de io cm de longueur d’arête sont maintenant introuvables.
- Il est vrai que dès i85o, le Dr Herapalh avait trouvé, dans un dérivé organique, l’iodosulfate de quinine, auquel on a donné le nom d’herapalite, une substance présentant, une double réfraction intense, et qui par suite pouvait remplacer la tourmaline et le spath dans la confection des polariseurs et analyseurs. Mais ici encore, il était difficile d’avoir des cristaux uniques de grandes dimensions. A titre d’exemple, nous indiquerons comment Zimmern a pu obtenir des pellicules polarisantes d’étendue relativement très grande (... de plusieurs centimètres carrés !).
- On prépare une solution acéto-alcoolique de bisul-
- fate de quinine en introduisant io gr du produit dans du commerce, 4o cm3 d’alcool à 96° Baumé, chauffant un mélange de 70 cm3 d’eau, 20 cm3 d’acide acétique ensuite pendant 4 h à 5o° environ puis filtrant. On met la solution dans un bac en verre. D’autre part on prend 5 gr d’iode que l’on met dans un godet en porcelaine que l’on place à côté du bac, le tout sous une cloche en verre par exemple dans laquelle se trouve une lampe électrique dont la chaleur servira à accélérer la sublimation de l’iode. Dans ces conditions, au bout de quelque temps, les vapeurs d’iode viennent réagir avec la solution et donnent à la surface de celle-ci une pellicule d’herapalite de plus ou moins grande étendue que l’on peut extraire du bac en tirant vers le haut une lame de verre bien propre préalablement amenée à occuper le fond du bac et sur laquelle viennent adhérer la ou les pellicules.
- Quand la solution a servi plusieurs fois, le résultat est meilleur, surtout si on lui adjoint de petites quantités de corps cristallisant en fines aiguilles, par exemple 10 egr de caféine ou d’hydroquinone.
- On voit que la préparation est loin d’être industrielle et de plus, les pellicules obtenues, de petites
- Fig. 1. — Une feuille de u polaroïd » est parfaitement transparente, mais si on la plie de façon à ce que le plan de polarisation de la partie repliée soit perpendiculaire au plan de polarisation du reste de la feuille, l’ensemble est parfaitement opaque.
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- Fig: 2. — Feuilles de « polaroïd » de grandes dimensions. Suivant Vorientation de leurs croisements, l’extinction de la lumière est plus ou moins complète.
- dimensions, sont rarement optiquement uniformes, ce qui limite encore les zones utilisables.
- Mais E. II. Land a pu, il y a quelques années, résoudre le problème d’une façon extrêmement élégante puisque, comme le montrent les figures i et 2, on peut maintenant avoir les feuilles polarisantes transparentes de longueur indéfinie, de largeur allant jusqu’à 75 cm et pratiquement uniformes. On s’adresse, comme matière première, soit à l’herapatite, soit au sel du radical chloropenlamine cobaltique. Le principe de la préparation consiste à produire les cristaux microscopiques de taille aussi uniforme que possible, et on enrobe cette bouillie dans un support plastique, genre résine synthétique, acétate de cellulose par exemple. Par un traitement physique appliqué à ce mélange, soit extrusion sous pression à travers une fente rectiligne, soit étendage sous forme d’une pellicule que l’on soumet à une traction continue pendant la prise et son séchage, soit encore action d’un champ électrique sur la feuille en cours de solidification, on provoque l’orientation des cristaux microscopiques qui se disposent de façon à être tous parallèles les uns aux autres, donnant finalement une pellicule polarisante régulière.
- Disposant maintenant de polariseurs de grandes dimensions, quelles sont les applications pratiques qui peuvent être envisagées ? Nous avons, dans la Naiure, indiqué (*) l’une de celles qui, en Amérique, pays de l’automobile, a immédiatement été proposée pour supprimer les dangers de l’éclairage intensif par les
- 1. Voir Nature, n° 2997.
- phares d’automobiles ; ajoutons que pour la photographie des tableaux et des sous-verre, on vend depuis quelque temps déjà des écrans polaroïd qui, placés sur l’objectif et convenablement orientés, « éteignent » les reflets sur les peintures ou les verres et permettent la photographie sans halo nuisible.
- Mais la guerre est survenue et avec elle des préoccupations nouvelles. La polarisation de la lumière peut apporter son concours à la défense nationale et ses propriétés ont été le point de départ d’applications intéressantes surtout en ce qui concerne la guerre sous-marine. Nous allons en dire quelques mots maintenant. Signalons immédiatement qu’aucune de ces applications n’est « nouvelle », tout au moins théoriquement, puisqu’elles avaient déjà été envisagées pendant « l’autre guerre », entre 1914 et 1918 ; mais elles n’avaient pu recevoir d’exécution pratique, justement à cause de la difficulté de préparer des polariseurs convenables et en quantité suffisante pour les besoins militaires à l’aide de spath ou de tourmaline. Il n’en est plus de même actuellement, grâce aux progrès de la fabrication des feuilles de polai'oïd.
- L’une des applications les plus directes est la télégraphie optique secrète. Si un poste A veut correspondre par signaux optiques avec un poste B, il suffira de munir A d’un projecteur devant lequel on placera un écran polariseur qui, en position normale, laissera passer la lumière polarisée dans un plan vertical par exemple. Le poste B est équipé avec une jumelle portant sur ses objectifs des bonnettes polarisantes dont on règle la position pour que le plan de polarisation soit également vertical. B verra donc A nettement. Si A fait tourner le plan de polarisation de son écran de façon à ce qu’il devienne horizontal, suivant le code de l’alphabet Morse, B observera des extinctions correspondantes. Ce système peut être également appliqué aux communications entre bateaux, servir à l’identification ou la discrimination des feux fixes balisant l’entrée des ports, etc...
- D’autres utilisations découlent de la polarisation tout au moins partielle, de la lumière réfléchie par une nappe d’eau et à la polarisation de la lumière du ciel et nous allons dire quelques mots de ces deux phénomènes.
- La lumière réfléchie par une surface d’eau est polarisée dans le plan d’incidence si la surface est rigoureusement calme et plane. La polarisation est totale par un angle d’incidence de 53°i5\ nulle sous l’inci-
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- Fig. 3. — La photo a a été prise avec un appareil ordinaire ; la photo b en munissant l’objectif d'une feuille de polaroïd.
- dence rasante et l’incidence normale. En réalité, même sous l’incidence rasante la lumière réfléchie par la surface de la mer contient une grande proportion de lumière polarisée tenant d’une part à ce que la lumière incidente provient non seulement d’une direction unique bien définie, celle du soleil, mais également du ciel et des nuages et que d’autre part, la moindre houle ou clapotis envoie dans l’œil de l’observateur de la lumièi'e réfléchie sous des angles très variés.
- En pratique, si on place la lame polarisante devant l’œil de façon que le plan de polarisation soit horizontal, il y a toujours extinction partielle très notable, sous toutes les incidences, qu’il s’agisse de la lumière provenant directement du soleil ou de la lune ou d’un projecteur qui donne, par réflexion sur les lames, les paillettes brillantes que l’on admire le soir en regardant la lune réfléchie sur l’eau par beau temps, ou qu’il s’agisse du reflet brillant gris clair ou argenté qui couvre partout la mer et ne disparaît que par temps exceptionnellement sombre.
- Dans chaque circonstance, en ajustant le plan de polarisation, on arrive à l’extinction maxima du « reflet de la mer ».
- La polarisation partielle de la lumière du ciel est un phénomène très complexe car celte polarisation varie d’un jour à l’autre, et au cours d’une même journée, d’une heure à l’autre. Par beau temps c’est le matin et le soir que la proportion est la plus forte et le minimum est vers midi.
- En résumé, les deux fonds lumineux, mer et ciel, sur lesquels se détachent les objets qu’on observe en mer sont tous deux plus ou moins polarisés surtout par beau temps et, grâce à l’emploi d’un analyseur, on peut en faire varier l’intensité lumineuse de façon à créer ou améliorer des contrastes photométriques.
- Ceci est encore vrai sur terre où la lumière réfléchie par les murs, les routes, masque les détails. A cet effet, la figure 3 est très intéressante : prises au même endroit, le même jour, à la même heure, avec un temps de pose identique, les deux photographies montrent sans contestation possible que l’élimination de la lumière réfléchie par la surface de la chaussée et qui est polarisée, permet de faire ressortir des détails autrement complètement masqués.
- En ce qui concerne la mer, l’écume, soit celle pro-duile par un bateau à l’avant, sur les côtés ou à l’arrière, ou celle des crêtes des premières rides eu échelon de Froude, soit celle des lames déferlantes, soit celle produite sur un obstacle fixe, est de tous les objets blancs celui dont l’observation en lumière
- polarisée exagère le plus les contrastes. Il est inutile d’énumérer les avantages de cette visibilité améliorée de l’écume : renseignements sur le sens et la direction de marche d’un bateau, distinction immédiate entre la ligne d’écume d’un sillage et la lumière réfléchie sur une poutre mouillée ou une épave pareillement immergée, la lumière polarisée de cette dernière pouvant seule être éteinte par rotation de l’analyseur.
- De même la visibilité est améliorée considérablement pour les voiles, les bouées, les fumées des steamers, les personnages sur les bateaux, etc... Quant aux couleurs qui, en général, sont masquées au large par le reflet gris clair de la mer, le gain par l’examen en lumière polarisée est considérable : bouées peintes en couleurs vives, coques de bâtiments, pavillons, bandes de couleur sur les cheminées, vêtements des hommes montant une embarcation, etc..., toutes ces couleurs apparaissent instantanément dans le champ de la jumelle lorsqu’on met l’analyseur à l’extinction du reliet de la mer avec une intensité extraordinaire.
- L’observation des sillages peut également être améliorée par l’examen en lumière polarisée. Derrière une embarcation quelconque en déplacement existe une bande d’eau à bords à peu près parallèles, presque plane, siège seulement de remous, qui se distingue immédiatement à ce que la houle et le clapotis y sont à peu près détruits sur une grande longueur par mer faiblement houleuse. C’est le sillage linéaire. D’autre part, le sillage perlé d’une embarcation traversant la ligne de visée est constitué par les rides en échelon de Froude, symétriques de part et d’autre du sillage linéaire dont les crêtes se superposent deux à deux en perspective quand la trajectoire est transversale à la ligne de visée.
- Pour un sous-marin navigant en faible plongée, on observe un relief superficiel du même type que celui des bateaux de surface. On a encore les rides en échelon de Froude, les points de rebroussement, c’est-à-
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- Fig. 4. — En a la lumière réfléchie par la surface de Veau empêche de déceler le nageur. En b, en supprimant la lumière réfléchie à l’aide d’un analyseur, on distingue nettement
- les détails du nageur.
- dire pratiquement les saillants des crêtes latérales formant un V symétrique à l’arrière de 39° d’ouverture. Ce relief est peu visible en mer, pas plus que le sillage du périscope à quelque distance par un observateur sur un bateau. Au contraire, par un observateur en ballon ou en avion, les rides en échelon du périscope sont longtemps visibles et révèlent le sous-marin.
- Mais c’est surtout la disparition du reflet superficiel de l’eau qui permet, si l’eau est limpide, une visibilité en profondeur véritablement extraordinaire.
- Aux bords de la mer, quand le soleil donne, l’amélioration est saisissante : les poissons et les objets au fond de la mer, à quelques mètres de profondeur, se révèlent instantanément. La figure 4 mon Ire d’une façon péremptoire cette augmentation de visibilité. L’une des photographies est prise sans précaution spéciale ; c’est à peine si on peut déceler la présence d’un corps sous la surface de l’eau, dans l’autre photographie prise au contraire en ayant éteint la lumière réfléchie polarisée, on distingue nettement le nageur et tous les détails. On comprend que, si au lieu d’un nageur, il s’agit d’une masse importante, comme un sous-marin, si l’observateur est en avion et surveille presque perpendiculairement, il pourra déceler le sous-marin à une profondeur considérable et l’attaquer sans avoir sa vision gênée.
- Ainsi une propriété qui semblait sans grande importance pratique, se révèle comme un des moyens de défense les plus efficaces dans la guerre navale. Mais ce résultat n’a été possible que lorsque la technique a eu permis de fabriquer industriellement des pellicules de grandes dimensions.
- H. Volta.
- LAMPE A AMPOULE PHOSPHORESCENTE
- Après les travaux classiques de E. Becquerel, de longues années s’écoulèrent sans que l’on pensât à appliquer la phosphorescence à l’éclairage.
- La phosphorescence a des origines multiples encore assez peu connues malgré les théories nouvelles de la physique moderne, mais on sait que la longueur d’onde des rayons émis par une source lumineuse est modifiée lorsqu’elle est réémanée par un écran enduit d’une substance phosphorescente. Le phénomène est beaucoup plus net si les rayons au lieu d’être réfléchis traversent un écran constitué par les cristaux d’un sel phosphorescent. On a ainsi la possibilité de modifier la longueur d’onde des rayons émis par une source d’énergie lumineuse ou calorifique et de rendre éclairants une partie des rayons invisibles du spectre : ultra-violets, infra-rouges.
- Partant de ce principe, il y a quelques années, Henri Desmarest pensa à appliquer aux lampes électriques* usuelles un écran capable de modifier la longueur d’ondes de cei'tains rayons du filament incan-
- descent de tungstène en les rendant éclairants et non nocifs pour la vue.
- Après de longues recherches et expériences, il parvint à obtenir sur verre, en l’espèce à l’intérieur d’une ampoule, un dépôt stable conservant aux sels phosphorescents employés leur état cristallin, état indispensable pour la phosphorescence. Ce dépôt fixé par un corps isolant à l’état colloïdal, reste translucide et, sous l’influence de la lumière, devient complètement adhérent et prend une apparence calcaire. Phénomène curieux : la phosphorescence s’intensifie fortement par le vieillissement.
- Une expérience frappante, démontrant la transformation des longueurs d’ondes par la phosphorescence consiste à introduire dans une ampoule, dite surampoule, traitée par le procédé indiqué ici, une lampe à décharge à argon de 2 w. Cette lampe donne une lumière violette non éclairante ; sous son influence l’ampoule phosphorescente fournit dix fois plus de lumière que la lampe nue.
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- Fig. 1. — Courbes donnant la répartition de Véclairement dans
- le cas d’une lampe à surampoule phosphorescente (courbe en trait plein) et dans le cas d’une lampe opaline normale (courbe en pointillé).
- Par l’application d’une semblable ampoule aux lampes à incandescence usuelles, une sorte de lumière nouvelle est créée. La lumière émanée, diffusée comme par un verre opalin, est très douce, euphorique pour ainsi dire, très éclairante et ne modifie pas les couleurs naturelles.
- On peut attribuer la sensation physiologique d’éclairement et de repos que donne l’ampoule phosphorescente à la transformation de rayons rouges et infrarouges, à la réduction du choc produit sur la rétine par le courant alternatif, particulièrement sensible avec les lampes de faible intensité alimentées par les secteurs fournissant le courant sous 25 périodes. La phosphorescence égalise l’intensité lumineuse, la
- su ram poule formant volet de lumière.
- On sait que l’éclairement
- défectueux, pai'fois même trop intense, trop brillant surtout avec un réflecteur, fatigue les yeux et combien le rendement du travail est augmenté dans les bureaux, ateliers, usines avec un éclairage reposant où l’œil n’éprouve aucun surmenage. -
- En dehors de ces avantages physiologiques, au point de vue pratique et économique, la phosphorescence augmente très sensiblement le rendement lumineux puisque, en lux, ce rendement, selon l’intensité des lampes, est supérieur, dans l’axe vertical, de 5o à 90 pour 100, à celui d’une lampe opaline d’excellente fabrication, et de 3o à 5o pour 100 à celui d’une lampe claire. L’augmentation d’éclairement est de i5 à 25 pour 100 pour la lampe claire dans le plan horizontal, ainsi qu’il résulte d’expériences récentes faites avec des ampoules de formes très étudiées (fig. 1).
- Munie de la surampoule, qui en fait partie intégrante, la lampe doit être maintenue de préférence
- Fig. 2. — Coupe schématique d’une lampe à surampoule phosphorescente.
- A, surampoule intérieurement phosphorescente ; B, lampe à incandescence de forme sphéro-cônique ; C, filament de la lampe ; D, évidements d’aération autour du culot ; E, trou d’aération dans le bas de la surampoule.
- Fig. 3 et 4. — Fabrication des surampoules phosphorescentes.
- A gauche : le tri des surampoules claires ; à droite : perçage automatique.
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- le culot en haut, afin de conserver la circulation d'air indispensable à son bon fonctionnement ;• son dispositif supprime du reste l’emploi de tout réflecteur ou diffuseur quelconque. La lampe équipée est spécialement applicable aux plafonniers rectilignes modernes. L’intensité lumineuse maximum est obtenue après
- Une lampe électrique B, à filament incandescent, de forme sphéro-conique est montée à l’intérieur d'une ampoule A intérieurement phosphorescente formant autour d’elle globe dépoli et fixée sur le culot de la lampe. Celui-ci est percé de trous D ; l’ampoule elle-même présente un trou E à sa partie inférieure.
- quelques minutes d’allumage. Lors de l’extinction, la phosphorescence est suffisante et se prolonge suffisamment longtemps pour servir de signalisation, ce qui peut être, dans certains cas, d’une très grande utilité.
- La figure 2 montre comment est constituée la lampe Desmarest dans laquelle ces principes sont mis en œuvre.
- Les trous D, E permettent la libre circulation de l’air-' dans l’espace annulaire compris entre les deux ampoules. Cette aération est nécessaire au maintien d’une température constante.
- Celle lampe dont la mise au point a exigé de longues recherches et des mises au point délicates est aujourd’hui fabriquée industriellement. Les figures montrent
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- les principaux stades de la fabrication de la surampoule.
- Les ampoules claires préalablement rangées dans des casiers (fig. 3) sont d’abord amenées à une perceuse automatique qui perce le trou inférieur (fig. 4). Après quoi elles sont enduites intérieurement de l’enduit destiné à fixer les sels phosphorescents. Cette opération se fait mécaniquement par pulvérisation de l’enduit sous pression (fig. 5). Les sels phosphorescents sont ensuite projetés sur l’enduit à l’aide d’un courant d’air projeté par une soufflerie mécanique (fig. 6). Quand le revêtement ainsi obtenu est sec, on procède à un polissage interne (fig. 7). Il ne reste plus qu’à monter les culots (fig. 8) et la surampoule est prête à recevoir la lampe à incandescence.
- R. VlLLERS.
- LES VOIES DE COMMUNICATION DE LA FINLANDE
- (SOUVENIRS D'UN VOYAGE A PETSAMO)
- Les récents événements politiques ont mis la Finlande au premier rang des préoccupations mondiales.
- Peu connue du grand public, la Finlande n’est pas encore un pays de tourisme développé et l’article de Mlle Zaborowska qui connaît très bien cette région donne une vue d’ensemble de la configuration de ce pays dans une relation d’un voyage jusqu’à l’Océan Glacial.
- La Finlande constituée politiquement en 1920 s’est alors insérée entre la Norvège et la Russie, dans la presqu’île de Kola et atteint l’Océan Glacial : cette région porte le nom de presqu’île de Petsamo nommée aujourd’hui du nom finlandais de Liinahamari, poste de pêcheries et de commerce très important pour le pays.
- L’auto qui nous emmène, vers l’Océan Glacial, ou plutôt la mer de Barentz, roule sur des chemins mouvementés : mais quel paysage ! L’immense forêt de pins et de sapins se déroule à l’infini, sur les collines qui deviennent très bleues au loin. Les sous-bois de liken, de bruyères s’interrompent aux rivières, aux ruisseaux, aux cascades, aux lacs, qui se succèdent indéfiniment, tantôt la forêt est sombre, proche, tantôt, pâle et clairsemée : nous approchons de la mer ; le climat plus rude, plus venteux, souvent toux-menté par les tempêtes, rend la végétation souffreteuse.
- Les pins disparaissent, les bouleaux leur font place et ces arbres deviennent aussi de plus en plus petits, des pierrailles fouillent leurs pieds tordus, leurs touffes s’éclaircissent, les lacs sont plus calmes, plus limpides, plus froids : ce sont de vastes mares de neige fondue et des tourbières infranchissables bordées de petites plantes alpines qui balancent sous le vent leur tête cotonneuse où s’attarde une goutte d’eau glacée qui brille au soleil comme un diamant.
- Fig. 1. — Carte de la Finlande.
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- Fig. 8. — Montage des culots.
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- Fig. 2. — Petsamo. Vue générale.
- Une hutte de branchages conique, une fumée bleue s’en échappe, par le sommet, quelques Lapons habitent là, leurs rennes doivent être plus loin.
- Des habitations ? il n’y en a pas, des villages, non. plus, c’est l’immensité sauvage paisible et déserte. Les moustiques nous harcèlent et cela est ainsi, ici d’abord, et tout le long des rivages de l’Océan Glacial, 26° de chaleur l’été, 45° de froid l’hiver, 3 mois de jour, 3 mois de nuit, et le reste du temps, soleil, bonrras-ques, neige, neige. La ligne de chemin de fer venant de Helsinki par Uléaaborg s’est arrêtée au cercle Polaire, à Rovaniémi et laisse place à la route qui va droit sur Petsamo par Ivalo, Virtaniémi, Salmijarvi, Ylaluostari, des villes ? non, parfois même une seule maison : maison forestière tourisl-station, et comme à Ylaluostari à quelques centaines de mètres, le cloître de Petsamo : une villa mérovingienne perdue dans ces solitudes, qui abrite une trentaine de moines orthodoxes ; 2 km plus loin, la mer et Liinahamari : des rocs dénudés balayés par les tempêtes, bordent un fjord baigné de brume. Un petit golfe, quelques maisons et docks clairsemés sur son rivage, enfin, un confortable hôtel.
- La frontière de Russie, proche à l’Est, droite de 3oo km, montre des terribles marécages, les toundras tourbeuses bien plus invulnérables qu’un poteau frontière. A l’Ouest, la Norvège, plus accidentée, le port de Kirkenes, le Yaranger fjord, où la mer ne gèle jamais.
- Le voyage automobile entre Rovaniémi et Petsamo sur 531 km de route s’accomplit en 2 jours (un service quotidien dans chaque sens) se continue sans inter-
- ruption même l’hiver. Il y a parfois sur la route 4 m de neige, vitesse plus ralentie certes, parce que cette neige recouvre entièrement les forêts et donne l’impression de circuler à travers une vaste plaine (fui borde la tranchée creusée par le chasse-neige qui y tombe des jours et des jours, fine et serrée comme un brouillard.
- La Finlande a un débouché sûr, dans ce nord accessible en toutes saisons. La possession de Petsamo est d’une importance capitale pour le pays, qui y embarque des bois pi’O-venant de la région del’Enaré, le trafic du poisson y est important, aussi bien pour celui provenant des rivières de l’intérieur, que des fjords de Norvège. Le bois glisse sur les Ilots torrentueux de la rivière Pasvig qui est le déversoir du lac Enaré ; des trains immenses, à heures régulières, sont lâchés sur ses eaux tourbillonnantes et ses cascades monstrueuses, jusqu’à Elvenes, petit port norvégien, où il est débité en planches, et embarqué sur des cargos, qui toute l’année par les chenaux abrités des côtes de la Norvège l’exportent vers le Sud.
- Un service maritime régulier est assuré entre le port de Petsamo et celui de Kirkenes ; dans quelques mois peut-être la route sera terminée qui reliera la route Rovaniémi, Petsamo avec Elvenes et, bordant la rivière un autre tronçon venant également du Yaranger fiord la rejoindra aussi plus au Sud ; deux communications nouvelles permettront ainsi d’assurer un débouché plus grand, plus sûr vers toutes les régions possibles. La Turistforeningen i Finland a parsemé depuis Hel-sinski, jusqu’ici des hôtels très accueillants, très modernes, adaptés à la vie régionale et dirigés souvent par des femmes. Aucune servilité, les servantes conversent aisément avec vous (elles parlent plusieurs langues, principalement l’anglais) tout en fumant des cigarettes, servent le café avec des façons agréables. Le touriste est assuré de trouver à l’étape un gîte confortable, dans ce coin d’Europe, qu’un peuple fier et indépendant a su exploiter rationnellement, et où la vie humaine peut se développer, grâce au modernisme intelligent des lois, souples et compréhensives : refuge de la paix, qu’elle soit longtemps avec tous dans ces solitudes.
- Suzanne Zaborowska.
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- NOTES ET INFORMATIONS ---- 819
- LA FLOTTE SOUS-MARINE ALLEMANDE
- Voici quelques renseignements techniques sur la flotte sous-max-ine allemande d’après Le Génie Civil.
- Le nombre total des sous-marins aux débuts de la guerre devait être d’environ 70, se décomposant comme suit :
- Vingt-quatre petits sous-marins (U^U,^) de a5o t en surface, armés d’un canon anti-aérien de 88 mm et de 3 torpilles de 533 mm. L’appareil moteur est constitué par deux moteurs de 35o ch, 12 cylindres en V qui ont été rodés et mis au point sur les automotrices de chemin de fer du Reich. Vitesse maxima en surface : i3 nœuds environ.
- Deux sous-marins (U2S-U26) de 712 t en surface, armés d’un canon de io5 mm, d’un de 88 mm, 4 tubes lance-torpilles et G torpilles de 533 cm. L’appareil moteur développe 3.200 ch et la vitesse maxima en surface atteint
- 18.5 nœuds. A 10 nœuds, le rayon d’action serait de 7.000 milles.
- Huit sous-marins (U37-U44) de 740 t qui doivent cire des U2_ améliorés.
- Ces dix derniers sous-marins sont les plus puissants et ceux qui sont destinés aux expéditions dans les Océans et les mers éloignées.
- Dix sous-marins (U27-U36) de 5oo t, construits en 190G-1937, armés d’un canon de 88 mm, de 5 tubes lance-torpilles et de 5 torpilles. Leur vitesse en surface peut atteindre
- 16.5 nœuds, la moitié en plongée.
- Dix sous-marins (U4S-U5S) construits en 1937-1938, de 517 t sont du type précédent amélioré.
- Enfin six sous-marins (USB-U61) de 200 t, analogues aux L7 et comme eux destinés à opérer près des côtes.
- Naturellement, ces chiffres ne sont plus exacts. Tout d’abord il y a les sous-marins détruits; d’un autre côté, n’oublions pas que l’Allemagne dispose de plus de 3o cales pour la construction des sous-marins, ce qui lui permet de remplacer rapidement les appareils détruits mais non lias, il faut bien insister sur ce point, les officiers et les équipages d’élite qui sont indispensables pour armer ces délicats engins de guerre.
- doit ses qualités à son bon coefficient de dilatation, 32 à 33 x 10"7 et la température élevée à laquelle il se ramollit 819° environ.
- La Corning Glass Works à qui l’on doit le Pyrex vient de réaliser, par des méthodes nouvelles, un nouveau verre, supérieur au Pyrex, et se rapprochant encore plus du quartz, sans en atteindre le prix élevré. Ses caractéristiques sont en effet les suivantes, comparées à celles du quartz.
- Nouveau verre Quartz fondu
- Température de ramollissement . . .
- Température maxima
- d’emploi'...........
- Densité. . . . . .
- Coefficient de dilatation ( x io~7) . .
- 1.442°
- 900 à 1.000 2,18
- 7 à 8
- 1.CG70
- x.ioo°
- 2,21
- 5,5 à 5,85
- Le principe de la fabrication est extrêmement original. O11 commence par façonner l’objet à réaliser à l’aide de verres borosilicaiés qui sont instables. Par traitement thermique, ces verres se séparent en deux phases, l’une très riche en silice et très stable, l’autre dépourvue pratiquement de silice et très stable dans les acides ordinaires. En plaçant l’objet après traitement dans des bains acides, on dissout cette seconde phase et il reste alors une sorte de squelette, de structure spongieuse, du constituant vitreux à haute teneur en silice. On chauffe alors à la température de vitrification pour transformer cette structure qui est poreuse, en une masse transparente solide. Cette opération s’accompagne d’un retrait notable.
- On obtient finalement des objets qui, pouvant être produits plus facilement que les objets en quartz fondu, coûteux à fabriquer et difficiles à travailler, auront certainement de nombreuses applications.
- IL Vigneron.
- Les films en colle et gélatine.
- CÉRAMIQUE
- Un nouveau verre à très faible coefficient de dilatation.
- On sait que la fragilité des verres aux variations brusques de température est due à leur dilatation inégale dans toute leur masse qui provoque des tensions locales amenant la rupture.
- La silice, dont le coefficient de dilatation n'est que de
- 5,5 à 5,83 x io-7, est le produit qui donne la meilleure résistance aux actions calorifiques, d’oii son emploi dans un grand nombre d’appareils et d’applications. Le Pyrex, verre borosilicaté dont l’usage est devenu général dans tous les laboratoires de chimie et dans un grand nombre d’applications (tubes de niveau de chaudière, verrerie culinaire, etc.)
- Les papiers transparents pour l’emballage des produits alimentaires sont en général à base d’acétate de cellulose ou de résines synthétiques, vinyliques et similaires.
- Depuis quelque temps, les États-Unis produisent des papiers d’emballage transparents à base de caséine, et en Suède à base de gélatine et de colle.
- La fabrication est simple en pidncipe. On étend la colle, dissoute dans un solvant approprié sur un support mobile sans fin. Le séchage ou l’élimination du solvant s’effectuent pendant que la pellicule est encoiœ sur le support mobile, après quoi la pellicule est enlevée d’une façon continue.
- La grosse difficulté a été d’obtenir un support qui se sépare facilement de la pellicule de colle plus ou moins sèche. On utilise en général soit un papier paraffiné, soit des tissus imprégnés de paraffine ou de produits à base d’huile de lin.
- Les pellicules obtenues sont ensuite traitées par un bain de formol pour augmenter leur résistance à l’humidité et les rendre suffisamment imperméables.
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- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du io juillet 1909.
- Rayons ultraviolets et nitroglycérine.
- MM. Urbanski, Malendowicz et Dyboyvicz étudient la décomposition des explosifs sous l’action des rayons ultra-violets de l’arc au mercure. En particulier, avec la nitroglycérine, l’exposition au rayonnement ultra-violet, môme lorsqu’elle ne dure pas assez longtemps pour permettre de noter immédiatement une décomposition, provoque cependant celle-ci qui se poursuit après l’exposition et ceci d’autant plus vite que l’irradiation a été plus profonde. La décomposition s’arrête au bout cl’un certain temps et on peut même, en général, noter alors une rétrogradation. Il est à remarquer que la nitroglycérine explose plus vite au contact d’une plaque chaude lorsqu’elle a été irradiée au préalable par les rayons ultra-violets.
- Parasites atmosphériques des régions australes. — Le dépouillement des enregistrements des parasites atmosphériques rapportés par l’aviso « Bougainville » de sa eroisièi’e de l’été austral 1988-1939 dans la région des archipels Marion, Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam, permet à MM. Bureau et Douguet de retrouver la forme classique des enregistrements avec un maximum nocturne complété parfois par un maximum d’après-midi. Un examen plus poussé montre que les sources de ces parasites sont localisées dans le Sud-Africain et Madagascar. Il est assez curieux de constater que, même à Saint-Paul et Amsterdam, à mi-chemin de l’Afrique et des lies de la Sonde, on n’observe aucun effet de ce dernier foyer.
- Séance du 17 juillet 1909.
- Le bore dans les feuilles. — MM. G. Bertrand et Silebrstein, après avoir noté que le bore est beaucoup plus abondant dans les feuilles que dans les autres parties des A'égétaux, ont étudié la variation de sa répartition suivant les époques dans différentes espèces. Ils ont pu constater des teneurs maxima au moment de la plus intense activité pny-siologique, soit dès le bourgeon, soit immédiatement après son épanouissement. Il en est de même pour le manganèse. Ils ont ensuite noté une diminution progressive, puis, parfois, un relèvement de la teneur chez les très vieilles feuilles; dans ce dernier cas, il est probable que le bore et le manganèse sont alors inactifs et insolubles et qu’il y a simplement un phénomène d’accumulation.
- Les jets liquides. — M. R. Kling montre l’extrême importance cle la pression gazeuse d’aval dans la pulvérisation d’un jet liquide. Si la pression est faible, la vitesse frontale du jet est élevée et il se forme une onde de Mach au sommet. Si la pression s’élève, la résistance à l’avancement croît et provoque le fractionnement en gouttes et la diminution de la vitesse frontale du jet. Chaque goutte donne une onde de Mach si sa vitesse est supersonique. C’est d’ailleurs plutôt la densité du milieu gazeux qui intervient et non uniquement sa pression et ceci
- a été vérifié en opérant dans divers gaz. Ces phénomènes ne concernent pas la périphérie du jet qui est formée de gouttes ayant perdu leur vitesse.
- Néogenèse des minéraux. — MM. Michel-Lévy et Wyart exposent qu’en soumettant des minéraux à une pression de 3 à 4.000 kgr/ern2 pendant 10 jours à 6oo°, en présence de la vapeur d’eau et d’un alcali, mais sans action directe d’un explosif, on observe la formation de nouveaux minéraux, les uns bien déterminés, par exemple le mica blanc et les spinelles, les autres restant à déterminer. Il semble donc que ces conditions soient voisines de celles qui ont provoqué la formation des roches cristallophylliennes dans la nature. La rapidité de cette formation est un élément important à noter.
- Séance du 24 juillet 1989.
- La salinité du Niger. — Par l’élude systématique de la résistivité des eaux du Niger à Banankoro, M. Enikeff a tout d’abord trouvé que les eaux du fleuve sont très peu minéralisées. La crue apporte des eaux ayant une salinité inférieure à celle de l’étiage. En calculant le débit salin du ileuve on trouve deux maxima, l’un au début de l’hivernage, l’autre à la fin, au moment du maximum du fleuve. Pour l’année entière le volume des sels transportés atteint 9.000 t, ce qui correspond à 70 kgr par km2 du bassin versant.
- Séance du 01 juillet 1909.
- Lfimportance du porte=greffe. — La question se pose de savoir si le porte-greffe d’un végétal, la vigne par exemple, constitue un transformateur alimentaire en surplus cle ceux qui existent naturellement (humidité, température, lumière, taille, labours, etc.) entre les possibilités alimentaires du sol et la réalité alimentaire du végétal. MM. Lagvtu et Maume ont examiné cette question sur la vigne par l’étude des diagrammes d’équilibre N P K des feuilles. Leur conclusion est l’importance du rôle du porte-greffe dans l’absorption de l’azote, de l’acide phospliorique et de la potasse. Le choix du porte-greffe doit donc être fait en tenant compte des éléments locaux tels que nature du sol, climat, etc.
- Photométrie de précision. — M. Terrien montre qu’il est possible d’utiliser avantageusement les cellules photoélectriques à couche d’arrêt au sélénium pour la plioto-mélrie de précision. La variation non linéaire des indications et leur manque de fidélité ne sont pas des inconvénients pour la vérification de l’égalité de l’éclairement de deux plages qui reste la base des mesures photométriques. Il suffit de contrôler à de très brefs intervalles (2 à 4 secondes) les indications obtenues devant une lampe-tare. La cellule n’a pas la courbe de sensibilité de l’œil moyen mais, pour certaines cellules, les différences sont peu sensibles si l’on compare des lampes dont la température de couleur ne diffère pas de plus d’une dizaine de degrés.
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- E BULLETIN ASTRONOMIQUE =
- LA VOUTE CÉLESTE EN JANVIER ET FÉVRIER (940 (')
- Les.événements terrestres ont leur répercussion, sinon sur le ciel — toujours aussi beau et pour lequel la Terre, autant dire, n’existe pas ! —• mais sur le présent c< Bulletin astronomique ». Celui-ci, jusqu’à nouvel ordre, donnera les phénomènes célestes de deux mois consécutifs. Malgré le peu de place qui nous est accordée, nous avons réussi à donner la liste de la plupart des phénomènes visibles, présentés à la manière habituelle.
- Les renseignements qui suivent sont extraits, en grande partie, de l’Annuaire astronomique Flammarion dont nous devons les épreuves à l’obligeance de Mme Camille Flammarion, que nous remercions ici. Cet Annuaire si connu paraîtra, malgré les événements, vers la fin de l’année en cours, et celte édition pour 19/10 sera la 76e !
- Mme Flammarion a voulu y donner des nouveautés de circonstance, si l’on peut dire, pouvant intéresser les observateurs qui sont au Front. Il comprendra, outre les renseignements habituels, un chapitre sur la Géodésie, un article sur les diverses formes de nuages et leurs aspects, sur les « halos », etc.
- Ajoutons, ptiisqne malheureusement les circonstances s’y prêtent, que les observateurs auront l’occasion de noter de nombreux cas de visibilité des ondes sonores (voir à ce sujet L’Astronomie, avril 1988, p. 168).
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil passera de
- — 23°4/ le xer janvier à — i’]020r le Ier février et à — 7°55/ le 29, l’année ig4o étant bissextile.
- Durée du jour : le Ier janvier : 8hi6m;; le Ier février : 9h2im; le 29 février : ioh55m.
- Voici, de 5 en 5 jours, le temps moyen à midi vrai :
- Janvier : 1er =nll53m5is; 6 =nh5Gmios; il = nh58mi8s ; 16 =:i2homi2s; 21 =i2him48s ; 26 = i2h3m6a; 31 =i2h4m3s.
- — Février : 1er = i2h4mi2s; 6 = i2h4m46s; 11 ~ i2h5mos; 16 =i2h4m54s; 21 =i2b4m2gs; 26 = 12h3m488 ; 29 = i2h3mi7s.
- Observations physiques. — Observer, chaque jour de beau temps, la surface solaire. Voici la suite des éphémérides permettant d’orienter les dessins et les photographies du Soleil :
- Date (ob) P Bo Lo
- Janv. 1 + <5 E — 3,0 i79°5
- — 5 + 0,6 E — 3,5 126,4
- — 10 — 1,8 0 — 4,o 61,0
- — i5 — 4,2 0 -4,5 355,i
- — 20 — 6,6 0 — 5,0 289,3
- 25 — 8,8 0 — 5,5 223,5
- — 3o — 11,0 0 -5,8 i57,6
- Févr. 4 — i3;o 0 — 6> 91’8
- — 9 — i5,o 0 — 6,5 26,0
- — 14 — 16,8 0 — 6,8 320,1
- — l9 — i8,5 0 — 7,0 254,3
- — — 20,0 0 — 7,1 188,4
- — 29 — 21,4 0 — 7>2 122,6
- Lumière zodiacale; lueur antisolaire. — La lumière zodiacale devient bien visible le soir, après le crépuscule, en janvier et surtout en février. La lueur anti-solaire pourra être recherchée par les nuits très pures, juste au point du ciel opposé au Soleil. L’absence de la Lune est indispensable pour effectuer les observations précédentes.
- 1. Toutes les heures données dans le présent « Bulletin astronomique » sont exprimées en Temps Universel (T. U.), compté de 0h à 24h, à partir de 0h (minuit).
- II. — Lune. — Voici les phases de la Lune :
- D. Q. le 2 Janv., à 4h56,n
- N. L. le g — à i3!i53m
- P. Q. le 17 — à 18h21 m
- P. L. le 24 — à 231122m
- D. Q le 3i Janv., à i4ll47m N. L. le 8 Févr., à 7l>45m P. Q. le 16. — à i2h55m P. L. le 23 — à gli55m
- Age de la Lune : le ior janvier, à oh = 2xj,i ; le 10 janvier = o]',4 ; le ier février — 225,4; le 9 février = o3,7; le 29 février = 20j,7.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune : le 7 janvier, à i5h = — i903'; le 22, à G’1 = + i8°58/; le 4 février, à oh = — i8°53'; le 18, à i5h = + i8°4G/.
- Apogée (plus grande distance à la Terre) et Périgée (plus petits distance) de la Lune pendant ces deux mois.
- Phénomène Date Heure Parallaxe Distance
- Apogée Périgée Apogée Périgée i4 Janvier 26 — 11 Février 23 — 12h 11 h 2 h 22^ 54' 6" 6o'5i" 53'5q" 6i'24" 405 320 km 36o36i — 406 196 — 357 908 —
- ••• * ( C
- 12 3 4 5 G
- J )»•••
- 7 8 B lo 11 12 j.
- Fig. 1. — Aspects de la planète Vénus au cours de Vannée 1940 (images renversées, telles qu’on les voit dans une lunette
- 1. — 16 janvier .
- 2. — lo février.
- 3. — 16 mars.
- 4. — 15 avril.
- astronomique).
- 5. — 15 mai.
- 6. — 24 juin.
- 7. — 14 juillet.
- 8. — 13 août.
- 9. — 12 septembre.
- 10. — 17 octobre.
- 11. — 16 novembre.
- 12. — 16 décembre.
- (D’après VAnnuaire astronomique Flammarion).
- Occultations d’Êtoiles et de Planètes par la Lune :
- Date
- Astre
- Magni- Phéno-tude mène
- Heure
- Paris
- Uccle
- Jan. 20 41 Taureau 3m >9
- — 20 64 - 4 8
- — 20 68 — 4 2
- — 23 1 Gémeaux 3 6
- Fév. 1er v Balance 5 3
- — 20 i363B.D. —160 6 0
- Imm. 2ih45m,6 2il'45m,i
- Imm. 22 46 5 22 38 1
- Imm. 23 25 9 23 33 5
- Imm. 20 24 0 20 26 o
- Em. — 2 54 4
- Imm. — 2 4° 4
- Marées. — Les plus grandes marées du mois se produiront, en janvier, du 24 au 29 (coefficient maximum : 109 centièmes, le 27) ; en février, du 22 au 28 (coefficient maximum : 117 centièmes, le 25). Comme on le voit, elles seront très fortes en février, à l’époque de la Pleine Lune).
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- ASTRE
- Soleil .
- Mercure
- Vénus.
- Mars .
- Jupiter
- Saturne
- Uranus
- Neptune
- Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation et étoile voisine VISIBILITÉ
- 1er Janv. 7h46m Iih53m5is l6*2m i8h43m — 23«4’ 32' 35"o Sagittaire
- 125 Janv. 7 33 12 2 52 16 34 20 27 — iq 10 32 32,7 Sagittaire /
- 1 6 Fév. 7 *7 12 4 46 16 53 21 16 - i5 53 32 29,4 Capricorne ( »
- ( 18 Fév. 6 57 12 4 46 17 i3 22 3 — 11 56 32 25,0 Verseau
- t jer Janv. 6 3i 10 4° i4 48 17 26 — 22 57 5,2 Scorpion |A la fin de février, le
- )25 Janv. 7 33 h 47 16 2 20 8 — 22 12 4,8 Capricorne soir.
- ’) 6 Fév. 7 39 12 24 /7 11 2 1 32 — 16 43 4,8 Y Capricorne , [Plus grande élongation
- ( 18 Fév. 7 29 i3 58 18 28 22 53 — 7 54 5,6 X Verseau | le 28 février.
- | ( i3 Janv. 9 r9 i4 10 19 2 21 44 — i5 24 12,4 § Capricorne iLe soir, après le cou-
- ’( 18 Fév. 8 14 j 4 3o 20 46 0 26 + 2 23 i4,8 44 Poissons i cher du Soleil.
- ! i3 Janv. IO 32 16 47 23 2 0 23 -j- 221 6,8 44 Poissons
- j 18 Fév. 8 55 i5 56 22 57 1 53 + 12 9 5,6 Bélier ^Dès 1 arrivée de la nuit.
- !i3 Janv. IO 32 16 35 22 38 0 12 — 0 3 35,6 44 Poissons
- |i8 Fév. 8 22 i4 38 20 53 0 36 + 2 3g 32,6 Poissons •Dès l’arrivée de la nuit.
- ! i3 Janv. 11 21 17 57 0 38 1 35 + 7 »4 162 0 Poissons
- ' 118 Fév. 9 3 i5 44 22 24 1 43 + 8 9 i5,4 0 Poissons .Dès 1 arrivée de la nuit.
- . 3i Janv. 10 4g 18 14 1 42 3 2 -f 16 54 3,6 53 Bélier Dès l’arrivée de la nuit.
- • 3i Janv. 20 38 2 58 9 i5 11 44 + 32 2,4 (3 Vierge Presque toute la nuit.
- III. — Planètes. — Le tableau ci-dessus a été dressé à l’aide des données de VAnnuaire astronomique Flammarion. Il permet, de trouver et d’observer les planètes principales pendant les mois de janvier et février 1940.
- Mercure, un peu visible au début de janvier, arrivera à sa plus grande élongation du soir le 28 février, à 7*, à i8°5/ à l’Est du Soleil. La planète sera alors assez bien placée pour être observée en France.
- Vénus sera visible, en janvier et février, dès le coucher du Soleil, ainsi que Mars, Jupiter et Saturne. Le iC janvier, Saturne se trouvera en quadrature avec le Soleil.
- Le diamètre apparent de Mars, très réduit par la distance, ne permet plus guère d’observations utiles des détails de la surface.
- Les satellites de Jupiter sont toujours d’un grand intérêt à observer, en raison de leurs configurations changeantes. Le 7 janvier, vers 1911, les quatre principaux satellites seront groupés à l’Est de la Planète. Voici la liste des phénomènes du système des satellites de Jupiter :
- Janvier 1er, II. P. c. 2ohi2m. — 3, IL Em. i7h9m; E. c. i7hii“,i; E. f. 19*49“,6; I. Im. 20*48“. — 4, I. P. c. 17*58“; O. c. 19*18“; P. f. 2ohnm; O. f. 2ih29m; III. Im. 2ih45m.—5, E. f. i8h48m,5. — 8, IV. P. f. 17*10“; III. O. c. i7hnm; O. f. i9h38m. — 10, IL Im. 17*10“. — 11, I. P. c. 19*56“ ; O. c. 2illi4m. — 12, I. Im. 17*15“; II. O. f. i7h20m;
- I. E. f. 2oh43ra,9. — 13, I. P. f. i6*39“; O. f. i7h54m. — 15, III. P. f. i8*46“; O. c. 21*18“ — 17, II. Im. i9*55“. — 19, II. O. c. x7h22m ; P. f. i7h34m; I. Im. i9hi3m; IL O. f. 19*56“. — 20, I. O. c, i7h39m; P. f. i8h38m; O. f. ig*5o“.
- — 21, I. E. f. i7*8“,o. — 22, III, P. c. 2o*i4“- — 26, II. P. c. i7*39“; III. E. f. 17*61“,8 ; IL O. c. ig*58“ ; P. f. 20*18“. — 27, I. P. c. 18*26“ ; O. c. 19*35“ ; P. f. 20*38“.
- — 28, IL E. f. 17h5m, 1 ; I. E. f. 19*3“ 3. — Février 2, III. Em. i7h4im; E. c. i9h27m,i; IV. Im. 20*3“ ; II. P. c. 2oh24m. — 3, I. P. e. 20*26“. — 4, I. Im. i7h43“; IL E. f. 19*43“,9. — 5, I. O. f. i8*ii“. — 9, III. Im. 19*15“. —
- II, II. Im. 17*43“; I. Im. i9*43“. — 12, I. O. c. i7*56“; I. P. f. 19*10“. — 19, I. P. c. i8*59“. —20, H, P. f. 18*0“ ; I. E. f. I9*I7“,6; II. O. f. 19*88“ — 27, II. P. c. 18*9“; I. Im. i8*i6“ ; III. P. c. 18*19“ — 28, I. O. f. 18*28“.
- Élongations de Titan, le plus brillant satellite de Saturne :
- A l’Est. : C janvier, 10*; 22 janvier, 9*,2 ; 7 février, 8*,9. A l’Ouest : i4 janvier, 10*,7 ; 3o janvier, 10*, 1 ; i5 février, 9*,g.
- Eléments de Vanneau de Saturne :
- i4 janvier i5 février
- Grand axe extérieur..............
- Petit axe extérieur..............
- Hauteur de la Terre sur le plan
- de l’anneau....................
- Hauteur du Soleil sur le plan de l’anneau.........................
- 4o", 82 38".67
- 9">72 — 9">7*>
- — 130,770 — i4n.6i6
- — 160,ogo — 160,5o4
- Uranus sera en quadrature orientale avec le Soleil le 7 février. En janvier et février, il se déplacera très peu à environ i° au Sud de l’Etoile 53 du Bélier (stationnaire le 26 janvier, à 17*).
- Neptune arrivera en opposition avec le Soleil vers le milieu du mois de mars. Pour le trouver, reporter sa position donnée plus haut sur la carie du n° 3oj2 (ier février 1989), page 91.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 7 janvier, à i5h, Mars avec Jupiter,
- Le 12 janvier, à i3h, Vénus avec la Lune, Le i5 janvier, à 22*, Jupiter avec la Lune, Le 16 janvier, à 7h, Mars avec la Lune,
- Le 17 janvier, à 17*, Saturne avec la Lune, Le 22 janvier, à 3t>, Mars avec l’étoile 189 Piazzi (6m,o)
- Le 9 février, à 2h, Neptune avec la I une, Le 11 février, à 21*, Vénus avec la Lune, Le 12 février, à i5*, Jupiter avec la Lune, Le i3 février, à 8*1, Mars avec Saturne,
- Le 4 lévrier, à 3*, Saturne avec la Lune, Le i4 février, à 4h, Mars avec la Lune,
- Le i5 février, à 19*, Uranus avec la Lune, Le 20 février, à 22*, Vénus avec Jupiter,
- Le 22 février, à 12*, Vénus avec l’étoile 189 Piazzi (6m,0)
- Le 24 février, à 21*, Neptune avec la Lune,
- à 1010' N. à 6°24' S. à 3°i4' S. à i°3o' S. à 2032' S.
- à 00 2' S. à 6016' S. à 2046' S. à 2027’ S. à 2«5g' N. à i°59' S. à 10 3' N. à 20 2' N. à jo o' N.
- à o» 14' N. à 3042' N.
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- Temps sidéral, à oh (pour le méridien de Greenwich) : Janvier 1er, 6h38m2s ; 10, 7hi3m3is ; 20, 7h5am57s ; 30, 8h32m22s. Février 9, 9hiim48s; 19, 9ll5imi3s ; 29, ioh3om39s.
- Étoiles variables. — Minima de l’étoile Algol (jâ Persée) variable de 2m,3 à 3m,5 en 2:i2oh/i9m : ^ janvier, x8h6m ; 19, 2hi2m; 21, 23h2m ; 24, xgh5im ; 11 février, oh47m; 13, 2ih36m ; 10, i8h2Cm.
- Étoiles filantes. — Les 2 et 3 janvier, étoiles filantes' Booti-des, radiant vers [3 du Bomder.
- Y. — Constellations. — Chaque année, à la même époque et à la même heure, l’aspect de la voûte céleste est très sensiblement le même. Nous renverrons donc les observateurs aux numéros suivants de La Nature : n° 3o38 du ier décembre 1988 et 3o4o du Ier janvier 1989 pour y trouver la description des constellations visibles pendant les mois de janvier et de février.
- Em. Tou guet.
- ASTRONOMIE
- Trois nouvelles comètes. — Les Informations suivantes font suite à la Note parue dans cette Revue (n° 3.067 du i5 septembre 1989, p. 189) laquelle se terminait par cette constatation que déjà neuf comètes étaient, apparues dans la présente année.
- Depuis la rédaction de cette note, trois autres comètes ont été découvertes ou retrouvées.
- On se rappelle que nous en étions restés à la Comète Kamensky (1939 j) (1).
- La Comète Tuttle l (1939 k) a été retrouvée le 12 août 1989, à l’Observatoire Lick, au Mont Hamilton (États-Unis) par les astronomes Jeffers et Moore. Elle se présentait comme une nébulosité diffuse, avec une condensation centrale et ne montrait .pas de queue. Son éclat était d’ailleurs très faible : magnitude 18e.
- 1. Pour éviter toute confusion, la lettre i n’est pas employée dans la notation provisoire des. comètes. Après la comète 1930 h est venue la comète 1939 j.
- — 1 223 =
- Cette comète a une période de i3ans, 60098, d’après l’orbite déterminée par le regretté A.-C.-D. Crommelin. Elle n’avait pas été revue depuis son apparition en avril 1926.
- Elle est passée au périhélie le xo novembre ig3g.
- La Comète Giacobini II-Zinner (1989 l) a une période de 6ans, 60288 (d’après A.-C.-D. Crommelin). Elle a été retrouvée le iô octobre 1989 par M. Van Biesbroeck, à l’Observatoire Yerkès, aux États-Unis. Elle affectait l’aspect d’une nébulosité diffuse, avec condensation centrale, sans queue. Magnitude : i5e. Elle doit passer au périhélie le 17 février 1940, d’après l’orbite calculée par M. F.-B. Cripps.
- Cette comète est bien connue, elle a été observée à plusieurs de scs retours : en 1900, 1918, 1926, 1933. Elle a donné lieu, le 9 octobre 1983, à une magnifique pluie d’étoiles filantes à laquelle nous avons consacré deux articles spéciaux (La Nature, n° 2916 du ier novembre ig33 et n° 2927, du 10 avril ig34).
- Enfin une nouvelle comète, la Comèle Friend (1989 m), vient d’être découverte comme l’annonce, d’après un télégramme de l’Observatoire central de Copenhague, la Circulaire n° 116 du « Service des Informations rapides » de la Société astronomique de France.
- Le télégramme de Copenhague est signé des noms de M. Shapley — ce qui indique que la découverte a dû être faite aux États-Unis — et de M. Strômgren, chef du Bureau des Télégrammes astronomiques. Cette comète est assez faible d’éclat (12e magnitude). Elle apparaît au télescope sous l’aspect d’un objet diffus, sans noyau.
- La Comète Friend avait pour position, le 4 novembre 1989, à i6h52m,9 (vraisemblablement au moment où elle a été reconnue) et pour l’équinoxe 1939, o :
- Ascension droite .... 23h4om,3 ;
- Déclinaison................. + 7°3oC
- Ce qui la plaçait à la moitié de la distance des étoiles 80 Pégase et 1 Poissons.
- La nouvelle comète est la douzième de l’année ig3g, qui, ainsi, se révèle fort riche quant au nombre des apparitions de ces astres énigmatiques. Em. Toucjiet.
- LIVRES NOUVEAUX
- La mine et P usine, champs de bataille des guerres futures, par Eugène Prost. 1 vol. in-10, 290 p. Dunod, Paris, 1939. Prix : 10 francs.
- F;n ces temps de tension internationale, la curiosité devient aiguë de connaître les ressources de chaque État, d’estimer sa production, sa puissance, ses faiblesses techniques, et les exposés se multiplient, basés sur les statistiques, les études techniques, tes indiscrétions de presse, pour aboutir à des bilans et à des comparaisons de forces. Le professeur de Liège entreprend cette tâche pour les combustibles, les minerais, les produits métallurgiques et son enquête s’étend aux divers pays européens : puissances totalitaires, groupe des démocraties qui s’opposent, Belgique, Hollande, Luxembourg, Pologne, États danubiens et pays balkaniques, Russie. Les statistiques reproduites sont nombreuses, récentes et l’exposé, très objectif, sera utilement consulté et médité tant qu’il restera actuel.
- Élevage et engraissement intensifs, par A. Gouin et P. Andouard. 3e édition. 1 vol in-16, 238 p. La Maison rustique, Paris, 1939. Prix : 10 bancs.
- Les expériences et les exposés sur l’alimentation du bétail sont bien rares en France ; après une patiente observation, les auteurs ont écrit ce qu'ils avaient appris, de la théorie et de la pratique et leur œuvre est devenue le guide des éleveurs. En voici la 3e édition, remaniée, mise à jour, qui explique d’abord les bases et les calculs de la nourriture des bovins,
- pour l’entretien, le travail, la croissance, l’engraissement, la production laitière, et qui aboutit à la fixation des régimes de production intensive des veaux, des bœufs, du lait. Une dernière partie traite des porcs, choisit leurs rations et discute les méthodes d’élevage en plein air.
- A. B. C. de la défense passive, par André Mesureur. 1 broeh., 82 p., 7 fig. Vigot frères, Paris, 1939. Prix : 6 fr 80. Résumé sommaire des notions générales et des consignes qui vont èire enseignées dans l’enseignement secondaire et le primaire.
- Ce qu*il faut connaître de Tindustrie électrique,
- Par R. Courau. 1er vol. : Notions générales, production des courants industriels, 370 p., Mo fig. Prix : 68 francs. — 2° vol. : Centrales thermiques et hydrauliques, 678 p., 87 fig. Prix : 100 francs. J. B. Baillière et fils, éditeurs, Paris, 1939. L’auteur expose, sous une forme accessible à tout lecteur d’instruction .1 xoyenne, tout ce qu’il faut savoir au point de vue théorique et pratique pour bien comprendre le fonctionnement et Iji construction, l’emploi des machines et appareils électriques, l’organisation des centrales et réseaux, et pour saisir les multiples aspects de l’industrie électrique. Cet ouviage qui forme un ensemble bien conçu, appuyé sur une documentation de valeur tient le milieu entre les vulgarisations trop élémentaires et les monographies élecLro-techniques trop abstraites.
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- BOITE AUX LETTRES
- QUESTIONS ET REPONSES
- Poste portatif pour le camping. — 1° Les postes ultra-portatifs pour le camping sont équipés, soit avec des lampes à chauffage direct à deux grilles d’ancien modèle, soit avec des lampes triodes ou multiples, mais généralement montées simplement en détectrice à réaction, et qui peuvent être suivies, s’il y a lieu, d’un étage basse fréquence.
- L’emploi des lampes à deux grilles permet de diminuer la tension de plaque, et, par conséquent, de réduire l’encombrement et le poids des batteries d’alimentation haute tension, de rendre l’ensemble récepteur plus portatif.
- Dans les appareils à batterie très modernes, on utilise des lampes de la nouvelle série européenne alimentées avec un courant de chauffage de 2 v, ou des lampes de la série américaine de 1 v 4, mais ces montages sont généralement du type superhétérodynes, et comportent au moins 4 lampes ; ils nécessitent une tension plaque de l’ordre de 90 v.
- Un montage très portatif à une ou deux lampes ne permet évidemment que d’obtenir une audition en faible haut-parleur.
- 2° Pour pouvoir utiliser également un poste de ce genre sur secteur 110 ou 220 v, on se contente généralement, de conserver la batterie de chauffage qui est peu coûteuse, et d’assurer l’alimentation plaque haute tension à l’aide d’une petite boîte d’alimentation constituée par un transformateur élévateur de tension, une valve de redressement bi-plaque du type habituel, et un circuit filtre, formé par un bobinage à fer, et deux condensateurs d’une capacité de l’ordre de S nF.
- Vous pouvez trouver des schémas de ce genre dans Les récepteurs modernes de T. S. F., ou dans Les meilleurs appareils de T. S. F. ; le premier est édité chez Chiron, 40, rue de Seine, Paris, et le deuxième chez Dunod, 92, rue Bonaparte, Paris.
- Vous trouverez des plans et des pièces détachées pour montage de ces postes aux Etablissements Jackson, 164, rue de Montrouge, à Malakoff (Seine) ou aux Etablissements Dyna, 34, avenue Gambetta, à Paris (20e).
- 3° Nous pensons que vous désirez recharger des piles sèches au chlorure d’ammonium ; dans le cas contraire, veuillez nous préciser le type de pile que vous employez.
- Normalement, il est impossible de recharger des piles <( sèches » sur le courant d’un secteur. Lorsqu’on les fait traverser par un courant de tension convenable, en les reliant directement à une prise de secteur continu ou à un redresseur de courant alternatif, on obtient un effet temporaire qui n’offre donc pas d’intérêt.
- M. Biteur, à Saint-Denis (Seine).
- Posie de T. S. F. à lampes bi=grilles. — Comme il est indiqué dans la réponse à M. Biteur, les lampes bi-grilles à chauffage direct sont complètement abandonnées pour le changement de fréquence, et ne sont plus employées que comme détectrices à réaction, le plus souvent, dans des postes portatifs très réduits. Leur avantage essentiel consiste dans la réduction de la tension de plaque qui permet de choisir une batterie d’alimentation de faible encombrement, mais l’audition obtenue est généralement de faible intensité, et ne peut normalement être réalisée qu’au casque téléphonique et non au haut-parleur.
- Un lecteur des Deux-Sèvres.
- Enregistrement phonographique direct sur disque. — Les enregistrements phonographiques directs sur disque s’effectuent pratiquement aujourd’hui sur des disques métalliques, en aluminium ou en zinc, plutôt sur des disques à âme métallique ou en verre, recouverte d’une couche très mince de composition à base de gélatine ou de nitrate de cellulose.
- Aux colonies, l’emploi des disques en gélatine paraît peu indiqué, en raison du climat : restent le disque métallique ou le disque cellulosique.
- Ce dernier paraît pouvoir donner les meilleurs résultats au point de vue acoustique, et la technique de son emploi est aujourd’hui très bien étudiée.
- La gravure des sillons à la surface des disques métalliques ou cellulosiques, peut, à la rigueur, s’effectuer directement à l’aide d’un graveur uniquement acoustique, analogue au diaphragme enregistreur des premiers phonographes, mais les résultats obtenus sont très imparfaits.
- Il faut donc avoir recours à l’enregistrement électro-mécanique, en utilisant un microphone et un amplificateur musical à lampes aride actionnnant l’outil-graveur. La machine à enregistrer est généralement actionnée également par un moteur électrique relativement puissant avec plateau très lourd, de manière à obtenir une rotation très uniforme, mais il n’y a aucun inconvénient à utiliser pour ce dernier usage un moteur mécanique à ressort ou mieux encore un moteur à poids.
- La puissance modulée nécessaire pour actionner l’outil-graveur n’est pas considérable, et ne dépasse pas quelques watts ; l’amplificateur peut donc être alimenté aisément à l’aide de batteries, la tension plaque étant fournie par un convertisseur. Il existe, d’ailleurs, des installations portatives de ce genre qui ont déjà donné de très bons résultats.
- Vous trouverez quelques indications à ce sujet dans l’ouvrage Les pick-up et l’amplification phonographique (Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris). Constructeurs d’appareils de ce genre : Ilurm et Duprat, 14, rue Jean-Jacques Rousseau, Paris ; Diedrichs-Tliorens, 13, rue Bleue, Paris ; Siam, 1, avenue de Messine, Paris.
- M. Colani, à Hanoï, Tonkin.
- De tout un peu.
- M. D, Cop, à Paris, — La formule suivante de vernis souple pour cuir, vous donnera très probablement satisfac-
- tion :
- Comme première couche :
- Nitrocellulose.......................... 210 gr
- Huile de lin cuite...................... 330 —
- Acétate d’amyle ....... 1.800 —
- Benzine................................. 900___
- La deuxième couche contiendra moins d’huile et la troisième ou enduit lisseur n’en contiendra pas, elle sera simplement légèrement diluée avec les mêmes solvants et appliquée en surface.
- La peau devra être préalablement teintée et le vernis coloré au besoin par une couleur d’amiline.
- L’enduisage de la peau bien tendue sur une table se fait à la brosse queue de morue.
- Enfin le séchage a lieu dans une étuve chauffée à 40° C., les couches sont foncées avant chaque application de vernis.
- M. Bézard, à Clichy. — 1° Le formol est tout à fait insuffisant pour détruire les punaises, le procédé de choix est. encore la production d’acide sulfureux par combustion du soufre.
- 2° Lorsqu’on veut libérer le formol du trioxyméthylène, il faut chauffer très doucement de préférence avec une lampe à alcool équipée en veilleuse.
- 3° Le fluorure de sodium utilisé pour la destruction des cafards est généralement associé dans les préparations du commerce à de la farine dont ces bestioles sont très friandes ; pouvez prendre comme base une dose de 5 pour 100 environ.
- M. Chardin, à Pantin. — Rien de plus facile que de neutraliser l’acide chlorhydrique que peut contenir votre produit destiné à l’alimentation, il suffira pour cela d’y ajouter une quantité suffisante de bicarbonate de soude, ce qui donnera naissance à du chlorure de sodium (sel de cuisine) et à de l’acide carbonique qui se dégagera. Tous deux sont parfaitement inoffensifs, nous en faisons journellement l’expérience.
- Le Gérant : G. Masson.
- imprimé par barnéoüd frères et cte a laval (france). — 15-12-1939 — Published in France.
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- N° 3059
- LA NATURE
- J 5 Février J 940
- LA GUERRE MICROBIENNE EST-ELLE POSSIBLE?
- On a bien souvent envisagé celle possibilité, évoqué des avions disséminant des germes pathogènes répandant chez l’ennemi des épidémies meurtrières. Sans doute, la fabrication en grand de cultures microbiennes ne présenle pas de difficultés. On peut préparer des heclolilres de bouillons liquides, ou des mètres cubes de gelées solides et y faire pulluler des microorganismes dangereux bien plus vile qu’on n’élève un porc ou un veau (fig. x). Mais il est naïf de croire qu’il suffmait de disséminer ces cultures pour provoquer les maladies et la mort.
- La plupart des germes pathogènes sont fragiles ; ils ne supportent ni l’air, ni la lumière et encore moins la dessiccation. Certains perdent leur virulence en quelques heures ou môme au cours des cultures et des repiquages. Beaucoup ne peuvent agir qu’en pénétrant dans l’organisme par une voie bien déterminée ; les plus dangereux nécessitent meme la présence d’un hôte transmetteur préalablement infecté : mouche, puce, etc. L’infection n’est pas la règle, mais une rare exception nécessitant en plus du microbe tout un concours de circonstances.
- Certes, des cultures en bouillon du bacille typhique ou paratyphique, du dysentérique, du vibrion cholérique, jetées directement dans des cours d’eau, dans des puits, pourraient déclencher quelques épidémies locales, à supposer qu’elles aient gardé leur virulence et que l’eau de boisson ne soit pas régulièrement purifiée.
- Certes, on sait provoquer l’infection expérimentale, au laboratoire, par ingestion, piqûre ou injection. Quelques criminels isolés ont fait ainsi, par vengeance ou esprit de lucre, tel Girard, en France, qui contaminait la nourriture des personnes assurées à son profit avec des bacilles typhiques, ou cet hindou qui créa une petite épidémie de peste en inoculant le germe par piqûre à un parent, afin de loucher son héritage. Mais l’utilisation de tels procédés sur une grande échelle est impossible ; il faudrait notamment disposer d’un laboratoire bactériologique important dans
- 1. Les cultures, les préparations microscopiques et leurs microphotographies ont été effectuées par l’auteur.
- le pays qu’on se propose de ravager, pour avoir les cultures d’âge convenable et exalter leur virulence toujours précaire. Bien plus, il faudrait recruter, parmi les habitants, un nombre considérable de complices qualifiés, car la manutention de germes virulents et d’instruments souillés présente plus de dangers pour le malfaiteur que pour sa victime éventuelle.
- Les contaminations des animaux domestiques ou des chevaux présentent les memes difficultés.
- Pour déclancher une épidémie, il faut réunir au moins les trois conditions indispensables suivantes : i° avoir un germe très virulent, et qui le reste ; 20 lui conserver sa vitalité et notamment le protéger
- réaliser
- un moyen de dispersion qui donne le maximum de chances de l’inoculer à un homme, ou à un animal réceptif.
- Ces conditions ne sont pas abso-^lument irréalisables au laboratoire, on. opérant sur de petites quantités avec toutes sortes de précautions, mais une production massive, industrielle, serait une autre affaire et les dangers seraient certainement bien plus grands pour les producteurs et les transporteurs que pour les populations qu’on voudrait atteindre.
- Pour juger des dangers possibles d’une si infernale machination, passons en revue les germes pathogènes qui pourraient éventuellement v servir.
- On connaît environ 200 germes infectieux qui peuvent être plus ou moins facilement inoculés dans un organisme vivant réceptif, mais il n’en est que quelques-uns qui soient mortels ou créent des infections graves et qui se manifestent sous forme d’épidémies. On peut les séparer en trois groupes : les virus, les bactéries, les protozoaires.
- Les virus. — Rien de surprenant que, grâce à leur extrême petitesse, les virus soient les plus capables de s’introduire dans un organisme humain, non seulement avec l’air respiré, mais même parfois à travers la peau. Il semblerait donc que les virus soient tout particulièrement désignés, mais on ne sait pas les
- contre la dessiccation ; 3
- Fig. 1. — Culture de vibrion cholérique sur gélose (à gauche). Culture du bacille de la peste sur gélatine (à droite).
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- cultiver si bien qu’on ne peut s’en procurer en grandes quantités ; de plus, ils sont généralement des plus fragiles et périssent rapidement en dehors de l’organisme vivant où ils peuvent se nourrir et se multiplier.
- Dans le groupe des virus qui, par leurs effets pathogènes, pourraient être envisagés pour une guerre bactériologique, rentrent ceux de la scarlatine, de la variole, de la fièvre jaune, de la grippe, de la psittacose, de la poliomyélite, de la rage. On peut y ajouter l’agent du typhus exanthématique, qui est un organisme intermédiaire entre les virus et les plus petites bactéries.
- Parmi ces virus, seuls ceux de la scarlatine et de la variole conservent leur vitalité et leur virulence assez longtemps hors d’un organisme vivant ; le premier dans les squames scarlatineuses, le second dans les croules varioliques. On ne peut pourtant envisager de ramasser des kilogrammes de squames scarlatineuses ou de croûtes varioliques pour les disséminer. Et les croules varioliques ne serviraient à rien, puisque tout le monde est vacciné actuellement contre la variole.
- La fièvre jaune ne peut être transmise noi-malement que par le moustique Stegomyia fasciata. Certes, on peut produire et conserver dans certaines conditions le virus de la fièvre jaune. On peut aussi élever même à Paris ou à Berlin, les moustiques transmetteurs. On:t
- peut contaminer ces moustiques en les gorgeant du sang d’un signe préalablement inoculé par le virus amaril. Et enfin, on peut transmettre à coup sûr à un homme la fièvre jaune, infection le plus souvent mortelle, en le faisant piquer par un tel moustique contaminé (fig. 2).
- Mais on ne saurait dépasser le domaine de l’expérimentation. Les Stegomyia ne peuvent pas vivre, en dehors des laboratoires, sous les latitudes européennes : il leur faut une température qui ne s’abaisse jamais au-dessous de + 20°. Il y a lieu aussi d’escompter qu’une telle expérience finirait plus mal pour ceux qui se chargeraient de contaminer une grande quantité de moustiques et de les disséminer, que pour ceux auxquels ces moustiques seraient destinés.
- Quant au typhus exanthématique, il ne peut être inoculé normalement à l’homme que par le pou de corps (Pediculus vestim.enti) préalablement nourri du sang d’un typhique. Une tentative dans ce sens serait vouée à l’échec, car, sans parler du danger et de la difficulté pour celui qui voudrait ramasser des milliers de poux contaminés, ceux-ci périssent rapidement dès qu’ils ne sont plus au contact du corps humain. Il en est de même du typhus récurrent, dont l’agent est le spirille d’Obermeier (fig. 3), qui se transmet à l’homme comme le typhus exanthématique par le pou de corps.
- Nous ne mentionnerons qu’en passant le virus de la psittacose, qui engendre une infection très grave, parfois mortelle. Il ne peut être transmis que par un oiseau atteint déjà de cette infection, presque toujours un perroquet. L’étude expérimentale de ce virus est des plus dangereuses, car l’oiseau, battant des ailes, envoie l’air chargé de ce virus dans les narines et la bouche du bactériologiste, ce qui provoque une contamination inévitable. La preuve en est qu’à l’Institut Pasteur de Paris, il y a quelque temps, un seul perroquet a contaminé consécutivement treize personnes qui s’étaient aventurées près de sa cage. Mais il faudrait beaucoup de perroquets !
- Pour causer quelques dégâts, d’ailleurs isolés et insignifiants, le virus de la rage doit être inoculé aux
- Fig. 2. — Petite cage en tulle pour les moustiques, qu’on applique sur le corps d’un malade pour gorger les moustiques du sang infecté et ensuite sur le corps sain pour transmettre par les piqûres des moustiques la fièvre jaune.
- Fig 3 à 6
- 3. Spirilles d’Obermeier dans le sang déglobulisé. — 4. Bacilles typhiques avec leurs cils colorés. — o. Vibrions cholériques
- avec leurs cils colorés. — 6. Méningocoques en culture.
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- Fig 7 à 10
- 7. Bacilles morveux en culture sur gélose. — S. Bacilles du charbon cultivés en bouillon. — 9. Bacilles pesteux cultivés
- en bouillon. — 10. Trypanosoma gambiense dans le sang.
- animaux domestiques, comme le chien ou le chai. Voit-on lâcher d’un avion des chiens et des chats enragés et leur mettrait-on des parachutes ?
- 11 n’est pas démontré jusqu’ici que la poliomyélite puisse être transmise autrement que d’homme à homme, ou bien expérimentalement par le badigeonnage des muqueuses nasales ou du larynx, avec un éeouvillon enduit de ce virus.
- Si la grippe se répand assez facilement, elle ne se communique, comme la poliomyélite, que d’homme à homme, à une distance qui ne dépasse guère 3 m, et seulement quand le porteur du virus (grippé) parle, éternue ou tousse. On peut aussi la transmettre par badigeonnage des muqueuses. Outre que le virus de la grippe est peut-être le plus fragile de tous, on voit l’impossibilité de le propager sciemment.
- Les bactéries. — Les bacilles typhique (fig. 4), paratyphiques, ainsi que le bacille dysentérique et le vibrion cholérique (fig. 5) sont les plus aisés à répandre dans un but criminel. En souillant l’eau potable avec un de ces germes virulents, on peut déclancher une épidémie dans une agglomération, mais une telle possibilité est plus théorique que vraiment réalisable, car les habitants de la plupart des villes d’Europe ne boivent plus d’eau de rivière exposée à la contamination ; l’eau potable est toujours distribuée après avoir été épurée. N’oublions pas non plus, qu’en France, par suite du service militaire obligatoire et de la vaccination antityphoparatyphoïdique dans l’armée, la population masculine se trouve en grande partie à l’abri des contaminations typhiques et paratyphiques.
- Les mêmes observations s’appliquent au vibrion cholérique, agent du choléra asiatique, avec celle particularité que la plupart des souches qu’on trouve dans les laboratoires bactériologiques européens sont avirulentes ; le vibrion cholérique perd très rapidement avec l’âge sa virulence dans les cultures ; les souches qu’on voudrait employer pour une guerre bactériologique devraient être directement et fraîchement isolées de choléi'iques qu’on ne rencontre guère qu’aux Indes orientales.
- Si le bacille diphtérique virulent est très contagieux, il ne peut mieux servir dans la guerre microbienne. Sans parler des difficultés de le disséminer, comme tous les autres germes, la vaccination antidiphtérique, très efficace, est maintenant très répandue. La diphtérie couve toujours à l’état endémique, et pourtant, elle ne se manifeste plus que par des cas sporadiques et quelquefois par de petites épidémies locales.
- Le méningocoque, agent de la méningite cérébro-spinale épidémique, est un petit coccus (fig. 6) qui ne se multiplie que sur des milieux très spéciaux ; il est très fragile et ses cultures périssent en quelques heures au-dessous de + 24°. Il est donc inutile de songer à sa dissémination.
- Le micrococcus meliiensis, agent de la fièvre ondulante, fièvre de Malte ou fièvre méditerranéenne, détermine une infection qui est surtout longue et déprimante, mais rarement mortelle pour l’homme ; il sévit sur les animaux domestiques, surtout les chèvres. L’homme s’infecte généralement par l’ingestion du lait d’un animal malade. Ce petit coccobacille, très facilement cultivable, a la vie dure : jusqu’à 9 mois sur gélose, près de 3 mois sur les vêtements, 2 mois environ dans la terre, près de 3 semaines dans le lait, cl plus d’une semaine dans l’eau ; mais sa dissémination se heurte aux difficultés dont nous avons déjà parlé ; en outre celle infection est endémique dans tout le bassin méditerranéen où elle ne cause pas de ravages.
- Deux germes extrêmement dangereux, celui du charbon (Bacillus anthracis) et celui de la morve (B. mallei), affectent surtout les animaux domestiques qui les transmettent à l’homme. Les deux bacilles se cultivent Irès facilement sur tous les milieux artificiels usuels. Si le B. mallei (fig. 7) ne se conserve guère plus d’un mois sous une couche peu profonde et humide de terre, et une quinzaine de jours dans l’eau, le B. anthracis (fig. 8) se multiplie par la formation de spores, qui gardent leur vitalité et leur virulence durant de longues années (i5 ans et plus) sous une couche peu profonde de terre, à l’abri du soleil et de l’air vif. Mais la contagion n’est possible
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- PROVENTRICULE ^ ŒSOPHAGE ! ESTOMAC
- TUBES DE MALPIGH I
- Fig. 11. — Section longitudinale clu corps d’une puce 'Xcnopsylla clicojiis) transmetteur le plus commun de la peste.
- que par une écorchure ou une excoriation et de plus, le bacille morveux devient si virulent en culture que sa manipulation est elle-même pleine de danger.
- Le coecobaeillc pesteux (B. peslis Yersin) semble à première vue être le germe de choix pour une guerre bactériologique. Facilement cullivable et assez résistant, surtout dans un sol humide, ce bacille adroitement disséminé peut être transmis, surtout dans une ville, aux rats qui sont ses réservoirs habituels. Si on tient compte que la mortalité par la peste bubonique atteint jusqu’à 80 pour ion, et, que la même infection en revêtant la forme extrêmement meurtrière, dite pulmonaire, cause jusqu’à ioo pour xoo de mortalité, il y aurait de quoi frémir en pensant à une telle éventualité (fig. 9).
- Heureusement, la peste 11e peut être transmise du rat à l’homme que par la piqûre de certaines espèces de puces (fig. 11) ; celles-ci 11’abandonnent le rat qu’après sa mort et n’ont que peu d’affinité pour l’homme. En cherchant bien, on trouve en tout temps à Paris même, surtout clans certains arrondissements, des rats porteurs de bacilles pesteux, et cependant, sauf quelques cas sporadiques extrêmement rares, on ne parle pas de la peste à Paris. Enfin, on dispose d’un sérum antipesteux très efficace. La peste ne peut donc atteindre un caractère épidémique dans une grande ville, sauf si celle-ci était démolie de fond en comble et que ses habitants en viennent à vivre dans les caves ou parmi les décombres.
- Si la tularémie, découverte seulement en 1917 et encore inconnue en France, est relativement bénigne, puisqu’elle n’entraîne pas plus de 4 pour 100 de mortalité, généralement de 1 à 2 pour 100, elle est néanmoins une maladie grave, puisqu’elle arrête pendant de longs mois l’activité de l’individu atteint. Cependant, comme son agent, un petit coccobacille (B. tula-rense) exige des milieux de culture spéciaux, comme il perd très vite sa virulence dans les cultures, et qu’il résiste mal à tous les agents extérieurs, tels que l’air vif, le soleil, etc., il n’est pas à redouter.
- Protozoaires. — Nous ne parlerions pas de la maladie du sommeil, si elle n’avait été évoquée lors
- de la dernière guerre civile en Espagne. Peut-être certains de nos Iecleurs se rappelleront-ils l’arrestation de deux individus prétendus porteurs de cultures de la maladie du sommeil. Si celle révélation a fait couler beaucoup d’encre dans la presse, elle a fait sourire les bactériologistes, car l’agent de celle maladie, un Protozoaire, Trypanosoma gambiensis (fig. 10) ne se cultive sur aucun milieu artificiel. D’autre part, il n’est inoculé à l’homme que par la piqûre d’une glos-sine, nommée vulgairement la mouche Isé-lsé, qui ne peut vivre sous les latitudes européennes.
- *
- * *
- Nous arrivons à la conclusion que tout en exigeant de résoudre des difficultés presque insurmontables, la guerre bactériologique ne pourrait tout au plus que déclancher quelques épidémies locales isolées ou même quelques cas sporadiques.
- Il serait naïf de compter sur une progression arithmétique d’une épidémie locale, un contaminé contaminant son voisin et ainsi de suite jusqu’à l’infini. La place nous manque pour parler ici des raisons qui empêchent fort heureusement une telle éventualité (x). Disons simplement que chaque automne, un certain nombre de Parisiens reviennent de vacances en incubation de fièvres typhoïdes ou paratyphoïdes. Victimes de ces infections, ils s’alitent quelques jours après leur arrivée. Et si, comme le démontrent les statistiques, ils provoquent quelques rares contaminations, le nombre de ces dernières ne dépasse jamais, dans une agglomération aussi dense que Paris, une centaine de cas du début d’octobre à la fin de décembre.
- Quelques auteurs ont cité aussi la possibilité de contaminer des aliments, en conserves surtout, par certains germes pathogènes ou toxiques, tels que certains Salmonella (d’Ayertrycke, Gartner, etc.), ou par le bacille hotulinique, bacille sporulé, très résistant, dont certaines souches élaborent une toxine extrêmement meurtrière. Ce serait peine perdue que d’ensemencer des conserves en boîtes, puisqu’elles sont passées à l’autoclave. Les infecter après stérilisation provoquerait une altération telle qu’elles seraient immangeables. Contaminer systématiquement des pâtés, des rillettes, des saucissons, supposerait des complicités impossibles à concevoir.
- Le seul danger microbien du temps de guerre paraît être dans les abris contre les bombardements aériens. L’absence de soleil, d’air vif, l’entassement des gens pendant l’alerte, le refroidissement en sortant du lit et en descendant à la cave pourraient provoquer quelques grippes ou quelques bronchites.
- Petites misères de la guerre qu’un peu de précautions et la désinfection des abris suffiront à éviter, réduisant le seul et vrai danger d’une participation microbienne spontanée dans la guerre moderne.
- W. N. Kazeeff.
- t. Voir La Nature n° 2975 clu 15 avril 1930. Les moyens de défense de l'organisme.
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- LA CLARTÉ NOCTURNE
- Faire régner l’obscurité devait être, dès le début des hoslililés, une des principales préoccupations de la Défense Passive. Il faut se rappeler en effet qu’en temps normal les agglomérations urbaines pouvaient se signaler de très loin. Non pas qu’il s’agissait uniquement, en l’espèce, des seuls points lumineux constitués par les fenêtres et lampadaires quelconques, mais aussi de la clarté générale résultant de celte multitude de sources variées. Alors qu’aucune préoccupation n’existait à cet égard, on ne prêtait guère attention aux apparences ainsi provoquées et dont il n’est pas inopportun de reproduire divers témoignages suggestifs apportés par les photographies ci-contre. Ces images font ressortir des effets d’illumination de la couche aérienne, par rayonnement dii’ect et par diffusion, au-dessus de villes de quelque importance (10.000 à 3o.ooo habitants). Le dôme de clarté (fig. i) se dessinant dans ces conditions était d’ailleurs variable, en extension et en intensité, suivant l’état atmosphérique plus ou moins bi'umeux ; mais il persistait en tout temps, car même lorsque l’air est très pur, il
- Fig. I. — Eclairement du ciel par une ville.
- faut tenir compte de la présence des poussières minérales et organiques toujours en suspension au voisinage du sol. A cette apparence s’ajoutait l’éclairement, et sous un angle très étendu, de la surface inférieure des nuées venant à passer au-dessus. Parfois meme sur l’écran illuminé semblant ainsi tendu à quelque altitude se pouvaient noter alors les curieuses apparences (fig. a) d’ombres se projetant démesurées derrière les monuments sur lesquels, en vertu d’une mode récente, de puissants faisceaux divergents étaient braqués pour les rendre irradiants dans l’obscurité. Dans tous les cas, l’illumination générale déterminée ainsi était suffisante, en raison de son étendue, pour révéler à très grande distance l’emplacement d’une ville (fig. 3).
- Les essentielles précautions prises ont fait disparaî-
- Fig. 2. — L’ombre démesurée d'une église projetée sur le ciel recouvert d’une légère nappe brumeuse.
- Ire ces apparences sans plonger pour cela les grandes agglomérations dans les ténèbres, puisque leurs habitants peuvent encore bénéficier d’un éclairage voilé pour la sécurité de la circulation. Mais ces facilités n’existent plus dans nombre de petites localités : il peut y régner alors cette même nuit où, de tous temps et en l’absen:° de clair de lune, se trouve noyée la pleine campagne. Ce sont donc, finalement, ces conditions qu’il est intéressant et utile d’envisager, puis-qu’en maintes circonstances l’obligation s’impose désormais de s’en contenter pour aller et venir.
- QUAND FAIT-IL NUIT?
- On dit volontiers qu’il fait nuit lorsque seulement il ne fait plus suffisamment clair.... Celte élémentaire appréciation n’ayant aucune valeur, au point de vue où nous nous plaçons ici, il importe donc de préciser
- Fig. 3. — Le dôme de clarté et l’éclairement de nuages bas révélant une ville à 60 Inn de distance.
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- Fig. 4. — L’arc crépusculaire un peu avant sa disparition.
- tout d’abord à quel moment l’obscurité se trouve complètement réalisée. Si dans l’ordre simplement eos-mographique les heures de nuit correspondent à l’intervalle compris entre le coucher et le lever du Soleil, chacun sait qu’il en va très différemment grâce aux phénomènes crépusculaires. Rappelons que ceux-ci sont dus à l’illumination des portions élevées de l’atmosphère qui reçoivent toujours les rayons du Soleil tandis que pour nos yeux celui-ci est masqué derrière la courbure du globe terrestre. Le ciel encore très brillant dans tout son ensemble au moment de la disparition de l’astre du jour perd progressivement son éclat, puis la clarté se concentre sous forme d’arc (fig. 4) de plus en plus surbaissé à mesure que le Soleil descend derrière l’horizon ; la première partie de celte décroissance, ou crépuscule civil, prend fin lorsque
- Fig. 5. — Clarté post-crépusculaire sur laquelle les images se détachent avec évidence.
- l’abaissement du Soleil atteint 6° : alors, et si le temps est pur, commencent à paraître sur la plus grande partie du ciel déjà assombri les planètes principales et les étoiles de ire magnitude. La lueur crépusculaire diminuant ensuite avec rapidité semble finalement s’éteindre à l’horizon lorsque au-dessous de ce dernier le Soleil se trouve abaissé de i8° : à ce moment les plus faibles étoiles visibles à l’oeil nu se montrent et on considère la nuit comme devenue effective. Toutes ces mômes phases, dans le jour inverse, précèdent le lever du jour réel.
- Celte transition de la lumière à l’obscurité, dont la totalité constitue le crépuscule astronomique, est d’une durée variable. On conçoit aisément qu’elle dépend de l’obliquité de la course apparente du Soleil en
- Fig. 6. — Neige sur le sol. Photographie prise en pleine nuit avec 30 mn de pose..
- fonction de l’époque de l’année et de la latitude du lieu d’observation. D’une manière générale réduite à son minimum pour l’équateur, elle s’allonge davantage à mesure qu’il s’agit de régions se rapprochant des pôles ; et il est su de tous qu’à l’époque du solstice d’été et pour les pays avoisinant les cercles polaires, la nuit ne se fait plus réellement puisque le crépuscule persiste pendant le bref intervalle séparant le coucher et le lever du Soleil. Sans y insister davantage, précisons que c’est à partir de la latitude de Paris, que ces dernières conditions commencent à se réaliser d’une manière sensible.
- Lors donc qu’on veut considérer l’établissement de la nuit effective, il faut tenir compte de la situation de chaque lieu. Faute de place à ce sujet, bornous-nous à quelques indications d’ordre général, pour les latitudes de 4o° à 5o° entre lesquelles se trouve com-
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- prise la majeure partie de notre territoire national. La durée du crépuscule qui est minimum les 2 mars et i3 octobre, et maximum le i5 juin, fluctue pour le 4oe degré de 1 h. 3i mn à 2 h. 5 mn ; pour le 45e degré, de 1 h. 35 mn à 2 h. 35 mn ; pour le 5oe degré (et même depuis la latitude de Paris, 48°5o/), le minimum est de 1 h. 4o, mais la prolongation devient telle vers le solstice d’été qu’elle empêche la nuit de se faire, du milieu de juin au milieu de juillet.
- En conséquence, et pour nos régions, le crépuscule civil apporte une prolongation très appréciable de jour d’une durée de 3o à 45 mn et c’est seulement x h. 1/2 au moins après le coucher du Soleil que survient la véritable nuit, suivant la définition astronomique admise. Mais ceci n’est pas encore rigoureusement exact. Le phénomène crépusculaire tel qu’il vient d’êti'e défini se rapporte à une couche aérienne de 80 km d’épaisseur, tandis que l’enveloppe atmosphérique de plus en plus raréfiée s’élève en réalité jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres. Lors donc qu’on examine attentivement le ciel au-dessus du lieu où a
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- Fig. 8. — Une rue de village plongé dans l’obscurité. Photographie prise par ciel couvert avec 1 h de pose, objectif d’ouverture = 1.
- Fig. 7. — Pelouses, allées et pavillons photographiés en pleine nuit, avec 1 h de pose, objectif d’ouverture = 1,3
- disparu l’arc crépusculaire bien sensible, on en constate la continuation très atténuée ; cette vague lueur diffuse, extension en altitude du crépuscule, est rendue surtout évidente lorsque des nuages s’interposent devant elle (fig. 5), car on les voit alors se silhouetter vigoureusement.
- QUALITÉ DE LA NUIT
- Une fois pleinement réalisée, la nuit n’est jamais aussi obscure que le laisse supposer une première impression. Car dans la vie courante, nous sommes toujours victimes de contrastes violents avec le milieu éclairé d’où nous sortons, ou avec les diverses lumières extérieures qui éblouissent l’œil. Pour apprécier à sa juste valeur la qualité de la nuit, il importe donc
- qu’une fois dégagées de toute ambiance gênante, les facultés oculaires viennent s’adapter — ce qui réclame un laps de temps d’environ un quart d’heure — aux conditions existantes. Il est alors facile, et maintenant plus qu’en tout autre temps, de remarquer que le ciel nocturne n’est jamais noir, mais bien que les étoiles s’y montrent sur un fond très sensiblement illuminé.
- L’origine de cette clarté générale a des causes multiples. Question trop vaste pour être développée en entier dans le cadre de ces lignes, nous la résumerons en disant qu’une telle clarté procède — d’après les données actuellement acquises — de la lumière propre des étoiles, d’une luminescence des très hautes couches de l’atmosphère, et enfin d’une certaine diffusion des rayons solaires et stellaires par des particules cosmiques répandues dans l’espace. Ajoutons qu’une fois les causes invoquées
- Fig. 9. — Nappes d’eau photographiées d’un point élevé et reflétant la clarté du ciel. Des lumières sont visibles à l’horizon, à 20 km.
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- bien reconnues, il faudra encore déterminer la part exacte de chacune d’elles dans la production du phénomène qui, par ailleurs, est variable en intensité ; c’est donc là un problème fort délicat et complexe. En attendant sa solution définitive, limitons-nous à la constata lion des faits.
- LA CLARTÉ NOCTURNE ET SES CONSÉQUENCES
- Le plus simple examen révèle la luminosité du ciel nocturne, car tous objets terrestres interposés devant lui se découpent en franches silhouettes noires ; il en est de meme pour les nuages, bien que ces derniers se détachent avec de moindres contrastes, comme noyés dans la lueur emplissant la couche aérienne, et qu’ils diffusent ou laissent transparaître : aussi bien un temps absolument couvert n’éteint pas la clarté nocturne, mais l’atténue seulement.
- Mais le ciel ne se contente pas d’exhiber une certaine luminosité ; nous en recevons, grâce à cela, un
- NATURE
- • NAT •
- Fig. 10. — Lettres et signes visibles à la seule clarté du ciel nocturne.
- Le point de droite est. à la limite de visibilité tandis que le trait placé au-dessous, quoique plus fin, se voit encore distinctement. Le double cadre apparaît comme un estompage gris.
- éclairement appréciable. En effet il a été déterminé que, par temps tout à fait pur, chaque point du sol est illuminé par l’ensemble du ciel comme il le serait par une bougie internationale placée à 5j m de distance. Encore que cet éclairement paraisse très faible dès l’abord, on apprécie vite à l’usage qu’il est suffisant pour distinguer ce qui nous environne. Voici quelques précisions à ce sujet.
- D’une manière générale, la disposition du paysage est bien discernable, et tous les objets clairs se découvrent avec une notable évidence. Ainsi voit-on correctement la campagne couverte de neige (fig. 6), le sol d’un chemin ou d’une route (surtout si celle-ci n’est pas goudronnée), puis les particularités de construction des maisons (fig. 7 et 8), tandis que les flaques, rivières ou nappes d’eau, réfléchissant le ciel, sont émi-
- nemment visibles sous une certaine incidence : il faut avouer que ce sont des repères précieux pour les observateurs aériens qui alors peuvent en voir miroiter le tracé sur l’étendue sombre et confuse de la campagne (fig. g). Enfin en plus de ces ensembles, de menus détails ou objets sont discernables quand ceux-ci se détachent en clair sur fond noir, ou inversement. En effet, il est non seulement possible de lire le titre d’un journal mais encore des caractères ou signes beaucoup plus fins dont la figure 10 donne un exemple édifiant ; également, sur une montre ordinaire, on distingue la position d’aiguilles un peu fortes cl les taches sombres formées par les chiffres des heures.
- Mais précisons que la netteté de la vision reste cantonnée dans un cadre assez restreint. Si nous sommes à meme de découvrir une disposition générale dans un rayon assez étendu, au delà de quelques mètres, et à mesure que la distance augmente, les détails deviennent confus et semblent se perdre progressivement ; cela d’autant plus vile, naturellement, qu’ils sont plus réduits en dimension. Ainsi tandis qu’à 2 ou 3 m on distinguera les éléments d’un mur ou d’un las de pavés, on ne verra, au delà, et de moins en moins, que des ensembles blanchâtres. Un chemin vicinal (5 à 6 m de large) dont les inégalités se voient bien sous vos pieds s’estompera à quelque distance et cessera d’être discerné utilement au bout de 200 m environ. Quant à une personne vêtue de blanc dont on peut reconnaître de près les particularités de la toilette, elle devient vile une simple tache claire mais qui peut être encore reconnue à 70 ou 80 m, surtout si elle se déplace devant un fond sombre. S’agit-il de silhouettes noires sur le ciel nocturne, il en est de même : se découpant très nettement de près, un poteau télégraphique cesse d’être aperçu à partir de 5o à 60 m. Bien entendu, dans tous les cas, l’acuité visuelle est un facteur important dont il est impossible de tenir compte ici ; il faut donc admettre les chiffres ci-dessus comme se rapportant seulement à des conditions moyennes.
- Dans un autre ordre d’idées, ces données sont illustrées par les photographies ci-dessus, qui font ressortir davantage l’intensité relative de la clarté nocturne. 11 n’est point besoin d’insister sur la supériorité de la plaque sensible comparativement à laquelle notre œil ne possède qu’un avantage momentané : celui de voir de suite ce qu’elle met un certain temps à enregistrer. Mais ensuite, l'œil photographique surpasse le nôtre puisque, accumulant l’énergie lumineuse — question d’objectif et de temps de pose — il nous fournit alors des images d’une clarté et d’une netteté comparables à celles qui s’obtiennent dans les conditions du jour normal.
- Par tout cela, finalement, on appréciera jusqu’à quel point l’obscurité nocturne n’est pas aussi profonde qu’on est porté à le croire.
- Lucien Rudaux.
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- LE PÉTROLE ET LA GUERRE.
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- LA CHIMIE A L'AIDE DE L'AVIATION
- I. — EXPOSE
- Qu’il s’a gisse de l’armée, de la marine ou de l’aviation, la guerre, comme les opérations en Pologne l’ont déjà montré, sera motorisée. Par suite, son intensité — probablement aussi son issue — se trouvera en rapport avec les ressources en pétrole des belligérants, lesquelles devront répondre à des besoins considérables.
- On les a évalués, par année de guerre, à plus de ioo millions de t pour l’Europe entière, dont au moins 20 millions pour l’Allemagne.
- L’approvisionnement en essence pour l’aviation nécessitera, en quantité et en qualité, des soins particulièrement attentifs. En effet, on estime qu’une armée de l’air comprenant 3.ooo avions (appareils de chasse de i.ooo ch ; appareils de bombardement de 2.000 ch) consommera quelque 5 millions de t par an d’une essence se caractérisant notamment par son pouvoir indétonanl élevé correspondant à un indice d’octane d’au moins 83. Par une étude parue dans La Nature du ier septembre 1938, nous avons montré la proportionnalité étroite qui s’établit entre, d’une part, l’indice d’octane d’un carburant puis, d’autre part, la facilité de décollage, la vitesse d’ascension, et la consommation de carburant d’un avion.
- En pratique, par exemple, la consommation d’essence s’abaisse de 325 à a3o gr par ch/h quand l’indice d’octane du carburant s’élève de 73 à 100. Ceci se traduit, en définitive, par l’accroissement du rayon d’action, l’efficacité combative, la sécurité de marche d’une escadrille alimentée avec un carburant à fort indice d’octane. En effet, cet avion peut gagner plus vile en altitude, peut faire face à des surcharges imposées au moteur en raison des conditions atmosphériques ou des phases d’un combat aérien.
- Au total, par conséquent, la guerre qui se déroule actuellement pose des problèmes très délicats en ce qui concerne :
- i° La production car, sur une extraction de pétrole brut égale à 270 millions de t en 1938, correspondant à environ 190 de produits raffinés, on consomme environ 120 millions de t de ces derniers aux Etats-Unis, 4o millions en Europe et 3o millions dans les autres parrtics du monde.
- Pour faire face aux besoins de la guerre et à ses répercussions sur toute la surface du globe, il faudrait vraisemblablement 2Ôo à 280 mil-
- Fig. 1.
- Répartition
- du
- lions de t de produits raffinés, ce qui représente approximativement 4oo millions de t de pétrole brut ou 4o pour 100 en plus de l’extraction de 1938. On discerne mal comment on réussira à satisfaire, en temps voulu, ces énormes besoins. Effectivement, il ne faut généralement pas moins de 4 à 6 mois pour mener à bien un sondage de puits pétrolifère et il reste ensuite à assurer son raffinage, son embarquement puis, problème particulièrement ardu, son transport jusqu’aux ports européens. Nous indiquerons un peu plus loin les conditions délicates de cet acheminement.
- Probablement, on ne parviendra à alléger ces difficultés de ravitaillement en pétrole qui tiennent à ce que la production de pétrole est insignifiante en Europe occidentale, qu’en intensifiant la mise à fruit des gisements de schistes bitumineux possédés par la France sur son territoire (Autun, bassin de l’Aumance, Provence), au Maroc (schistes à 10 pour 100 d’huile), en Indochine, puis par 1*’Angleterre, en Ecosse, en Afrique du Sud, en Australie, etc...
- 20 Au cours de ces dernières années, les États-Unis ont participé pour 63 pour 100 environ à la production mondiale du pétrole, laquelle, ainsi que l’indique la carte de la figure 1, due au Petroleum Information Bureau de Londres, provient des champs pétrolifères se trouvant principalement dans les Amériques, en Perse, en Irak, dans les Indes, en Roumanie et en Russie. C’est donc par la voie maritime que le groupe France-Angleterre reçoit usuellement la quasi-totalité de scs approvisionnements en produits pétrolifères. Ce n’est pas une situation sans dangers.
- En effet, la flotte mondiale de tankers ne comprend que 1.420 unités totalisant i4 millions de t. Or, les tankers, par la nature des produits qu’ils transportent, représentent, môme à vide, une proie de choix pour
- des champs pétrolifères dans le monde et sources principales
- ravitaillement en pétrole du Royaume-Uni.
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- Fig. 2. — Usine de carbonisation et raffinerie des huiles de schiste « Dean OU Works » à la « Scottish OU Ltd » près de Glasgow traitant 1.000 tonnes de schistes par jour.
- l’ennemi et d’autant plus que leur vitesse ne dépasse généralement pas i4 nœuds. On connaît, en outre, leurs points de départ et d’arrivée, ce qui facilite leur agression par les sous-marins ennemis. 11 convient d’ajouter que les navires-citernes pétroliers sont plus vulnérables à la bombe aérienne que les cargos ordinaires, tandis qu’avec la torpille sous-marine, c’est tout l'opposé, ce qui s’explique par le compartimentage des tankers.
- Par suite, on risque d’éprouver les plus grandes difficultés pour porter de 4o à 100-120 millions de t, les approvisionnements en pétrole de l’Europe Centrale et Occidentale. Le problème du paiement des pétroles et des frets ne deviendra pas non plus aisé. Tous les cours, selon certains experts, quintupleraient par rapport à ce qu’ils étaient en août 1989. Autrement dit, l’essence passerait (f. o. b.) de 5o à 3oo fr l’hl et le fret, par t, de 120 à 5oo-55o fr, du golfe du Mexique à Rouen. Pour ce seul chef, les décaissements à faire annuellement aux Etats-Unis dépasseraient, pour l’Europe Occidentale, 200 milliards de nos francs d’octobre 1989. Par là meme, on voit toute l’importance de la mise à fruit de nos gisements de schistes bitumineux en France et au Maroc. Ceux de cette dernière origine pouvaient fournir de l’essence à 65 d’indice d’octane à moins de x fr le 1 en juillet 1989, sous condition de traiter 1 million de t de schistes. par an.
- Evidemment, les besoins en pétrole n’apparaîtront que dans un cei’tain temps. Tout d’abord, parce qu’une crise mondiale prolongée — s’étant accentuée en 1987 et en 1938
- — avait amené l’industrie pétrolière américaine à stocker des quantités considérables de pétroles bruts et raffinés. Cependant, ces réserves se trouveront probablement épuisées au cours du premier trimestre de l’année 1940. En outre, la plupart des grands pays européens avaient constitué des stocks importants de produits pétrolifères. En particulier, l’Allemagne aurait accumulé i,5 million de t d’essence. La limite de ces emmagasinages était constituée par les risques de formations importantes de gommes dans les essences, au bout de quelques mois de stockage.
- Par ces données, on se rend compte que la guerre pose à l’industrie pétrolière un double problème de quantité et de qualité. Pour le résoudre, on intensifiera évidemment les campagnes de sondage, particulièrement des deux Amériques ainsi que dans ceux de l’Iran et de l’Irak, les premiers étant vraisemblablement appelés à rester en dehors du théâtre des opérations mais on ne peut îden préjuger pour les seconds. Il est même à craindre qu’ils attirent une action du groupe germano-nisse parce que celui-ci ne peut disposer, comme il faut bien s’en souvenir, de quantités suffisantes d’hydrocarbures pour ses entreprises guerrières.
- Ce qui doit retenir surtout noti’e attention c’est l’effort, probablement immense qui s’imposera pour utiliser les énoi'mes réserves de pétrole représentées, à l’état potentiel, par les schistes bitumineux, les gaz de crac-king et les gaz naturels. En outre, la technique moderne du pétrole en opérant avec plus de discernement, au cours des opérations de raffinage, permet de réduire les pertes dues au cracking et à l’épuration chimique. C’est ici que la chimie vient à l’aide notamment de 1 aviation parce qu elle lui fournit les carbui’ants de
- Fig. 3. Usine de carbonisation et de raffinage de Pumpherston (Écosse).
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- choix dont elle a besoin. Nous allons voir comment.
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- Fig. 5. — Installation de cracking en phase liquide, système Dubbs, à la Quaker State OiII Refining Corporation à Bradford, dite « Mac Kean Plant ».
- IL - LES SCHISTES BITUMINEUX OU PYROSCHISTES
- Dans le monde les gisements de schistes bitumineux sont considérables et se trouvent répartis sur de nombreux points du globe. Les plus connus sont ceux d'Écosse, d’Es-thonie, du Japon et de France.
- En voici les caractères généraux.
- Les gisements écossais de schistes bitumineux dont les réserves sont évaluées à quelque 48o millions de t, s’étendent sur une superficie d’environ 195 km2. Ils se trouvent dans la Basse-Écosse, dans les comtés du West et du Midlo-thian, sur la bordure méridionale du Firth of Forth, golfe étroit débouchant dans la mer du Nord.
- Les pyroschistes des Lo-thians sont de couleur noire ou brune résistant à l’action des intempéries. Ils peuvent être aisément découpés en lamelles au moyen d’un canif.
- Les couches de pyroschistes ont de 1 m 25 à 5 m d’épaisseur. Le rendement à la carbonisation, par t, représente de 72 à 180 1 d’huile.
- Les gisements esthoniens de schistes bitumineux, dits kukersites, sont hautement réputés. Ils se trouvent au Nord de l’Esthonie, au voisinage du golfe de Finlande, et s’étendent sur une superficie de 3o x 120 km. On évalue leur richesse à quelque 5 milliards de t, réparties entre six couches exploitables, dont la puissance varie entre 25 et 90 cm. Ils représentent une réserve potentielle de 1 à i,25 milliard de t de pétrole brut, soit environ cinq fois la produc-
- Fig. i. — Divers types de réaction des oléfines.
- C/l H 771
- " — — Polymérisation
- Déshydrogénation j [Hydrogénation
- tion mondiale de pétrole en 1987, puisque ces kukersites donnent par carbonisation de 20 à 25 pour 100 d’huile brute. Malgré leur teneur en cendres, qui varie entre 4o et 65 pour 100, le pouvoir calorifique de ces schistes pris à l’état sec — leur teneur en eau de carrières se monte à i3-i5 pour 100 — s’élève en moyenne à 3.000 cal par kgr. Ceci a permis, au cours de ces dernièi’es années, d’utiliser directement le tiers environ de l’extraction de schiste pour le chauffage des foyers domestiques et industriels ainsi que celui des locomotives.
- A l’heure actuelle, l’Esthonie peut être considérée, sur ces bases-là, comme une source appréciable de ravitaillement en pétrole de l’U. R. S. S.
- En Mandchourie, les gisements de schistes s’étendent sur une superficie d’environ 28 km2. La puissance des couches atteint environ i5o m, constituant une réserve évaluée à 54o millions de t. Cependant, ce schiste est pauvre, il ne renferme que 5 à 6 pour 100 d’huile. Heureusement, son association à un gisement de charbon a permis de créer l’industrie mandchou-rienne du schiste. La distillation du schiste est effectuée dans des gazogènes similaires de ceux employés en Esthonie. Nous les décrirons plus loin.
- Moukden, tout en aspirant à devenir la Manchester de l’Est asiatique, fait déjà figure, avec ses satellites Fushun (charbon) et Anshan (fer) d’une Ruhr asiatique. Sur les 10 millions de t de charbon exti'aites en Mandchourie — on a découvert des gisements dans une dizaine de régions — Fushun donne, à elle seule, 8 millions de t de charbon dont le prix de revient
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- Fig. 6. — Installation de cracking en phase liquide, système Dudds pour le traitement des huiles de schistes à la Penzoil Compagny OU City.
- s’établit aux environs de i,55 yen. Fushun possède, il est vrai, Lune des plus grandes — sinon la plus grande — mines à ciel ouvert du monde.
- Près de 4o.ooo ouvriers — Japonais et Chinois — travaillant jusqu’à 12 h par jour, sont occupés à Fushun où l’on a édifié, par ailleurs, toute une série d’usines pour le traitement des schistes bitumineux, la fabrication synthétique de l’essence selon le procédé Fischer, une centrale électrique de 180.000 kw/h, etc.
- Anshan, la satellite métallurgique de Moukden, produit 700.000 l de fonte par an et on y projette la construction de nouveaux hauts-fourneaux, de nouveaux laminoirs.
- Enfin, la France dispose de plusieurs milliards de t de schistes bitumineux, pour la plupart basiques. Leur rendement en huile par t varie de 35 à 5o kgr ce qui est peu, mais leur extraction est généralement facile, en raison de la grande épaisseur des couches et de leur proximité du sol. On les Irouve en Franche-Comté, en Lorraine, et dans le Lot. Les schistes permiens des bassins d’Aulun et de l’Aumance (Allier) peuvent céder, par t, 65 à 90 1 d’huile. On trouve encore des schistes bitumineux dans les Basses-Alpes, mais on est très mal renseigné sur les conditions de leur gisement et sur leur richesse en huile, que l’on dit varier de 120 à i5o 1 par t.
- III. - ORIENTATION DE LA CHIMIE DU PÉTROLE
- Quatre techniques nouvelles jalonnent la voie de la chimie moderne des pétroles : la sélection, la polymérisation, l’alkylation et l’hydrogénation. C’est ce que traduit le schéma de la figure 4- Nous ne traiterons pas ici de l’hydrogénation parce que le principe et le mode opératoire correspondants ont déjà fait l’objet de plusieurs éludes parues dans La Nature. Il suffira d’indiquer que l’hydrogénation sous une pression de 800 à 1.000 atm, telle qu’elle se pratique, aujourd’hui,
- suivant les procédés Georges Claude, permet améliorer notablement les rendements en essence et d’atténuer la formation de gaz permanents lesquels prennent naissance à la suite de formations parasites, comparativement aux procédés allemands. Dans ces derniers, appliqués notamment aux usines de la I. G. à la Lcuna, en Saxe, on ne va qu’exccptionnelle-ment au delà d’une pression de 3ooalm. Il est bien évident, d’autre part, que les hyperpressions, particulières à la méthode Claude, permettent de réduire les dimensions des chambres d’hydrogénation par rapport à celles que nécessitent les procédés allemands, dimensions qui sont souvent prohibitives comme La Nature l’a antérieurement établi.
- Par ailleurs, l’hydrogénation appliquée à des produits liquides : huiles de schiste, goudron primaire de houille ou de lignite, résidus pétrolifères, huiles résultant de la carbonisation, de graines oléagineuses (hévéas, purghère, etc.) permet de préparer des essences dont l’indice d’octane peut varier entre 65 et 85, étant entendu que le rendement varie en sens inverse du pouvoir indétonant de l’essence obtenue. U est également connu que l’hydrogénation, de meme que les procédés de réduction catalytique de l’oxyde de carbone par l’hydrogène (procédés Fischer et Myddle-
- Fig. 7. — Vue d'ensemble d’une installation de pyrolyse et de cracking des gaz de cracking.
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- ton) représentant le meilleur moyen pour préparer des lubrifiants particulièrement aptes aux besoins de l’aviation. Ces lubrifiants conservent, en effet, une viscosité à peu près constante à tous les régimes de température auxquels un moteur d’aviation de grand raid ou de combat peut être exposé, depuis son départ du sol jusqu’aux vols à haute altitude.
- IV. — LA SÉLECTION DES HYDROCARBURES
- Les procédés de sélection correspondent, comme leur nom l’indique, à un triage effectué sur un distillât, au moyen d’un dissolvant tel que l’anhydride sulfureux (procédé Edeleanu), afin de classer les hydrocarbures en fonction le plus souvent, de leurs caractéristiques physiques. On distingue ainsi trois groupes de composés :
- i° Le groupe paraffinique dont les principales caractéristiques sont : une faible densité, un volume moléculaire élevé, un excellent indice de viscosité et une faible volatilité.
- a0 Le groupe naphténique, de caractères opposés.
- 3° Une fraction indésirable à caractères opposés encore plus marqués et qui renferme les composés non saturés et les impuretés oxygénées et sulfurées.
- Ces trois groupes coexistent dans le distillât en proportions quelconques. Tout l’art du raffineur va consister à les séparer pour les mélanger ensuite en proportions réglées de manière à donner à l’huile un caractère paraffinique prédominant, dont on atténue les défauts par l’introduction de composés napliléni-ques, le tout étant stabilisé par la présence en quantité limitée des composés de la fraction indésirable qui apporte au lubrifiant les inhibiteurs naturels nécessaires à la bonne conservation de l’huile de graissage. Le traitement des distillais par dissolution fractionnée permet de préparer de telles fractions, que l’on recombine ensuite en proportions convenables pour composer les huiles de graissage.
- Voici, par exemple, un mode d’application du procédé Edeleanu :
- La fraction d’une essence de cracking qui distille entre go° et i4o° G. est traitée à — 3o° à contre-courant avec de l’anhydride sulfureux liquide. Les deux couches liquides sont séparées et l’évaporation de l’anhydride sulfureux laisse un extrait qui contient 61 pour 100 de carbures aromatiques et non saturés. Si l’opération a lieu à — 5o°, l’extrait contient 80 pour 100 de ces constituants. L’essence peut être fractionnée au préalable, dans le but d’appliquer à chaque partie séparée le traitement optimum. On obtient ainsi une série d’extraits pouvant être ensuite mélangés entre eux pour former un carburant.
- V. - LA POLYMÉRISATION
- La pratique de la polymérisation est née du souci d’utiliser les gaz saturés ou non saturés obtenus au cours des opérations de cracking — on passe, industriellement aujourd’hui de l’état saturé à l’état non
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- saturé au moyen d’une conversion catalytique — en raison de la nécessité de préparer des carburants ayant jusqu’à 100 d’indice d’octane. On utilise généralement ceux-ci en addition à des hydrocarbures à plus faible pouvoir indélonant, obtenus à partir du pétrole, soit par distillation, soit par cracking.
- Dans sa technique actuelle, la polymérisation des gaz se présente sous trois formes différentes, savoir :
- — Traitement des gaz qui renferment le propylène et les butylènes ;
- — Polymérisation sélective appliquée aux gaz riches en butylènes ;
- — Réactions de pyrolyse et de polyméi'isalion afin d’utiliser les carbures saturés (butanes, par exemple) pour les transformer en non saturés par pyrolyse et les polymériser finalement.
- En voici le mode d’application :
- a) Traitement des gaz renfermant du propylène et des butylènes.
- La méthode correspondante consiste en une polymérisation à froid, laquelle comporte deux parties : l’une d’absorption et l’autre de polymérisation.
- La charge est une fraction C4 qui contient environ i8,5 pour 100 d’isobutylène et 28 pour 100 de butylènes normaux. Elle est liquéfiée sous pression, puis mise au contact d’acide sulfurique à 60-70 pour 100 à une température comprise entre 20° et 35°. Dans ces conditions, c’est l’isobutylène qui est absorbé par l’acide, de préférence aux autres carbures non saturés. La phase acide se charge ainsi d’isobutylène et quand elle a atteint la saturation, elle est séparée de la phase huileuse, puis envoyée à l’installation de polymérisation constituée par des serpentins chauffés à ioo°. Sous l’action de la chaleur, l’acide sulfurique polymérise l’isobutylène absorbé. Il se forme deux couches, l’une de polymères et l’autre d’acide. L’acide est renvoyé à l’unité, tandis que le polymérisé renferme environ 75 pour 100 de diisobutylène, l’huile restante étant constituée par des trimères. On passe du diisobutylène à l’isooctane par une hydrogénation ménagée. Très sélectif, ce procédé conduit à un isooctane de valeur indétonante égale à 100. Mais les rendements sont faibles, le taux de transformation de l’isobutylène en isooctane étant d’environ 67 pour 100. On améliore le rendement, le portant à 100 pour 100 en opérant à 6o°.
- b) Polymérisation sélective des butylènes avec production d’isooctanes.
- On part des gaz de cracking contenant les butanes et les butylènes.
- On élimine d’abord l’hydrogène sulfuré de ces gaz puis on les liquéfie sous pression avant de les pomper à 1800 sous la pression de 200 atm dans l’installation catalytique d’acide phosphorique. La réaction de polymérisation qui se produit alors est fortement exothermique. D’où la nécessité de refroidir extérieurement les tubes de réaction. On stabilise ensuite par les moyens connus les produits obtenus et on les fractionne afin de séparer les isooctènes (dimères) et les didécènes (trimères). Les isooctènes bouillent entre 93° et 1270 et ont 85 d’indice d’octane.
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- Schéma du « Universal Oil Products ».
- Fig. 8.
- a, réchauffeur ; b, arrivée du gaz à traiter ; c, gaz de chauffage ; d, gaz de réactivation du catalyseur ; e, évacuation des gaz ayant servi à la réaction du catalyseur ; /, chambres de catalyse ; g, condenseur ; h, bac de coulage ; i, gaz inertes ; j, vapeur ; h, rebouilleur ; l, refroidisseur ; m, essence de polymérisation stabilisée ; n, colonne de stabilisation ; o, échangeur de température ; p, sortie de la vapeur.
- En les hydrogénant, on obtient l’isooctane.
- c) Réactions de pyrolyse et de polymérisation.
- Le gaz que l’on débarrasse d’abord de ses composés sulfurés est choisi riche en butane. Il en contient au
- moins 80 pour 100 et répond, par exemple, à la com
- position suivante :
- Propane 3,3 pour 100
- Butane normal . . . 83.2 —
- Isobutane 12,2 —
- Pentane i,3 —
- Ce gaz est craqué à 575° sous 5o atm. On obtient ainsi une première essence à 74 environ d’indice d’octane. Il y a également formation de gaz non saturés contenant jusqu’à 27 pour 100 de butylènes. On envoie alors ceux-ci à l’installation de polymérisation catalytique dont le principe vient d’être indiqué.
- Ces réactions de polymérisation sont également appliquées à la préparation de superlubrifiants. Les réactions correspondantes ont lieu en présence d’un catalyseur : fluorure de bore, le poids, moléculaire de ces huiles est considérable : 3o.ooo à 3oo.ooo. On les emploie généralement avec des huiles minérales de graissage. Quelquefois, on leur ajoute de 0,1 à 0,2 pour 100 de savons alcalins, l’oléate de soude, par exemple.
- A titre indicatif, l'Universal Oil Product ou U. O. P. emploie un catalyseur constitué par un mélange calciné d’acide phosphorique et d’un absorbant solide tel que le kieselguhr. On peut encore le préparer par chauffage d’un mélange d’acide phosphorique et de kieselguhr à i8o°-5oo° que l’on réhydrate ensuite sous l’action d’un chauffage à la vapeur surchauffée.
- Dans l’une de ses plus récentes installations (fig. 8), l’U. O. P. traite du gaz craqué contenant de 25 à 3o pour 100 de propylène et de butylène, sous une pression d’environ i4 atm alimenté au débit d’environ 3.4oo m3 par h à travers un réchauffeur dont la température de régime est de 2o5°. Le gaz chaud traverse ensuite quatre tours disposées en série ayant
- chacune environ 1 m de diamètre et 8 m de hauteur. Elles contiennent le catalyseur constitué par de l’acide phosphorique. La polymérisation des oléfines est exothermique. De ce fait, la température tend à s’élever d’environ 55° dans les tours de catalyse. Quand la réaction est achevée, le gaz traverse un condenseur dans lequel l’essence se sépare à l’état liquide d’avec le gaz résiduel. On obtient un rendement d’environ o 1 5 (nombre d’octane 81) par mètre cube de gaz traité.
- Quand on a recueilli 200 1 d’essence de polymérisation par kilogramme de catalyseur, on réactive ce dernier. L’opération correspondante a lieu in situ en laissant passer une quantité déterminée d’air. L’oxygène de celui-ci brûle les dépôts formés de corps hautement polymérisés et régénère le catalyseur.
- L’essence de polymérisation contient des paraffines et des cycloparaffines ainsi que des hydrocarbures aromatiques. Évidemment, la ploymérisation est accompagnée ou suivie de réactions secondaires, telles que le cracking, et probablement aussi de condensation avec des constituants non éthyléniques du gaz brut.
- VI. — LES RÉACTIONS D'ALKYLATION
- Dans l’industrie pétrolière modei'ne, on appelle alkylation une réaction s’exerçant le plus souvent entre un hydrocarbure éthylénique et un hydrocarbure paraffinique déterminant la fixation sur ce dernier, d’une chaîne latérale et, par suite, la formation d’un hydrocarbure ramifié possédant un pouvoir antidétonant notablement plus élevé que celui de l’hydrocarbure paraffinique mis en œuvre. Cette réaction s’effectue généralement sous pression en présence de catalyseurs et à température aussi basse que possible.
- On utilise de préférence des hydrocarbures à 4 atomes de carbone : hydrocarbures forméniques, d’une part, et oléfines d’autre part. On obtient ainsi un produit à 8 atomes de carbone prédominant lequel est un octane pouvant être doué d’un pouvoir indétonant élevée. Cette restriction se justifie comme suit : le pouvoir indétonant de l’octane normal ne s’élève qu’à — 19 tandis que celui de l’isooctane est égal, par définition, à 100. Ceci signifie que la réaction d’alcoylation doit porter non pas sur du butane mais sur de l’isobutane, si. l’on veut obtenir un carburant à fort pouvoir indétonant. Cette condition primordiale introduit une extrême complication dans la réalisation des réactions d’alkylation.
- CONCLUSIONS GÉNÉRALES
- La chimie du pétrole a fait l’objet, au cours de ces deux dernières années, de progrès considérables. Elle a permis de trouver les moyens pour préparer les essences à fort indice d’octane demandées par l’aviation militaire et pour les grands vols transocéaniques, La stratégie militaire s’en trouvera probablement transformée. C. Bertiielot,
- Ingénieur-Conseil.
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- LE CAMPING EN IGLOO DANS LA MONTAGNE
- Lorsque l’on fait l’ascension des cimes neigeuses, on part d’un refuge, on monte au sommet et il faut immédiatement redescendre pour rallier le refuge avant la nuit. Bien souvent, si le temps est menaçant, ou si la montée finale a été plus lente qu’escomptée, l’arrêt au sommet est à peine de quelques minutes. Tout ceci naturellement par beau temps mais si, pendant l’excursion le temps se gâte, si la pluie et la neige assaillent les alpinistes, ceux-ci sont en grand péril car il leur faut, coûte que coûte, rejoindre le refuge parmi les tourmentes de neige qui aveuglent, effacent les traces, font perdre le chemin cl chaque année, des caravanes ainsi surprises errent pendant des heures, pendant toute une nuit parfois, à la recherche de l’itinéraire de descente, et souvent hélas, l’aventure se termine de tragique façon.
- La solution idéale, permettant d’admirer à loisir le panorama des cimes, d’y séjourner aussi longtemps qu’on le désire ou que les conditions atmosphériques l’imposent par mauvais temps, d’éviter les dangers d’une marche à l’aventure quand la caravane hat en retraite, a été indiquée et réalisée par M. elMraeL. Mala-vicille dans la Bevue du Club Alpin Français. Elle est très simple : il suffit d’opérer ainsi que le font les Esquimaux sur la banquise du Grand Nord et de construire un igloo, sorte de hutte en neige à l’intérieur de laquelle les Esquimaux résistent parfaitement aux plus violentes tempêtes des régions polaires avec une sécurité et un confort satisfaisants.
- C’est ainsi que M. et Mme Malavieille ont passé plusieurs jours au sommet même du Mont Blanc dans des conditions climatériques très dures comme il ressort de ces extraits de leur « Journal » empruntes au très intéressant article qu’ils ont publié dans La Montagne de mai 1989 : Le mercredi 3 août l’igloo fut installé à 4.807 m, le 5 août le vent tourne à l’Ouest, la température de la nuit est de — i3° ; le samedi 6 août, le minimum tombe à — i5° et la tempête se déchaîne, le vent est tel qu’il est impossible de se tenir debout et la grêle aveugle complètement ; le dimanche, cinquième jour au sommet, la température minima est de :— 180, la tempête s’aggrave, et il est impossible de sortir même en rampant et en s’éloignant de quelques pas de l’igloo, on ne pourrait le retrouver, on ne distingue rien à 1 m et les traces sont instantanément effacées. Le lundi 8 août la tempête s’apaise. On voit que sans l’igloo c’était la mort assurée pour les ascensionnistes.
- Un igloo, dont nous allons maintenant indiquer succinctement le mode de réalisation, peut être construit à deux en 1 h 1/2 au maximum. Il présente sur les tentes les plus isothermiques des avantages notables : à son intérieur, la température ne s’éloigne pas de o°, ce qui est très supportable surtout si l’on est équipé en conséquence, tandis que dans les tentes, on ne gagne guère que quelques degrés sur l’extérieur. D’autre part, le poids du matériel
- pour construire un igloo n’est que de 700 gr, tandis que la plus petite des tentes pèse près de 4 kgr et souvent est impossible à monter pour peu que le vent ait commencé à souffler en tempête.
- Pour construire un igloo, il faut un couteau x’éalisé avantageusement par une bande de duralumin de 5 à 6 cm de large, 4o à 5o cm de largeur et 2 mm d’épaisseur, munie de grandes dents de 1 cm sur l’un des bords, et une pelle rigoureusement plate que l’on peut confectionner avec une plaque de duralumin s’emmanchant sur l’extrémité du piolet (fig. 1).
- Après avoir choisi l’emplacement, on trace sur la neige un ceixde très précis de 2 m à 2 m 5o de diamètre. Ensuite il faut piétiner soigneusement la neige pour la lasser, en bordure de la circonférence, sur une quarantaine de centimètres de large pour constituer les fondations de la coupole constituant l’igloo.
- Ou découpe ensuite dans la neige, aussi près que possible de l’emplacement, des blocs qui, dans une bonne neige, peuvent avoir 60 à 70 cm de long, 4o à 5o cm de large et 20 cm d’épaisseur. On commence par établir une première rangée (fig. 2), chaque bloc étant taillé sur place par le « constructeur » de façon à lui donner la forme d’un tronc de pyramide couché
- Fig. 1. — Les phases de la construction d’im igloo.
- Fig. 2. — Découpage des blocs de neige. Pose du premier bloc.
- Fig. 3. — Pose de la première assise.
- Fig. 4. — La première assise prête à recevoir l’assise suivante.
- Fig. 5. — Pose de la deuxième assise.
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- Fig. G. — L’igloo terminé.
- dont le sommet théorique serait au centre du cercle de base.
- Quand toute la première assise est placée, formant un petit mur circulaire légèrement penché vers l’intérieur (fig. 3), on la taille en spirale, comme l’indique la figure 4 et ensuite on continue la construction comme représenté figure 5 pour arriver finalement a la forme définitive de l’igloo (fig. 6), prolongé par un couloir d’accès et dont l’ouverture a été faite au couteau par le « constructeur » emprisonné dans l’igloo lorsqu’il a eu terminé son érection.
- Un igloo habité depuis longtemps se transforme peu à peu entièrement en glace sous l’influence des fusions et des gelées alternées de la neige, sa cavité devient transparente et d’une solidité à toute épreuve.
- La construction d’un igloo qui permet de prolonger
- les courses à volonté et avec sécurité devrait donc être connue de tous ceux qu’attire la haute montagne, principalement en hiver. En s’entraînant à ce travail de maçonnerie d’un nouveau genre au voisinage d’un refuge, sur un beau champ de neige, on acquiert rapidement la dextérité nécessaire pour élever son abri dans un temps normal et avec le minimum d’effort. Pourquoi, dans les stations de sports d’hiver, ne créerait-on pas des concours de construction d’igloo qui constitueraient non seulement un divertissement amusant, mais en même temps apprendraient aux alpinistes un moyen de protection efficace contre les dangers de la montagne leur permettant, avec sécurité, d’étendre le champ et la durée de leurs courses en haute montagne.
- A côté de celte pacifique utilisation, les igloos peuvent rendre des services à nos soldats qui, dans les montagnes des Vosges, des Alpes et du Jura, vont monter pendant l’hiver leur garde vigilante et patrouiller au milieu des neiges.
- Un igloo c’est, pour un petit poste, un refuge construit en peu de temps, permettant de s’abriter contre une tempête de neige ; pour une patrouille ou une reconnaissance à longue distance, c’est la possibilité, si elle ne peut rentrer à temps, de ne pas geler toute la nuit ; c’est un observatoire invisible de l’ennemi pour les guetteurs, c’est un dépôt de munitions protégé contré les intempéries, etc....
- II. Vigneron.
- = LES NUAGES ET FUMÉES = DANS LA GUERRE MODERNE
- Les batailles, jusqu’après la guerre de 1870, se déroulaient au milieu d épais nuages de fumées produites par la combustion de la poudre des fusils et des canons. Si cette fumée cachait les mouvements des troupes, diminuait leur visibilité, elle avait les inconvénients correspondants et on considéra comme un énorme progrès l'apparition de la poudre sans fumée qui bien que possédant également des qualités balistiques remarquables, fut cependant surtout célèbre par sa propriété de ne donner que des nuages fugaces et très peu visibles à la sortie des bouches à feu.
- Mais la guerre évolue sans cesse et le camoufflage qui y joue maintenant un rôle considérable a reposé la question des nuages et des fumées auxquelles on demande de remplir deux buts bien distincts : servir à constituer de jour des signaux colorés permettant aux avions, aux batteries, aux petits postes, aux colonnes en mouvement de communiquer entre elles suivant un code préétabli d’une part ; d’autre part constituer des écrans opaques, de dimensions importantes destinés à masquer des objectifs lors d’un bombardement
- aérien, ou à dissimuler des mouvements de troupes. Enfin, sous forme de grenades fumigènes, on les emploie dans les coups de main, les patrouilles et les reconnaissances.
- Sur mer, pour ces derniers emplois, les bateaux, depuis longtemps, en modifiant le régime de chauffe des chaudières, émettent des torrents de fumée noire épaisse qui traînent pendant longtemps à la surface de la mer et qui permettent aux escadres soit de manœuvrer, soit de se dérober, soit de s’approcher à l’abri du feu de l’ennemi. Dans l’attaque du Graaf von Spee par trois croiseurs anglais, l’émission d’un nuage de fumée a permis à l’un d’eux, en difficulté, de se retirer du combat et en même temps a facilité l’approche des deux autres à distance de tir.
- Nous dirons quelques mots de ces deux emplois des fumées.
- En ce qui concerne les artifices de jour, on peut ranger en trois catégories les divers dispositifs fumigènes.
- i° Les appareils dans lesquels la fumée est produite
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- par une combustion de mélanges variés, cette combustion ayant en général lieu sous légère pression, c’est-à-dire que la réaction a lieu en récipient clos, les produits gazeux ne se dégageant que par des orifices limités et calculés. Ce sont les plus nombreux.
- 2° Ceux dans lesquels la production des fumées résulte d’une réaction chimique autre qu’une combustion (chlohydrine sulfurique sur la chaux par exemple).
- 3° Enfin ceux dans lesquels la fumée est produite par l’action de l’atmosphère, particulièrement de la vapeur d’eau qu’elle renferme, sur un corps chimique vaporisé soit mécaniquement, soit par l’action d’un gaz comprimé, soit par explosion (chlorures anhydres, oléum, etc.).
- Nous donnons ci-dessous quelques formules d’artifices rentrant dans la première catégorie et qui sont, en temps de paix, utilisées pour réaliser des feux d’artifice de jour ; combinés avec des bombes japonaises renfermant des pliages de papier qui se déplient en l’air lors de l’éclatement de la bombe, elles permettent de réaliser des spectacles pouvant rivaliser avec les classiques feux d’artifices nocturnes et ayant l’avantage de ne pas avoir besoin d’une heure tardive, de la nuit et du beau temps pour donner tout leur effet.
- A. — Fumées rouges
- chlorate de potasse.......................20
- lactose...................................20
- rouge de paranilraniline..................60
- Allumage.
- charbon................................... 1
- chlorate de potasse....................... 8
- (formule américaine).
- chlorate de potasse.......................11
- lactose...................................10
- scarlet red...............................i4
- (formule anglaise).
- chlorate de potasse.......................10
- lactose...................................10
- rhodamine B...............................xo
- (formule française).
- nitrate de sti’ontium..................... x
- fer....................................... 2
- iode...................................... 3
- (foi'mule américaine).
- B. — Fumées jaunes
- chlorate de potasse.......................33
- lactose...................................24
- auramine 0................................34
- chrvsoïdine Y............................. 9
- Allumage.
- charbon................................... 1
- chlorate de potasse....................... 8
- (foi'mule américaine).
- chlorate de potasse........................n
- lactose...................................... 8
- auramine O...................................14
- (foi'mule anglaise).
- nili’ate de potasse.......................10
- soufre.......................................10
- l'éalgar.....................................10
- (foi’mule française).
- C. — Fumées vertes
- chlorate de potasse......................33
- lactose..................................aG
- auramine O...............................i5
- indigo-synthétique.......................26
- Allumage.
- charbon.................................. 1
- chlorate de potasse...................... 8
- (formule américaine). D. — Fumées bleues
- chlorate de potasse.......................35
- lactose...................................25
- indigo-synthétique.......................l\o
- Allumage.
- charbon................................... 1
- chlorate de potasse....................... 8
- (formule américaine).
- chlorate de potasse.......................i5
- lactose................................... 9
- bleu soluble..............................20
- (foi'mule anglaise).
- F. — Fumées blanches
- zinc....................................35,4
- chlorure de carbone.....................4i,6
- chlorhydrate d’ammoniaque . . . 5,4
- chlorate de soude....................... 9,3
- carbonate de magnésium.................. 8,3
- Amorce.
- zinc.................................31,7
- chlorure de carbone.....................37,1
- chlorate de soude....................23,1
- oxyde de zinc........................... 8,1
- (formule américaine).
- nitrate de soude.....................4o
- charbon en poudre ................... 9
- soufre...............................i4
- borax................................ 8
- brai (dur)............................. 29
- (formule anglaise).
- zinc....................................3i,4
- chlorure de silicium....................4o,5
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- = 242 :
- chlorate de soude.......................16,8
- chlorhydrate d’ammoniaque . . . 9,6
- kieselguhr.............................. 1,7
- (formule américaine).
- Pendant la dernière guerre 1914-1918, le Bureau of Mines américain a mis au point une formule de mélange fumigène donnant une fumée blanche particulièrement intense et persistante qui est une modification du mélange Berger constitué de zinc et de tétrachlorure de carbone. Mais le mélange Berger est difficile à enflammer, brûle mal, laisse un résidu important et la fumée est grisâtre par suite du charbon qui se produit dans la réaction :
- Zu + CCI4 = aaCl4 + C.
- La formule du Bureau of Mines est la suivante :
- zinc.................................... 35,4
- tétrachlorure de carbone.............41,6
- chlorate de soude........................ 9,3
- carbonate de magnésium................... 8,3
- chlorhydrate d’ammoniaque ... 5,4
- Ce mélange étant enflammé par une série de relais
- ainsi constitués. ier relai :
- zinc.................................. 3,17
- tétrachlorure de carbone............... 3,71
- oxyde de zinc.......................... 2,3i
- chlorure de zinc. . 0,81
- allumé par un 20 relai :
- soufre . 20,7
- zinc....................................63,i
- oxyde de zinc.........................16,2
- enflammé par :
- permanganate de potasse...................54
- fer . . 47
- ou :
- nitrate de potasse........................33
- fer (réduit)..............................55
- le porte-amorce ayant une formule :
- chlorate de potasse....................... 5
- sulfure d’antimoine. ....... 3
- dextrine. . 2
- et le frottoir :
- phosphore. . 6
- sable..................................... 3
- dextrine.................................. 2
- (Bureau of Mines american).
- Dans la formule B.M., on a ajouté un oxydant (CIO3Na) qui brûle C et par suite rend la fumée blanche.
- Poui abaisser la température de la fumée, on a ajouté N H'1 Cl qui par sa dissociation réfrigère.
- Comme absorbant on a pris C03Mg (pour rendre pâteuse la masse contenant le CCI4).
- L’allumage est délicat aussi emploie-t-on des relais dans lesquels on supprime NI14C1 et C03Mg et on remplace par un autre absorbant ZnO.
- Enfin dans les gateaux à fumée qui doivent être solides, on remplace CCI4 par C2C16, hexachlorethane.
- La grosseur des grains de C103Na et de NH4C1 importe. Plus ils sont gros plus la combustion est lente.
- NlI'Cl caLalyse la réaction Zn + CCI4, surtout en présence d’eau aussi diminue-t-on au maximum la proportion de NH4C1 et cherche-t-on à avoir des produits secs.
- Zn + C103Na est explosif, mais CCI4 rend inerte.
- Ce mélange, pas coûteux, peut être préparé en pots de grandes dimensions et permet de réaliser simplement des nuages importants.
- E. — Fumées blanches pour obus
- chlorure de titane...................25-35
- anhydride sulfurique.................75-65
- Oléum.
- Chlorure d’étain.
- Phosphore rouge.
- T. N. T................................5o
- nitrate d’ammoniaque...................3o
- chlorhydrate d’ammoniaque . . . • 20
- (mélange anglais non explosif).
- nitrate de soude.......................55
- T. N. T.............................. i5
- chlorhydrate d’ammoniaque. ... 20
- aluminium............................. 10
- (mélange Picalinny non explosif).
- acide picrique.........................75
- napthaline. ...........................25
- (mélanges Picalinny non explosifs).
- acide picrique.........................85
- résine..............................15
- chlorure de silicium................ r 2,5
- carbonate d’ammoniaque.............. 2,5
- T. N. T............................. 0,8
- Temps Temp humide sec
- chlorure de silicium...................10 10
- chlorure de titane..................... 4 4
- chlorure d’étain....................... 6 1
- nitrate d’ammoniaque...................i5 o
- chlorhydrate d’ammoniaque ... 4o 4o
- T. N. T ... 45 60
- F. — Fumées noires
- hexachloréthane ou (dinitridichloro-benzène................................26
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- magnésium................................ 3
- napthaline ou (anthrancène) ... io
- silicate de soude................... 4-7
- Allumage.
- chlorate de potasse......................85
- charbon.............................15
- Ce mélange est insensible au choc et peut être comprimé en gâteaux à i.ooo kgr par cm2.
- La naphtaline, l’anthracène servent à régler la vitesse de combustion ainsi que la grosseur des grains de magnésium. En l’absence de naphtaline ou d’an-thracène, la réaction est très vive et la fumée blanche.
- Allumage clu gâteau.
- mélange :
- hexachloréthane.....................55
- magnésium..............................16.9
- naphtaline..........................19
- silicate de soude...................... 9,1
- (formule américaine).
- nitrate de potasse.........4o-i8
- poussier de charbons bitumeux. 9
- soufre.........................i4- 3,5-5,5
- borax.......................... 1- 3 -4,5
- poix.......................29-11
- (préparé à chaud) glu . . . . o- i,5-i
- (formule anglaise).
- hexachlorétane...........................22
- naphtaline............................... 5
- chlorate de soude........................ 7
- aluminium en poudre......................i4
- (formule anglaise).
- hexachloréthane..........................26
- magnésium................................ 8
- naphtaline............................... 9
- (formule américaine).
- G. — Fumées brun-jaunatre
- fer réduit...................................28
- chlorure de carbone........................5o
- chlorate de soude.........................16
- kieselguhr................................... 6
- (formule anglaise).
- nitrate de potasse...........................3o
- nitrate de strontium.........................3o
- nitrate de baryum............................3o
- fer réduit................................. 20
- (formule anglaise).
- H. — Fumées grises
- hexachloréthane..........................4o
- oxyde de zinc............................10
- oxyde de cuivre..........................12
- oxyde d’étain............................10
- chlorate de soude......................12
- siliciure de calcium....................'12
- kieselguhr............................... 2
- hexachloréthane......................37
- oxyde de zinc . . . . . . . . i3
- zinc en poudre ......................i3
- perchlorate de potasse...............i5
- sulfure d’antimoine..................i3
- alumine.................................. 3
- kieselguhr............................... 6
- (formules anglaises).
- zinc.................................25
- chlorure de carbone..................5o
- oxyde de zinc........................20
- kieselguhr............................... 5
- (formule Berger France).
- chlorate de soude...................... 52,3-42,1
- zinc................................. 3i,9-5i,5
- soufre...............................15,7- 6,3
- (formule Bertrand).
- charbon en poudre....................3o
- nitrate de potasse. ...... 3o
- suie.................................60
- zinc..................................... x
- nitrate de soude.....................27,1
- zinc.................................62,6
- soufre...............................10,2
- (formules Bertrand).
- On a également proposé, pour réaliser des nuages de fumée, de faire dégager simultanément deux gaz donnant un composé solide par réaction mutuelle ; par exemple la chlorhydrine sulfurique et l’ammoniaque, ou, application d’une expérience classique en chimie, l’acide chlorhydrique gazeux et l’ammoniaque gazeux. Si l’acide chlorhydrique ou la chlorhydrine sulfurique fument à l’air humide, les fumées sont plus intenses en présence de l’ammoniaque.
- Malgré la simplicité théorique de ce mode de formation des fumées, il est peu probable qu’il puisse être utilisé en pratique sur une échelle importante. En effet, un pot fumigène, formule B.M. par exemple, est constitué par une enveloppe extérieure en carton ou en métal mince. Le poids mort est donc très faible par rapport au poids total de l’engin et sa valeur est négligeable. Au contraire, si l’on veut employer des gaz comprimés, les cylindres qui les renferment, avec leurs vis-pointeau, leur détendeur représentant un poids et une valeur importante. On ne peut les abandonner après usage et ce « retour d’emballages vides » est bien aléatoire dans la zone des armées. De plus, les dimensions maxima des cylindres sont faibles et les quantités de gaz emmagasinées peu importantes.
- Le problème n’est pas le même lorsqu’il s’agit de former une nappe de gaz toxiques, car il suffit, dans ce cas, de teneur extrêmement faible pour produire une nappe efficace. On peut donc enfermer les gaz
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- comprimés dans des récipients métalliques. D’ailleurs en général on associe une nappe toxique à une nappe fumigène. Il semble, en effet, que la formation d’une fumée dense en enrobant le gaz toxique, évite sa dispersion, le maintient mieux groupé et moins sensible à l’action du vent.
- Une des difficultés que l’on rencontre dans l’étude et la comparaison des divers fumigènes est l’appréciation de l’opacité de la fumée produite. Trop souvent, on se contente d’expériences en plein air dans lesquelles il est impossible d’évaluer le rendement du fumigène, faute de connaître le volume de fumée produite pour un poids donné du produit, l’état hygrosco-pique de l’air, la vitesse du vent, etc.... Enfin, l’opacité est jugée par simple appréciation à l’œil par des observateurs sans aucun instrument scientifique.
- Les Américains ont essayé de soumettre la question au contrôle scientifique et de déterminer le T. O. P. (total obscuring power) d’un fumigène. Bien que loin d’être satisfaisant au point de vue physique, le T. O. P. est cependant un moyen de classement des fumigènes.
- Plusieurs méthodes de mesure peuvent être proposées. Par exemple, on peut déterminer la distance à laquelle le filament d’une lampe à incandescence de 4o av cesse d’être nettement visible à travers la fumée.
- On procède comme suit : dans une chambre noire de dimensions données, par exemple ioo m3, on produit le nuage de fumée à l’aide d’une quantité donnée de substance fumigène (o kgr i par exemple) et on détermine la distance à laquelle un écran de io cm x io cm recouvert d’une couche de peinture définie et à une distance donnée du sol cesse d’être visible lorsqu’il est éclairé par une lampe donnée. Cette distance donne la mesure de l’opacité. En répétant la même mesure au bout de io, 20, 3o mn, on peut tracer la courbe d’éclaircissement et apprécier ainsi la persistance statique du nuage, c’est-à-dire la vitesse de précipitation du nuage. Enfin, si on recommence les mesures en faisant circuler un courant d’air de vitesse donnée dans la pièce, on aura la courbe de persistance dynamique du nuage. Naturellement il faut tenir compte de l’état hygroscopique de l’atmosphère, car un grand nombre de substances fumigènes ne fonctionnent que comme producteurs de noyaux sur lesquels se condense l’humidité atmosphérique soit par réaction chimique, soit par action purement physique.
- Les piles photoélectriques et les néphélomètres sont également tout indiqués pour des mesures précises.
- H. VOLTA.
- UNE PANACEE QUI DISPARAIT : LE GINSENG DES CHINOIS
- Lorsqu'on 1686 les ambassadeurs siamois firent à Paris leur entrée sensationnelle, ils apportaient avec eux, pour les offrir à Louis XIV, des présents d’une munificence royale. Au nombre de ces dons, choisis parmi les trésors de l’Asie, le roi Phra-Naraï avait fait placer des racines de ginseng, la plante qui, au dire des Chinois, guérissait infailliblement toutes les maladies. Trois ans plus tard, noire influence au Siam s’écroulait, mais il restait que l’Occident connaissait désormais l’existence et le prix de la fameuse panacée. Il est vrai que des marchands hollandais en avaient déjà rapporté en Europe dès 1610, mais on n’y avait alors pas attaché plus d’importance qu’aux diverses autres curiosités introduites par les matelots dans les ports et bien vite perdues de vue.
- Il fallut attendre encore un quart de siècle avant d’obtenir des renseignements plus complets et plus précis sur ce ginseng. Ils parvinrent à l’Europe par l’intermédiaire de la fameuse mission de Pékin. Le P. François-Xavier Dentrecolles (1663-1741), qui fut le premier européen à étudier les livres de botanique chinois, en entretint d’aboi'd ses confrères, les Jésuites de Paris et il subsiste de lui un long mémoire manuscrit, de date incertaine, à la Bibliothèque Nationale, sur le ginseng (Mss, n° 17.238). Bientôt après le P. Jartoux (1669-1720), dans une lettre datée de Pékin
- le 12 avril 1711, fournissait la première description authentique et complète de la plante qui produit la célèbre racine. Arrivé à Pékin en 1702, le P. Jartoux s’était adjoint au P. Régis, spécialisé dans les levers topographiques, et avait pu, en sa compagnie, sous l’égide de l’empereur Kanghsi, visiter la Mandchourie, la Tarlarie, comme on disait alors. C’est dans ces i'égions qu’en 1709, il avait découvert la véritable patrie du ginseng. Sa lettre suscita la curiosité générale et resta longtemps l’une des plus célèbi'es du recueil des Lettres édifiantes (Xe recueil, pp. 159-185 ; réédité dans le Panthéon littéraire, t. III, pp. 183-187). Un autre jésuite, le P. J.-B. du Halde, ne lardait pas à réunir tous les renseignements transmis par ses confrères de Pékin dans sa monumentale Description de la Chine (Paris, 1735), dont le tome III contient un remarquable ensemble de précisions sur les plantes médicinales de la vieille pharmacopée chinoise (fig. 1).
- Déjà très recherché à cette époque, le ginseng se vendait régulièrement trois fois son poids d’argent. Qu’était-ce là auprès des prix qu’il a atteints depuis lors ?
- Les textes signalés ci-dessus ne parvinrent pas à la connaissance de Linné lors de la préparation de son Species plantarum (1753), mais il en connut un autre dont nous allons parler, le Mémoire concernant la pré-
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- cieuse plante ginseng, découverte en Canada (Paris, 1718), du P. Lafilau. C’est par l’intermédiaire de cette dernière brochure qu’il put parler de la plante de Tarlarie. Il la confondit toujours avec la plante canadienne, donna aux deux espèces réunies le nom de Panax quinquefolium, avec, comme synonymes vulgaires, « Ginseng seu Nisin », et indiqua, comme pays d’origine : Canada, Pensylvanie, Virginie, auxquels, dans son Maieria medica, il adjoignit la Tartarie « entre les 3ge et 47° degrés ».
- Il arriva donc que le P. Lafilau, jésuite également (1670-1740), fraîchement débarqué au Canada, y reçut le Xe recueil des Lettres édifiantes et le lut avec tout l’intérêt que pouvaient susciter en lui ces récentes nouvelles de ses confrères d’Extrême-Orient et les détails inédits accumulés dans leurs relations. En parcourant ces pages pittoresques, il s’arrêta tout spécialement sur celles que le P. Jarloux consacrait au ginseng. Lafitau, que l’on regarde aujourd’hui à bon droit comme le fondateur de l’ethnologie comparée, n’était nullement botaniste et ne savait rien jusque-là du ginseng. Mais il ne douta pas que cette terre d’Amérique, où il abordait avec enthousiasme, ne dût recélcr autant de merveilles que pouvaient en décrire ses confrères de Pékin, et que par conséquent le Canada ne dut produire un végétal aussi précieux que le ginseng de Tartarie. D’autre part le Régent avait demandé à Michel Bégon, intendant du Canada, de contribuer à
- Fig. 1. — Le ginseng de Mande hou rie, d’après Engler et Prantl, Pflanzeni'aimlien.
- Fig. 2. — Racine de Panax ginseng, d’après Engler et Prantl, Pflanzen-fannlien.
- enrichir la botanique. Double raison pour Lafilau de se mettre à la recherche du ginseng.
- Pendant trois mois entiers, il explora les environs de sa résidence sans aucun succès. Finalement, au moment où il y songeait le moins et dans l’endroit le plus imprévu, près d’une maison qu’il faisait bâtir, il découvrit quelques pieds d’une plante qui lui parut identique à celle du P. Jar-toux. Continuant ses recherches dans la foret voisine il y retrouva sa plante, en suivit le développement, compara scs observations avec celles de Jarloux et conclut à la présence du vrai ginseng en Amérique septentrionale. Heureux de pouvoir dédier sa trouvaille au Régent, il la nomma Aurc-
- liana Canadensis, l’envoya à Antoine de Jussieu, qui la présenta à l’Académie des Sciences. Jussieu et Vaillant admirent, l'identité de la plante canadienne et de la plante chinoise. Mais Danti d’Isnard fit remarquer les différences qui les séparent et les botanistes modernes les considèrent effectivement comme deux espèces différentes, suivis en cela par les récolteurs de celte di’O-gue et par les commerçants spécialisés dans sa vente.
- Ces deux ginseng appartiennent à une famille végétale fort compliquée, voisine des Ombellifères, celle des Araliacées ou Ilédéracées, à laquelle appartient également le Lierre. Ils sont classés tous deux dans le genre Panax, la plante asiatique portant, dans la nomenclature actuelle, le nom de Panax ginseng G.-A. Meyer, et la plante nord-américaine celui de Panax qiiinquefolius L.
- Les caractères qui distinguent les deux espèces sont à la vérité peu saillants, si bien que divers botanistes ont encore, depuis Linné, tenté de les réunir en une seule. Mais les droguistes chinois savent fort bien les distinguer et sont loin de reconnaître les mêmes vertus aux deux sortes. Les deux plantes sont assez grêles ; la tige, épaisse au plus de 1 cm, s’élève à 35-4o cm et porte trois à quatre feuilles verticillées et digitées, très rarement cinq ou six, composées chacune de cinq folioles (exceptionnellement de six ou même sept) ovales et dentées. Au sommet de la tige, un pédoncule de 3-5 cm porte une petite ombelle de 6-20 llcurs vert jaunâtre, dont les unes, les pistillées, donnent un petit fruit un peu charnu à 2-3 graines. La floraison a lieu en août. Les lleurs sont petites, blanches ou rosées. La baie, d’un rouge clair, a la forme d’un cœur élargi. La racine, jaune pâle, épaisse, ne dépasse pas en diamètre 5 à 7 cm. Elle est allongée en fuseau irrégulier,
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- Fig. 3. — Feuille et fruits en ombelle du ginseng d’Amérique, d’après Britton et Brown.
- branchue à l'extrémité, sumiontée d’une écaille carac-téi-istique. Son aspect fourchu, rappelant celui de la Mandragore, l’a fait comparer à un corps humain en miniature ; de là ses noms chinois et nippon, de « ginseng » et « ninsin », homoncule, racine-homme. Il est assez vraisemblable que la découverte de ses propriétés est sortie de cette assimilation, par l’application du principe qui s’appellera, à la Renaissance, « principe de la signature ».
- Le point capital, pour la discrimination des deux espèces, est que, dans la plante asiatique, l’écaille du collet est charnue, ne se détache pas, augmente au contraire de volume chaque année, tandis que, dans la plante d’Amérique, ces écailles restent minces et caduques. Les récolleurs de ginseng chinois préservent soigneusement de toute détérioration cette écaille particulièrement appréciée. De plus la plante du Nouveau Monde présente à chaque feuille des folioles brusquement rétrécies en pétiole, tandis que celles-ci se rétrécissent graduellement aux deux extrémités chez sa cousine extrême-orientale.
- La ressemblance extérieure des deux espèces est néanmoins plus que suffisante pour permettre les fraudes et les substitutions financièrement les plus avantageuses. Originaire de la Corée et de la Mandchourie, le Panax ginseng s’est d’abord cultivé en grand au Japon. Puis la plante sauvage se raréfiant de plus
- en plus, l’Amérique du Nord s’est mise à la cultiver à son tour. Cependant, pour la thérapeutique chinoise, la plante cultivée est loin de posséder les qualités de la plante sauvage. Les droguistes chinois et leurs clients distinguent cinq sortes de ginseng, qui sont par ordre de valeur : Yah-schau-chen, la précieuse plante sauvage mandchoue et coréenne ; Leang-tong-shen, racine de l’espèce asiatique cultivée en Chine ; la plante coréenne ; celle des cultures japonaises ou Tang-yan-shen ; enfin celle cultivée en Amérique ou Mei-kwoh-shen. Finalement la racine américaine s’est elle-même raréfiée considérablement en raison des immenses quantités que l’on en importait, en Chine. On lui adjoint parfois, dans le commerce, celle d’une autre espèce américaine de forme subsphérique aux propriétés plus qu’incertaines, le Panax trifolius L. (%• 4).
- Il est assez curieux, mais non d’une importance décisive, qu’aux yeux des chimistes l’espèce chinoise et l’espèce américaine n’offrent pas de différences bien sensibles. Il faut dire que les principes qu’elles contiennent ne sont encore que très imparfaitement connus, et, en tout cas, ne permettent nullement d’en prévoir et d’en expliquer les propriétés. Quant aux traités de matière médicale et aux auteurs pharmacologiques, ils glissent fort rapidement sur le ginseng et en abandonnent l’usage à l’empirisme populaire.
- De ce que l’on n’a pas encore isolé ou reconnu les principes actifs de la plante, on ne saurait conclure à leur inexistence. Le cas n’est pas unique et il serait abusif de rejeter pour cette seule raison le témoignage d’une expérience séculaire. Surtout quand ce témoignage se trouve corroboré par des attestations aussi frappantes que celles qui nous sont venues récemment de Mandchourie. Dans son livre paru en 1938, chez Payot, Mes chasses dans la Taïga de Mandchourie, l’auteur, Nicolas Baï-kov, est amené à parler avec beaucoup de détails du ginseng, de sa recherche et de ses propriétés. Ses récits sont datés de Kharbin 1987 et par conséquent leurs informations peuvent être regardées comme les plus x’écentes que nous ayons sur l’état actuel de la plante sauvage. Elle est actuellement devenue, dit-il, d’une rareté extrême. Sa station normale se trouve dans les forêts de Cèdres très épaisses, au versant sud des montagnes, en quelques districts mandchouriens.
