La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS A L'ART ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- JEHTOHi MIS HT ME TH«S ME/MÎRT HTM,
- (S2HH©51
- MÏB>ÏS)
- ÎLT 2MP2ISTM]
- SOIXANTE-NEUVIÈME ANNÉE - 1941
- MASSON ET C1* ÉDITEURS,
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
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- SUPPLÉMENT AU No 3076 (15 DÉCEMBRE 1941)
- Le Gérant : G. MASSON.
- IMPRIMÉ PAR BARNÉOUD FRÈRES ET Cie A LAVAL (FRANCE)
- Published in France.
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- N° 3065
- LA NATURE
- 15 Janvier 1941
- DES TACHES DE SANG AUX CIRQUES LUNAIRES
- ASPECT DES TACHES DE SANG
- Les taches de sang offrent aux médecins légistes des indications intéressantes : l’impression du liquide projeté hors de la blessure a des formes diverses qui permettent de donner des précisions sur la direction de projection, la distance du lieu d’émission, etc... Des recherches récentes ont mis au point certains problèmes ainsi soulevés (1).
- D’une façon générale, o n peut envisager deux groupes de taches : ou bien la goutte frappe la cible perpendiculairement à celle-ci, la tache est alors circulaire ; ou bien elle l’atteint obliquement, la tache est alors ovalaire •et d’autant plus allongée que la projection a été plus oblique.
- Dans le premier cas la tache se complique par le rebondissement du liquide qui s’étend, à son tour, sur les côtés de l’empreinte principale sous l’aspect de gi-clures, de gouttelettes souvent reliées à celle-ci selon des
- 1. Baethazard, Piédeeièvre, H. Desoille et Dérobert. Étude des gouttes de sang projeté. Rapport an XXIIe Congrès de médecine légale. Annales de Médecine légale, avril 1939, pp. 263-323, 34 fig.
- axes qui prolongent les rayons ; d’où l’impression de rayonnement (fig. i) (]).
- Dans le second, les projections, multiples, se font vers l’extrémité distale, à condition toutefois que la vitesse à l’arrivée ait atteint une certaine limite. Au-dessous de cette limite (lorsque la hauteur de chute est faible) il n’existe qu’un prolongement donnant à la tache l’aspect classique d’un ballon avec sa nacelle (fig. 2).
- Quand l’an-g 1 e d’arrivée est assez aigu, il arrive parfois que les prolon-gements se croisent (fig. 3).
- La hauteur de chute de la goutte, son volume, jouent un rôle dans la formation de l’empreinte ; si la goutte tombe de très haut, si elle est volumineuse, il est fréquent que les prolongements soient très marqués et que le liquide ainsi projeté se répande à grande distance, ait un très vaste rayonnement
- (V
- 1. Les Figures I 2, 3, 4, 5, 7 et 8 ont déjà été publiées dans le travail cité (I). M. Bull, de l’Institut Marey, avait bien voulu mettre à la disposition des auteurs sa compétence en matière de cinéma ultra-rapide. Les figures 7 et 8 sont la reproduction des films qu’il avait bien voulu prendre.
- 2. On voit souvent — et nous nous excusons de cette
- Fig. 1. — Taches de sang provenant d’une goutte tombée d’une plaie sur un plan horizontal. Hauteur de chute : 3 m. 60.
- Fig. 2. — Taches de sang tombées sur un plan abordé suivant un angle de 30°.
- Le prolongement inférieur, unique lorsque la vitesse est faible, devient multiple lorsqu’elle s’accélère (ici à partir de 20 cm. de chute).
- Fig. 3. — Tache de sang dont les prolongements inférieurs se croisent {angle d’arrivée- 15°).
- Fig. 4. — Taches de sang.
- Angle d’arrivée : 3°. Hauteur de chute : 1 m., 2 m., 3 m., 3 m. 30 environ.
- Fig. 3. — Aspects en fuseaux Angle d’arrivée : 5°.
- Fig. 6. — Aspects en barbes de plume {en pointillé). Angle d’arrivée : 3°.
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- : 2
- Fig. 7. — Goulle tombant verticalement sur un plan incliné. Hauteur de cliutc : 80 cm. Angle d’arrivée : 20°. 500 photographies par seconde. Lire de haut en bas et de gauche à droite. Remarquer le point d'impact, sous l’aspect d’un point
- noir.
- Nous devons indiquer encore que plus l’obliquité s’accenlue, plus la tache s’allonge ; à partir d’un certain angle, une disposition nouvelle apparaît, le liquide ne semble pas pouvoir suivre la progression générale, sinon sur les bords, d’où l’aspect dit en « coup de plume » (fig. 4). Cette disposition peut se voir dans les giclures latérales (rayonnements) d’une tache formée par une goutte tombée perpendiculairement au plan de la cible.
- Dans d’autres cas et souvent lorsque la vitesse à l’arrivée est grande, on observe des traînées de forme assez spéciale, en fuseaux, en barbe de plume, parfois presque en pointillé (fig. 5 et 6), comme s’il s’était produit une,série de contacts, de ricochets avec oscil-
- remarque banale — à la terrasse des cafés, sur le trottoir, des taches d’eau plus ou moins circulaires avec d’énormes rayonnements dus à la projection d’eau de Seltz qui frappe avec force le sol lorsque le serveur, avant de donner le siphon au client, l’essaie.
- lations successives (1). Bien entendu, ceci se retrouve dans les rayonnements.
- Tels sont les principaux caractères des taches d’un liquide sur des surfaces lisses. Pour terminer, on peut dire qu’habituellement la tache n’a pas d’épaisseur notable ; cependant, en examinant attentivement l’empreinte, on devine que, dans les formes circulaires, la plus forte coloration est à la périphérie ; dans les formes allongées, le maximum de coloration est sur les bords et la partie déclive, comme si c’était en ces
- 1. Dans un jet de liquide, la colonne n’est pas d’habitude régulière, mais en forme de chapelet avec rétrécissements et épaississements.
- Fig. 8. — Goulle surnuméraire donnant à la tache son aspect
- définitif.
- Hauteur de chute : 80 cm. Angle d’arrivée : 20°. 500 photographies par seconde. Lire de haut en bas et de gauche à droite. 4 photographies n’ont pas été reproduites ; il y a donc un intervalle de 1/100° de s. entre la 5e et la 6e photographie. Remarquer sur la 6e photographie le point d’iinpact de la goufle-mère et de la goutte-fille (au-dessus et à droite du précédent). En 8 bis, photographie d’un moulage obtenu dans les mêmes conditions, et. correspondant aux photographies o ou 6. L’angle d’arrivée était un peu moins aigu.
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- régions que la plus grande masse de liquide s'était rassemblée et, secondairement, desséchée.
- ÉTUDE CINÉMATOGRAPHIQUE DE LA FORMATION DES TACHES
- L’étude cinématographique met en valeur le mécanisme de formation. On voit (fig. 7) la goutte s’étaler, s’aplatir, le liquide se raréfier dans l’arène centrale, sauf cependant au point d’impact (on y reviendra tout à l’heure), et se porter à la périphérie par ondes successives qui
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- Fig. 9. — On donne à de la pâte à modeler très molle la forme d’une goutte pendante ; elle est violemment projetée sur le sol.
- viennent former un bourrelet d’où s’échappent des giclures semblant avoir crevé en quelque sorte la <( membrane » de la goutte en un point, moins résistant, ou qui subit une pression
- gi-
- du
- un
- plus forte du liquide sans doute non ho-m o gène (*), pour former les gouttelettes, les pointes, les dures secondaires, ébauches rayonnement futur.
- Les films révèlent aussi point curieux : il est loin d’être exceptionnel, lors de la chute d’une goutte hors d’un tube effilé, de voir se détacher un fragment, sorte de satellite qui tombe isolément en suivant la goutte-mère cl. vient la frapper lorsque celle-ci s'étale sur la cible (fig. 8). Elle contribue à donner à la tache de la goutte principale son aspect définitif. Une explication raisonnable est peut-être aussi que, lors de la chute de la goutte primitive, en raison du freinage dù au frottement de l’air, celle-ci a tendance à s’allonger, à prendre une forme a aérodynamique » ; l’extrémité, la queue, en est détachée : il vient à l’esprit que ce fragment constitue la goutte surnuméraire (2).
- Fig. 10. — Quand la gi'osse extrémité antérieure frappe le sol, la masse prend la forme représentée ci-dessus.
- Fig. 11. — La goutte de plâtre est en train de s’aplatir sur le sol.
- Fig. 12. — Le plâtre très pâteux s’est pris au moment où la goutte, en train de s’aplatir, avait pris la forme dessinée ci-dessus.
- Fig. 13. — Avec du plâtre plus liquide on voit apparaître autour du piton central (A) une arène et une muraille périphérique (B).
- Fig. 14. — Le plâtre à modeler est encore plus liquide.
- L’arène est extrêmement aplatie (on ne la voit même plus sur ce schéma) ; on aperçoit toujours le pic (A) et la muraille (B) ; le rayonnement latéral, l’étoilement
- apparaît (C, G1, Glf).
- Fig. 8 bis.
- ASPECT DES CIRQUES LUNAIRES
- Les cirques de la lune font naître, dans l’esprit de ceux qui admirent notre satellite ou regardent les belles photographies de l’Observatoire de Paris C), une série d’hypothèses.
- Variables tant par leurs particularités que par leurs dimensions, ils ont pourtant des caractères communs : ils ressemblent à des cratères, ils ont un bomrelet périphéiù-que ou muraille annulaire, comme si le sol avait été repoussé au pourtour. Ils présentent souvent, mais non constamment, un piton, un pic central ou massif central ; certains sont incom-
- Fig. 15. — Photographie d’empreintes de gouttes de plâtre à modeler, de consistance moyenne, tombées normalement à la cible {verre) d’une hauteur de 0 m. 40 environ.
- Certains cirques chevauchent les uns sur les autres. On voit le pic central, la muraille périphérique, quelques rayonnements latéraux (ébauche) et à l’extrême droite deux gouttes surnuméraires (A et AO elles aussi avec leurs pics centraux et leurs murailles (Réduction de 1/2).
- 1. Ceci, en théorie, ne devrait pas se produire avec une goutte idéale, c’est-à-dire de constitution homogène parfaite, s’aplatissant sur une surface strictement sans défaut, dans une atmosphère parfaitement immobile ou dans un vide absolu. On verra plus loin (fig. 17) que le rayonnement se voit déjà très près du centre de la tache.
- 2. Cette force d’arrachement est loin d’être nulle. La résistance à l’avancement est la somme de la pression sur la face avant du corps en mouvement, de la dépression sur sa face arrière, du frottement sur ses parties latérales. La pression à l’avant est, certes, la principale force retardatrice ; il semble qu’on puisse admettre qu’elle est les 4 ou 5 sixièmes de la résistance totale à l’avancement. Le freinage sur les parties latérales et à l’arrière est donc loin d’être négligeable.
- Voir également C. Maurain. Sur la vitesse de chute des météorites. Bulletin de la Société française de Minéralogie, mars-avril 1931, p. 80.
- plètement formés, ébauchés, ou bien la hauteur de la muraille est très inégale d’un côté à l’autre (2)
- 1. M. Loewy et PmsEux. Atlas géographique de la lune, planches. Paris, 1896 ; Le Morvan. Carte photographique de la lune. Paris, 1914.
- 2. Voir, par exemple, les cirques Janssen, Fracas tor, Letronne.
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- Les cirques sont isolés ou s e recouvrent les uns les autres. Habituellement arrondis, on en rencontre d’irréguliers ou de forme polygonale. D’une façon générale ils sont circulaires.
- Par ailleurs, et c’est une observation importante sur laquelle nous devons insister, on voit parfois une auréole de rayonnements clairs par rapport au sol lunaire, qui divergent en tous sens ; certains rayonnements se retrouvent sur des centaines de km. et Tycho, avec son « immense étoilement », Copernic, Aristarque ou Kepler sont particulièrement caractéristiques.
- D’autres, au contraire — et ce sont les plus nombreux — n’ont pas de ces irradiations. Loewy et Pui-seux (x) pensent qu’il s’agit peut-être de dépôts de matériaux pulvérulents charriés au loin par des courants aériens, au cours de certains phénomènes éruptifs, et venus ainsi saupoudrer la surface et le sol.
- L’arène de la plupart des cirques est en contre-bas du sol (1 2). La hauteur des murailles et des pics varie selon les cirques, selon aussi qu’on mesure par rapport à l’arène ou au sol extérieur. A titre d’exemple, une élévation de 5 ooo à 6 ooo m. pour un diamètre de ioo km. du cirque est un chiffre moyen.
- Enfin on observe fréquemment, en un point de l’arène, un petit cirque, parfois plusieurs, souvent même avec pic central, comme on voit souvent au cinématographe ultra-rapide, dans une goutte qui s’étale sur une surface lisse, arriver un goutte surnuméraire ou accessoire.
- ASPECT DES TACHES FAITES PAR DES SUBSTANCES DIVERSES SUR DES SOLS DIVERS
- Certes l’étude cinématographique des gouttes est intéressante. Pourtant il nous a paru utile de fixer un ou plusieurs états transitoires entre l’impact et l’empreinte définitive.
- 1. Loewy et Puiseux. Atlas photographique de la lune (texte). Paris, 1910.
- 2. Le fond de certains cirques est surélevé, tel celui de Posidonius, Théethete et Wargentin ; celui-ci, même, a une forme de table.
- Fig. 16. — Photographie d’une plaque de verre recouverte de noir de fumée, sur laquelle sont tombées de 0 m. 30 des gouttes et gouttelettes de mercure.
- Le mercure a rebondi et disparu, mais on voit le noir de fumée qui forme un pic (A), une arène, une muraille, un étoilement (grandeur exacte).
- Divers procédés ont été essayés ; après avoir cherché à obtenir ce résultat avec de la paraffine fondue tombant sur une plaque métallique très froide (— io°), avec des mélanges de cire, de plâtre, de mastic, d’huile et de substances diverses, nous nous sommes servis surtout d’alcool à 90°, d’eau colorée et de sables divers, de pâte à modeler et de plâtre à modeler, celui-ci, dilué dans l’eau, ayant la propriété, de c; prendre » rapidement, sans se déformer d’une façon notable, gardant ainsi la trace d’un état passager, insaisissable autrement.
- i° Si l’on donne à de la pâte à modeler très molle (*) des formes de gouttes tombantes (fig. 9) et qu’on les projette violemment sur le sol, il arrive, après plusieurs tentatives, que l’un de ces projectibles touche le sol par sa grosse extrémité antérieure. Il se produit alors un aplatissement (fig. 10).
- 20 Si l’on emploie ensuite du plâtre à modeler très pâteux et qu’on en laisse tomber de grosses gouttes, on voit apparaître une foime un peu comparable à celle indiquée par la fig. 10, mais à un stade cependant plus avancé (fig. xi et 12) ; la saillie A correspond à l’arrière effilé de la goutte tombante.
- 3° Il suffit de mettre la même quantité de plâtre à modeler dans une quantité plus grande d’eau : la
- 1. La consistance de la pâte à modeler, même rendue la plus molle possible, est beaucoup plus grande que celle du plâtre à modeler, même sur le point de prendre.
- Fig. 17. — Photographie par transparence d’une lame de verre recouverte de noir de fumée, sur laquelle est tombée une goutte de plâtre à modeler de consistance moyenne.
- Là où du côté opposé est le pic central on voit le noir de fumée^ emprisonné (A), point d’impact. L’arène (B) a été balayée par la formation de l’arène (début du rayonnement). En C on trouve une zone de rétraction. En D, le Verre recouvert de l’autre côté de noir de fumée (Agrandissement : 373 fois).
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- goutte est plus liquide, l’empreinte sur le sol est du même ordre que celle de la fig. 12, mais plus étalée et l’on voit apparaître une dépression autour du piton central (A) avec début d’élévation (B) au pourtour de la goutte aplatie (muraille prériphérique) (fig- i3).
- 4° Avec du plâtre plus liquide encore ou tombant de plus haut, la même disposition, mais plus marquée, se produit (fig. i4) : la tache dans son ensemble est très aplatie ; le pic existe toujours (A) ainsi que la muraille (B). L’arène est tellement mince qu’il est difficile de l’indiquer sur un schéma et l’on voit apparaître des projections latérales (G, C', C") dans les axes des diamètres du cirque.
- 5° Enfin, en employant un liquide quelconque coloré (eau, encre, etc.) on observe des empreintes banales comme celles des gouttes de sang.
- Cela confirme ce qu’indiquaient les films cinématographiques ; la mise en valeur est presque meilleure : la tache a été fixée à des phases différentes de sa formation, arrêtée en quelque sorte dans son évolution. On peut ajouter que la goutte surnuméraire a fait souvent, dans l’arène de la goutte-mère, un second petit cirque avec piton central (fig. i5).
- Il n’est d’ailleurs pas indispensable, pour obtenir de telles formes, que la goutte ait la disposition
- Fig. 18. — Une goutte d’alcool à 90° est tombée d’une hauteur de 0 m. 35 sur une lame de verre recouverte d’une couche de 0 m. 0005 de sable fin.
- Il s’est formé un cirque avec muraille périphérique ; quelques grains seulement sont restés dans l’arène. Absence de pic
- central.
- Fig. 19. — Une goutte d’alcool à 90° est tombée dans les mêmes conditions que sur la figure 18.
- Mais la couche de sable avait environ 0 m. 065 d’épaisseur. Un cirque avec muraille périphérique s’est formé, le sol de l’arène étant en contre-bas. Absence de pic central.
- Fig. 20. — Une goutte d’alcool à 90° est tombée dans les mêmes conditions que sur les figures 18 et 19 Mais la couche de sable avait une épaisseur intermédiaire à celles indiquées précédemment. Une disposition analogue s’est produite mais il est apparu un pic central (A) constitué par des traces de plâtre et des grains de sable.
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- Fig. 21. — Photographie d’une série de gouttes d’alcool à 90° tombées d’une hauteur de 0 m. 30 sur du sable fin, d’épaisseur variable sur un fond dur {carton).
- En haut et à droite, l’ombre montre bien la hauteur progressivement décroissante du sable, de droite à gauche. En A les cirques ont une arène en contre-bas, sans pic. En B, les pics apparaissent ; l’effet du sol dur se fait sentir. En C, CE et G" l’arène est constituée par le sol dur, et l’épaisseur de sable étant minime, le pic disparaît de nouveau ; la hauteur des murailles est d’autant moindre qu’il y a moins de sable.
- « aérodynamique h signalée précédemment ; même si elle tombe en conservant une forme arrondie, le pic, l’arène et la muraille peuvent se produire ; voici comment :
- Nous avons vu que lorsqu’une goutte liquide frappe une surface plane, le liquide semble s’immobiliser au point d’impact et immobiliser ce qu’il touche ('). Des ondes en parlent ainsi qu’un rayonnement ; mais, au centre, il reste une ébauche de pic.
- Or si l’on fait tomber des gouttes de mercure d’une très petite hauteur sur une surface lisse recouverte de noir de fumée, les gouttes rebondissent et laissent leur empreinte en modifiant l’emplacement des granulations de noir de fumée (fig. 16) ; on voit celui-ci se grouper au centre, sous forme d’un pic noir autour duquel la suie a été chassée laissant une tache blanche : l’arène est formée avec une ébauche de muraille et un vaste rayonnement.
- Pourtant les gouttes de mercure n’ont pas, dans les conditions indiquées, la possibilité de prendre une forme de goutte pendante et restent sensiblement sphériques.
- La fig. 17 a été obtenue de la façon suivante : une lame de verre est recouverte de noir de fumée ; une goutte de plâtre à modeler de consistance moyenne tombe verticalement sur elle d’une hauteur de o m. 5o et se solidifie dans une forme comparable à celle du schéma de la fig. i3 et à celles des gouttes de la pho-
- 1. On le voit parfaitement sur les photographies cinématographiques de la figure 7, photos 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, ainsi que sur celles de la figure 8.
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- = 6 ......................: -........................
- tographie de la fi g. i5. La photographie est prise dü côté opposé à la chute, c’est-à-dire par transparence à travers le verre : ce que l’on voit est donc la partie qui a frappé le verre. Or on remarque d’une façon parfaite qu’au point d’impact le plâtre a emprisonné le noir de fumée (pic central) (A), que l’arène a élé balayée sous forme d’un rayonnement (B) qui commence près du pic central ; on voit aussi que la goutte s’est rétractée (C), après avoir exécuté aussi son balayage en rayonnements (la rétraction est un phénomène banal pour toutes les taches et dépend du liquide, de la surface plus ou moins glissante, etc...).
- Lorsqu’en automobile la pluie bat le pare-brise, le conducteur et son voisin peuvent observer la formation de cirques des plus caractéristiques : la goutte d’eau frappe la vitre et s’étale rapidement, donnant l’image d’une arène et d’une muraille périphérique ; puis tout s’effondre et s’efface en une fraction de seconde : il ne s’est pas formé de piton central.
- Quand sur une plage à marée basse, sur du sable lisse et relativement sec, des gouttes de pluie commencent à tomber, on observe la formation de cirques des plus caractéristiques, les grains de sable étant entraînés par l’eau. Ils restent fixés dans cette position, et le fond de l’arène est plus bas que le sol de la plage, sans qu’il existe de pic central.
- Transposons au point de vue expérimental ces observations :
- i° Si sur un sol dur (verre, carton, etc.) on répand une couche très mince (environ o m. ooi) de sable très fin (') et qu’on laisse tomber une goutte d’alcool, on voit se former un cirque très caractéristique avec sa muraille. Les grains de sable ont été balayés à la périphérie et sur le sol dur de l’arène on n’en trouve plus que quelques-uns épars (fig. 18).
- 2° Le sol est préparé de la même façon, mais la couche de sable est plus épaisse (o m. o45 par exemple) ; après la chute de la goutte liquide, le cirque se forme avec sa muraille et le sol de l’arène est en contre-bas. On ne voit pas de pic central ; l’ensemble est constitué par du sable et le sol dur n’apparaît pas
- (fig- 19).
- 1. Nous nous sommes servis de sable très fin de Fontainebleau.
- 3° La préparation est la même mais la couche de sable sur le sol dur a une épaisseur intermédiaire (o m. 001 à o m. oo5 environ) ; la goutte détermine la formation d’un cirque d’aspect lunaire complet par le seul entraînement des grains .de sable (fig. 20) ; l’arène est en contre-bas allant ou n’allant pas (cas divers) jusqu’au sol dur. Le pic (A) est constitué par le rassemblement central des grains de sable et la muraille est parfaitement constituée (B) ; en dehors d’elle, se trouve, tout autour, une petite zone où le liquide a pénétré et où les grains pai'aissent plus tassés, formant une sorte de collerette autour de ce bourrelet périphérique (C) 0).
- La fig. 2i nous paraît, à ce point de vue, démonstrative : l’éclairage oblique projette une ombre (en haut et à gauche) qui met en valeur l’épaisseur du sable progressivement décroissant vers la droite. On voit de gauche à droite des cirques dont l’arène est en contre-bas du sol (A) ; puis, l’épaisseur du sable diminuant, la goutte a subi l’effet du sol dur et il s’est constitué un pic central (B).
- Enfin, la courbe de sable est infime, constituée seulement par une épaisseur de grains. Les bourrelets périphériques sont d’autant moins élevés que l’épaisseur du sable est plus minime (C, C', G") ; nous retrouvons ces aspects variés sur certaines régions du sol lunaire ou l’on aperçoit, où l’on devine des cirques à pic seulement dessinés par un trait circulaire' fin et même interrompu par endroits : en un mot, des cirques à peine indiqués (2). (à suivre).
- R. Piedelièvre et Henri Desoille professeurs agrégés à la Faculté de Médecine de Paris,
- et Pierre Desgrez. assistant du laboratoire de chimie de la Faculté de Médecine de Paris.
- 1. Si l’on fait tomber sur du plâtre en train de se solidifier une goutte de plâtre pâteux de couleur différente, on voit que, dans sa partie externe, la muraille périphérique est constituée par un mélange des deux plâtres.
- 2. Si l’on fait tomber sur le sable, non plus une goutte de liquide, mais une petite bille, on observe parfois un petit rassemblement de grains au centre de l’arène provoquée par la bille. Cela nous paraît dû à l’élasticité de la bille. Le phénomène est incomparablement moins net et moins complet qu’avec des gouttes liquides ou pâteuses.
- = PASTEUR. SON ESPRIT DTNVENTION (suue) <» =
- Nous sommes en 1862-1864. Pasteur a démontré que les fermentations sont dues à des êtres vivants et que ces êtres viennent toujours d’êtres semblables à eux-mêmes. Il est persuadé que ses études doivent fatalement l’amener à découvrir la cause des maladies virulentes. Déjà en i85q, dans une note manuscrite, il avait écrit : « Quand la lutte de la vie et de la mort a laissé celle-ci victorieuse, aussitôt l’être inanimé, quel qu’il soit, animal ou plante, subit des métamor-
- 1. Voir La Nature, n° 3064, 15 décembre 1940.
- phoses de fermentations qui, peu à peu, ramènent toutes ses parties à des combinaisons simples, propres à faire rentrer ses éléments dans le cycle indéfini de la vie et de la mort. Tout annonce également que c’est à des causes de cette nature que les maladies contagieuses doivent leur existence. »
- Le voici, en i865, en raison de l’insistance de son maître Jean-Baptiste Dumas, presque contraint d’étudier une maladie qui sévit sur un insecte, le ver à soie. Cette maladie ruinait les pays séricicoles. Pasteur hésite. Il n’a jamais vu un ver à soie. « Tant mieux,
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- lui dit Jean-Baptiste Dumas, vous n’aurez d’autres idées que celles qui vous viendront de vos propres observations. » Pasteur obtempère au désir de Dumas. 11 part pour Alais, dans le Gard.
- Le premier soin de Pasteur est d’interroger les paysans et ceux qui travaillent dans les magnaneries. C’était sa méthode : avant d’aborder un problème scientifique il observait, questionnait, faisait état de tous les renseignements qui lui semblaient avoir pour origine une observation attentive. « Il ne faut rien négliger, disait-il, et souvent une remarque de l’homme le plus inculte, mais qui fait bien ce qu’il fait, est infiniment précieuse. »
- Pasteur examine au microscope, après l’avoir broyé, un ver atteint de la maladie. Il voit des corpuscules. Ces corpuscules, voilà la cause du mal !
- Ainsi est Pasteur : par son intuition il pressent la solution chaque fois qu’il aborde un problème scientifique. Ensuite il se reprend, il se contrôle, il a le doute sans lequel le savant risque les plus graves erreurs : « Dans les sciences expérimentales, a-t-il dit, on a toujours tort de ne pas douter alors que les faits n’obligent pas à l’affirmation.,. Méfiez-vous surtout d’une chose : la précipitation dans le désir de conclure. Soyez à vous-même un advei'saire vigilant et tenace, songez toujours à vous prendre en défaut. »
- Dans cette étude de la maladie des vers à soie, pendant des mois il va observer, être pour soi-même le plus sévère des critiques. Enfin il peut affirmer que ces corpuscules sont bien l’origine de la maladie. Ce sont des parasites qui passent du ver dans la chrysalide, puis dans le papillon, puis dans les œufs. La maladie est donc héréditaire.
- Rien n’est plus simple que de l’empêcher. Il faut pratiquer le grainage cellulaire : on fait pondre les femelles séparément. Les œufs pondus, la mère est broyée et examinée au microscope. Si elle contient des corpuscules, la graine doit être rejetée car elle est certainement corpusculeuse.
- La maladie est héréditaire, mais aussi elle est contagieuse. Pasteur le démontre : il prend des feuilles de mûrier sur lesquelles il met des déjections de vers eorpusculeux ; il fait ingérer ces feuilles à des vers sains ; ils se contagionnent.
- Ces travaux de Pasteur, non seulement donnèrent d’immenses résultats d’ordre pratique, mais aussi eurent un intérêt doctrinal d’une importance considérable. Pour la première fois était démontrée l’action d’un microorganisme à l’origine de la maladie d’un être vivant. Pour la première fois étaient x'ésolus scientifiquement les problèmes de l’hérédité et de la contagion. Pour la première fois, enfin, étaient établies des règles de la prophylaxie.
- Il semble à Pasteur que tout est démontré, tout est simple et logique dans celte étude de la maladie des vers à soie. Mais voici le drame (combien de drames n’y eut-il pas dans la vie de Pasteur 1). On montre à Pasteur des vers malades. Il les examine au microscope
- et il ne trouve pas les corpuscules. S’est-il trompé P Il hésite, il ne comprend pas.
- Dans l’intestin de ces vers sans corpuscules il constate des microorganismes en chapelets de grains et des vibrions : n’est-ce pas là la cause du mal ? Mais il regarde au microscope des feuilles de mûrier en putréfaction et il y trouve les mêmes vibrions, les mêmes microorganismes en chapelets de grains... Illumination ! Lorsque le ver est sain, il peut impunément ingérer ces êtres microscopiques ; au contraire, si le ver est affaibli par suite d’un élevage défectueux ou par suite de facteurs météorologiques tels que orages, vents, température élevée, les germes de la feuille de mûrier deviennent pour lui agents de maladie. Ainsi Pasteur montre que, dans une maladie, le microorganisme n’est pas tout, il faut tenir compte aussi du terrain.
- M. Roux a pu dire, à juste titre, que les études de Pasteur sur les maladies des vers à soie étaient le « véritable guide de celui qui veut étudier les maladies contagieuses. »
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- 1868. Pasteur vient d’avoir une attaque d’hémiplégie : la moitié gauche de son corps est paralysée. Il conservera celle paralysie toute sa vie : la contracture du membre supérieur était telle qu’il ne pouvait étendre l’avant-bras ; les doigts étaient fléchis dans la paume ; la marche était difficile, tant la jambe était raide. C’est avec cette infirmité qu’il réalisa l’œuvre qui devait l’amener à découvrir la cause et la prophylaxie des maladies contagieuses.
- 1870-1871. Ce que fit Pasteur alors, vous le savez. Vous connaissez son attitude : qu’elle soit pour nous un exemple.
- Le 29 mars 1871, il écrivait à son préparateur Duclaux : « J’ai la tête pleine des plus beaux projets de travaux. La guerre a mis mon cerveau en jachère. Je suis prêt pour de nouvelles productions... Pauvre France, chère patrie, que ne puis-je contribuer à te relever de tes désastres ! »
- Il le fit. Et le grand physiologiste anglais Huxley a pu dire : cc Les découvertes de Pasteur ont rendu à la France les cinq milliards exigés par l’Allemagne après la guerre de 1870. »
- Les années 1872 à 1877 furent d’hésitation. Pasteur est toujours hanté par la pensée des maladies virulentes, mais il n’est ni médecin, ni vétérinaire : il n’ose s’aventurer sur le terrain de la pathologie. Il étudie les pi'océdés de fabrication de la bière et écrit un livre sur les maladies de la bière et la théorie des fermentations où chaque page est une aventure de son esprit vers les pays qu’il soupçonne et où son imagination rêve de pénétrer.
- Enfin, il n’y lient plus : .il entreprend l’étude de la maladie charbonneuse.
- La cause du charbon était alors, pour les médecins,
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- le grand point d’interrogation. Aux partisans et aux adversaires de la doctrine des germes, il semblait que la démonstration ou l’infirmation du rôle pathogène d’un petit bâtonnet, découvert par Davaine dans le sang des animaux morts du charbon, serait d’une importance capitale. Dans les deux camps, on attendait des arguments décisifs que les travaux de Robert Koch, qui nous semblent pourtant aujourd’hui si convaincants, n’avaient pas appoi’lés.
- Cette maladie, il l’étudie avec la méthode qui lui avait servi pour l’étude des fermentations. Il prend une goutte du sang d’un animal mort du charbon et l’ensemence dans un ballon de culture : la bactéridie y pullule. Avec une trace de cette première culture, il ensemence un deuxième ballon. Il fait ainsi dix, cent passages successifs. Avec une goutte de la centième culture, il injecte un animal qui contracte la maladie charbonneuse. Comme l’a dit M. Roux, « la première goutte de sang était noyée dans un océan » ; par conséquent il fallait bien que ce fût la bactéridie charbonneuse qui donnât le charbon, et non un poison ou un virus hypothétique.
- Autre expérience : Pasteur prend un ballon de culture fourmillant de bactéridies charbonneuses ; il le laisse reposer. Il prend à la partie profonde du ballon, où sont les bactéridies, une goutte de liquide et l’injecte à un mouton : l’animal meurt du charbon. Il prend une goutte à la partie supérieure du ballon et l’injecte à un autre mouton : l’animal reste indifférent. Ceci n’est pas la confirmation que c’.est bien la bactéridie qui est la cause de l’infection charbonneuse ?
- Combien, dans cette étude de la maladie charbonneuse, était riche l’imagination intuitive de Pasteur ! Un jour, Pasteur remarque à la surface du sol une multitude de ces petits tortillons de terre que rejettent les vers. Le vétérinaire qui l’accompagnait lui ayant dit qu’on avait enfoui là, quelques mois auparavant, des animaux morts du charbon, Pasteur se demande si les vers de terre, en remontant de la profondeur du sol, ne charrient pas à la surface les spores charbonneuses incluses dans ces tortillons de terre. Ainsi s’expliqueraient « les champs maudits ». Ce que Pasteur vient de concevoir par son imagination, aussitôt il le démontre au laboratoire.
- Que d’exemples je pourrais vous donner de l’intuition de Pasteur ! Un jour, dans une discussion à l’Académie de médecine, comme un accoucheur dirait : « Cela m’étonnerait bien qu’on pût découvrir la cause de l’infection puerpérale », Pasteur l’invective : « La cause ? Je vais vous la dire : C’est vous et votre personnel qui charriez la maladie d’une femme malade à une femme saine ! » L'accoucheur objectant que vraisemblablement on ne pourrait jamais lui montrer le microbe, Pasteur se précipite au tableau noir et dessine le microbe en chapelets de grains que nous appelons aujourd’hui streptocoque. C’est par intuition qu’il affirmait que ce microbe était la cause de l’infection puerpérale. Trois semaines après, revenant à l’Académie de Médecine, il apporte les expériences les
- plus rigoureuses démontrant que ce microbe était bien l’agent de l’infection.
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- Ce qui importait à Pasteur, c’était de préserver l’humanité des maladies contagieuses.
- Il étudiait alors au laboratoire une maladie sévissant dans les basses-cours, le choléra des poules. A l’occasion de cette étude fut découverte la vaccination.
- C’était pendant les vacances de l’année 1879. Pasteur avait confié à ses deux collaborateurs, Roux et Chamberland, le soin d’ensemencer tous les jours le microbe du choléra des poules sur un milieu de culture neuf. Or Chamberland et Roux quittèrent le laboratoire pendant quelques semaines, laissant dans une armoire une culture du microbe du choléra des poules. A leur retour, ayant reçu un télégramme de Pasteur annonçant sa rentrée prochaine, ils injectèrent une poxde avec cette culture, vieille de plusieurs semaines. Grand fut leur étonnement de constater que la poule restait complètement indifférente. Quelques jours après, inoculant la même poule avec une culture jeune de ik h., ils virent que cette nouvelle injection était supportée, comme la première, sans dommage, alors que d’autres poules, inoculées avec cette même culture, périssaient toutes. Chamberland et Roux étaient stupéfaits. Pasteur revint. On lui annonça ce fait étrange. Alors, après une minute de silence lourde de réflexion, il s’écria : « Mais cette poule est vaccinée ! » Géniale intuition !
- Ce que Pasteur avait entrevu durant cette minute, il lui fallut des semaines, des mois, pour le démontrer au laboratoire. Le vieillissement atténue la virulence du microbe du choléra des poules. Le microbe, agent de mort, devient agent préservateur.
- Pasteur employa le mot vaccination, par analogie avec la vaccination contre la variole, découverte par Jenner, mais la différence est grande entre la découverte de Pasteur et celle de Jenner. Celle-ci est un fait particulier : une maladie, la vaccine, préserve d’une autre maladie, la variole. Au contraire, dans la découverte de Pasteur, le microbe d’une maladie devient préservateur pour cette môme maladie ; on se trouve en présence d’une méthode d’application générale.
- Celte, découverte allait avoir des conséquences incalculables. Ne pourrait-on pas trouver le virus atténué, c’est-à-dire le vaccin, de la plupart des maladies infectieuses ?
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- Pasteur est arrivé au point culminant de son œuvre : autour de lui s’ouvrent des perspectives illimitées. Il a découvert la cause des maladies contagieuses ; maintenant, il les dompte, et le microbe même d’une maladie, de mortel, devient bienfaisant.
- Il lui faut trouver un microbe atténué pour le char-
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- bon. Mais, ici, une difficulté surgit. Les cultures du charbon donnent des spores, véritables formes de résistance. Sur ces spores, le vieillissement est sans action. Le vaccin du charbon est-il donc impossible ? Pour Pasteur, il n’était pas d’obstacle insurmontable.
- Il trouve le moyen d’empêcher les bactéridies charbonneuses de produire des spores en les cultivant à 42°-43°. A cette température, les bactéridies, sans spores, s’atténuent par le vieillissement aussi facilement que les microbes du choléra des poules. Le vaccin du charbon était découvert.
- La Société d’agriculture de Melun proposa à Pasteur une expérience publique de la nouvelle méthode de vaccination. Le programme en fut dressé le 28 avril 1881 : vingt-cinq moutons seraient vaccinés, ensuite inoculés du charbon, en même temps que vingt-cinq moutons témoins ; les premiers résisteraient tous, les seconds mourraient de la maladie charbonneuse.
- Ce protocole d’expérience était singulièrement sévère, il ne laissait aucune place à l’imprévu. Mais Pasteur, dont l’esprit était toujours audacieux, voulait forcer la victoire. Tous, autour de lui, collaborateurs et amis, s’inquiétaient. Pasteur leur répondait : « Ce qui a réussi sur quatorze moutons au laboratoire réussira aussi bien sur cinquante à Melun. »
- Les animaux furent réunis à Pouilly-le-Fort, près de Melun, dans une propriété de M. Rossignol, vétérinaire, qui avait pris l’initiative de l’expérience.
- La première inoculation vaccinale fut faite le 5 mai, la seconde fut pratiquée le 17 mai.
- Le 3i mai, vétérinaires et curieux étaient dans la ferme pour assister à l’inoculation de la bactéridie charbonneuse. Après l’inoculation des cinquante moutons, rendez-vous fut pris pour le surlendemain afin de constater les résultats.
- Le lendemain, Ghamberland et Roux, qui étaient allés à Pouilly-le-Fort, observèrent que certains vaccinés avaient une élévation de température. A leur retour au laboratoire, l’anxiété de Pasteur fut vive. Suivant l’expression de M. Roux, « pendant quelques instants sa foi chancela, comme si sa méthode expérimentale pouvait le trahir. » Seule Mme' Pasteur était confiante. Enfin, après une nuit d’angoisse, arriva une dépêche annonçant que dix-huit moutons non vaccinés étaient morts, les autres étaient mourants. Quant aux vaccinés, ils étaient tous debout. La dépêche se terminait par ces mots : « Succès épatant ! »
- Lorsque Pasteur, quelques heures plus tard, arriva dans la ferme de Pouilly-le-Fort, vingt-deux moutons non vaccinés gisaient morts sur le sol, deux autres étaient en train de mourir ; le dernier, tout haletant, présentait des signes d’infection. Les vingt-cinq vaccinés étaient tous debout.
- Une foule enthousiaste acclamait Pasteur. On criait au mmacle. Il n’y avait plus un incrédule. Un des vétérinaires parmi les plus hostiles allait même jusqu’à demander qu’on le vaccinât immédiatement et qu’on lui inoculât ensuite la bactéridie charbonneuse la plus virulente.
- Cette expérience démontrait d’une façon éclatante l’effet des vaccinations pastoriennes. Elle eut un retentissement immense dans le monde entier. Désormais la théorie microbienne triomphait.
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- Cela ne suffit pas à Pasteur d’avoir atténué les germes. Le voici qui va bientôt démontrer qu’il est possible d’exalter la virulence d’un germe atténué !
- Une bactéridie charbonneuse atténuée, inoffensive pour des cobayes de quelques mois, provoque la mort d’un cobaye qui vient de naître. Si l’on passe d’un cobaye d’un jour à un autre un peu plus âgé, par l’inoculation du sang du premier au second, puis de celui-ci à un troisième encore plus âgé, et ainsi de suite, on renforce progressivement la virulence du mici’obe. On finit par tuer du charbon les cobayes d’une semaine, puis ceux d’un mois. Une goutte de sang de ces derniers cobayes suffit à tuer un mouton. ”
- Il en est de même pour le microbe du choléra des poules : lorsqu’il a été atténué au point d’être sans action sur les poules, on peut lui rendre sa virulence par passages successifs à travers des organismes de petits oiseaux, serins, moineaux, poussins.
- Ainsi Pasteur, à son gré, atténue ou exalte la virulence des germes. La science biologique n’avait jamais connu une si merveilleuse aventure.
- Ce qui se passe au laboratoire se passe dans la nature. Avec Thuillier, Pasteur démontre que le microbe d’une maladie du porc, le rouget, passant à travers l’organisme du pigeon exalte sa virulence ; au contraire, passant à travers l’organisme du lapin, sa virulence est atténuée au point de pouvoir immuniser le porc contre la maladie mortelle.
- A suivre ces découvertes, ne croirait-on pas quelque conte de fée, rêvé par l’imagination d’un poète ?
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- Voici enfin la dernière phase de la vie de Pasteur, la phase qui paraît la plus miraculeuse.
- La rage a toujours été, pour les hommes, une maladie dont le nom seul les remplit de terreur. Pasteur résolut de l’étudier et de la combattre. Mais le microbe, il le cherche et ne le trouve pas : le problème de la rage était-il insoluble P
- Toutes ses recherches antérieures avaient montré à Pasteur que, pour trouver la cause d’une maladie, il fallait isoler le germe, le cultiver et reproduire avec ce germe la maladie. Le germe ici restait invisible. La méthode était-elle pour la première fois en échec ! Pasteur eut l’audace d’expérimenter sans voir le microbe.
- Pasteur, avec Roux, essaye la transmission de la rage en inoculant des chiens sous la peau avec la bave d’un animal enragé : la maladie n’apparaît que d’une façon inconstante et l’incubation est souvent très longue. Dans ces conditions, comment expérimenter ?
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- Puisque la rage est une maladie du système nerveux, se dit Pasteur, le viïus rabique doit exister dans le cerveau et la moelle épinière. Pour communiquer la rage d’une façon certaine et en peu de temps, le mieux serait de faire l’inoculation de la substance nerveuse d’un animal enragé dans le cerveau d’un animal sain. L’expérience confirma l’hypothèse : les chiens inoculés ainsi contractèrent tous la rage.
- Ce qui lui a réussi sur le chien, Pasteur le reproduit sur le lapin.
- Mais comment parvenir à faire du microbe un vaccin, puisque ce microbe demeure invisible ?
- Alors vient à Pasteur l’idée inouïe de se servir des cerveaux et des moelles de lapins rabiques comme si c’était de véritables cultures.
- Une difficulté nouvelle surgit : l’évolution de la maladie chez le lapin n’est pas toujours la même. Qu’importe 1 Cette difficulté, Pasteur la résoudra comme les autres. Il trouve comment obtenir un virus fixe, c’est-à-dire tuant le lapin toujours dans le même temps : après de nombreux passages de lapin à lapin, l’incubation finit par être toujours de six jours.
- Cette moelle de lapin rabique, assimilée à une culture du microbe, est laissée plussieurs jours au contact de l’oxygène de l’air dans une atmosphère desséchée : ce qui a été constaté pour le microbe du choléra des poules et pour la bactéridie charbonneuse se renouvelle ici ; la virulence s’atténue peu à peu par le vieillissement.
- La rage, n’apparaissant que plusieurs semaines après morsure, on pouvait tenter de vacciner les chiens pendant cette période où le virus n’a pas encore atteint les centres nerveux.
- A des chiens mordus par un animal rabique, Pasteur injecte des moelles de lapins vieillies, puis des moelles de lapins de plus en plus fraîches : la rage ne se déclare pas.
- Sûr de sa méthode de vaccination antirabique, Pasteur se décide, après bien des hésitations, à l’appliquer à l’homme.
- Le 6 juillet i885, la première injection antirabique
- fut pratiquée sur le jeune Meister, mordu grièvement par un chien enragé. L’inoculation fut faite avec une moelle de lapin rabique, vieille de quatorze jours. On continua quotidiennement avec des moelles de plus en plus fraîches, jusqu’à la moelle d’un jour. L’enfant fut sauvé.
- Cette splendide réussite eut un retentissement immense ; elle enthousiasma les chercheurs, elle frappa l’imagination des foules. La vaccination antirabique confondait les sceptiques, entraînait les indifférents, galvanisait ceux qui avaient été les croyants de la première heure. Elle démontrait que, pour l’homme armé de la méthode expérimentale, telle que la maniait Pasteur, il n’était désormais plus rien d’impossible.
- Voilà le dernier pôle de l’œuvre de Pasteur. Je vous ai montré le premier : la découverte de la dissymétrie moléculaire des produits organiques, naturels. C’est cette découverte qui lui fit prévoir que la fermentation était due à un être vivant. De là il fut amené à découvrir la cause des maladies virulentes, puis à trouver la prophylaxie de ces maladies. Ainsi, tout s’enchaîne dans l’œuvre si diverse de Pasteur, tout s’harmonise suivant un ordre logique : la découverte des vaccinations est la conséquence des premières découvertes en cristallographie.
- Celle œuvre est toujours vivante. Il semble que c’est la main de Pasteur qui guide le viticulteur, le brasseur, le vinaigrier. Il semble que c’est l’esprit de Pasteur qui anime le microbiologiste dans son laboratoii'e, que c’est sa voix que l’on entend aujourd’hui nous dire ce qu’elle disait après 1870 : « Sursum corda ! Toujours plus haut les pensées, toujours plus haut les aspirations ! Aujourd’hui, courbés que nous sommes sous la douleur de la patrie meurtrie, c’est le plus impérieux de nos devoirs : Sursum corda ! Le salut de la France est à ce prix ! ».
- Pasteur Vallery-Radot. Professeur à la Faculté de Médecine, Membre de l’Académie de Médecine.
- LA DIGESTION DES BOUES D'ÉGOUTS
- PRODUCTION DE MÉTHANE CARBURANT
- Le manque d’essence, né du désastre de juin 1940, a jeté une perturbation profonde dans l’économie française. Elle risque de durer longtemps si l’on ne recourt pas, dans le plus bref délai possible, à toutes les sources de carburants. Parmi celles-ci, on cite communément le bois, le ‘charbon de bois, le gaz de houille, l’alcool, les essences de synthèse, les oléagineux, mais, presque toujours, on oublie de tenir compte du méthane qui se forme en quantités importantes, au cours de la digestion des boues d’égouts, en milieu légèrement alcalin. Pourtant, l’utilisation rationnelle
- des boues d’égouts offre un intérêt considérable. Elle délivre les municipalités du grave souci que leur cause, le plus souvent, l’évacuation de ces boues. En outre, elle leur permet de disposer, d’une part, d’un carburant de remplacement, bien moins cher que l’essence et aux conditions d’emploi très faciles, puis, d’autre part, d’un terreau artificiel, fort apprécié par les jardiniers et les cultivateurs (fig. 1).
- Nous allons indiquer comment, dans certaines grandes villes françaises et étrangères, on décante les boues d égouts afin de les soumettre à une fermentation,
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- génératrice de méthane. Nous exposerons le procédé d’épuration de ce gaz afin qu’il se prête à l’alimentation des moteurs d’automobiles puis nous évaluerons, d’après des données pratiques, la quantité de gaz méthane qu’il est possible de produire au moyen des boues d’égouts.
- AMÉNAGEMENT D’UNE STATION DE TRAITEMENT DES EAUX D’ÉGOUTS (')
- Le traitement des eaux d’égouts comprend deux parties bien distinctes :
- À. — Épuration des eaux ;
- B. — Digestion des boues, collecte et épuration des gaz.
- La plus délicate correspond a la digestion des boues suivant la méthode dont nous indiquerons plus loin le principe.
- À. — Épuration des eaux d’égouls. — Celte opération se divise en deux parties essentielles qui sont :
- i° Le traitement primaire ;
- 2° L’épuration biologique.
- Le traitement primaire comprend :
- a) le dégrillage ;
- b) le désablage ;
- c) le déshuilage ;
- d) la décantation.
- Le schéma de la fig. 2 montre l’enchaînement de ces opérations.
- I. M. Sciimitt. Le problème de l’épuration des eaux d’égouts. Bulletin de la Société scientifique de Bretagne, 1937.
- Grille C.V-.OJ
- Evacuation matières grossières
- Dessableur
- Evacuation sable C.V:1,2
- Préaérateur
- Emulsion des graisses C.V: 1,6
- Décanteur primaire
- Cuves d’aération
- Oxydation des matières organiques et colloïdales Séjour des eaux 6 b
- dm3Ain par m3 d’eau traitée
- 80 C.V
- Evacuation matières décantables Séjour des eaux /I!/2 C.V; 0,3
- Décarrteur secondaire C.V:0,3 Décantation matières floculées Séjour des eaux : 2b
- ISO Kg. matières évacuées ou incinérées
- _Laveur C.V: 1,5 _______2 m3/j. sable lavé
- Trop plein
- ♦-----+1
- Gaz 2000m3/j
- \DigesteurCtf£!0 Séiour des boues: 30j.
- Boues digérées 80m3/j °/ohumidifé 30
- Evacuation boues sèches 30m3/j % humidité 66
- Fig. 2. — Schéma d’une station type de traitement par boues activées des eaux d'égouts d’une ville de 100 000 habitants.
- Fig. 1. — Vue générale de la station d’épuration des eaux d’égouts par décantation, de la ville de Montauban (35 000 hab.).
- Digestion, lre étape ; de gauche à droite : digesteur Doit de 1 000 m3, salle des machines ; au-dessous : bâtiment de la pompe et elarifleateur (cliché Omnium
- d’assainissement).
- TRAITEMENT PRIMAIRE
- Dégrillage. — Celui-ci a pour but de retenir toutes les matières grossières non susceptibles d’un traitement. Elles représentent environ i kg. par 125 habitants et par jour.
- Dans une ville, où les égouts sont du système unitaire et véhiculent des corps de grosses dimensions — à Vichy, par exemple — le dégrillage comporte trois parties essentielles (x) :
- — Nettoyage automatique de la grille ;
- — Broyage des détritus raclés ;
- — Remise en circuit, dans les eaux à pomper, des détritus broyés.
- Le dispositif de nettoyage agit
- 1. G. Rousse. Dégrillage automatique et broyage des résidus à l’usine de pompage des eaux usées de la Ville de Vichy. Travaux, mai 1939.
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- sur la face intérieure d’une grille incurvée, à la manière d’un peigne. Son action intervient généralement toutes les heures et de façon automatique. Quand les détritus, que l’on récolte dans une nochère, ne sont pas en quantité importante, on les pousse manuellement vers le broyeur.
- Le broyeur, dont le modèle le plus indiqué est à couteaux, lequel représente une variante du broyeur à marteaux, traite des matières très variées : corps durs, panses et boyaux provenant des abattoirs, pièces de toile, etc... Par suite, il faut « l’étoffer » largement puis l’actionner par un moteur et un dispositif de transmission (1), capable de faire face à de brusques et violents à-coups. A Vichy, où la population est de 25.ooo habitants en hiver et de 70.000 en été, ce moteur a 4o ch. de puissance.
- La pompe à détritus est de construction spéciale pour les eaux d’égouts.
- Désablage. — Il consiste à éliminer les sables et graviers dont la proportion est particulièrement importante par les temps de pluie et d’orage et dont la présence pourrait gêner le fonctionnement des appareils mécaniques de la station.
- À Monlauban, par exemple, le désableur est composé de deux bassins parallèles, un seul étant en service. Ils sont étudiés de telle sorte que, dans les limites de variation du débit, la vitesse permet le dépôt des sables et non celui des matières organiques. Lorsqu’un des bassins est plein de sable, il est mis hors circuit par un jeu de vannes et la vidange de l’eau qu’il contient est assurée par un émulseur à air comprimé, placé dans un puisard qui est mis en communication avec le bassin en cours de nettoyage.
- Les sables ne contiennent pas plus de 4 pour xoo de matières organiques et sont imputrescibles. On les met généralement au remblai parce qu’ils ne représentent aucune valeur.
- Dès ce moment, les eaux, débarrassées de leurs matières lourdes, conviennent à l’épandage sur terrains perméables. On obtient alors des effluents bactériologiques satisfaisants pourvu qu’on dispose de superficies suffisantes : 100 m2 par habitant. Si l’on manque de terrains de cette qualité et de cette étendue, on recourt à l’épuration par lits bactériens ou par boues activées.
- Préaération. — La préaération ou déshuilage correspond à une oxydation des graisses et des huiles contenues dans les eaux afin de les y émulsionner et de faciliter, par le fait même, leur évacuation ou éventuellement leur récupération.
- Celle opération qui dure généralement 10 mn a lieu dans un bassin équipé avec un système pendulaire d’aération Dorr permettant une répartition uniforme dans la masse des bulles d’air surpressé. Cet air est fourni par un petit surpresseur entraîné par le moteur servant à la commande du système mécanique oscillant.
- 1. Enrouleur de courroie avec amortisseur à huile.
- On obtient ainsi des graisses qu’on traite avec les boues.
- Décantation primaire------Le rôle de cette opération
- consiste à retenir 60 pour 100 environ des matières en suspension dans les eaux sortant du bassin de pré-aération. Cette opération a généralement lieu dans un décanteur épaississeur Dorr dont le principe est connu par ses applications universelles dans de nombreuses industries, lavage des minerais et du charbon notamment.
- Les dimensions de cet appareil sont importantes. On lui donne de 3 à 3 m. 5 de profondeur et environ 18 m2 par 1 ooo3 d’eau à épurer par jour. A Montau-ban, ville de 3o 000 habitants, appelée à traiter 6 000 m3 d’eau par jour (4 000 m3 en 1939), le décanteur Dorr a 12 m. 2 de diamètre intérieur, 3 m. de profondeur ce qui correspond à un volume effectif de 35o m3.
- La station de la Ville de Paris, à Achères, actuellement réalisée pour le traitement de 200 000 m3/J. comprend quatre clarificateurs primaires de 32 m. de diamètre.
- Il sort de cet appareil, au bout de 1 h. 1/2, d’une part un liquide décanté contenant surtout des matières organiques à l’état colloïdal et des substances minérales dissoutes puis, d’autre part, des boues lesquelles sont évacuées automatiquement.
- Pour les villes situées au bord de rivière ou fleuve à grand débit, le traitement primaire des eaux d’égouts suffit généralement.
- ÉPURATION BIOLOGIQUE
- L’épuration biologique des eaux qui permet l’oxydation et la coagulation des matières colloïdales ainsi que d’une partie des substances dissoutes, s’effectue soit par les lits bactériens, soit par les boues activées.
- Après ce traitement, les eaux sont envoyées à la décantation secondaire.
- a) Lits bactériens. — Après avoir été abandonnés, en raison des ennuis qu’ils créaient à leur voisinage (mouches, moustiques, odeurs), les lits bactériens viennent d’être remis en honneur avec des conditions nouvelles d’exploitation (système Jenlc) qui vont en faire un adversaire sérieux des boues activées.
- b) Boues activées. Aération. — Comme dans les lits bactériens, celte épuration fait appel aux microorganismes contenus dans les eaux d’égouts. L’activité de ceux-ci est accrue par une insufflation d’air fournissant aux bactéries l’oxygène nécessaire pour leur développement.
- L’insufflation d’air provoque également une flocu-lalion des matières colloïdales qui se transforment en boues attirant par adsorption les bactéries et devenant ainsi des milieux de culture très actifs d’où le nom de « boues activées ».
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- Au bout de cinq à six heures d’une aération convenable — ce qui correspond à 8-9 m3 d’air par m3 d’eau traitée — et sous un pH voisin de 7, l’eau ne contient généralement pas plus de 3 mg. par 1. de substances organiques. En d’autres termes, elle est parfaitement limpide et stable de telle sorte qu’après la nouvelle décantation (décantation secondaire) qui la fournit, on peut la rejeter directement à la rivière.
- En effet, elle contient alors suffisamment d’oxygène pour assurer la vie des poissons.
- Cette aération se pratique soit par des tuyauteries plongeantes ; soit par des plaques en béton poreux disposées au fond des cuves d’aération ; soit, ce qui est plus élégant et nécessite une consommation moindre de force motrice, en malaxant l’eau, dans une cuve longue et peu profonde, au moyen de palettes tournant en sens inverse de celui des bulles de l’air injecté par l’intermédiaire d’un arbre creux, par exemple. C/est ce que montre la figure 3 correspondant au dispositif employé à Colombes.
- La station de la Ville de Paris, à Achères, est équipée avec des tuyauteries plongeantes.
- Fig. 3. — Vue de l’aérateur Dorr Duplex de 21 m. de longueur, en Paris, station d’essai de Colombes, pour le traitement de 4 000 nv
- d’égouts (boues activées).
- c) Décantation secondaire. — Le mélange sortant de l’épuration biologique est envoyé dans des décan-leurs secondaires où s’opère la séparation entre les eaux et les boucs qu’elles contiennent : boues activées pour l’épuration de ce nom, humus pour les lits bactériens.
- Cette opération a également lieu dans un décanleur - épaississeur Doit aux dimensions bien moindres que celui de la décantation primaire, en raison de la réduction du volume d’eau à traiter. Dans un cas comme dans l’autre, l’eau séjourne 1 h. 1/2 seulement dans le décanteur.
- Tandis que le liquide clair est rejeté à la rivière, parce qu’il est devenu imputrescible, les boues décantées sont reprises soit par un éjcclcur, soit par une pompe spéciale à diaphragme (pompe Dorrco) pour être refoulée vers les cuves de digestion, à l’exception toutefois d’une fraction dite « boues de retour ». En effet, ces boues qui ont un pli voisin de 7,3 et une teneur en ammoniaque de 8 mg. par 1. servent à « l’ensemencement » du liquide sortant du décanteur .primaire et corrigent le pH de l’eau brute, lequel est généralement inférieur à 7.
- En attendant que les eaux séjour-
- ercice à la cille de par 24 h. d'eaux
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- nent 6 h. dans les égouts et que leur traitement se prolonge pendant 8 h., on les restitue, en majeure partie, i4 li. après, à la rivière, sous la forme d’une eau fraîche, sans odeur et in fermentescible.
- Les eaux sortant du décanteur secondaire sont stables. Elles contiennent seulement quelques mg. de matières en suspension et n’ont qu’une faible demande biochimique d’oxygène. On peut donc les déverser dans des ruisseaux de petit débit sans que la vie des poissons en soit affectée.
- TRAITEMENT DES BOUES D'ÉGOUTS
- Il se divise en deux parties :
- a) la digestion ;
- b) le séchage.
- L’épuration des boues d’égouts s’effectue dans de grandes cuves très profondes, appelées digesteurs, où ces boues séjournent pendant un temps suffisamment long, dans des conditions de température appropriées ù leur fermentation forménique. On évite de passer par la fermentation acide laquelle se produit, au début, spécialement quand ces boues sont abandonnées à l’air libre.
- La tendance qui se développe, depuis quelques années, consiste à utiliser la fermentation forménique de ces boues pour obtenir un gaz contenant approxi-
- Fig. î>. — Le diges(eur de 800 m3 de la sla-lion d'épuration de Colombes.
- An premier plan : la salle des machines.
- malivement de 6o à 8o pour ioo de méthane et 4o à 20 pour ioo d’anhydride carbonique. Ce gaz à - ooo calories au m3, en moyenne, est utilisable directement ou après élimination de l’anhydride carbonique, soit comme gaz carburant, soit pour la production de force motrice ou pour le chauffage.
- Principe de la digestion. — Cette digestion correspond à une putréfaction au cours de laquelle des micro-organismes divers et successifs s’attaquent à la molécule organique complexe pour la désagréger en molécules plus simples, dont beaucoup sont gazeuses et d’autres solubles dans l’eau. Au cours de ces réactions, l’eau de constitution est libérée proportionnellement à la matière organique décomposée. Dans ces conditions, la teneur en eau peut servir de critère à la digestion.
- Au cours de cette transformation, il y a un dégagement gazeux abondant dont le volume est directement proportionnel au poids de matières organiques sèches transformées ou détruites et la capacité du digesteur doit être étudiée relativement au poids des matières sèches que l’on introduit tous les jours dans l’appareil, c’est-à-dire que, dans le cas d’une ville qui est dotée d’une station d’épuration complète, la capacité de digestion doit être le double de ce quelle serait pour une épuration sommaire, de môme le dégagement gazeux sera le double pour le même résultat de digestion, c.’est-à-dire le même pourcentage de matières organiques détruites.
- On peut estimer que, d’une façon moyenne, le débit gazeux pour les boues d’une épuration sommaire (décantation primaire) est de io à a5 1. par habitant et par jour et que dans le cas d’une épuration complète par boues activées, ce débit gazeux est de ao à a5 1.
- Ces réactions biologiques dépendent, avant tout, de la nature des micro-organismes à l’œuvre et celle-ci varie avec le pli, la température, le malaxage et la durée de l’opération.
- A. Influence du pTI. — Si le pH a une valeur inférieure à 7, ce qui correspond à une fermentation acide, on obtient des gaz d’une odeur insupportable et, une boue très difficile à manutentionner.
- Au contraire, si le pif acquiert une valeur supérieure à 7, ce qui résulte d’une fermentation alcaline, la digestion s’accompagne de la formation d’hydrocarbures de la série du mélhane.
- Quand on met en marche un digesteur, c.’est toujours la fermentation acide qui prend naissance et qui se prolonge pendant un certain temps, appelé « maturation ». Elle ne se produit pas quand on ensemence le digesteur par des boues déjà digérées, ou si l’on fait des additions de chaux de façon à élever le pH jusqu’à une valeur maximum de 8.
- En pratique, on maintient entre 7 et 7,6 la valeur du pli.
- B. Influence de la température (fîg. 6). — On accélère la digestion des boues en les chauffant dans le digesteur mais il n’y a pas avantage, comme le montre la figure 6, à dépasser la température.de 4o°. Au sur-
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- 1? Durée diges+ioi
- Durée en mois
- 2° Production gazeuse
- Volume de gaz dégagé par kilogramme de matières volatiles contenues dans la boue fraîche pour une digestion de 2 mois à différentes températures.
- Fig. fi. — Courbes montrant l’influence de la température sur la digestion (d’après le Dr Imhoff).
- de malaxage, puis, d’autre part, par l’emploi de ferments sélectionnés activant la fermentation.
- Aménagement des digesteurs. — Une cuve de digestion a fréquemment 3 ooo à 4 5oo ni3 de capacité (diamètre : i5 à 20 m ; hauteur : 12 à i5 m.).
- La capacité à donner aux digesteurs dépend de la pulrescibilité des boues et de la quantité des boues que l’on doit y introduire, c’est-à-dire du dispositif d’épuration employé. Pour une épuration sommaire, on peut se contenter de 35 à 4o L, mais pour une épuration complète, on donne généralement à ces appareils une capacité de 70 à 80 1. par habitant branché sur le réseau, ce qui correspondrait à 210 000-2/10 000 m3 pour la Ville de Paris, si toutes ses houes d’égouts étaient soumises à une digestion. On se base en cela sur le fait que les digesteurs travaillent à la température de 25° et que l’on récolte la totalité des boues charriées par les eaux d’égouts.
- A Colombes (Seine) et à Montauban, en particulier, on emploie le digesteur Dorr-Oda lequel est constitué par une cuve en béton armé, de forme cylindrique C) dont le radier est tronconique. La couverture présente également une partie tronconique (fig. 7).
- 1. A Montauban, cette cuve a 1 000 m3 de capacité en correspondance avec une production de 6 000 m3 d’eaux usées par la ville.
- plus, le travail à chaud présente cet inconvénient de cesser d’être inodore mais il ne faut pas non plus descendre en dessous de i5° qui est la température normale de traitement.
- C. Influence du malaxage. —Le malaxage de la masse de houe en cours de digestion permet :
- — De briser le chapeau septique qui se forme à la partie supérieure de la masse de traitement ;
- — D'éviter le tassement de la boue à la partie basse du digesteur ;
- — De mélanger les boues fraîches aux boues en cours de digestion et de faciliter leur ensemencement ;
- — D’éviter la formation de zones mortes dans lesquelles des boues fraîches s’accumuleraient en donnant naissance à des fermentations acides ;
- — De laver les boues et de chasser les gaz qui s’y agglutineraient en formant autour d’elles un milieu nuisible au développement des bactéries ;
- — De faciliter et de rendre plus réguliers les dégagements gazeux.
- D. Influence de la durée de séjour. — Jusqu’en ip35, à Stuttgart, par exemple, la boue séjournait 90 jours dans les digesteurs. Depuis lors, on a réduit cette durée à 25-4o jours, grâce, d’une part, à la disposition judicieuse des digesteurs et de leur dispositif
- Fig. 7. — Schéma d’utilisation du gaz de boues pour la production d’énergie électrique.
- Digesteur
- Gazomètre
- Récupérateur
- Epurateur
- J Alternateu
- Légende
- Eau
- Gaz de boue
- Gaz d'échappement .
- Moteur à gaz
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- La partie mécanique de ce digesteur comprend essentiellement une tuyauterie en forme de « Z » por-tée par un cadre qui tourne à l’intérieur de l’appareil. La tuyauterie est parcourue par un circuit d’eau chaude qui maintient la température intérieure à environ 3o° G.
- Le cadre porte, d’autre part, à sa base, une série de raclettes, dirigeant les boues digérées vers le centre du radier d’où elles sont évacuées périodiquement par une tuyauterie en fonte vers les lits de séchage. Cette évacuation s’effectue par simple gravité. La par-lie supérieure du cadre, en passant dans les intervalles de doigts fixes, brise les écumes et facilite le dégagement régulier du gaz.
- Le cadre est monté sur un axe vertical traversant le couvercle de la cuve par un joint hydraulique et portant à son sommet, d’une part, la jonction des tuyauteries d’amenée et de départ du circuit de chauffage avec presse-étoupe, et, d’autre part, une roue dentée pour le mouvement de rotation. Ce mouvement est assuré par un moteur de 0,75 ch. avec un réducteur de vitesse à vis sans fin à double harnais.
- Ce groupe de- commande, qui supporte le poids total du mécanisme, est fixé sur deux poutres métalliques, placées de part et d’autre de l’axe vertical. Cet axe se trouve guidé à son extrémité inférieure par une crapaudine.
- La combinaison du chauffage et de l’agitation lente donne des résultats très efficaces dans le processus de la digestion, en ce sens qu’elle favorise la fermentation des couches horizontales dans toute la masse des boues et stimule les dégagements de gaz. Il a été tout récemment prouvé, dans une station équipée par des digesteurs de ce système, que la production de gaz pouvait ainsi être augmentée de i,5 pour 100 par rapport à un appareil chauffé mais non pourvu d’une agitation mécanique, et, d’autre part, la capacité de digestion était augmentée de près de 35 pour 100.
- Entre autres avantages de ce digesteur Doit, mentionnons l’obtention d’une liqueur de décantation relativement claire, en tous temps, et la disparition des troubles dus à l’écume. Ces points sont obtenus plus sûrement encore par la digestion en deux étapes.
- La température à l’intérieur de ce digesteur est maintenue à environ 3o°, au moyen d’une installation de chauffage nécessaire pour chauffer les boues introduites et combattre la déperdition de chaleur. La couverture en béton armé des digesteurs et des parties cylindriques, hors de terre, sont protégées contre les pertes de chaleur par une couche de 10 cm. de béton cellulaire.
- Les boues digérées sont envoyées sur des lits de séchage où, par évaporation et drainage, elles perdent la majeure partie de leur eau. On les utilise alors comme engrais, leur valeur fertilisante égalant celle du fumier de ferme. On les vendait en novembre 1940 environ 3oo-35o fr. la t.
- PRODUCTION MOYENNE D’EAUX ET DE BOUES D’ÉGOUTS
- En France, les quantités d’eaux distribuées sont très différentes d’une ville à l’autre, mais on peut prendre comme moyenne i5o 1. rejetés chaque jour, par habitant, dans le réseau d’égouts. La proportion de boues arrêtées au cours de l’épuration des eaux d’égouts est variable selon la localité (résidentielle ou industrielle), selon la nature du réseau (unitaire ou séparatif), selon le degré d’épuration que l’on veut obtenir et qui dépend de la situation de la ville, considérée relativement à l’émissaire, et enfin selon le procédé d’épuration adopté.
- Sans pouvoir appliquer de règle générale, on peut cependant dire que, dans le cas d’une épuration sommaire, décantation simple, ou d’un traitement par lits bactériens, la quantité de boues varie de 0,9 à 1 1. par habitant et par jour. Elles sont constituées par 5 pour 100 de matières solides décantables, minérales et organiques, noyés dans 97 pour 100 d’eau. Dans le cas d’une épuration complète par boues activées, les boues qui sont extraites de l’épuration et qui comprennent les boues de simple décantation et les boues acitvées en excès, représentent un volume de 1,8 à 2 1. par habitant et par jour.
- Par exemple, une ville de 100 000 habitants, donne journellement i5 000 m3 d’eaux d’égouts qui, traitées d’une façon sommaire, fourniront 90 à 100 m3 de boues et qui, traitées par boues activées donneront 180 à 200 m3 de boues ; pour certaines grandes villes industrielles, ces valeurs peuvent être deux et même trois fois plus fortes.
- Pratiquement, on compte sur une production journalière de 25 ou de 15 l. de gaz par habitant, suivant que l’on traite la totalité des boues ou seulement les boues primaires, c’est-à-dire celles que fournil une décantation se prolongeant durant une heure et 1/2.
- En d’autres termes, selon l’un ou l’autre cas, on récupérerait 200 ou i5o m3 de gaz par jour dans une ville de 10 000 habitants.
- Ces estimations pratiques sont basées sur un taux de transformation du tiers des matières organiques obtenues par habitant, soit 80 g. au cas de la décantation totale. A moins de disposer de digesteurs très spacieux et très étanches, il est rare de porter ce taux jusqu’à 5o pour 100, c’est-à-dire de recueillir 4o 1. de gaz par habitant et par jour.
- En moyenne, ces gaz répondent à l’analyse que voici, la température étant de i5-i8°.
- CH» CO2 N2 H2 H3S
- pour 100 70,75 23 à 28 2 traces indosables 0,1
- leur pouvoir calorifique supérieur au m3 se monte à 7 000 cal. environ.
- Une température de digestion supérieure à 3o° provoque souvent une augmentation de la teneur en C03 aux dépens de la richesse en CH4.
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- compression
- compression 0,015 à 15 kg /cm2
- 15 à 350 kg /ci
- frise de
- Régulateur‘ de débit '-s:
- Filtre
- Compteur
- Tour de refroidissem: et de dégazage
- fhmpe
- Sècheur
- .Réservoir récepteur
- Stockage et chargement —jy^Distri buteur
- Purges
- Tableau
- Collecteur
- de
- purges
- Bouteilles de stockage
- Fig. S. — Schéma d’une station de compression des gaz de boues.
- Au cas du traitement total des boues d’égouts, on obtiendra journellement, dans une ville de ioo ooo habitants, 2 5oo m3 de gaz de la composition indiquée ci-dessus. Sur cette quantité, il faudra en prélever 4o m3 pour les opérations de chauffage. Par suite, il restera une disponibilité de 2 100 m3 capable de fournir dans un moteur à gaz moderne, travaillant à pleine charge,
- 4 800 kW., soit 200 kW. par h. ; à moins, comme la disette actuelle de carburants le conseille, qu’on utilise ce gaz, à l’état comprimé, pour l’alimentation des moteurs de camions.
- Dans ce cas-là, le gaz est débarrassé de son anhydride carbonique et de son hydrogène sulfuré par lavage à l’eau sous pression, au cours d’une étape intermédiaire enti’e le pompage du gaz dans le gazomètre et sa compression à 35o atmosphères dans les accumulateurs du poste de distribution du gaz carburant. En raison de cette épuration, le pouvoir calorifique du gaz passe de 7 000 à 8 5oo cal. environ.
- Grâce aux travaux de M. Pignot, la compression des gaz en vue de leur utilisation pour le fonctionnement des véhicules est un problème devenu classique. La seule particularité de la compression du gaz de boue est le lavage de ce gaz pour éliminer le CO2.
- Le CO2 est d’autant plus soluble dans l’eau qu’il est à une pression plus élevée. Différentes études ont montré que la pression économique de lavage était comprise entre i5 et 20 lipz.
- Ceci peut être réalisé (fig. 8) :
- — soit en comprimant le gaz en deux étapes avec deux compresseurs, le premier le comprimant de o à i5 hpz., le second, après lavage, de i5 hpz. à la pression désirée (25o à 35o hpz.) ;
- — soit en comprimant le gaz avec un seul compresseur, en effectuant le lavage entre le deuxième et le troisième étage.
- La quantité journalière de gaz lavé disponible par jour sera pour une ville de 100 000 habitants :
- — pour décantation simple........... 1 000 m3
- — pour épuration complète........... 1 700 m3
- ce qui correspondra, en essence, en tablant sur un taux de correspondance de o m3 8 de gaz pour 1 1.
- d’essence :
- — pour décantation simple............ 1 e5o 1.
- — pour opération complète............ 2 100 1.
- EXTENSION DU TRAITEMENT DES BOUES D’ÉGOUTS
- En Allemagne, de nombreuses villes : Dusseldorf, Essen, Munich, Stuttgart, Halle, etc... récupèrent le gaz carburant provenant de la digestion des boues d’égouts.
- En France, on a repris, en septembre 1940, les travaux de la station d’Achères, lesquels permettront de traiter un effluent journalier de 200 000 m3, soit
- environ la moitié du débit moyen d’eaux usées susceptibles d’être amené par l’émissaire Sèvres-Achères (en cours de construction). Ces travaux entrepris avant les hostilités, se trouvent dans la partie des champs d'épandage d’Achères, la plus proche de l’agglomération parisienne.
- Sur la base d’une équivalence de o m3 7 de méthane pour 1 1. d’essence, cette station mettra à la disposition des services municipaux une quantité quotidienne de gaz équivalant à près de 11 5oo 1. d’essence soit 4,2 millions de 1. par an (soit 3 000 t.) ce qui permettra un parcours de 28 000 km. par jour et plus de xo millions par an pour des véhicules consommant en moyenne 4o 1. d’essence aux 100 km.
- Cet exemple de la Ville de Paxds mérite d’être suivi par d’autrcs cités.
- CONCLUSION
- A la porte de chacune de nos villes, il existe une source importante de gaz carburant. Elle correspond au gaz, à base de méthane, provenant de la digestion des boues d’égouts. Une ville de 100 000 habitants seulement pouiTait disposer, chaque jour, de quelque 2 000 m3 de gaz représentant environ 3 000 1. d’essence.
- Les municipalités trouveraient là un moyen d’amé-
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- liorer leur équilibre budgétaire parce qu’elles sont, le plus soirvent, fortes consommatrices d’essence. Par exemple, en 1937,' des villes de 3o 000 habitants inscrivaient au chapitre « Dépenses » de leur budget des sommes de 180 000 à 200 000 francs pour l’achat de l’essence utile à leurs services muni-paux.
- La France, qui est restée, jusqu’à ce jour, très en arrière dans la pratique de l’assainissement, se doit
- de rattraper, au plus vite, ce retard. Nulle oeuvre ne sera plus utile que celle-là.
- La réalisation de tous les projets prévus permettra la diminution du taux de mortalité qui est plus élevé dans notre pays que dans tous les autres grands pays d’Europe, et assurèra la récupération annuelle d’au moins 20 millions de m3 de gaz correspondant à 3o 000 t. d’essence. Ch, Berthelot.
- Ingénieur-Conseil.
- COMMENT SE CHAUFFER cw «
- DES PERTES DE CHALEUR DES LOCAUX
- Nous avons rappelé clans les articles précédents la valeur calorifique des divers combustibles et le rendement des appareils de combustion. Un troisième élément intervient dans les économies de chauffage : les pertes de chaleur des locaux.
- Ce qu’on recherche en chauffant ceux-ci, c’est de remplacer la sensation désagréable ou pénible —- qui peut aller jusqu’à l’onglée et à l’impossibilité de travailler — due au froid de l’ambiance par une température suffisante : 10 à 12° pour un exercice physique, iG à 180 pour des occupations nécessitant l’immobilité.
- Un premier moyen de se défendre contre le froid est de se couvrir de vêtements épais, de fourrures qui isolent la peau de l’air extérieur et maintiennent au contact du corps une atmosphère tiède non renouvelée. C’est la seule solution possible quand on se déplace à l’extérieur.
- A l’intérieur, on a recours en outre au feu, au chauffage.
- Dans les très vastes bâtiments qu’on ne peut cloisonner, on se contente souvent d’une conduction, d’une radiation ou d’un soufflage d’air chaud, sans songer à échauffer tout le cube d’air. On l’obtient par des planchers chauffés, ou des parois chauffantes, ou des radiateurs à réflexion parabolique ou mieux encore par des souffleries faisant passer l’air sur des tuyaux à ailettes ou des résistances électriques. Mais ce n’est là qu’un pis aller.
- Dans les maisons d’habitation, isolées de l’extérieur par des murs et des fenêtres, où l’on désire plus de confort, on chauffe toute la masse d’air enfermée dans une pièce ou dans tout l’immeuble, en limitant la ventilation au minimum compatible avec l’hygiène de la respiration.
- En principe, un mètre cube d’air absorbant o,3o6 cal. pour s’échauffer de i°, la quantité de chaleur à fournir est déterminée par le volume d’air Y de la pièce ou de l’appartement et par la différence de température en degrés de l’ambiance qu’on désire V et du milieu extérieur t.
- C = o,3o6 x V x (F — t).
- On voit que la dépense de combustible est proportionnelle au volume et qu’il est donc plus économique de chauffer une petite pièce par un poêle qu’un immeuble entier par un chauffage central, à rendement égal des appareils. Et aussi que la source de chaleur doit être d’autant plus puissante qu’on désire une température plus élevée et que l’air extérieur est plus froid.
- Mais la quantité de chaleur calculée par cette formule est beaucoup trop faible. Pour maintenir la température voulue, il faut chauffer non seulement l’air, mais les parois
- I. La Nature, n° 3063, 16 octobre 1940 et n° 3064, 18 décembre 1940.
- plus ou moins conductrices qui le limitent. De plus, quand l’air s’échauffe, des courants s’y établissent et une partie s’échappe par la cheminée, les fentes des portes et des fenêtres et même à travers les murs. Il faut donc compter sur une dépense réelle de calories beaucoup plus grande que ne l’indique la théorie et d’ailleurs variable dans chaque cas, selon le nombre et la grandeur des fuites, la nature des parois, la température des espaces voisins, etc.
- Il n’est pas très coûteux d’élever pendant un moment la température d’une pièce au degré qu’on désire; ce qui l’est, c’est de garder la chaleur, de maintenir cette température longtemps, pendant tout l’hiver. Si l’on pouvait vivre en vase clos, dans une sorte de marmite norvégienne, la solution serait plus aisée, mais on ne peut rester constamment enfermé et immobile et il faut de l’air pur pour respirer.
- Les ingénieurs du chauffage ont établi de nombreuses formules pour calculer la grandeur des pertes des parois et la consommation de calories qui en résulte.
- La plus simple, applicable au chauffage intermittent d’un local ayant des murs de o m. 60 d’épaisseur et des fenêtres à vities simples, est :
- C = 1,2 S + 4,4 s (t1 — t)
- dans laquelle S représente la surface en m2 des murs et s celle des vitres.
- Une autre, plus compliquée mais plus exacte, pour le chauffage intermittent également, est celle-ci :
- C =
- 1,2
- mm'
- me -j- m'
- + vs) (V — t)
- dans laquelle m et m' sont des coefficients dépendant de la nature des murs (briques, moellons, etc.), e leur épaisseur, S leur surface, v un coefficient égal à 5,66 pour les vitres simples et à 2 pour les vitres doubles, s la surface vitrée.
- La perte de chaleur par les parois dépend de leur surface, du coefficient de transmission des matériaux qui les forment, de leur épaisseur et de la différence de température entre les deux faces.
- Celte dernière n’est pas la même pour les planchers, les plafonds et les murs intérieurs ou extérieurs.
- La conduction de la chaleur à travers les murs dépend de leur épaisseur et de leur porosité. On a calculé un certain nombre de coefficients qui figurent dans le tableau suivant :
- Mur en moellons de o m. 00 d’épaisseur. . . x
- Mur en briques de 0 m. 38 d’épaisseur. . . o,5
- Mur en briques de o m. i3 d’épaisseur. . . . 0,9
- Mur en pierres de 0 m. 80 d’épaisseur. . . 0,7
- Mur en pierres de 0 m. 3o d’épaisseur. ... i,33
- Plafonds et planchers habituels.................... 0,26
- Fenêtres à vitres simples............................. 1,26
- Fenêtres à vitres doubles.......................... 0,8
- Porte .en bois épaisse. ........................... i,25
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- Le refroidissement par les vitres est près de quatre fois plus considérable que par les murs.
- *
- * *
- On né peut songer actuellement à changer de logement pour choisir une construction plus épaisse, moins poreuse ou fissurée. Mais on peut tout de même, dans quelque condition qu’on se trouve, réaliser des économies sensibles au moyen de quelques aménagements.
- D’abord, il convient de ne chauffer que le plus petit espace possible. Il faut abandonner salons, galeries, halls, ateliers, et se tenir, se grouper dans une pièce, deux au plus, d’aussi faible volume que possible. Les chambres à coucher n’ont pas besoin d’être chauffées, les lits peuvent maintenir autour du corps une température suffisante pendant la nuit ; on y trouvera l’avantage de respirer un air plus pur et d’éviter les dangers d’asphyxie.
- La défense contre les pertes de chaleur par les murs est plus difficile. On gagnera sûrement à tendre sur les murs des tentures et des tapis, à fixer sur les portes des portières, à appliquer le long des murs des meubles, des armoires, des bibliothèques. Dans certains cas, on pourra placer devant la maçonnerie des panneaux en contreplaqué. La mode des murs nus n’est plus d’actualité; mieux vaut une chambre encombrée. Partout, on préférera les papiers de tenture clairs qui absorbent moins de chaleur que les foncés.
- En dedans des fenêtres, on placera de grands rideaux en tissu épais, en laine de préférence, qu’on fermera pendant la nuit. La défense passive y trouvera son compte. Quand
- LE CHARBON
- QUELQUES TYPES DE FOURS
- Les construclcurs se sont préoccupés d’assurer une circulation rationnelle des gaz dans la masse de bois : ils se sont, en général, efforcés de les diriger vers la périphérie de l’édifice ligrieux, pour sécher les bois qui y sont empilés et accélérer leur carbonisation, qui, dans la meule, est lente.
- Voici par exemple, le four Delhommeau (fig. i) : il se compose de trois viroles superposées ; la virole inférieure présente une série d’ouvertures pour l’accès de l’air ; lorsque le bois est empilé, on place, directement sur les bûches, un plafond mobile dont le diamètre est inférieur de quelques cm. au diamètre intérieur des viroles ; on dispose ensuite le couvercle fixe qui est supporté par la gouttière de la virole supérieure : ce s deux couvercles sont percés d’un trou central pour l’allumage. Lorsque le feu est bien pris, que la, fumée se dégage abondamment, on ferme l’ouverture du plafond mobile : les gaz chauds du foyer sont alors obligés d§ suivre le trajet indiqué par les flèches en trait plein ; au fur et à mesure de l’effondrement des bois, le plafond mobile descend et les gaz suivent des trajets analogues à celui indiqué en trait pointillé.
- —— ..: :vt=...........19 =
- l’entablement s’y prête, on fera poser des doubles fenêtres, comme il en existe dans tous les pays froids. Sinon, on pourra toujours établir des doubles vitres en verre ou en cellophane, espacées de 3 à 4 centimètres environ qui diminuent d’un tiers au moins la déperdition de chaleur par les parois transparentes trop minces.
- On évitera les courants d’air par les interstices des portes et des fenêtres et par le tirage excessif de la cheminée. Nous avons tous éprouvé la sensation désagréable de froid aux pieds due à l’entrée de l’air froid dans une pièce chauffée. L’air chaud s’en va par la cheminée allumée, tandis que l’air froid du dehors pénètre par tous les interstices et les fissures pour le remplacer. Cet écoulement continuel est nécessaire à la combustion, au tirage, à la ventilation, mais il est souvent trop intense. On le diminuera en remplaçant la cheminée à feu nu par un poêle dont le tuyau d’évacuation sera muni d’une clé de tirage. On fixera des bourrelets à toutes les ouvertures, des pare-bise aux fenêtres et l’on évitera ainsi à peu de frais d’importantes déperditions de chaleur. Une bande de tricot ou de drap épais clouée au pourtour d’une porte forme bourrelet. Une bande de tissu munie d’anneaux et fixée par des crochets au bas d’une fenêtre forme un pare-bise mobile facile à nettoyer et à tenir propi’e.
- Toutefois, il ne faut rien exagérer et ne pas aboutir à supprimer toute ventilation. Une chambre complètement close deviendrait vite inhabitable ou tout au moins malsaine. Entre les courants d’air froid d’une part, le mal de tête et l’asphyxie lente d’autre part, il est un juste milieu qui est une question de mesure et de bon sens.
- (à suivre)
- R. Legendre.
- DE BOIS (suite) (1)
- On reconnaît la fin de la carbonisation à l’aspect des évents (braise rouge, pas de flamme) et aussi à la position atteinte par le plafond, position que l’on peut
- Fig. 1. — Four Delhommeau
- Couvercle fixe
- Position initiale du faux couvercle
- utre position du faux couvercle /
- I. lui y attire, n° 3064, 15 décembre 1940.
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- 20
- a Couvre -cheminée
- c—n—3 Clapet de réglage *=* de tirage
- o g p o o o o
- Events
- Fig. 2.
- Four Forindust.
- repérer par des lumières, normalement fermées, pratiquées sur le plafond. On ferme peu à peu tous les évents, selon l’avancement de la cuisson ; un petit talus en terre légère suffit à rendre la fermeture étanche.
- Remarquons que le plafond mobile régularise l’allure générale de la distillation : lorsque le foyer s’active d’un côté (vent ou ouvertures mal réglées) le bord du plafond descend plus bas de ce côté, le passage des gaz devient plus grand à l’opposé et la carbonisation s’active dans cette région ; peu à peu le plafond redevient horizontal puis s’incline en sens inverse et reprend finalement une position correcte.
- Le four Forindust (fig. 2) comprend trois éléments cylindriques superposés reposant sur un socle creux formé d’un certain nombre de secteurs emboîtés de façon à réaliser un joint cylindrique vertical de faible hauteur facile à rendre étanche. Les évents sont munis de volets de réglage. Le couvercle est en trois pièces. Il comporte une cheminée centrale pour l’allumage, que l’on ferme quand le feu est allumé, et six cheminées réparties régulièrement à la périphérie. Ces dernières peuvent être plus ou moins obstruées par des clapets que l’on suspend soit sur le rebord 'de la cheminée, soit dans des fentes plus ou moins profondes de ce même rebord. La répartition des cheminées oblige les gaz à traverser toute la masse de bois.
- Le four Magnein est composé de deux viroles tron-coniques ou d’une virole cylindrique et d’une autre tronconique (fig. 3), et d’un couvercle rigide.
- La virole inférieure repose sur 8 rondins de 1 m. de long et de 10 cm. de diamètre disposés en étoile ; les extrémités intérieures ne doivent pas se toucher et
- les extrémités extérieures doivent sortir d’environ 10 cm. de la virole. Au centre du faulde, le charbonnier monte une cheminée en charbonnette et établit sur les rondins un caillebotis de brins minces destiné à isoler l’édifice ligneux du sol ; lorsque la charbon-nette est coupée à 66 cm., il est nécessaire de disposer entre les rondins de l’étoile, d’autres plus courts, ne débouchant pas de la virole mais ne touchant pas les autres rondins. La première virole est emplie de bois placé soit verticalement, soit horizontalement ; la deuxième virole est placée sur la première et on achève l’empilage en ménageant toujours la cheminée centrale. Le couvercle est alors mis en place et les gouttières sont l’emplies de terre légère. Entre les rondins, on engage sous la virole et le caillebotis 8 coudes : les uns que nous appellerons coudes-cheminées, au nombre de quatre, comportent un tuyau de même hauteur que le four ; ils sont installés aux extrémités de deux diamètres perpendiculaires ; les quatre autres coudes, plus courts, que nous nommerons coudes-évents sont intercalés entre les précédents ; un petit talus de terre à la base du four couvre l’espace libre entre la virole et le sol. Les coudes-évents peuvent être supprimés : il suffit de tasser légèrement la
- Fig. 3. — Four Magnein.
- Caillebotis
- 8bûches-longueur : JE1 d/am.: 10 crn
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- terre du talus et de faire des trous avec un rondin taillé en pointe (fîg. 9).
- L’allumage se fait en versant dans la cheminée, par le trou central du plafond, deux ou trois pelletées de braise rouge ; on alimente le foyer à plusieurs reprises avec du petit bois et on obture la cheminée centrale avec un petit couvercle, quand la fumée sort abondamment ; on confectionne son joint avec de la terre.
- L’air entre par les évents et accède au foyer par le canal limité par le sol, deux rondins voisins et le caillebotis, qui d’ailleurs laisse passer un peu d’air ; au foyer l’oxygène brûle une partie du bois et les gaz chauds (gaz carbonique, azote, vapeur d’eau, pyroligneux) s’élèvent dans la cheminée ; ils sont rabattus vers le bas par le couvercle et l’enveloppe et ne trouvent d’autres issues que les coudes-cheminées qui se mettent à fumer : la totalité de la masse de bois est baignée par les gaz chauds. Une heure environ après l’allumage, la fumée sort tumultueusement des cheminées ; d’abord blanche, elle vire peu à peu au jaune foncé et devient légèrement bleutée à la fin de la carbonisation. Parfois, la fumée sort également par les évents : un coup de vent a activé le foyer, la fumée s’est formée en abondance, la pression a augmenté et forcé les gaz à refluer par les évents ; l’entrée d’air est interrompue et l’influence du coup de vent est freinée.
- Il est avantageux d’allumer le four vers 16 ou 17 h. : on réserve ainsi la période calme du séchage pour la nuit et on se dispense de surveillance nocturne.
- La fin de la carbonisation, le lendemain matin, demande de l’attention. Si les cheminées ne fument plus, l'e foyer est éteint, soit parce que, la veille, on a confectionné trop tôt le talus au bas du four, soit parce que le foyer n’a pas été assez alimenté, soit encore que les bois ne se sont pas effondrés : il faut alors dégager le pied du four, allumer de nouveau et alimenter copieusement le foyer. Si les cheminées ne
- Fig. 4. — Four Grouard.
- 14 cornues sont en cours d’extinction pendant que l’enveloppe entoure 14 autres cornues allumées.
- fument pas abondamment, on peut se contenter de dégager le pied du four pour activer le foyer : ceci se produit souvent avec de gros bois ou avec du bois vert ; il faut éviter la sortie de-flammes par les évents, car ce signe dénote une combustion trop active que l’on peut freiner en fermant plus ou moins les entrées d’air.
- La cuisson est ter- Fi9- s- - Four Grouard monté. minée en un point
- quand, par le trou correspondant on ne voit que de la braise rouge, sans flamme ; de plus, si, avec un rondin courbe passé dans le trou, on fait levier pour soulever le caillebotis, celui-ci doit s’effondrer sans effort : on peut alors boucher le trou ; la fermeture des évents s’effectue d’abord du côté frappé par le vent ; lorsqu’on a bouché les trous voisins d’une cheminée, celle-ci peut être enlevée et remise en place, quand elle est froide, sur la face opposée au vent.
- Lorsque tous les tuyaux sont enlevés, on reforme le talus en le tassant légèrement et on visite les joints : l’extinction commence et elle durera de i5 à 18 h., si le four est bien étanche.
- Fours à chauffage extérieur sans récupération.
- — Ces fours se rapprochent des cornues de distillation par le chauffage extérieur, et des fours métalliques à foyers intérieurs, par l’échappement libre des fumées. Dans cette catégorie, nous citerons le four Grouard frères (fig. 4 et 5) : ce four comprend 14 cuves d’une capacité totale de 3 stères ; chaque cuve, garnie de bois, reçoit un couvercle non étanche ; sur un socle métallique on place 7 cuves (une au centre, six autour de la première), puis au-dessus les sept autres cuves. Les intervalles sont remplis de bois d’allumage. Une enveloppe circulaire en panneaux assemblés par clavettes, entoure les cornues ; elle est surmontée d’un couvercle mobile en hauteur afin de régler le tirage. L’allumage se fait avec du petit bois, par celui des évents de l’enveloppe tourné vers le vent. Lorsque le feu est bien allumé, on abaisse le couvercle : les flammes du foyer lèchent les parois des cuves ; le bois commence à sécher puis il distille : les gaz qui s’échappent par le couvercle non étanche des cuves s’enflamment : si le foyer extérieur est suffisamment vif, la période de réactions exothermiques se déclenche et la cai’bonisation continue, même lorsque le bois extérieur est réduit en cendres. L’opération, de l’allumage à la fin de la distillation, dure de 4 h. 1/2 à 5 h. On enlève l’enveloppe lorsque le four n’émet plus de
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- Fig. (i. — Four continu Autocarbone.
- fumée, il est intéressant de disposer de deux jeux de cuves pour une enveloppe extérieure.
- Fours continus. — Dans les fours continus, on se propose de réaliser à intervalles réguliers l’extraction du charbon de bois et l’alimentation en bois. D’une manière générale, on peut leur reprocher : un prix d’achat élevé, l’emploi d’une main-d’œuvre diurne et nocturne toujours onéreuse, une mobilité restreinte obligeant à débarder le bois, le débit du bois en petits morceaux alors qu’il est plus facile de casser le charbon. Par contre, la pi’oduclion est régulière, le rendement en charbon élevé, du fait que l’on peut récupérer les gaz de distillation pour le chauffage du four, ainsi qu’une importante fraction des pyroligneux ; enfin, le charbon obtenu est homogène et propre ; au surplus, si l’on peut disposer d’une batterie de ' fours, la manutention peut être rendue mécanique et le personnel est alors assez réduit.
- Voici, dans cette catégorie le four Autocarbone (fig. 6) : il est constitué par une cornue (i) entourée d’une enveloppe réfractaire (2) calorifugée (3), à la base de laquelle est ménagée une chambre de chauffe (4), le tout imposant sur un pied-support (5). Des brûleurs à gaz (6), peuvent être alimentés en marche normale par les gaz de distillation (tuyauterie 7), à l’allumage par un gazogène (xo) à air pulsé (souffleiie 11), à
- l’aide de la tuyauterie (8) ; le changement d’alimentation des brûleurs s’obtient par la manœuvre des vannes 12 et 10 ; les disques (21) permettent de régler la température du foyer.
- Le chargement se fait par la porte étanche (i4), l’extraction à l’aide de la vis d’Archimède (i5) et la vanne (17). Le charbon incandescent est recueilli dans l’étouffoir (16).
- Les bacs à niveau constant (18) régularisent la pression.
- Initialement, la partie inférieure est remplie de charbon jusqu’à hauteur des brûleurs, puis de bois découpé en petits morceaux. La porte supérieure étant fermée, on place un étouffoir à la base de l’extracteur, on ouvre la soupape d’échappement (20), on allume le gazogène, puis les brûleurs. Peu après, la vapeur commence à sortir par la soupape ; api'ès environ 2 h. de marche la vapeur commence à se colorer en jaune : le séchage étant terminé, la distillation commence : quand la pi'oportion de gaz combustible est suffisante, on ferme la soupape 20 et on ouvre les vannes 12, puis on ferme progressivement la vanne i3 : la soufflerie est aloi’s arrêtée. L’extraction peut être continue (commande de la vis i5 au moteur) ou intermittente (commande manuelle) ; selon l’importance de la cornue et de l’étouffoir, celui-ci est remplacé par un récipient vide au bout d’un temps variable de 1/2 h. à 1 h. Le chargement peut être continu ou discontinu.
- La pression du gaz varie de 100 à 200 mm. d’eau ; lorsque les gaz sont produits en quantité supérieure aux besoins des brûleurs, la pression monte et les vannes 19 permettent de la maintenir constante en évacuant les gaz dans d’autres appareils d’utilisation, par exemple dans des moteurs auxiliaires (éclaii'age, débit du bois, concassage du .charbon).
- 11 est possible de recueillir les produits condensables en faisant passer les gaz dans des appareils de récu-l>éra I ion appropriés.
- Fours à bain métallique. — Dans ces fours, d’invention récente, le bois débité en petits morceaux est plongé dans un bain métallique dans lequel il subit les phases successives de la carbonisation. La température de fusion du métal doit être supérieure à 3oo° pour que les réactions exothermiques puissent se déclencher, et la tension superficielle du bain doit être telle que le métal ne pénètre pas par capillarité dans les poi’es du chai'bon et que, dès la sortie du bain, le charbon ne contienne aucune trace de métal : le plomb répond à ces conditions ; sa température de fusion est 327°.
- L’appareil Hereng est une sorte de cornue horizontale dont la sole est constituée par un bain de plomb fondu ; le combustible déversé dans une trémie avance le long d’un séchoir dont le chauffage est assui’é par une circulation de gaz chauds provenant du four : il perd son humidité ainsi qu’un peu d’air et d’anhydride carbonique ; une chaîne convoyeuse l’entraîne vers le bain de plomb : placé à la partie supérieure de
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- la chaîne, le bois subit un commencement de distillation avant son immersion, assurée par des dalles de fonte solidaires des maillons de la chaîne.
- Le charbon entraîné dans le bain à la fois par un propulseur et par le courant que l’on imprime au métal en fusion est dirigé vers un extracteur qui le précipite, après égouttage, dans un étouffoir.
- La température à l’entrée ne dépasse pas 36o° : la température finale est réglée suivant le résultat que l’on veut obtenir. La chaleur nécessaire est fournie par une circulation de gaz dans des tuyaux qui traversent la sole ; ces gaz peuvent être ceux qui proviennent de la distillation.
- Ce four permet le traitement de tous les déchets végétaux ; on peut arrêter la distillation et la reprendre en quelques minutes ; le bois étant complètement immergé, les opérations se déroulent rapidement, sans surchauffe, avec un excellent rendement ; l’étanchéité parfaite des parois métalliques permet de recueillir le maximum de produits de distillation.
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- # #
- Nous avons comparé déjà le charbon de meule et le charbon de fours démontables. Le charbon provenant de la distillation en vase clos et le charbon de fours continus d’une part, le charbon de fours à échappement libre des fumées d’autre part ont des valeurs à peu près équivalentes ; cependant le premier est généralement plus léger et plus friable.
- La fabrication en fours est peu économique car elle laisse partir en fumée des produits de haute valeur.
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- Cependant c’est le mode le plus répandu actuellement en France. C’est qu’en effet, la pénurie d’essence a imposé l’obtention rapide de tonnages importants de charbon de bois et que les fours pouvaient être plus rapidement construits que les fours dits à récupération. C’est donc avec juste raison que l’Administration des Eaux et Forêts a mis en commande un nombre imposant de fours (4o ooo). Son choix s’est judicieusement porté sur l’un des plus rustiques, des plus maniables et des moins coûteux. Sa capacité est de 4 stères à 4 stères 5. Sa durée est assez longue (deux ans à deux ans et demi) pour que l’amortissement ne grève pas trop le prix de revient du charbon. Constitué d’un petit nombre de pièces en tôle mince (r,5 et a mm), sa fabrication est très rapide : au xo novembre 6 ooo fours avaient été livrés et la cadence des livraisons s’est accélérée de plus en plus. Ces fours sont loués à des particuliers à des conditions très avantageuses et le prix de location ne fait cependant pas obstacle aux fabrications d’autres modèles.
- La durée de ces fours permettra à l’industrie de développer la construction de fours à récupération et d’usines pour le traitement des produits récupérés. Il semble bien d’ailleurs que l’opinion des milieux intéi-essés s’oriente dans ce sens. Cependant, nous pensons que les fours à échappement libre ne disparaîtront pas complètement, et que l’on continuera à les employer, notamment dans les régions peu accessibles, où le débardage des bois est difficile.
- (à suivre)
- A. Lepoivre.
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN FÉVRIER 1941
- Les phénomènes célestes attirant le plus particulièrement l’attention pendant ce mois sont : le beau spectacle fourni, le 3 février, par la présence de la Lune un peu au-dessous de Jupiter et de Saturne de nouveau très voisins et qui à leur tour sei’ont en conjonction le 20, puis l’excellente visibilité de la planète Mercure le soir jusque vers le i5.
- I. Soleil. — Pendant février le Soleil remonte en déclinaison de — X7°i3/ le ier à — S'Ai7 le 28. La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil), pour la latitude de Paris, s’allongera de gh23m le ier à ioh54m le 28.
- Retardant l’arrivée de la nuit le crépuscule civil prend fin (pour Paris) 36 mn après le coucher du Soleil le ier et 33 mn après, le 28, tandis que le crépuscule astronomique, pour ces mêmes dates, dure ih52m et xh4gm ; en sens inverse ces diverses durées interviennent pour déterminer l’illumination progressive du ciel avant le lever du Soleil.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Février : i — i2h4m20s; 6 = i2h4m5os; 11 — i2h5nios; 16 = x2h4m5o3 ; 21 = i2h4ma3"; 26 = i2h3m2is.
- Observations physiques. — Oxx observera la surface solaire chaque jour de beau temps. Voici des éphémérides permettant d’orienter les dessins et les photographies du Soleil :
- Date (oh) P B0 L0
- Février 5 — i3’73 0 — 6°33 28791
- — 10 — 15,62 0 — 6,62 222,07
- — i5 — 17,3q 0 - 6,85 i56,24
- — 20 — 19.01 0 — 7,03 9°,39
- 25 — 20,48 0 — 7,16 M,54
- Lumière zodiacale ; lueur anti-solaire. — Ce mois devient
- très favorable à l’observation de la lumière zodiacale dont l’axe paraît de plus en plus redressé sur l’horizon, c’est-à-dire se dégageant au mieux des brumes et des dernières lueurs crépusculaires ; rappelons que cet examen doit être effectué à l’écart de toute source lumineuse gênante pour l’œil et que la Lune doit être absente ; pour celle dernière raison c’est pendant la seconde moitié de février seulement que l’on pourra utilement effectuer ces observations de même que celles de la lueur anti-solaire qui est à rechercher, vers le milieu de la nuit, entre le Cancer et le Lion.
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- II. Lune. — Yoici les phases de la Lune :
- P. Q. le 4 Fév., à 11642m I D. Q. le i8Fév., à 18b 7m P. L. le 12 — à 0626“ | N. L. le 26 — à 3b 2m
- Plus grandes déclinaisons de la Lune : + i8°i7/ le
- 8 février; — x8°i3/ le 20 février.
- Variations de distance de la Lune : Apogée le 3 à 2h, diamètre apparent = 2g,32,r ; Périgée le i4 à 20*, diamètre apparent = 32/43//.
- Occultation d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) par la Lune :
- Date Astre Magni- tude Phéno- mène Heure (p. Paris) Angle au Pôle
- Fév. 3 £ Bélier 5,5 Imm. 18626111,4 1280
- — 6 672 B. D.-f-i6° 5,7 Imm. 20 58 6 n4
- — 7 i3o Taureau 5,5 Imm. 18 59 9 104
- — 8 26 Gémeaux 5,i 1mm. 1912 3 46
- 7, I. P. c. 18*6“ ; I. O. c. 19*25“ ; L P. f. 20*16“; I. O. f.
- 2ih34m. — 8, I. E. f. 18*55“,3. — 11, II. Im. 19*18“;
- IL Em. 2ih55“; II. E. c. 2i*57“,4. — 12, III. P. c. 21*17“
- — 13, IL O. F. i9*36“; I. Im. 22*54“ — 14, I. P. c.
- 20*4“; I. 0. c. 2i*2o“; I. P. f. 22*i3“. — 15, I. E. f.
- 2o*5o“,8. -— 16, I. O. f. i7*59“; III. E. f. i8*44m,9> —' 18, IL Im. 22*i“. — 20, IL 0. c. i9*4o“ ; IL P. f. i9*46“; IL 0. f. 22*12“. — 2,1, . P. c. 22*2“. — 22, I. Im. 19*22“.
- — 23, I. O. c. i7*45m ; III. Em. 17*17“; I. P. f. 18*42“; I. O. f. i9*54“; III. E. c. 20*47“,6. — 27, IL P. c. i9*54“.
- En ce qui concerne l’aspect de Saturne, voici les éléments de soir anneau pour le milieu du mois :
- Grand axe extérieur......................... 39",70
- Petit axe extérieur........................— i3",o5
- Hauteur de la Terre sur le plan de Panneau — 190,180 Hauteur du Soleil sur le plan de Panneau. — 20°,860
- III. Planètes. — Le tableau ci-après, dressé d’après les renseignements foui’nis par P Annuaire du Bureau des Longitudes et la Connaissance des Temps, donnent les indications nécessaires pour reconnaître les principales planètes en février ; on remarquera que toutes peuvent être aperçues, bien qu’à des degrés bien différents quant aux conditions d’observation.
- Mercure, en élongation orientale avec le Soleil à i8°i9/ le 10, se distinguex'a au mieux dès le début du mois, brillant à bonne hauteur dans le crépuscule finissant ; il est en conjonction inférieure avec le Soleil le 26 févi'ier.
- Vénus est visible seulement dans l’aurore, et défavorable-ment située.
- Mars, se montrant maintenant avant le lever du jour, est encore très éloigné et ne présente qu’un disque minuscule.
- Jupiter et Saturhe, qui seront de nouveau en conjonction le 20 février, restent toujours d’une facile obsci’vation, dès le début de la nuit.
- On suivra avec intérêt les phénomènes du système des quati’e principaux satellites de Jupiter; voici la liste de ceux de ces phénomènes qui sei’ont visibles à Paris.
- Février 2, IL P. c. 22*29“. — 4, IL Em. i9*i3“; IL E. c. 19*19“,4; IL E. f. 2i*53“,8. — 5, III. P. c. 17*9“; III. P. f. 19*18“; III. 0. c. 22*39“. — 6, I. Im. 20*57“. —
- Yoici maintenant les élongations de Titan, le plus lumi
- Comment on verra, en février, se produire les éclipses des satellites de Jupiter (image renversée, comme dans la vision télescopique).
- En raison de la direction oblique, par-rapport au rayon visuel, de l’éclairement du système, le début de l’éclipse de I est caché par le disque de Jupiter et on voit seulement en (E. f.) sa réapparition ; II et III disparaissent (E. C.) et réapparaissent (E. f.) à une certaine distance de la planète ; IV, passant en dessous du cône d’ombre, ne subit pas d’éclipses.
- ASTRE Date : Lever Passade Coucher Ascen- Déclinai- Diamètre Constellation VISIBILITÉ
- à Paris au méridien ne Paris à Paris sion droite son apparent et étoile voisine
- i«r Fév. 7I123111 12b 4m20s i6b46m 2ob56m — I7°i5' 32 30" 6 Capricorne
- Soleil . . 4 — 7 1 12 4 46 17 9 21 48 — i3 i3 32 26,2 d°
- 28 — 6 37 12 3 20 3i 22 42 — 8 xi 32 20,0 Verseau
- Mercure . 6 “ 18 - 7 55 7 9 i3 12 12 53 .8 18 29 27 22 23 22 55 — 10 28 4 5 6,2 8,8 Verseau do Le soir, éloDgation le 10.
- Vénus . i * -î18 - 6 3x 6 27 10 11 53 7 i5 i5 i5 48 20 4 21 6 — 20 52 17 33 io,3 10,2 Capricorne do Dans l’aurore.
- Mars . 6 - 4 5 8 12 12 18 17 24 — 23 i3 5,o 0 Ophiuchus ,Le matin, avant le lever
- .8 - 3 56 8 12 4 18 0 — 23 39 5,2 a Sagittaire Bélier du jour.
- Jupiter 6 - 10 3 ll 9 0 *7 2 24 i3 x3 36,4 ^Première partie de la
- x8 - 9 20 16 28 23 36 2 3o + i3 46 35,2 do 1 nuit.
- Saturne . 6 - 10 i3 *7 x3 0 I7 2 28 + 12 12 16,0 Bélier (Première partie de la
- 18 — 9 27 16 28 23 0 2 3i + 12 28 x5,8 do nuit.
- Uranus .4 - 9 56 l7 3x 1 2 3 19 + 18 5 3,4 <r Bélier Prem. part, de la nuit.
- Neptune . 14 — 19 46 2 5 8 16 11 5x + 2 19 2,4 P Vierge Toute la nuit.
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- neux des satellites de Saturne, et que l’on peut suivre à l’aide d’une modeste lunette :
- A l’Est : le 8 février à i6h,7 ; le 24 février, à 16^,6.
- A l’Ouest : le 16 février à i6h,2.
- Uranus, qui peut être trouvée aisément à l’aide d’une jumelle, est en quadrature Est avec le Soleil le 11 février.
- Étoile polaire. — Voici quelques passages de l’Étoile polaire au méridien de Paris :
- Date Passage de la Polaire Heure
- Février 10 Inférieur 4llI4m33s
- — 20 — 3 35 3
- Neptune, comme une faible étoile de huitième magn., approche de son opposition avec le Soleil et se voit toute la nuit. Rappelons qu’un instrument déjà puissant est nécessaire pour distinguer les disques très réduits de ces deux planètes si lointaines.
- IV. Phénomènes divers.
- Conjonctions
- Le 3 février, à Jupiter avec la Lune Le 3 février, à 1 gh, Saturne avec la Lune Le 5 février, à oh, Uranus avec la Lune Le 14 lévrier, à uh, Neptune avec la Lune à iph, Jupiter avec Saturne 3h, Mars avec la Lune 2h, Vénus avec la Lune
- Le 20 février Le 21 février, à Le 25 février, à
- à 20 N.
- à oo43’ N.
- à 3o44' N.
- à if5o' N.
- à 1021' N.
- à 5028 S.
- à 4o34' S.
- A L
- Étoiles filantes. —Il n’y a guère à signaler pendant ce mois qu’un essaim dont le radiant est vers a Cocher, le 16 février.,
- V. Constellations. — La description de l’aspect de la voûte céleste restant identique pour une même époque chaque année, on se reportera aux « Bulletins « antérieurs concernant le présent mois.
- En raison de l’augmentation de la durée du jour et de la longueur du phénomène crépusculaire, la durée de la nuit complète (pour la latitude de Paris), seule favorable aux opérations photographiques à longue pose, est de nh environ le Ier février et s’abaisse graduellement à 9h3o environ le 28 février.
- L. Rudaux.
- COMMUNICATIONS A L'ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du i4 octobre 1940.
- Peuplement mtimmalien d’îles atlantiques fran= çaises. -— Continuant l’inventaire des mammifères, M. Heim de Balsac recense les îles de Noirmoutier, Yeu, Ré et Oléron. Seule, Yeu, distante de la côte d’une vingtaine de kilomètres, présente des formes spéciales, un campagnol Microlus arvalis oyaensis, différent de ceux de Vendée et de Noirmoutier, plus voisin de la forme basque et ibérique, et surtout une musaraigne, Crocidura oyaensis appartenant à une lignée différente de celles qui habitent le continent.
- Chlorémie de Vanguille femelle. — Mlle O. Calamand et M. M. Fontaine montrent que la teneur en chlorures du sang de l’anguille femelle diminue pendant le développement des glandes génitales, alors qu’elle vit en eau douce et ne se nourrit plus.
- Les pagures. — Les pagures ou bernards l’hcrmite sont des Crustacés à abdomen mou abrités généralement dans une coquille vide qu’ils choisissent. Leur activité est plus grande la nuit que le jour, plus marquée en lumière diffuse.
- La vision joue dans leur comportement un rôle important et les individus aveuglés (par enduit des yeux avec un vernis noir opaque) se déplacent peu, lentement, et passent auprès des coquilles sans s’arrêter. Des coquilles artificielles en verre transparent n’attirent pas les pagures, sauf si l’orifice en est rendu opaque. Ils semblent donc avoir une sensibilité lumineuse aux différences d’éclairement plus qu’une vision nette. M. E. Rabaud et MUe M.-L. Verrier, après avoir rappelé ces observations, examinent la structure oculaire qu’on avait signalée différente chez Eupagurus bernhardus; le comportement est pourtant le même, contrairement à la théorie d’Exner qui distingue chez les Arthropodes à yeux composés une vision par apposition et une autre par superposition.
- Bouillons de cultures microbiennes économi= ques. — La production des antigènes d’origine microbienne nécessaire pour la préparation des sérums et anatoxines thé-
- rapeutiques se fait à partir de bouillons de viande de bœuf ou de veau de bonne qualité. Les difficultés d’approvisionnement actuelles ont conduit M. G. Ramon et MUe G. Amoureux à essayer la viande et le foie de chevaux morts accidentellement ou ayant succombé à des affections organiques. Par une technique qu’ils décrivent, ils ont obtenu des toxines tétanique, diphtérique, et celles de divers anaérobies de la gangrène gazeuse de valeur très satisfaisante. L’Institut Pasteur préparant de grandes quantités de ces produits, c’est à la fois une économie d’argent, une commodité d’approvisionnement et la restitution pour l’alimentation humaine des viandes saines jusqu’ici employées.
- Séance du 21 octobre 1940.
- Probabilité. — La définition de la probabilité doit-elle être purement empirique ou déduite de considérations théoriques, notamment de remarques sur la symétrie, sans rien emprunter à l’expérience? M. E. Borel, spécialiste du hasard mathématique, donne un nouvel argument en faveur du second point de vue. Si l’on joue à pile ou face, l’aléa comporte deux éventualités parfaitement symétriques; si on lance un dé, il en comporte 6; si on tire une boule dans une urne pleine de n boules identiques, il en comporte n. Si l’épreuve est répétée un très grand nombre de fois, la probabilité p pour qu’au bout de kn expériences on ait obtenu exactement k fois chacun des n résultats possibles est asymptomatiquement égale à :
- C.n ~ ËTs"
- n — 1
- Cn. est une constante et l’exposant s est égal à —-—. Par
- suite, si n est égal à 2 ou 3, la série 2pk est divergente et la probabilité pour que le résultat symétrique se produise autant de fois qu’on veut, quand l’épreuve se répète fréquemment, est égale à l’unité. Mais si n atteint ou dépasse 4, la série 2p/c est convergente et sa somme est inférieure à l’unité. L’expérience ne suggérera plus l’égalité
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- :rr= 26 :v: " ' : = 1
- des probabilités élémentaires résultant clés conditions de symétrie.
- Bouteille pour prélèvement d’eau de mer. —
- M. J. Richard, à qui l’on doit les bouteilles à eau utilisées dans les expéditions océanographiques du Prince Albert Ier de Monaco, vient de réaliser un nouveau modèle plus simple. Il comprend un cylindre de verre serré entre deux plaques carrées au moyen de quatre tiges filetées à écrou. Ce cylindre peut être fermé par deux soupapes à charnière, la supérieure s’ouvrant vers l’extérieur et l’inférieure vers l’intérieur, reliées par une chaînette. La bouteille est descendue ouverte; un messager vient la fermer à la profondeur voulue en abaissant les soupapes qu’il maintient par son poids. Les tiges latérales servent à la fixation sur le câble de descente ; elles peuvent aussi porter un thermomètre à renversement. Un appareil de ce genre, d’une contenance de io 1., a bien fonctionné en Méditerrenée.
- Les engobes dans la céramique d’Extrême= Orient. — Les engobes sont des pâtes dont on recouvre les pièces crues ou dégourdies, soit pour cacher la couleur de la terre, soit pour former une décoration. Les engobes des céramistes du début de la dynastie Song ont une fusibilité légèrement supérieure à celle de la terre et se vitrifient quand la terre est encore insuffisamment cuite ; elles sont surémaillées d’une couverte brillante qui craquèle. M. R. Le-cuik a pu reproduire ces pièces, connues en Chine jusqu’au xvh6 siècle et au Japon du xme au xvn°. Les notions d’émaux opaques et transparents sont insuffisantes pour expliquer ces fabrications et l’on ne peut les définir par des notions purement physiques simples.
- Caractères sexuels secondaires des Lophogas=
- trides. — Les Lophogastrides sont des Crustacés du groupe des Mysidacés qu’on rencontre en mer, au large, le plus souvent en profondeur. Les récoltes du « Dana » ont fourni un abondant matériel que M. L. Fage a examiné. Les femelles acquièrent seules des caractères sexuels secondaires des slernites thoraciques : régression de la pointe, apparition de poils barbeloés, qui manquent .chez les mâles. L’infestation des Gnathophausia par un protozoaire parasite n’a aucune action sur les mâles, mais provoque chez les femelles un arrêt de croissance des oostégites et la persistance des pointes sternales.
- Rythme saisonnier d’un moustique marin. —
- L’Aëdes desbansi qu’on trouve au bord de la mer dans le Yar n’a pu être élevé d’une manière continue en eau douce; il y prospère en automne, il y meurt au printemps. M. M. Mathis a observé sur place qu’il vit en été dans les flaques des rochers littoraux souvent très salées, tandis qu’en hiver on le rencontre une trentaine de mètres plus haut dans des mares d’eau douce. Il présente donc une alternance saisonnière des gîtes. Les larves supportent le passage sans transition d’un gîte à l’autre.
- Séance du 28 octobre igko.
- Nouveau tensiomètre. — MM. J. Thibaud et II. Le-monde décrivent un instrument de mesure de la tension superficielle des liquides permettant de suivre le déplacement de l’image lumineuse sur une' règle ou d’enregistrer celle-ci photographiquement pendant qu’on étire une lame mince du liquide au moyen d’un cadre vertical filiforme auquel est attaché un miroir. Les mesures, rapides, aisées,
- sont plus justes et plus précises que celles habituelles de l’arrachement d’un anneau.
- Prébenzolisme et avitaminose. — MM. II. IIeim de Balsac, M. Perrault et R. Roubinet ont examiné nombre d’ouvriers manipulant du benzol et ils ont constaté, avant l’intoxication manifestée par l’anémie, des états légers très inégalement répartis. Ceux-ci sont étroitement liés à la carence en acide ascorbique ou vitamine C qui apparaît ainsi comme le facteur de prédisposition individuelle et aussi comme fixant le moyen de prophylaxie et de traitement.
- Cancer et foie. — MM. C. Sannié, R. Truhaut, P. et M. Guérin ont injecté à trois lots de souris, sous la peau du dos, une solution huileuse de la partie insaponifiable des lipides extraits de foies humains, cancéreux ou non ; le troisième lot témoin reçut de l’huile seule. Des kystes sous-cutanés et des tumeurs variées apparurent, fréquentes chez les sujets ayant reçu de l’extrait cancéreux, moins fréquentes chez ceux injectés d’extrait sain, rares ou milles chez les témoins. En outre, des sarcomes sous-cutanés évoluèrent sur 3o pour 100 des animaux du lot 1, principalement chez les mâles. Le foie des cancéreux semble donc contenir des substances capables de provoquer l’apparition de sarcomes chez la souris.
- Séance du 4 novembre 1940.
- Hypsométrie de la France. — M. E. de Martonne a fait déterminer par un groupe de ses élèves l’altitude moyenne de la France et celle de ses grandes régions. Il aboutit aux données suivantes :
- Altitude Al li tud e
- moyenne m aximum
- France entière. 342 4 800
- Alpes. . . . 1 121 4 800
- Pvrénées. . 1 008 3 600
- Massif Central. 7i5 1 886
- Vosges . 53o 1 426
- Jura .... 660 1 72 3
- Bassin parisien. 178 53 a
- Massif armoricain io4 4i7
- Bassin aquitain i35 44;
- Provence. . 44i 1 i54
- Corse. 570 2 710
- Pour la France entière, les zones altimétriques occupent r
- 0 à. 100 m. 137 524 km2, soit 25,4 pour 100
- 100 à 25o m. 192 Soi — 35,5 —
- 25o à 5oo m. 110 453 — 20,4 —
- 5oo à 760 m. 37 197 — 6,9 —
- 760 à 1 000 m. 27 533 — 5,o
- 1 000 à 1 5oo m. 21 250 — 3,9 —
- 1 5oo à 2 000 m. 7 58o — i,4 —
- 2 000 à 2 5oo m. 5 oi5 — 0,9 —
- 2 5oo à 3 000 m. 2 767 — o,5 —-
- plus de 3 000 m. 643 — 0,1 —
- Nouvelle action du magnétisme. — Dans un tube
- en U dont une des branches est placée dans un champ
- magnétique, M. G. Destriau verse une solution de sulfate de cuivre et enfonce deux électrodes de cuivre. En faisant agir le champ magnétique, l’électrode placée dans ce champ devient d’abord légèrement négative, puis fortement posi-
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- tive, avec une augmentation asymptotique pendant ro h. Si l’on renouvelle la solution, la force électromotrice retombe instantanément à o° puis remonte en i5 à 30 mn. Inversement, si l’on fait agir le champ sur la solution dans le coude inférieur du tube en U, où ne se trouve pas d’électrode, la forme électromotrice reste nulle, mais si l’on refoule cette solution sur une des électrodes, elle varie d’abord rapidement puis lentement. Ces réactions n’ont pas encore d’explication satisfaisante.
- Masse d’un mésoton. — M. L. Leprince-Rincuet et ses collaborateurs, S. Gororetzky, E. Nageotte et R. Ri-chard-Foy ont continué leurs expériences sur le rayonnement cosmique avec la grande chambre de Wilson et le champ magnétique de l’électro-aimant de Rellevue. Plusieurs milliers de clichés ont été pris, parmi lesquels il s’en est trouvé un du choc élastique entre un mésoton rapide et un électron du gaz. La photographie stéréoscopique a permis de mesurer les divers éléments du choc et de calculer ainsi la niasse M° au repos de la particule incidente par rapport à celle m° de l’électron. On a trouvé : M = (24o + 2o)m°.
- Les pâtes, les couvertes et leur aspect décoratif.
- — Continuant ses études sur les céramiques anciennes, M. R. Lecuir montre que les caractères optiques de « profondeur » communs à diverses fabrications célèbres, sont obtenus avec des matières premières extrêmement différentes. Les vases de l’ancienne Egypte, en terre siliceuse poreuse, ont reçu un mélange de verre bleu avec la pâte, puis une glaçure. Les carreaux de revêtement de Perse ou d’Asie-Mineure, les faïences d’Anatolie, en argile, ont un engobe très siliceux attaqué par l’émail qui le recouvre. L’introduction d’oxyde d’étain dans l’émail plombifère, l’utilisation de la calcine, donne aux faïences des Délia Robbia un aspect de ripolin, aux Rouens une couverte mate, à certains Nevers et surtout aux Delfts un aspect translucide de porcelaine. Dans toutes ces fabrications, les structures relatives de la pâte et de l’émail gardent à la surface un poli suffisant tout en ne créant pas de solution visible de continuité entre l’émail et la pâte.
- Le molybdène dans la terre et dans l’eau de
- mer. — M. D. Bertrand, par une méthode sensible et précise, a trouvé de 4,3 à 69 mg. de molybdène par kilogramme dans des terres arables de provenances diverses. Dans l’eau de mer de l’Atlantique il n’en a eu que des traces indosables, révélées seulement par spectrographie, tandis qu’une vase séchée de claire de la Tremblade lui en a donné i4,5 mg. par kilogramme sec. Ces taux sont très supérieurs à ceux qu’on avait titrés jusqu’ici.
- Séance du 18 novembre 1940.
- La flore adventice de Paris. — Les plantes adventices sont des espèces étrangères à la flore primitive du pays, qui s’y sont introduites depuis deux à quatre siècles au plus. Paris a une flore particulière qu’on observe autour des lieux habités, dans les rues peu fréquentées, sur les décombres, les quais, la a zone ». Les plantes qu’on y rencontre sont antliropophiles ou rudérales ; les unes sont indigènes, les autres étrangères : adventices et archéophytcs (d’introduction plus ancienne). Certaines sont passagères, fugaces, d’autres font souche et se naturalisent parfois. Quelques-unes suivent les voies ferrées qui pénètrent dans la capitale, par exemple Amarantus blitoïdes, Enagrostis pocoïdes; d’autres sont apportées par les automobiles, avec la boue des
- pneumatiques : Matricaria discoidea. L’avion n’a pas encore importé de graines. Les jardins du Muséum, avec leurs cultures de plantes exotiques, ont essaimé certaines espèces dans les quartiers environnants. Enfin, les fourrages :mpor-tés, surtout pendant les périodes de guerre, ont fait apparaître une flore obsidionale. Bunias orienlalis est vrenu de Russie en i8i5 ; 268 espèces furent notées après 1871, les unes venues avec des avoines d’Odessa, les autres avec des foins de l’Italie et de l’Afrique du Nord; quelques-unes ont subsisté, comme Sisymbrium pannonicum et Réséda alba. D’autres étaient arrivées d’Amérique au xvm6 siècle : Eri-geron canadensis, Amarantus retroflexus, sans qu’on sache comment.
- La pomme de terre, chercheur de pôles. — On a
- proposé, pour reconnaître le sens d’un courant continu, de planter les deux fils, à 1 cm. l’un de l’autre, dans une pomme de terre fraîchement coupée. Une coloration brune apparaît au pôle négatif. M. C. Duval a vérifié qu’après 10 mn, quelle que soit la nature des électrodes, il ne se forme jamais de coloration brune à la cathode ; la coloration, quand elle se développe, apparaît toujoui’s à l’anode. Elle varie avec le métal : bleue avec le cuivre, verte avec le nickel, rose avec le cobalt, brun rouille avec le fer, etc. Les mêmes teintes s’obtiennent avec la pomme, la rave, le navet.
- Les débits d’hiver de la Volga. — M. W. Frolow, considérant les niveaux du fleuve à Samara de 1881 à 1929, a pu calculer la capacité souterraine qui alimente la Volga en amont de cette ville, pendant l’hiver où le ruissellement est suspendu. La capacité qui serait vidée par un tarissement complet du fleuve, à partir du débit de 5 000 m3/s. serait de 196 km3, équivalant à une chute de pluie de l’ordre de i5o mm. La vidange maximum observée ne fut que de 65,5 km3, correspondant à 5o mm. de pluie, et la vidange moyenne annuelle de 17 mm. Le remplissage annuel par les pluies est parfois plus rapide; il a atteint 91,6 km3 correspondant à 70 mm. Le gain moyen fut de 01 km3 et la perte de capacité de 22, montrant que le régime d’hiver de la Volga est influencé plüs rapidement par les pluies que par le tarissement.
- Puits artésiens et marées. — Observant à Ariès, sur le bord du bassin d’Arcachon, un puits artésien foré jusqu’à 100 m., à une centaine de mètres de la mer, MM. P. Mondain -Monval et R. Wallard ont constaté des variations de délaiI considérables, synchrones de la marée. Le débit passe de 274 à 34? L pendant une marée de morte-eau, de a5o à 63o 1. pendant une marée de vive eau. Les maxima coïncident exactement avec l’heure de la haute mer, et cependant il n’v a pas mélange des eaux, puisque celle du puits est totalement exempte de chlorures.
- Moustiques tués par des champignons. —
- M. E. Brumpt, élevant des moustiques à la station de Richelieu (Indre-et-Loire), a observé de nombreux Culex pipiens et une femelle de Theobaldxa annulata, morts et infestés par un champignon enlomophtoré, Empusa conglomeraia. Des essais répétés pour infecter des moustiques adultes avec ce même parasite, soit par voie digestive, soit par voie cutanée, ont abouti à un échec.
- L’acide ascorbique des piments et des tomates.
- — L’acide ascorbique est la vitamine C dont l’organisme a un besoin journalier. Mme C. Sosa-Bourdouil l’a dosé dans des
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- tomates et des piments et a constaté que la teneui' augmente au cours de la maturation du fruit. Elle est souvent plus forte chez les variétés à petits fruits et ne dépend pas de la couleur jaune ou rouge des fruits mûrs.
- Séance du 25 novembre 19/io.
- Les concrétions phosphatées. — On a recueilli dans les sédiments terrigènes des mers actuelles, pas très loin des côtes, des concrétions phosphatées cimentées par du phos-
- phate de chaux amorphe, et dans les vases à globigérines d’eau profonde des rognons où les tests de foraminifères sont plus ou moins complètement minéralisés. M. L. Cayeux les compare aux nodules des craies phosphatées anciennes où les radiolaires et les diatomées sont si remarquablement conservés et il en conclut que les phénomènes actuels sont loin d’être l’image fidèle des phénomènes anciens, puisque le phosphate qui conserve si parfaitement les microorganismes des mers géologiques, les détruit plus ou moins complètement dans les mers actuelles.
- LIVRES NOUVEAUX
- Leçons de radioélectricité, par R. Fortrat. 1 vol. in-8°,
- 424 p., 284 fig. Masson et Cie, Paris, 1941. Prix : 110 francs.
- Imaginées par Maxwell, réalisées par Hertz, appliquées par Marconi, les ondes électromagnétiques sont devenues la T. S. F. aux innombrables utilisations. Tantôt, on étudie leur technique en mettant en oeuvre toutes les ressources de la physique et des mathématiques, tantôt on exécute les montages d’instinct, par un bricolage plus ou moins heureux. L’auteur, professeur à l’Institut électrotechnique de Grenoble, a choisi un moyen terme : physicien lui-même, mais chargé de former des ingénieurs radiotechniciens, il a tenu à enseigner la théorie et la pratique, à décrire d’abord les phénomènes en langage courant, puis à y introduire le calcul, sans aller au delà du nécessaire. Son cours est ainsi une excellente préparation poulies physiciens qui veulent aborder la haute fréquence sans y consacrer tout leur temps aussi bien que pour les ingénieurs qui reçoivent ainsi une formation théorique indispensable. Après avoir rappelé les notations et schémas usuels, les principales définitions et formules, il aborde les courants de haute fréquence dont il analyse les circuits, les couplages, l’entretien des oscillations harmoniques et de relaxation. 11 passe ensuite aux tubes électroniques dont il étudie l’émission, les redresseurs de courant, les valves électroniques, la triode et ses applications; les amplificateurs à triode, l’oscillateur à triode. L'a troisième partie traite de la réception radio-télégraphique et radiotéléphonique. Viennent ensuite les tubes électroniques complexes, à plusieurs grilles (allant jusqu’à 8) et les tubes à pente variable, suivis d’une étude des dispositifs antifading, des problèmes de l’émission par modulation. La propagation des ondes électromagnétiques se fait le long des fils et dans l’espace, d’où l’examen des antennes, de leur rayonnement, des caractéristiques de celles d’émission et de réception. Une dernière partie est consacrée aux ondes ultra-courtes (de moins de 5 m.), les dernières venues, qui donnent à considérer les oscillateurs à réaction, les oscillations électroniques de freinage, les magnétx-ons. Les calculs les plus ardus ont été renvoyés en notes à la fin du volume. Nul doute que ce cours ne présente beaucoup d’intérêt pour les professionnels et aussi pour les amateurs cultivés.
- Géologie des gîtes minéraux, par E. Raguin. 1 vol.
- in-S°, 613 p., 138 fig. Masson et Cie, Paris, 1940. Prix :
- 140 francs.
- Professeur à l’École des Mines, l’auteur y enseigne la géologie appliquée, c’est-à-dire l’utilisation des matériaux de l’écorce terrestre et l’adaptation pratique aux phénomènes naturels dont elle est le siège. Ce volume présente les données de son cours. Après avoir défini l’objet et les méthodes de la géologie appliquée aux gîtes minéraux et donné une classification de ceux-ci, il traite d’abord des eaux souterraines qui .conditionnent les captages, les forages, sans parler de leur rôle dans le remaniement des gisements, puis des sources thermominérales utilement exploitables autant qu’agents métal-logéniques. Un chapitre est consacré à l’altération superficielle des roches et à la formation de la terre végétale. Les suivants examinent les techniques propres à la géologie appliquée : les cartes géologiques, les méthodes géophysiques de prospection du sous-sol, l’examen microscopique des roches en lumière réfléchie. Les multiples gisements sont groupés, en types ignés (gîtes d’inclusions, de ségrégation, de pneumatolyse, pyrométa-somatiques, d’imprégnations), en types hydrothermaux (filons), en types produits par les eaux d’infiltration (gîtes de cémentation, de substitution, résiduels), en types sédimentaires (détritiques, chimiques, biochimiques). Vient alors l’étude
- monographique des principaux produits du sous-sol : diamants et pierres précieuses, combustibles minéraux, pétrole, phosphates, sels potassiques, chlorure de sodium, gypses, borates, nitrates, silice, argile, bauxite, magnésium, amiante, substances radioactives, terres rares, étain, tungstène, molybdène, graphite, titane, vanadium, manganèse, platine, chrome, nickel, cobalt, fer, soufre et pyrites, sélénium et tellure, arsenic, antimoine, bismuth, cuivre, zinc et plomb, cadmium, argent, mercure et or. Pour chacun, une documentation tout à fait à jour est réunie sur ses usages, sa production, sa valeur, ses minerais et leur métallogénie, les principales exploitations et leurs caractéristiques géologiques. C’est à la fois un enseignement pour les ingénieurs et un recueil de données précises, bien classées et présentées suivant un plan d’ensemble clair et précis.
- Croisière du « Bougainville » aux îles australes
- françaises, par le Dr René Jeannel. 1 vol. in-8°, 328 p.,
- fig., 10 pi. Mémoires du Muséum national d’histoire naturelle, Paris, 1940. Prix : 230 francs.
- De janvier à mars 1939, l’aviso « Bougainville » visita les îles australes de l’Océan Indien : Marion, les Crozet, les Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam. Renouant une ancienne tradition fort heureuse, il embarqua un naturaliste, le professeur du Muséum qui put ainsi débarquer sur les diverses îles — autant que l’état de la mer le permit — et recueillir des échantillons de roches et des spécimens de la faune terrestre. Les roches furent étudiées par M. A. Lacroix ; les animaux par divers spécialistes dont M. Jeannel lui-même qui se chargea des Coléoptères. Les récoltes, assez abondantes, comportent quelques espèces nouvelles. Dans son ensemble, la faune terrestre est très particulière ; à côté d’espèces banales importées par de précédents navigateurs, elle présente surtout des affinités subantarctiques et sud-américaines, en plus d’un type sud-africain remarquable. Ses origines sont donc complexes et assez difficiles à analyser. M. Jeannel y voit surtout les restes d’une faune homogène datant du miocène et peuplant alors un continent australo-antarctique, selon les théories de Wegener.
- Précis de stylistique française, par J. Marouzeau.
- 1 vol. in-16, 173 p. Masson et Cie, Paris, 1941. Prix :
- 20 francs.
- La langue est tellement complexe, et si mêlée à la démarche de l’esprit qu’elle ne se laisse pas plus saisir dans son ensemble qu’un être vivant. Elle a son vocabulaire, sa grammaire, sa syntaxe, des règles multiples qu’on ne doit pas transgresser. Mais elle est parlée, écrite par un homme qui a une pensée personnelle et des sentiments, qui les modifie en les exprimant, qui fait un choix, qui a un style. La stylistique essaie d’ahalyser ces multiples facteurs. Elle note les sons, leurs qualités, leur expressivité, l’articulation, l’accentuation, l’intonation ; elle regarde la graphie ; elle examine les mots, leur volume, leur structure, leur sens, leur qualité, les catégories grammaticales, la construction de la phrase et son agencement, et aussi les vers, leur rythme et leur rime. Derrière ces choix, il y a un homme qui parle ou écrit, non pas seulement un écrivain, mais aussi bien tous ceux doués de la parole. L’homme, c’est le style et la stylistique devient ainsi une des plus fines et des plus riches analyses psychologiques. L’auteur, -professeur en Sorbonne, a dans ce précis exposé si clairement, appuyé de tant d’exemples ce que cherche la méthode, qu’il donne le goût de s’y essayer. L’enseignement du français, à tous les degrés, y trouvera de nouvelles directives et un puissant intérêt.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- RÉGÉNÉRATION DES HUILES DE GRAISSAGE
- La régénération des huiles de graissage constitue un problème d’un intérêt tout particulier dans les circonstances actuelles.
- On peut s’attacher d’autant plus à ce problème que les procédés techniques actuellement applicables à la régénération des lubrifiants permettent de redonner aux huiles usagées leurs qualités primitives. Certains auteurs ont même soutenu que ces produits présentaient plus de stabilité qu’au sortir de la raffinerie.
- Les huiles usagées pemmnt être traitées par des procédés différents pour leur remise en usage suivant l’appareillage mécanique qui les a utilisées, mais le cas le plus général est celui de la récupération des huiles de graissage des moteurs h combustion interne. C’est celui qui présente le plus d’intérêt car c’est celui qui comporte le plus grand nombre de sources de contamination et auquel s’appliquent les méthodes les plus générales de régénération.
- Dans une huile usagée d’un moteur à combustion interne, devenue impropre à son emploi par la perte de ses qualités lubrifiantes, on peut tromper de 1 à 4 pour 100 en poids de produits solides et un pourcentage encore plus élevé de produits de contamination liquides.
- La vitesse avec laquelle l’huile perd ses qualités varie évidemment suivant la nature du travail mécanique qu’elle doit subir, mais il faut noter qu’elle est également variable suivant son origine.
- Les huiles de graissage sont des mélanges complexes de carbures d’hydrogène possédant des structures et des propriétés physiques et chimiques fort différentes. Leur stabilité chimique est plus ou moins grande suivant qu’elles proviennent de la distillation directe primaire de pétroles naturels ou qu’elles ont été produites par une méthode de « cracking ». Ces derniers produits sont généralement les moins stables : l’action oxydante de l’air à ia haute température du moteur conduit à la formation d’hydrocarbures plus lourds avec séparation de carbone libre. Les carbures saturés sont ceux qui présentent le plus de stabilité.
- C’est pourquoi il n’est pas déraisonnable de penser qu’une telle huile soumise à la régénération après emploi présentera plus de stabilité, ayant déjà subi les réactions qui la pouvaient altérer. Elle aura, en particulier, une forte diminution de sa tendance à déposer du carbone.
- Les produits de contamination d’une huile usagée sont principalement : l’eau qui provoque alors l’émulsion, les carburants qui diluent l’huile et en abaissent la viscosité ; ils sont constitués par les portions les plus lourdes du carburant d’alimentation du moteur.
- Les produits solides ont pour origine les gommes, les matières charbonneuses qui se forment dans l’huile par l’action de l’air à chaud. Cette action est d’ailleurs activée par d’autres impuretés métalliques à action catalytique qui font partie des matières solides formant un des éléments des contaminants de l’huile : les poussières métalliques, fer, bronze, aluminium, régule, provenant de l’usinage du moteur, ou de l’usure des pistons, segments, rubans, coussinets, etc.
- Voici une analyse des solides d’une huile usagée d’après A. E. Flowers, F. IL McBerty et R. Reamer :
- Substances asphaltiques (solubles dans
- le benzène).........................
- Métaux, surtout du fer (solubles dans
- les acides).........................
- Matières charbonneuses (déterminées
- par combustion).....................
- Poussières de la route, principalement silice................................
- o pour 100 20 —
- 50 —
- Certains de ces produits exercent à leur tour, en même temps que se produisent les réactions chimiques de l’huile, une action catalytique qui accélère la décomposition chimique déformant dans un sens défavorable la courbe de cette altération en fonction du temps.
- L’effet matériel de ces phénomènes est : un abaissement de la viscosité avec ou sans formation d’émulsions aqueuses, la production d’acides organiques, l’abaissement dangereux du point éclair et du point d’inflammation, la production d’une boue qui peut avoir un caractère abrasif.
- Tout ceci a pour conséquence une usure rapide du moteur qui se traduit par une mise hors de service prématurée de certaines pièces : axes de pistons, têtes ' de bielles, seg-
- ments, etc., dont le remplacement conduit à des frais de réparation élevés. Une négligence excessive du graissage peut même conduire à une.mise hors de service complète du moteur.
- Il est donc indispensable de maintenir dans le carter une huile aussi pure que possible ; c’est là une dépense inévitable qu’on récupère en bonne partie car elle prolonge notablement la durée sur laquelle s’étend l’amortissement du prix d’achat.
- La contamination des huiles de graissage dans les moteurs à combustion interne est évidemment un des cas les plus typiques d’altération profonde des matières lubrifiantes. Dans beaucoup d’appareils mécaniques, cette question ne se pose pas : les turbines hydrauliques et à vapeur, les moteurs électriques peuvent fonctionner très longtemps avec une certaine quantité d’huile sans que celle-ci subisse de modifications sensibles et sans qu’il y ait autre chose à faire que d’en ajouter une quantité suffisante pour compenser les pertes et l’évaporation. La consommation de produits de graissage est dans ces cas insignifiante par rapport à celle qui est exigée par la marche des moteurs à combustion interne. C’est pourquoi la régénération de ces huiles est un problème d’intérêt majeur et d’une actualité évidente.
- Les procédés de régénération doivent parvenir aux résultats suivants :
- 1° L’enlèvement de tous les solides, ce qui soulève des problèmes de coagulation et de filtration délicats car il n’est pas facile d’éliminer le carbone très divisé et les produits gommeux et bitumineux partiellement solubles.
- 2° L’élévation du point éclair et du point d’inflammation. Ceci s’obtient facilement par simple chauffage à 200° à 2o0° pendant une demi-heure au plus et a pour objet d’éliminer les matières volatiles, y compris l’eau et de relever en même temps la viscosité du produit.
- 3° Réduire l’indice d’acide.
- En général le traitement de régénération des huiles de graissage comporte les opérations suivantes le produit à purifier est chauffé à une température suffisante, généralement par barbotage de vapeur sèche surchauffée, puis on ajoute à la masse une proportion de terre décolorante (argiles activées) déterminée par des essais préalables et qui varie suivant le degré d’impureté des huiles et le degré d’activité de la terre utilisée. On maintient un mélange intime pendant une demi-heure environ en agitant à une température réglée entre 100° et 120°. Enfin on filtre sous pression après avoir additionné le mélange de 1 à 4 pour 100 d’un adjuvant de filtration, généralement une diatomite ou kieselguhr spécialement préparée pour cet usage, et en proportion d’autant plus élevée que la quantité de terre activée incorporée dans le traitement est elle-même plus forte.
- On obtient ainsi, avec un rendement de 80 à 85 pour 100 en moyenne, une huile de graissage bien purifiée qui peut être réutilisée en toute sécurité.
- Des procédés plus compliqués donnent des résultats parfaits, tels la méthode préconisée par Ch. Van Brunt et P. Schuyler Miller qui a recours à une méthode de coagulation physico-chimique des boues : en traitant l’huile usagée à 80° environ par une petite quantité de silicate de soude précédée d’une addition d’un résinate métallique et d’acide stéarique, les impuretés se coagulent et se rassemblent en quelques minutes.
- L’expérience a conduit à l’emploi des quantités suivantes de réactifs :
- On additionne l’huile chauffée à 80° de 1 pour 200 de résinate de manganèse et de 1 pour 1 000 d’acide stéarique. Après dissolution, on ajoute 1 pour 40 de silicate de sodium en solution de densité 1,37. Après 10 mn de contact en agitant, on laisse reposer. Il se forme un dépôt entraînant toutes les matières solides qui se rassemble en quelques minutes et forme à la base du récipient une couche aqueuse nettement séparée.
- On décante l’huile surnageante, puis procède à un chauffage supplémentaire à 250° environ pour éliminer les impuretés volatiles. Enfin, si cela est nécessaire, on traite aux terres décolorantes et filtre.
- Un autre procédé proposé par Flowers, McBerty et Reamer utilise comme réactif le phosphate trisodique pour la coagulation du carbone colloïdal et des matières solides. L’huile à régénérer est traitée à 82° par une solution aqueuse à 120 g. par litre de phosphate trisodique, à raison d’environ S i. pour 100 1. d’huile. Les solides coagulés sont séparés par passage du mélange dans un centriîugeur du type de Laval. L’huile est lavée avec de l’eau,, puis centrifugée de nouveau. Enfin les produits volatils sont éliminés par la chaleur :
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- l’huile circule dans une tour parcourue en sens inverse par un courant d’air chauffé à 150° C.
- Ces procédés, s’ils- donnent des résultats excellents, sont plus dispendieux que la méthode simple décrite plus haut et qui se limite à un simple chauffage combiné avec un traitement par les terres décolorantes suivi d’une filtration soignée avec addition de diatomite.
- Les produits ainsi rénovés sont d’excellente qualité et la méfiance de certains usagers n’est justifiée qu’à l’égard de ceux dont le traitement n’a pas été convenablement exécuté.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- UN CONTRE-POISON QUI NE COÛTE RIEN
- Quelle que soit la cause de l’empoisonnement, faire absorber de dix en dix minutes de l’eau dans laquelle on aura délayé du charbon de bois ou mieux de la braise de boulanger, pulvérisés par exemple au moyen d’une bouteille, cela jusqu’au moment de la cessation des douleurs.
- Ce procédé est dû au Dr Secheyron, professeur à la Faculté de Toulouse, qui en a fait l’expérience sur lui-même après absorption d’une dose de strychnine susceptible d’amener la mort, ainsi qu’après avoir ingéré des champignons vénéneux, tels que les amanites.
- PRÉPARATION DE LA CHOUCROUTE
- La choucroute, qui constitue un excellent aliment de réserve pendant la période d’hiver, se prépare facilement de la façon suivante
- Choisir des choux bien blancs et pommés, non frisés autant que possible, les débarrasser des grosses côtes, puis sur une table avec un couteau bien tranchant, les couper le plus finement possible.
- Prendre un petit tonneau ayant contenu du vin blanc de préférence, le bien rincer, puis couvrir le fond d’abord d’un lit de sel, puis d’un lit de choux épais d’environ 8 à 10 cm.
- Sur le lit de choux, semer quelques grains de poivre, de baies de genièvre et quelques feuilles de laurier, tasser avec un pilon en bois et recommencer à mettre un lit de sel, puis de choux et aromates.
- Quand le baril‘est aux trois quarts rempli, couvrir la choucroute avec un linge de toile assez épais et un couvercle en bois qui entre dans le tonneau ; sur ce couvercle, mettre un poids de 25 à 30 kg. ; à défaut de poids, mettre une lourde pierre propre.
- Quand la fermentation se produit, le couvercle descend et se couvre d’eau ; on enlève une partie de cette- eau, mais on en laisse suffisamment pour que le couvercle ne soit pas à sec.
- Ne pas s’inquiéter pendant cette fermentation de l’odeur sulfureuse que prend la préparation et qui est due au dégagement d’une partie du soufre que contient normalement le chou en quantité importante. Cette odeur disparait ultérieurement au lavage et à la cuisson.
- Au bout d’un mois environ, la choucroute pourra déjà être consommée. On enlève alors une grande partie du liquide que l’on remplace par de l’eau fraîche, puis on recouvre d’un linge propre, replace le couvercle et le poids ; opération que l’on ré].iète si besoin est pour la vieille saumure.
- Pour préparer la choucroute ainsi que nous venons de l’indiquer, on compte habituellement pour 25 choux de grosseur moyenne :
- 2 000 g. de sel (2 kg.) ;
- 50 g. de genièvre ;
- 75 g. de poivre ;
- et une vingtaine de feuilles de laurier.
- Pour accommoder la choucroute, on la lave à plusieurs eaux et la met en casserole avec un morceau de poitrine de -porc fumée, saucisses et cervelas, moitié eau et moitié vin blanc, deux ou trois cuillerées de saindoux, puis fait cuire, la casserole étant couverte, 6 h. au moins à petit feu.
- NE NÉGLIGEONS PAS L'ORGE
- Le grain de l’Orge commune {Hordeum vulgare), en dehors de son utilisation pour l’alimentation des animaux domestiques, surtout pratiquée dans les régions méridionales où elle est donnée aux chevaux en guise d’avoine, est également susceptible de fournir à l’homme des éléments importants qui ne doivent pas être négligés.
- On sait que l’industrie consomme beaucoup d’orge pour la fabrication de la bière, après lui avoir fait subir un commencement de germination désigné sous le nom de maltage qui développe une diastase, la maltase transformant lors cl’une macération A-ers 00° C., une grande partie de l’amidon contenu dans le grain en maltose qu’une fermentation amène à l’état d’alcool ; cette préparation constitue la bière lorsqu’on l’a aromatisée par le houblon.
- Complémentairement, les résidus, c’est-à-dire, d’une part, les petites racines (radicelles) qui se sont développées, ainsi que la matière épuisée (drèche) reviennent à la ferme pour la nourriture du bétail.
- Quant à l’alimentation directe humaine par l’orge, on doit considérer que si le grain ne peut être utilisé pour la préparation du pain, la farine d’orge étant difficilement pahifiable, le pain obtenu lourd et grossier, certaines préparations n’en sont pas moins intéressantes :
- Tout d’abord le malt (orge germée) fournit certains remèdes très vantés (sirop, Ain, bière, extrait) qui paraissent devoir à la diastase leurs propriétés médicamenteuses ; mais il est permis de douter que la diastase n’ait pas été altérée par la chaleur ou la fermentation.
- Le malt ainsi employé est considéré comme antiscorbutique (AÙtamines) ; on l’utilise contre le rhume et certaines affections catarrhales ; la poudre additionnée do sucre se prend en décoctions chaudes (non bouillantes pour ne pas détruire la diastase) ; son effet est tonique, ce qui amène un retour des forces après une maladie, pendant la convalescence ; elle réussit souvent fort bien dans les cas de dyspepsies simples, i-, Le grain d’orge dépouillé de sa balle fournit le produit connu sous le nom A’Orge mondé : lorsqu’il est décortiqué, arrondi, ce qui en libère le gruau d’aspect blanc, c’est l'Orge perU (!).
- ' Lés orges mondé et perlé servent à préparer des tisanes, par décoction prolongée de 20 g. d’orge par litre d’eau ; ces tisanes sont rafiHiîcliissahtcs et adoucissantes. Voici, S, titre comparatif, quelles soiit les compositions respectives de l’orge à l’état primitif, puis après avoir été mondé et perlé, ou à l’état de farine.
- Humi- dité Matières
- azo- tées gras- ses amyla cées Cel- lulose Sels
- Orge en grain . . « mondé. . . « perlé. . . . Farine d’orge . . 12,10 j5,oo i5,6o ii ,8o 9,o5 8,90 5.98 8^90 1,55 1,08 0 ; 64 2,00 70,38 72,20 75,42 75 >92 4,io I ,32 0,60 o,38 2,82 1,5o 0,76 1,00
- On peut également préparer des potages très nourrissants en observant toutefois que l’amidon d’orge s’hydrate plus difficilement que l’amidon de blé, ce qui nécessite un séjour plus prolongé dans l’eau et une cuisson un peu plus longue.
- Le potage à l’orge perlé se réalise ainsi :
- Mettre à tremper dès la veille 250 g. d’orge perlé après l’avoir au préalable bien lavé à plusieurs eaux. Faire cuire 1/2 h. dans l’eau et achever la cuisson en ajoutant 1 1. de bouillon.
- L’orge sert aussi à la fabrication du produit de confiserie connu sous le nom de sucre d’orge, modernisé sous forme de sucettes par adjonction d’un petit manche en bois blanc, qui permet de les tenir commodément sans se poisser les doigts.
- Pour préparer le sucre d’orge, il suffit de faire une décoction d’orge dans les conditions que nous venons d’indiquer, de l’additionner de sucre en proportions convenables, puis d’amener par concentration à l’état de sirop cuit au cassé ; on coule alors sur un marbre huilé et, pendant qu’il est chaud, on le divise en morceaux que l’on roule en bâtons, ou moule sous forme de pastilles, dans lesquelles on enfonce pendant qu’elles sont encore molles, les bâtonnets dont nous axmns parlé ci-dessus.
- Ces préparations, par suite d’une cristallisation ultérieure, deviennent promptement opaques ; pour leur conserver la transparence et retarder cet effet, les confiseurs ajoutent au sucre avant moulage une petite quantité de vinaigre.
- I. Le mot « orge », normalement du féminin, devient masculin dans le cas d’orge mondé et perlé.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Projection épiscopique en relief.
- L'appareil qui va être décrit peut être facilement construit par un amateur.
- L’objet. à étudier, fortement éclairé, est projeté par 2 systèmes optiques identiques.
- Les projections sont telles que l’objet est « vu » dans des directions suffisamment différentes, grâce à 2 miroirs plans (d’ailleurs nécessaires pour une projection directement semblable à l’objet). Bien entendu, l’œil droit, par exemple, doit voir l’image droite (que donne l’objectif gauche).
- Le procédé des anaglyphes est inacceptable car l’objet peut être coloré. Les images à séparer sont projetées alter-
- Fig. 1. — L’appareil de projection.
- (a) coupe de l’appareil suivant l’axe xy ; (b) vue extérieure de l’appareil.
- Œil gauche
- Œil droit
- Objectif gauche Objectif droit
- Fig. 2. — Détail de l’obturateur. (a) disque fixe ; (b) disque mobile.
- Disque fixe
- Fera ns
- Lampes ( non situées dans le champ des miroirs)
- noirs
- nativement. Un seul obturateur commande les projections et la vision. Les yeux et les projecteurs sont placés respectivement devant les 2 trous supérieurs et les 2 trous inférieurs d’un disque fixe. Le disque mobile, de même axe, est recouvert d’une couche de noir mat; il est entraîné à vitesse suffisante mais quelconque et construit de telle façon que les infages ne chevauchent pas et sont immédiatement remplacées. Les « débouchages a sont symétriques par rapport à l’axe.
- Le réglage des miroirs se fera pendant une observation : les positions des images ne doivent par forcer les yeux à prendre des orientations relatives anormales.
- CeL appareil permet de très belles projections de petits objets (lleurs, insectes, etc...) en couleurs « naturelles a bien entendu. La sensation du relief est parfaite.
- J. Normieu.
- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres a sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Savons. — I- — La préparation de savons d’empâtage au moyen do la graisse de coco que l’on trouve couramment dans le commerce sous les noms de cocose, végétaline, etc..., ne présente aucune difficulté ; la saponification se fait très facilement en prenant les proportions suivantes :
- Graisse de coco..................... . 56 kg. 5
- Lessive de soude à 36° B. . . . 30 kg. 5
- auxquels il est bon d’adjoindre, pour augmenter le pouvoir détersif :
- Silicate de soude à 36° B. . . . 14 kg.
- On commence par amener la graisse de coco à l’état liquide, en chauffant doucement, puis on y incorpore sous forme de filet et en remuant constamment, d’abord la lessive de soude, puis le silicate de soude.
- On continue à chauffer jusqu’à ce que la masse soit lim-
- pide, ce qui montre que la saponification est complète et, au besoin, par évaporation de l’eau, on amène à consistance pâteuse ; finalement on coule en moules et laisse refroidir plusieurs heures avant de démouler.
- IL — Le savon en bâtons pour la barbe est simplement un savon blanc de première qualité auquel on ajoute environ 25 pour 100 de la préparation dite « crème à raser » ; d’après Durville, on peut adopter comme bases les proportions suivantes :
- Savon blanc en copeaux................ 40 kg.
- Crème de savon........................ 10 kg.
- Essence d’amandes amères .... 100 g.
- Terpinéol..............................100 g.
- Héliotropine........................... 10 g.
- La crème de savon s’obtient d’autre part en prenant :
- Stéarine................. 1 000 g.
- Eau distillée.................... 8 200 g.
- Glycérine à 24° B............... 600 g.
- Ammoniaque à 25° (D = 0,01). . 200 g.
- Essence de géranium Bourbon . . 30 g.
- Terpinéol........................ 15 g.
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- = 32 ......................
- On fait fondre la stéarine dans une ohaudière, puis, dans un autre récipient, on mélange ensemble l’ammoniaque, la glycérine et l’eau ; on chauffe ce mélange vers o0°-60° (1, puis on l’incorpore progressivement à la stéarine liquéfiée, en remuant constamïnent, ce qui donne une masse épaisse, transparente, à laquelle on ajoute finalement les parfums ; le produit ainsi réalisé est conservé pour l’emploi dans des vases en grès, que l’on tient dans un endroit frais.
- III. — Le savon qui ne sèche pas et « ne séchera jamais à l’air » est probablement un savon d’empâtage, c’est-à-dire un savon renfermant encore la glycérine libérée par la saponification, glycérine qui est très hygroscopique et retient toujours beaucoup d’eau.
- Pour permettre au savon de sécher, il faudrait le redissoudre et pratiquer l’opération du relargage qui consiste à ajouter du sel marin à la solution savonneuse, de manière que le savon, insoluble en milieu salin à plus de 10 pour 100, se sépare et vienne à la sui’face où on le recueille avec une écumoire.
- IY. — Les huiles de graissage pour autos ne sont pas des corps gras, c’est-à-dire des éthers d’acides gras et de la glycérine, mais des hydrocarbures insaponifiables. On ne peut donc envisager leur utilisation pour une fabrication de savon.
- Colle à l'albumine. — Une colle à l’albumine pi’ésente l’avantage de durcir à la chaleur entre 80° et 150° C., en se basant sur les proportions suivantes indiquées par de Keghel :
- Albumine du sang.................... 120 g.
- Alcali volatil à 28°................ fi g.
- Eau pure tiédie à 30° C............. 2fi0 g.
- Commencer par ajouter l’alcali à l’eau, tiédie à 30° C. puis y mettre l’albumine à digérer pendant au moins-2 h., en maintenant cette température sans la dépasser ; agiter à plusieurs reprises pendant ce temps ; passer au tamis pour éliminer les matières insolubles qui doivent être en faible quantité et de l’ordre de fi pour 100 environ.
- D'autre part, délayer dans un peu d’eau froide :
- Chaux éteinte en poudre............. 2 g. fi
- Tamiser également, si c’est nécessaire, le lait de chaux obtenu et le verser peu à peu dans la solution d’albumine faite précédemment.
- La colle ainsi réalisée est utilisable pendant 6 à 7 h. ; au delà, elle durcit et devient inutilisable ; on ne doit donc en préparer que juste la quantité d’emploi journalière. Il faut également éviter de mettre un excès de chaux qui serait nuisible.
- Pour l’emploi, on enduit de colle chaque face des éléments à joindre ; on presse fortement entre plaques chauffantes ; on porte à l’étuve pendant 10 à 15 mn de façon que l’intérieur de la masse atteigne 10fi° à 110° pour éliminer l’ammoniaque et obtenir la coagulation de l’albumine.
- Taffetas collants. — Les taffetas collants employés pour pansements sont obtenus par application sur une toile d’un emplâtre résineux ou onguent, emplâtre dont on peut prendre les éléments suivants comme constituants d’une formule de départ :
- Cire blanche........................... 100 g.
- Poix blanche............................. 50 g.
- Térébenthine............................. 25 g.
- Si l’emplâtre doit rester blanc, on ajoute, par exemple, dans
- la proportion de 25 g., soit du stéarate de plomb, soit de l’oxyde de zinc ou du stéarate de même métal.
- Sucre de betterave. — La betterave sucrière contenant environ 10 à 15 pour 100 de sucre saccharose, il suffirait, en principe, de râper la betterave pour en extraire le jus et de concentrer celui-ci jusqu’à consistance de sirop. Malheureusement, on constate que ce jus a entraîné presque toutes les matières azotées et produits peu agréables au palais, lui conférant un goût d’origine, celui de la betterave, qui ne le rend pas engageant. Dans la pratique industrielle, on doit de toute nécessité épurer le jus en procédant de la façon suivante :
- 1° Défécation par addition de 10 pour 100 en volumes d’un lait de chaux à 25° B.; la chaux se combine avec les matières azotées en les rendant insolubles, en même temps qu’un léger excès, indispensable pour rendre le milieu alcalin, forme avec un peu de sucre du sucrate de chaux également insoluble.
- 2° Carbonatation par passage dans la masse d’un couraixt d’acide carbonique qui libérera ce sucre et en évitera la perte ; cette carbonatation est poussée jusqu’au moment où l’alcalinité restante est d’environ 100 g. par hl. de jus évaluée en chaux, enfin filtration.
- 3° Répétition du chantage, mais seulement avec fi pour 100 de lait de chaux ; suivi d’une deuxième carbonatation, ne laissant qu’une alcalinité de 25 g., calculée en chaux ; nouvelle filtration, donnant cette fois un jus presque totalement débarrassé des éléments défavorables.
- En général, on procède en dernier lieu à une sulfitation, qui consiste à faire passer dans le liquide un courant de gaz sulfureux ayant pour effet essentiel de donner des jus plus limpides et décolorés.
- C’est alors seulement que l’on effectue la concentration des jus pour les amener à l’état de sirop voisin de 28° B. Cette évaporation pourrait se faire en chauffant directement, mais on constate que vers 100° C. le sucre se transforme facilement en caramel, qui le colore en brun ; c’est pourquoi on pratique cette évaporation à basse température, en utilisant la propriété des liquides de bouillir à une température plus basse quand on diminue la pression à leur surface
- Par exemple, l’eau bout à 100° C. sous la pression atmosphérique mais si l’on fait le vide à la surface de cette eau elle pouiTa bouillir à 90°-80°, même à 50° à mesure que le vide augmentera.
- Sur ces données, on pourrait évidemment tenter une épuration du jus de betteraves, pour une utilisation domestique, mais, en réalité, l’installation d’un rnatériel à peu près convenable serait plus coûteuse que l’économie envisagée.
- Teinture de l'ivoire. — Le moyen le plus simple pour teindre l’ivoire est d’employer les couleurs diamines qui ont l’avantage de se fixer directement sur la fibre sans intervention de mordant, d’où une grande facilité d’emploi, de bon marché et de bonne pénétration. On peut prendre comme base
- la formule suivante :
- Eau non calcaire................ 2 000 g.
- Soude Solvay............................ 2 g. 5
- Sulfate de soude....................... 10 —
- Colorant . ........ 5 —
- Faire dissoudre la soude Solvay dans l’eau, puis le sulfate de soude et enfin le colorant ; mettre l’objet à teindre dans le bain préalablement porté à 40°-50° C-, puis chauffer .lentement jusqu’à ébullition que l’on maintiendra pendant environ une demi-heure ; laisser refroidir dans le bain pour éviter les gerçures, rincer enfin à l’eau claire.
- Les couleurs diamines sont couramment dans le commerce (Kabylines).
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cla a laval (frange). — 1-15-1941 — Published in France.
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- N° 3066
- LA NATURE
- J 5 Février 1941
- LA TOURBE
- La tourbe est le produit de la décomposition des matières végétales enfouies sous les eaux stagnantes ou dans les sous-sols des prairies marécageuses. C’est le plus récent des combustibles, puisqu’il se produit de façon continue sous nos yeux. C’est également le moins transformé, celui dont la composition diffère le moins de la matière végétale primitive.
- La tourbe se forme lentement dans les lieux où l’eau n’a que peu ou pas d’écoulement (/)•
- Ainsi, on a noté une augmentation de 76 cm. en 100 ans dans quelques tourbières et en une trentaine d’années dans d’autres.
- Les végétaux qui concourent à la formation de la toui’be peuvent être très différents : outre les mousses appartenant au genre Sphagnum, qui forment presque toujours, au moins en Europe, l’élément principal, on v trouve toute les plantes des prairies humides ou des marais : la plupart des cypé-racées, les joncs, de nombreuses graminées et aussi les bruyères, les saules et quelques espèces résineuses. La structure des débris végétaux reste visible dans la tourbe de formation récente à la surface, dans laquelle on distingue des brindilles entrelacées et que l’on nomme tourbe mousseuse. Dans les parties profondes, de formation plus ancienne, on n’aperçoit plus que quelques grosses branches ou troncs au milieu d’une matière compacte, de couleur foncée ; c’est la tourbe brune ou noire, dite aussi piciforme. Sous le poids des couches sus-jacentes, cette tourbe acquiert une compacité beaucoup plus forte.
- Les tourbes diffèrent de structure et de propriétés, de pureté aussi, suivant les végétaux qui ont servi à les constituer. On distingue aussi la tourbe de montagnes, la tourbe de vallées et la tourbe marine.
- 1. À cause de raisons climatiques évidentes, on ne rencontre des tourbières qu’entre le 43° et le 70° de latitude.
- Composition de la tourbe. — Le degré de décomposition des plantes contenues dans la tourbe étant extrêmement variable, les teneurs en cendres et en eau offrant elles-mêmes de très grandes variations, il est impossible de fixer la composition moyenne de ce produit.
- Invariablement, la tourbe renferme à sa sortie du marais une quantité considérable d’eau soit, de façon courante 90 parties d’eau pour 10 parties de tourbe sèche. Par une exposition prolongée à l’air, une partie de cette eau s’évapore mais il en reste toujours de 20 à 2,5 pour 100. Si on chauffe la tourbe, elle continue à se dessécher mais elle se décompose à partir de 120°.
- Déduction faite des cendres, la tourbe séchée à no0 répond en moyenne à la composition que voici :
- C : 60 p. 100 ; IL : (i p. 100 ; 0., : 32 p. 100 ; w; : 1,5 à 2 p. 100.
- Suivant qu’il s’agit de tourbe de montagnes ou de tourbe de vallées, la teneur en cendres peut varier de i,5 à 60 pour 100 environ. Tout dépend de la pureté des eaux dans lesquelles s’est formée la tourbe : limoneuse ou claire, ainsi que des apports de matières étrangères : sable, argile, calcake, pyrites, etc. dans le marais.
- Le pouvoir calorifique de la tourbe dépend évidemment du degré de pureté de celle-ci. Avec les chiffres moyens de 26 à 3o pour 100 d’humidité et de 6 à S pour 100 de cendres, on doit compter seulement 3 000 cal. par kg., c’est-à-dire la même quantité de chaleur que le bois séché à l’air libre.
- Approximativement, la rlensité de la tourbe s’échelonne depuis 0,1 pour la tourbe mousseuse jusqu’à 1,06 environ pour la tourbe noire. Cette densité varie, d’ailleurs, avec la porosité (cette dernière est maximum pour la tourbe mousseuse) et la teneur en cendres. Usuellement, on compte, par mètre cube, de io5 à 240 kg. pour la tourbe mousseuse non décomposée ; 226 à 675 kg. pour la tourbe plus compacte et 600 à 900 kg. pour la tourbe noire.
- Fig. 1. — Vue d’ensemble d’une exploitation tourbière pour la production de briquettes de tourbe à 30 pour 100 d’eau.
- L’excavatrice se déplace sur la tourbière, préalablement drainée. La tourbe est triturée, étendue et découpée sur l’aire de séchage où elle reste environ
- 50 jours.
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- Fig. 2. — Briquettes de tourbe de 100x 100 x 2o0 mm. en cours de séchage sur l’aire d’étendage.
- Classification des tourbières. — On distingue usuellement des tourbières des pentes, des vallées, des plaines et de littoral :
- A. — Tourbières des pentes. — Le plus souvent, elles se trouvent situées sur des affleurements granitiques. Ce sont en quelque sorte des marais émergés.
- B. — Tourbières des vallées. — Ces tourbières dont l’exemple le plus caractéristique est celui de la Somme, remplissent des espaces très limités et gaimis-sent le fond plat des vallées d’érosion.
- C. — Tourbières des plaines. — C’est la classe la plus importante. Elles se forment d’autant mieux et occupent des espaces d’autant plus considérables qu’elles se trouvent sur un sol nivelé par les glaciers et tapissé de boues glaciaires, où les végétaux producteurs de la tourbe peuvent largement proliférer. Sur ces vastes espaces, il n’y a pour toute végétation que de la mousse, des végétaux aquatiques et de la bruyère. La culture et le boisement y ont été tentés sans résultats.
- D. — Tourbières marines. — En Hollande, dans les régions de Saint-Nazaire, du Finistère, de la Manche, des Bouches-du-Rhône, etc., on rencontre des dépôts de tourbe qui se sont formés à l’abri de levées de galets (veenen de Hollande, bogs d’Irlande, torf-mooren d’Allemagne). On y trouve ordinairement des débris de plantes terrestres et d’autres d’algues.
- Le plus souvent, les tourbières se trouvent dans des zones plates et au niveau peu élevé, ce qui favorise l’intervention de l’eau sous la forme de couches minces et stagnantes.
- Là où des terrains sont continuellement, ou de temps en temps, mouillés par une eau dure, il se forme des prairies dites acides. La végétation s’arrête sous l’eau pendant l’automne et l’hiver. C’est alors que les plantes se décomposent en engendrant de l’acide ulmique, de l’acide tannique, de l’humine ainsi que des sels de ces deux acides. Suivant le rythme des saisons, des plantes naissent ou se transforment, en tourbe. Sur ces terrains acides, il ne pousse qu’une
- végétation rabougrie, ce qui tient, d’une part, au retrait que prennent pendant l’été, les terres saturées d’eau puis, d’autre part, à ce qu’elles manquent de substances minérales, telles que la potasse.
- En drainant ces terrains, en en retirant la tourbe, en neutralisant leurs acides ulmiques par la chaux ou la potasse, on les rend aptes à des exploitations rémunératrices : viviers, boisements d’essences telles que l’aulne, le bouleau, le chêne, le tilleul, le pin sylvestre, le peuplier.
- Gisements de tourbe. — La tourbe se trouve répandue sur toute la surface du globe. En Europe, on la rencontre surtout en Angleterre, en Irlande, en Suède, en Allemagne, en Russie ainsi qu’en France.
- La superficie des tourbières allemandes, dont les plus importantes se trouvent en Bavière, couvre quelque 3 millions d’ha. L’épaisseur des couches atteint couramment 3 m. et parfois même io m.
- Les tourbières russes couvrent 7 pour 100 de la surface du pays et 20 pour 100 de la Finlande. On évalue la richesse de ces dépôts à plus de 36 milliards de t. de tourbe sèche.
- En Irlande, certaines formations atteignent i5 m. de puissance.
- Aux États-Unis, il y a des tourbières immenses dans les vastes prairies et le long des lacs Erié, Ontario, Michigan, ainsi que sur le cours des grands fleuves.
- Le Canada a une étendue énorme de tourbières dont la richesse représente quelque 28 milliards de t.
- Inventaire de la tourbière française. — Suivant les auteurs et selon les services administratifs, la superficie des tourbières françaises varie entre 200 000 et 1 5oo 000 ha. Parmi les estimations les plus qualifiées, celles de M. Charrin (-1) notamment, les tourbières s’étendraient en France sur 1 200000 ha.
- Tourbe des marais . . . 600 000 ha.
- — plaines . . . 4oo 000 —
- — montagnes . . 200 000 —
- 1. V. Charrin. La tourbe et l’industrie chimique. Chimie et Industrie, septembre 1940, pp. 268-270.
- Fig. 3. — Machine à disques pour le découpage en briquettes de la pulpe de tourbe sur Faire d’étendage.
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- Les tourbières correspondantes qui seraient au nombre de plus de 5 ooo se répartissent sur plus de 5o départements. Parmi elles, à peine i 5oo auraient fait l’objet d’une exploitation.
- Dans leur ensemble, les réserves françaises reconnues et exploitables ressortent à plus de 2 milliards de t. (à 90 pour 100 d’eau) mais il est probable que nous disposons d’au moins 6 milliards de t. dont la plus grande part est utilisable pour le chauffage. Le reste qui l’enferme une forte proportion de cendres, se prête à la préparation de fumier artificiel.
- En 1869, France extrayait 321 000 t. de tourbe que l’on vendait au prix moyen de 10 fr. 20 la tonne. Depuis la guerre de 1914-1918, la production française est devenue insignifiante.
- La teneur en cendres des tourbes varie entre des limites très étendues comme le montre le tableau suivant :
- Fig, 5. — Vue d’ensemble d'une aire d’êtendage et de séchage de la pulpe de tourbe. Après séchage, les briquettes sont mises en tas (sur la partie gauche de la 'figure).
- Emplacement Teneur en cendres p. 100
- Gérardmer (Vosges) I,57
- Pramont (Vosges) 5,3o
- Valcarès (Somme) 6,10
- Vassy (Haute-Marne) 7,20
- Ourcq (Seine-et-Marne) .... 1 i,5o
- Ham (Somme) 14,70
- La Souche (Aisne) 25,00
- Saint-Quentin (Aisne). .... 34,00
- Bief du Bourg (Jura) 5o,oo
- Les tourbières des montagnes, spécialement quand elles reposent sur du granit, sont les plus pauvres en cendres. Inversement, les tourbières des marais sont souvent très cendreuses à cause de leur pollution par des apports de substances minérales. D’un autre côté, l’épaisseur des dépôts tourbeux n’atteint qu’exception-nellement 5 m. pour les tourbières de montagnes alors qu’elle atteint facilement 10 et même i5 m. pour les tourbières des marais (en particulier, dans la Somme).
- Fig. 4. — Répartiteur de la pulpe de tourbe sur l’aire de séchage. Après êtendage, la pulpe est découpée par la machine à disques.
- Extraction et préparation mécanique. —
- La tourbe s’emploie communément à l’état de morceaux moulés sous une forme régulière Q). Si elle possède une compacité suffisante, elle reçoit cette forme au moment de son extraction. A cet effet, les marais tourbeux ayant été préalablement asséchés si c’est nécessaire, on extrait la toui’be sous la forme de blocs prismatiques ou briquettes, soit à la main, à l’aide de bêches ou louchets, soit au moyen de machines. La tourbe extraite par ce procédé, appelé piquage, est désignée sous le nom de tourbe de piquage, ou tourbe à la bêche (ou au louchet). Elle est desséchée à l’air libre ou sous des hangars.
- Un louchet mécanique se compose d’une charpente en bois supportée par quatre galets roulant sur une voie. Il forme un prisme fermé par trois côtés. Deux montants principaux sont dentés et forment deux crémaillères qu’actionnent deux pignons semblables et démultipliés. L’outil en se relevant ramène avec lui un prisme de couteaux situés à la partie inférieure formant clapets. Cet appareil permet d’extraire environ 20 m3 de tourbe par équipe de travail.
- Deux hommes travaillent ensemble, l’un extrait les blocs, l’autre les charge sur un wagonnet pour les conduire à l’aire de séchage.
- Dans les exploitations importantes, on la retire du mai'ais, en masses irrégulières, à l’aide de dragues cxcavatrices ; on la soumet ,à un déchiquetage, parfois à une lévigation pour éliminer les substances minérales, puis à un moulage en briquettes, à moins qu’on préfère découper en mottes, à l’aide d’une machine à disques, la pulpe de tourbe étendue sur l’aire de séchage.
- Avant-projet d'une exploitation. — Avant tout, il convient de disposer d’un plan du gisement avec son profil et celui des terrains avoisinants, afin d’établir un projet de mise à fruit que le Service des
- 1. Soit approximativement 110 x 110 x 230 mm.
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- Mines, obligatoirement consulté, rattachera, s’il y a lieu, à un plan d’ensemble ayant pour objet la recherche du dispositif le plus utile et le plus salubre dans chaque canton de la tourbe. On recherchera notamment les meilleures conditions d’écoulement des eaux afin d’éviter leur stagnation dans les vallées, tout en facilitant l’exploitation, spécialement quand la tourbe est extraite manuellement à l’aide de louchets.
- Les marais émergés et les hauts marais se draineirt généralement sans difficultés. Il n’en est naturellement plus de même quand les gisements se trouvent dans des dépressions sises dans une plaine. Le choix du matériel d’extraction dépendra de la superficie de la tourbière et de la possibilité d’évacuer les eaux.
- Une autre question importante est celle de la présence d’arbres, de troncs, de plantes dont l’enlèvement s’imposera avant toutes auti'es opérations.
- On doit, d’ailleurs, procéder à des sondages et à des échantillonnages en de nombreux points car, le plus souvent, l’épaisseur et la qualité de la tourbe varient suivant la profondeur et l’étendue du gisement. On utilise pour cela des tarières spéciales, telles que celles en usage pour les sondages miniers où, dans les cas les plus simples, une longue et forte lame de scie fixée à un manche.
- Exploitation. — Quand le drainage d’une tourbière est facile et quand celle-ci n’est pas trop profonde, on commence par y établir une série de canaux parallèles ou perpendiculaires les uns aux autres de façon à former une série de blocs ayant, par exemple, de 5o à 3oo m. de longueur et de 3 à 4 ni. de largeur qu’on divise au moyen d’un louchet. On obtient ainsi des briquettes que l’on amène, de préférence, sous un hangar où on les fait sécher. Quand elles ont subi une première dessiccation, on en forme des blocs à claire-voie ayant de 3 à 3 m. 5o de longueur, x m. 5o de hauteur et de i m. 8o à 2 m. de largeur.
- Les dimensions de ces briquettes sont très variables. Fréquemment, on leur donne de 20 à 22 cm. de
- longueur et de lai’geur, puis tout au plus 12 cm. d’épaisseur, rarement moins de 10 cm.
- Quand les briquettes ne contiennent plus que 25 à 3o pour 100 d’humidité, on les stocke à l’abri de la pluie. Elles ne gèlent plus, ce qui a de l’importance, car une briquette gelée ne peut pas servir de combustible. C’est par crainte de la gelée, avant séchage complet, qu’on interrompt, vers l’automne, la campagne d’extraction dans la plupart des tourbières.
- Pour le séchage de la tourbe à l’air, on prévoit usuellement 10 m2 de surface d’étente par mètre cube de tourbe brute. Cet étendage se pi'olongeant pendant près de deux mois (en moyenne 5o jours), il est nécessaire de disposer d’une vaste superficie, ce qui entraîne une main-d’œuvre considérable, donc des frais importants d’exploitation.
- Cette suspension du travail perd sa raison detre quand la tourbe, dès son extraction, est débarrassée mécaniquement puis thexmiquement de l’eau qui l’imprègne, selon le procédé employé dans les Ardennes belges et en Bavière, que nous décrirons plus loin. Il ne présente de l’intérêt que si l’on produit, par jour, un minimum de quelque 100 t. de bidquettes.
- Dans ce cas-là, suivant l’importance du tonnage à exploiter et la profondeur de la tourbière, on utilise, soit des excavateurs à godets se déplaçant sur chenilles, soit des dragues Ilot tantes.
- Le transport de la tourbe, depuis la machine d’extraction jusqu’à la trémie d’alimentation de l’usine de séchage et d’agglomération peut se faire par un convoyeur continu, ou par un ensemble de wagonnets se déplaçant en circuit fermé sur une voie étroite.
- La figure 6 représente le chantier de Seeshaupt. L’excavateur se déplace sur un front de 600 m. La tourbe tombe dans les wagonnets du train continu (1 200 m. de longueur), qui culbutent en passant au-dessus de la trémie, puis la tourbe est l'eprise par le transporteur desservant la trémie régulatrice à la base de laquelle la tourbe est introduite par courroie dans l’usine de séchage. On ne peut exploiter de cette façon que si la résistance du terrain dépasse 2 000 kg./m2; en tout cas, un drainage permanent s’impose.
- On pratique l’extraction par drague flottante toutes les fois qu’il s’agit de tourbières de vallées, dans lesquelles l’épaisseur de la tourbe atteint jusqu’à une dizaine de mètres. Comme elles s’étendent fréquemment sur plusieurs centaines d’hectares, ce sont les plus avantageuses. La tourbe est transportée par chalands jusqu’à la rive. Pour une usine produisant 100 t. de briquettes par jour, la drague doit débiter 200 m3/h. et être desseiwie par quatre chalands de 60 m3, dont un de l’éserve. On constitue un chaland par deux caissons en tôle supportant une trémie dont le fond comporte une chaîne à raclettes qui sert au déchargement de la
- Fig. 6. — Plan schématique d’un chantier d’extraction de la tourbe
- Transporteur à courroie desservant en tourbe l’usine d’agglomération
- -Trémie régulatrice , 600™
- Transporteur _ L _
- Excavatrice
- Wagonnets
- Trémie de décharge des wagonnets
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- tourbe quand le chaland arrive à quai. La tourbe est alors reprise par un convoyeur aboutissant au désintégrateur.
- Les dragues permettent d’extraire de 20 à 200 t. de tourbe par heure.
- Séchage et compression. — Au moment de son extraction, la tourbe, comme nous l’avons vu, renferme environ 90 pour 100 d’eau. On en a été tout naturellement conduit à rechercher les moyens de comprimer la tourbe, de manière à réduire son volume, à diminuer sa fragilité et à améliorer sa dessiccation. Le problème correspondant est très difficile à résoudre parce que, sous l’effet de la pression, la tourbe humide se comporte comme une gelée, laquelle passe à travers les mailles de l’enveloppe, ou les brise si elles sont assez fines et si l’on essaie de la comprimer rapidement. Ce résultat provient de ce que les fragments de tourbe sont environnés d’une couche translucide d’hydrocellulose, gelée transmettant en tous sens les pressions, à la manière d’un liquide, en faisant éclater les enveloppes.
- La tourbe contient souvent 20 pour 100 et même davantage d’hydrocellulose, laquelle forme une gelée renfermant environ 25 fois son poids d’eau.
- Au microscope, afin d’apercevoir l’hydrocellulose, on teinte la préparation à la fuchsine ou au bleu de méthylène. On voit la tourbe sous forme de mélange de quelques fibres, enfouies dans une grande masse de plantes décomposées dont les cellules sont remplies et entourées d’hydrocellulose.
- Tout le problème se ramène à détruire cette hydrocellulose. On y parvient, en principe, par un traitement thermique poussé jusqu’à 2oo°-220° (procédé Eckenberg), ou par un traitement physique (procédé au carbonate de soude, procédé Madruck). Les procédés Eckenberg et au carbonate de soude, beaucoup trop coûteux, ne sont pas employés. Il reste le procédé Madruck, connu depuis une quinzaine d’années, appliqué à Seeshaupt (Bavière), où, paraît-il, on produit régulièrement, depuis quelques années, environ 100 t. de briquettes de tourbe par jour. Voici comment s’exprime, à ce sujet, un rapport de M. Haanel au Gouvernement canadien O) :
- (t Actuellement, ce procédé est considéré comme celui qui permet d’aboutir aux meilleurs résultats économiques, parmi les méthodes expérimentées en vue d’éviter les délais et les conditions saisonnières inhérentes au séchage de la tourbe à l’air. Par addition, à la tourbe brute, d’une substance étrangère finement divisée, on modifie sa nature colloïdale, la tension superficielle de l’eau retenue par capillarité et par gonflement de la tourbe s’abaissant par suite de l’addition d’un corps pulvérulent. En soumettant alors la tourbe à une compression, on réussit à expulser une partie de l’eau qu’elle contient. Pour appliquer cette
- 1. Haanel. Final Report of[ the Peat Committee, publication du Gouvernement de la province d’Ontario, à Ottawa, 1926. Le procédé Madruck est maintenant tombé dans le domaine public.
- méthode, on ajoute à la tourbe du poussier de tourbe pulvérulent, contenant environ 3 o pour 100 d’humidité, puis on soumet l’ensemble à une compression. »
- Par ce mode opératoire, on arrive à réduire la teneur en eau de 90 à 60 pour 100 : la tourbe présente alors une forte analogie avec les lignites saxons et rhénans. Comme on le fait pour ces lignites, on ramène la teneur en eau de 60 à i5-i8 pour 100 par un séchage thermique. A ce moment, on désintègre le gâteau de tourbe pour le soumettre à un criblage en vue de récupérer le poussier incorporé à la tourbe brute. On termine en soumettant la tourbe, débarrassée de son poussier, à une compression dans une presse à moule ouvert, pour obtenir des agglomérés très cohérents, sous la forme commerciale désirée.
- Voici comment, en réduisant de 90 à 60 pour 100 le degré d’humidité de la tourbe, on expulse les 5/6 de la quantité d’eau qu’elle contient :
- i° Avant pressage, xoo kg. de tourbe fraîchement extraite et préalablement égouttée contiennent 10 kg. de tourbe sèche et 90 kg. d’eau ;
- 20 Après pressage, on obtient de la tourbe à 60 pour 100 d’eau, c’est-à-dire que 25 kg. de tourbe pressée renferment 10 kg. de tourbe sèche et i5 kg. d’eau.
- Le pressage, effectué par la méthode Madruck, a donc enlevé, par rapport à 10 kg. de tourbe sèche : 90—i5 = 75 kg. d’eau, soit les 5/6 des 90 kg. contenus dans la tourbe égouttée.
- Presses pour la dessiccation. •— Le schéma (fig. 7) montre l’enchaînement des opérations de séchage selon le procédé Madruck. La tourbe, après passage dans un déchiqueteur, pénètre dans un tambour où elle est additionnée de poussier, puis elle entre dans la presse de déshydratation.
- Dans une première installation, à Seeshaupt, la presse servant à la déshydratation du mélange de
- Tourbe brute : ( k95tonnes à \ A 87,5 °/o d'eau
- Tourbe
- sèche
- Eau
- Produit, Final: mitonnes à. 15%
- d’eau
- Fig. 7. — Diagramme des opérations de séchage de la tourbe, par le procédé Madruck.
- A, excavateur ; — B, premier déchiqueteur ; — C, tambour de mélange ; — D, presse de déshydratation ; — E, second déchiqueteur ; — F, dessicca-
- tear ; — G, broyeur ; — H, presse d’agglomération à moules ouverts ; — I, produits finis (41 tonnes de briquettes) ; — J, dessiccateur ; — K, broyeur ; — L, chaudières. La tourbe sèche est estimée à 3 000 cal./kg.
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- tourbe brute et de poussier comprenait 48 moules disposés radialement sur une table tournante et donnant des briquettes ayant i5o mm. d’épaisseur et 76 cm2 de section horizontale.
- La rotation de la table portant ces 48 moules durait 5 mn : les briquettes de tourbe à 60 pour 100 d’humidité étaient alors désintégrées. La pulpe passait ensuite dans des séchoirs thermiques pour amener sa teneur en eau de 60 à i5-i8 pour 100, puis elle était criblée pour la débarrasser de son poussier. Elle entrait enfin dans des presses à moule ouvert travaillant sous 1 800 kg./cm2 et débitant des briquettes identiques, par leur forme, leur cohésion et leur teneur au feu, aux briquettes de lignite « Union », d’un usage général en Rhénanie pour le chauffage domestique.
- L’installation ainsi réalisée avait des inconvénients sérieux : d’abord, le fonctionnement de la presse était discontinu ; ensuite, il fallait incorporer beaucoup de poussier : 600 kg. dans 3 t. de tourbe brute (représentant 3oo kg. seulement de tourbe sèche). C’était un poids mort considérable, qui obligeait à augmenter, de manière onéreuse, la puissance des sécheurs et celle des appareils auxiliaires.
- MM. Van Roggen et Léo Robin ont imaginé un type de presse continue, sur laquelle est adaptée une toile de coton entrant sèche sous la presse, ce qui facilite l’exsudation de l’eau de la tourbe. Cette presse, comme on va le voir, complète le procédé Madruck.
- Presse continue Robin-Van Roggen. — Une
- addition de poussier (0-2 mm.) modifie l’état colloïdal de la tourbe qui peut être déshydratée, sous une pression modérée, de 3o à 5o kg./cm2. Or, si on met une matière colloïdale, telle que la tourbe, en contact avec une bande de coton sèche, et si on la comprime, on voit des gouttelettes d’eau traverser le tissu. Si, malgré l’humidification complète du tissu, on augmente ensuite la pression, on arrive à faire traverser la tourbe elle-même, mais sans séparer son eau de constitution. La bande de coton sèche agit, en somme, comme un buvard qui, jusqu’à son humidification, abandonnerait lui-même son eau, à mesure
- Fig. S. — Élévation schématique de la presse horizontale
- Robin-Van Roggen, pour la déshydratation de la tourbe.
- A, chaîne d’entraînement de la tourbe ; — B, roue actionnant À ; — C, chaîne comprimant la face inférieure du gâteau de tourbe ; — D, chaîne comprimant la face supérieure du gâteau ; — E, support de D ; — F, chaîne intermédiaire ; — G, ressorts réglant la pression entre les chaînes A et D ; — H, arrivée de la tourbe.
- qu’il en absorberait : elle détruit l’équilibre colloïdal dans la couche de tourbe avec laquelle elle est en contact ; mais dès que cette toile est imbibée d’eau, il faut la sécher, puis la refroidir, afin qu’elle redevienne capable de déshydrater la tourbe.
- Pratiquement, on utilise une bande sans fin, disposée à la périphérie d’un tambour ; sortant de la presse, cette toile imbibée par l’eau exsudée de la tourbe, passe sur un autre tambour chauffé, de façon à repasser, après séchage, au contact d’une nouvelle masse de tourbe.
- D’autre part, le poussier séché thermiquement peut s’hydrater au contact de l’eau, mais sans reprendre l’état colloïdal, et, par simple compression, on peut le séparer de cette eau ; sa teneur en humidité redevient sensiblement ce qu’elle était auparavant.
- En tenant compte de ces observations, voici comment on opère actuellement à Seeshaupt. On incorpore à la tourbe brute 20 pour 100 de son poids de poussier (à 4o pour 100 d’humidité) ; on comprime ensuite ce mélange sous 10 kg./cm2, ce qui permet d’expulser environ 55 pour 100 de l’eau contenue dans la tourbe. On désintègre alors le gâteau formé, puis on le comprime sous 25 atmosphères : on élimine ainsi i6,5 pour 100 de l’eau initialement renfermée dans la tourbe. On désintègre de nouveau le gâteau, et on l’additionne d’une quantité de poussier (à i5 pour 100 d’humidité) représentant au maximum 5 pour 100, de préférence 3 pour 100, du poids initial de la tourbe brute mise en œuvre. On termine en soumettant à une pression de 5o kg./cm2 ce nouveau mélange : on élimine ainsi près de 7 pour 100 du poids de l’eau contenu initialement dans la tourbe brute.
- Cette succession d’opérations ne demande plus, comme poussier, que 25 pour 100 du poids de la tourbe, contre 3o à 4o pour 100 par le procédé Madruck (1). Ces chiffres prennent toute leur valeur lorsqu’on dresse le bilan des matières sèches à mettre en œuvre; il s’agit, en effet de :
- 20 pour 100 de poussier à 43 pour 100
- d’humidité, soit .............. n4 kg.
- Plus de 3 pour xoo, en moyenne, à
- i5 pour 100 d’humidité, soit. . . 25 —
- Total............... 139 —
- alors que, pour le procédé Madruck, on met en œuvre une quantité s’élevant en moyenne à 35 pour 100 d’un poussier à 3o pour 100.
- Voici les durées des opérations et les taux de pression, au passage dans les trois presses :
- Presse n° 1 : i5 à 20 s., pression 10 kg/cm2 ;
- Presse n° 2 : 3o à 4o s., pression 25kg./cm2 ;
- Presse n° 3 : 1 mn, pression 5o kg./cm2 ; soit x mn 3o, contre 6 mn dans la pi'esse Madruck.
- L’épaisseur de la couche de tourbe passant dans les
- 1. Cependant Madruck, avec l’aide de sa presse, avait finalement réussi à réduire à 16 pour 100 le poids de poussier à 25 pour 100 d’humidité incorporé à la tourbe brute.
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- presses n’atteint que 20 à 25 mm., contre i5o dans la presse Madruck : or, la tourbe se déshydrate d’autant plus facilement qu’elle est en couches plus minces.
- A la sortie des trois presses, la tourbe a perdu 5/6 rie son eau de constitution, c’est-à-dire que : pour 100 kg. de tourbe fraîche mise en œuvre et composée de 10 kg. de matière sèche et 90 kg. d’eau, on obtient environ 25 kg., soit 10 kg. de matière sèche et i5 kg. d’eau.
- La pression s’exerce à la surface d’un tambour tournant, par l’intermédiaire d’une chaîne à chenille, ces deux éléments mobiles étant sollicités de se rapprocher par des supports déformables. La pression hydraulique est réglable, progressive et continue.
- La figure 8 représente schématiquement la presse Robin-Van Roggen. La tourbe est entraînée par la chaîne A qu’actionne la roue R ; elle passe sur des rouleaux C, liaisonnés de façon à former également une chaîne D. La chaîne A est sollicitée vers un autre élément mobile, la chaîne E, prenant appui sur un support F par l’intermédiaire des rouleaux G liaison-nés de façon à former une chaîne H. Cette sollicitation est réalisée par l’intermédiaire d’un support I sur lequel appuient les traverses J servant de butée à des ressorts K, répartis sur toute la longueur de I. Le réglage de ces ressorts s’effectue de façon que la tourbe, qui s’engage entre les chaînes A et E, au point L, soit de plus en plus comprimée à mesure de son avancement.
- Il existe un type de presse conçue suivant le même principe, mais dans laquelle, suivant le mode adopté actuellement, la compression de la tourbe se fait suivant un chemin circulaire.
- La figure 9 miontre un modèle comportant une bande continue A par laquelle la tourbe est introduite, en couche mince, dans la presse B. Cette, bande peut être en colon, en lin, en chanvré, en laine, en coco, etc..., c’est-à-dire en toute matière insoluble dans le liquide, mais capable de s’humidifier dans celui-ci.
- La matière à traiter est amenée directement sur la bande A par une trémie C, qui assure la division de la matière en petits morceaux. Cet appareil est précédé et suivi d’appareils de distribution de poussier, désignés respectivement par D et par E. Dans la presse B, la tourbe est comprimée entre la bande A et une autre bande F en même matière.
- Sortie de la presse B, la bande A passe au contact d’un racleur avant d’entrer dans un séchoir H puis dans un refroidisseur. La bande F, de son côté, traverse également un séchoir G, analogue en H, puis un refroidisseur.
- La vitesse de rotation des presses est réglée par un réducteur permettant de démarrer sans à-coups chaque appareil, et assurant l’alimentation régulière des trois presses.
- Le produit obtenu est comparable au lignite rhénan; comme lui, il peut être, utilisé directement dans les chaudières, ou traité au dessiccateur en vue d’abaisser
- D\C/E
- Fig. 9. — Elévation schématique d’une installation de deux presses circulaires Robin-Van Roggen, ramenant de 90 pour 100 à 60 pour 100 la teneur en eau de la tourbe.
- A, première bande en coton pour le pressage de la tourbe ; — B, première presse de séchage ; — G, trémie de répartition de la tourbe ; — D, E, distributeurs de poussier de tourbe ; — F, seconde bande de pressage ; — G, séchoir pour la bande F ; —- H, séchoir pour la bande A ; J, grattoir pour la bande F ;
- — L, seconde presse semblable à B.
- à i5 pour 100 la teneur en humidité. Dans ce cas, la tourbe s’agglomère parfaitement, sans liant, sous la pression de x 600 à 1 800 kg./cm2, au lieu de 1 4oo kg./cm2 pour le lignite.
- Pour obtenir une tonne de briquettes, il faut extraire des mai'ais i4 L 5 de tourbe. Pour une usine de 100 t. par jour, la drague devra doixe fournir, puisqu’elle travaille seulement 8 h. par jour, 1 45o t. de tourbe, ce qui suppose uix modèle de 200 t./h. Toute cette tourbe passera, à raison de 60 t./h. — le travail étant continu — dans les presses à déshydrater ; mais, seule, la tourbe destinée à la fabi'ication des briquettes passera par les séchoirs thermiques.
- Après traitement, les 1 45o t. de tourbe brute seront ramenées à 36o t. dont on pi'élévera i5o t. pour le chauffage des chaudières ; il passe donc 210 t. de tourbe par les séchoirs thermiques.
- Emplois agricoles de la tourbe. — Par une préparation convenable, on l’éussit à utiliser la tourbe comme engi-ais, de préférence en mélange avec de la potasse ou du phosphate tricalcique et, s’il se peut, arrosée de puiTn. Fréquemment, la tourbe pi’ise à 3o pour 100 d’eau contient 1,0 à i,5 pour 100 d’azote et à peu près autant d’acide phosphorique.
- Toutefois, à cause de son acidité (généralement i,5 pour 100, évaluée en acide sulfui'ique), la tourbe ne convient pas directement comme engrais. Au préalable, il importe de neutraliser cette acidité soit par de la chaux, soit par du phosphate natui’el finement moulu qui est ainsi partiellement solubilisé. Il est avantageux de compléter cette opération de mélange
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- en stérilisant la tourbe par de la vapeur et en l’ensemençant de radicicola et d’azotobacler.
- . Les propriétés fertilisantes de la tourbe tiennent, d’une part, à sa grande activité comme milieu nitrifiant, puis, d’autre part, à la transformation en humus de ses acides ulmiques.
- La tourbe engrais convient particulièrement pour la préparation de fumiers légers et, en même temps, riches tant en éléments fertilisants qu’en humus pour certaines régions à cheptel réduit et à terres très calcaires où la matière organique des sols s’épuise très rapidement. C’est à considérer pour certaines terres du Midi à 5o pour ioo environ de calcaire, devenues très pauvres en humus à cause d’une fumure prolongée aux engrais chimiques exclusivement. Il y aurait là un débouché certain pour des fumiers organiques artificiels, à tonnage moins encombrant que le fumier naturel, dans une région où celui-ci manque. La tourbe peut permettre désormais cette fabrication industrielle.
- On emploie également la tourbe mousseuse comme litière pour les animaux, à cause de son pouvoir absorbant élevé des liquides et des gaz. Elle facilite donc la propreté et l’assainissement des étables. De plus elle réduit le travail du fermier. En effet, le pouvoir absorbant pour les liquides étant, rapporté aux iookg., de 700 à 900 1. pour la tourbe contre 25o à 4oo 1. pour la paille, il faut renouveler moins souvent une litière de tourbe qu’une litière de paille. Dans ce cas, on utilise de la tourbe à 25 pour 100 environ d’humidité, en mélange ou non avec de la paille. Dans les pays Scandinaves, on broie au préalable la tourbe que l’on doit mélanger à la paille. Une couche de i5 cm. d’épaisseur n’a besoin d’être renouvelée qu’au bout d’un mois environ.
- Suivant ce même ordre d’idée, la tourbe peut immobiliser les liquides et empêcher les mauvaises odeurs dans les fosses d’aisances dépourvues de canalisation. L’ensemble constitue alors une masse terreuse qui forme un excellent engrais.
- Nitrification de la tourbe. Tourbe bactée. —
- On utilise pour cela de la tourbe mousseuse à 60-70 pour 100 d’eau que l’on additionne de sulfate d’ammoniaque (i,5 à 1,8 kg. par m3 de tourbe pesant
- 5oo-6oo kg.), puis de 1 pour 100 environ de terreau. Celui-ci joue le rôle de ferment nitrificateur tandis que le sulfate d’ammoniaque sert à augmenter la teneur en azote de la tourbe. Cet azote se trouvera sous la forme de nitrate dè chaux en raison de l’action nitrifiante des ferments que l’on fixera par une ajoute de calcaire moulu. L’opération doit avoir lieu dans une salle où l’on maintient une température de 25°-28°.
- Le sulfate d’ammoniaque intervient à raison d’une solution à 7 g. par litre dans laquelle on a délayé de la craie finement pulvérisée (65 à 72 g. par litre). Par mètre cube de tourbe, on emploie environ o m3 8 de cette solution de sulfate d’ammoniaque, laquelle renferme en suspension, toujours par mètre cube de tourbe, de 5o à 60 kg. de craie pulvérisée conjointement aussi avec 10 kg. de terreau. Après avoir arrosé et trituré la tourbe avec ce mélange, on foi'me des tas d’environ 2 m. d’épaisseur que l’on fait reposer sur un lit d’escarbilles, lequel sert au drainage.
- Il est recommandable de renouveler plusieurs fois, plusieurs jours de suite, ces enrichissements en azote de la tourbe et de disposer les tas en série de façon à les faire travailler à la manière d’une batterie de diffuseurs de sucrerie. On ne perd rien ainsi de l’azote ammoniacal mis en' œuvre.
- En Suède, Nodon a eu l’idée originale d’utiliser le pouvoir nitrifiant de la tourbe pour préparer, par électro-osmose, de l’acide nitrique. L’opération a lieu dans la tourbière elle-même. La figure 10 représente le dispositif employé. Essentiellement, des vases poreux sont enfoncés dans la tourbière, de mètre en mètre. Au fond de chacun d’eux, on place une solution d’acide nitrique et sur leur pourtour on dispose du carbonate de chaux. Ces vases constituent les anodes. Quant aux cathodes, elles correspondent à des pièces de fonte que l’on enfonce dans la tourbière, entre chaque vase. La tourbière elle-même forme l’électrolyte.
- Le circuit étant fermé, on a affaire à une véritable pile. Le nitrate de chaux résultant de l’action de la tourbe sur le carbonate de chaux est décomposé : la chaux s’accumule autour des barres métalliques tandis que l’acide nitrique pénètre dans les vases. On l’en retire par pompage.
- Mise en valeur des terrains tourbeux. —
- Pour la mise à fruit de ces terrains, après extraction de la tourbe, on distingue entre les tourbières de montagne, les terrains tourbeux et les tourbières des plaines.
- Ces dernières ne conviennent qu’à la pisciculture à cause de l’eau qui y stagne en permanence, le manque de pente des terrains empêchant leur drainage.
- Pour les tourbières de montagnes, leur position même facilite une évacuation régulière des eaux, ce qui permet de disposer d’un terrain cultivable et fertile. C’est le te da-lgrond » des Hollandais, qui se prête à des cultures
- Fig. 10. — Dispositif Nodon pour la fabrication de l’acide nitrique par électrolyse de la tourbe.
- Evacuation de l’acide
- nitrique
- ~ Arrivée
- — d acide xz. nitrique
- — Barre
- 7/ métallique
- dyyyy. vase poreuxZddw/y// Fond de la tourbière
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- maraîchères ou à l’aménagement de prairies.
- Quant aux terres tourbeuses, lesquelles ne se prêtent pas naturellement à la culture parce qu’elles manquent de potasse notamment et parce que leur sol se crevasse, en été, en raison de leur saturation prolongée par l’eau, il convient de les drainer aussi complètement que possible puis d’y faire des apports de sels potassiques (kainite, sylvinite). On sème ensuite des plantes légumineuses puis, plus tard, on y entretient des cultures maraîchères. Dans la Somme et en Hollande notamment (province de Groningue), on a récupéré, avec profit, de cette façon, des étendues considérables de terrains.
- Enfin, dans certains cas, notamment si la couche de terrain est assez épaisse, on peut procéder à un boisement avec des essences telles que l’aulne, le bouleau, le chêne, le pin sylvestre, le peuplier.
- CONCLUSIONS
- Devant l’immense faillite que la France enregistre, une lueur vivace d’espoir apparaît. Il existe dans notre sol des réserves considérables de matières dont l’utilisation judicieuse permettra de revigorer notre économie. Pai'mi elles figure la tourbe. Suivant sa
- =:-~:...:... ............................. 41 =====
- nature : mousseuse ou compacte (tourbe noire), elle servira pour les usages agricoles ou pour la préparation de briquettes destinées à l’alimentation des camions automobiles, à condition toutefois que sa teneur en cendres soit inférieure à 8 pour xoo. Dans cette voie, le grand progrès technique accompli correspond à la rupture de l’état colloïdal de la tourbe par une addition de poussière de tourbe, soit par tout autre agent coagulant, on entrevoit plusieurs agents de cette nature d’un maniement plus commode que le poussier employé par Madruck. Ceci permet d’éliminer, par une pression réduite, les quatre cinquièmes de l’eau qu’elle contient à sa sortie du marais. On procède ensuite à son séchage thermique, puis à son auto-agglomération sous la pression de i 800 atmo-sphèi-es. Employées à l’état cru dans les gazogènes, ces briquettes donnent du gaz à 1 5oo-i 600 calories au mètre cube (contre x 100-1 200 cal. pour le gaz de charbon de bois) de telle sorte que la puissance du moteur est sensiblement la même que si on l’alimente avec de l’essence, alors que le moteur perd 20, 25, 4o, 5o pour 100 de sa puissance (selon le taux de compression) si on y utilise du gaz de charbon de bois.
- Ch. Berthelot,
- Ingénieur-Conseil.
- DES GOUTTES DE SANG AUX CIRQUES LUNAIRES («>
- LES CIRQUES LUNAIRES SONT-ILS LES TRACES D’UNE PLUIE DE MASSES LIQUIDES OU PÂTEUSES ?
- En examinant les résultats expérimentaux on 11e peut s’empêcher de faire des comparaisons.
- On serait tenté de penser que la lune a reçu, à divers moments de son évolution, de gigantesques météorites. Mais non, comme on l’a dit, des météorites solides qui n’expliquent pas les différentes formations, mais des masses liquides ou pâteuses.
- Celte colossale pluie a-t-elle été possible ? Nous n’en savons rien et ne sommes pas compétents à ce point de vue. Par ailleurs nous n’avons pas la pi'étention d’apporter une démonstration : il ne s’agit pas d’« extrapoler » et, en étudiant des masses liquides, visqueuses ou pâteuses d’un ordre inférieur à un cm1 2 3 tombant de quelques cm. sur un sol dur ou meuble, de déduire un mécanisme de formation pour des météorites de millions de tonnes tombés verticalement (x).
- Mais agissant en purs observateurs nous ne pouvons nous empêcher de relever par comparaison, comme en police scientifique, une série de similitudes qui orientent indiscutablement vers une identification possible.
- Quelles sont donc ces similitudes ? Elles ont été exposées pi'écédemment ; elles peuvent être brièvement résumées de la façon suivante :
- i° qu’il s’agisse de chute de gouttes pâteuses ou entièrement liquides ; que le sol soit dur ou recouvert d’une couche molle et facilement déplaçable, par des mécanismes légèrement différents on voit se former
- leur vitesse astronomique (voir : Maurain. Sur la vitesse de chute des météorites. Bull, de la Soc. française de Minéralogie, mars-avril 1931, p. 80), ce qui a priori n’a rien d’impossible et a permis ainsi à l’attraction d’agir activement.
- Fig. 22.
- Au centre : cirque lunaire voisin de « Copernic » avec un piton central en forme de cratère. A droite et à gauche : un moulage en plâtre sur sol dur avec un piton central en forme de
- cratère (Hauteur de chute
- 0 m. 40).
- 1. Voir La Nature, n° 3065, 15 janvier 1941.
- 2. Le fait que certains ont cru remarquer des changements (craterelet D de Posidonius, 1927-1928 par exemple) autres que ceux produits par un jeu de lumière dû à la seule hauteur d’azimut du soleil, serait en opposition avec l’hypothèse émise.
- Le fait que tous les cirques lunaires sont grossièrement circulaires prouverait que les météorites liquéfiés sont tombés perpendiculairement au sol lunaire et non obliquement, ce qui peut d’ailleurs s’expliquer si l’on pense que, lors des chutes, il existait une atmosphère freinant considérablement
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- Fig. 23.
- A gauche, grossi 130 fois, le piton central d’une des taches de la figure 16, constitué par un point (A). Le grossissement montre qu’en réalité il y a là aussi un cratère allant presque jusqu’à la base du pic (il y a encore quelques grains de noir de fumée). Cette disposition n’est pas constante mais se voit environ une fois sur quatre ou cinq dans les expériences avec le mercure. A droite, même photographie, mais moins grossie, ce qui montre que l’arène B est complètement balayée, hors quelques grains de charbon.
- des cirques avec arène surélevée sur le même plan ou en contre-bas par rapport au sol primitif.
- Une muraille périphérique s’observe dans tous les cas.
- Un pic central se voit souvent, il peut même donner l’impression d’un petit cratère (fig. 22 et 23).
- Un craterelet (goutte surnuméraire ou accessoire) n’est pas exceptionnel, encore que l’existence d’un
- Fig. 24. — Rayonnement produit par des gouttes d’alcool tombées de 1 m. sur une épaisseur de talc de 0 cm. 23.
- On distingue deux sortes de projections. Les unes blanches formées de talc, les autres grises formées de gouttelettes d’alcool mêlées de talc. Dans le cartouche, rayonnement autour d’un cirque formé par une goutte de plâtre.
- petit cratère ou de plusieurs dans un plus grand, puisse parfaitement s’expliquer par d’autres gouttes tombant dans un cirque ancien. Les gouttes surnuméraires ont souvent, elles aussi, des pics centraux.
- 20 les proportions, les rapports respectifs de l’arène, de la muraille, du pic, l’obliquité plus grande de la partie interne de la muraille, sont du même ordre sur les moulages des gouttes que sur les cirques lunaires.
- 3° le-rayonnement donne également des points de comparaison intéressant : de larges projections latérales (Tycho, Copernic, etc...) rappellent indiscutablement les giclures de nos taches ; elles giclent en étoile à grande distance, et en regardant attentivement on devine certaines formes comparables à ce que l’on voit dans les projections latérales (fig. 24). Une projection de Képler se dirigeant vers Marius (fig. 25) a un aspect pointillé qui évoque certains aspects de la fig. 6. De même les deux traînées qui, parties d’Olbers, se croisent près de Krafft
- Fig. 25. — Képler et son rayonnement.
- Remarquer une traînée pointillée se dirigeant à droite et légèrement en bas Arers Marius (Reproduction de la planche xiv, phase décroissante de : Le Morvan, Carte photographique de la Lune. Observatoire de Paris, 1914).
- pour se diriger, l’une vers Hérodote, l’autre vers Seleucus (fig. 26) évoquent les croisements des giclures de la tache de la fig. 3.
- Et si, par un éclairage presque rasant dans l’obscurité on regarde certaines préparations obtenues à l’aide de gouttes, l’image devient saisissante et un magnifique paysage lunaire apparaît, puisque les reliefs les plus minimes s’exagèrent comme sur notre satellite, quand les rayons du soleil frappent obliquement (fig. 27).
- L’impression du « déjà vu », sans grande valeur d’identification, nous le savons, se forme alors dans notre esprit et nous incite aux recherches.
- On a cherché et il a été donné diverses explications du relief lunaire : u Nous avons la théorie des tourbillons, qui voit dans chaque cirque l’emplacement
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- d’un cyclone rejetant et accumulant les scories à son pourtour ; la théorie balistique [bombardement par des météorites]... la théorie des marées qui fait ronger et agrandir les orifices de la croûte par le fluide intérieur, que sollicite l’attraction de la terre ; la théorie volcanique U)... ; la théorie des dégagements de gaz qui charge une bulle gigantesque de construire d’un seul coup la montagne centrale et l’enceinte ; la théorie des fusions locales, qui fait ramener à l’état liquide, par un flux de chaleur interne une portion limitée de la ermite.
- « Toutes ces explications soulèvent des difficultés mécaniques ti'ès graves » écrivent Loewy et Pui-seux (2) (qui proposent une nouvelle hypothèse, celle de l’intumescence) tandis que d’autres (3) proposent celle de l’exsudation du magma interne par des fissurations polygonales.
- Beaucoup de sélénographes, nous a-t-il été dit, sont particulièrement enclins à penser que les très petits cirques seraient des systèmes volcaniques différents des grands cirques.
- L’hypothèse balistique : pluie de météorites solides a été très critiquée. « Les vitesses cosmiques, disent Loewy et Puiseux (4) auraient toujours été assez grandes pour amener dans l’étendue de l’aire choquée,
- -1. Mais aucune montagne connue sur notre globe ne réunit l’ensemble de caractères des cirques lunaires.
- 2. Loewy et Puiseux. La lune. Revue de Paris, 15 avril 1900.
- 3. Voir l’exposé de cette théorie dans : L. Rudaux. Sur les autres mondes. Larousse, éditeur, Paris.
- 4. Loewy et Puiseux. Atlas photographique de la lune. Texte. Fasc. 12, p. 2.
- Fig. 26. — Rayonnement d’Olbers. Croisement de deux tramées à comparer avec la figure 3
- (Reproduction de la planche xv, phase décroissante de :
- Le Morvan, id.).