- Elle ne supporte pas le soleil mais seulement quelques rayons indirects diffusés à travers la voûte sombre de ces vieux arbres. Or l’exploitation
- Fig. 4. — Le ginseng nain ou « ground nut » (Panax trifolius L.) du Canada et des Etats-Unis, d’après Engler et Prantl.
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- intensive de ces forêts de Cèdres, depuis la guerre, fait disparaître rapidement le ginseng et l’époque semble proche où cette plante précieuse, et en partie mystérieuse, aura complètement disparu. C’est pourquoi la demande en devient toujours plus active et le prix incroyablement élevé. Sur beaucoup de points de son aire antérieure le ginseng est devenu de ce fait introuvable. « Dans les vallées et les gorges du Liao-Line, aux environs de la montagne Tikolaza et du rocher Balalaza, on le trouvait assez souvent avant la guerre russo-japonaise. Maintenant les Cèdres sont coupés et le ginseng a complètement disparu » (p. 45). Une belle racine se payait alors 2 à 3.ooo roubles (p. 324), soit donc 6.000 à 8.000 francs-or, quelque chose comme 60.000 à 100.000 fr d’aujourd’hui.
- Aussi la tieuvaille d’une seule plante représente-t-elle une fo ti.ne aux yeux d’un pauvre Chinois ou d’un pauvre Coréen. On comprend donc parfaitement que la recherche du ginseng soit devenue une sorte de métier. Métier rarement lucratif, cependant, et toujours difficile et dangereux. La précieuse racine est acquise à des conditions dérisoires par des firmes commerciales Ucales qui la revendent avec des bénéfices énormes. Le chercheur de ginseng se distingue, parmi la foule chinoise, tant par son accoutrement que par son g- ere de vie. Revêtu d’un tablier huilé destiné à protéger ses vêtements de la rosée, il porte un long bâton dont il écartera les herbes et les feuilles mortes, un petit sac de cuir, qui contiendra la récolle, un bracelet de bois sur le bras gauche, et, derrière le dos, une peau de blaireau attachée à la ceinture et dont il se fera un coussin pour s’asseoir sur la terre humide. Comme coiffure, généralement un chapeau conique en écorce de bambou ; des chaussures en peau de sanglier non tannée. Le regard flottant, les yeux souvent baissés, ces vagabonds forestiers réunissent une intelligence subtile et une ruse accrue par l’expérience. « Instinct de loup, dit N. Baïkov, œil de faucon, oreille de lièvre, adresse de panthère ». C’est que la forêt leur crée une vie pleine de privations et de dangers. Beaucoup de ces chercheurs y périssent d’inanition. Beaucoup d’autres sont la proie des fauves, en particulier du tigre de Mandchourie. Et ce ne sont point là leurs seuls ennemis. Les bandits de la taïga, les houndhouzes, les recherchent, les poursuivent, les torturent, et les assassinent, s’il leur faut en venir là, pour leur arracher leur récolte ; pour s’emparer d’une seule racine, ils n’hésitent pas à sacrifier quelques vies humaines. La chose leur est rendue d’autant plus facile que le chercheur de ginseng s’enfonce sans armes dans la redoutable taïga, fort seulement de foi et d’espérance. En effet, dans la croyance des indigènes, un homme armé et impie ne saurait découvrir la « racine de vie », qui, par un sentiment quasi humain, se dérobera toujours à ses yeux.
- La campagne du chercheur s’ouvre en juin. Seul, déguenillé, famélique, il s’enfonce dans la taïga, repérant les moindres indices. Naturellement les découvertes sont très rares. En toute une campagne d’été, où Nicolas Baïkov accompagna un vieux trappeur sur les
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- pentes du Liao-Line à la recherche du ginseng, le butin se borna à quatre racines. L’auteur du récit assista à la découverte de la quatrième. La plante vivait au pied d’une roche de granit, dissimulée parmi d’épaisses touffes de Fougères et d’Aciinidia. « Seul l’œil exercé de l’habitant de la taïga pouvait distinguer la tige modeste et chétive du ginseng dans celle masse de feuillage et d’herbes vertes ».
- Le même voyageur rapporte une observation sur la valeur thérapeutique de la racine. Il possédait un petit singe, une femelle macaque de Java, âgée de 2 à 3 ans. Cette bête, Sarah, qu’il avait recueillie, dépérissait, toussait, maigrissait, avait perdu l’appétit. Abattue et triste, elle gémissait, et, dans les crises de toux, se tenait la poitrine de ses petites mains décharnées. Une plaie purulente se déclara et le vétérinaire consulté diagnostiqua formellement un début de tuberculose. Aucun traitement n’agissait ; le mal progressait ; la fin était prévue pour le printemps. Pendant cet hiver-là, Nicolas Baïkov s’absenta à maintes reprises, et pendant des semaines entières, pour des campagnes de chasse. Or, au retour de l’une de ces expéditions, il trouva Sarah remarquablement joyeuse, en train de sucer tranquillement un objet qu’elle serrait des deux mains et dans lequel il reconnut vite une racine de ginseng qu’il avait précédemment serrée dans un tiroir de son bureau. Aussitôt il s’efforça d’arracher à Sarah la précieuse drogue ; la bête se refusait à la lâcher et il eut toutes les peines du monde à la lui faire rendre. Puis il la plaça sous clef, sur le rayon supérieur de la bibliothèque, hors des atteintes, pensait-il, de sa pensionnaire, qui le regardait faire.
- Là-dessus nouveau départ pour la taïga d’où le chasseur ne revint qu’au bout d’un mois environ. En rentrant à la maison, il trouve Sarah gaie et parfaitement heureuse ; son état d’abattement avait complètement disparu, le teint de sa figure était redevenu normal, son appétit revenu ; la plaie suppurante de la queue était guérie. Quant à la bibliothèque, elle était ouverte, la clef sur la serrure, et la racine avait disparu.
- « Après de longues recherches, raconte Nicolas Baï-kov, je trouvai la racine enfouie dans la couverture du singe. Voyant que je l’avais trouvée, le singe s’agita, se jeta sur moi et tenta de me l’arracher. Je la lui rendis ; un gros morceau avait été mangé. Ayant repris son butin, le singe courut dans sa cage et l’enfouit de nouveau sous la couverture. Puis il se calma, sortit de la cage et se mit à jouer avec un ballon.
- « Ce fut alors que je compris la cause de l’amélioration de la santé du singe : sentant instinctivement la puissance médicale de la racine, il s’était lui-même guéri avec le ginseng ». Le vétérinaire appelé confirma la guérison, mais se montra sceptique sur le rôle du ginseng, en l’occurrence, attribuant à la résistance organique de l’animal son rétablissement. « Il ne m’avait cependant pas convaincu, ajoute le narrateur, et j’étais resté d’avis que la racine de ginseng possédait une merveilleuse puissance médicale : j’eus d’ailleurs maintes occasions de m’en persuader ».
- P. Fournier.
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- NOUVEAUX ÉCLAIRAGES D' ALERTE
- Bleue
- Limite de visibilité
- Fig. 1. — A intensité cle filament égale, une lampe à verre rouge est visible plus loin qu’une lampe bleue.
- Le danger permanent des bombardements aériens, malheureusement inséparable des formes actuelles de la guerre, a conduit à étudier, pour les centres habités, des formules spéciales d'éclairage normal cle guerre et d’éclairage d'alerle.
- Il serait injuste de jeter la pierre aux autorités qui ont eu à mettre au point un problème très vaste, comportant des contraintes étendues à la vie publique et privée de tous les habitants. L’organisation de l’éclairage public, en particulier, s’est révélée satisfaisante dans les voies principales, si l’on fait abstraction de certains types de commande à dislance dont la sécurité ne paraît pas à l’abri des sabotages techniques.
- On peut toutefois se demander si les principes physiques et physiologiques qui ont présidé à ces mesures radicales sont bien conformes à un « rendement » optimum, savoir : procurer aux habitants la meilleure visibililé possible compatible avec l’invisibilité requise vis-à-vis des aviateurs ennemis. Nous voudrions attirer particulièrement ratlenlion sur l’imperfection, à ce point de vue, de l’éclairage en lumière bleue et sur la possibilité d’autres solutions.
- CACHER LES FOYERS
- L’opinion courante est que lorsqu’une lampe a été trempée dans un vernis bleu, elle devient quasi-invisible pour les aviateurs. C’est là une sécurité illusoire, donc dangereuse.
- Il est tout d’abord évident que la brillance des objets lumineux joue un rôle capital ; la llamme d’une allumette, frottée par un fumeur imprudent, suffit à signaler une ville, à plus forte raison le filament d’une lampe, dont l’éclat intrinsèque est très élevé.
- N’oublions pas que les aviateurs, pilotes ou observateurs, sont dans l’impossibilité pratique d’établir des repères minutieux au-dessus d’un territoire ennemi ; l’éclat net et instantané d’un foyer vif leur fournit un repère qui ne demande aucune interprétation et qui facilite le bombardement.
- Cacher les foyers, telle est la première et impérative condition que toutes les « écoles » sont d’accord pour prescrire. On y parvient au moyen d’abat-jours opaques, de cornets, de chapeaux métalliques. L’usage des « cuillers » renversées, en forme de visière, au-dessus des phares d’automobiles semble également recommandable, bien que d’autres mesures aient été imposées.
- Ln curieux dispositif, la lampe de poche à basculement, mérite également d’être signalé. On sait que la lumière des lampes électriques portatives est visible de fort loin et signale, notamment, les mouvements de troupes à l’arrière des lignes, Un simple contact à contrepoids, inviolable, logé dans le boîtier, suffit pour couper le courant quand on dirige la lampe vers le haut ; il est même possible d’obtenir que la lampe ne soit allumée que sous un certain angle au-dessous de l’horizontal, en sorte qu’elle est invisible des points éloignés.
- LE « BLEU » EST-IL EFFICACE ?
- Arrivons à la question « couleur » et donnons d’abord la parole aux partisans du bleu de guerre.
- Il est incontestable qu’à éclat égal du filament, une lampe bleue est moins visible qu’une lampe de couleur approximativement complémentaire, mettons rouge. Deux expériences simples le prouvent. Tout d’abord, on colore en rouge et en bleu deux ampoules identiques : la lampe bleue paraît moins intense, même si son enduit est clair, et ceci s’explique si l’on songe que Je spectre du filament contient beaucoup plus de rouge que de bleu.
- D’autre part, si l’on réalise deux lampes d’aspect égal, l’une bleue et l’autre rouge, et que l’on s’en éloigne à grande distance, la lampe bleue disparaît la première. Ce fait est dû à l’absorption atmosphérique, plus intense pour les courtes longueurs d’ondes,
- Fig. 2. — Une « plage » éclairée, telle qu’un vitrage teinté V, est également visible de loin et de près.
- La quantité de lumière reçue par la pupille est inversement proportionnelle à d2, mais il en est de même de l'angle solide w , donc de la surface rétinienne, dont l’éclairement demeure constant.
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- d’une part, et aussi au fonctionnement de l’œil, qui « accommode » sur l’orangé : l’image du filament bleue sur la rétine est donc floue, en sorte que la lumière se trouve répariie sur une plus grande surface.
- Ceci, répondent les adversaires du « bleu », n’aurait d’intérêt que si nous étions obligés de laisser des foyers découverts à la vue de l’ennemi ; tel n’est pas le cas. Le problème pratique se pose sous la forme d’un compromis : avoir assez d’éclairage extérieur pour pouvoir circuler et travailler tout en supprimant le « halo » révélateur qui signale la position des centres habités.
- Nous sommes ainsi amenés — les « points lumineux » ayant été radicalement éliminés — à considérer les plages lumineuses qui présentent un diamètre apparent sensible. Quelle est la traînée de lumière étalée sur un trottoir ou la surface d’un vitrage rendu partiellement opaque à l’aide d’un enduit.
- Dans ce cas, un théorème évident nous apprend que si la plage est visible à courte distance, elle sera également visible de loin : en effet, la quantité de lumière reçue par la pupille est inversement proportionnelle au carré de la distance, mais l’angle solide sous lequel est vue la plage décroît précisément dans la même proportion, en sorte que l’éclairement de la rétine demeure inchangé. En outre, la surface ayant un diamètre apparent sensible, le défaut de mise au point ne joue pas ; seule intervient en faveur de la plage bleue l’absorption atmosphérique.
- L’avanLage est donc assez mince si nous considérons une installation intérieure à lumière blanche, un atelier par exemple, avec des vitrages bleus. Il est réduit à néant si nous avons affaire à un éclairage entièrement bleu, avec fenêtres claires ou béantes, pour la simple raison qu’on est obligé de forcer l’éclairage afin d’v voir suffisamment en lumière bleue.
- C’est ici l’autre aspect du problème : l’éclairage bleu est physiquement et physiologiquement défavorable aux habitants. Le rendement énergétique est faible, du fait que le filament émet peu dans le bleu du spectre ; le rendement physiologique est déplorable, d’abord parce que le pourpre rétinien est peu sensible au bleu et surtout parce que l’accommodation ne se fait pas sur les radiations bleues. Par suite, la vision resle floue, l’œil ne distingue que des masses, sans les détails. Les l’éflexes sont, plus lents ; enfin
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- Vibre bleue
- Vibre bleue
- Lampe orange
- Fig. 3. — Eclairage complémentaire.
- Les vitres sont bleues, les lampes oranges ; la lumière du ciel entre tandis que celle des lampes ne peut sortir.
- l’éclairage bleu est triste et exerce un effet déprimant sur toutes les activités.
- ÉCLAIRAGES COMPLÉMENTAIRES
- Pratiquement, 1 ’éclairage bleu semble nettement inférieur à l’éclairage ordinaire, blanc, mais d’intensité réduite. En Allemagne, si nos renseigenments sont exacts, les lampes de guerre sont blanches.
- Est-ce à dire que l’on ne puisse ü'ouver une combinaison optique plus ... nuancée et satisfaisante ? Une solution ingénieuse consiste à adopter, pour l’intérieur, un bel éclairage orange, qui paraîtra plus vif, à intensité égale, qu’un éclairage blanc ; les vitres, au contraitre, sont teintes en bleu transparent complémentaire, en sorte qu’elles laissent entrer, de jour, la lumière du ciel, tandis qu’elles s’opposent efficacement à la sortie des rayons orangés. Rappelons, par ailleurs, qu’il existe des lampes a agréées », extrêmement faibles, qui ne nécessitent pas l’obturation des fenêtres et vitrages.
- Quand à l‘éclairage d’alerte, qui doit se substituer instantanément à l’éclairage normal de guerre dès que se font entendre les sirènes, la formule en est simple : « noir de poix » (pitch dark, blackoul), invisibilité totale pour un aviateur volant à 5oo m. Seuls doivent subsister des feux d’alignements très bien camouflés pour jalonner les itinéraires et des panneaux phosphorescents aux entrées d’abris.
- Pierre Devaux.
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- LES NAVIRES DE GUERRE A MOTEURS DIESEL
- Les trois cuirassés de poche allemands ont alimenté les chroniques des journaux qui se sont surtout attachés, au point de vue technique, à mettre en valeur la puissance de leur armement.
- Cependant la caractéristique la plus intéressante de ces cuirassés est d’être munis d’un appareil de propulsion uniquement constitué de moteurs Diesel et d’être les seuls bâtiments de guerre pour lesquels on ait adopté ce genre de
- propulsion. Signalons cependant les deux croiseurs finlandais llmarinen et Vainamoinen, mus par un système Diesel-électrique de 5.ooo ch.
- Nous donnons quelques indications techniques sur les cuirassés allemands d’après une note du Bulletin technique Véritas.
- En 1927, sur les croiseurs classe Kœnigsberg, dont l’un a été récemment coulé à l’embouchure de l’Elbe par un sous-
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- marin anglais (Koln et Karslruhe), l’Amirauté allemande décida d’installer des moteurs Diesel pour la marche en croisière.
- Sur les navires en question (déplacement 6.000 t) la propulsion en marche normale est assurée par des turbines développant 05.000 ch (vitesse correspondante 3a n) ; pour la marche en croisière, on couple sur les arbres extérieurs deux moteurs Diesel de 1.000 ch chacun; la vitesse dans ces conditions est de 9 n.
- Sur le Leipzig (1929) et le Nurnberg (1934), croiseurs de C.000 t également l’installation des moteurs Diesel est beaucoup plus importante ; la propulsion en marche normale est assui’ée par des turbines de 60.000 ch (vitesse 3a n) et la marche en croisière par quatre moteurs de 3.000 ch chacun ; ces moteurs actionnent l’arbre central par l’intermédiaire d’un accouplement Vulcan (transmission hydraulique et réducteur à engrenages) ; à toute puissance, naviguant avec ses moteurs Diesel, le navire peut atteindre une vitesse de 18 n. Pour réduire la résistance considérable qu’entraîneraient les deux hélices latérales immobiles, un moteur électrique d’environ 5oo ch est couplé sur les arbres latéraux de façon à les faire tourner à petite vitesse.
- En outre, pour obtenir à toutes vitesses un rendement convenable de l’hélice centrale, c’est-à-dire à la fois à toute puissance (4oo tours) et en croisière (100 tours), cette hélice est du type à pas variable.
- Enfin en 1931, pour les croiseurs classe Deutschlancl, on décidait de supprimer complètement les turbines et de n’installer que des moteurs Diesel. Leurs caractéristiques sont les suivantes : moteurs de neuf cylindres (diamètre 420 mm, course 58o mm), tournant à 45o tours; les moteurs actionnent les arbres d’hélice par l’intermédiaire d'accouplements Vulcan qui réduisent la vitesse à 25o tours.
- L’air de balayage est fourni par quatre soufflantes indépendantes actionnées également par des moteurs Diesel ; çcs moteurs sont du même type que les moteurs principaux, mais le nombre des cylindres est réduit de neuf à cinq et le nombre de tours de 45o à 4so ; pour la soufflante le nombre de tours est porté à environ 3.000 tours au moyen d’un e ngre nage nuil l i plica leur.
- Tous les auxiliaires du bord sont électriques ; le courant
- est fourni par huit générateurs conduits par des moteurs Diesel d’environ 4oo ch chacun.
- D’après une étude récemment publiée dans les United States Naval Institute Proceedings, le poids d’une installation de ce genre calculée dans des conditions aussi comparables que possible avec des installations à vapeur s’établirait à 21 kgr 9 par cheval contre 18 kgr 2 pour la machine à vapeur d’un grand croiseur et i3 kgr 6 pour celles d’un destroyer.
- En ce qui concerne la consommation de combustible, elle s’élevait, d’après les chiffres qui ont été publiés, à environ i54 gr par cheval pour le moteur seul, à 21 gr pour la soufflante, 10 gr pour les autres services auxiliaires, soit au total i84 gr; dans les mêmes conditions, on peut estimer à 272 gr la consommation minimum pour un destroyer (chiffres publiés pour le destroyer anglais Achéron).
- Se basant sur ces chiffres, on a établi le tableau suivant des consommations comparées aux diverses vitesses d’un croiseur de 5.ooo t à turbines et d’un croiseur à moteur Diesel :
- Consommation Consommation
- par ch/h____ horaire totale
- Vitesse Puissance Vapeur Diesel Vapeur Diesel
- Nœuds ch Grammes Grammes Tonnes Tonnes
- 12 I.600 463 238 0,74 0,38
- i5 3.200 38i 220 1,22 0,70
- 20 7.600 3io i85 2,33 1,39
- 26 20.000 279 i84 5,58 3,67
- 32,5 55.000 287 i84 i5,8 10,10
- Le moteur Diesel permet donc de réduire sensiblement la consommation et d’augmenter d’autant le rayon d’action (même en tenant compte de son poids plus élevé).
- C’est pourquoi il fut adopté sur ces cuirassés destinés à jouer le rôle de corsaires des océans.
- Il est cependant à noter que l’Amirauté allemande ne paraissait pas décidée à poursuivre la « motorisation » de ses croiseurs ; les croiseurs de 10.000 t Blücher et Admirai Hipper, actuellement en construction, sont munis de turbines à vapeur.
- NOTES ET INFORMATIONS
- Séchage rapide des pellicules de photographie aérienne.
- Pour que les photographies aériennes prises par les avions de reconnaissance aient leur valeur maxima, il faut qu’elles puissent être étudiées dans le mimimum de temps après leur prise. Comme il n’est pas rare que les clichés se présentent sous la forme d’une pellicule de 20 cm de large et 60 m et plus de longueur, on voit que le'développement du négatif et le tirage des épreuves relève d’une installation déjà semi-industrielle.
- Une des opérations les plus longues est le séchage et il y a intérêt à chercher à en réduire la durée au minimum. Dans les grandes installations, on utilise des matériels plus ou moins compliqués (séchoirs à circulation d’air chaud, exsiccateurs à vide, etc.). On peut arriver aux mêmes résultats par l’emploi de solutions salines concentrées ou de solvants volatils et ces méthodes sont générales et applicables aux photographies d’amateur.
- On sait depuis longtemps, qu’après une minute d’immersion dans une solution saturée de carbonate de potasse, la
- gélatine d’une couche photographique est pratiquement sèche; l’essuvage à sec ne prend guère qu’une minute par mètre de pellicule en 20 cm de large. Si on exclut l’emploi de machines à essuyer et à polir, ce mode de séchage n’est applicable qu’à de petites longueurs de pellicules.
- L’emploi cl’une solution saturée de sulfate de magnésium offre l’avantage de ne pas exiger d’essuyage et de polissage, mais seulement un essorage à la raclette de caoutchouc ; après environ 20 secondes d’immersion, la pellicule essorée est sommairement rincée dans de l’alcool à 80-95 dont l’excès est éliminé en quelques secondes par le courant d’air d’un ventilateur. On termine en plongeant la pellicule dans du benzène additionné de 1 pour 100 de vaseline, après quoi on essuie avec une peau chamoisée.
- Pour de grandes longueurs de pellicules, l’emploi de solvants volatils miscibles à l’eau est plus avantageux que celui des 'solutions salines, car il supprime les opérations d’essuyage et de polissage. On se sert en général d’alcool méthylique à 70-80 pour 100 ; après immersion de 10 minutes, une pellicule est complètement séchée en une minute
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- par un ventilateur à air chaud. Si la pellicule est maintenue entre les spires d’un tablier flexible, elle retient par capil-lauté une grande quantité d’alcool que l’on déplace au mieux par immersion de très courte durée dans du tétrachlorure de carbone; la durée totale du séchage d’une bande de 60 m, n’excède pas un quart d’heure.
- Les détonateurs modernes.
- On a pu dire, avec quelque raison, que les détonateurs sont les clés qui libèrent l’énergie renfermée dans les explosifs modernes. Ceux-ci en effet sont des compositions relativement stables, que l’on peut manipuler sans risques excessifs et dont beaucoup sont capables de brûler sans exploser si elles sont soumises à l’action de la chaleur seule. Pour qu’elles explosent il faut provoquer un choc local extrêmement violent; c’est le rôle du détonateur.
- Il consiste essentiellement en une petite charge auxiliaire d’un type d’explosif spécial capable, sous l’influence d’une petite flamme, de se décomposer suffisamment rapidement pour produire une onde de détonation se propageant dans la masse de l’explosif principal. Ces substances spéciales sont appelées, communément des « initiateurs » et c’est Alfred Nobel qui découvrit et mit en usage le premier des corps de cette classe, le fulminate de mercure en 1867.
- On peut distinguer deux sortes de détonateurs : les détonateurs ordinaires et les détonateurs électriques. Les premiers sont destinés à être utilisés avec un cordon fusant, comme dans les obus, et un grand nombre d’applications dans les mines et les carrières. Ils sont constitués par une petite gaine métallique, partiellement remplie soit de fulminate, soit d’un mélange de fulminate et de chlorate de potasse, soit de deux subtances séparées : au fond du détonateur un explosif secondaire puissant, tétryl (trinitro-phenylnitroamine) ou T. N. T (trinitrotoluène) surmonté par une amorce (fulminate de mercure ou azoture de plomb). La gaine fusante, un cordon Bickford, aboutit à la partie supérieure du détonateur, au contact de l’amorce sur laquelle crache le feu de l’âme de poudre qui détermine l’inflammation.
- Les détonateurs électriques, employés surtout dans les exploitations minières, ou dans la guerre pour faire exploser les mines, les fougasses, surtout lorsque la mine à feu doit être faite à un instant donné ou lorsqu’il y a plusieurs charges à faire exploser simultanément, comportent en plus du détonateur proprement dit un dispositif d’ignition relié aux fils électriques d’amenée du courant et soigneusement protégé, par suite de sa fragilité, des chocs et de l’humidité. Quand le courant est envoyé dans l’amorce électrique il peut soit chauffer un fil très fin de haute résistance spécifique qui enflamme la composition chimique dans laquelle il est noyé (On appellera cet amorçage, amorçage à basse tension car il suffit, pour le fahe fonctionner, d’une source d’électricité de quelques volts mais capable de débiter un assez fort courant) soit au contraire traverser la composition elle-même rendue conductrice par incorporation par exemple de carbone à l’état très divisé (on l’appellera 'amorçage à haute tension).
- Pour les amorces basse tension, divers métaux ont été proposés : platine d’abord puis actuellement alliages fer-nickel-ehrome à haute résistance spécifique et point de fusion élevée (ceci est indispensable car le fil pourrait fondre sans avoir porté la matière l’entourant <à une température suffisante pour enflammer l’amorce), étirés sous forme de fils ayant une résistance de 5oo ohms par mètre et un diamètre de 3 à 4 centièmes de millimètre. On conçoit que le mon-
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- tage et la fixation de filaments aussi ténus, soit directement entre les extrémités des fils d’amenée du courant noyées dans une matière plastique, soit entre de petites plaquettes métalliques fixées sur un bouchon isolant et reliées aux bornes d’amenée du courant, constitue une des principales difficultés de la fabrication de ces amorces. Le filament fixé est ensuite entouré d’une composition analogue à celle des têtes d’allumettes par trempages successifs dans des bancs de composition différentes. Par exemple, le premier bain permet de déposer une couche dont la qualité nécessaire est d’avoir un bas point d’ignition, la couche suivante par contre devra donner une flamme très chaude, la troisième couche de nitrocellulose additionnée de colorant pour l’identification assure la protection de l’amorce.
- Pour la première couche, on a pendant longtemps utilisé l’acétylure de cuivre qui s’enflamme à 1800 et donne une flamme très chaude, mais il est très sensible à des traces d’humidité et se transforme alors en un produit ne brûlant que difficilement.
- La composition des détonateurs n’a guère variée depuis Nobel, et le fulminate de mercure de Nobel est encore l’explosif de choix. Cependant, depuis 1920 environ, il a rencontré un concurrent : l’azoture de plomb surtout en faveur en Allemagne, pays forcé d’importer le mercure. On peut même constituer des détonateurs azoture de plomb-tétryl bien que ce second explosif, ne soit pas par lui-même un explosif d’amorçage.
- Au début de l’emploi de ce détonateur mixte, quelques accidents furent enregistrés. On trouva alors que l’azoture de plomb peut être précipité sous plusieurs formés cristallines : la variété a ou orthorhombique qui est relativement stable et la variété (3 ou monoclinique, qui se forme en petite quantité et qui présente une sensibilité dangereuse. C’est elle qui entraînait les risques d’explosion spontanée. Pour préparer l’azoture de plomb exempt de variété jü on précipite le sel en présence d’un colloïde genre dex-trine. Il n’y a plus alors formation de cristaux, mais de particules sphéroïdales qui sont moins sensibles au choc que le fulminate de mercure.
- D’autre part, l’azoture de plomb est moins sensible à l’action d’une flamme et pour lui redonner la même sensibilité que le fulminate, on lui ajoute du styphnate de plomb (sel de plomb du trinitroresorcinol). C’est ainsi que sont constitués les détonateurs très utilisés en Angleterre dans les travaux miniers.
- En Amérique, on a récemment proposé, comme substitut du fulminate, le dinitrodiazophénol qui semble être un produit intéressant.
- Pour remplacer l’acétylure de cuivre dont la sensibilité à l’humidité peut amener la détérioration des détonateurs stockés longtemps à l’humidité ou utilisés dans les contrées tropicales, les Allemands ont proposé comme composition d’ignition, le picrate de plomb, les Anglais le sel de plomb du mononitrorésorcinol et les Américains le sel de plomb du dinitrocrésol.
- Enfin, lorsque l’on utilise les détonateurs dans les mines de charbon, pour éviter les accidents dus au grisou qui peut être enflammé par des particules en ignition projetées par le détonateur après son explosion, on a cherché à remplacer le soufre, matière idéale cependant utilisée pour l’enrobage des amorces dans les gaines explosives. On s’est finalement arrêté aux dérivés chlorés des naphtalènes. Ces corps sont miscibles avec le soufre et sont des extincteurs de flamme remarquables. Aussi leur emploi se généra-lise-t-il, surtout en Angleterre et tend à supprimer une des rares causes imprévisibles de danger dans les mines.
- IL VoLTA.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN MARS ET AVRIL 1940 (’)
- Parmi les planètes en évidence pour l’observation, il convient de signaler Mercure, au début de mars puis ensuite au milieu d’avril, et surtout Vénus, qui illumine magnifiquement nos soirées de printemps. Plus modeste, la petite planète Cerès se trouvera en opposition le io mars, accessible à une simple jumelle. A signaler, pour mémoire, une éclipse annulaire le Soleil, dont l’observation est entièrement réservée à nos amis d’Amérique.
- I. — Soleil. — La déclinaison du soleil sera de — 7°32/ le ier mars; de + 4°3C/ le ier avril et de + 14°49^ le oo avril.
- Le soleil traversera l’équateur céleste le 20 mars, à i8h2om58s, ce moment marquera le début du printemps astronomique.
- Durée de jour : le ier mars = ioh5gm; le ier avril = i2h5ora; le 3o avril — i4h29m. Voici, de 5 en 5 jours, le temps moyen à midi vrai :
- Mars : 1er = 12ll3m5s ; 6 — i2h2mos; il = i2hom/|6s;
- 16 = nh5gra23s; '21 = nh57m55s; 26 = nll56m23s;
- 31 = iih54m528.
- 4»ril : 1er = xih54m34s; 6 = nh53m6s; 11 = n115iin43B ; 16 = nh5om28B; 21 — nh/i9m2is; 26 = nh48m25s;
- 30 = nh47m/i9s.
- Observations physiques. — Suite des éphémérides pour l’orientation des dessins et des photographies du Soleil :
- Date ( o1') P B. L„
- Mars 5 — 22*58 0 — 7>5 56*72
- — 10 — 23,64 0 — 7, x3 35o,84
- — i5 — s4.53 0 — 7,15 284.94
- — 20 — 25,25 0 — 7,02 219, o3
- — 25 — 25.8o 0 - 6,84 i53,io
- — 3o — 26,17 0 — 6,61 87,15
- Avril 4 — 9 6(36 0 — 0;33 2 i°ig
- — 9 — 26,38 0 — 6,00 3i5,2o
- — *4 — 26,21 0 — 5.63 249.20
- — 19 — 25,85 0 — 5.22 183,17
- — 24 — 25,3 r 0 - 4,78 117,12
- — 29 — 24,5g 0 — 4,3o 5i,o5
- Lumière zodiacale ; lueur antisolaire. - — La lum\
- odiacale e st particulièrement bien visible, en France,
- soir, pendant les mois de mars et avril, de la fin du crépuscule. La lueur antisolaire pourra être recherchée en mars vers minuit, dans les nuits sans lune, au point du ciel opposé au Soleil. En avril, elle s’abaisse sur l’horizon et sa recherche deviendra bien difficile sinon impossible.
- Eclipse annulaire de Soleil. — Une éclipse annulaire de Soleil, entièrement invisible à Paris, se produira le 7 avril. Commencement de l’éclipse générale à 17hi7m ; maximum à 2oll2im; fin dé l’éclipse à 23h24m. Grandeur de l’éclipse : 0,970 (le diamètre du Soleil = 1,0). Cette éclipse sei'a visible en Amérique du Nord, aux Antilles, de la partie nord de l’Amérique du Sud, au centre et à l’Est de l’Océan Pacifique. La plus grande durée de la phase annulaire sera de 7m3i, en plein Océan Pacifique.
- 1. Toutes les heures données dans ce « Bulletin Astronomique » sont exprimées en Temps Universel (T. U.), compté de 0h à 24h, à partir de 0h (minuit).
- IL — Lune. — Voici les phases de la Lune :
- D. Q. le 1er Mars, à N. L. le 9 — à
- P. Q. le 17 — à
- P. L. le 23 — à
- D. O. le 3o — à
- ah35m
- 2ti23‘n
- 3h25m
- I9li33m
- lt)ll20m
- N. L le 7 Avril, à 2o'ii8m
- P. Q. le i5 — à i3h46m
- P. L. le 22 — à 4tl37m
- D. O. le 29 — à 7h49m
- Age de la Lune, le icr mars, à o!l = 21Ù7; le 10 mars = oj9 ; le ier avril = 22^9; le 8 avril = 0^,2 ; le 3o avril = 22j,2.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune : le 2 mars, à G11 = — i8°4ij ; le 17 mars, à oh = + i8°36j; le 29 mars, à 1211 = — i8034/; le i3 avril, à 6h — + i8°33'; le 20 avril, à 2111 = — i8034L
- Apogée (plus grande partie à la Terre) et Périgée
- (plus petite distance à 1 a Terre) de la Lune pendant ci _‘S
- deux mois :
- Phénomène Date Heure Parallaxe Distance
- Apogée 9 Mars 5 h 53'56" 4o6 674 km
- Périgée 23 — ioh 6i'25" 357 o35 —
- Apogée 5 Avril 9h 53'58" 4o6 322 —
- Périgée 20 — 19I1 1 6o'54" 36o 064 —
- Occultations d’étoiles et de planètes par la Lune :
- Magni- Phéno- Heure
- Date Astre tude mène Paris Uccle
- Mars i2 2766. D.-j-100 6 ~8 Imm. — i8ti5gra, .9
- — 16 873 B. D. -|- 180 7 0 Imm. — 20 36 2
- — 19 i5g8B.D. -j-x5° 6 7 Imm. — 0 36 4
- — 19 68Gémeaux 5 1 Imm. — 0 54 3
- — 19 1879 B. D. -f- i4° 7 1 Imm. — 19 35 7
- — 21 m Lion 5 5 1mm. — 0 3i 3
- — 25 ). Vierge 4 6 Em — 23 52 3
- — 29 46o5B. D. — 191 6 5 Em. — 3 28 9
- Avril 13 I203B.D.-f-170 6 2 Imm. — 23 35 6
- — i4 51 Gémeaux 5 3 Imm. — 23 6 2
- — 17 x. Cancer 5 1 Imm. — 0 i4 5
- — 17 2289B.D.-I- 80 6 7 Imm. — 20 3 4
- — 27 5079B.D. —18° 6 5 Em. — 2 3o 6
- Marées. — Les plus grandes marées se produiront, en mars, du 22 au 27 (coefficient maximum 118 centièmes, le 25) et en avril, du 20 au 26 (coefficient maximum ni centièmes les 22 et 23). Comme on le voit ces marées seront 1res fortes.
- III. — Planètes. — Le tableau ci-après a été établi à l’aide des données de l’Annuaire astronomique Flammarion. Il contient les renseignements utiles pour rechercher et observer les principales planètes pendant les mois de mars et avril 1940.
- Mercure pourra être observé le soir au début de mars : on a vu au dernier « Bulletin Astronomique a qu’il est arrivé à sa plus grande élongation du soir le 28 février. Ensuite il se trouvera en conjonction inférieure avec le Soleil, le i5 mars. Et le 12 avril, il sera, de nouveau, à sa plus grande élongation du matin, à 27°4o/ à l’Ouest du Soleil.
- Vénus arrivera à sa plus grande élongation du soir, le
- 17 avril, à 45°44/ à l’Est du Soleil. Elle brille magnifiquement dans le ciel du soir. La figure x du « Bulletin Astronomique » paru au n° 3o58, du i5 décembre ig3g, repré-
- sente (dessin n° 3) son aspect le 16 mars et (dessin n° 4) son aspect le i5 avril.
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- Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation et étoile voisine
- 1er Mars 6h34*n i2h 3m 5s 17b33m 22h49m — 7°32' 32' i9"6 Verseau
- \ 25 Mars 5 45 11 56 42 18 9 0 17 + I 52 32 7,1 Pois-ons |
- < 18 Avril 4 56 11 5o 0 18 45 1 45 + 10 5a 3i 53,9 Bélier
- F 3o Avril 4 34 11 47 49 19 3 2 3o + i4 49 3i 47,8 Bélier
- ? 1er Mars 6 57 i3 5 19 i5 23 5o + 1 2 7,6 Poissons
- \ 25 Mars 5 5 10 5i 16 37 23 12 - 3 28 10,6 f Verseau
- *\ 18 Avril 4 20 10 i5 16 11 0 8 — 20 7,° 5 Baleine
- / 3o Avril 4 5 10 3i 16 59 1 11 + 4 43 6,0 î Poissons
- 1 i 25 Mars 7 4 i4 43 22 24 3 1 + 19 16 19,8 S Taureau
- 'j 18 Avril 6 33 i4 53 23 14 4 46 -j- 25 5o 23,8 Taureau
- 1 25 Mars 7 28 i5 10 22 52 3 2q + 19 43 4,8 r Bélier
- j 18 Avril 6 41 14 42 22 43 4 36 -j— 23 2 4,4 -r Taureau
- 1 25 Mars 6 16 12 46 19 17 1 6 + 5 53 3i ,0 80 Poissons
- ’ ) 18 Avril 4 53 11 33 l8 l4 1 28 + 8 4 3o,8 u Poissons
- 1 25 Mars 6 49 i3 36 20 24 1 57 + 9 34 14,8 £ Baleine
- j 18 Avril 5 21 12 i3 19 6 2 8 + 10 37 14,6 4 Baleine
- i lerMars 8 53 16 18 23 43 3 4 + 173 3,4 53 Bélier
- ’ f 3o Avril 5 4 12 33 20 3 3 16 + >7 49 3,4 53 Bélier
- ^ 1er Mars 18 36 0 58 7 16 11 42 + 3 19 2,4 j3 Vierge
- ' j 3o Avril 1 14 32 20 52 3 17 11 36 + 3 55 2,4 (5 Vierge
- ASTRE
- Soleil .
- Mercure
- Vénus
- Mars
- Jupiter
- Saturne
- Uranus
- Neptune
- VISIBILITE
- I
- )Le matin, du ier au 20 avril, plus grande élongaûon le 12 avril.
- 'Magnifique, le soir. ( Plus grande élonga-tion le 17 avril.
- Dès l’arrivée de la nuit.
- Eu conjonction avec le soleil le 11 aviil.
- jEn conjonction avec le \ soleil le 24 avril, i
- (Dès l’arrivée de la nuit.
- Toute la nuit. Opposition avec le soleil le i4 mars.
- Mars est encore visible, dès l’arrivée de la nuit. Son diamètre est très réduit par la distance et les observations de cette opposition sont, pratiquement, terminées.
- Cérès, la petite planète n° 1, passera en opposition le 10 mars et atteindra la magnitude 7,0. On pourra donc l’observer avec une jumelle ou une petite lunette. Voici les positions où il faudra la rechercher (voir 11g. 1) :
- Date (oh,T.U.)
- Mars 8
- — 16
- — 24 Avril 1
- Ascension droite
- 11 h22m , 6 x 1 i5 7 11 Q 2 11 3 8
- Déclinaison
- + 2203û' -{- 23 14 -f- 23 34 -j- 23 37
- Jupiter va se trouver en conjonction avec le Soleil le 11 avril prochain, à 2251. On pourra essayer, en mars, d’observer les deux phénomènes suivants dus aux satellites : Le 6, I. O. c. i8hi2m; le i4, II. Im. i8h38m. Ensuite, il faudra attendre le mois de juin pour observer ces curieux phénomènes.
- Saturne sera en conjonction avec le Soleil le 24 avril, à 1811. Il sera inobservable. Voici la suite des éléments de l’anneau cle Saturne :
- i4 mars i5 avril
- Grand axe extérieur..............
- Petit axe extérieur..............
- Hauteur de la Terre sur le plan
- de l’anneau....................
- Hauteur du Soleil sur le plan de l’anneau.........................
- 37",34
- — 10", 13
- — 150,773
- — i6°,864
- 36".62 xo'',8x
- 170,179
- i7°>269
- Uranus, qui sex-a en conjonction avec le Soleil le 12 mai prochain, sera encore un peu visible en mars, à environ i° au Sud de l’étoile 53 Bélier.
- Neptune ax*rivera en opposition avec le Soleil le i4 mars. II sera visible toute la nuit. Pour le trouver, on reportera ses positions données plus haut au tableau des planètes sur la carte publiée au n° 3o42, du Ier février 1939, p. 91.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 8 mars, à i4i>,
- Le 9 mars, à 231»,
- Le 11 mars, à 8h,
- Le 12 mars, à 14b,
- Le 12 mars, à 23h,
- Le i4 mars, à Oh,
- Le 14 mars, à 3h,
- Le 16 mars, à l8h,
- Le 23 mars, à 8h,
- Le 26 mars, à l3h,
- Le 26 mars, à i4h>
- Le 5 avril, à l3h,
- Le 8 avril, à 3h,
- Le 9 avril, à 2h»
- Le 10 avril, à Ilh,
- Le 11 avril, à oh,
- Le 11 avril, à Iph,
- Le 11 avril, à 19b,
- Le *9 avril, à l7h,
- Vénus avec Saturne, Mercure avec la Lune, Jupiter avec la Lune, Saturne avec la Lune, Vénus avec la Lune, Mars avec la Lune, Uranus avec la Lune, Mars avec Uranns, Neptune avec la Lune, Mercure avec l’étoile S Bélier (4m.5)
- Vénus avec Uranus, Mercure avec la Lune, Jupiter avec la Lune, Saturne avec la Lune, Uranus avec la Lune, Vénus avec Mars, Vénus avec la Lune, Mars avec la Lune, Neptune avec la Lune,
- à 3022' N. à 1045' N. à 1042' S. à 1029' S. à 2f,3t>' N. à 3o 13' N. à 2017' N. à i° 6' N. à 3o46' N.
- à o°2o' N. à 2°3i' N. à 4o3L S. à 10 1' S. à io 6' S. à 2026' N. à 20[ 1' N. à 7041' N. à 4°5o' N. à 3°5o' N.
- Fig. 1. — Marche de la petite planète Cérès (1) sur le ciel, du ?1 février au 1er avril 1940.
- Opposition te 10 mars. Eclat : 7e magnitude.
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- = 254 ::............rr ....
- Temps sidéral, à oh, pour le méridien de Greenwich : Mars 1er, ioh34m35s ; 10, nhiom4s; 20, xiM^o3;
- 30, i2ha8m55s. Avril 9, i3h8m2is; 19, i3h47m46s ; 29, i4h27mi2s.
- Étoiles variables. — Minima de l’étoile Algol (jâ Persée), variable de am,3 à 3m,5 en 2:i20h49m : ^ mars, 23h2im; 7, 20hnm ; 27, 2ih56m ; 19 avril, 20h2gm.
- Étoiles filantes. — Le 9 avril, par 255° + 36° (vers 77 Iler-cule).
- Du 16 au 00 avril, par 206° + i3° (vei's r Bouvier).
- Les 19 et 20 avril, par 271° + 33° (vers xo4 Hercule).
- Les 29 et 3o avril, par 3a6° — 20 (vers a Verseau).
- V. — Constellations. — On trouvera la description de l’aspect de la voûté céleste pour le mois de mars au « Bulletin astronomique » du n° 3o42, page 91 ; pour le mois d’avril, au n° 3o44) page i5G.
- Em. Tougiiet.
- . Nouvelles des Comètes. — L'information parue au dernier numéro de La Nature (n° 3o58, du i5 décembre 1989, p. 223) doit être complétée comme il suit, d’après les nouveaux renseignements transmis par les obseiwateurs.
- Après la Comète Giacobini-Zinner (1989 l), retrouvée le x5 octobre 1939, par M. Van Biesbroeck, à l’Observatoire Yerkès, la célèbre Comète Faye a été retrouvée à son tour par l’astronome Jeffers, à l’Observatoire de Harvard College, aux États-Unis, le 3 novembre 1939.
- La révolution de cetle Comète est de 7ans,32i33. Elle avait subi, de la part de Jupiter et de Saturne, de fortes perturbations dans sa marche, perturbations dont avaient tenu eomplc MM. W. Henderson et P.-J. Harris lors du calcul de ses positions, de sorte qu’elle a été décelée à la place exacte que lui assignait le calcul.
- Dans la dépêche annonçant son retour, la Comète est décrite comme un objet diffus, avec une condensation centrale. Elle passera au péi'ihélie le 28 avril 1940. La Comète Faye a été inscrite sous la désignation 1989 m.
- De ce fait, la Comète Friend a comme indicatif 1989 n. Cette dernière Comète, nous l’avons vu, a été découverte à Escondido (Californie) par M. Friend, le xer novembre.
- La « Circulaire n° 117 » du Sei-vice des Informations rapides de la Société Astronomique de France, signale que par suite de l’omission, lors de la transmission télégraphique, d’un groupe de chiffres, la position donnée pour le jour de la découverte —; et qui figurait dans notre première infor-malion — est erronée. Voici cette position rectifiée, poulie 4 novembre, à 23h3om (T. U.) :
- Ascension droite .... iGh52m,g ; Déclinaison................ + 34°3/-
- Une orbile, dont voici les éléments, a été calculée par le P1’ Berkeley :
- Epoque du passage au périhélie .........................
- Argument de latitude du périhélie .......................
- Longitude du nœud ascendant.
- Inclinaison .................
- Distance périhélie...........
- L’Astronomie fait remarquer (n° de novembre-décembre 1939) que, jusqu’à ce jour, treize comètes ont été découvertes ou retrouvées en 1989 (G nouvelles et 7 périodiques attendues). 1926 et 1982 avaient été illustrées par 11 comètes, 1898 par 10 comètes. En 1898, une seule comète avait été vue, 2 seulement en 1897, 1901 et 1923. Certaines années comme i84i, iS5G, 1866, 1876 n’ont été marquées par l’apparilion d’aucun de ces astres. Mais nous ferons remarquer qu’en ces années déjà lointaines dans le passé, l’astronomie ne disposait pas de moyens d’observation aussi puissants que de nos jours, et le nombre des observateurs (professionnels ou amateurs) était bien moins grand qu'aujourd'hui. De sorte que beaucoup de faibles comètes, maintenant immédiatement repéi'ées, ont bien pu, alors, passer totalement inaperçues. Eax. Toucixet.
- 1939 Nov. 6,149 (T- U.). i28°3i'
- Q = 19801U i — 920 7' q ~ 0,9377
- (1939,0)
- MÉTÉOROLOGIE ====-==
- RÉSUMÉ DES OBSERVATIONS FAITES A L'OBSERVATOIRE DU PARC SAINT-MAUR, PRÈS PARIS, PENDANT L'ANNÉE MÉTÉOROLOGIQUE 1939
- Pression barométrique (altitude 5o m 3). Moyenne annuelle, des 24 h : 757 mm 00, inférieure de o mm 97 à la normale. Six moyennes mensuelles ont été supérieures à leurs normales respectives. La plus remarquable a été celle de février (écart + 3 mm 3). Pour les mois à pression déficitaire, janvier a présenté un écart de — 9 mm o et situe ce mois au quatrième rang parmi les mois de janvier à pression au-dessous de la noi-male observés depuis 1874. Le minimum absolu, y34 mm 5, a été observé le 25 janvier et le maximum absolu, 773 mm 7, le 11 février, soit donc un écart extrême de 39 mm 2 en un intervalle de 17 jours.
- La moyenne annuelle de la température (moyenne vraie des 24 h) : io°,9i, est supérieure de o°,68 à la normale. Cinq moyennes mensuelles ont été déficitaires, décembre xg38 (écart — o°,9), mars (écart — o°,3), mai (écart — o°6,), juillet (écart — o°,8) et octobre (écart — o°,4). Toutes les autres ont été excédentaires. Celle de novembre (écart 4- 3°,4) et celle de janvier (écart -f 3°,i). Le maximum absolu, 34°,4 a été enregistré le 7 juin et le minimum
- absolu, — i2°,2, les 19 et 20 décembre 1988. La moyenne des minima de l’année a été de 7°,oo et, celle des maxima de i5°,o7, soit pour celle de l’année, n°,o3.
- Les moyennes saisonnières ont été les suivantes : hiver, 4°,36; printemps, io°,o5 ; été, i7°,8o; automne, 11°,4-2.
- On a noté 38 jours de gelée à glace, dont 11 appartenant au seul mois de décembre 1938 (du 17 au 27) et parmi lesquels on en compte 9 où le thermomètre, sans abri, est resté toute la journée au-dessous de o°.
- La hauteur totale d’eau de pluie recueillie pour l’année, a été de 829 mm 3, plus forte de 237 mm 3 à celle normale (692 mm o). Deux autres années, depuis 1874, ont été plus pluvieuses encore que celle-ci, 1936 (832 mm 7) et
- 1930 (884 mm 3). Cette hauteur, correspond à ip3 journées de pluie appréciable (en 1980, 2x4). Il y a eu de plus, i3 jours de gouttes qui n’ont rien accusé au pluviomètre. Aucun mois de l’année n’a donné une hauteur totale d’eau inférieure à 35 mm. Le moins pluvieux a été mars avec
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- 37 mm 4 et le plus pluvieux octobre avec i56 mm 3 alors que sa moyenne n’est que de 6o mm 9. Depuis 1874, ce total n’a été dépassé qu’une seule fois, en octobre, en 1896 (i58 mm 7). Le nombre de jours de précipitations, pour octobre 1989 a été de 24.
- Les hauteurs totales d’eau pour les saisons, sont celles suivantes : hiver, 181 mm 8; printemps, i43 mm 9; été 216 mm 2 et automne 287 mm 4; toutes les saisons ont été pluvieuses, mais plus spécialement l’automne.
- La moyenne annuelle de l’humidité relative a été de 77,7 pour 100, inférieure de 1,2 à la normale et celle de la nébulosité du ciel, de 67,0 pour 100 supérieure de 6,5 à la normale.
- Nombre de jours : neige, 11 ; grêle, 8; grésil, 6; gelée blanche, 41 ; rosée, 119; givre, 6; verglas, 2; brouil-lard, 117; brume, i?.5 ; de sol couvert de neige, 9; d’orage, a5 et d’éclairs seuls, x.
- Sur les 11 journées de neige notées au cours de l’année,
- ...:...............' —........ - 255 =.
- 5 appartiennent au mois de décembre 1938, 2 à janvier, 3 à mars et 1 à octobre. Les plus importantes sont celles des 20 et 21 décembre ig38 qui ont donné une couche de neige de 6 cm d’épaisseur. La fusion de cette couche ne s’est achevée, dans les endroits abrités, que dans la journée du 3o.
- Du 18 au 26 décembre 1938, le thermoriîètre est constamment resté au-dessous de o° sur toute la région parisienne. Les températures les plus basses ont été observées presque partout le 20 cl, sur quelques points le ig. Le 20, les minima ont été partout inférieurs à — n°,o et les maxima, au plus égaux à — 8°,5. Minima les plus bas, à Paris, — i3°,i à Belleville, — i3°,5 à Montmartre et, dans les environs, — i8°,2 à Trappes et — i5°,9 à Ivry.
- Em. Roger.
- L’année météorologique commence au ier décembre et finit au 3o novembre.
- LIVRES NOUVEAUX
- Bibliographie météorologique internationale
- (Tome IV, année 1936). 1 vol., 358 p., publiée par l’Office national météorologique et la Société météorologique de France, Paris, 196, rue de l’Université
- Cet ouvrage mentionne souvent avec un bref résumé les principales publications météorologiques de l’année 1936. Les matières sont classées suivant 9 chapitres principaux : météorologie ; météorologie pratique ; structure, mécanique et thermodynamique de l’atmosphère ; radiation et température ; pression atmosphérique ; vent ; vapeur d’eau et hydrométéores ; climatologie ; phénomènes variés et influence ; dans chacun d’eux elles sont indexées suivant le système décimal. Le volume contient plus de 2.500 références. C’est là une documentation unique en son genre, fruit d’un remarquable effort, indispensable à tous ceux qui s’intéressent à la météorologie et aux disciplines voisines.
- Démographie statistique (Congrès international de la population, Paris, 1937, 3e vol.). Hermann et Çie, Paris, 1938. 1 vol., 156 p. Prix : 30 francs.
- Contient des études générales sur les caractéristiques démographiques de Vienne (Autriche), de l’Australie, de la Chine, de New-York, de l’Inde Anglaise, de l’Irlande, de la Palestine, des Pays-Bas, de la Russie, ainsi qu’une monographie sur une petite commune rurale française de l’Ailier, en voie de régression rapide.
- Les méthodes modernes d’éclairage, par J. Wetzel (3e édition revue et augmentée). 1 vol., 203 p., 63 fig. L. Eyrolles, éditeur, Paris, 1939. Pi'ix : 58 francs.
- L’excellent cours professé par M. Wetzel à l’École des travaux publics contient tous les éléments nécessaires pour établir un projet rationnel d’éclairage, compte tenu des progrès de la technique moderne. Cette nouvelle édition a été complètement remise à jour et offre une synthèse des méthodes les plus récentes pratiquées dans les différentes applications de l’éclairage,
- Manuel du cyclo=camping, par Léon Vibert et A. Rabault. 1 vol. illustré, 62 p. Revue « Camping », 9, rue Richepanse, Paris. Prix : 9 francs.
- Les touristes cyclistes néophytes du camping trouveront ici des conseils et des exemples typiques qui leur faciliteront l’appi*entissage du camping.
- Le connaisseur de champignons, par le Dr Guetrot. 1 vol., 100 p., 32 fig. en couleurs. Librairie des Sciences et des Arts. Paris, 1939. Prix : broché, 28 francs.
- _ Pour répondre à ces deux questions qui seules intéressent l’amateur de champignons comestibles en présence d’un champignon : Est-il mauvais ? Est-il bon ?, l’auteur a imaginé une
- présentation originale : à côté de l’image d’un champignon vénéneux il fait figurer celle du champignon comestible qui lui ressemble. Le champignon vénéneux est pris sous ses différents aspects et figure à plusieurs reprises dans l’ouvrage. Un texte bref et clair précise les différences que l’image met déjà clairement en évidence. Le classement est fait par couleurs des chapeaux.
- Ce petit manuel représente sous un petit volume une grande somme de science et d’ingéniosité. C’est un guide précieux pour tous les récoltants.
- De la carbonisation aux carburants d’aviation,
- par Ch. Berthelot, t. I. Le pétrole et ses succédanés. 1 vol. in-S, 327 p., 73 fig. Dunod, Paris, 1939. Prix : 90 francs ; relié, 107 francs.
- Nos lecteurs connaissent bien la compétence et le talent d’exposition de l’auteur. Depuis des années, il étudie l’évolution des problèmes des carburants, visitant les usines, dépouillant, des documents officiels et techniques, suivant jour après jour toutes les nouvelles réalisations. Il est le guide le mieux informé et le plus précis pour suivre l’énorme eflort qui se poursuit dans le inonde entier dans le but de limiter les importations de combustibles liquides en temps de paix, d’assurer les besoins du temps de guerre. Son nouvel ouvrage continue le cycle d’études précédemment abordé. On y trouve d’abord les documents récents sur la politique des carburants en Angleterre et en France (rapports Falmouth et Rivett, enquête tra-vid',liste, problèmes français du raffinage, des stocks, des ressources coloniales, de l’utilisation des bois et des oléagineux), puis l’exposé technique et économique des plus récentes réalisations dans le domaine des schistes bitumineux, de la carbonisation des bois, de l’utilisation des oléagineux et du gaz de houille, de la semi-carbonisation, de J’examen des qualités des charbons. Cet inventaire complet est à lire et à méditer, sans qu’on puisse le présenter ici plus, en détail.
- Théorie générale de la population (Congrès international de la population, Paris, 1937). 1 vol., 270 p. Hermann et Cie, Paris, 1938. Prix : 50 francs.
- Un congrès de la population s’est tenu à Paris à l’occasion de l’Exposition de 1937. Il a donné lieu à d’amples travaux et à d’importantes communications dont la librairie Hermann entreprend la publication, en 8 volumes. En voici le premier qui réunit les allocutions officielles et un certain nombre de communications d’ordre général sur les problèmes essentiels de la démographie, et les méthodes convenables pour les aborder. Comme il arrive dans les congrès, ces exposés sont de valeurs très inégales ; mais leur ensemble fait ressortir clairement l’effort accompli par la démographie moderne pour choisir les indices les plus aptes à condenser numériquement les traits essentiels du mouvement de la population, le choix des indices est à la base d’une statistique utile, permettant l’observation raisonnée des faits même et la prévision de l’avenir.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boite aux Lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- A propos du pissenlit, énigme historique (n° 3046).
- M. J. Costier nous écrit : « Dans le tableau représentant Saint Christophe, de Memling, peint en 1484, l’artiste a représenté aux pieds de certains personnages, quantité de plantes poussant naturellement dans les prairies, au bord des chemins, etc. Ces plantes sont figurées avec la minutie et la fidélité coutumières à Memling. Parmi elles, se voit un Pissenlit très caractéristique.
- Bien que ce tableau soit postérieur de un siècle, à celui de Luca Spinelli et de 60 ans à celui des Van Eyclc, cette représentation me semble intéressante à connaître, car elle contribue à faire admettre qu’au xve siècle, le Pissenlit était largement répandu dans les Flandres et en Allemagne, régions dont Memling s’inspirait pour trouver le sujet des détails figurant dans ses œuvres. »
- Émission radiophonique à haute fidélité. — Les
- essais réalisés récemment par l’ingénieur américain Armstrong pour obtenir des diffusions radiophoniques à haute fidélité, et éliminer l’influence des parasites atmosphériques ou même industriels dans une grande proportion, sont basés essentiellement sur un dispositif de modulation particulier.
- Dans le procédé, universellement adopté aujourd’hui, on fait varier Vamplitude des ondes entretenues produites par un oscillateur à lampes, à l’aide des courants microphoniques déterminés par l’action de la musique ou des paroles à transmettre. C’est le procédé de modulation à variation d’amplitude ; il exige l’emploi dans le récepteur d’un détecteur, qui est, en-quelque sorte, un démodulateur et sépare la modulation de l’onde entretenue qui lui a servi de support, en envoyant les courants basse fréquence correspondants aux courants microphoniques primitifs a ers les étages d’amplification basse fréquence,, et le haut-parleur.
- Dans le procédé utilisé par Armstrong, et dont le principe, d’ailleurs, est connu depuis longtemps, on fait varier, non l’amplitude, mais la fréquence de l’onde entretenue primitive, ce qui exige, bien entendu, des dispositifs différents au poste récepteur. Les résultats obtenus, jusqu’à présent paraissent satisfaisants, mais il est encore trop tôt pour avoir une opinion précise sur la valeur pratique de ce procédé, dont les difficultés d’application sont très grandes.
- M. Camponow, à Genève.
- Valve=relais à cathode froide. — Des modèles de valves-relais à cathodes froides, analogues à celles qui ont été décrites dans la revue, ont surtout été construits par la « Radio-Corporation of America » (R. C. A.). Vous pouvez donc vous adresser à ce sujet aux maisons françaises vendant des appareils de cette marque, ou correspondantes de cette Société. Par exemple : Comptoir International d’Approvision-nement radio-électrique, 3, rue d’Édimbourg, Paris ou Inter-continental-radio, 16, avenue Hoche, Paris.
- Service d’entretien des P. T. T., à Rouen.
- Ouvrages sur les récepteurs de T. S. F. — Pour trouver des indications sur le montage des récepteurs de T. S. F., et particulièrement des appareils simples, en utilisant des pièces détachées du commerce, vous pouvez consulter les ouvrages suivants :
- Les meilleurs appareils de T. S. F., par P. Hémardinquer. Dunod, éditeur, 92, rue Bonaparte, Paris ; Les récepteurs de T. S. F. modernes. Chiron, éditeur, 40, rue de Seine, Paris.
- Un abonné de Saint-Affrique.
- De tout un peu.
- M. Renevey, Fribourg. — La désignation de Vernis cristallisé à effet givré est insuffisante pour nous renseigner sur
- le genre de vernis dont il s’agit. Le mieux serait de nous faire parvenir un échantillon ou un article ayant été traité de cette façon.
- Un abonné à Saint-Affrique. — Détermination des œufs cl’oiseaux. — Il existe trois ouvrages fondamentaux anciens : O. des Murs, Imité général d’Oologie ornithologique, Paris, 1880; Heuvitson, Colourecl Illustrations of the eggs of british Birds, London, 1856 ; Lefèvre, Atlas des œufs d’oiseaux d’Europe, Paris, 1845.
- Pour plus ample bibliographie, s’adresser à la Société Française d’Ornithologic au Muséum à Paris.
- Pour fixer vos échantillons minéralogiques sur une planchette, il vous suffira de creuser d’abord dans celle-ci une petite cavité permettant d’avoir une emprise convenable pour que l’échantillon ne reste pas en l’air, ce qui nécessiterait un abloquage disgracieux.
- Garnir alors la cavité du mélange suivant, rendu bien homogène par broyage :
- Gomme laque en écailles.............. 120 gr
- Pierre ponce en poudre............... 100 —
- Amener ce mélange à fusion en appliquant un fer à souder modérément chauffé (la gomme laque fond vers 80° C) et appliquer aussitôt l’échantillon également chauffé sur une lampe à alcool disposée à portée de la main. Presser légèrement pour assurer le contact, puis laisser refroidir doucement.
- R. L'., à Morlaix. — La présence du chlorure de sodium dans une eau destinée à la consommation n’est une indication de pollution que si cette eau provient de la nanpe phréatique située loin de la mer, car alors ce chlorure de sodium est apporté avec une quasi-certitude par les déjections, l’urine contenant de S à 12 gr de chlorure de sodium par litre ; le chlorure de sodium que l’on rencontre dans une eau est ainsi considéré comme concomitant de l’accès des matières fécales dans l’eau examinée.
- Mais, dans le cas où l’eau de mer avoisine ou se mélange visiblement avec l’eau considérée, la présence du chlorure de sodium perd toute signification et il n’y a pas alors lieu d’en tenir compte.
- Quant à~ envisager une action de votre eau sur un matériel industriel, eu égard à la faible quantité de sel marin que vous signalez, nous pensons qu’elle sera nulle et qu’il n’y aura par conséquent pas à craindre d’effet fâcheux.
- M. Jean Gervais, à Compïègne. — Ainsi que nous l’avons signalé à plusieurs reprises la préparation d’un vernis d’amate.ir expose à des mécomptes par suite de la difficulté de pyrogéner convenablement les copals, il est de pratique plus économique de faire l’acquisition de vernis tout préparés, par exemple dans les Maisons suivantes en signalant quel doit être l’emploi spécial prévu : Soehnée frères, 58, rue de Saint-Mandé, à Montreuil-sous-Bois (Seine) ; Clément et Rivière, 42, rue de Beaurepaire, à Pantin (Seine).
- M. Darot, à Savenay. — 1° Le cuir se teint très facilement au moyen des couleurs aux stéarates qui sont solubles dans les hydrocarbures, vous pouvez prendre comme base d’une préparation de ce genre la formule suivante :
- Couleur au stéarate ...;.. 15 gr
- Benzine............................ 85 —
- Ce procédé a l’avantage de ne pas mouiller le cuir et de prendre sur le cuir gras ; ces couleurs aujourd’hui courantes dans le commerce se trouvent par exemple chez Grangé, 54, rue des Francs-Bourgeois, à Paris.
- 2° La peinture à l’huile est à déconseiller pour le cuir, les résultats seraient déplorables.
- 3° Vous trouverez tous renseignements utiles pour le travail du cuir par un amateur dans le petit ouvrage « Le travail du cuir » de Rousset, édité par Béranger, 15, rue des Saints-Pères, à Paris.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud trères et cie a laval (france). — 15-2-1940 — Published in France.
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- N° 3060
- LA NATURE
- 15 Avril 1940
- VERS L'AVION SEMI-AUTOMATIQUE
- Dans un précédent article (x), nous avons examiné la constitution des avions modernes, du point de vue de la stricte technique aéronautique, avec leurs dispositifs caractéristiques : train éclipsable, dispositifs hypersustentateurs pour l’atterrissage et le décollage à vitesse réduite, hélice à pas variable en vol.
- Cet aperçu nous a conduit à la notion d’une machine extraordinairement compliquée, dont le tableau de bord comporte plusieurs dizaines de cadrans et . de manettes, et dont le pilotage exige des réflexes parfois inverses des réflexes naturels du corps humain. La vitesse, à elle seule, suffirait à exclure une promptitude suffisante de l’organisme, sans parler des accélérations, aussi bien tan-gentielles que centrifuges, qui amènent de violentes perturbations physiologiques.
- Le problème du pilotage des avions modernes comporte donc un aspect liu-m a i n , c’est-à-dire psychologique e l physiologique, dont il ne paraît pas que les spécialistes eux-mêmes aient aperçu jusqu’ici toute l’étendue : c’est le sort
- des problèmes qui chevauchent plusieurs sciences et il est certain que les médecins auraient voix au chapitre. Nous nous bornerons à indiquer comment certains pilotes d’avions rapides « centrent » aujourd’hui le problème et quelles sont leurs vues sur le proche avenir (1 2).
- CHARGE AL AIRE ET CHARGE AU CHEVAL
- Les avions modernes, par le.urs caractéristiques transformables, ont provoqué une profonde modification de la conception du pilotage : l’avion est tour
- 1. Voir La Nature, n° 3021 du 15 mars 1938.
- 2. Nous suivons plus particulièrement Duhandeau, L’Automatisme du pilotage, dans Les Equipements de l’avion moderne.
- Fig. 1. — Tableau et pupitre d'un Goéland 444.
- De gauche à droite, instruments de vol. de contrôle des moteurs, divers. La complication de ce poste de pilotage est loin d’être un record.
- à tour un appareil d’atterrissage et de décollage, ou un appareil à haut rendement et d’une extrême « finesse » pour le voyage.
- Fortement chargés au cheval et au mètre carré, ces appareils exigent d’autre part beaucoup de finesse de main et de précision. Voici quelques chiffres. Le Dewoitine 510, pesant 2 ooo kg. pour 16 m2 5o et 86o ch. porte ii6 kg. au mètre carré, avec seulement 2 kg. 24 au ch. Le Lockheed Ih, pesant 7 940 kg.,
- équipé de deux moteurs de 800 ch, avec une surface portante de 5i m2. 20, porte le chiffre considérable de i56 kg. au mètre carré avec d kg. 70 au ch. Le formidable Bloch 210, avec 9 5oo kg., 72 m2. et 1 740 ch, est un exemple d’appareil doublement chargé : 182 kg. au mètre carré, 5 kg. 4o au ch.
- Il est remarquable que les appareils les plus cotés au point de vue pratique sont fortement chargés au ë;s rnèlrc carré, mais peu $s%?hargés au ch, tel le ^pewoiiine 510, ce qui est une caracté-“^ll’islique « bolide ». D’autres au contraire, sont très chargés au ch, comme le Lockheed lh. Un appareil de chasse, comme le Polez 63, avec ses n3 kg. au mètre carré et ses 2 kg. 8 au ch s’oppose curieusement au Polez 56 E, militaire et civil, chargé de 79 kg. au mètre carré et de 7 kg. au ch.
- On conçoit aisément qu’avec des caractéristiques aussi poussées, la marge de sécurité, pour certaines fautes de. pilotage, soit minime ; le danger est particulièrement imminent sur l’avion fortement chargé au ch, où le pilote ne dispose que d’une réserve de puissance insuffisante.
- Le contraste est fappant avec les machines d’avant-guerre, légères au m2, telles que le Blériot II qui por-Iait 22 km. au m2, avec une puissance de 25 ch. (!) pour 3oo kg. Ici, le pilote pouvait se fier à ses impressions personnelles, prévoir la perte de vitesse ; il n’en
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- Fig. 2. — Hydravion commercial à coque Lioré H 246.
- est plus de meme aujourd’hui : un concours effectif doit être apporté au pilote par des instruments de bord capable de suppléer à des réflexes parfois défaillants. L’idéal serait — dans l’avenir — d’arriver à un pilotage suffisamment automatique pour que la conduite de l’avion pût être confiée à « un bon barreur », les fonctions de pilote se trouvant peu à peu assimilées à celles du commandant de bord d’un navire de mer.
- INSUFFISANCE DES RÉFLEXES
- A bord d’un avion animé de la vitesse, aujourd’hui modeste, de 36o km à l’heure, xoo m sont parcourus en i s, c’est-à-dire tout juste le temps de tourner la tête de droite à gauche sans étourdissement.
- Or, les délais nécessaires pour accomplir un acte de pilotage peuvent être décomposés ainsi : i/io de seconde pour que l’homme « réalise » ce qu’il voit ; 2/10 de seconde pour l’inertie du système nerveux et musculaire, qui s’oppose à un geste rigoureusement ex-temporané ; 3/io de seconde pour permettre à l’avion, rendu indocile par sa vitesse, d’évoluer sur sa trajectoire. Au total, 6/10 de seconde, durant lesquels l’avion aura parcouru 60 m.
- Ainsi un pilote qui fait une manœuvre pour éviter un obstacle aperçu à 60 m., le rencontre fatalement. Si nous avons affaire à des appareils de guerre, filant à 5oo ou 600 km. à l’heure, le pilote finit par se trouver si peu maître de ses évolutions, dans le temps extrêmement bref que peut durer un combat aérien, qu’on peut le comparer à une planète lancée dans l’espace ! Ceci, soit dit en passant, ouvre des horizons sur la vulnérabilité des avions modernes, incapables de se
- protéger par une trajectoire compliquée, contre les coups des batteries de D. C. A.
- DES « SERVITUDES » QUI DÉPASSENT L’HOMME
- La multiplication des instruments de bord a ses limites dans les facultés d’attention et de perception du pilote, qui a d’autres chats à fouetter, à 5oo km. à l’heure, que d’observer la position de trente aiguilles sur trente cadrans ! Dans cette voie, il semble que l’on soit aux limites du possible, peut-être même au delà : ce ne sont que klaxons, voyants lumineux, lampes d’alarme — ne parle-t-on pas dë dispositifs tactiles venant agir sur le poignet du pilote pour attirer son attention P — dont le moindre défaut est qu’ils détournent « mécaniquement » le regard du pilote, ce qui peut être un remède plus catastrophique que le mal.
- A cette impasse, il est plusieurs issues, dont l’avenir discriminera les valeurs. Tout d’abord, il est indispensable de rendre automatique tout ce qui peut l’être sans inconvénient grave ; les pilotes automatiques à gyroscopes, qui se chargent de maintenir l’équilibre de l’avion dans les trois directions de l’espace, en sont un exemple typique. En second lieu, il n’est pas impossible de signaler simultanément plusieurs grandeurs à l’aide d’un seul dispositif visuel comportant plusieurs degrés de liberté ; l’horloge, avec ses deux aiguilles classiques,' nous indique très exactement l’heure et la minute par un seul coup d’œil. Sur les gros avions, il sera d’autre part expédient de confier de plus en plus à un spécialiste les fonctions auxiliaires : surveillance du fonctionnement des moteui's
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- et des auxiliaires de bord, des dégivreurs, fonctions de navigation à la carte, etc.
- La comparaison des fonctions exigées du pilote il y a 20 ans et aujourd’hui illustre la nécessité de ce « regroupement ». Autrefois, le pilotage nécessitait : la manœuvre du manche à balai et du palonnier ; le contrôle du pilotage nécessitait : la surveillance de l’indicateur de vitesse relative (Badin), la manœuvre des commandes de gaz et, au besoin, d’avance ; pour le contrôle des moteurs, il y avait lieu de surveiller le tachymètre et l’indicateur de graissage. L’ensemble ne dépassait nullement les capacités d’attention d’un pilote normal.
- Aujourd’hui, les servitudes sont les suivantes :
- -— En ce qui concerne le pilotage, le pilote doit évidemment manœuvrer le manche à balai et le palonnier ; il doit de plus songer au réglage du « plan fixe », au réglage du et Flettner » de profondeur et du « Flettner » de direction, au dispositif d’entraînement du pilotage automatique, au dispositif de pilotage sans visibilité (PSY), à la commande des volets d’intrados, au relevage du train d’atterrissage escamotable, au réglage de l’hélice à pas variable, au réglage de l’aileron Fowler, au contrôle des freins d’atterrissage. Vingt à.quarante commandes diverses : leviers, molettes, robinets, 20 à 3o cadrans, une dizaine de voyants lumineux ou d’avertisseurs sonores viennent en conséquence nicher dans l’habitacle du pilote !
- — Pour la navigation, le pilote a à sa disposition un compas, un dérivomètre, une montre, des appareils répétiteurs de bord, ün téléphone, la radio ; plus, éventuellement, des compas spéciaux pour la navigation automatique et des appareils de direction automatique, commandés par le pilote lui-même ou par la radio. Ci : une quinzaine de commandes supplémentaires et de nouveaux cadrans.
- — Le service de la radio et celui de l’attendssage en PSV sont assurés — heureusement — par un spécialiste. Les appareils nécessaires sont des casques, divers indicateurs de position dans l’espace, avec deux ou trois commandes supplémentaires et deux ou trois voyants de contrôle.
- — Quelques cadrans sont nécessaires pour le contrôle des dégivreurs, ainsi que quelques commandes nouvelles. Citons notamment le dégivreur Goodrich, qui libère de leur gangue glacée les ailes, les hélices et les dérives. Les inhalateurs d’oxygène, pour les vols d’altitude, ne se conçoivent pas sans de nouvelles commandes et de nouveaux cadrans ; mettons en autant pour le contrôle des indispensables extincteurs d’incendie et leur manœuvre, sans oublier une dizaine de commandes supplémentaires et autant de cadrans pour les centrales d’énergie fournissant les différentes sortes de coui’ant, l’air comprimé et le vide nécessaires aux nombreuses « servitudes » du bord : entraînement des
- Avion Fairey Pi 34 (Grande-Bretagne), train d’atterrissage éclipsé.
- gyroscopes, alimentation des « robots » ou servomoteurs des gouvernes pour le pilotage automatique, manœuvre du train éclipsable, etc.
- — Le contrôle des moteurs exige 5 commandes et 5 indications. La surveillance de l’huile et de l'essence exige au moins trois instruments par moteur, outre les robinets, jaugeurs, compteurs.
- INSTRUMENTS RÉCENTS
- La mise au point d’un tel ensemble, au mieux d’une sécurité complète, est évidemment du domaine de l’avenir ; les trop nombreux accidents survenus depuis deux ou trois ans se chargent de l’attester.
- Nous citerons à titre d’exemple un certain nombre de réalisations actuelles.
- Dans le domaine de la sécurité au sol, des manomètres de freins indiquant, sur un même cadran, la pression d’air au réservoir de frein et la pression de freinage sur chaque roue.
- Pour les manœuvres auxiliaires du décollage : simplification de la commande du relevage du train et contrôle sur cadran unique du mouvement des deux roues, avec vérificateur lumineux ; commande « automatique » et commande électrique des volets d’intrados, autorisant les volets à s’effacer en cas de rafale ou de trop forte vitesse de l’avion. Rappelons que c’est à Messier (1933) que sont dues les caractéristiques actuelles des trains escamotables : manœuvre indépendante du moteur, oléo-pneumatique, par exemple ; ouverture et fermeture automatique en vol ; conjugaison du plan fixe et du train pour corriger le déplacement du centre de gravité
- Pendant le vol : automatisme absolu du réglage des hélices à pas variable ; automatisme des inhalateurs, de la dépression alimentant les appareils
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- Fig. i. — Tableau indicateur Badin.
- Au centre, l’horizon artificiel, la bille de pente apparente transversale et l’indicateur de virage.
- de PSV ; progrès dans la présentation des instruments de contrôle du PSV, progrès des pilotes automatiques ; puis : commande hydraulique des volets d’intrados, pompes auto-réglables.
- L’automatisme des hélices à pas variable est un point particulièrement important. Naguère encore, sitôt le décollage terminé, le pilote devait songer à mettre ses hélices au pas de croisière ; un mauvais réglage des hélices se traduisait par une consommation exagérée et par un travail anormal des moteurs, qui se détérioraient rapidement. Si les hélices restaient au grand pas, et si le pilote manquait un atterrissage, il ne pouvait faire reprendre ses moteurs au meilleur régime : autant de causes d’accidents graves.
- Actuellement, les hélices Hamilton, Ratier électrique, etc. possèdent le changement de pas et la régulation automatiques ; la mise « en drapeau », nécessaire, lorsqu’un moteur est arrêté, s’effectue sur l’intervention du pilote. Le pilote peut également agir à volonté sur le pas de telle ou telle hélice, mais ici, l’arme est à double tranchant, car si un moteur donne mal, le pilote peut avoir la tentation de jouer sur le pas de l’hélice, ce qui peut amener une détérioration dudit moteur ; aussi les tableaux comportent-ils des indicateurs de pas, sans préjudice des synchroscopes pour la synchronisation des moteurs.
- Pour l'atterrissage, différents appareils automatiques ont été réalisés ; il convient de citer, pour l’atterrissage sans visibilité par radio-guidage Lorenz, la signalisation des embardées que l’avion fait à droite ou à gauche de la ligne correcte : cette signalisation est faite par une aiguille qui oscille et par deux lampes qui s’allument d’autant plus que l’embardée est plus forte ; en outre, un voyant matérialise aux yeux du pilote la ligne de descente dans la brume.
- L’altimètre de précision est un instrument essentiel pour l’atterrissage sans visibilité. Dans un altimètre récent, il n’existe qu’une seule aiguille sur un cadran gradué de o à 1.000 ni, les milliers de m étant tota-
- lisés sur un compteur : il est possible de corriger le réglage en fonction de la pression barométrique, ce qui permet d’employer l’appareil comme altimètre de précision jusqu’à 10.000 m et pour l’atterrissage.
- En ce qui concerne la sécurité de bord, signalons les extincteurs automatiques, ainsi qu’un dispositif de condamnation générale de toutes les issues du bord et des lance-bombes, à la volonté du pilote.
- PSV PAR TÉLÉCOMPAS
- Le PSV soumet le pilote à une fatigue nerveuse qui peut aller jusqu’à la catastrophe. Il doit en effet surveiller : l’altimètre, le variomètre (variations rapides de l’altitude, ou dérivée de l’altitude par rapport au temps), la position angulaire de l’avion par Y horizon artificiel, le cap par le « directional Gyro », enfin la marche de la montre. Les fabricants se sont attachés à grouper les instruments sur la surface la plus réduite afin que l’œil puisse prendre une impression, un « instantané » de l’ensemble. Badin a pu placer les indications du « directional » dans le cadran même de l’horizon artificiel.
- Le principe du gyroscope, bien différent de celui de la boussole magnétique, n’assure pas un repérage fixe en direction indéfiniment ; les appareils doivent êti’e remis au zéro périodiquement : nouvelle sujétion pour le pilote, qui a pu être supprimée par l’adoption de télécompas. Suffisamment puissants pour commander le pilote automatique, ces télécompas sont eux-mêmes associés à une commande de direction manœuvrée par le pilote vivant ; celui-ci peut donc choisir la direction ; dès que l'avion s’en écarte, un voyant s’allume ou une sonnerie retentit. M. Alkan a donné une réalisation particulièrement remarquable. Avec l’appareil Alkan-Thédenat io3, le pilote n’a plus sous les yeux qu’un cadran rectangulaire où un index lui donne avec une forte amplification l’écart entre le cap vrai et un cap quelconque affiché par lui-même ou par un bombardier. Le cap magnétique peut être répété dans tous les postes de l’avion.
- CONTROLE DES MOTEURS
- Le contrôle des moteurs nécessite de nombreux instruments tels que : indicateur de température de l’huile, indicateur de la pression de l’huile, indicateur de la pression de l’essence, indicateur de pression d’air, compte-tours.
- On conçoit qu’à bord d’un multimoteur, ce soit un véritable tableau d’usine qui se présente sous les yeux du pilote. Celui-ci doit pouvoir d’autre part prendre connaissance instantanément des différentes indications soit par moteurs, soit par catégories, ce qui crée d’assez curieux problèmes d’analyse combinatoire. Une solution a été apportée par la Pionneer Cy sous la forme d’un tableau rectangulaire où les cadrans, tous semblables, sont disposés par colonnes ; en suivant des yeux une colonne verticale, le pilote est renseigné sur l’un des moteurs, tandis qu’en suivant des yeux
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- une ligne horizontale, il est renseigné, par exemple sur toutes les pressions d’huile.
- Le « synchroscope » Jaeger est fondé sur un principe remarquablement simple ; d permet de juger du synchronisme des moteurs par le synchronisme des variations des courants primaires des magnétos. Il convient de citer également 1’ « analyseur de gaz » Breeze, dont le nom seul suffit à souligner l’extrême complication scientifique et technique des avions modernes.
- PROBLÈMES DE DEMAIN
- Que celte complication passe actuellement par un maximum et soit appelée à rétrograder dans un proche avenir, tout au moins en ce qui concerne les « relations » du pilote avec sa machine, c’est une quasi-certitude. Au reste, il y a dangers à un automatisme trop poussé. L’exemple classique est celui du multimoteur à hélices réglables automatiques ; si l’un des moteurs vient à subir, pour une cause quelconque, une baisse de régime, l’hélice tend à changer de pas pour lui permettre de reprendre sa vitesse, l’inverse provoquant une correction inverse ; de là une détérioration du moteur intéressé, si le pilote n’est pas averti à temps par le tachymètre correspondant.
- C’est dans le domaine de la vitesse pure, exigeant des délais de réaction plus brefs que les réflexes humains, ainsi que dans la signalisation des accéléra-
- tions dangereuses, que l’on est en droit d’attendre des nouveautés. Ajoutons-y la variation automatique du rapport de commande des gouvernes, autrement dit de la « démultiplication » entre le manche à balai ou le palonnier et les organes qu’ils commandent : ceci permet au pilote des évolutions à grande vitesse sans risque de manœuvres brutales, tout en lui laissant une bonne maniabilité aux faibles vitesses.
- Grâce à ces indispensables perfectionnements, on pourra espérer posséder enfin cet « avion rapide à la portée des sujets moyens » sans lequel l’aviation moderne risque de se trouver dans une impasse.
- Pierre Devaux.
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- = LA NOUVELLE GARE MARITIME DE CALAIS =
- Si le nom de Calais évoque immédiatement, pour tous les Français, le long siège que soutint ce poit. contre le roi Édouard III, en i346-i347, et le dévouement héroïque d’Eustache de Saint-Pierre, et de ses cinq compagnons, que sauva seule la pitié de la reine d’Angleterre, ce port, à cette époque, n’en était pas moins connu depuis plus de deux siècles.
- De là, en effet, était partie, en 1066, une flotte de 60 vaisseaux contre nos voisins britanniques, retranchés dans leur île, et, bien avant son siège par Édouard III, des transports étaient assurés entre la France et l’Angleterre par ce port de Calais.
- Premières gares de Calais. — C’est après la chute de Napoléon ier, surtout, qu’il connut une importance qui, depuis, ne se démentit jamais, et qui en fit une hase militaire de 1914 à 1918. Dès 1820, un service régulier entre les deux nations voisines, par Calais et Douvres, fut assuré par bateaux à vapeur, et le 2 septembre i848 était inaugurée, à Saint-Pierre-les-Calais, la première gare, de peu d’importance encore, reliant la ville à Paris.
- Mais cette gare, située assez loin de la mer, ne per-
- mettait par l’embarquement rapide des voyageurs' pour l’Angleterre. Aussi la Compagnie du Nord décida-t-elle de prolonger la ligne jusqu’au bassin Ouest du port, où accostaient alors les paquebots, près du Bassin du Paradis.
- Première gare maritime de France, cette nouvelle gare fut inaugurée le 20 août 1849, et il est intéressant de rappeler que le nombre total des voyageurs arrivés à Calais ou en partant, pour cette année 1849, s’éleva à 78.533.
- Mais la ligne reliant la Capitale à Calais passant alors par Amiens, Arras, Lille, Hazebrouck et Saint-Omer, le trajet était fort long, et demandait 10 et 11 h. Aussi songea-t-on à relier Calais à Boulogne, en relations directes avec Paris, ce qui raccourcirait la ligne d’environ 70 km, et rendrait ces relations plus rapides.
- Ce projet fut enfin réalisé, et l’inauguration eut lieu au début de 1867, —année d’Exposition Universelle. — Mais le bassin faisant face à la gare n’ayant pas une hauteur d’eau suffisante pour les paquebots que l’on construisait à cette époque, on reliait, dès le 6 août de la meme année, cette gare du Bassin du Paradis
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- Fig. 1. — La nouvelle gare maritime.
- Vue de l’avant-port, avec son abri couvert près du poste d’accostage des paquebots ; sa chaussée pavée, son rideau de palplanclies métalliques en avant du mur du quai d’accostage.
- (Photo Service photographique de la S. N. C. F.).
- à une nouvelle gare maritime provisoire, construite au milieu de la jetée Ouest, près d’une eslacade, provisoire également, à laquelle les paquebots pouvaient accoster quelle que fût l’heure de la marée.
- Et le premier train régulier qui circula ce jour-là emportait vers Paris 3eo voyageurs venant d’Angleterre.
- ron 3o m. à chaque extrémité, et sa longueur totale a été ainsi portée à 186 m.
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- Grâce à cet allongement, et à de nombreux remaniements intérieurs, on a pu agrandir et moderniser tous les locaux utilisés par les voyageurs.
- Un vestibule de 180 m., brillamment éclairé, est actuelllement l’un des plus longs de France, et la Saille de visite de la douane (fig. 2), qui ne mesure pas moins de 53 x 10 m., a été aménagée de façon à permettre une visite rapide des bagages à main. Et cette formalité, toujours ennuyeuse, mais obligatoire, a été tellement abrégée, grâce à la parfaite organisation de cettte salle, que le battement de correspondance entre l’arrivée du paquebot et le départ du train ne dépasse guère dix minutes.
- Vestibule, salle d’attente, salle de douane, bureaux de billets, change, télégraphe, ont reçu une décoration d’une extrême sobriété. Mais la pureté des lignes de ce décor lui donne une élégance qui frappe et séduit dès l’abord.
- Nous ne parlerons que pour mémoire d’un bâtiment annexe de 70 m de longueur, à simple rez-de-chaussée, qui groupe tous les services non en relations directes avec les voyageurs, et qui est réuni au bâtiment principal par un passage couvert en béton translucide.
- Nouvelle gare maritime. — Ces trois gares devaient fonctionner jusqu’en 1889, époque à laquelle Calais fut dotée d’une gare maritime entièrement nouvelle, inaugurée par le Président Sadi-Carnot. Les trains y ayant accès par une plate-forme indépendante, à double voie, n’étaient pas astreints aux ralentissements obligés sur les quais des ports.
- Malheureusement, cette gare n’offrait depuis lors, aux voyageurs de ou pour l’Angleterre, que des plates-formes non abritées, et trop souvent encombrées. D’autre part, le tonnage des paquebots du Pas-de-Calais avait été triplé, le nombre des trains et leur longueur étaient considérablement augmentés. La gare de Calais maritime assure, en effet, le transit d’un mouvement de 5oo.ooo voyageurs entre l’Angleterre, toute l’Europe et l’Extrême-Orient, et elle est annuellement le point de départ ou d’arrivée de 6.65o trains à destination ou en provenance de Paris, Bruxelles, Berlin, Varsovie, Bâle, Brindisi, la Côte d’Azur et les Indes. De nouveaux aménagements étaient donc nécessaires. Un décret du 23 mars 1929 autorisa la perception de surtaxes pour financer ces aménagements, estimés à environ 22 millions, qui furent réunis dès le 1e1' octobre ig38.
- Commencés en ig3o, ces travaux sont maintenant complètement terminés, et la nouvelle gare maritime fut inaugurée le 17 juin 1939.
- Aménagements intérieurs. — Si elle a conservé, extérieurement, sa silhouette bien connue de tous les voyageurs, le bâtiment principal a été allongé d’envi-
- Aménagements extérieurs. — Rien n’est plus désagréable, pour les usagers, que le passage du paquebot au train, ou inversement, lorsque la pluie tombe, et que le vent, si fréquent sur les côtes, leur jette à la figure cette pluie ou les embruns.
- Pour les en protéger, la S. N. C. F. a édifié, sur le quai voisin de l’avant-port, où sont établis les postes d’accostage des paquebots, quai exposé aux vents d’Ouest, un abri couvert et fermé de ce côté, dès maintenant extrêmement apprécié des voyageurs. De plus, une marquise courant le long du bâtiment principal, des portiques et abris-parapluie en béton armé sur tous les quais, dont la largeur a été augmentée, et la longueur portée de 35o à 5oo m, ainsi que des passages couverts au-dessus des voies, les mettent complètement à l’abri des intempéries dans leurs passages des trains aux paquebots ou inversement.
- On a, de plus, établi une chaussée pavée, en bordure de l’Avant-Port, facilitant l’embarquement et le débarquement des automobiles.
- Installations diverses.. — Les dispositions réalisées pour l’ensemble des aménagements de la gare ont nécessité une profonde modification des installations de voies desservant les quais, ou comprises entre ceux-ci et le Bassin des Chasses.
- Ces installations ont été, en effet, non seulement déplacées, mais complétées, notamment, par deux chaussées de nettoyage et d’entretien du matériel à voyageurs.
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- Fig. 2. — La nouvelle salle de visite de la douane.
- (Photo Service photographique de la S. N. C. F.).
- Le premier comporte un faisceau de quatre voies desservi par les deux extrémités, muni de prises d’eau, d’air comprimé et de vapeur ; il est réservé au matériel de la S. N. C. F. ; des caniveaux pavés reçoivent les eaux de lavage et les conduisent au moyen de buses dans le Bassin des Chasses.
- Le second, destiné au garage, à l’entretien et à la visite des voilures de la Compagnie Internationale des Wagons-lits, comporte un autre faisceau de trois voies en impasse, dont deux, spécialement affectées au nettoyage, sont munies, comme pour le faisceau précément, de prises d’eau, d’air comprimé et de vapeur, ainsi que de caniveaux latéraux pavés recevant les eaux de lavage et les écoulant, au moyen de buses, dans le Canal delaMarcq; la troisième, spécialement affectée à la visite du matériel, est dotée d’une fosse de aoo m. de longueur.
- Ces diverses extensions ont entraîné le déplacement du chemin militaire latéral à la gare, grâce à un empiètement assez important sur le talus des fortifications bordant le Bassin des Chasses, ainsi que de trois réservoirs en béton armé alimentant en eau les installations du Chemin de fer et du Service des Ponts et Chaussées.
- Enfin, en vue de protéger efficacement le mur de quai de F Avant-port contre les affouillements provoquées par les hélices des paquebots, le Service Maritime a profilé des travaux du chemin de fer pour
- effectuer la consolidation de ce mur par l’établissement d’un rideau de palplanches métalliques.
- Terminée à peine trois mois avant la guerre, la gare de Calais a pris toute son importance, et ses aménagements ont facilité heureusement les opérations de trafic.
- Georges Lanorville.
- L'INDIEN PERDU DE MAMMOTH CAVE
- La découverte du corps d’un Indien de la préhistoire, dans la Mammoth Cave, ou Grotte Mammouth, aux États-Unis, semble à la fois un roman d’aventures et une histoire policière, et pourtant elle a donné aux archéologues américains des éléments d éludé tout à fait précieux.
- Cet ensemble de grottes, auxquelles leurs dimensions ont valu le nom de Mammouth, constituent une des curiosités naturelles les plus extraordinaires des États-Unis, et peut-être du monde entier. Dans les bassins du Tennessee, du Kentucky et spécialement sur le cours de la Green River, des formations calcaires carbonifères sont creusées de galeries aux ramifications interminables. On affirme que la longueur totale de ce dédale est supérieure à la circonférence de la Terre ! Le creusement serait dû au fait que les eaux d’infiltration, aux siècles passés, ayant entraîné l’acide carbonique provenant de la décomposition des feuilles (le sol était couvert de forêts) avaient un pouvoir corrosif particulier. D’où ces étranges affouillements souterrains, et aussi ces bizarres constructions de stalactites et de stalagmites, qui ont fait de la Mammoth Cave un lieu d’attraction.
- L’exploration des souterrains n’est pas encore terminée, bien qu’elle soit entreprise depuis plus d’un siècle. Les visiteurs innombrables sont promenés par des guides qui les emmènent aux points les plus curieux, allument parfois des feux de Bengale pour en faire jouer les reflets sur les formations cristallines des cavernes, et font parcourir aux touristes les plus intrépides des parcours souterrains allant jusqu’à 3o km. Cinq étages de galeries, des lacs où Ton trouve des poissons et des écrevisses aveugles et blanchâtres et des insectes aux yeux embryonnaires, offrent toutes les ressources désirables pour les curieux.
- Depuis très longtemps, un problème hante les archéologues. On sait que la connaissance de la préhistoire indienne est encore rudimentaire, quoique celle-ci remonte à quelques siècles à peine. Or on avait trouvé en divers points de la Mammoth Cave des débris de squelettes, des tisons, des sortes de chaussons de paille. Il était malaisé de savoir pourquoi les indigènes préhistoriques étaient descendus dans ces grottes et certains savants penchaient même à croire que les différents objets rencontrés avaient été apportés par les hautes eaux de la Green River.
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- Fi.j. 1 à 6.
- 1. Le bloc calcaire de 0 t en place ; 2. Le corps de l’Indien écrasé sous la pierre ; 3. Les travaux de chevalement pour soulever le bloc ; 4. Le corps de l’Indien dégagé ; 5. La momie habillée d’un tissu grossier, le bras droit fracassé ; 0. La tète
- horrible.
- Pendant i5 ans, deux guides, Grover Campbell et Lyman Cutliff, des hommes sérieux, tranquilles, sans prétentions, avaient poursuivi des investigations dans Mammoth Cave. Ils s’étaient mis en tête de trouver des traces humaines, alors que la plupart de leurs nombreux camarades ont surtout le désir, en leurs reconnaissances soulerraines, de découvrir de nouvelles curiosités et des sites frappants.
- Un jour, Campbell incita son camai’ade Cutliff à l’accompagner le long d’un rebord rocheux, en corniche à l’intérieur d’une des plus grandes excavations des grottes, le Waldach’s Dôme. Là, il avait trouvé la veille les restes momifiés de chauves-souris. Les deux hommes marchèrent pendant quelque trois km sous
- terre et parvinrent enfin sur celle saillie, à io m au-dessus du sol de la caverne et tout près de la voûte. A. l’extrémité méridionale de celle corniche, ils redescendirent jusqu’à une plate-forme assez large, couverte de sable. Dans ces ténèbres et ce silence ils n’entendaient que leurs propres pas, et ne voyaient que dans le cône lumineux de leurs lampes électriques. Les corps momifiés des chauves-souris ne leur parurent que d’un intérêt médiocre. Campbell qui se trouvait près d’un amas de gros blocs calcaires, décida de se glisser entre eux pour atteindre cet obscur passage où jamais personne ne s’était aventuré. Il posa la main sur une saillie ronde...
- Et puis le rayon d’une lampe porta sur ce que
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- Campbell touchait. Il retira sa main avec un frémissement. Ce n’était pas une pierre, mais un squelette, ou plutôt une momie.
- Un coi’ps desséché était pris sous le poids effroyable du roc et, à deux pieds de là, la paroi rocheuse portail des empreintes d’outil primitif.
- La Mammoth Cave dépend du National Park Service, et c’est l’archéologue du gouvernement, Alonzo \Y. Pond, qui fut aussitôt alerté. 11 vient de raconter ses observations et ses déductions dans la revue américaine Natural History.
- Quand il arriva sur les lieux, rien n’avait été touché. Il y avait seulement un peu de suie moderne — venue des torches de visiteurs — qui était tombée sur le sable de la plate-forme. Et comme un détective en face d’un « beau » crime, l’archéologue commença à se poser des questions et à reconstituer les éléments dont s’était entourée la mort du mineur préhistorique.
- Long de 2 m, large de 1 m 20, épais de 1 m, le bloc de pierre à chaux écrasait le coi'ps comme une énorme dalle de tombeau, lourde de 6 à 7 t. Le corps momifié était étendu le visage contre terre, le bras et l’épaule droits dégagés. Le premier travail, dans ce coin obscur et dangereux de la grotte, consista à gratter le sable, en le tamisant pour en extraire tous les éléments intéressants : deux fagotins de chêne, un fragment de gourde, une noix, une botte de roseaux... Puis étendant leurs investigations, les chercheurs rele- vèrent tout autour des traces évidentes de passages humains, des sortes d’itinéraires jalonnés de débris de roseaux brûlés, certains encore noués en botte par des herbes séchées. Par endroits, le roc avait été poli par d’innombrables passages. Des gourdes, des cordes de fibre, des bâtons pointus ou usés, des moules de
- .... : ............ t ::....... 365 nrrr-
- rivière aux bords usés, des excréments, une infinité d’indices prouvaient la venue fréquente des travailleurs préhistoriques. Que venaient-ils chercher ?
- Partout où les hommes avaient laissé trace de leur passage, les parois rocheuses étaient grattées, et la couche de gypse était enlevée. Pour quel usage ? Rien ne permet de dire avec certitude si les cristaux naturels avaient usage d’amulettes, ou si on employait le gypse comme matière première pour fabriquer une peinture.
- Les recherches permirent de trouver une quantité de chaussons, dont nous donnons ici des photographies, afin d’en suggérer la variété. Ces sandales sont faites de la fibre intérieure de l’écorce du bouleau argenté ; la fibre tordue, parfois avec une régularité qu’envieraient les meilleures machines de 1939, était tissée en forme et enveloppait le pied. Chose curieuse, jamais l’archéologue Pond ni ses aides n’ont pu réunir une paire. Sans doute les sandales trouvées ont-elles été égarées par les « mineurs » préhistoriques pendant leur travail.
- La preuve que les Indiens cherchaient du gypse a été faite le jour où l'on découvrit une cache de cristaux de gypse.
- En outre, de l’examen des roseaux à demi consumés et des graines trouvées dans les chambres de travail, on put déduire que les Indiens descendaient dans la caverne en automne.
- Comment vivaient ces Indiens ? Alonzo Pond, continuant son travail de détective, conclut qu’ils ne mangeaient pas de viande (aucun os ni outil en os n’a été retrouvé), qu’ils ignoraient le métal, la verroterie,
- I. Nous sommes redevables à M. R. T. Taylor, superintendant du Mammoth Cave National Park, des photographies si curieuses qui illustrent cette étude.
- Fig. 7 à 8.
- 7. Un des lagots de roseaux destinés à servir de torche ; 8. Quelques chaussons indiens trouvés dans la Mammoth Cave (1).
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- le maïs, le tabac, qu’ils ne savaient même pas tailler la pierre. Aucun doute ne subsistait : il s’agissait là véritablement d’indiens préhistoriques, qui vivaient dans le Kentucky avant la venue des Européens.
- Enfin arriva de Washington l’ordre de soulever la pierre sous laquelle la momie était ensevelie. Dans les ténèbres de la caverne traversée des rayons de projecteurs, on dressa un échafaudage de xo m de haut ; les. chaînes se tendirent, les bois craquèrent et lentement le bloc monta, révélant le corps mutilé, à la peau durcie comme du vieux cuir, au visage hagard. Et l’archéologue put reconstituer la tragédie perdue à la fois dans la nuit des temps et dans la nuit du souterrain.
- 11 y a quelques siècles, un vieux mineur de gypse, s’éclairant d’une torche de roseaux, avance nu-pieds dans la caverne, le long de la corniche ; dans une anfractuosité il range deux fagotins de chêne ; sur la plate-forme, il pose une botte de roseaux, formant sa torche de réserve ; il s’asseoit et mange des noix. Dans les ténèbres et le silence, il touche machinalement l'amulette de coquillage poli pendue à son cou. Puis il
- se lève, assujettit son pagne de fibre qu’il noue devant et fait remonter pour se protéger la poitrine. Et il rampe sous l’énorme bloc de pierre à chaux, immobile depuis des siècles ; avec un bout de calcaire grossier, il gratte le gypse. La position lui donne une crampe, il s’étire, son pied gauche déplace un caillou insignifiant...
- Et c’est la tragédie. L'équilibre est rompu. Le bloc s’effondre sur lui, lui écrase la poitrine en étouffant son hurlement d’agonie. La torche tombée s’éteint. Des rats viennent ronger la poitrine du cadavre.
- Et puis, pour des centaines d’années, le silence retombe dans la caverne où nul ne peut retrouver le mineur disparu, dont le corps se momifie progressivement.
- Tel est, dans ses grandes lignes, le récit de M. Alonzo W. Pond, qui a patiemment, méticuleusement reconstitué sur quelques indices la vie des Indiens préhistoriques de la région — et la mort dramatique de l’un d’entre eux.
- Christian de Caters.
- = QUE SONT LES JOURS = DANS LES RÉGIONS NORDIQUES?
- A certaines expressions, en vertu de nombre d’impressions courantes, on attache volontiers un sens trop absolu. Si « jour » se rapporte bien à la clarté que nous recevons du Soleil, par contre « nuit » « minuit » évoquent l’idée d’heures pendant lesquelles règne une obscurité profonde ; ceci résultant des principales sen-
- sations que procurent les alternatives quotidiennes subies par la majorité des habitants du globe terrestre. D’autre part il faut remarquer que le même mot « jour » désigne tantôt la clarté effective qui nous est dispensée, tantôt la période de 2 4 h. correspondant à la durée de temps de la rotation du globe terrestre. Aussi bien ces termes semblent-ils prêter parfois à équivoque, lorsqu’ils sont employés dans diverses descriptions ou explications relatives aux contrées polaires.
- Par exemple pour faire comprendre l’horaire de ses marches quotidiennes, lors de sa conquête du pôle sud, Amundsen écrivit ceci : « Désor-« mais nous marcherons la nuit. Cette organi-« sation présente certains avantages. D’abord « nous aurons le Soleil derrière nous, par suite « nous serons moins exposés aux ophtalmies... » Évidemment on se rend compte qu’à l’époque de l’année où cette mémorable expédition eut lieu, le Soleil restant alors constamment au-dessus de l’horizon (pour la latitude en jeu) l’explorateur veut dire par là qu’il choisit les heures pendant lesquelles la direction de sa course l’entraînerait à l’opposé du Soleil ; et ces heures correspondraient à la période nocturne pour une latitude tempérée. Dans un autre ordre d’idées, on dira aussi que la « nuit » polaire dure un grand nombre de « jours »... Il importe donc de distinguer entre les expressions basées sur nos habitudes et celles qu’utilise l’enseigne-
- Fig. 1. — Déplacement cle la zone polaire par rapport à la limite d’éclairement du globe.
- P, pôle ; C, cercle polaire ou limite maximum de la zone tournant en pleine lumière au solstice d’été ; cette zone se rétrécit en C! de part et d’autre du solstice.
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- 'ISLANDE t
- *****
- Longueurs des jours et des nuits aux diverses latitudes entre le pôle et le cercle polaire.
- Fig. 3.
- ment cosmographique proprement dit.
- Mais à ce dernier point de vue, nous remarquerons alors qu’entre les données théoriques et les effets constatés dans la nature, de notables différences existent.
- Ainsi, théoriquement, on considérera qu’il fait nuit dès que le Soleil est au-dessous de l’horizon ; tandis qu’en vertu de l’intervention de la couche atmosphérique, il en va tout autrement. De même ces diverses alternatives ne sont pas exactement la contre-partie les unes des autres, par suite des inégalités du mouvement de la Terre. Ce sont donc ces différences sur lesquelles il convient d’insister parce que volontiers peu familières et surtout parce que les événements actuels confèrent un regain d’intérêt à la question des jours et des nuits polaires.
- Les plus élémentaires leçons de cosmographie font comprendre les inégalités, en durée, de ce que nous appelons le jour et la nuit ; ces inégalités sont en corrélation avec le mécanisme des saisons, déterminé par l’inclinaison de l’axe de rotation terrestre. Par là tous les écoliers apprennent qu’aiternativement chacun des pôles se trouve penché vers le Soleil au solstice
- d’été, à l’opposition au solstice d’hiver, et que de telles alternatives partageant l’année en deux, ces points du globe restent six mois dans la lumière et six mois dans l’obscurité. L’inclinaison de l’axe est de 23°27;
- par rapport à la verticale au plan de l’orbite ; cette verticale se confondant avec la limite de séparation de l’éclairement du globe, il s’ensuit qu’une certaine étendue de la surface, autour de chaque pôle, tourne entièrement soit dans la moitié éclairée, soit dans celle qui ne l’est pas. Aux deux positions extrêmes des solstices, les limites maxima de ces calottes sont les cercles polaires qui se tracent à 23°27' des pôles, c’est-à-dire aux latitudes 66°33' N. et S. D’après cela, à partir de ces cercles on voit le Soleil tourner autour du ciel sans disparaître à l’horizon, ou bien inversement il ne s’élève pas au-dessus : telles sont les conditions des jours et des nuits polaires, le Soleil restant ainsi visible pendant 24 h. de la journée ou restant complètement caché pendant cette même durée.
- Il faut se garder de confondre, comme cela arrive parfois, pôle et cercle polaire. Si toute la zone, ou calotte terrestre comprise entre eux peut bénéficier de l’éclairement solaire ou rester dans l’obscurité la journée entière, ces deux conditions sont seulement réalisées aux dates mêmes des solstices ; tout de suite avant ou après ces positions de la Terre sur son orbite, l'axe n’étant plus exactement dirigé vers le Soleil, le décalage par rapport à la limite d’éclairement a pour conséquence d’agrandir ou de rétrécir progressivement l’éten-
- Fig. 2. — Orientation de la marche apparente du Soleil par rapport
- à l’horizon.
- (a) au pôle ; (b) à 80° lat. ; (c) au cercle polaire, GG°33^ lat. ; (d) à la latitude de Paris, 48°o(K lat. On voit comment, pour chacune de ces latitudes, le Soleil se comporte en A : au solstice d’été ; B, aux équinoxes ; C, au solstice d'hiver. A, limite d’abaissement de 18° que doit atteindre le Soleil pour que cesse le phénomène du crépuscule.
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- due de la calotte susceptible de demeurer 2 4 h. dans la lumière ou dans l’ombre (fig. i)- Partons, comme il est représenté ici, du solstice d’été. A ce moment le pôle est aussi complètement que possible incliné vers le Soleil, suivant sa direction, et toute la calotte environnante tourne dans la lumière les 24 h. consécutivement ; le jour de cette durée étant juste réalisé à la limite même du cercle polaire. Mais le lendemain, théoriquement (et comme le schéma en donne l’explication exagérée), le cercle polaire pénètre maintenant dans la partie d’ombre ; le Soleil disparaît sous l’horizon un instant, le jour polaire est interrompu à cette latitude, et c’est à partir d’une autre un peu plus rapprochée du pôle que celte condition persiste. Et ainsi de suite jusqu’à l’équinoxe ; la zone bénéficiant du
- Fig. 4. — Relèvement apparent des astres par la réfraction atmosphérique.
- Au moment où le centre du Soleil se trouve réellement à l’horizon et que son disque paraîtrait coupé à moitié (ligne poin-tillée), nous le voyons encore en entier mais aplati par l'effet de la réfraction, et élevé de la quantité indiquée par cette photographie.
- jour de 24 h. se rétrécit progressivement. Aux équinoxes la direction de l’axe étant devenue parallèle à la limite d’éclairement, nous avons appris que partout sur le globe il y a égalité dans les durées de jour et de nuit ; c’est à ce moment que dans un sens ou dans l’autre les pôles passent de la lumière à l’obscurité.
- Si nous avons insisté sur ces données élémentaires c’est pour bien rappeler que le jour et la nuit polaires, ou périodes d’autant de fois 24 heui’es pendant lesquelles le Soleil reste constamment visible ou invisible, sont d’une durée variable, suivant la latitude considérée. C’est donc aux pôles mêmes que ces durées sont les plus longues, tandis que sous les cercles polaires, il n’y a en principe qu’un
- Petsamo
- Mourmansk
- L. Inara
- U. R. S. S.
- FINLANDE
- 66°33'
- CercTe \p o/a ire
- rorn/o
- Fig. o. — Partie de la Finla.nde où se tracent le cercle polaire et, de part et d’antre, les limites où commencent : J, le jour de 24 h., A, la nuit de 24 h.
- seul jour et qu’une seule nuit de 24 h. aux solstices. A ces explications générales on ajoutera celles que fournit la figure 2, relative à la marche que le Soleil paraît accomplir respectivement à l’horizon d’un lieu donné, aux solstices et aux équinoxes ; à ne considérer que les apparences générales et non les conditions rigoureuses résultant du progressif changement de latitude céleste d’un moment à l’autre, on peut estimer qu’aux pôles, le Soleil tourne parallèlement à l’horizon dans le cours de la journée et qu'ainsi il est aussi élevé dans le ciel à minuit qu’à midi. Mais dès qu’on s’écarte de cette situation géographique, la marche quotidienne devient oblique par rapport à l’horizon du lieu, le Soleil de Minuit correspond au point le plus bas de la course et ce point est juste à l’horizon N. pour le cercle polaire. Inversement lorsqu’il s’agit de la nuit pour cette même latitude du globe, c’est à midi qu’au solstice d’hiver le Soleil atteint juste au S. la limite au-dessous de
- Fig. 6. — Comment s’effectue la marche du Soleil de minuit à l’horizon nord.
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- Fig. 7. — Photographie montrant le degré d'élévation du Soleil de minuit pour la Finlande septentrionale (lat. du Lac Inara).
- laquelle il reste caché aux yeux de l’observateur.
- Mais toutes ces explications sont seulement théoriques. Si elles exposent et font comprendre le mécanisme producteur du jeu des alternatives, elles restent insuffisantes, pour rendre compte de certains faits réels et des conditions qui en découlent. Tout d’abord entre les périodes de jour et de nuit qui s’inversent d'une saison à l’autre, la compensation ne se fait pas exactement en durée. Autrement dit pour un point du globe jouissant du jour polaire pendant un mois consécutivement, par exemple, la nuit hivernale ne sera pas d’une longueur équivalente ; et ce n’est qu’approximativement qu’il est permis de dire qu’aux pôles le jour se prolonge 6 mois et le jour autant. Dans le calcul de toutes ces durées il faut faire intei'venir les variations de vitesse du mouvement de la Terre sur son orbite elliptique. Par suite les saisons sont d’inégale longueur.
- Considérons l’hémisphère boréal qui nous intéresse plus spécialement dans le cas présent .
- En moyenne l’hiver y dure 89 J., le printemps 92 J. 9. l’été 93 J. 7, l’automne 89 J. 6. En conséquence le mécanisme amenant (reportons-nous à la fig. 1) tel ou tel point à se trouver plongé 24 h. au moins dans la lumière ou l’obscurité entre en jeu différemment, quant aux dui’ées des périodes ainsi déterminées. Mieux que tout ce long énuméré,. la carte figure 3 fait connaître celle inégalité des durées de jour et de nuit au pôle et aux différentes latitudes jusqu’au cercle polaire. Ici encore il s’agit de données théoriques, c’est-à-dire de durées dont la longueur est déterminée par le calcul et dans lesquelles « nuit » correspond à
- disparition du Soleil au-dessous de l’horizon.
- Dans l’établissement des conditions que les humains sont appelés à observer — ou à supporter — l’atmosphère intervient maintenant pour jouer un rôle de très grande importance.
- Rappelons d’abord son pouvoir réfringent, qui relève notamment sur le ciel la position d‘un astre, et. en l’occurrence celle du Soleil. Si bien que lorsque le centre de ce dernier se trouve en réalité juste à l’horizon, nous voyons son disque en entier, bien au-dessus de cette ligne, comme le montre la figure 4-La principale conséquence de ce relèvement apparent, qui avance le lever et retarde le coucher, est d’allonger ainsi de quelques minutes la durée effective de l’éclairement solaire et d’abréger d’autant celle de la nuit cosmographique, pour un lieu déterminé. Et pour la question qui nous intéresse ici, il en résulte une sensible différence entre la latitude du cercle polaire géométriquement déterminé à 66°33' d’après l’inclinaison de l’axe, et celle à partir de laquelle se réalise le jour d’une durée de 24 h. : celui-ci commence à s’établir dès la latitude de 65°59'. Inversement la limite de la nuit polaire se trouve reportée un peu plus haut à 67°7'. L’importance de ces différences se trouve reportée sur la carte figure 5, concernant la Finlande.
- Les longueurs de périodes de jour, la hauteur du Soleil à minuit au-dessus de l’horizon, sont fonction de sa position céleste commandée par les mouvements de la Terre et la situation géographique, en latitude, de l’observateur ; à mesure que ce dernier, à partir
- Fig. 8. — Une photographie prise au moment où le Soleil vient de se coucher rend compte de la clarté qui interrompt à midi la nuit de 24 h. à la limite cù celle-ci se trouve théoriquement réalisée.
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- du cercle indiqué se rapproche d’un degré vers le pôle, le Soleil se montrera surélevé- d’une quantité équivalente au-dessus de l’horizon. Ainsi, dès avant le rivage tout à fait septentrional de la Finlande, l’astre du jour trône déjà, « au milieu de la nuit », à une hauteur dont la figure 7 permet de se rendre compte.
- Ce sont là des conséquences si naturelles des mouvements de notre monde qu’on peut s’étonner que d’aucuns s’imaginent volontiers le fameux Soleil de Minuit comme un phénomène d’un caractère particulier, assimilable par exemple à sa visibilité dans les ténèbres. En somme le Soleil offre alors la même apparence, au voisinage de l’horizon, que pour nous autres chaque soir quelques instants avant son coucher : seule l’heure est différente et le caractère curieux du spectacle réside dans la marche que l’on voit effectuer à l’astre du jour ; seulement la persistance de clarté est alors un peu déroutante pour nos habitudes d’Européens moyens... 1
- Ne l'enversons pas les rôles, exactement, à propos des longues nuits polaires. Rappelons-nous en effet, l’importance des phénomènes crépusculaires provoqués par l’illumination des couches aériennes jusqu’à une grande élévation, alors que le Soleil est caché pour nos yeux au-dessous de l’horizon. On sait à quel point, grâce à cela, une clarté suffisante persiste après la chute du jour véritable et retarde d’autant l’arrivée de la nuit complète : celle-ci se fait seulement alors que le Soleil se trouve abaissé d’un angle d’au moins 180 au-dessous de l’horizon ; on concevra donc aisément (en s’aidant des schémas fig. 2) que la position géographique de l’observateur intervienne afin de modifier grandement, comme pour la visibilité constante du Soleil, l’importance du crépuscule, à un moment donné. En tournant autour de l’horizon, le Soleil s’en rapproche ou s’en éloigne et, tant qu’il reste moins abaissé que 180, une lueur crépusculaire interrompra l’obscurité nocturne.
- Fig. 10. — Différence des jours et des nuits pour les diverses latitudes.
- (a) au solstice d’été : A, zone circumpolaire du jour de 24 h. ; B, zone pour laquelle la nuit n’est pas complète par suite de la persistance du crépuscule ; C, zone de jour et de nuit complètes ; (6) au solstice d’hiver : A, zone de nuit complète ; B, zone de nuit interrompue par une lueur crépusculaire ;
- C, zone de jour et de nuit complètes.
- C’est à partir de la latitude de Paris que la nuit complète ne se fait plus au solstice d’été. La nuit de 24 h. que, cosmographiquement, subit le cercle polaire au solstice d’été, n’a rien d’absolu : le Soleil se trouvant à midi juste au-dessous de l’horizon sud, il fait alors aussi clair que pour nous au moment même du coucher (fig. 8). En fait, d’après tout ce mécanisme, les nuits polaires sont donc interrompues, vers le milieu de chaque journée, par un crépuscule plus ou moins accusé que l'on voit croître dans la matinée et s’éteindre dans l’après-micli. L’importance du phénomène diminuant graduellement à mesure qu’il s’agit de latitudes de plus en plus rapprochées du pôle, c’est seulement vers le 85° que la nuit effective peut durer les 24 h. de la journée. La figure 10 montre la répartition géographique de ces zones subissant les diverses alternatives dont il vient d’être question.
- Finalement, on reconnaîtra que les jours et les nuits polaires présentent une très grande diversité, et dans leurs longueurs respectives, et dans leurs conséquences.
- Lucien Rudaux.
- Fig. 9. — Sous les latitudes très élevées, jusque vers 80°, la nuit polaire est interrompue au.r environs de midi par une lueur crépusculaire dont cette photographie permet de se faire une idée.
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- LE CAFÉ
- Fig. 2. — Un entassement de sacs de ca/é aux docks du Havre.
- Il n’existe sans doute pas, à l’heure actuelle, de boisson chaude aussi universellement répandue que l’infusion obtenue à l’aide du café et en France, où il est particulièrement apprécié, sa raréfaction par suite de la guerre est une des privations qui ont le plus frappé l’opinion publique.
- Origines. — Et, cependant, si le vin est consommé de toute éternité, il n’en est pas de même du café, dont les propriétés stimulantes ne furent reconnues, en Arabie, qu’au commencement du xv° siècle, et qui ne fut introduit en France que vers 1669.
- En 171/j, dit-on, un pied de café fut offert à Louis XIV par des magistrats hollandais, et cultivé avec soin au Jardin des Plantes, où il prospéra, et donna naissance à d’autres pieds. L’un de ceux-ci, transpoidé à La Martinique en 1720, par le capitaine de Clieux, y fut l’ancêtre d’immenses plantations qui donnèrent lieu à un commerce important.
- Variétés. — De la famille des Rubiacées, tribu des Cofféacéees, le caféier est un arbuste dont la taille peut varier de 3 à 6 m, pour le Cofféa Arabica, à une douzaine de mètres pour le Cofféa Libérica.
- Son fruit est une drupe, de la grosseur d’une cerise, à deux noyaux plan-convexes qui contiennent chacun une graine ayant même forme, et portant un sillon longitudinal sur la face plane.
- Suivant taille et variété, chaque pied de caféier peut donner de o kgr 5oo à 10 kgr de graines.
- S’il existe un grand nombre de ces variétés, les
- Fig. 1. — Les docks-entrepôts du Havre.
- Les sacs de café sont élevés par monte-sacs aux divers étages des docks.
- plus connues, et les plus estimées, sont les cafés Moka, Martinique, Bourbon, Guadeloupe, Haïti, etc.
- Le Brésil, et notamment l’État de Saint-Paul, est le grand producteur de café, qu’on cultive surtout encore en Guyane, dans les États de l’Amérique Centrale, le Mexique, les Antilles, l’Arabie, Bourbon, Madagascar et dans les Indes.
- Récolte. — Les drupes peuvent être récoltées après leur dessiccation sur l’arbre, ou dès qu’elles sont mûres, avant cette dessiccation. Elles subissent alors, dans chaque cas, une série d’opérations qu’il serait trop long de décrire par le menu, que nous résumerons d’après une excellente étude de M. Edmond Gain, et qui ont pour but, tout d’abord, après l’expulsion des pierrailles et de la terre, de les débarrasser de la pulpe, après quoi les graines, encore revêtues de leur enveloppe, et appelées « café en parche », sont séchées pour être ensuite séparées de cette enveloppe à l’aide de décorliqueuses de différents modèles, appelées au Brésil « decascadors », afin de donner le café décortiqué.
- Celui-ci passe ensuite dans des appareils qui ont pour but de le débarrasser, par aspiration, des poussières, débris d’enveloppes et grains brisés, après quoi, dans des trieurs appelés « séparadors » ou « rnoni-toi’s », il est trié par grosseurs, les grains de chacune de cés grosseurs étant enfin, à l’aide du « catador »', classés commercialement par densités.
- Ce café est alors mis en sacs d’un poids de 60 kgr, la production annuelle totale pouvant varier entre 10 et 20 millions, et même plus, de ces sacs, dont les 5/6 environ proviennent du Brésil. Cette production, souvent supérieure à la consommation, entraînant
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- Fig. U. — Préparation clu café vert.
- Au premier plan, machine à épcrassiérer le café vert. Au fond, les deux silos mélangeurs contenant chacun 30.000 kgr.
- une baisse de prix, on brûle au Brésil, depuis 1981, les excédents de récolte, choisis dans les qualités inférieures, et, au i5 juin ig38, 61.638.000 sacs de Co kgr avaient été ainsi brûlés.
- Aux docks du Havre. — C’est, en France, le port du Havre qui est le grand importateur de café. On y reçoit, chaque année, plus de 100.000 t de ce produit, entreposé notamment aux Docks-Entrepôts du Havre, dont les vastes bâtiments sont séparés par de larges avenues couvertes sur le sol desquelles courent encore des rails, quoique le transport du café soit souvent effectué, maintenant, par plates-formes automobiles, le déchargement des sacs s’opérant à dos d’homme.
- Ces sacs, déposés de chaque côté des avenues, sont ensuite élevés à l’aide de monte-sacs, et entassés en piles impressionnantes dans de vastes magasins qui pourraient recevoir environ 4 millions de sacs de 60 kg.
- Au fur et à mesure des besoins, ils sont descendus, à l’aide de glissières, des divers étages de ces magasins, et chargés à nouveau sur camions pour les expéditions aux entreprises qui préparent le café destiné à la vente aux consommateurs.
- Préparation du café vert. — C’est dans l'une de ces entreprises « La Maison du Café », que nous suivrons les phases successives de celte préparation.
- Les sacs de café vert, expédiés du Havre, et amenés par camions, sont déchargés à l’arrivée sur un plan incliné qui les amène, au sous-sol, à un monte-sacs à marche con-
- tinue. Celui-ci les élève au second étage où ils sont empilés par tas de même origine.
- Afin d’assurer l’homogénéité nécessaire pour la production d’un café d’arôme déterminé, il est indispensable de pratiquer au préalable un brassage de toute la masse à traiter.
- Après passage dans une machine à époussiérer, le café est déversé dans une vis sans fin qui le conduit aux mélangeurs, en forme de cônes renversés, d’une capacité de 3o.ooo kgr chacun, et qui, à partir de l’axe central, sont divisés en 8 cases. Le café vert, arrivant en haut, remplit une première case ; un volant, ensuite, déverse le trop plein dans la seconde case, et ainsi de suite, jusqu’à ce que toutes les cases soient remplies.
- A ce moment, on ouvre une vanne située sous les mélangeurs, le café descend en même temps des 8 cases, est remonté au mélangeur à l’aide d’une vis d’Archimède et d’un élévateur, et la même opération est renouvelée pour un mélange parfait.
- Torréfaction. — Des élévateurs à godets reprennent alors ce café mélangé et le transportent au troisième étage où sont installés les torréfacteurs, la charge de chacun de ceux-ci étant exactement déterminée par une peseuse électrique.
- Il faut distinguer, dans une graine de café, la caféone, huile essentielle, dont la torréfaction, seule, peut développer l’arôme, et la caféine, C8H10Az4O2, alcaloïde qu’on peut extraire également du thé et de la noix de kola, par exemple, qui en est le principe stimulant, et que la torréfaction indispensable détruit malheureusement en partie.
- Les onze torréfacteurs de la Maison du Café, qui
- Fig. b. — Vue d'une partie de la salle de torréfaction.
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- Fig. 6. — Vue d’une machine à empaqueter automatique.
- reçoivent chacun 120 kg. de café vert, sont composés uniformément d’un cylindre rotatif, muni d’ailettes de brassage grâce auxquelles le café est toujours en mouvement. La torréfaction est produite par un courant d’air chaud, un foyer à coke étant situé sous le cylindre, et dure environ 20 mn.
- Si, au début, elle peut s’opérer sans surveillance, elle doit être suivie de près lorsqu’elle approche de son terme. Au moyen d’une sonde, placée au centre du cylindre, et que le brûleur peut sortir à volonté, il contrôle incessamment le degré de torréfaction, et, dès qu’elle est terminée, il ouvre une vanne par laquelle le café, évacué rapidement et totalement, tombe dans un bac refroidisseur, d’environ 1 m. 60 de diamètre, à fond perforé, où il est brassé circuïairement en même temps que refroidi par aspiration d’un violent appel d’air.
- Mélange et empaquetage. — Le café refroidi, après épierrage par la force centrifuge, passe dans des silos munis chacun de bascules de pesées électriques. Lorsque les diverses proportions de chaque sorte de café sont réalisées, et à ce moment là seulement, les balances se déclanchent, ce qui permet d’obtenir un mélange toujours rigoureusement identique.
- Fig. 5. — Le brûleur regarde par le voyeur ou sonde si le café est suffisamment torréfié.
- Chaque pesée de ces bascules correspond à un poids loi al de i5o kgr.
- Le café venant des silos s’écoule alors, dans les proportions ainsi déterminées, sur tapis roulants qui le déversent dans un mélangeur rotatif où ce mélange s’effectue en i5 mn environ.
- Ce café mélangé tombe ensuite, par toboggans, dans l’entonnoir d’approvisionnement des merveilleuses machines à empaqueter automatiques, extrêmement compliquées et ingénieuses, qui empaquettent en moyenne 5o à 55 paquets de 25o gr à la minute dans des sacs de papier sulfurisé, recouverts d’un papier cristal imprimé à l’usine même.
- Après avoir été tassés, recouverts d’un carton, pliés et collés, les paquets sont ficelés par des ouvrières, déposés sur un tapis roulant, et gagnent ainsi un toboggan hélicoïdal qui les descend doucement à la manutention où ils sont déposés et entassés mécaniquement, dans des paniers métalliques, à raison de 8o sacs de 25o gr par panier.
- Si le café est le plus souvent livré en grains, en sacs de a5o gr, il peut l’être également en sacs de 125 et 5oo gr, et, moulu, en sacs de 25o à 5oo gr.
- Utilisation. — Il est recommandable, dans tous les cas, de consommer le café, très finement moulu, aussi frais que possible, afin que le rancissement naturel à tout corps gras végétal ne lui fasse pas perdre l'arôme délicat dû à la caféone.
- Georges Lanorville.
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- 274 = LES CRINS DE FLORENCE MAROCAINS
- Fig. d. — Vers à soie de la race d’Alméria (Espagne) mûrs pour la préparation des crins de Florence.
- Les chirurgiens et les pêcheurs utilisent les crins dits de Florence, préparés à partir des glandes sérici-gênes du ver à soie. Ces fils, imputrescibles et d’une exceptionnelle résistance, ne méritent plus leur appellation d’origine car depuis longtemps, les magnaneries toscanes ont cessé de les produire ; de petits établissements familiaux disséminés dans la province de Murcie (Espagne) en ont monopolisé la fabrication.
- Chaque guerre pose à nouveau le problème de l’approvisionnement des belligérants en ces fils de suture inégalés et irremplaçables. Durant la dernière guerre civile espagnole, les Français ne purent se procurer qu’à grand’peine le précieux « budello », consommé par les ambulances de l’autre côté des Pyrénées, et même en septembre 1938, nos services hospitaliers civils et militaires purent craindre que notre réserve fût insuffisante pour parer aux besoins chirurgicaux en cas de conflit. Depuis quelques années, on incitait donc nos magnaniers provençaux à s’organiser en vue de cette production spéciale, plus rémunératrice que l’élevage ordinaire des cocons pour la filature. Mais des expériences, poursuivies par M. Secrétain à la station séricole d’Alès et ailleurs par divers bombycul-teurs du midi de la France ne donnèrent que de médiocres résultats techniques.
- Par contre, les essais tentés au Maroc furent plus heureux et des spécialistes décidèrent d’y implanter cette originale industrie. Le premier établissement est dirigé par Mme Garnier, une Lyonnaise qui, propriétaire d’une importante fabrique de soierie à Marseille, fonda en 1935 une magnanerie modèle à Casablanca. Un deuxième a été créé à Rabat par « La Sériculture marocaine » ; plusieurs autres sont en voie d’organisation, sous l’égide de divers groupements pharmaceutiques. La France ne lardera donc pas, espérons-le, à se trouver ainsi libérée de la tutelle de l’Espagne pour la fourniture des crins de Florence indispensables aux opérations chirurgicales.
- « La Sériculture marocaine » obtint de l’administration du Protectorat l’autorisation de faire élever des vers à soie dans les écoles indigènes d’Ouezzane et de
- Sefrou ainsi qu’à la ferme-école de Fouarat (Port-Lyau-tey) ; elle fournissait gratuitement les « graines » sélectionnées et rachetait les vers parvenus à maturité. En outre, des écoliers tant européens qu’indigènes se livraient aux opérations séricoles dans ses magnaneries de Rabat, Souissi et Rarréchid. Dès la première année, on obtint 25 kgr de crins d’une qualité au moins égale à ceux de Murcie. La seule difficulté fut de se procurer des feuilles de mûrier pour la nourriture des vers. On y remédia en plantant et en semant des mûriers et on compte disposer d’ici deux ou trois ans de i5o.ooo arbres sur les lieux d’élevage. Enfin on a pu attirer au Maroc quelques professionnels espagnols de Murcie, qui apprennent aux novices les tours de main du métier et surtout l’art difficile d’étirer les glandes séricigènes pour obtenir des crins bien calibrés.
- Rappelons que la matière soyeuse est produite par la chenille du Bombyx du mûrier dans d’énormes glandes séricigènes situées au-dessous de l’intestin, de chaque côté du tube digestif. Chacune des deux glandes forme un long tube très contourné, allant de la tête jusqu’au quart postérieur de la chenille. On y distingue d’arrière en avant un tube sécréteur de la soie, un réservoir et un conduit excréteur. Le tube sécréteur est cylindrique, incolore ou légèrement teinté de jaune et ses nombreux zigzags développés mesurent 12 à 20 cm de longueur ; il débute au niveau du huitième anneau de l’abdomen. Le réservoir, qui lui fait suite, est une poche assez volumineuse, longue de 6 à 8 cm, blanche, jaune ou verdâtre selon les variétés, repliée deux fois sur elle-même en forme de S. Quant au canal excréteur, c’est un tube de consistance chilineuse presque rectiligne, déjà fin à son origine et s’amincissant encore à mesure qu’il se rapproche de la tête de l’insecte. Les nombreuses ramifications des trachées partant de chaque stigmate respiratoire maintiennent en place les glandes séricigènes dont les deux canaux finissent par s’acco-
- Fig. 2. — Les vers au moment d’édifier leurs cocons dans les branchages des claies sont recueillis pour être tués dans une saumure.
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- 1er à leurs extrémités sans fusionner, constituant alors un double conduit qui s’incurve pour aboutir à la filière. Celle-ci traverse, d’arrière en avant, la bouche du ver et arrive à la base d’une trompe. A l’intérieur de la glande séricigène, la matière soyeuse est semi-lluide ; au sortir de la trompe, elle se coagule, le canal excréteur lui donnant sa forme et sa consistance.
- On choisit les plus grosses espèces de vers à soie pour préparer les crins de Florence. On recherche, en particulier, la race italienne de Gubbio (Ombrio) et la race espagnole originaire d’Almeria, qui atteignent jusqu’à io cm. Le développement de ces vers dure de 36 à 42 jours. Selon M. Secrétain, directeur de la Station séricole d’Alès, on pourrait encore utiliser dans ce but, le Bombyx de Bagdad dont les chenilles tissent des cocons blancs.
- L’élevage des vers en vue de la production du crin de Florence est à peu près identique à celui des races destinées à fournir les cocons pour la filature ; mais on l’arrête juste avant le filage du cocon.
- Le climat de l’Afrique du Nord se prête très bien à la sériciculture et donne même certains avantages, entre autres la précocité : les chenilles arrivent à maturité une quinzaine de jours plus tôt au Maroc qu’à Murcie. Quand les chenilles, prêtes à se changer en nymphes, montent dans les branchages disposés sur les claies, commençant à les enduire de leur bave soyeuse, on les cueille délicatement et on les plonge dans une saumure. D’après M. Antonin Rolet, certains magna-niers emploient le vinaigre du commerce additionné de sel et d’eau, d’autres préfèrent une dissolution aqueuse d’acide lartrique ou d’acide citrique, ou encore la bière, qui donnerait aux crins plus de souplesse.
- Après un à deux jours d’immersion, les cadavres sont sortis, étendus sur des plateaux de bois où ils sèchent, puis des ouvrières spécialisées s’en emparent afin de les dépiauter savamment. Elles les ouvrent et retirent les glandes séricigènes remplies d’une substance blanchâtre et pâteuse. Il faut ensuite procéder à l’étirage, opération délicate qui exige un tour de main assez difficile à acquérir. On prend les extrémités de la glande entre les doigts puis on exerce progressivement une traction lente et continue de manière
- Fig. 3. — L’étirage des glandes séricigènes des vers morts et séchés, dans un atelier de Rabat (Maroc).
- à obtenir un « crin » allongé, régulier, transparent et surtout bien rond. On laisse les crins ainsi étirés sécher quelque temps sur une surface polie et finalement on les réunit en bottes. On a ainsi des crins bruts qui subiront plus tard divers nettoyages, polissages et autres préparations.
- Le crin brut est « décreusé » en le plongeant dans des solutions alcalines bouillantes, qui permettent d’enlever les fragments de membrane adhérents. Le crin décreusé est immergé dans des bains d’huile ou de glycérine pour l’assouplir ; on l’azure parfois en le passant dans l’indigo ; on le polit avec une très fine peau de chamois et souvent on lui donne encore plus de brillant en le pressant dans un étau ou en le repassant dans une sorte de filière. Après un classement par grandeurs et grosseurs, les crins sont colorés et enfermés dans les flacons ou des tubes contenant de l’eau distillée qu’on bouche ou scelle et qu’on stérilise avec grand soin, en contrôlant la température atteinte. Quant aux crins employés pour la pêche, ils vont du « Florence ordinaire », à la très fine « racine anglaise » de l’épaisseur d’un cheveu, qu’on teinte en vert afin de la rendre à peu près invisible dans l’eau. Enfin pour enlever à J a dite « racine anglaise » sa coloration brillante, augmenter sa ténacité et lui donner sa finesse, on l’étire à travers des filières d’acier et de rubis.
- Jacques Boyer.
- = THIOXOTROPIE, RHÉOPEXIE ET DILATANCE =
- Vers 1923, Szegvari et MUe Schalek découvrirent un phénomène curieux présenté par un certain nombre de substances à l’état colloïdal (1). Tandis que l’on avait observe depuis longtemps que, par action de la chaleur, on peut
- •1. En 1907, Cotton et Mouton avaient déjà observé que le fer colloïdal Bravais chauffé à 100° pendant 20 heures examiné au microscope, présentait le mouvement brownien, mais qu’au bout de quelques minutes, les granules devenaient immobiles comme si le colloïde était coagulé. Cependant en agitant la préparation, en faisant par exemple glisser le couvre-objet sur la lame, le mouvement brownien réapparaissait pour s’arrêter ensuite après quelques minutes.
- obtenir la liquéfaction d'un gel, comme la gélatine par exemple, qui se rcsolidilie quand la température baisse, ces auteurs ont trouvé qii’à température constante, la transformation d’une gelée en solution colloïdale pouvait s’accomplir par simple agitation, la solution abandonnée au l’epos sc reprenant en gelée. On a donné à ce phénomène le nom de thioxotropie (de thixis, agiter, frapper et trepo, changer). C’est la transformation isotherme réversible du système sol-gel.
- L’attention ayant été attirée sur cette propriété, on a trouvé qu’on l’observait avec un grand nombre de substan-
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- ces. Un sol d’alumine, additionné d’une petite quantité d’électrolyte, le sol d’hydrate de fer (5o gr de Fe203 par litre) additionné de chlorure de sodium, le pentoxyde de vanadium, la benzopurpurine, les suspensions de kaolin et de beutonite, le latex du caoutchouc additionné de sulfate d’alumine ou de lithium, etc..., sont des systèmes thioxo-tropiques. Ajoutons que, d’après Marinesco, l’agitation mécanique peut être remplacée par celle provoquée par les ultra-sons dont les actions sur les milieux dispersés mériteraient d’être étudiées activement.
- Si une agitation violente détermine la liquéfaction d’un gel thioxotropique, dans d’autres cas au contraire, une agitation légère favorise la solidification de certains sols : c’est le phénomène de la rhéopexie. Par exemple, un gel de pentoxyde de vanadium auquel on a ajouté une quantité com'enable d’électrolyte, un sel de lithium ou un acide, met plusieurs heures pour coaguler si on l’abandonne à lui-même et au contraire se prend en masse en une minute environ si on donne de petits coups au récipient le contenant. Il semble que les petits chocs favorisent l’agglomération des particules colloïdales.
- Enfin, se rattachant aux deux propriétés singulières précédentes, nous signalerons le phénomène découvert par Osborne Reynolds et auquel il a donné le nom de dilatance. Voici en quoi il consiste. C’est une observation courante que lorsqu’on marche sur du sable de plage mouillé, il se sèche et devient dur sous le pied, reprenant son humidité lorsque cesse l’action mécanique. Reynolds interprète ce résultat en admettant que lorsque le sable humide est soumis à une pression suivant une direction donnée, le mélange sable et eau qui, au repos, est tel que l’eau occupe exactement les espaces entre les grains, donne un groupement moins serré, le volume des interstices augmente et la quantité d’eau est alors insuffisante pour le remplir entièrement : le sable paraît sec et dur.
- On observe les mêmes apparences en comprimant avec une spatule du quartz finement pulvérisé humide ou une pâte d’amidon.
- * *
- Après l’examen qualitatif, pourrait-on dire, de ces trois phénomènes, nous allons résumer leur étude quantitative, encore imparfaite et les relations qu’ils peuvent présenter entre eux.
- Pour comparer le degré de tliioxotropie des poudres minérales, Winckler caractérise la tliioxotropie par un nombre qui est le rapport du volume du liquide au volume de la matière minérale quand le mélange, après repos de i mn, ne s’écoule pas par renversement d’un tube à essai de 8 mm de diamètre.
- Il a constaté que tous les corps minéraux formés de particules plates ou de bâtonnets sont très thioxotropiques dans l’eau (kaolin, halloysite, bentonite, glauconite, graphite, molybdénite, etc...).
- Par contre, les substances isométriques (quartz, feldspath, spath fluor, etc.) sont un peu thioxotropiques lorsqu’elles sont très finement divisées, mais toujours beaucoup moins que les substances précédentes. Il semble que le degré de tliioxotropie varie linéairement avec la dimension des particules.
- De plus, le liquide semble jouer un rôle dans le phénomène; c’est ainsi que des particules de i p. à 6 p. de verre à vitre ou de quartz sont nettement thioxotropiques dans la benzine et pratiquement pas dans l’eau. La thioxotropie semble être plus forte aArec les liquides organiques qu’avec
- les solutions aqueuses (benzine, alcool, nitrobenzène, xylène, etc.).
- L’étude de l’action des électrolytes sur la thioxotropie a été faite par Freundlich et ses collaborateurs qui y voient une analogie avec la floculation et pensent que le phénomène doit dépendre de forces attractives ou répulsives d’origine électrique qui s’exercent entre les granules. La thioxotropie serait donc une sorte d’annonce de l’état coagulé, confirmant ainsi une vieille hypothèse de Spring d’après laquelle la floculation d’une solution colloïdale débuterait toujours par la formation d’une gelée instable, fugace, facilement détruite par les * actions mécaniques. Seules, les gelées thioxotropiques présenteraient la propriété de réversibilité de cet état intermédiaire.
- L’hydrate de fer colloïdal concentré (environ 52 gr de Fe203 par litre) a été spécialement étudié. On a trouvé que les sels qui le rendent thioxotropique sont également ceux qui le coagulent et leur activité relative est comparable dans les deux cas : les sulfates sont plus actifs que les chlorures ; l’ion OH7 qui est un coagulant énergique est aussi un sensibilisateur du sol pour les sels qui le rendent thioxotropique.
- Freundlich évalue cette action par le temps T en secondes que met le gel liquéfié pour faire prise, c’est-à-dire pour ne plus couler du tube à essais lorsqu’on l’a retourné. Il a trouvé, par exemple, que plus on ajoute de soude plus le raffermissement ainsi défini est rapide, comme l’indiquent les nombres suivants dans lesquels N est le nombre de milli-molécules de soude par litre :
- N.. 6,3 4,5 2,7 0,9 o
- temps T.. 82 200 44o i.3oo 2.000
- L’ion H+ qui est un décoagulant énergique est aussi nettement antithioxotropique.
- Remarquons que les quantités de sels influençant le phénomène sont extrêmement faibles. C’est ainsi qu’un hydro-sol resté 3 jours en contact avec une lame d’argent, dissout suffisamment d’oxyde d’argent pour que son temps de raffermissement tombe de 1 h 1/2 à 3 sec.
- L’action de la température est également très sensible. Par exemple, par un gel donné, on a trouvé les temps de raffermissement suivants en fonction de la température :
- Température ....... 3o° 4o° 5o° 6o° 70°
- Temps en sec....... 43 19 10 6 3
- Nous avons dit précédemment que la thioxotropie paraît être liée à la forme non sphérique des particules : bâtonnets (pentoxyde de vanadium, malonate de baryum, bentonite, etc...) ou lamelles (sesquioxyde de fer, argile, etc...) ainsi que semblerait le prouver le cas de la benzopurpurine 4B qui, préparée à partir de l’orthotoluidine, donne des bâtonnets et des solutions thioxotropiques, tandis que la benzopurpurine isomère, préparée à partir de la méta-tolui-dine et qui ne forme pas de bâtonnets, n’est pas thioxotropique. De plus, d’après Freundlich, les gels thioxotropiques sont en général biréfringents par agitation, ce qui indique l’existence d’une sti’ucture des particules qui s’orientent toutes dans la même direction sous l’influence des forces de cohésion.
- La rigidité du gel serait donc provoquée par la formation de macles entre les cristallites constituant ses particules ; leur rupture correspond à la liquéfaction et le temps de reconstitution de la structure maclée au temps de raffermissement.
- Un cas particulier intéressant est celui de la gélatine qui
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- n’est thioxotropique qu’entre certaines limites de concentration, de i à 5 pour ioo et qui d’ailleurs perd cette propriété au bout d’un certain temps.
- Les solutions qui présentent la thioxotropie, lorsqu’on les laisse se déposer occupent, au fond du récipient, un volume de sédimentation beaucoup plus grand que celui que donnent dans les mêmes conditions des substances non thioxotropi-ques mais présentant de la dilatance. C’est ainsi qu’une line poudre de quartz mélangée à de l’eau distillée est nettement dilatante et non thioxotropique et donne un sédiment lassé, tandis que la même quantité de poudre délayée dans une solution électrolytique occupe un volume sédi-mentaire nettement plus grand, est faiblement thioxotropique mais ne présente plus de dilatance.
- *
- # #
- • La connaissance de ces divers phénomènes a permis d’interpréter un certain nombre de faits expérimentaux constatés aussi bien dans la nature que dans diverses techniques industrielles.
- C’est ainsi que l’on peut expliquer l’existence des sables mouvants qui seraient dus à la présence d’une faible quantité d’argile, que l’on décèle chimiquement. Lorsque le sable mouvant est lavé de façon à éliminer l’argile, il perd cette propriété. Inversement, si à de la poudre de quartz fine on ajoute de petites quantités de lécithine, on obtient l’analogue des sables mouvants : un mélange thioxotropique.
- C’est également à l’existence, aux époques géologiques, d’une boue argileuse thioxotropique hautement plastique qu’il faudrait attribuer la remarquable conservation des squelettes et des plus fines empreintes des animaux que l’on rencontre dans le gisement de Solnhofen en Bavière, le célèbre cimetière des ichtyosaures dont a parlé La Nature (x).
- 1. La Nature, n° du 15 septembre 1938, p. 172.
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- Un grand nombre de matières plastiques sont thioxotro-piques et cette propriété est particulièrement intéressante dans le moulage des poteries par suite de la faible variation de volume accompagnant la gélification de ces matières qui, en général, sont également très plastiques. Cette gélification est sans doute le premier stade de la prise de l’argile dans les moules.
- Dans le forage des puits de pétrole à grande profondeur par la méthode rotary dans laquelle on injecte un mélange boueux dans le forage pour constituer un liquide dense capable de remonter au sol les morceaux de terrain désagrégés par le trépan, on a récemment utilisé des mélanges boueux rendus thioxotropiques par addition de substances convenables. Dans ces conditions, lors de la remontée des tiges de sondage, des répai’ations aux outils ou aux machines, la boue se solidifie dans le forage qui ne risque pas de s’ébouler et, lorsqu’on recommence le travail, l’agitation par l’outil est suffisante pour reliquéficr la masse.
- Nous avons dit que la thioxotropie s’observe également ^ en milieu non aqueux. Beaucoup de peintures sont thioxo-tropiques et cette propriété est importante pour obtenir une couche uniforme et se durcissant rapidement après son application. De même, dans les encres d’imprimerie cette propriété joue un rôle fondamental et est un facteur essentiel de leurs qualités.
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- On voit, par ces quelques exemples, que des phénomènes qui peuvent à première vue être considérés comme des singularités bonnes tout au plus à intéresser les spécialistes en chimie colloïdale, ont une importance pratique qui est considérable et justifie leur étude complète qui n’est encore qu’à scs débuts et réserve sans doute des possibilités nombreuses et nouvelles dans un grand nombre d’industries.
- H. Vigneron.
- UN ÉCHASSIER SUPERBE
- LA GRUE DES BALÉARES
- Les grues comptent parmi les plus beaux oiseaux qui puissent échoir au chasseur et, parmi les différentes espèces de ces échassiers, la grue des Baléares ou grue couronnée (Balearica pavonina L.), est vraiment la plus décorative.
- Cet oiseau dont la taille est de i m environ, a le front -et le dessus de la tête couverts d’un duvet noir velouté, l’occiput orné d’une touffe de plumes filiformes d’un jaune d’or ; elle doit, du reste, son deuxième nom à cette touffe dorée. Le cou et le corps sont d’un cendré bleuâtre, les côtés de la tête garnie d’une peau nue, blanche dans la région de la tempe, rouge vif sur les joues et se terminant sous la gorge par un fanon également d’un rouge vif ; les couvertures des ailes sont blanches, les rectrices noires, le bec et les pieds noirâtres.
- Il habite l’Afrique septentrionale et occidentale, où il fréquente les rives des fleuves couvertes de buissons et les forêts clairsemées.
- Comme beaucoup d’autres oiseaux, et notamment certains pluviers, la grue couronnée prend plaisir à danser à l’époque des amours. C’est le matin et le soir que ces grues s’adonnent de préférence à ces exercices. Se réunissant par groupes assez nombreux, elles choisissent un endroit bien nivelé, sur le bord d’un ruisseau.
- Alors, placées en cercle sur un ou plusieurs rangs, elles sautent et dansent d’une manière burlesque les unes autour des autres, s’avancent l’une vers l’autre, s’arrêtent et se retournent en tenant le cou tendu, baissé ou relevé et les ailes déployées. Pendant ce temps, d’aulres se disputent le prix de vitesse ; elles courent sans but, retournent à leur place à pas lents et mesurés, et toute la bande pousse alors des cris et témoigne sa joie par des sortes de salutations, par des gestes et des mimiques des plus bizarres.
- Cet échassier niche habituellement sur le sol. Ses œufs, au nombre de deux, sont d’un brun olivâtre
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- Fig. 1. — La grue des Baléares ou grue couronnée.
- foncé ou jaunâtre, marqués de taches oblongues rous-sâtres ou d’un gris vineux. Les petits sont couverts de duvet ; de même que les jeunes pluviers ou les jeunes outardes, ils courent dès la sortie de l’œuf.
- Quand la grue couronnée nage, on la voit remuer
- ses pattes avec une telle vitesse que, malgré l’absence totale de palmature, elle glisse rapidement à la surface de l’eau. Tout en nageant, elle regarde de tous les côtés et elle baisse la tête à chaque coup de patte.
- De temps en temps, elle s’arrête pour s’en aller dans les roseaux et dans les herbes fouiller avec ardeur. L’étroitesse de son corps, la longueur de ses doigts lui sont d’un grand secours. Elle peut, grâce à ses formes sveltes, se glisser au milieu des fourrés les plus serrés. Grâce à l’étendue de ses doigts, elle peut courir très facilement sur des surfaces couvertes d’une mince couche d’herbes ou de joncs. Ses doigts lui servent à grimper aisément le long des roseaux. D’une seule patte elle peut embrasser plusieurs tiges, monter et descendre sans danger.
- Sur le sol ferme, cet échassier marche facilement, promptement, à grands pas. Lorsqu’on le chasse, il court aussi vite que le chien qui le poursuit. Il plonge admirablement et lorsqu’un danger le menace, il disparaît subitement sous l’eau. A l’aide de ses ailes, il nage avec aisance entre deux eaux, sort de temps à autre le bec pour respirer et continue ainsi de fuir. Il vole lentement en rasant d’ordinaire la surface de l’eau, le cou et les pattes tendus. Ce n’est que lorsqu’il a al teint une certaine hauteur que son vol devient facile.
- Il n’est pas craintif, mais circonspect. Aussi est-il fort difficile à surprendre.
- Les grues couronnées voyagent souvent par troupes assez nombreuses et lorsqu’elles veulent se poser, elles commencent par décrire de grands cercles, recherchant avec le plus grand soin l’endroit où elles pourront passer la nuit sans être dérangées. Elles s’abattent alors, se rassemblent et dorment la tête sous l’aile, pendant que l’une d’elles monte attentivement la garde, la tête haute, pour avertir ses compagnes au moindre danger ! L. Kuentz.
- LA MÉTALLURGIE DES POUDRES
- C’est une nouvelle branche de la métallurgie, encore à l’état embryonnaire, mais qui, par les résultats pratiques déjà obtenus, mérite de retenir l’attention et des savants et des industriels.
- Elle est pratiquement née au début du siècle lorsque la question se posa impérieusement dans l’industrie électrique, de préparer des filaments de tungstène pour les nouvelles lampes à incandescence.
- La réduction des oxydes de tungstène par l’hydrogène donne le métal sous forme de poudre et comme le point de fusion du tungstène est de quelques 2.g5o°, le problème de la construction des fours destinés à l’agglomération de la poudre pour donner une masse métallique que l’on puisse passer à la filière était pratiquement insoluble. C’est alors qu’on s’aperçut que la poudre de tungstène, plus tard celle de tantale également (point de fusion 2.800°), agglomérée par pression puis chauffée à une température de 2.4oo° à 2.5oo° donne une masse solide, bien que la température de traitement soit restée constamment inférieure de 4oo à 5oo° à la température de fusion. On a donné à ce phénomène le nom général de frittage. On sait peu de choses sur lui.
- Il y a cependant peut être lieu de distinguer le frittage proprement dit (en anglais sintering) lorsque les graines d’une poudre se réunissent pour donner sans fondre une masse solide granuleuse et plus ou moins poreuse, de la vitrification (en anglais fritting) dans laquelle la fusion est nette et le produit a l’aspect d’un verre. Comme exemple de frittage indiquons la fabrication des briques et potteries, les émaux et couvertes au contraire étant des types de vitrification.
- Suivant Lucas (Q le frittage est une propriété des seules substances amorphes, et par suite ne serait rien d’autre que la coalescence, l’agglomération, de gouttelettes extrêmement visqueuses. Day et Allen (2) ont trouvé que les poudres de verre se frittent à des températures inférieures de plusieurs centaines de degrés au point de ramollissement. Plus le chauffage est lent et les poudres fines, plus le frittage a lieu à basse température. Il n’y a guère de doute que l’on ne se trouve ici en présence d’un phénomène d’écoulement dans un liquide très visqueux, un verre surfondu, et que les facteurs déterminants ne soient la viscosité et la
- 1. Zeit. physik. Chem., 52, 327, 1905.
- 2. Zeit. physik. Chem., 54, 39, 1906.
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- tension superficielle. Les mêmes auteurs, ont trouvé par contre que le feldspath pur cristallisé, même réduit à l’état de poudre très fine, fritte extrêmement lentement, ce qui infirme la théorie de Lucas. De même Kohlschütter a montré que l’argent poreux obtenu par la réduction des sels d’argent fritte à des températures au-dessus de 200°.
- Toutes choses égales d’ailleurs, plus la température à laquelle on opère est élevée plus la contraction ou le frittage est important. Par exemple les briques cuites à haute température sont moins poreuses; la magnésie et la chaux sont plus denses. La présence d’impuretés abaisse la température de frittage en opérant comme les cc fondants « dans les opérations métallurgiques sans que l’on comprenne parfaitement le mécanisme de leur action.
- Le chauffage prolongé des matières pulvérulentes modifie leurs caractéristiques physiques. La suie devient granuleuse ; le charbon maintenu à 900° pendant 4o h a sa densité qui augmente de 1,76 à 1,84 (Winler et Baker, 1920); la densité du phosphore rouge dépend de son traitement thermique. Les propriétés chimiques sont également modifiées : l’alumine fortement chauffée est attaquée très lentement par l’acide chlorhydrique bouillant; la silice après chauffage prolongé ne se dissout plus dans le carbonate de soude ou de potasse bouillant; et le sulfure d’arsenic ne se décompose plus par l’eau chaude en donnant de l’hydrogène sulfuré lorsqu’il a été chauffé à 12b0. C’est sans doute pour des causes analogues que les laitiers que l’on retire des fours dans lesquels on prépare l’acide sulfureux par décomposition du gypse ne donnent pas des ciments de bonne qualité.
- On voit que les connaissances théoriques sur le phénomène du frittage sont assez récentes et relativement très maigres. Cela n’a heureusement pas empêché la métallurgie des poudres de se développer considérablement.