- Fig. 27.
- Au centre, une photographie d’une portion de sol lunaire.
- A droite, une photographie d’un carton brun sur lequel du sable fin a été saupoudré ; des gouttes d’alcool de tailles diverses ont été projetées d’une hauteur de 0 m. 30 environ (on devine dans certains cirques les nervures du carton). A gauche, même expérience, mais le carton a été remplacé par une plaque de verre posée sur du papier noir. (Il est intéressant de comparer les petits cratères avec pics de la photographie lunaire, au centre, et ceux qui se voient en A et A' (gouttes surnuméraires) sur la figure 15).
- l’effacement total du relief antérieur » dont on constate pourtant des reliquats indiscutables. Cette objection est pourtant sujette à discussion si l’on admet avec Maurain que les météorites, par suite du freinage dans l’atmosphère — qui a pu exister sur la lune à un moment donné — abordent le sol avec une vitesse dont l’ordre de grandeur n’est que celui des projectiles d’artillerie.
- Une autre objection au bombardement par des météorites solides est qu’il faudrait admettre un volume extrêmement gros de ceux-ci. Cette objection n’est plus valable s’il s’agit de corps pâteux parce qu’alors la dimension du cirque ne répond pas au volume de la masse tombée mais à l’étalement de celle-ci lors du choc. Une petite goutte donne une tache très large.
- Cette pluie de corps liquides ou pâteux est-elle possible du point de vue astronomique ? Encore une fois, nous l’ignorons. Si l’hypothèse à laquelle nous avons songé en étudiant les gouttes et les taches a quelque intérêt, c’est parce qu’elle donne une explication complète des formations lunaires. Pour ceux qui ont beaucoup observé les taches, l’idée d’une identification, en voyant simplement des photographies de la lune, vient à l’esprit et, même sans réfléchir, la comparaison se fait sur un aspect d’ensemble. Nous répétons encore que l’impression du « déjà vu » est bien souvent trompeuse et nous ne sommes, pas dupes. Il nous a paru intéressant seulement de donner quelques idées générales en montrant comment, par l’emploi d’une méthode expérimentale, on a pu être amené en partant d’une étude très spéciale à étendre l’orbe des recherches..
- La fantaisie et l’imagination ne doivent pas être
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- exclues des travaux dè laboratoires ; elles suscitent parfois des études nouvelles. Leur laissant libre cours, nous pouvons nous demander si notre monde, à son tour, ne terminera pas sa vie et ses angoisses sous une pareille pluie de liquides en fusion.
- Cratères terrestres dus à des météores. — Les
- caractères mystérieux du « Météor-Crater » et de ceux que l’on a découverts depuis (x) les rapprochent un peu des gigantesques formations de la Lune. S’il est étrange de remarquer que des sondages profonds ont permis, mais non toujours, de retrouver les masses des météorites, ceci s’explique si l’on admet qu’elles sont arrivées à l’état de fusion liquide, ayant projeté à distance beaucoup de leur propre substance, puisqu’on trouve toujours autour de l’entonnoir des milliers de morceaux de fer allié à du nickel, les masses découvertes dans l’arène étant insignifiantes (1 2). On peut se demander si l’état liquide ou pâteux n’est pas la raison pour laquelle l’arène n’est jamais très enfoncée.
- On s’expliquerait ainsi la quantité relativement minime du minerai trouvé ; un énorme cratère peut être formé par une « goutte » peu volumineuse, étant donné l’aspect trompeur dû à l’étalement. On s’en rend compte en regardant les films (fig. 7) où l’on voit la petite goutte tombante (ir6s photographies) donner un immense étalement (photographies suivantes). Il ne faut pas croire, si notre hypothèse est exacte que la météorite ait une taille proportionnée au cirque formé.
- Or ceci semble général pour les cratères terrestres connus. Et si l’on réfléchit à propos de la météorite de Sibérie (3) tombée dans une région désertique, le
- 1. Mcleor-crater de l’Arizona, au voisinage du canon Diabolo (États-Unis) ; météorite de l’île d’Oesel (Mer Baltique) ; cratère d’Henbury (Australie) ; météorite de Sibérie (région de Kras-noyarsk).
- 2. Voir dans La Nature du 15 juillet 1932, n° 2885, l’article signé A. T. sur les cratères des météorites et celui de Touciiet, dans La Nature du 15 février 1935, n° 2947.
- 3. Koulik. A propos de la météorite de Sibérie. La Nature, 1er mars 1939, n° 3044.
- 3o juin 1908, qu’à 3oo km. du centre de chute, « tout un troupeau de moulons fut précipité dans la rivière », qu’à 4oo km. « les clôtures s’effondraient », qu’à 4oo km. « un jeu de flamme avait bondi tout à coup jusqu’au ciel », que dans un rayon de 5o à 100 km. « des gens avaient été jetés en l’air, des habitations culbutées », que les verrous des maisons paysannes étaient brisés », si l’on songe que les chablis (x) plus ou moins brûlés se voyaient sur plusieurs milliers de km2, on peut se demander s’il ne s’est pas produit des projections latérales, un rayonnement, un étoile-ment de l’ordre de ceux dont nous venons de parler (2).
- Pures hypothèses, disons-nous, que tout cela. Mais quand des hypothèses naissent d’une base expérimentale, ne doivent-elles pas, pendant quelques instants, retenir la curiosité de ceux dont une des principales satisfactions est la poursuite de la découverte ?
- R. Piedelièvre et Henri Desoille professeurs agrégés à la Faculté de Médecine de Paris,
- et Pierre Desgrez. assistant à la Faculté de Médecine de Paris.
- 1. Chablis : arbres tombés.
- 2. Une expérience amusante consiste à laisser tomber de 0 m. 20 à fl m. 50 de hauteur, une goutte d’alcool sur une couche de talc de 0 m. 005 à 0 m. 01. Il se constitue un cirque typique (avec emprisonnement de grains de talc) et au moment du contact de la goutte et de la poudre, on a le temps d’apercevoir les projections en étoiles de quelques gouttelettes enrobées dans du talc, ainsi que de la poussière projetée également en rayonnement à des distances considérables (10, 12 fois le diamètre du cirque). On peut même renverser à ces distances qui représenteraient, en proportion de certains cirques lunaires, plusieurs centaines de kilomètres, de petits objets légers (petits fragments de papier à cigarettes) ; ceci se voit particulièrement bien si, au point où la goutte doit tomber, on place une petite couche de talc coloré alors que le reste est blanc.
- Le sol participe ainsi à la formation de la muraille et des giclures, ce que l’on peut voir également en laissant tomber, sur une couche de plâtre à modeler en voie de solidification et coloré, une goutte de plâtre à modeler blanc. La muraille et les giclures, l’ébauche de pic central, comprennent les deux substances.
- LE CHARBON DE BOIS <»
- Préparation du charbon de bois pour gazogè= nés. — Dans la préparation du charbon de bois pour gazogènes, on devra observer les prescriptions de l’Arrêté du i4 septembre 1940 (2) que nous reproduisons ci-après :
- Article premier. — Le charbon de bois pour gazogènes destinés à la traction automobile sera vendu sous l’une des dénominations suivantes, à l’exclusion de toute autre :
- 1. Voir La Nature, nos 3064 et 3065, 15 décembre 1940 et 15 janvier 1941.
- 2. Voir J. 0. du 19 septembre 1940, p. 5091. — On trouvera, à la même page du J. 0., les arrêtés concernant les autres combustibles pour gazogènes : bois, combustibles comprimés et agglomérés ; houille, cokes, semi-cokes. — Le décret du 13 septembre 1940 énumère les combustibles nationaux utilisables dans les gazogènes et fixe les pénalités dont sont pas-
- a) Charbon de bois n° 1 pour gazogènes ;
- b) Charbon n° 2 pour gazogènes.
- Art. 2. — Le charbon de bois n° 1 est un mélange de morceaux dont les dimensions sont comprises entre 8 et 3o mm. Le charbon de bois n° 2 est un mélange de morceaux dont les dimensions sont comprises entre 25 et 70 mm.
- Art. 3. — Les deux produits précédents devront répondre, en outre, au moment de leur vente au consommateur, aux caractéristiques générales suivantes :
- Taux d’humidité maximum : 8 pour 100 en poids ;
- Teneur en cendres maximum : 5 pour 100 en poids ;
- Ils ne devront pas contenir plus de 3 pour 100 en poids de poussières et de particules de dimensions inférieures à
- sibles les contrevenants aux arrêtés fixant les caractéristiques des combustibles.
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- celles fixées ci-dessus, ni aucun morceau incomplètement carbonisé, ni aucun corps étranger tel que terre, pierres, particules métalliques, etc...
- Art. 4. — Le charbon de bois sera livré en emballages étanches à l’humidité atmosphérique, d’une contenance de 5o à Co 1. (8 à i5 kg, de charbon), de section carrée ou circulaire, ayant environ 3o cm. de côté ou de diamètre.
- Ces emballages porteront les indications suivantes, à l’exclusion de toute autre.
- i° Dénomination du produit, conformément à l’article premier ;
- 2° Poids net du combustible ramené au kg. immédiatement inférieur.
- Art. 5. — Le produit sera vendu exclusivement au poids, d’après le nombre de kg. indiqué sur les emballages.
- Nous allons examiner pourquoi ces prescriptions ont été édictées et comment on peut s’y conformer.
- Impuretés et imbrûlés. — La terre, les pierres, les particules métalliques (x) doivent être éliminés en raison de la dureté des mâchefers que ces impuretés formeraient dans les foyers des gazogènes : c’est au ramassage du charbon que l’on risque de les introduire ; cette opération se fera avec une fourche dont les dents sont espacées d’environ 3 cm., et non à la pelle ; les derniers débris seront criblés et triés.
- Au cours du ramassage on éliminera les lambeaux d’écorce qui souvent sont détachés des rondins, car on a vu que l’écorce apporte beaucoup de cendres.
- On rejettera également les imbrûlés, c’est-à-dire les parties qui ne se cassent pas au choc ou qui présentent une cassure marron, et aussi les bois vernissés de goudron.
- Concassage, calibrage, dépoussiérage. — On conçoit que le charbon tiré du four ou de la cornue doive être concassé : les gros morceaux arrêtant, dans le gazogène, la descente régulière de la masse en réserve dans la trémie, il se formerait des a voûtes » au-dessus du foyer et la production du gaz serait ralentie, parfois meme arrêtée, jusqu’au moment où une secousse du véhicule briserait la voûte. D’autre part, le combustible ne doit être ni trop fin, ni trop gros : trop fin, il ne laisse pas passer l’air en assez grande quantité, trop gros, il le laisse passer trop facilement ; dans l’un comme dans l’autre cas, la production du gaz est insuffisante ; on admet donc aisément la nécessité de fixer des dimensions maxima et minima ; l’arrêté du i4 septembre prévoit deux calibres consacrés par l’usage : nous expliquerons, dans un prochain article, la nécessité de deux calibres et de deux seulement.
- Généralement, la même machine exécute le concassage, le calibrage, le dépoussiérage et l’ensachage. Voici tout d’abord une installation rustique facile à construire et qui convient très bien aux petites exploitations : une charpente (fig. i) composée de 4 pieds et de traverses, supporte une table de cassage horizontale formée d’un treillis à mailles de 70 mm. que l’on
- 1. Les particules métalliques peuvent provenir du traitement de bois mitraillés, impropres à tous autres usages que la carbonisation, ou encore (lu traitement des vieilles traverses de chemin de fer.
- Mailles de 70x70
- Calibre
- Fig. 1.
- Concasseur à main.
- peut fabriquer avec du fil d’acier ; en dessous sont placés successivement un tamis métallique à mailles de 26 à 3o mm. qui relient le charbon n° 2 et le dirige vers un sac, puis une toile à mailles de 8 mm. qui fournit le calibre n° 1 et enfin une tôle pleine qui recueille les poussiers. Les casseurs doivent stationner sur une planche fixée à une certaine hauteur ; ils cassent le charbon avec un rondin ou un petit maillet ; ils doivent aider le charbon à descendre vers les sacs car la pente des tamis ne peut être très forte, sinon la proportion de menu augmente ; cet appareil doit, sauf cas de mauvais temps, être installé à l’air libre pour que la poussière soit entraînée par le vent.
- Les grandes entreprises emploieront avantageusement des concasseurs entraînés par un moteur ; le dispositif de concassage proprement dit doit casser le charbon par choc et non pas l’écraser ; ce dispositif est constitué :
- soit par un cylindre garni de doigts montés en hélice (système Delhommeau, fig. 2) et passant entre les dents d’un peigne placé au fond d’une trémie ;
- soit par deux cylindres tournant en sens inverse : ces cylindres portent des couronnes de dents pointues, les couronnes de l’un des cylindres alternant avec les couronnes de l’autre (système Rolland ou Vélard, fig- 3).
- Dans l’un comme dans l’autre cas, on peut régler la grosseur des morceaux par la suppression de doigts au cylindre et au peigne (i0r cas) ou par l’écartement des cylindres (2e cas).
- Les poussières sont parfois aspirées par un ventilateur dont l’ouïe est raccordée à la trémie au-dessous du casseur. La classification des morceaux par gros-
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- Ventilateur
- Refus iretounei lu broyeur
- Fig. 2. — Schéma du concasseur' Delhommeau.
- seur est assurée par des tamis plans secoués mécaniquement ou par des tamis en tambours tournant autour d’un axe oblique.
- Humidité. — En raison de sa grande porosité, le charbon de bois présente une grande affinité pour î’eau : immergé, il peut absorber jusqu’à 5o pour ioo de son poids d’eau ; un séjour prolongé en atmosphère humide (brouillard, pluie) peut porter le poids d’eau absorbé par le chàrbon sec à i5 pour ioo ; au delà d’une certaine teneur, l’allumage devient difficile et on risque le colmatage des toiles filtrantes. Cependant, comme nous le montrerons dans notre prochain article, une certaine teneur en eau est loin d’être nuisible : le législateur a fixé à 8 pour xoo le poids d’eau maximum au moment de la vente.
- Avec un peu d’habitude, on peut distinguer assez facilement un charbon sec d’un charbon humide :
- sec, le charbon a une cassure noire bi’illante ; humide, cette cassure est noire, terne ; le charbon sec rend un son clair, métallique, le charbon humide tombant sur un objet dur rend un son mat ; quand on vide un sac de charbon sec, il s’élève toujours une poussière légère, qui ne se produit pas si le charbon est humide.
- Lorsque l’on a des doutes sur la teneur en eau, on pèse i kg. de charbon que l’on fait sécher dans un four de cuisine que l’on ouvre et on active le chauffage pendant i ou 2 h. : si après séchage le poids est inférieur ou même égal à 920 g., le charbon doit.être rejeté, car, avec ce séchage imparfait, la teneur en eau est supérieure au maximum légal de 8 pour 100.
- Emballage et stockage. — Du four au concasseur, le charbon est transporté en sacs de jute contenant de 25 à 4o kg. ; ces sacs doivent être mis sous bâche en temps de pluie.
- Le charbon préparé pour gazogènes est livré en sacs de papier fort (papier Kraft) doublé de papier souple ; certains fabricants ont imaginé des caissettes en bois
- déroulé : les arêtes des faces sont réunies par une bande gommée de papier fort : un coup de couteau permet d’ouvrir la caisse facilement et la caisse vide peut se replier ; elle ne tient alors pas de place et peut être reportée au vendeur, alors que les sacs, souvent ouverts en arrachant les agrafes de fermeture, ne peuvent guère servir qu’une fois. Ces deux modes d’emballage protègent bien le charbon de l’humidité : il n’en est pas de même des sacs de jute, dont, en outre, la manutention n’est pas propre. Si l’on est obligé, à défaut d’autre emballage, d’utiliser des sacs de jute ayant contenu des produits chimiques (engrais, sel, soufre, sulfate de cuivre, de fer, etc...), ces sacs devront être préalablement lavés.
- La forme et les dimensions prévues à l’article 4 de l’arrêté du i4 septembre permettent de dire qu’une tonne de charbon correspond à 70 à 120 sacs environ. Nous recommandons de ne pas mettre plus de 6 sacs les uns sur les autres, soit sur une hauteur de o m. 3o x 6 = 1 m, 80 : au delà de cette hauteur la manutention exigerait un escabeau et de plus, les sacs inférieurs, écrasés, contiendraient trop de poussières ou de menus. La longueur correspondant à un tas de 1 t. serait donc de :
- o m. 3o X 7° _
- — 3 m. 5o à
- n m. 3o X 120 _
- = 6 m.
- La longueur des sacs est d’environ o m. 70.
- Le charbon doit être stocké dans un endroit sec ; les sacs ne seront jamais posés directement sur le sol, mais sur des madriers.
- Rendements. — Les fabricants de charbon de bois en usine ont coutume de donner la règle des quatre
- Fig. 3. — Concasseur Agrippa (Rolland, constructeur).
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- quarts, c’est-à-dire que d’une tonne de bois on peut extraire :
- 25o kg. de charbon ;
- 25o kg. de sous-produits ;
- 25o kg. de gaz ;
- 25o kg. d’eau.
- Cette règle fait image, mais elle est assez grossièrement approchée, notamment en ce qui concerne les trois dernières catégories de produits.
- De nombreux essais de fours ou meules métalliques ont été effectués, notamment à l’occasion de concours qui ont permis de comparer divers appareils ; mais les résultats peuvent différer de ceux que l’on obtient dans une exploitation industrielle : ici, les bois sont plus ou moins secs et sains, et la main-d’œuvre n’est pas sélectionnée comme lorsqu’il s’agit d’un concours.
- Nous avons pu, dans un chantier organisé à la fois comme une exploitation industrielle et comme chantier-école (x), effectuer diverses mesures de rendements par rapport aux volumes et — ce qui est plus rare pour des essais en forêt — par rapport aux poids de bois. Les résultats que nous avons obtenus figurent au tableau ci-annexé.
- Il a été fait usage d’un seul type de four, et de ce
- 1. École départementale du bois et des carburants forestiers de la Haute-Saône, créée par M. A. Liautey, ancien Sous-Secrétaire d’État à l’Agriculture.
- .. .... .................47 r=
- point de vue, les essais sont comparables entre eux.
- Les bois traités, abattus depuis 12 à i5 mois, comprenaient en majeure partie du chêne, du hêtre, un peu de charme et de tremble et quelques éléments de bouleau ; ils provenaient d’une coupe de taillis sous futaie.
- Il ne nous a pas été possible de carboniser séparément les diverses essences, mais, somme toute, les essais se sont poursuivis dans des conditions habituelles d’exploitation.
- Les bois ont été soigneusement mis en stères et pesés avant l’empilage dans les fours ; le tableau reproduit les résultats obtenus pour des échantillons de grosseurs diverses.
- Les rendements à la tonne de bois ne donnent pas une indication de bien grande valeur ; nos pesées, effectuées d’octobre à décembre en forêt ont porté sur des bois parfois humides, donc accidentellement alourdis ; cependant on peut l’emarquer l’influence du poids spécifique ; si, dans la deuxième série d’essais, la charbonnette avait pesé autant que dans la première série, le résultat eût encore été amélioré. Nos opérations montrent que le rendement en poids peut varier entre 180 et 200 kg. à la tonne de bois ; exceptionnellement il pourra atteindre 220 kg. ; ce n’est qu’avec le chêne-vert, abondant en Provence, que nous avons pu atteindre 3oo kg. : tonne de bois.
- Le rendement au stère est plus intéressant car c’est
- Essais de carbonisation en forêt avec des fours métalliques démontables à échappement libre des fumées.
- (Contenance des fours : 4 stères).
- Bois employé : chêne, charme, hêtre, tremble
- Charbon brut
- Charbonnette Rondins Quartier Total Poids Rendement en kg.
- Fumerons de charbon -—
- Volume Poids Volume Poids Volume Poids Volume Poids kg- sacs déduits
- (st.) (tonnes) (st.) (tonnes) (st.) (tonnes) (st.) (tonnes) kg- par stère par tonne
- 12 4,o5o » » )) » 12 4,o5o 20 806 67 200
- 12 3,36o 4 1,58o » » 16 5,o4o 12 1.089 68 217
- 5 1 >79° i5 6,135 » » 20 7 >9^5 49 1.473 73,65o 186
- 4,5 i,49° » » 6,5 2,860 11 4,35o 39 872 79>3oo 200
- 3,5 1,200 5,25 ,2,265 3,5 1,110 12,25 4,575 43 8g 1 72,500 192
- Charbon concassé, calibré, dépoussiéré
- Production par four
- Calibre Total de bon charbon kg- Déchet au concassage kg. Rendement en kg. de bon charbon Perle pour 100 sur charbon brut Nombre de fours Charbon brut (par four) kg. Bon charbon (par four) kg.
- N° 1 kg- N° 2 kg* par st. de bois par tonne de bois par 100 kg de charbon brut
- 447 265 712 9'+ 5g,3oo 177)700 88,3 1117 3 270 237
- 594 385 979 110 61,250 195 90 10 4 272 245
- 775 570 1.345 128 67,250 170 91 9 5 295 269
- 470 3l2 782 9° 71 180 9° 10 3 291 261
- 379 421 800 91 65 175 9° 10 3 297 266
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- = 48 ...—- '
- le seul que l’on puisse établir en forêt, sauf en cas d’essais systématiques. - Le tableau de nos résultats montre, comme il fallait- s’y attendre, que le rendement croît en même temps que le diamètre des bois traités, sous réserve, bien 'entendu, que les gros bois soient sains. On remarquera en effet que, dans les deux premiers groupes d’essais la eharbonnette est soit traitée seule, soit prépondérante, mais dans les trois autres groupes, il faut considérer que la char-bonnette a servi surtout à confectionner la cheminée et le caillebotis, à garnir quelques vides, notamment au sommet de l’édifice de bois, et à allumer.
- Le meilleur rendement a été obtenu avec la proportion i st. de eharbonnette et 3 de rondins.
- Nous soulignerons le fléchissement des rendements dans le cinquième groupe où nous avons traité simultanément eharbonnette, rondin, quartier (bois de plus de i5 cm. de diamètre fendu en deux ou quatre, suivant la grosseur) ; nous pensons que la carbonisation « à cœur » des gros bois a nécessité une dépense plus élevée de combustible, qui a été fourni non seulement par la eharbonnette, mais aussi par le rondin : nous avons déjà signalé qu’il était contre-indiqué de placer des bois minces près de gros bois.
- Nous avons pu, suivant les circonstances, étudier d’autres bois :
- à Cadarache (B.-du-R.), nous avons produit 55 kg. de charbon brut par stère de genévrier (8o ans) et ioo kg. et plus par stèxœ de chêne-vert ;
- en forêt d’Avallon, nous avons obtenu 65 kg. de charbon brut par stère de résineux.
- A défaut d’autres précisions établies par nous sur les résineux, nous citerons les chiffres donnés par M. Pallu, ancien Inspecteur principal des Eaux et Forêts à Mont-de-Marsan. Il a obtenu, comme rendements normaux, par stère de bois de pin maritime, 6g kg. de charbon brut et 56 kg. de charbon concassé, criblé, dépoussiéré.
- Rappelons encore que l’état du bois a une grosse importance : nous n’avons pu produire que 55 kg./st. de charbon brut avec de la eharbonnette piquée au point qu’un rondin de 5 cm. de diamètre pouvait être brisé à la main par un choc un peu énergique ; signa-
- Fig. 4. — La vieille meule du charbonnier en montage.
- (Cliché Delhommeau.)
- Ions aussi que, en forêt d’Arques-la-Bataille nous avons produit 65 kg./st. (charbon brut), avec de la char-bonnette de hêtre abattu 8 à i5 jours avant le traitement ; la cuisson d’un four de 4 st. demandait couramment 26 à 28 h., alors qu’avec du bois sec la même opération ne nous demande que 18 à 20 h.
- Dans les dernières colonnes du tableau, nous avons fait ressortir la production d’un four de 4 st. : voisine de 3oo kg. pour le charbon brut, on peut compter sur 260-270 kg. de charbon préparé pour gazogènes. Dans nos calculs ultérieurs, nous tablerons seulement sur 260 kg. par fournée, soit 1 t. de charbon préparé, pour 16 st. de bois : ce faisant, les exploitants ne pourront avoir qu’une agréable surprise : celle de voir la production dépasser les prévisions.
- Nous donnons les tonnages produits en charbon n° 1 et en charbon n° 2 : ces nombres ont peu de valeur, car on peut, en réglant le concasseur, faire varier la proportion de l’un par rapport à l’autre.
- Enfin, nous avons calculé la perte au concassage par rapport au charbon brut : elle dépend du concasseur et de la friabilité du charbon et varie entre 8 et 12 pour 100.
- Caractéristiques du charbon de bois. — La densité de chargement ou poids de 1 m3 de charbon préparé pour gazogène influe sur le rayon d’action-chargement ; elle varie avec l’essence d’origine, le calibre et la teneur en eau.
- Pour montrer l’influence de l’essence, nous citerons deux mesures que nous avons pu faire sur charbon de même calibre (n° 1) ; le charbon de genévrier pesait i55 kg./m3 et le charbon de chêne-vert 807 kg./m3. Ce dernier charbon, en calibre n° 2, pesait 295 kg./m3.
- En laissant de côté ces cas exbrêmes et assez particuliers, ces essences n’étant répandues que dans certaines régions de la France, la densité du charbon de bois varie de 180 kg./m3 pour les charbons de bois tendres ou résineux, à 270 kg. pour les charbons de bois durs.
- La résistance mécanique est rarement déterminée ; on a proposé de mesurer la charge d’écrasement suivant la direction des rayons médullaires, en fixant comme limite, un peu arbitrairement sans doute, la charge de i4 kg./cm2. Il nous semble préférable d’user du procédé employé pour la mesure de la dureté des pierres : placer un poids donné de charbon calibré dans un tonneau auquel on fait exécuter un certain nombre de tours dans un temps déterminé et passer au tamis correspondant au calibre initial : le pourcentage des refus donnerait une idée plus précise, plus parlante, de la dureté, ou plutôt de la friabilité du charbon.
- Cendres. — On peut déterminer approximativement la teneur en cendres : mettre 1 000 kg. de charbon sec sur une plaque de tôle et chauffer de manière à allumer le charbon et le laisser brûler complètement, au besoin en continuant à chauffer ; peser le résidu cendreux. Pour obtenir une mesure précise, il faut recourir à des méthodes de laboratoire et définir les
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- conditions de l’incinération ; si en effet le bois contient des carbonates, ceux-ci se dissocient à une température déterminée et, dans ces conditions, il y a lieu de rester au-dessous de cette température. L’essai que nous indiquons doit donc être fait à température aussi basse que possible.
- La teneur en cendres dépend du terrain qui a porté le bois carbonisé. L’arrêté du i4 septembre 1940 fixe comme limite maximum 5 pour 100 de cendres ; les charbons à teneur supérieure pourraient cependant être admis dans les gazogènes, sans autre inconvénient que d’entraîner des décrassages plus fréquents, et il semble qu’il eût été possible cl’autoriser ces charbons avec une réfaction de prix selon la teneur en cendres : les cendres sont moins dangereuses que les goudrons, au sujet desquels l’arrêté reste imprécis, ou tout au moins n’indique qu’une tolérance, alors que les gazogènes à foyer volumineux peuvent s’accommoder d’une proportion, asez faible d’ailleurs, d’incuits.
- Le pouvoir calorifique du charbon de bois, ou chaleur dégagée par la combustion complète du combustible, s’établit aux environs de 7 5oo cal./kg. Il dépend non seulement du carbone fixe, mais aussi du carbone combiné (carbures d’hydrogène) et de l’hydrogène que, lors du refroidissement, le charbon a absorbé.
- La porosité peut s’exprimer par la quantité d’eau ou de vapeur d’eau que le charbon peut absorber en un temps donné. Les charbons de bois tendres, résineux ou verts sont les plus poreux.
- L’inflammabilité peut se caractériser par la température à laquelle il faut porter un combustible pour qu’il s’enflamme ; cette température renseigne, pour un taux d’humidilé et un calibrage déterminés, sur l’aptitude aux départs rapides cl aux reprises.
- La combustibilité peut se définir par le temps nécessaire pour que le combustible enflammé soit réduit en cendres. Les charbons de bois durs sont moins combustibles, donc plus économiques, que les charbons de bois tendres.
- L’inflammabilité et la combustibilité sont en relation étroite avec la porosité.
- La réactivité est la faculté d’assurer la' réduction du gaz carbonique en oxyde de carbone, ou la dissociation de la vapeur d’eau ; elle peut se définir par la température à laquelle il faut porter le combustible pour que les réactions s’amorcent. On a constaté que les charbons de bois étaient plus réactifs que les charbons d’origine minérale.
- Ces trois dernières caractéristiques sont difficiles à déterminer : on n’est pas encore d’accord sur les méthodes à employer, ni même sur les définitions à donner. De plus, les essais de laboratoire faits jusqu’ici, ont porté sur de petites quantités de charbon et l’échantillon a dû subir une préparation qui a pu modifier ses propriétés industrielles. Nous ne nions pas la valeur des résultats obtenus en laboratoire, mais la pratique courante, qui ne vise pas à la recherche mais au contrôle commercial, nous paraît exiger les conditions d’essais suivantes :
- Fig. o. — Petit four de 1 m3, type aménager» avant l’allumage.
- (Cliché Delhommeau.)
- i° les épreuves devront porter sur un volume assez important de combustible ; les échantillons seront constitués par des charbons répondant aux spécifications de l’arrêté du i4 septembre 1940 ;
- 20 les appareils d’essais seront simples et faciles à manipuler ;
- 3° l’indice cherché devra être obtenu par une opération rapide et peu coûteuse, car cet indice ne sera, le plus souvent, valable que pour de faibles tonnages ;
- 4° l’essai portera sur un prélèvement représentant l’élément moyen du lot entier soumis à l'étude.
- A ces conditions, les résultats seront susceptibles d’avoir une influence réellement pratique sur l’exploitation et sur l’utilisation rationnelle du charbon.
- Organisation d’un chantier de carbonisation.
- — Nous considérerons un chantier de moyenne importance, en vue de la production d’environ 1 t. de charbon par jour.
- Nous préférons le chantier mobile au chantier fixe : ce dernier peut paraître avantageux, la carbonisation se faisant toujours sur le même faulde, mais il oblige au débardage du bois, particulièrement onéreux en terrain accidenté ; le chantier mobile, par contre, impose le transport des fours et l’aménagement d’emplacements nouveaux ; la dépense qui en résulte est cependant inférieure à la différence des prix de transport du bois et du charbon.
- Le transport des fours sera d’ailleurs rendu moins pénible par le choix de modèles de 4 st. à 4 st. 5. Un tel four (4 st.) peut produire au moins 2Ôo kg. de charbon préparé par cuisson, et l’opération dure 48 h.: pour une production de 1 t. par jour, il faut donc 8 fours répartis en deux batteries, que nous numéroterons 1 cl 2, de 4 fours ; une batterie sera allumée chaque jour.
- Nous estimons que deux bons charbonniers peuvent détourner un four en 3/4 d’heure et le remonter en 1 h., s’ils trouvent le bois près du four ; en conséquence, on devra leur adjoindre, pour l’approche du
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- bois, deux manœuvres, et même trois, si le terrain est accidenté.
- * La durée de la cuisson seule variant de 18 à 20 h., il faut que les fours soient allumés le soir vers 17 h., afin de réserver pour la nuit la période calme de la distillation, et afin de supprimer la surveillance nocturne. Cependant, sans astreindre un charbonnier à veiller, nous recommandons d’en loger un à proximité des fours, surtout à l’ouverture d’un chantier, alors qu’on ne connaît pas encore le comportement du bois à la carbonisation ; nous avons vu, lors du début de l’exploitation d’une coupe, que des fours allumés le soir, auraient pu être fermés à 3 h. ; se fiant à ce qui s’était passé dans d’autres chantiers, l’ouvrier avait trop ouvert les évents ; à l’arrivée du personnel le four fut éteint, mais la production fut faible.
- Le matin, les charbonniers, tout en détournant une batterie, surveillent la fin de la carbonisation de l’autre, puis remplissent les fours vidés.
- Voici le roulement que nous employons : le lundi matin, le personnel, moins un ouvrier, est au chantier et trouve 8 fours éteints pleins de charbon. L’ouvrier manquant rentre au début de l’après-midi ; voici le travail de chaque jour :
- lundi : défourner la batterie 1, la remonter et allumer le soir ;
- mardi : surveiller la cuisson de 1, tout en détournant la 2e batterie que l’on remonte et allume le soir ;
- mercredi : surveiller la cuisson de 2, défourner, remonter et allumer 1 et ainsi de suite. Les fours allumés le samedi soir seront surveillés le dimanche matin par un seul ouvrier, qui d’ailleurs s’occupera en outre à approcher du bois pour le lundi.
- En principe, une telle organisation devrait assurer une production de 6 t. par semaine : en pratique, ce chiffre sera rarement atteint, car il faut prévoir que des fours pourront être à réparer, que la pluie pourra gêner les défournements, que les fauldes nouveaux seront à aménager. Une bonne équipe de 4 hommes, homogène, active, peut produire en moyenne 5 t. de charbon par semaine, avec 8 fours.
- Chantier de concassage. — On peut adopter diverses combinaisons :
- a) pour une pi'oduction de 1 t. par jour, constituer des équipes de femmes cassant le charbon à la main :
- 2 pour le cassage, et 2 autres pour charger les sacs, les peser, les fermer ;
- b) pour une production de 5 t. par semaine, carboniser pendant 5 jours et, le samedi, employer le personnel à casser le charbon avec un concasseur mécanique ou un concasseur à main ; la manœuvre de l’appareil à main est très pénible et de plus, cette organisation immobilise un matériel coûteux pour une production irrégulière ;
- c) concasser chaque jour, avec un appareil entraîné par un moteur de 3 ch. Son service demande un homme pour l’entretien du moteur et l’alimentation du concasseur, 2 femmes pour la fixation des sacs vides et l’enlèvement des sacs pleins, 2 femmes pour le pesage et la fermeture des sacs.
- Généralement un appareil de ce genre a un débit journalier de plusieurs tonnes et dans les conditions de production du chantier, il est mal utilisé, mais qui ne connaît les avantages de la coopération : si certains propriétaires forestiers, particuliers ou communes, ne possèdent pas une forêt suffisamment grande pour que l’exploitation par un seul individu soit rémunératrice, ils peuvent se grouper, acheter ou louer du matériel en commun, s’unir par des liens suffisamment souples pour que chacun, coopérateur, coopérative, client, y trouve son intérêt. Il existe des coopératives de production, vinicoles, laitières ou autres qui sont prospères ; pourquoi n’en serait-il pas de même des coopératives forestières de carbonisation. Nous croyons d’ailleurs savoir que de telles associations sont en voie de constitution et nous ne pouvons qu’approuver un tel mode d’exploitation.
- *
- * *
- Au lendemain de l’armistice, nous avons été assailli de demandes de renseignements sur la fabrication du charbon de bois : tout le monde « s’intéressait particulièrement » à la question, pour des raisons faciles à comprendre : situation brisée, perspective de chômage, etc...
- La forêt, c’est entendu, peut être une puissante source d’énergie et devenir un vaste chantier où de nombreuses activités peuvent trouver à s’exercer, mais, après l’avoir dédaignée, il ne faudrait pas croire que la forêt, à elle seule, peut apporter un remède à tous nos maux ; ses possibilités sont grandes, mais limitées, elle ne peut subvenir aux besoins de tous nos véhicules, ni nourrir tous nos chômeurs.
- D’après une statistique dressée en xg38 par l’Administration des Eaux et Forêts, la forêt française pourrait fournir annuellement en charbonnette (diamètre de 1 cm. 5 à 7 cm., les bois de diamètre supérieur, réservés au chauffage, ne devant pas, en principe, être carbonisés) :
- de bois résineux : 1 754 000 st. ;
- de bois feuillus : i3 372 000 st.
- Or, la loi du 6 août stipule :
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- Art. ier. — Tous les propriétaires forestiers (État, départements, communes, établissements publics, personnes morales privées, particuliers), sont tenus, jusqu’à ce qu’il en soit décidé autrement, d’exploiter ou de faire exploiter, une quantité de bois excédant de 5o pour ioo celle qui devrait être normalement exploitée chaque année ou périodiquement sur leurs fonds (1).
- En conséquence, la production annuelle doit atteindre à bref délai :
- x 704 000 x i,5= 2 631 000 st. de chai’bonnette
- de résineux ;
- i3 372 000 x i,5 = 20 o58 000 st. de chai'bonnette de feuillus ;
- soit au total : 22 689 000 st. de bois.
- Si nous nous reportons aux chiffres précédemment indiqués pour les rendements :
- les l'ésineux fourniront : o t. o55 x 2 631 000 — 144 700 t. de charbon ;
- et les feuillus : o t. 070 x 20 o58 000 = 1 4o4 060 t. de charbon ;
- soit, au total : 1 548 766 t. de charbon concassé, calibré, dépoussiéré.
- Soit maintenant un véhicule consommant 4o kg. de charbon aux 100 km. et couvraitI 4o 000 km. par an. Sa consommation peut être évaluée à :
- 4o X 4o 000 „ ,
- ----—------- = 16 000 kg./an.
- La forêt permettrait donc d’alimenter :
- « 548 765 .............
- ----jqr-- = 100 000 véhiculés analogues.
- Ce nombre serait plus grand encore, si l’on tenait compte que certains gazogènes sont susceptibles d’être alimentés avec des charbons de terne.
- Le gouvernement a cependant sagement décidé qu’il ne serait équipé que 5o 000 véhicules à gazogène.
- Il faut con-
- Fig. 7. — Four de 12 ms composé de panneaux sidérer que en cours de montage. cela COnsti-
- (Cliché Delhommeau.) £ue une pre_
- mière tranche d’un programme plus vaste. Ce c h i ff r e n ’ a d’ailleurs pu être arrêté qu’en tenant compte des possibilités des usines françaises pour la con-
- 1. J. 0. du 8 août 1940, p. 4G56.
- Fig. S. — Appareil spécial pour la carbonisation des bourrées et menus bois.
- (Cliché Delhommeau.)
- struction des gazogènes et des fours. D’autre part, l’exploitation intensive de nos forêts, dans les conditions fixées par l’article ier de la loi du 6 août, ne peut se poursuivre au delà de quelques années sans préjudice grave pour notre patrimoine foi'estier. Enfin, pour alimenter les véhicules régulièi'ement, il faut trouver la main-d’œuvre pour l’abattage, la pi’éparation et la carbonisation du bois. Si l’apprentissage du métier de bûcheron et de charbonnier peut être très court, il est difficile de transplanter de la ville à la forêt de grandes masses de pei’sonnel : les problèmes du logement, du ravitaillement, de l’acclimatation sont complexes.
- Admettons que tous les fours soient d’une contenance de 4 st., et qu’un four puisse faire 125 cuissons par an (200 pour? de travail) : la fabrication du char-22 68g 000
- bon exigei'ait 4 x'iaS = 000 *ours environ ;
- comme 4 hommes peuvent servir 8 fours, le personnel affecté à la seule opération de carbinosation compte-rait :
- 4 X 45 000
- -----g----- =22 5oo ouviaers.
- Le concassage de 5 t. de charbon par jour ou 5 x 2Ôo = 1 25o t. par an occuperait :
- 1 548 765
- -----r— = environ x 200 pei’sonnes.
- 1 200 1
- Enfin, un bûcheron professionnel peut façonner de 2 à 2 st. 5 par jour : supposons qu’un chômeur, après quelque temps d’entraînement, n’en produise que 1 st. 75 par jour ou 1,75 x 2Ôo = 44o st. par an, la production du bois absorbera :
- 22 68g 000
- ----77---- =52 000 ouvriers
- 44o
- La forêt pourrait donc fournir du travail à :
- 22 5oo + 1 25o + 52 000 = 75 760 chômeurs.
- Il faut ajouter à ce chiffre, les charretiers, les affûteurs d’outils, le personnel de maîtrise, la main-d’œuvre nécessaire pour la confection des outils, des embal-
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- == 52 —:................::: r—:::::::
- lages : nous pouvons évaluer à environ ioo ooo, le nombre des chômeurs qui pourraient trouver du travail dans la préparation du charbon de bois et les industries annexes.
- Cette possibilité de la forêt française n’a pas échappé aux pouvoirs publics : les Ministères du Travail et de l’Agriculture organisent des chantiers-écoles de bûcherons-charbonniers, et les initiatives de certains industriels désireux d’occuper leur personnel ont été encouragées. La Direction générale des Eaux et Forêts s’est préoccupée de faire de ses gardes forestiers des moniteurs de carbonisation, et nombre d’entre eux
- Dans un précédent article (1), nous avons dit comment préserver au mieux nos stocks de grains et légumes secs.
- Le rôle que jouent dans notre alimentation les légumes verts et les légumes-racines, est également considérable. Leur grande teneur en eau rend leur conservation particulièrement délicate. Cette conservation, comment l’assurer ? Il y a d’une part ce qu’on peut appeler les moyens du bord, ne nécessitant pas de matériel coûteux ni très spécial. Tels sont les fruitiers, greniers, caves, enjaugeages, silos, etc. D’autre part, les méthodes industrielles de conservation, qui reviennent toutes à l’emploi du froid artificiel. Enfin, la dessiccation et la conserverie, dont il faut dire aussi quelques mots.
- Conservation des fruits au fruitier. — Après leur cueillette, les fruits — matière vivante •— continuent à évaporer, respirer cl dégager de la chaleur. En même temps, ils s’appauvrissent lentement en sucre et finissent par devenir le siège d’une fermentation alcoolique. C’est le ralentissement artificiel de ces phénomènes que l’on cherche à obtenir par l’entrepôt en fruitier, ou, mieux encore, en chambre froide.
- La conservation en fruitier est inopérante, ou presque, pour des fruits tels que fraises, pêches, prunes. Par contre, elle est très usitée et donne d’excellents résultats avec les poires et surtout les pommes.
- Un fruitier normalement aménagé doit, non seulement être de proportions suffisantes pour servir d’abri, mais encore et surtout répondre à certaines données techniques.
- Il doit être en mesure de conserver à l’atmosphère une température à peu près constante et aussi basse que possible, sans toutefois descendre au-dessous de + 3° ou 2° C. En général, ces températures ne sont pas obtenues et l’on se contente d’environ 8 à io° C.
- Les murs doivent être épais et autant que possible construits en briques creuses. Une bonne méthode consiste à construire des murs doubles enfermant un large matelas d’air. Les ouvertures doivent donner au nord pour éviter les réchauffements possibles, et il y a avantage à ce que les portes, de bonne épaisseur, soient bourrées intérieurement de paille, de déchets de liège, de balle de sarrasin, de fins copeaux de bois. On conseille aussi les doubles portes ou les portes à tambour. C’est là une excellente précaution contre les changements d’atmosphère et de température.
- Le fruitier, naturellement, doit être sec. Il faut donc le
- 1. La Nature, n° 3084, 15 décembre 1940.
- sont déjà capables de diriger un apprentissage, qui n’est, par lui-même, ni long ni pénible. Quant au Ministère du Travail, il procure aux chômeurs rééduqués, le logement, couvre une partie des frais de nourriture, verse l’allocation de chômage pendant toute la durée de la rééducation, assure le transport du chômeur et de sa famille de sa résidence habituelle au lieu de placement. Ces deux Administrations conjuguent leurs efforts et leur collaboration ne peut avoir que les meilleurs résultats.
- A. Lepoivre,
- professeur A.-ct-M. et E. S. B.
- FRUITS ET LÉGUMES
- construire sur un emplacement sain. Les fondations des murs seront profondes et bien cimentées. Au besoin, une demi-cave peut être creusée pour assainir le local.
- L’aménagement intérieur comprend des tablettes de bois blanc superposées et facilement accessibles à tous les endroits. Les murs sont blanchis à la chaux et entretenus dans un étal de propreté absolue.
- Les fruits destinés au fruitier doivent être cueillis à la main et avec précaution : ne pas exagérer la pression des doigts. Il faut les choisir sains et en particulier indemnes de blessures, de maladies cryptogamiques et d’attaques d’insectes. On les dispose avec soin sur les tablettes, qu’on peut couvrir d’une légère couche de paille ou de frisure de papier.
- Au bout d’un certain temps, l’atmosphère se charge d’une humidité excessive, favorable aux moisissures. En aucun cas l’hygromètre ne doit marquer plus de 70°. On chasse cette humidité en aérant largement et seulement par temps sec et froid. Dans les autres cas, on absorbe l’humidité en excès par le chlorure de calcium placé dans des bacs de zinc et qu’on enlève lorsque le degré hygrométrique s’est suffisamment abaissé.
- Ce procédé permet une conservation prolongée des pommes et poires à maturité tardive et en particulier des variétés à peau épaisse. C’est ainsi que bien des reinettes, cueillies à l’automne, sont encore en parfait état au mois de mai de l’année suivante.
- Les variétés tardives de raisin se conservent également longtemps en fruitier. Les grappes, choisies parfaitement saines et suspendues par la portion conservée de sarment, peuvent être encore très présentables en janvier et même février. Toutefois, les grains sont quelque peu ridés à la suite d’une évaporation, ralentie certes, mais non pas arrêtée.
- Pour éviter leur flétrissement et prolonger encore la conservation, on plonge une des extrémités du sarment, ou même les deux, dans une petite ampoule contenant de l’eau et un peu de charbon de bois. Celte eau est absorbée par la grappe et vient compenser celle qui s’évapore. C’est le procédé dit à rafle humide. Il a l’inconvénient d’augmenter assez rapidement le degré hygrométrique du fruitier que l’on doit abaisser fréquemment comme il vient d’être dit, pour éviter le développement si facile des moisissures.
- Un fruitier se visite à peu près quotidiennement. La maturité des fruits, différente selon les espèces et les variétés, doit être surveillée de près. La tavelure est une maladie qui peut s’attaquer aux pommes et aux poires entreposées,
- LA CONSERVATION DES
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- comme elle les attaque sur l’arbre. Tous les fruits atteints doivent être rigoureusement éliminés, de même ceux qui pourrissent pour différentes causes.
- A la fin d’une campagne de conservation et avant le début de la suivante, le fruitier doit être largement aéré, puis désinfecté à l’aide de solutions cupriques, de lysol et de mèches soufrées.
- Conservation par des matières inertes. — La
- poudre de liège est utilisée en Espagne pour la conservation du raisin et notamment de celui d’Alméria, dont l’exportation est considérable. Les couches de grappes alternent dans des caisses ou des barils avec des couches de poudre de liège absolument sèche. Bien entendu, les grappes ainsi enfermées pour plusieurs mois doivent être parfaitement saines. En Amérique, la sciure de bois d’un conifère (Séquoia sern-pervirens) a donné d’aussi bons résultats lorsqu’elle était séchée au four et débarrassée de ses poussières.
- Les pommes et les poires emballées dans du papier de soie se conservent également bien dans la poudre de liège, la tourbe séchée, la balle de sarrasin ou le sable. Le foin doit être prohibé, car il communique une odeur désagréable. Enfin, l’enrobage des pommes au moyen de paraffine, tel qu’il est pratiqué en grand aux États-Unis, conduit à un ralentissement des échanges gazeux et de l’évaporation et, partant, à une grande prolongation de vie. D’autre part, la couche isolante de paraffine évite la pourriture des fruits sains au contact des autres, ainsi que l’action néfaste des moisissures.
- Conservation des légumes. — Parmi les légumes d’hiver, il en est certains qui restent en place, alors que d’autres demandent à être rentrés à l’abri.
- Pour les premiers, le problème se résume à peu près uniquement à les protéger contre les gelées et les changements brusques de température. Les variétés doivent être rustiques et cultivées en terre saine. Des couvertures de paille, de fumier pailleux, de feuilles, sont posées sur les carottes, salsifis, épinards, poireaux. Pour éviter l’étiolement de certaines de ces plantes, ces couvertures doivent être enlevées aussi souvent que possible, c’est-à-dire chaque fois que la température n’est pas trop basse.
- Les choux se conservent généralement en les arrachant à l’automne et en les replantant en jauge, serrés les uns contre les autres, profondément enterrés et la pomme en direction du nord pour éviter les retours trop rapides à plus hautes températures. On recouvre le tout d’une couverture de débris végétaux ou de paillassons.
- Mais la plupart des légumes-x'acines, tels que carottes, betteraves, navets, céleri-raves... se conservent en silos. Les racines sont arrachées à l’automne, décolletées pour éviter ,1a repousse des bourgeons et laissées sur le sol quelques jours pour un bon ressuyage. Une tranchée profonde de 5o cm. environ est creusée en un endroit aussi sec que possible. On lui donne une longueur en rapport avec le volume de légumes à ensiler. Le fond de la tranchée est tapissé de fagots, eux-mêmes recouverts de paille. On entasse sur cette paille les racines, bien sèches et non brisées, en ayant soin de réserver, çà et là, des cheminées d’aération constituées par des fagots placés verticalement. La hauteur du silo dépasse en général d’une cinquantaine de cm. le niveau supérieur de la tranchée. Lorsque le tas est achevé, on le recouvre entièrement d’une épaisse couche de paille, puis d’une couche de teri’e de bonne épaisseur également et bien tassée. Il ne faut pas boucher les cheminées d’aération destinées à assainir la masse. Lorsque le silo est tei'miné, on le circonscx’it d’un fossé un peu plus profond que le silo,
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- augmentant ainsi la salubrité du terrain. La terre extraite peut servir à recouvrir le silo.
- Le pi'élèvement ultérieur de légumes ne doit se fa5re que par temps sec, et l’on rebouchera le silo aussi soigneusement que lors de l’aménagement pi’imitif.
- La consei'vation des tubei’cules de pommes de terre se fait généralement en un endroit sain : grenier, cave ou hangar, où ils puissent être à l’abri de la lumière, de l’humidité, des gelées ou de la chaleur. Les greniers sous couverture de chaume entretiennent une température douce et régulière qu’il est généralement impossible d’obtenir avec de l’ardoise ou de la tuile. On doit en tenir compte pour la conservation de bien des légumes.
- On dispose les pommes de terre en couches relativement minces sur un bon lit de paille. Le stock doit être fréquemment visité et l’on élimine rigoureusement les tubercules pourris (pourritures bactériennes ou consécutives aux attaques du mildiou). En fin d’hiver, les germinations sont fréquentes et déprécient grandement la marchandise. On peut l’arrêter en plongeant pendant xo heures les tubercules dans une solution d’acide sulfurique à 2 p. 100. Cette opération, faite dans des bacs en bois, est suivie d’un nouveau trempage en eau pui'e, puis d’un séchage complet.
- Les caves à légumes conviennent spécialement à la conservation des cardons, céleris à côtes, chicorées et même des choux que l’on replante dans du sable humidifié de temps à autre en évitant de répandre l’eau sur les feuilles des végétaux.
- Enfin, les greniers doivent être spécialement réservés aux légumes bulbeux : oignons, aulx, échalotes. Ces greniers ne doivent être soumis ni aux excessives chaleurs, ni aux gelées, afin d’éviter l’entrée en végétation ou la destruction par le froid. On rentre les plantes bien ressuyées et on les suspend groupées par touffes ou en chaînes formées par les tiges entrelacées.
- Conservation en frigorifique. — Depuis déjà fort longtemps, l’action du froid s’est appliquée à la conservation des viandes. La méthode est relativement facile, ces deni'ées supportant des températures très inférieures au point de congélation de l’eau. Il est autrement ardu de conserver des végétaux éminemment périssables, à une température basse mais, à quelques exceptions près, toujours légèrement au-dessus de zéro, et à un degré hygrométrique strictement défini.
- Quoi qu’il en soit, nous avons maintenant en France des frigorifiques spécialement aménagés pour la conservation des fruits. Ils servent concurremment à la conservation des fruits réfrigérés d’importation ou de notre récolte nationale. Les docks frigoi’ifiques du Havre sont un modèle du genre.
- Le fi’oid retai’de considéi’ablement l’activité biologique des végétaux. Il n’est, pour s’en rendre compte, que de considérer l’état de vie ralentie des plantes en hiver.
- Les fruits conservés en chambre froide respirent et évaporent avec moins d’intensité et dégagent moins de chaleur qu’à la température normale. Les transformations chimiques internes sont également moins actives.
- On a souvent le tort de cueillir trop tôt les fruits à réfrigérer. C’est une erreur, car ils ne peuvent plus développer leurs qualités de saveur, de parfum, de fondant. Les fruits destinés au frigorifique doivent être cueillis presque à maturité et absolument indemnes de parasites végétaux ou animaux. Une bonne méthode, très employée dans les pays gros producteurs, consiste à enrober les fruits de paraffine •— nous l’avons dit — ou à les envelopper de papier huilé. Les caisses à claire-voie ont l’avantage de produire un abaissement de température régulier et uniforme. On doit les
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- entasser par piles de faible largeur. Une rapide mise en frigorifique après la cueillette est une. garantie de réussite.
- Pour la majorité des fruits, la température à obtenir est + 2° C. Elle permet une conservation très prolongée qui peut dépasser une année pour certaines variétés de pommes et atteindre 4 à 5 mois pour les poires. Les pêches se conservent mal au delà de 2 mois et perdent généralement une partie de leur saveur. La tenue des abricots est bien supérieure. Les raisins à grosse peau restent facilement 4 mois en frigorifique sans altération de leurs qualités.
- Les prunes, cerises, fraises, etc. peuvent être soumises au froid pendant quelques semaines, mais ici l’intérêt économique est moindre. L’entrepôt frigorifique, sous sa forme industrielle, n’est guère à conseiller que pour les variétés semi-tardives et tardives de pommes, poires et raisins. Les fruits des Aurantiacées (oranges, citrons, pamplemousses, etc.) peuvent être également conservés quelques semaines et même quelques mois en frigorifique, mais nous avons pu remarquer personnellement que cette opération est assez aléatoire.
- Lorsqu’un fruit sort d’une chambre à basse température, autant que possible point de changement brusque : le mieux est de le laisser quelque temps en un endroit à peine plus chaud et bien sec. Ainsi, la vapeur d’eau atmosphérique et d’évaporation des tissus ne se condense pas sur la peau des fruits et l’on évite la germination possible des moisissures.
- C’est en prévision du même danger (un froid relatif ne détruit pas les moisissures) que l’hygrométrie des chambres de conservation doit être réglée avec précision. 85 p. 100 d’humidité est la proportion ordinairement tolérée dans les entrepôts frigorifiques à fruits. Au-dessus de ce taux, les moisissures se développent avec facilité ; au-dessous, l’évaporation est accrue et risque de les rider rapidement. Il y a là un doigté qui n’est généralement obtenu qu’après de longues observations. Car ce chiffre de 85° est assez théorique et d’autres facteurs interviennent qui peuvent le modifier : aération des chambres, espèces cl variétés de fruits, etc.
- Il est à remarquer qu’un fruit sorti de frigorifique et qu’on y remet quelques jours plus tard ne donne jamais qu’un produit de mauvaise qualité. C’est pourquoi dans les installations portuaires modernes, les fruits importés par
- des navires frigorifiques sont directement introduits dans les frigorifiques à terre au moyen d’un tapis roulant couvert.
- Enfin, il est possible de conserver à une température beaucoup plus basse (— io°) des petits fruits destinés à la pâtisserie, tels que fraises, framboises, cerises. Dans ce cas, la réfrigération doit être brusque. Le parfum et la saveur n’en sont nullement altérés.
- La plupart des légumes peuvent êlre conservés à quelques degrés au-dessus de zéro, comme il vient d’être indiqué. Mais ce procédé n’est guère employé en raison des autres moyens de conservation. Il y aurait cependant avantage à le généraliser pour quelques espèces telles que radis, asperges, tomates, artichauts, assurés d’une vente rémunératrice hors des saisons normales. A bord des navires, la conservation des légumes en frigorifique est de rigueur.
- Nous devons au moins signaler la conservation de certains fruits (prunes, figues, raisins, pêches, pommes et poires) par dessiccation au soleil ou au four. Cette industrie, très prospère autrefois en France, devrait être reprise sur des bases nouvelles. Il serait tout à fait anormal de continuer à importer de l’étranger des quantités de fruits secs que nous pourrions produire nous-mêmes pour le plus grand bien de notre économie.
- La confiturerie peut être aussi considérée comme une méthode de conservation. C’est, en tout cas, une excellente façon d’utiliser des fruits de moins bonne qualité ou qui pourraient être d’un prix peu rémunérateur au moment de leur mise en vente.
- Enfin, il est utile de rappeler toute l’importance prise en France par la conserverie des légumes stérilisés à l’autoclave. Cette industrie dont l’application domestique est à la portée de tous, joue un rôle de premier plan dans notre économie nationale.
- Nous voyons donc qu’il est possible, à toutes les époques de l’année, de servir sur nos tables, les produits savoureux de notre sol.
- Il est de notre devoir, plus que jamais, d’utiliser pleinement nos ressources. Par la conservation, nous y tendons, en même temps que nous régularisons les marchés et utilisons une importante main-d’œuvre.
- L. Dupouy.
- COMMENT SE CHAUFFER ^ (»
- DES COMBUSTIBLES ACCESSOIRES
- En temps normal, on trouvait à son gré les combustibles usuels les plus divers : bois, houille, anthracite, coke, gaz, mazout, sans compter l’électricité transformable en chaleur dans des radiateurs à résistance. On choisissait à son goût, selon les appareils dont on disposait et suivant les prix. Aujourd’hui, dans l’extrême pénurie où nous sommes, tous manquent à la fois ou sont si strictement contingentés qu’il faut renoncer aux chauffages centraux d’immeubles, bien heureux si l’on peut trouver de quoi chauffer une pièce unique où la famille se tient. Le mazout est introuvable ; le bois est pour la plus grande part (malgré les coupes intensifiées des forêts) réservé aux gazogènes ; le charbon et le coke sont distribués avec parcimonie (2) ; la consommation de gaz est limitée.
- L Voir La Nature, n°s 3063, 3064 et 306b.
- 2. A Paris, les habitants disposant du gaz, peuvent se procurer légalement 2b kg. de charbon par mois et par personne.
- C’est le moment de songer aux combustibles accessoires, occasionnels, qui n’étaiexrt guère utilisés jusqu’ici en dehors de quelques localités, à proximité de certains gisements ou de certaines usines, et dont certains étaient même totalement méprisés. Nous passerons en revue les principaux d’entre eux.
- Lignites. — Les lignites sont des charbons beaucoup moins purs que les houilles. Il en existe en France d’assez nombreux gisements dont l’exploitation avait été abandonnée, sauf dans les Bouches-du-Rhône. Ceux de Gardanne et de Fuveau, près de Marseille, sont d’excellente qualité. On en a extrait à diverses époques dans l’Ain, l’Aveyron, les Basses-Alpes, la Dordogne, le Jura, les Landes, les Hautes-Pyrénées, le Gard, le Vaucluse, les Vosges, l’Yonne. Ceux du Soissonnais ne sont pas utilisables comme combustibles. Leur pouvoir calorifique varie de 2 5oo à 4 000. Leur exploitation en surface est généralement facile et assez peu coûteuse, mais les lits sont souvent minces et peu étendus. D’autre part, les lignites brûlent mal, avec une longue
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- flamme fumeuse dont la fumée, riche en produits pyroligneux, est irritante. Enfin, en séchant ils se désagrègent souvent et tombent en poussière dans le foyer, d’où la nécessité d’une grille à barreaux rapprochés. Faute de mieux, on peut cependant utiliser les lignites de bonne qualité dans les foyers domestiques, au voisinage des exploitations. Le mieux est de ne pas les brûler seuls, mais de les mélanger au coke ou au charbon dans une proportion pouvant atteindre un tiers.
- Tourbe. — L’utilisation de la tourbe comme combustible domestique est de date très ancienne et son exploitation était encore assez active en France il y a moins d’un siècle. Dans la région de Paris, les tourbières de la Somme, de la Bresle, de l’Essonne alimentaient les foyers des petites villes et des villages voisins. Il en était de même dans beaucoup d’autres régions, notamment en Champagne, dans la Loire-Inférieure et dans les montagnes : Vosges, Jura, Alpes, Pyrénées, car les gisements de tourbe sont nombreux dans les vallées actuelles et même sur les plateaux ; on en trouve dans plus de 5o départements. Les tourbes sont très variables d’aspect, plus ou moins brunes ou noires, fibreuses ou ligneuses. Elles se forment par la fermentation des végétaux des marais au sein de l’eau, si bien qu’au moment de l’extraction, elles contiennent jusqu’à 90 p. xoo d’eau. Très acides, elles sèchent lentement à l’air. La teneur en carbone de la tourbe sèche varie de 45 à 63 p. 100 et son pouvoir calorifique est de 3 000 à 4 000. Le m3 ne pèse que i5o à 200 kg. On ne peut guère la transporter au loin à cause de son encombrement, mais elle peut être un combustible d’appoint intéressant dans un faible rayon autour des lieux de production. Brûlée seule, elle s’enflamme difficilement et fume beaucoup, en laissant au moins 5 p. 100 de cendres. Mais après l’avoir concassée en morceaux de la grosseur d’une noix, on peut la mélanger avec moitié ou deux tiers de houille ou de coke, ou encore en couvrir un feu vif.
- Sciure de bois. — C’est un combustible de fortune qu’on ne trouve guère en abondance suffisante qu'auprès des scieries, mais l’exploitation intensive des bois peut fournir en certains points des quantités intéressantes. Dans son état normal d’humidité, la sciure a un pouvoir calorifique égal à celui du bois : 2 000 à 2 5oo. Le stère pèse de 200 à 25o kg. On ne peut brûler la sciure que dans des foyers spéciaux faciles d’ailleurs à improviser. Le plus simple des
- fourneaux à sciure peut être réalisé en prenant un récipient, de préférence cylindrique, en terre, en fer blanc ou en tôle : réservoir d’essence ou de carbure, poterie de cheminée, grand pot de fleurs, etc. On perce dans la paroi latérale, un peu au-dessus du fond, un trou circulaire par lequel on introduit horizontalement un morceau de bois cylindrique : manche de balai ou de bêche, ou mieux un mandrin un peu plus gros. On place d’autre part verticalement, en l’introduisant par le haut, un autre morceau de bois, de préférence d’un peu plus grand
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- diamètre, jusqu’à la rencontre du premier. Puis on remplit le récipient de sciure sèche, en la tassant fortement. Quand le fourneau est bourré, on retire les deux morceaux de bois, créant ainsi une cheminée d’appel coudée. On allume alors au moyen d’un papier enflammé présenté à l’orifice inférieur ou introduit par le haut, si possible jusqu’au centre. La combustion se propage lentement et régulièrement autour de la cheminée centrale. Le couvercle ou la paroi latérale, dans sa partie supérieure, est muni d’un tuyau de fumée. Pendant la guerre de 1914, on a inventé et mis en vente de nombi’eux poêles ou fourneaux de ce type (fig. 1). Depuis, on en a imaginé d’autres où la combustion commence à la partie supérieure et se propage peu à peu vers le bas.
- Tannée. — Certaines tanneries livraient autrefois au public, comme combustible, des « mottes de tan » ou écorce de chêne ayant servi au tannage des cuirs dans les fosses. On l’égouttait et la comprimait en briquettes qui donnaient un médiocre combustible, contenant environ 3o p. 100 de carbone et 3o p. 100 d’eau, 10 ou i5 p. 100 de cendres. Son pouvoir calorifique ne dépassait guère 1 5oo. On brûlait ces briquettes dans des poêles à bois et dans les cheminées, de préférence en mélange avec du coke ou au-dessus d’un feu de coke pour le couvrir. Les nouveaux procédés de tannage rapide ont beaucoup réduit cette ressource dont on ne peut plus disposer qu’exeeplionnellement.
- Marc de raisin. — Le marc de raisin, abondant dans tous les pays vinicoles puisqu’on en recueille 17 kg. par lil. de vin, peut fournir un combustible assez intéressant, surtout s’il n’est pas débarrassé des pépins. A l’état frais, il contient environ 65 p. 100 d’eau, mais sorti du pressoir, coupé en mottes et séché à l’air, il n’en renferme plus que 25 à 3o p. 100. Sa teneur en carbone atteint alors 48 p. 100, avec 11 p. 100 de cendres. Son pouvoir calorifique est de 4 4oo. Il est certes préférable d’en séparer les pépins pour en extraire l’huile, mais là où on ne peut traiter ceux-ci, on peut s’en servir pour le chauffage, quitte à utiliser ensuite les cendres comme engrais.
- Marc de pommes. — Dans les pays à cidre, le marc de pommes peut avoir le même usage que le marc de raisin. On découpe de même le marc en mottes qu’on fait sécher à l’abri de la pluie, sous un hangar, ou sous une couverture de chaume ou sous des planches. S’il brûle médiocrement, il peut servir à couvrir un feu plus vif, de bois, de charbon ou de coke-. Les cendres, riches en potasse, peuvent ensuite être épanducs comme matière fertilisante dans les champs.
- Grignons d’olives. — En Provence, dans l’Afrique du Nord, on peut utiliser de même les résidus solides des moulins à huile et des huileries. Même si l’on en a extrait toute l’huile par solvants, les tourteaux ou grignons forment un pain très combustible, dont le défaut est de manquer dé consistance et de s’effriter facilement. On peut les mélanger au charbon ou en couu'ir un feu vif.
- Déchets de papier. — On ne devrait plus voir aucun papier, aucun carton dans les boîtes à ordures. Ils peuvent fournir un combustible d’appoint, puisque leur pouvoir calorifique à l’état sec est de 4 200. Leur utilisation nécessite cependant quelques précautions. Simplement froissés, ils sont très inflammables, mais occupent un volume considérable et brûlent trop rapidement ; réunis en liasses compactes, ils brûlent mal. Le meilleur mode d’emploi dans les ménages, quand on en possède une certaine quantité, est d’en faire une sorte de pâte en les trempant deux ou
- Fig. 1. — Fourneau à sciure.
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- trois jours dans l’eau pure, ou mieux dans l’eau de lessive qui les désagrège; avec ce papier humide, on confectionne des galettes, des briquettes ou des boulets, de i5 à 20 cm. de diamètre sur 4 à 6 de haut, au moyen d’une presse assez forte, une presse à copie de lettres par exemple. Les agglomérés sont mis à sécher à l’air, dans un grenier, pendant 3 ou 4 mois.
- On a recommandé aussi, pour brider les liasses de papier, d’en faire des rouleaux assez gros qu’on maintient serrés au moyen de fils de fer et qu’on brûle sur le feu comme des bûches de bois.
- Ordures ménagères. — De même que les boîtes à ordures ne devraient plus contenir de papiers, on ne devrait plus y voir d’épluchures et de déchets de cuisine. Les marcs du café ou de ses succédanés, les épluchures de toutes sortes peuvent être brûlés dans les fourneaux de cuisine ou servir à couvrir un feu vif. C’est une petite économie de combustible et aussi une notable réduction de la quantité des gadoues que les municipalités doivent transporter.
- Agglomérés domestiques. — Beaucoup de combustibles médiocres gagnent à être agglomérés en briquettes tenant au feu. C’est le cas des poussiers de charbon, de la sciure, des grignons d’olives, des gadoues, des déchets de chanvre, etc. Il y a longtemps que les houillères, encombrées d’une grande quantité de fines et de poussier, ont entrepris de les transformer industriellement en agglomérés, commodes à empiler dans un petit espace, et l’emploi des briquettes s’est généralisé dans les chemins de fer et la marine, comme celui des boulets dans le chauffage domestique. Ces agglomérés industriels sont obtenus par addition comme liant d’environ 6 p. 100 de brai gras ou sec, suivi d’un moulage sous forte pression. On ne peut opérer de même pour les petites quantités de produits pulvérulents dont on peut disposer en économie domestique. Faute de brai, on s’adresse alors à l’argile qu’on trouve presque partout ou encore au ciment (quand on en a). Ces matières augmentent malheureusement le pourcentage de cendres et ne peuvent dépasser i5 à 18 p. 100 sans que les briquettes ne brûlent plus.
- Dans la dernière période de la guerre de 1914, pendant et après les ravages de l’attaque sous-mai’ine, nous avions déjà subi la même pénurie de chauffage qu'actuellement et de nombreux inventeurs s’étaient ingéniés à y remédier en proposant des moyens d’agglomérer les combustibles inutilisables à l’état de poudre. De tous les procédés imaginés, nous en retiendrons deux qui furent préconisés par le Service de Santé et le Ministère de l’Intérieur.
- Fig. 2. — Fabrication domestique de briquettes par le procédé du Service de Santé.
- Fig. 3. — Presse à briquettes improvisée.
- La circulaire du Service de Santé recommandait la formule suivante : argile, 1 kg. ; eau, 1 1. ; poussier de charbon criblé à i5 mm., 6 kg. Le mélange, fait intimement à la pelle comme un mortier, est coulé dans des moules de bois faciles à établir, qu’on voit sur la ligure 2. La pâte y est pilonnée, puis laissée à sécher pendant 6 à x5 jours. On la démoule ensuite et les briquettes obtenues sont laissées à l’air jusqu’à emploi. On peut aussi préparer une pâte avec trois quarts d’argile très grasse, un quart de chaux vive et de l’eau, puis mélanger xo à i5 p. 100 de ce liant avec 85 à 90 p. 100 de poussier de houille ou de coke ; l’addition de chaux facilite la combustion.
- M. Constantin, inspecteur général du Ministère de l’Intérieur, avait imaginé les formules suivantes :
- Brai 225 Sciure de bois. 700
- Terre glaise . 100 Teri-e glaise . i5o
- Sciure ou tannée . 45o Papier réduit en
- Poussier .... 225 pâte i5o
- On peut incorpoi’er à ces mélanges tous poussiers de houille et de coke, des tourbes, des sciures, des grignons d’olives, des feuilles sèches, des épluchures, des balayures, etc. Le mélange bien fait et homogène, on l’introduit dans des moules cylindriques et l’y comprime au moyen d’une presse de fortune que représente la figure 3. Les agglomérés obtenus sont laissés dans les moules pendant les premiers jours de séchage.
- Souvent, on pourra disposer d’une presse à copier, d’une presse à balancier, d’une presse à viande, donnant environ 10 kg. de pression.
- Utilisation directe des poussiers. — On peut aussi brûler les fines et les poussiers sans les agglomérer et beaucoup de ménagères le savent bien, qui couvrent de poussier un feu vif de charbon en morceaux. Parfois, plus judicieusement économes encore, elles mquillcnt le poussier et en font une pâtée qu’elles versent sur le feu. L’eau qu’elles ont ajoutée, si elle n’est pas en quantité trop considérable, loin d’éteindre le feu, l’active; la vapeur d’eau, au contact du charbon en ignition, donne en effet des gaz combustibles (hydrogène et oxyde de carbone). Dans les poêles à
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- combustion continue, on peut aussi charger jusqu’au tiers ou à la moitié avec du charbon ou du coke ordinaires, puis achever de remplir avec une bouillie très épaisse de 90 p. 100 de poussier de coke, 10 p. 100 de terre glaise et très peu d’eau ; une fois cette pâtée en place, on la perce de 4 ou 5 trous verticaux en y enfonçant un morceau de bois tel qu’un manche à balai. On ferme le poêle, on l’allume et les gaz chauds, les flammes passent par ces cheminées d’appel improvisées, brûlant lentement le poussier dont les cendres
- descendent peu à peu vers la grille et s’agglomèrent le plus souvent en mâchefer.
- Tels sont quelques-unes des ressources et quelques-uns des moyens offerts à notre ingéniosité pour franchir sans trop de dommages ce rude hiver.
- 1\. Legendre.
- Les figures illustrant cet article sont empruntées au livre de R. Legendre et À. Thevenin. Comment économiser le chauf-jage domestique et culinaire. Masson et Cie, Paris, 1918.
- DES POULES NÉES SANS PÈRE
- Le Dr Champy, professeur d’histologie à la Faculté de médecine de Paris, a communiqué à l’Académie des Sciences le résultat de curieuses expériences. Ce savant esl parvenu, en effet, à faire naître des poulettes... sans père !
- Avant de décrire l’originale technique qui permit de réaliser une telle performance, reprenons, sans jeu de mots, la question ab ovo ! Voici, par exemple, un jeune poussin mâle éclos depuis quelques jours, il ne se distingue en rien d’un poussin femelle ; enlevons-lui
- ses testicules, il continuera « chapon », qui aura les ergots et le plumage du coq mais ne possédera ni sa crête rutilante, ni son chant, ni ses instincts combatifs et sexuels. De même, si l’on castre un coq en possession de tous ses attributs mâles, son plumage et scs ergots subsisteront mais sa crête se réduira en même temps qu'il perdra scs
- croître en donnant un
- femelle et arrêtant la croissance des ergots.
- instincts, conditionnés par des hormones provenant de scs organes génitaux. Répétons des opérations identiques sur un poussin femelle. L’ablation de l’ovaire produira une chapone semblable au chapon précédent : plumage et ergots du coq, crête et allure de la poule. De même, l’enlèvement de l’ovaire à une poule adulte la transformera, par étapes, en chapone et son plumage ressemblera à celui du coq après la première mue. On a conclu des faits précédents que l’ovaire élabore une sécrétion interne développant le plumage
- Par une série d’interventions similaires , divers e m-bryologistes sont même arrivés à produire des interversions sexuelles complètes.
- On a également observé dans la nature que de vieilles poules
- Fig. 3
- La poule de race Leghorn masculinisée, ayant servi de male.
- Fig. 2. — La mère de race Phénix.
- . — Une des quatre poulettes, de type Leghorn
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- faisanes se masculinisent vers la fin de leur vie ; leur ovaii'e s’atrophie spontanément tandis qu’un testicule embryonnaire (existant à droite chez tous les oiseaux) se développe, en provoquant l’apparition des caractères du mâle.
- De leur côté, Zawadowsky, Pezard, Crew, Fell, Gray, Champy et divers autres embryologistes ont prouvé que chez les femelles de Gallinacés, l’ablation de l’ovaire gauche, seul fonctionnel, entraîne l’hypertrophie de la glande droite qui devient généralement un testicule plus ou moins parfait mais suffisant, au point de Ame hormonal, pour donner à une poule les apparences d’un coq, sauf la taille qui reste plus petite. Avec des animaux ainsi opérés, Domm a essayé des fécondations artificielles afin de résoudre le problème de l’hérédité du sexe.
- Ces constatations génétiques rappelées, déci’ivons les récentes expériences de M. Champy. Il prit une poulette Leghorn doré, née en mai 1938, qu’il castra en juin, puis qu’il masculinisa à la fin de janvier 1939. Cette volaille posséda, à un très haut degré, les caractères et les instincts masculins et si des essais d’accouplement avec des poules de même race ne furent pas féconds, des croisements avec des poules Phénix de
- taille plus petite réussirent parfaitement. Des œufs fécondés ainsi obtenus, M. Champy vit naître et parvint à élever 4 poulets normaux. Lesdits poulets sont donc nés sans père puisqu’ils proviennent de deux poules, l’une normale et la seconde masculinisée mais génétiquement femelle.
- Ces 4 petits Gallinacés, devenus adultes aujourd’hui, sont des femelles dont 2 ressemblent aux Phénix et 2 aux Leghorn ; leurs plumages sont assez semblables mais leur taille est plus petite. En outre, les pattes noires de la première race sont plus courtes que celles jaunes de la seconde. Les 4 poulettes présentent toutes des traces d’hybridation. Naturellement, d’un si faible élevage, on ne peut encore conclure à l’hérédité du sexe. Mais cette quadruple coïncidence milite en faveur d’une telle idée. Le fait contredit, en tous cas, la théorie chromosomienne selon laquelle les Gallinacés femelles ont des gamètes reproduisant un mâle sur deux. En attendant que de plus nombreux élevages permettent de trancher celte importante question biologique, constatons que théoriquement on n’a plus besoin de coq au poulailler, puisqu’on peut maintenant se passer d’un mâle pour produire des volailles !
- Jacques Boyer.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- POURQUOI NE PAS UTILISER LES SAVONS NATURELS ?
- La terre à foulons, appelée aussi terre de Sommières, localité voisine de Nîmes, dans le Gard, est un produit très bon marché jouissant de propriétés dégraissantes qu’il ne faut pas négliger dans les circonstances actuelles. Comme toutes les argiles, elle possède des propriétés absorbantes remarquables dont on peut tirer parti pour fixer les odeurs, les couleurs, même les sels alcalins en solution.
- L’utilisation de l’argile, aux lieux et place du savon, remonte à la plus haute antiquité et on peut dire que tous les peuples primitifs ont eu recours à elle pour le nettoyage des vêtements. C’est ainsi qu’en Algérie, les Arabes se servent de la terre à foulons sous le nom de « Ifol » en opérant ainsi.
- L’argile est délayée avec environ la moitié de son poids d’eau de manière à former une bouillie épaisse que l’on répand sur les étoffes à dégraisser, puis on ajoute peu à peu de l’eau tiède, la masse restant toutefois pâteuse.
- On pétrit alors et foule avec les mains, comme dans le cas d’un saAmnnage ordinaire, afin de mettre en contact les parties tachées avec de nouvelles molécules d’argile. Enfin on rince à grande eau et réalise ainsi un effet détersif parfait comme avec le meilleur des savons.
- Mentionnons que l’on peut facilement préparer à l’avance des sortes de pains, plus commodément maniables pour le savonnage, en ajoutant à la terre à foulons 10 pour 100 de savon en poudre. Le mélange légèrement humecté est comprimé dans un moule, puis exposé à l’air jusqu’à dessiccation.
- On peut ainsi préparer un savon mixte d’une grande efficacité qui agit par action mécanique, en mobilisant les impuretés du linge, impuretés qui sont ensuite fixées par l’argile et entraînées au rinçage. A ces qualités se joint celle de l’économie, dont il y a lieu de tenir compte aujourd’hui plus que jamais.
- REMPLAÇONS A PEU DE-FRAIS LE CAFÉ OU LE THÉ
- Au moment où le café ne nous est plus délivré que sous forme de café national ne contenant environ que 30 pour 100 de café réel, le thé devenant d’autre part de plus en plus
- rare, il est intéressant de savoir que nous pouvons préparer une excellente boisson chaude pour terminer nos repas, en utilisant les coques de cacao qui contiennent également une quantité non négligeable de théobroinine.
- L’emploi des coques de cacao dans l’usage domestique est aisé puisqu’il suffit d’introduire dans une théière chauffée préalablement par de l’eau bouillante, que l’on enlève lorsqu’elle a cédé sa chaleur, une cuillerée à soupe de coques de cacao, qu’on laisse se gonfler par la vmpeur contenue dans le récipient, pendant quelques minutes ; puis on remplit la théière d’eau bouillante et laisse infuser suivant la pratique habituelle pour faire une infusion de thé.
- Il no reste plus qu’à consommer l’infusion obtenue, après l’avoir sucrée, soit avec du sucre ordinaire, soit avec du sucre de lait ou lactose, soit en dernier ressort avec l’illusioniste saccharine.
- A cela, il convient d’ajouter que les coques de cacao contiennent des quantités importantes de vitamines sous forme de théostérols particulièrement bien étudiés par les Drs Labbé, de Balsac et Levât. Ceux-ci, ayant choisi comme sujets d’expérience des rats rachitiques, ont mélangé à leur pâtée des coques de cacao et ont constaté que ces animaux guérissaient rapidement, leurs os s’enrichissant aussitôt en phosphate de chaux.
- Ne négligeons pas l’infusion de coques de cacao, qui constitue une boisson saine, agréable et tonique, d’un coût insignifiant.
- DU PERSIL PENDANT TOUT L'HIVER
- Le persil cultivé dans les jardins pour les us uses culinaires (Apium petroselinum) est non seulement un condiment agréable, mais il possède des propriétés médicinales non négligeables dues à un principe huileux, l’apiol, qui agit comme excitant des sécrétions générales et résolutif des engorgements.
- Le persil étant souvent rare en hiver, voici comment il faut procéder pour en avoir constamment à sa disposition :
- Sur un grand plat, on étend une couche de bon terreau, sauf au centre où on place un morceau de vieille éponge préalablement stérilisé dans l’eau bouillante, pour détruire les germes de moisissures éventuelles ; puis, on dispose en cercle
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- de grosses racines de persil déterrées avant les gelées dont on a soin de couper les feuilles à longueur de 2 ou 3 cm. de leur base ; puis, on recouvre d’une couche de terreau sur lequel on place une seconde couche de racines, en mettant encore au centre un morceau d’éponge.
- On continue ainsi en donnant à l’ensemble une forme pyramidale, dont la hauteur dépendra des dimensions du plat ; en même temps, on pressera légèrement pour assurer le contact entre les racines, le terreau et les morceaux d’éponge.
- L’ensemble ainsi réalisé sera placé dans un endroit à température modérée, à éclairage normal, en prenant la précaution d’arroser assez souvent la partie centrale où se trouvent les morceaux d’éponges, pour que l’humidité se maintienne jusqu’à la base.
- En opérant ainsi, la pyramide se couvre de verdure et on pourra disposer d’une façon continue d’abondantes branches de persil que l’on devra bien entendu couper et non arracher, si l’on veut que la production se maintienne jusqu’à la belle saison.
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- NE JETONS PAS LES FANES DE SALSIFIS
- Le salsifis (Trapopagon porilolium,) dont la racine est consommée sur nos tables, frite ou accompagnée d’une sauce blanche, est un excellent aliment, riche en albumine végétale et très comestible.
- On le rencontre sous deux formes : celle de salsifis blanc (ou salsifis proprement dit) et celle de salsifis noir (ou scorsonère) qui sont mis à notre disposition dès le mois d’octobre et pendant tout l’hiver, si on a soin de le préserver de la gelée.
- Trop souvent, on ne retient pour la cuisine que la racine, ne sachant pas que les feuilles jeunes et tendres constituent une excellente salade, à léger goût de noisette.
- Ajoutons qu’au point de vue hygiénique, le suc de salsifis est un régulateur de la circulation veineuse, ce qui justifie son emploi dans la pharmacopée populaire russe, sous forme de pommade obtenue par association d’axonge et de pulpe de salsifis sauvage et qui est utilisée contre les hémorroïdes.
- = BULLETIN ASTRONOMIQUE E
- LA VOUTE CÉLESTE DU 1" MARS AU 15 AVRIL 1941
- La période considérée ici est assez riche en phénomènes, dont les plus importants : une éclipse de Lune et une de Soleil, ne seront malheureusement pas visibles de nos contrées. Mais deux fois en mars, c’est-à-dire au début et à la fin du mois, on contemplera l’association de la Lune, de Jupiter et de Saturne ; signalons encore une belle occultation d’Aldeharan (a Taureau), puis l’élongation occidentale de Mercure. Mais, par contre, la plupart des autres planètes principales se présenteront défavorablement.
- Rappelons, comme toujours, que les heures sont exprimées en temps universel (T. U.) comptées de o à 24 à partir de oh (minuit) ; tenir compte des corrections à ajouter selon l’heure dont il est fait usage aux époques et aux lieux d’observation.
- I. — Soleil. — Équinoxe de printemps le 21 mars à oh2om35s. Passant de l’hémisphère austral à l’hémisphère boréal, le Soleil, dont la déclinaison est de — Ie
- Ier mars, atteint celles de + 4°7/ le 3i mars et 4- g°43/ le i5 avril.
- Durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil), pour Paris :
- Mars : 1er = io1^’ 31 = i2h45m. Avril : 15 = i3h38m.
- Durée du crépuscule astronomique, pour diverses lati-
- tudes en France. Latitudes N
- Dates 4o° 45° 5o°
- Mars 2 jh3im 11139m lh4gm
- —. *7 I 32 i 4° I 51
- Avril 1 1 34 1 43 1 55
- — 16 1 3g I 4g 2 5
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Mars : leT = i2h3mgs; 6 = i2tl2in5s; 11 — i2hom5os; 16 = nh5gm27s; 21 — n1157m58s; 26 = uh56m28s; 31 — iih54m07s. Avril : 5 = nh53m28s; 10 = ir^a^iù8; 15 = nh5om45s.
- Observations physiques. — Les éphémérides suivantes fournissent les indications nécessaires pour l’orientation des dessins et des photographies du Soleil :
- Date (oh) P B0 L0
- Mars 2 — 21,80 — 7,23 31868
- — 7 — 22,96 — 7,25 252.81
- — 12 — 23,g6 — 7,21 186,92
- — 17 — ?4-8o — 7,11 121,02
- — 22 — 25,46 “ 6>97 55,io
- Avril 27 — 25.94 — 6,77 34g. 16
- r — 26,25 — 65,2 283,2 r
- — 6 — 26,38 — 6,22 217,24
- — I T — 26.33 — 5,88 151,24
- — l6 — 26,10 — 5,49 85,22
- Lumière zodiacale et lueur anti-solaire. — L’actuelle période est la plus favorable, dans nos contrées, à la présentation de la lumière zodiacale; l’absence de la Lune étant nécessaire, on l’observera, à la fin du crépuscule, au cours de la seconde quinzaine de mars. Pour les mêmes faisons, la lueur anti-solaire, dans la Vierge, est à rechercher à partir du 20 jusqu’au premier jour d’avril.
- IL — Lune. — Dates des phases :
- P. Q. le 6 Mars, à 71143m P. L. le 13 — à 11 t>47m D. Q. le 20 — à 2^51m
- N. L. le 27 Mars, à 2ohi4m P. Q. le 5Avril, à ohi2m P. L. le 11 — à 2ihi5m
- Plus grandes déclinaisons : + iS'ho^ le 7 mars; — iS^ le 20 mars; + i80g' le 4 avril.
- Variations de distance et diamètre apparent : Apogée le 2 mars, diamètre apparent = 2g/28,/; Périgée le i4 mars, diamètre apparent = 33/io,/ ; Apogée le 3o mars, diamètre apparent = 2g/2,4// ; Périgée le 12 avril, diamètre apparent = 3of26fV
- Éclipses. — Nous ne ferons que mentionner, à titre général, ces phénomènes, en raison de leur invisibilité pour nos contrées. Le i3 mars, éclipse partielle de Lune; grandeur de l’éclipse : 0,328, le diamètre de la Lune étant un; elle sera visible pour le continent américain, l’Océan Pacifique, l’Australie et l’Est de l’Asie. Le 27 mars, éclipse annulaire de Soleil, grandeur maxima de l’éclipse : o,g68, le diamètre du Soleil étant un ; elle sera visible en Amérique du Sud, aux Antilles, en Amérique centrale, au Sud-Est du Pacifique et dans l’Océan glacial antarctique.
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- Fig. 1. — Occultation d'Aldebaran, le o mars 1941.
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Dates Astre Magni- tude Phéno- mène Heure (p. Paris) Angle au Pôle
- Mars 5 a Taureau Ct 1mm. igli24m,5 117°
- — — Em. 20 32 4 234
- — 8 7 Gémeaux 3 6 1mm. 2 I 26 4 io3
- — 18 4g Balance 5,5 Em. r i5 9 34o
- Avril 7 0 Lion 3,8 1mm. 21 46 6 64
- III. — PJa/lètes. — Le tableau suivant, établi d’après les données fournies par l'Annuaire du Bureau des Longitudes et la Connaissance des Temps, fait connailre les positions successives des planètes, avec les conditions dans lesquelles elles se présentent.
- Mercure sera visible dans la seconde quinzaine de mars, à son élongation ouest de 27°46, le 25 ; mais malgré ce grand écartement, sa situation restera défavorable pour l’observation en raison de sa déclinaison très inférieure à celle du Soleil.
- Vénus devient pratiquement invisible, ari’ivant en conjonction supérieure avec le Soleil le 19 avril.
- Mars est de mieux en mieux visible avant le lever du jour, mais encore trop éloigné pour une utile observation de son disque de proportion très réduite.
- Jupiter, très abaissé maintenant vers l’ouest ne peut être suivi que peu de temps après l’arrivée de la nuit, se noyant de plus en plus tôt dans les brumes de l’horizon. Il en est de même pour Saturne, toujours assez voisin, et qui, en raison de sa situation davantage occidentale, disparaît encore plus tôt.
- Ces planètes, surtout la dernière, cessent donc de pouvoir être utilement bien observées dès la seconde quinzaine de mars. Néanmoins, notons encore pendant ce mois les phénomènes des satellites de Jupiter, en rappelant qu’ils peuvent être suivis à l’aide d’une modeste lunette. Yoici la liste de ceux qui sont visibles pour Paris :
- Mars. lor, II. E. f. i9h8m; I. Im. 2ih2im. — 2, I. P. c. i8h3im; III. Im. i9h09m; I. P. f. 20H2111. — 3, I. E. f. i9hiom. — 9, P. c. 2oh3im. — 10, I. E. f. 2ih6m. — 15, II. Im. i9h44m. — 17, I. Im. i9h5im. •— 18, I. P. f. I9hi3m. — 20, III. P. c. i8h49m; III. P. f. 2iMm. — 24, II. P. f. 2ohiom. —• 25, I. P. c. i9h3m. — 26, I. E. f. i9b25m. — 31, III. E. f. i8h56m ; II. P. c. 20 h22m.
- Voici la présentation de VAnneau de Saturne pour le milieu de mars :
- ASTRE Date : Lever à Pans Passaçe au méridien Coucher à Paris Ascen- sion Déclinai- son Diamètre apparent Constellation et étoile voisine VISIBILITÉ
- de Pa ’IS droite
- 2 Mars fi li 33 m 121 î>rn 37s I7h34ra 2 2I15 2™ 7<>i5' 32' >9" 1 Verseau
- Soleil . . U — 6 8 12 0 1 '7 52 23 36 — 2 34 32 18,1 Poissons
- 26 — 5 43 11 56 28 18 11 0 20 4~ 2 10 32 6,4 —
- ( 7 Avril 5 18 11 5 z 53 18 28 1 4 6 47 3i 69,9 —
- , t4 Mars 5 16 10 28 i5 4o 22 4 — 10 58 9 0 Verseau )
- Mercure . 26 — 4 69 10 16 i5 34 22 38 — 10 10 7,4 >Le matin dans l’aurore.
- 7 Avril 4 47 10 26 16 7 23 35 — 5 25 6,2 Poissons )
- Vénus . — — — — — — Pratiquement inobservable.
- 2 Mars 3 44 7 49 11 54 18 36 — 23 25 5,6 v Sagittaire )
- Mars . \ >4 , 26 — 3 29 3 11 7 7 37 26 11 11 46 4o 19 12 19 48 — 23 I 21 5g 6,0 6,2 TT —_ Entre Sagit. et Capric. «, ,3 Capricorne Le matin, avant le lever du jour.
- , Avril 2 5i 7 *4 11 37 20 23 — 20 3o 6,8 1 .
- : 2 Mars 8 37 i5 48 23 0 2 37 4- 14 24 34,o Bélier
- Jupiter ) i4 — 7 54 i5 9 3 a 22 25 2 46 i5 6 33,0 7r Bélier (Le soir, de plus en plus
- ) 26 — 7 l3 6 32 i4 21 5i 2 55 + i5 5o 32,2 S Bélier , près de l’horizon.
- 7 Avril i3 55 21 18 3 5 4- 16 35 3i ,6 —
- 2 Mars 8 41 i5 45 22 48 2 34 4* 12 49 i5,4 a Bélier ,Le soir, de plus en plus
- Saturne . ) *4 — 7 67 i5 2 22 7 2 38 4- l3 12 l5,2 —
- 126 — 7 12 i4 20 21 27 2 43 + i3 37 i5,o — k près de l'horizon.
- 1 7 Avril 6 28 i3 38 20 48 2 49 4* 14 4 14,8 —
- Uranus { 2 < Mars 9 0 16 3i 0 6 3 21 + 18 11 3,4 Entre Bélier et Taureau (Première partie de la ^ nuit.
- ' 1 Avril 7 5 i4 38 22 11 3 25 4- 18 26 3,4 —
- Neptune . î 1 Mars Avril 18 45 16 42 I 22 3 58 7 5 17 18 11 5o 11 47 4- + 2 20 2 49 2,4 2,4 ^ Vierge jToute la nuit. 1
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- Grand axe extérieur.......................... 38', 12
- Petit axe extérieur..........................— i3",o5
- Hauteur de la Terre sur le plan de l’anneau — 200,02 Hauteur du Soleil sur le plan de l’anneau. — 210,15
- Limitant à la première quinzaine de mars l’utile visibilité de Titan, le, plus brillant des satellites de Saturne, nous ne signalerons que ses élongations du 4 à l’ouest et 11 à l’est.
- Uranus à peu de distance, à l’Est, des deux planètes précédentes devient comme elles de moins en moins visible.
- Par contre Neptune peut être recherché et aperçu au mieux, son opposition avec le Soleil ayant lieu le 17 mars. On sait que P observa lion de ces deux planètes est de pure curiosité si l’on ne dispose d’un instrument très puissant.
- IV. - — Phénomènes divers. — Conjonctions
- Le 3 mars, à 9h> Saturne avec la Lune à 10 8' N
- Le 3 mars, à i.h, Jupiter — à 2-33' N
- Le 3 mars, à i3à, Vénus avec Mercure à 4°47' 3o55' N
- Le 4 mars, à 8h, Uranus avec la Lune à N
- Le i3 mars, à i9h> Neptune avec la Lune à 1053' N
- Le i5 mars, à 22t>, 22h, Vénus avec y Verseau à 0°25' S
- Le 21 mars, à Mars avec la Lune à 5046' 0° 7' S
- Le 23 mars, à 5'b Vénus avec 20 Poissons à S
- Le 25 mars, à nh, Mercure avec la Lune à 3043' s
- Le 27 mars, à 9*h Vénus avec la Lune à io38' s
- Le 3o mars, à 21 h, Saturne avec la Lune à 1026' N
- Le 31 mars, à 4h, Jupiter avec la Lune à 3o 1' N
- Le 3i mars, à 17h, Uranus avec la Lune à 4° 0' N
- Le 10 avril, à 5h, Neptune avec la Lune à 1057' N
- Passages de la Polaire au méridien de Paris :
- Mars 2 Pass. inf. 2b,55m34s
- — 12 — 2 16 7
- — 22 — 1 30 42
- Avril I — 0 57 19
- — I I — ,5I = 0 17 58 0 2 i5
- 2 > 58 19
- /3 Vierge '
- Fig. 2. — Marche de Neptune parmi les petites étoiles de la Vierge, en 1041.
- (.D'après l’Annuaire astronomique Flammarion).
- Etoiles filantes. — Le 7 mars radiants vers jj Scorpion cl y Hercule ; le 9 avril radiant vers tc Hercule.
- V. — Constellations. •— Les aspects du ciel se répétant les mêmes aux mêmes époques, consulter les bulletins des mois correspondants parus les années précédentes pour y trouver la description des constellations visibles; on se rappellera que par suite de l’avance progressive du ciel, pour une heure déterminée, l’aspect qui est vu à 2ih le icr du mois, l’est à 2011 le i5 et à iq11 le 3o.
- L’heure à partir de laquelle peut commencer l’observation des faibles étoiles et des nébuleuses, ainsi que les photographies à longue pose est possible, est celle de la fin du crépuscule astronomique, dont la durée variable est donnée au début de ce bulletin.
- Lucien Rudaun.
- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 décembre 19/10.
- Les plantes adventices de Paris. — M. A. Chevalier passe en revue celles observées de 1900 à 19/10 qu’il groupe en phanérophytes (arbres et arbustes), hémicryplo-phytes (herbacées vivaces) et thérophytes (annuelles et bisannuelles). Les arbustes exotiques qui se reproduisent spontanément à Paris sont le lierre d’Islande, le robinier, le marronnier, l’érable negundo, le sycomore, l’ailanle du Japon, le platane, l’if, le lilas, le baguenaudier, le troène; auxquels il faut ajouter le Lycium vulgare, aux petites baies rouges, originaire d’Oricnt, qui pullule sur les décombres et dans les jardins abandonnés, et le Budleia Davidi, arbuste de la Chine centrale, planté en France vers 1895 seulement. Les herbacées vivaces sont Oxalis debilis, de l’Amérique du Sud (dans la cour de l’Institut) ; Epilobium angustifolium (assez nombreux îlots de démolition); Artemisia verlotorum, probablement cle la Chine centrale (cimetière de Gentilly) ; Atropa belladona (près la manufacture des Gobelins) ; Leo-nurus marrubiustrum, de l’Asie centrale (près la porte de Clignancourt) ; Imperata cylindrica, tropicale (près la porte de Gentilly, peut-être apportée avec des régimes de bananes) ; Dactylis Aschersoniana, de l’Europe centrale (bois de Bou-
- logne et cle Vincennes et décombres à Paris). Les herbacées annuelles et bisannuelles sont surtout des Chénopodiacées, des Amarantacées et des Crucifères. Sur plus de 3oo espèces adventices et archéophytes déjà signalées à Paris, quelques-unes sont en voie d’extension.
- L'équilibre dynamique des étoiles. — M. E. Sevin établit l’équation différentielle de l’équilibre dynamique des étoiles, dont l’équilibre statique n’est qu’un cas particulier. Dans les astres à cataclysme, supernovæ et novæ, l’écroulement de l’astre s’accompagne d’une augmentation de la pesanteur telle que le phénomène est freiné et aboutit, après une conlraclion suffisante, à un nouvel équilibre statique.
- Déformations des copeaux dans l'usinage des métaux. — Les copeaux que l’outil détache à froid des métaux ont été examinés par MM. A. Portevin et P. Bastien pour connaître le mécanisme d’usinage et dégager des critères d’usinabilité. Ces copeaux ont subi un examen géométrique macro- et micrographique, micromécanique et radio-spectrographique. Les bords latéraux sont plissés ou fissurés; la masse provenant de l’usinage d’aciers à structure
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- rubannée montre une déformation longitudinale accentuée, l’écrasement des grains de ferrite et de perlite au voisinage de la face ayant subi le contact de l’outil, des plissements en accordéon et des enroulements d’allure tourbillonnaire. Les copeaux sont écrouis et durcis par rapport au métal dont ils proviennent.
- Thermoélasticimètre enregistreur. — Les modules d’élasticité et leurs coefficients de température sont parmi les propriétés physiques des alliages les plus affectées par l’histoire thermique et mécanique des échantillons, et par suite les plus intéressantes. MM. P. Chevenar» et E. Jou-mier décrivent un appareil qu’ils ont imaginé pour enregistrer de tels diagrammes. Au fil échantillon, pouvant être chauffé par un petit four électrique, est librement suspendu un équipage mobile portant un pyromètre à dilatation. L’étalon du pyromètre est un fil d’alliage « pyros » semblable au fil étudié et tendu tout près de lui. Pour éviter les déformations dues à la charge permanente, celle-ci est oscillante, grâce à un très petit aimant fixé à l’équipage, placé dans le champ d’un aimant tournant lentement. La
- tache lumineuse, déviée par deux miroirs également fixés sur l’équipage, est renvoyée sur une plaque sensible où elle trace deux courbes symétriques dont l’écart mesure l’élongation en fonction de la température.
- Applications optiques des matières organiques transparentes. — MM. G. A. Boutry et J. Doucerain ont réussi à mouler des résines synthétiques acryliques en forme de lentilles et de prismes et ont obtenu notamment des lentilles atteignant jusqu’à 7 cm. de diamètre, d’une transparence très grande, d’une homogénéité parfaite, à très faible aberration de sphéricité, supérieures aux meilleurs verres actuellement employés en lunetterie. Toutefois, leur dureté superficielle est faible et leur coefficient de dilatation est de dix fois supérieur à celui du verre, sans parler d’un point de transformation à 120°, ce qui les exclut des lanternes à projection, par exemple. Par contre, on peut faire varier largement l’indice de réfraction du côté des fortes dispersions, réalisant des matières qui ont l’indice d’un crown très léger et la dispersion d’un flint extradense.
- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE Léon Lecornu.
- M. II. Vincent., président de l’Académie des Sciences, a prononcé l’éloge suivant de M. Lecornu, né à Caen en i854, mort le i3 novembre dernier, après avoir été membre et président de l’Académie des Sciences.
- « La Mécanique, la Géométrie et l’Analyse, la Géologie se sont partagé ses travaux. Dans chacune il a laissé l’empreinte d’un esprit puissant, novateur, original.
- « Ancien élève à l’École Polytechnique, puis à l’École des Mines, il revint à Caen comme Ingénieur des Mines. La Faculté des Sciences de cette ville l’accueillit comme Maître de Conférences. Mais une destinée plus brillante l’appelait bientôt après à Paris comme Ingénieur en Chef des Mines. Il devint Professeur de Mécanique à l’École des Mines, puis, en la même qualité, à l’École Polytechnique, où il succédait à Sarrau (igo4). A ces fonctions, il ajoutait d’autres enseignements tels que celui de Professeur à l’École Supérieure de l’Aéronautique.
- Il a laissé partout le renom d’un professeur éminent.
- Sa thèse de doctorat ès sciences fut consacrée à l'Equilibre des Surfaces flexibles et inextensibles, œuvre magistrale dans laquelle Lecornu démontre comment les tensions normales et tangentielles sur la surface déformée sont liées aux variations de la courbure normale et de la torsion géodésique des courbes tracées sur la surface. Il établissait ainsi le lien essentiel entre la théorie mécanique de l’équilibre et la théorie géométrique de la déformation. Cherchant toujours les applications pratiques de la théorie générale, Lecornu étudia l’équilibre d’une enveloppe fermée de forme ellipsoïdale, soumise à une pression interne uniforme, et montra par le calcul qu’un allongement trop considérable du grand axe d’un aérostat amènerait sa rupture.
- « En apparence lié au précédent, un autre problème est celui d’une meule cylindrique en rotation. Ce problème était, à cette époque, inabordable par l’Analyse. Lecornu l’étudia et formula une solution qui répondait à tous les
- besoins de la pratique, en remplaçant le cylindre tournant par un ellipsoïde de révolution. On évite ainsi les difficultés dues à la présence des bases coupantes du cylindre.
- « Lecornu a établi la théorie de l’équilibre d’élasticité d’un tore soumis intérieurement à une pression constante donnée. Il a résolu élégamment ce problème d’une réelle importance industrielle.
- « Dans le même domaine de la Mécanique générale, il convient de signaler ses études sur les forces analytiques, sur les mouvements plans, sur le pendule de longueur variable. A ce sujet, Lecornu a résolu une difficulté résultant de l’intervention parfois insoupçonnée de forces intérieures infinies. Notre Confrère discute et explique, dans une Note d’une grande profondeur, divers exemples simples qui font apparaître des difficultés de ce genre et qui amènent divers paradoxes, notamment celui bien connu de l’escarpolette.
- « En Mécanique appliquée, Lecornu. a montré que nombre d’appareils industriels, construits sans doute suivant des principes exacts et applicables à des modèles réduits à une simple expression théorique, devenaient, dans la pratique, inefficaces. C’est ainsi que l’on admettait communément que, dans un indicateur de Watt, les déplacements de la tige sont proportionnels à la pression qu’il s’agit de mesurer. Or l’inertie s’ajoutant aux résistances passives détermine, en réalité, un écart important entre la position statique et la position observée. Lecornu montre, dès lors, que cet écart, négligeable pour les petites machines à faible vitesse, devient sensible et même très grand pour les locomotives ou les machines modernes à vitesses considérables. Il indique ensuite le moyen d’éliminer pratiquement les influences perturbatrices. Il fait mieux encore : il construit un appareil qui fournit immédiatement, pour l’évaluation du travail total, la correction que doit subir l’aire du diagramme classique.
- « En ce qui concerne les régulateurs, auxquels il a consacré une belle étude, il a calculé et fait connaître les meilleures proportions à établir entre les caractéristiques du régulateur et du volant. Dans son Traité de Mécanique, qui est un modèle d’exposition, Lecornu fait connaître les lois
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- générales ainsi que les lois spéciales à chaque type d’appareils.
- « C’est à Lecornu qu’on doit la théorie des volants élastiques dont le moment d’inertie est automatiquement variable par l’effet de masses rappelées par des ressorts, et qui peuvent s’écarter plus ou moins du centre, sous l’action de la force centrifuge ou de l’inertie tangentielle. Il en déduit des conclusions que l’industrie n’a pas manqué d’utiliser.
- « Il a également introduit de nombreux progrès dans le domaine de la Mécanique des engrenages. Il a démontré que l’engrenage épicycloïdal a un rendement supérieur à celui de l’engrenage à développante. Sur le tracé pratique des engrenages à fuseaux, des engrenages à dents circulaires, ses études sont des modèles d’ingéniosité et de précision. Elles comportent des applications pratiques très importantes dans la construction des horloges modernes.
- « Je mentionnerai encore, parmi les problèmes pratiques qu’il a rénovés ou perfectionnés, la dérive des projectiles, l’équilibre des palans, la transmission du travail dans les machines, la théorie des tuyères ; ses éludes sur la vis sans fin, le joint à la Cardan, les roulements à billes, l’équilibre relatif des solides tournants.
- « Dans le domaine de la Géométrie infinitésimale, il y
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- a lieu de signaler ses travaux sur les surfaces admettant les plans de symétrie d’un polyèdre régulier, sur les surfaces à pente uniforme et les réseaux proportionnels (qui se rattachent à des mouvements d’un liquide parallèlement à un plan fixe).
- « Les travaux géologiques de Lecornu méritent aussi de retenir l’attention. Comme Ingénieur en Chef des Mines, il a eu à traiter de nombreux sujets de grande importance. Je citerai, en particulier, ses études sur la question demeurée longtemps obscure de la stratigraphie du terrain silurien en Normandie. Il a démontré qu’on avait affaire à un plissement isoclinal et il a été conduit ainsi à admettre l’existence de minei’ai de fer dans la région de Maltot, où il n’en avait jamais été signalé. Ce fut pour notre Confrère une légitime satisfaction que la découverte effective de ce minerai à l’endroit qu’il avait exactement prévu.
- « Cet ensemble imposant de travaux dont je n’ai signalé qu’une partie démontre, chez Lecornu, une activité exceptionnelle, égale à la puissance de son raisonnement, à son originalité et à sa pénétration extraordinaires. Jusqu’à la fin de sa vie, il avait conservé une ardeur au travail toute juvénile. Nos Comptes rendus ont reproduit de lui, presque récemment encore, des Notes nourries de remarques substantielles. »
- LIVRES NOUVEAUX
- Annuaire astronomique et météorologique Ca= mille Flammarion, publié par l’Observatoire de Juvisy, pour l’année 1941 (77e année). 1 vol. de 364 p., 80 fig. Flammarion. Prix : 22 francs.
- Malgré les circonstances et les restrictions imposées à toutes les publications, VAnnuaire astronomique Flammarion a pu paraître à son heure.
- Certaines données qu’on était accoutumé d’y trouver n’ont pu y trouver place cette fois, soit en raison de l’interruption des relations postales, soit par nécessité de réduire le nombre de pages.
- Mais cet Annuaire n’en présente pas moins son intérêt habituel et reste un instrument de travail indispensable aux observateurs.
- Agenda Béranger 1941. 1 vol. in-16. Béranger, Paris.
- Prix relié : 30 francs.
- Agenda de poche à deux jours par page, précédé de 82 pages de renseignements essentiels pour l’ingénieur, l’architecte, l’entrepreneur, le mécanicien, l’électricien, les praticiens de toutes sortes. On a ainsi constamment sur soi les formules et tables nécessaires pour les opérations postales, le calcul des intérêts, les calculs de toutes sortes (logarithmes, analyse, mécanique, calcul vectoriel), les poids et les mesures.
- Cours élémentaire de radiotechnique, par Michel
- Adam. 1 vol., 226 p. 281 lig. Librairie de la Radio, 101, rue
- Réaumur, Paris, 1940.
- M. Adam a eu l’heureuse idée de publier le cours qu’il professe depuis plusieurs années aux élèves ingénieurs et techniciens de l’École de la rue Violet. Destiné à des élèves dont la majorité ne possède que des connaissances mathématiques élémentaires, il se distingue à la fois des cours usuels, où domine la partie théorique et des exposés de pure vulgarisation où des comparaisons trop souvent approximatives tiennent lieu de raisonnements. Dans une série de chapitres bien ordonnés et très clairement écrits, l’auteur expose les notions fondamentales autour desquelles gravite la radiotechnique, puis décrit les organes essentiels de la radiotechnique et la
- façon de les assembler pour obtenir les résultats techniques désirés : circuits oscillants, antennes, propagation des ondes, lampes électroniques, émission et réception. L’ouvrage se caractérise par des descriptions concrètes, précises et logiques où les notions pratiques occupent une large place et où la formule mathématique, dont la démonstration est généralement laissée de côté, n’est utilisée que comme un moyen de préciser les idées et comme un outil de calcul. Ce livre original rendra de grands services à tous ceux qui veulent aborder la technique radioélectrique.
- De la carbonisation aux carburants d’aviation,
- par Ch. Berthelot. Tome III, 1 vol., 554 p., 145 fig. Dunod,
- Paris, 1941.
- Ce troisième tome d’un ouvrage dont l’auteur est bien connu de nos lecteurs par sa compétence et sa documentation est consacré principalement à la cokerie, centre de production de gaz, d’énergie thermique et de produits de synthèse. Écrit à la fin de l’année 1939 et dans le cours de l’année 1940, il traduit les graves préoccupations qui dès cette époque devaient assaillir tout esprit clairvoyant : l’auteur établit le bilan des ressources de la France en énergie ; il est, tout le monde le sait, fortement déficitaire et le déficit porte avant tout sur les combustibles et carburants de toute nature. D’où une nécessité primordiale : utiliser avec le maximum d’économie et de la façon la plus rationnelle toutes les ressources de notre territoire : charbon et sous-produits de sa carbonisation ; combustibles de remplacement ; sur ces derniers : bois, tourbe, lignite, l’auteur donne de précieux renseignements. Mais la partie essentielle de son livre, consacrée aux cokeries, cokeries de gaz d’éclairage ou de coke métallurgique, montre avec précision, chiffres à l’appui, les progrès que l’économie française peut faire encore dans ce domaine : des exemples fournis par certaines installations particulièrement modernes et harmonieuses d’Angleterre, de Belgique, de Hollande et d’Italie, éclairent d’une vive lumière la démonstration de l’auteur.
- Dans ce livre, nourri de documents précis, le lecteur trouvera d’une part des données techniques précieuses pour l’ingénieur et l’industriel, d’autre part des considérations économiques dictées par les faits et qui méritent d’être méditées par quiconque a la charge ou le souci des intérêts permanents du pays.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspon-dants de la a Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur idresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Engelures. — Le traitement prophylactique est connu : gants et bas de laine, aguerrissement progressif au froid ; réchauffer après chaque sortie et surtout sécher s’il y a humidité. Éviter le froid comme la chaleur irradiante ; ne pas se chauffer au voisinage d’un poêle ou d’un radiateur ; activer la circulation par la gymnastique, mobiliser les articulations des mains et des pieds en élévation forcée, faire la toilette à l’eau chaude.
- Pour le traitement des engelures du premier degré, prendre des bains locaux avec de la décoction de feuilles de noyer aussi chaude que possible, ou avec une solution aqueuse de tanin à 1 ou 2 pour 100 ; poudrer ensuite avec :
- Acide salicylique........................ 1 g.
- Amidon.................................. 50 g.
- Talc.................................... 50 g.
- On peut faire suivre ce bain de friction à l’eau-de-vie camphrée ou d’une application d’amidon additionné de tanin à I pour 30, d’huile de foie de morue. Les pommades à l’huile de foie de morue et aux vitamines ont été conseillées.
- Les engelures du second degré sont traitées comme les brûlures avec le Uniment oléo-calcaire.
- Lessives. — Les produits du commerce vendus pour la préparation des lessives ménagères sont généralement constitués par une association de carbonate de soude, de silicate de soude, de savon et d’un générateur d’oxygène tel que le per-borate de soude ; ces éléments, autrefois courants, sont malheureusement aujourd’hui assez difficiles à se procurer.
- Voici la composition de quelques spécialités :
- Carbonate de soude . . . Dixiu 32 Persi 33
- Silicate de soude .... 3 7
- Perborate de soude . . . 8,5 10
- Savon blanc 38 20
- Eau et non dosé .... 18,5 30
- 100 ÏÔÔ
- Antigels pour radiateurs. — Étant donné la difficulté actuelle de se procurer l’alcool ou la glycérine généralemeni utilisés pour éviter la gelée de l’eau des radiateurs, nous signalerons que le même résultat peut être obtenu avec les solutions salines, soit de chlorures alcalino-terreux (chlorure de calcium, chlorure de magnésium) soit avec les sulfates ou carbonates alcalins (sulfate de sodium, sulfate de potassium, carbonate de sodium, carbonate de potassium).
- On voit que la gamme des possibilités de ravitaillement est assez étendue pour que l’on ne soit pas exposé pendant l’hiver à un accident fâcheux, rendant le véhicule indisponible.
- Huile dfœillette. — L’huile d’œillette, ou huile blanche, est extraite de la graine du pavot somnifère (Papaver somni-ferum) surtout cultivé en France et en Belgique et qui contient environ 50 pour 100 de matière grasse. Son extraction ne présente, en principe, aucune difficulté puisqu’il suffit de rompre les cellules qui contiennent l’huile, puis d’expulser celle-ci de la masse par une pression suffisamment énergique.
- Ce broyage s’effectue au moyen de deux appareils différents, dont l’un complète le travail de l’autre ; le premier concasse la graine pour l’empêcher de glisser sous les meules en pierre, puis celles-ci opèrent le broyage proprement dit.
- L’appareil destiné au concassage est constitué par deux cylindres creux, en fonte, marchant de sens contraire, à vitesses égales et conservant entre eux un espace que l’on
- peut faire varier à volonté. Quant au broyeur, il est formé de deux meules verticales, tournant dans une auge horizontale, sous lesquelles la matière à traiter est constamment ramenée par des raclettes, jusqu’à ce qu’elle ait la consistance d’une pâte, dont l’huile est la partie liquide.
- Cette pâte, préalablement réchauffée et additionnée d’eau, est mise dans des sacs en crin ou scourtins ; une première pression donne l’huile blanche ou huile comestible, et un tourteau, qui, redélayé avec de l’eau et soumis à une seconde pression, fournit l’huile noire ou huile de fabrique ; à froid, on obtient environ 30 à 35 pour 100 d’huile de première pression et 10 à 12 pour 100 par la seconde pression ; une troisième pression, parfois pratiquée, n’est susceptible de donner qu’une huile très inférieure.
- Suivant les conditions d’extraction que nous venons d’indiquer, la couleur de l’huile varie du jaune d’or pâle au rouge. Sa densité est de 0,922 à 15° C. ; elle se solidifie à — 18° C., rancit difficilement, est soluble dans 25 parties d’alcool pur à froid et 6 parties d’alcool à l’ébullition.
- L’huile d’œilleLte, très siccative, est employée dans l'alimentation, la peinture fine, la fabrication des savons mous ; on la falsifie parfois au moyen des huiles d’arachide, de coton ou de sésame.
- Pour le concassage et le broyage de la graine, un matériel de cidrerie, serait insuffisant. Seule une presse hydraulique pourrait convenir.
- Utilisation des déchets de bois. — Les copeaux de bois et sciures sont susceptibles des utilisations suivantes :
- I. — Comme combustibles pour le chauffage des générateurs, munis de foyers à grilles spéciales dont les principaux modèles sont ceux de Colonies et Lordier, Godillot, Poillon, Kudlicz, Wolff, Varld, Troye, etc...
- II. — Confection de briquettes par addition à la sciure, soit de 10 à 12 pour 100 de goudrons, soit plus simplement de 15 à 20 pour 100 d’argile grasse.
- III. — Emploi comme litières à la ferme pour les animaux domestiques, chevaux, vaches, moutons, ce qui permet l’absorption des déjections, surtout si elles sont liquides, fumier dont on conduit ensuite la transformation à la façon habituelle par arrosages du purin qui s’en écoule, afin d’éviter un fort échauffement, qui amènerait une déperdition des éléments fertilisants.
- IV. — En horticulture, pour ameublir les terres argileuses afin qu’elles deviennent légères et poreuses, ou améliorer les terres sableuses dans lesquelles elles entretiennent une bonne humidité.
- Également, on peut se servir de sciure dans la confection des couches et pour la préparation des buttages de plants d’asperges, de pommes de terre, où elle facilite la sortie des tarions ou des fanes, ce qui*hâte le moment de la récolte.
- On emploie aussi la sciure comme paillis pour garnir les plants de fraisiers, ce qui empêche les fraises de reposer sur le sol et maintient une certaine fraîcheur pendant les chaleurs de l’été.
- La sciure de bois peut être également utilisée :
- a) Pour l'emballage des denrées fragiles comme les. œufs.
- b) Pour le filtrage des huiles après épuration par l’acide sulfurique.
- c) En Arue de la fabrication de l’acide oxalique d’après le procédé Capitaine et Ilerlings.
- d) Comme débouché important dans les usines à gaz pour la préparation du mélange de Laming servant à l’épuration du gaz. d’éclairage après addition de sulfate ferreux et de chaux éteinte.
- e) Pour le séchage des pièces après obtention de dépôts électrolytiques tels que dorure, argenture, nickelage, etc...
- /) Enfin, les sciures, additionnées d’une solution de colle forte, peuvent fournir une matière plastique qui, moulée, donnera un bois artificiel servant à la confection d’articles connus sous le nom de carton-pâte pour sculpture, cadres à tableaux, plaques isolantes, calorifuges, etc...
- Le Gérant : G. Masson.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (france). — 15-2-1941 — Published in France.
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- N° 3067
- LA NATURE
- 15 Mars 1941
- L'UTILISATION DES LIGNITES
- En France, les réserves certaines de lignite, reconnues par des travaux miniers, s’élèvent à un milliard de t. Si l’on tient compte des estimations dues à des prospecteurs qualifiés, il est permis de dire que la France dispose d’envix-on deux milliards de t. de lignite. Plus de la moitié s’y rencontre dans le sud-est. D’une façon générale, les lignites saxons sont d’une qualité bien supérieure aux nôtres par leur richesse en goudron primaire et par leur plus faible teneur en cendres mais, en employant des moyens judicieusement choisis, on peut tirer un parti avantageux des lignites des Bouches-du-Rhône, du Miner-vois, du Sarladais et des Landes notamment. 11 convient, en général, de transformer ces lignites en carburants de synthèse en recourant, selon les cas, à l'hydrogénation du goudron primaire résultant de la semi-carbonisation ou à la méthode Fischer. Celle-ci paraît la plus indiquée. On traite alors le lignite dans des gazogènes spéciaux fournissant directement du gaz à la composition requise (CO + 2EL).
- Variétés de lignites. — Les lignites représentent un stade de décomposition de la cellulose plus avancé que la tourbe, mais moins que la houille. Comme le bois et comme la tourbe, ils donnent des produits à réaction acide. Très riches en acides humiques, ils se dissolvent en partie, à chaud, dans la lessive de potasse, qu’ils colorent en brun ; cette réaction peut d’ailleurs manquer chez certaines variétés.
- On divise les lignites en plusieurs catégories suivant leur aspect, leurs propriétés et, semble-t-il, leur ancienneté géologique. On en distingue quatre classes, savoir :
- Lignites fibreux, ou lignites xyloïdes ou bois fossiles. — Leur teneur en eau atteint couramment 5o à 60 pour ioo (Landes). Fréquemment, ils ont conservé l’aspect primitif du bois.
- Lignites terreux. — Ce sont en quelque sorte des tourbes fossiles. Ils ont perdu l’aspect fibreux du bois, leur cassure est terne et irrégulière ou conchoïdale. Fréquemment, ces lignites renferment une forte proportion de cendres.
- Lignites proprement dits ou lignites communs. — Ces lignites se caractérisent par leur couleur brun
- foncé (Rraunkohle) ou noir. Ils renferment environ b à 12 pour ioo d’eau, soit beaucoup moins que les variétés précédentes.
- Lignites bitumineux. — Ces lignites servent de transition entre les lignites communs et les charbons bitumineux. Ils sont de formation plus ancienne que les lignites communs.
- Dans l’ensemble, la teneur en eau de carrière varie de 5o à 6o pour ioo pour les lignites fibreux à 8 à 12 pour xoo pour les lignites communs et à 4 à 6 pour ioo pour les lignites bitumineux. De même, la teneur moyenne en oxygène décroît de 25 pour ioo environ pour les lignites fibreux à i5 pour xoo pour les lignites bitumineux.
- La teneur en goudron, dit primaire, que cèdent les lignites quand on les carbonise en vase clos jusqu’à la température de 45o° dépend essentiellement des gisements. Elle ne dépasse pas 45 à 5o kg. pour les lignites rhénans et landais ; elle monte à 120-160 kg. pour les lignites saxons et pour ceux du Miner -vois (Aude). Pour la plupart des lignites français (Gard, Dordogne), elle est comprise enti’e 60 et 90 kg. Ces l’endements se rapportent à du lignite sec (fig. 1).
- Richesses de la France en lignites. — La superficie totale des mines françaises de lignite concédées atteint environ 90 000 ha. Celles-ci se trouvent réparties en un grand nombre de points du territoire.
- La production totale de lignite qui était, avant 1914, de 800 000 t. atteignit 1,8 million de t. en 1918 pour tomber à moins d’un million en 1920. Depuis lors, elle n’a plus dépassé ce niveau.
- Presque toute cette production provient de Fuveau, dans les Bouches-du-Rhône, — elle y est de qualité relativement bonne — et des Landes. La première concession est en exploitation souterraine, les puits descendant à 2oo-25o m., tandis que la seconde a ses chantiers à ciel ouvert. Elle offre des facilités d’exploitation et de situation géographique. L’extraction de ces deux bassins se répartit dans le rappoii de 3 à 1.
- Les gisements français de lignite diffèrent beaucoup les uns des autres, aussi bien par' l’étendue et la richesse que par l’âge géologique et la nature des
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- Fig. 1. — Cornue de Fischer pour la détermination du goudron primaire au laboratoire.
- La cornue en aluminium reçoit 50 g. de lignite ou de schiste bitumineux. On chauffe de façon à atteindre 530° en 1 h. 1/2. Le goudron primaire coule par l’allonge a.
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- produits ; ces derniers comportent des variétés qui s'échelonnent depuis le bois fossile (Landes) jusqu’à des combustibles voisins de la houille (Fuveau).
- Les lignâtes principaux sont :
- — Fuveau (Bouches-du-Rhône) ;
- — Comtat (départements du Gard, de l’Ardèche, de la Vaucluse) ;
- — Manosque (Basses-Alpes) ;
- — Larzac (Aveyron) ;
- — Landes (Laluque et Saint-Lon) ;
- — Alpes (départements de l’Isère, de la Savoie et de la Haute-Savoie) ;
- — Sarladais (Dordogne) ;
- — Aude et Hérault ;
- — Estavar (Pyrénées-Orientales).
- Si l’on calcule, dans chaque concession, les réserves probables, en tenant compte des particularités géologiques des gisements et des résultats mis en évidence par les travaux d’exploitation et de recherche, ori trouve, dans l’ensemble des bassins français, un total d’environ i milliard de tonnes.
- Si l’on ajoute à cette évaluation les chiffres obtenus en adoptant des hypothèses très favorables, mais nécessairement assez aléatoires sur la continuité géologique des gisements à l’extérieur des périmètres concédés, on atteint une évaluation totale d’environ 2 milliards de t. pour l’ensemble des réserves françaises.
- Le bassin de Fuveau intervient environ pour moitié dans ces évaluations.
- Dans leur ensemble, parce qu’ils sont riches en cendres et en soufre, à teneur moyenne en goudron primaire, les lignites français ne valent pas les lignites allemands, spécialement ceux de la Saxe, où les couches ont de 3o à 80 m. de puissance et sont exploitables à ciel ouvert. Cependant, il paraît presque toujours possible de tirer un profit avantageux dns lignites français pourvu que leur traitement en ait judicieux.
- Principales méthodes d'utilisation. -- On distingue six moyens principaux pour utiliser le lignite :
- i° Combustion sur grille du lignite brut ;
- 2° Combustion sous la forme pulvérisée ;
- 3° Gazéification dans des gazogènes spéciaux ;
- 4° Agglomération sous la forme de briquettes pour les besoins domestiques ou l’alimentation des gazogènes de véhicules automobiles ;
- 5° Semi-carbonisation, généralement sous la forme de briquettes ;
- 6° Emploi du semi-coke soit à l’état pulvérisé pour le chauffage, soit dans des gazogènes spéciaux.
- D’autre part, quand le lignite est relativement pauvre en cendres en en soufre (cas des lignites des bassins de Fuveau et du Sarladais), il convient d’utiliser les catégories du calibre supérieur à 20 ram. pour les besoins domestiques et industriels, suppléant ainsi au charbon dont le ravitaillement en France sera difficile au cours des années prochaines.
- Le lignite représentant une matière première de grande valeur pour la préparation synthétique de car-
- burants, de produits chimiques et de soufre, il ne convient pas, en général, de l’employer à letat cru pour le chauffage des générateurs de vapeur. Cependant, si les circonstances y amènent, il importe alors d’utiliser des grilles mécaniques ou des grilles à gradins à soufflage d’air sous la pression d’environ 100 mm. en colonne d’eau. La surface de ces grilles doit représenter le i/i4e ou le i/i8e de la sunface de chauffe, puis il convient de réchauffer à environ 90° l’air soufflé et à 120° l'eau alimentée dans la chaudière. On compense, de cette façon, le faible pouvoir Calorifique du lignite, lequel varie de 2 000 à 4 5oo cal. au kg. en raison de sa teneur souvent élevée en humidité, en oxygène et en cendres.
- Il n’est ordinairement pas indiqué de consommer, pour le chauffage, le lignite cru, à l’état pulvérisé, eu égard à la forte dépense de chaleur pour sécher le lignite. Toutefois, la possibilité d’utiliser des fines et des déchets d’extraction diminue le prix de la calorie obtenue dans ces conditions.
- Autoagglomération du lignite. — L’Allemagne a donné un prodigieux développement à son industrie des briquettes de lignite. La technique suivie consiste à ramener la teneur en eau de 50-60 pour xoo à 18 pour 100. A ce moment, on procède à l’autoagglomération dans des presses à moule ouvert (x) sous la pression de 1 5oo atmosphères.
- Il faut environ 3,5 t. de lignite brut pour obtenir une t. de bi’iquettes.
- Il a été établi que l’aptitude d’un lignite à l’auto-agglomération dépend de sa tenexxr en acides lxumi-ques libres, le minimum étant de 20 pour 100, et d’un degré d’humidité optimum, lequel varie entre io et 18 pour 100, puis bien entendu, d’une pres-sion s’élevant à 1 200-1 5oo atmosphères (exception-nelleixxent 1 800, ce qui se présente pour la tourbe).
- Sous l’action combinée de la pression et de l'humidité, il se forme un film capillaire d’eau, lequel détermine l’adhérence des particxxles de chai’bon, tout de même que pour deux lames de verre entre lesquelles s’interpose une pellicule mince d’eau. L’action de la pression a pour effet de développer la tension capillaire c rrespondante.
- Les acides hixmiques libres communiquent de la plasticité et de l’homogénéité. Le cas échéant, en traitant les ligniies de façon à développer, quand , leur composition le permet, leur teneur en acides humi-q.ues, on parvient à leixr conférer de l’aptitude à l’au-toagglomération, sous les conditions précitées d’humidité et de pression.
- Gazéification du lignite. — Il existe plusieurs classes de gazogènes, tous à marche continue et a grande capacité de gazéification, appropidés à la gazéification du lignite. Elles se différencient essentielle-
- 1. Quand ces briquettes sont destinées aux besoins domestiques ou industriels — marque Union — on se sert de presses à moule ouvert, mais de presses à roues mouleuses donnant des briquettes plates si le lignite est prédistillé.
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- ment les unes des autres par la composition du gaz obtenu en ce qui concerne sa teneur en oxyde de carbone et en hydi'ogène. On se base aussi, mais à un degré secondaire, sur le calibi'e des fragments de lignite traités dans le gazogène. Ces divers types de gazogènes sont les suivants :
- — Gazogène à fusion de cendres donnant un gaz à 65 pour xoo de CO et 25 pour ioo de H2. On recueille de la fonte comme sous-produit.
- -— Gazogène Winkler utilisant du poussier de semi-coke. Un appareil fournit couramment, par jour, un million de m3 de gaz à l’eau, en marche continue.
- — Gazogène travaillant sous pression. Cet appareil s’alimente avec des grains de lignite (calibre 2-8 mm.). Suivant que la pression monte à 5 ou 25 atmosphères, il fournit du gaz (CO + 2H2) pour la synthèse Fischer ou du gaz de ville à 4 200 cal.
- — Gazogène Didier engendrant également du gaz satisfaisant à la formule générale CO + 2H2 pour la synthèse Fischer ou servant de matière première pour la synthèse de l’ammoniaque. On l’alimente avec du lignite du calibre ao-4o mm. environ.
- Les gazogènes Lurgi et Didier feront l’objet d’un examen spécial parce qu’on les connaît généralement mal.
- Le gazogène Lurgi à insufflation d’oxygène et de vapeur surchauffée travaillant sous pression permet, à volonté, de préparer à partir du lignite en menus fragments — exactement 2-8 mm. — soit du gaz à pouvoir calorifique élevé, utilisable pour les besoins domestiques et industriels ou pour l’alimentation des moteurs automobiles, soit du gaz approprié à la synthèse Fischer.
- Ce gazogène repose sur ce principe original que plus la pression de gazéification est élevée, plus le gaz est riche en méthane et plus son pouvoir calorifique s’élève, l’anhydride carbonique ayant été éliminé. Quant aux teneurs en hydrogène et en oxyde de carbone, elles varient en sens contraire de la richesse
- en méthane du gaz. En opérant sous une pression de 5 atmosphères, le gaz renferme deux fois plus d’hydrogène que d’oxyde de carbone, de telle sorte qu’il convient après épuration, à la réaction Fischer sans qu’il soit besoin d e recourir à
- des complications de construction et de fonctionnement (fig. 2 et 3).
- A sa sortie du gazogène, le gaz est fortement chargé en anhydride carbonique. On utilise alors la pression sous laquelle il se trouve pour le laver avec de l’eau, également sous pression, suivant la technique connue, ce qui permet d’éliminer économiquement la quasi-totalité de son anhydride carbonique et environ 90 pour xoo de ses composés sulfurés. Il n’y a plus qu’à parfaire l’épuration au moyen de l’oxyde de fer selon la pratique usuelle (fig. 4 et 5).
- Le rendement en goudron primaire représente 72 pour 100 de la quantité théorique, déterminée au moyen de la cornue de laboratoire Fischer. D’où la possibilité de préparer, à partir de la même matière première et dans le même appareil, du goudron primaire que l’on hydrogénera, et du gaz dont la composition satisfait immédiatement à la fabrication de l’essence Fischer ou à celle du m éthanol.
- Ce gazogène a une puissance de gazéification considérable, les réactions étant accélérées par le régime de pression auquel on recourt. La quantité de combustible gazéifié peut ainsi atteindre de 600 à 800 kg. par h. et par m2 de surface de chauffe, soit environ six fois plus que dans les gazogènes modernes du type usuel, producteurs de gaz à l’eau.
- Une unité de gazogène sous pression se prête à une production d’environ 120 000 m3 par 24 heures de gaz pris à l’état épuré.
- Le four gazogène Didier opère tout différemment. Pour comprendre le principe de cet appareil, il convient de se souvenir que le gaz à l’eau, obtenu dans les appareils classiques, répond à la formule générale CO + i,25 H2 de telle manière qu’il faut l’enrichir notablement en hydrogène provenant d’une source extérieure (conversion du gaz à l’eau, condensation et distillation fractionnée du gaz de fours à coke, etc..) afin qu’il satisfasse à la synthèse de l’essence Fischer ou à celle du méthanol. Il est manifestement plus élégant et plus économique d’utiliser des fours spécialement conçus. Dans ces appai'eils, l’hydrogène devant résulter du cracking des hydrocarbures, particulièrement sous l’influence de la vapeur d’eau, on ne traite que des charbons à longue flamme ou des ligniles et
- Fig. 2. — Variation en fonction de la pression de gazéification de la composition du gaz obtenu dans un gazogène à insufflation d’oxygène et de vapeur surchauffée à 350°.
- Les teneurs en II3 et en CO diminuent, celle en CH4 et le pouvoir calorifique du gaz augmentent avec la pression.
- 20 at abs
- Pression de gazéification
- Charbon
- Cendres
- Fig. 3. — Schéma du gazogène Lurgi travaillant sous pression.
- La cuve comporte un water-jacket. Les cendres sont éliminées par un sas après être sorties de la cuve par l’intermédiaire d’une grille tournante.
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- Gaz f épure
- Fig. 4. — Ensemble d’une installation de gazogène Lurgi.
- Le lignite dn calibre 2-8 mm. est gazéifié en j sons l’action de l’oxygène produit en d et de la vapeur d’eau obtenue en a et comprimée en b. Le gaz est débarrassé de C02 (30 pour 100 environ) en u par laArage à l’eau sous pression, puis de ses composés
- sulfurés en A.
- on ne récupère qu’une fraction du goudron primaire.
- Le four Didier qui répond à ce but se définit comme la combinaison d’une chambre de carbonisation à haute température analogue aux chambres verticales continues des usines à gaz, avec un gazogène (lig. 5).
- Cet appareil est agencé, du surplus, de façon à permettre la récupération de la majeure partie du goudron primaire que le lignite peut céder, environ 65-70 pour xoo de la quantité théorique, déterminée à la cornue Fischer.
- Semi-carbonisation du lignite. — Les lignites n’ont aucun pouvoir agglutinant, de telle sorte qu’ils constituent, dans les fours servant à leur carbonisation, une masse compacte mettant obstacle au passage des produits gazeux résultant de l’opération de pyrogénation. On a cni tourner cette difficulté en se servant d’appareils mécaniques : fours tournants, fours à malaxeurs de divers types, mais on n’a subi que des échecs. Le seul appareil qui ait donné des résultats comporte une ou deux soles verticales, calées sur le même arbre, tournant dans les gaz chauds produits par un foyer. Une série de raclettes font décrire au lignite, sur cette sole, un circuit en forme de spirale au cours duquel sa prédistillation a lieu. Tel est le principe du four Ab-der-Halden qui a reçu des applications importantes pour la semi-carbonisation des menus de charbon, de lignites et de schistes bitumineux.
- Suivant que ce four a une sole de 5, 7, xo m. de diamètre, son débit journalier atteint 25, 5o ou xoo t. de lignite sec par 24 h.
- En Saxe, on a recoux’u à une solution différente. On y utilise cette propriété que le lignite saxon est auto-agglomérant. Dans ces conditions, on le sèche jusqu’au taux requis de i5 à 18 pour 100 d’eau puis, par son passage dans une presse à jante creuse que représente la figure 6, on le met sous la forme de briquettes plates, dont les dimensions sont un peu supé-rieures à celles d’une boîte de 5o allumettes suédoises. On prédistille ensuite ces bi'iquettes dans des fours continus à chauffage interne, construits en simple tôle et dont le débit journalier atteint jusqu’à 3oo t. par unité. En général, une installation pi’édistille, par jour, 2 000 t. de ces lignites et comprend 7 fours.
- De toute manière, oxx doit prendre garde au phénomène d’inflammation spontanée du semi-coke de lignite. On se met à l’abx’i de cet accident en le soumettant à une oxydation ménagée dans un appai'eil refi’oidi extérieurement.
- On a pi’esque toujours avantage à récupérer le soufre contenu, sous la
- Fig. b. — Gazogène Didier.
- Le lignite est prédistillé en e, carbonisé en l. Le gaz de pré-distillation, débarrassé de son goudron primaire en p, sert an chauffage de la chambre de gazéification l avec le gaz de gazogène obtenu en D. Le gaz sortant du four l est refroidi en m et part en O vers les appareils d’utilisation.
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- forme d’hydrogène sulfuré, dans les gaz de lignite. Avec les lignites français, spécialement ceux du Miner vois, on peut arriver à un rendement de 3o à 4o kg. de soufre par t. de lignite sec.
- La mise à fruit des gisements lignitifères français doit se faire à ime échelle tout à fait différente de celle qui a été usuellement tentée jusqu’ici. Il convient d’employer des fours de carbonisation à grande puissance unitaire de traitement : 3oo et même 5oo t. par jour, puis de s’organiser pour créer une raffinerie centrale hydro-génant annuellement au moins ioo ooo t. de goudron primaire afin d’en obtenir de l’essence, du gas oil et des lubrifiants.
- La figure 7 permet aisément de suivre l’enchaînement des opérations. Le lignite est séché en b, autoaggloméré en cl, prédistillé
- Fig. 6. — Presse Krupp à deux gorges de moulage pour l’auto-agglomération
- du lignite.
- Le lignite, du calibre de moins de 3 min., arrive en i à l’intérieur du cylindre a tournant sous l’action du pignon denté b. La compression à l’intérieur du cylindre a est assurée, à sa partie inférieure, par un cylindre excentré c. Le lignite est entraîné dans deux gorges parallèles x et sort en n en briquettes qui sont évacuées sur une courroie de transport.
- en /, ce qui donne du goudron primaire que l’on hydrogène en p au moyen de l’hydrogène obtenu à partir du gaz à l’eau, préparé en n, avec du semi-coke et converti en p.
- Une remarque semblable s’applique, d’ailleurs, aux schistes bitumineux.
- C’est beaucoup à cause du manque de vue d’ensemble, technique et économique, complète et approfondie, que nous n’avons pas mis à fruit nos gisements lignifères. Cependant, personne ne conteste plus que le lignite représente une sourde précieuse de carburants et de lubrifiants que des méthodes techniques éprouvées permettent de capter. Ils représentent une source abondante de carburants et de lubrifiants.
- Emploi du semEcoke de lignite à l’état pulvérisé pour le chauffage des générateurs de vapeur. — Un kg. de
- lignite sec laisse comme résidu environ 0,6 kg. de semi-coke. Celui-ci contient, en sus de la majeure partie du carbone fixe du lignite, environ 12 à i5 pour 100 de matières volatiles, la totalité des cendres ; une partie du soufre est restée en combinaison avec les matières minérales composant les cendres ; l’humidité est nulle ou à peu près.
- Ce semi-coke a un pouvoir calorifique relativement élevé qui peut monter à 6 000-6 5oo cal. pour les lignites peu cendreux (5 à 7 pour 100). Pour un lignite des Bouches-du-Rhône ou du Gard à
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- 20 pour ioo de cendres, on peut admettre que la composition approximative du semi-coke est la suivante : G : 52 pour ioo ; matières volatiles : 12 pour 100 ; cendres : 33 pour 100 ; S : 1 pour 100.
- En raison de sa friabilité, on peut l’employer sous la forme pulvérisée.
- C’est de cette façon qu’il semble le plus rationnel de l’utiliser pour le chauffage des générateurs dans les centrales électriques qui seront, autant que possible, installées sur le carreau même de la mine.
- Les propriétés du semi-coke qui rendent avantageux son emploi sous forme pulvérisée sont : l’absence d’humidité et sa teneur relativement élevée (12 à i5 pour 100) en matières volatiles. Quant à la teneur élevée en cendres, elle n’est pas un obstacle à ce mode d’utilisation.
- Une installation traitant 2 000 t. de lignite sec par jour et donnant x 200 t. de semi-coke pourrait fournir le combustible nécessaire à la production de 5oo 000 kW./h. par jour.
- En raison de la teneur en cendres de la plupart des lignites du Midi, il sera prudent, dans les avant-projets, de ne pas tabler sur une consommation inférieure à 2 kg. 5 de semi-coke par kW./h. utile, tout au moins dans les installations à vapeur de moyenne puissance (5 000 à 10 000 kW.) comprenant des unités de 2 000 à 3 000 kW marchant à condensation.
- .... LES ADJUVANTS
- Certains liquides sont parfois très difficiles à filtrer, en particulier lorsqu’ils contiennent des matières colloïdales qui, s’accumulant sur les parois filtrantes, finissent par en boucher les pores, ce qui fait qu’après un temps très court le liquide cesse de passer.
- On remédie a cet inconvénient en ajoutant au produit à filtrer des agents dits adjuvants de filtration.
- Walker, LeAvis et Mc. Adams ont indiqué que la filtration est régie par l’équation :
- rfV __ PA2 dt ~ rcV-f pA
- dans laquelle :
- V == nombre de cm3 de filtrat en un temps t (en secondes).
- P = différence de pression en grs. par cm2.
- A = sui'face de filtration en cm2.
- v = quantité, en cm3 de gâteau de filtration déposé par 1 cc. de liquide.
- p — résistance du tissu filtrant.
- r — résistance spécifique du gâteau filtrant ou résistance d’une unité d’épaisseur sur l’unité de sui'face, c’est-à-dire, sur une unité cube.
- Il y a lieu aussi, dans beaucoup de cas, de faire intervenir la viscosité, l’équation deAnent :
- Conclusions. — On dispose de six méthodes types pour l’utilisation du lignite. La bonne solution consiste à recoui'ir simultanément à deux ou trois de ces méthodes afin d’obtenir des cai'bui’ants (par la méthode Fischer et par l’hydrogénation, celle-ci étant appliquée uniquement au goudron primaire) et de la force motrice correspondant à l’utilisation pour le chauffage des semi-cokes sous la forme pulvéï'isée.
- En conjuguant adroitement ces divei'ses méthodes, on infusei'a une vie nouvelle à nos régions du sud-est et du sud-ouest, tout en assurant à la France une autonomie relative pour son approvisionnement en car-burants. Ces couditions-là s’appliquent d’ailleurs à l’Algéi'ie et à la Tunisie qui possèdent aussi d’importants gisements de lignite.
- Qu’on se garde cependant, à moins qu’on ne veuille étudier la qualité d’un gisement, d’installations trop faibles. Quand la qualité du gisement et du lignite est bien connue, il ne faut pas hésiter à traiter 2 000 t. et même 3 000 t. de lignite par jour et par usine, mais sous condition aussi de se servir de fours aux réféi’ences industrielles certaines, aisément vérifiables, et capables de traiter 3oo et même 5oo t. par four et par 24 h. A défaut de ces précautions, on s’expose aux pères déboii'es et on ne retirera pas d’eux les carburants et les lubrifiants dont nous avons impérieusement besoin.
- Ch. Bertiiei.ot.
- Ingénieur-Conseil.
- DE FILTRATION —
- rfV _ PA2 dt n(rvV + pA)
- Si les gâteaux de filtration sont compi'essibles, il faut aussi faire intervenir r = r'Ps. Dans cette expression, rr et s sont constants pour un gâteau donné, mais varient avec différents gâteaux.
- Pour une filtration à pi’ession constante, r’ et P sont constants et la coui’be des débits est une pai'a-bole.
- L’influence de la température intervient par variation de la viscosité.
- Cette équation monti’e que l’addition au liquide de filtration d’un corps capable de maintenir la porosité du gâteau, de réduire sa compi’essibilité, aura un heureux effet sur le débit.
- Le calcul montre qu’un tel adjmrant doit être inti'o-duit en proportion convenable pour agir. Ce n’est que s’il existe en proportions correctes dans les gâteaux et, spécialement, dans ceux très compressibles qu’il augmentera leur rigidité et les maintiendra pei'méables sous de plus fortes pressions.
- Un adjuvant de bonne qualité doit être poreux, finement divisé, capable d’empêcher le colmatage des tissus et d’exercer une action filtrante et épurante sur
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- le liquide. Enfin, il doit être inerte chimiquement et ne pas réagir sur les produits à traiter.
- Les principaux adjuvants de filtration sent : l'amiante en poudre ou en fibres, la pâte de cellulose, les charbons actifs ou non, enfin les diatomites (kie-selguhr), ainsi que les mélanges de ces diverses substances.
- L’amiante est un silicate double de calcium et de magnésium naturel qui est utilisé soit en poudre, soit en fibres plus ou moins fines et courtes.
- La cellulose est d’un prix relativement élevé et susceptible d’attaque par certains réactifs chimiques. On l’utilise pour le traitement de liquides d’une certaine valeur : vins, bières, jus de fruits, etc...
- Les charbons actifs sont employés surtout quand il y a lieu de combiner la filtration et une action décolorante, il faut alors se garder d’employer les qualités d’une grande finesse qui ont l’inconvénient de passer à travers les mailles des tissus. Il faut dans ce dernier
- Fig. 1. — Adjuvant de filtration formé de diatomées marines.
- Les disques de Coscinodiscus ont de 50 à 100 n de diamètre (photo L. Perruche).
- cas combiner leur action avec celle d’un véritable adjuvant de filtration.
- Les diatomites sont certainement les produits dont l’usage s’est développé le plus.
- Seuls, ils ont permis de parvenir à une clarification complète des liquides difficiles à filtrer : sirops de sucre de canne ou de betterave, vernis, huiles, etc, La filtration simple de ces produits sur toile laissait passer des colloïdes dont la présence était facile à révéler par un effet Tyndall très net. Après filtration sur diatomite, les filtrats sont clairs, brillants et l’effet Tyndall a disparu, les colloïdes ont été éliminés.
- Les diatomites sont des roches d’origine végétale constituées par l’accumulation en nombre incalculable de squelettes siliceux d’algues microscopiques : les diatomées (x). Ces dépôts qui se sont poursuivis au
- 1. Voir La Nature des 15 juillet, 1er août et 1er novembre 1937.
- cours des temps géologiques sont de qualité très inégale et plus ou moins riches en matières étrangères.
- Seules les qualités les plus pures sont utilisables pour la filtration La présence d’argile est particulièrement nuisible. Le produit naturel est purifié par diverses méthodes mécaniques ou chimiques et finalement pulvérisé avant d’être livré aux usagers. Il constitute une poudre fine de faible densité apparente : xoo à 200 g. par litre. Il est constitué à peu près uniquement par de la silice et est par conséquent chimiquement inerte vis-à-vis de la presque totalité des produits à filtrer.
- Tous les dépôts de diatomée ne sont pas aptes à fournir de bons adjuvants de filtration. Ceux qui, provenant de formations d’eau douce, sont constitués par de petites espèces l’ondes du type Melosira sont peu favorables, car ils ne forment pas un feutrage. On l’obtient par contre avec les diatomites marines formées d’espèces discoïdes du type Coscinodiscus, de dimensions variables, surtout si celles-ci sont associées à des formes allongées (Raphrdées).
- L’industrie offre des produits de filtration (fig. x) doués de propriétés diverses : en particulier, des produits naturels, exempts de matières organiques et capables de donner des filtrats hautement épurés,
- . chimi1uement
- 7naturelle -^nTadiyvsni
- Fig. 2. — Influence des diatomites sur les débits de filtration.
- mais avec une vitesse de filtration assez réduite ; des produits calcinés dont la vitesse de filtration est plus élevée mais la faculté de purification légèrement plus faible ; enfin des produits traités chimiquement qui sont déferrisés et donnent un débit rapide (fig. 2).
- Pour utiliser les adjuvants de filtration, on com-
- mence par revêtir les toiles d’une mince couche de un à deux mm. d’épaiseur de diatomite. Cette opération dite enduis âge se fait très simplement en passant dans le filtre une certaine quantité d’eau ou d’un liquide approprié dans lequel on a délayé une quantité d’adjuvant suffisante pour obtenir ce film protecteur.
- On verse alors le liquide à filtrer additionné d’une quantité appropriée de diatomite
- Fig. 3. — Constitution d’un filtre.
- filtrer
- Gâteau
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- maintenue en suspension par simple agitation afin d’assurer l’homogénéité du gâteau (fig. 3).
- Cette addition d'adjuvant dans la masse à filtrer empêche le colmatage du dépôt d’enduisage et maintient une certaine porosité du tourteau qui se forme progressivement au cours de l’opération.
- Il faut déterminer par essais préalables la quantité d’adjuvant de filtration à ajouter à un liquide donné pour obtenir un bon résultat. Pour cela on trace la courbe des débits du liquide filtré dans les mêmes conditions de température et de pression et on en déduit facilement la proportion à employer
- (Cg- 4).
- Ces essais sont faits très simplement en laboratoire sur un entonnoir de Büchner monté sur une fiole à vide reliée à une trompe, ou mieux encore sur des filtres capillaires constitués par un empilage de disques en papier ou en tissus, percés d’un trou central. Cette pile peut être enfermée dans un récipient cylindrique qui recevra le liquide à filtrer sous pression constante. Celui-ci passera à travers les interstices entre les disques, laissant les sédiments sur leurs bords extérieurs. Ces interstices peuvent être réglés par un serrage variable de la pile (fig. 5).
- Si l’on veut, au contraire, se rendre compte de la qualité d’une diatomite de filtration, on utilisera ce même appareillage en employant comme liquide à filtrer une suspension de séparation difficile, par exemple de l’argile dans l’eau distillée ou du noir de fumée dans de l’huile.
- Les diatomiles pour filtration de bonne qualité sont généralement des produits de faible densité apparente : ioo à i5o g. par 1. Ce grand volume pour un faible poids fait qu’il suffît de quantités minimes pour obtenir une bonne filtration.
- Fig. 4. — Débits en fonction de la proportion d’adjuvant de filtration.
- Pourcentage d'adjuvant
- Fig. 5. — Schéma d’une pile de filtration.
- Dans la plupart des cas courants, le pourcentage d’adjuvant incorporé au liquide à filtrer est de l’ordre de o,i à 0,75 pour 100 en poids.
- L’industi'ic sucrière est un des plus gros consommateurs d’adjuvants de filtration ; ils donnent des jus sucrés très clairs, brillants, totalement débarrassés de matières colloïdales.
- Depuis quelques années de nombreuses autres industries font appel à ces produits pour améliorer leurs fabrications. Citons notamment les huileries, glucosuries, brasseries, cidreries, les fabriques de vernis, de jus de fruits, de vinaigre, le commerce des vins, des graines alimentaires, les ateliers de récupération des huiles usagées, la préparation des produits pharmaceutiques et biologiques : sérums, etc.
- L’addition de diatomites appropriées dans les opérations de filtration procure les avantages suivants :
- Une augmentation de la vitesse de débit, parfois considérable, avec comme conséquence une augmentation du rendement de l’installation de filtration ;
- Un nettoyage facile des appareils : les tourteaux de filtration sont compacts et se détachent facilement des toiles, simplifiant le nettoyage et réduisant la durée d’immobilisation de l’appareillage entre deux opérations. De plus, la porosité des gâteaux rend leur lavage facile et permet une meilleure récupération du liquide absorbé ;
- L’utilisation de plus faibles pressions et de toiles plus légères et plus économiques ;
- Une meilleure utilisation des agents décolorants lorsque ceux-ci sont utilisés concurremment avec les diatomites.
- Enfin, la possibilité de filtrer des liquides très visqueux ou chargés en colloïdes qui seraient impossibles à traiter sans l’emploi d’adjuvants de filtration.
- Lucien Peruuche.
- Docteur de l’Université de Paris.
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- LES GAZOGÈNES
- HISTORIQUE
- Les gazogènes ne sont pas d’invention récente : c’est un Wurtembergeois, Faber de Faur, qui, en 1837, eut Fidée de fabriquer de Foxyde de carbone pour le chauffage des fours de fusion et d’affinage de la fonte. Son procédé fut amélioré par Ebelmen : le combustible (anthracite, coke) était plus ou moins complètement brûlé dans un premier four, puis le gaz passait dans un deuxième foyer contenant du coke maintenu incandescent par sa combustion partielle, rendue possible par une entrée d’air ménagée entre les deux foyers. Les deux réactions fondamentales :
- (1) C + O2 = CO2 (anhydride carbonique)
- (2) CO2 + G = 2CO (oxyde de carbone)
- étaient produites dans des foyers différents.
- 11 ne s’agissait alors que de fabriquer du gaz analogue à celui des hauts-fourneaux destiné à chauffer des fours ; les perfectionnements apportés aux gazogènes sont liés aux progrès des moteurs à explosion.
- C’est en 1860 que Lenoir présenta son premier moteur à gaz, bientôt suivi de ceux de Langen et Otto. Le cycle Lenoir avait un rendement déplorable et le moteur n’eut guère de succès. En 1862, Fidée géniale d’un Français, Beau de Rochas, permit d’entrevoir l’amélioration du rendement par le cycle à 4 temps. Beau de Rochas ne put d’ailleurs réaliser de moteur fonctionnant suivant ce cycle et c’est à l’Allemand Otto que l’on doit le premier moteur à 4 temps (1875). Peu après, l’anglais Clerk imaginait le cycle à deux temps.
- En i884, Ci’ossley réussit à produire, dans un gazogène, du « gaz mixte » pour alimenter des moteurs : le combustible, minéral, était gazéifié en partie à l’air, en partie à l’eau, suivant les réactions :
- (3) C + O = CO (gaz à l’air).
- (4) C H- H20 = CO + H2 (gaz à l’eau).
- C’est enfin en 1895 que l’on construisit les premiers moteurs alimentés au gaz à l’air fournis par ces gigantesques gazogènes que sont, accessoirement, les hauts-fourneaux. Les constructeurs Retombe, Coekerill, Deutz, réalisèrent des moteurs remarquables.
- Parallèlement aux recherches sur l’emploi des gaz de hauts-fourneaux et de fours à coke, des savants, Lelombe, Aimé Witz, Hugo Güldner, Deschamps, Riché, poursuivaient l’étude des gazogènes ; en 1900, Riché reprenait et améliorait le gazogène à deux cuves d’Ebelmen et le complétait par un épurateur chargé d’arrêter les poussières et les goudrons emportés par le gaz sortant des foyers, impuretés que le moteur ne peut supporter.
- Longtemps, on conserva les deux foyers, et le gazogène, lourd et encombrant, ne pouvait con-
- venir qu’aux installations fixes de quelque importance. La réunion des deux foyers en un seul constitua un gros progrès qui permit d’envisager le montage de gazogènes sur des voitures. Dans ce but, les constructeurs orientèrent leurs recherches vers l’allégement et la simplification des appareils, la souplesse et la sûreté de marche : en 19TO, on put, à Paris, placer un gazogène sur l’autobus « Montmartre-Place Saint-Michel ».
- Depuis, l’emploi des gazogènes à bois et à charbon de bois s’est amplifié, sous la vigoureuse impulsion du Corps forestier. Parmi les constructeurs, il en est qu’il faut citer : Berliet, Panhard et Levassor, Gohin-Poulenc, Libault, Sabatier, etc..., car ils ne ménagèrent ni leur temps, ni leurs efforts, ni leurs moyens financiers.
- C’est grâce à un tel concours d’énergies que le Maréchal Pétain pouvait affirmer dès 1936, dans une élude souvent reproduite, que « la preuve est faite que la technique du gazogène est au point ».
- CONSTITUTION D'UN GAZOGÈNE
- On sait qu’un gazogène a pour objet de transformer aussi complètement que possible des combustibles solides en combustibles gazeux propres à l’alimentation des moteurs à combustion interne ; le gaz fourni doit donc être combustible, froid, dépourvu d’impuretés (poussières, eau, goudrons, etc...) puis être additionné d’air en proportion convenable pour que la combustion soit complète dans le moteur.
- Une installation de gazogène doit donc comporter (fig. 1) un générateur de gaz, un refroidisseur, un épurateur et un mélangeur ; ce dernier est parfois complété par un ventilateur d’allumage, un carburateur à essence, un compresseur.
- Production du gaz. — La gazéification du combustible est une combustion qui s’opère non avec de
- Fig. 1. — Installation de force motrice à gazogène.
- Epurateur ....
- ....Mélangeur
- Générateur
- ^ Porte de chargement
- Trémie
- Zone de ,1combustion
- Entrée
- dhir
- Entrée daii
- Zone de réduction
- Refroidisseur
- Condensateur de la vapeur d'eau Elimination de leau et des grosses
- Moteur
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- = 74 ................
- l’oxygène pur, mais avec de l’air pour lequel nous adopterons la formule approximative 0 + 2N2.
- La combinaison du carbone et de l’air peut donner naissance soit à de l’anhydride carbonique :
- (5) C + 2(0 + 2N2) = CO2 + 4N2 soit à de l’oxyde de carbone :
- (6) C + (0 + 2N2) = CO + 2N2.
- La première réaction ne fournissant que des gaz incombustibles, c’est la seconde que l’on doit s’efforcer de produire. Cependant, il ne faut considérer ces deux réactions que comme encadrant ce qui se passe en réalité ; il est certain que les deux modes de gazéification se réalisent simultanément dans un foyer de gazogène, mais l’anhydride carbonique est réduit par les charbons incandescents, suivant la réaction :
- (7) CO2 + 4N2 + C = 2CO + 4 N2
- qui d’ailleurs ne peut être effective que si le foyer est à une température suffisamment élevée.
- Finalement, à ne considérer que la gazéification intégrale du carbone pur et anhydre avec de l’air pur et sec, on voit que le gaz est formé d’un tiers d’oxyde de carbone et de deux tiers d’azote. Comme le pouvoir calorifique de l’oxyde de carbone est de 3 o3o cal.-kg./m3. (à o° et sous la pression atmosphérique normale), la présence de l’azote a pour effet de ramener le pouvoir calorifique du gaz à 1 010 cal.-kg./ni3., dans les mêmes conditions de température et de pression. En réalité, il peut atteindre de 1 100 à 1 200 cal.-kg./m3 pour le gaz de charbon de bois et de 1 200 à 1 35o cal.-kg./m3 pour le gaz de bois.
- En effet, l’air est toujours un peu humide, le charbon de bois peut contenir jusqu’à 8 pour 100 d’eau (*), et on admet que la teneur en eau d’un bois sec pour gazogène peut atteindre 20 pour 100 C1). Au voisinage du foyer, l’eau se vaporise et, si la température est assez élevée et que la vapeur traverse le foyer, elle est
- 1. Arrêtés du 14 septembre 1940.
- Fig. 2. — Tirage inversé. Fig. 3. — Tirage direct.
- rrr
- J J J
- dissociée par les charbons incandescents, suivant la formule (4).
- D’autres réactions pourraient être envisagées, mais nous nous en tiendrons à celle-ci, qui nous montre que la gazéification à l’eau introduit dans le gaz de l’oxyde de carbone et un nouveau combustible, l’hydrogène et cela sans air, donc sans azote et le pouvoir calorifique est relevé ; ceci est d’autant plus appréciable que, la réaction étant endothermique, le gaz sort du gazogène à une température plus basse et le rendement est amélioré ; enfin la vapeur d’eau brise les mâchefers et ceux-ci sont plus faciles à extraire.
- On a songé à injecter de la vapeur d’eau dans le foyer des gazogènes à charbon de bois : l’opération est facile et efficace dans les appareils fixes alimentant des moteurs à vitesse constante. Dans les moteurs automobiles, au contraire, la vitesse est essentiellement vaidable et le réglage est très difficile ; des essais ont été faits par plusieurs constructeurs, mais il ne semble pas que l'on ait obtenu pleine satisfaction.
- D’autre part, dans le cas du bois, le combustible distille et émet des vapeurs acides, des goudrons que l'on oblige à traverser le foyer : les pyroligneux, sous l’action de la chaleur, subissent une sorte de « cracking » qui donne naissance à des gaz combustibles et notamment à des carbures d’hydrogène.
- C’est ainsi que l’on arrive à produire un gaz dont le pouvoir calorifique est supérieur à celui du gaz qui correspond à la réaction (6). Suivant le combustible employé, la composition du gaz est la suivante :
- Gaz de charbon de bois :
- Oxyde de carbone CO. . 28 à 32 pour 100
- Hydrogène................4 à 10 —
- Gaz carbonique CO2 . 3 à 1 —
- Azote...................57 à 65 —
- Gaz de bois :
- Oxyde de carbone CO. 21 à 24 pour 100 Hydrogène .... 17 à 18,5 —
- Cai’bures d’hydrogène. i,5à 3 —
- Gaz carbonique CO2 . 7 à 10 —
- Azote ...... 47 à 55 —
- Fig. 4. — Gazogène Malbay.
- A-A', trémie ; B, enveloppe intérieure acheminant le charbon vers le foyer ; C, enveloppe extérieure ; D, sortie de gaz ; E, porte de visite ; F, grille mobile en translation verticale et en rotation ; G, porte de visite ; H, cendrier ; J, chicane ; K, chambre de détente du gaz chaud ; L, enveloppe du foyer ; M, creuset en terre réfractaire ; N, entrée d’air.
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- Pour que la vapeur d’eau soit dissociée, que les pyroligneux soient détruits dans le foyer, les gazogènes fonctionnent généralement par combustion inversée (fig. 2), c’est-à-dire que l’air pénètre au-dessus du foyer pour que les gaz ne puissent partir qu’après avoir traversé toute la masse incandescente. La combustion directe (fig. 3), c’est-à-dire avec introduction d’air sous le foyer, ne poui’rait être employée avec le bois qu’à la condition d’épurer chimiquement le gaz et cela conduirait à des appareils lourds et volumineux, impossibles à placer sur un véhicule. Au contraire, la combustion directe peut être utilisée avec le charbon de bois, mais à condition que celui-ci soit assez sec ; le gazogène Malbay (fig. 4) notamment fonctionne par tirage direct, mais on remarquera que la vapeur d’eau, formée au-dessus du foyer, traverse néanmoins une couche de charbons incandescents où elle se dissocie. Le gazogène Cesbron fonctionne également par tirage dii’ect.
- L’accès de l’air au foyer est provoqué par la dépression qui règne dans la tubulure d’admission au moteur : le tirage est dit aspiré ; il est dit tirage pulsé quand l’air est envoyé au foyer par une soufflerie. Ce dispositif n’est guère employé que pour les gazogènes de chauffage.
- Refroidissement du gaz. — Le gaz sort du foyer à une température voisine de 5oo° C. Il doit être refroidi pour les raisons suivantes :
- i° Le gaz de bois contient toujours de la vapeur d’eau qui n’a pas été dissociée dans le foyer et qu’il faut condenser ; le gaz de charbon de bois est généralement filtré sur des toiles de coton qui seraient rapidement détruites si des gaz chauds les traversaient.
- 20 Un mètre cube de gaz mesuré à o° C. sous la pression atmosphérique puis porté à 4oo° C. sous la même pression, occupe 2,5 m3. ; si à o° le pouvoir calorifique est de 1 200 cal./kg. par exemple, il n’est plus que de :
- -^5- = 48o cal./kg.
- à 4oo° et le moteur alimenté avec un tel gaz verrait sa puissance décroître dans la proportion de 2,5 à 1.
- 3° Les gaz froids étant moins visqueux que les gaz chauds, leur épuration est plus facile.
- Les refroidisseurs sont toujours simples : ils opèrent
- soit par détente dans des « boîtes à poussière », soit par contact proion gé avec une paroi métallique refroidie par l’air extérieur (tube avec ou sans ah
- Jettes faisant le tour du véhicule).
- Comme nous le montrerons, les gazogènes à charbon de bois avec entrée d’air par tuyère supportent mal l’humidité du combustible, aussi le refroidissement ne doit pas amener le gaz au-dessous d’environ 8o° avant le passage des toiles filtrantes, car il faudrait craindre leur colmatage. Les deux dispositifs suivants sont usités :
- a) il y a deux refroidisseurs, un avant et un après les toiles ;
- b) le refroidisseur comporte un « by-pass » (fig. 5 ; voir aussi fig. 16) muni d’un robinet R fermé l’été, ouvert l’hiver : pendant la période froide4 la partie du gaz qui suit le by-pass rejoint le gaz trop refroidi par le long circuit et revaporise les gouttelettes d’eau qui ont pu se former.
- Épuration du gaz. — L’aspiration du moteur entraîne avec le gaz, des poussières et, dans le cas du bois, des vapeurs ; le rôle de l’épurateur est de retenir ces impuretés dont le moteur ne saurait s’accommoder.
- Le gaz de bois ne devrait pas en principe contenir de pyroligneux, mais en pratique, des vapeurs d’eau, d’acide, de goudrons sont entraînés ; leur élimination ne peut se faire qu’après une condensation, qui s’opère principalement dans le refroidisseur. Pour retenir les gouttelettes liquides, on dirige le gaz sur des parois en chicane (tôles percées de trous non en regard, anneaux Raschig (x), grains de liège (2), coke, tournures, fibres, etc...) : l’eau adhère aux parois sur lesquelles elle ruisselle en entraînant les poussières et les goudrons ; parfois on donne au gaz un mouvement de rotation à l’aide de tôles enroulées en hélice : la force centrifuge projette les gouttelettes liquides sur une paroi qui les retient.
- La figure 6 représente l’épurateur d’un gazogène Rerliet, qui comporte deux couches d’anneaux Raschig ou bien une d’anneaux et une autre de grains de liège. Signalons que cet épurateur doit, chaque semaine (ou après 1 000 km.) être lavé à grande eau, sans sortir les anneaux. Il en est de même des caissons garnis de tôles perforées, que l’on doit sortir des caissons.
- 1. Les anneaux Raschig sont de simples viroles en tôle mince d’environ 1 cm. de diamètre et 1 cm. de haut.
- 2. Nous déconseillons l’emploi des grains de liège : peu à peu ils se tassent et le passage du gaz étant gêné, il faut les retirer puis les remettre en place ; en outre, par temps très froid, ils se prennent en un bloc de glace 'qui empêche tout passage de gaz.
- Fig. o. — Refroidisseur avec « by-pass ».
- Porte de
- Générateur
- Epurateur
- Sortie du gaz
- Anneaux
- "Raschig"
- Détente du gaz
- 'Entrée du ga
- Fig. 6. — Epurateur du a Gazobois » Berliet.
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- En principe le gaz de charbon de bois ne contient pas de vapeur d’eau et il suffît de retenir les poussières.
- La plupart des constructeurs combinent les divers procédés suivants :
- i° Le gaz suit une colonne verticale de bas en haut : les grosses poussières ne peuvent suivre et retombent.
- 2° Le gaz débouche dans une chambre à poussière relativement spacieuse où il se détend, se refroidit, perd de la vitesse et abandonne des poussières.
- 3° Le courant gazeux subit de nombreux changements de direction (parois fixes en chicanes) : les chocs arrêtent les grains de poussière.
- 4° On imprime au gaz un mouvement de rotation soit à l’aide d’une tôle directrice fixe (cyclone), soit à l’aide de palettes tournantes (ventilateurs) : la force centrifuge sépare le gaz et les poussières ; ces appareils sont lourds et encombrants car, pour qu’ils soient efficaces, le parcours du gaz doit être très long et le mouvement rapide ; on les emploie peu sur les véhicules à gazogène.
- 5° Le gaz barbote (fig. 7) dans un liquide (eau, huile, gaz-oil) ; pour éviter la formation de grosses bulles contenant beaucoup de poussières non mouillées, une toile métallique noyée devant le débouché du tuyau d'ameriée doit diviser le courant gazeux ; ces appareils doivent être attentivement surveillés : si le niveau du liquide baisse par suite d’entraînement de gouttelettes, il n’y a plus d’épuration.
- 6° Le gaz traverse une matière épurante : coke, poudre de liège, charbon de bois pulvérisé.
- 70 Des toiles de coton en tissu serré, pelucheux, ou des feuilles de papier arrêtent les grains les plus ténus.
- Leur efficacité peut être accrue par l’emploi d’une matière épurante pulvérulente qui vient former une sorte de feutre poreux sur les toiles de coton.
- Les toiles ne sont jamais employées avec le bois, car l’humidité du gaz colmaterait les tissus.
- 8° Les toiles métalliques placées entre les toiles de coton et le moteur, jouent plutôt le rôle d’anti-retour de flamme ; pour remplir réellement un rôle de filtrage elles doivent être très fines : certaines ont 120 mailles au mm2, et ne laissent passer que les grains inférieurs à 5/100 de mm. : si elles se bouchent, c’est que les filtres-toiles sont en mauvais état (d’où leur nom de filtre de sécurité).
- La figure 8 donne la vue en coupe de l’épurateur Panhard et la figure 9 représente le filtre Gohin-Pou-lenc. Les tories doivent être sorties, aspirées ou brossées après un parcours d’environ 2 000 km. La matière épurante, poudre de liège ou de charbon de bois, du
- Bouchon de remplissage
- Sortie
- du
- gaz
- Robinet de
- trop plein
- Bouchon
- vidange
- m de —j
- Entrée du qôlz
- Fig. 7. — Epuration par voie humide.
- filtre Gohin-Poulenc se remplace lorsqu’elle devient noire (pondre de liège) ou lorsqu’elle contient de petits grains à arêtes vives, ce que l’on constate eu faisant couler la poudre entre les doigts.
- Le mélangeur. — Il a pour rôle :
- i° De mélanger l’air et le gaz en proportion convenable pour que la combustion soit complète dans le moteur.
- 20 D’introduire le mélange au moteur en quantité proportionnelle à la puissance demandée : comme dans le moteur à essence, une pédale d’accélération commande un papillon P (fig. 10) qui ouvre plus ou moins la tuyauterie d’admission au moteur.
- Pour fixer l’ordre de grandeur du volume d’air à fournir à 1 m3. de gaz, écrivons la réaction de combustion du gaz théorique GO + 2N2, de pouvoir calorifique 1 010 cal.-km./m3. :
- CO + 2N2 + O + 2N2 = CO2 4- 4N2
- 221.4 + 44L.8 111.2 + 441.8
- 671.2 de gaz pour 561. d’air.
- 11 faut donc 56 : 67,2 = o m3 833 d’air pour brûler 1 m3. de gaz et le pouvoir calorifique du mélange est :
- 1010 rr T 1 / 3
- T+0T83T = 551 cal.-kg./m3.
- Pratiquement, le gaz contient de l’hydrogène et des carbures qui, eux aussi, ont besoin d’air pour brûler et de plus on fournit de l’air en excès de sorte que le mélange formé est en moyenne de 1 m3. 1 à 1 m3. 2 d’air pour 1 m3. de gaz. D’autre part, comme le gaz a un pouvoir calorifique supérieur à 1 010 cal.-kg./m3., le pouvoir calorifique du mélange s’établit entre 56o et 600 cal.-kg./m3. ; il dépend du combustible (bois, charbon plus ou moins humide ou plus ou moins bien calibré) de l’état de propreté du foyer et des filtres, de l’habileté du conducteur à régler l’admission d’air au mélangeur, de la vitesse du moteur (x).
- Nous rappellerons, pour nous en servir plus loin, que le pouvoir calorifique du mélange air-essence s’écarte peu de 85o cal.-kg./m3.
- De même qu’un carburateur est la rencontre d’un tuyau d’essence (gicleur) et d’un tuyau d’air, le mélangeur (fig. 10) est la jonction d’un tuyau de gaz et d’un tuyau d ’e n t r é e d’air.
- 1. Aux allures lentes, le foyer est moins vif et la proportion d’anhydride carbonique peut augmenter.
- Fig. 8. — Epurateur Panhard
- Filtres ( Cages métalliques recouvertes de toile )
- 'Filtre de sécurité
- Cendrier
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- Ce dernier comporte un papillon A de réglage d’air ; en effet, l’air doit être fermé, au moment de l’allumage du foyer (voir plus loin). En marche normale, l’air doit être ouvert aussi largement que possible : on se guide pour cela sur le bruit du moteur ou sur la façon dont il entraîne le véhicule. Il est normal que, après une longue randonnée, on soit obligé de réduire l’air de plus en plus, car le foyer s’est encrassé. Sur la plupart des gazogènes il y a intérêt à réduire l’air au cours d’une longue descente ; en effet, à ce moment le moteur est alimenté comme au ralenti (P presque fermé) et il aspire faiblement, de sorte qu’en fermant l’air, la dépression se fait sentir surtout sur le foyer, qui se maintient assez vif pour que, en arrivant en bas de la côte, il puisse immédiatement fournir le gaz demandé pour la reprise.
- Manœuvres de départ. — Voici la suite des manœuvres à effectuer pour allumer le générateur et
- partir directement au gaz.
- i0 Fermer l’a i r (A), supprimer 1 e ralenti de P, et vérifier que l’accélérateur essence p est fermé ; ouvrir le volet V du venti-1 a t e u r et mettre e n route ce dernier (actionné à main ou électriquement) ; présenter une torche enflammée à
- l’entrée d’air du foyer ; après trois ou quatre minutes, présenter la torche à l’échappement du ventilateur : si le gaz brûle en ronflant, avec une belle flamme bleu ou ronge, le gaz est de bonne qualité ; on peut fermer V et cesser de ventiler.
- 2° Pour lancer le moteur, mettre le contact, donner un peu d’avance à l’allumage, actionner le démarreur en même temps qu’on accélère à fond (sur P, pour que l’aspiration soit aussi forte que possible sur le foyer) et qu’on ouvre l’air A progressivement.
- Le démarrage direct sur le gaz exige une forte batterie et un bon démarreur : il faut que le moteur soit entraîné franchement pour que le foyer, sous son aspiration, puisse immédiatement remplacer le gaz absorbé par le moteur ; le lancement à la. main direc-
- Accélérateur ...S*' à main sur essence Reglage de l’air
- Vers
- le moteur
- ---1 t I \Mèlang,
- VentHateuA 'gaz venant du générateur
- Fig. 10. — Schéma de mélangeur.
- tement sur le gaz est presque impossible, car le moteur ne peut être entraîné assez vivement.
- 3° Régler l’air et l’avance à l’allumage en accélérant puis régler le ralenti de P sans accélérer ; après quelques minutes de route, on reprendra le réglage de l’air et de l’avance.
- Sur la plupart des véhicules, on a conservé la possibilité d’alimenter le moteur à l’essence, pour permettre de petits déplacements du véhicule, ainsi que l’allumage du gazogène en cas de défaillance de la batterie ou du démarreur. Voici, dans ce dernier cas, les manœuvres à effectuer :
- i° Fermer P et A puis réduire au minimum l’avance à l’allumage et lancer le moteur à l’essence en ouvrant légèrement p ; lorsque le moteur est chaud, accélérer légèrement à l’essence, ouvrir un peu P 5 l’aide de la manette de ralenti : le moteur aspire alors sur le carburateur et sur le générateur ; présenter une torche à l’entrée du foyer et la retirer dès que l’on aperçoit un peu de braise rouge.
- 2° Accélérer encore un peu plus à l’essence et quand le moteur est lancé accélérer à fond sur la pédale : le moteur aspire alors très fort sur le foyer qui grandit, mais comme il ne donne pi'esque pas de gaz, le moteur faiblit : lâcher la pédale avant que le moteur soit arrêté et refaire la manœuvre dès que le moteur est de nouveau lancé ; après une dizaine de manœuvres analogues , essayer d’ouvrir l’air A : si le moteur ne faiblit plus, on peut fermer l’essence et effectuer J es réglages d’air, d’avance et de ralenti.
- On peut aussi, lorsque la batterie est un peu faible, préparer le gaz au ventilateur, lan-
- Presse étoupe
- Couvercle
- Tête de
- __ Filtre de
- sécurité
- KL(àhuile)
- Ressort
- Ressort
- Bougie
- filtrante
- serrage
- FU poissé_
- Cône------
- défecteur
- Double fond
- Fond du
- Porte de vidange
- Fig. 9.
- Epurateur Gohin-Poulenc.
- Fig. 11. — Robinet à 3 voies.
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- cér le moteur à l’essence et passer sur le gaz comme il vient d’être dit.
- Les mélangeurs sont en général un peu plus perfectionnés que ne l’indique le schéma de la figure 10. Très souvent, les deux accélérateurs P et p sont solidaires l’un de l’autre et un robinet à trois voies (fig. n) ou des volets conjugués (fig. 12) permettent la marche à 1 essence ou au gaz ou encore une alimentation mixte. Les manœuvres diffèrent peu de celles qui ont été indiquées ci-dessus.
- Parfois aussi le papillon d’accélération P (sur le mélange air-gaz) et le papillon de réglage d’air A sont solidaires, c’est-à-dire qu’ils se ferment et s’ouvrent simultanément mais un dispositif permet de limiter l’ouverture de l’air, et même de bloquer le papillon A dans la position de fermeture au moment de la mise de feu au foyer.
- CONDITIONS A REMPLIR PAR UNE INSTALLATION DE GAZOGÈNE
- Nous avons vu ce que pouvaient être les gaz produits suivant les combustibles employés : pour les utiliser au mieux dans le moteur, l’installation doit répondre à un certain nombre de conditions générales que nous allons indiquer ; on verra par là que les difficultés à vaincre sont nombreuses ; nous dirons qu’elles ne sont pas toutes complètement surmontées.
- i° Le gazogène doit fournir un gaz à pouvoir calorifique élevé et de qualité constante : la transformation du combustible solide en combustible gazeux doit viser à réduire au minimum les composants inertes (anhydride carbonique, azote et vapeur d’eau) : la température du foyer doit être élevée pour faciliter les réductions et dissociations, et la section d’admission d’air étudiée soigneusement.
- 20 Le gazogène doit être puissant et léger : le volume du foyer est fonction de la puissance nécessaire à l’avancement du véhicule ; le constructeur, par une étude soignée des formes, par une large utilisation des métaux légers, pourra concilier ces deux conditions de puissance et de légèreté.
- 3° Le gazogène doit être souple, c’est-à-dire fournir le gaz en quantité proportionnée au régime du moteur, aussi bien à vive allure qu’au ralenti, et surtout permettre le passage rapide d’un régime à l’autre ; or, il faut bien dire que les reprises sont moins énergiques qu’avec l’alimentation à l’essence, car le volume du foyer et par conséquent le débit de gaz, ne peuvent
- varier aussi rapidement que le débit d’un gicleur d’essence, en raison de l’instabilité et de la complexité du processus de gazéification.
- On remarquera d’ailleurs que la constance de la qualité du gaz, la puissance et la souplesse dépendent de la propreté du foyer et des épurateurs : le conducteur a une grosse influence et bien des déboires sont dus à la méconnaissance des exigences des gazogènes, parfois à des négligences.
- 4° Le combustible doit descendre facilement, sans former de voûte au foyer : le tracé du raccordement de la trémie au foyer devra tenir compte du calibre du combustible employé et du talus naturel que celui-ci forme en s’éboulant.
- 5° L’appareil doit être étanche : toute rentrée d’air, soit au foyer, soit aux épurateurs est une cause de diminution de puissance.
- 6° Enfin, les opérations de décrassage du foyer, de nettoyage des filtres doivent pouvoir être effectuées rapidement.
- Il est utile de montrer que les divers types de gazogènes ont ce caractère commun que la plupart des incidents : allumage difficile, manque de puissance, ralenti mal tenu, échauffement de certaines régions, etc. peuvent être attribués à trois causes :
- i° Le combustible :
- a) s’il manque, le feu s’établit à la surface du combustible et la trémie chauffe ; en outre la puissance baisse progressivement ;
- b) si le combustible est d’un calibre trop petit, l’air ne passe pas assez vite, le combustible brûle mal et le moteur est sans puissance ;
- c) si au contraire le combustible est trop gros, l’air circule trop vite, la combustion est incomplète et le foyer produit peu de gaz ; de plus, les gros morceaux arrêtent la descente du combustible : le foyer n’étant plus alimenté, il se forme une voûte qui subsiste jusqu’au moment où une secousse brutale la rompt ; quelquefois, il est nécessaire d’arrêter le véhicule et de briser la voûte avec un ringard ;
- d) si la teneur en eau est exagérée, l’allumage est difficile et la marche est irrégulière, car le foyer est alimenté tantôt avec du combustible mouillé, tantôt avec du combustible sec.
- 20 Le manque d’entretien : si le foyer est encrassé, la production de gaz est insuffisante et le moteur ne tire pas ; parfois l’enveloppe du foyer rougit : ce fait peut se produire si, en un point du foyer, le passage est libre et forme chalumeau ; d’autre part, si les épurateurs sont sales, on conçoit que le gaz ne puisse passer facilement et ici encore, le moteur est sans puissance. Rappelons que si le filtre de sécurité se bouche, le conducteur doit immédiatement vérifier les filtres car ils sont en mauvais état et le moteur peut en souffrir.
- 3° Un gazogène présente toujours un assez grand nombre de portes pour le chargement et le nettoyage. Ces portes doivent être étanches ; si en effet un joint est mauvais, comme la pression intérieure est plus
- Vers le moteur
- Fig. 12. — Volets conjugués.
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- faible que la pression atmosphérique, de l’air entre et provoque toujours une chute de puissance :
- a) si la prise d’air accidentelle a son siège au générateur, l’excès d’air entraîne une production exagérée d’anhydride carbonique : si l’entrée d’air se produit à la porte de chargement, le feu remonte dans la trémie, qui chauffe de plus en plus et parfois il se produit des explosions, sans gravité du reste, dans la trémie ; si le joint défectueux est situé au voisinage du foyer (tuyère mal vissée, porte de cendrier mal fermée, bride du tuyau de départ de gaz mal serrée, etc...), la tôle du foyer rougit, le refroidisseur ne peut remplir son rôle et l’épurateur, qui est normalement tiède, devient brûlant ;
- —............... = 79 =
- b) une prise d’air dans une région froide de l’installation est moins grave : si la prise d’air est importante, le mélange est trop pauvre et le moteur ne peut être lancé ; si elle est faible, le moteur tourne mais sans grande puissance, et notamment, le ralenti est difficile à tenir ; on remarque souvent que, dans ce cas, le papillon d’air A doit être presque fermé.
- On voit, par cette brève analyse des incidents possibles, que le conducteur doit apporter tous ses soins au choix du combustible, à l’entretien des organes et à la confection des joints.
- (à suivre) A. Lepoivre,
- Professeur A. et M. et E. S. B.
- CONSERVATION DES MATIÈRES ALIMENTAIRES
- A FROID
- L’idée de conserver les matières alimentaires remonte fort loin dans l’histoire des sciences appliquées et un grand nombre de savants, parmi lesquels Liebig et Pasteur, pour ne citer que les plus illustres, s’y sont intéressés.
- A noter également que Gay-Lussac écrivait en 1810 les lignes suggestives suivantes : « Les substances végétales ou animales, par leur contact avec l’air, acquièrent promptement une disposition à la putréfaction et à la fermentation ; mais en les exposant à la température de l’eau bouillante, dans des vases bien fermés, l’oxygène absorbé produit une nouvelle combinaison qui n’est plus propre à exciter la fermentation ou la putréfaction, où il devient concret par la chaleur, de la même manière que l’albumine ».
- Avant lui, et dès 1807, l’Anglais Powden brevetait un procédé de fabrication des conserves par exclusion cle l’air.
- En 1810, c’est-à-dire à l’époque où Gay-Lussac écrivait ce que l’on vient de lire, l’allemand Heine mettait les substances à conserver dans des vases dont il enlevait l’air au moyen d’une pompe. Il emplissait ensuite les vases d’un gaz neutre tel que le gaz carbonique ou l’azote.
- En 1823, Pierre Durand brevète l’expulsion de l’air, à chaud, par un trou percé dans le couvercle que l’on ferme ensuite par une goutte de soudure.
- Sartier, en i838, conserve la viande par le vide. Liebig écrit : « Si donc on arrête, à l’aide de la chaleur, la décomposition qu’éprouvent les substances fermentescibles ou putrescibles puis qu’on les mette à l’abri de l’oxygène qui est la cause de leur première altération, ces substances devront se conserver indéfiniment. On voit apparaître ici, comme d’ailleurs avec Durand, la méthode Appert encore appliquée avec succès de nos jours.
- Un peu plus tard, Masson conserve les légumes par dessiccation à chaud et Tellier, en 1870, perfectionne
- le procédé en pratiquant la dessiccation dans le vide en présence de corps absorbants.
- A la même époque, l’américain Lyman conserve la viande dans une atmosphère raréfiée par le vide et où l’air est ensuite remplacé par l’anhydride carbonique ou l’azote.
- Mon regretté ami Xavier Rocques, qui, dans son ouvrage Les industries de conservation des aliments, rappelle les travaux de ses prédécesseurs, les commente en insistant sur ce que « les phénomènes de putréfaction sont si complexes que malgré les multiples recherches de savants remarquables ils ne sont pas encore élucidés ».
- D’autre part, Pasteur a reconnu qu’il existe six espèces de vibrions qui sont autant d’espèces de ferments de putréfaction. « En outre j’ai reconnu, écrit-il, que tous ces vibrions peuvent vivre sans gaz oxygène libre et qu’ils périssent au contact de ce gaz si rien ne les préserve de son action directe ».
- Le problème est donc d’une singulière complexité puisque, en présence d’oxygène, les agents aérobies commencent la destruction de la matière organique et qu’en son absence les anaérobies (vibrions) leur succèdent dans l’œuvre de destruction.
- Toutefois, observons avec Rocques que « si l’air est complètement soustrait et remplacé par du gaz carbonique, s’il ne préexiste pas de vibrions, la putréfaction ne se produit pas mais que s’il y a des vibrions dès l’origine de l’expérience, la putréfaction commence ».
- Cette putréfaction, toutefois, est impossible si l’oxygène est en excès.
- En résumé donc, dans la décomposition organique, il faut distinguer deux temps ; pendant le premier temps, la décomposition débute sous l’influence des anaérobies ; puis viennent les aérobies qui, disposant de l’oxygène de l’air, peuvent pousser les choses plus loin. « Ce sont les gTands finisseurs, écrit Rocques, ils
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- se chargent, le cas échéant, de détruire définitivement les corps produits par les anaérobies ».
- C’est l’étude attentive de ces données théoriques qui m’a conduit, dès 1910, à tenter la conservation des matières alimentaires par les gaz purs extraits de l’air.
- Les procédés Georges Claude venaient de mettre à la disposition des laboratomes de l’oxygène et de l’azote à 99 pour 100 de pureté, rendant ainsi possibles des études plus poussées.
- Mes premiers résultats publiés en 1912 et 1913 portèrent sur la conservation du lait à froid et sans le concours d’antiseptiques chimiques.
- M’inspirant également des travaux de Villon et Genin (i8g3), qui conservaient le lait par compression de gaz non toxiques et peu solubles tels que l’azote, l’hydrogène et le gaz carbonique, et de ceux plus récents de Fjelstrup (1896), d’après lesquels le lait se conservait après avoir subi une première stérilisation d’une 1/2 h. à 70° dans une atmosphère d’azote stérilisé, suivie d’une concentration sous 6 à i5 cm. de mercure à 4o ou 5o° de température, ce qui réduisait son volume des trois quarts, j’entrepris la recherche des mêmes résultats sans chauffage ni concentration, simplement en soumettant le lait au vide (sous 4 à 6 cm. de mercure), cette opération étant suivie d’une saturation prolongée, à froid, par l’azote gazeux pur. Les récipients étaient ensuite scellés à la lampe.
- Les résultats, excellents en certains cas- (20 à 21 jours de conservation parfaite), furent presque nuis dans l’autres expériences.
- Ce phénomène était imputable à l’état physico-biologique du lait au moment du traitement, car il importe certainement de procéder à des expériences sur du lait recueilli aseptiquement au pis même de la vache.
- Le lieu n’est, point ici de relater en détail des recherches qui se poui'suivirent plusieurs années, tantôt avec l’azote seul et à froid, tantôt avec l’oxygène seul, tantôt avec ces deux gaz employés ensemble ou séparément, à chaud ou à froid.
- Il en résulte d’une manière certaine que du lait, préalablement homogénéisé, désaéré ensuite sous vide de manière à en extraire l’oxygène occlus, puis saturé d’azote à refus, toujours à froid, peut se consei'ver plusieurs jours sans aucune altération.
- Je n’hésite pas à livrer aux industriels intéressés un procédé en somme simple, assez peu onéreux et autrement hygiénique que l’emploi des formiates, brom-acétates et autres antiseptiques chimiques, toujours sujets à caution.
- Il faut cependant observer que, parmi les aliments liquides, le lait est de loin le plus difficile à conserver.
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- Dans La Nature du i5 octobre 1940, un intéressant travail du Pr Genevois, décrit, avec maîtrise, les procédés courants de conservation des jus de raisins. Ce
- sujet aussi m’a préoccupé dès l’origine puisque, enfant de la Gironde, le vin est l’industrie ancestrale de mes compatriotes.
- A l’origine de mes recherches, en 1910, je m’appliquai d’abord à la conservation des vins blancs doux, sans fermentation et sans anhydride sulfureux. Les résultats de ces travaux ont été publiés notamment dans le Bulletin de l’Association des chimistes des industries agricoles.
- J’eus même la satisfaction de conserver, pendant toute la guerre 1914-1918, environ i5o g. de fraises des bois dans un flacon laveur dont l’air avait été soigneusement extrait et remplacé par de l’azote sous o kg. 5oo de pression.
- Au bout de 4 ans, les fraises furent dégustées par plusieurs personnes et, sauf la couche inférieure qui était décolorée, tous les fruits étaient en parfait état de conservation.
- A l’occasion de l’étude de la conservation des jus de raisins et des vins, j’eus l’idée de faire revivre les expériences de Jalan-de-Lacroix sur l’allylsénévol et démontrai aisément, à l’occasion d’une communication à la Société des Experts chimistes de France, le i3 juin 1923, que cette substance constitue un excellent antiseptique d’arrêt.
- Un peu plus tard, en octobre 1934, M. Roos, Directeur de la Station œnologique de l’Hérault et son collaborateur M. Hugues, confirmaient mes résultats et démontraient, à leur tour, que des doses d’allylséné-vol oscillant entre 25 et 5o mg par L, assurent la conservation de liquides fermentescibles abandonnés à L'étuve à -f 26° pendant 70 jours et ces savants concluaient : « La stérilisation des moûts frais par l’essence de moutarde (allylsénévol) pourrait donc s’obtenir avec 2 g. 5o de cet agent par hl. ».
- Il y avait là, semble-t-il, une voie à suivre car j’ai prouvé que, convenablement rectifiée, l’essence de moutarde ne confère, à ces doses, aucun goût étranger aux liquides traités.
- Malgré ces avantages certains qui firent autoriser l’emploi de cet antiseptique par l’Italie et l’Espagne, les autorités françaises de l’époque ne jugèrent pas devoir suivre la même voie.
- Depuis, on a préféré autoriser l’emploi des brom-acétales qui sont loin, à mon avis, de présenter les mêmes avantages.
- Devant cette opposition administrative, je repris les expériences avec l’azote qui s’est toujours montré efficace s’il est convenablement employé et si jusqu’ici les résultats avec les aliments solides, la viande notamment, et également avec le lait, ne peuvent être considérés comme absolus, il n’en va pas de même avec les jus de fruits.
- Si ceux-ci sont entièrement débarrassés de l’air occlus par un vide suffisant et que l’on ait soin de remplacer cette atmosphère par de l’azote diffusé et sous légère pression, si, au surplus, le liquide à conserver est strictement enclos dans des vases de conserve sous pression légère (0,200 à o,5oo atm.) d’azote,
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- et hoi’s de tout nouveau contact avec l’air, sa conservation indéfinie est assurée.
- Des expériences de contrôle, entreprises en collaboration avec mon confrère et ami le D1' Rodillon, sont catégoriques à cet égard.
- Ce procédé, qui pourrait être exploité commercialement si un brevet avait été pris, je considère comme un élémentaire devoir, en ces temps critiques, de le i'endre public.
- Voici en quoi il consiste :
- On provoque d’abord l’éviction totale de l’air occlus, au moyen d’un vide plus ou moins poussé ; puis, dans le même appareil, sans aucun contact nouveau avec l’air, on diffuse de l’azote pur gazeux dans le liquide à traiter de manière à remplacer par ce gaz abiogénique la totalité de l’air occlus.
- Finalement, on laisse se dégager un excès d’azote jusqu’à obtenir une légère surpression (0,2 à o,5 atm.). Cette surpression constitue une simple garantie.
- Le croquis ci-contre (fig. 1) représente un appareil d’essai :
- A est un cylindre en acier émaillé, de capacité correspondant au volume à traiter. L’appareil d’essai était de 63 1. 58 de capacité.
- B est un dispositif favorisant le brassage du liquide en traitement sous l’influence conjuguée du vide et de la chasse gazeuse.
- C est une tuyère formant trompe d’injection, elle est commandée par la vanne r1.
- D et D7 sont des bougies poreuses, en porcelaine ou en verre fritté par lesquelles s’effectue la diffusion de l’azote.
- E est la tubulure reliée au vide. Elle est commandée par la vanne r.
- F est la tubulure d’évacuation des liquides traités, le robinet r2 la commande.
- Enfin G et G7 sont respectivement les manomètres de pression et de vide.
- Un regard et une soupape de sûreté, non figurés, complètent l’ensemble.
- La figure 2 montre le dispositif de montage des bougies de diffusion sur leur nourrice.
- Le fonctionnement fort simple de ce saturateur est le suivant :
- C étant en relation, d’une part, avec une arrivée de jus à traiter et, d’autre part, avec un tube d’azote comprimé, si l’on ouvre très légèrement la tubulure de vide r2, le jus, sous la double action du vide et de la pression d’azote, se précipite avec force vers B où un tourbillon violent s’établit au cours duquel une première émulsion du jus avec l’azote a lieu, émulsion passagère qui cessera lorsque fermant r1 seule l’action du vide sera maintenue jusqu’à 3 cm. de mercure, par exemple.
- Pendant cette succion, l’air occlus et l’azote sont expulsés ensemble mais l’expérience prouve que la présence d’un important volume de ce dernier gaz, déjà partiellement occlus, aide à l’éviction de l’air par entraînement mécanique.
- Lorsque l’on juge l’air complètement évacué, ce
- que l’on peut contrôler par l’action des gaz sortants sur des matières facilement oxydables, on supprime le vide en fermant r2 et on ouvre l’arrivée d’azote pai les bougies DD7.
- Il se produit alors une lente diffusion par les fins canaux des bougies. L’azote va saturer la masse entière du liquide et remplacer partout, par une atmosphère absolument inviable aux aérobies, l’air évincé.
- Dès ce moment, le liquide est pratiquement stérile, au moins lorsqu’il s’agit de jus de fruits, de jus de raisins tout particulièrement, où les aérobies sont seuls à craindre.
- L’expérience enseigne que des jus ainsi traités, mis en étuve à + 25° ou 270 demeurent indéfiniment intacts.
- Les vitamines ne sont pas atteintes et aucun goût étranger ne peut être relevé.
- On peut accentuer les précautions en pratiquant, par exemple, plusieurs dégazages successifs suivis d’autant de saturations à l’azote. On a conseillé également une filtration stérilisante préalable.
- Bien que, théoriquement, cette précaution soit excellente, elle peut présenter des inconvénients lorsque, par exemple, on veut conserver dans le jus une certaine quantité des cellules des fruits traités : jus d’ananas, de raisins, etc.
- J’ajoute que, si la méthode décrite est bien appliquée, la filtration préalable est inutile. Un simple tamisage pour éviter des boues risquant d’obstruer les orifices des tubulures et des bougies de diffusion est seul à recommander.
- Il va sans dire que si les liquides traités doivent être conservés dans des vases (bouteilles, flacons, etc.) le transvasement doit se faire en atmosphère d’azote, sans aucun contact avec l’air, les récipients de garde devant eux-mêmes être vidés d’air au préalable.
- L’industrie fabrique, du reste, couramment des appareils de ce genre.
- Enfin, au
- bout d un pjg | ct o. — Appareil Malvczin pour le
- certain traitement des liquides par l’azote gazeux.
- temps d e contact avec l’azote, si la qualité du produit l’exige, on peut remplacer ce gaz par du gaz carbonique en procédant de manière identique.
- O b s e r-vons e n terminant que cette
- Tuyère de
- Jus traité
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- méthode est certainement applicable aux aliments solides : viandes, poissons, fruits entiers ; il suffirait de prendre les précautions propres à éliminer les aérobies et à assurer la pénétration des gaz abiogéniques assez profondément dans les tissus organisés ; nous en reparlerons, sans doute, un jour.
- En tout cas, il est agréable de constater que l’on peut se passer des antiseptiques chimiques dans la conservation des produits alimentaires tout particulièrement destinés aux organismes délicats ou malades,
- comme le sont les jus de raisins et de légumes, par exemple.
- Enfin, il est réconfortant de penser que le lait lui-même est justiciable d’une méthode saine, peu onéreuse et qui, peut-être, pourra se substituer un jour partiellement au froid, lorsqu’elle aura été parfaitement mise au point.
- P. Malvezin,
- Professeur à l’École « Scientia ».
- L'APTERYX
- Quand le naturaliste Shaw donna en 1812, une description et des dessins d’un oiseau étrange dont le commandant de « la Providence » lui avait apporté la dépouille, beaucoup crurent à une ci’éation fabuleuse. Les zoologistes restèrent incrédules, ne voulant voir dans cet animal inconnu que quelque manchot ou pingouin dont les caractères physiques auraient été dénaturés ou exagérés. Il est vrai qu’il y avait quelque peu de fantaisie dans le récit et les dessins de cet être que Shaw avait appelé l’Oiseau sans ailes ou Aptéryx.
- Mais plus tard, en x833, Lord Derby qui avait reçu de Shaw le précieux spécimen, en fit faire par Yarrell une description plus complète que la première et une figure plus conforme à la réalité.
- Entre temps, on apportait en Angleterre cinq Aptéryx Avivants : trois furent conservés avec soin, les deux autres servirent à des études anatomiques.
- L’Aptéryx, spécial à l’archipel de la Nouvelle-Zélande et à la Tasmanie, est le seul représentant d’un groupe important d’oiseaux dont les naturalistes modernes
- Fig. 1. — L'Aptéryx de Maniell-
- ont composé l’ordre des Aptérygiformes et qui comprend outre le genre Aptéryx, les deux genres fossiles ou éteints, Dinornis et Aepyornis, dont certaines espèces atteignaient 4 ni. de haut. A côté de ces géants, proches parents des Autruches et des Nandous, l’Ap-leryx devait paraître un nain puisque sa taille ordinaire est à peu près celle d’une grosse poule.
- Sa physionomie générale est assez bizarre.
- Ce qui frappe à première vue est son bec très long, ses pattes courtes et épaisses, ses plumes ayant l’apparence de longs poils, son absence d’ailes et de queue.
- En l’examinant en détail, on voit qu’il a des rudiments d’ailes, moignons de 4 ou 5 cm. complètement cachés par les longues plumes effilées, rudes, tombantes, garnies de barbules espacées et formant comme un manteau de fourrure. Sur le cou et la tête, les plumes sont d’aspect laineux et à la base du bec se dressent de longs poils comme des moustaches de chat. Les pattes très fortes et dénudées sont terminées par quatre doigts dont les trois antérieurs sont armés d’ongles robustes et acérés et dont le postérieur plus court ne repose pas sur le sol. De tels membres sont faits pour une course rapide et étendue. Le bec rappelle celui des Ibis ou des Bécasses : très allongé, un peu mou, il s’amincit peu à peu depuis la base et se recourbe à la pointe près de laquelle s’ouvrent les deux trous des narines communiquant avec deux longs sillons creusés dans la mandibule supérieure.
- L’oiseau, dont nous venons de faire le portrait, est nocturne. Il se tient tout le jour blotti dans les broussailles des grandes plaines incultes, dans les trous des rochers, sous les touffes des plantes marécageuses qui abondent dans les grands bois humides et sous les Métrosidères (Metrosideros robusta, M. lucida), les « Ratas » des indigènes, myrtes grimpants qui laissent retomber jusqu’à terre et d’une hauteur de trente mètres, leurs prodigieuses racines en forme de câbles ouvrant entre elles des cavités profondes. C’est la nuit que les Aptéryx sortent de ces retraites pour aller à la recherche de leur nourriture qui consiste en vers, petits mollusques, larves de coléoptères, chenilles ou araignées. Courant avec grande
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- rapidité, ils se glissent entre les tiges, sous les feuilles des fougères, fouillant la terre molle de leur long bec en porte-plume dont les narines terminales leur sont plus précieuses que leurs petits yeux. Dès qu’ils ont senti la présence d’un insecte dans le sol marécageux, ils enfoncent d’un seul coup leurs deux mandibules à la manière des Courlis et des Bécasses et extraient leur proie avec dextérité.
- C’est dans un trou grossièrement garni de mousse que la femelle de l’Aptéryx dépose un œuf blanc, très gros par rapport au corps de l’oiseau.
- On connaît trois espèces distinctes d’Apteryx. Dans les îles de la Nomœlle-Zélande on trouve l’Ajheryx de Mantell (/l. Mantelli). C’est l’Aptéryx austral de Shaw. Son plumage est brun avec reflets argentés sur le cou. Une seconde espèce vit en Tasmanie ; le naturaliste Gould le dédia à l’illustre anatomiste Owen (Aptéryx Oweni). Son bec est moins long, son plumage est brun clair varié de brun foncé et de gris. On a signalé enfin une troisième espèce, le Grand Aptéryx (A. maximus) ou Roaroa de la Nouvelle-Zélande, mais elle est extrêmement rare, peut-être meme déjà éteinte.
- Ces curieux oiseaux ne vivent pas en troupes : on les rencontre par paires. Leur cri, pendant la nuit ressemble à un sifflement fort et prolongé. Les indigènes le traduisent par Kiwi-Kiwi et font de cette onomatopée le nom de l’oiseau.
- C’est ce cri qu’ils imitent quand ils veulent attirer les Aptéryx afin de s’en emparer, ce qu’ils font soit avec l’aide de leurs petits chiens spécialement dressés, soit en les éblouissant avec des torches enflammées brusquement découvertes. Une fuite extrêmement rapide vers un trou profond peut quelquefois sauver l'oiseau qui, quand il est renversé par les chiens peut encore se défendre vigoureusement en l'amenant ses pattes sur son corps et en les projetant avec force contre son adversaire.
- On chasse les Aptéryx pour leur chair qui est, paraît-il, très bonne et semblable comme goût à celle du bœuf. On les chasse aussi pour leurs plumes qui,
- Fig. 2. — L’Aptéryx s’élançant pour la course, d’après un croquis de Werner, fait, au Jardin des Plantes en 1842.
- cousues sur des tissus de lin indigène servent à fabriquer des nattés précieuses.
- Mais cette chasse n’a rien de comparable avec celles que livrèrent autrefois les hommes primitifs aux grands oiseaux voisins des Aptéryx qu’ils rencontrèrent dans les épaisses forêts de la Nouvelle-Zélande. Les énormes Dinornis succombèrent en grand nombre et disparurent peu à peu. Les Néo-Zélandais se souviennent encore des traditionnels récits de leurs ancêti'es concernant les « Moas » parés, disaient-ils, de brillantes couleurs et dont on ne retrouve plus aujourd’hui que les œufs et les ossements gigantesques. La grandeur, la démarche lourde et le'' caractère craintif de ces oiseaux géants facilitèrent leur perte.
- Les Aptéryx échappèrent en partie à cette destruction grâce à leur petite taille, à leurs habitudes nocturnes mais un moment viendra où, confinés dans des îles de plus en plus peuplées et se reproduisant de moins en moins facilement, ils ne seront plus représentés que par quelques individus de parc ou de ménagerie.
- En i84o, — c’est un centenaire zoologique à noter, — le Jardin des Plantes de Paris recevait, de l’illustre explorateur Dumont d’Urville, deux Aptéryx qui ne vécurent pas longtemps.
- En 1893, ils furent remplacés par un invidu de la même espèce. Celui-ci fut le héros d’une amusante aventure que conta l’ornithologiste E. Oustalet dans La Nature (n° 1090, du 21 avril 1894).
- Obstinément caché aux yeux des visiteurs, cet Aptéryx ne quitta pas, pendant plusieurs mois, un sombre petit réduit de sa cage. Soudain il disparut. On était au commencement de septembre. Malgré de minutieuses recherches, on ne le trouva pas. On le crut perdu, dévoré par un chat. Mais dans la nuit du 4 au 5 mars 1894, un veilleur d’une galerie en construction du Muséum, aperçut une bête étrange qui courait sur la chaussée de la rue Buffon. Il lança son chien qui, par une manœuvre habile, le rabat-
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- lit, non sans avoir reçu quelques égratignures, vers le jardin où la bête se réfugia sous un tas de broussailles. Le gardien parvint à l’y capturer, l’attacha par une patte dans une cahute et le lendemain matin prévint le Directeur du Muséum auquel il lit de sa capture le portrait suivant aussi exact que pittoresque :
- « C’est une sorte d’autruche pas plus grosse qu’une poule ayant le derrière d’un lapin, des pattes courtes et un bec de bécasse ».
- Le Directeur reconnut aussitôt l’oiseau qu’il regrettait tant et lui fit réintégrer sa volière.
- Pendant plus de cinq mois et en plein hiver, cet Aptéryx, remarque M. Oustalet, avait donc vécu entièrement libre. Ce qui prouve qu’il pourrait sans doute se plier aux conditions de notre climat et vivre dans les parcs sans soins spéciaux.
- Ce serait en effet le moyen d’éviter la disparition d’une espèce aux caractères archaïques très remarquables, fatalement appelée à rejoindre l’immense ossuaire où sont déjà rassemblées tant de formes éteintes.
- G. d’àguilar.
- COMMENT SE CHAUFFER (».v«) (>)
- LE CHAUFFAGE CULINAIRE
- L’hiver va finir. Les poêles qu’on avait pu allumer vont s’éteindre, privant les ménagères d’une source de chaleur qui donnait l’eau bouillante en abondance et permettait les lentes codions de légumes secs, de pots-au-feu, de viandes au jus bien mitonnées. Les légumes frais reparaissent heureusement dont la cuisson est plus rapide. C’est le moment de considérer le chauffage culinaire à part du chauffage domestique et d’en rappeler l’économie.
- Beaucoup d’aliments ne pourraient être mangés crus : la cuisson les ramollit, les désagrège, les gélatinise, les coagule ; elle change ou développe leur saveur et leur parfum ; elle les stérilise aussi plus ou moins, détruisant les micro-organismes existant toujours en surface. Enfin, bien peu d’hommes supporteraient longtemps de tout consommer froid, même cuit. La cuisine est donc une nécessité, et elle oblige à faire du feu, à chauffer au moins deux fois par jour, tous les jours, été comme hiver.
- Le chauffage culinaire est plus simple que le chauffage domestique. Il s’agit seulement d’un petit volume, quelques litres au plus, à échauffer ou à porter à l’ébullition; le fluide transmetteur de chaleur est le plus souvent l’eau, bien meilleur conducteur que l’air; enfin il n’est plus souci de ventilation, d’air pur, de respiration.
- Des quatre modes de cuisson que Pozerski de Pomiane énumérait encore récemment devant l’Académie de Médecine (1 2), la cuisson à la graisse ou friture est limitée par la pénurie de matières grasses et il ne reste guère que la cuisson à l’eau, celle à la vapeur ou étouffée, celle à la chaleur sèche : grillade et rôti. La dernière s’applique aux viandes et à certains poissons, quand on en a. Les deux précédentes seules peuvent être couramment employées, agrémentées de sauces, de liaisons où doit s’exercer tout l’art de la cuisinière.
- Nous laisserons de côté les questions de la <c gastrotechnie » pour nous en tenir uniquement au chauffage culinaire, en chercher l’économie, indiquer les fautes les plus communes à ne pas commettre.
- Le poêle éteint, il ne reste plus guère d’utilisables que le gaz, dans la limite où il est contingenté, et l’électricité. Tous deux ont l’avantage de chauffer instantanément, par la simple manoeuvre d’un robinet ou d’un bouton, et de se régler avec toute la souplesse qu’on désire. Pour des masses de
- 1. Voir La Nature, nos 3063 à 3066.
- 2. E. Pozerski de Pomiane. La technique culinaire actuelle et les aliments de remplacement. Bull. Acacl. Médecine, t. 123, 26 novembre 1940.
- petit volume, s’échauffant et sc refroidissant rapidement, c’est un avantage considérable, dont il convient de tirer tout le profit.
- Dans les cuisinières, la chaleur se transmet par conduction au fond de la casserole ou de la marmite, posée sur la plaque du fourneau ou léchée par les flammes du gaz, l’air chaud montant de la résistance électrique. Le récipient absorbe la chaleur par sa face externe et la transmet par l’interne; celle traversée est d’autant plus rapide que le récipient est moins épais et meilleur conducteur ; les casseroles métalliques chauffent donc plus vite que les marmites en terre; celles en cuivre, en aluminium, en nickel portent l’eau à l’ébullition plus rapidement que celles en tôle émaillée, et surtout celles en terre. Les casseroles métalliques « attachent » moins facilement que les pots en terre et on sait qu’on ne peut faire des confitures ou des marrons glacés, sans les brûler, que dans des bassines en cuivre de large surface.
- Le récipient, en s’échauffant, rayonne de la chaleur vers l’extérieur, d’autant plus qu’il est plus sombre et moins poli. Une casserole d’aluminium bien astiquée perd moins de calories qu’une cocotte en fonte.
- L’air échauffé monte autour du vase, l’enveloppe et l’écliauffe latéralement. Il faut donc que le foyer soit toujours plus petit que le récipient qu’on y pose. Il est inutile d’allumer la couronne extérieure d’un réchaud à gaz quand on y met une petite casserole, une bouillotte à fond étroit ; les flammes ne doivent jamais être visibles autour du fond. On a imaginé divers récipients ayant des ailettes comme des radiateurs et des chemises en fer blanc recouvrant les casseroles pour augmenter la surface d’échauffement, mais les difficultés de nettoyage ont arrêté leur généralisation.
- Dans le récipient, l’eau s’échauffe surtout par convection ; des courants s’y établissent, l’eau chaude montant vers la surface, l’eau froide descendant vers le fond; ces courants se révèlent par les particules légères qu’ils entraînent.
- La surface libre de l’eau émet de la vapeur, d’.autant plus que la température s’élève. Or, il ne faut pas oublier l’énorme perle de calories que cause la vaporisation (un litre d’eau à ioo° absorbe 537 G. en se transformant en vapeur). Il y a donc grand intérêt à la supprimer en mettant un couvercle. L’atmosphère ainsi limitée se salure vite et arrête l’évaporation. On y gagne en plus de ne pas provoquer de buées.
- La forme et la capacité des ustensiles de cuisine doivent être appropriées à leur emploi ; on ne chauffe pas un verre d’eau dans une casserole de 5 1. ; on choisira plutôt une bouilloire large qu’un cruchon étroit pour faire bouillir un litre d’eau. En cuisine, il est bon que l’eau affleure juste
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- au-dessus des aliments qui y trempent, à moins qu’on ne veuille utiliser l’excédent d’eau de cuisson comme potage.
- Les codions lentes sont plus économiques sur un fourneau à houille qu’au gaz ou à l’électricité; les codions rapides, les rôtis, les grillades se font de préférence sur un appareil inlermillenl, ne fonctionnant que juste le temps nécessaire.
- Le fourneau ne doit servir que pour les cuissons prolongées de plats nombreux; il a sa raison d’être dans les restaurants, écoles, hôpitaux, collectivités de toutes sortes. A la maison familiale, on ne l’allumera que certains jours et on l’utilisera au mieux en choisissant ces jours-là pour la lessive, le repassage en même temps que la préparation du plus grand nombre possible de plats à longue cuisson.
- Réchauds à gaz. — Le premier réchaud à gaz date en France de i83q, mais il ne se généralisa qu'après 1860, quand les usines à gaz se multiplièrent et que les canalisations furent maintenues en charge permanente. Aujourd’hui, on en trouve partout, même là où la distribution de gaz manque, depuis que la vente du butane en réservoirs s’est répandue.
- Le succès des réchauds à gaz s’explique par leur commodité : pas d’approvisionnement ni de transport de combustible ; pas de résidus à évacuer; allumage instantané, simplement en présentant une allumette enflammée et extinction non moins rapide ; réglage de l’intensité du feu par la seule manœuvre d’un robinet ; encombrement réduit et suppression du tuyau de fumée.
- A quantité égale de calories, le gaz est plus cher que le charbon, mais il compense largement cette infériorité par sa meilleure utilisation quand il s’agit de préparer un petit nombre de plats de cuisson rapide.
- Les réchauds à gaz actuels comportent un bâti de fonte le long duquel est fixée une rampe en cuivre creux reliée au robinet de prise de gaz fixé au mur. La liaison est établie par un tube souple, de caoutchouc nu ou protégé par une armature métallique. Ce tube s’altère à la longue et devient cassant, surtout s’il reçoit des gouttes de graisse fondue. Aussi une bonne précaution est-elle d’en surveiller l’état et surtout de prendre l’habitude de toujours fermer le gaz en amont du tube souple, pour éviter les dangers d’asphyxie et d’explosion.
- Selon les modèles, le réchaud comporte un feu ou plus souvent deux foyers de débit différent et un four avec rampe inférieure et rampe supérieure pour les rôtis et les grillades. Dans chaque foyer, le gaz sort par un injecteur dans la queue d’une couronne de fonte percée de trous où il entraîne un volume d’air suffisant pour brûler en flamme bleue. La plupart des modèles actuels sont normalisés et même contrôlés par l’Association technique du gaz (A. T. G.) dont ils portent l’estampille ; notamment, le rapport des entrées de gaz et d’air est particulièrement étudié, de même qu’est fixée la distance optimale entre les brûleurs et les supports des récipients.
- L’intervention de la cuisinière se borne donc à l’allumage et à l’extinction. Mais elle peut trouver de sensibles économies à bien savoir conduire le feu. D’abord, rappelons-le, les récipients doivent toujours être bien plus larges que la couronne de flammes et munis d’un couvercle. Et puis, il est inutile de laisser constamment le gaz brûler en grand, robinet tout ouvert. On a bénéfice à l’ouvrir au maximum au début du chauffage, mais on doit diminuer la flamme dès que commence l’ébullition. La cuisson ne se fait pas plus vite à grand feu qu’à petit feu, puisque la température reste à ioo° tant qu’il y a de l’eau dans la casserole ; l’excédent de chaleur fournie sert uniquement à vaporiser l’eau qui va mouiller toute la cuisine. Un autre gaspillage fréquent con-
- =...............== -... 85 =
- sisle à laisser le gaz brûler à vide, après qu’on a retiré un plat du fourneau.
- Tout le secret de Fécohomie du chauffage culinaire au gaz réside dans la maœuvre des robinets, le choix des récipients, l’emploi de couvercles. On y trouvera son compte puisque le gaz est un combustible cher et qu’il est actuellement parcimonieusement mesuré.
- Les réchauds ordinaires, ouverts en grand, consomment en moyenne par heure :
- Petite couronne .... i5o 1.
- Grande couronne............................ 3oo —
- Grand foyer (les 2 couronnes allumées). 45o —
- Petit foyer à une couronne................. 25o —
- Rôtissoire................................. 450 —
- On compte de 35 à 60 litres pour porter un litre d’eau à l’ébullition selon la forme de la casserole, le volume à chauffer, l’intensité du feu, etc.
- Le rendement du réchaud à gaz varie de 35 à 5o pour 100.
- Cuisinières électriques. — On commençait à peine en France, avant la guerre de 1914, à mettre en vente de petits appareils de chauffage électrique : bouilloires, théières, grille-pain, chauffe-plats et même réchauds. Mais les tarifs de l’énergie électrique étaient tels que ces objets ménagers idilcs ne se répandaient guère. Depuis une dizaine d’années, l’accord de tarifs spéciaux par les sociétés de distribution d’électricité en a multiplié l’usage en même temps que celui des cuisinières électriques. Branchées sur le courant de force, celles-ci chauffent soit par conduction seule à partir de plaques de fonte obscure dans lesquelles une résistance forme la source de chaleur, soit par conduction et rayonnement au moyen de résistances portées au rouge, nues ou enrobées. Les résistances lumineuses conviennent mieux aux ustensiles ordinaires, les plaques chauffantes aux récipients spéciaux à fond rodé.
- Beaucoun de — Vitesse de refroidissement d’une
- 1 marmite ordinaire et d’une marmite
- cuisinières ont
- aussi un four, bien calorifugé, qui peut servir à rôtir ou à maintenir longtemps chauds les plats déjà cuits et cuisinés.
- La cuisinière électrique est un appareil de chauffage parfait, à grand rendement, qui ne souille pas l’atmosphère et ne consomme pas d’oxygène. Mais c’est un chauffage si dispendieux qu’il ne convient qu’aux cuissons rapides. Bien entendu, les remarques faites à
- propos de la cui- Ot 2 3 4 5 6, 7 8 9 /O
- sinière à gaz s’y Temps en- heures
- norvégienne.
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- Entrée évasée chefauto- cu/seur
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- -Semences Coussins Etoffe chaude
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- pour
- appliquent strictement : les récipients doivent déborder largement la pla-q u e chauf-utiliser au
- mieux les calories qu’elle dégage ; les casseroles doivent être de cuivre ou d’aluminium et couvertes ; l’ébullition obtenue, il faut réduire l’allure de marche ; et même il faut couper le courant quelques minutes avant la fin de la cuisson pour utiliser la chaleur accumulée dans la partie chauffante. »
- Certains appareils électriques : bouilloires, cafetières, théières ont une résistance chauffante fixée au fond qui permet leur emploi n’importe où l’on dispose d’une prise de courant.
- Fig. 2. — La marmite norvégienne.
- Les appareils électriques ont été normalisés et la plupart portent la marque AP-EL de l’Union des syndicats d’électricité.
- L’heclowatt d’électricité dégage seulement 86 calories, soit à peu près autant que xo grammes d’antliracite.
- Marmite norvégienne. — Les poêles éteints, la cuisinière allumée rarement, les chauffages au gaz et à l’électricité ne permettent économiquement que des cuisines rapides. Heureusement, la marmite norvégienne est là qui sauve la situation. La guerre de 1914 avait vulgai’isé. ce moyen de cuire longtemps sans beaucoup de feu ; les circonstances actuelles l’ont fait renaîti-e. Depuis longtemps, on avait l’habitude, dans les campagnes, de placer la soupe sous l’édredon pour la maintenir chaude jusqu’à la renti'ée des travailleurs. La marmite norvégienne est un édredon entourant de toutes parts la marmite qu’on a fait chauffer préalablement jusqu’à l’ébullition. Elle ralentit beaucoup le refroidis-sernent et permet une cuisson prolongée après un court chauffage au gaz ou à l’électi'icité.
- Le tout est qu’elle soit bien construite et bien employée. Plus l’enveloppe est épaisse, plus elle reste sèche, et plus elle est isolante. Le refx’oidissement est aussi d’autant plus lent que la masse intérieure est plus grande et qu’elle occupe toute la capacité.
- La plus simple des marmites norvégiennes est celle qu’on réalise chez soi par ses pi'opi'es moyens, en empruntant à la maison les objets nécessaires. Une caisse en bois, un carton à chapeau, un vieux seau en métal peut servir d’enveloppe extérieure ; on la remplit d’un corps mauvais conducteur de la chaleur, tel que du papier froissé, des copeaux, des chiffons, des bouchons hachés, de la sciure, des cendres; on tasse bien l’isolant sur le fond et sur les bords de manière qu’il soit pai’tout aussi épais et aussi homogène que possible (son épaisseur doit être de plusieurs centimètres) et qu’il laisse au milieu un espace vide juste suffisant pour y loger la mar-
- mite. Pour maintenir l’isolant en place, on le recouvre d’une étoffe, de carton ou de bois, de préférence imperméabilisé à l’eau et à la vapeur d’eau, qui forme la paroi intérieure. Il ne reste qu’à fabriquer un couvercle fermant aussi bien que possible : plusieurs coussins bourrés de matièi’e isolante font l’affaire, sur lesquels on appuie un couvercle fermant presque hermétiquement, au mieux ajusté et débordant sur les côtés qu’il recouvre en partie.
- La maimite pleine et bouillante est introduite dans son logement et aussitôt coiffée des coussins et du couvercle. On n’ouvre que plusieurs heures après, à l’instant du repas. On peut ainsi préparer le soir le déjeuner du lendemain ou le matin le dîner du soir.
- Deux précautions sont à prendre : remettre la marmite sur le feu jusqu’à nouvelle ébullition avant de servir, pour stéi'iliser les mets ; éviter de mouiller l’enveloppe isolante et même l’aérer après usage pour que l’humidité s’en échappe. La marmite norvégienne doit rester ouverte tout le temps qu’elle ne sert pas.
- On trouve des marmites en aluminium, cylindriques, à fond plat, dont le couvercle plat est tenu par deux poignées latérales basculantes. On peut ainsi remplacer la marmite de 5 1. par deux autres de 3 et de 2 L, permettant de cuire deux plats différents à la fois ; mais il est nécessaire d’employer alors les deux marmites pleines simultanément.
- De nombreux modèles existent dans le commerce entre lesquels le. choix peut être guidé par l’épaisseur de l’isolement et l’étanchéité de la surface intérieure.
- On a aussi proposé divers perfectionnements plus ou moins recommandables. Il y a longtemps déjà, on avait imaginé d’enfermer dans l’enveloppe isolante, sous la marmite, des disques de fonte chauffés vers 200° pour préparer non seulement des bouillis, mais des rôtis; c’est une complication bien inutile. On a vu aussi à la fin de la précédente guei're des marmites norvégiennes enveloppant un brûleur à gaz, avec un trou pour la sortie des gaz bi’ûlés, pour échauffer contenant et contenu. On trouve actuellement des marmites norvégiennes avec chauffage intérieur électrique. Mais l’expérience prouve qu’on peut très bien se passer de ces divers réchauffements.
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- Un mot en terminant des cuiseurs rapides sous pression qu’on vit en grand nombre il y a quelques années aux Salons des arts ménagers. Ils renouvellent la marmite de Papin et permettent d’abréger notablement le temps de cuisson en opérant au-dessus de ioo°. Ils sont obligatoii’e-ment munis d’une soupape de sûreté qui s’ouvre automatiquement quand la température s’élève trop et que la pression devient dangereuse. On leur reproche leur température trop haute qui détruit les vitamines les plus fragiles des aliments.
- H. Legendre.
- Les figures illustrant cet article sont extraites de : R. Legendre et A. Thevenin. Comment économiser le chauffage domestique et culinairet Masson et Cie, Paris, 1918.
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- : BULLETIN ASTRONOMIQUE i
- LA VOUTE CÉLESTE DU 15 AVRIL AU 31 MAI 1941
- Période très défavorable pour l’observation des planètes, car presque toutes se trouvent perdues dans l’irradiation solaire. Au point de vue de leurs marches apparentes, il faut signaler le fait rare que Mercure, Vénus, Jupiter et Uranus se trouveront en conjonction dans la journée du n mai, à proximité du Soleil ; cette dernière circonstance étant très regrettable, car on aurait pu constater alors Vénus passant le matin à 5/ seulement au S. d’Uranus et le soir à 28' au N. de Jupiter, tandis que Mercure sera plus écarté à ses successifs passages au-dessus de ses voisines. A titre de curiosité, nous donnons ici le schéma d’un si remarquable groupement.
- Signalons également la deuxième occultation de la série des cinq d’Aldébaran ayant lieu celte année; mais elle sera d’une bien difficile observation, en France du moins, car on verra seulement l’émersion sc produisant au bord du fin croissant lunaire noyé dans la clarté diurne et à peu de hauteur au-dessus de l’horizon.
- Toutes les heures sont données en temps universel (T. U.) compté de ou (minuit) à 24h ; on devra infliger les corrections nécessaires suivant l’heure utilisée aux lieux d’observation.
- I. — So/eil. — Du i5 avril au 3i mai, le Soleil remontera en déclinaison de + 9°43/ à + 2i°54/. La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) s’allonge considérablement : pour Paris, où elle est de i3h38m le i5 avril, elle atteint i4h3im le ier mai et i5h48m le 3i. Pour Paris également et à ces mômes dates, le crépuscule civil dure respectivement, 34, 3G et 4am ; le crépuscule astronomique prend lin seulement 2h, 2hi5m et 2h3om après le coucher du Soleil. Rappelons que la durée du crépuscule astronomique s’exagère davantage à ' mesure qu’on s’élève vers le N. et qu’à partir du 55° de latitude, la nuit réelle ne se fait plus dès la première quinzaine de mai.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours : Avril : 16 = nh5om3is ; 21 = nh49ra23s; 26 = Mai :
- 1er = nh47œ43s; 7 = nh47mi2s; 11 = nh46œ56s; 16 = iih46m538 ; 21 = nh47m5s; 26 = nh47m3os; 31 = nh47m59s.
- Observations physiques. — Pour les observations que l’on effectuera chaque jour de beau temps, voici les éphémérides permettant l’orientation des dessins ou photographies du disque solaire :
- Date (o'>) P B0 L»
- Avril i5 — 26,16 — 5,57 9«°43
- — 20 25, 18 — 5,i6 32,4o
- — 25 25,21 — 4,7* 326,34
- — 3o — 24.46 — 4,22 260,28
- Mai 5 — 23,53 — 3,71 >94»19
- — 10 — 22,42 — 3,17 128,08
- — i5 — 21,14 — 2,61 61,96
- — 20 — 19,70 — 2,04 355,82
- — 25 — 18.10 -1,45 289,67
- — 3o — i6,35 — 0,85 223,52
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. — Jusqu’au milieu de mai on pourra rechercher le soir la lumière zodiacale, dont les conditions de visibilité pour nos latitudes sont au maximum favorables en mars et avril. L’absence de la Lune étant nécessaire, c’est, pour la période actuelle, pendant la seconde quinzaine d’avril, et jusqu’au 28, qu’on observera au mieux à l’W. cette douce clarté, dès le crépuscule finissant. C’est également à la fin d’avril qu’on pourra essayer de découvrir la lueur antisolaire entre la Vierge et la Balance.
- IL — Lune. — Dates des phases :
- D. 0. le 18 Avril, à i3h 3m N. L. le 26 — à i3h23m P. Q. le 4 Mai à i2h49m
- P. L. le 11 Mai, à 5hi5® D. Q. le 18 — à ihi7m N. L. le 26 — à 5hi8m
- ASTRE Date : Lever Passage Coucher Ascen- Déclinai- Diamètre Constellation VISIBILITÉ
- à Paris au méridien de Paris à Paris sion droite son apparent et étoile voisine
- i5 Avril 5h 2m 11 R5ora44s j 8b4om ih33m + 9°43' 3i '55" 6 Poissons
- Soleil . . t 1 Mai 4 33 11 47 43 >9 4 2 33 + i5 2 3i 47,4 Bélier
- ) i5 — 4 ” 11 46 52 *9 23 3 28 + 18 5o 3i 4i ,4 Taureau
- 3o — 3 55 11 48 0 i9 4* 4 28 21 45 3i 36 —
- Mercure . 19 Avril 4 34 10 5o *7 7 0 45 2 18 5,4 Poissons Pratiquement invisible.
- 1 25 Mai 4 54 i3 12 21 3o 5 28 + 25 29 6,2 Taureau ( Devient visible le soir à la fin du mois.
- Vénus. 19 Avril 25 Mai 5 1 4 29 11 12 5i 28 18 20 43 28 1 47 4 45 4* + 9 57 22 35 9,8 10,0 Poissons | Taureau 1 Invisible.
- 19 Avril 2 27 7 1 11 34 20 57 — 18 39 7,2 Capricorne Le matin, avant le lever
- Mars . \ 1 Mai 2 1 6 47 11 32 21 3o — 16 27 7,8 7 Capricornel
- i3 - 1 34 6 32 11 29 22 3 — 14 1 8,4 du jour.
- (25 — 1 5 6 16 11 26 22 34 — 11 25 9,° cr. 1 Verseau )
- Jupiter \ 19 Avril 1 25 Mai 5 5i 3 53 i3 11 18 3i 20 •9 45 9 3 16 3 5o T + 17 9 19 23 3i ,0 3o,6 Bélier do Invisible.
- Saturne . , ig Avril 1 25 Mai 5 44 3 35 12 10 56 53 20 18 9 12 2 54 3 i3 + + 14 3i 15 48 14,8 *4,8 <? Bélier Bélier Invisible.
- Uranus i 1 Mai 3i ~ 5 11 3 18 12 10 46 55 20 18 21 33 3 3a 3 39 + 18 52 19 16 3,4 3,4 Bélier d° Invisible.
- Neptune . ! 1 Mai 81 ” 1 14 41 12 41 20 18 58 58 3 1 .18 20 11 43 11 43 + 3 5 3 12 2,4 2,4 t6 Vierge do 1 ^Presque toute la nuit. 1
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- Fig. 1. — Marche apparente (du 11 mai O’1 au 12 mai Oh) dans le voisinage du Soleil, de Mercure, Vénus, Jupiter et Uranus, amenant leurs conjonctions successives au cours de la journée du 11 mai.
- Les 29 et 3o avril, le ier et le 29 mai, on contemplera au mieux la lumière cendrée de la Lune.
- Plus grandes déclinaisons : —i8°i2' le iG avril à 1211; + i8°i6/ le Ier mai à oh ; —- iS.^o7 le i3 mai à ai11; + iS°24/ le 28 mai à 911.
- Variations de distance : Apogée le 26 avril à i3h, diamètre apparent =29/2/V/. — Périgée le 10 mai à igh, diamètre apparent = SMSS". — Apogée le 28 mai à i8h, diamètre apparent = 2g/24//.
- Occultations d’étoiles :
- Magni- Phéno- Heure Angle Dates Astre tude mène (p. Paris) au Pôle
- Avril 29 Aldebaran 1,1 Em. 7h4im,4 274°
- (a Taureau)
- (L’âge de la Lune est 2^8 seulement).
- III. — Planètes. — Comme d’habitude, nous donnons ici un tableau (dressé d’après les éléments fournis par l'Annuaire du Bureau des longitudes et P Annuaire astronomique Flammarion) et fournissant les indications relatives aux positions respectives des principales planètes et à leurs conditions de visibilité; presque toutes, ainsi que nous l’avons signalé au début, se trouvent très défavorablement situées.
- Mercure, en conjonction supérieure avec le Soleil le 6 mai, ne pourra commencer à être revu qu’à la fin de mai, aux approches de son élongation E. qui aura lieu le 6 juin.
- Vénus, en conjonction supérieure avec le Soleil le 19 avril, reste invisible. Mars, au contraire, se voit de mieux en mieux le matin avant le lever du jour, avec un diamètre apparent devenant fin mai assez sensible pour permettre de commencer quelques utiles observations.
- Jupiter, Saturne et Uranus, toujours assez voisines et arrivant en conjonction supérieure avec le Soleil respectivement
- les 19, 9 et 17 mai deviennent pratiquement inobservables dans le crépuscule du soir dès le milieu d’avril.
- Neptune, seul, continue à être visible presque toute la nuit dans le voisinage et au-dessus de [4 Vierge, comme l’indique la petite carte publiée le mois précédent, et qui permet de repérer celle si lointaine planète apparaissant comme une faible étoile de 8e magn.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 19 avril, à 1711, Mars avec la Lune à 5029' S.
- Le 25 avril, à Il à, Mercure avec la Lune à o°i3' N.
- Le 27 avril, à 1011, Saturne avec la Lune à i°4o' N.
- Le 27 avril, à 23h, Jupiter avec la Lune à 3o23' N.
- Le 28 avril, à 2h, Uranus avec la Lune à 40 1' N.
- Le 4 mai, à i8h, Vénus avec Saturne à io33' N.
- Le 7 mai, à 7‘b Jupiter avec Uranus à 0°32' S.
- Le 7 mai, à i4h, Neptune avec la Lune à i°54' N.
- Le 7 mai, à 17h, Mercure avec Saturne à 2019' N.
- Le 11 mai, à 4h, Vénus avec Uranus à o° 5' S.
- Le 11 mai, à 5h, Mercure avec Uranus à 10 3' N.
- Le r 1 mai, à 6H, Mercure avec Vénus à io 8' N.
- Le 11 mai, à i3l>, Mercure avec Jupiter à i°38' N.
- Le 11 mai, à 201', Vénus avec Jupiter à 0028' N.
- Le 18 mai, à i4h, Mars avec la Lune à 4°4i' S.
- Le 24 mai, à 2311, Saturne avec la Lune à 1034' N.
- Le 25 mai, à 12 h, Uranus avec la Lune à 4o 5' N.
- Le 25 mai, à l8h, Jupiter avec la Lune à 3°43' N.
- Le 27 mai, à 2 h, Vénus avec la Lune à 5°i5' N.
- Le 28 mai, à 3'i, Mercure avec la Lune à 7°i6' N.
- Etoile polaire. — Heures des passages au méridien de Paris :
- Date Passage Heures
- Avril 21 Inférieur 23t>'13m44s Mai 1 — 22 55 29
- — 11 — 22 16 i5
- — 21 — 21 37 2
- — 3i — 20 57 52
- Etoiles filantes. — Lyrides (radiant vers io4 Hercule) du 19 au 22 avril; Aquariclcs (radiant vers vj Verseau) du xer au 6 mai.
- Constellations. — Se reporter au Bulletin des années précédentes pour les aspects de la voûte céleste qui se répètent pratiquement identiques, aux mêmes heures des mêmes dates. Comme il a été spécifié précédemment, les durées de nuit effective deviennent très courtes en mai et se prêtent de moins en moins aux longues opérations photographiques. En ce cpii concerne la Voie lactée, par exemple, sa position de plus en plus couchée sur l’horizon et la persistance du crépuscule en mai la rendent alors pratiquement inobservable .
- Lucien Rudaux.
- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE A. d’Arsonval.
- M. H. Vincent, président de l’Académie des Sciences, vient de rappeler devant cette Compagnie l’œuvre d’Arsène d’Ar-•sonval, mort le 3o ou 3i décembre, dans sa maison familiale de La Borie (Haute-Vienne), dans sa quatre-vingt-dixième année.
- (c Résumer la vie scientifique de d’Arsonval, c’est embrasser, dans un éloge expressif, la somme grandiose de tout ce qu’il a apporté de vérités et de découvertes dans l’étude des phénomènes de la vie, dans celles de la Physique et ses applications à la Physiologie, à l’Électrologie, à la Médecine, à la Chirurgie, à l’Industrie elle-même. Il a été l’initiateur de l’Ëlectrothérapie.
- Il fit ses études de médecine à Limoges, puis à Paris. Son père était lui-même médecin; à l’issue de ses examens,
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- Arsène d’Arsonval devait remplacer son père dans le village natal où il exerçait son art. Mais une heureuse destinée en décida autrement.
- En décembre 1873, d’Arsonval, alors étudiant, étant venu assister au cours de Claude Bernard, au Collège de France, eut bientôt l’occasion de se faire connaître du Maître. Celui-ci se rattacha comme préparateur : il avait pressenti sa haute valeur. La carrière scientifique de d’Arsonval était désormais toute tracée.
- Lorsque Claude Bernard mourut en 1878, il fut remplacé par Brown Séquard au Collège de France. D’Arsonval suppléait, deux ans plus tard, le nouveau professeur. En 1882, il était désigné comme directeur du Laboratoire de Physique biologique; en 1887, il devint professeur suppléant.
- En 1894, à la mort de Brown Séquard, d’Arsonval était nommé titulaire de la chaire magistrale de Médecine expérimentale au Collège de France. Il allait l’illustrer à son tour.
- Je ne saurais rappeler, tant ils sont nombreux et importants, tous les travaux qu’il a publiés. Dans chacun d’eux il apportait une contribution inédite à des faits mal connus ou des notions originales à des sujets jusqu’alors inexplorés.
- On doit à d’Arsonval de très nombreux appareils de laboratoire : son étuve à température constante, munie d’un régulateur très sensible a été utilisée, à cette époque, dans tous les laboratoires de Microbiologie.
- Il a iirvenlé également un calorimètre destiné à la mesure et à l’enregistrement de la chaleur animale ; un anémo-calo-rimèlre muni d’un anémomètre dont le nombre de tours dans l’unité de temps donnait l’indication de la température animale.
- Il s’est attaché à l’étude des phénomènes respiratoires, à celle de l’élasticité pulmonaire, à l’analyse du CO2 expiré, à la toxicité de l’air expiré, à l’enregistrement des phases d’excrétion de l’urée, à l’analyse du spectre d’absorption de l’hémoglobine, à l’action de la lumière sur les microbes (avec Charrin), à l’action de très basses températures sur les ferments, etc.
- La chaleur animale et, conséquemment, la calorimétrie Font conduit à la cx’éation d’appareils enregistreurs dont le principe était fondé sur le degré d’échauffement de l’eau enlrée à o° dans la chambre calorimétrique.
- D’Arsonval a mis en évidence les oscillations considérables que subit la thermogenèse chez l’Homme, suivant qu’il est nu ou habillé, à jeun ou après le repas, debout ou assis, etc. Il a étudié les mêmes oscillations en fonction du poids, de la taille, de l’espèce animale, de la température ambiante, de la pression barométrique, du degré de lumière, de l’anesthésie chloroformique, etc.
- Il signale le fait curieux du lapin frotté d’huile, dont la température s’abaisse parfois jusqu’à 180 et qui dégage cependant, dans le calorimètre, quatre fois plus de chaleur que le lapin normal. C’est là, sans doute, dit d’Arsonval, la raison empirique pour laquelle les athlètes de l’antiquité se frottaient d’huile afin de combattre l’hyperthermie produite par leurs exercices musculaires violents.
- D’Arsonval avait le génie de l’invention. J’en ai donné des exemples. Citons encore les appareils pour le réglage des très basses températures ; pour la conservation de la chaleur des liquides dans les récipients à double paroi dans laquelle a été fait le vide (c’est le principe de la bouteille Thermos) ; son thermomètre pour les froids intenses ; ses aiguilles électriques destinées à la prise de la température des tissus vivants ; son galvanomètre à circuit mobile d’une sensibilité et d’une exactitude si grandes ; son microphone à réglage
- .................=::... .............. 89 =
- magnétique et son téléphone (avec Paul Bert) utilisés, à cette époque, sur le réseau de l’État ; son galvanoscope téléphonique destiné à la mesure du courant électrique qui se dégage des muscles en contraction ; son galvanomètre apériodique ; son électro-cardiographe, etc.
- Grâce à ses méthodes, il a pu étudier et interpréter le phénomène du choc électrique produit par le gymnote et la torpille. Les organes spéciaux de ces poissons, qui produisent la décharge électrique, sont, en réalité, des cellules musculaires évoluées, génératrices non de mouvement, mais de courant, à un degré beaucoup plus intense que le muscle normal; d’Arsonval a affirmé, d’ailleurs, que tous les êtres vivants donnent naissance à de l’électricité.
- Les travaux entièrement neufs de d’Arsonval sur l’emploi des courants de haute fréquence dans le traitement de nombreuses maladies d’ordre médical et chirurgical ont eu un très grand retentissement, et c’est à juste titre que cette méthode porte aujourd’hui le nom de cT Arsonvalisation. Ce fut une profonde surprise pour tous, le jour où, ayant découvert un montage nouveau en remplacement du montage de Tesla, d’Arsonval démontra l’insensibilité des nerfs et des muscles pour des courants alternatifs de très haute fréquence, ce qui permettait d’allumer une forte lampe d’incandescence tenue par les mains d’une ou de deux personnes interposées dans le circuit. La quantité énorme d’énergie,traversant le corps humain, sans déterminer de réaction, aurait suffi à foudroyer le sujet si elle avait été transmise sous forme de courants alternatifs à longues périodes.
- On doit également à d’Arsonval l’emploi de la lampe triode émettrice d’ondes entretenues, courtes, d’effets différents.
- Son bistouri électrique à action froide permet de sectionner aseptiquement les tissus ou de séparer les tumeurs sans échauffement, par dissociation tissulaire mécanique due à de menues étincelles à action disruptive.
- Je voudrais abréger cet exposé, cependant trop succinct. Je suis cependant dans la nécessité de rappeler encore l’œuvre si originale de ce grand savant dans l’étude des sécrétions des organes glandulaires et leur emploi spécifique « comme seule méthode de traitement » de certaines insuffisances hormonales.
- On a peut-être oublié, dans celte belle découverte et d’après Brown Séquard lui-même, que « la part de d’Arsonval était au moins égale à la sienne ». Nul n’ignore les applications innombrables et les conséquences pratiques de cette méthode. D’Arsonval est, avec Brown Séquard, le fondateur de l’Endocrinologie.
- L’étendue des travaux de d’Arsonval, leur originalité, leurs conséquences, ont acquis à son nom une réputation universelle. Lorsque, le 26 mai ig33, son jubilé a été solennellement célébré dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, en présence d’une immense assemblée de savants, d’amis et d’admirateurs, nul n’ignorait l’œuvre scientifique extraordinaire qu’il avait accomplie.
- Ce grand savant cachait ses qualités d’esprit et de délicatesse du cœur sous une naturelle simplicité. Il était demeuré affable, d’une bonhomie souriante et spirituelle, parfois agrémentée de malice ; mais celle-ci était toujours revêtue de bonté. Ceux qu’il a honorés de son amitié ont le droit d’en garder quelque fierté.
- Son opinion intime sur la recherche scientifique et sur l’aptitude à la découverte, il l’a fait connaître sous une forme vraiment originale. « La marche en avant de la Science » a-t-il dit « a toujours été le fait d’intuitifs et d’imaginatifs. Pour être un grand savant, il faut, d’abord, être un grand sensible et, au fond, un artiste, pour ne pas dire un poète ».
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- Sans le savoir, il s’était dépeint entièrement dans ces mots.
- La mort d’Arsène d’Arsonval est un .deuil profond pour le pays. Car il a grandi le renom scientifique de la France.
- PHYSIQUE DU GLOBE
- La périodicité de glaciation et la température.
- L’élude rétrospective et chronologique de la glaciation dans les Alpes françaises, en particulier en Savoie dans la vallée de Chamonix, montre l’existence d’une certaine périodicité dans les phénomènes de crue et de décrue des glaciers. Des documents très anciens recueillis dans les archives des mairies, des diocèses et des évêchés, ont permis de reconstituer l’avance et le recul des glaciers de cette région depuis la fin du xvie siècle.
- Dans la chronologie de ces oscillations des glaciers, il* y a lieu, à notre avis, de distinguer deux phénomènes :
- i° les variations primaires;
- 2° les variations secondaires.
- Les premières ont une grande amplitude, affectent un massif étendu et ont une durée d’au moins 5o ans ; les variations secondaires sont plus courtes, n’affectent pas tous les glaciers d’un même massif et sont moins régulières, elles sont toujours de signe contraire aux variations primaires, leur durée varie de 20 à 3o ans. L’histoire des variations glaciaires peut être définie par une série de périodes pluriséculaires limitées par deux minima très accusés. Chaque période pluriséculaire comprend plusieurs variations primaires de plus en plus fortes, jusqu’à l’arrivée à un apogée; le phénomène dessine ainsi une grande onde divisée en plusieurs ondulations dont les dépressions correspondraient aux variations négatives primaires. Chaque ondulation laisserait un excédent de glaciation sur la précédente. Ainsi la variation primaire positive maximum serait la somme algébrique de toutes les variations primaires précédentes.
- Les Alpes fournissent un exemple remarquable de cette loi de la périodicité, et nous allons donner ici le résumé des variations primaires et secondaires enregistrées :
- i° 1590-1680 : Variation primaire positive;
- 20 i6io-i65o : Variation primaire négative, variation secondaire positive en i63o ;
- 3° 1660-1720 : Variation primaire positive, variation secondaire négative à la fin du xvne siècle ;
- 4° 1720-1770 : Variation primaire négative, variation secondaire positive en 1740 ;
- 5° 1770-1786 ? Variation primaire positive ;
- 6° 1786-1814 : Variation primaire négative ;
- 70 i8i4-i855 : Variation primaire positive ;
- 8° 1855-1906 : Variation primaire négative, variation secondaire positive en 1875 ;
- 90 1906-194. ? : Variation primaire positive (en cours).
- Depuis 1907, la grande décrue qui affectait les glaciers français s’est arrêtée; plusieurs appareils ont éprouvé une poussée très sensible en avant. Cette augmentation de la glaciation se produit 32 ans après le début de la variation positive secondaire survenue en 1875, la loi de Brückner sur la périodicité des périodes froides se trouve encore une fois vérifiée.
- A notre avis, on peut considérer que toutes les variations
- qui se sont produites de la fin du xvie siècle à nos jours, ne constituent qu’une seule et même période pluriséculaire qui aurait atteint son apogée de i8i4 à i855-i86o. L’oscillation complète aurait donc embrassé une période de plus de trois siècles. La courbe représentative du phénomène comprendrait trois ondulations (crue de la fin du xvi® siècle et du début du xvne siècle, crue de 1660 à 1720, crue de 1770 à 1785) séparées par des creux proportionnels à la hauteur des sommets qui les précèdent ; ainsi l’importante régression du milieu du xviii0 siècle suit la grande crue de 1660-1720 et l’énorme décrue terminée en 1907, l’invasion glaciaire de la première moitié du xixe siècle.
- Les glaces des régions arctiques et boréales suivent les mêmes oscillations qui correspondent sensiblement aux variations de la glaciation des Alpes.
- Il est bien évident que les variations de la glaciation sont en rapport étroit avec la température générale et les phénomènes atmosphériques ; ainsi les périodes positives correspondent à des hivers rigoureux et à des étés froids. Depuis 1906, nous sommes dans une variation positive ; donc les hivers doivent devenir de plus en plus rigoureux jusqu’au moment où après un maximum, nous passerons dans une période à variation négative. Voilà trois hivers consécutifs pendant lesquels à Paris le thermomètre descend au-dessous de zéro durant de longues semaines ; il est vraisemblable que nous approchons du maximum à moins que nous y soyons déjà arrivés cette année, ce qui serait d’ailleurs à souhaiter. La durée moyenne des périodes primaires étant de 85 ans en moyenne, le début de la variation primaire négative devrait commencer de 1941 à 1943. Espérons que les glaciers suivront leurs lois régulières et que l’hiver prochain nous sera plus clément.
- V. Romanovsky.
- La foudre en Suisse.
- Dans une intéressante conférence faite à Zurich et publiée au Bulletin de VAssociation des établissements cantonaux suisses d'assurance contre l'incendie, M. Ch. Morel a fait connaître les résultats d’une enquête poursuivie de 1925 à 1937, pendant i3 ans, sur les dégâts causés par la foudre. Il a relevé 7 o48 cas, ayant atteint des bâtiments et causé 5 609 960 francs suisses de dommages, soit en moyenne près d’un demi-million par an. Les quatre cinquièmes des bâtiments touchés n’étaient pas pourvus de paratonnerres et ce furent les plus endommagés, si bien qu’on peut prétendre que les paratonnerres actuels, bien qu’imparfaits, réduisent au trentième au moins les dégâts causés par les décharges directes, celles provenant d’un arbre ou d’un bâtiment voisin. Par contre, dans les surtensions d’origine atmosphérique sur les lignes électriques, le paratonnerre n’a pas d’effet.
- La fréquence des coups de foudre varie avec la saison. D’octobre à mars, on n’en observe pas ou guère ; ils atteignent un maximum en été. Certaines années, les décharges se répartissent de fin avril au début de septembre; d’autres, elles sont groupées en quelques journées exceptionnelles : 110 le i3 juin 1926.
- Certaines régions sont de véritables nids d’orage, par exemple Berne, et surtout Bâle et la région de Sântis. Les zones les plus atteintes, vont du Gros de Vaud au Sântis, en passant par Fribourg, la région du Napf, l’Entlebuch, Lucerne, le canton de Zoug, le haut lac de Zurich et le Ricken, semblant indiquer une direction privilégiée, comparable à celles relevées par M. Dauzère dans les Pyrénées.
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- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES 91
- Séance du 16 décembre ig4o.
- Plantes adventices pérégrinantes de la flore française. — M. A. Chevalier continue l’étude des plantes adventices, en citant l’exemple du Juncus tenuis, venu de l’Amérique du Nord, observé en Angleterre vers 1795 et aujourd’hui spontané en France. Migraborigène aussi est Spartina Townsendi, hybride du croisement de l’espèce européenne S. maritima avec l’espèce américaine S. alterniflora, aperçu vers 1875 à Southampton, qui élimine son ancêtre européen et enherbe en particulier les grèves du Mont Saint-Michel. D’autres, aliénigènes, ne se dispersent que dans les stations préparées par l’homme, telle Matricaria discoidea venue de la côte américaine du Pacifique vers i85o, qu’on ne trouve que sur les chemins, le long des routes, dans les villages et les décombres, et Veronica Tourneforti originaire d’Asie Mineure, qu’on rencontre dans les terres cultivées de -toute la France. Quelques-unes seulement se naturalisent ; la plupart sont éphémères, fugaces, précaires et beaucoup disparaîtraient si Paris était abandonné pendant quelques années seulement.
- Le bore dans les végétaux. — De nouvelles analyses de plantes diverses à la floraison, MM. G. Bertrand et L. Silberstein confirment que la teneur en bore est particulièrement faible chez les Graminées (2 mg. 3 à 5 mg. par kilogramme sec) et la plus riche chez les Légumineuses et les Crucifères (jusqu’à 33 mg.).
- Analyse micromécanique des métaux. — MM. P.
- Ciievenard, X. Waché et E. Joumier décrivent de nouvelles micromachines réalisées au laboratoire d’Imphy pour opérer sur des éprouvettes de x cm. de long et x mm. de diamètre. Ce sont : un micromouton de choc de o kgm. 25 dérivé du mouton-pendule de Charpy, un micro-appareil de fluage amplifiant 1 275 fois l’allongement et l’écoulement visqueux, des micromachines pour essais de torsion alternée et de torsion statique, un micro-pendule de Coulomb pour essais de frottement interne. Tous les phénomènes sont enregistrés photographiquement. Ces micromesures économisent la matière, la main-d’œuvre et le temps, donnent des tracés parfaitement réguliers et durables, permettent d’opérer sur de très petits objets ou sur des éléments homogènes.
- Température et densité de Veau de mer à Mar= seille. — Dépouillant les observations faites journellement depuis i885 au marégraphe de Marseille, M. J. Rouen a pu établir que l’eau est la plus froide (i2°3) en février et la plus chaude (2i°7) en août. Les extrêmes notés sont 90 et 27°5. En profondeur, l’eau étant constamment au voisinage de i3°, l’eau de surface est donc fréquemment un peu plus froide en hiver et beaucoup plus chaude en été. Les températures de l’air oscillent entre — 120 et + 38°, soit un écart trois fois plus grand que celui de l’eau. Sauf pendant deux mois d’été, l’eau est plus chaude que l’air. La densité est maximum en février (1028,9), minimum en août (1026,7) avec une variation annuelle faible, le maximum d’hiver, malgré les pluies plus abondantes, est dû à la montée d’eaux de la profondeur sous l’influence du mistral.
- Thermométrie en haute fréquence. — Dans le champ des ondes courtes, la mesure des températures physiologiques et fébriles présente des difficultés. MM. A. Bes-
- semans et E. van Tuielen concluent de leurs expériences qu’on peut employer des thermomètres en verre à l’intérieur des tissus organiques, en quartz dans tous les autres cas. On les remplit d’un liquide non conducteur et sans moment bipolaire; on peut choisir entre le benzène, l’huile de paraffine, l’hexane, le sulfure de carbone, le tétrachlorure de carbone, le dioxane ; le choix sera fixé par le coefficient de dilatation qui conditionne la sensibilité, la couleur ou la colorabilité qui facilite les lectures, l’innocuité en cas de brisure, le prix de revient.
- Séance du 00 décembre 1940.
- Concentration de la radioactivité. — Les substances radioactives sont extrêmement dispersées à la surface du globe. Cependant, M. E. Rothé signale quelques cas de concentrations remarquables, dans l’argile rouge des grands fonds océaniques d’abord, puis dans diverses roches. Des nodules d’argile violet pâle extraits d’une carrière de rhyo-lite permienne près de Saint-Dié ont une radioactivité extraordinairement élevée. Le kaolin pur est à peu près inactif, tandis que le granité en décomposition est actif. Certains gisements : argile de Vol vie, phonolite de Sanadoire, arène granitique de Berzet, ont une radioactivité plus concentrée que les roches voisines.
- Recherche des azotites dans les eaux. — M. G. De-
- nigès a proposé en 1911 un réactif hydrostrychnique de l’ion azoteux en solution, sûr et sensible pour le dosage des azotites dans les eaux douces et marines. On peut ainsi titrer jusqu’à une teneur minimum de o mg. o3 par litre. Mais il signale aujourd’hui une cause d’erreur tenant au chauffage dans une flamme de gaz qui dégage elle-même d’importantes quantités d’ion azoteux et il recommande de con-cenlrer les eaux loin de toute flamme, dans un appareil distillatoire par exemple.
- Séance du i3 janvier 1941.
- Les mètres étalons. — MM. A. Pérard et C. Volet rendent compte des vérifications et des rectifications de tracés effectuées dernièrement au Bui’eau international des poids et mesures, sur trois prototypes en platine iridié et des étalons d’usage de premier ordre. Chaque trait ayant été pointé 1 i52 fois par quati’e observateurs différents au moyen d’un comparateur perfectionné à microscopes réversibles, les longueurs précises mesurées ont été de 1 m. plus ou moins 0,17 p à 0,49 p pour les prototypes et + 5 p pour les étalons.
- Transformation de verres naturels en roches cristallines. — Par l’action de hautes pressions voisines de 4 000 kg./cm2, produites par détonation d’explosifs dans des bombes en acier, en présence d’eau sous la pression partielle de 700 kg./cm2, suivie d’un recuit entre 5oo° et 700°, MM. A. Miciiel-Lévy et J.. Wyart ont provoqué dans des milieux naturels amorphes, acides ou basiques, tels que des ponces et des obsidiennes, la naissance et l’évolution de cristaux : orthose, quartz, andésine, cristobalite, feldspath, anorthite, divine, augite, etc. Ces expériences sont riches de conséquences au point de vue pétrographique.
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- Variation diurne de la température dans VAn= tarctique. — Au cours de l’expédition du Dr Charcot à bord du Pourquoi-Pas?, M. J. Rouen avait observé une anomalie singulière, qui a été retrouvée par l’amiral Byrd. Pendant l’hiver, quand le mouvement du Soleil est faible, et par beau temps, le maximum de température journalière a lieu peu après minuit et non aux heures correspondant au jour ; l’amplitude de la variation notée par Byrd est d’environ 2°. Ce phénomène reste inexpliqué.
- L’ozone atmosphérique. — On sait que la teneur de l’atmosphère en ozone passe par un maximum vers 25 km. d’altitude; d’autre part, la moyenne mensuelle passe par un maximum au printemps et un minimum en automne, l’écart de ces valeurs croissant de l’équateur au pôle. De plus l’épaisseur réduite moyenne croît également de l’équateur au pôle. Mme A. Yassy et M. E. Vassy ajoutent à l’explication habituelle d’une réaction photochimique de formation et de décomposition de l’ozone par le rayonnement solaire ultra-violet la considération des variations de température, l’accroissement du rayonnement solaire élevant la température de la haute stratosphère, ce qui diminue la formation et accélère la destruction de l’ozone. La distribution verticale Avarie ainsi avec les saisons et d’autant plus que la latitude est plus élevée.
- Séance du 20 janvier 1941.
- Détermination du sexe. — On connaît dans des groupes très divers : Bonellie (Géphyrien), Crepidula (Gastropode), Ophryotrocha (Annélide), des cas où le jeune évolue en mâle quand il est au contact d’une femelle de son espèce. La question se pose pour les Crustacés parasites du groupe des Ëpi-carides, et particulièrement pour les Entoniscidés où la séparation des sexes est la règle générale, de savoir si le sexe mâle est déterminé ab ovo ou s’il dépend aussi des rapports contractés aArec une femelle déjà fixée. M. M. Caullery pose la question et signale l’expérimentation possible sur Portu-nion Kossmani, parasite du Crabe Portumnus variegatus qu’on trouve dans le Boulonnais.
- Feuillets minéraux. — La bentonite gonflée dans l’eau puis étalée sur une plaque de verre et séchée donne une pellicule cohérente qu’on a proposée en remplacement du mica. M. M. Déribéré a trouvé dans les calcaires bajociens de La Table (Savoie) un autre minéral curieux du groupe des kaolins. Il a l’aspect de membranes ou de vieux chiffons ; mouillé il se roule en boule, trempé il prend une consistance gélatineuse et gonfle beaucoup. On peut le désagréger par agitation ou broyage, l’étendre sur Arerre et le sécher ; on obtient un feuillet homogène, souple, tenace, résistant bien à la traction.
- : RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- LES LEVURES CHIMIQUES
- La première réalisation de l’idée de remplacer par une réaction chimique la levée de la pâte de farine, accomplie depuis des temps immémoriaux par le levain, semble due à Wliiting, vers 1838 : il mélangeait à la pâte du carbonate de soude et de l’acide chlorhydrique ; il se dégageait du gaz cai'bonique qui la faisait lever et le résidu de la îéaction : Je chlorure de sodium la salait ; mais ce procédé brutal n’est jamais entré dans la pratique courante de la panification.
- La fabrication et le commerce des levures chimiques a pris une extension considérable surtout aux Etats-Unis, en Allemagne et en Angleterre. Ces produits commencent à peine à être connus en France où ils sont encore relativement peu employés pour la pâtisserie de ménage, malgré leurs avantages et leur facilité d’emploi ; ils permettent cependant d’obtenir avec régularité des pâtes bien levées, légères, très digestibles.
- Les formules de levures minérales sont dérivées de l’idée première de Wliiting : le dégagement de gaz carbonique.
- L’un des premiers produits employés fut le bicarbonate d’ammoniaque, qui, sous l’action de la chaleur, se décompose en donnant du gaz carbonique et du gaz ammoniac, ne laissant dans la pâte cuite aucun résidu. Malheureusement, il est volatil à la température ordinaire et commence à se décomposer sensiblement à une température de 50 à 60° C. Cela pose au commerce des problèmes de conditionnement et de conservation difficiles à résoudre.
- La plupart des spécialités commerciales ont recours à des mélanges se décomposant par réaction entre les bicarbonates et des acides ou des sels à réaction acide.
- Aux États-Unis cette industrie est extrêmement développée et la production annuelle de levures chimiques dépasse quatre-A-ingts millions de kg., correspondant à une consommation annuelle individuelle de 5 à 600 g. La législation et les services d’hygiène américans ont été naturellement conduits à l’établissement de conditions précises auxquelles doivent répondre les produits offerts au public.
- Pour satisfaire à ces règles, les levures chimiques doivent être établies avec des produits purs ne contenant aucune impureté toxique et donner une réaction d’équivalence chimique complète, ne laissant dans la pâte cuite que des produits sans réaction alcaline ou acide sensible et totalement in offensifs.
- En général, le corps générateur d’acide carbonique est le bicarbonate de sodium. L’industrie peut le livrer excessive-
- ment pur, à 99,5 pour 100, ne contenant que des traces de carbonate neutre et d’humidité.
- Pour libérer l’acide carbonique on emploie comme agents de réaction acide des corps variés : acide tartrique, bitartrate de potassium (ou crème de tartre), phosphate monocalcique, pyrophosphate acide de sodium, alun sodique.
- L’acide tartrique a l’inconvénient d’une réaction rapide et d’une certaine hygroscopicité nuisible à la conservation du mélange.
- Le bitartrate est un excellent constituant, ses mélanges se consentent bien, son action est lente, mais il doit être employé en plus forte proportion. Toutefois le tartrate double de sodium et de potassium qu’il laisse finalement dans la pâté ne soulève aucune objection du point de vue hygiénique.
- Les phosphates acides ont l’avantage d’introduire dans la pâte des phosphates qui peuvent présenter un certain intérêt alimentaire comme agents reconstituants. On a prétendu qu’ils avaient l’inconvénient de durcir le pain. D’autre part il n’est pas toujours facile de les obtenir économiquement au degré de pureté souhaitable .
- L’alun sodique est utilisé sous forme anhydre, calciné vers 500° C. ; son emploi a été discuté du point de vue hygiénique et on lui a également reproché de provoquer le durcissement des pâtes. Il blanchirait quelque peu la pâte mais donnerait un produit moins digestible. Il n’est pas toujours facile à obtenir très pur.
- En résumé un bon type de levure chimique est obtenu par mélange de bicarbonate de sodium, d’acide tartrique et de crème de tartre finement pulvérisés et parfaitement secs que l’on dilue avec un corps neutre : de la farine ou de l’amidon. Voici une de ces formules :
- Acide tartrique.......................... 6,25
- Crème de tartre......................... 18,75
- Bicarbonate de sodium................... 25,00
- Amidon de riz........................... 50,00
- On l’emploie à raison de 2 à 4 pour 100 du poids de farine qu’on met en œuvre. Elle donne environ 20 fois son volume de gaz carbonique, ce qui est la proportion convenable à exiger d’une bonne levure chimique.
- Une telle formule a cet avantage que l’acide carbonique est libéré lentement ; la pâte peut ainsi être conservée quelque temps aA-ant sa cuisson. Cela est obtenu par l’action de la crème de tartre peu soluble dans l’eau à froid mais très solu-
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- ble à chaud, alors que l’acide tartrique est très soluble à froid comme à chaud.
- Il en résulte que par le mélange à froid dans la pâte, l’action de l’acide tartrique développe une partie du gaz carbonique qui provoque la levée. Quand on commence à élever la température, un second dégagement lent d’acide carbonique prend place par dissolution de la crème de tartre à chaud qui réagit alors sur le bicarbonate de sodium encore inattaqué.
- La préparation mécanique des levures chimiques joue un rôle important influant sur la qualité des produits. Il en résulte que les préparateurs particuliers atteignent rarement la perfection des produits commerciaux. Les mélanges sont chimiquement staj blés s’ils sont parfaitement secs, mais en présence d’humidité ils risquent de perdre leur gaz carbonique avant usage. L’addition aux constituants d’amidon qui les enrobe augmente la stabilité de la poudre mais en tout état de cause celle-ci doit être livrée et conservée dans des emballages étanches et à l’abri de l’humidité.
- Industriellement, il est possible de donner aux produits mis en mélange des dimensions granulométriques différentes : les constituants à réaction rapide tels que l’acide tartrique, les phosphates acides, pourront être granulés ou moins finement broyés que les autres.
- Des fabricants et des chercheurs ont utilisé ou proposé pour la préparation des levures chimiques des produits autres que ceux énumérés ci-dsesus.
- C’est ainsi que W. Schrauth a proposé pour remplacer l’acide tartrique le produit obtenu par oxydation du cyclohexanol (résultant de l’hydrogénation catalytique du phénol), l’acide adipique • COOII — CH3 — CH3 — CH3 — Cil3 — COOH.
- L’intérêt de cette substitution réside dans ce que ce corps est moins hygroscopique et dégage pour un même poids davantage d’acide "carbonique que l’acide tartrique, en même temps qu’étant moins soluble, son action est plus lente. D’après l'auteur, le résidu d’adipate de sodium restant dans la pâte serait inoffensif.
- L’acide mucique obtenu par oxydation du lactose a été également proposé, mais les hygiénistes ne semblent pas entièrement d’accord sur l’innocuité de ses sels.
- Wijg a proposé en ces dernières années l’acide acélonedicar-bonique : COOH — CH2 — CO — Cil2 — COOH qui théoriquement semble, employé seul, un produit idéal comme levure chimique. En effet, à la cuisson, il est totalement décomposé par la chaleur et dégage exclusivement des produits volatils de l’acide carbonique et de l’acétone, ne laissant aucun résidu dans la pâte. On a cependant reproché à ce sorps de laisser une odeur parfois sensible et assez désagréable d'acétone. De plus, il est assez coûteux, étant préparé par l’action de l’acide sulfurique fumant sur l’acide citrique, puis purifié chimiquement. Enfin sa stabilité est relative. On l’a utilisé en mélange avec de l’amidon et l’auteur indique qu’il a pu conserver des mélanges à 15 pour 100 de gaz carbonique qui en dégageraient encore plus de 12 pour 100 après un an.
- Le carbonate d’ammoniaque a été proposé pour remplacer le bicarbonate de sodium pour les pâtisseries très légères. Il présente les inconvénients inhéreuts à son instabilité.
- En plus de la formule typique donnée plus haut, voici quelques compositions de mélanges pour levures -'himiques :
- A. Crème de tartre.................... 50
- Bicarbonate de sodium............... 25
- Amidon de maïs...................... 25
- B. Phosphate acide de calcium .... 10
- Crème de tartre..................... 25
- Bicarbonate de sodium............... 25
- Amidon de blé................ 40
- C. Sulfate acide de potassium......... 60
- Bicarbonate de sodium............... 20
- Amidon de blé....................... 20
- D. Sulfate aluminosodique calciné spécial. 25,6
- Bicarbonate de sodium............... 26,7
- Amidon de maïs........................ 47,7
- E. Acide tartrique...................... 21,5
- Bicarbonate de sodium................. 23,5
- Amidon ou fécule.................... 55
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- FORMULES POUR POMMADES
- La pénurie actuelle de matières premières ne limite pas ses effets au ravitaillement alimentaire et à l’industrie. La pharmacie est tout aussi gênée pour l’exécution des prescriptions médicales et la fabrication des spécialités. On pourrait en citer cent
- exemples. En ce qui concerne les corps gras, l’absence d’axonge, de vaseline, de lanoline rend impossible la préparation des nombreuses pommades dans lesquelles ces corps servent d’excipients. MM. Leroux et Malangeaux viennent de signaler à la Société de dermatologie la possibilité de leur substituer des stéarates variés, notamment le monostéarate de diéthylène-glycol et^ le stéarate de triéthanolamine. Ces corps ont déjà été utilisés dans des crèmes de beauté. Une émulsion de parties égales de ces deux corps dans l’eau a la consistance de la vaseline ; elle renferme 75 pour 100 d’eau et a un pH de 6,6 à 7, optimum pour la peau. Elle a un aspect lisse et un toucher onctueux. On peut la mélanger aux huiles végétales et minérales. Elle peut servir à préparer la plupart des pommades courantes, sauf celle à l’oxyde jaune de mercure et celles contenant des oxydants (permanganate). Les émulsions obenues sont stables, mais leur teneur en eau oblige à les conserver en récipients soigneusement fermés. Elles moisissent assez facilement, ce à quoi on peut remédier en ajoutant un conservateur, par exemple une faible dose de sulfate d’orthoxyquinoléine. Leur teneur en glycol est assez faible pour qu’on ne redoute pas leur toxicité dans des applications externes.
- CONSERVATION DES VIANDES PAR LA SAUMURE
- L’interdiction de vente des viandes de boucherie pendant trois jours de la semaine, oblige les ménagères à faire l’acquisition en bloc d’une quantité importante de viande dont elles doivent assurer la conservation ; rappelons que cela est facile en les plongeant dans une saumure que l’on peut utiliser à plusieurs reprises, très longtemps. La formule suivante de Yilliers, donne à cet effet d’excellents résultats.
- Eau ordinaire....................... 10 1.
- Sel marin...................... 1 250 g.
- Salpêtre............................ 40 g.
- Sucre blanc........................ 50 g.
- La coloration rose que prend la viande à cause de la formation des nitrites ne présente aucun inconvénient et rend au contraire son aspect plus agréable, c’est celui de la charcuterie courante.
- RAPE A FROMAGE ÉCONOMIQUE
- Prendre une boîte cylindrique en fer blanc, boîte à thé par exemple et au moyen d’un poinçon percer le fond de la boîte opposé au couvercle, en opérant du dedans au dehors, d’une trentaine de trous, disposés régulièrement de telle façon que les bavures soient extérieures.
- Lorsq e l’on veut obtenir du fromage de gruyère râpé, on dispose l’appareil sur une assiette creuse en le tenant de la main gauche, puis on promène circulai-rcment le morceau sur le fond rugueux de la boîte ; une partie de la râpure pénètre dans celle-ci et il suffit d’enlever le couvercle pour l’en retirer, la râpure plus gi'osse tombe dans l’assiette, on peut ainsi, suivant besoin, obtenir deux rapures différentes.
- Cette disposition très pratique permet de se poser solidement sur une table, la râpure ne s’éparpille pas et on évite ainsi la souillure.
- POUR RENDRE LA RIGIDITÉ AUX VIEUX CHAPEAUX DE FEUTRE DUR
- Un de nos lecteurs communique cette recette :
- Pour rendre de la rigidité aux vieux chapeaux de feutre dur, qui se sont avachis, je les fixe et les enduit largement de fixatif à dessin (je suppose que de la colophane dans l’alcool à brûler ferait le même effet). Il est essentiel de bien laisser sécher une journée. Alors je passe sur l’autre face une autre couche de fixatif et je ressèche un jour. Les chapeaux ainsi traités résistent bien à la pluie. Evidemment cela ne les embellit pas, mais cela ne les salit pas non plus.
- Fig. 1.
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- 94 — INVENTIONS et nouveautés
- CHAUFFAGE DOMESTIQUE Tube brûlant sciure et poussier.
- On fabrique des foyers, des poêles spéciaux pour brûler du poussier de bois, de tourbe, de charbon de terre ou de bois, mais il est difficile et coûteux d’en acheter actuellement. Voici un appareil très simple permettant de brûler
- dans des poêles à
- Fig. 1. — Tube permettant de brûler la sciure et le poussier.
- feu continu des poussiers combustibles sans transformer les foyers.
- Il s’agit d’un tube en fonte ou acier d’un diamètre intérieur de 3o à 5o mm. La hauteur de ce tube est de 2 à 5 cm. inférieure à la hauteur du foyer, c’est-à-dire de la grille au bouchon (porte supérieure) par où l’on charge le combustible.
- Ce tuyau est, de préférence, courbé à sa par-t i e supérieure pour éviter qu’en versant du poussier, on n’en introduise dans l’intérieur du tube et le coude est tourné du côté du tuyau de fumée. A son extrémité inférieure, il est perforé jusqu’au tiers au moins de sa hauteur, d’une ou deux centaines de petits trous de 2 à 3 mm. de diamètre. Par économie, quoique le vieux tube de métal perforé 11e coûtait pas 100 fr., j’ai remplacé les trous par des traits de scie à métal automatique. Je n’ai pas eu de bons résultats avec un tube en terre réfractaire.
- On allume le feu avec du bois et quand il y a beaucoup de braise en ignition, on met en place le tube à l’intérieur du poêle ou fourneau, puis on charge de sciure de bois ou de poussier de tourbe, poussier de charbon de bois ou de houille, mais pas de coke qui ferait fondre le tube ; on peut ensuite regarnir de nouveau poussier sur un fond en ignition. Le tirage se fait par le tube creux, à travers les trous ou fentes qu’il comporte.
- Pierre de Montgolfier.
- CYCLISME
- Amortisseur de selle « Sanchoc ».
- La bicyclette est reine. C’est le moment de la rendre parfaite. Depuis longtemps, on s’est ingénié de toutes façons à amortir les chocs de la route. Les ressorts de selle, les pneumatiques sont des solutions partielles à ce problème, mais tous les cyclistes savent qu’elles sont encore imparfaites et qu’elles ne « boivent » pas tout l’obstacle; pédaler sur une
- route empierrée, en rechargement, ou à ornières, suffit pour s’en convaincre.
- Voici un nouvel amortisseur qui y ajoute ses effets puissamment et il a l’avantage d’être réglable selon le poids du cycliste, c’est-à-dire d’agir toujours dans des conditions optirna. Il se place dans le tube du cadre supportant la selle et reçoit la selle à son extrémité supérieure, la plus large. La figure 1 montre la manière de le placer. Auparavant, on règle la tension du ressort à boudin en plaçant l’amortisseur, tête en bas, sur une table et en écrasant le ressort jusqu’au trou marqué d’un nombre correspondant au poids de l’usager ; on fixe le ressort dans cette position au moyen d’une goupille. Pour un réglage plus fin, on peut tenir compte de la position habituelle du cycliste, plus ou moins incliné et appuyé sur le guidon, de la pression des pneumatiques, etc., mais la première approximation est suffisante. On retourne l’appareil et on l’introduit dans le cadre en le centrant dans un fourreau fourni selon le diamètre intérieur du cadre. Il dépasse de 6 cm. et se l’éduit à 4 dès qu’on monte sur la bicyclette. Si la selle est ainsi trop haute, il suffit de retourner son chariot, mais elle se monte presque toujours comme d’habitude. Au sommet de l’amortisseur se trouve un trou de graissage; tous les ans environ, il convient d’enlever la vis qui le ferme et de faire le plein avec une huile épaisse.
- A l’amortissement très sensible produit par le ressort d’acier s’ajoute celui de l’amortisseur pneumatique qui le surmonte, formé d’une chambre à air à parois métalliques ondulées munie d’un fin orifice d’échappement, dont les déformations lentes freinent les ressorts à chaque cahot.
- L’ensemble ne change rien à l’aspect extérieur de la bicyclette, mais améliore considérablement son confort.
- Constructeurs : Établissements Weismann, 4o, avenue de la Porte-de-Villiers, Paris (17e).
- Fig. 1. — L’amortisseur « Sanchoc »
- AUTOMOBILISME
- Générateur à acétylène « Pictavia ».
- Parmi les carburants de remplacement, l’acétylène occupe une place spéciale des plus intéressantes. Son pouvoir calorifique est de i4 000 calories au mètre cube, supérieur à celui de l’essence ; sa production en France est possible à partir du carbure de calcium, produit de synthèse des usines hydroélectriques ; son prix de revient est économique; enfin, l’acétylène peut brûler dans les moteurs à explosion ordinaires, sans nécessiter de grands ajustements.
- Toutefois, une difficulté réside dans l’adaptation de la production et du débit du gaz aux variations brusques de régime du moteur : ralenti, reprise, etc. Il faut en outre que la production de gaz cesse immédiatement à l’arrêt et redevienne abondante au départ. Accessoirement, le générateur d’acétylène doit être d’un modèle simple, facile à charger, à vider, à nettoyer, qui ne se détériore ni ne s’engorge.
- Les générateurs « Pictavia » ont résolu ces divers problè-
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- mes. Une pulvérisation d’eau obtenue par le carburateur vient en outre refroidir le moteur, diminuer les risques d’auto-allumage et de détonation du mélange air-acétylène, humidifier les hauts de cylindres.
- Le générateur présente un dispositif de sûreté qui empêche une pression supérieure à 80 g. par cm2. Dans ces conditions, on obtient, sans toucher au moteur, une puissance égale à celle de la marche habituelle à l’essence.
- La consommation de carbure aux ioo km. est de 20 kg. soit, au prix de 2 fr. 5o le kg., 5o centimes du kilomètre. Pour une voiture à moteur de 12 ch., la charge du carburateur permet un parcours d’environ 180 km. Une provision de 4o kg. de carbure emportée à bord double le rayon d’action.
- Le ravitaillement en carbure est prévu pour 12 000 véhicules dont 4 000 dans la région parisienne. Aucune licence n’est demandée pour la transformation. La présentation au Service des Mines est nécessaire. Le permis de circulation est accordé aux véhicules utilitaires d’une charge utile allant jusqu’à 2,5 t.
- Constructeurs : Établissements Weismann, 4o, avenue de la Porte-de-Villiers, Paris (17e).
- AGRICULTURE Charrue vibrante.
- La vibration permet la pénétration. Par exemple, si on veut prendre la température d’un silo de grain, on enfonce un tube pointu, mais on est vite arrêté. Qu’on place en tête du tube un petit moteur électrique fournissant environ 700 vibrations à la minute, la pointe pénètre presque •« comme dans du beurre ». Il en est de même pour la pénétration des marteaux à piquer le sol facilitée par la 'vibration en même temps que par les coups de marteau.
- Ce principe vient d’être appliqué aux charrues par la
- 1==:=: 95 =r
- Société allemande Hermès d’exploitation des brevets d’inventions. Elle a fait breveter en France (sous le n° 843.456) deux types de charrues, l’une où l’étançon (porte-soc) vibre entre deux ressorts à boudin, l’autre où un ressort à lames (ressort de voiture) constitue lui-même l’étançon.
- Les vibrations (au moins 5oo par minute) sont données par un petit moteur électrique monté sur la tête de l’étançon. Le courant provient en général du tracteur, mais peut être fourni par un petit moteur spécial.
- Non seulement on diminue ainsi l’effort de traction, mais les molles de leri’e sont désagrégées. Ce sera une invention importante en matière aratoire si la pratique la sanctionne.
- AGRICULTURE
- Néotechnique cartofélique.
- Un Suédois, M. Erik von Geyer, a créé une nouvelle technique de la plantation de la pomme de terre.
- Le sol étant préalablement labouré, on trace à sa surface une raie de quelques centimètres, comme pour un semis. On aligne les tubercules convenablement distancés sur cette raie. Ensuite on recouvre d’une couche de paille ou bruyère de o m. 20 à o m. 4o.
- Ainsi le développement de la plante et en particulier des tubercules serait beaucoup plus précoce que lorsqu’on les recouvre de terre. Et les premières tiges seraient mieux protégées des gelées printanières. En outre, l’arrachage serait plus facile, car les tubercules seraient peu enterrés.
- Pour l’exécution rapide de ce travail au moyen des attelages, M. von Geyer a créé une machine distributrice à deux étages de toiles sans fin. En dessous s’opère la mise en place des tubercules. Au-dessus s’opère la distribution de la litière.
- D’après le brevet français 858.989, ces tabliers distributeurs pai’aissent opérer transversalement à la direction d’avancement de l’attelage suivant les lignes du futur semis.
- LIVRES NOUVEAUX
- La terre et l’homme en Extrême-Orient, par Pierre
- Gourou. 1 vol. in-16, 24 p., 20 fig. Collection Armand Colin,
- Paris, 1940. Prix : 17 francs.
- Connaissant fort bien l’Extrême-Orient, du lapon à l'Indochine, avant particulièrement observé le milieu annamite, l’auteur examine cette masse de 400 millions d’hommes, formant une humanité très homogène. Les moussons entretiennent sur le littoral et dans les plaines un climat partout constant durant l’été, qui permet la culture du riz en rizière dans le sud, sans irrigation dans le nord. Le théier, le mûrier, une abondance d’arbres et de plantes s’y ajoutent sur les hauteurs. Les montagnes et les collines sont peu peuplées, mais les uarties basses sont, une vraie fourmilière humaine, bien plus dense que les régions les plus industrielles d’Europe. Ce ne sont que villages surpeuplés d’une race sans industrie, sans grand élevage •où les hommes cultivent à la main tout ce dont ils se nourrissent, se vêtent, s’outillent. Cette paysannerie modeste, sinon pauvre, vit par un labeur acharné, dans la tradition d’une très vieille civilisation. Les croyances sont partout les mêmes : «un animisme agraire sous un vernis bouddhiste et confucéen ; les formes supérieures de la pensée sont d’origine chinoise dont tous les enfants apprennent à écrire les caractères. Le cadre moral est constitué par la famille avec le culte des ancêtres et le souci de la descendance masculine. Les maisons, tout à la fois temple et logement, se groupent en villages ruraux. Cette analyse de géographie humaine, très sûre et très documentée en même temps qu’agréable à lire nous renseigne sur une des questions les plus brûlantes du temps présent. Que va devenir «cette civilisation paysanne, « végétale » au contact des industries et des techniques occidentales ? L’européisation du Japon lui donnera-t-elle la suprématie ? Ou bien la population rurale d’Extrême-Orient maintiendra-t-elle sa forme propre qui s’est montrée si stable et si parfaite au cours des siècles ?
- L’amateur d’abîmes, par Samiveu. 1 vol. in-16, 240 p.
- Collection « Les livres de nature ». Stock, Paris, 1940. Prix :
- 21 francs.
- L’auteur, déjà connu pour sa plume alerte à écrire et dessiner de nombreux albums, est un alpiniste de haute volée. Avec deux de ses amis, il nous entraîne en haute montagne, nous fait tantôt vivre à la station de sports d’hiver, tantôt grimper des aiguilles, escalader des pics, camper, jusqu’à la grande ascension finale qui termine son récit. Il nous fait partager ses émotions, son effort, sa joie devant les beautés et les grandeurs des cîmes, sans oublier le grain de sel, l’humour et les vignettes parsemées qui égaient tout l'ouvrage. Lecture saine et vivifiante comme celle de tous les livres de nature de la collection.
- La création par les fluides célestes, par L. Marmo-
- nier. Première partie : L’univers au sein de l’éther-dieu.
- 1 vol. in-4, 254 p., fig. Bosc et Riou, Lyon.
- Début d’un essai cosmogonique dans lequel l’auteur distingue trois énergies : la cosmique ayant pour attributs la vitesse, la force et la puissance, la thermique caractérisée par la masse et l’inertie, la magnétique qui provoque la cohésion et ie freinage. Elles agissent sur la matière qu’elles transposent et vitalisent. Cette matière comprend les atomes du vide absolu et de la matière et les fluides célestes, émanations directes du Créateur qui sont régénérateurs, électriques et indivis. Après avoir examiné ces catégories et les avoir introduites dans l’explication de la gravitation universelle et du système solaire, l’auteur renvoie à deux autres volumes à venir la suite de ses constructions.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- COMMUNICATION
- A propos du charbon de bois contrepoison
- (n° 3065). — M. P. Gav qui avait publié dans le n° 3013 de La Nature du 15 novembre 1937, p. 495, un article sur le traitement des empoisonnements dus aux champignons par l’ingestion d’eau chargée de charbon de bois ou de braise pulvérisés fait justement remarquer que ce moyen n’est efficace qu’au début de l’intoxication, quand les douleurs se manifestent peu après le repas suspect, alors que les aliments sont encore dans l’estomac. Quand les toxines ont passé dans la circulation et atteint les centres nerveux, il est trop tard pour ce remède.
- Conservation des œufs. — Règle générale : on prend des œufs très frais ; on vérifie s’ils ne sont pas félés en les frappant doucement, deux par deux, les uns contre les autres.
- Quand on les range dans les récipients, on prend soin de les placer le gros bout en l’air.
- Pour une conservation de quelques mois, il suffit d’envelopper les œufs séparément dans un morceau de papier, puis de les ranger dans une caissette. On peut également les enrober dans du son, de la cendre fine, en évitant de mettre les coquilles en contact. La sciure n’est pas recommandée, elle peut donner un goût aux œufs.
- La conservation est mieux assurée quand, avant d’être enrobés dans le son ou la cendre, les œufs sont passés à l’eau bouillante pendant quelques secondes. Au moment de' les consommer, on les met dans l’eau froide qu’on porte à l’ébullition et l’on retire les œufs au moment où l’eau commence à bouillir.
- On conserve les œufs par la chaux ; on les place dans un récipient étanche (en terre, grès, ciment ou bois), le gros bout en l’air. On comble le vide avec un lait de chaux obtenu en éteignant 500 g. de chaux vive avec 10 1. d’eau, on se sert du liquide clair décanté. Le récipient est mis en cave, à l’abri de la lumière ; il se forme à sa surface une pellicule qui est du carbonate de chaux insoluble, protégeant les œufs contre l’accès de l’air et qu’il ne faut briser qu’au moment de retirer les œufs.
- On peut également tremper les œufs à conserver dans du silicate de soude ou de potasse. Mettre les œufs à sécher sur une feuille de papier, en évitant qu’ils ne se touchent car il se produirait des adhérences et les œufs ne pourraient plus être séparés. Enfouir ensuite les œufs dans le son ou dans du papier.
- De même, on peut enduire les œufs d’un vernis obtenu en faisant dissoudre de la gomme laque dans de l’alcool. On laisse sécher puis on range les œufs comme indiqué précédemment. Au moment de les consommer, les œufs sont nettoyés de leur vernis avec de l’alcool.
- Lorsqu’ils ont été conservés par immersion ou trempage dans le silicate, il faut prendre la précaution, avant de faire cuire les œufs, de percer un trou aAœc une aiguille dans le gros bout de la coquille, pour permettre aux gaz ou liquides de s’échapper.
- Bouillottes. — Le contenu des bouillottes dans lesquelles on emmagasine la chaleur en les plongeant dans de l’eau bouillante, jusqu’à ce qu’elles se soient mises en équilibre de température, est simplement de l’acétate de soude — C2H302Na, 3 aq qui a l’avantage de ne pas altérer le métal de la bouillotte ; on en fait dissoudre 1 350 g. dans un litre d’eau bouillante, puis on emplit la bouillotte que l’on ferme hermétiquement. Son usage n’est limité que par la fatigue du récipient.
- Vessies de porc. — Les vessies de porc destinées à l’usage de blagues à tabac sont soumises à 3'opération du hongroyage
- qui utilise l’action de l’alun et du sel marin sur la peau fraîche ; en réalité, il s’agit plus exactement de l’action du chlorure d’aluminium qui résulte de la double décomposition de ces deux sels.
- Après avoir subi une « paraison », c’est-à-dire avoir été débarrassées, après trempage dans l’eau, du sang, de la graisse et des impuretés qui les souillent, en grattant légèrement avec une lame mousse, on immerge les vessies bien propres dans le bain suivant :
- Alun pulvérisé............................. 85 g.
- Sel de cuisine............................. 50 —
- Eau ordinaire chaude...................... 865 —
- Après dissolution complète des sels, on laisse refroidir à une température douce de 30° à 35° C. (éviter une température plus élevée qui cuirait la membrane), introduire celle-ci en malaxant doucement de façon à bien l’imprégner, puis la maintenir dans le bain pendant deux ou trois jours en. répétant le malaxage.
- Finalement retirer du bain, mettre à égoutter et sécher à l’air libre.
- Si on désire conserver à la vessie une certaine souplesse, on passera à sa surface, avec une petite éponge, une solution d’eau glycérinée à 2 ou 3 pour 100.
- Emploi de débris de cierge. — Les débris de cierges ne renferment généralement que très peu de cire et beaucoup d’acide stéarique qui est obtenu industriellement en grande quantité et qui est meilleur marché.
- Dans ce cas, la transformation en savon en est facile puisqu’il n’y a à réaliser qu’une simple combinaison de cet acide aarne un alcali, en l’espèce la soude caustique, en opérant de la façon suivante :
- Prendre :
- Déchets de cierges................... 550 g.
- Lessive de soude à 36° B............. 300 —
- Faire d’abord fondre les déchets à feu doux puis y Aœrser sous forme de filet et peu à peu la soude caustique en agitant constamment ; continuer à chauffer jusqu’à ce que l’ensemble soif limpide et, si cela est nécessaire, éAmporer une partie de l’eau pour que la masse devienne pâteuse ; il ne restera plus qu’à couler en moules et laisser refroidir complètement avant de démouler.
- N.-B. — 1° La cire d'abeilles renfermant des hydrocarbures tels que l’heptacodane normal C27H56 et l’hentriacontane C31HCL ceux-ci échapperont à la saponification, mais il est fort probable que leur présence n’aura aucun effet fâcheux sur les qualités du produit final.
- 2° Pour accroître le pouvoir détersif du savon, il suffira d’ajouter à la lessive de soude, avant son introduction dans J es déchets liquéfiés :
- Silicate de soude à 36° B............ 130 g.
- Récupération de Vargent des bains photographe ques. — Pour récupérer l’argent des bains photographiques, le mieux est de le précipiter par l’acide chlorhydrique à l’état de chlorure d’argent ; celui-ci, bien lavé et séché, sera ensuite fondu dans un creuset en prenant 100 parties de chlorure d’argent, 70 parties de carbonate de chaux et 4 parties de charbon de bois pulvérisé.
- On peut également traiter ce chlorure d’argent par voie humide en le mettant en suspension dans l’eau et en précipitant l’argent à l’état métallique par une lame de zinc ou de fer.
- Il n’y a pas avantage à substituer à des procédés si simples une méthode électrolytique qui ne peut donner de résultats satisfaisants que si la composition du bain est bien réglée, ainsi que sa température, la tension et l’intensité du courant, et qui comporterait enfin la disposition du matériel convenable.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoüd frères et cle a laval (france) . — 15-3-1941 — Published in France.
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- N° 3068
- LA NATURE
- 15 Avril 1941
- OU EN EST L'ÉLECTRIFICATION DE LA FRANCE ?
- Parmi les « Grands Travaux » inscrits au programme immédiat de notre activité nationale, l’électrification compte parmi les plus importants en même temps, peut-on dire, que les plus spécifiquement français.
- Après l’époque héroïque des débuts, où les initiatives privées s’exercaient dans les sens les plus divers, la France a eu aussitôt le mérite de voir grand et de voir «. un » alors que d’autres nations s’engageaient dans des solutions fragmentaires, diversifiant irrémédiablement les courants et les fréquences. La standardisation du réseau national et du réseau primaire des chemins de fer sur une fréquence uniforme de 5o périodes par seconde, l’obligation pour les concessionnaires d’utiliser à plein la puissance hydro-électrique naturelle et l’obligation connexe, pour ces Compagnies de chemins de fer, de distribuer et de rétrocéder le surplus de leur énergie disponible, ont eu pour conséquence un développement très ample et suffisamment harmonieux de l’électricité sur toute l’étendue du territoire.
- Sans doute, dans une œuvre aussi vaste, on découvrirait des insuffisances techniques. Citons, sans y insister, la tension continue d’alimentation des locomotives ou automotrices des voies feirées, fixée un peu bas à i 5oo v. ; venant après nous, les Italiens ont bénéficié des progrès de la technique des moteurs à collecteur et adopté d’emblée la tension de 3 ooo v. On peut dire néanmoins que notre double réseau conjugué, national et ferroviaire, avec ses multiples étapes, encore assoupli par l’introduction des mutateurs à vapeur de mercure et à grille polarisée, constitue un des ensembles les plus équilibrés et les plus faciles à développer ; en poursuivant la mise en œuvre du capital hydro-électrique de la France, nos ingénieurs ne font que compléter une œuvre bien commencée.
- Progrès de l’interconnexion. — Un de nos ministres des Travaux Publics les plus connus distinguait la houille blanche de haute montagne, la houille verte des chutes de moyennes vallées et la houille bleue des océans... celte dernière pour mémoire ! L’avenir ne conservei’a peut-être pas cette terminologie, mais elle a le mérite de souligner l’extrême diversité des sources d’énergie que doit s’employer à coordonner le réseau général.
- Dans ces dernières années, les besoins de notre pays
- en énergie électrique ont été satisfaits par parties à peu près égales sous forme hydraulique et thermique ; la formule actuelle est que les accroissements de la demande doivent être fournis par des accroissements de production hydraulique, la part de la production thermique devant se trouver ainsi progressivement réduite et assimilée à un appoint de régulation.
- La production hydraulique correspond elle-même à une grande diversité de régimes annuels : régime glaciaire des Pyrénées et des Alpes, comportant une période de fortes eaux de mai à juillet avec un étiage d’automne ; régime pluvial du Massif Central avec ses hautes eaux d’hiver, sauf par grands froids ; régime mixte du Jura. On remarquera que certains de ces régimes sont complémentaires ; ainsi, les usines des Pyrénées et celles du Massif Central sont à même de compenser mutuellement leurs « creux » et leurs « pointes ». La diversité des sites n’est pas moins grande, depuis les x 413 m. de chute du Portillon jusqu’aux quelques mètres seulement des barrages du Rhône ou de Kembs.
- Les caractéristiques des nouvelles usines et de leur interconnexion sont les suivantes : production du cou-l’ant à tension relativement élevée dans les alternateurs (8 ooo v. à Kembs, i5 ooo v. à la Bromme) ; grande
- l. g/acé
- Lac du Portillon
- 12660)
- Lac du PortBielh
- •WP'* w'pp'P'i* a
- Cirque du Lys?
- \ I / Ï.J..U(2260)
- L.desGraouès (2283) L.Bteu
- (2153J
- 2000
- Lac d Va
- Centrale du Portillon ..A.-(1147)
- Centrale de ta Pique /nf!* ^5
- Centrale du Lac d'OO
- Fig. î. — Schéma vertical de l’ensemble des usines hydro-électriques dans les hautes vallées de Bagnère-de-Luchon.
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- Fig. 2. — Vue panoramique de l'adduction des eaux à la centrale du Portillon.
- interconnexion à très haute tension, soit 220 000 v. pour le réseau primaire dans le nord et le centre de la France, i5o 000 v. dans le midi, sans que cette répartition ait rien d’absolu ; les réseaux à 22.0 000 v. alimentent des sous.-réseaux à 90 000 v. alimentant à leur tour les agglomérations importantes et les stations principales des chemins de fer, tandis que les réseaux à i5o 000 v. alimentent des sous-réseaux à 60 000 v. En outre, on est convenu d’une standardisation des puissances qui a de gros avantages pour les installations ; les lignes à 220 kv. transportent 100 mégawatts, les lignes à i5o kv. transportent 5o mégawatts ; ceci revient à unifier, dans chaque catégorie, le produit de l’intensité par le facteur de puissance.
- La circulation de puissances très importantes dans des lignes de grande longueur a posé des problèmes d’équilibrage délicats, qui ont été résolus par l’emploi de transformateurs à prises multiples réglés par des régulateurs « Tirril », l’installation de compensateurs de phase synchrones, etc. Aujourd’hui, des problèmes comme l'adduction en Bretagne de l’énergie des Alpes ne souffrent plus de difficultés et près de 80 pour 100 de la consommation de Paris est fournie par des usines hydro-électriques.
- Organisation financière. — La consommation française d’énergie électrique, qui était de 7 5oo millions de kw./h. en 1923, a passé à 18 160 millions en 1987. L’effort actuel accroîtra la production annuelle de 3 milliards de kw./h. destinés à la distribution, sans compter 1 milliard de kw./h. destinés à l’électrochimie et à l’électrométallurgie. C’est donc un nouvel accroissement massif de 20 pour 100 environ.
- On estime que les ressources hydrauliques naturelles de notre territoire permettraient de produire près de
- 4 fois plus d’énergie que nous n’en produisons actuellement. Mais il ne faut pas oublier que le rythme du développement de la consommation est très lent et que celui des équipements nouveaux l’est également : 4 ans, 5 ans sont des délais normaux, et en 5 ans, il peut se passer bien des choses ! C’est ainsi que les pi'ogrammes achevés en 1933, conçus en pleine euphorie économique, sont venus aboutir en pleine crise. Plus tard sont venus les décrets de 1935, dont l’incidence fut désastreuse pour l’industrie de la production électrique, ensuite les menaces de guerre...
- C’est cependant en 1938 que prit corps l’ample programme actuel qui devait se concrétiser dans la création du Groupement de VÉlectricité, société anonyme au capital de 200 millions de francs, appelée à coordonner les efforts financiers des compagnies privées tout en offrant à l’épargne des garanties de premier ordre. Dès sa constitution, en juillet 1938, le Groupement lançait un premier emprunt de 5oo millions de francs, dont le produit devait être affecté à la mise en train immédiate des premiers chantiers. Un deuxième emprunt fut émis en février ig3g, pour une tranche de 200 millions ; l’accueil fait à ces deux émissions permet de se montrer optimiste quant aux émissions suivantes, qui doivent se totaliser à 2 milliards, le solde des capitaux, soit 1 milliard devant être financé par les compagnies elles-mêmes.
- L’industrie électrique a pris à sa charge l’exécution
- de certains travaux intéressant la Défense nationale ;
- %
- Fig. 3. — Cet alpiniste sur radeau, dans un paysage de lac glacé de montagne ? Un ingénieur inspectant une galerie du lac du Portillon, destinée à alimenter la fameuse conduite forcée de 1 400 m. de hauteur de chute.
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- en outre, les sociétés adhérant au Groupement se sont engagées à offrir un débouché, compte tenu des possibilités pratiques, à la production des nouvelles usines génératrices, même de celles qui seront construites à l’aide d’un financement mixte.
- On se rend compte, par ce simple aperçu, de la souplesse des moyens financiers mis en œuvre, qui autorise précisément aujourd’hui la continuation des travaux dans des circonstances exceptionnelles.
- Chute du Portillon. — Passons maintenant en revue les chantiers de quelques usines.
- L’équipement le plus spectaculaire est incontestablement celui de la chute de Portillon, dans les Pyrénées, qui avec ses i 4oo m. de dénivellation, constituera un des records mondiaux des hautes chutes. En outre, l’aménagement des hautes vallées de la région de Luchon représente un ensemble technique remarquable dont les figures i et 2 donnent une idée.
- Pour régulariser la centrale du lac d’Oo, on avait été conduit dès 1929 et ig32 à aménager en réservoirs saisonniers les lacs Glacé et du Portillon. Une idée nouvelle et fort ingénieuse consista à dériver les eaux de ces deux lacs, par une galerie souterraine (fig. 3) longue de 3 700 m. afin de les faire changer de versant et de les utiliser dans le cirque du Lys, où elles viennent rejoindre les eaux d’un chapelet de lacs de moindre altitude : Célinda, Port Bielh, des Graouès et Bleu.
- Celte solution, en réalité, était délicate, du fait que les eaux des lacs Glacé et du Portillon étaient disponibles à la cote 2 547 m-, au château d’eau terminant la galerie d’amenée, tandis que les eaux des quatre lacs du cirque du Lys sont disponibles à 2 240 m. 11 n’était pas question de sacrifier la différence de hauteur, qui, multipliée par le débit Portillon-lac Glacé représente une puissance considérable ; l’usine unique était donc
- astreinte à fonctionner tantôt sous une hauteur de chute de 1 4oo m . , tantôt sous une hauteur de 1 106 m. seulement ; fort heureusement, 1 a caractéristi-q u e des roues Pel-ton, seul type de turbines utilisables avec ces hautes chutes, est très aplatie, ce qui a permis de pré-
- Fig. 5. — Construction de l’usine du Portillon.
- voir un équipement unique. En outre, on a pu envisager de refouler au lac du Portillon les eaux des quatre lacs inférieurs au moyen d’une station de pompage située au raccordement des conduites forcées ; de là une grande x'essource de régularisation, que la disposition des terrains rendait impossible dans le cirque du Lys. Accessoirement, la restitution des eaux en aval permettra de régulariser les usines de la Pique infé-rieui'e et supérieure, qui, fonctionnant au fil de l’eau, se trouvaient fortement suréquipées à l’étiage.
- Les travaux sont les suivants. Au lac Glacé, percement d’une petite galerie dans le rocher, à 3o m. de profondeur, cette galerie débouchant dans la cuvette du lac de Portillon par une vanne de 35o mm. ; un barrage de 5 m. de hauteur sera construit pour accroître la capacité de collecte du lac Glacé. Au lac du Portillon, percement à 5o m. de profondeur d’une galerie de 3,6 m2 de section en plein granit, longue de 43o m. ; celte galerie se terminera par deux vannes ouvrant dans la galerie d’amenée ; un barrage de i5 m. de hauteur sera construit du côté bas du lac.
- La conduite forcée, descendant le long de la croupe qui sépare les bassins du Lys et de l’Houradade, aura un développement de 2 655 m. ; elle comportera 20 ancrages et plusieurs passages en tunnel ; le diamètre décroîtra de 1 m. 20 en haut à o m. 85 en bas, ce qui se traduit par une perte de charge théorique de 80 m. Elle sera constituée dans le haut par des tuyaux en acier au chrome-cuivre, dans le bas par des tuyaux « autofrettés », système Ferrand (fig. 4), avec virole en acier Siemens-Martin ordinaire et frettes en acier forgé 90 kg. Toute la conduite sera soudée électriquement.
- L’équipement électro-mécanique de l’usine du Portillon sera constitué par un seul alternateur de 4o 000 kw. mû par deux turbines Pelton situées de part et d’autre en porte-à-faux. Cette solution assez surprenante se justifie par des considérations d’interconnexion ; la centrale du lac d’Oo, dont la puissance installée est également de l’ordre de 4o 000 kw., est en effet fractionnée en 6 groupes : elle sera donc appe-
- Fig. 4. — Conduite forcée frettee, pour hautes pressions.
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- clront le caplage des eaux du cirque de l’Houradade (lac Bleu), puis des lacs du cirque du Lys, enfin l’installation de pompage.
- Usine de l’Aigle. — L’équipement de la chute de l’Aigle, sur la Dordogne, a donné lieu à une solution extrêmement hardie, due à M. Coyne.
- De Bort-les-Orgues à Argentai, la Dordogne roule ses eaux à 260 m. environ au-dessous d’un plateau de gneiss et de granits, sur un parcours de près de 80 km. Quasi inaccessibles au-dessus de Marèges, ces gorges s’élargissent légèrement en aval mais présentent des points rétrécis, tels que celui de l’Aigle, qui se prêtent à l’établissement économique d’un barrage. Toutefois, l’emplacement de l’usine devient un problème et l’on pouvait se demander si l’on ne serait pas conduit à l’établissement d’une centrale souterraine, comme à Brommat.
- Fig. 6. — Maquette montrant la future usine de l’Aigle coiffée par les gerbes d’eau, en période de crue.
- lée à fournir les pointes des diagrammes, autrement dit à satisfaire aux appels momentanés de courant, tandis que l’usine du Portillon fournira la puissance de base constante, représentée par la base des diagrammes. La disposition mécanique en double porte-à-faux réduit d’autre part au minimum le nombre des paliers, donc les risques de grippage? et facilite l’entretien ; les enroulements de l’alternateur sont reliés directement au primaire du transformateur de départ, sans interposition de barres.
- Autant que les circonstances le permettent, on peut espérer la mise en service de l’usine du Portillon (fig. 5), alimentée par les lacs du Portillon et du lac Glacé, en 1942 au plus tard.
- Ultérieurement vien-
- La solution adoptée comporte une voûte épaisse, l’usine se trouvant logée sous la partie aval du barrage et l’eau évacuée lors des crues partant en nappe aérienne vers l’aval : cette usine est disposée en demi-cercle, les groupes
- Fig. 7. — Travaux de Génissiat.
- Vue du prébâtai'deau amont, protégeant le chantier contre l’entrée directe des eaux du Rhône, et de l’entrée des deux souterrains de dérivation provisoire. A l’arrière, une vaste mare subsistant au milieu du chantier (août 1940) (Photos aimablement communiquées par la Compagnie nationale du
- Rhône).
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- Fig. S. — Prébâtardeau aval protégeant le chantier de Génissiat contre l’invasion par l’aval des eaux du Rhône, et sortie des souterrains de dérivation. A l’arrière, pont de service (mai 1940).
- turbines, à axe vertical, étant orientés comme les. rayons d’une roue (fig. 6).
- Le parement amont du barrage est un cylindre de révolution de i5o m. de rayon, à axe vertical, tandis que le parement aval est un cône oblique à section horizontale circulaire ; on obtient ainsi une épaisseur accrue àux naissances et à la base ; la hauteur du barrage est de 90 m. et son développement en crête, de 275 m.
- De cette hauteur de 90 m. dévalent deux déversoirs, alimentés par deux vannes de 12 m. de largeur et ix m. de hauteur, destinés à l’évacuation des crues ; l’eau descend en suivant le coursier jusque sur le toit de l'usine, rejaillit horizontalement vers l’aval « en saut de ski » et va amortir son énergie cinétique dans un matelas d’eau situé à distance du barrage. L’évacuateur de vidange, prévu pour 200 m3 par seconde, traverse le barrage. Une galerie de dérivation provisoire a dû être creusée dans le rocher, sur la rive du fleuve ; elle sera fermée par un bouchon métallique tronconique avec trou d’homme permettant de rétablir partiellement la dérivation en cas de nécessité.
- L’usine de l’Aigle sera équipée de quatre groupes de 5o 000 kw. qui seront mis en service par deux au fur et à mesure du développement des besoins, et d’un groupe auxiliaire de 5 600 kw. Son principal avantage technique est qu’elle pourra fournir les « pointes » de consommation, grâce à sa réserve de 100 millions de m3 ; la production annuelle sera en moyenne de 4oo millions de kw./h. avec deux groupes et de 45o millions avec quatre groupes ; cette faible différence souligne bien le cai'actère de pointe. Une telle production « de haute qualité » est surtout intéressante en période de sur-consommation ; elle l’est moins aujourd’hui que la mise en service d’usines importantes et le développement de l’interconnexion ont conduit à des excédents de puissance et que l’on s’oriente vers le « kilowatt économique ». Mais il ne faut pas oublier que les délais d’exécution et d’équipement des usines hydro-électriques sont tels que le problème de la puissance de pointe pourrait bien avoir repris toute son acuité au moment où la chute de l’Aigle sera complètement aménagée !
- L’achèvement du bâtardeau de protection destiné à
- protéger le chantier et de la galerie de dérivation, a permis de pousser les travaux du barrage, qui sont actuellement en bonne voie. Des vannes plates à chenilles permettent de régler le passage de l’eau en fonction des éclusces de l’usine de Marèges, au mieux du régime fluvial.
- Usine de Saint=Étienne=Cantalès. — Une disposition analogue à celle de l’Aigle a été adoptée pour l’usine de Saint-Étienne-Cantalès, sur la Cère. Le point choisi, dominé par la croupe de Pradel, est marqué par un éperon rocheux qui réduit la largeur de la vallée ; la roche est granitique et saine. Le barrage, du même type en voûte épaisse, abritera l’usine sous son tablier aval, l’évacuateur de crues passant au-dessus de l’usine ; sa hauteur est de 70 m. et son développement en crête de 270 m. L’épaisseur du toit-doucine en béton sera de 3 m., ce qui offre accessoirement toute sécurité contre des bombardements.
- La salle des machines comprendra trois groupes à axe vertical de 25 000 kw., chaque groupe étant alimenté par une conduite de 4 m. i5 de diamètre, à vanne-papillon, traversant le barrage.
- La cote de retenue, établie par le barrage à l’altitude 5x6 m., coupe un certain nombre de voies de communications et noie presque jusqu’au tablier le grand viaduc métallique de Ribeyrès, dont il conviendra de protéger les piles en les enrobant de béton. En aval du barrage de Saint-Étienne-Cantalès, à 2 km., sera construit un petit barrage régulateur formant bassin de compensation ; le niveau viendra mourir, à cote maxirna, à fleur des évacuations de Saint-Étienne-Can-
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- talés ; celte disposition permettra de turbiner à pleine puissance, sans s’inquiéter des possibilités de consommation des usines aval, durant 6 h. Ici encore, la faculté de fournir avantageusement l’énergie de pointe a donc été particulièrement retenue. La production annuelle sera de l’ordre de 220 millions de kw./h.
- Les travaux de Génissiat. — Nos lecteurs connaissent le grandiose projet du barrage de Génissiat, pièce maîtresse de l’aménagement du Rhône. Établi à quelques km. en aval de Bellegarde, non loin de la frontière suisse, cet important ouvrage fournira, pour la première tranche d’équipement seule, une puissance de 260 000 k\v. et une énergie annuelle de x milliard et demi de kw./h., suffisante pour couvrir 10 pour 100 des besoins actuels de la France. Ce sera la centrale hydro-électrique la plus puissante de France et d’Europe, le record mondial restant dévolu aux nouvelles usines américaines et canadiennes : Boulder-Dam, Grand-Coulée, Beauhaimois.
- Le site très encaissé de Génissiat a donné lieu à des difficultés techniques spéciales ; c’est ainsi qu’il est nécessaire d’évacuer 1/2 million de m3 de déblais à une centaine de m. de hauteur pour les rejeter sur le plateau, ce qui a exigé un très fort équipement de chantier. La coupure du ileuve a été l’objet d’études très poussées qui ont conduit à l’adoption d’un procédé consistant à édifier par versement de matériaux, dans le ht torrentiel du fleuve, une digue submergée trapézoïdale que le courant n’est pas capable de raviner. A l’abri de cette digue, on peut alors construire le batardeau proprement dit de protection, en béton armé (fig. 7 et 8).
- Il existe deux souterrains de dérivation provisoire d’une section énorme : 80 m3, permettant d’évacuer 1 5oo m3 par seconde grâce à l’adoption d’un régime « torrentiel ». Il arrive parfois, il est vrai, que le Rhône en crue atteigne des débits de 2 000 m3 par seconde, mais ce sont là des éventualités qui se présentent en moyenne tous les 5 ans et qui n’auraient d’autre conséquence que de submerger très momentanément le chantier, sans dommage pour les ouvrages en cours de réalisation. Actuellement d’ailleurs, la protection des ouvrages est assurée, même contre ces crues de 2 000 m3, et malgré certains retards imputables aux circonstances, on peut dire que les travaux sont sortis de la période délicate.
- Autres travaux. — Nous citerons encore les travaux d’aménagement du groupe des usines de la Bromme, consistant en un doublement du canal d’ame-née aux puits de l’usine souterraine, qui se traduira par un accroissement de puissance de 20 000 kw. ; il y a là un enseignement qui n’est pas à négliger en ce qui concerne la rugosité des canaux souterrains de grande section, dont l’effet réserve parfois des surprises aux ingénieurs. Des travaux sont également en cours ou sur le point d’être entrepris pour l’aménagement du Taurion, affluent de la Vienne, celui de la chute des Sept-Laux, près d’Allevard, qui donne lieu
- à une curieuse combinaison « tri-lacustre », l’aménagement de l’usine d’Artigues, dans le haut bassin de l’Adour, ainsi que le renforcement de l’usine de Monis-trol-d’Allier.
- Dans le domaine des communications et interconnexions, citons les réseaux à très haute tension de Bretagne, de Normandie et Anjou, du Nord et surtout les nouveaux « bouclages » à 220 000 v. de la région parisienne, suite naturelle des travaux de M. Fallou, qui représentent l’une des réalisations techniques les plus spécifiques de l’électrification actuelle.
- ÉLECTRIFICATIONS FERROVIAIRES
- Get aperçu serait incomplet si nous ne disions quelques mots de lelectrificalion ferroviaire, qui se poursuit avec régularité.
- On admet aujourd’hui que l’intérêt d’une électrification dépend essentiellement d’un certain paramètre, qui n’est autre que le quotient du tonnage annuel transporté, le long de la ligne considérée, par le nombre de km. de cette même ligne ; au-dessus de 5oo t. par an et par km., lelectrificalion devient nettement rentable. A titre d’exemples, ce chiffre est de 3oo sur Brive\-Montauban et de 1 000 sur Paris-Lyon.
- Le tronçon à vapeur Bordeaux-Montauban présentait le caractère d’une lacune dans la ligne électrifiée Bordeaux-Sèle. La longueur du tronçon est de 206 km. ; le tracé est bon, les rampes ne dépassent pas 5 pour 1 000 et les rayons ne descendent pas au-dessous de 5oo m. ; la limite de vitesse réglementante est fixée à 120 km. à l’heure. L’électrification permettra de réaliser une économie de 75 000 t. de charbon par an ; la consommation sera de 35 millions de kw./h.
- Le tronçon Sète-Nîmes offre les mêmes caractéristiques que le précédent, qu’il prolonge. Sa longueur est de 77 km. ; son électrification se traduira par une économie annuelle de 45 000 t. de charbon, moyennant une dépense de 20 millions de kw./h.
- Ancienne zone frontière administrative du P.-O. et du Midi, le tronçon Brive^-Montauban n’avait aucune raison de demeurer frontière technique ; son électrification comblera une lacune dans le réseau électrifié. La longueur est de i63 km. ; la ligne est dure, avec des courbes de rayon réduit et de nombreuses rampes de 10 pour 1 000 totalisant 17 km. L’économie annuelle sera de 53 000 t. de charbon.
- L’électrification de la ligne Paris-Lyon présenterait un intérêt économique considérable. Elle a malheureusement, été retardée jusqu’ici par des arguments stratégiques dont la portée ne semble du reste pas hors de discussion.
- La longueur de la ligne est de 5x2 km. ; le tracé est très bon, sauf au franchissement du seuil de Bourgogne, où de fortes rampes dans les deux sens obligent, pour la traction des trains lourds, à remplacer les Pacifies (23i) par des Mountains (241) ; en ce point se présente le tunnel de Blézy, long de près de 4 km., où il est impossible de placer des signaux de block,
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- qui seraient invisibles dans la fumée : les longueurs des sections de block se trouvent ainsi dilatées à ce chiffre de 4 km., ce qui est préjudiciable à l’intensité du trafic.
- L’électrification Paris-Lyon sera de beaucoup la plus importante qui ait été faite en France ; elle épargnera 600 000 t. de charbon annuellement, moyennant une dépense de 3oo millions de kw./h. Voici quelques-uns des avantages techniques et <c géographiques » que l’on est en droit d’en attendre. Sur le parcoui's direct, une accélération des trains, permettant de faire Paris-Lyon en 4 h. 4o ; sur ce même parcours, un accroissement du trafic, consécutif à l’accélération des trains dans les rampes et au raccourcissement des sections de block, qui pourront être ramenées à 1 600 m. du fait de l’introduction des signaux sous le tunnel de Rlézy.
- Actuellement, la ligne directe Marseille-Paris étant insuffisante pour absorber la totalité du trafic, on est conduit à détourner, notamment, les trains de pri-
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- meurs par la ligne du Bourbonnais, Paray-le-Monial, Moulins, etc. Il deviendra possible de replacer ces trains sur la ligne directe, en vue de profiter au maximum de la traction électrique.
- Un autre aménagement intéressant sera celui des trains de Savoie, particulièrement nombreux au moment des sports d’hiver. Ces trains passent actuellement par Dijon, Saint-Amour, Ambérieux, Culoz, ligne dure qui comporte des rampes de 12 pour 1 000. Pour utiliser au mieux l’électrification, on fera passer ces trains par Mâcon, Bourg et Arnbcriei3j& ce qui assurera une économie appréciable de km./h. en même temps qu’un tracé meilleur. Plus tard, seulement, viendra en question l’électrification du tronçon Mâcon-Ambérieu^, dont l’intérêt économique a paru moins immédiat, mais qui assurera la traction électrique sans lacune de Paris à l’Italie.
- Pierre Devaux,
- Ancien Élève de l’École Polytechnique.
- LES TOXINES BACTÉRIENNES
- Le microbe est un être vivant qui sécrète dans son protoplasma ou excrète dans le milieu où il vit des substances variées dont certaines dangereuses pour l’homme sont groupées sous le nom de toxines. Toussaint, puis Chauveau, de 1878 à 1886, ont montré qu’on pouvait produire soudainement tous les symptômes du charbon en injectant à des moutons du sang frais provenant d’un animal charbonneux ; l’intoxication précède l’infection. Pasteur, après avoir résisté à cette conception, l’accepta et bientôt les recherches se multiplièrent pour immuniser contre l’infection par injection de toxines aseptiques. Bientôt, on distingua deux sortes de toxines, les unes diffusant dans le milieu (poisons diphtérique, tétanique, botulique, etc.), les autres restant dans le corps du microbe (poisons typhique, cholérique, etc.) ; les premières furent dénommées exotoxines, les secondes endotoxines. Certains microbes (diphtérique, dysentérique, etc.) produisent des exo- et des endotoxines dont les effets sur l’organisme sont tout différents. Les bacilles tuberculeux morls après broyage, macération ou digestion, provoquent, quand on les inocule, des tubercules non réinoculables.
- Les exotoxines se rencontrent notamment dans les filtrats des cultures microbiennes sur milieu liquide ; elles sont détruites par la chaleur et donnent naissance dans l’organisme à de puissantes antitoxines spécifiques. Les endotoxines enfermées dans les cellules bactériennes d’où on les libère par autolyse sont moins fragiles et leur injection ne provoque l’apparition que d’antitoxines assez faibles. Étant donné leur intérêt médical, un nombre considérable de travaux leur ont été consacrés et l’on a reconnu que certaines toxines reproduisent plus ou moins complètement le tableau clinique de l’infection microbienne ; d’autres modifient le terrain, facilitant ou empêchant une infection ultérieure.
- On a beaucoup discuté sur leur nature, en faisant tour à
- tour des ptomaïnes, des toxines alcaloïdiques, des diastases, des toxalbumines. Les progrès de la chimie biologique en ces dernières années ont permis d’aboutir à des conclusions plus précises. En France, ces recherches ont été conduites par M. André Boivin, dans le laboratoire de Garches de l’Institut Pasteur, cl il vient de donner à l’Académie de Médecine (*) un magistral exposé de ses travaux et de l’état actuel de la question.
- En 193c, il parvenait à isoler l’anatoxine diphtérique sous forme protéique à un degré de pureté tel qu’une dose de o mg. oo3 représentait une unité. La même année, par une autre méthode, Eaton préparait la toxine diphtérique sous forme d’une protéine pratiquement pure dont o mg. oo3 représentaient aussi une unité et dont o mg. 0001 suffisait pour tuer un cobaye. L’année suivante, par une méthode encore différente, Pappenlieimer obtenait la même protéine-toxine douée de la même activité. En ig4o, Boivin a extrait de l’exotoxine du bacille dysentérique de Shiga une protéine qui lue la souris à la dose de o mg. 0006. Les exotoxines apparaissent donc comme des protéines excrétées par les corps microbiens.
- Depuis ig33, Boivin a aussi extrait les endotoxines d’un certain nombre d’autres bactéries : bacille typhique, salmonellose d’Aertryck, Proteus, colibacilles, vibrions, bacille dysentérique, etc. Toutes sont des substances colloïdales formées par la combinaison d’un polysaccharide spécifique avec un composé phospho-lipidique. Bien moins toxiques que les exotoxines, elles ne tuent la souris qu’à la dose de o mg. 1 environ et le lapin à la dose de quelques milligrammes. Toutes les endotoxines déclenchent sensiblement le même tableau symptomatologique : diarrhée, congestion viscérale
- 1. Bulletin de l’Académie de Médecine, K novembre 1940.
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- et surtout intestinale, troubles glycémiques, etc. Antigèniques, elles provoquent dans l’organisme la formation d’anticorps spécifiques bien moins actifs que les sérums anti-exo-toxiques. Les endotoxines sont donc des complexes glucido-lipidiques tout différents des exotoxines protéiques.
- Leur origine peut être précisée. Les endotoxines glucido-lipidiques sont des constituants permanents et nécessaires des bactéries lisses à Gram négatif douées de virulence et de pouvoir vaccinant ; elles se retrouvent en mêmes proportions : environ io pour ioo du poids sec, quelles que soient les conditions de culture ; elles forment à la surface des corps microbiens un film probablement monomoléculaire, de 5 à io mp. d’épaisseur qui joue un rôle capital dans l’agglutination et la sensibilisation à la phagocytose; elles se répandent dans le milieu dès que les bactéries sont tuées
- et qu’elles s’aulolysent. Les exotoxines protéidiques se forment dans le corps microbien, mais n’en sont pas un constituant permanent ; leur production varie avec les conditions de culture ; elles diffusent dans le milieu extérieur du vivant de la bactérie comme après sa mort, elles représentent au maximum i pour xoo du poids sec et 2 pour xoo des matières protéiques totales ; elles ont une forte toxicité spécifique.
- Il est curieux qu’on ait justement appelé endotoxines celles qui sont sur la surface des bactéries et exotoxines celles qui se foi’mcnt à l’intérieur du corps microbien. Quoi qu’il en soit, les voici nettement différenciées et la précision biochimique apportée à leur connaissance ouvre des horizons nouveaux aux problèmes de la sérothérapie et de l’immunité.
- René Merle.
- LA MICRO-CINÉMATOGRAPHIE
- DERNIERS TRAVAUX DU D' COMANDON
- L’application du cinématographe à la recherche scientifique remonte aux débuts même du cinéma. Moins d’un an après que les frères Lumière eurent donné, le 26 décembre i8g5, la première séance publique de cinéma, le Dr Doyen commençait à enregistrer des opérations chirurgicales dans sa clinique de Neuilly. L’appareil qu’il avait conçu, fut construit par Parnalaud. Les frères Maurice — maintenant chefs d’importantes maisons de tirage de films — furent tour à tour les opérateurs de ce laboratoire de cinéma scientifique. Un peu plus tard, M. Léopold Maurice alla installer, à Moscou, un laboratoire analogue chez le I)r Modlinski. Le Dr Doyen réalisa au moins quatre cents films, dont à peine une cinquantaine ont été retrouvés ; signalons seulement le plus célèbre : l’opération des sœurs siamoises Dodica et Radica.
- A ce moment, nul ne pouvait soupçonner le développement immense qu’allait recevoir l’invention nouvelle ; elle apparaissait comme une sorte d’attraction foraine et même, après l’incendie du Bazar de la Charité, provoqué par un appareil de projections, plusieurs salles des Boulevards fermèrent leurs portes. Par contre, nombre de savants et de chei’cheurs avaient déjà entrevu l’intérêt que la cinématographie pouvait offrir pour leurs travaux. Cet intérêt est double : d’une part pour la documentation, le film, enregistrant un phénomène, une évolution, une réaction, permet de comparer des phases éloignées, des états successifs, de revoir et de reproduire le phénomène ; d’autre part, il permet de mieux voir certains faits ou certains détails que nos sens ne peuvent saisir : c’est le cas de la micro-cinématographie par exemple.
- Employé seul, ou conjointement avec les techniques spéciales du ralenti et de l’accéléré, le cinéma fait partie maintenant du matériel de laboratoire. Mais il y a plus : il pénètre également dans des régions du monde inaccessibles, interdites à nos sens. La cinématographie aux rayons X, le cinéma dans l’infra-
- rouge et dans l’ultra-violet — peut-être demain, la cinématographie aux rayons cathodiques — nous révèlent des aspects inconnus de notre univers et permettront des applications dont certaines commencent à apparaître.
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- L’analyse des mouvements lents et rapides par le cinéma remonte aux temps « pré-cinématographiques » de Marey, qui, à partir de 1882, commença, par ce procédé, l’étude du vol des oiseaux, des battements d’ailes d’insectes, de la nage des poissons, des allures d’un coureur, de la marche des animaux, etc.... Il opérait sur plaques photographiques se déplaçant par saccades, ou sur papier sensible, puis, à partir de 1892, sur pellicule de celluloïd : ce qui lui permit d’atteindre 110 images-seconde. A la même époque, Mallard et Le Châtelier étudiaient la propagation des explosions en enregistrant des séries d’images rapides. Jules Jans-sen, en 1874, avait enregistré, à raison d’une image par soixante-dix s., l’occultation de Vénus. Toppler ayant appliqué en 1868 l’étincelle électrique à la photographie ultra-rapide, le procédé entra dans 1a. technique courante avec les travaux de Mach (1887) et de Boys (1892)...
- Le ralenti et l’accéléré consistent à faire passer, à la cadence de projection de 16 images-seconde au temps du « muet » ou de 24 avec le « sonore », des prises de vues opérées à une cadence plus rapide ou plus lente. Dans le premier cas, la projection est ralentie et dans le second, elle est accélérée.
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- La cinématographie microscopique a donné des résultats très importants ; elle est conjuguée généralement avec le ralenti ou l’accéléré. Ainsi se complètent et se
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- renforcent les deux ce pouvoirs séparateurs » : celui du microscope qui s’applique à l’espace et celui du cinéma qui s’applique au temps. Ce pouvoir de modifier la cadence des phénomènes observés fournit au chercheur des compléments d’information jusqu’ici inconnus et qui peuvent être inappréciables. Un phénomène tel que l’éclosion d’une fleur devient étonnant de mouvement et de vie. Au moyen d’un appareil de prises de vues commandé par un moteur électrique ou un mouvement d’horlogerie, on prend une image tous les quarts d’heure ou toutes les demi-heures et on projette le film à raison de 16 images par s. La vitesse est donc accélérée de i5 ooo à 3o ooo fois. On voit ainsi des mouvements extraordinaires de la tige et de la fleur, beaucoup trop lents pour être perceptibles à l’œil. Comme ces mouvements sont plus rapides au moment où les pétales se développent et à la fanaison, on peut changer le rythme à ces moments, prendre des images plus fréquentes, réduire le ralenti, adapter la cadence de l’observation à celle du phénomène : le cinéma le peut, et, d’autre part, l’inscription corrélative du temps est chose aisée.
- Au lieu de variations successives des vitesses, on peut aussi, avec plusieurs appareils fonctionnant à des vitesses différentes, prendre simultanément les vues du même phénomène à diverses cadences et analyser des mouvements extrêmement différents. Jusqu’ici le chercheur ne pouvait observer que l’un de ces deux éléments : déplacement ou croissance et il devait sacrifier l’autre. Le cinéma permet l’étude du processus complet. Par exemple, pour suivre la croissance d’une bactérie très mobile, animée d’un mouvement très rapide et tout à fait irrégulier, et qui, en même temps, grossit lentement, on prendra deux films à cadences différentes. Si l’on filme vite, on ne verra pas grossir la particule, mais on la suivra très bien dans toutes les régions de l’écran, sans flou ni filage ; si l’on filme lentement et qu’on regarde image par image, on pourra observer le grossissement. Si un praticien très habile peut réussir à ramener, au tirage, l’image de
- Fig. 1. — Cristallisation.
- La solution de silico-tungstate d’ecgonine se présente d’abord sous l’aspect granuleux ; puis une fine aiguille cristalline se forme et s’allonge rapidement, dans la masse granuleuse, qu’elle finit par absorber. Le film du Dr Comandon a permis
- d'étudier ce phénomène.
- Fig. 2. — Étude de la division cellulaire ou « canjocinèse » des hématies de Triton : trois cellules, à un degré différent du phénomène.
- Dans l’angle droit supérieur, un cadran enregistre les minutes, secondes et dixièmes de seconde.
- la granulation toujours au même endroit de la pellicule positive, le film deviendrait même projetable.
- Pour le biologiste, le cinématographe est un instrument si parfaitement approprié qu’il est devenu indispensable. Il permet entre autres l’étude de la cellule vivante, organisme fondamental, dont chacune jouit d’une vie propre et plus ou moins indépendante, et dont les dimensions, le plus souvent, n’atteignent pas le centième de mm. L’examen porte sur des éléments vivants, et non plus sur des organismes morts, produits de l’autopsie, coupes colorées, etc... qui figent la réaction essayée. Le microscope permettait la vue d’aspects statiques : la micro-cinématographie a montré l’élément vivant dans ses mouvements et ses réactions, quelles que soient leurs vitesses. Les développements de cette méthode ont été magnifiques. La « préparation » est devenue elle-même un véritable laboratoire ; à l’aide des instruments de « micro-manipulation », on a même réussi à pratiquer des opérations à l’échelle du millième de mm. Elle est devenue également un véritable studio : on y dose avec sûreté les éclairages directs ou indirects, filtrés ou colorés.
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- Le nombre des films en micro et ultra-micro-cinô-matographie est assez considérable — encore que dans l’immense majorité des cas il s’agisse de simples documents de laboratoire, d’enregistrements de travail, réalisés par des biologistes. Ils ne sont point destinés à la présentation au public et ne sont pas susceptibles de l’être. Toutefois certains chercheurs ont effectué des montages de leurs enregistrements, en vue de projections didactiques aux étudiants. Tels, par exemple, quelques bandes réalisées au Collège de France par François-Franck, puis, à partir de 1927 par Mme François-Franck. Auparavant, Mme Franck»
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- avec son mari, avait tourné quelques bons films d’études microscopiques de la collection Gaumont. Ce sont des enregistrements assez courts, souvent limités à
- Fig. 3. — Champignons prédateurs de Nématodes.
- Préparation montrant les champignons, sous l’aspect de filaments ; les « pièges » annulaires se voient en perspective (forme du collet) ; deux Nématodes apparaissent sous le réseau, l’un d’eux est déjà capturé.
- Fig. 4. — Un collet isolé, vu à un fort grossissement.
- Un Nématode est engagé dans le collet qui va se resserrer.
- Fig. o. — Le collet, formé de trois cellules, se referme par gonflement.
- une phase particulière d’un phénomène : les derniers quelle ait réalisés portaient sur les cycles de la nutrition d’un Infusoire. On connaît d’elle un des premiers films de l’œuf d’Oursin, le développement de l’œuf d’Ascaris, les mouvements des globules blancs des Vers, des mécanismes du développement d’infusoires.
- À la Station Marcellin-Berthelot, à Meudon, M. Oba-ton, chef des travaux, a réalisé des films importants, en format de 16 mm. en collaboration avec MM. Guil-liermond et Mangenot, professeurs à la Faculté des Sciences : films sur les structures végétales, les colorants vitaux, les Myxomycètes. L’un des plus récents, présenté au Congrès de Cinéma scientifique de M. Jean Painlevé, consacré à certains aspects de la vie d’organismes aux confins du règne végétal et de l’animal, avait été enregistré à des vitesses différentes de ralenti, allant de 6o fois à 3 ooo et 4 ooo fois ; c’était une prouesse technique.
- De M. Jean Painlevé, qui compte parmi les meilleurs praticiens de la cinématographie scientifique, on connaît plusieurs films « documentaires » d’études biologiques, qui comptent parmi les plus remarquables qui aient été réalisés : l’Oursin, le Crabe, le Hyas, le Bernard-l’Hermite, qui utilisent largement les forts grossissements. Il faut signaler spécialement l'Hippocampe, chef-d’œuvre du cinéma, par la valeur scientifique des enregistrements et leur qualité esthétique, ainsi que par l’originalité, la poésie que M. Painlevé sait enfermer dans ces évocations saisissantes d’un univers inconnu, et par la virtuosité de la technique et du montage. D’un caractère plus nettement scientifique sont ses études micro-cinématographiques sur l’Œuf d’JÉpinoche qui enregistrent les phénomènes protoplasmiques et les mouvements browniens, sur l’électrophorèse du sang de Siponcle, sur l’électrolyse du nitrate d’argent, et les films qu’il a rapportés de sa croisière scientifique à bord du « Président Théo-dore-Tissier » dans les mers du Nord de l’Europe.
- Dernièrement, faisant construire un appareil de prise de vues en couleurs image par image, il a mis au point un obturateur à déclenchements ultra-rapides, qui réduit à i /7e du temps disponible les temps-morts occupés par la triple opération de l’escamotage de l’image impressionnée, de l’arrivée de la fraction suivante de pellicule et de la chute de l’obturateur (dans les systèmes usuels, ces temps-morts absorbent la moitié du temps disponible).
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- Le savant dont -les travaux ont été les plus féconds est sans contredit M. le Dr Comandon, directeur du laboratoire cinématographique de l’Institut Pasteur. H est la figure la plus marquante du cinéma scientifique. En fait, il a créé ou perfectionné la plupart des méthodes du cinéma scientifique. En 1909, jeune savant adonné aux recherches de laboratoire sur les infiniment petits, il imagina de les filmer ; il élit le cinématographe nomme instrument de ses travaux.
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- M. Charles Pathé, alors chef de l’importante maison de cinéma, lui offrit un laboratoire dans ses studios de Joinville. Le Dr Comandon mit au point un dispositif de micro-cinématographie, il en inventa ou transforma les méthodes d’emploi. C’est là qu’il fit construire la première serre pour prises de vues de la croissance des végétaux, un dispositif qui a été, depuis, imité partout. Il enregistra ses fameux films de développements de plantes, de germinations de graines, d’éclosions de fleurs... qui comptent parmi les plus belles réussites ; il commença ses enregistrements sur la vie de la cellule vivante, sur les microbes... Deux ans plus tard, avec le Dr Lomon, il réalisa le premier film aux rayons X des mouvements du cœur. A la môme époque il fit apparaître sur l’écran les mouvements browniens de la matière.
- L’intérêt du public ne se portant pas suffisamment sur ces « documentaires », il quitta les studios de Joinville et fut accueilli chez M. Albert Kahn, à Bou-logne-sur-Seine, où il disposa d’une installation véritablement modèle. Puis le moment vint où M. Albert Kahn dût liquider ses diverses fondations : le D1' Comandon fut alors installé par le Dr Roux dans une dépendance de l’Institut Pasteur à Garches. Il reprit là ses travaux, avec son collaborateur M. de Fon-brune, qu’il s’était attaché déjà au temps du laboratoire Pathé, à l’àge de 16 ans. Ensemble ils s’occupent, depuis plusieurs années, d’étudier la physiologie du protoplasme et ses mouvements : phénomènes à la fois élémentaires et fondamentaux de la vie.
- Si le principe de la micro-cinématographie est simple, par contre la mise au point des dispositifs est délicate et complexe. L’appareillage doit être parfaitement stable et à l’abri de toutes trépidations. L’éclairage doit être régulier et intense, en raison de la brièveté des temps de pose : la lampe à arc ou mieux encore la lumière solaire conviennent au mieux. L’effet calorifique de cette concentration lumineuse doit être réduit ou éliminé par interposition de solutions chimiques appropriées dans des bacs à faces parallèles. En outre, en certains cas, on cherche à annihiler les radiations nuisibles bleues ou ultra-violettes. Dans l’ultra-micro-cinéma, ce n’est plus l’image agrandie de la source lumineuse qu’on enregistre ; la lumière est projetée obliquement, et c’est le faisceau réfléchi et diffusé par l’objet qui se fixé sur la pellicule : le fond alors est toujours noir.
- Le Dr Comandon et M. de Fonbrune ont été conduits à des innovations techniques ; notamment M. de Fonbrune a mis au point un outillage — fait de minces baguettes de verre finement effilées et modelées en aiguilles, en crochets, en spatules... — pour les « micro-manipulations », méthode qui lui permet de pratiquer de véritables opérations chirurgicales sous la micro-camera : telles les dissections de parasites des globules rouges du sang. La technique de la lumière concentrée qui, sans des précautions exceptionnelles, est immédiatement mortelle pour les orga-
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- riismes examinés, a été portée par eux à un haut degré de maîtrise.
- Ce qui fait la supériorité de ces films, c’est, outre leur valeur scientifique, la qualité de l’image, toujours parfaitement au point, sans aucune zone sacrifiée ou floue, sans aucune phase de brouillage. La lumière est, partout et toujours homogène et égale. Le tracé des contours, grâce à un choix judicieux des colorants et des écrans est net et précis. Le profane s’émerveille devant les qualités visuelles — disons graphiques — de telles images.
- En dépit des très forts grossissements atteints, l’on ne constate aucune déformation de l’image ; en outre les mouvements observés restent naturels, malgré les conditions tout à fait extraordinaires de l’expérience, et surtout de l’éclairage. Les a sujets » sont à peine choques ; ce ne sont pas des animaux en train de mourir. Il faut pour obtenir de tels résultats calculer, organiser, chaque fois un système optique spécial et surtout régler la lumière, constamment surveillée. L’observation peut se prolonger sur le même animal pendant tout son développement. De tels films ne sont pas des montages de fragments, plus ou moins nombreux, pris parfois sur des dizaines d’animaux. Certains de ces grossissements, qui atteignent i5o ooo fois, représentent des prouesses exceptionnelles, car dans de tels cas l’on doit coller l’objectif sur l’organisme lui-même, lequel a une épaisseur de quelques g seulement. Enfin, ce sont bien des études complètes, de l’animal examiné, et non quelques vues saisies de-ci, de-là ; le développement d’un phénomène est suivi dans toute son étendue, et comme à loisir, au prix d’une préparation extrêmement minutieuse et longue. Ajoutons que ces films, conçus, préparés, réalisés par le même savant-opérateur, offrent une unité qui leur donne une valeur démonstrative rare, impossible à atteindre lorsque les films sont réalisés par trois ou quatre collaborateurs travaillant chacun dans sa spécialité.
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- Avant la guerre, l’importance des travaux du Dr Comandon commençait à parvenir jusqu’au grand public ; sa réputation sortait des cercles étroits des spécialistes adonnés aux mêmes recherches. Il avait reçu du jury de l’Exposition de 1937 le grand prix du Cinéma documentaire, pour son film Phagocytose, enregistrant le combat des globules blancs du sang contre les microbes pathogènes. Dès la fondation, en 1933, du grand prix national du Cinéma français par le Ministère de l'Education nationale, le D1' Comandon avait reçu le grand prix national du Cinéma scientifique, pour le film Champignons prédateurs de Nématodes, montrant comment certains champignons microscopiques élémentaires deviennent carnivores dans certaines conditions spéciales, et font alors leur proie de vers également microscopiques.
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- Ils les capturent au moyen de véritables pièges : gluaux, collets, filets... qui se développent le moment venu... Un film plus récent-sur certains phénomènes de cristallisation devait figurer dans la sélection française du Festival international cinématographique projeté à Cannes, en septembre 1939. Ses dernières réalisations ont été un nouveau film sur le Protoplasme
- et un film sur la méthode et la technique des Micromanipulations, que, avec M. de Fontbrune, il a entièrement renouvelées.
- Ce sont d’étonnants regards jetés sur l’infinie variété de la vie et sur l’immense mystère du monde.
- Pierre Miciialt.
- LES GAZOGÈNES e**)
- DESCRIPTION DE QUELQUES GAZOGÈNES
- I — Gazogène à bois. — Type : Berliet (Imbert= de Diétrich). — Ce gazogène comprend deux parties :
- i° La trémie B qui reçoit le bois par la porte de chargement A ; elle est entourée de la chambre concentrique C, dans laquelle circule, en courant ascendant, le gaz venant du foyer, avant de se rendre aux refroidisseurs et épurateurs.
- 20 Le foyer F, relié à la trémie par un cône guidant la descente du combustible. L’air pénètre au foyer par une série de buses D portées par une couronne tubulaire K reliée à l’extérieur par une boîte à clapet battant qui supprime les retours éventuels de flamme et de fumée ; l’allumage se fait par l’ouverture de ce clapet.
- Deux portes E (une seule est visible sur la figure), et la porte du cendrier II, servent au nettoyage du foyer.
- Le foyer est chargé initialement d’environ 20 kg. de braisette de boulanger ou de charbon de bois sec, en morceaux de la grosseur d’une noix ; la braisette doit atteindre le niveau ab à l’intérieur du foyer : elle a pour effet de faciliter l’allumage; à l’extérieur, le niveau de la braisette doit s’élever à la hauteur cd de l’étranglement du « diabolo » du foyer : nous verrons son rôle. Le chargement s’achève avec du bois qui doit répondre aux conditions précisées plus loin.
- Le gazogène étant allumé par un des procédés indiqués précédemment et le moteur étant alimenté au gaz, l'aspiration créée par le moteur appelle, par les buses, l’air nécessaire à la combustion : la zone de combustion s’établit à leur niveau.
- Les gaz chauds descendent (combustion inversée), passent sous le diabolo, traversent la braisette et, en re-
- I. La Nature, n° 3067, lo mars 1941.
- Fig. 13. — Gazogène Berhet. Générateur.
- montant dans la chambre annulaire, chauffent, à travers la tôle intérieure, le bois de la trémie.
- Le bois nouvellement chargé commence par sécher (zone de séchage au niveau de B), puis, au fur et à mesure qu’il descend, distille des pyroligneux (zone de distillation entre B et C), de sorte qu’il arrive au foyer sous forme de charbon de bois, condition nécessaire pour l’accomplissement rapide des réactions chimiques génératrices d’oxyde de carbone.
- D’autre part, les produits gazeux abandonnés par le bois descendent aussi, aspirés par le moteur et doivent traverser le foyer : l’étranglement du diabolo donne au gaz une grande vitesse, qui assure une température élevée dans cette région que nous appellerons zone de réduction, car elle est le siège des réactions (4) et (7), ainsi que de la destruction des pyroligneux.
- La partie évasée du diabolo facilite le dégagement des cendres.
- Au cours de la traversée de la braisette, les gaz abandonnent les pyroligneux qui ont pu traverser le foyer sans être détruits. Le rôle de cette braisette est donc de première importance, aussi, chaque malin, le conducteur doit, par les portes E, la visiter et compléter le niveau ; de plus, tous les 4 à 5oo km. et au moins une fois par semaine, il doit vider complètement le foyer et la trémie et refaire le chargement, après s’être assuré que toutes les cendres sont tombées et qu’aucune buse n’est obstruée. Le combustible est le bois : toutes les essences conviennent, sauf le châtaignier, qui, en distillant, donne beaucoup trop d’acide pour qu’on puisse assurer sa destruction complète et qui de plus brûle mal ; le chêne, s’enflammant difficilement, ne doit pas être employé seul.
- Les bois durs (chêne, charme, orme, acacia, frêne, érable, etc...) sont plus lourds, plus difficiles à enflammer, mais brûlent plus lentement que les bois tendres (bouleau, tremble, saule, etc...) ou résineux (pin, sapin, mélèze, épicéa). En conséquence les premiers donnent un plus grand rayon d’action-chargement et sont plus économiques que les autres, mais ces derniers assurent de meilleures reprises ; chaque fois qu’on le pourra, on mélangera donc les diverses essences, sans toutefois que la proportion de bois durs soit inférieure à 5o pour 100.
- Les bois doivent être découpés en morceaux dont les dimensions peuvent varier entre 26 et 80 mm. : ici aussi le mélange de morceaux de diverses grosseurs
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- est à conseiller, pour les mêmes raisons que les mélanges d’essences.
- Le découpage se fait à la scie pour les bois secs {la scie Gloppe est spécialement étudiée pour ce travail) ; les bois verts sont de préférence coupés avec des appareils à gros débits (superdécoupeuse J. D. de la société des Carburants champenois, •découpeuse de Romanet, serpe-hélice Salomon).
- Le bois dit « sec » pour gazogène, ne doit pas contenir plus de 20 pour 100 d’eau. Le séchage en forêt demande 7 à 8 mois : il est préférable de -couper le bois vert en petits morceaux dès l’abatage et de le faire sécher sur des planchers à claire-voie abrités sous un hangar dont le toit est à deux pentes : la plus rapide, en tuiles, ardoises ou tôles, orientée du côté des pluies, la plus douce étant vitrée ; en couches de o m. 80 de hauteur, on peut compter 4 ni2 de plancher par t. de bois. On peut aussi mettre le bois dans des sacs en filet et les suspendre dans un hangar.
- IL — Gazogènes à charbon de bois. — Nous -distinguerons deux types de gazogènes à charbon •de bois, selon que l’air pénètre au foyer sur toute la périphérie ou par un petit bout de tuyau ou tuyère.
- i° Gazogène à entrée d’air périphérique. Type : Panhard. — Le foyer (fig. x4), assez volumineux, est limité par une garniture réfractaire entourée d’une enveloppe en tôle, ménageant une couronne autour •de la garniture, pour le passage de l’air, qui y pénètre par une ouverture latérale susceptible d’être fermée par un clapet manœuvré depuis la planche de bord. La trémie, amovible, est fixée par trois boulons sur l’enveloppe extérieure du foyer. Le charbon repose sur une grille que l’on peut faire basculer à l’aide d’un levier extérieur.
- L’air admis dans la couronne, sous l’aspiration du moteur, monte et un déflecteur, solidaire de la trémie le dirige vers le foyer, dans lequel il pénètre par l’espace annulaire libre entre le bord inférieur et le bord supérieur du réfractaire, d’où le nom te entrée d’air périphérique ». Cet espace mesure environ 200 mm. de diamètre sur 2 cm. de hauteur.
- La combustion, puis la réduction de l’anhydride c rixonique et de la vapeur d’eau émise, s’opère dans le foyer et le gaz, traversant la grille, passe dans le cendrier et se rend aux épurateurs et refroidisseurs. La combustion est donc inversée. La forme du foyer facilite le dégagement des cendres.
- Sur la trémie est soudé un starter, sorte de tuyère •coudée de façon à déboucher au niveau de l’entrée d’air périphérique, dans l’axe du foyer. L’orifice extérieur est muni d’un'clapet battant, qui se soulève •quand, après avoir fermé le clapet d’entrée d’air normal, le moteur tourne ou lorsque l’on met le ventilateur en marche.
- On se sert du starter, en fermant l’air normal :
- a) pour l’allumage du foyer et la préparation du gaz ;
- b) pendant quelques minutes après le démarrage,
- Fig. 11. — Gazogène à entrée Fig. io. — Gazogène à en-
- d’air périphérique trée d’air par tuyère
- (type : Panhard). (type : Gohin-Poulenc).
- jusqu’au moment où le charbon contenu dans le foyer est complètement incandescent ;
- c) pour obtenir des reprises un peu plus énergiques ou vaincre un supplément de résistance (montée) ;
- d) au cours d’une longue descente, pour maintenir le foyer assez chaud pour que, en bas de la côte, le gaz soit produit en quantité suffisante et que le moteur ne a cale » pas ;
- e) quand le moteur tourne au ralenti.
- 20 Gazogène à entrée d’air par tuyère. Type : « Gohin-Poulenc ». —- Le générateur (fig. i5) comprend un réservoir en tôle mince soudé au foyer en tôle épaisse, garnie, souvent, d’ailettes de refroidissement. L’air accède directement au foyer par une tuyère dont le diamètre varie de i5 à 26 mm. avec la puissance du moteur ; cette tuyère pénètre à peu près jusqu’au milieu du foyer. Le départ du gaz est diamétralement opposé à la tuyère et à un niveau généralement plus bas. Une grille verticale fait obstacle à l’aspiration des cendres et des petits morceaux de charbon. Enfin une porte latérale permet le décrassage ; le charbon x-epose dii’ectement sur le fond du générateur.
- Il n’y a, ici, aucune gai-niture réfractaire : la masse incandescente, dont la forme approximative est donnée par la figure 4 de notre article sur le chai’bon de bois, est entourée de charbon non enflammé.
- Comparaison des deux types de gazogènes. —
- Considéi'ons deux moteurs identiques (même alésage, même coui-se, même vitesse, même taux de compression), l’un alimenté par un gazogène à entrée d’air périphérique, l’autre par un gazogène à tuyère ; ces deux générateurs devant fournir le même volume
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- de gaz devront recevoir le môme volume d’air, et la vitesse de l’air étant en raison, inverse des sections de passage, elle sera dans la tuyère considérablement plus grande que dans l’entrée périphérique. Cette considération va servir pour indiquer les caractères de chaque type :
- i° Le générateur à entrée d’air périphérique nécessite un foyer volumineux, car il est parcouru lentement par les gaz ; au contraire le foyer à tuyère est relativement plus petit.
- 2° Pour que le gaz se forme rapidement dans le foyer à tuyère, il faut une grande surface de contact entre l’air et le charbon incandescent, et celui-ci doit être très divisé : ce sont ces gazogènes qui utilisent le calibre n° x (8 à 3o mm.) ; au contraire, si le foyer est volumineux, un chai’bon fin freinerait trop la vitesse de l’air : le calibre n° 2 (26 à 70 mm.) convient aux gazogènes à entrée d’air périphérique.
- 3° Lorsqu’on accélère, la vitesse de l’air augmente dans les mêmes proportions que la vitesse du moteur, mais c’est l’écart enti’e la nouvelle vitesse et l’ancienne qu’il faut considérer ; cet écart est faible dans l’entrée périphérique. La température du foyer s’élève un peu, son volume ne change pas et la l'eprise serait molle, si on ne faisait intervenir le starter. Au con-traire, l’écart des vitesses est très grand dans les tuyères : la température croît et le feu se communique aux couches noires entourant la masse incandescente ; le foyer grossissant, la l’eprise est meilleure. La tuyère est donc un élément de souplesse de mai’che.
- 4° Dans un foyer volumineux, la vitesse des gaz étant réduite, les réactions de réduction de l’anhydride carbonique et de la vapeur d’eau, la destruction des goudrons si le charbon n’est pas parfaitement cuit, ont plus de temps pour se produire que dans un foyer à tuyèi'e : ces derniers tolèrent donc moins bien l’humidité du charbon et les incuits.
- 5° La température étant fonction de la vitesse de l’air est plus basse dans un foyer volumineux (1 ioo° à 1 2000) que dans un foyer à tuyère (x 4oo° à 1 5oo°) ; dans le premier, les cendi’es restent pulvénxlentes et sont faciles à extraire : chaque matin, le conducteur bascule deux ou ti'ois fois la grille, enlève les cendres du cendrier et le foyer est propre. Dans un générateur à tuyère, les cendres fondent, forment une masse pâteuse quand le foyer est chaud et un mâchefer très dur quand le foyer est éteint ; le décrassage est long et pénible ; pour simplifier l’opéi'ation, sur certains générateurs on a prévu la possibilité de passer une ti'appe (fïg. x5) au-dessus de la tuyèi’e, de sorte que le foyer seul est à vider et le charbon qu’il contient est seid à demander le passage au tamis.
- 6° Le volume du foyer des gazogènes à entrée périphérique exige la protection des tôles par une gaine l'éfractaire qui aloui'dit l’appareil d’enviixm 4o kg. Sans grand inconvénient sur un véhicule lourd, cette augmentation de poids devient relativement sensible quand il s’agit d’une voiture de toui'isme.
- 70 La tuyère plongeant dans un foyer à haute température, sa protection apporte une difficulté : son refroidissement.
- La tuyère Gohin-Poulcnc en cuivre rouge est à double paroi, avec circulation d’eau venant soit du radiateur du moteur, soit d’un radiateur séparé.
- La tuyère Gazauto (fig. 16) est un tube de cuivi'e rouge épais garni intérieurement d’ailettes longitudinales qui évacuent rapidement la chaleur prise au foyer pour la transmettre à l’air frais.
- La tuyère Sabatier-Décauville est en acier et présente une chicane obligeant l’air à circuler trois fois sur la longueur de la tuyère ; le refroidissement est efficace, mais l’air étant freiné par les changements de direction, on perd un peu de l’avantage des tuyères d’améliorer les l’eprises.
- Bois ou charbon de bois ? —
- La question est fort controversée et nous éviterons de pi’endi'e une position nette dans la discussion : notre ambition est de mettre en évidence les avantages et les inconvénients de chacun de ces combustibles, de façon à guider les usagers dans leur choix.
- a) Le bois n’est pas fragile et sa manutention est propre ; le charbon est friable, sale, mais la présentation en sacs de papier fort, ou en caissettes pliantes, une manutention dépourvue de brutalité, atténuent cet inconvénient.
- b) L’emploi du bois permet d’éviter les frais de carbonisation, la perle des calories néc-essaii'es à cette opération, ainsi que la perte au concassage ; par contre il nécessite uixe opération de débitage dont il faut
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- tenir compte dans les calculs de prix de revient ; néanmoins, à égalité de puissance, le prix du bois consommé est inférieur au prix du charbon de bois.
- c) Le bois contient beaucoup d’eau et toute la vapeur d’eau n’est pas dissociée. Il en résulte :
- i° que le gaz de bois doit être soigneusement asséché ;
- 2° que les rechargements doivent être fréquents, sinon la qualité du gaz varie ;
- 3° que pendant les arrêts et les ralentis prolongés (longues descentes), l’eau continue à s’évaporer, la vapeur traverse un foyer moins actif, de sorte qu’au moment de la reprise, le moteur reçoit du gaz humide et repart mal. Cet inconvénient est supprimé avec le mélangeur Renault à « by-pass » (fig. 17) : quand on lâche l’accélérateur, le papillon E se ferme et la soupape C s’ouvre, de sorte que le moteur, par le « by-pass a G aspire uniquement sur le foyer, car le clapet J retombe par son poids, empêchant l’aspiration d’air par les orifices B réglables : ainsi le foyer demeure suffisamment vif pour assurer une bonne reprise ;
- 4° la présence de l’eau permet d’ailleurs la production d’un gaz plus riche qu’avec le charbon de bois.
- d) En principe, le charbon de bois ne distille pas dans le gazogène, tandis que le bois émet des vapeurs chargées d’acide et de goudron. Si ces vapeurs ne sont pas détruites dans le foyer, les épurateurs doivent empêcher leur accès au moteur, sinon celui-ci est vite mis hors d’usage ; et si les épurateurs reçoivent des acides, ce sont eux qui se détériorent rapidement ; on voit ici l’importance que prend la braise tte dont on doit garnir extérieurement le diabolo (fig. i3). D’autre part, la destruction des pyroligneux dans le foyer concourt avec la vapeur d’eau à l’enrichissement du gaz.
- e) On a pu constater, au cours de nombreuses expériences que, à 1 1. d’essence équivalent :
- soit 3 kg. de bois (environ 10 dm3.) ;
- soit 1 kg. 5 de charbon de bois (environ 7 dm3.).
- La provision de bois à emporter est donc double de la provision de charbon ; en volume, l’encombrement est à peu près le même pour les deux combustibles.
- /) Pour la même raison le transport du combustible de la forêt au lieu d’utilisation est plus onéreux pour le bois que pour le charbon.
- g) Le nettoyage des appareils à charbon est plus simple, plus rapide, plus propre, moins fréquent que celui des appareils à bois ; la durée des appareils est aussi plus grande.
- h) Le charbon est très hygroscopique et sa conservation demande des soins que n’exige pas le bois.
- De nombreux véhicules marchent au bois à la grande satisfaction des usagers, mais il semble préférable d’utiliser ce combustible dans des installations fixes — dans lesquelles un abondant lavage du gaz assure l’élimination complète des pyroligneux — ou tout au plus de l’utiliser pour alimenter des moteurs de véhicules s’éloignant peu du garage, par exemple, dans les fermes, dans les entreprises qui disposent de
- déchets de fabrication. Le gazogène à bois doit trouver un large débouché dans les applications rurales, entreprises artisanales, tracteurs agricoles ou forestiers : il sera plus spécifiquement le gazogène agricole.
- Soupape automatique ~ -k. du By-Pass
- moteur
- Moteurs uti= Fig. 17. — Mélangeur Renault à lisant le gaz (< by-pass ».
- de gazogène.
- — Ces moteurs fonctionnent, comme le moteur à essence, suivant le cycle à 4 temps de Beau de Rochas :
- Ier temps : admission d’un mélange air-essence ou air-gaz ;
- 2e temps : compression de ce mélange ;
- 3e temps : explosion et détente ;
- 4e temps : échappement des gaz brûlés.
- Dans ces moteurs, la compression a une importance considérable : nous appellerons Y le volume de la cylindrée et v le volume de la chambre de compression ; le taux de compression t est le rapport entre le volume V + v enfermé dans le cylindre quand le piston est en bas de sa course et le volume v enfermé dans la chambre de compression quand le piston est en haut, soit :
- (1)
- n + V
- V
- = 1 + —
- Le moyen le plus précis de déterminer ce taux est de placer le piston successivement en ses points haut et bas et pour chaque position de verser de l’huile dans le moteur ; comme il est plus facile de peser l’huile que de mesurer son volume, le taux de compression se calculera en fonction des poids p et P correspondant aux volumes r et V :
- P
- La théorie du moteur est basée sur l’hypothèse d’un moteur parfait dans lequel on admet que :
- i° La compression et la détente sont adiabatiques, suivant la loi pm = constante.
- 20 Les gaz qui évoluent (avant et api’ès l’explosion) ont des propriétés physiques voisines de celles de l’air et l’on considère que le moteur fonctionne comme la compression et l’explosion, se refroidirait en travaillant, pendant la détente sans travailler et pendant l’échappement, cette fois les calories apportées par la combustion du mélange, diminuées de celles emportées par les gaz d’échappement, seraient intégralement transformées en travail.
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- ===== 112 ....................... :
- 3° La combustion, l’ouverture et la fermeture des soupapes sont instantanées et se produisent au moment précis où le piston passe à un point mort ; de plus, les « laminages » ou pertes de charge au passage des soupapes, sont nuis.
- 4° Enfin, le cylindre est parfaitement étanche, il n’y a pas de frottement et les organes accessoires n’absorbent aucune puissance.
- Dans ces conditions, la théorie mathématique du moteur établit que le rendement thermique théorique, ou fraction de l’énergie calorifique transformée en travail par le moteur parfait, ne dépend que du taux de compression et a pour expression :
- On prend habituellement pour y = — rapport des
- chaleurs spécifiques de l’air à pression constante et à volume constant, la valeur y — i,3, pour tenir compte de la variation de G et de c avec la température.
- Voici, pour divers taux de compression, les valeurs du rendement :
- t = 4 6 8 io
- r = 33 o/o 4r,6 o/o 46,5 o/o 49,9 0/0
- On voit immédiatement l’avantage des hautes compressions ; avec l’essence on ne peut cependant pas dépasser le taux 6 (ou 7, avec culasse spéciale et grâce à l’emploi de supercarburants) en raison du phénomène de la détonation ; avec le gaz de gazogène, on ne dépasse guère le taux de 8 : au delà, le moteur devient saccadé, notamment au ralenti, et l’allumage pose des problèmes complexes.
- Le moteur réel diffère sensiblement du moteur parfait, car aucune des hypothèses faites à propos de ce dernier ne peut être réalisée, de sorte que le rendement net est bien inférieur au rendement théorique ; les imperfections du moteur réel sont à peu près indépendantes du constructeur et l’on a constaté que le rendement spécifique effectif, ou fraction de la puissance du moteur parfait donnée par un moteur réel de même dimension était d’environ 64 0/0, de sorte que les rendements nets, pour les taux précédemment, indiqués, sont :
- t — 4 6 8 10
- R = 21,1 0/0 26,6 0/0 29,76 0/0 3i,94 0/0
- Ces rendements ne concernent que le moteur, c’est-à-dire la transformation de l’énergie calorifique du gaz ou de l’essence en travail utile disponible sur l’arbre. Le rendement net de l’ensemble gazogène-moteur s’obtiendrait en multipliant ces nombres par le rendement propre du gazogène (o,65 à o,j5), car la li’ansformation du combustible solide en combustible gazeux ne peut se faire sans pertes : imbrûlés, production de gaz carbonique, chaleur emportée par les cendres et les gaz, chaleur rayonnée par les parois du générateur, etc...
- Avance à Vallumage. — Le mélange gazeux ne brûle pas instantanément en totalité, dès que l’étincelle se produit par hypothèse exactement lors du passage du piston au point mort ; pendant la durée de la combustion, réduite mais non nulle, le piston se déplace et, de ce fait, la pression maximum est inférieure à la pression que, théoriquement, on devrait avoir (64 kg./cm2, avec le taux 6 et le mélange air-essence).
- On atténue ce défaut en faisant de l’avance à l’allumage, c’est-à-dire en faisant éclater l’étincelle un peu avant le passage du piston au point mort.
- La valeur de l’avance à l’allumage est d’autant plus grande que le mélange est pauvre et brûle lentement : l’avance à l’allumage est donc plus grande avec le gaz de gazogène qu’avec l’essence : avec un moteur alimenté au gaz de bois (alésage 110 mm., course 160 mm., nombre de tours x 100 par mn, taux de compression t — 8,89) l’avance a été de 17 mm. 3, soit pi’ès de 11 pour wo de la course ou une avance angulaire de 38° mesux’ée sur l’axe du vilebi'equin ; cette valeur de l’avance semble être un maximum ; elle pourra varier, notamment, en sens inverse du taux de compression.
- Chaque fois que le moteur devra être alimenté uniquement à l’essence, il importera de réduire le plus possible l’avance à l’allumage : au lancement du moteur, on s’exposerait à des retours de manivelle, en marche, le moteur ne tarderait pas à cogner.
- (à suivre).
- A. Lei>oivre,
- Professeur A. et M. et E. S. B.
- NOUVEAU PROCÉDÉ DE SÉCHAGE PAR LES RAYONS INFRA-ROUGES
- Un procédé nouveau de séchage, qui se présente comme une véritable révolution dans de nombreuses industries, a été réalisé, peu avant la guerre, en Amérique et s’étend aujourd’hui en de nombreux pays. Il s’agit du séchage par les rayons infra-rouges.
- En réalité, tous chauffages se manifestent par une
- émission de tels rayons, mais la gamme des rayons infi'a-i’ouges est très étendue dans l’ensemble des vibrations d’origine électromagnétiques. Elle va, en effet, du visible, côté du rouge (7 600 A0), jusqu’aux ondes hertziennes et électriques qu’elle chevauche même quelque peu. On conçoit que, sur une telle
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- Fig. 1. — Répartition de l’énergie de divers corps chauds comparée à la sensibilité de l’œil humain normal et à l’émission clu soleil. La. courbe A montre la perméabilité de la peau humaine à ces radiations et la courbe B la perméabilité d’un vernis synthétique
- commercial ordinaire.
- étendue, les rayons émis possèdent des propriétés vai’iables.
- En particulier, la transparence et l’absorption des diverses substances est très variable selon les zones considérées.
- C’est par l’absorption des rayons qu’apparaissent les phénomènes calorifiques. A cet égard, il est tout à fait impropre de réserver aux rayons infra-rouges l’appellation, si souvent utilisée, de rayons calorifiques. Tous rayons absorbés peuvent être transformés en chaleur (x). C’est seulement parce qu’ils existent, dans les sources nouvelles, en bien plus grande quantité, que les rayons visibles qu’ils peuvent produire une plus grande élévation de température que les autres radiations.
- Pour que l'élévation de température se manifeste dans les masses à sécher, c’est-à-dire avec le maximum d’effet utile, on devra soumettre la masse à des rayons qui la pénètrent suffisamment sans la traverser entièrement. En effet, des rayons qui n’ont aucun effet pénétrant pour la substance considérée seront réfléchis et perdus ou dégradés en énergie thermique sur la surface où l’effet de séchage se réalisera seulement dans une tranche très réduite, c’est-à-dire avec un mauvais rendement. La chaleur se dispersera dans le corps seulement par conductibilité et, en outre, le liquide à expulser devra être aspiré par capillarité vers la surface où s’effectue le travail utile.
- Au contraire, si la substance est parfaitement transparente aux rayons utilisés ceux-ci la traversent sans être absorbée et, par suite, l’énergie thermique ne s’y manifeste pas.
- Entre ces deux termes théoriques, la pratique montre qu’un séchage de rendement optimum sera réalisé par des rayons pénétrant de quelques millimètres à quelques centimètres dans la matière. L’énergie thermique issue de la dégradation de l’énergie radiante fournie est alors bien utilisée. La chaleur diffuse dans la masse et les tensions de vapeur atteintes facilitent grandement l’expulsion du liquide.
- On a pu constater que de nombreuses substances, et notamment les huiles, peintures, émaux synthétiques, résines, vernis, la peau humaine, l’eau... montrent leur meilleure transparence aux rayons infrarouges dans une zone comprise entre io ooo et 20000 A0 et notamment entre ii ooo et 16 ooo A0. C’est cette zone de bonne pénétration dans les substances que l’on a ordinairement besoin de sécher dans les pratiques industrielles que nous appellerons « infra-rouge de séchage ».
- 1. En réalité, il en est généralement ainsi pour les rayons lumineux. Les rayons ultra-violets peuvent manifester par con-
- Production des rayons inîra=rouges de séchage.
- — La figure i montre que l’énergie émise par des corps chauds, jusqu’à quelques centaines de degrés ne donne pratiquement pas de ces rayons, mais seulement de l’infra-rouge lointain, pratiquement arrêté par tous les corps et même, après i5o ooo à 200 ooo A°, par l’air. Les corps chauffés à 800 ou 1 ooo0 C. (résistances de chauffage, fours à résistances métalliques, radiateurs...) émettent des rayons surtout localisés dans l’infra-rouge moyen qui ne traverse bien que les verres peu épais, la fluorine, le quartz, le sel gemme... mais qui est arrêté par les vernis usuels et par l’eau.
- Une émission utile, par contre, se manifeste dans les corps portés entre 2 ooo et 2 5oo° K. 0). Au-dessus l’émission maximum se manifeste dans l’infra-rouge proche. Ce maximum ne passe dans le visible qu’à des températures de l’ordre de celle du soleil. Il ne passerait dans l’ultra-violet que pour des températures inconnues, de l’ordre de xo ooo0 K.
- Les premiers essais de séchage par rayons infi’a-rouges ont été réalisés avec des lampes à filament de carbone. Le succès de la méthode et son brusque développement ont, rapidement, imposé la création de lampes spéciales.
- Ces lampes sont aujourd’hui réalisées avec filament de tungstène calculé pour fonctionner aux environs de 2 i5o° K, ce qui donne une bonne répartition dans l’infra-rouge utile de séchage. Par ailleurs ces lampes sont l’obustes, et elles noircissent peu à l’usage.
- Elles s’utilisent en Amérique dans des réflecteurs en aluminium satiné doré (General Electric Co). En France elles comportent le réflecteur logé dans la lampe elle-même grâce à un cuivrage intérieur de la moitié supérieure de l’ampoule (lampe Mazda de la
- tre leur énergie en actions photo-chimiques ou en réémission de fluorescence.
- 1. La température exprimée en degrés K ou Kelvin est la température absolue ; elle équivaut à la température en degrés centigrades augmentée de 273°.
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- m/T\A-;kU ~Ls
- •s. Infra -rouge
- 18.000 A
- 4.000 6.0DD 8.00D 1Q000
- 14.D0D
- Fig. 2. — Les courbes de la figure 1 montrent un décalage des intensités relatives dues à ce que des différences notables d’énergie sont nécessaires pour amener, toutes conditions égales, un corps aux différentes températures. Les, courbes ci-dessus ramènent en pour 100 de l’énergie émise^ l’émission de lampes à filaments de tungstène fonctionnant à 3 190° Ii. (lampe Photo-Flood), 2 800° K. (lampe Mazda Standard 100 w.) et 2 450° K. (lampe de séchage I. R.) (Compagnie des Lampes).
- Compagnie des Lampes). Cette dernière réalisation est particulièrement intéressante car le cuivrage reste intact pendant toute la vie de l’ampoule et les résultats sont d’une remarquable constance.
- L’or, l’argent et le cuivre sont les métaux qui réfléchissent avec le meilleur rendement les rayons infrarouges de séchage. L’aluminium oxydé anodiquement est assez nettement inférieur.
- L’aluminium poli, le nickel, le chrome sont dotés de pouvoirs réfléchissants médiocres.
- Applications. — Des résultats tout à fait remarquables ont été obtenus par l’application de la nouvelle méthode de séchage.
- Les premiers essais avaient été faits aux usines Ford, en Amérique. Aujourd’hui ces usines, qui appliquent toujours le procédé, réalisent le séchage de la première couche sur les carrosseries de voilures en 7 mn au lieu des 3o mn qui étaient jadis nécessaires dans un four étuve porté à 120° G. La seconde couche est séchée en i4 mn dans un tunnel garni intérieurement de lampes de séchage infra-rouges, alors qu’il fallait autrefois 80 mn dans un four chauffé à la vapeur.
- Dans une autre usine, le séchage d’un émail synthétique sur des pièces métalliques se fait en 5 mn alors qu’il fallait auparavant 2 à 4 h. à l’air libre.
- Des séchages de plaquettes argileuses ont pu ailleurs
- être réalisés en 10 mn à 4o° contre 6 h. à la même température ou 1 h. à ioo° C.
- Le procédé permet donc, à température égale, une rapidité de séchage considérablement accrue, d’où une plus grande capacité de production ou une diminution de l’encombrement, du coût et des frais d’entretien des installations. On réalise aussi, si l’on veut, un séchage à température bien moindre d’où possibilité de ne pas détériorer certaines substances sensibles à la chaleur.
- Dans bien des cas ces deux avantages peuvent être combinés.
- Un exemple particulier est celui de cloches mobiles, garnies intérieurement de lampes de séchage, qui se sont répandues en Amérique dans les usine- et les garages. On peut en recouvrir les voitures et sécher rapidement ainsi et à température réduite, des émaux au four (vernissage total ou partiel après réparation). Le procédé permet d’utiliser les mêmes émaux que ceux d’origine et de faire le travail sans enlever glaces, coussins et garnitures, tout en opérant le séchage proprement dit de façon ultra-rapide.
- Un autre domaine intéressant est celui des matières plastiques et, notamment, des résines urée-formol (pollopas, plastopals, uralite, urocristal, etc.). Des plaquettes de résines de ce genre peuvent être séchées en i5 mn de 4o à 6o° C. alors que pour obtenir ce même résultat il faut une heure dans une étuve portée de no à i5o° C. Ces résultats remarquables proviennent d’un séchage rationnel dans la masse remplaçant le séchage en surface avec perte de chaleur par diffusion et réflexion.
- Le séchage par les rayons infra-rouges a trouvé d’intéressants emplois pour les laques, émaux, vernis, peintui’es, enduits de tous genres. Il s’indique encore particulièrement dans le séchage si délicat des imprégnations isolantes (moteurs, galettes de transformateurs, cables, etc.) ; pour l’enlèvement de l’eau dans les papiers épais ou couchés, les impressions de tous genres, les photographies négatives, les produits pharmaceutiques et chimiques, le sucre, les pâtes alimentaires, les argiles et poteries, les gommes et enduits gommés..., etc.
- Il n’est pas douteux que le séchage infra-rouge, rationnel et d’excellent rendement, est appelé à prendre une extension considérable dans de très nombreux domaines.
- M. Déribéré.
- L'ENT OMOPHAGIE
- Au moment où la question alimentaire tient tant de place dans nos préoccupations, il est au moins curieux d’étudier certains régimes qui paraissent fort étranges, — voire même exécrables, — aux Européens d’aujourd’hui.
- Nous répugnons en particulier à l’idée que des peu-
- ples anciens et modernes aient fait et fassent encore des insectes leur nourriture habituelle et même leur plat de prédilection. Mais ils sont nombreux sur la terre ceux qui ne partagent pas notre dégoût et font d’excellents repas de Sauterelles, de Chenilles ou de Vers palmistes.
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- Orthoptères. — Parmi les insectes comestibles, il faut tout d’abord citer les Orthoptères sauteurs de la famille des Acridiens (Criquets, QEdipodes, Tettix et Truxalis) et de celle des Locustidés (Sauterelles, Decti-ques et Ephippigères) tous connus vulgairement sous le nom plus ou moins exact de Sauterelles.
- Nous en trouvons un des plus vieux témoignages sur un bas-relief du palais de Sennachérib à Koyoundjik où l’on a représenté des porteurs de différents mets, sans doute destinés à la table royale, et parmi eux des serviteurs tenant en mains des brochettes de Sauterelles (fig. i).
- Ces Orthoptères avaient une place importante dans l’alimentation des anciens Israélites et Moïse dans le Lévitique (XI-21 et 22), faisant l’énumération des aliments purs et impurs, permis et défendus, désigne quatre insectes : Arbéh, Hâgâb, Hargôl et Sâlhâm, noms que Saint Jérôme a traduit par les mots latins de Locusta, Bruchus, Ophiomachus et Attacas. Locusta paraît être une Sauterelle, Bruchus l’Ephippigère, Ophiomachus la grande Sauterelle verte et Attacus le Truxalis ou le même insecte à l’état de larve. L’abondance des Sauterelles en Égypte et en Palestine, surtout des Acridiens migrateurs dont les invasions redoutables sont un véritable fléau et dont la huitième
- plaie que relate la Bible est un souvenir très connu, fournissait aux Hébreux une nourriture facile. Le prophète Amos les mangeait dans le désert de même que Saint Jean-Baptiste aux environs du Jourdain.
- D’après les historiens grecs Hérodote, Diodore de Sicile, le géogra-p h e Strabon et Pline le naturaliste, on avait chez 1 e s Orientaux et 1 e s Ly biens u 11 goût très prononcé pour les Sauterelles. En Grèce on trouvait ces insectes sur les marchés (Aristophane, les Acharniens).
- De nos j o u r s dans toute la Palestine, on vend des Sauterelles et des Criquets pour la cuisine. Ils sont accommodés
- Fig. 2. — Plat de sauterelles dans la Palestine actuelle.
- de plusieurs manières. On les sèche au soleil, on les broie et leur poudre mélangée à de la farine et du lait est pétrie avec soin. Additionnée de beurre et de sel, cette pâte sert à faire d’excellents gâteaux. D’autres fois, après leur avoir enlevé tête, ailes et pattes, on les fait bouillir ou rôtir : on les mange comme des crevettes et leur goût est celui de l’écrevisse. Les pauvres et les gens des campagnes se contentent de rejeter leurs longues jambes et en les tenant par les ailes de les manger crus avec du sel.
- Pour les recueillir, on profite des premières heures du jour, alors qu’ils sont groupés par centaines dans les buissons du désert. Encore engourdis, les ailes mouillées de rosée» ils ne fuient pas aussi facilement que plus tard alors qu’ils sont réveillés et leurs ailes séchées par le soleil.
- Les Arabes regardent les Orthoptères dont nous parlons connue des mets exquis. Dans les temps de disette ils les recueillent, et, après dessiccation, les réduisent en poudre : sous cette forme ils les substituent à la farine du blé.
- D’après le Coran, l’espèce humaine doit disparaître de la terre après l’extinction des Sauterelles car celles-ci sont destinées à la nourriture de l’humanité et ont été formées des restes du limon dont l’homme a été pétri lui-même.
- Cette croyance musulmane explique l’affliction du calife Omar-ben-el-Khottal auquel on avait signalé l’absence de ces Orthoptères. Il avait envoyé des courriers de tous côtés à la recherche des précieux insectes. L’un d’eux ayant rapporté une poignée d’Acridiensr Omar s’écria : a Dieu est grand ! ... » et n’eut plus d’inquiétude sur le sort du genre humain.
- Les Musulmans mangent Sauterelles et Criquets sans les écorcher, la loi de Mahomet ne le permettant que pour ces insectes ainsi que pour les poissons. Ils les grillent ou les font bouillir. Ils les préparent aussi au cous-cous (kous-koussou).
- Strabon dans sa Géographie conteste la salubrité de cet aliment. Il prétend que certains peuples « acrido-
- Fig. 1. — Brochettes de sauterelles portées à la table royale. Bas-relief assyrien du palais de Sennachérib à Koyoundjik (d’après Layard, Ruines de Ninive et de Babylone).
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- Fig. 3. — Deux des principaux insectes comestibles : en. haut, Cigale commune (Cicada plebeja) ; en bas, Grande Sauterelle verte (Locusta Adridissima).
- phages » des bords du Golfe Arabique, bien qu’agiles et bons coureurs, ne vivent pas au delà de 4o ans et qu’ils meurent d’une sorte de vermine qui leur ronge les entrailles.
- Cette fable trouve son origine probable dans des épidémies indépendantes des Sauterelles et dans de graves maladies de peau causées par une insigne malpropreté. Tous les voyageurs, tous ceux qui ont étudié les Acridiens et les Locuslidés au point de vue alimentaire, s’accordent à dire au contraire qu’ils constituent un mets simple, sain, facile à préparer et très agréable au goût.
- Isoptères. — Les curieux Termites dont beaucoup vivent dans des constructions épigées, vastes édifices en pyramides irrégulières avec galeries souterraines, magasins et couvoirs, sont comestibles et consommés avec délices aux Indes, en Afrique et en Amérique tropicale.
- Sur le continent noir, les indigènes les font cuire longtemps. Quand les insectes ont pris une teinte brune, ils les mangent à pleines poignées et sans assaisonnement. Aux Indes, on les mélange à de la pâte pour en faire des gâteaux. C’est, dit-on, un aliment ùôs nourrissant.
- Hémiptères. — Avec les Cigales, nous abordons l’ordre des Hémiptères. Les Grecs faisaient autrefois leurs délices poétiques et musicaux du chant des Cica-didés, mais ils ne se contentaient pas de les adorer, de leur adresser des poèmes, ils les mangeaient aussi. « Ils donnaient ainsi satisfaction, dit plaisamment L. Figuier, tout à la fois au cœur, à l’esprit et au ventre ! ... ».
- Aristote fait observer que ce sont les femelles remplies d’œufs ainsi que les nymphes qui sont les plus savoureuses.
- A Madagascar, on fait frire le a sakondry a, Pyrops tenebvosa, qui est un fulgoride et on mange le miel de Cicadelle, matière blanche et sucrée que la larve de Phremnia rubra secrète en abondance sur les branches.
- Passe encore un plat de Cigale ou de Cicadelle. Ce nom évocateur d’art et de poésie nous dispose favorablement mais d’autres Hémiptères, les Punaisés d’eau, nous paraissent intolérables sur une table et cependant les Corises de la famille des Notonectes, servent d’aliments en Egypte et au Mexique. Leurs œufs sont séchés, broyés et leur farine sert à faire des gâteaux.
- Les Nèpes sont consommées à Madagascar et en Asie on emploie couramment comme assaisonnement l’extrait de Bélostome, grosse punaise aquatique d’ap-pai’ence scorpion oïcle. Un excellent ami, originaire d’Indochine, nous a donné sur ce condiment d’intéressants renseignements. On trouve chez les marchands d’épices de petits flacons contenant cet extrait de Cà Cuông ou scoi’pion d’eau qui n’est autre que Belostoma indicum de couleur sombre, long de 7 cm. et qui vit dans les cours d’eau. Cet extrait est le suc de la partie ventrale de l’insecte et comme chaque individu 11’en fournit que fort peu, on comprend que le prix du flacon en soit très élevé. On l’emploie en petites quantités : une goutte suffit pour un plat. Notre ami déclara que la saveur piquante de ce suc était très agréable et que le goût de punaise que nous lui trouvions n’était qu’une sensation toute européenne. L’extrait de Bélostome est connu et employé dans toute l’Asie orientale. Les pauvres et les paysans se servent directement des différentes parties du corps de la bête.
- Lépidoptères. — Ce sont surtout les papillons fournisseurs . de soie qui entrent dans l’alimentation humaine ou plus exactement leurs chrysalides.
- En Chine le ver à soie est réputé excellent ; on en élève autant pour la bouche que pour l’industrie et les cocons dévidés fournissent eux-mêmes à la table leurs chrysalides. Grillées ou frites, elles ont un goût de marron ; mélangées à quelques jaunes d’œufs elles donnent une crème dorée exquise.
- D’ailleurs dans l’immense Empire Chinois où l’on trouve les coutumes les plus bizarres, on mange à peu près tout : vers de terre, crapauds, chenilles, larves de Coléoptères et même araignées.
- A Madagascar, les indigènes consomment les chrysalides de plusieurs Bombyx séricides. En 189/j, sur la table de la résidence de France à Tananarive, on servit dans un repas officiel un plat de chrysalides de Boro-cera préparées à la sauce béchamel ! ...
- « Il y a quelques années, écrit Raymond Decary dans le Bulletin de la Société entomologique de France de juin 1907, on vendait en quantité sur le marché de Tananarive la chrysalide ébouillantée et sortie de son cocon de Debarrea malagassa, Psychide qui s’était multipliée d’une façon prodigieuse sur les mimosas et les pêchers quelle faisait périr ».
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- Toujours à Madagascar, dans le nord de l’île, dit encore R. Decary, les Antankara recherchent Cnetho-campa Diegoi dont les chenilles vivent groupées dans de vastes poches de soie blanche ».
- Les indiens du Pérou et du Brésil ne déd lignent pas les chenilles de plusieurs papillons dont une Hépiale qui vit sur le bambou.
- hyménoptères. — Le mot Hyménoptère évoque aussitôt le nom de l’Abeille, l’insecte utile par excellence dont le miel est un aliment de premier choix.
- Mais manger le produit du travail de l’industrieuse mellifère n’est pas de l’enlomophagie. Tout autrement en serait-il si l’on consommait le corps même de 1 ’Apis ou ses larves. Et c’est ce qui se fait chez les insulaires de l’île de Timor, de même que dans la Caroline du Sud et dans les îles de Bahama où les naturels mangent avec délices les nymphes des Guêpes.
- Au Mexique on recherche les Fourmis à miel, ces curieux Myrmecocystus dont certains portent dans l’abdomen un réservoir souvent énorme qui contient un sirop de sucre dont la saveur rappelle le miel d’abeilles avec une certaine acidité due à la présence d’une légère quantité d’acide formique. C’est cet abdomen sirupeux que les Mexicains sucent avec plaisir.
- Coléoptères. — Le groupe innombrable des Coléoptères compte un certain nombre d’espèces comestibles.
- Et tout d’abord le fameux Cossus des anciens.
- Pline (Hisi. nat., livre XVII, ch. 07) nous apprend que les Cossus, gros vers blancs qui vivent à l’intérieur des arbres dont ils dévorent le bois, étaient regardés par les gourmets de la Rome antique comme un mets exquis surtout lorsqu’ils sont engraissés avec de la farine. Quels étaient ces Cossus ?
- Etaient-ils les gros papillons auxquels Linné a donné ce nom, Cossus ligniperda ? Mulsant a démontré qu’il n’en est rien car la chenille rougeâtre de ce Bombycmé dégorge un liquide brun, acide, d’odeur forte, même fétide, fort peu engageante à manger. De plus Pline qui devait tenir ses renseignements des éleveurs eux-mêmes précise que ces larves donnent naissance à des insectes munis de cornes et faisant entendre un bruit strident.
- D’où il faut conclure que les Cossus des Romains étaient les larves blanches, dodues et appétissantes du Cerambyx cerdo ou du Lucanus cervus.
- A propos de ce nom de Cossus, Latreille fait remar-
- quer qu’il servait d’épithète à certains consuls romain s ventrus, gras et paresseux comme les larves.
- On sait d’ailleurs que le nom de « cossu )>, synonyme d’opulent, est passé dans notre langue.
- Aujourd’hui en-corc en Chine, dans les Indes, on se nourrit des larves des différentes espèces de Capricornes. L’illustre entomologiste Fabre voulut se rendre compte par lui-même de leur valeur alimentaire.
- « Je leur trouve, dit-il, une certaine saveur d’amandes grillées que relève un vague arôme de vanille ».
- 11 nous reste à parler du Ver palmiste.
- C’est la larve de Curculio palmarum, très blanche et très grasse qui vit sur les hautes tiges des palmiers. Aelien dans son Histoire des animaux (livre XIV, ch. i3) rapporte que les rois des Indes se faisaient porter au second service ces vers rôtis. C’était le plat, royal.
- Aujourd’hui encore, en Guyane, on les mange crus, rôtis ou mêlés à la farine sous forme de gâteaux.
- Et c’est ainsi que le monde des insectes nous offre des ressources alimentaires imprévues dont profile une-grande partie de l’humanité.
- Je ne dis pas que nous devrions en faire autant, mais remarquons cependant qu’un plat de larves de Capricornes gavées de cellulose ou une terrine de Sauterelles engraissées de céréales sont aussi sains et aussi appétissants, sinon plus, qu’une assiettée d’huîtres, de crabes ou d’araignées de mer. Tout est affaire d’habitude.
- J. d’Aguilar.
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- Fig. 4. — Le Cossus
- des anciens Romains.
- Larve de Cerambyx cerdo.
- = LA QUESTION DES INVENTIONS EN FRANCE =
- M. Camille Blétry, dont la compétence en matière de brevets d’invention est bien connue, nous adresse la lettre suivante :
- De quelques côtés se sont faits enfin entendre des appels en faveur d’une renaissance de l’invention en France. Les lecteurs de La Nature appartiennent précisément à ce milieu
- attentif au progrès industriel, observateur et ingénieux où se forment les inventeurs et d’où ils émergent sous l’empire d-’une ambiance propice, d’un hasard heureux ou d’une illumination subite. Pour leur montrer la grande pitié de l’invention chez nous depuis une dizaine d’années et les inciter à apporter leur concours en vue d’y porter remède, je voudrais jeter ici à leur intention les réflexions d’un spécialiste
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- qui, depuis près d’un demi-siècle, a connu des milliers et des milliers de chercheurs, tant français qu’étrangers, et qui peut, par suite, avoir tout au moins la prétention de connaître la question.
- Tout d’abord, je préciserai à quel point le génie inventif français était tombé en léthargie depuis une dizaine d’an-•nées : alors qu’en 1980, par exemple, il se déposait en France ik ooo brevets, se partageant à peu près également entre inventions françaises et inventions venant de l’étranger, ce nombre se réduisait, dans l’année 1988, à environ
- 7 000 pour les inventeurs français, tandis qu’il fléchissait seulement à 9 000 pour les inventeurs étrangers. C’était donc une chute de plus de 4o pour 100 pour les inventeurs français, alors qu’elle se limitait à 25 pour 100 pour les brevets venant de l’étranger. La dénatalité ne menaçait pas seulement les berceaux de France : elle gagnait aussi les cerveaux, et cet autre dépérissement ne fut pas un facteur moindre de notre désastre.
- Comment y porter remède ? On peut dire que là comme pour tant d’autres points minés de notre édifice social, le remède doit consister à prendre exactement le contrepied des errements récents et à rétablir le climat ancien sous lequel j’ai vu éclore en France les inventions, autant et plus que dans d’autres pays.
- En fait, depuis ces dernières années, sous couleur de revendiquer à l’encontre des inventeurs tout ce qui pouvait intéresser la défense nationale, on avait organisé — sciemment ou inconsidérément, je ne veux pas me prononcer — un véritable accaparement de toutes les inventions au profit de l’Etat, — c’est-à-dire le plus souvent au profit du néant.
- — N’en était-on pas arrivé en novembre 1989 à ce décret véritablement monstrueux qui interdisait à tout inventeur, eût-il imaginé un nouveau stylo, un nouveau poêle, un nouveau corset, etc., d’exploiter sur-le-champ son invention ? Il fallait que cet inventeur, légitimement soucieux de tirer au plus tôt parti de sa création, se résignât à attendre
- 8 mois — je dis bien 8 mois — avant qu’il eût le droit d’interpréter le silence des spécialistes officiels comme une reconnaissance de sa liberté d’exploitation. A l’heure actuelle, d’ailleurs, ce décret n’est pas encore abrogé et personne, en haut lieu, ne paraît se souvenir que déjà en mai dernier des tempéraments essentiels étaient attendus à ce sujet.
- Il semble que l’idéal de certains dirigeants d’alors était que les inventeurs libres fussent remplacés par des sortes de fonctionnaires imrenteurs, groupés par spécialités dans de véritables pondoirs nationaux. On croirait vraiment qu’inventer fût alors pris pour un pur acte physiologique ! Or, plus les laboratoires d’Etat tendaient à se multiplier et plus les inventeurs authentiques, gens irritables et soupçonneux comme les auteurs et les poètes — leurs frères — se retranchaient dans une stérilité volontaire.
- Concurremment à ces menaces de spoliation de plus en plus accusées, il faut bien dire que trop d’industriels pratiquèrent à l’égard des inventions une politique de malthusianisme. Que de bureaux d’études supprimés dès le début de la crise de 1980 — alors que les pays étrangers pourtant plus durement touchés développaient au contraire les leurs !
- — que de budgets de recherches qui furent réduits ou rayés ! que de jeunes ingénieurs mis en chômage ! Où est le temps que j’ai connu au début de ma carrière, où le pionnier de l’industrie automobile comprenait qu’un laboratoire largement doté en hommes et en matériel devait être l’orgueil d’une usine bien menée ?
- Si je passe en revue les grandes affaires industrielles que j’ai vu naître et se développer depuis 4o ans, j’arrive à cette constatation qu’il n’en est pas une qui ne se soit édifiée sur
- une invention ou dont le fondateur n’ait été, au sens large du mot, un créateur technique. C’est seulement dans un passé récent que nous vîmes les financiers dominer peu à peu les techniciens. Pour ces nouveau-venus, le rêve devint la série imniable et l’inventeur n’était qu’un gêneur. Suivant eux, les méthodes devaient être les mêmes pour l’industrie et le commerce : « à profit immédiat ». Mais cela c’est une autre histoire et nous entraînerait loin. Disons seulement que la France à peu près seule, pour son malheur, s’était engagée dans cette impasse.
- N’a-t-on pas entendu proférer chez nous sérieusement, au moment de la crise mondiale, que l’invention en était une des causes et qu’il convenait de restreindre la crise par une espèce de contingentement de l’invention!
- En bref, il s’était glissé dans ce domaine comme en tant d’autres des idées de paradoxe et de paresse, dont le résultat fut la catastrophe. Les stigmatiser enfin aujourd’hui, c’est en indiquer les remèdes. Ne répondait-on pas, il y a quelques mois, à des titulaires de brevets qui en faisaient valoir les titres devant certaines Administrations, « qu’il n’y avait plus de brevets » ? Comment aurait-on voulu, après cela, qu’il y eût encore des inventeurs?
- Sous l’influence de ces idées malsaines, nos juges et nos experts eurent tendance à prendre une attitude de défense contre les revendications que présentaient devant eux les titulaires de brevets. Il devint plus aisé d’être, dans les procès de contrefaçon de brevet, du côté du contrefacteur que du côté du breveté. Le principe de droit qu’en tout état de cause foi est due au titre, fut de plus en plus méconnu et remplacé par une suspicion a priori à l’égard du brevet. Une telle situation arrivait à rendre illusoires les droits qui sont attachés au brevet et aggravait le mécontentement légitime des inventeurs.
- Par bonheur, la loi organique des brevets existe toujours : c’est la loi de i844, dont un projet très étudié de rajeunissement était en discussion devant les Chambres depuis 12 ans. Qu’on promulgue donc enfin ce nouveau texte : il ramènera déjà la paix dans les milieux si troublés des inventeurs. Convient-il d’apporter des modifications plus révolutionnaires, telles que celle de la délivrance du brevèt sous une manière de garantie de l’Etat, au lieu de l’actuel S. G. D. G., auquel certains attribuent la désaffection du public pour les brevets? Je ne serais pas, pour ma part, éloigné de m’y rallier après avoir été longtemps partisan du système français du non-examen. Peut-être, en effet, un tel changement radical serait-il le « coup de fouet » qui ferait repartir chez nous le progrès industriel. Mais que de difficultés matérielles pour réaliser un examen officiel digne de ce nom ! Qui a visité le Patentamt de Berlin, les Patent Office de Londres et de Washington, abritant leurs centaines d’ingénieurs-examinateurs et leurs montagnes de documents, se rend compte de la complexité de la tâche et de l’énormité de son financement.
- Que l’on abroge au plus vite les décrets de guerre qui ont si fortement ému les inventeurs : ce serait déjà un premier retour au bon sens. Ne doivent subsister que les mesures qui leur sont favorables et que les circonstances présentes commandent : un moratoire très large en faveur des paiements d’annuités et des dépôts de brevets sous priorité. Ce moratoire, qui a commencé le 21 août 1989, s’est terminé le 3i décembre dernier, mais fort heureusement a été à nouveau prolongé par un décret publié le 8 février.
- Je ne voudrais pas me laisser aller ici à une étude complète de ces questions. Il y entre une part considérable de psychologie. Les oi’ganisations rigides, les coopérations de commande ont fait faillite, en matière d’inventions, sauf
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- pour des travaux de mise au point où le travail « en équipe » peut avoir des avantages et donner des résultats. L’invention procède de l’intuition beaucoup plus que du raisonnement. N’est certes pas inventeur qui veut : Mens flet ubi volt. Que de grandes découvertes ont été faites par des non-spécialistes ! Un et climat » favorable, des encouragements, de substantielles récompenses, voire des allégements d’impôts comme en certains pays, beaucoup d’égards, de l'émulation, tels sont les promoteurs qui se sont montrés les plus efficaces des progrès industriels.
- La presse technique peut avoir une grande part dans ce
- :.;....—........... 119 =
- renouveau de l’invention française et c’est, je pense, la raison pour laquelle La Nature a bien voulu publier ces observations et suggestions et j’espère que, grâce aux efforts de tous, cette grave question finira enfin d’être mieux comprise par ceux qui ont la lourde tâche de notre redressement national.
- Camille Blétry,
- Conseiller technique de la Délégation de la France à la Conférence de Londres (1934) pour la révision de la Convention d’Union pour la protection de la Propriété Industrielle.
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE DU 1“ AU 30 JUIN J94<
- Peu de phénomènes astronomiques importants à signaler pendant ce mois. La plupart des planètes principales se trouvent au voisinage du Soleil et sont perdues dans le crépuscule ou l’aurore; Mercure sera cependant visible au début du mois. Mars seulement s’offre de mieux en mieux à l’observation. Puis pour l’hémisphère boréal, nous sommes au solstice d’été, époque de l’année où pratiquement il ne fait presque plus nuit, au grand détriment des observations délicates et surtout des photographies de l’univers stellaire.
- Gomme toujours, les heures données ici sont exprimées en Temps Universel, compté de oh à a4h à partir de oh (minuit) ; on tiendra compte des corrections à ajouter selon les lieux et l’heure qui y est en usage.
- I. — Soleil. — Solstice d’été le 21 juin à 2011. La déclinaison du Soleil varie peu pendant ce mois : de + 22°^ le iev, elle atteint 2i°2i' les 21 et 22 juin pour redescendre à + a3°n/ le 00 juin.
- Durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) pour Paris :
- i5h49m le ier; maximum i6l‘8m le 20; i6h4m le 3o juin.
- Durée du crépuscule astronomique :
- A partir du 4o° de latitude Nord, pour laquelle elle est en moyenne de ah pendant ce mois, la durée du crépuscule s’allonge considérablement à mesure qu’on monte vers le Nord; sous le 45° elle est de 2ha5m le ier, de 2h35m le i5 et de 2h34m le 00. A partir d’une latitude se traçant à 5o km. au sud de Paris la nuit ne se fait plus, le Soleil étant alors, à minuit, abaissé de moins de t8° au-dessous de l’horizon; de Paris et de tous lés lieux situés sur la même latitude on peut donc contempler le crépuscule de minuit, depuis le i5 jusqu’à la fin de juin, les soirs sans Lune naturellement; cette année, on pourra en effectuer l’observation dans des conditions particulièrement favorables, la Lune étant nouvelle le 24. Précisons que l’arc crépusculaire proprement dit, correspondant à l’illumina-
- ASTRE Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation et étoile voisine
- 6 juin 3h5im nl‘4ç)ra 6S 19^4801 4h54m -f- 22°38' 31'34"19 Taureau
- Soleil . . 18 — 3 48 11 51 3i 19 55 5 46 -j- 23 24 31 31,82 —
- 3o — 3 5a 11 54 5 19 56 6 36 + 23 II 3i 30,82 Gémeaux
- ! 6 juin 5 21 i3 33 21 43 6 38 + 24 4o 8,0 Gémeaux
- Mercure . 18 - 5 23 i3 12 21 1 7 7 •f 21 3a io,4 £ Gémeaux
- ( 3o — 4 35 12 9 19 42 6 52 -j- 18 5o ii,8 Gémeaux
- C iuin 4 36 12 45 20 54 5 49 + 24 8 10,0 t Taureau
- Vénus. ) 18 — 4 54 i3 2 21 9 6 54 + 24 0 10,2 « Gémeaux
- _ 3o — 5 22 i3 18 21 i3 7 57 -j- 22 10 io,6 Gémeaux
- ! 6 juin 0 35 5 58 11 22 23 4 - 8 43 9>8 / Verseau
- Mars . I 18 — 0 4t 5 4o 11 16 23 33 — 62 10,6 Verseau
- ( 3o — 23 3o 5 20 11 8 0 0 - 3 26 11,6 Verseau
- ( 6 juin 3 14 10 55 18 37 4 2 + 19 58 3o,6 Taureau
- Jupiter ) 18 — 2 35 10 20 18 4 4 i4 -j- 20 3o 3o,8 Taureau
- ( 3o — . 56 9 44 17 3i 4 25 + 20 57 3i ,2 2 Taureau
- l 6 juin 2 5i 10 12 17 33 3 iq 4- 16 12 i4,8 Bélier
- Saturne . ]»8 - 2 8 q 3o 16 53 3 24 4- 16 33 i5,o Bélier
- ( 3o — 1 24 8 49 16 i3 3 3o -f 16 5i l5,2 Bélier
- Uranus | 3o juin I 25 9 4 16 45 3 46 + 19 38 3,4 Bélier
- Neptune . | 3o juin 1 to 44 17 1 1 23 18 11 44 4- 3 7 M (0 Vierge
- VISIBIL1TË
- ^Invisible.
- (Invisible.
- iLe soir dans le crépus-< culc.
- (Difficilement visible.
- I
- ^Deuxième partie de la nuit.
- Le matin dans l’aurore. Le matin dans l’aurore.
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- Fig. 1. — Le crépuscule de minuit à la latitude de Paris.
- Photographie prise avec un objectif F - 1,5 et um de pose. IL. Rudaux).
- lion de la couche aérienne jusqu’à 8o km. d’élévation se trouve alors très surbaissé et de ce fait pratiquement masqué par les brumes de l’horizon; mais l’illumination se continuant dans les régions supérieures de l’atmosphère, très raréfiées, une clarté appréciable s'observe finalement jusqu’à une hauteur d’une vingtaine de degrés.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours : Juin 1er — nh48n,i7s; 6 = iih49m6s; U = nh5o“3s; 46 = nh5im5s; 21 = nh52mios; 26 = iii53nii5».
- III. — Planètes„ — Mercu re est en élongation orientale le G juin, à ?.3°44/ du Soleil; quoique importante, cette élongation ne détermine pas de bonnes conditions de visibilité, en raison de la position de la planète assez peu élevée au-dessus de l’horizon lorsque l’atténuation du crépuscule permettra de l’apercevoir.
- Vénus, devenue étoile du soir, et plus basse en déclinaison que le Soleil, se couche peu après lui ce qui la rend très difficile à observer.
- •Mars, se rapprochant de la Terre est en quadrature W avec le Soleil le i juin, et commence à acquérir un assez bel éclat; son diamètre apparent dépassant maintenant \on permet déjà d’effectuer quelques observations surtout que la déclinaison australe décroît rapidement. C’est l’hémisphère S qui est tourné vers la Terre, la latitude du centre étant —- 22°5 pendant ce mois ; i’équinoxe de printemps austral ayant eu lieu le i5 avril dernier, la calotte polaire australe encore assez étendue en juin, se distinguera bien sur le petit petit disque.
- Jupiter, le matin dans l’aurore, n’est pas utilement observable. Il en est de même pour Saturne et Uranus.
- Neptune n’est plus visible que le soir, mais l’absence de nuit réelle est peu favorable à l’observation, en raison de son faible éclat comparable à celui d’une étoile de 8e magn. tout au plus.
- Le tableau suivant, établi d’après les données fournies-par l’Annuaire astronomique Flammarion, fait connaître les successives positions des planètes avec les indications nécessaires pour leur observation.
- Observations physiques. — Voici la liste des éphémé-rides fournissant les indications nécessaires pour l’orientation des dessins et photographies de la surface du Soleil, qui sont à effectuer tous les jours de beau temps :
- Date (ob) P B0 Lo
- — — — —
- Juin 4 — i4°48W — 0,25 i57”34
- — 7 — i3,3o + 0, i3 117,64
- — 12 I 1,25 + 0,72 5i,46
- — ll — 9>12 + i,3i 345,27
- — 22 — . 6,92 + 1,90 279»°9
- — 27 — 4,67 + 2,48 212,91
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. -cette époque. - I noliser1
- IL — Lune. — Datés des phases
- D. O. le 2 Juin, à 2ili56m | D. Q. le 16 Juin, à i5M5m P. L. le g — à 121134“ I N. L. le 24 — à igb22“
- Plus grandes déclinaisons : — i8°26f le 10 juin à 9h ; + i8°27/ le 24 juin à i5h.
- Variations de distance et diamètre apparent : Périgée le 8, diamètre apparent = 8of8ff. — Apogée le 20, diamètre apparent = 2Qr28,f. .
- IV. —- Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 3 juin, à 22F, Neptune avec la Lune à 1042’ N.
- Le 16 — à gh, Mars avec la Lune à 3o37' S.
- Le 18 — à 23h, Vénus avec w Gémeaux à 0023' S.
- Le 20 — à 12I1, Mercure avec Vénus à 2054' S.
- Le 21 — à 12b, Saturne avec la Lune à 2010' N.
- Le 21 — à 2ih, Uranus avec la Lune à 4013' N.
- Le 22 — à 1411, Jupiter avec la Lune à 4° 2' N.
- Le 25 — à i8h, Mercure avec la Lune à it>4o' N»
- Le 26 — à 1 ià, Véous avec la Lune à 5o53' N»
- Passages de la Polaire au méridien de Paris :
- Juin xo Passage inférieur
- — 20 —
- — 3o —
- — 3o Passage supérieur
- à 2ohi8m43s à 19 39 35 à 19 o 28 à 7 2 25
- Constellations. — Les nuits restant très courtes et pratiquement inexistantes à partir du i5, les observations stellaires restent limitées à peu de temps, de part et d’autie de minuit; pendant cette brève période d’obscurité relative, c’est la partie la plus brillante de la Voie Lactée, du Scorpion au Cygne, qui peut être observée. Mais il faut attendre au mois suivant pour entreprendre des recherches ou des photographies prolongées.
- Lucien Rudaux.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES ------ «i
- LA BENTONITE ALIMENTAIRE
- Il a été fait mention à diverses reprises des propriétés déter-sives de certaines argiles. D’autres nous offrent aujourd’hui la possibilité de confectionner un « ci’satz » d’huile : ce sont les argiles colloïdales d’origine volcanique connues sous le nom de bentonites et formées surtout de montmorillonite.
- Ces argiles, dotées de curieuses propriétés adsorbantes dues à leur grande finesse et, par suite, à leur grande surface réactionnelle, gonflent dans l’eau de 15 à 20 fois en formant un gel stable. Des caractéristiques curieuses de ces gels ont permis de nombreuses applications. Si on leur ajoute un alcali ou un sel, on les épaissit généralement alors que si les mêmes substances étaient ajoutées à l’eau avant dispersion de la bento-nilc, celle-ci floculerait immédiatement.
- Les premières bentonites vinrent du Wyoming, aux États-Unis. Par la suite des argiles similaires ou voisines furent découvertes dans Pile de Ponza, en Italie, en Allemagne, en U. R. S. S., en Afrique du Nord (Camp-Berteaux, Lalla-Marnia) et aussi en France, notamment dans la Dordogne.
- Un gel obtenu avec de 3 à o pour 100 de bentonite dans de l’eau donne une suspension stable. Pour le réaliser, il faut ajouter lentement la bentonite à l’eau et non opérer en sens inverse car la dispersion serait rendue plus difficile par la formation de grumeaux. Le gel est, sous cette forme, déjà doté d’une certaine vûscosité. On accroîtra considérablement celle-ci en ajoutant une trace de soude.
- Le gel de consistance voulue pourra aussi être réalisé sans alcali en forçant la concentration (de 5 à 10 pour 100).
- De tels gels ont sur de nombreuses préparations actuellement préconisées le gros avantage d’être parfaitement stables et imputrescibles.
- Ils sont miscibles, sans réaction, avec le vinaigre et les épices et l’on peut aisément confectionner, grâce à eux, des mayonnaises de belle tenue.
- S’il paraît curieux à certains lecteurs de voir préconiser une terre comme aliment, nous ferons remarquer que cette terre est ingurgitée en proportion bien infime, car à raison de o pour 100 cela ne fait guère qu’un gramme pour une salade destinée à plusieurs personnes. La consommation de telles argiles colloïdales est bien plus élevée dans certaines préparations pharmaceutiques où elles servent d’excipient.
- D’ailleurs la géophagie n’est pas chose nouvelle. Elle remonte à une lointaine antiquité ; Pline a parlé d’un mélange de terre blanche ramassée sur les collines voisines de Naples et de froment, que les Romains utilisaient comme aliment. 11 ne serait pas impossible qu’il s’agisse de la bentonite magnésienne italienne, blanche, dont le principal gîte est dans l’île de Ponza, précisément en face de Naples.
- Humboldt avait aussi observé que certains habitants de la Finlande mangeaient une terre blanche qui ne renfermait aucun aliment nutritif, dont l’ingestion calmait momentanément la faim.
- Divers voyageurs ont mentionné des mangeurs de terre. Goldberv rapporte que les indigènes de la Sénégambie consomment une terre grasse, souple, ayant l’aspect du beurre. Livingstone a aussi signalé que des boules de terre comestible se vendaient dans le Haut-Congo.
- . Dans le Nouveau Monde la géophagie a aussi des adeptes et dans le Sud du Mexique en particulier, on confectionne des gâteaux secs où entrent de la farine et de la chaux éteinte.
- Bien d’autres exemples ont été rapportés de divers côtés et pour ne considérer que la bentonite, nous avons souvenance d’avoir vu vendre, aux étals des souks du bled marocain de la Moulouya, des terres rosées comestibles qui devaient être des montmorillonites de Camp-Berteaux ou de Lalla-Marnia.
- Nous avons, à titre d’essai, consommé des gels de bentonite en quantités relativement massives, sans en être le moins du monde incommodé.
- Pour donner au gel de bentonite une présentation agréable, on peut le colorer avec de petites quantités de jaune naphtol OS, de citronine, do chrysoïne, de tartrazine... ou autre colorant jaune non toxique et autorisé légalement pour teinter des produits alimentaires.
- Ajoutons que 1’ « ersatz » d’huile ainsi obtenu n’a aucun goût ni odeur ; il est parfaitement supporté et procure même un nettoyage mécanique utile. Des gels épais de bentonite, additionnés d’épices ou de condiments, pourraient aussi être avantageusement utilisés pour remplacer la moutarde.
- LE SUCRE DE CITROUILLE
- Dans la famille des Cucurbilacées, on compte quelques variétés de courges déjà étudiées au point de vue de l’extrac-lion du sucre cristallisable.
- La courge la plus riche parait être la courge sucrée du Brésil, de laquelle on extrait un jus titrant 9° à l’aréomètre Baumé.
- Mais une espèce européenne, la courge commune (Cucurbita), ou citrouille, quoique peut-être un peu moins riche,, n’én donnerait pas moins des résultats satisfaisants et plusieurs variétés voisines seraient exploitables simultanément.
- La fabrication du sucre de citrouille prit naissance en Hongrie, avec les procédés d’extraction du baron de Sonnenthal ; puis en Hanovre, elle fut pratiquée bien avant la fabrication du sucre de betterave et l’importation du sucre de canne.
- L’Europe n’a jamais traversé de crise sucrière vraiment longue ou grave pour qu’on ait songé à étendre les moyens habituels de production.
- Dans la situation actuelle, il semble opportun d’examiner de près les données concernant la fabrication du sucre de citrouille, données qu’il n’y a pas eu lieu d’utiliser plus tôt.
- La culture do la citrouille est simple. La plante s’accom-. mode de tous les terrains, même de ceux qui ne conviennent guère à d’autres végétaux. Elle est robuste, sa croissance est rapide, et il suffit de peu d’engrais pour assurer la production de fruits très nombreux. En poids brut, un hectare ensemencé donne un résultat supérieur au rendement moyen d’un hectare de betteraves à sucre. Mais cela importerait peu si le rendement on sucre était inférieur. Or, il n'en est pas ainsi.
- On extrait facilement de la citrouille 6 pour 100 de sucre en faisant usage d’une simple presse à vis. Les procédés d’extraction moderne (emploi de la presse hydraulique, en particulier) donnent le moyen d’obtenir un rendement plus considérable.
- La fabrication du sucre de citrouille exige moins de précautions que la fabrication du sucre de betteraves, car la fermentation de la pulpe et du jus est lente.
- Le jus ne monte pas en écume pendant qu’on le cuit, et il ne brûle pas. Pour ces raisons, il n’est pas nécessaire de se hâter après le broyage ou de surveiller les opérations ultérieures avec une attention constamment en éveil.
- Le sucre brut de citrouille est fort neu coloré, sa saveur est 1res agréable, même avant le raffinage (avantage que le sucre brut de betteraves est loin de posséder).
- Après le raffinage, le sucre de citrouille est de saveur franche et d’une blancheur parfaite ; ses grains sont fins et son aspect le ferait prendre pour du sucre de canne de première qualité.
- Le sirop de betterave n’est pas directement utilisable à la consommation, à cause de sa saveur désagréable (saveur d’herbe ou de feuilles) : il n’en est pas de même du sirop de citrouille dont la saveur (aussi bien que celle du sucre brut) évoque le goût du melon, mais sans excès.
- Les résidus laissés par l’extraction du sucre de citrouille sont de deux sortes : la pulpe et la graine, l’une et l’autre utilisables. La pulpe se conserve longtemps sans s’altérer ; elle constitue, pour le bétail, un aliment sain et nutritif, comparable à la pulpe de betterave, mais d’une odeur moins prononcée — point important lorsqu’il s’agit de la faire consommer par les vaches laitières.
- Des graines, convenablement traitées, on extrait une huile parfaitement comestible 100 kg. de graines donnent 18 kg. d’huile à manger. La vente de cette huile payerait, paraît-il, environ 50 pour 100 des frais de culture. En admettant que cette estimation soit trop élevée, il n’y en a pas moins là un facteur de très sensible atténuation des frais généraux de l’exploitation.
- L’approvisionnement en graines pour le réensemencement se constitue rapidement et il reste d’importantes disponibilités pour la fabrication de l’huile ; les graines de 25 citrouilles moyennes suffisent largement pour l’ensemencement d’un hectare.
- En résumé : culture facile, fructification abondante, manutention simple, principal produit manufacturé d’excellente qualité, sous-produits intéressants au point de vue de la diminution des frais généraux, telles sont les caractéristiques de l’exploitation de la citrouille envisagée comme ressource offerte à l’industrie sucrière.
- A. Esme.
- Henri Blin.
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- CE QU'ON PEUT FAIRE AVEC DE LA SUIE
- En ces temps difficiles où tant de produits manquent sur le marché, c’est un devoir, quand ce n’est pas une nécessité, de tirer parti de tout ce que l’on est accoutumé de jeter généralement aux ordures. C’est ainsi qu’après le ramonage de nos cheminées, si fortement encrassées par les combustibles médiocres que nous avons été forcé d’y brûler, nous pouvons fort bien tirer partie de la suie.
- Ce que c’est que la suie. — Sur les parois de nos cheminées se dépose une couche plus ou moins épaisse d’une substance noirâtre, pulvérulente ou formant croûte, composée d’un mélange fort complexe : on y trouve des parcelles de combustible inutilisé, des vésicules de goudron, des composés ayant pris naissance lors de la décomposition par la chaleur de la cellulose du bois, des carbures d’hydrogène de la bouille : phénols, dérivés acétiques, formulés, etc... C’est grâce à ces derniers antiseptiques, inoffensifs à faibles doses, que les viandes « fumées » par longue exposition à l’action des gaz résiduels de foyers chauffés au bois, peuvent être conservées longtemps sans altération.
- La suie préparée, que l’on trouvait jadis dans ics officines pharmaceutiques, provenait du tamisage de la matière brute, ensuite finement broyée. Elle n’était produite qu’avec de la suie laissée par des fumées de bois. Les suies en effet ont des compositions différentes selon qu’elles proviennent de tel ou tel genre de combustible.
- Mastic à la suie. — On le prépare en malaxant le mélange suivant, chauffé à feu doux dans quelque A'ieille casse-
- role :
- Suie tamisée finement................... 30 g.
- Coaltar................................... 30 —
- Sable fin.................................100 —
- Parfaitement imperméable à l’eau, le mastic, qui s’applique à chaud, convient spécialement pour joints de tuyaux en grès ou en fibro-ciment.
- Teinture à la suie. —De l’eau bouillante dans -laquelle on a fait digérer pendant quelques minutes de la suie, après quoi l’on a décanté ou passé à travers un linge, constitue un véritable bain tinctorial. Le coton, la soie, simplement trempés dans ce liquide, y acquièrent une nuance kaki pâle dont on peut varier l’intensité en concentrant plus ou moins la solution.
- La suie agent de décapage. — L’addition de suie aux bains acides servant à décaper les pièces de laiton est de règle dans les ateliers : de faibles proportions du produit suffisent pour régulariser l’attaque du métal. Voici la formule d’emploi courant :
- Suie calcinée......................... 1 kg.
- Sel commun............................ 1 —
- Acide nitrique à 3ü° B..............-100 1.
- Il est facile de calciner les petites quantités de suie en emplissant une boîte de fer blanc non soudé, fermé hermétiquement et plaçant, après ligature au fil de fer, dans un foyer où la masse puisse atteindre le rouge naissant.
- Les objets à décaper ne seront immergés dans le bain que pendant quelques secondes, et l’on opérera en plein air, l’opération amenant le dégagement de vapeurs dangereuses.
- Comment donner aux tuiles neuves la patine des vieilles tuiles. — Les tuiles à traiter seront bien sèches, et on les badigeonnera, avec un gros pinceau, d’une bouillie de suie délayée dans l’eau. Ne pas s’efforcer d’obtenir des nuances identiques sur toutes les pièces, ce qui serait d’ailleurs assez difficile : une fois mises en place sur le loit, les tuiles de teintes un peu différentes les unes des autres font très tel effet.
- La suie médicament. — La suie n’est plus qu’un remède de bonne femme, après avoir joué un rôle d’une certaine importance dans la médecine d’autrefois. Faute de remède plus moderne, voici des cas où l’on peut s’en servir sans inconvénient. Pour soulager les brûlures, une décoction à 200 g. par 1. d’eau bouillante, appliquée tiède avec une houppe d’ouate hydrophile. Pour calmer les démangeaisons, une pommade faite en broyant des poids égaux de suie et de matière grasse telle que saindoux ou vaseline.
- Pour éloigner les fourmis. — Des barrages efficaces peuvent être établis sur un trajet que fréquentent les fourmis par de petites traînées de suie.
- Des arrosages copieux avec une bouillie de suie délayée dans l’eau provoquent la disparition des fourmilières
- La suie est un engrais complet. —- « Complet », c’est-à-dire contenant à la fois les quatre éléments fertilisants qui font la valeur de tous les stimulants employés en agriculture et horticulture. Voici en effet, en kg. par t., les teneurs moyennes des suies.
- Suie Suie
- de houille de bois
- Azote ammoniacal .... 24 13
- Anhydride phosphorique . . 4 4
- Potasse.................. 1 24
- Chaux................... 40 100
- L’épandage se fait au printemps, à dose de 23 lil. par ha., la suie étant mélangée d’une égale quantité de plâtre.
- La suie est un fongicide efficace. — Mélangée avec le tiers de son poids de chaux éteinte, et délayée avec assez d’eau pour obtenir une bouillie assez consistante, la suie est employée avec succès pour badigeonner les troncs d’arbres fruitiers envahis par des mousses. Opérer par temps sec, la moindre pluie faisant naturellement disparaître l’enduit.
- CONFITURE D’ÉCORCES D’ORANGES RICHE EN VITAMINE C
- L’alimeutation doit procurer à l’organisme des substances énergétiques servant à fournir du travail et de la chaleur, des éléments minéraux, un certain nombre (encore indéterminé) de composés organiques spéciaux dont la synthèse physiologique est impossible. On a groupé certains de ces derniers sous l’appellation de vitamines auxquelles on a donné pour noms les lettres de l’alphabet. Très diverses et différentes les unes des autres, ces vitamines ont des rôles importants j ojt. leur a consacré en ces dernières années un grand nombre de travaux.
- En temps d’abondance, quand on peut aisément se procurer des aliments variés, les craintes d’avitaminose sont à peu près i'iusoires et la preuve en est que l’alimentation traditionnelle depuis des siècles a maintenu les races vivant en France en bon état de santé générale. En période de restrictions, on peut craindre plus justement la monotonie des menus, la pénurie de matières grasses, la rareté des légumes verts et des fruits. Il faut alors conseiller certains choix systématiques.
- Des diverses vitamines connues et expérimentées, celle dont le besoin pondéral est le plus grand est certainement la vitamine C ou facteur antiscorbutique qu’on a reconnu être l’acide ascorbique C6H806. On le trouve surtout dans les légumes et les fruits. Le cassis en est particulièrement riche, et aussi, bien qu’à un degré moindre, les agrumes : oranges et citrons. L’écorce, qu’on jette le plus souvent, est environ deux fois plus riche que la pulpe qu’on mange, mais ne peut être consommée telle quelle.
- M. II. Cheftei donne dans la Revue horticole le moyen de l’utiliser au mieux, en évitant la destruction de la précieuse vitamine, très sensible à l’oxygène de l’air.
- On prend environ 300 g. d’écorces d’oranges fraîchement pelées ; on les coupe en lamelles fines et on les immerge dans 2 1. d’eau froide, préalablement bouillie pendant 13 minutes et refroidie en vase clos à l’abri de ‘l’air pour chasser l’oxygène dissous. On a fait dissoudre dans cette eau refroidie 60 g. de sucre et 12 g. d’acide citrique ou 173 cm3 de jus d’orange ou de citron. Ce milieu empêche l’appauvrissement en acide ascorbique. Le tout est mis à bouillir dans un récipient bien étamé ou inattaquable aux acides et couvert. On cuit doucement pendant une heure et demie environ jusqu’à ce que les écorces s’amollissent ; on ajoute 1 kg. de sucre qu’on fait fondre ; on cuit encore rapidement 13 à 20 minutes, en écumant si c’est nécessaire, pour obtenir un poids net c’e 2 kg. Quand une pellicule apparaît à la surface par refroidissement, on verse dans des bocaux bien propres, ébouillantés à l’eau ou à la vapeur, qu’on remplit au maximum. S’ils ont un couvercle, on le ferme et on renverse les pots pour qu’ils refroidissent à l’abri de l’air ; s’ils n’en ont pas, on recouvre la confiture d’une couche de paraffine ou de graisse ou d’un papier paraffiné.
- A défaut de sucre, on pourra employer du moût de raisin concentré désacidifié ou de l’extrait de malt concentré qui donneront un produit moins agréable au goût. On p'eut aussi et
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- mieux opérer avec un quart de sucre et trois quarts de moût de raisin.
- L’essentiel, pour maintenir la forte teneur en vitamine C est d’utiliser des écorces très fraîches et de l’eau bouillie et dés-aérée.
- lOtl g. de cette confiture représentent à peu près la moitié de la dose quotidienne d’acide ascoi'bique nécessaire à l’homme ou à l’enfant : ils fournissent en plus 250 calories.
- LE SEL MARIN, CONSERVATEUR DE FORTUNE DES RÉCOLTES ZOOLOGIQUES
- Qui, parmi tous ceux qu’intéresse la nature, n’a pas gardé, présente à la mémoire, la découverte sensationnelle de Lati-meria chalumnœ, ce fossile vivant, contemporain des Ichthyo-saures et des Plésiosaures, qu’un pêcheur de l’Afrique australe captura inopinément dans son chalut, l’un des derniers jours de l’année 1938 (x) ? L’événement se produisit au plus fort de l’été austral et, par un concours fortuit de circonstances, peut s’en fallut — peut-être s’en souvient-on aussi — que cette rareté sans prix n’ait été définitivement perdue. Grâce à une intelligente initiative, seule à peu près, la peau du monstre a été sauvée.
- Pour exceptionnelle que s’avère une telle capture, il arrive cependant aux pêcheurs — et cela, plus fréquemment qu’on ne le pense — d’extraire du fond de la mer ou de saisir à sa surface quelque animal insolite, qui, par cela même sans aucune valeur marchande, est fatalement rejeté à la mer ou jeté aux déchets. Ce sort est quotidiennement celui du fretin qu’avec son butin ramène ordinairement le chalut ; et pourtant ce fretin s’est souventes fois révélé à l’étude, d’une grande richesse en formes rares, voire inédites, d’autant moins bien connues qu’elles sont précisément de dimensions plus réduites.
- Aussi bien le professionnel, l’amateur, tant à la chasse, qu’à la pêche, se trouve toujours exposé à faire quelqu’une de ces heureuses rencontres, même en Europe, mais, à plus forte raison, loin des pays civilisés.
- On ne peut certes demander à tous ceux que leur profession ou leurs loisirs mettent en contact immédiat avec la nature, de se munir, en prévision de quelque improbable aubaine, des produits chimiques et des récipients dont s’encombre délibérément le naturaliste voyageur ; mais il semble utile, dans l’intérêt de la science — seul point de A?ue auquel se place
- 1. Nature, 143, 1939, p. 455 et 145, 1940, p. 397 ; La Nature, n° 3046, 1er avril 1939.
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- le signataire de ces lignes —, d’indiquer le procédé de fortune auquel, le cas échéant, toute personne de bonne volonté peut aisément avoir recours. Ce procédé, c’est la salaison. Tout Vertébré (Poissons, Batraciens,- Reptiles, Oiseaux, Mammifères) peut être provisoirement conservé par ce moyen — faute de mieux, bien entendu. En temps normal, le sel marin se trouve partout et à un prix qui met cette denrée à la portée de toutes les bourses.
- Voici la technique.
- Au préalable : introduire une certaine quantité de sel marin dans là bouche de l’animal et, s’il s’agit d’un Poisson, dans les ouïes. Pratiquer ensuite, dans la peau du flanc (à droite ou à gauche), une incision assez longue pour permettre, le péritoine étant également réséqué, d’introduire autant de sel que faire se pourra dans la cavité abdominale ; en introduire aussi dans la cage thoracique (Oiseaux, Mammifères) en incisant le diaphragme ou, entre les côtes, la plèvre. Cela fait, placer l’animal sur une surface plane (pierre, planche, plat do vaisselle, etc.) et le recouvrir entièrement d’un monceau de sel. Au bout de quelques heures (temps très variable suivant les circonstances), retourner le cadavre, égoutter le liquide et remplacer le sel fondu par du sel frais. Cette opération doit être renouvelée autant de fois qu’il sera nécessaire, jusqu’à dessiccation complète de la pièce. Celle-ci doit alors présenter un aspect analogue à celui de la morue salée, de vente courante. Il suffit alors de l’enfermer dans une caisse ou dans un récipient quelconque, en ayant soin de l’enfouir dans le sel. Maintenir autant que possbile à l’abri de la chaleur, mais surtout de l’humidité et remplacer le sel, si celui-ci venait à fondre. Moyennant ces précautions, le temps de conservation est pratiquement illimité.
- Au laboratoire, il est bon, afin de faire reprendre à l’animal sa forme normale, de le laisser séjourner quelques heures dans l’eau, avant de le plonger définitivement dans le liquide conservateur (alcool à 70°, 75° ou 80° ; eau formolée à 5 ou 10 pour 100 en volume). Inutile de s’attacher à l’élimination complète du chlorure de sodium ; la présence de ce sel ne nuit nullement à la conservation, au contraire.
- La dessiccation par le chlorure de sodium n’est certes pas favorable aux coupes histologiques ; ce n’est qu’un pis-aller, grâce auquel cependant les études macroscopiques habituelles pour les Vertébrés, restent possibles, sans excepter la plupart des examens anatomiques. Sans doute, en tant qu’objet de collection, la pièce préalablement salée ne revêt-elle pas un aspect aussi avantageux que celui des animaux qui ont été plongés tout frais dans le liquide conservateur. Qu’importe, si le document est sauf ?
- Paul Ciiabanaud,
- Docteur ès sciences, lauréat de l’Institut.
- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE Auguste Béhal.
- Né à Lens en i85g, Béhal vient de mourir après avoir joué un grand rôle dans le développement de la chimie organique en France et beaucoup servi son pays. De la notice que lui a consacrée M. H. Vincent dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences, nous extrayons les renseignements suivants :
- Fils de modestes cullrvateurs, Béhal fit ses classes au collège de Béthune, puis vint à Paris faire ses études de pharmacie. Reçu premier à l’internat, il entra peu après dans le laboratoire de Friedel où il prépara une thèse de doctorat ès sciences sur les carbures acétyléniques. Médaille d’or de l’internat, bientôt pharmacien des hôpitaux de Paris, il devint en i88g professeur agrégé à l’École de pharmacie de Paris où il enseigna la notation anatomique en chimie organique, grande nouveauté en France où Berthelot s’y opposait. Béhal publia alors son Traité de chimie organique. Devenu maître de conférences à la Sorbonne, chargé du cours de chimie organique après la mort de son maître, il
- reA-int à l’École de pharmacie, comme professeur de toxicologie d’abord, puis comme professeur de chimie organique; il put seulement alors donner toute son activité et former des élèves. Pendant la guerre de 1914-1918, le Gouvernement créa l’Office des produits chimiques et chargea Béhal d’organiser la pi’oduction et la répartition des substances nécessaires à la poursuite de la guerre et à l’économie nationale, car ce n’est pas aujourd’hui la première fois que l’État doit prendre en mains la répartition des matières premières et la direction des activités industrielles. Tâche difficile, écrasante et ingrate où Béhal réussit à assurer les multiples besoins urgents, à ravitailler l’industrie et même à maintenir des exportations. Les honneurs vinrent ensuite : président de l’Académie de Médecine en 1922, membre de l’Académie des Sciences en 1921, gi’and officier de la Légion d’FIonneur.
- Celte période de guerre lui montra la nécessité des collaborations entre la science et l’industrie et il renonça alors aux problèmes théoriques pour se passionner de la création de la Maison de la Chimie et se consacrer aux questions industrielles de préparation des matières colorantes et des produits pharmaceutiques.