- Actuellement, il est peu de métaux qui n’existent pas dans le commerce sous forme de poudre produite par un des nombreux procédés dont dispose la technique moderne : broyage, moulage, pulvérisation dans l’eau ou par un jet de gaz inerte, granulation par agitation du bain de métal liquide en cours de solidification, atomisation par la vapeur d’eau ou l’air sous pression, condensation des vapeurs du métal, réduction des poudres d’oxydes métalliques, précipitation chimique, dépôt électrolytique, formation d’un alliage dont on élimine ensuite un des constituants par action chimique par exemple, etc....
- Suivant les cas on s’adressera à l’un ou l’autre de ces procédés de façon à obtenir le meilleur résultat suivant la nature et les propriétés physiques du métal à traiter (ductilité, fusibilité, etc.).
- Parallèlement aux progrès dans la préparation des poudres, les moyens et les méthodes de compression se sont
- également développées. En effet, pour traiter les poudres, les pressions de l’ordre' de 8 à 10.000 kgr par centimètre carré ne sont pas rares, ce qui jusqu’à présent limite assez étroitement les dimensions des pièces que l’on peut usiner par ce procédé. De plus lorsque l’on veut comprimer une poudre métallique sous une épaisseur assez forte ou des mélanges de plusieurs poudres, le problème se complique encore. La résolution de toutes ces difficultés sera l’œuvre de l’avenir. Actuellement, déjà, les perfectionnements dans les poinçons et les matrices permettent des résultats intéressants.
- Pourquoi employer des poudres et en quoi l’application du frittage est-elle supérieure à celle du métal ou de l’alliage coulé comme dans les procédés ordinaires ?
- Tout d’abord, ainsi que le montre l’exemple du tungstène, du molybdène et du tantale il est des cas où c’est la seule méthode métallurgique que l’on puisse appliquer. D’autre part, si on désire réaliser un métal formé de plusieurs composants dont chacun conservera ses propriétés spécifiques, le frittage est tout indiqué. Les carbures cémentés en sont un exemple typique.
- C’est ainsi qu’en chauffant au-dessus de 2.000° dans un creuset de graphite des poudres de tungstène, tantale et carbone, on a pu obtenir le composé W2Ti2C4, qui se présente sous forme de cristaux que l’on isole par attaque de la masse frittée par l’eau régale et l’acide fluorhydrique. Ce carbure sert ensuite, en appliquant les procédés de la métallurgie des poudres, mélangé à du cobalt, du tungstène et du carbone, à préparer des outils ayant des propriétés de coupe et une dureté Brinnell jamais encore réalisées.
- Dans d’autre cas, lorsqu’on désire réaliser une structure poreuse, comme dans la fabrication des roulements sans huile, composés de poudres de cuivre, étain et carbone, en agissant sur la pression et en ajoutant des sels volatils qui sous l’action du traitement thermique se dégageront, on donne à l’ensemble la porosité qui permettra à l’huile d’être absorbée.
- Lorsque les métaux à allier ont des points de fusion très éloignés ou sont immiscibles, ou que l’on désire une structure spéciale on a encore recours avec succès à ce procédé. En particulier en électrotechnique pour la confection des contacts, des aimants permanents, en automobile pour celle des soupapes, le frittage a permis d’obtenir des pièces ayant des qualités remarquables.
- On voit que les perspectives sont encoui’ageantes et, bien qu’une étude complète du phénomène doive être entreprise pour permettre son application généralisée, les résultats acquis sont déjà des plus significatifs.
- H. Vigneron.
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN MAI ET JUIN 1940 (’)
- Celte période sera caractérisée par la magnifique visibilité, en mai, de la planète Vénus, qui atteindra .le 25 son plus grand éclat du soir, puis à la fin de juin par les conjonctions successives de Jupiter et de Saturne avec la Lune. Voici d’ailleurs le programme astronomique de ces deux mois.
- 1. Nous rappelons que toutes les heures mentionnées ici sont données en Temps Universel (T. U.), compté de 0h à 24h, à partir de 0h (minuit). Pendant la période d’application âe U Heure d’été, ajouter 1 heure à toutes les heures figurant en ce Bulletin.
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil passera de + x5°7/ le ier mai à + le Ier juin pour atteindre
- + 23°27r le 2i juin (solstice d’été) et retomber à + 23°io' le 3o juin. Le commencement de l’jÉté astronomique se produira le 21 juin, à i4h. C’est l’époque des plus longs jours de l’année dans l’hémisphère boréal, et, daixs le Nord de la France, jusqu’à Paiâs même, pendant plusieurs jours la nuit ne sera pas complète. Les observateurs qui passent la mut en pleine campagne (il y en a beaucoup dans ce cas aux Armées) et les habitants des villes obscui’cies par la
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- Fig. 1, — Marche de la planète Neptune près de l’éioile de la Vierge pendant l’année 1940.
- (Figure reproduite d’après l’Annuaire Astronomique Flammarion).
- défense passive pourront constater au Nord, vers minuit, un léger crépuscule à l’horizon.
- Durée du jour à Paris (présence du centre du Soleil au-dessus de l’horizon) : le 1e1' mai = i4h32m; le ier juin = i5h5om; du 17 au 24 juin = i6h7m; le 3o juin = i6h4m. Voici, de 5 en 5 jours, le temps moyen à midi vrai :
- Mai : '1er - nh47m4is; 6 = nh47mi2s; 11 = iih46m56s; 16 = 1 ih4G,n55s ; 21 = nll47m7s; 26 =
- 31 = nh48mio*.
- Juin : 1er = nh48migs ; 6 = nh49mios; 11 = nh5omSs; 16 = iih5imios; 21 = uh52lui5s; 26 = ixh53migs;
- 30 = nh54ra8s.
- Observations physiques. — Il faut observer, chaque jour de temps clair, la surface solaire. Voici la suite des éphémé-rides permettant d’orienter les dessins et les photographies du Soleil.
- Date (o**) P B0 Lo
- Mai 4 — 23°fig 0 — 3*79 344:96
- — 9 — 22,61 0 — 3,25 278,86
- — 14 — 2i,35 0 — 2,70 212,74
- — 19 — 19,93 0 — 2,12 i46,6o
- — 24 — i8,35 0 — i,54 8o,46
- — 29 — i6,63 0 ~ 0.9'+ i4,3o
- Juin 3 — i4"77 0 — 0;34 3o8°i3
- — 8 — 12,80 0 -4- 0,26 241,96
- — i3 — 10,73 0 4- 0,87 175.78
- — 18 — 8,58 0 + 1:46 109,59
- — 23 — 6,36 0 4- 2,o5 43,4o
- — 28 — 4,11 0 -f- 2,62 337,22
- — 3o — 3,20 0 + 2)84 810,75
- Lumière zodiacale. — La lumière zodiacale et la lueur antisolaire ne sont pas visibles en cette période de l’année à la latitude de la France. Tout au plus pourra-t-on essayer de voir la première, au début de mai.
- II. — Lune. — Voici les phases de la Lune :
- N. L. le 7 Mai, à 12*1 7m
- P. Q. le 14 — à 20h5im
- P. L. le 21 — à 13ll33m
- D. Q. le 29 — à oh4om
- N. L. le 6 Juin, à i>1 5m
- P. Q. le i3 — à 1 h5gm
- P. L. le 19 — à 23h 2m
- D. Q. le 27 — à 18lr 131x1
- Age de la Lune : le Ier mai, à oh = 2^,2 ; le S = oJ’,5 ; le 1e1' juin = 24j,5 ; le 0 = o3,o; le 3o = 2^,0.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune : le 10 mai, à iah = + i8°37/; le a3 mai, à Gh = — i8°3g/; le 6 juin, à 1811 =+ i8°4i/ ; le 19 juin, à i8h = — i8°42L
- ASTRE Date : Lever Passage au méridien Coucher Ascen- sion Déclinai- Diamètre Constellation VISIBILITÉ
- à Paris de Paris à Paris droite son (') apparent et étoile voisine
- 1er Mai 4h32m 11 h 4?m 4,s J9l 4m 2h34m l5o y' 3i '47"3 Bélier
- Soleil . . 1 24 Mai 1 5 Juin 4 0 3 5 r 11 11 47 2 1 48 59 19 *9 35 47 4 4 4 53 + + 20 47 22 34 3i 37,9 3i 34,2 Taureau 1 Taureau 1 »
- 29 Juin 3 52 11 53 56 19 56 6 33 + 23 14 3i 3o,8 Gémeaux
- 12 Mai 3 56 11 5 18 17 2 3i i3 3i 5,2 cr Bélier l llnobservable en mai.
- Mercure .< (24 Mai 4 4 1 2 0 19 59 4 i3 + 2i 55 5,o 43 Taureau Visible à la fin de juin,
- 5 Juin 4 42 i3 0 21 19 6 1 + 25 29 5,6 g Gémeaux | plus grande élonga-
- 29 Juin 6. 0 i3 38 21 i5 8 16 + 19 21 8,8 d1 Cancer | lion le 24.
- Vénus. 12 *7 Mai Juin 6 20 4 57 i4 12 49 53 23 20 17 48 6 17 6 46 + 27 i3 22 33 32,4 55,2 u Gémeaux Ç Gémeaux Le soir. Splendide en mai, invisible fin juin.
- Mars . .! 12 Mai 6 6 i4 16 22 26 5 44 f- 24 29 4,0 1 Gémeaux Un peu visible le soir
- *7 Juin 5 33 13 35 21 36 7 25 + 23 10 3,8 Gémeaux en mai.
- Jupiter J 12 *7 Mai Juin 3 3o I 25 10 8 20 28 17 i5 11 32 1 49 2 19 + + 10 8 12 4î 3i ,2 33,o 0 Poissons Bélier 1 Inobservable en mai. Un peu visible le matin en juin.
- . Saturne . |!2 il? Mai Juin 3 53 1 41 10 8 5o 45 17 i5 48 49 2 20 2 36 + 11 38 12 54 i4,6 i5,o 51 Baleine 3i Bélier Inobservable.
- Uranus 3o Mai 3 10 10 42 18 i4 3 23 !8 16 3,4 ^ Bélier Inobservable.
- Neptune . 3o Mai 12 32 18 53 1 18 11 35 + 4 1 2,4 fi Vierge Première partie de la
- nu-it.
- I. On remarquera que toutes les grosses planètes sont, en mai et juin, dans l’hémisphère boréal.
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- Apogée (plus grande distance à la Terre) et Périgée (plus petite distance à la Terre) de la Lune en mai et juin :
- Phénomène Date Heure Parallaxe Distance
- Apogée 2 Mai 23b 54' 5" 4o5 465 km
- Périgée 18 — 19b 60' 7" 364763 —
- Apogée 3o — i7h 54'13" 4o4448 -
- Périgée i4 Juin i5[l 59'23" 369261 —
- Apogée 27 — I lh 54'i6" 404076 —
- Occultations d'étoiles et de planètes par la Lune :
- Date Astre Magni- tude Phéno- mène Paris Heure Uccle
- Mai 12 i676B.D.+ i5o 7 ni ,2 Imm. 20b42m,4 2oh38m 0
- — 13 A2 Cancer 5 7 Imm. 21 4 0 21 2 3
- 25 p Sagittaire 4 0 Imm. 1 24 5 1 28 9
- — 25 p Sagittaire 4 0 Em. 2 43 3 2 47 3
- Juin 11 23oiB.D. -f- 6° 6 5 Imm. 21 0 4 —
- — i3 3478 B. D.— 2° 6 9 Imm. 21 2 3 20 59 5
- Marées; Mascaret. — Les plus fortes marées se produiront, en mai, du 19 au il\ et en juin, du 18 au 28. Elles seront peu importantes : coefficient maximum 99 centièmes en mai et 90 centièmes en juin. Le mascaret n’est pas annoncé pour ces deux mois.
- III. — Planètes. — Le tableau ci-dessus a été établi à l’aide des données de VAnnuaire astronomique Flammarion. Il contient les x’enseignements indispensables pour rechercher et observer les planètes principales pendant les mois de mai et juin 19/10.
- Mercure se trouvera en conjonction supérieure avec le Soleil le 21 mai, à 2ih. Il sera invisible en mai. En juin, il arrivera à sa plus grande élongation du soir, le 24, à i5h, à 25°i8/ à l’Est du Soleil. Malgré sa déclinaison assez élevée à ce moment, il sera visible en de mauvaises conditions, en raison de la grande durée des jours à cette époque.
- Vénus brillera d’un éclat magnifique en mai et atteindra son plus grand éclat du soir le 25 mai. Ensuite elle se rapprochera du Soleil et deviendra invisible à l’oeil nu. Elle sera en conjonction inférieure avec le Soleil le 26 juin, à 2°2i; au Sud.
- Mars sera encore un peu visible en mai, dès la fin du jour, il deviendra inobservable en juin. Son disque réduit par la distance à on,8 de diamètre, ne permettra plus aucune observation utile.
- Jupiter, inobservable en mai, deviendra un peu visible en juin. On pourra observer quelques phénomènes dus à la révolution des satellites. En voici la liste :
- Juin 4, I. E. c. 3hi7In,o. — 8, II. E. c. 3h9m,i. — 12, I. O. c. 2h33m ; I. P. c. 3h32m. — 18, I. Em. 2h5im. — il, II. O. f. 2h27m. — 21, I. P. f. 2hiom. — 24, II. O. c. 2h3om. — 26, II. Em. 2h3om. — 27, I. E. c. 3h28m,a. — 28, I. P. c. 2hom ; I. O. f. 2h59m.
- Saturne sera inobservable. Voici, toutefois, les éléments de son anneau :
- i3 mai i4 juin
- 3 6", 7 3 37",G6
- 11 ",5g — 12",60
- 180,396 — 190,549
- 170,620 — 180,014
- =' 1 : . : : 281
- Uranus sera inobservable en mai et juin. Il se trouvera en conjonction avec le Soleil, le 12 mai, à 2211.
- Neptune sera en quadrature orientale avec le Soleil le i3 juin, à 23h. On pourra le trouver en utilisant la petite carte de la figure 1 que nous reproduisons d’après VAnnuaire astronomique Flammarion. Neptune sera stationnaire le 3 juin, à 811.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 5 mai, à 5b, Mercure en conj. avec Jupiter, ài°nf S.
- Le 5 mai, à 23b, Jupiter — la Lune, à o°23' S.
- Le 6 mai, à 1 b, Mercure — la Lune, à i°2o' S.
- Le 6 mai, à i5b, Saturne — la Lune, à o®!\~]' S.
- Le 7 mai, à 20b, Uranus — • la Lune, à 203P N.
- Le 10 mai, à 9b, Mercure — Saturne, à o°42f N.
- Le 10 mai, à i4h, Mars - — la Lune, à 5°5i' N.
- Le 11 mai, à 4h, Vénus — la Lune, à 8°5i' N.
- Le 17 mai, à ob, Neptune — la Lune, à 3°46' N.
- Le 18 mai, à ih, Mercure — Uranus, à 0° 2' S.
- Le 2 juin, à 1811, Jupiter — la Lune, à 0<>i5' N.
- Le 3juin, à 5b, Saturne — la Lune, à 0027' S.
- Le 4juin, à 7b, Uranus — la Lune, à 2°4o' N.
- Le 7 juin, à 6b, Vénus — Mars, à o°22' N.
- Le 7juin, à i3h, Mercure — la Lune, à 70 2' N.
- Le 8juin, à 5h, Vénus — la Lune, à 6°27' N.
- Le fl *3 •<—s 00 8b, Mars — la Lune, à 6°i5' N.
- Le 12 juin, à 2b, Mercure — Vénus, à 1023' N.
- Le i3 juin, à 6b, Neptune — la Lune, à 3°34' N.
- Le 17 juin, à ih, Mercure — Mars, à o°2Ô' N.
- Le 3o juin, à i3h, Jupiter — la Lune, à o"5i' N.
- Le 3o juin, à 19b, Saturne — la Lune, à o° 6' S.
- Temps
- Date Passage de la Polaire Heure (T.U.) sidéral (')
- Mai 10 Inférieur 22hl8ra4oS i5h 1 ona34s
- — 20 — 21 39 28 i5 49 5q
- — 3o — 21 OI7 16 29 25
- Juin 9 — 20 21 g 17 8 5i
- “ !9 Supérieur 19 42 I 17 48 16
- — 29 — 19 2 53 18 27 42
- — 29 — 7 4 5o 18 27 42
- Étoiles variables. — Algol, ^ Persée, est invisible à celle
- époque de l’année.
- Maxima d’étoiles variables à longues périodes.
- Le 2 mai : TGrande Ourse, var. de 5m,5 à i3m,5 en 261,8 j. Le 6 mai : RR Sagittaire, — de 5ra,8 à i3m,3 en 334,0 j. Le 2 juin : R Bouvier, — de 5<n,9 à 12m,8 en 225,5 j.
- Le i5 juin : R Corbeau, — de 5m,gà i4m,o en 323,4 j.
- Le 27 juin : R Cassiopée, — de 4m>8 à i3m,6 en 426,3 j.
- Étoiles filantes. — Du Ier au C mai, étoiles filantes Aqua-rides (radiant vers -g Verseau).
- V. — Constellations. — On aura l’aspect de la Voûte céleste pendant les mois de mai et de juin en se reportant aux numéros de La Nature suivants : n° 3o46 du Ier avril 1939, p. 218 et n° 3o48 du Ier mai 1939, p. 283.
- Em. Touciiet.
- 1. A 0h, pour le méridien de Greenwich.
- Grand axe extérieur. ....
- Petit axe extérieur..............
- Hauteur de la Terre sur le plan
- de l’anneau....................
- Hauteur du Soleil sur le plan de l’anneau.........................
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-
- CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE (,)
- LA PHOTOGRAPHIE N’IMPORTE OU!
- On aurait pu penser que ces pacifiques « Causeries », en raison de leur neutralité totale, n’auraient été aucunement influencées par les événements qui bouleversent le monde terrestre ? Il n’en est rien cependant et, par la force même des choses, leur programme va se trouver complètement modifié. Il faut tenir compte, en effet, des conditions dans lesquelles se trouvent actuellement un très grand nombre de nos lecteurs, qui ont dû quitter leur foyer avec un bagage forcément restreint. Ils n’ont pas, cependant, abandonné complètement leurs chères habitudes, leur passe-temps favori, la Photographie, qui est d’ailleurs pour eux un excellent dérivatif au fameux « cafard ».
- Mais comment faire de la Photographie quand on n’a rien, qu’on loge (ou campe) dans une grange, une cave, un grenier... ou ailleurs?
- C’est ce que nous nous proposons d’exposer ici.
- Nous espérons, d’ailleurs, que les renseignements fournis pourront être utilisés par un grand nombre d’autres personnes, par exemple par certains excursionnistes, par les boys-scouts, par les amateurs de « camping »,. etc.
- Il est bien regrettable que ces indications ne puissent servir aux soldats, mais chacun sait qu’il n’est pas permis d’avoir un appareil photographique, surtout dans la zone des Armées....
- Nous demandons aux lecteurs qui liront ces lignes de nous, adresser leurs remarques. Beaucoup d’entre eux ont pu, en effet, employer certains dispositifs ou user de tours de main fort utiles à connaître. Nous publierons avec plaisir ceux qui pourraient rendre service et seraient, en outre, vraiment pratiques.
- Quand nous posons cette question : « Comment faire de la photographie quand on n’a rien? », il faut s’entendre. On doit supposer que l’on possède un appareil.
- Un appareil, même modeste, est un instrument assez compliqué, parfois même très compliqué, et il est bien difficile d’en établir un soi-même.
- N’oublions pas, surtout, que nous sommes dans des conditions spéciales : nous avons un bagage déjà bien assez lourd, donc l’appareil photographique doit être petit, aussi < r que possible, par conséquent de format restreint. Nous ne d>. ns pas de « p<Jit format » parce que, en général, ces derniers appareils sont d’un prix très élevé, et l’on ne tient pas à les exposer aux divers risques — parfois bien grands — que l’on peut courir.
- Nous laisserons de côté le « bricolage » d’un appareil rudimentaire qui serait, en général, volumineux, peu pratique et donnerait des résultats défectueux.
- Il vaut donc mieux, de toute évidence, se procurer un petit appareil bien construit.
- Choix d’un petit appareil. — On comprendra facilement que nous ne donnions pas ici la nomenclature des
- 1. Voir les n°s 2907, 2972, 2974, 2979, 2980, 2981, 2983, 2985, 2987, 2989, 2993, 2996, 2999, 3002, 3006, 3010, 3012, 3023, 3027, 3039, 3041 et 3049.
- petits appareils qui figurent dans les catalogues des maisons de photographie, cette liste serait fastidieuse et inutile parce que bien des modèles sont maintenant introuvables. De même nous n’indiquerons ici aucune marque de pellicules.
- Cependant, à cette question : « Quel appareil faut-il emporter ? » il faut bien répondre.
- Une première indication, d’ordre vraiment pratique, nous est donnée par les constatations faites depuis le début du mois de septembre 1989. Nous les résumons ci-après.
- Tout d’abord, la presque totalité des appareils se chargent avec des pellicules en bobines. L’appareil à plaques a presque disparu.
- Tous les appareils sont pliants (genre « folding ») ou à partie avant rentrante ou encore à objectif rentrant de manière, une fois fermés, à tenir aisément dans la poche.
- Tous les formats sont utilisés, depuis le 24 x 36 mm. à bas prix jusqu’au... 9 x 12. Ce dernier doit être une exception et se charger avec les films-pack ? Les formats les plus frémquemment utilisés sont le 24 x 36 mm., le 3 x 4 cm., le 4 è x 6, le 4 x 6 ^ et le 6 x 9.
- Nous allons examiner à présent, sans entrer dans trop de détails, les particularités de quelques-uns des innombrables modèles que l’on trouve dans le commerce.
- Les plus simples d’emploi, de construction et les moins chers sont ces petits appareils en forme de boîte (d’où leur nom général de « box ») utilisés souvent par les débutants.
- En format 4 x 6 J il existe un modèle pesant 370 gr. et dont les dimensions extérieures, en centimètres, sont de 9,5 x 9,0 x 6,0. En format 6x9, le poids (suivant les modèles) oscille entre 45o et 5a5 gr. Les dimensions varient d’un modèle à l’autre, enti’e 9,5 x 9,5 x 7,0 et 11,0 x 10,5 x 7,2 cm. Ces appareils, genre « box », ne répondent guère au but recherché. Leur forme même leur donne un volume trop considérable, fort gênant pour le transport dans la poche.
- Il en existe des modèles « à retardement » permettant à l’opérateur de se photographier au milieu d’un groupe.
- Parmi les appareils pliants, l’amateur est fort indécis quand il doit faire un choix. C’est parmi ceux-ci, cependant, que se trouvent ceux qui répondent le mieux au but poursuivi.
- Tout d’abord en « petit format » figure un 24 x 36 mm. de prix peu élevé du poids de... 160 gr. seulement.
- Un autre modèle, un peu plus complet, atteint 190 gr.
- L’objectif est ouvert, pour le premier, à //4,5 et, pour le second, à f/5,5. L’appareil tient « dans le gousset », ses dimensions sont de 8 x 5 x 4 cm.
- L’inconvénient le plus important de ce format réside dans la nécessité d’agrandir les clichés, opération qui ne peut être faite qu’en expédiant la pellicule à un opérateur possédant le matériel nécessaire. Le tirage direct fournit des épreuves trop petites, difficiles à lire.
- Dans le format 3x4 cm., il existe un petit appareil qui utilise des pellicules spéciales de 6 poses. C’est là une sérieuse difficulté, car on ne trouve pas ces petites pellicules chez tous les revendeurs. L’appareil pèse i5o gr. et il a poux-dimensions : 1,6 x 4,5 x 9 cm.
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- C’est dans le format 6x9 que se rencontre le plus grand choix d’appareils. Presque tous permettent de faire 8 poses 6x9 cm. ou 16 poses 4 i x 6 cm. Un avantage fort appréciable est que l’on trouve ces pellicules presque partout.
- Le poids de ces appareils, montés en « folding », varie de 45o à 700 gr. Leurs dimensions oscillent entre i5,5 x 7,0 x 3,5 cm. et i5,o x 7,6 x 3,o cm., suivant les modèles.
- Le tirage direct des clichés est facile et la grandeur des images est suffisante pour une lecture directe sans aucun agrandissement.
- On ne peut guère envisager un format plus grand. Si l’on examine, en effet, les appareils 6^x11 cm., leur poids
- ....-..:.:................. ..... ........ 283 =
- atteint 790 et même 84o gr. et leurs dimensions 19,5 x 9,5 x 4,5 cm. Un tel appareil est un « poids lourd » bien encombrant qu’il ne faut plus essayer de porter dans la poche.
- Nous arrêterons ici cette très rapide énumération de quelques appareils de petites dimensions. Nous admettrons donc dorénavant que les lecteurs de ces lignes sont en possession d’un petit appareil et de pellicules.
- Prochainement, nous indiquerons la manière d’installer un laboratoire improvisé, n’importe où !
- Em. Touchet.
- NOTES ET INFORMATIONS
- Le service aérien transatlantique.
- Au mois de juin dernier, le premier service aérien régulier sur l'Atlantique Nord a été inauguré par les Pan-American Airways et ce service s’est poursuivi depuis cette époque à raison de deux par semaine. La guerre qui a désorganisé les itinéraires et les horaires des Compagnies de navigation, a apporté au service aérien un fret postal des plus importants : en 8 jours, une lettre mise à New-York est délivrée à Paris, c’est-à-dire pratiquement aussi vite qu’en temps normal, tandis qu’il faut au moins un mois par la voie maritime actuellement. Nous allons donner quelques renseignements sur ce service aérien d’après le Bulletin technique du Bureau Veritas.
- Deux itinéraires étaient prévus :
- a) Un au Nord par Shediac (Canada), Botwood (Terre-Neuve), Foynes (Irlande) et Southampton ;
- b) Un au Sud par les Bermudes, les Açores et Lisbonne.
- En raison des circonstances l’inauguration des services sur
- l’itinéraire Nord a été ajournée.
- En ce qui concerne l’itinéraire Sud, l’horaire est le suivant (il :
- Amérique-Europe.
- H. Mu
- Dép. Port-Washington . 8 3o Mercredi. Samedi.
- Arr. Bermudes .... i4 3o — _
- Dép. — .... i5 3o — —
- Arr. II or ta 6 3o Jeudi. Dimanche.
- Dép. — 7 3o — —
- Arr. Lisbonne 16 3o — —
- Europe-Amérique.
- H Mn
- Dép. Lisbonne 8 3o Mercredi. Dimanche.
- Arr. Ilorta i3 3o — —
- Dép. — 16 — .—
- Arr. Bermudes .... 6 Jeudi. Lundi.
- Dép. — .... 8 — —
- Arr. Port-Washington . 18 — .—
- (Les heures indiquées sont les heures locales.) Les appareils employés sont des hydravions Boring 3i4
- construits par la Boring Aircraft C°, de Seattle.
- Leurs caractéristiques sont les suivantes :
- 1. Tout récemment l’escale des Bermudes a ét é supprimée
- dans les deux sens.
- Longueur totale . . 33,a5 m.
- Hauteur 8,70 m.
- Envergure 46,3o m.
- Poids en charge . 37 5oo kg.
- Moteurs 4 Wright Cyclone.
- i4 cylindres en cloche double.
- Puissance totale . . . 6 000 ch.
- Combustible .... 4 200 gallons (environ 15.900 1.)
- Vitesse maximum. . 3o5 km./lx.
- — en service. .• . 24o km./h.
- Rayon d’action . . . 7 900 km.
- Plafond 6 t4oo m.
- Passagers 74 pour voyages de jour.
- 4o — — nuit.
- Équipage 8 hommes.
- Charge payante . . . 2 ,25o kg.
- La coque est construite tout entière en alliage d’aluminium ; elle porte de chaque côté deux stabilisateurs latéraux pour l'hydroplanage et à l’arrière un stabilisateur double en plus de la dérive centrale.
- Les installations intérieures sont réparties sur deux étages ; sur le pont supérieur se trouvent les postes de pilotage, de navigation, de radio, les postes des officiers et de l’équipage. Les moteurs sont placés dans des nacelles suffisamment grandes pour que les mécaniciens puissent, en vol, avoir accès aux moteurs.
- Les logements des passagers sont installés sur le pont inférieur ; ils comprennent cinq cabines contenant chacune six couchettes ; de jour elles peuvent recevoir dix passagers.
- Les aménagements comprennent en outre une salle à manger pour i5 personnes et, enfin, à l’arrière, un appartement indépendant à deux couchettes.
- Le combustible est logé dans six réservoirs placés dans les ailes (deux) et dans les stabilisateurs latéraux (quatre).
- Quatre appareils de ce type sont actuellement en service ; six autres sont en construction.
- Le choix de la roule était compliqué, de multiples facteurs devant être pris en considération : conditions atmosphériques, longueur des étapes, longueur du parcours total, facilités offertes par les ports d’escales, etc.
- La route de l’extrême nord, par l’Islande et le Groenland a été reconnue impraticable et il ne reste que deux itinéraires : celui du Nord par Terre-Neuve, celui du Sud par les Bermudes et les Açores. Ils ont l’un et l’autre des inconvénients divers.
- Indépendamment de la question d’atterrissage, Terre-Neuve se trouve dans des conditions atmosphériques peu favorables et le givrage y est souvent à craindre. Aux Bermudes, au
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- contraire, les conditions atmosphériques sont idéales, il existe une baie admirable pour une base d’hydravions, mais par contre il est impossible d’y installer un aérodrome.
- Les Açores sont bien placées pour une escale, avec des conditions atmosphériques excellentes, mais il n’y a pas une seule baie susceptible d’être utilisée en tous temps comme base d’hydravions, ni un seul coin de terre pouvant servir d’aérodrome pour de grands avions.
- 11 n’y a aux Açores que deux ports, Ponta Delgada et Iïorta ; en tant qu’abris et base d’envol pour hydravions, la protection cpi’ils offrent est à peu près inexistante. Porta est mieux placé au point de vue géographique et la rade extérieure est un peu moins éventée que celle de Ponta Delgada ; pendant les mois d’été elle est très commode, comme le démontrent les escales fréquentes qü’y ont faites les Pan-American Airways; mais il serait difficile d’y installer des escales régulières pendant les mois d’hiver.
- Rappelons que le Gouvernement irlandais installe actuellement à Foynes, à l’embouchure du Sbannon, une base d’hydravions et un aérodrome; les conditions sont excellentes, tant pour les avions que pour les hydravions ; malheureusement Foynes est trop près de l’Angleterre pour constituer une escale. Par contre, comme Terre-Neuve, l’Irlande peut constituer un très utile point d’atterrissage en cas de difficultés.
- Le tableau ci-après donne les distances par les diverses
- routes possibles, et la longueur des plus longues étapes :
- Nombre Plus longue Dislance
- a’élapt s éiî'pe lotale
- km. km
- Southampton-Montréal. . I 5 goo 5 900
- Southampton-New-York . . . I 6 3oo 6 3oo
- Southampton - Irlande - Terre-Neuve -Ne w -York 3 3 700 6 35o
- Southampton - Açores - Bermu-des-Ncw-York 3 3 85o 8 200
- Southampton - Lisbonne - Açores-Bermudes-New-York . 4 3 85o 9 000
- Southampton - Açores - Terrc-Neuve-New-York 3 2 goo 7 000
- Fig. 1.
- Enfin le métal reste immédiatement utilisable par l'industrie de guerre et le retrait des pièces après démonétisation met en un court délai à la disposition des usines un nickel semblable à celui que les aciéristes ont l’habitude d’employer. Le tonnage disponible peut d’autre part être réglé à l’avance et le retrait progressif. Ces considérations militaires n’ont sans doute pas été étrangères aux émissions récentes de l’Allemagne (ig38), l’Ualic (1906). le Japon (1938), la Fi’ance (ig34), la Roumanie (1937), etc...
- De La Revue du Aickel qui a consacré à cette question une très importante élude, nous extrayons le passage suivant :
- Les plus intéressantes monnaies émises récemment sont sans contredit celles du gouvernement de la colonie britannique de Hong-Kong. Deux pièces, l’une de 5 cents, et l'autre de 10 cents, ont été mises en chculation en 1907.
- Elles sont à l’effigie de George VI couronné, du type plein à tranche cannelée. Leur poids est de 2 gr G et 4 gr 5 et leur diamètre de iG mm 5 et 20 mm 7 (fig. 1),
- La particularité la plus intéressante de ces monnaies consiste dans le fait qu’elles sont les premièi’es à comporter une « tranche à gorge de sécurité ». En effet, en vue de constituer une protection supplémentaire contre les risques de contrefaçon, un modèle tout à fait inédit de tranche a été créé, qu’il est pratiquement impossible à un conlrefacleur de reproduire avec quelque succès : la tranche est à cet effet creusée d’une gorge circulaire assez profonde, dans laquelle apparaissent deux séries de dix-sept points, chaque point
- Le tableau montre qu’au point de vue longueur des étapes et jusqu’à un certain point distance totale la route par l’Irlande et Terre-Neuve serait la plus avantageuse.
- Malheureusement, encore une fois, elle est impraticable pendant les mois d’hiver.
- Il ressort de tout ceci que, si intéressante qu’elle puisse être, la période des services avec escales ne sera que provisoire ; les conditions offertes par ces divei’ses escales sont dans l’ensemble si médiocres qu’il faut dès maintenant envisager la liaison directe, les escales n’étant utilisées qu’en cas de difficultés par exemple : Southampton-New-York (6 3oo km.) ou Sou-thampton-Monlréal (5 900 km.).
- Nouvelles monnaies en nickel de Hong-Kong.
- De plus en plus le nickel prend le premier rang parmi les métaux destinés à la confection des monnaies. Cela tient non seulement à la dépréciation des monnaies par rapport à l’étalon or ou argent, mais également à ses qualités qui permettent d’obtenir des frappes d’une belle tenue, prenant un beau poli grâce au grain serré du métal et à sa dureté.
- étant séparé du suivant par une petite barre verticale (fig. 2). La tranche venue de frappe est d’une grande finesse. Le contrefacteur ne pourrait obtenir un résultat semblable que par l’emploi de presses importantes et d’un prix pratiquement inabordable.
- Aucune pièce fausse fondue ne pourrait présenter une gorge que l’on puisse confondre même après un examen très superficiel avec celle de la pièce authentique.
- Ce nouveau procédé a soulevé un vif intérêt dans les milieux techniques et nous croyons savoir que d’autres monnaies sont à l’élude, qui comporteraient l’emploi de gorges similaires.
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- Gazogène Cesbron.
- Les tuyères des gazogènes se trouvent en général placées aux environs du milieu du foyer, ce qui nécessite une circulation d’eau ou un système de refroidissement quelconque qui constituent une complication et une cause d’ennuis. Dans le gazogène Cesbron, la tuyère est inclinée avec prise de gaz au sommet du gazomètre. Ceci permet à la fois l’épuration du gaz par la traversée du combustible en attente, la simplification de la construction, du nettoyage et du fonctionnement.
- Le charbon liquide.
- Peut-être ce nom va-t-il bientôt désigner le combustible d'avenir si nous en croyons les ingénieurs de la Research Fondation of Armour Institute of Technology. Ils ont réussi à faire marcher un moteur d’automobile sans modification aucune du carburateur ou du réglage en employant des combustibles à l’état colloïdal. L’un d’eux était une suspension de charbon passant au tamis 3oo dans un mélange d’essence, fuel oil et huile de graissage. Un second était constitué par une suspension de charbon dans une huile diesel et un troisième une suspension de charbon passant au tamis 5oo dans une huile légère. Dans tous les cas on ajoutait un stabilisant évitant la sédimentation du charbon. Les résultats ont été remarquables ; ils peuvent d’ailleurs être étendus au chauffage domestique ou industriel, la quantité de chaleur dégagée étant supérieure à ce que donne l’huile ou le charbon pulvérisés seuls.
- La répulsion thermique.
- Lorsqu’une tige pleine métallique par exemple est chauffée et qu’on la place dans une atmosphère chargée de poussières, on constate qu’à son voisinage immédiat il y a création d’une zone dépourvue de poussières. Poynling et Thomson qui ont étudié le phénomène l’attribuent à une action radiométrique et l’expliquent en admettant que la tige chaude échauffe par rayonnement la face des graines qui est dirigée vers elles beaucoup plus que la face qui lui est opposée, ce qui détermine un mouvement de recul de la particule de poussière si celle-ci a des dimensions de l’ordre du libre parcours moyen des molécules du gaz. Le gaz débarrassé de poussière s’élève le long de la tige par convection et est remplacé par du gaz chargé de poussière, créant ainsi une circulation continue.
- Des corps creux, constitués par exemple de toiles métalliques chauffées par passage d’un courant électrique présentent le même phénomène et permettent en plus, en fai-
- , —:........... 285 =
- sant une aspiration à leur intérieur, de fdtrer le gaz dépoussiéré, tandis que les poussières qui ne traversent pas alors la toile métallique sont recueilles à l’extérieur, à condition naturellement que la vitesse d’aspiration soit inférieure à la valeur annulant la répulsion thermique.
- Voici d’après les expériences de Blacktin quelques nombres donnant l’efficacité du procédé.
- Température Nombre de poussières de la toile par cm3
- i8°,4 38°
- 55°
- 75°
- 85°
- On a ainsi un moyen simple, efficace, ne nécessitant pas d’appareillage électrique coûteux, de dépoussiérer le gaz et qui paraît susceptible d’application industrielles intéressantes. H. Vigneron.
- La résistance au choc des matières plastiques.
- Tous les avions modernes comportent des pare-brise, des fenêtres, des hublots, parfois même toute une partie de la carlingue en matières plastiques transparentes pour assurer la meilleure visibilité. Or les avions sont exposés, même en vol normal, aux vitesses élevées actuelles, à rencontrer dans l’atmosphère des oiseaux de toutes tailles qu’ils surprennent et qui viennent se fracasser contre lui.
- Il est difficile de réaliser un pare-brise capable de supporter le choc d’un oiseau de taille moyenne. Si l’oiseau pèse i kg. 8oo, et que la vitesse relative oiseau-avion soit de 120 m. par seconde (432 km./h.) c’est une énergie de i 38o lcg./mn qu’il s’agit de dissiper.
- Dans une note de la N. A. C. A., MM. Axilrod et Ivline ont comparé les résistances au choc de diverses matières plastiques transparentes en constituant le projectile par des substances molles dans le genre du caoutchouc spongieux. Dans ces conditions, une balle de i 8oo g. animée d’une vitesse de 120 m./s. ne peut être arrêtée par une plaque en matière plastique de moins de i3 mm. d’épaisseur ou par une plaque de verre de moins de 00 mm. d’épaisseur.
- Quatre feuilles d’acétate de cellulose de 3 mm. 1 d’épaisseur réunies ensemble et une feuille de verre trempé de 3o mm. d’épaisseur ont été brisées par une balle de 7 mm. 62 lancée à la vitesse de 90 m./sec. perpendiculairement à la feuille. Elles ont résisté quand la balle arrivait sous une incidence de 45°.
- 90.880 52.000 26.700 15.ooo 3.200
- COMMUNICATIONS A L’ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance da 7 août ig3g.
- La calotte australe de Mars. — M. Desloges expose l’ensemble des observa lions de MM. Fournier et Hudelot de la calotte australe de Mars lors de l’opposition périhélique de 1924. On peut tout d’abord conclure à l’extrême stabilité des conditions climatériques traduite par l’identité des phénomènes du détachement des plages brillantes de la calotte cl’une opposition à l’autre. En suivant les fissures qui se manifestent dans la calotte, on constate qu’à leurs places apparaissent ensuite de longs chenaux, plus ou moins noirâtres, qui, issus des abords de la calotte polaire, aboutissent à des aires assombries. Il est probable qu’il s’agit là de dépressions en forme de vallées. Elles se prolongent dans
- les régions continentales par les traînées, plus ou moins linéaires, que Schiaparelli appela canaux. De ces observations on peut déduire une idée générale des grandes lignes de l’orographie de Mars.
- La détection de la lewisite. — La lewisite ou chlorure de chlorovinylarsine peut être employée comme corps agressif. La présence d’une liaison éth.ylénique dans sa constitution a donné à M. Froger l’idée d’utiliser le tétroxyde d’osmium pour sa détection. En employant un tube détecteur Draeger, si on verse quelques gouttes d’une solution de réactif à 1 pour 100 on observe la formation d’un anneau noir de 0s0o. Celte réaction est très sensible et permet de rechercher d’une façon générale les substances non saturées et fortement réductrices.
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- Séance du iG août 1939.
- Les tubercules en milieu aseptique. — M. Milliard a déjà montré que la pomme de terre peut donner des tubercules en milieu aseptique. On lui a objecté qu’une concentration osmotique élevée pouvait avoir une influence sur cette formation. L’auteur a repris ses expériences avec une petite Chicoracéc (Crépis bulbosa), que l’on rencontre dans le Var. Cette plante donne de nombreux tubercules de la grosseur d’une noisette et contenant de l’inuline. En partant des graines et par une culture entièrement aseptique dans un milieu formé par une solution de Knop légèrement salée et étendue de son volume d’eau, il a été possible d’obtenir des tubercules normaux. Il est à noter que cette espèce est entièrement dépourvue de mycorhize. Décrivant d’autre part cette espèce peu répandue, l’auteur expose que, vivant dans des sables soumis aux embruns, elle peut avoir d’intéressantes applications alimentaires.
- Le champ magnétique terrestre. — Les radio-sondages effectués pour déterminer l’altitude de l’ionosphère donnent deux échos dus au dédoublement du rayon incident par le champ terrestre. MM. Jouaust, Tiiellier et Jardy montrent que l’on peut ainsi calculer la valeur du champ terrestre à cette altitude. On trouve ainsi que vers a5o km la valeur du champ est de 0,42 gauss, inférieure de 10 pour 100 à celle du champ au sol. Cette valeur est en bonne concordance avec celle déduite de la loi de décroissance, en supposant le magnétisme dû uniquement à des actions internes.
- Séance du 2 octobre 1939.
- La vase des estuaires. — M. Bourgart a étudié la composition de la vase des estuaires depuis la mer du Nord jusqu’au golfe de Guinée. Il montre tout d’abord que cette formation diffère des limons d’inondation des cours d’eau et des boues océaniques. Elle est caractérisée par la présence d’au moins 3o pour 100 d’un liant organique dans lequel il relève comme constituant important un produit visqueux, l’algon, provenant de la destruction des prairies d’algues qui peut s’associer avec une matière analogue provenant de la décomposition des végétaux terrestres. L’algon contient toujours un peu de fer. C’est lui qui donne à la vase sa viscosité et sa cohésion caractéristiques. L’auteur note que la partie supérieure des vasières est très riche en petits organismes vivants.
- Séance du i5 octobre 1939.
- Les éléments rares des algues. — Ayant mis au point une méthode très sensible de détection des éléments rares, MM. Servigne et Tchakirian l’ont appliquée à des algues calcaires, les Maërls, prélevées vivantes à lloscoff. Ils ont pu reconnaître la présence très nette de praséodyme, de néodyme et de samarium. Le dosage n’est pas possible mais une concentration voisine de 5 x io~6 paraît probable. La non-détection d’éléments plus rares encore, comme l’europium et le dysprosium, permet d’affirmer que les algues calcaires extraient les éléments rares de l’eau de mer dans les proportions où elles s’y trouvent, sans exercer aucune action sélective.
- Séance du 2S octobre 193g.
- L'alcalinité des océans. — Au cours d’un voyage du Havre à San Francisco, via Panama, M. Rouen a mesuré le pli des eaux de surface. Les résultats montrent que les variations du pH sont très faibles dans des lieux rapprochés ; on note cependant une légère augmentation de l’alcalinité
- lorsqu’on s’avance vers les basses latitudes, le pli passant de 8,08 à 8,20, ceci tant dans l’océan Pacifique que dans l’Atlantique. Des valeurs anormales du pH, voisines et mêmes supérieures à 8,26, ont été systématiquement observées dans le Pacifique, tout au long des côtes du Mexique et de l’Amérique Centrale.
- Séance du 20 novembre 1989.
- Le vent au sol. — Par vent « au sol » on entend généralement celui qui est observé à une altitude de 5 à 20 m. M. Faillettaz a construit un matériel permettant de déterminer la direction moyenne du vent tout près du sol dans le but de vérifier si l’inclinaison du vent sur le gradient, due à la rotation de la terre et au frottement, continue de varier jusqu’au contact du sol. CeLtc étude a une importance considérable pour la connaissance de la circulation générale de l’atmosphère. Les mesures ont été effectuées sur la plage de La Baule. Elles ont montré l’existence d’une couche limite, d’une épaisseur de 10 à 20 cm où se rencontrent des déviations importantes, de 20° pour des vents de 3 à 5 m/s et de io° pour des vents de 8 à 12 m/s. Celte couche est analogue à celle que l’on rencontre dans les canaux lisses dans les éludes d’hydrodynamique.
- Séance du 27 novembre 1989.
- Cidres iramboisés. — Une maladie des cidres doux consiste dans l’apparition d’un goût dit « framboise » suivi d’un trouble persistant. MM. Guittonneau, Mocquot et Tavernier montrent que cette évolution est due à la présence d’une quantité anormale d’éthanal. Cet étlianal provient d’une association microbienne de la levure avec des bactéries acétiques. La fermentation lente, telle qu’elle est réalisée actuellement, favorise cette association. Il y aurait donc lieu, pour gêner l’action oxydante des bactéries acétiques, de conduire la fermentation lente des cidres doux à l’abri de l’air.
- Séance du 4 décembre 1989.
- L’essence de violette. — L’essence des feuilles de violette contient surtout du nonadiénal et de nombreux alcools en partie esthérifiés. L’essence de fleurs contient beaucoup moins de nonadiénal et on y trouve par contre une petite quantité d’une célone très odorante et très fine, la parmone, isomère de l’ionome. MM. Sabetay et Trabaud exposent que l’entraînable sous vide de l’essence absolue de fleurs de violette contient 21 pour 100 d’eugénol ; les feuilles ne contiennent par contre que des traces infimes d’eugénol. L’eugénol paraît donc être un élément fondamental d’un très grand nombre d’essences florales. Il est assez curieux de constater que ce produit peu coûteux se retrouve en proportions notables dans les essences les plus chères.
- Séance du 11 décembre 1939.
- La foudre dans l’Ariège. — Poursuivant ses études sur la répartition des points de chute de la foudre, M. Dau-zère indique qu’en ce qui concerne le département de l’Ariège on peut le diviser en trois zones. Une zone à coups de foudre très rares comprend le Nord du département, au-dessus d’une ligne Mas d’Azil, Pamiers, Mirepoix. Une zone très foudroyée comprend une large bande allant des confins Sud-Ouest du département, près de Sentein, jusqu’aux environs de Foix. Une zone moyenne est formée par le reste du département. Il est remarquable de constater que la zone très foudroyée est aussi celle où les chutes de grêle sont très fréquentes. Par ailleurs cette répartition de la foudre est conforme à ce que l’on sait de l’influence de la formation géologique du sol.
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- SCIENCE APPLIQUÉE
- Un appareil automatique pour la liaison téléphonique mixte par ûl et sans fil.
- Le « Télémobile », appareil très original, inventé récemment en France, accroît singulièrement les applications des radiocommunications à ondes courtes.
- Il permet de communiquer, en effet, d’un point mobile
- quelconque avec une station d’abonné téléphonique fixe d’un réseau ordinai re, sans l’intervention d’aucun opérateur, et en utilisant les réseaux téléphoniques existants (fig. i).
- Il consiste en une installation radioélectrique indépendante du réseau téléphonique, et destinée, en quelque sorte, à prolonger par T. S. F. des réseaux téléphoniques automatiques ou manuels ; une installation complète comprend deux appareils : l’un fixe placé en un endroit quelconque, mais pouvant être relié au réseau, et l’autre facilement transportable.
- Il est ainsi possible de recevoir automatiquement par sans-fil les communications téléphoniques transmises au poste fixe et, inversement, de téléphoner d’un endroit quelconque par l’intermédiaire du poste fixe, comme si l’on s’y trouvait. Les communications peuvent être reçues et transmises avec
- la même facilité entre deux postes mobiles, d’une manière entièrement automatique, et en empruntant le réseau téléphonique intermédiaire.
- L’appareil fixe est relié au réseau téléphonique, et au l’éseau électrique. Il comporte un récepteur radiophonique « toutes ondes », un dispositif de transmission automatique sur ondes courtes avec relais, et un poste émetteur sur ondes courtes.
- Le poste transportable comprend, de son côté, un récepteur radiophonique du même type que celui utilisé sur les automobiles, et un poste émetteur radiophonique à ondes courtes ; tout l’ensemble est alimenté par des accumulateurs ou même des piles de G ou de 12 V.
- Les applications sur les bateaux, les phares, les automobiles, les avions, en montagne, dans les colonies, etc., paraissent, dès à présent, très pratiques et très nombreuses, à condition bien entendu que l’Administration des P. T. T. veuille bien autoriser son emploi.
- L’appareil peut, d’ailleurs, servir également à d’autres usages comme poste-récepteur ordinaire, amplificateur téléphonique, ou phonographique, pour l’enregistrement automatique des conversations, et même la dictée du courrier.
- Sa manœuvre est très simple, puisqu'entièrement automatique ; c’est ainsi que l’abonné qui se trouve dans sa voiture met le contact, décroche le combiné micro-téléphonique habituel, et entend le signal téléphonique ordinaire indiquant le fonctionnement régulier; il n’a plus qu’à actionner le disque d’appel automatique. Toutes les manœuvres sont effectuées par sans-fil, et le poste fixe transmet au réseau l’appel, et la combinaison, de l’abonné désiré.
- Inversement, un abonné quelconque du réseau peut entrer en communication avec l’abonné pourvu du Télémobile, si celui-ci se trouve dans sa voilure, et sans aucune intervention.
- Au point de vue économique, l’avantage est indiscutable, si l’on songe que les frais d’établissement d’un seul support pour ligne téléphonique de montagne, sont souvent plus élevés que celui de cet appareil complet.
- P. H.
- Fig. 1. — Le télémobile Gassmann.
- A gauche : le poste fixe.
- A droite : le poste mobile.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Pneus increvables.
- On peut injecter dans les chambres à air dans le but d’obturer toute fuite qui pourrait s’y produire, un mélange
- composé de :
- Eau.................................... 34o gr
- Colle forte dissoute dans l’eau. . 170 •—
- Pâte de papier.......................... 90 —
- Talc.................................... 90 —
- Tripoli................................. 90 —
- Glycérine ordinaire ...... i3o —
- Alcool méthylique à 22 pour 100. 90 —
- On commence par dissoudre la colle forte dans l’eau, on ajoute ensuite en même temps le mélange de papier mâché, de talc et de tripoli, puis la glycérine. On malaxe le tout au bain-marie à une température de 8o°-ioo°. Quand la matière est à l’état pâteux, on cesse de chauffer et on ajoute l’alcool méthylique étendu de 25 à 3o pour 100 d’eau. Le produit obtenu possède une grande élasticité et s’injecte ou se comprime facilement dans les chambres à air, coussins, etc.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison clu ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux Lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Par suite des exigences de la Censure, il ne sera publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Communication. — Au sujet de la lueur apparaissant dans une ampoule contenant un peu de mercure, quand on l’agite (Voir numéro du 15 septembre, page 192), nous avons reçu la communication suivante de M. le Général Dumas :
- a Je puis vous signaler ce qu’a écrit Gustave Le Bon dans son livre L’évolution des forces, 1907, Flammarion, éditeur, en traitant de la Phosphorescence, pages 257-258 :
- « Un grand nombre de corps deviennent phosphorescents par le frottement ou le choc.... — La phosphorescence par choc ou frottement ne survit pas, en effet, à la disparition de sa cause comme celle due à la lumière.
- « L’oxygène de l’air ne joue aucun rôle dans la phosphorescence par le choc, favorisée au contraire par son absence totale, c’est-à-dire par le vide. Un tube privé d’air et contenant un peu de mercure devient lumineux dès que le métal se trouve déplacé par un léger mouvement. »
- D’autre part, M. de Vignet rappelle que le phénomène a été décrit tout au long dans le numéro du 15 avril 1935, page 380 (notice sur la Bouée électronique antitartre).
- Clous à ferrer. — Les clous à ferrer les chevaux ou les bœufs sont obtenus très facilement par estampage au moyen de machines spéciales de tiges de fer au diamètre convenable. On peut se procurer ce genre de machines automatiques soit chez Bardet, 145, rue du Maréchal Michel-Bizot, Paris (12e), soit aux Établissements Nozal, 1, quai de Passy, Paris, qui peuvent également fournir des clous de toutes marques au modèle convenable.
- Désodorisation du pétrole. — Il suffit d’ajouter à 5 1. de celui-ci, 100 g. de chlorure de chaux (poudre de chlore du commerce), puis, après mélange, environ 50 g. d’acide chlorhydrique ordinaire (acide muriatique ou esprit de sel). On agite fortement à plusieurs reprises pour assurer le contact, puis on transvase dans un récipient contenant de la chaux vive. On laisse reposer plusieurs heures, puis on décante le pétrole qui est en surface et est alors parfaitement inodore.
- L’addilion d’environ 10 pour 100 de tétrachlorure de carbone au pétrole lui fait perdre sa propriété d’inflammabilité en lui conservant celle de solvant.
- Blanchiment de la pâte à papier. — A notre aA-is, la pâte de riz et de bambou n’est pas colorée par le fer des lessiveuses, mais parce que le traitement à la soude caustique n’a pas été fait dans les conditions convenables, qu’elle n’a pas été suffisamment lavée, et surtout parce qu’on a négligé de la blanchir au chlore, ce qui est indispensable.
- Si on A-eut avoir un bon rendement sans qu’il y ait attaque par la soude de la cellulose tendre, on n’employera que 8 kg. de soude caustique par 100 kg. de paille sèche ; cuisson sous la pression de 1 à 2 kg. pendant 4 à 5 h. Après quoi, la pâte est lavée à fond, essorée de façon à ne contenir que 70 à 80 d’eau, puis étendue sur des claies dans une vaste chambre en maçonnerie où l’on fait pénétrer du chlore gazeux qui achève la désincrustation et blanchit la pâte laquelle est enfin défibrée et lavée à nouveau.
- On obtient de cette façon une pâte remarquablement belle, résistante, très blanche et très pure, dont la cellulose n’est pas altérée et qui peut entrer dans la composition des papiers les plus fins.
- N. B. — Le chlore gazeux se trouve aujourd’hui d’une façon courante en bouteilles métalliques sous forme de gaz comprimé.
- Chaleur de frottement. •— La chaleur produite par le frottement de deux corps a déjà fait l’objet de nombreuses études. Les premières expériences de Coulomb datent de 1781.
- Du frottement de deux solides, il résulte des vibrations moléculaires avec production de chaleur et d’électricité absorbant une partie de l’énergie. On distingue le frottement de glissement, de roulement et de pivotement.
- Au repos, le frottement de glissement est indépendant de l’étendue des surfaces, mais dépend de leur nature et est proportionnel à la réaction normale ou pression. Le rapport constant du frottement au départ aA’ec la réaction normale est le coefficient de frottement.
- La chaleur produite, ou travail fourni, est donc en fonction du coefficient de frottement, qui est variable selon la nature des surfaces en présence. Voici, par exemple, les coefficients de frottement au départ de quelques corps :
- Chêne sur chêne, surfaces sèches, 0,62 ; surfaces savonnées, 0,44 ; sable sur bois, humides, 0,65 ; sèches, 0,50 ; sable sur acier, humides, 0,60 ; sèches, 0,40 ; kaolin sur bois, humides, 0,53 ; sèches, 0,42 ; bois sur pierre, environ 0,40 ; fer sur pierre, de 0,30 à 0,70, etc....
- Voici les coefficients de conductibilité calorifique de quelques métaux : cuivre, 1 ; argent, 0,96 ; or, 0,75 ; aluminium, 0,48 ; laiton, 0,29 ; zinc, 0,26 ; fonte, 0,20.
- Les meilleurs conducteurs de la chaleur sont donc, dans l’ordre : le curore, l’argent, l’or, l’aluminium, etc....
- Apprêt. — S’il ne s’agit que de durcir la dentelle au crochet constituant de petites corbeilles ou paniers, il suffirait d’employer, comme apprêt, une mixture obtenue en délayant un demi-blanc d’œuf dans un litre d’eau froide, puis de repasser sur un moule approprié garni de flanelle, en ayant soin que le fer soit chauffé au moins à 80° pour amener la coagulation de l’albumine.
- Dans le cas où il serait utile de conserver une certaine souplesse, un empois cuit à l’amidon pourrait peut-être comœnir, mais serait moins résistant à l’humidité. On peut le préparer facilement en opérant ainsi :
- 1° Prendre :
- Eau non calcaire................. 1 000 cin3
- Borax............................ 20 g.
- Suif blanc....................... 5 g.
- faire dissoudre le borax dans l’eau chaude, puis y incorporer le suif.
- 2° Délayer, d’autre part, dans l’eau froide, de façon à obtenir une sorte de lait :
- Amidon de riz. ....... 50 g.
- Eau ordinaire................ 1 000 cm3
- porter le premier mélange à l’ébullition, puis y verser progressivement en filet le lait d’amidon en remuant constamment et évitant qu’il ne se forme des pâtons ; maintenir ensuite l’ébullition jusqu’à ce que la mixture devienne transparente ; passer au travers d’un linge pour séparer les grumeaux s’il en existe, de manière à obtenir une préparation bien homogène.
- Finalement, tremper dans celle-ci encore chaude l’article à apprêter ; le presser légèrement pour exprimer l’excès d’empois, et repasser comme indiqué précédemment. Bien entendu, dans les deux cas, la proportion d’eau pourra être modifiée suivant la rigidité à obtenir.
- Apprêt percale. — Prendre :
- Amidon blanc........................ 14 kg.
- Fécule de pomme de terre. . . 3 à 4 kg.
- Eau................................ 100 1.
- Savon de stéarine...... 100 g.
- Cuire à la vapeur libre entrant dans le bain. Quand l’amidon s’est épaissi, arrêter l’introduction de vapeur.
- Passer le tissu dans l’apprêt à plein bain, sécher sur tambour ou sur rames. Humecter à nouveau l’étoffe, calandrer très légèrement, de préférence sur drap.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud trères et cie a laval (france). — 15-4-1940 — Published in France.
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- N° 306t
- LA NATURE
- 15 Juin 1940
- LES ILES FÉROÉ
- Il y a quelques semaines seulement, les Iles Féroé n’étaient pas connues du public français. La guerre et l'envahissement du Danemark les placent maintenant au premier plan de l’actualité.
- L’archipel des Féroé ne devait sans doute faire autrefois qu’une seule et même terre que la mer et les courants violents qui l’entourent ont divisée en de nombreuses îles. Cette terre, d’origine volcanique, est formée de basaltes, ce qui donne à l’archipel un aspect très caractéristique de sommets en forme de tables et d’îles pyramidales comportant une succession de gradins reposant les uns sur les autres et correspondant aux diverses couches basaltiques. De semblables affleurements de basalte se retrouvent au sud des Féroé, aux Hébrides, à Mull, à Skye, à Antrim en Irlande du Nord, à Snowdon dans le Pays de Galles tandis qu’au Nord ils se rencontrent un peu partout en Islande.
- Ces amas basaltiques forment une véritable tramée orientée Nord-Sud et sont, en quelque sorte, les bords émergés de la grande faille volcanique dite des Iles britanniques qui suit le ioe degré de longitude W. Cette faille qui se produisit au Pléistocène amena la rupture du seuil Wyville-Thomson qui unissait alors l’Islande au plateau franco-britannique.
- A l’endroit même de cet effondrement surgit le massif volcanique de l’archipel des Féroé. Cet archipel est composé de 18 îles dont 17 sont habitées.
- Au Nord, c’est le groupe des Nordanoyggjar avec Kalsoy, l’île du Veau, Kunoy, l’île de la Femme, Bor-doy, l’île de la Table, Svinoy, l’île du Porc, Fugloy, celle des Oiseaux, et Vidoy.
- Le groupe central comprend entre autres, les trois plus grandes terres de l’archipel : Esturoy, l’île de l’Est, Stremoy, l’île du Coui’ant et Vagâr, ainsi que Nolsoy, l’île de l’Aiguille, Hestur, celle du Cheval, Koltur et enfin Sandoy, l’île du Sable et sa voisine Skuvoy.
- A l’extrême ouest du groupe central, c’est Mykines, la terre des Moustiques tandis que très au sud, on rencontre, séparée de toutes les autres îles, celle de Sudu-roy, l’île du Sud.
- Stromo
- Ostero
- Vaaqo
- Sando
- Jrangisvaag
- Les Iles Féroé.
- Entre elle et le groupe central se dressent les âpres îlots de Stora Dimün et de Litla Dimün, ce dernier étant la seule terre inhabitée des Féroé.
- La surface totale des îles est d’environ 1 4oo km2 • 375 km. les séparent de l’Écosse, 45o de l’Irlande 675 de la Norvège et environ 1 3oo de Copenhague. //Aê'
- La pointe la plus septentrionale des Féroé, l’Ennife jerg, dans l’île de Vidoy, est située par 62°24' dfô latitude Nord tandis que l’extrémité Sud, l’Akrabjerg^-^ à la pointe méridionale de Suduroy gît par 6i°2i'. La^ distance entre l’Ennibjerg et l’Akrabjerg est d’environ 113 km. et celle qui sépare Mykines à l’Ouest de Fugloy à l’Est, est d’environ 75 km.
- Les Féroé comptent un certain nombre de sommets que leur voisinage de la mer fait paraître plus élevés qu’ils 11e sont en réalité. C’est ainsi que l’on y trouve le Slællaralindur qui atteint 882 m., le Grafelli 867 m., le Villingadalsfjall 844 m. et quelques autres sommets de moindre altitude.
- On s’imagine volontiers qu’à cette latitude règne un climat rigoureux. Il 11’cn est rien. Le climat Féroen, malgré sa situation septentrionale, est en moyenne assez doux. Si les hivers sont rudes, ils le sont surtout par le fait des tempêtes extrêmement violentes qui sévissent dans ces régions. Le thermomètre né descend généralement pas au-dessous de — 5° et le maximum est, en moyenne, de + io°. Celte égalité de climat
- Fig. 1. — Le village cle Tjornuvik au creux d’un cirque basaltique, dans l’île de Stremoy.
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- Fig. 2 el 3.
- 3. Tôrshavn, capitale des Féroé. Au fond, Vile de JS'ôlsoy.
- 2. Les falaises de Vile de Soinoy. —
- est due au passage aux Féroé d’une des branches du Gulf-Slream. Mais, si le froid n’est pas rigoureux, les pluies sont, par contre, très fréquentes et durant les mois de juillet, août et septembi-e les brouillards enveloppent presque continuellement les îles. Durant les mois de mai et juin qui sont les plus agréables, les nuits sont presque inexistantes.
- La violence des vents empêche les arbres de pousser sur les pentes des îles. On ne les trouve guère que dans les jardins de Tôrshavn, la capitale de l’archipel et dans quelques autres endroits abrités où des paysans ont essayé de les acclimater.
- A Tôrshavn, la municipalité a créé, dans une vallée abritée des vents d’Ouesl, un parc dans lequel des arbres d’espèces résistantes : bouleaux, sapins, pins maritimes ont été plantés. On l’appelle pompeusement « forêt des Féroé ». Mais si ces arbres ont pu résister aux tempêtes, celles-ci ne leur permettent guère de dépasser deux à trois mètres. Par contre, dans ce pays au climat humide, l’herbe croît en abondance et dans les jardins les fleurs abondent.
- Le foin est l’objet de soins particuliers et est assez abondant aux alentours des villages. Le blé s’il pousse aux Féroé n’arrive cependant pas à maturité ; mais la pomme de terre qui constitue l’essentiel de l’alimentation végétale de la population fournit d’assez bonnes récoltes. C’est surtout à Sandur et à Suduroy qu’on la cultive le plus activement. Quant à la rhubarbe, elle est l’objet de soins jaloux de la part des insulaires.
- Sur les pentes des îles, abritées des vents d’Ouest et sur lesquelles rebondissent des centaines de ruisseaux et de cascades, l’herbe est plus drue, plus grasse que partout ailleurs, constituant d’excellents pâturages pour les quelques 8o ooo moutons qui constituent avec les vaches le cheptel Féroen.
- Ce sont d’ailleurs ces innombrables moulons qui paissent partout sur les îles qui ont contribué à donner son nom à l’archipel.
- Lorsque, au ixe siècle, les colons norvégiens qui avaient quitté le Sud-Ouest de la Scandinavie abordèrent aux îles, ils y trouvèrent des moutons en si grand nombre qu’ils les baptisèrent Forôyar, îles des Moutons.
- Cette race de moutons Féroens, aujourd’hui presque entièrement disparue, était de petite taille. Elle ne subsiste plus guère que dans certaines parties des îles du Sud et l’on pense qu’elle aurait été introduite aux Féroé par les premiers habitants de l’Archipel qui furent les moines et ermites irlandais qui s’y étaient installés au commencement du vin® siècle pour y vivi’e dans la solitude el la pénitence. Des colons venus d’Irlande à leur suite peuplèrent l’île de Suduroy et sans doute celles de Sandoy et de Streymoy.
- Dans sa « description du Monde » le moine Irlandais Dicuil fait mention de cette colonisation celtique et l’on a tout lieu de croire que l’île des Oiseaux décrite dans la Betlia Brenainn, la vie de Saint-Brendann, n’est autre que l’une des Féroé, sans doute Mykines.
- Cette colonisation celtique des Féroé est attestée de nos jours par la présence dans les îles du Sud et particulièrement à Suduroy de types humains bien différents de ceux que l’on rencontre dans les îles du Nord et dans celles du groupe central et que certains anthropologistes ont cru devoir rattacher au type Nord Occidental. La majeure partie de la population des Féroé est identique à celle qui habile le Sud-Ouest de la Norvège et particulièrement le district de Stavanger, lieu d’origine, croit-on des colons norois de l’Archipel.
- La langue, parente de l’Islandais, est un dialecte norois qui s’est maintenu jusqu’à nos jours, malgré les influences étrangères et sans doute grâce à son isolement, dans un état de pureté à peu près complet.
- Depuis le milieu du siècle dernier et surtout depuis le début de celui-ci, un mouvement très actif, animé par un patriotisme extrêmement vif, s’est donné comme but de purifier la langue féroenne des apports
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- élrangers, de lui donner des règles, une grammaire, un dictionnaire.
- L’analphabétisme est inexistant aux Féroé.. Non seulement chaque Férocn possède une instruction élémentaire suffisante mais, très nombreux, sont ceux qui se piquent, non sans raison, d’être des « lettrés ». 11 n’est pas rare d’y trouver des paysans, des fermiers dont les connaissances sont loin d’être superficielles et dans presque chaque maison féroenne les rayons de la bibliothèque ne sont pas dégarnis de livres « d’honnête compagnie ».
- La renaissance littéraire féroenne a aussi contribué à la conservation des magnifiques traditions orales que les habitants s’étaient transmises de père en fds et qui constituent en quelque sorte l’histoire versifiée du peuple des Féroé.
- Nulle autre part ailleurs, sinon en Islande, les « sagas » Scandinaves n’ont été aussi bien conservées et il n’est pas rare de trouver des féroens connaissant par cœur dix, quinze, parfois vingt mille vers composant ces récits traditionnels. Ce ne sont pas uniquement d’ailleurs des chants épiques ou héroïques selon le sens généralement prêté au mot « saga ».
- Mais ce sont cependant les chants qui retracent les grands faits des aïeux ou ceux qui évoquent le souvenir des anciens dieux qui forment la majeure partie du répertoire féroen.
- Le souvenir des dieux d’autrefois n’est pas tout à fait aboli dans la mémoire des Féroens. Il revit dans les chants traditionnels et un certain nombre d’expressions, de dictons, de proverbes, de noms de lieux évoquent les dieux morts, tel Torshavn, capitale des Féroé, le port de Thor, dont les armes portent la main du plus grand des Dieux brandissant Mjolnir le marteau destructeur.
- Sans doute le culte jadis rendu à Thor, aux dieux et aux puissances de la nature ainsi que les vieilles croyances aux fées, aux elfes, aux Trolls sont-elles depuis longtemps oubliées, mais nombreuses sont encore les traces des anciennes croyances, comme par exemple cette répugnance à manger du phoque « parce que le phoque a des mains qui ressemblent à celles des hommes et des \eux humains ». Et ce n’est pas sans hésitation que l’on mange du poulet dont la chair est blanche comme celle des hommes.
- Des réminiscences de tabous vohe même de totems peuvent être reconnues dans certaines îles des Féroé.
- Un exemple de ces superstitions très nombreuses rencontrées surtout chez les hommes de mer est, par exemple, celle qui consiste à ne jamais parler sur mer de fumée, de prêtre ou de chat. Pour en parler, on emploie des périphrases et le chat devient « celui qui a une longue queue », le prêtre « celui qui porte des habits noirs », la fumée « ce qui monte vers le ciel et s’y dissipe ». Il en est de même de l’oiseau national des îles Féroé, l’huîlrier, que les féroens nomment le Tjaldur. En mer, on ne prononce jamais le nom du Tjaldur mais on emploie le mot Gestur, c’est-à-dire « le visiteur ».
- On croit encore, bien qu’on s’en défende, aux fem-
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- mes-phoques qui, par lés nuits de pleine lune, abordent au récif de Dalsflaess, au Sud-Est de Sandoy, se dépouillent de leurs peaux et dansent en chantant sous les apparences de femmes aux corps merveilleux. Malheur à qui s’approche de trop près de Dalsflaess ! il n’en reviendra jamais. Dans l’île de Suduroy à un nom de lieu d’origine française, Famjen, la Femme, est attachée une légende fort populaire dans l’Archipel. D’ailleurs il est assez curieux de retrouver aux Féroé un certain nombre de souvenirs d’origine française, ne serait-ce que cette fameuse danse des îles dont les féroens sont si justement fiers et dont le lieu d’origine n’est autre que la France.
- La danse nationale des Féroé n’est, en effet, pas autre chose que la continuation de la fameuse danse de chaîne du Moyen âge, originairement répandue en France d’où elle se serait étendue aux pays voisins au cours des xin® et xiv° siècles, époque à laquelle toute l’Europe dansait de cette façon. Mais aux Féroé celle danse prend un caractère très particulier.
- Ici, point d’instrument pour marquer les pas des danseurs mais uniquement le chant ou plutôt le récit rythmé plus que véritablement chanté des faits héroïques des ancêtres. C’est en chantant les sagas d’autrefois dont nous avons précédemment dit un mot que les Féroens se livrent, non pas seulement au plaisir de leur danse nationale, mais aussi peut-on dire, au devoir de la danser.
- Ces danses ont principalement lieu au moment de la fête nationale des îles, la Saint Olav, les 28, 29 et 3o juillet.
- N’est pas un véritable Féroen celui qui ne participe pas aux danses de la Saint Olav ou qui ne connaît pas par cœur, sinon tous les vers, du moins la plus grande
- Fig. 4. — Jardins dans le sable de la plage à Tjornuvik île de Strcmog.
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- Fig. o. — Scène de Grindadmp, battue aux baleines dans le port de Tôrshavn.
- partie des vers d’une saga. S’il commence un chant que tous reprennent en choeur, il doit le connaître d’un bout à l’autre car il est le Forsangari, le meneur de jeu et on ne lui permet pas de défaillance de mémoire. S’il s’arrête, si sa mémoire fait défaut, il est obligé de quitter la salle de danse, et c’est, pour un Féroen, la honte et le déshonneur le plus grand. Pendant ces danses accompagnées de chants, le peuple féroen se raconte à lui-même son histoire, évoque ses' légendes et même celles qui lui sont étrangères comme cette saga d’Oluvu Kvædi, le chant d’Olivier ou de Runsivals Strid qui retracent le combat et la mort de Roland à Roncevaux.
- Si elle est la plus importantes des fêtes féroennes, la Saint Olav n’est pas la seule qui vienne rompre le monotone ‘déroulement de la paisible vie des îles. En septembre a lieu la fête de la Moisson ou plutôt celle de la fenaison qui est la fête des Paysans. C’est après la fenaison que les mariages se célèbrent dans le petit monde paysan des Féroé. C’est aussi l’époque à laquelle les pêcheurs partis en mars ou avril pêcher la morue sur les côtes d’Islande ou du Groenland reviennent au pays. Au retour, et après avoir débarqué la morue, les jeunes pêcheurs célèbrent leurs noces.
- Les costumes nationaux rappellent les costumes paysans norvégiens. Malheureusement, ils tendent à disparaître. Il n’y a guère que la « hetta », le bonnet féroen, proche parent du bonnet phrygien, qui soit porté chaque jour par les hommes. Les femmes, de plus en plus, suivent la mode de Copenhague.
- La maison féroenne de type traditionnel est faite en bois, à doubles parois. D’ordinaire, elle comprend deux pièces : la Rogstue ou chambre de fumée qui renferme le foyer, et la Glasstue ou chambre des glaces (chambre avec vitres) qui est la chambre à coucher.
- Le centre de la Rogstue est occupé par le foyer composé d’une sorte de caisse de bois remplie de terre, accolée à la cloison. Une hotte de bois recueille, en principe, la fumée. Mais lorsqu’il y a tempête, lorsque la pluie, si fréquente, s’abat sur la maison, on ferme
- la hotte avec un volet de bois et la fumée du feu de tourbe s’échappe par où elle peut. Jadis, il n’y avait pas de fenêü’es dans la Rogstue et seul, un vasistas posé à cheval sur le faîte du toit éclairait la pièce. C’est dans j'a Rogstue que se concentre la vie familiale. C’est là que, sur un banc, le long du mur, est placé le rouet pour filer la laine des moulons. Très souvent ce sont les hommes qui filent tandis que les femmes tricotent ou tissent le Vadmel, cette magnifiique étoffe des îles, sur des métiers archaïques placés d’ordinaire dans la pièce voisine, la Glasstue.
- Dans celte dernière pièce, les lits clos à volets de bois à glissières, s’alignent le long du mur. On y trouve rarement des armoires, mais presque toujours des coffres, les Skrin (écrins), souvenir des temps passés quand les ancêtres navigateurs n’avaient pas d’autre mobilier.
- Dans les villages éloignés des centres, chez les gens les plus humbles, le pain est fait à la maison sous la forme de petits pains de xo à i5 cm. de long, que l’on met à cuii’e sur le dessus des fourneaux dans lesquels on brûle rarement du charbon, bien que l’île de Sudu-i’oy ait plusieurs gisements de houille. C’est toujours la tourbe, le Torv qui abonde dans les vallées humides des îles que l’on emploie pour le chauffage et la cuisine, cuisine d’ailleurs peu compliquée.
- La nourriture féroenne a pour base le poisson, les oiseaux de mer bouillis ou salés, les pâtés de morue séchée et réduite en poudi’e, le Skarpeke, mouton séché dans des abris spéciaux, les Kjallari, situés à proximité de la maison, et surtout le Grind, la viande de baleine, ou plus exactement, d’épaulard qui constitue le grand régal des Féi’oens et est aussi pour eux le rappel d’une tx-adition millénaire. Le Grind, c’est avant tout Ja fameuse battue aux baleines, le Grindadi’âp, à laquelle se livraient jadis les ancêtres. C’est l’un des éléments les plus caractéristiques de la vie féroenne.
- L’apparition d’une bande d’épaulards est considéi’ée comme une bonne fortune pour tout l’archipel et dès qixe retentit, dans les rues d’un village, le Grindabôd ou « message du Grind », une extraordinaire surexcitation s’empare de toute la population. On sort rapidement des hangars sous lesquels on les haie chaque soir, les barques aux hautes éti’aves, on embai’que à la hâte les lances et les harpons, les pierres que l’on lancera sur les bêles pour les rabattre vers la côte et les hommes font force de rames vers l’endroit où le banc a été signalé par les guetteurs spécialement désignés à cet office.
- Sur la rive, ceux qui n’ont pu embarquer, ainsi que les femmes, les vieillards et les enfants esquissent les pas de la danse nationale et commencent à chanter le Grindavisa, le chant de chasse des baleiniers.
- Au large, les canots forment un demi-cercle et repoussent devant eux la bande des baleines affolées par les cris et par les pierres qu’on leur lance. Et, lorsque les bêtes sont l'abattues vers « une place à
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- Fig. 6. — Le tissage du Vadmel à Eidi (île d’Esturoy).
- grind » (d’ordinaire une des rares plages des îles), les chefs de chasse hissent au mât de leur barque le pavillon danois. C’est le signal de la tuerie. Une frénésie extraordinaire s’empare alors des chasseurs, frénésie qui surprend lorsqu’on connaît le caractère éminemment pacifique et paisible de cette population.
- De la rive, des hommes se précipitent à l’eau, le Grindakni-vur, long poignard, d’une main,
- le croc Grindalcrokkur de l’autre, pour achever les bêtes et les tirer à terre.
- Lorsque toutes les bêtes que l’on a pu rabattre (parfois un véritable troupeau de 5 à 6oo animaux) gisent sur la rive, les chefs de Grind et le Sysselmand, fonctionnaire de la Couronne danoise, procèdent aux difficiles opérations du partage réglées selon la « coutume » ancestrale. Mais cette coutume comportait tant de complications et surtout tant d’interprétations variant d’une île à l’autre qu’il a fallu, en fin de compte, établir une réglementation générale pour tout l’archipel.
- Ce fut l’objet d’une loi que le Ting, le parlement féroen, a voté il y a quelques années comme il a voté les lois réglementant la chasse aux oiseaux. Cette chasse aux oiseaux est un périlleux exercice auquel se livrent les paysans de l’archipel et qui consiste à se laisser descendre au bout d’une corde, armé d’une sorte de havenot, une grande épuisette à long manche, le long des vertigineux escai’pements des Fuglebjerg, les montagnes d’oiseaux qui forment vers l’Ouest la majeure partie des côtes féroennes. C’est avec ces filets, que les chasseurs capturent dans les anfractuo-
- Fig. 7. — Féroens en costume national.
- Fig. 8. — Bateaux féroens dans le port de Tôrshavn.
- Fig. 9. — Boiseries ajourées de l’église de Funningûr.
- si tés des Fuglebjerg, les fous de Bassan, les perroquets de mer ou les pétrels qui y nichent par centaines de milliers.
- Les Féroé, si elles constituent un des départements du Danemark, jouissent cependant d’une certaine autonomie. Le Ting ou Chambre Haute est composé de membres élus par le peuple. Le pays est divisé en sept circonscriptions électorales qui élisent en tout, vingt, membres auxquels s’ajoutent cinq mandats supplémentaires. Le Ting détient le pouvoir consultatif en ce sens qu’il a le droit de présenter des projets de loi pour les Féroé qui doivent obligatoirement recevoir l’approbation du Gouvernement et du Parlement danois. Dernièrement, il a été volé une loi douanière pour l’Archipel dont la recette revient entièrement aux Féroé ainsi qu’une loi sur les impôts directs. C’est le Préfet qui détient la plus haute autorité. Il y a, en outre, un juge, un chef de police et six juges cantonaux.
- Dans ce pays aux ressources réduites, la question économique a son importance. Les Féroé exportent la majeure partie de leur pêche de morue vers l’Espagne, l’Italie, la Grèce et le Portugal. Le Danemai’k, en échange reçoit du vin, de l’huile, des fruits de ces pays. Livrés à eux-mêmes, les Féroens seraient dans l’incapacité absolue de consommer la totalité de ces marchandises d’échange. Aussi, ce que demande la majorité du peuple féroen, c’est non pas d’être séparés du Danemark, mais de continuer à en faire partie tout en conservant une autonomie toujours plus grande pour tout ce qui touche à la gestion des intérêts particuliers de l’Archipel.
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- La pêche morutière qui, avec la chasse à la grande baleine effectuée par des navires armés de canons lance-harpons, occupe la première place dans le commerce des îles, est en progression constante. L’exportation de la morue qui n’était en i85o que de 169 t., en 1918, de 9 oi4 t., a atteint en 1935, i3 769 t. d’une valeur de 9 728 4oo couronnes danoises.
- Enfin, dans l’île de Suduroy, un très important gisement de charbon, jusqu’à présent peu exploité, contient d’après les estimations qui en ont été faites, pour plus de cent millions de tonnes de houille.
- Le tourisme tend, lui aussi, à se développer et depuis quelques années, on a commencé à tracer des routes carossables dans la plupart des îles. La pêche à la truite, dans les nombreuses rivières et dans les lacs de l’Archipel, attire de plus en plus les amateurs de ce sport.
- R. Y. Creston,
- Chargé de Mission aux îles Féroé par le Musée de l’Homme.
- LA PHOTOGRAPHIE MILITAIRE
- LES APPAREILS DE PRISE DE VUE
- La photographie joue, dans la guerre actuelle, un rôle particulièrement important : elle permet de réaliser, dans des conditions de rapidité et de précision inégalables par les autres procédés, de véritables levés topographiques, elle permet de suivre la marche de certains travaux entrepris par l’ennemi dans la zone des opérations, enfin elle relève des particularités qui échappent à l’observateur le mieux doué et le plus averti.
- L’application de la photographie à l’art militaire n’est pas absolument nouvelle : elle découle des travaux du Colonel Laussedat qui, dès 1845, créa la métvophotographie ou photogrammétrie, la science des mesures par la photographie. On procéda aux premiers essais d’application sous le second empire, lors de la campagne d’Italie puis au siège de Sébastopol, mais ce n’est que pendant la guerre de 1914-1918 que la photographie militaire prit véritablement son essor.
- La photographie militaire met aujourd’hui en œuvre un matériel spécial comprenant notamment des appareils de prise de vue, des dispositifs d’examen et des appareils de restitution ; par ailleurs, elle utilise souvent des surfaces sensibles répondant à des conditions particulières. Nous n’étudierons, dans ce premier article, que les appareils de prise de vue.
- Les appareils de prise de vue sont, les uns destinés à être utilisés à terre, en station, les autres disposés pour la photographie aérienne.
- Parmi les appareils spéciaux pour la photographie en station, nous citerons tout d’abord le photothéodolite. Cet appareil comporte une lunette de visée dont les déplacements, repérables par le moyen d’index à vernier mobiles le long de deux arcs de cercle, l’un horizontal, l’autre vertical, permettent de déterminer les coordonnées des divers points de l’espace ; la
- chambre photographique peut être solidaire de la lunette et est munie de dispositifs assurant l’enregistrement, en marge de l’image, de diverses références : amorces de réticule, angle d’inclinaison de l’axe de l’objectif, azimut, numéro d’ordre, date, etc. La chambre du photothéodolite est ordinairement du format i3x 18 cm. et équipée d’un objectif d’une distance focale comprise entre i5 et 25 cm. Le photothéodolite repose sur un trépied par l’intermédiaire d’une embase pourvue de vis de calage permettant d’amener à une position rigoureusement horizontale le plan sur lequel tourne le support de l’appareil. Lors de l’opération, la plaque photographique se trouve pressée contre un cadre en acier poli : la distance de la surface sensible au point nodal d’émergence se trouve ainsi fixée d’une façon précise.
- Le photothéolodite se prête à l’exécution de levés normaux et obliques exacts avec parallélisme rigoureux des axes ; il permet donc l’obtention, par poses successives, de couples stéréoscopiques qui pourront ensuite être analysés au stéréocomparateur.
- Il existe aussi, pour l’exécution des levés stéréomé-triques, des instruments spéciaux, tels que Vappareil Wïld, comportant deux chambres reliées par un bras rigide et donnant simultanément les deux images de chaque couple stéréoscopique ; l’écart entre les axes des objectifs peut être de 5o cm., de 1 m., voire même d’une valeur plus grande encore.
- Citons encore l’appareil Panorex qui permet de couvrir, en une seule opération le tour complet de l’horizon. Le Panorex, qui se présente verticalement et utilise un film de 18 cm. de large, se compose essentiellement d’un magasin à film et d’une chambre tronco-nique sectionnée en deux partieSj la partie supérieure pouvant, après séparation et retournement, entrer dans la partie inférieure, ce qui facilite le transport.
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- Le magasin comporte un mouvement d’horlogerie qui assure en synchronisme l’entraînement du film et la rotation de l’appareil pendant la prise de vue, un mécanisme de mise en marche par levier et d’arrêt par flexible, un régulateur de vitesse et une lunette de pointage. Un levier spécial permet de débrayer le mouvement de rotation et d’observer le panorama au moyen de la lunette avant d’opérer. La chambre est surmontée d’un objectif d’une distance focale de 5o cm., ouvert à F/3o, monté verticalement, qui explore le champ à travers un prisme à réflexion totale. Le film est impressionné à travers une fente étroite ; le temps local d’exposition est voisin de i s. ; le tour complet de l’horizon est obtenu en 8 mn environ. Des points, enregistrés sur la surface sensible en même temps que l’image, forment une graduation en azimut et en site dont la précision est de l’ordre de i dgr.
- Pour la photographie aérienne, on emploie des appareils spéciaux caractérisés par la présence d’organes destinés à permettre d’opérer non seulement avec précision, mais aussi avec célérité. Parmi les divers modèles actuellement en service, nous citerons 1 ’Altiphote et le Planiphote de la Société des Établissements Jules Richard, que l’on peut considérer comme les plus perfectionnés, le premier dans la catégorie des appareils à main, le second dans celle des appareils fixés à demeure sur l’avion.
- L’Altiphote (fig. i et 2) est un appareil i3 x 18 pourvu d’un objectif d’une distance focale de 20 cm et d’une ouverture maximum de F/4,5, dont la monture, du type hélicoïdal, permet de mettre au point sur toute distance comprise entre 2 m et l’infini. Le magasin de cet appareil contient i5 m. de film, quantité suffisante pour enregistrer 100 images. Grâce à l’emploi judicieux d’alliages légers, son poids est inférieur à 7 kg., ce qui est véritablement peu pour un
- Fig. 1. — Altiphote Richard.
- Fig. 2. — Altiphote Richard (magasin ouvert).
- appareil de ce type. L’opérateur tient 1’Altiphote au moyen de deux poignées latérales dont l’une, celle de droite, normalement immobilisée par un verrou à ressort, est mobile et commande le fonctionnement.
- Les obturateurs ordinairement employés en photographie, qu’ils soient à lames ou secteurs placés à proximité des lentilles et se déplaçant perpendiculai-l’ement à l’axe optique, ou à fente balayant la surface sensible au plus près, ne conviennent pas ici : le premier ne permet pas d’obtenir un rendement satisfaisant lorsqu’il atteint un très grand diamètre, comme c’est le cas avec un objectif d’une longueur focale de 20 cm. ouvert à F/4,5, et le second donne inévitablement des images déformées en raison du fait que l’appareil se déplace pendant l’exposition. On a eu recours à un obturateur d’un type nouveau, spécialement conçu pour cet usage : l’obturateur Labrély à lames pivotantes, dont le rendement lumineux est toujours supérieur à 80 pour 100 et qui, éclairant d’un seul coup toute l’étendue de la surface sensible, donne des images se prêtant aux travaux de restitution géométrique.
- L’obturateur Labrély de 1’Altiphote (fig. 3) comporte six lames parallèles capables chacune de tourner de 200 gr. autour de l’axe longitudinal, le sens de la rotation étant inversé à chaque déclenchement. Ces lames sont commandées par un système de bielles et de manivelles qui assure la simultanéité des mouvements ; lors de l’exposition, les lames sont immobilisées pendant un temps appréciable parallèlement à l’axe optique. Cet obturateur donne trois vitesses : 1/80, 1/100, 1/120, mécaniquement chronométrées.
- Le magasin contient deux bobines à film, l’une débitrice, l’autre réceptrice, un cadre d’impression, un presseur, un mécanisme mesurant la longueur du film à enrouler après chaque opération, des organes d’en-
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- Fig. 3. — Obturateur Richard-Labrély à lames parallèles de VAltiphote.
- roulement, des cames de débrayage, de réembrayage et de sécurité et un compteur d’images.
- Le cadre d’impression se compose de deux parties concentriques, l’une fixe, vers l’intérieur, l’autre mobile, vers l’extérieur. La partie fixe est pourvue, au milieu de chacun des côtés, d’une amorce de réticule permettant de déterminer aisément le centre de l’image. La partie mobile, maintenue à hauteur de la partie fixe par des ressorts, cède lorsque le presseur vient appuyer le film et celui-ci se trouve tendu sur la partie fixe à la façon d’une peau de tambour, cependant que quatre couteaux émergent des coins de ia partie mobile, poinçonnent le film et indiquent ainsi avec précision les points où il faudra couper la bande avant de développer les images.
- Le mécanisme de mesure consiste en un rouleau caoutchouté qui, par l’intermédiaire d’une came, débraye l’entraînement, dès que le film a avancé de la largeur d’une image encadrée.
- Les organes d’enroulement sont constitués par l’axe de la bobine réceptrice, une roue à rochets assurant l’entraînement par l’intermédiaire d’un cliquet que peut écarter une fourchette commandée par le mécanisme de mesure. Une came dite « de réembrayage » assure la mise en prise du cliquet d’entraînement au début de chaque cycle d’opérations ; une came de sécurité débraye automatiquement l’enroulement dès que le presseur commence à appuyer le film contre le cadre d’impression et évite les accidents qui pourraient survenir au film au cas où, pour une cause quelconque, l’action de la came de débrayage n’aurait pas été suivie d’effet.
- Le compteur d’images, qui est placé sur le côté droit de l’appareil, au-dessus de la poignée de commande, permet à l’opérateur de savoir, à tout instant, le nombre d’images enregistré.
- Trois des opérations nécessaires à la prise de vues : enroulement d’une longueur de film légèrement supé-
- rieure à la hauteur d’une vue, immobilisation du film et tension assurant la planéité de la surface sensible, armement de l’obturateur, sont obtenues simplement en faisant exécuter à l’une des deux poignées latérales, celle tenue par la main droite, un demi-tour en arrière, puis un demi-tour en avant. La quatrième résulte d’une pression du pouce sur un bouton-poussoir placé sous la poignée. On conçoit aisément qu’il soit possible, avec un tel appareil, d’opérer très rapidement.
- L’Altiphote peut recevoir un enregistreur de références analogue à celui qui équipe le Planiphote et que nous décrirons plus loin, dont La Nature a déjà parlé (1).
- Le Planiphote (fig. 4) est spécialement destiné à la prise de vue aérienne automatique ou semi-automatique ; il peut aussi être commandé à la main, ce qui présente un certain intérêt en cas de manque de courant. Cet appareil, qui est du format 18 x a4 cm., est pourvu d’un objectif de 3o, 5o ou 70 cm. de distance focale, d’ouverture maximum égale à F/4,5 ; son magasin admet une bande de film de 18 cm. de large et de i5o m. de long sur laquelle on peut enregistrer 200 images ; ce magasin à film peut être remplacé par un magasin à 24 plaques. Le Planiphote, dont le poids en ordre de marche est voisin de 33 kg., est pourvu d’une suspension disposée pour être fixée sur une tourelle d’avion ; cette suspension est orientable, de façon à permettre la correction de dérive ; l’amplitude de ce
- 1. Voir n° 3046 du 1er avril 1039, p. 200.
- Fig. 4. — Planiphote Richard équipé d’un magasin à films, vu du côté moteur.
- Dispositif d'inscription —— des références.
- Compteur de vues
- Commande à distance :
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- déplacement peut atteindre 33 gr. de part et d’autre de l’axe longitudinal de l’avion.
- Certains des organes élémentaires du Planiphote sont semblables à ceux que nous avons vus sur l’Alti-phote, mais les dispositifs de commande de l’obturateur sont très différents.
- Le Planiphote est pourvu d’un moteur électrique de 3o W., alimenté sous 24 V. et tournant à 2 600 tours par minute, dont l’arbre entraîne, par une extrémité un régulateur-déclencheur, par l’autre le mécanisme.
- Le régulateur-déclencheur comprend un régulateur à force centrifuge dont la vitesse angulaire se trouve automatiquement ramenée à 2 600 tours par minute, indépendamment de la vitesse de rotation du moteur, un réducteur de vitesse à pignons satellites dont l’ai’bre de sortie tourne à 1 tour par minute, et un variateur de temps de déclenchement. Ce dernier comporte un tambour sur lequel sont indiqués les temps et dont la position commande celle d’une butée débrayant un cliquet, ce qui a pour effet de libérer un plateau à ressort. Ce plateau, d’abord entraîné par le cliquet, bande le ressort d’un marteau de déclenchement et celui-ci, libéré lorsque le plateau a été ramené en arrière par un ressort de rappel, déclenche l’obturateur. Le régulateur-déclencheur a pour fonction le réglage dans le temps de l’espacement des prises de vue, en marche automatique.
- Le mécanisme transmet le mouvement du moteur, d’une part au dispositif d’armement de l'obturateur, d’autre part au magasin. Ce mécanisme reçoit le mou-
- Fig. 5. — Planiphote Richard équipé d'un magasin à films, vu du côté mécanisme.
- Compteur
- Arbre
- commandant l‘enroulement du film.
- * ^-Déclencheur a main-
- Magasin à plaques
- Tableau de commande automatique ou senti-automatique
- Fig. 0. — Planiphote Richard équipé d’un magasin à plaques.
- vement du moteur par l’intermédiaire d’une chaîne de Galle qui agit sur un pignon fou sur l’axe et embrayé seulement lorsque l’obturateur n’est pas armé. A ce moment, le pigeon entraîne, par l’intermédiaire d’une vis sans fin et d’une roue dentée tangente, un train d’engrenages qui bande le ressort de l’obturateur et fait fonctionner le mécanisme du magasin de façon à déplacer le film de la longueur d’une vue. Aussitôt ce résultat acquis, le débrayage se produit, l’arbre du mécanisme de transmission se trouve bloqué et le moteur n’entraîne plus que le régulateur-déclencheur. Toutes ces opérations se sont déroulées automatiquement, en 3 s., environ. Dès que l’obturateur a été déclenché, un nouveau cycle de fonctionnement se produit, sans aucune intervention de l’opérateur.
- L’obturateur est, comme celui de l’Altiphote, à lames pivotantes, mais celles-ci, au lieu d’être parallèles comme dans l’appareil précédent, sont radiales (fîg. 7) et commandées par une couronne à denture intérieure à laquelle une bielle imprime un déplacement angulaire de faible amplitude. Le moteur de l’obturateur consiste en un puissant ressort hélicoïdal attelé à un train d’engrenages qui, par deux ergots, détermine le déplacement d’un vilebrequin relié à la bielle. En faisant varier la position initiale de ces ergots, on change la durée de l’ouverture qui peut être fixée à volonté à 1/75, i/xoo ou i/i5o de seconde. Une croix de Malte pourvue d’un frein centrifuge assure l’absorption par frottement de la force vive emmagasinée lors du déclenchement par les parties mobiles de l’obturateur et évite tout risque de choc ou de rebondissement des lames.
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- Fig. 1. — Obturateur Labrély à lames radiales du Planiphote Richard.
- Le Planiphote est muni d’un enregistreur de références (fig. 8) grâce auquel tout cliché est automatiquement accompagné des renseignements nécessaires à son exploitation : heure, inclinaisons transversale et longitudinale de l’appareil par rapport à la verticale, altitude, orientation, numéro d’ordre, indications chiffrées diverses. Les instruments et plaquettes donnant ces références sont disposées sur un tableau qui; lors de chaque prise de vue, est éclairé pendant un temps déterminé, réglable selon l’émulsion, par quatre petites lampes. Un système optique formé de trois objectifs et de trois paires de prismes à réflexion totale projette l’image de ce tableau sur la surface sensible. Un obturateur solidaire des manettes de verrouillage du tableau ferme automatiquement les tubes des trois objectifs lorsque l’on dégage les verrous de fixation, ce qui prévient toute entrée intempestive de lumière.
- Le réglage du diaphragme, celui de l’intervalle de temps entre les prises de vue successives, la mise en marche et l’arrêt se font au moyen de boutons ou tambours groupés sur un tableau de commande. Ce tableau se présente sous deux formes différentes, selon que l’appareil est accessible en vol ou qu’il ne l’est pas. Dans le premier cas, il consiste en un bloc que l’on fixe sur la chambre au moyen de boutons mole-tés. Dans le second, le tableau est relié à l’appareil par un faisceau de câbles sous gaine aboutissant à un bloc de connexion que l’on fixe à la place du bloc-tableau. Le tableau de commande à distance comporte deux tambours moletés, un tambour central gradué, un interrupteur électrique et une lampe-témoin.
- Le tambour mole lé de gauche, gradué en ouvertures relatives, commande le diaphragme ; celui de droite gradué en secondes, commande l’intervalle de temps entre les prises de vue ; le tam-
- bour central, gradué de o à 200, répète les indications du compteur de vues placé sur le magasin.
- Le fonctionnement du Planiphote est, en principe, purement automatique ; l’opérateur règle la vitesse de l’obturateur, puis le diaphragme et l’intervalle de temps qui doit séparer les déclenchements ; il lui suffit ensuite de manœuvrer l’interrupteur électrique pour mettre l’appareil en marche et obtenir toute une série de vues prises à des intervalles réguliers d’une durée de 6 à 52 s. La lampe-témoin placée sur le tableau de commande s’allume chaque fois que l’appareil est prêt pour le déclenchement : si l’appareil cessait de fonctionner, l'opérateur serait immédiatement prévenu.
- Le fonctionnement peut, à volonté, être rendu semi-automatique ; dans ce cas, l’opérateur amène simplement en regard de l’index la lettre A (arrêt) du tambour de réglage des intervalles de prise de vue, déclenche l’obturateur, au moment précis où il juge à propos de le fahe, à l’aide d’une poignée spéciale fixée à l’extrémité d’un câble à gauche, et détermine ainsi la succession automatique de tous les autres mouvements du cycle de fonctionnement. Comme dans le cas du fonctionnement purement automatique, la lampe-témoin s’allume chaque fois que l’appareil est prêt pour le déclenchement.
- Enfin, le Planiphote peut fonctionner à la main par rotation d’une poignée spéciale que l’on monte à cet effet sur le magasin (fig. 6). Ce mode de fonctionnement est un pis-aller dont l’objet est de permettre d’opérer quand même, en cas de manque de courant ou d’avarie au moteur, éventualités qu’il faut prévoir pour un appareil qui risque d’être pris sous le feu de l’ennemi au cours d’une mission.
- Avec le Planiphote, le relevé photographique du terrain est si facile et si peu absorbant que le pilote peut parfaitement opérer tout en conduisant l’avion ; nous croyons inutile d’insister sur l’intérêt que présente cette particularité.
- Nous examinerons, dans un prochain article le matériel sensible utilisé en photographie militaire et verrons ensuite comment on utilise les images obtenues.
- André Bourgain.
- Fig. 8. — Tableau de références du Planiphote Richard.
- Altitude
- Date et références diverses
- Orientation
- Compteur
- totalisateur
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- LA RÉSISTANCE PHYSIOLOGIQUE AU CATAPULTAGE ET AUX ACROBATIES AÉRIENNES
- Le catapultage des avions, les vols normaux et acrobatiques à bord des avions maniables à très grande vitesse, ainsi que les descentes en parachute, pi'inci-palement par temps troublé, ont posé aux physiologistes de curieux problèmes qui sont loin d’être entièrement résolus. En attendant une étude d’ensemble qui ne pourra être faite qu’avec une part concrète d’expérimentation, nous avons gi’oupé ici un certain nombre de données caractéristiques (*).
- ACCÉLÉRATIONS DES CATAPULTES
- Le lancement des avions, à bord des navires, ne peut être effectué avec sûreté que si l’on dispose soit de plateformes très longues, soit d’appareils de lancement à grande accélération.
- Le premier cas est celui des navires porte-avions, tels que notre Béarn, dont les dimensions et l’architecture sont également exceptionnelles. Il ne faut pas se dissimuler, en outre, que le décollage et l’atterrissage, à bord de ces plages mouvantes et limitées, exigent des pilotes habiles et un matériel impeccable.
- A bord des navires de commerce et des navires de guerre ordinaires, il faut recourir à des catapultes de projection, imprimant à l’avion une accélération très supérieure à celle que lui communiqueraient ses hélices. La plupart de ces engins sont mus par l’air comprimé, quelques-uns par explosifs (fig. x).
- La vitesse minimum à donner à un avion pour assu-rer sa sustentation est de l’ordre de 120 km. à l’heui'e, soit 33 m. par seconde ; les catapultes courantes sont réglées pour fournir une vitesse de 35 m. par seconde. Rappelons en passant que la vitesse, même très grande,
- 1. Consulter notamment les publications du commandant Edmond Blanc, de Durandeau et Schmitt ; outre les Revues d’aéronautique, voir également Génie Civil, n° 2962.
- Fig. 1. — Zones d’accélération et de « décélération » sur une catapulte.
- V-35m/sec. V=0
- A vion
- Catapulte
- Accélération
- Décélérât
- est sans aclion sur l’organisme vivant, aussi bien que sur les mécanismes ; les efforts d’inertie sont géométriquement proportionnels aux variations de la vitesse (donc à la vitesse du point représentatif sur l’hodogra-phe), c’est-à-dire aux accélérations. Celles-ci sont de deux sortes : les accélérations tangentielles, dirigées suivant la même droite que la vitesse, sont les seules que nous trouvions dans le fonctionnement des catapultes, tandis que le vol libi’e donne lieu, en outre, à de très fortes accélérations centrifuges dirigées suivant la normale principale à la trajectoire (fig. 4).
- Pour obtenir cette vitesse de 35 m. par seconde avec une catapulte de dimensions l'aisonnables, on est conduit à utiliser des accélérations le plus fortes possibles ; mais on se trouve limité dans cette voie par les efforts qui en résultent pour le matériel et le personnel. L’expérience semble prouver que des accélérations de l’ordre de 5o m./s., par seconde peuvent être supportées sans dommage par un homme sain, pendant un temps de l’ordre de la seconde. Cette accélération est quintuple de l’intensité de la pesanteur qui est g = g,81 m./s. par seconde ; dui'ant la période d’accélération, conformément aux lois élémentaires de la mécanique rationnelle, les différents corps pesants situés a bord de l’avion se trouvent soumis à un effort d’entraînement égal à 5 fois leur poids ; ainsi, le cerveau humain, pesant environ x kg., doit résister à un effoi't de 5 kg. (fig. 2) ; un corps humain pesant 75 kg. se trouve soumis à un effort de 375 kg., en sorte que des dossiei’s et des appuis-tête très étudiés doivent être prévus.
- Ce sont là des chiffres considérables, d’autant qu’il faut songer aux effets locaux, notamment à la perturbation du liquide et des otholites dans les canaux semi-circulaires de l'oreille interne, qui sont les oi'ganes de l’équilibre. Si le pilote perd le sens de l’équilibre, ne fût-ce que pour quelques secondes, au moment du lancement, sa situation et celle de ses passagei's devient peu enviable !
- FORME DE LA COURBE D'ACCÉLÉRATION
- Pratiquement, on juge prudent en général de tabler sui1 des accéléi'ations maxima de l’ordre de 3,5 g ;
- Fig. 2. — Poids apparent du cerveau d’un pilote pendant l’accélération de catapultage au taux de 6 g.
- Le cerveau humain pèse environ 1 kg. l’effort d’accélération est de 0 kg. et la résultante de 5 kg. 1.
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- Accélérations
- Limite
- physiologique
- Taux normal
- Temps en | secondes
- Fig. 3. — Formes des courbes d’accélération de capatultage.
- A, accélération constante, servant de base aux calculs simples pour le fonctionnement mécanique ; B, courbe avec pentes raccordées ; C, accélération, brève et forte, de 5 g. pendant 0,8 s., équivalant à la courbe A au point de vue de la fatigue physiologique, mais permettant l’emploi d’une catapulte deux fois moins longue ; D, courbe à maximum final ; E, courbe synthétique réunissant les données des courbes B, C, D ;
- F, courbe réelle fournie par les catapultes .
- mais ici intervient une notion nouvelle, qui est la forme de la courbe d’accélération (fig. 3).
- En première approximation, on a coutume de considérer les efforts produits au cours du catapultage comme produits à accélération constante ; les calculs d’espace et de vitesse s’opèrent alors par les formules classiques de la chute des corps, en remplaçant g par la valeur de l’accélération constante (fig. 3, courbe A).
- Cette simplification introduit peu d’erreur « mécanique », mais elle fausse complètement l’étude du comportement physiologique. L’organisme, en effet, est sensible au maximum de l’accélération réellement appliquée, bien plus qu’à sa valeur moyenne. En poussant les choses à l’extrême, supposons que l’avion reçoive un choc formidable au début de sa course, puis que tout effort cesse ; il est certain que le pilote serait tué, bien que la valeur « moyenne » de l’accélération demeure correcte.
- Un second effet va nous prouver que l’accélération constante n’est pas encore l’idéal. C’est que l’organisme est également sensible à la variation de l’accélération, c’est-à-dire à la dérivée tierce de l’espace parcouru ! Celte notion devient évidente si l’on considère les efforts ; nous avons l’habitude, dans la vie courante d’éviter les efforts intenses brusquement appliqués, surtout quand ils ne sont pas produits par nos propres muscles mais subis par nous. Dans le cas des efforts musculaires très intenses, donc voulus, on observe également une décontraction ménagée du muscle, chez les déménageurs et hommes de peine. Ceci conduirait, pour la courbe d’accélération, à une forme à deux pentes extrêmes, analogue à celle de la courbe B (fig. 3).
- Mais il existe un troisième effet, assez mal expliqué, qui se manifeste comme une fatigue extrêmement rapide de l’organisme. On constate, pratiquement, qu’une accélération forte et brève est mieux tolérée qu’une accélération moins forte mais plus longue. Par exemple, l’effet physiologique d’une accélération de 5 g durant o,8 s. serait équivalent à celui d’une accélération de 3 g agissant pendant i,5 s. ; or, la première permet d’utiliser une catapulte deux fois moins longue. La forme correspondante serait celle de la courbe C.
- Certains auteurs estiment que la forme la meilleure serait celle qui fait prédominer l’accélération à fin de course (courbe D). La courbe synthétique, qui tient compte de ces divers desiderata, est la courbe E ; elle est assez différente de la courbe réelle relevée sur les catapultes en service et qui, pour différentes raisons constructives, donne un maximum d’accélération très marqué au début de la course (courbe F).
- On remarquera que si l’avion se détache et s’envole à la vitesse maxima, il n’en est pas de même pour le chariot porte-avion, pour lequel se posent des problèmes de freinage. Pour cet organe robusle, on admet des courses de freinage extrêmement courtes, pouvant s’abaisser à 2 m., ce qui correspond à des accélérations négatives, ou « décélérations », de l’ordre de 25 g ; un chariot pesant i t. sera soumis à un effort de décélérations de 25 t. durant environ i/io de seconde.
- A titre d’exemple, on relève sur une catapulte de navire de guerre actuel les chiffres suivants : longueur de la catapulte 21 m., pression de l’air de lancement 100 kg. par centimètre carré ; le piston agit sur un palan multiplicateur de vitesse à 6 brins ; le chariot est arrêté sur une longueur de 2 m. 5o par des freins à lames et à air. Cet engin peut lancer des avions pesant 3 000 kg.
- Une marine marchande a mis en service pour les bases de l’Atlantique sud des catapultes exceptionnelles, capables de lancer des avions de i5 t. Ces cata-
- Fig. 4. — L’accélération totale dépend à la fois de la variation tangcntielle de la vitesse et de la rotation du vecteur vitesse.
- M, mobile ; V, vitesse ; T, trajectoire. Par un point fixe 0, on mène le vecteur OP équipollent à V ; le point P décrit alors la courbe l7 appelée « hodographe » du mouvement de M, et la vitesse du point P sur cet hodographe mesure l’accélération du point réel M. On peut appliquer cette méthode, moyennant les hypothèses convenables, pour déterminer par exemple l’accélération totale de l’avion fig. 3.
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- pulpes ne sonl pas orientables ; la course du chariot atteint 4 a ni. dont 32 pour l’accélération. L’opération dure i,5 s., la vitesse obtenue atteint i5o km. à l’heure et l’accélération se tient aux environs de 3,5 fois l’intensité g de la pesanteur.
- FORCES CENTRIFUGES EN VOL
- Les accélérations auxquelles sont soumis les avions en vol sont extrêmement complexes ; présentant les six « degrés de liberté » d’un solide isolé dans l’espace, soumis à toutes les réactions de l’atmosphère, par rapport auquel il possède une vitesse considérable, l’avion peut recevoir des accélérations faisant les angles les plus variés avec la tangente à sa trajectoire, sans préjudice des rotations brusques.
- Dans un « coup de tabac », les percussions du vent sur les plans se traduisent par des accélérations perpendiculaires à ces plans et fort pénibles pour, les occupants ; l’inversion du sens de la pesanteur apparente ou la simple annulation de celle-ci (effet d’ascenseur) sont durement ressenties, ainsi que les accélérations transversales et les percussions de peu de durée. Il semble que les accélérations tangentielles d’origine
- externe soient proportionnellement moins violentes,
- eu égard sans doute à la finesse des avions actuels. N’oublions pas, en revanche, que le fait de sortir le train d’atterrissage fait perdre 5o km. à l’heure et que le déploiement, des volets d’intrados en fait perdre autant ; en quelques secondes, l’avion peut ainsi perdre ioo km. à l’heure, sans que la décélération correspondante semble toutefois pouvoir dépasser beaucoup 1/2 de g.
- Restent les accélérations centrifuges. Celles-ci
- deviennent énormes dans toute évolution un peu vive, du fait de la valeur considérable de la vitesse.
- Considérons un avion qui se prépare à attaquer en piqué un objectif limité (fxg. 5). L’appareil commence par s’approcher de la verticale du but à 5oo km. à
- l’heure, puis pique suivant une trajectoire très incli-
- n é e, au cours de laquelle il lâ-c h e ses bombes. La vitesse d e l’avion s’ac-croît du fait de la descente et atteint 800 km. à l’heure. Au moment où le pilote se redresse, par u n e brusque « ressource », pour éviter
- Fig. o. — Vitesses et accélérations d’un avion exécutant un piqué et se relevant par une a ressource », ou virage vertical, de oOO m. de rayon.
- V= 500 km/h
- V= 800 km/h
- 0 R=250myA F =119
- Genire du'' virage ^^V*600 km à l’heure
- le sol, en décrivant un cercle de 5 00 m. de rayon, l'accélération centrifuge peut atteindre 100 m. par secon-d e , soit 10 g.
- Un avion volant à 600 km. à l’heure dont le pilote
- prétendrait virer dans un cercle de 25o m. de rayon se trouverait soumis à une accélération de 11 g. (fig. 6) ; dans ces deux cas, la « sidération » du pilote et la rupture en vol de l’appareil paraissent inévitables.
- On s’explique par ces quelqües chiffres que les avions animés de très grandes vitesses, soient condamnés à des trajectoires simples, formées de lignes droites raccordées par des arcs de cercle de grand rayon. Ce comportement prévisible facilite la tâche des batteries anti-aériennes en justifiant les hypothèses faites sur 1’ « avion futur » au moment du tir ; il rend les avions rapides plus vulnérables aux coups partis du sol et annule en partie le bénéfice de la vitesse.
- Fig. 0. — Force centrifuge d’un avion virant à 000 km. à l’heure dans un cercle de 2c>0 m. de rayon.
- OUVERTURE DES PARACHUTES
- Le problème des accélérations effectivement subies par les parachutistes est infiniment moins bien défini que les problèmes d’accélérations de machines.
- Faisons tout d’abord une observation sur les vitesses-limites des corps humains tombant dans l’air. On estime que cette vitesse ne dépasse pas 25o km. à l’heure pour un homme tombant dans une position quelconque ; le commandant Blanc ajoute que ce chiffre s’abaisse à xoo km. à l’heure pour un homme qui « fait la planche » sur l’air, et il en résulte celte conséquence curieuse que si cet homme, tombant en chute libre, pouvait emporter avec lui un « mât de freinage » haut de 8 m. seulement, il atterrirrait sans dommage ! Le calcul indique en effet que la vitesse de 100 km. à l’heure serait annulée sur ce parcours de 8 m. moyennant une décélération constante de 5 g. : c’est la limite physiologique.
- On sait du reste à quelles curieuses démonstrations de vol plané humain, ralenti et dirigé, purent se livrer le regretté Clem Sohn et ses émules au moyen d’ « ailes de chauve-souris » fixées aux bras et aux jambes.
- Deux instants, pour le parachutiste, sont particulièrement critiques au point de vue des accélérations : Vouverture et Vatterrissage.
- Bien qu’il n’y ait pas eu, à notre connaissance, de mesures faites avec des dynamomètres enregistreurs,
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- on sait que l’effort supporté par le parachutiste au moment de l’ouverture de son appareil est très considérable ; on ne compte plus les côtes cassées, Mermoz eut un jour le tissu pulmonaire déchiré. Si l’on suppose un corps humain, pesant 90 kg., tombant à la vitesse de 2Ôo km. à l’heure (go m. par seconde) et ralenti à 6 m. par seconde en 3 s., la décélération est de 27, soit approximativement 2,7 g et l’effort qui en résulte de 243 kg. G). Au cours d’essais médicaux, on a pu pousser les efforts jusqu’à 85o kg. pour l’attache par harnais et 65o kg. pour l’attache par ceinture, l’attache se faisant sur parties musculeuses, telles que les épaules et les cuisses. Ges chiffres,, qui paraissent singulièrement élevés, correspondent à des temps de freinage de l’ordre de la seconde et à des parcours de freinage de 4o m. environ.
- Lorsque l’homme n’a pas eu le temps d’acquérir toute la vitesse dont il est susceptible en chute libre, le parcours de freinage peut être beaucoup plus bref. Le record du monde semble appartenir à M. Meujet et à Raphaël, qui se jetèrent sans accident du viaduc de Palaiseau, haut de 21 m. 5o.
- PROBLÈME DE L’ATTERRISSAGE
- La violence du choc à l’atterrissage est notablement plus grande avec les parachutes actuels, calculés pour une vitesse limite de 6 m. par seconde, qu’avec les anciens parachutes prévus pour une vitesse de 4 m. Avec ces derniers, le choc était le même que pour un homme tombant debout (et sans fléchir les genoux au départ), d’une hauteur de o m. 80, tandis que cette hauteur fictive de chute est aujourd’hui de 1 m. 80.
- Les sujets « longilignes » sont ici favorisés, la longueur de freinage étant plus considérable, pour leur centre de gravité, que pour un individu court. Le médecin-commandant Flamme évalue à 70 cm. l’abaissement du centre de gravité d’un homme de taille moyenne qui s’accroupit (fig. 7) ; ceci permettrait des calculs de forces, toujours dans l’hypothèse d’un freinage à effort constant, mais il faut bien observer que la notion de centre de gravité perd un peu de sa simplicité mécanique : en particulier, il est certain que les pieds du parachutiste subissent des décélérations énormes, et ceci précisément au moment où on leur demande un effort considérable. Si le sujet tombe, tout calcul devient impossible, mais l’on a vu des
- 1. On voit qu’il est indispensable, avec la vitesse des avions actuels, que le parachutiste attende d’avoir perdu la plus grande partie de cette vitesse avant d’ouvrir son parachute ; la méthode d’ « arrachage » donnerait lieu à des efforts énormes.
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- Fig. 7. Abaissement du centre de gravité chez un homme accroupi.
- parachutistes rebondir après une chute, ce qui témoigne d’une vitesse restante élevée.
- Nous avons supposé que notre parachutiste atterrissait en atmosphère calme, isotrope et homogène, ce qui est rarement le cas.
- On rencontre au sol aussi bien que dans l’espace des <c trous d’air », des zones à courants ascendants ou descendants qui perturbent la vitesse de chute.
- Mais le grand ennemi du parachutiste est le vent horizontal. Le « vent bas » exerce deux effets différents ; il accroît la vitesse résultante et il incline cette résultante. Avec un vent de 6 m. par seconde, ce qui n’est guère (21 km. 6 à l’heure), la vitesse est dirigée à 45° multipliée par . i, en sorte que la quantité d’énergie à absorber se trouve doublée (fig. 8). Pour un homme se jetant d’un avion désemparé par vent de 20 m. par seconde (72 km. à l’heure), l’énergie se trouvera multipliée par 11, c’est-à-dire que ses chances seront minces.
- Pratiquement, dit Blanc, la limite du vent horizontal tolérable est de 12 m. par seconde (43 km. à l’heure) et, au-dessus de 10 m. par seconde annoncés par les Services Météorologiques, toute descente en parachute devient scabreuse.
- Pour des calculs d’accélérations, il y aurait lieu de tenir compte des conditions dans lesquelles s’effectue le freinage dans le sens horizontal ; l’homme, évidemment, s’efforce d’atterrir vent dans le dos (en manœuvrant ses suspentes), puis de courir le plus vite possible, afin de ne pas tomber,, tout en dégrafant sa boucle de ceinture.
- Au delà de 7 à 8 m. par seconde, ou si l’homme perd l’équilibre pour une raison quelconque, le traînage est inévitable... avec toutes ses conséquences. Près du Havre, Ennemonde Diard fut traînée pendant 7 km. à travers les champs d’avoine en ne dut sont salut qu’à des cavaliers qui la rattrapèrent au galop ? Des prouesses aussi... cinématographiques sont rares ; et l’accident du traînage est assez sérieux pour mériter toute l’attention des instructeurs et des élèves parachutistes. En outre, il faut apprendre à tomber « en mou », afin d’endurer sans trop de casse les chocs, quand une chute complète semble inévitable. L’efficacité de ces « mises en boule » atteste que les décélérations les plus violentes en apparence se tiennent parfois dans des limites acceptables pour l’organisme, dès qu’on peut interposer un mince coussin de chair.
- Fig. 8. — Augmentation de vitesse produite par un vent horizontal de 6 m. par seconde au moment de l’atterrissage d’un parachute.
- L’énergie à absorber est doublée ; il en est de même des
- Pierre Devaux.
- Ancien Élève de l’École Polytechnique.
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- L'OBSERVATION NOCTURNE DES NUAGES E 303
- D’une manière générale, la nuit apporte de notoires obstacles à l’étude des nuages.
- Pendant cette période nocturne, l’examen des formes, l’évolution des diverses espèces et l’appréciation du degré de nébulosité sont volontiers entachés d’incertitude, s’il s’agit de simples observations visuelles.
- C’est qu’en maintes circonstances l’œil n’est que difficilement à même de discerner avec évidence certains des aspects à reconnaître.
- Le cas le plus défavorable, à tous égards, est celui de la nuit complète, c’est-à-dire la nuit qui n’est en rien dissipée par la plus faible lueur crépusculaire ou lunaire.
- Cependant elle n’a jamais le caractère absolu qu’on lui attribue a priori. Si totale qu’êlle soit, le fond du ciel conserve une appréciable luminosité sur laquelle les nuages se détachent comme des silhouettes sombres plus ou moins accusées : il semble donc qu’en principe nous ne sommes privés, à aucun moment, de la possibilité de pouvoir noter leur présence. Mais, en réalité, il en va un peu autrement, car dans ces conditions, l’œil n’est à même de distinguer que très confusément et seulement des masses de quelque importance, sans détails de contour ni modelé satisfaisant. Encore considérons-nous là la vue de formations assez épaisses pour leur conférer le caractère d’écrans interposés devant le fond du ciel. Par confire, il est de ces formations qui restent pratiquement invisibles dans l’ambiance franchement nocturne, soit parce que trop menues, soit et surtout, en raison de leur nature même. Ce dernier cas est celui des Cirrus, dont les légers filaments, translucides et ne masquant pas les étoiles, ne réalisent pas alors des silhouettes sombres. Leur notation est donc sujette à erreur. Car un examen dans l’obscurité, toutes les étoiles étant visibles, peut
- laisser supposer un ciel exempt de nébulosité ; tandis que si cet examen était effectué peu après, au moment où la Lune va se lever, on constaterait alors, grâce à une illumination grandissante, la présence des filaments blanchâtres plus ou moins nombreux (fig. i).
- En fait, au cours de la période nocturne (c’est-à-dire entre le coucher et le lever du Soleil) c’est seulement à la clarté décroissante ou croissante du phénomène crépusculaire, et surtout à celle de la Lune que nous pouvons vraiment avoir recours avec une appréciable efficacité.
- Le crépuscule est — on le sait — d’une durée variable suivant la saison et la latitude du lieu. Sur la partie du ciel où il s’étend en forme d’ai'c plus ou moins développé — ce qui localise le champ d’observation — les silhouettes nuageuses se détachent longtemps avec une remarquable netteté ; il est donc aisé de les suivre et d’enregistrer des transformations vespérales, comme par exemple l’étalement de certains Cumulus qui se soudent en bancs allongés pour engendrer un type déterminé de Stratocumulus (fig. 2).
- Mais quoique n’entrant en jeu que périodiquement, pendant toute ou partie seulement de la nuit, c’est encore le clair de Lune qui réalise les plus favorables possibilités d’examen. Les conditions d’illumination du ciel, suivant les différentes directions, sont alors analogues à celles des heures diurnes, compte tenu naturellement de l’énorme différence d’intensité de l’éclairement. Si bien que ces mêmes jeux de lumière et d’opposition qui se dessinent nettement dans l’éclat du jour et permettent de scruter la disposition et la structure de la couverture nuageuse, semblent volontiers prendre un autre caractère dans la pâle clarté lunaire ; rappelons que celle-ci est, au maximum, c’est-à-dire au moment de la Pleine Lune, 465 000 fois plus faible que celle du Soleil. Dans ces conditions, tout ce qui n’est pas franchement illuminé paraît s’estomper et les modelés s’atténuent, ce qui confère aux diverses formations un aspect
- Fig. 1. — Voile de Cirrus primitivement invisibles et devenus apparents au lever de la Lune.
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- : 304 -,CT
- Fig. 3. — Inconvénient de la Lune brillant en plein dans le champ de l’appareil (a) et éclipse artificielle évitant cet inconvénient (b).
- simplifié, plus massif et dont l'indécision des contours, fait déjà reconnaissable en pleine lumièi’e pour certains genres, s’exagère encore dans la pénombre. Également, des nuées légères et des nuées lourdes sont moins dissemblables, leur valeurs tendant à s’égaliser. Des détails de structure de la couverture nuageuse échappant ainsi, l’encombi’ement du ciel dans certains cas peut sembler plus complet ou un peu. différent de la réalité, l’œil étant incapable de dissocier divers éléments qu’il verrait nettement modelés et séparés le jour.
- Dans l’examen et l’étude des nuages la nuit, certains aspects ou formes paraissent plus particuliers, ou différents de ceux que ces mômes espèces de nuages offrent pendant les heures diurnes. Ces différences sont-elles réelles ou bien procèdent-elles surtout d’incertitudes visuelles ? Ce que nous venons de définir d’une part, et d’autre part ce que la physique de l’atmosphère laisse concévoir, permet d’admettre qu’il y a du vrai dans les deux cas, l’insuffisance de l’beil exagérant peut-être le caractère de légères modifications.
- A tous égards, il y a donc grand intérêt à rechercher un mode d’observation susceptible de nous renseigner avec plus d’exactitude que la simple vision. Cette utile documentation, nous pouvons la demander à la photographie, grâce à laquelle, le plus souvent, seront mis en évidence des détails et des contrastes mal discernables autrement.
- Dans un précédent article remontant à quelques années (n° 2983, i5 août 1936), j’avais fait connaître les possibilités d’application de moyens simples, et à la portée de tous, pour obtenir des résultats dans ce sens.
- Mais, pour assez satisfaisanls que soient ces résultats, il importait de les perfectionner dans le but de recueillir des éléments de documentation applicables à des recherches
- ou déterminations précises. Pour cela,, il faut avoir recours à des moyens optiques et à des émulsions appropriés. Dans cet ordre d’idées j’ai donc été conduit à utiliser un objectif Zeiss travaillant à F = 1,5, et des plaques ou pellicules panchromatiques supersensibles.
- Lorsque la Lune brille dans son plein, et à bonne hauteur dans le ciel, les temps de pose sont très réduits, ramenés à la seconde dans certains cas ; mais en moyenne les durées sont plus volontiers comprises entre 5 et i5 s., et même quelquefois plus, car il faut tenir compte de l’orientation de la prise de vue. De toutes façons, les effets à contre-jour, conférant aux nuages transparents ou aux bords des masses opaques un vif éclat, s’enreghirmt plus rapidement que ceux résultant des éclairages obliques ou de face, volontiers atténués et indécis par temps brumeux. C’est alors surtout que la plaque photographique s’avère franchement supérieure à l’œil, en faisant ressortir de très vagues différences de valeurs que celui-ci est souvent incapable de bien discerner. Dans tous les cas, les durées de pose sont nécessairement plus prolongées pour chacun d’eux, aux phases diverses de la Lune, et d’autant plus que celles-ci sont plus voisines du croissant ; tenant compte toujours de la hauteur de la Lune, si variable suivant l’heure, la saison et la latitude du lieu. Fournir toutes indications précises à cet égard serait impossible dans le cadre de ces lignes. Mais partant de celles qui viennént d’être données à titre général, quant à l’ordre de grandeur des temps de pose, il est aisé d’acquérir une utile expérience à ce sujet.
- Au point de vue opératoire, signalons maintenant quelques précautions à prendre, de même que certains obstacles difficiles à vaincre.
- — Bancs de Cirrocumulus photographiés au clair de Lune avec 4 s. de pose.
- Fig. 4.
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- La partie du ciel que l’on voit environner immédiatement la Lune possède un éclat considérable comparativement au reste, et à ne considérer que cette région de faible étendue, l’instantané pourrait jouer. L’obligation de poser appréciablement, pour enregistrer des aspects à quelque distance autour de cette
- zone d’éclairement relativement intense, entraîne une surexposition centrale dans laquelle se perdent les détails ; de plus, si la Lune brille de tout son éclat dans une éclaircie, on risque un certain voile et surtout de fâcheux halos excentriques (fig. 3, a). Un excellent remède consiste à provoquer une éclipse arti-
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- Fig. 0. — Cirrus photographiés au clair de Lune avec 10 s. de pose (au-dessous Jupiter).
- ficielle à l’aide d’un écran orientable monté sur une perche, ce qui permet d’enregistrer les nuages au plus près du disque lunaire (fig. 3, b). Mais les conditions naturelles sont aussi favorables que possible lorsque ce dernier est atténué ou masqué complètement par une nuée opaque.
- Si ces divers obstacles sont relativement aisés à vaincre, celui du vent l’est moins. Sauf dans le cas de pose très réduite, à mesure qu’ils sont moins distants de l’observateur les nuages se déplacent de plus en plus rapidement, et leur image perd toute netteté. J’ai montré qu’on pouvait les suivre ; mais en raison des effets grandissants de perspective, c’est seulement du nuage visé qu’on peut obtenir une image satisfaisante. A tous égards, et surtout pour des ensembles, il est donc préférable de s’adresser à des aspects plutôt voisins de l’horizon, où les mouvements angulaires restent peu sensibles.
- Ayant mis en garde contre ces quelques causes d’insuccès, notons cependant que fréquents sont les cas où un calme Aelatif de l’atmosphère permet d’opérer au mieux en toutes directions. Et dans ces conditions, meme si l’enregistrement ne s’effectue pas avec la rigoureuse netteté résultant de l’instantané en plein jour, les documents obtenus peuvent être cependant confrontés utilement avec ces derniers ; la figure 5 en donne des exemples.
- De telles images sont suffisantes pour se livrer à une instructive étude des formes, des détails de structure, et elles permettraient par un enregistrement méthodique de fournir, en corrélation avec d’autres notations sur l’état général de l’atmosphère, de bons renseignements sur certaines particularités qui seraient propres à ces heures de la journée. A tout le moins, ces représentations de l’état du ciel fournissent la possibilité, les nuits où la Lune assure la liaison du crépuscule à l’aube, d’une continuation ininterrompue des cartes quotidiennes de nébulosité.
- L’altitude des nuages la nuit, qui peut subir de
- notables variations par rapport aux conditions diurnes, est une question à laquelle l’enregistrement photographique peut apporter aussi un précieux appoint. La qualité des clichés susceptibles d’être obtenus en nombre de cas se prête à d’utiles mesures angulaires. Les éléments en jeu sont les positions des étoiles qui, malgré les faibles durées de pose, se trouvent bien enregistrées jusqu’à la 3° magnitude environ et que l’on peut rapporter aux bords relativement nets des formations nuageuses. On voit par là que des effets parallactiques, grâce à deux stations conjuguées, seraient facilement mis en évidence. On s’en rendra compte par la figure 7 sur laquelle est reportée, à l’échelle de Limage, la valeur d’un angle de i° sur le ciel. Cet angle représente le décalage que subirait, pour deux observateurs écartés de xoo m., un nuage situé au zénith à 7 000 m. de hauteur environ ; pour de moindres altitudes, bien entendu, l’amplification grandissante de l’èffet parallactique, se prêterait à des mesures de plus en plus exactes. Le problème n’est posé ici que sous sa forme la plus simple. Écarté de la position zénithale, un nuage, pour une même altitude, est bien plus éloigné du point d’observation ; d’où la nécessité d’augmenter la dimension de la base nécessaire à la mesure projetée : un écartement maximum de 5oo m. pourrait être suffisant, nous semble-t-il, dans la majorité des cas. Par contre, des mesures supplémentaires doivent alors intervenir. La hauteur du simple triangle construit par les deux visées donne la distance au milieu de la base, distance qui, suivant la verticale, n’est autre que l’altitude même. Mais en direction oblique, il faut de plus déterminer l’angle que fait le point visé avec l’horizontale, pour en déduire ensuite sa hauteur réelle au-dessus du sol.
- Ces différents exemples et indications montrent, finalement, que malgré la nuit il est possible de faire utilement appel aux services de la photographie dans le domaine des éludes météorologiques.
- Lucien Rudaux.
- Fig. 7. — Possibilité de mesures parallactiques à l'aide des étoiles enregistrées en même temps que les nuages. Respectivement à l’étoile, la position de la petite croix indiquée ici correspond à un décalage angulaire de 1°.
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- LES MINES MÉTALLIQUES SCANDINAVES =
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- Selon les prospections de géologues autorisés, les pays Scandinaves renferment au moins un dixième des ressources totales de l’Europe en minerais de fer et leurs réserves sont loin de s’épuiser. La Suède tire annuellement de ses diverses mines une dizaine de millions de tonnes dont elle exporte les 90 centièmes et la Norvège en produit seulement 8 à 10 fois moins.
- Les plus importants gisements de fer suédois sont ceux de Kiruna et de Luossavarra dans la province de Norrbolen (Suède septentrionale), qui fournissent à eux seuls plus de la moitié de l’extraction ferrifère du pays. À Kiruna, on exploite en majeure partie à ciel ouvert les fiions de magnélite (oxyde de fer magnétique) dont on estime la masse à un milliard hOQ millions de tonnes tandis que Luossavara disposerait d’une réserve, encore fort honnête, de 100 millions de tonnes. Laissons un journaliste français Maurice Noël, qui visita cette région au printemps de 1940, nous décrire la Malmberget, la célèbre « montagne de fer » creusée maintenant d’une dizaine de terrasses dont chacune a pour fond une falaise ferrifère ; elle dresse son gigantesque « dos de tortue » au milieu d’une steppe désolée et qu’égayent seulement, de loin en loin, de rares bouquets de bouleaux nains.
- « Un funiculaire, écrit-il, accueille les équipes d’ouvriers et après la montée sous une voûte de planches protectrices voici une terrasse d’extraction. Contre la falaise, les foreuses s’acharnent, les pelles mécaniques, aussitôt, chargent la terre de fer sur les wagonnets et puis les wagonnets, comme une file d’insectes, s’ébranlent, vont se déverser dans de vastes réservoirs de fer au-dessous desquels viennent se charger les rames de
- Fig. i. — Les gisements de Laponie.
- wagons. El sur la voie électrique, la plupart des trains s’en vont à ftarvik, le port norvégien (fig. 3).
- En hiver surtout, le spectacle est fort curieux car l’ombre polaire s’étend sur la Malmberget et celle-ci s’illumine d’un extraordinaire collier des puissantes lumières électriques (fig. 4)- Elle étincelle dans la nuit de six mois sous une carapace trouée de neige et de glace ».
- Les gisements de Laponie, au Nord du cercle polaire peuvent se diviser en trois zones : à l’Ouest une région de montagnes dont les sommets dépassent 200 m., au centre une région de plateaux compris entre 4oo et 600 m., d’ofx émergent des massifs rocheux renfermant les minerais de fer, enfin une région côtière le long du Golfe de Botnie. De nombreuses vallées orientées Nord-Ouest Sud-Est, parcourues par des fleuves importants à chutes abondantes, réunissent ces trois éléments morphologiques.
- Une voie ferrée relie Kiruna et Gellivan à Narvik (172 km. dont 4a km. 5 en territoire norvégien). La distance Kiruna-Lu-lea sur le Golfe de Botnie est de 3o4 km. et il y a 211 km. de Gellivare à Lulea.
- Les minerais de Kiruna contiennent en moyenne de 58 à 70 pour 100 avec un léger poui'centage de phosphore ; ceux du gisement moins important de Gellivare renfermant de l’apatite ou fluoro-phos-phate de chaux disséminé en petites quan-
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- Fig. 3. — Karvik, port norvégien d’exportation des minerais de fer
- de la Laponie suédoise. (Visa n° 70.651)
- Fig. 5. — La grande mine de cuivre de Falun
- (Province de Kopparberg, Suède). (Visa no 77.577)
- Fig. 4. — La « Malmberget », la célèbre « Montagne de fer » de la Laponie suédoise, vue pendant la nuit polaire. (Visa n° 77.578)
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- tités dans leux’ masse, on doit leur faire subir un traitement préalable, avant leur utilisation. Après broyage, on emploie la séparation magnétique à sec et on obtient des concenti’és à 6o-64 pour ioo de fer moyennement phosphoreux. On rencontre encore dans la même région d’importants dépôts à Svappa-vaara, Mortainem, Painirova, etc. formés de magnétite et d’oligiste (oxyde de fer anhydre). De leur côté, les gisements de Ruvutevars situés dans une contrée peu accessible, à la limite de la Suède et de la Norvège, diffèrent des précédents ; leurs minerais renferment 4o à 60 pour ioo de fer avec io à 12 pour 100 d’acide titanique. Aussi on les recherche pour préparer les ferro-alliages et certains pigments utilisés en peinture.
- Tous les minerais du Nord de la Suède s’exportent soit par le port de Narvik sur l’Océan, soit par celui de Lulea, situé sur la Baltique et bloqué par les glaces une partie de l’année. Par suite, Narvik l’emporte de beaucoup sur Lulea en importance et on y a installé de puissants engins de levage qui permettent d’y charger des cargos, à raison de 3 000 t. à l’heure.
- Les districts miniers de la Suède centrale sont groupés à l’Ouest et au Nord-Ouest du lac Marlar et au Nord du lac Yenun dans une région appelée le Berg-slag, reliée à la mer par des voies fei’mées qui ont permis leur mise en valeur et conduisent au port de Goeterborg sur le Skager-Rack et à ceux de Oxelôsund et de Gefle sur la Baltique.
- Parmi les gisements de la Suède centrale, il faut distinguer le groupe de Grangesberg dont les magné-tites, enrobées dans des schistes et des gneiss, contiennent en moyenne 61 pour 100 de fer et 1 pour 100 de phosphore. Les minerais de cette région s’expédient par Oxelôsund.
- Quant aux gisements métalliques de la Suède méri-
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- dionale, ils comptent peu vis-à-vis des précédents. Notons cependant que près de Taberg (Vermland) le minerai renferme, indépendamment de 20 à 3o pour 100 de fer et 4 à 6 pour 100 d’acide titanique, une petite quantité de vanadium, métal qui, à des doses extrêmement faibles, modifie les qualités de l’acier lui donnant, en particulier, une très grande résistance au choc.
- Indépendamment de toutes ces sources considéi’ables de fer, le sous-sol suédois recèle encore des richesses minières non négligeables. On y rencontre entre autres métaux, du zinc à Ammeberg, mine qu’exploite la Société belge bien connue de la « Vieille Montagne », du cuivre à Fulun (fig. 5), du chrome dans les régions de Stavanger et de Drontheim, du cobalt près de Jon-koping et de Norrkoping, du plomb et de l’argent à Sala, du nickel aux environs de Kristiansand et de Goteberg et même de l’or près de Skellelfta-Boliden, ville située à un millier de kilomètres au nord de Stoc-kholm. Ce dernier gîte, que plus de 3oo sondage? ont permis de délimiter, se compose de mispickel aurifère associé à la pyi’ite et à la chalcopyrite mais malheureusement les boues, finalement obtenues après les divers traitements subis par le minerai (broyage, fusion, soufflage au convertisseur et raffinage du cuivre par électrolyse), laissent, une fois le métal précieux extrait, 9 à 10 pour 100 d’acide arsénieux que les usines ne peuvent guère vendre.
- La teneur en fer du minerai suédois avoisinant 70 pour 100, il fournit le meilleur acier du monde, qui fait prime dans la mécanique de précision, aujourd’hui et surtout dans la construction des moteurs d’aviation.
- Jacques Boyer.
- = NOS AUXILIAIRES CONTRE LES MOUSTIQUES =
- La protection contre les moustiques comporte deux modalités : i° la lutte défensive se proposant simplement de protéger l’homme des piqûres de ces insectes (moustiquaires, pommades, produits odorants, etc.) ; 20 la lutte offensive qui se propose de détruire les moustiques. Dans cette dernière, on a envisagé surtout jusqu’alors comme procédé de choix, la destruction des larves et des nymphes qui sont aquatiques, soit par l’introduction dans les eaux de certains poissons, ou par l’étalement en surface d’une couche grasse (pétrole ou huile lourde de houille, ou autres produits chimiques), soit par la suppression des eaux stagnantes, gîtes où se développent les larves. La destruction des adultes n’a été tentée qu’à l’aide d’insecticides (fumigations sulfureuses, emploi de pyrèthre et de pyréthrines) ; elle est moins efficace et on pourrait certainement la renforcer si l’on arrivait à mettre au point la lutte biologique contre ces insectes, dans l’atmosphère, à l’aide d’auxiliaires peu coûteux, qu’il suf-
- firait de protéger et de multiplier dans nos l'égions tempérées. Ce sont d’une part, des oiseaux insectivores : les Hirondelles et les Martinets ; de l’autre, des mammifères du groupe des Chéiroptères, les Chauves-souris.
- HIRONDELLES ET MARTINETS
- Les Hirondelles ressemblent aux Martinets mais s’en distinguent : i° par la disposition de leurs pattes qui leur permet, au contraire de ces derniers, de marcher et de percher ; 20 par des ailes moins longues, souvent à éclat métallique; 3° par leur genre de vie.
- Oiseaux migrateurs par excellence, 5 espèces sur 60 visitent régulièrement l’Europe : leur arrivée et leur départ s’accomplit dans des conditions très bien étudiées par
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- A. E. Brehm (x). Au printemps, elles arrivent isolément ou par couples, des contrées tropicales ; à l’automne, leur départ se fait par groupes, avant les premiers froids, quand se raréfie leur nourriture habituelle ; elles font certainement des escales pendant leur long voyage et se posent à terre pour se nourrir. Quand les hivers sont peu rigoureux, certaines n’émigrent pas et s’engourdissent dans un sommeil léthargique pour se réveiller au printemps ; mais aucune espèce migrante ne chante, ne pond, n’élève ses petits que dans nos régions tempérées ; elles émigrent donc vers nos climats pour la reproduction. Agile, hardie, gaie, active, toujours propre, toujours élégante, l’hirondelle a besoin d’une nourriture copieuse qu’elle absorbe en volant (on dit qu’elle « chasse »). Sa digestion est très rapide. Comme les oiseaux de proie, elle régurgite les parties non digestibles de ses aliments : ailes, écailles, pattes des insectes. Sa vue très développée lui permet d’apercevoir de loin le plus petit' insecte. Suivant l’heure et l’état de l’atmosphère qui conditionne l’altitude des insectes, elle vole tantôt au ras du sol, tantôt haut dans les airs : elle est ainsi pour beaucoup l’indice du temps qu’il fera. Elle ne supporte pas la captivité.
- Les nids varient de forme selon les espèces, mais les matériaux qui entrent dans la construction se composent toujours de terre humide, de graviers mélangés à la salive visqueuse de l’oiseau. Chaque couple revient plusieurs années de suite à sa même demeure, ainsi qu’on a pu le constater par le « baguage ». Ces nids sont accrochés dans les endroits les plus divers, sous les toits des maisons d’habitation, des écuries, des granges, des hangars, au faîte ou dans les cheminées où l’on ne fait pas le feu, à l’embrasure d’une fenêtre. Leur position est toujours telle que, bien couverts par le haut, ils soient à l’abri de la pluie et du vent. Le nid hémisphérique a o m. 22 de diamètre, o m. 11 de profondeur ; son intérieur est tapissé soigneusement de plumes et de duvet. Quelques espèces se creusent des trous dans les bei’ges sablonneuses ou escarpées des rivières, comme les Martins-pêcheurs et en garnissent le fond de matières molles : brins d’herbes, plumes. L’espèce la plus commune en France est l’Hirondelle rustique ou domestique, de cheminée, H. nistica, qui arrive dans la première quinzaine d’avril et part en septembre-octobre. La régularité de son apparition l’a fait considérer depuis longtemps comme la « messagère du printemps ». A peine arrivée, elle recherche son ancien nid, le répare et s’y installe. Les jeunes couples s’en construisent de nouveaux qui leur serviront plusieurs années de suite : les travaux de construction durent une semaine environ. En mai la femelle pond 4 à 6 œufs à coquille mince, blancs rosés avec points violets : le mâle nourrit généralement sa compagne durant l’incubation qui dure 12 jours. Les jeunes sont élevés avec sollicitude par les parents qui les nourrissent à tour de rôle dans le nid, jusqu’au moment où ils sont en état de prendre leur vol. Ils restent encore quelques jours avec leur père et mère ; puis la famille se disperse, et la femelle fait une nouvelle ponte en août. A l’époque des migrations, elles se réunissent toutes (jeunes et vieilles) pour le grand départ dont le signal est donné par les plus âgées.
- Respectées dans presque tous les pays, les hirondelles ont peu d’ennemis : parmi les Rapaces, seuls les Faucons peuvent leur donner la chasse; les petits carnassiers, les Chats, les Rats détruisent parfois les couvées ; les Moineaux aiment se loger dans les nids et gênent considérablement la reproduction.
- 1. La vie des animaux illustrée, édition française revue par Gerbe.
- L’Hirondelle de fenêtre ou Chelidon de muraille (Cul-blanc), aux doigts complètement emplumés, arrive en Europe quelques jours plus tard que l’Hirondelle rustique et repart aussi plus tard. Son nid, que l’on voit dans les villes sur les grands édifices, est arrondi avec une toute petite ouverture à la pai'tie supérieure, juste suffisante pour le passage de l’oiseau.
- Les Cotyles ou Hirondelles grises comprennent en Europe deux espèces. La Cotyle des rochers, Cotyla rupestris, sédentaire dans le midi, émigre plus au nord; elle construit sur les parois des rochers des nids semblables à ceux de l’Hirondelle rustique, ouverts par le haut. La Cotyle de rivage, très petite, recherche surtout les rives escarpées, où elle vit en colonies ; elle creuse pour nidifier des couloirs de x à 2 m. de long donnant accès à une chambre spacieuse ; elle arrive en mai et part en septembre.
- Les Engoulevents et les Martinets sont des oiseaux migrateurs, remarquables par l’aisance et la rapidité de leur vol qu’ils peuvent soutenir pendant des heures sans se reposer.
- Les Engoulevents ont une certaine ressemblance avec les Rapaces nocturnes : ils volent la nuit, le bec largement ouvert d’où leur nom. La femelle ne construit pas de nid, mais dépose ses œufs allongés, blanchâtres, tachetés, dans les bruyères, les buissons ou au pied des arbres couverts de mousse. Ponte en mai-juin, durée d’incubation 16-18 jours.
- Les Martinets ou « hirondelles à queue fourchue », au plumage sombre, ne peuvent se poser à terre, mais ont un vol très rapide et brusque. Le Martinet noir ou de muraille, apparaît après les Hirondelles et part avant. Ils volent le bec ouvert, du lever au coucher du soleil, et même la nuit. Ils construisent un nid grossier dans les crevasses des rochers, des murailles, dans les clochers et les tours, dans les troncs d’arbres creux des forêts ; ils ont deux couvées de deux œufs par an. Ils détruisent quantité de moustiques et possèdent une poche dilatable sous la langue leur permettant d’amasser une ample provision d’insectes pour les apporter à leurs petits.
- Dans les villes, Rome par exemple, où des escadrilles d'Hirondelles, de Martinets sillonnent le ciel, les Moustiques sont en décroissance.
- CHAUVES-SOURIS
- Les Chéiroptères ou Chauves-souris sont des Mammifères organisés pour la locomotion aérienne, avec des. oreilles très développées leur permettant de recueillir le plus léger bruit alors que les yeux petits, cachés dans les poils du front, ne voient pas les insectes la nuit ; chez beaucoup d’espèces le nez est couvert d’appendices olfactifs. Leurs ailes sont formées de deux lames membraneuses provenant l’une de la peau du dos, l’autre de celle du ventre, soutenues par les os du bras, de l’avant-bras et les doigts très allongés des membres antérieurs. Ces membranes aliformes s’étendent jusqu’aux membres inférieurs. Le vol est produit par les mouvements continuels des bras ; la Chauve-souris ne peut voler sans faire mouvoir ses ailes. Il existe un rapport entre la forme des ailes et la rapidité du vol et, à ce point de vue, on pourrait diviser les Chauves-souris en deux «groupes : celles aux ailes étroites et longues, au vol puissant, direct, rapide et relativement haut, par exemple les Murins, au museau de renard, qui sont les plus grosses Chauves-souris de notre pays, les Minioptères, de petite taille, pesant 8 à 10 g., au museau écrasé, dont une étude intéressante a été faite tout récemment (1989) par un spéléologue, Norbert Casteret ; celles aux ailes plus larges que longues, à vol lourd, saccadé, tels les Rhinolophes et les petites Pipistrèles.
- Dans nos régions, les Chauves-souris sont des animaux
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- nocturnes. Au printemps et en été, elles sortent de leur retraite le soir pour se livrer pendant quelques heures à la chasse aux insectes : Lépidoptères, Moustiques. Elles font une consommation considérable de ces derniers. Chaque espèce a son domaine : les unes ics bois, d’autres les prairies, les jardins, la surface des eaux stagnantes et des cours d’eau.
- Leur abri est toujoui’s dans un endroit tranquille, sec, protégé des intempéries : fente de rocher, carrière, monument en ruines, faîte d’un clocher et surtout dans des gi’ot-tes naturelles, vastes et profondes ; par exemple la grotte de Padirac dans le Lot, celle des Chauves-souris dans le Yar et celle des Tiguahustes (Hautes-Pyrénées) où Casteret a pu, en 1938, faire des recensements précis, la nuit, des sorties des Murins et des Minioptères, qui, la gueule largement ouverte, traversent les vols d’insectes formant comme un plancton aérien. Ils sont très sensibles aux conditions météorologiques : froid, vent, pluie, qui influent sur leur comportement nocturne. L’auteur a aussi étudié la reproduction chez les Murins : ceux qui arrivent à la grotte en avril donnent naissance aux jeunes au début de juin. Tous les jeunes, deux par portée, naissent à la même époque, ils s’accrochent au corps de leur mère à l’aide de leurs petites griffes en tenant leur bouche rivée aux mamelles. Pendant deux mois, les petits font corps avec la mère aussi bien pendant le vol qu’au repos. Puis ils sont sevrés et apprennent à voler. Vers
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- le 20 août, la colonie au complet quitte la grotte ; les femelles seules entreprennent une migration : les jeunes femelles reviendront l’année suivante avec leur mère et plus tard avec leurs filles. Aux États-Unis, en Allemagne, on bague depuis quelques années des Chauves-souris, pour tâcher de connaître leurs migrations.
- N. Casteret a étudié leur sens d’orientation en provoquant des migrations artificielles ; vols de dépaysement ou vols de retour ; il a capturé des Chéiroptères dans une grotte et après les avoir « bagués », les a relâchés en divers endroits ; il a ainsi constaté que les Murins ont un sens de l’orientation très développé leur permettant de se retrouver quand on les disperse aux quatre points cardinaux et à des centaines de kilomètres du lieu de capture.
- Les espèces à vol court n’émigrent pas et on les trouve souvent l’hiver agglomérées par centaines dans leurs retraites, suspendues par les pattes de derrière, en sommeil léthargique. Au printemps, alors que les femelles habitent en commun la grotte ou la caverne pendant la durée de gestation, les mâles vivent isolés.
- Les Chauves-souris comme les Hirondelles sont des auxiliaires insuffisamment appréciés dans la lutte contre les Moustiques. Ils méritent notre attention et notre protection.
- A. Guillaume,
- Professeur à la Faculté de Strasbourg.
- DES NOMS VERNACULAIRES DES PLANTES
- Les botanistes, tout comme le gendarme de Courteline, sont sans pitié. Ils affublent les plantes de noms bizarres et compliqués et semblent se délecter de mots qui écorchent les oreilles, qui font hésiter la plume et découragent les meilleures bonnes volontés.
- Essayer d’écrire Eschscholtzia d’une seule traite, de prononcer sans hésiter Krascheninikowia, Koordersiochloa ou encore Brachyrhamphus intybaceus, cette espèce de laitue que l’on trouve à la Guadeloupe et que les indigènes ont appelée plus prosaïquement : Herbe à manger coq d'Inde!
- Noms sévères et fâcheux qui font de la botanique, science aimable en soi, un épouvantail pour débutants.
- Combien sont plus vivants les noms populaires des plantes ! Ils ne s’embarrassent pas d’orthographe compliquée; ils ont un petit air de terroir qui plaît et leurs dénominations souvent inattendues mais toujours pittoresques appartiennent au folklore de chaque peuple et font la joie des curieux.
- Les Dieux, le diable, le soleil, la lune, les animaux, etc., sont mis à contribution. Il y a des Queues de renard, des Oreilles d’ours, des Nez de chat, des Pieds de poule, des Becs de grue, des Épines du Christ, des Barbes de Jupiter, des Cornes du diable, des Herbes de la Vierge et des saints du Paradis. Chaque pays, chaque province a ses noms vernaculaires, poétiques ou utilitaires, évocateurs ou familiers.
- Certains rappellent des usages, d’autres consacrent une réputation médicale bien assise quoique plus ou moins discutable ; ceux-ci sont des noms scientifiques écorchés, ceux-là — et non les moins plaisants — ressortissent à la fantaisie la plus primesautière.
- Il y a 1’ ce herbe aux femmes battues » qui est le Tamnus communis, 1’ « herbe aux chantres » (Sysimbre officinal), la ce sagesse des chirurgiens » (S. sophia). ce Miroir de Vénus » est le nom d’un Scandix, ce Cabaret des oiseaux » celui du Dipsacus sylvestris.
- Le Dielytra spectabilis, bien connu sous le nom de « Cœur de Marie », devient des « pendants d’oreilles » aux États-
- Unis (Ladys’ear-drops), alors qu’en Angleterre, une espèce voisine, Dielytra cucullaria, est surnommée Dutchman’s breeches, « culotte de Hollandais » parce que la fleur imite une culotte blanche à ceinture jaune, suspendue les jambes en l’air.
- « Culotte de cocu » (braio de conquieu) est le patronyme en Velay, selon Mistral, de la Primevère officinale, « culotte de Suisse » est un des noms de la Passiflore bleue et cc culotte de Renard » (Calzones de zorra des Espagnols) se rapporte à la Digitale pourpre.
- A Fribourg, le « pantalon de Fromager » désigne la Campanule à feuilles rondes ; au Guatemala, VAspidosperma megalocarpon s’appelle « jupon de vieille » (Fustan de vieja). Les feuilles laineuses du Bouillon blanc, Verbascum Thapsus, l’ont fait surnommer ce flanelle d’Adam » par les Anglais (Adam’s Flannel) ; celte allusion à leur contexture se retrouve en certains coins de Bretagne où la plante est dénommée « langes de l’Enfant Jésus ».
- Pour finir cette revue d’habillement, notons que la « chemise du bon Dieu », c’est le Liseron des haies dans le Calvados. Les Portugais l’appellent « bonjour » (Bon dias) parce que les fleurs s’ouvrent le matin et se referment le soir. Dans le centre de la France, on le nomme joliment « manchettes de Notre-Dame ».
- Le Liseron des champs lui, rappelle au Silésien les « boyaux du diable » (Teufelsdarm) à cause de sa racine tire-bouchonnée qui s’enfonce profondément en terre et qu’il est difficile d’extirper, cependant qu’une légende allemande en fait le « petit verre de la mère de Dieu » (Muttergottes-glaschen), parce que sa fleur servit un jour de verre à la Vierge Marie altérée.
- <( Boyaux du Diable », pour les Anglais, c’est la Cuscute (Devil’s guts). A la Guadeloupe, la Cuscute devient « l’herbe à z’amitié » et à la Martinique, « l’herbe à z’amourette ».
- Les Antilles, pays des liaisons dangereuses,, possèdent encore le « z’yeux à bourrique » (Mucuna urens) et le
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- « z’ailes à mouches » (Carludouica gracüis), Pandanée tropicale voisine de l’espèce qui donne les fibres servant à la confection des chapeaux de Panama. Le Citrus decumana y est le a fruit défendu » et le Cassia alata, le « Sauveur des hommes ».
- Les Anglais comparent l’Aconit Napel à un « curé en chaire » (Parson in lhe Pulpit) ou encore au « bonnet de nuit de grand’mère » (Grandmother’s nightcap). « Oreilles d’abbé » désignaient anciennement l’UmbiUcus pendulinus, plus connu aujourd’hui comme « nombril de Vénus », ce qui n’est pas du tout la même chose.
- La (( ceinture de Neptune » est une Laminaire, le « doigt de Mercure » des Portugais (Dedo de Mercurio) est le Colchique d’Automne, la « massue d'Hercule » des Américains du Nord (Ilercules’club), VAralia spinosa et le « sceptre de Jupiter » (Cetro de Jupiter), le Salvia glulinosa en Castille.
- L’imagination poétique ou religieuse des peuples apporte au folklore botanique une large contribution. L’Alkékenge, notre « amour en cage » est le « fanal du fiancé » en Turquie, 1’ « épousée voilée » des Arméniens; la Balsamine : la Sposa novclla, la « nouvelle mariée » des Napolitains, l’Anémone sauvage : le « sommeil bleu » des paysans, de l’Ukraine.
- Les fruits de l’érable sont les « clefs de Marie » au Pays de Galles ; la Symphorine, 1’ « Oraison de la Vierge » près du Mont Ven toux. La liste est longue des plantes dédiées à la mère du Christ : « cheveux de la Bonne Dame » (Cle-matis vitalba), « gants de Notre-Dame » (Ancolie vulgaire), « éperon de la Vierge » (Delphinium consolida), « sabots de la Bonne Vierge » (Lotier corniculé), « langes de la Madone », Panizclli di la Madonna, en Sicile (Erodium mos-chatum), « quenouille de la Vierge » (Rose trémière), « larmes de Marie », Maricntliranen des Allemands (Lithosper-mum officinale), etc.
- Le Mihania ofjicinalis est le « cœur de Jésus » des Brésiliens (Coraçào de Jésus), le Rumex aceioselea, le <c sang de Jésus-Christ » aux Baléares.
- J’ai cité plus haut les « boyaux du Diable », mais il y a aussi « l’œil du Diable » (Adonis vernalis), les « cornes du diable » (Marty nia proboscidea), les « cheveux du diable » (la grande Cuscute). L’ « œuf du diable » est le Phallus impudicus à l’étal jeune et le Stercus diaboli est cet Asa fœtida à odeur repoussante, prisé si fort des Asiatiques qu’ils en ont fait le « manger des Dieux ». Il y a encore de nombreuses herbes du diable, de multiples arbres du diable, des fruits et des fleurs du diable, etc.
- Les saints ont aussi leur bonne part dans la terminologie populaire des plantes. Saint Jean paraît le mieux partagé ; les plantes dont il est le parrain abondent et leurs vertus sont innombrables. L’Armoise, le Millepertuis, le Lierre tes-restre, la grande Marguerite des prés, la Sauge sclarée sont des « herbes de Saint Jean ». Il y a un « bastoun-de-Sant Jaque » en Provence qui est la Rose trémière ; la Giroflée jaune s’appelle aussi « violette de Saint Georges », VAjuga reptans, « herbe de Saint François » (erba de san-Franciscu en dialecte italien). La « roue de Sainte Catherine » est la Nigelle des champs, dans l’Aube. L’ « arbre de Saint Dominique » (albero de San Domenico en Italie) est le Melia Aze-darach; le Saint Bernard’s Lily anglais, le « lis de Saint Bernard », le Phalangium liliago; P « herbe de Saint Benoît », le Geum urbanum, le «jambon de Saint Antoine », VŒnothera biennis.
- « Mort aux vaches » n’est pas un cri séditieux, c’est un des noms de la Renoncule scélérate. La Fumeterre officinale est une « soupe au vin » dans l’Aube et un « bonhomme grillé » en Ille-et-Vilaine ; le chardon à foulon se dénomme cocassement « cochons brûlés » dans le Pas-de-Calais ; la
- Renoncule âcre devient un « pot de chambre » dans la région de Vire.
- La « marmite de singe » (Lecythis grandiflora) est bien connue aux Antilles ; la « tabatière de chat » rappelle que les capsules de la Jusquiame s’ouvrent comme le couvercle d’une boîte, pour laisser échapper leurs graines; la « cuiller de berger » (cuchara de Pastor) est le nom espagnol du Leuzea conifera ; « peigne de loup » est le synonyme français du Merulius quercinus, champignon qui pousse sur le chêne.
- Le Centranthus ruber ou Valériane rouge est appelé « malice des hommes » dans la Ilaute-Marne et sa variété blanche « malice des femmes » ; la « veuve joyeuse » (Viuda alegre) est un Clerodendron du Salvador (C. fragrans), la « folie des filles », aux Antilles, le Lagerstrœmia indica, arbre asiatique que les Japonais appellent « singes glissants ».
- Les animaux sont également largement représentés dans la nomenclature populaire végétale : l’Arum maculatum est plus connu sous le nom de « pied de veau » ; « dragée de cheval » est un des noms du sarrasin, « pas d’âne » celui d’un Tussilage; la « gueule de loup », c’est le muflier. Il y a de nombreuses « queues de renard » (Amarante, Vulpin, Carex, Phléole, etc.) et le Mimulus est l’Affenblume, la « fleur de singe » des Allemands.
- « Moustache de chat » (Cat’s Moustache) désigne l'Ortho-siphon stamineus, Labiée du Queensland à étamines proéminentes. Le « lait de lièvre » est un laileron ; « pois à crapaud », le Viccia Cracca. Le Dalbergia gracilis, au Brésil, s’appelle « boyau de poule » (tripa de Gallinha). Si la plante est gracieuse, le nom vernaculaire l’est moins. Aux États-Unis, nous avons 1’ « alligator wood » (Liquidambar styra-ciflua) et dans l’Afrique du Sud les Bégonias se nomment communément « oreilles d’éléphant » (Elephant’s car plant) ; en Nouvelle-Zélande, « pomme de Kangourou » (Kangaroo apple) s’applique au Solanum aviculare.
- Parfois, le nom populaire de la plante est une courte phrase qui fait image : Vergiss-mcin-nicht, « ne m’oubliez pas », dit le Myosotis et Kiss-me-quick, « embrassez-moi vite », répond le Géranium robertianum, cependant qu’en touchant les feuilles de la Sensitive, l’Américain de Panama murmure : Cierras-tus-puertas, « ferme tes portes »....
- Je pourrais encore longuement m’étendre : les noms vulgaires des plantes sont innombrables et chaque plante en a souvent toute une collection. J’ai voulu en choisir quelques-uns qui m’ont paru pittoresques. Chaque peuple, que dis-je ? chaque province pour ne pas dire chaque clocher, a ses dénominations propres ; elles font partie du patrimoine héréditaire et se transmettent de génération en génération. Si la systématique y est malmenée, le poète peut y faire des trouvailles heureuses, le philosophe y trouver sujets à méditation et le folkloriste, des tournures locales, des expressions qui feront son bonheur. Eue. Meunissier.
- BIBLIOGRAPHIE
- A. Flora de Portugal (A. N Pereira Continiio) ; Bois de la Guyane française (R. Benoist) ; Catalogue raisonné des Plantes vasculaires des îles Baléares (P. Mares et Virgineix) ; Contribution à la Flore de la Guadeloupe (H. Mazé) ; Dictionnaire de la langue française (Littré) ; Enumeracion y Révision de las Plantas de la peninsula hispano-lusitana e ilslas Baléares (D. Miguel Colmeiro) ; Flora of the Panama canal zone (P. C. Stàndley) ; Flore populaire (E. Rolland) ; Nomenclature of the arborescent Flora of the U. S. (G. B. Sudyvortii) ; Répertoire des Plantes utiles et vénéneuses du Globe (E. Duciiesne) Les Essences forestières du Japon (E. Dupont) ; Trees and Shrubs of Mexico (P. C. Stândley) ; Trésor du Félibrige (F. Mistral) ; Botanica brasileira (Mello Moraes) ; Die deutschen Volksnamen der Pflanzen (G. Pritzel u. Jessen), etc....
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- U ACIER AU PLOMB
- Chaque guerre aura-t-elle son acier spécial ?
- La deniière avait révélé les aciers inoxydables dont les utilisations se sont multipliées parce qu’ils répondent au mieux aux exigences de sécurité et de durée, au souci d’éviter la corrosion, la rouille.
- Celte guerre-ci verra-t-elle un nouveau progrès métallurgique répondant au désir de l’armement d’amonceler du matériel en usinant le plus rapidement et le plus facilement toutes les variétés d’acier exigées pour le combat, même les plus dures et les plus résistantes ?
- Pendant longtemps, les pièces à fileter furent couramment fournies en « acier pour boulonnerie », bon marché, produit par le procédé Bessemer, dont la qualité est de s’usiner aisément, sans outils spéciaux. Mais il réagit mal aux traitements thermiques, ne durcit pas uniformément et devient fragile aux chocs. Si bien qu’envisageant la sécurité d’emploi, les utilisateurs en sont venus à réclamer, à exiger dans leurs cahiers des charges, des aciers Martin plus homogènes et résistants après traitements thermiques, mais aussi plus difficiles à usiner et notamment à décolleter.
- Cela conduisit d’une part à la création des aciers dui’s, à coupe rapide, pour outils, et d’autre part à toute une série de recherches pour améliorer les qualités d’usinage des aciers Martin.
- On commença par comparer les analyses chimiques des aciers Bessemer et Martin, et comme les premiers sont plus riches en soufre et en phosphore, on essaya d’enrichir les seconds en ces corps par resulfurisation et rephosphorisation, mais ils perdaient ainsi plus ou moins leurs qualités propres. Des aciers amenés à une teneur de 0,26 pour 100 en soufre, élaborés et coulés avec grand soin, subissaient une diminution de résistance, de résilience et d’allongement ; des aciers rephosphorisés sans soufre durent être eux aussi abandonnés. ! 1
- On songea également à augmenter la teneur en azote des aciers Martin pour l’amener à celle des aciers Bessemer, mais on n’a pas abouti dans cette voie jusqu’ici.
- On s’est encore appliqué à px-éciser les conditions optima de désoxydation, de pression et de température du laminage, à augmenter les opérations de parachèvement : corroyage et étirage à froid, mais les effets obtenus, s’ils sont satisfaisants dans certains cas, nécessitent des installations supplémentaires, un travail et des dépenses tels qu’ils ne peuvent êtrfe généralisés.
- Les recherches se sont alors orientées vers l’addition à l’acier Martin de petites pi'oportions d’un métal autre, et comme on savait déjà que pour certains métaux non ferreux, de faibles pourcentages de plomb améliorent grandement les possibilités d’usinage, on choisit le même métal pour les essais.
- Les difficultés s’avérèrent grandes d’abord. Le plomb n’est pas soluble dans l’acier en fusion et ne s’y disperse pas ; il fallut donc l’y injecter en émulsion
- très fine. On finit par y parvenir et on réalisa un acier au plomb dans lequel, après solidification, le métal mou reste en particules infimes uniformément réparties dans tout le lingot.
- Bien que l’examen métallographique de tels aciers ne soit pas encore au point, les premiers résultats obtenus (fig. x) monti’ent que les deux métaux ne forment pas alliage et que le plomb l’este séparé en multiples ponctuations très fines régulièrement dispei’sées. Son seul effet est de rendre le grain de l’acier un peu plus fin.
- Ces l'echerches ont été mises au point par l’Inland Steel Co, de Chicago, et viennent d’être connues par une étude de M. Frédéric J. Robbins, parue dans The lron Age.
- Dans des expéi'iences comparatives, on a pu introduire 0,1 à o,25 pour xoo de plomb dans l’un des deux aciers d’une même coulée et obtenir ainsi deux pi’oduils ne différant que par le métal ajouté. On a ensuite mesuré les principales caractéristiques, soit après.étirage à fi’oid, soit après cémentation et ti’empé à l’huile ou à l’eau, soit api'ès cémentation, refroidis-
- sement et revenu. Voici deux exemples des résultats
- obtenus : Étirage à froid Cémentation (8 h.) trempé à l’huile
- Acier Le même + P b Acier Le même + P b
- Élasticité . . . 46,9 49,7 46,2. 44,8
- Résistance . . . 46,2 46,9 29,4 32,2
- Allongement p. 100 i8,5 i8,5 3i 36
- Striction p. 100. 51,3 5i,3 63 65
- Dureté Brinell . . i37 i43 i3i 126
- Résilience Chai'py 3i 27 4ï 39
- C’est dire que l’addition de plomb ne modifie aucune des cai-actéristiques mécaniques de l’acier. Gela est vrai des aciers ordinaii’es au carbone Thomas ou Martin, comme des aciers spéciaux au soufre, au carbone de cémentation, demi-doux, demi-durs, au chrome, au chrome-molybdène, au nickel-chrome.
- La cémentation des nouveaux aciers est légèrement retardée, ce qu’on peut corriger aisément par une légère élévation de température. La couche d’oxyde est un peu plus adhérente sur les aciers à haute teneur en carbone, mais on l’éduit facilement son épaisseur en réglant les fours à gaz ou les fours électriques.
- Par contre les aciers au plomb tii'ent tout leur avantage de leur « usinabilité », c’est-à-dii'e de la facilité qu’on a de les travailler.
- Il est difficile d’obtenir des mesures absolues de cette qualité, puisqu’on discute toujours du choix qu’on peut faire entre des grosses passes à vitesses faibles et des petites passes répétées à grandes vitesses. Mais des chronométrages effectués en usine alors qu’on travaillait les mêmes aciers, avec ou sans plomb, sans eonnaîti'e la nature des pi’oduits, ont donné les l’ésul-tats suivants :
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- I. — Production d’un moyeu de roue avec acier Bes-semer à haute teneur en soufre :
- Acier au Acier plomb
- Vitesse en mètres par minute. . . 5a 79
- Nombre de pièces à l’heure. . 4o 57
- Prix de revient en dollars par mille
- pièces . ............................. 69 46
- II. — Production de rondelles pour automobile :
- Vitesse............................ 39,5 76
- Nombre de pièces . . . . . . i56 288
- Prix de revient................... 28 28
- III. — Pignon de mécanisme :
- Vitesse........................... 4i 58
- Nombre de pièces..................i5o 214
- Prix de revient................... 3i 29
- D’autres mesures plus simples aboutissent aux mêmes conclusions, par exemple les temps de sciage de blooms de 170 x i5o.
- Acier extra-doux
- — doux .
- — mi-dur .
- S fin plomb
- 4mn44s.
- 2mn42s.
- 2mn48s.
- Avec plomb
- 2mn20s.
- iran5os.
- 2mno5s.
- L’addition de faibles quantités de plomb aux aciers les plus divers augmente donc leur « usinabilité ». Elle permet de plus grandes vitesses de coupe et abaisse ainsi le prix de revient. Un autre avantage qui découle de celle qualité est la prolongation de durée des outils, diminuant les frais généraux d’outillage ; celle-ci est variable selon les conditions, mais
- Fig. 1. — Micrographie d’un acier au plomb, montrant la dispersion de ce dernier métal (petits points noirs).
- elle est toujours sensible et peut atteindre ou même dépasser 200 pour 100.
- L’explication de l’effet du plomb reste à découvrir. Il diminue la ségrégation et, rompant la. continuité de la ferrite libre, il favorise la formation d’un copeau fin ne s’accumulant pas près de l’arète coupante ; il diminue aussi réchauffement. Mais la chimie du feu qu’est la métallurgie est encore si obscure qu’on ne peut songer à expliquer complètement son action.
- Quoiqu’il en soit, le nouvel acier au plomb est un très sensible progrès. Nul doute qu’il prendra une place croissante dans les fabrications de guerre d’abord, puis dans toute l’industrie mécanique du temps de paix.
- A. B.
- LE MÉCANISME DE LA COUPE DES OUTILS
- Si l’on considère, dit le Pr Swift dans une conférence à l’Institut of Petroleum, que le cambouis est un des produits résiduaires les plus abondants dans les usines mécaniques, il est surprenant que l’on ait si peu de connaissances précises sur son mode de formation. D’une façon générale, le mécanisme de l’action des liquides utilisés pour lubrifier les outils n’a guère été étudié qu’en Amérique par Boston d’une façon systématique. Cette étude présuppose la connaissance du processus suivant lequel les outils eux-mêmes attaquent et travaillent le métal. Ici nos renseignements sont plus satisfaisants. Considérons le cas le plus simple, celui d’un outil de raboteuse ou de machine à planer. Ses caractéristiques géométriques essentielles sont : l’angle d’attaque a et l’angle de dégagement {3. Quand l’outil avance, la matière en regard de la pointe C est écrasée par l’outil et en même temps coupée suivant le plan CZ.
- Si le métal travaillé est cassant, de la fonte par exemple, il se désagrège et s’élimine laissant la pièce et l’outil dans
- la position relative représentée figure 1. En même temps, la résistance de la pièce à l’avancement de l’outil a augmenté et par suite sous l’effort, le métal se rompt suivant la direction oblique CDr
- Dans ce cas, la face CB de l’outil est en pression au voisinage du bord C tandis qu’il exerce également une pression en C sur la pièce, dans une direction normale à YZ de façon à enlever les aspérités résultant du départ du copeau. Mais la puissance absorbée par ce brunissage superficiel est petite par rapport à celle l’equise pour désagréger le métal.
- Lorsque le métal est plus ductile (fer, acier, alliages, etc.), le mécanisme est différent. Au commencement du cycle des opérations, il se produit une ride déformée et une craquelure, un commencement de cisaillement en C, (fig. 2a) en tête de l’outil. Puis, la poussée de l’outil augmente et sa direction d’application est suivant YZ. Il en résulte un effort combiné de tension et de cisaillement ; la craquelure s’étend en C3 (fig. 26) la direction de cisaillement étant suivant C3D3.
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- Comme la matière travaillée est ductile, la pression exercée par la face CB de l’outil forcera le talon du copeau à s’incurver (fig. 2c) facilitant ainsi la formation de la craquelure C4 au fur et à mesure que l’outil avance. Le copeau s’incurve de plus en plus (fig. 2d), exerçant sur la pièce une réaction facilitant le cisaillement en C, et subissant une opération de brunissage intense en glissant le long de la face CB de l’outil. L’opération continuant, il peut se produire que l’incurvation du copeau par l’outil ne développe plus un effort suffisant pour que la craquelure continue à se former en avant de l’outil. A ce moment, C5C diminue, l’outil se rapproche de la craquelure, le copeau attaqué plus bas par l’outil qui le rencontre exerce une force d’arrachement plus grande et le cycle des opérations recommence (fig. 2e).
- Ainsi donc, au début, l’outil comprime le métal jusqu’à en détacher par cisaillement l’amorce d’un copeau. La face de l’outil en avançant écarte le copeau de la pièce, d’où il résulte une force d’arrachement qui continue l’enlèvement du copeau. La pointe C de l’outil à ce moment n’est plus •en contact avec le métal et ne sert qu’à effectuer un brunissage de la surface, c’est la face CB qui fournit le travail d’arrachement du copeau.
- Une comparaison très approchée mais qui a l’avantage, se passant à grande échelle, de pouvoir être suivie visuellement et de présenter les caractéristiques essentielles rappelées plus haut est fournie lorsque l’on décloue une planche mince, ou une latte de bois fixée sur un madrier. On commence par introduire le ciseau à froid entre la planche à déclouer •et le madrier. Sitôt que la planche commence à se soulever, le tranchant de l’outil n’intervient plus, c’est à quelques centimètres en avant de lui que les deux pièces se séparent et cela grâce à l’action d’écartement de l’outil travaillant en coin. Si on tend à séparer les deux pièces en exerçant l’effort trop loin du point de raccord, par suite de l’élasticité •de la latte, elle se courbera sans amener la séparation des deux pièces et il faudra rapprocher l’outil de leur jonction. On voit que les phénomènes présentent une assez grande analogie.
- Ayant maintenant une première idée sur le mécanisme de 'la coupe des outils, nous pouvons mieux apprécier les services que l’on peut attendre de la lubrification pendant l’opération.
- Tout d’abord, la déformation des copeaux est une propriété intrinsèque du métal que la lubrification ne peut guère modifier. Par contre, le frottement entre la face de l’outil et le copeau, d’une part et, d’autre part, entre le tranchant de ll’outil et la surface de la pièce qu’il brunit, peuvent être influencées par l’emploi d’un liquide convenable. Bien qu’il •soit assez difficile d’évaluer séparément les forces mises en jeu dans ces deux phénomènes, il semble, d’après les expériences de Stanton qu’avec des outils d’angle de coupe opti-
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- Fig. 1.
- mum, elles sont du même ordre de grandeur, sauf pour les métaux comme le cuivre et le laiton où la force de brunissage est de beaucoup la plus faible. S’il n’y avait aucune dissipation de la chaleur, la température des copeaux pourrait s’élever à 5oo° environ. D’ailleurs, la chaleur emportée par le copeau est due surtout à la déformation et à un degré beaucoup moindre au frottement. Enfin, rappelons que la chaleur s’accumule dans l’outil tandis qu’elle s’élimine constamment par les copeaux cl dans la masse de la pièce travaillée.
- - Les caractéristiques d’un outil.
- Par suite, le premier rôle d’un liquide sera de limiter la température de l’outil de deux façons : en le lubrifiant de façon à diminuer les efforts de frottement et en le refroidissant par entraînement loin de lui de la chaleur développée par le travail. Le liquide idéal doit donc avoir une chaleur spécifique élevée, une grande fluidité, de bonnes qualités lubrifiantes, être non corrosif, ininflammable et stable sous l’action de la chaleur. C’est dire qu’il n’existe pas encore !
- On emploie ordinairement des solutions aqueuses, des émulsions d’huiles solubles, des huiles pures (minérales, végétales, etc.) ou des huiles mélangées de matières spéciales (soufre, graphite, etc...). Les solutions et certaines émulsions ont des chaleurs spécifiques supérieures aux huiles et une bonne fluidité mais, par contre, leur tension superficielle, qui détermine la puissance de mouillage et de pénétration des liquides, est inférieure à celle des huiles. Il semble d’après les essais de Boston qu’une huile sulfonatée en émulsion, qui serait stable et sans action chimique donnerait les meilleurs résultats. Il faut également que le lubrifiant soit appliqué en quantité convenable et en des points appropriés. Dans certains cas, un excès de lubrifiant, concernant un refroidissement trop parfait de la pièce réduit la durée de l’outil et nuit au fini du travail en empêchant les couches superficielles du métal de se déplacer sous l’action de brunissage de l’outil.
- Quant aux points d’application, Burley a trouvé que les deux endroits optima sont la face AC et la face BC et que si un débit donné d’un lubrifiant suivant A augmente le rendement de l’outil de 34 pour 100 par exemple, le même débit appliqué en B l’augmente de 70 pour xoo et que, dans certaines limites, les deux actions sont cumulatives.
- On voit donc que s’il reste encore beaucoup à étudier sur ce problème si important en mécanique industrielle, on possède déjà des indications précieuses qui permettent d’orienter utilement les recherches.
- H. Vigneron.
- Fig. 2. — La formation d’un copeau
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- SINGULIERS CALCULS
- Il y a quelques années, un de mes amis m’adressa l’énoncé d’un problème qui l’avait fort embarrassé. Mon ami m’avouait qu’il avait tâtonné très longtemps et qu'en essayant différents nombres, il était enfin parvenu à une solution satisfaisante mais dont la théorie lui échappait en partie. Je fus, en effet, très étonné devant le « singulier calcul « que j’avais sous les yeux. J’ignore si le problème était inédit, ceci pour préciser qu’il n’est peut-être pas nouveau. L’énoncé était romancé, très couleur locale, la scène se passant à Marseille; j’abrège et donne l’essentiel.
- Jacques se propose de deviner l’âge de Pierre, Paul et Jean. Paul multiplie l’âge de Pierre, qui est l’aîné, par l’âge de Jean, le plus jeune; au résultat, il ajoute 2.000 fois la somme des âges de Pierre et de.Jean; enfin, il ajoute le vingtième exact de son âge et donne à Jacques le résultat final : 212.738,66. Voici la solution de mon ami, pour plus de clarté, je fais parler Jacques.
- J’appelle u la partie décimale, u = o,65, et K le nombre obtenu en retranchant u et en ajoutant un 4 devant le résultat donné : K = 4-212.738. J’extrais la racine carrée entière de K, par défaut, soit A cette racine et R le reste, A-= 2.o52, R = 2.o34. De A je retranche R, j’obtiens un nombre K', K7 = 18, dont j’extrais, à nouveau, la racine entière par défaut. J’appelle B cette racine et r le reste, B = 4j r = 2 et j’ai maintenant tous les éléments pour trouver vos âges respectifs. Toi, Pierre, ton âge est égal à :
- A + B — 1999 = 2062 + 4 — 1999 = 57 Jean, le plus jeune, est âgé de :
- A — B — 2000 = 2062 — 4 — 2000 = 48 quant à loi, Paul, ton âge exact est :
- 2o(B — r + u) — 20 (4 — 2 -f o,65) = 53.
- Si à la première opération je trouve un reste plus grand que A, je procède ainsi : je prends K/ = 2A — R et mes formules finales sont alors :
- pour l’aîné : A + B — 1998;
- pour le plus jeune : A — B — 2000 ;
- pour le cadet : 2o(2B — r + u).
- *
- # *
- Dernièrement, j’ai reçu d’un correspondant anonyme (qui serait très aimable de se faire connaître) une courte note fort intéressante, car elle présente une méthode ingénieuse pour vérifier, sans division, si un nombre quelconque est multiple d’un nombre d’une certaine forme. Le procédé' s’applique aux diviseurs terminés par 1, 3, 7, 9. Il faut d’abord déterminer un nombre constant que mon correspondant appelle c( multiplicateur-réducteur » (en abrégé m. r.).
- Pour les diviseurs terminés par 1, le m. r. est égal au nombre des dizaines pris avec le signe moins. Exemples : pour 11, il est — 1, pour i3i, c’est — i3.
- Pour les diviseurs terminés par 3, le m. r. est égal au triple du nombre des dizaines, plus l’unité. Exemples : pour i3, le m. r. est 3 x 1 + 1 = 4; pour io3 : 10 x 3 + 1 = 3i.
- Pour les diviseurs terminés par 7, le m. r. est égal au triple du nombre des dizaines, plus 2, pris avec le signe moins. Ex. : pour 17, le m. r. est — (1 x 3 + 2) = — 5 ; pour 137, il est : — (i3 x 3 + 2) = •— 4i.
- Enfin pour les diviseurs terminés par 9, le m. r. est égal au nombre des dizaines plus 1. Exemples : pour 29, c’est 3, pour 209, 21.
- Pour vérifier si un nombre donné est divisible par un nombre terminé par 1, 3, 7 ou 9, on procède par additions algébriques successfves. Quelques exemples feront comprendre très clairement le mode d’opérer. Soit à rechercher si 209.808 est divisible par 3i. Le m. r. de 3i est —3; on procède ainsi :
- 209.808
- — 24
- 209.56 — 1 8
- 207.7
- 186 — 18
- o
- — 3 x 8 = — 24
- — 3 x 6 = — 18
- — 3 x 7 = -— 21
- — 3 x 6 — — 18
- Le reste est nul, donc 209.808 est multiple de 3i.
- Le nombre 142.857 est-il divisible par 37 ? Le ni. r. de
- 37 est - - (3 x 3 + 2) = — 11.
- 142.857 -— 11 x 7 = — 77
- — 77
- i4a.08 — 11 x 8 = — 88
- — 88
- • i33.2 —11 X 2 = 22
- — 22
- m — 11 X 1 = —11
- — 11
- o
- Le nombre 312.949 est-il multiple de 19 ? Le m. r. de 19 est : 1 + 1 = 2.
- 312.949 18
- 3i3.12
- 3i3.5 10
- 323 6
- ~38~
- 16
- 19
- Le reste 19, ou le précédent 38, étant multiples de 19, le nombre 812.949 est divisible par 19.
- Le procédé est simple, expéditif et beaucoup moins fastidieux qu’une division lorsqu’il s’agit de grands nombres.
- Nous pensons que nos lecteurs seront intéressés et quelque peu intrigués par ces calculs assez singuliers au premier abord, aussi je leur propose les questions suivantes :
- Problème I. — Justifier la solution de Jacques. Cette solution est-elle générale ?
- Problème II. — Justifier la méthode de divisibilité exposée ci-dessus. Si le nombre donné n’est pas multiple du diviseur, le résultat final est-il le reste qu’on obtiendrait en effectuant la division par la méthode- ordinaire ?
- H. Barolet.
- 2 x 9 = 18 2x2= 4
- 2 x 5 = 10 2x3= 6 2 x 8 = 16
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- i BULLETIN ASTRONOMIQUE 1
- LA VOUTE CÉLESTE EN JUILLET ET AOÛT 1940 (')
- Ces deux mois présentent un programme astronomique très chargé : plus grand éclat de Vénus le 29 juillet; rapprochement graduel des planètes Jupiter et Saturne (à suivre à partir du 10 juillet) (fig. 1) ; nombreuses conjonctions de planètes entre elles et avec la Lune ; visibilité de Mercure le malin, en août ; nombreux phénomènes du système des satellites de Jupiter; chute des Perséides, des Aquarides ; minima d’Algol, etc., etc.
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil sera de + 23°6/
- le Ier juillet, de + iS'W le Ier août et de + 8°36/ le 3i août.
- Durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil : le Ier juillet : i6h3m; le 1e1’ août :-i5h3m; le 3i août : i3h27m.
- Voici, de 5 jours en 5 jours, le temps moyen à midi vrai :
- Juillet : 1er = 6 = n1155mi4s; il =
- 16 = nh56m34s ; 21 = nh56m54s ; 26 = nh5jm3is ;
- 31 — nh56m54s. -—Août : '1er — uh56m5is; 6 — nh56m25s; Il = nh55m45s ; 16 — nll54m5os ; 21 = xi1153m42s ;
- 26 — nh52m23s; 31 — iihooin54s.
- Observations physiques. — Observer chaque jour le Soleil. Voici la suite des éphémérides permettant l’orientation des dessins et des photographies du Soleil :
- Date (oh) P B. L„
- Juillet 5 — 0,9* 0 + 3;38 *44)57
- — 10 + i,35 E + 3,90 178.40
- — i5 + 3,6o E + 4,4o 1I2,23
- — 20 + 5,8o E + 4,86 46,07
- — 25 + 7>94 E + 5,29 839,92
- — 3o + 10,02 E + 5,69 273,78
- Août 4 + 12,01 E + 6,o4 207,66
- — 9 + l3.gO E 4- 6,36 141,54
- — 14 + i5,6g E + 6.63 75.44
- — 19 + 17,36 E + 6.85 9,35
- — 24 + 18,92 E + 7,o3 3o3,28
- — 29 + 20,34 E + 7,i5 237,22
- Lumière zodiacale; lueur antisolaire. — Ces lueurs sont pratiquement inobservables pendant ces deux mois, en France.
- II. — Lune. — Voici les phases de la Lune :
- N. L. le 5 Juillet, à 11 ti28ra
- P. O. le 12 — à 6h35ox
- P. L. le 19 — à 9h55m
- D. Q. le 27 — à nh2gm
- N. L. le 3 Août, à 2011 gai
- P. Q. le 10 — à i2h o1"
- P. L. le 17 — à 23h 2111
- D. O. le 26 — à 3l'33m
- Age de la Lune : le Ier juillet, o11 — 25j,o; le 5 ' juillet = oj,5 ; le 3i juillet = 35^,5 ; le 1e1’ aoiAit = 26J,5 ; le 4 août = oj,2 ; le 3x août = 27’,2.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune : le 4 juillet, à Gh = + iS°4o/; le 17 juillet, à 3h = — i8°38/ ; le 3i juillet, à i5h = + i8°33/; le i3 août, à 911 = — i8°29/; le 28 août, à oh = + i8°23C
- L Toutes les heures données dans le présent « Bulletin Astronomique » sont exprimées en Temps Universel (T. U.), compté de 0h à 24h, à partir de 0h (minuit). Pendant la période d’application de Y heure d’été augmenter toutes les heures de une heure.
- Périgée de la Lune (plus petite distance à la Terre) et Apogée de la Lune (plus grande distance à la Terre) :
- Phénomène Date Heure Parallaxe Distance
- Périgée 9 Juillet 19b 59'33" 368 231 km
- Apogée 25 — 5h 54'13" 4x2 o43 —
- Périgée 6 Août 3h 6o'2i" 363 35o —
- Apogée 21 — 22h 54' 5" 4o5 445 —
- Occultations d’étoiles et de planètes par la Lune :
- Magni- Phéno- Heure
- Date Astre tude mène Paris Uccle
- Juin i5 43o2B D. — 180 7111, t Imm. 20t*48n ‘,6 20h5 2m, 1
- — 28 38 Bêl er 5 2 Ern. 2 I I 2 2 17 9
- Août 124605 B. D. — 19» 6 5 1mm. 20 29 1 20 3l 2
- — i3 7 Sagittaire 5 7 Imm. 23 39 0 —
- — 27 672B D. + 160 5 7 Em. 0 43 7 0 52 9
- Marées; Mascaret. — Les plus grandes marées se produiront, en juillet, du 6 au 10, à l’époqùe de la nouvelle Lune (coefficient maximum : 94 centièmes) puis, en août, du 3 au 8 (également à l’époque de la nouvelle Lune (coefficient maximum : io5 centièmes).
- Le mascaret n’est pas annoncé pour ces deux mois.
- III. — Planètes. — Le tableau ci-après a été dressé à l’aide des renseignements fournis par l’Annuaire astronomique Flammarion. Il donne les indications nécessaires pour trouver et observer les principales planètes en juillet et en août 1940.
- Mercure sera en conjonction inférieure avec le Soleil le 22 juillet, à 5h. Il deviendra alors visible le matin et atteindra sa plus grande élongation le 10 août, à x5h, à xS^V à l’Ouest du Soleil.
- Vénus brille d’un éclat magnifique le matin, dans l’aube. Elle atteindra son plus grand éclat le 29 juillet. Le 16 août, elle se lèvera 3h29m avant le Soleil. Nous avons donné au n° 3o58, dans le « Bulletin astronomique », l’aspect de Vénus au cours de l’année 1940. Les dessins nos 7 et 8 représentent la phase de Vénus respectivement les i4 juillet et i3 août de celte année.
- Mars sera inobservable. Il se trouvera en conjonction avec le Soleil le 3o août, à 9h.
- Jupiter arrivera à sa quadrature occidentale avec le Soleil le 7 août, à ih. Il conviendi’a de suivre, en août, le très curieux rapprochement de Jupiter et de Saturne (fig. 1) qui donnera lieu, cette année, à deuæ conjonctions : la première le i5 août, à i3h, la seconde en octobre. On pourra aisément observer le premier rapprochement les i4, i5 et 16 août, vers la fin de la nuit.
- De très nombreux phénomènes du système des satellites se produiront. On sait combien il est intéressant de suivre l’évolution de ces petits mondes, même avec une modeste lunette. Nous en donnons ci-après la liste complète, en modifiant un peu la disposition typographique (pour gagner de la place). Rappelons brièvement les abréviations :
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-
-
- ===== 318 —........ : ................ —
- Ec. ou Ef. : commencement et fin d’une éclipse d’un satellite ;
- Pc. ou Pf. : commencement ou fin du passage d’un satellite devant Jupiter ;
- Oc. ou Of. : commencement ou fin du passage de l’ombre d’un satellite sur Jupiter;
- Im. et Em. : commencement ou fin de l’occultation d’un satellite par Jupiter.
- Juillet : 5, I. Oc. 2h44m. — 6, III. Pc. 3hi4m; I. Em. 3hi7m. — 10, II. Ec. 2h49m,3. — 12, II. Pf. 2hn“. — 13, I. Ec. ih45m,i ; III. Oc. 2h6m. — 1k, I. Of. ihi6m; I. Pc.
- 2h02m. -- 19, II. Of. 2hI2m ; II. Pc. 2h22m. — 20, I. Ec.
- 3h39m,3. — 21, I. Oc. ihom ; I. Pc. 2h20m; I. Of. 3h9m.
- — 22, I. Em. ih4om. — 2k, III. Im. ih46m ; III. Em. 3h32m.
- — 26, II. Oc. 2hi6m. — 27, II. Ef. 23h49m,9. — 28, II. Im. oh2m; II. Em. 2h33m ; I. Oc. 2h54m. — 29, I. Ec. ob2m,o ;
- I. Em. 3h36m. — 30, I. Pf. oh52m. — 31, III. Ec. oh6m,8 ; III. Ef. 2h9m,2.
- Août : 3, II. Ec. 23h5im,4. — k, II. Ef. 2h24m,5 ; II. Im. 2h38m. — 5, I. Ec. ih56m,i ; I. Oc. 23hi6ra; II. Pf. 23h3im.
- — 6, I. Pc. oh39m ; I. Of. xh25m ; I. Pf. 2h46m ; I. Em. 23h59m.
- — 7, III. Ec. 4h7m,4- — 10, III. Pc. 23h57m. — 11, III. Pf. ih32m; II. Ec. 2h26m,o. — 12, I. Ec. 3h5om,3 ; II. Of. 23h2im;
- II. Pc. 23h38m. — 13, I. Oc. ihiom ; II. Pf. 2h7m ; I. Pc. 2h32m; I. Of. 3hi9m. — lk, I. Em. i*53m; I. Pf. 23^“. — 18, III. Of. oh7m ; III. Pc. 3h54m. — 19, II. Oc. 23h26m. — 20, II. Of. ih58m ; I. Pc. 2hi2m; I. Oc. 3h4m ; I. Pc. 4Mm.
- — 21, I. Ec. ohi3m,2 ; I. Em. 3h45m ; I. Pc. 22h52m; II. Em. 23h29m; I. Of. 23h4im. — 22, I. Pf. oh59m ; I. Em. 22hi3m.
- — 25, III. Oc. 2hiom ; III. Of. 4h8m. — 27, II. Oc. 2h2m ; II. Of. 4h35m ; II. Pc. 4h44m. — 28, I. Ec. 2h7m,4 ; III. Em. 23hiom; II. Ef. 23h24m)9; I. Oc. 23h26m ; II. Im. 23h28m. — 29, I. Pc. oh43m ; I. Of. ih34m ; II. Em. i*57m; I. Pf. 2h5om.
- — 30, I. Em. oh4m.
- Fig. 1. — Sehéma approximatif du rapprochement des planètes Jupiter et Saturne, au milieu des étoiles de la constellation du Bélier, entre le Ier et le 28 août 1940.
- Saturne devient visible le matin, surtout en août. Il arrivera en quadrature avec le Soleil le 7 août, à 2&. Observer son curieux rapprochement, du i4 au 16 août, de Jupiter (fig. i). Voici les éléments de l’anneau de Saturne :
- juillet 17 août
- 3 9", 3 8 4'",66
- 13 ", G 7 — 1 4"j>66
- 2on,3i4 — 2o°,6o5
- i8°,4°4 — i8<y,86
- 16
- Grand axe extérieur..............
- Petit axe extérieur..................—
- Hauteur de la Terre sur le plan
- de l’anneau.......................—
- Hauteur du Soleil sur le plan de l’anneau..........................—
- ASTRE Date : Lever Passage au méridien Coucher Ascen- sion Déclinai- Diamètre Constellation VISIBILITÉ
- à Paris de Paris à Paris droite son ( apparent et étoile voisine
- xer Juill. 3b53m 1 ih 5'4“ 19s iqb56m 6h4im + 23o 6' 3i '3o"7 Gémeaux
- Soleil . . *23 Juill. 4 i4 11 56 5g 19 4o 8 11 + 20 3 31 32,4 Cancer «
- \ 4 Août 4 29 11 56 37 '9 24 8 58 + ll i3 3i 34,9 Cancer 1
- 28 Août 5 2 11 5i 5o 18 4o 10 27 + 9 4i 31 43,5 Lion
- tn Juill. 5 42 12 5g 20 16 8 26 + i5 46 10,8 9 Cancer ^Inobservable en juillet.
- Mercure . |a3 Juill. 4 27 I I 44 i9 1 7 5P + i5 34 11,4 Cancer > Visible le mai in en août,
- | 4 Août 3 13 IO 45 18 J7 7 45 + 18 9 9,o Gémeaux plus grande élonga-
- r28 Août 4 l7 I I 28 18 37 10 0 + i4 4 5,2 •fl Lion lion le 10.
- Vénus. 23 Juill. 28 Août 2 6 1 11 Q 8 35 46 17 16 4 22 5 48 7 20. + + 17 18 46 43 44,2 26,4 i3o 5i Taureau Gémeaux /Magnifique le matin, plus grand éclat le 29 juillet.
- Mars . 12.3 Juill 5 17 12 4g 20 20 9 o1 + 18 I 2 3,6 X Cancer Inobservable.
- [28 Août 5 3 11 56 19 48 10 3o + 10 36 3,6 P Lion
- . •. j23 Juin JupUer .j!g Ao4t 23 14 21 0 6 4 3o 20 '4 11 42 35 2 43 2 54 + + »4 i5 32 16 36,2 4o,4 a 0* Bélier Bélier iBien visible dans la seconde partie de la V nuit.
- Saturne . r23 Juill 23 24 6 35 i3 43 2 48 + i3 4a 15,8 (7 Rélier ^Seconde partie de la
- p8 Août 2 1 5 4 18 11 26 2 52 + i3 53 16,8 <T Bélier ^ nuit.
- Uranus 1 2Q Juill. 23 18 6 57 14 33 3 34 + 18 55 3,4 Taureau Seconde partie de la
- ^28 Août 21 21 5 1 12 37 3 36 !9 2 3,6 Taureau nuit.
- Neptune . I29 Juill. (28 Août 1 8 4l 6 48 .5 i3 0 6 21 J9 20 24 11 38 11 42 + + 3 3 4« 18 • 2,4 2,4 Vierge Vierge Inobservable. '
- 1. On remarquera que le Soleil et toutes les planètes sont dans l’hémisphère boréal pendant ces deux mois.
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-
-
- Élongations de Titan, le plus lumineux des satellites de Saturne :
- A l’Ouest : 8 juillet, à i4h)i ; 24 juillet, à i3h,8; 9 août, à i3h,3 ; 25 août, à i2h,2. A l’Est : 16 juillet, à i5h,o ; xer août, à i4h,7 ; 17 août, à i4h>o.
- Uranus sera en quadrature occidentale avec le Soleil le 19 août, à 6h. On pourra le trouver à l’aide d’une jumelle. Neptune, dans le rayonnement solaire, est inobserArable.
- IV. — Phénomènes divers. •— Conjonctions :
- Le 1er juillet, à 186, Uranus avec la Lune, à 2054' N.
- Le 4 juillet, à 13h, Vénus avec la Lune, à o°34' N.
- Le 6 j ui Met, à 22h, Mars avec la Lune, à 60 6' N.
- Le 7 juillet, à 2h, Mercure avec la Lune, à 2025' N.
- Le 10 juillet, à I9h. Mercure avec Mars, à 4024' s
- Le 10 juillet, à 12h, Neptune avec la Lune, à 3<j 16' N.
- Le 25 juillet, à lh, Mercure avec 1 Cancer
- (5m,9)> à O0 2' S.
- Le 28 juillet, à 5h, Jupiter avec ta Lune, à I°2l' N.
- Le 28 juillet, à 7h, Saturne avec la Lune, à 0014' N-
- Le 29 juillet, à 4h, Uranus avec la Lune, à 3oii' N.
- Le 3i juillet, à 2 1 h, Vénus avec la Lune, à o°3o' S.
- Le 2 août, à 176, Mercure avec la Lune, à i°36' N.
- Le 4 août, à i4h, Mars avec la Lune, à 5°2z' N.
- Le 4 août, à i4h, Jupiter avec <7 Bélier
- (5m,6), à 0° 5' N.
- Le 6 août, à *9h» Neptune avec la Lune, à 2°55' N.
- Le i5 août, à l3h, Jupiter avec Saturne, à 1015' N.
- Le 24 août, à i6h, Saturne avec la Lune, à 0°22' N.
- Le 24 août, à 17b, Jupiter avec la Lune, à 1039' N.
- Le 25 août, à l3h, Uranus avec la Lune, à 3o25' N.
- Le 29 août, à 20h, Vénus avec la Lune, à 1054' N.
- Etoile Polaire; Temps sidéral. — Voici quelques passages de l’Étoile Polaire au méridien de Paris :
- - ...................................— 319 =
- Temps
- Date Passage de la Polaire Heure (T. U.) sidéral à oh (')
- Juillet 9 Supérieur 6t>25m44s igh 7m 7S
- — !9 — 5 46 37 19 46 33
- — 29 — 5 7 3o 20 25 58
- Août 8 — 4 28 23 21 5 24
- — 18 — 3 49 j 5 21 44 5o
- — 28 — 3 io 7 22 24 i5
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol (jâ Persée), variable de 2m,3 à 3m,5 en 2j20h49m '• 42 juillet, oh6m ; 1er août, ih47m; 3, 22h35m; 21, 3h27m ; 24, ohi5m; 26, 2ih4m. Ces minima sont visibles à l’œil nu.
- Maxima d’éclat des variables ci-après :
- Le 10 juillet, R Cancer, variable de 5m,3 à 6m,8 en 258 jours.
- Le 22 juillet, 0 Baleine, variable de 2m,o à iom,i en 33a jours.
- Le 8 août, R Lion, variable de 5m,o à iom,5 en 3og jours.
- Etoiles filantes. — De très nombreux essaims météoriques sont actifs en juillet et août. Le principal est celui des Perse ides dont la chute commence vers le 7 juillet (radiant initial vers 0 Cassiopée), atteint son maximum du 9 au 11 août (radiant voisin de v) Persée) et cesse vers le 20 (le radiant est alors dans la Girafe).
- Du 25 au 3o juillet, chute des Aquarides, radiant A7ers 8 Verseau).
- V. — Constellations. — On trouvera la description de l’aspect de la Aroûte céleste pour le mois de juillet au « Bulletin astronomique » du n° 3o5o, page 871 ; et pour le mois d’août au n° 3o52, page 27.
- Em. Touchet.
- 1. Pour le méridien de Greenwich.
- CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE <‘)
- LE TEMPS DE POSE SIMPLIFIÉ
- Admettons, comme nous l’aArons fait dans la précédente « Causerie », que chacun de nous possède à présent un petit appareil photographique, dont le format n’excède pas 6x9, utilisant des pellicules en bobines, et qui peut tenir dans la poche ou dans une cartouchière (1 2).
- Dans les traités de photographie, on accorde une place assez étendue au « Choix du sujet ». C’est une question que
- 1. Voir les n°s 2967, 2972, 2974, 2979, 2980, 2981, 2983, 2983, 2987, 2989, 2993, 2996, 2999, 3002, 3006, 3010, 3012, 3023, 3027, 3039, 3041, 3049 et 3060.
- 2. Pour répondre utilement à diverses questions qui nous ont été posées par des lecteurs de cette Revue, nous résumons ci-dessous le texte de la Circulaire n° 1779/P. T. C. E. du 17 décembre 1939 qui stipule les conditions de port et d’usage des appareils photographiques aux Armées :« Il est interdit aux militaires de tous grades stationnés dans la zone des Armées (formations dépendant des Armées et formations territoriales) de porter un appareil photographique et de prendre des vues photographiques de quelque nature que ce soit sans être pourvus d’une autorisation spéciale.
- « Cette autorisation sera délivrée, sous leur responsabilité, par les chefs de corps ou de service, qui devront s’entourer de toutes les garanties désirables. Elle restera valable tant que l’intéressé servira sous les ordres du chef qui aura délivré l’autorisation, etc. ».
- La Circulaire stipule encore que toute photographie prise dans ces conditions ne peut être publiée sans l’approbation des services de censure et que le défaut d’autorisation régle-
- nous laisserons de côté pour le moment, nous réservant de la discuter en détail lorsque ces articles reprendront leur suite normale.
- Ce qui nous importe, dans les circonstances présentes, c’est de réunir des souvenirs ou, si l’on peut, des documents : il y a tant de sujets qui s’offrent à notre objectif !
- On doit toujours se rappeler que tout ce que l’on voit peut être photographié... et même ce que l’on ne voit pas! En veut-on un exemple ? Dirigeons notre petit appareil, immobilisé pour un moment, sur le ciel, par une belle nuit et posons quelques minutes, une heure ou plus. Non seulement nous aurons sur notre cliché de très nombreuses traînées d’étoiles invisibles à l’œil nu, mais aussi des détails du paysage que la vue directe ne permettait pas déceler (x).
- C’est l’accumulation progressive de l’action de la lumière sur le bromure d’argent sensible qui a réalisé ce prodige !
- Nous admettrons, pour le moment, que chacun sait se servir de son appareil : un débutant risquerait de faire du
- mentaire peut entraîner des sanctions disciplinaires et la confiscation de l’appareil et des clichés ou épreuves existants.
- D’autre part, la photographie dans la zone des Armées, par des personnes civiles, est réglementée par un arrêté ministériel paru au Journal officiel du 28 avril 1940, p. 3101.
- 1- Voir notamment l’article sur « La clarté nocturne », par Lucien Rudaux [La Nature, n° 3039 du 15 février 1940).
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- = 320 ....................-
- bien mauvais travail dans les circonstances que l’on rencontre au cours d’une campagne.
- Le temps de pose correct reste toujours la grande difficulté de la photographie. « Savoir poser », nous l’avons dit souvent, est le secret des bons clichés !
- Plus loin, on trouvera quelques indications très sommaires sur le temps de pose, car en général on n’aura pas le temps de consulter une table ni le moyen d’employer un posemètre à cellule photo-électrique qui risquerait d’être détérioré et constituerait un petit bagage de plus.
- Presque toujours — par suite de l’absence d’un pied photographique, — on aura recours à l’instantané, ou du moins à une AÛtesse très rapide de l’obturateur. Exceptionnellement, au repos, on pourra faire de la pose en maintenant solidement l’appareil sur une table, contre un mur ou un arbre, etc.
- On sait que le temps de pose dépend d’une foule de données et de vaidables. Il dépend notamment de Vactinisme de la lumière (lequel varie suivant la saison, l’heure, l’état du ciel) ; il dépend de l’ouverture relative de l’objectif, du diaphragme, de la sensibilité de la pellicule utilisée, etc. Nous négligerons ici toutes les autres circonstances qui affectent, plus ou moins, la durée de l’exposition.
- Les pellicules en bobines que l’on trouve dans le commerce ont des sensibilités très différentes suivant les nombreux types présentés, puisque leur sensibilité vra de i8°-i<)0 Scheiner jusqu’à 26°, 28° et même 32° Scheiner (sur le papier tout au moins!).
- Nous définirons plus tard en quoi consistent ces degrés, ainsi que les divers systèmes sensitométriques et la correspondance des échelles de mesure. Pour le moment, il nous suffira de savoir que la sensibilité double environ tous les trois degrés Scheiner. De deux émulsions différant de i° Scheiner, la plus sensible est 1,27 fois plus rapide que l’autre.
- Les pellicules sont plus ou moins aptes à rendre l’apparence de la valeur relative des couleurs suivant leur sensibilité chromatique. C’est ainsi que les pellicules orthochromatiques sont sensibles à la plupart des couleurs sauf l’orangé
- Temps de Pose pour un objectif ouvert à F/8, par grand Soleil, en été, en plein jour, sur plaque de sensibilité 170 Sch. ( plaque Lumière S E.) et applicable aux pellicules j8 •-1 go Sch.
- Paysages ordinaires
- x
- Jô
- 1
- de sec. environ. 1
- --- a-----des. environ.
- joo 200
- Vues panoramiques, marines, etc...................
- Sujets à l’ombre, portraits, 1 , .
- J r . ’ -7- de sec environ,
- groupes en plein air . . 4
- Corrections : Le matin ou le soir, doubler la durée de
- la pose.
- Par temps sombre, sextupler la durée de la pose.
- En hiver, doubler ou tripler toutes les durées.
- Si l’objectif a une ouveiture différente de F/8, appliquer, en outre, les coefficients ci-après :
- Diaphragme: F/4,5 F/6,3 F/8 F/n F/16 F/22 F/32 Coefficient de
- pose: . i/3 2/3 1 2 4 8 16
- D’après l’Agenda Lumière.
- et le rouge. Les pellicules panchromatiques sont sensibles à toutes les couleurs.
- Nous conseillerons ici l’emploi des premières notamment en raison de la difficulté d’éclairage lors du déAreloppement avec les pellicules panchromatiques. N’oublions pas que notre laboratoire sera installé de la manière la plus rudimentaire qui soit.
- Nous n’aurons donc pas, en général, recours à une table complète de temps de pose, ni à un actinomètre quelconque. Cependant, il conxdent d’être fixés le mieux possible sur ce temps d’exposition si important.
- Nous conseillons, en conséquence, de copier sur un petit carton que l’on conservera à la poche ou dans le sac de l’appareil, l’un des deux tableaux ci-après, afin de le consulter rapidement quand il sera nécessaire. Les renseignements donnés sont tout à fait rudimentaires, comme il convient dans les circonstances où nous opérons. Voici le premier de ces tableaux, utilisable avec des pellicules simplement rapides.
- Temps de Pose
- par plein Soleil sur pellicule 28» Sch. D1N
- Diaphragme F/ 3,5 4,5 5,6 8 11 16 22
- Avec premier 1 1 1 1 T 1 I
- 03 [ a; \ a plan clair. 800 5oo 3oo i5o 75 40 20
- Ci , oJ Avec premier 1 1 1 I I I I
- plan sombre . 3oo 200 100 5o 25 10 “T
- t 1 1 1 l I I
- ( Rue étroite . 3oo 200 100 5o 2b 1 0 y
- 02 1
- 02
- “i Rue large avec 1 1 1 I I 1
- place au loin. 800 5oo 3oo i5o 75 40 20
- 1 I 1 1 I , 1
- En plein air. 5oo 3oo 200 100 5o 20 10
- 02
- a h 1 1 1 1 I 1
- 'Sous des arbres. i5o 100 5o 25 10 J 2
- 0 a.
- Dans une cham-
- bre près d’une 1 1 1 l I I
- fenêtre. 100 5o 2b 10 T 2 I s.
- Corrections :
- Mai, Juin, Juillet, Août, 8'i à i6|1 t1) 1 fois la pose
- Septembre, Octobre, Mars, Avril, g'1 à
- i5h (J).................................2 —
- Novembre, Décembre, Janvier, Février,
- 1 oh à 1411 (*).........................4 —
- Par un ciel très couvert ..... 4 —
- 1. Heure normale et non « heure d’été ».
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-
- Ce tableau est évidemment utilisable avec des pellicules beaucoup plus rapides. Il suffirait, pour l’employer, de tenir compte de leur plus grande sensibilité. Considérons par exemple, le cas d’une pellicule 26° Sch. Nous avons vu que la rapidité double tous les 3 degrés. Le tableau précédent ayant été établi pour 170 Sch., on voit aisément que de 170 à 26° il y a 90 et la rapidité, en conséquence, sera de 2 x 2x2 = 8 fois plus grande. Il conviendrait donc, chaque fois, de diviser par 8 les résultats du tableau. Ce serait là une complication, une perte de temps et une source d’erreurs.
- ' " = 321 =
- Il nous a paru plus simple de donner ici un autre tableau de pose, extrait d’une publication étrangère et valable pour des pellicules très sensibles (28° Sch.). Nous l’avons modifié et complété pour en rendre l’emploi plus aisé.
- L’emploi de ce tableau est extrêmement facile et ne nécessite plus, pour ainsi dire, de calcul.
- Prochainement, nous examinerons comment installer ce que nous appellerons, pompeusement, notre laboratoire!
- Em. Touciiet.
- variété'
- Le bois explosé.
- Vers 1920, aux environs de Laurel dans le Mississipi, W. IL Mason qui avait travaillé pendant 17 ans avec Edison rêvait de trouver, pour les déchets de bois des
- Fig. 1.
- scieries, une utilisation meilleure que celle qui consistait à les brûler purement et simplement dans les foyers des chaudières de la station d’énergie de l’exploitation forestière.
- Ses recherches avaient pour objet de transformer ces résidus en fibres, sans détruire la lignine qui assure leur cohérence, et à en reconstituer des planches qui auraient les propriétés du bois sans présenter les inconvénients qui découlent de sa structure végétale anisotrope (nœuds, sens des veines, résistance variant suivant l’orientation, etc.).
- Somme toute, l’opération cherchée pouvait se résumer ainsi : prendre le bois fourni par la nature, le déchirer fibre par fibre puis le reconstituer sous une forme plus avantageuse.
- M. Mason pensa à traiter les copeaux par la vapeur d’eau sous pression. A cet effet* il construisit en 1924 une sorte de canon en forant un trou dans un cylindre d’acier, remplissant la cavité avec des copeaux et un peu d’eau, et fermant
- le tout par un couvercle boulonné en acier. L’appareil fut chauffé jusqu’à ce que la pression intérieure de l’eau soit estimée à environ 5o kg. par cm2 puis M. Mason déboulonna le couvercle. Celui-ci fut projeté au loin (et ne fut jamais retrouvé) et des milliers de fines fibres de bois sortirent de l’appareil. La première partie du programme était réalisée. Mais il restait à reconstituer le bois synthétique à partir de ces fibrilles et le problème ne fut résolu que par hasard, un jour que M. Mason qui cherchait, en comprimant sa pâte de fibres, à obtenir un bois reconstitué, avait laissé par inadvertance le chauffage sur la presse à vapeur pendant l’heure du déjeuner. En revenant il trouva que la masse avait pris corps et se présentait sous l’aspect d’une planche sans grain, dure comme du fer. C’était la première pièce de a bois pressé », sans l’intervention d’aucun liant.
- Actuellement, de nombreuses usines, aussi bien en Amérique qu’en Suède (à Rundorksverken), en Italie (à Bolzano), en Australie (New Castb N. S. W.), témoignent du succès de ce bois reconstitué.
- Fig. 2. — Une presse à reconstituer le bois explosé.
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- Fig. B. — Une pièce dont le plancher, les murs et tous les meubles sont en bois reconstitué.
- La fabrication suit de très près le schéma exposé ci-dessus. Les bûches de bois sont réduites par des déchireuses en morceaux d’environ 2 cm. de long que l’on charge dans des canons dont la figure 1 montre le principe. Us sont constitués par un cylindre vertical à parois très épaisses, que l’on, peut fermer par un couvercle épais solidement boulonné. A la partie inférieure se trouve une vanne à ouverture rapide manœuvrée hydrauliquement. Enfin une arrivée de vapeur est montée sur le côté de l’appareil. On le remplit complètement de copeaux de bois, on visse le couvercle et on admet la vapeur lentement dans l’appareil jusqu’à ce que la pression y atteigne environ 4o kg. par cm2. On augmente alors brusquement la pression vers 80 kg. par cm2, on l’y maintient pendant quelques secondes puis la vanne inférieure est rapidement ouverte.
- Le bois en morceaux est projeté violemment à l’extérieur et éclate par suite de la pression intérieure en donnant des fibrilles que l’on sépare de la vapeur dans un appareil type cyclone. On recueille les fibrilles et on les mélange avec de l’eau dans le rapport de 3 de fibres pour 97 d’eau. Après passage dans 2 ou 3 raffineurs semblables à ceux employés en papeterie, la bouillie est envoyée îlans une machine analogue à une machine Four-drinier de papeterie. C’est là que les fibres sont feutrées sous formes de feuilles et débarrassées de l’eau. Au fur et à mesure que la pâte progresse dans la machine, son eau s’égoutte, d’abord par gravité sur une toile métallique, puis par succion à travers un tapis convoyeur sous lequel on fait le vide, et finalement par compression entre des rouleaux. L’épaisseur est ainsi réduite de 7 cm. à 20 mm. et la teneur en eau à 55 pour 100 environ. Sous cette forme, la masse se tient et peut être débitée en plaques de 3 m. 6 que l’on dispose par 20 sur des plaques chauffantes montées dans des presses hydrauliques. Par chauffage sous une pression de 3o à 4o kg. par cm2 entre des plaques polies chromées, on obtient finalement divers produits, depuis les matières isolantes calorifuges ou insonores, jusqu’aux plaques polies capables de donner à l’ameublement, la décoration et la carrosserie de remarquables réalisations. Voici quelques renseignements sur les principaux produits obtenus, insistons sur ce point, uniquement par compression du bois explosé.
- Type de produit Isolant Bois comprimé Benalite
- Densité .... o,3a 0,6 à r,o3 i7h 4
- Module d’élasticité. 290 000 à 55o 000 2 000 000
- Module de rupture. Absorption d’eau en 4o5 2 200 à 6 200 17 000
- 24 h. en pour 100. Coefficient de trans- 46,3 35 à 16 0,75
- mission calorifique o,33 o,55 à i,35 i,5o
- H. Vigneron.
- NOTES ET INFORMATIONS
- La dérive du « Sedov ».
- Pris volontairement dans la banquise arctique de la mer de Laptov depuis le 23 octobre 1937, le brise-glace Sedov depuis cette date se laisse entraîner par les glaces de l’Océan glacial afin de compléter l’étude de cette région du globe sur laquelle les renseignements sont encore insuffisants, tant au point de vue météorologique qu’au point de vue géographique et océanographique.
- L’intérêt des indications obtenues tient d’une part à ce que deux autres vaisseaux, le Sadko et le Malygin ont dérivé, à partir de la baie de Khatanga de novembre 1937 à août 1938, dans des régions voisines, et que dans la même période l’expédition Papanin opérait également, ce qui permettra de coordonner les résultats. D’autre part, le Sedov dérive sensiblement dans les mêmes conditions géographiques que le Fram de l’expédition Nansen en 1893-1896 et, depuis cette date, les conditions climatériques ont considérablement
- changé, l’atmosphère et l’hydrosphère s’étant notablement réchauffées dans les zones arctiques. Dès maintenant, un certain nombre de résultats intéressants ont déjà été obtenus.
- En particulier, la question de la Terre de Sannikov est définitivement résolue. Cette terre signalée en 1811 par un chasseur russe de ce nom au Nord de l’île de Kotelny, aperçue en 1886 et 1S94 par l’explorateur russe Toll, recherchée en 1900-1903, puis en 1913-1914 par les brise-glace Taimyr et Vaigach, et. en 1924, par l’expédition noi’végienne du Maud, n’a pu être retrouvée par le Sedov et ses aviateurs, malgré plusieurs raids par temps favorable. La légende de la Terre de Sannikov est définitivement détruite.
- Au point de vue océanographique, le Sedov a recueilli des indications nombreuses et précises sur la profondeur et la configuration sous-marine de l’Océan Arctique, que l’on ignorait totalement avant l’expédition du Fram de Nansen, qui avait trouvé des fonds de 1 600 m. par 78° de latitude nord et i34° de longitude est et de 3 85o m. à 8o°5o/ de
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- latitude nord et i34° de longitude est et de 3 85o m. à 8o°5of de latitude nord et 126° de longitude est, montrant ainsi l’existence d’un bassin de grande profondeur, mais dont on ignorait les frontières.
- Actuellement, l’expédition Papanin a déterminé ses limites au voisinage du Groenland, l’expédition du Sadko en ig35, celles au Nord de la Mer de Kara où une profondeur de 2 365 m. fut trouvée, celles dans la direction de la Mer de Laptov (profondeur 2 38x m.), enfin le Sedov, par ses sondages pendant sa dérive, a trouvé que la pi’ofondeur va en s’abaissant régulièrement pendant plus de 120 km. avec une pente de 2 à 3 degrés et s’étend beaucoup plus loin vers le Nord qu’on ne l’avait supposé jusqu’alors.
- Enfin, le Sedov a mis en évidence l’action prépondérante du vent sur la dérive de la banquise. En combinant la déviation constante due à la rotation de la Terre, mise en évidence par Nansen (de 4o° environ vers la droite de îa direction du vent) avec la vitesse du vent, on peut tracer le chemin de dérive de la banquise. Quand le vent souffle pendant longtemps et avec force dans des directions successivement opposées, le navire prisonnier des glaces avance ou recule dans une direction donnée et même peut décrire un circuit fermé le ramenant au même point au bout d’un certain temps.
- Quant à l’épaisseur de la croûte de glace, elle a été trouvée au maximum de 2x8 cm., tandis que l’expédition Nansen avait constaté une épaisseur maxima de 365 cm. La différence est due à la fusion de la glace par l’apport d’eau plus chaude.
- En effet, chaque année, il entre dans l’Océan Arctique environ 5 000 km. cubes d’eau de x-ivière, 3o 000 km. cubes d’eau de l’Océan Pacifique et 100 000 km. cubes d’eau de l’Océan Atlantique par le détroit de Béring. Ces masses considérables ressortent entre le Groenland et le Spitzberg sous forme d’un courant dont la vitesse, vers le Sud, varie de 4 km. par jour au voisinage du 83° de latitude Nord, à près de 9 km. par jour au 75° de latitude Nord.
- H. Vigneron.
- Le traitement superficiel des lentilles d’optique.
- Vers 1892, un fabricant d’optique, Dennis Taylor, examinant des lentilles de flint envoyées en réparation pour repolissage, constata qu’en prenant une photo avec ces lentilles ternies et des lentilles neuves, qu’une quantité plus grande de lumière était transmise par les lentilles dépolies. Au lieu de 11 pour 100 environ de lumière réfléchie par les lentilles neuves (et par suite 80 pour xoo de lumière transmise), à peine 5 à 6 pour 100 était réfléchie par les lentilles ternies, et g5 pour 100 transmise. Aussi chercha-t-il à réduire la réflexion en traitant les lentilles par l’hydi'ogène sulfuré ou les sulfures alcalins.
- En 1916, Kollmoregen reprit la question et arriva à oxyder superficiellement la plupart des verres utilisés en optique.
- Tout récemment, en 1936, Strong est parvenu à recouvrir par un procédé physique les surfaces de verre d’une pellicule extrêmement mince donnant les mêmes résultats que le traitement chimique. Son procédé consiste à évaporer des fluorures métalliques dans un vide suffisamment poussé pour que les molécules évaporées atteignent la surface du verre
- Fig. 1. — Le « Sedov » dans les glaces.
- (Photo Presse Images)
- sans collisions intermoléculaires. Ce revêtement superficiel est poreux à la surface, les grains étant de dimension inférieure à la longueur d’onde, et compact au contact du verre.
- Dans une voie différente, K. Blodgelt arrive au même résultat en déposant sur la surface du verre une-pellicule formée de 44 assises unimoléculaires de stéarate de baryum, mais qui a le grave inconvénient d’être peu adhérente et fragile.
- Dans d’autres cas, on attaque le verre par des réactifs chimiques qui enlèvent les oxydes métalliques et laissent une surface constituée par de la silice pure.
- Les pellicules fournies doivent avoir une épaisseur égale au quart de la longueur d’onde de la lumière blanche.
- Les lentilles ainsi préparées, dans lesquelles les pertes de lumière par réflexion aux surfaces de séparation des divers éléments qui les constituent sont éliminées transmettent pratiquement toute la lumière incidente, donc sont extrêmement lumineuses, diminuent le halo et améliorent les contrastes. Leur emploi est tout indiqué en particulier pour les pi’ojections cinématographiques.
- Propriétés singulières de l’hélium liquide.
- L’hélium se signale à l’attention des savants par de nombreuses particularités qui en font un des éléments dont l’étude est la plus féconde en découvertes inattendues.
- 11 fut liquéfié vers 1909 par Kammerling Onnes et le liquide bout à 4°)2 absolus. En 1926, Keeson l’a solidifié à i°,3 absolus sous 25,3 atmosphères. A la pression atmosphérique, au contraire, l’hélium reste liquide, quelque rapproché que l’on soit du zéro absolu.
- On a reconnu, il y a déjà quelques années, que l’hélium liquide existe sous deux variétés ayant des propriétés très différentes. Quand on le refroidit de 4°,2, sa température de liquéfaction, jusqu’à 2°,2 absolus, l’hélium se comporte comme un liquide normal (hélium I). Au-dessous de 2°,ig absolus, ses propriétés changent complètement (hélium II). C’est ainsi que Kammerling Onnes a trouvé que si l’hélium I se dilate quand on le chauffe, par contre l’hélium II se contracte. Au point de transformation ix , ainsi que l’on nomme la température de 20,ig où la variété I se transforme en variété II, la chaleur spécifique de l’hélium liquide
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- = 324 := :::::::
- passe brusquement de o,4 à 5 calories- par gramme et par degré. Elle s’abaisse ensuite et tout d’abord approximativement comme la cinquième puissance de la température absolue, puis ensuite, il y a ralentissement dans la chute, la variation n’étant plus guère que comme le cube de la température absolue. D’après le Professeur Cockcroft, qui a résumé dans une conférence récente à la Royal Insti-lution oj Great Britain nos connaissances actuelles sur l’hélium liquide, la variation précédente est comparable à ce qui se produit dans le passage d’un alliage de l’état désordonné à l’état ordonné, ou lorsqu’un corps ferromagnétique passe de la structure ordonnée caractérisée par le ferro-magnétisme à la structure désordonnée correspondant au paramagnétisme.
- C’est dans les deux ou trois dernières années que les propriétés les plus curieuses ont été découvertes. On avait déjà remarqué qu’en dessous du point de transformation,
- l’hélium liquide devient soudain calme, et que des bulles cessent de s’y élever. La raison de ce phénomène a été trouvée par Keeson en cherchant à déterminer la conductibilité calorifique de l’hélium liquide. Il avait appliqué la méthode classique, valable pour les corps mauvais conducteurs de la chaleur, et qui consiste à étudier le mode d’écoulement de la chaleur entre deux p’ans parallèles séparés par le liquide en exjaérience, en mesurant la différence de température, et n’avait, pu constater aucune variation. Allen a repris la question, en opérant avec un dispositif beaucoup plus sensible, permettant, de mesurer un cent-millième de degré. Le principe de l’appareil est d’utiliser une colonne d’héliuu liquide pour conduire la chaleur et en même temps servir de jauge de pression. Une différence de température entre les deux extrémités de la colonne produit une différence dans la tension de vapeur de l’hélium qui à son tour produit une différence de niveau dans la jauge.
- Les résultats sont extrêmement curieux : l’hélium II liquide conduit la chaleur plusieurs centaines de fois mieux que le cuivre ou toute autre substance. De plus, la conductibilité n’est pas une constante dont le succès dépend à la fois de la température et de la quantité de chaleur mise en jeu. Elle augmente quand la température diminue, passe par un maximum à environ 2°,i puis décroît ensuite. Elle est également très grande quand la quantité de chaleur transmise est faible et diminue quand la quantité de chaleur augmente. Allen en plaçant dans un bain d’hélium II un tube de verre ouvert aux deux extrémités et comportant une petite spirale chauffante (fig. i) a constaté que lorsque le courant passe, chauffant l’extrémité supérieure, il se produit une montée du liquide, le sens de la dénivellation étant ainsi inverse de celui du transfert de chaleur. Le phénomène est réversible, car si on refroidit le liqmcle, au lieu de le chauffer, le niveau s’abaisse.
- On peut réaliser l’expérience en se servant d’une poudre d’un sel para-magnétique qui peut être refroidi par désaimantation.
- Si l’on produit le phénomène de façon que la chaleur s’écoule vers le bas au travers d’un tube rempli de poudre d’émeri; la montée du niveau de l’hélium en sens inverse est si intense qu’il se produit un jaillissement à une hauteur de a5 à 3o centimètres. On a ainsi une fontaine à hélium qui représente la machine la plus simple pour transformer la chaleur en travail mécanique.
- La viscosité de l’hélium II est également absolument anormale. Au point de transformation (2°,i) elle s’abaisse brusquement de sorte que l’hélium liquide s’écoule dans des tubes capillaires plusieurs milliers de fois plus rapidement que le moins visqueux des gaz. Bien plus, alors que l’écoulement reste normal dans des capillaires suffisamment larges et courts, quand le diamètre devient très petit, inférieur par exemple au centième de millimètre, l’accroissement de fluidité est énorme, l’hélium II s’écoule par exemple à une vitesse de 20 centimètres par seconde, tandis que dans les mêmes conditions, la substance la moins visqueuse connue, l’hydrogène, ne s’écoule qu’à raison de un centième de millimètre par seconde. En même temps, l’écoulement de l’hélium II devient presque complètement indépendant de la pression appliquée.
- Un autre phénomène extrêmement curieux a été découvert, il y a 16 ans, par Kammerling Onnes : si deux récipients contenant de l’hélium sont réunis, le niveau du liquide dans les deux vases a une mystérieuse tendance à rester le même. Si l’un est vide, du liquide y est transféré de l’autre jusqu’à ce que les niveaux s’égalisent. Si un tube à essai vide est plongé dans un ballon d’hélium II liquide, il s’emplit lentement, comme s’il y avait un trou dans le fond du tube. Si on soulève le tube, il semble se vider peu à peu jusqu’à ce que de nouveau les niveaux extérieur et intérieur soient les mêmes. Deux seules hypothèses peuvent expliquer ces constatations : ou bien le liquide s’évapore d’un des récipients pour se condenser dans l’autre, ou bien il s’agit d’un phénomène de « grimpage » le long des parois. L’expérience ayant montré que le taux de transfert est proportionnel à la surface de communication, c’est la seconde hypothèse qui est exacte.
- La pellicule ainsi mise en évidence et dont l’épaisseur a été estimée à 4 cent millièmes de millimètre se déplace le long des parois avec une vitesse fonction de la température, d’autant plus grande que la température est plus basse. A i°,5 l’écoulement atteint un maximum de transport de 0,70 io-4- cm3 par seconde et par centi-
- mètre de largeur de la surface, correspondant à une vitesse linéaire de 20 cm par seconde. La formation de cette pellicule rend compte des anomalies que nous venons de signaler, en particulier l’extrême fluidité de l’hélium II par suppression de l’action retardatrice des parois du tube sur le filet central en écoulement.
- Ces propriétés singulières ont attiré l’attention de tous les laboratoires cryogéniques du monde entier et font l’objet de nombreuses recherches expérimentales aussi bien que théoriques, en particulier en liaison avec l’hypothèse de Bosc Einstein sur la distribution de l’énergie des molécules aux basses températures.
- II. Vigneron.
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- = SCIENCE APPLIQUÉE =
- L’ÉLECTROTECHNIQUE DÉMONTABLE
- L’emploi de modèles démontables pour les réalisations mécaniques est d’une extrême commodité pour l’enseignement, les chercheurs et les inventeurs. On connaît le succès des systèmes genre Meccano, qui dépassent le domaine du jouet et sont employés au laboratoire.
- Ce succès tient à deux raisons techniques précises : la te démontabililé » complète, chaque modèle pouvant êLre fragmenté en pièces élémentaires : écrous, axes, poûtres, et l’interchangeabilité totale desdites pièces. Ces deux principes doivent être complétés par une bonne technique d’accouplement ; ainsi Meccano et Trix sont basés sur l’emploi de vis et d’écrous passant par des trous équidistants, Forge-acier utilise des œillets métalliques placés à l’aide d’une petite presse ; Assemblo comporte des broches enfilant des charnons multiples, permettant une rapidité de montage remarquable.
- Malheureusement, si la mécanique est bien représentée en ce domaine, il n’en était pas de même, jusqu’ici pour l’électricité. La raison en est simple; c’est que les organes électriques, collecteurs, induits de dynamos, etc., paraissent difficiles à fragmenter complètement : démonter les tôles d’un induit, les lames d’un collecteur, les secteurs et les épanouissements d’une culasse peut sembler une gageure. En outre, l’interchangeabilité n’est pas évidente; les « sections » d’induit d’une dynamo, par exemple, ne sont pas utilisables pour un moteur asynchrone ; les tôles des transformateurs ainsi que leurs bobinages posent autant de problèmes particuliers.
- Pratiquement, les tentatives se réduisaient dans ce domaine soit à des types uniques démontables, solution de peu d’intérêt, les pièces ne pouvant servir qu’à construire une seule machine, soit à des assortiments rudimentaires : bobines et noyaux d’électro-aimants, contacts à ressort de cuivre autorisant la construction de signaux à noyau plongeur ou de moteurs à palettes.
- ORGANES ÉLECTRIQUES ET MÉCANIQUES
- Le problème vient d’être résolu d’une façon totale (après plusieurs années de recherches) par un nouvel appareillage,
- de construction fran-Fig. 1. — Moteur à inducteur bobiné çaise, qui a reçu le réalisé à l’aide du matériel Multimo- nom de MuUi_m0. teur ; X et Y, bornes d arnvee du .
- courant. teur. Cette désigna-
- tion pèche du reste par modestie ; ce ne sont pas seulement des moteurs, maïs des commutatrices, des alternateurs, des contacteurs avec tous leurs enclenchements automatiques, des transformateurs, des locomotives, en un mot toutes les réalisations de l’électro-technique la plus complexe qui peu-
- vent être reproduites avec les mêmes pièces.
- L’assortiment comporte trois sortes d’organes : mécaniques, magnétiques, électriques.
- L’élément constructif est la plaque rectangulaire en acier bruni, présentant'un trou médian et deux encoches oblongues ; il existe des plaques planes et d’autres courbées, coudées ou en S, permettant de construire toutes les formes de carcasses ou de châssis. L’assemblage est fait au moyen de boulons et d’écrous, les encoches oblongues offrant toutes facilités pour l’ajustement des formes. A noter qu’il existe des plaques en laiton, en Ame de permettre des jonctions mécaniques sans produire de court-circuits magnétiques. Des noyaux cylindriques ou carrés, des épanouissements polaires évasés, des portes-balais viennent compléter
- Fig. 2. — Moteur réversible à champ permanent. Le flux magnétique est fourni par les aimants droits NS qui font partie de la carcasse ; on aperçoit en N (lettre blanche) l’un des épanouissements polaires formant pôles conséquents.
- le stator.
- Les arbres rotatifs sont constitués par des tiges d’acier dur calibrés, tournant dans de petits paliers creux que l’on visse dans les ouvertures du stator. Un gabarit de montage, formé d’une croix en acier perforée dans les trois directions de l’espace, sert de point de départ à la construction; des axes étant enfilés dans les trous du gabarit viennent définir automatiquement la position des pièces fixes et des paliers. La précision est telle que l’arbre définitif, équipé du rotor, une fois mis en place, tourne librement dans ses alignements.
- Les pièces magnétiques sont formées de petits aimants droits en acier au cobalt : ils s’insèrent à l’aide de vis dans le circuit magnétique des machines et sont utilisés pour les moteurs réversibles à courant continu, les sonneries polarisées, les inverseurs automatiques.
- Les principales pièces électriques sont les bobines ; dépourvues de noyau, revêtues d’une surface protectrice de couleur qui sert à les différencier, équipées de fils souples, elles constituent des organes robustes et interchangeables. Il en existe de plusieurs modèles, destinées aux différents types de moteurs et aux transformateurs. Aux bobines s’ajoutent les lames de collecteurs de différents types, les isolants de collecteurs, les balais, les bobines, etc.
- MOTEURS ET CONTACTEURS AUTOMATIQUES
- Citons au hasard quelques réalisations : Multimoteur. Dans le domaine des moteurs simples- : moteurs double ancre, à deux bobines d’induit opposées et moteurs triple
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- = 326 -......................- :r ...
- ancre, sans point mort, avec toutes les formes d’inducteurs, à aimants ou à bobines, comportant toutes les variétés de couplage et d’excitation; moteurs à palettes; moteurs inversés, à inducteurs et balais tournants. .
- Parmi les moteurs industriels : plusieurs types de corps d’induits à encoches, formés par empilements de tôles, avec toutes les combinaisons possibles de bobinages imbriqués, ondulés et diamétraux. Des commutatrices jusqu’à l’hexaphasé; des moteurs à courants continu ou monophasé et à champ tournant, synchrones et asynchrones ; des groupes Ward-Léonard et des groupes en cascade, à deux et trois machines avec accouplements souples montées sur un même socle ; des locomotives à moteurs conjugués et à plusieurs crans de marche.
- Dans le domaine des électro-aimants et des mouvements alternatifs : moteurs à pistons plongeurs, télégraphes, sonneries, tableaux indicateurs, embrayages et freins magnétiques, relais et contacteurs avec toutes leurs applications : contacteurs à réalimentation et à verrouillages mutuels, commande à distance, commande automatique, commutation sur réseau de secours, etc.... En utilisant ces contacteurs avec des moteurs et des contacts de commande, il est possible de réaliser les combinaisons les plus compliquées de l'automaticité électro-mécanique.
- Ajoutons que l’alimentation des modèles Multimoteur peut être faite soit par des sources basse tension : piles ou accumulateurs, soit par des transformateurs Multimoteur démontables, soit encore par des transformateurs complétés par des cellules redresseuses .sèches, lorsqu’il est nécessaire d’utiliser du courant continu.
- Multimoteur, a5, rue Garnier (Neuilly-sur-Seine).
- Fig. 3. — Montage décomposé d’un induit « triple-ancre » tout est démontable et interchangeable, même les lames du collecteur.
- Scie circulaire sans centre.
- Pour le tronçonnage des arbres, la scie circulaire, intéressante par sa simplicité, ne peut pas être employée, car son grand défaut est de ne pas avoir suffisamment de marge pour le passage des troncs; par ailleurs, l’emploi de lames
- de très grands diamètres enlèverait les avantages de cette machine.
- On utilise donc, pour le tronçonnage des grumes en forêt soit la scie à bras, appelée « passe-partout » (qui ne convient que pour de petites exploitations, car son débit est très faible) soit des scies mécaniques, telles la tronçonneuse alternative ou la scie à chaîne sans fin. Mais ces machines, quoique plus intéressantes que le ce passe-partout » ne sont pas, néanmoins, d’un grand rendement.
- La scie circulaire que représente la figure a tous les avantages de la scie circulaire ordinaire : simplicité, maniabilité, robustesse, sans avoir l’inconvénient mentionné plus haut.
- L’axe de la scie est supprimé; cette solution originale de scie « ccnterless » permet le tronçonnage d’un arbre de 5o cm. de diamètre à l’aide d’une scie de 65 cm. de diamètre seulement, en un temps de 5 s. environ en employant un moteur à essence de 3 ch.
- La lame est un disque évidé qui se centre sur un autre disque légèrement extensible, également évidé, fixé sur une arcade creuse de section semi-circulaire en deux parties.
- La lame est maintenue latéralement par un petit cordon circulaire pénétrant dans une gorge pratiquée dans l’épaisseur du disque fixe.
- Deux frictions en papier comprimé, tournant en sens inverse actionnent la lame qui glisse sur son disque appui. Ce dernier est réglé de façon à ce que son diamètre soit légèrement inférieur à l’alésage de la lame ; par suite, dans la zone opposée à l’effort de sciage, il y a entre les deux disques un très léger jeu radial, où arrive l’huile par des mèches. Celle disposition empêche tout chauffage ou grippage des disques qui sont en acier trempé.
- Les frictions reçoivent leur mouvement d’un moteur électrique ou à essence, par l’intermédiaire d’un réducteur de vitesse à pignons coniques à dentures hélicoïdales. L’ensemble est monté sur un chariot et pivote autour de l’essieu s’abaissant par un levier à mesure que la coupe progresse.
- Adresse : Établissements Neyrod, à Villeurbanne (Rhône).
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- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance (la 27 décembre 1989.
- L'heure d'été. — M. Esclangon montre les divers compromis que l’on doit admettre pour la fixation de l’heure légale qui ne saurait être l’heure solaire, l’intervalle qui sépare deux passages du soleil au méridien d’un lieu n’étant pas constant. En se basant sur l’ensemble des raisons d’économie et de commodité qui ont présidé à l’institution de l’heure d’été, il montre que les époques les plus favorables pour le passage d’une heure à l’autre sont voisines du ier mars et du Ier novembre. Si une heure unique devait êlre choisie il ne serait pas déraisonnable que ce soit l’heure d’été. Il est toutefois probable que dans ce cas un décalage se produirait petit à petit dans nos habitudes et le bénéfice de la mesure deviendrait illusoire.
- Séance du i5 janvier igko.
- La lentille du Puy. — M. Carles montre par des dosages que la lentille dite « du Puy » doit ses caractéristiques au climat dans lequel elle est cultivée. Les lentilles de la même sous-espèce cultivées en Algérie présentent une élévation sensible de la teneur en protides. Il serait cependant utile de reprendre une pareille étude dans des conditions climatiques moins différentes de celles de la Haute-Loire que le sont celles de l’Algérie. Il ressort en effet de ce travail que les caractéristiques de la lentille du Puy sont dues à des conditions de température qui l’empêchent de mûrir tout à fait. Ce n’est, de l’avis même de l’auteur, qu’une hypothèse dont la vérification serait très importante au point de vue économique.
- Séance du a3 janvier 1940-
- Les gouttelettes des nuages. — En observant la nature des nuages à partir de la plaine et en mesurant leurs gouttelettes en se plaçant dans leur sein au sommet d’une montagne, M. Bricard a obtenu des résultats qui montrent une relation très nette entre la grosseur des gouttelettes et la nature des nuages. Les rayons moyens sont, en p. : Nimbostratus : 9,9; Stratocumulus : 7,6; Cumulus : 5,4; Stratus : 4,2. Au-dessous du point de glace, les gouttelettes restent liquides ; le givre qu’elles forment au contact d’un corps solide est transparent si leur diamètre est supérieur à 8 p, s’il est inférieur, c’est-à-dire si l’on a affaire à des cumulus ou à des stratus, le givre est opaque et friable.
- Les pieds gelés. — Par des expériences sur le pigeon, MM. Ciiampy et Coujard montrent que les névrites avec œdèmes des pattes provoqués par le froid sont favorisés par la carence en vitamine B. C’est dans la période de précarence que la réfrigération provoque uûe accélération et une localisation des névrites. Ces accidents rappellent ceux de la gelure des pieds. Il a déjà élc suggéré que celle-ci est un phénomène d’avitaminose, fréquent et grave chez lés alcooliques. On peut espérer combattre cet accident en ajoutant à la ration des doses convenables de vitamine B.
- Séance du 29 janvier 19/10,
- Nuages nacrés. — Dans certaines conditions météorologiques, on a observé en Norvège méridionale des nuages nacrés. M. Stôrmer expose que, d’après ces observations, la
- hauteur de ces nuages a été calculée au moyen de photographies simultanées. Cette hauteur est très grande, en général comprise entre 24 et 28 km. Des variations rapides mollirent qu’il existe une certaine turbulence à cette altitude. Dans certains cas, ces nuages ont révélé des vitesses allant jusqu’à 90 nin/s. Ils semblent toujours se diriger vers le Sud-Est. De pareils nuages ont été vus dans d’autres parties de la Scandinavie et même en Écosse.
- L. Bertrand.
- Séance du 5 février 1940.
- Les eaux de ChateLOuyon. — MM. Lepape et Ges-lin exposent que les recherches qu’ils ont effectuées sur la radioactivité des eaux de Chatel-Guyon leur ont montré que le radon est présent dans les eaux et les gaz, les sources les plus radioactives étant celles d’origine superficielle. Le radium a également été dosé. Les résultats les plus remarquables sont les teneurs très élevées en thoron ; elles conduisent à admettre que la teneur en mésothorium à Gübler II est double de celle de la Source Grande Grille à Vichy. Poussant plus loin la recherche des radioéléments de la famille du thorium. M. Duciion montre que les eaux de Chatel-Guyon ne présentent à l’émergence ni Th, ni RTh, mais seulement MTh.i. et peut-être ThN. Elles sont plus riches en MTh.i. que toutes les autres eaux de la région. Cet auteur a, de plus, reconnu que la source Geyser des Martres d’Artières contient sept fois plus de radium que n’importe quelle autre source de Chatel-Guyon.
- Séance du. 12 février 1940.
- La salinité des eaux d'arrosage. — M. Daniel montre, par l’exemple d’arrosages effectués avec l’eau d’un puits devenu accidentellement saumâtre, à quel point le déséquilibre d’un élément dans le milieu de culture peut influer sur de nombreux végétaux et, en particulier sur les choux et les laitues. La valeur alimentaire de ces végétaux pour l’homme et les animaux peut elle-même être altérée. Les modifications morphologiques sont particulièrement sensibles chez le Plantain. Le domaine de ces recherches est très important car il intéresse à la fois l’agriculteur, le vétérinaire, le médecin et l’hygiéniste par suite de l’enchaînement symbiotique de la vie des êtres.
- Séance du. 19 février 1940.
- Le puceron gris du pêcher. — Le puceron gris, d’ailleurs bien mal nommé quant à sa couleur, vit un peu partout en France, de préférence sur le pêcher. M. Poisson estime qu’il joue un rôle important dans les maladies de dégénérescence de la pomme de terre. Ce puceron se multiplie par voie agame sous les climats à hivers doux, en Bretagne en particulier. Les tubercules dits « de semence » séjournant dans des greniers ou des granges semi-obscures où se trouve le puceron, qui y fuit la lumière, sont piqués par lui. Non seulement les virus de dégénérescence peuvent ainsi être inoculés mais les piqûres peuvent faciliter l’infection par le mildiou de la pomme de terre. Il y aurait donc lieu de traiter les tubercules a de semence a par des insecticides jusqu’à l’époque des emblavures et surtout de traiter énergiquement les pêchers voisins.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux Lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Par suite des exigences de la Censure, il ne sera publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Épilation. — L’épilation au moyen de la- poix résine est très douloureuse et peut déterminer une irritation de la peau ; nous ne conseillons pas d’y avoir recours. Le mieux est de se servir du dépilatoire de Boudet que l’on prépare facilement de la façon suivante :
- Prendre 25 g. de chaux vive et l’éteindre. Une fois la chaux éteinte y ajouter environ 200 cm3 d’eau de façon à obtenir une bouillie épaisse.
- Faire alors passer dans cette bouillie un courant d’hydrogène sulfuré, jusqu’à ce que le produit prenne une coloration bleu-verdâtre. Ajouter un poids égal de poudre d’amidon, rendre homogène et mettre en flacons bien bouchés.
- Pour l’usage, appliquer au moyen du doigt une couche légère de la préparation sur la partie à épiler, laisser deux à trois minutes, puis laver à l’eau tiède et poudrer soit à l’amidon, soit à l’oxyde de zinc.
- N.-B. — L’hydrogène sulfuré se prépare sans difficulté par action d’un acide étendu tel que l’acide chlorhydrique sur le sulfure de fer. On trouvera la description du moulage dans tous les traités de chimie.
- Destruction des fourmis. — C’est uniquement à titre d’information que nous avons signalé l’emploi du fluorure de sodium pour la destruction des fourmis, n’ayant pas encore eu l’occasion d’en expérimenter l’efficacité. A notre avis-le fluorure de sodium n’étant pas très courant dans le commerce il est beaucoup plus simple de recourir à la liqueur de Fowler, qui étant à faible concentration en arsénite de potasse, ne présente pratiquement pas de danger si on ne laisse pas traîner la bouteille mais la range soigneusement comme tout médicament ; tous nos lecteurs qui l’ont employée s’en sont déclarés satisfaits.
- N.-B. — L’efficacité du jus de pruneaux mis dans un bol, nous paraît surtout due à la forme du récipient duquel les fourmis engluées par le sirop doivent difficilement sortir.
- Encre pour machine à écrire. — Le moyen le plus simple pour obtenir une encre indélébile pour machines à écrire, est de prendre de l’encre d’imprimerie à base de noir de fumée et d’y ajouter un dixième-à un cinquième d’huile de lin vraie, puis de broyer soigneusement pour rendre homogène.
- Eviter de dépasser la proportion de 1/10 car cela aurait pour conséquence de donner des lettres entourées d’une bordure grasse, d’effet fâcheux.
- N.-B. — Étant donné que l’huile de lin s’oxyde à l’air et durcit, les rubans imprégnés de la préparation seront à changer souvent et seront constitués par des bandes de coton neuves c’est-à-dire exemptes des encres habituelles aux couleurs d’aniline et à la glycérine.
- Vin de figues. — Le vin de figues se prépare sans difficultés en opérant de la façon suivante :
- Dans une cuve en bois de un hectolitre environ de capacité, on met 80 1 d’eau tiède à 25° C. et 8 kg. de sucre, on y ajoute 8 à 10 kg. de fruits préalablement écrasés et laisse fermenter dans une pièce dont la température est voisine de 20° C. Quand la fermentation est terminée on soutire et met en bouteilles.
- Beurre de coco. — L’extraction du beurre de coco se fait presqu’exclusivement par pression de l’amande sèche et rafiée, seuls les déchets sont traités par les solvants ; on peut ainsi facilement retirer environ 65 pour 100 d’huile de ladite amande.
- Cette extraction se pratique au moyen de presses hydrauliques sous une pression de 90 à 100 kg. par centimètre carré appliquée au produit de la mouture ou farine, qui est préalablement chauffée vers 70°.
- L’huile ainsi extraite est filtrée encore liquide puis raffinée pour être appropriée à la consommation de bouche, travail qui comporte la neutralisation, le blanchiment et la désodorisation et donne les beurres commerciaux connus sous les noms de cocose, végétaline, beurre végétal, cocoïne, coco-nut butter, coco-nut suet, sous l'orme d’une matière blanche, cristalline ne rancissant pas.
- La neutralisation se fait par les alcalis, la décoloration généralement par les terres absorbantes (kaolins) ; quant à la désodorisation, elle se pratique en faisant passer au travers de la matière grasse fondue, un courant de vapeur d’eau surchauffée qui entraîne les éléments odorants.
- Cette opération s’effectue dans une colonne à plateaux analogue à celle qui sert à la rectification de l’alcool, c’est-à-dire rpie la vapeur suit une marche ascendante, tandis que l’huile descend progressivement de plateau en plateau ; c.’est en particulier le procédé appliqué aux Usines Rocca, Tassy et Roux, les grands spécialistes de Marseille, fabricants de la végétaline.
- Nettoyage d’une statue de marbre. — Le moyen le plus simple et le plus pratique est d’appliquer au moyen d’un pinceau une mixture composée de :
- Savon blanc.............................. 50 g.
- Eau non calcaire................... 1 000 —
- Alcali volatil........................... 50 —
- Blanc d’Espagne.......................... 400 —
- Faire dissoudre le savon dans l’eau chaude, ajouter l’alcali seulement après refroidissement ainsi que le blanc d’Espagne. Laisser en contact le marbre et la mixture pendant 24 h, puis brosser assez énergiquement avec une brosse un peu dure imbibée d’eau tiède. Finalement rincer abondamment à l’eau pure.
- Air liquide. — L’air liquide est obtenu en opérant une série de compressions et de détente de l’air atmosphérique, ayant pour effet de refroidir progressivement cet air, qui se liquéfie aux environs de — 194°.
- Un mètre cube d’air atmosphérique pèse, dans les conditions normales de température et de pression, 1 292 g. La densité de l’air liquide est voisine de celle de l’eau : un litre d’air liquide pèse environ 1 kg. Il est facile d’en déduire qu’un litre d’air liquide correspond à peu près à 700 1. d’air atmosphérique.
- L’air liquide commencé à bouillir à — 186°6. Abandonné à lui-même, à la température ambiante, il entrera immédiatement en ébullition, et il faut prendre de grandes précautions pour le conserver. On utilise à cette fin les récipients de Dewar, comprenant une enveloppe double de verre mince, laissant un intervalle libre dans lequel on a fait un vide de l’ordre de 1 millième de millimètre de mercure ; la paroi est argentée pour éviter les pertes par rayonnement ou conductibilité.
- Les constituants de l’air liquide étant différemment volatils, la composition s’en modifie au fur et à mesure de l’évaporation. Commençant à bouillir à 186°6, il perd surtout de l’azote, et, vers — 182°, il ne contient plus que de l’oxygène à peu près pur, à l’état liquide.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (frakce). — 15-6-1940 — PubHshed in France.
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- N° 3062
- LA NATURE
- 15 Août 1940
- LES MŒURS DE QUELQUES ORTHOPTÈRES
- Le directeur du Vivarium de Paris, M. Lucien Cho-pard, a publié en 1938 un livre fort important sur la Biologie des Orthoptères 0), livre que nous n’avons, d’ailleurs, pas la prétention de résumer ici. Nous voudrions simpement glaner, dans ce très riche document, quelques traits caractéristiques ou pittoresques concernant certains de ces insectes. Les Orthoptères, à pièces buccales disposées pour broyer, sont souvent de voraces Gargantuas ; on y trouve des architectes experts, des musiciens et des comédiens de talent, d’infatigables globe-trotters ! Toutefois l’ordre entier, moins évolué que celui des Hyménoptères, apparaît comme peu sociable et seuls, les Grillons, les Blattes et les Forficules ont tendance à se grouper.
- COMMENT M. CHOPARD FUT AMENÉ
- A ÉCRIRE SON LIVRE
- Avant d’ouvrir le volume, rendons visite à son auteur. M. Chopard commença par apprendre l’histoire naturelle « dans les bois et dans les champs », ainsi qu’il nous le confiait récemment. Là, il connut, en particulier, les moeurs des insectes a bien avant d’en avoir appris le nom ».
- Cependant le savant en
- hei’be ne tarda pas à reconnaître l’insuffisance de l’école buissonnière pour apprendre à fond le métier de naturaliste. Aussi sur les conseils d’Hérouard, il compléta ses connaissances en prenant ses certificats de licence ès sciences, tout en fréquentant les stations maritimes de Roscoff et de Banyuls ainsi que le laboratoire d’anatomie comparée de la Sorbonne où les zoologistes Pruvot, Winlrebert et Racovitza encouragèrent ses débuts. Peu après, sur la recommandation de son ami Bei'land, il collabora au service du Pr Bouvier, qui occupait à l’époque la chaire d’entomologie du Muséum.
- L’éminent naturaliste chargea M. Chopard de classer la collection des Orthoptères, que ce dernier étudiait
- G) Leciievaijeti, éditeur, Paris.
- Fig. 1. — M. Lucien Chopard, directeur du Vivarium..
- déjà depuis quelque temps. Une telle tâche n’était pas aisée, en raison de l’abondance des matériaux et bien que M. Berland ait aidé à ce rangement, il n’est pas encore achevé après une vingtaine d’années de labeur, inteirompu seulement de 1914 à 1918. Vers cette époque, des raisons de santé obligèrent M. Chopard à quitter la capitale pour le midi de la France où, nous disait-il « mes loisirs forcés me permirent d’élever de nombreux insectes dont l’observation fit l’objet de
- divers mémoires et en particulier de ma thèse de doctorat sur Les derniers segments abdominaux des Orthoptères soutenue en 1920 ». Ces travaux attirèrent l’attention et M. Chopard devint' directeur du Vivarium en 1981, à la place du Dr Jeannel, nommé professeur d’entomologie au Muséum national d’histoire naturelle en remplacement de M. Bouvier.
- CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET HABITATS DES ORTHOPTÈRES
- Laissons le naturaliste pour feuilleter son dernier ouvrage. D’une manière générale, les Orthoptères se distinguent des Archiptères par la différenciation de leurs 4 ailes : les supérieu-
- res plus ou moins coriaces constituent des étuis ou élytres recouvrant les inférieures plissées en éventail quand elles sont au repos. On les subdivise en 6 sous-ordres. Ils vivent, pour la plupart, dans les régions tropicales, leur développement exige une température élevée et une insolation prolongée durant plusieurs mois.
- Empruntons maintenant quelques chiffres à M. Chopard afin de fixer nos idées sur leur distribution géographique. On en compte 5oo espèces dans le nord de l’Afrique, 200 environ dans les autres pays côtiers de la Méditerranée, 5o seulement en Belgique et en Hollande tandis que leur nombre s’abaisse à 3i en Angleterre. Si ces insectes aiment la chaleur, par contre, ils s’adaptent facilement à des milieux très différents.
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- Ainsi, on rencontre des Acridiens ou des Mantes dans le Sahara et dans les steppes. d’Asie' Mineure ; leur corps brun jaunâtre s’harmonise bien avec la teinte uniforme du sable des pays désertiques, d’où ils s’envolent parfois brusquement pour parcourir de grandes distances.
- Essentiellement thermophiles, peu d’Orthoptères trouvent dans les hautes montagnes les conditions nécessaires à leur existence, mais on rencontre une centaine d’espèces disséminées dans presque toutes les grottes du monde, appartenant aux trois familles des Blattidae, Rhaphidophorinae et Gryllidae. Les uns, comme les Troglophiles de Crète (Troglophilus spinu-losus Chop.) ont les pattes relativement courtes ; au contraire, les Dolichopodes de Corse (Dolichopoda Bor-mansi Br.) les ont extrêmement allongées. Quant à certaines Blattes cavernicoles décolorées et presque aveugles, leur habitat s’étend depuis l’Afrique orientale jusqu’aux Indes et aux îles Philippines.
- Parmi les fouisseurs, le plus typique est la Courti-lière ou Taupe-Grillon. Plus carnivore que végétarien, cet ennemi de nos potagers dévore volontiers les larves d’insectes aussi bien que les vers mais au cours de ses travaux souterrains, il coupe les racines des plantes qui le gênent et s’en repaît. Les minimes services que rend cet orthop 1ère comme insectivore, ne sauraient compenser les méfaits qu’il cause en bouleversant les carrés de nos jardins, quand on le laisse se multiplier.
- La Courtilière semble avoir emprunté à l’écrevisse sa tête et son corselet, à la taupe ses pattes fouisseuses et au grillon la partie postérieure de son corps. Les mâles diffèrent des femelles d’aboi'd par la conformation de l’abdomen puis par leur élytre qui porte chez les premiers un appareil stridulant. L’accouplement a lieu du i5 juin au 15 juillet. Aussitôt après son mariage, la femelle aménage un nid confortable pour sa future progéniture. Elle creuse des galeries inclinées au milieu desquelles elle établit un puits qui s’enfonce à une dizaine de centimètres au-dessous du sol et dont la forme ainsi que les dimensions se rapprochent de celles d’un oeuf de poule. De cette cavité centrale, rayonnent dans plusieurs directions, de petites rigoles superficielles de 2 à 3 cm. de largeur. En outre, un boyau, destiné à servir de retraite à l’occupante le cas échéant ou à l’écoulement des eaux de pluie, s’enfonce verticalement dans le sol au voisinage de la caverne ainsi réalisée. Pour établir ce repaire, l’active terras-sière choisit, dans un sol sablonneux et sec, un endroit découvert, bien exposé aux rayons solaires ; elle rassemble la terre au-dessus et ronge les racines ou autres parties végétales souterraines situées aux alentours.
- Peu après l’accouplement, la femelle, qui ne possède pas de tarière et se distingue seulement du mâle par la conformation un peu différente de ses derniers anneaux abdominaux, pond en plusieurs fois, dans ce nid, environ deux cents œufs jaune-verdâtres, de forme allongée et de la grosseur d’un grain de chènevis. Au bout de trois semaines, naissent des larves très semblables aux insectes adultes, sauf par la taille plus petite et l’absence d’ailes. Contrairement à l’opinion cou-
- rante, la femelle ne « couve » pas ses enfants mais aussi cruelle qu’Ugolin elle en dévore beaucoup et meurt seulement au début de la saison hivernale. Au commencement d’août, les jeunes « Courtilles » subissent leur première mue, suivie d’une seconde vers le début de septembre et d’une troisième à la fin de ce mois. Elles ont alors une taille de 26 mm. en moyenne et deviennent les auxiliaires de leurs parents. Avec leurs pattes antérieures très larges, terminées par des palettes épineuses presque digitées, elles accomplissent aisément leurs terrassements souterrains. Au printemps suivant, après avoir subi leur quatrième métamorphose et acquis leurs ailes, elles se révèlent comme des carnassières accomplies. Elles mesurent alors 5 cm. de longueur environ.
- CYCLES DE DÉVELOPPEMENT DES ORTHOPTÈRES
- Chez les Orthoptères, le nombre des mues varie selon les espèces. On en compte, par exemple, 4 à 5 chez l’Empuse, 6 ou 7 chez les Phyllies, 7 à 8 chez les grands Phasmes des genres Eurycnema et Cyphocra-nia, 5 chez YEphippiger et on en a observé jusqu’à to chez le Grillon champêtre. Leur cycle vital dépend des conditions externes et des dispositions héréditaires variables suivant les individus. Dans les contrées tempérées,'la plupart des Orthoptères éclosent dès le début de l’été, se développent, s’accouplent et pondent durant la belle saison pour disparaître dès les premiers froids. Au cours du développement de l’embryon, se produit une diapause ou période de repos provoquée surtout par l’abaissement de température et chaque espèce présente un point critique au-dessous duquel la croissance de: l’œuf s’arrête. Certains autres Acridiens hivernent à l’état de larves, qui vivent au ralenti pendant la période des froids puis reprennent une certaine activité dès le printemps et commencent alors à s’alimenter. Le Pr Grassé a observé, chez le Criquet égyptien (Anacridium aegyp-tium), un troisième genre de cycle annuel. Ce grand Acridien, commun dans le midi, pond en avril-mai. Les larves éclosent vers le début de juillet, deviennent adultes en septembre ou octobre puis hivernent dans cet état mais n’atteignent la maturité sexuelle qu’au printemps suivant. Un autre petit Acridien 1 ’Aiolopus strepens, qui vit en France, présente également une diapause originale.
- ORTHOPTÈRES COMÉDIENS ET MUSICIENS
- Les Phasmides sont les plus remarquables des Orthoptères au point de vue du mimétisme. Les Phyllies ressemblent aux feuilles des végétaux tandis que les Bacilles de Rossi ou les Carausius qu’on appelle vulgairement « Bâtons du diable », se confondent avec les branches des arbustes sur lesquels ils vivent. De son côté, l’aspect grêle des Saga, géants des Locus-tiens d’Eui'ope, leur a valu le surnom de « Sorcières » ; se tenant sur les Légumineuses, ils préfèrent heureusement se régaler d’insectes que de végétaux. Us saisissent leur proie avec leurs pattes de devant et
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- Fig. 2 à 10. — Quelques Orthoptères.
- 2. L’éphippigère (le Béziers, ennemie de la vigne. — 3. Bâtons du diable (Carausius morosus) — 4. Phyllies feuilles mortes. ^—
- 5. Grillons domestiques sur une croûte de pain. — 6. Dectique verrueivore, avec son oviscalpe en forme de sabre. ^— 7. Sorcière d’Anatolie- (Saga anatolia). — 8. Mante religieuse femelle dévorant le mâle après l’accouplement. — 0. Grillon champêtre à l’entrée de son terrier, dévorant une mouche bleue de la viande. — 10. Euryeantha calcarata. Mâle et femelle.
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- Fig. 11 et 12.
- A gauche, grande sauterelle verte (Locusta viridi ssima). A droite, courtilières ou grillons-taupes dans leur galerie souterraine.
- l’emportent pour la* déguster à loisir. Les Mantes religieuses possèdent des pattes antérieures ravisseuses qu’elles tiennent au repos dans une attitude de prière et au cours de leur accouplement, leurs femelles dévorent les males. Quant aux Eurycanthes, végétariens et de mœurs plus douces, ils demandent aux tons brun marron ou verdâtre de leur corps de les protéger contre les oiseaux. Ces Phasmides aptères de grande taille couverts d’épines sur le corps et les pattes ont une chair qui fait les délices des nègres des îles Salomon (Océanie). Dans ces parages se rencontre le représentant le plus caractéristique de la famille, VEurycantha calcarata à la physionomie étrange. 11 faut, d’ailleurs, prendre quelques précautions pour s’en emparer car lorsqu’on saisit un Eurycanthe mâle, il redresse brusquement ses pattes de derrière et il enfonce si fortement ses grands crochets acérés dans les doigts de l’imprudent que des gouttes de sang en jaillissent.
- Les Cyphocranes et en particulier le Cyphocrana gigas dont le mâle mesure no mm. en moyenne et la femelle 170 mm. sont également des « comédiens » bien connus. Ces insectes géants et ailés habitent surtout les parties chaudes de l’Ancien Monde, les îles de l’Océan Indien et le nord de l’Australie. Leur corps présente une coloration générale vert foncé, leur mésothorax est couvert de tubercules en relief et plus ou moins alignés. Enfin leurs ailes amples arrondies et un peu moins longues que leur abdomen, présentent des taches marbrées simulant des bandes.
- Mais à côté de ces mimes accomplis, d’autres Orthoptères se distinguent par leurs talents musicaux. Si les Criquets, les Eurycanthes, les Cyphocranes, les Sauterelles ou les Grillons ne possèdent pas un appareil sonore aussi compliqué que celui de la Cigale, ils donnent néanmoins d’artistiques répliques au chant de la gracieuse bestiole si commune au pays de Mireille !
- Le plus populaire d’entre eux, est le Grillon champêtre. Cet orthoptère sauteur, au corps d’une teinte générale noir luisant, à la lête ronde, aux cuisses ren-ilées et aux pattes robustes., est très répandu dans toute l’Europe et même jusqu’en. Asie Mineure. Il affectionne surtout les landes arides et les terrains sablonneux des collines ensoleillées ? Au printemps, il creuse des galeries dans le sol afin de s’y cacher en cas de danger et s’y abriter pendant la mauvaise saison.
- J.-H. Fabre s’extasie, dans ses Souvenirs entomolo-giques, sur ce musicien qui est, en outre, un architecte d’une rare habileté. « Seul de nos insectes, écrit le savant observateur, il a, quand vient l’âge mûr, domicile fixe, ouvrage de son industrie ! Ces minuscules terriers laborieusement et hygiéniquement construits, pénètrent dans le sol d’abord horizontalement puis s’enfoncent un peu plus profondément et un seul hôte s’établit dans chacun d’eux pour ne plus en déménager « ni dans les facilités du printemps, ni dans les misères de l’hiver ». L’intérieur de cet ermitage n’offre, du reste, aucun luxe et ses parois nues
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- mais lisses se terminent au fond par une poche de diamètre légèrement amplifié.
- Les mâles passent la tête hors de leur trou pour chanter une aubade à l’occasion afin d’attirer les regards de quelque « belle » au corselet, noirâtre qui gîte dans le voisinage. Quand vers la mi-juin, l’amoureux donne ses sérénades, il se tient, les pattes écartées, appuie le thorax contre le sol, soulève légèrement ses élvtres et les frotte l’une contre l’autre avec une rapidité extraordinaire. La femelle perçoit ces sons au moyen des organes auditifs qui se trouvent dans ses jambes antérieures. Elle accourt et frappe le mâle avec ses antennes. Celui-ci s’étire, se redresse et tourne sa tête en tous sens. Puis il tarde pas à se... marier avec sa compagne. Celle-ci huit jours plus tard, pond 5oo ou 600 œufs qu’elle enfouit dans le sol à 2 ou 3 cm. de profondeur par paquets déposés successivement. Une quinzaine de jours plus tard, ils éclosent. A sa naissance, le jeune grillon champêtre est pâle et pas plus gros qu’une puce. Enveloppé dans sa première peau, il en sort grâce à son ampoule frontale puis après son arrivée à la surface, il se colore en vingt-quatre heures et devient d’un superbe noir d’ébène.
- Contents de vivre, nos négrillons bondissent et trottinent au soleil, insouciants des lézards gris et des fourmis, qui s’en régalent à qui mieux mieux. Les survivants de ces prodigieuses hécatombes mènent une existence de chemineaux et vagabondent jusqu’à l’automne. En cette saison, ils s’assagissent, quittant les feuilles mortes ou les pierres moussues qui leur servaient d’abris momentanés, au cours de leurs excursions estivales, ils creusent vers la fin d’octobre leurs terriers dans lesquels ils hivernent comme leurs parents.
- En avril, ils commencent à « chanter », d’abord par solos discrets, puis leur stridulation devient plus vive et bruyante. Dans ce concert « ils ont pour associée, écrit encore Fabre, l’alouette huppée fusée lyrique qui monte, le gosier gonflé de notes et de là haut invisible dans les nuées, verse sur les guérets sa douce cantilène. D’en bas, lui répond la mélopée des Grillons. C’est monotone, dépourvu d’art mais combien conforme par sa naïveté à la rustique allégresse des choses renouvelées ! C’est l’hosanna de l’éveil, le saint alléluia, compris du grain qui germe et de l’herbe qui pousse ».
- Quant aux Grillons domestiques plus petits et d’allure plus svelte que leurs cousins des champs, ils se plaisent surtout dans nos boulangeries ou nos cuisines, qu’ils fréquentent en compagnie des Blattes. A la saison des amours, les « cricris » mâles font entendre, pendant la nuit un « chant » langoureux, que l’oreille humaine n’apprécie guère mais qui délecte les femelles de la race gryllidienne.
- Bien d’autres traits seraient à signaler, concernant l’autotomie, la. régénération, les réflexes, les moyens de défense, la vie: familiale des Blattes et les extraordinaires migrations des Sauterelles, mais tout est à lire et à méditer dans l’œuvre dé M. Ghbpard; v \‘
- Du reste, son savant auteur ne s’est pas cantonné
- Fig. 13. — Un des plus grands Orthoptères : Cyphocrania gigas des îles de l'Océan Indien et du nord de l’Australie, élevé pour la première fois en France par l’Abbé Fouché.
- dans l’étude de cet ordre d’insectes. Voulant agrandir le champ de ses recherches biologiques, M. Cho-pard a effectué récemment une fructueuse randonnée en compagnie du Pv Grasse, dans l’Aïr et en Côte d’ivoire (novembre 1938-février 1909) afin d’observer les faunes entomologiques du Sahara et du Soudan, tout en récoltant de petits animaux vivants pour accroître les richesses du Vivarium de Paris. Partis d’Alger par le service régulier des Transports tropicaux, les deux voyageurs ont retrouvé à Agadès l’explorateur Lhotte avec qui ils firent un court séjour dans l’Aïr. Ils poussèrent ensuite jusqu’à Niamey en passant par Zinder. Puis après un court séjour à Odienné, Man et leurs environs, ils revinrent par Danané, Bouaflé et Abidjan. Pendant cette mission, le Pr Grassé observa les Termites, tandis que M. Clio-pard récoltait 6 000 insectes, 5oo arachnides, des petits Mammifères rongeurs ou insectivores pour le Muséum d’Histoire naturelle de Paris. Il captura aussi des animaux vivants pour le Vivarium, entre autres un Pangolin, le premier sans doute ramené vivant en Europe, mais qui n’a vécu qu’une quinzaine de jours car on n’a pu trouver dans la Capitale des fourmis à son goût et un Lémurien, assez rare dans les ménageries européennes, le Perodicticus potto Geof. qui se roule en boule pour dormir en s’accrochant latéralement à une branche par ses quatre membres.
- Jacques Boyer.
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- = SINGULARITÉS MÉCANIQUES = DANS LE COMPORTEMENT DES VÉHICULES DE CHEMINS DE FER
- L’aspect des problèmes de stabilité et de mécanique générale concernant le matériel circulant sur voie ferrée a considérablement évolué depuis quelques années. D’une part, ce matériel s’est orienté vers des formes très différentes des anciens véhicules relativement lents et légers : nous avons vu apparaître des voitures de plus en plus lourdes, des locomotives qui sont de véritables usines et qui circulent à i4o km. à l’heure, tandis qu’à l’autre bout de la gamme, les autorails légers et extrêmement rapides réussissaient à se maintenir sur la voie au mépris de toutes les formules anciennes !
- FAILLITE DE LA « MÉCANIQUE RATIONNELLE »
- Parallèlement à cette évolution matérielle, un changement de conception s’opérait parmi les techniciens du rail. Au temps du « classicisme » ferroviaire, représenté par Marié et ses émules, on admettait que la mécanique rationnelle la plus générale s’appliquait intégralement aux problèmes de comportement sur voie ferrée ; disons plutôt que l’on croyait pouvoir admettre que locomotives et voitures étaient strictement guidées par les rails comme sur une épure, moyennant quelques restrictions simples sur les élasticités et les jeux.
- Le théorème de l’AIembert, qui exprime la proportionnalité analytique des forces aux accélérations, compte tenu des liaisons, suffisait dans ces conditions à rendre compte de tous les phénomènes : réactions latérales, oscillations de translation, roulis, galop, lacet, recul, oscillations des locomotives à vapeur dues à l’irrégularité du couple moteur, fléchissement de double amplitude à l’entrée et à la sortie des courbes non raccordées par des sections à rayon de courbure progressif, sans parler de la théorie des déraillements basée sur le fameux « profil international des mentonnels de roues » fixé par la Conférence de Berne.
- L’introduction de monstres de 160 t. circulant à la vitesse maxima compatible avec la résistance de la voie a conduit les spécialistes à reviser cette vue trop... cartésienne. Les recherches de M. Lanos, par exemple, ont montré que les déformations, normales et tan-gentielles, des rails pouvaient atteindre des valeurs telles que le mentonnet
- d'une roue manquait de plusieurs millimètres la « pointe de cœur » d’un croisement ou d’un aiguillage ! M. Lanos a montré d’autre part (fig. i, 4, 6) que les locomotives circulant en courbe peuvent occuper dans la voie des positions très différentes (fig. 5) et inégalement stables, le passage d’une position à l’autre se faisant par un régime critique. Nous avons signalé par ailleurs les déformations élastiques stupéfiantes qui peuvent se produire en mai’che dans un essieu coudé de locomotive équilibré par contrepoids de roue suivant la forme classique : M. Ch an a montré qu’à 120 km. à l’heure, on peut avoir des déformations représentant 9 mm. en plus et en moins sur l’écartement des roues (x).
- On est ainsi conduit à des méthodes nouvelles, qui se rapprochent curieusement de celles des biologistes : traiter le matériel existant, voitures, wagons, locomotives, ainsi que la voie, comme une « donnée » naturelle et s’efforcer d’en déterminer par l’expérience le comportement détaillé. Conception modeste mais féconde qui a trouvé son expression la plus accomplie
- 1. Voir La Mature, n° 3034 du 1er octobre 1938.
- Fig. 1. — Equipement de voie pour l'étude expérimentale de la stabilité des locomotives u Mountain » en courbe.
- Des planches minces ou voliges, couvertes de zinc, sont disposées le long du rail sur des supports à ressorts ; un cercle tranchant, fixé à chaque roue (fig. 6) vient graver sa trace sur la feuille de zinc. Des butées réglables, à vis, permettent de mesurer le renversement du rail. Au premier plan, un enregistreur graphique avec le moteur d’entraînement du papier.
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- dans les mesures des efforts en tous les points du matériel roulant et de la voie, par la méthode des quartz piézo-électriques Mauzin (x).
- PSEUDO-GLISSEMENT DES ROUES
- Les essieux de chemin de fer ne comportent pas de différentiel. L’avancement inégal des deux roues d’un même essieu, indispensable dans les courbes, est partiellement assuré par la conicité des bandages ; le train étant plaqué contre le rail extérieur par la force centrifuge, la roue extérieure tourne sur son plus grand diamètre, donc avance sur la roue intérieure, l’essieu se plaçant en position oblique. Son axe géométrique passe par le centre du virage qui constitue — si tout se passe comme sur le papier ! — le centre instantané de rotation du véhicule..
- Il est certain que cette compensation de l’inégalité des chemins parcourus par les deux roues n’est qu’approximative ; une certaine différence subsiste et doit être rattrapée par glissement des bandages sur le rail. En outre, la force centrifuge peut se trouver insuffisante, puisque, précisément, les ingénieurs de la voie s’efforcent de l’annuler en donnant du « dévers », c’est-à-dire en inclinant la voie vers l’intérieur. En outre, il ne faut pas oublier qu’un train peut être amené à ralentir ou même à s’arrêter en courbe ; il vient alors se placer contre le rail intérieur, la conicité jouant à rebours ; l’effort de traction prend alors des valeurs considérables.
- Dans cet ordre de phénomènes, où de petits déplacements se traduisent par des forces très grandes, il devient indispensable de faire intervenir les déformations parasites. C’est ce qu’a pu faire M. Robert Lévi, qui a précisé ce fait curieux : l’entraînement élastique de la surface supérieure du rail. Dans une courbe, la force centrifuge produit un entraînement transversal, tandis que l’entraînement est longitudinal dans le cas d’une roue motrice de locomotive, qui repousse le rail vers l’arrière. Cette déformation tangentielle momentanée est loin d’être négligeable ; pour une roue
- 1. Voir La Nature, n° 3034 du 1er octobre 1938.
- Fig. 2. — Dispositif mécanique pour l’étude du glissement axial d’un tambour coulissant reposant sur une roue tournant au point fixe.
- Le tambour est sollicité dans le sens de l’axe par un poids ; il est retenu par son frottement contre la roue. Bien qu’il n’y ait pas de glissement dans le sens de la rotation, on constate un glissement axial qui croît avec le poids appliqué et prend une allure asymptotique.
- Tambour
- Fourchette'
- Manivelle
- Fig. 3. — Montage d’un quartz piézo-électrique pour la mesure des efforts en bout d’un essieu de chemin de fer.
- motrice de a m. de diamètre, exerçant sur le rail une charge verticale totale de io t. et produisant un effort de traction de i t., on a constaté que la roue avançait de 1/2.000 de moins que lorsqu’il n’y avait pas d’effort moteur ; la traction se traduisait donc par un pseudoglissement atteignant o m. 5o par km. Il y a là un phénomène analogue à l’allongement élastique des courroies motrices, qui fait que le brin conducteur va plus vite que le brin conduit.
- Examinant de plus près les conséquences pratiques de ce pseudo-glissement, M. Robert Lévi a été conduit à pousser les conditions à l’extrême, non plus sur le matériel de chemin de fer, mais au moyen d’un appareil spécial comportant un tambour roulant contre une roulette et sollicité axialement par un poids (fig. 2). Quand on augmente ce poids, on observe que le tambour glisse de plus en plus vite le long de la roulette, la loi qui lie cette vitesse au poids étant nettement asymptotique.
- Il existe donc une limite approximative de l’effort transversal que peut supporter une roue de chemin de fer, au delà de laquelle la roue, bien que ne glissant pas dans le sens longitudinal, part carrément par le côté ; le mentonnet est seul à intei'venir, à ce moment pour empêcher le déraillement ; mais Marié a montré que cette sécurité elle-même n’est, pas absolue, car il y a lieu de faire intervenir l’angle des tangentes aux surfaces respectives du mentonnet et du rail, en tenant compte du coefficient de frottement. A la limite, le mentonnet monte sur le rail et les chances sont assez réduites pour qu’il retombe à l’intérieur de la voie !
- Ces recherches se rapprochent de façon curieuse des récents travaux sur le a déroulement » des pneus de voiture à la surface du sol. Dans un virage, les pneus d’une voiture en marche donnent lieu à une faible vitesse axiale, dirigée vers l’extérieur ; il en est de même pour l’effort transversal dû au « bombé » de la route, le résultat étant la classique « marche en crabe ».
- Nous retrouvons, dans ces cas si différents, les cir-
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- Fig. 4. — Détail des butées de renversement de rail ; à gauche, un enregistreur relié au rail par une tige soudée.
- constances caractéristiques des mouvements louvoyants que l’on peut énoncer ainsi : « Quand on impose à un solide, glissant au contact d’un autre solide, un déplacement à vitesse constante dans une direction OX, toute force transversale, appliquée à ce meme corps mobile, se traduit par une vitesse dirigée suivant la direction perpendiculaire OY et proportionnelle à cette force a (Q.
- Pratiquement, suivant un énoncé familier, le glissement dans le sens OX fait « disparaître » le frottement dans le sens perpendiculaire OY. Il en résulte, pour les locomotives plus encore que pour les véhicules remorqués, une liberté beaucoup plus grande que ne l’admettaient les théories classiques, et l’on a pu dire que certaines locomotives fdaient entre leurs deux rails <( comme une voiture sur une chaussée verglassée entre deux bordures de trottoirs » !
- PERCUSSIONS SUR LES RAILS
- Ainsi posé, le problème offre deux aspects : quelle est la grandeur des efforts exercés par le matériel sur la voie ? De quelle façon ce matériel se place-t-il sur la voie au cours de ces débattements jusqu’ici insoupçonnés ?
- Le premier point a été étudié très méthodiquement par M. Mauzin, dont nous ne ferons que rappeler les travaux (1 2). Le dispositif utilisé comporte des quartz piézoélectriques interposés dans les endroits les plus divers entre les pièces d’effort ; ainsi, un quartz peut être logé entre
- 1. Voir La Nature, n° 2988 du 1er janvier 1936.
- 2. Voir La Nature, n° 3034, du 1er octobre 193S.
- coussinet et boîte à graisse ou entre une butée en bout de l’essieu et une plaque fixe, pour mesurer les réactions transversales de l’essieu sur la machine ; ces réactions sont égales à celles des roues sur la voie, à l’inertie des masses non suspendues près (fig. 3).
- Soumis à un effort, un quartz piézo-électrique développe sur ses deux faces une quantité d’électricité très faible mais proportionnelle à l’effort. Les armatures des différents quartz sont reliées, par des conducteurs à très fort isolement, à une lampe thermoionique équivalant à un galvanomètre dont la résistance de fuite atteindrait le milliard de mégohms ; cette lampe est connectée à un oscillographe cathodique enregistreur ; des commutateurs permettent d’obtenir l’inscription méthodique de tous les efforts utiles à connaître.
- Des essais ont été faits sur la ligne d’Héricy, à des vitesses atteignant i4o km. à l’heure et sur des courbes dont le rayon s’abaisse à 5oo m. Avec des Atlan-tics et des Pacifies, ils ont fait ressortir des « pointes » d’effort, autrement dit des percussions, pouvant atteindre le décuple de l’effort moyen et représentant un « risque » très supérieur au risque moyen de déraillement. Ce sont ces pointes qui limitent les vitesses auto-risables pour le matériel et les voies actuelles, soit i4o km. à l’heure pour des Atlantics circulant sur courbes de i 200 m. de rayon et i3o km. à l’heure si le rayon s’abaisse à 900 m.
- QUATRE POSITIONS EN COURBE
- Les essais de M. Lanos ont porté sur les positions géométriques des véhicules sur la voie ferrée et plus spécialement sur l’inscription en courbe des machines longues de la classe 24i dites Mountains.
- Dire qu’un essieu se trouve maintenu sur les rails par la conicité des bandages et, à la limite, par les mentonnets, n’a un sens précis que si l’on considère un essieu unique. Lorsqu’on a affaire à plusieurs essieux, le problème se complique du fait des montages cinématiques différents de ces essieux. Le bogie, orientable et « déportable », grâce à son pivot et à ses ressorts horizontaux de rappel (ces ressorts présentent une « bande au départ » de l’ordre de 3 à 4 t.) peut
- Fig. 8. — Voici les quatre positions principales d'une « Mountain » en courbe,
- suivant la vitesse.
- Le bogie et le bissel arrière ne sont pas représentés. I, passage de la machine à faible vitesse ; elle s’appuie contre le rail intérieur de la courbe par ses deux roues motrices médianes. II, à vitesse plus élevée, la machine s’appuie par ses deux roues motrices arrière, l’avant commençant à pointer vers l’extérieur. III, la vitesse croissant encore la locomotive se place en oblique, appuyée diagonalement aux deux rails par ses roues motrices extrêmes. IV, aux grandes vitesses, la locomotive est plaquée contre le rail extérieur, contre lequel elle s’appuie par ses deux motrices extrêmes.
- doues motrices
- Rail extérieur
- Rai! intérieur
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- être considéré comme parfaitement inscriptible ; on en peut dire autant du bissel arrière, qui présente un jeu latéral et possède également des rappels élastiques. Mais il n’en est pas de même de la longue partie rigide formée par les quatre essieux moteurs d’une Mountain ; on peut se demander quelles roues, dans cet ensemble, viennent toucher le rail extérieur par leurs mentonnets, et par suite quelle position la machine tend à occuper, selon la vitesse, dans l’espace libre que lui octroie le jeu des mentonnets dans la voie (fig. 5).
- Cette position offre un intérêt pratique indéniable, car elle définit l’angle exact sous lequel chaque men-tonnet attaque le rail ; si cet angle devient excessif, des copeaux peuvent être arrachés au flanc du champignon et le mentonnet peut même monter sur la table de roulement. En outre, toutes les positions ainsi définies ne sont pas stables ; il en est qui sont des positions de passage ou qui représentent les « pointes » de dangereuses oscillations de lacet.
- Les expériences ont porté sur des courbes de tracé satisfaisant et sur des courbes nettement « défavorables », de i ooo et de 600 m. de rayon. Des mesures préliminaires firent en effet ressortir, sur une courbe de 1 000 m. de rayon nominal, des rayons réels variant de 621 à 2 572 m. !
- Le dispositif expérimental employé fut le suivant (fig. 1). On fit choix de deux arcs de 4o m. de longueur, qui furent équipés au moyen de voliges de bois plates, couvertes d’une lame de zinc et disposées en file continue le long du rail extérieur ; ces voliges étaient montées sur des supports à ressorts leur permettant de s’abaisser de 52 mm. Accessoirement, des butées à vis permettaient de mesurer le déplacement horizontal du champignon de rail sous l’effort de renversement (fig. 4)-
- Contre les roues motrices des locomotives (fig. 6), on fixa d’autre part des cercles à bord tranchant, en acier ; ces cercles venaient rouler, au passage, sur le revêtement de zinc des voliges, gravant la trace précise de leur trajectoire. En outre, des tampons encreurs de différentes couleurs permettaient de distinguer, parmi les différentes traces, celle qui se rapportait à telle ou telle roue. •.
- Voici les résultats, qui sont fort curieux (fig. 5). La Mountain, circulant en courbe, peut occuper quatre positions principales. A faible vitesse, elle glisse vers l’intérieur de la courbe sous l’influence du dévers et
- s’appuie contre le rail intérieur par ses deux roues médianes ; quand la vitesse augmente, ce rôle d’appui se trouve dévolu aux deux essieux arrière, la locomotive commençant à pointer vers l’extérieur ; elle se place ensuite carrément en travers, une roue arrière s’appuyant contre le rail intérieur de la courbe, tandis que la roue avant opposée prend appui contre le rail extérieur.
- Aux grandes vitesses, la machine est tout entière entraînée par la force centrifuge et s’appuie contre le rail extérieur par ses deux roues motrices extrêmes.
- Plaquée entièrement contre le rail bas (rail intérieur) aux faibles vitesses ou au contraire contre le rail haut aux vitesses élevées, la machine est irréprochable. Il n’en est malheureusement pas de même pour les positions intermédiaires, qui sont des positions transitoires et qui peuvent donner lieu à des résonances dangereuses avec chocs violents contre les rails. Cette zone critique, pour les Mountains étudiées, s’est étendue de 85 à n5 km. à l’heure.
- Il n’est donc pas absurde d’affirmer que dans certaines circonstances, une courbe sera passée avec plus de sécurité à 120 km. à l’heure qu’à 110 ! Il y a là un phénomène de réaction des mobiles semi-libres analogue au phénomène classique des vitesses critiques communs à toutes les machines rotatives ou rythmiques. Ajoutons que des améliorations sensibles peuvent être envisagées grâce à des modifications convenables des ressorts de rappel du bogie et du bissel, ainsi que du comportement de la cheville ouvrière d’attelage du tender. Les vitesses critiques pourraient ainsi se trouver rejetées en dehors des vitesses usuelles de la locomotive. Pierre Devaux.
- Ancien élève de l’École polytechnique.
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- Fig. 6. — Equipement des roues motrices pour l'enregistrement du parcours des roues en courbe.
- La roue porte un cercle tranchant en acier, uestiné à marquer sa trace sur les feuilles de zinc (fig. 1) disposées le long de la voie ; des tampons encreurs diversement colorés permettent de distinguer les traces des différentes roues.
- LE MIMÉTISME ET LA GUERRE
- Il y a longtemps que Darwin a montré dans son livre sur L’Origine des Espèces que lorsque les êtres vivants d’une même région luttaient entre eux avec des forces à peu près balancées, il suffisait d’une modification insensible dans l’organisation ou les habitudes de l’un d’entre eux pour lui assurer l’avantage sur les autres.
- « Quand on voit, écrit-il, des insectes phytophages affecter la couleur verte de l’eau, et d’autres, qui se nourrissent d’écorce, un gris pommelé, la perdrix des neiges blanche en hiver, le coq de bruyère écossais, de la couleur de cet arbuste, et le francolin noir, couleur de tourbe, il faut bien admettre que ces nuances particulières sont utiles à ces espèces et qu’elles les
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- protègent contre certains dangers. .C’est, pour des raisons analogues qu’en certains pays, on évite d’avoir des pigeons blancs parce qu’ils sont plus exposés à devenir la proie des « oiseaux rapaces ».
- En Afrique, des lézards et des serpents ont une robe couleur de sable qui les rend presque invisibles. Certaines variétés de scorpions et les caméléons prennent la coloration du milieu- Où ils vivent. Des familles d’alouettes, grises comme la terre, sur le littoral algérien, voient la teinte de leur plumage s’éclaircir progressivement au fur et à mesure qu’on progresse vers le Sud. Leur plumage a la couleur du sable, aux confins du désert. Il leur assure une invisibilité complète/ et leur permet de se soustraire à l’action des rapaces.
- Grâce à leur vue perçante, ceux-ci aperçoivent une proie-de très loin, mais a la condition que son pelage ou ses plumes soient d’une certaine couleur. Il est hors de doute que le plumage rayé protège les volatiles et les rend moins visibles, et partant, attire moins sur eux l’attention des rapaces.
- Il convient de remarquer que les oiseaux sauvages ont un plumage gris ou rayé, tandis que les couleurs blanches ou noires sont un résultat de la vie en domestication.
- Ce sont là des faits directement liés à la lutte pour l’existence et qui méritent d’être médités au moment où la guerre oppose dans les plaines et les forêts des millions d’hommes en uniforme.
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- Le vêtement du soldat doit être exclusivement en rapport avec les nécessités de la guerre moderne. L’armée dont les soldats seront les moins visibles aura, avant tout combat, avant toute rencontre, une supériorité indiscutable sur un adversaire plus visible.
- Dans le passé, les officiers russes ont abandonné la tunique blanche après Liao-Yang, ce qu’ils auraient fait plus tôt, s’ils avaient su profiter de l’expérience des Autrichiens qui l’avaient supprimée depuis la guerre d’Italie. La tunique rouge de l’armée anglaise, si sportive et si jolie sur le gazon de Hyde-Park, fut une belle cible pour les tirailleurs boërs.
- D’après les relations officielles publiées par l’état-major allemand, le pantalon rouge et la tunique bleu foncé ont suffi à expliquer l’échec de l’offensive française pendant la bataille des frontières (20-24 août igi4). L’un et l’autre ont disparu après la première bataille de la Marne. Le bleu clair ou bleu, horizon fut substitué au rouge et au bleu foncé. Ce drap nouveau contenait encore une trop grande proportion de bleu et pas assez de gi’is.
- Nous savons enfin que, pendant les deux premiers mois de la guerre russo-finlandaise, les Russes se présentèrent au combat, sur les plaines blanches de Carélie, vêtus de leurs capotes brunes, alors que leurs adversaires masquaient de toile blanche leur uniforme. Ils représentaient des cibles magnifiques pour les tirailleurs finlandais, invisibles et insaisissables.
- La visibilité des uniformes varie selon une foule de conditions dont les principales sont : le fond du terrain, l’heure de la journée, l’intensité de la lumière solaire, la position du soleil par rapport aux objectifs.
- On peut s’étonner que, chez nous, pendant plusieurs années, le bleu ait été substitué au rouge et au bleu foncé. En effet dès 1880, nos compatriotes J. Gérard et l’armurier Devismes, en se servant de cibles-silhouettes colorées, placées à 3oo et à 600 m., et en variant les conditions de leurs expériences, avaient indiscutablement démontré que le gris et le brun feuille morte (feuille de hêtre séchée) sont les deux nuances qui se voient le moins distinctement, dans la majorité des cas, aux moyennes et aux grandes distances.
- On trouvera à la page 33g les tableaux qui l'ésument les résultats pleins d’intérêt auxquels étaient arrivés jadis ces expérimentateurs.
- Le choix du bleu, pour habiller nos soldats, ne s’expliquait pas davantage par la qualité de la teinture. En effet, cette couleur n’est stable que si elle procède de l’indigo, c’est-à-dire de l’indigo artificiel, fabriqué uniquement en Allemagne. Cela eut dû suffire pour la faire éliminer d’emblée. Force était donc de l’obtenir à l’aide des couleurs d’aniline. Dès lors, elle n’avait aucune stabilité, les couleurs d’aniline ne résistant pas à la lumière.
- On s’est décidé depuis à adopter la couleur kaki. Cependant celle-ci offre de nombreuses variétés, dont quelques-unes, tendant vers l’orangé, sont très visibles.
- Signalons incidemment qu’il existe des moutons bruns qu’il suffirait de multiplier et dont la laine ne déteint pas. Ainsi, la teinture brune deviendrait inutile. Le drap de sœurs ou de capucins, fabriqué à Sedan, était tissé avec une laine de ce genre. Enfin, le « droguet » de nos pères fait avec une chaîne de fil et une trame de laine brune, habillait tout le monde, aux champs. Il était inusable et, aux grandes distances, parfaitement invisible.
- Il est hors de doute que l’homme de guerre doit suivre les exemples remarquables que la nature lui donne et adopter, du moins dans nos pays, l’une de ces deux couleurs : le gris souris ou le brun feuille morte.
- *
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- Pour terminer ce bref aperçu d’histoire naturelle de guerre, rappelons l’observation de certaines règles du contraste dans le camouflage, afin de ne pas tomber dans l’erreur de faire « chanter » les couleurs, au lieu de les a éteindre ».
- J’ai étudié, il y a déjà longtemps, et après bien d’autres, les lois qui président dans la nature à la couleur des milieux et des objets. La fusion des lumières et des matières colorées, les « valeurs » et le « contraste », la dégradation des couleurs, et surtout les combinaisons de couleurs bonnes ou mauvaises sont familières aux artisans du camouflage.
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- Couleurs (1) Pays découvert Terrain rocheux Au bord de la mer Sur l’eau Contre les ouvrages de terre Contre des fortifications en pierre
- A 3oo mètres :
- Ecarlate .... • • . 4 4 3 2 5 4
- Vert ..... 3 5 4 4 4 3
- Bleu de roi . 2 4 3 7 3 2
- Blanc . ... • • • • 4 1 2 1 1 2
- Gris souris . . , , 7 7 7 5 6 7
- Brun feuille morte (feuille de hêtre
- sèche) .... 7 7 6 6 7 6
- A 600 mètres :
- Ecarlate .... 4 5 3 5 5 4
- Vert 3 4 5 4 4 3
- Bleu de roi . 2 3 4 5 3 2
- Blanc 1 1 1 1 1 2
- Gris souris . 6 8 7 8 8 7
- Brun feuille morte (feuille de hêtre
- sèche) .... 7 8 6 8 8 6
- Couleurs (1) • Par jour clair Par jour sombre Clair de lune Lueur des étoiles
- A l’aurore Au lever du soleil A midi Au coucher du soleil A l’aurore Au lever du soleil A midi Au coucher du soleil Pluie Pluie et brouil- lard
- A 3oo mètres :
- Ecarlate .... 4 3 3 4 4 3 4 6 3 3 4 5
- Vert 3 4 4 3 5 7 3 8 4 4 3 4
- Bleu de roi . 2 5 3 2 6 6 3 8 4 4 3 4
- Blanc 1 1 2 1 8 8 1 8 2 2 8 8
- Gris souris . 7 6 7 5 8 8 5 8 6 6 8 8
- Brun feuille morte. 6 7 6 6 8 8 6 8 6 7 8 8
- (i) Le numéro i désigne la couleur qui se voit le plus, le numéro 7 celle qui se voit le moins, le numéro 8 celle qui ne se voit pas du tout.
- Parmi les combinaisons chromatiques déclarées bonnes par Brucke, par Chevreul, par O. N. Rood et moi-même, je note les suivantes :
- Le vermillon avec le bleu ;
- Le bleu cyané avec le jaune paille ;
- Le vert de mer avec le violet ;
- Le jaune avec le pourpre ;
- Le jaune avec le minium.
- Voici, d’autre part, des combinaisons médiocres :
- L’outremer avec le violet ;
- Le violet avec le carmin ;
- Le bleu cyané avec le violet ;
- Le vert de mer avec le carmin ;
- Le vert de mer avec le jaune ;
- Le jaune avec le rouge ;
- Le vermillon avec le jaune.
- Parmi les combinaisons franchement mauvaises pour le peintre, mais excellentes pour le camoufleur, il faut citer :
- Le rouge spectral avec le violet ;
- Le vert de mer avec le jaune orangé ; j
- Le jaune avec le vert bleu (l’une des combinaisons les plus détestables) ;
- Le jaune verdâtre et le bleu cyané ;
- Le vert émeraude et le jaune ;
- Le vert de mer et le bleu ;
- Le vert de mer et le jaune.
- Lorsqu’ils voudront masquer un objet, les camou-fleurs obtiendront les meilleurs résultats en provoquant des associations colorées douteuses, en imitant la nature qui sait merveilleusement dissimuler les objets par des juxtapositions et des fusions de matières et de lumières colorées que les plus habiles et les plus subtils arriveront seuls à découvrir et à imiter. j
- Tous les faits d’invisibilité sont la conséquence du genre d’éclairage auquel les objets se trouvent exposés et de la couleur propre de ces derniers.
- Les couleurs naturelles juxtaposées ne passent pas
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- des unes aux autres par des gradations douces, et si peu sensibles qu’il est fort difficile au spectateur de dire où celles-ci commencent et où celles-là cessent. Je n’en veux pour preuve que les pelages fauves ou bruns jaunâtres pâles des animaux, dont les nuances sont si fondues qu’il est presque impossible d’en délimiter exactement les territoires colorés. Presque toujours les couleurs naturelles se fondent harmonieusement. Il est, toutefois, des cas où la nature ne paraît pas se plier à la loi des changements gradués des couleurs. C’est ainsi que dans certains lacs des montagnes ou sur les rives de la mer, l’eau peut passer du vert au
- bleu ou au rouge pourpré et inversement, par des gradations extrêmement rapides. Ces transitions promptes nous semblent étranges au premier aspect et sui-prennent toujours ceux qui en sont témoins pour la première fois. De même, il nous arrive de voir les tons froids, gris ou bruns d’une montagne prendre soudain une teinte rosée, et nous concevons une surprise extrême qui ne cesse que lorsque nous nous rendons compte que, là encore il s’agit d’une question d’éclairage et que le sommet de la montagne est alors frappé par les rayons obliques du soleil couchant.
- Dr Maurice Boigey.
- MIELLAT ET MIELLÉE
- La miellée qu’il ne faut confondre, ni avec le nectar, ni avec le miellal, est une exsudation de certains arbres. Elle se produit :
- i° au printemps sur les bourgeons, les branches et les feuilles des épicéas, pins et surtout des sapins ;
- 2° en juin et juillet sur les chênes, érables, trembles, peupliers, aunes, bouleaux, vignes, platanes, hisains, cytises, seigles, salsifis, etc...
- Cette miellée se forme sur les stomates des feuilles, les nuits fraîches après une journée chaude ; elle
- Fig. 1. — Abeille récollant du miellat sur une jeuille de chêne.
- atteint son maximum de production le matin de très bonne heure.
- Celte sécrétion varie en intensité selon l’état atmosphérique ; si elle est absorbée par l’abeille, elle se renouvelle ainsi qu’on peut s’en rendre compte avec une bonne loupe ; sinon, elle est ré'absorbée par les feuilles.
- G. Bonnier provoquait une miellée artificielle, en déposant le matin de bonne heure, dans une pièce obscure et humide, des branches de chêne, dans des bocaux garnis d’eau. Il réunissait de cette façon les conditions favorables à cette exsudation.
- L’Abbé Boissier a étudié la formation de la miellée dans une brochure de 38 pages, éditée en 1763. Il en donne une description assez exacte.
- Van Tieghem a décrit la formation de la miellée de la façon suivante : Le soir au coucher du soleil, quand la transpiration de la plante se trouve diminuée, les feuilles, continuant à recevoir par les racines le liquide sucré, une pression fait perler à la surface des fleurs, de fines gouttelettes. Ce phénomène cesse au lever du soleil.
- Le miellat dont la composition chimique se rapproche moins du miel que de la miellée est une sécrétion provenant de petits Hémiptères qui absorbent la sève des feuilles de certains arbres.
- Les lilas, pruniers, cerisiers, aubépines, ainsi que les pins, sapins, mélèzes, peupliers, sont, avec les tilleuls, les arbres les plus fréquentés par les pucerons. Quelquefois, ces derniers absorbent la sève des arbres à travers l’écorce des rameaux d’un an, de préférence à ceux de l’année.
- Ces Hémiptères sont de deux sortes : les Coccidés (poux écailleux) et les Aphidiens (pucerons).
- Les Coccidés vivent surtout dans les régions tropicales. De nombreuses variétés de pucerons se rencontrent en France. La tête, en général petite, a deux antennes, une trompe fine très longue, repliée au repos, le long du ventre. Cette langue dépasse parfois le corps de l’insecte. Elle est formée de trois pièces s’emboîtant les unes dans les autres. Certains Puce-
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- rons possèdent à l’extrémité du corps deux petits tubes droits appelés « cornicules » et quelques-uns ont des ailes. Ce sont les deux cornicules, plus grosses que les antennes, mais plus courtes qui sécrètent le miel-lat. Les couleurs des pucerons sont variables : blancs, noirs, verts, jaunes ; les uns sont mats, d’autres brillants. Ces Aphidiens vivent sur les feuilles, les tiges, les fleui’s, même sur les racines, et ils occasionnent souvent une sorte de tumeur sur les feuilles.
- La fécondité des pucerons est prodigieuse. Ch. Bonnet signalait le cas d’un puceron né le 20 mai ; ce puceron, sans être fécondé pondit du ier au 21 juin, 90 pucerons, qui à leur tour procréèrent dans les mêmes proportions.
- D’après le « Deutsche Imker ans Boehmen », un puceron en 5 heures sécrète une quantité de miellat égale au volume de son corps et un tilleul de 24 000 fleurs peut donner 25 kg. de miellat.
- Le miellat produit des récoltes de miel beaucoup plus abondantes que la miellée végétale.
- Büsgen, qui détermina avec soin la production du miellat par les pucerons sur diverses feuilles, dressa le tableau suivant des sécrétions comptées en gouttes de 1 mm de diamètre.
- 1 puceron sur érable produit 4 gouttes en 2 h
- 2 — rosier produisent 18 — 48 b
- x — tilleul produit 19 — 24 h
- x — camélia produit 16 — 12 h
- Seize pucerons par feuille de tilleul sur un rameau de i5 feuilles produisent par jour i.44o gouttes de 1 mm. Le poids de ce miellat, contrôlé par cet observateur, s’élève par pucei’on à 6 g. en 100 jours.
- Fig. 2. — Pucerons de diverses tailles.
- Fig. 3. — Observations sur les pucerons de Charles Bonnet (1753).
- 1. Pucerons fixés sur une jeune pousse ; 2. Feuilles recroquevillées ; 3. Tumeur produite sur une feuille par les pucerons ; 4. Puceron : a, antennes ; t, trompe ; c, cornes élaborant le miellat.
- Fait cui’ieux signalé déjà en 1763 par l’Abbé Bois-sier, le puceron ne dépose pas sur les feuilles une sécrétion miellée ; elle est projetée assez loin, et il n’est pas rare d’en l’ëncontrer à terre sur des pierres ou des bancs.
- Pour i-econnaître le miel du miellat, M. Reidenbach, indique la méthode suivante :
- Dans un litre d’eau de pluie mettre une cuillerée de chaux éteinte. Remuer, laisser déposer, décanter.
- Pour éprouver le miel, en verser une cuillerée à thé dans la bouteille et agiter : la solution reste-t-elle claire ? le miel a été butiné sur les fleurs ; est-elle trouble ? on se trouve en présence de miellat.
- Nous tei'minerons en indiquant la composition chimique du miellat d’après l’analyse de Boussingault :
- Sucre de canne. . . . 48,56 pour 100
- Sucre inverti............... 28,58 —
- Dextrine ...... 22,55 —
- Le miellat comme le miel de sapin dévie la lumière polarisée, à droite ; tandis que le miel provenant des fleurs dévie la lumière à gauche.
- Ed. Alphandéry,
- Directeur de la Gazette apicole.
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- LA MER ET L'INDUSTRIE CHIMIQUE
- Les océans forment une masse énorme d’environ i,3 milliard de kilomètres cubes d’eau salée. L’eau de mer, on le sait depuis de nombreuses années, contient quantité de sels en dissolution et constitue ainsi un réservoir potentiel inépuisable pour un grand nombre de corps. On y a décelé presque tous les corps connus. A cela, rien d'étonnant puisque la mer reçoit constamment les eaux de lavage des terres et ne leur rend, sous forme de nuages et de pluies que des eaux pures. Chose curieuse, si le sel marin, le chlorure de sodium, en a été extrait depuis des temps immémoriaux, ce n’est que tout récemment que l’on a envisagé l’extraction industrielle d’autres constituants.
- Nous ne parlerons pas des exploitations qui, sans s’adresser directement à l’eau de mer, utilisent les végétaux qui accumulent dano leurs tissus certains des éléments se trouvant dans les eaux marines, comme les algues qui furent pendant longtemps une source importante d’iode et de potasse. Nous ne considérerons pafe non plus les cas exceptionnels comme les formations salines d’Amérique, les lacs salés, ni la Mer Morte de laquelle on tire maintenant des tonnages de plus en plus considérables de potasse et de brome. Nous voulons parler de l’eau de mer « normale », celle des mers et des océans qui baignent nos côtes et dont l’exploitation semblait commercialement impossible par suite de la faible teneur en certains sels, que l’on trouvait d’autre part en gisements importants et sous forme concentrée dans certains terrains. Mais les conditions économiques modernes et la nécessité, pour les pays non privilégiés, ne possédant pas de tels gisements, de s’affranchir de la nécessité d’importer de pays ennemis ou lointains, ont stimulé les recherches et celles-ci sont déjà arrivées à des résultats extrêmement intéressants. Les principales difficultés sont de deux sortes : on opère dans un milieu extraordinairement complexe et sur des concentrations très faibles. Si la manipulation d’énormes masses d’eau n’est pas économiquement très coûteuse, le succès commercial des opérations dépend des possibilités de séparation totale et de précipitation rapide du produit cherché, à un état suffisant de pureté.
- On a réussi, pendant la précédente guerre, à extraire le brome de l’eau de mer. On commence à en obtenir la magnésie et la potasse. Nous donnerons simplement quelques indications sur ces deux derniers exemples caractéristiques : l’extraction des sels de magnésie et l’extraction de la potasse. '
- Tout d’abord, quelle est la composition moyenne de l’eau de mer, quelles quantités de sels renferme-t-elle ? La question paraît simple, mais en réalité, il est difficile d’y répondre d’une façon absolue, car les sels étant dissociés en solution aqueuse diluée, ce sont les ions que l’on décèle et dose, sans savoir comment ils étaient primitivement associés (1).
- Voici, d’après Johnstone, les principaux ions que l’on peut doser dans les eaux de différentes mers, en pourcentage de la totalité des sels :
- Atlantique Baltique Méditerranée
- Cl. . . 55,19 55,01 55,53
- Br. . . 0,18 o,i3 0,18
- SO4 . . 7>9* 8 7-74
- CO3 . . 8,21 o,i4 0.19
- Na. . 3o,26 3o,47 30,37
- K . . . 1,11 0,96 1,09
- Ca. . . 1,24 1,67 1,26
- M g . . 3,90 3,53 3,64
- Dittmar avait obtenu par l’analyse des échantillons
- d’eau du « Challenger » la répartition suivante des sels dans i ooo gr. d’eau de mer :
- NaCl 27 gr. 21
- MgCl2 3 gr. 80
- S04Mg 1 gr. 65
- S04Ca 1 gr. 26
- S04K2 0 gr. 86
- C03Ca 0 gr. 12
- MgBr2 0 gr. °7
- Vernadsky (4) a indiqué la concentration des divers éléments dans ioo gr. d’eau de mer :
- Chlore. . Sodium . Magnésium Soufre. . Calcium . Potassium. Carbone . Brome. . Azote . .
- Rubidium
- 2 gr. 07 1 gr. i4 o gr. i4 o gr. 09 o gr. o5 o gr. o4 o gr. oo35 o gr. 002 o gr. 0016 o gr. ooi5
- Ajoutons que bien d’autres éléments existent dans l’eau de mer à des teneurs extrêmement faibles, en particulier une tonne d’eau de mer renferme environ o gr. 012 d’or ; peut-être un jour arrivera-t-on à exploiter cette source du précieux métal par un procédé économique, comme on le fait déjà pour les sels de potassium, ainsi que nous le verrons plus loin.
- L’extraction des sels de magnésium est connue déjà depuis assez longtemps et en particulier en Amérique la « Marine Chemical C° » opère dans la baie de San Francisco sur une vaste échelle.
- Le principe de l’opération est très simple théoriquement. Si on ajoute un alcali à l’eau de mer, le chlorure de magnésium qu’elle renferme réagit et donne de l’hydrate de magnésie qui précipite, et un chlorure alcalin qui reste dissous. L’alcali généralement employé est le lait de chaux qui donne la réaction :
- MgCl2 + Ca(OH)2 = CaCl2 + Mg(OH)2
- 1. R. Legendre, La concentration en ions hydrogène de l’eau de mer. Paris, 1925.
- 1. M. Vernadsky. La géochimie. Paris, 1C24.
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- En pratique, l’opération est plus délicate, car il faut traiter l’eau de mer d’abord physiquement pour en éliminer l’argile et les matières organiques en suspension, puis chimiquement pour se débarrasser des bicarbonates qu’elle renferme. La réaction se passe entre des pH bien déterminés : trop faibles, on perd une partie de la magnésie ; trop forts, le précipité contient de la chaux. D’autres difficultés se présentent également tenant à la finesse de l’hydrate de magnésie formé qui rend sa précipitation délicate. Mais grâce aux progrès de la chimie-physique colloïdale, on sait maintenant, par divers moyens, obtenir la précipitation dans des temps acceptables et sous une forme granulométrique permettant l’emploi des filtres et séparateurs industriels.