- On lui doit maintes acquisitions importantes. Outre les
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- carbures acétyléniqucs auxquels il donna des réactifs sûrs, des espèces nouvelles, une classification logique, il aborda les produits de la distillation du bois où il découvrit seul ou .avec Choay le gaïacol cristallisé, l’hémocrésol, divers éthyl-phénols, plusieurs cyclénones. Il prépara de nouveaux dérivés du chloral dont il fit l’étude stéréochimique. Il examina la constitution du camphre et en réalisa industriellement la préparation à partir du pinène de l’essence de térébenthine. Il découvrit divers anhydrides mixtes de l’acide formique qui donnent de l’oxyde de carbone par réaction sur des tri-amines. Grâce aux organomagnésiens découverts par Grignard, il prépara de nombreux éthers oxydes de glycols dont l’hydrolyse lui fournit une méthode générale de préparation •des aldéhydes disubstitués. De l’urée, il obtint la chlorurée qui a conduit à la synthèse de très nombreuses chlorhydri-nes de glycols et l’aeide cyanurique.
- PHYSIOLOGIE
- Quelques moyens de se réchauffer.
- On sait que l’Académie de Médecine a créé une Commission du rationnement alimentaire qui examine très utilement les problèmes posés par la situation actuelle. A la séance du 17 décembre dernier, M. Portier y a présenté un rapport sur les divers moyens dont l’homme dispose pour maintenir sa température à la surface du corps.
- Un premier consiste à augmenter la ration alimentaire, notamment en matières grasses dont le pouvoir calorifique est le plus grand (9 cal. par gramme). Un deuxième est de chauffer l’habitation dans laquelle on se tient. On sait comme l’un et l’autre sont difficiles à réaliser en ce moment. On peut aussi se réchauffer par des exercices physiques, qui augmentent malheureusement la consommation d’aliments. On supplée à leur défaut en renforçant l’habillement. A ce sujet, M. Portier a rappelé les expériences de Bergonié sur fie pouvoir isolant des divers tissus mesuré par la vitesse de refroidissement de l’eau chaude contenue dans un buste en cuivre habillé de diverses façons. Bergonié avait trouvé pour le « coefficient d’utilité », inverse de la vitesse de refroidissement :
- Bus le nu............................... 1
- Habillage par :
- Maillot de cycliste en colon............ 1,1
- Gilet de flanelle....................... i,35
- Chemise de laine............................. i,4o
- Chemise de laine de soie................ i,5o
- Gilet de chasse en laine................) q
- Veston de cuir doublé...................$ 5
- Veston de drap............................... 1,90
- Macfarlane en laine.......................... 2,10
- Gilet de laine des Pyrénées.............) 2 go
- Pardessus en drap d’hiver...............$ ’
- Pelisse en vison d’Amérique............. 4,5o
- Plusieurs vêtements superposés sont plus efficaces qu’un •seul.
- Les individus gras se refroidissent moins que les maigres, 'les grands moins que les petits. Les enfants résistent moins bien au froid que les adultes, et moins encore les tout petits qu’il faut couvrir et surveiller particulièrement.
- En terminant, M. Portier indique deux moyens de réchauffement très efficaces que l’électricité permet aujourd’hui. Le premier consiste à souffler sous les vêtements pendant
- quelques minutes, un courant d’air chaud produit par un séchoir de coiffeur, à petit ventilateur et résistance chauffante. Le second est constitué par un fil métallique résistant enrobé dans un tissu ou tissé avec lui ; en choisissant la grosseur du fil, on peut obtenir une température voisine de 4o° par simple branchement sur une prise de courant ordinaire ; la plaque métallique souple ou le tissu chauffant est appliqué sur le thorax, sous les vêtements; il permet de rester assis, immobile, sans souffrir du refroidissement.
- MÉTALLURGIE
- Le polissage électrolytique des métaux.
- On a remai'qué que les fils métalliques utilisés comme anodes dans certains électrolytes présentent, après électro-lyse, un brillant parfait.
- Cette observation a servi de point de départ à une nou-A-elle technique de polissage qui par attaque anodique du métal dans des conditions bien définies permet d’obtenir des surfaces lisses et brillantes.
- M. P. A. Jacquet, qui fut l’un des initiateurs de cette méthode, a donné naguère dans la Technique Moderne un exposé détaillé des opérations à effectuer et des précautions à prendre pour faire du polissage électrolytique.
- Les métaux et alliages qui, actuellement, peuvent être polis par ce procédé sont : le cuivre, le laiton ne contenant que du cuivre et du zinc, l’aluminium et un grand nombre de ses alliages, l’étain et ses alliages avec l’antimoine, le plomb, le cobalt, le nickel, le zinc, le fer, les aciers et alliages spéciaux comme les aciers inoxydables.
- Le polissage consiste à faire du métal à polir l’anode d’une cellule électrolytique, dont l’électrolyte est une solution de composition bien définie, qui dépend de la nature du métal à polir. L’électrolyse doit être conduite avec un réglage généralement très précis du courant qui traverse la cellule.
- Dans ces conditions, on constate que sur la surface primitivement rugueuse du métal, les parties en relief sont progressivement dissoutes, les régions en creux restant pratiquement intactes. Avec des métaux ne contenant que de faibles proportions d’éléments étrangers, on obtient des surfaces parfaitement brillantes.
- Pour le cuivre, on utilise comme électrolytes des solutions aqueuses d’acide phosphorique ; la tension doit être légèrement inférieure à celle qui correspond au début du dégagement gazeux. Après le polissage, l’échantillon est lavé à l’eau, puis à l’alcool.
- Pour le zinc, on emploie une solution aqueuse de potasse à 25 p. 100 et pendant l’opération, on agite le bain à l’aide d’un courant d’air ou d’azote. Pour l’aluminium, on emploie un mélange d’acide perchlorique et d’anhydride acétique pur renfermant en solution une proportion d’aluminium de 3 à 5 g. par litre. Le bain doit être agité et maintenu à température constante ; la densité du courant est réglée entre 5 et 9 ampères par dm2. Le polissage des alliages d’aluminium s’effectue dans des conditions analogues. Avec l’aluminium très pur (99,98 p. 100) on obtient ainsi de véritables miroirs.
- Pour l’étain, le fer et les aciers, on utilise, comme pour l’aluminium, un électrolyte à base d’acide perchlorique et d’anhydride acétique.
- Le mécanisme intime des phénomènes qui se produisent dans le polissage électrolytique n’a pas été, jusqu’ici, parfaitement élucidé. Il dépend certainement de l’architecture atomique des couches superficielles du métal; l’étude de l’un contribuera au progrès de nos connaissances sur l’autre.
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- Le polissage électrolytique a trouvé déjà de nombreuses applications dans les travaux de laboratoire : tout d’abord pour la préparation des pièces destinées à l’examen microscopique des métaux et alliages. Il permet en effet d’obtenir le polissage de pièces de grandes dimensions et de formes quelconques, sans amputer la pièce d’un échantillon comme dans le cas du polissage mécanique. Il permet, de plus, de polir des tôles très minces. L’opération elle-même est rapide et n’exige qu’une installation peu encombrante. La structure examinée après le polissage électrolytique est la structure réelle de la masse du métal, et elle apparaît dans tout son détail.
- Le polissage éleclrolytique a trouvé une intéressante application dans i’élude des propriétés optiques des métaux purs. Il élimine, en effet, les couches superficielles, à architecture altérée, produites au cours du polissage mécanique, mais il respecte la planéité des surfaces; il permet, en conséquence, la mesure précise des constantes optiques vraies des métaux purs et la préparation d’étalons pour la mesure des pouvoirs réflecteurs.
- Il trouve d’autres applications dans l’étude des dépôts métalliques en couches minces, dans celle du ternissement et de la corrosion des métaux.
- Enfin il a reçu déjà quelques applications industrielles intéressantes : polissage des écrans de nickel des tubes émetteurs radioélectriques de grande puissance ; préparation de miroirs et de réflecteurs en aluminium et en acier inoxydable ; polissage de petites pièces mécaniques, et enfin polissage décoratif de certains objets.
- Le progrès des métaux légers.
- Dans les dernières années qui ont précédé la guerre, la production des métaux légers s’est accrue avec une étonnante rapidité : la production mondiale de l’aluminium était de i56 ooo t. en 1919; le ralentissement des fabrications métallurgiques d’après guerre le fit tomber à 127 000 t. en 1920, et 75 000 t. en 1921. La production remonta ensuite sans arrêt jusqu’à 1929 où elle atteignit le chiffre de 282 000 t., pour retomber à 142 000 t. en 1980, année de crise économique. Mais ce chiffre remonte à 171 000 t. en 1934, 258 000 t. en ig35, 366 000 t. en 1936, 493 000 en 1937 et 58o 000 en 1938. A noter qu’en 1988 l’Allemagne avec une production de i65 000 t. s’est placée en tête des pays producteurs et a dépassé les États-Unis.
- Les raisons de ce développement sont multiples : l’Europe, tributaire des États-Unis et de l’Afrique pour le cuivre, a fait un gros effort pour conquérir une indépendance partielle en substituant l’aluminium au cuivre; le développement de l’aviation entraîne une grande consommation de ce métal ; enfin la recherche de la légèreté dans la plupart des véhicules, conséquence de la rechei’che des grandes vitesses, a créé de nombreux emplois à l’aluminium et à ses alliages. Il a été, au surplus, créé toute une gamme d’alliages spéciaux d’aluminium, où entrent, en proportions diverses, le cuivre, le silicium, le manganèse, le magnésium et le zinc ; ces alliages remarquables, soit par leurs caractéristiques mécaniques, soit par leur aptitude à la fonderie ou à la confection de tôles, soit encore par leur résistance à la corrosion, ont trouvé des applications nombreuses et variées.
- Pour le magnésium, métal plus léger encore que l’aluminium, mais tout nouveau venu dans la vie industrielle, on constate un mouvement analogue : la production mondiale du magnésium n’était en 1926 que 4 25o t. ; en 1938
- elle dépassa déjà 3o 000 t. Le magnésium, comme l’aluminium, possède une gamme d’alliages remarquables.
- Pour l’un comme pour l’autre de ces métaux, on doit s’attendre à voir les applications se multiplier et les besoins augmenter.
- ZOOLOGIE
- Les Gammarus squeletteurs.
- Deux de mes Rats, des Surmulots que je tirais à la carabine, avaient roulé le long du talus où débouchait leur terrier et étaient tombés dans la rivière.
- A peine avaient-ils atteint le fond, que, de tous côtés, accouraient des Gammarus — des Crevettes d’eau douce —, dont la troupe affamée découvrait en quelques instants les cadavres. Cela se passait le 29 juillet. Revenant une semaine après, le 16, je trouvai à la place des Rats deux squelettes nettoyés d’une façon merveilleuse et que travaillaient quelques Gammarus de petite taille. Les os sont nets et blancs. La peau existe encore, réduite à n’être plus qu’un mince support auquel sont attachés les poils ; toute trace de musculature a disparu.
- Désirant voir comment travaillent les petits squeletteurs, je leur apportai le 18 juillet un autre Rat. Avant de le jeter à l’eau, je l’attachai par les pattes de derrière à une longue ficelle ; je pourrait ainsi le sortir et le visiter à volonté. Il est i5 h. 3o. A 17 h., nombreux Gammarus, on aperçoit plusieurs trous dans la peau du Rat. Le 19 juillet, le Rat d’hier est dépouillé en plusieurs places, mais il est gonflé et flotte à la surface, ce qui a gêné les Gammarus.
- Pour empêcher mes sujets d’expérience de faire le bouchon et pour conserver la facilité d’examen, j’adopte un dispositif qui me permettra de recueillir jusqu’aux plus petits os du squelette ; en toile métallique à garde-manger je couds un cylindre de 7 à 8 cm.de diamètre et de 3o de longueur. Il est fermé à l’une de ses extrémités seulement. Au bord de l’ouverture, je noue la ficelle qui servira à remonter l’appareil pour les vérifications. Au moyen d’une longue perche, je dispose l’embouchure face au courant, qui, de cette façon, ne peut entraîner les restes des animaux.
- Le 19 juillet, c’est un Compagnol des champs qui inaugure le préparatorium ; on l’y introduit à 17 h. 3o. La finesse d’odorat des Gammarus se confirme, le cylindre est à peine arrivé au fond qu’on voit les Crevettes remonter à toute vitesse. Il en arrive de partout et de loin. Elles n’ont aucune hésitation et, comme si elles connaissaient déjà le cylindre, elles le contournent et pénètrent jusqu’au cadavre tentateur. Le 21 juillet, le Campagnol est joliment et complètement préparé; il n’en reste que la peau et les os.
- Le 22 juillet, i4 h. 3o, un Mulot remplace le Campagnol; le 25 juillet, à midi, le squelette du Mulot est fini et si bien qu’il doit être prêt depuis longtemps.
- Le 29 août, j’essaie avec une pièce plus importante, une belette. Le 3o août, visite du cylindre : il contient une quantité énorme de Crevettes et deux pattes ont leurs doigts nettoyés avec tant de soin et de finesse que le plus adroit péparateur-homme n’obtiendrait pas mieux. Le squelette aux Gammarus me paraît très à recommander. Il a pour lui trois qualités : sa perfection, son automatisme et il est d’un bon marché inconnu à notre époque.
- A. Chappelier.
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- 186 COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 janvier 1941.
- Le ressac. — Entre la pointe de Grave et Arcachon, M. L. Glangeaud a posé sur le sable ferme des boules en fonte creuse, de 3 à 20 cm. de diamètre, d’une densité de 2,6, et il a observé leurs déplacements dans la zone de déferlement des vagues. Chaque vague déferle puis se transforme en une petite vague de translation se comportant comme une onde isolée ; l’eau redescend en une lame liquide s’écoulant librement. Près du rivage, les petits galets sont entraînés vers le haut et déposés ; en un certain point, ils sont ramenés par la lame descendante et se groupent en cordon littoral; plus bas, la lame descendante a une action supérieure à la lame montante. En un môme point, l’action du ressac se modifie au cours de la marée. Les facteurs à considérer sont la pente de la plage, la largeur de la zone découvrant par le ressac, la hauteur de la vague déferlante,, sa distance et sa fréquence.
- Le grégarisme du Criquet pèlerin. — Ces Acridiens migrateurs vivent tantôt isolés, tantôt groupés; les individus grégaires présentent une pigmentation plus sombre, due à la rétention d’acridioxanthine, de caroténoïdes, de xanthophylle et à la formation de mélanine, liées à une modification respiratoire. M. R. Chauvin a essayé d’expliquer cette transformation. Elle n’est pas due à l’accumulation d’acide carbonique, puisque deux solitaires groupés suffisent pour devenir grégaires ; bien plus, un individu séparé de la masse par un manchon de verre devient grégaire, mais ne se pigmente pas si la cloison est opaque. La lumière n’agit pas puisque des solitaires groupés dans l’obscurité complète deviennent rapidement grégaires. L’odorat, l’audition n’interviennent pas; le tact seul, avec la vue, déterminerait le grégarisme puisqu’un solitaire change au milieu de criquets vivants et actifs et ne change pas s’ils sont morts. Il ne change pas non plus s’il vit entre des miroirs qui répètent ses mouvements.
- Séance du 3 février 1941.
- Mesures relatives des tensions superficielles par un tube capillaire. — MM. M. Picon et A. Mangeot présentent un procédé simple, exigeant peu de liquide, qui consiste à mesurer la pression nécessaire pour amener à une certaine hauteur le niveau du liquide dans un tube capillaire épais de 9 mm. de diamètre extérieur et 0,1 mm. de diamètre intérieur, dont la goutte pendante est très réduite puisqu’elle s’étale sur une large surface. Les résultats sont très satisfaisants et donnent sans corrections une approximation d’un dixième de dyne.
- Séance du 10 février ig4i.
- La néoténie chez les Oursins. — M. L. Cuénot attire l’attention sur le paradoxe évolutif d’un petit Oursin actuel, Echinocyamus pusillus qui présente un curieux mélange de caractères modernes et d’autres primitifs. Un autre Oursin fossile, le Tiarechinus princeps, de Saint-Cas-sian (Tyrol) est aussi aberrant. Ces formes ne sont pas archaïques et leur structure composite peut être expliquée par l’inégale rapidité d’évolution, l’hétérochronie de leurs diverses parties. Celle-ci rend compte de la naissance de
- nouveaux types à capacité évolutive rajeunie. Elle constitue la néoténie.
- Microradiomètre. — M. P. Le Roux décrit deux nouveaux modèles qu’il vient de construire en utilisant des aimants puissants et un cadre à une seule spire en cuivre amagnélique auquel est fixé un petit miroir. La déviation très lente (4 ou 7 min.) atteint 1 m. ou o m. 4o sur une échelle placée à 1 m. quand on présente à 2 m. une bougie allumée.
- Biologie du Hanneton. — D’une vaste enquête de M. R. Régnier, il ressort que dans presque toute la France, le hanneton a un rythme triennal; il n’est quadriennal que dans le Haut-Rhin et la Durance. Les années à hannetons sont celles multiples de 3 plus 2 (cycle uranien) dans la plupart des régions de grandes cultures, celles multiples de 3 (cycle bâlois) dans l’Ouest, celles multiples de 3 plus 1 (cycle bernois) dans quelques contrées du Nord et de l’Ouest. En Haute-Normandie, les premiers grands vols ont commencé en 1940 le 27 avril, atteint leur maximum le 3 mai, cessé le 11 ; la ponte n’a commencé que le 18. Au début, les mâles sont bien plus nombreux. Près de moitié des femelles sont stériles. Les autres ne pondent que de 12 à 35 œufs. Les œufs sont déposés à io-i5 cm. de profondeur, selon l’état du sol. La ponte a lieu en plusieurs fois. La première année, les larves vivent en sols profonds, non friables, riches en humus ; elles se déplacent activement. La seconde année, les vers blancs, plus nuisibles, sont plus vulnérables et très sensibles aux chocs. La nymphose se fait vers i5 à 3o cm. de profondeur; l’hibernation de l’insecte parfait a lieu dans la loge nymphale ou, si elle est crevée, dans une autre loge de remplacement. Somme toute, le Hanneton est vulnérable à trois périodes : au cours de la seconde année de sa vie larvaire ; à l’état parfait, une quinzaine de jours après les vols ; à l’état d’œuf, aussitôt après la ponte. Les labours et les façons culturales opérés aux bons moments peuvent en détruire un grand nombre.
- Séance du 17 février 1941.
- Amixie chez les moustiques. — On peut obtenir des hybrides féconds du moustique commun Culex pipiens et du moustique tropical C. faügans. On peut aussi croiser les deux races du moustique commun, l’autogène C. pipiens autogenicus et l’anautogène C. pipiens pipiens. Mais M. E. Roubaud fait remarquer que beaucoup de ces croisements donnent des œufs stériles ou des larves abortives. Cette amixie physiologique limite les hybridations et maintient la stabilité relative des variations biotypiques.
- Le ferrite tétracalcique. — Les ferrites de calcium présentent des séries de composés analogues aux aluminates et possèdent des propriétés hydrauliques analogues. Mlle J. Foret a préparé un ferrite tétracalcique qui se trouve stabilisé, comme l’aluminate tétracalcique, par les solutions de soude de concentration inférieure à o,o4 N. Le gaz carbonique l’attaque à l’air comme dans les eaux carbonatées. Les ferrites de calcium peuvent servir de mortier en présence de roches feldspathiques, en milieu alcalin ; le gaz carbonique pose le problème de la compacité du matériau mais ne semble pas un inconvénient dans l’emploi.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- Pochette-classeur de tickets.
- La - manipulation des feuilles de tickets de rationnement est une cause de réels soucis pour la maîtresse de maison qui appréhende toujours de les égarer ou de les perdre. Aussi, accueillera-t-elle avec faveur cette petite création qui lui est destinée.
- Il s’agit d’une sorte de classeur de poche, de maniement commode. Une couverture en papier fort remplié forme porte-feuille. On y fait figurer, en première page, les renseignements d’identité pour permettre, en cas de perte du carnet, le retour au titulaire. Une enveloppe préparée et timbrée à l’avance épargne toute peine à la personne qui aurait trouvé le carnet.
- A l’intérieur, des compartiments reçoivent, sur une bande gommée, les différentes feuilles de tickets, qu’on colle par le bord supérieur. Chaque compartiment peut admettre plusieurs feuilles. Lorsque tous les tickets ont été utilisés, il suffit d’arracher le talon et de coller par-dessus les nouvelles feuilles. Ainsi, un seul carnet peut suffire pour plusieurs personnes et il n’est pas nécessaire de le renouveler à chaque changement de feuilles de tickets.
- F. Cocriamont, 90, rue d’Amsterdam, Paris.
- Fig. 1.
- LIVRES NOUVEAUX
- La pratique du haut-fourneau, par Paul Thierry. 1 vol. 243 p., 175 fig. Ch. Béranger, éditeur, Paris, 1940. Prix relié : 140 francs.
- En ouvrant pour la première fois ce livre, dû à un ingénieur d’une grande usine sidérurgique, on s’attend à y lire un exposé technique, utile sans doute aux spécialistes, mais quelque peu aride. Aussi est-on agréablement surpris d’y trouver, au contraire, une série de leçons claires et faciles à saisir qui initient le lecteur, même le plus neuf en ces questions, à toute la vie industrielle .qui gravite autour de cet étonnant creuset qu’est le haut-fourneau. L’auteur explique le rôle des différents organes du haut-fourneau et le mécanisme des diverses opérations, sans oublier les difficultés et les dangers que celles-ci peuvent présenter. Ces leçons, si bien comprises, ont été d’abord professées par l’auteur sous forme de conférences à des ouvriers métallurgistes. Nul doute qu’elles n’aient contribué à bien faire comprendre à leurs auditeurs le gigantesque ensemble dans lequel ils vivent. C’est ainsi qu’en élevant les ouvriers au-dessus de leurs occupations quotidiennes on les aide à honorer leur profession.
- Carbonisation des bois et carburants forestiers,
- par Ch. Mariller, 2e édition. 1 vol. 350 p., 86 fig. Dunod, éditeur, Paris, 1941.
- _ La première édition de cet ouvrage a paru en 1925. La question de l’emploi du charbon de bois comme combustible pour moteurs se posait déjà, mais d’une façon moins pressante qu’aujourd’hui. Cependant beaucoup de travaux ont été entrepris depuis lors sur la carbonisation du bois en forêt et en usine ; les techniques anciennes ont été perfectionnées, de nouvelles ont pris naissance. L’auteur a remanié son livre pour exposer son sujet sous le jour où il se présente aujourd’hui ; on y trouvera une documentation aussi complète et actuelle qu’on peut le désirer ; la question des sous-produits de la carbonisation du bois y est étudiée d’une façon particulièrement intéressante et complète.
- Introduction aux sciences biologiques, par Etienne Rabaud. 1 vol. in-16, 214 p., 52 fig. Collection Armand Colin, Paris, 1941. Prix : 17 francs.
- Naturaliste observateur et critique, l’auteur a écrit cette
- « initiation » pour les jeunes qui cherchent leur voie. Il leur montre d’abord l’intérêt des récoltes, des collections, des classifications qui leur donnent l’esprit d’observation et d’ordre et soulèvent déjà de multiples méditations. L’examen externe se complète par l’étude anatomique. Puis vient l’étude sur le terrain, par les champs et les landes, les mares, les ruisseaux et le bord de la mer. Des exemples très heureusement choisis posent de multiples questions dont les explications classiques se montrent trop souvent insuffisantes. Enfin, commence le travail au laboratoire, illustré par des expériences simples et suggestives sur la respiration, la circulation, le développement, les tropismes, la reviviscence, etc. Tout cela conduit à revoir et juger les idées sur l’évolution, l'adaptation, l’hérédité, le fonctionnement général de l’organisme (plus souvent voisin du pire que de la perfection).
- On est heureux de lire un tel livre, fruit de l’expérience de toute une Arie, si différent des manuels actuels d’où l’esprit naturaliste, d’observation, a disparu aux dépens des théories du jour, seules exposées longuement, sans réserves quant à leur généralisation et à leur valeur explicative. Les sciences naturelles restent des sciences analytiques, de patiente recherche et souffrent de devenir déductives, à partir de principes physico-chimiques trop stricts et trop étroits pour l’énorme diversité du monde vivant.
- Qrenzfragen naturwissenschaftlicher Forschung,
- par Helmut Hôlder. 1 vol. in-8°, 46 p. Tübinger Naturwis-
- senschaftliche Abhandlungen. 16 Heft. Ferdinand Enke,
- Stuttgart, 1941. Prix : 2,50 marks.
- La société wurtembergeoise des sciences publie de temps à autre des exposés des questions de sciences naturelles. Le seizième qui vient de paraître est consacré à une dissertation sur la nécessité de dépasser les méthodes empiriques et les données de l’expérience, dangereuses pour la science même et d’atteindre par l’induction, l’hypothèse, à une connaissance plus générale. Après avoir rappelé les voies générales des sciences naturelles : observation, expérience, induction, hypothèse, déduction, l’auteur choisit trois exemples : Goethe en tant que physicien de la lumière, Dacqué et sa théorie de la forme type, Wegener et son hypothèse bien connue en France de la dérive des continents, et il s’en sert pour faire l’éloge de l’hypothèse constructive et de la déduction.
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- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boite aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Beurre rance : traitement. — Pour enlever au beurre le goûb de rance, on l’étale sur une table, on le saupoudre de bicarbonate do soude, en quantité suffisante pour saturer l’acide butyrique qui donne Je goût et l’odeur désagréables. La quantité de bicarbonate varie suivant les cas de 2 à 5 g. par kg. de beurre. On mélange intimement en malaxant avec les mains, puis on lave abondamment sous un courant d’eau claire, en continuant de pétrir. Toute trace d’alcalinité doit avoir disparu, ce qu'on peut vérifier avec le papier de tournesol, qui ne doit plus bleuir. Ce lavage est très important, car la présence dans le beurre d'alcali résiduel donnerait un goût de savon.
- Beurre : conservation. — On peut conserver le beurre par simple fusion, qui doit se faire à feu vif dans une marmite en fonte ; elle dure environ 2 h. Au début, le beurre bouillonne et la fusion est bonne lorsque le liquide est limpide, homogène et de couleur jaune clair. On verse en décantant dans un récipient. Si l’on poussait le chauffage trop loin, le beurre recommencerait à bouillir et noircirait.
- On conserve plus généralement le beurre au sel. Prendre du beurre bien préparé, aussi frais que possible, et débarrassé de son eau. Le sel doit être très fin et sec. Prendre un pot de grès bien nettoyé et frotté intérieurement avec un linge imbibé de vinaigre ayant bouilli.
- On étale le beurre en couche mince ; on saupoudre de sel ; on malaxe soigneusement, en coupant et recoupant à plusieurs reprises. On tasse alors dans le récipient, par couches successives, en prenant grand soin de ne pas laisser de poches d’air. Quand le pot est rempli, on place sur le dessus une mousseline qui doit pouvoir recouvrir toute la surface et être repliée. On charge alors la mousseline d’une bonne couche de sel, puis l’on ferme le récipient avec un papier parchemin ficelé.
- Environ uns semaine plus tard, on vérifie l’état du beurre, qu’on trouve généralement rétracté, détaché sur le pourtour du pot. On le presse de nouveau, en éponge la saumure qui a pu se former, puis on replace la mousseline et le papier parchemin. On peut conserver ainsi en cave fraîche pendant 8 à 10 mois.
- Pour une conservation de moins longue durée, on peut se contenter du procédé à l’eau salée. On prend toujours un beurre bien préparé, frais, et débarrassé de son eau. On le met dans un récipient à parois imperméables, en tassant soigneusement pour éviter les poches d’air. On recouvre alors d’un couche de 2 à 8 cm. d’eau qu’on aura saturée de sel et fait bouillir auparavant. Mettre ensuite un couvercle.
- Ouvrage à consulter : Martin, Laiterie, Encyclopédie agricole, Baillière éditeur, Paris.
- Teintures « Oréal ». — D’après Le Florentin, les teintures « Oréal » (B. F. S clin citer 383920, 1907) se composent d’un mélange d’un réducteur à une solution d’un corps à groupements phénoliques et d’un sel métallique en proportions telles que les constituants ne puissent réagir dans la solution où il y a un excès de réducteur.
- A l’air au contraire, cet excès s’oxyde plus ou moins lentement et il y a formation de laques colorées.
- Les corps susceptibles d’être employés sont tous ceux pouvant donner des Jaques colorées, certains amidophénols, le phénotriol (1, 2, 3), l’hématoxyline, etc... d’une part, et les sels de cobalt, de nickel, de fer, de cuivre d’autre part.
- On doit préférer, parmi les réducteurs, l’anhydride sulfureux et lès sulfites, le méthanol, l’acide rnéthanoïque.
- On fait d’abord réagir le réducteur sur l’un des deux éléments, puis on ajoute l’autre en faisant varier les quantités de
- sels métalliques ; en les combinant entre eux, en peut obtenir toutes les teintes allant du blond au noir.
- On peut en outre ajouter quelques matières colorantes pour nuancer les couleurs obtenues.
- Il convient enfin d’ajouter au mélange un peu d’une solution dans un solvant organique d’un mélange d’éthers glycériques, d’acides gras ou d’une solution aqueuse de graisses sulfonées.
- Suivant l’auteur, non seulement les teintures Oréal sont d’emploi très commode, puisqu’elles ne nécessitent qu’une application, mais elles ne sont pas toxiques puisqu’elles ne contiennent ni plomb, ni paraphénylène-diaminc et que le chromogène est toujours en présence d’un excès de sel. Elles donnent des teintes très solides, car au lieu d’être superficielle la précipitation du pigment est intime et dure pendant toute l’oxydation.
- Collier thérapeutique. — Nous ne connaissons pas particulièrement ces colliers thérapeutiques, mais nous pensons qu’il s’agit d’une succession de médailles de métaux differents alternés qui, au contact de la peau humide, constituent les éléments d’une pile de Yolta.
- Bien qu’il puisse résulter de cet assemblage une légère production de courant électrique, nous ne croyons pas à une réelle efficacité thérapeutique.
- Cirage. — Le cirage à la cire de Carnauba se prépare de la façon suivante :
- Prendre :
- Cire de Carnauba.................................. 20 g.
- Ozokérite......................................... 20 —
- Noir animal pulvérisé............................ 10 —
- Essence de térébenthine...........................100 cm3
- Chauffer au bain-marie jusqu’à fusion, puis aussitôt que la masse est devenue homogène par agitation, cesser de chauffer, puis continuer à remuer en plongeant le récipient dans l’eau froide, pour hâter la prise en masse sans qu’il y ait dépôt du noir.
- N.-B. — Éviter de substituer de la cire d’abeilles aux cires-indiquées, le brillant serait moins rapide à obtenir, et ne se servir que de noir d’excellente qualité.
- Dissolution. — On peut dire que la presque totalité du caoutchouc qui existe à l’état manufacturé est du caoutchouc vulcanisé, c’est-à-dire de la gomme naturelle additionnée de soufre, puis portée à une température convenable. Cette association directe du soufre et du caoutchouc est donc à la base de toute l'industrie du caoutchouc et il a été tout naturel de chercher à réaliser l’opération inverse et de revenir par une régénération aux éléments constituants, particulièrement au plus intéressant qui est la gomme ; malheureusement, cela n’a pu être effectué jusqu’à ce jour, c’est-à-dire que l’on n’a pas réussi à régénérer la gomme.
- Tout ce que l’on a pu faire, étant donnée l’énorme quantité de déchets de caoutchouc qui, par suite de la consommation considérable en pneus des automobiles, se trouve disponible, a été d'améliorer dans une certaine mesure ces déchets, pour pouvoir les incorporer à nouveau dans les produits commerciaux, en remplaçant poids par poids, une partie de gomme neuve et pure par une partie de matière résultant de cette-simili-régénération.
- C’est donc inexactement que l’on donne le nom de régénérés à des caoutchoucs ainsi mis sur le marché, car ils ne sont eii. réalité que des déchets améliorés.
- De cet exposé, il résulte qu’il ne peut être question de préparer, en partant du vulcanisé, une « dissolution » pour le collage et la réparation, telle qu’on la lencontre dans le commerce ; celle-ci doit être obtenue uniquement en partant de la. gomme pure, mise en dissolution dans la benzine qui est le • solvant de choix.
- Le Gérant
- G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (france) . — 15-4-1941 — Published in France..
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- N° 3069
- LA NATURE
- 15 Mai 1941
- L'EXPOSITION DES TERMITES
- AU PALAIS DE LA DÉCOUVERTE
- Le Palais de la Découverte a pris l’heureuse initiative d’organiser une série d’expositions temporaires destinées à présenter au public, sous une forme simple et accessible à tout homme cultivé, des sujets de biologie particulièrement étudiés à l’heure actuelle.
- La première de ces manifestations scientifiques concernait les problèmes de la sexualité. Le vif succès quelle connut est largement dépassé par celui que remporte actuellement auprès du public l’exposition sur les Termites et leur biologie.
- Son organisation a été judicieusement confiée à M. Grassé, savant biologiste, qui a consacré aux Termites de minutieuses études et entrepris plusieurs voyages en Afrique, dans le but d’élucider certains des difficiles problèmes que ces insectes posent au naturaliste ; on lui doit de très importantes découvertes qui ont complètement modifié plusieurs données tenues jusqu’ici pour classiques.
- Les Termites sont pour le naturaliste un matériel d’une exceptionnelle valeur. Ils posent à sa sagacité un ensemble de problèmes qui ne se trouvent réunis nulle part ailleurs. Les uns sont étroitement liés à la vie sociale, tels l’organisation du travail collectif, l’architecture du nid, la récolte et la mise en œuvre des matériaux. D’autres tiennent à la physiologie même des Termites : par exemple la castration des ouvriers, des soldats, et inversement, la croissance accélérée des organes génitaux dans les larves
- destinées à remplacer le roi ou la reine. On pourrait encore allonger cette liste. Qu’il nous suffise de faire allusion au polymorphisme des castes — qui dépend, sans doute, autant de causes externes, telles que la nature des aliments, que de causes internes inscrites au plus profond du patrimoine héréditaire —, et à la nutrition des Termites liée à la symbiose avec des microorganismes d’un Qpe particulier. L’étude des Termites ne peut donc s’entreprendre avec fruit qu’à
- Fig. J. — Entérinés palmerstoni Hill. Termitière près de Port-Darwin, Northern Terri tory.
- (Cliché M. G. Hill).
- la lumière des progrès réalisés par la biologie générale tout entière.
- Les manifestations instinctives complexes qu’on observe chez les Abeilles, les Fourmis, les Termites, sont très difficiles à expliquer et leurs interprétations par trop subjectives, « anthropomorphiques » pour parler comme les naturalistes, sont souvent venues masquer la réalité, prêtant aux actes des animaux les mobiles de ceux de l’homme. L’admirable ouvi'age de Maeterlinck lui-même, inspiré des travaux scientifiques les meilleurs et qui initia le grand public à la vie des Termites, rapporte bien des faits dont l’interprétation appelle une sévère révision.
- LE DOMAINE DES TERMITES
- Les Termites sont d’humbles insectes, à peine plus gros que les Fourmis avec lesquelles on les confond souvent, erreur que le nom de « Fourmis blanches » a contribué à propager.
- Amis de l’ombre et de l’humidité, menant une vie secrète dans la terre ou dans le bois, ils demeurent ignorés du profane. Les essaimants, presque toujours pris pour des Fourmis ailées, sont les seuls à attirer l’attention.
- Pour découvrir les multiples aspects de leur vie étrange, suivons l’ordre de l’Exposition qui leur est consacrée ; elle nous introduit tout d’abord dans leur immense domaine.
- Ces insectes habitent les régions chaudes du globe, toutefois certains d’entre eux supportent les climats tempérés sinon frais. Ainsi, en France, trois espèces au moins prospèrent dans le Sud-Ouest et le Midi. Ce sont le Termite de Saintonge ou Termite à pieds jaunes, le Termite lucifuge et enfin le Calotermile à cou jaune. '"*
- Mais c’est sous les Tropiques, dans les forêts ou dans les savanes humides, que les Termites trouvent leur milieu de prédilection et atteignent leur apogée. Ils
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- Fig. 2. — Hamitermes viliosus Mil. Un groupe de nids à a Unie Desert »,
- Barkly Tableland, Northern Terri tory.
- (Cliché M. G. ITill).
- du Nalal (fig. 3), bien plus volumineux par rapport à l’insecte que ne l’est, comparée a l’homme, la grande pyramide de Chéops.
- En Abyssinie, au Kenya, le Termite de Jeannel, Bellicositennes jeanneli, maçonne au-dessus des savanes des nids en dômes replets que surmonte une tourelle haute de 3 à 8 m. Aucun autre animal n’élève une construction, de cette importance ; auprès d’elle, ruches et fourmilières font bien piètre figure.
- Parfois, les savanes sèches de l’Afrique occidentale sont parsemées de centaines et de centaines de termitières en champignons monstrueux, à chapeaux superposés (fig. 4 et 5), maçonnées par les innombrables espèces de CubUermcs qui modèlent habilement l’argile ramollie par les pluies de la saison
- ne se contentent plus de miner les troncs ou de creuser la terre ; habiles maçons, ils édifient d’énormes constructions : clochetons, dômes, tours, champignons gigantesques se dressent dans le fouillis des hautes herbes de la savane ou parmi les troncs et les lianes.
- L’Exposition donne une idée exacte des termitières
- géantes par
- Fig. 3. — Termitière de Bcllieosi termes
- natalensis (Boundiali, Côte d’ivoire), ayant servi de modèle pour la maquette du Palais de îa Découverte.
- (Cliché P1' Grasse).
- une série de très belles photographies dont nous
- reproduisons certaines (fig. x et 2) (*) et par la maquette cen-traie qui représente l’énoi'me nid d’un Termite
- 1. Nous devons l’illustration de cet article à l’obligeance de M. le Pr Gras-sé.Toutes les p h 0 t o g r a-phies ont été prises par lui sauf celles qui concernent l’Australie et qui lui ont été confiées par son collègue M. G. Hill.
- humide. A l’infini, sur ces terres brûlées où ne poussent que çà et là des arbres rabougris, entre les rochers de latérite l'ouge, s’érige cette « flore » de cryptogames gigantesques . Le voyageur qui pai’court pour la pre-rn i è r e fois ces lieux déshérités est frappé d’étonnement ; plus grande
- encore est sa surprise si, brisant l’un de ces champignons, il en voit s’échapper des myriades de Termites apeurés. Les nids en cheminée du Termite de Jeannel, les châteaux-forts ou les cathédrales du Termite belliqueux, les champignons gigantesques des Cubiiermes donnent un caractère si étrange au paysage qu’il évoque les sites fantastiques dont l’imagination de Wells a doté Mars ou la Lune.
- Dans la forêt tropicale dont l’atmosphère est chargée d’humidité, les Termites quittent la terre ou le bois et accrochent aux troncs, aux maîtresses branches, leurs nids globuleux ou ovoïdes qui, de loin, semblent
- Fig. -i. — Nid de Cubitermes, dans la forêt, à Bouaflé (Côte d’ivoire).
- (Cliché Pr Grasse).
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- tière qui n’est qu’un dédale de galeries irrégulières. Tel est le cas du Termite à cou jaune qui vit en Provence et dans le Languedoc, installant ses petites colonies dans les mûriers, les vieux saules, etc...
- A un degré plus élevé se placent les espèces qui, tout en creusant le bois, fabriquent le carton « stercoral » qu’elles utilisent pour subdiviser les gTandes cavités ouvertes par elles dans les troncs ou les poutres. Le Termite de Saintonge et le Termite lucifugc, redoutables ennemis de nos charpentes, appartiennent à cette catégorie.
- Le Coptotermite de Formose fait un nid en carton, logé dans une poutre ou un arbre creux. En Australie, des Termites du même geime ne cachent plus leur nid mais le construisent au-dessus du sol, en prenant soin de le revêtir d’une couche d’argile.
- La légion des Termites maçons est innombrable. La terre et l’argile humectées de salive sont le mortier et les moellons avec lesquels les plus grandes bâtisses seront construites. Ce qui varie,
- Fig. 5. — Nid de Cubitermes coupé dans le sens de la hauteur.
- (.Cliché Pr Grasse).
- Fig. C>. — Termitière en carton de bois construite par Z’Eu-lenhes arborum, espèce arboricole de la grande forêt africaine.
- (Cliché I>r Grassé).
- des fruits monstrueux (fig. 6). Ces constructions sont faites en carton de bois ; les déchets de la digestion en sont les matériaux essentiels. Les Termites arboricoles, pas plus que ceux qui vivent dans la terre ou dans le bois, ne s’exposent directement à l’air libre. Ils mettent leur demeure en communication avec le sol et les arbres du voisinage par un réseau d’élroits tunnels, sous le couvert desquels ils circulent à l’abri de la lumière.
- L’HABITATION : MINEURS,
- MAÇONS, CARTONNIERS
- Les Termites.qui ont pour ancêtres les Blattes des temps primaires ne sont pas tous au même degré de « civilisation ». Au cours des âges, tous n’ont pas suivi la même voie évolutive : les uns oTit beaucoup progressé tandis que les autres demeuraient proches de leur état primitif. Leur industrie extériorise leurs facultés psychiques et, rencontre bien remarquable, la classification anatomique coïncide avec celle que l’on a établie en tenant compte de l’instinct.
- Les Termites inférieurs se contentent de miner le bois où ils trouvent à la fois le gîte et la nourriture. Les sexués, à peine plus gros que les autres membres de la communauté, demeurent libres de circuler dans la termi-
- Fig. 7. — Bellicositermes natalensis, schéma du nid ouvert par le milieu.
- B. Amas de sciure de bois, G. cavité centrale, Ca. cave, Cr. cellule royale, G. galeries conduisant hors du nid, Lg. lamelle argileuse ascendante, Lt. lamelle argileuse descendante, LE lamelle argileuse latérale, M. muraille, Me, meule à champignons, P. pilier conique, Sc. socle de l’habitacle.
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- Fig. S. — L’habitacle dans un nid de Termite du Fatal.
- Remarquer les piliers qui soutiennent et les meules à champignons prises dans les cellules d’argile.
- (Cliché Pr Grasse).
- c’est beaucoup plus l’architecture du nid, sa disposition intérieure, que la nature des matériaux qui le composent.
- Une des plus belles termitières est assurément celle que construit le Termite du Natal. On la voit ouverte par le milieu dans la magnifique maquette qui se dresse, grandeur nature, au centre de l’Exposition (fig. 7).
- Une muraille épaisse d’une quarantaine de cm. protège la termitière ; elle est percée de larges galeries qui la parcourent en tous sens. Massive et dure, elle délimite une vaste cavité centrale, de forme à peu près conique, dans laquelle est logé l’habitacle de la termitière, c’est-à-dire la chambre royale, les cellules contenant les tas de sciui'e de bois, les meules à champignons et l’innombrable couvain (fig. 8). Cette partie de la termitière est grouillante d’insectes, il y en a des millions et des millions. L’habitacle fait d’argile se compose d’un plateau épais de 4 à 5 cm. supporté par une vingtaine de piliers coniques dont la pointe repose sur le sol sans être en continuité avec lui. Aussi hauts que larges à la base, ces piliers ont la régularité d’une poterie habilement tournée et représentent probablement une des plus parfaites constructions animales. Sur le socle d’argile, les ouvriers bâtissent un lacis de lamelles minces ou épaisses, soudées les unes aux autres, laissant entre elles des espaces où sont enfermés les meules à champignons et les amas de sciure de bois.
- La cellule royale est située à peu près au coeur de l’habitacle avec lequel elle communique par d’étroites ouvertures. La reine, à l’abdomen devenu énorme, longue de 12 à 10 cm., y est enfermée et n’en sortira jamais. A ses côtés se tient le roi à peine différent de ce qu’il était au moment de l’essaimage (fig. 9).
- On ne trouve les meules à champignons que dans certaines espèces de Termites habitant l’Asie ou l’Afrique. Chaque meule est faite de boulettes de bois mâché, collées les unes aux autres. Les ouvriers les creusent de trous et de sillons qui leur donnent un aspect de polypier ou d’éponge. Dans l’épaisseur de la meule végètent les filaments de plusieurs espèces de champignons. Certaines produisent à la surface de la meule des sphérules blanchâtres que les naturalistes appellent mycotêtes. Chacune d’elles est en réalité un bouquet de filaments qui se découpent en cellules reproductrices : les conidies. Ces mycotêtes sont propres aux champignons des termitières. Roger Heim, le savant mycologue du Muséum de Paris, a réussi le premier à cultiver sur des milieux artificiels les champignons termitophi-les et il a obtenu, dans ses tubes de culture, de splendides mycotêtes. Ces champignons termitophi-les ne sont pas très éloignés de nos Agarics, de nos Volvaires, mais ils ont des caractères spéciaux, dont la production des mycotêtes à la surface des meules est un des plus remarquables.
- A la fin de la saison des pluies, il arrive fréquemment que le champignon termitophile fructifie. On voit alors partir de la meule un cordon blanchâtre à l’extrémité duquel s’ébauche le futur chapeau. Celui-ci porte un robuste mucron, sorte de perforateur grâce auquel le champignon traverse, dans toute son épaisseur, la muraille extrêmement dure. Il n’est pas rare que le filament fructifère dépasse 2 m. de long ! Cette llore cryptogarnique, propre aux Termites, ajoute encore à l'intérêt exceptionnel de ces insectes.
- On a parlé à tort de Termites champignonnistes. Le Pr Grasse a démontré que le Termite ne cultive pas intentionnellement le champignon. Il se contente de
- Fig. 9.
- Le couple royal du Termite du Natal reposant sur le plancher de sa cellule. De nombreux ouvriers se placent sous la reine ; certains prennent les œufs qu’elle pond au rythme de 30 par minute. Le roi se blottit contre son énorme compagne. Ça et là, de grands et de petits soldats.
- (Cliché P1' Grassé).
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- confectionner, cle modeler la meule dans laquelle le cryptogame trouve un milieu qui lui est favorable. Les Termites ne mangent qu’en petite quantité les mycotêtes ; elles ne sont, pour eux, qu’un aliment très accessoü'e. Dans une publication récente, le P1' Grassé a cependant indiqué que les larves reçoivent avec leur pâtée des débris de mycotêtes.
- Nous ne pouvons ici exposer dans le détail les rapports des champignons termitophiles avec leurs hôtes. Ajoutons cependant que le principal, pour ne pas dire l’unique rôle des meules est de servir de lieu d’élevage pour les larves ; elles sont les nurseries de la termitière.
- LES HABITANTS DE LA TERMITIÈRE
- Lne importante section de l’Exposition du Palais de la Découverte montre sous leurs divers aspects les habitants de la termitière.
- Toute société de Termites se compose de plusieurs castes. L’une assume les fonctions reproductrices ; ses représentants, à l’état parfait, portent deux longues et délicates paires d’ailes membraneuses (fîg. io) sur lesquelles se jouent des reflets irisés. Ils partent en groupes serrés, formant des essaims qui disséminent l’espèce loin de la termitière natale.
- Poussés par les vents, ces essaims finissent par se disperser. Mâles et femelles se joignent par couples après avoir effectué une étrange promenade nuptiale ; leurs ailes tombent brusquement et, peu après, les Termites fuient la lumière, s’enfoncent dans la terre ou le bois, pour y fonder une nouvelle colonie.
- Les ouvriers et les soldats forment les deux autres castes. Constamment privés d’ailes, ils demeurent toujours dans les cavernes et les galeries de la termitière et, bien qu’aveugles, fuient la lumière dont ils redoutent la brûlure. Leur peau est molle et dépigmentée
- Fig. 10. — Mastotcrmes darwiniensis
- sexué essaimant.
- (Cliché Pr Grassé).
- Fig. 11. — Ouvrier de Termite belliqueux (à gauche).
- (Cliché Pr Grassé).
- Fig. 12. — Grand soldat de Termite belliqueux (à droite).
- (Cliché P1' Grassé).
- comme il sied à des êtres obscuricoles. Souvent, on les qualifie de neutres car ils sont en fait des castrats, leurs organes reproducteurs ne s étant pas développés.
- Chétives bestioles, les ouvriers (fig. n) sont cependant d’infatigables travailleurs et les tâches les plus ardues ne les rebutent point. Ils bâtissent le nid, puis l'entretiennent, le nettoient sans cesse. Ils entourent le couple royal de toute leur sollicitude et le suralimentent presque sans arrêt, lui prodiguant un ravitaillement de choix. Ils nourrissent, lèchent les larves, les déplaçant d’un point du nid à un autre. Toujours en action, ils semblent ignorer la fatigue.
- Au premier coup d’œil, les soldats (fig. 12) se reconnaissent à l’énormité de leur tête dont la couleur vive tranche sur le blanc laiteux du thorax et de l’abdomen. Ils sont formidablement armés de mandibules qui pointent en avant, armes tour à tour offensives et défensives. Fermées sur un ennemi, elles ne
- lâchent pas facilement prise et les soldats se laissent plutôt arracher l’abdomen que de desserrer leur étreinte. On comprend alors pourquoi certaines tribus africaines les utilisent, à la manière d’agrafes, pour suturer les plaies.
- Dans quelques cas, la déformation du soldat atteint un degré extrême, aux confins de l’anormal compatible avec la vie. La tête devient une sorte de poire prolongée en avant par une canule qui ressemble à un nez grotesque. Elle enferme une volumineuse glande sécrétant une glu que l’insecte projette au loin pour empêtrer et empoisonner ses ennemis.
- En vérité, les soldats, comme l’a montré le P1' Grassé sont de véritables infirmes. Incapables de
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- Fig. 13. — Fourmi-cadavre emportant an soldat de Termite belliqueux.
- (Cliché P1' Grasse).
- s’alimenler par leurs propres moyens, ils doivent être gavés par les ouvriers qui les tiennent ainsi sous leur entière dépendance. Si, pour des raisons encore mal connues, les soldais deviennent trop nombreux, les ouvriers cessent de les nourrir et les laissent périr de faim. Leurs cadavres sont d’ailleurs dévorés, car rien ne se perd dans une termitière.
- ALIMENTATION ET SYMBIOSE
- Les Termites mènent une vie cachée, silencieuse. Ils aiment l’obscurité, l'humidité, le calme. Ils accomplissent dans l’ombre leur œuvre de destruction qu’aucun signe extérieur ne trahit. Toute matière contenant de la cellulose peut leur servir d’aliment : bois, feuilles, humus, champignons, déjections d’herbivores sont consommés par ces insectes aussi industrieux que persévérants.
- Les grandes espèces construisent à partir de leur nid de longues galeries, tantôt souterraines, tantôt aériennes qui les conduisent aux arbres, aux souches, qu’ils rongent jusqu’à complète destruction.
- Beaucoup de recherches ont été consacrées à la digestion de la cellulose par les Termites. Il semble que ces insectes ne puissent pas la digérer avec leurs seules diastases ; ils ont besoin de l’aide de microorganismes qui, eux, possèdent la faculté de digérer le bois et de transformer la cellulose en dextrose assimilable.
- La plupart de ces microorganismes sont des Protozoaires flagellés de grande taille, aux formes étranges, à la structui'e complexe. En réalité, il l’este encore beaucoup à découvrir sur la nutx’ilion des Termites et leur mode de digestion. Ainsi nous xxe savons à peu près rien sur leur alimentation azotée. Dans beaucoup d’espèces se pratique 1 échangé de « l’aliment proctodéal » : un Termite s’approche d’un de ses congénères et, avec ses antennes, lui caresse doucement l’abdomen. Il provoque ainsi, par voie l'éflexe, l’expul-
- sion d’une goutte du contenu intestinal, où grouillent d’innombrables Protozoaires. Bien vite la gouttelette est aspii’ée par le solliciteur. Les Flagellés paraissent être une des principales sources d’aliments azotés utilisés par les Termites. La salive est « échangée » non moins souvent entre Termites et les larves ainsi que les sexués en reçoivent de grandes quantités.
- LA GUERRE DES FOURMIS ET DES TERMITES
- Les sociétés de Termites sont d’humeur pacifique et ne s’attaquent jamais à d’autres insectes. Elles ne sont point payées de retour. Une aversion, une haine implacable pousse les Fourmis contre les Termites. La guerre qui les précipite les unes contre les aulres dui'e, sans doute, depuis des millénaires et se continue à travers les innombrables générations.
- A peine vient-on d’ouvrir une termitière que les Fourmis accourent de toutes parts, averties de celte aubaine par leur subtil odorat qui perçoit à distance les émanations du nid.
- Les soldats de Texmiles se défendent de leur mieux. Avec leurs mandibules largement ouvertes, ils cisaillent le corps de leurs adversaires. Mais leurs coups manquent souvent de précision ; ils n’ont ni l’habileté, ni l’agilité des Fourmis. Il îxe semble pas pourtant qixe leur cécité soit la cause de leur infériorité. Les soldats nasati nous en fournissent la preuve. Leur jet de glu ne manque pas souvent son but. Les Fourmis piùses dans le liquide visqueux se débattent comme si elles étaient en proie à une vive douleur et meurent autant épuisées qu’empoisonnées. D’autres soldats, bien que n’ayant pas la tête transformée en seringue, rejettent par leur glande frontale un liquide épais et laiteux. Us existent chez les Coptotennites, les Protermites, les Globilermiles. Tenant leur adversaire entre les mandibules, ils font sourdre une goutte de a latex » qui l’englue, l’empoisonne et le voue à une mort rapide.
- Chez les Globtiennes, les ouvriers aident les soldats. Tandis que ceux-ci tiennent une Fourmi dans leur pince maixdibulaire, les ouvriers coupent hâtivement tous les appendices de l’ennemi réduit à l’impuissance. L’un tranche une antenne, l’autre une patte et bientôt la malheureuse Fourmi succombe à ces mutilations.
- Mais quels que soient les armes et le courage des soldats de Termites, les Fourmis remportent presque toujours une victoire facile. Les Termites n’échappent à leurs implacables ennemis qu’en se protégeant par des barrages de terre ou de carton rapidement élevés.
- C’est au cours de ces combats qu’éclate la soumission totale de l’individu à la communauté. Tandis que des soldats hors de la termitière tiennent les Fourmis en respect, les ouvriers s’empressent de combler les brèches, d’obstruer tous les passages. Ils laissent à l’extérieur les défenseurs sacrifiés qui seront bientôt dépecés et dévorés par les Fourmis.
- Certaines Fourmis d’Afrique et d’Amérique du Sud
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- sc sont spécialisées dans la chasse aux Termites dont elles font leur unique aliment. En Afrique occidentale, l’une d’elles, hôte de la forêt humide, met en coupe réglée les termitières. C’est la fameuse Fourmi-cadavre qui répand une odeur infecte de charogne. Ses longues files stridulentes s’attaquent délibérément aux termitières, pénètrent dans leur profondeur et enlèvent autant d’ouvriers et de soldats qu’elles peuvent en porter.
- Notre photographie représente une Fourmi-cadavre d'une grande espèce emportant entre ses mandibules un soldat de Termite belliqueux (fig. i3).
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- En dépit des nombreuses recherches quelles ont suscitées, les termitières cèlent encore bien des mystères. De qui, de quoi dépend leur organisation ? A quels ordres obéissent les milliers d’ouvriers qui accomplissent scrupuleusement leur besogne ? Mais, en vérité reçoivent-ils des ordres ? En le supposant n’atîribue-t-on pas aux communautés animales les règles, les principes qui dirigent les sociétés humaines et ne tombe-t-on pas dans le piège perfide de l’anthropomorphisme.
- Raisonnement, rêveries, ne valent pas la plus petite observation, la plus infime des expériences. L’œuvre patiente des chercheurs est seule capable de nous dévoiler les secrets que nous cachent encore les épaisses ténèbres de la termitière. M. Pieiire.
- LES GAZOGÈNES (^) w
- Considérons deux moteurs ayant même puissance et tournant à la même vitesse ; l’un est alimenté à l’essence, son taux de compression est 6 et son rendement 26,6 : quand il a aspiré 1 m3. de mélange, il a reçu 85o calories (2) et en a transformé 85o x 0,266 en travail utile ; l’autre moteur est alimenté au gaz de gazogène et nous admettrons que le pouvoir calorifique du mélange air-gaz a une valeur moyenne de 58o calories ; le taux de compression est 8 et le rendement 29,76 ; quand ce moteur aspire x m3., il transforme en travail 58o x 0,2976 calories. Si les cylindrées étaient égales, le deuxième moteur serait plus faible que le premier ; pour que les puissances soient égales, il faut que les cylindrées soient dans le rapport :
- cylindrée gaz __ 85o X o,2G6 __ ^ ^
- cylindrée essencx 580X0,2976 ’
- Si les deux moteurs ont la même course, les alésages sont dans le rapport 1,14- Ce rapport pourra être diminué si l’on peut augmenter la vitesse du moteur à gaz.
- Ceci nous montre :
- i° qu’un moteur à gaz neuf conçu pour marcher au gaz avec le taux de compression 8 devra être un peu plus volumineux que le moteur à essence réalisant la même vitesse ;
- 20 qu’un moteur à essence doit être transformé pour marcher au gaz. Pour conserver la puissance, il faudrait pouvoir porter le taux de compression, par exemple de 6 à 8 et augmenter l’alésage de 14 pour 100: ces deux modifications étant rarement praticables, il en résulte que l’adaptation d’un moteur entraîne une perle de puissance.
- La nécessité de corriger le moteur découle encore de la remarque suivante : supposons en effet que, sans
- toucher au moteur, on cesse d’alimenter à l’essence pour alimenter au gaz, les moteurs tournant encore à la même vitesse ; les cylindrées et les rendements restant identiques, les puissances seront dans le rapport :
- 58o : 85o — 0,68
- autrement dit, la perte de puissance atteint 82 pour 100 valeur inacceptable.
- On devra donc faire porter les corrections sur la cylindrée et sur le taux de compression.
- i° Augmentation de la cylindrée. — Trois procédés sont à notre disposition :
- a) augmenter la cylindrée géométrique : comme l’allongement de la course est impraticable, on ne peut que modifier le diamètre du cylindre par réalésage ou par rechemisage. Si V; est la nouvelle cylindrée, D l’ancien alésage et d l’augmentation d’alésage, on a :
- (3)
- V'
- T
- (D + dy-D2
- 2 d
- soit I + -Jj-
- en négligeant le terme jp- sans grande influence sur
- le résultat. Si, par exemple, on enlève x ,5 mm. sur l’épaisseur de la paroi d’un cylindre de 85 d’alésage i1), d = 3 mm., ce qui paraît être maximum et la nouvelle cylindrée est égale à l’ancienne multipliée par 2 ^ 3
- 1 + —gg— = 1,07, soit une augmentation de
- 7 pour 100. Si le cylindre est à chemise rapportée, l’amélioration est plus sensible : si l’alésage peut être
- 2 d 2X6
- porté de 85 à 91, par exemple, 1+^7-== 1 -1---gg—
- =± 1,x4, soit une augmentation de i4 pour 100 ;
- b) amélioration de la cylindrée réelle ; le volume de mélange réellement aspiré est inférieur à la cylindrée géométrique : i° du fait de réchauffement du
- •1. La Sature, n°* 800*7 et 3068, lo mars et lo avril 1941. 1. Cette opération a été faite sur un moteur que nous con-
- 2. Pouvoir calorifique du mélange air-essence. naissons.
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- gaz par contact avec les parois et mélange avec les gaz brûlés : l’influence de ceux-ci sera diminuée par le relèvement du taux de compression, le volume des gaz résiduels diminuant et 2° du fait des laminages des gaz admis ou expulsés ou pertes de charges au passage de l’étranglement des soupapes ; pour diminuer ces pertes de charges, on peut augmenter les diamètres des sièges et des champignons, augmenter la hauteur et la durée de la levée : celte dernière opération, entraînant le remplacement onéreux de l’arbre à cames, est rarement pratiquée.
- La disposition des soupapes dites « en tête », avec commande par culbuteurs permet l’emploi de soupapes larges et la transformation de ces moteurs donne plus de satisfaction que celle des moteurs sans culbuteurs ;
- c) faire tourner le moteur plus vite, afin d’augmenter la cylindrée-minute : on verra comment effectuer cette transformation en parlant du véhicule.
- 2° Relèvement du taux de compression. — Le réalésage a pour effet de relever ce taux : en conservant les notations précédentes, le taux t augmente de la quantité :
- (4) T - f = -£ (t - 0
- T étant le nouveau taux. Par exemple, si le taux était 6, le rechemisage à 91 mm. d’un moteur de 85 donnerait le taux :
- m ^ , 2X6 T = 6 +—g§— 6 — 1 = 6,7
- et, dans le cas du réalésage à 88, T serait 6,35 seulement.
- Le nouveau taux résultant de l’augmentation de D est généralement insuffisant ; nous ne conseillons cependant pas de le porter à une valeur supérieure à 8, d’ailleurs atteinte exceptionnellement. En effet, un taux plus élevé pourrait ne pas être supporté par le vilebrequin, et la compression augmentant la résistance électrique des gaz, il faudrait craindre des difficultés d’allumage.
- Pour porter le taux T à une valeur supérieure T', divers procédés sont en usage :
- a) le plus simple est évidemment de remplacer la culasse par une autre donnant le taux cherché, mais les circonstances ne se prêtent pas à cet échange.
- b) remplacer les pistons par d’autres pour lesquels la distance de l’axe au pied de bielle est plus grande de la quantité x calculée par la formule :
- (5)
- x — G
- T' —T
- (T' (T 1) ’
- dans laquelle C désigne la course et T le taux donné par le réalésage ; x peut être un peu diminuée si on choisit des pistons bombés. Il faut veiller à ce que le dernier segment du piston ne sorte pas du cylindre quand le piston est au point mort haut ;
- c) raboter une épaisseur x sur l’une des faces du joint cylindre-carter ou cylindre-culasse ; si le fond
- du piston monte trop près de la culasse, on peut creuser celle-ci avant le rabotage ;
- d) employer des soupapes à champignon bombé. Si le moteur comporte des bouchons de soupapes, les remplacer par d’autres pénétrant davantage.
- Si, au lieu de se fixer le taux à atteindre, on se propose de chercher le taux T' donné par la valeur de x que l’on peut obtenir, il suffit de résoudre l’équation (5) par rapport à T' ; on trouve :
- (6)
- CT + x — Tæ G -\- x — Tæ
- Nous déconseillons de souder une plaque sur le fond du piston ou dans la chambre de compression, car cela aurait pour effet de faire chauffer la paroi dont l’épaisseur aurait été renforcée.
- Autres procédés pour atténuer la perte de puis= sauce. — i° La perte de puissance ayant pour cause l’insuffisance du pouvoir calorifique du mélange, on peut enrichir celui-ci, d’autant plus aisément que, dans la plupart des cas, le carburateur subsiste : il suffit, au moment où un effort supplémentaire est demandé au moteur, d’ouvrir un peu le papillon p (fig. 10) d’accélération sur l’essence, ou de mettre le robinet à trois voies (fig. xi) ou les papillons conjugués (fig. 12) sur la position « mixte ». L’enrichissement, en procédant comme ci-dessus, est obtenu un peu « à l’aveuglette ». Il existe des appareils spécialement étudiés (par exemple 'le carburateur-mélangeur Solex) pour enrichir de façon rationnelle.
- L’enrichissement doit évidemment rester exceptionnel, mais certains transporteurs le pratiquent systématiquement et s’en trouvent bien.
- 20 Les laminages nuisent au remplissage du cylindre ; le volume réellement aspiré, l’amené à la pres-sion et à la température ambiantes est inférieur à la cylindrée géométrique et de plus, le taux de compression réel est plus faible que le taux théorique, d’où abaissement de la puissance et du rendement. On peut obvier à cet inconvénient en utilisant un com-prcsseur aspii’ant le mélange et l’envoyant au moteur sous une pi’ession égale ou même un peu supérieure à la pression atmosphérique. M. le Pr Coupan, membre de l’Académie d’Agiiculture, a expérimenté un compresseur alimentant, avec du gaz de gazogène, un moteur de 100 x 160, tournant à 1 3oo t./mn dont le taux de compi’ession volumétrique était 4,6. Alimenté à l’essence, ce moteur développait 42 ch.
- Avec le gaz de gazogène, ce moteur développe 28 ch quand le compresseur n’intervient pas (perte r4 ch, soit 33 pour roo). Lorsque le compresseur agit de façon à annuler la dépression d’aspiration, la puissance développée est voisine de 3r ch ; enfin, si le compresseur crée une surpression de 3 m. d’eau (3oo gr./cm2)), le moteur fournit de nouveau 42 ch.
- On peut remarquer que le moteur servant aux essais n’avait pas été transformé ; s’il l’avait été, le compresseur n’aurait pas dû fournir la surpression de 3 m. d’eau à l’entrée du moteur.
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- L'intérêt du compresseur dépend en grande partie de la qualité de ses organes et du fini de sa fabrication. Pour qu’il soit efficace, sa vitesse de rotation doit être considérable ; l’étanchéité est alors difficile à obtenir, et la force centrifuge développe dans les parties tournantes des tensions qui exigent des matériaux exceptionnellement résistants ; de plus, comme le gaz contient toujours des particules solides, celles-ci, malgré leur ténuité, donnent lieu à une multitude de chocs dont la répétition risque de mettre rapidement les parties mobiles hors d’usage ; cependant certains constructeurs poursuivent la mise au point de compresseurs et les résultats permettent de prévoir la possibilité prochaine d’applications pratiques intéressantes ; la question se posera de savoir s’il est plus économique d’installer un compresseur sans toucher au moteur, ou de faire subir à celui-ci les quelques modifications que nous avons indiquées, en consentant une perle de puissance, qui, si la transformation est bien faite, ne sera pas supérieure à i5 pour ioo.
- Le moteur Diesel et le gazogène. — Le moteur à huile lourde dit Diesel est plus facile à adapter que le moteur à explosion : il n’y a pas lieu, en général, de réaléser car ces moteurs ont une forte cylindrée nécessitée par l’excès d’air que le moteur doit aspirer : le réalésage ne sera pratiqué que si le moteur, trop ovalisé, en a réellement besoin.
- Le moteur Diesel fonctionne toujours avec un taux de compression élevé : le minimum du taux de compression est 14 et il peut s’élever à 20. Il est possible et même probable, que le gaz de gazogène supporterait ces taux de compression sans cogner, mais avec de tels taux, la pression d’explosion, plus élevée que la pression de combustion dans le fonctionnement à l’huile lourde, serait sans doute mal supportée par l’embiellage et le vilebrequin, et de plus, le moteur aurait une marche saccadée. Le taux de compression doit donc être diminué : généralement, la culasse devra être changée, notamment si l’injection n’a pas lieu directement dans la chambre ou bien si le diamètre des logements d’injecteurs 11e correspond pas aux parties filetées des bougies. Si la culasse peut être conservée, il y aura lieu d’employer un joint dont l’épaisseur pourra être calculée par la formule (5) dans laquelle T7 (nouveau taux) et T (ancien taux) ont été permutés pour donner :
- (5 bis) X = C X ^qv
- La formule 6 deviendrait :
- (6 bis)
- rjn/ _ CT + x -f- Tæ C — æ -p Tæ
- La plupart des mécaniciens qui ont adapté des moteurs Diesel ont choisi un taux de 8 à 9 et sans doute ont-ils été trop prudents : l’embiellage et le vilebrequin sont, dans le cas actuel, capables de supporter davantage. Probablement ont-ils été gênés par la nécessité de remplacer les injecteurs par un appareil
- d’allumage à haute tension, répondant aux conditions exposées plus loin.
- Le graissage. — Il n’y a rien à changer au système de graissage et l’on peut employer, avec le gaz, les mêmes qualités d’huile que pour la marche à l’essence. On constate d’ailleurs que le moteur peut être vidangé moins souvent, car, avec le gaz, il n’y a pas à craindre, comme avec l’essence, la dilution de l’huile par l’écoulement du combustible condensé sur les parois froides du cylindre au moment du lancement.
- C’est une erreur de croire que le gaz sèche les parois : il ne dissout pas l’huile comme le fait l’essence ; un dispositif de superhuilage n’est pas indispensable, mais il produira les mêmes heureux effets qu’avec tout autre combustible.
- Le système d’allumage. — L’augmentation de la compression confère au gaz une résistance électrique accrue.
- Si l’on conserve le système d’allumage, il y aura donc lieu de rapprocher les électrodes des bougies, dont l’écartement devra être réglé à 3 ou 4 dixièmes au lieu de 6 ; l’étincelle étant ainsi plus courte, on sera exposé à des ratés d’allumage. Il semble que l’on puisse recommander le remplacement de la magnéto ou de la bobine par une autre donnant de 16 à 18 000 V. au courant secondaire, ce qui permettrait d’obtenir une étincelle suffisamment longue et chaude. Dans ce cas, il y aurait lieu d’adopter des bougies dont l’isolant extérieur mesurerait au moins 3 cm., de façon que l’étincelle ne se produise pas entre l’attache du fil et le culot de la bougie ; en outre les fils devraient être parfaitement isolés.
- Modifications à apporter au véhicule dans le cas d’un moteur adapté. — Nous laissons de côté le cas du véhicule neuf, pour lequel le constructeur a fait les études nécessaires, et nous considérerons seulement les modifications à apporter à un véhicule marchant habituellement à l’essence.
- Avant de démonter quoi que ce soit, il faut placer successivement chaque roue du véhicule sur un pont bascule et noter les poids ; il sera bon aussi de relever les flèches des ressorts. Après montage des appareils, on replacera chaque roue sur la bascule : il faut que les nouveaux poids soient proportionnels aux anciens, sinon le centre de gravité du véhicule est déplacé, la direction devient dure ou bien la tenue de route est moins bonne. Une trop grande différence dans les flèches des ressorts imposera la mise en place d’une lame supplémentaire. Ces opérations, nécessaires s’il s’agit d’une voilure légère, ont moins d’importance pour les véhicules lourds, et perdent toute utilité si le gazogène est placé sur une remorque.
- L’emplacement du gazogène et des appareils accessoires dépend de la disposition du châssis, de la nature du véhicule et du service qu’il assure.
- Pour les voitures de tourisme, le générateur et l’épu-
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- un autobus, si les voyageurs montent à l’arrière ; s’ils montent à l’avant, la gazo-malle est préférable, ou encore la remorque.
- Quelle que soit la solution adoptée, les régions très chaudes des installations seront séparées de la carrosserie par un carton d’amiante de 3 à 5 mm. d’épaisseur. Si une tôle doit masquer les appareils, elle sera percée d’évents d’aération. Des dégagements seront prévus pour faciliter les visites, les nettoyages, les manœuvres ; des protections seront établies contre les projections d’eau et de boue.
- Nous avons dit précédemment que, en faisant tourner le moteur plus vile, on pouvait diminuer la perte de puissance : il suffît, pour cela, d’augmenter la démultiplication donnée par le couple conique, c’est-à-dire d’augmenter le rayon de la couronne du différentiel et Fig. 18. — Camionnette Peugeot., vue côté générateur. de réduire le rayon du pignon d’attaque.
- râleur peuvent être placés de part et d’autre du capot dans des échancrures à pratiquer dans les ailes, ou bien ils peuvent être placés dans la malle arrière, un intervalle suffisant étant alors ménagé entre eux pour éviter le réchauffage du gaz ; dans le premier cas, la charge est bien répartie, mais le générateur, petit, n’assure pas un grand rayon d’action ; dans le second cas, l’essieu arrière est surchargé et cela peut nuire à la tenue de roule. Le gazogène sur remorque, à une ou deux roues, est une solution qui évite tout changement à la carrosserie. La remorque à une roue est, dans les manœuvres, plus facile à conduire que la remorque à deux roues.
- S’il s’agit d’un camion, il est tout indiqué de placer les appareils de chaque côté de la cabine du conducteur (fig. i8-ig), un peu en arrière, en rognant un peu sur la caisse, ou en la reculant sur le châssis.
- La meme disposition peut être adoptée pour
- Fig. 20. — Tracteur agricole, vue côté générateur.
- Fig. 19. — Camionnette Peugeot, vue côté épurateur.
- En effet, augmenter le rayon de la couronne revient à diminuer l’effort résistant opposé par la dent de la couronne à la dent en prise du pignon d’attaque, et par conséquent, l’effort moteur à fournir sur cette dernière dent. Le moteur, ayant un effort moindi’e à fournir, peut ainsi tourner plus vite : la cylindrée-minute augmente et il en est de même de la puissance, le moteur devient plus nerveux, les reprises plus franches et les performances du véhicule se rapprocheront de celles de l’ancien véhicule à essence.
- On ne saurait évidemment exagérer cet accroissement de la démultiplication : on est tout d’abord limité par remplacement disponible à l’intérieur du carter ; d’autre part, il n’est pas désirable de faire tourner le moteur au delà d’un
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- certain régime, car les perles par frottement croissent au point de dépasser le gain réalisé, le rendement du moteur diminue et la consommation augmente.
- Tracteurs agricoles et forestiers. — Ces engins étant en général de gros consommateurs d’essence, l’installation d’un gazogène sur ces appareils présente un très grand intérêt, mais ne va pas sans quelques difficultés. La disposition, notamment, du bloc-carter gêne considérablement la mise en place du gazogène ; dans celte conception, le châssis habituel des voitures automobiles est remplacé par un caisson en fonte qui supporte le moteur à une extrémité, l’essieu moteur à l’autre et contient, dans des compartiments étanches, toutes les transmissions.
- D’autres difficultés sont à vaincre : le gazogène ne doit pas diminuer la visibilité et le conducteur doit être protégé des radiations du générateur.
- Sur la plupart des tracteurs, les 2/3 du poids total sont reportés sur les roues motrices et les jantes ne doivent pas transmettre au sol une pression supérieure à 00 kg. par cm. de largeur de jante. Il n’y a donc en généra] qu’une faible marge de surcharge pour l’installation des appareils. D’autre part, si le gazogène est placé à l’avant, la charge supplémentaire sur l’essieu directeur rend la manœuvre pénible ; si par contre le gazogène est monté à l’arrière, la tendance au cabrage augmente et l’essieu avant étant soulagé, la direction devient trop libre : le mieux est donc de placer les appareils entre les roues, le générateur et l’épurateur se faisant équilibre, mais la place disponible n’est jamais bien considérable (fig. 20-21).
- L’installation est beaucoup plus facile sur les tracteurs à quatre roues motrices et directrices (fig. 22) et surtout sur les tracteurs à chenilles, car l’équilibrage des charges est beaucoup moins pressant.
- La perle de puissance conserve ici toute son importance et le mécanicien chargé de la transformation doit apporter tous scs soins au moteur.
- Fig. 22. — Tracteur agricole à 4 roues motrices équipé d'un gazogène.
- A droite, le générateur ; au-dessus, le faisceau refroidisseur ; à gauche, l’épurateur ; entre le générateur et la cabine et un peu en arrière, le filtre à air du mélangeur.
- Le choix du combustible est commandé par les facilités d’approvisionnement : si le cultivateur dispose d’une étendue boisée suffisante, s’il est à proximité d’une scierie, il aura tout avantage à utiliser le bois qu’il préparera dans les journées creuses d’hiver ; il pourra d’ailleurs fabriquer lui-même son charbon, s’il le désire ; toutefois, le charbon, en raison de son affinité pour l’eau, 11e doit pas être préparé trop longtemps d’avance. Si le choix se porte sur le charbon, le gazogène à tuyère devra êti’e préféré, notamment au point de vue des labours, en raison de la plus grande vivacité des reprises.
- Les péniches. — Il existe déjà quelques péniches équipées avec des gazogènes, mais en nombre très restreint ; pourtant l’emploi du bois ou du charbon de bois serait particulièrement avantageux ici.
- Le moteur à gazogène n’est pas plus difficile à conduire qu’un moteur à essence et il ne comporte pas les organes délicats et coûteux — pompe et injecteurs — d’un moteur Diesel. L'encombrement du combustible n’est pas à considérer, car le volume de la soute est insignifiant par rapport à la capacité utile, et d’ailleurs des postes de distribution seraient faciles à établir dans les principaux ports fluviaux. Le danger d’incendie n’existe pas comme avec l’essence ou le gaz-oil. Enfin les gaz d’échappement ne peuvent pas polluer les eaux comme le font les combustibles liquides : les riverains, les pêcheurs, les amateurs
- Fig. 21. — Tracteur agricole, vue côté épurateur.
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- de natation et de canotage verraient avec plaisir la généralisation de l’emploi du'gazogène sur les bateaux.
- Une seule précaution est à prendre : il est préférable d’installer le gazogène sur le pont, mais cela n’est pas toujours possible et le gazogène doit le plus souvent être installé dans une cabine : celle-ci devra être parfaitement aérée et on ne devra y pénétrer qu’après en avoir renouvelé l’atmosphère par un courant d’air.
- Ajoutons que les moteurs à deux temps, à explosion, Diesel ou semi-Diesel, fréquents sur les péniches, ne peuvent pas, actuellement, être alimentés par gazogène ; la course de balayage devant être effectuée par le mélange air-gaz, l’atmosphère serait rapidement viciée.
- Précautions à prendre avec un gazogène. —
- L’oxyde de carbone est un poison .extrêmement violent, d’autant plus dangereux que rien ne décèle sa présence dans l’atmosphère. Cependant le gazogène ne présente aucun danger pour le conducteur et les passagers. Il y a lieu néanmoins de prendre quelques précautions :
- Le véhicule ne sera remisé dans un garage où demeure un veilleur de nuit ou bien dans lequel stationnent des voitures à essence que si le foyer est éteint. Dans les autres cas, on pourra le laisser allumé, mais le matin, on ne pénétrera dans le garage qu’après l’avoir bien aéré.
- L’INTOXICATION
- Les services hospitaliers de Paris ont eu à soigner, durant l’hiver 1939-1940, de nombreux intoxiqués par l’oxyde de carbone. Depuis l’apparition du froid, de nouveaux accidents ont été enregistrés ; leur nombre et leur gravité méritent, croyons-nous, de retenir l’attention. C’est qu’en effet, la lutte contre le froid est à l’ordre du jour, et elle l’est avec des moyens de fortune, avec un combustible médiocre, avec des appareils souvent improvisés, des installations hâtives ou défectueuses. Ici, des appareils de chauffage individuels ou collectifs à tirage insuffisant, à ventilation imparfaite ; ailleurs, des tuyaux d’évacuation endommagés ou fissurés, déterminent trop souvent des intoxications sérieuses.
- Qui dit chauffage, dit en effet mise en liberlé de dérivés toxiques du carbone en même temps que d’acide carbonique, et la quantité d’oxyde de carbone dégagée est d’autant plus considérable que la combustion est plus lente, d’autant plus dangereuse que ce gaz se trouve imparfaitement drainé vers l’extérieur.
- Mais, chaque jour davantage, une autre cause d’intoxication oxvcarbonée s’avère plus redoutable, c’est l’utilisation du gaz d’éclairage. Dans chaque foyer pénètre la menace de son insidieux pouvoir toxique, considérablement accru en ces derniers temps : un robinet mal obturé, une conduite fissurée, un chauffe-
- L'allumage du foyer en partant à l’essence ne présente aucun danger et peut être fait dans la remise. La préparation du gaz au ventilateur ne peut être faite dans le garage qu’à la condition expresse de pouvoir présenter une torche enflammée à la sortie du ventilateur, et, au moment du lancement, à l’échappement du moteur.
- Lorsqu’on ouvre la porte de chargement d’un générateur allumé, une explosion peut se produire : on n’ouvrira la porte qu’en se tenant le plus loin possible, et, si l’explosion ne se produit pas, on la provoquera en lançant une allumette enflammée dans la trémie.
- Le danger d’incendie est, lui aussi, inexistant, si le générateur est isolé de la carrosserie par un espace libre suffisant et par un fort carton d’amiante ; la prise d’air du foyer doit être munie d’un clapet antiretour de flamme ; comme on peut craindre que ce clapet ne fonctionne pas et qu’une flamme jaillit souvent du foyer quand on arrête le moteur, on cherchera, pour arrêter le véhicule, un emplacement tel que le feu ne puisse être communiqué à des herbes, aiguilles de pin, etc... ; de même, on évitera de nettoyer le foyer encore chaud à côté de matières inflammables.
- A. Lepoivre,
- Professeur A. et M. et E. S. B.
- OXVCARBONÉE
- bain trop usagé, un réchaud mal entretenu, et l’accident survient : intoxication légère ou massive, grave souvent, parfois mortelle.
- C’est que le gaz d’éclairage contient, on le sait, diverses substances toxiques, mais l’oxyde de carbone eu constitue le plus dangereux élément. Si les conditions actuelles de sa production en ont singulièrement appauvri le pouvoir calorifique, elles ont en revanche beaucoup augmenté sa toxicité. Sachons qu’il faut compter avec un taux de i5 à 20 pour 100 d’oxyde de carbone dans sa composition, que prochainement sans doute, il faudra envisager le chiffre de 2a ou de 3o pour 100. Il s’agit d’un gaz hautement toxique contre lequel on ne saurait trop se prémunir en observant des précautions élémentaires telles que la fermeture nocturne des compteurs et une particulière vigilance dans le contrôle de son utilisation.
- Signalons encore les dangers qu’apportent dans la vie civile les nouveaux agents de locomotion : voitures automobiles munies de gazogène ou de réservoirs à gaz sous pression, autobus dont le toit singulièrement hypertrophié contient une abondante réserve de gaz d’éclairage ; et il importe de souligner, auprès des ingénieurs qui réalisent de telles adaptations, la nécessité d’une étanchéité parfaite de leurs dispositifs.
- Nous n’insisterons pas sur les risques particuliers à
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- certaines professions : les pompiers, souvent exposés à des intoxications massives, certains cheminots et travailleurs des voies ferrées souterraines, parfois intoxiqués dans un tunnel mal vexrtilé au passage de locomotives, mineurs toujours menacés par l’explosion de grisou, génératrice de dégagements considérables d'oxyde de carbone.
- Mais de tels risques de la vie civile paraissent bien limités si l’on songe à toutes les victimes de guerre qui ont succombé à ses méfaits : l’explosion de gros obus libérant d’énormes quantités de CO par la déflagration de la poudre, la guerre dite des mines, la ventilation insuffisante dans les casemates, les abris-mitrailleurs ou les abris de bombardement, dans les soutes des navires torpillés seront simplement cités.
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- Les accidents que nous avons à traiLer en pratique courante présentent un degré de gravité très variable : les uns, bénins, sont rapidement guéris, d’autres demandent des soins longtemps poursuivis et une surveillance prolongée du malade apres son apparente guérison.
- Il n’entre pas dans le cadre de cet article de rappeler les manifestations cliniques de l’intoxication oxycarbo-née : la céphalée, les vertiges, la somnolence, le coma, sont parmi les effets bien connus de son action sournoise.
- Nous connaissons le mécanisme de cette intoxication grâce aux travaux d’un des plus grands physiologistes : Claude Bernard. Étudiant l’effet sur l’organisme des a vapeurs de charbon », il a montré l’affinité particulière de l’oxyde de carbone pour l’hémoglobine des globules du sang. Les globules rouges qui, normalement, se chargent d’oxygène au niveau des poumons pour le transporter aux tissus, fixent de préférence le CO contenu dans l’air inspiré. Il en résulte un composé bien connu, la. carboxyhémoglobine, c’est-à-dire un corps qui se substitue à l’oxyhémoglobine, au pigment normal oxydé, de sorte que, désormais, le globule rouge ne transportera plus d’oxygène.
- L’intoxication par l’oxyde de carbone est donc une asphyxie ; c’est un état qui s’oppose au transport de l’oxygène, du fait même du blocage de l’hémoglobine.
- Telle fut l’observation fondamentale de Claude Bernard. L’étude de cette intoxication a été magistralement poursuivie en France par N. Gréhant, M. Nicloux et .V. Balthazard, mais c’est à Haldane et à Maurice Nicloux que nous devons de connaître un fait d’une portée thérapeutique considérable : c’est que le globule rouge touché par l’oxyde de carbone, bloqué dans sa fonction de vecteur d’oxygène, n’est nullement un globule mort. La combinaison de l’oxyde de carbone et de l’hémoglobine n’aboutit pas à un composé définitivement stable. Il est possible, nous dirons plus : il est facile de disloquer ce complexe.
- Si nous prenons du sang oxy-carboné, incapable de transporter l’oxygène et si nous le mettons à l’air exté-
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- rieur, ce sang reste incapable de transporter l’oxygène ; mais si nous soumettons ce sang chargé d’oxyde de carbone à de l’oxygène pur, à un mélange d’air fortement suroxygéné tel que le taux de ce gaz, au lieu de ai pour ioo dans l’air normal, atteigne 60 ou ioo pour ioo, l’oxyde de carbone disparaît, l’hémoglobine est libre et de nouveau capable de fixer l’oxygène : le globule rouge est régénéré.
- Ainsi nous pouvons dire que tout le mécanisme et toute la thérapeutique de l’intoxication oxycarbonée se résument en deux faits : d’abord, ainsi que l’a montré Claude Bernard, l’oxyde de carbone prend la place de l'oxygène dans le sang : c’est l’accident ; mais cette combinaison est réversible ; la carboxyhémoglobine peut parfaitement être disloquée. On régénère le globule rouge simplement en faisant respirer de l’oxygène, et le sang recouvre sa fonction normale. C’est pour l’expérimentateur, que dis-je, pour le médecin, une des expériences les plus démonstratives que celle de l’intoxication oxycarbonée.
- Bappelons cette expérience telle quelle est praliquée sur le moineau ou sur le chien. Un professeur français du Muséum, Nestor Gréhant, l’a réalisée le premier : on met, un moineau dans une atmosphère suspecte (on pourrait mettre à côté un cobaye, un lapin) ; un moineau respire vite : le rythme respiratoire est d’autant plus fréquent que l’animal est plus petit. Le moineau le premier va absorber beaucoup d’oxyde de carbone ; par conséquent, le premier il va souffrir, va tomber ; le premier il va entrer dans le coma et mourir si rien n’est tenté pour le sauver.
- L’observation fondamentale de Gréhant n’a-t-elle pas conduit cet auteur à utiliser le moineau dans les expertises médico-légales ! Le moineau de Gréhant est encore aujourd’hui le protecteur des ouvriers mineurs. L’appareil de détection de l’oxyde de carbone dans les mines n’est autre qu’une petite chambre contenant un moineau. Un dispositif permet de faire pénétrer dans la cage de l’air ambiant ; on fait respirer l’air suspect : le moineau tombe dans le coma ; à ce moment, on ouvre le robinet-valve d’une petite bouteille d’oxygène. Immédiatement, l’oxygène arrive et le moineau renaît.
- Dans une période de guerre, devant des officiers du génie qui, dans certains secteurs, avaient malheureusement connu les méfaits de l’oxyde de carbone, il nous a été donné de faire souvent la démonstration suivante :
- On prenait un chien éveillé et on lui faisait respirer de l’oxyde de carbone. L’animal se débat, respire et rapidement perd connaissance et tombe ; si l’on continue l’inhalation toxique, l’état s’aggrave, la respiration s’arrête puis, c’est encore plus grave, il y a relâchement des sphincters. Bref, on réalisait sur le chien l’intoxication la plus profonde : l’animal n’était pas seulement dans le coma, mais on allait jusqu a l’arrêt respiratoire, jusqu’aux signes les plus caractéristiques de la mort apparente.
- A ce moment, on retirait le masque du chien, en remplaçant ce masque par une cagoule communiquant avec un ballon d’oxygène, on pratiquait la respiration
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- arlificielle en meme temps qu’on entretenait dans la cagoule un important débit d’oxygène. Avec une rapidité qui surprend, l’animal, qui'ne respire plus, reprend sa respiration spontanée ; en 4 minutes la respiration renaît ; 5 minutes après, une patte bouge, et au bout de quelques minutes, l’animal se met debout.
- On à cru pouvoir conclure de cette expérience qu’il était facile de guérir rapidement un intoxiqué par l’oxyde de carbone. Ce n’est pas vrai dans tous les cas. Si ranimai gambade, aboie et se débat, il n’est pas pour cela redevenu parfaitement normal ; si l’on dose à ce moment l’oxyde de carbone dans le sang de l’animal, l’analyse en décèle encore une certaine proportion. On l’a désintoxiqué au point d’empêcher la mort, pas au point de le guérir totalement.
- La respiration d’oxygène doit être prolongée : on sauve en xo minutes, mais on garde un intoxiqué. Il faut poursuire le traitement plusieurs heures durant ; aussi semble-t-il opportun d’utiliser certains dispositifs préconisés pour l’oxygénothérapie dont nous donnerons plus loin une description sommaire.
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- Mais tout d’abord, que faire en présence d’un intoxiqué ? Il y a l’intoxication bnisque, massive, qui tue le sujet sur place ; il y a l’intoxication fruste, chronique, caractérisée par des vertiges, du mal de tête ; il y a le cas aigu, accidentel, que chacun se doit de reconnaître et de traiter.
- Une céphalée brusque, dans une pièce contenant un appareil de chauffage ou une canalisation de gaz d’éclairage, est un signe d’alarme dont il faut tenir compte ; bientôt le sujet éprouve des vertiges, de l’asthénie ; il veut se lever ; il s’aperçoit du danger, il veut s’en éloigne ; il veuf, mais il ne peut plus, il tombe, c’est le coma ; ce n’est pas la mort, mais c’est un état grave, et si l’individu n’est pas immédiatement soustrait à l’inhalation toxique, bientôt la respiration va s’arrêter, la victime va rester inerte, en étal de mort apparente.
- Ce n’est pas encore la mort, ne l’oublions pas ; ne nous hâtons jamais de faire un diagnostic de mort ; agissons. La phase est critique car la mort réelle va survenir dans les minutes qui suivent si nous ne pratiquons, sans perdre un instant, la respiration artificielle.
- Mais il faut connaître d’autres formes d’intoxication ; dans certains cas, et il faut bien le savoir, l’intoxication est lente, insidieuse, continue ; elle dure des heures. On trouve l’individu le lendemain, et parce que l’émanation de gaz toxique n’est pas très abondante, la mort n’a pas encore fait son œuvi’e. Mais alors, du fait de ce temps écoulé entre le début de l’intoxication et le moment où l’on trouve la victime, des lésions graves peuvent apparaître. Oh ! combien nous les redoutons en médecine !
- Les intoxiqués, quand ils sont intoxiqués purs, ne doivent pas mourir ; nous devons les sauver. Hélas ! nous ne sauvons pas tous les intoxiqués par l’oxyde de
- carbone parce qu’il s’est produit entre temps une complication redoutable, une complication nerveuse. L’oxyde de carbone, en effet, crée de graves lésions des centres nerveux, touchant surtout les noyaux gris centraux. On a trouvé dans certains cas des hémorragies, dans d'autres cas, des ramollissements ; des lésions cérébrales profondes, et telles qu’elles expliquent l’apparition de certains signes. En observant les intoxiqués, on trouve en effet souvent des paralysies : para? plégie, hémiplégie, monoplégie, et souvent, un peu de contracture... c’est grave ! Nous allons soustraire l’oxyde de carbone de son sang ; il sera sauvé chimiquement. mais il ne sera pas, hélas, sauvé médicalement. Nous avons traité la maladie causale, l’intoxication causale, mais nous ne traiterons pas la complication nerveuse centrale ; le sujet restera dans le coma. Ce ne sera plus un coma oxycarboné, ce sera un coma nerveux, qui peut emporter l’individu.
- 11 faut savoir par conséquent, qu’il y a d’autant plus de chance de sauver un intoxiqué, que le traitement est plus précoce. Tant que les lésions nerveuses ne sont pas établies, on doit le guérir. C’est une question de savoir faire. Si, malheureusement, il s’est écoulé un certain temps entre le début de l’intoxication et le début des soins, des lésions centrales apparaissent contre lesquelles la thérapeutique moderne n’est guère puissante, et qui pourront empêcher le succès du sauveteur.
- Telle est, trop rapidement esquissée, la symptomatologie de l'intoxication oxycarbonée.
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- On a pensé depuis longtemps à des moyens de prévention : masques, dispositifs détecteurs, dispositifs neutralisants, ils ne sont pas du domaine pratique. Pour empêcher les accidents, il faut simplement de la vigilance ; il faut en supprimer les causes ; il faut fermer notre compteur à gaz, chaque soir, il faut surveiller nos appareils de chauffage, contrôler robinets et canalisations de gaz d'éclairage. La meilleure prévention consiste à éviter la production de l’accident.
- Mais quand l’accident est survenu, que faire ? Le médecin est bien armé, mais il faut qu’aujourd’hui la thérapeutique de l’intoxication oxycarbonée ne soit pas seulement une question de médecine. Chacun de vous doit être un sauveteur. Les premiers soins, c’est à l’entourage qu’il appartient de les donner, et si l’entourage est incompétent, la partie pourra être perdue, du fait de l’ignorance de mesures simples, faciles, capables de sauver l’intoxiqué.
- Envisageons donc le cas très grave, l’intoxication majeure ; c’est un sujet qu’on trouve inerte dans sa baignoire ou étendu à terre et qui ne respire plus. Il faut agir de suite, il faut tout d’abord le soustraire à la zone toxique, fermer, s’il y a lieu, le compteur à gaz, et ne pas s’attarder à l’examen du malade, car cet asphyxié n’est pas bleu ; l’on pourrait se méprendre à la coloration rosée de son visage ; il ne respire plus ;
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- il faut donc pratiquer de toute urgence la respiration artificielle manuelle.
- On a beaucoup parlé d’appareils ; les appareils facilitent la manœuvre, mais ils ne sont pas toujours immédiatement disponibles ou utilisables ; il faut de toute nécessité que chacun sache pratiquer la respiration artificielle ; c’est un devoir pour le médecin, pour l’infirmier, pour l’éclaireur, de l’enseigner, de la divulguer, d’en rappeler les méthodes essentielles.
- Quel est le principe cle la respiration artificielle ? Elle consiste à exécuter des manœuvres, capables de faire pénétrer de l’air dans le thorax et capables de faire renaître par voie directe ou réflexe, la respiration spontanée.
- Une méthode qui provoque l’expansion thoracique répond en premier lieu à pareille exigence : c’est la méthode de Sylvester, méthode autrefois classique, de rigueur aujourd’hui en différents pays. On étend la victime sur ïe dos contre une surface dure, la tête penchée de côté, la langue extraite et maintenue hors de la cavité buccale pour dégager largement le pharynx. On libère le thorax, on glisse sous les épaules un rouleau de vêtements et l’on commence la manœuvre. Pour cela, le sauveteur se place à la tête du malade, lui prend les avanl-bras au-dessous du coude et les tire vigoureusement à lui pour produire l’inspiration ; puis il repousse les avant-bras, les ramène repliés sur les bras contre la poitrine et exerce de tout son poids, une pression à ce niveau pour comprimer le thorax et produire ainsi l’expiration. A quelle cadence doit-on exécuter ces mouvements P Environ 16 respirations par minute : le sauveteur suit le rythme de sa propre respiration ; il inspire lui-même en tirant les bras et expire en les poussant. Si deux personnes se trouvent disponibles, elles peuvent se répartir la tâche ; l’une soulève les bras puis les ramène au niveau du thorax, l’autre achève le temps de compression en refoulant simultanément le diaphragme. Méthode de choix sans doute puisqu’elle produit une ventilation pulmonaire effective ; méthode simple mais fatigante, exténuante si elle doit être longtemps pratiquée par un même sauveteur. De plus, la position du malade est fâcheuse quant à la position de la langue qui tend toujours à retomber et aux mucosités qui viennent bloquer l’orifice des voies respiratoires.
- Aussi a-t-on préconisé d’abord en Angleterre, puis adopté en France, sur les instances de Legendre, la méthode de Schâfer : le sujet est étendu sur un sol dur, le ventre contre terre ; cette position présente le grand avantage de faire « bailler » le pharynx en laissant tomber la langue et le maxillaire inférieur. Les bras sont allongés en avant, le visage tourné sur le côté. Le sauveteur se place à genoux, de sorte qu’il puisse s’asseoir sur les jambes de l’individu ; il étend les bras et pose ses mains largement ouvertes, les pouces parallèles à la colonne vertébrale, au niveau des dernières côtes. Sans déplacer les mains pendant toute la manœuvre, le sauveteur se penche en avant et appuie de tout son poids sur la base du thorax ; puis il se relève et laisse agir
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- l’élasticité de la cage thoracique pour produire l’inspiration. Comme précédemment, le sauveteur établit la cadence des manœuvres sur son propre rythme respiratoire. La méthode de Schâfer est simple ; elle est active, elle laisse béant le carrefour pharyngien, elle est la moins fatigante des méthodes manuelles. Elle doit être pratiquée longtemps, inlassablement, jusqu’à la réanimation ou jusqu’aux signes indubitables de la mort, raideur ou taches de lividité.
- Parce que toute manœuvre manuelle longtemps poursuivie entraîne la fatigue du sauveteur et bientôt la coordination imparfaite de ses mouvements (et la méthode de Schâfer elle-même n’échappe pas à cette règle), il était naturel d’envisager la réalisation d’appareils mécaniques capables d’entretenir la respiration artificielle chez un asphyxié, longtemps et régulièrement, sans fatigue pour le sauveteur.
- Ainsi fut créé le remarquable appareil de G. Panis, appareil très simple qui agit de façon analogue aux manœuvres de Schâfer. L’individu est à plat ventre, couché sur un plan incliné ; une ceinture de sangle entoure la base de son thorax. Celte ceinture est solidaire d’un ressort que l’on peut tendre ou relâcher au moyen d’un levier à main. Sous l’action du levier, la ceinture se resserre, c’est l’expiration ; on lâche le levier, la sangle se desserre, et c’est l’inspiration spontanée due à l’élasticité du thorax. Cet appareil a fait fortune ; il est placé depuis longtemps, à Paris, dans le bureau des entrées de tous les hôpitaux de l’Assistance publique.
- L’appareil de Panis est à l’origine de plusieurs dispositifs : appareil de Chéron, de Héderer dans la marine, de Cot dans le corps des sapeurs-pompiers, qui chacun ont apporté quelques modifications.
- Il est de règle, quand on le peut, d’augmenter l’efficacité de tels dispositifs en pratiquant simultanément l’inhalation d’oxygène au moyen d’un masque et d’un tube d’oxygène sous pression et nous devons
- Fig. 1. — Appareil automatique assurant, à la [ois, ta respiration arlilicielle et l’inhalation d’oxggène.
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- à R. Legendre et M. Nicloux une première réalisation d’un masque excellent et pratique à ce point de vue.
- Nous avons nous-même cherché à faciliter une thérapeutique ainsi associée, et, dans ce but, nous avons réalisé, il y a quelques années, un appareil automatique combinant la respiration artificielle mécanique et l’inhalation d’oxvgène (fîg. i). Dans ce dispositif, l'oxygène nécessaire à l’inhalation constitue l'agent moteur qui, par compression et détente successives, va produire les mouvements respiratoires. Ce gaz contenu, sous haute pression, dans les bouteilles de réserve peut en effet fournir toute l’énergie requise. Une ceinture enserre le thorax du sujet, mais cette ceinture de sangle inextensible est intérieurement garnie d’un coussinet de caoutchouc de forme appropriée que l’oxygène vient dilater en refoulant le diaphragme et la base des côtes. Ainsi se produit la phase d’expiration. Une communication est établie au moyen d’un dispositif d’évacuation entre le coussinet et le masque inhalateur. Quand la pression nécessaire à l’expiration est atteinte, un clapet s’ouvre largement ; l’oxygène qui a servi à comprimer le sujet, afflue dans le masque au moment même où le thorax, relâché, se trouve au temps d’inspiration ; la chute de pression dans la ceinture provoque la fermeture du clapet d’évacuation et le cycle se reproduit périodiquement au rythme respiratoire, entretenu seulement par l’ouverture du robinet de débit d’oxygène.
- On a beaucoup discuté la valeur des différentes méthodes de respiration artificielle : méthode de compression qui nécessairement agit sur un organe déjà affaissé et dont le jeu ne portera que sur une capacité réduite ou « air de réserve a pour produire une ventilation limitée, mais qui suscite diverses excitations réflexes particulièrement actives dans la réanimation des centres respiratoires ; méthode d’expansion thoracique qui produit effectivement un appel d’air dans les poumons et utilise au mieux le soufflet respiratoire.
- C’est ainsi que l’attention se porte depuis quelques temps sur des appareils dits « poumons d’acier », déjà préconisés en France par J. Woillez dès 1876.
- Un dispositif approprié permet de produire une dépression pneumatique rythmique à l’intérieur d'une chambre qui contient le corps du sujet, sauf la tète ; le thorax se dilate sous l’effet de la dépression et l’air extérieur pénètre par la trachée, puis il s’affaisse lorsque la dépression cesse d’agir, et chasse l’air expiré. Un tel procédé se rapproche très sensiblement de la physiologie normale. 11 existe actuellement divers modèles de poumons d’acier : américains (Drin-ker), anglais (Roth), français (Rogué, Boulitte, Martini, Walter). Tous ces derniers appareils englobent le thorax, l’abdomen et les membres, et de ce fait, présentent des dimensions et un poids importants.
- Nous avons personnellement cherché à réduire un tel encombrement afin de réaliser un appareil facilement transportable capable de répondre à un appel d’urgence (fig. 2).
- La partie thoraco-abdominale du sujet, seule active dans la respiration, se trouve seule comprise dans notre dispositif, les membres inférieurs en sont exclus, ce qui facilite certains soins et la pratique des injections sous-cutanées. Une cellule métallique enferme la partie supérieure du corps du patient et laisse passer la tête à travers un diaphragme de caoutchouc souple. Une gaine de tissu imperméable d’aérostation' s’adapte étroitement à la paroi métallique et s’ajuste très strictement au niveau des hanches au moyen d’une ceinture capitonnée. Afin de faciliter l’installation du patient, ainsi que le transport et l’en-Irelien de l’appareil, celui-ci est entièrement démontable.
- La cellule métallique est divisée, longitudinalement, en deux éléments : la partie inférieure, garnie d’un coussinet, forme une couchette mobile que l’on peut disposer sous la région dorsale du sujet, au besoin, sans le déplacer de son lit. La gaine de tissu imperméable en est solidaire et s’étend comme une alèze, de part et d’autre du support métallique. Elle est munie latéralement d’une fermeture éclair étanche. Au niveau de la tête, un cadre mobile porte le diaphragme de caoutchouc mousse percé d’un orifice circulaire qui s’adapte au cou du patient La tête est soutenue par un support garni d’une sangle.
- La partie supérieure de la cellule métallique, entièrement séparable de son embase, vient s’emboîter exactement dans une rainure gainée de caoutchouc, ménagée sur le bord de l’embase sur laquelle repose le patient. Deux poignées à ressorts bloquent hermétiquement l’ensemble et le thorax se trouve ainsi enfermé dans une capacité rigide où la dépression rythmique provoquera son expansion et son affaissement. L’alèze imperméable, ramenée sur la partie supérieure de la paroi métallique, s’y adapte étroitement au moyen d’une courroie. On ferme les glissières de la fermeture éclair étanche, puis on ajuste
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- l’étoffe 1res strictement aux hanches au moyen d’une ceinture capitonnée.
- Il reste à entretenir mécaniquement les mouvements respiratoires chez le sujet ainsi installé dans l’appareil.
- A cet effet, nous utilisons, comme l’a déjà préconisé Ph. Drinker, un aspirateur de ménage particulièrement puissant : le grand débit de ce dispositif permet d’obtenir facilement la dépression nécessaire à l’ampliation du thorax, mais l’aspirateur seul ne peut produire qu’une dépression continue.
- Afin d’obtenir l’alternance de cette dépression et de la pression atmosphérique, il suffit de mettre alternativement l’appareil en communication avec l’aspirateur puis avec l’air extérieur. A cet effet, un large clapet disposé sur le tuyau de l’aspirateur s’ouvre et se ferme, rythmiquement, sous l’action d’une came, actionnée elle-même par un petit moteur électrique à yitesse constante. Le rythme se maintient, parfaitement régulier. Il suffit de changer la came pour obtenir un rythme plus ou moins fréquent : 18, 24, 32, selon les cas.
- Ainsi donc, en présence d’un intoxiqué par l’oxyde de carbone qui ne respire plus, que l’on trouve en état de mort apparente, ne restons pas inertes : respiration artificielle manuelle d’abord et surtout ; appareils mécaniques, de plus en plus répandus et divulgués, constituent des moyens de secours qu’il ne faut pas négliger.
- Pratiquer la respiration artificielle, c’est empêcher la mort au moment où la respiration est déjà suspendue, où le coeur bat encore ; mais à ce moment déjà, l’inhalation d’oxygène, pratiquée simultanément, aidera à la survie ; les sapeurs-pompiers de Paris le savent bien et ne manquent pas de joindre à leur matériel de sauvetage un coffret contenant un tube d’oxygène et un masque. Faut-il donner de l’oxygène seul ou de l’oxygène mélangé à une certaine proportion de gaz carbonique (carbogène) P L’addition de CO2 peut avoir un effet plus actif, mais l’élément utile est avant tout l’oxygène, il importe de le savoir. Par conséquent, retenons la notion de l’oxygénothérapie.
- Comment la pratiquer ? Depuis bien des années, les hôpitaux parisiens sont dotés de l’appareil de R. Legendre et M. Nicloux ; il permet de donner l’oxygène rapidement au moyen d’un masque qui s’applique sur le visage du patient et qui se trouve en connection avec un tube d’oxygène.
- Mais, dans un service de malades, c’est par série qu’il faut soigner des sujets en mal d’oxygène : pulmonaires ou cardiaques, anoxiques et dyspnéiques, qu’on se doit de chercher à soulager. Nous avons ainsi été amenés à réaliser, en 1938, un masque très simple, très léger, entièrement transparent, qui est facilement accepté et supporté par le malade (fig. 3).
- Notre masque n’est autre qu’une simple visière de rhodoïd transparent qui délimite au-devant du visage un espace suroxygéné : aucun serrage gênant, aucune application d’un dispositif étroitement étanche rappelant le masque de guerre si mal supporté par les
- Fig. 3. — Masque à oxygène (modèle personnel)
- réalisant une petite lente du visage.
- dyspnéiques. S i m p 1 e-ment, une bande de caoutchouc souple limite latéralement cette capacité au niveau du cou et des tempes. A la partie supérieure, un espace libre se trouve ménagé entre le front et la visière ; le masque reste ouvert, l’air suroxygéné, s’échappe ainsi vers le haut, entraînant l’excès de CO2, tandis qu’une capsule percée latéralement de deux orifices fins distribue l’oxygène en créant une légère ventilation. Un galon se
- fixe à la nuque ; un pivot permet d’abaisser ou de relever immédiatement le masque. Le taux d’oxygène obtenu avec le débit habituel varie de 5o à 60 pour 100 environ : on peut l’augmenter en augmentant le débit, ou encore en réduisant l’espace ouvert.
- Si un tel masque peut être utilisé pour compléter l’action de la inspiration artificielle, manuelle ou mécanique, il nous semble surtout indiqué pour soigner les cas fréquents où la respiration n’est pas arrêtée, où le sujet respire, mais où, plongé ou non dans le coma, il conserve dans son sang une notable quantité d'oxyde de carbone. En pratique, nous utilisons couramment notre masque en pareille circonstance, et les malades l’acceptent pendant longtemps, pendant des heures.
- Faut-il donc prolonger pareillement l’inhalation d’oxygène ? Au bout de 10 minutes, un quart d’heure, une grande partie d’oxyde de carbone se trouve éliminée et ceci, soit avec de l’oxygène pur ou de l’oxygène à 60 pour 100.
- Mais nous voudrions rapporter quelques expériences réalisées au laboratoire, démontrant que l’oxygénothérapie doit être prolongée chez les intoxiqués par CO.
- a) Expériences sur le chien. — Un chien anesthésié, après inhalation d’oxyde de carbone, a dans son sang 6,06 de CO pour 100 ; il respire de l’oxygène pur durant 36 minutes (240 1. d’oxygène), on. trouve alors 2,06 de GO sanguin : puis durant 36 minutes 3o secondes, il respire de l’air (240 1. d’air normal) ; on trouve encore 1,8 de CO dans le sang. Un chien, qui a 8,13 pour 100 de CO, respire de l’oxygène pur durant 8 minutes, le taux de CO tombe alors à 5,54. Un chien, qui a 19,68 pour 100 de CO, respire de l’oxygène pur durant 10 minutes (43 L") ; on dose encore i4,4- Un autre a 10,24 pour 100 de CO ; après 9 minutes d’inhalation d’oxygène, on trouve encore 7,68 pour 100 de CO.
- De tels chiffres enregistrés avec MM. Strumza et Pierre Nicolle, nous montrent que l’inhalation d’oxygène doit durer un certain temps pour dissocier toute
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- Fig. b. — Tente à oxygène dite icnlc-cnbriolct.
- la carboxyhémoglobinc dans le sang circulant. L’expérience sur le poumon isolé va nous confirmer ce point particulier.
- b) Expériences sur le poumon isolé. — Notre technique du poumon isolé, perfusé et rythmiquement ventilé, antérieurement exposée, nous a paru pouvoir être appliquée avec succès à l’étude de l’intoxication oxycarbonée. Il est aisé, en effet, de faire perfuser le poumon avec du sang contenant des quantités connues de carboxyhémoglobine et d’assurer la ventilation de ce poumon avec de l’air ou avec de l'oxygène pur, ou encore avec de l’air enrichi en oxygène. Nos expériences réalisées avec R. Moynier et Madeleine Marquis et pour lesquelles D. Eargeton et F. Bourlière nous ont prêté leur collaboration, ont montré une fois de plus l’action puissante de l’oxygène sur la dissociation de la earboxyhémoglobine. Un air oxygéné à 60 pour ioo a donné d’excellents résultats dans les conditions expérimentales oîi nous nous sommes placés.
- En vue de la pratique d’une oxygénothérapie prolongée, notre service hospitalier de Necker est pourvu également de tentes à oxygène que nous avons réalisées depuis quelques années avec MUe Bocliet et dont nous donnerons une description sommaire.
- Notre tente (fig. 4) est faite d’un tissu imperméable d’aérostalion dans lequel se trouvent ménagés de larges voyants de rhodoïd ininflammable. Sa capacité se limite à la partie supérieure du corps du patient qu’elle recouvre, partiellement seulement, sous la forme d’un cabriolet extensible. Elle se dispose sur un cadre pliant qui permet de la relever ou de l’abaisser instantanément et un support mobile réglable en hauteur et en direction, facilite son adaptation sur un
- brancard ou un lit de malade. L’oxygène est distribué au moyen de tubes contenant 2 à 3 000 1. de gaz comprimé à haute pression. Un ma-nodétendeur détend ce gaz et indique le débit délivré par minute. Il faut encore veiller au bien-être du patient et pour cela rafraîchir et dessécher l’atmosphère de la tente. C’est ici le problème du conditionnement qu’il faut résoudre comme dans les lieux habités et séparés de l’air extérieur. Dans notre dispositif, l’agent moteur est l’oxygène même qui, du fait de sa pression dans le tube de réserve peut entretenir iine ventilation active au moyen d’une trompe à gaz.
- Un bac réfrigérant est placé au chevet de la lente, à l’intérieur du cabriolet, une cloison Je sépare en deux compartiments et supporte une épaisse couche de glace fractionnée en morceaux. La trompe est disposée verticalement au centre du bac ; l’oxygène l’alimente et pénètre sous pression à travers sa lumière en produisant un appel d’air suroxygéné à travers la couche de glace. L’atmosphère de la tente est ainsi renouvelée et rafraîchie au contact de la glace ; l’excès de l’humidité s’y dépose par condensation et le degré hygrométrique se maintient à un niveau satisfaisant.
- Ainsi, avec l’oxygène, nous avons un puissant recours contre l’intoxication oxycarbonée. Il faut y faire appel précocement, de façon prolongée, utiliser non pas le parcimonieux ballon mais le tube d’oxygène de l’industrie, celui qu’on trouve à l’usine, au garage et qui contient quelques milliers de 1. d’oxygène comprimé à haute pression. Nous ne manquons pas d’appareils et durant la guerre, nos camions d’oxygène munis de masques, pourvus d’une réserve de 70000 1. d’oxygène, ont apporté dans certains secteurs leurs moyens de secours ; camions de guerre, sans doute, mais la paix n’exclut pas les catastrophes, les incendies. De tels appareils doivent rester prêts à répondre aux besoins du temps de paix.
- Mais, dira-t-on, n’y a-t-il pas d’autres traitements que l’oxygénothérapie ? On a pensé à Vhyposulfite de soude et nous avons nous-même étudié son action nettement anlitoxique envers certains éléments nocifs du gaz d’éclairage ; on a parlé du bleu de méthylène, on a beaucoup parlé de l’éphédrine.
- Nous avons pu faire certaines déterminations expérimentales en vue d’étudier l’action des éphédrines sur l’intoxication oxycarbonée. Nos expériences ont été réalisées avec du chlorhydrate d’éphédrine gauche, du sulfate d’éphédrine l'acémique, un mélange de noréphédrine et de pseudo-noréphédrine. Les résultats ont été nettement favorables. Sous l’influence de l’injection intraveineuse d’éphédrine (10 à 20 mg. par
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- kg.), le rythme et l’amplitude respiratoires sont nettement augmentés. Chez le chien oxycarboné, cette augmentation a varié entre 20 et 100 pour 100 ; la durée de cette hypervenlilation dépasse une demi-heure. Elle a sa répercussion sur l’élimination de l’oxyde de carbone, qui se trouve ainsi facilitée. D’autre part, l’animal intoxiqué antérieurement et restant plongé dans le coma oxycarboné. peut sortir brusquement de ce coma sous l’influence de l’injection d’éphédrine.
- On a encore envisagé l’opportunité de la saignée ; faut-il saigner les malades intoxiqués par l’oxyde de carbone ? Certains thérapeutes l’ont px’éconisée, mais d’autres, plus prudents, ne conseillent la saignée que si elle est suivie de transfusion. Nous avons montré récemment, en effet, que la saignée suivie de transfusion, saignée sur un bras pendant que l’on transfuse dans l’autre (on prélève du sang asphyxique d’un côté, on injecte du sang frais de l’autre...), donne des résultats étonnants et qu’en xo minutes on a pu ainsi désintoxiquer un chien. Mais la grande médication facile et puissante reste l’inhalation d’oxygène.
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- En résumé, répétons que l’intoxication oxycarbo-née, fréquente, insidieuse, gi'ave, est parfaitement du domaine de la thérapeutique. On sait bien aujourd’hui qu’on peut la guérir... disons plus, qu’on doit la guérir, avec la restriction des cas où surviennent des complications nerveuses graves.
- En présence d’un intoxiqué profondément atteint, celui qui fait pi’écocement la respiration' artificielle, avec conviction, avec pei’sévérance, et parce que son devoir est de la faire, celui qui sait que l’oxygénotlxé-xapie est une arme puissante et qui la pratique sans retard, avec des moyens simples, des moyens de fortune, au besoin, mais sans se lasser ni se découi'ager, verra souvent le succès de soir intervention.
- L’effort coûte peu au prix d’un pareil résultat (x).
- Dr Léox Bixet,
- Membre de l'Académie de Médecine, Professeur à la Faculté de Médecine de Paris.
- I. Ces faits viennent d’être communiqués à l’Académie de Médecine (t. CAXI1I, p. 724, 1940) et ont fait l’objet d’une conférence au Palais de la Découverte (13 décembre 1940).
- = LES VOIES NAVIGABLES ET LA BATELLERIE =
- À l’heure où la pénurie d’huiles de graissage d’une part et de caoutchouc de l’autre, menace de porter atteinte à l’activité des chemins de fer et à celle des transports routiers, l’attention se porte avec anxiété sur les voies navigables d’ordinaire par trop dédaignées. Au premier rang des raisons de ce dédain il y a lieu de placer la guerre de tarifs que leur opposent les voies ferrées.
- Il est hors de doute que l’utilisation des fleuves et rivières fut le premier moyen de grandes communications employé par l’homme. Le second fut la x'oute, et les chemins de fer n’apparurent qu’api’ès des milliei’S d’années. Concurrents des voies navigables, ils se plaignirent de celles-ci et oblinx'ent, ti'op souvent, satisfaction parce qu’ils étaient entre les mains de puissantes compagnies, aloi'S que la navigation intérieure est artisanale à raison de 62 pour 100, d’où son manque d’influence et la difficulté de donner à ses revendications une cohésion indispensable.
- I. — LES VOIES NAVIGABLES
- Les voies navigables sont les unes naturelles, les autres artificielles. Les pi'emières comprennent les fleuves et rivières, les secondes les canaux.
- Les fleuves et rivières se subdivisent, à leur tour, en artères navigables, les seules qui nous intéi’essent ici, et voies non navigables ni flottables, dont nous n’avons pas à nous occuper.
- Creusés par la main de l’homme les canaux servent
- tantôt à relier deux voies naturelles, tantôt à créer, latéralement à celles-ci, des artères qui les doublent et qui sont plus accessibles à la navigation .
- Nous touchons ici à une question qui a déjà fait couler des flots d’encre, et qui ne semble pas piès d etre tranchée. Vaut-il mieux ti’availler à la navigabilité du lit d’un cours d’eau ou le doubler au moyen d’un canal latéral alimenté par lui ? Les deux solutions, qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients, comptent des partisans acharnés.
- Sur les 17 5oo km. de longueur de notre réseau fluvial, c’est à peine si 12 000 sont fi’équentés, dont 6 000 se composent de canaux, ce qui représente environ le quart de la longueur du rail.
- Les voies navigables sont établies et entretenues par l'État. Depuis la loi du 19 février x88o la circulation y est gratuite. Chaque année des crédits sont prévus, au budget pour leur entretien et leur amélioration. Pendant la guerre de 1914 elles avaient été sérieusement endommagées. Or, depuis cette époque jamais les crédits des deux postes visés n’ont atteint, en valeur or, les chiffres antérieurs. D’où notre infériorité sous ce rappori.
- Une autre cause provient d’un manque de plan d’ensemble. Au lieu d’avoir établi le réseau navigable selon un gabarit uniforme et des vues généi’ales, on n’a envisagé, trop souvent, que des intérêts régionaux. Il en est résulté un disparate aussi onéreux que préjudiciable à la rapidité des transports.
- C’est ainsi que, par exemple, pour atteindre les canaux du centre, dont le tirant d’eau est moindre, il faut procéder à un transbordement de la marchandise,
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- ce qui nécessité des frais supplémentaires, occasionne des retards et parfois des détériorations. Cette différence est constatée officiel-lement par une loi du 5 août 1879 qui classe les voies navigables, suivant leur tirant d’eau, en lignes principales et lignes secondaires.
- Pour franchir les dénivellations, on construit des seuils ou des barrages, flanqués, latéralement, d'écluses destinées au passage des bateaux d’un bief dans un autre. Les dimensions réglementaires de ces écluses sont fixées par la loi du 5 août 1879 : longueur 38 m. 5o, largeur 5 m. 20, mouillage 2 m. 20 au minimum. Une plus grande unification serait à désirer, les unes pouvant sasser plusieurs bateaux à la fois,
- Fig. 1 à 5. — Quelques aspects de la navigation fluviale.
- ]. Entrée à Marseille du canal du Rôve ; 2. Sortie du ?nème canal ; 3. Le canal de la Marne au Rhin, à Dombasle (Meurthe-et-Moselle) ; 4. Le Rhône à Pont-Saint-Esprit ; 0. Passage en aqueduc du canal de Rourgogne.
- alors que d’autres n’en peuvent contenir qu’un seul.
- Le rendement des écluses constituant un important facteur de rapidité pour les transports, l’attention de l’administration des Ponts et Chaussées y a été appelée dès le lendemain de la dernière guerre. Elle s’est al tachée à en diminuer le nombre et surtout à en activer la manœuvre. La plupart fonctionnaient à bras d’homme ; peu à peu on y substitue l’action mécanique, grâce à l’électricité, ce qui constitue un grand progrès. Mais il en reste encore beaucoup trop à transformer. Toujours par insuffisance de crédits.
- De distance en distance, sur les voies dont le manque de largeur empêche le croisement de deux péniches, il est établi des sortes de garages pour remédier à cet inconvénient.
- La guerre actuelle n’a pas été sans causer de grands dommages aux voies navigables. ’ Les débris des ponts que faisaient sauter les troupes en se x'etirant, les épaves des péniches coulées, incendiées ou avariées, constituaient autant d’obstacles à la navigation qu’il importait de réduire ou de faire disparaître dans les plus brefs délais.
- Au moment de l’armistice, 5 200 km. de ces voies se trouvaient bloqués. Quatre mois plus tard, 4 000 étaient rendus à la circulation qui, à l’heure actuelle,
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- est redevenue possible sur la totalité du réseau. C’est un travail considérable qui, dans les conditions où il a été accompli, représente un véritable tour de force.
- Un crédit de 3oo millions est affecté à la continuation du programme d’améliorations poursuivi depuis vingt ans, 600 autres millions sont prévus pour : le remplacement du barrage de Marly et le bief de Meulan en Seine, le bief de Janville sur l’Oise, les travaux de Seure sur la Saône, etc...
- If. - LE MATÉRIEL FLOTTANT
- Le matériel utilisé par la batellerie se compose de chalands et de péniches dont le prototype est celle du Nord appelée bélandre. Le dernier recensement effectué, qui date de ig35 a donné 6 925 bateaux pontés et 3 48i chalands découverts, jaugeant ensemble 3 198 397 tonnes.
- La moitié sont conduits par leur propriétaire. 5 3oo de ceux-ci ne possèdent qu’un seul bateau ; ils représentent 92 pour 100 du total.
- 8 365 de ces bateaux comportent des cabines pour le logement du marinier et de sa famille. Ils abritent une population de 28 516 personnes qui se décompose comme suit : 10 667 hommes, 7 892 femmes et
- 10067 enfants.
- Ces nomades, qu’il n’est pas facile de saisir, étaient privés d’un certain nombre des avantages que procure la vie en société. Il a fallu créer, à leur usage, des institutions spéciales, telles quecoles, catéchismes et autres.
- Dans les chiffres ci-dessus ne sont compris ni les bateaux-citernes, ni ceux construits spécialement pour le transport en vrac des liquides. En dehors des propriétaires artisans, on compte un certain nombre de sociétés, dont l’une des plus importantes est l’H. P. L. M. (Havre, Paris, Lyon, Marseille).
- Sur le Rhin naviguent des péniches qui atteignent jusqu’à 1 4oo t. Celles de la Seine vont de 600 à 1 000 t. Le modèle courant, avons-nous dit, est celui de la bélandre flamande. Ses principales caractéristiques sont : longueur 38 m. 5o, largeur 5 m., tirant d’eau 1 m. 80, port réel 280 t., port nominal 3oo t.
- Construite en bois, avec de larges flancs, arrondis sur l’avant et sur l’arrière, la bélandre, gréée et meublée, coûtait avant 1914, environ 16 000 fr. Son prix est actuellement plus que décuplé.
- Ensuite est venu le navire en fer, tout d’abord construit sur un gabarit identique. D’un prix plus élevé il présente d’appréciables avantages : il dure plus long-
- temps, se montre plus solide, et coûte moins cher à réparer.
- Après la guerre de 1914, quand il s’est agi de reconstituer la flotte batelière, l’Office national de la Navigation a établi les plans d’un bateau en fer, dit « péniche de réparations » qui fut, sous sa surveillance, construit en Allemagne. Du prix de 60 000 francs, il était cédé aux mariniers moyennant le paiement d’un acompte. Le reste était versé par annuités et comportait la charge d’intérêts au taux des plus modérés de 3 pour 100. 614 unités neuves furent ainsi mises en circulation sur les 65o prévues.
- Aujourd’hui la situation est beaucoup plus défavorable. Au cours des hostilités récentes, 2 280 péniches ont été coulées, pour des raisons diverses. 600 ont fait l’objet de réquisition de la part des autorités d’occupation. Sur le total des péniches perdues, 3oo à 4oo environ ont pu — ou pourront — être récupérées.
- Non seulement nous n’avons plus à compter sur un apport allemand de constructions neuves, mais nous pouvons nous demander où trouver les tôles et cornières nécessaires à ces constructions. La question est d’autant plus inquiétante que la proportion des navires à coque métallique est en augmentation sensible, comme le prouvent les chiffres suivants tirés du dernier recensement.
- Sur 10 407 péniches, on en compte 6 523 en bois, 3 628 en fer, 174 en fer et bois et 82 en ciment armé. 586 navires-citernes y figurent, qui représentent 226 697 t. Les besoins croissants en combustibles liquides ne feront qu’augmenter le nombre de ces navires spécialisés.
- Une cause supplémentaire d’inquiétude est constituée par la médiocrité de l’assurance de guerre. Déclarée obligatoire, elle ne couvre en général que 60 000 fr., plus 3o pour 100, alors que la péniche vaut plus du triple. Où le marinier trouvera-t-il la différence ?
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- Serait-il équitable de la lui faire supporter P Autant d? questions qu’il importe de ne pas laisser plus longtemps sans réponse si l’on veut que la batellerie soit apte à jouer le rôle important qui lui incombe.
- Rappelons qu’en matière de navigation intérieure il n’est perçu aucune taxe ni pour le parcours accompli, ni pour le franchissement des écluses, ni pour la mise à quai ou le stationnement du bateau. Empêchée par l’insuffisance des crédits de procéder à des améliorations de grande envergure, l’administra lion des Travaux Publics avait proposé de percevoir sur les usagers, un léger droit dont le produit y eut été spécialement affecté. Ce projet a rencontré une telle opposition qu’il a fallu y renoncer.
- C’est alors quelle s’est rabattue sur un plan plus modeste, mais d’une utilité incontestablement immédiate. Tout d’abord amener les voies intérieures aux mêmes dimensions que les autres, de manière à éviter les inconvénients du transbordement.
- Ensuite faire passer de i m. 80 à 2 m. 4o le tirant d’eau des canaux les plus fréquentés. En conséquence les bélandres, pouvant enfoncer davantage, porteront 35o t. au lieu de 280.
- Ce sont ces mesures dont l’exécution se poursuit avec toute l’activité susceptible étant donnée l’insuffisance des crédits.
- Il nous faut bien dire un mot de la coordination des moyens de transport qui fut, pendant quelque temps, très à la mode. Trois sortes de véhicules y sont en jeu : le wagon, le camion et la péniche. Ce que l’on s’est surtout efforcé de réaliser, c’est une répartition entre les deux premiers avec l’arrière pensée d’aider la voie ferrée. Quant au troisième d a été résolument sacrifié, en dépit de ses protestations réitérées.
- A l’heure actuelle c’est la péniche qui, par la force des choses, passe au premier plan de l’actualité. Force est donc de s’occuper de lui assurer la place qui lui revient. Il faut espérer que cet intérêt ne sera point
- passager, et que les bonnes dispositions actuelles continueront à se manifester.
- La délimitation semble pourtant facile à faire. A la voie navigable doivent revenir les matières pon-déreuscs, de peu de valeur, de conservation facile, qui n’ont rien à craindre de la durée du voyage. En tout état de cause cela désencombrera le chemin de fer qui pourra consacrer son activité au transport de colis d’un rendement supérieur. Chacun y trouvera donc son bénéfice.
- Une mesure, insérée au Journal officiel du ?,3 avril 19/10 interdit le transport par voie ferrée, quand la distance dépasse 3oo km., de certains produits tels que la chaux, les matériaux d’empierrement. C’est un premier pas dans la bonne voie. Mais les intéressés le jugent insuffisant. Ils estiment qu’il ne produira d’effets utiles que si la distance est abaissée à 200 km.
- Tout ce qui concerne l’exploitation des voies navigables a été confié à l’O. N. N. (Office national de la Navigation) créé par la loi du 27 février 1912, et qui dépend du Ministère des Travaux Publics. Il a pour objet :
- i° de centraliser et de porter à la connaissance du public, les renseignements de toute nature concernant la navigation intérieure ;
- 20 de rechercher tous les moyens propres à développer la navigation, de provoquer et au besoin de prendre toutes mesures tendant à améliorer l’exploitation des voies navigables.
- Il possède la personnalité civile et l’autonomie finanr ci ère.
- A peine avait-il commencé à fonctionner qu’éclata la guerre de 1914, à la suite de laquelle il fut reconnu que des assouplissements étaient nécessaires. Ce fut l'objet du décret du 22 décembre 1920 qui lui donna une allure plus commerciale grâce à laquelle il a pu réaliser des bénéfices, tout en répondant mieux à son institution.
- On a vu le rôle qu’il joua dans la reconstitution de la flotte batelière, Nous aurons l’occasion d’en reparler à propos de la traction.
- Une loi insérée au Journal officiel du 23 décembre 1940, l’a réorganisé avec extension de ses attributions. A celles qui sont énumérées ci-dessus il faut notamment ajouter :
- la centralisation de tous les renseignements et des statistiques, en en assurant la publication s’il y a lieu ;
- l’exploitation technique et commerciale des voies navigables ;
- la perception, pour le compte de qui il appartient, des taxes instituées par la législation sur l’affrète-
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- ment, la coordination des transports et des péages qui viendraient «à être établis pour l’usage des voies navigables.
- Au centre de cette organisation fonctionne un direc-
- teur, assisté d'un conseil de direction, et un comité consultatif dans lequel entrent des représentants des usagers.
- (à suivre) G. de Raolix.
- LE PROBLÈME DE LA POMME DE TERRE
- Historique. — La pomme de terre {Solanum lubc-rosum L.) est originaire de l’Amérique du Sud. Avant la découverte du Nouveau Monde, elle était cultivée de temps immémorial par les indigènes de la Cordillère des Andes. Introduite en Europe au x\T siècle, elle fut d’abord cultivée en Espagne et dans les lies britanniques, puis aux Pays-Bas et en Allemagne. Au xvme siècle, Parmentier, pharmacien militaire français, prisonnier de guerre en Allemagne, comprit tout le parti qu’on pouvait tirer de cette plante et, dès son retour de captivité, il en propagea la culture eu France. De cette époque date la disparition des famines dans nos contrées.
- Dégénérescence de la pomme de terre. — L’acclimatation de la pomme de terre en Europe rencontra dès le début de sérieuses difficultés. Au xvT siècle, le botaniste français de l’Escluse rapporte que les semis de graines de pomme de terre donnaient des plantes qui fleurissaient, mais qui ne produisaient pas de tubercules. Plus tard, Parmentier observa de nombreux cas de « dégénération » de la plante : dans des champs entiers la végétation paraissait satisfaisante, mais, a l’arrachage, aucun tubercule n’était récolté. De nos jours, des maladies dites de dégénérescence, qu’il est classique d’attribuer à des virus filtrables, s’observent avec une extrême fréquence. Ces maladies, qui se propagent d’année en année par les tubercules des plantes atteintes, entraînent une diminution progressive des récoltes qui, à la longue, se trouvent réduites à rien. Elles compromettent gravement l’avenir meme de l'espèce.
- La propriété de produire des tubercules ne s’est donc pas maintenue sans peine chez la pomme de terre cultivée. Aussi a-t-on cherché à découvrir des facteurs capables de provoquer ou de favoriser la tubérisation.
- Symbiose et tubérisation. — Noël Bernard (1902-190/1-1909) démontre que, chez les Orchidées, la formation des tubercules (aussi bien que la germination des graines) est due à des champignons symbiotiques qui s’associent étroitement aux racines pour former des organes composites appelés « mycorhizes ». 11 pense qu’il en est de même chez la pomme de terre, mais, contre son attente, il ne parvient pas à découvrir de mycorhizes chez la pomme de terre cultivée. Il en déduit que la plante devait, dans son pays d’origine, héberger des champignons symbiotiques, mais qu’après sa mise en culture, elle s’est affranchie de la symbiose, par suite de sa transplantation hors de ses
- slations naturelles, dans des terrains où manquent les champignons capables de s’associer avec elle.
- Cette hypothèse est confirmée par la découverte de mycorhizes parfaitement caractérisées dans un pied de pomme de terre sauvage, récolté au Chili dans une station naturelle (Mwe Noël Bernard et J. Magrou, ! 911 ) -
- Culture symbiotique de la pomme de terre. ____________
- Des champignons identiques existent chez la Douce-amère (Solanum dulcamara L.), plante sauvage vivace, voisine de la pomme de terre et assez commune dans nos contrées. Si 1 on sème des graines de pomme de ferre dans un terrain (non fumé) où croît la Douce-amère, une partie des plantes obtenues contractent la symbiose avec le champignon de celte espèce, tandis que d’autres résistent à l’infection. Or seules produisent des tubercules les piaules chez lesquelles des mycorhizes se sont formées (J. Magrou, igi4) (x). Il y a
- 1. Pour les figures correspondant à cette expérience, voir J. Maghoc, Symbiose et tubérisation, Ann. Sc. nat., Bot. (Masson, édit,.), 10e série, t. 3, 1021, p. 181, planches I à III.
- Fig. J. — Le professeur Magrou dans son laboratoire.
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- Fig. 2. — Coupe de radicelle de pomme de terre cultivée dans les terrains à mycorhizes dû Pic du Midi, montrant l’aspect microscopique du champignon symbiotique. Au centre, deux vésicules formées par le champignon. Grossissement x 400.
- (Photo P. Jcantet).
- donc, dans les conditions de l’expérience, corrélation entre l’adaptation à la symbiose et la tubérisation.'
- Partant de là, il paraissait indiqué, pour favoriser la production des tubercules, de cultiver la pomme de terre dans les terrains où la Douce-amère croît spontanément. Mais celte plante n’est pas assez répandue dans la nature pour que la méthode offre un intérêt pratique. Par contre il existe des sols où des plantes abondamment pourvues de mycorhizes sont extraordinairement nombreuses : ce sont les terrains des hauts pâturages alpestres (Costantin et Magrou, 1926). D’où l’idée de semer la pomme de terre dans de tels terrains, avec l’espoir qu’elle contracterait symbiose avec certains des champignons qui y pullulent.
- L’expérience, réalisée sur les pentes du Pic du Midi, grâce à la précieuse collaboration de M. J. Bouget, botaniste de l’Observatoire du Pic, s’est montrée concluante ; des graines semées dans des terres de prairie de celte montagne ont donné des plantes dont les racines étaient largement envahies par des champignons symbiotiques (fig. 2) et qui ont produit, en l’absence de toute fumure, une récolte abondante de tubercules. Par contre, des semis des mêmes variétés faits à la même époque en terre de champ ordinaire, à Bagnôres-de-Bigorre, n’ont donné aucun tubercule (Costantin, Magrou et Bouget, 1934).
- Applications pratiques. — Les tubercules provenant de ces semis en montagne n’ont pas tardé à se répandre parmi les cultivateurs de la région du Pic du Midi, qui apprécient leurs qualités de productivité et de résistance aux maladies. Aussi la méthode de cul-
- ture symbiotique de la pomme de terre, issue de nos expériences publiées en 1914 et en 1934 est-elle aujourd’hui en voie d’application dans la région pyrénéenne. Les semis faits dans ces conditions donnent des rendements remarquables (26 à 64 tubercules par pied en moyenne) ; ces tubercules « primaires », replantés dans les mêmes terrains à mycorhizes, fournissent en abondance de gros tubercules « secondaires » qui constituent, du point de vue de leur état sanitaire, des semences de qualité exceptionnelle ; les maladies à virus ne se propageant pas par les graines, et les cultures étant faites à grande distance des champs contaminés, ces tubercules ont, en effet, toutes chances dêtre indemnes de virus.
- Tubérisation asymbiotique en milieux concem très. — Les données précédentes soulèvent deux questions : i° Par quel mécanisme les champignons provoquent-ils la formation des tubercules ? 20 Comment, dans nos champs, les pommes de terce continuent-elles à lubériser, malgré la disparition de ces champignons P L’expérience suivante permet de répondre à celle double interrogation.
- Les champignons symbiotiques attaquent l’amidon qui se trouve en abondance dans les cellules des racines et le transforment en glucose. La présence de ce sucre, dissous dans les sucs de la plante, ne serait-elle pas la cause de la tubérisation ? En ce cas, on devrait pouvoir obtenir des tubercules sans le concours du champignon, en cultivant la pomme de terre sur des solu-
- Fig 3. — Culture aseptique en tube de la pomme de terre, par semis aseptique de graines sur milieu qlucosé. A gauche, faible éclairage ; à droite, fort éclairage et formation de tubercules.
- (Photo P. Jean tet).
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- lions glucosées convenablement concentrées. Des graines de pomme de terre, désinfectées par l’eau oxygénée, sont semées aseptiquement dans des tubes stérilisés, sur plaques de coton imbibées de solution nutritive minérale pure ou renfermant du glucose à diverses concentrations. Dans ces conditions, et en exposant les cultures à une bonne lumière diffuse, on obtient, dans les tubes ne renfermant pas de glucose ou n’en renfermant qu’à faible dose, des plantules feuil-lées bien développées mais qui ne pi’oduisent jamais de tubercules. A partir d’une certaine concentration en glucose, il sc forme de petits tubercules de structure normale. A des concentrations plus fortes, la formation des tubercules est à la fois plus précoce et plus abondante (Magrou, 1908) (fig. 3 et 4). On arrive au même résultat si l’on substitue au glucose, à doses équimoléculaires, d’autres glucides tels que la glycérine (Magrou, 1939), ou le saccharose (Molliard, 1939).
- On s’explique par là, que dans nos champs, les pommes de terre, bien qu’affranchies de la symbiose, continuent à produire des tubercules, la fumure et les engrais ayant pour résultat d’accroître la concentration des solutions qui imbibent le sol où se développe la plante. Il semble d’ailleurs que, dans les conditions artificielles où elle vit actuellement, l’espèce n’ait pu se maintenir que grâce aux soins culturaux dont elle est entourée. Il est remarquable, en effet, que la
- Fig 4. — Tubercule aseptique plus grossi. On y voit les yeux et les lenlicelles.
- Fig. 0. — Coupe longitudinale dans une radicelle de pomme de terre provenant d’un tubercule aseptique planté dans un terrain à mycorhizes du Pic du Midi. Grossi 100 fois. Le champignon {orme des masses colorées dans la partie moyenne de l’écorce.
- (Photo P. Jcantct).
- Fig. 0. — Récolte provenant d’un tubercule aseptique transplanté dans -un terrain à mycorhizes du Pic du Midi.
- (Photo P. Jcantct).
- pomme de terre, bien que sa culture soit très répandue, ne se rencontre qu'exceptionnellement à letat spontané. Or, dans les cas très rares où elle se développe et se propage par tubercules sans aucune intervention de l’homme, on retrouve dans ses racines les mêmes champignons de mycorhizes que chez ses ancêtres sauvages (Magrou et Bouget, 1939).
- Du fait que les virus ne se propagent pas par les graines, les tubercules provenant de semis aseptiques et développés dans des tubes à l’abri de toute contamination extérieure, en sont rigoureusement exempts. Transportés dans les terrains à mycorhizes du Pic du Midi, ils se développent vigoureusement et sont largement envahis par les champignons symbiotiques (fig. 5) ; dans ces conditions chacun de ces tubercules, gros comme un grain de blé environ, produit, en l'absence de toute fumure, une belle récolte de tubercules de grosseur normale, utilisables comme semences (Magrou, Legroux et Bouget, 1940) (fig. 6).
- APPLICATIONS A L'AGRICULTURE. PROPHYLAXIE DES MALADIES DE DÉGÉNÉRESCENCE
- i° Méthode symbiotique. — Pour appliquer en grand la méthode symbiotique, il suffirait de généra-
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- liser les essais actuellement en cours au Pic du Midi et dans les régions environnantes : explorer méthodiquement les régions incultes du territoire français, y rechercher les stations riches en plantes à mycorhizes, faire dans ces stations des semis d’épreuve et retenir pour la culture celles qui donneraient des résultats favorables. En plantant dans les mêmes terrains, toujours non fumés, les tubercules primaires provenant des semis de graines, on obtiendrait dès la seconde année une abondante récolte de tubercules utilisables comme semences. En ayant soin d’opérer à bonne distance de tout champ de pommes de terre, on réduirait au minimum les risques de contamination et les semences produites auraient toutes chances d’être saines (La méthode de sélection sur plants provenant de tubercules, actuellement en usage pour la production de semences saines, exige cinq ans et n’offre pas de garantie absolue, en raison de l’existence d’infections inapparentes).
- Pour généraliser la méthode symbiotique, l’idéal serait évidemment de cultiver les champignons de mycorhizes, de manière à pouvoir les répandre dans les champs de pommes de terre. Malheureusement, le problème est d’une extrême difficulté, et jamais les champignons de ce type n’ont pu être cultivés, en dépit d’innombrables tentatives. Au cours de notre récent séjour à l’Observatoire du Pic du Midi à Bagnè-res-de-Bigorre (août ig4o), grâce à certains artifices de culture, nous avons pourtant réussi, avec Mme M. Ma-grou, à obtenir des débuts de développement in vitro du champignon symbiotique de la pomme de terre. Tous les efforts au laboratoire doivent tendre à améliorer ces premiers résultats.
- 2° Méthodes asymbiotique et symbiotique com= binées, — L’emploi des semis aseptiques de graines en solutions glucosées permet d’éliminer à coup sûr les
- rares chances de contamination accidentelles que la méthode précédente poui'rait laisser subsister. Pour obtenir des tubei’cules rigoureusement exempts de virus, il suffirait, lors de la transplantation dans les terrains à mycorhizes des tubercules aseptiques obtenus en tubes, de protéger les cultures contre les pucerons transmetteurs de virus au moyen de grillages métalliques ou de tentes de mousseline telles qu’on en emploie dans les exploitations agricoles des Etats-Unis. On pourrait encore faire des cultures précoces dans la région méditerranéenne, de manière à récolter avant l’apparition des pucerons.
- Mais il importe, pour arriver par celte voie à des résultats pratiques, de multiplier au maximum les tubes de culture. Avec M. Legroux, nous avons semé aseptiquement, dès l’hiver et le printemps derniers, environ i5o ooo graines de pomme de terre, réparties en 3o ooo tubes. Les plantules obtenues commencent actuellement à produire leur récolte de tubercules.
- D’autre part, la technique des semis en tubes permet de produire à peu de frais et dans un espace restreint, des centaines de milliers de plantes aseptiques sur lesquelles il est possible d’exécuter les expériences les plus variées. Nous préparons en ce moment, avec M. Legroux, des essais d’immunisation de ces plantules au moyen de divers antigènes.
- IMPORTANCE ÉCONOMIQUE DU PROBLÈME
- Du fait des maladies de dégénérescence, la récolte de pommes de terre, qui devrait être, en France, pour i 4oo ooo ha. de culture, de 320 à 280 millions de quintaux, se trouve réduite à i5o millions de quintaux environ. Sur les a5 millions de quintaux de semences qu’exigent lés plantations françaises, 1 3oo ooo quintaux seulement sont des tubercules sélectionnés, issus de planls exempts de dégénérescence ; ces semences saines provenaient, avant la guerre, soit des syndicats français (200 ooo quintaux), soit d’achats à l’étranger : Allemagne, Hollande, Esthonie, etc... (1 xooooo quintaux). Il va sans dire que cette situation, déjà fort alarmante, se trouve considérablement aggravée du fait des événements récents. Elle laisse entrevoir, à plus ou moins longue échéance, la disparition de la plante qui représente la garantie la plus sûre contre les famines.
- Si les méthodes que nous proposons, et qui ont reçu déjà un commencement d’application, pouvaient être généralisées à l’ensemble des régions favorables du territoire français, la situation se renverserait en quelques années, et la France arriverait à produire plus de semences saines qu’il ne lui en faut pour ses propres plan tâtions.
- J. Magrou,
- Chef de"Service à l’Institut Pasteur.
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- : LA VOITURE ÉLECTRIQUE
- SES POSSIBILITÉS ACTUELLES
- Fig. 2. — Camionnette légère Sovel pour livraison porte à porte. Charge utile : 1 000 kg. ; vitesse : 25 km. à l’heure ; parcours : 00 à 70 km.
- Le problème des transports est, comme chacun le sait, l’un des plus angoissants de la présente époque. Une foule de nécessités alimentaires ou industrielles y sont liées. La multitude des véhicules à moteur à explosions, qui concouraient à satisfaire nos besoins divers, est réduite par suite de la raréfaction de l’essence à quelques uni-lés qui ont toutes leurs aises dans nos avenues désertes.
- La solution n’est pas aisée à obtenir. Et pourtant on fait appel à toutes les ressources d’énergie qui nous étaient accessibles.
- Le nombre des voitures à gazogène, à gaz de ville, à acétylène et enfin de voilures électriques augmente peu à peu, assez péniblement, car on se heurte bien vile, dans tous les domaines, à quelque difficulté de ravitaillement en matières premières.
- Certains s’étonnent de ne pas voir se multiplier plus rapidement les véhicules électriques. Ces derniers ne constituent pourtant pas une nouveauté ; ce sont eux qui paraissaient jadis devoir remplacer le cheval. Dès i8g5, il y avait des fiacres électriques dans les rues de Paris. L’Automobile Club de France organisait même en 1898 un concours de fiacres. En 1898, Jénatzy, à Achères, sur sa voiture électrique « La jamais contente », éleva pour la première fois le record du mone de vitesse à plus de 100 km.
- à l’heure, exactement à io5 km. 900 à l’heure.
- Mais celle gloire fut de courte durée ; malgré quelques adeptes fervents, Krieger entre autres, l’industrie du véhicule électrique ne put en France prendre une place importante, et c’est au pétrole, à l’essence, que l’on demanda d’actionner nos voitures.
- La transformation de l’énergie électrique en énergie mécanique est cependant très facile et présente des avantages pratiques indiscutables. D’ailleurs les tramways électriques ont sillonné, ou sillonnent encore, économiquement, nombre de grandes villes de France ; les locomotives électriques sont en service régulier sur quelques-uns de nos grands réseaux de chemin de fer ; l’exploitation de lignes de trolley-bus, dans les régions alpestres notamment, donne toute satisfaction, et il est à remarquer qu’aux Etats-Unis même, pays du pétrole, les trolley-bus sont nombreux.
- Si l’on n’envisage que les produits consommés, on a bien meilleur compte d’emloyer l’électricité. Ainsi en admettant le prix du kilowatt-heure à o fr. 5o, celui du litre d’essence à 5 fr., on trouve, en tenant compte des rendements, que le cheval-heure coûte o fr. 4625 en utilisant l’électricité et 2 fr. 126 en utilisant l’essence ; cette dernière est 4,6 fois plus chère.
- Fig. 1. — Fourgon tôlé sur châssis Sovel.
- La charge utile est de 2,5 t., la vitesse 20 à 22 km. à l’heure. Le parcours varie suivant la charge et les lieux de 40 à G0 km.
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- électriques ceux déjà que
- Fig. 3. — Chariot Satme pour service intérieur type DA.
- Les quatre roues sont directrices. Charge utile : 2 000 kg. ; vitesse : 10 km. à l’heure ; parcours : 20 km.
- Manquons-nous de source d’électricité en France ? Que non pas. Toutes les forces hydrauliques dont nous pouvons disposer ne sont pas encore aménagées, mises en service ; cependant on estime qu’avec les installations actuelles on peut, sur les 20 milliards de kW./li. produits, disposer de 3 milliards de kW./h. environ capables d’assurer l’alimentation de i5o 000 véhicules. Or on ne compte pas plus de 1 200 à 1 5oo voitures électriques en service dans notre pays.
- En outre l’énergie mécanique est tirée directement de l’électricité par le moteur électrique, dont la marche est beaucoup plus simple que celle du moteur à essence. Le moteur électrique est particulièrement apte à actionner une voiture. Sa mise en marche est immédiate ; elle s’effectue sans brutalité par la simple manœuvre d’une manette, d’un levier, d’une pédale. On peut faire varier progressivement son effort et sa vitesse dans des limites importantes.
- Il est, en un mot, excessivement souple. D’autre part on sait maintenant parfaitement en construire des modèles robustes et sûrs. On peut lui reprocher d’être un peu lourd, mais il permet la suppression de l’embrayage, de la coûteuse et gênante boîte de changement de vitesse, exigés par le moteur à essence, et par là il reprend son avantage.
- Pourquoi alors, étant donné ce qui précède, la voiture électrique n’a-t-elle pas eu, en temps normal, le succès qu’elle semble mériter et pourquoi surtout, actuellement, n’èst-elle pas au premier plan ?
- C’est que les difficultés d’application de l’électricité à un véhicule isolé sont très sérieuses.
- Elles ne sont pas insurmontables, et d’ailleurs nombreux sont les constructeurs de véhicules
- qui sont venus se joindre à existants. Elles résultent de ce l’électricité, qui a la grande qualité de suivre aisément un fil conducteur, a le gros défaut d’être très difficilement emmagasinée, conservée, transportée, dans un réservoir. Le réservoir, très spécial, qu’on utilise alors est Vaccumulateur électrique. Dans celui-ci l’énergie électrique est fixée, puis extraite, par décomposition, puis recomposition chimique.
- L’accumulateur, tel qu’011 sait le construire, est encore malgré des recherches incessantes, malgré divers progrès récents, loin d’être un appareil idéal. Il est cher, il exige des matériaux spéciaux, il est lourd et encombrant, il est quelque peu fragile et exige une surveillance avertie ; enfin il convient de le charger et de le décharger lentement d’électricité pour qu’il fournisse un service normal et durable.
- C’est donc finalement l’accumulateur qui surtout freine le libre développement de la voiture électrique. Précisons un peu les reproches que nous venons d’énumérer.
- La réalisation d’une batterie d’accumulateurs nécessite l’emploi de matières premières d’un prix élevé et des travaux de préparation assez complexes. 11 en résulte par exemple que le prix initial d’achat d’une batterie normale d'accumulateurs au plomb, capable de fournir une énergie de 9 000 W./h. et convenant pour une petite voiture à moteur de 2 ch. est d’environ 12 5oo fr. Devant celle somme l’acheteur hésite ; et cependant il convient de remarquer que, si l’on tient compte de la reprise de la batterie usée (10 pour 100 du prix d’aclial), l’amortissement de la batterie pour
- Fig. 4. — La voiture électrique Electra réalisée par il/. Pierre Faure.
- Elle assure un parcours de S0 km. avec vitesse en palier de 35/40 km.
- à l’heure.
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- le parcours de 3o ooo km., qu’elle doit au minimum pouvoir assurer, n’est que 37 fr. 5o aux xoo km.
- Le plomb utilisé dans l’accumulateur à électrolyte acide, le nickel et le cadmium utilisés dans l’accumulateur à électrolyte alcalin, sont des métaux qu’on ne trouve pas dans notre sol. Il faut les importer et ils deviennent de plus en plus rares.
- Quant au poids et à l’encombrement, on peut se faire une idée du désavantage où se trouve placé l’accumulateur, en le comparant à l’essence. En tenant compte du très bon rendement du moteur électrique qui atteint 80 pour 100 et du rendement misérable du moleur à explosions qui est de l’ordre de 20 pour 100, on obtient cependant les valeurs suivantes :
- L’énergie disponible est, en kilogrammètres :
- au kg. : 8 000 avec l’accumulateur et 8g4 5oo avec l’essence, soit 112 fois plus ;
- au dm3 (ou 1.) : 23 5oo avec l’accumulateur et 637 5oo avec l’essence soit 27 fois plus.
- En ce qui concerne la fragilité relative de la batterie d’accumulateur et la surveillance de son état, il est aisé et facile de prendre des mesures pour y parer. Mais il y a la recharge qui, pour la batterie au plomb tout au moins, doit être effectuée peu après la décharge. Elle demande plusieurs heures. On la réalise durant la nuit, à poste fixe, en bénéficiant d’ailleurs du prix réduit accordé à ce moment par le Secteur.
- La décharge non plus ne peut être rapide, sans nuire à la vie de l’accumulateur, et il est d’autre part avantageux de conditionner le véhicule électrique pour que la batterie n’ait à fournir qu’une puissance peu élevée et puisse la donner pendant assez longtemps.
- Toutes ces remarques n’ont pas pour but de déprécier le véhicule électrique, mais surtout de montrer nettement ce qu’on peut attendre de lui. Ce sera un véhicule lent, car il ne faut pas dépenser ici inconsidérément de l’énergie pour « faire de la vitesse » ; il aura un rayon d’action limité, car il faut songer à la recharge. Si donc on ne lui demande pas plus qu’il ne peut donner et si un service d’entretien correct est assuré, on disposera d’un moyen de transport économique car, nous l’avons vu, le cheval-électrique est beaucoup moins onéreux que le cheval-essence. En tenant compte des frais d’amortissement et d’entretien, la balance reste nettement en faveur du véhicule électrique.
- Les essais et les études se multiplient actuellement en vue d’en tirer le meilleur parti. Citons en particulier les efforts de la Société des Ingénieurs de l’Automobile qui par ses conférences, ses réunions de techniciens, a permis de fructueux échanges de vues entre constructeurs.
- Examinons maintenant lapidement les principales applications pratiques actuelles de la traction électrique aux transports routiers.
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- Fig. 3. — Le propulseur électrique auxiliaire R B.
- (Photographie « Auto-Yolt »).
- L’application la plus facile était celle se rapportant aux véhicules industriels desservant une région déterminée ou suivant même un parcours fixe : voitures de livraison, de messagerie, voilures municipales. Le nombre de ces véhicules était en progression avant la guerre. Dans certaines villes de France des sociétés ont créé pour eux des garages spéciaux assurant un entretien complet, y compris la charge des accumulateurs ; chaque conducteur vient le matin prendre sa voilure prête à partir.
- Lorsque le service comporte des arrêts nombreux, le véhicule est particulièrement avantageux. D’ailleurs pour le service de livraison « porte à porte », on a mis au point de petites camionnettes, en suivant l’exemple de certains pays où de grosses compagnies possèdent pour le service de ville plusieurs centaines de camionnettes électriques légères toutes semblables.
- 11 est à signaler aussi l’emploi des chariots électriques très en faveur dans les gares, les usines, les marchés, pour le service intérieur, qui lui ont permis d’accélérer et de simplifier la manutention.
- E11 ce qui concerne les voitures particulières, en remplacement des voitures classiques de tourisme, il semble que seuls des modèles de petite puissance soient à envisager. Ils assureront toutes les courses en ville ou en banlieue proche avec facilité et économie. L’accumulateur ne permet pas de longs parcours entraînant le transport d’un poids mort important. Les constructeurs ont sorti ces derniers mois des voi-turelles de tourisme à deux ou parfois trois places, munies de moteurs de 1 à 3 ch. et assurant à la vitesse de 25 à 4o km./h. un parcours moyen de 60 à 80 km. sans recharge. Leur prix a pu être maintenu à une valeur abordable et c’est surtout la pénurie des matières premières qui ralentit leur sortie d’usine.
- La très faible résistance au roulement de la bicyclette a conduit à la construction de « vélo-moteurs » électriques et aussi à la création d’assez nombreux modèles de « vélo-cars ». Les résultats sont remarquablement intéressants, car le cycliste et le dispositif électrique s’aident mutuellement.
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- Notons dans ce domaine une réalisation particulière dans laquelle la batterie d’accumulateurs et le moteur électrique quelle actionne forment un groupe propulseur monté sur deux roues et attelé derrière la bicyclette.
- Il reste finalement certain qu’en dépit des difficultés matérielles de l’heure, nous verrons se multiplier les
- véhicules électriques qui peuvent rendre de réels et grands services et cela d’autant plus qu’ils seront de mieux en mieux adaptés aux besoins des usagers, lesquels sauront, de leur côté, de mieux en mieux les utiliser.
- A. M. Touvy.
- LES CRISES ALIMENTAIRES
- DANS LE PRÉSENT ET DANS LE PASSÉ
- cc Vivre et durer », pour l’instant c’est l’impérieuse nécessité, a-t-il été dit en tête du premier numéro de La Nature reparaissant après la guerre. Un effort s’impose : notre revue, s’adaptant aux circonstances actuelles, entend y apporter sa contribution.
- Nous avons pensé que c’était nous y associer que d’entreprendre pour elle cette étude. Sous son aspect historique, il nous a semblé qu’elle répond à une réelle utilité, spirituelle et morale, sinon matérielle.
- En effet, ce n’est pas seulement satisfaire une curiosité que de rechercher les crises d’alimentation, analogues à celles que nous traversons aujourd’hui, qui ont pu se produire dans le passé, d’étudier comment elles sont nées, comment elles se sont développées, la résistance qui leur a été opposée et les moyens employés pour en sortir ou pour les supporter.
- Aucun de nous n’était préparé à ce qui arrive cl la surprise, en toute circonstance, est un facteur de déficience morale. Et puis, ainsi qu’il en est de tout ce qui surgit à l'improviste à nos yeux et prend pour nous, des proportions exagérées, l’inattendu d’une épreuve de ce genre nous la fait voir comme avec des verres grossissants, c’est-à-dire sous un aspect excessif et qui dépasse le réel. Nous en venons ainsi à penser que les maux que nous subissons sont plus lourds que ceux dont nous avons connaissance et nous sommes tentés de croire que nous vivons une époque d’excep-lion.
- Tout se répète cependant dans l’histoire des temps et il y a longtemps qu’un poète latin a dit : « Vos neveux ne verront que ce que vos pères ont vu ». Celte vérité, nous la vérifierons dans l’histoire : à constater que les souffrances des autres ont largement dépassé cc que nous avons souffert jusqu’ici, nous trouverons, en quelque mesure, un motif d’apaisement et notre courage s’élèvera à la hauteur de leur endurance.
- En outre, parler de son mal, n’cst-ce pas déjà commencer à s’en détacher, et l’intérêt que nous pourrons prendre aux récits du temps passé ne sera-t-il pas susceptible de nous distraire pour un instant du temps présent ?
- Désireux d’apporter aux lecteurs de cette Revue des informations où ils pourront puiser des motifs de réconfort, capables d’affermir leur résolution de « Vivre et durer », nous nous inspirerons de la méthode qui s’impose au médecin appelé à soigner un malade. Faute d’avoir passé lui-même par toutes les maladies qu’il prétend guérir, comme Platon estime qu’il lui serait nécessaire, il se base sur la somme des expériences acquises ou des exemples enregistrés avant lui. C’est ce que nous chercherons dans l’histoire : des expériences d’où nous puissions tirer des enseignements,
- des exemples propres à nous encourager, ayant présentes à l’esprit ces réflexions si judicieuses de Montaigne :
- « En toutes nos fortunes, nons nous comparons à ce qui est (t au-dessus de nous et regardons vers ceulx qui sont mieulx * « mesurons-nous à ce qui est au dessoubs, il n’en est point de « si misérable qui ne trouve mille exemples à se consoler. »
- (Les Essais, Livre III, cliap. IX).
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- l — LA CRISE
- lo LE BLOCUS ET SES CONSÉQUENCES
- Bien que nous ayons dû poser les armes, nous subissons le blocus.
- Le mot et la chose ne sont nouveaux, ni pour nous en France, en particulier à Paris, ni dans le reste du monde; ce qui est nouveau, c’est la forme qu’il a prise en s’étendant à l’ensemble du pays, et en réalisant en sens inverse cc que Napoléon avait conçu en 1806 à l’égard de l’Angleterre.
- Au cours des guerres, il y a eu fréquemment des villes soumises à un blocus. Chaque fois qu’une armée ne disposait pas de moyens assez puissants pour enlever une place de vive force, ou qu’elle se refusait à en courir les risques, elle en faisait l’investissement pour la réduire par la famine. Lorsque la garnison ne réussissait pas à élargir ou à rompre le cercle par ses tentatives de sortie, le résultat était la réduction progressive des moyens d’existence el, à plus ou moins longue échéance, suivant l’endurance des assiégés, la capitulation.
- Cette endurance ne s’exerçait pas sans de terribles souffrances et l’histoire nous a laissé d’admirables exemples de l’héroïsme tant de fois déployé par les assiégés et dont les générations suivantes doivent s’inspirer.
- Quelques mois de restrictions nous apparaîtront bien peu de chose si nous songeons à la durée de certains sièges dans le passé. Sans remonter jusqu’à Troie, qui eut à lutter pendant xo ans on peut, dans l’antiquité, citer le siège de Platée qui se prolongea 2 ans, au cours de la guerre du Péloponèse ; celui de Syracuse 3 ans, au temps d’Archimède ; 3 ans également celui de Carthage. Plus près de nous, au ixe siècle, le siège de Paris par les Normands dura 18 mois; au xvne siècle celui de La Rochelle, i3 mois ; au xvme siècle celui de Mayence, i4 mois (1793-1794).
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- Quant à la rigueur des épreuves qui en résultaient, on se l’imagine facilement ; elle est attestée par l’effroyable mortalité due aux maladies et à la faim. A Jérusalem, assiégée par Titus, où le nombre total des victimes dépassa i xoo ooo, Flavius Josèphe écrit que les maisons étaient pleines de cadavres de femmes, d’enfants, et de vieillards, et que les adultes allaient en chancelant par les rues, semblables à des spectres. Personne n’avait plus la force d’enterrer les morts et une horrible puanteur se répandait sur la ville. A La Rochelle, investie par l’armée de Richelieu, et d’après un témoin oculaire, les maisons aussi étaient remplies de cadavres laissés sans sépulture et 200 à 3oo personnes par jour mouraient de faim.
- Avant d’en arriver à périr d’inanition, les malheureux assiégés passaient par les souffrances successives que provoquait une alimentation de jour en jour plus réduite et où les vivres étaient remplacés par des denrées dont on a peine à penser qu’elles pussent être absorbées. Nous en reparlerons lorsque nous étudierons spécialement la question des moyens d’alimentation. Nous nous bornerons, pour faire ressortir le paroxysme auquel atteignaient parfois les épreuves d’une population assiégée, à monti’er, parmi d’autres, deux cas où de pauvres affamés se sont nourris de chair humaine.
- A Jérusalem, en 70 après J.-C., une femme dont le nom nous a été conservé par Flavius Josèphe, ne pouvant apaiser la faim qui la dévorait « arracha son fils de sa mamelle et lui dit : ... Pour qui te conserverais-je ? Serait-ce pour être esclave des Romains ? Ne vaut-il pas mieux que tu meures pour me servir de nourriture... et, après avoir parlé de la sorte, elle tua son fils, le fit cuire, en mangea une partie et cacha l’autre... Des soldats entrèrent à ce moment dans la maison et sentirent l’odeur abominable. Oui, dit-elle c’est mon fils que vous voyez... Yous pouvez bien en manger, puisque j’en ai mangé la première! »
- A Antioche, en 1097-1098, les croisés, après avoir enlevé la ville, se trouvèrent assiégés à leur tour par une armée musulmane de secours et souffrirent terriblement de la famine. De la Chanson d’Antioche, une chanson de geste du Pèlerin Richard, nous retiendrons les paroles de Pierre l’Ermite, adressées au roi des Tafurs, c’est-à-dire des ribauds, des mendiants, qui avaient suivi les Croisés. Comme celui-ci se plaignait d’avoir faim, ainsi que ses hommes, il lui répondit en lui montrant les Turcs tombés autour d’eux : « Pre-nez-les donc, ils seront bons à manger s’ils sont cuits et salés ». beaucoup d’entre eux s’empressèrent de rôtir les corps des infidèles et les dévorèrent, et ils y prirent goût, se disant l’un à l’autre : « Mieux vaut que viande de porc et que bacon à l’huile ! » Et le prince Bohémond d’ajouter : <( Plus aiment chair de Turcs que paons en poivrade ».
- L'héroïsme ne s’est pas manifesté seulement par une endurance poussée à sa dernière limite; il ne fut pas que passivité résignée, et il se montra en de nombreuses actions individuelles ou collectives témoignant d’une force d’âme qui impose l’admiration. Nous mentionnerons en particulier l’exemple de Numance, investie par Scipion Emilien. Les assiégés, épuisés par la famine, ayant perdu tout espoir, se donnèrent la mort eux-mêmes plutôt que d’être faits prisonniers et de figurer derrière le char triomphal de leur adversaire; les uns s’empoisonnèrent, les autres s’égorgèrent, ou se précipitèrent dans les flammes qu’ils avaient allumées de toutes parts et où ils avaient déjà jeté leurs richesses. C’est avec raison que Florus put dire : « Rome ne triompha que d’un nom » et Cervantes, terminer le drame qu’il a consacré à ce siège mémorable, en prêtant ces paroles à La Renommée : « Je ne cesserai de publier d’un pôle à l’autre l’incomparable vertu de Numance; ce qu’elle fait
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- aujourd’hui n’est encore qu’un indice de ce que feront un jour les enfants de l’Espagne ».
- En lisant les récits qui ont été laissés par les auteurs Romains, nous pourrions, devant leur ton souvent déclamatoire, être tentés de penser qu’il y a lieu de faire la part des exagérations de langage et de n’en retenir qu’une partie. Mais nous ne devons pas perdre de vue les habitudes de l’antiquité, de Rome en particulier, où le travail était laissé, pour employer les paroles mêmes de Cicéron, cc à une classe abjecte et indigne du titre de citoyen » et où l’oisiveté était la règle pour l’immense majorité de la population. La vie des citoyens se passait en grande partie sur le forum, à discourir, à discuter des événements, des affaires de la cité, à écouter les lectures publiques. Les récits, les conversations même, prenaient quelque chose de la formé oratoire. Beaucoup plus tard, sous la Renaissance, des hommes d’action, qui étaient en même temps des lettrés, comme Biaise de Montluc, tiennent un langage analogue ; dans son récit du siège de Sienne, les discours de celui-ci aux magistrats de la ville, ses allocutions à ses subordonnés, tiennent une grande place. Malade lorsqu’il vint prendre son commandement, grelottant de fièvre, enveloppé de fourrures en été, il avait produit parmi les troupes une profonde déception. Il le sentit, et lorsque, ensuite, habillé de vêtements magnifiques, d’un pourpoint cramoisi et d’une chemise de soie somptueuse, le visage et les mains frottés de vin gi’ec, il réunit ses officiers, il commença ainsi : « Seigneur Colonel, pensez-vous que je sois ce Montluc qui va tous les jours mourant par les rues ? Nany, nany, car celuy-là est mort et je suis un autre Montluc... ».
- Cependant, les faits établis par des témoignages, restent les faits. Lorsque, à Carthage, Asdrubal après avoir épuisé tous les moyens de résistance décida de se rendre à Scipion Emilien, sa femme lui cria son indignation en paroles d’une éloquente véhémence, mais ensuite elle se lança dans les flammes du haut des combles de sa maison qu’elle venait d’incendier. Lorsque, i5 ans après, les Numantins, accablés par la famine, se virent refuser par le même Scipion Emilien le combat et la mort des braves qu’ils suppliaient leur adversaire de leur accorder, ils voulurent tenter de s’échapper; les femmes, exaspérées de honte à l’idée d’une fuite, les accablèrent de reproches et d’invectives exaltées, mais elles se précipitèrent sur les chevaux dont elles coupèrent les sangles.
- Ces épisodes, et beaucoup d’autres, nous montrent réellement, chez certaines femmes de l’antiquité, comme n’hésite pas à l’écrire M. Carcopino, à propos cl’une autre époque de l’histoire de Rome, « les plus belles incarnations de la grandeur terrestre ».
- 2o AUTRES CIRCONSTANCES QUI ONT PRODUIT LES MÊMES EFFETS
- L’idée d’un siège ne nous a certainement jamais hantés et le souvenir même du siège de Paris en 1870, le dernier que la France ait subi, est bien effacé de nos mémoires. Au cours des 70 années écoulées depuis, la situation économique, malgré des hauts et des bas, n’a jamais donné lieu à des difficultés sérieuses et nous nous étions habitués à penser que disette et famine appartenaient à des temps révolus. Cela s’associait dans notre esprit à quelque chose comme les plaies d’Égypte et à de vagues souvenirs quasi 'préhistoriques.
- Or, d’autres circonstances que les sièges ont produit les mêmes effets, se traduisant finalement par le manque de
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- vivres, la faim, les épidémies. Ces fléaux, avec les souffrances qui y sont attachées, résultent de tout ce qui trouble, ralentit ou interrompt les échanges, le commerce, la culture, par conséquent des désordres intérieurs •— pillages, brigandages, insurrections, faiblesse des gouvernements — des difficultés de transport qui peuvent en être la conséquence cl qui peuvent aussi provenir des circonstances atmosphériques, ou des guerres.
- Au cours de notre histoire, ces circonstances se sont produites beaucoup plus fréquemment que les blocus; les souffrances en ont été aussi grandes, et elles se sont étendues à des périodes parfois plus longues. A étudier ces crises d’alimentation, nos privations actuelles nous paraîtront plus légères et nous y trouverons matière à des rapprochements et à des enseignements d’un intérêt qui n’est certainement pas négligeable.
- Bien que nous ne soyons pas sans documents sur l’époque Mérovingienne, nous commençons à être mieux renseignés à partir des Carolingiens. Malgré l’œuvre immense réalisée par Charlemagne au point de vue de l’administration et de l’autorité, son règne ne fut pas exempt de disettes et il en eut deux à subir ; mais les famines se multiplièrent avec ses successeurs, de Louis de Débonnaire à Charles de Simple. Il y en eut, en effet, i5 au cours du ixe siècle; elles atteignent le maximum de 26 au xie et ne sont que de 3 au xne. 11 n’en est pas signalé au xme.
- Un tableau de ce genre pourrait être établi siècle par siècle jusqu’au xixe. Il aurait sa valeur, mais il serait insuffisant pour permettre des comparaisons r'aisonnées ; ce qu’il est utile de savoir, c’est comment ces années se répartissent, c’est d’avoir connaissance des époques exactes où les famines se sont produites, pour pouvoir d’une part en déterminer les causes par la considération des événements qui les ont précédées ou accompagnées et, d’autre part, en apprécier la gravité par leur succession plus ou moins rapprochée.
- Il importe donc de préciser que sur les i5 années de famine du ixe siècle, il y en eut i4 sous le seul règne de Charles le Chauve; que sous les règnes successifs des trois premiers Capétiens, Hugues Capet, Robert II et Henri Ier, c’est-à-dire en l’espace de 73 ans (987 à 1060) il y eut 48 famines et 20 années seulement où le pays eut de quoi se nourrir; qu’enfin sous les règnes suivants de Philippe Ier, Louis VI le Gros, et Louis VII le Jeune, il y en eut encore 33 en l’espace de 120 ans (1060 à 1180).
- C’est que le vaste édifice élevé par Charlemagne ne lui survécut guère; avec ses successeurs, la dislocation s’effectua, les démembrements succédèrent aux démembrements. Les causes des famines apparaissent alors claii’ement : la barbarie des mœurs, la faiblesse de l’autorité royale, et les désoi'dres de toute nature qui en résultaient, vols et pillages poussés jusqu’à la dévastation et pratiqués par les seigneurs eux-mêmes comme par les bandits, destructions de villes, incendies de récoltes, enlèvements de bestiaux, guerres privées continuelles dont témoignent 10 conciles réunis à ce sujet en moins de 5o ans (fin du xe et commencement du xie siècle), manque de sécurité partout.
- Dans ces conditions, la culture se limitait de plus en plus aux besoins de la consommation de chacun, serf ou seigneur.
- D’ailleurs, les voies de communication étaient peu développées, et nous avons, sur leur état de délabrement, le témoignage d’un chroniqueur du xie siècle. Il déclare que c’est réaliser un tour de force que de traverser certains ponts, en étendant des planches ou ses propres boucliers sous les pieds des chevaux. En outre, le développement des
- souverainetés féodales rendait presque impossibles les échanges, en raison de la multiplicité des droits de douane et des péages aux frontières de province, sur les routes et sur les rivières.
- Cette situation désastreuse s’est prolongée pendant tout le Moyen Age jusqu’à Louis le Jeune, c’est-à-dire jusque vers la fin du xne siècle. Au xme siècle, à la fin du règne de Philippe-Auguste, la grande misère commença à s’atténuer, et de Saint-Louis à Philippe VI de Valois il y eut 70 à 80 ans de prospérité. Avec le xiv° siècle et la guerre de cent ans, la France devait entrer dans une nouvelle période de désastres.
- Avant d’aller plus loin, et pour donner une idée des conséquences terribles de ces famines, un retour en arrière est maintenant nécessaire.
- Dans l’antiquité, d’une manière générale les famines étaient dues à des sièges se terminant par des blocus. Cependant Hérodote nous rapporte deux épisodes dramatiques assez particuliers qui ne sont pas le i'ésultat d’un investissement. Ils se sont produits l’un et l’autre à l’armée de Cambyse II, roi des Perses, au vie siècle avant J.-C. Vainqueur de Psammélik et maître de l’Égypte, Cambyse entreprit la conquête de l’Afrique et, sans préparation, lança deux expéditions, l’une à travers la Lybie, l’autre en Éthiopie. Soumis bientôt à une horrible famine, ces hommes, au nombre de 5o.ooo environ de chaque côté, périrent presque tous, après s’être dévorés entre eux « se mettant dix à dix, tirant au sort, et mangeant celui que le sort désignait ».
- Si les stoïciens, avec Zénon, ne voyaient aucun mal à se nourrir de chair humaine, Juvénal s’en indigne comme d’une monstruosité. Dans une de ses satires, il nous fait le récit saisissant d’un combat entre les deux villes rivales de Coptos et de Tentyra, en Égypte. Les Coptites ayant pris la fuite, l’un d’eux glisse et tombe. Ses adversaires le prennent, le dépècent et le rongent jusqu’aux os. Le dernier qui survint, trouvant la victime entièrement dévorée, pressa la terre de ses doigts pour sucer au moins quelques gouttes de sang. Juvénal conclut : c’est le crime de tout un peuple.
- Des actes d’anthropophagie se produisirent également, en dehors des contraintes imposées par un siège, en pleine campagne, à des époques où la population était soumise à toutes les affres de la faim.
- Sous Charles le Chauve et sous les deux premiers successeurs d’Hugues Capet, les chroniqueurs nous disent qu’on voyait des fils dévorer leurs mères et des mères déchirer leurs enfants ; qu’on allait jusqu’à déterrer des cadavres pour les manger; qu’on arrêtait les voyageurs sur les routes; qu’on attirait les enfants par de menus cadeaux pour les égorger et se partager leurs membres. Les mêmes faits se sont renouvelés quatre siècles plus tard, sous Charles VI et Charles VII, à Paris même ; à Abbeville, où une femme égorgea ses enfants, les sala et les mit en vente. Plus tard, au cours des mois terribles du siège de Paris par Henri IV, une femme mourut après avoir mangé la chair de ses deux enfants. Un dernier exemple aussi monstrueux se vit encore au xvne siècle, en Alsace, pendant la guerre de trente ans.
- Notre exposé des famines qui ont désolé la France s’est arrêté ci-dessus à l’aube du xive siècle, avec lequel nous avons dit que nous entrions dans une ère nouvelle de calamités. A cette époque, Édouard III a déclaré la guerre à Philippe VI de Valois et les hostilités se sont étendues de Bayonne à Calais, de Rouen à Brest. En même temps que la guerre étrangère, la guerre civile éclatait sous Charles VI. Les dévastations des Armagnacs et des Bourguignons s’ajou-
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- tèrent à celles des Anglais jusqu’au milieu du xve siècle. Dans des périodes même de trêve ou de ralentissement de la lutte, la France fut ravagée à la fois par les troupes des deux armées et par les bandes d’irréguliers, par les grandes compagnies, anglaises, navarraises, françaises. La disette, la famine, les épidémies s'ensuivirent et affectèrent les années i3i5, x348, i35r, i35g, i36o. En dehors de l’année terrible de i348, sous Philippe VI de Valois, où se déclara la peste, qui fit périr 3o.ooo personnes rien que dans les environs de Paris, la période la plus éprouvée fut celle de x357 à i35g. Le désastre de la bataille de Poitiers et la capture du roi Jean II le Bon par les Anglais, l’année précédente, avaient provoqué une recrudescence de désordres. En même temps, la Jacquerie s’élait formée et s’était développée rapidement en Champagne, dans l’Ile-de-France, dans la région de l’Oise et de la Somme. La terreur se répandit dans les campagnes ; les paysans sc mirent à creuser des souterrains et s’y réfugièrent pendant des mois. Partout les ressources étaient épuisées et la nourriture était faite de choses innommables, comme nous le verrons dans la deuxième partie de cette étude lorsque nous traiterons plus particulièrement la question de l’alimentation. La mortalité s’éleva d’une façon effrayante.
- Lorsque la paix obtenue si chèrement à Brétigny aurait pu apporter un peu d’apaisement aux populations avec la reprise possible de la culture, les versements échelonnés des sommes considérables qu’exigeait la rançon du roi firent porter sur le travail une charge écrasante. Le peuple de France avait cependant en lui une force de vitalité puissante qui s’était ranimée avec Jeanne d’Arc et, de la crise terrible qui désola le pays matériellement et moralement jusqu’au milieu du xve siècle et qui pendant quinze ans avait livré Paris au gouvernement du roi d’Angleterre, il sortit grandi, plus fort d’avoir souffert et d’avoir pris conscience que c’était pour la patrie.
- Les Anglais rejetés hors de chez nous, l’unification qui suivit l’agrandissement du domaine royal et l’affermissement de l’autorité du roi permirent une rénovation intérieure nécessah’e à la vie économique. La renaissance agricole, manifestée par l’extension des surfaces cultivées, se poursuivit sous Louis XII et sous François Ier malgré les guerres d’Italie et malgré les disettes de 1602 et de 1010. Mais la guerre contre Philippe II, les guerres de religion et de la Ligue, qui ensanglantèrent la seconde moitié du xvx° siècle, arrêtèrent tout essor et ramenèrent en France une partie des maux qu’avait connus l’avant-dernier siècle. La misère de nouveau s’étend dans les campagnes, où le paysan boit de l’eau, mange du pain noir et ne sait plus ce que c’est que la viande. Néanmoins, il n’y eut, pas de famine, à l’exception de celle qui sévit dans les dix mois terribles du siège de Paris par Henri- IV.
- Nous avons vu le nombre des famines diminuer à mesure que nous avancions dans l’histoire et il paraît logique de penser que ce fléau décroît avec les progrès de la civilisation. Cependant c’est au moment où la civilisation a pris en France un incomparable éclat, en ce siècle de Louis XIV si brillant dans son aspect extérieur et si fastueux, que nous voyons reparaître toutes les calamités de la misère générale.
- Le xvne siècle avait débuté sous Henri IV par une dizaine d’années de prospérité; il vit renaître les désordres sous la régence de Marie de Médicis. La misère reprend de nouveau et, avec la Fronde, se développe à l’extrême. Nos provinces sont ravagées par la guerre, par les passages ou les séjours des troupes. Toutes les lettres de l’époque décrivent la ruine des campagnes, les pillages, l’arrêt de la culture, l’abandon des champs, la fuite des paysans dans les bois.
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- La disette s’installe, suivie de la famine, accompagnée des épidémies. Elle sévit avec une rigueur particulière en 1649; en Champagne, en Picardie, le pain est fait comme avec de la bouc ; on se jette sur la chair des bêtes mortes.
- La sage administration de Colbert vient apporter pendant un certain nombre d’années quelque soulagement à la triste situation du pays, mais les trente années de guerre qui se succédèrent depuis 1667 jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, ramenèrent les pires calamités. La mortalité augmente dans des proportions considérables ; les femmes et les enfants sont particulièrement atteints, dans le pays de Blois notamment, où on en trouve sans vie le long des routes, la bouche pleine d’herbes qui n’ont pu être avalées.
- En iGq2 la famine reprend jusqu’en 1G94, particulièrement douloureuse en Normandie ; elle reparaît en 1698. En 1709, pendant la guerre de Succession d’Espagne, elle se reproduit avec une terrible intensité, en même temps que le froid de l’hiver et les inondations exercent leurs ravages. La dépopulation augmente, la désertion des campagnes s’accentue, les paysans affluent vers les villes et errent sans abri ; les 20 dernières années du règne de Louis XIV ont fait perdre à la culture tout le terrain qu’elle avait gagné en 80 ans.
- Sous Louis XV, en même temps que l’insuffisance ou la disparition du blé, la pénurie d’animaux de boucherie se fit cruellement sentir; en 1720, à Marseille, la peste fit en 5 mois 4o.ooo victimes et, de 1723 à 175G, il y eut 11 disettes en France.
- Le règne de Louis XVI débute et finit avec la famine. En 1789, les hôpitaux sont débordés; à l’Hôtel-Dieu les grands lits contiennent jusqu’à huit personnes, et quatre sur cinq meurent de maladies contagieuses. A l’insuffisance des récoltes vient s’ajouter en 1796 la rigueur de la température qui avait gelé les voies d’eau et interrompu la circulation des denrées.
- Au XIXe siècle, les dernières années de règne de Napoléon furent désolées par la disette en même temps que par les revers. La crise, ouverte en 1810, se poursuivit jusqu’en 1812, dans la détresse générale, et amena à l’intérieur de graves désordres. En 1817, i848, i85o se manifestèrent de nouvelles crises qui, sans aller jusqu’à la famine, provoquèrent néanmoins une sous-alimentation avérée dans le peuple et un assez grand nombre de décès dus à la faim.
- Dans tout ce qui précède, nous n’aA'ons pas eu la prétention de faire une leçon d’histoire et nous regretterions beaucoup qu’on pût le penser. Nous nous sommes seulement attaché à relever au cours du passé les faits touchant à ce sujet, les crises d’alimentation, et à les situer dans l’ensemble des événements pour en faciliter l’explication, en faire ressortir les causes, permettre d’en tirer des déductions, des comparaisons, ayant quelque intérêt pour le temps présent. Un certain nombre d’enseignements ont pu apparaître au simple exposé de ces faits ; la plupart feront l’objet du prochain article où nous parlerons des efforts tentés ou à tenter dans la recherche des remèdes.
- Nous n’avons pas voulu non plus faire le procès des institutions ou des hommes ; nous n’avons signalé que ruines et désastres, mais toute la partie constructive de notre histoire et la belle continuité des efforts tendant à la réalisation de l’unité française ont dû être laissées dans l’ombre, parce qu’elles ne rentraient pas dans notre sujet.
- (A suivre.)
- A. Mollandin.
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- 162 = ESSAIS MICROMÉCANIQUES DES MÉTAUX
- L’étude scientifique des métaux et des alliages, qui commande les perfectionnements de leur fabrication et les progrès de leurs usages, fait appel aux ressources les plus variées de la physique et de la chimie. Si on observe l’évolution des méthodes utilisées pour cette étude, on constate une double tendance : efficacité accrue des procédés expérimentaux grâce à l’emploi d’appareils de plus en plus sensibles, commodes, robustes, automatiques ; emploi d’échantillons de plus en plus petits, de manière à permettre une exploration aussi détaillée que possible des pièces métalliques, toujours imparfaitement homogènes et isotropes.
- C’est ainsi que les méthodes microanalytiques complétées par la speclrographie quantitative fournissent la composition chimique de quelques milligrammes de limaille. En micrographie, M. Porleyin et ses élèves identifient d’après leurs formes et leurs caractères optiques les inclusions non métalliques contenues dans les aciers les mieux préparés. Quelques millimètres cubes de métal suffisent à en déterminer l’architecture atomique au moyen du spectrographe à rayons X ; et la méthode de la diffraction des électrons caractérise, à la surface d’un métal, une pellicule d’oxyde trop mince pour donner des couleurs d’interférence. On sait analyser les transformations allotropiques des alliages au cours des trempes rapides depuis que la
- dilalométrie et la thermomagnétométrie ont été rendues applicables à des fils de quelques centièmes de millimètre de diamètre, etc.
- Chose singulière, une semblable tendance s’est manifestée avec quelque retard dans l’étude des propriétés mécaniques. Les scléromètres à pointe de diamant permettent bien de mesurer la dureté d’un métal en des points très rapprochés. Mais pour les essais classiques de traction, de torsion, de cisaillement, de flexion, de choc, d’endurance, de fluage, etc., on continue le plus souvent d’utiliser des macroéprouvettes, dont la longueur est de l’ordre du décimètre, et la section de l’ordre du centimètre carré. L’avantage de recourir à des éprouvettes beaucoup plus petites est cependant évident, d’autant plus que Ch. Frémont a déjà souligné les avantages de sonder une pièce hétérogène, et de contrôler une pièce finie à partir d'une microéprouvetle qu’on peut toujours découper dans la pièce elle-même sans la détruire. Mais l’écho de son plaidoyer a été très vile amorti, et ses ingénieuses machines ne se sont pas répandues.
- La question a été reprise par M. Chevenard, directeur scientifique de la Société de Com-mentry-Fourchambault et Decazeville qui, depuis trente ans anime les Laboratoires de recherches des Aciéries d’Imphy et qui, par conséquent, s’est préoccupé des mesures précises nécessaires pour définir et contrôler les aciers spéciaux de haute qualité élaborés par ces usines.
- Dès 1934, il imaginait d’effectuer les essais mécaniques, au moyen de micromachines, sur des éprouvettes très petites, mille fois moins volumineuses que les barreaux habituellement employés. Sa première réalisation permettait les essais de traction, de cisaillement et de flexion (Q. Il y utilisait pour l’enregistrement des diagrammes « effort-défor-malion « un trépied optique mobile autour d’un point fixe, dont les déplacements verticaux suivant deux axes sont transmis sans inertie et amplifiés au moyen d’un rayon lumineux arrivant sur un miroir solidaire du trépied et réfléchi sur une pellicule photographique. Ce trépied avait déjà été employé en métrologie par M. Chevenard dans son dilatomèlre différentiel ; il se retrouve dans la plupart des appareils qu’il a inventés depuis. Les diagrammes qu’on en obtient ont un remarquable pouvoir de résolution. Depuis, M. Chevenard a réalisé de nouvelles micromachines, notamment pour les essais de fatigue et de choc, qui permettent maintenant de pratiquer toutes les épreuves mécaniques uli-
- 1. P. Chevenard, Micromachine à enregistrement photographique pour l’essai mécanique des métaux. Bulletin de la Société d'encouragement pour l’industrie nationale, janvier 1935, p. 59.
- Fig. 1. — Macrographie de la section transversale d’un lingot de 450 kg. de ferronickel chromé et carburé, coulé en lingotière. Hétérogénéité primaire mineure.
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- les sur des éprouvettes de quelques millimètres de long, pesant quelques centigrammes. Il a ainsi pu aborder la microanalyse mécanique des soudures, des très petites coulées, des hétérogénéités des lingots (avec M. Porlevin), des spiraux de chronomètres (avec MM. Waché et Villachon), et même des fibres textiles.
- Fi<j. 2. — MicromacMne pour essais de traction, de cisaillement et de flexion.
- Vue d’ensemble, avec la chambre photographique.
- Ces nouvelles techniques, simples, commodes, précises, rendent possible l’essai mécanique complet d’un alliage coûteux sur une masse de métal de moins de
- Fig. 3. — Schéma du montage de la micro éprouvette E pour un essai de traction entre les deux pièces R et L.
- A droite le trépied optique p,, p2, p3, supportant le miroir M, prenant appui fixe sur le point B.
- 5oo g. On peut expertiser un échantillon de quelques grammes, contrôler avec sécurité une pièce importante sans la détruire, explorer de façon quasi ponctuelle un morceau de métal hétérogène ou anisotrope, un lingot, une pièce moulée ou forgée.
- Les réactifs utilisés en micrographie ou macrogra-
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- Fig. 4. — Schéma du montage pour im essai de cisaillement.
- phie révèlent bien aussi ces phénomènes d’hétérogénéité en dessinant, sur le plan de la coupe, la trace des surfaces isochimiques, lignes comparables aux courbes de niveau d’une carte géographique. Mais c’est une carte muette. Pour la rendre parlante, c’esl-
- Fig. o. — Diagrammes de microtrac lion. Détermination : la charge correspondant à la limite élastique (point B).
- à-dire pour chiffrer les inégalités de concentration d’un point à l’autre, il faut procéder à de très délicates et longues analyses chimiques sur des microprélèvements, ou recourir à certaines méthodes physiques. Par exemple, dans le cas d’une solution solide ferro-
- Fig. 6. — Résultats de Vexploration cl'un acier doux à 0,01) pour 100 de carbone, soudé au chalumeau avec un fil de même métal.
- R, résistance ; A, allongement ; E, limite élastique.
- :mm
- /o
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- par l’essai mécanique, plus détaillée sera l’analyse et plus les résultats en seront significatifs.
- Dans le cas de la ségrégation primaire majeure, ou hétérogénéité à l’échelle du lingot, il est déjà avantageux d’utiliser des éprouvettes nettement plus petites que les barreaux classiques. Pour caractériser les effets de l’hétérogénéité primaire mineure (fig. i) ou ségrégation dendritique, qui est à l’échelle du grain de première consolidation, une microéprouvette s’impose absolument. L’essai de microcisaillement, qui intéresse un volume très faible autour d’une section de i mm. 5 de diamètre et qui peut être répété sur des sections distantes de x mm. 5 seulement est particulièrement utile à cet égard. Il renseigne sur les fluctuations de la résistance et de la capacité de déformation à l’intérieur d’un gi'ain de quelques millimètres de grosseur,
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- Fig. 7. — Diagramme de la dureté Pomey (A) et des caractéristiques de microcisaillement au centre du lingot de ferronichel chromé et carburé de la figure 1.
- Les points noirs montrent l’emplacement des empreintes et les traits figurent l’emplacement des sections de cisaillement par rapport aux joints des grains révélés par macrographie.
- magnétique, dont l’hétérogénéité étale la transformation magnétique, les concentrations exti’êmes peuvent se déduii'e du point de Curie le plus bas et du plus élevé. Il est évidemment précieux, tant pour les connaissances scientifiques que pour les applications, d’étudier comment les propriétés mécaniques locales varient avec la composition chimique aux divers points de l’alliage : plus sera faible le volume intéressé
- Fig. 8. — Ultramicromachine, sans sa chambre photographique
- à la traversée d’un joint, au voisinage d’une inclusion endogène ou exogène, etc., etc....
- Mais l’analyse micromécanique s’est révélée beaucoup plus qu’un chapitre de l’étude des phénomènes de ségrégation et de liquation, élude d’ensemble poursuivie à Imphy avec une attention particulière. Outre les hétérogénéités et anisoli'opies involontaires qu’il doit tolérer en cherchant à minimiser leurs conséquences, le métallurgiste produit des hétéi'ogénéités et des an isotropies volontaires dont il doit analyser les effets : soudures, trempes superficielles, écrouissages locaux, cémentation, nitruration, etc. D’autre part, le prix des essais de recherches ou de contrôle est grandement diminué par l’emploi d’éprouvettes moyennes ou petites. Sans les méthodes micromécaniques, l’étude approfondie de certains alliages entraînei’ait des dépenses pi'ohibitives ; grâce à elles, on peut soumettre aux essais des cristaux uniques, des échantillons rares, des objets de musée, des pièces historiques.
- Enfin, la précision des essais gagne à l’em-
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- ploi des petites éprouvettes. Il est plus aisé de travailler avec exactitude à 1’ « échelle des physiciens » qu’à 1’ « échelle des mécaniciens ». Il est plus facile de tarer, de conserver en parfait état de marche un appareil de laboratoire qu’une machine volumineuse, dans laquelle interviennent des forces de plusieurs tonnes.
- Maintenant que cet ensemble de techniques nouvelles a fait ses preuves et que ses conditions d’emploi sont définitivement fixées, il est intéressant de présenter la série des appareils qui constituent le microlaboratoire et de montrer par quelques exemples tous les enseignements qu’on en peut tirer.
- LES MICROMACHINES D’ESSAIS MÉCANIQUES DE M. CHEVENARD
- AU LABORATOIRE D’IMPHY FicJ- U. — Micromachine pour l'essai de fluage.
- Micromachine pour essais de traction, de cisaillement et de flexion. — Appliqué à l’enregis-
- 30
- -20
- ^coconTélouh/é ^
- trement de la déformation mécanique des métaux, le principe du trépied optique mobile autour d’un point fixe (ou, ce qui revient au même, autour de deux axes rectangulaires), permet de nombreuses solutions. La première en date jD est représentée par la micromachine pour essais de traction, de cisaillement et de flexion, com-
- 0 10 20 S, 6
- ~ 0 10 20 30 40 50 60 2,4
- ~~ o 5 10 1,3
- Fig. 10. — Diagrammes de traction obtenus avec l’ultramicromachine sur des fibres textiles brutes ou ouvrées. Le diamètre des fils est de 10 ;a pour le fil de cocon dédoublé, 25 ;a pour la viscose, 45 |a pour la laine de Nouvelle-Zélande, 00 (a pour le poil de chameau, 45 [J. pour la ramie mercerisée et 30 JA pour la ramie brute.
- tnencée en 1984 et mise en service en 1985. Elle met en jeu une force maximum de a5o kg.
- (fig- 2).
- L ’ éprouvette de traction E (fig. 3) a imm.5 de diamètre et
- 7 mm. de longueur utile. Ses deux têtes filetées sont fixées à deux pièces d’amarrage, de forme cylindro-sphérique. L’une de ces pièces s’engage dans une alvéole creusée à l’extrémité du levier L, et l’autre
- dans une alvéole semblable creusée dans la lame ressort R. Le levier L, articulé autour d’un axe perpendi-
- culaire au plan de la figure, est entraîné par un petit moteur électrique, de telle sorte que son extrémité supérieure se déplace dans le sens de la flèche. L’éprouvette se trouve étirée : le déplacement du levier L et la flèche du ressort R sont transmis par les palpeurs «1, a2 au trépied optique dont les pointes pL, p2, p3 forment un triangle rectangle. Le mouvement ainsi e o m m u niqué au miroir M fait décrire une courbe a u point lumineux S',image réelle de la source ponctuelle S : l’abscisse l est proportionnelle à la force de traction, repérée par la fl è c h e du ressort R.
- La même machine équipée pour l’essai de cisaillement est représentée figure 4-Le barreau étudié b1 b2 est serré dans un étau E porté par
- Fig. 12. — Schéma de la micromachine pour l’essai de fluage.
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- Je ressort R. 11 est cisaillé par l'arête vive du couteau C, qui se meut à moins de o mm. oi du flanc de l'étau. La courbe tracée par le jeu du trépied optique a pour coordonnées la force de cisaillement F et l’enfoncement c du couteau dans le barreau. Un troisième montage, facile à imaginer, réalise un essai de flexion : le diagramme obtenu représente la force de flexion en fonction de la flèche du barreau-éprouvette.
- Les courbes enregistrées, exemptes de toute trépidation, sont d’une parfaite régularité d’allure. La figure 5 en groupe plusieurs, obtenues dans l’exploration micromécanique d’une soudure. La vigueur et la finesse des traiLs permettent des constructions graphiques précises, par exemple la détermination de la limite élastique conventionnelle correspondant à un allongement permanent de 2 millièmes. Les moindres différences d’allure d’un essai à l’autre ressortent avec une extrême netteté.
- Les résultats consignés dans la figure 6, obtenus par la méthode du microcisaillement, montrent comment varient les caractéristiques mécaniques du métal à la traversée d’une soudure.
- Un autre exemple d’exploration micromécanique est représenté par la figure Dans le lingot de ferro-
- nickel chromé carburé, auquel se réfère la macrographie de la figure i, on a découpé une barrette carrée de 35 mm. de longueur et de 2 mm. de côté. Les quatre faces de cette barrette sont représentées juxtaposées en bas de la figure 7, sur laquelle sont dessinés les joints des grains, préalablement révélés par attaque macrogi’aphique. Au moyen d’un scléro-mètre Vickers à pointe de diamant, on a déterminé la dureté en des points très rapprochés : Emp. ; les chiffres obtenus ont servi à construire les diagrammes en zig-zag A.
- Puis, après avoir usiné la barrette au tour, de manière à obtenir un cylindre de i,5 mm. de diamètre, on a procédé à des essais de microcisaillement, les sections Sect. étant espacées de 1,5 mm. l’une de l’autre. Les courbes Ec, RCl Ac qui représentent respectivement la limite élastique, la résistance et l’allongement de rupture au cisaillement, montrent par leurs fluctuations, l’influence de l’hétérogénéité primaire mineure et de l’orientation des différents grains sur les propriétés mécaniques de l’alliage brut de coulée.
- Fig. il. — Micromachine pour essais de torsions alternées, sans sa chambre photographique.
- Ultramicromachine. — 11 n’est pas difficile de construire sur le même principe une machine d’essai utilisable pour des épi'ouvettes beaucoup plus petites encore. Un tel engin a été effecti-vement construit à Imphy sous le nom d’ullramicromachine (fig. 8 et 9), pour essayer des fils et des rubans métalliques très fins, des fibres végétales ou animales, des pellicules cellulosiques, des films de peinture ou de vernis, etc. Selon le ressort utilisé, la plus grande force mesurable avec cet appareil varie de 4 g. à 2 kg. Il rend des services dans l’industrie horlogère pour l’élude des minces rubans d’acier qui servent à former les spiraux des chronomètres ; on l’utilise aussi dans l’industrie textile (fig. 10).
- Il serait possible de recourir à un appareil semblable pour l’essai de barreaux découpés dans un fragment de
- Fig. 15. — Schéma de la micromachine pour essais de torsions alternées.
- Fig. 13. — Diagramme de finage obtenu à G00° sous la charge de 13 kg. par mm2, sur un fcrronickcl chromé à 19 pour 100 Ni et 23 pour 100 Cr, recuit à 900°.
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- -0,04 -o,o3 -0,02^6,01
- Fig. 16. — Diagrammes couple-torsion obtenus à la jréquenee de 25 cycles par seconde sur un ferronickel chromé à 19 pour 100 Ni et 23 pour 100 Cr, à l’état recuit.
- I, diagramme enregistré au début de l'essai ; II, diagramme après 1 h. 40.
- métal, si les difficultés d’usinage de telles microéprou-vetles étaient surmontées : l’exploration micromécanique serait alors beaucoup plus voisine d’être ponctuelle. Des progrès ont été réalisés dans celte voie : il est permis d’escompter, dans un avenir proche, la possibilité de soumettre aux essais mécaniques des éprouvettes cent fois moins volumineuses encore que la microéprouvette actuelle de i mm. 5 de diamètre.
- Micromachine pour l’essai de fluage. — Cet
- appareil, représenté dans la figure n, fonctionne
- selon le schéma de la figure 12. La microéprouvette E, à têtes filetées (i mm. 5 de diamètre, 7 mm. de longueur utile) supporte une charge constante, créée par un poids et transmise par les liges d’amarrage Tx, T2. Un four électrique à réglage automatique la maintient à une lempé-rattire constante et uni-forme, à moins de o,i degré près, pendant les
- 72 h. que dure l’essai. Deux palpeurs recourbés en silice fondue t1} i2 communiquent au levier optique L les changements de longueur de l’éprouvette, mesurés suivant son axe : une telle disposition élimine toute erreur de parallaxe.
- Les palpeurs sont maintenus en place par les poussées des contrepoids c1( c2, transmises par les bielles de guidage Bx, B3. L’axe du levier optique L, déterminé par les pointes px, p\ est solidaire de l’étrier Et fixé au palpeur U ; la troisième pointe p2 accompagne les mouvements de la console Co fixée au palpeur t2 ; une vis V sert au réglage.
- Le diagramme de la figure x3, donné à titre d’exemple, pei'met d’apprécier la rigueur du réglage pyrométrique et le fonctionnement cor-rec t de l’amplificateur dont le grandissement atteint 1 275 fois.
- Micro* m ac h i ne d’essai aux t o r= sions al=
- ternées___
- L’appareil de la figure 14, représenté schémati-quement dans la figure 1 5, soumet une micro-éprouvette à des cycles de torsions alternées, tout
- en enregistrant le diagramme « couple-torsion ».
- L 'éprouvette E est rendue solidaire, à ses deux bouts, des deux têtes de torsion 1^, T2. La première tête est usinée à l’extrémité du barreau-dynamomètre D ; l’autre est solidaire de l’arbre oscillant A, entraîné par la bielle Bi, attaquée elle-même par un excentrique. Deux bras bx, b2 transmettent les déplacements angulaires de ces têtes au trépied optique L. Comme on le voit aisément, les coordonnées de la courbe décrite par le point lumineux-image S' représentent respect:vement le couple C repéré par la llêche du bras blt relié au barreau-dynamomètre et la torsion géométrique a de l’éprouvette.
- Il est aisé, au moyen de cet appareil, de suivre les
- Fig. 17. — Micropendule de Coulomb, sans sa chambre photographique.
- Bobine pour le lancer du
- volant
- Fig. 18. — Schéma du micropendule de Coulomb.
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- Diagrammes d’amortissement du ferronichel chromé utilisé dans les essais de la figure IG.
- Fig. 19
- modifications du cycle « couple-torsion » à mesure que l’éprouvette se fatigue. Les diagrammes enregistrés sont assez nets (voir l’exemple de la figure 16) pour permettre de planimétrer avec précision l’aire embrassée par le cycle, c'est-à-dire d'évaluer l’énergie mécanique transformée en chaleur par frottement interne.
- Une variante du même appareil permet d’enregistrer le diagramme « couple-torsion » au cours d’un essai de torsion continu, poursuivi jusqu’à rupture. Le dispositif amplificateur est exactement le même ; mais les déplacements communiqués aux pointes pl et p2 proportionnellement aux angles dont tournent les deux têtes T1} T2, sont fortement démultipliés, afin de faire correspondre l’étendue du diagramme à quatre ou cinq tours entiers de la tête de torsion T2.
- Microappareil pour l’étude du frottement interne. — Un autre moyen très sensible d’apprécier l’énergie dissipée dans un cycle mécanique « couple-torsion » consiste à enregistrer l’amortissement d’un oscillateur à volant, dont l’organe élastique est l’éprouvette à étudier. Un tel appareil a été construit à Impliy pour mieroéprouvettes (fig. 17 et 18).
- On voit figure ig deux diagrammes obtenus à l’aide d’une même éprouvette : le premier correspond à l’état initial ; le deuxième concerne l’éprouvette « fatiguée » par des cycles de torsion alternés imposés pendant 2 h. La modification éprouvée par le métal est rendue bien visible par l’accroissement du frottement interne.
- Fig. 20. — Micromouton-pendule.
- Micromouton de choc. — Il a été
- construit enfin un micromouton de choc (fig. 20), dérivé de l’appareil de Charpy, mais dont le mouton, qui pèse 12 g. seulement est lancé à grande vitesse au moyen d’un ressort de torsion. La microéprouvellc a la forme d’un diabolo (fig. 21) : le diamètre à fond de gorge est de x mm. 5 et le rayon de courbure de cette gorge est o mm. 3. La vitesse d’impact est 20 m./s. Les phénomènes de fragilité inter ou inlraeristalline sont aisément mis en évidence.
- Par construction, le point d’impact du marteau sur la barrette qui termine la microéprouvetle coïncide avec le centre de percussion. On sait que la distance à l’axe du centre de percussion est égale à la longueur du pendule simple synchrone du pendule composé, formé par Je mouton : celle distance a été trouvée égale à 6,20 cm.
- Le principal intérêt de l’essai de choc est de dépister
- Fig. 21. — Schéma du micromouton-pendule. Le marteau, lancé par la barre de torsion, heurte la butée et rompt la micro-éprouvette.
- les matériaux qui, plastiques aux sollicitations lentes, deviennent fragiles aux sollicitations rapides, c’est-à-dire ceux dont la capacité de déformation devient très faible aux grandes vitesses de rupture.
- Tel est le cas de l’acier extra-doux deveiiü fragile par recuit à haute température. A la vitesse de 20 m : s, on obtient une cassure à grains sans striction mesui'a-ble (en haut de la figure 22), et la résilience tombe à 2 kgm par cenlimèti’e carré. Un acier nickel-chrome-molybdène traité pour une ténacité de 190 kg./mm2 se comporte tout autrement. La cassure comporte un cône d’arrachement (bas de la figure 22) et la résilience atteint 9,2 kgm : cm2. Le micromouton convient donc à la caractérisation des métaux fragiles ; et le peu de volume de l’éprouvette permet de procéder à des sondages dans une pièce soupçonnée hétérogène.
- Le diagramme de la figure 23 l’epi'ésente l’influence de la température de l'evenu @r sur la résilience p à la traction par choc d’un acier nickel-chrome-molyb-
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- donc. On remarque une dispersion relativement faible des points expérimentaux et la régularité de la courbe qui passe par les points les plus élevés, évidemment les plus probables. Ce résultat tient au soin apporté à la construction de l’appareil et à l’exécution des microéprouvettes.
- On remarque en outre que la courbe (p, ©r) a une allure descendante et non pas montante, comme celle qui relie à la température de revenu @r la résilience déterminée par l’essai usuel de rupture par flexion (éprouvette Mesnager ou U. F.). Cette allure descendante tient au mode de rupture utilisé, la traction, très différent par ses effets de la flexion. La courbe rappelle plutôt celle de la résistance à la rupture.
- L’essai n’en atteint pas moins son but, qui est de révéler par une faible énergie de rupture les métaux qui deviennent fragiles aux sollicitations rapides.
- *
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- Quelques-uns des résultats obtenus par l’emploi des micromachines ont déjà été publiés ; d’autres, plus nombreux, sont restés inédits. Mais il n’est pas nécessaire de détailler ces résultats pour apprécier les possibilités actuelles de l’analyse micromécanique des matériaux, et pour entrevoir des possibilités nouvelles.
- Des cristaux métalliques ont été étudiés suivant différentes orientations cristallographiques, et les fluctuations des propriétés mécaniques ont été chiffrées à l’intérieur des lingots et des pièces moulées ou forgées. L'influence des grosses inclusions a pu être appré-
- Firj. 22. — Cassures de microéprouvettes rompues par traction à la vitesse de 20 m : sec.
- Diamètre à fond de gorge : 1,5 mm. ; rayon de courbure à fond de gorge : 0,3 mm.
- En haut : acier extra-doux devenu fragile par recuit à haute température. Cassure à grains sans striction, p = 2,0 kgm :cm2. En bas : acier nickel-chrome-molybdène trempé à l’huile et revenu à 150°. Cassure avec cône d’arrachement.
- O = 0.2 kgm : cm2 caractérisant d’excellentes qualités mécaniques.
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- p
- 10 kgrn:cm2
- 6
- 5____,____,___,___,____(j_______ Qr
- Ô Toô 200 300 400 500 600 700° >
- Fig. 23. — Influence de la température de revenu sur la résilience à la traction par choc d’un acier nickel-chrome-, molybdène.
- Les éprouvettes ont été trempées à 850° dans l’huile, puis ont subi un revenu de 30 mn aux températures Or portées en abscisses.
- ciée et reconnue parfois moins nocive qu’on ne le supposait, car l’affinage du grain primaire, dû à leur présence, peut compenser en partie leur effet de cavité. L’analyse micromécanique des soudures conduit à une expression qualitative de la « soudabilité », et d’utiles données ont été recueillies dans l’étude des pièces cémentées, trempées ou écrouies superficiellement. Grâce aux micromachines, les recherches méthodiques sur les alliages et leurs traitements cessent d’exiger de grosses quantités de métal, bien que les essais requis pour élucider l’influence des nombreux facteurs se chiffrent par centaines. Le contrôle des pièces finies est devenu plus sûr grâce à la possibilité d’y prélever, sans les détériorer, une ou plusieurs petites éprouvettes. La fabrication des alliages pour spiraux de chronomètres a été éclairée par l’étude micromécanique des rubans. Diverses industries enfin : matières plastiques, textiles naturels et artificiels, etc... s’orientent vers l’emploi des mêmes méthodes.
- Mais la microéprouvette de x mm. 5 de diamètre marque simplement une étape dans la marche vers l’amenuisement des épi’ouvettes d’essais mécaniques. En 1934, elle représentait le plus petit barreau qu’on pût usiner sans écrouir le métal, au moyen des machines-outils en usage dans les laboratoires de recherches métallurgiques. Les progrès de cet outillage font escompter la réalisation prochaine d’éprouvettes 10, 100, peut-être 1 000 fois moins volumineuses.
- Or, les micromachines nécessaires à l’étude de ces nouvelles microéprouvettes existent, ou tout au moins, seront aisées à construire selon le principe des appareils existants de M. Chevenard. Ainsi, l’exploration micromécanique approche de plus en plus les données de la métallographie microscopique ; elle devient quasi ponctuelle, et les métallographes disposent ainsi de nouveaux moyens de pénétrer plus avant dans l’intimité de la matière. André Bercy.
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- :: L'YERRES
- RIVIÈRE CAPRICIEUSE ET FANTASQUE
- Il existe dans les grands environs de Paris bien des curiosités naturelles ignorées de la plupart des amateurs de promenades dominicales. LTerres en est une par la singularité de son cours.
- liaire où leocène et l’oligocène dominent que telle une couleuvre indolente elle se tord en mille replis dont les caries d’état-major au 1/80000 : Provins X. O. et Melun X.-E. ou mieux encore celles au i/5oooo en
- Fig. 1 à G. — Aspects de la vallée supérieure de V Y erres.
- 1. Le ruisseau tics Grès en amont du lavoir de Pézarches ; 2. L’Yerrcs, près de Pézarches, aussitôt, après la jonction des ruisseaux des Grès et des Prés neufs ; 3. L’Yerrcs, entre Vaudoy et Touquin ; b. Le moulin de Choiseau, près de Rozôy-en-Brie ; o. Barrage sur
- l’Ycrres à Pompierre ; 0. L’étang de Guerlande.
- Longue de 88 km. environ, celte rivière coule de couleurs de Brie-Comte-Robert et de Corbeil nous
- l'Est à l’Ouest en traversant les départements de Seine- donnent une présentation saisissante.
- et-Marne et de Seine-et-Oise. C’est sur un terrain ter- Tout est mystère dans elle et son nom même prêle
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- Fig. l'ù 14. — L’Y erres moyenne.
- 7. Le moulin en amont fie Courtomer ; S. Gué sur l’Yerres en face de Maurevert ; 9. L’Yerres à sec à Ozouer-le-Voulgis ; 10. Résurgence en amont d’Ozouer-le-Voulgis ; il. Bétoire en activité en aval du château de Ville,jatour ; 12. Gouffre inondé en amont de Presles, près de Yillegenard ; 13. Barrage à Chaumes ; 14. L’Yerres eh amont du pont des Seigneurs, à Yèbles.
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- à discussion. Les géographes l’orthographient, avec deux r tandis que Joanne dans son Dictionnaire et Didot dans le Bottin ne lui en accordent qu’un seul. Dans le doute, nous conserverons la graphie Yerres qui est généralement admise ; mais d’où dérive ce vocable ?
- Le problème n’est pas résolu et peut encore exercer longtemps la sagacité des chercheurs.
- Même indécision pour son origine. D’aucuns la fixent à l’étang de Guerlande situé à l’orée sud (117 m. d’altitude), de la forêt de Crécy. C’est une belle nappe
- Fig. 15 à 20. — L’Yerres inférieure.
- 15. Passage en amont de Soignolles ; 16. Le moulin de Soignolles-en-Brio en 1910 ; 17. L’Yerres à sec, près de Yernelle* en aval de Soignolles ; 18. Résurgence en aval du Pont-au-Diable, à €ombs-la-Ville ; 19. Le pont de Boussy-Saint-Antoinc ; 20. Le manoir de
- Guillaune Budé, à Yerres.
- Les avis sont partagés : certains auteurs le tiennent du latin Heclera qui désigne le lierre car cette Aralia-cée est abondante dans les bois qui tapissent les coteaux de ses rives, mais d’autres étvmologistes l’attribuent au verbe errare en égard à ses divagations multiples.
- d’eau de 20 lia. fort poissonneuse que pare sur son pourtour une luxuriante végétation aquatique et dont la levée s’orne de chênes majestueux. Son déversoir n’est qu’un fossé presque toujours à sec et que mouille à peine sur quelques mètres la fontaine d’un petit
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- lavoir sis à droite de la roule de Pézarches à Haute-feuille. Désigné sous le nom de ru des Grès, ce fossé s’allie bientôt à l’Est de Pézarches au ru des Prés Neufs qui lui ressemble comme un frère et qui est censé lui apporter le tribut de la Forêt de Malvoisine.
- La réunion de ces deux nullités forme PYerres, au lit vide sauf aux époques pluvieuses, qui frôle Pézarches et contourne Touquin dont l’église trapue s’aperçoit de fort loin. Sur la gauche un léger vallonnement se dessine, il abrite un filet d’eau languissante, le ru de Beuvron qui provient de Bois Eluis. Sa longueur est d’une dizaine de km., à peu près celle de PYerres naissante et malgré son indigence on peut admettre sa candidature à la paternité de la rivière.
- Enfin voici une source véritable qui jaillit abondante et pérenne sous le toit d’un abri pour lavandières. Sise à droite de la roule de Touquin à Vaudoy, c’est la Grande Fontaine dont le débit est assez puissant pour donner vie à l’anémique ruisseau. Il lui faut un maintien ; un premier barrage contient son onde faible et limpide qui alimentait autrefois le moulin de Berneray avant qu’il soit converti en maison de plaisance.
- Désormais des affluents bien maigres hélas pour leurs vastes bassins vont revigorer notre rivière tte, car n’oublions pas que nous sommes en Brie dont le sol lâche est incapable de conserver le don des pluies hivernales. Ci-tons-les pour mémoire. Ce sont les rus de la Fontaine Saint-Jean, de Visandre dont les 33 km. de cours ne donnent qu’un appoint insignifiant, l’Yvron dont le nom s’apparente avec celui de l’Yerres et qu’on peut considérer comme sa seconde branche, le ru de Bréon, la Marsange qui mérite plus d’attention.
- Née elle aussi dans la Forêt de Crécy, c’est le type parfait du cours d’eau à pertes et résurgences. Il faut suivre sa. vallée à partir de Tournan. Le moulin de Villegénard toujours porté sur la carte n’existe plus depuis une cinquantaine d’années ; il possédait une singularité curieuse car l’eau de son bief disparaissait dans un abîme juste en dessous de la roue motrice. Actuellement quelques pierres sont les seuls vestiges de son existence, mais un peu plus loin le ruisseau qui a 3 ou 4 ni. de large s’engage dans un petit bois, s’amenuise et se perd, complètement dans un trou rempli d’orties que la carte d’Ëtat-Major qualifie de gouffre. Ce phénomène ne se produit qu’en été car en hiver les eaux inondent ces parages et s’étendent dans les prairies environnantes sans pouvoir cependant constituer un courant continu. En aval de Presles des suinte-
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- ments, des infiltrations insensibles raniment la rivière mais en arrivant près du chemin de Coubert aux Fontaines de Presles elle disparaît à nouveau dans des fissures très visibles et le vallon à peine marqué redevient sec. Au-dessous du château de Villepalour, il offre le spectacle de bétoires parfaitement caractérisées que l’on peut voir en action après de grandes pluies. A Liverdy des résurgences invisibles gonflent à nouveau la Marsange qui derechef s’épuise et arrive à l’Yerres en amont d’Ozouer-le-VouIgis complètement exsangue.
- Nous examinerons plus loin les causes de ces évanouissements successifs.
- Terminons l’énumération des affluents. tous bien indigents ; ils ont nom : l’Avon, rus des Moulins, des Matteux, de Cornillet et le Réveillon arrive bon dernier. Notons que ce n’est qu’à partir de Combs-la-Ville que de nombreuses sources, filles des coteaux calcaires, cessent d’être nulles et donnent à l’Yerres l’aspect que lui connaissent les Parisiens.
- Reprenons en amont l’étude de sa vallée. Nous y
- trouvons un lit souvent barré pour garder un peu de son onde trop encline à fuir. Par-ci par-là des moulins abandonnés égayent ses bords , ils sont les victimes des grandes minoteries qui ont tué cette industrie artisanale. A Chaumes, l’Yerres ne coule plus ; de-ci de-là des flaques d’eau stagnent sans pouvoir se rejoindre et à Courtomer on peut circuler à pied sec dans son lit. Il en est de même à Ozouer-le-Youlgis, tout au moins en amont car en aval l’eau réapparaît pour fuir à nouveau avant d’arriver à Soignolles où le maigre apport du ru des Moulins qui actionnait jadis une roue monumentale vient humecter ses rives. A peine sortie du village, la sécheresse reprend ses droits et jusqu’au Pont du Diable à Combs-la-Ville, l’Yerres tantôt se dissimule, tantôt renaît, mais toujours d’une façon discrète. Ce n’est qu’à partir de ce point qu’elle mérite le titre de rivière et court se jeter dans la Seine à Villeneuve-Saint-Georges après avoir embelli les parcs de Brunoy et de Montgeron et avoir mérité l’hommage de deux superbes viaducs sur lesquels roulent les grands rapides du P.-L.-M.
- Fig. 21 et 22. — L’Yerres inférieure.
- 21. L’Yerres à Brunoy ; 22. Le confluent avec la Seine à Yilleneuve-Saint-Georges.
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- Fig. 23 et 24. — Les menhirs de V Y erres.
- 23. La Pierre Couvée à Courtomer ; 24. Le menhir inconnu dans le petit marais
- de Boussy-Saint-Antoinc.
- A quoi faut-il attribuer les caprices de son cours et de ses affluents. A une seule raison : la perméabilité du sol briard qui absorbe l’eau qui ruisselle sur toute son étendue. Les couches marneuses sont à des profondeurs variables et quand elles sont à très faible inclination, elles coupent et recoupent les roches perméables cl filtrantes ; on assiste donc tour à tour à un enfouissement de l’onde suivant le pendage des marnes compactes, sourdant à nouveau vers la lumière pour disparaître quand le niveau isolant s’enfonce un peu plus loin. Le même fait peut se répéter et détermine celle alternance de mort et de résurrection.
- La végétation subit l'influence de ces considérations hydrographiques et la présence de certaines plantes hygrophiles dans le lit sec de la rivière atteste l’humidité souterraine. Comme curiosités botaniques il faut noter l’abondance de la guimauve (Allhea officinalis) aux alentours de Soignolles et surtout la belle localité d Impatiens fulva en amont du Moulin Roc hop t en dessous de Mandres. Celle balsaminée exotique couvre le
- sol, en peuplement presque pur, d’un petit bois marécageux sur la rive droite de l’Yerres et on se demande par quelles voies elle a pu s’introduire en ce site, étant originaire de l’Amérique septentrionale.
- Pour les archéologues, il faut mentionner la Pierre Couvée à Courtomer. Ce menhir se dresse sur la rive droite dans un pré et tous les habitants du village le connaissent. 11 n’en est pas de même de celui qui s’érige beaucoup plus loin dans le petit marais qui borde la même rive en dessous de Boussy-Saint-An-toine. Ce mégalithe semble parfaitement ignoré. Isolé au milieu des Phragmitcs, il mesure i m. 85 de hauteur, o m. 6o d’épaisseur et o m. 95 de largeur. Seuls les pêcheurs fréquentent ees parages car son accès est assez pénible. Pour le joindre, les amateurs devront de Brunoy gagner le Moulin Roc-hopt à la tourelle moyenâgeuse, prendre ensuite le sentier qui longe !a rive droite, traverser le bois à Impatiens fulva, 000 m. plus loin on atteint le but désiré.
- N’oublions pas non plus les jolies miséricordes du xvP' siècle de l’église de Soignolles où diverses scènes de l’Ancien Testament sont représentées avec art.
- Verres a conservé l’ancien manoir de l’héllénisle Bu dé et dans son église une délicieuse Présentation de la Vierge au Temple. Ce tableau peint sur bois, d’école flamande du xvr siècle, mérite une visite. Bornons-nous à ces indications qui suffiront, espérons-le, à faire connaître une vallée gracieuse et pittoresque dont le seul défaut est d’être proche de Paris mais les naturalistes pourront occuper leurs loisirs en l’explorant et nous ne doutons qu’ils n’y trouvent agrément et profit spirituel. Cu. Brover.
- CONSEILS POUR LA CULTURE LÉGUMIÈRE
- Des surfaces considérables de terrains libres vont être livrées à la culture. L’organisation des jardins ouvriers est en bonne voie. Quantité d’autres jardins — souvent abandonnés ou consacrés à peu près uniquement à la décoration florale — vont être transformés en vue d’une production plus utile. L’ensemble de ces efforls ne pourra que contribuer pour une bonne part à l’amélioration de notre ravitaillement.
- Mais le succès de celle activité horticole dépendra étroitement de la solution donnée au problème cpie voici : produire des légumes variés en grosses quantités, sans frais exagérés, pour qu’ils soient mis à la disposition de la maîtresse de maison à toute époque de l’année, soit dans leur fraîcheur, soit par la conservation.
- La production fruitière, dans certains cas, peut être également envisagée.
- Quels conseils donner à des jardiniers qui manquent d’expérience ? Impossible de les mettre tous sur le même pied. Car il y a jardins et jardins.
- Les parcelles mises à la disposition des ouvi'iers sont souvent de dimensions modestes. Elles peuvent suffire pour l’alimenlalion d’une famille moyenne, si l’on excepte la pomme de terre. Cette exception faite, on estime qu’un are de terrain par personne est nécessaire, à condition qu’il soit cultivé méthodiquement et bien fumé. Ces parcelles se trouvent en général juxtaposées les unes aux autres, sans murs de séparation; toutes ont un sol identique, ou presque, et il est facile à l’organisme technique qui en est chargé de donner à un ensemble de néophytes des instructions très précises qu’ils n’auront qu’à suivre à la lettre.
- Pour les jardins particuliers, par contre, leur diversité interdit l’application de données trop rigoureuses. Mais il
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- est possible de rappeler à tous, certaines notions dont la connaissance est indispensable.
- Les temps difficiles que nous traversons compliquent d’ailleurs la tâche du praticien.
- Lorsqu’on veut faire de la culture légumière, si l’on ne continue pas un travail déjà entrepris, on se trouve devant des problèmes assez complexes. Le premier réside dans le plan de culture. Une liste doit être dressée des légumes que l'on se propose d’obtenir, de telle sorte que la production soit aussi échelonnée que possible. Il faut qu’à tous moments, ou presque, le jardin soit en mesure de donner des récoltes. Ün doit donc tenir compte, non seulement de la nature des légumes, mais aussi de leurs variétés. C’est ainsi que l’on peut consommer des laitues pendant toute la belle saison ; des poireaux, du début de juillet à l’avril de l’année suivante; des choux pommés toute l’année, etc., pourvu que l’on emploie, à bon escient, les variétés convenables.
- Dans le choix des variétés, on doit encore tenir compte du climat sous lequel on se trouve, de la nature du terrain, des possibilités d’abri et d’arrosage. Tout cela, on le voit, est assez complexe.
- L’assolement, qui consiste à faire suivre sur un même sol des plantes de végétation et d’exigences différentes, est de conception moins rigoureuse en horticulture qu’en agriculture. Toutefois, il est nécessaire de ne pas cultiver deux années de suite une même plante sur un même emplacement. Il est même très utile d’éviter la répétition d’une culture d’oignons, de poireaux, de choux et de quelques autres légumes, dans un endroit donné avant deux et même trois années. Cette précaution, d’ordre surtout anliparasilaire, est d’autant plus aisée que la superficie du terrain est plus grande.
- Le programme clés cultures une fois établi, il faut préparer au mieux le jardin. Chacun sait qu’une terre bien ameublie et bien fumée est une condition de réussite de la production légumière. Tous les terrains, hélas ! ne sont pas de bonne composition physique. On peut se trouver en face de sols très calcaires, ou fortement argileux, ou bien encore caillouteux ou sableux. D’autres peuvent révéler une constitution chimique défectueuse, soit que les doses en principes nutritifs (azote, acide phosphorique, potasse et chaux), soient nettement insuffisantes, soit qu’un ou plusieurs des éléments essentiels fassent presque complètement défaut. Ces mauvaises conditions ne doivent pas empêcher la culture, mais il faut s’efforcer de les améliorer.
- Les terrains argileux ou calcaires, généralement imperméables, sont difficiles à travailler. Les racines y peuvent être asphyxiées l’hiver par l’eau stagnante. Un drainage, dans ce cas, est souvent indispensable. L’été, c’est au contraire la sécheresse qui est à craindre. La terre semble se transformer en blocs de ciment. Les arrosages doivent être nombreux, ainsi que les façons culturales superficielles.
- Les terrains sableux conviennent en général à la culture potagère. Certains légumes, tels que l’asperge, y viennent même particulièrement bien. Mais on a souvent à leur reprocher leur pauvreté en matières nutritives.
- Tous les terrains, quelle que soit leur nature, profitent amplement de l’apport des fumiers, qui les enrichissent, donnent du corps aux terres trop légères, allègent par contre les terres lourdes et leur permettent de mieux retenir les éléments de nutrition en augmentant la proportion d’humus. Il est parfois très difficile, surtout à présent, de se procurer ce précieux fumier. On doit donc le remplacer, autant qu’il se peut, par des composts formés de déchets divers : feuilles, curures de fossés, déchets de cuisine, déjec-
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- tions humaines (ne faisons pas les délicats). Certains résidus industriels peuvent être aussi utilisés avec grand profit, tels que déchets de poissons et rapures de cuir. Les goémons, que l’on trouve en abondance sur certaines de nos côtes, constituent un excellent engrais organique, particulièrement riche en potasse. Chaque fois qu’il est possible de les utiliser, il ne faut pas hésiter à le faire. Toutes ces matières peuvent être mélangées intimement et triturées une ou deux fois par an avec une certaine quantité de chaux. Ce corps active la décomposition des éléments organiques, neutralise l’acidité excessive et favorise l’assimilation de l’azote.
- La fabrication du fumier artificiel peut être également emisagée, mais il est difficile, pour le moment, de se procurer la paille et les engrais minéraux nécessaires. Grave inconvénient, et qui rend d’autant plus impérieux l’emploi à haute dose de composts.
- La préparation du terrain doit être faite avec soin. S’il s’agit d’un terrain mis en culture pour la première fois, il est toujours bon de pratiquer un véritable défonccment, profond de deux fers de bêche. Les grosses pierres sont enlevées, ainsi que les racines d’arbres ou d’arbustes. Les racines de liseron et les rhizomes de chiendent doivent être soigneusement extirpés ou enfouis tout au fond de la jauge du cléf on cernent. En général, la couche inférieure de la terre remuée est de qualité moindre. Si l’on peut disposer d’une très forte quantité d’engrais organiques, il est bon d’intervertir l’ordre des couches : l’inférieure prend la place de la supérieure, et vice-versa. On incorpore alors la fumure à la partie superficielle pour l’améliorer. De cette façon, on a sur une grande profondeur, une terre bien remuée, bien aérée et de bonne composition dans son ensemble. On peut encore mélanger intimement les deux couches, ou bien, si la composition chimique de la partie basse est par trop mauvaise, la laisser à sa place, tout en la travaillant.
- Lorsque le terrain a été ainsi bien préparé, il reste à l’utiliser au mieux. Une ou plusieurs allées, suffisamment larges pour pouvoir y faire passer une brouette ou une charrette à bras sont tracées, soit, au milieu du jardin, soit autour, suivant sa superficie et sa forme. Dans les grands jardins, il faut même prévoir une allée plus large, permettant le passage d’un tombereau à cheval.
- Le terrain est divisé en planches larges de i m. 3o, destinées à recevoir des légumes tels que poireaux, oignons, carottes et en général tous ceux qui demandent des sarclages et des éclaircissages à la main. Ces planches sont séparées par de tout petits sentiers larges de 25 à 3o cm. Pour les pommes de terre, artichauts, asperges, choux, épinards, etc., il est préférable d’adopter des « carrés » de terrain de dimensions plus grandes. On perd ainsi moins de surface, par la suppression des sentiers.
- Si l’on dispose de murs, on doit établir sur leur pourtour des côtières, c’est-à-dire des planches légèrement relevées vers les murs. Elles reçoivent la chaleur de rayonnement de ces murs et sont propres aux cultures de primeurs ou aux repiquages printaniers. Bien entendu, celles qui se trouvent exposées au midi sont les meilleures. Le long des maçonneries, on peut aussi palisser des espaliers d’arbres fruitiers, si l’on connaît la taille de ces végétaux. Le tort des espaliers — dont les avantages sont d’ailleurs nombreux — est d’empêcher les traitements anliparasitaires complets. Il est en effet impossible d’enrober de liquides insecticides ou anticryptogamiques, la partie clés branches, des feuilles et des fruits tournée vers le mur.
- C’est également en un endroit bien ensoleillé que l’on doit monter les châssis nécessaires à la multiplication des plantes. Point n’est besoin d’en avoir des quantités, car
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- il est souvent plus économique d’nclieter quelques plants de légumes que de les semer soi-même en risquant d’en manquer l'élevage.
- En bordure des carrés, on établit des lignes de plantes vivaces comme l’oseille, le thym, la ciboulette, l’estragon et le fraisier Gaillon, qui ne donne pas de filets rampant sur le sol.
- L’eau est indispensable au jardin. Pendant la belle saison, elle doit être distribuée largement, de préférence en dehors des heures les plus ensoleillées. Les tourniquets et batteries mécaniques d’arrosage, fonctionnant par branchement sur une conduite d’eau sous pression, rendent de grands services, surtout dans les jardins d’une certaine superficie. Par contre, l’eau prélevée dans les bassins et distribuée à l’arrosoir est moins froide et « bat » moins la terre.
- Il ne nous est pas possible de donner, dans le cadre d’un article, un programme échelonné des travaux. Ces indications sont d’ailleurs faciles à trouver. L’important est de bien les interpréter et de les exécuter correctement. Il est évident que lorsqu’on parle de semis de carottes et de semis de fèves, il ne saurait être question de les effectuer de la même façon. Dans le premier cas, la graine doit être à peine enterrée, puisqu’elle est très fine, alors que celle de la fève doit être enterrée à 5 ou 6 cm.
- La plantation doit être faite également avec soin. Non seulement il faut distancer les plants en prévision de leur développement futur, mais encore ne les choisir que parfaitement sains et bien constitués. Tous bénéficient de 1’ « habillage », c’est-à-dire du raccourcissement des racines et des feuilles. Ainsi, la ramification du système radicu-
- laire est-elle facilitée, et atténuée l’évaporation foliaire.
- Au cours de la végétation, les opérations d’entretien doivent être bien effectuées, et en temps voulu. C’est une condition sine qua non de réussiLe. Les arrosages, éclaircissages et sarclages, en particulier ne souffrent pas de retards. Les traitements antiparasilaires, que l’on doit opérer parfois pour lutter contre le doryphore ou le mildiou de la pomme de terre, la teigne du poireau, la mouche de la carotte ou de l’asperge, la hernie des choux, etc., doivent être faits également en temps opportun.
- Il va sans dire que pour tous ces travaux, un certain outillage est indispensable. Si Ton peut disposer d’une cave saine, c’est là une excellente chose pour la conservation des légumes tubéreux, Tétiolage des cardons, la production des endives et de la barbe de capucin (1).
- Enfin, étant donné la rareté des graines, il est tout à fait utile de les produira soi-même, dans la mesure du possible. Il faut donc choisir comme pieds-mères des sujets répondant bien aux caractéristiques de la variété.
- Si la culture potagère est en somme une activité assez routinière pour le praticien, il n’en est pas moins vrai que le néophyte y rencontre d’assez nombreuses difficultés dans ses débuts. Nous ne pouvions prétendre, en si peu de lignes, l’initier pleinement à un métier nouveau pour lui; nous avons seulement voulu lui donner certaines directives dont il tirera, nous l’espérons, quelque profit.
- Lucien Dupouy.
- 1. Voir dans le numéro de février : La conserva,lion clés fruits et des légumes
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN JUILLET J 941
- Le raccourcissement des jours s’accentuant progressivement, les divers spectacles du ciel deviennent d’une observation plus facile. Vénus dans le crépuscule, et Mars se levant de bonne heure maintenant, sont les deux seules planètes visibles dans la première partie de la nuit ; Mercure se distinguera le matin à la fin du mois et les autres, sauf Neptune invisible, commencent à être bien observables avant la fin de la nuit. Puis une belle occultation d'Aldébaran aura lieu encore. Notons enfin que pendant juillet, et surtout vers la fin de ce mois, de belles Etoiles filantes se montrent.
- Toutes les heures sont données en temps universel compté de oh (minuit) à a4h ; infliger les corrections nécessaires suivant l’heure utilisée aux lieux d’observation.
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil décroît en juillet de + 23°7/ le ier à + i8°i8/ le 3i. La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) diminue notablement : pour Paris, elle est de i6h3m le
- Fig. 1. — Schéma de l’occultation d’Aldébaran, le 20 juillet (Image vue dans une lunette).
- icr et i5h7m le 3i. La durée du crépuscule civil, pour Paris toujours, est de 45m le Ier et de 3()m le 3i ; quant au crépuscule astronomique il persiste encore toute la nuit le ier, tan-
- dis que sa durée n’est plus que de 2h34m à la fin du mois.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours : Juillet :
- 1er = nh54mi7s; 6 = nh55mns ; 11 = nh55m56s;
- 16 = nh56m3is 21 = iih56m53s; 26 = uh57m2s ;
- 31 — i ih56m55s.
- Observations physiques. — Voici la liste des éphémérides
- permettant l’orientation des dessins et photographies de la
- surface solaire :
- Date (o*) P B0 L„
- Juillet 2 — 2,40 W + 3;o3 i46°73
- __ 7 — 0,13 + 3,57 8o,55
- — 8 + o,33 E. + 3,67 67,31
- — 13 + 2,58 + 4,18 1,14
- — i8 + 4,81 + 4,65 294,98
- 23 + 6,98 + 5d° 228,82
- — 28 + 9>°9 + 5,5 l 162,68
- Août 2 + 11,12 + 5,88 96,55
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. — Inobservables.
- II. — Lune. — Dates des phases :
- P. Q. le 2 Juillet à 41124m N. L. le 24 Juillet à 7ll39m
- N.L. le 8 — à 20h 171a P. Q. le 31 — à qà 1 Q01
- D. Q. le 16 — à 8 h 7m
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- Plus grandes déclinaisons : —i8°26/ le 7 juillet à i8h ; + iS°2ô,~ le 22 juillet à oh.
- Variations de distance et diamètre apparent : Périgée le G juillet à 2h, diamètre apparent = 02/4G//; Apogée le 18 à oh, diamètre apparent = aç/o/i".
- Occultations d’étoiles (jusqu’à la GG magn.) :
- Magni- Phéno- Heure Angle Date Aslre tude mène (p. Paris) au pôle
- Juillet 20 Aldèbaran 1,1 ( Imm. 2h4om,5 45°
- (a Taureau) \ Em. 31132111,2 289°
- La Lune, étant âgée de a5j,4, le phénomène se verra peu avant le lever du jour ; la réapparition au limbe obscur se produira dans la clarté de l’aube.
- III. — Planètes. — Le tableau ci-contre (dressé à l’aide des indications fournies par l’Annuaire astronomique Flammarion) donne les indications nécessaires pour trouver les planètes, et les observer au mieux, d’après leurs conditions de visibilité.
- Mercure sera en élongation le 24 juillet à i9°53/ W. du Soleil; susceptible d’être distingué quelques jours avant et après cette date, sa position céleste est néanmoins défavorable pour une bonne visibilité, car il est perdu alors dans la clarté du jour levant.
- Vénus, étoile du'soir, brille dans le crépuscule à peu de hauteur au-dessus de l’horizon.
- Mars arrive maintenant à pouvoir être bien observé; se levant peu après l’arrivée de la nuit, et avec des positions de moins en moins australes en déclinaison, il se montre déjà d’un bel éclat, son disque atteignant une proportion permettant d’utiles observations; la phase est encore bien marquée, et au point de vue des configurations, celles-ci sont vues d’après une inclinaison australe marquée en direction de la Terre, la latitude du centre étant de 22°i au début du mois et de 20° à la fin.
- Jupiter, dans la seconde partie de la nuit, peut être de nouveau suivi utilement ainsi que les phénomènes de ses quatre principaux satellites ; voici la liste de ceux qui seront visibles pour Paris :
- J août
- -p---
- 8 a f e
- Fig. 2. — Marche apparente de Mars depuis le 1er juillet jusqu’à la fin de l’année.
- Juillet 10, I. O. f. 2h54m ; III. E. f. 3hiim,3. — 13, IL P. f. 3h46m. — 17, I. O. c. 2h38m ; I. P. c. 3h33. — 18, I. Em. 2h53m. — 20, O. c. 2him. — 22, IL Em. ih4Gm. — 25, I. E. c. ih39m,4. — 28, III. P. c. 3hi8m.
- Saturne est également bien observable dans la même partie du ciel ; au milieu de juillet ses dimensions apparentes et sa présentation sont les suivantes :
- Diamètre du globe............................ i5", 5
- Grand axe de l’anneau........................ 38",79
- Petit axe de l’anneau........................... i5",55
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau ........................................—230,63
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau ........................................—220,34
- On pourra observer les élongations de Titan, son principal satellite, aux dates suivantes : élongation E. le 18 juillet, élongation W. le 2G juillet.
- Uranus arrivant le mois prochain à sa quadrature occidentale est de nouveau bien visible. Neptune, dans le crépuscule, est maintenant pratiquement invisible.
- ASTRE Date : Lever Passage au méridien Coucher Ascen- sion Déclinai- Diamètre Constellation VISIBILITÉ
- à Paris de Paris à Paris droite son apparent ou étoile voisine
- Soleil . . 12 Juill. 4him I lh 56m 4s igh5om ^h25m + 22° 0' 3i '3i"o6 Gémeaux
- 24 — 4 i5 11 57 0 >9 39 8 14 + «9 54 3i 32,48 Cancer
- Mercure . ! 12 — 3 24 10 58 18 32 6 27 + 18 42 10,4 Taureau Invisible.
- 24 — 2 44 10 32 18 20 6 46 + 20 44 7,8 Taureau Le matin dans l’aurore.
- Vénus. .1 12 24 — 5 55 6 3o i3 i3 3i 42 21 6 20 52 8 58 9 56 + + 18 5o 14 17 10,8 n,4 a Cancer Lion Le soir dans le crépuscule.
- Mars . 12 24 — 22 57 22 23 4 4 58 34 r- w LO <j* O O 0 26 0 49 + 1 2 1 5 12,8 14,2 14 26 Poissons (PrescIue t°u!e la nuit.
- Jupiter 12 — . 1 18 9 7 16 57 4 36 + 21 21 31,8 T Taureau ^Deuxième partie de la
- 24 — 0 3g 8 3o 16 22 4 46 + 21 4° 32,4 T Taureau S nuit.
- Saturne . 12 — 0 4> 8 6 i5 32 3 35 + 17 7 15,4 Bélier Deuxième partie de la nuit.
- 24 — 23 53 7 23 i4 5o 3 3g + 17 20 15,6 Bélier
- Uranus 3o — 23 26 7 11 l4 52 3 5o + 19 53 3,4 Bélier Deuxième partie de la nuit.
- Neptune . 3o — 8 49 i5 5 21 21 11 46 2 52 2A /3 Vierge Pratiquement invisible.
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- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 1er juillet, à 4Û, Neptune avec la Lune à i«24' N.
- Le i5 — à 2h, Mars avec la Lune à 2037' S. à 2025' N.
- Le 19 — à ih, Saturne avec la Lune
- Le 19 — à 76, Uranus avec la Lune à 4°1 27' N.
- Le 20 — à 9*1, Jupiter avec la Lune à 4OI9, N.
- Le 22 — à i6h, Mercure avec la Lune à 2019' N.
- Le 26 — à i3h, Vénus avec la Lune à 3048' N.
- Le 28 — à ioh, Neptune avec la Lune à 10 7f N.
- Étoile Polaire. — Heures des passages de l'Étoile Polaire au méridien de Paris :
- Juillet io Passage supérieur à 6h23migs
- — 20 — à 5 44 12
- — 3o — à 5 5 5
- Étoiles filantes. — Pendant ce mois, à partir du 7, commencent à se montrer des météores de l’essaim des Perséides, le radiant étant alors vers 0 Cassiopée. Du 26 au 00, se montrent les Aquarides, assez lentes avec de longues traînées : radiant vers o Verseau.
- V. — Constellations. — Les observations stellaires redeviennent favorables dans la seconde partie du mois. Dès la tombée de la nuit, se voient maintenant les parties les plus riches de la Voie Lactée, du Sagittaire au Cygne. On se rappelle que l’aspect du ciel est toujours le môme aux mêmes dates et heures, chaque année; il suffit donc pratiquement de le connaître une fois pour toutes à l'aide de cartes générales, ou de se référer aux descriptions données ici les années précédentes.
- LuCIEX RüDAUX.
- CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE (>)
- L’ÉCLAIRAGE DU LABORATOIRE IMPROVISÉ
- Dans les trois causeries précédentes (publiées dans les ncs 3o6o, 0061 et 3o6a) (1), nous avons montré comment l’on peut s’installer pour pratiquer la photographie « n’importe où » !
- Rappelons, à ce propos, que ces entretiens s’adressent surtout à ceux qui se trouvent hors de chez eux, notamment aux « excursionnistes », aux « Scouts », aux « Campeurs », aux « Alpinistes » et aussi aux « Jeunes » des Chantiers de jeunesse. Beaucoup de ces derniers possèdent un petit appareil photographique qui leur permet de conserver le souvenir des amis de Chantier (2).
- Nous avons donc constitué un laboratoire (voir n° 3o6a) dont le matériel se compose notamment d’un seau rempli d’eau bien propre, de deux bols, de deux pinces à linge et de notre « quart ».
- Comment éclairer ce laboratoire occasionnel ? Nous savons que — précisément en raison de la difficulté de l’éclairage — nous utilisons surtout des pellicules orthochromatiques, non sensibles au rouge. Ainsi, nous nous éclairerons avec de la lumière rouge rubis. Des pellicules panchromatiques, sensibles à toutes les couleurs, doivent être développées dans l’obscurité; or, dans les conditions si sommaires d’installation où nous nous trouvons, il serait bien difficile — et autant dire impossible — de procéder à un développement convenable en pleine obscurité.
- Comment réaliser l’éclairage rouge inaclinique du local où nous travaillons ?
- La meilleure façon est d’employer les papiers spéciaux que fabriquent les usines de produits photographiques (3) à l’exclusion du verre rouge trop fragile. Ces papiers sont teintés au moyen de colorants appropriés. Contrairement aux verres colorés du commerce, ils laissent passer toutes les radiations inactiniques contenues dans la source lumineuse et donnent ainsi l’éclairage maximum. Par contre, ils absorbent toutes les radiations actiniques.
- 1. Voir les n°s 2967, 2972, 2974, 2979, 2980, 2981, 2983, 2983, 2987, 2989, 2993, 2996, 2999, 3002, 3006, 3010, 3012, 3023, 3027, 3039, 3041, 3049, 3060, 3061 et 3062.
- 2. On doit rappeler ici, d’une manière formelle, qu’en zone occupée la photographie en plein air est rigoureusement interdite.
- 3. Par exemple le papier « Rubra » de chez Lumière.
- Ils existent en divers formats photographiques et, normalement, on les place entre deux feuilles de verre en avant des lanternes de laboratoire.
- Comme sources de lumière nous pourrons avoir recours aux suivantes :
- i° Tout cl’abord, la lumière du jour si l’on peut travailler dans la journée et si l’on possède un local rendu complètement obscur. Réserver dans une fenêtre une partie assez petite pour le passage de la lumière ; cette ouverture sera obturée à l’aide de plusieurs feuilles de papier rouge inacti-nique.
- Le nombre des feuilles dépendra de la dimension de l’ouverture, de l’orientation de la fenêtre et de la distance séparant cette dernière de la cuvette de développement. Il faudra certainement de 5 à 8 épaisseurs de papier rouge.
- 20 Une lampe électrique de poche. C’est la solution la plus simple : elle consiste à munir une petite lampe électrique de poche de plusieurs feuilles de papier inaetinique et à placer la lampe à une hauteur convenable au-dessus de la table de développement. Bien veiller à ce qu’il ne passe aucune lumière blanche parasite par les bords du réflecteur de la lampe.
- Le nombre des feuilles à superposer dépend de la puissance de la lampe et surtout du voltage de la pile : deux feuilles, au moins, sont nécessaires.
- Cette solution de l’éclairage par une lampe électrique de poche serait donc parfaite — étant donné les conditions où nous nous trouvons — si... l’on pouvait se procurer des piles de rechange. On sait combien celles-ci se font rares par moments.
- 3° L’éclairage électrique, si on loge dans un bâtiment où cet éclairage est installé. En prévision d’un tel cas, on peut se munir à l’avance d’un bouchon à baïonnette se fixant dans la douille d’une lampe, à la place de celle-ci, d’un bout de fil souple et d’une douille. Ainsi, en se branchant sur une lampe, pourra-t-on avoir l’éclairage sur la table même du laboratoire. Pour rendre la lampe inaetinique, il faudra établir à l’avance une sorte de manchon en tissu noir, double, muni de cordons formant coulisse. On réserve dans le manchon une ouverture que l’on munira par exemple de deux feuilles de cellophane entre lesquelles on placera quatre ou cinq feuilles de papier rouge inaetinique. Pour l’utili-
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- sation, il suffira d’introduire la lampe dans ce manchon, de serrer la coulisse autour de la douille, et seule la lumière inactinique passera. Employer une lampe de faible puissance, car il faut se méfier de réchauffement, puisque la lampe ne peut guère se refroidir dans son enveloppe d’étoffe.
- 4° Enfin, il reste une dernière solution : c’est d’avoir recours à une vulgaire lanterne munie d’une... bougie! Un des carreaux sera recouvert de deux ou trois épaisseurs du papier rouge inactinique, les autres obturés avec du papier noir. Ces divers papiers devront recouvrir les tranches des carreaux. On s’arrangera comme l’on pourra pour éviter toute fuite de lumière blanche ; on peut toujours
- y arriver et l’on sait que notre « jeunesse » est débrouillarde.
- Ajoutons cependant que celte dernière solution est, comme la deuxième, sujette à l’influence des restrictions actuelles, en raison de la rareté des bougies. Quant aux autres moyens d’éclairage (pétrole, essence, huile, acétylène, etc.) il ne faut pas songer, actuellement, à les employer.
- Maintenant que notre laboratoire rudimentaire est éclairé — nous le supposons du moins — par l’un des moyens indiqués ci-dessus, nous allons préparer les bains pour développer les pellicules que nous avons impressionnées.
- Em. Touciiet.
- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- AVEC DES PIONS DE DAMES
- U existe un certain nombre de récréations, basées pour la plupart sur la géométrie de situation, et qui s’exécutent facilement avec des pions de dames. Quelques-unes sont assez connues mais il est bon de les rappeler, ne serait-ce que pour initier nos jeunes lecteurs à ces questions amusantes qui peuvent faire l’objet de « colles » à poser à des amis.
- Le premier problème que nous examinerons est relatif à la décimation. Il est présenté sous diverses formes et consiste à éliminer tous les pions d’une même couleur, parmi un groupe de pions blancs et noirs disposés en cercle, en comptant les pions de n en n et retirant tous les jpèmos au fur et à mesure. On prend i5 pions blancs et i5 pions noirs; comment faut-il les distribuer en cercle pour que, comptés de 9 en 9, tous les noirs se trouvent éliminés ? Les blancs doivent occuper les places numérotées :
- 1, 2, 3, 4, 10, n, i3, i4, 15, 17, 20, 21, 25, 28, 29 en supposant que le pion par lequel on commence à compter porte le numéro 1, et que l’on opère dans le sens des valeurs croissantes. Quand vous disposez les pions il est bon, naturellement, de repérer la position du n° 1 d’une manière quelconque, soit en laissant un plus grand intervalle entre ce pion et le dernier situé à sa gauche, soit en l’orientant par rapport à un objet placé sur la table.
- Il est facile de retenir la disposition initiale grâce à une phrase mnémonique due à Barbet :
- Mort tu ne falliras pas En me livrant le trépas.
- Les voyelles seules ont une valeur dans cette phrase et représentent les nombres suivants :
- a = 1 ; e — 2 ; t = 3 ; 0 = 4 ; it = 5.
- On alterne, suivant la valeur ainsi attribuée aux voyelles, les pions blancs et les pions noirs; soit : 4 blancs (0), 5 noirs (u), 2 blancs (e), 1 noir (a).... Ceci suppose que le comptage se fait dans le sens des aiguilles d’une montre. Bien remarquer que le quatrième mot est falliras et non failliras comme plusieurs auteurs l’ont transcrit par erreur.
- Avec les mêmes données, i5 pions blancs et i5 pions noirs, on compte de trois en trois à partir d’un pion désigné (transformé en clame, par exemple) et on demande quelle place occupera le pion restant seul à la fin de l’opération. Partant du pion n° 1 dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est le 166 qui sera ainsi désigné par le sort (?). Ceci est à rapprocher des procédés qu’emploient les
- enfants pour commencer un jeu : l’un d’eux compte ses camarades, disposés en rond, en scandant les syllabes d’une phrase et élimine celui qui est désigné par la dernière syllabe, il continue ainsi jusqu’au dernier auquel échoit le rôle prévu par les conventions. Ces problèmes, ou d’autres analogues dans la forme, ont eu pour origine des légendes sur lesquelles nous ne nous étendrons pas : il s’agit généralement d’un vaisseau en perdition et il faut sacrifier la moitié des occupants, composés, en parties égales, de gens appartenant à des religions ou à des nationalités différentes. Le capitaine qui procède à l’opération dispose les passagers de telle manière qu’il sauve ses compatriotes ou ses coreligionnaires.
- Les piles cle pions. — On dispose 10 pions en ligne droite, il faut obtenir 5 piles équidistantes en faisant sauter, par 5 fois, un pion par-dessus deux autres pour le poser sur un troisième. La solution est assez difficile à trouver d’autant plus que l’énoncé dit « par-dessus deux autres » et qu’il faut tenir compte qu’une pile déjà formée représente deux pions.
- Fig. 1.
- ' Soient les 10 pions en ligne, on place le 70 sur le 10e, le 5° sur le 2e puis le 3e sur le 8° ; ces trois premiers mouvements font sauter un pion par-dessus deux pions séparés. On achève en posant le 90 sur le Ge et enfin le Ier sur le 4e-Dans celte dernière phase chaque pion passe par-dessus une pile de deux.
- Avec 8 pions le problème n’est possible que si on lève la restriction de l’équidistance des piles, on obtient quatre solutions. Avec la notation ci-dessus : posons 5 sur 2, puis 3 sur 7 on a la position suivante :
- 1 2 . 4 • G 7 8
- Les piles sont soulignées, les points marquent la place des pions déplacés. Pour achever on peut déplacer 1 sur 4 ou 4 sur 1 et 6 sur 8 ou 8 sur G. Deux de ces positions finales sont symétriques :
- 1 2
- 1 2
- .78 6 7 .
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-
-
- = 180 ...................: —............:.=====
- Partant de la solution ci-dessus on peut étendre le problème à un nombre pair quelconque. En effet, la position finale des piles étant indifférente, eH commençant par poser 4 sur i on diminue de 2 le nombre des pions en ligne et en continuant ainsi on parvient à 8 pions. Par exemple, traitons le cas de i4 pions : on pose 4 sur x, faisant
- (J) 2 3 . 5 6 7 8 9 10 11 12 i3 i4
- abstraction de cette pile il reste 12 pions numérotés de 2 à i4 sur lesquels nous agirons de même en plaçant le 4e sur le ier, c’est-à-dire le n° 0 sur le n° 2;
- (i 2) 3 . 5 . 7 8 9 10 11 12 i3 i4
- enfin en posant le n° 8 sur le n° 3 il reste 8 pions :
- (i 2 3) . 5 . 7 . 9 10 11 12 i3 i4
- qui traités comme précédemment donneront 4 solutions dont voici l’une d’elles :
- 12 3.5.7..........................13 là
- Avec 6 pions le problème est impossible.
- Une variante consiste à considérer une pile déjà formée comme un seul pion. Avec le problème initial — 10 pions — il faut exécuter les cinq déplacements suivants, dans l’ordre bien entendu.
- 7 sur 10, 5 sur 2, 9 sur 4, 3 sur 8, et 1 sur G.
- Le lecteur pourra s’exercer à appliquer cette nouvelle règle à 12 pions et plus.
- Une autre variante, généralisant la question, demande de sauter par-dessus 3 pions pour faire n piles en partant de on pions, chaque pile comprenant, naturellement, 3 pions. Il faut 12 pions au minimum pour que le problème ainsi posé soit possible. Voici, pour ce nombre, la marche des opérations.
- On forme d’abord deux piles de 2 pions sur le 2e et le ii° en posant G sur 2 et 7 sur 1 ; on complète ces piles à 3 pions en faisant passer 8 sur 2 et 4 sur 11. Il ne reste plus qu’à former les piles extrêmes à 2 pions et à 3 pions, 3 vient en 1 puis 5; et, d’autre part 10 passe en 12 et enfin 11.
- Cette méthode peut se généraliser facilement au cas où l’on envisage np pions devant former n piles de p pions en sautant par-dessus p pions à chaque déplacement. Dans tous les cas n ne peut être inférieur à 4.
- Les pions alternés. — Quatre pions noirs et 4 pions blancs sont disposés alternativement NB NB NB NB en ligne droite. On demande de réunir, toujours en ligne droite et consécutivement, les quatre pions noirs et les quatre pions blancs en observant les règles suivantes :
- i° On exécutera 4 déplacements; 20 chaque déplacement affectera un couple de deux pions consécutifs; 3° l’ordre relatif des pions de chaque couple sera respecté.
- Voici le schéma des dispositions successives conduisant
- à la solution :
- N B N B N B N B
- N . B N B N B B N
- N N B B N B B N
- N N B B B B N N
- . B B B B N N N N
- Il existe naturellement une solution symétrique équivalente en commençant par le couple B N situé immédiatement à gauche du dernier pion B, nous ne considérons pas cette solution comme distincte .
- En opérant dans l’ordre inverse à partir de la 5e ligne on résoud le problème contraire, ce qui est évident.
- Il est facile de se rappeler les mouvements à exécuter, si l’on suppose les pions rangés en cercle, la disposition initiale s’incurvant suivant une circonférence en laissant deux cases vides entre le premier et le dernier pion.
- N
- Fig. 2
- On déplace à chaque coup les deux pions qui précèdent les cases vides, respectivement de un et de deux rangs.
- En cherchant à généraliser le problème on constate que la règle simple ci-dessus ne s’applique plus.
- Nous avons fait, au cours de loisirs forcés pendant la précédente guerre, une étude complète de cette question, mais, manquant de documentation, nous ignorions les travaux de nos devanciers. Par la suite nous avons retrouvé la première solution qui a été donnée par M. Delannoy, ici même (La Nature, 4 juin 1887). Les deux méthodes conduisent d’ailleurs aux mêmes conclusions.
- Pour un nombre quelconque de pions 2n, le problème se ramène, après une série de coups préparatoires, toujours les mêmes, à l’un des quatre cas élémentaires :
- n = 4, 5, G ou 7.
- Il suffit donc de connaître la solution de chacun de ces cas irréductibles pour être à même de traiter le problème dans toute sa généralité.
- Supposons les pions numérotés de la droite à la gauche et comptons les cases vides comme si elles étaient occupées. Le premier coup sera joué de la droite vers la gauche, le jeu commençant par un pion noir. Les nombres entre parenthèses indiquent l’ordre des déplacements, les nombres suivants le rang des pions formant le couple considéré.
- n = 4 : (1) 2, 3'; (2) 5, 6; (3) 8, 9; (4) 1, 2.
- 5 : (1) 2, 3; (2) 7, 8; (3) 4, 5; (4) 10, 11 ; (5) 1, 2.
- G : (1) 2, 3; (2) 5, G; (3) 10, n;
- (4) 6, 7 ; (5) 12, i3; (6) 1, 2.
- 7 : (1) 2, 3 ; (2) 9, 10; (3) G, 7;
- (4) 11, 12; (5) 5, 6; (6) i4, i5; (7) 1, 2.
- Passons maintenant à l’exécution des coups préparatoires. On commence toujours par le couple numéroté 2, 3 qui, placé à la gauche du jeu, foi'me un groupe — que nous désignerons par groupe A — composé de 4 pions NBBN ; le couple situé immédiatement à droite de ce groupe fera l’objet de deuxième coup et formera avec les pions adjacents 1 et 4 un autre groupe — groupe B — BBNN. Ces deux groupes étant négligés par la pensée il restera 2(n — 4) pions que nous traiterons de la même manière, et nous continuerons ainsi jusqu’à ce que nous obtenions l’un des quatre cas élémentaires résolus plus haut. Ce cas sera joué complètement et le jeu présentera alors le schéma
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- .suivant : p groupes B à droite, m pions Blancs (3 <^m<(8), m pions Noirs et p groupes A.
- Les deux cases vides sont situées entre le dernier pion du groupe B et le premier pion Blanc du cas élémentaire. La dernière partie du jeu s’achèvera facilement en déplaçant le couple BB du ier groupe A, puis le couple NN du 4e groupe B, le couple BB du 2e groupe A, le couple NN du (p — i)cmc groupe B et ainsi de suite. Le dernier coup joué sera le couple x, 2.
- On remarquera que, quel soit n, le jeu commence toujours par le couple 2, 3 et se termine par le couple 1, 2 ; en outre, la solution comporte deux phases bien distinctes : dans la première on déplace des couples de pions différents, dans la seconde des couples de pions semblables. Si n est pair
- chaque phase comporte — coups, dans le cas contraire la
- n -f- 1
- prennere phase est de —-— coups. On déduit de l’étude
- précédente une règle simple pour déterminer le cas élémentaire à obtenir.
- Soit 2n le nombre des pions, le quotient de an par 8 indique le nombre de coups préparatoires, et le reste de la division de an par 8 est égal au nombre de couples de cas réduit, si ce reste est inférieur à 4 il faut l’augmenter de 4 unités. Pour n de la forme ik, & k+i, ik + a ou 4 k + 3 on est ramené, respectivement, aux cas élémentaires 4, 5, 6 ou 7.
- Enfin le même problème peut être posé avec cette variante que, à chaque déplacement, on intervertira Vordre des pions du couple. Avec cette modification il est nécessaire de jouer n + 1 coups pour un jeu comprenant an pions. Nous ne donnerons que la solution concernant 8 pions.
- N B N B N
- N . . B N
- N N B B N
- N N B B N
- N N . . N
- N N N
- B N B
- B N B N B
- B N B N B . . B
- N B B B B
- N B B B B
- On trouve une règle analogue à la précédente pour résoudre le problème général; nous laissons au lecteur le soin de chercher les solutions élémentaires pour 10, 12 et i4 pions.
- Les échanges. — La question suivante, connue aussi sous le nom « des crapauds et des grenouilles » utilise un damier (ou des cases tracées sur un support quelconque) et des pions noirs et blancs.
- Aux extrémités cl’une rangée de 7 cases on place 3 pions noirs et 3 pions blancs, laissant au milieu une case libre. Chaque pion se meut dans une seule direction : les pions noirs de gauche à droite, les pions blancs de droite à gauche.
- N N N B B B
- Fig. 3.
- Chaque pion peut se déplacer, dans la direction qui lui est assignée, i° sur la case voisine, si elle est libre; 20 en sautant par-dessus un pion de couleur différente si la case contiguë est libre pour le recevoir.
- Il s’agit de faire passer les 3 pions blancs à la place des 3 pions noirs et vice-versa.
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- Nous la place donnons de la case ci-dessous la vide. solution, le point indique
- N N N B B B B N B N N B
- N N N B B B B N B N B N
- N N B N B B B N B N B N
- N N B N B B B N B . B N N
- N N B # B N B B B N B N N
- N . B N B N B B B N B N N
- . N B N B N B B B B N . N N
- B N N B N B B B B • N N N
- On voit que i5 mouvements sont nécessaires. Si au lieu de 3 pions de chaque couleur on considère n pions on trouvera que le nombre des coups du jeu est égal à n(n-1-2). La loi des déplacements est assez facile à déterminer et apparaît déjà clairement quand on analyse le tableau précédent. On pose ordinairement la question avec 3 ou 4 pions de chaque couleur, au delà la solution devient fastidieuse.
- Il existe encore d’autres problèmes avec des pions ; mais soit qu’ils exigent un échiquier, soit qu’il s’agisse de véritables jeux, nous 11e les mentionnerons pas ici. Rappelons, par exemple, le jeu de la Baisselte, ou jeu de Nim, qui a déjà fait l’objet de deux articles dans cette rubrique (1).
- II. Barolet.
- A propos du « Diamant des mathématiques ».
- (La Nature, n° 3oG3, 10 octobre 1940).
- L’auteur, M. Le Lionnais, a fait allusion dans une note au Théorème de Goldbach.
- Voici, pour répondre à une demande, quelques renseignements à ce sujet.
- Goldbach a avancé, vers 1742, que « tout nombre pair est la somme de deux nombres premiers ».
- Cette proposition n’a, jusqu’ici, jamais été confirmée ni infirmée. Des progrès très importants ont été accomplis récemment et font entrevoir la possibilité d’une solution générale et rigoui’euse.
- Nous ne citerons que les travaux modernes les plus caractéristiques :
- Hardy et Liltlewood ont démontré que « presque tous les nombres pairs sont des sommes de deux nombres premiers » (Proc. Trans. Math. Soc., 1923, t. 22) ; mais ils s’appuient sur l’hypothèse de Riemann concernant les zéros de la fonction Zêta. Vinogradow a établi, en s’affranchissant de toute hypothèse, et par une méthode élémentaire, la proposition suivante : tout nombre impair suffisamment grand est la somme de trois nombres premiers » (C. R. Ac. Sc. de l’U. R. S. S., 1937, vol. XV, nos 6 et 7).
- Enfin J. G. Van der Corput a démontré rigoureusement que « presque tous les nombres pairs sont des sommes de deux nombres premiers » (Acta Arithmetica, 1987, p. 266). Cette démonstration a été obtenue à l’aide de procédés transcendantaux. Par presque tous les nombres il faut entendre ceci : soit s un nombre positif arbitraire pris aussi petit que l’on veut, et N un nombre pair, on peut déterminer N tel que entre o et N il y ait moins de sN nombres ne répondant pas à la question.
- Des corollaires de cette dernière proposition ont été publiés par l’auteur dans les C. R. de l’Académie des Sciences de Paris, 1937, 2o5, pp. 475-48i et 591-592.
- Pour références générales sur les travaux antérieurs, voir E. Lau : Vorlesungen über Zahlentheorie (1927).
- H. Barolet.
- 1. Voir La Nature, nos 3033 et 3031.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- ASTROPHYSIQUE
- Les infraisons stellaires.
- M. Esclangon a consacré, on le sait, cîe fort belles études aux infra-sons; ces sons, de très basse fréquence, et par suite inaudibles, naissent dans les circonstances les plus diverses : l’ouverture d’une porte engendre des infrasons; l’éruplion du Krakaloa, le a5 août 1883, donna naissance à un infra-son d’une exceptionnelle intensité qui fit plusieurs fois le tour de la terre et fut nettement perçu en Europe (baisse barométrique de 22 mm. à Paris).
- M. Esclangon a donné aux infra-sons de nombreuses applications : la première a été au cours de la guerre 191/X-191S une importante contribution au repérage des canons par le son. Plus récemment, le savant astronome, revenant sur celle question, a mis au point des détecteurs à flamme qui, par les variations d’éclat de leurs flammes, révèlent les infra-sons avec une extraordinaire sensibilité. Un autre astronome, M. Scvin, inspiré par les travaux de M. Esclangon, vient de découvrir dans les profondeurs du firmament l’existence d’infra-sons; ils ont leur siège au sein des étoiles à éclat périodiquement variable bien connues sous le nom de Céplxéides et qui servent aux astronomes pour jalonner* les distances interstellaires; ce sont les variations mômes d’éclat de l’étoile qui révèlent l’existence des infra-sons.
- Les Céplxéides, comme toutes les étoiles, sont des corps de nature gazeuse à très haute température; Eddington, s’appuyant sur les travaux de Shapley, a montré qxie ce sont des étoiles simples, en pulsation. M. Scvin assimile ccs pulsations à des ondes élastiquement transmises par le milieu gazeux qui constitue l’étoile, autrement dit à des ondes de la nature des ondes sonores. Partant des données actuellement connues sur les Cépbéides, rayon et masse de l’étoile, équation générale de l’équilibre dynamique des étoiles, il conclut que pour la propagation de ccs ondes élastiques, une Céphéidc se comporte exactement comme un tuyau sonore, ouvert à scs dexxx extrémités, ayant pour longueur le diamètre de l’étoile; un système d’ondes stationnaires s’y établit, avec un ventre à la surface, tandis que le centre est le point nodal ; la période du son fondamental rendu par ce tuyau est facile à calculer, il est remarquable qu’elle coïncide numériquement avec la période de la pulsation lumineuse de l’étoile, telle que la révèle l’observation. C’est ainsi que l’on trouve pour 0 Céphéi une période de 5 J. 306 ; cette fréquence est à 27.687 octaves au-dessous du la normal. Les vibrations fondamentales données par les différentes Cépbéides couvrent environ 9 octaves.
- CHIMIE
- Le tantale.
- Le tantale, métal découvert en 1802 par Ekeberg, est resté de longues années dans les vitrines de la chimie pure à titre de simple curiosité de laboratoire, puis, il est passé subitement ces temps derniers dans la grande industrie qui a mis à profit certaines propriétés particulières.
- Il est très peu répandu dans la nature et se trouve presque toujours associé, dans ses minerais, au colombium ou niobium avec lequel il avait été confondu à l’origine, d’autant plus que les, composés naturels présentent de grandes difficultés d’étude, car ils contiennent toute une série de
- coi'ps difficiles à séparer : acides lungstique et titanique, oxydes de cérium, de thorium, d’yttrium, etc. Ce sont les chimistes H. Rose, puis Marignac qui mirent au point la séparation chimique du tantale et du colombium.
- On a 'rapporté la présence de tantale natif en deux localités de Sibérie. Ce ne sont là que des curiosités minéralogiques. En fait le principal minéral utilisé industriellement pour l’extraction du tantale est la lanlalitc qui est théoriquement un lantalate de fer et de manganèse. En réalité, elle contient presque toujours du colombium et les autres impuretés énumérées plus haut et ce minerai peut passer insensiblement à la colombile qui est de composition correspondante : un colombate de fer et de manganèse. Pratiquement un minerai riche en tantale est dénommé tantalite et s’il est de haute teneur en colombium : colombite. Les meilleurs peuvent contenir au maximum 83 pour 100 d’oxyde de tantale (anhydride tantalique). Ils apparaissent surtout dans des filons de pegmatites, dans les pays Scandinaves, en Australie, aux États-Unis, au Mexique, en Allemagne (en Bavière). En France, on a signalé le tantale en Haute-Vienne cl en Corrèze.
- Le tantale métal a été préparé à 99,6 pour 100 de pureté, par l’action à chaud du sodium ou du potassium sur le fluotanlalale de potassium. L’opération est exécutée dans le vide. Des procédés électrochimiques ont également été proposés.
- Le métal est obtenu sous forme de poudre qui est purifiée par traitement chimique : lavage aux acides, puis à l’eau distillée. On le comprime alors en forme de barres qui sont ensuite portées à haute température, dans des fours élec-triques dans le vide ; le point de fusion élevé facilite l’élimination de la plupart des impuretés restantes.
- Le four électrique permet, d’autre part, la préparation directe d’alliage ferro-tantalc par réduction d’un mélange d’oxydes de tantale et de fer.
- Le métal pur a l’aspect du platine ou de l’acier. Il est très malléable, ductile et tenace. Il peut être transformé en fils très fins par opérations successives d’étirage sans recuits intermédiaires. Et, d’autre part, il peut être amené à une dureté élevée par l’introduction d’éléments étrangers, môme de corps gazeux comme l’hydrogène qu’il absorbe facilement à chaud : jusqu’à 7/10 fois son volume.
- Son coefficient de dilatation calorifique linéaire est faible, ce qui permet de le sceller dans le verre sans crainte de rupture par variations de température.
- Sa résistivité électrique est trois fois celle du tungstène et huit fois celle du cuivre.
- Le tantale pi’ésenle une haute résistance chimique : il est inattaquable à froid comme à chaud par l’acide chlorhydrique, l’acide nitrique, l’eau régale, l’acide sulfurique étendu. L’acide sulfurique concentré et chaud et l’acide fluorhydri-que l’attaquent plus ou moins rapidement suivant son degré de pureté. A froid, il est peu sensible aux alcalis.
- Enfin il est très réfractaire, son point de fusion se situant aux environs de 2 85o°.
- Il forme des alliages avec de nombreux métaux.
- Par sa présence, en faibles proportions, il durcit le fer, l’aluminium, et donne divers alliages inoxydables qui sont employés pour les instruments de chirurgie, les plumes de stylos, les aiguilles de phonographe.
- Des alliages réfractaires et de haute résistance chimique constituent de bons produits de remplacement du platine iridié dont le prix est devenu excessif. Ils permettent également, par suite de leur inaltérabilité, la confection des poids de précision au lieu et place du platine.
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- C'est en 1904 que le tantale est entré dans la technique industrielle, lorsque la maison Siemens et Ilalske, utilisant la remarquable ductilité de ce métal et sa haute résistivité électrique, mit dans le commerce les premières lampes à incandescence à filament de tantale. Un kg. de métal suffit à ta fabrication de près de 5o 000 lampes.
- Depuis, il a été supplanté dans cet emploi par- le tungstène.
- Par contre,, allié aux aciers au molybdène riches en carbone, il donne des alliages extrêmement durs convenant bien aux outils tranchants à coupe rapide qui sont de plus •en plus en faveur.
- On peut encore signaler comme petits emplois du tantale : les électrodes des tubes à rayons X, les électrodes de redresseurs de courant, les couples thermo-électriques, les électrodes des lampes employées en radioélectricité, etc.
- Mais c’est vers l’utilisa lion dans les alliages spéciaux, en particulier les aciers, qu’il faut voir l’avenir économique possible de ce métal.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- Les panneaux en fibre de bois.
- Dans son n° 3o6i, La Nature a signalé un nouveau procédé dû à un inventeur américain, M. Mason, pour fabriquer du bois synthétique à partir de déchets de bois.
- Il est utile de rappeler que celle utilisation des déchets de bois n’est pas nouvelle en soi. Depuis de longues années déjà elle est le point de départ cl’unc industrie importante, celle du matériau dit « libre de bois ». Dès 1910, la fibre de bois avait pris un grand développement aux États-Unis ; après la guerre de 1914-1918, sa fabrication s’est implantée en Europe, en Suède d’abord, puis en Allemagne, en Angleterre, en France, en Italie et en Suisse.
- Un article de M. Quitard, directeur de la Société Isorel, dans la revue Travaux, donne d’intéressants renseignements sur celle fabrication el ses produits.
- La matière première est, le plus souvent, à base de bois résineux, épicéas de préférence.
- Les fibres de bois sont collées ensemble par la gaine ligneuse qui les entoure ; les fibres elles-mêmes sont formées d’un réseau de Fibrilles maintenues par la lignine. Le problème à résoudre est de faire une pâte dans laquelle fibres cl fibrilles se retrouvent sans déchirures, mais dégagées de la lignine cpii les agglutine. Les procédés usuels de fabrication de Ja pâle à papier détruisent les fibres. Il a donc fallu créer une technique nouvelle.
- Dans Ions les procédés actuellement en usage, la matière première faite de bois haché est soumise à l’action de la vapeur d’eau sous pression. Le traitement s’effectue en deux stades : au premier stade la vapeur sous pression de 8 à 10 kg. chauffe la matière, amollit la gaine fibreuse et affaiblit la cohésion entre les fibres; le second stade assure le défibrage.
- Dans le procédé « Defibrator » utilisé en France, la matière chauffée et amollie est poussée dans une chambre de défibrage où les fibres sont saisies par .un discpie broyeur, et projetées par la force centrifuge, vers sa périphérie. Elles se séparent sous 1’aclion du frottement contre le disque broyeur cl la paroi de la chambre. La pâle cpii sort de l’appareil est séparée de la vapeur dans un petit cyclone; elle passe sur des tamis, puis s’écoule dans des réservoirs où elle se mélange tout d’abord avec une émulsion de résine, puis avec un réactif. De là, elle est formée en un long ruban sur un égouttoir à tamis longitudinal, puis découpée aux dimensions voulues.
- '——T--::-:..... -.... ......................... 183 =
- Si l’on veut obtenir des panneaux isolants, on se contente de sécher les portions de rubans dans des séchoirs chauffés ; on obtient alors des panneaux de faible densité (0,26 en moyenne), doués d’excellentes qualités d’isolation sonore et thermique (coefficient de conductibilité pratique o,o35). Ces propriétés, jointes à leur facilité d’emploi, leur assurent de nombreuses applications pour le bâtiment, surtout dans les circonstances actuelles où le problème du chauffage est si aigu.
- Pour faire des bois synthétiques, les panneaux sont pressés à chaud sous presse hydraulique. Le matériau ainsi obtenu est de bel aspect et très résistant à l’usure. Il est très employé comme revêtement de parquet.
- GÉOLOGIE
- Curiosités minérales : les cartons de montagne.
- Les formations minérales naturelles sont riches en bizarreries et en curiosités. A côté de la beauté et de la régu-lai’ité des formes cristallines nous découvrons, parfois avec étonnement, toujours axrec admiration, des constructions architecturales remarquables. Les amiantes, formées de fibres soyeuses, susceptibles d’être filées et tissées en offrent un exemple bien connu.
- Une classe de minéraux du même genre est constituée, structuralement parlant, par les cartons, papiers, cuirs, lièges de montagne. Sous ces termes vulgaires se rangent en fait divers minéraux car la notion de faciès n’est pas distinctive d’une espèce minéralogique.
- Déjà, sous le terme générique d’amiante on rangeait des minéraux chimiquement bien distincts : amphiboles fibreuses, chrysolilcs, sépiolites...
- Les minéraux de faciès papyracés nous montrent la même diversité et apportent une nouvelle démonstration de la fragilité du caractère macroscopique en minéralogie.
- Les plus typiques clc ces minéraux se rassemblent dans le groupe des palygorskiles. M. Fersmann a défini les paly-gorskites comme des mélanges en proportions variables d’un silicate magnésien qui serait la sépiolite et d’un silicate alumineux dont la nature est encore sujette à controverses.
- Ces minéraux se présentent en feuilles blanches, grisâtres, verdâtres, présentant l’aspect du papier ou du carton chiffonné, du cuir usé ou du feutre. Sous le microscope on distingue généralement des assemblages plus ou moins marqués de fibres. Ces fibres sont d’ailleurs souvent visibles à l’œil nu.
- Les feuilles sont flexibles et dotées d’une bonne résistance. Nous avons pu mesurer des résistances à la traction atteignant 20 kg./cm2 sur des feuillets de x/xo de millimètre d’épaisseur.
- Des p-alygorskites en feuilles constituant de remarquables curiosités minéralogiques ont été trouvées en Sibérie (mine Kadainsk, près de Ncrlschinsk; Gorbatov; Nijni-Novgorod) ; à Madagascar (Maevalanana) ; au Moyen-Congo (M’Fouati) ; au Portugal (Odivellas). Bien que rares, de telles formations existent aussi, et plus fréquemment qu’on ne pourrait croire, dans notre pays.
- On a trouvé des papiers et cartons de montagne, classés comme palygorskiles par les minéralogistes au Yigan, dans le Gaixl ; à Miramonl, dans la Ilautc-Loire; à Can-Pey, près d’Arles-sur-Tecli, claxxs les Pyi'énées-Orientales; au Mont Pilât, et. au Sainl-Golhai’d.
- Les minéraux papyracés de Miramont et de Can-Pey ont
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- = 184 ... ...................................—
- clé dénommés lassalite, ce qui est une appellation correspondant à une variété.
- Dans certains cas les fibres, au lieu de s’aligner pour constituer des feuilles analogues au papier ou au carton, se sont tassées de façon irrégulière pour former un véritable feutre souple et fin comme celui qui a été trouvé au Mont Bity et qui n’est autre qu’une sépiolite.
- D’autres fois la compacité est devenue telle, soit que le minéral se soit trouvé fortement comprimé après formation, soit qu’il ait subi une véritable cuisson au cours de phénomènes volcaniques, que la forme papyracée a perdu sa souplesse. C’est le cas des plaquettes compactes et sonores du minéral dénommé pilolite et trouvé à Portsoy, en Écosse et des palygorskitcs compactes de Copiapo, au Chili et de Vallecas, près Madrid, en Espagne.
- Enfin le feutrage peut présenter une telle finesse jointe à une telle compacité que le minéral forme un véritable cuir lorsqu’il est en feuilles et un « liège de montagne » léger mais tenace, lorsqu’il se présente en masses. Ces deux formes se rencontrent en quelques points des Alpes de Savoie et dans le Piémont.
- A La Table (Savoie), on trouve dans les fissures d’un calcaire du jurassique moyen, des membranes constituant un remarquable « papier minéral » formé de fibres enchevêtrées avec tendance à une orientation fixe. Sous le microscope d’ailleurs ces feuillets se montrent formés de lamelles à allongement positif et extinction droite.
- Ce minéral est purement alumineux et non magnésien comme les sépiolites ou les palygorskites.
- A cet égard nous avons, à la suite de diverses études, supposé qu’il pouvait constituer le pôle alumineux des palygorskites au sens de M. Fersmann, comme les sépiolites en constituaient le pôle magnésien.
- Ce minéral nous a en outre permis d’établir que la nature apparente fibreuse n’était qu’accessoire dans de tels minéraux et que la possibilité de formation de feuillets et de membranes était imputable, en fait, à la structure moléculaire.
- En effet, si l’on broie finement le minéral jusqu’à disparition totale de toutes traces de fibrilles on arrive, par dépôt et séchage, à reconstituer les membranes originales.
- Malheureusement trop rares pour être étudiés quant à des utilisations pratiques comme les amiantes, les minéraux papyracés et palygorskiques que l’imagination populaire décore des noms de papiers, cuirs, cartons, lièges... de montagne restent des curiosités minéralogiques mais leur étude n’en est pas moins féconde et capable de nous ouvrir des horizons nouveaux sur la constitution des matériaux naturels. Maurice Déribéré.
- ASTRONOMIE
- Un avion contre un observatoire astronomique.
- C’est le célèbre observatoire Lick aux États-Unis qui a été récemment victime de cet assaut involontaire. Le 21 mai 1989, un aéroplane militaire, volant à une vitesse de l’ordre de 338 km. à l’heure, est venu heurter le bâtiment principal de l’Observatoire, à ce moment enveloppé de nuages. L’officier pilote et son passager furent tués ; l’Observatoire a subi de sérieux dégâts, mais heureusement n’a pas été atteint dans ses parties vitales.
- Notre excellent confrère L'Astronomie dont nous saluons avec joie la réapparition donne sur cet incident les détails suivants :
- L’Observatoire Lick est édifié sur le mont Hamilton, en Californie, à 1 284 m. d’altitude, dans un site privilégié au point de vue atmosphérique. Don de James Lick, riche facteur d’orgues et de pianos qui laissa en mourant en 1876 un don de 700 000 dollars pour le construire, il a été doté d’une lunette qui fut longtemps la plus puissante du monde et aujourd’hui encore n’est dépassée que par celle de l’Observatoire Yerkes.
- L’objectif visuel de ce réfracteur mesure 91 cm. de diamètre et 17 m. 63 de distance focale. La partie optique a été construite par Alvan Clark en 1888. La lunette de Lick reste le principal instrument de l’Observatoire; mais celui-ci s’est enrichi depuis lors par les dons de généreux donateurs : télescopes, chercheurs de comètes, spectrographes, séismographes, etc. Grâce à cet équipement, l’Observatoire est un établissement scientifique de premier ordre, célèbre du reste par les découvertes qui y ont été effectuées : investigations planétaires, notamment découverte de 4 satellites de Jupiter; découverte de plus de 33 comètes, de plus de 4 800 couples serrés d’étoiles doubles, de plusieurs centaines de petites nébuleuses, la plupart de forme spirale ou elliptique.
- Pour en revenir à l’accident, l’avion frappa la face Ouest de l’édifice, à i5 m. au nord de l’entrée principale et s’écrasa entre deux bureaux dans le grand corridor de l’Observatoire où il fut arrêté par le mur Est du bâtiment. Dans sa course, l’aéroplane défonça deux forts murs de briques. Le choc fut si violent qu’il produisit un léger tremblement de terre local enregistré par les séismographes.
- Grâce au sang-froid du directeur, M. Wright, et du personnel, l’explosion et l’incendie purent être évités. Les pertes matérielles sont considérables, mais l’équipement, les documents scientifiques et photographiques ont peu souffert.
- COMMUNICATIONS A L'ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 février 1941.
- Reconstitution des colloïdes argileux par capta= tion des poussières atmosphériques dans la forêt humide de la Côte dr Ivoire. — La forêt ombrophile ne pourrait subsister, garder sa hauteur et sa densité sur un éluvium de xo à i3 cm. d’épaisseur, lessivé, imprégné d’eau, perdant ainsi ses bases, sa silice, ses gels de kaolin, d’oxydes de fer et d’alumine. Mais dans la saison sèche, l’atmosphère équatoriale est souvent chargée de poussières et de sables fins provenant du Sahara méridional et du
- Soudan; ceux-ci se déposent avec les courtes pluies fines de la nuit ; de plus, les incendies de savanes ajoutent leurs cendres. M. H. Scaëtta voit dans ces précipitations un enrichissement de l’éluvium qui maintient la forêt. L’abatage des arbres arrête ce phénomène et s’oppose à la reconstitution de la forêt préexistante.
- Intensité du champ magnétique terrestre dans le passé. — M. E. Thellier a déjà signalé que les terres cuites à une certaine époque gardent l’aimantation qu’elles avaient acquise sous l’action du champ magnétique ter-
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- resire, si bien qu’on retrouve dans les briques, depuis l’époque actuelle jusqu’au milieu du xve siècle, la trace des variations de l’inclinaison. Il justifie sa méthode par l’examen de briques récentes qui donnent à 2 pour 100 près la mesure de l’inclinaison actuelle. On peut donc espérer retrouver l’intensité du champ terrestre dans le passé, alors que les mesures directes ne datent guère que d’un siècle et demi.
- Rôle du larynx dans la différenciation du timbre des voyelles. — Par l’examen laryngo-slroboscopi-que des cordes vocales, M. J. Tarneaud arrive à départager les observations antérieures sur le rôle exclusif du larynx, celui du pharynx et de la bouche, celui des cordes vocales. La différenciation des sons vocaliques existe déjà dans la cavité laryngo-pharyngée et s’achève dans le résonateur buccal.
- Séance du %k février 19/u-
- Le rachitisme expérimental en présence d’un excès de vitamine A. — Des deux vitamines solubles dans les graisses, A et D, il semble qu’un certain rapport quantitatif soit nécessaire, à en juger par les expériences de M. M. Javillier et Mmû L. Emeriqxje-Blxjm. Chez le rat, l’excès de vitamine A dans la ration alimentaire précipite les phénomènes d’avitaminose (rachitisme) dus à la carence en facteur D.
- Pureté de l’air dans la région parisienne.
- Les noyaux de condensation atmosphérique sont constitués par des substances hygroscopiques sous forme dispersée, des ions et les surfaces capillaires de petites particules solides. Ces noyaux si nombreux dans les villes proviennent surtout des foyers et des automobiles, leur nombre passe de 9 5oo par centimètre cube dans les campagnes à i47 000 dans les grandes villes. Mme O. et M. E. Tiierlier ont comparé leur nombre pendant les hivers 1938-1989 et 1940-1941. En forêt d’Orléans, à 1’observaloire de Chambon-la-Forêt, on en compte environ 8 700; à Sceaux, dans un jardin potager, 33 000; à Paris, dans un jardin, rue Pierre Curie, 112 5oo avant la guerre et 6G 000 seulement depuis. La pollution de l’air parisien vient donc de subir une réduction importante.
- L’œil de Lepidosiren. — Le Lepidosiren est un Dip-neuste, intermédiaire entre les Poissons et les Batraciens. Ayant eu les yeux d’une femelle de l’aquarium du Musée des Colonies, M. A. Rochon-Duvigneaud en a pratiqué l’examen. C’est un œil tout petit : 2 mm. x chez un animal de 75 cm., sans mesoderme irien, à rétine et à nerf optique d’aspects embryonnaires, qui rappelle beaucoup l’œil d’un embryon de Triton. Ces caractères ajoutent de nouveaux arguments pour une parenté de Lepidosiren avec les Uro-dèlcs.
- Séance du 3 mars 1941..
- Observations zoologiques dans l’Arctique. —
- M. G. de Poncins, au cours d’un voyage au Groenland, a fait diverses observations biologiques. Les phoques brisent d’un coup de tête la glace qui se forme quand la mer gèle et entretiennent le « trou de respiration » qui finit par se transformer en un tunnel de 5 à 6 pieds. Chaque phoque possède et entretient plusieurs trous. En mai et juin, les phoques viennent dormir à l’air, au soleil, à 5o cm. de leur trou; ils s’y glissent et regagnent l’eau à la moindre
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- alerte; toutes les 7 à 20 s., ils se réveillent, regardent autour d’eux, puis se rendorment. Les Esquimaux, pour les approcher, bondissent pendant 6 à 7 s., puis s’aplatissent en attendant le prochain réveil ; arrivés à une centaine de mètres, ils miment les gestes de l’animal et parviennent ainsi à le tromper, à le saisir et à le tuer. L’Arctique est le royaume de' la faim. Les ours blancs chassent les phoques et en mangent la graisse; les l’enards blancs suivent qui mangent la viande; les Eskimos posent leurs trappes sur ce circuit. Les Caribous qui montent l’été vers le Nord en énormes bandes sont attaqués par les loups ; les dépouilles attirent le l’enard de couleur qui est chassé par le carcajou. Les lemmings sont suivis par les hiboux et les renards.
- Séance du 10 mars 194x.
- Contraction d’un jet issu d’un orifice en mince
- paroi. —- Un jet sortant d’un orifice en mince paroi se contracte d’abord, puis se dilate. Par des mesures microscopiques faites en différentes conditions, M. G. Littaye précise que la contraction due à la convergence des lignes de courant et la dilatation due à la tension superficielle du liquide varient avec la viscosité du liquide, sa vitesse et le diamètre de l’orifice.
- Existence de deux acides oxaliques. — Les spectres de diffusion et d’absorption infra-rouges de l’acide oxalique ordinaire montrent qu’il est surtout de la forme trans. Quand on le sèche, les spectres changent et montrent qu’il se transforme en l’isomère cis. Sa réhydratation le ramène à la forme trans primitive. MM. C. Duval et J. Lecomte ayant établi ces faits ont recherché les deux formes dans la natui’e, chez les animaux et les plantes. Le suint de mouton contient un mélange des deux; la racine d’iris surtout l’acide trans. Les spectres Raman et infra-i'ouge ont donc permis de prévoir et d’isoler deux isomères naturels.
- Les groupes sanguins dans le Sud-Ouest de la France. — Ayant établi la formule sérologique de 5 000 individus du Sud-Ouest de la France, M. H. V. Valrois remarque que les particularités augmentent du Nord au Sud et surtout de l’Est à l’Ouest. Elles atteignent leur maximum dans le bassin de l’Adour où prédomine le groupe sanguin O tandis que le groupe B diminue fortement. Cette formule sanguine diffère de celle de la France et de celles de l’Europe et ne se trouve que chez les Basques espagnols de Saint-Sébastien. Elle semble en rapport avec l’existence dans le Sud-Ouest d’un ancien élément européen dont les Basques seraient le reste le plus pur.
- Les bandes des coquilles d’Helix. — On trouve dans la même station, vivant en commun et se croisant, des Hélix (Cepaea) hortensis ou des C. nemoralis dont la coquille, rougeâtre ou jaune citron, présente un nombi’e variable jusqu’à 5 de bandes noires parallèles. La bande 3 apparaît fa premièi'e chez les jeunes, puis les bandes 4, x, 2 et enfin 5. En analysant la variation de composition de ces espèces collectives par les méthodes statistiques, MUe A. Tètry constate qu’à Vienne, la forme sans bandes de C. hortensis est prédominante (93,7 pour xoo), tandis qu’à Nancy on trouve la même sur 34 pour 100 seulement des individus, 07 pour 100 ayant 5 bandes et 26 pour 100 une bande seulement. Pour C. nemoralis, deux populations provenant de Bonn et de Vannes sont différentes.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Précis de physique, par G. Simon et A. Dognon. 2° édition revue et corrigée, i vol. in-8°, 1 163 p., 867 p. Collection P. C. B. Masson et CiB, Paris, 1941. Prix : relié toile, 140 francs.
- Partant de l’idée que le P. C. B. est introductoire à tout l’enseignement supérieur, biologique et médical, les deux auteurs, l’un professeur de Faculté des Sciences, l’autre de Faculté de Médecine, ont décidé de traiter de la physique en général, suivant un plan logique allant du simple au complexe, supposant connus les programmes de l’enseignement secondaire, complétant au besoin les lacunes qu’il présente. Et comme la physique procède par simplification et mathématisation, ils débutent par une introduction mathématique contenant les notions essentielles, notamment celles du calcul différentiel et intégral et du calcul des probabilités qui a pris une si grande importance. Ils abordent alors l’énergie mécanique : définition dynamique de la force hydraulique avec les phénomènes de capillarité et de tension superficielle, dynamique des fluides et viscosité, mouvements vibratoires et acoustique. L’énergie thermique vient ensuite avec la thermodynamique indispensable à l’étude de l’énergétique chimique et biologique. Les théories moléculaires rendent compte des propriétés des gaz et conduisent à la microphysique. L’électricité statique, exposée par la méthode de Coulomb, fait concevoir l’électron, la constitution électronique de la matière qui expliquent la conductibilité et les propriétés magnétiques. Après des notions sur le courant alternatif et la haute fréquence, apparaît l’énergie rayonnante, de l’infra-rouge aux rayons X, avec ses conséquences dans l’interférence, les instruments d’optique, la vision. On arrive ainsi à la radioactivité, la dernière venue et la plus riche d’avenir inconnu. Ce plan brièvement résumé, montre bien les qualités didactiques de ce précis qui présente la physique comme un tout cohérent et non comme une série de chapitres isolés et arbitrairement classés. Il servira grandement, non seulement à l’enseignement P. C. B., mais pour les licences ès-sciences et pourra être lu utilement par tous ceux qui veulent avoir une idée claire de la physique moderne.
- Mon électricien c’est moi! Tome I. L’équipement électrique cl’un appariement, par A. M. Touvï. 1 vol. 144 p., 60 fig. Flammarion, Paris, 1941. Prix : 14 francs.
- Par ces temps de loisirs forcés, de déplacements difficiles, chacun trouve intérêt et prolit à sc substituer à l’homme de l’art pour les petits travaux courants de la maison. Mais on ne peut s’improviser amateur sans un apprentissage préalable, dirigé par un mailre compétent. L’électricien amateur qui voudra organiser ou simplement surveiller son installation domestique, en réparer les dérangements trouvera ce guide dans l’ouvrage de M. Touvy dont les descriptions brèves et concises, les conseils judicieux, les croquis explicatifs clairs et précis liu seront d’une aide précieuse. Ce premier volume traite des canalisations et de leur pose, des schémas d'installation, de la pose des piles et appareils, des installations électrogènes, des piles et sonneries.
- Vocabulaire de radiotechnique en six langues, par
- Michel Adam. 1 vol. cartonné, 148 p., Paris, 1940. Librairie de la Radio, 101, rue Réaumur, Paris, Prix : 20 francs.
- C’est une tâche difficile que celle de construire un bon dictionnaire permettant la traduction des mots techniques d’une langue dans une autre. Nous ne connaissons pas, à l’heure actuelle, d’ouvrage entièrement satisfaisant qui couvre tout le domaine technique. C’est une des tâches utiles qui, la paix revenue, s’offrira aux reconstructeurs du monde. M. M. Adam a limité son ambition au domaine radioélectrique, qu’il connaît à fond ; son vocabulaire ingénieusement combiné rendra de très grands services. Il groupe 1.340 termes techniques et quelques mots courants dont les radioélectriciens font un usage journalier : les six langues sont : le français, l’allemand, l’anglais, l’italien, l’espagnol et l’espéranto. La compétence de l’auteur est un sûr garant de la fidélité des correspondances établies entre les termes qui dans ces différents idiomes désignent un même objet, ou un même phénomène, ou une même qualité.
- Précis de physique médicale, par André Stroiil. 2® édition revue et corrigée. 1 vol., 773 p., 375 fig. Collection des Précis médicaux. Masson et Cio, Paris, 1941. Prix : relié toile, 115 francs.
- La médecine emprunte constamment à la physique de nouveaux moyens d’analyser et de comprendre les mécanismes phy-
- siologiques, de traiter leurs déficiences et leurs altérations, si bien que toutes les nouveautés de la physique — et l’on sait si elles furent nombreuses et bouleversantes en ce dernier demi-siècle — trouvent des applications dans l’art de guérir. Aussi, chaque Faculté de Médecine a-t-elle une chaire de physique spécialisée. Le professeur de celle de Paris a rassemblé son enseignement dans ce précis dont paraît la 2e édition. On y trouve traitées les notions classiques sur l’énergétique biologique : énergie alimentaire, chaleur animale, énergie mécanique, transformations et conservation de l’énergie ; les notions physiques d’acoustique applicables à l’audition et à la phonation ; les données physico-chimiques indispensables sur les gaz, les liquides, les solutions, les ions, les colloïdes ; l’optique de l’œil, de la vision, de l’éclairage et les effets biologiques des radiations lumineuses ; l’électrophysiologie et l’électrothérapic. Tous ces chapitres rappellent les acquisitions fondamentales et les développements les plus récents. Le dernier livre consacré à la radiologie est de beaucoup le plus neuf ; il débute par l’exposé des idées actuelles sur la structure de la matière et de l’électricité qui sert d’introduction à l’étude des rayons X, de leurs propriétés, de leur technique, de leur mesure et de leurs applications médicales ; un chapitre expose même la production des neutrons par le cyclotron et leur utilisation biologique. Le rappel des notions de radioactivité introduit l’étude de la curiethérapie. C’est un exposé didactique, clair, ordonné, allant des principes de base aux toutes dernières nouveautés ; il intéresse le physicien comme le médecin.
- La pluie et le beau temps, par I,. Rudaux, Directeur de
- l’Observatoire de Donvillc. 1 broch. in-8°, 34 p., 49 fig.
- Larousse, Paris. Prix : 7 francs.
- Les journaux ne donnent plus de bulletins météorologiques. C’est donc une excellente idée qu’a eue notre collaborateur de nous montrer, en une brochure très simplement écrite qu’illustrent de nombreux croquis et photographies, comment nous pouvons prévoir le temps, interpréter les aspects des nuages et autres signes atmosphériques, consulter le baromètre, etc.... Il donne en plus maintes précisions intéressantes sur les phénomènes astronomiques quotidiens : longueur des jours et des nuits, durée du crépuscule, clarté nocturne, aspects du ciel, orientation, etc. Bref, en peu de pages excellemment présentées et très bien documentées, une foule de renseignements utiles, d’une application journalière, qu’on ne sait le plus souvent où chercher.
- Précis de biologie végétale, par A. Guilliermond et
- G. Mangenot. 2® édition revue et corrigée. 1 vol., 1 110 p.,
- 621 fig., 2 pi. Collection du P. C. B. Masson et Cie, Paris,
- 1941. Prix : relié toile souple, 140 francs.
- On n’a pas fini de discuter des programmes du certificat d’études physiques, chimiques et biologiques, préparatoires aux études médicales. Faut-il considérer cette première année d’études supérieures comme une transition et la concevoir comme une sorte de classe de « spéciales » ou l’élever au niveau de l’enseignement des facultés Faut-il orienter les élèves vers l’observation du complexe et du réel ou leur fournir une vue d’ensemble théorique et doit-on leur présenter un tableau classique ou insister surtout sur les idées et les tendances actuelles P Le P. C. B. est-il une culture générale préliminaire à toute formation biologique ou doit-il être une initiation à la médecine seule ?
- Quoi qu’il en soit, M. Guilliermond avait conçu son enseignement do la botanique sur un plan élevé, orienté vers la biologie végétale et non vers l’anatomie et la systématique, si bien que dans les nouveaux programmes, lui et son successeur ont reçu la tâche d’enseigner surtout les. grands problèmes de la vie cellulaire, fondements de toute biologie. Ce précis qui reproduit leur enseignement, traite d’abord de la cellule selon les idées d’aujourd’hui : cellule vivante, système colloïdal aux caractères physico-chimiques spéciaux, et décrit la multiplication et la différenciation cellulaire. Vient ensuite ^la physiologie de cette cellule : mécanismes fonctionnels, rôle de l’eau, métabolisme, parasitisme et symbiose, croissance et mouvements. La reproduction, asexuelle et sexuelle, les problèmes de l’hérédité et de l'évolution occupent près de 300 pages. L’étude biologique des bactéries et des champignons termine le volume. Le règne végétal fournit un matériel plus simple et plus aise à explorer que le règne animal pour tous ces problèmes de la biologie générale. Les auteurs ont su le présenter avec un talent didactique tel que la lecture de leur ouvrage, si clair et bien coordonné, forme la meilleure initiation non seulement pour le futur médecin, mais pour tous les biologistes.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES ...... «7
- COMMENT RÉCUPÉRER LE CAOUTCHOUC DES PIÈCES HORS D'USAGE
- Il y a caoutchouc et caoutchouc. — Les objets et pièces diverses que l’on dit en « caoutchouc » sont constitués les uns par du caoutchouc naturel, les autres par du caoutchouc vulcanisé. Le caoutchouc naturel provient de la coagulation du latex provenant de saignées faites aux troncs des hévéas et autres végétaux caoutchouctifères, et il n’est pas chimiquement modifié : on le trouve le plus souvent dans le commerce sous la forme de semelles de chaussures dites « crêpe ». Quant au caoutchouc vulcanisé, il résulte du chauffage de mélanges souvent assez complexes où la a gomme » naturelle est associée à des ce charges », des colorants, des matières fibreuses, des « factices » et des « régénérés » avec une petite proportion de soufre ou de produits sulfurés jouant le rôle actif au cours de la vulcanisation qui provoque une modification chimique de la gomme, dont changent certaines propriétés.
- Sont en caoutchouc vulcanisé la plupart des objets dont la mise au rebut nous fournira de matière première : tuyaux à gaz, bandages pneumatiques, chaussures imperméables, bouchons pour laboratoires, etc. On ne peut donc en principe employer toujours l’un pour l’autre, les deux sortes de caoutchouc, puisque certaines de leurs propriétés diffèrent : en particulier, le caoutchouc naturel poisse à chaud, et c’est justement pour cela qu’on le vulcanise. Disons une fois pour toutes que si nous spécifions « caoutchouc crêpe », on devra se servir des semelles translucides de chaussures, et que l’expression « vieux caoutchouc » s’applique au caoutchouc Amicanisé....
- Après avoir appliqué sur surfaces bien nettoyées, et fait pénétrer le mieux possible dans les fissures, on ligature ou on presse les pièces qui seront laissées deux jours au moins en repos avant mise en service.
- Enduit imperméabilisant. — Mettre de petits morceaux de vieux caoutchouc dans assez d’huile de lin pour les baigner et laisser digérer pendant quelques jours. Chauffer alors dans une casserole métallique en remuant jusqu’à l’obtention d’un magma, qui est incorporé à dix fois son poids de coaltar chaud, après quoi la masse est appliquée à chaud sur [es surfaces à imperméabiliser : murs, planches, qui devront être bien sèches, après avoir été nettoyées s’il y a lieu.
- Glu marine. — Faire digérer en bocal bien fermé en remuant de temps à autre :
- Caoutchouc crêpe en minces lanières. . . . 100 g.
- Gomme laque en poudre ou écailles .... 100 —
- Sulfure de carbone........................ 600 —-
- Chauffer finalement avec précaution, couler sur marbre et découper en tablettes. Pour l’usage, chauffer et appliquer fluide sur les surfaces à coller, aussitôt pressées les unes sur les autres. Les collages résistent parfaitement à l’action de l’eau.
- G. Dm:vakonn.
- L'ALCOOL DE TOPINAMBOUR
- Un isolant électrique. — Le produit de fabrication américaine dit okonite résulte du mélange à chaud des doses suivantes de constituants :
- Caoutchouc crêpe..................... 500 g.
- Lithargc............................. 250 —
- Oxyde de zinc........................ 150 —
- Soufre................................ 50 —
- Noir de fumée......................... 50 —
- Il faut opérer au grand air ou sous une hotte bien ventilée, à cause de la mauvaise odeur produite. Une fois le mélange homogène, on le verse soit, sur une tôle huilée si l’on veut avoir des iliaques, soit dans des moules de forme appropriée, qui peuvent être faits en plâtre.
- Vernis au caoutchouc. — Faire fondre à grand feu, dans une casserole métallique hors d’usage, des morceaux de vieux caoutchouc, de préférence provenant de tuyaux à gaz, de poires pour pulvérisateurs ou de chambres de bandage pneumatiques. Lorsque tout est fondu, couler sur surface graissée puis réduire la masse refroidie en morceaux que l’on met à digérer dans suffisamment d’essence de térébenthine pour bien les baigner. Laisser en conLact pendant une vingtaine d’heures en remuant fortement de temps à autre. Décanter et faire subir au dépôt un nouveau traitement identique avec de l’essence. Les liquides résultant des décantations, bien mélangés, constituent un excellent vernis donnant des pellicules très élastiques.
- Colle pour le caoutchouc. — La masse adhésive, qui convient spécialement pour cuir et caoutchouc, mais peut être employée pour toutes sortes d’autres matériaux est préparée avec :
- Caoutchouc crêpe........................ 175 g.
- G ut ta percha........................... 90 —
- Iehthyocollc............................. 15 —
- Sulfure de carbone...................... 720 —
- La pénurie d’essence pour la traction automobile et les moteurs remet en question la recherche du carburant d’obtention facile, régulière et économique, et l’attention se porte sur le topinambour comme source d’alcool.
- Récemment, une très intéressante communication faite à l’Académie d’Agriculture de France, par M. J.-B. Martin, ingénieur agronome, ex-directeur départemental des Services agricoles d’Indre-et-Loire, a montré toute l’importance de cette question.
- Une statistique du Ministère de l’Agriculture a fait connaître que la production du topinambour intéresse, à des degrés divers, 65 départements français, sur une superficie totale de plus de 105 000 ha produisant près de 17 millions de quintaux de tubercules. Le rendement moyen est d’environ 25 000 kg. par lia.
- Les plus grandes surfaces consacrées au topinambour, qui vient bien même dans les terres les plus médiocres, se partagent entre 11 départements : Allier, Charente, Dordogne, Indre, Indre-et-Loire, Loire. Saône-et-Loire, Deux-Sèvres, Tarn-et-Garonne, Vienne et Haute-Vienne.
- La production moyenne de tubercules se chiffre à 1G0 quintaux par ha. Le plus haut rendement a été atteint, en 1915, par le département de l’Ailier, avec 420 quintaux par ha.
- Considérant cette source d’alcool encore inexploitée, M. J.-B. Martin a signalé cette observation très caractéristique de la méconnaissance des intérêts de l’agriculture, de l’indus-Iriee et de l’économie nationale, à savoir : que si les 30 000 ha de terres abandonnées, en Indre-et-Loire, étaient cultivées en topinambours, elles produiraient de 400 000 à 500 000 quintaux de tubercules dont on pourrait extraire 5G 000 à 40 000 hl. d’alcool.
- En prenant pour base cette estimation, la production totale de l’alcool de topinambour en France se chiffrerait par environ 3 420 000 hl.
- Une active propagande est donc nécessaire pour l’accroissement de la production du topinambour, en France, et pour l’exploitation intensive de cette source d’alcool.
- Le mélange, mis en bocal bien bouché rempli aux trois quarts seulement, est placé dans un endroit frais, et agité fortement de temps en temps, jusqu’à dissolution. Ne pas oublier que le solvant employé est très volatil et que ses vapeurs sont inilamniables et toxiques.
- Mastics élastiques. — Ces produits sont spécialement destinés à l’obturation des fissures qui se forment dans les bandages pleins servant encore dans certains « poids lourds », mais on peut les employer dans d’autres cas. Dosages recommandés :
- Caoutchouc crêpe Gutta percha . . Ichlhyocolle . . Sulfure de carbone
- 50 g. 40 g. 40 _ 20 — 30 — 75 — 300 — 150 —
- Distillation du topinambour. — L’industrialisation du topinambour a été réalisée, jadis, en France, notamment dans l’Ailier, le Loir-et-Cher, le Loiret, etc. Les résultats obtenus ont été très encourageants ; aussi peut-on regretter que le problème des carburants, dont la solution s’impose du fait même du développement acquis par l’automobilisme, n’ait pas provoqué des initiatives en vue de la production d’alcool en parlant du topinambour, d’autant plus que le rendement de celui-ci en alcool représente à peu près le double de ce que l’on extrait de la betterave, soit de 8 à 9 pour 100 d’alcool à 100°.
- Le travail du topinambour, en distillerie, se résume aux opérations suivantes :
- Les tubercules sont d’abord soumis à la râpe, comme on râpe les pommes de terre dans les féculeries.
- Les pulpes, très divisées, que l'on obtient, sont pressées dans
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- des presses continues, avec un malaxage intermédiaire entre la première et la deuxième pression, jusqu’à épuisement complet.
- On peut aussi appliquer à Tépuisément des pulpes la diffusion par une batterie de filtres-presses ou une lévigation analogue fournissant des jus à la densité initiale du tubercule.
- Ces jus, additionnés d’acide sulfurique dans la proportion en poids de 2 parties d’acide pour 1 000 parties de cossettes, pour la saccharification et la fermentation, sont soumis à l’action de la pression dans un saccbarificateur spécial.
- Sous l’action d’une haute température, les saccharoses du topinambour subissent une transformation complète tout à fait différente de celle qu’on obtient à l’air libre.
- Les moûts obtenus par le traitement sous pression constituent une véritable glucose de topinambour, dénomination qui comprend la lévulose, la synanthrose et tous les corps analogues.
- Cette glucose soumise à la fermentation alcoolique produit un alcool de qualité égale à celle des meilleurs alcools du commerce.
- Le rendement se chiffre comme suit :
- Les 100 kg. de topinambours donnent 18 kg. 880 de glucose. Les 100 kg. de glucose fournissent dans la rigueur de l’équation chimique, 51 kg. 120 d’alcool absolu anhydre.
- 100 kg. de tubercules de topinambour correspondent donc, chimiquement, ou en théorie, à 0 kg. 650 d’alcool anhydre, soit 12 1.
- Réduisant ce chiffre de moitié, pour le convertir en chifjre pratique, et c’est là une réduction exagérée, on obtient grandement 6 1. d’alcool à 90° par 100 kg. de tubercules frais, ou 12 1. à 50°, soit 120 1. par 1 000 kg.
- Or, il est démontré que l’on peut obtenir aisément 25 000 kg. de tubercules par ha.
- C’est donc 3 000 1. d’alcool à 50° centésimaux que l’on peut extraire du topinambour cultivé sur un ha.
- Dans des conditions particulières de sol, on peut récolter 00 000 kg. de tubercules par ha.
- Ces estimations qui procèdent de résultats obtenus dans la pratique, montrent toute l’importance qui s’attache à l’utilisation du topinambour comme source d’alcool industriel.
- Henri Blin.
- PRÉPARATION D'UNE BIÈRE ÉCONOMIQUE
- Prendre :
- Sucre roux........................... 3 kg.
- Malt moulu........................... 3 kg.
- Houblon............................ 400 g.
- Chicorée........................... 125 g.
- Délayer le malt et le sucre au moyen de l’eau tiédie, de manière que la température du mélange soit d’environ 60° C. sans la dépasser, température la plus favorable à l’action de la diastase du malt sur l’amidon contenu dans le grain. Abandonner le tout au repos en enveloppant le récipient d’une couverture, de façon que la température indiquée ci-dessus se maintienne pendant au moins 2 h., temps pendant lequel s’opère la saccharification.
- Ajouter alors le houblon et la chicorée. Porter à l’ébullition, couvrir à nouveau et laisser macérer 24 h., décanter et verser le liquide dans un tonneau. Incorporer alors environ 100 g. de levure fraîche, qu’on pourra se procurer chez le boulanger et que l’on aura délayée dans un peu du liquide décanté.
- Repasser de l’eau tiède sur la masse, jusqu’à concurrence de 500 1. environ, rendre le liquide homogène en agitant avec un bâton très propre.
- Après 3 à 4 jours do fermentation, coller avec 20 g. de gélatine blanche dissoute dans un peu d’eau chaude, laisser reposer 2 jours et mettre en bouteilles.
- Ainsi que nous l’avons signalé dans une précédente recette, l’orge maltéo est un succédané du café, le malt est de l’orge germée ; si on ne pouvait se procurer du malt il suffirait de prendre de l’orge, de lui faire absorber une quantité d’eau suffisante par trempage, puis de la laisser germer dans un grand plat à température douce de 25° à 30° jusqu’à ce que la plu-mule (germe) ait atteint en-dessous de son enveloppe les 2/3 de la longueur du grain. Le malt ainsi obtenu sera alors utilisé comme nous venons de l’indiquer.
- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- ÉLECTRICITÉ
- Les interrupteurs à mercure.
- L'interrupteur ou le commutateur est un organe indispensable dans toute installation électrique, depuis la plus modeste installation domestique jusqu’aux organisations majestueuses des grandes centrales. Le public ne prend généralement pas garde à cet humble serviteur ; cependant il mérite plus d’attention qu’on ne lui en accorde généralement; il a fallu bien des études et beaucoup d’ingénio sité pour créer la plupart de ces petits appareils que nous manions quotidiennement sans y prêter la moindre attention.
- L’interrupteur à mercure, qui en est une variété, nous offre un bel exemple des difficultés qu’il a fallu vaincre pour créer des modèles pratiques et d’usage sûr. A l’époque où l’électricité n’était encore qu’un chapitre de la physique sans grandes applications industrielles, l’interrupteur à mercure jouait un grand rôle dans les laboratoires. Les personnes d’un certain âge se souviennent de ce petit godet rempli de mercure, inévitable compagnon de tous les appareils électriques que les professeurs présentaient dans leurs cours ; on y plongeait les extrémités de deux fils de cuivre et le courant était établi dans un circuit. Le mercure est, en effet, un excellent conducteur de l’électricité et son usage est très commode ; mais le primitif godet à mercure présentait bien des inconvénients qui semblaient lui interdire tout usage indus-
- triel ; d’abord son état liquide de vif argent; puis l’immobilisation d’une quantité relativement importante d’un corps lourd, coûteux, émettant à chaud des vapeurs dangereuses; enfin une oxydation assez rapide, chie surtout aux étincelles de rupture.
- Cet engin, un peu barbare, a évolué; au prix de savantes recherches et de mises au point ingénieuses, il a donné nais-sanace à un petit appareil, le rupteur à bascule, qui s’est créé, dans l’électromécanique, un vaste domaine d’applications.
- Il nous est agréable de relever que la plupart des progrès qui ont permis ce développement industriel remarquable sont dus à une société française, la Société de Recherches et Perfectionnements industriels, plus connue sous l’abréviation de Serpi.
- Les modèles qu’elle a créés s’emploient aujourd’hui par milliers dans les applications et sous les formes les plus variées.
- Prenons le plus simple de ces interrupteurs ; c’est une petite ampoule en verre de forme allongée, présentant à sa partie inférieure deux tubulures écartées l’une de l’autre (fig. i), dans chacune desquelles aboutit un fil conducteur; le tube contient une goutte de mercure, dans une atmosphère d’hydrogène pur et sec, à la pression atmosphérique. Quand le tube est horizontal, la goutte de mercure établit le contact entre les deux électrodes; il suffit de l’incliner légèrement pour rompre le contact. Les contacts et les ruptures ayant lieu dans une atmosphère neutre réductrice, le mercure ne peut s’oxyder et l’interrupteur peut faire un service
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- Fig. 1 à S. •— Interrupteurs à mercure.
- 1. Interrupteur à. mercure pour charge de 3 à 100 A. sous 110-220 V. ; 2. Interrupteur à mercure en forme de croissant ; 3. Interrupteur à retardement (angle de de basculement : 60°) ; 4. Inverseur à 3 combinaisons ; d. Interrupteur micro-plongeur.
- d’une durée presque indéfinie. On citera comme exemple, certains interrupteurs placés dans les signaux clignotants de « sens interdit » de la Ville de Paris ; ils ont assuré, sans défaillance, pendant trois ans, un service continu de jour et de nuit à la cadence d’une coupure toutes les demi-secondes, soit plus de i5o millions de coupures. Au bout de ce temps l’appareillage de commande est usé; mais l’interrupteur n’est pas détruit.
- Pour arriver à un tel résultat, il a fallu tout d’abord étudier et choisir avec soin les matières de l’interrupteur; le problème essentiel est d’assurer l’étanchéité absolue du tube; celle-ci dépend avant tout du scellement du verre au métal des électrodes ; verre et métal doivent avoir à peu près même dilatation et adhérer parfaitement. Pour les interrupteurs destinés à un régime intense, la Serpi utilise un verre boro-silicaté extra-dur et des électrodes en tungstène décapé sur lesquelles les conducteurs en cuivre sont soudés à l’argent. Pour les appareils destinés à un service normal, on emploie un verre semi-dur, des électrodes en ferro-nickel-chrome ; la liaison électrode-câble est faite par soudure à l’étain.
- Il faut veiller à ce que le verre ne présente aucune tension interne ; aussi les ampoules, confectionnées au chalumeau, sont-elles ensuite recuites au four puis examinées au polariscope.
- La place nous manque pour donner tous les détails de celte intéressante fabrication et en faire ressortir le caractère rigoureusement scientifique.
- Notons seulement que l’on fabrique aujourd’hui des interrupteurs à mercure dont la puissance de coupure s’étage de o,5 A. à 6 A. sous no V., de x à ioo A. sous 220 V., et de 1 à i5 A. sous 600 V.
- L’interrupteur s’emploie sous des formes très variées ; généralement associé à un appareillage électrique ou mécanique qui en pi’ovoque le basculemexxt et le redressement aux moments voulus, il est devenu l’auxiliaire indispensable de toutes les commandes à distance ; on l’emploie dans les installations de signalisation, dans les équipements des relais les plus divers : conjoncteurs, disjoncteurs, minuteries, relais différés. Il existe des interrupteurs simples à deux électrodes, des inverseurs à plusieurs électrodes, des interrupteurs à retardement (fig. 3) ; ces derniers sont constitués par dexxx réservoirs mis en communication par un tube capillaire ou tout auli’e dispositif freinant la vitesse d’écoulement du mercure.
- Signalons enfin le dernier venu des interrupteurs à mercure, l’interrupteur à noyau plongeur : le tube qui contient le mercure reste immobile et vertical ; aucun mouvement de basculement n’est necessaire pour le faire fonctionner ; un petit flotteur" portant un noyau magnétique plonge dans le liquide et est piloté de l’extérieur gi'âce à
- un champ magnétique produit dans une bobine qui entoure le tube ; suivant la position du flotteur, le mercure monte ou descend dans le tube et établit ou coupe le contact. Cet appareil est un véritable relais, très employé aujourd’hui pour les télérupteurs. Certains sont de dimensions minuscules et grâce à leur grande sensibilité, peuvent rendre de grands services pour tous les équipements de régulation automatique de température et analogues.
- OPTIQUE
- Lunette=loupe française.
- L’utilité des faibles grossissements donnés par une loupe est de tous les jours, de tous les instants. Médecins et chirurgiens, graveurs, bijoutiers et horlogers, numismates et philatélistes, stoppeuses et remmailleuses y recourent à tout instant. Mais si l’on emploie une loupe à main, il faut constamment ajuster la distance de vision et la distance fi’ontale et les mains ne sont plus libres; les loupes à pied deviennent encombrantes et obligent à l’immobilité. On a donc imaginé des loupes frontales fixées à la tête qui laissent aux mains toute liberté d’action. MM. II. et M. Renault vendent une lunette-loupe qui combine les avantages de la loupe et des lunettes à verres cori'ecteurs. Un modèle en est représenté figure 1.
- L’observateur dispose d’une paire de lunettes à verres collecteurs assurant une vision normale, et à distance convenable, d’une loupe pour chaque œil produisant le grossissement. Le tout est fixé sur une monture ordinaire de lunettes et se replie pour la mise en étui. L’ensemble est très
- Fig. 1. •— La lunette-loupe.
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- léger puisqu’il ne pèse que 38 g. ; il grossit 4 fois à une distance de 3o cm. et donne un champ de vision nette de i5 cm. de diamètre; il laisse un grand champ frontal et ne provoque aucune distorsion, les plans des verres étant perpendiculaires aux axes de vision. La fixité des verres par rapport aux yeux, la facile mise au point par le mouvement de la tête ou l’écartement de l’objet observé, suppriment toute tension, toute fatigue, et facilitent singulièrement le travail. C’est le modèle rêvé de loupe à recommander à fous.
- En vente chez MM. II. et M. Renault, opticiens, 107, rue Jouffroy et 80, avenue Wagram, Paris (17e).
- HYGIENE
- Boxage des salles de malades.
- Il fut un temps où l’on couchait plusieurs malades dans un même lit. Chacun a son lit aujourd’hui, mais trop souvent dans une salle commune. Très rarement, dans les hôpitaux de contagieux et dans quelques services modernes, chaque malade dispose d’une chambre isolée.
- Cependant, le blessé, l’opéré, le grand malade demandent, tout au moins au début du traitement, à être seuls. /I for-
- Fiçj. 1. — Une salle « boxée » de Vhôpilal civil de Versailles.
- iiori, les hospitalisés atteints de maladies transmissibles. Et aussi, les vieillards des hospices qui souffrent d’une vie en commun continuelle et rêvent d’un semblant de chez soi, d’un coin où ils puissent se retirer loin des bruits et des odeurs.
- La plupart des hôpitaux actuels n’ont tout au plus que quelques salles isolées : le reste est construit en dortoirs commun qu’il semble, à première vue, impossible de cloisonner sans perdre beaucoup de place. Cependant, M. A. Marcou, administrateur de l’hôpital civil de Versailles, s’est préoccupé de ce problème d’humanité et en a trouvé une solution élégante, qu’on voit maintenant réalisée dans l’hôpital qu’il administre.
- Voici les idées qu’il a mises en oeuvre et les techniques qu’il a fixées :
- Il faut tout d’abord partir de ce principe que dans une salle d’hôpital caiTelée ou parquetée les boxes peuvent avoir besoin d’être déplacés ou nettoyés et que par suite ils ne doivent être reliés d’une façon fixe ni au sol, ni aux murs, ni au plafond; ils doivent être essentiellement meubles et non pas immeubles.
- Ceci posé il convient de voir :
- i°Commcnt établir une cloison verticale entre deux lits ou groupes de plusieurs lits.
- 20 C o m m e n t maintenir cette cloison à la verticale.
- 3° C o m m e n t créer une façade.
- P o u r établir des cloisons verticales il a essayé un certain nombre de matériaux parmi lesquels il a retenu : le bois contre-plaqué, la tôle de fer et le bois éclaté (1).
- Certains de ccs matériaux étant écartés en raison
- de leur prix ou de difficultés d’approvisionnement, il a donné la préférence à un couvre-parquet genre linoléum (Balatum, Congoléum ou Rémoléum) qui allie le bon marché avec la faculté de lavage et qui dispense de peinture, tout au moins sur une de ses faces; la seconde est enduite d’une peinture silicatée (Fixalo) qui lient parfaitement en présence de goudron.
- Celle cloison est fixée dans un cadre de bois dont les éléments sont peints en aluminium avant leur utilisation. La peinture se trouve donc réduite au minimum. Il va sans dire que les faces peintes se font vis-à-vis ; en sorte qu’un boxe présente des surfaces peintes et que les deux autres, à sa droite et à sa gauche, présentent le coloris du couvre-parquet.
- Pour maintenir cette cloison à la verticale, sans la lier au sol, aux murs et au plafond, on assure sa stabilité en la fixant à un-meuble à base lourde qui sert de point d’appui tant à la cloison qu’à la façade.
- Ce meuble est constitué par une table à doubles plateaux en ciment
- Fig.
- Un box, vu de l’extérieur.
- armé, l’un près du soi assez épais pour descendre le centre de gravité, l’autre moins lourd,à hau leur normale d’appui. Ce-p e n d a n t pour l’asile de vieillards (dépendant de l’hôpital civil) cette double table
- 1. Voir La Nature, numéro 3061, 15 juin 1940.
- Fig. 3. — Un box, vu de l’intérieur, avec la table soutenant les cloisons.
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- Fig. 4. — Boxes à un, deux et trois lits.
- A, lit ; B, cloison ; C, table ou armoire formant assise ; C, table de elicvet.
- est remplacée par une armoire qui permet à l’occupant de ranger scs affaires personnelles ; mais pour l’hôpital il paraît plus pratique de poser sur le plateau inférieur un coffre métallique mobile qui peut aisément être désinfecté et surtout désinsectisé. À cette table est fixé verticalement un bâti couvert, d’Isorel dans sa moitié supérieure. C’est sur ce bâti que la cloison latérale vient également se fixer par deux boulons. L’Isoi’cl qui forme ainsi une partie de la façade est assez élégant pour sc passer de peinture et les clous qui le fixent au bâti sont dissimulés par <les baguettes ou des cornières de bois peintes à l’aluminium avant pose. Du côté opposé la cloison prend appui sur une petite table qui fait table de chevet pour le boxe voisin et dont les deux plateaux sont également en ciment armé. La cloison se trouve donc maintenue à la verticale d’une part par la table de façade, d’autre part par la table de chevet ou à défaut de cette dernière par un trépied.
- Ce même bâti ou cette armoire servent aussi à fixer les gonds d’une porte légère constituée elle-même par un bâti de bois revêtu en Isorel dans sa partie basse et en Vitrex dans sa partie haute. Cette porte est d’une largeur égale à l’espace généralement réservé entre deux lits fo m. 80) tandis que l’armoire ou la table sont d’une longueur égale à la largeur du lit (x m.). On peut donc créer avec le dispositif ci-dessus :
- i° Soit des boxes à un seul lit.
- a0 Soit des boxes à deux lits : clans ce cas, il y a deux tables écartées l’une de l’autre de la largeur d’une porte
- simple ou de deux portes, c’est-à-dire de o m. 8o à i m. 6o.
- 3° Soit des boxes à trois lits avec trois tables soutenant deux portes simples ou deux portes doubles. En cas de portes doubles, l’une de celles-ci est arrêtée à l’alignement de la façade par un crochet de fer passant dans un piton.
- Faisons remarquer que dans ces deux derniers cas, si l’on maintient l’espacement de o m. 8o entre les lits, le boxage permet d’obtenir un nombre de lits plus grand que n’en comportait la salle commune avant sa transformation.
- Ce boxage des salles est un progrès considérable dont les malades sont fort l’econnaissants. Il a ôté réalisé à l’hôpital civil de Versailles par la'menuiserie de l’établissement, sans arrêter pour cela l’entretien journalier assuré par les ti’ois menuisiers que l’hôpital comporte. Il est donc peu onéi’eux et facile à établir.
- Disons enfin que clairs un hospice, le lit peut être mobile et se redresser le jour avec toute sa literie dans une sorte de niche constituée par une armoire opposée à celle de façade, rendant ainsi disponible pendant la joui’née la pi'es-que totalité de la surface du boxe, qui se transfonne par suite en une petite pièce où le vieillard peut avoir ses aises, recevoir, etc.
- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n'est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- CORRESPONDANCE
- A propos des cirques lunaires
- A propos des articles de MM. Piédelièvre, Desoille et Pierre Desgrcz dans La Nature du 15 janvier et du 15 février 1941 : « Des gouttes de sang aux cirques lunaires », il est intéressant de l'approcher ce travail d’un autre sur le même sujet de M. Stanislas Meunier, paru dans La Nature du 18 mai 1895, et intitulé « Imitation expérimentale de diverses particularités lunaires ».
- L’auteur a répété l’expéi'ience de Poulett Scrope (,1826) qui consistait à faire bouillir dans une poêle à frire une bouillie de plâtre mêlée d’un peu de glu pour retarder la prise ; il obtient de la sorte des images de cratères lunaires et de crevasses, dont la ressemblance est frappante sur les documents photographi-
- ques. Le résultat est donc analogue avec u'n procédé tout différent ; et de ce procédé S. Meunier tire une toute autre conclusion : comme P. Scrope, il déclare que les cratères ressemblent tellement aux cratères lunaires « cju’il est difficile de ne pas être convaincu que notre satellite a dû subir une opération analogue, quelque différente qu’en soit l’échelle ».
- Il est amusant de se demander laquelle est la bonne de ces deux hypothèses exposées dans votre estimable journal à près de 50 ans d’intervalle ?
- Dr Jean Qüivy.
- Saccharine. — La saccharine est obtenue à partir du toluène provenant do la distillation de la houille (Voir La Nature, 1er décembre 1917). C’est une poudre blanche, cristallisée, peu soluble dans l’eau ; elle l’est plus dans l’alcool, l’acétate d’ainyle, l’éther. Mais elle forme, avec les alcalins, des sels beaucoup plus solubles et c’est pourquoi, dans la pratique, on utilise des saccharinates de soude et d’ammoniaque. Le saccha-l'inate de soude se prépare en vei’sant une solution de carbonate de soude sur la sacchai’ine.
- La saccharine, dont le pouvoir sucrant est 500 fois supérieur à celui du saccharose, n’a, par contre, aucune valeur énergéti-tique ; elle traverse l’organisme sans se décomposer et on la
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- retrouve telle dans les urines. Elle laisse sur les papilles gustatives une sensation d’amertume qui persiste plus ou moins longtemps selon la sensibilité des sujets.
- Or, cette saA-eur amère persistante peut être presque totalement supprimée lorsqu’on associe la saccharine à du saccharose ou du glucose (Voir communication de M. Kling à l’Académie de Médecine, 28 janvier 1941). Par exemple, si à un morceau de sucre de 7 g. on ajoute une quantité de saccharine de l'ordre de 0,014 g., on a le pouvoir sucrant de deux morceaux de sucre, mais la valeur alimentaire d’un seul. Aussi l’association glucose-saccharine donne-t-elle un plus grand avantage. Le glucose a un pouvoir sucrant médiocre, mais une valeur énergétique égale à celle du sucre. En exaltant le pouvoir sucrant du glucose par l’adjonction de saccharine, on obtient un produit de même A7aleur que le sucre, sans saveur amère. Il suffit d’incorporer, à 100 g. de glucose, 0,100 g. de saccharine ; 7 g. de ce mélange correspondent à un morceau de sucre. On peut utiliser ce mélange dans les préparations culinaires, la pâtisserie, les confitures, etc....
- Insecticide. — Le produit insecticide destiné à détruire la teigne du poireau (Acrolepia asectella) laquelle à l’état de chenille blanchâtre mine l’intérieur des feuilles du poireau, en septembre-octobre, est une préparation à base de nicotine : on peut facilement réaliser un insecticide analogue en .utilisant le jus de tabac riche à 100 g. de nicotine par litre que fourniront tous les Entrepôts de tabacs d’arrondissement et qui entrera dans la formule suivante :
- Jus de tabac riche............... 11.
- Savon noir.............................. 1 kg.
- Carbonate de soude.................... 200 g.
- Alcool à brûler.................. 11.
- Eau ordinaire......................... 200 —
- Dissoudre le jus de tabac dans l’alcool, le savon et le carbonate de soude dans l’eau, puis mélanger.
- Employer en arrosages, laisser agir un ou deux jours, puis arroser à l’eau claire, pour éliminer la majeure partie de l’insecticide qui, par la suite, pourrait gêner la végétation.
- Levures chimiques. — Les produits vendus sous le nom de levures chimiques ne renferment aucun élément vivant tel que la levure proprement dite (Saccharomyces cerevisce). Ils sont constitués par un mélange de bicarbonate de soude et d’un produit à acidité légère, acide tartrique ou sel à fonction acide, le tout additionné d'amidon ou de farine pour en augmenter le volume apparent. On peut prendre comme types de préparations de ce genre les formules suivantes :
- Fécule de pommes de terre. . . 770 g.
- Bicarbonate de soude........... 130 —
- Acide tartrique pulvérisé .... 100 —
- Bien laisser sécher à l’air les éléments constitutifs ci-dessus, mélanger ensuite et conserver en flacons bien bouchés.
- Farine courante................ 500 g.
- Bicarbonate de soude........... 250 —
- Bisulfate de potasse........... 250 —
- Mêmes précautions que précédemment.
- Cette simili-leATure étant ajoutée dans la proportion de 70 g. par kilo de farine à faire lever, aussitôt que l’on délaye pour former la pâte, les éléments acides réagissent sur le bicarbonate et il se dégage des bulles d’acide carbonique qui déterminent la levée.
- Amidon. — Devant la difficulté de se procurer l’amidon commercial, on peut le remplacer par de l’amidon de pommes de terre (fécule) que l’on obtient en râpant quelques pommes de terre avec une râpe à fromage et en lavant la pulpe sur un tamis fin avec un filet d’eau.
- Le lait de fécule étant reçu dans un petit récipient, la fécule se déposera et, après aAToir enlevé l’eau claire par décantation, cette fécule pourra être employée à l’empesage du linge comme .s’il s’agissait d’amidon délayé à la façon ordinaire.
- Engrais complet. — D’après les renseignements que nous possédons, l’engrais spécialisé pour cultures maraîchères aurait la composition suivante :
- Nitrate de potasse........................... 55 kg.'
- Phosphate bicalciquc......................... 45 —
- D’après la richesse en éléments fertilisants de ses constituants, il résulte que cet engrais complet contient :
- Azote nitrique..................... . 7 p. 100
- Acide phosphorique soluble au citrate. . 17 —
- Potasse K20 ............................. 24 —
- L’épandage doit se faire de préférence à la fin de l’hiATer sur terrain déjà retourné à la dose de 50 à 100 g. environ par mètre carré, selon les plantes, après quoi on enfouit soit à la greffe soit par un léger bêchage.
- Assouplissement du cuir. — Les praticiens du cuir en réalisent l’assouplissement au moyen d’un mélange de suif et d’huile de baleine dont on imprègne le cuir parfaitement sec. Cette nourriture est appliquée à la brosse de manière à assurer une bonne pénétration ; on laisse quelques jours en cet état, puis on recommence un nombre de fois suffisant pour que le cuir ait pris toute sa souplesse.
- On peut trouver le produit idéal pour cet emploi sous le nom de moellon qui provient des peaux chamoisées et foulées à la presse hydraulique ; ce moellon renferme, avec l’huile qui sert au chamoisage, des matières organiques provenant des peaux, ce qui justifie réellement le terme de « nourriture » employé.
- On peut se procurer du moellon chez les fournisseurs pour selliers ou cordonniers dit « marchands de crépin ». A défaut, s’adresser aux maisons de gros suivantes :
- Les fils de Fernand Floquet, 110, rue de Paris à Saint-Denis (Seine) ; Emile Gay, 10, avenue de Paris à Villejuif (Seine).
- Suint et lanoline. — Le suint est une substance d’aspect gras, onctueuse, très odorante, qui provient du lavage de la laine. Il est produit par la transpiration des moutons et imprègne leur toison ; sa composition a été étudiée en premier lieu par Vauquelin, puis très complètement par Chevreul qui y a constaté la présence de 29 substances tant organiques que minérales essentiellement ; Darmstaeder et Lifschutz y ont trouvé des acides myristicique, carnaubique, lanocérimique (C30HG0Od), lanopalmitique (C161I3303), des alcools carnaubyli-que, cérylique, de la cholestérine (C27H160) et de l’isocholestérine ; ces deux derniers éléments sont ceux qui dominent dans la lanoline ou graisse de suint, très employée en pharmacie, pour la confection de pommades à propriétés hydrophiles.
- La lanoline pharmaceutique se rencontre sous deux états :
- Anhydre. — Produit jaune citron à odeur faible de suint, de consistance épaisse, insoluble dans l’eau et l’alcool, soluble dans l’éther, le chloroforme, le sulfure de carbone et les corps gras, neutre au tournesol, fondant à 37°-40° C. ; elle peut absorber deux fois son poids d’eau.
- Hydratée. — Produit blanc jaunâtre, peu odorant, à consistance de pommade, se séparant après fusion en deux couches, l’une aqueuse, l’autre huileuse. La cholestérine étant insoluble dans les alcalis, pour l’isoler, on épuise le suint par l’éther ou le chloroforme, ce qui donne un mélange de graisses et de cholestérine que l’on saponifie par un alcali caustique, soude par exemple ; à la température de l’ébullition, les graisses sont transformées en savons solubles dans l’eau, la cholestérine reste inaltérée.
- Plus simplement, lorsqu’il s’agit seulement d’obtenir la lanoline pharmaceutique, on lave la laine avec une solution alcaline, ce qui donne une émulsion de laquelle on sépare la lanoline par centrifugation ; on la sèche pour éliminer l’eau, amène à fusion, filtre sur un iissu de laine, puis laisse refroidir.
- Ainsi séparée, la lanoline brute est brune et d’odeur repoussante ; c’est pourquoi il est nécessaire de la soumettre à une purification par le noir animal pour lui donner ses qualités commerciales.
- La lanoline hydratée se prépare en battant au mortier jusqu’à mélange homogène 25 parties d’eau avec 75 parties de lanoline anhydre.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et c1® a laval (france). — 15-5-19il —- Published in France.
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- N° 3070
- LA NATURE
- 15 Juin 1941
- LA FLAMME A INFRA-SONS
- M. Ernest Esclangon, l’éminent directeur de l’Observatoire de Paris, a présenté à l’Académie des Sciences un nouveau détecteur d’infra-sons à flamme, d’un haut intérêt. Non seulement, en effet, cet appareil apporte un nouveau moyen d’études théoriques dans ce domaine peu exploré des « ondes infra-sonores », mais il est susceptible des applications pratiques les plus réalistes, telles que la protection des immeubles contre les cambrioleurs. Il convient en outre de noter là un progrès de la technique générale des amplifications sans inertie, apparenté aux « régulateurs » à fuite de fluide, mais dont les ressources — mulatis muiandis — rappellent celles des « grilles » ioniques et électroniques.
- QU'EST-CE QU’UN INFRA-SON ?
- A côté des sons perceptibles à l’oreille, il existe une grand nombre d’ébranlemements de l’air qui ne donnent lieu à aucune sensation •acoustique.
- Pour nous borner aux ébranlements harmoniques simples, on sait que l’oreille ne perçoit que ceux dont la fréquence est comprise entre i5 et 4o ooo par seconde environ ;
- .encore ces limites sont-elles généreuses. Au-dessus de 4o ooo, on a -affaire aux ultm-sons, au-dessous de i5, aux infra-sons.
- Dans l’eau, les infra-sons ne peu-’vent être produits et transmis à distance avec une intensité notable ; les ultra-sons, au contraire, se propagent à gi’ande distance, canalisés en .faisceaux qui peuvent être employés .pour le sondage continu par inflexion contre le fond.
- Dans l’air, les conditions sont inverses. Il est difficile de produire un ultra-son se propageant à plus •de quelques dizaines de mètres, tandis que des infrasons de toutes les puissances peuvent se produire et se propager à toutes les distances.
- PRODUCTION DES INFRA-SONS
- Les infra-sons se produisent dans les circonstances les plus banales. Chaque fois que l’on déplace brus-«quement un objet solide, chaque fois que l’on ouvre
- ou que l’on ferme une porte ou une fenêtre, qu’on presse brusquement sur une vitre ou un plancher, une variation de pression atmosphérique prend naissance et se propage tout autour du centre d’ébranlement ; non perceptible à l’oreille, cette onde de pression peut être détectée à l’aide d’appareils appropriés. Nous avons affaire à un infra-son.
- Tout le monde a observé ces phénomènes banaux, que l’on confond souvent, à tort, avec un effet de « courant d’air ». Il s’agit ici de phénomènes essentiellement différents. Quand vous ouvrez une porte, ou que vous vous bornez à la secouer, et que les fenêtres s’empressent de battre dans leurs feuillures, il ne s’agit pas d’un courant d’air : la transmission est en effet quasi-instantanée, la vitesse des infra-sons étant égale à celle des sons audibles, soit 34o m. par seconde Q) ; en outre, l’action se fait sentir à des distances considérables dans un même bâtiment : 1’ « émetteur » et le « récepteur » d'infra-sons peuvent être séparés par de longs couloirs, voire par des portes fermées, ne pas se trouver au même étage, etc.
- D’une façon générale, tout corps auquel on fait subir une variation brusque de vitesse engendre un infra-son. Une surface de carton, déplacée brusquement perpendiculairement à son plan, produit un infra-son, tandis que si elle est en mouvement continu, bien que rapide, aucun infra-son n’est engendré. En frappant sur une toile tendue, on pi’oduit un infra-son, accompagné de bruits audibles d’intensité moindre.
- PROPAGATION ET DIFFRACTION
- Les infra-sons portent, si l’on peut dire, à l’extrême les facultés de propagation du son. Plus facilement encore, ils contournent les obstacles, se propageant sans difficultés dans les réseaux de couloirs les plus anguleux. Ils se propagent également bien à l’air libre : l’ouverture brusque d’une porte d’immeuble
- 1. Exception faite pour les infra-sons de période très longue, supérieure à la seconde, pour lesquels les compressions et décompressions de l’air ne sont plus adiabatiques.
- Fig. 1. — Détecteur de variations barométriques rapides à cellules pneumatiques superposées.
- A, fût communiquant avec l’atmosphère par le tube mince T ; C, capsules communiquant librement avec l’atmosphère ; S style. L’appareil réagit seulement aux variations relativement rapides de pression.
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- fait sursauter des détecteurs à flamme situés à plusieurs centaines de mètres.
- En raison de la faible rapidité des variations de pression qui les constituent, les infra-sons traversent les ouvertures très faibles ; une porte fermée les arrête peu ou point.
- On conçoit que les infra-sons pénètrent là où ne pénètrent point les sons audibles-; un carter devra être très hermétiquement fei'iné pour être mis à l’abri de la pénétration des infra-sons. Cette difficulté pratique est aussi un avantage, car il est possible d’enfermer les détecteurs d’infra-sons dans des boîtes presque closes, par exemple les entourer de tamis métalliques pour les soustraire à l’action du vent, sans rien leur faire perdre de leur sensibilité.
- Notons encore que les infra-sons, comme les autres mouvements vibratoires des fluides, peuvent se réfléchir et interférer. Il en résulte des perturbations en ce qui concerne la distribution des infra-sons dans les espaces clos, par la formation d’ondes stationnaires. Ceci apporte quelques complications, sur lesquelles nous ne saurions insister, en ce qui concerne la construction des détecteurs.
- POURQUOI L'OREILLE NE PERÇOIT PAS LES INFRA-SONS?
- Pourquoi l’oreille n’est-elle pas sensible aux infrasons ? C’est un problème qui n’est pas entièrement élucidé, mais dont on peut circonscrire la solution.
- L’organe de l’ouïe se compose de trois parties. L’oreille externe comporte le pavillon et le conduit auditif, les dimensions normales de ce dernier étant de 21 mm. sur 9 mm. L’oreille moyenne est une len tille ci'euse de 10 mm. de diamètre, séparée du conduit auditif par le tympan et communiquant avec l’arrière-gorge par la trompe d’Euslache, conduit aplati qui s’ouvre par moments pour l’équilibrage des pressions. L’oreille interne, enfermée dans l’os du rocher, a un volume de 0,2 cm3 ; elle est emplie d’un liquide, la périlymphe, qui communique avec le liquide céphalorachidien. Deux « fenêtres », obturées par des membranes, la font communiquer avec l’oreille moyenne ; ce sont la fenêtre ovale, reliée au tympan par la chaîne coudée des osselets et la fenêtre ronde. La chaîne des osselets comporte deux muscles dont l’un produit la tension du tympan, pour « prêter l’oreille », tandis que l’autre relâche la transmission pour atténuer l’effet
- des sons trop intenses. La fenêtre ronde avec sa membrane forme compensateur élastique ; sans elle, le liquide enfermé dans la cavité rigide du rocher, formerait bloc derrière la membrane de la fenêtre ovale.
- A l’intérieur de la périlymphe nage un sac membraneux contenant Vendolymphe et dans lequel viennent s’épanouir les terminaisons du nerf auditif.
- Ceci posé, il est tout d’abord évident que si la variation de pression atmosphérique, constituant le mouvement vibratoire, est lente, le tympan se déplacera lui-même lentement ; il en sera de même pour la chaîne des osselets et les lymphes ; l’impression auditive résultant précisément en partie des frôlements de ces liquides sur les terminaisons nerveuses, sera donc très faible. Les variations de pression des liquides, qui concourent certainement à la sensation seront également extrêmement faibles.
- En réalité, on peut dire que les variations de pression exercées sur la périlymphe par la membrane de la fenêtre ovale ne sont sans doute plus transmises du tout au sac membraneux contenant l’endolymphe quand ces variations sont suffisamment lentes, la périlymphe se déplaçant d’un bloc d’une fenêtre à l’autre, sans changer de pression, tandis que pour des mouvements rapides, des changements de pression se produisent nécessairement par inertie.
- DÉTECTEURS MÉCANIQUES
- Deux phénomènes caractérisent la propagation d’un ébranlement vibratoire dans un fluide : il y a mouvement des molécules et variation de pression. Les deux phénomènes se trouvent spatialement séparés dans les « ondes stationnaires ».
- Pour la détection des infra-sons, on eut recours, au début à des appareils cinématicjues, constitués par des
- Fig. 3. — Schéma d’un poste de détection transportable avec cellule photoélectrique.
- A, chambre ; B, réservoir à butane ; F, flamme ; V, veilleuse ; C, cellule photoélectrique ; D, accumulateurs et relais ; S, signal d’alarme.
- Fig. 2. — Principe du détecteur d’infra-sons à flamme.
- A, capacité rigide, B, robinet à tubulure étroite ; C, tubulure large ; F flamme.
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- membranes vibrant à l’air libre. Un bref calcul souligne ce fait, évident a priori, que la forte diffraction et le faible déphasage d’un infra-son venant agir sur les deux faces d’une telle membrane s’opposent à un effet appréciable ; le détecteur cinématique est condamné à n’avoir qu’une sensibilité infra-sonore extrêmement réduite.
- Il n’en est pas de même avec les détecteurs à pression, véritables manomètres très sensibles, capables de déceler des variations de pression infimes en un temps de l’ordre du 1/20 ou du i//»o de seconde (quart de période). La maison Richard a construit pour M. Esc-langon un mano-baromètre de ce type, constitué par des capsules mano-inétriques superposées, disposées en pile, communiquant librement avec l’atmosphère, et enfermées dans un vaste fût rigide communiquant avec l’atmosphère par un tube grêle (fig. 1). Cet instrument, doté d’un style enregistreur à bec d’encre, est sensible à des variations quasi-instantanées de la pression atmosphérique de l’ordre du i/5oo de mm. de mercure.
- DÉTECTEUR A FLAMME
- Fig. o. — Vue agrandie du poste de détection d’injra-sons à cellule photoélectrique.
- La flamme se trouve dans le boîtier vertical, à droite ; au milieu, la cellule photoélectrique ; à gauche, amplificateurs et relais. Cet appareil, alimenté sur secteur au moyen d’une prise de courant, peut déclancher n’importe quel signal d’alarme, sous l'action d'infra-sons, même de très faible
- intensité
- Mais le meilleur détecteur d’infra-sons est sans conteste 1 ’appareil à flamme.
- Considérons un récipient à peu près rigide À (fig. 2), alimenté en gaz d’éclairage par une tubulure B et présentant une seconde tubulure C où l’on peut allumer une flamme F. Nous supposons essentiellement — et ce sont ces dispositions qui donnent leur prix a
- Fig. 4. — Poste de détection d’infra-sons à flamme et cellide photoélectrique.
- A gauche : M. Esclangon.
- (Photos J. Boyer).
- l’appareil, qu’elles différencient des classiques analyseurs acoustiques à flamme manométriqüe — que l’écoulement du gaz se fait par une tubulure très étranglée en B, tandis que la tubulure de feu C est large. Pratiquement, le diamètre de l’ouverture de feu est de 7 à 8 mm. pour un récipient ou « chambre » de moins de 20 1. de capacité ; il peut atteindre 12 mm. pour des capacités dépassant 5oo 1.
- Dès qu’une variation de pression se produit dans l’atmosphère, la flamme sursaute, avec une prodigieuse sensibilité ; le calcul montre que la différence de taille de la flamme, en plus ou en moins, par rapport à sa taille moyenne, est proportionnelle à la dérivée de la pression extérieure (dp/dl) et au volume de la chambre. On peut donc accroître la sensibilité autant qu’on le désire ; la difficulté est bien plutôt de pouvoir la modérer pour que la flamme ne s’éteigne pas inopinément ! On y parvient par l’emploi d’une virole à vis, faisant varier l’orifice d’écoulement et permettant de modérer la sensibilité sur une échelle de 1 à 1 000 ; en outre, une « veilleuse » se charge de rallumer la flamme. Le fait que cette veilleuse ne s’éteint pas alors que la flamme principale disparaît, souligne la différence d'un écoulement libre, issu d’une capacité considérable, avec un écoulement freiné, par un canal mince, sans capacité en arrière, qui n’est aucunement perturbé par les variations de pression extérieures.
- Des dispositifs d’alimentation à l’essence ont été prévus pour les appareils transportables, mais aucun ne semble exempt du danger d’explosion par diffusion des vapeurs combustibles dans la capacité pleine
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- d’air de la chambre. L’emploi du butane, plus sûr, procure une augmentation appréciable de la sensibilité.
- PROTECTION CONTRE LES CAMBRIOLEURS
- Ainsi constitué, le détecteur à llamme est capable de détecter des variations de pression de i/5oo ooo d e mm. de mercure ! Placé dans une pièce d’un très grand bâtiment, tel qu’une
- caserne, il réagit aux pas d’une personne marchant dans une pièce aussi éloignée qu’on le voudra, au choc du doigt contre une vitre, à plus forte raison à toute tentative de pénétration ou d’effraction.
- Nous avons donc là un merveilleux « détecteur de cambrioleurs », qui offre sur les appareils électriques
- Fig. 0. — Sismographe à flamme.
- A, accordéon alimenté en gaz par le robinet G ; R, ressort ; F, flamme ; S, suspension rigide ; P, fond lesté.
- le grand avantage d’être rigoureusement sans fil, même pour les grandes distances, ce qui n’est pas le cas, même pour les appareils à capacité électrique ; il ne donne lieu à aucune dépense d’énergie, et la dépense de combustible est insignifiante. L’appareil peut être complété par une cellule photoélectrique surveillant la flamme (fig. 3) ; on utilise une cellule au césium placée à une distance de 5 à i5 cm. (flamme de i5 à 25 mm. de hauteur) en connexion avec un amplificateur à lampe. Un amplificateur à une seule lampe, suivi d’un relais, suffit pour déclencher des organes automatiques ou des appareils d’alarme : la flamme qui tire la mitrailleuse... cet engin « julever-nesque » n’est pas du domaine de l’utopie !
- De nombreuses applications attendent certainement le nouveau détecteur dans les difféi'entes techniques de la science. Citons notamment l’étude de la turbulence micro-manométrique du vent et la détection des tremblements de terre ! Imaginons un accordéon à ressort (fig. 5) lesté par un poids, équipé d’une tubulure d’arrivée de gaz et d’une tubulure de feu. Si le support auquel est suspendu l’appareil subit un ébranlement, le poids demeurant relativement immobile par inertie, la flamme sursautera brusquement, agissant sur une cellule photoélectrique. On peut imaginer des dispositions variées pour adapter le détecteur à flamme aux usages les plus divers, en notant toutefois qu’un isolement thermique de la chambre devient nécessaire pour les très hautes sensibilités.
- Pierre Devaux.
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- LES CRISES ALIMENTAIRES
- DANS LE PRÉSENT ET DANS LE PASSÉ (suite> <»
- H. — LES REMÈDES
- Ce n’est pas ici d’une étude dogmatique qu’il s’agit, tendant à dicter une ligne de conduite à ceux qui ont la responsabilité de l’alimenlalion publique. Nous avons pensé néanmoins faire œuvre utile dans la recherche d’une documentation sérieuse susceptible de fournir à tous des éléments d’information, de réflexion, de réconfort et d’énergie.
- J o DIMINUTION
- DU NOMBRE DES BOUCHES INUTILES
- Dans l’état actuel des choses, nous manquons de denrées d’alimentation, ou plus exactement, nous en avons trop peu pour le nombre de bouches à nourrir. Pour y remédier, les premiers moyens qui s’offrent à l’esprit consistent, soit à augmenter les stocks destinés à la population, soit à réduire la population à pourvoir, ce qui revient au même.
- 1. Voir La Nature, n° 3069, la mai 1941.
- La question de la diminution des bouches à nourrir s’est posée dans le passé au cours de tous les sièges. A Alésia, elle a été envisagée en premier lieu sous la forme très simple de cette proposition d’un chef gaulois à Vercingétorix ? Il y a parmi nous des gens qui sont sans utilité pouï la guerre, les vieillai'ds et les enfants ; il n’y a qu’à .les sacrifier et à les manger. Nous aurons ainsi ce double avantage : réduction de la population à alimenter et augmentation des rations, grâce à la chair qu’ils nous fourniront. — Après hésitation, la proposition fut ajournée. Quelque hideuse qu’elle paraisse, elle a tout de même l’intérêt de faire ressortir la résolution farouche de nos ancêtres dans leur résistance à César. Ils expulsèrent alors les gens inutiles et il arriva ce qui se produisit plus lai’d à Calais, à Sienne, à Mayence; ces malheureux furent refoulés par l’ennemi et ce fut pendant quelques jours un va-et-vient lamentable, au bout duquel ils furent abattus ou moururent de faim entre les lignes.
- Si aujourd’hui il nous paraît difficile de songer à transférer provisoirement, par exemple en Afrique, des, vieillards et des enfants, peut-être serait-il possible d’y envoyer un certain nombre d’hommes valides ; là-bas comme ici ils travailleraient pour nous.
- L’augmentation du stock des denrées à mettre à la dispo-
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- sition des populations est la préoccupation évidente et constante des pouvoirs publics; des efforts dans ce sens ont été tentés dans le passé par divers rois de France qui ont fait appel aux ressources extérieures. En 1662, Louis XIV a fait venir à ses frais du blé de Dantzig, et Louis XV en a fait acheter en Sicile en 1740. Mais, dans la situation présente, les vues théoriques à ce sujet sont, dans leur application, forcément bien restreintes. Les échanges décidés entre les deux zones, occupée et non occupée, ainsi que l’intensification des envois de la Corse, de l’Afrique et des colonies, qui ont fait l’objet des ententes du mois de mars, sont les mesures d’ensemble les plus immédiatement réalisables, quelque limitées qu’elles soient par les difficultés du blocus.
- D’autres mesures plus modestes peuvent sans doute être envisagées et nous en reparlerons plus loin : recherche de produits et de procédés nouveaux et, d’une façon plus générale, développement de la production.
- 2° RECHERCHE DE PRODUITS ET DE PROCÉDÉS NOUVEAUX
- En France, plus que dans les autres pays, la question du pain prend une importance particulière et les restrictions en quantité et qualité sont vivement ressenties, car les Français sont de gros mangeurs de pain et ils étaient habitués à un pain excellent.
- Au cours des crises, c’est naturellement le manque de pain qui a provoqué les premières souffrances et les plus cruelles, ainsi que son remplacement par des mélanges de jour en jour plus exécrables. Avant d’en être privé tout à fait, on devait s’accommoder d’une ration extrêmement réduite : elle était de 2 onces par jour au siège de Sienne ; elle n’était que d’une once pendant le siège de Paris par Henri IV, c’est-à-dire d’environ 3o g.
- En outre, à mesure que le blé se faisait plus rare, la composition du pain était modifiée. Le cœur se soulève à la description de ces mélanges qui n’avaient du pain que le nom et que le peuple s’est ingénié a fabriquer au cours des âges, pour compléter ou remplacer la farine : terre blanche mêlée à la farine aux ix° et xie siècles, ardoise et ossements pulvérisés, en provenance des cimetières, au xvie.
- Avant d’en arriver à cette extrémité, on utilisa pour le pain diverses farines autres que celle de froment et, sans parler du pain de sarrasin et du pain de seigle, on fit du pain de gland, de noix, d’écorce, comme du pain d’orge, d’avoine, de son, et de millet. Au cours des disettes du xvm° siècle, on fit confectionner du pain avec tous les farineux : pommes de terre, fèves, patates, châtaignes; on en fit également avec des racines de fougère, d’arum, de chiendent, de chou-navet, et des médecins proposèrent d’utiliser l’asphodèle.
- Certes, notre pain d’aujourd’hui ne ressemble pas à ce pain d’avant-guerre, d’avant la guerre de igi4, si blanc, si léger ; mais les conditions imposées actuellement à sa fabrication sont encore bien peu sévères. Le sont-elles même assez ? Peut-être conviendrait-il de ne pas attendre d’urgentes nécessités pour utiliser ces farines diverses dont nos aïeux se sont contentés.
- A bien des époques aussi on a fait toutes sortes de bouillies ; c’est sous cette forme que les Romains consommaient leurs grains jusqu’à ce que, au cours de leurs luttes contre les peuples d’Orient, ils aient appris à faire réellement du pain. Les Normands aussi faisaient des bouillies et il en est souvent question dans les chroniques du moyen âge. Au xive siècle, on y mettait du lait, du sucre, du safran, du
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- miel, du vin doux, des aromates. Sous l’empire du besoin, on arriva à fabriquer en remplacement du pain des bouillies composées de graines de toutes sortes, d’avoine sauvage, de lin, etc... amalgamées de son et d’amidon, comme on fît à Gênes'en 1800 et au siège de Paris en 1870-1871, où on additionna en outre le mélange d’un phosphate de chaux extrait des ossements des catacombes.
- La viande nous est aujourd’hui assez sensiblement rationnée; du moins est-elle d’excellente qualité et nos ancêtres auraient pu nous l’envier.
- Dans toutes les crises d’alimentation que nous avons évoquées, la viande de boucherie a dû progressivement être remplacée par la chair de toutes sortes d’animaux. On commence par manger les chevaux, les ânes, les mulets, puis les chiens et les chats, et c’est une des premières mesures prises au cours des sièges que d’en opérer le recensement, en attendant de prescrire leur réunion par quartier en des points désignés. Nous n’avons pas entendu dire actuellement qu’un recensement de ce genre ait été effectué.
- Lors du siège de Paris par Henri IV, après avoir mangé les 2 000 chevaux et 800 ânes qui s’y trouvaient, on fit rassembler chiens et chats et, pendant quinze jours, on en distribua la chair, en même temps qu’on installait aux carrefours de vastes chaudières pour des soupes populaires faites de son et d’herbes.
- On en vient ensuite aux rats et aux souris. C’est le cas général. En 1794 à Mayence, Aubert-Dubayet, après avoir dîné avec quelques amis, se vantait « d’avoir fait bombance avec un vieux matou entouré d’un cordon de souris ». A Paris, dont on peut dire qu’il est bien approvisionné à ce point de vue — actuellement on évalue les rats à plusieurs millions — ce fut, pendant le siège de 1870, une grande ressource pour les pauvres, dont 5oo 000 étaient à la charge des mairies.
- La famine venant encore à s’accentuer, on en arrive à manger les choses non seulement les moins substantielles, mais les plus rebutantes, ou les plus coriaces. Au xie siècle, dans les campagnes désolées, les paysans, tenaillés par la faim, se nourrissaient de bêtes immondes, comme les reptiles, d’animaux morts et gisant dans les champs. Au xvie siècle, un témoin oculaire écrit qu’il a vu dans Paris des pauvres ramasser des chiens morts et les dévorer tout crus. Au xvn° siècle, des scènes aussi désolantes se reproduisent, d’abord au temps de la Fronde, notamment en Picardie, en Champagne, en Lorraine; puis en 1662, i683, 1692 et 1G93. Au xvme siècle dans les années 1709, 1725, 1739, 1740, 1750, 1784, la détresse alimentaire se résume en cette phrase de l’évêque de Chartres : les hommes mangent de l’herbe comme des moutons et meurent comme des mouches. Au xixe siècle même, en i848, à Montfaucon, les indigents se disputent les poissons pourris que les Inspecteurs des Halles de Paris y font déverser à pleins tombereaux.
- Après la chair, après les entrailles, on va jusqu’à manger les peaux des animaux et il n’est guère de siège où l’on n’ait tenté de prolonger la résistance en se nourrissant du cuir des équipements, comme il est arrivé à Jérusalem, à Sienne, à La Rochelle, à Gênes en 1800 avec Masséna.
- En fait d’autres vivres, en temps de disette, le peuple s’est nourri d’herbes, de racines et d’écorces; il a fait des soupes avec du son, du chénevé, des orties, du chiendent, des mauves et même du foin. Mais il est non moins intéressant de savoir ce qu’il mangeait en temps normal, aux époques de calme, sinon de prospérité. Le gland et la faîne couramment utilisés par les Gaulois, étaient aussi en usage chez les Espagnols au temps de Pline. Il en est question également, en France au vin® siècle comme d’un aliment nécessaire à la
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- nourriture du peuple. On en mangeait encore au xvie siècle dans le Perlhois et au xvine siècle en Westphalic, pendant la guerre de sept ans.
- A la fin du xvne siècle et au commencement du xvine, en raison de la cherté du pain, le riz a été très employé, mélangé en une sorte de bouillie avec une purée de pommes de terre, de carottes et de navets.
- Dans les temps modernes, il semble bien que l’habitude se soit perdue d’une quantité de légumes cependant susceptibles d’être consommés. Ces légumes, dont souvent nous ne connaissons même plus les noms, bien que la plupart figurent encore cependant dans les dictionnaires courants, sont mentionnés par les auteurs anciens, avec toutes sortes de détails sur le mode de culture, la façon de les accommoder, ainsi que leur valeur nutritive pu médicale. La liste en est longue, elle tiendrait une page. Nous nous bornerons, à titre d’exemple, à donner des indications sommaires sur la façon dont étaient utilisés quelques-uns de nos légumes, ainsi que d’autres légumes qui ne sont plus employés aujourd’hui.
- Il était recommandé de manger la lentille sans écorce et mêlée avec de l’orge mondée; on accommodait aussi le mélange avec du vin cuit, mais pour éviter l’action sur le foie, on y ajoutait du miel. Quant aux fèves, il était indiqué de les faire cuire avec de l’orge, ou de les faire frire. La graine de lin frite et mêlée avec du miel passait pour un mets très délicat. Caton et Columelle accordaient au chou toutes les vertus ; suivant qu’on le mangeait avant, pendant ou après les repas, cru ou cuit, en sauce ou confit dans du vinaigre, pilé, grillé, associé à la coriandre ou assaisonné d’oxymel, il guérissait les maux les plus divers.
- Le gland se faisait bouillir dans l’eau, ou rôtir sous la cendre, et était accommodé avec du miel; on en faisait aussi un potage avec du lait.
- Parmi les légumes apparemment disparus aujourd’hui, le lupin était un de ceux dont les Romains faisaient le plus d’usage. On le mangeait comme le sinagre, le phaselz, le ciccrole, le raifort, le serpolet, la surielte, le calomet, à la sauce de poisson additionnée de vinaigre. Le fenouil, le pyrè-thre, le térébenthin, les tiges de chou, d’ache, de maceron, de férule, de digitale, se faisaient confire comme les oignons, les raves et les poireaux, avec du vinaigre et de la saumure, afin de pouvoir être mangés toute l’année; il en était de même du safran, du carthame, de la earmeline. La bette se mangeait avec de la moutarde et du vinaigre, comme on le faisait aussi du poireau, du poliot, de l’origan, du cresson alenois, « par friandise et pour exciter l’appétit ». L’orobe n’était utilisée qu’en cas de famine ainsi que la vesce.
- Ceux d’entre nous qui mangent des potages deux et trois fois par jour apprendront avec plaisir que, d’après Hippocrate, les aliments liquides restaurent mieux les forces que les aliments solides.
- Actuellement, lorsqu’on a parlé du rutabaga, on croit avoir tout dit pour caractériser les restrictions. Assurément, pendant une certaine période, nous en avons mangé plus que nous n’aurions désiré : en potage, en purée, en sauce, en salade. Certaine espèce cependant faisait des plats très acceptables. Nous sommes devenus trop délicats ; nos aïeux étaient moins exigeants. Songeons qu’au xme siècle, à la table des seigneurs, on mangeait de la baleine salée, du marsouin, du phoque, de la loutre, du renard, du blaireau, du cormoran, du corbeau, du vautour.
- Ne pouvons-nous d’autre part faire observer qu’il y a des aliments ne figurant dans nos menus qu’à titre accessoire ou exceptionnel dont, sans doute, il pourrait être fait un plus large usage, comme par exemple les escargots et les grenouilles ? Ne serait-il pas possible d’en développer l’élevage ? Au temps de César, dans la province de Rome, on
- avait établi des parcs d’escargots ; on était arrivé à les multiplier et à les engraisser avec du vin cuit et de la farine.
- 3o PRODUCTION ET CONSOMMATION
- Sous cette rubrique, nous entendons nous limiter à l’exposé des mesures prises ou susceptibles de l’être en vue d’intensifier la production et de faciliter la consommation. Encore cette question, qui touche à toute la politique économique, agricole et sociale, est-elle trop vaste pour que nous puissions songer ici à autre chose qu’à aborder quelques points, à en effleurer ou en mentionner quelques autres. Avant de chercher comment nous pouvons augmenter nos ressources, nous examinerons d’abord les moyens d’utiliser ce que nous avons; dans chacun de ces ordres d’idées, nous envisagerons les difficultés résultant de la situation présente, ou susceptibles de surgir, et nous en rapprocherons les mesures prises ou à prendre, soit contre les obstacles à vaincre, soit en faveur des réalisations à obtenir.
- C’est ainsi que nous examinerons successivement les différentes formes de spéculation qui s’interposent entre le producteur et le consommateur et compromettent l’utilisation de nos ressources (stockage, accaparement, hausse illicite, marché clandestin) — la situation rurale actuelle et les efforts à faire pour l’améliorer, d’une part au point de vue de la culture (retour à la terre, accroissement de la main-d’œuvre, extension des terrains cultivés, etc...), d’autre part au point de vue de la circulation des deni’ées.
- Stockage, accaparement. — Le stockage, l’accaparement n’ont qu’un but pour le spéculateur : se constituer des réserves de denrées qu’il vendra au moment le plus favorable et au plus haut prix; s’il dispose de moyens suffisants, effectuer de gros achats pour faire le vide sur le marché et provoquer rapidement la hausse qu’il escompte pour vendre.
- De tout temps, celle manœuvre a été combattue. Dans l’antiquité, à Athènes l’accaparement était puni de mort, à Rome du bannissement ou des travaux publics. En France, déjà sous les Mérovingiens, au temps des Rois Fainéants, des peines sévères ont été édictées contre les accapareurs. Elles furent répétées sous Chai'lemagne, reprises sous la féodalité par la législation des seigneurs, reparurent sous les Valois avec Jean II le Ron et ses successeurs. Au temps de la terrible disette de i6g3, Louis XIV fit effectuer partout des visites domiciliaires en vue de découvrir les magasins de blé cachés, et une ordonnance imposa sous peine de confiscation aux particuliers de déclarer ce qu’ils avaient de grains, ce qu’ils pouvaient consommer jusqu’à la récolte pi'ochaine, et de verser le surplus. Lors de la grande crise de 1709, ceux qui avaient des approvisionnements d’orge étaient tenus de les vendre dans le délai d’un mois. Quelque vingt ans après, les ventes de la main à la main sont considérées comme spéculation et interdites, et l’on voit des laboureurs condamnés pour n’avoir pas apporté leur blé à Paris pendant plusieurs semaines.
- D’une manière générale, du ixe au xviii® siècle, ce sont les mêmes principes qui sont appliqués : ventes obligatoires pour les producteurs et achats limités pour les consommateurs. Sous Louis XV, la frénésie d’agiotage qui éclata avec le système de LaAV et la création des grandes compagnies s’étendit aussi sur le terrain agricole. De 1720 à 1767, elle ne fit que se développer. Une grande société avait obtenu des baux pour la manutention des blés et il semble bien, malgré les exagérations de certains publicistes, qu’elle les transportait à Jersey et même à Terre-Neuve, pour les ramener et les jeter sur le marché au moment le plus favorable.
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- La répression se fît sévère sous la Révolution ; un décret de la Convention déclara l’accaparement crime capital.
- Actuellement, stockage et accaparement sont réprimés avec la plus grande vigueur. Une loi du 8 février iç>4i a déterminé les stocks dont la détention est interdite et imposé à ce sujet des déclarations permettant le contrôle. En outre, une juridiction spéciale a été instituée contre les accapareurs et doit permettre de prononcer contre eux des sanctions immédiates (loi du 21 mars 1941).
- Hausse illicite, marché clandestin. — Les hausses injustifiées, du blé en particulier, ont été poursuivies à diverses époques de notre histoire; il a été conservé trace notamment de condamnations prononcées à ce sujet sous François Ier.
- En ce qui concerne la crise présente, nous lisons journellement dans la presse trop de sanctions intervenues pour qu’il soit utile d’insister sur l’activité déployée contre la hausse illicite et contre ce qu’on a appelé le marché noir.
- Pour fournir une base aux poursuites et pour mettre un frein à la hausse du coût de la vie, les gouvernements, en temps de crise, sont amenés à fixer des prix limites. Or, en défendant la cause du consommateur, ils lèsent forcément plus ou moins l’intérêt du producteur. Aussi ne s’y résignent-ils que comme à une mesure d’exception, poussés par la nécessité et souvent par l’urgence. Il en résulte parfois des décisions hâtives, insuffisamment étudiées ou qui, même si elles sont fondées au moment où elles sont arrêtées, ne le sont plus quand elles sont appliquées. Des modifications s’imposent, les interventions de l’État se multiplient, le mécontentement grandit chez le producteur, les marchés se vident, les denrées se cachent, ou la production se raréfie, et finalement c’est le consommateur qu’on avait voulu protéger qui en souffre.
- Le recours à une loi de maximum se manifeste dès Charlemagne dans divers capitulaires, puis sous Philippe le Bel, le roi Jean, Charles VIII, Louis XIV. La Convention elle-même, en contradiction avec le droit que la Révolution avait affirmé pour le citoyen de disposer librement de ses biens, doit faire appel à la loi du maximum ; il en est de même de Napoléon et en 1812 comme en 1798, il en résulte un accroissement de la disette.
- Au cours de la guerre de 1914 et à partir de 1916, des taxes successives ont été établies sur le blé, la farine et le pain, puis se sont étendues à la plupart des aliments, pour éviter que la culture du blé seule taxée fût abandonnée pour d’autres plus rémunératrices. En 1917 et 1918, les réglementations se sont multipliées jusqu’à devenir presque quotidiennes pendant les dix-huit derniers mois de la guerre.
- Sous l’empire des mêmes nécessités, des prix ont dû être fixés en 1940-1941 pour toutes les denrées courantes, mais pour en atténuer autant que possible les inconvénients, on semble s’orienter vers la même conception qui a prévalu au cours de l’été 1917, en faisant appel à des commerçants décidés à accepter le prix de la taxe, mais bénéficiant par contre de certaines facilités, en vue de constituer des Comités ou des Consortiums chargés d’aider le Gouvernement pour le ravitaillement et sa répartition.
- Voies de communication et transports. — L’insuffisance, le mauvais état, l’interruption des voies de communication ou des moyens de transport, bouleversent toute l’économie alimentaire et sont susceptibles de provoquer la disette, même si l’on dispose des ressources nécessaires.
- Tout développement nous paraît superflu, mais nous citerons à ce sujet le Baron Daru, ce grand administrateur de
- Napoléon, qui écrivait en 1812 : «... Il en est des subsistances comme du papier-monnaie, il faut qu’elles circulent ... il faut que le même sac de blé, qui ne peut satisfaire qu’un appétit, tranquillise dix imaginations dans un marché, comme le petit écu qui satisfait dix créanciers dans une foire ... ». Nous savons hélas! ce qu’il en est dans la situation présente.
- Situation rurale : le retour à la terre et ses exigences. —- Nous avons dit la nécessité d’intensifier la production ; cela exige une activité agricole en rapport avec les surfaces cultivées ou cultivables, activité elle-même subordonnée à la main-d’œuvre dont on dispose. Or, la désertion des campagnes et la diminution des surfaces cultivées qui en résulte — nous avons eu à en souffrir à maintes époques de notre histoire, notamment au xive et au xve siècles, où la moitié environ des terres cultivées au nord de la Loire sont redevenues en friche — se sont accentuées gravement depuis une cinquantaine d’années. Les causes en sont connues : manque de sécurité et de continuité du revenu, vie plus dure, absence de confort et de distractions, infériorité des salaires par comparaison avec la ville, dévo loppement de l’industrie, des grands travaux, et attraction qui en résulte, à quoi vient s’ajouter le fléau de fa dépopulation. Il est plus urgent que jamais de combattre le mal.
- A Rome, l’abandon des champs et l’envahissement des villes avait aussi, à bien des reprises, provoqué l’inquiétude des pouvoirs publics et la multiplicité des lois agraires en témoignent; pendant quatre siècles, les discussions qu’elles ont soulevées ont rempli la vie politique. Elles se traduisirent toujours par des mesures analogues : distribution de terres aux citoyens pauvres, soit par prélèvement sur le domaine public, soit par achat ou parfois confiscation au détriment des patriciens ; limitation de l’étendue des domaines ; concessions aux vétérans des armées, établissement de colons, obligation d’employer des hommes libres à la culture dans une proportion déterminée.
- Le retour à la terre a été, dès le mois d’août 1940, la préoccupation du Maréchal Pétain et les premières mesures prises à cet égard ont consisté, comme dans l’antiquité, à mettre des terres à la disposition de ceux qui seraient susceptibles de venir les cultiver. A cet effet, inventaire des parcelles abandonnées depuis plus de deux ans et concession de leur exploitation pour neuf années, sans aucun paiement pendant trois ans, avec paiement d’un fermage de moitié de la valeur locative pendant les années suivantes (loi du 27 août 1940).
- Des dispositions complémentaires de celle remise en culture des terrains en friche devaient tendre à fournir la main-d’œuvre indispensable. Déjà l’emploi des chômeurs aux travaux agricoles avait été prévu par une loi antérieure et encouragé par l’octroi de certains avantages (ier mai ig4o). Des lois successives réglèrent respectivement : l’apprentissage des jeunes gens, imposé aux exploitants ou aux artisans (27 août 1940) ; la réquisition dans les départements de la main-d’œuvre adulte nécessaire aux travaux agricoles de l’année 1941 (9 mars 1941) ; l’institution d’un service civique rural pour les jeunes gens de 17 à 21 ans sans emploi, sans qualification professionnelle, inscrits dans une école ou une faculté et en congé, en vue d’un travail saisonnier (10 mars 1941) ; l’interdiction de l’emploi de la main-d’œuvre agricole sur les chantiers de travaux non agricoles (9 mars 1941) ; enfin l’ajournement au mois de novembre de l’envoi aux camps de travail des jeunes gens de la campagne de la classe 1940.
- En ce qui concerne le sol, la loi du 9 février 1941 a prévu des contrats de culture avec les cultivateurs, pour, accroître
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- la production des denrées agricoles et les mettre à la disposition du ravitaillement général..Elle est entrée en application pour les pommes de terre jusqu’à un maximum de 3oo ooo hectares. Il nous semblerait opportun de pousser les paysans à développer la culture de tous autres légumes farineux ; des instructions dans ce sens avaient été données en novembre 1917.
- D’autres mesures ont été prises, d’un ordre plus général, particulièrement susceptibles d’avoir une heureuse répercussion sur l’agriculture : loi relative aux successions, accordant sur les droits de succession un abattement de 5oo 000 francs pour les familles d’au moins trois enfants vivants, avec majoration de 100 000 francs par enfant en sus du troisième (9 novembre 1940) ; loi concernant les successions agricoles et destinée à remédier au morcellement des propriétés, soit par le maintien de l’indivision, soit par l’attribution de l’exploitation, sous certaines conditions, à l’un des héritiers (9 novembre 1940) ; loi relative à l’organisation corporative de l’agriculture destinée à promouvoir et à gérer les intérêts communs de la famille paysanne dans le domaine moral, social et économique (2 décembre ig4o).
- Obligés de nous limiter, nous nous abstiendrons de parler des questions, fort importantes cependant, du logement rural et des salaires, qui sont encore à l’étude au moment où nous écrivons. Ce que nous venons de dire permet de mesurer l’effort accompli dans un temps très court. Les dispositions prises en faveur de la vie rurale constituent un ensemble qui paraît vraiment susceptible d’amorcer la renaissance paysanne.
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- Nous avons, au cours de cette étude, cherché à faire ressortir certains traits caractéristiques des crises du passé, en même temps que nous donnions certaines précisions sur la crise présente, et les informations que nous avons données sur les premières ont pu jeter quelque lumière sur la seconde. S’il est vrai de dire avec Tite-Live que ce qu’on connaît bien est plus facile à endurer, nous espérons avoir apporté à ceux qui nous lirons, avec des éléments de réflexions utiles, un adoucissement à des souffrances qu’ils sont peut-être tentés d’exagérer.
- Nos développements sur les denrées alimentaires ne nous ont pas paru dénués d’intérêt; mais nous ne vivons pas que de la substance des aliments, nous vivons aussi de la force de l’esprit. Les épreuves que nous subissons à l’heure actuelle, celles qui peut-être nous seront réservées, encore plus dures, dans un avenir prochain, nous ne sommes pas les premiers à en être affligés. D’autres avant nous les ont supportées et, en des contingences parfois autrement graves, ils ont fait preuve, nous l’avons montré, d’endurance phy-
- sique et morale. Pensons à eux et aux difficultés qu’ils ont traversées sans se laisser abattre.
- Nous pourrions avantageusement, croyons-nous, dans les pénibles moments que nous vivons, reporter notre esprit à la sagesse des anciens et à leurs enseignements empreints d’une si haute sérénité. Horace, dans ses épitres V et VI, fait ces justes remarques dont nous pourrions tirer profit : « on se fait des monstres de maux prétendus; mettons donc à nos vœux une juste borne et ne nous imaginons pas qu’il y a gêne là où il n’y a pas profusion (Exilis domus est, ubi non et multa supersunt). Le bonheur de la vie est-il donc dans la bonne chère et n’êtes-vous pas capable de vous contenter d’un plat de légumes pour votre repas ? »
- Si nous voulons nous élever encoi’e plus haut dans l’ordre de la pensée, nous nous inspirerons des paroles récentes d’une haute autorité morale de ce pays et nous dirons : montrons-nous à la hauteur des circonstances qui s’imposent à nous et, quelles que soient les difficultés du présent et l’anxiété de l’avenir, efforçons-nous à cette endurance qui est la plus belle expression de l’esprit de sacrifice; seul l’esprit de sacrifice permettra à notre pays de relever ses ruines. Le courage actuel rachètera le passé et commencera le travail de l’avenir. D’autre part, la souffrance a cette vertu de tendre les ressorts de notre âme et de féconder nos œuvres. N’oublions pas que si nous avons souffert, si nous souffrons aujourd’hui et plus encore demain, c’est pour la France et que c’est de notre souffrance que sortira le salut de la Patrie.
- A. Mollandin.
- Bibliographie
- Auteurs anciens : Caton, Columelle, Josèphe Flavius, Flo-rus, Galien, Hérodote, Hippocrate, Pline, Thucydide, Tite-Live.
- Auteurs du Moyen Age : Abbon, dom Felibien, Froissard, Raoul Glaber, Guillaume de Tyr, les Religieux de l’Abbaye de Saint-Maur, le Pèlerin Richard (chanson d’Antioche) .
- Auteurs des temps modernes. Ouvrages d’ensemble : Duruy, Guizot, La visse, Louis Madelin, Henri Martin, Michelet, des Michels, Rambaud, Augustin et Amédée Thierry, Thiers.
- Ouvrages spécialises : Alimentation : R. Legendre, Legrand d’Haussy, Charles Louandre. — Histoire d’une époque, d’une ville, d’un siège : Dulaure, Arnold IIenryot, Mer-vault, Biaise de Montluc, Raymond Piiilipeaux d’Her-bault, Marcel Poète, Poirson, B. Zeller. •— Histoire économique : Louis André, Vicomte d’Avenel, A. Babeau, Mentor Bouniatian, Dareste de la Chavanne, Paul Lacroix, Léonce De Lavergne, Georges Lefebvre, Antonin Macé. — Paupérisme : Georges Dubois, Alphonse Feillet, M. Moreau-Christophe.
- LES VOIES NAVIGABLES ET LA BATELLERIE (,)
- III. — LES PORTS INTÉRIEURS
- Une distinction fondamentale est à établir entre les ports sur canaux et ceux des fleuves et rivières.
- Certains caractères sont communs. Ces ports se composent de berges accostables, le long desquelles
- 1. Voir La Nature, n° 3069, 15 mai 1941.
- viennent stationner les péniches qui ont à opérer des mouvements de chargement ou de déchargement de marchandises. Ces berges sont munies d’un outillage qui comprend : des engins de manutention, tels que grues ou portiques transbordeurs, des hangars et des voies ferrées destinées à l’amenée ou à l’évacuation des cargaisons dont le transport est mixte.
- Quand le lit des fleuves est assez large pour qu’il
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- Fig. 1. — Le port de Dombasle, sur le canal de la Marne au Rhin.
- n’en résulte pas d’inconvénients de circulation, les ports sont simplement constitués par des quais, établis le long de leurs rives, et qu’on développe au fur et à mesure des besoins du trafic. Tel est le cas pour ceux du Rhin, de la Saône et de la Seine. Ce dernier fleuve, en particulier, dont le cours est très sinueux dans la région parisienne, fournit une très grande longueur de berges accostables. Néanmoins l’accroissement du trafic des ports de Paris a nécessité le creusement des bassins latéraux de Bonneuil et de Gennevilliers, attendu que la totalité des berges de leurs environs étant occupée, la place manquait.
- Le Rhin, au contraire, coule en ligne presque droite. Mais on y rencontre des courants dont la vitesse peut atteindre jusqu’à 6 nœuds. Cette particularité est gênante pour la bonne tenue des péniches, ainsi que pour leurs accostages ou appareillages. C’est pourquoi les ports y ont été creusés sur les côtés du fleuve.
- Toutes les fois que cette disposition peut être adoptée, il en résulte une sérieuse économie de temps et d’argent. Non seulement il n’y a pas de bassins à creuser, pas de portes d’écluses à manœuvrer, mais on ne doit pas attendre pour entrer ou sortir, que ces portes aient fonctionné, ce qui est une cause de retard.
- Sur les canaux, une raison d’économie a fait adopter des sections aussi réduites que possibles, qui permettent tout juste Je croisement de deux bateaux. De plus tous les genres de traction se font latéralement par les berges. Il est donc impossible d’y laisser stationner des péniches pour effectuer des opérations commerciales, ce qui constituerait un obstacle à la navigation.
- En conséquence tous les ports sur canal doivent être constitués par des bassins, indépendants de la voie principale, dans lesquels le stationnement n’apporte aucune gêne à la circulation. C’est ainsi que sont installés, notamment, les « rivages » ou ports de chargement des houillèi’es du Nord et du Pas-de-Calais.
- Qu’ils soient établis en canal ou en rivière, les ports pétroliers doivent toujours l’être dans des bassins que ferment des portes d’écluses. La raison est facile à comprendre. Le pétrole est un liquide inflammable qui s’étend sur l’eau où il brûle. 11 est donc indispensable, pour éviter la propagation des incendies possibles, de pouvoir isoler le bateau grâce à la fermeture d’une porte mobile.
- Certains de nos fleuves voient remonter, outre les péniches, des navires de mer. Pour les recevoir on
- s’est longtemps contenté d’empierrer des quais le long des berges de la Seine à Rouen, de la Loire à Nantes, de la Gironde à Bordeaux. Aujourd’hui on a commencé à pourvoir de bassins latéraux Rouen et Bordeaux.
- D’une manière générale tous ces bassins sont établis en biais, dans le sens du cours du fleuve, où ils débouchent par une écluse. Les mêmes règles gouvernent leurs dégagements, à commencer par les raccordements indispensables à la voie ferrée la plus proche. Ce complément de l’outillage nécessite une mention particulière. Il comporte trois régimes différents :
- i° la gare d’eau, qui appartient au réseau ferroviaire, où l’on applique le tarif kilométrique sans aucune surtaxe. C’est le plus avantageux ;
- 2° la gare d’eau rattachée à une gare principale. On y paie : soit un prix ferme par wagon, soit une taxe par tonne transportée, soit un tarif par wagon, avec minimum de tonnage ;
- 3° les embranchements particuliers, dont les frais d’établissement, d’entretien et de traction sont à la charge de ceux-ci. Les marchandises qui y transitent paient ; mais elles jouissent d’une diminution importante sur les frais de gare.
- Contrairement à ce qui se passe pour les ports maritimes ceux de la navigation intérieure peuvent appartenir à des collectivités, ou même à des particuliers, qui les font exécuter à leurs frais, après approbation du Ministère des Travaux publics et décret d’autorisation.
- C’est dans ces conditions qu’ont ôté effectués, sur le canal de la Marge au Rhin, les travaux d’agrandissement du port de Dombasle. Sur la dépense de a 8oo ooo fr., que comportait le projet, l’État est intervenu pour 8oo ooo fr. Les 2 millions restants ont été fournis par la Société Solvay. Pareillement les ports de Lyon, de Mâcon, de Besançon, ont été concédés aux Chambres de commerce de ces villes, qui ont obtenu diverses subventions de l’État.
- L’importance des ports intérieurs ne cesse de grandir au fur et à mesure que leurs installations se perfec-
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- Fig. 2 et 3. — Le port de Mâcon, sur la
- Saône ; Le port R a m-b a u d, à Lyon.
- vue de l’avenir, mérite de retenir toute notre attention.
- Le premier mode de locomotion fut, de toute évidence, la voile. Il subsiste encore concurremment avec tous les progrès, et se pratique aussi bien en rivière que sur canaux, mais seulement à l’étàt accessoire. Les péniches, pourvues d’un mât rabattable dans l’axe — à cause des ponts sous lesquels il faut passer — arborent une grande voile carrée, utilisée surtout pour naviguer vent arrière, dès que les circonstances le permettent.
- donnent. Bien des gens ne se doutent pas que le premier rang pour le trafic, entre tous nos ports, y compris ceux de mer, revient à la capitale, et ce, grâce à l’appi'ovisionnement de la région parisienne en combustibles tant liquides que solides. Elle ne peut qu’augmenter encore quand on se sera décidé à réserver à la navigation batelière la place qui lui revient dans l’économie nationale. Que faut-il pour cela ? Un plan d’ensemble et des crédits de réalisation.
- IV. — LA TRACTION
- Le principal reproche qu’on ne cesse d’opposer à la navigation intérieure est sa lenteur. C’est aussi ce qui rend le métier si peu rémunérateur pour ceux qui le pratiquent. Compte tenu des semaines perdues — soit dans l’attente d’un chargement, spit par impossibilité de circulation — du temps passé aux écluses, des len-leurs des manipulations de chargement et de déchargement, et surtout de celles des voyages, la vitesse d’utilisation d’une péniche correspond à peine à 4 km. par jour au long d’une année. Ce n’est pas assez.
- La question de la propulsion n’a donc pas cessé, en ces dernières années, de préoccuper nos dirigeants. Par malheur ils se sont heurtés, trop souvent, à la persistance de l’esprit de routine qu’explique le manque de culture des mariniers. L’importance du problème, en
- Une distinction est à établir entre les voies naturelles et les voies artificielles en général plus rectilignes.
- Deux modes de traction sont utilisés sur les fleuves et les rivières : le touage et le remorquage.
- Le touage, qui est en voie de disparition, consiste à se haler sur une chaîne qui repose sur le fond. On l’y repêche, en la faisant passer par l’avant du loueur, qui la rejette par l’arrière.
- Le remorquage, plus répandu, se pratique également sur canaux, en concurrence avec le halage. C’est une opération plus complexe, où entrent en jeu la puissance du remorqueur et la résistance opposée par le bateau remorqué, sans compter celle du fleuve en remontée. A l’origine, les remorqueurs furent à aubes — soit latérales, soit à l’arrière — auxquelles on ne tarda pas à préférer l’hélice.
- On reproche au remorqueur de n’employer, souvent que le tiers de sa puissance au maximum. D’où pi’ix trop élevé du remorquage. C’est pourquoi les recherches se sont portées du côté des perfectionnements possibles de la coque, de l’hélice et de la machine. Puis est venu le tour du moteur, avec remplacement du charbon par les huiles lourdes. L’emploi du Diesel, en dépit de quelques inconvénients, inhérents au genre de navigation, offre des avantages sérieux.
- Ensuite on s’est attaqué à la coque des péniches dont l’affinage, sur l’avant, diminue la résistance, surtout en canal. Sur l’initiative de l’O. N. N. un
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- de chargement de la péniche. Le dernier recensement a fait ressortir l'existence de i 072 de ces écuries, contenant 2 068 animaux de trait.
- L’O. N. N. assurait la traction animale sur les voies suivantes :
- Canal latéral à la Marne, de Dizv à Condé-sur-Marne,
- Canal de la Marne à la Saône, de Vitry à Joinville,
- Canal de l'Est, de Messein à Épinal,
- Fig. 4 et S. — Traction par chevaux ; Remorquage sur le Rhône.
- modèle a été préconisé dont l’utilisation procure des diminutions de tarifs que nous retrouverons plus loin.
- Toujours pour diminuer les frais, on a pratiqué le système des convois, qui a fait surgir d’autres problèmes. Est-il préférable qu’ils soient longs ou courts P Les premiers sont plus lents, les seconds plus rapides. Quelle doit être la distance à ménager entre les péniches, donc la longueur des remorques ? Autant de points dont la solution dépend des circonstances ou des intérêts en jeu.
- Nous en arrivons au halage, qui se pratique exclusivement sur les canaux et dont le rendement actuel est triple de celui du remorqueur.
- Le mode le plus ancien, et qui n’est pas encore entièrement abandonné est le halage humain. Tandis que la femme, restée à bord, tient la barre, le mari et les enfants, cheminant sur la berge, la bricole en bandoulière, tirent, sur une corde amarrée au mât.
- A ce système archaïque d’aucuns ont substitué la traction animale, en particulier sur les canaux du Centre. Cela nécessite la réserve, à bord, d’un .emplacement pour écuries, qui diminue d’autant la capacité
- Canal des Houillères de la Sarre, de Gondrexange à Sarreguemines.
- La traction animale coûte 3o pour 100 de plus que la traction mécanique, en outre elle est deux fois plus lente. Elle est donc, comme le touage, destinée à disparaître progressivement.
- La traction mécanique a donné lieu, de la part des inventeurs, à de nombreuses productions, plus ou moins réussies, et cela continue. Immédiatement après la guerre de 1914 on a tenté d’utiliser les vieux tanks qui n’ont pas donné les résultats espérés.
- On s’est alors rabattu sur les tracteurs ordinaires, avec ou sans rails, avec ou sans chenilles, avec moteur Diesel ou à essence. Sur les voies de trafic plus fort il est bon de recourir à l’électricité. Sur celles à grand trafic le rail est recommandé.
- En réalité les 4/5 des tracteurs sont électriques et sur rails, soit 909 sur 1 i83, d’après le dernier recensement. Parmi les tracteurs libres 189 sont à huiles lourdes et 34 à essence.
- Conformément à son programme, l’O. N. N. a contribué à la création de la Compagnie générale de Traction, qui dépend de lui, et à laquelle ont été con-
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- cédées un certain nombre de lignes, à commencer par celle du canal de Saint-Quentin.
- De plus il a consenti un abaissement de tarif de 5o pour ioo aux péniches dont les conditions d’affinement de la coque répondent à celles qu’elle a déterminées, à la condition de porter au moins 200 t. Les prix sont calculés en tenant compte de la jauge d’une part, du chargement et du nombre de km. parcourus, de l’autre.
- La Compagnie générale de Traction n’est autre qu’un consortium des usagers auxquels sont joints des fonctionnaires de l’Ëtat. Les frais d’établissement de la traction électrique sont tels qu’ils entraînent l’attribution du monopole en faveur de la compagnie concessionnaire.
- Au moment de la déclaration de guerre, cette compagnie possédait 1 214 engins ainsi répartis : 882 tracteurs électriques sur rails, io5 sur pneus, 227 à essence ou gazoil, dont 379 lui appartenant et 811 en affermage. Elle était en train d’électrifier un certain nombre de tracteurs à essence. Le prix d’un tracteur électrique était alors de i4o 000 fr. Il est impossible de dire quel chiffre il atteindrait à l’heure actuelle si seulement on en trouvait les matériaux. Or les hostilités ont ocasionné de nombreux dégâts, de telle sorte qu’il faut procéder à une véritable réorganisation du service.
- Les décrets parus à l'Officiel du 23 novembre dernier ont retiré la traction à un certain nombre de concessionnaires, dont les Chambres de commerce de Dunkerque et Calais sur les canaux d’Aire et de Neuffossé, entre Béthune et l’ascenseur des Fontinettes ;
- la Chambre de commerce de Lille : i° sur le canal de la Deule, entre Don et Marquette ; 20 entre Marquette et Deulémont ; 3° entre Marquette et la frontière belge sur le canal de Roubaix ; la Chambre de commerce de Béthune, sur le canal de Lens : i° entre le pont fixe d’Eleu et la nouvelle écluse d’Her-nes ; 20 entre cette écluse et le canal de la Deule.
- Désormais le monopole de ces tractions est dévolu à l’O. N. N. qui prend, comme sous-traitant, la Compagnie générale de Traction.
- Nous ne sauiions terminer sans dire un mot des péniches automotrices, que leur indépendance indique comme le transporteur de l’avenir, quand leur prix d’achat les rendra accessibles à d’autres qu’aux possesseurs d’importants capitaux. Recensées pour la première fois en 1931, elles étaient en augmentation sensible en 1935, avec 2 146 unités du port global de 625 827 t.
- Leur apparition a suscité des difficultés dans l’exercice du droit de trématage c’est-à-dire, pour le bateau le plus rapide, le droit de dépasser celui qui l’est sensiblement moins.
- CONCLUSION
- De ce bref exposé il ressort que la situation actuelle est beaucoup plus défavorable encore que celle de 1919. Nous allons payer fort cher la faute que nous avons commise en ne tenant pas compte des leçons de celte époque. Puisse l’exemple nous être salutaire.
- La navigation intérieure a sa place marquée dans l’économie nationale. Elle contribue même — on l’oublie trop — à la bonne marche des chemins de fer auxquels elle apporte la plus grande partie du combustible nécessaire.
- Dans ce domaine, l’homme utilise la nature tout en la corrigeant là où c’est nécessaire. Ces corrections demandent de l’argent. Sachons le dispenser et surtout le dépenser à propos. G DE RAULm.
- = LES BOÎTES DE CONSERVES EN ALUMINIUM =
- La production de beaucoup d’aliments est saisonnière ; c’est le cas des légumes et des fruits. Pour prolonger la durée d’utilisation, on les garde au cellier ou au fruitier, ou encore on les sèche, ou bien on y ajoute du sucre pour en faire des confitures, des marmelades, des sirops. D’autres aliments ne peuvent être transportés à très grandes distan-
- ces; c’est le cas des viandes et des poissons. On les met au frigorifique, on les sale ou on les fume. Mais le procédé le plus commun, le plus général et le plus sûr de conserveries aliments pendant un temps très long est de les placer dans un récipient étanche qu’on scelle et qu’on stérilise.
- L’invention des conserves hermétiques stérilisées est due
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- à Appert, vers i8o4; il employait des vases de verre bouchés au liège, soumis après remplissage à un ou plusieurs chauffages dans l’eau bouillante. En 1810, l’Anglais Peter Durand brevetait l’idée de récipients en fer blanc soudés. Les premières fabriques apparurent aux environs de Paris, de Londres, de Francfort et de Darmstadt, en Irlande et en Écosse. Après quelques années d’essais et de mises au point délicates, la nouvelle industrie se développa surtout en Amérique où apparurent des conserves de saumons, de homards, d’huîtres, puis de prunes, de coings, de myrtilles, de groseilles. Après diverses tentatives de stérilisation au-dessus de ioo°, Chevallier-Appert inventa en i85i un manomètre pour autoclave qui permit enfin un contrôle exact des températures et réduisit sensiblement les pertes. Au début de ce siècle apparurent les machines automatiques, qui servent au triage des produits, au remplissage des boîtes et aussi au découpage des feuilles de fer blanc, au sertissage des fonds et des couvercles, remplaçant leur soudure à la main. Enfin, en ces dernières années, de nombreuses recherches ont établi de nouvelles techniques pour la protection du fer blanc par des vernis et des résines, l’ajustement de l’acidité des jus et l’acidification légère des produits alcalins, le préchauffage des boîtes pleines avant stérilisation, etc.
- Aujourd’hui, les États-Unis sont toujours les plus grands producteurs et les plus grands consommateurs de conserves et possèdent les plus vastes usines. On y prépare plus de 200 aliments différents et l’on y traite annuellement 3,5 millions de tonnes d’une valeur de près de 12 milliards de dollars. Les pays d’Europe suivent à leur échelle ; partout la conserverie prend un grand développement. En U, R. S. S., par exemple, elle a décuplé de 191/1. à iq32. -
- La majorité des conserves est placée en boîtes de fer blanc. Le verre, le grès, la faïence, le carton paraffiné servent peu à cause de leur poids, de leur fragilité ou de leur mauvaise tenue à la stérilisation. Le fer blanc a l’immense avantage d’avoir une bonne résistance mécanique, de subir les chocs sans se déchirer, de pouvoir être facilement soudé ou agrafé d’une manière hermétique, de supporter les variations de température de la stérilisation sans se déformer, de servir de support adhérent aux vernis protecteurs internes comme aux impressions externes, de donner quand il est attaqué par la corrosion chimique ou bactériologique des sels inoffensifs, enfin d’être assez peu coûteux pour qu’on le considère comme un emballage perdu, non récupérable et qu’il ne grève pas trop le prix de revient des matières qu’il enveloppe.
- Il est constitué par des feuilles de tôle qu’on décape et dégraisse soigneusement avant de les plonger dans un bain d’étain en fusion. Une mince couche d’étain recouvre la tôle et la protège contre les corrosions. L’étamage est plus ou moins épais ; on compte généralement 3o à 42 g. d’étain par mètre carré de fer.
- Le fer blanc a quelques défauts : le revêtement d’étain, s’il est trop mince ou mal appliqué, par exemple après un décapage imparfait, peut être poreux ou se craqueler et la mise à nu du fer sous-jacent active l’attaque corrosive. Il ne supporte pas les liquides alcalins et encore moins les composés sulfurés tels que la cystine ; c’est ainsi que les conserves de homards, de langoustines, celles de maquereaux, de thons ou de germons au naturel et même celles de petits pois tachent généralement les boîtes en bleu ou en noir (1). Certains fruits trop acides provoquent un bom-
- 1. R. Legendre. Le noircissement des conserves de Crustacés. Recherches et Inventions, 15 juillet 1926, n° 139, pp. 309-520. — Procédé d’examen rapide des fers blancs et des boîtes métalliques de conserves. Ibid., avril 1936, n° 259, pp. 96-98. — La
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- bage chimique par dégagement d’hydrogène. Enfin, l’étain provient surtout des Indes Néerlandaises et de la Malaisie, en moindres proportions de la Nigérie, de l’Australie et du Transvaal, pour une faible part et depuis peu du Ilaut-Tonkin, et de ce fait, il n’en parvient plus en Europe continentale.
- Au moment où les vivres se raréfient, où le ravitaillement devient de plus en plus difficile, la question du fer blanc se pose avec acuité, surtout au début de la période d’été où commencent les récoltes de légumes et de fruits, les pêches saisonnières de sardines et de thons. Par quoi peut-on le remplacer ?
- Les essais de tôle noire recouverte d’un enduit de bakélite ou de vernis synthétique n’ont pas donné jusqu’ici de bons résultats. Certains de ces enduits ne sont pas totalement insolubles et donnent à la conserve un goût désagréable ou des produits indésirables en se dissolvant ou se décomposant lentement; beaucoup sont trop peu élastiques, s’écaillent ou se détachent sous les chocs; la soudure et l’agrafage sont impossibles et le fer à nu en contact avec les aliments les tache, les noircit, réagit en dégageant de l’hydrogène qui fait bomber les boîtes. Tout au plus pourrait-on envisager de faire ainsi des conserves d’aliments peu corrosifs tels que la viande et encore devraient-elles être consommées dans un délai assez bref.
- Les essais de tôle d’acier aluminée au lieu d’être étaméc, entrepris en Allemagne par laminage de tôles mises en sandwich, puis aux États-Unis par dépôt électrolytique, n’ont pas donné de bons résultats et la fabrication entreprise en 1929 par l’Eisen- und Stahhverke n’a pas eu de suite. Ces tôles aluminées ne peuvent être embouties comme celles d’aluminium ni soudées comme celles de fer blanc et le moindre défaut de recouvrement crée un couple électrolytique dont le revêtement fait les frais.
- Mais il est un autre métal qui depuis longtemps aurait dû être étudié et essayé, c’est l’aluminium. Nous sommes, en France, les plus grands producteurs de minerai, sinon de métal élaboré et l’on ne peut que regretter aujourd’hui que sa technique d’emploi n’ait pas été mise au point en ces dernières années.
- La consommation de fer blanc à 2 pour 100 d’étain environ a été de i3o 000 t. en France en 1938, dont les deux tiers destinés aux boîtes de conserves. Elle aurait pu et dû être concurrencée par une production d’aluminium pur tout entière nationale. Malheureusement, notre fabrication d’aluminium n’a dépassé 4o 000 t. qu’en 1938, son prix était encore de 1 fr. 3o à 1 fr. 34 le kg..
- Ce n’est que récemment qu’on a su le préparer industriellement à un état de grande pureté diminuant les risques de corrosion; ses usages sont alors devenus si nombreux que tout l’effort s’est porté vers les constructions mécaniques et aéronautiques.
- L’aluminium destiné aux conserves doit être très pur, à 99,5 pour 100 environ; les additions de manganèse, de magnésium, de silicium qu’on a tentées en Allemagne pour le durcir augmentent sa corrodabilité. C’est un métal léger, mais moins dur, moins résistant, moins élastique, plus mou que le fer blanc. Tandis que les feuilles de fer étamé destinées aux boîtes de conserves ont de 27 à 35 centièmes de millimètre d’épaisseur, il faut employer des feuilles d’aluminium de 5 à 6 dixièmes de millimètre. Malgré cela, la boîte d’aluminium pèse environ deux fois moins que la boîte de fer blanc. La résistance aux chocs est légèrement infé-
- corrosion à la mer. Revue scientifique, 15 avril 1938, pp. 142-151.
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- rieure pour l’aluminium quand la pression est exercée par un objet pointu; c’est un avantage pour l’ouverture des boîtes, un inconvénient pour leur manipulation au cours des stockages. La feuille d’aluminium est moins élastique que celle de fer blanc et se déforme plus facilement ; cela facilite l’emboutissage, plus simple et plus rapide que l’agrafage et le sertissage, mais cela est un danger pour la fixation des couvercles; pour éviter les criques et les craquelures, il faut employer des couvercles plus épais et modifier les sertisseuses pour diminuer leur pression sur les bords. On n’a pas encore trouvé de soudure pratique de l’aluminium, alors que le fer blanc se soude très bien à l’étain ; on ne peut donc qu’agrafer ou sertir les couvercles, ce qui donne moins de sécurité d’étanchéité. L’aluminium a sur le fer l’aAranlage de donner des sels blancs, invisibles dans la conserve, tandis que le moindre défaut du fer blanc se traduit par des taches de rouille, rouges, bleues ou noires, d’aspect désagréable et aussi de saveur métallique. Les sels d’aluminium n’ont pas plus de toxicité que ceux de fer ou d’étain. L’aluminium résiste mieux que le fer blanc aux composés organiques contenant du soufre, ce qui est un avantage pour les conserves de crustacés, de viandes, de poissons à l’eau, de fromages. Il se comporte mal en présence de sel marin, des acidités fortes, des alcalinités, mais ne diffère guère en cela du fer blanc; pour les conserves en sauces salées, celles d’épinards et de fruits acides, il est prudent de protéger les faces internes des boîtes. Il est sensible à l’oxygène dont on peut débarrasser les boîtes par préchauffage ou par fermeture sous vide. On a à peine commencé la recherche des produits protecteurs, colloïdaux ou autres qu’on pourrait ajouter aux matières à conserver pour diminuer leur agressivité.
- L’aluminium a la grande supériorité d’être emboutissable à froid, ce qui simplifie beaucoup la fabrication des boîtes et permet une grande variété de formes qu’on pourrait étudier systématiquement pour réduire l’encombrement. Sa surface, moins polie que celle du fer blanc, rend les vernis plus adhérents et moins détachables aux chocs. On peut aisément i'améliorer par une oxydation ménagée.
- Enfin, son défaut de ienue aux variations de pression peut être corrigé par un dispositif spécial d’autoclave permettant le refroidissement sous pression qui diminue les déformations.
- L’emploi qui se généralise des batteries de cuisine en' aluminium suffirait à prouver que ce métal, quand il est pur, se comporte fort bien avec presque tous les aliments. Des essais déjà nombreux en conserverie permettent une opinion très ferme et plus précise.
- Les premières tentatives faites en Suisse pendant la guerre de 1914 avaient été décourageantes à cause de l’impureté du métal qu’on fabriquait alors.
- Mais dès 1919, les Tréfileries et Laminoirs du Havre préparèrent. par emboutissage des bouteilles de o 1. 25 à 1 L, en aluminium, à goulot retreint, qu’on emplit de lait condensé et ferma par sertissage de couvercles en métal recuit ; on stérilisa à 1080. Deux ans après, la conserve était intacte et les bouteilles ouvertes pouvaient resservir en renouvelant la fermeture.
- Quand on eut signalé les difficultés de mise en conserves des langoustines et autres crustacés, en 1926, quelques boîtes
- d’aluminium embouti furent préparées par M. Jovignot et serties avec joint de caoutchouc. Naturellement, elles se montrèrent supérieures à celles de fer blanc, la conserve ne noircissant pas et ne prenant pas goût de fer.
- En 1928, l’Aluminium français fit à son tour quelques essais de conserves de viandes en jus salés.
- En Allemagne, dès 1925, l’Aluminium-Beratungstelle entreprit une étude étendue (x) portant d’une part sur des fruits, des légumes et des poissons, d’autre part sur les meilleures conditions d’emboutissage et de sertissage. Elle fut concluante et montra la difficulté particulière de conserver les ananas et la nécessité de modifier l’outillage de fermeture des boîtes et notamment la forme et la pression des molettes.
- En 1929, en Norvège, le Dr Lunde, de l’Institut des conserves de Stavanger entreprit, à la demande de la fNorsk Aluminium Company, des essais très complets sur des harengs et des sardines en conserves à l’huile (2). Son rapport très favorable à l’aluminium signale seulement qu’on ne peut enfermer dans le métal nu, sans bombage chimique, des conserves à la tomate, aux cornichons, trop humides et trop salées, ce qui est également le cas pour le fer blanc.
- En Espagne, en 1981, l’Aluminio espanol a fabriqué des boîtes rondes pour les conserves de tomates qui n’ont tenu que dans des boîtes vernies.
- En Norvège, on a abouti rapidement à protéger la surface interne des boîtes en soumettant le métal à une oxydation électrolytique superficielle. La production industrielle s’est aussitôt développée; elle a passé de -2 millions de boîtes en 1933 à 12 millions en 1935.
- En Allemagne, on a préféré le vernissage par une laque de copal et d’huile de lin (produits importés), puis par des résines phénolées synthétiques additionnées de phtalates et de résines alkydes. Les essais, multipliés depuis 1939 surtout, ont abouti au choix de barres de métal sans inclusions donnant au laminage des feuilles sans pores, à la modification des machines de sertissage, à la stérilisation sous contre-pression. Cette année, l’industrie allemande des conserves compte satisfaire le dixième de ses besoins de boîtes en recourant à l’aluminium (3).
- La preuve est donc faite que l’aluminium pur peut remplacer le fer blanc dans la fabrication de beaucoup de conserves. L’obstacle qui avait arrêté jusqu’ici son emploi était d’ordre économique : on avait peu d’aluminium et son prix de revient était trop élevé. Mais l’avantage des périodes de crise est justement de bouleverser les rapports économiques et de faciliter les révolutions techniques. Il n’y a présentement plus d’étain pour faire du fer blanc ; l’aluminium est un métal français par excellence. Les récoltes de légumes et de fruits, la pêche vont bientôt fournir un appoint très sensible au ravitaillement déficient. Espérons qu’il n’est pas trop tard pour trouver du métal de remplacement, modifier les machines d’emboîtage et de sertissage, sauver les productions du proche été.
- René Legendre.
- 1. Serger. Chemikcr Zeitung, 18-25 mai et 1er juin 1927.
- 2. G. Lunde. Tidsskrift for Hermetikindustri, juin 1932.
- 3. Aluminium février 1941.
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- :: ..LA DÉTONATION —......- -
- DANS LES MOTEURS A EXPLOSION
- Le moteur à explosion est arrivé à une telle perfection mécanique que les progrès ne sont plus cherchés que dans l’accroissement du rendement thermique et la diminution de la consommation spécifique.
- Il est à remarquer que la majorité des progrès possibles dans ce sens dépendent de l’accroissement de la pression limite de compression.
- Il nous semble inutile de rappeler les effets de la compression sur le rendement, l’application en est du reste facilement mise en lumière par la comparaison — même à calories égales — entre les consommations au cheval-heure d’un moteur à explosion et d’un moteur Diesel (1).
- Or, avec un carburant donné, on a remarqué qu’au-dessus d’une certaine valeur brusquement un phénomène nouveau apparaît. Le fonctionnement du moteur à pleine puissance s’altère sous le coup d’explosions extrêmement brutales, le régime de combustion des gaz passe de la déflagration (vitesse de flamme de l’ordre de la dizaine de mètres par seconde) à la détonation (vitesse de flamme de l’ordre du millier de m.).
- Le phénomène resté assez longtemps obscur a depuis peu été étudié très en détail et ce sont les moyens d’investigation employés ainsi que les résultats obtenus que nous nous proposons d’exposer. Ils ont conduit à la fabrication de moteurs étudiés en vue de performances économiques et au raffinage de carburants à haut indice d’octane.
- L’INDICE D’OCTANE
- Précisons tout d’abord ce qu’on entend par indice d’octane d’un carburant.
- L’indice d’octane résulte de la comparaison d’une essence avec un mélange d’heptane (très détonant) et d’isooclane (très indétonant) dans un moteur spécial.
- Durant l’essai, les explosions sont maintenues en régime détonant, toutes les caractéristiques de marche étant les mêmes par ailleurs.
- Ainsi lorsqu’on dit d’une essence que son indice d'octane est de 60, cela signifie, au point de vue détonation, qu’elle se comporte comme un mélange de 60 pour ioo d’octane (ou isooctane) et de 4o pour xoo d’heptane.
- Plus l’indice d’octane est élevé, plus le carburant est indétonant et la consommation spécifique du moteur qui l’utilise peut être d’autant diminuée puisque la pression limite de compression peut en être augmentée.
- Quand un moteur « cliquette » c’est que la compression trop poussée par rapport aux autres caractéristiques de fonctionnement fait prendre au mélange
- 1. Un moteur consommant 230 g. de combustible au taux de compression o/l ne consomme plus que 100 g. au taux de 7/1.
- explosif le régime détonant. En reculant les limites de l’apparition du phénomène, et des inconvénients qui en découlent, on peut améliorer d’autant le rendement.
- Pour comprendre en quoi consiste la détonation, il faut la comparer à la combustion normale, régulière et progressive. Au moment où 1 étincelle jaillit à la bougie, une première tranche de gaz s’enflamme, augmente de température, de volume et de pression, refoulant les autres, puis c’est la seconde qui s’enflamme et de tranche en tranche le phénomène se poui’suit jusqu’à la dernière.
- Lorsque la détonation se manifeste, les choses ne se passent pas de la même façon, brusquement il se produit une discontinuité, une totale inflammation de la masse avec une vitesse de propagation décuplée.
- Le point jusqu’alors mystérieux et sur lequel les avis des théoi'iciens restent encore partagés, réside, justement, dans l’explication du phénomène transitoire entre ces deux réactions et de l’action retardatrice des antidétonants dans les combustibles à haut indice d’octane.
- La difficulté éprouvée par les expérimentateurs pour avoir des graphiques clairs et probants, se trouve dans la nécessité d’accomplir ces études dans la chambre de combustion même d’un moteur travaillant dans les conditions les plus proches de son utilisation normale, et d’obtenir des indications très exactes en temps, pression, volume.
- Pour l’obtention des diagrammes, les manographes de Labarthe, Hospitalier et Carpentier, Farnborough et Serruvs ont remplacé l’indicateur de Watt qui ne donnait des courbes susceptibles d’interprétation que pour de faibles vitesses et des variations de pression relativement lentes.
- Nous ne donnerons ci-après que la description des manographes Farnborough et Serruys, les plus typiques. Ces appareils doués d’une inertie très faible sont en effet capables de révéler des symptômes fugaces ne durant que quelques millièmes de seconde.
- Fig. 1. — Courbe du rendement thermique réel en fonction de la compression.
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- Schéma général
- H Tambour synchrone , Jf—„portant un papier noir
- Détail de la soupape
- Guide isolèG — Ressort R H Soupape
- Circulatiorrvff' d’eau '====ft
- 'Tube transmett* la contre pression
- Masse
- Fig. 2. — Schéma descriptif d’une culasse équipée de la soupape du manographe de Farnborough.
- LE MANOGRAPHE DE FARNBOROUGH
- D’une conception particulière, et bien que donnant des résultats fidèles, cet appai’eil présente une légère lacune de par son principe même qui est de décomposer sti'oboscopiquement l’explosion, quoique celle-ci ne se reproduise pas d’une façon totalement périodique, les diagrammes à un régime constant n’étant pas tous superposables.
- Il ne donne en effet que deux points par cycle, ce qui a parfois pour conséquence de décaler quelque peu les indications qui doivent être alors déchiffrées sur une plage et non plus sur une ligne.
- Ce manographe se compose essentiellement d’une soupape à double siège, soumise d’une part à l’action variable des gaz à étudier et d’autre part à une contre-pression réglable à volonté.
- Au moment où l’action de la pression change de sens, la soupape quitte l’un de ses sièges pour gagner l’autre, rompant un circuit électrique qui se fermait par son contact avec ledit siège. Cette rupture crée une variation de flux dans une bobine d’induction et provoque une étincelle qui vient inscrire par perforation, un point sur un tambour synchrone entraîné par le moteur. La position de la pointe d’où jaillit l’étincelle est déterminée par l’action de la contre-pression sur un piston équilibré.
- On peut, avec cet appareil, considérer comme certain qu’un point n’est tracé que si la pression a été effectivement atteinte ou dépassée (positivement sur la branche montante et négativement sur l’autre). C’est à dire que la soupape a quitté l’un de ses sièges pour gagner l’autre. Au maximum de la courbe un seul point est marqué, l’impulsion donnée à la soupape
- n’étant pas suffisante pour qu’ayant été soulevée de son siège elle puisse atteindre l’autre, elle retombe donc alors sur le premier.
- La légèreté du mécanisme permet de donner à la période d’oscillation propre de la soupape une valeur approchant i/3ooooe de seconde.
- Pour mettre en évidence le temps d’allumage du moteur, un relais donne également un point d’impact au moment où l’étincelle jaillit de la bougie.
- Les manogrammes, parfaitement clairs, mettent en évidence la soudaineté des surpressions constatées en fin de combustion.
- LE MANOGRAPHE DE MAX SERRUYS
- Nous ne décrirons pas la première réalisation de cet appareil, d’abord conçu par modulation de coui’ant électrique, mais seulement le prototype définitif basé sur la réflexion d’un pinceau lumineux. Le premier montage, du reste suivi de réalisations intermédiaires, a dû être abandonné comme présentant une sensibilité variable suivant l’intensité du llux modulé.
- Actuellement ce manographe donne les indications les plus parfaites, l’influence même du canal qui le relie à la chambre d’explosion étant négligeable.
- Il se compose essentiellement d’un pantographe lumineux, un rayon incident donnant naissance à un rayon réfléchi dirigé sur une pellicule photographique entraînée par le moteur.
- La pression des gaz agit sur une membrane de faible épaisseur (i à 2/10® de mm.), champignon l'enversé dont la tige centrale pousse plus ou moins un miroir oscillant. Pour éviter l’inertie des pièces mobiles, ressorts, etc., la languette d’attache et le réflecteur, d’un 1res faible poids, sont taillés dans le même métal et l’articulation élastique est l’éalisée sans pivot. Les effets de dilatation sont compensés par une circulation d’air qui tient l’appai-eil à une température constante.
- ' C’est d’ailleurs surtout aux graphiques tirés de cet appareil qu’on doit les éclaii’cissements les plus précis sur la marche de la combustion.
- Fig. 3. — Diagramme de Farnborough en régime normal.
- Kg/cm2
- 40 -
- 30
- 20
- 10
- 0° 60° 120° 180°
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- La physionomie des manogrannnes indique visiblement que la détonation se produit en fin de combustion et quelle engendre une sui’pression pouvant êire le double de la pression normale réalisée immédiatement avant, tout au moins localement.
- ESSAIS
- De nombreux essais ont été effectués tout d’abord en choisissant des carburants à caractéristiques très différentes : essences alphatiques, aromatiques, éthylé-niques, paraffiniques, mélange essence alcool-benzol, essences additionnées de tétra-éthyle de plomb (anti-détonant) ou de nitrate d’éthyle (prodétonant).
- Ensuite en agissant sur les facteurs de réglage du moteur : pression d’admission, température et humidité de l’air, avance à l’allumage, richesse du mélange, calamine.
- Puis enfin en modifiant les détails de construction : formes de culasse et position de bougies, taux de compression, nature du métal du piston ou de la culasse.
- En variant d’une façon combinée ces différents facteurs on en a déduit que la pression limite de détonation croît avec le taux d’octane, la pression d’admission, et décroît avec la température d’admission ; cette pression est par ailleurs d’autant plus élevée que la température de la masse gazeuse brûlant la dernière est plus faible et que la composition du mélange est la plus proche de celle où il brûle le mieux.
- L’INFLAMMATION NUCLÉAIRE
- Des nombreux diagi'ammes relevés, les expérimentateurs sont arrivés à déduire le mécanisme de cogne-ment avec toute sa génèse.
- Dans le cylindre moteur, l’inflammation ne se produit pas en bloc. Il n’en est pour preuve que de consi-
- Fig. 4. — Diagramme de Farnborough en régime détonant.
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- Angles de manivelle
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- Fig. 5. — Moteur d’expérience avec manographe de Serruys.
- a, source de lumière ; 6, jauge ; c, miroirs ; d, spot lumineux ; e, pellicule photographique.
- dérer les diagrammes tirés des différents appareils qui montrent nettement la progression de la combustion. L’onde détonante apparaît donc après une période de déflagration, avec un accroissement quasi instantané de la vitesse de la flamme.
- La théoiûe de l'inflammation nucléaire donnée par M. Serruys permet d’expliquer comment cette onde prend naissance sans qu’aucun processus intermédiaire n’ait été remarqué entre les deux phénomènes.
- A l’intérieur de la chambre de combustion, à un moment du 3e temps du cycle à 4 temps, aussitôt après l’étincelle d’allumage, l’espace se divise en une partie déjà parcourue par la flamme et une partie où le mélange est vierge dont la pression peut être supposée uniforme mais dont la température est variable d’un point à un autre suivant sa situation. Particulièrement en un noyau donné la température est maxima et l’on peut admettre qu’en cet espace infiniment petit, la température et la pression soient uniformes.
- Comme la pression s’accroît sans cesse, on conçoit, que le moment favorable à la combinaison, oxygénation, craking, arrive pour toutes les molécules en même temps. Elle se produit en bloc pour tout le noyau. Le régime de la flamme passe donc d’une progression en surface à une progression en volume. Sous l’effet de la vitesse acquise par les atomes, en un temps de l’ordre du i/ioo.ooo6 de seconde, l’onde détonante est déclenchée.
- CONDITIONS DÉFAVORABLES A LA DÉTONATION
- Partant du phénomène ainsi imaginé, on pourrait en corollaire en arriver aux conclusions tirées des expériences sur les moteurs d’essai.
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- On voit en effet, que pour un certain taux optimum de com-pression, on évitera les chocs dus à la détonation :
- Par des moyens mécaniques. — En brassant parfaitement le mélange : culasses Ricardo, tracé turbulent des conduites d’admission.
- En favorisant l’alimentation des calories : culasses en aluminium ; culasses composites en cuivre ; culasses à fond strié de Serruys. En coupant l’onde explosive par une brusque augmentation de section : pistons à gradins de Dumanois.
- Par des moyens physiques. — En employant des carburants à grande chaleur de vaporisation qui abaissent la température du mélange comme le benzol et l’alcool, qui ont par ailleurs des températures d’inflammation très élevées.
- En adjoignant aux hydrocarbui’es des composés organométalliques faisant effet d’antidétonants.
- Par des moyens chimiques. — En évitant la formation des peroxydes qui amènent la détonation par le choix d’essences dont l’origine chimique atténue l’apparition du phénomène (carbures à chaîne fermée).
- INFLUENCE DES ANTIDÉTONANTS
- Pour certains, les antidétonants agiraient seulement en empêchant la formation des peroxydes, mais bien des hypothèses ont été émises et particulièrement sur l’action des organométalliques comme le plomb tétraéthyle ou éthyle fluide. Nous n’en x’etiendrons qu’une, celle qui cadre le mieux avec la théorie de l’inflammation nucléaire, due à M. Havre.
- Les antidétonants doivent agir comme centres de condensation micellaire pour certains carburants.
- Autour d’une molécule s’aggloméreraient un grand nombre de molécules de combustibles et, par suite de cette attraction, l’affinité de celui-ci pour l’oxygène se trouverait diminuée.
- Il se formerait un complexe ayant des propriétés
- différentes des constituants, la forme de condensation micellaire étant moins facilement oxydable que la forme gazeuse. Ainsi la propagation se ferait sans violence dans ce milieu.
- Quand on ajouterait une quantité trop élevée d’antidétonant à un carburant détonant, on multiplierait les centres d’agglomération, rendant ainsi les micelles moins volumineuses. Le mélange redeviendrait donc plus facilement oxydable, il est même possible qu a ce moment, une partie de l’antidétonant reste à l’état libre et, comme ce peut être un corps détonant par lui-même, le plomb tétra-éthyle par exemple, il aiderait au départ de la réaction. C’est une des raisons qui obligent à n’employer les antidétonants qu’en très faible proportion.
- Lorsque l’on atteindrait les températures élevées, les condensations se dissocieraient autour de la molécule de métal et leur action deviendrait nulle, c’est du reste ce qui se produit, les carburants à taux d’octane élevé présentant une grande résistance à la détonation, mais n’étant pas indétonanis.
- CONCLUSION
- Les résultats pratiques qui ont ces expériences pour origine sont de deux sortes :
- i° Amélioration des moteurs. — Par des dispositions de détail judicieuses on est arrivé à une augmentation considérable du rendement qui en certains cas a été doublé.
- 2° Amélioration des carburants. — Il y a seulement quelques années l’indice d’octane des carburants était totalement inconnu du consommateur, il variait entre 55 et 6o.
- Maintenant, c’est par cet indice que l’on différencie les quatre principales qualités d’essences en vente sur le marché (sans compter le carburant poids lourd) :
- L’essence blanche d’indice 6o vendue en bidons de 5 1.
- Le carburant jaune d’indice 65 (depuis juillet 1939) distribué par les pompes à essence ou en fût de 200 1.
- Les surcarburants ou supercarburants colorés en bleu ou rose, d’indice 80 et vendus à la marque du raffîneur, Azur, Super Esso, Pégase, etc.
- Les carburants spéciaux et d’aviation qui peuvent
- ^ A ik ——- Combustion normale
- zf : ' — —Q?mbustion détonante
- Fig. 7. — Diagrammes tirés du monographe de Serruys.
- même en certains cas être plus indétonants que l’octane lui-même, indice supérieur à xoo.
- J. Beatjdequin. Ingénieur I.C.A.M. et E.F.P.
- Fig. 6. — Capsule jauge de pression du manographe de Semiys.
- II, chambre de combustion du moteur ; T, tuyau tronconique de raccordement ; t, tige reliant la membrane au miroir.
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- LA LUTTE CONTRE LES VARRONS DES BOVIDÉS 811
- Un décret récent du Ministre de l’Agriculture (27 février ig4i) intei'dit l’exposition des animaux de l’espèce bovine porleurs de lésions d’hypodermose, c’est-à-dire des tumeurs provoquées par les larves de l’Hypoderme où Varron (Hypoderma bovis). En outre, tout propriétaire de bêtes à cornes infestées de la sorte est tenu de les soigner à ses frais. Les dégâts causés au cheptel mondial par ces mouches de la famille des OEstridés se chiffrent, en effet, par milliards chaque année.
- Pourtant, depuis les belles études faites par le Dr Adrien Lucet (ancien professeur à l’École vétérinaire d’Alfort et Membre de l’Académie de Médecine, mort en 1916), on connaît bien la biologie de ces indésirables Diptères (*) (fîg. 1) et on a préconisé des
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- Fig. 1. — L’Hypoderme ou Varron des Bovidés (Hypoderma bovis). Mâle très grossi.
- moyens efficaces pour les détruire. Malheureusement, la routine aidant, beaucoup d’éleveurs n’attachent pas une importance suffisante aux dangers de l’Hypo-dermose et même certains paysans arriérés la négligent, sous le fallacieux prétexte que les vaches ou les bœufs ainsi contaminés sont les meilleures bêtes de leurs étables ! Ce préjugé repose sur une fausse interprétation du fait que les Varrons s’attaquent plus particulièrement aux animaux à peau fine. Or on sait que la finesse épidermique est en relations avec l’aptitude laitière et la facilité d’engraissement. Cependant la constatation de l’hypodermose, chez des Bovins ne
- 1. Voir à ce sujet dans La Nature, n° 2136 (2 mai 1914), p. 380 l’article Les Varrons des Bovidés, par René Merle.
- Fig. 2. — Les œufs de Varron fortement grossis.
- présentant pas cette particularité anatomique, atteste l'inexactitude d’un tel raisonnement. En revanche, les mœurs des Varrons qu’on n’ignore plus aujourd’hui permettent d’organiser avec succès la lutte contre eux.
- Rappelons, en deux mots, le cycle évolutif de cette redoutable engeance. La femelle pond en juin-juillet des œufs (fig. 2) collés aux poils des Bovins ; les larves, qui naissent peu après, pénètrent par les follicules pileux qu’elles perforent et se répandent ensuite dans tout l’organisme. Dans les régions méridionales de l’Europe, on recouvre les bœufs et les vaches, au pâturage ou au travail dans les champs, d’une couverture en toile destinée à éloigner les mouches (fig. 3). Mais il s’agit là d’une précaution sans grand effet vis-à-vis des Hypodermes, qui déposent de préférence leurs œufs sur les poils voisins des talons de l’animal.