- L’eau de mer contient environ 4oo à 45o gr. par mètre cube de sels de potasse (évalués sous forme de K20) et M. J. Kielland, un Norvégien, a trouvé tout récemment qu’il était possible, malgré cette faible teneur, de les récupérer industriellement.
- La récupération s’effectue grâce à la découverte d’un précipitant ayant une action sélective sur les sels de potasse et capable de les précipiter de l’eau de mer à l’exclusion des sels d’autres métaux qui y coexistent. C’est la dipicrylamine (ou hexanitrodiphénylamine) qui donne un sel de potassium insoluble. On peut ainsi précipiter 70 pour 100 de la potasse présente.
- Le dipicrylaminate de potassium peut de plus réagir avec les acides de façon à former un sel de potassium qui passe en solution, tandis que la dipicrylamine insoluble reste sous forme de cristaux. Pratiquement, on se sert comme pi’écipitant du dipicrylaminate de calcium, mais on peut également utiliser les sels de sodium, de lithium ou de magnésium. On a trouvé qu’il était préférable d’opérer avec une quantité de réactif un peu inférieure à celle correspondant à la quantité de sels de potassium présents. Après précipitation de la masse de cristaux, la solution est acidifiée pour décomposer tout excès de précipitant, après quoi la dipicrylamine insoluble est filtrée. Les meilleures résultats sont obtenus en opérant en plusieurs stades, de la façon suivante :
- A la solution légèrement alcaline obtenue après précipitation du dipicrylaminate’de potassium, on ajoute en plusieurs opérations un apide dilué, de telle façon que la solution après chaqué addition ait pendant un certain temps une acidité donnée et une concentration donnée de dipicrylamine. A la fin du traitement, la
- = PETITS CLICHÉS,
- Les appareils photographiques d’amateur deviennent de plus en plus petits : les instruments donnant des images du format 9 x 12 cm. qui, jusque vers 1914 étaient les plus utilisés ont fait place à ceux du format 6x9 cm. cependant que la plaque de verre lourde et fragile cédait le pas au film léger et incassable, et maintenant le 24 x 36 mm. tend à se substituer au 6 x 9 cm. Cette évolution est une
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- solution doit avoir un pH de 3 à 4 et dans chaque opération, l’addition.d’acide doit le modifier d’environ 1 unité.
- Pour décomposer le dipicrylaminate de potassium par l’acide nitrique, les conditions optima sont : acide à 20 pour xoo si on opère à 3o°, acide à 4o-5o pour 100 si on opère à 8o° ou au-dessus. Voici, d’après le brevet concernant celte fabrication, la marche d’une expérience :
- On dissout 420 gr. de dipicrylamine dans 8 1. d’un lait de chaux contenant 27 gr. de chaux. On filtre et on ajoute la solution à 100 1. d’eau de mer renfermant environ 73 gr. de chlorure de potassium. On agite à la température de i6°-i8°. Il se sépare une masse cristalline rouge que l’on filtre au bout de i5 mn et lave à l’eau. La masse restant sur le filtre pèse 435 gr. et contient environ 78 pour 100 de dipicrylaminate de potassium, le reste étant de l’eau. On agite cette masse avec 270 cm3 d’une solution à i4 pour 100 d’acide nitrique pendant 45 mn à 20°. On filtre ensuite et le filtrat contient du nitrate de potasse correspondant à la conversion de pratiquement tout l’acide nitrique. Au premier filtrat de 108 1., contenant du dipicrylaminate de calcium non converti, on ajoute une quantité d’acide nitrique à 47 pour 100 suffisante pour obtenir un pH de 3,6. Tout l’excès de dipicrylaminate précipite.
- La Norsk Hydro Elektrisk Kraelstof qui exploite ce procédé vient de construire à Heroya une usine capable de produire 5 000 t. de K20 par an. Ses caractéristiques générales sont les suivantes : on pompe par heure 1 750 m3 d’eau de mer contenant 43o gr. de K20 par mètre cube. On ajoute dans le bassin de réception 5o m3 d’une solution de dipicrylaminate de chaux contenant 5 t. 6 de dipicrylamine dissoute. On précipite ainsi 75 pour 100 de la potasse de l’eau de mer, soit 570 kg. de K20 par heure.
- Il n’est pas impossible d’espérer que d’autres constituants de l’eau de mer pourront être également extraits dans l’avenir. Ce n’est chaque fois qu’un problème physico-chimique de séparation, de concentration, de précipitation sélective dans un milieu complexe qu’on trouve au bord de la plupart des pays et dont la masse est illimitée. De nouvelles industries, de nouvelles ressources attendent qu’un chercheur heureux trouve la réaction qui les fera naître.
- H. Vigneron.
- GRANDES IMAGES =
- conséquence de l’affinement du grain des émulsions en même temps que de la perfection atteinte par les agrandisseurs et des facilités d’opération propres aux appareils de petit format. Aujoui-d’hui on obtient aisément, en partant des petits clichés 24 x 36 mm. des images agrandies i3 x 18 cm. aussi nettes et aussi belles que celles que l’on pourrait tirer par contact à l’aide d’un châssis-presse.
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- Fig. 1. — Variation de la profondeur de champ des objectifs de 42 et de MO mm. de distance focale pour des nettetés angulaires a. = 1/2 OOO et a = 1/1 000, la mise au point étant faite sur l’infini.
- Les remarquables facilités d’opération offertes par l’appareil de petit format découlent du fait qu’à ouverture utile égale, les objectifs ont une profondeur de champ net d’autant plus grande et un avant-plan d’infini d’autant plus proche que la distance focale. est plus courte ; cette propriété résulte de ce que la clarté de l’objectif varie en fonction du rapport au diamètre du diaphragme à la distance focale, cependant que la profondeur de champ et la position de l’avant-plan net dans le cas de mise au point sur l’infini sont seulement sous la dépendance du diamètre du diaphragme.
- Notons que la limite de netteté peut être définie, soit par ' l’intervalle entre les deux points ou les deux traits les plus proches que l’œil puisse séparer, ordinairement i/io de mm., soit par l’angle sous lequel on observe les deux points ou les deux lignes. La première manière conduit à une limite de o mm. i, indépendante du format. La seconde permet de tenir compte de la distance d’examen et, éventuellement, de l’amplification : l’angle de 1/2000 ordinairement adopté conduit à une netteté de 1/10 de mm. pour l’image i3 x 18 cm qui est examinée d’une distance de 200 mm. de 1/20 de mm pour l’image 6x9 cm. regardée à 100 mm. ou amplifiée 2 fois et vue de 200 mm. de i/5o à travers une loupe ou agrandie 5 fois afin de pouvoir être examinée d’une distance de 200 mm.
- Un objectif de 4?- mm. de distance focale ouvert à F/3,5, c’est-à-dire de l’un des types employés couramment sur les appareils
- 24 x 36 mm., à une profondeur de foyer aussi grande qu’un objectif de no mm. de distance focale, tel que ceux que l’on utilise pour le format 6x9 cm., ouvert à F/10 seulement; or, la clarté est ici 8 fois moins grande, et si l’on veut l’amener à la même valeur en ouvrant le diaphragme à F/3,5, la profondeur de champ tombe, pour une distance de 2 m., par exemple, de 70 cm. à
- 25 cm., cependant que l’avant plan net, la mise au point étant faite sur l’infini, s’éloigne de 24 m. à 63 m. Des diaphragmes (fig. 1 et 2) montrent mieux que de longues explications comment, la profondeur de champ et la distance d’avant-plan net, la mise au point étant faite sur le pian le plus proche qui permet d’obtenir l’infini net, varient en fonction de l’ouverture, pour les objectifs de 42 mm. et
- de no mm. de distance focale.
- Jusqu’à ces derniers temps, les appareils 2/1 x 36 mm. avaient le gros défaut d’être très chers, ce qui restreignait singulièrement leur diffusion. Nous donnions un modèle nouveau, le Super Elgy Lumière (fig. 3), qui, tout en permettant d’obtenir d’excellents résultats, est d’un prix abordable.
- Cet appareil est entière-m e n t métallique. L a chambre se compose de deux parties engrenées l’une dans l’autre par des glissières étanches à la lumière; un verrou prévient toute ouverture intempestive de l’appareil. Le Supertlgy Lumière.
- L objectif, un Lypar de 42 mm. de distance focale
- pourvu d’un diaphragme à iris permettant de faire varier l’ouverture de F/3,5 à F/20, est monté sur un obturateur
- Fig. 4. — L'agrandisseur Bébé-Noxa (position verticale).
- Fig. 2. — Variation de la profondeur de champ des objectifs de 42 et de 110 mm. de distance focale pour des nettetés angulaires a = 1/2 000 et o. = 1/1 000, la mise au point étant faite sur une distance de 3 m.
- F/ F= 110 mm. a = 1/Wuu
- 28 -J t 7
- Mètres
- 12 13 14 15
- 3456789 10 11
- Plateau de projection
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- central toujours armé donnant la pose en deux temps, la pose en un temps et quatre vitesses chronométrées : i/25, i/5o, r/ioo et i/iaô de seconde; le déclenchement se fait à volonté à l’aide d’un levier ou au moyen d’un flexible. L’élément antérieur de l’objectif est monté sur une rampe hélicoïdale, ce qui permet de mettre au point sur toute distance comprise entre l'infini et 5 dm.
- Le cadrage du sujet est facilité par un viseur clair du type Galilée, c’est-à-dire à deux lentilles, l’une convergente, l’autre divergente; ce viseur est pourvu d’un dispositif correcteur de parallaxe grâce auquel on peut, lorsque l’on opère de très près, faire coïncider le centre du champ perçu dans le viseur avec celui de la surface sensible encadrée par la fenêtre d’impression.
- L’avant de la chambre porte, à l’intérieur, un ressort plat dont le rôle est de maintenir en place les bobines à film ; celles-ci, qui admettent une longueur de 36 cm. de film, suffisante pour enregistrer huit images sont d’un modèle tellement réduit qu’on en peut loger huit dans une boîte à film 6 x çi cm.
- L’arrière de la chambre comporte, d’une part, une base sur laquelle on remarque un écrou au pas anglais pour fixation sur pied et un verrou, d’autre part, un dos perçé d’une fenêtre rouge pourvue d’un volet et munie, vers l’intérieur de l’appareil, d’un presseur à ressort maintenant le film rigoureusement dans le plan de formation de l’image.
- L’appareil est minuscule et tient dans le creux de la main, il ne mesure que 5o x 78 x 45 mm.
- Le développement du film de petit format s’opère à l’aide d’une cuve, qui est en bakélite, et tient, tout comme l’appareil, dans le creux de la main; elle consiste en un bac cylindrique dans lequel prend place un support comportant deux plateaux à rainure spirale maintenus à l’écartement voulu par une tige reliant leurs centres et est munie d’un couvercle. Il convient de recourir à un révélateur du type dit « à grain fin », au Lumicros Lumière, par exemple. Avec ce révélateur, le développement est purement automatique ; sa durée qui, à la température de 18° G., est de i3 à i4 minutes doit simplement être écourtée de 1 minute par degré si l’on travaille à une température supérieure, ou allongée dans les mêmes conditions si l’on travaille à 16 ou 170 C.
- Le tirage sur papier peut se faire par contact, mais il est évident que si l’on veut obtenir des images d’une lisibilité suffisante il faut recourir à l’agrandissement. Parmi les agrandisseurs de construction simple convenant à cet usage, nous citerons, comme particulièrement intéressant le Bébé-Noxa (fig. 4) j léger, peu encombrant et qui peut être utilisé indifféremment en position horizontale, sur table, ou en posi-
- Fig. 5. — Agrandissement d’une partie de cliché 24 x 36 mm. obtenu au moyen du Super-Elgy.
- tion verticale, fixé à un mur. Cet agrandisseur, dans lequel le cliché est éclairé par une lampe opale de 75 W. dont la lumière est transmise par un condensateur, permet d’obtenir des images de 2 à 7 fois plus grandes ; grâce à un accessoire spécial, il est même possible de porter de 7 fois à 12 fois le rapport maximum d’amplification.
- Comme on peut en juger par l’agrandissement ci-contre (fig. 5) d’une partie d’une photographie, il n’est nullement indispensable, pour obtenir d’intéressants résultats, de recourir aux chambres de grand format, ni, dans la catégorie des appareils minuscules, à des instruments de haut prix pourvus de coûteux accessoires. La facilité d’emploi justifie la vogue dont jouissent maintenant les appareils de petit format. André Bourg ain.
- CONSERVATION DES ALIMENTS PAR REFROIDISSEMENT RAPIDE
- La conservation des aliments par le froid a des avantages trop connus pour qu’on ait besoin de les souligner. Néanmoins, jusqu’ici, cette manière de faire se heurtait à certaines difficultés, notamment en ce qui concerne les fruits et les légumes. Effectivement, le refroidissement qui s’opère lentement jusqu’à — 5°, entraîne la formation de cristaux volumineux qui détruisent les membranes des cellules végétales. Dans ces conditions, au moment du réchauffement, les cellules suintent et se vident du liquide qu’elles contenaient. Aussi les fruits perdent-ils leur turgescence et leur aspect normal, parfois même aussi leur saveur.
- On évite cet inconvénient en abaissant la température jusqu’à — 180 ou — 23°. C’est ce qu’on appelle un refroidissement rapide qui permet d’éviter la formation de ces cristaux et qui laisse intacte la structure des tissus.
- Cette méthode, née il y a une dizaine d’année, se déve_ loppe aux États-Unis avec une rapidité tout à fait remarquable. Le tonnage des aliments soumis au refroidissement rapide est passé entre 1937 et 1938, de 136 à 24o millions de kg. Les aliments traités étaient pour 5o pour 100 constitués par des légumes dont la moitié était des pois, i2 pour 100 de la volaille, 12 pour 100 du poisson,
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- ii pour iocTdes fruits dont la moitié des fraises, g pour ioo du bœuf et 2 pour 100 de l’agneau. On-réfrigère aussi tous les produits de la mer : huîtres, crabe, homard, etc., beaucoup de légumes : rhubarbe, haricots, épinards, divers choux, artichauts ; et des fruits : abricots, ananas, prunes, figues, pêches, etc. Parmi les légumes qui ne supportent pas ce traitement figurent la laitue, le céleri et les tomates. 1
- Il existe diverses méthodes pour arriver à ce résultat.
- L’immersion directe consiste à plonger les produits dans un mélange qui congèle à — 190 : solution de chlorure de sodium pour la viande et le poisson, sirop pour les fruits, sel et sucre pour les légumes. Le sirop est éliminé par centrifugation avant l’emballage. Dans d’autres cas, on utilise l’immersion indirecte : les aliments sont placés dans un récipient de métal qui est immergé dans une solution de chlorure de calcium congelable à —4o°; ou encore, dans la méthode de pulvérisation, une saumure refroidie est pulvérisée sur les parois du récipient.
- Tou^. les produits alimentaires ne donnent pas des résultats également satisfaisants. Ainsi, par exemple, sur 100 variétés de pois, deux ou trois seulement supportent la réfrigération rapide et intense. Les framboises peuvent être refroidies à sec sans présenter aucune modification de leur goût ou de leur texture, mais les fraises doivent, pour conserver leur teinte et leur parfum, être additionnées de sucre et découpées en tranches. Les pêches présentent aussi des différences au point de vue brunissement oxydatif, texture et parfum. Les légumes doivent être lavés, parés et débarrassés de tout ce qui n’est pas mangeable, puis soumis à un blanchiment qui fixe la teinte et retarde l’action des enzymes.
- La température du frigorifique doit être maintenue très constante et ne pas varier au-delà de — 2o°6 et — 23°3 pendant les mois que dure la conservation.
- L’emballage des aliments réfrigérés doit être, d’une façon générale, étanche à l’eau et à l’air. Il en est ainsi notamment pour la graisse de la viande. Les récipients de papier sont très utilisés. On a recours également à des récipients mixtes, métal et papier, à la cellophane, au carton ciré. L’emballage externe est souvent en papier paraffiné. Le transport ne peut se faire que dans des wagons refroidis et bien isolés. Des caisses spéciales ont dû être construites pour exposer la marchandise et ont constitué un des pro-
- blèmes les plus délicats pour la vente au détail des aliments ainsi conservés. D’ailleurs, près de 4o pour 100 de ces aliments de conserve vont dans des hôtels ou des communautés et 55 pour 100 seulement chez les particuliers.
- Il était naturel de procéder à des recherches bactériologiques sur ces aliments. On a constaté que par rapport aux mêmes aliments frais vendus sur des marchés, le nombre des microbes est réduit d’environ 80 pour 100. Il est probable, en particulier, que le bacille de la fièvre typhoïde ne survit pas à la réfrigération prolongée. Mais beaucoup d’autres germes, et notamment des moisissures supportent cette température, si bien que la propreté et la qualité des aliments soumis à la réfrigération rapide doivent être impeccables, pour éviter de lourdes pertes.
- Le refroidissement rapide réduit le temps de coction à la moitié ou même aux deux tiers pour les végétaux et les viandes.
- On se préoccupe de plus en plus de la richesse des aliments en vitamines et de la conservation de celles-ci. Le froid leur est favorable. En ce qui concerne la vitamine A, par exemple, on en trouve dans les légumes frais 680 unités contre 576 dans les légumes refroidis pendant i3 mois à — 1.7°. Il en a été de même pour le carotène des pois conservés pendant 11 mois à —4o°. Pour la vitamine Bx, les pertes sont dues davantage au blanchiment ou à la cuisson qu’à la réfrigération. Des observations analogues peuvent être faites pour la vitamine B9. En ce qui concerne la vitamine C, le point important est qu’il s’écoule peu de temps entre la récolte et le blanchiment, puisque les oxydases détruisent, pendant cette période, l’acide ascorbique ; le chauffage rapide à ioo° arrête cette action; ensuite la réfrigération n’entraîne aucune perte. Le réchauffement, s’il s’opère lentement peut, par contre, entraîner une perte de sorte qu’il faut cuire les légumes réfrigérés sans délai, par exemple, mettre les pois encore congelés dans la casserole contenant peu d’eau bouillante où on ne les laisse que dix minutes.
- On peut envisager le moment où le régime alimentaire de l’hiver ne sera pas plus pauvre en fruits et en légumes riches en vitamines que le régime de la belle saison. Ce sera là une acquisition considérable au point de vue de l’hygiène, puisque tant de malaises et de maladies du printemps apparaissent aujourd’hui liés à des déficiences vitaminiques prolongées.
- Dr P.-E. Mouhabdt.
- LA MÉTÉOROLOGIE OFFICIELLE EN SUISSE
- LE LABORATOIRE EN, CAMPING
- On sait combien les Suisses, quand ils entreprennent un travail, l’accomplissent avec ordre et méthode sans négliger le plus petit détail. Etant donné la nature même de leur pays, on se doute que la météorologie, l’étude des vents, des courants, des orages, etc. a été chez eux plus que partout ailleurs poussée jusqu’à un point extrême. Tout naturellement, cette étude devait trouver son application dans le domaine de l’aviation et c’est ainsi qu’est née en Suisse cette campagne annuelle, trop peu connue à l’étranger, que l’on pourrait appeler d’une manière pittoresque Le laboratoire en camping et qui tient ses assises au-dessus de Montreux.
- Donc, chaque année, à la fin du mois de juillet et dans la première quinzaine du mois d’août, toute une organisation à la fois alpine, savante et d’aviation vient occuper le site connu des « Rochers de Naye », cette pyramide du canton de Vaud qui se dresse au-dessus de Montreux, à 2 o43 m. d’altitude et d’où l’on découvre le plus beau panorama du monde sur le lac Léman et sur les Alpes.
- C’est fort judicieusement que les Suisses ont choisi cet endroit où l’on trouve à la fois des dénivellations suffisantes pour multiplier toutes les combinaisons que peuvent présenter les courants aériens, et une installation pratique tout à fait remarquable car même le
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- chemin de fer à crémaillère de Montreux aboutit à ce centre et permet ainsi les ravitaillements les plus divers.
- Ce qui est frappant dans cette campagne savante pour l’étude des courants aériens, campagne qui est d’ailleurs placée sous le patronage du Bureau Météorologique Fédéral Suisse, c’est la méthode employée. Naturellement, comme partout ailleurs, on utilise ces ballons-sondes modernes qui, au fur et à mesure de l’ascension, envoient automatiquement des émissions de T. S. F. traduisant les indications des différents appareils enregistreurs qu’ils emportent avec eux. On installe aussi à terre tous les systèmes connus de mesures barométriques. Mais aussi on se sert de planeurs soumis aux vents sans réaction personnelle et des avions qui vont systématiquement croiser dans les courants dont on veut percer le mystère.
- Mais le fait particulier aux éludes des Rochers de Naye, c’est que ces différents moyens d’investigation sont utilisés simultanément. C’est ainsi qu’à un jour déterminé et à des heures fixes, tous ensemble opèrent. Les aviateurs, les planeurs, les ballons-sondes et les observateurs à terre. De cette manière, à chaque instant pourrait-on dire, on connaît des observa-
- tions différentes provenant d’un même point. On conçoit aisément comment une série de courants aériens, comment une suite de dépression, comment une ionisation particulière de l’atmosphère peuvent ainsi être étudiées jusque dans leurs effets les plus contradictoires et à quelles précisions les conclusions des savants suisses peuvent pi'étendre. D’ailleurs, les rapports donnés chaque année aux institutions s avantes spécialisées dans les choses de l’air, sur les résultats de la campagne aux Rochers de Naye, apportent toujours des révélations fort intéressantes. C’est sur ce point particulier de la simultanéité dans les réel erches d’un même sujet bien déterminé que nous avons groupé ces photographies qui montrent les différents facteurs de cette manifestation savante pris chacun dans leur domaine particulier.
- F. F.
- Fig. 1 à 3.
- 1. Anémomètres et thermomètres en plein air sur un rocher. — 2. Des ballons-sonde sont lancés, emportant des appareils enregistreurs. En outre, à chaque ballon est suspendu un minuscule appareil de T. S. F. qui transmet sur ondes ultra-courtes les indications des appareils enregistreurs. — 3. Un ballon-sonde va être lancé. On fait des signaux à bras pour prévenir les ' postes de visée disséminés dans la montagne.
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- LA POLAROGRAPHIE
- Ce terme désigne une nouvelle méthode de chimie analytique, tant qualitative que quantitative.
- De même que l’analyse spectrographique a acquis peu à peu une importance incontestable, l’analyse polarographique est appelée à se placer bientôt au tout premier plan des méthodes scientifiques.
- Le but de cet article est de mettre en lumière le principe même de la méthode, d’en faire comprendre l’intérêt.
- Le principe proprement dit de la polarographie ne se trouve pas étudié dans la littérature en langue française : seuls des ouvrages étrangers (x) — tchèques pour la plupart — sont explicites à ce sujet.
- LA MÉTHODE
- La méthode consiste à enregistrer la variation du potentiel d’une électrode (cathode) à goutte de mercure plongée dans la solution sous analyse, tandis que la différence de potentiel entre l’anode et la cathode croît proportionnellement avec le temps. L’anode est constituée par une couche de mercure purissime placée au fond du vase d’électrolyse.
- On enregistre une courbe établissant la variation de la tension en fonction du courant d’électrolyse.
- Considérons la figure i. La solution à analyser, que nous supposons contenir du cobalt, est placée dans le vase.
- La cathode plongeant dans la solution sera constituée par une goutte de mercure se formant à l’extrémité d’un tube capillaire (diam. o mm. o5 à o mm. 06). Ce tube est raccordé à une ampoule de mercure fixée 3o à 4o cm. plus haut que son niveau inférieur.
- 1. Une bibliographie générale de la question a paru dans : Coll. Trav. chim. Tchécoslovaquie, XI, 2, 1939, sous le nom du Professeur Heyrovsky, de l’Université Charles à Prague, promoteur de la méthode.
- Fig. 1.
- Imaginons que nous mettions dans le circuit anode-cathode et ce, par l’intermédiaire d’une résistance variable de 16 ohms, une batterie de
- 4 V.
- Un galvanomètre à miroir de grande sensi-bilité (3.io~9 amp. mm/m.) muni de shunt variable, permettra de suivre la variation de l’intensité de courant au sein du circuit.
- Conformément aux lois de l’électrolyse, la quantité d’ions déposés en un temps donné, sur la surface de la goutte,
- sera proportionnelle à leur concentration dans la solution.
- Dans le cas de l’exemple qui nous occupe, au moment où le potentiel de la cathode atteindra — 1,20 V,. les ions Go++ viendront se déposer sur la goutte de mercure chargée négativement et tendront à en élever le potentiel.
- Le galvanomètre accusera une variation dans l’intensité du courant ; le point culminant de la déviation s’observera au moment où.léf goutte de mercure, chargée au maximum, se détachera du tube capillaire pour aller se confondre avec la masse de mercure anodique et retourner à l’état neutre.
- Le galvanomètre, alors que la goutte vient de se détacher, ne reçoit plus aucune F. E. M. ; il reviendrait donc à sa position de zéro si les conditions pra-
- îWUIJwlUvvvJWWvUvVvwWWI
- Fig. 2.
- tiques de l’expérience et les caractéristiques des appareils de mesure électrique ne s’y opposaient.
- En pratique, les gouttes tombant à la cadence de 20 par minute, et l’inertie du galvanomètre à cadre se faisant sentir, le spot n’a pas le temps de s’écarter beaucoup de sa position de maximum. L’enregistrement photographique du spot galvanométrique donnera, sur un papier se déroulant concurremment à la croissance du potentiel, le graphique suivant :
- Le graphique ci-dessus montre en ordonnée le courant d’électrolyse, en abscisse, l’accroissement de l’intensité de courant.
- Chaque sommet de la courbe correspond au potentiel de la goutte sur le point de se détacher du tube capillaire.
- Un opérateur quelque peu expérimenté saura modifier l’allure de la courbe et réduire au minimum les oscillations galvanométriques visibles sur la figure 2. Ce résultat s’obtient par le shuntage du galvanomètre et le glissement de l’ampoule de mercure le long de la tige (fig. 1), ce qui modifie la vitesse de la chute des gouttes.
- Au moment où le courant d’électrolyse porte la cathode au potentiel de — 1,20 V., on voit que la courbe courant-tension tracée par le spot du galvanomètre accuse un point d’inflexion correspondant
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- Fig. B.
- exactement au potentiel de déposition du Co++ qui passe à l’état de cobalt métallique.
- Le polarogramme (fig. 3) montre le spectre électrochimique ou polarographique d’une solution renfermant 7 calions (Cu++, Pb++, Gd++, Zn++, Mn++, Ba++, Ca++) en concentration io~4 normale. Cette courbe représente une analyse à la fois qualitative et quantitative.
- Chaque point d’inflexion correspond à un potentiel, de déposition. D’après les tables de ces potentiels, on déterminera, en tenant compte des caractéristiques du solvant, la nature de l’élément en cause.
- Sa concentration relative est déduite de la hauteur de la vague qu’il provoque. Sa concentration absolue est facilement déterminée par une courbe d’étalonnage faite sur une solution titrée de l’élément considéré.
- Du rapport des hauteurs de la vague « étalon » et de celle qui fait l’objet de l’investigation, on déduira la concentration exacte de l’élément cherché.
- Reprenons la figure 3. On distingue une série de 7 paliers et de 7 vagues. Chaque palier accuse un accroissement du courant d’électrolyse. Sa longueur correspond à la différence des potentiels de déposition de deux éléments consécutifs.
- La figure 4 montre une série de courbes tracées sur
- .......... — 349 =r:
- le même papier et correspondant à des solutions d’un même métal à différents degrés de concentration. Dans ce cas, il s’agissait de cadmium qui se réduit en solution neutre à — o,63 V. Les traits parallèles verticaux sont des abscisses tracées par le polarographe. Elles permettent une détermination plus aisée des potentiels de déposition.
- On remarque la constance du potentiel au point d’inflexion et l’accroissement régulier de la hauteur de la vague en fonction de la concentration du métal en solution.
- Le polarographe comporte, outre le dispositif précédemment décrit (fig. 1) divers instruments dont le schéma est visible sur la figure 5. A gauche, dans le dispositif électrolytique, K représente la cathode et N l’anode. Celle-ci est reliée directement à la borne positive d'un accumulateur de 4,5 V. dont on prélève exactement 4 V. au moyen d’une résistance appropriée.
- Les bornes de l’accumulateur sont d’autre part reliées aux deux extrémités d’une résistance bobinée sur un tambour tournant en synchronisme avec le cylindre photographique enregistreur F.
- La résistante totale du fil potentiomélrique enroulé en 20 spires sur le tambour est de 16 ohms. Elle permet de faire varier d’une façon uniforme le courant d’électrolyse entre o et 4 V.
- Le contact glissant C prélève la F. E. M. d’électrol-lyse sur la résistance. Le contact E étant en A, le potentiel sera nul ; en B, il sera maximum et vaudra
- 4 V.
- Dans le circuit est intercalé un galvanomètre G. Il permet, par l’intermédiaire d’un réducteur de sensibilité R agissant par shuntage, de choisir une sensibilité optimum comprise entre les valeurs limites 1 /1 et 1/10 000 de 3.io-9 amp. mm/m.
- Une lampe à fente fixe L envoie son pinceau lumineux sur le miroir du galvanomètre à cadre G. Le rayon est réfléchi vers le cylindre F dans lequel on a tracé une fente S.
- Après l’enregistrement, la fente S peut être obturée et le cylindre peut être porté à la chambre noire en vue de procéder à la révélation photographique de l’image. Le graphique obtenu est un polarogramme.
- Fig. 5.
- Fig. 4.
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- Fig. 6. — Le polarographe..
- INTÉRÊT DE LA MÉTHODE
- On peut constater, par le grand nombre de travaux publiés sur la polarographie, combien cette méthode a intéressé les chercheurs, tant analystes qu’organi-ciens et biochimistes.
- La chimie analytique minérale est la plus largement représentée. Les travaux, dans ce domaine, portent principalement sur les aciers, les blendes, les alliages, les minerais bruts ou grillés, le dosage du zinc dans les lithopones.
- Viennent ensuite les recherches ayant trait à la chimie organique et la biochimie. Elles concernent particulièrement : le dosage de l’alcool méthylique en présence d’alcool éthylique, le dosage du formol et de la nicotine, celui du diacétyl dans le beurre et les margarines, ainsi que le degré de toxicité des dérivés du salvarsan ; la recherche de l’acide ascorbique (vitamine C), les études sérologiques, la recherche et le dosage des métaux dans le sang pour le dépistage et l’étude des maladies professionnelles.
- Cette méthode est d’ailleurs la seule qui, jusqu’à ce jour, permette de réaliser simultanément des analyses qualitatives et quantitatives de milieux complexes organiques ou inorganiques.
- Toute erreur personnelle est éliminée, quelle que soit la complexité des produits à analyser.
- Certaines séparations extrêmement délicates ou irréalisables par les méthodes ordinaires, sont obtenues rapidement par la polarographie.
- C’est le cas, en chimie analytique minérale, pour le dosage des iodates et des bromates en présence de chlorates, celui du nickel et du cobalt en présence de fer et de manganèse, de même que pour le dosage des traces de rhénium en présence de molybdène et de tungstène.
- Dans le domaine organique, cette méthode est applicable au dosage de l’acide fumarique dans l’acide maléique et à la distinction entre les acides acétiques naturel et synthétique.
- L’opération peut se faire sur des quantités extrêmement réduites : l’appareil permet en effet d’analyser des quantités de solution de i cm3 ; en outre, en y adaptant des vases d’électro-lyse spéciaux, on peut effectuer l’analyse sur o cm3 oi.
- La solution ne subit aucune modification du fait de l’analyse ; elle peut dont être récupérée, ce qui présente un sérieux avantage lorsqu’il s’agit d’un produit coûteux ou d’une solution servant d’étalon.
- L’extrême sensibilité de la méthode la fait préférer, dans certains cas, à l’analyse spectrale aux rayons X. Si on se rapporte à la figure 3, on constatera, malgré le shuntage du galvanomètre au i/io de sa sensibilité, la netteté des courbes obtenues avec une solution 2.io~4 normale en métaux, soit pour le cuivre une concentration de o gr. 0000127 par cm3 de solution.
- La limite moyenne de la sensibilité de la méthode atteint la proportion de i/x 000 000 parties de solvant.
- Aucun effet électrolytique secondaire gênant n’est à craindre : le potentiel de l’anode ne variant jamais, les phénomènes électrolytiques sont localisés au voisinage immédiat de la cathode. En outre, la surface de la cathode est continuellement renouvelée et l’anode est impolarisable ; d’autre part, l’hydrogène ayant sa surtension maxima, les solutions aqueuses acides et alcalines peuvent être analysées sans difficulté.
- Cette méthode présente donc, au point de vue scientifique un sérieux intérêt : en apportant un nouveau moyen d’investigation, elle permettra de dépasser nos connaissances actuelles sur la constitution des substances. Les biochimistes, notamment, pour leurs études sur le plasma sanguin et ses variations en fonction des états pathologiques ou des agents thérapeutiques, trouveront dans la polarographie, un instrument de tout premier ordre.
- D’autre part, cette méthode est susceptible d’intéresser au plus haut point l’industrie. La fabrication exige en effet un contrôle rigoureux et constant des matières premières et des produits finis. Les analyses polarographiques, par la rapidité de leur processus et la possibilité qu’elles offrent d’être répétées ultérieu-ment sur le même échantillon, sont tout indiquées pour cette vérification.
- En outre, l’existence de documents photographiques constitue une sérieuse base de contrôle.
- Le polarographe commence d’ailleurs à être d’un usage courant dans les industries de transformation, dans les usines chimiques traitant les sulfures métalliques vers les acides ou les métaux et dans celles traitant les métaux vers les alliages ou les métaux à haute pureté.
- H. Bodson.
- Docteur ès sciences.
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- = BULLETIN ASTRONOMIQUE —
- LA VOUTE CÉLESTE EN SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1940 (')
- Les phénomènes astronomiques qui se produiront pendant ces deux mois sont extrêmement nombreux comme on va le constater dans les lignes suivantes. A signaler te curieux rapprochement des planètes Jupiter et Saturne à suivre de la fin de septembre à la fin d’octobre.
- j. __ Soleil. — La déclinaison du Soleil à i2h (T.U.)
- variera de + 8°i5' 1e ier septembre à + o°i6' 1e 22, —oV le 23, — 3°i4' le Ier octobre et— i4V le 3i octobre.
- L’équinoxe d’automne se produira 1e 23 septembre, à 5 , à cette date 1c jour et la nuit ont la même durée.
- Durée du jour : 1e ier septembre = i3ha.4m ; te ier octobre = iih38m ; 1e 3i octobre = gll54m- Voici, de 5 en
- 5 jours, le temps moyen à midi vrai :
- Septembre : leT = iih5om36a; 6 = iih48m58s;
- Il = nh47mi5s; 16 - iih45m29s; 21 = nh43m43s;
- 26 = nMim58s; 30 = nHom3gs.
- Oct. : Ier = i ih4o171208 ; 6 = nh38m48s; 44 = nh37m26s; 46 = nh36mi5s ; 24 = nh35mi9s; 26 = nh34m4os;
- 31 = iih34m20B.
- Observations physiques. — Ne pas manquer d’observer chaque jour de ciel clair, le Soleil. Voici la suite des éphé-mérides permettant d’orienter les dessins et tes photographies :
- Date (oh) p B„ L.
- Sept. 3 + 2i°63 E + 7>3 17O8
- — 8 + 22,78 E + 7,25 io5,i4
- — x3 + 23,78 E + 7,22 39,12
- — 18 + 24,63 E + 7U4 333,i1
- — 23 + 25,32 E + 7,01 267,11
- — 28 + 25,85 E + 6,82 201,13
- Octobre 3 + 26,20 E 6,59 i?5 i5
- • — 8 + 26,37 E 4- 6,3o 69-'9
- — i3 + 26,37 E + 5-97 3.22
- — 18 + 26,18 E + 5,5() 297^7
- — 23 2-3,79 E -P 5,i6 281,32
- — 28 + 25,21 E + 4,7° 105,3g
- Lumière zodiacale. — Elle sera bien visible, le matin, à l’Est, avant l’aube, du Ier au i3 septembre et du Ier au i4 octobre.
- Eclipse totale de Soleil. — Une éclipse totale de Soleil, invisible à Paris, se produira le Ier octobre. Commencement de l’éclipse générale à ioh58m ; maximum à i2h44m; fin à i5üi9m. Grandeur maxima de l’éclipse = i,o32, le dia-mèti’e du Soleil étant un. Plus grande durée de la phase totale = 5m35s. Cette durée sera réalisée pour un point du globe situé en plein océan Atlantique Sud (entre l’Angola et le Brésil). La ligne de centralité traverse la Colorn. bie, 1e nord du Brésil, l’Atlantique et le sud de la Colonie du Cap.
- II. — Lune. — Voici les phases de la Lune :
- N. L. le 2 Sept.,
- P. Q. le 8 —
- P. L. le 16 —
- D. Q. le 24 —
- à 4hi5m à iQh32tn
- à i4h4Iin à I7h47m
- N. L. le ierOct., à I2h4'm P. Q. le 8 — à fih]8m
- P. L. le 16 — à 8hi5m
- D. Q. le 24 — à 6h 4m
- N. L. le 3o — à 22I1 3m
- 1. Toutes les heures données ici sont basées sur 1e Temps universel (T.U.) de 0h à 24h, à partir de 0h (minuit). Pendant la période d’application de l'heure d’été, augmenter toutes les heures indiquées de 1 heure. Ajouter encore une heure dans les régions où est en vigueur l’heure de l’Europe Centrale.
- Age de la Lune : 1e ier septembre, à oh (T.U.) = 28J,2 ; le 3 — oj,8; le 3o = 27L8; 1e 2 octobre = os,5; le 3i = oj,i.
- Le ior septembre, chercher à voir 1e très mince croissant lunaire, 1e matin, à l’aube, après 411.
- Plus grandes déclinaisons de la Lune : 1e 9 septembre, à i5u =— iS'Ag' ; 1e 24 septembre, à gh = + iS'Ag' ; 1e 6 octobre, à :uh =— i8°i6/; le 21 octobre, à i5h
- = + i8°i8;.
- Périgée (plus petite distance à la Terre) et Apogée (plus grande distance à la Terre) de la Lune en septembi’e et octobre.
- Phénomène Date Heure Parallaxe Distance
- Périgée 3 Sept. Gh 6.' 3" 35g 179 km
- Apogée 18 — 8* 53'5g" 4o6 196 —
- Périgée ier Oct. i6h 61'24" 357 142 —
- Apogée i5 — ioh 53'5g" 4o6 196 —
- Périgée 3o — 4h 61 i4 358108 —
- Occultations d’étoiles et de planètes par la Lune :
- Magni- Phéno- Heure
- Date Astre tude mène Paris Uccle
- Sept. 9 48ooB. D. — igo 7' a,3 Tmnx. 20b inv,o 2oh 3m ,0
- — 12 583gB. D.— 4° 7 0 Imm. 22 25 1 22 26 3
- — i3 6oo5B.D. —120 6 5 1mm. — 18 4° 0
- — i4 0 Verseau 4 3 Imm. 19 56 8 —
- — i4 p Verseau 5 4 Imm. 21 37 6 21 42 2
- — 22 a Taureau 1 1 Em. — 21 58 1
- Oct. n 6908 B. D.— 90 7 2 Imm. 19 40 7 ig 46 5
- — 11 5817 B. D. — 80 7 0 Imm. 23 16 9 23 18 8
- — 12 5885B. D.— 5o 5 9 Imm, 22 35 7 22 36 8
- — r3 5894 B.D. — 5o 6 4 Imm. 0 19 1 0 i3 8
- — 17 38 Bélier 5 2 Em. 23 0 5 23 6 1
- — 19 63 Taureau 5 7 Em. 22 20 9 22 22 9
- — 22 1182 B.D. -(- 17° 5 7 Em. 1 56 d 1 54 4
- — 22 1363 B. D.-|- i6>j 6 0 Em. 23 11 4 23 i5 1
- — 25 a Cancer 4 3 Imm. 1 47 8 1 4g 9
- — 25 « Cancer 4 3 Em. 2 47 2 2 52 1
- Marées; Mascaret. — Les marées seront très fortes en septembre du ier au 6 (coefficient maximum n5 centièmes 1e 4) et surtout en octobre, du ier au 5 (coefficient maximum 117 centièmes tes 2 et 3) puis du 29 au 31.
- Le mascaret sera très important aux mêmes époques (2 au 5 septembre, Ier au 4 octobre et 3o et 3i octobre).
- III. — Planètes. — Le Tableau suivant a été dressé à l’aide des données contenues dans l’Annuaire astronomique Flammarion. Il résume les renseignements indispensables pour rechercher et observer tes principales planètes pendant les mois de septembre et d’octobre 1940.
- Fig. 1. — Marche de la Planète Uranus pendant l’année IQ&O (.D’après Z’Annuaire astronomique Flammarion).
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- Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation et étoile voisine
- 5*iqm 11 b. 47m 57s i8*i5m 1 ihum + 5» 16' 3i'4g"i Lion
- 5 36 11 43 43 l7 5o 11 54 + 0 40 3i 55,4 Vierge
- 5 54 11 3g 42 17 25 12 37 — 4 1 3a 1,9 Vierge
- 6 31 11 34 34 16 38 i4 7 — 12 5o 3a x 4 j 9 Vierge
- 5 39 12 7 18 32 11 26 -f 5 12 4,8 <r Lion
- 6 49 12 33 18 16 12 4l — 4 6 4,8 7 Vierge
- 7 47 12 52 ll 56 i3 47 — 12 21 5,2 Vierge
- 8 5i i3 3 l7 i5 i5 34 — 22 19 7,6 7r Scorpion
- 1 16 8 47 16 l7 8 8 + 17 5o 23,0 dl Cancer
- I 52 8 56 i5 59 9 5i + 12 45 18,4 a Lion
- 4 5g 11 37 18 i5 10 59 7 4i 3,6 Z Lion î
- 4 49 10 59 17 9 11 55 + 1 34 3,6 â Vierge 1 )
- 20 i.3 3 33 10 48 2 54 + i5 i5 42,0 a- Bélier
- 18 36 1 53 9 6 2 49 + i4 49 44,6 <7 Bélier 1
- 20 18 3 3o 10 38 2 52 4- i3 48 17,2 <7 Bélier 1
- 18 42 1 52 8 58 2 48 + i3 26 17,8 cr Bélier 1 i
- ig 23 3 2 10 38 3 34 + 18 58 3,6 Taureau i
- 17 22 1 0 8 35 3 3i 4* 18 45 3,6 Taureau 1
- 4 56 11 12 17 28 11 46 + 2 52 2,4 (3 Vierge i
- 3 4 9 18 i5 32 11 4g + 2 28 2,4 ji Vierge
- ASTRE
- Soleil .
- Mercure
- Vénus.
- Mars .
- Jupiter
- Saturne
- Uranus
- Neptune
- Date :
- g Sept. J2i Sept.
- 3 Oct. [27 Oct.
- 9 Sept. J21 Sept. I 3 Oct. (27 Oct.
- J
- g Sept. 3 Oct.
- q Sept. 3 Oct.
- 9 Sept. 3 Oct.
- q Sept. 3 Oct.
- 127 Sept. f27 Oct.
- I
- 27 Sept. 27 Oct.
- VISIBILITE
- /inobservable en septembre. Etoile du soir vers fin octobre.
- jMagi
- ^nifique le matin.
- ^Inobservable.
- \
- jPresque toute la nuit.
- (idem. Très près de Jupiter.
- ^Toute la nuit.
- ^Inobservable en septembre, le matin en oct.
- Mercure, inobservable en septembre (en conjonction supérieure avec le Soleil, le 4, à 12*) sera visible, le soir, vers le milieu d’octobre (plus grande élongation le 20, à i4h, à 24°20/ à l’Est du Soleil).
- Vénus brille d’un magnifique éclat dans le ciel du matin. Elle arrivera à sa plus grande élongation le 6 septembre, à 4h, à 45°53/ à l’Ouest du Soleil. Elle se lèvera, en septembre et octobre, plus de quatre heures avant le Soleil. Les dessins 9 et 10 de la figure 1 ( « Bulletin Astronomique » du n° 3o58 du i5 décembre 1989, p. 221), reproduisent l’aspect télescopique de Vénus le 12 septembre et le 17 octobre.
- Mars,- très près du Soleil, sera inobservable en ces deux mois.
- Jupiter, très près de Saturne, sera visible presque toute la nuit. Les deux planètes seront en opposition avec le Soleil le meme jour, le 3 novembre prochain. Il y aura lieu de suivre ce curieux rapprochement au cours de ces deux mois, les deux planètes se trouvant en conjonction le 12 octobre, à o*. Jupiter à i0i7r au Nord de Saturne.
- Voici la liste des curieux phénomènes produits par les satellites de Jupiter dans leur révolution autour de cette planète (voir le précédent « Bulletin Astronomique »).
- Septembre 3, IL O. c. 4h39m. — 4, I. E. c. 4*im,8; III. E. f. 22*10“,0 ; II E. c. 23h2Gm,5. — 5, I. O. c. 1*19“; III. Im. 1*28“ ; I. P. c. 2u33m ; III. Em. 2*53“; I. O. f. 3*28™-, IL Em. 4*a3“; I. P. f. 4*3g“; I. E. c. 22*3o“,3. — 6, I. Em. ih54m ; I. O. f. 2i*56“; II. P. f. 22*57“; I. P. f. 23h7m. — i2, III E. c. 0*11“,5 ; IL E. c. 2*0“,9 ; III. E. f. 2* 10“ ,5; I. O. c. 3*i3“ ; I. P. c. 4*21“; III. Im. 5*8“ — 13, L E. c. oh24m,7 ; I. Em. 3*43“; I. O. c. 21*41“; I. P. c. 22*48“; IL P. c. 22*55“: IL O. f. 23*9“; I. O. f. 23*5o“. — là, I. P. f. o*55“ ; IL P. f. i*a3“; I. Em. 22*10“ — 19, III. E. c. 4* 12“,9 ; II. E. c. 4*35“,3; I. O. c. 5*6“ — 20, I. E. c. 2higm,i ; II. O. c. 23*i3“ ; I. O. c. 23*35“.— 21, I. P. c. o*35“; II. P. c. 1*19“; I. O. f. x*44m; IL O. f.
- 1*47“; I- P. f. 2*42“; IL P. f. 3*4G“ ; I. E. c. 20*47“,8; I. Em. 23*58™. — 22, I. P. f. 21*9“; IL Em. 22*18“; III. P. c. 22*28“; III. P. f. 23h43m. — 27, I. E. c. 4*i3“,7. — 28, I. O. c. 1*29“; IL O. c. i*5o“ ; I. P. c. 2*21“; I. O. f. 3h38m ; IL P. c. 3h4om ; IL O. f. 4*a4“; I. P. f. 4*28“; I. E. c. 22h42m,4. — 29, I. Em. i*44“ ; IL E. c. 2oh27m,o; I. P. c. 20*48“ ; I. O. f. 22*6“; III. O. c. 22hnm; I. P. f. 2 2h55m. — 30, III. O. f. 0*7“; IL Em. oh36m; III. P. c. ih56ra; III. P. f. 3*io“; I. Em. 20*11“.
- Octobre 5, I. O. c. 3*22“; I. P. c. 4*6“ ; IL O. c. 4*28“; I. O. f. 5*3a“. — 6, I. Ec. oh37m,i ; I. Em. 3*3o“ ; I. O. c. 2i*5i“ ; I. P. c. 22*33“; IL E. c. 23*i“,6. — 7, I. O. f. o*o“; I. P. f. oh4om ; III. O. c. 2hi2m; IL Em. 2*53“; III. O. f. 4h8m ; III P. c. 5hi9m ; I. Em. 2i*56“. — 8, IL O. f. 20*20“; IL P. f. 2i*36“. — 10, III. Em. 20*18“. — 12, I. O. c. 5*i6“ ; I. P. c. 5*5i“. — 13, I. E. c. a*3i“,8; I. Em. 5*i4“ ; I. O. c. 23*45“. — là, I. P. c. 0*17“; IL E. c. i*36“,3 ; I. O. f. i*54“ ; I. P. f. 2h24m; IL Em. 5*8“ ; I. E. c. 21*0“,4; I. Em. 23*4o“. — 15, I. Of. 2o*a3“ ; IL O. c. 20*24“; I. P. f. ao*5o“ ; IL P. c. 2i*25“; IL O. f. 22*58“ ; IL P. f. 23h53m. — 17, III. E. c. 20*16“,3; HT. E. f. 22*i3“,6; III. Im. 22*20“; III. Em. 23*37“ — 20, I. Ec. 4*26“,7. — 21, I. O. c. i*39m; I. P. c. ahom ; I. O. f. 3*48“; I. P. f. 4*8“ ; IL E. c. 4*nm,2 ; I. E. c. 22*55“,3. — 22, I. Em. i*24“; L O. c. 20*7“; I. P. c. 20*26“; I. O. f. 22*17“; I- P* f- 22*34“; IL O. c. 23*2“; IL P. c. 23*4i“. — 23, IL O. f. i*36“; IL P. f. 2*9“, I. Em. i9*5o“. — 24, IL Em. 20*28“. — 25, III. E. c. o*i8“,x ; III. Em. 2*55“ — 28, I. O. c. 3*33“; I. P. c. 3*43“; I. O. f. 5*43“; I. P. f. 5*5i“. — 29, I. E. c. o*5o“,3; I. Em. 3*8“; I. O. c. 22*2“; I. P. c. 22*9“. —: 30, I. O. f. 0*11“; I. P. f. 0*17“; IL O. c. i*40“ ; IL P. c. i*5G“ ; IL O. f. 4*i4“; IL P. f. 4*24“, I. E. c. 19*19“,1 ; I. Em. 2i*34“. — 31, I. O. f. x8*4o“; I. P. f. i8*43“; IL E. c. 20*3“,9; II. Em. 22*41.
- Saturne, très près de Jupiter, avec lequel il sera en conjonction le 12 octobre, à o*o“, à 1 °i7' au Sud, est visible toute la nuit.
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- 353
- Voici les éléments de l’anneau de Saturne :
- 4 septembre 16 octobre
- Grand axe extérieur. • • • 43", 71 45". 37
- Petit axe extérieur , « • • • — i5",27 - i5", ,43
- Hauteur de la Terre au-dessus du
- plan de l’anneau , 2O0,45l - - r9°! r*-. OO
- Hauteur du Soleil au-dessus du
- plan de l’anneau > — 19V1 2? - - 190: r^. OO
- Élongations de Titan : A l’Est les 2 septembre à i2h7 ; 18, à ioh9; 4 octobre, à 8^7 ; 20, à 6hi ; À l’Ouest les xo septembre, à ioh7 ; 26, à 8h8 ; 12 octobre, à 6h5; 28, à 3hç).
- Uranus arrivera bientôt en opposition. Pour le trouver, utiliser une jumelle et se servir de la petite carte (fig.i).
- Neptune se trouvera en conjonction avec le Soleil le 18 septembre, à 8h. Il sera inobservable en septembre et deviendra un peu visible, le matin, à la fin d’octobre. Pour le trouver, se reporter à la petite carte donnée au N° 3o6o, page 280.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 2 septembre, à Le 2 septembre, à Le 2 septembre, à Le 3 septembre, à Le 5 septembre, à
- Le 7 septembre, à
- Le 10 septembre, à Le 11 septembre, à Le 20 septembre, à Le 20 septembre, à Le 21 septembre, à Le s8 septembre, à Le 28 septembre, à Le 29 septembre, à
- Le 3o septembre, à Le 3o septembre, à Le 5 octobre, à
- Le 11 octobre, à
- Le 12 octobre, à Le 18 octobre, à
- 31i, Mercure avec la Lune, 51', Mars avec la Lune, 23h, Mercure avec Mars,
- 61', Neptune avec la Lune, ioh, Mercure avec / Lion (4m,8),
- i81', Mercure avec <7 Lion
- 81', Mars avec ^ Lion (4m,8) i5h, Mercure avec Neptune, 21 h, Saturne avec la Lune, 23h, Jupiter avec la Lune, igh, Uranus avec la Lune, 10b, Vénus avec la Lune, 231', Mars avec Neptune, 16I', Mars avec p Vierge (3m, 7),
- 19!', Neptune avec la Lune, 20I', Mars avec la Lune, 2oh, Jupiter avec <r Belier (5m,6)
- 17b, Vénus avec p Lion (4“,o)
- ol', Jupiter avec Saturne, ol>, Jupiter avec la Lune,
- à 4°54' N. à 40 4' N. à o°43' N. à 2049' N.
- à o°2o' N.
- à oni 1' S. à o°i8' S. à 00 2' N. à 0020' N. à i°39' N. à 3°3i' N. à 3o37' N. à ooi3' S.
- à 00 4' N. à 2°44' N. à 2024' N.
- à o° 6' S.
- à o°i6' N. à JO17' N. à 1024.' N.
- Le 18 octobre, Le 19 octobre, Le 28 octobre, Le 28 octobre, Le 29 octobre, Le 29 octobre,
- à ol', Saturne avec la Lune, à o° 8' N. à ol‘, Uranus avec la Lune, à 3°27' N. à 4n, Vénus avec la Lune, à 2n56' N. à 7h, Neptune avec la Lune, à 2°38' N. à 12I', Mars avec la Luoe, à o°28' N. à 21 li, Vénus avec Neptune, à o°n' N.
- Etoile Polaire; Temps sidéral :
- Date Passage de la Polaire Heure (T. U,
- Sept. 7 Supérieur 2h3om57s
- — 17 — 1 5i 46
- — 27 — 1 12 33
- Oct. 7 — 0 33 19
- 17 — 23 5o 7
- — 27 — 23 10 49
- Temps sidéral (’)
- 23h 3®4is 23 43 6
- O 22 32 I I 57
- 1 4l 23
- 2 20 84
- Etoiles variables. — Minima d’éclat de l’étoile Algol (j3 Persée), variable de 2m,2 à 3m,5 en 2320i49m, visibles à l’œil nu : Septembre 13, à ih56m; 15, à 22h44m. — Octobre 3, à 3h36m ; 6, à oh25m ; 8, à 2ihi3m; 23, à 5hi7,n; 26, à 2h6m; 28, à 22h55m; 31, à ig5l44In.
- Maxima d’éclat de diverses variables à longues périodes :
- Variation Période
- Date Etoile d’éclat en jours
- Sept. 10 R Serpent 5m6 à i3m8 254", 4
- — 25 R Grande Ourse 5m9 a i3mb 299>°
- Oct. 10 X Cygne 4“2 à i4mo 4*2,9
- - .4 T Cephée 5i"2 à io“8 395,9
- Etoiles jilantei î. — Vers le 9 octobre, observer le ciel dans
- la soirée : chute possible des météores en relation avec la Comète Giacobini-Zinner. On se rappelle que, le 9 octobre 1933,' il y eut une remarquable pluie d'étoiles filantes ce soir-là.
- Du 16 au 22 octobre, étoiles filantes Orionides : radiant vers v Orion.
- V. — Constellations. — On trouvera la description de l’aspect de la voûte céleste en septembre et en octobre dans les numéros suivants de La Nature : Pour septembre, au N° 3o54 du ier août 1939, p. 90 et pour octobre, au N° 3o56 du ier septembre 1909, p. i55.
- Em. Touchet.
- i. A 0h, pour le méridien de Greenwich.
- : CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE (,)
- LE LABORATOIRE IMPROVISÉ O)
- Nous avons donc impressionné un ou plusieurs rouleaux de pellicules. Et nous avons hâte de connaître le résultat de ces diverses prises de vues.
- Comment allons-nous nous installer pour développer ces films ? Car un endroit parfaitement obscur est nécessaire pour ce développement, et il nous faut tout de même quelques accessoires indispensables.
- C’est ici que nous allons avoir recours à ce fameux système D mis en honneur il y a 25 ans 1
- 1. Voir les n°*> 2967 , 2972, 2974 , 2979 , 2980, 2981, 2988, 2983, 2987, 2989, 2993, 2996, 2999, 3002, 3006, 3010, 3012, 3023, 3027, 3039, 3041, 3049, 3060 et 3061.
- 2. Voir La Nature, n° 3061 du 13 juin 1940.
- Notre laboratoire sera constitué par l’angle d’une pièce, d’une grange, d’une cave, d’un abri, etc. On rendra l’obscurité aussi complète que possible au moyen de bâches, de couvertures, de capotes, de tout ce que l’on pourra trouver pour la circonstance, au besoin de planches, d’une porte que l’on sortira de ses gonds, etc.
- D’ailleurs, le problème de l’obscurité sera rendu plus facile du fait que, presque toujours, ce sera la nuit que nous procéderons au développement de nos pellicules.
- Donc, par tous les moyens possibles, obturer toutes les ouvertures par lesquelles la lumière extérieure pourrait passer. Méfions-nous aussi des camarades qui, par inadvertance, font jouer leur briquet pour allumer une cigarette 1
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- On conçoit aisément qu’il n’est pas possible, ici, de donner des détails plus précis sur l’aménagement d’un local servant de laboratoire improvisé, puisque les cas d’installation sont innombrables et, pour la plupart, tous différents. En tous cas se méfier de tous les éclairages imprévus, intérieurs ou extérieurs (fusées éclairantes, éclairs, etc.).
- Le mobilier du « laboratoire » sera réduit à sa plus simple expression : une table, une simple planche à environ o m. 80 du sol, un rebord de croisée ou encore un tonneau placé sur l’un de ses fonds etc., serviront à caser nos ustensiles photographiques à hauteur convenable pour travailler debout (il n’est pas commode de développer des pellicules étant assis, sauf le cas d’emploi de cuves spéciales dont nous ne pouvons nous embarrasser).
- Si une fenêtre vitrée existe dans la pièce où nous opérons, il faudra obturer les vitres soit par un des moyens indiqués plus haut, soit en collant sur celles-ci une ou deux épaisseurs de papier d’emballage : cette protection suffit pour travailler la nuit. On constitue une excellente colle en délayant de l’amidon dans l’eau; on obtient ainsi un liquide blanc ayant l’aspect du lait. On le porte à l’ébullition en agitant constamment avec un petit bâton. Le liquide épaissit et devient translucide. Quand toute la masse ne présente plus de parties blanches, la colle est prête.
- Si on ne dispose pas de pinceau, étendre cette colle sur le papier, après refroidissement, avec un petit chiffon ou, plus simplement, avec les doigts.
- On peut encore fixer le papier d’emballage sur les montants de la croisée, avec quelques pointes.
- Les ustensiles du laboratoire. — Ils seront peu nombreux :
- i° Un seau, une cuvette ou une bassine contenant de Veau bien propre. Au besoin, laver l’ustensile contenant l’eau avec du savon pour éviter toute matière grasse. On reconnaît aisément la présence de matières grasses en regardant une source lumineuse par réflexion sur la surface de l’eau. Celle-ci doit être parfaitement réfléchissante, sans marbrures, sans irisations, sans traînées graisseuses, etc.
- 2° Deux bols ordinaires, en faïence ou en porcelaine, bien propres.
- 3° Deux pinces à linge, de ces pinces en bois formées de deux parties qu’un ressort presse l’une contre l’autre, et qui servent à maintenir le linge sur les fils de fer lors du séchage. Les choisir, de préférence, avec un ressort assez fort ou très fort, assurant un bon serrage.
- Les « bricoleurs » pourront, fort utilement, transformer ces pinces de la manière suivante. Pour développer les pellicules, il faut les saisir par les extrémités. Les maintenir avec les doigts serait une solution bien mauvaise et peu élégante. En effet, on ne pourrait faire autrement que de plonger les doigts dans Je révélateur — d’où risque de dermite avec certaines substances, le génol notamment — puis la chaleur de la main pourrait produire la fusion de la gélatine aux parties maintenues. Pratiquement, dans le laboratoire, on fixe aux extrémités de la pellicule des pinces en nickel pur formées d’un assez fort ressort se terminant par deux larges parties plates, munies de pointes qui perforent le film, l’accrochent et l’empêchent de glisser.
- Mais nous ne pouvons nous charger de telles pinces en nickel, et c’est pour les remplacer que nous avons recours à des pinces à linge, très suffisantes.
- Mais leur largeur est faible et la pellicule aurait tendance à s’incurver dans le sens de la longueur pouvant ainsi laisser hors du révélateur certaines parties.
- Comme le montre la figure i, on modifiera ces pinces comme suit : on entaillera les deux extrémités des mâchoires suivant la partie pointillée (second dessin de la figure). On
- fixera (troisième dessin) deux languettes de bois 1,1 dans les encoches ainsi faites. Les languettes auront, comme longueur, la largeur même des pellicules (o m. 06). Le quatrième dessin montre le travail terminé : II, languette de bois; r, ressort de la pince.
- Signalons encore que l’on pourrait placer le film entre deux languettes de bois et faire le serrage avec une pince à linge non modifiée, mais la sécurité pourrait s’en trouver compromise : il ne faut pas que le film mouillé ou imprégné de révélateur vienne à échapper de ses pinces, on risquerait des accidents irrémédiables.
- Ainsi donc, comme on le voit, le film sera maintenu plat à ses extrémités, pendant les diverses manipulations.
- 4° U nous faut encore un petit accessoire : un peu de ficelle que nous tendrons au traArers du local pour y sus-
- Fig. 1. — Transformation d’une pince à linge en pince pour le développement des pellicules (voir le texte).
- pendre la pellicule après lavage, afin de la laisser sécher. Dans la mesure du possible, éviter les courants d’air qui peuvent soulever la poussière ou le sable. Se méfier aussi, dans les granges, de la poussière qui tombe du plancher supérieur.
- 5° Enfin, ayons à la portée de la main notre « Quart », il va nous servir de mesure de capacité. Par définition, il contient un quart de litre, c’est-à-dire 25o cc. Nous allons le diviser, expérimentalement, en deux parties de même contenance par le moyen suivant :
- Remplissons-le d’eau jusqu’au bord. Versons la moitié environ de cette eau dans un récipient quelconque, par exemple dans un des bols. Marquons d’un petit trait, avec la pointe d’un couteau, le niveau où s’arrête le liquide restant dans le « Quart ».
- Nous versons ce liquide dans l’autre bol.
- Nous remettons alors dans le « Quart » le contenu du premier bol.
- Le niveau atteint, sauf heureux hasard, sera différent de celui marqué par le petit trait que nous avons tracé. Marquons d’un autre petit trait ce nouveau niveau et prenons le milieu de l’intervalle des deux traits. Effectuons deux ou trois transvasements pour nous assurer que ce trait moyen correspond sensiblement à la moitié du volume du « Quart », nous le marquerons alors d’un trait fort, bien visible, avec la pointe de notre couteau.
- Ainsi, nous avons remplacé — d’une manière rudimentaire mais suffisante —, le verre gradué de notre laboratoire normal et nous savons mesurer, à présent, un volume de 125 cm3.
- Eai. Touchet.
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- NOTES ET INFORMATIONS ' 355
- Les problèmes techniques de la construction des gratte=ciel.
- Le gratte-ciel est une réalisation spécifiquement américaine, adaptée aux besoins et aux goûts des Américains.
- On peut se faire une idée des silhouettes caractéristiques de ces hauts bâtiments et de leur développement par les quelques exemples suivants :
- Le Metropolitan Life Insurance Building construit en 1908 a 36 étages habitables et s’élève à 200 m. ; le Woolworth Building construit en 19x2 a 52 étages et 235 m. de haut; le Chrysler Building date de i93o, a 68 étages habitables et sa tour terminale en acier inoxydable s’élève à 320 m. de hauteur; l'Empire State Building de la môme année a 85 étages et son sommet est à 38o m. de hauteur.
- Les problèmes pui’ement techniques que posent l’érection et l’aménagement de pareilles constructions sont extrêmement nombreux et complexes. Nous allons en examiner rapidement quelques-uns.
- Ce qui a rendu le gratte-ciel possible, c’est 11 ossature métallique. Dans ce mode de construction, les murs extérieurs, comme les cloisons intérieures, n’ont plus qu’un rôle de séparation et d’isolation. Les matériaux dont ils sont constitués sont donc uniquement choisis dans ce but : pierres naturelles de 8 à 10 cm. d’épaisseur, tôles d’acier inoxydable ou d’aluminium, briques creuses, plaques de plâtre ou de liège aggloméré.
- Le squelette en acier est destiné à résister à toutes les charges et surcharges verticales ou horizontales et à en reporter les réactions sur les fondations. En particulier, la pression du vent peu appréciable dans des bâtiments peu élevés abrités par des constructions voisines prend, surtout à New-York où soufflent parfois de véritables tornades, une importance considérable.
- On admet dans les calculs, aucune pression du vent jusqu’à 3o m. de haut, xoo kg. par m2 de 3o à 120 m. ; une pression ci'oissant linéairement ensuite pour atteindre i46 kg. par m2 à 254 m. (hauteur du Rockefeller Center).
- Pour un gratte-ciel comme l’Empire State Building, l’ossature d’acier pèse 5o 000 t. environ, le poids mort total est de 275 000 t. et la colonne la plus chargée porte 4 700 t.
- De telles charges, pour réduire l’encombrement des colonnes dans les étages inférieurs obligent à employer des aciers haute résistance. Mais le voisinage, dans la même construction d’aciers ordinaires au carbone et d’aciers au silicium pose un problème particulier tenant à la différence de raccourcissement de ces colonnes sous charge. Les colonnes en acier spécial plus chargées par centimètre carré se l’accourcis-sent davantage et il faut prévoir des dispositifs spéciaux pour les relier aux colonnes voisines moins déformées. Comme on ne peut attendre l’achèvement de la construction pour effectuer les assemblages et rivetages définitifs, on fait le calcul des tensions résultant des déformations inégales et au moyen de vérins et de tendeurs on introduit, au moment du montage, des contraintes égales et de signe contraire à celles calculées.
- Le raccourcissement élastique est loin d’être négligeable. Dans l’Empire State Building, les colonnes centrales qui ont quelque 35o m. de long ont dû être construites i5 cm. plus longues que les cotes indiquées aux plans pour qu’une fois l’édifice terminé, les cotes de niveau prévues pour chaque étage soient rigoureusement réalisées.
- L’action du vent doit être l’objet de mesures spéciales, car il ne faut pas que les occupants des étages supéi'ieurs puissent sentir les oscillations même sous l’influence des plus
- fortes rafales. Dans l'Empire State Building pour lequel le rapport de la hauteur à la petite base est 8, l’amplitude de l’oscillation maximum au sommet est de l’ordre de xo cm. et n’est pas sensible à l’occupant.
- Ajoutons que grâce à une organisation rationnelle des chambres, on arrive à monter en moyenne un étage par journée de 8 h.
- Les fondations doivent être très sérieuses, et si à New-York on bâtit souvent sur le roc même, très souvent on est forcé d’employer des pieux cylindriques en tôle d’acier de 1 m. à 2 m. 5ô de diamètre, descendant jusqu’au sol résistant, à 20 ou 25 m. de profondeur que l’on remplit ensuite de béton.
- Même lorsqu’on construit sur le roc, pour ménager les trois ou quatre étages souterrains dans lesquels sont logés les services de l’immeuble, on est forcé d’enlever à la dynamite des masses considéi'ables de roches éruptives. L’emploi d’explosif en pleine ville pendant la journée est rendu sans danger en l’ecouvrant les fourneaux de mine de matelas constitués par des couches superposées de treillis métallique. Au moment de l’explosion, le matelas est soulevé de 1 ou 2 m., mais aucune pierre n’est projetée hors du chantier.
- A New-York, 4 jours après le montage des charpentes, on commence le remplissage : consti’uction des planchers et eni’obage des parties. En effet, les règlements de police, afin d’éviter les accidents par chute de pièces métalliques ou de rivets incandescents, interdisent de procéder au montage à plus de quatre étages au-dessus d’un plancher solide.
- Immédiatement après le plancher en béton armé, on con-sti’uit les murs de façade et le cloisonnement intérieur. Il est intéressant de signaler que les murs de façade ne peuvent etre construits de façon continue, du rez-de-chaussée aux étages supérieurs.
- En effet, au fur et à mesure de la construction, la charge croît sur les colonnes provoquant leur raccourcissement. Si les façades étaient construites entièrement, ce raccourcissement élastique de l’acier serait empêché par la plus grande raideur des maçonneries et des briques, ce qui amènerait leur écrasement. Aussi laisse-t-on de place en place à certains niveaux, un vide qui ne sera fermé qu’ultérieui'ement, lorsque tous les poids morts auront donné aux colonnes leur l’accourcissement définitif. En outre, on intercale dans les maçonneries de véritables joints élastiques permettant aux façades de suivre les déformations de l’ossature sous l’effet du vent par exemple.
- Si l’ossature en acier a permis la construction des gratte-ciel, c’est l'ascenseur qui les a rendus exploitables.
- La vitesse des ascenseurs à New-York est de l’ordre de 6 m. à la seconde, tandis qu’en France, elles sont de o m. 5o à o m. 70 par seconde pour les immeubles particuliers et de 1 m. 5o pour les ascenseurs rapides des grands magasins.
- Malgré ces grandes vitesses linéaires, les voyageurs ne sont pas incommodés au démarrage et à l’arrêt, grâce aux dispositifs automatiques d’accéléi'ation et de décélération. Les cabines des ascenseurs rapides ont leurs parois complètement pleines, noix seulement pour éviter aux passagers l’impression désagréable des étages défilant à grande vitesse, mais également comme mesure de sécurité. La cabine, en effet, constitue un piston se déplaçant dans un véritable cylindre métallique, de sorte qu’en cas de rupture des câbles moteurs, le matelas d’air que comprimerait la cabine en tombant en chute libre, freinerait énormément la descente et aiderait puissamment les dispositifs d’arrêt de secours.
- Naturellement, la commande, à ces vitesses, doit être entièrement automatique. L’opérateur marque sur un tableau de
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- boutons, à l’entrée de chaque voyageur, l’étage où il doit s’arrêter. Une fois le signal de départ- donné par le dispat-cher,-l’opérateur appuie sur le bouton de démarrage et toutes les opérations s’effectuent automatiquement : fermeture de la porte extérieure, de la porte intérieure, démarrage, arrêt et mise à niveau aux différents étages de la série indiquée sur le tableau, ouverture des portes.
- Le nombre d’ascenseurs dépend du nombre d’étages et de l’affluence maxima prévue de visiteurs aux. heures de pointe. On admet en général comme cadence un départ d’ascenseur toutes les 20 s. ou toutes les 3o à 4o s. pour chaque groupe d’étages, suivant que l’on désire un service accéléré ou normal. Ceci conduit à prévoir un nombre d’ascenseurs voisin du nombre d’étages à desservir.
- Par exemple à l'Empire State Building, il y a 63 ascenseurs pour 86 étages, représentant une longueur de plus de 11 km. de cages d’ascenseurs et une capacité de transport dans un même sens de 3o 000 personnes à l’heure.
- On conçoit que ces batteries d’ascenseurs occupent une place considérable au rez-de-chaussée et aux étages inférieurs, diminuant ainsi la surface utilisable et rentable, de sorte que la hauteur économique maximum d’un gratte-ciel résulte moins du prix de sa construction que de la perte de place entraînée par les ascenseurs.
- Ajoutons que le service des étages se fait par des ascenseurs directs desservant chacun un groupe de 5 à 10 étages et parcourant sans arrêt tous les étages inférieurs. Cependant, dans les très hauts gratte-ciel, il n’est pas possible de desservir directement les étages supérieurs, car, d’une part, les treuils auraient des dimensions trop importantes et, d’autre part, il ne serait pas sans danger physiologique de faire parcourir aux voyageurs sans pose intermédiaire des différences d’altitude de 3oo à 35o m. à la vitesse de 6 m. à la seconde.
- Les deux postes les plus importants du devis de construction d’un gratte-ciel sont : l’ossature métallique (i5 à 20 pour 100 du devis total) et les ascenseurs (i5 pour 100 environ). Le confort des gratte-ciel nécessite des installations et un équipement particulièrement étudiés. Dans un climat extrême, comme celui des États-Unis, le chauffage central doit être très largement calculé et à l’abri de toutes pannes. Aussi de nombreux gratte-ciel sont raccordés pour le chauffage au réseau de distribution de vapeur de la ville et possèdent des batteries de chaudières de secours dans les sous-sols. Pour la distribution d’électricité, les planchers sont parcourus par un réseau extrêmement dense de canalisations aussi bien électriques que téléphoniques sur lequel les branchements peuvent être faits presqu’en tous les endroits.
- A l'Empire State Building, la longueur totale des canalisations de chauffage est de 80 km., celle du réseau de câbles téléphoniques, de 5 000 km., celle des canalisations électriques de 600 km. et il y a plus de 35o 000 lumières électriques. Signalons, ce que l’on devrait bien adopter en France, même pour nos immeubles infiniment plus modestes, que les installations de plomberie, distribution d’eau chaude et froide, canalisations d’incendie, canalisations d’évacuation des eaux usées, des eaux de pluie, etc..., sont dans des gaines facilement accessibles pour la surveillance et l’entretien.
- Dans les sous-sols se trouvent groupées les chaudières, les pompes, les sous-stations électriques. On a même, dans certains gratte-ciel, comme le Rockefeller Center, réservé à certains niveaux de faux étages destinés à regrouper toutes les canalisations, afin d’assurer dans les meilleures conditions le sei’vice par groupes d’une dizaine d’étages.
- Grâce à la parfaite organisation des études qui, avant que les travaux ne commencent, ont établi tous les détails d’aménagement aussi bien que de construction proprement dite,
- les délais d’érection sont extrêmement réduits. C’est ainsi que pour élever les 70 étages du Rockefeller Center et achever complètement ce colossal bâtiment, il a suffi de 11 mois, le travail n’étant fait que par une seule équipe travaillant 8 h. par jour et 5 j. par semaine. Le nombre d’ouvriers occupés atteignit à certains moment 5 000 unités. En France, si on en juge par des constructions récentes, cinq années apparaîtraient comme un minimum pour effectuer le même travail !
- Nouveau procédé de séparation des mélanges salins.
- On a souvent à résoudre industriellement, dans la préparation d’un grand nombre de composés chimiques, le problème suivant : d’un mélange de sels obtenus en solution, soit par double décomposition, soit par dissolution d’un minerai naturel, extraire les composants à l’état de pureté chimique.
- Par exemple, pour préparer le nitrate de potasse, on opère par décomposition du nitrate d’ammonium par le chlorure de potassium, il reste dans la solution un mélange de nitrate de potasse et de chlorure d’ammonium (*). La réaction est simple, mais la séparation du nitrate de potasse du mélange avec le chlorure d’ammonium est beaucoup plus difficile.
- De même lorsqu’on se trouve en présence de sylvinite (mélange de chlorure de sodium et de potassium) dont il faut extraire le chlorure de potassium à l’état de pureté, le même problème se pose. On pourrait multiplier les exemples (extraction de l’acide borique du mélange borax-chlorure de sodium, du fluorure de sodium du mélange fluorure de sodium silicates de soude et de chaux, etc.).
- Les moyens classiques en chimie que l’on emploie sont basés en général sur les différences de solubilité à chaud et à froid des divers constituants. On sature par exemple à chaud la dissolution des corps À et B. Si B est proportionnellement plus soluble à chaud ou à froid que le sel A, par refroidissement le précipité qui se dépose sera enrichi en corps B. Par dissolutions successives suivies de cristallisations, on arrive ainsi à séparer B et A.
- Le problème est plus compliqué lorsque les sels forment des sels doubles, comme dans le cas'du nitrate de soude du Chili qui est mélangé dans le minerai avec du sulfate et du chlorure de sodium et donne un sel double, la darapskite (S04Na2N03NaII20). On est alors conduit à agir sur la composition des bains, en ajoutant par exemple d’autres sels donnant eux aussi des sels complexes qui se forment aux dépens de la darapskite ou empêchent sa précipitation.
- Quoi qu’il en soit, même quand le problème est résolu d’une façon chimiquement satisfaisante, il faut toujours effectuer des opérations de dissolution, de concentration, de précipitation, etc., qui consomment dii charbon et de l’énergie calorifique difficile à récupérer sans installations compliquées et, d’autre part, imposent le maniement de volumes considérables de solutions et d’eaux-mères, ce qui prend de la place et tout un matériel de pompes et de bacs de cristallisation, de décantation, etc., immobilisant un capital important.
- Il semble que les méthodes de flottation offrent des possibilités intéressantes pour résoudre ces problèmes et fournissent aux chimistes un nouveau moyen de séparation des mélanges de sels cristallisables. Quelques réalisations indus-
- 1. La réaction peut s’écrire :
- N03NH4 + KC1 = NII4C1 4- N03K.
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- trielles dont nous allons dire quelques mots ont montré l’intérêt de ces méthodes qui, sans doute, se généraliseront dans de nombreux cas.
- La première application a été faite en Amérique aux mines de potasse de Carlsbad (New-Mexico). Le minerai est de la sylvinite, comme dans les mines de potasse d’Alsace. C’est un mélange de chlorure de sodium (halite) et de chlorure de potassium (silvite). On peut chercher à « flotter » soit l’un soit l’autre de ces constituants.
- Dans le procédé Weinig, la flottation est obtenue à l’aide de l’adjonction d’un savon, oléates ou acide oléique. C’est le chlorure de sodium et les impuretés qui sont entraînées dans l’écume. Au contraire dans le procédé mis au point par le Bureau of Mines, on ajoute à l’eau une petite quantité de sulfate d’octadécylsodium qui fonctionne à la fois comme émulsionnant et collecteur et c’est le chlorure de potassium (silvite), de coloration rougeâtre qui est entraînée, le chlorure de sodium et les impuretés n’étant pas flottées.
- Bien d’autres agents de flottation ont été proposés : Anderson a breveté l’emploi d’huile de graines de coton saponifiée par de la potasse caustique qui entraîne le chlorure de sodium comme dans le procédé Weinig. Kirbey propose le bromure de cétylpyridine, des chlorures d’alkylamines renfermant dans la chaîne de 6 à 12 atomes de carbone, par exemple le chlorure de n-octylamine qui, à la dose de i5o g. par tonne' de minerai traité a permis d’extraire 99,3 pour 100 du chlorure de potassium sous forme d’un produit renfermant 79,5 pour roo de KC1, les résidus ne contenant plus que 0,6 pour xoo de KC1.
- Les Russes qui possèdent à Solykansk d’importants gisements de sylvinite qui commencent à être exploités ont aussi travaillé activement la question de concentration du chlorure de potassium par flottation’. Le problème est ici un peu plus complexe, car le minerai de sylvinite n’est pas pur et renferme des carbonates alcalins, de l’argile siliceuse, etc., de sorte qu’il a fallu chercher en plus des agents mouillants et moussants, des agents « conditionnants » ayant pour rôle de réaliser les conditions optima de flottation. On emploie à cet effet le silicate de soude ou le nitrate de plomb dans la proportion de 1 kg. par tonne de minerai, les agents émulsionnants étant des acides gras (linoléique, ricinoléique), des acides naphténiques ou des résines à la dose de o,25 à 1 kg. 5 par tonne. Partant d’un minerai broyé au tamis de 70 mailles, l’extraction de KC1 s’effectue avec un rendement de 90 pour 100.
- Pour séparer le nitrate de potasse du chlorhydrate d’ammoniaque, dans la préparation dont nous avons parlé plus haut, Nessler a obtenu des résultats satisfaisants en utilisant un mélange de crésol et d’acide oléique qui flotte le chlorhydrate d’ammoniaque. On peut réaliser de la même manière l’extraction du chlorhydrate de ses mélanges avec le bicarbonate de soude dans le procédé Solvay à condition que les cristaux soient plus gros que ceux du bicarbonate, ce que l’on obtient en ajoutant de l’urée, du biuret ou de l’acide cyanhydrique au mélange.
- L’extraction du borax est aussi un succès à l’actif des procédés de flottation. Mélangé au chlorure de sodium, l’acide borique ou le borax peuvent être retirés en utilisant l’acide oléique, l’acide suif oléique, le silicate de soude, l’aniline, la pyridine, etc. Le mélange de sulfate et sulfite de magnésie, avec l’acide borique qui résulte du traitement de la bora-cite par l’anhydride sulfureux, le mélange de borax et de sel de Glauter (sulfate de soude décahydraté) peuvent également être flottés et le borax extrait avec un rendement presque quantitatif.
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- Citons encore, comme dernier exemple, l’extraction du fluorure de sodium du mélange fluorure de sodium, silicates de calcium et de sodium, impuretés qui résultent du traitement de la fluorite (fluorui’e de calcium) par la silice et le carbonate de soude dans le procédé Sazhni.
- Ces quelques indications montrent que si la flottation n’a évidemment pas la prétention de résoudre tous les problèmes d’extraction de sels de mélanges, elle peut apporter, dans un grand nombre de cas, une solution pratique et élégante sur laquelle l’attention des chimistes de recherches doit être attirée.
- H. Vigneron.
- Film photographique en aluminium.
- On a récemment préparé en Allemagne des films photographiques sur support d’aluminium. Le métal, à 92 pour 100 de pureté est laminé sous une épaisseur de o mm. 1. Son poids est le même que celui des films en acétate et son prix de revient un peu inférieur. Le développement est très rapide du fait que les bains ne pénètrent pas dans le support, ce qui accélère le lavage. De plus, on peut sécher en chauffant jusqu’à 2000. Le film n’est sujet ni à allongement, ni à contraction et peut être projeté à grande vitesse sans risque d’usure prématurée. On peut sensibiliser la pellicule sur ses deux faces, qui servent ainsi pour deux enregistrements différents. La luminosité de l’image projetée par réflexion est la même qu’avec un film transparent.
- Emballages en tubes d'étain.
- Le Conseil international des recherches sur l’étain vient de signaler dans sa revue Tin and its uses l’énorme développement pris par l’industrie des tubes en métal mou, isolant leur contenu de l’air et des souillures et laissant sortir celui-ci par pression légère sur les parois.
- L’idée première date de i84i, quand John Rand, de New-York demanda un brevet pour des « vaisseaux métalliques construits de façon à s’aplatir sous une faible pression et forcer ainsi le fluide qu’ils contiennent à sortir par des orifices appropriés ». Ses « vaisseaux » étaient en plomb et c’est vers i85o qu’un français, Richard, en réalisa en étain. L’usage ne s’en répandit qu’à la fin du siècle. Les tubes en plomb avaient été employés pour les couleurs à l’huile qu’ils permettaient d’étendre par petites touches sur la palette du peintre, en conservant la réserve hermétiquement close, à l’abri de l’oxydation. Les tubes en étain trouvèrent beaucoup plus d’usages et aujourd’hui ils servent couramment d’emballages aux pâtes dentifrices, aux crèmes de savon à barbe et de toilette, aux huiles pharmaceutiques, aux cirages, etc. On y met encore des pâtes de viandes et de poissons pour - sandwichs, des confitures, de la moutarde et d’autres aliments fluides.
- Toute une industrie s’est créée pour la fabrication de ces tubes et l’on compte des usines dans la plupart des pays. L’Angleterre en a 10 et les États-Unis 18. La production mondiale annuelle atteint 10 à 12 millions de grosses, consommant au moins i5.ooo tonnes de-métal. La moitié des tubes environ est en étain pur, 4o pour 100 en plomb ou en alliage de plomb et d’étain, 10 pour 100 en aluminium.
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- Le cinématographe radiologique.
- La cinématographie par les rayons X offre un grand intérêt tout d’abord pour les investigations médicales : elle laisse, en effet, un document en quelque sorte vivant sur lequel on retrouve, à la projection, les mouvements des organes examinés. Elle peut aussi trouver des applications utiles dans d’autres domaines de recherches.
- Elle pose un problème optique difficile, la prise de vues directe se heurte au fait que les rayons X, radiations de très courte longueur d’onde ne se comportent pas comme des rayons lumineux et qu’avec des lentilles ordinaires on n’obtient pas de véritables et nettes images d’un objet, mais des ombres plus ou moins agrandies.
- Fig. 1. — Emplacement du sujet pour une radioscopie.
- (Ph. U. F. A.).
- On est donc encore obligé de recourir à la méthode indirecte en cinématographiant un écran radioscopique ; celui-ci est rendu fluorescent par l’impact des rayons X ; les organes opaques aux rayons X apparaissent donc en noir sur fond éclairé; les radiations lumineuses émises par l’écran lluorescent sont utilisées pour impressionner de la manière habituelle le film sensible d’une caméra.
- Pour cinémalographier l’écran radioscopique dans de bon-
- Fig. 2. — De
- NOUVEAUTÉS
- nos conditions, on augmente la luminosité de l’image en accroissant la puissance du tube à rayons X, et en améliorant l’efficacité lumineuse de l’enduit fluorescent.
- Et surtout on emploie un objectif très spécial, à ouverture qui peut atteindre F : o,5, alors que les ouvertures normales des objectifs ordinaires de cinématographie ne dépassent pas F : i,5.
- On est ainsi arrivé à réaliser de très jolis et très instructifs films documentaires destinés à l’enseignement : des mouvements des articulations chez l’homme et chez l’animal; phases de la mastication, de la déglutition et de la digestion,
- Fig. 3. — Mouvements du squelette d’un singe.
- (Ph. U. F. A.).
- de la phonation, etc., de la même manière, toutes les fonctions du corps, des aliments additionnés de substance qui ne laissent pas passer les rayons X permettent de suivre toutes les phases de la déglutition ; on a même réussi à montrer les organes respiratoires, jusque dans leurs plus fines ramifications, en faisant respirer au sujet de l’air chargé d’un gaz lourd, opaque aux rayons X.
- içiuche a droite : Radiologie du mouvement des vertèbres cervicales ; .Mouvement du pied dans la chaussure ; Mouvement de l’épaule d’un blessé par chevrotines. (Ph. U. F. A.).
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- Robinet de batterie perfectionné pour automobiles.
- Le robinet de batterie est un accessoire très utile, mais souvent négligé, d’une automobile. La voiture moderne devient, en effet, de plus en plus une véritable petite usine électrique, groupée autour de la batterie d’accumulateurs.
- Tout court-circuit fortuit, causé par la mise en contact d’un fil de connection non isolé avec une partie métallique du châssis, suffit pour provoquer le passage d’une énergie
- Bouton d’ouverture et île fermeture du courant
- Cosse du fil de masse précédemment placé sur la borne de l'accumulateur
- Support coupe-circuit
- Fil de masse
- Surfaces de contact
- Borne de l’accumulateur
- Batterie
- Fig. 1. — Robinet de batterie à adaptation immédiate type R. B.
- importante provenant de la batterie par ce chemin de moindre résistance.
- L'intensité du courant est suffisante pour provoquer un échauffèment instantané des parties métalliques en contact, mettre le feu à la peinture, aux garnitures de la carrosserie, aux matières inflammables qui enveloppent les fils.
- Pour éviter ces effets des courts-circuits, il faut prévoir un dispositif permettant d’arrêter à volonté le courant à la sortie de l’accumulateur; de même qu’on munit d’un robinet le réservoir d’essence. Ce dispositif est constitué par le robinet de batterie.
- Sur beaucoup trop de châssis, on n’a pas prévu encore pourtant cet appareil indispensable. Un modèle d’une adaptation immédiate et très pratique peut donc rendre de grands services à l’auîomobilisle.
- Le nouveau dispositif représenté sur la figure ci-contre présente l’avantage de pouvoir être placé immédiatement et directement sur l’une des bornes de la batterie, sans aucune modification de l’installation.
- La base du contacteur est serrée sur la borne de l’accumulateur à l’aide d’un premier collier à écrou, et le câble reliant normalement la borne à la masse ou à la dynamo, est fixé par son extrémité au sommet du robinet de batterie, en serrant simplement un deuxième écrou.
- Le bouton d’ouverture ou de fermeture du courant est placé simplement à l’extrémité supérieure du dispositif, et, dans un autre modèle, cette commande peut, d’ailleurs, être effectuée à distance depuis le tableau de bord.
- En enlevant la poignée supérieure du robinet, après avoir coupé le contact, il devient évidemment impossible de mettre la voiture en marche sans une recherche assez longue, et, de ce fait, la voiture ne peut être volée.
- Constructeur : Appareillage R. B., 2, rue Bony, Lyon (Rhône).
- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la u Boîte aux Lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de Vaffranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- CORRESPONDANCE
- Nous avons reçu la lettre suivante :
- Dans un article intitulé « Le Crin de Florence Marocain », paru clans le n° 3060 du 15 avril dernier, M. Jacques Boyer, dont la bonne foi a été certainement surprise, indique que les travaux effectués par M. Secretain, à la Station séricicole d’Alès, ne donnèrent que de médiocres résultats techniques.
- Nous protestons énergiquement contre cette assertion.
- C’est en 1926 que nous fut confiée par les Ministres de la Défense Nationale et de l’Agriculture, la mission d’étudier l'introduction dans notre pays, de l’Industrie du « Crin de Florence ».
- Après quatre années d’études, le problème était définitivement résolu, mais il restait à préciser la valeur de notre fabrication et ses possibilités d’application dans la pratique courante.
- A cet effet, la Commission de Défense Nationale a fait examiner par un Comité Technique, les crins fabriqués à la Station Séricicole d’Alès.
- Tout d’abord, un expert qualifié de la Place de Paris, reconnut que les crins produits et usinés à la Station étaient supérieurs aux lots de crins fabriqués en Espagne.
- D’autre part, M. Liot, Directeur-adjoint de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux de l’Assistance Publique et Chef de Laboratoires des ligatures chirurgicales, fut chargé du soin de
- procéder à des essais techniques de calibrage, de triage, de résistance et de stérilisation, dans les conditions de la pratique, en vue des besoins de la chirurgie. Ses conclusions furent les suivantes :
- « Les crins provenant des races élevées à la Station Séricicole d’Alès présentent l’ensemble des qualités recherchées pour les usages chirurgicaux, réserve faite de l’avis qui en sera donné ultérieurement par les Chirurgiens ».
- L’avis auquel il est fait allusion dans les conclusions de M. Liot devait être formulé quelques semaines plus tard par M. le Professeur Gosset, chirurgien de l’Hospice de la Salpêtrière, sous la forme suivante :
- « Les crins de Florence fabriqués à la Station Séricicole d’Alès m’ont donné entière satisfaction à tous les points de vue. Ils sont vraiment excellents ».
- Tous ces résultats ont été consignés dans le Procès-Verbal de la Commission de Défense Nationale du 10 avril 1930.
- Cn. Secretain.
- Directeur de la Station Séricicole d’Alès.
- Membre du Conseil Supérieur de la Sériciculture.
- Eau de piscine. — Le produit désigné couramment sous le nom de « vitriol bleu » est le sulfate de cuivre CuS045H20 et non le sulfate de fer. Ce sel de cuivre est effectivement un anticryptogamique qui empêche le développement des algues et des mousses, justifiant son emploi à cet effet dans l’eau d’une piscine.
- Les travaux remarquables du Dr Galippe qui en 1880 fit entrer dans son alimentation ainsi que celle de sa famille, le sulfate de cuivre, ont montré que ce sel n’est pas un poison ; toutefois à certaine dose il a une action vomitive et purgative dont il faut tenir compte, nous faisons donc quelques réserves
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- pour l’emploi envisagé ci-dessus, pour le cas où les jeunes baigneurs, en apprenant à nager « boiraient la goutte » comme il est dit vulgairement ce qui pourrait donner lieu à quelques difficultés avec la famille. _ _ _
- Ces réserves faites, nous pensons qu’il conviendrait comme dose limite de s’en tenir à 4 à 5 grammes de sulfate de cuivre par bl d’eau, ce qui correspondrait à la dose de tolérance admise pour le reverdissage des légumes tels que pois, haricots verts, cornichons, etc (Circulaire ministérielle du 18 avril 1889) ; dans ces conditions, il n’y aurait très probablement aucune manifestation fâcheuse sur l’organisme.
- Poêles en céramique. — Les poêles en céramique n’étant plus guère utilisés, il faut se reporter à des ouvrages anciens pour trouver des renseignements à leur sujet. Par exemple : Manuel du Poëlier-fumiste, dans la Collection Roret, édition 1883, pages 212 à 228 (poêle suédois, poêles Guyton de Morveau, application à une pièce de dimensions déterminées).
- D’autre part, les Etablissements Gentil et Bourdet, 189, rue du Vieux-Pont-de-Sèvres, à Boulogne-sur-Seine fabriquent des poêles en céramique.
- Papier Stencil. — Se prépare de la manière suivante : Prendre :
- Huile lourde de pétrole................ 928 g
- Ozokérite............................... 40 g
- Oléine................................. 28 g
- Beurre de paline........................ 10 g
- Cette composition est appliquée sur une feuille de papier mince bien homogène, pesant environ 18 g. au m2.
- On place la feuille sur une plaque de zinc polie, chauffée aux environs de 100° C, puis on imprègne de la composition, préalablement fondue, sur le côté libre ; l’enduit pénètre et donne, sur le côté métal, une surface parfaitement lisse, sur laquelle se fera l’écriture.
- L’encre destinée au tirage s’obtient avec les éléments suivants :
- Savon blanc............................... 200 g
- Eau ordinaire............................. 180 g
- Huile de lin siccativée................... 200 g
- Glycérine................................. 280 g
- Violet de Paris........................ ' 10 g
- Kaolin.................................... 130 g
- Dissoudre au bain-marie le savon dans la moitié d’eau additionnée de la glycérine et incorporer, à la crème ainsi obtenue, l’huile de lin, puis le kaolin.
- Délayer, d’autre part, le violet de Paris dans le reste de l’eau, ajouter peu à peu, à la masse précédente et broyer au mortier jusqu’à homogénéité parfaite.
- (Le broyage est une condition essentielle de réussite).
- Papier ozalid. — Le papier utilisé aujourd’hui de façon courante pour la copie des calques, du type dit « Ozalid », est un papier photographique, basé sur l’emploi de certains composés diazoïques, lesquels sont très sensibles à la lumière, mais très stables dans l’obscurité.
- Ces composés diazoïques sont mélangés à des phénols, en présence d’un acide qui empêche le composé diazoïque de former une matière colorante avec • le phénol.
- Après exposition à la lumière, le dérivé diazoïque est rapidement détruit dans les parties non protégées par les traits noirs du calque ; il n’est plus susceptible de réagir sur les phénols.
- En soumettant le papier, après exposition, à l’action de vapeurs ammoniacales on neutralise l’acide, et les parties qui étaient recouvertes par les traits noirs se colorent en violet foncé, par formation de colorant azoïque.
- Le fond reste blanc, sans qu’il soit nécessaire de laver le papier ; on obtient donc une reproduction du dessin conforme à l’original, en traits foncés sur fond blanc, et non en traits blancs sur fond bleu, comme avec le papier prussiate. #
- Ecrans colorés. — Pour réaliser des feuilles de gélatine colorée, on met à gonfler de la gélatine blanche, dite « blanc-manger », vendue chez tous les épiciers pour la préparation des crèmes, dans de l’eau froide pendant douze heures. On décante l’excès d’eau, puis on liquéfie au bain-marie la gélatine dans son eau de gonflement. On y ajoute un peu de sucre et de la glycérine, ainsi qu’un colorant d’aniline convenablement choisi, préalablement dissous dans l’eau et filtré.
- On coule le mélange encore chaud sur une feuille de verre polie au rouge d’Angleterre et talquée ; on laisse ensuite faire prise jusqu’au lendemain dans un local frais à l’abri de la poussière. Une fois sèches, les plaques de gélatine se détachent facilement de leur support, en les prenant par un coin ; au besoin, pour faciliter cette opération, on trace tout autour un trait de canif à quelques millimètres du bord.
- Comme base de préparation, on peut prendre :
- Gélatine............................. 28 g
- Sucre................................ 28 g
- Glycérine............................ 80 g
- Les colorants à employer, à la dose de quelques gouttes seulement, peuvent être les suivants : Rouge : fuchsine, éosine ; jaune : acide picrique ; bleu : bleu soluble ; violet : violet de méthyle ; vert : vert d’iode.
- (Prendre grand soin, avant coulage, d’enlever la mousse de surface avec une carte de visite).
- Ou\erture d’un laboratoire d’analyses. — Pour le moment, en France, l’ouverture d’un laboratoire d’analyses chimiques et bactériologiques n’est soumise à aucune obligation technique, médicale ou matérielle ; il n’est nécessaire de posséder aucun diplôme. N’importe qui peut donc diriger un laboratoire et faire les diagnostics bactériologiques, hématologiques, etc...
- Toutefois, un décret du 21 mars 1940 fixe les conditions à remplir pour les analyses sérologiques en vue du diagnostic de la syphilis, comme le décret du 16 décembre 1939 avait fixé les conditions à remplir pour le diagnostic biologique de la grossesse. Ces analyses ne sont permises qu’aux hôpitaux et laboratoires agréés par le Ministère de la Santé publique.
- Fluorescence.— La fluorescence, ou aptitude de certaines substances à devenir lumineuses, dans certaines conditions, et que régit la Loi de Stokes, est due à la propriété qu’elles possèdent de transformer les radiations de très petite longueur d’onde, inférieure à 0 p 40, n’impressionnant pas la rétine, en radiations de plus grande longueur d’onde, comprise entre 0 [j. 40 et Oja 78, appartenant au spectre visible, qui va du violet au rouge.
- Les radiations qui subissent plus particulièrement ces modifications sont celles qui ont environ 0 [J. 36 de longueur d’onde ; c’est pourquoi ; dans l’application, on. élimine les radiations incidentes inutiles par filtrage au moyen d’un écran approprié qui ne laisse passer que les radiations utilisables portant le nom de Lumière de Wood, ou rayons ultra-violets filtrés. r
- Pratiquement, toutes les substances examinées dans ces conditions sont susceptibles de présenter de la fluorescence, la luminosité disparaissant dès que la cause qui la provoque cesse, alors que, dans la phosphorescence, la luminosité persiste un temps plus ou moins long après l’irradiation.
- L’énumération des substances fluorescentes comprendrait donc à peu près toutes celles qui existent dans la nature, de même celle des couleurs résultant de. la modification de la longueur d’onde. Nous nous contenterons de citer la Fluorine (Fluorure de calcium), laquelle étant éclairée par les rayons solaires semble entourée d’une gaine de lumière laiteuse violette ou gris-verdâtre, d’où le nom de fluorescence donné au phénomène, la fluorescine (phtaléine de la résorcine) et ses dérivés comme l’Eosine (Fluorescine tribromée), les sels d’Uranium, les Platinocyanures, le sulfate de quinine, l’acide tar-trique, Yorseille, le tournesol, etc... Nous ne saurions mieux faire que d’engager à se reporter à l’ouvrage très complet de M. Seyewetz ; Les nouvelles méthodes d’analyse par la lumière de Wood, Baillière, éditeur.
- C’est avec une grande tristesse que nous devons annoncer à nos lecteurs la mort de II. Vigneron, qui remplissait, depuis le début des hostilités, les fonctions de Secrétaire général de notre revue, poste qu’il avait déjà occupé pendant une partie de la guerre de 1914-1918, lorsqu’il fut libéré de ses obligations militaires.
- Nous perdons en lui un bon et fidèle collaborateur, compétent et dévoué, toujours à l’affût des progrès de la science et de ses applications, et dont les lecteurs de La Nature ont pu apprécier les articles clairs et documentés.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (francf.). — 15-8-1940 — Published in France.
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- N° 3063
- LA NATURE
- 15 Octobre 1940
- = ORIENTATION ACTUELLE DE « LA NATURE ” =
- Ce ii est pas la première fois dans l’histoire que la. France est privée de ses ressources, de ses moyens de transport, de ses échanges habituels. Elle n’est pas non plus le seul pays à connaître des privations temporaires, des restrictions de toutes sortes.
- Partout et toujours, les difficultés sont bien moindres dans les campagnes que dans les villes et elles atteignent leur maximum dans les grandes agglomérations que l’industrie a rassemblées ou étendues. Qu’il s’agisse de se nourrir, de se chauffer, de s’éclairer, de se transporter, les campagnes disposent sur place de multiples ressources, alors que les cités doivent tout attendre seulement d’une organisation collective.
- Il ne s’agit plus de vivre dans le confort habituel, de manger selon son goût, de se chauffer luxueusement avec les appareils perfectionnés dont on dispose, de choisir le train ou l’automobile pour des vacances ou des parties de plaisir. Il faut tenir, en réduisant ses besoins toujours excessifs, en apprenant à utiliser toutes les ressources disponibles, en supprimant tous les gaspillages qui sont des atteintes à la communauté.
- Si le souci moral de ne rien perdre, de ne rien détruire, de travailler et de produire est fondamental et doit être partout et constamment agissant, tes solutions techniques sont nombreuses, diverses, souvent locales ou régionales. On ne mange pas, on ne se chauffe pas dans le midi comme dans le nord, à la ferme comme dans un faubourg. Les ressources varient selon les lieux ; aucune ne peut
- satisfaire à tous les besoins. Force est donc de les examiner, de les comparer, d’apprendre à choisir en se servant de toutes les données, de toutes les expériences déjà acquises.
- La Nature a été créée en 1873, après notre défaite, pour aider à notre relèvement, en développant et répandant les connaissances scientifiques et techniques. Pendant la guerre de 19IU et après, elle a étudié utilement les remèdes techniques aux difficultés de l’heure et indiqué nombre de solutions pratiques. Par ses articles, ses recettes, sa boîte aux lettres, elle n’a cessé de conseiller, de renseigner d’innombrables lecteurs en quête d’informations.
- Ce passé dicte à La Nature son orientation présente. Les recherches de science pure — dont les moyens matériels vont d’ailleurs être forcément réduits — passent au second plan de l’actualité. La première nécessité est, pour l’instant, de vivre, de durer, de produire. La Nature se propose d’exposer à ses lecteurs tout ce qui peut leur être utile, depuis les principes de l’alimentation, du chauffage, de la production de l’énergie et des matières premières, jusqu’aux procédés ingénieux, aux recettes éprouvées qui permettront à chacun de moins se priver et moins souffrir. Elle le fera dans des études de fond, dans des notes plus brèves et limitées. Et elle continuera de répondre par sa « boîte aux lettres » à toutes les questions que ses abonnés désireront lui poser.
- La Rédaction
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- LES JUS DE RAISINS CONCENTRES
- I. — LES SIROPS DE RAISINS AUTREFOIS
- L’idée de sucrer nos aliments avec le jus de raisin est déjà ancienne. Gomme le jus de raisin frais fermente très rapidement et qu’il faut pour l'empêcher de fermenter des doses de gaz sulfureux qui le rendent impropre à la consommation, les vignerons ont appris très tôt à le concentrer : le sirop obtenu en cuisant le jus de raisin est aussi stable que du miel ou de la confiture. Au xvme siècle on préparait ainsi, au moment des vendanges, du sirop de raisin, en faisant cuire simplement du jus de raisin dans une grande bassine de cuivre. Cet usage antique s’est conservé de nos jours dans certains grands vignobles ; le sirop de raisin obtenu est toutefois versé aussitôt dans les cuves de vendange, où il sert à rehausser le degré alcoolique et le goût du vin.
- A l’époque du blocus continental, en 1808, quand les sucres de canne des Antilles n’arrivaient plus en Europe, divers chercheurs étudièrent l’extraction du sucre de raisin. J. J. Poggi publie à Paris, chez Demonville, en 1808, un « Manuel pour extraire le sucre de-raisin ». Parmentier la même année publie chez Méquignon une « Instruction sur les moyens de suppléer le sucre dans les principaux usages que l’on en fait pour la médecine et l’économie domestique » où l’on peut lire ceci : « Nous avons ouï que l’intérêt de la patrie et de l’humanité nous faisait un devoir de communiquer sommairement nos observations et nos expériences sur les avantages qu’il y aurait de préparer, à l’époque de la vendange, beaucoup de sirops et de conserves de raisins ». La livre de raisiné se vendait alors 45 centimes ; en admettant que le centime-or de 1808 vaille 20 centimes-papier de 1940, on voit que le vigneron tirait un profit important de son sirop de raisin.
- En 1810, A. S. de Bournissac publiait un « Mémoire sur les sirops et les moscouades de raisin » qui reçut le premier prix de l’Académie de Marseille.
- 11 faut se rappeler qu’en 1808, l’industrie du sucre de betterave n’existait pas ; la disette du sucre était donc, non pas relative, mais absolue ; il s’agissait de trouver un moyen de tirer du raisin du sucre utilisable à tous les usages. Depuis, le sucre de raisin est devenu un produit industriel en Grèce, pays impropre à la culture de la betterave, mais produisant des raisins très sucrés ; il y a ainsi une quinzaine d’années seulement que le problème posé en 1808 a été résolu.
- Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation beaucoup moins grave qu’en 1808 ; il nous manque un peu plus de la moitié de notre ration quotidienne de sucre ; comme les féculents : pain, pommes de
- terre, légumes secs, sont en quantités limitées et inférieures aux quantités normales, force nous est de recourir à un produit qui n’était pas précédemment dans le commerce.
- II. — LE VIGNOBLE ET LE VIN DE FRANCE
- En ig4o, nous disposons de moins de vignes qu’en 1808 : 1.478.000 ha. contre x.6x4.000. Par contre, le rendement s’est beaucoup accru ; alors qu’il était de l’ordi'e de 12 à i5 hl. à l’hectare au début du’xix® siècle, il était de 1900 à 1913 en moyenne de 29 hl. à l’hectai'e et de 36,7 pour la décade 1924-1933 ; il a* atteint les chiffres de 5i en ig34 et 48 en ig35. La récolte 1934, avec ses 75 millions d’hl. pour la métropole, 22 pour l’Algérie, était triple et quadi'uple des récoltes de l’époque de Napoléon, qui étaient de l’ordre de 28 millions d’hl. Ainsi, pour une même surface cultivée, pour un effoi’t moindre du fait de la traction mécanique, le producteur recueille de nos jours deux à trois fois ce qu’il recueillait vers 1800. Cette augmentation énoi’me de rendement est due à deux causes : en pi*e-mier lieu, un meilleur travail du sol, l’emploi des engrais, des produits anticryptogamiques, qui mettent la récolte à l’abri des causes de détérioration ; en
- Fig. 1. — Concentrateur Pépin mobile.
- On remarquera au milieu la chaudière, fonctionnant au mazout ; la petite pompe à gauche alimente le foyer. A droite en bas, l’échangeur de température, où le concontré sortant de l’appareil réchauffe le jus à concentrer ; au-dessus réchauffeur à vapeur, achevant de chauffer le jus à concenter ; l’évaporation se fait dans la chaudière même.
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- second lieu, la concentration des cultures sur les terres ayant naturellement un bon rendement, sur les plaines du Midi par exemple, et l’abandon des vignobles du Nord, du Centre et des régions montagneuses.
- Jusqu’en 1874, le vignoble français est allé en s’étendant, il atteignait alors 2,5 millions d’ha. ; depuis 66 ans, notre vignoble a diminué de 4o pour 100 en surface, alors que la récolte moyenne est restée du môme ordre. Il en résulte qu’un des 29 millions de Français en 1808 avait à sa disposition moins de 1 hl. de vin par an, alors que depuis quelques années, chacun de nos 42 millions de compatriotes aurait pu boire 2 hl. de vin par an.
- Cette surproduction de vin a amené dans les années iq33, 1934 et ig35 une crise grave : effondrement des cours, stocks énormes de vins encombrant le marché. Toute une législation compliquée a été imaginée pour restreindre les quantités de vin produites : interdiction des plantations nouvelles, primes à l’arrachage, pour limiter la production. Pour écouler les stocks l’État a imposé la distillation obligatoire ; tout producteur faisant une récolte supérieure à 5oo hl., voire 4oo hl. si la récolte totale du pays dépasse 60 millions d’h 1., 3oo si elle dépasse 72, 200 si elle dépasse 84, doit livrer à la distillation 20 pour 100 de sa récolte.
- C’est ainsi qu’en 1935, près de 20 millions d’hl. de vin ont été distillés, produisant 2 millions d’hl. d’alcool pur. La plus grande partie de cet alcool a été mélangée à l’essence et a servi à faire marcher nos automobiles. Une mesure analogue a été prise pour résorber les excédents de betteraves sucrières, en sorte que dans l’hiver 1933-1934, il a été produit en France 3 millions d’hl. d’alcool de betterave.
- De tous ces chiffres, retenons ceci : la production de vin en France depuis 10 ans dépassait de beaucoup les besoins de la consommation. On était arrivé à distiller une quantité de vin du même ordre que la production de vin au début du siècle ! Il fallait donc trouver pour le fruit de la vigne un débouché autre que le vin.
- 111. — LA CONCENTRATION DES JUS DE RAISINS EN VINIFICATION
- C’est vers cette époque i93o-ig35 que fut mise au point en France, la technique de concentration des jus de raisins. Les jus de raisins concentrés sont en effet produits en France en grande quantité depuis 4 à 5 ans, sans que le public l’ait su. En effet, ces concentrés de raisin ne quittaient guère la cave coopérative ou le chai où ils étaient nés. Aussitôt créés, ils étaient introduits soit dans des vins en fermentation, pour en relever le degré alcoolique, soit dans des vins faits, pour les édulcorer, les vins blancs contenant 4o à 80 g. de sucre au litre se vendant plus facilement, que les vins blancs « secs ».
- Le but final de la concentration des jus de raisins, était ici de réduire le volume de vin vendu, tout en améliorant la qualité du produit vendu, par consé-
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- Fig. 2. — Concentrateur installé auprès d’un chai.
- quent de retrouver sur la valeur intrinsèque de la marchandise, le prix que l’on ne trouvait pas sur la quantité de la marchandise.
- Dans toute la France en effet, les vins « communs », les vins qui n’avaient pas « l’appellation d’origine conti’ôlée » se vendaient au degré alcoolique ; on vendait plus facilement 8 hl. de vin à io° que 10 hl. à 8° pour une somme totale qui était la même, d’où l’intérêt de la concentration. Enfin, la loi prescrivait un degré minimum pour les vins, variable selon les régions et les années d’ailleurs ; les récoltes qui n’atteignaient pas ce degré minimum devaient être obligatoirement concentrées pour atteindre ce degré.
- Bien entendu, on ne concentrait pas la totalité de la récolte de 20 pour 100 par exemple, si l’on voulait relever le degré alcoolique de 20 pour 100, mais on concentrait au cinquième de son volume initial 25 pour 100 de la récolte et on mélangeait le concentré obtenu au reste de la récolte. Soient 100 hl. de vin à 70, ou plus exactement 100 hl. de moût ayant le sucre nécessaire pour faire un vin de 70 ; on veut relever le titre à 8°4- Pour cela on concentre 25 hl. de moût que l’on ramène à 5 hl. en évaporant 20 hl. d’eau. On ajoute les 5 hl. de concentré aux 75 restant. On obtient finalement 80 hl. de moût, ayant la même quantité totale de sucre que 100 hl. primitifs, qui donneront un vin à 8°4 au lieu de 70.
- Tout ce préambule était nécessaire pour expliquer comment les vignerons de France pourront, du jour au lendemain, ou presque, changer la nature de leur production, et livi’er selon la loi du 20 août ig4o, 20 pour 100 de leur production, non sous forme de vin, mais sous forme de jus de raisin concentré. La quantité totale de la récolte devant correspondre, pour la France et l’Algérie, à 1 million de tonnes de sucre, au moins, la concentration de 20 pour 100 de la récolte mettra à la disposition de la France 200.000 t. de sucre, près de la moitié du déficit. Cette opération ne gênera en aucune façon le marché du vin, puisqu’il y avait depuis de longues années un excédent de vin qui était du même ordre, et qui allait à la distillation.
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- IV. - CONSTITUTION DES JUS DE RAISINS
- Rappelons la cons li tu lion du jus de raisins. C’est une solution de deux sucres, glucose et lévulose, en quantités équivalentes, la totalité des deux sucres représentant dans un jus naturel de 120 à 190 g. par litre. Chacun sait que le sucre de canne, identique au sucre de betterave, est du sucre de saccharose, formé par la combinaison chimique d’une molécule de glucose et une de lévulose. Dans l’intestin, le saccharose se dédouble d’ailleurs en glucose et lévulose, en fixant une molécule d’eau, en sorte que la valeur alimentaire d’un mélange de glucose et de lévulose est la môme que celle du saccharose correspondant.
- Le saccharose, le « sucre commercial », a l’avantage d’être parfaitement stable à l’air, le glucose, et surtout le lévulose, sont moins stables, ils fixent l’eau, ils sont « hygroscopiques », raison pour laquelle ils n’ont pas la diffusion commerciale du saccharose.
- D’autre part, glucose et lévulose sont chimiquement beaucoup moins stables que le saccharose ; ils sont réducteurs en milieu alcalin et subissent alors une série de transformations compliquées, qui dépendent beaucoup de la température ; à froid, à l’abri de l’air, ils donnent de l’acide lactique ; à chaud, ils donnent des composés cétoniques et aldéhydiques, qui s’oxydent très vite, au contact de l’air ou d’un autre oxydant.
- En milieu acide, glucose et lévulose sont stables à froid, mais se transforment lentement à chaud en dérivés du furfurol, corps qui interviennent dans le goût et l’odeur du a caramel ».
- En dehors de ces deux sucres, les jus de raisins contiennent de l’acide tartrique : 3 à 4 g- par 1., de l’acide malique : 3 à 7 g., d’autant moins que le raisin est plus mûr, de l’acide citrique, quelques décigrammes à peine, pai’fois un peu d’acide suc-cinique. Ces acides sont partiellement libres, partiellement combinés à du potassium : 1 à 2 g., du calcium : o,3 à o,5 g., du magnésium : 0,2 à o,4 g-, des traces de sodium, de fer, de cuivre ; enfin, on trouve toujours quelques décigrammes de sulfate et de phosphate, des traces de chlore qui deviennent importantes dans les vignes de terrains salés.
- On trouve en outre des quantités notables de matières azotées : de 2 à 5 g., une matière gélifiante apparentée à la pectine de o,5 à 0,8 g., des tanins et des matières colorantes apparentées au groupe des tanins pyrocatéchiques et des flavones. Ces matières colorantes et substances tanoïdes représentent x à.2 g. dans les raisins blancs, 3 à 5 g. dans les l’aisins rouges. Enfin, on trouve des quantités bien dosables de vitamines : i5 à 25 mg. d’acide ascorbique, ou vitamine C antiscorbutique, 1 mg. de vitamine Bx antinévritique, qui nous aide à assimiler les sucres, 0,2 à o,4 mg. de vitamine B2, ou lactoflavine. Ce sont donc bien plus de vingt substances qui participent à la constitution du jus de l'aisins ; par « matières azotées » il est probable qu’il faut entendre une dizaine de substances
- différentes, qui ont pu être dosées plus ou moins approximativement. Enfin, il est des substances trop subtiles encoi’e pour êti'e saisies par l’analyse, mais qui sont décelables par l’odeur : le « bouquet » des jus de raisins, et qui peuvent être extraites par l’éther.
- Rappelons que la qualité d’un vin dépend essentiellement de la qualité du moût qui lui a donné naissance. Le « bouquet » môme du vin, cette odeur qui se dégage lorsque l’on hume le vin dans un verre légèrement tiédi par les mains, dépend du jus de raisin.
- Un vieux procédé, facile à imiter, permet de développer un bouquet agréable dans un jus de raisin ; il consiste à laisser la vendange 48 h. dans un endroit bien clos et tiède (3o à 35°), les grappes doivent être entières, intactes, et occuper le tiers au moins de l’espace où elles sont enfermées ; par exemple on mettra quelques grappes dans un récipient à conserver, que l’on peut fermer hermétiquement. Les grappes ainsi enfermées subissent un début d’asphyxie et de fermentation propre. Ce sont les cellules mêmes du fruit qui fermentent dans ces conditions, ainsi que Pasteur l’a montré en 1875. Cette fermentation propre développe extraordinairement le bouquet du jus de raisin que l’on peut retirer des grappes ainsi asphyxiées pendant 48 h.
- V. — MUTAGE DES JUS DE RAISINS
- Le jus de raisins est un milieu éminemment fermentescible : teneur en sucres, acidité, sels minéi’aux, vitamines, catalyseurs chimiques divers récemment signalés, tout concourt à faciliter le développement de ce champignon microscopique qu’est la levure, qui transformei’a le sucre en alcool et gaz carbonique.
- En quelques jours, par les températures favorables de 25 à 3o°, les cellules de levui'es se seront multipliées au point de faire partir le moût en ébullition ; dans les conditions oplima, une cellule de levure se reproduit toutes les deux heui’es envii’on, de sorte qu’au bout de 24 h., la quantité de levure du moût sera 4 000 fois la quantité initiale, au bout de 48 h., 16 millions de fois.
- Une cellule de levure pèse environ un dix-millionième de mg., à en juger par ses dimensions, qui sont celles d’une sphère aplatie de 5 à 7 microns, ou millième de mm. de diamètre. Une seule cellule de levui'e aura donc donné en 48 h., 1 mg. environ de levures, et en 72 h., 1 g. environ. Dès que la quantité de levure présente dans le milieu dépasse quelques cg., la quantité d’alcool produite n’est plus négligeable ; cet alcool ralentit très considérablement la croissance des levures ; lorsqu’il y a environ 1 g. de levure dans le milieu, la croissance s’arrête pratiquement. A ce moment, la fermentation se poursuit avec une vitesse unifoi’me, à raison de 1 demi-gramme de sucre consommé par g. de levure et par h/, chiffre qui varie un peu selon la race de levure. Un moût à 180 g. de sucre par L, mettra donc i5 jours environ
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- pour fermenter, ce qui corespond à peu près aux conditions que l’on observe dans la pratique vinicole. A la fin, la fermentation se ralentit beaucoup, d’une part à cause de la concentration élevée en alcool, d’autre part à cause de la rareté du sucre ; dès que la teneur en sucre tombe au-dessous de 5 g. par 1., la vitesse de fermentation diminue rapidement lorsque déci'oît la teneur en sucre, pour devenir très faible lorsque la teneur en sucre est de l’ordre de i g. par 1. La fermentation dégage de la chaleur, et les grandes cuves qui perdent très mal la chaleur produite s’échauffent fréquemment de io à i5° au-dessus de la température initiale.
- Muter un jus de raisin, c’est paralyser le développement de levures et empêcher toute fermentation. Il existe une foule de procédés pour muter, dont aucun n’est réellement bon. L’antiseptique idéal devrait en effet être actif à très faible dose sur la levure, être inactif à ces doses sur l’organisme humain, c’est-à-dire n’avoir ni goût, ni odeur, ni toxicité. Le corps qui se rapproche le plus de ces conditions, à l’heure actuelle, est le bromacétate d’éthoxyglvcol, actif à raison de ioo mg. par L, mais qui a le tort d’être peu stable dans les moûts, où il s’hydrolyse en bromo-acétate et éthoxyglycol. Les bromacétates minéraux empêchent, à raison de 5o à ioo mg. par L, la levure de fermenter, mais sont sans action sur les levures de surfaces (mycodermes) et les moisissures. Ces deux corps n’ont ni goût, ni odeur, ni toxicité, et viennent d’être autorisés pour ces raisons. Avant de connaître ces corps on employait, à la dose de i g. par 1. au moins, le benzoate de soude ou le salicylate de soude.
- La pratique avait enseigné que la farine de moutarde, plus exactement son constituant caractéristique, l’essence de moutarde, ou isosulfocyanale d’al-lyle, permet également de muter : 5o mg. par L d’essence de moutarde suffisent, malheureusement le goût et l’odeur de ce corps sont encore très sensibles à cette dilution.
- L’antiseptique légal en vinification est le gaz sulfureux et ses dérivés, bisulfite ou métabisulfite. Ce corps n’est actif qu’à des doses assez élevées, au moins 120 mg. de corps dit « libre », 5oo mg. de corps total. En effet, une partie importante du gaz sulfureux se combine aux sucres du moût. Pour être sûr de ne pas manquer leur mutage, les praticiens recommandent d’ajouter près de i g. par 1. de gaz sulfureux ; à ces doses-là, les jus de raisins sont totalement imbuvables ; il ne faut pas dépasser a5 mg. par L de gaz sulfureux libre si l’on veut avoir un produit buvable. Heureusement que la concentration vient faire perdre aux jus de raisins sulfîlés la pi'esque totalité de leur gaz sulfureux ; ce départ ne va pas d’ailleurs sans quelques petits accidents : tuyauterie rongée, robinet attaqué, etc..., tandis que le moût se charge du métal de l’appareil.
- Un autre antiseptique légal, mais plus difficile à manier, est le gaz carbonique, sous pression de 8 à xo kg. Il importe que le moût soit au pi’éalable par-
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- faitement filtré et presque stérile ; le gaz carbonique sous pi'ession empêche en effet le développement des levures, mais il n’aiTête par la fermentation des levu-des préexistant dans le milieu.
- Enfin, on peut muter par la chaleur : c’est la pasteurisation qui exige un chauffage à 75° pendant un quart d’heui'e environ, et par le froid, en refroidissant à — 5° et en maintenant indéfiniment cette température. La chaleur est aisément applicable à des moûts en bouteilles, difficilement à des moûts en cuves ; le froid est au contraire l’elativement aisé à appliquer à des moûts en cuves. Les jus de raisins vendus en bouteille sont effectivement conservés par l’action combinée du froid et du gaz carbonique dans de grands réservoirs d’acier émaillés et le plus souvent pasteurisés au moment de la mise en bouteille ; parfois ils sont simplement filti'és avec beaucoup de soin.
- Le procédé le moins coûteux est sans conti'edit le mutage au gaz sulfureux ; celui aux bromacétates est
- Fig. 3. — Appareil Egrot et Grange pour la concentration des moûts à. la pression atmosphérique.
- La chaudière n’est pas figurée ; à droite, en AA', l’échangeur de température, qui réchauffe le jus à concentrer et qui refroidit en même temps le concentré ; à gauche en BC, l’évapora-teur : le moût, venant d’un bac supposé au-dessus de la figure, descend par le tuyau vertical de droite, entre en a dans l’appareil, se réchauffe en A au contact du moût concentré, en A/ au contact de la vapeur, sort au sommet de A', descend au bas de l’évaporateur B. Le moût s’élève alors par grimpage dans le faisceau tubulaire contenu dans l’évaporateur B, chauffé à la vapeur ; la séparation du moût concentré et de la vapeur se fait en C et VJ ; le concentré sort en c, traverse l’échangeur A, et sort froid en c et en E ; les vapeurs sortent en d de l’évaporateur, passent dans l’échangeur A', et sortent en / à droite» en e sort l’eau de condensation. La vapeur chauffant B pénètre en g dans l’appareil.
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- Entrée du moût initiaI
- Appareil Proche et Bouillon pour concentrer les liquides par l’air chaud.
- Le jus à concentrer est pulvérisé à la partie supérieure d’une tour A ; un courant d’air, filtré et stérilisé en D, soufflé par le ventilateur E sur des tuyaux F pleins d’eau chauffée par la chaudière G, par conséquent chaud, évapore l’eau du jus et sort en B. Le moût peut être repris par la pompe G et renvoyé à la tour de concentration, s’il y a lieu de parachever la concentration.
- à peine plus coûteux. Il est môme avantageux de combiner les bromacélales et le gaz sulfureux : les brom-aeétales ont une action en profondeur, le gaz sulfureux une action en surface et une action de protection des éléments du moût contre l'oxydation. Dans ces conditions, on peut utiliser 60 mg. de bromacétate de soude et 200 à 5oo mg. de gaz sulfureux par litre.
- VI. — CONCENTRATION DES JUS DE RAISINS
- Le jus de raisins, une fois muté, est stocké dans de grandes cuves où il laisse déposer un grand nombre de particules solides entraînées au moment du pressurage. Il faut décanter le muté et de préférence le filtrer.
- La concentration des jus de raisins est une opération délicate : elle se fait généralement à chaud, mais peut se faire aussi par le froid, ou bien à la température ordinaire. Voici les principaux types d’appareils employés :
- A chaud, le jus de raisins est exposé à la cai'amélisa-tion, s’il y a surchauffe, ou chauffe trop longue, et à l’oxydation, si le produit est agité au contact de l’air. Pour éviter ces accidents, il faut aller très vile et éviter tout brassage au contact de l’air. Dans l’appareil Pépin (fig. i), un des plus employés de ce type, le moût s’échauffe par échange de température avec le moût concentré sortant, puis avec la vapeur provenant de la concentration ; le moût chaud passe alors en montant dans des tuyaux chauffés par la vapeur sous pression ; le moût se met à bouillir au fur et à mesure qu’il monte dans les tubes chauffants; le mélange de vapeurs et de moût concentré passe alors dans un séparateur, le moût concentré sort froid de l’appareil. Le chauffage est de quelques minutes ; les appareils construits traitent de i à i5 hl. de moût à concentrer par heure, ils se recommandent par leur robustesse et leur simplicité. Les appareils Egrot et Grange (fig. 3), fonctionnent sur un principe tout à fait analogue.
- Les appareils Prache et Bouillon (fig. 4) fonctionnent au contraire à basse température ; le moût est pulvérisé au sommet d’une sorte de tour, parcourue de bas en haut par un courant d’air chaud (5o° environ) et sec ; le courant d’air se charge d’humidité et de gaz sulfureux au contact du moût, tandis que le moût sort concentré au bas de la tour. Ce procédé est élégant ; le jus de raisins n’est jamais chauffé à plus de 35,° mais il est brassé au contact de l’air.
- Bien d’autres appareils à concentrer fonctionnent selon l’un ou l’autre de ces deux principes ; nous ne pourrons, faute de place, les citer tous.
- La concentration des moûts par le froid a été mise au point en Allemagne ; elle repose sur un principe bien connu de chimie physique des solutions ; si l’on refroidit une solution quelconque, il se dépose d’abord des cristaux de glace et la solution s’enrichit au fur et à mesure que la glace se sépare. Dans la pratique, la congélation d’un sucre donne un magma de cristaux blanchâtres, dont le jus concentré peut être chassé par centrifugation. En répétant plusieurs fois l’opération, on peut concentrer le jus de raisin au quart de son volume initial. Si la qualité du produit est parfaite, le rendement en sucre de l’opération n’est pas toujours excellent, les cristaux de glace retiennent en effet toujours par capillarité une proportion appréciable de jus sucré. Le procédé a été appliqué avec succès aux vins faits.
- Vil. — UTILISATION DES JUS DE RAISINS CONCENTRÉS
- Les jus de raisins concentrés se présentent sous l’aspect d’un sirop à couleur de Madère ou de Malaga, d’un bouquet agréable lorsque le jus n’a pas été trop longtemps exposé à l’air ; la saveur est relativement
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- peu sucrée, même pour des jus de 700 à 800 g. de sucre au 1. ; dans les concentrés bruts, c’est la saveur acide qui domine. Dans les concentrés partiellement neutralisés, la saveur acide devient franchement agréable. Si l’on veut utiliser en effet les concentrés comme édulcorants, il faut les neutraliser à moitié par un lait de chaux, ce qui a pour effet de précipiter l’acide tar-trique sous forme de tai'tre de chaux, qui décante facilement. Cette opération se fait bien entendu dans les ateliers de concentration.
- Les concentrés de raisins peuvent servir à préparer des confitures, des compotes, des marmelades, des fruits au sirop, etc... Leur saveur discrète fait parfaitement ressortir la saveur de la plupart des fruits, qu’il s’agisse de saveur bien caractérisée comme les diverses prunes, ou de saveur plus discrète comme les pommes. Il y a lieu d’employer en général 1 1. de concentré par kg. de fruits à préparer et de laisser cuire d’autant plus longtemps que l’on désire une conservation plus longue du produit obtenu. Les fruits secs : abricots, pruneaux, peuvent être préparés de même façon, avec une très brève cuisson, sans concentration.
- L’airelle, la mûre, la baie de sureau, le fruit de l’églantier, donnent des confitures excellentes, beaucoup trop peu connues en France, et qui peuvent être faites avec des concentrés de raisin.
- La confiture d’églantine se recommande par sa grande richesse en vitamine C ou acide ascorbique, richesse qui est telle qu’une cuillerée à bouche de cette confiture contient la dose quotidienne qui nous est nécessaire. La confiture de châtaigne se recommande par sa richesse en aliments énergétiques, tout en contenant une dose notable de vitamine G.
- Les concentrés de raisins peuvent servir en pâtisserie, ils remplacent à la fois eau et sucre dans les pâtes des pâtissiers. Ils peuvent servir en confiserie, ou comme sirop de couverture. Ils remplacent le caramel pour assaisonner les flancs, les crèmes renversées, les gâteaux de gruaux, de riz, etc...
- Dilués dans 10 à i5 fois leur volume d’eau, les concentrés acides donnent une boisson excellente, l’addition d’une pincée de bicarbonate en fait des limonades savoureuses. Enfin, les concentrés permettent de sucrer toutes les infusions, thé, café, etc... Le sucrage du lait toutefois,, n’est possible qu’avec un jus complètement neutralisé par du bicarbonate de soude, un jus de raisins acide, ou partiellement neutralisé, fait coaguler la caséine du lait.
- Si l’on essaie de neutraliser complètement un jus de raisins, concentré ou non, on voit apparaître, bien avant que le point de neutralité soit atteint, une coloration noire, le même phénomène s’observe d’ailleurs aussi bien avec les vins blancs ou les vins rouges, par exemple en ajoutant un excès de bicarbonate de
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- soude ; il est dû à un virage c’est-à-dire un changement d’état réversible, de la matière colorante ; si l’on ajoute un peu d’acide, par exemple du vinaigre, au jus de raisin neutralisé, on voit reparaître la teinte dorée des jus en milieu acide. En même temps le liquide devient très fade et le goût peu agréable. C’est la raison pour laquelle l’usage d’un jus de raisins complètement neutralisé n’est à recommander que dans le cas d’addition au lait.
- VIII. — VALEUR ALIMENTAIRE DES JUS DE RAISINS CONCENTRÉS
- La valeur énergétique d’un litre de jus de raisins concentré, contenant 800 g. de sucre, 3o g. d’acides et sels organiques et 3o g. de substances diverses, matières azotées, tanins, matières colorantes, etc... est à peine inférieure à celle d’un kg. de sucre de saccharose : 3 5oo contre 4 000 calories environ.
- La valeur alimentaire en est bien plus considérable. Notre organisme a besoin en effet, outre de sucre, d’une foule de matériaux pour s’édifier et fonctionner. Aussi bien les acides et sels organiques, que les matières azotées, les tanins et les matières colorantes du jus de raisins, sont des aliments de première importance.
- Le jus de raisin est un aliment minéralisateur ; un demi-litre suffit pour apporter notre ration quotidienne en sels de potasse, calcium, magnésium, fer et sulfate. Les acides organiques nous sont éminemment utiles ; leur rôle dans le fonctionnement chimique de nos tissus apparaît aujourd’hui considérable.
- Enfin, la vitamine Bx du jus de raisins est également précieuse ; elle est indispensable à l’assimilation du sucre par les tissus. Le saccharose purifié du commerce en est dépourvu ; il représente donc pour l’organisme une charge. Le « sucre » cristallisé ne nous apparaît plus aujourd’hui comme un bon aliment, mais comme le complément d’un aliment.
- Le jus de raisins est un aliment infiniment plus complet que le sucre, si l’on songe qu’un demi-litre seulement de ce produit nous apporte notre ration quotidienne :
- en sucre et en calories,
- en vitamine Bx,
- en sels minéraux : calcium, magnésium, potassium, sulfates,
- en acides organiques.
- À l’heure des restrictions alimentaires, il est réconfortant de trouver un aliment de chez nous aussi riche sous un aussi faible volume.
- L. Genevois.
- Professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux
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- VOITURES SANS ESSENCE
- La cruelle diselte d’essence dont souffre actuellement notre pays n’est pas seulement une conséquence du désastre militaire ; elle est l’aboutissant d’une crise prolongée, due pour une large part à l’augmentation du prix à la base et surtout aux excès de la politique fiscale. Il faudrait une sérieuse dose d’optimisme pour envisager, avec l’essence à 25 fr. le bidon de 5 1. une reprise et un développement normal de l’industrie automobile !
- L’énorme consommation des engins militaires : avions, chars, véhicules motorisés, rend d’autre part la situation très délicate en temps de guerre pour les pays qui ne possèdent pas sur leur territoire une industrie pétrolifère importante. Tel est le cas de la France, qui produit à peine, à Pechelbronn, 2 pour 100 de sa consommation. Ainsi, après une guerre quelque peu longue, la métropole se trouve essentiellement tributaire de ses stocks, dont la durée n’est pas indéfinie, et de l’hypothétique « liberté des mers ».
- CARBURANTS SYNTHÉTIQUES
- Le problème revêt deux aspects suivant que l’on se propose de fabriquer des carburants classiques, notamment de l’essence, à l’aide des produits naturels existant sur le territoire national, ou de faire rouler des véhicules à traction mécanique à l’aide de moteurs ne consommant pas de produits pétroliers.
- La technique des chimies de synthèse permet aujourd’hui de produire de l’essence en partant, comme matières premières, de l’hydrogène et du carbone sous sa forme la plus générale ; les Allemands, par exemple, utilisent le lignite, le goudron, la houille (production 825.000 tonnes d’essence en 1937), les Anglais emploient la houille et le goudron (production en 1937 i5o.ooo tonnes) ; la France, dans ses usines de Béthune et de Liévin notamment, s’est engagée avec quelque timidité dans la même voie.
- On remarquei’a que les matières premières ci-dessus sont strictement « charbonnières », l’hydrogène pouvant être obtenu par purification des gaz de fours à coke ; il en est de même de l’oxyde de carbone utilisé dans les procédés Fischer.
- Le principal handicap de ces synthèses est qu’elles sont très coûteuses. On estime que pour produire 1 t. d’essence, il faut consommer 4 à 5 t. de houille, compte tenu des services auxiliaires ; l’essence synthétique reviendrait près de 4 fois plus cher que l’essence naturelle non encore frappée de taxes. Autrement dit, c’est en définitive l’État, par une politique de fiscalité dégressive, qui devrait financer l’essor du nouveau carburant ; et ceci en fixe très exactement les limites.
- VOITURES A BUTANE
- Parmi les carburants naturels autres que l’essence, il en est qui sont également « pétroliers » ; tels sont
- le gas-oil pour moteurs Diesel et le « butane ». Tout le monde connaît le moteur Diesel, qui est un engin spécial à forte compression, exigeant une construction très soignée et que l’on ne peut envisager, en tout état de cause, de substituer au moteur à essence d’une voiture déjà existante. Certains constructeurs, Mercédès entre autres, nous ont prouvé qu’il est possible d’établir des voitures de luxe équipées avec moteur Diesel... et réservoir pour un parcours de 600 km ; une telle capacité garantit au conducteur la possibilité d’atteindre à coup sûr le plus proche poste distributeur, même dans notre pays où le gas-oil est moins répandu que l’essence. On peut considérer qu’avant les hostilités, le petit diesel rapide était en passe de conquérir la camionnette et qu’un effort considérable allait être fait pour l’adapter en grande série à la voiture de tourisme.
- Le produit vendu sous le nom de « butane » est en réalité un mélange de butane et de propane, composés chimiques extrêmement volatils qui dégagent à la température ordinaire des vapeurs combustibles utilisables dans un fourneau. Ces vapeurs constituent un excellent carburant, avec cet avantage sur l’essence qu’aucun carburateur n’est nécessaire.
- L’installation se réduit à une tuyauterie disposée dans le coffre arrière, et sur laquelle viennent se brancher les récipients de gaz liquéfié. Cette tuyauterie aboutit à un mélangeur, remplaçant le carburateur à l’entrée des cylindres et où le gaz vient se mélanger d’air.
- La transformation est donc simple et peu onéreuse, mais l’exploitation est peu économique à cause du prix élevé du gaz liquéfié ; en outre, c’est un produit pétrolier, résultant de la liquéfaction de gaz issus des sondes, représentant une valeur d’importation ; le poids des récipients est assez élevé et le gaz liquéfié est encore difficile à trouver en quantités suffisantes le long des routes. Toutefois, le fonctionnement très satisfaisant du moteur est à considérer et il peut y avoir là une solution, dans certains cas, appréciable dans l’avenir.
- MOTEURS A HUILES
- Les produits houillers chevauchent largement sur les combustibles pétroliers par le jeu des synthèses ; ainsi, on peut préparer des propanes à partir des a pétroles » synthétiques. En outi’e, le benzol est préparé en grandes quantités en Allemagne à partir de la houille et fait figure de carburant national.
- Comme autres produits du terroir, convenant aux moteurs à .carburateur, il convient de citer également les alcools méthylique, provenant de la carbonisation du bois, et éthylique, obtenu par la distillation des jus fermentés ; l’alcool méthylique a un indice d’octane
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- élevé, c’esl-à-dire résiste bien à la « détonation ». Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit là de production réduite et qu’alcools et benzols ont été absorbés pendant la guerre par les usines d’explosifs.
- Les moteurs à injection, genre Diesel, s’accommodent en principe de diverses huiles combustibles, et l’on se souvient qu’il a été proposé de faire fonctionner le futur « Transsaharien » à l’huile de palme ! Malheureusement, la solution, ici encore, est loin d’être générale ; les huiles végétales et animales sont rares sur notre marché et d’un prix prohibitif ; quant aux huiles lourdes de houille, elles exigent des transformations complexes dans la structure du diesel à cause de leur inflammation difficile.
- Est-ce à dire qu’il faille perdre tout espoir d’utiliser rationnellement dans les moteurs de véhicules, des combustibles variés autres que l’essence et le gas-oil ! Nous ne le croyons pas. Différents systèmes mécaniques ont été créés ou sont, à l’étude, qui pourraient renouveler l’aspect du problème. Ballot avait créé jadis un carburateur spécial permettant de passer de l’essence au gas-oil ; Citroën a fait l’acquisition, peu avant les hostilités, d’une licence d’injecteur mécanique à culbuteur tout à fait remarquable, destiné à la marche sans carburateur avec différents combustibles. Il convient de citer également le système d’injection par le siège de soupape Brandenbourg, qui permet de faire tourner des moteurs d’avions indifféremment à l’essence ou avec des huiles combustibles de diverses provenances et de changer de combustible en pleine marche !
- LE « CYCLE » ERREN
- Une mention spéciale doit être faite pour le très remarquable « cycle Erren », dérivé du cycle Diesel. Ce cycle permet d’utiliser l’hydrogène, combustible gazeux, qui x'eprésente à poids égal quatre fois plus de calories que le carbone. Le moteur aspire de l’air pur, puis l’hydrogène est injecté à la fin de la compression et allumé électriquement.
- Le cycle Erren convient aux combustibles les plus singuliers, tels que 1 ’ammoniaque, le gaz à l’eau, le gaz d’éclairage ; 1 ’acétylène peut être employé malgré ses tendances.explosives. Le cycle Erren n’exige acune modification constructive des moteurs. On a reconnu d’autre part que l’injection d’une petite quantité d’hydrogène dans les cylindres d’un moteur est de nature à améliorer sensiblement le rendement et à permettre l’utilisation de combustibles liquides lourds ; cet hydrogène peut être fourni' par décomposition électrolytique de l’eau, à bord de la voiture.
- Nous citerons pour mémoire les moteurs à combustible solide, comportant une introduction directe de poussier de charbon dans les cylindres. De très grosses difficultés techniques ont été résolues, notamment par l’emploi du « charbon colloïdal », mais les moteurs ainsi réalisés sont encore loin de pouvoir être installés sur une voiture ou un camion.
- GAZ DE VILLE
- Nous sommes ainsi conduits à rulilisation de combustibles gazeux, que ceux-ci soient fabriqués à bord de la voiture, ou qu’on se borne à les y stocker.
- Ce dernier cas est celui du gaz d’éclairage (gaz de ville) que l’on sait aujourd’hui stocker dans des tubes en acier ou en métal léger fretté de fil d'acier. La pression du gaz ainsi emmagasiné est de i5o à 200 atmosphères, le gaz se détendant avant son arrivée au mélangeur d’air, dans un régulateur spécial.
- Le fonctionnement des véhicules ainsi équipés est des plus satisfaisants et leur développement est uniquement fonction de celui des postes de compression (x) pour le ravitaillement.
- BOIS OU CHARBON DE BOIS ?
- La production du gaz combustible à bord du véhicule nous amène au problème du gazogène ; mais celui-ci se pose de façon fort différente suivant que l’on s’adresse, comme matière première, au bois ou au charbon de bois (2).
- Le bois pratiquement utilisable est constitué par les déchets de menuiserie et de carrosserie, dit « bois sec », bien qu’il contienne environ 3o pour 100 d’eau ; les essais de gazogène à bois vert simplement torréfié ( « Cueillez votre carburant dans la haie ! » disait une réclamé plus poétique qu’exacte) ne semblent pas avoir donné de résultats définitifs.
- La composition du ga.z de bois est variable et comporte une proportion de goudrons qui rendent son épuration délicate ; en outre, ce « carburant » est près de dix fois plus encombrant que l’essence. Aussi sem-ble-t-il sage de réserver ce mode d’alimentation à des cas particuliers, tels que le service d’entreprises de menuiserie, de parquets, de charpentes, de carrosserie... La solution est alors très économique.
- Tout autre est le cas du gazogène à charbon de bois. Il s’agit ici de combustibles bien définis, plus denses, et donnant un gaz régulier. Tous les charbons de bois peuvent être employés, aussi bien les charbons légers de meule que les agglomérés industriels ; il faut seulement qu’ils aient une composition normale, qu’on les ait stockés à l’abri de l’humidité et qu’ils ne contiennent pas de poussiers.
- Le charbon de bois se présente actuellement de deux façons aux usagers de la route. On trouve des
- 1. Il existait avant les hostilités. près (le 150 postes de ravitaillement dans le seul Pas-de-Calais ; on estime qu’il existe 700 à S00 points du territoire (usines à gaz, cokeries) où de nouveaux postes pourraient être installés. Voir dans ce même numéro l’article de M. Kimpflin.
- 2. Voir sur les voitures à gazogène ; La Nature n° 2635 du 4 octobre 1924, 2952 du 1er mai 1935 et accessoirement n° 2765 du 15 juillet 1927 (Gazogène à reprise de gaz d’échappement) ; sur la fabrication du charbon de bois, La Nature n° 2634 du 27 septembre 1924, 2678 du 1er août 1925 et 2769 du 15 septembre 1927.
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- charbons ordinaires, simplement enfermés sous un emballage de papier que l’on introduit tel quel, sans l’ouvrir, dans la trémie du gazogène ; d’autre part la poudrerie nationale de Sevran a créé un aggloméré spécial, la « carbonite », obtenu en malaxant du charbon de bois en poudre avec du goudron ; le mélange est moulé et recuit : i kg. de carbonite équivaut à i 1. d’essence, ce qui autorise des rayons d’action importants.
- La production française de charbon de bois était avant les hostilités de 200.000 t. Il semble aisé de l’accroître au quadruple par l’utilisation des traverses usagées, des sarments de vigne et des déchets ligneux de toute autre nature actuellement improductifs (x) Quant à l’économie réalisée, piœsque impossible à chiffrer actuellement, elle ne saurait être inférieure à 75 pour 100 sur le prix kilométrique à l’essence ; pour les véhicules utilitaires, le prix d’achat n’est pas pilus élevé et il est même sensiblement inférieur si l’on tient comple de la prime d’achat instituée par le gouvernement en vue de favoriser l’extension des véhicules à gazogène.
- L’économie serait peut-être plus grande encore avec les gazogènes à anthracite et « semi-coke », genre Gohin-Poulenc, qui offrent d’autre part l’avantage d’une très grande légèreté, due à la suppression du revêtement réfractaire intérieur. L’allumage est suffisamment rapide pour permettre le départ de la voiture au bout d’une minute et demie, ce qui constitue un record.
- GAZOGÈNE ET TOURISME
- Le gaz de gazogène est formé principalement d’azote atmosphérique et d’oxyde de carbone combustible, qui constitue l’élément utile (environ 3o p. 100), avec un peu de gaz carbonique. Il est obtenu par la combustion incomplète du charbon, le foyer ne recevant que la quantité d’air strictement nécessaire à la formation de l’oxyde de carbone CO, à l’exclusion du gaz cai'bonique CO2.
- Différentes dispositions intérieures sont possibles, en vue d’alimenter automatiquement le foyer, de localiser le feu, d’assurer l’auto-combustion des déchets et notamment des goudrons. Dans le Berliet et le Panhard, par exemple, le combustible vient brûler dans une partie étranglée ou « diabolo » qui reçoit une injection d’air en couronne, tandis que dans le Brandt à bois, le gaz formé dans un foyer annulaire remonte par une colonne centrale remplie de charbon, où il s’épure et se réduit.
- 1. Un spécialiste affirmait récemment que la simple utilisation des « bois perdus », sous forme de charbon à gazogène, suffirait pour alimenter près du tiers des camions français !
- Le gaz, aspiré par le moteur, traverse ensuite des boîtes à poussières et de longs tubes refroidisseurs, puis des épurateurs comportant des chicanes, des toiles sèches ou huilées, ou même de véritables lavages sur coke. Sec et propre, le gaz parvient à un mélangeur d’air et pénètre dans les cylindres.
- Assez irréguliers autrefois, les gazogènes sont devenus aujourd’hui réguliers et automatiques ; des dispositifs spéciaux assurent en particulier la reprise convenable du gazogène à la fin d’une marche en descente. La mise à feu est grandement facilitée par l’emploi d’un ventilateur électrique, alimenté par la batterie d’accumulateurs du véhicule. Les soins journaliers se bornent à manœuvrer les tirettes de cendrier, comme dans un poêle d’appartement, le nettoyage des filtres étant une opération fort rare.
- Le gazogène et ses annexes ont pu être groupés en un ensemble compact qui trouve sa place à bord des automobiles de tourisme, soit dans des coffres placés sur les ailes avant, soit dans le coffre arrière, soit même sur une remorque, et cette conquête du « tourisme » par le « gaz pauvre » est un bien curieux signe des temps !
- FAUT-IL MONTER DES GAZOGÈNES ?
- Il y a lieu, du reste, de distinguer deux aspects du problème pratique suivant que l’on désire acheter en usine une voiture de tourisme à gazogène ou faire équiper une voiture roulant précédemment à l’essence. L’adoption du gazogène se traduit en effet par une perte de puissance très sensible, pouvant atteindre 5o p. 100 ; inversement, il est possible d’améliorer le rendement du moteur, et de rattraper près de la moitié de cette perte, en accroissant le taux de compression, qui peut être porté.de 6 à 9 et même au delà sans risque d’auto-allumage ni de détonation.
- Sur une voiture sortant d’usine, ces conditions techniques ont été réalisées au mieux par le constructeur et l’on a toutes chances d’un fonctionnement satisfaisant. Pour une adaptation, au contraire, on est conduit soit à une chute de puissance gênante, soit à des transformations très délicates, telles que le rabotage de la culasse ou l’adoption d’un turbo-compres-seur... En tout état de cause, la transformation d’un véhicule en vue de son fonctionnement au gazogène doit être confiée à un spécialiste consciencieux et averti (x).
- 1. Nous nous proposons de développer, dans des articles ultérieurs, certaines des questions rapidement citées dans cette revue des carburants de remplacement (N. D. L. R.).
- Pierre Devaux.
- Ancien Élève de l’École Polytechnique.
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- POSTES DISTRIBUTEURS DE GAZ COMPRIMÉ 371
- A l’occasion d’une épreuve de véhicules à gaz organisée par 1’ « Automobile-Club de France » pendant l’automne de 1937, nous remarquions ici même (x) que le développement de la traction au gaz restait subordonné à l’existence de postes de compression dont J/équipement, disions-nous, « se poursuit lentement... mais sûrement ».
- Maintes réalisations récentes prouvent que ce mouvement continue. Non seulement les stations de compression vont se multipliant, mais les bornes de distribution apparaissent sur la voie publique. Leur aspect les apparente avec leurs congénères aux silhouettes familières. Bientôt un camion trouvera à s’approvi-
- t. La Nature, n° du 1er décembre 1937.
- Fig. 1. — Une rampe générale de chargement de gaz comprimé (à Cambrai).
- A gauche, manette supérieure : gaz venant du compresseur ; Au centre, manette reliée à la canalisation deux couleurs : détente vers le gazomètre (en cas de besoin) ; Autres manettes (de gauche à droite) ; I. Chargement des bouteilles ; 2-3-4. Chargement des accumulateurs ; 3. Chargement des camions.
- sionner en gaz aussi facilement qu’en essence poids lourd.
- Parmi ces réalisations récentes auxquelles nous faisons allusion, citons Toulouse, Strasbourg, Lille et Paris. Aux détails près, l’équipement d’un poste de compression est sensiblement partout le même.
- Le problème de la compression du gaz de ville est résolu depuis 10 ans. Stocker sous le plus petit volume le plus grand nombre de calories sur le véhicule tel est 1 objectif. C est en comprimant le gaz à une pression aussi élevée que possible qu’on l’atteindra le mieux. Mais deux facteurs contrariants interviennent pour freiner le mieux, cet ennemi du bien.
- Plus on pousse la compression, plus les frais augmentent. Plus le gaz est comprimé, plus les bouteilles doivent être résistantes, donc lourdes et coûteuses. Ici interviennent les réglementations administratives qui parfois suivent le progrès à retardement.
- La réglementation en vigueur chez nous a pratiquement limité jusqu’ici à 25o hpz. (x) la compression possible. Mais on sait qu’en Allemagne l’exploitation d un poste à 35o ou 36o hpz. est une chose courante. Llle le deviendra chez nous. Aussi voit-on, qu’en prévoyants de l’avenir, les installateurs des nouveaux postes de compression ont prévu la marche sous 35o hpz. de pression... dès que la nouvelle réglementation aura vu le jour.
- Prenant le gaz sensiblement à la pression atmosphérique, un compresseur à 5 étages le porte, par exemple, successivement à des pressions de 3, 12, 35, ii5, 35o hpz. Entre chaque étage du compresseur un réfrigérant et un décanleur débarrassent le gaz l’un d’un excès de calories, l’autre des produits condensables (eau, benzol, naphtaline). Pourquoi 5 étages au compresseur ? C’est précisément pour éviter les échauffe-ments inlempeslils. On montre facilement par le calcul qu’avec un rapport des transformations : 200 (pour une compression à 200 hpz.) l’opération étant faite en une fois (un étage), la température du gaz passerait de io° à 1 0660. Au contraire, pour le même résultat, le rapport de transformation n’est plus que 2,88 avec un compresseur à 5 étages et la température, de i5° initialement, ne dépasse pas iiq° (1),
- RAVITAILLER LES VÉHICULES
- Le conducteur souhaite que l’opération soit aussi brève que possible. Or, charger des bouteilles de gaz
- t. L’hectopièze vaut 1 kg. 019.
- 2. Ce calcul admet que la compression est à chaleur constante (adiabatique). Dès lors la température finale est don-
- y — 1
- née par T = To ( —) T Et la compression s’effectuant en
- \ /'O /
- plusieurs étages, le rapport de transformation de chacun d’eux
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- Fig. 2. — Une station de compression du gaz.
- A droite : le compresseur à o étages d’une puissance de 200 m3/h. permettant la marche sous 350 hpz. A gauche : les 6 réservoirs accumulateurs. En avant : le tableau de manœuvre et de contrôle.
- comprimé est moins simple que d’emplir un réservoir d’essence. La rapidité de l’opération est fonction de la' différence de pression. Très simplement, on peut assimiler le remplissage d’un réservoir par un autre à l’écoulement d’un fluide au travers d’un orifice en mince paroi dont la résistance correspond à celle des robinets et tuyauteries qui les séparent. Dès lors, on distingue deux phases dans le transvasement suivant
- que le rapport — des pressions (px > p2) est inférieur
- ou supérieur à 0,527, chiffre correspondant à la vitesse critique d’écoulement. Dans une première phase p2 < 0,027 Pu Ie débit se fait à la vitesse critique et le transvasement en poids est plus rapide que dans la 2e phase où p2 > 0,5.27 Pi- D’où l’intérêt de maintenir le chargement dans la ire phase.
- La figure 1 montre la rampe de distribution des postes de Cambrai, où l’élude de la question a été faite systématiquement.
- Voici quelles opérations comporte le rechargement d’un camion. En manœuvrant les robinets de la rampe générale de distribution, on fait débiter un premier accumulateur jusqu’à ce que la pression dans les bouteilles du véhicule atteigne 80 à 90 hpz. Au moyen d’une deuxième nourrice on monte ensuite à i20-i3o hpz. et on termine à 200 en faisant débiter directement le compresseur sur le camion. *
- Eu égard aux dimensions des réservoirs et aux pressions qui y régnent : d’un côté bouteilles du véhicule à une pression résiduelle qui sera par exemple de 20 hpz., de l’autre
- nourrices de 1 120 1. de capacité à la pression de 200 hpz., on vérifie que la vitesse critique se maintient pendant toute la première partie de l’opération et pendant la seconde, tant que l’on n’atteint pas 100 hpz.
- Les postes plus récents se sont inspirés du même principe en perfectionnant les détails. A Strasbourg, par exemple, le magasin est constitué par 6 réservoirs en acier étiré sans soudure d’une capacité unitaire en eau de 555 1. essayés à 525 hpz. et qui permettront par conséquent le stockage à 35o hpz., le jour où cette pression sera admise. A Toulouse, la réserve fixe est formée de 3q bouteilles en acier au nickel-chrome-molybdène de 5o 1. de capacité chacune, disposées en 3 groupes de i3 bouteilles d’une capacité totale de 65o 1. A Lille, les accumulateurs sont 2 bouteilles-réservoirs éprouvées à 525 hpz. en acier au carbone sans soudure, d’une capacité de 55o 1. A ce poste lillois, le gaz 11’arrive aux accumulateurs qu'après passage à travers deux filtres, l’un au chlorure de calcium pour assurer la siccité, l’autre à ouate pour retenir les poussières.
- Le filtre à chlorure de calcium se compose de deux cellules filtrantes de 84o mm. de longueur dont le corps intérieur rempli de grains de chlorure de calcium de 10 à i5 mm. est traversé de bas en haut par le gaz. Toutes les 10 heures de marche, on soutire les condensations au moyen de robinets situés à la partie inférieure et, toutes les i5o heures de marche, on complote la charge de chlorure de calcium. Sauf qu’il est plus court (48o mm.), le filtre à ouate est conçu sur le même modèle. L’ouate est renouvelée tous les 2 mois. Ainsi s’assure-t-on, sans gros frais, de la pureté du gaz, ce qui n’est pas sans importance.
- BORNES DISTRIBUTRICES
- L’équipement d’une borne comprend deux manomètres sur l’un desquels on lit la pression résiduelle
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- dans les bouteilles du véhicule, une soupape de sécurité, un robinet de chargement, un robinet de décompression et un tuyau flexible qui se branche sur le véhicule.
- A Strasbourg, cette borne est en bordure de la chaussée, place des Halles, donc en pleine agglomération ; à Gennevilliers (fig. 3), édifiées en bordure d’une roule nationale à gros trafic, les bornes ont été spécialement étudiées pour le ravitaillement rapide d’un nombre important de véhicules. Il faut dire que ce poste a été prévu pour un débit futur de 2 millions de m3 par an et que, dès avant sa mise en service, en juillet 1989, il était assuré d’une clientèle suffisante.
- Ailleurs le succès n’est pas moins certain. Ici avec des autocars de transports en commun, là avec les bennes à ordures ménagères des services de nettoiement, des essais concluants ont été faits. Concluants économiquement parlant, car techniquement la preuve est faite depuis longtemps déjà que nul carburant mieux que le gaz ne convient à ce genre de véhicules. Autour de Toulouse, des essais pratiqués en ig38 ont donné les résultats suivants :
- Sur le parcours : Toulouse à Saint-Gaudens Toulouse à Albi
- 1 (à vide) 11 (charge 1.685 kg.) Charge 1.685 kg.
- Consom. aux 100 km. gaz compri-' mé.... 1 essence benzolée 5o 0/0 38 m3 23,5 1. 37,6 m3 22 1. 42,2 m3
- Dépense aux 100 km. gaz compri mé .... 1 essence ben-| zolée5oo/o (à 2,80 fr. le litre). . 34,20 fr. 65,80 fr. 33,84 fr. 61,60 fr. 37,98 fr.
- On voit que, là où la comparaison directe a été établie entre le gaz et l’essence benzolée, l’économie ressort à 45 pour 100 environ en faveur du premier de ces carburants.
- Si l’on tient compte de l’amortissement de l’équipement supplémentaire (8 bouteilles) que comporte la traction au gaz, cette économie est ramenée à 31,7 pour 100. C’est une marge dans laquelle un carburant de remplacement peut se défendre sur le terrain économique. Celte marge correspond à une équivalence de 1 1. d’essence pour 1 m3 62 de gaz dans le premier cas, pour 1 m3 71 de gaz dans le second. Or, l’équivalence reconnue à Strasbourg par le service d'enlèvement des ordures ménagères a été de 1 m3 5 pour 1 1. de carburant liquide. Il y a là les éléments d’une juste appréciation.
- QUEL VOLUME DE GAZ A-T-ON PRIS A LA POMPE ?
- C’est bien moins simple que pour un carburant liquide. La question a été étudiée avec beaucoup de soin par M. J. Gross, de Toulouse. Laissons-lui exposer le problème : « Voici un camion qui se présente au poste de chargement. La pression du gaz dans ses bouteilles est, par exemple, de 35 kg., il repart, après ravitaillement avec une pression de 235 kg., quel volume de gaz lui a-l-on fourni ? Il ne peut pas être question d’employer un compteur. Examinons ce qui se passe. Les bouteilles du camion étant mises en communication avec la réserve fixe et le robinet de charge ouvert, nous constatons que la température des bouteilles du camion commence par diminuer, puis s’élève, et celle élévation de température devient très sensible au toucher. A la fin de l’opération, lorsque la pression atteint 235 kg., le gaz contenu dans les bouteilles est chaud. Peu de temps après, et sans mettre le moteur en marche, on voit la pression baisser rapidement... ».
- Une fuite ? Non, le jeu très naturel d’une loi simple de la physique qui veut que la pression baisse quand la température du gaz diminue. Mais alors nécessité d’introduire, compte tenu de l’écart des températures, un facteur de correction sur la pression atteinte.
- Si la température à laquelle se stabilise le gaz — pratiquement après un temps suffisant, la température ambiante est l!0 — que P0 soit la pression correspondant à cet état, que P et i soient la pression et la température en fin de chargement, la pression réellement atteinte est :
- Po =
- P
- 273 4- /„ \ 278 + t J
- L’expérience montre qu’avec un chargement normal en 8 nui. t — f0 est de l’ordre de i5°. Dès lors si la température ambiante est elle-même voisine de i5°, i = 3o° et le coefficient cherché est donné par la relation :
- Pn 27.3 + i5
- P 278 + 3o
- 0,95
- ce qui veut dire que la pression réelle est :
- 235 X 0,95 = 223.
- Est-ce tout ? Non. Ce qu’il faut mesurer c’est le volume débité par la pompe. Intervient alors la relation qui lie la pression au volume, alias la loi de Mariotte qui, revue et corrigée, s’écrit kpv' = P0rn où k est un coefficient qui, pour tous les gaz, sauf pour l’hydrogène, est d’abord plus grand que 1, puis plus petit que 1, tandis que pour l’hydrogène il est toujours plus petit que x. Or, le gaz de ville est un mélange de tous les gaz (méthane, oxyde de carbone, cai'bures d’hvdi'ogène). Mesurer le volume réel de gaz débité par la pompe est donc une opération pleine d’embûches. Quelle valeur donner à k ? Le mieux était
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- Fig. 4. — Equipement d’un camion marchant au gaz de ville.
- 1. Orifice de chargement; 2. DéLendeur ; 3. Robinet d’isolement des bouteilles ; 4. Robinet à trois voies ; o. Mélangeur.
- de faire appel à l’expérience ; et l’expérience a montré que pour des pressions variant entre 200 et 25o hpz., la valeur moyenne de k est 0,9.
- La pression tombe donc de 223 à 223 x 0,9 = 200 et le volume de gaz fourni est u(2oo — 35) en se plaçant dans l’hypothèse précédente d’une pression résiduelle de 35 dans les bouteilles.
- Finalement, le véhicule chargé à 235 hpz., le volume V à facturer sera :
- v étant le volume des bouteilles, P0 la pression avant chargement, t0 la température ambiante au moment du chargement, supposée être celle du gaz dans les bouteilles à l’arrivée du véhicule à la pompe.
- Ainsi le consommateur achetant 1 m3 de gaz achète-t-il toujours pratiquement la môme quantité d’énergie, ce qui est essentiel non seulement pour la probité de l’opéi'ation commerciale, mais encore pour que l’usager soit assuré de posséder, quelles que soient les conditions du chargement, un volume de gaz donnant à son véhicule toujours le même rayon d’action.
- ALIMENTER LE MOTEUR AU GAZ
- Le véhicule approvisionné, il s’entend que pour marcher au gaz les organes d’alimentation du moteur auront dû être modifiés. Modification peu importante comme on en peut juger sur la figure 4 qui montre l’essentiel du dispositif : un détendeur relié d’une part aux bouteilles de gaz comprimé et d’autre part à un carburateur-mélangeur qui permet un dosage automatique de la teneur en gaz combustible de l’air carburé et un mélange parfait de l’air et du gaz. Des dispositifs spéciaux permettent le départ à froid et la marche au ralenti. Quant au moteur, il faut et il suffit qu’il ait été construit pour le taux de compression 7,5.
- Georges Kimpflin.
- LA GANGRÈNE GAZEUSE
- La gangrène gazeuse a été de tous temps la plus redoutable complication des plaies de guerre. A chaque campagne, elle apparaissait bientôt et causait dans les ambulances plus de décès que les blessures elles-mêmes. Cette infection était presque aussi fréquente en temps de paix dans les salles d’hôpital où l’asepsie était ignorée, puisque toute plaie chirurgicale n’est autre chose qu’une blessure. Après l’application pratique à la chirurgie des méthodes pastoriennes, la gangrène gazeuse avait progressivement reculé, puis presque complètement disparu à la fin du siècle dernier. Mais la guerre de 1914 l’a fait aussitôt renaître et la lutte a dû être engagée, les études reprises, les remèdes essayés pour limiter ses effets. La guerre actuelle nous a trouvés mieux armés, munis de tous les moyens acquis depuis le précédent conflit.
- Les projectiles modernes sont toujours aseptiques puisqu’ils ont subi dans l’arme, au moment du tir, un véritable flambage, à une très haute température. Les blessures qu’ils causent, quand ils arrivent de plein fouet, sauf celles qui intéressent un organe
- vital ou un gros vaisseau sanguin, devraient donc guérir toutes seules, sans aucune complication due à l’infection. Mais un petit nombre seulement atteignent la peau nue et celle-ci d’ailleurs est loin d’être bactériologiquement propre et stérile. La plupart traversent d’abord des vêtements souillés de terre qu’ils déchirent et dont ils entraînent des fragments dans la plaie. Enfin, les balles, les éclats d’obus ont souvent ricoché sur le sol et s’y sont chargés de terre. Le blessé lui-même tombe à terre, salit sa plaie et la panse avec des mains sales. Si bien que les bessures aseptiques sont l’exception.
- Partout, et en particulier sur le champ de bataille, le sol renferme une quantité incalculable de microbes, et parmi eux de nombreux agents de la gangrène gazeuse. Toute plaie de guei’re doit donc, a priori, être considérée comme une plaie très septique, dans laquelle des germes microbiens, plus ou moins dangereux, ont été déposés avant l’arrivée du blessé au poste de secours. Et on comprend pourquoi, pendant toute la guei're de 1914-1918, les médecins virent, à
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- leur grande déception, un grand nombre de plaies théoriquement banales qui s’accompagnaient pourtant de suppurations intenninables, laissaient des séquelles importantes et se terminaient par la mort ou tout au moins par des infirmités.
- Ajoutons qu’avec le développement industriel croissant et la multiplication des moyens de locomotion et de transport, qui ont multiplié les accidents, la gangrène gazeuse est aussi devenue plus fréquente dans la pratique civile.
- Agents de la gangrène gazeuse. — Tous les agents microbiens pathogènes de cette infection sont des anaérobies, c’est-à-dire qu’ils ne se multiplient bien qu’en l’absence de l’oxygène de l’air : la profondeur des blessures et les traumatismes internes sont les facteurs les plus favorables à leur prolifération. Tous ces germes ont des spores. Ils conservent sous celte foi’me leur vitalité et leur virulence durant de longues années, tant dans le sol que dans les tissus épais des vêtements. Ils sont, pour la même raison, très résistants à tous les antiseptiques, surtout quand ils sont introduits dans la profondeur des plaies.
- Le Bacillus œdematis-maligni ou vibrion septique, agent pathogène de la gangrène gazeuse, a été découvert par L. Pasteur et décrit par lui dans une note à l’Académie des Sciences, en juillet 1875. C’était le pi'emier représentant des germes anaérobies jusqu’alors inconnus. Sa présence dans les cadavres d’animaux morts du charbon créa pendant un certain temps une confusion dans l’étiologie de cette maladie. Pasteur trancha la question en démontrant que le vibrion septique n’a aucun rôle dans l’infection charbonneuse et qu’il ne passe dans le sang de l’animal qu’après la mort de ce dei'nier. Cependant, n’ayant pas eu l’occasion d’isoler le vibrion septique d’une infection spontanée, mais seulement du sang d’animaux inoculés par le germe, Pasteur le considérait comme l’agent des « septicémies expérimentales ».
- R. Koch démontra le rôle de cet anaérobie dans la gangrène gazeuse, et lui donna le nom plus significatif de Bac. œdematis-maligni.
- Le vibrion septique est un bâtonnet, dont la longueur varie non seulement selon la souche, mais aussi dans la même culture, de 3 à 8 p et la largeur de
- Fig. 2. — Filament de vibrions septiques dans un exsudât péritonéal prélevé à la. surface du foie.
- En haut : un bâtonnet isolé.
- 0,6 à 1 p.. 11 est activement mobile et pourtu de cils vibraliles nombreux (fig. 1). Ses spores se forment près d’une extrémité du bâtonnet ou au milieu. Dans les cultures et dans l’organisme infecté, les bâtonnets se montrent isolés ou en chaînettes, mais dans la sérosité péritonéale, surtout celle prélevée à la surface du foie, les vibrions se réunissent en longs filaments qui, dans le champ du microscope, apparaissent souvent comme des cordes (fig. 2). Comme le vibrion septique sécrète une toxine active et, d’autre part, qu’il peut passer dans le sang des sujets infectés, son action pathogène peut donc se manifester à la fois par une intoxication et une infection.
- Aux États-Unis, Welch et Nuttall découvrirent et décrivirent, en 1892, le deuxième agent de la gangrène gazeuse, nommé par eux Bac. aerogenes capsulatus. Ce bacille auquel les auteurs français ont donné, en 1898, le nom de Bac. perfringens est un long bâtonnet encapsulé, habituellement droit, aux extrémités carrées ou légèrement émoussées (fig. 3). Il est immobile, sans cils, et sporule rarement. Il sécrète une toxine très dangereuse et passe lui-même dans le sang, infectant et intoxiquant tout à la fois.
- Jusqu’à la guerre de 1914-1918, on croyait que ces deux germes étaient seuls responsables de la gangrène gazeuse. Mais dès septembre 19x4, devant la fréquence des cas de gangrène painni les premiers blessés, divers bactériologistes reprirent l’étude bactériologique des plaies pour en isoler les germes actifs et la liste s’allongea. Notamment, le Dr M. Weinberg de l’Institut Pasteur de Paris, constatant les effets irréguliers du séi’um spécifique antivibrion septique et antiperjringens, prépai'é par lui, soupçonna la présence d’autres bactéries ; peu à peu, en collaboration avec le Dr Seguin, il isola quatre nouveaux agents : Bac. fal-lax, Bac. œrofœtidus, Bac. histolyticus et Bac. œde-matiens. D’autre part, il mit en évidence le rôle de Bac. sporogenes, découvert auparavant par E. Met-chnikoff, ainsi que de Bac. bifermentans et Bac. putrificus.
- De ces sept germes nous ne retiendrons que le Bac. histolyticus et le Bac. œdematiens à cause de la gravité de leurs effets pathogènes, et le Bac. sporogenes en raison de sa fréquence. Les quatre autres germes, bien que renconti'és souvent, sont généralement peu dangereux.
- Le Bac. histolyticus a l’aspect de bâtonnets longs de 3 à 5 [r et lai’ges de o,5.à 0,7 9., isolés ou par paires,
- Fog. L — Vibrion septique.
- A gauche : deux chaînettes de bâtonnets avec leurs cils colorés.
- .1 droite : bâtonnets sporulés.
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- mobiles, ciliés et sporulés. En plus de la toxine dangereuse, cet anaé-robie secrète un ferment très actif, capable d e dissoudre tous les tissus jusqu’aux attaches musculaires des os.
- Le Bac. œde-matiens se pré-sente sous forme de bâtonnets à bouts nettement arrondis, longs de 3 à io g et larges de o,3 à 1,2 g. Souvent incurvés et groupés par deux ou en courtes chaînettes, ils prennent des formes de lettres : G, S ou V. Dans les cultures, surtout sur gélose inclinée, ils se réunissent en longs filaments souvent enchevêtrés (fig. 4). Bien que ce bacille soit pourvu de cils nombreux, il est faiblement mobile. Ses spores oblongues sont le plus souvent subterminales. Il sécrète une toxine très virulente.
- Le Bac. sporogenes, par son aspect, ressemble au ' vibrion septique ; il est mobile et cilié. Il sporule abondamment dans les milieux artificiels usuels ; ses spores sont subterminales et le fragment du corps bactérien qui les capuchonne se trouve parfois en éperon. Le Bac. sporogenes n’est dangereux qu’en association avec d’autres germes (fig. 5).
- Tous ces agents peuvent être facilement cultivés en anaérobiose sur tous les milieux artificiels usuels (bouillon, gélatine, gélose).
- Le Bac. œdemaiiens exige la plus stricte anaérobiose.
- Tous ces germes se trouvent dans le sol et aussi dans le tube digestif des hommes sains (rarement chez les nourrissons). Ils y végètent sans conséquences fâcheuses, sauf quand l’intestin est atteint d’une lésion ou d’une blessure provoquant leur passage dans le sang. Mais immédiatement après la mort, ils traversent la paroi intestinale pour se répandre dans le cadavre.
- Dans la natui-e, ces microbes décomposant et dissolvant tout être qui a cessé de vivre, restituent les éléments chimiques dont il était composé ; ils sont des agents indispensables des processus de transformation, compris entre l’existence qui finit et celle qui commence. La vie des plantes et par suite celle des animaux, serait impossible sans leur activité.
- Tous vivent et se multiplient sans air, en produisant des gaz et des vapeurs (fig. 6) : hydrogène sulfuré, hydrocarbures, amines, anhydride carbonique, etc., dont la diffusion dégage une gamme d’odeurs nauséeuses allant de celle aigrelette et putride jusqu’à la fadeur cadavérique si tenaee.
- Action pathogène des agents de la gangrène gazeuse. — « Connaître l’évolution spontanée d’une blessure est la condition essentielle d’une thérapeutique rationnelle », a dit Policard. Voyons donc ce qui se passe dans une plaie par éclat d’obus, même banale, n’intéressant que les plans cutané et musculaire. Le trajet du projectile sera bourré de muscles broyés, d’aponévroses déchiquetées, de sang coagulé, de fragments vestimentaires souillés de terre ; l’éclat lui-même aura souvent touché le sol avant de blesser. Dans toute celte zone, les tissus sont frappés à mort. Rapidement interviennent l’autolyse qui est un phénomène de nécrose histologique et la phagocytose, c’est-à-dire l’arrivée des leucocytes venant détruire les cellules mortes.
- Pendant six heures environ, aucun microbe1 ne se manifeste, mais les deux phénomènes précités produisent des peptones et d’autres substances de désagrégation des albuminoïdes qui sont d’excellents milieux de culture ; les leucocytes se fatiguent et s’épuisent à détruire les cellules mortes. Puis les microbes commencent à proliférer brusquement. En sécrétant leurs exotoxines redoutables, ces microbes se mettent à l’abri de toute offensive des leucocytes déjà affaiblis.
- Après vingt-quatre heures, la pullulation microbienne est déjà considérable et des gaz commencent à se former. Bientôt les tissus autour de la blessure gonflent par l’infiltration gazeuse (emphysème) et l’infiltration de sérosité (œdème) ; des plaques bronzées apparaissent sous la peau qui crépite quand on la presse. L’infection gagne les parties saines voisines (fig. 7) ; sous l’influence des sécrétions microbiennes, les muscles se dissocient et se liquéfient ; surtout quand le Bac. sporogenes est présent, la blessure commence à dégager une odeur putride nauséabonde. Selon la virulence et la toxicité des bactéries en cause, le blessé succombe après quelques jours ou quelques semaines par intoxication ou par septicémie.
- Parfois quand le Bac. perfringens agit seul, les phénomènes toxiques dominent, on n’observe ni gangrène des tissus, ni infiltration gazeuse, ni plaques bronzées ; 1 e
- membre blessé n e pi'ésente qu’un œdème étendu et progressif ; l’état général du blessé s’aggrave, la face pâlit, les traits se tirent, le pouls devient petit et irrégulier. Le chirurgien russe Pi-rogoff qui
- Fig. 3. — Bac. perfringens, culture sur gélose inclinée.
- Fig. 4. — Bac. œdematiens.
- En haut : culture sur gélose inclinée ; En bas : bâtonnets avec leurs cils colorés.
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- observa cette forme, lors de la guerre russo-turque de 1876-1877, la nomma « local stupor », et l’auteur anglais Hull la décrivit ultérieurement sous le nom de « white gangrené » (gangrène blanche).
- Depuis, M. Weinberg montra que certaines infections des plaies de guerre à symptômes cliniques très bruyants, comme une infiltration gazeuse considérable, envahissant non seulement le membre blessé, mais aussi celui du côté opposé, l’abdomen et même toute la cage thoracique jusqu’au cou, sont souvent d un pronostic bénin, quand elles sont dues à des anaérobies peu pathogènes et peu toxiques ; ce ne sont, en réalité, que des « pseudo-gangrènes ».
- On distingue aujourd’hui au moins cinq formes cliniques de la gangrène gazeuse. Certaines, malgré l’absence de gaz, sont de vraies gangrènes ; d’autres, malgré les infiltrations gazeuses, ne sont que des « pseudo-gangrènes ». Aussi G. Lardennois a-t-il pro-posé de les appeler « infections gangréneuses » et Weinberg « li-aumatoses ».
- Notons qu’on trouve souvent dans la plaie infectée, à côté des agents anaérobies, des streptocoques aérobies ou anaérobies souvent très pathogènes et d’auti’es germes aérobies peu dangereux tels que : le bacille pyocyanique, Proteus vulgaris, le bacille coli, le staphylocoque, etc. Certains même, tel le bacille pyocyanique, semblent antagonistes de plusieurs anaérobies et ne favorisent pas leur pullulation ; par contre la plupart des aérobies, en consommant l’oxygène des couches externes de la blessure, enti’etiennent l’aixaérebiose sous-jacente et favorisent la pullulation.
- D’autre part, certains anaérobies associés exaltent l’éciproquement leurs actions nocives. Par exemple, si l’on injecte dans la cuisse du cobaye un mélange de Bac. perfringens et de Bac. sporogenes à des doses dont chacune, injectée sépai'ément, ne provoqxie aucune lésion chez l’animal téxnoin, leur mélange détermine une évolution foudroyante de gangi'ène gazeuse typique. On a appelé ce phénomène la synergie microbienne.
- Dans les gangrènes gazeuses, tous ces germes anaérobies et aéi*o-bies sont si variables que sur g 1 cas MM. Weinberg et Se-g u i 11 n’ont, pas compté moins de 38 types différents, rien que pour les associations anaéi'obies. Une des plus communes et des plus dangereuses e s t celle de Bac.
- perfringens + Vibrion septique +
- B a c. sporoqenes
- m.»)
- Les sérums antigangréneux.
- — Autrefois l’amputation du membre atteint de gangi'ène gazeuse constituait l’unique thérapeutique. On l’opérait ti'ès haut et loin de la blessure ; souvent il fallait la l'épéter deux ou li’ois fois sans réussir à sauver le blessé. La crainte de l’infec-t i o n galopante était telle que des chinn'giens pratiquaient les amputations pour ainsi dire « à plein bras », à la moindre blessure douteuse, d’où un nombre considé-l'able d’infirmes parmi les blessés de guerre d’autrefois.
- Depuis 1890, quand Behring et Kitasato euient démontré la possibilité de traiter toute maladie infectieuse par un sérum spécifique, c’est-à-dire provenant du sang d’un animal pi'éalablement immunisé contre l’agent microbien infectant, les bactériologistes s’efforcèrent de préparer des sérirms thérapeutiques.
- C’est Leclainche qui, dès 1898, eut 15idée de préparer un sérum conli'e la gangrène gazeuse Bien qu’il ait obtenu, en 1901, en collaboi'ation avec Morel, un sérum antivibrion septique, qui donna des l'ésultats ioi’l encourageants vis-à-vis de la gangrène gazeuse expérimentale, la rai’eté de cas de cette infection en temps de paix à celte époque lui fit abandonner les rechei’ches. Bi'ef, en 1914, nous ne possédions aucun séi’um dont la valeur thérapeutique antigangréneuse eût été établie par des essais sur l’homme.
- Au lendemain de la bataille de la Marne, les examens bactériologiques des plaies gangx'éneuses des pi'emiers blessés, effectués par Weinbei'g, décelèi'cnt comme agent le Bac. perfringens. Il pi'épara donc un sérum spécifique antiperfringens qui sauva ti’ois blessés gangi’énés. C’étaient les premiers cas de gangrène gazeuse chez l’homme guéris par un sérum spécifique.
- A mesure qu’il isolait d’autres agents mici'obiens, Weinberg prépara d’auti'es sénims spécifiques, et le mélange des cinq sérums : antivibrion septique,
- Fig. 5. — Bac. sporogenes. Bâtonnets spo-rulés pour la plupart et spores détachées.
- Fig. G. — Cultures sur gélatine en piqûre profonde.
- A gauche, le Bac. perfringens, au milieu le Bac. sporogenes et à droite le Bac œdeinatiens. Remarquer la dislocation par les gaz de la culture de Bac. sporogenes. Les petits points noirs qu’on aperçoit dans les milieux sont des colonies microbiennes.
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- antiperft'ingens, antisporogenes, atitihistolyticus et antiœdematiens constitua son premier sérum polyvalent antigangréneux. A partir de ce moment, Weinberg obtint un pourcentage élevé de guérisons.
- On peut quelquefois obtenir avec un sérum monovalent une guérison de gangrène gazeuse due pourtant à une association d’anaérobies. Si ce sérum est spécifique contre l’agent le plus virulent, ce dernier sera neutralisé, l’association se trouvera déséquilibrée et l’organisme soulagé pourra, par ses propi'es moyens de défense'naturelle, se débarrasser des agents secondaires. Weinberg nomma ce phénomène cataxie.
- En même temps que Weinberg, le Médecin général de l’Armée H. Vincent prépara aussi, en collaboration avec le Dr Stodel, un sérum antigangréneux polyvalent très efficace, dont le procédé de préparation diffère de celui employé par Weinberg.
- La gangrène gazeuse évolue très rapidement ; il faut donc administrer le sérum d’urgence, aussitôt que la plaie est débridée et nettoyée par le chirurgien, sans attendre les résultats de l’examen bactériologique, qui serait trop lent. C’est pour ces raisons que le seul sérum polyvalent, c’est-à-dire agissant à la fois contre tous les agents pathogènes et toxiques éventuels, administré le plus précocement possible, est capable d’enrayer la marche néfaste de celle infection.
- Aussitôt que le Dr G. Ramon, directeur de l’Institut
- Fig. 7. — Blessures par éclats d’obus des membres inférieurs infectées par la gangrène gazeuse. Sans sérothérapie, le blessé aurait été exposé à avoir les deux cuisses amputées.
- Fig. 8. — Association des agents anaérobies dans l’exsudât de la gangrène gazeuse. Un œil exercé peut reconnaître : les vibrions septiques (chaînette) ; le Bac. perfringens (gros bâtonnets entourés pour la plupart d’un capsule incolore), et le Bac. sporogenes (bâtonnets avec spores subterminales ressemblant à des raquettes).
- Pasteur à Garches, eut obtenu de si remarquables résultats dans la préparation de l’anatoxine antidiphtérique avec la toxine diphtérique formolée, Weinberg' pei’fectionna la préparation de son sérum antigangréneux en appliquant cette méthode, qui permet d’obtenir rapidement et en grande quantité du sérum, et de le titrer exactement.
- Il serait difficile d’indiquer le taux exact des guérisons obtenues par ces deux sérums antigangréneux polyvalents, tant en raison de la dispersion des ambulances et des hôpitaux en temps de guerre, que par suite des confusions possibles de la vraie gangrène gazeuse avec les pseudo-gangrènes et d’autres formes cliniques d’infections des plaies. Tout permet cependant de croire que ce taux n’est pas inférieur à 90 pour 100. Disons aussi que la sérothérapie antigangréneuse non seulement sauve la vie à de nombreux blessés, mais aussi leur épargne l’amputation et par conséquent l’infirmité.
- La médecine française peut être justement fière d’avoir apporté un progrès décisif tant dans l’étiologie que dans la thérapeutique de la gangrène gazeuse qui fut autrefois la grande calamité des plaies de guerre.
- W. N. Kazeeff.
- N.-B. Les cultures, les préparations microscopiques et leurs microphotographies ont été effectuées par l’auteur. Tous les microbes figurant sur les microphotographies proviennent des souches du professeur M. Weinberg qui servent à la préparation de sérum antigangréneux polyvalent.
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- = LES IMPURETÉS SOLIDES DANS LES MÉTAUX 379
- Si l’on jette un coup d’œil sur l’évolution des recherches scientifiques depuis une quarantaine d’années, on reconnaît que l’attention des métallurgistes s’est d’abord portée sur les effets produits dans les métaux par des additions volontaires d’éléments étrangers. Ils réussirent ainsi à améliorer notablement certaines de leurs propriétés, en particulier les propriétés mécaniques et ce résultat eut des répercussions considérables sur toutes les constructions. Mais ils furent bientôt frappés par les variations inexplicables de propriétés obtenues d’une coulée à l’autre avec des conditions de fabrication apparemment identiques.
- La mise au point de méthodes d’analyse de plus en plus sensibles et précises et la préparation d’échantillons de métaux de plus en plus purs mirent alors en évidence l’influence de minimes quantités d’éléments provenant des minerais ou introduits normalement au cours de l’élaboration des métaux dont on ignorait la présence ou dont on méconnaissait le rôle. Comme on ne les avait pas recherchés, on les appela tout naturellement des impuretés et on réserva le nom d’addition à ceux que l’on avait volontairement introduits dans les métaux afin d’améliorer certaines qualités favorables à leur emploi, sous-entendant ainsi que toute impureté est nuisible et toute addition bienfaisante.
- L’expérience a parfois contredit cette conclusion prématurée et certains éléments dont la présence était involontaire se révélèrent fort utiles si bien qu’après les avoir supprimés, on fut obligé de les ajouter, en bénéficiant cependant d’une plus grande régularité dans les teneurs obtenues. Il est juste de dire que sans l’aide des chimistes, cette branche si importante de la recherche n’aurait pu se développer.
- Puisque la distinction entre impuretés et additions est un peu arbitraire, nous appellerons « constituant secondaire » toutes les impuretés accidentelles ou voulues qui se trouvent dans les métaux industriels en très petites quantités, inférieures à i pour ioo. Voyons d’abord d’où proviennent ces constituants et comment les classer :
- i° Ils peuvent d’abord venir des matières premières utilisées : minerais, combustibles, vieux métaux ou déchets ;
- 2° Ils peuvent être introduits dans le métal au cours de sa fabrication en vue d’éliminer certaines impuretés dont l’influence a été reconnue comme nuisible : ainsi le manganèse et le silicium sont ajoutés au bain d’acier pour réduire les oxydes de fer ;
- 3° Us peuvent être dus à des réactions chimiques du métal en fusion avec les parois du four ou du creuset ou à des réactions du dernier moment avec l’at-
- mosphère : ainsi les oxydes, les silicates, les sulfures ;
- 4° Enfin, ils peuvent avoir été ajoutés volontairement, afin de développer certaines qualités particulièrement désirables dans le métal.
- Comme il n’est pas possible, en général, dans les fabrications industrielles, d’utiliser toujours le même minerai, le même combustible et les mêmes réfractaires, il est très important de connaître les effets de tels changements sur les qualités des produits obtenus. Cela permet de rejeter les matières premières qui contiennent des éléments nuisibles ou de modifier le procédé d’élaboration de façon à éliminer ces impuretés.
- Les constituants secondaires forment, au même litre que les constituants principaux, des alliages avec les métaux auxquels on les ajoute. Lorsqu’on fait une addition à un métal pur, il se forme un alliage binaire représentant le terme extrême d’une série ; le changement qui en résulte dans la structure du métal est déterminé par les conditions d’équilibre qui dépendent de la solubilité réciproque des composants, de leur aptitude à former des combinaisons ; aussi sommes-nous naturellement amenés à classer ces constituants en deux groupes : les constituants solubles à l’état solide dans le métal et les constituants insolubles.
- CONSTITUANTS SOLUBLES
- Quand on ajoute à un métal pur une petite quantité d’un élément soluble, il se forme une solution solide diluée dont la structure est pratiquement identique à celle du métal pur. Les différences de concentration au cours de. la solidification sont rarement suffisantes pour faire apparaître une structure hétérogène et en tous cas l’addition ne peut être découverte au microscope. Quoique le type de structure ne soit pas modifié, la présence d’une petite quantité d’impuretés peut agir sur la cristallisation, soit dans l’importance de cette cristallisation, en modifiant la vitesse, soit sur les facteurs qui la gouvernent (la température en particulier) sans que l’on puisse prévoir a priori quel sera le sens de cette action. C’est ainsi que les alliages de fer et de silicium contenant 2 pour 100 de silicium sont caractérisés par des grains d’une grosseur extraordinaire, due apparemment à la présence de silicium en solution solide. La grosseur des grains de cuivre recuit à 700° diminue de 5o pour xoo si le métal contient 1 pour 100 d’argent (Q. De même l’aluminium, le bore, le nickel en solution solide dans l’austénite ralentissent le grossissement du grain alors que le silicium et le
- 1. Voir Smitliells. Les impuretés dans les métaux, p. 64 (traduction française, Dunod, éditeur, 1930).
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- phosphore l’accusent. En ce qui concerne l’aluminium, le mécanisme de son action, est encore très discuté. Les uns attribuent son influence à des précipitations submicroscopiques d’oxvdes, les autres à la présence d’aluminium résiduel dissous dans l’acier, enfin certains expérimentateurs comme Bénédicks 0) invoquent la formation d’azoture d’aluminium. Cependant, si l’on s’en tient seulement aux constatations expérimentales, on peut attirer l’attention sur les résultats obtenus par Mac Quaid (2) qui, en comparant une série d’aciers de même composition en éléments courants et dont la teneur en alumine était sensiblement constante, constata que la grosseur des grains diminuait quand la quantité d’aluminium dissoute augmentait et établit entre ces deux faits un rapport de cause à effet.
- Sur la température de recrislallisalion, l’influence de traces d’impuretés métalliques solubles est importante : les unes l’abaissent, les autres l’élèvent. Par exemple, il convient d’élever la température de recuit de 25o à 3oo° lorsqu’on lamine du cuivre contenant o,ooo5 pour ioo d’argent (3). Mais o,o5 pour ioo de fer suffisent pour abaisser celle de l’argent de x5o° à la température ordinaire (4), c’est-à-dire que le métal se recuit spontanément. Lorsqu’il subit une forte déformation, il peut recristalliser en sei'vice en plusieurs semaines et acquérir une structure à gros grains fragile, mais on peut lui rendre ses propriétés en lui ajoutant 0,1 pour ioo de cuivre qui compensent l’influence de o,o5 pour ioo de fer. Un même élément peut élever la température de i'ecristallisation de certains métaux, abaisser celle d’autres métaux : c’est le cas de l’aluminium qui élève celle de l’argent et abaisse celle du cuivre.
- Récemment, M. Calvet (5) en comparant une série d’aluminium raffiné dont les titres variaient de 99,96 à 99,998 soumis au même écrouissage trouva entre eux des difféi’ences de vitesses et de température de recuit qui peuvent paraître surprenantes, l’aluminium le plus pur présentant un recuit spontané déjà rapide à la température ambiante comme cela avait été constaté il y a déjà longtemps pour le plomb et l’étain.
- Puisque les éléments solubles à l’état solide ne changent pas le type de structure des métaux, pour connaître les modifications créées par la présence d’atomes étrangers, il nous faudra délaisser le microscope et recourir aux rayons X qui vont nous révéler la constitution du réseau cristallin, c’est-à-dire la distribution des atomes et les dimensions de la maille. On sait que lorsqu’un élément enti'e en solution solide dans un
- 1. XVIIIe Congrès de Chimie Industrielle, Nancy, septembre 1038.
- 2. Trans. Amer. Soc. Metals, 1935, pp. 797-838.
- 3. Basset. Min. and Met., 1924, t. Y, p. 73.
- 4. Widmann. Zeitschrift fur Physih, 1927, t. XLY, p. 200.
- 0. C. R., 1935, t. CC, p. 60.
- métal pur, les atomes de cet élément peuvent, soit prendre la place occupée par les atomes du métal dans le réseau (solutions solides de substitution) soit se loger dans les vides existant entre les atomes de métal (solutions solides d’insertion). Les premières forment l’immense majorité des solutions solides actuellement connues tandis que les secondes sont très rares en l’état actuel de nos connaissances. Les unes et les autres donnent lieu à des distorsions du réseau dont l’intensité dépend de la différence des diamètres atomiques du métal et de l’impureté et qui entraînent des changements souvent remarquables dans les propriétés que nous allons maintenant étudier.
- Tout d’abord, la dureté, la limite élastique et la charge de rupture sont augmentées parce que les distorsions du réseau empêchent le glissement suivant les plans privilégiés. On ajoute du cuivre à l’or et à l’argent, de l’iridium au platine pour augmenter leur dureté. Le nickel, le tungstène, le molybdène, le chrome et le vanadium ajoutés au fer augmentent sa résistance. Les allongements peuvent être augmentés (c’est le cas des laitons) ou diminués. Ainsi Van Àrkel (x) attribue à l’oxygène et à l’azote en solution sous forme d’oxydes ou de nitrures la fragilité des métaux réfractaires tels que le vanadium, le zirconium et le titane impurs ; quand on les obtient dans le vide par décomposition de leurs iodures au contact d’un filament métallique, ils deviennent très malléables et peuvent être laminés même à froid.
- Moins connue est l’influence des constituants secondaires sur le mécanisme des déformations cristallines par glissement, maclage ou clivage. Dans une étude récente et de première importance sur les ferrites au silicium, Barrett, Ansel et Mehl (2) ont mis en évidence le fait qu’un élément en solution solide peut changer le mécanisme de glissement, en supprimant le glissement suivant certains plans. C’est ainsi que lorsque la teneur en silicium augmente en condition
- 1. La préparation des métaux purs. Congrès du Palais de la découverte, Paris, octobre 1937.
- 2. Trans. A. S. M., 1937, t. XXV, pp. 702-730.
- Fig. 1. — Augmentation de la résistance du cuivre (en microhm-cm) due à l’addition de 1 atome, p. 100 de divers éléments (d'après Norbnry;
- Groupes de fa fable périodique
- Vf vu vm^vniavni^ o i g m
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- s- Solutions solides l , ,
- • " fondues) dansfecu,vre
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- QSGr Mn Fe Co Ni
- AgAu ZnMg Al SnSiPbAsPSb
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- isotherme, on passe de la rupture par glissement à la rupture par clivage et la fragilité des alliages fer-silicium doit être considérée comme le résultat des valeurs relatives de la cohésion cristalline (clivage) et de la résistance au glissement.
- En ce qui concerne les propriétés électriques, la présence d’impuretés a en général pour effet de diminuer la conductibilité électrique des métaux ; mais l’effet produit peut être considérable lorsque ces impuretés sont solubles à l’état solide à tel point que la conductibilité d’un métal est souvent prise comme critère de sa pureté. Ce fait est une conséquence de la distorsion du réseau cristallin due à la présence d’atomes étrangers qui s’oppose au déplacement des électrons libres et nécessite un supplément d’énergie pour le passage du courant. L’augmentation de résistance est d’autant plus marquée que l’élément ajouté se trouve plus éloigné du métal dans le tableau périodique, comme le montre la figure i, pour le cuivre : o,o5 pour ioo d’arsenic diminuent la conductibilité du cuivre de i5 pour ioo (x) et le phosphore, même à l’état de traces indosables, l’abaisse notablement, d’où l’inconvénient d’employer ces deux éléments comme désoxy-dants du cuivre. Souvent cependant, on désire obtenir dans ce métal, outre une conductibilité aussi forte que possible, une dureté et une résistance mécanique importantes ; cet effet peut être obtenu par l’addition d’un élément très voisin dans le tableau périodique : c’est ainsi que la résistance à la traction peut être augmentée de 5o pour ioo par l’addition de i pour ioo de cadmium, avec une réduction de la conductibilité ne dépassant pas 8 pour ioo (1 2).
- Pour l’aluminium, Bosshard a signalé l’influence néfaste de traces de titane sur la conductibilité ; on peut y ajouter également, avec M. Portevin, le vanadium (3) dont le volume atomique et la position dans le tableau périodique sont voisins de ceux du titane : 0,1 pour ioo de vanadium ou de titane abaisse d'environ 2,5 microhms la conductibilité de l’aluminium.
- Si la solubilité est limitée, les additions supérieures à la limite de solubilité ont beaucoup moins d’action : c’est le cas du silicium dans l’aluminium. D’ailleurs Grogan (4) a montré que l’addition de calcium qui se combine avec le silicium pour former le composé CaSi2 augmente la conductibilité de l’aluminium commercial, le silicium ayant une influence moindre sous forme de composé insoluble qu’en solution solide.
- Examinons maintenant l’influence des impuretés solubles dans la corrosion des métaux. En raison des nombreux facteurs qui interviennent dans ce phéno-
- 1. Hanson et Marryat. Institule oj Metals, 1927, t XXXVII
- p. 121. : :•> - ’
- 2. Smitherls. Ouvrage déjà cité.
- 3. Portevin. Métal Progress, mars 1932, p. 69.
- 4. Instilute o/ Metals, 1927, t. XXXVII, p. 77.
- .......—------ ------ 381- =====
- mène, il n’est guère possible d'énoncer des conclusions absolument générales et chaque problème demande une étude particulière.
- En ce qui concerne la corrosion par les gaz, en particulier l’oxydation, de faibles quantités d’additions solubles peuvent améliorer la tenue du métal ; le mécanisme de la protection paraît résider dans la formation d’une pellicule protectrice constituée par l’oxyde de l’élément allié ; on est ainsi guidé dans la recherche de ces éléments par les considérations de propriétés physiques et chimiques de leurs oxydes (réfractaire, imperméable, stable et non volatil, etc...) et par leurs propriétés de réduction vis-à-vis des oxydes du métal. D’après la théorie qui découle des éludes de MM. Por-levin, Pretet et Jolivet (*) les éléments intéressants devraient être recherchés parmi ceux qui, miscibles au métal, en sont des désoxydants énergiques et possèdent en outre une vitesse de diffusion élevée dans ce métal. C’est ainsi que l’aluminium, le silicium et le chrome en faible quantité diminuent notablement l’oxydation du fer à température ordinaire et à température élevée.
- En ce qui concerne la corrosion dans les liquides, les impuretés solubles peuvent augmenter également la résistance à la corrosion, si elles sont éleclroposi-tives par rapport au métal de base ou si elles concourent à son auto-protection. Lorsque la solution solide est limitée, la corrosion peut varier notablement avec la teneur en impureté. Ainsi, l’addition à l’acier de faibles proportions de cuivre diminue d’abord sa corrosion par l’acide azotique et l’acide chlorhydrique dilués puis l’augmente notablement (Hikoso et Endo). Ceci peut se rattacher au fait que le cuivre est en solution solide à faible teneur. Il en est de même du silicium dans l’aluminium qui, au delà d’une teneur très faible, n’est plus en solution solide ; la corrosion dans les acides se trouve considérablement augmentée de ce fait mais on peut la diminuer en amenant dans la limite où cela est possible, tout le silicium en solution solide par trempe.
- Améliorent la résistance à la corrosion du magnésium, le zinc, le cadmium et surtout le manganèse dans les limites où ils sont en solution solide. Si l’action du manganèse est unanimement reconnue (pour des teneurs comprises entre o,5 et 3 pour xoo), le mécanisme de cette action est encore discuté. D’après certains expérimentateurs (Boyer) le manganèse élèverait le surpotenliel d’hydrogène des métaux auxquels il est ajouté ; d’après les autres, il y aurait une auto-protection due à la formation progressive à la surface de la pièce d’un film d’hydroxyde de manganèse (Evans).
- 1. Revue de Métallurgie, 1934, t. XXXI, p. 101.
- Léon Guillet fils.
- (à suivre)
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- 382 ....- UN INSECTE ÉTRANGE
- Dans la campagne provençale, sur la colline qui domine Salon et l’École de l’Air, parmi les touffes de thym en fleurs, j’ai vu voltiger un insecte absolument minuscule aux riches couleurs brunes. En son vol assez lent, il était étrange de voir, autour de son corps ténu, flotter deux filaments très longs qui évoquèrent
- pour moi le pa-pillotement des pales d’un aulo-gire !
- L’insecte a compris qu’on veut le capturer, et il s’enfuit de touffe en touffe. Or il est si menu, et ses antennes — car ce sont des antennes étonnamment longues — sont si frêles !
- Un quart d’heure de poursuite patiente, avec la crainte de voir l’autogire prendre de l’altitude, parmi le flottement confus de ces extravagants filaments. Enfin le voici pris, et ses interminables antennes s’agitent éperdument. Elles sont presque trois fois longues comme le corps, qui lui ne mesure que 4 mm. de long.
- Le corps est mordoré, ainsi que les ailes. Celles-ci, ornées d’une barre blanche transversale, sont plus foncées vers leur extrémité. Les yeux sont ti'ès grands.
- Après bien des années passées en Provence — au pays de Fabre — à observer maint insecte, c’est la première fois qu’il nous est donné de rencontrer celui-ci affublé de tels impedimenta — bien encombrants au pays du mistral.
- Il s’agit du mâle en parure de noces, d’une Adèle, qui serait la Congruelle (d’après les raies sur les ailes), espèce de Microlépidoptère nocturne de la tribu des Tinéides.
- Quelle belle Teigne j’ai rencontrée !
- J. Tiioret.
- Fig. 1. — Le mâle d Adele aux antennes démesurées.
- LE DIAMANT DES MATHÉMATIQUES
- A PROPOS DES DÉCIMALES DU NOMBRE -
- C’est certainement en cherchant à fabriquer des ustensiles ironds que nos ancêtres ont fini par s’apercevoir que le rapport des longueurs de n’importe quelle circonférence à son diamètre est toujours le même. Le nombre tï (1), expression de ce rapport constant, était découvert et le Trésor des mathématiques s’enrichit de l’un des plus beaux joyaux sur lesquels la pensée humaine ait jamais exercé sa subtilité.
- Cependant, cette origine géométrique du nombre tt a pesé, et dans l’esprit de bien des gens continue à peser sur l’idée qu’ils se font de la nature intime de 7t. Il a fallu attendre jusqu’au XYiie siècle pour commencer à comprendre que tï •est un nombre analogue aux autres nombres que nous rencontrons dans l’arithmétique prolongée par l’algèbre (2) et l’analyse. On s’est rendu compte que 7t n’a pas pour le cercle une affinité plus spéciale que, par exemple, le nombre 4 pour le carré dont il exprime le rapport constant du périmètre au côté ! On connaît la formule de Leibniz :
- 7T
- 1
- I
- 1 J I l I I
- 3 5 7 g ii + *3
- etc...
- Elle n’est ni la plus belle, ni la plus pratique des innombrables formules de 7t; elle a au moins l’avantage d’être révélatrice. Par sa structure simple où n’interviennent que des nombres impairs, des additions, des soustractions et des
- 1. La lettre grecque ir est l’initiale du mot grec : Périmetros.
- 2. Le fait que semble être une lettre et non un chiffre contribue à entretenir cette erreur chez les profanes. Il est clair que, pris dans ce sens, Tt est un chiffre compris entre 3 et 4 et non une lettre.
- divisions, elle suggère que les savants auraient quand même fini par découvrir tt s’ils ne l’avaient pas rencontré à l’occasion de l’élude du cercle. Citons encore, dans le même esprit, la formule de Wallis :
- _7L_2X2X4X4X6X6X8X8X... et(j 2 ' i X 3 X 3 X 5 X » X 7 X 7. X 9 X ..."
- On sait que le nombre tï ne peut pas s’écrire avec un nombre fini de décimales. Tous les visiteurs de la Section de mathématique du Palais de la Découverte ont admiré la rotonde pittoresquement ornée des 707 premières décimales de tï. Mais ils ignorent, pour la plupart, avec quelle assiduité l’humanité pensante s’est attachée à cette question et quels buts poursuivaient les calculateurs.
- Les plus anciennes approximations de tï, celles qui furent faites par les Hébreux, les Babyloniens et les Indiens étaient fort grossières. C’est ainsi que le passage suivant de la Bible (IIe livre des Chroniques) attribue à tï la valeur 3 : « Et il fit un vase de fonte mesurant dix coucLées d’un bord à Vautre, rond, et haut de cinq coudées, et une ligne de trente coudées environ en faisait le tour. » Selon le célèbre papyrus Ahmes, vers i5oo, les Egyptiens prenaient tt = \/*m = 3,i6... Les Chinois et les Japonais semblent avoir connu de longue date des approximations de tt beaucoup plus précises. En Occident c’est Archimède qui a, le premier, donné de tt une valeur très suffisante pour la pratique. Il le
- situait entre 3 + — et 3 4- — , c’est-à-dire entre 3,i4o8...
- 7 7i
- et 3,i4a8... Cela faisait deux décimales exactes et la troisième approchée à deux unités près ; c’est-à-dire une préci-
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- sion un peu meilleure que le dix-millième. Le Moyen Age ne fît pas progresser la connaissance des décimales de tu et il faut atteindre le xvie siècle, avec Viète, pour voir faire un pas en avant. Viète obtint 9 décimales exactes en calculant les éléments d’un polygone régulier de 393.2x6 côtés. A partir de ce moment et jusque vers la fin du xixe siècle c’est d’une manière continue que les calculateurs européens, étranges alpinistes d’une ascension intellectuelle, se lancent à l’assaut des décimales de tu.
- Voici le palmarès de ces conquêtes successives :
- Dates Calculateurs Nombre de décimales exactes
- Avant 2000 Civilisations orientales 0
- Vers i5oo Egyptiens 1
- m« siècle Archimède 3
- 1679 Viète 9
- 10(3 Adrianus Romanus x5
- 1615 Ludolphus à Ceulen 32
- i63o Grienberger 3 9
- 1(Î99 Sharp 7i
- 1706 Machin 100
- 17 r9 Lagny 112
- 1794 Vega 136
- 1822 Thibaut 156
- i84o Dahse 200
- 1847 Clausen 248
- 1853 Richter 33o
- 1853 Ruiherford 44 0
- 1853 Shanks 53o
- 1874 Shanks 707
- La consultation de ce tableau appelle quelques remarques. En premier lieu nous n’avons indiqué que les conquêtes de décimales exactes ; il est arrivé en effet à certains calculateurs d’annoncer par erreur un plus grand nombre de décimales de - ; nous n’avons reterni que celles qui ont été vérifiées et reconnues justes. D’autre part nous n’avons accueilli que les calculs représentant chronologiquement un progrès, c’est-à-dire la conquête de décimales nouvelles par rapport à tous les calculs antérieurs. Si l’on tient compte de l’éloignement géographique qui interdisait jadis aux mathématiciens d’Extrême-Orient d’être au courant des recherches de leurs confrères occidentaux, il n’est pas sans intérêt de noter, en marge de noire tableau, que, vers 1720, le japonais Matsunaga donnait tt avec 5o décimales exactes.
- D’autre part on constatera que, sauf pour Archimède et Viète, ce ne sont point des mathématiciens illustres qui se sont obstinés à une expression numérique de plus en plus approchée du nombre tu ; ce sont plutôt de patients calculateurs. Enfin il est facile de comprendre que nos chercheurs de décimales ne poursuivaient pas un but directement utilitaire.
- En effet, dans la plupart des métiers, le nombre d’Archimède : 7u = 3,i42 suffît largement pour la construction et l’ajustage des objets ronds de la vie courante : assiettes, verres, boîtes, tables, étoffes, roues de véhicules, etc... Les ingénieurs ont bien rarement besoin de 5 décimales, soit : tu = 3,1/1159. Ces deux sortes d’utilités correspondent assez bien à l’enseignement français qui donne tu = 3,14 dans les
- . .................383 ==
- écoles primaires et tu = 3,i4i6 dans les établissements secondaires (1).
- Les savants ont quelquefois besoin d’une approximation plus serrée quand ils s’écartent des préoccupations pratiques pour s’efforcer d’atteindre jusqu’aux secrets les plus intimes de la nature. Mais de là à réclamer les 707 décimales de Shanks il y a un abîme. Avec xo décimales justes on pourrait mesurer à deux centimètres près la longueur de la circonférence de la terre, ou, pour être plus pi’écis, du géoide, c’est-à-dire de la sphère parfaite qui lui correspond. Avec 42 décimales, on pourrait calculer la longueur de la circonféi’ence du plus grand objet connu : l’Univers, avec une approximation plus grande que la longueur du diamètre du plus petit objet connu : le proton (2). La physique de 1940 n’a pas encore atteint une aussi î-emarquable capacité de précision dans ses mesures et on peut se demander quel merveilleux degré de civilisation exigerait l’utilisation des 707 décimales actuellement connues !
- Si l’on note d’ailleurs que de tels calculs sont pénibles et durent plusieurs années, on est conduit à se demander pourquoi des hommes qui, sans être de grands savants, avaient une intelligence et une culture élevées, se consacrèrent à une besogne aussi ingrate et aussi inutile. Il y a là un trop commode sujet de dérision et nous nous garderons d’v tombei*. Ce que tant de calculateurs espérèrent, ce fut de faire progresser la théorie pure en permettant de découvrir dans la suite des décimales de tu un oi’dre logique, une loi permettant de former les décimales suivantes à l’aide des précédentes. S’ils avaient l'éussi — mais comme nous allons le voir ils ne pouvaient pas réussir — il n’y a pas de doute que notre connaissance de la structure du nombre tu aurait pu se simplifier considérablement. Comme la pratique suit souvent la théorie il aurait, peut-être été possible cl’invcnter des procédés simples pour construire tu . En définitive, il aurait été assez probable que l’industrie fût
- 1. Les amateurs de formules mnémotechniques connaissent le quatrain suivant, qui permet de reconstituer facilement les 30 premières décimales de tu :
- « Que j'aime à /aire apprendre un nombre utile aux sages l Immortel Archimède, artiste ingénieur,
- Qui. de ton jugement peut briser la valeur ?
- Pour moi ton problème eut de pareils avantages. »
- Il suffit de remplacer chaque mot par le nombre de lettres qu’il contient ; ce qui donne tu = 3, 14 139 2G535 89793 23846 26433 83279.
- Il existe d’autres variantes de ce quatrain, mais aucun de ces procédés poétiques n’aurait pu aller beaucoup plus loin. En effet la 32e décimale de ~ est un zéro ! C’est une circonstance devant laquelle, à moins d’une convention différente, les versificateurs se trouveraient impuissants.
- L’inverse de tu est également un nombre.qui intervient souvent dans les calculs scientifiques et industriels. La phrase suivante : « Les 3 journées de 1830 sont un S9 renversé »
- permet de reconstituer — = 0.318309S.
- TZ
- 2. Nous supposons, conformément aux aspects les plus modernes des théories de la relativité, que l’Univers est contenu dans un espace fermé de 19 400 mégaparsecs de circon-
- O
- férence. Comme diamètre du proton nous adoptons ---------------
- 100 ooo
- unités X. Bien entendu ces grandeurs rie constituent que des indications très grossières et il existe d’éminents physiciens qui contestent entièrement la valeur de l’une ou de l’autre. Cela n’a aucune importance, du point de vue comparatif où nous nous sommes placés.
- Rappelons que le riiégaparsee vaut 3 250 000 années-lumière
- et que l’unité X vaut —ï— d’angstrôm c’est-à-dire
- 1 000
- --------------- (1 dix milliardième) de millimètre.
- 10 000 000 000
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-
-
- 384 : • : =
- améliorée par quelques répercussions de cette découverte purement théorique (1). -
- Cette loi d’ordonnancement des décimales de tt, les grands mathématiciens du xvie au xix° siècle la cherchèrent par la grandiose méthode de l’analyse x'ationnelle, c’est-à-dire en partant d’une définition de tt et en poursuivant, par la voie déductive, toutes les conséquences impliquées dans cette définition. Pendant plus de trois siècles ces recherches n’aboutirent point. Les calculateurs n’étaient-ils point fondés, devant cet insuccès, à poursuivre leurs recherches empirique ? (2). Us devaient pour cela constituer des collections de décimales de plus en plus riches afin de permettre la comparaison de décimales plus nombreuses et plus écartées, et le classement des dix chiffres d’après la fréquence de leurs apparitions, etc... Ces tâtonnements empiriques ne firent, eux non plus, rien connaître d’intéressant; du moins rien qui n’eût une valeur mathématique. Pour les amateurs de curiosités on peut signaler qu’on trouve trois zéros consécutifs à la 661e décimale, trois cinq consécutifs à la 177e décimale, trois neufs consécutifs à la 652e décimale et enfin 3i.4i6 à la 624e décimale. Mais les mathématiciens ne sont pas superstitieux et les coïncidences ne les émeuvent pas. Le nombre tt allait-il garder son secret ?
- Déjà, en i?51, Lambert avait démontré que tc est un nombre irrationnel, c’est-à-dire qu’il n’existe point deux nombres entiers dont il soit le quotient. En 1791, Legendre démontra que tt2 est également irrationnel. A supposer qu’il y eut un ordre découvrable dans la succession des décimales de:r , cela impliquait déjà que cet ordre ne serait point simple, comme par exemple le retour régulièrement
- 1. Par exemple, si on n’a pas besoin d’une grande approxi-• mation, on peu! remplacer par V 3 4- v 2 = 3,146, ces deux nombres irrationnels se construisent facilement.
- 2. Il est certain que le véritable mathématicien ne se résigne pas facilement à l’emploi des méthodes empiriques en mathématiques. Elles ne permettent jamais, en effet, de conclure avec certitude. Mais elles peuvent quelquefois apporter des suggestions utiles qui servent ensuite de pôle attractif pour l’emploi de la méthode déductive. Cela arrive parfois en Théorie des Nombres et bien des théorèmes dont les auteurs ont donné d’impeccables démonstrations ont dû être trouvés par des tâtonnements et fies essais... dont les bénéficiaires n’ont jamais parlé ! Le cas le plus typique est celui du Théorème de Goldbach de la vérité duquel on était convaincu depuis la fin du xvme siècle parce qu’on l’avait vérifié sans aucune exception sur des collections de nombres très étendues. Ce n’est qu’en 1937 que ce théorème a été démontré (toutefois pas dans toute sa généralité).
- COMMENT
- En toutes saisons, il faut cuire la plupart des aliments. En hiver, il faut en outre chauffer le logement pour le maintenir habitable.
- Cuire, chauffer, c’est dépenser et détruire du combustible pour obtenir une élévation de température, c’est user de l’énergie pour la transformer en chaleur.
- En temps prospère, on pouvait se permettre un certain gaspillage, oublier que l’économie du pays est faite de l’économie de chacun de nous. Les faits brutaux sont venus nous rappeler que, dans le monde actuel comme dans tout le passé, un aimable laisser aller ne peut être la règle de vie de l’homme. Nous voici à l’entrée de l’hiver, sans réserves, sans importations possibles, sans transports intérieurs assurés.
- périodique que l’on peut observer dans -y- — 1,42867
- 142867 142857..... etc.... Mais comme cela ne fermait pas
- la porte à des possibilités d’arrangements plus compliqués les calculateurs de tt, à juste raison, n’interrompirent point leurs recherches dès 1761 ou dès 1791.
- En 1878 le grand Hermite démontra la « transcendance » d’un nombre presque aussi célèbre que tï, le nombre : e = 2,718... C’est-à-dire qu’il établit que : e — 2,718.... ne peut être solution d’aucune équation algébrique de degré entier ou rationnel, à coefficients entiers ou rationnels. Cette propriété de « transcendance » d’un nombre entraîne nécessairement qu’il ne peut y avoir non seulement aucune périodicité, mais même aucun ordre apparent, dans la suite cependant infinie de ses décimales. Rappelons que c’est l’année suivante, en 1874, que Shanks publiait son calcul des 707 décimales de ~
- Huit ans plus lard, en 1882, l’analyste Lindemann, se basant sur les travaux d’Hermite établissait la transcendance de TT ! (D.
- Il devenait immédiatement évident qu’il était inutile d’étudier la répartition des dix chiffres dans la suite des décimales de tt. Sans plus s’entêter les « calculateurs de tc » signèrent leur abdication et plus personne n’a cherché depuis à dépasser le fantastique record de Shanks !
- Ainsi de tant de zèle laborieux il ne resta plus qu’une collection de 707 chiffres sans aucun intérêt pratique ou théorique, comme le temple désaffecté d’une religion oubliée.
- L’échec même de cette petite aventure mathématique n’est cependant pas dépourvu de tout intérêt philosophique. Si les calculateurs cessèrent leurs travaux — des travaux qui se soldèrent par un insuccès total — c’est parce que les recherches des mathématiciens avaient abouti à des conclusions précises et certaines, quoique négatives, elles aussi. Les savants ne l’ignorent, point : leurs efforts les plus pénibles et les plus assidus ne sont jamais assurés du succès et c’est par la diversité des moyens de recherche que l’on obtient les meilleures garanties de victoire.
- François Le Lionnais.
- 1. Sans indiquer comment il s’y prit, rappelons qu’il existe des liens très étroits entre ir et e. ce diamant et cette perle des mathématiques. On en trouvera un exemple dans la célè-
- bre formule V - 1 = e r que l’on a quelquefois appe-
- lée « la plus belle formule des mathématiques ».
- CHAUFFER
- Il importe donc de ne dépenser et user que le strict minimum; chacun veut bien dépenser le moins possible d’argent, puisque toutes les ressources, quelles qu’elles soient, sont raréfiées et que les prix augmentent, mais chacun doit aussi user le moins possible de l’énergie et des combustibles encore disponibles dans l’intérêt de tous. Il faut se résigner à être très strictement rationné et apprendre à utiliser au mieux les sources de chaleur dont on dispose.
- Le même problème s’était posé — moins aigu — vers la fin de la précédente guerre. Le Sous-Secrétariat d’État des Inventions, des Études et des Expériences techniques d’alors, le regretté J.-L. Breton, s’en était activement accupé et il nous avait chargés, Armand Thevenin et moi, de grou-
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- per en une brochure (x) les direclives, les renseignements, les recettes et les suggestions utiles. La question retrouve aujourd’hui une actualité nouvelle et nous la traiterons ici, en tenant compte des changements survenus entre les deux guerres, notamment du développement du réseau électrique qui peut suppléer en certains points à la pénurie des combustibles.
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- Le problème du chauffage domestique et culinaire se pose ainsi : il s’agit d’élever la température d’une chambre ou d’un mets à un degré déterminé et de la maintenir ensuite à ce degré pendant un certain temps. Pour cela on brûle un combustible ou on dégrade de l’énergie dans un appareil approprié. Le thermomètre est l’instrument de mesure des températures.
- Mais il est évident qu’il ne faudra pas la même quantité de combustible pour amener à la même température une petite chambre ou tout un immeuble, pour cuire un œuf ou un bœuf. La température donnée par le thermomètre ne fournit pas une donnée suffisante ; il faut aussi tenir compte du volume à chauffer et des pertes de chaleur qu’il subit vers l’extérieur, conduction, convection et rayonnement. Il faut donc songer non seulement au degré de chaleur, mais à la quantité qu’on exprime en calories, l’unité appelée calorie ou millithermie étant la quantité de chaleur nécessaire pour élever la température d’un litre d’eau d’un degré.
- Pour prendre un exemple excessif qui fait bien comprendre la différence entre degré de température et quantité de calories, je citerai le fait auquel j’ai assisté à plusieurs reprises d’une bombe incendiaire « Elektron », du poids de i kg. allumée entre des bidons d’essence sans y mettre le feu. La température de la bombe en ignition dépasse 2 ooo°, mais sa masse est si petite que la chaleur produite se dissipe rapidement et tiédit tout au plus la paroi métallique des bidons pleins d’essence.
- Les divers combustibles ne s’enflamment pas tous à la même température ; ils s’allument plus ou moins aisément. Un feu de coke est plus difficile à alhimer qu’un feu de braise ou de charbon de bois et pour enflammer un réchaud à gaz il suffit d’une allumette.
- Pour un même poids, les combustibles fournissent des quantités de chaleur très variables. Le pétrole, l’essence chauffent plus que l’anthracite, le coke, ou la houille; l’alcool, le gaz d’éclairage chauffent moins, et moins encore le bois. 1 kg. de pétrole dégage en brûlant au moins quatre fois plus de calories qu’un kg. de bois.
- Le même combustible brûlé dans divers appareils fournit plus ou moins de chaleur. Dans l’âtre énorme des anciennes maisons de paysan, presque tout part par la cheminée. Avec le même charbon, on obtiendra dans une grille un rendement de 5 à 10 pour 100 alors qu’il sera de 60 pour 100 dans un poêle.
- Chaque maison a son installation fixe de chauffage, plus ou moins bien conçue et réalisée. Mais celle-ci est prévue pour un combustible donné et ne peut bien servir pour d’autres. Un foyer de chauffage central au mazout ne peut brûler de l’anthracite ! Heureux ceux qui disposent de plusieurs moyens de chauffage et ne logent pas dans ces maisons ultramodernes où les cheminées des chambres ont été volontairement omises !
- 1. R. Legendre et A. Tiïeyemn. Comment économiser le chauffage domestique et culinaire. Masson et Cie, Paris, 1918.
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- Les combustibles sont très nombreux, les uns usuels, classiques pourrait-on dire, les autres occasionnels qui ne reparaissent guère qu’à chaque époque de crise : tourbe, lignite, sciure, poussiers, déchets de papier, tannée, geignons d’olives, marcs de pommes et de raisins, etc. Ces derniers, on ne les voit guère, en temps de prospérité, que sur les lieux mêmes de leur production ; on les considère comme des déchets dont il faut se débarrasser sur place, puisqu’ils ne valent pas la peine et les frais d’un transport; mais en temps de disette de charbon, ils retrouvent une nouvelle vogue et l’on s’ingénie à les agglomérer, à en faire des briquettes et des boulets pour les brûler dans les poêles en remplacement du charbon défaillant.
- Aussi paradoxal que cela paraisse, imaginons une maison parfaitement calorifugée, comme dans une épaisse couche d’ouate. Il suffirait de la chauffer une fois, au début de l’hiver pour qu’elle conserve une température confortable durant toute la mauvaise saison et il n’y aurait plus à chauffer que l’air qu’on y envoie pour l’aération. En cuisine, la ventilation étant inutile, la marmite norvégienne bien construite et calorifugée réalise cette solution. Mais beaucoup de maisons modernes, aux murs minces et poreux, parfois fissurés, ne gardent pas la chaleur. Des tentures, des meubles et des rayonnages aux murs, des rideaux aux fenêtres, des bourrelets aux portes peuvent remédier en partie à ces inconvénients et économiser le combustible.
- Le chauffage en temps de crise est donc un problème assez complexe dont la solution peut être améliorée par quelques notions théoriques, un peu de bon sens, des tours de main et des recettes applicables à la maison.
- Du CHOIX DES COMBUSTIBLES
- Le combustible le plus anciennement employé est le bois. Beaucoup d’autres ont aussi comme origine la cellulose des tissus végétaux : la tourbe, le lignite, la houille, l’anthracite. L’alcool est le produit d’une fermentation des sucres. Les autres combustibles liquides : essences, pétroles, gasoil, fuel-oil, mazout sont des produits de la distillation fractionnée des huiles minérales dont l’origine géologique est discutée, végétale ou animale. Le coke et le gaz d’éclairage sont obtenus par distillation des houilles. Le courant électrique est produit par des centrales thermiques à charbon et surtout par des chutes d’eau aménagées en centrales hydro-électriques.
- Le choix entre tous ces combustibles dépend de multiples circonstances.
- Il est évident que l’occupant d’un domaine couvert de bois ne va pas y faire venir du charbon ou du mazout et qu’il a intérêt à brûler sur place le bois mort ou abattu dans la propriété. La ferme située au bord de la Somme ou dans la grande Brière se chauffera avec la tourbe extraite du marais voisin et séchée. Le chalet dans la montagne ne fera pas monter de la vallée des mulets chargés de combustible quand la ligne électrique passe à proximité. La scierie proche fournira la sciure, l’huilerie les grignons d’olive, la distillerie les marcs qui trouveront dans le foyer un exutoire, à défaut de meilleure utilisation. Chacun considérera d’abord la sécurité de son approvisionnement, puis l’économie des prix.
- Dans les villes où tout doit être transporté et où l’on trouve en plus du réseau de distribution électrique et de la distribution urbaine de gaz d’éclairage un commerce plus ou moins bien approvisionné de divers combustibles, le choix — si choix il y a — sera plus complexe et difficile. Il dépendra d’abord des appareils de combustion dont il dis-
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- pose ou qu’on peut se procurer, puis des ressources qui sont offertes, et enfin des prix.
- Pour guider ce choix, nous examinerons successivement la valeur calorifique des divers combustibles usuels et occasionnels, les qualités et les défauts propres à chacun d’eux, les appareils de chauffage, le chauffage des maisons, le chauffage culinaire.
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- Un combustible est destiné à être brûlé. Il donne alors, outre des calories qu’on recherche, des produits qu’on ne désire pas, des gaz divers, de la fumée, un résidu incombustible, les cendres. Pour qu’un combustible soit pratique, il faut d’abord qu’il soit abondant, facile à se procurer, relativement peu coûteux; il faut encore qu’il brûle bien, sans fumées, en laissant peu de cendres; il faut aussi que les gaz de la combustion soient peu odorants et non toxiques. On doit aussi tenir compte de la rapidité d’allumage et de la facilité de combustion; dans un appareil à feu continu, la lenteur de combustion est un avantage parce qu’elle diminue la fréquence des chargements ; dans un appareil de cuisine, au contraire, il devient intéi’essant de chauffer vite et peu de temps. La braise de boulanger s’allume plus vite et brûle plus facilement que le charbon de bois ; on peut classer en ordre décroissant les combustibles solides : bois, houille grasse, houille maigre, coke, anthracite. Les combustibles liquides et gazeux s’allument et s’éteignent par la simple manoeuvre d’un robinet.
- Mais la qualité primordiale d’un combustible est son pouvoir calorifique, c’est-à-dire la quantité de chaleur que dégage i kg de celui-ci en brûlant. La chaleur produite, dépend de la teneur en carbone et en hydrogène, une fois les cendres défalquées. Un kg d’hydrogène dégage en brûlant 28 800 cal. ; un kg. de carbone n’en dégage que 8 000 environ.
- La combustion complète d’une houille qui contiendrait G pour 100 de cendres, 4 pour xoo d’hydrogène et 90 pour 100 de carbone fournirait théoriquement :
- (8 000 x 0,9) + (28 800 x o,o4) = 8 35a cal.
- Le pouvoir calorifique de cette houille serait de 8 35a.
- En ne tenant pas compte des cendres, la composition chimique des principaux combustibles solides est approximativement la suivante :
- Carbone Hydrogène Oxygène
- Bois ... 5o p. 100 G p. 100 43 p. 100
- Tourbe. . Go » G » 3a »
- Lignite . 70 » 5 » 24 »
- Houille . 82 » 5 » 12 »
- Anthracite . 94 » 3 a 3 »
- D’autre part, leur teneur en cendres est de :
- Bois ................... 1 à 3 p. 100
- Tourbe...................... 5 à 10 »
- Lignite ...... 5 à i5 »
- Llouilles................... 4 à 7 »
- Les combustibles liquides, du groupe des pétroles, plus riches en hydrogène, ont un pouvoir calorifique bien plus élevé.
- On peut calculer le pouvoir calorifique d’après l’analyse chimique en se servant de la formule suivante :
- 8 i4o C + 28 800 ( H — 1/80I 4- 2 220 S — 600 Aq 100
- dans laquelle c représente le pouvoir calorifique, G, H, O, S, Aq les poids de carbone, d’hydrogène, d’oxygène, de soufre et d’eau dans 100 g. de combustible.
- On peut aussi déterminer directement le pouvoir calorifique par expérience, au moyen d’appareils de laboratoire nommés « bombes calorimétriques ».
- Les résultats diffèrent légèrement selon l’origine des échantillons sur lesquels on a fait les mesures et la quantité d’eau qu’ils contiennent.
- Izart a donné le tableau suivant qui groupe de bonnes moyennes :
- Bois 2 4oo à 2 5oo
- Tourbe 3 000 à 3 700
- Lignite 4 000 à 4 800
- Houille maigre . 7 200 à 7 800
- Anthracite .... 7 800 à 8 3oo
- Coke 7 000 à 8 000
- Charbon de bois. 6 000 à 7 000
- Péti’ole ou mazout . . 10 000 à 11 5oo
- Alcool dénaturé . 5 520
- Gaz d’éclairage. . . 4 5oo à 5 3oo
- L’électricité ne se pèse pas, mais elle a aussi un équivalent calorifique. Si l’on fait passer un courant dans un conducteur résistant, celui-ci s’échauffe et, d’après la loi de Joule, l’énergie W dégagée sous forme de chaleur est proportionnelle à la résistance R du conducteur, au carré de l’intensité I du courant et au temps t pendant lequel le courant passe :
- W = R.I2L
- Une grande calorie ou millithermie équivaut à 4 188 joules et un joule correspond à une unité de travail d’un watt par seconde c’est dire qu’un joule ou un watt par seconde équivaut à 0,289 calorie gramme degré ou microthermie.
- Le chauffage électrique dans les radiateurs, les tapis chauffants, les cuisinières, les fers à repasser, etc., utilise l’effet Joule dans des conducteurs résistants. Il est aisé de calculer le pouvoir calorifique d’un appareillage électrique d’après sa consommation de courant, d’autant mieux que la transformation de l’énergie électrique en chaleur se fait sans aucune perte.
- Ges données sur le pouvoir calorifique permettent de comparer les prix et de choisir les plus avantageux des moyens de chauffage dont on peut disposer.
- A supposer qu’on dispose d’un fourneau ou d’un poêle pouvant brûler indifféremment du bois, du lignite, du charbon ou du coke, les prix des combustibles devront s’aligner proportionnellement à leur pouvoir calorifique. A supposer le prix du bois égal à x, celui du lignite devra être un peu inférieur à 2, celui du charbon égal environ à 3, celui du coke à peine plus élevé. Si l’on doit choisir pour la cuisine enti'e une cuisinière à bois, une à chai-bon, un réchaud à gaz et un fourneau électrique, le prix du kg. de bois étant égal à 1, celui du charbon pourra être 3, celui du gaz (au m3) 2, celui du courant électrique (au kW/h.) un tiers seulement.
- Bien entendu, ces rappoi’ts de prix s’entendent à rendement égal des appareils d’utilisation que nous examinerons dans un prochain article. Mais ils permettent déjà une certaine approximation et un premier choix.
- Souhaitons qu’ils guident utilement nos lecteurs citadins dans les si difficiles conditions présentes.
- (à suivre)
- c
- R. Legendre.
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- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES 387
- Séance du 26 février ig4o.
- L’alimentation des poissons. — On admet en général que les algues constituent une nourriture pour les poissons. M. Lefèvre a cependant reconnu qu’un très grand nombre d’algues traversent le tube digestif des poissons en restant vivantes ; la plupart de ces algues appartiennent aux Protococcales, aux Flagellés, aux Cyanophycées, aux Dinoflagellés et aux Yolvocales. Il est d’ailleurs probable que des espèces indigestes pour certains poissons ne le sont pas pour d’autres. Une étude attentive peut avoir un intérêt considérable pour la pisciculture.
- Les pieds gelés. — L’action de l’acide ascorbique sur les phénomènes d’hémolyse a amené MM. Sartoivy et Meyek à traiter par lui les « pieds gelés ». Avec le produit synthétique les résultats ont été nuis Au contraire avec la vitamine C provenant des feuilles d’iris, des frictions légères de l’émulsion aqueuse ont donné d’excellents résultats. Ceux-ci ne paraissent donc pas dus à l’acide ascorbique mais à une autre vitamine naturelle que les auteurs estiment être la vitamine P.
- Séance du 4 mars 1940.
- Le gel d’alumine dans la vaccination. — Les
- travaux de Ravion ont montré toute l’importance des substances adjuvantes et stimulantes dans l’acquisition de l’immunité. M. .Iacotot expose, qu’en particulier, dans la vaccination contre la peste bovine, l’addition de gel d’alumine au vaccin organique formé par une émulsion tissulaire formolée, renforce le pouvoir vaccinant dans une large proportion, le vaccin adsorbé se montrant de 10 à a5 fois plus actif que le vaccin ordinaire. La présence du gel d’alumine augmente également la constance dans les effets et, très probablement, la conservation. Il devient donc possible de diminuer fortement les doses à injecter.
- Séance du 18 mars 1940.
- La foudre dans l’Aveyron. — Poursuivant son étude de la répartition des points de chute de la foudre, M. Dau-zère distingue trois zones dans l’Aveyron. La zone peu foudroyée comprend les Causses, les plateaux basaltiques qui séparent l’Aveyron du Cantal et les landes du Ségala malgré leur formation à base de schistes cristallins. La zone très foudroyée comprend la pointe Nord du département, la région à l’Ouest de l’Aubrac, les régions qui entourent à l’Est et à l’Ouest le bassin de Decazcville, les territoires compris entre les vallées du Viaur et de l’Aveyron à l’Est de la Grande Faille jusqu’au méridien de Naucelle et enfin une bande large de 7 à 8 km. au Sud-Est du département, en bordure du Tarn. La zone moyenne comprend le reste du département. L’auteur a vérifié plusieurs fois l’attraction exercée sur la foudre par les ouvertures des gouffres et des grottes.
- Séance du 27 mars 1940.
- Effets du froid sur la végétation. — M. Lucien Daniel signale divers faits en liaison avec la sécheresse et la chaleur de l’été ig38 suivis d’un hiver rigoureux (— i6° à — 180 à Erquy). Des pêchers ont donné en 1989 une floraison et une fructification excessives qui ont épuisé les arbustes. Les pruniers ont donné abondance de fruits. Des rosiers, des aubépines, les plantes herbacées annuelles ont présenté des changements de couleurs des feuilles et des fleurs. Des tubercules de dahlias et de bégonias ont résisté au froid.
- Auscultation d’une circulation souterraine dans un terrain fissuré. — M. F. Diénert propose une nouvelle méthode applicable aux puits non maçonnés à leur partie inférieure. Ayant agité dans l’eau du puits un mélange de sel marin et de glycocolle, substances inégalement diffusibles, il note les vitesses de dilution et de disparition et en tire des conclusions pratiques sur le régime du puits variable selon l’inconstance du débit ou du niveau en temps de crue.
- Séance du ier avril ig4o.
- Structure du versant nord des Pyrénées. —
- M. Léon Bertrand revient sur l’orogenèse des Pyrénées si discutée. Il envisage une grande aire géosynclinale primaire de toute la chaîne où les roches métamorphisées ont subi un plissement hercynien, puis un géosynclinal nord-pyrénéen plissé au cénomanien et chevauché vers le sud par les gneiss, enfin une fosse sous-pyrénéenne où se sont accumulés les dépôts du crétacé et du nummuliti-que, non métamorphisés, où l’on trouve actuellement du pétrole.
- Le scilliroside. — La scille rouge est employée comme toxique contre les rats et les rongeurs. MM. A. Stoll et J. Renz en ont extrait et isolé à l’état pur et cristallisé un glucosidc C3,H4&01o dont l’activité convulsivante est très élevée.
- L’essence de mandarinier comparée à la colchi= cine. — On sait que la colchicine provoque des modifications de la division des cellules végétales, notamment une multiplication des chromosomes ou polyploïdie. Le même effet s’obtient avec plusieurs corps cycliques. MM. M. Simo-net et G. Igolen ont expérimenté sur des huiles essentielles naturelles, notamment celle du mandarinier (Citrus nobilis) riche en mélhylanthranilale de méthyle et ont observé le même phénomène. Les corps provoquant la polyploïdie existent donc dans les feuilles et les bourgeons comme dans les bulbes et les graines.
- Substance provoquant des lésions tuberculeux ses. — Mlle N. Ciioucroun annonce qu’elle a extrait du bacille tuberculeux bovin ou humain une substance chimique capable, en l’absence de tout corps bacillaire, de provoquer chez des cobayes des lésions tuberculeuses typiques.
- Séance du 27 mai 1940.
- La disphylaxie hépatique. — M. IL Vincent continue de rechercher le rôle du foie dans l’infection par le colibacille. L’invasion soudaine du foie détermine la désintégration rapide de ses cellules et la mort. La vaccination n’empêche ni ne ralentit le phénomène. L’injection des bacilles sous la peau, dans la veine, la rate, le rein ne provoque aucun phénomène morbide important. Le foie joue donc un rôle primordial dans la défense de l’organisme contre les infections ; il agit, semble-t-il, en réglant le pouvoir alexi-que du sang, ce qui explique l’absence d’immunité vaccinale.
- Séance du 10 juin 1940.
- Appétit et vitamine C. — M. G. Mouriquand conclut de multiples expériences sur des cobayes que le manque de vitamine C (acide ascorbique) dans la ration provoque peu à peu l’inappétence et l’amaigrissement. Par contre, sa présence maintient l’appétit et l’eutrophic. L’acide ascorbique est la vitamine de la faim.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- Méthodes de polymérisation des matières plastiques.
- Dans les dix dernières années, l’industrie des matières plastiques s’est enrichie d’un nombre considérable de nouveaux produits. Avant cette époque, la majorité des matières plastiques était obtenue par condensation chimique, tandis que maintenant, les résultats les plus intéressants sont obtenus par polymérisation. En particulier, nous citerons les plastiques étherroïdes dérivés de l’acétylène et de l’éthylène dont les matières de base, les monomères sont le chlorure de polyvinyle, l’acétate de polyvinyle, les esters acides polyacryliques, méthacryliques, les acétals, etc., les dérivés du buladiène et les produits résultant de la copolymérisation du butadiène avec une ou plusieurs des matières étherroïdes. Par exemple le néoprène qui est le polymère du 2 chloro x-3 butadiène, les divers buna copolymères du butadiène avec le styrène, le nitrile de l’acide acrylique, etc.
- Il y a trois façons principales de réaliser la polymérisation.:
- 1) La polymérisation directe de la matière de base, le monomère, sans intervention d’un solvant;
- 2) La polymérisation du monomère dissous dans un solvant ;
- 3) La polymérisation du monomère mis en suspension dans un liquide avec lequel il est immiscible et qui est souvent l’eau.
- En général il faut faire agir un catalyseur de polymérisation, le plus souvent un oxydant, et quand la réaction ne s’amorce pas d’elle-même, chauffer ou soumettre à l’action de la lumière ou des radiations.
- Les deux premières méthodes ont été presqu’exclusivement appliquées pendant les dix dernières années, mais il semble qu’elles cèdent maintenant le pas à la troisième méthode qui présente de nombreux avantages. On peut l’appeler « polymérisation par émulsion a parce que le milieu de dispersion est l’eau le plus souvent et que les monomères y sont généralement insolubles. De plus, avec quelques précautions supplémentaires (colloïde protecteur par exemple) le produit final se présente sous la forme d’une émulsion ou d’une suspension stables, suivant que le polymère est liquide ou solide.
- Le tableau suivant donne un certain nombre de matières plastiques actuellement fabriquées sous cette forme :
- Monomère Nom Nom commercial
- CH2 Cl~ = C\H Chlorure de vinyle Vinylite, mipo-Iam, koroscal
- CH2 .OCOCH3 = < Acétate de vinyle Gelva, vinna- pas, vinylite
- CH2 ,COOC2H5 = C\ MI Acrylate d’éthyle Diakon
- CH2 COOCH3 — c' “ \ XCH3 Métacrylate de méthyle Perpex, lucite, plexiglas
- CH2 .CN = <\ XH Nitrile d’acide acrylique Plextol, perbunas, acronal
- Monomère GH3 — CH — CH CH2
- CH3 = CH — CH CH2 = Cl — CH = CH2
- Nom
- : CH2 Butadiène
- /H - C' Isoprène
- XCH3 CH2 Chloroprène
- Nom commercial
- Caoutchoucs Buna, perbunas
- Cao utchouc naturel
- Néoprène
- En général la polymérisation est une opération difficile à contrôler et son mécanisme est encore incertain. Tantôt elle se produit spontanément, tantôt il faut l’amorcer, après quoi elle se continue avec une violence explosive, tantôt enfin elle est extrêmement paresseuse. Il en résulte une grande difficulté pour obtenir un produit final de composition et de propriétés rigoureusement constantes et l’on aboutit généralement à un mélange de divers polymères et de produits accessoires qu’il faut ensuite séparer de façon à ne conserver que le polymère intéressant, ce qui complique le traitement et diminue le rendement.
- Opérer sur une émulsion aqueuse présente de nombreux avantages. Tout d’abord il est facile de rester maître de la réaction, la nature du traitement et sa durée déterminant le degré de polymérisation. La réaction est moins brutale, s’opère à des températures plus basses et il se produit moins de sous-produits résineux.
- On obtient finalement une suspension très finement divisée, un « latex » que l’on peut stabiliser par des agents convenables et dont on peut extraire le produit solide, soit par coagulation comme dans le cas du caoutchouc à l’aide d’acide acétique, d’acide formique ou de sels de métaux polyvalents (sulfate d’alumine), etc., soit par évaporation de l’eau, ce qui permet de réaliser une production continue. Dans les deux cas, la purification du polymère est plus aisée que lorsqu’il se trouve en masse.
- On obtient également ainsi par évaporation des suspensions, des pellicules, qui se comportent à bien des égai'ds comme les pellicules de latex de caoutchouc et qui ont des champs d’application différents de ceux du caoutchouc. En particulier, elles supportent bien les charges diverses qu’on peut leur incorporer et elles sont très stables.
- Par contre, on peut x'eprochcr à la polymérisation de nécessiter l’emploi de stabilisants et cl’émulsifiants qui se retrouvent dans le produit fini auquel, malgré leur faible quantité, ils confèrent une légère hygroscopicité et une structure moins compacte que celle du produit obtenu par les autres méthodes. En général un faible chauffage suffit à faire disparaître ces inconvénients.
- Les dimensions des granules de ces émulsions sont très faibles, souvent moins de 0,2 p. de diamètre et les suspensions ont une viscosité infiniment plus faible, à concentration égale de matière plastique, que les solutions ordinaires. Ceci est un gros avantage, car les solutions de polymères à longue chaîne sont en général extrêmement visqueuses, ce qui, sitôt que la concentration augmente, les rend impossibles à travailler.
- Nous allons donner quelques exemples de polyméi’isation par émulsion empruntés à des brevets récents.
- Les composés vinyliques se prêtent particulièrement bien à celte opération. C’est ainsi que dans un brevet de la I. G. Farbenindustrie (x) on introduit une suspension aqueuse du monomère avec un agent catalytique et un agent émulsifiant dans un tube à réaction maintenu à la
- 1. Brevet anglais 303.788 de 1939.
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- température de polymérisation. Celle-ci se produit et on retire du tube, d’une façon continue, le composé polymérisé; ce qui, au point de vue industriel, est extrêmement intéressant.
- Le même mécanisme est proposé par Marks dans le brevet américain 2 161 48i délivré également en 1989.
- Enfin signalons que Rohm et Haas en ig33 (brevet anglais 455 742) avaient déjà préparé des polymères sous la forme de poudres fines, à grains de grosseur déterminée, en prenant par exemple un mélange de 90 parties d’acétate de vinyle agitées pendant trois heures à 8o° avec 200 parties d’eau renfermant 10 parties de talc et o,5 pour 100 de peroxyde de benzoyle.
- Le groupe si important des résines obtenues par polyméri-sttion des dérivés de l’acide acrylique et de l’acide métha-crylique qui sont caractérisées par leur transparence rappelant celle du verre est également justiciable du même procédé.
- On émulsifle le monomère dans l’eau contenant un agent émulsifiant, comme l’oléate de sodium, et un catalyseur de polymérisation. L’émulsion est soit chauffée, soit exposée à la lumière et la réaction arrêtée au stade désiré par addition d’eau froide, ce qui permet d’obtenir une grande variété de poudres ayant des propriétés très diverses.
- Les dispersions de polymères, évaporées à siccité, donnent des pellicules plus ou moins flexibles, ayant de bonnes propriétés d’adhérence et ne nécessitent pas l’addition de plastifiants. Ces produits ne sont pas saponifiables et sont très résistants à l’humidité ainsi qu’aux agents chimiques. En particulier, les résines d’ester de l’acide acrylique fournissent une gamme de produits allant de la pellicule semi-fluide aux solides durs thermoplastiques, extrêmement transparents, résistant au vieillissement, peu inflammables et non attaqués par les huiles, le pétrole et ses solvants.
- On s’en sert, sous forme de solution aqueuse, pour la finition des cuirs, pour l’imprégnation des étoffes dont ils augmentent. la résistance à l’usure et à la traction, ainsi que pour leur imperméabilisation.
- Les dérivés de l’acide méthacrylique donnent des surfaces plus dures ; ils ont des points de fusion plus élevés et des propriétés adhésives moins bonnes. On s’en sert pour préserver les métaux de l’oxydation et pour la confection de cols et chemises ne nécessitant pas, après lavage, l’empesage et l’amidonnage.
- Voici quelques exemples pris dans la littérature récente des brevets.
- L7. G. Farbenindustrie émulsifie le méthylacrylate dans l’eau avec un dérivé du sulfonate de naphtalène, catalyse par l’eau oxygénée et chauffe à 70-80°; on obtient une sorte de latex (brevet anglais 358 534). On arrive à un produit analogue en mélangeant q3 d’acide acrylique, 7 de butadiène, émulsionnam dans 100 parties d’une solution à 3 pour 100 d’argent oxydant et chauffant à 6o°. Barlatt (U. S. 2 129 663) polymérisé les alkymétliacrylates en les chauffant à 65° dans une solution aqueuse d’alcool méthy-lique contenant du peroxyde de benzoyle.
- Dimar opère sur les mêmes monomères dans l’eau en présence d’amidon jouant le rôle d’agent dispersant que l’on retire ultérieurement, quand la réaction est terminée, en ajoutant un agent hydrolysant qui rend l’amidon soluble.
- La polymérisation émulsionnante, qui permet de produire d’une façon continue les matières plastiques sous forme de poudres de granulométrie bien définie, exemptes de produits accessoires, est une méthode qui semble avoir un avenir considérable dans cette branche toute nouvelle et en plein développement de la chimie des polymères.
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- La méthode chromatographique.
- Une application intéressante des phénomènes d’adsorp-lion des liquides par les solides est la méthode chromatographique proposée dès 1906 par le botaniste russe Tswett et qui a été appliquée depuis à de nombreuses séparations.
- Le principe est très simple : il consiste à remplir un tube de verre avec une poudre bien tassée et à filtrer sur la colonne d’adsorption ainsi formée une solution des pigments ou des corps à étudier. Ces corps sont adsorbés sous forme de zones qui descendront plus ou moins lentement le long de la colonne au fur et à mesure de la filtration. La distance entre les zones augmente quand on lave la colonne avec des solvants appropriés. On sépare ensuite les zones en les découpant de la colonne et on élue les corps adsorbés.
- La forme et la construction des tubes ont peu d’importance ; ce qui importe c’est la nature de l’adsorbant. En principe, on peut se servir de n’importe quel corps finement divisé qui ne réagit pas avec le solvant utilisé. On emploie en général des oxydes et sels de métaux tels que la magnésie, l’alumine, l’hydrate de calcium, le carbonate de calcium, le kaolin, la terre à foulon, le talc, le charbon, parfois le sucre en poudre, etc... Plus les grains de la poudre sont fins (i,5 à 10 p.) plus l’adsorption est intense. Dans certains cas, on peut activer les poudres, de façon à aug-imnter le phénomène (traitement de l’alumine par l’acide chlorhydrique, addition de petites quantités de chaux, etc.).
- D’une façon générale, les poudres basiques (oxydes de métaux) adsorbent les corps ayant • des propriétés acides (groupes carboxyles, phénoliques, hydroxyles) des alcools et des éthers. Au contraire les adsorbanls acides (kaolin) fixent mieux les corps basiques. Pour les corps ayant de multiples fonctions chimiques, les adsorbanls faibles (carbonate de calcium, sucres, etc.) sont plus indiqués.
- Nous allons citer quelques applications en chimie organique de la méthode chromatographique. C’est ainsi que l'alumine adsorbe mieux l’acide oléique que les acides saturés palmitique ou stéarique. Par adsorption par le charbon, on peut séparer le glucose et le saccharose (solvant l’alcool). L’acétylcellulose peut être fractionné d’après fa longueur de la chaîne des molécules (adsorbant : charbon ; solvant : acétone; diluant : dioxane). Comme la longueur des molécules est en relation avec la viscosité, les fractions les moins visqueuses sont adsorbées à la partie supérieure du colorant.
- Avec les carbures aromatiques, l’affinité pour l’alumine employée comme adsorbant augmente avec le nombre des noyaux benzéniques. On trouvera par exemple, de haut en bas de la colonne, le naphtène puis l’anthracène et enfin le naphtalène.
- De même, par l’alumine ou le carbonate de calcium, on sépare les 3 nitrophénols, le para- reste à la partie supérieure, le méta- est au-dessous et l’ortho- au bas de la colonne.
- Pour les matières colorantes synthétiques, la méthode donne des résultats remarquables et permet de séparer des mélanges de 3 ou 4 colorants basiques (dérivés du triplié-nylméthane, etc...) en leurs composants.
- La séparation des alcaloïdes est également possible : morphine et thébaïne, pyi-amidon et véronal etc... en se servant d’alumine comme corps adsorbant.
- Enfin, en chimie minérale, la séparation des terres rares peut être réalisée. On a montré que les calions des métaux bivalents et trivalents s’adsorbent en zones distinctes sur l'alumine. On peut rendre visibles les ions incolores en « développant » la colonne avec du sulfure d’ammonium et obtenir ainsi des anneaux de coloration différente pour cha-
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- que sulfure. L’ordre d’adsorption sur l’alumine est le suivant, en allant de haut en bas : arsenic, antimoine, bismuth, chrome, fer, mercure, plomb, cuivre, argent, zinc, cobalt, nickel, manganèse.
- On voit donc que cette méthode de microchimie est capable de fournir d’une façon très simple, des renseignements qualitatifs extrêmement intéressants.
- H. Vignebon.
- Les Pangolins de VAirique Équatoriale.
- Il existe dans le centre africain trois espèces de pangolins : l’une est le grand pangolin (Manis gigantea), animal terrestre habitant les régions forestières ; les deux autres sont arboricoles, ce sont Manis tricuspis et M. mae-rura. Ces derniers sont de petite taille bien que leur queue soit beaucoup plus longue que celle du pangolin terrestre et qu’elle les allonge considérablement. Le M. tricuspis possède des écailles à dent aiguë bien marquée, tandis que chez le M. maerura, la dent est peu nette et les écailles plus grandes.
- Cette cuirasse d’écailles puissantes constitue pour ces animaux une excellente défense; il ne reste guère sans protection que la région médiane ventrale, l’extrémité de la tête et le dessous des pattes. Le pangolin, pour protéger ses parties vulnérables, se roule en boule dès qu’il pressent quelque danger.
- Si l’on essaie alors de le « détendre », on constate que sa puissance musculaire n’est pas négligeable, la queue elle-même s’agrippant par son extrémité à la cuirasse. Les écailles relevées risquent fort de percer sérieusement les doigts lorsque l’animal vaincu se déroulera assez brusquement, lançant en même temps un jet liquide malodorant expulsé par une glande anale. Les pattes relativement courtes sont en plus armées de solides griffes.
- Le pangolin, vivant en toute quiétude, est fort alerte, lorsqu’il baguenaude à la recherche d’une nourriture essentiellement constituée de fourmis et accessoirement de termites. Sa bouche n’est qu’une sorte de conduit où les dents manquent; la langue, longue, sans cesse humectée d’une salive gluante par des glandes très actives, est protractile. Pour capturer ses proies, il s’installe près d’une fourmilière et promène sa langue-piège sur les colonnes de fourmis qu’il déglutit prestement. On peut trouver dans son estomac une quantité prodigieuse de ces insectes. Signalons
- à ce propos que la première collection importante de fourmis congolaises, compi-enant des espèces nouvelles, fut fournie par la dissection d’un estomac de pangolin !
- Plus souvent il ne se contente pas de piéger; il s’attaque au nid qu’il éventre de ses griffes. Les fourmis sortent de toutes parts et. montent à l’assaut de ce gros ennemi; des milliers d’insectes courent sur son corps, se glissent entre les lamelles écailleuses de sa carapace. Il commence alors paisiblement son festin : avec une rapidité merveilleuse la langue va et vient et englue des centaines de fourmis qui sont rapidement avalées. Il insinue sa langue visqueuse de tous côtés et, de la queue, il rassemble de temps en temps, comme avec un balai, les débris du nid où des fourmis se sont cachées.
- De brusques mouvements de la carapace lui permettent de se secouer et de se débarrasser des assaillantes par trop téméraires. D’un léger coup de queue faisant office de brosse il achève ce nettoyage et y trouve encore à manger.
- Le pangolin est bien protégé contre' les morsures des fnsectes : entre les écailles la peau est épaisse; la bouche est pleine de salive collante ; les narines en fentes sont aisément fermées pendant le repas; les yeux sont bordés par d’épaisses paupières; les oreilles externes manquent et le conduit auditif peut se clore également.
- Même les terribles fourmis voyageuses, les Dasylus n’effraient nullement le pangolin qui les avale comme les autres. Cependant, tous les voyageurs africains savent que la terrible Dasylus possède de formidables mandibules.
- Manis gigantea peu atteindre, queue comprise, i m. 5o de longueur et 70 cm. sans celle-ci. Les deux autres espèces ne dépassent jamais 1 m. de longueur totale, et 4o cm. poulie corps.
- L’espèce à queue courte est essentiellement terrestre, comme nous l’avons dit. Le logement des pangolins terrestres est une cavité quelconque du sol ou un terrier creusé par la bête, avec les puissantes griffes de ses pattes antérieures ; il peut parfois s’enfoncer jusqu’à 5 m. de profondeur.
- Les espèces arboricoles se contentent de creux dans les troncs des arbres ou d’enchevêtrements de ramures. Leur activilé est crépusculaire plutôt que nocturne et durant les heures chaudes de la journée ces animaux se reposent dans .leurs abris que les indigènes excellent à découvrir; leur capture est alors aisée, n’étant, qu’une besogne de terrassier, ou un exercice d’équilibre dans les arbres, selon les espèces.-
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- ASSAISONNONS LA SALADE SANS HUILE
- La difficulté que l’on éprouve actuellement à se procurer l’huile d’olives ou d’arachides, habituellement employée pour assaisonner la salade, nous incite à communiquer à nos lecteurs un petit tour de main qui permet de résoudre la difficulté.
- Il suffit de recourir au produit moins rare, connu sous les noms de cocose, végétaline, beurre végétal, cocoïne, coco nut butter, extrait de la noix de coco, qui est solide, incolore et généralement réservé à la cuisine comme succédané du beurre de vache.
- On fait fondre, dans une cuiller, une quantité de cocose équivalente à la quantité d’huile que l’on a l’habitude de mettre, puis on ajoute à la cocose ainsi liquéfiée, le poivre dont la
- pipérine se dissout facilement dans les matières grasses et on répartit le mélange sur la salade que l’on brasse aussitôt.
- Quant au sel et au vinaigre, ils sont ajoutés également au mélange (solubilisation facile du sel dans l’eau du vinaigre) sans précautions spéciales.
- Un dernier brassage avec addition d’une trace de moutarde si on le désire fournit enfin une salade délicieuse.
- Le beurre s’emploie avec avantage dans les mêmes conditions. La margarine donne un goût et un aspect moins agréables à la salade.
- On peut allonger la matière grasse avec une quantité égale de vin blanc.
- Enfin, on peut encore, à défaut de matière grasse, utiliser la farine, à raison d’une partie de farine délayée dans deux parties d’eau tiède.
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- L’ORGE MALTÉE TORRÉFIÉE COMME SUCCÉDANÉ DU CAFÉ
- La Graminée désignée sous le nom d’Orge, Hordeum disticum, fournit une graine susceptible d’un emploi très important soit pour la nourriture du bétail en vue de l’engraissement ou de l’alimentation des chevaux dans les pays méridionaux en remplacement de l’avoine, soit industriellement pour la fabrication de la bière après l’opération du maltage, qui a pour but de transformer l’amidon contenu dans le grain en un sucre désigné sous le nom de maltose.
- Pour cela, on commence par faire absorber au grain une quantité d’eau suffisante pour éveiller la germination, puis les grains humides sont étendus en couches de 25 à 30 cm. d’épaisseur ; une élévation de température se produit dans la masse et l’élément de transformation, une diastase prend naissance ; son action est analogue à celle de la diastase salivaire qui amène l’amidon du pain sous forme de sucre soluble.
- L’embryon, jusqu’alors à l’état de vie ralentie, trouve ainsi à sa disposition l’aliment qui lui permettra de se développer jusqu’au moment où étant sorti de terre il sera capable de puiser dans l’acide carbonique de l’air, par sa chlorophylle, le carbone nécessaire à la construction organique.
- La quantité de diastase a acquis son maximum lorsque la jeune plante (plu-mule) encore cachée sous ses enveloppes, a atteint les trois quarts de la longueur du grain ; c’est à ce moment que l’on arrête la germination par le touraillage qui consiste à sécher le grain, puis à le porter à une température d’au moins 70°.
- Si le malt est uniquement réservé à la brasserie, on limite l’action de la chaleur qui porte essentiellement sur la modification du sucre maltose, développe l’arome et permet d’obtenir les bières pâles.
- Dans le cas où l’élévation de température est plus considérable, le maltose se transforme en caramel, les enveloppes du grain brunissent également, ce qui donne le « malt couleur » servant à colorer les bières qualifiées brunes ou, comme cela se produit actuellement, à remplacer dans une certaine mesure le café qui fait défaut.
- Comme il n’est pas alors question de ménager la diastase, pour saccharifler d’autres grains non germés, on se sert tout simplement pour cette caramélisation d’un torréfacteur, analogue à celui employé pour griller le café, en partant d’un malt un peu humide, ce qui favorise le brunissement ; il ne reste plus qu’à moudre et mettre en paquets.
- SAVON ÉCONOMIQUE
- Prendre :
- Graisse ou suif de bœuf. ......................G00 g.
- Colophane pulvérisée........................... 200 g.
- Lessive de soude caustique à 25° Baumé. . 700 g.
- Faire fondre la graisse à chaleur modérée, puis y verser environ la moitié de la lessive de soude caustique, porter à l’ébullition ; puis ajouter peu à peu le reste de la lessive, enfin la résine par petites portions ; ramener à l’ébullition et cuire jusqu’à ce que la masse devienne fluide et transparente, mettre alors dans des formes en métal ou en bois le produit pâteux et laisser refroidir.
- Comme préparation ménagère, on pourra par exemple utiliser la graisse solidifiée à la surface du bouillon froid, que l’on mettra de côté jusqu’à ce que la provision soit suffisante.
- On peut également utiliser comme matière grasse, soit les produits destinés à la cuisine tels que les margarines ou le saindoux, soit les huiles végétales dont on pourrait disposer : huiles d’arachides, de colza, de coton, mais ainsi on ne pourra réaliser que des savons mous, qui n’en sont pas moins utilisables.
- Quant à la lessive do soude caustique, on la trouve chez tous les marchands de couleurs, sous le nom de « potassium des peintres » à 36° Baumé, qu’il suffira d’étendre d’un tiers d’eau pour l’application de la formule ci-dessus.
- Nous rappelons que la manipulation de la soude caustique doit se faire avec précaution, car elle est dangereuse pour les yeux et d’autre part, répandue sur les vêtements de laine, elle peut y faire des trous en dissolvant cette fibre avec facilité.
- Signalons enfin que si la soude caustique devenait difficile à trouver, on poui'rait lui substituer les produits spécialisés vendus pour déboucher les tuyaux d’évier ou d’évacuation d’eaux de toilette, qui ne sont autres que de la soude caustique en plaquettes, dont on dissoudrait environ 300 gr. par litre.
- LESSIVE SANS FEU
- Faire dissoudre un demi-kg. de savon dans une quantité d'eau suffisante pour obtenir une bouillie, que l’on verse dans un cuvier contenant 40 à 50 1. d’eau froide, ajouter une cuillerée à bouche d’essence de térébenthine et deux cuillerées d’ammoniaque liquide (vulgairement alcali volatil) puis fouetter le tout avec un petit balai.
- Introduire le linge à laver dans cette lessive, laisser macérer 4 à 5 h., savonner ensuite le linge, dans les conditions habituelles, en le frottant entre les mains, rincer soigneusement et passer au bleu.
- L’eau de lessive peut être conservée et servir une seconde fois ; dans ce cas, il faut, avant d’y mettre le linge, la renforcer par une nouvelle cuillerée d’ammoniaque.
- Ce mode de blanchissage qui est peu coûteux rend le linge parfaitement blanc ; il dispense d’employer la brosse et économise le charbon.
- UN SUCCÉDANÉ DU SAVON
- On sait que le fruit du Marronnier d’Inde ou châtaigne de cheval (Æsculus hippocastanum) renferme une quantité notable de saponine caractérisée par Frémy, laquelle a un pouvoir détergent remarquable. Il est donc très économique, au moment où la récolte des marrons d’Inde va pouvoir se faire à l’automne sans difficultés, de signaler leur emploi éventuel pour la préparation des lessives familiales.
- La seule précaution à prendre est de décortiquer soigneusement les marrons, pour éliminer la matière coloranie contenue dans l’écorce, puis après les avoir coupés en petits morceaux d’en faire bouillir un kg. dans 25 1. d’eau, pour réaliser une excellente lessive.
- SCHAMPOING PEU COÛTEUX
- Prendre :
- Eau chaude.......................... 1.000 cm3
- Carbonate de soude.................... 50 g.
- Savon noir............................. 50 g.
- Faire dissoudre le carbonate de soude et le savon noir, en agitant suffisamment, puis laisser reposer jusqu’au lendemain, décanter alors le liquide clair et le mettre en flacons. Pour l’usage employer environ 50 gr. de la mixture.
- UTILISONS LE POUSSIER DE CHARBON
- Prendre :
- Argile grasse.............................. 10 kg.
- Chaux éteinte tamisée...................... 2 kg. 5
- Ajouter une quantité d’eau convenable pour faire une pâte semi-épaisse.
- Il suffit, en général, de 15 pour 100 environ de cette préparation pour donner au poussier une bonne consistance, qui permettra de mouler en briquettes que l’on fait sécher à l’air en laissant entre elles un espace qui permettra leur aération.
- Plumule
- Fig. 1.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison clu ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de Vaffranchissement, pour réponse directe par poste.
- U n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Coîle à la caséine. — On peut prendre comme type de colle en poudre à la caséine, la formule suivante :
- Hydrate de chaux en poudre...................... 30 g.
- Carbonate de soude cristallisé, pulvérisé. . . 15 g.
- Caséine......................................... 55 g.
- 100
- L’hydrate de chaux est simplement de la chaux éteinte, c’est-à-dire la poudre obtenue en aspergeant de la chaux vive avec juste la quantité d’eau suffisante- pour la faire « fuser » puis en tamisant une ou deux heures après.
- Savons. — La saponification étant la dislocation des éléments constitutifs des corps gras (éthers de la glycérine) par un alcali qui se combine à l’acide gras pour donner un savon, on conçoit facilement que cette dissociation nécessite l’intervention prolongée de la chaleur, elle ne peut s’effectuer à froid, car dans ce cas, on n’obtiendrait qu’un empâtage de la matière grasse dans la lessive caustique, non un savon ; ladite opération ne peut donc être envisagée- utilement.
- Huiles siccatives. — 1° La siccativité d’une huile, représente son aptitude à donner de la linoxyne, matière solide par fixation de l’oxygène de l’air, oxydation qui a lieu par conséquent avec augmentation de poids.
- Dans cet ordre d’idées, l’huile de coton est siccative et se comporte d’une façon analogue à celle de l’huile de lin qui représente le tyne des huiles de cette nature.
- On augmente habituellement la siccativité naturelle des huiles, en faisant, bouillir celles-ci pendant un temps prolongé soit avec de la litharge (oxyde de plomb) soit avec un sel de manganèse (résinate de manganèse obtenu par double décomposition entre un savon alcalin de résine et du sulfate ou du chlorure de manganèse).
- Par exemple, on fera bouillir 50 kg. d’huile à siccativer avec un kg. de litharge et cuira jusqu’à ce que l’huile ne mousse plus, ce qui demandera six à sept heures, après quoi, on laissera reposer et décantera l’huile claire de surface.
- Laboratoires d'études. — En vue d’études techniques diverses, on peut s’adresser au Laboratoire de la Chambre de de Commerce de Paris, 23, rue Notre-Damc-dcs-Victoires, à Paris, 2a.
- Gants apifuges. — Ils sont généralement constitués par un tissu très serré, imprégné de suc d’aloès. On peut facilement réaliser cette préparation en faisant la solution suivante :
- Aloès du Cap pulvérisé................ 20 g.
- Alcool à 60°..........................100 cc
- On laisse digérer pendant plusieurs jours dans un flacon bien bouché, en ayant soin d’agiter fréquemment ; après quoi, on filtre sur papier.
- Après imbibition complète des gants par immersion pendant un temps suffisant, on laisse égoutter sans tordre, et on abandonne au séchage à l’air libre.
- Papier transparent. — Les papiers sont le plus souvent rendus transparents par immersion dans la solution suivante :
- Gomme laque blanche............... 80 g.
- Alcool à 95°...................... 1 000 cc
- Après égouttage et séchage à l’air libre, on passe à l’étuve chauffée vers 100° C pour amener la fusion de la gomme laque. C’est alors seulement que le papier acquiert sa transparence.
- Huiles de vidange. — Le filtrage des huiles de graissage usagées peut être réalisé économiquement en partageant un récipient cylindrique vertical en deux parties au moyen d’un faux fond constitué par deux toiles métalliques entre lesquelles on place deux ou trois épaisseurs de feutre de laine.
- Le feutre étant bien sec, on l’imbibe copieusement d’huile neuve avant de le mettre en place, puis, dans la cavité inférieure du cylindre, on introduit de l’eau pure. Avec un entonnoir à longue douille, on fait alors couler l’huile usagée jusqu’au fond du récipient ; cette huile se lave dans l’eau, gagne la surface en traversant le feutre où elle se débarrasse des impuretés solides.
- 11 suffit, par un robinet convenablement placé, de décanter l’huile ainsi épurée, dont- on peut apprécier la situation par un tube de niveau en verre placé sur le côté de l’appareil.
- Un appareil de ce genre avait été mis au point par M. Jan-nin et a reçu un prix de l’Office national des Recherches et Inventions.
- Cuve en ciment pour mazout. — Tour imperméabiliser une cuve en ciment destinée à contenir du mazout, il suffit d’employer un enduit à la colle forte chaude en ayant soin d’appliquer préalablement sur le ciment une ou deux couches d’une solution de sulfate de zinc dans son poids d’eau, pour détruire son alcalinité ; en présence de la chaux libre, il se forme du sulfate de chaux et de l’oxyde de zinc, qui ne sont plus susceptibles d’agir sur la gélatine de la colle fon et d’en modifier les propriétés.
- Solubilisation des huiles essentielles. — On peut obtenir la solubilisation des essences aromatiques dites aussi huiles essentielles, dans l’eau en opérant de la façon suivante :
- On introduit dans un ballon de verre, à poids égaux, de l’essence et de l’acide sulforicinique, puis on adapte sur le ballon un réfrigérant à reflux, de manière que les vapeurs dégagées par l’ébullition se condensent et reviennent dans le ballon, sur le liquide chauffé, ce qui détermine une cohobation constamment renouvelée.
- Après une heure environ, on laisse refroidir et on ajoute quelques gouttes de _ lessive de soude en quantité suffisante pour neutraliser l’acidité sulforicinique, ce que l’on constate au papier de tournesol.
- Les essences ainsi traitées sont devenues solubles dans l’eau chaude, l’eau à parfumer sera donc employée, d’abord froide pour le mélange, puis portée à l’ébullition avec le réfrigérant à reflux employé précédemment, cette ébullition suffit, elle est suivie d’un refroidissement à l’air avant séparation du ballon du réfrigérant.
- De préférence on se servira des essences dites « déterpénées » qui présentent l’avantage de donner des solutions plus limpides.
- Autant que possible, après avoir effectué les opérations ci-dessus, on « laisse mûrir » deux à trois semaines environ en agitant fréquemment, ce qui permettra après filtration au papier d’obtenir un préparation exempte de trouble, surtout si on a pris soin de laisser 24 h. à la cave pour que le liquide soit le plus froid possible au moment de cette filtration.
- (( Pot pourri ». — Le mélange odorant désigné sous le nom de « Pot pourri » se prépare de la manière suivante :
- Prendre :
- Fleurs sèches de lavande................ 500 g.
- Feuilles de roses....................... 500 »
- Racines d’iris.......................... 250 »
- Clous de girofles........................ 25 »
- Écorces de cane! le...................... 50 »
- Poudre de piment rouge................... 25 »
- Noix muscade............................. 25 »
- Ionone (violette synthétique) ... 5 »
- Chacun de ces éléments est coupé ou concassé en très petits morceaux, puis après mélange on met en sachets pour parfumer le linge, les boîtes à gants, etc.
- N.-B. — L’ionone est généralement vendue en solution alcoolique à la dilution de 90 pour 100. Dans ce cas la dose précitée devra être décuplée.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoüd frères et cle a hAVAL (france). •— 15-10-1940 — Published in France.
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- N° 3064
- LA NATURE
- 15 Décembre 1940
- PASTEUR. SON ESPRIT D'INVENTION ">
- « Il est salutaire de rappeler aux cités qui auraient tendance à roub,lier qu’elles ne vivent, à travers les âges que par la vaillance ou le génie de quelques-uns de leurs enfants ».
- Telles étaient les paroles de Pasteur. C’est sans doute de ces paroles que vous vous êtes inspiré, Monsieur le Recteur, quand vous avez voulu animer cet Amphithéâtre des grandes ligures de la France, ces . grandes ligures ' qui firent que la France fut et demeure la grande nation intellectuelle. Car c’est l’esprit qui mène le monde.
- De ces « grandes figures » Pas-leur est peut-être la plus grande.
- Pour certains,
- Pasteur, c’est l’homme qui par un labeur incessant a mené à bien la tâche la plus formidable qui soit. Pour moi, Pasteur est tout autre : Pasteur, c’est l’imaginatif, l’intuitif, le grand illuminé, le grand initié.
- De l’âge de 22 ans à l’âge de G2 ans, depuis ses éludes de cristallographie jusqu’à ses recherches sur la rage, tout en lui est imagination éclatante.
- Peu d’hommes ont eu une telle puissance d’imagi-
- i. Conférence faite par le P1' Paslenr Vallery-Radot, à la Sorbonne, dans la série « Les grandes figures françaises », le 20 septembre 1940.
- nation. Il entrevoit, dès qu’il aborde l’étude des cristaux, la dissymétrie moléculaire qui établit une ligne de démarcation entre le monde minéral et le monde organique, il pénètre jusqu’aux origines de la vie, il envisage l’univers comme un ensemble dissymétrique,
- il rêve de créer des espèces nouvelles ; de son génie inventif un monde nouveau va naître...
- Dès ses premières recherches sur les ferments, son imagination lui fait entrevoir que la fermentation c’est, non la mort comme on le croyait jusqu’à lui, mais la vie.
- Un ballon où pourrissent des matières animales ou végétales sur sa table de laboratoire lui donne la conception grandiose du cycle de la vie et de la mort à la surface du globe.
- Celte imagination lui fait prévoir que les maladies virulentes doivent être dues à des agents infiniment petits, analogues aux ferments, lui fait rêver de les asservir et lui fait concevoir l’idée de monter et de descendre toutes les gammes de la virulence.
- Elle lui donne celte pensée étonnante, au moment où le virus de la rage se dérobe à sa vue, de le cultiver, tout invisible qu’il est, dans les centres nerveux, et, ainsi, de s’en rendre maître.
- Pasteur.
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- Rien n’est émouvant comme la lecture de certaines des notes de laboratoire ou certaines des communications scientifiques de Pasteur. On le suit, vibrant, palpitant d’émotion vers l’inconnu, cherchant toujours plus loin, accueillant toutes les suggestions de son imagination, faisant les rapprochements les plus inattendus qui entraînent parfois jusque dans le domaine du rêve.
- Il avait plus que l’imagination, il avait l’intuition, ce sens particulier que la nature donne à quelques privilégiés : Léonard de Vinci, Goethe et quelques rares autres.
- Cependant, si Pasteur n’avait été qu’un imaginatif et un intuitif, il eût été peut-être un des plus grands parmi les poètes ou les artistes, il n’aurait pas été un des plus grands savants. Il le fut parce que, après avoir entrevu la route par son imagination et son don d’intuition, il savait se reprendre, s’endiguer dans les limites de l’expérimentation, pour contrôler lente-' ment, patiemment, ce que l’imagination lui avait révélé. Pasteur donna à son imagination le contrôle de l’expérimentation la plus sévère, il fut vraiment asservi à la méthode expérimentale, à tel point qu’il n’avança jamais rien qui ne fût démontré par des expériences sans réplique. Elles sont de lui ces paroles : « Le grand art consiste à instituer des expériences décisives, ne laissant aucune place à l’imagination de l’observateur. Au début des recherches expérimentales sur un sujet déterminé quelconque, l’imagination doit donner des ailes à la pensée. Au moment de conclure et d’interpréter les faits que les observations ont rassemblés, l’imagination doit, au contraire, être dominée et asservie par les résultats matériels des expériences ».
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- A aa ans, Pasteur lit une note d’un savant allemand, Milscherlich : le tarü’ate et le paratartrate de soude et d’ammoniaque ont exactement les mêmes formes, les mêmes affinités chimiques, et cependant le tartrate dévie la lumière polarisée et le paratartrate la laisse indifférente. Pasteur a l’esprit logique. Il ne comprend pas : Comment se fait-il que deux corps identiques aient des actions optiques différentes ? Il examine pendant des semaines, des mois, les tartrates, et il finit par découvrir que ce cristal de tartrate qui dévie la lumière polarisée a, sur une de ses arêtes, une minuscule facette : elle avait échappé aux observateurs.
- « Si je ne trouve pas cette facette sur le paratartrate, se dit Pasteur, tout s’expliquera ». Malheureusement, c’était un vain espoir : l’observation attentive des cristaux de paratartrate montra à Pasteur qu’ils avaient la même petite facette.
- Sans doute, tout autre que Pasteur se fût découragé. Mais Pasteur était de ceux qui jamais ne se découragent.
- Il finit par obsérver que les cristaux de paratartrate étaient constitués de deux sortes de cristaux : les uns avaient une facette qui s’inclinait à droite (cristaux
- droits), les autres une facette qui s’inclinait à gauche (cristaux gauches). Alors, faisant une solution de cristaux droits, il vit qu’elle déviait à droite la lumière polarisée. Puis, faisant une solution de cristaux gauches, il vit celle-ci la dévier à gauche. Le mélange, en quantités égales, des deux solutions, constituant le paratartrate, n’avait plus d’action sur la lumière polarisée.
- Tout était découvert ! L’action difféi'ente du tartrate et du paratartrate sur la lumière polarisée s’explique par une constitution différente de ces deux corps.
- Pasteur avait 26 ans quand il fit cette découverte. Elle stupéfia le monde scientifique, en particulier Biot, vieux savant qui avait passé sa vie à étudier les cristaux. Sceptique, il fit venir Pasteur chez lui pour répéter l’expérience. « II me remit, a raconté Pasteur, de l’acide paratartrique qu’il avait étudié lui-même préalablement avec des soins particuliers, et qu’il avait trouvé parfaitement neutre vis-à-vis de la lumière polarisée ». Pasteur sépara les cristaux droits des cristaux gauches, puis il fit une solution d’acide tartri-que gauche et une solution d’acide tartrique droit. La solution qui devait dévier à gauche fut placée dans le polarimètre. Biot voyant qu’il y avait une forte déviation à gauche n’alla pas plus loin. Très ému, il prit Pasteur par le bras et lui dit : « Mon cher enfant, j ’ai tant aimé les sciences dans ma vie que cela me fait battre le cœur. » La carrière de Pasteur était faite.
- Avoir, trouvé la constitution de l’acide paratartrique ne suffit pas à Pasteur.
- Travaillant ces cristaux — et avec quel amour ! — il voit bientôt que dans la nature il y a deux sortes de corps : les uns ont un plan de symétrie, les autres sont dissymétriques. Ceux qui ont un plan de symétrie n’ont .pas d’action sur la lumière polarisée ; ceux qui sont dissymétriques ont une action sur cette lumière.
- Pasteur va plus loin, et là est la grande imagination, là est le début peut-être de toute l’œuvre ultérieure : seules les substances dissymétriques ayant une action sur la lumière polarisée sont des produits organiques naturels. La dissymétrie est un corollaire de la vie. Au contraire, les produits de la nature morte sont des substances symétriques, inactives sur la lumière polarisée.
- Pasteur va plus loin encore. Il entrevoit que, si les corps provenant de la nature vivante sont dissymétriques, c’est qu’à leur origine président des forces dissymétriques. a L’univers, dit-il, est un ensemble dissymétrique. La vie telle qu’elle se manifeste à nous est fonction de la dissymétrie de l’univers ou des conséquences qu’elle entraîne. »
- Que faut-il faire, si l’on veut créer la vie ? Il faut faire agir dans nos laboratoires des forces dissymétriques. Ce fut la grande idée de Pasteur. Pendant une année, Pasteur, comme dans une sorte de délire de création, fait agir, sur les solutions cristallines sans action sur la lumière polarisée, d’immenses solénoïdes, un formidable aimant que lui construit Ruhmkorff à Strasbourg. Il fait agir la lumière polarisée elliptique, des mouvements tournants provoqués par des mécanis-
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- mes d’horlogerie. Et il espère qu’un jour va apparaître, sous une de ces influences, une substance active sur la lumière polarisée, donc dissymétrique. Alors, se dit-il, on sera au seuil de la vie.
- M“6 pasteuT) saisie ia même fièvre d’enthousiasme que son mari, écrit : « Si ces expériences réussissent, nous aurons bientôt un nouveau Newton. »
- Mais, avec cette logique implacable et ce bon sens qui toujours le guident, Pasteur craint d’échouer, alors tout l’avenir déjà échafaudé s’écroulera. Il faut revenir au terre à terre du laboratoire.
- Le drame de l’existence de Pasteur, ce fut, à travers tous les triomphes scientifiques, le regret qui le poursuivait de n’avoir pas continué ces recherches.
- En 1870, éloigné de son laboratoire, il note des projets d’expériences ; c’est la poursuite de cette idée qui lui est chère de faire agir des forces dissymétriques dans les phénomènes chimiques. En 1878, bien qu’absorbé par ses travaux sur les maladies virulentes, il a le dessein de réunir et de coordonner ses diverses publications sur la cristallographie sous le titre : Études de chimie moléculaire ou recherches sur la dissymétrie dans les produits organiques naturels ; il corrige de sa main ses anciens mémoires et il écrit plusieurs pages restées inédites. Emporté par ses recherches sur les vaccinations, l’ouvrage projeté ne put être réalisé ; mais, même dans toute l’ardeur de ses expériences sur la cause et la prophylaxie des maladies virulentes, même dans la tourmente des discussions sur la rage, sa pensée se reportait vers ses premiers travaux. A plusieurs reprises, il publia des notes pour répondre à des controverses sur la chimie moléculaire ; et, encore en i883, il faisait devant la Société chimique une leçon sur l’ensemble de son œuvre en cristallographie. De toutes ses découvertes, celle sur la dissymétrie des produits essentiels de la vie lui tenait à cœur plus qu’aucune autre. Dans ses dernières années, on l’entendit plus d’une fois dire avec regret : « Ah ! que n’ai-je une nouvelle existence devant moi ! avec quelle joie je reprendrais ces études sur les cristaux ! » Il entrevoyait que par elles se révélerait peut-être un jour l’origine de la vie.
- Certes, nous ne devons pas regretter qu’il n’ait pas continué ces travaux. Mais que nous aurait-il donné ? Il aurait peut-être créé un monde nouveau ; il aurait peut-être créé la vie.
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- Ces travaux de cristallographie amenèrent Pasteur, par une suite logique, inflexible, à trouver la cause des fermentations.
- Nous sommes en i855. Pasteur a 33 ans. Il constate que l’alcool amylique brut est constitué de deux alcools, l’un actif, l’autre inactif sur la lumière polarisée. Ces alcools prennent naissance dans l’opération de la fermentation. Par ses recherches antérieures, Pasteur était tout à la pensée de la corrélation entre les substances actives sur la lumière polarisée et la vie. Puisqu’un de ces alcools est actif, n’y aurait-il pas dans la fermentation participation d’un acte vital ?
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- La fermentation serait, non une œuvre de mort, comme Berzelius, Mitscherlich et Liebig le pensaient, mais une œuvre de vie. Le ferment serait un être vivant... D’emblée Pasteur entrevoit, au delà du fait particulier des alcools amyliques, toutes les fermentations. Il reconnaît l’importance considérable qu’il y aurait à dégager la véritable nature de ces phénomènes si obscurs.
- Quelques mois après, le 4 novembre i856, grande date dans sa vie, il commence l’étude de la fermentation alcoolique dans les caves de M. Bigo, industriel de Lille. Pasteur regarde dans la cuve où s’opère la fermentation du jus de betterave. Il met une goutte du liquide sous le microscope. Il voit un petit globule qui se développe et se multiplie et, sur son cahier d’expérience, il écrit : « Merveilleux spectacle ! » La fermentation alcoolique doit être due à cet être vivant.
- Quelques mois plus tard, il publie son premier mémoire sur les fermentations, le mémoire sur la fermentation lactique. Dans ce mémoire, toute son œuvre ultérieure est inscrite. On le sent frémissant d’enthousiasme, de cet enthousiasme contenu que l’on trouve dans toutes ses notes scientifiques. Le fei’ment est un être vivant ; pour l’étudier il faut l’isoler, l’ensemencer dans des milieux de culture appropriés. Touta la doctrine microbienne, qui a éclairé le mystère des fermentations et des maladies transmissibles, est inscrite dans les quelques pages de ce mémoire. Sa méthode d’expérimentation est créée, il s’y soumettra désormais sans un fléchissement pendant les trente années qui vont suivre.
- De 1867 à 1869, Pasteur étudie la fermentation alcoolique, la fermentation nitreuse, la fermentation butyrique, la fermentation tartrique. Il montre que toujours un être vivant est la cause de la fermentation.
- Dès 1859, Pasteur se demande quel est le processus des fermentations. C’est bien d’avoir trouvé que la fermentation est due à un être vivant, contrairement à ce que disait Liebig qui voulait expliquer le processus de la fermentation par une force catalytique, mais comment s’opère ce phénomène ? Comment agissent les ferments vivants pour transformer la matière fermentescible ? L’étude de la fermentation butyrique va éclairer Pasteur. Le ferment qui produit cette fermentation possède la propriété de vivre à l’abri de l’air. Non seulement l’oxygène ne lui est pas indispensable, mais l’oxygène libre le tue. Lavoisier avait soutenu que la vie n’était pas possible sans oxygène de l’air ; et voici que Pasteur montre qu’il y a des être anaérobies. Avec son esprit généralisateur, il émet l’hypothèse que les fermentations sont des conséquences de la vie sans air ; elles sont dues à des êtres anaérobies qui empruntent l’oxygène à la matière fermentescible, d’où résulte pour celle-ci une décomposition lente et progressive.
- Ceci amène Pasteur à rechercher comment se fait le cycle de la vie et de la mort à la surface du globe. Que deviennent animaux et plantes qui viennent de
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- mourir ? Comment se fait le retour perpétuel à l’air et au monde minéral des principes que' les végétaux et les animaux leur ont empruntés ? Comment s’opère la destruction de la matière organisée, condition nécessaire de la perpétuité de la vie à la surface du globe ?
- Pasteur montre que, lorsqu’une substance animale ou végétale se décompose, il y a, à la surface, des microorganismes aérobies qui consument l’oxygène et, dans la profondeur, des anaérobies qui putréfient la matière organique. Ainsi, « la vie préside au travail de la mort », la mort n’est qu’une manifestation de la vie. « Les principes immédiats des corps vivants seraient, en quelque sorte, indestructibles si l’on supprimait de l’ensemble des êtres que Dieu a créés les plus petits, les plus inutiles en apparence. Et la vie deviendrait impossible, parce que le retour à l’atmosphère et au règne minéral de tout ce qui a cessé de vivre serait tout à coup suspendu. »
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- Avant d’aller plus loin dans cette étude des fermentations, une question se posait qu’il fallait résoudre à tout prix, sans quoi l’œuvre que Pasteur était en train d’édifier n’aurait pas eu d’assises solides. Ces ferments, êtres vivants, d’où viennent-ils P Naissent-ils de germes semblables à eux ou apparaissent-ils spontanément dans les milieux fermentescibles ? C’était toute la question de la génération spontanée qui se posait, vieille comme le monde et qui n’avait encore pu être résolue depuis plus de deux mille ans que les expérimentateurs^les plus habiles s’acharnaient à vouloir la résoudre.
- Pasteur fil table rase de toutes les vues a priori comme de toutes les conceptions métaphysiques. Il aborda le problème comme il faisait pour tous problèmes scientifiques, sans idée préconçue, aussi prêt à proclamer l’existence que la non-existence de la génération spontanée. Il n’avait pour guide, il n’avait pour contrôle que la méthode expérimentale. En elle seule il croyait. A elle seule il était asservi.
- En quelques mois, par les expériences les plus ingénieuses, les plus précises, où l’on voit toute sa logique en même temps que toute son imagination, Pasteur montre que les poussières de l’atmosphère renferment des germes d’organismes inférieurs toujours prêts è se développer et à se multiplier. Les liquides les plus
- LES IMPURETÉS SOLIDES
- CONSTITUANTS INSOLUBLES
- On ne connaît que très peu de cas de métaux complètement insolubles à l’état solide, mais il en existe un assez grand nombre dont la limite de solubilité est inférieure à i pour ioo. D’ailleurs, telle impureté insoluble à la température ordinaire peut devenir solu-
- 1. La Nature, n° 3063, du 15 octobre 1940.
- putrescibles, chauffés à une certaine température et laissés à l’abri de ces germes, restent inaltérés. Si l’on prélève des liquides organiques, tels que du sang ou de l’urine, avec toutes les précautions nécessaires pour qu’ils ne soient pas souillés des germes de l’atmosphère, on peut être sûr que, pendant des mois, des années, ils resteront parfaitement stériles. Pasteur put démontrer, en 1862, que chaque fois qu’on avait cru à la génération spontanée on avait été le jouet d’une erreur.
- Vous êtes étonnés peut-être : je vous ai dit précédemment que Pasteur était hanté par la pensée de créer la vie, et voici maintenant que je vous dis : Pas-leur démontre que la génération spontanée est une chimère. Oui, Pasteur pensait que, dans un milieu putrescible, l’apparition d’éléments vivants est impossible sans qu’il y ait apport d’autres éléments vivants, mais il ne niait pas la possibilité de créer un jour la vie : (( On ne peut pas, disait-il, affirmer qu’il n’y a pas de générations spontanées possibles. » Cette page d’un de ses cahiers est à méditer :
- « La génération spontanée, je la cherche sans la découvrir depuis vingt ans.
- « Non, je ne la juge pas impossible. Mais quoi donc vous autorise à vouloir qu’elle ait été l’origine de la vie ? "Vous placez la matière avant la vie et vous faites la matière existante de toute éternité. Qui vous dit que le progrès incessant de la science n’obligera pas les savants, qui vivront dans un siècle, dans mille ans, dans dix-mille ans... à affirmer que la vie a été de toute éternité et non la matière. Vous passez de la matière à la vie parce que votre intelligence actuelle, si bornée par rapport à ce que sera l’intelligence des naturalistes futurs, vous dit qu’elle ne peut comprendre autrement les choses. Qui m’assure que dans dix mille ans on ne considérera pas que c’est de la vie qu’on croira impossible de ne pas passer à la matière. Si vous voulez être au nombre des esprits scientifiques, qui seuls comptent, il faut vous débarrasser des idées et des raisonnements a priori et vous en tenir aux déductions nécessaires des faits établis et ne pas accorder plus de confiance qu’il ne faut aux déductions des pures hypothèses. »
- (à suivre). Pasteur Vallery-Radot,
- Professeur à la Faculté de Médecine, Membre de l’Académie de Médecine.
- DANS LES MÉTAUX ^
- ble à température élevée et alors la trempe permet de la maintenir en cet état à la température ordinaire.
- Dans tous les cas où le constituant ajouté est insoluble, une seconde phase apparaît. Les propriétés intrinsèques de cette seconde phase pourront contribuer dans une certaine mesure aux propriétés du produit obtenu, mais la nature particulière de sa répartition et la forme des particules auront une influence prépondérante. De sorte que, dans ce cas, c’est principa-
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- Fig. 1. — Cuivre coulé contenant 0,01 pour 100 de bismuth Csans attaque, x 430).
- Le bismuth forme une couche mince entre les grains de cuivre (d’après Hanson et Ford).
- lement la structure micrographique qui explique et conditionne les résultats obtenus.
- Cette structure micrographique offre, suivant les cas, des aspects très divers. Ainsi, le plomb s’allie partiellement au cuivre à l’état liquide, mais il est pratiquement insoluble à l’état solide et le diagramme d’équilibre montre que l’eu-tectique concorde avec le point de solidification du plomb pur ; donc, en se refroidissant , le cuivre se solidifie d’abord et le plomb apparaît sous forme de globules jalonnant les contours des grains de cuivre.
- Le plomb est également insoluble dans le zinc à letat solide, mais ici, c’est un eutectique intercristallin qui se dépose à la fin. On ajoute souvent o,5 à -2 pour ioo de plomb aux laitons a pour rendre le métal plus facile à travailler (x). Dans le laiton coulé, les particules de plomb se trouvent entre les branches des cristaux dendritiques. Dans le métal écroui et recuit, on trouve le plomb disséminé à travers les cristaux. Ces
- 1. De récents travaux (Robin, Iron Age, 1938, t. CXLII, pp. 28-33) ont montré que les aciers contenant 0,1 à 0,2 pour 100 de plomb peuvent être usinés avec des vitesses beaucoup plus grandes que les aciers ordinaires. Ce plomb est, d’après les analyses chimiques, uniformément réparti dans l’acier, sans doute à l’état de particules submicroscopiques car il n’est pas visible au microscope et ne semble pas non plus en solution dans l’acier, d’après la conductibilité électrique et les rayons X.
- diverses structures caractérisent deux modes possibles de répartition de petites quantités de constituants métalliques.
- Un cas analogue est celui du bismuth dans le cuivre dont la solubilité ne dépasse pas 0,002 pour xoo (Hanson et Ford) ; la plus petite trace de cet élément joue donc le rôle d’un second constituant et forme une couche mince entre les grains du métal (fig. 1).
- Outre l’apparition d’une nouvelle phase, la macrostructure du métal peut être modifiée ; le constituant insoluble paraît s’opposer mécaniquement à la progression des cristaux et par suite tend à en accroître la finesse ; ainsi le cadmium empêche la croissance des cristaux basaltiques du zinc fondu et lui confère une structure à grains équiaxes (fig. 2 et 3) ; 0,1 pour 100 de sodium suffit à modifier considérablement la structure des alliages aluminium-silicium, aluminium-nickel, aluminium-cuivre (fig. 4 et 5).
- Les propriétés mécaniques des métaux et alliages dépendent étroitement de leur structure micrographique ; elles sont donc facilement influencées par les impuretés insolubles. Si la nouvelle phase (métal, métalloïde ou composé défini) est très fragile, sa présence entraîne la fragilité de l’alliage mais l’importance de cet effet dépend de la forme et de la réparti-
- Fig. 4 et 5. — A gauche : Alliage aluminium — silicium contenant 14,3 pour 100 de silicium et 0,33 pour 100 de jer coulé (sans attaque x 200). A droite : Le même alliage traité avec 0,1 pour 100 de sodium à 730° C (d’après Juyer et Phillips).
- Fig. 2 et 3. — A gauche : Zinc pur coulé en coquille ( x 2,3, attaqué par l’acide nitrique). A droite . Zinc contenant 1 p. 100 de cadmium, coulé en coquille (x 2,5, attaque par l’acide nitrique) (d’après Smithells).
- tion de ce constituant. S’il est réparti en particules isolées, son influence est moindre que s’il forme un réseau entourant les cristaux primaires. Ainsi, le bismuth a une action particulièrement fâcheuse sur les propriétés mécaniques du cuivre et des laitons à cause de sa répartition dans les contours des grains et de sa fragilité intrinsèque. De plus, comme son point de fusion est bas (2710 C.) il détruit à chaud la cohésion intergranulaire de ce métal ; le cuivre contenant 0,01 pour 100 de bismuth ne peut être laminé à chaud et o,oo5 pour 100 de bismuth est le maximum acceptable pour la plupart des applications (x).
- Mais en présence d’oxygène, il forme un oxyde plus
- 1. Hanson et Ford. Institute 0/ Metals, 1927, t. XXXVII, p. 169.
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- Fig. G et 7. — A gauche : Cuivre coulé contenant 0,2 g. 100 d’oxygène (x 75). A droite : Cuivre coulé contenant 0,2 p. 100 d’oxygène et 0,2 p. 100 de bismuth (x 75) (d’après Archbutt et Prytherch).
- malléable que lui et n’est plus aussi dangereux que dans le cuivre désoxydé (Archbutt et Pry therch (x).
- Les micrographies (fîg. 6 et 7) montrent la coalescence de l’eutectique Cu-CuzO et l’apparition d’une nouvelle phase.
- Le soufre a une action analogue sur le fer surtout en présence d’oxydes et sur le nickel dans lequel il est à l’état de sulfure (fîg. 8) : 0,02 pour 100 rend le métal impossible à travailler à chaud et à froid. Une teneur en soufre ne dépassant pas 0,002 pour 100 exerce une action analogue sur le métal Monel. Mais si ces constituants fragiles sont sous forme globulaire, leur effet sur la malléabilité peut devenir insignifiant, et il est bien connu que l’addition du manganèse à l’acier (1 2) ou du magnésium au nickel (fîg. 9 et 10) rétablit la ductilité. L’action du manganèse sur la forme et la répartition du sulfure de fer est due au fait que le sulfure de manganèse se solidifie en premier lieu et se disperse au hasard dans le métal solidifié tandis que le sulfure de fer forme un eutectique avec le fer qui se solidifie en dernier lieu et joue le rôle d’un constituant de remplissage entre les grains de fer. Le magnésium agit de façon analogue sur le sulfure de nickel.
- Fig. 8. — Acier coulé présentant un manque d’allongement à chaud et contenant 0,54 p. 100 de soufre (sans attaque, x 225) (d’après Ziegler).
- 1. Effect of impurities in Copper, Lon-d 0 n, British n 0 n, ferrus Metals Research Association, 1937.
- 2. Pour la fabrication des vis et des boulons, on utilise un acier riche en soufre (0,1 à 0,2 pour 100) dans le but de faciliter l’usinage, car cet acier donne de petits copeaux au lieu de longues tournures.
- Outre les sulfures, il y a des phases oxydées (oxydes, silicates, aluminates) qui proviennent des réducteurs que l’on ajoute toujours au bain d’acier. Ces corps restent fréquemment en suspension dans le métal fondu et sont englobés dans les cristaux en cours de croissance ; aussi sont-ils toujours présents dans l’acier, avec une forme et une répartition variable. Ils ont été très étudiés, en particulier en France par MM. Por-tevin et Castro (*). Quand ils affectent la forme d’entailles à contours aigus, ils peuvent devenir dans les essais à la fatigue les amorces de fentes qui se propagent très rapidement. La limite de fatigue est très diminuée par leur présence.
- L’influence des composés définis intermétalliques sur les propriétés est aussi très importante. La répartition de ces composés peut être celle de l’un des types étudiés précédemment mais, dans la plupart des cas, ils apparaissent dans les contours des grains (fig. n) et leur extrême fragilité confère au métal une faible résistance au choc : l’antimoine, le tellure et le plomb forment avec l’or les composés définis Au2Sb, AuTe2, Au2Pb, insolubles dans le métal, extrêmement fra-giles, donnant des eulectiques à point de fusion bas ; le métal est impossible à travailler, s’il contient 0,1 pour 100 d’antimoine o u de tellure ou 0,01 pour 100 de plomb (2).
- L’importance de la répartition des impuretés insolubles est également manifeste quand on étudie la conductibilité électrique. Ainsi, les oxydes, les sulfures et les silicates sont non conducteurs en comparaison avec les métaux dans lesquels ils se trouvent. Lorsqu’ils sont en masses isolées ou en particules uniformément réparties, leur action sur la conductibilité du métal est à peu près proportionnelle au volume : c’est le cas de l’oxyde de cuivre qui n’a que peu d’influence sur la conductibilité du cuivre recuit. Lorsqu’ils forment une couche ou un réseau entourant les cristaux du métal, ils opposent une résistance beaucoup plus forte au passage du courant électrique : c’est le cas du sulfure de fer dans le fer.
- Fig. 9 et 10. — En haut : Film de Ni3S2 dans du nickel contenant 0,23 pour 100 de soufre (x 300). En bas : Le même traité avec 0,5 pour 100 de magnésium montrant les particules de Mg (x 306) (d’après Merica et Wal-tenburg).
- 1. Revue de Métallurgie, 1936, t. XXXIII, p. 400.
- 2. Voir Smitdells. Ouvrage cité.
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- Fig. 11. — Or contenant 0,06 p. 100 de plomb recuit à 650° C. dams l’hydrogène (attaque à l’eau régale, x 60) (d’après Smithells).
- En ce qui concerne la corrosion dans les liquides, on peut dire que les impuretés donnant naissance à une phase libre facilitent la corrosion d’autant plus que leur potentiel d’électrode est plus éloigné de celui du métal ; elles peuvent jouer le x'ôle d’anode soluble, comme le sulfure de manganèse dans l’acier ou si elles sont cathodiques, accroître la corrosion du métal comme le com-
- aluminium-cuivre vis-à-
- i3).
- posé Al1 2Cu dans les alliages vis des solutions salines (fig.
- Il faut donc éviter en général les impuretés insolubles ou celles dont les solutions solides sont très limitées, en particulier les inclusions dans le fer et l’acier qui sont des facteurs importants de la corrosion dans les acides et dans les alcalis (fig. i3 et i4), le cuivre, le fer (sous forme de Al3Fe) et le silicium dans l’aluminium qui sont une cause d’altération rapide en solution saline, le fer, l’étain et le plomb dans le zinc qui accélèrent l’attaque dans l’air atmosphérique (fig. i5, 16 et 17), le silicium et le cuivre dans le magnésium. C’est ce qui explique la préparation de certains échantillons d’une pureté exceptionnelle tels que le zinc spectrographiquement pur obtenu par distillation fractionnée (*) qui présente une résistance extraordinaire à la corrosion dans l’air atmosphérique et dans les acides. Avec l’acide chlorhydrique en solution aqueuse à 10 pour 100, pendant le temps nécessaire à la dissolution complète du zinc commercial, le zinc chimiquement pur perd 53 pour 100 de son poids tandis que le zinc spectrographiquement pur perd seulement 0,02 pour 100 (2).
- Mais ici encore, la répartition des impuretés insolubles aura une influence prépondérante. C’est ainsi
- que la corrosion du plomb
- Fig. 12. - Alliage alu- imPur (contenant en parti-
- minium-cuivre montrant cuiier de l’anlimoine, du
- les trous de corrosion fer et de l’étain) produit
- par les particules de L
- Al2Cu (x 150) (d’après Desch).
- 1. Singmaster. Métal Ind., 1937, t. XXXI, p. 31.
- 2. Smitiiells. Ouvrage déjà cité.
- La vitesse cle corrosion initiale dans l’acide chlorhydrique dilué des alliages magnésium-silicium croît avec la teneur en silicium mais se ralentit progressivement avec le temps, par autoprotection due au composé Mg2Si. A. Portevin, P. Bastien et M. Bonnot, C. R. Ac. S c., 1933, t. CXCVI, p. 1999.
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- généralement une fragilité intercristalline qui résulte de la distribution des impuretés à la limite des grains (x). De même, dans l’étain, la présence de o,o5 pour 100 d’aluminium qui forme un constituant intercristallin accélère énormément l’attaque du métal dans les solutions acides et après quelques semaines d’immersion celui-ci peut être aisément brisé avec les doigts (2).
- CONCLUSIONS
- Les exemples précédents montrent l’influence considérable de minimes quantités d’impuretés sur les propriétés des mé taux Pour les résumer, on pourrait dire que ce sont les propriétés non additives telles que la force élec-tromolrice de dissolution, 1 e s conductibilités électrique et calorifique, la vitesse d e cristallisation et les propriétés mécaniques q u i sont les plus sensibles aux impuretés. Il faut aussi remarquer que les premières traces d’impuretés ont le plus d’action et c’est pour cette raison que la prépara-
- lion de métaux de plus eir plus purs présente tant d’intérêt. Des résultats intéressants ont été obtenus en France dans deux directions : d’une part, le raffinage électrolyliquc, appliqué à l’aluminium et au magnésium, a permis d’obtenir des métaux titrant 4 5 5 millièmes pour 100 d’impuretés ; d’autre part, la subli-
- Fig. 13. — E11 haut : Fer forgé recuit, montrant les chapelets de scories (attaque par l’acide nitrique alcoolique, x 100).
- Fig. 14. — Le même fer, sur lequel on aperçoit une couche de rouille se formant au voisinage des chapelets de scories (d’après Smithells).
- 1. Rawdon. Bur. Stand. Sc. Papers, 1920, t. XVI, p. 215.
- 2. Rawdon. Industr. Eng. Chem., 1927, t. XIX, p. 613.
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- Fig. lo, 16 et 17. — En haut, à gauche : Surface de zinc laminé où l’on aperçoit les impuretés plomb, étain, fer (x 30). En haut, à droite : Le même zinc après 6 mois d’exposition à l’air (x 30). En bas : Agrandissement d’une partie de la figure précédente (x 300) (d’après Smithells).
- malion dans le vide, suivie d’une refusion en atmoshère d’argon, appliquée au magnésium et au calcium par MM. Chaudron et Ilérenguel a donné des métaux à un haut degré de purelé.
- L’intérêt, pour le métallurgiste d’avoir à sa disposition des métaux extrêmement purs réside principalement dans les trois points suivants :
- a) Obtention de métaux à grande capacité de déformation.
- b) Amélioration de la résistance à la corrosion (due surtout à la diminution ou à la suppression des impuretés insolubles).
- 100 99,95 99,90
- Aluminium °/a
- Fig. 18. — Conductibilité électrique de l’aluminium raffiné en fonction de sa teneur (d’après Gadeau).
- c) Augmentation de la conductibilité électrique (due surtout à la diminution des impuretés en solution solide).
- En ce qui concerne la résistance à la corrosion et la capacité de déformation, M. Bastien C1) a comparé les valeurs de ces deux propriétés pour de l’aluminium raffiné par électrolyse, du magnésium et du calcium purifiés par les soins de MM. Chaudron et Hérenguel et pour les mêmes métaux obtenus industriellement (2). Les résultats sont résumés dans le tableau ci-dessous.
- Les essais de corrosion ont été obtenus à l’aide de l’appareil Thyssen-Bourdouxhe avec lequel, pour une
- 1. Chimie et Industrie, vol. XXXIX, n° 4, avril 1938.
- 2. On sait que les principales impuretés de ces trois métaux sont Fe, Si et Cu pour l’aluminium, Si et Al pour le magnésium, Si, Fe et Cl pour le calcium.
- Métaux Aluminium Magnésium Calcium
- Industriel Purifié élcctroly-tiquement Industriel Sublimé dans le vide et refondu sous argon Industriel Sublimé dans le vide et refondu sous argon
- Teneur en impuretés 0,5 o/o o,oo5 0/0 0,6 0/0 0,001 0/0 i,5 0/0 o,7 0/0
- Perte de poids : l dn s' dt 345 mg /cm2 en 10 h. 3 mg./cm! en 10 h. 240 mg /cm2 en 10 h. 200 mg./cm2 en 10 h. i4o mg./cm2 en 10 h. 116 mg./cm2 en 10 h.
- dans HCl 3o 0/0 aqueux dans HCl 1 0/0 aqueux dans HCl 1 0/0 alcoolique
- Allongement de rupture 35 0/0 60 0/0 10 0/0 18 0/0 3o 0/0 53 0/0
- Etat du métal . . . Laminé c ,t recuit Laminé et recuit Laminé e t recuit
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- certaine vitesse de circulation du liquide corrosif, les pertes de poids sont proportionnelles au temps.
- D’ailleurs, l’intérêt des métaux purs, en ce qui concerne la capacité de déformation et la résistance à la corrosion, se fait également sentir dans les alliages. Ainsi, la distinction classique entre laitons a non for-geables à chaud et laitons a + {3 forgeables à chaud est subordonnée à la présence des impuretés, du plomb en particulier, de sorte que l’obtention industrielle du cuivre et du zinc extra-purs permet le travail à chaud des laitons a. De même, les remarquables résultats obtenus pour la résistance à la coiTosion saline des alliages aluminium-magnésium impliquent une pureté suffisante des deux métaux composants.
- En ce qui concerne l’intérêt de la purification des métaux pour améliorer la conductibilité électrique, on voit sur la figure 18 les résultats obtenus pour l’aluminium en fonction de son titre, d’après M. Cadeau (x).
- Néanmoins, il est quelquefois imprudent de définir la pureté d’un métal par son analyse chimique ; ainsi, par exemple des recherches récentes ont montré que le vanadium pur est un métal tout à fait ductile, mais s’il contient des traces d’oxygène il devient cassant comme le verre. En revanche, il peut contenir quel-
- t. Congrès international des Mines, de la Métallurgie et de la Géologie appliquée, Paris, octobre 1935.
- :... .............—:......401 =
- ques pour ioo de fer sans que ses propriétés soient modifiées sensiblement. On peut donc dire dans ce cas, un peu paradoxalement, que le vanadium contenant quelques pour ioo de fer est beaucoup plus pur que le vanadium contenant des traces d’oxygène.
- Remarquons, en terminant, que le terme « impureté » ne doit pas être toujours pris dans un sens péjoratif. Des impuretés nuisibles pour certaines propriétés sont utiles pour d’autres. Ainsi, le cuivre et le phosphore qui étaient considérés comme des impuretés nocives dans les aciers sont maintenant jugés utiles pour améliorer la résistance à la corrosion (*). De même, le silicium indispensable pour l’obtention par traitement thermique des propriétés mécaniques du duralumin sera néfaste dans les alliages aluminium-magnésium au point de vue de la résistance à la corrosion. De sorte qu’on ne peut pas dire qu’un alliage déterminé est dépourvu d’intérêt. Cela dépend à quel point de vue on se place.
- Léon Guillet fils.
- Chef de travaux, adjoint à l’École Centrale des Arts et Manufactures.
- 1. Le phosphore a été préconisé à la dose de 0,1-0,15 p. 100 pour remplacer partiellement le chrome dans les aciers au Cr-Al, etc..., résistant à l’oxydation à chaud.
- LES SULFAMIDES, MERVEILLEUX BACTÉRICIDES
- La sérothérapie a prouvé son efficacité non seulement contre le bacille diphtérique, germe aérobie assez fragile, mais aussi contre des anaérobies tels que le bacille tétanique, la bactéridie charbonneuse, divers agents de la gangrène gazeuse, qui sont tous sporulés, certains même encapsulés, et dont la vitalité et les moyens de protection sont extrêmement puissants.
- Or, par une singularité qui semblerait, à première vue, étrange la plupart des germes dont l’aspect morphologique est celui, soit d’un diplocoque, soit d’un coccobacille, tels par exemple le streptocoque, le pneumocoque, le méningocoque, le gonocoque, se montrent le plus souvent rebelles à la sérothérapie. Certes, des guérisons miraculeuses ont été enregistrées, tant grâce au sérum antistreptococcique du Pr H. Vincent, que grâce aux sérums antiméningococcique, antipneumococcique, anti-Pfeiffer, mais aussi de nombreux échecs.
- La cause de ces échecs s’explique par la variabilité de ces agents pathogènes. Citons comme preuve le pneumocoque, dont les bactériologistes prétendent identifier déjà plus de trente races. Quant au streptocoque, sans parler qu'on connaît déjà des variétés aérobies et anaérobies, des encapsulés et non encapsu-
- lés, des streptocoques hémolytiques et non hémolytiques, chacune de ces variétés peut comprendre de nombreuses races, d’où la tâche insurmontable de préparer un sérum polyvalent, agissant à la fois contre toutes les variétés et races, reconnues ou restant à identifier.
- N’oublions pas aussi qu’une administration de sérum, quel qu’il soit, sensibilise l’organisme qui l’a reçue pour le reste de sa vie et le rend pour ainsi dire rebelle à toute sérothérapie dans l’avenir. Cette circonstance justifie la prudence de beaucoup de praticiens dans le recours à la sérothérapie et surtout dans l’emploi de sérums à titre préventif.
- Devant ces échecs, de nombreux praticiens ont essayé des traitements chimiothérapiques, par les sels d’or, l’argent colloïdal, etc. Si quelques guérisons ont été enregistrées, dans leur ensemble les résultats n’étaient pas suffisamment constants et démonstratifs ; ces remèdes ne pouvaient être proclamés comme souverains ou spécifiques, mais seulement comme utilisables « faute de mieux ».
- Tous les praticiens attendaient donc impatiemment la venue de nouveaux médicaments qui pourraient se conserver longtemps, être faciles à administrer et peu coûteux. Leurs désirs furent comblés par la venue
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- ===== 402 =: =:=:==.: := : ::=:=:=.: =
- du sulfamide qui, tout en répondant à toutes les conditions précédentes, possède une activité exceptionnelle contre plusieurs espèces microbiennes.
- Les sulfamides. — Le i5 février 1935, le professeur allemand Gerhard Domagk, de l’Université de Münster, dans sa communication intitulée : « Contri-bution à la chimiothérapie des maladies infectieuses », annonça qu’il possédait une substance chimique capable de guérir les streptococcies expérimentales de la souris. Bientôt les communications de divers auteurs annoncèrent des succès cliniques tout aussi brillants dans le traitement de l’érysipèle et de la fièvre puerpérale.