- Au printemps suivant, les parasites se rassemblent sous la peau du dos du mammifère, en formant des deux côtés de sa colonne vertébrale, des tumeurs dont
- Fig. 3. — Bovins habillés de toile, au moment du sarclage d’un champ de maïs dans les Pyrénées.
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- Fig. 4.
- Peau de bœuf vue du côté chair et montrant les tumeurs dont chacune contient une larve de Varron.
- chacune contient une larve d’une coloration grise ou noirâtre (fig. 4)- Au bout de 6 à 8 semaines, ces kystes se transforment en abcès qui ne tardent pas à s’ouvrir et d’où les larves mûres s’échappent pour tomber à terre afin de s’y métamorphoser. Une fois débarrassés de leurs hôtes et du pus, les kystes se cicatrisent. Par contre, le cuir restera perforé (fig. 5), d’où sa dépréciation plus ou moins grande selon le nombre des trous. En outre, les larves d’Hypodermes, infestant pendant 8 mois l’organisme des animaux, déterminent, chez ceux qui en sont porteurs, l’anémie, l’amaigrissement, l’arrêt du développement et l’altération de leur chair.
- Malheureusement on ne saurait s’emparer aisément des mouches pondeuses. En revanche, on reconnaît sans peine les larves enkystées. Aussi s’inspirant de ces considérations biologiques, le Dr H. Barth, médecin alsacien et en même temps agriculteur-éleveur, a préconisé la méthode suivante, qui paraît assurer, de façon rationelle, la guérison de l’hypodermose bovine. Ce prati-
- cien a baptisé « Tue-Var » son produit para-siticide à base d’arsenic et de strychnine. Dès l’apparition des tumeurs, il injecte un centimètre cube de ce liquide dans chaque kyste larvaire, qui disparaît en une quinzaine de jours sans produire ni suppuration, ni détérioration du cuir et sans intoxiquer l’animal. Les larves tuées ne laissent pas non plus de traces. Le « Tue-Var » appliqué avec ensemble dans les régions infestées a provoqué la disparition presque totale du fléau, car les OEslridés ne voyagent guère. Il s’agit, d’ailleurs, d’une simple modification du procédé du Dr Lucet, qui avait déjà proposé l’injection de teinture d’iode dans les tumeurs. Quant à l’évarronage ou énucléation de la larve mûre soit par pression lente sur les côtés du kyste, soit par extirpation du parasite avec des crochets, des pinces ou un bistouri, on y a renoncé, l’opération s'avérant aussi pénible pour l’homme qui la pratique que pour le bovin qui la subit ; elle présente même certains dangers lorsque l’animal se trouve infesté par de nombreux Varrons.
- Jacques Boyer.
- Fig. 5.
- Peau de boeuf vue du côté poil, percée par des larves de Varrons. <Les poils ont été rasés autour des trous de sortie).
- NOUVEAUX ALLIAGES DENTAIRES
- De nombreux praticiens ont été conduits à remplacer l’or, devenu très rare, par des métaux peu onéreux.
- L’aluminium possède des qualités déjà reconnues depuis longtemps. Il se prête aux travaux dits « coulés à la cire perdue ». Son principal défaut est de se ternir en bouche et, quelquefois, de se désagréger; mais utilisé comme base d’alliage avec d’autres métaux, il prend une place de plus en plus large dans la métallurgie dentaire.
- Notre attention a été attirée sur cette utilisation par la question que nous posa, ex-abrupto, un stomatologiste : « Pourquoi le duralumin, employé à titre d’essai comme matière d’obturation, s’est-il désagrégé en provoquant une irritation des tissus mous voisins, alors que d’autres composés d’aluminium n’ont jamais produit ces mêmes phénomènes ? Est-ce la composition du duralumin qui en est la cause ? Est-ce son potentiel électrique ou n’est-ce pas plutôt
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- la faculté d’attaque de ce métal ou de ses impuretés par l’aldéhyde formique, toujours présent dans les pâtes obturatrices laissées à demeure dans les dents qui ont été infectées pour les stériliser? ».
- Ma première pensée fut que le cuivre contenu dans le duralumin avait subi une attaque dans le milieu acide créé par la salive et les aliments; la chose était plausible, car on sait que le duralumin destiné aux constructions navales doit être soumis à un traitement spécial, dit recouvrement ano-dique, ayant pour but de le préserver de la corrosion par les chlorures alcalins (1).
- Mais le problème posé est plus complexe, car il arrive fréquemment, en art dentaire, d’obturer des dents avec des pâtes au cuivre sans le moindre inconvénient. Ce qui m’amenait à cette première conclusion que le cuivre seul, et l’aluminium seul, pomment être employés sans causer de trouble. De là à déduire que la présence simultanée des deux métaux provoquait les accidents survenus, il n’y a qu’un pas.
- Considérant l’aluminium comme matériel de première importance, dans ce cas, j’ai étudié son comportement par rapport aux divers éléments vis-à-vis desquels il pouvait se trouver, toujours sur le plan de la métallurgie dentaire.
- S’il est exact que les solutions d’aldéhyde formique n’ont pratiquement pas d’action sur l’aluminium à froid, il ne faut pas oublier, d’une part, qu’avec élérmtion de température, une légère attaque se produit; que, d’autre part, cette attaque peut devenir importante s’il y a de l’acide formique libre dans la solution. Or, ceci est très fréquent, et jamais on ne recommandera assez de prudence dans l’emploi du formol : une teneur de 0,2 à o,4 pour 100 d’acide formique est dangereuse, même à froid (2).
- L’emploi de l’aluminium dans l’art dentaire n’est pas une nouveauté; il y a fort longtemps qu’il se pratique; il a donné de bons résultats, mais pas à l’échelle des exigences actuelles. Aussi de nombreuses études sont-elles en cours ; quelques-unes ont déjà abouti; d’autres, moins heureuses, ont donné lieu à des échecs. On se heurte, avec l’aluminium, à de grosses difficultés qu’il serait néanmoins souhaitable de pouvoir surmonter à cause des avantages indiscutables que présente ce métal : légèreté, malléabilité, modicité de prix, facilité d’approvisionnement. Il faut tenir compte de son potentiel électrique qui exclue son emploi avec certains métaux. La sensation qu’une pile électrique aurait été placée dans la bouche du patient 11’est pas rare dans le cas d’une dent obturée à l’aluminium et recouverte d’une couronne en or. Ces phénomènes électrochimiques peuvent être amplifiés par le milieu à la fois acide et humide. Ils ont lieu, mais à des degrés différents, avec la plupart des métaux. S’ils présentent le plus souvent des inconvénients, ils sont, dans certaines circonstances, exploités comme curatifs : c’est ainsi qu’il arrive de traiter des dents profondément infectées, dont l’état est désespéré, en plaçant dans la cavité malade des plaquettes infiniment petites d’argent et d’or en contact les unes avec les autres ; elles ont parfois stérilisé l’organe.
- D’autres facteurs entrent en jeu, dont la présence, a priori, nous aurait échappé; il n’est pas rare, en chirurgie générale, afin d’éviter la cicatrisation trop rapide d’une plaie, et pouvoir donner ainsi des soins internes, de placer une plaque de duralumin pour maintenir ouvertes les lèvres de la plaie.
- Ce mode d’opérer a, dans la plupart des cas, donné d’excellents résultats, l’appareil en duralumin étant facile à sup-
- 1. L’aluminium et ses alliages. Édition de l'Aluminium français, 23 bis, rue Balzac, Paris (1937).
- 2. L’aluminium dans les industries chimiques et alimentaires. B. I. A., 23 bis, rue Balzac, éditions 1935 et 1940.
- porter par le blessé, grâce à sa légèreté, et ne subissant aucune déformation, grâce à sa résistance.
- Cependant il y eut, dans un cas au moins, des accidents survenus par suite d’une attaque tout à fait surprenante de l’appareil en duralumin au contact de la plaie. L’idée vint au chirurgien traitant de faire une analyse du sang du patient. Elle révéla la présence de traces de mercure. Après enquête, il apparut que le blessé avait été traité auparavant au mercure et que des traces, passées dans le sang, avaient provoqué l’attaque du métal. Cette expérience n’était pas rédhibitoire quant à l’emploi du duralumin en prothèse générale ; ce ne fut qu’un précieux avertissement. Pour prévenir d’autres accidents de ce genre, on soumet les appareils qui pourraient subir une attaque à un recouvrement par oxydation anodique, procédé Protal ou autre (x). Mais ce mode de protection ne peut être envisagé que pour des objets à contours définis, cependant que des troubles dus au mercure peuvent aussi bien survenir quand il s’agit de chirurgie dentaire que de toute autre chirurgie.
- Pour revenir à l’utilisation de l’aluminium en prothèse dentaire, citons un alliage aluminium-chrome-silicium, connu sous le nom de « Denlallium ». Cet alliage a servi très heureusement à confectionner des plaques, bases d’appareils complets. Il se coule et reproduit fidèlement les moindres anfractuosités ou saillies de la muqueuse palatine. Il est léger, mais ne se prête à aucune soudure. Il doit, au moyen d’artifices, supporter le caoutchouc ou les matières cellulosiques qui servent à maintenir les dents artificielles.
- Citons aussi le « Néodontor », alliage également à base d’aluminium, avec du cuivre et du zinc. Il a la rigidité et la couleur de l’or. C’est le seul alliage jaune qui ne soit pas mou ; on ne peut ni le laminer, ni le tréfiler. Il est plus fragile que l’or, ce qui rend son travail minutieux.
- Mais il faut faire subir à ces alliages un revêtement de protection contre la corrosion par les acides. La modicité de leur prix les fait fréquemment employer, malgré l’inconvénient énoncé plus haut de provoquer en bouche un couple électrique.
- D’autres métaux de remplacement ont été utilisés.
- Le nickel-chrome, usiné par les établissements Schneider, est connu sous le nom de « Yirgo-prothèse ». Il permet de faire tous les travaux fixes ou mobiles, trempés ou coulés que l’on faisait jusqu’ici en or, sans inconvénient du point de vue fonctionnel. Mais naturellement, il faut faire des réserves au point de vue esthétique. Toutefois, s’il ne peut être comparé au platine, il est pourtant inoxydable. L’usinage de l’alliage ce Yirgo-prothèse » doit être très soigné et comporter un fondant minutieusement dosé, sous peine de donner un matériau cassant qui occasionne des accidents en bouche. On a constaté des écarts de prix pouvant vari.er du; simple au triple dans la fourniture du métal ; il est bien évident que la qualité s’en ressent et nous nous efforçons d’attirer l’attention des praticiens sur les fraudes qui surviennent, fréquemment dans la composition de cet alliage. Le nickel-chrome se ternit un peu dans certaines bouches, par sulfuration, mais cette altération est généralement peu importante.
- Nous devons aux Américains un métal qui semble répondre favorablement à toutes les qualités requises : le vital lium. Il est la propriété des laboratoires Austenal de New-York (2). L’alliage, tel qu’il fut conçu, comprend du cobalt,, du chrome et du tungstène. Il fut repris par les établisse-
- 1. « Protection chimique des métaux légers » Protal-Parker,. Clichy (Seine).
- 2. Traité de Prothèse conjointe du Docteur Béliard, édité chez; Masson, 120, boulevard Saint-Germain, Paris, 6e.
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- ments Krupp, qui ont obtenu une licence pour l’Europe et ont modifié la teneur de l’alliage en substituant le molybdène au tungstène, si difficile à obtenir en Europe. Les proportions des composants sont jalousement tenues secrètes. Le vitallium est un métal blanc, très dur, dont le point de fusion, initialement à i 65o° C., a été abaissé à i 45o° C. Non toxique, non altérable, il com-iendrait parfaitement à la construction d’appareils dentaires de toutes sortes, car il est à peu près inattaquable : le formol, les acides gras, la salive, n’ont aucune action et il ne se ternit pas à l’usage. Seul, l’acide nitrique provoque une attaque. Mais c’est un métal très difficile à travailler, réclamant l’utilisation d’un outillage perfectionné et coûteux. Certains laboratoires ont surmonté la difficulté. On parvient même à le travailler en bouche, grâce à l’emploi de meules abrasives fabriquées en Yougoslavie. De sorte que l’on peut parfaitement atteindre une dent, qui se trouverait recouverte cl’une couronne en vitallium, en perforant cette couronne. Actuellement, le vitallium ne peut être un remplaçant immédiat de l’or, car nous n’en avons pas sur le marché français et nos stocks, très minimes, ne peuvent être utilisés faute de meules abrasives. Reconnaissons aussi que la densité du vitallium est de 8,4, alors que celle de l’or est de 19,5 !
- Il est évident que tous ces alliages dépourvus d’or n’ont pas donné entière satisfaction. Aussi, dans la mesure où cela reste possible, incorpore-t-on encore une partie plus ou moins importante de métal précieux, or, argent ou platine. C’est ce cpie l’on est convenu de nommer « alliages secondaires ».
- Parmi ceux-ci, retenons le « White casling alloy », alliage chargent, palladium, antimoine, étain, avec des traces de cadmium et bismuth (destinées à abaisser le point de fusion à 260°). Cet alliage n’est pas nocif, à peu près incassable, et
- ne donne aucun goût en bouche. Son volume est constant à toutes températures, ce qui permet des coulées précises. Il se prête aisément aux réparations et, en un mot, se travaille à peu près comme l’or.
- Un des alliages secondaires qui nous paraisse le plus propre à remplacer l’or à 22 carats, normalement employé quand le marché en était libre, est un alliage or-argent-palladium. Il se coule et se travaille facilement, ne présente aucun inconvénient à la mastication et offre une résistance à peu près égale à celle de l’or. Cet alliage s’emploie avec une teneur en or plus ou moins forte :
- — à o,35o, on le coule entre qoo° et 960° C. Il a une couleur jaune paille, assez flatteuse;
- — à o,r5o, il est plus blanc, mais possède les mêmes qualités de résistance mécanique. Son point de fusion est inférieur à celui du précédent et ne dépasse pas 8oo° à 85o°. L’alliage a o,i5o (ainsi que tous les alliages sans or à base d’argent) doit être rhodié pour éviter la sulfuration. L’inconvénient de cette formule est la rareté, sans cesse accentuée du palladium. On a cherché à le remplacer par le platine, mais l’acquisition de ce métal deviendra bientôt aussi difficile que celle de l’or.
- Les Américains ont lancé un alliage platine-rhodium, dont la maison Baker, aux États-Unis, est propriétaire. Mais son prix élevé ne peut en permettre l’achat aux Européens. Il ne coûte pas moins de 170 fr. le gramme !
- Tout ceci nous mène à conclure que rien ne remplace encore notre bon vieil or; notre œil était familiarisé à sa couleur ; sa résistance et sa malléabilité correspondaient exactement aux exigences du travail imposé.
- Suzanne Bosquain.
- Ancienne élève des Arts et Métiers.
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE DU 1“ AU 31 AOUT I9ii
- Les nuits, dont la durée est suffisamment prolongée, se prêtent maintenant aux nombreuses observations que l’on pourra effectuer. Ce mois ramène en effet la visibilité prolongée de la plupart des planètes, dont l’examen ou l’étude •se trouvent ainsi de mieux en mieux favorisés ; entre toutes Mars, acquérant un bel éclat, toujours grandissant, retiendra tout particulièrement l’attention. Rappelons aussi que le 9 la Terre rencontre la partie la plus dense de l’essaim des Per séides : ainsi pendant la première quinzaine du mois les nuits peuvent montrer de belles et assez nombreuses étoiles filantes.
- Les heures données ici sont exprimées en temps universel, compté de oh (minuit) à 24h ; tenir compte des corrections à ajouter selon les lieux et l’heure qui y est en usage.
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil décroît rapidement : de + i8°3/ le Ier août, elle s’abaisse à 8°42/ le 01. Ces conditions entraînent une diminution accentuée de la durée du jour ; celui-ci (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) est, pour Paris, de i5h3m le ier et de i3h29m le 3i. De même le crépuscule se prolonge de moins en moins; en voici les durées :
- Crépuscule civil : o9m le ier, 34m le 3i août.
- Crépuscule astronomique : ah34m le ier, 211 le 3i août.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours : Août 1er = nh56m52s; 6 = nh56m27s; 11 = nh55m46s; 16
- = nh54m52s ; 21 — nh53m46s; 26 = n1152m28s; 31
- — iih5om5()s.
- Observations physiques. — La liste suivante donne les éphémérides fournissant les indications nécessaires pour l’orientation des dessins et photographies de la surface du Soleil :
- Date (oh) P B0 L0
- 2 + II°12 W. 4- 5?88 g6;55
- 7 + i3,o6 + 6,22 3o,43
- 12 + 14,89 + 6,51 324,33
- >7 + 16,62 + 6.78 258,23
- 22 + 18,23 + 6,95 192,15
- 27 + 19>7I + 7,10 126,09
- Lumière zodiacale et lumière anlisolaire. — La lumière zodiacale est maintenant visible le matin, précédant l’aurore. On pourra l’observer du 20 au 31, c’est-à-dire pendant la période privée de Lune à ces heures matinales ; elle s’étend à travers le Cancer jusque dans les Gémeaux.
- Vers la même époque, rechercher la lueur antisolaire, bien que sa déclinaison australe, dans le Verseau, ne soit guère favorable à l’observation.
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- II. — Lune. — Dates des phases :
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- P. L. le 7 Août, à N. L. le 22 Août, à i8'* l34m
- D O. le i5 — à it>4om P. Q. le 2g — à i4l1 4m
- Plus grandes déclinaisons : —• iS^o' le 4 août; + iS'HO' le 18 août.
- Variations de distance et diamètre apparent : Périgée le Ier, diamètre apparent = 2>2,22n; Apogée le i4, diamètre apparent = 2g;34//; Périgée le 27, diamètre apparent = 32/26,/.
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Heure Angle
- Date Astre Phénomène (p. Paris) au pôle
- Août 16 7 Taureau Imm. 3h 4m,7 122°
- — — Etn. 3 56 ,3 3o8o
- III. — Planètes. — Mercure, en conjonction supérieure avec le Soleil, le 19, reste invisible pendant ce mois.
- Vénus, maintenant bien écartée du Soleil, montre une phase assez sensible ; mais sa déclinaison restant notablement inféreurc à celle du Soleil, elle brille seulement à peu de hauteur au-dessus de l’horizon ; elle ne peut être observée utilement qu’en plein jour, à l’aide d’un instrument permettant de la trouver dans ccs conditions.
- Mars brille toute la nuit avec un éclat déjà magnifique. Approchant de l’opposition, sa dimension apparente, qui va toujours grandissant permet maintenant de l’observer utilement ; on trouvera en suite de ce bulletin une note spéciale donnant toutes les indications relatives aux conditions de présentation de sa surface.
- Jupiter étant visible dès le milieu de la nuit se présente de mieux en mieux à l’observation; sa forte déclinaison boréale est également très favorable, pour toute la période à venir.
- On suivra avec intérêt — et une modeste lunette suffit — les phénomènes de ses quatre principaux satellites ; en voici la liste, pour ceux qui sont visibles de Paris :
- Août 2 : I. P. c. aV11; I. O. f. 3h5m. — 4 ; III. O. c. 3h3m. — 5 : II. E. c. 2hi9m,7. —• 7 : II. P. f. ih25m. — 9:1. 0. c. 2h49m; I. P. C. 3h59m. — 10 : I. Em. 3hi9m. — lh : II. P. c.
- ih32m; II. 0. f. ih4om; II. P. f. 4h9m. — 15 : III. Im. ih54m; III. Em. 4hi8m. — 17 : I. E. c. ih49n\3. — 18 : I. P. c. oh26m; I. 0. f. ih2im ; I. P. f. 2h36m. — 21 : II. 0. c. ih4om ;
- II. P. c. 4hi4m; II. 0. f. 4hi6m. — 22 ; III. E. c. oh5Gm,2 ;
- III. E. f. 3hi4m,o. — 23 : II. Em. 2him. — 24 ; I. E. c. 3h43m,i. — 25 : I. O. c. ih5m; /. P. c. 2h22m; I. 0. f. 3hi5m; I. P. f. 4h3am. — 26 : I. Em. ih42m. — 28 : II. 0. c. 4hi6m. — 30 : II. E. f. 2hom,C ; II. Im. 2h3m; II. Em. 4h4om.
- Saturne, précédant Jupiter, s’observe maintenant la plus grande partie de la nuit. Son anneau, que l’on voit par sa face australe, se présente ainsi, au milieu du mois :
- Grand axe extérieur..........................
- Petit axe extérieur.......................... 16",Go
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau ........................................— 230,99
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau ........................................— 220,64
- De même que pour Jupiter, une modeste lunette permet de suivre Titan le principal satellite de Saturne ; voici les dates de ses élongations : Elongation E. les 4 et 19 août; élongation W. les 11 et 27 août.
- Uranus, non loin de Saturne, s’observe dans les mêmes conditions.
- Neptune est invisible, dans la partie du ciel se trouvant maintenant en plein jour.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 12 août, à ioiq Mars avec la Lune
- Le i5 août, à i3h, Saturne avec la Lune
- Le i5 août, à 17b, Uranus avec la Lune
- Le 17 août, à 3h, Jupiter avec la Lune
- Le 17 août, à 23'1, Vénus avec Neptune
- Le 23 août, à 5'1, Mercure avec la Lune
- Le 24 août, à i8h, Neptune avec la Lune
- à 20 p S. à 2o35' N. à 4°4o' N. à 4032' N. à ooi8' S. à 3°3o' N. à o°57r N.
- Passages de la Polaire au méridien de Paris :
- Août 9
- — 19
- — 29
- Passage
- supérieur
- 4h25m58s 3 46 5o 3 7 4i
- ASTRE Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation et étoile voisine
- 5 août 4h3om 1 ih56m33s igh22Hl gli 0m -f- 170 i' 3i'35"3o Cancer
- Soleil . 17 — 4 47 n 54 4° 19 2 9 46 + i3 28 3i 39,04 Lion
- 29 — 5 3 U 5i 36 18 39 10 3o + 9 24 3i 43,90 Lion
- Mercure .
- 5 août 7. 5 i3 4g 20 32 10 5i + 8 5o 11,8 Z Lion
- Vénus . 17 __ 7 39 i3 55 20 10 11 44 -f 2 5i 12,4 (3 Lion
- 29 — 8 12 14 0 19 46 12 36 — 3 20 l3,2 7 Vierge
- 1 5 août 21 47 4 6 10 22 1 8 + 2 49 15,6 26 Poissons
- Mars . 17 — 21 9 3 34 9 56 1 23 + 46 17,2 89 Poissons
- 29 — 20 27 2 55 9 21 I 32 4- 4 5i >9,2 j, u Poissons
- 1 5 août 23 56 7 52 i5 46 4 55 4- 21 56 ?3,4 Taureau
- Jupiter ,7 - 23 16 7 i3 i5 8 5 4 4* 22 8 34,4 t Taureau
- | 29 — 22 35 6 33 i4 29 5 11 + 22 17 35,4 Taureau
- t 5 août 23 8 6 3q i4 7 3 42 4- 17 29 16,0 Taureau
- Saturne . 17 ~ 22 23 5 55 i3 23 3 45 -j- 17 36 16,2 Taureau
- 29 — 21 37 5 9 12 38 3 47 4- 17 39 16,6 Taureau
- Uranus 29 août 21 3o 5 i5 12 67 3 53 4- 20 1 3,6 Taureau
- Neptune .
- VISIBILITÉ
- Invisible.
- ^Le so’r dans le crépus-^ cule.
- 1
- ^oute la nuit.
- 1
- ^Presque toute la nuit.
- 1
- | Presque toute la nuit.
- Presque toute la nuit. Invisible.
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- Étoiles variables. 3, à 2b2m. — 5, à 26, à oh3im. — 28, Étoiles filantes. -tenant à l’essaim
- — Minima d’Algol : Août 22h5im. — 23,- à 3h42m. —
- à 2ih i9m.
- — Des étoiles filantes appar-des Perséides sont visibles
- depuis le courant de juillet et leurs apparitions continueront jusque vers le 20 août ; mais c’est le 9 que la Terre rencontre la partie la plus dense de cet essaim et que, de ce fait, les météores peuvent se montrer nombreux : le radiant est alors vers -9 Persée ; à la fin de la période de ces apparitions, le radiant est passé dans la Girafe. Les Perséides sont des météores rapides, à traînées jaunâtres ; malheureusement leur observation celte année et à la date la plus intéressante, sera contrariée par la présence de la Lune, qui est pleine le 7.
- V. — Constellations. — L’aspect du ciel étant le même aux mêmes dates et heures, rappelons qu’en août, au début de la nuit, la Voie Lactée se présente au mieux pour l’observation de ses régions comprises dans les constellations australes du Scorpion et du Sagittaire ; l’ensemble visible alors au-dessus de l’horizon est la partie la plus riche de cette ceinture céleste, du moins pour ce que nous en pouvons découvrir de nos régions.
- L*opposition prochaine de Mars.
- L’opposition de Mars, au début d’octobre, va se produire dans des conditions extrêmement favorables pour l’étude de
- Fig. 1.
- A, comparaison des hauteurs et courses apparentes de Mars au-dessus de l’horizon en 1941 et en 1939 ; B, comparaison proportionnelle des diamètres apparents.
- cette si intéressante planète. Comme il vient d’être dit dans le Bulletin ci-dessus, nous donnerons ici, d’après l’Annuaire Astronomique Flammarion, des renseignements complémentaires destinés à faciliter les diverses observations que l’on pourra effectuer.
- L’opposition aura lieu le 10 octobre. Mars s’étant trouvé à sa distance périgée le 3, à 61 millions de km. : cette distance sera un peu supérieure à celle qui nous en séparait
- Fig. 2. — Variations du diamètre apparent, phases et perspectives du globe de Mars d’août à décembre 1941.
- lors de l’opposition de 1939; mais cette légère différence se trouvera largement compensée par les conséquences de la position de la planète sur le ciel. En effet, aux époques des oppositions périhéliques, Mars, pour nos régions, passe au méridien à faible hauteur au-dessus de l’horizon : en 1939, la planète ne s’élevait que de i5°, tandis que cette année elle atteindra 44° ; de ce fait (fig. 1) elle accomplira une course apparente dont le développement permet une longue durée d’observation chaque nuit. La même figure fait connaître aussi la proportion du diamètre apparent de Mars, comparativement à celui qu’il offrait en 1939 et en 1924, ce dernier représentant presque le maximum susceptible d’être atteint; on appréciera aisément que grâce à l’élévation, cette année, la meilleure qualité des images devant en résulter l’emportera de beaucoup sur les conséquences de la relativement faible réduction du disque.
- Les variations proportionnelles de celui-ci avec l’importance de la phase, de mois en mois jusqu’à la fin de l’année, sont montrées par la figure 2. En même temps sont donnés, les éléments principaux de la présentation du globe, en raison de la perspective résultant des positions successives de l’axe par rapport à la Terre. C’est l’hémisphère sud qui est-orienté vers nous, les dates des saisons de la planète étant les suivantes :
- Fig. 3. — Cartes schématiques (méridien central différent de 90°, pour donner le tour de la planète) montrant comment se présenteront les configurations d’après l'inclinaison apparente
- du Globe.
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- . Dates Heures Dates Heures Dates Heures Dates Heures
- Août 1er i4h4g Sept. 8 i4l ‘25 Oct. 16 I2h52 Nov. 23 11I146
- — 3 16 7 10 i5 40 — 18 i4 5 — 25 i3 2
- — 5 17 25 — 12 16 54 — 20 i5 17 — 27 i4 !9
- — 7 18 43 — i4 18 8 — 22 16 3o — 29 i5 36
- — 9 20 1 — 16 J9 21 — 24 17 43 Déc. jer 16 53
- — 11 21 19 — 18 20 35 — 26 18 56 — 3 18 10
- — i3 22 36 — 20 21 48 — 28 20 9 — 5 19 28
- — i5 23 53 — 22 23 I — 3o 21 23 — 7 20 45
- — 0 32 — 24 0 i4 Nov. 1er 22 36 — 9 22 3
- — >9 I 49 — 26 0 5o — 3 23 5o — 11 23 21
- — 21 3 5 — 28 2 2 — 5 0 27 — i3 0 0
- — 23 4 22 — 3o 3 i5 — 7 I 42 — i5 1 18
- — 25 5 38 Oct. 2 4 27 — 9 2 57 — «7 2 37
- — 27 6 54 — 4 5 39 — 11 4 11 — 19 3 55
- — 29 8 10 — 6 6 5i — i3 5 27 .— 21 5 i3
- — 3i 9 26 — 8 8 4 — i5 6 42 — 23 6 32
- Sept. 2 10 4f — 10 9 16 — 17 7 58 — 25 7 5o
- — 4 11 56 — 12 10 28 — 19 9 i3 — 27 9 9
- 6 i3 11 ~ 14 11 4i 21 10 3o 29 10 28
- Équinoxe de printemps austral : le 15 avril 1941.
- Solstice d’été austral : le 8 septembre 1941.
- Dans ces conditions, le pôle sud sera bien en vue au moment le plus favorable pour les observations physiques, mais avec sa calotte blanche alors extrêmement réduite, sinon invisible.
- Pour compléter ces données, le tableau ci-dessous indique, de 10 en 10 j., les éléments de la présentation générale du globe.
- Angle
- de position Latitude Diamètre
- Date de l’axe du centre apparent Phase
- Août 1er 328^6 — I9»9 Cl" io, 1 tf 0
- 1 ( 327,5 19.1 i6,4 09
- 21 326,7 i8,4 17 >9 07
- 3i 326,3 18,0 19,4 i,5
- Sept. 10 326,3 *7-9 20,9 1,0
- 20 320,6 i8,3 22,1 0,6
- 3o 327,2 19,1 22,8 0, 2
- O O O 328,0 20,2 22,6 0,0
- 20 328,9 21,4 21,6 0,1
- 3o 329,6 22,4 20,1 0,4
- Nov. 9 329,8 23,2 18,2 0,7
- 329,6 23,7 16,3 1,0
- 20 328,9 23,9 i4,6 01
- Déc. 9 328,0 23,9 i3,o 1,2
- 19 326,8 23,6 11,6 1,2
- 29 325,7 23,0 io,5 1,2
- Les configurations aréographiques seront donc aperçues, pendant toute la période considérée ici, sous des inclinaisons légèrement vai’iables qui ont surtout leur importance quant à la visibilité des détails pouvant se trouver contre le limbe nord du disque; notons d’autre part que l’on pourra peut-être découvrir les extrêmes limites de la calotte boréale si celle-ci est très étendue.
- La figure 3 montre comment se verront les principales configurations pendant la période la plus favorable ; ces schémas sont destinés à faciliter le repérage des aspects susceptibles d’être reconnus. Mais pour L'identification plus précise suivant la date et l’heure de l’observation effectuée,
- voici d’après le Naulical Almanac les instants des passages du méridien o° au centre du disque (voir tableau ci-dessus) :
- La longitude du méridien martien, se trouvant au centre du disque au moment d’une observation quelconque, se calcule à l’aide de ces données et de la valeur de la rotation qui déplace les longitudes dans les proportions suivantes. Pour ne pas trop allonger ces lignes, nous donnerons seulement les chiffres correspondants à la rotation de 1 à 10 mn et de 1 à 10 h.
- Temps Rotation Temps Rotation
- ira 0? 24 ih 14?Ô2
- 2 0.49 2 29,24
- 3 0,73 3 43,86
- 4 °>97 4 58,48
- 5 1,22 5 73,10
- 6 1,46 6 87,72
- 7 D71 7 102,34
- 8 D95 8 116,96
- 9 2D9 9 131,58
- 10 2,44 10 146,21
- Par additions successives, les valeurs se rapportant aux durées quelconques s’établissent ainsi facilement.
- Rappelons que par suite de sa rotation de 2h37m2 2s, durée de peu supérieure à celle de la Terre, Mars montre chaque soir, pour une même heure d’observation, un aspect peu différent de celui de la veille : le retard quotidien, en longitude, est de 90 en chiffre l'ond. C’est donc au bout de 4o j. environ que, toujours pour une heure donnée, on aura vu successivement la suite complète des configurations. Précisons, pour terminer, que le soir de l’opposition, au moment du passage de Mars au méridien de Paris, c’est la longitude 215° qui se trouvera au centre du disque, montrant ainsi les régions appelées M. Cimmerium, Elysium : ce sera donc un aspect général intermédiaire entre ceux des schémas x8o° et 270° de la figure 3 ; ceux-ci seront vus vers 2ih3om et 31145m respectivement.
- Lucien Rudaux.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- PRÉHISTOIRE
- Les trépanations néolithiques.
- Quand Prunières recueillit dans des cavernes du Midi, sous des dolmens, dans des lumuli, des crânes préhistoriques présentant des perforations arrondies et cicatrisées ; quand J. de Baye en trouva d’autres dans les grottes du Petit-Morin, leurs découvertes firent grand bruit, grâce à Broca qui soutint en 1874 que ces orifices étaient le fait de trépanations chirurgicales faites sur le Avivant. Depuis lors, on ne cessa de citer ces audacieuses opérations néolithiques, d’admirer l’art ou la science des chirurgiens d’alors et de chercher à imaginer leur technique sans instruments métalliques.
- Mais voici que M. J. Jayle Aient de reviser tout le procès deA-ant l’Académie de Médecine (1).
- D’abord ces crânes perforés ne sont pas de dates aussi anciennes qu’on l’aArait cru. Aucun de ceux qu’on a décrits n’est du néolithique ; on ne peut les faire remonter plus loin que les âges du bronze et du cuivre et certains sont des premiers siècles de notre ère. Le premier connu, découvert à Cocherel en i685, avec deux perforations guéries, est celui d’un Germain, dans une sépulture d’une vingtaine d’hommes. Celui de Nogent-les-Vierges faisait partie d’une inhumation collectiA'e de 200 hommes robustes et jeunes, probablement des guerriers.
- Et puis, il ne s’agit pas de trépanations intentionnelles, préméditées, thérapeutiques; ce sont des perforations accidentelles, spontanément cicatrisées. Broca n’avait reçu de Prunières que les crânes les plus typiques de sa collection; il aArait été frappé par la ressemblance des lésions : mêmes formes, mêmes dimensions, et il y avait supposé « l’inter-Arention d’un procédé régulier appliqué par un opérateur méthodique et non par un ennemi furieux. » Mais Prunières était plus prudent qui Adulait parler de perforations cicatrisées plutôt que de trépanations et ILamy n’y voyait que les effets de coups de hache. M. Jayle apporte l’observation récente, due au Dr Drouay, d’une perforation crânienne spontanée constatée sur le vhrant : il s’agit d’un jeune garçon de 0 ans tombé en 1918 sur l’angle d’un fourneau de cuisine; la plaie suppurante contenait un séquestre osseux, mobile, parfaitement rond et de la grandeur d’une pièce de x fr. qu’on dégagea par simple débridement. Un choc localisé sur le crâne peut donc provoquer sans éclats une perforation tout à fait ronde et le séquestre éliminé, les bords de l’os cicatrisent et deA-iennent réguliers et lisses. On peut affirmer que la principale opération du crâne n’était pas pratiquée au néolithique et que l’art chirurgical n’y avait pas atteint le degré de perfection qu’on a tant admiré.
- INDUSTRIE
- L’emploi des explosifs à gaine de sûreté dans les mines.
- La gaine de sûreté pour les cartouches de mines a été inventée en 1914 par un ingénieur belge, Em. Lemaire. Elle consiste en une enveloppe annulaire de 3 mm. d’épaisseur, formant sur les parois latéi’ales de la cartouche un rexrête-ment de sels spéciaux extincteurs.
- Au moment de l’explosion, la gaine crée un nuage épais
- 1. Bulletin de l’Académie de Médecine, t. CXXIY, 18 mars 1941, p. 336.
- de matières ininflammables éteignant les flammes 'de la détonation, à leur naissance même, dans les cassures de la roche ébranlée par l’explosion. Les explosifs gainés constituent aujourd’hui l’un des meilleurs pi’éventifs contre les coups de grisou et de poussières.
- M. Breyre, dans la Revue universelle des Mines, fait un intéressant historique de cette remarquable invention ; il montre comment et au prix de quels efforts elle a été peu à peu mise au point en Belgique pour être ensuite adoptée dans d’autres pays, notamment en Angleterre en 1933 et en Allemagne en 1938, après de longs et minutieux essais.
- Trois types de gaines sont actuellement en usage en Belgique : la plus répandue est la gaine pulvérulente dont la matière est faite de 25 pour 100 d’agglomérant : plâtre, argile ou kaolin, 75 pour 100 de matière extinctrice. Celle-ci est formée soit de fluorures de sodium ou calcium, soit d’un mélange de chlorures de sodium ou potassium avec au moins 35 pour 100 de fluorures.
- La gaine dite semi-rigide est caractérisée par la présence de plâtre comme agent aggloméi’ant dans la matière gainante. La cartouche une fois gainée est trempée dans un bain d’eau; le plâtre fait prise et agglomèi’e la matière gainante, sans l’empêcher toutefois de se pulvériser sous l’action de l’explosion. La composition de la matière gainante est 55 pour 100 de feldspath-orthose, 35 pour 100 de sulfate de potassium, 10 pour 100 de plâtre. Ces cartouches sont utilisées pour les explosifs contenant de la nitroglycéi’ine, mais ne conviennent pas pour le nitrate d’ammoniaque sans nitroglycéi’ine.
- Le troisième type de gaine est la gaine tubulaire qui forme un fourreau se logeant sur la cartouche d’explosif proprement dite. La matière gainante a, en substances extinctrices, la même composition que la gaine pulvérulente; mais l’agglomérant est de l’argile plastique, qui confère au mélange une semi-i’igidité grâce à laquelle on peut enchâsser la gaine sur la cartouche à l’aiclc d’un petit appareil mécanique.
- Le poids de la matière gainante est, dans tous les cas, d’au moins 65 g. pour 100 g. d’explosif. Généralement ce poids est de 80 g.
- Le gainage est une opération peu onéreuse ; il ne diminue pas sensiblement le rendement de l’explosif ; à peine peut-on noter une légère augmentation du travail de forage due à l’augmentation de diamètre de la cartouche.
- Par conti’e, la sécurité est considérablement améliorée : les risques du tir dans une atmosphère dangei’euse : grisou ou poussières, pour un même poids d’explosif mis en jeu, sont très notablement diminués.
- Aussi l’emploi des cartouches gainées a-t-il fini par pi'en-dre en Belgique un grand développement : près de la moitié des explosifs utilisés dans l’exploitation minièi’e sont gainés.
- On remarquera le temps qui a été nécessaire pour arriver à ce résultat. L’im^ention est née en 1914; elle paraît fort simple; son intérêt est évident et cependant il fallut plus de i5 ans pour la Aroir, dans son pays d’origine, commencer à prendre un grand développement.
- C’est qu’il a fallu déterminer les matières les plus efficaces et les plus avantageuses, metti’e au point les procédés de fabrication au prix d’inévitables tâtonnements, réaliser un conditionnement évitant les erreurs des exécutants mal avertis; en même temps il a fallu convaincre exploitants et ouvi'iers. C’est l’histoire éternelle de toutes les inventions. Certains sophistes de l’économie politique attribuent tout ou partie des catastrophes économiques modernes à un développement, pour ainsi dire explosif, des içxventions auquel
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- L’industrie n’aurait pas le temps de s’adapter. La réalité, malheureusement pour les inventeurs, est toute différente.
- PHYSIQUE DU GLOBE
- Les gouttelettes d’eau dans les nuages.
- L’Observatoire du Puy-de-Dôme situé à i 465 m. d’altitude se trouve au niveau des nuages bas ; on y compte de 25o à 3oo jours de brouillard par an. A i ioo m. plus bas et à 12 km. à vol d’oiseau se trouve l’Observatoire de la Plaine à Clermont-Ferrand d’où le sommet du Puy-de-Dôme est visible et d’où on peut facilement observer le nuage qui l’entoure.
- Profitant de ces circonstances, M. J. Bricard a entrepris une fort intéressante étude des nuages bas : installé au sommet du Puy-de-Dôme, il étudie la structure interne du nuage, c’est-à-dire d’un brouillard naturel, tandis que l’observateur de la plaine définit la nature du nuage. Le résultat de cette élude qui a demandé à son auteur beaucoup de patience et d’endurance fait l’objet d’un mémoire publié dans les Annales de Physique, dont nous saluons avec plaisir la réapparition.
- M. Bricard a tout d’abord déterminé les dimensions des gouttelettes d’eau qui constituent le nuage. Il a procédé par la méthode microphotographique : il recueillait les gouttelettes sur des plaques de verre munies d’une cavité cylindrique de 2 cm. de diamètre, de o mm. 5 de profondeur, remplie d’huile minérale, incongelable, très fluide, à laquelle on peut ajouter des traces d’un acide gras quelconque, pour faciliter l’émulsion. On expose ces plaques au brouillard pendant quelques instants ; les particules pénètrent dans l’huile et descendent vers le fond de la cavité; M. Bricard effectue la microphotographie aussitôt après la capture des gouttelettes; elles n’ont pas le temps de se séparer suivant leurs différentes dimensions et restent pratiquement dans le môme plan.
- Voici les résultats principaux des observations :
- La nature d’un nuage dépend du rayon des gouttelettes qui le constituent. M. Bricard a trouvé pour les :
- Nimbo-stratus . un rayon moyen de 9.8 microns
- Strato-cumulus. )) » 7,6 ))
- Cumulus )) » 5,4 ))
- Stratus » )> 4,2 ;» .
- Il a constaté, de plus, que par température inférieure à zéro, les gouttelettes de rayon moyen supérieur à 8 microns sont rares (Nimbo-Stratus et certains Slralo-Cumulus).
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- La formation du givre, à partir des gouttelettes liquides surfonducs recueillies dans des nuages au-dessous de o° C. a été étudiée au microscope avec des gouttelettes captées sur des plaques de rhodoïd : les gouttelettes de rayon moyen supérieur à 8 microns donnent, en se congelant, du givre transparent, les nuages correspondant à des gouttelettes de rayon inférieur sont fréquents et donnent du givre opaque et souvent fragile. En général, les particules de rayon moyen inférieur à 8 microns se congèlent individuellement au bout de io à i5 s. ; quand le rayon moyen est supérieur à 8 microns, elles se congèlent en bloc au bout d’une trentaine de secondes.
- L’eau de fusion du givre contient des chlorures, nitrates et silicates de calcium, de magnésium et d’ammonium, alors que le sodium y paraît à peu près inexistant. Sa teneur en chlore ne semble pas dépendre de l’origine des courants atmosphériques ayant donné naissance aux nuages givrants.
- M. Bricard s’est livré également à une intéressante étude expérimentale de la diffusion de la lumière par le brouillard nuageux : son but était de confronter la réalité avec les formules théoriques nécessairement établies sur des hypothèses simplificatrices : un projecteur installé au fond d’un abri et formé d’une lampe pointolite de i ooo bougies et d’une lentille à échelons était utilisé pour donner un faisceau lumineux à peu près parallèle ; une série de chambres photographiques placées latéralement par rapport à l’axe du faisceau permettait de déterminer, en valeur relative, l’intensité de la lumière diffusée suivant une direction latérale quelconque.
- Un observateur qui examine le projecteur en lumière monochromatique à travers le brouillard voit des couronnes entourant la source lumineuse : les couronnes successives sont séparées par des anneaux sombres. L’observateur qui place la tête dans le faisceau en tournant le dos au projecteur voit se produire le phénomène, dit du spectre de Brocken.
- Il voit autour de l’ombre de sa tête une auréole constituée par trois ou quatre couronnes concentriques de couleurs très vives, puis un certain nombre de couronnes blanches (arcs-en-ciel blancs).
- Tous ces phénomènes ont permis à M. Bricard de se livrer à des mesures approchées ; celles-ci ne cadrent que partiellement avec les résultats calculés à partir des formules théoriques déduites de l’optique géométrique ou ondulatoire. Ces discordances n’ont rien de surprenant; mais l’examen de cette partie du beau travail de M. Bricard nous entraînerait trop loin. Nous ne pouvons que renvoyer au mémoire original le lecteur que les calculs n’effrayent pas.
- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 mars 1941-
- Odontolite dans les phosphates du Hodna. —
- L’odontolite est formée par des ossements et dents fossiles, colorés en bleu turquoise par du phosphate de fer; moins résistante aux acides que la turquoise et d’un poids spécifique plus élevé, elle contient une proportion notable de fluorure de calcium. Dans les phosphates compacts du Hodna, au Sud de Sétif, M. L. Cayeux en a trouvé des grains, des éclats, des esquilles et même des fragments allongés atteignant 3 cm., dont la structure osseuse est bien conservée. La transformation des fragments d’os en odon-
- tolite ne s’est pas opérée in silu ; elle a eu lieu en milieu marin, alors que les autres gisements connus sont d’origine continentale.
- Régénération des sols des pays chauds, — Étudiant sur place l’évolution des sols de l’Afrique occidentale, M. H. Scaetta a observé en plusieurs points des horizons humicoles contrastant par leur végétation forestière intense avec l’entourage déjà latéritisé. Il s’agit de roches altérées, pourries, capables d’abandonner rapidement, sous l’action énergique du climat, leurs composants minéraux, et maintenant ainsi l’évolution du sol à un stade juvénile.
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- Hydrocarbures en Aquitaine. — Au cours de recherches géologiques en Dordogne, MM. IL Sciioeller et J. Estival ont observé et recueilli en plusieurs points des calcaires kimeridgiens riches en huile qui ont donné à la distillation de 3 à 5 pour ioo d’une huile très fluide, de densité voisine de i, à forte odeur de pétrole. N’y aurait-il pas lieu de rechercher les gisements d’hydrocarbures dans les anticlinaux de cette région ?
- Les vases des eaux douces. — M. J. Bourcart, examinant les vases qui se déposent dans les mares, les étangs, les canaux, les parties sans courant des fleuves, y distingue une phase sableuse à base de quartz, une phase pulvérulente « 20 p.) composée de calcite, de micas, de minéraux des argiles, de microfossiles, de spiculés d’éponges, de diatomées, de grains de pollen, de spores et de fragments végétaux, les deux phases réunies par un liant très riche en fer. Les limons de la Seine, thixotropes, ressemblent ainsi aux sables vaseux des baies maritimes.
- Séance du 24 mars 1941-
- La parthénogenèse chez les Oribates. —
- M. F. Grandjean, ayant recueilli un très grand nombre d’Oribates ou Acariens dans des régions fort diverses, en a trouvé de bisexués normaux dont la proportion des mâles égale à peu près celle des femelles. Le genre Hydrozetes a des espèces à mâles aussi nombreux que les femelles et d’autres à mâles exceptionnels. Tout un groupe comprenant des genres isolés, mais aussi des familles entières, présente une surabondance de femelles, 25 et même plus de 100 pour un mâle. La parthénogenèse existe donc chez les Oribates, bien qu’elle n’ait pas été signalée jusqu’ici.
- Les massifs volcaniques du Cameroun. — Au
- cours d’une mission au Cameroun occidental, M. B. Gèze a pu étudier les grands massifs volcaniques qui s’étendent de la côte atlantique à la région de Bamanda, à 225 km. Le plus important est le mont Cameroun qui culmine à 4 070 m. au fond du Golfe de Guinée, dont les éruptions, commencées au Crétacé, continuent de nos jours (1909, 1922, peut-être 1925). Dans celte « charnière » entre l’Afrique occidentale et l’Afrique équatoriale, le socle granito-gneis-sique présente un groupe de cassures orientées SW-NE par lesquelles les magmas éruptifs ont gagné la surface. Cette zone commence près du Lac Tchad par de petits pitons rhyolitiques, est jalonnée par des petits volcans trachyti-ques ou basaltiques, parvient au Cameroun et se poursuit dans l’Atlantique par les îles de Fernando-Po, du Prince, de Sâo-Thomé et d’Annobon, s’élevant de 3 3oo à 5 200 m. au-dessus du socle sous-marin. C’est un des grands traits tectoniques du continent africain.
- Les perturbations atmosphériques dans la région lyonnaise. — 206 radiogoniosondages quotidiens exécutés à Lyon de novembre 1989 à juin 1940, dont 112 ont atteint l’altitude de i5 km., ont permis à M. P. Quéney d’étudier l’atmosphère de cette région jusqu’ici peu explorée. Dans les hautes couches de la troposphère, les variations de la pression et de la température sont concordantes, selon la loi générale, mais les variations de température, d’amplitude sensiblement constante dans la troposphère, diminuent au passage dans la stratosphère. Dans les couches plus basses, la concordance cesse et la corrélation entre température et pression devient négative. Au cours des phases tropicales des perturbations, la tropopause est surmontée d’une zone d’inversion de température surmontée par une
- deuxième discontinuité. On observe alors une couche de cirrus et des changements brusques du vent à la traversée de la tropopause.
- Les oligo=éléments dans la fixation de Vazote par une légumineuse. — Par des cultures de pois en pots, M. D. Leroux démontre que l’addition au sol de bore, de fluor, d’arsenic, d’iode, de chrome, de manganèse, de cuivre, de zinc, de plomb, à des doses infimes (2 à 10 rng. par kilogramme de terre sèche), favorise faiblement la fixation de l’azote atmosphérique.
- Thermogenèse chez les abeilles. — MM. M. Mathis et M. Courtin ont enregistré les variations de température à l’intérieur d’une ruche aux divers mois de l’année. En automne, quand le couvain existe encore et que la reine pond, la température reste constante au voisinage de 35° ; après les premiers froids, elle baisse par paliers et présente au cours des grands froids des oscillations que les auteurs appellent période de luttes fébriles ; elle remonte par paliers dès les premiers beaux jours. Pendant l’hiver, les abeilles s’alimentent uniquement du miel en réserve dans la ruche ; elles consomment en moyenne 4o g. par jour. Elles peuvent par moments relever de io° en 1 h. la température de la ruche. La consommation de miel correspond très sensiblement à la quantité de chaleur nécessaire pour compenser les pertes calorifiques de la ruche et assurer son réchauffement.
- Séance du Si mars 1941.
- Position du pôle galactique. — La connaissance aussi exacte que possible de cette position présente un grand intérêt pour l’étude de notre univers stellaire. En déterminant le plan des 243 Céphéides de périodes supérieures à un jour, M. H. Mineur donne pour coordonnées du pôle galactique de ces étoiles : l — 337°2, b = 88°6. Le Soleil est à environ 34 parsecs au nord du plan moyen de ces astres. Les coordonnées équatoriales du pôle galactique rapportées à l’équinoxe 1900 sont : a = i2h46m; S = + 270,4.
- L’Anti=Atlas. — Utilisant les récents travaux des géologues du Maroc, M. P. Fallot trace l’histoire de l’Anti-Atlas. C’est une chaîne née dès le carbonifère, sous la forme d’un pli de fond, long de 85o km., graduellement atténué vers l’Est, ayant évolué selon le même plan par deux ou trois ravivements tertiaires, le premier faible, les suivants très importants. L’effet ne s’en est pas étendu à toute la longueur de l’édifice primitif et il en est résulté le relief actuel, de l’Atlantique au Tafilalet, sur 600 km.
- Lfanthracnose du noyer. — Celte maladie est due à un champignon, M arsonia juglandis, dont on ne connaît pas la génération asexuée. MM. A. Sartory et J. Meyer, ayant remarqué l’abondance de Mercurialis perennis dans les lieux ombragés par des noyers d’Auvergne ont examiné les deux plantes et constaté que les ascospores du champignon de la mercuriale vivace contaminent les feuilles du noyer, dans la nature comme au laboratoire. Il s’agit donc d’un champignon liétéroïquè, habitant successivement sur deux plantes très différentes et qu’il faut appeler Gnomo-nia lepiostyla.
- Utilisation de Vazote par les céréales. — D’expériences en pots et en plein champ sur des orges, M. H. Bur-gevin conclut que l’absorption de l’azote par la plante est relativement stable et largement indépendante du rendement total en grain et en paille ainsi que de la fumure azotée.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Stéréophysique. Tome II. Structure dans l’espace des édifices moléculaires des composés de la chimie organique acy-clique, par Rodolphe Weckerixg. 1 vol. in-8°, 436 p., 2 900 fig., 4 pl. Dunod, Paris, 1940. Prix : relié toile : 400 francs.
- Les multiples essais de représentation stéréochimique des atomes (formules développées ; hexagone, tétraèdre, cube électronique du carbone) ne rendent pas compte de toutes leurs propriétés : orientation, points d’attache et directions des liaisons, dimensions, forces électroniques et champ électromagnétique ondulatoire stationnaire. L’auteur propose un nouveau modèle d’atome stéréophysique et traduit ensuite, par un très grand nombre de figurations les données de la chimie organique acyclique : atomes et molécules de G, II, O, N ; méthane, éthane, propane, etc. ; alcools, éthers, aldéhydes, composés nitrés, amines, acides, composés cyanés, etc. Il interprète les propriétés optiques comme des torsions de sa figure d’atome, et il aboutit à une présentation visuelle intéressante de la plupart des réactions chimiques des corps considérés. Il n’est pas douteux que sa stéréophysique tient compte des propriétés très diverses actuellement connues dans la matière et qu’elle a une réelle valeur didactique.
- Les carburants nationaux. Revue technique et d’informations relative à la production et à l’emploi des carburants, combustibles et lubrifiants français, 16, rue de la Paix, Paris. Abonnement : 125 francs par an.
- Le domaine de cette revue est d’une actualité brûlante. Elle traite des carburants de remplacement, en donne des études techniques précises et réunit aussi les textes officiels, les informations, les nouveautés du matériel, etc. Ainsi, le numéro d’avril contient une documentation complète sur l’acétylène dans les moteurs, par M. Leroy, de l’Office de l’acétylène, des données sur l’alcool carburant, de M. Guinot, des usines de Melle, notamment les courbes d’action de l’alcool éthylique et de l’éther isopropylique sur l’indice d’octane d’une essence, une étude de M. Lecoq sur les agglomérés.
- Traité de physiologie normale et pathologique,
- par G. II. Roger et Léon Binet. Tome XII. Oxydo-réductions, greffe et cicatrisation, vitamines, électroencéphalographie. 1 vol. in-8, 542 p., 121 fig. Masson et Cle, Paris, 1940.
- Le grand traité français de physiologie a paru en 11 volumes dont 4 ont déjà été réédités. Les progrès accomplis en ces dernières années ont conduit à y ajouter un tome XII supplémentaire ; il groupe les sujets nouvellement traités ou repris, qui changent le plus les conceptions classiques de la physiologie.
- La première question exposée est celle des transporteurs et accepteurs d’hydrogène qui bouleverse toutes les notions d’oxydation et de respiration. Depuis Lavoisier, on admettait que l’oxygène joue le rôle de comburant dans toutes les oxydations de la matière vivante et la production de la chaleur animale ; Wieland a attribué le rôle principal à l’hydrogène et la respiration est devenue un transport d’hydrogène vers l’oxygène de l’air, la vie aérobie une formation d’eau à partir de l’hydrogène et de l’oxygène, la vie anaérobie une fixation d’hydrogène sur des molécules organiques. Le circulus de l’hydrogène est complexe ; il nécessite des ferments (déshydrases) qui l’arrachent à une molécule, des transporteurs (acide suc-cinique, glutathion, adrénaline, vitamines B,, B, et C) et des ioniseurs (cytochromes) qui l’ionisent en fixant un électron sur le fer qu’ils contiennent. M. Aubel explique cette question et la notion de rH qui en dérive ; MM. Bigwood et Thomas s’occupent du cytochrome et de son oxydase qui règlent la respiration cellulaire ; MM. Binet et Weller traitent du glutathion et de son remarquable pouvoir antitoxique. M. Mayer y ajoute un -chapitre plus spécial sur les agents hyperthermisants, particulièrement le bleu de méthylène et les nitrophénols.
- La deuxième partie est consacrée aux greffes et aux cicatrisations. M. May présente les travaux récents sur la greffe et la transplantation qui donnent si souvent des résultats inattendus et surprenants. M. Millot analyse les processus de cicatrisation et de régénération chez l’homme et dans le monde animal.
- La troisième partie est un exposé tout à fait à jour de la question des vitamines. Dans une première vue d’ensemble, M. Szent-Gyorgyi rappelle que ce sont des substances chimiques très diverses, sans autre lien que de ne pouvoir être
- produites par synthèse dans l’organisme pour lequel elles sont vitamines, mais qui peuvent être produites par d’autres êtres pour qui elles ne le sont plus. Il est difficile d’en prescrire les doses utiles, mais depuis qu’on sait en préparer chimiquement pures, on en obtient des effets thérapeutiques remarquables. La vitamine A est ensuite étudiée par M. Chevallier, les vitamines B par M. Boulanger, la vitamine C ou acide ascorbique par M. Giroud, les vitamines D par MM. Mouriquand et Leu-lier, la vitamine E par MM. Karrer et Demole, c’est-à-dire par des spécialistes qui ont largement contribué aux progrès de nos connaissances.
- M. de Almeida groupe en un chapitre des vues d’ensemble sur deux processus nerveux : l’inhibition et la dynamogénie, et enfin MM. Bremer et Titeca rassemblent les données sur l’activité électrique de l’écorce cérébrale fournies par l’électroencé-phalographie qui apporte nombre de renseignements nouveaux sur le sommeil et les maladies nerveuses.
- Complété par le présent tome XII, le traité de physiologie normale et physiologique est un exposé complet et précis de nos connaissances actuelles.
- Claude Bernard, par Pierre Mauriac. 1 vol. in-16, 157 p.
- Grasset, Paris, 1941. Prix : 15 francs.
- Grand savant mais homme malheureux, digne d’admiration certes, mais avec un peu de pitié, tel apparaît ici Claude Bernard, incertain entre Comte et Pasteur, entre Renan et Berthe-lot. Ce n’est pas l’image qu’on présentait du maître de la médecine expérimentale, mais celle moins olympienne et qu’on sent plus vivante d’un homme tourmenté, douloureux de ne pouvoir atteindre à la métaphysique.
- Psychologie des animaux sauvages, par Achille
- Urbain. 1 vol. in-16, 267 p., 13 fig. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1940. Prix : 22 francs.
- Directeur du « Zoo » de Yincennes, l’auteur a pu observer nombre de ses pensionnaires, mais il réunit ici surtout les observations des autres. Après avoir rappelé les tendances de la psychologie animale, de l’anthropomorphisme au mécani-cisme, les méthodes d'investigation, de la pesée du cerveau au dressage en passant par diverses techniques d’expérimentation, et examiné le problème de l’instinct, il passe en revue les animaux sauvages indigènes et exotiques, en signalant pour chacun les principaux- traits d’observation et d’expériences qui permettent de les juger. Le dernier chapitre est consacré aux singes supérieurs et inférieurs et résume les recherches ingénieuses entreprises en ces dernières années, notamment sur le chimpanzé, le gorille, l’orang-outan et les gibbons. C’est un résumé de nos connaissances actuelles dont on ne peut dégager une nette conclusion.
- La Basse=Bretagne, par Auguste Dupouy. 2 vol. in-8,
- 171 + 153 p., 313 fig. Collection « Les beaux pays ».
- Arthaud, Grenoble, 1940.
- On connaît le luxe de présentation et l’agrément de lecture des livres de cette collection. Les deux volumes consacrés à la Basse Bretagne par un de ses fils qui la comprennent le mieux ne décevront pas ceux qui aiment les belles éditions et la géographie vécue sans théories ni préventions. Même pour ceux qui ont voyagé en Bretagne ou y ont vécu, cette œuvre est pleine de révélations : découvertes de sites, de monuments, de costumes peu connus, atmosphère plus calme, plus riante que ne le veulent les poncifs romantiques, vie profonde et activité intense des habitants. Y avant longuement vécu, connaissant bien son histoire, l’ayant parcourue en tous sens jusqu’en ses moindres recoins, l’auteur va de pays en pays, de la côte jusqu’à la Haute-Bretagne de l’intérieur, par une suite d’itinéraires dont beaucoup sont trop peu fréquentés ; chemin faisant, il note les mœurs, les costumes, les chapelles et les châteaux, les mégalithes et les paysages si variés par le mélange intime des rocs anciens, de la verdure bocagère et de la mer partout présente, tantôt grandiose sur les côtes sauvages, tantôt insinuante et calme dans les anses. On va ainsi des ports de pêche cornouaillais au pays bigouden, de (juimper et du pays « glazik » à l’Ellé, de la Cornouaille au Léon par la côte et par les terres, de Morlaix à Guingamp, pour redescendre ensuite le Blavet jusqu’à Tannes, au Morbihan et aux îles. C’est partout un enchantement dont témoignent 313 photographies admirablement choisies et reproduites en héliogravure qui forment une iconographie qu’on ne se lasse pas de contempler.
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- 222 RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- GÉOMÉTRIE
- Pour déterminer la hauteur d’un arbre dont le pied est accessible. — M. P. Gay, ingénieur A. et M., nous communique la recette suivante :
- Ayant un cyprès assez haut à abattre dans mon jardin, et
- voulant savoir si sa longueur tiendrait dans l’espace où je suis obligé de le faire tomber, j’ai installé un pieu de 1 m. de haut au point supposé à A:ue d'œil où la tête doit porter.
- Puis, j’ai fixé une bande plate A prise dans une vieille règle à dessin, de 25 à 30 cm. de long, sur la surface supérieure horizontale de ce pieu, et tan-gentiellement à sa circonférence d e base ; ensuite une autre bande pareille contre une des génératrices au point de contact de la première règle avec la circonférence de base, point qui servira de pivot. Cette deuxième bande va constituer la ligne de visée dirigée vers le sommet de l’arbre, remplaçant l’alidade mobile du graphomètre, et l’angle qu’elle forme avec la première est celui que donnerait cet instrument ; mais il est inutile d’avoir sa valeur, car il suffit de mesurer un des sinus de cet angle, c’est-à-dire une verticale comprise entre la première bande et le bord supérieur de l’autre.
- Pour cela, marquons, par exemple, une longueur de 15 cm. à partir du pivot sur la bande horizontale, et maintenant une mesure métrique rigide verticalement au point obtenu, notons la longueur qu’elle donne entre les deux bandes, soit 14 cm.
- La distance du pieu à l’arbre étant de 7 m. 20 et la hauteur du pieu 1 m., nous aurons la proportion suivante, x étant la hauteur cherchée :
- Fig. 1. — Graphomètre improvisé.
- æ — i rn. ___ 7m 20
- o m. 14 o m. i5
- d’où : cc —
- 7 m. 20 x o,i4 o,i5
- + 1 m = 7 m. 72.
- Pouvant disposer d’une distance un peu plus grande, la place de l’arbre est assurée.
- P. Gay,
- Ingénieur A. et M.
- FABRICATION DOMESTIQUE DU SAVON
- En temps de paix, il est certainement plus simple d’acheter du bon savon de Marseille à 72 pour 100 de matières grasses et de le faire sécher avant l’emploi plutôt que d’en essayer la fabrication. Mais les temps ont singulièrement changé et la pénurie actuelle de matières grasses donne un intérêt considérable à la fabrication domestique d’un savon qui, sans valoir celui de l’industrie, peut être cependant d’une qualité bien suffisante en pratique.
- En raison, précisément, de cette pénurie de matières grasses, il conviendra de 11e les traiter qu’à bon escient pour évitei’ toute perte inutile, et la multiplicité des recettes données — et même vendues — montre la plupart du temps une totale incompréhension du problème. Certains, en effet, se bornent à reprendre des extraits do traités de chimie, d’autres, flattant le goût féminin pour le mystérieux et le compliqué, vont chercher les ingrédients les plus variés et même les plus inutiles.
- Or le mode d’emploi que je vais indiquer, après mise au point personnelle, est infaillible, car je me suis placé dans les conditions même où peut se placer la ménagère, les conditions des réactions organiques étant bien souvent différentes suivant qu’on traite 100 g. de produit ou 100 kg., à l’aide d’un fourneau de cuisine ou d’un autoclave à vapeur !
- Les chimistes savent à quoi s’en tenir et ce n’est pas pour eux que j’écris ceci ; j’évite donc de faire la description de la
- fabrication industrielle pour insister sur quelques détails de manipulation certainement plus utiles au lecteur moyen.
- Produit indispensable : graisse.
- Produits utiles : soude caustique ; eau non calcaire ; résine.
- Produits facultatifs : carbonate de soude ; silicate de soude ; parfums divers ; charges.
- Voyons cela en détail.
- 1° Graisse. — Toute graisse animale ou végétale convient, elle doit être aussi pure que possible et non salée ; par contre les graisses ou huiles minérales (qui ne sont d’ailleurs ni des graisses ni des huiles) ne peuvent servir. Inutile donc d’essayer le procédé avec des huiles de vidange do moteur ou de vaseline, comme je l’ai vu faire !
- Inutile de donner des conseils sur la façon de sc procurer cette graisse. C’est là le point faible de la fabrication industrielle, mais le Français est débrouillard. C’est ainsi par exemple que les rares jours de pot au feu, on ne salera pas celui-ci à la cuisson, on laissera refroidir le bouillon et on mettra la graisse do côté. De même de la soupe de porc... si on en trouve. C’est là un exemple, mais on trouvera certainement d'autres sources....
- 2° Soude caustique. — Il s’agit là d’un produit caustique, donc susceptible de produire des brûlures graves, bien plus que si elles étaient causées par le feu. Il faudra donc prendre des précautions élémentaires contre ce risque.
- On la trouvera dans le commerce sous forme de plaques, de paillettes, ou de solution dans l’eau (appelée « lessive »). En plaques ou en paillettes elle est extrêmement hygrométrique et doit être conservée en boîte métallique (pas d’aluminium) fermant hermétiquement. En outre, et surtout sur la lessive, l’air exerce une action transformant la soude caustique en carbonate de soude bien moins actif (« cristaux des ménagères »). En prendre donc chez le marchand la quantité strictement suffisante si on ne dispose pas d’emballage suffisamment étanche. En tout cas, ne jamais en prendre livraison dans des cornets de papier ou de carton, mais dans une boîte de fer blanc. Éviter absolument tout contact avec les doigts, la peau ou les muqueuses et manipuler doucement les paillettes avec une cuiller de fer pour éviter d’en répandre. Tout ce qui reste un moment au contact de la soude caustique est radicalement rongé et détruit. Bien entendu, protéger les yeux avant tout et si l’on doit concasser de la soude en plaques mettre des lunettes et se placer un torchon devant le visage, en guise de masque. En résumé, éviter les contacts avec le produit, les projections ou les chutes et rincer abondamment les récipients l’ayant contenu.
- Én cas de brûlure, laver immédiatement au vinaigre, rincer à l’eau chaude abondamment et recommencer le traitement au vinaigre plusieurs fois de suite (même pour une goutte).
- Les lessives de soude caustique sont vendues titrées en degrés Baumé. Voici les équivalences :
- 4 1. de lessive de soude caustique à 40° Baumé contient 35 g. de soude caustique libre.
- 1 1. de lessive de soude caustique 28 g. 83 de soude caustique libre.
- 1 1. de lessive de soude caustique 23 g. 7 de soude caustique libre.
- 1 1. de lessive de soude caustique 18 g. 6 de soude caustique libre.
- 1 1. de lessive de soude caustique 14 g. 4 de soude caustique libre.
- 1 1. de lessive de soude caustique 10 g. de soude caustique libre.
- 1 1. de lessive de soude caustique G g. G de soude caustique libre.
- (1 35° Baumé contient
- à 30o Baumé contient
- à 25° Baumé contient
- U 20° Baumé contient
- cl 15° Baumé contient
- à lOo Baumé contient
- Ne pas confondre la « soude caustique » avec la « soude » des ménagères (carbonate de soude cristallisé, ou « cristaux ») ou la « soude Solvay » (carbonate de soude anhydre).
- 3° Eau non calcaire. — Le plus simple est de prendre de l’eau de pluie ou de l’eau distillée ou de l’eau adoucie par un appareil spécial (Permo, Doussolux, etc.). A défaut, laisser bouillir de l’eau ordinaire pendant 1/4 d’heure ; y ajouter du carbonate de soude cristallisé (cristaux) à raison de 10 g. par litre d’eau, laisser refroidir sans remuer et décanter doucement ou siphoner l’eau claire sans agiter et sans prendre la boue blanche déposée au fond du récipient.
- 4° Résine. — La résine incorporée au savon augmente son pouvoir « détersif » (ou nettoyant). Elle se distingue d’une « charge » (voir plus loin) en ce sens qu’elle doit être « saponifiée » comme la graisse, c’est-à-dire être transformée en savon par la soude caustique. Au contraire « les charges » que nous allons voir ne servent à renforcer le pouvoir détersif du savon que par leur seule présence et il faut en conséquence ne les
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- ajouter qu'au dernier moment, alors que le savon est déjà fait et sur le point de se solidifier. D’autres charges ne servent qu’à l’agrémenter ou à en augmenter le volume.
- 5° Carbonate de soude. — « Cristaux », carbonate, « carbo-nade » des ménagères, c’est le produit que nous emploierons parce qu’on l’a toujours sous la main. On peut le remplacer par le produit anhydre (soude Solvay) en en mettant deux fois moins en poids. Il permet au savon de mousser même avec les eaux dures.
- 6° Silicate de soude. — C’est un produit liquide vendu aussi dans les drogueries sous le nom de « verre soluble ». Il augmente à la fois le pouvoir détersif et le volume du savon.
- 7° Parfum. — Son rôle se comprend sans explication. Prendre un extrait bon marché, sans rechercher la finesse hors de mise avec un savon de ménage grossier. On emploie avantageusement la nitrobenzine ou « essence de Mirbane », certaines essences de lavande vétérinaire, des sous-produits de parfumerie, etc.... Le plus facile à trouver et le moins cher est encore la nitrobenzine qui sent vaguement l’amande amère.
- 8° Charges diverses. — Terre à foulon (argile servant au nettoyage avant la fabrication industrielle des savons), sciure de bois de sapin, craie, talc, poudre de grès ou de pierre ponce (savon minéral), décoction concentrée de Sapindus, de Marron d’Inde, de Saponaire, de bois de Panama, tous contenant de la « saponine », produit assurant une mousse abondante mais pratiquement impossible à se procurer actuellement.
- Cela dit, passons maintenant à la fabrication.
- Je conseillerai de ne pas traiter plus de 2 kg. de graisse à la fois et on emploiera un récipient de fer galvanisé contenant au moins le double de la quantité d’eau utilisée (lessiveuse) pour éviter les débordements caustiques et les brûlures. De même on se fabriquera une spatule de bois longue de 40 à 50 cm. pour remuer vigoureusement la masse sans trop s’en approcher.
- Proportions :
- Eau de pluie............................ 2 500 g. à 3 000 g.
- F Résine ou colophane concassée en petits morceaux............................................... 250 —
- Suif ou graisse ........................ l 000 —
- Soude caustique en plaques concassées ou en paillettes................................... 150 —
- F Carbonate de soude cristallisé pulvé-
- risé au marteau (ou en solution
- concentrée chaude)................... 50 g. à 100 —
- F Silicate de soude à 35° Baumé . . . 400 — à 1 000 —
- F (Nitrobenzine............................................. 5 —
- (Les produits marqués F sont facultatifs).
- Chauffer l’eau, y verser la résine en remuant jusqu’à fusion de celle-ci.
- Ensuite, y verser la graisse, remuer sans arrêt jusqu’à fusion totale et amener à l’ébullition.
- Le liquide prend alors l’aspect d’un bouillon gras et se tronve à environ 90° C.
- Retirer la bassine du grand feu, et sans cesser de remuer vigoureusement incorporer avec précaution et par petites doses la soude caustique (qui grésille). Aussitôt la soude dissoute, ramener sur grand feu et toujours en remuant et en râclant le fond de la bassine, ramener à l’ébullition. A ce moment la masse « monte » comme du lait avec formation d’une lourde écume en même temps que la solution s’épaissit et devient sirupeuse. Si cela va trop fort et risque de déborder, retirer un instant du grand feu, mais toujours remuer et assurer ainsi o à 10 mn d’ébullition. Cèci fait, retirer complètement la bassine du feu et laisser refroidir lentement sans cesser de remuer (tracer
- BOITE AUX
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boite aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Taupes. — Ees mèches soufrées peuvent être employées pour produire par allumage l’acide sulfureux nécessaire à la destruction des taupes, mais nous croyons qu’il est préférable de ne pas attendre que ces petits animaux se soient installés,
- ..... ..... ................. 223 =
- des larges 8 avec la spatule et non en tournant en rond, et racler de temps en temps le tour du récipient. La masse épaissit de plus en plus. Quand elle est très fortement sirupeuse, que les traces laissées par la spatule sur la surface du produit commencent à marquer un instant avant de disparaître, incorporer le carbonate de soude, ou le silicate, par petites doses et sans cesser de remuer. Ajouter alors dans les mêmes conditions la. nitrobenzine et après s’être assuré que ces divers produits sont bien répartis dans une masse homogène, abandonner le tout, au refroidissement lent ou couler dans des moules mouillés au préalable et laisser refroidir dans ccs derniers. Bien entendu la bassine ou les moules devront permettre le démoulage facile, c’est-à-dire ne pas avoir de parties rentrantes ou de rebords intérieurs. Les caissettes métalliques à biscuits conviennent à la perfection si on en découpe le rebord (le cas échéant) à la cisaille ou aux ciseaux. Dans une boîte carrée de 23 cm. de côté on coule le savon correspondant aux proportions ci-dessus (sans silicate) sur une épaisseur de 7 cm. environ, ce qui représente 9 morceaux de savon pesant au total 3 kg. 500 environ.
- Au bout de 24 h., démouler, ce qui ne présente aucune difficulté en raison du retrait subi par la masse, découper les morceaux à l’aide d’une ficelle ou d’un fil de fer fin tendu entre-deux morceaux de bois servant de poignées, et les mettre à. sécher naturellement.
- Quelques remarques pour terminer : les chimistes reconnaîtront ici la fabrication d’un « savon d’empâtage mi-cuit ». Mais alors que dans l’industrie, on fond d’abord le suif à feu doux pour y incorporer de la lessive liquide, je procède à l’inverse. De cette façon, en effet, on évite tout risque d’incendie ou de brûlage des graisses ou du savon avec production d’acroléine toxique et, d’autre part, la division des globules graisseux sous forme d’émulsion. augmente considérablement la surface de saponification, assure celle-ci sans production de « mottes » et permet un brassage aisé, continuel, assurant la parfaite réussite de l’émulsion. En fait toutes les personnes ayant suivi ce procédé ont réussi d’emblée un savon aussi bon et aussi beau que le permet une fabrication non industrielle et sans, relargage.
- Il va de soi que tout savon d’empâtage contenant de la glycérine (qu’élimine précisément la fabrication industrielle) restera assez hygrométrique et devra être conservé au sec.
- Pour le cas où l’on serait obligé d’utiliser de la lessive de soude, on en prendrait une quantité suffisante pour que la. soude caustique libre qu’elle contient corresponde au poids de soude caustique solide préconisé. Et l’on réduirait par contre la proportion d’eau en raison de celle que contient ladite lessive. Le tableau d’équivalences indiqué plus haut donne toute-facilité à cet égard.
- Les spores du Charbon ou du Tétanos ne seraient pas détruits, par cette fabrication dont la température ne dépasse pas 92° C. Se méfier en conséquence des suifs d’équarrissage qu’il vaut mieux ne pas utiliser pour rester sans inquiétude.
- Lorsqu’on coule le savon, il en reste toujours un peu dans le-récipient. On peut le racler et utiliser les miettes dans la première eau de lessive ou alors les mettre dans une boîte de conserve, ajouter un peu d’eau de pluie et laisser fondre le tout au bain-marie, puis refroidir et démouler.
- Le savon résultant de cette fabrication est, même avant, incorporation de la charge de carbonate de soude, sensiblement alcalin mais sans excès, ce qui est nécessaire pour en assurer-la conservation et, du moins dans l’eau douce, il mousse à la. perfection, ce qui permet de laver les lainages sans foulage ni rétrécissement.
- J. C. Mauveaux.
- LETTRES
- et de les éloigner par des odeurs qui leur sont désagréables.
- Pour cela il suffit, paraît-il de planter de place en place dans la terre un bâtonnet préalablement trempé dans du coaltar (goudron de gaz) ou mieux encore d’enterrer à une profondeur de 20 cm., une cordelette également imbibée de goudron, de-façon qu’elle entoure la plate-bande que l’on veut protéger.
- Peinture sans huile. — On peut réaliser économiquement une peinture sans huile de lin, ni céruse en se basant, sur la formule suivante :
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- Excipient :
- Colophane.......................... 25 g.
- Benzol à moteurs . ............ 16 —
- Poudre colorante................... 60 —
- La poudre colorante se compose elle-même de :
- Sulfate de baryte pulvérisé. ... 20 g.
- Couleur minérale................... 40 —
- Comme couleur minérale on peut prendre, suivant la teinte désirée, l’outremer, le bleu de Prusse, le rouge d’Angleterre, le jaune de ebrome, etc... pris tels quels ou mélangés.
- Prendre grand soin avant délayage de faire « infuser » la matière colorante dans un peu de benzol, pendant une douzaine d’heures, cela afin d’éviter, au moment de l’emploi de la peinture, la production de « traînées » par délayage tardif de grains de couleur non mouillés.
- Bien entendu, on ne peut exiger d’une semblable préparation les qualités d’une couleur normale à l’huile de lin et à l’essence de térébenthine, mais sa solidité est déjà très grande.
- Huile de noix. — L’extraction de l’huile de noix comporte les opérations suivantes :
- Après la récolte, les noix sont séchées à l’ombre puis conservées pendant 3 à 4 mois afin qu’elles complètent leur maturation et se débarrassent du suc laiteux qu’elles contiennent encore et qui rendrait difficile la clarification de l’huile. Conservées trop longtemps, les noix sont exposées à rancir ou à moisir, si elles ne sont pas conservées dans un milieu sec.
- Les noix contiennent de 40 à 45 pour 100 d’huile ; pour se prêter convenablement à l’extraction, elles doivent avoir la maturation dont nous venons de parler sans quoi elles donnent une huile trouble difficile à clarifier. On brise les coques et sépare les amandes qui, écrasées sous une meule, sont soumises à une première pression à froid ou « froissage » sous une presse hydraulique spéciale dite « presse à auges », ce qui donne l’huile vierge.
- Le résidu est trituré, humecté d’eau tiède, puis pressé à chaud (deuxième pression ou de rebat).
- La première pression fournit 30 à 35 pour 100 d’huile, la deuxième 10 à lo pour 100. Parfois, on presse directement à chaud les amandes broyées ; on obtient alors environ 40 pour 100 d’huile de moins bonne qualité.
- L’huile de noix obtenue par expression à froid est incolore ou légèrement verdâtre, elle devient jaunâtre en vieillissant. Elle possède une saveur agréable qui l’est beaucoup moins quand elle vieillit, elle devient alors purgative.
- L’huile obtenue par expression à chaud a une couleur plus foncée, une saveur moins fine et dégage en brûlant une odeur spéciale.
- L’huile de noix AÛerge constitue une excellente huile comestible, elle est très estimée dans les arts pour la préparation des couleurs fines. On s’en sert aussi pour la préparation de l’encre, pour l’impression en taille douce, également pour l’éclairage, plus rarement pour la fabrication de savons ; les résidus épuisés ou tourteaux sont un excellent aliment pour le bétail.
- De petites presses à vis, manœuvrées à bras peuvent être utilisées pour une extraction de fortune, mais évidemment avec rendement défectueux.
- Piles sèches. — Dans ces piles, le négatif est généralement une mince feuille de zinc, roulée en cylindre, et qui constitue l’enveloppe extérieure de la pile ; le zinc est souvent amalgamé. Le positif est une plaque ou ane tige de charbon de cornue entourée de la pâte dépolarisante. Le charbon et sa pâte forment un tout ; cette pâte est souvent maintenue autour du charbon par un sac en tissu ou papier buvard. Enfin, la pâte électrolytique contenant l’électrolyte immobilisé à l’état gélatineux, par un artifice qui varie suivant les fabricants, est placée entre- l’électrode positive complexe et le zinc.
- La composition précise de la pâte dépolarisante et celle de la pâte électrolytique sont généralement des secrets de fabrication pour chaque constructeur.
- Voici une formule de pâte dépoîarisante extraite de l’ou-
- vrage Piles primaires et accumulateurs, de Féry, Cheneveau et Paillard (J. N. B. Baillière, éditeur) :
- Charbon granulé . .
- Graphite artificiel . .
- Bioxyde de manganèse Sel ammoniac. . . .
- Chlorure de zinc . .
- 0 à 80 parties en poids 20 à 40 parties 100 à 160 parties 10 à 20 parties 5 à 10 parties
- L’électrolyte est presque toujours du chlorhydrate d’ammoniac. Pour l’immobiliser, on utilise les substances les plus diverses : gélatine, agar-agar, gomme adragante, dextrine, fécule, farine, mélangées à du plâtre de Paris, coton de verre, fibre de coco, amiante, kieselghur, etc...
- Après remplissage de la pile, on la ferme en mettant au-dessus de la pâte une couche de sciure et une couche de cire à cacheter.
- La fabrication des piles sèches semble, à première vue, n’offrir aucune difficulté. En fait, elle demande beaucoup d’expérience, notamment pour le choix des matières premières et le choix des mélanges les plus aptes à donner des éléments ne s’altérant pas au repos.
- Vernis isolant. — Le meilleur vernis qu’on puisse réaliser comme isolant des supports en électricité statique est le vernis à la gomme laque composé de :
- Gomme laque blanche....................... 150 g.
- Alcool à 05°.............................. 1 000 cm3
- Ne pas chercher à appliquer un vernis trop épais, mais procéder par couches successives en attendant toujours que la couche précédente soit bien sèche.
- Collage des pièces en caoutchouc. — Le collage des pièces de caoutchouc sur des bottes de même nature ne présente pas de difficulté en se servant de la « dissolution » courante pour pneumatiques, mais en observant les précautions suivantes :
- Rendre rugueuses les deux parties à coller à l’aide d’une brosse-carde ou d’une râpe. Brosser ensuite, afin d’éliminer toute poussière de caoutchouc ou autre.
- Etendre sur chaque partie à coller une couche de « dissolution » et laisser sécher pendant une heure ; redonner une seconde couche puis attendre le même temps.
- Réunir finalement les deux éléments en les appliquant soigneusement, particulièrement sur les bords, puis marteler toute la surface, après avoir introduit à l’intérieur de la botte un corps dur sur lequel on pourra s’appuyer, par exemple une forme à chaussures (précaution indispensable pour la réussite). Laisser sécher 24 h. avant réemploi.
- Collage de drap sur du bois. — Le collage du drap sur le bois se réalise avec une solution de colle forte pas trop concentrée, mais en ayant soin de mettre la colle uniquement sur le bois, sans en mettre sur le drap.
- Coloriage de tissus. — Nous pensons qu’on pourrait remplacer la solution de gutta ou celle de paraffine, pour cerner les dessins sur étoffe en vue de coloriage intérieur aux couleurs d’aniline alcoolique, en employant le blanc d’œuf dilué en proportions comœnables avec de l’eau froide. Une fois l’albumine séchée, celle-ci sera complètement insoluble dans l’alcool.
- Le coloris étant effectué, une simple macération dans l’eau tiède à 25° à 30° C. enlèvera la cernure devenue inutile.
- S’il s’agit de tissus de soie naturelle ou de laine, la plupart des couleurs d’aniline pourront être utilisées, mais s’il s’agit de rayonne, il faudra se servir de couleurs se fixant directement sur la cellulose, par exemple les couleurs dites diamines.
- N. B. — 4° Éviter strictement l’emploi d’eau chaude qui coagulerait l’albumine A-ers 60° C. ce qui empêcherait ultérieurement de l’enlever ;
- 2° Pour la facilité.du dessin, la solution albumineuse pourra être colorée par un bleu d’outremer qui disparaîtra également au lavage tiède.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (france). — 15-6-1941 — Published in France.
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- N° 307 i
- LA NATURE
- 15 Juillet 1941
- E LES ACIERS INOXYDABLES = DANS L'INDUSTRIE MODERNE
- La question de la résistance chimique ou résistance à la corrosion des métaux et alliages est excessivement vaste et fort complexe 0).
- S’en tenant uniquement aux produits sidérurgiques, l’Iron and Steel Tnstitute (U. S. A.) a déterminé que la corrosion avait détruit en trente-trois années, dans le monde entier, iMuinm ~ i N mi 11 mm «!« I do nu taux:
- 1 importance de la question et montre qu’il est la conséquence d’un ensemble de causes naturelles permanentes. Les efforts faits pour en limiter les ravages constituent, donc une lutte contre un ensemble de lois
- Fig. 1 à 3. — Quelques appa-pareils en acier inoxydable : serpentin en tubes soudés ; éléments d’une essoreuse ; colonne de rectification pour l’acide acétique.
- ferreux contre une production de 2 milliards 766 millions de t. Ceci revient à dire que la corrosion fait disparaître, dans un temps donné, environ le quart du tonnage produit pendant le même temps.
- Ce pourcentage a été déterminé à la suite d’éludes sérieuses et d’enquêtes approfondies. Il met en valeur
- 1. Voir R. Legendre. La corrosion à la mer. Revue scientifique, 15 avril 1938.
- régissant des phénomènes naturels qui agissent lentement mais implacablement.
- Il faut bien considérer que les méfaits de la corrosion ne se bornent pas à la destruction du métal. Cette destruction peut avoir des suites graves et conduire à des dommages dont l’importance est hors de proportion avec la valeur même du métal détruit et certains cas de corrosion peuvent entraîner des conséquences
- *
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- Fig. 4. — Séparateur à air en acier inoxydable, pour les usines de Saint-Gobain, à Rouen.
- d’un exceptionnel caractère de gravité. Voici quelques exemples typiques :
- Dans les chantiers de production du pétrole, 20 pour xoo des réservoirs à hydrocarbures liquides bruts sont à remplacer chaque année par suite de la corrosion engendrée par la présence de petites quantités d’eau salée.
- Watts et Knapp citent le cas d’un navire de plaisance américain entièrement construit avec un matériau remarquablement résistant à la corrosion, le métal Monel. Seuls, l’étrave, la quille, l’étambot et le bâti du gouvernail étaient en acier. Une corrosion électrolytique s’étant établie entre les deux métaux, l’acier a été complètement détruit et la coque du bâtiment mise hors d’usage avant d’avoir fait un seul voyage.
- Enfin, il y a quelques années, en France, dans les Vosges, la catastrophe du lac Noir coûta plusieurs vies humaines à la suite de la rupture par corrosion d’une conduite forcée d’usine hydro-électrique.
- C’est pourquoi les efforts des métallurgistes, autrefois uniquement orientés vers l’amélioration des propriétés mécaniques et physiques des métaux, se portent depuis quelques années vers l’accroissement de la résistance chimique des alliages et en particulier des aciers.
- Des résultats tout à fait remarquables ont été acquis
- et dans beaucoup de cas des solutions totales ont été réalisées.
- Il faut bien spécifier que le problème de la insistance chimique n’est pas susceptible de solution générale. Il y a dans les phénomènes de corrosion en technique industrielle trop de variables indépendantes pour que l’on puisse espérer résoudre la question par une unique réponse.
- Les facteurs qui influent à l’encontre de la résistance chimique sont multiples : nature chimique des produits en contact, impuretés, concentration en ions hydrogène du milieu ou pli, température, atmosphère, pression, agitation, viscosité, structure et traitements mécaniques et thermiques subis par le métal, état des surfaces, potentiel électrique de la pièce métallique, métaux et alliages en contact, parfois même actions bactériologiques, etc.
- Cette abondance de facteurs pouvant avoir une action défavorable montre la complexité et la difficulté que présente la réalisation d’alliages de haute résistance chimique.
- Les premiers aciers inoxydables ont apparu il y a une vingtaine d’années, ils étaient surtout à l’usage de la coutellerie. Depuis, des progrès considérables ont été réalisés par l’apparition de certains types d’aciers résistant à la corrosion dans leur masse entière. Ceci permit la construction d’appareillages conservant indéfiniment à l’usage leur apparence et leurs qualités premières. L’appareillage de certaines industries chimiques et biologiques a subi de ce fait une transformation complète.
- Ces aciers inoxydables comportent en principe du fer comme élément dominant, du chrome et du nickel en fort pourcentage et enfin des éléments accessoires ajoutés pour des buts définis : titane, tungstène, molybdène, colombium, silicium, vanadium, etc.
- Ce sont les aciers au chrome et au nickel dits 18/8, contenant 18 pour 100 de chrome et 8 pour 100 de nickel, qui en sont les prototypes. Ces alliages sont amenés à l’état austénitique par hypertrempe à haute température.
- La teneur en carbone de ces aciers est maintenue aussi basse que possible, aux environs de 0,10 pour 100, bien qu’elle puisse monter dans bien des cas et sans inconvénients jusqu’à o,35 pour 100.
- ' Le silicium est habituellement présent à raison d’environ o,5 pour 100, sauf dans les qualités spéciales au silicium qui peuvent en contenir 2,5 pour 100.
- Le soufre et le phosphore sont au maximum à o,o5 pour 100 chacun.
- Les qualités spéciales d’aciers inoxydables au tungstène en contiennent de 1 à 5 pour 100, au molybdène de 2 à 4 pour 100, au titane o,4 pour 100, au cuivre i,5 à 2,5 pour 100, au colombium 0,8 pour 100, au vanadium o,3 à 2 pour 100.
- En principe, ce sont les aciers 18/8 au titane ou au molybdène, ou au molybdène et au titane qui sont les plus employés et s’appliquent au plus grand nombre de cas.
- L’addition de ces métaux joue généralement
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- un rôle stabilisant, évitant la précipitation des carbures et maintenant au cours des traitements mécaniques et thermiques la structure austénitique qui confère notamment les propriétés suivantes : durcissement par écrouissage à chaud ou à froid, adoucissement par trempe à l’eau à i ioo°-à i 2000 C., ama-gnétisme à l’état trempé.
- Cette structure austénitique (du nom du Pr Roberts Austen) est essentiellement caractérisée par une solution solide de carbure de fer dans le fer gamma avec, également à l’état de solution solide, d’autres éléments qui n’altèrent pas cette structure. Sous le microscope elle apparaît comme dans toutes les solutions solides sous forme de grains polyédriques.
- r......—~ : 227 =
- L’addition de 2 à 4 pour 100 de molybdène a pour effet d’améliorer notablement la résistance à la corrosion par la plupart des réactifs chimiques, spécialement la corrosion fissurante intergranulaire. Elle est efficace vis-à-vis des acides sulfurique et chlorhydrique dilués, de l’acide sulfureux, des bisulfites, de l’acide phosphorique, de l’acide acétique, des solutions de chlorures et d’hypochlorites.
- D’une manière générale, la résistance chimique est définie par la variation de poids par unité de surface et par heure en tenant compte de ce que la variation de poids admissible pour certains emplois particuliers doit être limitée à un chiffre déterminé.
- On prend souvent pour un classement du degré de
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- 228
- Fig. 8. — Petite marmite autoclave à agitateur pour l’in-duxtrie chimique organique ou pharmaceutique.
- résistance à une action chimique l’ordre de progression suivant : P étant le poids de la perte de métal en g. par m2 et par h. :
- Résistance excellente pour P <C 0,1 g.
- Résistance suffisante pour 0,1 < P < i g.
- Résistance passable pour i < P < 3 g.
- Résistance médioci’e pour 3 < P < io g.
- Résistance mauvaise pour P > io g.
- 11 est nécessaire de faire ces essais sur des surfaces nettes, débarrassées de toutes traces d’oxydes que l’on élimine par décapage ou par polissage. On sait que 1’inlluence de l’état de surface est très marquée dans les phénomènes d’attaque et de corrosion.
- Les aciers inoxydables se prêtent au travail de forge : façonnage à chaud et matriçage. Il faut opérer entre q5o et i ooo°, en évitant de marteler au-dessous de 9°o0. Le chauffage des pièces doit être prolongé pour atteindre la température nécessaire, car la conductibilité calorifique des aciers 18/8 n’est que le tiers de celle de l’acier ordinaire.
- L’usinage des aciers inoxydables est plus difficile que celui des aciers doux ordinaires, par suite de leur dureté minéralogique plus élevée et aussi du fait que le métal supporte de très forts allongements avant rupture et que les copeaux de coupe s’éliminent plus
- difficilement. Pour usiner aisément ces aciers, il faut utiliser des machines-outils puissantes, des outils de première qualité et de forte section.
- Les traitements thermiques doivent être faits à haute température, étant donnée leur srtuclure austénitique. Pour obtenir l’adoucissement maximum, il faut les porter de i ooo à i 200° C., puis les tremper à l’eau.
- Le chaudronnage peut s’exécuter à chaud ou à froid en prenant des précautions spéciales parfaitement connues maintenant dans les ateliers spécialisés.
- Les aciers xS/8 se soudent parfaitement, aussi bien au chalumeau qu’à l’arc électrique. Ces techniques sont maintenant tout à fait au point et remplissent les conditions nécessaires : étanchéité, résistance mécanique, résistance chimique.
- Le moulage des aciers austéniliques inoxydables, malgré quelques difficultés supplémentaires, se fait maintenant régulièrement et les aciéries produisent actuellement la plupart des pièces de formes courantes moulées et forgées aussi bien que des barres laminées, des tôles, fils, feuillards, certains profilés, tubes sans soudures, etc.
- Le commerce livre également des pièces usinées : rivets, boulons, écrous, vis, toiles métalliques, pièces décolletées, tôles perforées, etc.
- Ces énumérations sont fort incomplètes, car le développement des applications des aciers inoxydables a pris un tel essor que la liste serait longue et fastidieuse des industries qui ont recours maintenant aux avantages que présente dans maints cas particuliers l’emploi des aciers inoxydables.
- Voici les principales applications :
- Dans l'industrie chimique : la fabrication de l’acide nitrique a subi une transformation complète : les anciennes installations en grès figurées autrefois dans les manuels de chimie ont disparu. Les usines nouvelles ont tiré parti rie ce que l’acier inoxydable 18/8 leur apportait une solution parfaite de la résistance à l’acide nitrique et qu’il leur donnait en même temps des avantages aux points de vue encombrement, étanchéité, rendement thermique, par suite d’une meilleure conductibilité calorifique, durée et sécurité, les risques de ruptures par fragilité du grès et autres matières vitreuses disparaissant notamment.
- Le matériel de condensation a gagné en efficacité et en sécurité pour un poids et un volume réduits. Les ventilateurs en grès cédant la place aux turbo-com-presseurs en acier, on a pu augmenter la pression et le débit des appareils. Les pompes, les monte-jus, les réservoirs de stockage, les fûts, les citernes de transport ont été établis en acier inoxydable et l’on peut dire que dans une usine moderne de fabrication d’acide nitrique, il ne reste rien de l’ancien appareil-lage-
- Les industries qui utilisent l’acide nitrique ont bénéficié des mêmes avantages dans la constitution de leur appareillage : l’industrie des poudres, celle des matières colorantes organiques, celle de la soie artificielle ont pu utiliser des cuves de nitration, des essoreuses, des cuves de lavage en acier i8/8.
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- Dans la fabrication de l’acide acétique, l’acier 18/8 stabilisé au molybdène est utilisé pour les colonnes de rectification, les cuves de distillation, les condenseurs, réfrigérants, etc.
- L’industrie de l’acide pliosphorique a recours à des appareils de concentration, des filtres, pompes, etc., en acier inoxydable.
- La fabrication de l’ammoniaque de synthèse a immobilisé de grandes quantités d’acier x8/8 pour ses appareils de catalyse, condenseurs, colonnes à plateaux, tuyauteries, etc.
- La préparation du celluloïd utilise des autoclaves, serpentins, pompes, etc.
- Les industries de la photographie, du film, la distillation des produits chimiques du bois ont fait un large emploi des appareils en acier inoxydable.
- Les teintureries, les usines de textiles utilisent de nombreux appareils : bacs, cuves, blanchisseuses, bobines, tambours d’apprêt qu’il y a grand intérêt à établir en métal résistant à la corrosion.
- En papeterie, les usines modernes ont fait un large emploi des aciers inoxydables, en particulier dans le matériel de blanchiment des pâtes, pour les tambours laveurs, pour les cuves d’alimentation et les appareils de distribution de pâte aux machines.
- Dans les usines de pâte à papier employant du chlore libre, on a pu utiliser pour les solutions étendues peu corrodantes l’alliage Hastelloy : 58 pour ioo de nickel, iâ pour xoo de chrome, 17 pour 100 de molybdène, 5 pour 100 de tungstène, 6 pour xoo de fer. Dans le cas du chlore libre, les aciers 18/8 sont peu recommandables.
- Les industries des produits chimiques organiques : produits pharmaceutiques, parfums synthétiques, matières colorantes, etc., ont trouvé dans les aciers inoxydables un materiel de choix rendant les plus grands services, permettant un nettoyage parfait, facilitant le passage d’une fabrication à une autre en maintenant les conditions de pureté des produits indispensables à ces fabrications.
- Le matériel de chirurgie a aussi largement profité des qualités de ces aciers ainsi que le mobilier et l’outillage d’infhmerie.
- En prothèse dentaire, surtout en Allemagne et en Amérique, les emplois des aciers inoxydables sont très développés, en plus des applications usuelles aux mobiliers, appareils et ustensiles des chirurgiens-dentistes.
- L’hygiène des traitements et transports des produits alimentaires a largement bénéficié des emplois de l’acier inoxydable : les camions et wagons-citernes pour le transport du lait ont pris ces dernières années un développement important. D’autres applications à la laiterie s’accentuent : machines à traire, réservoirs de distribution, moules à fromage, appareils d’extraction des caillettes, filtres à présure, etc.
- En vinaigrerie, en brasserie, cuves de fermentation, de maturation, tardes de réserves, filtres, fûts de transport, etc.
- En distillerie, cuves de fermentation, alambics, colonnes de rectification, réfrigérants.
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- En sucrerie : évapora te ur s, essoreuses, presses, monte-jus, pompes, réservoirs.
- Dans l’industrie des conserves et la confiturerie, bassines de cuissons, machines à pulper, à éplucher, étuves à dessiccation pour la poudre de viande, etc.
- Dans l’industrie de la pêche : les cales à poissons des chalutiers.
- Ces applications aux industries alimentaires sont encore susceptibles de très larges développements.
- Les mines de potasse utilisent du matériel en acier inoxydable : pompes, pièces de machines de flottation, pelles.
- En décoration, le fait que les aciers inoxydables 18/8 restent inaltérés indéfiniment, aussi bien s’ils sont exposés aux intempéries que s’ils sont maintenus à l’intérieur des habitations, a permis une multitude d’applications. Celles-ci ont atteint un développement prodigieux aux États-Unis où l’aménagement décoratif de l’Empire State Building a absorbé i5o t. d’acier inoxydable au chrome et au nickel.
- Le sommet du Chrysler Building porte un revêtement décoratif en tôle d’acier inoxydable.
- On trouve à Paris dans divers magasins, dans des gares, des ouvrages décoratifs inaltérables : grilles, encadrements, huisseries, panneaux, en acier 18/8 répondant bien à la décoration moderne. Une foule de motifs de garnitures peuvent être ainsi réalisés.
- Le matériel de cuisine commence à faire un large emploi des aciers inoxydables, leur prix relativement élevé étant compensé par leur durée indéfinie.
- En orfèvrerie, on trouve maintenant cuillers, fourchettes, plats, etc. en acier inoxydable 18/8 ou en acier à 12 de chrome et 12 de nickel plus facile à travailler. Ces pièces sont plus résistantes que l’argent et ne ternissent pas comme ce dernier aux émanations sulfureuses.
- En construction métallique, les prix des aciers 18/8 sont prohibitifs et en interdisent l’emploi, sauf dans des cas particuliers, quand la question de corrosion devient capitale.
- Par contre leur consommation se développe dans la construction automobile : phares, lanternes, bouchons de radiateurs, tableaux de bord ; et dans l’industrie aéronautique en particulier, pour remédier à la corrosion par l’eau de mer des hydravions.
- Pour la construction du matériel ferroviaire roulant, les débouchés futurs paraissent considérables : seuls les aciers inoxydables 18/8 fournissent aux constructeurs la possibilité d’établir des voitures légères permettant à la fois d’augmenter la vitesse et de réduire la consommation d’énergie. Tous les éléments de charpente sont étudiés pour réduire le poids de métal par l’utilisation d’aciers spéciaux, de poutres creuses, de tôles roulées. L’assemblage est fait par soudure électrique. L’application de ces principes nouveaux de construction permettrait de réduire le poids dans d’énormes proportions. Les chiffres suivants ont été avancés : réduction du poids du véhicule de 38o à 110 t. pour le même nombre de voyageurs ; puissance consommée :
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- 6oo ch. au lieu de 2 000 ; réduction de moitié de la dépense au km.
- Dans cette rapide revue des emplois des aciers de haute résistance chimique, on ne peut pas trouver l’énumération de tous les usages actuels et de toutes les possibilités futures, mais de cette vue sommaire se dégage la certitude que l’avenir des aciers inoxydables est excessivement vaste et que de nombreux problèmes afférents à la corrosion et à ses graves conséquences sei'ont un jour résolus.
- Ces alliages ont fait déjà bien du chemin depuis leur première et timide apparition, il y a 25 ans tout au plus.
- Au cours des crises économiques subies depuis lors par les industries sidérurgiques, leur chiffre de pro-
- duction a chaque fois bien peu fléchi et dans toute cette période, les aciers inoxydables ont marqué, dans l’ensemble, une progression constante et considérable, surtout au cours de ces dix dernières années.
- Il n’est pas douteux que le tonnage de leur production ira croissant et que c’est là une industrie en plein développement dont l’avenir est prometteur, car on n’a fait encore qu’entrevoir certaines applications nouvelles appelées à un très grand avenir.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- Les photographies illustrant cet article ont été aimablement fournies par les établissements André Bignier, constructeurs.
- LES NUITS CLAIRES
- Si « l’obscure clarté qui tombe des étoiles » a inspiré le poète, « la clarté du ciel nocturne » a posé (et pose encorej maints problèmes aux savants et aux physiciens.
- Chacun de nous a eu l’occasion de circuler dans la campagne, par une belle nuit étoilée, bien pure, sans clair de lune et loin de toute lumière artificielle ou d’une ville éclairée. Si le fait nous est arrivé souvent, nous avons constaté que toutes les nuits ne sont pas pareilles : il y a des nuits sombres, très sombres, au cours desquelles .on ne distingue presque rien, à peine la route où l’on circule, et d’autres, au contraire, où l’on reconnaît de très nombreux détails du paysage. 11 y a donc des nuits noires, des nuits moins obscures et même des nuits claires.
- L’explication de cette clarté, celle qui vient immédiatement à l’esprit, nous croyons la trouver dans la lumière des étoiles. Mais nous reconnaissons vite qu’elle est insuffisante, car si nous parcourons le même trajet plusieurs soirs de suite, à peu près à la même heure, ce sont alors les mêmes étoiles qui brillent au ciel et, cependant, la luminosité générale n’est plus la même. 11 y a donc autre chose qui modifie la clarté nocturne, comme nous le verrons plus loin.
- Quelques observations de « nuits claires ». —
- I. — Dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 décembre 1916, le ciel présenta un éclat extraordinaire. Les observations furent faites par l’auteur à Viroflay (Seine-et-Oise). Dès 2oh le 28, il était très facile de distinguer les objets dans les rues (non éclairées en raison de la disette de charbon). A 22h3om, dans un ciel constellé, sans clair de lune (Nouvelle Lune le 24) ni lumières artificielles ni aucune lueur au-dessus de Paris ou de Versailles (défense passive) tous les grands détails du paysage étaient visibles; des cailloux ayant 10 â i5 mm. brillaient sur le sol sombre et l’éclairage nocturne correspondait à celui de la veille ou de l'avant-veille du Premier Quartier.
- A cette lueur générale, la lecture des caractères d’imprimerie de 10 mm. de hauteur était extrêmement facile; ceux de 6 mm. et 5 mm. très facile; d’autres de 5 mm., mais moins gras, facile; ceux de 4 mm., assez difficile; ceux de 3 mm., très difficile, à la limite. A 5hiom, le matin du 24, la nuit était aussi lumineuse, donnant l’impression de l’arrivée du jour.
- Le lendemain, il faisait beaucoup plus sombre, les carac-
- tères de 10 mm. se lisaient assez facilement, mais ceux au-dessous étaient à peu près illisibles. Aucune trace d’aurore polaire n’a été constatée, ni le 23, ni le 24.
- Observations du même genre faites en Angleterre d’où M. Félix de Roy d’une part, Mme Fiammetta Wilson, d’autre part, signalaient (Q l’invisibilité des étoiles au-dessous de la magnitude 5,2 à 5,5.
- Le phénomène fut observé encore en Italie, au Danemark. Ajoutons que M. G. Fournier, sur le front français, signalait l’extraordinaire éclat du ciel le même jour et surtout le lendemain (nuit du 24 au 25 décembre). Vers 2ih3o'D, écrivait-il, une clarté crépusculaire noyait tous les objets, mais cette clarté ne venait d’aucune direction marquée et permettait de lire, sans aucune difficulté, les caractères ordinaires d’un journal.
- IL — M. Charles Fabry, le savant physicien, membre de l’Institut, rapporte (2) le souvenir d’une nuit claire dont il a été témoin en août 1917, en plein Océan Atlantique, à bord d’un navire qui, pour des raisons faciles à deviner, naviguait sans aucune lumière. Le ciel était pur de tout nuage, mais il était uniformément lumineux, au point de rendre la Voie lactée à peine visible. Sur le pont du navire, on pouvait lire, sans peine, de gros caractères.
- III. — Lord Rayleigh qui a eu l’occasion d’observer une nuit claire, le 8 novembre 1929, a évalué la brillance du ciel au quadruple de sa valeur moyenne et à huit fois la valeur minimum ; selon lui, ce phénomène exceptionnel n’avait aucun rapport avec une aurore polaire descendant, comme cela arrive quelquefois, jusqu’aux régions tempérées, mais aucune perturbation magnétique n’a été enregistrée ce jour-là et la luminosité uniforme du ciel n’avait, pas l’aspect caractéristique de l’aurore polaire.
- Cette uniformité de l’éclat du ciel, signalée dans les relations I. II et III ci-dessus, m’avait frappé lors de mon observation de décembre 1916. Cependant, au cours de cette nuit claire de 1916 certains observateurs, en Angleterre, avaient reconnu une large bande aurorale.
- IV. — Voici la description des dernières — et très remar-
- 1. L'Astronomie, 1917, pp. 26 à 29 et 148 à loO.
- 2. Notice sur « La lumière du ciel nocturne » dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes, 1936, p. Al à A13.
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- quables — nuits claires que j’ai observées du 24 au 27 janvier 1941, à Sévignacq-Meyracq (Basses-Pyrénées), à 21 km. au Sud de Pau.
- En raison des circonstances, je n’ai pu avoir confirma -tion de ce phénomène auprès des rares observateurs avec lesquels j’ai pu correspondre et les journaux n’ont, alors mentionné ni aurores polaires, ni perturbations magnétiques importantes. Voici ces observations :
- 24 janvier 19âl, entre 2011 et 23h (T. U.). — La nuit est très claire, notamment dans la partie du ciel voisine de l’horizon, comprise entre l’Ouest et le Nord-Est. Les nuages se détachent en noir sur le fond du ciel. .Te note : « C’est curieux, on dirait que la nuit n’arrive pas ce soir 1 ».
- 25 janvier 49âl, entre 20h et 23h (T. U.). — Même remarque, on a l’impression « que la Lune éclaire faiblement le paysage » ou encore « que le crépuscule n’est pas terminé » (A noter que la Nouvelle Lune aura lieu dans deux jours, et, le 25, elle se levait à 5h35m du matin).
- 26 janvier 49H, de 22h3om à 23h (T. U.). — Je suis, ce soir, extrêmement frappé par l’intensité du phénomène lumineux. La nuit est pure et presque sans nuages. La luminosité du ciel est très intense, notamment dans une plage assez bien limitée près de l’horizon nord-ouest et nord, et s’étendant jusqu’à environ 4o° à 45° de hauteur, donnant Vimpression de Vaube. Malgré mon attente, cette zone semble fixe, pas de rayons d’aurore polaire, pas de palpitations de lumière comme dans certaines aurores. L’axe vertical de cette plage se trouve à environ une vingtaine de degrés à gauche du point nord de l’horizon, il ne correspond pas à la direction du nord magnétique.
- 27 janvier 19âl, de 2ih3om à 22h45m (T. U.). — Vers 2ih3om, même aspect : toute la région du ciel s’étendant le long de l’horizon du Nord-Ouest au Nord-Est est très lumineuse, de couleur bleuâtre. La zone la plus lumineuse est moins condensée qu’hier. L’ensemble de la lueur se termine plus brusquement à droite (au Nord-Est) qu’à gauche (à l’Ouest). Tout le paysage est visible, éclairé par cette lumière étrange. Quelques légers nuages tout noirs quand ils se projettent devant cette lueur.
- Vers 22hi5m, la lueur, plus uniforme que la veille, est moins intense dans la partie correspondant à la plage lumineuse vue hier. Vers 22h45m, la lueur semble s’étendre. Sa limite passe à peu près par r, Grande Ourse, la Petite Ourse, la Polaire, Cassiopée, Algol, le Bélier et occupe près de 1800 d’horizon (fîg. 1); lumière intense malgré tout puisque tout le paysage est visible, véritable crépuscule !
- Les jours suivants, plus rien à signaler.
- Ainsi, en résumé, cet éclat remarquable du ciel a été observé quatre nuits de suite, de couleur plutôt bleuâtre. Cette fois, contrairement aux observations I, II et III, la lumière ne venait pas du ciel entier mais de la région comprise entre l’Ouest et le Nord-Est, jusqu’à environ 45° de hauteur. Aucune trace d’aurore polaire.
- Ces nuits claires ont été vues, fin janvier, au Boucau (Basses-Pyrénées), d’après un renseignement envoyé par Mme Camille Flammarion.
- Les causes de la lumière du ciel nocturne. —
- La seule lumière des étoiles ne saurait expliquer l’intensité de la lumière du ciel nocturne. Cette lumière des étoiles, d’après Dufay, ne compte pas pour plus de 3/io, en effet, dans la lumière totale que nous recevons du ciel nocturne ; les autres 7/10 ont donc une origine différente. On a cru longtemps que cette luminosité du fond du ciel était due à l’ensemble des étoiles faibles, invisibles à l’œil nu. Les travaux de Yntema d’abord, et les mesures bien plus pré-
- Fig. 1. — Zone particulièrement lumineuse lors des « nuits claires » de fin janvier 1941.
- Aspect du ciel, face au Nord. A gauche : l’Ouest ; à droite : l’Est.
- (Carte dessinée par M. E.-M. Antoxiadi).
- cises de M. Ch. Fabry ensuite, ont montré qu’elle était trop grande pour être due aux étoiles seules. Les étoiles interviennent bien cependant pour une partie parce que, lorsque nous regardons le fond du ciel, nous sommes éclairés à la fois par cette lumière de cause inconnue et aussi par notre atmosphère, qui diffuse la lumière de toutes les étoiles, comme en plein jour, elle le fait pour celle du Soleil.
- Alors, pour expliquer la luminosité du ciel, deux hypothèses viennent à l’esprit : i° elle est due à une diffusion de la lumière du Soleil dans les espaces interplanétaires ; 20 elle est due à une diffusion de la lumière des étoiles dans les espaces intersidéraux. Il convient alors, pour être fixés, d’étudier les propriétés physiques de cette lumière.
- Plusieurs procédés s'offrent à nous pour cela : la plioto-métrie, la spectroscopie, la polarimétrie.
- La première méthode donne des résultats quantitatifs. Dufay, par une discussion des statistiques stellaires et leur comparaison avec les mesures directes de la luminosité nocturne faites à Montpellier et en Haute-Provence, de 1923 à 1926, a trouvé qu’un degré carré du ciel au voisinage du pôle nord nous éclaire autant qu’une étoile de magnitude photographique 4,4- En faisant le décompte des étoiles invisibles à l’œil nu, il a estimé que l’éclairement qu’elles produisent correspond à une étoile de magnitude 6,5, donc est 7 fois moindre. Ainsi, les étoiles faibles contribuent seulement pour une faible part à la luminosité du fond du ciel. Cependant, nous l’avons vu, l’atmosphère diffuse la lumière des étoiles et il y a lieu de modifier un peu ce chiffre de 1/7 qui se trouve ainsi ramené à i/5 pour les radiations photographiques et probablement à i/4 pour les radiations photovisuelles. Les mesures de Dufay, si l’on admet pour tout le ciel une brillance uniforme, conduisent au résultat suivant : le ciel entier (les deux hémisphères) nous envoie de la lumière comme le ferait une étoile de magnitude visuelle — 6,9, équivalente à environ x 46o étoiles de première grandeur, soit environ le 1/200 de la lumière de la Pleine Lune.
- Enfin, si l’on admet encore une brillance uniforme du ciel, l’éclairement produit sur un plan horizontal par la lumière du ciel nocturne est équivalent à celui produit par une bougie placée à 57 m. de distance.
- L’application de l’analyse spectrale à l’étude de la lumière du ciel nocturne a donné lieu, en ces dernières années, à une quantité considérable de travaux et de recherches, et il est impossible de les mentionner, même succinctement, ici. A ces travaux sont associés — en ne citant que quelques-
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- uns des physiciens français —- les noms de Ch. Fabry, Dufay, Cabannes, Dauvillier, Gauzit, Garrigue, Arnulf, Grandmontagne, etc.
- L’étude spectrale de la lumière du ciel nocturne exige des spectrographes extrêmement lumineux. Au début, il fallait poser plusieurs nuits pour obtenir des images mesurables. Grâce à la construction de spectrographes spéciaux, les temps d’exposition sont tombés à quelques heures et même à quelques minutes pour certaines raies du spectre. L’analyse montre qu’une partie du rayonnement du ciel nocturne donne un spectre continu dû, pour une bonne part, à l’ensemble des étoiles; d’autre part, une fraction importante de cette lumière produit un spectre de lignes et de bandes, dont l’origine se trouve dans la très haute atmosphère. 11 serait dû à un phénomène de luminescence produit par le choc d’électrons venant du Soleil sur les molécules de la haute atmosphère, à plus de ioo km. d’altitude. Cette luminescence, sorte d'aurore polaire permanente, serait- visible, avec une intensité variable à toutes les latitudes, elle serait plus intense dans les régions polaires d’après les recherches de Garrigue (1).
- Cependant, il faut signaler que de nombreuses raies ou bandes du spectre de la lumière du ciel noctui’ne ne se retrouvent pas dans le spectre de l’aurore polaire, ce qui fait dire à M. Fabry que « les variations que subit la lumière du ciel nocturne ne semblent avoir aucun rapport avec les phénomènes auroraux.
- Nous renvoyons le lecteur qui désirerait approfondir l’étude de ces questions à la-Notice, déjà citée, de M. Fabry et à une remarquable conférence de M. Jean Cabannes sur « Le spectre du ciel nocturne et son origine » (2).
- Une partie de la lumière du ciel nocturne est polarisée. M. Dufay a réussi à mettre cette polarisation en évidence et à en mesurer l’importance. Elle est assez faible (entre 2 pour xoo et 4 pour 100 de la lumière totale) mais toujours le plan de polarisation passe par le Soleil. Donc, une partie de la lumière du spectre continu est de la lumière diffusée par des corpuscules répandus dans l’espace.
- Signalons encore, pour expliquer la lumière du ciel nocturne, un mode d’excitation, invoqué par Sommer et qui a été étudié par Cabannes, faisant intervenir l'ozone de l’atmosphère, surtout de la haute atmosphère.
- La lumière du ciel nocturne et l’Astronomie.
- — La lumière générale du ciel nocturne a pour effet de limiter à la 6e grandeur les étoiles les plus faibles visibles à l’œil nu, et nous avons vu que, dans certaines nuits claires, les étoiles de 5,2 magnitude (pratiquement de 5e) étaient à la limite de la visibilité.
- Cette lumière diffuse générale a également une action limitative dans la photographie astronomique. Si, en effectuant des poses de plus en plus longues sur le ciel on enregistre des étoiles de plus en plus faibles, il arrive qu’à partir d’une certaine durée la plaque est voilée par la lumière du fond du ciel, et en prolongeant l’exposition, on ne gagne plus i‘ien, le voile augmentant de plus en plus. En supposant même que dans l’avenir on réalise clos plaques photographiques cl’une énoiune sensibilité, mettons 100 fois celle des plaques actuelles les plus rapides, le travail des astronomes serait infiniment simplifié, puisque, en G minutes, ils obtiendraient, avec les mêmes instruments, ce qui exige actuellement 10 heures de pose ; mais ils n’enregistreraient
- 1. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 20 novembre 1939.
- 2. VAstronomie, 1938, pp. 337 à 3S8.
- pas l’image d’étoiles 100 fois plus faibles. En effet, sur ces plaques merveilleuses, en 10 heures de pose, le ciel serait totalement voilé. Il en serait de même pour les objets de faible luminosité : nébuleuses gazeuses, comètes, lumière zodiacale, dont les bords s’estompent jusqu’au point où leur brillance propre devient trop faible pour se détacher sur le fond du ciel. Et M. Fabry en conclut que les parties les plus faibles de ces formations diffuses nous resteront toujours cachées par la lumière du ciel nocturne comme les étoiles nous sont cachées par l’éclat du ciel le jour.
- Contribution des amateurs à l’étude de la variation de la lumière du ciel nocturne. — M. Ch. Fabry recommande aux astronomes amateurs habitant loin des villes l’observation des nuits claires. Celle-ci peut être faite sans aucun instrument. Le rapprochement des observations, même faites simplement à l’œil nu, permettrait déjà de reconnaître si le phénomène est localisé ou s’il s’étend sur une importante partie du globe. Il fixerait aussi sur sa durée. M. Fabry ajoute qu’en signalant par télégramme leurs observations à des speclroscopistes bien outillés, les amateurs pourraient ainsi contribuer au progrès de la speclro-scopie des nuits claires. Les groupements scientifiques importants — comme la Société astronomique de France — pourront, quand les circonstances le permettront, organiser des observations systématiques de la clarté des nuits entre leurs adhérents.
- Deux méthodes — en dehors des observations directes — s’offrent aux amateurs pour obtenir une valeur chiffrée précise de la clarté de la nuit : la méthode photomélrique et la méthode photographique. Toutes deux utilisent des appareils spéciaux que seuls des amateurs très habiles sont à même d’établir et de manipuler. Nous les renvoyons à cet effet à la Notice de M. Ch. Fabry, plusieurs fois citée et aux diverses publications spéciales qui s’y trouvent mentionnées.
- Rappelons que l’éclairement produit sur un plan horizontal par le ciel nocturne est équivalent à celui fourni par une bougie placée à 57 m. M. Fabry remarque que cet éclairement suffit pour se conduire sur une route, il produit, sur une plaque photographique de bonne sensibilité, placée horizontalement en un lieu découvert, une impression en 1 ou 2 minutes.
- Cette remarque fournit aux amateurs un moyen simple d’évaluer la variation d’éclairement produit par le ciel nocturne. Voici, succinctement, comment on doit opérer.
- Après des essais préalables faits par nuit étoilée sombre, pour déterminer le temps au bout duquel, avec une émulsion ti'ès sensible, on obtient un voile très net, on se procurera un lot de plaques de même émulsion, ayant toutes le même numéro de fabi-icalion. Le format 61/2 x 9 doit convenir.
- Le principe de la méthode à suivre est celui-ci : exposer une plaque chaque soir de beau temps (nuit complète, sans clair de lune) pendant le même temps (celui trouvé par les essais). La plaque devra être posée sur un support horizontal, en un lieu très découvert. Ainsi elle recevra toute la lumière émise par l’hémisphère céleste situé au-dessus d’elle. On sait que la sensibilité des plaques diminue lorsqu’elles sont humides, ce qui se produirait avec la condensation due au rayonnement nocturne. On les placera doxxc dans un châssis hermétique, par exemple dans un châssis-presse muni d’une glace aussi transparente et incolore que possible. Sur cette glace on disposera un cache qui réserve une partie importante de la surface sensible. Celle-ci sera tournée vers le ciel, en contact aA'ec la glace par conséquent. Api'ès exposition, on portera la plaque au laboratoire et on
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- imprimera sur la partie réservée un coin de Goldberg (ou une copie étalonnée d’un tel coin).
- L’impression du coin, après essais préalables, devra se faire toujours dans les mêmes.conditions, au moyen d’une lampe d’éclat constant, à distance constante et avec le même temps d’exposition. Comme lampe, on utilisera une petite ampoule de lampe de poche alimentée par un accumulateur de 4 V. Mesurer chaque fois la tension de l’accumulateur au moyen d’un voltmètre, cette tension devra être toujours la même au moment de l’exposition.
- Développer, si possible, toujours à la même température, pendant le même temps, avec un révélateur neuf de même composition.
- Il suffira à présent, à l’aide d’un photomètre et mieux à l’aide du « Densitomètre-Filmograph » de rechercher, sur chaque cliché la plage qui, dans la photographie du coin, a même densité que la partie voilée par le ciel nocturne.
- Connaissant la constante du coin et la distance (D) qui sépare, dans la copie du coin la plage reconnue ci-dessus de l’origine du coin, on en déduira la valeur relative de l’éclairement qui l’a produite (x).
- 1. Rappelons qu’on appelle constante d’un coin la quantité dont sa teinte qui dépend de son épaisseur et de l’intensité de la coloration croît par centimètre. Si la constante est de 0,25 par exemple, c’est que la densité augmente de 0,25 par cm., à partir de l’extrémité la plus claire du coin. Si celui-ci a une longueur de 12 cm., la densité variera d’une extrémité à l’autre de 0 à 3.
- Mais on sait que la densité est le logarithme décimal de l’opacité. En exposant une plaque sous un tel coin et en la
- : 233 =r—
- Ainsi la comparaison des valeurs trouvées donnera les valeurs relatives de l’éclairage nocturne avec une précision infiniment plus grande que par simple estimation. La contribution demandée aux amateurs pourra rendre les plus grands services en multipliant le nombre des observations comparables entre elles, et permettant de déceler des variations, une périodicité ou une correspondance avec d’autres phénomènes connus.
- L’attention des observateurs est donc très spécialement attirée sur cette question de physique céleste. Elle est d’une très grande importance puisque M. Ch. Fabry terminait son exposé en faisant remarquer que la lumière du ciel nocturne, malgré sa faible brillance, est un des grands phénomènes naturels qui mérite de retenir, plus qu’il ne l’a fait jusqu’ici, l’attention des Astronomes.
- Em. Touchet.
- soumettant à un éclairage E, on aura réalisé une série conti-
- E
- nue d’éclairages allant de E (partie claire) à —-(partie la plus
- 10^
- sombre).
- La densité à mesurer aura pour valeur 0,25 D et l’opacité correspondante 10°>23u. La transparence est l’inverse de l’opacité et l’éclairement subi par la plaque est proportionnel
- à cet inverse, soit q- Nous ne le connaissons pas en
- valeur absolue, mais ce sont les variations de cette expression qui nous intéressent et qui permettront de comparer entre elles les intensités de l’éclairage nocturne. Nous renvoyons, pour toutes ces questions, à l’important Manuel de Sensitométrie de L. Lobel et M. Dubois. Paul Montel, éditeur, 189, rue Saint-Jacques, Paris (5e).
- LE JARDIN ALPIN DE BIÈVRES (Seine-et-Oise)
- Il est à deux pas de Paris et tout le monde l’ignore. Il est vrai que nulle publicité ne chante ses attraits et que même dans la localité qui l’abrite aucune pancarte n’indique son emplacement. Cette modestie est sans doute voulue car il n’a pas de gardien qui veille sur ses visiteurs et sans médire de nos semblables, il est à craindre que des mains avides ne cueillent certains de ses joyaux.
- Son existence est pourtant ancienne car il fut fondé par le botaniste Edouard Coëz en 1914 pour l’étude des plantes alpines. Après sa mort, survenue en 1916 à la suite d’une maladie contractée en soignant des soldats dans un hôpital militaire où il servait en qualité d’infirmier volontaire, en mémoire de ce fils âgé de 3i ans, sa mère en fit don le 11 mai 1917 à la Société d’acclimatation avec une rente de 2 5oo francs pour son entretien à condition que cette donation portât le nom de « Fondation Edouard Coëz » et que le but en soit maintenu pour l’étude des fleurs de montagnes. Le désir de la donatrice a été respecté mais hélas par suite de la dévaluation du franc, les arrérages sont devenus insuffisants pour l’entretien de cette œuvre scientifique et seul le dévouement des jardiniers du Muséum permet de conserver l’essentiel des plantations.
- Nous sommes loin des splendeurs de « La Jaysinia », rénovée depuis- trois ans grâce à la générosité de M. Gabriel Cognacq, dont la description due à la
- plume savante de M. Konoroff peut se lire dans La Nature du ier septembre 1938, voire même du jardin alpin du Muséum créé récemment par M. Guinet, mais nous pouvons en visitant celui de Bièvres évoquer la Hort-Dieu, du regretté Flahault, qui sur les flancs de l’Aigoual subit à peu près le même sort : c’est-à-dire l’abandon partiel dont la faute incombe moins aux hommes qu’à la dureté des temps actuels.
- Bièvres doit son nom à la rivière qui l’arrose. C’est une gentille commune assise au débouché d’un petit affluent qui baigne encore les vestiges de l’Abbaye aux Bois chère à Madame Récamier. L’église n’a pour mérite que d’avoir étq^ chantée par Victor Hugo dans « Les feuilles d’Automhe'» et de l’ancien château ne subsiste qu’un banal pigeonnier. La grande curiosité de la localité est donc le jardin alpin mais faute de désignation le passant le délaisse. Si vous désirez le parcourir, il faut demander la clef au Restaurant du Moulin qui en est le dépositaire.
- La propriété est toute proche. Close d’un mur sur deux de ses côtés, elle est bornée sur les deux autres par une dérivation et un bras du ruisseau. Abritée des vents, ombragée çà et là par de grands arbres, ensoleillée de longues heures, .ce site est le rêve pour l’acclimatation des plantes aljfines. Ajoutons que la différence de niveau qui existe entre le Bîèf du moulin et la rivière facilite l’irrigation. Tout un système d adduction d’eau avait été établi par M. Coëz pour le
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- remplissage des vasques marécageuses où s‘épanouissaient les fleurs de tourbières et de marais ; malheureusement avec le temps et le manque de soins, les tuyaux se sont engorgés ou aplatis et ne jouent plus leur rôle. Il faudrait de gros crédits pour rétablir les canalisations et malgré la bonne volonté de la société testamentaire, ceux-ci manquent.
- Néanmoins l’aspect du jardin reste séduisant ; des sentiers serpentent autour des rochers factices, car le créateur n’a pas voulu qu’une seule masse, comme cela se faisait alors, supporte ses collections.
- Il a imité la Nature en variant les terrains ; ici pour
- les plantes silicoles la meulière est reine et là pour les caicicoles le calcaire grossier sert de base. Le tout est pittoresquement arrangé pour le plaisir des yeux et le contentement des botanistes qui peuvent lire facilement les étiquettes indiquant les espèces cultivées. Dans le fond du jardin sillonné par deux bras de la Bièvre, l’un artificiel et l’autre naturel, croissent les plantes aquatiques et les fougères hydrophiles ; deux petits ponts rustiques enjambent le cours d’eau qui paraît sertir la hutte abritant les outils et ce coin paraît détaché d’un jardin japonais.
- Pour les causes énumérées précédemment, l’enlre-
- Fig. 1 à 4. — Quelques aspects du jardin alpin de Bièvres.
- 1. Pièce d’eau pour plantes marécageuses et aquatiques ; 2. Très bel exemplaire de Viburnum Rhytydophillans ; 3. Veratrum album
- au centre ; 4. Cerastrum tomentosum et Papaver bradeatum.
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- tien est négligé et si le personnel du Muséum ne venait de temps à autre désherber les allées et sarcler les plates-bandes, le jardin redeviendrait totalement sauvage alors qu’il ne l’est présentement qu’un tantinet ce qui du reste ne nuit nullement à son charme de Paradou.
- Donner la liste des végétaux qui ont domicile en ces lieux, serait fastidieux ; mieux vaut simplement attirer l’attention sur les raretés qui vivent fort bien malgré leur dépaysement aux alentours de la Capitale.
- Dès l’entrée, voici à gauche un superbe exemplaire
- 235 =
- de Viburnum Rhytydophillans, dont le nom barbare ne parvient pas à masquer la beauté ; remarquez-ie bien car il est peut-être unique en France. Pi’ès de lui, les Lilium Martagon arborent sur de hautes tiges leurs corolles enroulées et pourprées pendant que les rives du ruisseau s’ornent des élégants Petasites albus et des Adenostyles albifrons qui l’ivalisent pour la grandeur de leurs feuilles tandis que les Fougères laissent onduler leurs frondes sous la caresse de la brise. En flanant le long des allées, nous rencontrons les vieilles connaissances de nos courses alpines : diverses
- Fig. 5 à S. — Quelques plantes alpines remarquables.
- 5. Helianthemum polifolium et Juniperus nana ; 6. Funkia cordata (au premier plan), Genista andreana (au deuxième plan) et Abies pectinata (au fond) ; 1. A Ilium Moly, Potentilla recta et P. no rvegica ; 8. Groupe de Lupins : Lupinus polyphyllus.
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- Saxifrages, des Asphodèles, des Astrances et le célèbre Edelweiss qui fait commettre tant d’imprudences aux estivants qui le recherchent en des points souvent dangereux.
- Les Gentianes sont abondantes et diffèrent de taille : Gentiana acaulis à l’unique grande fleur bleue qui décore l’insigne du Club Alpin Français voisine avec G. cruciata et G. bavarica et plus altière dans son port magnifique G. lutea domine l’essaim de ses sœurs. Ne confondons pas cette belle plante avec Veratrum album qui paraît son sosie et qui vit du reste en sa compagnie, car si l’une est bienfaisante, l’autre est maléfique et les troupeaux, de peur de se tromper, les dédaignent toutes deux.
- Les rocailles s’égayent des floraisons de Cerastium tomentosum et de Papaver bradeatum pendant que plus humbles, les Potentilla recta et norvegica entourent VA Ilium Moly tout de jaune paré. Les Helianthemum polifolium surpassent de leur superbe le chétif Juniperus nana, tandis que Funkia cordata, Genista andreana se profilent sur l’ombre d’un bel Abies pectinata et que des Lupinus nous offrent la tentation de leurs hampes.
- Si vous aimez la flore montagnarde et la solitude, n’hésitez pas, allez à Bièvres et vous y passerez une excellente demi-journée en accordant un souvenir à l’homme de bien qui a su vous procurer ce plaisir.
- Cii. Broyer.
- L'ALCOOL MOTEUR
- Le manque d’essence, appelé sans doute à se prolonger bien après la guerre à cause de la destruction considérable des moyens de transports, spécialement par mer, amène à recourir à. l’alcool pour l’alimentation des moteurs à carburation, voire même à injec-lion, soit à l’état pur, soit en mélange avec d’autres combustibles liquides.
- D’autre part, les perfectionnements très importants apportés à la préparation de l’alcool (méthode Crima d’éthérification, déshydratation absolue) et à l’utilisation de l’alcool dans les moteurs (carburateurs, dispositifs d’injection) constituent autant de motifs pour que l’on ait recours toujours davantage à l’alcool moteur. On l’emploiera à l’état pur, ce qui aura lieu tant que la guerre et les effets de guerre se prolongeront puis, plus tard, en mélange avec d’autres carburants quand ces combustibles reviendront sur le marché.
- Nous examinerons aujourd’hui nos ressources en matières premières, métropolitaines et coloniales et leur mise en œuvre, réservant pour un second article les techniques de l’hydrolyse.
- PRODUCTION FRANÇAISE D'ALCOOL
- Avant la guerre de 1914, la France produisait annuellement 2,5 millions d’hl. d’alcool. Le chiffre maximum avait été de 3,3 millions en 1912. L’alcool de betteraves représentait environ 5o pour 100 de la production, 26 pour 100 provenant de la fermentation des matières amylacées et i5 pour 100 des mélasses ; le reste était fourni par les marcs, les lies, les vins, cidres et poirés.
- En 1933 et en ig34, la production d’alcool a dépassé 4 millions d’hl. et a atteint son apogée, en 1935, avec 6 millions pour tomber à 3,i5 millions en ig38.
- Au début de l’année 1939, la betterave était la seule source d’alcool carburant. Quant au vin, sa récolte, devenue déficiente, était réservée en totalité à l’alimen-
- tation, alors qu’on en distillait auparavant d’importantes quantités. Ceci explique la chute profonde de la production d’alcool, de ig35 à ig38.
- On demandait le maximum à la betterave parce qu’elle offre cet avantage précieux d’assurer une constance relative de production. Entre ses récoltes, des écarts de 10 ou 20 pour 100 sont exceptionnels alors que, pour les grains, fruits, tiges sucrées, il y a des variations énormes, parfois dans le rapport de 1 à 6 ; certaines années même, des productions furent nulles.
- La culture de la betterave, en fait, ne consomme pas d’engrais, car elle rend au sol tout ce qui lui a été donné. Elle assure de fortes productions de blé l’année suivante ; elle permet une production intensive de viande ; elle améliore le sol.
- La betterave reste, en France, la matière première la plus intéressante. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés, encore en 1938, toutes les commissions et les spécialistes chargés d’étudier la question. Malheureusement, elle ne peut couvrir tous nos besoins et doit être réservée, de préférence, à la production sucrière.
- Par suite, il apparaît indispensable de recourir à la cellulose (hydrolyse), au sorgho, au topinambour, accessoirement au maïs fourrager, pour obtenir en quantités massives et économiques, l’alcool dont nous avons besoin pour les véhicules automobiles.
- POSSIBILITÉS D’ACCROISSEMENT
- Ces possibilités d’accroissement dépendent de l’abondance des matières premières et du prix de revient de l’hectolitre d’alcool auquel elles permettent d’aboutir.
- Exclusion faite de l’hydrolyse, les sources d’alcool moteur sont les plantes ou fruits alcoologènes que voici : topinambours, sorgho sucré, maïs, souchet, agave sisal, bananes avariées. Nous citons pour mémoire la betterave et la canne à sucre, trop connues pour nécessiter un examen.
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- Actuellement, le topinambour et le sorgho jouissent d’une faveur méritée (-1).
- Le topinambour. — Ce tubercule bien connu est la betterave des terrains pauvres. Pendant longtemps, on a eu des préventions à son sujet parce qu’on ne peut pas l’arracher pendant les gelées et qu’il ne se conserve pas une fois arraché. Ce ne sont là que des inconvénients mineurs auxquels on peut remédier.
- Des améliorations de culture ont permis de produire des topinambours à 18-22 pour 100 de sucre. Cette nouvelle variété ressemblant à la pomme de terre présente un aspect lisse, exempt de ces cavités dans lesquelles des cailloux restent, malgré le lavage, ce qui détériore les coupe-racines. Récemment, on aurait aussi trouvé des artifices pour éluder ces accidents.
- Le topinambour contient de l’inuline qui est un hydrate de carbone intermédiaire entre l’amidon et les sucres. Elle s’hydrolyse facilement sous l’action d’une acidité réduite en donnant du lévulose qui, par une fermentation aisée, donne de l’alcool éthylique.
- On compte 1,2 t. de tubercules de topinambour pour produire un hectolitre d’alcool. Les frais totaux de transformation, compte tenu des frais d’approche et de manutention, des frais généraux et de l’amortissement ressortent à environ 120 fr. par hectolitre d’alcool. Le prix d’achat ne devrait pas dépasser 120 fr. la tonne pour donner, sans bénéfice, de l’alcool à 284 fr. l’hectolitre. Au cours de l’hiver 1940-1941, le topinambour a été taxé à 760 fr. la tonne, ce qui apparaît manifestement excessif.
- On fonde beaucoup d’espoirs sur l’emploi du topinambour pour la préparation de l’alcool-moteur, eu égard aux récents travaux des usines de Melle et à l’utilisation judicieuse de la tige du topinambour : fourrage, hydrolyse, fabrication du papier.
- Le sorgho sucré. — L’Afrique et les Indes sont les pays d'élection pour la culture du sorgho. Cependant, cette plante croît aussi au sud de la Garonne et dans les pays méditerranéens (Italie, Espagne, Afrique du Nord).
- La graine de sorgho forme la base de la nourriture de plusieurs millions d’habitants du continent noir. Elle est l’avoine des chevaux africains ; la tige en est le fourrage. La bagasse du sorgho convient, mieux encore que celle du maïs, à la préparation de la pâte à papier.
- Il s’agit du sorgho sucré et non du vulgaire « sorgho à balais » qu’il faut éliminer, car il peut féconder le sorgho sucré.
- On estime que le sorgho sucré donne à l’hectare 20 à 3o t. de fourrage vert ou 6 à i5 t. de fourrage sec par ses tiges et 18 à 3o hl. de graines pesant 1 600 à 2 5oo kg.
- 1. Pingris et Mollet-Fontaine. L’alcool, source de carburant national et impérial. Etude du sorgho saccharifère en vue de la production d’alcool et de matières cellulosiques ; Ch. Maril-ler. L’alcool carburant. Conférence faite devant la S. I. A., 17 décembre 1940 ; Cb. Berthelot. Carburants et lubrifiants nationaux. Dunod, 1941.
- 237
- En bonne terre, on table, par hectare, sur :
- Afrique France
- du Nord méridionale
- Cannes (tiges effeuillées et
- vertes) (tonnes) . 65 35
- Graines (quintaux) . 35-4o 25-3o
- Par traitement des tiges au moulin à canne ou par diffusion, on obtient un jus à 12 pour 100 de sucre qu’on fait fermenter puis qu’on distille. Par tonne de tiges effeuillées à 12 pour 100 de sucre, on obtient 72 1. d’alcool pur, ce qui correspond à 20-25 hl. par hectare.
- Les graines amylacées peuvent subir la saccharification par les acides sous pression ordinaire ou. dans l’autoclave, par le malt, par des ferments spéciaux dits « mucors ». Le dernier procédé donne un rendement quasi théorique, celui au malt 90 pour 100 et les acides 85 pour 100 environ. Après saccharification, le moût sucré est soumis à la fermentation.
- Par hectare de culture, on peut donc obtenir les
- quantités d’alcool que voici , en hectolitres :
- Afrique France
- du Nord méridionale
- Tiges £3- 1 00 1 3o
- Graines !7 12
- Total. 65 42
- Généralement, on extrait le jus sucré de la tige dans des moulins spéciaux, parce que le résidu ou bagasse sert au chauffage des générateurs de vapeur, sous condition, comme pour la bagasse de la canne à sucre, d’employer des foyers spéciaux, à grande surface de grille. Cette bagasse suffit amplement pour assurer la production de la vapeur et de la force motrice à l’usine.
- En 1938, suivant M. Coûtant, directeur général des établissements Pingris et Mollet-Fontaine, les prix d’achat de la matière première : sorgho colonial, étaient, au quintal, de 5 fr. pour les tiges et de 5o fr. pour les graines, assurant à la culture un rendement de 5 000 fr. à l’hectare, très supérieur à la moyenne de ces pays. Les feuilles sont laissées au cultivateur pour ses fourrages.
- Sur ces bases, l’alcool pourrait être vendu à la carburation au prix de 1 fr. 25-i fr. 5o le litre, en assurant une rentabilité de i5 pour 100 des capitaux investis dans l’entreprise, aux colons un rendement des terres supérieur à celui des autres céréales, aux animaux des fermes un fourrage de choix.
- Dans la culture du sorgho, il faut combattre les maladies cryptogamiques et les insectes. On se prémunit contre les premières en trempant les graines pendant 24 h., dans une solution aqueuse de sulfate de cuivre à 3 ou 4 pour 100, ce qui facilite, d’ailleurs, un triage économique ; en effet, les graines lourdes qui engendreront de bonnes plantes s’immergent dans la solution tandis que les grains stériles ou parasites flot-
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- ient et doivent être éliminés. Pour éloigner les parasites animaux, on épand du sulfure de calcium, à raison de i ooo kg. à l’hectare, au moment du labour d’avant les semailles. Sous l’action de l’anhydride carbonique et de l’humidité, le sulfure de calcium engendre de l’hydrogène sulfuré qui détruit les larves.
- Les semailles s’effectuent vers le 20 avril ; la plante atteint une hauteur de 5o à 60 cm. vers la mi-juin et de 2 m. 5o à 3 m. vers la fin juillet. Elle arrive à maturité, du i5 septembre au 10 octobre, selon les variétés et les climats. Les A'ariétés précoces donnent de moindres rendements (environ 35 contre 60 t. de tiges vertes à l’hectare), mais les gelées exposent à perdre la récolte des variétés plus tardives. On devra donc choisir les variétés selon les conditions climatiques de la région où on se propose de les cultiver. C’est pour cette raison que le rendement est près de deux fois moins élevé en France méridionale qu’au Maroc.
- Le maïs. — Le grain de maïs convient à la fabrication de l’alcool dans les mêmes conditions que toute autre matière amylacée. Quant à la tige du maïs ou bagasse, elle se prête : à la nourriture du bétail, comme fourrage ; à la préparation de la pâte à papier ; à la fabrication, après hydrolyse, de l’alcool ou des cétones.
- La production à l’hectare, en tiges de maïs, atteint de 3o à 4o t. en France et s’élève jusqu’à 80 t. aux colonies.
- Le maïs ne peut fournir à la fois des grains et des tiges sucrées. Pour élaborer dans la tige des quantités de sucre comparables à celles du sorgho sucré, il nécessite une castration pratiquée sur les épis quand ils deviennent laiteux, par des ouvriei's passant dans les sillons ; le gi’ain est sacrifié, ce qui ne permet pas à la distillerie de travailler les deux.
- Pour cette raison, on ne préconise par le maïs comme source d’alcool-moteur. Mieux vaut le topinambour en France et le sorgho en Afrique du Nord.
- L'agave sisal. — La production mondiale et annuelle de la fibre du sisal a augmenté, de 1934 à 1937, de 3o4 000 à 343 000 t. (x) dont 147 000 de l’Est Africain (Tanganvka), 92 000 t. du Mexique et 74 000 de Java. Les colonies françaises (A. O. F., Madagascar et Indochine) ne fournissent que 3 800 t. environ de sisal, le 1/20 seulement de nos besoins (80 000 t.).
- Le sisal vit, en moyenne, 8 ans dans les régions comprises entre le 10e et le i5° parallèles. A partir de la quatrième année, il donne des feuilles ayant de 1 m. 10 à 1 m. 5o de longueur, que l’on met en bottes pour les amener à l’usine où on les défibre par grattage. La pulpe résultant de cette opération représente 95 pour 100 du poids des feuilles et donne, par pressage, de 80 à 86 pour 100 de jus titrant de 12 à i4 pour 100 de sucres fermentescibles. Le tourteau fourni
- i. ,T. Brémond-Renoux. L’n carburant national économique pour l’A. O. F. Revue des Carburants français, janvier 1939.
- par le pressage, convient soit pour le chauffage des générateurs de vapeur, soit pour la fabrication de la pâte à papier.
- Le rendement en alcool s’élève à 365 1. par tonne de fibres extraites, ce qui représente 12 à i5 hl. par hectare.
- Le souchet. — Le souchet, monocotylédonée de la famille des Cypéracées, est une plante de la zone tempérée chaude du bassin méditerranéen ; on la trouve notamment en Grèce, en Albanie, en Italie, en Egypte, en Tunisie, en Algérie, aux Baléares et en Espagne et dans la zone tropicale des deux continents.
- Le souchet donne, à raison de 12 à i4 t. par hectare, des tubercules, contenant 20 à 27 pour 100 d’huile, i5 à 20 pour 100 de saccharose, 25 à 3o pour 100 de matières amylacées.
- Après déshuilage par pression, on obtient des tourteaux renfermant environ 22 pour 100 de saccharose et 35 pour 100 d’amidon. On les pulvérise en farine que, par cuisson, en présence d’un malt approprié, on saccharifie complètement pour préparer un jus ; celui-ci donne, par fermentation, 35 1. d’alcool éthylique par 100 kg. de tourteaux traités.
- En moyenne, par hectare de culture, on obtient 10 t. de tourteaux, soit 35 hl. d’alcool. Le pressage donne 2 5oo kg. d’une huile comestible, de qualité voisine de celle d’arachide. Ainsi compris, culture et traitement du souchet sont très rémunérateurs.
- Bananes avariées. — Suivant le professeur Am-mann, le bananier peut produire de 18 à 23 hl. de fruits par hectare. Le rendement en alcool, suivant le degré de maturation des bananes varie comme suit :
- Bananes incomplètement mûres avec leurs
- peaux........................... 7,5 0/0
- Bananes pourries.......................8,24 »
- Bananes très mûres ....................8,93 »
- En 1939, d’après M. Coûtant, le prix de revient du litre d’alcool de bananes avariées ressortait à environ 2 fr. 20.
- LA DISTILLERIE
- Personne ne discute plus l’importance fondamentale de la betterave pour l’économie d’un grand pays industriel. Chacun reconnaît qu’au cours de ces dix dernières années des progrès considérables ont été réalisés en distillerie, tant pour l’extraction, la distillation, la fermentation que les économies de combustible. Vers 1930, on consommait couramment de ixo à 120 kg. de charbon par hectolitre d’alcool ; aujourd’hui, on n’en dépense plus que 4o-45 kg., voire même 35 kg. seulement (*).
- La situation actuelle, avec toutes ses conséquences : manque de charbon, disparition des stocks de sucre,
- l. Carburants et lubrifiants nationaux (Dunod, 1941), pp. 189-193.
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- recours intensif à l’alcool carburant, oblige cependant à recourir aux plantes alcoologènes dont nous venons d’indiquer les conditions générales de culture et de rendement.
- En France, on distingue, d’après leur capacité de production, en hectolitres d’alcool par jour, trois classes de distilleries : les coopératives groupant plusieurs fermes, capables de fournir 100 à 200. hl. ; les grandes usines produisant de 25o à 5oo hl. ; les distilleries très puissantes donnant un millier d’hectolitres.
- En traitant des betteraves à 18 pour 100 de sucre, comme c’est le cas courant aujourd’hui, on obtient un hectolitre d’alcool par tonne de betteraves. Autrement dit, une usine préparant 5oo hl. d’alcool par jour, traite, dans le même temps, 5oo t. de betteraves. La récolte de betteraves atteignant en moyenne 25 t. par hectare et par an, il convient de disposer d’une superficie de x 5oo ha, emblavés en betteraves, pour alimenter cette usine au cours d’une campagne, celle-ci durant usuellement 75 j. par an dans le Nord de la France. Cette superficie doit croître quand la durée de la campagne diminue. Ce cas se présente en Italie où la betterave est récoltée en août et ne se conserve pas, ce qui amène à limiter à 4o j. la dui’ée de la campagne.
- Or, les distilleries nécessitent des investissements élevés. En 1989, on évaluait ceux-ci de 22oà4oo fr. (Q par hectolitre d’alcool obtenu au cours d’une campagne, soit 12 millions de francs pour une usine française traitant quotidiennement 5oo t. par jour de betteraves, au cours d’une campagne durant 75 j.
- Par suite, on conçoit l’intérêt d’adjoindre à une distillerie de betteraves, quand les conditions climatiques et économiques s’y prêtent, le traitement d’autres matières premières qui prolongent la durée de la campagne. C’est ce que les Italiens ont fait avec le sorgho ; il leur a suffi d’adjoindre un moulin pour extraire le jus sucré de la tige de sorgho, tout le reste du matériel de l’usine est utilisable.
- On doit aussi se préoccuper d’utiliser au maximum les sous-produits obtenus. Ceci conduit à des exploitations importantes comme nous l’allons montrer.
- Comme l’a établi M. Coûtant, en traitant convenablement le sorgho, on obtient, outre l’alcool éthylique, de la pâte cellulosique pour la fabrication du papier ainsi que de l’acétate de cellulose et du fur-furol.
- L’acétate de cellulose trouve son débouché dans les films de cinéma, les pellicules photographiques et les matières plastiques.
- Le furfurol a donné naissance à une nouvelle industrie des résines synthétiques du type bakélite, qui concurrence ces dernièi'es. On l’emploie encore comme dissolvant de ses propres résines, des résines naturelles, de peintures cellulosiques, améliorant du pouvoir indétonant des carburants, sélectif dans le
- ..v:...:::::::-.:::-:::: . —---------— 239 =
- raffinage des produits du cracking (procédé de la Texas Oil Cy) et comme accélérateur dans la vulcanisation du caoutchouc, sous la forme de ses dérivés, les furfuramides.
- Pour tirer avantageusement parti de ces produits de grande classe, il faut des usines importantes. C’est ainsi qu’en 1989, il convenait, eu égard aux conditions de rentabilité, de produire au moins 12 000 t. de pâte à papier par an et 5 t. d’acétate de cellulose. Et si l’on veut aller encore plus loin en préparant des vernis, il faut envisager des investissements qui, dès cette époque-là, se chiffraient déjà à des centaines de millions.
- Probablement, les distilleries de sorgho nord-africaines en arriveront à produire 1 000 hl. d’alcool par jour et nécessiteront au moins 5 000 ha. emblavés en sorgho.
- En ce qui concerne l'agave sisal, toujours en 1989, une distillerie, pour fonctionner dans des conditions économiques satisfaisantes, devait fournir annuellement 760 t. de fibres et produire, sur la base de 365 1. d’alcool par tonne de fibres, environ 2 700 hl. d’alcool. Pour arriver à cette production, il convient de disposer d’au moins 1 260 ha. plantés en agaves. Les conditions du succès sont subordonnées au choix d’un sol sec, bien drainé, en atmosphère humide et bien ensoleillé. L’agave ne craint pas le vent et n’a besoin que d’un peu de pluie au début de la plantation. Il est peu sujet aux maladies et supporte les grandes sécheresses.
- M. Brémond avait proposé, en 1987, de planter des agaves en A. O. F. sur un minimum de 3o 000 ha., ce qui aurait permis d’assurer à la Métropole toute la fibre de sisal dont elle a besoin et de fournir à l’A. O. F. l’alcool carburant nécessaire à ses voitures automobiles. Cette proposition, comme tant d’autres, également avisées, n’a pas été accueillie. On en voit, aujourd’hui, les conséquences.
- Quoi qu’il en soit, voici quelques indications afférentes à l’année 1989, pour donner un sens aussi concret que possible aux suggestions qui précèdent. Ces données, dues à M. Coûtant, se rapportent à l’hectolitre d’alcool :
- Bananes avai’iées (85 hl. par tonne de
- bananes à 45o fr. à la colonie). . . 220 fr.
- Topinambours (1,2 t. de tubercules à
- 120 fr)............................... 284 •—
- Sorgho sucré (tiges à 5o fr. le quintal et
- grains à 80 fr. le quintal).........I25-i5o —
- Souehet (o,36 t. à 18 fr. le quintal). . . 160 —
- Agave sisal, sans sous-pi’oduit .... 160 —
- Agave sisal, avec sous-produit (fibre
- textile) ...................................... xoo —
- Cii. Bertixelot, Ingénieur-conseil.
- (à suivre).
- I. Et 600 fr. en mai 1941.
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- LES DEUX ZONES DE LA FRANCE
- Le Bulletin de la Statistique générale de la France (l), dont la publication avait été suspendue en septembre 1989, vient heureusement de reparaître. Parmi les précieux renseignements que contient son nouveau fascicule de juin i.g41, nous relèverons les suivants relatifs aux données statistiques sur les deux zones de la France actuellement séparées par la ligne de démarcation, fixée par la convention d’armistice du 24 juin 1940.
- Superficie. — Sur 55o 986 km2 que couvrait la France métropolitaine d’avant-guerre, 3o4 068, soit 55 pour 100 sont en zone occupée et 246 618 en zone non occupée. La zone occupée comprend :
- Km2 Pour 100 du total
- Terres labourables .... 182 844 66
- Cultures maraîchères . . 2 750 63
- Vignes 4 53o 28
- Prés naturels 3o 740 54
- Herbages . 17 900 9i
- Pâturages et pacages . . . i3 634 33
- Cultures arbustives et fruitières 1 342 27
- Bois et forêts 60 240 56
- Landes et terres incultes . . i5 942 28
- Autres terres 24 446 59
- qu’elle comprend 69 pour 100 des individus de o à 20 ans de la France entière, 68 pour 100 des individus de 20 à 4o ans, 66 pour 100 des individus de 4o à 60 ans, 63 pour 100 des individus de plus de 60 ans.
- La population salariée, occupée dans les établissements employant plus de xoo personnes représente 80 pour 100 de celle de toute la France.
- Production. — Par suite du tracé de la ligne de démarcation, 97 pour 100 de la marée fraîche est débarquée dans la zone occupée, 3 pour 100 seulement dans la zone libre.
- Les principales productions agricoles, calculées d’après les statistiques de 1938, se répartissent ainsi :
- France France pour
- entière occupée 100
- Céréales (milliers de quintaux) :
- Froment . . . . 98 010 72 6g3 74
- Méteil . . . . 1 126 704 62
- Seigle . ... 8 iii 3 489 43
- Orge . . . 12 908 9 990 77
- Sarrasin . . . . 2 4s3 1 6g3 70
- Avoine . . . ... 54 574 44 249 81
- Maïs .... ... 5 786 1 570 27
- Tubercules :
- Population. — La France comptait 4i 907 000 habitants au recensement du 8 mars 1936, dont 3g 453 000 Français et 2 454 000 étrangers. D’après leur résidence, ces habitants se répartiraient ainsi : 28 092 000, soit 67 pour 100 en zone occupée et r3 8i5 000 en zone non occupée. Mais de grands mouvements de population se sont produits depuis : décès, prisonniers, refuges en zone libre, fuites à l’étranger, etc.
- Le dénombrement des cartes d’alimentation à l’occasion du renouvellement des feuilles de tickets au 3i décembre
- 1940 a donné pour la zone occupée les résultats suivants :
- E (enfants de moins de 3 ans) Ji (enfants de 3 à 6 ans) .
- Js (enfants de 6 à 12 ans).
- A (adultes de 12 à 70 ans) . T (travailleurs de force).
- C (cultivateurs) .... V (vieillards de plus de 70 ans).......................
- Total de
- la zone
- Paris Seine occupée
- 69 733 144012 )
- 226 io5 478 366 j > 5 296 3oo
- 1 43i 128 2 370 262 g 438 9o0
- 4g3 784 1 077 770 10 i53 3go
- 99 44o 174 099 1 226 xoo
- 2 320 190 4 244 509 26 114 600
- La population de Paris qui était de 2 83o 000 habitants au recensement de ig36 est tombée en septembre 1909 à 1 800 000, par suite de la mobilisation et de l’importante émigration qui a suivi le début des hostilités. Elle était remontée à 2 25o 000 habitants en mai 1940. Le 7 juillet un dénombrement ne donna plus que 1 o5o 000 âmes, résultat de l’exode massif de juin. Depuis, la population parisienne est rentrée progressivement, bien que, d’après le dénombrement des cartes d’alimentation de fin ig4o, un demi-million d’habitants manquaient encore.
- La composition par âge de la population de la zone occupée montre une plus grande proportion de jeunes, puis-
- 1. Presses Universitaires de France, Paris.
- Pommes de terre , 178 i46 101 o64 58
- Topinambour. • • 29 124 10 747 37
- Légumes secs :
- Haricots. . . . 2 007 1 279 64
- Lentilles, pois, ves, etc. fè- 1 181 626 53
- Cultures maraîchères Haricots verts . 636 828 52
- Petits pois . . 1 o33 6i5 60
- Artichauts. . . 1 100 83a 76
- Tomates 1 880 23i 12
- Oignons. . . I 2l5 665 55
- Carottes . . . 2 162 1 767 82
- Choux .... 4 096 2 554 62
- Choux-fleurs . 2 43i 1 9r7 79
- Cultures industrielles Betteraves . . . 79 849 77 777 96
- Tabac .... 332 127 38
- Houblon . . . 21 21 100
- Colza . ... 87 42 48
- Navette. . . . 19 i5 79
- Chicorée à café . 1 592 1 592 100
- Chanvre . . . 44 43 98
- Lin 321 321 100
- Cultures fruitières :
- Châtaignes. I 252 62 5
- Noix 375 42 i3
- Pommes . . . 84 021 82 443 98
- Poires .... 398 256 65
- Pêches .... 684 5i 7
- Abricots. . . . 186 1 1
- Cerises .... 43i 58 i3
- Prunes .... 3x9 54 17
- Fraises .... 175 106 61
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- Boissons (milliers cThl.) : France entière France occupée pour xoo
- Vin Go 33o i4 910 25
- Cidre Animaux de ferme (milliers) 34 601 33 940 98
- Chevaux 2 692 2 o64 77
- Mulets i35 5o 37
- Anes i85 70 38
- Bovins i5 622 10 086 65
- Ovins 9 872 3 938 4o
- Porcs 7 127 3 927 55
- Chèvres x 4i6 4x4 29
- 241
- Produits animaux :
- Lait (milliei’s d’hl.) Beurre (milliers de i33 242 93 797 70
- quintaux) .... Fromages (milliers de 2 196 1 918 87
- quintaux) .... 2 292 1 234 54
- OEufs (millions). . . Laine (milliers de 5 276 3 23o 61
- quintaux) .... Miel (milliers de quin- 178 89 5o
- taux) 60 36 60
- Alcools (milliers d’hl.) 3 556 3 267 92
- Bien entendu, toutes ces productions doivent être forte-
- ment réduites aujourd’hui, mais les données statistiques
- actuelles manquent encore.
- E LE SÉCHAGE MÉNAGER = DES FRUITS ET DES LÉGUMES
- En France, depuis bien des années, on a perdu l’habitude d’appliquer la dessiccation à la conservation des fruits et légumes, alors que ce procédé était très employé autrefois, surtout en Gascogne. Les pruneaux d’Agen sont un exemple bien connu de ce qu’était cette industrie familiale, encore très active au siècle dernier.
- La possibilité de se procurer des fruits frais en toutes saisons à des prix modérés, grâce au développement des transports, puis l’envahissement de nos marchés par les fruits séchés provenant de pays étrangers, surtout d’Amérique, plus favorisés que la France, ont fait négliger cette source de réserves alimentaires, que l’on peut constituer sans beaucoup de peine, au moment de l’année où la production dépasse la consommation.
- Cependant, au cours de la guerre de 1914 à 1918, la question avait été remise à l’étude et plusieurs solutions aussi ingénieuses que pratiques avaient été proposées. Mais, la paix revenue, personne ne s’occupa plus de développer les productions nationales, pas plus celle-là que beaucoup d’autres.
- Aujourd’hui, la guerre qui se poursuit et maintient le blocus maritime place notre pays devant la perspective redoutable du prochain hiver encore plus rigoureux, au point de vue du ravitaillement, que celui qui vient de se terminer.
- • Chacun cherche le moyen de faire des provisions et nous croyons pouvoir recommander la dessiccation comme étant celui qui permet de conserver les végétaux propres à l’alimentation sous le plus petit volume et avec le moins de frais. Nous pensons rendre service à nos lecteurs en leur indiquant les méthodes les plus simples, permettant d’obtenir de bons résultats, sans avoir à faire de coûteuses installations.
- De même qu’aucun appareil n’est nécessaire pour sécher les grains et fourrages, qui n’ont besoin que
- d’être exposés à l’air et protégés de la pluie, de même on peut sécher les pois et les haricots en les laissant dans leurs cosses suspendues à l’air. Ils se conservent ensuite très longtemps. Ceci est de pratique courante dans les fermes.
- Mais quand on veut sécher des fruits, on est obligé d’utiliser des moyens plus rapides que la simple évaporation, sinon la décomposition intervient, au moins sous notre climat, avant qu’ils ne soient protégés par la perte d’eau. Le moyen le plus simple, et qui est souvent employé surtout dans le Midi, consiste à placer les fruits sur des claies en osier que l’on porte chez le boulanger pour qu’il les pousse dans son four, après
- Fig. 1. — L’évaporateur ménager Renaudet.
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- Fig. 2. — L’évaporateur Waas, petit modèle.
- qu’il en a retiré le pain et que la température intérieure y est descendue vers 6o° à 8o° C. Mais un four fermé est une étuve où l’air, ne se renouvelant pas, se sature , aussi doit-on souvent recommencer l’opération deux ou trois jours de suite avant d’obtenir une dessiccation assez poussée pour que la conservation soit assurée. Faute de mieux, cette méthode peut être employée pour les prunes d’Enté, dont on fait les pruneaux, les figues et les abricots. Mais elle ne saurait convenir pour des fruits plus délicats. Car, pour qu’ils conservent leurs parfums, il faut que la dessiccation en soit faite à une température peu élevée, généralement au plus à 5o°, mais alors un renouvellement continuel de l’air est nécessaire.
- Deux petits appareils ménagers permettent de réaliser facilement ces conditions sans complications mécaniques ni grands frais d’acquisition.
- Le premier a été présenté, en 1917, par M. Benjamin Renaudet, qui a donné toutes les indications nécessaires pour permettre à un amateur un peu adroit de le construire lui-même.
- On le placera sur toute source de chaleur dont 011 pourra disposer : un fourneau de cuisine, un poêle à bois du type Mirus, etc., voire même une lampe à rayons infra-rouges dont la description a été donnée dans le numéro de La Nature du i5 avril ig4i (Dans le même numéro, on trouvera d’intéressants conseils sur la dessiccation des cerises sous la signature de M. Truelle).
- Voici la description qu’en donne M. Renaudet (fig. 1) :
- « L’évaporateur de ménage a 4o x 4o cm. ; il m’a « permis d’opérer la dessiccation de légumes et de « fruits ayant fourni un rendement de 74 kg. de pro-cc duits secs, pendant l’été et l’automne de 1917. Les « trois côtés A, B, C sont fixes et assemblés entre eux « par des vis ; le côté D est mobile ainsi que le des-
- sus E. Le bois employé est du peuplier raboté, de « 18 mm. d’épaisseur. Des traverses H, également vis-« sées, consolident les côtés. Si l’assemblage était « cloué, en cas de pied brisé, panneau fendu, etc., il a faudrait, pour arracher les clous, détériorer parfois « l’appareil. Avec des vis, un simple tournevis suffît « pour le démontage. Les trois côtés A, B, G étant ins-« tallés, on les assemble en dessous par un fond en « zinc G, percé de trous de 3 à 4 cm. de diamètre. « Pour préparer ce fond j’ai employé une plaque de « zinc de couverture de 4o x 4o et j’ai tracé dessus, « au crayon et à la règle, un quadrillé qui m’a fourni « des points de jonction à égale distance les uns des « autres, et placés en quinconce. Avec un vilbrequin « et une mèche anglaise de 32 mm. constamment hui-« lée pendant le travail, il m’a fallu une heure et « demie pour terminer la plaque. Avec un poinçon « d’acier, j’ai enfin percé des trous, à travers les-« quels j’ai fixé la plaque à l’arête inférieure des côtés « A, B, C avec des semences de tapissier, assez fortes.
- (t Le quatrième côté D, par lequel on place les claies « dans la boîte, on voit par l’image qu’il est entière-« ment mobile. Comme le côté C, il n’a que 36 cm. 5 « de large, pour pouvoir s’emboîter entre les côtés A et « B. En dessous, il s’appuie sur le fond de zinc G dans « lequel, sur ce côté, il n’a pas été percé de trous. A « droite et à gauche, en hauteur, sont vissés des pitons (( e, e, e, parallèles perpendiculairement à d’autres « pitons placés dans l’arête des montants A et B. Pour « fixer le côté D, pendant la dessiccation, on passe u dans les pitons de simples chevilles de bois blanc. Le (( dessus E, mobile au moyen d’une poignée, est percé « de trous espacés régulièrement, mais beaucoup plus « petits et moins nombreux. J’ai employé, pour les « pratiquer, une mèche de 10 mm. La chaleur sèche « du fourneau, attirée par le courant d’air qui s'était blit entre la plaque de zinc et le couvercle, pénètre « dans la caisse et trouve une issue plus de quatre fois « moindre que son entrée ; elle se condense dans la a boîte et enrobe les substances placées sur les deux « claies de l’intérieur.
- « La boîte est soutenue par des pieds fabriqués avec « des manches à balai en bois dur ; ils ressortent de « 20 cm. au-dessous de l’évaporateur et sont fixés à « l’appareil par trois vis sur une hauteur à peu près « équivalente. Pour la partie appliquant sur la boîte, a le bois des pieds est scié sur la moitié de son diamè-« tre. Mais comme ces pieds sont en bois, ils pour-a raient se détériorer au contact du fourneau. Aussi « le bas de chaque pied est protégé par une rondelle « de métal vissée dans le centre. A l’intérieur de l’év-a-« porateur, à la place des tasseaux, j’ai vissé, de 10 « en 10 cm., sur la hauteur, des pitons ressortant de « 3 cm. et bien alignés suivant des lignes tracées au a crayon. Des pitons sont également placés sur des « lignes horizontales. Cela permet de glisser les claies « à différentes hauteurs, suivant la grosseur des sub-« stances à dessécher. Les claies sont composées d’un « châssis sur lequel est fixé un grillage à petites mail-« les ou une toile métallique. Le châssis est formé de
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- « quatre morceaux de sapin ayant 4 cm. de large sur « 3 d’épaisseur. On peut en établir quatre : deux en « grillage et deux en toile ; mais, pour le séchage, il « ne doit jamais y en avoir plus de deux à la fois (( dans l’évaporateur.
- « Les réchauffeurs. — Des plaques de zinc amovi-« blés peuvent être suspendues à hauteur des pieds, « pour emmagasiner la chaleur, si le feu du foyer est a trop bas. Un thermomètre se place à l’intérieur, sous « le couvercle, pour suivre les variations de la tempé-« rature. Il devra être gradué, au moins jusqu’à « 120° G., pour éviter qu’il ne soit brisé en cas de « poussée de chaleur. On ne peut se passer de thermo-a mètre, ne pouvant compter sur la seule appréciation « personnelle ».
- A ces indications, nous croyons devoir ajouter le conseil de modifier les mesures indiquées pour les porter de 4o x 4o à 5o x 3o. En effet, avec ces nouvelles mesures, on pourra placer l’appareil non seulement sur un fourneau de cuisine, mais, en lui ajoutant des pieds de 5o cm, sur un poêle à bois du type Mirus qui sont très répandus maintenant. Gela permettra de ne pas encombrer le fourneau de cuisine pendant les longues séances que demande la conduite d’une bonne dessiccation.
- Ce dispositif a l’avantage d’être simple, d’une construction facile ; par contre il ne permet de traiter que de petites quantités à la fois.
- Un autre appareil, de capacité quatre fois plus grande, a été vulgarisé sous le nom d’évaporateur Waas (fig. 2) ; il utilise le même mode de chauffage et, pour activer la dessiccation, bénéficie aussi du mouvement ascendant de l’air chaud. Mais il est construit en fer et les cadres, au nombre de huit, sont placés les uns sur les autres. Une combinaison de leviers permet de les soulever et, lorsque la dessiccation, progresse, de les visiter et d’enlever, s’il y a lieu, le cadre inférieur. En effet, par suite du mouvement ascendant de l’air chaud, c’est dans le châssis du bas que la dessiccation des matières traitées sera la plus rapide ; il faudra donc le retirer le premier et le remplacer sur le haut, par un autre châssis chargé de produits frais. On réalise ainsi un travail continu.
- Nous n’entrerons pas dans les détails de construction qui dépassent les moyens que les amateurs ont ordinairement à leur disposition. Le dessin ci-joint donne une idée de l’appareil ; il est robuste et d’un prix de revient peu élevé.
- Il peut être conseillé pour une ferme ou une exploitation de campagne ayant un bon potager et de nombreux arbres fruitiers, dont les produits abondants en pleine saison se_ vendent difficilement à l’état frais.
- Voici maintenant (fîg. 3) la description d’un autre appareil qui permet d’obtenir la dessiccation beaucoup plus rapidement, sans élever davantage la température. Plus scientifique que les deux autres, il demande aussi plus de soins pour en obtenir de bons résultats. Il utilise ce fait que la température d’ébullition des liquides s’abaisse quand la pression diminue. Ainsi la température d’ébullition de l’eau est ioo° G. à l’air libre,
- 243
- Fig. 3. — Appareil à sécher sous basse pression.
- sous une pression équivalant à 760 mm. de mercure ; mais si cette pression est réduite à 233 mm., l’ébullition se produit à 70°.
- L’ébullition amenant une dessiccation beaucoup plus rapide que l’évaporation, on a construit, pour utiliser ce principe, un petit autoclave capable de résister à la pression atmosphérique, hermétiquement fermé par un couvercle à joint étanche, maintenu par un étrier à vis. A l’intérieur de cet appareil sont placés quatre récipients métalliques superposés, dans lesquels on met les produits qu’on désire dessécher.
- Dans le couvercle sont fixés : un manomètre à dépression, une valve dans un ajutage que l’on peut relier à une pompe faisant un vide aussi poussé que possible, enfin un robinet permettant de faire rentrer l’air pour rétablir la pression interne, quand l’opération est terminée. Dans certains cas, au lieu d’air, on peut faire rentrer par ce robinet des vapeurs antiseptiques (formol, gaz sulfureux, etc.) qui, pénétrant profondément dans la masse des matières desséchées, détruiront tous les germes de la putréfaction qui pourraient s’y trouver.
- Pour utiliser ce petit autoclave, on le garnit des matières que l’on désire sécher et on ajuste le couvercle, puis on le plonge aux trois quarts environ de sa hauteur, dans un récipient, une lessiveuse par exemple, rempli d’eau que l’on chauffe sur le foyer de cuisine, ou tout autre que l’on utilise habituellement pour faire la lessive. Un thermomètre plongé dans cette eau, permet de contrôler ce chauffage.
- Dès que cette température arrive à 6o° ou 70° C., on pompe pour retirer l’air qui est enfermé dans l’autoclave. On continue jusqu’à ce que la pression marquée au manomètre corresponde à la température marquée au thermomètre pour amener l’ébullition de l’eau contenue dans les fruits ou légumes enfermés dans l’autoclave. Ensuite, suivant les indications du manomètre, on donnera quelques coups de pompe de temps en temps pour enlever la vapeur provenant de l’ébullition et maintenir la dépression. La dessiccation sera
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- achevée quand on constatera que l’indication du manomètre reste à peu près stable, sans avoir besoin de pomper de nouveau.
- Pour certains produits, d’une conservation particulièrement délicate, on pourra avoir intérêt à ne pas laisser rentrer d’air chargé de germes ; on introduira alors des vapeurs antiseptiques au contact des matières à conserver.
- Le plus souvent cette précaution n’est pas nécessaire et, une fois les fruits ou les légumes parfaitement séchés, la conservation sera assurée, du moment qu’on les gardera dans une pièce bien sèche et qu’on les protégera contre les insectes et les causes de pollution. Pour cela l’enveloppement dans des feuilles de cellophane bien jointives, est très recommandable ; la transparence de ces enveloppes permet de vérifier l’état de conservation de chaque paquet, sans l’ouvrir.
- La méthode de dessiccation par le vide combiné à un léger chauffage est beaucoup plus rapide que le chauffage seul et elle modifie bien moins le goût et les parfums des aliments. Elle a contre elle les frais d’acquisition du matériel qui sont plus élevés que ceux des deux autres appareils.
- Quel que soit l’appareil adopté, il y a des règles à observer qui diffèrent suivant les fruits ou légumes à traiter.
- Par exemple, pour sécher les pommes, il faut les couper en rondelles d’environ un centimètre d’épaisseur, avec un couteau d’argent ou d’acier inoxydable, pour ne pas les tacher ; ensuite on enlève le cœur et
- son enveloppe, à l’aide d’un emporte-pièce. Enfin, pour empêcher que ces fruits ne noircissent, on les jette dans un baquet contenant de l’eau fraîche, salée à raison de 5 g. de sel par litre. On ne les en retire que pour les passer dans l’appareil de dessiccation.
- Nous n’entrerons pas dans les détails des traitements particuliers convenant à chacun des produits que l’on peut utilement dessécher. On trouvera toutes les indications nécessaires dans les nombreuses brochures qui traitent de la dessiccation et qui guideront les opérateurs plus complètement que nous ne pourrions le faire dans un simple article.
- Le nombre des produits alimentaires périssables qui peuvent être conservés par la dessiccation est considérable. Mais il est évident que l’on n’aura intérêt à n’utiliser ce mode de consei’vation que pendant la pleine saison de production et quand elle dépasse les besoins du moment. Cela se produit souvent à la campagne et rarement dans les grandes villes.
- La dessiccation industrielle peut rendre aussi de grands services et il est à souhaiter qu’elle soit développée ; malheureusement les difficultés de cueillir et de rassembler de grandes quantités de fruits ou de légumes, pendant un temps très court, limitent ses possibilités dans les campagnes. C’est pourquoi nous croyons qu’il est désirable de recommander en même temps la dessiccation ménagère au moyen des appareils très simples dont nous venons de donner la description.
- R. Desbrière.
- LES PREMIERS MOTOCYCLES A VAPEUR
- Nécessité est mère de l’invention. En ces temps de pénurie d’essence, où tout le monde roule à bicy-
- Fig. 1. — Le quadricycle « Saxuela » de 1828.
- dette, on commence à voir des amateurs qui cherchent à motoriser leur cycle par divers moyens dont ils peuvent disposer. Les uns essaient des accus pour électrifier leur machine, d’autres ne reculent pas devant le gazogène réduit. C’est peut-être le moment de rappeler diverses tentatives plus ou moins anciennes pour
- Fig. 2. — Vélocipède de 1869.
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- utiliser la vapeur. Certaines étaient fort ingénieuses et leur connaissance inspirera sans doute quelques réflexions pertinentes aux novateurs d’aujourd’hui.
- Il est inutile d’évoquer la voiture à vapeur de Cugnot construite en 1770, qui figure au Musée du Conservatoire des Arts et Métiers. Mais qui se souvient encore que vers i833, on comptait une trentaine de diligences à vapeur, fortes voitures de 20, 4o, 60 et même 80 ch, pesant plusieurs tonnes. Elles disparurent devant les chemins de fer naissants et ne reparurent sous forme d’autobus, de cars, de camions automobiles qu’à l’aube de ce siècle, notamment avec la chaudière de Serpollet.
- D’autres inventeurs s’étaient attachés aux voitures légères et aux cycles de toutes sortes qu’ils équipèi’ent avec une grande ingéniosité mécanique de petits moteurs à vapeur.
- Ce goût de la vapeur n’a pas cessé depuis, malgré la
- Fig. 4. — L’Aile rapide de 187G.
- Fig. 3. — L’Austin de 1868.
- vogue universelle du moteur à explosion, puisqu’en France, on put voir, en 1939, dans une exposition de cheminots, rue Royale, toutes sortes de mécaniques inspirées par la locomotive et qu’une petite revue : Automobile et aviation à vapeur paraissait jusqu’à l’an dernier, dans laquelle des lecteurs demandaient fréquemment des documentations sur la motocyclette à vapeur. Ailleurs, aux Etats-Unis, quatre ou cinq industriels produisent encore des voitures de tourisme à vapeur, de formes semblables à celles des véhicules à essence, pour satisfaire une clientèle restreinte placée dans des conditions spéciales.
- En consultant d’anciens dessins, d’anciens brevets et la collection de La Nature, il a été possible de réunir l’iconographie ci-jointe qui ne demande que de brefs commentaires.
- Parmi les modèles de l’époque i83o, tous de même conception, voici le quadricycle « Saxuela » (fig. 1). Ce véhicule léger, construit en 1828, avait une puissance de 4 ch. Son constructeur se flattait de gravir allègrement des pentes de 1 à 6 pour 100, comme le montre la figure. L’aide-chauffeur assis à l’avant pour la bonne répartition des poids, devait être de taille limitée. Tout était donc prévu. La description qui
- accompagne le dessin se réfère aux lettres : AA est la chaudière tubulaire, D le moteur muni de deux petits volants, G la boîte à coke et le réservoir d’eau, etc.
- Le « vélocipède » (fig. 2) qui apparut au début de 1869, était muni d’un moteur à deux cylindres compound à simple effet. Chaque cylindre avait 65 mm. d’alésage et i3o de course. La chaudière verticale avait quatre tubes de 4o mm. de diamètre intérieur. Ses dimensions étaient : hauteur : 860 mm. ; diamètre : 455 mm. ; hauteur du foyer : 38o mm. ; diamètre du foyer : 280 mm. Le foyer et les tubes étaient en cuivre rouge. La pression atteignait 90 kg.
- Fig. 5. — Le bicycle Copeland de 1884.
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- La figure 3 représente un autre vélocipède de la même époque. L’ « Austin » de 1868 était muni d’une chaudière à charbon et d’un moteur dont la bielle actionnait directement la roue arrière. Son constructeur affirmait avoir parcouru plus de 3 000 km. Cette machine fut célèbre à l’époque.
- La figure 4 est celle de <c l’Aile rapide » de 1876, munie de deux cylindres à vapeur formant la fourche de la roue avant, et d’une petite chaudière en cuivre rouge. La vapeur se x-endait à la distribution par le cadre creux du cycle.
- La figui'e 5 montre le « Copeland » établi par des constructeurs de bicycles de l’époque. Con-sti'uit en 1884, ce bicycle à vapeur fut le premier à utiliser la transmission par courroie. La vitesse de la poulie motrice était de 420 tours-minute. 11 y avait assez d’eau dans la chaudière pour une heure de marche, et sa puissance permettait à ce bicycle de 1 m. 295 de développement, d’obtenir une vitesse de 20 km./h. sur un plancher de piste et 12 km./h. sur route. Deux écrous suffisent pour démonter et remonter le moteur.
- L’élégante figure 6 montre une bicyclette ordi-
- Fig. 7. — Le Twombly de 189b.
- naii'e, renforcée, à laquelle son constructeur, Roper, avait en 1896 adapté une machine à vapeur disposée comme on le voit.
- La figure 7 est le « Twombly » de 1895. Deux cylindres en V actionnaient les manetons de la roue arrière.
- Pour terminer, voici la bicyclette à vapeur « La Volta )>, construite par un industriel, Richard, d’après les bi'evets Dalifol (fig. 8), La chaudière à vaporisation rapide ou presque instantanée, pouvait être chauffée au pétrole ou au coke, grâce à une légère modification. L’eau d’alimentation était contenue dans le réservoir de forme semi-circulaire disposé sur la roue arrière et servant aussi de garde-boue. L’eau était introduite dans la chaudière par le cycliste, au moyen d’une pompe actionnée à l’aide d’une manette montée sur le guidon. Cette moto à vapeur pesait 70 kg., et atteignait aisément 45 km./h. en palier. Sur une pente de 8 pour 1 000, elle effectuait encore 25 km./h. Elle pouvait franchir
- i5o km. sans rechargement. Le pédalier avait été supprimé, n’ayant pas d’utilité.
- L’examen de ces figures suffit pour imaginer que <: toutes ces tentatives étaient précaires et ne pouvaient aboutir à des réalisations durables.
- Les faibles vitesses et surtout les petits rayons d’action, la nécessité de recharger souvent le véhicule en eau et en combustible, les soins à donner constamment à la conduite de la chaudière, le manque de souplesse et aussi l’incommodité d’un appareil chauffant sous le siège ou entre les jambes, tout devait faire abandonner cette voie dès l’apparition des moteurs à explosion.
- Nous veri'ons dans un prochain article d’autres efforts engagés dans une seconde direction : les premiers motocycles mus par l’électricité.
- G. Sablier.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN SEPTEMBRE J94I
- En même temps que les nuits dont la longueur s’accroît rapidement favorisent de plus en plus les contemplateurs du ciel, de nombi’euses observations sont à effectuer pendant ce mois. La plupart des principales planètes sont bien visibles, tout particulièrement Mars qui arrive au voisinage de son opposition. Celte époque est également la meilleure pour l’examen de la lumière zodiacale le matin. Par contre nos régions seront privées de deux phénomènes intéressants : une éclipse partielle de Lune et une éclipse totale de Soleil qui pourront être aperçues seulement dans leur ensemble, la première de l’Europe centrale et la seconde de l’Asie.
- Nous rappellerons que les heures données ici sont exprimées en Temps universel, compté de oh (minuit) à 24h ; infliger les corrections nécessaires suivant l’heure en usage au lieu d’observation.
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil décroît avec rapidité : de + 8°2o/ le ier septembre, elle s’abaisse à — 2°45/ le 3o. Equinoxe d’automne le 23 septembre à IOh32m.
- La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) diminue non moins rapidement : pour Paris, elle est de x3h25,n le ier et de nh42m le 3o. La durée du crépuscule civil, pour Paris également, est de 34m au début de mois et de 33m à la fin; celle du crépuscule astronomique s’abaisse de 2h à ih47-
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Septembre : 1er = nh5om4is; 6 = nh49m3s; Il = i ih47m2os ; 16 = nh45m34s ; 21 = nh43m48s; 26 = nh42m4s; Oct. : ier = iih4oma48.
- Observations physiques. — La liste suivante donne les éphémérides permettant l'orientation des dessins et photographies que l’on prendra de la surface solaire.
- Date (oh) P Bo Lo
- Septembre ier + 2C07 + 7>° 6o“o4
- — 6 4- 22,28 4- 7>24 354,oo
- — 11 4- 23,35 4- 7,24 287,97
- — 16 + 24,27 + 7>l8 221,96
- — 21 + 25,02 4- 7,08 155,96
- — 26 -+- 25,62 + 6,91 89>96
- Octobre ier 26,o5 + 6,70 23,98
- Lumière zodiacale et lueur anti-solaire. — C’est pendant
- ce mois que de notre hémisphère se découvre au mieux la lumière zodiacale le matin, avant l’aurore. L’absence de la Lune étant nécessaire les observations de ce phénomène, dont l’étude est importante à poursuivre, pourront être effectuées seulement du 20 à la fin du mois; à partir de la même date et jusqu’au 26 on recherchera la lueur anti-solaire dans les Poissons
- II. — Lune. — Dates des phases :
- P.L. le 5 Sept, à 17b36m I N. L. le 21 Sept, à 4ll38m D. Q. le 13 — â 19^3im I P. Q. le 27 — à 2oh
- Les observateurs jouissant d’un horizon très dégagé pourront rechercher, à l’aube, le 20 septembre, le très mince croissant lunaire, la veille de la Nouvelle Lune.
- Plus grandes déclinaisons : + i8°i3/ le i4 septembre à i8h; — i8°i3' le 27 septembre à i5h.
- Variations de distance et diamètre apparent : Apogée le 11 septembre à i3h, diamètre apparent = 2g,d>2fl ; Périgée le 23 septembre à ioh, diamètre apparent = 32,54/L
- Eclipses. — Le 5 septembre éclipse partielle de Lune dont voici les éléments ;
- Entrée de la Lune dans la pénombre .... i5h25m
- Entrée de la Lune dans l’ombre...............17 18
- Milieu de l'éclipse..........................17 46
- Sortie de l’ombre............................18 14
- Sortie de la pénombre...................... . 20 8
- Cette éclipse est de peu d’importance, avec une grandeur de o,o56 (le diamètre de la Lune étant un) (fig. 1). Pour sa partie principale, elle sera invisible de Paris, la Lune se levant à i8hi8m, c’est-à-dire 4m après la sortie de l’ombre, tandis que le Soleil se couchera à i8h24m. De telles conditions se rapportent à l’horizon astronomique, avec lequel peut se confondre pratiquement un horizon apparent lointain et régulier; ces conditions ne sont que difficilement réalisées, en raison des obstacles voisins de l’observateur et qui, le plus souvent, lui permettent de découvrir le ciel seulement à partir d’une certaine hauteur. En général de la région parisienne on ne commencera à voir la Lune, dans la clarté du crépuscule, que déjà bien dégagée de l’ombre et alors à peine obscurcie vers le sud du disque par une pénombre peu accusée. Finalement le phénomène ne pourra être suivi en entier que de l’Europe centrale et sa fin de l’Est de la France.
- Le 21 septembre, éclipse totale de Soleil, invisible à Paris. Commencement de l’éclipse générale à ih58m, maximum de l’éclipse à 4h34m, fin de l’éclipse générale à 7h9m; la grandeur maximum sera 1,019 0e diamètre du Soleil étant un) et la phase totale durera au plus 3m2 2s. L’observation de cette éclipse est réservée au continent asiatique, à l’Insu-linde, au Nord de l’Australie, à la portion ouest du Pacifique ; la ligne de totalité traverse la Chine.
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6° magn.) :
- Date Astre Magni tude Phéno mène Heure (p. Paris) Angle au pôle
- Sept. 3 18 Verseau 5,5 Imm. 20^25“,5 3g°
- — 27 Y Sagittaire 5,8 Imm. 20h27m,5 5i°
- — 28 45 Sagittaire 6,0 Imm. 2jh45ra,7 i34°
- — — p Sagittaire 4,0 Imm. 2lh57m,7 i4°
- III. — Planètes. - - Le tableau donné ici, dressé
- d’après les indications fournies par l'Annuaire astronomique Flammarion, rassemble les principaux éléments relatifs à la visibilité des planètes et aux conditions de leur observation.
- Mercure, qui arrivera à son élongation du soir le 2 octobre pourra êti’e recherché dans les derniers jours de septembre.
- Vénus s’écartant de plus en plus du Soleil reste toujours défavorablement située à cause de sa déclinaison australe, et se couche de bonne heure dans le crépuscule.
- Mars tout voisin de l’opposition est maintenant d’un éclat magnifique et s’observe dans les meilleures conditions;
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- Fig. 1. — Schémas de l’éclipse partielle de Lune du o septembre. Grandeur de l’éclipse (à gauche) et ce qu'on en verra dans la région parisienne au lever de la Lune (à droite).
- notre Bulletin précédent a donné toutes indications utiles à son sujet.
- Jupiter arrive à sa quadrature W le i3 septembre; dans ces conditions nous apercevrons son système dans la direction la plus oblique par rapport à l’éclairement solaire : les passages des satellites devant le disque sont précédés de beaucoup par ceux de leurs ombres, tandis qu’on verra les éclipses se produire à une notable distance du globe, comme l’indique la figure 2.
- Voici la liste de ceux de ces phénomènes qui seront observables de Paris :
- Septembre Ier, I. O. c. 2h5qm ; I. P. c. 4hi8m. — 2, I. E. c. oh5m,4; III. P. c. oh23ra; III. P. f. 2*46“ ; I. Em. 3h38m ; I. O. f. 23h37m. — 3, I. P. f. 0*56“ — 6, II. E. c. 1**58“,3; II. E. f. 4h35ra,7 ; II. Em. 4h4om. — 8, IL P. f. ih29m; I. O. c. 4h53m. — 9, III. O. f. ihi8m; I. E. c. ih59m,3 ; III. P. c. 4h2Ôm ; I. O. c. 23h2im. — 10,-1. P. c. oh4im; I. O. f. ih3im; I. P. f. 2h5im. — 11, I. Em. o11iŒ. — 13, II. E. c. 4h33m,i. — 15, IL O. f. 1*22“; IL P. c. ih29m ; IL P. f. 4^6™. — 16, III. O. c. 3ho“ ; I. E. c.
- 3b5m,3; IL Em. 23h9m. — 17, I. O. c. ihi5m ; I. P. c.
- 2h34m ; I. O. c. 3h24m; I. P. f. 4h44m. — 18, I. Em. ih55m; I. P. f. 23bi2m. — 20, III. Em. oh43m. — 22, IL O. c. ih22m; IL O. f. 3h59m ; IL P. c. 4h3m. — 23, IL E. f.
- 23h2m,5 ; IL Im. 23h4ra. — 24, IL Em. ih4im; I. O. c.
- 3h8m ; I. P. c. 4h27m; I. O. f. 5hi8m. — 25, I. E. c. 0hi5m,4; I. Em. 3h4?m; I. P. c. 22h55m; I. O. f. 23h46œ.
- — 26, I. P. f. ih4m ; I. Em. 2 2hi5m ; III. E. f. 23hi4m,9.
- — 27, III. Im. 2hnm; III. Em. 4h36m. — 29, IL O. c. 3h58m. — 30, IL E. c. 22h59m,5.
- Rappelons que ces intéressants phénomènes peuvent être suivis à l’aide d’une modeste lunette.
- Saturne, dans de bonnes conditions d’observation, se présente ainsi, pour le milieu du mois :
- Diamètre du globe.............................
- Grand axe extérieur de l’anneau...............
- Petit axe extérieur de l’anneau...............
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau .........................................
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau .........................................
- 17", 4
- 43",3o
- — 230,96
- — 220,93
- Titan, le principal satellite, et dont on peut suivre la marche avec une faible lunette, arrivera à ses élongations E.
- Fig. 2. — Comment se produiront, en septembre, ïes éclipses des Satellites de Jupiter par rapport au disque de la planète.
- les 4 et 20 septembre, et à ses élongations W. les 12 et 28 septembre.
- Uranus s’observe dans les mêmes conditions que Saturne, se trouvant maintenant non loin de cette belle planète, à deux degrés et demi au N.-E.
- Neptune est invisible, se trouvant en conjonction avec le Soleil le 20 de ce mois.
- ASTRE Date : Lever Passage au méridien Coucher Ascen- sion Déclinai- Diamètre Constellation VISIBILITÉ
- à Paris de Paris à Paris droite son apparent ou étoile voisine
- Soleil . . 1 10 Sept. 5h2Im 11 h47m4iS i8hi4m 11 hi 4m + 4°5q' 3i' g"i4 Lion
- 22 — 5 38 11 43 27 *7 49 11 57 + 0 23 3i45,68 Vierge
- Mercure . 10 22 — 7 0 7 52 12 13 54 8 18 18 47 23 12 17 13 19 — 1 IO 54 2 5,2 5,8 Lion , Vierge 1 Pratiquement invisible.
- 1 Vénus, .j 10 — 8 45 i4 5 >9 23 i3 28 — 9 24 14,0 a Vierge j Le soir dans le crépus-
- 22 — 9 >9 i4 11 19 2 i4 22 — i5 1 i5,o Vierge 1 cule.
- Mars . .j IO 22 — 19 4» 18 48 2 1 10 16 8 7 36 4o 1 34 1 28 + + 5 4 4 21,0 22,4 u Poissons 1 « Poissons 1 * Toute la nuit.
- Jupiter .j | IO 22 — 21 52 21 9 5 5 52 9 i3 i3 48 5 5 17 5 21 + + 22 22 23 26 37,8 38,2 Taureau !Presclue toute la nuit> 1
- 1 Saturne . IO 22 — 20 5o 20 3 4 3 23 35 11 11 5i 3 3 47 3 47 + + *7 *7 38 35 17,0 i7>4 Taureau 1 Taureau Toute la nuit.
- Uranus 28 — 19 3i 3 »7 10 58 3 52 + *9 58 3,6 Taureau Toute la nuit.
- Neptune . 28 — 5 5 11 ‘7 *7 29 11 54 + 2 3 2A Vierge Invisible.
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- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 5 sept., Le g — Le 11 —
- Le 12 —
- Le i3 — Le 21 —
- Le it\ —
- à 6fl, Mercure avec Neptune à 21*, Mars avec la Lune à 22h, Saturne avec la Lune à ih, Uranus avec la Lune à i8h, Jupiter avec la Lune à 5*1, Neptune avec la Lune à oh, Vénus avec la Lune
- à 0044' S. à io5o' S. à 2036' N. à 4°44' N. à 4036' N. à o°5l' N. à 5o 3' S.
- Étoile polaire. — Heures des passages de l'Étoile polaire au méridien de Paris :
- Septembre 8 Passage supérieur à 2h28m3is
- — 18 — à 1 49 20
- — 28 — à 1 10 7
- '=............349 =
- Étoiles variables. — Dates auxquelles des Minima d’Algol pourront être observés : le i5 septembre à 2hn, le 17 à 22h59m, le 20 à i9h48m.
- Constellations. — La longueur des nuits devient très favorable aux observations visuelles et photographiques du domaine stellaire ; cependant les parties très riches de la Voie lactée dans le Sagittaire se couchent prématurément, le reste continuant par contre à se présenter toujours à grande hauteur dans le ciel. Le matin avant l’aurore on revoit bien Or ion.
- Lucien Rudaux.
- COMMUNICATIONS A VACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 01 mars ig4i-
- Perturbations ionosphériques. — Les éruptions chromosphériques intenses perturbent le rayonnement ultraviolet du Soleil. M. R. Bureau montre que les enregistreurs de parasites atmosphériques inscrivent avec netteté l’amélioration instantanée et brutale de la propagation des ondes longues, de 7 000 à i5 000 m. et les évanouissements brusques des ondes courtes ; les enregistrements sur 2 000 et 25 000 m. ne montrent pas ces phénomènes. Un orage magnétique survenu le ier mars dernier a été précédé par des perturbations sur les ondes de 10 000 m., survenues 89 et 36 h. avant. Cet intervalle de temps correspond très bien à deux rayonnements solaires, l’un ultra-violet et l’autre corpusculaire.
- Séance du 7 avril 1941.
- L’ammoniaque acétylénée dans les moteurs. —
- M. Georges Claude a songé à relever le pouvoir calorifique de l’alcool employé comme carburant de remplacement en y faisant dissoudre de l’acétylène sous pression, mais la phase gazeuse, presque exclusivement formée d’acétylène, est explosive. Il a alors pensé à dissoudre l’acétylène dans l’ammoniaque liquide. L’ammoniaque s’est montrée le meilleur dissolvant de l’acétylène, deux fois supérieure à l’acétone, et le mélange gazeux des deux est inexplosible. Les conditions convenables au démarrage, à la vigueur des reprises, etc., sont réalisées par un liquide contenant en poids 78 pour 100 de NH3 et 22 pour 100 de C2II2. Le cheval-heure effectif a été obtenu, avec un moteur Citroën par 2 25o C. contre 2 4oo pour l’essence. Une voiture Citroën capable de parcourir sans recharge 5oo km. a été équipée et fonctionne normalement. Une dotation donnée de carbure de calcium peut donc actionner 2,5 fois plus de véhicules par le nomveau procédé qu’avec l’acétylène seul.
- Adsorption d’eau par les sels étendus en lame mince. — Continuant ses ingénieuses expériences sur les lames minces, M. H. Devaux dépose sur une surface de mercure récemment nettoyée et talquée, soit une trace d’huile de paraffine, soit une trace de solution concentrée de sulfate de cuivre. La première s’étale en un petit cercle qui ne s’agrandit plus. La seconde s’étend aussi brusquement, puis continue de grandir lentement jusqu’à une surface de deux
- à trois fois plus grande. Un peu de buée agrandit ce dernier cercle; une évaporation, un séchage le rétrécit. L’élargissement est dû à une intercalation de molécules d’eau entre les molécules du sel, comme le montrent les mesures des diamètres des taches. Celte adsorption périmoléculaire est distincte de l’adsorption par simple apposition.
- Cristalloluminescence du chlorure de sodium.
- — La précipitation de certaines substances s’accompagne d’une émission de lumière visible, mais si brèrre et si faible que ce point a été discuté. En employant des compteurs photoélectriques à Cul, sensibles à quelques photons par seconde, M. C. Racz a pu étudier le phénomène sur NaCl et il y distingue une période d’induction, une autre de vitesse d’émission constante, puis une saturation; la durée est de l’ordre de 5 mn.
- Chimie du caoutchouc. — Le caoutchouc en solution dans le latex, ou le caoutchouc brut malaxé peut former des copolymères avec des monomères vinyliques. Les produits obtenus peuvent être travaillés et vulcanisés par les procédés ordinaires ; ils jouissent de propriétés spéciales : moindre solvabilité, moindre gonflement dans l’essence, moindre thermoplasticité. On peut donc, par un choix convenable des monomères, améliorer les propriétés très diverses du caoutchouc.
- Réflexion du proche infrarouge par les végé= taux. — Les photographies sous écran rouge sur une émulsion sensible à l’infra-rouge traduisent les masses de verdure par des images plus claires qu’à l’oeil, grâce à la réflexion des l’ayons de grande longueur d’onde par les feuilles. M. F. Obaton a mesuré photomélriquement ce pouvoir réflec-tif et constaté qu’il est indépendant de la couleur des organes. Ceux-ci se classent en deux catégories, ceux qui réfléchissent davantage et qui reçoivent le plus de lumière par leur exposition au Soleil ; les mousses et les algues marines qui ne présentent pas le même moyen de défense contre ces radiations, peu intenses dans leurs stations.
- Séance du 21 avril 1941.
- Déformations subpermanentes des métaux. —
- Quand on soumet une éprouvette à un effort de traction, elle subit un allongement élastique instantané suivi d’un
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- allongement visqueux dont la vitesse décroît dans le temps ; quand on supprime l’effort, on observe une contraction élastique instantanée, suivie d’un'e contraction dite subpermanente dont la vitesse décroît avec le temps. M. P. Laurent l’explique par l’effet extérieur de fluage des tensions internes et en établit la loi.
- Réduction des pertes par effluves dans les machines électrostatiques. — Les générateurs électrostatiques du type Van de Graaf à sphère supportée par une colonne isolante devraient théoriquement supporter uns tension de 3o kV. : cm., mais l’humidité et les poussières de l’air abaissent cette limite à 21 kV : cm. 80 pour 100 des pertes sont dues aux fuites par effluves qui se produisent à l’entrée dans la sphère de la colonne-support. MM. O. Yadoff et V. Platoff, expérimentant sur une sphère d’un mètre de diamètre, n’ont pu la charger à plus de 65o kV. sans effluves intenses. Ils ont alors diminué le champ dans la partie inférieure de la sphère et renforcé celui-ci à la partie supérieure en entourant la colonne, aux deux tiers de sa hauteur, d’un anneau métallique découpé dans une surface torique. Un essai sur un modèle réduit au dixième a permis de doubler la tension de la sphère.
- Séance du 28 avril ig4i.
- Appareil de mesure de la rigidité des vases. —
- MM. J. Bourcart, J. Florentin et V. Romanovsky décrivent un appareil nouveau permettant de mesurer la rigidité des suspensions grossières telles que les boues et les vases. Il comprend un plongeur suspendu par un fil étalonné à un bouton de torsion. Deux miroirs placés aux extrémités du fil renvoient les rayons lumineux sur un écran où l’on mesure la distance des images. Une torsion imposée à l’appareil provoque un écart des images d’autant plus grand que le milieu entourant le plongeur est plus rigide.
- Répartition de la chaleur entre deux corps frottant. — M. F. Charron étudie la répartition de la chaleur entre deux disques d’égale épaisseur, l’un de cuivre, l’autre d’étain, tournant l’un par rapport à l’autre. Le rapport des flux est celui des conductivités. La présence d’un film lubrifiant entre les deux disques atténue l’inégalité du partage. Si le film est épais et mauvais conducteur, les flux sont égaux.
- Le MoyemAtlas. — M. P. Fallot trace les phases orogéniques du Moyen-Atlas : hercynienne, jurassique, post-sénonienne, oligocène, miocène qu’il montre comparables à celles de l’Anti-Atlas et du Haut-Atlas. Les efforts orogéniques se sont donc développés sur le même plan et avec la même orientation dans les trois chaînes.
- Séance du 5 mai 1941.
- Rôle du carbonate de chaux et de l’épigénie dans la genèse des matériaux des roches sédi-mentaires. — Passant en revue ses importants travaux sur la silice, les phosphates, la glauconie, les minerais de fer oolithique et aussi l’exemple de la pyrite et du gypse, M. L. Cayeux retrouve partout, à leur origine, des phénomènes d’épigénie en présence de calcaire, qu’on ne pourra reproduire qu’en présence de carbonate de chaux, puisque les actions chimiques sous-marines ont profondément mar-
- qué la. transformation des sédiments plus ou moins calcaires.
- L’acide acétique du bois. — Du dosage de l’acide acétique libérable des principaux bois indigènes et de diverses autres substances végétales, MM. G. Bertrand et G. Brooks dégagent la notion que le bois des Angiospermes est bien plus riche que celui des Gymnospermes, celui des arbres à feuilles larges que celui des arbres à feuilles aci-culées. Chez les Conifères, branches et tronc ont sensiblement même teneur ; chez les Angiospermes, les branches ont une plus forte teneur. L’acide acétique proviendrait non de la lignine, mais de la cellulose, des polyholosides et en partie aussi de la pectine.
- Méthode de céramique comparée. — La qualité de profondeur de l’émail de certaines céramiques est due aux phénomènes optiques résultant de la structure de cet émail et de sa différence avec la terre qu’il recouvre. M. R. Lecuir indique quelques-unes des conditions requises : émail relativement épais ou émaux superposés dont l’hétérogénéité croît par couches parallèles à la surface ; passage continu d’un état pulvérulent puis microcristallin à état vitreux ; contraste simultané de matières de structures différentes. La comparaison des structures, abstraction faite de la couleur, permet donc d’introduire dans un domaine qualitatif des éléments semi-quantitatifs d’une céramique comparée.
- Séance du 12 mai 1941.
- Biologie mathématique. — M. E. Borel traite de quelques problèmes d’hérédité qu’il définit et pose au moyen de méthodes mathématiques, c’est-à-dire en les considérant, d’après l’observation et l’expérience certes, comme des schémas simplifiés approchant de la réalité. Il traite ainsi de l’espèce, de la reproduction, des descendants généalogiques et biologiques d’une génération, des probabilités d’hérédité.
- Vitesse des ondes courtes. — En dépouillant les réceptions de signaux horaires à ondes courtes, dans 8 observatoires pendant 9 ans, M. N. Stoyko constate que leur vitesse moyenne est de 279 629 km./sec. Les ondes directes sont moins rapides que celles de superpropagation et l’écart diminue pendant les périodes de grande -activité solaire.
- Influence de l’écrouissage. — M. P. Bastien a étudié les fragilités après décapage dues à la diffusion de l’hydrogène atomique dans un fil d’acier extradoux recuit ou écroui. L’acier écroui est bien plus fragile que l’acier recuit et le reste très longtemps.
- L’autoxydation du caoutchouc. — L’autoxydation du caoutchouc est sensible à la catalyse : les antioxygènes la ralentissent, les prooxygènes la favorisent. M. P. Chovin a étudié l’accélération provoquée par ces derniers. Les sels les plus actifs sont, par ordre décroissant : le sulforicinate de cobalt, les nonanoates de manganèse et de fer, l’oléate de cuivre, le sulforicinate de cuivre, lp nonanoate de cuivre, et d’autre part le linoléate de manganèse, les acétylacéto-nates de fer, de cobalt et de manganèse. Les mélanges de ces catalyseurs ne renforcent pas considérablement leur action, au contraire de l’hopcalite.
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- NOTES ET INFORMATIONS —.... »*
- NÉCROLOGIE
- Léopold Reverchon.
- Depuis près de cinquante ans, Léopold Reverclion avait été collaborateur de La Nature à laquelle il avait donné nombre d’études remarquées sur les progrès de l’horlogerie. Il s’est éteint, à l’âge de 78 ans en décembre dernier, après quelques semaines de maladie.
- Il fut un grand vulgarisateur, en particulier de l’art horloger; sa passion pour les questions touchant à la mesure du temps, n’avait d’égale que son complet désintéressement. L’amour de la vérité, ou de ce qu’il croyait tel, guidait seul cet homme de bien à l’esprit clair et au cœur chaud.
- Toute l’époque d’un artisanat savant, s’élevant souvent jusqu’à l’art, qui semble à son crépuscule, n’aura pas eu de défenseur plus ardent ni d’observateur plus consciencieux ; il ne compta jamais sa peine et sans ambition mesquine, mit avec enthousiasme ses connaissances diverses au service de l’art de la précision atteignant par sa perfection à la beauté. Outre d’innombrables articles sur les questions scientifiques les plus diverses et des campagnes ardentes, cet émule de Louis Figuier créa le journal L'Horloger et le dirigea plusieurs années ; il écrivit aussi une Petite histoire de l'horlogerie, parue en 1935, qui rassemble nombre de ses études et reste un ouvrage pratique et attrayant.
- Roger Allier.
- AGRONOMIE
- Le doryphore de la pomme de terre.
- Cet insecte qui, venant de l’Amérique du Nord, a été importé on ne sait au juste comment dans le Bordelais vers 1920 ou 1921, puis de là s’est peu à peu propagé sur presque tout le territoire français, doit être combattu avec une énergie toute particulière cette année. Notre ravitaillement en pommes de terre pour l’hiver prochain dépend de l’intensité de la lutte effectuée, lutte consistant d’abord en ramassages répétés des insectes parfaits pondeurs, puis en traitements chimiques des feuilles de pommes de terre afin d’empoisonner les jeunes larves.
- Une femelle printanière de doryphore pond bien souvent 800 œufs auxquels font suite d’abord de 4oo à 600 larves voraces, ensuite, en été, de 3oo à 4oo insectes rayés à appétit très élevé. Il suffit de la descendance d’une femelle pour dégarnir de leurs feuilles en été de 6 à i5 pieds de pommes de terre, selon que le climat, les variétés et les conditions d’ambiance se montrent plus ou moins favorables à l’insecte. Si les femelles, plus nombreuses, déposent leurs œufs chacune sur moitié moins de pieds de pommes de terre, les pieds étant attaqués par un plus grand nombre de larves ils périssent plus tôt, c’est-à-dire quand les nouveaux tubercules commencent à se former. Dans ce cas, la récolte sera très faible, et constituée par des pommes de terre grosses comme des noix.
- C’est à l’insuffisance des traitements chimiques en mai et juin 1940, puis a un climat très favorable à la multiplication de l’insecte pendant ces mois, que nous devons une invasion d’exceptionnelle gravité en ig4i-
- Pour l’enrayer, notre agriculture qui consommait autrefois 6 000 t. environ d’arsenicaux devra disposer sans doute
- du triple de ce tonnage, ou plus encore, pour ig4i ; heureusement que nous avons des minerais arsenicaux en France, des fabrications d’insecticides hautement perfectionnées dans ces dernières années et la possibilité de remplacer les arséniates de plomb prédominants jusqu’alors par ceux de chaux, plus aisés à réaliser actuellement. Les difficultés les plus grandes se rattachent au ravitaillement en charbon des usines, à la confection des emballages et à la distribution des produits dans les campagnes.
- Dans les années précédant la guerre, on utilisait aussi de 3 à 4 000 t. de produits roténonés, la roténone étant un poison contenu dans les racines de légumineuses tropicales appartenant aux genres Derris et Lonchocarpus. Le stock disponible de produits roténonés sera très faible en 1941 et on ne peut songer à le reconstituer : ce déficit pèse lourdement sur l’organisation de la lutte et accroît la demande en arsenicaux.
- Au point de vue économique, la pomme de terre se place, comme surface occupée par sa culture, avec ses 1 5oo 00 ha. environ, la seconde des cultures vivrières françaises, après le blé. Sa production représentera facilement une valeur totale de 20 milliards de francs dans l’économie agricole de
- 1941.
- Le mauvais temps gêne le développement du Doryphore ; pourtant on ne peut guère le souhaiter, car, s’il se prolongeait, il compromettrait notre récolte de blé et le séchage des foins si nécessaires à l’élevage en hiver. Avec du beau temps, au contraire, le blé, les foins seront meilleurs, mais aussitôt le Doryphore trouvera les conditions optima pour sa multiplication et ses ravages. Nous devons donc espérer sa venue, mais dès qu’il s’établira contrebalancer ses effets par une surveillance et des soins doublés sur les champs de pommes de terre.
- B. Trouvelot.
- ALIMENTATION
- Utilisations du sang des abattoirs.
- Le sang circulant est riche en principes nutritifs; une de ses multiples fonctions est, en effet, de nourrir tous les tissus de l’organisme. On y trouve : des albuminoïdes et des matières grasses; du fer organique (hémoglobine), des sels, des vitamines, etc. Cependant, seul, jusqu’en ces derniers temps, le sang du porc était totalement utilisé, par les charcutiers, à des fins alimentaires ; le sang des animaux de boucherie, que l’on peut cependant recueillir facilement dans les abattoirs, était perdu en presque totalité. Quelques rares spécialistes de l’alimentation rationnelle avaient bien indiqué des recettes d’une application facile, mais sans grand succès, et, sauf eux, personne n’avait pris souci de ce gaspillage.
- Le problème présente certes quelques difficultés en raison de la grande altérabilité du sang frais ou coagulé; mais il n’est pas insoluble comme le prouve la mise au point d’un procédé qui est appliqué depuis peu aux abattoirs de Hambourg, où l’on recueille chaque année 2 millions de litres de sang. On n’en perd rien comme le montre le Dr van der Leeden (Angewandte Chemie, 4 janvier 1941)-
- Le procédé consiste essentiellement à stabiliser le plasma du sang et, par suite, à empêcher sa coagulation dans les quelques minutes qui suivent sa sortie des vaisseaux. On sait que la coagulation est due à ce que, sous l’action d’une diastase, le fibrinogène contenu dans le plasma se transforme en fibrine insoluble qui, en précipitant, emprisonne les
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- globules rouges avec lesquels elle forme le caillot. La coagulation n’est possible que si du calcium existe dans le sang à l’état d’ion. Si, dans le sang encore chaud, on ajoute un sel de sodium qui détruit l’ionisation du calcium, en le précipitant à l’état de sel insoluble, il n’y a plus coagulation : le plasma est stabilisé. En centrifugeant le tout, on sépare le plasma des globules rouges. Chacun de ces constituants du sang n’a rien perdu de sa valeur alimentaire; il s’agit de la leur conserver. On y a réussi : pour le plasma, en utilisant la réfrigération ou la dessiccation avec mise en poudre par atomisation; pour les globules rouges, en les mettant en boîtes dès la sortie de la centrifugeuse, et en pasteurisant aussitôt.
- Le plasma liquide stabilisé se conserve indéfiniment s’il est maintenu entre o° et + 3° dans les chambres frigorifiques qui sont annexées à tous les abattoirs modernes. Comme il est d’origine animale, on pensait qu’il pourrait entrer dans la fabrication des saucissons dont il existe une si grande variété en Allemagne ; mais cette industrie y est strictement réglementée et très surveillée ; le Service des Fraudes s’opposa tout d’abord à cet emploi, sans doute parce que le plasma, quoique stabilisé, peut fermenter assez vite à la température ordinaire. Depuis, cependant, il a été permis d’en introduire jusqu’à io pour ioo dans les saucissons. On chercha alors à empêcher sa fermentation, soit en y ajoutant du sel de cuisine, soit en le stérilisant par un procédé oligodynamique; pour des raisons diverses, les deux procédés échouèrent. On se rabattit alors sur la mise en poudre, qui, auparavant, avait déjà été envisagée, avec l’espoir que cette poudre pourrait être employée dans d’autres industries alimentaires que celle des saucissons. Ce fut le cas, comme on le verra plus loin.
- Voici quelques détails sur l’application du procédé et les résultats qu’il donne. Pour stabiliser le plasma, on emploie un mélange, le « Fibrisolsalz », de citrate, de chlorure et de phosphates de sodium ; sa composition a été donnée par la Chemische Fabrik Joli. A. Benckiser, de Ludwigshafen. Elle avait été acceptée par le Service des Fraudes.