- Ce corps chimique provient d’un colorant basique soufré à fonction azoïque ; il a été préparé dans les laboratoires de l’I. G. Farbenindustrie, par MM. Mietzsch et Klarer. Le fait que certaines substances colorantes avaient déjà donné des résultats remarquables dans le traitement des maladies à protozoaires avait encouragé ces chercheurs à persister dans leurs recherches d’une substance active contre les bactéries pathogènes. La découverte du traitement des streptococcies était l’aboutissement de vingt années d’un travail systématique poursuivi en Allemagne sur le groupe des colorants azoïques.
- Dès que les travaux de M. et Mme Tréfouël, MM. Nitti et Bovet à l’Institut Pasteur de Paris eurent démontré que la molécule bactéricide agissante est le sulfamide, des chercheurs de tous les pays s’attachèrent, les uns-à la découverte de nouveaux dérivés sulfamidés, d’autres à l’extension de leurs applications antibactériennes, et, enfin, certains à la détermination du mécanisme de leur action chimiothérapique.
- Bientôt, jDlusieurs dizaines de substances, toutes à base de sulfamide, mais spécialisées sous divers noms, apparurent dans le commerce pharmaceutique. D’autre part, les essais pour étendre leurs applications à d’autres infections bactériennes démontrèrent que le sulfamide possède une polyvalence d’activité exceptionnelle. Enfin, les recherches sur le mécanisme de leur action chimiothérapique confirmèrent qu’une des règles les plus absolues de la chimiothérapie est celle du bouleversement d’activité qu’entraîne la moindre modification chimique apportée à un corps actif.
- Parmi des dizaines de spécialités à base de sulfamide, qui chimiquement sont toutes voisines, il en est de douées d’une activité polyvalente, d’autres d’une activité seulement spécifique et d’autres encore d’une activité très faible.
- Nous nous abstiendrons de désigner par leur marque commerciale aucun des dérivés sulfamidés, d’abord afin d’éviter toute discussion éventuelle et superflue avec leurs fabricants, mais surtout pour empêcher certains lecteurs d’être tentés de se procurer eux-mêmes chez un pharmacien une de ces substances afin de se soigner sans la prescription d’un médecin. Nous les mettons en garde contre cette imprudence et attirons leur attention sur l’activité
- des sulfamides et leur action sur la plupart des grands appareils physiologiques, en plus de leur action bactéricide.
- MÉCANISME DE L’ACTION CHIMIOTHÉRAPIQUE DES SULFAMIDES
- Dans- sa communication, G. Domagk signalait que la sulfamido-chrysoïdine, préparée par Mietzsch et Klarer, et dont la formule est la suivante :
- ier noyau benzénique.
- 2e noyau benzénique.
- S02NH2
- NtU....
- N H2
- fonction sulfamide.
- fonction azoïque.
- fonctions aminées.
- était absolument inefficace in vitro, alors qu’elle était à la fois préventive et curative de l’infection in vivo. D’autre part, on constata que le sang des malades ou des animaux ayant reçu ce corps chimique devenait bactéricide in vitro. D’où s’imposait la conclusion que ce corps, en se transformant dans l’organisme, libère une molécule bactéricide. Effectivement, à l’Institut Pasteur de Paris, M. et Mme J. Tréfouël, MM. Nitti et D. Bovet réussirent à réduire in vitro la sulfamido-chrysoïdine en la rendant également bactéricide in vitro. Ils démontrèrent que le groupement azoïque n’est nullement indispensable à l’activité bactéricide, mais que la molécule agissante est celle du sulfamide, corps incolore. La libération et l’identification de cette molécule leur permit de montrer sa polyvalence exceptionnelle ; il attaque non seulement les streptocoques, mais les pneumocoques, les méningocoques, les gonocoques, contre lesquels la chrysoïdine demeure inactive.
- La meilleure voie d’administration du sulfamide est la voie buccale. Sa diffusion dans l’organisme est si rapide, si intense et généralisée qu’une heure après absorption, on peut le retrouver dans le sang, l’urine et même le liquide céphalo-rachidien. Selon le Dr Fül-ler, qui, le premier, apporta un argument définitif en faveur de la transformation de la chrysoïdine en sulfamide dans l’organisme, « on peut retrouver, doser et isoler à l’état cristallisé le sulfamide de l’urine et du sang des malades ou des animaux traités par la chrysoïdine ». Cette particularité exceptionnelle donne aussi au sulfamide un grand avantage sur toutes les autres médications préconisées qui, tout en restant parfois d’une efficacité douteuse, exigent d’être administrées par injections sous-cutanées ou pis encore par la voie intrarachidienne.
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- STREP TOCOCCIES
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- Le streptocoque se présente sous l’aspect de petits grains sphériques (cocci), disposés en chaînettes plus ou moins longues, et qui sont toujours constituées par un nombre pair d’éléments (fig. i). Il se range parmi les microbes les plus répandus dans la nature : non seulement il existe partout autour de nous, car tous les objets avec lesquels nous sommes journellement en contact le recèlent fréquemment, mais nous le portons normalement dans la bouche et le pharynx. Et comme, d’autre part, l’homme offre une réceptivité véritablement élective pour cet agent pathogène, ses méfaits sont innombrables.
- Outre les deux infections caractéristiques dont il est l’agent direct : l’érysipèle et la fièvre puerpérale, il est aussi l’agent le plus habituel de la broncho-pneumonie, de la plupart des phlegmons diffus, des angines phlegmoneuses, de beaucoup d’abcès et de lymphangites, des arthrites purulentes, des pleurésies purulentes, des péricardites purulentes, de la méningite qui complique les otites, les fractures du crâne, etc. Enfin, intervenant secondairement, au cours d’un grand nombre d’autres maladies, comme la rougeole ou la scarlatine, par exemple, il devient une redoutable complication portant souvent le coup mortel.
- Le streptocoque se multiplie très rapidement et il sécrète des toxines redoutables ; c’est pourquoi lorsqu’il a réussi à pénétrer dans l’organisme, ce dernier devient impuissant à se défendre contre l’infection et l’intoxication également graves. Une fois dans le sang, le streptocoque hémolytique tue rapidement ; il hémolyse le sang à tel point qu’à l’examen microscopique on ne voit plus de globules rouges : tous se trouvent dissous (fig. i).
- La place ne nous permet d’exposer ici que très brièvement les résumés des résultats obtenus dans les traitements par les sulfamides tant des infections slreptococciques que celles dues aux autres agents.
- Érysipèle. — Dans l’érysipèle, quels que soient son siège et le terrain sur lequel il évolue, la température revient de 4o° à la normale en deux à trois jours, et même souvent vingt-quatre heures api’ès la pi'ise du sulfamide. Dans l’ensemble, la plaque et les signes généraux disparaissent entre le quatrième et le cinquième jour de l’évolution et la guérison survient toujours avant le dixième jour.
- Autrefois, la mortalité par érysipèle était de 5 à io pour ioo. Depuis l’institution du traitement par le sulfamide (ig35) on n’a constaté aucun décès par cette infection à l’hôpital Claude-Bernard à Paris.
- Fièvre puerpérale. — Dans la pratique obstétricale, le sulfamide est employé actuellement surtout à titre préventif. On l’administre, toujours par la voie buccale, aussitôt que possible après le début des douleurs et dans les suites de couches, soit en tout durant 5 à 6 jours. Grâce à ce traitement préventif, le nombre
- Fig. 1. — Streptococcémie mortelle.
- Streptocoque hémolytique encapsulé parmi les globules du sang complètement hémolysés par lui. A comparer avec le sang normal représenté dans le carré en haut.
- des infections avec température dépassant 89° est tombé de 34 à 6 pour 100 et, pour les infections graves, la mortalité est tombée à zéro (statistique de la clinique Baudelocque à Paris).
- Méningites. — Les méningites purulentes à streptocoques, relativement rares, sont toujours d’une gravité exceptionnelle. D’après une statistique importante (A. Gray), elles entraînaient autrefois une mortalité de 97 pour 100. Actuellement, grâce à la sulfamido*-thérapie, ce taux si élevé se trouve complètement renversé : les guérisons atteignent 75 pour 100 au moins, et même d’après certains auteurs 100 pour 100.
- Septicémies. — Malgré un nombre assez élevé d’observations heureuses de streptococcémies traitées par les sulfamides, il serait encore prématuré de proclamer cette thérapeutique comme infailliblement efficace.
- Autres infections à streptocoques. •— Dans les pleurésies purulentes, les sulfamides ne sont pas toujours capables à eux seuls de guérir de façon complète, la pleurotomie restant, dans ce cas, nécessaire. Cependant, leur emploi amène une diminution notable de la richesse microbienne de l’épanchement ; parfois, celle-ci devient même stérile. Leur association à l’acte chirurgical amène une évolution favorable et une guérison rapide.
- L’emploi des sulfamides comme traitement adjuvant, dans les angines, dans la grippe et dans la scarlatine a démontré aussi ses heureux effets.
- DIPLOCOCCIES
- Pneumonies. — Les pneumonies que chaque hiver amène, avec ses froids, ses brouillards, ses pluies, ont le plus souvent comme agents les mêmes pneumo-
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- coques qui, normalement, siègent à l’état permanent mais saprophyte dans la bouche et le pharynx. Ces cocci, dont les bactériologistes ont identifié plus de 3o variétés, se rappro-
- A droite : Pneumocoque montrant ses capsules chent beau-(cultivé clans le sérum d’un jeune lapin). A ,
- gauche : méningite mortelle ; liquide céphalo- C0UP les uns
- rachidien contenant des pneumocoques. des autres
- par leurs caractères morphologiques. En particulier, quand ils se trouvent dans un milieu hostile, ils s’entourent d’une capsule gélatineuse (fig. 2) qui les protège surtout contre les moyens naturels de défense de l’organisme vivant (phagocytose, humeurs, etc.).
- Autrefois, la mortalité par pneumonie était selon les pays de 18 à 4o pour 100. Le sulfamide montra son action extrêmement puissante contre cette maladie. A l’hôpital del Salvador, à Santiago du Chili, grâce à la sulfamidothérapie, la mortalité a été réduite de 18,5 à 3 pour 100 (122 malades traités). En France, MM. Joltrain et Lempérière ont obtenu des résultats plus brillants encore : leurs observations portent sur près de mille malades hospitalisés dans les hôpitaux militaires, du mois de novembre 1939 au mois de février 1940 et traités par les sulfamides. Ces auteurs disent : « Nous n’avons pas enregistré un seul cas de mort, malgré le nombre assez important de malades dont l’affection avait revêtu un caractère de haute gravité » (La Presse médicale, nos 73-74, ig4o).
- Méningites à pneumocoques--------Le plus souvent,
- elles sont dues aux mêmes pneumocoques saprophytes de la bouche et du pharynx et compliquent parfois les otites, surtout chez les enfants (fig. 2). Leur pronostic était autrefois des plus sombres, car cette infection accusait une mortalité de 100 pour 100. La sulfamidothérapie a permis d’obtenir de 20 à 3o pour 100 de guérisons.
- Méningites à méningocoques. — Malgré l’institution de la sérothérapie, la mortalité par cette infection, connue sous le nom de méningite cérébro-spinale infectieuse, demeurait jusqu’à ces temps derniers de 5o pour 100 environ. Le méningocoque (fig. 3) s’est révélé comme très sensible à l’action du sulfamide, puisque l’administration de ce médicament amène maintenant la guérison dans 95 pour 100 des cas.
- Méningites à bacilles de Pfeiffer. — Leur nature resta ignorée jusqu’en 1892, quand Pfühl décrivit le premier cas. Elles se rencontrent en réalité assez souvent, surtout dans la pratique infantile (plus de 5oo cas déjà publiés). Jusqu’à l’avènement de la sulfamidothérapie, la mortalité par ces méningites atteignait 96 pour 100. Les rares survivants restaient frappés pour le reste de leur vie de diminution de la vision, de surdité, ou bien de déficience mentale. Malgré le traitement, tant par le sérum de cheval que par celui de convalescent, elles se terminaient encore par la mort dans 72 pour 100 des cas. Actuellement, grâce à la sulfamidothérapie, le nombre de guérisons atteint près de 85 pour 100 et le plus souvent sans laisser de séquelles importantes.
- Peste. — Les essais de traitement de la peste bubonique expérimentale chez le cobaye par les sulfamides, effectués par le Dr G. Girard, directeur de l’Institut Pasteur de Tananarive, ont donné des résultats fort encourageants. Tous les cobayes traités 24 h. après l’infection guérissent, ainsi que 5o pour 100 de ceux traités après 48 h. Les formes anormales du bacille pesteux, qu’on retrouve tant dans les frottis d’organes d’animaux traités que dans les premières cultures du bacille isolé de ces animaux traités, confirment l’action bactéricide du sulfamide (fig. 4).
- Autant qu’on en peut juger d’après une trentaine de cas de peste bubonique humaine, traités par le sulfamide au lazaret de Tananarive par le Dr F. Estrade, il résulte que la mortalité normale de 80 pour x 00, réduite par la sérothérapie antipesteuse à 35 pour 100, peut être abaissée, par la sulfamidothérapie, à 20 pour 100.
- Aucune thérapeutique, y compris celle sérothéra-pique, de la peste pulmonaire, cette infection considérée comme toujours mortelle et extrêmement contagieuse par contact, ne s’était trouvée efficace. Si la sulfamidothérapie n’a pas amené non plus de guérison,
- 1 e s essais d’administration de sulfamides à titre préventif, tentés par le Dr G.
- Girard, ont donné des résultats fort encourageants.
- C’est déjà beaucoup, puisque un tel traitement pré-
- Fig. 2.
- Fig. 3.
- A droite : méningocoques en culture. A gauche : bacilles de Pfeiffer dans le liquide céphalo-rachidien (méningite).
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- venlif peut proléger contre la contagion, presque toujours inévitable, le personnel sanitaire et l’entourage des pesteux.
- Blennorragie. — Le traitement véritablement efficace de la blennorragie était jusqu’ici long et pénible, si bien que la plupart des contaminés préféraient laisser l’infection suivre son cours, tout au plus après quelques séances d’un traitement incomplet. Une fois la période aiguë passée, le malade était persuadé d’être guéri, tandis qu’en réalité l’infection s’était transformée en une forme chronique, restant toujours contagieuse, d’où la propagation déplorable de celle infection, surtout dans les agglomérations urbaines.
- Or la blennorragie est loin d’être une infection négligeable et peut provoquer de graves complications.
- Actuellement, la sulfamidolhérapie guérit à coup sûr, en peu de jours et sans distinction, la blennorragie aiguë ou chronique (ûg. 5).
- Accidents. — L’utilisation des sulfamides, devenue rapidement universelle, a pi'ovoqué de grands enthousiasmes mais aussi parfois des critiques et des hésitations. De nombreux et multiformes incidents ou accidents ont été signalés, surtout au début de la mise en pratique courante des premières substances sulfami-dées.
- Ces accidents ont eu généralement pour causes des phénomènes d’intolérance. Les premières substances sulfamidées n’étaient pas toujours suffisamment purifiées et contenaient des molécules étrangères nuisibles. Certaines incompatibilités chimiques étaient à ce moment encore inconnues ; ainsi l’administration d’une purge au sulfate de soude ou au sulfate de magnésie suffit pour provoquer une sulfohémoglobi-némie et même une nourriture riche en soufre peut
- déclancher cet accident.
- Tout compte fait et après l’expérience acquise, la chimiothérapie par les dérivés sulf-amidés ne comporte pas de risques tels qu’ils la rendent dangereuse. Les praticiens avisés con-naissent maintenant la plupart des causes de ces acci-
- Fig. 5.
- /I droite : pus blennorragique avant le traitement par le sulfamide. A gauche : pus prélevé chez le même malade 24 h. après l’administration du sulfamide.
- dents, ainsi que les moyens de les éviter, ou bien de les juguler. Cependant rappelons ici, une fois de plus, que les sulfamides ne sont pas des remèdes pour se soigner en dilettante, sans la prescription et la surveillance d’un médecin.
- Conclusions. — Le sulfamide a transformé complètement le pronostic autrefois si grave de diverses méningites, des fièvres puerpérales, des pneumonies, de la peste bubonique.
- Il se révèle comme préventif extrêmement puissant contre des infections aussi dangereuses que la fièvre puerpérale et la peste pulmonaire. Il semble qu’il protège, lors de la grippe, contre des complications éventuelles dues à d’autres agents secondaires, tels que le streptocoque, le pneumocoque, le bacille de Friedlan-der, etc.
- Grâce à ce médicament, les blennorragies peuvent être guéries en peu de jours, alors qu’autrefois un traitement long et pénible de cette infection enlevait à la plupart des malades le courage de se faire soigner, ce qui entraînait la propagation de cette infection et influençait fâcheusement la natalité.
- Notons aussi que le sulfamide est actif contre le bacille de Flexner, contre le virus de Nicolas-Favre, contre le bacille de Ducrey et contre le Plasmodium vivax.
- Sa polyvalence d’action bactéricide, la facilité de son administration, font de lui un médicament de choix, auquel tous les praticiens ont fréquemment recours.
- Le prix Nobel de Médecine de 1939 décerné au professeur G. Domagk pour cette merveilleuse découverte a été un juste hommage pour l’énorme service qu’il a rendu.
- W. N. Kazeeff.
- 1. Les cultures, les préparations microscopiques et leurs microphotographies ont été effectuées par l’auteur.
- Fig. 4. — Première culture sur gélose du bacille pesteux isolé d’un cobaye infecté par la peste et traité par le sulfamide.
- On voit, à côté des éléments normaux (1), les formes anormales : bâtonnets épais (2), gros filaments (3) et massues (4).
- * * *
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- COMMENT SE CHAUFFER (*)
- DU CHOIX DES APPAREILS DE CHAUFFAGE
- Dans notre précédent article, nous avons vu comment, pour atteindre une certaine température mesurée en degrés, il faut dépenser une certaine quantité de chaleur mesurée en calories. Tous les combustibles ne donnent pas en brûlant une même quantité de chaleur ; leur pouvoir calorifique est ti'ès inégal et nous avons abouti à un premier classement qu’on rappellera ici sous une autre forme :
- x stère de bois pesant 35o kg.,
- 2Ôo kg. de tourbe sèche,
- 200 kg. de lignite,
- 125 kg. de houille ou de coke, ioo kg. d’anthracite,
- 80 kg. ou 90 1. de pétrole,
- 176 1. d’alcool,
- 175 m3. de gaz d’éclairage,
- dégagent en brûlant des quantités équivalentes de chaleur, environ 875 000 cal. On obtient la même quantité de la consommation de 1 000 kW.-h. d’électricité.
- Mais ce n’est pas là le seul élément à considéi’er. On peut transformer le courant électrique en chaleur sans perte, dans des résistances obscures ou lumineuses sans polluer l’atmosphère respirable ; on ne peut brûler aucun autre combustible sans établir un courant d’air, faire entrer du dehors de l’air fx-ais et froid, faire sortir par une cheminée les fumées et les gaz en les entraînant dans une partie de. l’air chaud. Le rendement du chauffage est donc des plus variables ; il va de xoo pour 100 dans les radiateurs électriques à bien moins de 5 pour 100 dans les vastes cheminées de campagne ; il dépend des appareils de chauffage utilisés.
- Pour de multiples raisons de rendement, de confort, d’esthétique, la tendance continue a été de diminuer le nombre des foyers et d’augmenter l’étendue des surfaces chauffantes. De l’âtre en pieri'es posé au milieu de la hutte, avec un simple trou à fumée dans le toit, on est passé à la cheminée munie d’un tuyau d’évacuation. D’abord immense, elle s’est peu à peu réduite pour arriver à ne plus servir que par son tuyau quand on a employé les poêles. Puis se sont développés les chauffages centraux d’appartement ou d’immeuble, avec un seul foyer à feu continu pour toute la maison. On a même vu, en ces dernières années, les premiers réseaux de chauffage urbain où une centrale thermique chauffe tout un quartier ou une ville.
- En même temps, on a cherché à créer une atmosphère uniforme en multipliant les surfaces émettrices. Après l’âtre où l’on se grille la face tandis qu’on se gèle les pieds et le dos, on a eu des poêles aux longs tuyaux, puis des radiateurs multiples, pour atteindre dans quelques immeubles aux planchers et aux murs chauffants.
- Actuellement, si le choix des combustibles se trouve limité et restreint, les moyens de chauffage posent des problèmes encore plus difficiles. Combien de chauffages centraux seront allumés cet hiver ? Heureux ceux qui auront des cheminées, des poêles, des grilles pour brûler les combustibles qu’ils auront pu se procurer !
- *
- * *
- 1. La Nature, n° 3063, 13 octobre 1940, p. 384.
- Le moment est donc venu de passer en revue les appareils de chauffage, de connaître leurs rendements, de chercher les améliorations de fortune qu’on y peut apporter.
- Les cheminées. — Les cheminées sont des foyers ouverts dans lesquels on brûle du bois sur des chenêts, ou dans une grille un combustible solide : charbon, coke, boulets, etc. Elles sont un agréable mode de chauffage, le feu étant entièrement visible, où l’on se réchauffe rapidement rîen qu’en approchant; quand elles ne fument pas, elles assurent une aération parfaite puisqu’elles évacuent au moins 60 m3. d’air par kg. de bois brûlé. Mais cette ventilation énergique rend justement leur emploi peu efficace et très coûteux. Logéej dans le mur, elles ne chauffent que par rayonnement et le feu doit y être maintenu vif. Le rendement ne dépasse jamais 10 pour 100 et descend parfois au-dessous de 3 pour 100.
- Tuyau _
- de —
- Cheminée
- Fig. 1. — Appareil Péclet, récupérateur de chaleur pour cheminée
- Beaucoup d’inventeurs, avant et api’ès Franklin, se sont ingéniés à remédier à leur détestable rendement. On les a construites en avancée dans la pièce ; on les a bordées de parois obliques et blanches pour augmenter leur rayonnement ; on les a munies d’un tablier pour activer le tirage à l’allumage et le ralentir quand le feu est pris. On a imaginé des réchauffeurs d’air qui prennent l’air froid près du sol et le soufflent sur les côtés ou au-dessus de la cheminée après l’avoir conduit à travers le foyer et la cheminée sans le mélanger aux gaz brûlés. On récupère ainsi une partie de la chaleur pci’due par conduction et convection. De la cheminée pennsylvanicnne de Franklin, on est passé à l’appareil Péclet (fig. 1), puis à la cheminée Fondet, la plus couramment en usage, où l’air circule jusque dans les barreaux creux de la grille. On peut y suppléer assez bien avec un appareil de fortune (fig. 2) fait de bouts de tuyaux.
- Certains modèles de cheminées présentent des perfectionnements qui les apparentent aux poêles. Des cheminées, elles conservent le feu nu ; des poêles, elles ont l’enveloppe métal-
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- lique chauffant par conduction ; elles ont une circulation d’air pur; certaines avancent dans la pièce, ont un foyer avec grille et cendrier, une cloche à fumée, une chemise en tôle ou en briques, telles les cheminées à la prussienne (fig. 3) dont le rendement est bien plus élevé.
- Les poêles. — Les poêles sont des appareils de chauffage très supérieurs aux cheminées à feu nu. Leur foyer est clos et communique avec la cheminée par un tuyau dont on peut faire varier la longueur, si bien qu’on les place n’importe où. A défaut de cheminée existante, on peut conduire le tuyau vers un échappement extérieur à travers une fenêtre dont un carreau a été déposé et remplacé par une plaque de tôle. Leur aspect est moins agréable et décoratif parce que le feu n’y est pas visible et qu’ils forment une niasse sombre, mais on y remédie dans les modèles récents en émaillant la fonte de couleurs vives ou claires et en faisant la paroi devant le foyer en mica transparent. Leur rendement peut atteindre 60 pour ioo. Le tirage est bien plus faible que dans les cheminées et peut être aisément réglé par une clé commandant un obturateur imparfait. Et surtout, la masse du poêle et des tuyaux dégagent de la chaleur par conduction, si bien que les gaz brûlés ne s’échappent dans la cheminée que sensiblement refroidis. On a avantage à munir les poêles de longs tuyaux et à augmenter la surface de ceux-ci en les contournant, les multipliant (repos de chaleur des poêles lorrains) ou les munissant d’ailettes.
- Les poêles fument plus rarement que les cheminées. Ils dessèchent l’air, à quoi on remédie en posant au-dessus une large surface d’eau qui s’évapore.
- Il faut proscrire, sous peine de malaises et même d’asphyxie, les réchauds, les braseros, et leur réduction, la chaufferette, aussi bien que les poêles à pétrole et les radiateurs à gaz sans évacuation. Toute combustion dégage des gaz nocifs qu’on ne peut laisser s’accumuler dans la pièce où l’on vit.
- Beaucoup de poêles sont formés d’une seule exrveloppe de fonte dont l’intérieur est divisé en deux parties par une grille : au-dessus est le foyer qu’on charge par un orifice
- Fig. 2. — Récupérateur de chaleur de fortune construit avec des segments de tuyaux de poêle.
- Fig. 3. — Cheminée à la prussienne.
- supérieur muni d’une fermeture; au-dessous le cendrier muni d’un tiroir dont l’ouverture règle le tirage. Leur forme est très variable ; ceux dits de corps de garde ressemblent à une cloche ; les réchauds et cuisinières ont une face supérieure plane où l’on peut poser des casseroles; certains sont munis d’un four et d’un réservoir d’eau chaude. Pour les grandes salles, on en fait à ailettes qui augmentent la surface de conduction et d’autres à réservoir de combustible rendant les chargements moins fréquents. La fonte est remplacée par la tôle dans certains poêles à bois ou à tourbe. Les poêles à simple paroi chauffent vile dès qu’ils sont allumés et.se refroidissent de même. Ils ont l’inconvénient de rougir quand le feu devient trop vif et les poussières apportées par convection brûlent au contact de l’enveloppe en donnant de mauvaises odeurs.
- Certains poêles ont une enveloppe de faïence, de briques ou de terre réfractaire qui forme volant de chaleur et assure un chauffage plus lent. Dans les poêles-calorifères, on a disposé une circulation d’air qui s’échauffe autour du foyer et ressort par des bouches de chaleur.
- Les poêles mobiles sont des appareils étudiés pour avoir un très faible tirage grâce à la petitesse des orifices d’entrée et de sortie de Pair ; ils possèdent un magasin de combustible qui permet de ne les recharger qu’à de longs intervalles, tout en maintenant un feu continu; leur grille est mobile pour assurer la chute des cendres et des mâchefers nécessaire en marche continue. Ils ont un excellent rendement qui atteint 8o pour ioo, mais il faut faire quelques réserves sur l’avantage qu’ils ont de pouvoir être transportés d’une cheminée à une autre et de chauffer ainsi successivement différentes pièces; en effet, à cause de leur feu ralenti, ils dégagent souvent de l’oxyde de carbone et le moindre trouble du tirage peut ramener les gaz brûlés dans la pièce, créant un grave danger d’intoxication. En tous cas, il faut les proscrire des chambres à coucher.
- Les calorifères. — A leur sujet, on peut être bref par le temps qui court. On ne saurait guère songer à en installer de nouveaux, ni même à assurer l’approvisionnement en combustible de ceux qui existent. Force est de se contenter
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- de chauffer une ou quelques pièces seulement, celles où l’on se lient, où l’on travaille, et de renoncer .au confort d’une maison partout également tiède.
- Le chauffage au gaz. — A supposer que le ravitaillement en houille grasse assure aux usines à gaz un débit suffisant, lé chauffage au gaz est un des plus séduisants, sinon des plus économiques. Pas de stockage de combustible encombrant, pas de résidus à enlever, aucun entretien ; du feu quand on en désire, immédiatement, aussi fort ou aussi faible qu’on veut, par la seule manoeuvre d’un robinet et la présentation d’une allumette. C’est presque l’idéal du chauffage. Son défaut est de produire beaucoup de vapeur d’eau qui se condense sur les parois froides des pièces en les mouillant ou qui part dans la cheminée en emportant sa chaleur de vaporisation qui est notable.
- Quand il s’agit de chauffer rapidement et pendant peu de temps — c’est le cas de la cuisine — le gaz est un combustible de choix.
- De multiples appareils à gaz ont été réalisés, tous d’un faible encombrement, à flamme blanche ou bleue; les uns. chauffent surtout par conduction de leurs enveloppes de tôle, d’autres par rayonnement de pièces réfractaires portées à l’incandescence : amiante, terres rares, manchons; le ren-dernent en est peu influencé. Læ seule recommandation importante est de surveiller le bon état des tuyaux d’arrivée, surtout de leurs parties en caoutchouc, et de ne pas tolérer d’appareils sans cheminée d’échappement des gaz brûlés.
- Le chauffage électrique. — Dans la pénurie de combustibles actuelle, le chauffage électrique est peut-être la ressource dont nous manquerons le moins. Le développement des centrales hydro-électriques et des réseaux de distribution assure maintenant la î-épartition de cette forme d’énergie dans le pays tout entier, jusqu’aux maisons et aux fermes isolées. Le ralentissement des activités industrielles laisse disponible une bonne part de la puissance produite. Il n’est que de l’utiliser.
- Le chauffage électrique a tous les agréments ; il est instantané, aussi souple qu’on le désire, propre, hygiénique, sans encombrement; ne dégageant ni gaz ni poussières, il laisse l’atmosphère intacte et ne demande aucun soin. Malheureusement il reste très coûteux et dans beaucoup de maisons les installations manquent pour l’utiliser, car on ne peut guère chauffer un local avec les petits appareils à faible débit créés pour fonctionner sur les branchements de lumière.
- La transformation de l’énergie électrique en chaleur se produit dans des résistances qui peuvent être portées à l’incandescence, auquel cas elles chauffent surtout par radiation, ou rester obscuros, chauffant uniquement par conduction et convection. Le rendement est toujours total. Dans certains appareils, on oriente le flux de chaleur, soit par un réflecteur parabolique, soit par un ventilateur.
- Là où des installations de force existent, on pourra brancher plus économiquement des insistances chauffantes de fort débit, réaliser d’assez grandes sui'faces chauffantes sous forme d’écrans ou de tapis.
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- Cette brève revue des divers appareils de chauffage suffit à faire comprendre que la valeur des combustibles n’est pas tout entière dans leur pouvoir calorifique et qu’il n’est pas indifférent de brûler n’importe quoi, n’importe comment et n’importe où.
- Le rendement varie beaucoup selon l’appareil, l’installation dont on dispose et l’art de conduire le feu.
- Voici un radiateur électrique quelconque ; tous les watts consommés sc retrouvent en calories. Le rendement est de ioo pour ioo.
- Voici maintenant un radiateur à gaz pourvu d’un tuyau de dégagement des gaz brûlés. Une partie de la chaleur part avec ceux-ci et le rendement utile n’est plus que de 70 pour 100. Si les arrivées d’air et de gaz sont mal réglées, si leur mélange est imparfait, une partie du gaz peut ne pas brûler ou brûler incomplètement et le rendement baisse.
- Passons maintenant au pire. On dispose d’une cheminée, d’une grille et de charbon de terre. Notre charbon est de qualité moyenne et a un pouvoir calorifique de 7 5oo cal. On le verse sur la grille, mais le poussier, les très petits morceaux passent au travers et tombent dans la cendre sairs brûler. Selon l’écartement des barreaux de la grille, suivant qu’on tisonne peu ou beaucoup, selon que le charbon est maigre et s’eflrite ou qu’il est gras et s’agglomère en brûlant, on pei’d ainsi de 2 à 10 pour 100 du combustible. Il est vrai que le tamisage des cendres peut en récupérer une partie. Si le charbon est humide, une partie de la chaleur produite sert à vaporiser l’eau qu’il contient pour l’envoyer à l’état de vapeur dans la cheminée : deuxième perte de 2 à 5 pour 100. Si le feu est peu actif, la couche de charbon trop épaisse, la combustion est imparfaite, il se forme de l’oxyde de cai'bone, de la fumée, de la suie, nouvelle perte de chaleur. Par contre, si le feu est trop vif, le tirage exagéré, l’air qui traverse le foyer emporte dans la cheminée une grande partie de la chaleur produite, pouvant atteindre 5o pour 100. Seule la chaleur rayonnante passe dans la pièce, c’est-à-dire 25 pour 100 de la chaleur totale, et une partie seulement puisqxxe le rayonnement n’a lieu que par une face. Si bien que le kg. de charbon à 7 5oo cal. n’en donne guère qxie 75 à 4oo d’utilisables. Le rendement n’est que de 1 à 5 pour 100.
- Le rendement varie selon chaque appareil et à tout instant suivant la marche de la combustion. Les chiffres qu’on donne sont établis pour un tirage bien réglé et même pour une conduite parfaite quand c’est le constructeur de l’appareil qui les fournit.
- Voici quelques données sur les rendements normaux des divers moyens de chauffage :
- Cheminée ordinaire à bois ... 1 à 5 pour 100
- Cheminée ordinaire au coke ou à
- la houille............................ 3 à 10 — —
- Cheminée avec appareil Fondet . i5 à 20 — —
- Poêle en fonte à la houille ... 20 à 4o — —
- Poêle calorifère.................. 5o à 60 — —
- Poêle mobile à l’anthracite. . . 60 à 70 — —
- Chauffage central................. 5o à 60 — —
- Radiateur à gaz avec tirage ... 70 — —
- Radiateur électrique............... 100 — —
- Il ne nous reste plus qu’à examiner les pertes de chaleur dans les maisons du fait de leur construction et de leur aménagement pour avoir tous les éléments utiles au choix des moyens de chauffage en temps de rationnement. C’est ce que nous verrons dans notre prochain article.
- (à suivre)
- R. Legendre.
- Les figures illustrant cet article sont empruntées au livre de R. Legendre et A. Thevenin, Comment économiser le chauffage domestique et culinaire, Masson et Ci9, Paris, 1918.
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- LA YOUGOSLAVIE
- La péninsule des Balkans, appelée fréquemment Turquie d’Europe, englobe quatre nations au sud du Danube : la Yougoslavie, la Bulgarie, la Grèce et l’Albanie.
- La Yougoslavie occupe dans la région nord-ouest de la péninsule, un vaste territoire dont les limites extrêmes l'apparentent à la fois aux pays d’Europe Centrale par sa frontière septentrionale, au proche Orient par sa frontière méridionale, ainsi qu’au bassin méditerranéen puisque toute sa bordure occidentale baigne dans l’Adriatique.
- C’est un pays montagneux pour les deux tiers de sa superficie ; à part la plaine panno-nique au nord de la Save et du Danube, les plaines sont rares.
- A la pointe nord-ouest, la Slovénie est le dernier contrefort des Alpes dont le Triglav (2 863 m.) détient le record d’altitude du pays.
- A l’ouest, le long du littoral adriatique, le « rempart dinarique » n’offre que des crêtes déchiquetées et des vastes plateaux de karst, roche calcaire dénudée, dont l’altitude ne dépasse pas 1 200 m. L’argile de décomposition et les matériaux entraînés par les pluies d’automne s’infiltrent par des anfractuosités appelées ponor, favorisant ainsi un réseau de gouffres et de rivières souterraines ; le peu de terre meuble, la « terra rossa », se dépose au fond des clolines, sortes d’entonnoirs étroits et assez profonds où le paysan cultive jalousement quelques plants de maïs. Ce rempart est coupé de vallées transversales et d’échancrures qui le divisent en compartiments ; malgré les polje karstiques, tout ce désert de pierre avec ses crêtes et ses fissures, où pas un arbre ne pousse, ressemble à un hallucinant paysage lunaire.
- Au sud, la Macédoine serbe ou région du Vardar est encore une région montagneuse avec des bassins élevés où la neige et les pluies sont abondantes. Des lacs se sont formés dans les fonds de vallées ; les plus considérables sont ceux d’Ohrid, de Prespa et de Dojran qui chevauchent tous trois la frontière gréco-yougoslave.
- Par contre, les bassins de la Save et du Danube au nord, de la Morava à l'est, sont constitués par de vastes plates-formes d’origine lacustre ou marine, recouvertes d’argile ou d’humus et par des îlots montagneux.
- La configuration du pays détermine deux sortes de climats : le climat méditei’ranéen se fait sentir à l’ouest et au sud ; tandis qu’au sud son influence s’étend jusqu’aux environs de Veles en Macédoine, à l’ouest il ne pénètre pas à l’intérieur des terres, car la barrière de montagnes qui se dressent au bord même de la mer sur la côte dalmate constitue un obstacle puissant à toute influence.
- Par suite, la végétation se délimite avec beaucoup de netteté de part et d’autre d’une ligne passant par la Sarplanina et la Crna Gora de Skoplje. Au sud, dans un pays plus ou moins déboisé et brûlé en été, il ne pousse que des maïs chétifs, de la vigne, du tabac, du riz, du sésame, des pavots et des mûriers. Au nord, les grandes prairies permettent la culture à la charrue
- 1. — Pont sur la Neretva, à Mostar (Herzégovine).
- des céréales : blé et surtout maïs ; c’est aussi le pays des beaux pâturages et des forêts vertes de Bosnie et d’Herzégovine. Enfin l’exploitation des vergers y est considérable ; parmi toutes les variétés cultivées, outre le pommier, le poirier et le noyer, le prunier est le plus répandu : ses fruits tour à tour mangés frais, mis en conserve (compotes et confitures), distillés en une eau-de-vie fameuse, la sljivovica, et exportés à l’étranger, constituent une des principales ressources du pays.
- Le littoral se distingue de ces deux zones, grâce à son climat humide et chaud où poussent la vigne et l’olivier ; les fruits y sont succulents, telles ces petites figues blanches, grosses comme un œuf de pigeon,
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- Fig. 2. — La Neretva, à Mostar (Herzégovine).
- dont les arbres tapissent le fond des criques sur une profondeur de plusieurs kms. ; autrement c’est le maquis où broutent les chèvres, où les routes sont réduites à des sentiers et où seule la culture à la houe est possible. Aussi les gens de la côte trouvent-ils leur plus grand profit à la pêche en pleine mer.
- La Yougoslavie, comme son nom l’indique, est le pays des Slaves du sud (youg « sud ») ; son unité territoriale actuelle n’a été formée qu’à l’issue de la guerre 1914-1918 par la réunion des trois branches : serbe, croate,
- Slovène.
- Avant l’immigration slave, les Romains fui'ent les premiers conquérants du pays : par l’Adi'iatique, ils se répandirent en Dalmatie et gagnèrent la Save et le Danube.
- Ce n’est qu’à la moitié du VIe siècle que les ancêtres des Slaves du Sud, originaires des plaines situées à l’est des Carpathes, berceau commun des peuples slaAres, allèrent s’établir près du moyen Danube. Au vn° siècle, ils descendirent vers le Sud et occupèrent les territoires situés entre l’Adriatique, la mer Egée et la mer Noire. Les Serbes s’étaient fixés dans les régions constituant la Serbie actuelle, les Croates dans le Nord-Ouest et les Slovènes dans la Carniole, la Carinthie et la Styrie.
- Puis vint en 659-660 l’invasion bulgare d’origine finno-ougrienne.
- Pour les Serbes et les Bulgares, Byzance fut la grande inspiratrice, elle fut puissante de la fin du ixe à la fin du xue siècle. A cette époque elle était la plus grande capitale politique de cette partie du monde ; le commerce et
- l’industrie y étaient plus florissants qu’ailleurs et l’université de Byzance était le centre de la pensée. Son architecture admirable fit école, elle aussi, et des quantités d’églises s’élevèrent en Macédoine et en Serbie. C’est du xne au xve siècle que datent les fameux monastères de Visoki, de Decani, Gracanica, de Sopocani et de Stude-nica. Ces monastères d’une très belle architecture byzantine à coupoles, sont surtout célèbres par les fresques qui ornent les murs intéi'ieurs de leurs églises ; elles représentent des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, des portraits des saints fondateurs et patrons, des souverains serbes au moyen-âge. On a pu dire que « les Serbes ont reçu le type de leurs églises du même lieu que les formules du dogme et du rite. Ils le tenaient de Byzance » f1).
- Les Turcs envahirent le pays au xvi° siècle : la religion de Mahomet s’installa dans les provinces conquises, les mosquées remplacèrent les églises. Serbes et Turcs engagèrent de violents combats restés célèbres dans les complaintes des guzlars (2) ; les trois batailles principales eurent lieu à Crnomen dans la vallée de la Marica, à Plocnik à l’ouest de Ni s, et à Kossovo. Les Turcs vainqueurs atteignirent la Save et le Danube, pénéti'èrent en Hongrie et arrivèrent sous les murs de Vienne. L’Autriche, pour se protéger de la
- 1. Millet. L’ancien art serbe.
- 2. Joueurs de guzla, sorte d’instrument monocorde au son duquel les chanteurs serbes récitent les épopées nationales.
- Fig. 3. — Coucher de soleil sur le CaJcor, à Pec (Monténégro).
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- poussée turque vers le Nord, créa les « confins militaires ».
- Après ce triomphe, la Turquie tombée en décadence se vit supplantée par la Russie qui détint les marchés d’échanges au début du xixe siècle. Les peuples balkaniques traversèrent alors une période de guerres ininterrompue dès i8o4, date de la première t( guerre balkanique ». En igi5, les Turcs quittèrent définitivement le pays et le icr décembre 1918 les Slaves du Sud ayant proclamé leur indépendance, se réunirent avec la Serbie en Royaume unifié des Sei’bes,
- Croates et Slovènes qui devint en 1920 le Royaume de Yougoslavie.
- Ces apports successifs créèrent des zones de civilisation très caractéristiques. La Macédoine relève d’une civilisation byzantine modifiée : les agglomérations urbaines y sont plus nombreuses, les marchés et bazars, ccu-sija, abritent des corps de métiers fermés, tels que fourreurs, orfèvres (filigrane) caravaniers, cuisine à mets spéciaux. La Bosnie, l'Herzégovine et le Monténégro sont soumis au régime patriarcal de la grande famille zadruga. La Dalmalie regorge de réminiscences occidentales, plus particulièrement vénitiennes. Enfin en Bosnie et Herzégovine, les populations converties à l’Islam accusent les influences turco-orien-tales.
- Ces divers courants se traduisent en fait et en droit dans les différentes formes de propriétés rurales.
- Il existe des terres cultivées par des paysans au profit de grands propriétaires appelés beys ou begs ; celte
- organisation subsiste dans les régions qui avaient été soumises aux Turcs (Bosnie, Herzégovine) et se dénomment ci/liks.
- La propriété collective, en villages libres, existe encore en Kossovo et en Metohija. C’est une unité économique complète, une des plus anciennes formes sociales caractéristiques des Yougoslaves à l’époque où ils colonisèrent la péninsule et que l’on appelle zadruga. La zadruga est une association domestique de plusieurs familles. L’article 57 du Code civil de Serbie de i844 en donne la définition suivante :
- « Sous le nom de zadruga ou maison ayant ce caractère, on entend plusieurs personnes majeures, seules ou avec leurs ascendants, vivant en communauté ; elles se trouvent
- entre elles dans les rapports de zadruni.....
- La zadruga prend fin dès qu’il ne reste plus dans la maison qu’une famille et qu’un individu ». Très différente de la famille urbaine simple, composée seulement du père, de la mère et de leurs enfants, « la zadruga dans ses rapports avec l’extérieur est considérée comme personne morale » (article 58 du Code Civil).
- Cette forme très spéciale de la famille serbe peut être résumée en quelques principes :
- « Le chef n’a pas le droit de disposer du bien de la famille sans le consentement des membres de la communauté.
- Comme le chef ne peut disposer de rien entre vifs sans le consentement des membres de la zadruga, il ne peut non plus disposer par testament des biens de la communauté.
- Fig. 4. — Maison musulmane et mosquée à Pec (Monténégro).
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- Le chef* jeune ou vieux, peut toujours être remplacé dès que les membres de la communauté trouvent cette mesure utile ou nécessaire.
- Chaque membre mâle et majeur de la zadruga peut, d’après la coutume, réclamer la part du bien commun qui lui revient quand cela lui semble bon.
- A la mort du chef de la zadruga, un autre le remplace, mais c’est tout, le partage des biens n’étant subordonné à la mort de personne ; puis le fonctionnement de la famille continue comme auparavant » (-1).
- Dès 1876, les zadruga commencèrent à se désagréger lentement, par suite de l’émiettement de la propriété rurale. Un autre article du Code civil énonce que « le principe de collectivité ne règne qu'autant que dure la zadruga et la nature de la famille change dès que le partage a eu lieu, chaque copartageant devenant propriétaire individuel du lot. »
- Enfin, notons ceux qui émigrent régulièrement ou temporairement pour des raisons diverses. Les uns sont des pasteurs qui, fin septembre, descendent avec leurs troupeaux des montagnes de Tetovo et par Djevdjelija gagnent la campagne de Salonique où ils hivernent. Leur retour au pays se fait en mai. Aujourd’hui cette transhumance à long parcours est sensiblement réduite ; deux faits sont à l’origine de ce changement, d’abord l’évolution économique qui fait de plus en plus du pasteur un cultivateur, puis surtout la gêne provoquée par l’établissement de frontières au sud avec ses frais de douane et d’impôts.
- Les autres émigrent temporairement dans le but de-gagner leur vie. Ainsi en Serbie orientale, la population masculine allait jusqu’en 1912, en grand nombre dans les autres régions de la Serbie ou dans les pays voisins, surtout la Roumanie. Cet abandon temporaire du foyer s’appelle pecalba et ceux qui le pratiquent pecaibari; ils s’occupaient de travaux agricoles, étaient maçons, menuisiers, tuiliers ou potiers, ils partaient vers le 9 mars et rentraient chez eux vers la fin novembre. Ceux qui partaient en Roumanie, s’en allaient par groupes de 5o à 100 hommes, quelquefois plus, et étaient conduits par les dragoman « interprètes » qui se faisaient les intermédiaires entre les propriétaii'es et les pecaibari pour l’établissement des contrats ; une fois les travaux terminés ils les ramenaient en Serbie. Ces migrations sont dues pour la plupart à l’insuffisance des ressources d’une contrée. Ainsi, la Zagora, la région outre-monts des Alpes dinariques est excessivement pauvre, les cultures y sont réduites à d’étroites terrasses ; nombreux sont ceux qui s’expatrient. Malheureusement cet état de choses a rapidement contribué au dépeuplement de ces l'égions.
- D’après les données statistiques de fin mars 1934, la population de la Yougoslavie était de i4 millions 3oo 000 habitants ; 86 villes comptaient à cette date plus de 10 000 habitants. Actuellement 82,5 pour 100 de la population yougoslave s’occupent d’agriculture,
- 1. Bogisic. D’une forme particulière de la famille rurale chez les Serbes et les Croates. Revue de droit international et de législation comparée, t. XYI, 1884, n° 1.
- Fig. 6. — Maisons à Struga (Macédoine).
- le reste soit 17,5 pour 100 se répartit entre le commerce, l’industrie, les métiers et les employés d’état ou privés.
- Les villes yougoslaves sont d’aspect très varié. On peut relever trois types très caractéristiques. Sur le littoral dalmate, elles sont nichées dans des baies, presque toujours encerclées de remparts et dominées par une forteresse. Ce sont en général des villes fort anciennes datant d’une époque où de solides murailles étaient une excellente protection contre l’ennemi. La ville de Dubrovnik possède de magnifiques remparts qui enserrent les maisons de telle sorte que l’adjonction d’une construction nouvelle y est impossible ; ce fait, et celui que la chaussée pavée de larges dalles est interdite à tout véhicule, contribuent à lui conserver encore aujourd’hui un savoureux cachet d’ancienneté.
- Une autre variété beaucoup plus fréquente dans l’ensemble du pays est ce qu’on peut appeler le type turco-oriental : les villes de ce type consistent en un dédale de rues étroites et mal pavées, flanquées de chaque côté de boutiques basses, dont il suffit d’enlever les lourds volets de bois plein pour se trouver dans le plus grouillant des bazars orientaux : c’est la carsijn. La ville de Skoplje possède un quartier turc séparé de la ville moderne par toute la largeur du Var-dar ; chaque métier y est groupé par corporations, on y voit des cafés où les hommes stationnent longuement en buvant de minuscules tasses de « café turc », des restaurants où l’on déguste des mets orientaux agrémentés de sauce rouge au paprika. En dehors de la carsija, les maisons d’habitation sont souvent enfouies dans la verdure et entourées de murs si dis-
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- crets qu’il est impossible de rien apercevoir de la maison et de ses habitants.
- Enfin, les villes des contrées à régime patriarcal sont d’un type plus banal pour nous, parce que très influencé par l’Occident. Ce sont des villes souvent sans aucun cachet, aux rues étroites et larges et aux maisons élevées. Toutefois en Bosnie et en Herzégovine, le type se mélange à certains éléments orientaux.
- La maison s’appelle kuca, qui veut dire « foyer ». A l’origine, cette expression désignait la pièce où était le foyer, car la maison la plus primitive ne comprenait qu’une pièce où bêles et gens vivaient ensemble.
- Dans la plaine marécageuse de Skoplje, en Serbie du sud, il existe un type semblable mais déjà bien modifié ; elle comprend deux pièces contiguës séparées par une cloison : la kuca, où est le foyer, une table, quelques tabourets et un lit de paille, et dont le sol est de terre battue, et le pondilo qui sert d’étable ; devant ces deux pièces, la façade s’ouvre sur un porche flanqué d’une chambre de chaque côté. Les murs sont en torchis, le toit en tuiles rouges avec une cheminée, les fenêtres sont de simples ouvertures cadrées de bois. Dehors un banc est accoté au mur de façade et un lit de planche assemblées sur quatre pieds surélevés est utilisé pendant les nuits d’été ; enfin un puits complète l’ensemble.
- Naturellement c’est le type le plus simple, l’importance de la maison et de ses dépendances varie avec le mode de. vie de chacun. La maison dinarique est construite en bois depuis le sol jusqu’au toit fait de lattes minces. Par contre dans les régions karstiques la maison n’est faite que de pierre, le toit étant couvert de pierres plates cimentées les unes aux autres. Dans les plaines, ce sont souvent des maisons de torchis avec toutes les dépendances nécessaires à l’exploitation agricole : des granges, des greniers, des resserres à outils, des étables et des laiteries dans les pays d’élevage, des distilleries dans les pays de vergers. Une même habitation peut réunir un nombre considérable de bâtiments appartenant au même propriétaire. Il existe aussi une maison appelée kula élevée autrefois par des begs très riches et très puissants ; ces kula sont de véritables forteresses aux murs épais ne comportant pas d’autres ouvertures qu’une porte, quelques fenêtres étroites aux étages supérieurs et des meurtrières. Ainsi le beg pouvait-il tenir le siège dans sa maison et résister aux assaillants.
- Trois, langues sont parlées en Yougoslavie : le Slovène, le Serbo-Croate et le Macédonien. Le Serbo-Croate occupe la majeure partie du territoire, c’est une langue littéraire qui utilise deux alphabets différents : cyrillique et latin. L’alphabet cyrillique a été inventé par deux apôtres missionnaires de Salonique, Saint Cyrille et son frère Méthode, vers 864. Cette langue était du slave dans laquelle furent écrits tous les textes religieux. Le cyrillique est aussi utilisé chez les Bulgares et les Busses. Après bien des tâtonnements au cours des siècles ,1a langue se fixa au xixe siècle ; cette unification de la langue fut l’œuvre de V. Karazic. Au xxe siècle, la langue serbo-croate actuelle se rap-
- proche le plus possible de la langue du peuple. Les Serbes ont emprunté à de bonnes sources, particulièrement aux sources slaves ; ils ont raccourci et allégé les mots russes de terminaisons trop lourdes que le bulgare a conservées. Le serbo-croate a donc subi un rajeunissement complet à une époque récente ; par ailleurs, il a adopté des mots d’origine étrangère, surtout allemande, et des mots de forme latine moderne, particulièrement du français. Dans le nord, les Slovènes possèdent leur propre langue assez différente du serbo-croate. Quant aux Macédoniens, ils parlent une langue très proche du bulgare, mêlée de serbe ; c’est dans celle langue que sont écrits presque tous les chants lyriques de la littérature populaire.
- En Yougoslavie, il existe trois cultes principaux : orthodoxe, catholique et musulman. On comptait en 1937 : 48,7 pour 100 d’orthodoxes, 37,45 pour 100 de catholiques romains, o,32 pour 100 de catholiques grecs et arméniens, o,o5 pour 100 de vieux catholiques, o,4o pour 100 de protestants réformés, 1,26 pour 100 de protestants luthériens, 11,2 pour 100 d'autres sectes chrétiennes, 11,2 pour 100 de musulmans, 0,49 pour x00 d’israélites et 0,01 pour 100 sans religion.
- En marge de ces cultes, les vieilles coutumes nationales sont encore très vivaces, surtout dans les régions du sud de la Serbie.
- Chaque moment important de la vie, chaque jour de Tannée voit se dérouler des cérémonies dont le l’ituel varié' avec chaque région. La slava dans son sens le plus large, est la plus traditionnelle fête de famille serbe. Le proverbe dit : « Là où il y a un Serbe,
- Fig. 7. — Barque de pécheurs sur le lac d’Ohricl (Macédoine).
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- il y a une slava ». Tous les Serbes orthodoxes obser-vent la fête du saint protecteur de la'maison, c’est la sluzba. Dans la plupart des cas, on choisit les saints du calendrier d’hiver, mais il y a des familles qui ont deux sluzba. Outre les Serbes, les Aromounes et les Tsiganes orthodoxes ont également la fête de famille.
- A Veles, en Serbie du Sud, la veille de la sluzba est réservée à la récitation des litanies au patron de Ja famille. On invite les proches parents et les voisins à souper et on reste longtemps après à causer, plaisanter, jouer et chanter. Le lendemain, jour de slava, le chef de famille se rend à l’église. Après la messe, les visiteurs viennent à la maison, le prêtre arrive à son tour et bénit le pain rituel spécialement cuit à cet effet, il le coupe, en lève un morceau et l’arrose
- •de vin. On fête aussi le jour du patron individuel,
- : c’est la fête de baptême ïmedan. Ceux qui portent i les noms des saints du calendrier célèbrent cet ime le jour même consacré à ce saint. D’autre part, chaque ; corps de métier ou plusieurs corps de métiers ensem-i ble choisissent un saint-patron qui, de son vivant,
- ! exerçait un métier analogue. Ce jour-là, pir, les artisans se rendent à l’église et y apportent des pains rituels que le prête bénit.
- ’ Ces trois fêles étroitement apparentées, semblent f différer cependant par leur signification religieuse : , sluzba indiquerait plus particulièrement une fête | d’église, alors que pir est plutôt une réunion de i compagnons de métier.
- i" Les coutumes qui accompagnent les fiançailles, les mariages et les enterrements donnent lieu à des cérémonies fort intéi'essantes, mais qu’il est impossible d’énumérer tant leur diversité est grande.
- Ces fêtes de famille ne sont pas les seules réjouissances populaires. Chaque monaslèive célèbre la fête du saint-patron auquel il est consacré. Ce jour-là, les paysans viennent de toutes les campagnes environnantes, à pied, à cheval ou en voiture pour assister à la messe et à la bénédiction du pain et des enfants. Puis tous se rendent dans la cour du monastère où jeunes gens et jeunes filles dansent le kolo, sorte de ronde lente accompagnée de la musique de trois joueurs tsiganes : deux flûtes nasillardes et un tambour dont les coups sourds rythment la danse ; les plus âgés regardent et bavardent entre eux. Chacun a revêtu son plus beau costume, souvent richement orné. Les moniales offrent un repas à chacun, ce repas est servi dans un des bâtiments du monastère, les femmes séparées des hommes ; chacun reçoit une portion de ragoût au paprika qui mijote dans un immense chaudron et du pain. La fête ne cesse qu’à la nuit et chacun rentre dans son village.
- A côté de ces coutumes religieuses, existe un grand nombre de croyances populaires. La plupart d’entre elles ont pour objet la protection des êtres et des animaux contre le mauvais œil. Chaque événement est une occasion de s’en assurer.
- Ainsi, dans certaines régions, à la naissance d’un enfant on fait un cercle autour de la mère et de l’enfant avec une corde, on suspend au-dessus de la tête de l’accouchée une jarre pleine de goudron et un peigne à carder la laine auquel on attache de l’ail ; on enlève la corde au bout de 7 jours, la jarre et le peigne au bout de 4o jours.
- Un étranger ne doit pas regarder un enfant, cela lui porterait malheur ; c’est pourquoi le bébé est dans son berceau recouvert d’un voile. Dans certaines régions, on a coutume de teindre les jeunes enfants en bleu pour les préserver des mauvaises influences.
- Pendant les jours de fête, certains travaux, l’emploi de certains outils sont interdits. En Serbie du sud, pendant la durée des Mai'tinci, du 24 novembre au ier décembre, on accomplit un certain nombi’e de rites destinés à ce qu’en cours d’année les loups, les serpents et autres bêtes malfaisantes ne causent pas de dommage aux troupeaux et aux gens. Dans la même région, la croyance en l’envoûtement est très répandue ; pour se protéger de l’envoûtement, on emploie des amulettes, des ailes de chauves-souris, la chemise d’un enfant nouveau-né, de l’argent, etc... On agit de même pour les animaux. Toujours en Serbie du sud, il est d’usage de se promener pour certaines fêtes (nuits de Pâques, de la Saint-Jean, de la Saint-Pierre) avec des torches brûlantes en criant-et en faisant du
- Fig. 8. — A gauche et au milieu : femmes des environs de Skoplje (Macédoine). À droite : femmes de Sarajevo (Bosnie).
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- bruit autour des champs ; le peuple pense qu’il facilite de cette façon la fécondité animale et végétale.
- Enfin, certains individus portent des tatouages destinés à les préserver du mauvais œil.
- En cas de maladie, la population de certaines régions a recours, encore aujourd’hui, à des remèdes de bonne femme et à diverses pratiques de sorcellerie, bien qu’ayant à sa disposition des médecins et tous les médicaments de la médecine moderne.
- Les costumes populaires nationaux sont d’une infinie variété. Ceux du nord et du centre sont en général plus sévères que ceux du sud, sauf en Croatie où hommes et femmes circulent en vêtements blancs agrémentés de broderies de couleurs vives, le plus souvent rouges. En Bosnie et Herzégovine, la culotte bouffante à la
- Fig. 9. — A gauche : costume monténégrin à Rotor [Monténégro). A droite : costumes albanais à Pec (Monténégro).
- turque domine chez les femmes, elle est faite d’une sorte de popeline raide et luisante, toujours noire et fait disparaître toute la partie inférieure du corps dans un bouillonnement de tissu ; un simple boléro noir se découpe sur une chemise blanche à manches longues ; un châle sombre à fleurs claires est négligemment posé sur le dessus de la tête, pointes repliées. La Dal-matie, favorisée par un climat enchanteur, offre des costumes de toile blanche, très simples. A Dubrovnik il est orné de broderies de couleur, dessin géométrique au point de croix, au bord de la jupe et des manches ; fichu blanc uni pour les femmes mariées, calotte raide de couleur sombre pour les jeunes filles. Chaque île du littoral possède un costume particulier qui :se perd malheureusement ; seules quelques femmes les portent encore journellement. Au Monténégro, le costume féminin sans intérêt est racheté par le somptueux •costume des hommes : culotte bouffante bleu foncé
- serrée aux genoux, bottes de cuir molles, gilet brodé rouge et or croisé sur la poitrine, et sur le tout une longue redingote bleu ciel ou vert pâle retenue à la taille par une ceinture d’étoffe multicolore d’où s’échappe souvent le manche d’un ou de deux pistolets ; sur la tête, ils portent une petite calotte de soie noire à fond rouge sur lequel s’inscrivent quatre C (qui est l’S cyrillique) brodés d’or. Les mieux conservés sont ceux de la Macédoine ou région du Vardar. Sans conteste, ce sont les plus somptueux de toute la Yougoslavie, ceux dont l’éclat des couleurs et la richesse des broderies sont déjà proches du faste oriental. Pour n’en citer qu’un, le costume des femmes de la Skopska Crna Gora « Montagne Noire de Skoplje » est composé d’une longue robe de toile blanche garnie de bandes de broderie de laine noire qui semblent diviser la jupe en rayons, la coupe de cette jupe est telle qu’elle s’évase légèrement par derrière alors qu’elle est droite et plate par devant ; de la taille tombe un tablier de tapisserie décoré de dessins géométriques, soit d’étroites bandes verticales semées de points de couleurs plus vives, soit de larges bandes horizontales entrecoupées de losanges ; une large ceinture de tapisserie sur laquelle s’applique une seconde ceinture de cuir toute étroite enserre la taille ; la tête est couverte d’une large bande de gaze blanche, très fine et très transparente qui s’enroule autour du cou et dont les extrémités garnies de franges retombent gracieusement dans le dos jusqu’à mi-corps. Dans la même région, les hommes portent tous un pantalon long et une chemise de toile blanche, une large ceinture de laine rouge vermillon s’enroule autour de la taille, elle prend sous les bras et descend jusqu’aux hanches, sans autre décor qu’une étroite bande de fourrure blanche cernant une de ses extrémités dans le dos. Ce costume est complété par un bonnet pointu d’astrakan noir, de plus en plus remplacé par le calot serbe moderne.
- Au point de vue administratif, la Yougoslavie est actuellement divisée en 9 banovines ou provinces, gouvernées par un ban représentant du pouvoir central. Ces 9 banovines, auxquelles on a donné le nom des fleuves qui les traversent, se subdivisent en 338 arrondissements comprenant 6.575 municipalités.
- L’exploitation des richesses naturelles du pays est de mieux en mieux organisée. Le sous-sol est riche en houille, fer, cuivre, bauxite, antimoine, chrome, manganèse, zinc, plomb et métaux précieux (or et argent). Les plantes industrielles sont cultivées avec succès, le tabac notamment dont la production annuelle dépasse 11 millions de kg. Les forets, qui recouvrent plus de 3o pour 100 de la superficie totale et dont une grande partie est exploitée, représentent une branche importante de l’exportation. Sur la côte adriatique 18.000 personnes vivent de la pêche ; sardines, thons et crustacés sont mis en conserve et exportés. A côté de toutes les survivances d’un passé glorieux, la Yougoslavie se modernise rapidement et l’on y assiste actuellement à une profonde transformation.
- Marie-Louise Joubier.
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- RESSOURCES ALIMENTAIRES DU TEMPS PRÉSENT
- Bien des produits végétaux, négligés jusqu’ici, peuvent accroître nos ressources alimentaires. Il ne s’agit pas de ronger les racines des plantes sauvages, mais d’utiliser des produits qui, sans trop de peine, peuvent devenir d’excellents aliments. Voici une liste des possibilités en cours de réalisation :
- i° Matières grasses------On extraira cet hiver trois
- huiles : l’huile de noix, l’huile de faine, l’huile de pépins de raisins.
- La noix contient dans son amande près de 5o pour ioo d’une huile fruitée, excellente pour les salades. Dans le Dauphiné, avant la guerre de 1914, la fabrication de cette huile, dans de petits moulins artisanaux, était importante ; les cultivateurs ne consommaient pas d’autre huile que celle de leurs noix. Vers 1918, le l’enchérissement des noix, puis après guerre, le bas prix de l’huile d’arachide, ont fait abandonner cette intéressante industrie. On organise en ce moment à Cahors un centre de production de l’huile de noix.
- La faine, le fruit du hêtre, contient des quantités variables, suivant le climat, d’huile : de 20 à 4o pour 100 ; les chiffres les plus bas se rapportent à des hêtres poussant sous des climats plus froids que le nôtre. Sous la Révolution française, le ramassage des faines avait été organisé avec succès et des moulins à huile de faine avaient été créés en de multiples endroits.
- Cette industrie a été rapidement abandonnée : le ramassage est long, et surtout les procédés primitifs de pressurage utilisés vers 1793 ne permettaient qu’un rendement en huile très médiocre. Par extraction au moyen de solvants, on sait aujourd’hui obtenir un bon rendement ; on peut espérer récolter par ha. 2 t. de fruits frais, qui, après séchage et élimination des enveloppes, laisseront une t. d’amandes, pouvant donner 3oo 1. d’huile. Cette huile, jaune clair lorsqu’elle est bien préparée, ne rancit pas ; elle est directement comestible ; sa conservation est bien meilleure que celle de l’huile de noix. Le seul point délicat est le séchage des faines, qui doit se faire aussi rapidement que possible ; aussitôt après le ramassage, il faut étaler la récolte en couche mince dans un grenier bien aéré et la remuer assez souvent.
- Le pépin de raisin contient de i3 à i5 pour 100 environ de son poids sec d’une huile un peu siccative ; cette huile ne peut plus s’extraire dans un moulin, mais doit s’extraire par solvants : les pépins grossièrement broyés doivent macérer plusieurs heures dans un solvant des huiles, de préféi'ence le trichloréthylène, corps assez voisin du chloroforme comme propriétés. Le solvant s’écoule ensuite, entraînant l’huile ; par évaporation, on sépare d’une manière parfaite l’huile et le solvant. Ce procédé est assez coûteux, le trichloréthylène étant un coips cher ; pour traiter une t. de pépins de raisins, il faut près de deux t. de solvants, qui ne laissent que 100 à i5o 1. d’huile. Il faut récupérer le solvant d’une manière très soignée
- si l’on veut que la fabrication soit rentable. D’autre part, on n’obtient de bonne huile qu’avec des pépins bien secs, n’ayant pas moisi. Il faut séparer les pépins du marc de vendange aussi tôt que possible après l’écoulement du vin, les laver et les sécher vile. Ce sont des opérations coûteuses et point faciles à la campagne. Trop souvent, on entasse les marcs dans un silo, ou simplement dans un coin, pour les épépi-ner à loisir en hiver ; on risque ainsi de perdre la plus grande partie de l’huile qu’ils contiennent. Dans un silo parfaitement rempli, les pépins se conservent relativement bien, au milieu du marc, mais à l’abri de l’air ; dans un tas laissé aux intempéries, les pépins sont attaqués par des moisissures et l’huile disparaît très rapidement. L’huile de pépins de raisin n’est pas directement comestible ; il faut la raffiner et l’hydro-géner pour la rendre utilisable, toutes opérations assez délicates et qui exigent un outillage très spécialisé.
- Au printemps prochain, on sèmera chez nous des plantes à huile : le lin, le colza. Le lin donne une huile précieuse en peinture, l’huile de colza est considérée comme comestible dans certaines régions. Dans le Sud-Ouest, on plantera le soleil ou tournesol, dont l’huile est utilisée en Russie, depuis un siècle environ. Des vai'iétés caucasiennes de cette plante, proche parente du topinambour et du dahlia, ont des graines contenant jusqu’à 5o pour 100 d’huile. Celte huile est assez nettement siccative ; elle convient cependant très bien aux salades, et aussi, après hydrogénation, à la fabrication des mai’garines. L’exportation de Russie et de Roumanie vers l’Europe centrale a atteint, il y a i5 ans, quelque 100 000 t. Cette huile a ensuite pratiquement disparu devant l’arachide d’Afrique ou des Indes et le soja de Mandchourie. En l’absence de ces oléagineux exotiques, la graine de toui'nesol reprendra en Europe la place qu’elle avait il y a quelques années.
- 20 Matières féculentes et sucrées. — Nous avons parlé (x) de la concentration des jus de raisins, qui livrera des quantités importantes de sirop sucré. Il existe en abondance, dans tout l’Ouest et le Sud-Ouest, une plante réservée bien à tort, jusqu’ici, pour l’alimentation du bétail : le topinambour. Les tubercules de topinambour contiennent une substance, l’inuline, qui est soluble dans l’eau et qui, par hydrolyse, donne du lévulose ; ces tubercules peuvent se consommer comme les carottes et les salsifis : ils ont un goût d’artichaut très fin ; ils ont une valeur alimentaire bien supérieure aux navets, raves, etc... auxquels nous sommes habitués.
- Si le topinambour n’est pas entré dans la pratique culinaire, c’est qu’il se conserve mal, à la différence de la pomme de terre et des racines ; les tubercules de topinambour se dessèchent et se flétrissent en une
- 1. La Nature, n° 3063, io octobre 1940.
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- quinzaine de jours. Les topinambours doivent se manipuler comme un légume frais, le poireau par exemple, et non comme un légume sec. Il y a là une simple habitude à prendre. A l’heure où les magasins d’alimentation sont démunis de tout, les colis de topinambours qu’ils recevront seront certainement vendus avant qu’ils ne soient flétris. Rappelons enfin que le topinambour est un excellent aliment pour les diabétiques, au moins à dose modérée. Il n’y a guère que l’artichaut qui puisse être mis en parallèle avec le topinambour à ce point de vue.
- Nous parlerons ici pour mémoire des marrons d’Inde ; les marrons contiennent un glucoside amer qui les rend impropres à la consommation et même toxiques. Mais ce glucoside peut s’extraire des marrons grossièrement broyés, par l’eau, et ensuite par une solution de carbonate de soude ; la première eau contient une saponine, substance faisant mousser l’eau ; une solution de saponine alcalinisée par un peu de carbonate de soude et de sel ammoniac permet de laver le linge. Les marrons ainsi lavés donnent une fécule parfaitement comestible. La fécule des glands est encore plus facile à consommer, puisque ce fruit ne contient ni principe amer, ni principe toxique.
- 3° Matières azotées. — Il est plus difficile d’improviser des ressources nouvelles en matières azotées ; le bétail s’élève lentement ; il faudra au moins 3 ans pour remonter notre troupeau. Sans doute le lapin se reproduit plus vite ; mais il n’est pas à conseiller de faire de grands élevages, difficiles à entretenir, à nourrir, à protéger des maladies. Le petit élevage familial, se nourrissant des épluchures, des légumes mal venus du potager, des fruits tombés, de l’herbe dont on ramasse une brassée dans les champs, est au contraire celui qui est le plus économique et qui a le plus de rendement. Si l’on part d’un couple, il s’écoulera, en supposant qu’on n’ait aucun accident d’élevage, un an au moins avant d’avoir un nombre de mèi’es suffisant pour une consommation tant soit peu importante. Quant à la volaille, elle mange du grain ou des pâtées, que l’on a bien des difficultés à se procurer maintenant.
- Il faut donc revenir, pour l’alimentation azotée comme pour le reste, aux végétaux. La culture des haricots à égrener a été négligée en France ; nous importions trop de ces graines si utiles sur la table des familles nombreuses. Il faut revenir à cette culture ; il faut que l’on retrouve dans le commerce les variétés si nombreuses, les flageolets verts, les rognons de coq lie de vin, les « cocos » blancs comme du lait, les a Soissons », les marbrés, de rouge sur fond saumon, ou de rouge sur fond chamois, les jaunes de Chine, les Suisses, et j’en passe. Cette culture peut se faire aisément sur les terres sablonneuses, humifères, ou le travail est facile ; c’est une culture à recommander aux débutants : elle exige pas mal de travail et de soin avec un minimum d’outillage : un ou deux labours pour préparer le terrain. On peut espérer obtenir, d’un bon sol bien travaillé, une t. de grains secs à
- Fig. 1. — Deux variétés de topinambour à recommander : le topinambour du professeur Daniel, de Rennes, à gros tubercules, un peu recourbés (rendement : 4 kg. par pied) et le topinambour fuseau (création Vilmorin), dont les tubercules parfaitement lisses et réguliers se nettoient aisément (rendement 3,7 kg. par pied). Dans le même sol, les meilleures pommes de terre n’ont pas donné plus de 2 kg. par pied .Ces tubercules ont été arrachés le 3 novembre 1940 en Gironde, après G mois de culture ; les tiges avaient 2 m. 50 de haut.
- l’ha., ce qui permet non de faire fortune, mais de vivre modestement.
- Une autre culture va, d’ici deux ans, apporter sans doute un appoint important à notre alimentation : celle du soja, ou soya (Q ; le soja est une espèce voisine du haricot, cultivée en Mandchourie, en Chine et au Japon. La tige dressée, les poils qui couvrent tous les organes végétatifs, les fleurs très petites à l’aisselle des rameaux, distinguent le soja du haricot. Le soja remplace, pour le paysan chinois, la viande et les laitages, comme le riz remplace le blé de chez nous. Le soja donne des graines assez semblables à celles de nos haricots, plus riches encore en matières protéiques, pratiquement sans amidon, mais par contre contenant 16 à iq pour ioo d’huile. La matière protéique du soja a des propriétés très voisines de celles de la caséine du lait, l’huile se met aisément en suspension dans l’eau, grâce à une lécithine qu’elle contient. Si l’on écrase des graines de soja amollies dans l’eau tiède, on obtient un liquide laiteux que l’on peut filtrer sur toile et que l’on a dénommé lait de soja : en effet, ce lait monte à l’ébullition comme le lait de vache, se couvre comme lui, au repos, d’une couche de crème, et abandonne par coagulation, par la présure ou par les acides, une masse blanche tout à fait analogue à la caséine du lait de vache. Le coagulum du lait de soja donne des fromages, comme nos laits animaux : on
- 1. Cette culture est propagée par le Centre national du Soja français, 8, cours de Gourgue, Bordeaux.
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- obtient des fromages frais, comme notre fromage blanc, ou des fromages fermentés, comme nos camemberts. Le soja apporte donc à la fois les deux éléments qui manquent le plus actuellement dans notre alimentation : la matière grasse et la matière azotée. Au point de vue cultural, le soja présente sur les haricots cultivés chez nous d’incontestables avantages : la plante forme un petit buisson, à partir d’une tige droite qui s’élève de o m. 5o à i m. selon les variétés, au lieu de grimper ou de se coucher sur terre. Les cosses, à 2 ou 3 graines, ne s’ouvrent pas.
- Beaucoup de variétés sont extraordinairement proli-
- fiques : alors qu’un pied de haricot donne de 20 à ko graines, on connaît des variétés de soja, prospérant chez nous, capables de donner de 100 à 25o graines. Au lieu d’une t., ce sont 3 et 4 t. à l’ha de graines que l’on peut obtenir sur de bons sols en France.
- On peut se demander pourquoi le soja, introduit par Haberlandt en Europe vers 1873, préconisé depuis 60 ans par de nombreux publicistes agricoles, ne s’est pas développé. Trois raisons s’y sont opposées :
- i° Toutes les variétés n’ont pas un bon rendement chez nous ; certains, travaillant sur des sols pauvres, avec des variétés insuffisantes, ont eu des rendements médiocres. Le soja est une plante de culture maraîchère beaucoup plus qu’une plante de grande culture.
- 20 Le soja mandchou arrivait en Europe à des prix dérisoires de bon marché, décourageant toute culture. 3° Les plats préparés avec le soja ont un goût
- d’huile de noix et de haricot cru qui surprend au premier abord. Beaucoup de variétés, importées en Europe pour l’extraction de l’huile, ne se prêtent pas aux usages culinaires, comme trop dures à cuire, etc... Le soja consommé par le Chinois comme légume, est un soja à grosses graines vertes, pesant 5 dg. environ, alors que le soja pour huile a des graines blanches ou jaunâtres d’un dg. environ.
- La culture du soja s’est énormément développée aux Etats-Unis depuis vingt ans. On a appris alors comment il faut le préparer : il faut tremper les graines une nuit au moins, de préférence dans l’eau salée (ce que l’on fait souvent pour les haricots) ; on jette l’eau de trempage, on trempe une h. encore dans l’eau fraîche, puis on fait cuire avec de l’eau aussi peu calcaire que possible, additionnée d’une pincée de bicarbonate (autre précaution courante avec nos haricots) ; la cuisson doit se faire de préférence sous 7 kg. de pression, à l’autoclave, elle ne dure alors que de i5 à 25 mn ; à la pression ordinaire, elle demande 2 h. ; on peut éventuellement faire cuire avec un peu d’eau, à l’étuvée.
- Les fèves de soja, ainsi bouillies, peuvent, après avoir été écrasées et passées, servir à faire des soupes (aux oignons, à la tomate, etc...), des soufflés, des tourtes, des salades, des cassoulets, etc... Les recettes américaines comportent toujours des condiments relevés : oignons, tomates, piments, olives, champignons, persil, céléri, etc... Ce sont les variétés vertes ou jaunes qui se prêtent le mieux aux applications culinaires. Les variétés blanches ou jaunes conviennent pour faire de l’huile, ou du lait et du fromage.
- Les Chinois ont l’habitude, d’autre part, de consommer des germes de soja : ils se servent pour cela d’une variété à petits grains verts, qu’ils mettent à germer dans l’eau, dans des caves ou des serres. Quand les germes ont atteint i5 et 22 cm. de long, ils coupent les racines et les cotylédons, et font cuire l’axe hypocotylé. Ce germe se consomme en bouillon, ou encore à la manière des haricots verts ; il est particulièrement précieux en hiver, par temps de gelées et après, lorsque tous les autres légumes manquent.
- La culture maraîchère est à peu près la seule que pratiquent les Chinois : ils ont très peu de bêles à cornes, peu de bêtes de somme, des domaines familiaux qui souvent ne sont que de deux à trois ha. La culture du riz, des choux et du soja constitue la base de leur alimentation. Par le malheur des temps, nous nous trouvons ramenés dans une situation où les Chinois vivent depuis quatre mille ans ; ils sont aujourd’hui quatre cents millions, preuve que le régime leur réussit parfaitement.
- L. Genevois.
- Professeur à la Faculté des Sciences de Bordeaux.
- Fig. 2. — Six variétés de graine de soja ; eu haut, trois variétés de soja à huile, cultivés en Mandchourie, ou aux États-Unis. En bas, deux variétés alimentaires, a graine verte : Hato et Austin, et une variété polychrome. Ces graines ont été cueillies en Gironde daiis les premiers jours d’octobre 1940, après 4 mois de culture dans une bonne terre maraîchère.
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- LA CONSERVATION DES GRAINS
- Le ravitaillement de la nation est un des problèmes les plus importants qui se posent à l’heure actuelle, car la guerre n’a pas seulement contribué à l’épuisement de nos stocks, elle a encoi'e enlevé à la terre des quantités de cultivateurs, et, dans bien des régions, empêché même la culture.
- Les difficultés d’importation de nos colonies et de l’étranger accentuent encore la gravité de la situation. Nul ne peut donc s’étonner des sévères imcsures de restriction que le gouvernement s’est vu dans l’obligation de prendre en ce qui concerne le blé, la farine, le pain, les pâtes, les légumes secs.
- Il importe désormais de rendre à l’agriculture toutes ses possibilités de production. Il importe aussi d’emmagasiner les récoltes dans les meilleures conditions de conservation.
- Nous allons donner un aperçu de nos moyens actuels de conservation des grains entreposés (céréales et légumes secs), dont l’importance ne peut échapper à personne.
- Ces grains, pendant leur stockage, sont l’objet d’attaques de la part de parasites divers : rongeurs, insectes, champignons, bactéries, etc. On a souvent chiffré les dégâts imputables à leur fâcheuse activité. Le moins qu’on en puisse dire est qu’ils sont considérables.
- Rongeurs. — Ce sont d’abord les rats et les souris qui sont à craindre. Non seulement ils détériorent les sacs et dévorent les grains, mais ils les souillent et leur communiquent une mauvaise odeur. L’importance de leurs méfaits a souvent retenu l’attention des autorités et des spécialistes. On se souvient peut-être d’un « Congrès du rat », tenu il y a quelques années. M. Chappellier, chef du Service des Vertébrés au Centre national de Recherches agronomiques, estime que io rats détruisent un quintal de blé par an.
- Éviter ces petits rongeurs est assez difficile. Il faut avant tout avoir un local propre et hermétiquement clos. Mais, la plupart du temps, malgré bien des précautions, rats et souris arrivent à s’introduire dans les entrepôts et s’y multiplient rapidement. Leur destruction n’est vraiment assurée que par des gaz, dont nous parlerons plus loin. Les pièges et les chats ne donnent généralement que des résultats incomplets. Les appâts empoisonnés (sulfate de strychnine, scille rouge), et surtout les virus, sont employés avec plus de succès.
- Insectes. — Les insectes nuisibles aux grains entreposés sont nombreux. Il ne peut être question, dans le cadre de cet article, de les examiner tous, mais nous citerons les plus importants. Les pertes qu’ils font subir à nos récoltes sont encore beaucoup plus gi’aves que celles qui sont dues aux rats et aux souris. La façon prodigieuse dont ils se multiplient en fait parfois un véritable fléau. On comprend les mesures de précaution prises par certains pays contre l’introduction sur leur territoire de stocks contaminés.
- Sous l’appellation générale de charançons, on groupe couramment tous les petits coléoptères qui se nourrissent des grains de céréales. C’est en réalité une erreur, car les charançons représentent dans la classification enlomologique une catégorie bien définie. On trouve aussi certaines chenilles de papillons nuisibles aux céréales. Les légumes secs (haricots, pois, lentilles, etc.) sont parasités également par certains coléoptères. Voici d’ailleurs les principales espèces nuisibles à ces denrées :
- Céréales :
- a) Coléoptères : Charançon du blé, charançon du riz, Tribolium (ce dernier vit surtout dans la farine produite par les charançons), h) Lépidoptères : teigne des grains, alucitc.
- Légumes secs :
- Bruche du haricot (la plus nuisible), bruche du pois, bruche de la lentille, bruche de la fève, bruche chinoise (Coléoptères).
- Certains de ces insectes attaquent indifféremment telle ou telle denrée. La plupart ont au cours d’une année de nombreuses générations, par exemple les charançons du blé et du riz, la bruche du haricot et la bruche chinoise, tandis que d’autres n’en ont qu’une, comme la bruche du pois et la bruche de la lentille. Dans ce dernier cas, les dégâts sont naturellement moindres.
- Acariens. — Les acariens sont des arachnides très primitifs, presque microscopiques. Certaines espèces peuvent couvrir entièrement la couche supérieure des stocks de céréales. Ils détériorent les grains, la farine et les souillent.
- Micro=organismes. — Ils sont extrêmement nombreux à la surface des grains. S’il règne une certaine humidité dans la masse, et si des grains sont brisés, comme cela se produit toujours à la suite des diverses manipulations, les cellules à diastases venant en contact avec l’amidon donnent alors du sucre, dont s’alimentent ces micro-organismes (spores de moisissures, bactéries). Comme il se dégage une certaine quantité de chaleur, de l’eau et du gaz carbonique, si rien n’intervient pour arrêter le cycle, les dégâts s’intensifient à une cadence accélérée. Les fermentations peuvent rendre inutilisables de très grandes quantités de céréales.
- Procédés de conservation. — En général, et surtout depuis la création d’organismes de stockage, les agriculteurs n’ont pas intérêt à conserver longtemps le grain dans leurs greniers. Toutefois, le peu de temps qu’il y séjourne n’implique pas le renoncement à toute idée de lulte contre les parasites. Les céréales, les légumes secs, doivent être bien nettoyés, répandus en couches minces dans un local aussi sec
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- que possible. Des pelletages fréquents doivent aérer la masse.
- Mais le stockage des grains se fait de plus en plus dans les silos que possèdent les coopératives agricoles, les grands moulins, les organisations portuaires et ferroviaires, etc. Ces silos doivent échapper le plus possible aux variations de température ; les uns sont construits aussi étanches qu’on le peut ; les autres ont au contraire un moyen d’aération systématique. Les grains doivent y être introduits, bien secs, avec moins de i4 pour ioo d’eau. Quoi qu’il en soit, il arrive que les couches voisines des parois fermentent. Une surveillance constante doit le déceler et, dès qu’on constate un début de fermentation, on fait passer les grains d’un élément à un autre du silo, après les avoir ventilés, refroidis et séchés.
- M. Blanc, ingénieur en chef du Génie Rural, estime à la suite d’expériences, « qu’il semble possible de conserver en atmosphère confinée dans des silos hermétiques aériens, et sans lui faire subir aucune manipulation, du blé dosant jusqu’à i5 pour ioo d’humidité » (Q. Le dégagement de gaz carbonique, en effet, dû.à la respiration des grains, contribue à la mort ou à l’immobilisation des insectes. L’ensilage hermétique est-il la méthode idéale de conservation des grains ? Son principe ne date en tout cas pas d’aujourd’hui. Mais, comme le veut M. Vayssièiœ, professeur d’entomologie agricole, « cet ensilage doit être rigoureusement hermétique, dans des cellules métalliques ou en béton, dont les parois intérieures sont recouvertes d’un enduit imperméable ou de vitraux et sont calorifu-gées au contact de l’atmosphère extérieure » (1 2). M. Vayssière voudrait voir aussi adjoindre à tout silo non hermétique « un appareillage permettant de faire circuler de bas en haut, ou des vapeurs toxiques ou de l’air alternativement chaud et froid ».
- Comme la pratique de l’ensilage n’est pas suffisamment généralisée, que des réserves énormes de grains sont encore stockées dans des magasins, il faut recourir pour elles à divers procédés de conservation.
- Le chauffage a l’avantage d’abaisser le taux d’humidité et par ce fait même diminue les fermentations. D’autre part, les insectes granivores sont tués vers 5o° C. Il n’est d’ailleurs pas indiqué de dépasser beaucoup cette température car il s’ensuivrait une altération des grains par la coagulation du gluten et la destruction du pouvoir germinatif. Le refroidissement à — i6° C détruit le charançon du blé en 5 h., d’après les essais de Back et Cotton, mais on ne peut envisager la conservation des grains en chambres frigorifiques.
- Une pratique courante consiste à désinsectiser chimiquement les grains. Des gaz ou des liquides volatils, parasiticides, sont mis en présence des denrées contaminées. Ces opérations peuvent se faire à la pression normale, ou, beaucoup mieux, sous le vide partiel. Dans le premier cas, à moins qu’il ne s’agisse du traitement d’un silo non hermétique, il faut arriver à
- 1. C. R. Académie d’Agriculture, séance du 8 juin 193S.
- 2. Congrès de la conservation du blé, Blois, 1937.
- clore aussi bien que possible le local à traiter. Toutes les ouvertures, poides, fenêtres, trappes, doivent être rendues étanches au moyen de papiers collés. Après l’opération, qui dure plusieurs jours, il faut au contraire aérer le plus possible la masse désinfectée pour la purifier de ces agents chimiques et la rendre marchande.
- Dans le second cas, les grains sont apportés dans de grands tanks métalliques cylindriques. Un vide d’air très poussé est effectué (6oo à 700 mm. de dépression indiquée par un manomètre) et on met le réservoir en relation avec un gazomètre. Par aspiration, le gaz insecticide pénètre alors la masse de grains d’une façon complète et régulière. Après le traitement, de nouveaux vides chassent toute trace de gaz. Ce procédé, appliqué dans nos stations officielles de désinfection à Bordeaux, Le Havre et Marseille, donne des résultats parfaits pour les fruits et les légumes secs.
- Plusieurs corps servent à ces opérations. La chloro-picrine a été très employée par l’Intendance. C’est un excellent insecticide et raticide, mais d’un emploi dangereux. L’acide cyanhydrique a le même inconvénient. Le sulfure de carbone est plus recommandé. Mais tous ces produits ne satisfont pas aux prescriptions des hygiénistes.
- Dans les désinfections à la pression normale ou sous vide partiel, le corps le plus intéressant à l’heure actuelle semble être l’oxyde d’éthylène (C2H40). C’est, lui aussi, un excellent insecticide et sans danger pour l’opérateur s’il prend quelques précautions. Mais, comme il est inflammable, on doit lui adjoindre une forte proportion de gaz carbonique. Nous renvoyons le lecteur, pour la description détaillée de la technique employée, au solide travail de M. Lepigre (Q.
- Un produit plus récent, malheureusement fort cher, mais anti-comburant, a été expérimenté avec succès dans la désinfection sous vide partiel. C’est le bromure de méthyle (CH3Br).
- Beaucoup d’autres produits encore ont été essayés, mais avec un succès inégal. N’oublions pas non plus qu’il faut obtenir une mortalité complète, tant des insectes parfaits que des nymphes, des larves et des œufs.
- Les grains humides, menacés de moisissures, ne sont pas protégés par les insecticides et cependant ils sont les plus nombreux sous nos climats.
- La lutte, contre les micro-organismes a été très étudiée par M. René Legendre, qui a mis au point une méthode fort ingénieuse de préservation. « Tous les faits connus, écrit-il, conduisent à affirmer que le pH optimum pour le développement des micro-organismes des grains est voisin de celui d’action de l’amylase de l’amidon. Il en résulte qu’on peut ralentir, arrêter, empêcher les altérations des grains trop humides pour être naturellement stables en agissant simplement sur le pH de l’eau qui les mouille. Au delà de la neutralité,
- 1. A. Lepigre. Contribution à l’étude de la désinfection des grains par le mélange d’oxyde d’éthylène et d’acide carbonique. Bull. Soc. Enc. Indus, nat., juin-juillet 1936.
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- c’est-à-dire du pH 7, les moisissures ne pullulent plus » (x).
- Par l’alcalinisation ménagée des grains au moyen d’une poudre alcaline, M. Legendre a réussi à conserver sains dans des périodes et dans des pays humides, des quantités énormes de grains.
- Disons enfin, puisque nous en sommes à l’incorporation des poudres aux stocks contaminés, que de la silice activée pulvérulente, du talc, de l’argile, de la cendre, etc. ont une action insecticide certaine, par
- 1. R. Legendre. Les Céréales. Armand Colin, Paris, 1935.
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- dessiccation d’abord et peut-être aussi par les lésions causées aux insectes.
- Mais, seules jusqu’à présent, la silice activée et la magnésie calcinée, à des dosages respectifs de 1/100 et 5/i 000 ont donné de bons résultats.
- On voit que nos moyens de défense contre les ennemis des grains entreposés sont nombreux et efficaces. Il serait particulièrement coupable, à l’heure présente, de les négliger, au i'isque de perdre de précieuses parties de nos récoltes et de réduire ainsi notre alimentation déjà si strictement mesurée.
- Lucien Dupouy.
- LE CHARBON DE BOIS
- Il n’est pas douteux que le bois fut le premier combustible connu de l’homme, mais très vite celui-ci a-t-il dû comprendre que la braise rouge couverte de cendres permettait de conserver du feu assez longtemps et que, si elle s’éteignait et noircissait, il était facile de réallumer cette matière noire ; c’est bien ainsi que procède certaine peuplade dans la préhistoire romancée de J.-H. Rosny, « La Guerre du feu ». Mais combien de siècles a-t-il fallu pour arriver à la meule charbonnière encore utilisée actuellement !
- Quoi qu’il en soit, si nous nous en rapportons à l’Histoire naturelle de Pline, les Égyptiens étaient versés dans l’art de carboniser le bois en meules et savaient recueillir une « poix liquide » qui, en Syrie, était appelée « huile de cèdre » : les Égyptiens se servaient de cette huile pour embaumer les corps des défunts. La construction de la meule, décrite par Pline, diffère très peu de la construction usitée par nos charbonniers contemporains.
- Pendant des siècles, le charbon reste employé à des usages domestiques et à la préparation des métaux ; la découverte de gisements de minerais de fer importants donne un grand essor à sa fabrication : les usines mélallurgiques se créent de préférence à proximité des forêts, mais, au siècle dernier l’emploi de la houille et du coke lui est funeste : il reste confiné à la cuisine, d’où bientôt il est chassé par le gaz d’éclairage, le gaz butane et l’électricité ; les gourmets le regrettent, car la cuisson au charbon de bois confère aux mets une saveur toute particulière.
- Il a fallu la difficulté des temps actuels pour remettre ce combustible en faveur et lui donner une précieuse valeur.
- La fabrication du « Gaz des Forêts » n’est d’ailleurs pas le seul emploi moderne du charbon de bois ; la métallurgie le recherche de nouveau, en raison de sa grande pureté, pour la préparation d’alliages spéciaux ; en outre, sa porosité le rend apte à absorber d’importantes masses de liquides ou de gaz, et cette propriété est utilisée dans le filtrage de l’eau, dans la préparation de produits pharmaceutiques ou même d’aliments destinés à la volaille ; enfin les charbons « actifs »
- des masques à gaz ne sont que du charbon de bois qui a subi un traitement spécial en vue de développer cette propriété d’absorber et de retenir les gaz.
- LE CHOIX DES BOIS POUR LA CARBONISATION
- Du point de vue chimique, le bois se compose essentiellement d’environ 5o pour 100 de cellulose et de 20 à 3o pour 100 d’une matière incrustante, la lignine ; en quantités variables, on trouve aussi dans le bois, des tanins, des résines, des glucosides, des amidons, des corps gras, des matières minérales incombustibles ; ces dernières constituent les cendres lorsque le bois est détruit par combustion complète.
- L’analyse du bois rigoureusement sec donne, pour cette matière pourtant complexe, une série de corps simples en proportions presque indépendantes de l’essence du bois.
- Carbone .... 5o pour 100
- Hydrogène ... 6 pour 100
- Oxygène .... 42 pour 100
- Azote ..... 1 pour 100
- Cendres .... 1 pour 100
- La constitution physique du bois est connue : il est formé d’un faisceau de tubes capillaires dans lesquels circule la sève ; plus ces tubes sont fins et serrés, plus le bois est dur et lourd : le bois de cœur, le bois de tronc sont, respectivement, plus durs et plus lourds que le bois de périphérie ou aubier et que le bois de branche.
- Les essences dites dures (chêne, charme, hêtre, orme, etc...) sont plus lourdes que les bois tendres (peuplier, saule, bouleau, aulne, etc...) parce qu’elles sont constituées de vaisseaux capillaires plus fins, et plus lourdes aussi que les bois résineux (pin, sapin, mélèze, épicéa, etc...), dont les vaisseaux sont gonflés de résine.
- Le bois qui a poussé péniblement dans un terrain aride, sec est, pour des raisons analogues, plus dur et plus lourd que le bois qui a poussé rapidement dans un terrain riche et humide.
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- Dans la carbonisation, la matière solide qui coxx-slilue l’enveloppe des tubes, diminue - de dimension, mais conserve la forme tubulaire et le charbon de bois est poreux. Ainsi s’expliquent la facilité avec laquelle s’enflamme ce combustible et ses propriétés absorbantes vis-à-vis des liquides et des gaz.
- Quelles que soient les essences carbonisées — et toutes peuvent l’être (*) — elles conservent, après carbonisation, leurs propriétés relatives, à un degré moindre, bien entendu : les essences dures donnent du charbon dur, compact, lourd ; peu poreux, ce charbon s’enflamme assez lentement, mais il est long à se réduire en cendres : son emploi dans un gazogène est économique et permet un grand rayon d’action-chargement (1 2 3). Au contraire, le charbon de bois tendre ou résineux, très poreux, est tendre, léger, friable : il donne un rayon d’action-chargement restreint, mais par contre, s’enflammant très vite, il donne des a reprises » plus vives que les charbons durs.
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- Outre les bois d’œuvre, dont la carbonisation n’est pas à envisager, l’exploitation d’une coupe fournit :
- i° des rondins de 7 à i5 cm. de diamètre (ou de 22 à 47 cm. de tour) et des bûches, provenant de la fente des bois de plus de i5 cm. La carbonisation de ces échantillons serait intéressante par son rendement élevé en charbon (85 à 95 kg. par stère et parfois plus), cependant, il faut songer à l’alimentation de nos foyers privés de houille et réserver les rondins comme bois de feu, leur vente à ce titre étant d’ailleurs avantageuse. Exceptionnellement, on sera conduit à les carboniser, notamment si l’accès de la coupe rend le débardage pénible et coûteux, ou si le bois est de fente difficile (chêne vert) ou encore si le bois brûle mal (châtaignier) ;
- 20 la charbonneite, de 2 à 7 cm. de diamètre (ou de 6 à 27 cm. de tour). La charbonnette est coupée à différentes longueurs, suivant les régions : 57 cm., 66 cm. (ou 2 pieds), 80 cm. ou 1 m. ; les bois courts, plus droits sont d’empilage serré. Le nom donné à cet échantillon indique bien sa destination ;
- 3° les rémanents, qui comprennent les branchages
- 1. J’ai été assez souvent consulté au sujet du châtaignier, dont on connaît la tenue au feu : difficile à allumer, il brûle en éclatant, en projetant des étincelles au loin et ne convient pas comme bois de chauffage. Il convient encore moins, à l’état cru, au gazogène, en raison de la forte proportion d’acides qu’il dégage et qu’il serait difficile d’arrêter avant l’entrée au moteur. Mais il convient parfaitement pour la fabrication du charbon : j’ai tenu à en carboniser moi-même et ai obtenu un excellent produit. Or, les usines qui extraient le tanin du bois de châtaignier demandent des rondins d’au moins 18 cm. de diamètre : tous les rondins de diamètre inférieur, perdus jusque maintenant, pourraient être avantageusement, carbonisés.
- 2. J’appelle rayon d’action-chargement le chemin qu’un véhicule peut parcourir sans que l’on ait à recharger le gazogène ; j’appelle rayon d’action-décrassage le chemin que l’on peut parcourir sans avoir besoin de nettoyer le foyer ; ce dernier rayon d’action dépend de la proportion de cendres et ici la nature du terrain a plus d’importance que l’essence du bois
- qui a servi à préparer le charbon.
- de moins de 2 cm. de diamètre ; leur carbonisation est possible mais peu intéressante : les ramilles sont surtout formées d’aubier et le rendement en charbon est faible ; de plus, la proportion d’écorce est élevée et on sait que l’écorce est la partie du bois qui fournit le plus- de cendres ;
- 4° les souches : d’extraction difficile, leur carbonisation est rarement effectuée, car il faudrait, péniblement, les débiter en morceaux et les débarrasser de la terre qui les couvre ; on n’exploite guère, pour leur résine, que les souches de résineux.
- L’âge du bois a une influence sensible sur la qualité et sur le poids de charbon que l’on peut tirer d’un stère de bois ; un bois jeune contient beaucoup d’aubier : sa carbonisation a un rendement faible et donne un charbon léger, tendre, friable ; l’âge normal d’exploitation des taillis est 25 ans ; il est bien évident que les nécessités de l’heure imposeront des coupes de taillis plus jeunes, de 18 à 20 ans.
- L’âge d’abatage intervient à peu près dans le même sens : le bois vert contient de 35 à l\o pour 100 de son poids d’eau ; la teneur en eau peut même atteindre 5o pour 100, pour du bois poussé en terrain humide et abattu en pleine sève ; on conçoit que la carbonisation du bois vert oblige à brûler davantage de combustible pour vaporiser la masse d’eau ; nous y sommes cependant contraints par l’urgence qu’il y a d’entreprendre la fabrication du charbon de bois.
- Il est bien préférable que le bois ait séjourné quelques mois sur le parterre des coupes jusqu’à ce que la teneur en eau soit amenée à environ 20 pour 100 : la carbonisation devient alors rémunératrice. Les bois blancs, le hêtre en rondins sont avantageusement traités après 4 à 6 mois de séchage : passé ce temps ils s’altèrent, fermentent, deviennent spongieux, perdent toute résistance, et ne peuvent donner de bon charbon ; on dit que le bois est piqué, ou chauffé, ou passé : j’ai eu à carboniser de la charbonnette de charme (excellent bois de carbonisation) mais piquée : le rendement en charbon brut a été de 55 kg.-stère ; après concassage et criblage, le rendement en bon charbon pour gazogène, a été d’environ 48 kg.-stère, ce qui est trop faible. Le hêtre fendu et les bois durs peuvent rester plus d’un an sur coupe sans se détériorer, mais il n’est pas recommandé de les y laisser plus de deux ans. Si donc le séchage du bois est nécessaire, il ne saurait être trop prolongé, tout au moins s’il se fait à l’air libre, sans une sérieuse chute de rendement. Le séchage en étuve n’est usité que dans les usines de distillation du bois, car on y dispose de grandes masses de gaz chauds et le séchage artificiel du bois permet de récupérer de grandes quantités de chaleur.
- En général, l’abatage a lieu en automne et en hiver, de sorte que la carbonisation en meules se fera au printemps et en été ; l’emploi de fours métalliques permet l’opération en toutes saisons ; seule la pluie pourra empêcher le détournement ; encore, si le four est de petites dimensions, pourra-t-on le protéger à l’aide d’une bâche.
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- LA CARBONISATION
- II faut bien distinguer entre la combustion et la carbonisation du bois.
- Quand on chauffe un morceau de bois à l’air libre, il commence par abandonner l’eau qu’il contient : souvent on voit le bois « suer » à l’extrémité non chauffée ; puis il émet une flamme plus ou moins chaude, plus ou moins éclairante, pi’oduite par la combustion des gaz qui se dégagent ; la flamme diminue peu à peu, la masse de bois devient incandescente, forme ce qu’on appelle la braise ; si l’air ne cesse d’arriver, la braise brûle à son tour sans flamme ou presque mais en répandant beaucoup de chaleur ; finalement, la braise disparaît en ne laissant qu’un petit amas de cendres (Q. Dans la combustion, il y a eu combinaison des éléments actifs du bois (essentiellement carbone et hydrogène) avec l’oxygène de l’air ; la partie solide s’est gazéifiée, en donnant du gaz carbonique et de la vapeur d’eau.
- Dans la carbonisation du bois, au contraire, on chauffe le bois à l’abri de l’air : il abandonne encore de l’eau et des gaz que l’on peut recueillir, mais on arrête le chauffage quand on a obtenu la braise qui, par refroidissement, toujours à l’abri de l’air, donne le charbon de bois.
- Cette opération est comparable à une distillation, avec cette différence, toutefois que, dans une distillation, on sépare les éléments mélangés par vaporisation à des températures échelonnées sans qu’il y ait décomposition d’aucun d’eux, tandis que, sous l’action de la chaleur, certains éléments du bois se décomposent et donnent naissance à des produits nouveaux.
- Le chauffage du ligneux peut être effectué sans ou avec contact avec les gaz chauds provenant d’un foyer, séparé du bois dans le premier cas, et formé dans la masse même du bois dans le second cas.
- La carbonisation en vase, clos (ier cas) est pratiquée dans les usines où l’on recherche surtout la récupération des produits gazeux ; elle est plus rarement pratiquée en forêt, dans des fours continus plus ou moins mobiles. Dans les meules et les fours métalliques, la carbonisation est obtenue par le deuxième procédé et les gaz émis ne sont pas récupérés.
- i. La propoi'tion de cendres varie avec l’essence du bois et surtout avec le terrain sur lequel le bois a poussé ; normalement, le bois contient de 1 à 2 pour 100 de cendres, mais dans certaines régions, la teneur s’élève à 5 et 6 pour 100, et cela oblige à de plus fréquents décrassages des foyers de gazogènes. L’écorce fournit toujours plus de cendres que le bois lui-même, d’où l’intérêt des bois « pelards », c’est-à-dire des bois dont on a enlevé l’écorce pour en tirer du tanin.
- Dans les gazogènes à entrée d’air périphérique, à température relativement basse, les cendres restent pulvérulentes et leur extraction est facile. Dans les gazogènes à tuyère, au contraire, la température est élevée, les cendres fondent et forment des mâchefers comparables à ceux que l’on tire des foyers industriels à charbon de terre. Ces mâchefers font obstacle au passage du gaz et le foyer doit être décrassé, opération assez pénible, toujours désagréable.
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- Carbonisation en vase clos. — La figure i donne la disposition générale des cornues et de l’appareil de condensation des gaz et des vapeurs.
- Les gaz chauds provenant d’un foyer ou d’un gazogène viennent lécher les parois d’une cornue dans laquelle on a empilé du bois ; le chauffage peut être réglé à l’aide de registres.
- Les vapeurs et gaz émis par le bois se rendent dans un barillet : le tube d'amenée débouche sous le niveau de l’eau, maintenu constant par une surverse, afin de produire une pression constante dans la cornue ; de là, ils se rendent dans un condensateur à circulation d’eau puis dans un appareil à chicanes qui retient les dernières particules de goudron. Les gaz qui en sortent contiennent du gaz carbonique, de l’oxyde de carbone, un peu d’hydrogène et de carbures d’hydrogène : ils sont donc combustibles et on les envoie brûler sous des cornues en cours de distillation.
- Le traitement des pyroligneux sort du cadre de cette étude : voici, d’après Klar, ce que l’on peut tirer de la carbonisation lente du hêtre en vase clos :
- Pour
- 100
- Gaz
- Charbon....................
- Gaz carbonique, CO2 Hydrogène et carbures drogène
- Oxyde de carbone, CO Alcool méthylique . Acétone . ...
- Acétate de méthyle Acide acétique . .
- Matières organiques Goudrons .... Eau et pertes diverses . . .
- d’hy
- io,g
- 0,67 .
- 4,22 2,°7 \
- 0,20 / o,o3 > 6,o4 \ 5,89 J
- 34,97
- i4,23
- b, 11 26,90
- Il y aurait lieu de diminuer le rendement en charbon de la quantité de combustible brûlée, estimée, s’il y lieu, en poids de bois.
- Voici ce que l’on observe aux diverses températures, au cours de la distillation :
- i° Jusque vers ioo°-i200, le bois se dessèche sans s’altérer ;
- 20 Jusque vers 2’]b°-2go°, le dégagement de vapeur se poursuit, le bois brunit et dans les gaz apparaissent du gaz carbonique, de l’oxyde de carbone, un peu d’acide acétique : ces corps proviennent de la décomposition des morceaux de bois voisins des parois chaudes de la cornue ;
- 3° Vers 3oo° s’amorce un dégagement tumultueux de gaz, accompagné d’une forte élévation de température à l’intérieur de la cornue, sans que l’on ait besoin d’activer le foyer extérieur. C’est au cours de cette réaction exothermique que se place la formation d’une importante quantité de pyroligneux contenant de l’acide acétique, de l’alcool méthylique, de l’acétone, des goudrons, des gaz incondensables (gaz carbonique et oxyde de carbone).
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- Eau chaude
- vers les E~ foyers aes
- cornues
- Appareil à chicanes
- Condenseuri
- Eau froide
- — Surverse
- -Barillet
- jere
- cornue
- cornue
- / Soutirage des
- ks Coudrons
- vers la cheminée
- /-'/-/
- Registres
- Fig. 1. — Appareil de carbonisation en vase clos avec récupération des sous-produits.
- A partir de 35o°, ces deux derniers gaz se dégagent en proportions décroissantes tandis qu’apparaissent l’hydrogène et les hydrocarbures d’hydrogène dont la proportion va sans cesse croître avec la température ;
- 4° Entre 4oo° et 45o°, le goudron devient épais et c’est généralement aux environs de cette dernière température qu’on cesse le chauffage. Si l’on continuait à chauffer, il se dégagerait de plus en plus d’hydrogène et d’hydrocarbures : en fermant l’appareil, ces gaz, dont la production se continue pendant quelque temps, sont réabsorbés par le charbon et le pouvoir calorifique du produit s’élève.
- L’allure du chauffage joue un rôle important : si la température s’élève rapidement, on obtient beaucoup de gaz mais peu de distillât et de goudron ; au contraire, un chauffage lent produit moins de gaz mais plus de charbon et de pyroligneux : ce phénomène paraît devoir être attribué à la dissociation des produits distillés au contact des parois plus chaudes de la cornue.
- On retiendra aussi que la température ne doit pas être trop élevée. Notamment, si l’on fait usage, en forêt, de fours métalliques, on évitera de laisser rougir les tôles : d’une part les tôles rougies se détériorent très vite, les rivures, les soudures risquent de céder ; d’autre part, le rouge cerise correspond à une température d’environ 5oo° et la masse incandescente intérieure est à une température notablement plus élevée : trop de gaz se dégagent qui auraient pu se réincorporer au charbon.
- Carbonisation en forêt. — La carbonisation en forêt peut se faire en meules ou en fours métalliques démontables dérivés des meules ; elle peut aussi se faire en fours continus si l’on dispose d’une assez grande coupe de bois, permettant, sans augmenter les
- frais de transport du bois, d’alimenter les fours pendant plusieurs mois, ces appareils, démontables, étant toutefois d’un déplacement malaisé.
- Meules et fours dérivés. — Quel que soit l’appareillage utilisé, meule ou four, le charbonnier doit disposer d’un certain matériel et prendre quelques précautions pour mener ses opérations à bonne fin.
- d) Le petit outillage doit comprendre : i° du matériel pour le transport du bois : civière, hotte, brouette à grande roue, schlitte si le terrain se prête à son emploi ; 2° des outils pour préparer le terrain : pelle, pioche, rateau, quelquefois même une faux ; 3° des outils à débiter le bois : scie, serpe, hache, merlin, coins et masse ; 4° une fourche à cailloux, un crible pour ramasser le charbon, un seau ; enfin il devra être approvisionné de sacs de jute, de ficelles ; une bâche lui permettra de protéger le charbon de la pluie. b) Le faulde, ou aire sur laquelle sera édifiée la meule et le four, doit être choisi pour que l’on puisse carboniser 5 à 6 fois de suite avec du bois pris dans un rayon de 5o à 6o m. Si le terrain est accidenté, on place d’abord le faulde en bas d’une rampe et on le remonte d’une cinquantaine de m. quand les tas de bois s’éloignent par trop, ceci, afin de descendre le bois au lieu de le monter.
- Le transport des bois par animaux attelés n’est intéressant que si les tas sont disséminés ou si l’on désire carboniser de grandes quantités à chaque opération.
- La nature du sol influe sensiblement sur la durée et sur le rendement de la cuisson. Gn a vu que le bois, sous l’action de la chaleur, abandonne de la vapeur d’eau et des goudrons qui, ici, vont en grande partie s’échapper dans l’atmosphère, mais il va aussi s’en condenser à l’intérieur des appareils ; les pyroligneux s’égouttent sur le sol dans lequel ils doivent s’infiltrer : il faut donc choisir un sol sec, une terre légère, friable. On recherchera de préférence les anciens faul-des, reconnaissables à la rareté de la végétation, à la couleur noire de la terre, parsemée de débris de charbon : au cours des cuissons précédentes, la terre a subi une sorte de cuisson qui l’a rendue poreuse et apte à absorber rapidement les liquides condensés. Un sol argileux donne rarement de bons résultats aux premières opérations : les jus s’amassent en petites mares qui doivent être asséchées pour que la carbonisation progresse ; on conçoit dès lors que l’opéra bon soit prolongée et qu’il faille brûler beaucoup de bois, ce qui affecte le rendement.
- Le terrain choisi doit être débarrassé des herbes et souches qui l’encombrent, puis nivelé ; il est avantageux de le faire légèrement bombé vers le centre, surtout si le sol est argilleux. Lors d’une première cuisson, on se trouvera bien de recouvrir le faulde d’une mince couche de poussier de charbon de bois.
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- Meules forestières. — Le charbonnier conslruit une cheminée au milieu du faulde, soit à l’aide de perches fichées dans le sol et reliées entre elles par des rameaux flexibles, soit en disposant de la charbonnette mince autour d’une perche centrale, de façon à former une sorte de pi’isme triangulaire ou cari’é de io à i5 cm. de côté. Au pied de la cheminée G (fig. 2), il place quelques bi’oussailles ou du petit bois fendu, ou mieux des fumerons provenant d’une cuisson précédente.
- Certains charbonniers établissent sur le sol une sorte de plancher de cliarbonnettes dirigées suivant des l’ayons : ces bois ne donneront que des fumex’ons, mais ils présentent l’avantage d’isoler la masse de bois du sol ; d'autres charbonniers empilent le bois directement sur le sol, le gros bout en bas (pour donner peu à peu l’inclinaison voulue) ; ils emploient autant que possible de la charbonnette coupée en biseau pour la première couche, afin de faciliter l’accès de l’air au foyer ; la fente va croissant du centre à la périphérie, pour éviter l’éboulement de la couvertui’e ; les vides sont comblés de bois plus courts ; les bois ci'ochus doivent présenter leur concavité vers l’extérieur : ils présentent ainsi moins de îisques de percer la couvertui’e lors de son effondrement.
- Sur la premièi’e couche, on en dispose d’auti’es de diamèti'es plus faibles ; leur nombre dépend du volume que l’on veut donner à la meule. La dei'nière couche est posée presque à plat, et l’édifice ressemble, grossièrement, à un paraboloïde de révolution. Si D est le diamètre de base et H la hauteur totale, toutes deux exprimées en mètres, le volume de bois empilé est à peu près égal, en stères, au nombre donné par la formule :
- V=^x4-
- En France, le volume des meules varie de 8 à i5 stères, mais nous en avons vu qui atteignaient 3o à 4o stères dans le Centre et i4o stères en Provence.
- Fig. 2. — Meule de charbonnier.
- L’édifice de bois est couvert d’abord d’une couche de 7 à 8 cm. de foin, paille, feuilles, mousse ou gazon puis d’une couche de 8 à 10 cm. de terre légère : l’ensemble doit être étanche et empêcher tous accès d’air autres que ceux prévus par le charbonnier : la cheminée n’est pas bouchée, et au pied de la meule, l’ouvrier ménage des évents E pour l’admission d’air.
- Pour allumer, le charbonnier enlève la perche centrale, verse dans la cheminée quelques pelles de braise rouge, puis alimente le foyer ainsi créé avec du bois fendu ; l’alimentation doit se faire à plusieurs repi’i-ses et chaque fois, l’ouvi’ier doit faii'e descendi’e le bois avec la perche, sinon le foyer n’étant pas assez important pour que le bois commence à s’effondi’er, il se forme une voûte et la distillation ne pouvant s’amorcer, la meule s’éteint.
- Les gaz de combustion, chauds, s’élèvent et ce mouvement crée un appel d’air par les évents, le foyer F se développe et la fumée sort en abondance : les gaz chauds, dépoui'vus d’oxygène, lèchent le bois qui avoisine la cheminée ; ce bois sèche et distille à l’abi'i de l’air ; la fumée sort d’abord blanche (vapeur d’eau condensée) puis jaune foncé (vapeurs de goudi’on) quand, la température de 3oo° étant atteinte, la réaction exothermique se déclanche ; finalement la fumée s’éclaircit, devient légère, bleutée : à ce signe, le charbonnier reconnaît qu’il est temps de fei'mer la cheminée centrale G, puis d’ouvrir toute une série de nouvelles cheminées G1} disposées autour de la pi'emière, sur un même plan horizontal : les gaz, ne ti’ouvant d’auti’es issues, suivent un trajet différent et une nouvelle masse de bois distille, émettant des fumées successivement blanches, jaunes, bleutées, après quoi le charbonnier bouche les cheminées Cx pour en ouvrir d’auti'es C2 un peu plus bas, et ainsi de suite. Les flèches indiquent appi'oximativement les trajets successifs des gaz chauds. Lorsque les dernières cheminées, telles que C7 ont cessé de fumer, on les bouche ainsi que les évents et la masse incandescente s’éteint et se refi’oidit peu à peu.
- Le démoulage, après l'efi’oidis-sement d’une durée variable suivant l’importance de la meule, s’opèi’e le plus souvent de nuit, afin de rendre plus visibles les joints encore incandescents. La terre est enlevée avec précaution, au rateau, en commençant par le haut ; on découvre peu à peu la couche végétale, qui n’est pas, en général détruite, mais engluée de goudron : on l’enlève par plaques, et un ouvrier adroit peut fort bien éviter la chute de terre dans le charbon ; celui-ci est ramassé à la fourche à cailloux ; on élimine les larges lambeaux d’écorce détachés des rondins, ainsi que les fumerons qui ne se cassent pas au choc ou présentent une cassure man'on foncé ; les débi'is qui pas-
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- sent à travers les dents de la fourche sont tamisés.
- Critique de la meule. — Au cours de la cuisson, la meule s’affaisse de i/3 à i/4 de la hauteur primitive : le bois, en carbonisant, se contracte et l’enveloppe de terre descend ; l’ouvrier doit surveiller la meule d’une façon constante et boucher les fissures qui se produisent.
- L’allure de la carbonisation n’est pas aussi régulière qu’il est dit plus" haut ; le vent active le feu du côté qu’il frappe : pour que la meule s’affaisse régulièrement, le charbonnier doit boucher plus ou moins les évents et les cheminées et parfois tendre des toiles en guise de paravent. La pluie détrempe la meule et gêne le développement de la cuisson.
- La meule exige donc la présence continue et attentive de l’ouvrier qui doit posséder une grande science du métier : on ne s’improvise pas charbonnier de meule, on le devient après un long apprentissage.
- Mais il est un autre inconvénient, plus grave à mon avis, que je veux signaler, et qui tient au fonctionnement même de la meule : la carbonisation progresse à la manière d’une fleur qui s’épanouit ; la partie qui avoisine la cheminée (région i, fig. 3) a subi longtemps l’action des gaz chauds et donne un charbon un peu trop cuit, comparable à la braise de boulanger, léger, friable, mais cependant très acceptable pour le gazogène. Le charbon de la région 2 a été cuit moins longtemps, à température sensiblement régulière et convient parfaitement à l’alimentation des gazogènes. Mais au fur et à mesure qu’on s’approche de la périphérie (région 3), le bois a cuit de plus en plus lentement, à basse température, de sorte qu’il est mal dégoudronné. Ce charbon est supporté difficilement par les gazogènes à tuyère (de même d’ailleurs que le charbon humide). Naturellement, les zones ne sont pas aussi nettement tranchées que la figure 3 semble l’indiquer.
- Dans ces gazogènes (fig. 4), le foyer est assez restreint : nous avons représenté son contour approximatif par un trait pointillé. Le charbon, au voisinage de ce foyer à haute température, achève de distiller, mais comme les goudrons le traversent rapidement, parfois sur un faible parcours (voir flèches, fig. 4), le temps fait défaut pour leur destruction totale et les gaz, à la sortie du gazogène en contiennent encore. Ces goudrons se condensent dans le refoidisseur, se
- déposent sur les filtres en toile qui sont colmatés. Si on limite le refroidissement avant les toiles, pour le pousser après, les condensations se produisent à l’entrée du moteur, les soupapes collent et les bougies s’encrassent.
- On conçoit donc que le charbon de meule, non homogène, convienne mal à l’alimentation des gazogènes. Exceptionnellement, on pourrait l’utiliser, à défaut d’autre, mais le mieux serait de convaincre les charbonniers de réserver le charbon de périphérie pour les besoins domestiques et de ne donner aux usagers du gazogène que le charbon prélevé à l'intérieur d’un cône à axe vertical et qui aurait comme ouverture un angle d’environ 120°.
- \ous dirai-je que, si j’ai réussi à convaincre quelques charbonniers, il y en a beaucoup sur lesquels je n’ai eu aucune influence ? C’est que, chez les charbonniers, on est fier du métier, on a l’orgueil du produit bien fait — et l’on a raison : c’est une des rares corporations où, chez tous les individus sans exception, 011 trouve la plus haute expression de la conscience professionnelle. Malheureusement, la vie à l’écart des centres habités rend le charbonnier moins compréhensif aux choses nouvelles et il a peine à comprendre les exigences des moteurs et des gazogènes.
- Fours métalliques dérivés des meules. — Les
- constructeurs de fours métalliques démontables se sont proposé : i° de remplacer le revêtement terreux de la meule par une enveloppe de tôle, en vue d’éviter le mélange de terre et de charbon ; 20 de provoquer une circulation rationnelle des gaz chauds dans le but de rendre la carbonisation plus rapide et d’obtenir un produit plus homogène. Enfin ils se sont préoccupés de construire des appareils faciles à démonter et à transporter, tout en permettant de traiter une masse importante de bois.
- Dans ce domaine comme dans celui des gazogènes, les déboires du début furent nombreux, et il faut rendre hommage aux constructeurs qui, comme Delhom-meau, Trilian, Forïndusl, Magnien se sont acharnés : ïeui's efforts ont été couronnés d e succès, leurs réalisations sont des modèles et les fours nouveaux qui apparaissent actuellement sur le marché sont le plus sou-v e n t des
- Fig. L — Le foyer d’un gazogène à tuyère.
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- adaptations, des améliorations plus ou moins heureuses.
- Dans la pratique, les fours métalliques se sont révélés plus avantageux qu’il n’avait été prévu :
- i° ils réduisent la durée de l’apprentissage des charbonniers : en quelques jours, l’apprenti connaît le maniement des appareils et en quelques semaines, il devient un préparateur capable de produire un excellent charbon et de gagner suffisamment sa vie ;
- 2° l’empilage des bois est plus commode et plus rapide ; la surveillance est réduite au minimum, ce qui autorise une organisation industrielle rémunératrice des chantiers, avec une durée normale de présence diurne des ouvriers ; le travail nocturne est exceptionnel et n’intervient guère qu’au début d’une coupe, alors que le personnel ne connaît pas encore le comportement du bois au feu.
- 3° la production est presque soustraite à l’influence des intempéries ; un grand vent exige cependant une surveillance un peu plus attentive et la pluie peut empêcher le détournement.
- En vue du démontage et du transport des fours, il est désirable que les appareils soient composés d’un petit nombre de grosses pièces légères.
- Deux modes de construction sont employés : les fours contenant jusqu’à 8 stères sont en général constitués par des viroles superposées ; la virole inférieure repose soit directement sur le sol, soit sur un socle annulaire creux, soit encore sur des rondins. La virole supérieure supporte le couvercle ; les fours de capacité plus grande sont composés de panneaux plans ou cintrés ; l’ensemble présente alors la forme d’un cylindre ou d’un prisme à base polygonale régulière. Cette dernière conformation est sans influence sur la cuisson, si les évents, à la base du four sont bien répartis ; ce que l’on peut craindi'e, avec des fours à faces planes, c’est la déformation des tôles, aussi sont-elles le plus souvent raidies par des cornières ou des nervures.
- Les viroles sont en tôle mince de 2 à 3 mm. pour les pièces exposées au feu et en tôle de 1 mm. 5 à 2 mm. pour les éléments supérieurs ; les panneaux «ont découpés dans des tôles de 2 à 3 mm., les différentes parties d’un même élément sont assemblées par -rivets ou par soudure (joints ou bandes, ou continue) ; la soudure continue est bien préférable : elle est plus étanche et supporte mieux la dilatation sous l’effet de la chaleur.
- Il est indispensable que les joints entre deux éléments soient parfaitement étanches, sinon l’extinction du feu devient impossible. Dans le premier mode de construction, une virole repose dans une goultiùe en forme d’U soudée sur la virole inférieure (fig. 5) ; il suffit de tasser dans la gouttière un peu de terre légère pour assurer une bonne étanchéité : les goudrons qui traver-
- sent la terre colmatent les interstices ; cependant on devra débarrasser la terre des cailloux et des racines qu’elle contient : les racines surtout sont à éliminer, car en se calcinant, elles laissent passage à un mince filet d’air qui entretient le feu.
- Les joints verticaux sont plus difficiles à exécuter ; les bords relevés des éléments enserrent une tresse d’amiante et sont maintenus serrés l’un contre l’autre par des pinces ; ou bien, les bords s’emboîtent pour former une sorte de canal vertical dans lequel on tasse du sable ou de la terre légère ; les tôles sont maintenues serrées l’une contre l’autre soit par un clavetage, soit à l’aide de boulons (fig. 6). La terre argileuse est à éviter dans la confection du joint : en cuisant, elle se contracte et présente des fissures larges que le goudron n’arrive pas à colmater ; de plus, pendant la cairbonisation, les tôles se dilatent et serrent le joint, mais, pendant le refroidissement, les tôles se contractent et le joint est soulagé, au moment précisément où il devrait être comprimé : il faut qu’à ce moment la matière employée puisse s’écouler par gravitation et faire obstacle aux entrées d’air, d’où le choix d’une matière pulvérulente.
- Le couvercle doit être suffisamment raidi pour pouvoir supporter, sans se déformer, le poids d’un homme au moment de l’allumage : il est en général rendu rigide par des cornières soudées ou par des rainures obtenues à la roulette.
- En règle générale, la base du four présente des ouvertures ou évents réglables permettant d’agir sur l’admission d’air, et le couvercle présente en son centre une ouverture pour l’allumage. La cheminée d’allumage se construit comme celle d’une meule, à l’aide de charbonnetle placée soit autour d’une perche qu’on enlève pour verser des charbons ardents, soit autour d’un tuyau en tôle mince qui facilite la chute de la braise rouge et qu’on enlève dès que le feu est pris.
- L’empilage du bois peut se faire de diverses façons : soit en dressant toutes les couches verticalement, soit en mettant tous les bois à plat, soit encore en alternant les couches verticales et horizontales : dans ce dernier cas, la première couche sera de préférence verticale, car une couche horizontale gênerait le passage de l’air vers le foyer.
- Nous ne pensons pas nécessaire de raccourcir les bois, et préférons les employer suivant les longueurs consacrées par les usages locaux ; sans doute, avec des bois courts et des bois longs mélangés on remplit mieux les vides, mais la légère augmentation de production par fournée ne compense pas le supplément de travail. Les rondins peuvent être carbonisés jusqu’à i5 cm. de diamètre : au delà il faut soit les
- Fig. 5. — Gouttière en U recevant la virole supérieure, lu-tée à la terre.
- Fig. 6. — Assemblage de viroles par écrou.
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- refendre, soit les faire passer deux fois dans le four. Dans le montage vertical, les grosses.bûches sont placées vers le milieu du rayon du four ; on évitera de faire voisiner des bois minces avec des échantillons très gros.
- La capacité des fours est très variable : on en construit qui contiennent moins de 1/2 stère, mais d’autres atteignent 100 stères. Les fours de 4 à 8 stères sont d’un emploi courant en forêt, en raison de leur maniabilité et de la facilité de leur service. La durée de la cuisson, pour de tels fours, varie de 16 à 24 h. On allume de façon que la période calme de la distillation se déroule la nuit sans surveillance, la fin de la carbonisation demandant seule quelque attention.
- L’allumage effectué et le foyer ayant été suffisamment alimenté avec du petit bois versé dans la cheminée, on règle les évents : peu ouverts du côté du vent, 011 les ouvre davantage du côté opposé ; les évents seront plus largement ouverts pour traiter des gros bois verts que lorsqu’on opère sur des échantillons minces ou sur des bois secs ou tendres, ou résineux, ou encore piqués. Lorsqu’on commence un chantier, nous recommandons de faire du feu avec un peu de ce bois à traiter et d’observer son comportement au feu : si la braise est dure, longue à tomber en cendres, on peut marcher à une allure assez vive
- (évents très ouverts) ; si au contraire la braise disparaît rapidement, on doit conduire l’opération lentement.
- La carbonisation est toujours plus avancée du côté frappé par le vent : on ferme les évents en se guidant sur la fumée qui sort des cheminées (elle est légèrement bleutée quand la cuisson est complète) et par l’aspect du feu visible par les évents : la fin de la carbonisation est annoncée au voisinage d’une prise d’air par la disparition des flammes et par la présence de braise bien rouge ; si la braise se couvre de cendres blanches, c’est que la carbonisation a été trop poussée dans cette région et au démontage il y aura peu de charbon en ce point. Surtout on évitera de laisser x’ougir les tôles, ainsi que nous l’avons dit en étudiant la distillation en vase clos.
- Lorsque tous les évents sont fermés, au besoin en les recouvrant de teiTe, on vérifie que tous les joints sont en bon état. L’extinction des fours de 4 4 8 stères demande de i5 à 24 h.
- Un four formé d’anneaux doit être complètement démonté pour le démoulage ; au contraire, avec les fçurs à panneaux, il suffit d’ouvrir l’une des faces, et ceci permet de récolter le charbon même par temps de pluie.
- (à suivre)
- M. Lepoivre.
- NÉCESSITÉ D'AMÉLIORER LES POMMIERS <»
- Le Pommier est, après la Vigne, le végétal ligneux le plus cultivé en France pour la production des fruits, utilisés directement dans l’alimentation ou pour la fabrication des boissons alcooliques; mais, alors que la Vigne a été chez nous, depuis un siècle, l’objet de recherches scientifiques considérables, que sa culture a été complètement transformée, les l’endements acci’us, les produits améliorés, la culture du Pommier est x'estée routinière ; elle est même en décadence en certaines l’égions ; les variétés que nous cultivons laissent pour la plupart fort à désirer et ne répondent point à nos besoins actuels. Des produits d’une grande richesse alimentaire que divei’S pays retirent de la pomme sont pour ainsi dii’e inconnus chez nous. En retard sur la plupart des pays d’Europe et de l’Amérique en Pomologie, nous devons nous atteler au plus tôt à l’amélioration et à la rationalisation d’une cultui’e qui présente dans l’Ouest de la Fi’ance, des conditions splendides de sol et de climat et qui a pour notre pays une importance considérable.
- Au lendemain de la précédente guerre, j’ai déjà appelé l’attention sur l’intérêt des recherches en Pomologie. En 1920, j’ai signalé à l’Académie (1 2), d’après les études que je venais d’effectuer, l’origine des Pommiers à cidre de Normandie et de Bretagne, cultivés en vergers et champs et produisant les 7/10® du cidre français.
- 1. Note présentée à l’Acaclémie des Sciences, le 29 juillet 1940.
- 2. Comptes rendus, 171, 1920, pp. 521-523.
- En 1921, j’ai publié un important travail sur l’histoire et l’amélioration des Pommiers et spécialement des Pommiers à cidre (x). J’y montrais l’importance de nos richesses pomologiques : la production cidrière française est d’environ 25 millions d’hl. par an, à peine moitié moindre que la production vinicole. La production des fruits de table est aussi fort importante. J’ai montré que nous possédons encore des variétés, les unes pour la table, les autres pour la fabrication du cidre, de premier choix, mais beaucoup de variétés sont en pleine décadence, par suite de leur multiplication par voie asexuée depuis des centaines d’années, et Les variétés anciennes d’ai'bres fruitiers » écrivait en i835, Van Mons, le grand pomologiste belge, « ne donnent plus que des arbres malades et des fruits mauvais. La greffe a prolongé leur existence au delà du terme que la nature leur avait accordé. Par le semis on peut refaire et améliorer encore ces variétés, mais cette régénération ne peut se faire au hasard : il y a des règles à suivi'e ».
- Pour chaque variété il faut tenir compte de la fertilité, de la vigueur, de la rusticité, de l’adaptation au sol, de la résistance aux maladies et aux insectes nuisibles. Ce que l’on recherche aussi dans un fruit de table, c’est son aspect et sa coloration, sa taille et sa saveur, l’époque de sa maturation, enfin son degré de conservation. Pour les Pommiers à cidre, il faudrait réduire considérablelment le nombre des
- 1. Revue de Botanique appliquée, 1, 1920, pp. 149-215.
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- variétés cultivées et les remplacer progressivement par des Pommiers nouveaux à fruits convenant non seulement pour la fabrication de la boisson, mais aussi pouvant être consommés sur la table et pouvant servir pour la fabrication de sirops concentrés et de gelées, confitures et marmelades, c’est-à-dire des variétés à plusieurs fins.
- J’ai montré que la plantation de Pommiers à plusieurs fins, dans les vergers normands et bretons dont les fruits s’écouleraient facilement dans les villes, serait pour le cultivateur une importante source de revenus et l’amènerait à fabriquer moins d’eau-de-vie de cidre, fabrication qui est une plaie pour nos paysans de l’Ouest où le fameux privilège des bouilleurs de crû, très enraciné, contribue à entretenir l’alcoolisme.
- Mais la création de nouvelles variétés ou leur découverte, leur sélection, les soins à leur donner, leur greffage, la lutte contre les maladies et les insectes nuisibles demandent des recherches nombreuses de longue haleine. La Fi’ance est peut-être le seul grand pays qui ne possède pas une grande station centrale pomologique, une sorte d’institut permanent, doté d’un personnel suffisant, attaché à des recherches scientifiques, pour améliorer les arbres fruitiers. Alors que des établissements d’État puissamment dotés existent au Canada, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et en Argentine, en France la science de la pomiculture est entre les mains de particuliers et de petits cultivateurs non encouragés qui poursuivent des recherches sur une faible échelle et sans but d’intérêt général.
- Les stations pomologiques de Caen, Rouen, Rennes, les vergers de Sées, Alençon, etc. pour le Pommier à cidre, ne disposent que de moyens infimes. Outre un Institut central, il faudrait, à travers toute la France, des pépinières et des vergers d’étude allant jusqu’à distribuer des greffes et des plants greffés aux cultivateurs, leur donnant des indications précises basées sur les recherches scientifiques et les obligeant au besoin à modifier leurs techniques désuètes en pomiculture. De grands espoirs naquirent en 1923, à la suite de la Semaine nationale du, cidre, tenue à Paris et à laquelle prirent part de nombreux spécialistes, agriculteurs et cidriers. Des voeux furent votés, préconisant non seulement la création de vergers d’études et de vergers modèles, confiés aux Offices régionaux et départementaux d’agriculture, mais recommandant aussi de développer au maximum les industries dérivées de la pomme et d’étudier les applications du froid et du vide à la préparation des moûts concentrés, des fruits séchés, ou à la conservation des fruits frais. Des ministres et des parlementaires promirent des réalisations, mais tout cela est resté jusqu’à ce jour lettre morte.
- Au conti’aire, l’Institut central des recherches agronomiques, les Offices d’agriculture, les laboratoires et champs d’essais agricoles créés par les Compagnies de chemin de fer, ont été peu à peu supprimés. Les rechei'ches scientifiques relatives à l’Agronomie et spécialement à la culture des arbres fruitiers sont pour ainsi dire inexistantes dans notre pays. Le problème est toujours discuté de savoir de quel organisme scientifique de contrôle de telles recherches doivent relever. Dans le domaine de la Pomologie (au sens strict), les problèmes à résoudre sont pourtant d’une très grande importance.
- Les recherches sur l’alimentation poursuivies depuis quelques années ont montré l’utilité des fruits dans l’économie bioénergétique. La pomme, en particulier, est un aliment complet de grande valeur. Le cidre et l’alcool de cidre ne devraient être que des produits secondaires. La pomme devrait être exploitée surtout pour ses fruits frais ou conservés frais une grande partie de l’année par le froid, mangés
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- crus ou cuits, pour les pommes séchées servant à faire des fruits tapés ou des marmelades, pour les déchets utilisés en confiserie, pour les moûts non fermentés, pasteurisés ou concentrés fournissant des sirops très riches en sucres (glucose, lévulose, saccharose) et en matières pectiques ; ils trouveront leur emploi dans la préparation de toutes sortes de gelées de fruits et d’une utilisation si générale, de pâtes de pommes et de cidres gazéifiés, sucrés et légèrement fermentés, puis de sucre de pomme. Enfin les marcs, par un traitement spécial et addition de sirop de pomme, donnent Vappelkraut d’usage courant en Allemagne. Nos paysans, en faisant cuire le moût de pommes mélangé à des fruits soupés, obtenaient autrefois le pommé ou résiné de pommes, aliment délaissé aujourd’hui, mais agréable et sain..
- D’après les recherches de Balland, Lindet et Warcol-lier, etc., les pommes sèches contiennent 5i,io pour 100 de matières sucrées, 8,28 pour 100 de matières azotées, 81,67 pour 100 d’amidon et pectine, 6,96 pour 100 de cellulose, 1,60 pour 100 de cendres constituées surtout par de l’acide phosphorique. Les pommes fraîches et les moûts sont riches en vitamines A, B1, B2 et C, en diastases vivantes et en huiles essentielles parfumées. Le moût non fermenté renferme xo à i5 pour xoo de sucres divers, o,o5 pour 100 de matières albuminoïdes, 0,28 pour 100 d’acide nxalique, 0,02 pour 100 de matièi’es pectiques. Un litre de moût renferme, suivant les variétés 10 à 200 g. de sucre fermentescible, et o g. 5 à 20 g. de matières pectiques; 100 g. de pommes tapées apportent à l’oi'ganisme 216 cal. C’est un produit dynamogène très utile.
- Ajoutons que dans l’industrie, par l’éxraporation à basse température (45°) dans les concentrateurs à vide, on peut obtenir un sirop de pommes épais si la concentration est poussée jusqu’à 35° Baumé ; si la concentration se poursuit au delà de 4o° Baumé le sirop devient consistant et il peut renfermer jusqu’à 65o ou 750 g. de sucre total au kg. ; il fox-me alors une gelée de pommes acidulée et très sucrée, fort agréable au goût. On pourrait l’employer pour suci’er quantité de mets et même le café. On conçoit de quel intérêt sei’ait un tel produit par ces temps de disette de sucre en France.
- J’ai calculé qu’en concentrant et stérilisant la moitié de la récolte annuelle de pommes en Fi’ance qui, les bonnes années, fournit 25 millions d’hl. de cidre, on poux’rait obtenir 126 millions de kg. de sucre et 3oo millions de kg. de confitures, compotes ou gelées sans emploi de sucre de Bettei’aves. Les vai'iétés cultivées actuellement ne donneront ces produits alimentaires qu’en qualités très ordinarees. Il est donc urgent d’améliorer notre verger fi’ançais. Toutefois il ne faut pas négliger les produits dont nous disposons dès maintenant. Au moment où se dessine chez nous une dure période de sous-alimentation, il y aurait lieu de préparer en gi’ande quantité dans les mois qui viennent des pommes coupées, séchées artificiellement au four ou au soleil, puis du x-aisiné de pommes, afin d’utiliser les marcs pour en faire un appelkraut et préparer industriellement si possible des sirops concenti'és de pommes pour remplacer le sucre de Betteraves. Le raisin séché et le moût de vin cuit ou concentré peuvent être utilisés de la même manière, quoique moins employés en confiturerie.
- Auguste Chevalier.
- Membre de l’Institut.
- Professeur au Muséum.
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- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- RECTIFICATIONS ET QUADRATURES
- Nous avons parle antérieui'ement de la quadrature du cercle (L) et exposé qu’il était impossible d’obtenir rigoureusement, à l’aide de la règle et du compas, un carré de surface égale à un cercle donné. Cependant, il peut être intéressant, pratiquement, de chercher une solution graphique approchée de ce problème, aussi nous proposons-nous dans cet article de donner quelques résultats obtenus par divers auteurs.
- Les constructions que l’on envisage seront de deux types suivant que l’on a en vue la rectification de la circonférence ou la quadrature du cercle.
- Rectifications. — On a remarqué que :
- \J2 + V3 = 3, i/)63 ..
- donne t: à moins de o,oo5 d’où les constructions suivantes :
- a) On inscrit dans le cercle un carré et un triangle équilatéral et on ajoute les côtés de ces polygones (Bioche).
- b) Pour obtenir directement le segment résultant, on peut procéder ainsi (d’Ocagne) :
- En A' (fig. i) on élève une perpendiculaire indéfinie, puis
- on trace OC tel que l’angle COA' soit égal à 45°, par C on mène la parallèle à AA' rencontrant la tangente en A' au
- point B. La bissectrice de BOA coupe cette tangente en D et A'D représente à peu près tî.
- Fig. 1. — Construction approchée de n par la formule :
- it= \'2 + \'§ = A'D.
- Fig. 2. — Autre construction de :
- tz = \'i + V3 — OD.
- En effet, en prenant le rayon pour unité (unité que nous conserverons dans la suite des calculs) :
- BA' =
- BO =
- \f-2
- OD étant bissectrice de l’angle extérieur BOA', avons :
- A'B X OA' _ \ a / v'3 OB — OA' “ 2 : ^ v/â~
- nous
- d’où après simplification :
- A'D = v'i + y/3
- c) Voici une variante (de l'auteur) :
- On trace (fig. 2) 2 diamètres perpendiculaires AA' et BB' ce dernier étant prolongé indéfiniment dans une direction.
- Fig. 3 — Construction approchée de it = v^l — 4 = 2. DB.
- Du point O on porte OC = AB' puis CD = A'C, la droite OD est égale, approximativement, à la demi-circonférence. Vérification facile :
- AB' = OC = v'2 ; CD = A'C = ^OX2 + OC2 = v'3-
- La construction suivante est basée sur un autre principe.
- On porte (fig. 3) A'B = OA', donc AB est égal au côté du triangle équilatéral inscrit. A partir de M, pied de la perpendiculaire BM sur AA', on détermine un point C tel que MG == 2AB, enfin sur CB on porte CD = AA'.
- Le double de la longueur DB représente tc avec une erreur inférieure à 2 dix-millièmes.
- MB=-^: MC = 2 \ 3, CB = — v/jh 2 2
- DB =z^L — 2; 2DB = 3,14.4284...
- La méthode ci-dcssous donne n à moins de un dix-millième.
- Aux extrémités AA' (fig. 4) d’un diamètre, on élève, dans le même sens, deux perpendiculaires, sur l’une on
- Fig. 4. — Construction géométrique approchée de -it = BiJ.
- Fig. b. — Méthode de Terquem pour la construction approchée de rz — Ali.
- 1. Voir La Nature, n° 3003 du 15 juillet 1937.
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-
- porte AB égal au tiers de côté du triangle équilatéral inscrit, sur l’autre A'C égal au triple du rayon. La droite BG représente le développement de la demi-circonférence.
- On a, en effet :
- = A'C = 3
- o
- Be2
- BC
- v3 y
- + 22
- 3,i4i53...
- Variante (Terquem) :
- On trace le diamètre AA' (fig. 5), le rayon perpendiculaire OB et la tangente indéfinie en AL On porte BG = OA et on prolonge OG jusqu’en D ; enfin on prend DE = 30A. La droite AE est égale, sensiblement,
- DA'
- yfl
- 3
- A'E = 3 —
- v'3
- Fig. G. — Méthode de de Long ch amp s pour la construction approchée de
- l~— KH.
- AE
- ;3-y
- comme ci-dessus.
- + 2®,
- Nous terminerons par une construclion donnant tc avec une erreur inférieure à 7.io~7.
- On trace (fig. 6) un diamètre indéfini BD et le rayon OA perpendiculaire, en B et A on mène les tangentes qui se coupent en F.
- =-... 431 =
- Quadratures. — Il s’agit ici de trouver le côté du carré équivalant au cercle. Rappelons que, le rayon étant pris pour unité, le côté du carré est égal à
- vLc = 1.7724538...
- Voici une construction très simple (fig. 7).
- Sur deux diamètres perpendiculaires AA/, BB', on porte
- OC = OD = OE = OF = OA'.
- 4
- On trouve, en effet :
- CD
- \/5o
- 1.7677
- l’erreur sur Ciï est inférieure à 5.io~3.
- La méthode suivante est beaucoup plus précise :
- On mène en A' (fig. 8) la tangente indéfinie A'C ;
- prend OB = —jp et on joint B au point G tel que
- BG = 2AA' ; le point D où AC coupe la circonférence détermine le côté A'D du carré équivalent.
- A'D =
- AA' X A'C
- AG
- /"
- V'Ô27
- „V=2, A'C = V/.6-(|^ „
- AC — ‘ - ',<ST
- D’où enfin :
- / 4 T 36
- A'D = = , 77245o...
- V67I
- l’erreur est inférieure à 4.io“B. Sur la surface l’erreur absolue est moindre que i5.io~6. Ainsi, si nous pouvions faire
- On porte B'G = ------- et CD = ----------, puis on déter-
- 10 10 1
- mine le point G tel que FG = FC.
- Enfin, on achève le rectangle FBDE et par G on mène la parallèle à BE. Celle-ci rencontre en H la tangente au point A ; le segment FII est égal à 27t.
- On a :
- D’où
- BC = 2 4- ; FB = 1 ; FE = ~
- Fig. 7. — Quadrature approchée du cercle :
- OC ^ j OA' ; CD = fit.
- D
- iniis de . Fi#. 9. — Autre méthode ap-
- prochée de quadrature du
- Celle construction est duc à de Longchamps. ' F
- Fig. 8. — Autre procédé approché de quadrature du cercle :
- OB=^l BC — 2ÂÂ7
- O
- A'D =\r.
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-
-
-
- AF
- 433
- A'
- Fig. 10. — Autre méthode approchée de quadrature du cercle :
- (AF = \^)
- Fig. 11. — Construction Périgal pour la quadrature approchée du cercle.
- graphiquement la quadrature d’un cercle de i km. de rayon, l’aire du carré équivalent différerait de celle du cercle de moins de i5 m2.
- Une excellente approximation est obtenue également à l’aide du procédé ci-dessous :
- 3
- Sur AA/ (fig. 9) on porte OB = — OA et dans le sens 3
- opposé OD = — OA. Soit C le milieu de OA/ ; sur BC
- comme diamètre, on décrit la demi-circonférence GEB, puis sur AD également la demi-circonférence AFD. Ces circonférences coupent respectivement en E et F le diamètre perpendiculaire à AAC Le carré construit sur EF est approximativement équivalent au cercle.
- OB = — ; OC 5
- , OD
- , OA
- OE2 = OBX oc = ~ ,
- ÔF2 = OA X OD = JL , 2
- EF — ^ ^t5° =
- 10
- 1,77246...
- soit une erreur inférieure à 2.10-3.
- La méthode suivante nous a été communiquée par un lecteur :
- Sur AA; comme diamètre (fig. 10) on élève en O une perpendiculaire indéfinie OC, puis, dans le sens opposé, la tangente en AC
- On prend OC = 4 a, A'D = 3 a (a étant une longueur arbitraire), on joint CD qui coupe AA' au point B et on reporte AB en BE.
- Sur AE comme diamètre, on décrit la demi-circonférence AFE qui rencontre en F la perpendiculaire OC. La droite AF est le côté du carré équivalent.
- On a la proportion :
- OC _ OB _ 4
- A'D A'B 3
- D’où :
- OB _ 4 OB + OA' OA' ~ 7 ' OA'
- et :
- Ab
- 2BA xoa = —
- 7
- = 07728...
- l’erreur sur yC est inférieure à 4-io-4.
- Enfin une dernière construction (Périgal).
- Soit BB' = OA (fig. 11), on trace le diamètre EC passant par le milieu F de BBC on prend BC égal au côté du carré inscrit et on fait CD = CB, le segment DE est égal au côté du carré cherché.
- OF = ^1, FC CD = yjl
- 2 2
- DE = 1 -j- — (7 — 2 V2) = 1,774687. .
- soit une erreur moindre que 23.io~4.
- Remarquons, pour terminer, que toutes les méthodes exposées ci-dessus sont basées sur la connaissance à priori de l’inconnue à déterminer; toutes les constructions de celte nature ne peuvent donc apporter aucune preuve en faveur de la possibilité de la quadrature du cercle.
- Problèmes proposés.
- Problème A. — La somme de tous les nombres obtenus en permutant, de toutes les manières, les 5 chiffres d’un nombre est égale à 599.994.
- Quel est ce nombre sachant qu’il est cari’é parfait?
- Problème B. — Combien faut-il écrire de chiffres pour calculer 21000 ? On suppose les opérations ainsi conduites : 2X2 = 4X2=SX2 = l6x2 = 32...
- Problème C. — Découper un rectangle quelconque en 4 parties qui assemblées convenablement reproduisent un carré.
- Problème D. — Un train part à 12 h. de Paris pour Toulouse, sa vitesse moyenne est de 80 km./h. Par suite d’un accident d’ordre mécanique, il subit dans une gare un arrêt de 1 h. 4a mn., et continue sa route en abaissant sa moyenne horaire à C5 km.
- L’express qui part de Toulouse pour Paris à 19 h. 67 mn., marchant à 85 km./h. croise le premier train après 1 h. 34 mn. de parcours. La distance de Paris à Toulouse étant de 717 km. on demande dans quelle ville le train est resté en panne ?
- Problème E. — Jean et Jacques n’ont qu’une bicyclette mais ils possèdent chacun une clé du cadenas qui la protège contre... les « emprunteurs ». Ils doivent faire un parcours de 32 km. et décident que Jean partira le premier, posera la bicyclette dans le fossé à un certain endroit et continuera sa route à pied. Jacques accomplira la première partie du parcours à pied, reprendra la bicyclette et, si leurs calculs sont justes, arrivera en même temps que Jean au but fixé. Jean et Jacques font 20 km./h. à bicyclette; Jean fait à pied 5 km./h. et Jacques 6 km./h. A quelle distance du point de départ Jean doit-il abandonner la bicyclette ?
- II. Barolet.
- 7
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- LES ACCUMULATEURS
- ENTRETIEN ET CHARGE
- Les accumulateurs des voitures immobilisées pour de longs mois par le rationnement de l’essence, ne sont pas préparés à ce repos. Et les laisser dans l’état où ils sont équivaut à une usure prématurée ou même à une destruction certaine.
- D’autre part, par suite du blocus, la fabrication des accumulateurs est ralentie. Le remplacement deviendra difficile. C’est par un entretien soigné que l’on augmentera considérablement leur durée. Pour ceux que les circonstances ont amenés à utiliser la traction électrique par accumulateurs, ces quelques notions d’entretien pourront être utiles.
- On rencontre couramment deux sortes d’accumulateurs :
- les accumulateurs au plomb ;
- les accumulateurs au cadmium-nickel.
- Accumulateurs au plomb.
- Entretien. — L’entretien d’une batterie d’accumulateurs au plomb en service exige peu de soins, mais ceux-ci sont indispensables. En principe, chaque mois, il faut : nettoyer le bac, vérifier l’état des cosses et les graisser si besoin est, inspecter les plaques, rétablir le niveau de l’électrolyte par addition d’eau distillée, constater la densité de cet électrolyte, déboucher les trous d’aération des bouchons de remplissage.
- Certaines détériorations peuvent se présenter. Examinons les moyens d’y remédier et reprenons cette inspection en détail.
- Le bac. — Les seuls accidents sont la fêlure de l’ébonite ou de la matière moulée, ou une fuite. Elles se décèlent par le suintement de l’électrolyte. On peut réparer à chaud avec de la gutta-percha et un fer. Si c’est insuffisant, l’aide du spécialiste s’impose. Si le bac est sale, un essuyage avec un chiffon mouillé suffira. On évitera ainsi les court-circuits possibles entre les bornes.
- Les cosses. — Elles peuvent être sulfatées. Il suffit de les gratter et de les recouvrir, ainsi que les bornes, avec de la vaseline neutre ou à défaut de la graisse. Si un câble d’arrivée est dénudé, il faut refaire l’isolement avec un ruban caoutchouté.
- Les plaques. — On s’assure d’abord que la tension aux bornes de chaque élément est comprise entre 2,2 et 1,8 Y. Si la tension d’un élément est notablement inférieure à 1,8 Y., c’est qu’il y a un court-circuit intérieur (c’est aussi un indice de sulfatation). Ce court-circuit peut être produit par le dépôt de matière active ou par la chute de matière active entre deux plaques. Après avoir retiré l’électrolyte, un rinçage à l’eau suffira. Si le court-circuit subsiste, il faut retirer les plaques. Pour les bacs en ébonite ou en matière moulée, ce travail regarde le spécialiste.
- Si les plaques ont un aspect blanchâtre, c’est un caractère de sulfatation. La couleur ordinaire des plaques en bon état est brun chocolat, pour les positives, et gris fer pour les négatives. D’autres caractères de sulfatation sont : la baisse de la densité de l’électrolyte, moins de 220 Baumé, la baisse de capacité, la baisse de tension et la dureté des plaques (la négative ne se laisse plus traverser par une épingle), l’augmentation de la résistance intérieure. Quand on a constaté cette sulfatation, on remplace l’acide par de l’eau distillée et l’on fait subir une charge à faible intensité : i/4o de la capacité (pour une capacité de 90 A.-h. ce sera go/4o, soit 2,25 A., par exemple). Recommencer si besoin est en
- ayant soin de remplacer le liquide, qui peut alteinidre des concentrations de i5 à 20° B., par de l’eau pure. Quand les plaques ont une couleur normale, ramener l’ackle à sa concentration ordinaire.
- Niveau de Vélectrolyte. — Par évaporation ou par décomposition de l’eau, le niveau de l’électrolyte baisse. On ajoute de l’eau distillée afin que ce niveau soit de xo à i5 mm. au-dessus des plaques. Il faut toujours maintenir le niveau de l’électrolyte au-dessus des plaques. Autrement, l’accumulateur perd de sa capacité et on facilite sa sulfatation. Par projection ou renversement, l’électrolyte peut perdre de sa concentration. Si les plaques ne sont pas sulfatées, on s’en aperçoit à la fin d’une charge complète. La densité doit être comprise entre 28 et 33° B. Cette densité de fin de charge est généralement portée sur le bac. Pour rétablir cette densité, ajouter de l’acide ayant une concentration inférieure à 4o° B.
- Stockage. — Si une batterie doit rester longtemps hors de service, il faut la préparer au stockage. Il y a deux façons de le prévoir :
- Déchargé et vidé de l’électrolyte : décharger la batterie à un régime lent, i/4o de la capacité, vider l’électrolyte et conserver les plaques à air. Tous les deux ou trois mois, après avoir remis cet électrolyte, effectuer une charge à régime lent, 1/20 de la capacité, puis décharger à régime lent et vider ;
- Chargé et plein de l’électrolyte à densité normale : boucher les trous d’aération des bouchons de remplissage. Tous les deux ou trois mois également, décharger à régime lent (i/4o de capacité) suivi de charge à l'égime lent (1/20 de capacité).
- On profite de ce stockage pour faire un nettoyage et une inspection complète de la batterie.
- La première solution est moins pratique puisqu’elle nécessite un récipient auxiliaire en verre, plomb ou ébonite, qui doit être bouché pour contenir l’électrolyte, mais la deuxième solution favorise la sulfatation des plaques.
- Quel que soit le mode de stockage, il faut éviter les variations de température (en principe cette température de stockage doit être constante, environ i5°).
- Accumulateurs au cadmium-nickel.
- Entretien. — L’entretien d’une batterie au cadmium-nickel porte sur les mêmes points que pour une batterie au plomb.
- Précisons cependant qu’on ne doit jamais utiliser, pour l’entretien d’une batterie au cadmium-nickel, un instrument ayant servi pour une batterie au plomb. En particulier, l’eau distillée doit être absolument neutre et toute addition d’acide dans l’électrolyte détruit irrémédiablement l’accumulateur.
- Examinons les détériorations possibles et leurs remèdes.
- Le bac. — Celui-ci est toujours en acier nickelé, les fuites n’existent pratiquement pas. Il faut toujours le maintenir en grand état de propreté et à l’état sec.