- La centrifugeuse spéciale dont on se sert fournit pour ioo parties (en poids) de sang : 70 de plasma stabilisé, le « Fibrisol » (solution colloïdale de fibrinogène) dont la couleur varie du jaune clair au jaune d’or, et 00 parties d’un produit rouge, le « sang épaissi » (Dickblut), qui renferme
- les globules rouges; c’est celui qu’on met en boîtes; il sert à de nombreux usages culinaires. La seule précaution à prendre est qu’avant la centrifugation, la teneur du sang en électrolytes, compte tenu de ceux qui ont été introduits pour la stabilisation, soit au moins égale à celle qui correspond à une solution aqueuse à 9 pour 1 000 de chlorure de sodium. Dans le cas contraire, il y aurait hématolyse des globules rouges avec mise en liberté d’une partie de leur matière colorante, l’hémoglobine, ce qui conférerait au plasma centrifugé une vilaine couleur rouge.
- 100 kg. de sang donnent 66 kg. de plasma contenant 5,7 kg. de protéides secs; 33 kg. de sang épaissi qui en contiennent 12,5 kg. et un autre kg. de protéides, soit au total 19,2 kg. de protéides secs.
- Le sang se prêtant mal à la réfrigération, la centrifugation s’effectue sur le sang encore chaud, aussitôt après qu’il a été recueilli et additionné de Fibrisolsalz. A sa sortie de la centrifugeuse, le plasma passe immédiatement dans un réfrigérant à ruissellement, puis, de là, dans les chambres frigorifiques, où il est emmagasiné dans des réservoirs en aluminium de 1 000 1. L’atomiseur est à dessiccation rapide; il fournit, par heure, 5o kg. d’une poudre ressemblant à de la farine ; ce plasma en poudre ne contient plus que 5 pour 100 d’eau et se conserve indéfiniment sans qu’on ait à prendre de précautions spéciales. Cette poudre renferme : 70 à 75 pour 100 de matières organiques (dont 2,5 à 5,5 de madères grasses) ; i5 à 16 pour 100 de sels minéraux (dont 9 à 12,5 pour 100 de chlorure de sodium et 4 pour 100 de phosphates). Dans la matière grasse, on trouve de la cholestérine, de la lécithine et les vitamines A et D.
- Grâce à cette organisation, on peut faire face aux fluctuations journalières et saisonnières de l’abatage, sans encourir aucune perte, et répondre à la demande des acheteurs soit de plasma liquide, soit de plasma en poudre.
- Le plasma en poudre présente de grands avantages pour la pâtisserie et la confiserie, où, maintenant, il est d’un usage courant; additionné d’eau à 53°-55°, il en absorbe beaucoup, gonfle énormément et, battu en neige, il donne une mousse bien plus abondante et plus stable que celle du blanc d’œufs. Ces deux propriétés sont dues à la présence du fibrinogène.
- E. L.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- CE QU'ON PEUT FAIRE AVEC DES DÉBRIS D’ARDOISE
- Les ardoises et leur broyage. — On sait que les ardoises, comme les argiles, résistent fort bien non seulement à l’action des intempéries, mais à celle de la plupart des corrodants, et c’est ainsi par exemple que l’on fait en dalles d’ardoise des tables de laboratoire que les acides usuels laissent inaltérées. Comme il ne saurait guère s’agir ici que d’utiliser l’ardoise en poudre, nous pourrons fort bien nous servir des débris que l’on trouve dans la plupart des chantiers de démolitions, matière première qui ne coûtera que la peine de la demander et de la transporter. Il est facile de broyer au marteau ces morceaux d’ardoise, puis de les transformer au mortier en une poudre fine, facile à conserver et se prêtant, comme nous l’allons voir à de nombreuses applications.
- Attention à ne broyer que des fragments bien propres et parfaitement secs : s’il y a lieu, ils seront nettoyés et passés au four. Dans la plupart des cas, cette poudre devant être absolument impalpable, il sera bon de la passer au tamis de soie.
- Ardoises artificielles incassables. — Disposez-vous d’un stock important de boîtes en carton et voulez-vous utiliser ce matériau dans la bâtisse ? Découpez dans le carton des rectangles en vous guidant sur un gabarit qui ne devra être ni trop petit (pas moins de 15 cm. sur 20), ni trop grand (pas plus de 30 cm. sur 40). Si vous avez un grand nombre de boîtes du même modèle, il sera pratique de normaliser la taille sur celle du fond d’une boîte, de manière qu’il suffise de faire sauter les bords des boîtes et des couvercles pour avoir les plaquettes.
- Ces pièces, dès que l’on en a constitué des piles épaisses, seront baignées une par une dans un bain chaud de coaltar additionné de 5/100 du poids de chaux vive et de la moitié du poids de poudre d’ardoise. Au sortir du bain, chaque plaquette est mise à égoutter en appuyant obliquement le long d’un mur, et on saupoudre les deux faces, après refroidissement, avec de l’ardoise pulvérisée. Ces pseudo-ardoises seront clouées, le moment venu, pour garnir une toiture, absolument comme s’il s’agissait d’ardoises véritables et elles montreront une excellente tenue à l’usage.
- Enduit pour tableaux noirs. — Les tableaux scolaires destinés à recevoir les inscriptions tracées à la craie doi-
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- vent, après long usage, être remis à neuf. Un enduit mat sur lequel la craie « mord » particulièrement bien et qui revient à très bon marché, peut être préparé au moyen de :
- Poudre d’ardoise ........................... 500 g.
- Noir de fumée............................... 200 —
- Silicate de soude en solution à 40°. . 250 —
- Eau......................................... 400 —
- Mélanger les liquides puis incorporer les poudres. Il est bon de ne faire le mélange que peu avant l’emploi. On applique au pinceau sur le bois préalablement poncé.
- Enduits pour la fonte. — Il s’agit de ce que les peintres en bâtiment nomment des « impressions » pour première couche de préparation à la peinture à l’huile, sur surfaces préalablement bien nettoyées s’il y a lieu. Voici les formules de bons mélanges, les chiffres indiquant des poids et non des volumes :
- Poudre d’ardoise impalpable.
- Céruse ... .............
- Terre d’Ombre................
- Ocre.........................
- Blanc crayeux................
- Vernis à polir...............
- Siccatif liquide.............
- Essence de térébenthine. . .
- Huile de lin cuite...........
- 20 g. 25 g.
- 2 — ^8 —
- 2 __ __________
- 3 — —
- 2 — 2
- 3 — 6 —
- 2 — 5 —
- 1 — 4 —
- Il est facile de teinter au besoin la mixture aux nuances désirées en substituant d’autres pigments à ceux mentionnés ci-dessus.
- Le « hlling=up » des peintres. — Ce nom anglais, naturalisé français par les professionnels de la peinture industrielle, peut être traduit par notre mot remplissage. De fait, les enduits de ce nom sont destinés à « remplir » les pores, fissures, crevasses et autres irrégularités en creux des surfaces à peindre. Aussi certains praticiens emploient-ils l’expression « bouchepores » et même le verbe « boucheporer » lorsqu’ils se servent de mixtures du genre de celles dont voici la composition :
- Poudre d’ardoises .... 25 g. 60 g. 25 g.
- Minium de plomb .... 45 — — 25 —
- Blanc crayeux — 35 — 25
- Graphite — 5 — —
- Essence de térébenthine. . 10 — — 10 —
- Huile de lin cuite .... 20 — 30 — 20 —
- Pour le travail du chêne dit « boucheporé », on emploie la première formule.
- Mastics très adhésifs. — Des mastics pour métaux ferreux sont, d’après Rabaté, composés de :
- Poudre d’ardoise........... 2 kg. 1 kg.
- Céruse broyée à l’huile. . . 1 — 2 —
- Il importe de prendre de la céruse broyée à l’huile de lin cuite.
- Un mastic pour bac d’accus et autres applications ou importe la résistance à l’action des acides sera préparé avec :
- Poudre d’ardoise........................ 300 g.
- Brai dur de coaltar..................... 300 —
- Brai de cire montane.................... 120 —
- Asphalte................................ 150 —
- Cire montane brute....................... 80 —
- Colophane................................. 5 —
- Malaxer à chaud jusqu’à parfaite homogénéité.
- G. Dhennequin.
- USAGES AGRICOLES DE LA NICOTINE
- La nicotine est l’insecticide de contact le plus employé aujourd’hui. La Revue des tabacs publie une étude du professeur Vayssière, de l’Institut national d’agronomie, qui donne la recette des formules d’emploi les plus efficaces.
- Voici d’abord la plus simple contre les pucerons :
- Sulfate do nicotine (à 500 g. par 1.) . 200 à 300 g. Savon blanc de Marseille (à 72 pour 100). 500 à 750 g.
- Carbonate de soude.................... 20 g.
- Eau................................... 100 1.
- ..."T.........................253 =
- MM. Balachowsky et Mesnil préconisent contre le Tigre du poirier l’addition d’huile d’arachide dans la formule suivante :
- Huile d’arachide.......................... 11.
- Acide oléique............................... 700 cm3
- Ammoniaque.................................. 400 cm3
- Sulfate de nicotine (à 500 g. par 1.). . . 100 cm3
- Eau..........................................100 1.
- La nicotine est aussi efficace contre la cochylis et l’eudémis de la vigne, agissant sur les papillons, les œufs et les chenilles.
- Le ver des poires et des pommes est également atteint et les Américains utilisent un sel peu volatil, le tannate de nicotine additionné de bentonitc. En Normandie, on emploie depuis quelques années la formule suivante .
- Oxychlorure de cuivre....................... 1 kg.
- Arséniate diplombique.......................S00 g.
- Nicotine....................................500 g.
- Eau....................................... 100 1.
- Adhésif du commerce.........................100 g.
- En 1035, d’après Régnier, 240 000 poires William ont pu être livrées par un seul propriétaire, impeccables, sans vers ni taches, grâce à ce traitement.
- La nicotine peut aussi être employée en fumigations, notamment dans les serres ou sous bâches, pour détruire de nombreux insectes ; on prépare des sachets, des cônes, des tablettes où la nicotine est additionnée de salpêtre et de nitro-benzène et on les enflamme ; ou bien on place sur des briques chauffées au rouge une solution de nicotine additionnée de carbonate de soude (en évitant de respirer les fumées qui sont très irritantes).
- M. Pussard a détruit la teigne de la lavande qui ravage les bourgeons de cette plante par une pulvérisation d’hiver avec :
- Savon blanc ............................. 1 kg.
- Nicotine à 500 g. de sulfate par litre . . . 300 cm3
- Eau......................................100 1.
- Enfin, en médecine vétérinaire, on peut débarrasser les animaux de leurs parasites en les baignant dans une solution de nicotine à 500 g. étendue de 600 fois son volume d’eau, ou encore en les lolionnant avec la solution suivante :
- Nicotine à 500 g.............................. I L
- Eau......................................... 400 1.
- Carbonate de soude............................ 1 kg.
- Dans tous les cas, les bouillies, solutions, lotions ne doivent être préparées qu’au moment de l’emploi.
- LE CIDRE DE TOPINAMBOUR
- Dans le numéro 3069 du 15 mai dernier, M. H. Blin a signalé l’intérêt du topinambour comme source d’alcool et indiqué un moyen de le distiller.
- M. Jean Lagorgette, conservateur de la bibliothèque de Châ-tillon-sur-Seine a bien voulu nous communiquer une autre recette, expérimentée par lui, qui donne un cidre de topinambour de qualité. Voici les indications qu’il nous donne :
- « Des membres de ma famille cultivant le topinambour depuis plus de quarante ans, j’ai fait de la propagande en faveur de ce précieux tubercule. Après essais, j’ai obtenu un cidre de topinambour agréable, vif, ne paraissant pas acide et n’agaçant pas les dents ; avec un peu de sucre, je le trouve préférable (indulgence d’auteur !) au cidre de pommes. A défaut de fût, verser dans une bonbonne, sur 2 kg. de topinambours épluchés, coupés en fins morceaux, 1 1. 5 d’eau chaude non bouillante, brasser de temps en temps pendant 3 ou 4 jours, puis ajouter 15 1. d’eau. Quoique la température se soit maintenue bien au-dessous de 20°, le cidre était bon à boire une dizaine de jours après. Mis en bouteilles ficelées, ii se conserve et s’améliore depuis un mois et demi. On dit qu’on peut remplir le fût d’eau à mesure qu’on tire la boisson. La saison étant trop avancée pour une nouvelle récolte, j’ai passé au hachoir les fragments de topinambour déjà à moitié épuisés et versé sur cette pulpe de l’eau presque bouillante. Après refroidissement et décantation, j’ai d’abord ajouté au dernier dixième contenant la lévuline restante 10 g. d’acide tartrique et chauffé, puis encore un peu d’acide tartrique et chauffé de nouveau. Enfin, j’ai versé un peu du cidre précédent, de première cuvée, comme levure et abandonné le tout plusieurs jours à la fermentation entre 20 et 30°. Le produit obtenu n’est pas mauvais, mais n’a pas le goût agréable du premier. »
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- CYCLISME
- Un nouveau cadre de cycle.
- Il est curieux de constater que, malgré les perfectionnements incessants de la mécanique depuis une cinquantaine d’années, les cadres de cycles n’ont en pratique subi aucune modification sensible durant cette période. On continue-’ à construire des cadres soudés à l’autogène d’après le type mis au point pour satisfaire aux anciennes exigences du montage à raccords filetés.
- Doit-on en conclure que la « Petite Reine » en est arrivée au stade ultime de son évolution, et qu’elle n’est plus perfectible ? Il semble bien en effet qu’on ne puisse plus, par construction, gagner du poids, mais la forme des cadres actuels est-elle définitivement la meilleure ?
- Leur caractéristique est d’être strictement triangulés, en vue de posséder une rigidité aussi grande que possible. Or, cette triangulation caractérise ce que l’on pourrait appeler la cc manière forte », dans le domaine de la résistance mécanique. N’existerait-il pas une formule moins brutale d’arriver à la solidité nécessaire, tout en permettant de réaliser un cadre à la fois plus léger et surtout plus simple, susceptible par surcroît d’assurer plus de confort ?
- C'est le problème que s’est posé M. Robert Millet. S’efforçant de ne pas subir l’influence de la routine, il s’est attaché à ne considérer du cadre que ses éléments essentiels, à faire abstraction de tout le reste, et s’est demandé comment on pourrait relier ces éléments de la manière la plus rationnelle, compte tenu des possibilités de la technique moderne.
- Or, la théorie anatomique et cinématique du pédalage d’une part, et les enseignements de la pratique d’autre part, s’accordent pour justifier les emplacements relatifs désormais adoptés pour le guidon, la selle et le pédalier. On connaît le peu de succès des véhicules à pédales dans lesquels on a voulu imposer à l’usager des positions plus ou moins incommodes, à grand renfort de complications mécaniques.
- Le brevet pris par M. Millet couvre le cadre du cycle représenté ci-contre, essentiellement constitué par deux anneaux jumelés, de forme sensiblement elliptique, tangents au tube de direction, à la selle et au pédalier. Le tube selle-pédalier est complètement supprimé. Ces deux anneaux se trouvent, par construction, pincés à la fois d’arrière en avant et de bas en haut.
- Dans les cadres actuels, le tube inférieur seul est très fortement sollicité à la traction, et soumis à des vibrations de fréquence élevée, qui tendent à provoquer la cristallisation du métal, et sa rupture, au voisinage de la fourche. C’est là un fait d’expérience bien connu.
- Les choses se passent tout autrement dans le cadre que nous étudions aujourd’hui. La charge s’y distribue sur la totalité de la longueur des tubes, du fait même de l’absence de tout compartimentage dû à une triangulation. On réalise en quelque sorte un équilibrage général des tensions, alors que certaines sections des cadres actuels fatiguent beaucoup plus que d’autres. Enfin, les vibrations de la fourche se propagent librement dans tout le cadre, en s’y amortissant, et n’atteignent jamais les fréquences nuisibles à l’homogénéité du métal.
- Contre toute attente, la suppression du tube selle-pédalier n’entraîne en pratique aucune déformation verticale appréciable du cadre, mais la souplesse qu’il possède cependant se traduit de très heureuse façon par l’élasticité donnée à la
- fourche avant, qui joue à la manière d’une fourche à ressort, sans comporter en fait aucune suspension spéciale. Le confort, sur mauvais pavé, est tout à fait remarquable.
- La rigidité latérale reste suffisante, du fait de l’obliquité des deux éléments du cadre qui s’épaulent efficacement et s’assemblent aux deux extrémités de la boîte de pédalier.
- Ces éléments sont chacun formés par une seule longueur de tube de petite section, cintré à froid et fermé de préférence au niveau des pattes arrière. L’assemblage du cadre se trouve ainsi simplifié par la suppression de nombreuses opérations de tronçonnage, pointage et soudure.
- Fig. 1.
- A l’usage, le cycle ainsi construit se révèle d’un entretien facile en raison de la liberté complète de l’intérieur du cadre. Il permet le passage des câbles de frein et d’éclairage dans les tubes, qui ne présentent ni coude brusque, ni interruption.
- Enfin, ce qui ne gâte rien, ses lignes très légères et très souples lui confèrent par surcroît le profil « aérodynamique » qui répond au goût actuel.
- Cette réalisation à la fois originale et très rationnelle nous paraît mériter plus qu’un succès passager de curiosité. Elle apporte un sérieux progrès dans la construction vélocipcdi-que. Nous lui souhaitons une fructueuse carrière.
- Constructeur : M. Robert Millet, 43, rue Félix-Faure. Colombes (Seine).
- MÉCANIQUE
- Superhuileur Oda à commande servo=pneumatique.
- Les huiles de graissage sont rares et il importe de les utiliser au mieux. Il est inutile de graisser un moteur pendant qu’il tourne au ralenti autant-qu’au moment où on lui demande un effort. Les superhuileurs ont justement été imaginés pour augmenter la lubrification en rapport avec la puissance développée.
- Parmi ceux qui sont réglés par la dépression existant dans le moteur, en voici un qui suit exactement les variations de l’admission des gaz dans la chambre de combus tion et répond parfaitement de ce fait au problème posé.
- Le superhuileur Oda, type H. S., comprend deux disposi-
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- Fig. 1. — Coupe à travers le dispositif de pulvérisation.
- tifs essentiels : un système de pulvérisation, une commande servo-pneumatique.
- Fig. 2. — Coupe à travers le dispositif de commande servo-pneumatique.
- Le lubrifiant est contenu dans un récipient muni d’un couvercle étanche sur lequel est fixé (fig. i) un plongeur L
- amenant l’huile au pointeau K réglé par la vis pointeau P munie d’une manette M. Le liquide arrive alors à un gicleur I débouchant dans un injecteur H formant Giffard. Le brouillard ainsi produit est conduit par le raccord A à la tuyauterie d’admission du moteur.
- Le couvercle porte aussi la commande ser-vo - pneumatique ainsi constituée (fig. 2) : le clapet C soutenu par le ressort R vient coiffer un siège S muni d’un joint J ; le tout est fixé sur le couvercle par l’écrou E. Le siège comporte un canal central en communication parla tuyauterie D avec la canalisation A allant au m ot e u r ; il présente aussi un canal latéral L, en communication avec l’intérieur du réservoir, qui peut être obturé par le clapet G quand celui-ci s’asseoit sur le joint J.
- Le réservoir étant hermétique subit les variations de dépression de l’admission au moteur. Si celle-ci est faible, inférieure à la puissance du ressort R, le clapet G se soulève, l’air extérieur entre dans le réservoir, passe dans le plongeur L en entraînant l’huile, actionne le giffard H et pulvérise le lubréfiant. Si elle devient supérieure à la force du ressort R, le clapet G retombe sur sa base J et le superhuilage cesse de fonctionner. Le ressort est réglé pour n’agir que lorsque le moteur est au ralenti ou à un taux de travail réduit.
- Constructeurs : Etablissements Saintagne, 72, rue Saint Fargeau, Paris.
- Fig. 3. — Aspect extérieur du superhuileur Oda.
- LIVRES NOUVEAUX
- Varchitecture de l’Univers, par Paul Couderc. 1 vol.
- 136 p., 17 fig. et X planches hors-texte. Gauthier-Yillars,
- Paris, 1941. Prix : 32 francs.
- Les grandes découvertes astronomiques de ces dernières années ont complètement bouleversé l’image que nous nous faisions de l’univers stellaire. Elles nous montrent l’Univers peuplé de nébuleuses spirales, dont, chacune à l’image de notre Voie lactée, est une agglomération d’une multitude d’étoiles de toute nature ; elles-mêmes évoluent dans l’espace et dans le temps ; ces univers étoilés dont on a recensé plus de 50 millions paraissent fuir le nôtre avec une vitesse extraordinaire. C’est ce monde nouveau dont M. Paul Couderc nous retrace le tableau en un petit livre aussi clair et instructif qu’attrayant ; nouvelle édition d’un ouvrage publié pour la première fois en 1928, il a dû être complètement remanié pour tenir compte des faits nouveaux survenus en cette courte période de 12 ans. De cette époque déjà si lointaine à tant d’égards subsiste une préface de M. Jean Perrin.
- Mars, terre mystérieuse, par Pierre Rousseau. 1 vol.
- 154 p., 27 fig. Hachette, éditeur, Paris, 1941. Prix : 17 fr. 25.
- L’an 1941 ramène la planète Mars en opposition dans des conditions très favorables à l’observation. Les astronomes en profiteront pour essayer de résoudre quelques-uns des nombreux et passionnants problèmes que pose cette planète. Quels sont ces problèmes, quelles sont les réponses que la science a pu leur donner à ce jour, voilà ce qu’apprendra aux profanes le nouveau livre de M. Rousseau. Que voyons-nous sur Mars, que sont les mystérieux canaux qui ont suscité tant de polémiques, Mars a-t-il une atmosphère, possède-t-il des êtres vivants et dans ce cas quelles sont les conditions de la vie sur notre voisine ? Peut-on communiquer avec notre voisine ? M. Rousseau répond à chacune de ces questions d’un style alerte où alternent l’humour et la poésie ; il s’appuie sur une solide documentation scientifique prélevée aux sources les plus sûres et les plus récentes, mais toute pédanterie est exclue de ces agréables et ingénieuses causeries qui peuvent être données comme un modèle d’excellente vulgarisation scientifique.
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- Les véhicules équipés avec gazogène, par H. Petit.
- I vol. xi-239 p. 12 x 28, 02 fig. 2e édition. Dunod, Paris,
- 1941. Prix : broche, 35 francs.
- La réédition de l’excellent ouvrage de H. Petit s’imposait. Question de brûlante actualité, s’il en fût : la voiture à gazogène est actuellement notre principale ressource pour maintenir les transports routiers indispensables à la vie du pays. L’auteur, bien entendu, a profondément remanié son livre pour tenir compte des progrès techniques survenus dans ces derniers mois. Mais on y retrouve la clarté et l’élégante précision qui caractérisent tous ses exposés.
- II rappelle d’abord les principes fondamentaux du fonctionnement du gazogène puis décrit avec de nombreuses figures à l’appui, les principaux types de gazogènes actuellement dans le commerce en indiquant leurs particularités de construction et d’utilisation. Un chapitre spécial traite des modifications à faire subir au moteur et au montage des différents éléments de l’installation pour adapter à la traction par gazogène les véhicules prévus pour l’essence et le gas-oil.
- Un autre chapitre étudie les remorques pour voitures de tourisme.
- Les différents combustibles utilisables dans les gazogènes font l’objet d’un examen très complet qui permettra à l’utilisateur de choisir en toute connaissance de cause celui qui lui convient le mieux suivant ses besoins et ses possibilités d’approvisionnement.
- Les revêtements électrolytiques épais de chrome
- et de nickel en matière de construction mécanique et d’entretien, par E. Gillet. 1 vol. vin-211 p. 16 x 25, 39 fig.
- Dunod, Paris, 1940. Prix : broché, 68 francs.
- Dans le courant de ces dernières années, une technique industrielle est née qui permet de réaliser par voie électrolytique des revêtements métalliques épais faisant absolument corps avec les métaux sur lesquels ils sont déposés — l’acier en particulier — sans interposition d’aucune couche de métal étranger, et de mettre notamment à la disposition du mécanicien les qualités précieuses du chrome : sa dureté, son onctuosité ainsi que le poli remarquable qu’il est susceptible d’acquérir et de conserver. Nous apprenons ici les cas où cette technique est avantageuse et ceux où elle est dangereuse ; l’auteur nous initie aux diverses opérations nécessaires pour
- BOITE AUX
- CORRESPONDANCE
- A propos des utilisations de Vorge (n° 3069, 15 mai 1941, p. 188). — M. le Président du Comité d’organisation de la brasserie et de la malterie et du commerce des houblons, nous écrit :
- « Dans votre numéro du 15 mai 1941, vous signalez la préparation d’une bière économique et vous indiquez que l’orge maltée est un succédané du café, ce qui est une erreur complète et nous étonne du journal La Nature, étant donné que les malts torréfiés pour le café sont justement des succédanés du café mais pas le malt destiné à la brasserie.
- « D’autre part, nous nous voyons dans l’obligation de vous rappeler que la vente des orges est réglementée et qu’elle ne peut se faire en détail. Par conséquent si vos abonnés veulent se procurer de l’orge ils ne le peuvent que dans des conditions irrégulières et nous pensons que vous estimerez nécessaire de rectifier, en ce sens, les indications que vous donnez à vos lecteurs. »
- A propos de la fabrication du savon. — Nous avons reçu la lettre suivante, de M. C. de Neyman, ingénieur-chimiste :
- Le dernier numéro de La Nature (15 juin) contient, parmi les Recettes et procédés utiles, un article sous le titre : • « Fabrication domestique du savon ».
- Tout en rendant hommage à l’auteur qui a tenu à mettre à, la portée de tous une formule pratique, je me permets d’attirer l’attention sur certains points.
- 1° Le danger de l’emploi de la soude caustique a été quelque
- la mettre en œuvre et montre le vaste champ d’applications qui s’ouvre devant elle.
- L'ouvrage se termine par quelques pages sur les revêtements épais de nickel qui, moins intéressants peut-être que les revêtements de chrome, paraissent cependant susceptibles d’importantes applications dans la protection contre les corrosions chimiques et dans la réparation des organes usés.
- Des limites à la normalisation, à la rationalisa= tion et à la standardisation dans l’industrie, par
- P. Razous. 1 vol. x-186 p. Dunod, Paris, 1941, Prix : 56 francs.
- Normalisation, rationalisation, standardisation sont des mots à la mode, mais dont le sens n’est pas toujours très clair ni pour ceux qui les prononcent, ni pour ceux qui les lisent. M. Razous s’est attaché sinon à les définir avec rigueur, du moins à analyser clairement les diverses conceptions qui s’abritent sous ces vocables et à en montrer l’origine et le développement. Il rappelle aussi les divers griefs et critiques qui ont été formulés contre les excès des théories organisatrices, quelle que soit leur dénomination. Cette mise au point, très rapide, un peu sommaire, où l’auteur semble se garder de prendre lui-même parti, a le mérite de fournir un bon point de départ à quiconque veut aborder l’étude de ces questions difficiles, mais d’une brûlante actualité.
- Bactéries et virus, par André Boivin. 1 vol. in-16, 146 p.
- Collection « La science au van te ». Presses universitaires de
- France, Paris, 1941. Prix : 18 francs.
- De tels progrès ont été faits en ces dernières années, auxquels l’auteur a apporté sa bonne part par ses études des toxines, que les notions classiques sur les microbes en sont toutes bouleversées. Avec une clarté lumineuse, l’auteur fait ici le point. A côté des bactéries pathogènes, parasites de l’homme et des animaux, il rappelle les bactéries libres, autotrophes, à la vie si intense et si rapide, aux réactions si variées et parfois si inattendues, qui assurent le circulus des éléments dans la nature. Puis il décrit les antigènes et les anticorps, défenseurs do l’organisme à côté des phagocytes, qu’on utilise dans les sérums, les vaccins, les anatoxines. Et il termine par les virus ultramicroscopiques dont certains cristallisés sont à l’extrême frontière de la vie et peut-être de simples corps chimiques. Cet exposé tout à fait à jour précise nos connaissances actuelles et ouvre de larges horizons sur la Ade à la surface du globe.
- LETTRES
- peu exagéré par l’auteur : un opérateur attentif peut se dispenser des lunettes et du masque, et pour une goutte tombée sur la main un simple rinçage à l’eau suffit généralement ;
- 2° Si l’on se sert de la graisse achetée chez le boucher, il conAÙent de la faire fondre préalablement, afin de la débarrasser des cartilages et des morceaux de chair ;
- 3° Des erreurs qui se sont glissées dans le tableau d'équii-a-lences (p. 222) feraient rater l’expérience : les chiffres indiqués sont à peu près dix fois trop faibles ;
- 4° Le carbonate de soude sec (soude Solvay) est, en effet, identique aux cristaux de soude, mais le rapport entre au poids entre ces deux sels est de 286 à 106, soit environ 2,7 et non 2 ; autrement dit, les 100 g. de sel Solvay peuAœnt être remplacés par 270 g. de cristaux et non par 200 g. ;
- 5° La formule de fabrication de savon (p. 223), juste pour l’ensemble de produits indiqués, prête à malenténdu au cas où l’on n’emploierait pas certains produits facultatifs : en effet, si la présence ou l’absence de silicate de soude ou de carbonate de soude ne changent pas la quantité de lessive de soude à employer, il n’en est pas de même pour la colophane qui, elle, exige de la soude caustique pour sa saponification. 11 est donc utile de diminuer la quantité de soude caustique si l’on fabrique le saA-on sans l’adjonction de colophane.
- Enfin, en ce qui concerne la technique préconisée par l’auteur, j'ajouterais cette simple remarque : il est préférable de prendre, au début de l’opération un peu d’eau, mettons 500 g., pour dissoudre la soude caustique, en diminuant d’autant la quantité d’eau destinée à la fonte du suif et de la colophane. On Aœrsera la solution de soude caustique par petites doses.
- Veuillez agréer, etc...
- Le Gérant : G. MASSON.
- IMPRIMÉ PAR BARNÉOÜD FRÈRES ET C1® A LAVAL (FRANCE) .
- 15-7-1941 — Pubîished in France.
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- N° 3072
- LA NATURE
- 15 Août 1941
- LES VIPÈRES DE FRANCE w
- Avant que les doctrines pastoriennes n’aient modifié de fond en comble nos idées sur les phénomènes de la vie, les naturalistes considéraient peu d’animaux comme venimeux, en dehors des serpents. Hormis les Ophidiens, on ne rangeait guère alors dans la catégorie des êtres, dont divers organes spéciaux sécrètent des liquides toxiques, que les Scorpions, les Abeilles et les Guêpes, la Salamandre, les Crapauds, certaines Araignées et de rares poissons tels les Scorpènes, les Vives et les Murènes. Mais depuis cette époque, la liste des bêles venimeuses s’est singulièrement allongée par suite de recherches expérimentales variées et d’observations sagaces, qui ont permis de préciser le rôle biologique des venins auxquels des thérapeutes modernes ont même trouvé de très intéressantes applications médicinales !
- Pai’mi les savants qui ont apporté une contribution importante dans ce domaine, à côté des Arthus, des Calmette, des Laveran, des Nicolle ou des Ramon doit figurer en bonne place, le Dr Césaire Phisalix, qui découvrit en particulier avec Gabriel Bertrand, la sérothérapie antivenimeuse de la Vipère aspic. Mme la Doctoresse Marie Phisalix (fig. x), femme et dévouée collaboratrice de cet assistant du Muséum d’Histoire natui’elle de Pai’is, poursuivit dignement l’œuvre de son mari, mort prématurément en 1906. Dans deux gx'os volumes publiés en 1922, elle coordonna, avec une érudition sûre et un sens critique avisé, tout ce qu’on savait alors sur Les animaux venimeux et les venins. Aujourd’hui, délaissant le microscope et les travaux de laboratoire, les randonnées dans les landes ou dans les forêts à la recherche de matériaux d’études, elle a pi’is la plume pour nous présenter les Vipères de France. Nous ne saurions résumer ici ce curieux ouvrage, de lecture facile pour les pi’ofanes. Nous nous contentei’ons de suivre les chasseurs de vipères dont Mme Phisalix nous décrit l’originale physionomie. Nous ajouterons nécessaii’ement quelques mots sur la biologie, les
- 1. Dr Marie Phisalix, Les vipères de France, 1 vol., Stock, Paris, 1940.
- ai’mes venimeuses et le traitement des morsures de ces malfaisants serpents.
- Jadis, nous raconte l’éminente « ophiologiste », ces étranges disciples de Saint-Hubert étaient quelque peu bohèmes. Braconnant ou tendant la main en hiver pour augmenter leur maigre budget, ils apportaient, le plus souvent, leurs captures dans les laboratoires des villes universitaires les plus voisines de leurs résidences. Durant la belle saison, ils habitaient parfois de misérables cabanes à la lisière des forêts. Là, ils exerçaient à loisir leur curieuse profession, une des l'ares qui ne connut jamais ni l’encombrement, ni le chômage. Au premier rang de ces « vipéricides » émérites, maintenant disparus, figuraient entre autres
- Riondel, de Voiron (Isère) qui,opérait dans les Alpes de Savoie et Michel Vergne dit « Jean Serpent » décédé en 1920 (fig. 2). Ce dernier, que nous avons connu personnellement, fit longtemps une guerre acharnée aux perfides bestioles qui pullulent sous les digitales pourprées ou les genêts d’or de l’Auvergne.
- On voit encore quelques-uns de ces extraordinaires chasseurs dans toutes les régions du vieux Continent riches en reptiles (fig. 3 et 4). Au cours des vingt-cinq dernières années, le principal pourvoyeur de Mme Phisalix fut même, comme elle le note dans son livre, un prêtre de Vendée, l’abbé Chabirand qui, tout en exerçant avec conscience son ministèi'e religieux, « capturait çà et là les vipères dont il connaissait les habitudes et les gîtes ». A l’aide d’une sorte de « houlette spéciale » munie d’un long manche, il arrêtait sur place le serpent qu’une pince lui permettait de mettre dans un « carnier » en cuir à fermeture hermétique.
- Mais avant de suivre ces Nemrods dans leurs battues, faisons plus ample connaissance avec leur gibier.
- En Europe, on rencontre plusieurs espèces de vipè-res. Caractérisons d’abord la Vipère d’Orsini (Vipera Ursini, Bonaparte) ainsi appelée parce qu’elle a été découverte, en 1839, dans les Abruzzes (Italie) par le comte Orsini et décrite, pour la première fois, par le
- Fig. 1. — Mme la Doctoresse Phisalix, dans son laboratoire du Muséum.
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- prince Lucien Bonaparte. Petite (le mâle n’atteint que 49 cm. et la femelle 5o cm.), elle existe dans Pile de Veglia (Adriatique), en Hongrie, en Basse-Autriche, en Bulgarie et en Yougoslavie. Par contre, elle est peu répandue en France et contrairement à la Vipère Berus (.Pelias Berus D. B.), sa coloration générale ne varie pas avec le sexe. Cette dernière, connue également, suivant les localités, sous les noms vulgaires de « Vipère du Nord », « Vipère noire », « Vipère Péliade »,
- Fig. 2.
- Michel Vergne, clit 1 mort en 1920.
- Jean Serpent
- Ce célèbre « vipéricide » auvergnat tua plus de 32 000 vipères en une quarantaine d’années.
- Fig. 3. — Un chasseur s’apprêtant à tuer, au moyen d’une sorte de fourche une vipère endormie au soleil.
- Fig. 4. — Le tableau de chasse d’une journée d’un habile vipéricide.
- a une aire de dispersion qui s’étend de l’Ouest à l’Est depuis l’Ecosse jusqu’à l’île Sakhaline à travers le continent sibérien. Elle existe seule en Angleterre et abonde en Allemagne où elle voisine dans les landes environnant la capitale du Reich avec la Vipère des sables (Vipera ammodytes) qui habite, en outre, certaines régions côtières d’Italie et de Dalmatie.
- Enfin la Vipère aspic (Vipera aspis, Linné) (fig. 5) justifie son appellation de « Vipère commune » car on la trouve un peu partout en France au sud d’une ligne passant par les départements de la Loire-Inférieure, de l’Orne, de Seine-et-Marne et de Meurthe-et-Moselle. D’ordinaire, sa taille dépasse celle de la Berus, puisque les femelles peuvent atteindre 70 cm. et les mâles 70 cm. de longueur totale. Sa tête large et plate, séparée du cou, présente la forme nettement triangulaire (fig. 6) ainsi qu’on l’observe chez toutes les Vipères, mais son museau retroussé et l’absence de grandes plaques entre les yeux permettent de la distinguer des espèces précédentes. Quant à l’habitat des dangereux Ophidiens, il varie beaucoup. En été et en automne, on les voit ramper dans les forêts, les prairies, les haies embroussaillées aussi bien que dans les anfractuosités de rochers ou les amas de pierrailles, mais elles gîtent plus rarement dans les plaines de grande culture. D’autre part, ces animaux malfaisants se montrant plutôt casaniers, ils se tiennent pendant la journée à proximité de leur tanière, afin de pouvoir s’y blottir à la moindre alerte, et, engourdis sous les feuilles mortes ou les branches moussues, ils se reposent en guettant leur proie, car la complaisance de leur estomac leur permet d’attendre patiemment les morceaux délicats.
- Assistons maintenant à une de ces chasses, qui rendirent jadis célèbre Michel Vergne dit « Jean Serpent », le plus grand tueur de vipères devant l’Ëter-nel. D’allure décidée, petit de taille, mais trapu, c’était, un hardi marcheur dont les jarrets d’acier ignoraient la fatigue. Aussi, lorsqu’un propriétaire auvergnat l’appelait pour débarrasser sa vigne des hôtes rampants qui, sans permission, y avaient élu domicile, il s’y rendait presque toujours à pied, sans autre attirail qu’un fleui'et démoucheté et une simple cage. Celle-ci lui servait à rapporter au logis les bêtes capturées. En quelques jours, la besogne était achevée.
- Quels étaient au juste les engins qu’il employait ? Avait-il certains appâts pour attirer son gibier ? Non, tout cela n’eût pas été digne de notre « héros ». D’abord il commençait par répandre aux endroits propices de l’huile de ricin, puis dans les dernières années de sa vie, il y
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- Fig. o. — La Vipère aspic : tête triangulaire et queue elfilée.
- Fig.. G. — A gauche, tête de Couleuvre ; à droite, tête de Vipère. Celle-ci est large, plate, triangulaire.
- Fig. 7. — Tête de Vipère aspic, gueule ouverte, montrant les deux crochets et les glandes à venin.
- avait totalement renoncé, préférant la lutte loyale aux ruses d’apache. Sa façon de procéder, dont nous avons eu la bonne fortune de nous rendre compte, lors d’un séjour dans le Puy-de-Dôme, était fort simple. Lorsqu’il soupçonnait, par exemple, qu’un taillis abritait l’ennemi, il s’en approchait sans bruit, saisissait l’animal avec la pointe acérée de son fer, et d’un petit coup sec, le lançait sur la route. Alors, en un clin d’œil, prenant le reptile derrière la tête, il l’introduisait vivement dans sa boîte.
- Une fois rentré au logis, notre homme se transformait en bourreau. Entrebâillant son carnier, il saisissait à l’aide de son fleuret, une première victime vers l’extrémité antérieure du corps. Un instant après, les doigts du guillotineur glissaient jusqu’au cou de la bête, afin de la maintenir, en attendant qu’avec des ciseaux bien aiguisés, maniés de l’autre main, il lui tranchât le chef. Ensuite les têtes mises dans un bocal étaient portées à la préfecture de Clermont-Ferrand, qui allouait au vipéricide une prime variable, selon qu’il s’agissait d’une Péliade ou d’une Aspic.
- Au cours d’une quarantaine d’années de chasses fructueuses, cet original chemineau avait, selon ses dires, tué plus de 32 ooo vipères auvergnates ; son émule anglais Harry Mills de New-Forest se vantait seulement d’avoir occis 3o ooo Bérus pendant le même temps dans la région de Southampton.
- Repassons la Manche pour voir encore à l’œuvre d’autres chasseurs de vipères contemporains, qui procèdent de manières quelque peu différentes. Certains se servent d’une sorte de fourche pour s’emparer de leurs victimes sans les blesser, ni leur faire perdre leur venin et les transportent vivantes dans un récipient bien clos jusqu’aux laboratoires scientifiques. D’autres, qui opèrent en terrains plats et découverts, préfèrent prendre les vipères au lazzo d’où ils les décrochent au moyen d’une pince pour les placer dans une « gibecière » bien fermée.
- Mais indépendamment des humains, les vipères ont un certain nombre d’ennemis naturels : le Blaireau, le Putois, le Porc domestique, le Sanglier, la Fouine, le Lérot, et surtout le Hérisson (fig. 9) qui résiste très bien aux morsures. Parmi les oiseaux, le Circaète, qu’on rencontre dans presque tous les pays d’Europe, chasse aussi les serpents avec beaucoup d’adresse ; Orvets, Lézards, Couleuvres et Vipères constituent les mets préférés de ce splendide Rapace, qui ne dédaigne
- pas non plus de varier ses menus en s’offrant à l’occasion Mulots, Grenouilles ou Crapauds, Fait à noter, il jouit comme le Hérisson d’une immunité spéciale vis-à-vis du venin des Vipères.
- Examinons à présent, comment ces cruels Ophidiens attaquent leurs victimes. Leur appareil venimeux se compose d’une paire de glandes, symétriquement situées sur le pourtour de la bouche, sécrétant le liquide toxique, au moyen d’un fin canal qui débouche à la base de crochets. Ceux-ci sont des sortes de dents acérées, que portent les maxillaires supérieurs capables de se redresser fortement au moment voulu (fig. 7). Quand le serpent veut se jeter sur une proie, il lance la tête en avant dans une brusque détente, la gueule largement ouverte (fig. 8). Les crochets, sortant de la gaine muqueuse qui les enveloppe au repos, pointent en avant, s’enfoncent dans la chair et se rétractent instantanément. Parfois, ils restent dans la blessure, car, après avoir fonctionné pendant un certain temps, le crochet se dessoude tandis que dans l’alvéole voisine vient s’implanter un crochet de rechange. D’après les constatations de Mmo Phisalix, ce remplacement peut s’effectuer sept fois dans l’existence d’une vipère. Pendant que les dards sont plongés dans le corps de
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- la victime, le venin amassé dans le réservoir glandulaire est expulsé par la brusque contraction d’un faisceau musculaire et passe dans le canal excréteur de chaque crochet.
- La vipère ne peut rejeter, en une fois, de ses deux glandes, que 3o à 4o mg. de venin, mais les substances qui composent ce dernier sont très toxiques. La région voisine du point d’inoculation se tuméfie et prend, d’ordinaire, une teinte livide. Puis dans les cas graves, le malade a des sueurs froides, sa respiration se ralentit, son pouls, après une période d’accélération, s’affaiblit de plus en plus et la mort survient par asphyxie. Heureusement, les morsures de Vipères n’ont que rarement d’aussi tragiques conséquences pour l’homme. On traite maintenant l’envenimation par le sérum antivenimeux. Grâce à une injection sous-cutanée, faite peu de temps après l’accident, on sauve presque toujours le patient et l’on diminue ses souffrances. Cette médication a considérablement abaissé la mortalité par morsures de serpents ; elle n’atteint plus en France que io pour ioo des cas signalés tandis qu’autrefois elle s’élevait jusqu’à 35 pour ioo.
- Jadis, on tirait des différentes parties de cette bête malfaisante des a remèdes exquis », comme l’apprend un curieux livre de Moyse Charas, apothicaire français installé, vers 1670, rue des Boucheries Saint-Germain, à Paris, et qui obtint licence de préparer la thériaque. La « vipérothérapie » tend d’ailleurs à renaître, grâce à l’interprétation des faits anciennement observés ainsi qu’aux comparaisons établies entre les propriétés des toxines microbiennes et celles des venins. On préconise aujourd’hui, par exemple, la neurotoxine, substance
- organique tirée du venin de serpents pour traiter certaines affections rhumatismales ou des sciatiques rebelles. Le sang de vipère, détoxiqué par un chauffage approprié, s’emploie maintenant comme bactéricide local, la bile de vipère a conservé son antique réputation et l’a même accrue de nos jours car ses sels servent à préparer notamment la cholestérine, utilisable comme antigène. De leur côté, les lipides de la peau serpentine ont renouvelé la vieille formule du célèbre « bouillon de vipère » et laissent espérer à certains la guérison des épithéliomas I Donc, comme l’écrivait Moyse Charas voilà plus de 25o ans, « aucun animal n’a autant payé de sa personne dans l’art de guérir que la vipère ». Sans cultiver le paradoxe, l’humanité doit même témoigner à cette maudite engeance un brin de reconnaissance ! En fin de son livre si intéressant et si bien documenté, Mme Marie Phisalix ne nous apprend-t-elle pas qu’en France, 10 à 12 000 vipères donnent, chaque année, leur vie pour préparer le sérum antivenimeux du Dr Calmette !
- Du reste, si l’on en juge par l’humoristique anecdote suivante, rapportée par Henri de Pai'ville, ancien directeur de La Nature, on pourrait également se défendre contre les vipères... en jouant certains airs de musique. « J’écoutais l’exécution d’une sonate de Mozart, raconte le correspondant du spirituel chroniqueur scientifique, quand tout à coup auprès de moi, sur le parquet, j’aperçus un x’eptile qui arrivait lentement du dehors ; il s’étira doucement, devint immobile, la tête légèrement soulevée, frémissant et comme en extase. Nous sommes restés ainsi tous deux sans faire un mouvement, l’animal rampant et moi, sous l’influence de la musique de Mozart, pendant plus d’un quart d’heure. Puis, tout à coup ti’ois ou quatre accords éclatants retentissent, prélude endiablé d’une sonate de Grieg. Le serpent effaré, décampa prestement. D’où il suit que les Ophidiens apprécient Mozart et méconnaissent Grieg » ! Je ne conseille pas cependant à mes lecteurs musiciens d’en tenter l’expérience ! Mais si le malheur veut qu’une vipère les morde, qu’ils ne se désolent pas, qu’ils cautérisent immédiatement leur plaie à l’eau javellisée puis qu’ils se fassent injecter du sérum antivenimeux et ils en seront probablement quittes pour la peur !
- Jacques Boyer.
- Fig. S.
- — Vipère dévorant un mulot.
- — Hérisson mangeant une Couleuvre.
- Fig. 9.
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- L'ALCOOL MOTEUR <*>
- L'ALCOOL ET LE MOTEUR
- Faut-il adapter le carburant au moteur ou le moteur au carburant ? Une adaptation s’impose puisque les caractéristiques de l’alcool diffèrent notablement de celles de l’essence et du benzol, comme le montre le tableau suivant :
- Pouvoir calorifique Limites d’explosion
- Alcool . 6 488 cal /kg. 5 i4o cal./l. 3,q5-i3,65
- Essence. io.5oo cal./kg. 7.700 cal./l. 2,4 - 4,9
- Benzol . 9.55o cal./kg. 8 400 cal./l. 2,65- 6,5
- Ces diverses caractéristiques ont donné lieu au commentaire judicieux que voici du Dr Die tri ch du Reichs-monopolverwaltung für Branntwein (<Chemiker Zei-tung, ig3i) :
- « La durée de vaporisation de l’alcool est environ huit fois <( plus grande que celle de l’hexane. Mais, indépendamment « du fait que la vaporisation de l’alcool dans le carburateur « exige une plus grande quantité de chaleur que pour l’es-« sence et le benzol, les conditions, dans le cas de l’alcool, ce sont, en outre, d’autant moins favorables que sa teneur cc en énergie par unité de volume et de poids est beaucoup ce plus faible que celle des deux autres carburants. A côté cc de ces inconvénients, l’alcool offre l’avantage de suppor-cc ter un taux de compression plus élevé, ce qui permet cc d’augmenter notablement l’efficacité et la puissance du cc moteur. Un mélange d’alcool et d’air supporte, avant que cc se produise l’auto-allumage qui doit être évité dans les cc moteurs à combustion interne, une compression beaucoup cc plus élevée qu’un mélange d’essence et d’air. »
- cc Lorsque le chauffage préalable de l’alcool est insuffi-cc sant, le carburant parvient à l’état liquide dans le moteur cc et une partie traverse la chambre de combustion sans être cc brûlée. Il en résulte une gronde consommation de carbu-cc rant et, par suite une marche peu économique. On con-cc State, en outre, une diminution de puissance lorsque cc l’avance à l’allumage est insuffisante et que le diamètre cc du gicleur n’a pas été convenablement augmenté. Étant cc donné le faible pouvoir calorifique de l’alcool, on doit cc introduire dans le moteur un plus grand volume de car-cc burant par cheval-heure. Enfin, le moteur fonctionne cc d’une façon défectueuse si l’on n’a pas pris la précaution cc de remplacer par un flotteur un peu plus lourd celui que cc l’on a l’habitude d’employer dans les carburateurs pour la cc marche à l’essence ; le flotteur, en effet, s’enfonce moins cc dans l’alcool, dont la densité est plus élevée que celle de cc l’essence et obture la soupape de la tuyauterie pour un cc niveau de carburant moins élevé qu’il ne serait désirable. »
- et le Dr Dietrich ajoute :
- cc Comme l’alcool possède vis-à-vis de l’essence et du cc benzol une chaleur latente très élevée, les moteurs mus cc au carburant à l’alcool chauffent beaucoup moins, même
- 1. La Nature, n° 3071, lfi juillet 1941.
- cc lorsqu’on leur demande un travail considérable. Cet avance tage fut abondamment prouvé par le succès que remporta cc le mélange de composition particulière vendu par la cc R. K. G. sous le nom de cc Monopoline R », spécialement cc destiné aux voitures de course. »
- cc L’alcool occupe donc comme carburant pour les moteurs cc à combustion une place tout à fait particulière. Un foncée tionnement économique ne serait possible que dans les cc moteurs spéciaux absolument inutilisables pour la marée che à l’essence. »
- ADAPTATION DE L'ALCOOL AU MOTEUR
- Cette adaptation consiste dans l’addition aux alcools de produits qui accroissent sa tension de vapeur et facilitent ainsi le démarrage des moteurs. Ces additions peuvent être constituées par de l’éther ou de l’acétone. Ce dernier produit peut se préparer en quanti t é s massives par un traitement spécial du cc sucre de bois » résultant de l’hy-drolyse des matières cellulosiques, technique que nous étudierons prochainement.
- Le mélange cc alcool-éther » s’emploie depuis longtemps. On le connaît sous le vocable de cc Natalité » parce qu’il a été d’un usage courant en Afrique du Sud. On lui reproche de revenir cher et de perdre ses qualités au stockage consécutivement à l’évaporation de l’éther. L’é ther expose, d’autre part, à de graves risques d’inflam-mation à proxi mité d’une flamme ou d’un corps incandescent : cigarette, allumette, etc...
- La question a été reprise par la société suisse Crima laquelle,
- Fig. 1. — Dispositif Mariller pour la préparation d’alcool absolu.
- A, colonne de rectification à plateaux ;
- B, colonne de séparation de l’eau et de l’absorbant ; C, condenseur-déphleg-mateur ; E, éprouvette de coulage de l’alcool absolu ; 1, arrivée de vapeur dans la colonne A ; 2, arrivée de vapeur dans la colonne B ; 3, sortie du résidu chargé de l’absorbant ; 4, coulage de l’alcool absolu vers l’éprouvette E ; 5, recyclage dans la colonne A de l’absorbant de l’eau contenue dans l’alcool ; 6, évacuation de l’eau en excès, séparée du liquide absorbant ; 1, sortie du liquide absorbant concentré avant recyclage ; 8, retour à la colonne A du concentré de liquide absorbant ; p, pompe de circulation du
- liquide absorbant concentré.
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- au lieu de faire un mélange d’alcool rectifié et d’éther sulfurique, agit directement sur l’alcool impur (flegmes) par catalyse. De cette façon, l’alcool et ses impuretés sont transformés en un nouveau produit, jouissant de bonnes références, composé d’environ 75 pour 100 d’alcool, 3 pour xoo d’eau et 22 pour 100 d’éther. Cet alcool éthérifié bout à 47° et distille entièrement entre 5o° et ioo°.
- Probablement, on en viendra, en dehors de l’alcool éthérifié, à la substitution de l’alcool absolu à l’alcool 960-97° en raison de son aptitude à se mélanger de façon stable, avec d’autres hydi'ocarbu-res : essence, benzol, etc. (l). Pendant longtemps, en effet, les conditions de notre ravitaillement en hydrocarbures nous astreindront à utiliser un mélange de carburants.
- A ce propos, il convient de rappeler les conditions de miscibilité de l’essence et de l’alcool.
- En 1921, quand on voulut incorporer 10 pour 100 d’alcool 95°-96° G. L. à l’essence •— c’était alors le seul alcool disponible — on s’aperçut que le mélange -était hétérogène et se séparait en deux couches (l’une à la base, d’alcool et d’eau, l’autre d’alcool absolu et d’essence). On fit appel aux chercheurs pour lever cette difficulté. Deux solutions furent finalement retenues comme réalisables :
- celle des « unisseurs », c’est-à-dire l’emploi de composés assurant, par leur addition, l’homogénéité du mélange, dans l’union des deux couches, et l’élimination de l’eau et de l’alcool, l’alcool absolu étant miscible avec l’essence en toutes proportions.
- Depuis lors, les « unisseurs » ont fait faillite, car la proportion de ces corps nécessaire pour assurer la stabilité du mélange à basse température (condition de fonctionnement des moteurs, l’hiver) était, dans les cas les plus favorables, de 5o pour 100 de l’alcool uti-
- 1. H. Gujênot. L’alcool carburant. Revue des Carburants nationaux, avril 1941, pp. 206-214.
- lise, ce qui conduisait à un prix prohibitif et à une impossibilité de production. Parmi les « unisseurs », les phénols (surtout les crésols) et les alcools supérieurs (surtout l’alcool butylique) donnaient les meilleurs résultats.
- La deuxième solution, préconisée par M. Mariller avec M. Loriette, du Service des Poudres, est devenue d’une application universelle.
- Aujourd’hui, on prépare l’alcool absolu par dissolution de l’alcool dans un absorbant. On utilise pour cela soit un mélange azéotropique (procédé Guinot, usines de Melle) avec un liquide plus ou moins volatil que l’alcool, choisi de manière que l’eau distille en tête, soit un absorbant de l’eau contenue dans l’alcool. D’après ce second processus, M. Mariller opère comme suit :
- La colonne A (fig. 2) est identique à celle qu’on utilise usuellement pour la rectification de l’alcool (fig. 1). Toutefois, le reflux y est remplacé par une introduction en 5 d’un liquide absoi'bant le corps le moins
- Fig. 3. — Coupe d’un carburateur Solex horizontal à alcool.
- 1. Pipe-raccord d’arrivée d’essence ; 2. Gicleur de starter (essence Gs) ; 3. Boisseau ; 4 ; Glace de starter ; 5. Orifice d’air ; 7. Orifice de glace de starter ; 8. Arrivée du mélange ; 9. Corps du carburateur ; 10. Papillon des gaz ; 11. Gicleur d’air de starter (Ga) ; 12. Ressort de glace de starter ; 13. Gicleur principal G (alcool) ; 14. Chapeau du gicleur ; 15. Pointeau appauvrisseur ; 16, Manette de pointeau ; 17. Siège de pointeau ;
- 18. Trous calibrés pour retour h la marche à l’essence.
- Fig. 2. — Colonne de rectification pour la préparation d’alcool à 85°-87° G. L.
- A, colonne de rectification à plateaux ; B, colonne d’épuisement ; C, condenseur-déphleg-mateur ; E, éprouvette de coulage de l’alcool rectifié ; 1, arrivée de vapeur dans la colonne A ; 2, arrivée de vapeur dans la colonne B ; 3, éA7acua-tion du résidu à l’égout ; 4, coulage de l’alcool rectifié vers l’éprouvette ; 5, retour du reflux dans la colonne A.
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- volatil, l’eau dans le cas présent. Ce corps est absorbé et s’écoule avec l’absorbant par 3. La vapeur d’alcool pur qui s’échappe au sommet de A se dégage sur le condenseur C qui ne fournit plus à l’éprouvette que le coulage, la rétrogradation étant supprimée.
- Une colonne B reçoit l’absorbant chargé du corps le moins volatil ; l’eau qu’elle vaporise est expulsée par 6 et l’absorbant pur, ainsi régénéré, s’écoule en 7.
- On le reprend par la pompe p et le ramène par 8 dans le tuyau 5 qui le conduit à la colonne A.
- L’absorbant travaille donc en cycle fermé.
- L’absorbant de l’eau, le « déshydratol », dont se sert M. Mariller, se compose de glycérine ordinaire (monoglycérol CH20H — CHOH — CH2OH) contenant en dissolution 5 à 10 pour 100 de carbonate de potassium. Après absorption de l’eau, ce sel rentre aisément en circuit parce qu’il se déshydrate entièrement à i35°, ce qui a lieu dans la caisse 7. D’autre part, ce carbonate crée une réaction légèrement alcaline permettant de construire les appareils en acier courant.
- Suivant les circonstances, M. Mariller emploie d’ailleurs d’autres corps absorbants et notamment des poly-glycols.
- Selon cette méthode, la déshydratation de l’alcool l'ectifié à 94°-95° G. L., celui-ci étant préalablement réchauffé, ne consomme pas plus de 80 kg. de vapeur par hectolitre d’alcool absolu, soit environ deux fois moins que les mélanges azéotropiques.
- La méthode allemande « Hiag » utilise comme absorbant de l’eau une dissolution d’acétate de potassium dans l’alcool. Elle est employée dans quelques distilleries.
- La technique de la préparation de l’alcool absolu étant au point depuis quelques années, on y aura d’autant plus volontiers recours, désormais, que l’alcool absolu offre bien moins de risques de corrosion
- Fig. 4. — Schéma d’installation pour alcool avec départ alcool, dispositif Zénith.
- A. Ampèremètre ; B. Batterie ; C. Bride réchauffée par gaz d’échappement ; M. Masse ; R. Résistance électrique.
- ..Réservoir de départ
- Starter à cuve
- Tirette de starter à cuve
- Boite de réchauffagt
- Alcool
- Fig. 5. — Carburateur Solex à alcool monté sur Renault Primaquatre 14 CV.
- des organes du moteur que n’en présente l’alcool 95°-97° G. L. En principe, l’alcool ne corrode pas le moteur. Cela n’est vrai cependant que lorsqu’il ne contient ni eau, ni impuretés. Or, on constate la présence du soufre dans des alcools préparés avec des produits ayant été exagérément sulfatés. En outre, si la combustion est incomplète, il se forme de l’aldéhyde, de l’acide acétique et des matières goudronneuses qui gomment les soupapes. L’eau favorisant les corrosions par l’action de ces impuretés, naturelles ou formées dans le moteur, on se prémunit contre les altérations du métal en n’utilisant que l’alcool absolu.
- ADAPTATION DU MOTEUR A L’ALCOOL
- Nous avons rappelé plus haut qu’il convient de modifier le flotteur et le gicleur du carburateur quand on passe de l’emploi de l’essence à celui de l’alcool puisque, en volume, compte tenu des différences du pouvoir calorifique, on consomme de 4o à 5o pour 100 en plus de ce dernier. D’autre part, pour assurer le démarrage à froid et la mise en température du moteur quand on utilise de l’alcool, celui-ci distillant en totalité vers 75°, il convient, soit de chauffer l’alcool dans les tuyauteries d’admission au moyen d’un résistance électrique, soit d’employer un starter spécial C1), soit en combinant ces deux moyens. Ce sont là les solutions d’un usage maintenant courant, hormis le cas, encore peu développé, où l’on recourt en permanence à l’alcool, additionné d’éther ou d’acétone, ce qui facilite le démarrage du moteur après des arrêts plus ou moins prolongés.
- On ne peut plus actuellement, faute de disponibi-
- 1. Suivant son étymologie anglaise, le starter (celui qui donne le signal du départ) est un carburateur complet indépendant du carburateur principal — qui assure seul, le départ à froid et la mise en action du moteur tant que ce dernier n’a pas atteint sa température normale de fonctionnement.
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- Fig. G. — Carburateur Soïex à alcool monté sur Peugeot 202, 4 cyl.
- 1 i t é s, recourir a u starter à essence, bien qu’on n’y consomme qu’une quantité réel u i t e de cet hydro-carbure, soit environ i o o cm3 api'ès le premier départ et pour une température extérieure d e io° ; il en faut d’autant moins pour les déni a r r a g e s ultérieurs que le moteur est plus
- chaud. On utilise maintenant un starter alimenté à l’alcool et complété par un vaporisateur à chauffage électrique. C’est probablement la meilleure solution de circonstance (fig. 3 et 4).
- Quand on utilise de l’alcool pur, l’une des difficultés principales à surmonter tient au fait que la chaleur latente de vaporisation de l’alcool est notablement plus élevée que celle de l’essence (23i,6 contre 87,3 par litre et à 20°). Il s’ensuit que si l’on n’apporte pas au mélange air-alcool une quantité suffisante de calories, il subsiste dans la tuyauterie d’admission de l’alcool à l’état liquide dont la répartition convenable entre les cylindres du moteur est impossible. Pour remédier à cet inconvénient, on réchauffe l’air d’admission par son passage dans un manchon de réchauffage entourant la tuyauterie d’échappement. On peut aussi utiliser pour cela une boîte spéciale en tôle. Ce réchauffage et la diminution de section du diffuseur entraînent une réduction de 10 à 20 pour 100 de la puissance du moteur, mais le couple, aux bas et moyens régimes, n’est que peu réduit (fig. 5 à 7).
- Il convient encore, pour une bonne carburation, de maintenir constante la température de l’eau du radiateur, sans tomber en dessous de 8o°. A cet effet, il convient d’installer un thermostat et de placer un cache-radiateur. Pour éviter les accidents, il est bon de monter un thermomètre à distance sur le tableau du bord.
- On préconise aussi l’emploi d’une avance à l’allumage variable à la main, pour pouvoir revenir éventuellement à la marche à l’essence. Cette avance variable, tenant compte du délai d’allumage plus long pour le mélange air-alcool que pour celui air-essence, faci-
- lite les départs à froid et évite les dangers de retour quand on doit mettre en route à la manivelle. On se met aussi à l’abri du cliquetis.
- La figure 7 représente un autre dispositif de réchauffage : le carter en tôle c enveloppant la tubulure d’échappement ainsi que celle d’admission, cette dernière est fortement réchauffée ; d’autre part, une résistance électrique sert au chauffage de l’air, carburé à l’alcool, sortant du starter alimenté par un réservoir spécial de 1 à 3 1. de capacité. A froid, le départ s’obtient en agissant sur la tirette de starter. Après les premières explosions, on accélère en ayant soin de ne pas appuyer à fond sur la pédale d’accélérateur. On peut ainsi obtenir la mise en température de la voiture. Après 2 ou 3 km., en repoussant la tirette de starter, on obtient une marche correcte sur l’alcool. La résistance électrique, alimentée par le courant de la batterie d’accumulateurs de la voilure, absorbe environ i5o W. Pour obtenir un bon départ à froid, cette résistance électrique doit rester en circuit durant 3o s. par température moyenne et jusqu’à 3 mn lorsque la température extérieure est très basse.
- CONCLUSIONS (*)
- A cause d’une insuffisance des moyens de démarrage, lors du premier départ, on a fortement critiqué l’alcool-moteur. Aujourd’hui, grâce à des méthodes élégantes dont l’application ne nécessite guère de frais d’adaptation du moteur au carburant, l’alcool est devenu un carburant apprécié et fortement recherché.
- 1. Le prix de vente actuel (mai 1941) du litre d’alcool ressort à 5 francs ou 36 fr. 27, suivant qu’il est destiné à la carburation ou à la pharmacie et à la parfumerie. En raison de cette grande différence de prix, on doit évidemment dénaturer l’alcool moteur. On utilise pour cela de l’alcool propylique secondaire, lequel est facile à identifier chimiquement (une oxydation le transforme en acétone alors que l’alcool éthylique passe à l’état d’acide acétique). D’autre part, l’alcool propylique secondaire ou isopropanol a sensiblement le même point d’ébullition que l’alcool éthylique. On ne peut donc pas séparer l’un de l’autre par une distillation fractionnée.
- Fig. 7. — Carburateur Solex à alcool monté sur Ford type A, 4 cyl.
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- La difficulté consiste désormais à produire de l’alcool en quantités suffisantes pour couvrir une partie aussi grande que possible des besoins. Pour la campagne octobre 19/io-septembre ig4i, on parviendra, tout au plus, à fournir un million d’hectolitres d’alcool soit à peine le quarantième de la quantité requise par les 2,5 millions de véhicules qui, en 1939, circulaient sur le territoire français ! L’immensité des dévastations dépasse de loin les prévisions et les moyens du Service des Alcools, pourtant très larges et très sages.
- L’œuvre de reconstruction nécessitera plusieurs années et des capitaux considérables. La betterave cessera, pendant un certain temps, de représenter la source principale d’alcool. Pour obtenir de l’alcool en quantités massives, on s’adressera à l’hydrolyse des
- .... ........ :....... : 265 =
- matières cellulosiques parce que c’est le moyen le plus rapide. En même temps, on se tournera vers des solutions à plus longue échéance : la culture et le traitement du topinambour, du sorgho, du souchet, de l’agave sisal cultivés sur de vastes superficies. On entrevoit des distilleries dont l’approvisionnement nécessitera, pour une seule usine, des emblavements s’étendant sur 5 000 ha., parfois même davantage. Pour travailler avec le maximum de profits et de sécurité, ces usines prépareront, non seulement de l’alcool, mais encore d’autres produits précieux : pâte à papier, fur-furol, acétate de cellulose, etc..., qu’une politique imprévoyante nous faisait importer.
- Ch. Berthelot, Ingénieur-Conseil.
- = LES CHANGEMENTS DE POIDS D’UN CORPS = EN MOUVEMENT A LA SURFACE DE LA TERRE
- Tout, le monde sait qu’un même corps ne pèse pas le même poids en tout point de la Terre. Bien des causes interviennent dans cette variation de poids; mais la plus importante, signalée pour la première fois par Huyghens, est l’influence de la force centrifuge due à la rotation de la Terre.
- La pesanteur d’un corps en un lieu déterminé, autrement dit la force qui l’appelle vers le sol, abstraction faite de la poussée de l’air, est la composante de deux forces : la force d’attraction du globe terrestre, dirigée suivant le rayon terrestre du lieu et la force centrifuge due à la rotation de ia Terre. Cette dernière est dirigée suivant la tangente du cercle décrit par le corps dans le plan perpendiculaire à la ligne des pôles. On sait qu’elle est proportionnelle au rayon de ce cercle et au carré de la vitesse angulaire. Elle a une composante dirigée suivant le rayon terrestre et en sens inverse de l’attraction, qui tend à diminuer le poids du corps. Si le corps est immobile à la surface de la Terre, sa vitesse angulaire est celle de la rotation terrestre, le rayon du cercle décrit et par suite la force centrifuge ne dépend que de la latitude. Comme on le sait, la pesanteur est minimum à l’équateur et maxima aux pôles. La différence est d’environ 3oo g. par 100 kg.
- Qu’arrivera-t-il si le corps considéré est lui-même en mouvement à la surface de la Terre ? Supposons par exemple un avion volant à charge constante suivant un petit cercle perpendiculaire à la ligne des pôles, et se dirigeant d’Ouest en Est; il tourne dans le même sens que la Terre; mais sa vitesse propre s’ajoute à la vitesse due à la rotation de la Terre ; la force centrifuge exercée sur lui est donc plus grande qu’au repos; le poids de l’avion est plus faible qu’au repos; au retour, si le même avion portant la même charge effectue son trajet d’Est en Ouest, sa vitesse se soustrait à celle qui est due à la rotation de la Terre; la force centrifuge est moins forte; le poids est moins diminué; l’avion est donc plus pesant dans son voyage de retour d’Est en Ouest, que dans son voyage d’aller d’Ouest en Est.
- C’est là une conséquence toute naturelle et à peu près évidente des lois de la mécanique classique. Cependant il faut arriver au début du xx6 siècle pour trouver les premiè-
- res études expérimentales et les premières mesures sur les variations de poids dues au mouvement propre des corps à la surface de la Terre. C’est le savant hongrois Roland Eôtvôs qui le premier a abordé ce problème et attiré sur lui l’attention des physiciens ; c’est pourquoi on donne aujourd’hui le nom d’effet Eôtvôs à cette variation de poids. C’est à cette occasion qu’Eôtvôs a imaginé la célèbre balance de haute sensibilité si employée aujourd’hui dans les prospections géophysiques; elle lui a permis de mettre en évidence au laboratoire même l’effet en question et de le mesurer.
- Dans un fort intéressant article que publie la revue allemande Die Naturwissenschaiften, M. I. Szolnocki, de Budapest, rappelle ces travaux de Eôtvôs et donne des indications précises sur la grandeur de l’effet Eôtvôs ainsi que sur les facteurs dont il dépend.
- La variation dg de l’accélération de la pesanteur provoquée par le mouvement propre du point pesant s’exprime par la formule très simple :
- , , , aVycos e + y2
- (i) dg — —--------------
- dans laquelle : R est le rayon de la Terre ; V la vitesse due à la rotation de la Terre (vitesse angulaire de la Terre multipliée par le rayon du cercle perpendiculaire à la ligne des pôles sur lequel se trouve le point considéré) ; v la vitesse propre du point à la surface de la Terre; e l’angle que fait la direction de cette vitesse avec la direction Ouest-Est.
- Aux pôles, la vitesse due à la rotation de la Terre est
- nulle et la formule se réduit à dg -----—.
- Si la vitesse propre v est faible, on peut négliger v2 et la formule se réduit à :
- , aVu cos e
- dg=--------r------•
- C’est la formule applicable au cas du déplacement d’un navire par exemple. On voit qu’elle dépend tout d’abord de la latitude du lieu, puisque Y dépend exclusivement de la latitude. Le tableau suivant donne, pour différentes latitudes et pour une vitesse propre v de 10 m./sec. (36 km./heure)
- * *
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- ===== 266 i" '
- •les valeurs de V et la diminution correspondante de la pesanteur :
- Latitude géogr. o° 10° 3o° 45° Ci O 0 75°
- V. en m , sec. 465 44g 4o3 329 233 120
- dg en cm./sec.2 0, i5 0,14 o,i3 0,10 0,07 o,o4
- La variation de poids dépend dans une forte mesure de la vitesse propre du corps pesant : à la latitude de 45°, pour une
- vitesse de i m./sec., la variation de l’accélération est de
- o,oi pour x ooo, pour une vitesse de io m./sec. elle est de
- o,io pour i ooo, pour une vitesse de 5o m./sec. elle est de
- o,56 pour x ooo et atteint 1,82 pour x ooo pour une vitesse de 100 m./sec.
- Si la vitesse propre devient très grande, la diminution de la pesanteur peut atteindre la valeur de l’attraction terrestre ; à ce moment le corps perd son poids et flotte librement au-dessus du sol.
- Le tableau suivant établi par M. Szolnocki donne les vitesses pour lesquelles ce remarquable phénomène se produirait. Elles se trouvent bien au delà de ce que nous pouvons réaliser actuellement.
- A l’Equateur A la latitude 45° Aux pôles
- Vers l’Est 7,4 km./sec. 7,6 km./sec. 8,0 km./sec.
- Vers l’Ouest 8,4 km./sec. 8,2 km./sec. 8,0 km /sec.
- Enfin la formule (1) montre aussi, par la présence de cos e, que l’effet Eôtvôs dépend de l’orientation de la trajectoire décrite par le point pesant.
- Et Aroici quelques propositions que nos lecteurs pourront démontrer eux-mêmes aisément :
- Un corps lancé horizontalement avec une certaine vitesse
- initiale se déplace plus vile s’il est lancé vers l’Ouest que s’il est lancé vers l’Est.
- Un corps lancé obliquement avec une certaine vitesse initiale (un obus par exemple) tombera plus loin de son point de départ s’il est tiré vers l’Est que s’il est tiré vers l’Ouest.
- L’effet Eôtvôs se fait sentir évidemment aussi bien sur les liquides ou les gaz que sur les solides.
- Dans un fleuve qui coule vers l’Est, l’eau a une densité moindre que dans un fleuve qui se dirige vers l’Ouest. Dans un mouvement tourbillonnaire, il y a une région du tourbillon où le mouvement est dirigé vers l’Ouest et où la densité du liquide étant plus faible, son niveau doit être plus haut.
- On comprend donc que l’effet Eôtvôs impose certaines corrections dans les mesures de précision.
- Dans le domaine des applications pratiques, l’effet Eôtvôs cesse d’être absolument négligeable, dès qu’on a affaire à un mobile à très grande vitesse, avion moderne par exemple, et surtout projectile d’artillerie. Les balisticiens ont toujours tenu compte de la rotation de la Terre dans leurs formules. Les aviateurs auront-ils aussi à s’en préoccuper ?
- Nous empruntons encore à M. Szolnoki le tableau suivant qui donne à la latitude de 45°, la diminution de poids éprouvée, à diverses vitesses, par un mobile se déplaçant vers l’Est :
- Vitesse en
- km./h . . . 180 216 262 288 384 36o 720 1080
- Varia|ti0n de poids en kg.
- par 1 ooo kg. 0,6 0,7 0,8 0,9 1,1 1,3 2,7 4,0
- En pratique, l’effet Eôtvôs se traduit donc par une variation de poids peu sensible, mais qu’une observation attentive permettrait peut-être de déceler au cours d’un long voyage par la variation de la consommation d’essence. Son rôle est un peu plus important quand l’avion veut gagner de l’altitude : pour une machine faisant 36o km./h. et montant à G ooo m. sous l’angle de 24°, on dépense, par 1 ooo kg., i3 200 kilogrammètres de moins dans la direction Est que dans la direction Ouest. Celte petite diminution, de l’ordre de 2 pour x ooo, n’est peut-être pas sans intérêt dans certains cas.
- L'HORIZON ET SES SPECTACLES
- . On appelle communément horizon, d’après les ordinaires impressions visuelles, la limite de la portée du regard sur la surface terrestre, limite plus ou moins régulière au-dessus de laquelle se développe le ciel. Parler d’un horizon étendu ou borné, d’un navire apparaissant à l’horizon, dire que ce dernier est chargé de nuages ou encore que le Soleil s’y trouve, c’est s’exprimer de manière à être universellement compris. On le sait également, à mesure qu’on s’élève, le recul de cette ligne où s’arrête notre vue augmente, permettant de découvrir un panorama de plus en plus vaste.
- Pour suffisantes que soient ces notions, si l’on se place à un point de vue tout général, elles ne nous instruisent cependant que très incomplètement. Car seulement qualitatives, elles se rapportent aussi à des éléments très disparates, par suite des multiples conditions susceptibles d’entrer en jeu à la surface de
- notre globe. Puis à ces conditions différentes viennent s’ajouter aussi les effets variables de divers phé-
- Fig. 1. — Définition géométrique de l’horizon rationnel et de l’horizon sensible.
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- nomènes atmosphériques q u i peuvent, en maintes circonstances, engendrer de très curieux o u très beaux spectacles. Enfin, « horizon « est un terme ayant plu sieurs significations.
- Arrêt ons-nous donc quelque peu sur ces diverses questions. Au surplus, en maintes circonstances, nous
- avons à nous y attacher du point de vue pratique.
- Il faut tout d’abord rappeler les principes géométriques d’après lesquels sont établies les définitions fondamentales, la Terre étant, pour les besoins de la cause, assimilée à une sphère parfaitement unie. D’après cela, on considère Vhorizon rationnel ou astronomique et l’horizon sensible ou apparent, qu’il faut bien se garder de confondre ; le premier est tout théorique, tandis que le second correspond vraiment aux limites de notre champ visuel. Cette essentielle démonstration est fournie par la figure i. L’horizon astronomique est le plan tangent à un quelconque point A de la surface. Ce plan, IIH, est parallèle à celui, HC, qui passant par le centre de la Terre partagerait exactement en deux l’idéale sphère céleste, et que l’on appelle horizon mathématique ou géocentrique ; l’écartement entre ces deux plans est égal au rayon du globe, mais cette dimension étant nulle comparativement à l’éloignement des étoiles, le ciel paraîtra donc exactement partagé en deux pour l’horizon rationnel du point A : c’est à lui que se rapportent les calculs astronomiques.
- Un œil situé en A, c’est-à-dire rigoureusement au point de tangence du plan H à la surface terrestre, ne découvrirait absolument rien de celle-ci, puis-qu’en raison de sa courbure elle s’abaisserait immédiatement au-dessous de ce plan suivant la direction duquel le regard se trouverait maintenu. Matériellement, notre œil ne se trouve jamais placé dans de telles conditions, mais occupe toujours, si peu que
- ce soit, une position élevée A' au-dessus de la surface courbe. Il aperçoit alors cette dernière jusqu’en H' où le rayon visuel vient la tangenter. Ainsi s’établit l’horizon apparent et cette limite de portée de la vue se développe circulairement autour de l’observateur, comme la base d’un cône dont l’œil est le sommet.
- D’après ce que montre exagérément le schéma, l’horizon apparent est alors vu en direction plongeante au-dessous du plan horizontal (parallèle à l’horizon astronomique) au lieu d’observation, et l’angle d que font entre eux ces deux directions se nomme la dépression de l’horizon ; cet angle va en augmentant à mesure que le point A' est plus élevé au-dessus de la surface du globe et que, de ce fait, l’éloignement de l’horizon apparent devient plus grand.
- Ce recul progressif de l’horizon en fonction de l’altitude croît d’abord très vite lorsque à partir de
- Fig. 3. — Aspects variés de l’horizon apparent.
- a, horizon marin ; — b, horizon terrestre dessiné par des accidents inégalement lointains ; — c, absence d’horizon en raison d’obstacles trop voisins de l’œil. — Derrière ces limites variablement élevées de la séparation du ciel et de la terre, le Soleil surgira ou disparaîtra non conformément aux instants calculés pour l’horizon astronomioue.
- horizon de 1
- Fig. 2. — Recul de l’horizon en fonction de l’altitude.
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- Fig. 4. — Diverses conditions de formation de l'horizon apparent.
- Alt. Dist. Alt. Dist. Alt. Dist. Alt. Dist.
- m. km. m. km m. km. m. km.
- 1 3,9 15 i5,i 100 39 700 io3
- 2 5,5 20 ‘7,4 125 43,6 800 110
- 3 6,8 25 >9,5 i5o 47,8 900 117
- 4 7,8 3o 21,4 175 51,6 1 000 123
- 5 8,7 4o 24,6 200 55, i 1 200 135
- 6 9,6 5o 26,6 25o 61,6 1 5oo 151
- 7 io,3 60 3o,2 3 00 67,6 2 000 174
- 8 1X 70 32,6 4oo 78 3 000 214
- 9 n,7 80 34,9 5oo 87 4 000 246
- 10 12,3 9° 3? 600 98 5 000 276
- la surface même l’œil s’élève davantage, puis de plus en plus lentement à partir d’une certaine hauteur. Suivons-en la démonstration, toute schématique, sur la figure 2. Pour O, un point donné de la surface même (condition de l’horizon astronomique), aucun horizon apparent n’est visible. En s’élevant au-dessus, en i, l’horizon apparent se dessine à la distance indiquée ; pour 2, 3, 4, 5, qui correspondent à une élévation double, triple, etc..., on voit que le recul de l’horizon augmente dans des proportions chaque fois moindres. Complétons maintenant cette explication par quelques chiffres.
- Pour l’œil placé à i m. au-dessus de la surface, l’horizon apparent se dessine à 3 570 m;, tandis que, s’il est situé à 100 m. de haut, il voit jusqu’à 35 696 m. : autrement dit, pour cette élévation 100 fois plus grande, l’horizon est 10 fois plus éloigné en chiffres ronds. Transportons-nous ensuite 10 fois plus haut encore, soit à 1 km. et le recul de l’horizon se traçant alors à ii3 km. n’aura augmenté que de 3 fois, toujours en chiffres ronds. Cette dénivellation de 1 000 m. qui, à partir de la surface, permet à notre vue d'atteindre jusqu’à une distance de ii3 km. n'apporte plus ensuite de gain bien notoire lorsqu’un tel déplacement vertical est effectué d’une très grande hauteur à une autre ; ainsi en passant de 9 km. à 10 km. la portée du regard ne s’est accrue que de 338 à 357 km., soit de 19 km. seulement.
- Ces déterminations sont purement géométriques. Pour correspondre aux réalités susceptibles d’être constatées par l’observateur, il importe de leur infliger certaines corrections, du fait de l'intervention de la couche aérienne. Cette dernière, par réfraction ^modifie la marche des rayons lumineux au point qu£ nous pouvons voir — et surtout lorsque de grandes distances entrent en jeu — la surface terrestre au delà des limites où théoriquement, nous devrions cesser de la voiiy '-.ainsi les distances indiquées précédemment sont un peu trop faibles ; calculée en tenant compte de la réfraction, les distances de l’horizon pour diverses altitudes (dans les limites des ascensions le plus couramment effectuées) sont données par le tableau suivant :
- Les données ainsi établies se rapportant, il faut toujours le rappeler, à une sphère uniforme, on ne saurait donc les appliquer avec une complète rigueur à toute la surface terrestre si diverse dans sa structure : seules les étendues océaniques, épousant exactement la courbure du globe, remplissent les conditions d’un horizon pouvant se tracer géométriquement à la distance commandée par l’altitude de l’œil. Au-dessus du sol ferme, il en va tout autrement et dans la majorité des cas nous ne pouvons faire état des chiffres ci-dessus que d’une manière générale. Peu de plaines sont assez régulières et assez vastes pour se comporter comme l’océan. Le plus fréquemment, nous sommes environnés de multiples accidents d’élévations variées et dessinant alors un horizon apparent tout à fait irrégulier, plus proche ou plus lointain que l’horizon théorique de la position de l’observateur. Suivons-en l’explication sur le schéma figure 4- Pour l’œil O, l’horizon d’une surface uniforme doit être en H. Le relief A arrêtera le regard avant H en déterminant un horizon apparent plus rapproché et surélevé. Si nous ne considérons que B et C, situés au delà de H, leurs sommets se découvrent au delà de la limite de H et constituent pour l’œil une autre ligne d’horizon plus reculée. Enfin A, B, C, entrant en jeu simultanément, se superposent en perspective suivant la direction H' du regard et leur ensemble dessine un profil irrégulier dont chacun des points est très inégalement distant de l’œil : ce qui ne constitue plus un horizon apparent correspondant à la rigoureuse définition.
- Fig. 5. — Valeur de la dépression de l’horizon, comparativement au diamètre du disque solaire :
- A se rapportant à l’horizon astronomique, B est la dépression déterminée par une altitude de 10 m., C par une altitude de 50 m. et D une altitude de 100 m.
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- Remarquons d’ailleurs que ces différences sont surtout sensibles lorsqu’il s’agit de très importants accidents de terrain ou d’obstacles assez voisins de l’observateur, et que, d’autre part, ce dernier n’occupe pas une situation très élevée aü-dessus du niveau moyen du sol. D’une haute altitude de laquelle le regard peut alors dominer le relief perturbateur, il tend à se produire un nivellement général qui se traduit par plus de conformité avec les conditions géométriques. Si bien que l’œil planant à quelques milliers de mètres verra un panorama étendu dont la limite se ti'acera, et cela de plus en plus, à la distance en principe déterminée par la hauteur atteinte. Citons à ce sujet que, lors du record d’ascension dans la stratosphère, à 22 066 m., les officiers américains Stevens et Anderson ont pu ainsi découvrir une étendue de surface terrestre de 53o km. de rayon.
- Mais revenons au voisinage du sol d’où nous faisons généralement les constatations.
- Nous avons précisé plus haut ce qu’est la dépression de l’horizon, c’est-à-dire l’écart existant, en fonction de l’altitude, entre l’horizon astronomique d’un lieu donné et celui, apparent, qui doit se découvrir réelle-
- Fig. 7. — L’horizon marin se découpant avec une parfaite netteté (téléphotographie).
- Fig. 6. — Vue prise au voisinage même du niveau de la mer.
- ment ; ici encore, il faut tenir compte de l’influence de la réfraction atmosphérique qui amoindrit un peu la valeur des simples déterminations géométriques.
- Mais n’insistons que sur les faits d’observation en nous référant au coucher du Soleil derrière l’horizon marin, afin de rencontrer les conditions les plus comparables à celles de l’explication théorique.
- L’instant, calculé du coucher du Soleil, pour un lieu donné, est rapporté à l’horizon astronomique de ce point de la surface terrestre. En raison de la dépression de l’horizon apparent, pour l’œil toujours plus ou moins élevé, c’est donc un peu plus tardivement que derrière cette ligne surbaissée s’effectuera la disparition de l’astre. Plus suggestif est l’énoncé de simples valeurs angulaires, le schéma 5 fait ressortir, pour diverses altitudes de l’observateur au-dessus du niveau de la mer, l’importance de ces dif-
- Fig. S.
- férences comparativement à la largeur du disque s o -laire. Sur terre, nous sommes moins à même de faire de telles constatations, les conditions dans le s -quelles se dessinent l'horizon apparent
- introduisant, en un même lieu et suivant l’orientation de l’observation, de très inégales différences.
- Ainsi, le plus souvent, doit-on bien établir la distinction entre ce que, d’après la vision courante, nous appelons l’horizon et celui qui théoriquement devrait se tracer : ce dernier, répélons-le, ne se l’éalise vraiment que pour l’œil contemplant l’étendue marine. Encore ceci se rappprte-t-il à une vision assez éloignée, déterminée par une position quelque peu élevée. Il faut en effet remarquer que la surface des eaux est presque toujours plus ou moins agitée, en un mot que les rides ou vagues qui s’y forment constituent autant d’inégalités alors sensibles pour un examen rapproché. Ainsi ne saurions-nous, en général, essayer de rencontrer les conditions de l’horizon astronomique en ramenant le regard au niveau de la mer. Bien avant de se trouver, par abaissement, dans une telle situation, il se dessine une succession d’ondulations variées (fig. 6), alternativement visibles à différentes distances, et faisant perdre toute impression d’un horizon défini.
- Mais même lorsqu’un véritable horizon se trace au mieux, en bien des cas l’appréciation peut se trouver en défaut. Nous voulons parler de faits qui, en vérité, échappent volontiers à la vision simple, en raison de leur ordre de grandeur ; seule l’observation effectuée
- Téléphotographie de nuages paraissant posés à l’horizon et se trouvant en réalité bien au delà.
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- Fig. 0. — Effet caractéristique de mirage à l’horizon (téléphotographic).
- à l’aide d’une forte jumelle ou d’une longue-vue permet de les bien reconnaître, tandis que des lélépholo-graphics les enregistrent aussi avec évidence. Devant les lointains s’interpose le voile produit par le milieu atmosphérique et, meme lorsque celui-ci n’apporte aucun autre élément perturbateur, la vision reste ainsi parfois très délicate et incertaine, ceci au point de ne pouvoir plus rien distinguer avant la limite où la portée du regard serait susceptible de s’étendre. Si celle gêne est très atténuée par suite d’une parfaite pureté, c’est l’agitation de l’air qui vieilt le plus souvent troubler la netteté des détails, leurs images apparaissant animées de mouvements ondulatoires ou semblant bouillonnantes : c’est là un obstacle connu des astronomes et qui, bien souvent, s’oppose à des examens télescopiques précis.
- Mais ce sont surtout des anomalies dans la réfraction et des effets de mirage, dont on connaît le mécanisme dû à la superposition de nappes aériennes de densité inégale, qui jouent le plus grand rôle lorsque les conditions sont favorables à leur production.
- Normalement, nous apercevons- l’horizon marin ou celui que dessine une grande étendue de terrain plat, comme une ligne sur laquelle sembleraient posés des îles ou des accidents quelconques (fig. 7 et 8), ces détails étant situés soit à la distance même de l’horizon, soit au delà de façon à laisser émerger seulement leurs sommets. Très fréquemment, les effets précités allèrent variablement les conditions de vision en dénaturant le caractère des apparences déterminées par la relation des détails entre eux : en
- même temps que déformés ces derniers sembleront alors désunis, flottant dans le ciel au-dessus d’une ligne que nous assimilerons à celle de l’horizon proprement dit (fig. 9). Les objets examinés ainsi fournissent l’impression d’être posés sur un invisible miroir, leur image propre s’accolant à la base avec leur image réfléchie inversée. Souvent étirées en hauteur, ces apparences sont rendues plus évidentes que par leurs dimensions réelles et toutes ces circonstances favorisent la vision de points qui, théoriquement, devraient rester masqués par la courbure du globe en raison de leur situation trop éloignée.
- beaucoup
- Fig. Tl. — Phases successives d’un coucher de Soleil, dont la disparition, par suite du mirage, semble s’effectuer au-dessus de la ligne apparente d’horizon.
- Fig. 10. — Relation de diverses apparences provoquées par le mirage.
- Mieux encore, et surtout parce qu’ils engendrent de brillants spectacles, ces mêmes effets se constatent en observant le Soleil à l’horizon. Tout d’abord notons que de curieuses déformations, d’une manière générale, lui sont infligées par la réfraction atmosphérique et ses inégalités. Mais à de tels aspects viennent s’ajouter ceux qu’engendre le mirage, comme pour les objets terrestres. La figure 10 montre la corrélation -s’établissant entre les diverses apparences ainsi produites : la bande brillante, due à la réflexion des rayons solaires, se forme à partir de la limite du plan médian de l’image des petites îles qui, à gauche, paraissent flotter dans l’air. Plus typique encore est la figure 11 reproduisant les phases successives d’un coucher de Soleil dans de semblables conditions. Nous y voyons le dernier segment du disque doublé de son
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- contour inversé, à l’instar de la file de petits nuages qui s’interposent devant lui et disparaissant finalement à quelque hauteur dans le ciel.
- Ainsi, entre l’horizon qui, en chaque point, devrait correspondre à la situation que nous occupons et celui que nous désignons comme tel d’après ce qui s’offre
- .. .......:::................. "..... 271 =
- à la vue, de profondes différences existent le plus souvent ; en même temps les dispositions naturelles, très souvent, sont aggravées ou altérées bien curieusement. Ce sont là autant de sujets d’examen, très instructifs, et qui se recommandent à l’attention de nombreux observateurs. Lucien Rudaux.
- LE PARATONNERRE ET SES PROGRÈS RÉCENTS
- Le rôle du paratonnerre tient dans les trois conditions suivantes :
- a) quand la décharge est inévitable, attirer la foudre et lui offrir un chemin choisi où elle ne puisse occasionner aucun dégât ;
- b) mettre les habitants des immeubles intéressés à l’abri du « choc en retour », qui est souvent mortel à distance ;
- c) si possible, empêcher les décharges (et, par conséquent, les chocs en retour) de se produire, en neutralisant les nuages orageux.
- Une installation de paratonnerre sera d’autant meilleure qu’elle remplira plus complètement ces trois conditions.
- Les recherches de M. Dauzère et de scs élèves sur la localisation des coups de foudre ont mis en évidence les points suivants :
- a) il existe des régions dites dangereuses, véritables a nids d’orages » ;
- b) la foudre a une prédilection pour certains terrains géologiques, pour les sources, pour tous les endroits où l’ionisation naturelle de l’air est particulièrement élevée ;
- c) l’ionisation atmosphérique joue un rôle important pour favoriser le cheminement de la foudre dans une région déterminée ; ce fait montre l’importance de la plus ou moins grande conductibilité naturelle de l’air.
- HISTOIRE DES PARATONNERRES
- Les différents procédés utilisés successivement sont les suivants :
- Le paratonnerre de Franklin (1760). — Il se compose d’une longue tige en fer forgé reliée à une prise de terre par un conducteur généralement formé de barres ou de câbles de fer galvanisé.
- Pendant fort longtemps, on a admis que le paratonnerre Franklin attire la foudre dans un rayon égal à deux fois sa hauteur. De nombreux exemples ont démontré qu’il n’en est rien et que, pendant certains orages, les tiges de paratonnerre n’assurent pas une protection efficace, même dans un faible rayon.
- Le paratonnerre à cage de Faraday (1884). — Devant l’insuffisance du paratonnerre Franklin, on a cherché à garantir les édifices en les recouvrant d’une cage conductrice, composée de rubans métalliques, dis-
- posés à la surface du bâtiment à protéger et quelquefois munis de petites pointes (Melsens). Ces rubans doivent être reliés par de nombreuses descentes à.un grand nombre de prises de terre. Ce type de paratonnerre n*’est efficace que si la cage recouvre les six faces du bâtiment et si les mailles en sont d’assez faibles dimensions (10 m. d’après le cahier des charges du Ministère des P. T. T. français ; 3 m. d’après celui du Ministère des Communications italien).
- Les cages de Faraday réalisées en pratique ont souvent, par mesure d’économie, des mailles trop larges et des prises de terre trop peu nombreuses ; en outre la face reposant sur le sol est rarement comprise dans le réseau métallique. Même si elles sont exécutées avec soin, leur protection ne s’étend pas au delà de l’édifice qu’elles enserrent ; elles ne peuvent donc garantir les lignes électrifiées et les réseaux de signalisation des chemins de fer contre les effets d’induction.
- Le paratonnerre système Szilard (igi4). — On sait que les corps radio-actifs émettent des « ions » qui créent un chemin de moindre résistance pour l’électricité atmosphérique : c’est ainsi que les sources radio-actives sont particulièrement frappées par la foudre, malgré le voisinage de points plus élevés du terrain. En 1914,
- 1 e physicien hongrois Szilard présenta à l’Académie des Sciences de Paris un paratonnerre constitué par une longue tige métallique dont la pointe émergeait près d’un disque garni de sels radio-actifs destinés à faciliter l’écou-1 e m e n t des charges électriques de l’air.
- Ce dispositif resta longtemps une curiosité
- Fig. 1. — Le paratonnerre de Franklin.
- Schéma montrant le dispositif des lignes do force dans le cas du paratonnerre à longue tige, c’est-à-dire les lignes suivant lesquelles se fait, de préférence, l’écoulement de l’électricité. On voit qu’à une petite distance du paratonnerre, elles ne convergent plus vers la pointe.
- Lignes de farce
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- Fig. 2. — Répartition des couches équipotentielles autour d’un paratonnerre Helita.
- Les traits------------------représentent les lignes de force
- perpendiculaires aux surfaces équipotentielles...........suivies
- par une charge électrique libre dans le champ électrique. Toutes les lignes de force du champ électrique dans un rayon important aboutissent à la pointe ionisée.
- scientifique, car la dose de radium nécessaire en rendait le prix prohibitif ; d’autre part, les pointes radioactives dont l’emploi est parfois préconisé pour « augmenter la portée du paratonnerre » présentent l’inconvénient — l'ionisation de l’air n’étant pas dirigée — de créer tout autour du bâtiment à protéger des zones mobiles de conductibilité variable, qui offrent des chemins de moindre résistance électrique aux décharges disruptives de la foudre. C’est pourquoi l’emploi de ce paratonnerre à radio-activation « flottante » constitue un danger pour le voisinage, tout en exigeant une multiplication des pointes et des mailles de la cage métallique qui augmente notablement la complexité et le coût de l’installation.
- Le paratonnerre Helita. — Le paratonnerre Helita utilise aussi l’ionisation de l’air par des sels de radium (Q, mais il accroît énormément le rayon d’action, en augmentant la vitesse et la portée des rayonnements du radium au moyen d’un potentiel accélérateur. On sait que le champ électrique de l’atmosphère est généralement uniforme, c’est-à-dire que ses surfa-
- 1. 1 ing. de radium fournit 2,8 x 1013 paires d’ions par seconde. Le débit du paratonnerre peut donc être multiplié par un coefficient énorme grâce à la radioactivation du dispositif.
- ces équipotentielles sont des plans parallèles au sol. Par beau temps, la chute du potentiel est d’environ ioo volts par mètre, mais elle subit de fortes variations pendant les orages ; c’est ainsi que le champ moyen en plaine atteint alors xo ooo Y. par mètre et jusqu’à 25 ooo V. en montagne. Quant au champ maximum qui précède l’éclair, il peut dépasser 8 ooo Y. par centimètre !
- Dans un paratonnerre radio-actif Helita, les rayonnements du radium se trouvent placés dans le champ électrostatique intense d’un condensateur cylindrique dont une armature est au potentiel du sol, c’est-à-dire zéro, et l’autre au potentiel très élevé des couches atmosphéi'iques voisines.
- La différence de potentiel entre les armatures du condensateur augmente en même temps que le gradient atmosphérique ; quand un orage approche, les ions sont chassés violemment et produisent dans l’air le phénomène d’ionisation par choc (Q. Il se forme donc entre le nuage et le paratonnerre une véritable colonne d’air conductrice qui joue un triple rôle :
- a) elle décharge les nuages d’une façon continue et diminue ainsi le nombre des coups de foudre en un point donné ;
- b) elle modifie la forme des sui'faces équipotentielles, car toutes les lignes de force du champ électrique, dans un rayon étendu, y aboutissent ;
- c) elle donne à la décharge, — si elle éclate — un chemin de moindre résistance qui la canalise vers le paratonnerre ; et, créant ainsi un « point de chute obligé », elle évite les amorces disruptives, avec leurs multiples dangers et inconvénients : surtensions, fusibles fondus, arrêts de lumière, du téléphone, de la T. S. F., perturbations dans le fonctionnement des signaux, etc.
- La durée du paratonnerre radio-actif Helita est pratiquement illimitée, car il ne contient que des sels insolubles et inaltérables de radium dont la vie moyenne dépasse 2 ooo ans, alors que celle des autres corps radio-actifs, utilisés couramment dans l’industrie est beaucoup plus faible : sept ans pour le mésothorium et deux ans pour le radiothorium.
- Dans ces conditions, on comprend que le paratonnerre radio-actif Helita soit appelé à renforcer les anciens types de paratonnerres (sur les tiges desquels il peut être monté instantanément, sans échafauder et sans modifier ni la descente ni la prise de terre), et à les l'emplacer pour les protections nouvelles.
- 1. L. Bloch. Ionisation et résonance des gaz et des vapeurs.
- L’ALCOOL NAPHTALÊNE, NOUVEAU CARBURANT
- L’Exposition de Rennes, consacrée aux carburants de remplacement, vient de montrer de nombreux moteurs à gazogène, à acétylène, au gaz comprimé, à l’ammoniaque liquide. Un seul exposant présentait un carburant liquide à base d’alcool et de naphtalène.
- Il y a déjà longtemps que le moteur à naphtalène a été mis au point et Bruneau, de Tours, a utilisé le naphtalène comme carburant pour des moteurs fixes. Le naphtalène se dissout dans l’alcool faiblement à froid, beaucoup plus à chaud. L’alcool ne donne que 5 ooo calories environ et le
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- naphtalène fournit 9 000 cal. au kilogramme. Pour dissoudre le naphtalène dans l’alcool, on est obligé de passer par un solvant ; le benzène dissout plus de 3oo g. de naphtalène à io° et donne aussi g 000 cal. au litre.
- La plus grosse difficulté de l’emploi de l’alcool réside dans les départs à froid. Des études poussées ont montré qu’il est prudent de démarrer avec un carburant tel que l’essence, la tension de vapeur de l’alcool pur n’étant pas suffisante.
- De nombreux mélanges alcooliques ont été proposés. Ainsi au concours de Béziers en 1922, Laurent avait adopté la formule suivante : alcool à 95° : 65 pour 100 ; éther : 10 pour 100; benzène : 25 pour 100; ammoniaque : o,3 pour 100. La Compagnie des Transports en Commun de la Région Parisionne alimentait ses autobus avec moitié d’alcool absolu et de benzène.
- Lorsqu’on songe que la France, pays agricole, peut facilement disposer de plus de 800 000 hl. d’alcool par an, et qu’en 1922 nous avons dû importer 600 000 t. de carburants liquides, on voit quel intérêt il y a à revenir à des mélanges d’alcool et de carbures d’hydrogène produits par notre industrie nationale pour remédier à la pénurie des carburants.
- Le carburant liquide présenté à la foire de Rennes comprend 80 pour 100 d’alcool, 20 pour 100 de benzène et du naphtalène à saturation dans des conditions de température particulières. Il dégage en brûlant 6 700 cal. pour 1 1. 090, soit :
- 800 cm3 d’alcool = 4-000 cal. C
- 200 — de benzène = 1.800 — < 6.700 cal.
- 90 à 100 g. de naphtalène = 900 — (
- Avec ce mélange, les départs à froid sont facilités. Le résul-
- tat pourrait surprendre, mais il faut considérer que lorsque le carburant est pulvérisé au carburateur, le naphtalène se trouve divisé en grains excessivement ténus et constitue un mélange détonant avec l’air comprimé du cylindre, tout comme la fine poussière de charbon. Par les temps très froids on peut avoir dans sa voiture une bouteille dans laquelle on fait un mélange spécial de départ avec apport d’éther sulfurique, dont on verse quelques gouttes dans la buse d’air du starter du carburateur.
- Pour utiliser au mieux ce mélange, il est nécessaire de bien pulvériser le naphtalène et d’apporter des calories supplémentaires pour que ce produit se sublime parfaitement. En effet, l’alcool bout à 78°3, le benzène à 8o°, le naphtalène fond à 790 et bout à 218°, mais commence à se sublimer à 35°.
- On peut réchauffer l’air mais ce moyen augmente la consommation par suite du freinage apporté à l’admission par les tubulures; de plus, l’air dilaté diminue la cylindrée et la proportion d’oxygène, si bien qu’en réchauffant fortement on abaisse la puissance. On peut aussi réchauffer le liquide, mais la masse du carburateur soumise au refroidissement intense du ventilateur enlève la plus grande partie des calories ; d’autre part, la pulvérisation au niveau de la
- E ESSAIS DES MOTEURS
- Les lecteurs de La Nature connaissent déjà les multiples problèmes nouveaux posés par les progrès de la navigation aérienne. A mesure que le plafond de vol s’élève, le froid augmente : en hiver, quand il fait + 20 au sol, la température s’abaisse à — io° vers
- — . - 273 :rz—
- buse est suivie d’une évaporation partielle avec abaissement de la température. Ce phénomène provoque une cristallisation du naphtalène autour de la buse, qui à la longue rétrécit l’arrivée d’air et augmente la consommation. Il vaut mieux réchauffer toute la masse du carburateur de façon que la buse soit à une température maximum de 70°, et toujours supérieure à 45°.
- D’autre part, on peut réchauffer légèrement l’air, pour éviter le refroidissement de la buse ; il suffit pour cela d’un petit carter épousant grossièrement la forme du carburateur, relié à une dérivation de l’échappement. Pour éviter les dangers d’incendie on introduit dans le tube une toile métallique (effet Davy).
- Dans le mélange, on incorpore en plus, une très petite quantité d’huile de ricin (huile soluble dans l’alcool), pour graisser légèrement les hauts de cylindres et éviter le grippage de l’axe du volet d’admission, car le naphtalène mélangé à l’huile de ricin forme une espèce de pâte à consistance de vaseline.
- Il eût été plus simple de liquéfier le naphtalène à température ordinaire par incorporation au mélange d’un corps eutectique tel que le camphre. Malheureusement, le point eutectique d’un tel mélange n’est pas avantageux au point de vue du prix de revient.
- La voiture exposée avait parcouru plus de 4 5oo km. ; sa consommation n’avait pas dépassé de 8 pour 100 celle d’essence pure. Les reprises étaient bonnes ; bien que la voiture ne soit pas employée tous les matins, elle partait à froid à la première sollicitation du démarreur. Le naphtalène brûlant dans les cylindres empêche la formation d’aldéhyde éthylique ou acétique.et la corrosion des pistons et des soupapes est nulle.
- Le moteur fut démonté devant une commission, et l’on ne remarqua aucune usure prématurée ni détérioration quelconque relevant d’un emploi du mélange carburant.
- D’autres solutions avaient déjà été proposées pour rehausser le pouvoir calorifique de l’alcool, en particulier la déca-line C10LI18 et la tétraline C10LI12 qui proviennent d’une hydrogénation du naphtalène vers 1800 en présence de nickel réduit, mais ces procédés sont naturellement plus coûteux, et il n’y a pas lieu de s’y arrêter et d’augmenter le prix de revient, puisque le réchauffage est suffisant.
- Si au lieu d’utiliser l’alcool éthylique on utilise une huile végétale, par exemple l’huile à brûler (colza) avec du benzène saturé de naphtalène dans la proportion de 70 pour 100 d’huile pour 3o pour 100 de benzène-naphtalène, on obtient un liquide difficilement congelable qui peut être utilisé avec succès dans des moteurs Diesel comme le prouvent d’ailleurs les essais faits sur des moteurs Diesel-Berliet : les départs à froid se sont effectués dans d’excellentes conditions. Là encore le réchauffeur de liquide est avantageux.
- Voici donc un nouveau carburant qui permet d’utiliser l’alcool sans modification mécanique du moteur ni du carburateur, ou l’huile végétale dans les Diesel. Les gicleurs ne sont pas modifiés, seul un système de réchauffage est nécessaire. R. Barrellier.
- 3 5oo m., à — 20° vers 5 000 m., à — 35° vers 7 5oo m., pour atteindre — 5o° vers 10 000 m. ; au delà de 11 000 m., dans la stratosphère, elle se maintient vers — 56°.
- Certains matériaux de l’avion supportent mal ces
- D’AVION EN ALTITUDE E
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- Batterie chauffante
- Air froid de
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- régénération
- Air chaud1
- 09r?0l] de vapeur d’eai
- par in3 dair
- Turbo
- compresseur.
- d rata n t
- Echappement d'air humide de régénération
- Fig. 1. — Schéma du conditionnement de l’air dans le banc d’essais.
- basses températures : quelques alliages deviennent fragiles, des caoutchoucs durcissent, des huiles figent ; le givre se dépose sur les surfaces extérieures, gênant la visibilité, surchargeant et déséquilibrant l’appareil. Enfin, pilote, mécanicien, radio, passagers, doivent aussi prendre des précautions spéciales pour éviter un refroidissement excessif qui les priverait de leurs moyens.
- Au froid s’ajoute la dépression. Le baromètre marque 760 mm. de mercure au niveau de la mer, Coo à 2 000 m., 5oo à 3 5oo m., 38o à 5 5oo m., 144 à 12 000 m. Le moteur perd de sa puissance à mesure qu’on s’élève et il faut y suppléer par une comprcs.-sion d’air, un réglage du carburateur. L’échappement sous pression réduite modifie aussi le régime. Et les aviateurs supportent mal les variations rapides de pression comme les fortes dépressions constantes.
- Il a donc fallu analyser tous ces phénomènes, étudier les effets du froid et de la raréfaction de l’air sur le personnel et sur tous les éléments du matériel.
- On ne peut guère pratiquer tous ces essais en vol à hautes altitudes, dans les conditions mêmes de la pratique : l’avion est un banc d’essai mal commode et les observateurs s’y trouvent en de mauvaises dispositions.
- La création de stations d’essais en haute montagne permet bien cei’taines observations intéressantes, mais l’on n’y dépasse guère l’altitude de 3 000 m.
- On a donc été conduit à créer au sol des caissons où l’on peut reproduire les situations thermométriques et barométriques qu’on rencontre aux très grandes
- hauteurs. Tous les examens physiologiques du personnel navigant — sauf ceux relatifs aux accélérations -— se font aujourd’hui dans des laboratoires étanches qu’on refroidit et met en dépression.
- Les essais de moteurs en caissons étanches se heurtent à une autre difficulté : l’énorme quantité d’air refroidi qu’il faut faire circuler pour alimenter un moteur dont la puissance atteint souvent 1 200 ch. On l’a tournée plus récemment en faisant les essais à l’air libre, se bornant à conditionner l’air d’admission comme température et pression et à assurer l’échappement sous dépression au moyen d’un turbo-exlracteur.
- Le conditionnement de l’air n’est d’ailleurs pas une petite affaire. On avait d’abord réalisé son refroidissement au moyen de machines frigorifiques très puissantes ; l’air aspiré dans l’atmosphère extérieure traverse un faisceau tubulaire où cii’cule une saumure très froide ou un fluide frigorigène, mais ce faisceau 11e tarde pas à givrer et perd sa conductibilité et sa convection. On a ensuite essayé d’un refroidissement en deux temps : à + x° d’abord pour ne condenser que de l’eau liquide, puis à — 6o° ; mais l’air à o° en contact avec de la glace contient encore par mètre cube 4,6 g. de vapeur d’eau, qui se condense peu à peu à mesure que la température s’abaisse, si bien que le givrage est inévitable. D’autre part, pour refroidir de 25° à o° un mètre cube d’air saturé de vapeur d’eau, il faut, fournir 22,75 calories dont 6,88 sont dépensées pour l’air et 16,87 pour la vapeur d’eau. Un kilogramme d’air (soit presque un mètre cube) exige 5,5 calories pour être refroidi de 25° à o° ; un kilogramme de vapeur d’eau (soit un litre d’eau liquide) exige 690 calories pour passer de 25° à l’état de givre à o°. À mesure que la puissance des moteurs d’aviation augmente, les installations frigorifiques des bancs d’essais croissent bien plus vite et deviennent irréalisables dans la pratique.
- Une seule solution est possible qui consiste à déshydrater complètement l’air d’admission au moteur avant de le refroidir à — 5o° ou — 6o° pour reproduire les conditions de température des hautes altitudes.
- La Société Hispano-Suiza a réalisé dans ses usines de Bois-Colombes une installation de ce genre pour son banc d’essais des moteurs destinés aux avions à très haut plafond de vol. Elle a choisi comme déshydratant un nouveau produit, le « carbagel », inventé par M. George F. Jaubert, qui a déjà fait ses preuves au Palais de la Découverte, en 1937, en permettant l’assèchement — et l’isolement électrique qui en résulte — des deux pylônes de i5 m. de haut supportant les sphères de 3 m. de diamètre chargées de 3 à 5 millions de volts entre lesquelles éclate l’énorme étincelle d’un puissant générateur électrostatique.
- Le carbagel est un charbon poreux spécial, dégazé à haute température, dans lequel on a introduit à chaud du chlorure de calcium anhydre. Le chlorure de calcium anhydre est si avide d’eau qu’on l’emploie au laboratoire et dans l’industrie comme desséchant, concurremment avec l’acide sulfurique concentré et
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- Fig. 2. — Un banc d’essais.
- Au fond, le turbo-comprcsscur ; au milieu, les tours à carbagcl ; au premier plan, la tuyauterie d’air sec sous pression allant à la turbine de détente.
- l’anhydride phos-phorique. Ceux-ci, une lois hydratés, sont difficiles à régénérer, tandis qu'il suffit de chauffer le chlorure de calcium au-dessus de 2 63° pour lui enlever presque toute l’eau qu’il a fixée.
- Son défaut est de devenir déliquescent quand il a absorbé plus de 6 molécules d’eau.
- Le charbon poreux, dégazé, qui lui sert de support a un pouvoir d’ad-sorption propre pour la vapeur d'eau ; en outre il multiplie énormément les surfaces de contact, si bien que le carbagel peut absorber jusqu’à 20 molécules d’eau avant de couler et qu'en outre il dessèche aussi bien à très faible qu’à très grande vitesse. Enfin, meme devenu humide et pâteux, il est réactivé par un simple chauffage entre go° et ioo°. Le carbagel agit donc comme les gels de silice ou d’alumine, mais avec plus de puissance, puisqu’il déshydrate ces gels saturés de vapeur d’eau.
- La Société Hispano-Suiza a installé son banc d’essais dans les conditions suivantes : l’air est prélevé hors de l’usine, dans l’atmosphère parisienne, avec ses 12 à i5 g. d’eau par mètre cube à la température de 20° ; il traverse des préfiltres qui retiennent les poussières, puis il est aspiré par un turbo-compresseur centrifuge, mû par un moteur électrique de 4oo ch., qui comprime 5 000 m3 à l’heure entre 2,5 et 3,5 atmosphères. L’air comprimé est refroidi vers 26° dans un réfrigérant à surface et traverse une bouteille de purge où reste l’eau de condensation. Il passe alors dans les tours déshydratantes à carbagel ; celles-ci forment deux séries de deux cylindres chacune. Le premier, de 5 m. de haut sur x m. 25 de diamètre contient 5 m3 de carbagel ; le second, plus petit, de 4 m. sur 1 m. 12, suit. Des vannes pennettent d’envoyer l’air simultanément dans les deux séries de tours ou dans une seule pendant que l’autre est en régénération. Le réactif est placé dans des paniers perforés superposés munis d’une cheminée centrale par laquelle l’air arrive partout à la fois pour diminuer la perte de charge. A la sortie de la premièi'e tour, l’air échauffé à 35°-4o° par la chaleur latente de l’eau traverse un réfrigérant à surface qui le ramène vers 20° ; après la traversée de la seconde tour,
- il 11e contient plus que 20 cg. de vapeur d’eau par mètre cube, concentration trop faible pour que le givrage apparaisse, même à — 5o° ou — 6o°. Il va aussitôt à la turbine de détente qui le refroidit à — 70° et l’envoie au carburateur du moteur en expérience.
- Pour régénérer les tours à carbagel, il suffit de les mettre hors circuit et d’y envoyer, au moyen d’un ventilateur de 3 ch., un courant d’air de 2 000 m3/heure, porté à i25°-x5o° par une batterie de résistances chauffantes absoi'bant de 5o à 100 kW ; la vapeur d’eau se dégage et est envoyée avec l’air de régénération au dehors.
- La dépression correspondant à une haute altitude est obtenue sur l’échappement du moteur au moyen de deux turbo-extracteui’s produisant un vide de 20 à 10 cm. de mercui'e.
- Le nouveau banc d’essais permet d’essayer des moteurs de 1 200 à 1 5oo ch. dans les conditions cor-l’cspondant à des altitudes de 10 000 m. et même stratosphériques. Il fonctionne depuis plus de deux ans, sans difficultés, permettant une mise en roule pi'esque instantanée des expériences. L’étude des conditions mécaniques des vols à grandes hauteurs en est considérablement facilitée ; elle est devenue aisément réali-sable et économique.
- André Bercy.
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- LE CYCLOSTEREOSCOPE SAVOYE
- NOUVEAU PROCEDE DE CINÉMATOGRAPHIE EN RELIEF
- La vision binoculaire détermine notre impression du relief par la sensation de la perspective des regards de chacun de nos yeux. On réalise artificiellement cette même impression soit au moyen de deux images planes appropriées à chaque œil et disposées côte à côte dans un appareil stéréoscopique, soit à l’aide d’ana-glyphes. Quand on examine deux images de couleurs complémentaires (rouge et vert par exemple) à travers un écran transparent rouge, l’image de même teinte s’évanouit tandis que l’image verte apparaît en noir et vice versa. Il suffit donc pour obtenir le relief stéréoscopique de reproduire en rouge l’image droite, en lui superposant avec l’écartement normal des yeux, l’image gauche en vert puis de munir chaque œil d’un écran transparent pour les couleurs complémentaires correspondantes.
- Fig. 1. — Schéma du « cyclostéréoscope » Savoye.
- s, Source lumineuse ; C1, C2, Condensateurs ; m, Miroir ; E, Ecrou ; G1, Grille de projection ; G2, Grille de vision ; L1, L2, Images de la bande projetée.
- Se basant sur les constatations précédentes, de nombreux techniciens ont imaginé diverses méthodes de projections en relief (*).
- En particulier, Louis Lumière a mis au point un cinématographe en relief, originale application de la vision stéréoscopique avec écrans convenablement colorés. Grâce à un jeu d’objectifs et de groupes de prismes, son appareil prend deux vues stéréoscopiques. Ces deux images se trouvent l’une au-dessus de l’autre et le film se déroule horizontalement. En outre, au sortir du mécanisme de projection, le faisceau de l’image supérieure (image de droite, seule perçue par l’œil droit d’un observateur) traverse un écran bleu tandis que celui de l’image inférieure (image de gauche, seule perçue par son œil gauche) filtre, de son côté, au travers d’un écran jaune verdâtre. La superposition des deux images, après ces cheminements respectifs, donne un remarquable effet de relief.
- Récemment, M. François Savoye a résolu le problème d’une façon différente. Après de multiples essais infructueux, le persévérant ingénieur se rendit compte que pour imposer aux yeux des spectateurs le minimum d’efforts, la sélection des images stéréoscopiques devait s’opérer sur l’écran lui-même sans perte ni de netteté, ni de luminosité. Il parvint à ce résultat en mettant devant l’écran de projection une grille circulaire mobile à bandes parallèles qui ont pour but de découper les deux images stéréoscopiques en un grand nombre d’éléments et dont le déplacement est synchronisé avec la vitesse de déroulement du film. Tel est le principe du nouveau cinématographe en relief, que M. Savoye a baptisé du nom de « Cyclostéréoscope ».
- Entrons dans quelques détails sur sa réalisation technique.
- Pour assurer la vision parfaite du relief, dans une salle où fonctionnera cet appareil, il faut calculer certains facteurs (distance de la grille à l’écran, inclinaison légère du plan des spectateurs par rapport à l’horizontalité, largeur des fentes de la grille mobile, etc.).
- Le schéma de la figure i représente une installation « cyclostéréoscopique » dans laquelle on passe un film à images L1, L2, prises au moyen d’un système optique constitué par deux prismes à réflexion totale. Grâce à un levier, on peut orienter
- 1. La Nature, n° 2947, 15 février 1935, p. 160 ; n° 2979, 15 juin 1936, p. 550.
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- à volonté ces derniei's l’un par rapport à l’autre et par suite régler la distance des points homologues de deux images. D’autre part, un objectif unique, disposé entre lesdits prismes et la pellicule sensible permet d’obtenir les deux images stéréoscopiques dans la largeur du film, qu’on projette à l’aide d’un dispositif formé par une seule source lumineuse s, éclairant les deux condensateurs G1, G2. Chacun de ces derniers, après réflexion sur l’un des miroirs m, illumine à son tour l’une des deux images L1, L2. Ensuite chaque image ainsi éclairée donne naissance à un faisceau lumineux qui, après avoir traversé la grille G1 va se projeter en bandes élémentaires sur l’écran E, qu’on aperçoit par la déchirure pratiquée dans le pourtour du cylindre afin de faciliter l’explication du système. Finalement, la grille de vision G2 sélectionnera, aux yeux de tous les spectateurs de la salle, les images projetées. Il s’ensuivra donc le relief maximum.
- Le cyclostéréoscope, qui a servi aux essais de M. Sa-
- voye, est représenté par la fi-
- Fig. 2. — L’ensemble de l’installation g-ure 2 JJ com. cinématographique réalisée par M. Savoye. 6
- porte une grille
- de projection et une gi'ille de vision à déplacement rotatif continu. Leur mouvement s’obtient a u moyen de deux roues à gorge tournant sur des axes concentriques et inclinés convenablement par rapport au plan horizontal. Entre ces deux roues sont tendues des bandes parallèles opaques dont l’ensemble constitue la grille circulaire de projection, composée d e parties pleines et d’ouvertures de même largeur. Comme
- Fig. 3. — Aspect d’une image en relief obtenue sur l’êcmn avec le « cyclostéréoscope »,
- nous l’avons déjà noté, cette grille s’interpose entre le projecteur et l’écran. Grâce à l’addition de prismes au type de cinéma classique, les deux images d’un couple stéréoscopique sont rassemblées sur l’emplacement d’une vue unique et on peut les pi'ojeter avec l’écart convenable pour la sensation maximum de relief.
- La grille de vision, solidaire de la grille de pi’ojec-tion et décalée par rapport à celle-ci, possède le même nombre d’éléments opaques que cette dernière mais on a augmenté leur largeur respective. Par suite, une personne convenablement placée voit par réflexion sur l’écran et à travers ladite grille, les éléments de l’image stéréoscopique correspondant à chaque œil. En d’autres termes, il suffit de répartir l’ensemble des fauteuils sur un plancher incliné pour que le plan moyen de l’ensemble des yeux des spectateurs soit parallèle (ou tout au moins sensiblement parallèle) au plan de l’écran de projection. Une telle installation convient, d’ailleurs, aux projections fixes ou animées aussi bien qu’à la projection des films en noir et en couleurs. Le paysage de la figure 3, représentant une vue ensoleillée de la Côte d’Azur, rend très imparfaitement l’extraordinaire relief des vues, que l’aimable inventeur a fait passer dans son cyclostéréoscope lors d’une récente visite à son modeste « studio ». Malheureusement, les circonstances actuelles retardent la mise au point mécanique du modèle définitif et surtout la construction en série des appareils destinés aux cinéastes. Il nous a paru néanmoins utile de signaler, dès aujourd’hui, cet intéressant perfectionnement cinématographique.
- J. de la Cerisaie.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN OCTOBRE 194!
- Les nuits devenues longues, pour la plus grande facilité des observations, vont maintenant permettre dès leur début la vision simultanée de Mars, Jupiter et Saturne, les deux premières de ces planètes brillant d’un éclat magnifique ; avec les belles constellations d’Orion, du Taureau, des Gémeaux, principalement, le ciel du milieu de la nuit sera ainsi richement orné. Uranus étant voisin de Saturne, ce sont donc quatre des plus importantes qui s’offriront en même temps, et au mieux, à l’examen. Si nous ajoutons Vénus étincelant dans le crépuscule et Mercure visible au début d’octobre — l’une et l’autre dans d’assez mauvaises conditions d’ailleurs — nous constatons que toutes les planètes dont l’étude est permise à l’aide de moyens courants pourront être observées pendant ce mois. — A signaler également d’assez nombreuses occultations d’étoiles, parmi lesquelles une d'Aldébaran, et enfin un essaim d’étoiles filantes au milieu du mois.
- Toutes les heures sont données en Temps Universel, compté de oh (minuit) à 2411 ; infliger les corrections nécessaires suivant l’heure en usage aux lieux d’observation.
- I. — Soleil. — La déclinaison du Soleil décroît rapidement pendant ce mois, s’abaissant de — 3°8/ le ieï à — i4°4/ le 3i. La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) diminue fortement : pour la latitude de Paris elle est de nh3m le ier et de 9h54m le 3i. Quant à celle du crépuscule astronomique elle atteint son minimum au milieu du mois pour rcaugmenter légèrement ensuite. Voici ces chiffres : ior = ih48m ; i3 = ih47tn ; 3i = ih49m ; prenant fin bien avant, le crépuscule civil dure 33m le xer et 34m le 3i.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Octobre 1er = ixll4om24s; 6 =ii!l3Sm52s; Il = iih37m28s; 16 = iih36mi8s; 21 = 1 ih35,n22s ; 26 = nh34ra42s ; 31
- = uh34ra2os.
- Observations physiques. — La surface solaire étant à observer régulièrement tous les jours de beau, voici la liste des éphémérides permettant l’orientation des dessins et photo-
- graphies que l’on pourra prendre
- Date (o11) P B0 L0
- Octobre 1 -|- 2Ô°o5 + ®?7° 23jq8
- — 6 -f- 26,31 + 6,43 318,01
- — 11 + 26,39 + 6,12 252,o5
- — 16 4- 26,28 + 5,76 186,09
- — 21 + 25,98 + 5,36 120,i4
- — 26 + 25,49 + 4,92 54,20
- — 3i + 24,81 + 4,48 348,27
- Fig. 1. — Schéma des occultations de 61 et 62 Taureau (a) et d’Aldébaran (b). Images vues dans une lunette.
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. — La lumière zodiacale est encore facilement observable pendant octobre. On l’étudiera à partir du 19 ou 20, jusqu’à la fin du mois, c’est-à-dire pendant la période où la Lune ne viendra aucunement gêner sa visibilité matinale. Quant à la lueur antisolaire, on pourra la rechercher pendant les nuits très pures, également dans la seconde quinzaine du mois lorsqu’étant assez haut dans le ciel, l’heure du lever ou du coucher de la Lune sera propice à une telle observation réclamant l’absence de toute clarté dans le ciel : cette très vague clarté sera située dans le Bélier.
- II. — Lune. — Date des phases :
- P. L. le 5 Oct., à 8h3am N. L. le 20 Oct., à i4ll20m
- D. Q. le i3 — à i2l*52m P. Q. le 27 — à 5h 4m
- Plus grandes déclinaisons : + i8°iG/ le 12 octobre à 3h ; — iS^o^ le 25 octobre à oh.
- Variations de distance et diamètre apparent : Apogée le 9 octobre à 6h, diamètre apparent = 2g,2&f ; Périgée le 21 à i4h, diamètre apparent =
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Magni- Phéno- Heure Angle
- Date Astre tude mène (p. Paris) au pôle
- Oct. 9 O1 Taureau 4,0 | Imm. Em. 22h25m,9 23 32 6 Q20 240
- — 9 62 Taureau 3,6 j Imm. Em. 22 32 7 23 24 8 XX7 214
- — 10 637B.D. + i5o 4,8 Em. 0 53 5 265
- — 10 Aldébaran 1, x ( Imm. 3 16 x 61
- (a Taureau) i Em. 4 37 6 281
- — 11 111 Taureau 5,1 Em. 3 33 0 243
- — 12 1182 B.D. + 170 5,7 Em. 3 3 8 302
- - i4 1 Cancer 6,0 Em. 2 45 3 266
- — 27 5848 B.D. — 15° 6,0 Imm. 21 35 9 97
- III. — Planètes. — Toutes indications utiles sont données ici, pour trouver les planètes et connaître leurs conditions d’observation, plus ou moins facilitées par les heures d’observation et les positions sur le ciel; ces indications sont extraites de l'Annuaire Astronomique Flammarion.
- Mercure sera en élongation le 2 octobre à 25°34/ E. du Soleil. Malheureusement, pour nos latitudes, il reste très bas sur l’horizon, en raison de sa déclinaison fortement australe ; ainsi malgré son écartement angulaire au Soleil il se couchera peu api’ès celui-ci, et sci’a difficilement visible dans le crépuscule, ou même masqué par les brumes de l’horizon.
- Vénus, bien écartée maintenant du Soleil, se présente également dans de peu favorables conditions, par suite de sa déclinaison très australe ; on ne la verra donc briller qu’à peu d’élévation dans le crépuscule, et son observation utile est limitée aux possibilités de la ti’ouver en plein jour, vers son passage au méi’idien.
- D’un diamètre apparent maintenant assez grand, 16" à 19^ pendant ce mois, sa phase approche du quartier.
- Mars, dans ce mois qui est celui de son opposition, est observable au mieux, d’après les indications fournies précédemment à ce sujet.
- Jupiter se pi’ésente également dans les meilleui'es conditions d’observation, pouvant être utilement suivi presque toute la nuit, ce qui favorise grandement l’observation des détails de sa surface ; il en est de même pour les phénomènes
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- de ses quatre principaux satellites, visibles on le sait à l’aide d’une modeste lunette. Voici la liste de ceux de ces phénomènes qui seront observables de Paris.
- Octobre 1er, II. Em. 4hnm; I. O. c. 5h2m. — 2, I. E. c. ah9m,4 ; II. P- f. 22h28m ; I. O. c. 23h3om. — 3, I. P. c, oh45m; I. O. c. ih4om ; I. P. f. ah55m. — 4, I. Em. oh7m ; III. E. c. 0*51“,2 ; III. E. f. 3hi5m,3. — 7, III. P. f. 22h2om. — 8, II. E. c. ih33m,8. — 9, I. E .c. 4h34m,4; IL P. c.
- 22h2oni; II. 0. f. 22h3om. — 10, IL P. f. oh57m; I. O. c.
- iMm; I. P. c. 2h35m ; I. O. f. 3h34m; I. P. f. 4h45m; I. E. c. 22h3im,ç). — 11, I. Em. ih57m ; III. E. c. 4h5im,3 ; I. P. c. 2Ih2m; I. O. f. 22h2m; I. P. f. 23hI2m. — 15, III. 0. f.
- 2ih2om ; III. P. c. 23h38m. — 15, III. P. f. ahim; II. E. c.
- 4h8m,i. —- 16, II. O. c. 22h28m. — 17, II. P. c. oh47m ;
- II. 0. f. ih6m ; I. O. c. 3hi7m ; II. P. f. 3hakm ; I. P. c. 4h24ra ; I. O. f. 51i271ü. — 18, I. E. c. oh26m,o; I. Em. 3]l46m ; I. 0. c. 2ih45m ; II. Em. 22hi4m; I. P. C. 22h5im; I. 0. f. a3h56m. — 19, I. P. f. ihim; I. Em. 22hi3m. — 21, III. O. c. 22h55m. — 22, III. O. f. ih2om ; III. P. c. 3hi4m; III. P- f. 5^37m. —24, II. O. c. ih5m ; II. P. c. 3hnm; II. 0. f. 3M3m ; I. 0. c. 5hiom ; II. P. f. 5^49m. — 25, I. E. c. 2h2om,i ; I. Em. 5h34ra. — 26, II. Em. oh36ra ; I. P. c. oh38m ; I. O. c. ih4gm ; I. P. f. 2h48ra ; I. E. c. 2oh48m,6. — 27, I. Em. ohom ; I. 0. f. 2ohi8m ; I. P. f. 2ihi5m. — 29, III. 0. c. 2h53m ;
- III. O. f. 5h2om. — 31, II. 0. c. 3h4im ; II. P. c. 5h33m.
- Saturne se trouve dans les mêmes conditions favorables qui viennent d’être indiquées pour Jupiter. Il approche de son opposition, et voici les éléments de sa présentation pour le milieu du mois.
- Diamètre polaire du globe...................... i8",o
- Grand axe extérieur de l’anneau . .... 45", 15
- Petit axe extérieur de l’anneau................. 18", i5
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau............................................. 230,71
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau . . ............................... 230,18
- —.......................... 279 =
- Cinq des principaux satellites : Titan, Japet, Rhéa, Téthys et Dioné peuvent être observés avec des instruments d’amateur. Le plus facile à voir est Titan, que l’on peut suivre à l’aide d’une très modeste lunette; voici les dates auxquelles il se trouvera en élongation :
- Élongations orientales les 6 et 22 octobre ; Élongations occidentales les i4 et 3o octobre.
- Uranus, à peu de distance au-dessus de Saturne, s’observe dans les mêmes conditions favorables, montrant un petit disque bleuâtre de k", ce qui permet de l’identifier aisément. Rappelons qu’au voisinage de son opposition — celle-ci aura lieu le 21 novembre — cette planète est parfois visible à l’oeil nu, pour les vues perçantes, lorsque le ciel est bien pur.
- Neptune, commence à se montrer avant le lever du jour.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 5 Le 9 Le q Le 11 Le 12 Le 18 Le 21 Le 23
- octobre, à 23b, Mars avec la Lune
- — à 4h> Saturne avec la Lune
- — à 7h, Uranus avec la Lune
- — à 4h, Jupiter avec la Lune
- — à 8h, Vénus avec â Scorpion
- — à i7ii, Neptune avec la Lune
- — à 8h, Mercure avec la Lune
- — à i7h, Vénus avec la Lune
- à 1027' S. à 2027' N. à 4°4i' N. à 4032' N. à o°6 ' S. à o°45' N. à 6°33' S. à 7049' S.
- Étoile polaire. — Heures des passages de l'Étoile polaire au méridien de Paris :
- Octobre 8
- — i5
- — 18
- — 28
- Passage supérieur à oh3om53s
- — à o 3 24
- — à 23 5g 28
- — à 23 47 4i
- — à 23 8 23
- Étoiles variables. — Voici les dates auxquelles on pourra observer des minima d'Algol, en raison des heures auxquelles ils se produisent :
- ASTRE Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation ou étoile voisine VISIBILITÉ
- 4 oct. 5h55m I ih3qm28s I7h23m i2h4om — 4° 18' 32' 2"36 Vierge
- Soleil . 16 - 6 i3 11 36 18 16 5q i3 24 — 8 5i 32 8,88 —
- 28 — 6 32 11 34 3i 16 36 i4 10 — i3 5 32 15,34 —
- 4 - 8 26 i3 12 17 56 14 10 — 16 i5 6,8 Vierge Le soir dans le crépus-
- Mercure . 16 — 8 i3 12 47 17 20 i4 35 — 18 34 8,6 j cule. Invisible.
- 28 — 6 19 11 22 16 27 i3 59 — 12 44 9,8 — —
- 4 - 9 53 i4 19 18 44 i5 17 — 19 5i 16,2 Balance Le soir dans le crépus-
- Vénus. , 16 — 10 25 14 29 18 33 16 i5 — 23 33 17,6 « Scorpion 1 cule.
- 28 — 10 5i 14 41 18 3i 17 14 — 25 5o *9,4 Scorpion 1 —
- 4 _ 17 5i 0 17 6 37 1 i5 -j- 3 55 22,8 Poissons ^oute la nuit.
- Mars . . 16 — 16 53 23 10 5 32 1 0 -j- 3 12 22,2 — 1 —
- 28 — i5 55 22 I I 4 3i 0 48 -j- 2 52 20,4 — —
- 4 - 20 23 4 23 12 20 5 23 + 22 28 39,6 Ç, Taureau Toute la nuit.
- Jupiter 16 — 19 36 3 36 Il 32 5 23 -j- 22 28 41,0 _
- 28 — 18 2 kl 10 43 5 21 -j- 22 26 42,4 —
- ^ - 19 i5 2 46 10 14 3 45 + 17 28 17,8 Taureau Toute la nuit.
- Saturne .< 16 — 18 26 1 57 9 23 3 43 -f- 17 18 18,0 _
- 28 — I7 57 1 6 8 32 3 4° -j- 17 7 18,2 — —
- Uranus 28 — 17 3i 1 i5 8 55 3 49 + 19 47 3,6 Taureau —
- Neptune . 28 — 3 12 9 23 i5 33 11 57 + 1 3g 2,4 Vierge Peu avant le lever du
- jour.
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- 280
- Fig. 2. — Le ciel de la seconde partie, puis du milieu de la nuit, cet automne : situations respectives de Mars, Jupiter, Saturne et Uranus ; les flèches ponctuées indiquent leur déplacement jusqu’à la fin de l’année.
- Octobre 5, 13, à i8hi7m
- 3h5i
- 8, à
- oh4om. -— 30, à
- - 10, à 23hIOm.
- 2In2QE
- - 28, à 2h2im
- Étoiles filantes. — On pourra surveiller le ciel dans la nuit
- du 9 octobre, pendant laquelle des étoiles filantes peuvent se montrer émanant du Dragon : en ig33 elles ont donné lieu à une remarquable averse. — Du 16 au 22 octobre, essaim des Orionides, dont le radiant est voisin de v Orion.
- V. — Constellations. — Les longues nuits sont maintenant pleinement favorables à l’observation visuelle ou photographique de l’Univers stellaire; dès i8h3om vers la fin du mois, la fin complète du crépuscule permet de commencer des photographies à longue pose.
- Les belles régions de la Voie Lactée, depuis VAigle vers le Cygne qui est encore non loin du Zénith, restent toujours au mieux observables, dès le début de la nuit. A mesure que celle-ci avance, la région du Cocher et des Gémeaux s’élève dans le ciel, et la seconde partie de la nuit amène la vision des régions de la Licorne jusqu’au Navire.
- Lucien Rudaux.
- = RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- Solutions des problèmes proposés dans LA NATURE du J5 décembre Î940 (n° 3064)
- Rappelons l’énoncé des problèmes.
- Problème A. — La somme de tous les nombres obtenus en permutant, de toutes les manières, les 5 chiffres d’un nombre est égale à 599 994.
- Quel est ce nombre, sachant qu’il est carré parfait ?
- Problème B. — Combien faut-il écrire de chiffres pour calculer 21 000 ? On suppose les opérations ainsi conduites :
- 2 x 2 = 4 x 2=8 x 2 = 16 x 2 = 32....
- Problème C. — Découper un rectangle quelconque en 4 parties qui, assemblées convenablement, reproduisent un carré.
- Problème D. — Un train part à 12 h. de Paris pour Toulouse, sa vitesse moyenne est de 80 km./h. Par suite d’un accident d’ordre mécanique, il subit dans une gare un arrêt de 1 h. 42 mn, et continue sa route en abaissant sa moyenne horaire à 65 km.
- L’express qui part de Toulouse pour Paris à 19 h. 57 mn, marchant à 85 km./h., croise le premier train après x h. 34 mn de parcours. La distance de Paris à Toulouse étant de 717 km. on demande dans quelle ville le train est resté en panne ?
- Problème E. — Jean et Jacques n’ont qu’une bicyclette mais ils possèdent chacun une clé du cadenas qui la protège contre... « les emprunteurs ». Ils doivent faire un parcours de 32 km. et décident que Jean partira le premier, posera la bicyclette dans le fossé à un certain endroit et continuera sa route à pied. Jacques accomplira la première partie du parcours à pied, reprendra la bicyclette et, si leurs calculs sont justes, arrivera en même temps que Jean au but fixé. Jean et Jacques font 20 km./h. à bicyclette ; Jean fait à pied 5 km./h. et Jacques 6 km/h. A quelle
- distance du point de départ Jean doit-il abandonner la bicyclette ?
- Solutions
- Problème A. — Un nombre de 5 chiffres peut avoir les 7 formes suivantes : I : abcd; II. aabcd; III. aaabc; IV : aaaab ; V : aabbb ; VI : aabbc ; VII : aaaaa.
- Calculons pour chaque forme le nombre des permutations distinctes :
- I :5 ! = 120 ; lI:-^j = 6o; III : = 20 ; lV:4f = 5;
- 2 ! 3 ! 4 '
- 5 ' 51 51
- Vi-f^io; VI : -~—z=: 3o; VII:-£f=i.
- 2 13! (2 !/- 5!
- Désignons par S la somme des chiffres du nombre cherché et par P le nombre des permutations de ses chiffres, nous aurons pour somme de ces permutations :
- P
- -g- x S x 11 ni = 599 994
- d’où nous pourrons tirer S en fonction de P calculé précédemment pour chaque forme.
- I : S = H ; II : S = ; III : S = ; IV : S = 54 ;
- 24 12 4
- V : S = 27 ; VI: S = 9; VII : S = 270.
- Les valeurs 9, 27 et 54 sont seules acceptables. La première correspond à la forme VI : aabbc, d’où l’équation : 2X + 2v + z = 9, qui admet pour solutions (x ^ y ^ z) :
- x = 4, 2, 2, 1
- y = o, 1, o, o
- 2 = 1, 3, 5, 7
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-
- La première solution donne 4 valeurs répondant à l’énoncé : io 4o4, i4 4oo, 4o 4oi, 44 xoo; la seconde n’en donne qu’une : 12 321 et la troisième une seule également : 22 5oo. Quant à la quatrième, elle ne fournit aucune solution.
- La forme V : aabbb, donne l’équation :
- 2æ + 3 y — 27
- qui admet 4 solutions :
- x = o, 3, 6, 9 y = 9, 7, 5, 3
- Aucune de ces solutions ne conduit à des carrés parfaits. Enfin la forme IY : kx + y = 54 ne peut être retenue, x et y devant, au maximum, être égaux respectivement à 9 et 8. En résumé le problème admet les 6 solutions :
- 10 4o4 = 1022; 12 321 = ni2; i4 4oo = 1202;
- 22 5oo = i5o2 ; 4o 4oi = 2012 et 44 100 = 2102.
- On remarquera que, à l’exception de la 4e solution, toutes ces égalités peuvent se lire à l'endroit comme à l'envers. Nous reviendrons plus tard sur ces nombres remarquables.
- Problème B. — Log 2 = 0,3010299956..., d’où 1 000 Log 2 = log 21 000 = 301,029956... L’erreur est inférieure à 3 unités du 2e ordre et n’influe pas, par conséquent, sur la détermination de la caractéristique du logarithme dont la valeur, augmentée de l’unité, nous donnera le nombre de chiffres du résultat final, soit 802. On peut donc prendre en première approximation, log 2 = o,3oi. Ceci posé, les opérations conduisent à écrire : toutes les puissances de 2 de la ire à la 1 000e inclusivement, et 999 multiplicateurs tous égaux à 2. Il suffit donc de dénombrer les chiffres contenus dans les 1 000 premières puissances de 2. Les logarithmes de ces puissances forment une progression arithmétique de raison o,3oi et de premier terme égal à o,3oi; connaissant la somme S des caractéristiques de ces logarithmes, il suffira d’ajouter 1 000 unités pour avoir le nombre cherché. En résumé la totalité des chiffres écrits sera égale à :
- S + 1 000 + 999.
- Désignons par 2 la somme des log des 1 000 premières puissances de 2 et par S' la somme des mantisses de ces log; nous avons :
- S = 2 — S'.
- Il est aisé de déterminer 2 puisqu’il ne s’agit que de sommer une progression arithmétique, il semble plus difficile d’évaluer S', cependant une méthode très simple va nous permettre d’obtenir le résultat.
- Divisons par 1 000 les mille premiers multiples de Soi et considérons les restes de ces divisions. Comme 3oi est premier avec 1 000, on démontre que tous ces restes sont différents, donc ils représentent, dans un certain ordre, la suite des nombres naturels de o à 999. Par conséquent, ces restes, divisés par 1 000, ne sont autres que les mantisses des log considérés.
- D’où le calcul simple :
- „ (o,3oi -4- 3o0 1 000 _ _
- 2 = ----------!------------ = i5o 65o,5
- 2
- Q,_ 0.999) 999 __ f ^ ^
- 281
- Mais en prenant log 2 = o,3oi, au lieu de o,3oio3, nous commettons une erreur de 3 unités du 5e ordre, pour un multiple voisin de 1 000 cette erreur est d’environ trois centièmes et pour une mantisse égale ou supérieure à 0,970 la caractéristique exacte peut donc être supérieure d’une unité à la caractéristique approchée. Par exemple : log 288' = 887 x o,3oi = 266,987 alors que la valeur exacte est : 887 x o,3oio3 = 267,01361. Il convient donc de comparer les résultats pour les mantisses comprises entre 970 et 999. Cette vérification est simplifiée en observant que : o,3oi x 701 = 210,001, et o,3oi x 970 = 291,970 donc les mantisses, à partir de 0,970, correspondent à des puissances qui, à un multiple de 1 000 près, sont données par la progression : 970 + 701 n. Pour chaque terme on vérifie si l’erreur modifie la caractéristique approchée. Par exemple, pour n — i4, mantisse 0,970 + o,oi4 = 0,984;
- [9 0 -4— 701 x 141 , r q i
- -------1 00Q------J = 784 (la notation —
- signifiant quotient entier de a par 6), 784 x 3.io~5 = 0,02352 ; 0,984 + 0,023 = 1,07. On trouve ainsi i5 nombres, donc S doit être augmenté de i5 unités, et en définitive le nombre cherché est égal à :
- i5o i5i + i5 + 1 000 + 999
- i5a i65.
- Un problème plus difficile consiste à établir comment doivent être conduits les calculs pour écrire le minimum de chiffres. Il y a quelques années nous avons calculé 264 sur le vrerso d’une carte de visite, en écrivant seulement 24o chiffres ; mais nous ne prétendons pas que ce soit là le « record ».
- Problème C. — Soit ABA'B' (fig. 1) le rectangle proposé. Cherchons le côté du carré équivalent. Sur AB comme diamètre on trace la demi-circonférence ADB et par C tel que CB = BB' on mène la perpendiculaire CD jusqu’à rencontre avec la circonférence. DB est le côté du carré que l’on doit obtenir. Joignons A à D et abaissons la perpendiculaire DD' sur BB' prolongée. Les triangles rectangles DD'B
- et AA'I sont égaux comme ayant un angle égal. D = A (côtés respectivement perpendiculaires) et un côté égal AA' — DD', donc AI = DB. Portons DE = DB il s’ensuit AE = ID. Achevons le carré en menant EF et BF perpendiculaires sur AI et DB. Les triangles AEII et IDK sont
- Fig. 1.
- 2
- S = i5o j5i,
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- 282
- Temps
- Fig. 2.
- égaux, d’autre part si de F on abaisse la perpendiculaire FG sur AB nous obtenons 2 triangles rectangles FGB et HGF
- A A
- l’espectivement égaux à AA'I et KB'B. En effet F = A (côtés
- A A
- parallèles), FB = ED = AI et, dans le second triangle F = B (côtés parallèles), FG =AA' = BBL Donc le rectangle ABA'B' est composé des mêmes éléments que le carré EDBF. En découpant la figure suivant les traits forts on obtient 4 parties qui peuvent s’assembler pour constituer un carré. Une discussion facile montre que pour certains rectangles 3 morceaux suffisent pour reconstituer le carré équivalent.
- Problème D. — Le train partant de Paris à 12 h. a marché pendant 21 h. 3i —(12 h. + 1 h. 42) = 7 h. 49 nrn, jusqu’à sa rencontre avec l’express de Toulouse. Celui-ci avait alors parcouru 85 km. x 1 h. 34 mn = i33 km. 1/6 et le premier train 717 km. — i33 km. 1/6 + 583 km. 5/6. Si le train accidenté avait maintenu sa vitesse initiale en 7 h. 49 il aurait dû couvrir une distance de 625 km. i/3 au lieu de 583 km. 5/6; la différence, soit 4i km. 1/2, divisée par la différence des vitesses horaires : i5 km., nous donnera donc le temps de marche à vitesse réduite, c’est-à-dire 4i 5oo : i5 = 2 h. 46 mn.
- D’où le temps de marche normale : 7 h. 49 — 2 h. 46 = 5 h. 3 mn correspondant à un parcours de 80 km. x 5 h. 3 = 4o4 km. Il suffit de consulter un horaire pour répondre que le train est resté en panne à Limoges.
- NOTES ET
- CHIMIE
- Emploi du microscope pour déterminer les composés organiques par leurs constantes physiques.
- La détermination du point de fusion des corps est de beaucoup le moyen le plus sûr de les identifier et de savoir s’ils sont purs. Cette détermination est difficile sinon impossible quand on ne dispose que d’une très petite quantité du
- Problème E. — Si Jean faisait tout le parcours à bicy-
- 32
- dette, il lui faudrait seulement — = 1 h. 36 mn, et Jac-
- 32
- ques, à pied, n’arriverait qu'après = 5 h. 20 mn de
- marche, soit avec un retard de 5 h. 20 — 1 h. 36 = 3 h. 44 mn. Quand Jean parcourt à pied 1 km, il perd
- ainsi -------— = —- d’heure, soit 9 mn et Jacques, au
- 5 20 20
- 1 1 7
- contraire, allant alors à bicyclette, gagne -----— ="6o"
- ou 7 mn; son retard diminue donc de 16 mn. En divisant 3 h. 44 par 16 nous obtiendrons donc le parcours que
- 3H4
- Jean doit effectuer à pied : • = i4. Donc ce dernier
- doit abandonner la bicyclette après 18 km.
- Le graphique ci-dessous (fig. 2) montre clairement la marche des deux camarades.
- Problèmes proposés
- Problème A. — Si au millésime de l’année de la naissance de Pierre on ajoute la somme de ses chiffres on obtient l’année de son mariage et en opérant de même sur ce dernier millésime on trouve ig4o. En quelle année Pierre est-il né ?
- Problème B. — Trouver un nombre de 4 chiffres sachant que, en divisant le nombre formé par les deux chiffres de gauche par celui formé par les deux derniers on obtient : 1,8666... pour quotient, et que la somme de ses chiffres est égale à i4-
- Problème C. — Un canon à longue portée C tire sur un but B, éloigné de 4o km. Un observateur O, situé sur la droite CB perçoit l’éclatement du projectile 20 secondes avant le coup de canon. A quelle distance du but se trouve-t-il? Vitesse du son : 1 km. en 3 s; vitesse moyenne de l’obus, en projection horizontale, 1 000 m./s. (D’après la suggestion d’un correspondant).
- Ont envoyé des solutions justes :
- Problème A. — MM. Lucas, avenue Louis Lcderlin, à Thaon-les-Vosges ; Meylan, à Paris.
- Problème B. — M. Lucas, avenue Louis Lederlin, à Thaon-les-Vosges.
- Problème D. — MM. P. Houlct, 25, avenue du Maréchal Lyautey, à Paris; Meylan, à Paris.
- Problème E. — MM. P. Houlet, 25, avenue du Maréchal Lyautey, à Paris; Meylan, à Paris.
- IL Barolet.
- corps, quelques milligrammes, cas fréquent dans les recherches de chimie organique ou en médecine légale. Dans ces dernières années, le Dr Ludwig Kofler, professeur à l’Université d’Innsbruck (x), a mis au point une méthode nouvelle qui permet non seulement de faire cette détermination avec la plus grande précision, mais encore de mesurer d’autres constantes physiques, comme l’indice de réfraction, et d’observer des phénomènes dont certains corps sont le siège. Quelques-uns de ces phénomènes avaient échappé à l’obser-
- I. Forschungen und Fortschritte, 20 septembre 1940.
- INFORMATIONS
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-
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- vation directe parce que jusqu’alors, on opérait sur des masses de substance trop grandes.
- C’est par une adaptation simple du microscope qu’on obtient ces résultats.
- Sur le porle-objet on dispose une plaque métallique, chauffée électriquement, munie d’un bord saillant sur lequel on pose une lame de verre.
- La température est mesurée au moyen d’un thermo-couple et d’un millivoltmètre ; on peut la faire varier aussi lentement qu’on le veut. Le corps à étudier est placé sur la platine chauffante. On observe avec un grossissement de 80 à ioo.
- Point de fusion. — Pour déterminer avec précision le point de fusion d’un corps cristallisé stable, on chauffe jusqu’à ce qu’apparaissent quelques gouttelettes liquides; on note la température et on cesse de chauffer ; on note la température dès que les cristaux restés solides commencent à grossir. On a ainsi deux températures entre lesquelles se trouve le point de fusion. Si on recommence les deux opérations en resserrant de plus en plus l’intervalle de température, on obtient le point de fusion avec une précision telle que cette détermination est recommandée même si on dispose d’une plus grande quantité de matière.
- II y a très peu de composés organiques qui, avant la fusion, ne subissent pas de modification ; presque tous, contrairement à ce que l’on croyait, passent par la sublimation. On s’en aperçoit à ce qu’ils se déposent en très fins cristaux sur la face inférieure de la lame de verre. La forme et l’aspect de ces cristaux sont souvent caractéristiques du corps essayé et permettent de l’identifier.
- S’il s’agit d’un corps qui cristallise en se combinant avec son solvant, en chauffant, on constate le plus souvent que le solvant s’en sépare, car les cristaux deviennent troubles ou opaques. Quelquefois, les cristaux fondent dans leur solvant avant qu’il ne se dégage. En continuant à chauffer, le solvant peut se dégager en totalité, et, dans le liquide, on voit apparaître de nouveaux cristaux, différents des premiers, qui peuvent fondre à leur tour si on continue à chauffer.
- Après fusion complète, la plupart des corps, s’ils se refroidissent, passent brusquement à l’état solide, cristallisé ou vitreux. D’autres corps se solidifient lentement, parfois très au-dessous de leur point de fusion normal : la structure cristalline peut être confuse ou régulière. Les unes ou les autres de ces observations peuvent servir à identifier certains corps ou à les distinguer de corps différents avec lesquels ils ont d’autres caractères communs.
- On sait que quand les corps sont impurs, ils fondent moins brusquement et à une température plus basse que quand ils sont purs. On le constate aussi au microscope; mais, de plus, on peut observer que le corps pur et ses impuretés se comportent autrement pendant la fusion et peuvent réagir entre eux. On a pu reconnaître ainsi que certains corps que l’on croyait purs ne le sont pas.
- Indice de réfraction. — Sa connaissance permet de distinguer deux ou plusieurs corps ayant le même point de fusion. Sa mesure se fait en même temps que celle du point de fusion. Pour cela on dépose sur la plaque métallique quelques petits fragments d’un verre d’indice connu et on fait fondre le corps étudié. Si le liquide et le verre n’ont pas le même indice, on les distingue et d’autant mieux que leurs indices sont plus différents. S’ils ont même indice, on ne les distingue plus. On change de verre jusqu’à obtenir la disparition. Si on hésite entre deux verres, l’incertitude est levée en tenant compte de ce que les bords du verre apparaissent toujours entourés d’un liséré clair. En éloignant l’objectif, c’est-à-dire le tube du microscope, de la prépara-
- ..283 =
- lion, on voit le liséré se déplacer vers le milieu le plus réfringent. Il suffit d’un jeu de 23 verres d’indices différents pour répondre à peu près à tous les besoins.
- Dans le cas où deux corps ont même point de fusion et un indice compris entre les deux mêmes verres, on peut encore les distinguer en tenant compte de ce que l’indice des liquides décroît quand, leur température s’élève tandis que celui des verres reste pratiquement constant. On se sert de celui des deux verres qui est le moins réfringent : dès que le corps est entièrement fondu, on continue à élever lentement la température et on note celle à laquelle il y a disparition : elle n’est pas la même pour deux corps différents.
- M. Kofler a établi une première liste de 245 corps classés par ordre de point de fusion croissant et où sont donnés leur indice de réfraction ou ceux des deux verres entre lesquels l’indice du corps est compris. On y voit par exemple que quatre corps ayant leur point de fusion à i35° ont des indices compris entre i,4683 et 1,5609, ce qui permet déjà de les distinguer ; on y voit aussi qu’en faisant varier la température de 6o° à 167°, ils se comportent différemment dans les intervalles de température beaucoup plus petits, mais compris entre ces deux limites extrêmes, ce qui permet de vérifier que la première détermination est exacte. C’est ainsi qu’à partir de no°, l’acide cinnamique se présente successivement sous la forme de prismes, d’aiguilles puis de feuillets, et qu’il est polymorphe.
- Avec cette liste et le jeu de verres, le microscope étant équipé comme on l’a vu, l’identification certaine d’un quelconque des 245 corps de la liste ne demande en moyenne que 20 mn. Évidemment, quand la liste sera étendue à un plus grand nombre de corps, la détermination pourra être un peu plus longue tout en restant aussi sûre. En tout cas, elle sera encore beaucoup moins longue que par les méthodes qui recourent à l’analyse chimique. De plus, le corps n’aura subi aucune modification.
- E. L.
- MINÉRALOGIE
- Curiosités minérales : minéraux caméléons.
- Parmi les phénomènes curieux que montrent les minéraux, certaines modifications de couleurs sont tout à fait surprenantes. Certaines colorations peuvent être dégradées à la lumière ou à la chaleur. Ainsi l’améthyste, chauffée, perd jusqu’à décoloration totale sa belle couleur violette. De même l’émeraude perd la vivacité de sa teinte à la lumière.
- Un phénomène déjà plus complet se manifeste avec la turquoise orientale. Cette pierre, nommée en certains pays d’Orient « pierre qui meurt » perd sa couleur avec le temps. On peut raviver cette couleur par un traitement dans une solution de carbonate de soude, mais une telle opération ne peut être faite qu’une seule fois avec efficacité.
- Plus curieux encore est le phénomène observé sur la hackmannite. La hackmannite est une variété rose de soda-lite, ou silicate d’alumine et de soude découverte d’une part à Lujaur Urt, dans la péninsule de Kola, Groenland, et, plus récemment près de Bancroft, Ontario (Canada). Exposés à la lumière du soleil, les échantillons perdent assez rapidement leur belle coloration rose. A vrai dire le phénomène de décoloration avait déjà été observé pour plusieurs espèces de sodalites diversement colorées, mais ici apparaît une curieuse réversibilité du processus. En effet si
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- == 284 ............................................
- les fragments décolorés de hackmannite sont conservés dans une totale obscurité ils reprennent peu à peu leur coloration.
- Fait plus inattendu encore, si ces fragments sont soumis à une source de rayons ultra-violets filtrés et séparés de la lumière visible dégradante, ils apparaissent, qu’ils soient frais et encore bien colorés ou décolorés, avec une belle fluorescence rose saumon et cette irradiation ultra-violette favorise et active considérablement le retour à la coloration initiale. Des traces de manganèse semblent la cause de ces décolorations et recolorations, comme aussi de la fluorescence rose saumon et de la thermoluminescence bleue que manifestent les échantillons de hackmannite.
- Nous avons retrouvé des phénomènes du même genre, bien que moins intenses, sur des calcites contenant un peu de manganèse et provenant de Chisos Mountains près de Newsmith (Brewster) dans le Texas (U. S. A.). Ces calcites, rose pâle, plus rarement de tons bleuâtres légers, perdent leur coloration à la lumière solaire. Elles la recouvrent lentement dans l’obscurité et mieux par une forte irradiation ultra-violette obscure. Au cours de cette irradiation, ces calcites roses et bleues montrent une belle fluorescence rose.
- Une autre variation de couleur dans un minéral a été citée pour la gillepsite. La gillepsite est un minéral fort rare trouvé près de Fairbanks, dans l’Alaska et qui est un silicate de fer et de baryum contenant un peu d’oxyde de manganèse. Ce minéral est rose; chauffé, il devient d’un
- beau violet bleu. Au refroidissement, la teinte revient au rose. Là encore il y a donc phénomène réversible et le manganèse semble encore l’agent actif de la transformation.
- Diverses recherches ont été entreprises pour expliquer ces phénomènes curieux mais, dans l’état actuel de la question, elles ne semblent pas encoïe avoir abouti. Elles indiquent toutefois que les colorations, dues à des oxydes, peuvent être influencées par des radiations qui auraient un rôle réducteur (ultra-violet, rayons X, rayonnements radioactifs).
- A ce sujet on devra mentionner le sel gemme bleu. Les colorations normales du sel gemme vont de l’incolore au rouge, au brun ou au gris. Les colorations bleues, anormales, sont dues à l’action de rayonnements radio-actifs qui se sont manifestés lentement et ont créé une structure particulière et une ionisation interne. L’analyse, en effet, ne permet de déceler aucune impureté mais les échantillons bleus, soit qu’ils viennent de Przibram en Bohême ou de Carlsbad, dans le New-Mexico, ont une thermoluminescence qui décèle l’effet d’un rayonnement radioactif antérieur.
- C’est donc dans des phénomènes d’oxydation et de réduction ioniques et profonds qu’il faut rechercher les raisons des changements de couleur, parfois réversibles, que l’on rencontre dans certains minéraux.
- Maurice Déribéré.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- LA SACCHARINE ET LES SUCRES ARTIFICIELS
- L’insuffisance de sucre, en l’espèce de saccharose extrait de la betterave ou de la canne à sucre, a de nouveau attiré l’attention sur la saccharine produit chimique de remplacement gustatif, mais non alimentaire, que l’on trouve aujourd’hui couramment dans le commerce. C’est pourquoi nous pensons qu’il peut être utile, pour nos lecteurs, de faire une mise au point des caractéristiques de ce succédané, grâce à un article très complet paru sur cette question dans la Revue de Chimie industrielle, n° 582, août, septembre, octobre 1940, ce qui leur permettra cl’en faire un emploi judicieux.
- La saccharine a été découverte en 1879 par Fahlberg, qui dès 1886 exploita industriellement son procédé à Salb-Wesser, près de Magdebourg, en association avec son oncle List, fabrication qui, depuis, a pris un très grand développement.
- La saccharine a pour point de fusion 224°, température à -laquelle elle commence à se décomposer ; elle se dissout dans 250 fois son volume d’eau, ou dans 40 fois son volume d’alcool elle peut également se dissoudre dans les solutions de saccharose, de glucose, de glycérine avec une solubilité presque constante, d’environ 5 pour 100 de saccharine, quel que soit le degré de concentration.
- En ce qui concerne la nocivité possible de la saccharine lorsqu’elle entre dans l’alimentation, de nombreuses expériences ont été faites qui ont permis de constater que, si la saccharine est pure, elle est tout à fait inoffensive aussi bien chez les personnes saines, que chez les malades. Toutefois, si elle renferme encore des produits étrangers résultant de son mode de fabrication, en particulier de l’acide parasulfonique, elle devient nettement nuisible.
- A côté de la saccharine proprement dite et de son sel de sodium, sont venus se placer un peu plus tard d’autres produits sucrants d’origine chimique ; telle est par exemple la sucra line qui en est le sel d’ammonium, d’un pouvoir sucrant de 700 fois au lieu de 500 par rapport au sucre, laquelle est aussi connue sous le nom de sucre de Lyon et qui se présente additionnée d’environ 2 pour 100 de sucre ordinaire pour en améliorer la saveur.
- L’ultra-saccharine ou méthylsaccharine a un pouvoir sucrant encore supérieur ; la dulcine ou sucrol résulte de la condensation de l’urée avec le phénétol ; son pouvoir sucrant n’est
- que de 200 fois celui du sucre ordinaire, elle est plus agréable au goût que la saccharine, mais a une certaine toxicité.
- La glucine est le sel de sodium de l’acide sulfonique de la diphényl-aminophénothiazine ; introduite sur le marché par la Berliner Anilin Fabrik, on considère qu’elle sucre environ 300 fois plus que la saccharose.
- Des observations pratiques très intéressantes peuvent être faites sur le pouvoir sucrant de ces sucres artificiels.
- 1° La sensation sucrée n’est agréable que si la saccharine est en petite quantité ; en excès, elle donne un goût amer persistant.
- 2° L’effet sucrant n’est pas proportionnel à la quantité de saccharine employée, c’est-à-dire que la dose de saccharine doit aller en diminuant par rapport au sucre qu’elle remplace ; pratiquement, la table suivante résume de quelle manière doit se faire le remplacement :
- Concentration Nombre de litres Quantité de sac-
- de la solution de la solution charine devant
- devant être contenant i kg remplacer le
- remplacée de sucre sucre
- (pour ioo) (litres) (grammes)
- 2 50 1,5
- 3 33,3 1,83
- 4 25 2,5
- 5 20 3
- 6 16,7 3,17
- 7 14,30 4,0
- 8 12,5 4,63
- 9 11,1 5,0
- 10 10 5,35
- Un comprimé courant de saccharine à 0 g. 025 donne la même sensation qu’un morceau de sucre, mais deux comprimés sucrent plus que deux morceaux de sucre.
- 3° Le pouvoir sucrant est exalté par l’association de la saccharine au sucre vrai ou aux autres sucres artificiels dont nous avons parlé : un brevet allemand de Riedel signale par exemple l’emploi d’un mélange de saccharine et de dulcite, spécifiant qu’on obtient la même sensation que d’une solution de sucre à 5 pour 100, en dissolvant dans un litre d’eau
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- 150 mmg. de saccharine ou 480 mmg. de dulcite ; ou 110 mmg. d'un mélange à parties égales de saccharine et de dulcite.
- Nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici les conclusions de l’auteur, M. B. Panteleymonoff, dans son excellent article, relativement à l’emploi de la saccharine dans les produits alimentaires :
- Pour les jus de fruits, la saccharine doit être employée sous forme de solution, ce qui rend possible une plus grande exactitude dans le dosage ; cette solution doit être préparée obligatoirement avec de l’eau distillée, une eau calcaire donnant une solution trouble quelques jours après la préparation.
- On ne doit jamais faire bouillir les dissolutions de saccharine.
- En pâtisserie, il faut employer des quantités de saccharine aussi faibles que possible car l’excès de saccharine se fait toujours sentir désagréablement au goût.
- A la cuisson, il faut éviter une trop grande élévation de température, les produits de décomposition de la saccharine donnant un goût amer.
- La saccharine s’ajoutera en solution à la pâte et on devra tenir compte du fait que la saccharine ralentit quelque peu la fermentation, de sorte qu’il faut augmenter légèrement la dose de levure.
- Les graisses absorbent complètement le goût spécifique de la saccharine. Le café au lait, le thé au lait sucrés à la saccharine, ne se distinguent pas au goût des mêmes boissons sucrées avec du sucre, à la condition que la quantité de saccharine soit modérée ; elles sont moins agréables si elles sont servies sans lait.
- La saccharine passe également tout à fait inaperçue dans du cacao ou du chocolat ; la plus grande erreur dans l’emploi de la saccharine est son emploi en grande quantité.
- Enfin, l’utilisation de la saccharine additionnée de sucre ou de glucose est à recommander car, ainsi elle passe inaperçue dans presque tous les cas.
- Les bonbons, pâtes de fruits, gelées, glaces, fruits confits peuvent être confectionnés avec la saccharine de la même façon qu’avec le sucre.
- L’emploi de la saccharine pour le sucrage des moûts de vins ou de bière ralentit la fermentation et il faut en tenir compte ; le même sucrage du lait prolonge sa conservation.
- Lorsqu’on prépare des compotes de fruits ou des confitures avec des solutions de saccharine, les produits restent anormalement aqueux ; pour leur donner de la consistance, on y ajoute du glucose, du reste favorable à leur dégustation.
- LE CAFÉ DE FIGUES
- La situation créée par la guerre au commerce et à la consommation du café vrai, a fait acquérir à la question des remplaçants, improprement dénommés « cafés artificiels », ou « pseudo-cafés » ou «• succédanés » : orge, lupin, glands doux, malt, café de châtaignes, de seigle, de carottes, de betteraves, d’arachides, de houx, etc., une importance assez imprévue, sans parier de la chicorée à café dont la production a beaucoup augmenté.
- L’intérêt se porte, plus particulièrement sur le café de figues, obtenu industriellement, produit dont les propriétés et les qualités sont encore trop peu connues du consommateur français.
- On peut préparer du café au lait avec du café de figues seul, ce qui n’est pas possible avec la chicorée.
- A la rigueur, on pourrait, dans les ménages, griller et moudre soi-même la provision nécessaire.
- ün tiers de café de figues, deux tiers de vrai café constituent un aliment sain et agréable. Pour les enfants, cette proportion peut être dépassée. Additionné de lait, le café de figues est préférable à la chicorée ; mélangé au vrai café, il constitue une boisson excellente ; sa saveur est un peu amère, rappelant en même temps le goût de la figue. Le sucre du fruit est caramélisé partiellement dans l’opération de la torréfaction. Ce produit est au moins aussi colorant que la chicorée. La forte proportion de sucre qu’il contient édulcore le breuvage.
- Le goût agréable que l’on reconnaît au café de figues provient des nombreuses petites graines contenues dans la pulpe et pilées avec celle-ci.
- Une quantité importante des ligues récoltées en Algérie pour la préparation du café résulte de la fécondation par caprification, laquelle a pour effet de développer une petite amande dans chacune des nombreuses graines. Par torréfaction, ces graines émettent un parfum vanillé, qui corrige le goût de mélasse de la partie charnue du fruit.
- Le café de figues s’emploie avec le vrai café, dans la proportion de 125 à 250 g. pour 1 000 g. de café.
- L’industrie du café de figues prit naissance en Autriche, avec des figues importées de Kabylie et des figues séchées ouvertes,
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- de la région de Mostaganem. En France, elle s’implanta à Grasse, puis en Algérie, à l’instigation du Pr Trabut, à Bougie, à Aomar-Dra-el-Mizan, dans la vallée de Bougie.
- Les figues à utiliser. — Dans les régions où la figue entière sèche mai, on peut l’utiliser pour la préparation du café ; on ouvrant le fruit, on obtient une prompte dessiccation. Les figues de second ou de troisième choix, peu présentables sur la table, sont utilisables de même, surtout les figues noires, parfois plus fertiles et que l’on peut dessécher plus facilement, voire même les figues de peu de valeur. La couleur noire du produit étant un de ses caractères essentiels, ce sont les figues noires qui doivent servir à cette préparation industrielle, à la portée des récoltants qui peuvent isoler des fruits sains les fruits avariés, plus ou moins mal triés et non altérés par la fermentation. L’utilisation sur les lieux de production permet d’en tirer bon parti, en les transformant en un produit peu altérable, facile à transporter.
- Les figues noires, très communes dans le Midi de la France et en Algérie, notamment les variétés Ajenjar, Taberkant, Avè-rane, conviennent particulièrement, de même que les variétés suivantes que l’on rencontre sur le littoral méditerranéen français : Bellone, à pulpe rouge, très sucrée, surpassant toutes les autres et produite dans la région qui s'étend de Toulon à San-Romo ; la figue noire, dite de Nice ou Donquerra mongi-nenco, de Grasse, une des plus volumineuses, elle mûrit en juin-juillet ; VCubique noire ou Aubique violette, appelée encore Abicou ou Arbicone ; la Barnissotte, figue de qualité supérieure, très répandue dans la région de Soliès-Pont (Var).
- On trouve encore, dans la région hyéroise, la Mouïssone, que l’on cueille en juillet, et, dans la région provençale, la Bourjassotte noire, qui mûrit en septembre et peut alimenter l’industrie jusqu’à l’arrière-saison ; la Bernissenque, qui se rapproche beaucoup de la précédente mais mûrit plus tard ; en Tunisie, la Sultane, très bonne figue, charnue, se prêtant au séchage.
- Préparation industrielle du calé de figues. —- On
- procède d’abord à la dessiccation des ligues, qui se fait au soleil et est facilitée par la division des fruits en deux moitiés, mises ensuite.au soleil, sur des claies.
- Dans le Midi de la France, quand des pluies surviennent vers la fin de septembre, au moment où sont mises à part les figues d’arrière-saison, la dessiccation en plein air est trop lente, parfois même elle ne s’effectue nas complètement. On a recours alors aux évaporateurs à air chaud, appareils avec lesquels on peut traiter rapidement une grande quantité de fruits, et en assurer l’écoulement à i’usine.
- Quand les figues sont sèches, on les torréfie par passage à l’étuve ou au brûloir à café ordinaire. Généralement, on brûle une partie et on ne cuit pas l’autre. Il faut, une chaleur régulière et soutenue de 200° C. On peut aussi faire usage, comme étuve, des fours de boulangerie.
- Les torréfacteurs ou appareils spéciaux, à production continue, sont particulièrement recommandables.
- Les figues brunissent, deviennent presque noires, tout en étant encore molles. La matière devient pâteuse sous l’influence de la chaleur ; elle doit être homogène, d’où nécessité de surveiller attentivement l’opération, ce qui est plus facile avec l’étuve que lorsqu’on utilise un brûloir à café.
- Quand les figues sont devenues presque noires, on les laisse exposées à l’air libre ; elles deviennent alors assez dures et cassantes pour être moulues ou pilées à l’aide d’une pilerie mécanique ou d’un petit moulin. La poudre obtenue, qui doit être fine, les graines étant bien divisées, écrasées, se conserve friable, résultat que l’on obtient en l’enfermant en vase clos, car elle prend très facilement l’humidité.
- Ce café de figues, en poudre, se conserve enveloppé dans du papier imperméable. On peut, avantageusement, l’agglomérer en tablettes qu’il suffit de diviser au moment de les employer, comme les tablettes de chocolat, pour en jeter les fragments dans l’eau chaude, où ils se désagrègent immédiatement.
- Le café de figues, mis en paquets, a l’aspect de la chicorée, mais la substance est alors plus pâteuse que pulvérulente.
- Le rendement est variable suivant la qualité des figues employées. 100 kg. de figues sèches fournissent, en moyenne, 65 à 75 kg. de poudre sèche de café.
- Afin d’éviter une cause d’amoindrissement du rendement qualitatif, il faut, dès l’achat, qui doit se faire le plus tôt possible après la récolte, passer les figues à l’étuve, pour détruire les œufs et les larves d’insectes. Cette précaution étant prise, la préparation du café avec des approvisionnements mis en réserve, peut se faire durant toute l’année.
- En développant l’industrie du café de figues, on pourra disposer d’une ressource précieuse, comme palliatif aux mesures restrictives ou à la pénurie de vrai café. Henri Blin.
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- COMMUNICATIONS A U ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance da 12 mai 1941.
- L’œil des Vertébrés et la phylogénie. — Mlle M.-L. Verrier, ajoute aux observations du Dr Rochon-Duvi-gneaud sur l’œil de Lepidosiren les siennes sur les yeux de Clarias et d’Ameiurus. Ils se rapprochent encore plus de l’œil des Batraciens, alors que leurs autres caractères anatomiques sont ceux des Téléostéens. Ces convergences s’observent donc chez des animaux dont le système nerveux atteint des degrés d’évolution assez différents.
- Bactérie cellulosolytique de l’intestin du Doryphore. — MM. A. Sartory et J. Meyer ont isolé du cæcum du Doryphore une bactérie nouvelle, immobile, anaérobie, à spores thermorésistantes, qui attaque très activement la cellulose et un grand nombre d’hydrates de carbone. Elle est voisine d’autres bactéries cellulosolytiques du genre Clostridium.
- Séance du 19 mai ig4i.
- Altimètre intégrateur. — Les altimètres enregistreurs mesurent l’altitude en fonction de la pression et l’on corrige les effets des variations de température en supposant une loi prédéterminée de sa répartition. M. F. Charron a construit un appareil qui intègre directement les effets des variations de pression et de température. Pour cela le baromètre métallique actionne une aiguille qui sert d’axe à une molette déplacée par les variations d’allongement d’une cellule plissée, étanche, pleine d’air.
- Mesure des tensions interfaciales par lame immergée. — Une lame de platine dépoli a une mouil-labilité parfaite et sert à la mesure statique et continue de la tension de surface des liquides. M. A. Dognon indique deux méthodes de mesure de l’interface eau-benzène, l’une directe en mouillant d’eau la lame de platine, l’autre indirecte en employant une couche mince de benzène. L’opération est commode et les résultats sont précis et constants.
- Êlectrolyse en solution aqueuse. — Le schéma classique de l’électrolyse est un transport d’ions II et OII à travers la solution, l’hydrogène ionique va de l’anode à la cathode, l’ion OH chemine en sens inverse. M. P. Jolibois propose une théorie "toute différente, basée sur une analyse minutieuse des faits. Quand on êlectrolyse une solution d’acide fort, l’acide fuit la cathode et y est remplacé progressivement par de l’eau pure; on s’en assure par la mesure de la concentration en diverses parties du bain. On aboutit à une êlectrolyse dont une électrode plonge dans l’eau pure, en même temps que la résistance augmente. On peut observer qualitativement ce phénomène en faisant passer un courant un peu intense dans un tube en U rempli de solution. Avec les acides, on voit du côté de la cathode l’électrolyte s’échauffer en dégageant les gaz dissous sous forme de bulles gazeuses ; la colonne de celles-ci va en croissant et la séparation entre la colonne d’eau et la solution acide est marquée par une légère différence d’indice qui apparaît agitée et légèrement ondulante. Les ions II suivent les anions et ne sont pas, malgré leur charge, attirés vers la cathode; les ions n’errent donc pas librement dans la solution; chaque portion de l’électrolyte contient un nombre sensiblement égal d’ions II et d’anions. L’hydrogène dégagé à la cathode ne provient pas de l’acide mais de l’eau. Le phénomène est comparable à la cataphorèse et à l’anode se produisent des phénomènes d’oxydation. Les ions H et OH
- et ceux qui leur sont associés ont donc une liaison très forte que le courant électrique ne rompt pas.
- Amendements aux sols tropicaux dégradés. —
- M. II. Scaetta signale que la fumure minérale, nécessaire dans les pays interlropicaux humides pour régénérer leur fertilité, peut être obtenue à bon compte, grâce à l’activité climatique, par l’épandage de roches facilement décomposa-bles : rhyoliles-granites, néphélines-syénites, diorites et gabbros, quarlz-monzonites, latites, ducites et schistes métamorphiques, plionolites, basaltes et basaltites, au mieux déjà altérées.
- Séance du 26 mai 1941.
- Souffleries aérodynamiques avec réservoir aspirateur. — Les avions atteignent maintenant des vitesses telles que la compressibilité intervient de façon notable dans les réactions de l’air. L’extrapolation des résultats tirés des souffleries actuelles à faibles vitesses devient aléatoire et l’augmentation des vitesses met en jeu des puissances telles que les moteurs agissant directement rendent les essais coûteux et insuffisants. M. A. Caquot propose d’accumuler préalablement du travail dans des réservoirs de grandes capacités, mis en dépression par une pompe et aspirant l’air de la chambre d’expérience par une tuyère calculée pour une vitesse sonique ou supersonique. MM. J. Vil-i,ey et R. Jamin calculent les caractéristiques d’une telle installation et soulignent scs avantages techniques et économiques.
- Les algues, nourriture du bétail. — M. L. Lapic-que rappelle les expériences qu’il a poursuivies dès 1917 sur les laminaires des côtes bretonnes. Recueillies en été, simplement traitées par un lait de chaux, elles sèchent rapidement et fournissent un aliment égal à l’avoine pour les chevaux. L’iode peut être récupéré. Dans les circonstances actuelles, cette exploitation serait préférable au brûlage du goémon pour en obtenir la a soude » et à son emploi comme engrais.
- Mesure des coefficients de convection. — La surface d’un solide placé dans un courant d’air ne prend pas une température uniforme quand on la chauffe ; elle reste plus froide au bord d’attaque qu’au bord de fuite. M. E. Brun, pour étudier le dégivrage des ailes d’avion, a réalisé une surface constituée par une résistance chauffante électrique en forme de toile métallique recouverte d’une mince couche de substance plastique isolante teinte en noir. Il souffle dessus un air réfrigéré à moins de o°, chargé d’une line bruine d’eau. L’isotherme O apparaît comme la séparation entre la surface givrée blanche et celle non givrée noire et peut être systématiquement étudiée.
- Le repos des graines et semences. — Certaines graines ne germent pas immédiatement, par exemple celles des Rosacées. Un repos est nécessaire à ces semences ; il peut durer plusieurs mois et même plusieurs années. M. M. Nihous extrait l’embryon des noyaux et des pépins extraits des fruits mûrs, ou il enlève ou fend les téguments de la graine, ou encore il les attaque par l’acide sulfurique. Dans tous ces cas, les graines germent rapidement et régulièrement dès qu’on les met sur coton humide à 20°. Le repos apparent nécessaire aux semences n’est donc dû qu’à la résistance des enveloppes et cesse après la désintégration ou la destruction de celles-ci.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Initiations à la physique, par Max Planck, traduit de
- l’allemand par J. du Plessis de Grenédan. 1 vol. 280 p. Flammarion, éditeur, Paris, 1941. Prix : 22 francs.
- On a réuni dans cet ouvrage un certain nombre d’allocutions inaugurales, prononcées dans ces dernières années à divers congrès scientifiques, par Max Planck, l’illustre créateur de la théorie des quanta et fort bien traduites par M. du Plessis de Grenedan. Initiations ? Certes non ; pour bien suivre la pensée de l’auteur, il faut posséder déjà une connaissance assez étendue des théories modernes qui font l’objet de ses profondes méditations. « Confessions » serait un titre plus exact ; les découvertes de la physique moderne ont jeté bas tout l’édifice des théories classiques ; à cet égard, la théorie des quanta a provoqué la crise sans doute la plus violente que l’histoire des sciences ait jamais eu à enregistrer, car elle met en cause les notions en apparence les plus fondamentales de la raison humaine. Devant cette situation extraordinaire, le philosophe élève de Kant qui chez Max Planck double le physicien s'interroge et s’analyse ; éclairé par l’évolution des théories physiques modernes, et se prenant lui-même comme sujet d’expérience il dissèque le mécanisme de la pensée scientifique ; il met en évidence sa tendance essentielle qui est de dégager la science de tout anthropomorphisme, idéal qui ne peut jamais être atteint ; il analyse les notions premières qui sont à la base de la science et refait en quelque sorte la critique de la raison pure. Cet examen, et c’est ce qui en fait la haute valeur, est poursuivi avec la plus candide franchise, la plus totale honnêteté, l’auteur ne recule devant aucun des obstacles qui se présentent sur sa route ; il n’élude aucun des problèmes redoutables qui se posent chemin faisant ; il ne dissimule aucune des contradictions devant lesquelles se débat la science de nos jours : peut-on affirmer l’existence d’un monde extérieur, existe-t-il des réalités indépendantes de nos sensations ? Le monde physique est-il soumis à un déterminisme rigide ou n’est-il que le jeu du hasard ? La loi de causalité reste-t-elle la base des constructions théoriques P Existe-t-il dans l’univers un ordre rationnel P Planck, au fond de lui-même, en tant que physicien, reste fidèle, à la loi de .causalité, malgré ses insuffisances. Mais alors, se posent les questions redoutables du libre arbitre et do la foi religieuse ; Max Planck les examine à fond et montre qu’il n’y a pas contradiction entre la notion de causalité et le libre arbitre et à ce propos il fixe les limites où s’arrête le domaine de la science. « Science et religion, dit Planck, ne forment pas en réalité une antithèse, mais elles ont besoin de se compléter l’une l’autre en tout homme qui réfléchit sérieusement... C’est seulement par le travail simultané des forces de la raison et des forces de la volonté^ que la philosophie produit son fruit le plus mûr, le plus délicieux, la morale. Si la science elle-même met au jour des valeurs morales, avant tout elle nous .enseigne la véracité' et le respect. Véracité, dans la perpétuelle poussée du progrès vers une connaissance toujours plus exacte d.u monde qui nous entoure et du monde de l’esprit, respect devant le regard méditatif longuement fixé sur le mystère éternellement insondable, le divin mystère que recèle notre propre cœur ».
- Nous n’avons pas la place pour analyser à fond un livre si riche en pensées profondes, en aperçus lumineux sur les questions les plus complexes de la physique moderne depuis la thermodynamique jusqu’à la mécanique ondulatoire de Schrôdinger et de Broglie, en passant par les notions d’incertitude de Ileisenberg. Il faut le lire, chacun y trouvera riche matière à méditation et voudra en retenir cette belle leçon : « Le travail est, dans tous les domaines qui touchent à l’évolution de la civilisation, qu’il s’agisse de la vie individuelle ou collective, et par suite dans le domaine scientifique, le seul critérium infaillible de l’œuvre saine à qui le succès est promis ».
- L,a lampe de radio, par Michel Adam. 1 vol. 272 p., 431 fig.
- Librairie Radio, 101, rue Réaumur, Paris. Prix : broché,
- Go francs.
- Le tube électronique, à deux, trois, ou multiples électrodes est l’âme de la radiotechnique ; il se prête à une foule d’emplois, aussi compte-t-on aujourd’hui un nombre considérable de types de lampes, dont les propriétés et les caractéristiques varient suivant les applications. Il est parfois difficile au spécialiste, à plus forte raison au néophyte, de se reconnaître au milieu de ce foisonnement. Le iivre de M. Adam jette, sur ce sujet touffu, toutes les clartés nécessaires. Dans une première partie, il donne tout d’abord une théorie élémentaire du fonctionnement des lampes électroniques, indique
- leurs propriétés fondamentales, et décrit les principaux montages dans lesquels elles interviennent. Il passe ensuite en revue les propriétés et fonctions des divers types de lampes depuis la diode jusqu’à la triode-hexode. Il donne une description des lampes modernes de réception, d’émission, de tubes pour ondes courtes, des indicateurs d’accord, des lampes électromètres. La normalisation des lampes de réception applicable au 1er juillet 1941 est publiée intégralement. Signalons encore un intéressant chapitre donnant la clé de la dénomination des lampes et le tableau synoptique des indicatifs des lampes américaines.
- Enfin une dernière partie documentaire rassemble d’une part des monographies portant sur 22 types de lampes normalisés (aspect, encombrement, caractéristiques statiques et dynamiques, etc.) d’autre part des données relatives à la quasi totalité des lampes connues, avec index alphabétique permettant de retrouver instantanément les caractéristiques de chaque lampe dans un vaste tableau synoptique.
- Bref, chacun pourra trouver dans l’utile ouvrage de M. Adam, le renseignement précis et l’explication dont il peut avoir besoin au cours d’une étude ou d’une réalisation radio-technique.
- La technique culinaire actuelle et les aliments de remplacement, par Édouard de Pomiane. 1 broch. in-S°, 37 p. Baillière et fils, Paris, 1941. Prix : 14 francs.
- Le temps n’est plus de prévoir harmonieusement ses menus, mais bien de préparer au mieux ce qu’on peut, trouver. Gastrotechnicien connu, l’auteur adapte ses recettes excellentes et nous apprend les meilleurs moyens de préparer et de cuire les. plats du jour, une cinquantaine environ qui emploient uniquement les aliments dont on dispose actuellement aux doses de la carte d’alimentation. C’est un précieux guide pour la maîtresse de maison et la cuisinière.
- Uinürmière hospitalière Guide théorique et pratique de l’Ecole Florence Nightingale, Bordeaux, 2e édition, 2 vol. in-16, 632 p., 18 fig. Baillière et fils, Paris, 1941. Prix. : 44 et 46 francs.
- Florence Nightingale est considérée comme l’initiatrice du « nursing ». Ses infirmières de Saint-Thomas, à Londres, ont fait école dans le monde entier, notamment à Bordeaux. Yoici, préfacé par le professeur Mauriac, le manuel de cette école. Après un bref historique des soins aux malades et de l’organisation de la profession d’infirmière, il expose avec clarté et concision toute l’instruction théorique nécessaire à cette formation. Le premier volume enseigne les soins généraux, les étapes de la vie d’un malade à l’hôpital, les grands symptômes généraux à observer, les soins spéciaux à chaque maladie ; le second est consacré à la chirurgie, à l’obstétrique, à la puériculture et aux maladies des enfants, aux spécialités et à la physiothérapie. Partout, les notions techniques indispensables sont exposées, avec un souci du rôle spécial de l’infirmière : aider le médecin sans vouloir le supplanter, soulager le malade et lui donner confiance.
- Fabrication des conserves, par Osman Jones et T. W. Jones. Traduit et adapté de l’anglais par Georges Genin. 1 vol. in-8°, 414 p., 77 fig. Dunod, Paris, 1941. Prix : 165 francs ; relié, 189 francs.
- L’industrie des conserves a pris un grand essor et doit s’accroître encore. On n’avait pas encore d’ouvrage technique traitant de ces fabrications. Voici le premier manuel qui donne les règles générales, bien plus pour la marche de l’usine que pour ses préparations particulières. La disposition générale est d’abord étudiée, sans oublier le laboratoire qui prend une importance croissante. Puis vient l’examen des boîtes, do l’emboîtage, du préchauffage, du sertissage, de la stérilisation. Le rôle du chimiste est précisé dans l’examen des matières premières, de la boîte de fer blanc, de l’eau, des conserves finies et les principales méthodes d’analyses sont précisées. La microbiologie est longuement développée, avec indication des milieux de culture et des examens microscopiques. Les derniers chapitres traitent de l’utilisation des déchets, de l’hygiène des conserveries, de la valeur alimentaire des produits conservés (avec attention spéciale aux vitamines). Enfin les réglementations française et étrangères sont rappelées. Ainsi conçu, ce livre est le guide très précieux de cette industrie et insiste comme il convient sur les analyses et les contrôles nécessaires à son futur développement.
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- Le peuple des abeilles, par Maurice Mathis. 1 vol. in-16, 136 p., 7 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, 1941. Prix : 12 francs.
- Les abeilles ont toujours été un sujet d’études passionnantes et elles n’ont pas fini de l’être. Avec enthousiasme, l’auteur a relu Réaumur, Huber, tous les grands naturalistes qui ont patiemment observé la ruche ; il a aussi acquis l’expérience apicole avec de vieux maîtres et il a encore beaucoup regardé et expérimenté. De tout cela il a extrait ce livre, véritable miel scientifique. Il décrit tour à tour l’essaim, l’urbanisme de la ruche, l’élevage des jeunes, la vie de la reine, les sens mystérieux de l’orientation, de la perception des couleurs et du langage muet, la régulation thermique de la cité, le pollen, le miel, la cire, la propolis, le venin, la fécondation des fleurs, comme un hymne à la nature et à sa découverte.
- Le monde agrandi, par Jules Sageret. 1 vol. in-16, 187 p. Collection « Les livres de nature ». Stock, Paris, 1941. Prix : 21 francs.
- Philosophe de qualité ayant écrit des systèmes du monde, de la métaphysique et des problèmes sociologiques, l’auteur s’est récréé dans un petit enclos breton à regarder, couché à plat ventre dans l’herbe, les faits et gestes des insectes familiers.
- Vus de près, énormes et inhabituels, ceux-ci se révèlent des personnalités imprévues, des caractères et des allures fantastiques. Voici les fourmis, le bombex chasseur de mouches, le pompile chasseur d’araignées, les éristales et les volucelles, les chrysis aux couleurs de pierreries, la mégachile coupeuse de feuilles, l’araignée avec sa toile et ses amours, l’ammophile camoufleur( etc. Fabre les avait déjà observés, mais bien des traits s’ajoutent au tableau, et puis constamment revient la question insoluble de l’instinct et de l’intelligence, celle du hasard et du finalisme. C’est un modèle d’observation dans la nature et de méditations sur le monde vivant.
- Histoire de VAfrique, par Ch.-André Julien 1 vol. in-16,
- 127 p., 2 cartes. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1941. Prix : 12 francs.
- D’un continent sans histoire écrite, l’auteur a su exposer le développement, depuis l’Égypte des Pharaons et des Lagides, les luttes de Carthage et de Rome, jusqu’au partage actuel en passant par l’Islam, les royaumes noirs et la pénétration européenne à partir du xve siècle. Bref, clair et documenté, écrit avec une grande connaissance des problèmes politiques, économiques et sociaux, ce petit livre met bien en valeur l’enchaînement des faits historiques et fait comprendre la situation actuelle.
- BOITE AUX LETTRES
- COMMUNICATIONS
- A propos de la saccharine (n° du 15 mai 1941). — La
- pénurie de sucre a conduit à préconiser l’emploi de substances sans valeur alimentaire, mais à fort goût sucré. La dul-cine est aujourd’hui écartée comme dangereuse ; par contre la saccharine et son sel de soude sont couramment employés, seuls ou mélangés au glucose, véritable sucre à faible goût sucré. L’Académie de Médecine a, comme elle l’avait déjà fait en 1917, donné son avis sur la consommation de saccharine, la tolérant temporairement sans l’approuver pour les temps normaux.
- Cependant, on discute encore si cette « illusion du goût » est tout à fait inolfensive et si l’ingestion de saccharine répétée chaque jour, dans les infusions, les confitures, les sirops, etc., n’est pas sans danger pour la santé.
- M. le Dr Delmasure, du Mans, nous écrit : « A plusieurs reprises on a signalé des troubles chez les insuffisants hépatiques (même après correction par le bicarbonate de soude). C’était à prévoir. Qu’est-ce en effet que la saccharine ? L’anhydride sulfamido-benzoïque. Il ne viendrait à personne l’idée d’administrer tous les jours, à tous les repas, des comprimés de sulfamide, médicament très précieux, mais à surveiller et dont l’emploi doit être de durée très limitée. C’est donc une erreur (malgré les avis officiels de sens contraire) de donner à tout venant de la saccharine. Je le répète, c’est pour avoir constaté à plusieurs reprises les accidents causés par la saccharine que j’attire l’attention sur la nocuité de son usage habituel et généralisé. »
- Agar-agar. — Nous pensons qu’on peut remplacer l’agar-agar qui fait défaut par la graine d’lspaghula, également susceptible de donner une gelée dans les mêmes conditions.
- Ce produit, que l’on trouve d’une façon courante en pharmacie et même chez les herboristes, se présente sous forme de graines très petites et légères, 150 graines pèsent à peine 20 cg. Elles fournissent une si grande quantité de mucilage qu’une partie de graines dans vingt d’eau forme une gelée épaisse et insipide. Avec une plus grande quantité d’eau le mucilage se gonfle et reste adhérent aux graines.
- Au point de vue thérapeutique 1 ’lspaghula est employé contre la dysenterie en décoction (une partie de graines pour soixante-dix d’eau). Les graines pulvérisées ou mélangées avec du sucre, ou rendues gélatineuses par l’eau sont administrées dans la diarrhée chronique ; leur emploi est du reste fréquent dans la vie domestique des Asiatiques, qui en font un régal,
- notamment dans les villes de Hong-Kong, Manille, Saigon, Singapore, etc... C’est dire que l’usage de l’Ispaghula est tout à fait inoffensif.
- Emploi du sucre de raisin dans le lait. — La coagulation du lait entier ou écrémé, lorsqu’on y ajoute du sucre de raisin est due à l’acidité naturelle de ce dernier produit qui contient tous les acides organiques contenus dans le jus ou moût avant concentration et qui sont essentiellement les acides tartrique et succinique avec un peu d’acide citrique.
- Les acides ainsi introduits dans le lait mettent en liberté la caséine qui était à l’état de combinaison alcaline ; la caséine devenant insoluble, il se forme un caillé (vulgairement brousse) ce qui rend l’aspect du mélange peu engageant pour la consommation.
- Fort heureusement, on peut éviter cet inconvénient en ayant soin de constituer une réserve d’alcalinité, en ajoutant préalablement au lait une pincée de bicarbonate de soude ; on peut alors sucrer au sucre de raisin sans crainte de coagulation ; si l’on veut du reste s’assurer que le lait ainsi traité au début est franchement alcalin, on y trempe une bande de papier de tournesol rouge qui doit nettement virer au bleu.
- Machines-outils. — Dans un atelier d’amateur, pour peu que l’on veuille se livrer à des travaux variés et compliqués, il est utile d’adjoindre, à l’outillage habituel, une machine à usages multiples, du type rapid-lime par exemple, construite par les Établissements Jacques Floquet, 58-60, rue Régnault, Paris (13e).
- Alimentation des abeilles. — Le sucre de raisin ne peut être conseillé en apiculture. Les abeilles l’acceptent mal, quelquefois pas du tout. Ce sucre possède, d’autre part, une grande acidité. En admettant qu’il soit accepté par une colonie, dans une période où les insectes peuvent sortir, ses effets se trouvent neutralisés par l’absorption des sucs melli-fères naturels et une digestion normale des abeilles.
- Au contraire, s’il est absorbé en période de mauvais temps où les abeilles ne peuvent sortir, il devient alors nettement nuisible et constitue un toxique.
- La Société d’Apiculture de France, 23, rue Serpente, fait à ses membres des distributions de sucre spécial pour l’alimentation des abeilles, constitué par des balayures de raffineries.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cie a laval (france). — 15-8-41 — PublisJied in France.
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- N° 3073
- LA NATURE
- 15 Septembre J 94 J
- LE CINEMA SCIENTIFIQUE
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- C’est par les techniques du ralenti et de l’accéléré que le cinématographe appliqué à la documentation et à la recherche scientifiques s’offre aux savants comme un instrument nouveau et vraiment original de leurs travaux. Çrâce à ces artifices, il permet non seulement de mieux voir la réalité que nous présentent nos sens, mais aussi de voir autre chose : des phénomènes que leur vitesse, trop lente ou trop rapide, ne nous laissait pas percevoir (croissance d’une plante ou course d’un projectile). En modifiant le rythme, il fait apparaître des aspects jusqu’ici inconnus (éclatement d’une bulle de savon, capillarité). C’est le « microscope du temps ».
- L'ACCÉLÉRÉ
- L’accéléré, qui consiste à projeter à la cadence normale, standard, des séries d’images enregistrées à une cadence plus lente, ne pose pas de problèmes mécaniques difficiles ; il évolue très vite vers la simple photographie répétée à intervalles détei’minés. Il suffit d’assurer le fonctionnement régulier des organes automatiques qui règlent les prises de vues : ouverture de l’obturateur, entraînement intermittent de la pellicule et, dans certains cas (pour les films de botanique notamment), déclenchement de dispositifs réglant l’éclairage et le fonctionnement concomitant des panneaux d’obscurcissement.
- Rappelons que, dès 1874, l’astronome français Jules Janssen enregistra une occultation de la planète Vénus, phénomène fort rare ; à vrai dire, il opéra sur une plaque photographique circulaire tournant par saccades, grâce à un dispositif comparable au « fusil de Marey » et qu’il appela le « révolver astronomique ». La plaque est déposée au Conservatoire des Arts et Métiers de Paris. Les images prises à raison d’une chaque 70 s., auraient pu (un peu plus tard), être reportées secondairement sur film et être projetées....
- L’observation astronomique utilise désormais le cinématographe ; en 1912, M. de La Baume-Pluvinel enregistra l’éclipse totale de Soleil visible à Paris ; le film fut pris à Saint-Germain. Nombre d’observatoi-
- 1. Voir La Nature, n° 3068, 15 avril 1941.
- Fig. 1. — Deux images du film de l'éclipse totale du Soleil du 19 juin 1936, prises par M. Leclerc.
- (Photo Leclerc).
- res, en France, possèdent maintenant un équipement de prises de vues ; citons l’observatoire de Paris, ceux de Meudon, de Forcalquier, du Pic-du-Midi, etc. On procède soit avec un célostat, qui renvoie constamment sur l’objectif l’image de l’objet entraîné par le double mouvement de ia Terre et de l’astre étudié, soit en adaptant une caméra à une lunette de stabilité suffisante qu’entraîne un mécanisme électrique. L’observatoire de Paris utilise à cette fin son grand équatorial coudé de 18 m. de foyer.
- Parmi les films enregistrés à Paris, mentionnons des aubes et des crépuscules dans les montagnes de la Lune, qui montrent les ombres géantes se déplaçant dans les ravins profonds de 6 000 à 8 000 m. La cadence choisie était d’une image toutes les 10 mn.
- M. Leclerc, praticien averti des prises de vues célestes, a enregistré à Béloretchevskaia (Caucase), l’éclipse totale de Soleil du 19 juin 1936 (fig. 1=) ; son film présentait une relation satisfaisante du phénomène, encore que la première partie ait été cachée par des nuages.
- M. Bernard Lyot, membre de l’Institut, attaché aux observatoires de Meudon et du Pic-du-Midi, a réalisé ses fameux enregistrements de la couronne et des protubérances solaires, grâce au dispositif ingénieux et efficace qu’il a imaginé, le coronographe. En temps normal, la couronne et les phénomènes dont elle est le siège ne sont pas visibles, la lueur très pâle de cette atmosphère d’hydrogène étant entièrement absorbée par leclat du disque ' solaire lui-même. La couronne et les
- protubérances ne pouvaient être examinées et étudiées qu’aux rares et brefs instants des éclipses totales ; l’observation se pratiquait alors au prix de voyages lointains, avec un matériel encombrant, et les nuages, les perturbations atmosphériques rendaient souvent vains ces déplacements.
- Par un système de caches, de disques, d’anneaux, placés dans la lunette même, M. Lyot réalise l’éclipse totale de Soleil à son gré, dans un observatoire. Ainsi, il peut à tout instant isoler la couronne et les protubérances, les étudier, les mesurer, les photographier et les cinématographier, leur appliquer l’analyse spectrale.... Ses enregistrements, d’emblée célèbres, et qui
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- Fig. 2 et 3. — Protubérances solaires photographiées par M. Lyot, à l’observatoire du Pic-du-Midi.
- En haut, aspect du 12 juin 1937, à 8h59. En bas, arche observée le 10 juin 1938, à llh.
- ont été projetés dans la plupart des grandes sociétés savantes, ont montré ces gigantesques éruptions de gaz fulgurants (fig. 2 et 3), qui s’élèvent en quelques heures, à 200 000 et 4oo 000 km. au-dessus du disque du Soleil (la distance de la Terre à la Lune est de 384 000 km.).
- L’accéléré permet encore d’obtenir des films de germination de graines, de croissance de plantes, d’éclosion de fleurs, qui ont été présentés parfois dans les salles de cinéma. Le Dr Comandon s’est fait une réputation universelle par ses enregistrements à l’accéléré des phénomènes biologiques. Il est maintenant adonné à l’étude du protoplasme et des cellules vivantes ; mais naguère, il avait réalisé — nous l’avons dit dans notre récent article consacré à ses travaux — une importante série de documentaires relatifs à la vie des plantes, édités par Pathé. Depuis quelques années, la Ufa, à Berlin, produit de semblables films, dont le mystérieux pittoresque (fig. 4) captive toujours la foule des habitués des salles obscures. C’est le D1' Comandon qui a imaginé la serre à automatismes multiples pour les prises de vues à l’accéléré des végétaux. La plante, pendant tout son développement, doit rester exposée à la lumière solaire, laquelle est variable et disparaît la
- nuit ; mais pendant les prises d’images, la lumière doit toujours être constante. Il faut donc réaliser périodiquement une exposition à la lumière artificielle, et en réduire la durée aux brefs instants de l’enregistrement de chaque image. Le Dr Comandon a réalisé un dispositif automatique complexe qui commande à la fois l’ouverture de l’obturateur, l’entraînement de la fraction de pellicule impressionnée et la substitution de la fraction vierge suivante, le déclenchement du dispositif lumineux et la mise en train concomitante d’un système d’écrans et de volets noirs qui se tend devant les parois de verre de la serre, voilant un instant la lumière du jour et qui se replie aussitôt après pour rétablir les conditions normales. Chaque image est ainsi enregistrée avec une lumière constante, et la plante vit cependant dans un éclairage naturel.
- M. Jean Painlevé a réalisé nombre de films d’observation biologique à l’accéléré, tels des « cultures de tissus » et des « cultures du cœur » avec le Professeur Thomas, de l’Institut du Radium, et des études filmées de réactions chimiques, le « nitrate d’argent », notamment. Abordant, il y a peu de temps, les problèmes de la cinématographie des couleurs, M. Jean Painlevé a conçu un appareil réalisant un automatisme absolu de toutes les opérations et qui régularise chacun des automatismes particuliers dont se compose l’automatisme total. Au moyen d’embrayages et de débrayages, l’opérateur peut varier d’une image à l’autre les temps d’exposition, les durées d’éclairement et les temps séparant deux images. Le mécanisme assure également la substitution des écrans colorés (jaune, rouge, bleu) pour les prises d’images en couleurs. L’obturateur, enfin, d’un modèle spécial, balaie avec une homogénéité absolue toute la surface à impressionner et ses déclenchements sont instantanés ; il assure à la pellicule le maximum d’éclairement ; il réalise la triple opération de l’escamotage de l’image impressionnée, de l’arrivée de la fraction suivante et la chute de l’obturateur dans le temps le plus bref, réduisant
- Fig. 4. — Une image d’un film de la U. F. A. sur la Libellule.
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- les temps morts au septième, laissant à l’exposition un temps utile de 6/7® (les appareils en service perdent pour cette manoeuvre la moitié du temps disponible).
- On connaît enfin le dispositif imaginé et mis au point par M. Jean Painlevé, pour les prises de vues sous-marines en promenant librement un appareil de prises de vues sous l’eau, ce qui ne s’était jamais fait. La plupart des films sous-marins actuellement connus avaient été enregistrés derrière la vitre d’un aquarium, celui de Naples généralement. Les premiers films réalisés par M. Jean Painlevé et le Gom mandant Le Prieur ont éveillé une vive curiosité. D’importantes parties de l'Hippocampe (avec des passages à l’accéléré) ont été prises ainsi, sous l’eau, sur la côte du Golfe de Gascogne.
- LE RALENTI
- A l’inverse de l’accéléré, le ralenti pose de difficiles problèmes mécaniques,, dès qu’on désire atteindre, à la prise de vues, des vitesses un peu poussées. L’inertie des pièces et la faible résistance de la pellicule à la traction s’opposent à un entraînement rapide. Marey a pratiqué le ralenti, comme l’accéléré, dès le début de ses travaux, avec ses divers appareils auxquels il a donné le nom de chrono-photographes. Parti de la cadence de 64 images-seconde en 1882, il atteignit 110 images-seconde à partir de l’invention, aux États-Unis, en 1890, de la pellicule de celluloïd. La tradition de Marey est représentée actuellement par un petit groupe de chercheurs, MM. Bull et Noguès, notamment, spécialistes réputés de l’étude des grandes vitesses, Magnan et M. Huguenard, M. OEmichen, le Colonel Libessart, MM. Augustin et Laurent Séguin.
- . Un premier type d’appareils donne 240 images-seconde ; c’est le Debrie G. Y., établi par M. Labrély ; il est en usage dans les laboratoires de la plupart des pays du monde, et également dans les grands studios. Il donne les effets ralentis qu’on voit partout dans les Actualités et dans certains grands films (Entracte de René Clair, Un Carnet de Bal de Duvivier, Les Dieux du Stade de Léni Rieffenstahl). Un dispositif analogue, conçu par M. Noguès, donne 3oo images-seconde, également en format normal de 35 mm. Ces appareils conservent tous les caractères essentiels de la caméra
- Fig. 6. — Remous en arrière d’une pale d’hélice dans une soufflerie, révélé par un filet de fumée.
- Photographie au millionième de seconde, par M. Yalensi, à l’Institut de mécanique des fluides de Marseille, au moyen d’un stroborama Séguin.
- cinématographique ordinaire : obturateur, objectif, entraînement intermittent de la pellicule.
- Dès qu’on veut dépasser ces allures, il faut réaliser des dispositifs nouveaux. On doit renoncer notamment à l’arrêt du film, qui, aux cadences normales, s’immobilise pendant chaque prise d’image. A partir de 3oo images-seconde, il n’est plus possible d’arrêter et de faire repartir la pellicule. On adopte alors le déroulement continu du film. Mais l’image doit rester nette, sans brouillage ni filage : se pose alors le problème de l’éclairage instantané et intermittent de l’objet.
- Les dispositifs à déroulement continu adoptent généralement le tambour tournant, inventé en i883 par Mallard et Lechâtelier pour leurs études sur la combustion de mélanges gazeux et explosifs par la photographie ultra-rapide. Leur méthode permettait déjà la prise d’images à moins d’un millième de séconde. La pellicule est enroulée à la périphérie du tambour, tournant à allure rapide. L’obturateur est supprimé : une fente analogue à celle du zootrope, ce jouet qui fut un des ancêtres du cinéma, en remplit l’office. Les obturateurs mécaniques n’ont, en effet, que des vitesses très insuffisantes : l’obturateur rapide Com--pur est au i/5oo de seconde et ceux des appareils de reporters atteignent 1/2 5oo. L’étincelle électrique a apporté une solution à divers chercheurs, tels que Tôppler en i858, puis Macli (1887) et de Boys (1892). Un prisme oscillant ou des miroirs tournants renvoient l’image sur le film. L’étincelle très brillante et très rapide éclate : le temps de pose est ainsi réduit à i/3oooo de seconde environ.
- D’autres systèmes, fondés sur l’emploi d’objectifs multiples, dérivent du principe imaginé par Muybridge. Celui-ci avait disposé autour d’une piste vingt-quatre appareils photographiques ; le mobile — un cheval — dans sa course, déclenchait les obtura-
- Fig. 5. — Analyse du vol d’une Libellule au moyen d'un groupe d'objectifs. Images obtenues par Magnan.
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- Fig. 7. — Injection d’un moteur à huile lourde à grande vitesse. La vitesse de l’injection, plus grande que celle du son, peut être déterminée par l’angle de l’onde de choc qu’on
- voit à gauche de la figure.
- Photographie au cent-millionième de seconde, par la méthode de M. Libessart, avec un stroborama Séguin.
- teurs. Les objectifs sont maintenant rassemblés en un bloc ; les vues sont enregistrées sur plaque et elles peuvent, éventuellement, être reportées sur pellicule et être projetées. Le professeur Magnan et M. Huguenard, notamment, ont étudié ainsi des mouvements rapides (fîg. 5) notamment celui de la toupie Huguenard, et ils ont enregistré des séries d’images à une cadence atteignant io ooo et 12 ooo images-secondes.
- M. Lucien Bull a imaginé récemment et fait construire à l’Institut Marey, un dispositif du même type fonctionnant à la lumière du jour. Il a groupé, en arcs de cercle concentriques, 5o petits objectifs très lumineux (F : 3,5) qui sont démasqués successivement par des orifices percés dans un disque obturateur tournant. Les images circulaires, de 16 mm. de diamètre, sont enregistrées sur une plaque i3 x 18. Un autre dispositif réalisé à l’Institut Marey immobilise la boucle de pellicule ; ce sont les images qui se déplacent optiquement par le moyen d’un prisme tournant. La petite dimension du prisme (6 cm. de côté) permet de lui imprimer une vitesse considérable : i5o tours/sec. (qui peut même être dépassée). Sur une boucle de pel-
- licule d’un mètre de diamètre, soit environ trois mètres de longueur, on a obtenu i5o images (de largeur normale, soit 2 cm.) en 1/160 de seconde, correspondant à une fréquence de 25 ooo images par seconde. En se contentant d’images très étroites, on a même pu atteindre 90000 images «econdes.
- LE MILLIONIÈME DE SECONDE
- D’autres appareils ont été réalisés, fondés sur l’emploi des dispositifs d'éclairages extrêmement brefs utilises en stroboscopie industrielle. Rappelons en quoi consiste l’effet stroboscopique : un phénomène rapide étant illuminé par des étincelles en synchronisme avec lui, l’objet mobile apparaît immobile ; de légères variations de vitesse le montrent en mouvement ralenti. Cette image peut être photographiée et cinématographiée.
- La méthode stroboscopique a fait récemment d’importants progrès, grâce au procédé d’éclairage réalisé par MM. Séguin. Leur « stroborama » donne à l’image stroboscopique un maximum de stabilité, de netteté, de précision. Les éclairs sont extrêmement brefs et ils peuvent être déclenchés à un rythme très précis.
- Pour procéder à une prise d’images cinématographiques, le film est disposé sur un tambour tournant ; la succession des éclairs détermine la série des images enregistrées. Le train d’éclairs est obtenu au moyen d’un éclateur tournant, qui provoque à travers le dispositif d’éclairage des successions de décharges d’un condensateur-réservoir chargé une fois pour toutes dans un condensateur de capacité plus faible. Le rapport des deux capacités définit le nombre des étincelles, partant, le nombre de photographies successives.
- Fig. 8. — Obus de 20 mm., à la vitesse de 800 m./sec. sur sa trajectoire. On voit les ondes de choc, l’onde de bouche et ie sillage. Photographie au milliardième de seconde par la technique de M. Libessart, au moyen du stroborama Séguin.
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- Cet éclairage est pratiquement instantané, de l’ordre du millionième de seconde, et il est assez puissant pour éclairer en plein jour un champ assez vaste.
- Dans le cas de photographie simple, on opèi'e avec un appareil photographique ordinaire et sur plaque (fig. 6). La cinématographie sur tambour tournant donne sur une bande d’un mètre des séries de l\o ou 5o images. Quand il s’agit de phénomènes rigoureusement périodiques, on peut obtenir des films beaucoup plus longs et, si l’on veut, illimités, par la méthode du déphasage, qui décale légèrement, d’une image à l’autre, le point d’immobilisation strobosco-pique de l’objet.
- LE MILLIARDIÈME DE SECONDE
- Ces procédés ont encore été perfectionnés par l’adaptation aux appareils de MM. Séguin de la technique du Colonel Libessart pour la photographie, unique ou répétée, par la méthode des ombres, et l’emploi de l’éclateur ponctuel inventé par lui. L’étincelle jaillit au fond d’un petit canal de 3/io de mm. ; elle est commandée par une étincelle pilote déterminée par un contact actionné, par exemple, par le souffle de l’arme.... Il en est résulté un appareillage simple et d’emploi facile susceptible d’emploi industriel courant (fig. 7), permettant des prises d’images au milliardième de seconde.
- Ce dispositif permet l’enregistrement de la course
- Fig. 9. — Perforation par une balle de fusil Lebel d’une plaque de blindage en acier de 5 mm. La balle arrivant à une vitesse de 670 m./sec. ressort à la vitesse de 354 m.fsec. On la voit à droite de la figure, fortement déformée, coiffée de la débouchure a laquelle elle adhère encore. Les éclats, n’ayant plus une vitesse supérieure à celle du son, ne provoquent plus d’onde de choc.
- Photographie selon la technique de M. Libessart par le stroborama
- Séguin.
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- Fig. 10. — Explosion d’un cordeau détonant, se propageant à la vitesse de 6 500 m.fsec., photographiée directement sur papier, à échelle double, au milliardième de seconde, par la technique de M. Libessart.
- des projectiles sur leur trajectoire (fig. 8) et toutes les études de balistique (fig. 9). Il met en évidence les variations de l’indice de réfraction de l’air dues aux différences de température ou de pression ; il enregistre l’onde de choc, qui se produit dans les phénomènes plus rapides que le son, et d’une façon générale les ondes de pression dans l’air ou les solides transparents (rupture de verre, notamment). Le papier ou la plaque sensibles, ou bien le film, sont exposés directement à l’éclairage de la source ponctuelle sans l’interposition d’aucun optique, soit dans une chambre, soit, de nuit, sur un champ de tir : la lumière lunaire ne voilant presque pas les émulsions. L’éclair couvrant un champ de plus de 3 m. de diamètre, on peut, à distance suffisante, enregistrer des phénomènes sur de grandes surfaces ; gros calibres d’artillerie par exemple.