- Les cosses. — Celles-ci sont rarement attaquées, les gratter si besoin et les recouvrir de vaseline neutre ou de graisse.
- Les plaques. — Leur inspection est inutile.
- L'électrolyte. — Contrairement aux batteries au plomb, la densité de l’électrolyte reste constante quel que soit l’état de charge.
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- ===== 434 ......
- Il faut rétablir fréquemment le niveau de l’électrolyte, en accord avec les conditions de service, aveç de l’eau distillée neutre.. Ce niveau est généralement précisé par les inscriptions portées sur le bac.
- Comme l’électrolyte se carbonate à la longue, il faut le remplacer tous les deux ans environ. La préparation de l’électrolyte doit être faite dans des bacs en fer nu ou nickelé, le fer étamé ou galvanisé est prohibé. Pour les réajustements de densité, verser l’électrolyte de l’élément dans le bac et laisser refroidir avant de vérifier la densité.
- Capacité. — Si la batterie donne des signes de faiblesse, donner une sui'charge de 20 h. au régime de 0,15 de capacité.
- Stockage. — Décharger au régime de 1/10 de capacité. Quand la tension par élément est inférieure à o,5 Y., court-circuiter tous les éléments, les nettoyer, les enduire de vaseline, maintenir le niveau de l’électrolyte. Éviter les émanations de gaz carbonique qui altèrent l’électrolyte.
- Charge des accumulateurs :
- Une des phases de l’entretien d’une batterie d’accumulateurs est sa charge. Elle dépend de l’appareil générateur de courant continu.
- Avec les appareils redresseurs à tube ou à lampe et à oxydes, la charge est très simple : brancher la batterie à charger pôle + à borne + et pôle — à borne —, régler la tension du redresseur suivant celle de la batterie et l’intensité suivant la capacité et le genre d’accumulateurs : 0,1 de capacité pour les accumulateurs au plomb ou moins et 0,375 de capacité ou moins pour les accumulateurs au cadmium-nickel.
- Si le poste de charge est un groupe convertisseur, celui-ci a été calculé pour un travail bien défini. On doit rencontrer, avec un bon poste de charge, les organes ci-après : une dynamo shunt, un conjoncteur-disjoncteur coupant le circuit quand le courant de charge s’annule et le refermant quand la tension de la dynamo est supérieure à celle de la batterie et un rhéostat d’excitation pour obtenir une force électro-motrice de la dynamo supérieure à celle de la batterie et ainsi l’intensité de charge désirée (0,375 ou 1/10 de la capacité ou moins suivant le genre d’accumulateurs).
- On peut charger à tension constante. Celle-ci doit être supérieure à 2,8 Y. x n pour les accumulateurs au plomb ou x,9 V. x n pour les accumulateurs au cadmium-nickel, n étant le nombre d’éléments à charger.
- Si on veut charger à intensité constante, il faut, soit faire varier le nombre d’éléments à charger, puisque la f. c. m. d’un élément au plomb varie de 2,1 V. à 2,6 V., celle d’un élément au cadmium-nickel variant de i,3 Y. à 1,9 V., pendant la charge, soit faire varier la tension de charge de la dynamo par le rhéostat d’excitation, soit utiliser un survol teur pour compenser l’augmentation de la f. c. m. de l’accumulateur.
- Pour les accumulateurs au plomb, .on choisit indifféi’em-ment la charge sous tension constante ou la charge sous intensité constante.
- Pour les accumulateurs au cadmium-nickel, la charge normale est sous intensité constante.
- Les caractéristiques de fin de charge sont : pour l’accumulateur au plomb, la stabilisation de la f. c. m. à 2,6 Y. environ, ,1e degré de concentration de l’électrolyte 28 à 33° B., un dégagement gazeux provenant de l’électrolyse de l’eau. A cause de ce dégagement gazeux, dans les postes de charge importants on prescrit une ventilation ou aération et une interdiction de toutes flammes. On préconise également une température moyenne de i5°.
- Pour les accumulateurs au cadmium-nickel, les indices de fin de charge sont : la stabilisation de la f. e. m. à 1,8 V.-1,9 V. suivant l’intensité de charge.
- Précisons que l’accumulateur au plomb déchargé a une f. e. m. de 1,9 Y. et une densité de l’électrolyte de 220 B., que l’intensité de décharge est toujours inférieure à 0,12 de la capacité. Pour l’accumulateur au cadmium-nickel, la tension finale varie de 0,8 à i,i5 V. suivant l’intensité de la décharge, celle-ci variant de 0,8 à 0,01 de la capacité.
- L’accumulateur est un serviteur discret qui ne se plaint jamais. Et sa défaillance est une source de contre-temps. Qui ne s’en n’est jamais aperçu ? Prévenons-la par un simple entretien mensuel et par des charges soignées.
- André Millereau.
- Ingénieur À. M.
- = BULLETIN ASTRONOMIQUE =
- LA VOUTE CÉLESTE DU 15 DÉCEMBRE (940 AU 3( JANVIER (941
- Après une interruption imposée par les circonstances, nous reprenons la publication du Bulletin astronomique. Afin de combler autant que possible la lacune, le présent Bulletin part du i5 décembre (date de publication de ce numéro) pour s’étendre jusqu’à la fin de janvier.
- Notre dévoué collaborateur Touchet, qui rédige ce Bulletin depuis plus de 20 ans, étant dans l’impossibilité de nous le faire parvenir, nous nous efforçons de le suppléer, en attendant que les relations postales soient rétablies.
- Les principales données ayant servi à établir ce Bulletin ont été obligeamment fournies, et nous tenons à l’en remercier, par l'Annuaire du Bureau des Longitudes, en voie de préparation pour ig4i.
- Comme toujours, les heures sont exprimées en temps universel (T. U.) comptées de oh à 24h à partir de oh (minuit) ; on devra tenir compte de la correction à ajouter
- d’après l’heure dont il est fait usage aux époques et aux lieux considérés.
- *
- * *
- I. — Soleil. — Solstice d’hiver le 21 décembre à 23h54m44s le Soleil atteint alors sa déclinaison minimum de — 23°27/, pour remonter ensuite à celles de — 23°3/ le Ier janvier et de — i7°31' le 3i janvier.
- Durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil, pour la latitude de Paris) : le i5 déc. ; 8hi4m; du 20 au 24 déc. : 8hiim; le Ier janv. : 8hi7m; le i5 janv. : 8h39m ; le 3i janv. : 9h2om.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours chaque mois :
- 1940. Décembre : 16 = nh46m22s; 21 = nh48m5os; 26 = nh5imi9s; 31 = nh53m46s; 1941. Janvier : 1«T ~ nh54mi5s ; 6 = uh56m32s; 11 = nh58m37s; 16 == I2h0m288 ; 21 = i2h2mis ; 26 = i2h3mi6s; 31 = i2h4mns.
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- 435
- Le Soleil est au périgée le 3 janvier à 18*; diamètre apparent = Sz'Sh11,01.
- Observations physiques. •— Voici, à l’usage des observateurs de la surface solaire, une suite d’éphémérides permettant d’orienter les dessins et photographies du Soleil :
- Date (oh) 1940 Déc. 16 + p g”8o E B» — 1 " r 3 — 1,76 L0 239;53
- 21 + 7,48 E 178,66
- — 26 + 5,09 E — 2.37 107,80
- — 3i 4* 2,66 E — 2,97 4i,94
- iq4i Janv. 1 + 2,17 E 0,26 0 — 3,09 28,77
- 6 — — 3,66 322,92
- — 11 — 2,68 0 — 4,20 257,08
- — 16 — 5,o4 0 — 4,71 191,24
- — 21 — 7,35 0 — 5,i8 ia5.4o
- — 26 — 9,68 0 — 5,6 x 59,57
- — 3i — 11,71 0 — 5,99 353,74
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. •— On commence à pouvoir observer la lumière zodiacale à partir du milieu de janvier, dès la fin du crépuscule et en l’absence de la Lune. Par les nuits très pures et sans Lune, au point du ciel juste opposé au Soleil, rechercher également pendant ce mois la lueur antisolaire dont l’observation était gênée en décembre par la Voie lactée.
- II. — Lutte. -— Dates des phases de la Lune :
- D. Q. le 22 Déc. ig4o, à 1*45“ |P. L. le i3 Janv. 194.1, à 1 il'4ra N. L. le 28 — à 20*56“ D.Q.le20 — à 10*1“
- P. O. le 5Janv. ig4i,à i3*4°m iN.L.le 27 — àii*3m
- Plus grandes déclinaisons de la Lune : le 28 déc. 1940, = — i8°29/; le 11 janv. ig4i = + i8°26/; le a4 janv. = — i8°23/.
- Variations de distance et diamètre apparent : Périgée le 25 déc. 1940, diamètre apparent = 32;3o". Apogée : le 6 janv. 1941, diamètre apparent = 2Q,'55ri. Périgée : le 19 janv., diamètre apparent = 32,i6,,>
- Occultations d’étoiles par la Lune :
- Mag ni- Phéno- Heure Angle
- Date Astre tude mène (Paris) 1 au pôle
- ig4o Déc. 16 26 Gémeaux 5“. a Em. 3*43“ ,3 3o8°
- — 21 75 Lion 5 4 Em. 6 11 9 280°
- jg4iJanv. 5 80 Poissons 5 7 1mm. 18 20 8 5oo
- — 7 38Bélier 5 2 Imm. 20 37 7 43o
- — 9 63 Taureau 5 7 Imm. 19 35 4 42°
- — 11 115 Taureau 5 3 Imm. 2 10 9 4 «0
- — x5 2262B.D. + go 5 9 Em. 22 17 3 3i5°
- — l7 58 Lion 5 0 Em. 4 10 1 274°
- III. — Planètes. — Le tableau ci-dessus, donnant les positions du Soleil et des Planètes, fait connaître les conditions dans lesquelles elles se présentent. Mercure arrivant à sa conjonction supérieure le 11 janvier, reste pratiquement inobservable pendant toute la période envisagée ici. Il en est de même pour Mars qui précède de peu le lever du jour, et dont le diamètre apparent très réduit ne permettrait non plus aucune observation utile.
- Vénus, visible dès avant le lever du jour, s’éloigne vers sa conjonction supérieure ; elle ne montre alors qu’une phase peu accentuée, son diamètre apparent étant maintenant très réduit ; de plus, à peu de hauteur au-dessus de l’horizon, elle est défavorablement située pour l’observation.
- Jupiter très élevé dans le ciel au début de la nuit, s’obser-
- Fig. 1.
- vera au milieu : il brille toujours dans le voisinage de Saturne avec lequel il reviendra en conjonction en février. Ces deux planètes sont en quadrature E. avec le Soleil, respectivement les 27 et 28 janvier. Les intéressants phénomènes du système des quatre principaux satellites de Jupiter, qu’il est aisé de suivre à l’aide d’une modeste lunette, sont les suivants :
- 1940. Décembre 15, I. O. f. o*38“ ; I. Im. 18*49“; I. E. f. 21*59“ ,3. — 16, I. O. c. i6*57“; I. P. f. 18*7“ 5 I- O. f. 19*6“ ; II. Im. 22*58“ — 17, III. P. f. 16*9“; I. E. f. 16*28“,2 ; III. O. c. i8*25“; III. O. f. 20*20“ — 18, II. P. c. 18*0“ ; II. O. c. 20*5“ ; II. P. f. 20*32“; II. O. c. 22*38“.
- — 20, II. E. f. i9h49m,6. — 21, I. Im. 2*ii“.j>— 22, I. O. c. o*24“ ; I. P. f. 1*28“; I. Im. 20*38“ ; I. E-. f. 23*54“,9. — 23, I. P. c. i7h47m; I. O. c. 18*53® ; I. P. f. xg*56“; I. O. f. 21*2“. — 25, II. Im. 1*21“; III. P. c. i7*54“; I. E. f. i8h23m,8 ; III. P. f. i9h47m; III- O. c. 22*27“ — 25, III. O. f. 0*21“ ; IL P. c. 20*26“; II. O. c. 22*43“; II. P. f. 22*58“. — 26, II. O. f. 1*16“. — 27, II. E. f. ig*26“,7.
- — 29, I. P. c. 1*10“ ; I. Im. 22*29“. —30, I. P. c. 19*37“ ; I. O. c. 20*48“; I. P. f. 21*46“; I. 0. f. 22*57“. — 31, I. Im. i6*56“ ; I. E. f. 20*19“,4 ; III. P. c. 2i*33“; III. P. f. 23*3o“. — 1951. Janvier ier, I. O. f. 17*26“; II. P. c. 22*54“. — 2, II. O. c. 1*21“. — 3, II. Im. 17*1“; II. E. f. 22*4“,O. — 4, III. E. c. i6*35“,i ; III. E. f. 18*82“,o. — 5, II. 0.-f. 17*12“. — 6, I. Im. 0*20“; I. P. c. 21*29“;
- I. 0. c. 22*44“; I. P. f. 23*38“ — 7, I. 0. f. o*53“; I. Im. i8*48“; I. E. f. 22*15“,0. — 8, I. 0. c. i7*i3“; I. P. f. 18*6“ ; I. O. f. 19*22“. — 9, I. E. f. x6*44“,0. — 10, IL Im. 19*32“ ; II. Em. 22*6“ ; II. E. c. 22*7“,6. —11, II. E. f. o*4i“,5; III. Em. 17*23“ ; III. E. c. 2o*36“,6 ; III. E. f. 22*33“,7. — 12, II. P. f. i7*x4“; II. O. c. 17*17“; II. O. f. 19*49“. — 13, I. P. c. 23*22“. — 15, I. Irn. 2o*4i“. — 15, I. E. f. o*io“,7 ; I. P. c. i7*5o“; I. 0. c. 19*8“; I. P. f. 20*0“; I. O. f. 21*17“. — 16, I. E. f. 18*39“,6. — 17,
- II, Im. 22*5“. — 18, III. Im. 19*11“; III. Em. 21*18“. -— 19, II, P. c. i7*i5“; II. P. f. 19*48“ ; II. 0. c. 19*54“ ; II. O. f. 22*26“. — 21, I. Im. 22*36“. — 22, I. P. c. 19*45“; I. 0. c. 21*4“; L P. f. 2i*54“; I. O. f. 23*i3“. —23, I. Im. i7*4“; I. E. f. 20*35“,3. — 25, I. 0. f. 17*42“. — 25, III. Im. 23*8“. — 26, II. P. c. i9*5i“; II. P. f. 22*24“; II. 0. c. 22*32“. -— 28, II. E. f. i9*i5“,8.
- 29, III. 0. c. i8*37“ ; III. O. f. 20*32“ ;
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- ASTRE Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent
- 26 Déc. 7M5m nh 5im 19s i5b57m 17L Li 8m __ 230 23' 32'34"74
- 1 Janv. 7 46 11 54 i5 16 3 18 44 — 23 3 32 34,q8
- DOiCll « • i3 — 7 42 11 59 24 16 l7 ‘9 37 — 21 35 32 34,52
- 26 — 7 32 12 3 3 16 35 20 28 — *9 6 32 32,4°
- Mercure . il5 >3i Déc. Janv. — —
- 26 Déc. 5 28 9 53 i4 18 16 !9 — 20 7 n,8
- «T f 1 1 Janv. 5 43 10 1 i4 18 16 5i — 21 25 i.,6
- Venus. . < 13 — 6 9 10 18 i4 27 n 55 — 22 53 11,2
- 25 — 6 25 10 36 i4 47 *9 0 — 22 42 10,8
- Mars . J i5 Déc. — —
- 3i Janv. * —»
- '26 Déc. 12 45 •9 45 2 5o 2 i5 + 12 18 4i,8
- 1 1 Janv. 12 21 19 22 2 26 2 i5 + 12 19 4i ,0
- Jupiter i3 — 11 34 18 36 1 4i 2 16 + 12 28 39,4
- '25 — 10 48 *7 5i 0 58 2 *9 + 12 46 37,8
- 26 Déc. 12 58 *9 56 2 58 2 26 + 11 5i i7>4
- Saturne . 11 i3 Janv. 12 11 34 46 ‘9 18 32 45 2 1 34 47 2 2 26 25 + -h 11 11 5o 52 17,2 16,8
- *25 — 10 69 17 58 1 1 2 26 + 11 59 16,4
- Uranus [26 |3i Déc. Ja nv. i3 10 20 57 00 0 5i 28 4 2 26 2 3 3 21 J9 -H + 00 00 11 4 3,6 3,6
- 26 Déc. 23 10 5 26 11 38 11 54 + 2 4 2,4
- rtepiune . >3i Janv. 20 46 3 3 9 16 11 53 + 2 12 2,4
- I
- Constellation ou étoile voisine VISIBILITÉ
- Sagittaire do do Capricorne Inobservable.
- 3 Scorpion \
- Scorpion /Le matin, avant le lever Sagittaiie f du jour. n, £ Sagittaire j
- Inobservable.
- Bélier
- d«
- do
- d«
- £ Bélier d« do d°
- Bélier
- d°
- (3 Vierge d°
- Dès l’arrivée de la nuit.
- Dès l’arrivée de la nuit.
- /Dès l’arrivée de la nuit.
- S
- 20 moitié de la nuit. Presque toute la nuit.
- I. P. c. 2ih4om ; I. O. c. a3\)m. — 30, I. Im. i9hom; I. E. f. 22h3om,9. — 31, I. O. c. i7h2()m; I. P. f. i8hi9m ; I. O. f. i9h38m.
- Voici les élongations de Titan, le plus brillant satellite de Saturne (visible comme les précédents à l’aide d’une modeste lunette).
- A l’Est : 19/io, 22 déc., 2011 ; 1941, 7 janv., à i8h4 ; 23 janv., i7h3.
- A l’Ouest : 1940, 3o déc., i8h8 ; i94ij i5 janv., X7h5 ; 3i janv., i6h6.
- Éléments de l’anneau de Saturne :
- 1940 1941
- Déc. i5 Janv. 16
- Grand axe extérieur 44',3« 42" ,04
- Petit axe extérieur - 14V7 — i3": ,42
- Hauteur de la Terre sur le plan de
- l’anneau......................— i8°,654 — 180,618
- Hauteur du Soleil sur le plan de
- l’anneau......................— 200,166 — 200,516
- L’observation A'Uranus et de Neptune n’est guère que de pure curiosité, à défaut d’un instrument ti’ès puissant. La première de ces planètes est presque à sa quadrature orientale avec le Soleil, et la seconde n’arrivera à son opposition avec le Soleil qu’au milieu de Mars.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- ig4o Décembre 21, à 23^, Neptune avec la Lune, à 2011'N.
- — 23, à 22h, Vénus avec u Scorpion, à 0017' N.
- — 25, à i8h, Mars avec la Lune, à 3°i5' N.
- — 26, à i8h, Vénus avec la Lune, à 3° 8' S.
- 1941 Janvier 7, à 7!», Jupiter avec la Lune, 81027' N.
- — 7, à 12^, Saturne avec la Lune, à 0017'N.
- — 8, à i6h, Uranus avec la Lune, à3°3o'N.
- — 18, à 4b> Neptune avec la Lune, à io56'N.
- — 23, à ioh, Mars avec la Lune, à 4°36' S.
- — 25, à 2oh, Vénus avec la Lune, à 5° 0' S.
- Passages de la Polaire au méridien de Paris :
- xg4o Décembre 26 Pass. sup. ighi4m2is 1941 Janvier 1 — 18 5o 3g
- — 11 — 18 11 8
- — 21 — 17 31 36
- — 21 Pass. inf. 5 33 35
- — 3i — 4 54 3
- Etoiles filantes. — Les 2 et 3 janvier, radiant vers (3 du Bouvier ; les 18 et 28 janvier, radiant dans la Couronne.
- V. — Constellations. — Observations stellaires. — On sait que chaque année, à la même époque et à la même heure, l’ensemble du ciel présente un .identique aspect; il suffit donc de consulter les publications antérieures de ce Bulletin pour y retrouver la description des constellations visibles chaque mois. Par suite de l’avance progressive pour une heure déterminée, d’une époque à l’autre, à 2011 le i5 et à i9hle 3o l’aspect du ciel est le même que le Ier du mois à 2ih.
- Rappelons que le crépuscule retarde variablement l’heure à laquelle peuvent être commencées utilement les observations. Les étoiles de ire magn. commencent à apparaître lorsque le Soleil est abaissé de 6° au-dessous de l’horizon, et les plus faibles peuvent être seulement distinguées au zénith lorsque l’abaissement du Soleil atteint 180 : la première condition correspond à la fin du crépuscule civil, et la seconde à la fin du crépuscule astronomique amenant la nuit considérée comme complète ; des étapes exactement inverses font cesser la visibilité avant le lever du Soleil.
- Les durées du crépuscule sont commandées par l’époque de l’année et la position géographique de l’observateur. Du nord au sud de la France, au Ier janvier, le crépuscule civil prend fin de 4im à 34m après le coucher du Soleil, tandis que le crépuscule astronomique prend fin seulement de 2h à ih4o après le coucher du Soleil. Il importe de tenir compte de ces données pour entreprendre les photographies célestes à longues poses, surtout avec des objectifs à court foyer. Lucien Rudaux.
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- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES 437
- Séance du 5 août ig4o.
- Les laves des îles du Pacifique. — M. A. Lacroix examine les caractéristiques des laves des îles situées dans le Pacifique, au sud de l’équateur, dont un grand nombre sont des possessions françaises, et spécialement aujourd’hui de celles des Nouvelles Hébrides et de la fosse Tonga-Ker-madec. Elles sont nettement différentes de celles de la ceinture circumpacifique. Les plus caractéristiques sont des daci-tes, des diorites et deux roches exceptionnelles, la rhyoli-toïde et le trachyte, enfin des basaltes, toutes riches en silice libre.
- Hérédité à retardement chez le Topinambour.
- — La greffe a servi souvent d’argument dans les discussions sur l’hérédité des caractères acquis et l’influence du soma sur le germen. M. L. Daniel apporte de nouvelles expériences en faveur de l’action durable du greffon. Il a greffé des Topinambours qui ne donnent pas de graines en nos pays sur des Soleils annuels qui fleurissent et après plusieurs années il a vu se produire de gros tubercules aériens, une réduction de la tige et une floraison précoce sur des hybrides descendants des plantes greffées par tubercules ou par graines.
- Aptérisme des Coléoptères des îles australes. —
- Au cours de son voyage dans les îles australes, M. R. Jean-nel a recueilli nombre d’insectes aptères. Tous ceux des îles Kerguelen le sont et on a généralement expliqué l’absence d’ailes par une suite de mutations fortuites favorables chez des êtres continuellement exposés aux vents violents du large. Mais c’est une faune très ancienne, formée de reliques du secondaire et on peut considérer l’aptérisme comme un phénomène de néoténie chez des espèces qui ne trouvent plus les conditions nécessaires à leur plein développement. Il reste chez tous un petit vestige de l’aile membraneuse formé par une languette qu’on voit chez la nymphe mais qui ne se développe pas en aile chez l’adulte.
- Séance du 12 août 19/10.
- Les lames minces hydrophiles. — Continuant ses très ingénieuses expériences, M. II. Devaux examine la mouillabilité d’une surface propre de mercure par des substances en solution très concentrée ou même à l’état de grains de poussière sur lesquels on envoie de la vapeur d’eau saturante. Opérant avec un sirop de sucre, il voit la gouttelette déposée s’étendre brusquement en une nappe uniforme invisible; si la gouttelette est très petite, elle n’occupe pas toute la surface et forme une lame circulaire. En envoyant son haleine sur cette surface, le mercure se mouille mal et se couvre d’une buée sombre; la partie couverte de sucre reste brillante. Si l’on couvre le mercure de poussière de sucre et qu’on envoie de la vapeur d’eau, chaque grain donne un petit cercle au centre duquel il s’agite faiblement. Si l’on a auparavant déposé sur le mercure une trace d’huile, on obtient une lame hydrophobe et une autre hydrophile. Cette jolie expérience montre que les couches distendues au maximum, où les molécules n’agissent plus sur la tension superficielle, modifient la mouillabilité par un phénomène d’adhérence, analogue à l’adsorption.
- Hydrogénation d’une essence naturelle. — L’essence de sliin sent mauvais, mais elle est la principale source de linalol. M. L. Palfray l’hydrogène sous pression et la désodorise dès 65°. A i45°, le linalol est transformé en dimé-thyloctanol facile à séparer sans entraîner de bornéol. On obtient ainsi un produit de valeur d’une matière première peu coûteuse.
- Les points bas de la craie dans l’Oise. —
- M. R. Abrard a relevé dans de nombreux forages de la région de Creil et du Thérain les cotes d’altitude du sommet de la craie. Elles révèlent une large dépression dans laquelle quatre points anormalement bas laissent supposer un sillon profond parallèle à la vallée de l’Oise et perpendiculaire à celles de la Brèche et du Thérain.
- Aimantation permanente de laves mexicaines.
- — Dans certaines conditions, l’aimantation des roches volcaniques peut servir à déterminer la direction du champ magnétique terrestre à l’époque de l’éruption. Pour fixer quelques dates dans la chronologie des civilisations américaines, M. P. Rivet a recueilli des blocs de la grande coulée de la vallée de Mexico que M. E. Thellier a examinés au point de vue magnétique. Ses mesures faites à un an d’intervalle montrent que la stabilité de l’aimantation permanente est remarquable et que ces blocs sont des témoins d’excellente qualité.
- Séance du 2 septembre 19/10.
- Mesure de l’eau condensable de l’atmosphère.
- — Mme et M. Vassy décrivent un appareil qu’ils ont réalisé pour la mesure de l’épaisseur d’eau condensable que donnerait la vapeur d’eau contenue dans une partie limitée de l’atmosphère. Ils utilisent les propriétés absorbantes de la vapeur d’eau, marquées dans la région spectrale de g 3oo-9 5oo A, nulles dans celle de 8 600-8 800 où aucun autre composant de l’atmosphère n’agit. Le rayonnement aboutit à une cellule photoélectrique dont le circuit est fermé sur un condensateur. La fréquence des décharges de celui-ci est proportionnelle à l’intensité du courant émis par la cellule et leur nombre, écouté téléphoniquement, donne une mesure rapide de la vapeur d’eau condensable.
- Composition des oosphères et des anthérozoh des de Fucus. — Mme Sosa-Bourdouil et M. A. Sosa ont analysé comparativement les cellules reproductrices mâles et femelles de Fucus vesiculosus et ont trouvé des différences chimiques systématiques. Les oosphères contiennent plus de carbone et d’hydrogène, moins de cendres, plus de méthoxyle et de sucres réducteurs, beaucoup moins d’azote et plus de graisses.
- Essais de vaccination contre la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses. — MM. P. Giroud et P. Durand, continuant leurs essais de vaccination, ont obtenu par formolisation des Rickettsies de la fièvre pourprée, telles qu’on les obtient en abondance par inoculation dans les voies respiratoires de la Souris ou du Lapin, un vaccin qui donne par injection sous-cutanée chez le Cobaye et le Cynocéphale, une immunité remarquable et sans réactions appréciables.
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- Séance du 9 septembre 1940.
- La silice des phosphates de l’Afrique du Nord.
- — Les silex de la craie sont dus surtout à des Spongiaires. Les phosphates de l’Afrique du Nord sont formés de grains pétris de Diatomées marines, dont la silice a été éliminée; celle-ci se retrouve en nodules là où les grains phosphatés sont dispersés dans du calcaire. Mais le degré de fréquence des silex ne correspond pas à la totalité de la silice représentée par l’énorme masse des Diatomées. M. L. Cayeux qui observe ces faits depuis longtemps, en conclut que dans le milieu marin où se faisait la sédimentation, une grande partie de la silice était réutilisée, nombre de fois, pour la formation de nouvelles carapaces de Diatomées. Ce réemploi, sur le fond de la mer, de la silice éliminée de divers organismes doit être un fait très général.
- Préparation et conservation des extraits de légumes. — Les feuilles et les trognons de choux peuvent fournir des extraits alimentaires. MM. L. Moreau et E. Vinet préconisent de les hacher, de les cuire 20 à 3o mn à 6o-65°, de les aseptiser par un peu de gaz sulfureux. L’extrait est conservé dans des flacons pleins et bien bouchés. Sa teneur en acide ascorbique est élevée : 100 à 3oo mg. par litre. On peut traiter de même le pissenlit, l’épinard, l’oseille, la tomate et la plupart des fruits.
- Séance du iG septembre 1940.
- L’accord des pâtes et couvertes céramiques.
- — L’accord des coefficients de dilatation des pâtes et des couvertes est nécessaire dans l’industrie céramique. Si, pendant le refroidissement, la pâte a moins de retrait, la couverte se fendille (tressaillure) ou s’arrache par éclats (écaillage). La tressaillure est le défaut presque inhérent aux couvertes transparentes, l’écaillage aux couvertes opaques. On peut y remédier en introduisant dans la masse de la couverte un composé insoluble ou au contraire accroître son homogénéité par un fondant jouant le rôle de solvant pour les autres constituants. Ou bien encore on peut agir sur la composition de la pâte par addition d’un composé augmentant son retrait. M. R. Lecuir examine ces diverses possibilités.
- Faune mammalienne des îles littorales atlan-tiques. — M. IL Heim de Balsac a exploré Oléron, Yeu, Noirmoutier et Belle-Ile. Il a vu, à Belle-Ile, une Taupe, un Campagnol, deux Musaraignes, le Lièvre, le Lapin, le Hérisson, un Mulot. Ce sont des espèces banales, sauf le Mulot qui pourrait constituer une race spéciale, le Campagnol (Clethriomys glareolus) connu de Jersey, de l’île Skomer et de certaines Hébrides, qui est d’un genre du milieu forestier, et la petite Musaraigne (Sorex minutus) inconnue dans les autres îles. Cette faunule, résiduelle de la faune continentale bretonne, est d’origine assez récente et on n’y trouve aucune relicte du pléistocène, contrairement à ce qu’on observe dans les îles anglo-normandes.
- Séance du 23 septembre 1940.
- Nouveau sérum antivenimeux. — De même que les toxines peuvent être transformées par action combinée du formol et de la chaleur en anatoxines, les venins peuvent devenir des anavenins. Anatoxines et anavenins sont des antigènes inoffensifs qui facilitent grandement l’immu-
- nisation. MM. G. Ramon, P. Boquet et L. Nicol ont préparé un anavenin de vipère aspic et l’on injecté à doses croissantes au cheval, sous la peau; ils ont obtenu rapidement un sérum très actif contre les morsures de ce serpent.
- Séance du 3o -septembre 1940.
- Origines de la porcelaine en Chine. — La porcelaine chinoise est à base de kaolin, depuis la dynastie Song, au xe siècle; cependant on connaît des céramiques vitrifiées, imperméables mais opaques, désignées sous le nom de grès, dès la dynastie Tang antérieure. Ces dernières ne supportent pas la température de vitrification de la porcelaine :
- 1 3oo°, et se déforment au-dessous de 1 200°. M. R. Lecuir a analysé des pâles chinoises anciennes qu’il a trouvées identiques à celles de la porcelaine chinoise ou française, mais avec addition d’un peu de plomb. Cet élément entre dans la composition de la couverte et provoque la vitrification de la pâte dans laquelle il pénètre en raison de sa volatilité. Les céramistes chinois ont donc utilisé le kaolin d’une manière spéciale pour compenser l’insuffisance de leurs moyens thermiques avant de faire de la porcelaine.
- Séance du i4 octobre 1940.
- Haricots xéniés. — Continuant ses essais de sélection de races de haricots, M. L. Daniel rend compte des résultats obtenus cette année. Ceux-ci montrent que l’autoféconda-tion n’est pas une règle absolue et qu’il existe des croisements fortuits, que ces croisements ne suivent pas les règles mendéliennes dans leur descendance, que les races actuelles proviennent de tels croisements ayant subi les chocs de brusques changements météorologiques.
- Les alluvions du Rhin. — M. P. Wernert examine la formation des alluvions pléistocènes récentes du fossé rhénan. Actuellement, le Rhin en amont de Strasbourg a un régime très équilibré par l’action régulatrice des lacs alpins suisses ; le lac de Constance a des écarts moyens annuels de 2 m. 12 entre hautes et basses eaux; les matériaux torrentiels charriés par les crues sont retenus par les lacs. Mais lorsque les bassins alpins étaient comblés de glaces, ces matériaux devaient s’étaler en aval de Bâle où ils forment la basse terrasse wurmienne de Penck. A mesure que les lacs se libéraient, le débit du fleuve diminuait et se régularisait progressivement, formant des nappes fluvio-glaciaires successives, des remblaiements dans les dépressions, de multiples gradins d’érosion et le surcreusement de la basse terrasse.
- Dénombrement des gouttelettes d’un brouillard.
- — MM. M. Pauthenier et E. Brun ont appliqué le dispositif électrostatique de précipitation des brouillards et des fumées au dénombrement des gouttelettes contenues dans un brouillard. Une feuille de papier est enroulée entre deux cylindres de bakélite de façon à faire un long tuyau. Un fil métallique est tendu dans l’axe et une feuille de clinquant reliée à la terre entoure le papier. On crée pendant quelques secondes une différence de potentiel de 12 000 volts entre les deux électrodes. Les gouttelettes d’eau sont projetées radialement sur le papier. Celui-ci est un papier brillant à grain très fin, quadrillé et enduit par frottement de poudre fine de bleu de méthylène. Chaque goutte fait une tache circulaire d’autant plus étendue qu’elle est plus grosse. On compte les taches au microscope.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Théorie mathématique du bridge à la portée de
- tous, par Emile Borel et André Chéron. 1 vol. 392 pages.
- Gauthier-Yillars, éditeur, Paris, 1940. Prix : 173 francs.
- Le bridge est un jeu savant, attrayant par le très grand nombre de combinaisons de cartes que l’on y rencontre. Pour le bien jouer, il faut savoir apprécier à chaque instant la probabilité de rencontrer dans le jeu de son partenaire ou de ses adversaires tel ou tel ensemble de cartes. La plupart des bons joueurs apprécient par instinct ou expérience ces probabilités. Inutile de dire ce que ce mode d’appréciation a d’incertain. Voici un ouvrage dû à la collaboration d’un grand mathématicien et d!un spécialiste du bridge qui permettra à chacun de résoudre dans tous les cas les problèmes de probabilité qui se posent, aux diverses phases du jeu. Battage des cartes, distribution des cartes après la donne, déclarations, jeu de la carte, choix d’une ligne de jeu, autant de chapitre qui offrent matière à de fort intéressants calculs de probabilité ; les nombreux tableaux numériques calculés avec une étonnante patience par M. Chéron donnent la réponse immédiate. Pour lire et comprendre ce livre, point n’est besoin d’une forte culture mathématique ; il suffit de notions élémentaires sur la théorie élémentaire des probabilités. Mais cette lecture plaira à tous les esprits qui ont le goût des sciences exactes et de la réflexion ; ils y trouveront notamment de nombreux exemples très instructifs des précautions à prendre pour éviter certaines erreurs dans les applications des probabilités ; ils y trouveront aussi des méthodes applicables à bien d’autres questions de probabilités. A ce titre l’ouvrage a une portée beaucoup plus grande que son titre ne le laisserait supposer. Pour les bridgeurs, même non mathématiciens, c’est un trésor de renseignements précieux que l’on ne peut trouver dans aucun traité de jeu.
- Analyse qualitative minérale à l’aide des stilli=
- réactions, par R,. Delaby et J. A. Gautier. 1 vol. in-8°,
- 233 p. Masson et Cie, Paris, 1940. Prix : broché, 70 francs ;
- relié, 90 francs.
- De même que l’analyse quantitative s’est transformée en ces dernières années en microanalyse qui a rendu d’innombrables services, notamment en biologie, l’analyse qualitative, dont les réactions dataient pour la plupart de près d’un siècle, devient peu à peu semi-microanalytique par la découverte de nombreux réactifs organiques nouveaux. Elle y trouve de multiples avantages. L’économie de produits chimiques est considérable puisqu’on n’opère plus que sur des gouttes, à la touche, le plus souvent sur un petit carré de papier-filtre. La spécificité et la sensibilité sont accrues. Les opérations deviennent rapides puisque la précipitation et la filtration sont remplacées par la centrifugation et que les réactions se développent plus vite et plus nettement. Enfin, pour l’étudiant, c’est un excellent exercice qui exige le soin, la propreté, l’ordre méthodique. L’ensemble des techniques déjà fixées, qui s’étend aujourd’hui à la plupart des ions, n’avait pas encore été exposé en France. L’ouvrage des spécialistes de la Faculté de Pharmacie de Paris devient le guide indispensable pour l’emploi des nouvelles méthodes et il a sa place aux travaux pratiques des étudiants comme au laboratoire de recherches et dans l’industrie. On y trouve une description générale du matériel et des réactifs nécessaires, de la conduite des stilli-réactions, et un exposé détaillé de la recherche des cations, des anions et de leur séparation dans les mélanges salins.
- Cours de physiologie générale, par Henri Fredericq.
- 2e édition. 1 vol. in-8°, 436 p., 103 fig. Masson et Cie, Paris ;
- Yaillant-Carmanne, Liège, 1939. Prix : 130 francs.
- A comparer le cours publié par Léon Fredericq il y a plus de 40 ans et celui que son fils fait paraître aujourd’hui, on peut mesurer l’immense progrès accompli en ce siècle. Mais tous deux montrent bien la qualité de renseignement de l’Université de Liège. Car ce cours est le fruit de l’expérience d’un enseignement prolongé, tenant compte de l’intérêt des étudiants aux leçons et de leurs réponses aux examens. Il est remarquablement à jour, clair, précis et peut être lu et étudié sans initiation préalable. On y trouve les grandes définitions de la vie, puis le rappel des principes fon-
- damentaux de l’énergétique. Viennent ensuite les notions indispensables de physico-chimie sur l’eau, les solutions, les colloïdes, les diastases, pour aboutir à la physiologie cellulaire : protoplasme, noyau, membrane, absorption et sécrétion, action des agents physiques et chimiques, conditions de vie. Les grandes fonctions sont ensuite passées en revue : respiration et métabolisme, mouvements et muscles, excitabilité et système nerveux, corrélations nerveuses et humorales. Toutes les grandes questions actuellement à l’étude s’y trouvent traitées.
- Faune de France. 37. Décapodes marcheurs, par
- E.-L. Bouvier. 1 vol. in-8°, 404 p., 222 fig., 14 pl., Lecheval-lier, Paris, 1940. Prix : 280 francs.
- Collaborateur d’A. Milne-Edwards, puis professeur au Muséum, l’auteur n’a cessé de s’intéresser aux Crustacés depuis 1889 et on lui doit nombre de données nouvelles sur l’anatomie, le développement, la phylogénie de ce groupe. En fin de carrière, il a bien voulu donner à la Faune de France les résultats de sa longue expérience et il n’est pas un naturaliste qui ne lui en sera reconnaissant. Ceux qui fréquentent nos côtes et la mer auront dorénavant un guide sûr, étendu, pour se reconnaître dans la multiplicité des formes spécifiques et celle plus ardue des formes larvaires et juvéniles. L’ouvrage débute, comme tous ceux de la Faune de France, par une partie générale où sont passés en revue la morphologie externe et interne, la reproduction et le développement, les habitudes et les modes de AÛe, les classifications et affinités. Puis vient la systématique et la description détaillée des quelque 180 espèces qu’on peut rencontrer dans nos fleuves, nos estuaires, sur nos côtes, au large et jusqu’aux grandes profondeurs, tant en Méditerranée que dans l’Atlantique, de l’Islande à la Mauritanie. Chaque espèce est décrite et figurée dans ses formes caractéristiques ; sa biologie et sa biogéographie sont indiquées ; les formes larvaires ne sont pas oubliées. Longtemps on se servira de ce traité classique.
- Les Calosomes, par René Jeannel. Mémoires du Muséum national d’histoire naturelle. 1 vol. in-8°, 240 p., 208 fig., 8 pl. Éditions du Muséum, Paris, 1940. Prix : 173 francs.
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- Les Calosomes sont des Coléoptères voisins des Carabes dont on connaît une centaine d’espèces. Utilisant les riches collections du Muséum, le professeur d’entomologie de cet établissement en a entrepris la révision et le classement qu’il a fait précéder d’une longue étude biogéographique, éclairant largement la systématique et la renouvelant. On ne connaît pas de restes fossiles certains, mais les genres actuels se groupent au mieux quand on considère deux séries distinctes, l’une occupant l’ancien continent de Gondvvana et ayant évolué dans les temps secondaires, l’autre holarctique, s’étant épanouie seulement au tertiaire, avec des adaptations marquées à la forêt, à la steppe, à la montagne. Cette monographie très précise et détaillée devient ainsi un précieux exemple des variations dans le temps et dans l’espace d’un groupe homogène et bien défini.
- Vipères de France, par Marie Phisalix. 1 vol. in-16, 229 p., 42 fig. Collection « Les livres de nature », Stock, Paris, 4940.
- Ayant vu et manipulé plus d’animaux venimeux que quiconque, plusieurs fois mordue au cours de ses études, et veuve du créateur du sérum antivenimeux, Mme le D1' Phisalix était la plus qualifiée pour traiter des trois vipères de France, l’aspic, la bérus et la plus rare vipère d’Orsini. Elle les présente en un charmant livre, plein d’expérience personnelle et de bonne humeur où l’on trouve tout ce qu’il faut savoir : comment reconnaître les serpents, comment traiter leurs morsures, les remèdes éprouvés et ceux qui ne le sont pas. Chemin faisant, elle portraicture quelques pittoresques chasseurs de vipères, observe les moeurs de ces serpents, dépeint leurs ennemis, analyse leur venin. Et elle rappelle aussi tout ce que le Jardin du Roi, ancêtre du Muséum où elle a passé sa vie, a fait pour l’étude des vipères, depuis la thériaque de Charas sous Louis XIV jusqu’aux données actuelles sur la vipérothérapie.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE Jules=Louis Breton.
- A la séance du 12 août 1940, M. le général Pcrrier, président de l’Académie des Sciences, a rappelé la vie de M. J.-L. Breton, décédé à Bellevue le 2 août, dans les termes suivants :
- cc Jules-Louis Breton, né le Ier avril 1872, à Courrières (Pas-de-Calais), a eu une carrière à la fois politique et scientifique. Député du Cher en mai 1898 à vingt-six ans, et toujours réélu à de fortes majorités, il devint sénateur en 1921. Il fut au Parlement l’auteur ou le rapporteur de nombreuses lois sociales (notamment celle interdisant l’emploi de la céruse dans les travaux de peinture et celle dite loi Breton relative aux dommages causés par les maladies professionnelles). Il soutint avec ardeur toutes les mesures
- Fig. i. — Jules-Louis Breton.
- propres à relever notre natalité. Titulaire en janvier 1920 du premier Ministère de l’Hygiène, de l’Assistance et de la Prévoyance sociales, il porta plus particulièrement son attention sur la santé publique, les familles nombreuses et l’amélioration des logements ouvriers.
- cc Mais, s’il fut très absorbé par les travaux législatifs, il n’abandonna point les études et recherches scientifiques, cc Je n’ai d’ailleurs », a-t-il écrit, cc jamais cessé de vivre dans mon laboratoire et les trop rares moments que je pouvais y consacrer à des travaux scientifiques furent toujours les meilleurs de ma vie ».
- cc Ces travaux de Jules Breton se répartissent en deux catégories.
- cc Les unes sont des recherches d’ordre électrique (ampoules radiographiques, dynamos, action des ondes sur les limailles, courants de grande fréquence, etc.).
- cc Les autres, sur les peintures, ont été inspirés à Jules Breton par le désir de connaître à fond la question quand il fut chargé en 1903 du Rapport parlementaire sur le projet de loi tendant à prohiber l’emploi de la céruse dans les tra-
- vaux de peinture (étude comparative des peintures à base de plomb et de zinc, nature physique et chimique des différentes peintures, leur pouvoir couvrant, émanations toxiques des peintures fraîches à base de céruse, etc.).
- Dès le début de la guerre 1914-1918, Jules Breton fut frappé par l’importance considérable que prenaient les réseaux de fil de fer et les tranchées et par les difficultés éprouvées pour venir à bout de ces obstacles à l’aide des moyens couramment pratiqués, mines et artillerie. Au mois de novembre 1914, il envoya au Ministre de la Guerre un premier projet d’engin automobile pour la destruction des réseaux ; il obtint d’en faire construire un modèle expérimenté en janvier 1915. Il modifia ensuite ce modèle et le rendit apte à circuler en tous terrains et à franchir des tranchées par l’utilisation de tracteurs à chenilles. Il reconnut aussi la nécessité de le munir d’un blindage et d’un armement (canon ou mitrailleuses). Le char de combat était né.
- « Les travaux de Jules Breton dans des domaines si divers le conduisirent naturellement à faire partie dès septembre 1914 de la Commission supérieure des Inventions intéressant la Défense nationale. En novembre 1916, il devenait Sous-Secrétaire d’Ëtat des Inventions intéressant la Défense nationale; puis en avril 1917 tous les Services militaires techniques passèrent sous ses ordres dii’ects, il fut Sous-Secrétaire d’Ëtat des Inventions, des Études et des Expériences techniques. Après la suppression de ce Sous-Secrétariat d’Ëtat en novembre 19x7 pour diminuer le nombre des membres du Gouvernement, Jules Breton accepta de diriger encore « en mission non rétribuée » tous les tra-vaux entrepris par cet important organisme. Après l’armistice, il resta toujours « en mission non rétribuée » à la tête de la Direction des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions, œuvre de paix substituée à l’œuvre de guerre qu’il avait dirigée. Quand cette Direction fut transformée par la loi du 19 décembre 1922 en Office national des Recherches scientifiques et industrielles et des Inventions, Jules Bi-eton devint naturellement Directeur de celui-ci. Alors s’ouvrit à Bellevue un vaste domaine à son activité. Entouré de collaborateurs d’élite, il donna aux recherches de toute nature une impulsion féconde. Il serait trop long de les énumérer ici. Il fut le chef qui conseille et qui dirige. A ce titre ces recherches, même en n’étant point son œuvre pei'sonnelle, sont pour lui de beaux titi'es scientifiques.
- « On lui doit la création du Salon des Arts ménagers dont les importants bénéfices ont contribué très largement au fonctionnement de l’Office.
- « Jules Breton conserva ses fonctions de Directeur de l’Office jusqu’à sa mise à la retraite en 1938. Les circonstances de cette retraite, les attaques plus ou moins intéressées dont l’Office avait été l’objet, sa suppression ou plutôt sa transformation sont encore présentes à toutes nos mémoires. Elles ne furent pas sans attrister profondément les dernières années de notre confrère.
- « Le 29 novembre 1920, l’Académie des Sciences l’avait appelé dans son sein, à titre de Membre libre, succédant à Adolphe Carnot. Ceux de nos Confrères qui appartenaient à l’Académie dans ces temps déjà lointains, se l'appellent sans doute les circonstances de cette élection mouvementée. Jules Breton n’avait pas posé sa candidature en temps voulu et la Commission chargée de dresser la liste des candidats ne put y inscrire son nom. Quand cette liste fut présentée à l’Académie, en Comité secret, de nombreux membres demandèrent que le nom de Jules Breton y fut ajouté. Douze académiciens pi’irent la pai’ole en sa faveur, parmi lesquels le
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- Maréchal Foch, qui rappela le rôle joué par lui dans l'invention des chars de combat. Il fut ajouté à la liste à la presque unanimité de 46 voix sur 48 et élu à la séance suivante.
- « II él as, depuis longtemps il n’assistait plus à nos séances. Un mal implacable le clouait dans son fauteuil. Presque entièrement paralysé, n’y voyant plus que d’un œil, c’est par des mouvements de lèvres transmis à d’ingénieux dispositifs qu'il arrivait à participer à toutes les manifestations de notre vie active contemporaine. Il pouvait ainsi ouvrir ou fermer sa fenêtre, téléphoner, exécuter électriquement sur un tableau noir les schémas de ses projets, tourner les pages d’un livre, boire dans un gobelet, amener sa nourriture à portée de sa bouche, regarder à l’aide d’une lunelLe par la fenêtre de sa villa, etc. Après quarante années d’existence politique et scientifique intense, son cerveau avait conservé toute sa lucidité, mais, privé de l’aide indispensable de ses appareils, son corps n’était plus qu’une masse inerte à la merci de sa secrétaire et de son ange gardien. Imaginons-nous ce qu’a été pendant de longues années le martyre d’un Confrère qui a tant fait pour le pays, qui a si courageusement supporté son destin douloureux. Souhaitons de trouver, dans la détresse présente de la France, beaucoup d’hommes comme Jules Breton. »
- Fig. 2. — En haut, enveloppes de fruits de Physalis ; en bas, rameau de fragon ou petit houx, réduits à la dentelle de leurs nervures.
- deux véritables filigranes qui illustrent cette note : rameaux de fragon (Ruscus aculeatus L.) et de physalis (Physalis alkekengi L.). On remarquera que dans les deux cas, il ne s’agit pas de feuilles. Ce qu’on voit sur le fragon, ce sont des rameaux qui portent fleur et fruit et qui sont aplatis au point de ressembler à des feuilles. Quant à la lanterne du physalis, elle est le calice qui grandit après la floraison et enveloppe le fruit jusqu’à sa chute sur le sol.
- On ne saurait dire exactement quelles conditions météorologiques ont permis à ces phénomènes naturels de se produire. Les deux jardins dans lesquels ils ont été recueillis ne se distinguent en rien des jardins les plus courants des environs de Paris. Au moment de la récolte, le fragon était sur pied et le physalis, au milieu d’une pelouse, sans attache avec le sol et apporté là, peut-être par le vent, on ne sait d’où !
- Ce qu’on peut dire, c’est que, sur des organes bien exposés à l’air, les anaérobies qui vivent à l’abri de l’oxygène et auxquels on attribuait autrefois un grand rôle dans la décomposition des produits végétaux, ne sont pas intervenus. Il paraît donc, dans ces conditions, difficile d’attribuer une action à Bacillus amylobacler (Clostridium batyricum) que Van Tieghem considérait comme un agent important de la décomposition des celluloses et des corps voisins. D’ailleurs, les travaux de Ruschmann et Baven-damrn ont, plus récemment, attiré l’attention sur Plectridium pectinovorum, appartenant au groupe des granulo-bacter.
- Mais dans cette décomposition aérobie, ce sont — on l’a appris depuis peu •— surtout les champignons qui interviennent sous forme de mycélium en pleine activité. Ces champignons appartiennent aux genres Coprinus, Aspergillus, Acre-monellia, Mucor [Mucor stolonifer (Beh-rens, 1902], etc.
- Ces agents ne s’attaquent pas indifféremment à tout le squelette des plantes. Us respectent plus ou moins les parties vraiment ligneuses (ligno-cellulose) pour détruire les glucosides, les hémicelluloses et la pectine plus facilement hydro-lisables. Ces phénomènes encore peu connus expliquent que certaines parties du végétal, en pareil cas les nervures, restent intactes alors que d’autres sont entièrement détruites. Ils sont utilisés en grand depuis des temps immémoriaux, dans le rouissage du lin par exemple ; et on cherche à s’en servir, sans grands résultats jusqu’ici, semble-t-il, pour hâter la transformation des feuilles en fumure utilisable pour les cultures.
- D1' P.-E. Morhardt.
- MÉTHODES MODERNES POUR L’ÉTUDE DU FOND DES MERS
- Les océans recouvrent les deux tiers de la surface du globe. Cependant, nous ne savons que fort peu de choses sur les formes et la constitution du sol sous les mers. L’établissement des cartes sous-marines se heurte à de très grandes difficultés surtout à grande distance des côtes et ne progresse que lentement. Pourtant de grands progrès sont possibles grâce aux nouveaux appareils créés en ces dernières années.
- DECOMPOSITION DES FEUILLES MORTES
- La décomposition des feuilles mortes se passe le plus souvent au contact du sol et n’attire guère les regards. Il arrive, cependant, qu’elle affecte des aspects d’une grâce délicate comme les
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- Tout d’abord la technique du sondage par écho au moyen des ultra-sons est aujourd’hui bien au point et permet des mesures continues de la profondeur sur le trajet du navire sondeur. La difficulté est dans la détermination exacte du lieu où s’opère le sondage à chaque instant, lorsque le navire est en pleine mer. Les méthodes usuelles pour faire le point sont trop peu précises ou inapplicables. Le service hydrographique des États-Unis a mis au point une méthode nouvelle qui donne rapidement la position du navire. On mouille deux ou plusieurs bouées dans des positions bien déterminées. Chacune est munie d’un microphone suspendu extérieurement et agissant sur un émetteur d’ondes hertziennes. Pour faire le point, le navire laisse tomber une petite bombe qui fait explosion dans l’eau; le son émis se propage, atteint le microphone, et provoque l’émission d’un signal hertzien qui à son tour est enregistré sur le navire. Le temps qui s’écoule entre l’explosion et l'arrivée du signal mesure la distance du navire à la bouée. En pratique, on lance une bombe toutes les six minutes. Le point est fait avec une précision de quelques centièmes.
- Pour étudier la nature géologique des fonds sous-marins, le même service utilise des tubes lancés par un canon descendu sur le fond, du bord du navire. On a réussi de cette manière à prélever des carottes jusqu’à une profondeur de plusieurs mètres. Mais cette méthode ne donne encore de renseignements que sur une mince tranche du sous-sol. Pour explorer les profondeurs des sols sous-marins, on recourt à la méthode sismique déjà fort employée à terre pour les investigations géologiques à grande profondeur ; on fait détoner une charge d’explosifs déposée sur le fond de la mer et on enregistre au sismographe, sur des lieux d’observation convenablement choisis, les ondes élastiques engen-
- drées par l’explosion, ce qui permet de mesurer leur vitesse de propagation et d’en déduire des indications sur la nature des roches qu’elles ont traversées. Cette méthode d'explora-"tion n’a pu jusqu’ici être appliquée que sur de faibles fonds.
- UN INSECTE VIEUX DE PLUS DE 200 MILLIONS D’ANNÉES
- En 1926, deux naturalistes anglais, Ilirst et Maulik, découvraient à Rhynie, près d’Huntley dans l’Aberdeenshire, les débris fossiles, du reste incomplets, d’un petit arthropode qu’ils baptisèrent Rhyniella praeenrsor. Ce fossile se trouvait dans un dépôt siliceux appartenant au Dévonien moyen et remontant, par suite, à 200 millions d’années au minimum. Comme on n’en avait trouvé qu’une tête, l’identification de l’animal avec un insecte n’allait pas sans incertitudes.
- Depuis lors, il a été découvert au même endroit plusieurs spécimens beaucoup plus complets. Us ont permis une identification précise. L’animal est bien un insecte appartenant à l’ordre des Collemboles.
- Le point remarquable est que cet ordre existe encore et que l’insecte fossile possède tous les caractères essentiels des insectes modernes du même ordre.
- L’insecte ainsi découvert détient le record d’ancienneté parmi les insectes fossiles ; jusqu’ici on n’en avait pas trouvé dans des roches plus anciennes que le carbonifère.
- On a déjà trouvé des Collembola fossiles dans l’ambre de la Baltique, remontant à l’époque oligocène et dans un ambre du Canada d’âge crélacique.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- CARBONISATION DU BOIS DANS LE SOL
- On peut obtenir du charbon de bois de bonne qualité en effectuant la carbonisation dans le sol.
- Construction du four. — Le mieux est de choisir un endroit un peu abrité afin d’avoir toujours à peu près les mêmes conditions de tirage. De plus, on préférera une terre argileuse pour qu’elle se tienne bien.
- Le four consiste simplement en un trou rond ou carré d’un volume correspondant à la quantité de bois à carboniser. Autour de la cavité, on creusera 4, 6, ou 8 cheminées (selon son importance) dont les bases viendront aboutir au fond du four. Le mieux est d’utiliser à cet effet des drains en poterie dont le prix est très modique.
- Enfin, on placera au fond du trou une grille supportée par des briques, à une hauteur telle que les bouches des cheminées se trouvent en dessous. Dans le cas oxi l’on disposerait de briques réfractaires, il serait intéressant d’en revêtir l’intérieur du four.
- Fonctionnement. — Il ne reste plus alors qu’à empiler le bois dans le four après avoir mis au milieu un tuyau (vieux tuyau de poêle par exemple) à la base duquel on disposera quelques copeaux et le menu-bois.
- Le haut de la fosse sera, obturé par des tôles recouvertes elles-mêmes de terre afin d’éviter les fuites. L’allumage s’effectuera simplement en descendant à l’intérieur du tuyau, à l’aide d’une perche, un brandon enflammé qui sera retiré par la suite.
- Les cheminées qui servent d’évents doivent être bien isolées du four afin qu’elles ne s’échauffent pas et que le tirage ne s’inverse pas.
- Le temps de la carbonisation variera selon la taille et la forme du four, et aussi suivant la disposition des cheminées. Tant qu’il sort des vapeurs par la cheminée centrale, le bois
- Produits de la combustion
- Cheminée
- centrale
- Terre
- Air Froid
- Air froid
- a Event
- Drains
- Grille
- Uriques
- tenus bois
- Fig. 1. — Four souterrain de carbonisation.
- distille ; il ne faudra boucher les ouvertures que quand la flamme sortira bien claire.
- Si l’on désire carboniser une assez grosse masse de bois, il peut être nécessaire de répartir deux ou trois cheminées à la partie supérieure du four.
- Avantages et inconvénients. — Nous pouvons résumer les principaux avantages de ce procédé comme suit : économie, danger d’incendie nul, réglage du tirage simple ne nécessitant que peu de surveillance, suppression des fuites se produisant ordinairement dans les meules, et enfin rendement
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- certainement excellent, car le sol étant un très bon isolant, on pourra arriver à la carbonisation de la masse avec une quantité de bois brûlé moindre qu'avec d’autres procédés.
- Par contre, on sera obligé d’effectuer l’opération toujours à la même place sous peine de construire un nouveau four. De plus, l’extraction du charbon est un peu plus difficile que dans la meule ordinaire.
- Ce procédé d’ailleurs n’est intéressant que pour l’amateur qui pourrait avoir des difficultés à se procurer du charbon de bois. Guy de Leudeville,
- Ingénieur I. A. B.
- PRODUITS DE REMPLACEMENT DES HUILES ALIMENTAIRES
- La pénurie d’huiles alimentaires a conduit à la recherche de produits de remplacement pouvant être substitués à ces dernières dans certaines préparations culinaires.
- C’est ainsi que l’on peut utiliser pour l’assaisonnement d’aliments crus : salades, concombres, tomates, etc., et d’aliments cuits mangés froids : salades de pomme de terre, de haricots, etc., diverses préparations établies de manière à donner au moins partiellement au palais, une sensation d’onctuosité, de viscosité analogue à celle de l’huile. On peut ainsi élaborer des mélanges remplaçant l’assaisonnement à l’huile et au vinaigre classique et qui, convenablement aromatisés par du cerfeuil, de l’estragon, de l’ail, de l’écha-lotte, etc., permettent d’absorber dans des conditions agréables certains aliments nécessaires, les crudités notamment précieuses par leur teneur en vitamines.
- Ces produits de remplacement ne comportent par eux-mêmes aucun élément nutritif ; ils sont constitués par des solutions aqueuses de substances élevant considérablement la viscosité à faible concentration et ne peuvent être consommés que froids, la chaleur diminuant leur consistance. Etant composés presque intégralement d’eau, ils ne peuvent évidemment convenir aux fritures et préparations analogues.
- Les principaux produits utilisés pour élever la viscosité de l’eau et dont certains connaissent déjà un grand succès sont principalement des algues et certaines graines. Ils permettent de préparer ces solutions qui, du point de vue physico-chimique sont appelées des sols et sont des exemples typiques de ce que le chimiste W. Ostwald a appelé des systèmes dispersés, dans lesquels l’une des phases en présence possède une très grande surface par rapport à sa masse. Ces sols sont formés de particules très petites ou micelles, en suspension dans un liquide intermicellairc : de l’eau dans le cas présent. Ces sols sont caractérisés par le fait qu’ils ne dialysent pas.
- Ils peuvent être préparés en dispersant dans l’eau la gélose et autres produits gélifiants de certaines algues : l’agar-agar, algue fïoridée des mers d’Asie qui est bien connue, également le Chondrus crispus Staclch. ou Carraghaen, connu dans les pharmacies sous les noms de Lichen et de Fucus crispus. Il diffère du Lichen des Rennes, Cladonia Rangiferina des mers nordiques, et à l’inverse de celui-ci se trouve en abondance, pendant toute l’année, sur les rochers et les pierres de nos côtes. Il devrait être d’approvisionnement facile et ne semble avoir manqué que parce que les stocks existants étaient insuffisants pour faire face à la demande subite apparue par suite do la disparition rapide des huiles alimentaires.
- Les gélatines alimentaires permettent également de préparer avec de faibles doses des sols de haute viscosité.
- Enfin, certains végétaux contiennent des produits mucila-gineux, substances visqueuses qui se trouvent dans les racines, les fleurs ou les graines. C’est le cas notamment des graines de lin, de Psyllium, des pépins de coings, de la racine de guimauve, des fleurs d’ortie blanche.
- En pharmacie, les mucilages obtenus de ces produits sont utilisés par suite de leur haute viscosité pour maintenir en suspension certains médicaments insolubles et aussi pour émulsionner des huiles.
- Cette dernière propriété n’est, pas à négliger dans le cas qui nous occupe car si l’on dispose d’un peu d’huile, elle permet une économie notable. Il suffit d’agiter très vivement, dans un flacon à moitié rempli, une partie d’huile alimentaire et deux de sol ; le mélange sert à préparer la sauce et on obtient ainsi pour une quantité d’huile déterminée, trois fois plus d’assaisonnement.
- Voici quelques données pratiques précises pour l’emploi de ces divers produits et la manière de préparer les solutions de remplacement pour les huiles alimentaires.
- Formulaire. — Fucus crispus. — On fait bouillir 12 g. 5 de Chondrus crispus dans 750 cm3 d’eau. On maintient l’ébullition de 5 à 10 mn, laisse infuser un quart d’heure, puis
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- on passe sur mousseline ou sur passoire fine pour éliminer les résidus d’algue. On laisse refroidir et reposer une dizaine d’heures dans un endroit froid. On obtient ainsi une solution de consistance convenable.
- Il est bon d’ajouter à la solution bouillante un croûton de pain très sec qui enlève le goût marin de certains échantillons de ces Fucus.
- Ces algues sont très riches en matières gélifiantes, elles en contiennent jusqu’à près de 80 pour 100.
- Agar-agar. — Ces algues ont également un pouvoir gélifiant considérable.
- Elles servent à la préparation de la gélose et sont employées à la fabrication de gelées de fruits « de fantaisie ». A la dose de l,o pour 100 elles donnent un gel très consistant.
- Pour préparer des succédanés d’huile, on en met 0 g. 3 à 0 g. 0 dans 100 cm3 d’eau, laisse gonfler 1 h., puis porte à l’ébullition 5 mn, passe sur mousseline ou passoire fine et laisse reposer et refroidir.
- Gélatine. — On met environ 1 g. de gélatine alimentaire, coupée en morceaux dans 100 cm3 d’eau froide. On laisse gonfler 2 h. puis on porte à 100° en agitant pour dissoudre la gélatine. On passe sur mousseline et laisse refroidir.
- On obtient ainsi une solution de forte viscosité mais moins agréable que les sols d’algues et donnant au palais une impression moins onctueuse.
- Graines de Psyllium. — C’est la semence du Plantago psyllium ou Plantain des sables. Ce sont de petites graines brunes couleur puce, d’où leur nom commun de graines de puces. Elles ont un pouvoir mucilagineux puissant.
- On met 12 g. de ces graines dans 250 à 300 cm3 d’eau froide et laisse en contact 24 h. en agitant fortement de temps en temps.
- On obtient un mucilage assez visqueux. On passe sur passoire ou mieux on exprime dans un linge solide.
- Semences de coings. — Les pépins de coings donnent également des mucilages consistants et s’utilisent comme les graines de Psyllium
- Graines de lin. — Les graines de lin donnent également des mucilages. On les prépare comme ceux de Psyllium en utilisant les proportions suivantes : graines de lin, 12 g. 5 ; eau, 75 g.
- Comme les solutions de gélatine, les mucilages ont des qualités inférieures pour l’usage qui nous occupe, aux sols d’algues.
- Remarques importantes. — Pour l’usage domestique, toutes ces préparations doivent être faites en petites quantités et consommées en quelques jours car elles sont toutes fermentescibles.
- On pourrait ralentir l’altération par addition d’antiseptiques à petites doses ; acide salicylique par exemple, mais il est préférable de l’éviter en ne préparant que les quantités à consommer dans un temps ne dépassant pas 3 à 4 jours.
- D’autre part, il faut remarquer que ces produits ne valent que par leur viscosité et qu’il faut éviter dans les préparations culinaires de l’abaisser. Pour cela il faut assaisonner des produits aussi secs que possible : la salade doit, en particulier, être bien essorée si l’on veut tirer des formules ci-dessus le maximum d’efficacité. Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- ARGILES DÉTERSIVES POUR LA TOILETTE
- Les propriétés détersives de diverses argiles sont connues et utilisées dans certaines régions depuis des millénaires, en Afrique du Nord notamment.
- Los boules de Rassoul ou Ghassoul que les femmes utilisent aux bains maures sont simplement une argile d’excellente qualité détersive, provenant d’un gisement fameux de l’Afrique du Nord. Elle est utilisée exactement à la manière d’un savon : diluée avec de l’eau, on en frotte la peau, puis on rince largement. Les matières grasses, les produits d’excrétion sont adsorbés et éliminés.
- Ces argiles détersives sont douées de propriétés adsorbantes qui tiennent à leur structure physique particulière et à leur haute teneur en substances colloïdales dont le pouvoir adsor-bant est élevé. Cette propriété semble liée à la présence d’un constituant dit montmorillonite, mélange d’alumino-silicates complexes. Son spectre de diffraction par les rayons X est douteux, sa structure cristalline peu nette ne montre pas de spectre caractéristique et fait conclure à une forme colloïdale en accord avec de hautes propriétés adsorbantes.
- Il s’agit là d’une structure physique particulière qui est seule en cause ; la composition chimique est sans signification et. ne peut nullement faire prévoir, dans une argile donnée, des qualités adsorbantes ou non.
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- Le seul facteur qui semble à peu près constant est que ces argiles actives ont un pïï de 4 environ.
- Ces argiles, connues sous le nom d’argiles smectiques, de terres à foulon, se désagrègent facilement au contact de l’eau, elles sont moins plastiques que les argiles pour la céramique.
- Elles proviennent de la désagrégation de roches diverses : diabase, schistes, granits, basaltes, rhyolites, etc.
- Elles absorbent les matières colorantes en suspension dans l’eau, et surtout dans l’huile. Certaines sont susceptibles, par un traitement chimique approprié, d’être fortement améliorées et constituent alors les terres décolorantes activées dont l’emploi s’est beaucoup développé ces dernières années, dans l’industrie des huiles et des pétroles, notamment.
- Les argiles susceptibles d’être employées pour la toilette sont surtout celles qui, naturellement actives, sont actuellement utilisées pour le dégraissage des draps, des cuirs, etc.
- Leur emploi peut constituer un important appoint dans la période actuelle où la pénurie de savon normal à base de matières grasses est très sensible.
- Elles peuvent être employées telles quelles. On en fait avec de l’eau une pâte claire dont on frotte la peau comme avec un savon ordinaire puis on rince abondamment.
- On les utilise également comme charges dans des savons •ordinaires avec cet avantage qu’elles constituent une charge douée de propriétés détersives actives et non à peu près inerte •comme c’est le cas du kaolin, du talc ou d’autres produits minéraux.
- On peut également les associer à des silicates, à des résinâtes alcalins et aussi y adjoindre des produits moussants comme la saponine ou des corps qui en contiennent.
- Ces argiles sont rarement blanches. On les trouve, suivant les gisements, de couleur rougeâtre plus ou moins foncée, grisâtre ou verdâtre.
- Il existe en France un assez grand nombre de ces gisements : dans le bassin parisien à Chartres, Condé- sur-Vesgre, Bagneux, Provins, dans l’Indre à Issoudun, dans l’Eure à Louviers, dans l’Isère à Villeneuve. Dans le Languedoc et en Provence, les terres sont plus claires à Apt, Carpentras, Gargas, Mor-rnoiron, Sommières.
- Pour être agréables et faciles à employer, ces argiles doivent être traitées pour éliminer les grains de quartz ou autres minéraux et réduites en poudre impalpable, soit par lavage, soit par broyage et séparation sur tamis fin, maille 200, ou encore par séparation mécanique par l’air au cyclone.
- On obtient ainsi des produits qui peuvent être utilisés directement, ou incorporés dans des pâtes de savon permettant de descendre jusqu’à une teneur en matières grasses de 10 à 20 pour 100 tout en présentant au consommateur un produit tout à fait utilisable et d’action détersive convenable.
- Bien entendu, ces produits ne peuvent convenir pour le lavage du linge, les argiles sont rarement blanches, leur structure colloïdale et leurs propriétés adsorbantes les font adhérer aux fibres et donneraient aux tissus une teinte ocre plus ou moins accusée. Lucien Peeeuciie,
- Docteur de l’Université de Paris.
- CRÈME DENTIFRICE PEU COÛTEUSE
- La formule suivante de crème dentifrice, préconisée par le professeur Unna, permet de préparer facilement, à peu de frais, un produit très efficace grâce aux propriétés remarquables du chlorate de potasse sur la muqueuse buccale :
- Prendre :
- Blanc d’Espagne (carbonate de chaux). . 25 g.
- Chlorate de potasse.......................... 35 —
- Glycérine blanche............................ 10 —
- Eau ordinaire............................... 30 —
- Pour l’agrément de l’emploi, et cela n’est pas indispensable, on peut ajouter une trace de menthol ou quelques gouttes d’alcoolat de menthe du commerce dont chaque famille est presque toujours pourvue.
- UNE BOISSON ÉCONOMIQUE LE CIDRE DE FEUILLES DE FRÊNE
- Bien que le vin ne fasse pas défaut, son prix est assez élevé et les détaillants, n’en sont généralement approvisionnés que d’une façon intermittente, c’est pourquoi nous signalerons comment on peut préparer pour la consommation familiale une excellente boisson facile à réaliser :
- 1° Faire bouillir 200 g. de chicorée torréfiée pendant 20 mn dans 6 1. d’eau sans couvrir.
- 2° Verser cette décoction bouillante sur un mélange de :
- 125 g. de feuilles de frêne sèches et broyées ;
- 60 g. d’acide tartrique. mis dans un vase non métallique.
- Couvrir et laisser infuser au moins 2 h.
- 3° Passer à travers un linge, laver le résidu à l’eau chaude et mettre en tonneau.
- 4° Ajouter de 5 à 7 kg. de sucre suiAvant qualité à obtenir.
- Compléter 100 1. avec de l’eau froide.
- 5° Mettre en dernier lieu 100 g. de levure de boulanger en pâte et bien fraîche, délayée dans un peu d’eau également froide et brasser le tout.
- Après 2 à 3 jours de fermentation, suhant la température, bonder le tonneau.
- Enfin mettre en bouteilles 2 à 3 jours après, ficeler les bouchons et coucher les bouteilles.
- Cette boisson peut être Consommée après une quinzaine d’embouteillage.
- SUCCÉDANÉS DU THÉ
- Le thé est constitué par les feuilles de Thea chinensis, arbrisseau originaire de Chine qu’on cultive aujourd’hui dans tout l’Extrême-Orient et les Indes. Celles-ci, séchées au feu jusqu’à ce qu’elles se recroqueAdllent, sont brisées, tamisées et empaquetées.
- Elles contiennent une assez forte proportion de caféine : 1,5 pour 100 à 3,5 pour 100, des tanins qui donnent la couleur, un alcaloïde, la théophylline isomère de la théobromine.
- On a proposé pour le remplacer des mélanges divers, pouvant être faits par le consommateur lui-même, de drv’erses feuilles dont l’infusion rappelle plus ou moins heureusement le goût du thé, mais ne contient pas de caféine et n’a donc pas d’effet stimulant toni-cardiaque.
- Citons le mélange de feuilles de myrtille, de framboisier, de ronce, additionnées de fleurs de tilleul, de bruyère, d’aspé-rule odorante, de camomille (thé allemand de 1917). Ou encore le mélange haché de fleurs de lavande et de sureau, de racine de réglisse, de feuilles de tussilage, de fraisier, de ronce, de bouleau et de .menthe aquatique.
- On peut encore faire un thé approximatif avec des fruits d’églantier ou des pelures de pommes séchées.
- SUCCÉDANÉS DU CAFÉ
- Le café est la graine du Coffea arabica, arbrisseau toujours vert, originaire d’Abyssinie, qu’on cultive dans toutes les régions chaudes du globe.
- Ces graines torréfiées sont riches en caféine (1 à 1,8 pour 100) ; elles renferment une huile aromatique complexe, la caféone et des tannins.
- Un grand nombre de matières végétales torréfiées peuvent fournir un succédané noir, amer et doux, mais sans grand parfum et sans caféine.
- On vend actuellement en abondance du malt torréfié dont la recette a été donnée d’autre part dans La Nature et qu’on utilise seul ou additionné de chicorée.
- Un excellent produit de remplacement pourra être obtenu avec des baies d’asperge torréfiées dont l’odeur et la saveur rappellent remarquablement celles du café.
- On a également préconisé, toujours en les torréfiant, les tubercules de topinambour et de dahlia, les racines de dent de lion, de scorsonère, d’aunée, de bardane, de chrysanthème, de carline, d’oxalis, de souchet comestible, d’orobe des bois, de roseau commun, de sagittaire, de massette, de fougère mâle et de fougère commune, de brize, de panais, de nénuphar jaune, de betterave sucrière. Et aussi les graines de vesce, de caroube, de châtaignier, de marronnier d’Inde, de hêtre, de courge, de melon, de pastèque, de tournesol, de chanvre, de tilleul, de robinia, de betterave, de sarrasin, de chénopode, de cameline, de fragon, de gaillet, de genêt à balais, d’onagre, de plantain, de châtaigne d’eau, de fenugrec, de renoncule, etc. Ainsi que les fruits de néflier, de sorbier de genevrier, de prunellier, de sureau, de cornouiller, d’épine-Adnette, d’églantier, de mûrier, de houx, d’airelle canneoerge.
- On n’a que l’embarras du choix et chacun pourra se livrer à de nombreux essais.
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- SUCCÉDANÉS D’ÉPICES
- Les épices, jadis produits très précieux des Indes, qui provoquèrent tant de voyages' de découvertes, vont aussi manquer. On pourra suppléer au gingembre au moyen des rhizomes d’Acorus calamus voisin des Arums. La benoîte (Geum urba-num), déjà employée pour parfumer les bières du Nord, donnera par distillation de la plante entière un succédané des clous de girolle. Le suc de l’épicéa et du sapin permettra de faire une vanille artificielle. Les boutons floraux du Caltha des marais, la ficaire, la capucine, le sarothamne remplaceront les câpres. On fera du poivre avec les fruits de Capsicum annuum et les feuilles d’asarée.
- SUCCÉDANÉS DE LA VIANDE
- Bien qu’il ne puisse s’agir de succédanés réalisables à la maison, il semble intéressant de rappeler les essais déjà poursuivis et les résultats obtenus.
- Pendant la guerre de 1914-1918, on a vu paraître en Allemagne deux « ersatz » de viande, dénommés « wurst » (saucisse) et « schnitzel » (escalope). Ils consistaient en un mélange de pommes de terre et de levure aggloméré par de la gélatine, assaisonné de poivre et teinté par une matière colorante.
- Plus proches de la viande sont les produits à base de sang. On sait que couramment, le sang de porc et celui des volailles servent à la préparation de boudins. Ceux de bœuf et de cheval étaient peu employés. Et cependant leur valeur alimentaire est voisine de celle de la viande. D’un bœuf on tire 25 à 30 1. de sang donnant 15 à 20 1. de sérum ; d’un cheval on obtient 20 1. de sang donnant 10 1. de sérum, l’équivalent de 200 œufs.
- On peut utiliser le sang entier ou bien en séparer le sérum. Celui-ci peut être introduit en place d’œufs dans les pâtes, le macaroni, la pâtisserie, etc. En Italie, on a créé des usines pour la fabrication industrielle du sérum ; le sang frais recueilli avec soin est aussitôt fouetté, puis centrifugé. En France, M. Gauducheau prépare depuis longtemps d’autres aliments tirés du sang et des viscères ; le sang frais et propre provenant des abattoirs est cuit pour coaguler les albumines, puis broyé et ensemensé de levure de bière en milieu légèrement acide et sucré obtenu par l’attaque à l’acide chlorhydrique de riz, de pommes de terre, de cosses de pois, etc. On obtient une pâte légère, poreuse, de bonne odeur et de bonne conservation dont on peut faire des saucisses et des saucissons. Les viscères très finement broyés peuvent être traités de même.
- :................ INVENTIONS E
- PHYSIQUE DU GLOBE Impactométrie de gouttes de pluie.
- Alors qu’on apporte des engrais pour fertiliser les terres, on s’est avisé que le ruissellement emportait beaucoup plus d’éléments fertilisants sur les terrains en pente. Pour étudier le problème de l’érosion et surtout répéter les expériences, il faut avoir recours à des pluies artificielles.
- Mais celles-ci ne sont comparables aux pluies naturelles que lorsque les gouttes arrivent au sol sous le même volume et la même pression avec le même débit. Jusqu’alors, on ne tenait guère compte que de ce dernier facteur.
- Pour étudier les premiers, MM. Neal et Baver ont créé aux États-Unis un nouvel instrument qualifié d’impacto-mètre. C’est une sorte de pèse-lettres portant un disque (B) d’un diamètre de io cm. et dont le mouvement est enregistré sur une feuille se déroulant par un mouvement d’horlogerie.
- Le tout est protégé par un carter (F).
- Voici un exemple des chiffres obtenus : une grosse goutte d’eau de o cm3. i47, d’un diamètre de 6 mm. 5, tombant d’une hauteur de i à 8 m., franchit cette distance en o s. 4o à i s. 70, soit des vitesses de 2 m. 70 à 5 m. par s. Il en résulte un impact de 39 à 74 gr. par cm.
- La distance en m. s est en relation avec la durée de la chute t en s. suivant la relation s = k,i x t1 ’125.
- ENLÈVEMENT DES TACHES SUR LE LINGE PIQUÉ
- Dans les circonstances critiques où beaucoup d’entre nous se sont trouvés, du linge mis à l’abri dans des endroits humides, caves par exemple, s’est trouvé piqué par des moisissures ; rappelons que ces taches peuvent être facilement enlevées en trempant le linge piqué dans la mixture suivante :
- Chlorure de chaux (poudre de chlore). 1 cuillerée à café.
- Vinaigre ordinaire............... 3 —
- Eau ordinaire.................... IL
- Délayer d’abord le chlorure de chaux dans l’eau, ajouter le vinaigre en dernier.
- Laisser quelques minutes en contact jusqu’à disparition des taches, puis rincer abondamment.
- MÉCHAGE HUMIDE DE FUTS EN VIDANGE
- A la surface du vin ou du cidre dans un fût en vidange, il faut entretenir une atmosphère exempte d’oxygène. Pour cela on brûle habituellement de la mèche soufrée. Opération délicate.
- L’œnologue Ventre a mventé le méchage par trempage. On pulvérise 50 g. d’acide citrique et on concasse 100 g. de méta-bisulfite de potassium. On mélange dans un sachet suspendu par une ficelle à la bonde du tonneau.
- On plonge rapidement le sachet dans le vin et retient la ficelle par la bonde en bouchant le tonneau, de sorte que le sachet pende à 0 cm. au-dessus de la surface du liquide à protéger.
- Dans cette atmosphère humide, l’acide citrique réagit peu à peu sur le métabisulftte pour dégager l’acide sulfureux qui protégera le vin de la piqûre, des « fleurs », de la perte d’alcool, etc.
- Pierre Larue.
- NOUVEAUTÉS ..............................
- Fig. 1. — ïmpactom'etre pour la chute de pluie.
- A, balance ; B, plaque d’aluminium recevant l’impact ; C, ressort du mécanisme enregistreur ; D, mouvement d’horlogerie ; E, ressort spiral régulateur ; F, couvercle (relevé).
- L’accélération de la goutte tombant varie en fonction inverse de la racine carrée du temps. L’accélération n’a lieu en fait que dans les deux premières secondes, ensuite la vitesse de chute de la pluie devient constante et au maximum de 8 m. par s.
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- HYGIÈNE
- Secours aux asphyxiés.
- Si l’été est la saison des noyades, l’hiver est celle des intoxiqués par l’oxyde de carbone, si bien que les secours aux asphyxiés sont utiles à connaître en tous temps. En ce moment où l’on en est réduit, faute de combustible, aux chauffages improvisés, où l’on brûle ce que l’on trouve dans des appareils de fortune souvent inadaptés, où l’on allume des cheminées éteintes depuis longtemps et dont les conduits peuvent être Assurés, les dégagements de gaz toxiques, incomplètement brûlés, sont fort à craindre. Aussi est-il utile de rappeler les moyens de secours et de traitement dont on dispose depuis bientôt vingt ans.
- En cas d’intoxication par l’oxyde de carbone, les gaz d’échappement des foyers, les fumées, se traduisant par une
- syncope, il faut savoir qu’on doit , intervenir immédiatement, sans attendre l’arrivée du médecin, sans transporter 1 e malade vers une pharmacie ou un lointain hôpital. Après quelques minutes, il sera trop tard.
- Le premier soin est de maintenir artificiellement la respiration défaillante jusqu’à ce qu’elle reprenne spontanément.
- Fig. 2. — Sauvetage dans un établissement Plusieurs m é -industriel avec l’appareil Panis. Lhodes ont été
- imaginées dont
- la plus simple, la moins fatigante et la plus efficace est celle de Schafer qu’on trouve aujourd’hui affichée partout, sur tous les postes de transformateurs électriques, dans les ateliers, les stations de métro, etc.
- On peut aussi pratiquer la respiration artificielle selon la méthode Schafer, très correctement, plus efficacement et avec moins de peine au moyen d’un appareil mécanique imaginé par le Dr Panis et qu’on voit sur la figure 2. Il est essentiellement constitué par un plateau sur lequel on couche le malade ventre à terre, deux sangles qui enserrent le dos au-dessus des reins, un levier qui tient les sangles. En abaissant le levier, on comprime le thorax et on provoque l’expiration ; en le relevant, on desserre la pression et le thorax élastique se regonfle; c’est l’inspiration. Par des mouvements du levier, répétés i5 fois environ par minute, on maintient la respiration aussi longtemps qu’il est nécessaire.
- Quand on le peut, il est préférable d’introduire dans les poumons de l’air enrichi en oxygène. Pour cela, on emploie
- un masque dont le prototype est celui de Legendre et Nicloux, relié par un gros tuyau à une bouteille d’oxygène comprimé munie d’un détendeur.
- La figure 2 montre à droite un troisième accessoire : une boîte de phai’maeie contenant de l’alcool pour les frictions, des ampoules de médicaments toni-cardiaques, une seringue et des aiguilles à injection. Le médecin, qu’il faut toujours appeler d’urgence, trouve ainsi immédiatement sur place ce qu’il faut pour intervenir utilement.
- Mais le secours immédiat essentiel est la manoeuvre de respiration artificielle, si possible en atmosphère d’oxygène.
- La figure 2, prise dans une usine au cours d’un sauvetage, montre la mise en œuvre du poste de secours complet dont on devrait disposer partout où des accidents d’asphyxie sont à prévoir.
- Constructeur de l’appareil de respiration artificielle Panis : Établissements de Constructions mécaniques, 4i4, avenue Wilson, à Saint-Denis (Seine).
- ACOUSTIQUE
- Audiométrie.
- Nous avions signalé dans notre numéro d’octobre 1938, l’existence d’un audiomètre portatif permettant d’établir la courbe auditive d’un sujet dans un champ compris entre 125 et 4 000 périodes-secondes.
- Cet appareil convenait pour un examen superficiel du champ auditif. Un progrès important a été réalisé par le service audiométrique des établissements Audios en créant un appareil balayant le champ auditif, aux fréquences suivantes : iG, 32, 64, 128, 256, 5i2, 1 024, 2 o48, 4 096, 8 192, 16 384 et 32 768.
- Fig. 3. — Audiomèlre Audios
- Cet appareil a été utilisé par le Service de Santé de l’Armée, où M. Dcsgrais, acousticien, avait reçu la mission de déceler les simulateurs de surdité.
- L’intégralité du champ auditif est ainsi balayée, et l’examen des sons ultra-aigus permet notamment des études précises sur les lésions cochléaires.
- Cet audiomètre fonctionne sur piles, ce qui permet d’éliminer tous bruits parasites de secteur, et des boutons de réglage permettent de vérifier au cours de l’établissement de l’audiogramme la constance du courant utilisé.
- Une prise spéciale permet en outre d’assourdir l’oreille non examinée, le problème de l’assourdissement étant capital pour l’exact établissement d’une courbe audiométrique.
- R. Desgrais, acousticien, 18, rue Jean Mermoz, Paris.
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- ÉLECTRICITÉ
- Allumeur électrique « Jiel » pour le gaz.
- Le présent brevet a pour objet un nouvel allume-gaz électrique (gaz de ville, gaz butane).
- Il est basé sur la production des étincelles dues aux extracourants de rupture (self-induction) améliorées par la structure du noyau feuilleté et fendu de la bobine génératrice, diminuant ainsi les effets dus aux courants de Foucault.
- L’appareil se compose d’un électroaimant répondant aux caractéristiques indiquées ci-dessus.
- La fermeture et l’ouverture du circuit rupteur se font par l’intei'médiaire d’une bille en acier doux conduite par un tube adéquat, ce qui nécessite la position penchée pour le fonctionnement de l’appareil et détermine la coupure continue du courant d’alimentation à la position verticale qui est celle du repos.
- En outre, vu le nombre élevé de spires et la section très faible du fil de la bobine, la consommation de l’appareil est pratiquement négligeable.
- Deux modèles sont prévus pour fonctionner sur les secteurs de no à 220 volts, courants continu"et alternatif.
- Sa forme courbée permet plus aisément l’allumage des fours.
- ÉCONOMIE RURALE Fer à cheval caoutchouté.
- On a essayé, depuis quelques dizaines d’années, nombre de modèles de patins caoutchoutés pour les chevaux.
- Notre figure représente l’un des derniers créé en Italie.
- Un fer léger profilé se cloue sur le sabot (ou mieux sous le sabot) à la manière ordinaire. On 1 u i adapte ensuite le patin au moyen de 4 petits boulons horizontaux occupant des trous p r é -établis dans le patin et dans la couronne intérieure verticale du fer.
- Ce dernier est e n somme réduit à une
- armature et l’ensemble pèse moins qu’un fer ordinaire tout en ayant une base d’appui un peu plus large sur le sol.
- Les avantages sont : une marche plus souple (économie de fatigue) ; une trace moins profonde sur la route (économie d’entretien) ; un équipage moins bruyant, surtout si le chariot est lui-même sur pneumatiques.
- , 4. — Allumeur électrique a Jiel » pour le gaz.
- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- CORRESPONDANCE-
- Pour remplacer l’huile. — Un de nos abonnés, le Dr Decaux, de Lisieux, nous communique une formule simple, pour remplacer l’huile, relevée dans le journal Le Lexo-vien, du 16 octobre.
- Prendre :
- 1 litre d’eau froide ;
- 2 verres à liqueur de graines de lin non moulues ;
- 1 verre à liqueur de vinaigre ;
- 1 cuillerée à café de gros sel ;
- 1 clou de girofle ;
- 1 petite pincée de cannelle ;
- faire bouillir 28 minutes, passer sur un tamis très fin et laisser refroidir. On obtient ainsi 3/4 de litre de liquide auquel on ajoute, selon le goût, sel, poivre, vinaigre, etc.
- A propos des décimales du nombre tc
- (N° 3o63, du i5 octobre ig4o)
- M Claude Fournier, de l’École Fénelon, nous signale à juste titre une erreur dans l’article sur les décimales du nombre n;.
- /.— v~ _ JL
- Dans la dernière note, la formule V — * = e r s’écrit
- on effet : il — e a où la lettre r, dont la signification paraît obscure au premier abord, est remplacée par le 2 qui convient
- eU/ cos y + sin y
- . Tt l -
- i — — Li a
- i — .t Li.i
- Cette légère erreur a certainement contribué à rendre encore plus mystérieuse la formule en question, et nous remercions M. Fournier de nous l’avoir indiquée.
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- Moutarde. — La moutarde de table est obtenue en délayant dans un verjus (moût de raisin non- mûr, ou vin blanc, ou vinaigre dilué additionné de 1 pour 100 d’acide tartrique), soit de la farine de moutarde noire, soit de la blanche, à laquelle on ajoute certaines épices ou aromates (estragon, clous de girofle, etc., et sel de cuisine).
- Il n’existe aucune formule officielle pour la préparation et les compositions commerciales sont très variables. On peut
- admettre une formule de ce genre :
- Farine de moutarde et condimenLs. 20 pour 100 Huile d’olives ........ 10 —
- Yerjus ou vin blanc................... 63 —
- Sel de cuisine......................... 7 —
- Les condiments employés sont : les quatre épices (piment de Tabago, gingembre, cannelle, laurier), le persil, le cerfeuil, la ciboule, l’estragon, la girofle, lesquels sont préalablement infusés dans le verjus ou le vin blanc pendant quelques jours.
- Agglomérés. — On peut se procurer de petites presses simples, de type pharmacie ou laboratoire, en s’adressant aux Établissements Duchscher-Wecker, 173, boulevard Voltaire, Paris (11e) ; Olier, 10, rue Beaurepaire, Paris ; Segaud, 221, boulevard Saint-Denis, à Courbevoie.
- Encre à stylo. — On peut obtenir une encre à stylos équivalente aux produits du commerce, en faisant dissoudre dans 1 1. d’eau, 8 g. d’une matière colorante dite d’aniline telle que bleu de méthylène, éosine, bleu-noir alcalin, etc. Avoir soin de bien filtrer la préparation avant mise en ser-vice, afin d’éviter les obstructions du canal d’amenée à la plume. ...
- Vernis craqueté. — Le craquelé se produit lorsque l’on superpose à une couche de vernis initial une nouvelle couche riche en pigment et dont le solvant est très volatil.
- Comme condition essentielle, le solvant du vernis craquelant doit être aussi un solvant du vernis support ; le retrait de la pellicule laisse, dans ces conditions, apparaître le vernis de fond.
- C’est surtout avec les pigments les plus légers (noir de fumée, par exemple) que l’on réalise le mieux les craquelés. Les plus courants sont les craquelés noirs sur fond blanc ou coloré ; l’inverse est plus difficile à réaliser.
- Une fois le craquelé produit, pendant que l’enduit est encore frais, on peut saupoudrer de poudres de bronze, or ou argent, qui rehaussent l’effet.
- Ainsi qu’il a déjà été signalé ici même, MM. Clément et Rivière ont particulièrement étudié ces phénomènes et ont déterminé les conditions essentielles de réalisation dans ’es brevets n° 529.178-530.658.
- Kétol. — La préparation du kélol repose essentiellement sur la décomposition pyrogénée du butyrate et de l’isobuty-rate de calcium.
- Ces butyrates sont obtenus par fermentation du sucre résultant de la saccharification de la cellulose par les acides, ainsi que l’a montré le chimiste français Braconnot, fermentation déterminée en milieu neutre ou faiblement alcalin, milieu facilement réalisé par l’emploi du carbonate de chaux résiduel de l’épuration des jus sucrés pendant l’extraction du sucre des betteraves (écumes de sucrerie).
- Les caractéristiques du procédé sont les suivantes : on traite en autoclave la sciure de bois par l’acide sulfurique étendu, ce qui donne un mélange de glucoses et de dextrines ; puis, on sépare le liquide sucré dont l’acidité est saturée par des écumes de sucrerie, en mettant celles-ci en léger excès ; puis, on ensemence au moyen de cultures de bacille amylobacter à une température voisine de 4S° C.
- L’acide butyrique formé se combine à la chaux en excès pour donner les butyrates de chaux qui, insolubles, sont séparés dans les essoreuses, séchés et décomposés enfin par la chaleur.
- Le kétol ainsi obtenu est un mélange de diverses cétones ;
- il est d’un jaune pâle, d’odeur éthérée ; d’après l’inventeur, 1 t. de sciure de bois donnerait 110 1. de kétol, pouvant être utilisé comme dissolvant des graisses, cires, paraffines, gommes, résines, cl de la nilro-cellulose dans la fabrication du celluloïd, etc...
- En décomposant le butyrate de calcium par l’acide sulfurique, on met en liberté l’acide butyrique, dont l’emploi est aujourd’hui fort important en tannerie et pour la préparation des essences artificielles servant en savonnerie, parfumerie, confiserie, etc... (butyrate d’amylc des bonbons anglais, par exemple).
- On peut enfin envisager l’emploi du kétol comme combustible liquide en mélange avec le pétrole brut (mazout) ou raffiné (pétrole lampant), avec l’huile de schiste, voire même avec l’alcool dont il empêche la séparation d’avec l’essence sans qu’il soit besoin d’amener l’alcool à l’état absolu.
- D’une manière générale, le kétol peut remplacer l’acétone dans tous ses emplois comme dissolvant, par exemple dans la fabrication du linoléum, où l’on se sert habituellement d’un mélange d’essence de térébenthine et d’acétone.
- Pour mémoire, nous rappelons que les acétones ou cétones sont les aldéhydes des alcools secondaires dont elles dérivent par perte de deux atomes d’hydrogène, dans le groupe caractéristique CHOH de ces alcools ; les cétones sont donc caractérisées par le groupe — CO — (carbonyle), exemple :
- Cil3 — CHOH — CH3 + O = H20 4- Cil3 — CO — CH3
- alcool propylique acétone ordinaire
- secondaire
- Pratiquement, on obtient les cétones par décomposition pyrogénée des sels organiques ; tel est l’acétate de chaux, qui donne l’acétone ordinaire.
- Blé rouge. — Le procédé classique appliqué à la destruction des campagnols consiste à déposer, à l’entrée des galeries souterraines, quelques grains de blé empoisonné, désigné généralement sous le nom de blé rouge, que l’on prépare de la manière suivante, en prenant :
- Eau ordinaire.................. 3 000 cm3
- Sulfate de strychnine. ... 20 g.
- Fuchsine....................... 15 —
- solution dont on arrose 10 kg. de blé de basse qualité ; puis on mélange le tout au moyen d’un bâtonnet, de façon à bien répartir le poison dans toute la masse, sans y toucher avec les mains.
- La préparation terminée, on prélève sur place les grains nécessaires avec une cuiller, en observant les mêmes précautions ; on recouvre légèrement de terre, afin que les grains ne soient pas détournés de leur destination par les oiseaux, les campagnols se chargeant de les retrouver facilement.
- Pour assurer une destruction complète, il est bon de repasser dans le champ 10 à 12 jours plus tard, pour déposer quelques grains dans les trous encore fréquentés.
- La strychnine étant un poison violent, on ne peut se la procurer qu’avec un certificat du maire attestant que ce produit est destiné’ à la destruction des rongeurs. Aussi est-il souvent plus commode d’acheter le blé tout préparé.
- Nettoyage de l’argenterie. — Les serviettes employées pour le nettoyage de l’argenterie se préparent ainsi :
- Prendre :
- Savon blanc en copeaux .... 100 g.
- Ilyposulfite de soude............ 20 —
- Eau ordinaire.................... 1 000 —
- Faire dissoudre au bain-marie le savon dans l’eau, puis l’hyposulfite de soude ; ajouter ensuite peu à peu en remuant constamment de façon à obtenir une bouillie bien homogène :
- Blanc d’Espagne en poudre. . . 200 g.
- Tremper enfin dans le mélange des morceaux de coton pelucheux, qu’on laissera s’imprégner complètement de la mixture ; laisser égoutter sans tordre, puis sécher librement à l’air.
- Lé Gérant : G. MASSON.
- IMPRIMÉ PAR BARNÉOUD FRÈRES ET Cle A LAVAL (FRANCE). — 15-12-1940 — PllbUslied VU Fmncè.
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- LA NATURE
- SOIXANTE-HUITIÈME ANNÉE — J939-J940
- DEUXIÈME SEMESTRE 1939 — ANNÉE 1940
- INDEX ALPHABETIQUE
- Académie des Sciences : résumés des communications, 29, 59, 93, 125, 157, 187, 220, 285, 327, 387, 437.
- Accumulateurs : entretien et charge, 433.
- Acide carbonique, eau, oxyde de carbone : dissociation, 96.
- Acide chlorhydrique : évolution de la condensation, 176.
- Acier au plomb, 313.
- Acoustique : appareils de mesure et matériaux insonores, 63.
- Adsorption mutuelle des solides, 85.
- Afrique du Nord : silice des phosphates, 438.
- Afrique Équatoriale : Pangolins, 390.
- Agriculture : source de matières premières pour l’industrie, 132.
- Air liquide, 328.
- Alcalinité des océans, 286.
- Alcool octylique : propriétés singulières, 61.
- Algues : éléments rares, 286.
- Alimentation : ressources du temps présent, 416.
- Alimentation des poissons, 387.
- Aliment mexicain : le charbon, champignon parasite du maïs, 135.
- Aliments : conservation par refroidissement rapide, 345.
- Allemagne : natalité après l’annexion des Sudètes, 94.
- Alliages d’aluminium, 192.
- Allumeur électrique a Jiel » pour le gaz,
- objectifs, 64.
- mesure de l’eau condensa-
- Appareil enregistreur de sons, 64.
- Appareils de mesure acoustique et matériaux insonores, 63.
- Appétit et vitamine C, 387.
- Apprêt dentelles, 288.
- Apprêt percale, 288.
- Argenterie : serviette à brillanter, 192.
- Argenterie : nettoyage, 448.
- Argiles détersives pour la toilette, 443.
- Ariège : foudre, 286.
- Asphyxiés : secours, 446.
- Astronomie : bulletin, 26, 90, 221, 252, 279, 317, 351.
- Astronomie : cosmographe solaire Prima-tex, 190.
- Astronomie
- Atmosphère ble, 437.
- Attaques aériennes : précautions, 8, 43, 79.
- Audiomètre, 446.
- Australie : région tropicale, 93.
- Automobile : interrupteur de sécurité, 95.
- Automobile : peinture pour ailes, 128.
- Automobile : recharge de batterie, 63.
- Automobile : robinet de batterie perfectionné, 359.
- Automobile : roue libre, 159.
- Automobile : voitures sans essence, 368.
- Automobile : entretien et charge des accumulateurs, 433.
- Aveyron : foudre, 387.
- Aviation : service aérien transatlantique, 283.
- Aviation : résistance physiologique au catapultage et aux acrobaties aériennes, 299.
- 447.
- Alluvions du Rhin, 438.
- Amérique : découverte, 153.
- Anthérozoïdes de fucus : composition, 437.
- Anthrène des musées : destruction, 96. Antigène tuberculeux, 125.
- Apiculture : gants apifuges, 392.
- Avion : pilotage en chambre, 127.
- Avion semi-automatique, 257.
- Avions : guidage par les ondes ultra-courtes, 193.
- Avions : repérage par les caméras cinématographiques, 94.
- Avions stratosphériques aux États-Unis, 78.
- B
- Balance de Boys, 64.
- Batraciens, reptiles et poissons d’eau douce en France, 147.
- Batterie d’automobile : recharge, 63. Bêche automatique, 159.
- Betterave : croissance, 157.
- Beurre de coco, 328.
- Bière mousseuse, 32.
- Blanc gélatineux, 96.
- Blé : grain, 187.
- Blé rouge, 448.
- Bois : carbonisation, 421.
- Bois : carbonisation dans le sol, 442.
- Bois explosé, 321.
- Boisson économique : cidre de feuilles de frêne, 444.
- Bore du sol, 59.
- Bore dans les feuilles, 220.
- Bougies : mèches, 160.
- Bourdons, 16.
- Brasure : composition, 160.
- Brésil : « pains de sucre », 29.
- Breton (Jules-Louis), 440.
- Brevets français : durée de validité, 189. Brillantine, 32.
- Brouillards : dissipation artificielle, 61. Brouillard : dénombrement des goutte lettes, 438.
- Buée, 157.
- C
- Cadran solaire de fortune, 89.
- Caen, le port, 129.
- Cafards : destruction, 224.
- Café, 271.
- Café : succédanés, 444.
- Café : orge maltée torréfiée comme succédané, 391.
- #
- Supplément au n° 3064 de La Nature du 15 décembre 1940.
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-
-
-
- Cafés : utilisation des excédents, 126. Calais : nouvelle gare maritime, 261. Calculs singuliers, 316.
- Campagnols : destruction par le blé rouge, 448.
- Camping : maisonnette, 62.
- Camping en igloo dans la montagne, 239. Canal Albert, 37.
- Caoutchouc chloré, 96.
- Caoutchouc : collage, 160.
- Caoutchoucs factices, 160.
- Caryocinèses végétales, 59.
- Catapultage et acrobaties aériennes : résistance physiologique, 299.
- Cavitation, 12.
- Céramique : accord des pâtes et couvertes, 438.
- Chaleur de frottement, 288.
- Champ magnétique terrestre, 286. Champignon de couche, 167.
- Champignons les plus curieux de France, 201.
- Charbon, champignon du maïs, 138. Charbon de bois, 421, 442.
- Chartreuse : recette d’imitation, 96. Chatel-Guyon : eaux, 327.
- Chauffage : comment se chauffer, 382, 406. Chemins de fer : singularités mécaniques dans le comportement des véhicules, 334.
- Cheval : fer caoutchouté, 447. Chimiothérapie, 93.
- Chine : origines de la porcelaine, 438. Chlorure de sodium dans l’eau, 256.
- Choc transfusionnel, 59.
- Chromatographie : méthodes, 389.
- Cidre de feuilles de frêne, 444.
- Cidres framboisés, 286.
- Ciment Portland : coloration, 126. Cinématographe et enseignement du tir, 32.
- Cinématographe radiologique, 358. Cinématographe en relief d’amateur, 86. Cire des cierges : fusion, 160.
- Clarté nocturne, 229.
- Clous à ferrer, 28S.
- Cokexûe moderne, 65.
- Coléoptères des îles australes : aptérisme, 437.
- Colchicine : comparaison avec l’essence de mandarinier, 387.
- Colle acétonique, 160.
- Colle à la caséine, 392.
- Colle forte liquide, 96.
- Comètes de 1939, 30.
- Comètes nouvelles, 189.
- Comètes : orbites, 64.
- Conservation du lait, 154.
- Coupe des outils : mécanisme, 314. Couverture des forêts : rôle des vers de terre, 15.
- Craie dans l’Oise : points bas, 437.
- Crème dentifrice, 444.
- Crins de Florence marocains, 274, 359. Croissance in vitro des tissus végétaux, 29.
- Cuir : travail, teinture, 256.
- Cultures maraîchères : chauffage électrique, 121.
- Cultures microbiennes en milieu lécithine, 29.
- Curare, 187.
- Cuve en ciment pour mazout, 392. Cyclone en Nouvelle-Calédonie, 93.
- D
- Décimales du nombre n, 382, 447.
- Défense passive, 8, 43, 79.
- Dérive du « Sedow », 322.
- Détection de la lewisite, 285.
- Diamant des mathématiques : à propos des décimales du nombre n, 382. Diamines aliphatiques, 59.
- Disphylaxie hépatique, 387.
- Dufay (Cisternai) : 2e centenaire, 179.
- E
- Eau condensable de l’atmosphère : mesure, 437.
- Eau, acide carbonique et oxyde de carbone : dissociation, 96.
- Eau à l’Exposition de Liège, 97.
- Eau : luminescence, 187.
- Eau de piscine, 359.
- Échantillons minéralogiques : fixation, 256.
- Éclairage d’alerte, 248.
- Éclairs étudiés avec un appareil photographique à 8 chambres tournantes, 117.
- Écrans colorés, 360.
- Égypte ancienne : objets de toilette, 33.
- Électrotechnique démontable, 325.
- Emballages en tubes d’étain, 357.
- Encre pour machine à écrire, 328.
- Encre à stylo, 448.
- Enregistrement phonographique direct sur disque, 224.
- Épices : succédanés, 444.
- Épilation, 328.
- Éruptions solaires et orages magnétiques, 93.
- Essence de jasmin, 29.
- Essence minérale : désodorisation, 128.
- Essence de violette, 286.
- Étoiles : dimensions, 139.
- Exploration du fond des mers, 20S.
- Exposition de New-York : présentations radio-électriques, 18.
- F
- Fagotage,' 25.
- Faune mammalienne des îles littorales atlantiques, 438.
- Fauteuil de l’écrivain de Saint-Gervais, 57. Fer : couches minces, 29.
- Fer à cheval caoutchouté, 447.
- Feuilles mortes : décomposition, 441.
- Fiel de bœuf, 32.
- Fièvre nouvelle, 157.
- Fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses : vaccination, 437.
- Films en colle et gélatine, 219.
- Finlande : voies de communications, 217. Flotte sous-marine allemande, 219. Fluorescence, 360.
- Foudre en boule, 187.
- Foudre dans l’Aveyron, 387.
- Foudre dans les Hautes-Pyrénées, 125. Foudre dans l’Ariège, 286.
- Fourmis : destruction, 328.
- Fours électriques : hautes températures, 96.
- Froid : effet sur la végétation, 387. Fromages : maturation, 59.
- Fucus : composition des oosphères et des anthérozoïdes, 437.
- Fûts en vidange : méehage humide, 445.
- G
- Gangrène gazeuse, 374.
- Gants apifuges, 392.
- Gare maritime de Calais, 261.
- Gaz : allumeur électrique, 447.
- Gaz comprimé : postes distributeurs, 371. Gel d’alumine dans la vaccination, 387. Générateur de rayons X de 1 million de Y., 61.
- Gers : vipères, 29.
- Ginseng des Chinois, 244.
- Givre au Puy-de-Dôme, 29.
- Glycols : applications industrielles, 102. Gorilles : capture, 171.
- Grains : conservation, 419.
- Gratte-ciel : problèmes techniques de construction, 355.
- Gravure sur cuivre, 192.
- Grue des Baléares, 277.
- Guerre microbienne, 225.
- H
- Haricots xéniés, 438.
- Hautes-Pyrénées : foudre, 125.
- Hélium liquide : propriétés singulières, 323.
- Herborisation : maisons pour matériel, 32.
- Heure : connaissance « en pieds d’ombre » chez les Musulmans marocains, 109.
- Heure d’été, 326.
- Hormones végétales, 137.
- Horticulture : ouate de verre, 151.
- Huiles alimentaires : produits de remplacement, 443, 447.
- Huiles essentielles : solubilisation, 392.
- Huiles siccatives, 392.
- Huiles de vidange, 392.
- Hydrocarbures : combustion, 125.
- Hydrogénation d’une essence naturelle, 437.
- I
- Igloo en montagne, 239.
- Iles Féroé, 289.
- Iles atlantiques françaises : peuplement mammalien, 438.
- Iles du Pacifique : lave, 437.
- Iles littorales atlantiques : faune mammalienne, 438.
- Impactométrie des gouttes de pluie, 445.
- Imperméabilisation des draps, 160.
- Imperméabilisation des vêtements de ski, 128.
- Impuretés solides dans les métaux, 379, 396.
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-
-
-
- Indien perdu de Mammotli Cave, 263. Infection colfbacillaire du foie, 59.
- Insecte étrange, 382.
- Insecte vieux de plus de 200 millions d’années, 442.
- Insecticide contre l’Anthrène des musées, 96.
- Interrupteur de sécurité pour automobile, 95.
- Iodure d’azote : détonation, 187. Ionisation des gaz, 187.
- J
- Jade, 183.
- Jasmin : essences, 29.
- Jets liquides, 220.
- Jolly (Justin) : membre de l’Académie des Sciences, 119.
- Jours dans les régions nordiques, 266. Jus de raisins concentrés, 362.
- K
- Kétol, 448.
- L
- Laboratoire d’analyses : conditions d’ouverture, 360.
- Lac Tchad conquis par la navigation, 1.
- Lait : conservation, 154.
- Lames minces hydrophiles, 437.
- Lampe à ampoule phosphorescente, 214. •
- Lave des îles du Pacifique, 437.
- Laves mexicaines : aimantation permanente, 437.
- Légumes : préparation et conservation des extraits, 438.
- Lentille du Puy, 327.
- Lentilles d’optique : traitement superficiel, 323.
- Lessive sans feu, 391.
- Levures de vin, 157.
- Lewisite : détection, 285.
- Linge piqué : enlèvement des taches, 445.
- Livres nouveaux, 28, 60, 92, 124, 158, 188, 223, 255, 439.
- Lumière : dépolarisation, 93.
- Lumière polarisée et la guerre, 211.
- Luminescence de l’eau, 187.
- Lunettes astronomiques : pour éviter les réflexions dans le tube, 160.
- Lyon : dégagement des accès, 161.
- M
- Machine agricole à « œil électrique », 110.
- Maïs : charbon, champignon parasite, 135. Maisonnette pour camping, 62. Mandarinier : essence comparée à la col-chicine, 387.
- Marc : pour lui enlever le goût de fumée, 96.
- Marrons d’Inde : succédané du savon, 391. Mars : calotte australe, 285.
- Mât totémique du Musée de l’homme, 57. Mazout : cuve en ciment, 392.
- Méchage humide des fûts en vidange, 445. Mèches des bougies, 160.
- Mélanges salins : nouveau procédé de séparation, 356.
- Mer : méthodes modernes pour l’étude du fond, 441.
- Mer et industrie chimique, 342.
- Mercure, 192, 288.
- Métallurgie dos poudres, 278.
- Métaux : impuretés solides, 379, 396. Météorologie : mois, 58, 122, 186. Météorologie officielle en Suisse : le laboratoire en camping, 346.
- Météorologie : résumé des observations 254.
- Mexique : aimantation permanente de laves, 437.
- Microbes et rayonnement radioactif, 93. Miellat et miellée, 340.
- Mimétisme et la guerre, 337.
- Minéraux : néogenèse, 220.
- Minéraux en grains, 143.
- Mines métalliques Scandinaves, 307. Miroir de télescope : réargenture, 64. Monnaies en nickel de Hong-Kong, 284. Morphine : dosage, 157.
- Mosaïques : moulage, 123.
- Moteur électrique démontable « Multimo-teur », 325.
- Moulage au soufre, 32.
- Mousses congelées : reviviscence, 125. Moustiques : auxiliaires de lutte, 309. Moutarde, 448.
- Muséum national : nouveautés, 147. Myopie : correction, 32.
- N
- Natalité allemande après l’annexion des Sudètes, 94.
- Nature {La). Orientation actuelle, 361. Navires de guerre à moteurs Diesel, 249. Nécrologie : II. Vigneron, 360.
- Nickel catalytique, 93.
- Noir de fumée, 128.
- Noix explosées, 21.
- Nouvelle-Calédonie : cyclone, 93.
- Niger : eaux souterraines, 187.
- Niger : salinité, 220.
- Nitrobenzine, 160.
- Nombre «jç : décimales, 382, 447.
- Nuages : observation nocturne, 303. Nuages : gouttelettes, 327.
- Nuages et fumées dans la guerre modem »,, 240.
- Nuages nacrés, 327.
- Nuit : clarté nocturne, 229.
- O
- Objectifs astronomiques, 64.
- Obus aérien auto-détonant, 61.
- OEil doué de vision spectroscopique, 74.
- .....—......... 451 =
- OEil : réactions visuelles, 125.
- Œufs d’oiseaux : ouvrages de détermination, 256.
- Oise : points bas de la craie, 437.
- Olivier do Serres, 21.
- Ombre de la terre, 59.
- Oosphères et anthérozoïdes de fucus : composition, 437.
- Optique : traitement superficiel des lentilles, 323.
- Orages magnétiques et éruptions solaires, 93.
- Orge maltée torréfiée : succédané du café, 391.
- Orientation actuelle de « La Nature », 361.
- Orthoptères : mœurs, 329.
- Oscillographes cathodiques à incandescence, 191.
- Ouate de verre en horticulture, 151.
- Outils : mécanisme de coupe, 314.
- Oxyde de carbone : destruction par combustion catalytique, 210.
- Oxyde carbonique, eau, acide carbonique : dissociation, 96.
- P
- « Pains de sucre » du Brésil, 29.
- Pangolins de l’Afrique Équatoriale, 390. Papiers marbrés, 32.
- Papier ozalid, 360.
- Papier stencil, 360.
- Papier transparent, 392.
- Papiers : permanence, 6.
- Paraffine, 64.
- Parfumerie : « pot pourri », 392.
- Pasteur : son esprit d’invention, 393. Pâte à copier, 96.
- Pâte à polycopier, 128, 160.
- Pâte à papier : blanchiment, 288.
- Peau : procédé pour enlever les taches, 123.
- Pêche : poisons sud-américains, 89. Peinture pour ailes d’automobiles, 128. Peinture au caoutchouc, 96.
- Peintures indicatrices de température, 189. Perles de caverne, 115.
- Pesage : nouvel appareil automatique, 181. Pétrole : désodorisation, 2SS.
- Pétrole et la guerre, 233.
- Pétrole : sondage de Saint-Marcet, 135. Phosphates de l’Afrique du Nord : silice, 138.
- Photographie aérienne, séchage rapide des pellicules, 250.
- Photographie : film en aluminium, 357. Photographie militaire : appareils de prise de vue, 294.
- Photographie n’importe où !, 282. Photographie : temps de pose simplifié, 319.
- Photographie : petits clichés, grandes images, 343.
- Photographie : visionneuse pour clichés de petit format, 95.
- Photométrie de précision, 220.
- Pieds gelés, 327, 387.
- Pissenlit, énigme historique, 256.
- Planète Mars, 50.
- Plantes : noms vernaculaires, 311.
- Pluie : impactoinétrie des gouttes, 445.
- p.451 - vue 413/421
-
-
-
- = 452.....................................
- Pneumatiques : progrès de la fabrication, 174.
- Pneus increvables, 287.
- Poêlas en céramiques, 360.
- Poisons de pêcbe sud-américains, 89. Poissons : alimentation, 387.
- Poissons, reptiles et batraciens d’eau douce en France, 147.
- Polarographie, 348.
- Police scientifique : spectrographie, 75. Polycopie : pâte, 128, 160.
- Polymérisation des matières plastiques : méthodes, 388.
- Pomme de terre : tubercules, 29. Pommiers : nécessité de les améliorer, 428. Porcelaine : origine en Chine, 438.
- Port de Caen, 129.
- Porte-greffe, 220.
- Postes distributeurs de gaz comprimé, 371. 371.
- « Pot pourri », 392.
- Poudres : métallurgie, 278.
- Poussier de charbon : utilisation, 391. Précautions contre les attaques aériennes, 8, 43, 79.
- Presses pour agglomérés, 448. Prestidigitation, 25, 122.
- Prophylaxie : conditionnement de l’air et des parois, 168.
- Puceron gris du pêcher, 327.
- Punaises : destruction, 224.
- Puy-de-Dôme : givre, 29.
- Pyrénées : structure du versant nord, 387.
- Q
- Quartz : synthèse, 93.
- R
- Radio-électricité à l’Exposition de New-York, 18.
- Rayonnement radioactif et microbes, 93. Rayons ultra-violets et nitroglycérine, 220. Rayons X : générateur de 1 million de Y., 61.
- Réactions A-isuelles, 125.
- Récepteurs de T. S. F. minuscules, 31. Récréations mathématiques, 185, 430. Redresseurs à oxyde de cuivre, 63. Reptiles, batraciens et poissons d’eau douce en France, 147.
- Rhin : alluvions, 438.
- Rosiers : insectes ennemis, 39. Roulotte-camping, 62.
- S
- Saint-Marcet : sondage, 135. Salade sans huile, 390.
- Salinité des eaux d’arrosage, 327. Sapindacées : poisons de pêche, 89.
- -Savon anticambouis, 192.
- Savon économique, 391.
- Savon : succédané, 391.
- Savon : nécessité de la chaleur dans la fabrication, 392.
- Scandinavie : mines métalliques, 307. Schampoing peu coûteux, 391.
- Scilliroside, 387.
- « Sedov » : dérive, 322.
- Serres (Olivier de), 21.
- Sérum nouveau antivenimeux, 438. Serviette à brillanter, 192.
- Ski : imperméabilisation des vêtements, 128.
- Sirènes : audibilité, 125.
- Sondage de Saint-Marcet, 135.
- Sons musicaux, 29.
- Soudure autogène : application intéressante, 94.
- Sous-marins : flotte allemande, 219. Spectrographie en police scientifique, 75. Statue de marbre : nettoyage, 328.
- Statue religieuse la plus haute du monde, 10.
- Sulfamides, merveilleux bactéricides, 401.
- T
- Tableau noir : mixture pour enduire, 96.
- Taches sur la peau : procédé pour les enlever, 123.
- Taches sur le linge piqué : enlèvement, 445.
- Tatouage : suppression, 192.
- Télescope : réargenture de miroir, 64.
- Température : variations près du sol, 73.
- Terrain fissuré : auscultation d’une circulation souterraine, 387.
- Terre plastique à l’huile, 128.
- Thé : succédanés, 444.
- Thioxotropie, rhéopexie et dilatance, 275.
- Tiffeneau (Marc) : membre de l’Académie des Sciences, 87.
- Tir : enseignement par le cinématographe, 32.
- Tirefonneuse pour voies ferrées, 191.
- Truffe : culture artificielle, 187.
- T. S. F. : alimentation d’un récepteur sur automobile, 192.
- T. S. F. : amplificateur musical et poste à batteries, 64.
- T. S. F. : amplificateurs à résistance, 63.
- T. S. F. : appareil automatique pour la liaison téléphonique mixte par fil et sans fil, 287.
- T. S. F. : chargeurs d’accumulateurs, 192.
- T. S. F. : choix de récepteur, 63.
- T. S. F. : Emission radiophonique à haute fidélité, 256.
- T. S. F. : ouvrages de documentation, 64.
- T. S. F. : ouvrages sur les récepteurs, 256.
- T. S. F. : parasites atmosphériques des régions australes, 220.
- T. S. F. : poste à lampe bi-grilles, 224.
- T. S. F. : poste portatif pour le camping, 224.
- T. S. F. : récepteurs, 31.
- T. S. F. : récepteur pour ondes courtes : construction, 63.
- T. S. F. : récepteurs, variation de fonctionnement, 63.
- T. S. F. : répartition des auditeurs de radiodiffusion en France, 104.
- T. S. F. : valve-relais à cathode froide, 256.
- T. S. F. : exposition de New-York, 18.
- Topinambour : hérédité à retardement, 437.
- Tubercules de la pomme de terre, 29.
- Tubercules en milieu aseptique, 286.
- Tuberculose : substance provoquant des lésions, 387.
- Turquie : population, 126.
- U
- Unités électriques : comparaison, 187. Uranium : transmutations et utilisation de l’énergie intra-atomique, 196.
- U. R. S. S. : population, 126.
- V
- Vaccination, 157.
- Vaccination : gel d’alumine, 387. Vaccination contre la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, 437.
- Valve-relais à cathode froide, 49.
- Vase des estuaires, 286.
- Végétation et froid, 387.
- Vent au sol, 286.
- Vernis cellulosique, 128.
- Vernis : fabriques, 256.
- Vernis à ongles, 96.
- Vernis simple pour cuir, 224.
- Vernis craquelé, 448.
- Verre à très faible coefficient de dilatation, 219.
- Vers de terre : rôle dans la couverture des forêts, 15.
- Viande : succédanés, 445.
- Vin de figues, 328.
- Vipères du Gers, 29.
- Virus aphteux : fixation, 59.
- Virus : atténuation par la lécithine, 157. Vitamine C et appétit, 387.
- Voitures sans essence, 368.
- Volcanisme, « mauvaises années » et glaciations, 166.
- Y
- Yougoslavie, 409. Ypérite : action, 93.
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-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Adam (Michel). — La répartition des auditeurs de radiodiffusion en France, 104.
- Alber. — Attaché... mais libre, 25. — Troublante énigme Louis XVI, 122.
- Alpiiandery (Ed.). — Les bourdons, 16. — Miellat et miellé, 340.
- B. (A.). — L’acier au plomb, 313.
- Barolet (H.). — Récréations mathématiques, 185, 430. — Singuliers calculs, 316.
- Basiaux (P.). — L’eau à l’Exposition de Liège, 97.
- Berthelot (Ch.). — La cokerie moderne, 65. — Le pétrole et la guerre, 233.
- Bertrand (L.). — Communications à l’Académie des Sciences, 29, 58, 93, 125, 157, 187, 220, 285, 327.
- Bertin (Léon). — Les nouveautés du Muséum national, 147.
- Blanzac (Pierre de). — Les hormones végétales, 137.
- Blin (Henri). — La couverture des forêts et le rôle des vers de terre, 15.
- Bodson (H.). — La polarographie, 348.
- Boigey (Dr Maurice). — Le mimétisme et la guerre, 337.
- Bourgain (André). La photographie militaire, les appareils de prise de vue, 294. — Petits clichés, grandes images, 343.
- Bouron (A. et L.). — La destruction de l’oxyde de carbone par combustion catalytique, 210.
- Boyer (Jacques). — Insectes ennemis des rosiers, 39. — Le mât totémique du Musée de l’homme, 57. — Marc Tiffeneau, 87. — Justin Jolly, 119. — Les crins de Florence marocains, 274, 359. — Les mines métalliques Scandinaves, 307. — Les mœurs de quelques orthoptères, 329.
- Bricaud (P.). — Les variations de température près du sol, 73.
- Brossard (René). — Les plus curieux champignons de France,
- 201.
- Brumpt (Lucien). — Un curieux aliment mexicain : le charbon, champignon parasite du maïs, 135.
- Caters (Christian de). — L’Indien perdu du Mammoth Cave, 263.
- Cerisaie (J. de la). — Les éclairs étudiés avec un appareil photographique à 8 chambres tournantes, 117.
- Chevalier (Auguste). — Nécessité d’améliorer les pommiers, 428.
- Claude (Daniel). — Le chauffage électrique en cultures maraîchères, 121.
- Creston (R. Y.). — Les îles Féroé, 289.
- Dapsence (Paul). — Le fauteuil de l’écrivain de Saint-Gervais, 57.
- Daumas (Maurice). — La spectrographie en police scientifique, 75.
- Déribéré (Maurice). — Les « perles de caverne », 115.
- Devaux (Pierre). — Nouvelle machine agricole à « œil électrique », 110. — Nouveaux éclairages d’alerte, 248. — Vers l’avion semi-automatique, 257. — La résistance au catapultage et aux acrobaties aériennes, 299. — Singularités mécaniques dans le comportement des véhicules de chemin de fer, 335. — Voitures sans essence, 368.
- Dupouy (Lucien). — La conservation des grains, 419.
- F. F. — La météorologie officielle en Suisse, le laboratoire en camping, 346.
- Forbin (Victor). — Le lac Tchad conquis par la navigation, 1.
- — A qui revient la gloire d’avoir découvert l’Amérique P 153.
- Fournier (P.). — Volcanisme « mauvaises années » et glaciations, 166. — Une panacée qui disparaît : le ginseng des Chinois, 244.
- Garcin (J.). — Un appareil de pilotage en chambre simple et amusant, 127.
- Genevois (L.). — Les jus de raisins concentrés, 362. •— Ressources alimentaires du temps présent, 416.
- Guillaume (A.). — Nos auxiliaires contre les moustiques, 309.
- Guillet fils (Léon). — Les impuretés solides dans les métaux, 379, 396.
- H. (P.). — Les présentations radio-électriques à l’Exposition de New-York, 18. — Valve-relais à cathode froide, 48. — La cinématographie en relief d’amateur, 86. — Une application intéressante de la soudure autogène, 94. — Le repérage des avions par les caméras cinématographiques, 94.
- Hémardinquer. — Récepteurs de T. S. F. minuscules, 31. — Le guidage des avions par les ondes ultra-courtes, 193.
- Joubier (Marie-Louise). — La Yougoslavie, 409.
- Kazeeff (W. N.). — La guerre microbienne est-elle possible ? 225. — La gangrène gazeuse, 374. — Les sulfamides, merveilleux bactéricides, 401.
- Kimpflin (Georges). — Le dégagement des accès de Lyon, 161.
- — Postes distributeurs de gaz comprimé, 371.
- Kuentz (L.). — Un échassier superbe : la grue des Baléares, 277.
- Lanorville (Georges). — La plus haute statue religieuse du monde, 10. — Le port de Caen et ses nouveaux aménagements, 129. — Nouvel appareil automatique de pesage, 181.
- — La nouvelle gare maritime de Calais, 261. — Le café, 271.
- Larue (Pierre). — Fagotage, 25. — Méchage humide de fûts en vidange, 445.
- Legendre (R.). — Comment se chauffer, 384, 406.
- Lepoivre (M.). — Le charbon de bois, 421.
- Le Lionnais (François). — Le diamant des mathématiques, le nombre tt, 382.
- Leudeville (Guy de). — Carbonisation du bois dans le sol, 442.
- Mathis (Dr Maurice). — Capture des gorilles avec les pygmées de Mindourou, 171.
- Meunissier (Eug.). — Des noms vernaculaires des plantes, 311.
- Millereau (André). — Les accumulateurs : entretien et charge, 433.
- Morant (Henry de). — Les objets de toilette dans l’ancienne Egypte, 33.
- Morhardt (Dr P. E.). — Conservation des aliments par refroidissement rapide, 345. — Décomposition des feuilles mortes, 441.
- Nepveu (Pierre). — Olivier de Serres, 21.
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- ===== 454 ..........=.....— 1 1 : y.
- Perruche (Lucien). — La permanence des papiers, C. — La détermination des minéraux en grains, 143. — Produits de remplacement des huiles alimentaires, 443. — Argiles cléter-sives pour la toilette, 444.
- Pontmartin (Germ. Dubois de). — Le jade, 183.
- Ranc (Albert). — Le deuxième centenaire de Cisternai Dufay, 179.
- Renaud (H.-P.-J.). — La connaissance de l’heure « en pieds d’ombre » chez les Musulmans marocains, 109.
- Roger (Em.). — Le mois météorologique, 58, 122, 1S6. — Résumé des observations laites à l’Observatoire du Parc Saint-Maur, près Paris, pendant l’année météorologique 1939, 254.
- Rolet (A.). — L’ouate de verre en horticulture, loi.
- Rousseau (Pierre). — Idées nouvelles sur la planète Mars, 50.
- Rudaux (Lucien). — Les dimensions des étoiles, 139. — La clarté nocturne, 229. — Que sont les jours dans les régions nordiques, 266. — L’observation nocturne des nuages, 303. — Bulletin astronomique, 434.
- Tiioret (J.). — Un insecte étrange, 382.
- Touchet (Em.). — Bulletin astronomique, 26, 90, 221, 252, 279, 317, 351. — Les comètes de 1939, 30. — Causerie photographique, 282, 353.
- Troller (A.). — Les transmutations de l’uranium et l’utilisation de l’énergie intra-atomique, 197.
- V. (H.). — Les progrès de la fabrication des pneumatiques, 174.
- Yallery-Radot (Prof.). — Pasteur. Son esprit d’invention, 393.
- Villers (R.). — Lampe à ampoule phosphorescente, 214.
- Vellard (J.). — Poisons de pêche sul-américains de la famille des sapindacécs, 89.
- Vigneron (H.). — La cavitation, 12. — Les noix explosées, 31.
- — Le canal Albert, 37. — Un générateur de rayons X de 1 million de volts, 61. — La dissipation artificielle des brouillards, 61. — L’obus aérien autodétonant, 61. — Propriétés singulières de l’alcool octylique, 61. — L’adsorption mutuelle des solides, 85. — Les applications industrielles des glycols, 102. — L’agriculture, source de matières premières pour l’industrie, 132. — L’évolution de la condensation de l’acide chlorhydrique, 176. — L’exploration du fond des mers, 208.
- — Le camping en igloo clans la montagne, 239. — Thioxo-tropie, rhéopexie et dilatance, 275. — La métallurgie des poudres, 278. — Le mécanisme de la coupe des outils, 314.
- — Le bois explosé, 321. — La dérive du « Sedov », 322. — Le traitement superficiel des lentilles d’optique, 323. — Propriétés singulières de l’hélium liquide, 323. — La mer et l’industrie chimique, 342.
- Volta (II.). — La lumière polarisée et la guerre, 211. •— Les nuages et fumées dans la guerre moderne, 240. — Séchage rapide des pellicules de photographie aérienne, 250. — Les détonateurs modernes, 251.
- X. — Les avions stratosphériques aux Etats-Unis, 78.
- Zaborowska (Suzanne). — Les voies de communication de la Finlande, 217.
- — Précautions contre les attaques aériennes, 8, 43, 79.
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- TABLE DES MATIÈRES
- I. — ACADÉMIE DES SCIENCES
- Résumé des communications (L. Bertrand), 29, 59, 93,
- 125, 157, 187, 220, 285, 387, 437
- Nouveaux membres (J. Boyer).
- Marc Tiffeneau..........................................S7
- Justin Jolly ..........................................119
- Nécrologie. Jules-Louis Breton.............................440
- II. - MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- Les comètes de 1939 (Em. Touciiet).......................30
- Idées nouvelles sur la planète Mars (Pierre Rousseau). 50
- L’ombre de la Terre.........................................59
- La connaissance de l’heure « en pieds d’ombre » chez les
- Musulmans marocains (ïI.-P.-J. Renaud)..................109
- Les dimensions des étoiles (L. Rudaux).....................139
- Nouvelles comètes (Em. Touciiet)...........................189
- La calotte australe de Mars................................2S5
- Singuliers calculs (H. Barolet)............................316
- L’heure d’été............................................. 327
- Le diamant des mathématiques : « à propos des décimales
- du nombre -rz » (François Le Lionnais)..................382
- Récréations mathématiques (IL Barolet). . . 185, 316, 430 Bulletin astronomique (Em. Touchet), 2G, 90, 155, 221,
- 279, 317, 351, 434
- III. — SCIENCES PHYSIQUES 1. Physique.
- La cavitation (H. Vigneron). ................................12
- Les couches minces de fer....................................29
- Les sons musicaux............................................29
- La spectrographie en police scientifique (Maurice Dau-
- mas)......................................................75
- L’adsorption mutuelle des solides (H. Vigneron) .... 85
- Dépolarisation de la lumière.................................93
- L’audibilité des sirènes....................................125
- La buée.....................................................157
- Ionisation des gaz .........................................187
- La luminescence de l’eau....................................187
- Les transmutations de l’uranium et l’utilisation de l’énergie intra-atomique (A. Troller).............................197
- La lumière polarisée et la guerre (IL Volta)................211
- Rayons ultra-violets et nitroglycérine......................220
- Les jets liquides...........................................220
- Thioxotropie, rhéopexie et dilatance (IL Vigneron). . . 275 La résistance au choc des matières plastiques .... 285
- La répulsion thermique...................................285
- La polarographie (IL Bodson)........................... . 348
- La méthode chromatographique (II. Vigneron)..........389
- Les lames minces hydrophiles.............................437
- 2. Chimie.
- Les essences de jasmin.........................................29
- Les diamines aliphatiques......................................59
- Propriétés singulières de l’alcool octylique (II. Vigneron) ..........................................................61
- Action de l’ypérite............................................93
- Le nickel catalytique..........................................93
- Les applications industrielles des glycols (IL Vigxneron). 102
- La combustion des hydrocarbures...............................125
- Utilisation des excédents de café.............................126
- L’évolution de la condensation de l’acide chlorhydrique
- (II. Vigneron)..............................................176
- Détonation de l’iodure d’azote................................187
- Les peintures indicatrices de température.....................189
- La destruction de l’oxyde de carbone par combustion
- catalytique (A. et L. Bouron)...............................210
- Le nouveau verre à très faible coefficient de dilatation
- (IL Vigneron)...............................................219
- Neutralisation de l’acide chlorhydrique.......................224
- Le pétrole et la guerre (C. Bertiielot).......................233
- Les nuages et fumées dans la guerre moderne (H. Volta). 240
- La métallurgie des poudres (IL Vigneron)......................278
- Le charbon liquide........................................... 285
- La détection de la lewisite...................................285
- L’essence de idolette.........................................286
- L’acier au plomb (A. B.)......................................313
- Le traitement superficiel des lentilles d’optique
- (IL Vigneron)...............................................323
- Propriétés singulières de l’hélium liquide (H. Vigneron). 323
- La mer et l’industrie chimique (IL Vigneron)..................342
- Nouveau procédé de séparation des mélanges salins. . . 35G
- Les impuretés solides dans les métaux (Léon Gtjillet
- fils)............................................... 379, 390
- Le scilliroside...............................................387
- Méthodes île polymérisation des matières plastiques . . . 388 Hydrogénation d’une essence naturelle.........................437
- IV. — SCIENCES NATURELLES 1. Géologie. — Paléontologie.
- Les « pains de sucre » du Brésil..........................29
- Synthèse de quartz........................................93
- Les perles de caverne (M. Dériiséré)......................115
- Le sondage de Saint-Marcet................................135
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- t-= 456 .................. ..........: . ..r
- La détermination des minéraux en grains (Lucien Per-
- ruche)...................................................143
- Le jade (G. Dubois de Pontmartin)..........................183
- Les eaux souterraines du Niger.............................187
- Néogenèse des minéraux.....................................220
- La salinité du Niger.......................................220
- L’Indien perdu de Mammoth Cave (Ch. de Caters). . . 263 Les mines métalliques Scandinaves (J. Boyer) .... 307
- Les eaux de Châtel-Guyon...................................327
- Structure du versant nord des Pyrénées.....................387
- Auscultation d’une circulation souterraine dans un terrain Assuré.................................................387
- Les points bas de la craie dans l’Oise...................437
- Les laves des îles du Pacifique..........................437
- La silice des phosphates de l’Afrique du Nord..............438
- Les alluvions du Rhin......................................438
- Un insecte vieux de plus de 200 millions d’années. . . 442
- 2. Physique du globe. — Météorologie.
- Le givre au Puy-de-Dôme....................................29
- La dissipation artificielle des brouillards (H. Vigneron)- 61 Les variations de température près du sol (P. Bricaud). 73
- Un cyclone en Nouvelle-Calédonie...........................93
- Éruptions solaires et orages magnétiques...................93
- Les éclairs étudiés avec un appareil photographique à
- 8 chambres tournantes (J. de la Cerisaie)...............117
- La distribution de l’ozone.................................125
- La foudre dans les Hautes-Pyrénées........................125
- Volcanisme, « mauvaises années » et glaciations
- (P. Fournier)...........................................166
- Foudre en boule............................................187
- L’exploration du fond des mers (II. Vigneron)..............208
- Parasites atmosphériques des régions australes .... 220
- La clarté nocturne (L. Rudaux).............................229
- Résumé des observations faites à l’Observatoire du Parc Saint-Maur pendant l’année météorologique 1939 (Em.
- Roger)..................................................254
- Que sont les jours dans les régions nordiques ?
- (L. Rudaux).............................................266
- L’alcalinité des océans....................................286
- La vase des estuaires......................................286
- La foudre dans l’Ariège....................................286
- Le champ magnétique terrestre..............................286
- Le vent au sol.............................................286
- Les gouttelettes des nuages................................327
- Nuages nacrés............................................. 327
- L’observation nocturne des nuages (L. Rudaux) . . . 303 La météorologie officielle en Suisse : le laboratoire en
- camping (F. F.).........................................346
- La foudre dans l’Aveyron...................................387
- Aimantation permanente des laves mexicaines .... 437
- Mesure de l’eau condensable de l’atmosphère................437
- Dénombrement des gouttelettes du brouillard................438
- Méthodes modernes pour l’étude du fond des mers . . . 441 Le mois météorologique (Em. Roger), 58, 122, 186, 252
- 3. Zoologie. — Biologie. — Physiologie.
- Les bourdons (Ed. Alphandéry)................................16
- Les vipères du Gers..........................................29
- Insectes ennemis des rosiers (J. Boyer)......................39
- La vie en haute altitude.....................................59
- Un œil doué de vision spectroscopique........................74
- Poisons de pêche sud-américains de la famille des sapin-
- dacées (J. Vellard).......................................89
- Réactions visuelles........................................ 125
- Les nouveautés du Muséum d’Histoire naturelle : une nouvelle collection de reptiles batraciens et de poissons d’eau douce de France (Léon Bertin).................147
- Capture des gorilles avec les pygmées de Mindourou
- (Dr M. Matiiis)........................................171
- La guerre microbienne est-elle possible ? (W. N. Kazeeff). 225
- La grue des Baléares (L. Kuentz).........................277
- La résistance physiologique au catapultage et aux acrobaties aériennes (P. Devaux) ............................299
- Nos auxiliaires contre les moustiques (A. Guillaume) . . 309
- Le puceron gris du pêcher................................327
- Les mœurs de quelques orthoptères (Jacques Boyer). . . 329
- Le mimétisme et la guerre (Dr M. Boicey).................337
- Un insecte étrange (J. Thorét)............................. 382
- L’alimentation des poissons............................. . 387
- Les Pangolins de l’Afrique Équatoriale ..................390
- Aptérismè des Coléoptères des îles australes.............437
- Composition des oosphères et des anthérozoïdes de fucus. 437 Peuplement mammalien d’îles atlantiques françaises. . 438 Faune mammalienne des îles littoralles atlantiques . . 438
- 4. Botanique. — Agriculture.
- La couverture des forêts et le rôle des vers de terre
- (Henri Blin)..............................................15
- Olivier de Serres (Pierre Nepveu)...........................21
- La croissance in vitro des tissus végétaux..................29
- Les tubercules de la pomme de terre......................29
- Insectes ennemis des rosiers (J. Boyer).....................39
- Le bore du sol..............................................59
- Caryocinèses végétales......................................59
- La maturation des fromages..................................59
- Poisons de pêche sud-américains de la famille des sapin-
- dacées (J. Vellard).......................................89
- Le chauffage électrique en cultures maraîchères (Daniel
- Claude)..................................................12-1
- La reviviscence des mousses congelées......................125
- L’agriculture source de matières premières pour l’industrie (II. Vigneron).........................................132
- Un curieux aliment mexicain : le charbon, champignon
- parasite du maïs (L. Brumpt).............................135
- Les hormones végétales (P. de Blauzac).....................137
- La ouate de verre en horticulture (A. Rolet)................151
- Nouvelle méthode de conservation du lait...................154
- Les levures de vin......................................... 157
- Le champignon de couche....................................157
- La croissance de la betterave..............................157
- Le grain de blé............................................187
- La culture artificielle de la truffe.......................187
- Le curare..................................................187
- Les plus curieux champignons de France (R. Brossard). 201
- Le bore dans les feuilles..................................220
- L’importance du porte-greffe...............................220
- Une panacée qui disparaît : le ginseng des Chinois
- (P. Fournier)............................................244
- Le café (G. Lanorville).....................................271
- Les tubercules en milieu aseptique..........................286
- Les éléments rares des algues..............................286
- Cidres framboisés...........................................286
- Le puceron gris du pêcher..................................327
- La lentille du Puy.........................................327
- Des noms vernaculaires des plantes (Eug. Meunissier). 311
- La salinité des eaux d’arrosage............................327
- Miellat et miellée (Ed. Alphandéry).........................340
- L’essence de mandarinier comparée à la colchicine . . . 387
- Effets du froid sur la végétation...........................387
- La conservation des grains (Lucien Dupouy)..................419
- Nécessité d’améliorer les pommiers (Auguste Chevalier). 428
- Hérédité à retardement chez le topinambour..................437
- Haricots xéniés.............................................438
- Décomposition des feuilles mortes...........................441
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- 457
- V. - GÉOGRAPHIE, - ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE
- Le lac Tchad conquis par la navigation (Victor Fournis) . 1
- Les objets de toilette dans l’ancienne Égypte (H. de
- Morant)..................................................33
- Un document pour l’histoire du mobilier (P. Dapsence). 57 Le mât totémique du Musée de l’homme (J. Boyer). . . 57
- La région tropicale australienne............................93
- La natalité allemande après l’annexion des Sudètes ... 94
- La population de l’U. R. S. S...............................126
- La population de la Turquie.................................126
- A qui revient la gloire d’avoir découvert l’Amérique ?
- (V. Forbin)..............................................153
- Les eaux souterraines du Niger..............................187
- Les voies de communication de la Finlande (S. Zabo-
- rowska)..................................................217
- La salinité du Niger........................................220
- Le camping en igloo dans la montagne (H. Vigneron). . 239
- Les îles Féroé (R. Y. Creston)..............................289
- La dérive du « Sedov » (H. Vigneron)........................322
- La Yougoslavie (Marie-Louise Joubier).......................409
- Origines de la porcelaine de Chine..........................438
- VI. — HYGIÈNE. — MÉDECINE
- Les cultures microbiennes en milieux lécithinés .... 29
- L’infection colibacillaire du foie..................59
- Choc transfusionnel.................................59
- Fixation du virus aphteux...........................59
- La chimiothérapie .........................................93
- Le rayonnement radioactif et les microbes ...... 93
- Antigène tuberculeux............................ 125
- Nouvelle méthode de conservation du lait............154
- Dosage de la morphine...............................157
- Mécanisme de la vaccination.........................157
- Une nouvelle fièvre.................................157
- L’atténuation des virus par la lécithine............157
- Le conditionnement prophylactique de l’air et des parois. 168
- Les pieds gelés.................................... 327, 387
- Conservation des aliments par refroidissement rapide
- (Dr P. E. Morhardt)..............................345
- La gangrène gazeuse (W. N. Kazeeff).................374
- Comment se chauffer (R. Legendre).................. 384, 406
- Appétit et vitamine C...............................387
- La disphylaxie hépatique............................387
- Substance provoquant des lésions tuberculeuses .... 387
- Le gel d’alumine dans la vaccination................387
- Pasteur. Son esprit d’invention (Prof. Vallery-Radot). . 393 Los sulfamides, merveilleux bactéricides (W. N. Kazeef). 401 Ressources alimentaires des temps présents (L. Genevois). 416
- Essais de vaccination contre la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses........................................437
- Nouveau sérum antivenimeux.................................438
- VII. - SCIENCES APPLIQUÉES
- 1. Mécanique. — Industrie. — Outillage.
- La permanence des papiers (Lucien Perruche)............... 6
- Les noix explosées...........................................31
- La cokerie moderne (Ch. Bertiielot)..........................65
- Une application intéressante de la soudure autogène ... 94
- Nouvelle machine agricole à « œil électrique » (P. Devaux). 110 Utilisation des excédents de café...........................126
- La coloration du ciment Portland........................126
- Les progrès dans la fabrication des pneumatiques (H. V.). 374 Nouvel appareil automatique de pesage (G. Lanorville). 181 La prolongation de la durée de validité des brevets français ........................................................
- Les détonateurs modernes (H. Volta).....................251
- Les crins de Florence marocains (J. Boyer)..............274
- Nouvelles monnaies en nickel de Hong-Kong...............284
- Le mécanisme de la coupe des outils (H. Vigneron). . . 314
- Le bois explosé (II. Vigneron)..........................321
- Emballages en tubes d’étain.............................357
- Les jus de raisins concentrés (L. Genevois).............362
- Le charbon de bois (M. Lepoivre)........................421
- Préparation et conservation des extraits de légumes. . 438
- L’accord des pâtes et couvertes céramiques..............438
- Carbonisation du bois dans le sol.......................117
- 2. Photographie.
- La cinématographie en relief d’amateur (P. II.)........86
- Les films en colle de gélatine.........................219
- Photométrie de précision.................................220
- Séchage rapide des pellicules de photographie aérienne
- (II. Volta)...........................................250
- La photographie n’importe où (Em. Touciiet)..............282
- La photographie militaire (André Bourgain)...............294
- Le temps de pose simplifié (Em. Touchet).................319
- Petits clichés, grandes images (A. Bourgain).............343
- Causerie photographique : le laboratoire improvisé
- (Em. Touchet).........................................353
- Film photographique en aluminium.........................357
- Le cinématographe radiologique...........................358
- 3. Électricité.
- Les présentations radio-électriques à l’Exposition de New-
- York (P. H.)..............................................18
- Valves relais à cathode froide (P. II.)....................48
- Un générateur de rayons X de 1 million de volts (II. Vigneron) .....................................................61
- La répartition des auditeurs de radiodiffusion en France
- (M. Adam).................................................104
- Nouvelle machine agricole à « œil électrique » (P. Devaux). 110 Le chauffage électrique en cultures maraîchères (Daniel
- Claude)...................................................121
- Le deuxième centenaire de Cisternai Dufay (A. Rang). . . 179
- Comparaison des unités électriques.........................187
- Lampe à ampoule phosphorescente (R. Villers). . . . 214
- Un appareil automatique pour la liaison téléphonique
- mixte par fil et sans fil (P. II.)........................287
- L’électrotechnique démontable..............................325
- Les accumulateurs : entretien et charge (André Mille-reau)....................................................433
- 4. Travaux publics. — Art de l’ingénieur.
- La plus haute statue religieuse du monde (Georges Lanor-
- ville).....................................................10
- Le canal Albert (H. Vigneron)..............................37
- L’eau à l’exposition de Liège (P. Basiaux)...................97
- Le port de Caen et ses nouveaux aménagements (G. Lanor-
- ville).....................................................129
- Le dégagement des accès de Lyon (G. Kimpflin) .... 161 La nouvelle gare maritime de Calais (G. Lanorville). . 261 Les problèmes techniques de la construction des gratte-ciel .........................................................355
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- 5. Transports.
- Les progrès de la fabrication des pneumatiques (H. Y.). 174
- Gazogène Cesbron..........................................285
- Singularités mécaniques dans le comportement des véhicules de chemin de fer (Pierre Devaux).................334
- Voitures sans essence (Pierre Devaux).....................368
- Postes distributeurs de gaz comprimé (Georges Kimpflin). 371 Les accumulateurs : entretien et charge (André Milee-reau)................................................... 433
- 6. Aviation et Aéronautique.
- L’obus aérien auto-détonant.................................61
- Précautions contre les attaques aériennes ... 8, 43, 79
- Les avions stratosphériques aux États-Unis..................78
- Le repérage des avions par les caméras cinématographiques ...................................................... 94
- Le guidage des avions par les ondes ultra-courtes
- (P. IIémardinquer)........................................193
- Nouveaux éclairages d’alerte (P. Devaux)...................248
- Vers l’avion semi-automatique (P. Devaux)...................257
- Le service aérien transatlantique...........................283
- La résistance physiologique au catapultage et aux acrobaties aériennes (P. Devaux)...............................299
- 7. Guerre et Marine.
- La flotte sous-marine allemande .......................219
- Les navires de guerre à moteurs Diesel.................249
- La guerre microbienne est-elle possible ? (W. N. Kazeeff). 225 Les nuages et fumées dans la guerre moderne (II. Volta). 210 Le mimétisme et la guerre (Dr M. Boicev).................337
- IX. — VARIA
- Prestidigitation (Auber).
- Attaché... mais libre !.................................25
- Troublante énigme, Louis XVI............................122
- X. — RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
- 1. Inventions et Nouveautés.
- Récepteurs de T. S. F. minuscules.....................31
- Roulotte-camping..................................... 62
- Maisonnette pour le camping............................62
- Visionneuse pour clichés de petit format...............95
- Interrupteur de sécurité pour automobiles..............95
- Un appareil de pilotage en chambre simple et
- amusant.............................................127
- line solution simple de la roue libre pour automobile. 159
- Bêche automatique.....................................159
- Le cosmographe solaire Primatex.......................190
- Nouvelle tirefonneuse pour voies ferrées..............191
- Oscillographes cathodiques à incandescence .... 191
- L’électrotechnique démontable.........................325
- Scie circulaire sans centre...........................326
- Emballages en tubes d’étain...........................357
- Robinet de batterie perfectionné pour automobiles. 359
- Le cinématographe radiologique........................358
- Impactométrie des gouttes de pluie....................445
- Secours aux asphyxiés............................... . 446
- Audiométrie........................................... 446
- Allumeur électrique « Jiel » pour le gaz.............447
- Fer à cheval caoutchouté...............................447
- 2. Recettes et procédés utiles.
- Fagotage...............................................25
- Procédé mécanique pour enlever les taches sur la
- peau................................................123
- Moulage des mosaïques.................................123
- Pneus increvables . . ...............................287
- Assaisonnons la salade sans huile.....................390
- L’orge maltée torréfiée comme succédané du café. . 391
- Savon économique......................................391
- Un succédané du savon.................................391
- Schampoing peu coûteux................................391
- Utilisons le poussier de charbon......................391
- Carbonisation du bois dans le sol.................... 442:
- Produits de remplacement des huiles alimentaires. 443
- Argiles détersives pour la toilette...................443
- Crème dentifrice pexi coûteuse........................444
- Une boisson économique : le cidre de feuilles de
- frêne...............................................444
- Succédanés du thé.....................................444
- Succédanés du café....................................444
- Succédanés d’épices...................................444
- Succédanés de la viande.............................. 445
- Enlèvement des taches sur le linge piqué .... 445 Méchage humide de fûts en vidange................445
- 3. Boîte aux Lettres.
- Le cinématographe et l’enseignement du tir . . . . 32
- Matériel d’herborisation...............................32
- Tables astrologiques...............................32
- Correction de la myopie............................32:
- Brillantine........................................32
- Soudures à froid...................................32.
- Bière mousseuse....................................32
- Moulage au soufre . . ................................32
- Papiers marbrés....................................32
- Préparation du fiel de bœuf........................32
- Le choréoplaste........................... ... 32:
- A propos du nouvel homme de Néanderthal .... 63
- Recharge d’une batterie d’automobile...............63
- Choix d’un récepteur de T. S. F....................63
- Construction d’un récepteur pour ondes courtes . . 63
- Appareils de mesure acoustique et matériaux insonores ............................................63
- Variations de fonctionnement d’un récepteur de
- T. S. F.............................................63
- Amplificateur à résistance.........................63
- Construction de redresseurs à oxyde de cuivre . . 63
- Balance de Boys....................................64
- Orbites cométaires....................................64
- Solvants de la paraffine. ............................64
- Marc : pour enlever le goût de fumée ...................96
- Chartreuse imitation...............................96
- Vernis à ongles....................................96
- Colle forte liquide................................96
- Blanc gélatineux...................................96
- Pâte à copier : amélioration.......................96
- Insecticide pour tête naturalisée..................96
- Caoutchouc chloré ou duropène......................96
- Hautes températures dans les fours électriques . . 96
- Tableau noir..........................................96
- Peinture au caoutchouc.............................96
- Imperméabilisation des vêtements de ski............128
- Vernis cellulosique................................... 128
- Désodorisation de l’essence minérale...............128
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- 459 :
- Noir de fumée..........................................128
- Peinture pour ailes écaillées d’auto...................128
- Pâte à polycopier......................................128
- Terre plastique à l'huile..............................128
- Collage du caoutchouc vulcanisé........................160
- Brasure................................................160
- Colle acétonique.......................................160
- Fusion de la cire des cierges..........................160
- Vernis pour éviter la réflexion dans le tube des lunettes .................................................. 160
- Pour éviter le mouchage des mèches de bougies. . 160
- Caoutchoucs factices...................................160
- Nitrobenzine...........................................160
- Imperméabilisation des draps...........................160
- Pâte à polycopier ... ;.............................160
- Alimentation d’un récepteur de T. S. F. sur automobile ..................................................192
- Chargeurs d’accumulateurs..............................192
- Enlèvement d’un tatouage...............................192
- Vernis pour la gravure sur cuivre......................192
- Serviette à brillanter.................................192
- Enregistrement phonographique direct sur disques. 224
- Poste portatif pour le camping.........................224
- Poste de T. S. F. à lampes bigrilles...................224
- Vernis souple pour cuir................................224
- Neutralisation de l’acide chlorhydrique................224
- A propos du pissenlit, énigme historique...............256
- Ouvrage sur les récepteurs de T. S. F..................256
- Valve relais à cathode froide.....................,. 256
- Émission radiophonique à haute fidélité ..... 256
- Fixation d’échantillons minéralogiques.................256
- Teinture du cuir.......................................256
- Ampoule phosphorescente................................288
- Clous à ferrer.........................................288
- Désodorisation du pétrole..............................288
- Blanchiment de la pâte à papier........................288
- Chaleur de frottement..................................288
- Apprêt : empois cuit...................................288
- Apprêt percale.........................................288
- Épilation..............................................828
- Destruction des fourmis................................828
- Encre pour machine à écrire . 328
- Vin de figues..........................................328
- Beurre de coco..........................................328
- Nettoyage d’une statue de marbre........................328
- Air liquide.............................................39g
- Eau de piscine . . .....................................359
- Poêles en céramique.....................................390
- Papier stencil..........................................399
- Papier ozalid...........................................390
- Écrans colorés..........................................390
- Ouverture d’un laboratoire d’analyse....................360
- Fluorescence.......................................... 399
- Colle à la caséine......................................399
- Savon.....................................................
- Huiles siccatives.......................................392
- Laboratoires d’études...................................399
- Gants apifuges..........................................392
- ‘Papier transparent.....................................392
- Huiles de vidange.......................................399
- Cuve en ciment pour mazout..............................392
- Solubilisation des huiles essentielles..................392
- u Pot pourri »..........................................392
- Pour remplacer l’huile..................................447
- A propos des décimales du nombre 71.....................447
- Moutarde..................................................
- Agglomérés................................................
- Vernis craquelé.........................................44g
- Kétol.....................................................
- Blé rouge...............................................44g
- Nettoyage de l’argenterie...............................44s
- 4. Bibliographie.
- Livres nouveaux, 28, 60, 92, 124, 158, 188, 223, 255, 439
- 5. Nécrologie.
- H. Vigneron...........................................399
- Jules-Louis Breton....................................440
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (france) — 1940 — Published in France.
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