- L’étude la plus sensationnelle réalisée au milliardième de seconde a porté sur l’explosion d’un cordeau détonant (fig. 10). La combustion se déplace le long du cordeau à la vitesse de 6 km. a5o par seconde. Le film était dressé parallèlement au cordeau ; la source lumineuse était placée à 3 m. du film et le cordeau à la moitié de cette distance. Ainsi le phénomène était enregistré avec un agrandissement de deux fois, correspondant sur le film à une vitesse de ia km. 5oo par seconde.
- Par reports, photographiques successifs, on augmente ensuite les contrastes de l’image, dont les détails peuvent être analysés au centième de mm. En une seconde, l’objet parcourt 1,25 milliard de 1/100 de mm. Les possibilités de l’analyse par cette méthode atteignent donc et dépassent le milliardième de seconde. M. Libessart a calculé que la lumière parcourt pendant ce temps 3o cm. ; le cordeau étant éloigné de ibo cm. du film, l’image se trouve en retard de 5/xoo de seconde sur le phénomène réel. L’échelle des temps est connue : sur le cordeau la micro-seconde correspond à 12,5 mm. ; « l’enveloppe, immobile avant la détonation, se gonfle en 4 micro-secondes, avec une vitesse de 1 800 m. par seconde. L’accélération nécessaire à ce
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- mouvement est de go millions de fois plus grande que celle de la pesanteur : i g. soumis à cette accélération exige un effort de 90 000 kg. ».
- Cette méthode se prête également à la cinématographie par photographies successives au milliardième de seconde. Il suffit de déclencher dans l’éclateur ponctuel un train d’étincelles ; l’enregistrement des ombres successives du phénomène se fait soit sur tambour tournant, soit snr plaque fixe si le phénomène se déplace. -
- La méthode stroboscopique, la photographie et la cinématographie au millionième et au milliardième de seconde qui en dérivent, sont à présent d’usage courant dans de nombreuses industries et dans les laboratoires de recherches, d’études et d’essais. Pour l’étude des moteurs Diesel d’aviation, en filmant les jets de pétrole dans les cylindres, on a pu déterminer rapidement la forme et l’emplacement des orifices d’injection et la vitesse du jet. On étudie les flexions et torsions des hélices aériennes ; on étudie dans les stations d’essais et notamment à la grande soufflerie de Châlais-Meudon et dans les centres d’Issy-les-Mou-
- lineaux, de Lille, de Marseille, les tourbillons dans l’air ; au laboratoire de l’École des Arts et Métiers de Châlons, M. Ténot a étudié le phénomène de la cavitation des hélices marines. Cette méthode permet de mesurer à distance les vitesses des dispositifs mobiles auxquels on ne peut adapter les tachymètres ordinaires : hélices, gyroscopes, turbines. On décèle les irrégularités de marche, les déformations, les oscillations des dispositifs en mouvement, ainsi que des tubes à gaz rares. Dans les filatures et les moulinages, on peut surveiller la régularité de marche des milliers de broches automatiques alignées dans les vastes halls des manufactures.
- En balistique, la méthode du millionième et du milliardième de seconde permet de calculer la vitesse des projectiles par l’ouverture de l’onde de tête, qui est fonction de la vitesse du projectile et de celle du son. On étudie la résistance des blindages, la trajectoire des projectiles, les sillages et les tourbillons qui accompagnent leur course, l’irruption des gaz propulseurs à la bouche des armes, etc.
- Pierre Michaux.
- UN NOUVEAU CARBURANT : L’AMMONIAC-ACÉTYLÈNE
- On a parfois imaginé des temps futurs sans charbon ni pétrole, l’homme ayant épuisé et gaspillé pour ses exigences grandissantes toutes les réserves accumulées dans les terrains géologiques. Si la désintégration nucléaire atomique ne donnait pas alors l’excédent de puissance qu’on en espère, il ne resterait plus comme source de travail que l’énergie solaire, transformée en sucres et en cellulose par la végétation (avec un très mauvais rendement) et en forces hydroélectriques dans les grands barrages. Le charbon devenu rare, l’hydrogène produit par électrolyse de
- l’eau serait le combustible et le carburant de remplacement.
- On ne peut s’empêcher de songer à ces anticipations en apprenant que M. Georges Claude vient de réaliser la combustion de l’ammoniac dans un moteur d’automobile et en le mélangeant à l’acétylène d’en faire un nouveau succédané de l’essence. Il a présenté cette invention à l’Académie des Sciences, puis en a expliqué la genèse dans une conférence à la Société des ingénieurs de l’automobile, devant laquelle M. Gobert, ingénieur en chef du service des études de la société L’Air liquide, a fourni les renseignements techniques d’utilisation.
- On sait que, dès 1896, M. Georges Claude avait résolu le problème du stockage et du transport de l’acétylène en le dissolvant dans l’acétone Produire sur place, au moment du besoin, de l’acétylène en faisant agir l’eau sur le carbure de . calcium est une opération fort simple, mais qui manque de souplesse et force à manipuler un encombrant résidu de chaux ; liquéfier le gaz par compression comme l’avait fait Pic-tet donne un violent explosif sans sécurité. Georges Claude découvrit un solvant, l’acétone qui absorbe 25 fois son volume d’acétylène à la pression atmosphérique en une solution inexplosible. On connaît les conséquences qu’il en tira successivement : le transport de l’acétylène en réservoirs métalliques (on en consomme aujourd’hui
- Fig. i. _ Equipement d’une automobile alimentée au carburant ammoniac-acétylène.
- Radiateur
- Détendeur BP
- Détendeur HP
- Moteur
- Eraporateun
- Robinet
- d'arrêt
- Bouteilles de carburant ammoniaque acétylène
- Carburateur'
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- Consommation en chargë“~~m'
- I 2000 2500
- Nombre de tours minute
- Fig. 3. — Courbes de puissance et de consommation en charge et en utilisation d’un moteur 11 ch. Citroën, alimenté en essence (-—) et en ammoniac-acétylène (-------------------------).
- 4o millions de mètres cubes par an), puis la préparation de l’oxygène comprimé extrait de l’air pour activer la combustion de l’acétylène et réaliser les hautes températures de la soudure autogène, et depuis, le découpage des métaux par l’oxygène, le coupage sous l’eau, la distillation de l’air liquide, l’extraction des gaz rares, l’éclairage au néon, l’extraction de l’hydrogène des gaz de fours à coke, la synthèse de l’ammoniaque par les hyperpressions, toute une pléiade d’inventions étonnantes qui ont créé de nouvelles industries.
- Devant la pénurie actuelle d’hydrocarbures et les efforts d’utilisation de l’alcool dans les moteurs, Georges Claude songea à augmenter le pouvoir calorifique de celui-ci en y dissolvant de l’acétylène sous pression.
- Le coefficient de solubilité de l’acétylène dans l’alcool à 95° est voisin de. 8. L’emploi d’une pression de dissolution de 12 atmosphères et les 100 h environ d’acétylène qu’elle permet de dissoudre par 1. d’alcool sont suffisants pour assurer le départ facile des moteurs et la vigueur des reprises, tout en portant le pouvoir calorifique inférieur de 6 000 calories par kg. d’alcool à 95°, à 6 54o calories par kg. du carburant qui en résulte. Dans ces conditions, la phase liquide contient pour chaque molécule de C2H2, quatre molécules d’alcool ; l’acétylène y est donc bien plus dilué que dans le cas classique de l’acétylène dissous dans l’acétone, dans lequel il y a seulement une molécule de solvant par molécule d’acétylène ; l’inexplosibilité de la phase liquide est assurée. Mais la phase gazeuse est presque exclusivement formée d’acétylène en raison de la faible tension de vapeur de l’alcool, si bien que le danger persiste et il fallut renoncer.
- MM. A. G. Claude, Alfred Etienne et Mennesson suggérèrent alors de remplacer l’alcool par l’ammoniac dont le pouvoir de dissolution est considérable pour l’acétylène.
- L’ammoniac gazeux brûle dans l’oxygène, mais ne brûle pas dans l’air, bien que constitué par 3 volumes
- Fig. 2. — Schéma du carburateur Solex pour le carburant ammoniac-acétylène.
- Gicleur
- principal
- Clapet de
- démarrage
- .Papillon
- Réglage
- Tuyauterie de ralenti
- Air du starter
- Gaz du starter
- Commande du starter
- d’hydrogène contre 1 d’azote : il ne peut donc être employé seul, sauf, sans doute, dans le cas des moteurs Diesel. La Société Casale avait suivi, il y a quelques années, une voie très intéressante en dissociant partiellement l’ammoniac et envoyant au moteur le mélange résultant, spontanément combustible du fait de l’hydrogène libre qu’il contient ; la dissociation est effectuée dans un petit four de catalyse installé à proximité du moteur, l’énergie de dissociation de la fraction dissociée est fournie gratuitement par la chaleur restante des gaz brûlés. Il restait à trouver un moyen commode pour réaliser le mélange ammoniac-acétylène.
- L’ammoniaque est le dissolvant de choix de l’acétylène puisque le coefficient de solubilité de ce gaz y atteint 5o alors qu’il n’est que de i5 à 25 dans l’acétone ; on peut donc opérer sous faible pression. L’ammoniac étant volatil, la phase gazeuse, bien que riche en acétylène, est inexplosible.
- Les essais montrèrent qu’un liquide contenant en poids 78 pour 100 de NHS et 22 pour 100 de C2H2 sous une pression de 10 atmosphères à i5° suffit pour alimenter un moteur, assurer son départ et ses reprises. La vaporisation totale de ce mélange donne un gaz à i5 pour 100 de C2H2 en volume ; son évaporation partielle en donne 33 pour 100. La pression dans le réservoir de carburant varie de xo atmosphèi’es à i5° à 3o atmosphères à 3o°, ce qui ne pose aucune difficulté pour l’embouteillage. Le seul défaut est la perte de puissance du mélange correspondant à lenei’gie de dissociation de l’ammoniac.
- Le nouveau cai’burant a une densité de 0,59, un coefficient de dilatation de 0,24 pour 100 par degré. En l’enfermant dans une bouteille d’acier (type acétylène dissous), le poids mort est de 1 kg. par kg. de liquide ; on peut l’abaisser à o,5 ou 0,6 en employant un alliage léger.
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- M. Gobert a rendu compte des divers essais déjà effectués au banc et sur route. I
- La figure i représente l'équipement du moteur. Le carburant est contenu dans des bouteilles en tôle sou-! dées ou mieux en métal léger, placées verticalement, sur les camions derrière le siège du conducteur, sur les voilures de tourisme dans un des coffres. Le liquide en sort par un tube plongeur. Il arrive dans un détendeur à haute pression, du type acétylène dissous, qui abaisse la pression à 3 atmosphères environ. Il finit de se vaporiser dans un évaporateur chauffé par l’eau de réfrigération du moteur, branché en parallèle avec le radiateur. Un deuxième détendeur sous basse pression reçoit le carburant vaporisé et l’amène à la pression atmosphérique ; il ne débite que sous dépression et se fei’me donc automatiquement dès que le moteur s’arrête.
- Le carburateur (fig. 2) étudié et mis au point dans les ateliers Solex comporte un ensemble d’orifices calibrés placés : le premier à la buse d’admission d'air, c’est le gicleur principal ; le deuxième en aval, derrière le papillon, c’est le gicleur de ralenti ; le troisième muni d’une buse d’arrivée d’air spéciale constitue le starter de démarrage. Un clapet transmet la dépression maxima lors du démarrage et assure l’ouverture du dernier manodétendeur ; il permet également de régler avec exactitude la richesse dans le starter quand le gicleur principal ne fonctionne pas comme buse d’arrivée d’air. Le même carburateur est pourvu d’un dispositif de marche avec les combustibles usuels ; il est construit sans pièces contenant du cuivre attaquable par l’ammoniac et l’acétylène.
- L’avance à l’allumage dépend peu du remplissage des cylindres et de l’ouverture du papillon, contrairement à ce qui se passe avec l’essence ; son excès ne produit pas de cliquetis.
- Les bougies ordinaires conviennent et peuvent avoir un écartement des pointes assez grand, sans toucher à la magnéto.
- La figure 3 représente les courbes de puissance et de consommation en calories au cheval-heure, obtenues au banc, chez Solex, avec un moteur Citroën en pleine charge et en utilisation. La consommation fut de 2 25o calories par cheval-heure effectif, contre 2 4oo pour l’essence. La consommation d’air est faible : 5 volumes pour 1 de carburant ammoniac-acéty-
- lène, alors qu’il en faut 55 avec l’essence. Les gaz d’échappement ont une faible teneur en acide carbonique et oxyde de carbone :
- En charge En utilisation
- CO2.......................... 6 3,5 à 6
- CO . ................ o o
- N2.......................... 93,5 93,5 à g4
- O2.......................... o,5 2,5 à o,5.
- L’oxyde d’azote est produit en petites quantités : 1/1000 à 1/10 000 et n’attaque pas sensiblement le moteur. L’acide cyanhydrique ne se produit pas.
- En utilisation, une voiture Citroën de 11 ch., munie de deux bouteilles en tôle soudée de 80 1. de capacité, pesant à vide 37 kg. chacune et remplies 75 kg., a pu parcourir 520 km. en ville et 600 km. sur routé. L’équipement des véhicules est simple et moins coûteux (bouteilles comprises) que celui au gaz de ville. Le nouveau carburant convient particulièrement aux voitures de faible charge utile, demandant un rayon de parcours important, supérieur aux 80-100 km. que donnent les véhicules électriques.
- Voilà donc une nouvelle solution fort élégante au problème si grave de la réduction des transports par manque de carburants.
- M. Georges Claude a indiqué quelle aide on en peut espérer. La production d’ammoniaque synthétique à partir d’hydrogène des cokeries peut atteindre en France 700 t. par jour, soit 25o 000 par an. La pénurie de charbon la réduit actuellement à moins de i3o 000. Si tout l’ammoniac pouvait aller aux moteurs, on aurait l’équivalence d’un million d’hl. d’essence, mais l’agriculture, privée de nitrates, réclame impérieusement des engrais azotés et l’on ne saurait distraire pour les transports plus de 20 000 t. d’ammoniac qui suppléeraient quand même à 180 000 hl. d’essence.
- Les usines françaises de carbure de calcium ont une capacité de production d’environ 200 000 t. par an, mais ne peuvent dépasser aujourd’hui i3o 000 t. Peut-être pourrait-on, après avoir satisfait aux besoins de cyanamide, de soudure et de coupage des métaux, etc., en attribuer une part au nouveau remède de la crise des transports.
- André Bercy.
- LES PLANTES A TZIGANES
- Tziganes, Romanichels, Gitanes, Bohémiens, Zin-garis, Gipsies, autant de noms pour désigner un seul et même peuple, et qui, par leur polyglottisme, en trahissent déjà la physionomie multiforme. Ces nomades irréductibles, aujourd’hui éparpillés à travers l’Ancien Monde et même déjà installés dans le Nouveau, ont toujours grandement intrigué les populations sédentaires à travers lesquelles ils ne cessaient
- de circuler. Ils ont conservé, sous tous les climats, leurs caractères primitifs, tout en restant étrangers, ou plutôt rebelles, à toute civilisation. Langages, costumes, moeurs ; métiers apparents des hommes : chaudronniers, vanniers, montreurs d’ours, maquignons, voleurs de chevaux, musiciens ; pratiques occultes des femmes : interprétation des songes, tirage des cartes, bonne aventure, chiromancie, tout cet appareil exté-
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- rieur non moins que le genre de vie qu’il dissimule, et qui s’étend ordinairement aux diverses formes de la filouterie, était bien fait pour retenir l’attention, mais aussi pour faire naître des légendes.
- Parmi les us et coutumes de ces peuplades ambulantes, l’usage qu’elles font de certaines plantes n’a pas manqué de susciter la curiosité publique ni d’éveiller celle des savants. Si étonnante par exemple est la place tenue dans leurs rites domestiques par la Stramoine (Datura Stramonium) que l’on a pu appeler cette Solanée la « plante des Tziganes ». L’ethnologue G. Bus-chan rapporte que, chez eux, les adultes portent fréquemment des graines de Stramoine dans leurs chaussures, pour se préserver, disent-ils, des mauvais esprits, de même qu’ils se suspendent à même le corps de petites tablettes de bois de Tilleul pour assurer la réussite à leurs entreprises. A la naissance d’un enfant dans les clans qui vivent encore sous la tente ou dans les voitures, on trace autour de la mère et du nouveau-né un cercle où l’on répand de ces graines afin d’écarter les démons hostiles. Dans les mariages, quand le cortège arrive devant la tente, on jette sur le jeune couple des noix ou du millet, on l’arrose d’eau, puis on le frictionne avec un sachet fait d’une peau de belette et rempli des mêmes graines ; on les prémunit ainsi contre le mauvais œil et l’adversité. Comme les diverses maladies paraissent aux Romanichels, restés très animistes, eau sées par les esprits mauvais, on fait appel à une magicienne de profession, qui frictionne de même les diverses parties du corps du patient avec le sachet de Stramoine et conjure le démon de la maladie de lui révéler le remède approprié. Un spécialiste des études tziganes, H. von Wlislocki, décrit en détail une quantité d’autres pratiques magiques et superstitieuses, maléfices, conjurations, sorts, etc., dans lesquelles sont utilisées les graines de la Stramoine ou pomme épineuse.
- Ce n’est pas à dire que d’autres plantes ne figurent aussi dans les rites des Bohémiens. C’est ainsi que, pendant que le fiancé procède aux invitations de tente en tente, la fiancée brûle, de nuit, à un carrefour, les « bouquets.de bonheur », bouquets de Gnaphale cueillis chaque année par les jeunes filles dans la nuit de la Saint-Jean, et qui, s’ils tombaient entre les mains d’une autre, pourraient détourner le cœur du promis. De même nous avons vu l’emploi du bois de tilleul. Mais on peut dire qu’aucun produit végétal ne tient, dans ce folklore, une place comparable à celle de la Stramoine.
- ; De cette constatation à conclure que cette plante a été importée et répandue par les hordes des Romanichels, le chemin n’était pas long. Et cela se produisit d’autant plus facilement que, pendant très longtemps, Tziganes et Stramoine firent l’objet d’interminables discussions quant à leurs pays d’origine.
- C’est Mattbu-Jak. Schleiden, le botaniste philosophe de Hambourg, qui, le premier, en i848, dans son livre de vulgarisation traduit à peu près dans. toutes les
- Fig. 1. — Un plant de Stramoine ou pomme épineuse.
- langues, La Plante et sa vie, émit l’opinion que la pomme épineuse « s’est propagée dans toute l’Europe à la suite des bandes de Tziganes, et que, souvent cultivée par eux, elle se trouve par là subspontanée sur les emplacements de leurs anciens campements ». Cette vue de l’esprit fit une belle carrière chez les botanistes allemands. En France, H. de Schoenefeld s’y rallia et l’exposa dans le Bulletin de la Société botanique de France (1881, p. 365 n.). Après lui Lamie, Crié, l’adoptèrent ; A. Thellung lui-même s’y montra favorable dans son travail magistral La Flore adventice de Montpellier (1913, p. 619), où il écrit : « Le Datura Stramonium doit avoir été introduit en Europe par les Bohémiens errants ou Zingaris ».
- Mais coïncidence et causalité font deux. Que la stramoine se trouve assez souvent aux emplacements des nomades ne signifie pas nécessairement qu’elle ait été apportée par eux. Certes ils ont pu, depuis le xvme siècle, contribuer à la répandre, à l’installer peut-être dans certaines localités qu’elle n’avait pas encore atteintes, mais là s’arrête leur rôle, comme on va le voir.
- Dès 1715, J. Garidel, dans son Histoire des plantes naissant aux environs d’Aix, spécifiait fort bien les lieux d’élection de la Pomme épineuse en Provence : « Plusieurs croyent que cette plante vient naturellement dans ce Pays, à cause qu’on la trouve dans différents endroits, tant dans ce terroir que dans ceux des villages circonvoisins, sans y avoir été semée. Il est certain qu’elle vient bien souvent dans des endroits où on ne l’a point semée. J’en ay vu il y a 25 ans de très belles plantes dans l’enclos de la ville ; ce n’était point dans le pré qu’elles naissaient, mais au contraire dans les endroits où l’on avait jetté du plâtras, que l’on, nomme chez nous curum. J’en ay vu aussi dans plusieurs terrains pleins de masures, où certainement elles n’avoient point été semées. Je sçai aussi que plusieurs jardiniers la sement expressément, pour, à ce qu’ils prétendent, faire fuir les taupes, qu’ils appellent Darbous, qui bouleversent la terre des jardins, et des prés, et détruisent les racines
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- des plantes. Pour moi je ne fais point de difficulté de la ranger parmi les plantes étrangères ».
- Construite e t équipée pour se multiplier facilement et rapidement, la Pomme épineuse, comme toutes les plantes annuelles, pousse ti'ès vite et se ramifie en quelques semaines. Si elle ne fleurit qu’en juillet, elle produit des fleurs jusqu’aux premiers froids, mûrit ses graines en vitesse, et de plus, dans ses gros fruits hérissés de pointes, en fournit un nombre considérable. On a pu compter 4oo graines dans une seule de ses capsules, et comme une plante moyennement robuste est à même de porter à maturité, au cours de l’année, jusqu’à quarante fruits, c’est un total de 16 ooo semences qui peut, si les circonstances s’y prêtent, sortir d’un pied unique. De plus, du fait que les animaux montrent une grande aversion pour ces graines, elles peuvent en principe donner chacune une plante nouvelle. Joint à cela que leur faculté germinative se conserve extrêmement longtemps. Alph. de Candolle rapporte, d’après Davies, qu’en i8i3, dans l’île d’Anglesey, surgirent des stramoines d'un terrain qui n’avait pas été remué depuis plus d’un siècle. Ainsi s’expliquent les apparitions inopinées de la plante dans bien des localités. Il aura suffi que ses graines, ensevelies trop profondément, se trouvent accidentellement rapprochées de la surface du sol, pour que la plante apparaisse. A ces apparitions soudaines et en apparence mystérieuses, on était assez naturellement porté à chercher des causes mystérieuses et l’intervention des bandes énigmatiques de Tziganes se présentait assez vite à l’esprit.
- Pourtant il est bien établi maintenant qu’entre l’introduction de la stramoine et les migrations de ces populations n’existe aucun lien historique.
- Jusque vers le milieu du xix° siècle on ignora le pays originaire des Tziganes. Une ancienne légende les faisait venir d’Égypte, où, ayant refusé l’hospitalité à la Sainte Famille, ils aui’aient, comme lé Juif Errant, été condamnés à coui'ir le monde sans pouvoir prendre racine nulle part! C’est en raison de leur prétendue origine égyptienne qu’en Angleterre ils ont conservé le nom de Gypsies. Mais leur appellation la plus anciennement connue, celle qui sè lit dans les documents byzantins et slavons du vne au xne siècle, est bien celle de Tziganes. C’est à partir seulement de leur grande invasion du xve siècle dans l’Europe occidentale qu’ils ont reçu le nom de Bohémiens. On possède maintenant, à la suite d’une longue série de
- recherches, surtout dans le domaine linguistique, à peu près la certitude que les Tziganes sont originaires de l’Inde. Aujourd’hui encore on rencontre, dans les marécages de l’Indus et du Pendjab, leurs frères de race sous les noms de Bandjars, Nat, etc... Les nombreux jargons tziganes — on en distingue ordinairement douze groupes — offrent d’évidentes affinités avec les sept idiomes hindous, A quelle époque précise les ancêtres des Tziganes ont-ils commencé leurs grandes migrations ? Il est impossible de le dire. On sait seulement qu’au ve siècle de notre ère une douzaine de mille d’entre eux, à l’instigation de Bahram Gour, allèrent s’établir en Perse, où ils enseignèrent aux habitants à jouer du luth. Firdousi, vers l’an mille, nomme ces nouveau-venus Louri et c’est encore le nom actuel des Tziganes nomades du Béloutchistan. De la Perse ils se répandirent sur l’Asie-Mineure, puis un rameau gagna l’Europe balkanique vers le ixe siècle, tandis qu’un autre se dirigeait vers l’Égypte, le Soudan et l’Afrique du Nord.
- Si l’introduction de la Stramoine était vraiment leur fait, on pourrait en suivre l’apparition parallèlement à la leur dans les divers pays d’Europe. Or il n’en est rien. Dès i322 ils sont signalés en Crète et la plante n’y est connue qu’à partir du xxe siècle. En i4i4 ou i4i8, ils circulent déjà en Suisse et la plante n’y apparaît qu’au xvm® siècle. En 1420 ils pénètrent au Danemark ; mais en 1688 la Stramoine y est encore inconnue. En 1447 ils se présentent aux portes dé Barcelone, mais en 1688 Tournefort, qui y trouve l’Agave, n’y aperçoit aucune trace de la stramoine. On pourrait poursuivre ainsi de pays en pays. A quoi bon ? Une certitude semble désormais acquise qui coupe court à tout le débat : la Stramoine n’est pas, comme on l’a cru jusqu’à ces tout derniers temps, originaire de l’Inde ni de l’Orient, elle nous est venue du Nouveau Monde. Ainsi s’explique tout naturelle: ment le silence des botanistes européens sur elle antérieurement à la découverte de l’Amérique. Ainsi se manifeste uné fois de plus l’inanité des raisonnements a priori dans des questions relevant de l’observation. « Seuls les Tziganes, écrivait en 1882 le naturaliste hanovrien L. Mejeiy peuvent avoir apporté d’Asie la Stramoine ; car personne n’est en mesure d’expliquer autrement, avec quelque vraisemblance, la venue de cette plante en Europe... Tout devient clair si nous l’admettons, rien ne l’est plus dans le cas contraire ». Et l’auteur cité de construire tout un roman historique sur celte vraisemblance. Arrivés en Allemagne vers x420, les Tziganes, dit-il, s’avancèi’ent rapidement vers les régions plus chaudes de la France et de l’Espagne, semant en route la Pomme épineuse pour se procurer des matériaux à fumer. Car, fumées, les feuilles produisaient des hallucinations et des visions où l’on voyait l’action des « esprits ». De là, poursuivait-il sont sorties toutes les croyances de la sorcellerie; de là, par voiè de conséquence, tous ces fameux procès de sorcellerie qui firent, en Allemagne, des victimes par milliers. Stramoine et procès de sorcellerie, prétend toujours L. Mejer, se
- Fig. 2. — Pomme épineuse, fruit de la Stramoine, d’après le Dictionnaire de botanique de Germain de Saint-Pierre.
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- multiplièrent dans un parallélisme concordant : c’est pendant la guerre de Trente ans que la plante aurait été le plus cultivée, et pendant la même guerre que le plus grand nombre de malheureuses hallucinées furent impliquées dans ces procès. Sitôt que d’autres excitants ou narcotiques, tabac, alcool, café, vinrent se substituer à la stramoine, lesdits procès auraient pris fin.
- Pur roman, édifié sans aucun souci de critique des sources ! Les premiers procès de sorcellerie sont bien antérieurs à l’apparition de la stramoine en Europe. L. Mejer, il est vrai, s’est offert le plaisir de les situer dans le Midi de la France, mais dès 1446 on brûlait des sorcières à Heidelberg, dès 1456 on en brûlait à Cologne. Les historiens conviennent que la sorcellerie se rattache directement aux vieilles fêtes germaniques de la Walpurgis et que la grande épidémie de sorcellerie avec ses innombrables procès se situe à la fin du xve siècle et au cours du xvie, elle sévit d’abord dans les diocèses de Mayence, Cologne, Trêves, Salzbourg et Brême. Or, dans tout ce temps l’on ne trouve dans les sources historiques aucune allusion à l’emploi de la stramoine comme plante à fumer, et le même L. Mejer le reconnut expressément en i8g4.
- Origine orientale de la plante, inti'oduction par les Tziganes, rôle capital dans les procès de sorcellerie, sont à ranger dans le domaine des fables.
- Dans un travail remarquable, le savant américain William E. Safford, en 1921 et 1922, a donné les résultats d’une vaste enquête historique, reprise encore et considérablement étendue, en 1932, par le botaniste allemand K. Wein, dont la conclusion très nette est que la stramoine nous est venue, non de l’Orient, mais du Mexique. Linné, dès 1787, l’avait supposée originaire de l’Amérique. Mais son opinion n’avait pas réussi à s’imposer, et Alph. de Candolle, dans sa célèbre Géographie botanique raisonnée (1856), après avoir pesé les arguments pour et contre, l’avait rejetée comme erronée ; il plaçait la patrie putative de la stramoine dans l’Ancien Monde, non pas cependant dans l’Inde, mais sur les bords de la Caspienne.
- En fait la première mention que l’on possède de celte plante remonte au médecin de Philippe II, Francisco Hernandez, qui, de 1570 à 1677, étudia sur l’ordre du souverain, les productions naturelles du Mexique et les décrivit en latin à Mexico même. De son précieux travail, détruit plus tard en partie dans l’incendie de l’Escurial, parut en i65i une sorte de compilation mise en ordre par Nardo Ant. Recchi, où figurent, sous les noms de « Tlapatl-Stramonio », une desci'iption et une gravure sur bois se rapportant sans aucun doute à notre plante. Peu de temps après, le grand botaniste napolitain Fabio Colonna donnait, dans son Phytobasanos (1592), une bonne gravure sur cuivre de la stramoine, visiblement dessinée sur le vif, et écrivait : « Léonard Antoine Recchi, le savant médecin de Philippe II, m’a fait don le.premier de cette plante exotique ». Presque cent ans plus lard (1687-1689), Tournefort explorant l’Espagne et le Portugal ne l’y rencontra encore qu’à une seule
- Fig. 3. — Feuilles, fleur, fruit et graine de la Stramoine, d’après un dessin de Walther Millier.
- localité, alors qu’aujourd’hui elle y est répandue partout. Envoyées par Hernandez entre îbgo et 1577 ou rapportées par lui en 1077, presque aussitôt envoyées en Italie, les graines de la Pomme épineuse y répandirent la plante dans les jardins botaniques. Les catalogues du xvne siècle la signalent dans ceux de Messine (i64o), Padoue, Bologne, Rome, La Cattolica, Pise et Florence. A Paris, J. Robin l’indique dès 1601, et le Jai'din de Gaston d’Orléans, à Blois, la possède en 1653. Dès i583 elle avait été envoyée à Innspruck et à Vienne, où elle devint ensuite une fleur à la mode dans l’aristocratie autrichienne. Actuellement elle se cultive encore dans le Valais.
- C’est des jardins, comme fleur ornementale, qu’elle gagna" ses stations favorites d’aujourd’hui, alentours des villages, terrains vagues et décombres.
- On pourrait allonger considérablement le relevé des documents historiques intéressant le problème qui nous occupe. Mais les précisions apportées ci-dessus suffisent amplement pour réduire à leur juste valeur les théories de L. Mejer de même que les considérations rétrospectives du toxicologue berlinois L. Lewin. Dans son livre Les Paradis artificiels, traduit par le D” Gidon (Payot, 1928), celui-ci rapporte à la stramoine les effets désastreux décrits par Plutarque, qu’il
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- Fig. 4. — Fleur (en coupe), ovaire (en coupe), fruit s'ouvrant et graine de Stramoine, d’après le -.Dictionnaire” de botanique
- cite sans d’ailleurs le nommer, au cours de la retraite catastrophique d’Antoine en Médie (37 et 38 après J.-C.). Les Romains, poursuivis par les Parthes, souffraient de la famine au point d’être réduits à manger des herbes et des racines inconnues d’eux, une notamment qui, dit le biographe, « ôtait le sens et donnait la mort. Celui qui en avait mangé perdait la mémoire, il ne reconnaissait plus rien, et 11e faisait autre chose que de remuer, de retourner des pierres... On ne voyait par toute la plaine que soldats courbés, arrachant des pierres et les changeant de place ». A ces
- 1. L’assurance de Lewin montre qu’il ignorait le fameux empoisonnement multiple relaté dans la plupart des traités de xnatière médicale français et décrit d’abord par Gaultier de Claubrÿ (non de Clagny, coinme l’écrit par un amusant lapsus lë Dr~H. Leclerc, dans son Précis de Phytothérapie, p. 252), dans le Journal général de médecine, t. 48. Le 14 septembre ,1825, de jeunes soldats du 12e régiment d’infanterie, au nombre, de 150 à 160, bivouaquant sur un plateau où abondait la Belladone en fruits, en consommèrent assez pour être intoxiqués très gravement. Gaultier de Claubry « nous les montre, continue H. Leclerc, dans une agitation continuelle, portant leurs mains tremblantes vers la terre pour y ramasser des pierres, de3 brins d'herbe qu’iis laissaient tomber à l’instant, pour aller en sautillant recommencer à quatre pas de là le 'même manège ». Comment ne pas rapprocher ces lignes du passage de Plutarque cité plus haut P De ces malheureux Soldats, les uns moururent sur , place, les autres survécurent après une très grave intoxication.
- symptômes, déclare avec conviction le professeur berlinois, j’ai reconnu que cette plante était la Datura ou la Jusquiame, mais plus vraisemblablement la première de ces deux plantes. Car... les symptômes... permettent de déterminer avec une grande certitude l’espèce en cause. On reconnaît l’intoxication par le Datura au caractère insensé des occupations des légionnaires ». Celte assurance n’est pas seulement piquante ; elle montre à quel point l’on doit se défier des raisonnements purement spéculatifs. En effet, outre que la plante de Médie ne pouvait être l’américaine stramoine, Lewin a omis la phrase de Plutarque qui suit notre citation et qui indique le vin comme a unique remède à ce poison ». Or il est bien connu que l’alcool n’est un antagoniste ni pour l’atropine ni pour la scopolamine, mais en renforce plutôt l’action, d’après Lewin lui-même. Dans les mêmes pages celui-ci ne manque pas de reprendre également le roman de la stramoine responsable des désordres de la sorcellerie et, ceci peut à bon droit inquiéter sur la valeur critique de son traité des Poisons dans l’histoire universelle.
- On se demandera d’où vient que les Tziganes malgré tout font une si grande place à la stramoine dans leurs us et coutumes. C’est que l’Inde possède d’autres espèces de Datura, D. Metel, D. alba, D. fastuosa, utilisées par les sociétés de malfaiteurs pour endormir leurs victimes ou les empoisonner 0). Arrivés en Occident, les Romanichels y employèrent tout naturellement la stramoine aux lieu et place des espèces de leur pays d’origine, sans s’arrêter à des scrupules botaniques qu’ils ne pouvaient éprouver.
- En outre, de cette plante, ils employèrent également d’autres Solanées dans leurs pratiques de charlatanisme : Belladone, Jusquiame, Alkékenge ; et divers botanistes, surtout allemands, ont expliqué la présence de ces plantes sur divers points de leur territoire par des cultures de ces nomades. Peut-être ces derniers en utilisèrent-ils en effet les propriétés narcotiques à des tins pas toujours innocentes ; dans certaines régions la Jusquiame s’appelle encore Herbe aux Tziganes. Il faut noter cependant qu’elle était cultivée dès la plus haute antiquité et utilisée comme anesthésique et odontalgique. Au Moyen Age, elle remplaçait le chloroforme. '
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- De, tout cela l’on peut conclure que le rôle attribué aux Romanichels dans la dispersion des Solanées narcotiques a été fort exagéré, sinon imaginé de toutes pièces, et qu’il côtoie le roman scientifique, bien qu’adopté par certains auteurs des plus sérieux.
- ! P. Fournier.
- 1. De même « on vit à Paris une bande de filons, connus sous le nom d’ « endormeurs », dévaliser les passants après les avoir hébétés en leur offrant une prise de Stramoine mélangée à du tabac ». Dr H. Leclerc, l. c., p. 259. '
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- LA CARBONISATION DES SARMENTS DE VIGNE
- La question a déjà fait couler beaucoup d’encre el sans doute estimera-t-on qu’il est temps de passer aux réalisations. Je pense avoir fait un pas vers la solution.
- Il s’agit de traiter un tonnage important — que nous chiffrerons plus loin — d’un déchet de culture renouvelé d’année en année. La solution proposée est d’ailleui's provisoire : elle a cependant le mérite d’utiliser des fours rustiques, d’un maniement aisé, d’une conduite facile, d’un prix abordable, et qui, surtout, existent en assez grand nombre : ce sont les fours de l’Administration des Forêts (x).
- On a discuté sur la possibilité et sur l’opportunité de carboniser cette matière encombrante, difficile à manipuler, sans valeur propre, puisque, jusqu’à présent le vigneron, se réservant une partie des sarments pour alimenter le foyer domestique, devait brûler le reste sur le bord du champ. On se demandait aussi quelle valeur pouvait avoir le charbon obtenu : se présentant sous forme de minces bâtonnets, il devait brûler vite et, en s’enchevêtrant, former des « voûtes » au-dessus du foyer. Nous pouvons affirmer que, si ce charbon n’a pas tout à fait la même valeur que le charbon tiré des essences forestières, il est excellent en mélange avec ce dernier : nous avons vu des véhicules alimentés avec de tels mélanges et fonctionnant fort bien.
- En effet, il existe déjà quelques exploitations traitant les sarments de vigne à l’aide du four Gaujal ; d’autres fours sont à l’étude (four Carbodis, four Broulhiet, fours en fonte, etc...). Le four Gaujal mérite de retenir l’attention du fait qu’il est en service depuis plusieurs années et permet des résultats intéressants : il donne un rendement (en poids) de i6,5 pour ioo avec des sarments verts et de 20 pour 100 avec des sarments secs.
- L’enveloppe de ce four (fig. 1) d’une capacité de 12 stères, est constituée par 4 viroles en tôle (1) et d’un couvercle (2) avec orifice d’allumage (3). Elle repose, par l’intermédiaire de briques (4), sur une couronne creuse (5) dans laquelle un ventilateur (6) envoie de l’air sous faible pression ; l’air accède au four par de nombreux trous pratiqués sur la face intérieure de la couronne. Les sarments, présentés en vrac ou en fagots sont empilés en ménageant une cheminée centrale sur une grille en fer (7) à très larges mailles. Pour allumer, on verse de la braise incandescente dans la cheminée et on met en marche le ventilateur en fermant les papillons (8) de la couronne de base, et en ouvrant le papillon (9) de la buse centrale (10) alimentée directement par la tubulure diamétrale (xi) enterrée dans le sol.
- Lorsque le foyer est bien allumé, on ouvre les papillons (8) et (12) de la couronne et on ferme le papillon (9), ainsi que l’orifice (3). La circulation des gaz chauds est indiquée par les flèches ; ces gaz traver-
- sent toute la masse ligneuse avant de s’échapper par l’intervalle ménagé par les briques entre la cuve et la couronne. Les papillons (8) et (12) permettent de régler la carbonisation suivant la direction du vent et le développement du foyer. De temps en temps l’ouvrier arrête le ventilateur, monte sur le four et à l’aide d’une perche fait descendre les sarments.
- Les joints, tous horizontaux, sont lutés avec de la terre au fur et à mesure de l’affaissement de la masse incandescente ; on ferme la base par un talus de terre lorsque la carbonisation est terminée, soit environ 8 h. après l’allumage. Le l’efroidissement demande de 12 à i5 h.
- Le four Gaujal est intéressant, du fait qu’il permet de traiter chaque jour 12 m3 de sarments — qu’il n’est pas nécessaire de découper — et de produire de 160 à 200 kg. de charbon. Il a contre lui d’exiger une source de force motrice et un important poids de tôle ; eixfin, il n’existe qu’un nombre d’exemplaires trop restreint pour pouvoir traiter toute la production de la vigne française.
- Or, le four des Eaux et Forêts existe actuellement en
- Fig. 1. — Four Gaujal.
- 1. Y. fig. 3, p. 20, La Nature, n° 3065, 15 janvier 1941.
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- Coude cheminée
- Coude
- cheminée^ Fagot Tuyau évent -
- Fig. 2. — Application du four des Eaux-et-Forêts à la carbonisation des sarments de vigne.
- Disposition des évents, des coudes-cheminées, du support de la masse des sarments.
- grand nombre, et de plus, il peut être réalisé en ciment réfractaire ; cependant, chaque fois qu’on avait essayé de l’utiliser au traitement des sarments, on n’avait retiré que de la cendre ; ma conviction était cependant qu’il convenait très bien à cette opération. Ce fut donc avec confiance que, sur la demande de l’Administration des Forêts, du Génie Rural, des Services Agricoles, de l’Administration Préfectorale d’un grand département du Midi, j’entrepids de carboniser des sarments avec le four des Eaux et Forêts.
- Les premiers résultats furent cependant décevants.
- Le terrain était défavorable : les opérations s’effectuaient sur un sol empierré, devant les bâtiments d’une coopérative vinicole et quand je pouvais amener le feu aux évents, il était impossible d’éteindre le foyer : au défournement on ne trouvait qu’une trentaine de kilogrammes de charbon ; il fallut apporter quelques charretées de sable.
- La difficulté n’était d’ailleurs pas là. Comme chaque fois que j’entreprends de carboniser une essence particulière, je fis un feu de sarments et je constatai que lorsqu’on met un fagot sur un tas de braise rouge, seule, la partie au-dessus du foyer brûle, et les extrémités des brins non brûlés, comme coupées au couteau, dessinent un puits dont le contour est celui du foyer initial. La même observation était faite avec les premiers fours conduits de la même façon qu’avec du bois : après 2 ou 3 h. de marche normale, le four ralentissait, la fumée diminuait peu à peu et il était impossible d’amener le feu aux évents ; à l’ouverture du four, on constatait un puits central, aux parois très nettes, de 5o à 60 cm. de diamètre ; autour de ce puits, les sarments n’étaient pas carbonisés mais simplement vernissés de goudron.
- Dès lors, le problème à résoudre était : s’efforcer de tirer le feu le plus rapidement possible vers la périphérie et vers le haut du four.
- La solution était simple : il a suffi, pour cela, de
- soulever légèrement le couvercle et la virole tronco-nique, en glissant dessous quelques tronçons de sarments. Au début, les fumées sortent par les joints et par les cheminées : le tirage est donc à la fois direct et inversé ; lorsque l’on peut, sans effort, arracher le sarment, parce que son autre extrémité est carbonisée, on bouche le joint avec de la terre légère, et le tirage devient simplement inversé.
- J’ajoute que les cheminées avaient été réduites de hauteur, afin de limiter le tirage et de freiner la combustion et que, de plus, j’avais adopté un dispositif très simple, dirigeant bien l’air vers le centre du foyer.
- Voici d’ailleurs comment il y a lieu d’opérer :
- On choisit un sol de terre légère, dépourvue de pierres et de racines ; au besoin, on tasse, à l’emplacement du four, une couche de sable fin de 7 à 8 cm. d’épaisseur, débordant le four d’environ 5o cm. On installe la première virole (fig. 2) sur 5 ou 6 pierres, de façon à permettre le passage des cheminées. On a préparé 8 petits fagots de 1 m. de long et de même diamètre que les cheminées et on les distribue sur le sol, au fond de la cuve, de façon à former une étoile régulière ; on glisse sous la virole 4 tuyaux de cheminée de o m. 85 de long ; ils doivent arriver presque au centre de l’étoile et déboucher à l’extérieur de 10 à i5 cm. ; on s’assure qu’ils sont bien libres sous la cuve. On place ensuite la deuxième virole et on empile les fagots à plat en ménageant une cheminée centrale d’allumage. Il importe de tasser les sarments le plus possible : le four peut recevoir de 43o à 45o kg. de sarments verts. Il est préférable, plutôt que d'empiler des sarments « en vrac », de présenter les sarments en fagots de o m. 4o de diamètre et pesant de 8 à 10 kg. On met ensuite en place le couvercle et les cheminées, qui sont plus courtes que pour le traitement du bois, puisqu’on se sert des rallonges comme évents. Le montage demande environ 4o mn.
- On allume comme d’habitude en versant de la braise rouge dans la cheminée centrale. Quand celle-ci fume abondamment, on la ferme et on soulève le couvercle ainsi que la virole conique à l’aide de quelques sarments assez gros. Lorsque les- cheminées fument, on ferme le bas du four par un talus de terre ; si le vent est fort, on place un fagot devant l’entrée d’air tournée vers le vent.
- Quand on constate que les fumées qui passent au joint du couvercle sont d’un bleu léger, que les sarments s’enlèvent sans effort, on laisse retomber le couvercle et on lute avec de la terre fine ; un peu plus tard, on procède de même avec le joint des deux viroles. Entre temps, on sort les tuyaux-évents de 10 cm. à la fois. Quand ils sont sortis complètement, on perce à intervalles de io-i5 cm., des trous dans le talus, à l’aide d’un rondin de 4 à 5 cm. Ces ouvertures seront bouchées quand elles laisseront voir de la braise rouge sans flamme. On enlèvera les cheminées au fur et à mesure de l’obturation des évents voisins.
- Lorsque tous les évents sont bouchés et que les cheminées sont enlevées, on vérifie l’étanchéité des joints et on relève le talus. La cuisson demande 5 à 6 h.
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- (avec des sarments verts) et le défournement peut être effectué 12 à i5 h. après la fermeture du dernier évent.
- Le rendement a été un peu plus faible dans un four conduit sans les tuyaux-évents indiqués ci-dessus, mais les cheminées étaient néanmoins de hauteur réduite ; il semble que l’on puisse éviter la sortie progressive des tuyaux d’air, que l’on puisse même les supprimer : je disposais de trop peu de temps (4 jours) pour comparer les deux procédés ; l’essentiel était d’avoir trouvé le « tour de main » : je suis persuadé que les aides mis à ma disposition auront su mettre la chose au point.
- Il est possible que le procédé soit légèrement modifié lorsqu’on carbonise des sarments secs : la saison n’a pas permis que l’on en mette à ma disposition.
- A l’ouverture du four, la masse se présente sous la forme d’une couronne, avec, au centre, un puits assez large qu’il faudra s’efforcer de réduire le plus possible, en ralentissant la combustion, en évitant de fermer trop tard les joints et les évents. Les sarments sont entiers et encore bottelés en fagots ; on enlève les fagots à la main et on les jette dans une charrette, où, pour briser le charbon en brins de 6 à 8 cm., il suffit d’appuyer avec les mains. Les débris qui jonchent le sol peuvent être tamisés ; on doit observer les précautions d’usage relativement aux incuits et aux pierres.
- Le défournement n’exige pas plus de trois quarts d’heure, en sorte que l’opération complète : montage, cuisson, refroidissement, défournement, peut être exécutée en 24 heures par 3 ouvriers, et ceux-ci peuvent conduire 4 ou 5 fours.
- Le charbon obtenu rend un son cristallin ; certains brins sont d’un joli bleu « gorge de pigeon » ; la cassure est très nette, avec bords à arêtes vives ; la moelle reste marron, malgré là cuisson à température élevée signalée par la couleur bleue de certains brins.
- Le charbon se présente, après cassage à la main, en bâtonnets minces de 7 à 8 cm. de long. Son diamètre, qui descend parfois à 3 mm., ne répond pas tout à fait aux normes de l’Arrêté du i4 septembre 1940, mais un arrêté peut être modifié, et ici, la question est tellement importante qu’il doit être modifié.
- Je ne pense pas que cette variété de charbon puisse être employée seule, car il faudrait craindre la formation fréquente de voûtes ; sa densité de chargement est faible : 120 kg./m3 à la sortie du four ; de plus, on dit — ce que je n’ai pu vérifier faute de temps — que la teneur en cendres est élevée. Certains usagers emploient un mélange d’un tiers de charbon de sarment avec deux tiers de charbon de bois, et se montrent très satisfaits.
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- J’ai dit précédemment qu’un four contient environ 43o kg. de sarments verts. J’ai pu effectuer, après quelques essais infructueux trois bonnes cuissons ; la meilleure d’entre elles m’a donné 80 kg. de charbon, en partant de sarments verts, soit 18,6 pour 100 ; une autre, effectuée sans tuvaux-évents n’a fourni que
- 75 kg., mais je crois que le procédé peut être amélioré. Je suis persuadé que le rendement serait accru dans de fortes proportions avec des sarments secs, et porté probablement à 22 pour 100. Mais je ne ferai pas état, plus loin, de cette évaluation.
- Ayant ainsi établi la possibilité de transformer les sarments en charbon à l’aide du four des Eaux et Forêts, quels sont les espoirs que l’on peut fonder sur l’exploitation des sarments et quelles sont les possibilités du four dont nous disposons ?
- M. Olivier de Sardan, Préfet de l’Hérault, par une initiative hardie dont il faut le louer, a interdit, dans son département, l’incinération des sarments et rendue obligatoire la carbonisation d’une partie des sarments produits par les propriétés de plus de 3 ha. Dans le seul département de l’Hérault, ces dernières couvrent un quart de la surface cultivée en vigne : nous adopterons, faute de renseignements plus précis, la même proportion pour les départements du Midi : Aude, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales, Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse. Ces départements possèdent un vignoble de 612 000 ha., dont, d’après notre évaluation, 458 000 ha., correspondent à des propriétés de plus de 3 ha. La taille particulière à ces régions fournit environ 1 t. 5 de sarments à l’hectare. Admettons maintenant que l’on réserve la moitié de la production pour l’alimentation des foyers domestiques et des fours de boulangerie : il reste donc, disponibles pour la carbonisation, 0,75 x 458 000 = 343 5oo t. de sarments. A raison du rendement de 18,6 pour 100 que j’ai établi et qui je crois est un minimum, cela coi'respond à 64 000 t. de charbon. Et cette production se renouvellera chaque année sans préjudice pour le vignoble et pour la forêt.
- Je ne dispose d’aucun élément d’appréciation sur la production des sarments des autres vignobles français : la taille est différente, les sarments sont plus ou moins gros, plus ou moins longs ; je ne me hasarderai donc pas à une évaluation sur la production totale de charbon de la vigne française. Il n’en reste pas moins acquis que la vigne peut fournir indéfiniment un tonnage important de charbon utilisable dans les gazogènes, soit en mélange avec du charbon de bois, soit en mélange avec des charbons de bois et de terre sous forme d’agglomérés.
- Je ne crois d’ailleurs pas que le four des Eaux et Forêts convienne parfaitement au traitement des sarments : sa capacité, qui pourrait être augmentée aisément par l’adjonction d’une troisième virole, est trop faible. A raison de 3oo cuissons par an, ce four, de 5 m3, permet de carboniser annuellement o,43o x 3oo = i3o t. de sarments, en chiffres ronds. Il faudrait donc, pour les sept départements du Midi :
- 343 5°° __ 2 ggo fours environ (x). On peut douter
- I 00
- de pouvoir disposer d’une telle batterie, et ce type de fours ne doit être envisagé que comme un élément de démarrage de la carbonisation des sarments.
- t. Ce qui, soit dit en passant, permettrait de fournir du travail à 1 500 chômeurs dans cette seule région.
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- En outre ce four ne permet pas, dans sa condition actuelle, de recueillir les produits de la distillation. Je ne puis d’ailleurs rien dire de la possibilité de récupérer quoi que ce soit : tout au plus exprimerai-je l’impression que les sarments donneront peu de goudron (recherché pour l’agglomération), car je n’ai pas vu les cheminées se couvrir de goudron comme cela se produit avec le bois. Mais ceci n’est qu’une impression, et puis les sarments peuvent peut-être fournir d’autres éléments : les chimistes diront si le four à sarments doit être avec ou sans récupération.
- Je voudrais seulement recommander aux constructeurs d’orienter leurs études vers la réalisation de fours de grande capacité (io à 12 m3 au moins) ne nécessitant que peu d’éléments métalliques, et faisant un large emploi de matériaux réfractaires dont nous sommes moins démunis.
- Ils envisageront peut-être le découpage préalable des sarments en petits tronçons, afin de mieux utiliser la capacité des fours, mais ils devront se préoccuper d’établir si les frais de débit constitueront une économie réelle sur la carbonisation des sarments dans l’état de leur présentation par le vigneron. Il y aura lieu également d’étudier des machines à grand débit ; les découpeuses actuelles (superdécoupeuse de la Société des Carburants Champenois, serpe hélice Salomon, découpeuse de Romanet, etc...) sont bien étudiées pour le bois en rondins, mais comment se comporteront-elles avec les sarments ? le découpage des sarments non bottelés semble impraticable ; l’emloi du fil de fer comme lien est à rejeter, et la paille, l’osier, la
- ficelle semblent seuls susceptibles de ne pas mettre les couteaux hors d’usage après quelques heures de travail. Comme on le voit, bien des points restent à résoudre, et sans doute ne pourront-ils recevoir de solution avant la campagne prochaine. Pour celle-ci, déjà bien avancée, il est à souhaiter que l’on puisse mettre à la disposition des viticulteurs le plus grand nombre possible de fours des Eaux et Forêts.
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- Il existe d’autres déchets que le four des Eaux et Forêts permet de traiter, ce sont les rémanents, les branchages de moins de 2 cm. que l’exploitant d’une coupe abandonne sur le sol quand il n’est pas astreint au nettoyage de la coupe, car le ramassage, le fagotage sont onéreux et les fagots ont peu de valeur marchande, du moins jusqu’à présent. Or, les rémanents constituent une cause grave d’incendie, ils font obstacle à la régénération de la forêt. J’ai eu récemment la possibilité de carboniser — et le procédé est le même que pour les sarments — des fagots secs de feuillus durs (charme et chêne) et aussi des branchages de bois de pin : je puis garantir que l’on peut tirer de l’exploitation des rémanents un excellent charbon de bois (calibre n° 1), et, si cette exploitation est moins rémunératrice que celle du bois, elle aura au moins ce double mérite de rendre la forêt plus belle et de la sauvegarder.
- A. Lepoivre,
- Professeur A. et M. et E. S. B.
- ^ LES OISEAUX CHANTEURS = ET L’ORNITHOMÉLOGRAPHIE
- La belle saison est celle des oiseaux chanteurs : bois et campagnes se remplissent de leurs délicieux gazouil lements. Le chant est un des plus grands charmes de ces êtres gracieux qui paraissent jouir de leur art autant que leurs auditeurs.
- Reconnaître dans leurs notes les plus diverses nos musiciens ailés, apprécier dans tous ses détails, le concert dont ils nous gratifient au milieu de la nature en fête, a toujours été un sujet de recherches pour les ornithologistes et les amateurs des beautés naturelles. Aussi a-t-on cherché à imiter, à reproduire de diverses manières les chants d’oiseaux et cette étude est devenue une véritable science à laquelle on a donné le nom d’ornithomélographie. Elle comporte 3 méthodes de transcriptions, soit par onomatopées, — soit par signes conventionnels, — soit encore par les notes ordinaires de la musique.
- PREMIÈRE MÉTHODE : ONOMATOPÉES
- Les onomatopées ont été le plus généralement employées. Déjà Aristophane, poète grec mort vers
- 38o av. J.-C., avait ainsi transcrit, dans sa comédie « Les oiseaux », le chant de la Grande Rousserolle :
- Hue, hue, hue, hue,
- Toro, toro, toro, t.oro, torotinx Ciccabeau, ciccabeau,
- Toro, toro, toro, tolililinx !
- Au xvie siècle, les poètes Ronsard, du Bartas et Gamon traduisirent le chant de l’Alouette en des vers dont les mots imitent d’une façon plus ou moins heureuse la voix du gracieux oiseau qui se fait entendre au premier rayon de l’aube.
- Voici la poésie de Du Bartas :
- La gentille alouette avec son tire-lire
- Tire l’ire à Tiré et tire lirant tire
- Vers la voûte du ciel, puis son vol vers ce lieu
- Vire et désire dire : « Adieu ! Dieu ! Adieu ! Dieu !
- Voici celle de Christophe Gamon qui jouissait en son temps d’une immense faveur :
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- L’alouette en chantant veut au zéphyre rire Lui crie : Vie ! vie ! et vient redire à l’ire ;
- O vie! fuy, fuy, fuy, quitte ce lieu!
- Et vite, vite, vite, adieu, adieu, adieu!
- Ces derniers vers vivement et habilement chantés ont du moins quelque analogie avec les accents de l’Alouette. Mais les vraies onomatopées ne sont que des mots qui ne doivent pas s’embarrasser de versification.
- Renée de Brimont, Elie Mothes, entre autres, se sont occupés de traduire ainsi le chant d’un grand nombre d’oiseaux.
- Voici, par exemple, celui du Pinson (Fringilla cϕebs) :
- Tzit, tzit, tzit, tzit, tzit,
- Tzit, tzit, tzit, tzit, tzit,
- Tzit tzirrent zephiah To, do do do Do do do do Tzississ Kontziah
- et celui du Pouillot sifileur (Phylloscopus trochi lus) :
- Die, die die Düe düe due Dea düe déida Derm dirm dôrm Zip zap hedededat
- Fig. 1. — Fauvette à tète noire (Sylvia atricapitla) chantant.
- Elle peut chanter pendant un quart d’heure sans reprise apparente de souffle et même en volant.
- Celui du Loriot (Oriolus Galbula) :
- Lodiô, lodiô, lï loriou
- « Notre Moineau, dit Elie Mothes, fait entendre des Tchiou et des Piriouit continus et quand il exécute ses pirouettes, il retombe en zézéyant : Zézéfrii ».
- Beaucoup de naturalistes emploient de préférence les signes musicaux ordinaires en y ajoutant quelquefois un certain nombre de signes complémentaires.
- TROISIÈME MÉTHODE : NOTES DE MUSIQUE
- DEUXIÈME MÉTHODE :
- SIGNES CONVENTIONNELS
- Mais cette reproduction par onomatopées est forcément très approximative car, entre le gosier des oiseaux pourvu d’un syi’inx, organe vocal spécial commandé par des muscles puissants au nombre de deux à neuf paires et nos cordes vocales relativement plus faibles, la différence est trop marquée, ce qui fait qu’il ne peut exister entre les deux émissions sonores qu’une vague analogie.
- Aussi a-t-on cherché d’autres méthodes.
- Celle du naturaliste A. Voigt consiste en une notation par signes conventionnels traduisant les différents sons entendus selon leur brièveté ou leur longueur, leur faiblesse ou leur puissance, leur finesse ou leur amplitude. Ainsi, par exemple, un trait rectiligne plus ou moins long pour un son continu plus ou moins étendu, un point pour un son bref, un trait montant ou descendant, une ligne en zigzag pour une vibration.
- On a reproché à ce système de ne pas tenir compte du rythme et de la tonalité.
- Dans la « Phonurgie » du P. Kircher qui date de 1673, on trouve des transcriptions musicales du chant de plusieurs oiseaux. Plus tard de grands compositeurs notèrent avec talent, dans des partitions célèbres, tout ou partie du chant de nos meilleurs artistes ailés.
- C’est ainsi que le thème principal de la « Grande Polonaise brillante », œuvre caractéristique du style de Chopin, est une imitation saisissante du Rouge-Gorge. Dans la « Symphonie pastorale » de Beethoven, on retrouve les échos du Rossignol, du Coucou et de la Caille.
- Gérard de la Bassetière a noté les chants de trente oiseaux parmi lesquels ceux du Merle, de la Grive, du Loriot, de l’Alouette, du Rouge-Gorge qu’il appelle le Chopin des airs, du Chardonneret, du Pinson, de la Mésange, de la Fauvette, du Rossignol, du Coucou, du Pivert, etc...
- Un autre ornithologiste Henri Jouard, estime que le meilleur moyen pour arriver à une transcription aussi exacte que possible est de se servir de notes musicales mais avec des onomatopées comme soutien. Deux caractères sont en effet à distinguer et à représenter dans la voix des oiseaux : d’abord le carac-
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- Fig. 2. — Le chant du rossignol, dans la symphonie pastorale de Beethoven.
- Ensuite en groupant toutes les expressions, toutes les intonations enregistrées, on établit une moyenne qui doit donner un résultat presque précis.
- Ce qui importe surtout d’ailleurs, est de trouver les caractéristiques des chants puis de les noter avec exactitude afin de reconnaître les oiseaux à leur voix seulement, ce qui est d’une grande utilité car il est souvent bien difficile sinon impossible de les distinguer quand ils volent haut et très vite. Déterminer
- 1ère phonétique qui correspond à la prononciation et à l’articulation, puis le caractère tonal.
- Pour la détermination des tonalités et selon la hauteur du ton, il faut se servir d’un repérage par adaptation soit à l’aide du sifflet humain qui porte en moyenne de ré 2 à sol 4, soit à l’aide de sifflets artificiels d’oiseaux. Par ces différents moyens M. H. Jouard a pu reconstituer « une ligne mélodique qui relie les divers éléments d’un chant en exprimant le rapport de toutes ses tonalités ». — Il complète cette reconstitution par « un chronométrage rigoureux de la durée des différentes strophes du chant, c’est-à-dire les périodes sonores organisées entre lesquelles l’oiseau marque un silence plus ou moins prolongé ».
- PRÉCAUTIONS INDISPENSABLES
- Pour arriver dans cette étude au meilleur résultat possible, il faut écouter avec la plus grande attention et dans le plus profond silence.
- Bien caché à proximité du chanteur ailé, on note la prononciation de ses lettres et de ses syllabes en s’assimilant la cadence de leurs sons. On s’efforce d’en saisir le timbre, d’en apprécier la force sonore, d’en distinguer les accents, d’en pénétrer le style et l’esprit.
- « Répétez en sifflant ou en chantant, dit Hans Stad-ler, ce que chantent ou crient les oiseaux. Et leur musique ainsi transposée en sons humains, couchez-la sur le papier comme vous feriez d’une tranche musicale originellement humaine ».
- Mais il ne faut pas vouloir aller trop vite. On doit fractionner l’ensemble du chant, et étudier bien à fond chacune des fractions. Il est nécessaire de recommencer patiemment et plusieurs fois la même étude.
- MÉSANGE CHARBONNIÈRE
- Fig. 3. — Notations musicales des chants de quelques oiseaux.
- ainsi un oiseau chanteur sans hésitation ni erreur est déjà un grand avantage. Mais grâce à la science qui nous occupe on peut aussi découvrir un migrateur anormal par l’audition d’un chant inaccoutumé et même identifier une variété nouvelle par une différence constante dans la notation.
- D’où l’utilité de l’ornithomélographie que les beaux jours et la présence des chanteurs ailés remettent en honneur.
- G. d’Aguilar.
- COLLES ET ADHÉSIFS MODERNES
- Le nombre des corps dont les propriétés adhésives sont mises à profit dans les diverses industries est très élevé. On peut les diviser en un certain nombre de groupes :
- — les produits d’origine animale : colles de peau, gélatines, caséine, albumine, etc., qui correspondent à la plus forte consommation ;
- — les colles à base de protéines végétales, du gluten, du soja, etc., et celles à base d’amidons : fécule, farines, etc.;
- — les adhésifs utilisant des substances naturelles végétales : gommes arabique, adragante ; des résines naturelles : sandaraque, colophane, mastic ; du latex, du caoutchouc ;
- — ceux à base de produits chimiques synthétiques ou de substances ayant subi des traitements chimiques : résines artificielles, esters cellulosiques, etc.
- Enfin, pour mémoire, on peut signaler certains produits entièrement minéraux comme le silicate de soude dont l’em-
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- ploi est restreint à quelques applications particulières qui le consomment seul ou associé à d’autres corps.
- Les plus importants de ces produits, ceux qui représentaient dans l’industrie des colles et adhésifs les plus forts tonnages sont actuellement d’approvisionnement très restreint, mais la technique chimique moderne a trouvé le moyen de suppléer d’une manière parfaite à cette carence, par le développement inouï qu’a pris, en ces dernières années, l’industrie des résines artificielles et des matières plastiques qui représente une des réalisations les plus puissantes et les plus complètes de la chimie.
- Celle-ci a pu mettre au point et offrir à l’industrie des produits de remplacement qui présentent cette caractéristique curieuse d’être généralement supérieurs à ceux auxquels ils se substituent.
- On peut citer : les résines phénol-formol du type bakélite qui, avant polymérisation, sont employées pour le collage et l’imprégnation et qui, utilisées sous presse et à chaud aux environs de i35°-i4o0, deviennent insolubles dans l’eau. Les produits de condensation de l’urée et du formol ou des amines et du formol peuvent être employés seuls ou additionnés d’autres substances à froid ou à chaud pour des collages divers.
- Les esters de la cellulose donnent aussi de bons adhésifs mais ils ont l’inconvénient d’une certaine sensibilité à l’humidité.
- Les résines vinyliques méritent une attention toute spéciale dans l’industrie des colles et adhésifs ; leurs possibilités d’emploi, dans ce domaine, se sont révélées exceptionnellement larges.
- Les résines vinyliques sont des produits polymérisés de dérivés du radical vinylique : — CH = CH2, en particulier de l’alcool vinylique CH2 = CH.OH, spécialement sous forme d’acétate de vinyle CIP — COO — CH = CH2.
- Cet acétate de vinyle est un produit synthétique au sens strict du terme. Il est obtenu par réaction catalytique de l’acétylène sur l’acide acétique, ces deux corps préparés eux-mêmes à partir du carbure de calcium. Il est ensuite polymérisé par la chaleur en présence d’agents catalytiques. On obtient finalement une résine neutre, inodore, incolore, parfaitement transparente, se ramollissant par la chaleur et remarquablement stable à la lumière. Elle est également stable à la chaleur, elle ne subit pas de polymérisation ultérieure la rendant insoluble ou infusible, et elle se relie ainsi à la classe des matières thermoplastiques pouvant subir un nouveau ramollissement ou même prendre l’état fluide chaque fois que la tempéi'ature est relevée aux environs du point de fusion.
- Les résines vinyliques sont plus ou moins solubles dans la plupart des solvants organiques usuels à l’exception de la térébenthine, des essences minérales et de leurs dérivés, de l’éther ordinaire, de la plupart des huiles et de quelques alcools supérieurs.
- Suivant les conditions de polymérisation de l’acétate de vinyle, les résines obtenues se différencient par certaines propriétés physiques ; leur élasticité et le degré de viscosité de leurs solutions, en particulier, sont d’autant plus grandes que leur polymérisation a été plus poussée.
- Les fabricants livrent généralement au commerce quatre types de ces produits : x° très haute viscosité; 2° haute viscosité ; 3° moyenne viscosité ; 4° basse viscosité.
- Les résines vinyliques sont insolubles dans l’eau mais ont la propriété de gonfler légèrement à son contact. Ceci présente un certain avantage pour les collages soumis à des conditions hygroscopiques variables, en améliorant l’adhérence entre le support et le film.
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- Ce sont les qualités de moyenne viscosité qui sont les plus employées pour le collage. On les utilise en solution dans l’alcool à 95° additionné d’un peu de benzène, de toluène ou d’acétate d’éthyle : io à i5 pour ioo, ou en solution dans le toluène, le benzène, additionnée de io pour ioo d’acétate d’éthyle ou d’alcool à 96°. On peut également employer dans les mêmes conditions les solvants chlorés, le trichloréthylène, par exemple qui a pour intérêt son ininflammabilité.
- On peut, si cela est utile pour l’emploi envisagé et pour conserver notamment de la souplesse aux films de collage, incorporer des plastifiants tels que le tricrésylphosphate, le phtalate de butyle dans une proportion de 2 à 10 pour 100.
- Pour des buts déterminés, on peut associer aux résines vinyliques de la nitrocellulose, du caoutchouc chloré, notamment pour améliorer la résistance à l’eau.
- D’une manière générale, les colles à l’acétate de vinyle peuvent être appliquées sur bois, sur métal, sur papier, sur verre, sur carton, sur tissus, etc.
- Pour le collage de feuilles métalliques minces sur papier, sur carton, par exemple, on utilisera une solution alcoolique plastifiée par un peu de tricrésylphosphate.
- La limpidité parfaite de ces résines en a fait recommander l’emploi pour la fabrication des verres de sécurité, comme pour assembler les feuilles d’emballage transparentes : cellophane, rhodophane, etc.
- Ces colles s’emploient comme les colles ordinaires liquides et sont appliquées au pinceau ou au pistolet, on laisse plus ou moins sécher la colle sur les surfaces avant d’unir celles-ci, suivant leur degré de porosité. Il peut être opportun de laisser sécher complètement, puis de rapprocher les surfaces et de réaliser l’adhérence par pression et élévation de température.
- On peut également employer ' des résines pulvérisées sèches, l’assemblage étant fait par pression à chaud. C’est ainsi que l’on réalise le collage des photographies par l’emploi de papiers spécialement préparés, imprégnés de résine. On les fixe sur le support par application d’un fer chaud.
- En joaillerie, la fixation et le collage des pierres précieuses peut se faire en provoquant l’adhérence à la température de ramollissement de la résine.
- L’industrie des matières abrasives utilise une action analogue pour fixer sur le support : toile ou papier, les grains calibrés de l’abrasif, ainsi que pour fixer les meules sur les flasques métalliques qui les supporteront.
- On voit par ces exemples quelles modifications l’apparition des résines synthétiques a apportées dans l’industrie des adhésifs. L’avantage principal réside dans la résistance de ces produits à l’eau.
- D’autre part, il est facile, en modifiant la composition des mélanges, en variant d’une part la viscosité de la résine, et d’autre pai't la nature des solvants et le degré de volatilité de ceux-ci, de préparer toute une gamme de produits répondant à la plupart des problèmes de collage qui peuvent pratiquement se poser.
- Dans bien des cas, les nouvelles formules, à base de résines vinyliques notamment, ont changé les techniques et les approvisionnements et donné aux industries nationales une indépendance complète en ce qui concerne les collages.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
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- LES SOLS POLYGONAUX
- Parmi toutes les curiosités que.renferme le Spitzberg, celle qui a le plus attiré les géologues et les géographes, est une étrange configuration de la surface du sol de cet archipel arctique. En certains endroits bas et plats, le sol est couvert de réseaux, d’anneaux et de bandes de pierres, qui dessinent des figui’es polygonales plus ou moins régulières (hexagones, pentagones, carrés ou cercles).
- De nombreux savants, de toute nationalité, se sont attachés à cette énigme. Envoyé en mission au Spitzberg, en 1939, j’ai essayé également de trouver une solution, en étudiant ce phénomène du côté hydrodynamique. Ayant été chargé par M. H. Bénard, dans son laboratoire de Mécanique des Fluides, d’étudier la viscosité des boues épaisses, j’ai reproduit à petite échelle, dans des cuvettes verticales ou horizontales, toutes les apparences de sols polygonaux réels.
- Pour conserver la similitude dynamique, il a fallu établir de grands écarts de température (ioo° environ) et de très faibles épaisseurs (o,3 à 2 cm. environ) ; on obtenait ainsi des tourbillons convectifs parfaits qui, grâce à leurs formes et à la matière dont ils étaient constitués, se rapprochaient des sols polygonaux des pays arctiques.
- Ces expériences avaient pour but d’établir et de vérifier trois lois :
- x° La constance (1,75) du rapport entre la largeur du tourbillon et l’épaisseur de la couche ;
- 20 L’identité entre le réseau des lignes de courant des sols et celui des tourbillons convectifs classiques ;
- 3° L’identité entre le réseau d’isothermes des sols en formation et celui des tourbillons convectifs.
- Il m’a été ainsi donné d’observer que les tourbillons
- obtenus dans mes expériences étaient bien des tourbillons de chaleur, et que ces tourbillons s’apparentaient étroitement à ceux qui devaient être à la base de la formation des sols polygonaux.
- Il fallait encore résoudre quelques problèmes avant d’affirmer avec certitude que c’étaient bien les tourbillons convectifs qui étaient responsables de la curieuse configuration de ces terrains. C’est pour résoudre ce problème que je m’embarquais en juillet 1939 à destination du Spitzberg.
- J’avais choisi cet archipel en raison des moyens de locomotion relativement faciles qui le relient à la Norvège et ensuite parce que cette île est très favorisée du point de vue de la beauté et de la régularité du phénomène ; on trouve aussi de ces terrains en Islande, au Groenland, dans l’extrême-Nord de la Norvège, ainsi que dans les Alpes au-dessus de 3 000 m. d’altitude, mais ces dernières formations ne sont pas aussi nettes que celles du Spitzberg. Trois régions différentes ont été explorées : je me suis tout d’abord installé dans la King’s Bay, près de Ny-Alesund, d’où j’ai pu visiter toute la côte de la King’s Bay et de la Cross Bay. Le deuxième objectif fut la pointe Sud de l’entrée de l’Isfjord, à côté de la station de T. S. F. du Kapp Linné ; enfin la troisième région était située au fond de l’Isfjord dans la vallée de la Sassendal.
- Tout d’abord un mot sur le phénomène lui-même. En hiver, le sol est recouvert d’une épaisse couche de glace et de neige, la température peut descendre jusqu’à — 3o° ou — 4o° ; au printemps pendant le dégel, celle couche de neige fond, imbibe la terre, la transforme en une couche de boue. Mais ce dégel s’arrête à un mètre environ de profondeur ; au-dessous le sol leste éternellement gelé et joue le rôle du fond de la cuvette ; entre cette couche gelée appelée « tjâle » et la surface supérieure s’établit une différence de température qui provoque des tourbillons convectifs identiques à ceux observés dans mes expériences de laboratoire à petite échelle ; les tourbillons ne sont pas provoqués uniquement par l’écart de température mais aussi et surtout par des variations de la température de la surface libre qui sont fonctions des variations de température de l’air ambiant.
- Tout d’abord, je me suis attaché à étudier la surface du sol.
- Les tourbillons existant dans la masse de boue au printemps chassent les pierres et les disposent en des cloisons verticales qui, à la surface du sol, dessinent des polygones ou des anneaux.
- Ces polygones sont toujours convexes, ayant de 4 à 6 côtés ; les. hexagones sont des formes stables vers lesquelles tendent les autres formes. Sur des terrains en faible pente, les polygones se déforment en
- Fig. 1. — Une formation de sols polygonaux photographiée sur les bords
- de la Cross Bay.
- Les cloisons de pierres, s’élevant de quelques centimètres au-dessus du soi, forment un réseau polygonal dont l'intérieur est constitué par une boue homogène presque totalement desséchée.
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- Fig. 2. — Une autre formation de sols polygonaux photographiée sur les bords
- du fjord Iüng’s Bay.
- Le terrain, étant plus élevé et plus sec, la boue est complètement desséchée et la végétation fait son apparition. Les pierres sont moins volumineuses et les cloisons sont moins élevées que dans la figure précédente.
- bandes parallèles aux lignes de plus grande pente du terrain, du fait de la pesanteur qui les étire. Sur des pentes de o° à 5° on peut trouver des formes de transition qui ont l’allure d’ellipses et qui sont des polygones étirés où les cloisons transversales n’ont pas encore disparu.
- Après avoir mesuré et photographié les différentes formes de sols polygonaux, je me suis déplacé dans une région élevée (8oo à i ooo m.) où le dégel était encore en cours, avec des thermomètres enregistreurs à longue tige, j’ai mesuré les températures de la boue à différentes profondeurs et j’ai trouvé dans la boue en turbulence le réseau d’isothermes créé dans les boues épaisses des cuvettes de laboratoire.
- La troisième phase du travail sur le terrain a porté sur l’étude de la masse de boue solidifiée. Pour cette étude je suis redescendu dans les plaines, sur les bords des fjords. La boue y était complètement desséchée et il était possible de faire des terrassements pour déceler la disposition des petits cailloux dans l’épaisseur de cette couche. Les petits cailloux plats et allongés dessinaient les lignes de courant des tourbillons convectifs qui avaient provoqué le déplacement des gros cailloux rangés en cloisons verticales, séparant les cellules tourbillonnaires. J’ai pu également vérifier le rapport existant entre la largeur du tourbillon mesurée sur la surface libre et l’épaisseur de la couche entre la surface et la « tjale » ; le rapport s’est trouvé être constant et égal sensiblement à 1,76, comme au laboratoire.
- Les sols polygonaux paraissent donc être provoqués par des tourbillons de convection qui se produisent au sein de la masse turbulente, constituée au printemps par une boue fluide et visqueuse.
- Si le phénomène conveclif était seul en jeu, on ne devrait observer que des hexagones réguliers, mais la convection étant le phénomène principal, d’autres facteurs la favorisent, ainsi l’action poussante de la gelée, signalée par le géologue Hogbôm agit dans le même sens que la convection ; elle écarte pendant le gel les pierres et les pousse vers la périphérie, mais par contre cette action détruit la forme polygonale et la transforme en forme circulaire et on obtient ainsi ce qu’on appelle des « anneaux de pierres ».
- Y. Romanovsky.
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN NOVEMBRE 1941
- Ce mois va offrir encore de nombreux sujets d’études aux observateurs. Toùtes les planètes seront visibles, les principales restant toujours groupées dans la même partie du ciel et s’offrant ainsi ensemble à la vue. Mars il est vrai s’éloigne, mais Saturne est en opposition, tandis que Jupiter approche de la sienne; en ce qui concerne ce dernier, notons, parmi les nombreux phénomènes de son système, divers passages simultanés de deux satellites accompagnés de leurs ombres. Mercure en élongation matinale, sera visible dans la première quinzaine du mois, et Vénus toujours défavorablement située pourra être néanmoins bien iaperçue dans le crépuscule, à son élongation orientale. Enfin novembre est volontiers riche en étoiles filantes, avec les essaims des Léonides et des Andnomédides.
- Comme toujours les heures sont exprimées en Temps Uni-
- versel, compté de oh (minuit) à 24ü ; il importe d’y ajouter les corrections nécessaires suivant l’heure en usage aux lieux d’observation.
- I. —- Soleil. — La déclinaison du Soleil décroît en novembre de — I4024, le Ier à — 2i°38/ le 3o. La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) se raccourcit, pour Paris, de 9h52m le Ier à 8h33m le 3o. Pour ces mêmes dates, la durée du crépuscule civil s’allonge au contraire de 34m à 38m, et celle du crépuscule astronomique de ib5om à 1^57“.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Novembre : 1er = iih34mi8a ; 6 = iih34m20a ; 11 = nh34m42s; J6 = nh35m263 ; = uh36m32s; 26 = nh37m57a;
- Décembre : 1er = nh39m4oa.
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- Fig. 1. — Présentation de Saturne à F opposition de 1941. (Image vue dans une lunette).
- Observatio?is physiques. — La liste suivante donne les éphémérides permettant l’orientation des dessins ou photographies, que tous les jours de beau temps, il est à recom-
- mander de prendre de la surface solaire.
- Date (oh) P B0 L0
- Novembre 5 + 23 92 + 3^2 282^34
- — 10 + 22,85 + 3,37 2l6,4l
- — 15 + 21,56 + 2,79 i5o,5o
- — 20 + 20,11 -f- 2,20 84,59
- — 25 + *8,46 + J>58 18,69
- — 3o -f- 16,66 + o,95 312,19
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. — Quoique moins bien située que vers l’équinoxe, c’est-à-dire plus couchée sur l’horizon, on pourra rechercher encore la lumière zodiacale avant le lever du jour ; cette observation n’est possible qu’à partir du 18 jusque vers la fin du mois, afin de bénéficier de l’absence de clair de Lune. Vers le milieu de cette période la lueur antisolaire pourra être visible dans le Taureau mais son observation est susceptible d’être contrariée par l’éclat de Jupiter trônant dans les mêmes parages.
- II. — Lune. — Dates des phases :
- P. L. le 4 Nov. à 2h om I N. L. le 19 Nov. à oh 4m D. Q. le 12 — à 4h53m | P. Q. le 25 — à i7b54m
- Plus grandes déclinaisons : + i8°26/ le 8 novembre à 9h ; — i8°3ol le 21 novembre à 9h.
- Variations de distance et diamètre apparent : Apogée le 5 novembre à 17^, diamètre apparent = lÿilV1 ; Périgée le 19 novembre à 2b, diamètre apparent = 88,28,/.
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Date Astre Magni- tude Phéno- mène Heure (p. Paris) Angle au pôle
- Nov. 8 26 Gémeaux 5,i Em. 22h2im}3 2680
- — 22 5432 B D.—180 5,9 Imm. i8hiom,9 I23<>
- III. — Planètes. — Nous donnons ici, complétées par un tableau d’ensemble, les indications nécessaires pour trouver les planètes et les observer dans les meilleures conditions, d’après les époques et heures de visibilité ; ces indications sont extraites de l'Annuaire Astronomique Flammarion.
- Mercure atteindra sa plus grande élongation du matin le 12 novembre, à ig°3f W. du Soleil. Quoique peu élevé dans le ciel, sa déclinaison supérieure à celle du Soleil permettra de le distinguer, quelques jours avant cette date, si le ciel n’est pas trop brumeux à l’horizon.
- Vénus, en raison de sa déclinaison australe, reste très basse sur l’horizon. On pourra la distinguer néanmoins avec un bel éclat maintenant, atteignant sa plus grande élongation du soir le 23 novembre, à E. du Soleil ; sa situa-
- tion défavorable rend à peu près impossible l’observation télescopique utile.
- Mars, toujours d’un assez bel éclat et à bonne hauteur dans le ciel, devient d’une observation difficile pour les instruments de moyenne puissance. Déjà très éloigné de l’opposition, le disque accusant une faible phase sera réduit à i4" à la fin du mois.
- Jupiter acquiert un éclat de plus en plus magnifique, devant être en opposition le 8 décembre. Avec une forte déclinaison boréale qui le rend visible à bonne hauteur toute la nuit, l’observation de son disque relativement considérable est accessible à de modestes instruments. La bonne qualité de l’image télescopique, grâce à cette élévation, permettra facilement l’examen des détails, toujours si intéressant à poursuivre ; il en est de même pour celui des phénomènes nombreux du système de ses quatre principaux
- ASTRE Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation ou étoile voisine VISIBILITÉ
- Soleil . 9 No.v. 21 — 6h5i“ 7 10 Iih34m3is 11 36 32 iôh^m 16 3 141157111 i5 46 — i6°5o' 19 54 32^21 "28 32 26,32 Balance Scorpion
- Mercure . ! 9 — 21 — 5 x 5 33 10 25 10 32 i5 48 i5 3o 13 46 14 3g — 8 35 i3 38 7,4 5,6 Vierge 1 Balance 1 Le matin dans l’aurore.
- Vénus. .! 9 ~ 21 — 11 7 11 10 14 53 15 1 18 38 18 53 18 12 19 9 — 26 33 25 42 21,8 a4,6 Sagittaire^Le soir dans le crépus-<r Sagittaire) cule.
- 1 Mars . 9 — 21 — i5 1 14 12 21 19 20 34 3 4o 2 59 0 43 0 44 + 3 10 4 6 18,2 16,0 Poissons jl>res(Iue la nuit. 1
- 1 Jupiter 9 — 21 17 56 17 4 1 56 1 3 9 52 8 58 5 17 5 11 + 22 23 22 17 43,6 44,4 coq Taureau (rpn„tOL .09 Taureau )Toule la no,t-
- Saturne . 9 “ 21 — 16 47 i5 57 0 16 23 20 7 4o 6 48 3 36 3 32 + 16 54 16 4c 18,4 18,4 Taureau Taureau Toute la nuit.
- Uranus . 27 — i5 29 23 8 6 5i 3 44 + 19 32 3,6 Taureau Toute la nuit.
- Neptune . 27 — 1 >9 7 28 i3 37 12 0 + I 21 2,4 Vierge Seconde partie de la nuit.
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- satellites. Voici la liste de ceux qui, en raison de leur heure de production, seront vus de Paris :
- Novembre 1er, I. E. c. 4hi4m,4; III. Im. 2oh25m ; II. E. c. 22h36m,6 ; III. Em. 22h5om. — 2, I. O. c. ih32m; I. P. c. 2h24m; II. Em. 2h55m ; I. 0. f. 3h43m ; I. P. f. 4h34m; I. E. c. 22h42m,9. — 3, I. Em. ih47m ; II. 0. f. i9h4om; I. O. c. 2ohim; I. P. c. 20h5im; II. P. f. 2ih22m; I. 0. f. 22hiira; I. P. f. 23him. — 4, I. Em. 2ohi'3ni. — 7, II. 0. c. 6hi8ra.
- — S, I. E. c. 6h8m,7 ; III. E. c. 2oh48m,5 ; III. E. f. 23hi8m,o ;
- III. Im. 23h5om. — 9, II. E. c. ih7m,8 ; III. Em. 2hi4m; I. 0. c. 3h26m; I. P. c. 4V“; II. Em. 5ii2m; I. 0. f. 5h37m; I. P. f. 6h2om. — 10, I. E. c. oh37m,3 ; I. Em. 3h33m ; II.
- O. c. i9h37m; II. P. c. 2ih3m; I. 0. c. 2ih54m; II. 0. f.
- 22hi7m; I. P. c. 22h36m ; II. P. f. 23h4im. — H, II. 0. f. oh5m; I. P. f. oh4Gm ; I. E. c. i9h6m,o ; I. Em. 2ih59m. — 12, I. P. f. i9hi2m. — 16, III. E. c. oh48m,i; II. E. c.
- 3h42m,i ; I. 0. c. 5h2om ; III. Em. 5h35m; I. P. c. 5h54m. —
- 17, I. E. c. 2h3im,8 ; I. Em. 5hi7m; II. 0. c. 22bi4m; II.
- P. c. 23h2om ; I. 0. c. 23h48m. — 18, I. P. c. oh2om ; II. 0. f. oh55m ; I. 0. f. ih59m; II. P. f. ih59m ; I. P. f. 2h3om ; I. E. c. 2ihora,5; I. Em. 23h43m. — 19, I. P. c. i8h46m; III. P. f. i9hi8m; I. 0. f. 2oh28m; II. Em. 2oh35m; I. P. f. 2oh56m. — 23, III. E. c. 4h48ra,o; II. E. c. 6hi6m,4. — 24, I. E. c. 4h26m,4. — 25, II. 0. c. oh52m; II. P. c. r^ô111 ; I. 0. c. ih42m; I. P. c. 2b3m; IL 0. f. 3h32m; I. 0. f. 3h53m; I. P. f. 4hi4m; II. P. f. 4hi5m; I. E. c. 22*55“,i. — 26, I. Em. 1*28“ ; III. 0. c. i8*5im; II. E. c. i9*33m,6 ; I. 0. e. 2ohiom; III. P. c. 2o*nm; I. P. c. 20*29™; III. 0. f. 21*22™; I. 0. f. 22h22m; III. P. f. 22*34™ ; I. P. f. 22*40™; II. Em. 22*48™. — 27, I. Em. 19*53™.
- D’après cet horaire, on notera qu’en diverses circonstances : soirée du 3, nuit du 17-18 et du 25-26, soirée du 26, des passages simultanés de deux satellites (I et II, I et III) et de leurs ombres pourront être contemplés ; ce sont là des observations intéressantes à effectuer.
- Saturne sera en opposition le i7 novembre. C’est dire qu’il se trouve alors dans les meilleures conditions pour l’observation, la figure 1 montrant la perspective sous laquelle se découvre son magnifique système annulaire ; on remarquera qu’à une fraction de seconde près, le petit axe de ce dernier et le diamètre polaire de l’anneau se confondent : bientôt donc nous verrons en entier le contour extérieur de l’anneau. Voici exactement les éléments de la présentation de l’ensemble au milieu de novembre.
- Diamètre polaire du globe ....... 18", 4
- Grand axe extérieur de l’anneau ..... 46 ', 1
- Petit axe extérieur de l’anneau................... 18", 2
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau ...................................... —23°,24
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau .......................................... —23o,45
- En raison de cette perspective, les-orbites des satellites sont vues comme l’indique notre seconde figure, se rapportant à ceux de ces petits astres qui peuvent être aperçus à d’aide d’instruments d’amateurs, particulièrement en ce moment favorable de l’opposition. On sait que Titan, le plus important de tous, peut être distingué à l’aide d’une lunette de 5o mm. d’objectif seulement; une de 75 mm. montre Japet à ses élongations occidentales (où il atteint la 9e rnagn.), puis Rhéa, de 9®5 magn. et Thétys, de 10e; enfin une de 108 mm., Dioné, de 10e 5.
- Titan est néanmoins le seul qui, à l’aide de modestes moyens, puisse être suivi régulièrement ; nous donnons à cet effet les dates de ses élongations :
- Élongation E, les 7 et 23 novembre.
- Fig. 2. — Orbites apparentes, en 1941, des quatre satellites de Saturne les plus facilement observables.
- (Image vue dans une lunette).
- Élongation W, le i5 novembre.
- Uranus, en opposition le 21 novembre, se présente dans les mêmes conditions favorables que Saturne, se trouvant à 3° environ au-dessus, au N.-E. On sait que l’observation de son petit disque bleuâtre, de 3//6, est de pure curiosité en l’absence d’un très puissant instrument.
- Neptune, en quadi’ature W le mois prochain, peut êli'e vu maintenant bien avant le lever du jour, se découvi'ant seulement comme un point lumineux de 8e magn. environ.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le jer nov., à i5fl, Mars avec la Lune à o° 6' S.
- Le 5 — à 7b, Saturne avec la Lune à 2016' N.
- Le 5 — à i2h, Uranus avec la Lune à 4°34' N.
- Le 7 — à 8b, Jupiter avec la Lune à 4024' N.
- Le i5 — à 4*1, Neptune avec la Lune à oo33' N.
- Le l7 — à 6*1, Vénus avec er Sagittaire à ooi5' N.
- Le l7 — à 17b, Mercure avec la Lune à io38' S.
- Le 22 — à io11, Vénus avec la Lune à 7f4o' s.
- Le 28 — à 226, Mars avec la Lune à io5i' N.
- Étoile Polaire. — Heures des passages de VÉtoile Polaire
- au méridien de Paris :
- Novembre 7 Passage supérieur à 22h2gm 3s
- — 17 — à 21 49 4°
- — 27 — à 21 10 16
- Étoiles variables. — Voici les dates auxquelles, en raison
- de leur heure de production, on observera des minima d'Algol :
- Le 2 novembre à i5h59m; le 17 à 4h3™; le 20 à o*52™ ; le 22 à 2ih4im; le 25 à i8h3o1“.
- Étoiles filantes. — Deux essaims jadis célèbres se montrent en novembre, celui des Léonides (radiant vers K Lion) du i3 au i4, et celui des Andromédides (radiant vers y Andromède) du 17 au 23.
- Les Léonides qui ont dans le passé fourni de copieuses averses sont maintenant très raréfiées ; les perturbations de Jupiter et de Saturne ont éloigné le gros de l’essaim de l’orbite terrestre. De même celui des Andromédides, attribué aux débris de la Comète de Biela, se montre maintenant très pauvre tandis que l’action perturbatrice a eu pour effet d’avancer du 27 au 23 novembre la date de sa rencontre avec la Terre.
- V. — Constellations. — Les nuits de novembre sont de plus en plus favorables aux observations stellaires et aux photographies à longue pose. On voit apparaître de bonne heure la région si riche d’Orion, tandis que la Voie Lactée se développe largement de l’Est à l’Ouest en passant par le zénith ; dans le cours de la nuit on peut l’observer depuis VAigle jusqu’au Navire. Lucien Rudaux.
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- CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE (>)
- LES BAINS DE DÉVELOPPEMENT
- Nous rappelons ici que les Causeries publiées dans les nos 3o6o, 3o6x, 3o62 et 3o6g sont destinées à tous les amateurs qui se trouvent hors de chez eux, loin de tout laboratoire digne de ce nom. Elles s’adressent plus spécialement aux excursionnistes », aux « scouts », aux « campeurs », aux te alpinistes » et notamment aux a jeunes » des chantiers de jeunesse.
- Les conditions actuelles sont différentes de celles qui existaient lors de la publication du premier de ces entretiens (n° 3o6o, du i5 avril 1940). Un très grand nombre de lecteurs se trouvaient alors aux Armées, et c’est pourquoi nous avions adopté, comme mesure de capacité, le quart réglementaire (voir n° 3o62, du i5 août 1940, p. 354).
- Aujourd’hui, nous augmenterons notre bagage d’une ou deux bouteilles de pharmacie de 2x0 cm3, portant en relief, sur le verre, deux échelles : l’une en grammes et l’autre en cuillerées à soupe. L’une de ces bouteilles nous servira à la préparation du révélateur, notamment à la dissolution des développateurs vendus en « cartouches » qu’il suffit généralement de verser dans 200 cm3 d’eau.
- Dans les formules qui vont suivi-e, les quantités de produits seront données pour 125 cm3 d’eau (la moitié du « quart ») ou pour 200 cm3. Parfois même pour 25o cm3.
- Le révélateur. •—- Dans les conditions où nous nous trouvons, et avec le matériel l’éduit en notre possession, il ne faut guère songer à préparer soi-même, sur place, le bain de développement. En général, un tel bain exige divers produits, des flacons pour les contenir, des balances pour les pesées, etc. On sera donc obligé soit de se procurer du révélateur tout préparé, soit de le préparer soi-même lorsqu’on se trouve chez soi.
- Les bonnes maisons de photographie mettent en vente des révélateurs présentés, les uns sous forme solide, les autres sous forme liquide (généi-alement très concentrée).
- Il nous faut ici mettre les amateurs en garde contre certains produits préparés par des revendeurs, car nous igno-l’ons ce qu’ils renferment : on ne doit utiliser que des révélateurs vendus sous la marque de maisons connues.
- Les révélateurs en sels (les plus commodes et les plus légers à transporter en voyage) sont livrés en doses diverses et très souvent sous forme de « cartouches » que l’on doit dissoudre dans une quantité déterminée d’eau (le plus souvent dans 200 cm3 ou 25o cm3).
- Les révélateurs liquides doivent être étendus d’eau, mais dans des proportions très différentes suivant la concentration du bain ou la base du révélateur. Par exemple, nous trouvons dans le commerce que certain développateur au génol-hydroquinone doit être additionné de trois parties d’eau (c’est un excellent révélateur, mais « encombrant » dans les circonstances où nous sommes). Par contre un révélateur à la métoquinone doit être étendu de 10 parties d’eau et un autre, à base de paramidophénol, peut se diluer de 10 à 4o parties d’eau (1 2).
- 1. Voir les n°s 2967, 2972, 2974, 2979, 2980, 2981, 2983, 2985, 2987, 2989, 2993, 2996, 2999, 3002, 3006, 3010, 3012, 3023, 3027, 3039, 3041, 3049, 3060, 3061, 3062 et 3069.
- On doit rappeler ici que la photographie en plein air est rigoureusement interdite en zone occupée.
- 2. Le « Lumixol ». Avec la dilution la plus grande, quel
- que soit le révélateur, l’action est moins rapide qu’avec la dilution normale et convient surtout pour le développement en cuves, à durée fixe. Mais ]e transport d’une cuve n’a pas été prévu dans notre bagage !
- Ces derniers révélateurs, extrêmement concentrés, auront donc notre préférence si nous aimons mieux avoir i-ecours à la forme liquide.
- Et maintenant, un bon conseil. Lorsqu’on aura pris la décision de pratiquer la photographie cc en déplacement », il faudra toujours utiliser un révélateur dont l’emploi nous soit familier, tout au moins par des essais préalables au laboratoire : ainsi, nous n’aurons pas de surprise lorsque nous travaillei'ons avec le même produit en campagne. Et si nous employons des révélateurs tout préparés, on devra toujours tenir compte des instructions données par le fabricant.
- Voici, à présent, quelques formules de bains que l’on peut préparer soi-même.
- Révélateur au diamidophénol. — C’est, à peu près, le seul à conseiller pour sa simplicité et sa facilité d’emploi dans les conditions d’installation où nous nous trouvons. Il ne comporte, en effet, que du sulfite de soude anhydre et du chlorhydrate de diamidophénol. Voici sa formule pour 1 000 cm3, pour 125 cm3 et pour 200 cm3 avec les quantités de produits mesurées eh grammes et en « cuillerées à moutarde » (L).
- (Pour mesurer 125 cm3 d’eau — quantité suffisante pour développer une pellicule 6x9 —, voir le n° 3oÔ2, p. 354.)
- Eau 1 000 cm3 ia5 cm3 200 cm3
- Sulfite de soude
- anhydre . 3o gr. 2 1/2 cuillers 4 cuillers
- Ghorhydrate d e
- diamidophénol. 5 gr. 1 — 1 1/4 —
- Pour préparer le révélateur, faire tomber le sulfite,
- poudre non agglomérée, dans l’eau, en agitant celle-ci au moyen d’un fragment de bois. La dissolution est presque instantanée.
- Le diamidophénol sera ensuite versé dans cette solution, toujours en agitant. Sa dissolution sera, également, presque immédiate.
- Tout cela serait donc exti’êmement pratique et d’une évidente simplicité si, par suite des circonstances actuelles, il ne se présentait une grave difficulté : c’est que, depuis le mois de septembre 1939, la fabrication du diamidophénol a été suspendue par suite des difficultés d’approvisionnement en matières premières, et ce produit manque.
- En tout cas, nous avons cru utile de donner, malgré tout, la formule de ce révélateur si pratique pour l’époque ou la fabrication du diamidophénol sera reprise, et aussi parce que certains lecteurs peuvent encore posséder ce produit dans leur laboratoire.
- Ajoutons que ce révélateur, après emploi, devra être rejeté, car il ne se conserve pas.
- Révélateur au génol-hydroquinone. — Voici la formule préconisée par l’Union nationale des sociétés photographiques de France, mais adaptée aux conditions dans lesquelles nous opérons, afin d’avoir un révélateur solide, à dissoudre au moment de l’emploi.
- 1. L’emploi d’une petite cuiller à moutarde dispense d’utiliser uné balance pour les pesées. En effet, une cuiller à moutarde rase contient environ 1 g. 5 de sulfite de soude anhydre et 0 g. 8 de diamidophénol.
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- Mélanger intimement :
- Génol. .......... 2 g.
- Hydroquinone..................... 5 —
- Sulfite de soude anhydre. ... 35 —
- Carbonate de soude anhydre. . . 25 —
- Bromure de potassium pulvérisé. . i —
- Après avoir mélangé avec le plus grand soin ces divers produits, en faire cinq parties égales, que l’on conservera dans de petits tubes de verre bouchés (et scellés dans de la paraffine ou de la cire).
- Pour constituer le révélateur, faire dissoudre le contenu de l’un de ces tubes dans 200 cm3 d’eau tiède, en agitant jusqu’à parfaite dissolution. Laisser refroidir.
- Révélateur concentré à la métoquinone (x). — Le révélateur ci-dessous est très concentré du fait de la grande solubilité de la métoquinine dans l’acétone :
- Eau..................... 800 cm3
- Sulfite de soude anhydre. ... 120 g.
- Acétone........................ 160 cm3
- Métoquinone.................... 32g.
- Bromure de potassium à 10 p. 100. 5o cm3
- Mettre la métoquinone en suspension dans l’eau, portée à la température de 35°. Ajouter le sulfite en agitant pour bien mélanger, puis ajouter l’acétone et agiter jusqu’à dissolution complète.
- Pour constituer le révélateur normal, ajouter à 1 partie du révélateur concentré ci-dessus 9 parties d’eau. Il va sans dire que la préparation du révélateur concentré doit être faite d’avance au laboratoire.
- Pour l’emploi commode de ce révélateur en cas de déplacement, le conserver dans un flacon portant une échelle en grammes et, selon que l’on utilisera un bain de 125 cm3 ou de 200 cm3, on prendra 12 g. 5 ou 20 g. de révélateur concentré, mesurés à l’échelle, et on ajoutera l’eau nécessaire.
- 1. D’après l’Agenda Lumière.
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- On peut, sans inconvénient, développer les films dans ce révélateur dilué, sans craindre une action de l’acétone sur le film lui-même. On sait que les pellicules en bobines sont protégées sur les deux faces, d’un côté par l’émulsion sensible, de l’autre par une contre-couche de gélatine. Et, à la dilution du révélateur, l’action de l’acétone peut être considérée comme négligeable.
- Le fixage. — Les pellicules sont généralement assez longues à fixer et, pour diminuer le plus possible le temps consacré au fixage, il convient d’augmenter la teneur du bain en hyposulfite de soude. Nous conseillons de la porter à 3o g. et même à 4o g. pour 100 g. d’eau. On préparera donc d’avance des paquets d’hyposulfite de soude qu’il suffira de dissoudre dans l’eau.
- Pour le contenu de notre cc quart », ces paquets seront de 75 g. ou de 100 g. suivant que nous adopterons la première ou la deuxième des concentrations ci-dessus.
- MM. Lumière et Seyewetz ont montré, en 1908, que l’adjonction de chlorure d’ammonium (sel ammoniac des piles) au bain de fixage diminue la durée de ce fixage. Si, dans une solution d’hyposulfite à i5 pour 100 on ajoute le quart environ de chlorure d’ammonium de la quantité d’hyposulfite la durée du fixage exige trois fois moins de temps que lorsque l’hyposulfite est seul. Mais si la teneur en hyposulfite augmente de i5 à 4o pour 100, il n’y a plus de gain de durée (à 4o pour 100 la durée du fixage est même plus longue avec le chlorure d’ammonium).
- Sur la propriété accélératrice de ce corps, MM. Lumière ont établi un fixateur rapide qui peut rendre des services dans le cas du développement des pellicules.
- Une recommandation essentielle : ne préparer aucun bain dans le « quart » en métal qui nous sert de mesure de capacité. Préparer et conserver les bains dans les flacons de pharmacie dont nous avons parlé plus haut.
- Nous n’avons pas d’entonnoir dans notre matériel si simple. Rappelons qu’un cornet de papier bien roulé, et dont on enlève la pointe, peut servir d’excellent entonnoir.
- Il nous reste, à présent, à procéder au développement de nos pellicules impressionnées.
- Em. Touchet.
- NOTES ET INFORMATIONS
- CHIMIE
- Le jaune de Naples.
- Parmi les belles couleurs que les grands maîtres de toutes les écoles de peinture ont employées depuis le début du xve siècle jusqu’au début du xvne siècle, il y en a une qui a toujours attiré plus particulièrement l’attention. C’est un jaune citron très franc, transparent, et auquel les peintres d’aujourd’hui reconnaissent ces autres qualités précieuses que, dans leur jargon, ils appellent la luminosité, l’éclat, le brillant, le corps. Il n’est pas douteux que ce jaune nous apparaît encore avec les mêmes qualités que celles qu’il possédait au moment de son emploi. En effet, ce pigment est inaltérable, qu’il ait été associé ou non à d’autres pigments; et il est certain aussi que la nature des huiles et des vernis n’a joué aucun rôle dans son inaltérabilité.
- On s’explique ainsi pourquoi, depuis une vingtaine d’années, les artistes peintres, quoique toujours à la recherche de nouveauté, en reviennent quelquefois aux procédés des
- anciens maîtres; en tout cas, presque tous demandent avec insistance à ceux qui fabriquent les couleurs fines de leur préparer ce jaune merveilleux, auquel, sans qu’on sache trop pourquoi, on a donné le nom de jaune de Naples.
- Les fabricants se sont efforcés de donner satisfaction aux peintres; ils n’y ont pas complètement réussi car les couleurs qu’ils offrent sont loin de posséder toutes les qualités qu’on en attendait. On vend, en effet, sous le nom de jaune de Naples, au moins trois produits très différents :
- i° le jaune de Naples vrai. Il serait obtenu en calcinant divers mélanges dans lesquels on trouve toujours : un composé antimonié (émétique, oxyde d’antimoine Sb203, voire antimoine métallique associé alors au salpêtre) ; un composé du plomb (azotate, massicot, minium ou céruse) ; du sel marin. A ce mélange calciné on ajoute plus ou moins de blanc de zinc ZnO, pour l’éclaircir. Ce jaune de Naples est considéré comme un antimoniate de plomb, renfermant ou non un petit excès de plomb, peut-être à l’état d’oxychlorure ;
- 20 un mélange de jaune de cadmium CdS et de blanc de zinc ;
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- 3° une ocre pâle.
- Ces deux derniers jaunes ne sont présentés que comme une imitation ou un substitut du jaune vrai ; ils ne trompent personne.
- Les chimistes réputés pour s’être occupés spécialement des questions de peinture, et qui font autorité, ne sont d’accord que sur deux points : le jaune de Naples est un antimoniate de plomb, dont, d’ailleurs, la formule n’est pas donnée; il convient parfaitement à la peinture à l’huile. Sur presque tous les autres points, ces chimistes sont en désaccord : ce jaune convient ou ne convient pas à la peinture à la gouache, à l’aquarelle, à la fresque; il est attaqué ou non par les spatules métalliques, ou encore, ou bien il les attaque en les noircissant, ou bien il ne les attaque pas.
- Comme on le verra plus loin, le jaune de Naples des anciens maîtres ne renferme pas d’antimoine, mais bien de l’étain. Ainsi s’expliquent toutes ces contradictions et aussi celles des chimistes qui, dans ces dix dernières années, ont cherché à résoudre le problème en opérant sur de très petits échantillons de la couche de peinture prélevés sur les toiles des maîtres anciens, et en recourant, pour leur étude, aux méthodes les plus récentes, notamment celles de la microchimie. Les uns ont conclu que le jaune de Naples est bien un antimoniate de plomb, mélangé ou non d’ocre, les autres, que ce n’est autre chose que le jaune de Cassel, ou de Paris, c’est-à-dire un oxychlorure de plomb.
- Pour lever le doute, le Dr Richard Jacobi, du Dœrner Institut de Munich (1), a opéré aussi sur de minuscules pellicules prélevées sur des toiles anciennes, mais il les a étudiées au moyen de la spectrophotométrie. On sait que, par cette méthode, on est renseigné non seulement, et avec la plus rigoureuse exactitude, sur la composition qualitative d’un corps, mais aussi, avec une certaine précision, sur sa composition quantitative.
- Les spectres fournis par des œuvres de maîtres connues, et qui figurent dans les musées, présentent bien tous les raies caractéristiques du plomb, mais aussi toutes celles de l’étain. Les raies de l’antimoine sont toujours totalement absentes, et cela, pour des toiles exécutées depuis i43o jusqu’en 1619. On trouve bien de temps à autre les raies du silicium et du magnésium, mais chaque fois, on a pu vérifier qu’elles étaient dues à ce qu’une partie de la couche d’apprêt dont on se sert pour préparer la toile avant de peindre, était restée adhérente à la couche de peinture proprement dite, qui, seule, aurait dû constituer l’échantillon. Son prélèvement en couche très mince, sans abîmer l’œuvre est d’ailleurs extrêmement délicat.
- ' Ces premières conclusions furent vérifiées pour un grand nombre d’autres œuvres moins connues mais sur lesquelles le jaune merveilleux apparaît aussi avec toutes ses qualités.
- Ces constatations conduisirent le Dr Jacobi à la préparation du vrai jaune de Naples des anciens maîtres. On calcine, entre 65o° et 8oo°, un mélange intime et très finement broyé qui, en poids, renferme environ trois parties de massicot, minium ou bioxyde de plomb, (oxyde puce) et une partie d’acide métastannique. Entre 65o° et 68o°, la couleur est jaune orangé;à 700°, on obtient un jaune foncé; entre 74o° et 8oo°, le pigment est jaune-citron. C’est le vrai jaune de Naples des anciens maîtres ; il fournit exactement le même spectre que celui de leurs toiles, et ce spectre reproduit les mêmes raies caractéristiques avec la même intensité,
- L’inventeur ne donne aucune formule; il ne précise pas quels sont les composés du plomb qu’il faut employer, et si ceux qu’il indique comme possibles s’équivalent. Il s’agit donc là d’une recette bien plus que d’une vraie et rigou-
- 1. Angevoandte Chemie, 4 janvier 1941.
- reuse méthode de préparation comme celles des laboratoires.
- Il ne faut pas s’en étonner : il en a toujours été ainsi, et il en sera longtemps de même pour la préparation des pigments qui entrent dans la composition des couleurs, même les plus fines : les pigments ne sont que très rarement des composés chimiques définis : leur couleur dépend d’un grand nombre de facteurs qu’il est pratiquement impossible de mesurer; les matières premières ne sont jamais chimiquement pures.
- On peut alors se demander pourquoi les peintres d’aujourd’hui, dont la palette s’est beaucoup enrichie, n’obtiennent pas de meilleurs résultats que les peintres d’autrefois quant à la beauté des tons et à la conservation des tableaux. II ne faut pas oublier que leur technique était complètement différente de la nôtre. Chacun d’eux n’utilisait qu’un très petit nombre de couleurs fondamentales, avait les siennes et les mélangeait à sa façon pour obtenir l’infinie variété des tons. De plus, les maîtres de la peinture étaient de fins observateurs et ils étaient habiles de leurs mains en tout. C’étaient des artistes, certes, mais c’étaient aussi des artisans, ou plutôt des ouvriers d’art. Ils choisissaient eux-mêmes leurs matières premières, les essayaient et préparaient leurs couleurs à l’atelier. L’élève admis auprès d’un maître préparait et broyait les couleurs, quelquefois pendant des années, avant d’être autorisé à toucher une toile et à manier un pinceau. A cette époque, la prépai’ation de toute œuvre d’art était longue et minutieuse; rien n’était laissé au hasard ou à la fantaisie ; l’exécution était sûre et rapide. On pourrait rarement en dire autant des peintres d’aujour-d’hui.- E. L.
- AGRICULTURE
- Conservation des fruits par le froid.
- L'Informateur de Seine-et-Marne, par la plume de son rédacteur en chef, M. Pierre Doignon, rend compte d’une conférence donnée récemment à Thomery sur la conservation prolongée des fruits par une méthode mise au point par M. R. Combes, professeur à la Sorbonne et directeur du laboratoire de physiologie végétale de Fontainebleau.
- M. Combes a expérimenté sur des poires Passe-Crassane qui ne se conservent' pas au fruitier plus tard que décembre-janvier. Il a constaté que la mise en frigorifique permet de prolonger la vente et la consommation jusqu’en mars. Mais si l’on adjoint au froid une atmosphère conditionnée, riche en acide carbonique, on peut atteindre avril-mai, moment où les fruits sont rares et leur valeur commerciale maximum. Il a réalisé dans ce but une chambre étanche en bois contreplaqué paraffiné, aux joints bien mastiqués. Cette armoire, une fois remplie, est fermée par un couvercle serré sur un caoutchouc épais au moyen de boulons et déposée dans un frigorifique à + i°. Le couvercle est muni de deux orifices par où l’on introduit dans la caisse un mélange gazeux contenant au mieux 5 à 10 pour 100 de gaz carbonique, 5 pour 100 d’oxygène et le reste d’azote. On contrôle l’atmosphère intérieure qui se modifie au cours du stockage et on la renouvelle selon les besoins.
- Opérant avec un tel dispositif de 1 m. x 1 m. x o m. G5, contenant quatre claies et pouvant tenir 80 kg. de fruits, M. Combes a pu conserver des poires du i5 novembre jusqu’au i5 juin. A leur sortie, on disposait encore de i5 jours à 3 semaines pour leur complète maturation.
- Certes, le procédé est coûteux et ne convient qu’à des fruits de luxe, mais il est intéressant de l’avoir réalisé avec un tel succès.
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- : RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- LE BOIS DE PIN DANS LA FABRICATION DE LA PÂTE A PAPIER
- La France importe de fortes quantités de pâtes de cellulose diverses (bisulfite, soude, kraft), soit environ 67 pour 100 de ses besoins ; sa consommation en papiers se chiffre par
- 1 300 000 t.
- Notre pays peut bénéficier d’une industrie du papier réellement nationale et éviter la sortie annuelle de 200 millions de francs, qui seraient investis dans des usines françaises et pourraient produire les quantités de pâtes à papier que l’on demande chaque année à l’étranger. Il produit les matières premières nécessaires à ses besoins en cellulose ; tirer parti des débouchés offerts à la pâte de cellulose de pin, c’est profiter _ des débouchés qui existent non seulement en papeterie, mais encore dans la fabrication des dérivés cellulosiques, matières plastiques, explosifs cellulosiques, soie artificielle, pour lesquels on emploie des pâtes blanches, en particulier les pâtes à la soude ou au sulfate blanchies.
- La résine n’est pas un obstacle à l’utilisation du bois de pin dans la fabrication de la pâte à papier, à condition toutefois, de faire un choix judicieux des procédés à employer permettant de dissoudre la résine et de l’éliminer ainsi de la cellulose : ce sont les méthodes alcalines.
- Procédé Audibert. — Le hois est placé en vase clos ; on fait le vide et on injecte sous pression un dissolvant approprié : alcool, sulfure de carbone, benzol, acétone, éther, térébenthine, etc., en présence d’ammoniaque liquide ou gazeux, injection suivie d’un lessivage par une solution oxygénée et d’un égouttage complet. L’évaporation des lessives assure la récupération des dissolvants et de nombreux sous-produits intéressants.
- Pour obtenir une belle pâte mécanique blanche, on peut, après l’injection du dissolvant ammoniacal, procéder à une deuxième injection, au moyen d’une solution contenant du chlore.
- Cuisson à la soude. — On utilise une lessive de soude assez concentrée. La pâte est plus facile à blanchir quand la lessive est évacuée et les lavages commencés avant l’ouverture du lessiveur. Les meilleurs résultats sont obtenus avec 30 pour 100 de soude par rapport au bois et une pression de 7 kg. pendant 6 heures.
- Le rendement en pâte écrue est d’environ 33 pour 100 du bois sec. Cette pâte se blanchit avec 5 pour 100 de chlore actif (13 pour 100 de chlorure de chaux) et le rendement est presque de 100 pour 100 ; infériorité sur les pâtes écrues au bisulfite.
- Pâle au sulfate. — Cette pâte est d’autant plus facile à blanchir que la concentration et l’excès d’alcali sont plus forts. La meilleure proportion d’alcali (soude et sulfure de sodium) est 30 pour 100 environ.
- Les pâtes écrues sont des celluloses très pures obtenues avec 23 pour 100 de soude et 7 pour 100 de sulfure de sodium, une concentration de 6 g. de mélange pour 100 cm3, une pression de 7 kg. pendant 4 heures et demie. La consommation de soude est d’environ 16 pour 100. Le rendement est de 39 pour 100. La quantité de chlore nécessaire au blanchiment est un peu inférieure à 3 pour 100.
- La valeur du bois de pin est triplée par sa transformation en papier.
- Procédé Rinman. — Ce procédé consiste en la fabrication de cellulose au bisulfite à l’aide de bois résineux dont la teneur en résine — comme dans le sapin — ne dépasse pas
- 2 pour 100. On récupère la résine.
- Les copeaux de bois sont traités, avant ou après la cuisson, par des dissolvants organiques, dissous ou émulsionnés dans l’eau ou dans les solutions acides employées pour la cuisson. La résine est rapidement éliminée par des températures au-dessus de son point de fusion. Comme dissolvants on emploie : benzol, benzine, térébenthine, pétrole, loluol, etc.
- Les copeaux de bois sont dérésinés avant d’être traités au bisulfite ; température de la solution aqueuse ou de l’émulsion de plusieurs dissolvants : 60° à 93° C.
- La dérésinification se fait pendant la cuisson, dans le laveur, parcouru par un courant d’un ou de plusieurs dissolvants organiques. La résine, qui est de faible densité, est évacuée dans le haut du lessiveur ; les dissolvants sont réintroduits dans le bas de celui-ci. Lessive et solution de résine passent à travers un décanteur à siphon (vase florentin), qui sépare la résine de la lessive, à chaud et de façon continue.
- Par ce procédé, la cuisson peut se faire avec du bisulfite de
- chaux employé dans la plupart des usines, même si le bois utilisé est plus résineux que le bois employé jusqu’à présent. Toutefois, la cuisson est facilitée si on emploie du bisulfite de soude au lieu du bisulfite de chaux.
- Le procédé Rinman pour la fabrication de pâte de cellulose au bisulfite, spécialement en utilisant des bois résineux, ouvre d’importants débouchés au bois de pin dans l’industrie pape-tière. Les 60 000 t. de la pâte à la soude nécessaires à la consommation française peuvent être fournies par ce bois.
- Production de pâte Kraft. — Le volume du bois utilisé est de 3 à 7 m3 par t. de pâte Kraft et d’environ 6 à 8 m3 par t. de pâte blanchie. La quantité de sulfite de soude est de 130 kg. par t. ; 300 kg. de ce sel alcalin ou 240 kg. de carbonate de soude par t., pour la pâte blanchie. Pour la pâte Kraft, il suffit de 240 à 300 kg. de chaux par t.
- Pour être rémunératrice, la fabrication de la pâte Kraft et des pâtes alcalines blanchies exige une récupération aussi parfaite que possible de l’alcali et l’utilisation de toutes les chaleurs perdues, de tous les déchets de bois dans des foyers ou dos gazogènes, réutiliser le carbonate de chaux précipité lors de la caustification et, si possible, le charbon provenant de la calcination des lessives ; enfin, recueillir les sous- produits marchands : térébenthine et savons résineux.
- Par le procédé Rinman, on peut obtenir une importante quantité de produits de grande valeur indépendamment de la pâte, savoir :
- 1° Par tonne de pâte séchée à l’air :
- Alcool métliylique pur......................... 30 kg.
- Acétone pure................................... 18 —
- Métyléthylcétonepure........................... 17 —
- Huiles d’acétone et huiles légères .... 20 —
- Huiles lourdes................................. 40 —
- 2° Par tonne de pâte facile à blanchir :
- Alcool métliylique pur......................... 43 —
- Acétone pure................................... 29 —
- Méthyléthylcétone pure......................... 20 —
- Huiles d’acétone............................... 18 —
- Huiles lourdes et huiles légères............... 73 —
- La plupart de ces produits — les trois premiers en particulier — sont très recherchés par l’industrie des matières colorantes et l’industrie des matières plastiques.
- C’est un sérieux appoint à l’industrie de la cellulose de pin, au profit de l’économie nationale.
- Henri Blin.
- LE SAVON DE SAPINDUS
- Les conditions do rationnement du savon, les difficultés que rencontrent les consommateurs pour se procurer ce produit en quantité suffisante, par suite de la diminution du tonnage livré par l’industrie saAronnière, appellent l’attention sur les ressources que peuvent offrir des végétaux riches en saponine.
- A cet égard, le Sapindus (Sapindus margmatus Wild.) et les espèces voisines, arbres qui donnent en Algérie des fruits abondants, très riches en saponine, présentent un réel intérêt, comme pouvant remplacer le bois de Panama.
- Le Sapindus (famille des Sapindacées) étant un arbre croissant en pays chauds, ne peut prospérer que sur le littoral méditerranéen, et dans les plaines et les vallées à climat favorable, dans les terres riches, profondes, et surtout perméables ; en cela, le Sapindus a les mêmes aptitudes que l’Oranger.
- Dans les premières années de plantation et lorsque l’arbre a pris un certain développement, il lui faut de l’eau en été. Lorsqu’il est profondément implanté dans le sol, deux irrigations, en cette saison, contribuent au développement complet du fruit. Dans les terres favorables, la croissance et la fructification ont lieu promptement.
- En Algérie, notamment à Boukandoura (plaine de la Mitidja), des Sapindus produisent, à la seconde année de plantation, 1 à 2 kg. de fruits. Des sujets âgés de 4 ans en produisent 13 kg. ; à partir de la huitième année, la production d'un même arbre atteint 40 kg. Un arbre âgé de 20 ans a donné, presque chaque année, 80 kg. de fruits.
- La multiplication du Sapindus ne se fait que par bouturage : avec des branches de 10 a 20 mm. de diamètre, on peut réussir le bouturage dans la proportion de 60 à 70 pour 100.
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- L’opération consiste à établir une pépinière dans un terrain bien défoncé, puis à planter des boutures taillées sur une longueur de 40 cm. et enfoncées de'BO à 3b cm., au fond de petites rigoles disposées pour l’arrosage. En été, une épaisseur de paille (paillis) étendue sur le sol entretient l'humidité et facilite l’enracinement.
- Une pépinière dont les plants sont espacés à 10 cm. donne des plants utilisables à la lin de la seconde année ; les arbres ont alors 2 m. de hauteur, développement suffisant pour qu’on puisse les planter définitivement-en place.
- Le Sapindus étant à feuilles caduques, on peut le planter à racines nues, en ayant soin de praliner celles-ci, c’est-à-dire de les tremper préalablement dans une bouillie composée d’eau, de terre glaise on de bouse de vache, et de ne pas trop attendre pour planter, en espaçant les arbres de 12 m., ce qui évite Ja casse des branches par les vents.
- En Algérie, dans la Mitidja, le Sapindus fleurit généralement en juillet. La maturité des fruits ne se produit qu’en décembre. En climat moins chaud, et à une certaine altitude, la maturité des fruits serait incomplète et leur teneur en saponine serait considérablement réduite.
- Dans les années à hiver sec, les fruits laissés sur l’arbre mûrissent complètement, se dessèchent et prennent une teinte jaune ambré transparent. Mais il ne faut pas attendre cette époque pour cueillir les fruits, car ils tombent au fur et à mesure du dessèchement complet. Il est préférable de procéder du 1er au 15 décembre à la cueillette et de dessécher les fruits dans une étuve à 40°.
- Les feuilles tombent à la fin de décembre ou dans le courant de janvier. La végétation du Sapindus reprend en mars.
- Traitement du fruit pour produire le savon. —•
- Le fruit du Sapindus contient jusqu’à 20 pour 100 de saponine.
- La poudre extraite du fruit, ou Sapindine, est traitée par l’alcool à 90°. Après 8 jours de macération, on obtient une teinture titrée à 10° pour 500 g.
- Lorsqu’on mélange cette teinture, en parties égales, avec un corps gras (coprah, suif, huiles ou graisses), en agitant, le corps gras s’empare de la saponine et l’alcool surnage sur l’émulsion. Après 24 heures de repos, on saponifie par émulsion et on obtient un savon pour lequel il suffit de 2 heures de préparation, à une température ne dépassant pas 90°.
- Le savon sapindiné est très blanc, onctueux, d’une pâte
- Séance du 4 juin 1941.
- Rayonnement ultra-violet extrême du ciel. —
- A l’aide de photocompteurs sélectifs et sensibles, M. A. Datj-villier a analysé le rayonnement du ciel diurne et nocturne au Pic du Midi. Avec un compteur à Cu2S, sensible entre des longueurs d’ondes de 2 000 et 3 000 A, avec "maximum à 2 200, et un dispositif d’enregistrement continu, exposé au soleil et au rayonnement du ciel tout entier, il a exploré le rayonnement solaire de haute altitude, entre les bandes d’absorption de l’oxygène et de l’ozone, aux environs de midi, au mois de septembre, au moment du minimum annuel de l’ozone; aucun rayonnement lumineux de l’ordre des rayons cosmiques n’a été décelé à cette altitude. Avec une cathode d’hydrure d’or, sensible entre 2 too et 2 95o A, avec maximum à 2 700, il a exporé le rayonnement ultra-violet du ciel nocturne; un maximum important se produit vers minuit. En outre, l’aube ultra-violette ne débute qu’une demi-heure avant le lever du soleil, très en retard sur l’aube visible, tandis que le crépuscule ultraviolet se prolonge jusqu’en pleine nuit; cette dissymétrie montre qu’un rayonnement intense résulte d’une phosphorescence de l’ionosphère excitée par l’ultra-violet solaire.
- Examen et traitement des enfants arriérés. —
- M. G. Bourguignon a reconnu que la chronaxie vestibulaire, ou mieux la caractéristique chronologique d’excitabilité du
- homogène, absolument neutre, très soluble dans l’eau ; il est classé, commercialement, dans la catégorie dite . « savon demi-cuit ».
- Les propriétés détergentes du savon sapindiné sont trois fois plus grandes que celles du savon ordinaire. Il est indiqué notamment pour la toilette des cheveux.
- Un kg. de savon sapindiné produit le même effet détersif que 3 kg. de savon ordinaire. La richesse détergente est due à la saponine et non aux sels alcalins formés par les acides des corps gras.
- En ajoutant un principe actif du Sapindus on obtient un autre savon, de teinte marron, très soluble, même dans l’eau de mer.
- Henri Blin.
- CONSERVATION DES OBJETS EN CAOUTCHOUC
- Le caoutchouc devient rare et pour certains usages il est irremplaçable. Que deviendrait le chirurgien sans gants et le malade sans sondes, ou sans poche à oxygène, ou sans tube souple pour les lavages, les injections, etc. ?
- Le Dr Henri Vignes vient de s’en préoccuper dans La Presse Médicale et il a rassemblé les divers renseignements sur la conservation et la récupération des instruments médicaux en caoutchouc.
- Les objets en caoutchouc vulcanisé sont sensibles aux variations de température, à la lumière et à l’oxygène de l’air. Le froid les rend cassants et le chaud poisseux ; ils doivent donc être conservés au frais, à température sensiblement constante, en boîtes opaques et fermées. Pour les isoler de l’air, on peut les poudrer abondamment de talc, ou les badigeonner de glycérine, d’huile de paraffine ou de vaseline, ou encore les immerger dans l’eau pure additionnée de cyanure de mercure (100 cg. par litre) ou de phénol. Les vapeurs d’essence de girofle conservent leur souplesse aux gants de caoutchouc.
- Si l’objet est déjà altéré, on peut améliorer son état par divers moyens : 1° en l’immergeant dans l’eau froide qu’on chauffe ensuite jusqu’à l’ébullition ou tout au moins jusque vers 60° ; 2° en le ramollissant par frottement, massage avec de l’huile de paraffine ou de vaseline chaude ; 3° en le trempant dans de l’ammoniaque au tiers.
- DES SCIENCES
- système vestibulaire, varie avec les troubles cérébraux et psychiques chez les enfants arriérés, particulièrement ceux du type mongolien. Les enfants normaux ont un indice de 12 à 22 <j, les mongoliens de 600 à 1 5oo, les instables de 00 à 100, les autres arriérés de 200 à 5oo ; cet indice est donc le meilleur test de l’arriération mentale. Parmi les sourds-muets, ceux d’origine auriculaire, intelligents, ont un indice de 3o à 45 a, ceux d’origine cérébrale 100 à 5oo. La diélectrolyse transcérébrale de calcium améliore tous les arriérés, en agissant vraisemblablement sur l’hypophyse et par là sur tout le système endocrinien.
- Séance du 9 juin iq4i.
- Réductions provoquées par l’hydrogène naissant. — M. P. Jolibois montre que la théorie de l’électro-lyse qu’il a proposée explique nombre de phénomènes dont la théorie classique ne rend compte qu’à l’aide d’hypothèses supplémentaires. Le dégagement à la cathode d’hydrogène naissant et d’oxyde basique permet des réductions impossibles avec l’hydrogène moléculaire; l’hydrogène électrolytique traversant des parois minces de métal, agit même en dehors du champ électrique. L’hydrogène occlus en quantité dans les métaux électrolytiques, l’arrêt de la réduction de certains sels (cuivriques) à l’état d’oxyde inférieur, l’électrolyse des cyanures complexes, le déplacement de l’argent par le zinc forment autant d’exemples en faveur de la nouvelle théorie.
- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE
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- Lueur de l’ozone dans un four. — MM. D. Barbier, D. Çhalonge et M. Masriera ont photographié et analysé au spectroscope la lueur très visible qui apparaît dans un tube chauffé quand on y fait passer un courant gazeux sortant d’un ozoniseur. La lueur est plus intense avec l’air ou l’azote qu’avec l’oxygène et elle augmente avec la température. Le spectre contient les bandes diffuses de l’oxygène actif provenant de la décomposition thermique de l’ozone.
- Orientation des molécules polaires. — M. P. Pier-ron indique le moyen suivant pour démontrer l’orientation des molécules polaires : on file avec étirage dans un bain coagulant une solution alcaline de viscose contenant en émulsion les liquides organiques à étudier. Les fils qui se forment montrent, vus en coupe, la position prise par le liquide en émulsion. Si les molécules sont polaires, le liquide se groupe à l’extérieur de la masse du fil ; si elles ne le sont pas, il reste réparti dans toute la masse.
- L’acide ascorbique dans les fleurs. — Mme C. Sosa-Bourdouil montre sur les fleurs d’Iberis, de Giroflée et d’iris que la teneur en acide ascorbique varie selon les organes et leur développement. L’ouverture des étamines correspond à une diminution et le pollen mûr et sec est très pauvre en acide ascorbique. L’ovaire s’enrichit dans la fleur fermée, s’appauvrit pendant que les étamines s’ouvrent, s’enrichit à nouveau au moment de la fécondation puis s’appauvrit légèrement quand les stigmates fanent.
- Le soufre dans le sol. — MM. A. Demolon et E. Bas-tisse ont suivi pendant dix ans le bilan et l’évolution du soufre dans un sol en place, à Versailles, laissé nu ou cultivé. Les eaux de drainage en contiennent encore après dix ans, malgré une baisse sensible, et la culture n’épuise pas le sol parce qu’elle diminue le volume de ces eaux. Les précipitations atmosphériques apportent du soufre et en contiennent en moyenne 1,61 mg. par 1. Le bilan accuse une minéralisation du soufre organique de i4,4 kg. par ha. et par an, soit i ,4 pour ioo de la quantité existant à l’origine.
- Dépression atmosphérique et système nerveux.
- — M. et Mme A. Ciiauchard et M. P. Chauchard ont analysé par les méthodes chronaximétriques les effets de la dépression. Au delà de 4 5oo m., il y a inhibition corticale et excitation médullaire, sans que la raréfaction de l’oxygène soit seule en cause.
- Ondes moirées et formes des bactéries.—On sait que les cultures de certaines bactéries, notamment du groupe coli-typhique donnent, quand on agite leur bouillon, des ondes moirées intenses. Il en est de même des suspensions de
- kaolin, de mica broyé, et de bien d’autres particules de grosseurs très variées qui ont la caractéristique commune d’être en lamelles plates. M. M. Guillot en conclut que les bactéries à cultures moirées ne sont pas cylindriques, mais plates.
- Séance du 16 juin 1941.
- Filtre monochromatique pour l’observation du Soleil. — M. B. Lyot a réalisé un nouveau filtre monochromatique en utilisant 6 lames de quartz à faces parallèles, taillées de façon que l’axe optique soit parallèle à un côté et aux faces d’entrée et de sortie ; chacune a une épaisseur double de la précédente. Entre ces lames et sur les faces d’entrée et de sortie sont placées des feuilles de polaroïd dont les plans de ' polarisation sont parallèles entre eux et à 45° des axes optiques des quartz. Le tout est collé au baume du Canada. L’épaisseur du quartz le plus mince a été choisie de façon que le filtre transmette un petit nombre de radiations monochromatiques dont quatre ont des longueurs voisines des radiations chromosphériques et deux des radiations coronales (raies H* et JtiP de l’hydrogène, D3 de l’hélium. Il suffit de faire varier la température du filtre pour amener une des radiations qu’il transmet en coïncidence exacte avec celle qu’on veut isoler. Ce filtre installé sur le coronographe de l’observatoire du Pic-du-Midi a permis de photographier et de cinématographier la chromosphère et les protubérances, même dans de très mauvaises conditions atmosphériques, avec des détails et une netteté non encore obtenus.
- Séance du a3 juin ig4i.
- Cultures de fragments végétaux. — M. R. Gautheret a appliqué les techniques de culture des tissus animaux à des fragments de plantes. Après avoir ainsi entretenu indéfiniment la croissance de tranches de carottes, il a expérimenté sur des tranches de rhizomes ou de racines de topinambour, de salsifis et d’endive. Le topinambour ne s’accroît que faiblement, le salsifis ne donne que des cals peu développés, mais l’endive développe d’une manière exubérante des racines, des cals et des tiges feuillées.
- Protection de la peau et des muqueuses contre les rayons X. — La rôntgenthérapie se trouve limitée par la radiosensibilité de la peau et l’apparition de radio-dermites. M. P. Lehmann a réussi à protéger efficacement celle-ci aussi bien que la muqueuse pharyngo-laryngée et celle de l’œil par une application d’adrénaline-stovaïne en pommade dans l’axonge benzoïnée pour la peau, en solution dans la glycérine pour les muqueuses. Cela permet d’augmenter la pénétration des rayons X pour le traitement des cancers radiorésistants et des cancers superficiels accessibles par une seule voie.
- ........INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS ---------------------------------------------------------------
- ASTRONOMIE d’être des merveilles de construction qui coûtent fort cher.
- Voici un appareil simple, portatif, lumineux, qui facili-Le « Cælestium » pour l’observation des étoiles. tcra les observations et attirera beaucoup de nouveaux observateurs. Il se présente sous la forme d’un coffret d’ébénisterie L’apprenti astronome, l’amateur à ses débuts sont embar- muni d’un couvercle et d’une poignée, par conséquent
- rassés pour situer et reconnaître les diverses constellations aisément transportable. En ouvrant le couvercle, on aperçoit
- qui brillent dans la nuit. Les mécanismes qu’on a une boussole, un planisphère céleste représentant les étoiles
- imaginés pour reproduire les mouvements des astres de la ire à la 5e grandeur placé sur un disque mobile et un
- dans le ciel sont souvent très ingénieux, mais leur défaut est certain nombre de voyants. Latéralement, se trouvent une
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- Fig. 1. — Le « Cælestium ».
- tirette servant à immobiliser la carte et un interrupteur électrique. On place l’appareil sur une table, un tabouret, un pied d’appareil photographique ; on rabat le couvercle et on pose la boussole sur l’axe support; on abaisse le contact électrique et on aperçoit alors la boussole lumineuse et l’image des constellations en points brillants. On règle l’orientation en plaçant l’index du voyant mensuel en face du mois et du jour et en faisant tourner les voyants horaires jusqu’à ce que l’observateur, l’axe de l’aiguille aimantée et le voyant correspondant à l’heure vraie de l’observation soient sur une même droite. A ce moment, le planisphère est en place et il ne reste qu’à le bloquer. On peut alors se déplacer tout autour du « Cælestium » et chercher dans le ciel les astres dont l’image apparaît lumineuse sur la carte, ou sur la carte les noms des groupes d’étoiles qu’on voit au ciel. En quelques minutes, on saura ainsi reconnaître les principales constellations.
- Les planètes n’étant pas des astres fixes ne peuvent figurer sur une carte céleste, mais il est facile de les identifier d’après leur position à un moment donné, puisque leur trajectoire est connue et indiquée chaque année dans VAnnuaire astronomique Flammarion et chaque mois dans le Bulletin astronomique de La Nature.
- Le ce Cælestium » est construit par les établissements Dey-rolle, 46, rue du Bac, Paris (7e).
- LIVRES NOUVEAUX
- Plus d’essence. Comment rouler ? par H. Petit. 1 vol.
- 142 p. Dunod, Paris, 1941.
- M. Petit passe en revue les diverses solutions qui s’offrent .actuellement pour parer à la famine de combustibles qui paralyse l’automobilisme : essence synthétique, benzoh alcool mé-thylique et éthylique, gaz d’éclairage, méthane, acétylène, ammoniac, gazogène, charbon pulvérisé, voitures électriques. En •quelques mots, il précise clairement les propriétés de ces différents agents, leurs modes d’adaptation à l’automobile et les -servitudes qu’ils imposent. Ce petit livre fort bien fait confient la substance de plusieurs gros ouvrages.
- Les véhicules électriques, par G. Mestayer. 1 vol.
- vni-112 p., 30 fig. Dunod, Paris, 1941. Prix : 2b francs.
- Sujet que les circonstances ont replacé au premier plan de d’actualité : l’auteur en expose brièvement les données essen-•tielles : prix de revient, rayon d’action, conditions d’emploi, fonctionnement et entretien du moteur et des accumulateurs, •recharge des batteries.
- Puis, l’auteur décrit les principaux modèles existants, depuis la bicyclette jusqu’à la locomotive électrique en passant par le vélocar, la voiture de particulier, la transformation des voilures à essence et les véhicules utilitaires de tous tonnages.
- Les petites diiiicultés de l’automobile, par H. Petit.
- 1 vol. de 166 p. Dunod, Paris ,1940. Prix : 26 francs.
- Pourquoi un moteur chauffe ou vaporise ; comment éviter les •inconvénients d’un blocage par vapeur ; comment régler convenablement un carburateur, vérifier une installation, d'éclairage ou d’allumage, entretenir les freins, décalaminer un •moteur, etc.. A ces questions dont l’une ou l’autre se pose •chaque jour à l’automobiliste, M. Petit répond avec l’expérience de toute une vie consacrée à l’automobile et la clarté •qu’il apporte en tous ses ouvrages.
- Harmonie des couleurs, par Julie Beaudeneau. 1 vol. in-8,
- 51 p., 21 fig., 4 pl. en couleurs. Dunod, Paris, 1940. Prix :
- 45 francs.
- La couleur n’est pas matérielle, elle n’est qu’une sensation ; d’harmonie des couleurs est celle qui reconstitue la lumière blanche ; partant de ces principes de Rosenstiehl, l’auteur ftraite expérimentalement la question, avec un souci pédagogique.
- Mon électricien, c’est moi (2e vol.), par A. M. Touvy.
- 1 vol. 134 p., 52 fig. Flammarion, éditeur, Paris, 1941. Prix :
- 14 francs.
- Dans son premier volume, l’auteur nous avait enseigné comment poser les lignes et monter nous-mêmes les appareils d’une installation électrique. Il continue ici cette utile initiation en expliquant avec sobriété, mais précision la construction et le fonctionnement des divers appareils qui peuvent entrer dans toute installation domestique, depuis le compteur jusqu’aux lampes d’éclairage, appareils de chauffage et appareils ménagers de toute nature, en passant par ces intermédiaires indispensables, interrupteurs, commutateurs, prises de courant, coupe-circuit. D’utiles renseignements, de sages conseils accompagnent chaque description et font de ce petit livre un guide excellent.
- Dictionnaire des produits chimiques commer=
- ciaux et des drogues industrielles, par A. Chaplet.
- 1 vol. vin-359 p., 3 fig., 2e édition. Dunod, Paris, 1941. Prix :
- 115 francs.
- Ce dictionnaire appelé à rendre de précieux services contient, rangés par ordre alphabétique, les noms commerciaux ou scientifiques de la plupart des substances, produits et drogues utilisés dans la vie courante ou dans l’industrie.
- A côté de la définition de chaque produit, on trouvera ses divers noms ainsi que de brèves indications sur ses propriétés, sa fabrication, ses usages, les précautions à prendre Jors des manipulations, etc... . . .
- La verrerie, par P. Bary et J. Herbert. 1 vol. vm-272 p.,
- 82 fig. Dunod, éditeur, Paris, 1941. Prix broché : 105 francs.
- Les vingt dernières années ont vu éclore de nombreuses études sur les propriétés des verres et un grand nombre de faits nouveaux ont été observés. Les auteurs de cet ouvrage ont eux-mêmes participé à ce mouvement qui prend son point de départ dans l’application aux substances vitreuses des méthodes de la chimie-physique. Les verres, comme toutes les substances vitreuses, sont des systèmes colloïdaux et les résultats des recherches auxquelles ils donnent lieu ne peuvent être interprétés qu’en tenant compte de la forme particulière des réactions chimiques dans les milieux colloïdaux.
- Les auteurs font ressortir très clairement les avantages
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- résultant de l’application des données de la chimie colloïdale à la compréhension des phénomènes connus et nouveaux. Leur livre et l’abondante documentation qu’il contient seront, à cet égard, un guide précieux pour le technicien soucieux du progrès.
- Les différents chapitres de l’ouvrage rappellent les travaux essentiels sur l’état vitreux, si curieux et naguère si mal connu, les propriétés fondamentales des différents constituants des verres, les propriétés générales des verres et leur constitution.
- Le dernier chapitre passe en revue les différentes fabrications et, en particulier donne des renseignements sur les procédés mécaniques de fabrication.
- Actions directrices de la lumière, par G. Bohn, l vol. in-8, 76 p., 26 fig. Collection des actualités radiobiologiques. Gauthier-Yillars, Paris, 1940. Prix : 40 francs.
- Pionnier des études sur les tropismes, le professeur de la Sorbonne fait ici la synthèse de ses nombreux travaux, en y ajoutant les observations et expérimentations récentes qui sont venues confirmer scs idées. La lumière agit sur tous les êtres vivants, animaux et végétaux, en les orientant et les attirant ou les repoussant, selon son intensité et sa composition spectrale, et ils répondent à son excitation d’une manière mécanique, observant même la règle du parallélogramme des forces. Mais il faut les observer dans des conditions naturelles, biologiques, et même ainsi, ils montrent des réactions complexes, des oscillations, des rotations différentielles, des variations dues à des rythmes divers (nyctéméraux, de marée, de reproduction), à la masse des animaux rassemblés, etc. Les actions directrices de la lumière sont donc parfaitement déterminées sans se ramener à un schéma élémentaire.
- Essai de bio-physique, par le Dr H. Jonquières et R. M. Gattefossé. 1 vol. in-8, 107 p. Camugli, Lyon, 1941.
- Dans une vaste synthèse, bien souvent purement médicale, les auteurs passent en revue la dissymétrie et la polarité, le gel protéique, le rH et le pH, la biosynthèse, lp point isoélectiique et les lipo-protéines, puis les actions pathologiques météorologiques, ioniques, photiques, thermiques, les sécrétions endocriniennes et le magnétisme d’où ils tirent des espoirs théoriques et thérapeutiques qu’il est intéressant d’enregistrer.
- La France et la civilisation contemporaine. 1 vol. in-8, 831 p. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1941. Prix : 80 francs.
- Les guerres sont époques de bilan. Ce livre nous en apporte un très réconfortant en passant en revue ce que la civilisation universelle doit à la pensée, à la science, aux lettres, aux arts français depuis un demi-siècle. Un groupe des maîtres les plus fameux l’a entrepi’is : Paul Valéry pour la pensée et l’art, Georges Lecomte pour la littérature, Paul Gaultier pour la philosophie, Emile Borel pour les mathématiques, Charles Fabry pour la physique, Maurice Caullery pour la biologie, Gustave R.oussy pour la médecine, Louis Hourticq pour les beaux-arts, Gustave Samazeuilh pour la musique et Mgr Jean Calvet pour la religion. Dans chaque domaine, les oeuvres et les noms affluent, témoignant que la faculté créatrice de la France n’est ni tarie, ni diminuée. Et l’on ferme le livre avec un grand sentiment de fierté pour le passé et d’espoir dans l’avenir du génie français.
- Contribution à l’étude de la répartition actuelle et passée des organismes dans la zone né ri tique. 1 vol. in-8, 434 p., fig. et planches. Mémoire VII de la Société de Biogéographie. Lechevalier, Paris, 1940.
- La Société de Biogéographie publie, outre les comptes rendus de ses séances, des mémoires collectifs consacrés à des questions d’ordre général. Le dernier traite du peuplement du bord de la mer : zone néritique et zone littorale. Après une large définition du milieu marin par M. Legendre et une étude de l'action de la lumière et de l’ultra-violet par M. Fontaine, M. Fage examine le rôle du plateau continental sur la métamorphose des poissons qui conditionne les pêches. M. Bigot, Mu« Dechaseaux, M. Abrard examinent les faunes néritiques fossiles. Mme Lemoine rassemble tout ce qu’on sait des algues calcaires, M. Feldmann des algues méditerranéennes et M. Davy de Yirville des zones de végétation sur le littoral atlantique. M. Seurat explore les côtes d’Algérie, de Tunisie et M. Burol-let celles du Maroc. M. Prat compare deux régions de l’Améri-
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- que du Nord : les Bermudes et le Golfe du Saint-Laurent, tandis que M. P. II. Fischer explore les côtes de l’Australie. M André décrit les acariens littoraux, M. Berland les araignées marines, M. Timond-David les diptères du Golfe de Marseille. Puis MM. Germain et Fischer-Piette discutent des méthodes statistiques, MM. Sehenk et Keen des analyses biométriques et pour Unir M. Fischer-Piette expose les progrès récents, les méthodes et les tendances actuelles de la bionomie intercoti-dale. De cet ensemble de travaux si divers se dégage l’impression d’une science qui se forme, à laquelle participeront utilement non seulement les biologistes professionnels, mais beaucoup d’amateurs de sciences naturelles qui trouveront dans ce livre de très nombreux sujets d’observations et de travaux.
- Contribution à la connaissance de la faune subfossile de Madagascar, par C. Lamberton. Mémoires de l’Académie Malgache, fascicule XXVII, 203 p., 23 fig., 28 pl. Tananarive, 1939.
- Dans la grande île, vivent encore quelques Lémuriens curieux, mais on a trouvé nombre de formes qui ont vécu jusqu’à une époque très proche d’aujourd’hui et leurs restes sont conservés à l’Académie Malgache. Mettant en oeuvre ces riches collections, l’auteur décrit et figure les ossements des Lémuriens de taille moyenne ou petite et de Cryptoproctes rencontrés dans de nombreux marais et dans quelques grottes dont l’abondance permet un essai de phylogénie.
- Ce que toute fermière doit savoir, par P.-J. Lévêque, L. Lasnier-Lachaise et H. Cloues!. 1 vol. in-8, 284 p. Flammarion, Paris, 1940. Prix : 25 francs.
- Ecrit avec une grande expérience des écoles agricoles ménagères, ce livre de la fermière groupe ce qu’elle doit savoir : conseils, recettes, informations, pour mener sa maison et l’améliorer, loger les animaux, cultiver le jardin, organiser la basse-cour, conduire la laiterie, nourrir le bétail, diriger l’alimentation et la vie de sa famille et de ses gens,.élever ses enfants et soigner les malades, intervenir dans les comptes de la ferme, connaître le code de la famille, les lois sociales et les règles de l’apprentissage agricole. C’est un livre d’enseignement et de référence que toute ferme doit posséder, lire et consulter.
- Nouveau traité de psychologie, par Georges Dumas. Tome VI. Les fonctions systématisés de la vie affective et de la vie active. 1 vol. in-8, 560 p. Alcan, Paris, 1939. Prix : relié toile, 125 francs.
- Voici le sixième tome du grand traité de psychologie français ; il traite surtout des sentiments et des passions. On y retrouve les tendances discordantes qui semblent plus l’œuvre de l’esprit de parti que de l’esprit critique et nulle part elles ne se montrent plus contradictoires que dans le domaine purement psychologique qui est l’objet de ce tome-ci. A côté de bonnes et fines analyses, on trouve des déformations biologiques et sociologiques étonnantes. Que dire de l’étude des tendances de Challaye qui aboutit à cette conclusion : cc l’homme est un animal civilisé par l’humanité » ?. Et le chapitre de Laugier et Liberson sur l’effort physique n’est-il pas une partie d’un traité de physiologie du travail sans grands rapports avec la psychologie ? Par contre nombre d’autres analyses sont le fait de psychologues entraînés : Blondel, Delacroix, Dugas, etc., et le tout forme une excellente documentation et un bon objet de méditation pour tous ceux qu’intéresse la science essentielle de l’homme. Citons les principaux chapitres : la logique des sentiments, les passions, l’amour et la haine, les sentiments sociaux, moraux, religieux, artistiques, les voûtions, l’invention et le génie.
- La corporation, par Henri Denis. 1 vol. in-16, 120 p. Collection « Que sais-je ? ». Presses Universitaires de France, Paris, 1941.
- Le capitalisme libéral étant dépassé, et n’ayant plus cours en ces temps de détresse, on cherche une nouvelle forme économique dans la corporation. L’auteur expose ce que fut le système artisanal des anciennes corporations, sans prolétariat, sans grands marchés et sans évolution rapide, puis les corporatismes modernes, en Russie, en Allemagne, en Italie, au Portugal. Il en arrive aux projets français de ces dernières années et aux réalisations actuelles, dont il montre la nécessité et les difficultés. L’ouvrage se lit facilement et suggère maintes méditations utiles.
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- 320 : BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- CORRESPONDANCE
- A propos de l’alimentation des abeilles (n° 3072, 15 août 1941). — A la suite de la note que nous avons publiée, dans notre précédent, numéro, la Société d’Àpiculture de France nous a fait savoir qu’elle n’était actuellement plus en mesure de fournir des balayures de sucre, pour l’alimentation des abeilles.
- Un contingent de ce sucre a bien été accordé à la Société qui l’a réparti et distribué aux demandeurs au printemps 1941. Depuis lors, aucun nouveau contingent n’a été accordé et les demandes qui pourraient être faites à ce groupement seraient donc sans effet.
- Enlèvement des taches sur les gravures. — Les
- champignons papyricoles qui se développent sur les documents exposés à l’humidité sont le Cephalothecium roseum et l’Asper-gillus sulphurens : les taches jaune-brun qui résultent .de leur exsudation doivent normalement disparaître par le traitement à l’eau oxygénée, s’il est fait dans de bonnes conditions qui sont les suivantes :
- La gravure est trempée au large dans un baquet d’eau où on la laisse un temps suffisant pour que tous les éléments colorés solubles contenus dans les exsudations, dont nous venons de parler, soient éliminés et par conséquent ne nécessitent pas une action de blanchiment. Opération très importante.
- Ensuite on applique sur une feuille de verre, dessin en dessus, que l’on pose d’aplomb et on verse à la surface de l’eau oxygénée étendue de son volume d’eau, rendue alcaline soit par quelques gouttes d’ammoniaque, soit par une pincée de magnésie calcinée ; on entretient ainsi la feuille humide au moins pendant 1 h., en ayant soin que tout le papier soit bien imbibé. Toutes les taches doivent alors avoir disparu, sans quoi on prolonge l’opération.
- Finalement, on rince à l'eau claire, toujours sur la feuille de verre, laisse sécher à l’air libre et lisse à la presse ou à la machine à feutre.
- Les solutions genre Corector à base de permanganate de potasse agissent de la même façon que l’eau oxygénée, par oxydation, mais leur action est plus brutale et de surveillance plus difficile ; nous ne saurions les conseiller surtout dans le cas de timbres-poste dont les couleurs sont souvent plus fugaces.
- Peinture sur étoffes. — Pour peindre sur étoffes, il suffit de se servir des peintures fines broyées à l’huile, qui sont vendues en petits tubes, que l’on fait dégorger 3 à 4 j. à l'avance en les déposant sur plusieurs doubles de papier buvard.
- Au moment de l'emploi, on prend ces peintures bien dégorgées et on les délaye au moyen de quelques gouttes d’essence de térébenthine pour leur donner la fluidité convenable.
- Caramel. — La préparation du caramel ne présente pas de difficulté en opérant de la manière suivante :
- Mettre dans un récipient en métal (fer, fonte ou cuivre) qui puisse être chauffé à feu vif, 250 g. de sucre cassé en morceaux et un quart de verre d’eau ; remuer de temps en temps avec une cuiller en fer pour que la caramélisation se fasse régulièrement, jusqu’à ce que la masse devienne marron foncé presque noire. Les conditions optima pour cette réalisation sont que le sirop marque 48° Baumé et soit porté à une température de 175 à 180°.
- Verser alors sur le produit, peu à peu, un quart de litre d’eau ; faire bouillir en détachant le caramel fixé aux parois
- et en remuant jusqu’à ce que la masse devienne homogène. Laisser refroidir et revenir au tiède pour mettre en bouteilles. Ainsi préparé, le caramel peut se conserver un année.
- L’addition d’une trace de carbonate de soude pourrait favoriser la caramélisation, mais si le caramel est destiné à la consommation, son goût en serait défavorablement modifié.
- Ciment à la litharge. — Les proportions les plus convenables à observer pour un ciment à la litharge sont les suivantes :
- Litharge pulvérisée . ................50 g.
- Liquide type glycérine.................60 —
- Le liquide type glycérine est, d’autre part, un mélange fait préalablement de :
- Glycérine commerciale..............50 cm3
- Eau ordinaire......................20 —
- Trois conditions essentielles doivent être observées pour une bonne réussite :
- 1° Il faut badigeonner de glycérine les parties à cimenter avant l’application du ciment, pour assurer la prise.
- 2° Le ciment doit être employé immédiatement après sa préparation, car les réactions chimiques commencent aussitôt.
- 3° La litharge doit être de fabrication récente, bien sèche, et la glycérine commerciale considérée avant sa dilution doit marquer 25° à 30° B.
- Épuration des vins. — La filtration des vins peut donner un liquide limpide, mais elle présente l’inconvénient de ne pas débarrasser ceux-ci d’une façon parfaite des microorganismes susceptibles de cultiver ultérieurement en causant les altérations courantes de tourne, casse-acétification, etc..., d’où l’obligation de consommer assez rapidement les vins filtrés.
- Par contre, le collage détermine la formation d’un voile qui descend lentement, fixe les spores, les entraîne vers le fond par adhérence, en réalisant ainsi une bonne épuration, plus complète et plus durable. C’est là le procédé de choix lorsque l’on n’est pas dans l’obligation de faire vite. Dans ce cas, la centrifugation serait mieux indiquée, car elle donne des résultats très voisins et permet un travail continu pour la séparation des lies.
- Chromage. — Le bain généralement employé pour le chromage est une solution d’acide chromique à 250 g. par 1., additionnée de 70 g. d’alun de chrome S04K2, (S04)3Cr2 et 5 g. d’acide sulfurique ; ce dernier étant quelquefois remplacé par l’acide borique.
- L’anode employée est surtout celle en plomb oxydé préalablement par électrolyse à la façon de la plaque rouge positive d’un accumulateur, mais l’anode de chrome est également appréciée pour le chromage de petites pièces, la solubilisation minime de l’anode n’apportant pas une modification sensible de la concentration du bain.
- Les conditions essentielles du dépôt sont : une densité de courant de 5 à 10 ampères sous 3 à 4 volts, par décimètre carré, pour la température normale de 13° à 15° C., mais la température optima est de 35° à 40° C ; dans ce cas l’ampérage doit doubler.
- Cette observation permet d’obtenir des présentations différentes du dépôt, attendu qu’entre les limites ci-dessus, lorsque la température du bain s’élève, le dépôt passe du gris mat au brillant argenté puis au blanc bleuté.
- Le temps de chromage et la distance entre électrodes ne peuvent être fixés d’avance, puisqu’ils dépendent de l’épaisseur de dépôt que l’on veut obtenir, de la résistance du bain suivant son acidité et du nombre d’ampères que l’on y fait passer, seule l’expérience peut fixer dans chaque cas considéré les conditions les meilleures à adopter.
- Le Gérant : G.' MASSON.
- imprimé par jbarnéotjd frères et cle a laval (france). — 15-9-41 Published in France.
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- N° 3074
- LA NATURE
- J 5 Octobre \ 941
- LA REMISE EN VALEUR DE LA SOLOGNE
- Afin d’aider à la renaissance économique de la France, si éprouvée actuellement, le Gouvernement s’efforce de remettre en valeur les moindres parcelles de notre territoire. Par les lois du 3i janvier 1941 et du 3o avril 1941, il a déjà décidé d’aménager la vallée du Rhône et la Grau. La loi du 6 avril 1941 sur l’équipement national prévoit aussi l’assèchement de 20 000 ha. de marais situés dans le Bas-Médoc, les régions d’Ambès et de Blaye sur les deux rives de la Gironde tandis que dès la fin de l’année dernière, M. Caziot, Minisù’e de l’Agriculture, instituait une Commission de ta Sobgnêj; chargée d’étudier les moyens susceptibles de rendre sa prospérité d’antan à cette région plutôt déshéritée aujourd’hui. Une loi du 27 juin 1941 et divers actes administratifs ultérieurs ont sanctionné les vœux exprimés par la dite commission.
- Le programme envisagé est très vaste ; échelonné sur une dizaine d’années, il intéi’esse une étendue de 526 671 ha. et .on estime son coût à 528 millions de francs environ. Tous ces travaux s’exécute-l'onl sous la haute direction et la responsabilité de M. Rolley, inspecteur général des Eaux et Forêts, nommé « commissaire à la mise en valeur de la Sologne ».
- Avant de décrire les opérations projetées relatives à l’irrigation et au drainage, à l’amélioration des méthode culturales et piscicoles, au reboisement et à la chasse, faisons un peu de géographie et d’histoire, en rectifiant, au cours de notre bref exposé, les opinions erronées sur la Solo-gue que répètent depuis plus d’un siècle les dictionnaires ou les manuels classiques. Nous nous placerons ainsi dans l’ambiance du sujet. Des documents photographiques choisis avec soin parmi nos archives ou celles si riches du Musée national des Arts et Traditions populaires montreront ces paysages empreints de tristesse, ces vastes landes dont d’odorantes bruyères et des arbustes rabougris rompent seuls la mélancolie, ces pineraies (fig. 1) et ces bois taillis giboyeux, ces innombrables étangs aux eaux dormantes, ces pittoresques moulins, ces maisons basses en colombage de bois et de terre dont les tableaux de Jules Dupré (fig. 2) et d’autres peintres de l’époque romantique ont popularisé les pauvres silhouettes.
- GÉOGRAPHIE ET GÉOLOGIE DE LA SOLOGNE
- Malgré son unité physique, la Sologne ne forma jamais une province sous la Monarchie française. Aujourd’hui même, ses communes se trouvent réparties entre 3 départements : Cher, 22 communes, i34 497 ha. ; Loir-et-Cher, 77 communes, 267 392 ha. ; Loiret, 29 communes, 124 782 ha, soit au total 526 671 ha., dont la carte (fig. 3) fixe officiellement le périmètre.
- La Loire, en dessinant autour de la Sologne un arc presque circulaire, la limite au nord. Le Cher la borne au sud, l’ancienne Touraine à l’ouest, le San-cerrois et le Berry à l’est. Ce vaste plateau est couvert superficiellement d’alluvions sableuses mélangées d’argile ou de silex, arrachées au Massif Central puis charriées par les eaux pendant la période tertiaire et reposant sur un sous-sol imperméable absolument dépourvu de calcaire alors que celui-ci abonde tout autour. Pour faire ressortir ce caractère géologique très particulier, J. de Saint-Venant définit fort judicieusement la Sologne : « un îlot de sable et d’argile au milieu d’un lac de calcaire ». D’autre part, vu la faible pente de la plaine solognote, ses eaux s’écoulent médiocrement de l’est à l’ouest par le Cosson et le Beuvron, qui se jettent dans la Loire et par un affluent du Cher, la Grande Sauldre. Cette dernière a seule un courant un peu rapide, des rives légèrement accidentées et .se signale par de fréquents débordements.
- D’ordinaire, les géographes désignent sous le nom de Sologne pierreuse les environs de Gien, d’Argent et le plateau sancerrois. La vue ci-contre prise près de Chaon (Loir-et-Cher) (fig. 4) en donne une idée assez précise. Par opposition, ils appellent Sologne argi leuse la région criblée d’étangs qui, vers Blois et Romorantin, englobe le triangle formé par les trois petites villes de Lamotte-Beuvron, Salbris et Neung-sur-Beuvron.
- Cependant si ses terrains emmagasinent beaucoup d’humidité, la Sologne diffère essentiellement d’un pays de marais car aucun humus ne recouvre ses sols même les plus humides. Il ne suffira donc pas de
- Fig. 1. — Pineraie solognote près de Saint-Viatre (Loir-et-Cher).
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- Fig 2. — Moulins et ferme en Sologne, vers 1840, d’après un tableau de Jules Dupré, lithographié par Alophe.
- drainer la contrée pour la revaloriser. Son assainissement ne constituera « qu’une préface et non une conclusion » pour reprendre l’exacte pensée d’un praticien averti, M. François Pmbin 0). La tâche de la Commission officielle récemment nommée s’avère donc fort complexe. M. Rolley et ses collaborateurs, après avoir fait disparaître l’eau de ces terres ingrates, devront leur apporter, puis leur conserver le précieux humus, c’est-à-dire « la fertilité en puissance ». Nous examinerons plus loin les principales difficultés à surmonter pour mener à bien une telle entreprise.
- HISTOIRE ÉCONOMIQUE DE LA SOLOGNE
- Afin d’éclairer la besogne du présent, jetons un rapide coup d’œil sur le passé, sur ces périodes de richesses et de misères que connut alternativement la Sologne au cours des âges. Nous pourrons ainsi nous rendre compte que le problème auquel s’attaque aujourd’hui le Gouvernement français n’est ni nouveau, ni insoluble.
- D’après d’authentiques documents, mis surtout en lumière par l’érudit ouvrage de Denizet (1 2), la Sologne fut jadis un pays forestier, florissant, assez fertile et suffisamment peuplé à partir du xnB siècle. Quatre cents ans plus tard, de superbes bois couvraient plus de la moitié de son territoire, la vigne en occupait un quart et dans le reste du pays, on cultivait les céréales. Quand Louis XII vint habiter le château de Blois, et surtout lorsque François Ier, passionné chasseur, attiré en ces parages par les forêts et les landes giboyeuses, fit construire Chambord, la Sologne atteignit son apogée. La duchesse de Vendôme s’installa à Romorantin pendant que les hauts personnages de la Cour se fixaient, çà et là, dans des endroits proches des résidences royales. Le pays se transforma alors rapidement. François Ier demanda à Léonard de Vinci lui-même de dresser des plans d’as-
- 1. François Robin, ingénieur agronome. L’action forestière et piscicole, n° 46, janvier 1941.
- 2. Denizet (H.). La Sologne, Orléans, 1900.
- sainissement de la contrée et le célèbre artiste proposa d’établir, entre le Beuvron et la Sauldre, un canal, où auraient débouché tous les collecteurs des fossés ; les finances de la France, mal en point à l’époque, empêchèrent l’aboutissement de ce projet, qu'on pourrait peut-être reprendre. Par contre, grands et petits propriétaires solognots du xvie siècle allèrent de l’avant sans attendre l’aide royale. Entreprenant à leurs frais de multiples travaux de drainage, abattant d’une façon inconsidérée des arbres séculaires, ils rendirent à l’agriculture d’assez vastes étendues tandis qu’ils accroissaient considérablement leur cheptel, construisaient des moulins à côté de leurs fermes et introduisaient l’élevage du dindon. Malheureusement leurs initiatives ne leur procurèrent qu’une prospérité passagère, impossible à maintenir avec les seuls revenus tirés d’un sol infertile.
- Les événements politiques allaient, en outre, accélérer l’inéluctable déclin de cette euphorie factice. « En supprimant la forêt, écrit encore M. F. Robin dans letude précitée, on avait dépassé le point de saturation agricole du pays, l’état d’équilibre entre les terres et les bois au delà duquel il fallait assurer le drainage de surfaces trop grandes. Si l’on avait fait un choix des terres qu’on livrait à la culture, en évitant de défricher les mauvaises, le désastre n’aurait pas été aussi brutal. » D’autre part, l’installation de la Cour dans la région parisienne provoqua l’émigration de la plupart des hauts personnages qui désertèrent leurs domaines. Seuls les protestants demeurèrent dans la région, pour peu de temps d’ailleurs car les luttes religieuses, puis les guerres continuelles du règne de Louis XIV et la Révocation de l’Ëdit de Nantes (i685) finirent par les en chasser.
- Dès lors, par suite de l’absence des châtelains catholiques et de l’exil forcé des « Huguenots », le pays se trouva ruiné. Au cours du xvme siècle et jusqu’au milieu du xix° siècle, la déchéance de la Sologne s’accentua. On cessa d’entretenir les fossés d’écoulement, les joncs et autres plantes aquatiques envahirent les étangs qui, transformés en marécages, rendirent le climat insalubre. Dans les landes, couvertes de bruyères, on apercevait parfois une pauvre maison basse et couverte de chaume. Un peu plus loin, on rencontrait des bois taillis et rabougris éci-més par le pâturage des troupeaux et quelques maigres champs de seigle ou de sarrasin venant « témoigner à la fois du travail de l’homme et de la stérilité de son effort » (Q. La population, décimée par les fièvres paludéennes et les maladies, s’amenuisait chaque année, si bien que la Sologne comptait seulement ioo ooo âmes en i85o, soit environ 20 habitants par km2. Bigot de Morogues et d’autres voyageurs nous ont laissé de tristes peintures de cette période de décadence. Rachitiques, de petite taille, les membres grêles et le teint jaune, la plupart des Solognots mouraient jeunes. Ils se nourrissaient de pain noir,
- 4. Millet (Henry). Histoire agricole de la Sologne depuis 1850, Paris, 1911, p. 4.
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- Fig. 3. — Carte de la. Sologne (délimitation officielle de son périmètre)
- de laitage, de légumes grossièrement cuisinés et, imbus de préjugés, ils se seraient crus déshonorés de manger des pommes de terre !
- Un nouvel essor commença vers i85o et dura jusqu’aux environ de 1914. D’abord la chute de la Restauration provoqua la mise en retraite anticipée de militaires et de fonctionnaires civils, qui vinrent se fixer dans une région où la chasse les attirait. Puis la construction du chemin de fer du centre reliant Orléans à Vierzon rendit facile l’accès des villes et des bourgs de la plaine solognote. Enfin le Prince-Président s’intéressa à la contrée ; se rendant acquéreur des domaines de la Motte, il y institua une ferme-école et donna l’ordre à son Ministre de l’Agriculture d’étudier la remise en valeur de ce coin déshérité de la République française.
- De leur côté, plusieurs techniciens, reprenant l’idée de Léonard de Vinci, conçurent des plans plus ou moins grandioses mais qui ne sortirent jamais du domaine théorique. Toutefois, dès 1849, le Gouvernement, s’associant à ces tentatives privées, organisa un service spécial chargé de procéder à des études préliminaires, que son ingénieur en chef Machart résuma dans un remarquable rapport 0). Son projet consiste à établir un « grand canal de navigation et d’arrosage s’embranchant à Mainbray sur le canal latéral à la Loire, traversant la Sologne à l’est et à l’ouest, franchissant le chemin de fer et allant joindre le Cher à Monthon près Montrichard pour se réunir par là à la Loire devant Tours ». Cet ouvrage « compléterait la communication de Paris à Nantes et comblerait la lacune qui existe sur la ligne de jonction des Deux Mers par le Rhône, la Saône, le canal du Centre et le canal latéral à la Loire dont il formerait le prolongement » ; il exigerait, en outre, certains travaux secondaires, entre autres le canal de la Sauldre, qui apporterait les marnes de Rlancaforl nécessaires à l’amélioration des terrains solognots, l’établissement méthodique d’irrigations dans le nord et la transformation de plusieurs étangs en réservoirs sans compter que ce réseau de voies navigables permettrait aussi l’écoulement économique des produits agricoles ou forestiers et l’expédition du poisson par bateaux-viviers.
- 1. Machart. Mémoire à l’appui d’un placet présenté à l’Empereur sur la question de l’amélioraton et de l'assainissement de la Sologne. Orléans, 1853.
- Mais si le projet Machart resta lettre morte, des délégués des trois départements du Loiret, du Cher et du Loir-et-Cher, réunis à la Motte-Beuvron, le 27 décembre 1858, sous la présidence de M. Thuault de Beauchène, rédigèrent un programme d’amélioration de la Sologne, qu’ils chargèrent un des leurs, M. Guillaumin député, de présenter à Napoléon HT. Peu après, un décret du 25 juin i85g adoptant les vœux de l’assemblée de la Motte-Beuvron, institua le Comité central agricole de la Sologne, qui avec un inlassable dévouement s’acquitta admirablement de sa mission. A l’origine, il eut un caractère officiel qu’il perdit en 1878, époque à laquelle il devint une simple association de particuliers patronnée par l’Étal mais il reste encore très actif. Outre les préfets, les ingénieurs en chef des départements intéressés et autres fonctionnaires nommés par le Ministre, il compta, parmi ses membres, des propriétaires et surtout des savants forts distingués comme le chimiste Jean-Baptiste Dumas, H. Boucard, conservateur des forêts à Tours, l’éminent agronome Lecouteux, l'économiste Michel Chevalier et le géologue Alexandre Brongniart. Toujours sur la brèche, ce comité central sut éclairer l’État sur les besoins du pays, provoqua souvent l’intervention des Pouvoirs Publics, lutta sans relâche contre « l’absentéisme », c’est-à-dire contre les fermiers, les riches bourgeois ou les châtelains vivant loin de leurs domaines, et aida par d’utiles conseils ou d’importantes subventions maintes initiatives individuelles. Aussi tout en faisant ses affai-
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- res, ce groupe d’hommes d’élite « enrichit la France d’une province nouvelle », selon la déclaration d’un de ses historiographes, Mortimer d’Ocagne.
- De véritables miracles avaient été accomplis dans la contrée. Au Solognot débile et sans courage avait succédé une génération vigoureuse et énergique dans un pays assaini et transformé par de méthodiques drainages, par le 'défrichement des landes, le marnage des meilleures terres, le reboisement (fig. 5) ou même la plantation de vignes. Mais quelques ombres n’allaient pas tarder à assombrir ce lumineux tableau !
- La guerre de 1914-1918, en diminuant cette population déjà insuffisante, priva la Sologne d’une précieuse main-d'œuvre. En outre, on avait déboisé de façon inconsidérée et par suite rompu encore une fois l’équilibre nécessaire entre la forêt et l’agriculture. Sur les fermes abandonnées et les anciennes pineraies non replantées, les bruyères, les ronces ou les joncs avaient repoussé tandis que les lapins pullulaient. Voilà, indépendamment de la crise économique agricole de 1930-1935, les causes locales de la décadence actuelle de la Sologne.
- LA REMISE EN VALEUR
- Examinons maintenant les remèdes proposés par des gens compétents.
- D’abord, le reboisement cle 150 000 ha. s’impose (j). Or pour ensemencer d’aussi importantes surfaces, on devra créer de grandes pépinières et instruire des équipes de plusieurs spécialistes car on ne saurait recruter sur place la main-d’œuvre nécessaire. Il faudra, en outre, que Commission et propriétaires s’entendent afin d’assurer la meilleure répartition des bois et des terres cultivées. Comme essences, le choix des intéressés se fixera, sans doute, sur le pin sylvestre et sur le sapin de Douglas auxquels peuvent s’ajouter VAbies grandis et le Mélèze du Japon. De plus, l’emploi du charbon de bois tendant à se développer par suite de la multiplication des gazogènes, l’exploitation des bois taillis, presque complètement disparus à l’heure actuelle en Sologne, redeviendra lucrative. Pour reconstituer progressivement ces derniers, on aura intérêt à substituer aux chênes pédon-culés indigènes (Quercus pedunculata) et aux Bouleaux (fig. 6) les chênes rouges d’Amérique et le Charme, qui poussent très vite.
- Les reboisements nécessitent non seulement un reclassement des terres mais encore des travaux hydrauliques préliminaires sur les parcelles sélectionnées pour l’agriculture, car les anciens fossés et leurs collecteurs ont été négligés depuis une quarantaine
- 1. Chiffres fournis par M. François Robin dans L’Action forestière et piscicole, n° 47, février 1941.
- Fig. 4 à 7. — Quelques aspects de la Sologne.
- 4. La Sologne pierreuse, pi'ès de Cliaon (Loir-et-Cher). — 5. L’abatage des bois dans une forêt reboisée, au bord de l’étang de Mar-cilly-en-Gault (Loir-et-Cher). — 0. Sous-bois de bouleaux près de Nouhan-le-Fuselier (Loir-et-Cher). — 7. Pâturage près de Saint-
- Yiatre CLoir-et-Chcr).
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- d’années. On devra donc entreprendre la remise en état ainsi que l’approfondissement du Cosson, du Beuvron, de la Sauldre, du Néant et de la Bonnelieure qui, s’écoulant de l'est à l’ouest, constituent des émissaires natui’els de drainage. Après quoi, s’imposeront le rétablissement des nombreux fossés et leur exten sion éventuelle. Des associations syndicales et des entrepreneurs locaux, spécialisés depuis longtemps dans ce genre de travaux, pourront mener à bien ces opérations d’assainissement du sol avec l’aide de l’État. Mais il serait bon qu’on établisse auparavant, pour chaque commune, la répartition des propriétés, la nature et la profondeur des terrains afin de permettre à la Commission de dresser des plans d’une certaine ampleur.
- Après l’assainissement et le partage rationnel de la Sologne en forêts ou bois, champs, pâturages ou étangs, selon la nature des terrains, il faudra choisir les plantes à cultiver, les méthodes agricoles à appli quer et les élevages à préconiser.
- Les terres solognotes se caractérisent par une forte humidité, à laquelle des drainages bien compris permettent de remédier, et par l’absence totale d’humus et de calcaire. On combat ces deux derniers défauLs par le chaulage ou le marnage, l’apport massif des engrais et l’emploi régulier de fumier artificiel. Quant à la sécheresse estivale inhérente au climat, on y pare le plus souvent à l’aide de labours profonds.
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- Pour améliorer la culture dans cette région, on commencera par créer une ou plusieurs fermes expérimentales où l’on déterminera les variétés de céréales les mieux adaptées au sol et au climat ; on y essaiera le trèfle, le lupin, le soja, et autres engrais verts ; on s’y livrera aussi à des essais zootechniques. Les renseignements ne manquent pas, puisque depuis une quarantaine d’années, nombre de propriétaires de Sologne, instruits des progrès agricoles, ont transformé leurs domaines en les exploitant scientifiquement. Les habitations basses en colombage de bois et de terre ont presque toutes disparu, cédant la place à de confortables fermes aux bâtiments construits en briques et pierre ou même à d’élégantes villas. Grâce à de judicieux amendements, à de méthodiques apports de chaux, de fumier et de phosphates, leurs récoltes de blé, d'avoine ou d’orge peuvent presque soutenir la comparaison avec celles de la Beauce. Les pommes de terre, le-s betteraves fourragères, certaines cultifres maraîchères ou fruitières réussissent très bien, en particulier les haricots verts, les asperges et les fraises. L’élevage s’y développe aussi normalement. L’État a établi des dépôts à Blois et à Pierrefitte-ès-Blois (Loiret) pour favoriser l’amélioration des chevaux du pays. De beaux troupeaux de bovin* paissent souvent dans les vastes prés naturels ou prairies artificielles du Loir-et-Cher et du Loiret (fig. 7) et d’importantes foires aux bestiaux se tiennent à Blois ou à
- Fig. 8 à 11. — Scènes agricoles en Sologne.
- 8. Foire aux bestiaux à Maray (Loir-et-Cher). — 9. Cour de ferme à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher). — 10. L’étang des Augères, à Vernon-en-Sologne (Loir-et-Cher), après un faucardement. — 11. Faucardement mécanique d’un étang par bateau spécial Lauvergnat.
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- Fig. 12. — Une carpe-miroir obtenue à la pisciculture des Clouzioux, à Brunon {Cher).
- Romorantain et même dans de petites localités comme Maray (fig. 8). Quant à la vieille race ovine de la région, rustique et peu sujette aux maladies, on ne la croise plus, comme on le faisait jadis avec la Disney ou la*Southsdown. On met maintenant les moutons solognots en plein air pendant toute l’année et ils s’en trouvent fort bien.
- A côté de ce bétail, on ne saurait oublier les basse-cours indigènes (fig. 9) abondamment pourvues de volailles de toutes sortes : poulets, oies et surtout dindons, qui, chaque année avant la crise mondiale, approvisionnaient les marchés de Paris et de Londres, au moment des fêles de Noël.
- LA PISCICULTURE
- Le « cheptel aquatique » est une autre ressource, car grands et petits étangs abondent, principalement dans les environs de La Ferté Saint-Aubin, de Neung-sur-Beuvron, de Bracieux, de Vernon-en-Sologne (fig. 10), de Romoranlin, etc. Ils sont aujourd’hui bien exploités ; en plus du nettoyage des berges et autres soins habituels, les pisciculteurs solognots procèdent au faucardage mécanique (fig. 11) des étangs afin d’enlever les herbes ou plantes aquatiques qui les
- envahissent péi’iodiquement. On y élève surtout des Carpes sélectionnées qui croissent plus vite que les Brochets, les Anguilles et autres espèces de poissons d’eaux douce à la chair réputée.
- Chaque année, d’avril à octobre, la Carpe est active dans les eaux dont la température dépasse i5° ; elle s’alimente, pond et engraisse. Puis, de l’automne au printemps, elle cesse de manger et de croître et reste immobile. C’est la saison où les carpiculteurs vident les étangs, recueillent et transportent les poissons. On compte l’âge des carpes par le nombre d’étés qu’elles ont vécu. Les races améliorées ont une croissance très rapide : i5 à 80 g. après un été, de 5oo à 1 000 g. après deux étés, de 1 à 1 kg. 5oo ou même davantage à la fin du troisième été.
- La vitesse d’accroissement des individus dépend du choix des reproducteurs, de la taille des alevins ainsi, que de la faune et de la flore de l’étang où ils vivent. Les Carpes françaises communes exigent, en moyenne, 4 étés, soit environ 3 ans 1/2 avec les périodes intercalaires d’hivernation, pour parvenir à la taille marchande, c’est pourquoi les pisciculteurs les ont abandonnées. Par contre, les carpes-miroirs (ainsi nommées parce qu’elles portent plusieurs rangées de grandes écailles sur leurs flancs) croissent plus rapidement, ont moins d’arêtes et une chair plus fine ; elles sont vendables après 3 étés et même 2 quand la nourriture est abondante. La superbe carpe-miroir (fig. 12), pêchée récemment à l’établissement de pisciculture des Clouziaux, à Brunon (Cher) et âgée de 4 ans, atteste la valeur des méthodes de sélection pratiquées en Sologne.
- L’administration facilite la remise en eau et l’empoissonnement d’étangs abandonnés ; elle incite les propriétaires à augmenter la surface de leurs étangs et étudie les possibilités d’en créer de nouveaux. On estime qu’on pourrait accroître de 10 000 ha. l’étendue actuelle des eaux exploitées dans la région, ce qui correspondrait à 2 000 t. de poissons vendables au bout de quelques mois. Voilà une supplément à notre ravitaillement qu’on ne saurait négliger, non plus que la chasse, jadis principale source de revenus de ce pittoresque coin de France.
- Jacques Boyer.
- SUR LA FABRICATION DU SULFATE D'AMMONIAQUE ET SUR QUELQUES CONSÉQUENCES AU POINT DE VUE AGRICOLE (,)
- Dans l’intérêt passionné que soulèvent aujourd’hui avec tant de raison les choses de l’agriculture, les journaux ont dévoilé un peu hâtivement, en les amplifiant et les déformant, les idées très modestes que je me propose d’appliquer en Sologne : je crois utile, ne fut-ce que pour freiner des espérances exagérées dont je serais ainsi l’auteur involon-
- 1. Note présentée à l’Académie des Sciences le 21 juillet 1941.
- taire, de préciser ce que sont ces idées et où j’en suis à leur sujet.
- Mon point de départ a été la connaissance du fait qu’étant donnée la raréfaction croissante de l’acide sulfurique, en raison, en particulier, des besoins accrus de la fabrication de la rayonne, on se préoccupe beaucoup de développer la fabrication, déjà importante, du sulfate d’ammoniaque par le gypse. Or le cycle suivant lequel est réalisée aujourd’hui
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- cette fabrication présente deux inconvénients ; d’une part, il nécessite un matériel important et dispendieux en raison de la lenteur relative de certaines opérations, d’autre part, il entraîne une dépense importante de charbon pour l’évaporation des solutions.
- J’ai conçu un autre cycle, que mes expériences montrent capable d’atténuer l’un et l’autre de ces défauts.
- Ce procédé consiste à utiliser dans des conditions convenables le fait qu’en traitant par de l’ammoniaque anhydre les solutions concentrées de sulfate d’ammoniaque que fournit facilement la réaction du gypse sur le carbonate d’ammoniaque, on peut précipiter les 3/4 et plus du sulfate d’ammoniaque qu’elles contiennent. Il suffit alors d’enlever à la solution restante l’excès d’ammoniaque qu’elle renferme, par rapport à celle qui est nécessaire pour reconstituer par le gypse une quantité de sulfate d’ammoniaque égale à celle qui a été précipitée, et ainsi de suite.
- J’ai appris, depuis mes essais, que ce principe a été indiqué en 1924 par la Lonza (x). Il ne semble cependant pas qu’on ait obtenu un ensemble de conditions convenables pour sa réalisation, car aucune application pratique n’en a été faite.
- Voici, sous la forme d’opérations discontinues, celui que je pense le meilleur.
- La solution filtrée de sulfate d’ammoniaque obtenue par le gypse, contenant au moins 4oo g./h, arrive dans un récipient étanche muni d’agitateurs, à une température de l’ordre de 60-70°, maintenue dans l’ensemble du cycle. On fait arriver alors dans ce récipient de l’ammoniaque anhydre, d’abord celle en excès de la solution précédemment précipitée, puis l’ammoniaque liquide d’une citerne, à raison, en tout, de 200 g. environ de NH3 par litre de liquide initial ; on enlève constamment la chaleur dégagée par une circulation d’eau froide, ce qui est facile et économique à cette température de 70°. Le sulfate précipite en masse à raison de a5o-3oo g. par litre de liquide initial, tandis que du fait de la température, la tension de NIL3 monte jusqu’à 2 ou 3 atm. Sous l’action de cette pression, on chasse le liquide, contenant 100 à i5o g. de sulfate dissous par litre, à travers un faux-fond filtrant, vers un récipient 2 où s’opérera l’enlèvement de l’ammoniaque en excès. La filtration à travers le sulfate, puis le lavage de celui-ci par une solution saturée de sulfate d’ammoniaque, sont faciles et rapides ; des dispositifs appropriés permettent alors l’extraction rapide de ce sulfate, puis le remplissage de liquide pour l’opération suivante; celle-ci consistera, comme il a été dit, à y renvoyer l’ammoniaque en excès du second récipient, d’abord spontanément en raison de la tension de celle-ci, puis à l’aide d’un compresseur rotatif qui puise dans le récipient 2, muni d’agitateurs, jusqu’à une dépression qui se limite finalement à quelques dixièmes d’atmosphères à raison de 70 à 80 g. de NIL3 par litre qu’il faut y conserver. Le complément de NIL3 nécessaire, égal à ce qu’on doit laisser dans le liquide 2 pour sa transformation en sulfate, est envoyé d’une citerne à NLI3 liquide, dont la pression est surabondante pour cette fin d’opération. La dépense d’énergie- mécanique nécessaire pour ce transfert de l’ammoniaque est ainsi très faible, soit environ 20 kW./h. par tonne de sulfate. L’absorption de chaleur correspondant au départ de l’ammoniaque du récipient 2 est compensée, à la température du cycle, par un apport de vapeur dans un système tubulaire approprié, mais la dépense de charbon correspondante, soit 60 kg. par tonne de sulfate, est faible, comparée aux 25o-3oo kg. du cycle actuellement employé.
- Lorsque NH3 en excès a été chassé, on envoie par pompe.
- 1. Brevet suisse 114 699 du 24 novembre 1924, au nom des Elelctrizitâtswerhe Lonza.
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- le liquide 2 dans un récipient 3 muni d’agitateurs, où l’on introduit ensuite le gypse en poudre très fine et l’acide carbonique. On remarquera que l’ammoniaque anhydre et l’acide carbonique nécessaires à ces opérations sont tous deux fournis en abondance dans les usines de synthèse recevant leur hydrogène du procédé par comrersion. C’est un des avantages de la température élevée du cycle que la réaction du gypse sur le carbonate est rapide et complète. Lorsqu’elle est effectuée, le liquide de 3 est transféré dans une essoreuse, qui présente cette particularité que la totalité du liquide d’une opération y peut tenir. Cette essoreuse, qui était au repos, est mise progressivement en mouvement, et celui-ci peut être continué pendant la totalité de la durée d’une opération. C’est donc un séjour de l’ordre des heures et non plus des secondes, comme dans les centrifugeuses ou écrémeuses usuelles, que la bouillie fait dans cette essoreuse, et dans ecs conditions les vitesses peuvent être très faibles et amener cependant une séparation parfaite entre un carbonate de chaux très compact et le liquide clair, lequel sera transféré en x pour recommencer le cycle des opérations, dont le parcours comporte quelques détails sur lesquels je n’insiste pas.
- Or c’est précisément au sujet du carbonate de chaux résiduel résultant de la transformation du gypse que sont nées les espérances dont je parlais.
- Dans la technique actuelle, ce carbonate de chaux est soigneusement lavé pour en récupérer le mieux possible le sulfate d’ammoniaque qu’il contient. On complique et l’on allonge ainsi, sui’lout dans mon cycle, l’ensemble des opérations. Or, pourquoi le laver, alors que ce corps quasi colloïdal, avec les 10 à 10 pour 100 de sulfate d’ammoniaque qu’il contient sans lavage, serait particulièrement précieux en apportant à la fois l’engrais et un amendement facilement assimilable aux sols décalcifiés, si répandus en France ? On connaît particulièrement le cas de ces régions de la Sologne, où le calcaire est si curieusement déficient que sa teneur y atteint rai’ement 1 pour mille.
- Ce carbonate résiduel, qui, sec, est pulvérulent, est d’un usage facile soit tel, soit à l’état de bouillie. S’il pouvait être livré pour le sulfate d’ammoniaque qu’il contient, compté lui-même à bas prix en raison de la simplification de la fabrication, si, d’autre part, le transport lointain pouvait en être envisagé, l’emploi de ce corps à raison de 2 à 3 t. à l’hectare, et dont l’épandage apporterait à la fois l’amendement et l’engrais, serait sans doute bien supérieur à celui des marnes et même des chaux qü’on emploie actuellement.
- Mais on voit que pour que ces espérances se réalisent, il faudi’ait, d’une part, que le procédé que je viens de décrii'e soit appliqué et en fonctionnement ; or, il n’est pas exact que, comme on l’a dit, il soit dès maintenant employé à Toulouse, et l’on commence seulement à l’étudier dans les milieux compétents ; il faudi'ait, d’autre part, que les transports par eaux soient possibles, et que pour cela les canaux d’intérêt local de la Sologne soient x-eliés au réseau général.
- Je dois dire, en tout cas, que, désireux de me faciliter dès maintenant les essais sur ce point, M. Cartier, directeur de l’Office national de l’Azote de Toulouse, a bien voulu mettre gracieusement à ma disposition à Toulouse une centaine de tonnes de ce carbonate non lavé, avec l’autorisation d’en faire profiter quelques agriculteurs entreprenants de la région. Je l’en remercie vivement.
- J’espèce que la Commission supérieure instituée pour l’aménagement de la Sologne pourra inscrire l’étude de cette question à son programme.
- Georges Claude, Membre de l’Institut.
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- ET SUPER-CENTRIFUGATION INDUSTRIELLES
- Parmi les nouvelles techniques mises à la disposition de l’industrie pour agir sur la matière, il est rare d’en trouver qui soient purement mécaniques. La plupart des nouveaux procédés issus du laboratoire sont électriques : tels sont l’électrolyse, la fusion au four électrique, le « bombardement » corpusculaire (four cathodique), voire la radio-activation artificielle. On sait quel puissant engin les physiciens viennent de créer avec le cyclotron, véritable « fronde à ions » qui permet de réaliser des bombardements sous des millions de volts ; des développements importants peuvent être attendus dans le domaine de la métallurgie, des préparations biologiques, etc. de cet imposant nouveau-né des laboratoires.
- Deux (( agents physiques » font exception à la règle ; ce sont les ultra-sons et la force centrifuge (fig. i), qui sont tous deux des manifestations strictement mécaniques des propriétés de la matière, les premiers mettant en jeu son élasticité et son inertie, tandis que la force centrifuge est un effet de l’inertie seule.
- La mise au point, par le P1' Langevin, des triplets, générateurs formés d’une lame de quartz serrée entre
- Fig. 1. — Supercentrifugeuse autoclave destinée à Vépuration des huiles combustibles et des huiles lubrifiantes à bord du navire bananier « Charles Plumier » .(Sharples).
- deux lames d’acier vibrant en résonance, permet aujourd’hui de produire économiquement et commodément des ultra-sons de grande puissance dont le flux énergétique est canalisé dans une direction bien déterminée. A titre d’exemple, au laboratoire de M. Mari-nesco, on utilise des triplets, excités en synchronisme par des lampes triodes et développant 2 LW. 5. Soumise à un tel ébranlement, la matière devient curieusement instable ; le protoplasme des cellules vivantes tournoie à l’intérieur du suc cellulaire, tandis que des réactions inversées comme l’hydrolyse des éthers-sels, deviennent possibles.
- M. Marinesco a eu l’idée de combiner ces puissants effets de « libération vibratoire » avec une action auxiliaire continue, telle que l’électrolyse, l’électrophorèse des colloïdes, ou la force centrifuge. On voit alors les matières nouvelles, produites par la réaction limitée, se séparer dans deux régions distinctes de l’appareil, ce qui permet, par une véritable extension des lois de Berthollet, d’obtenir une décomposition irréversible et complète. Et cette ingénieuse application souligne bien le caractère fondamental de la centrifugation, aussi bien dans l’industrie qu’au laboratoire, qui est une accélération formidable des ségrégations hésitantes au cours des fabrications.
- FORCES CENTRIFUGES SIMPLE ET COMPOSÉE
- Le théorème de d’Alembert, qui régit sous forme analytique toutes les manifestations de l’inertie matérielle, nous enseigne que la force d’inertie à laquelle est soumis un point matériel en mouvement est proportionnelle à la vitesse liodographique de l’extrémité du vecteur vitesse. Autrement dit, si par un point fixe de l’espace nous menons à chaque instant un vecteur égal et parallèle au vecteur vitesse du point considéré, la force d’inertie sera égale à la masse dudit point multipliée par la vitesse de l’extrémité du vecteur parallèle. Elle est nulle dans le cas d’un mouvement rectiligne et uniforme, mais apparaît dès qu’on oblige la vitesse à augmenter, à diminuer ou simplement à tourner. Dans les deux premiers cas, l’accélération vectorielle, donc la force, sont tangentielles, dirigées suivant la même droite que la vitesse, tandis que la rotation (« déviation ») de la vitesse se manifeste par une force normale, dite centrifuge.
- Cette rotation peut être produite par une rotation complètement étrangère au mouvement principal ; on a alors affaire à l’accélération de Coriolis, autrement dit à la force centrifuge composée, dont les effets sont généralement nuisibles. Ainsi, à bord de bateaux qui roulent rapidement bord sur bord, comme les torpilleurs, les premières centrifugeuses à très grande vitesse, destinées à l’épuration des huiles de machines, avaient donné lieu à des ruptures d’arbre. Ges effets
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- gyroscopiques, proportionnels au produit des deux vitesses de rotation, sont également proportionnels au moment d’inertie de la masse tournante ; nous voyons s’amorcer la division des deux « écoles » constructives qui se partagent les fabricants d’appareils à centrifuger : d’un côté les engins à très forte vitesse de rotation atteignent et dépassent i ooo tours par seconde, mais avec des rotors de petit diamètre, de l’autre, des rotors plus larges et plus lents, où la modicité de la vitesse est compensée par l’accroissement du diamètre.
- Dans la force centrifuge simple, bien connue de tous, le mouvement se réduit à une rotation unique, telle que celle d’une toupie ou d’un manège. La vitesse linéaire d’un point du solide tournant est proportionnelle au rayon (distance du point à l’axe) et à la vitesse de rotation (nombre de tours par seconde) ; cette vitesse linéaire tourne comme le point lui-même, elle est donc déviée avec une rapidité mesurée par le nombre de tours à la seconde, qui intervient ainsi une seconde fois. Finalement, la force centrifuge est égale au produit de la masse du point par le rayon et par le carré de la vitesse de rotation, ce qui s’exprime
- par la formule : F = mRoo2.
- Si l’on fait m = i, on a l’aC' célération centrifuge : A = Rco*.
- Deux solutions sont donc possibles, pour augmenter A : accroître un peu co ou accroître beaucoup R ; dans les deux cas, nous ne serons limités que par les difficultés d’équilibrage et la résistance des matériaux c o ns t i-tuant le rotor. C’est ainsi que l’on pose ordinairement le problème... mais c’est fort mal le poser.
- VITESSE DE SÉDIMENTATION
- Plaçons - nous, en effet, devant le problème concret qui s’offre à un industriel. Voici un liquide qui con-
- Fig. 2. — Principes d’une séparation rationnelle des éléments d’un mélange liquide.
- A, débit constant, la séparation est d’autant plus poussée et régulière que : I, la durée de décantation est plus longue ; II, la hauteur de décantation est plus faible (h<H) ; III, les filets liquides sont mieux guidés en vue d’éviter tout remélange par tourbillons ; IV, les éléments lourds déposés au fond du bac sont plus activement enlevés (d’après Alfa-Laval).
- Fbulie de commande
- Poulie et 'suspension
- -Broche
- Dispositif de tension
- Rotor ou bot
- .Carier
- Triple cloison
- d’alimentation
- Fig. 3. — Coupe d’une supercentrifugeuse fonctionnant en séparateur à deux liquides (Sharples).
- tient en suspension des corpuscules, dont il s’agit de le débarrasser ; ce sera, par exemple, une huile impure ou un liquide gras, tel que du lait, dont nous désirerons recueillir les globules graisseux.
- Ce qui occupe l’utilisateur de la machine, ce n’est pas la grandeur des efforts internes, mais le débit : liquide pur d’un côté, particules sédimentées de l’autre (fig. 2). Il s’agit donc d’avoir — autant que ces diverses conditions sont conciliables — une forte vitesse de sédimentation, une longue course du liquide à l’intérieur du rotor assurant une action prolongée et une large section de ce même liquide. On conçoit que le dosage optimum de ces différents facteurs puisse être acquis par des conceptions très différentes, telles que le mince cône à axe souple des épurateurs d’huile (fig. 3 et 4) ou les volumineuses « piles d’assiettes » des écrémeuses (fig. 6 et 7).
- Dans une large éprouvette emplie d’eau ou d’huile, laissons descendre des corpuscules variés : bille d’acier, globule de mercure, grains de sable ou de sel marin. Après une brève période d’accélération, ces particules vont atteindre une vitesse-limite, dite vitesse de sédimentation, d’autant plus faible que la densité des particules est plus voisine de celle du liquide et que la viscosité de ce dernier est plus forte. Berthold Block indique comme vitesses limites, en mm. par seconde, dans l’eau :
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- Fig. 4. — Fonctionnement d’une supercentrijugeuse.
- I, fonctionnement en séparateur. Le liquide impur entre en J sans toucher le tourillon creux T du bol, s’écrase contre le détecteur D et, vient former un « niveau vertical » C sous l’action de la force centrifuge ; le liquide lourd forme un niveau extérieur C> ; les deux liquides sont évacués par les orifices 0 et O' situés à des distances inégales de l’axe, suivant le principe du « récipient florentin » (flg. 8), et s’écoulent par les goulottes G et GL S, impuretés sédimen-taires déposées contre le corps B du bol. — II, fonctionnement en épurateur. Le sédiment S se plaque contre le corps B du bol.
- Bille en acier de 5,5 mm. de diamètre. . . 1,28/1 Grains de quartz de 1 mm. de diamètre. . . 100
- Boues dans les épurateurs d’eau..............0,020
- Grains de quartz de 0,002 mm. de diamètre. o,oo4
- On voit que la vitesse de sédimentation devient très faible quand le diamètre des particules s’abaisse au-dessous d’une certaine dimension : ainsi, pour laisser déposer entièrement de l’eau contenant en suspension des grains de quartz de 2 millièmes de mm. de diamètre, dans un récipient de 20 cm. de hauteur, il ne faudra pas moins de i4 h., et cependant la densité du quartz est près de trois fois celle de l’eau. Pour décanter par simple gravité des liquides visqueux contenant des impuretés de densité voisine de celle du liquide, il faudrait compter par semaines et par mois, c’est-à-dire que l’opération perd tout intérêt industriel.
- Supposons maintenant que nous puissions appliquer au liquide à traiter une accélération centrifuge égale à 100 fois celle de la pesanteur, soit 100 g. Le poids des particules, force active, va se trouver centuplé ; le poids du-liquide va se trouver également centuplé, ce qui est fâcheux, puisque c’est ce poids qui produit la force de soutien archimédienne ; mais la différence des densités apparentes, qui seule intervient en définitive pour entraîner les particules, va se trouver elle aussi multipliée par 100, en sorte que la vitesse de sédimentation sera extrêmement accrue.
- SUPER-CENTRIFUGEUSES
- Dans la catégorie des machines rapides, nous trouvons les super-centrifugeuses industrielles, dont la construction est remarquablement simple (flg. 1, 3 et 4).
- Le ce bol » rotatif est formé d’un tube en acier vertical de faible diamètre, dans lequel sont placées trois ailettes minces destinées à favoriser l’entraînement du liquide en rotation. Celui-ci arrive par le bas du bol, remonte le long des parois, contre lesquelles il se trouve violemment plaqué par la force centrifuge, puis déborde à la partie supérieure et se trouve projeté dans une goulotte collectrice circulaire. On démonte le tube pour racler le sédiment, qui se dépose sous forme aussi compacte que du mastic.
- Quand la supercentrifugeuse est utilisée pour séparer des liquides de densités différentes (fonctionnement en séparateur), on munit le rotor de deux orifices d’évacuation prenant naissance à des distances inégales du centre ; les liquides s’échappent dans deux goulottes séparées. Il est ainsi possible de purifier .et de séparer, par exemple, une émulsion d’huile dans l’eau : l’huile est recueillie d’un côté, l’eau s’échappe de l’autre et les impuretés se sédimentent contre les paixûs du bol.
- La construction des super-centrifugeuses a posé des problèmes techniques assez rares dans l’industrie. Lancé à des vitesses énormes, le rotor ne tourne plus exactement autour de son axe géométrique de fabrication, dont la précision n’est pas absolue, mais autour de son axe principal d’inertie.
- Pour rédume au minimum le balourd, autrement dit le défaut d’équilibrage, on laisse sur le bol de léger* bossages de forge qui pourront être meulés pour correction. Le bol est tout d’abord équilibré statiquement sur deux couteaux horizontaux ; il ne doit pas s’arrêter dans une position « préférée », sans quoi une première correction intervient sous forme d’un meulage des bossages.
- On passe ensuite à l’équilibrage dynamique sur machine spéciale à paliers mobiles, maintenus par des
- Fig. 5. — Entraînement par courroie mulliplicatrice.
- A, poulie cle la broche ; B, courroie sans couture ; C, grande poulie du moteur électrique ; D, chape du roulement, E, broche du bol ; F, galet tendeur.
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- ressorts. Rappelons qu’un solide tournant peut très bien être équilibré statiquement, par des masses non situées en face les unes des autres, tout en donnant lieu à de violentes réactions sur les paliers dès qu’on le fait tourner à grande vitesse. On parfait le meulage jusqu’à ce que les paliers de la machine à équilibrer ne manifestent plus de déplacements ni de vibrations.
- Le rotor est ensuite monté dans la centrifugeuse et amené à la vitesse de régime ; des vibrations peuvent encore se produire du fait de déformations élastiques qui déséquilibrent le bol ; un dernier meulage permettra de les supprimer.
- Cette perfection d’équilibrage est souvent complétée par une ingénieuse disposition, la suspension demi-souple qui permet un centrage spontané du rotor.
- Grâce à ces minutieuses précautions, la vitesse de rotation des super-centrifugeuses a pu être portée à i5 ooo tours par minute (2 5o tours par seconde) et le chiffre de 20 000 tours est couramment atteint. Dans les laboratoires, on cite des chiffres de 60.000 à 80.000 tours. Un constructeur faisait remarquer que la
- Fig. 0. — Type de centrifugeuse à « pile d’assiettes » montrant l’entraînement par vis tangente et la disposition des goulotes collectrices (Alfa.-Laval).
- Fig. 7. — Circulation des liquides dans une centrifugeuse à pile d’assiettes fonctionnant en séparateur.
- Le liquide brut pénètre en haut dans l’axe de l’appareil, passe dans la cavité inférieure B et remonte à travers des trous CD percés dans les « assiettes » E ; le liquide léger sort en G, tandis que le liquide lourd passe au-dessus du cône F et sort en H (Alfa-Laval).
- vitesse linéaire périphérique du bol, dans ses appareils, ne dépasse pas le quart de la vitesse linéaire de la Terre à l’équateur ; mais la force centrifuge est i5 millions de fois plus grande, à cause de la petitesse du rayon.
- L’entraînement des supei’-centi’ifugeuses est fait généralement par moteur électrique et courroie extrasouple spéciale, cette transmission formant multiplication de vitesse ; le cas est assez rare pour être signalé (fig. 5). On utilise également de petites turbines à action, alimentées par l’air comprimé ou la vapeur.
- CENTRIFUGEUSES A « PILES D'ASSIETTES »
- Nous arrivons à un type d’appareils tout différent avec les centrifugeuses à « piles d’assiettes », dont le modèle classique est l’écrémeuse de laiterie (fig. 6, 7 et 9)-
- Imaginons, à l’intérieur d’un bol rotatif de diamètre relativement grand, un empilement de tôles tron-coniques, en forme de chapeaux chinois (très improprement appelées « disques »), estampées dans de la tôle d’acier de o,5 mm. d’épaisseur. Ces cônes sont percés de trous et laissent entre eux des intervalles de o,5 mm. v
- Le liquide brut arrive par le haut, dans l’axe de l’appareil, passe sous le cône inférieur en s’écartant du centre, puis revient vers l’axe en cheminant en couches minces multiples entre les cônes. C’est cette minceur de la couche et cette multiplication des zones de traitement qui explique le débit considérable de
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- l’appareil : le parcours de sédimentation que les particules doivent opérer à l’intérieur du liquide pour se déposer, se trouve en effet extrêmement réduit, en même temps que le débit est multiplié par le nombre des cônes.
- Les sédiments glissent vers l’exté-rieur et vont s’amasser contre la paroi du bol, tandis que le liquide clarifié s’élève à travers des trous dont sont percés les cônes et s’échappe tangentiellement dans le haut de l’appareil. Une gouilotte circulaire permet de recueillir ce liquide « léger », un second exutoire extérieur intervenant pour recueillir le liquide lourd loi'squ’on a affaire à une séparation par ordre de densités.
- L’entraînement des centrifugeuses à pile d’assiettes est généralement obtenu au moyen d’une vis réversible à pas allongé, montée sur l’axe, que vient attaquer une roue tangente ; ici encore, la disposition adoptée est inverse de la disposition classique, où la « vis sans fin » joue un rôle de grande démultiplication.
- Rappelons seulement pour mémoire un troisième type d’appareils moins puissants, les essoreuses destinées à éliminer plus ou moins grossièrement un liquide d’un solide : telles sont les essoreuses de blanchisserie, les récupérateurs d’huile pour ateliers, qui extraient l’huile adhérente aux tournures... voire, à la limite, le familier panier à salade des ménagères 1 La forme la plus habituelle des essoreuses est celle d’un cylindre à claire-voie, à axe vertical tournant dans un carter fixe servant de collecteur pour le liquide projeté.
- A titre d’exemple, on note dans un rotor d’essoreuse de i m. de diamètre, tournant à i 200 tours par minute, une force centrifuge égale à 2 000 fois l’intensité de la pesanteur ; autrement dit, « le gramme pèse 2 kg. ». Dans les centrifugeuses à piles d’assiettes tournant à 6 000 tours par minute, on dispose de forces centrifuges de l’ordre de 4 000 g. (4 000 fois l’intensité de la pesanteur). Dans un « bol » de supercentrifugeuse de 4 cm. de diamètre tournant à 60 000 tours par minute, la force centrifuge atteint 80 000 g. : le gramme « pèse » 80 kg. !
- APPLICATIONS INDUSTRIELLES
- Les applications industrielles de la centrifugation sont actuellement très nombreuses et elles représentent dans chaque fabrication, un progrès important. Citons, dans l’industrie des peintures et vernis, la
- clarification des vernis gras et cellulosiques, des vernis à l’alcool, des peintures, des laques ; en teinturerie, la purification et la régénération de la benzine de nettoyage ; dans la pharmacie, la classification densi-métrique des colloïdes, la préparation des hémoglobines ; dans l’industrie chimique, le traitement des liquides chauds, des liquides refroidis, sans altération de la température, la purification des liquides volatils, qui peuvent être centrifugés dans leur propre vapeur, ce qui réduit à néant les pertes et les dangers d’incendie ; le traitement de certains liquides corrosifs ; la récupération de la suintine des eaux de lavage des laines ; la séparation des émulsions de pétrole et d’eau salée ; un grand nombre de déshydratations telles que celle du goudron des fours à coke, des huiles végétales, de la matière grasse du lait.
- Une application caractéristique est la préparation des « huiles vierges centrifugées ». On sait que le nom d’huile vierge est légalement réservé au liquide qui s’écoule naturellement des olives lors de leur trituration ; cette huile est de qualité très supérieure à celle qui sera extraite ensuite par pression et décantation ; cela provient de l’extrême altérabilité du jus d’olive, où se développent des fermentations putrides dans les bassins de décantation. La séparation de l’huile et des eaux de végétation est en effet une opération très longue, qui s’effectue en plusieurs semaines dans les « enfers » souterrains des moulins à huile. L’emploi de siphons, formant « récipients florentins » (fig. 8), autorise il est vrai un certain automatisme, mais laisse subsister la sujétion d’additions judicieuses d’eau chaude et n’accélère que très insuffisamment la séparation de l’huile.
- Fig. 9. — Centrifugeur à pile d’assiettes pour l’épuration des huiles de transformateur à l’abri de l’air (Alfa-Laval).
- Entrée de l'huile
- Sortie de l'huile
- Sortie de
- Fig. 8. — Principe du « récipient florentin ».
- Le liquide brut arrivant en A se sépare par densité en deux couches dl et d2 qui dégorgent suivant G et FK ; les hauteurs ht et h2 sont inversement proportionnelles aux densités.
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- La centrifugation apporte au contraire une solution complète. Le jus coulant du pressoir est aussitôt séparé en huile pure et en margines, ces dernières n’ayant aucunement le temps, en quelques secondes, de produire la fermentation du jus et l’altération de l’huile ; l’acidité de cette dernière n’augmente pas par la suite et les margines sont si parfaitement déshuilées qu’il est inutile de les envoyer dans les « enfers ».
- PRINCIPE
- DE LA <c RÉGÉNÉRATION CONTINUE »
- Les huiles de graissage des turbines et des moteurs Diesel sont utilisées en circuit fermé, la même huile circulant jusqu’à perte de ses qualités ; il y a là un état de choses préjudiciable à la durée des machines et qui a pour conséquence un entretien fréquent.
- Au renouvellement périodique, qui laisse s’accumuler dans l’huile les poussières métalliques, les particules charbonneuses, l’humidité, on a intérêt à substituer la régénération continue ; celle-ci s’effectue soit par centrifugation simple, soit en combinant la centrifugation avec l’action de la chaleur, du vide, ou même avec des filtrages.
- Un autre domaine d’applications est la régénération continue des huiles de transformateurs et d’interrupteurs électriques (fig. 9 et xo). Cette huile joue un double rôle d’isolation entre les spires et de conduction calorifique pour l’évacuation des chaleurs perdues. Elle se trouve soumise à des champs électriques et magnétiques intenses, à des pointes de température atteignant ioo°, suivies de refroidissements rapides, ainsi qu’à l’action oxydante de l’air, accélérée par la présence catalytique du cuivre des conducteurs. Pratiquement, on assiste à une polymérisation de l’huile et à une asphaltisation qui peuvent aller si loin que l’on décuve parfois des enroulements enrobés dans un bloc solide !
- Les groupes épurateurs actuellement réalisés permet-tent d’obtenir dans le même appai'eil : la centrifugation, la pulvérisation et la cuisson sous vide simultanées. Purifiée par la centrifugation, l’huile est pulvérisée à sa sortie du rotor en milliards de gouttelettes offrant une surface énorme, en sorte que la dessiccation est pratiquement instantanée.
- Pour les machines-outils, la régénération de l'huile de coupe par centrifugation permet de réduire de 25 à 5o pour 100 le nombre des affûtages et d’utiliser des huiles minérales au lieu d’huile soluble. Il y a là de grosses possibilités d’amélioration du travail et du rendement qui sont encore trop peu connues.
- Pour Y alimentation des moteurs Diesel, les ingénieurs roumains ont réussi, grâce à la centrifugation, à utiliser un mazout brut extrêmement bon marché au lieu des combustibles coûteux habituels ; on peut considérer dès à présent que l’emploi du gas-oil dans les moteurs à combustion est un luxe que la centrifugation permet d’éviter.
- Fig. 10. — Groupe centrifugeur-cuiseur sous vide pour la régénération des huiles de transformateurs.
- \ MILLION DE TOURS PAR SECONDE !
- MM. Pollock et Collie ont proposé d’employer des super-centrifugeuses pour l’essai des matériaux sous des champs de forces atteignant 200 000 fois l’intensité de la pesanteur.
- Deux types de super-centrifugeuses sont utilisés. Dans l’appareil Svedberg, la turbine motrice est entraînée par un jet d’huile et le rotor qui lui est accouplé tourne dans une atmosphère d’hydrogène sous une pression de 20 mm. de mercure ; l’ultra-centrifugeuse Beams fonctionne au moyen d’une turbine à air comprimé ; le rotor, suspendu à un fil qui lui communique le mouvement de rotation, tourne dans le vide. Des mélanges de gaz, introduits dans le rotor, ont pu être séparés en leurs constituants.
- L’appareil Svedberg a atteint des vitesses de r45 000 tours par minute, fournissant des forces centrifuges r million de fois plus grandes que la pesanteur ; on a pu obtenir la séparation des ions H et Cl d’une solution d’acide chlorhydrique, ce qui constitue une véritable mécanolyse ; il faut une demi-heure pour lancer le rotor, qui met 20 mn à s’arrêter. Les mêmes turbines sont employées pour des photographies ultra-rapides.
- Pour les essais de matériaux, l’éprouvette est formée par le rotor lui-même, qui éclate, et dont les fragments sont arrêtés par un carter en plomb. Les résultats ont
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- été assez différents de ceux que permettait d’attendre la théorie, et généralement plus pessimistes.
- Nous arrêterons ici cette revue des centrifugeuses industrielles, qui nous a conduit jusqu’au seuil des laboi’atoires. Des réalisations très particulières et toujours en progrès y sont possibles. Rappelons que le record actuel de la vitesse de l'otation appartient à la fameuse centrifugeuse Henrion-Huguenard, dont le rotor, simple pastille métallique creuse de i cm. de diamètre, flotte dynamiquement sur les jets d’air comprimé sortant d’une couronne de canaux percés dans un stator et disposées suivant les génératrices d’un
- hyperboloïde à une nappe. Soutenu de façon stable par le jet tourbillonnaire, qui possède des propriétés à la fois attractives et répulsives, le rotor tourne sans pivot matériel à des vitesses atteignant le chiffre foi’midable de 20 ooo tours par seconde : i 200 000 tours à la minute ! ... Dans cet état mécanique extraordinaire, sans analogue dans le monde matériel qui nous est familier, la minuscule rondelle rotative est plus dangereuse qu’une balle de fusil.
- Pierre Devaux.
- Ancien Élève de l’École Polytechnique.
- LES TRUITES ET LE pH
- L’étude des conditions d’alimentation naturelle et de croissance de la truite dans les eaux libres a été longtemps négligée en France. L’effort dernièrement commencé par la Direction générale des Eaux et Forêts est de date trop récente pour qu’on en puisse sentir les effets.
- Cette question de la mise en valeur piscicole des eaux douces de la France présente un intérêt social certain aussi bien parce qu’il permet l’exercice d’un sport de premier ordre que par la valeur alimentaire des salmonidés qui fourniraient dans les circonstances actuelles un indiscutable appoint.
- Ces études d’hydrobiologie ont été récemment poursuivies sur des bases scientifiques rigoureuses. Elles permettent d’établir pour chaque cours d’eau d’un bassin toutes les indications utiles pour sa pisciculture propre. Le point de vue le plus important est la détermination du coefficient biogénique calculé suivant la méthode du professeur Léger, de l’Université de Grenoble, ce qui permet de conduire rationnellement, pour le cours d’eau en cause, le repeuplement et la
- pêche. La connaissance
- Fig. 1. — Croissance comparative des Truites dans des cours d’eau alcalin (pH 7> U ou acides (pH 7).
- de ce coefficient biogénique permet d’estimer à quelle densité de truites il peut atteindre. Au delà de cette densité, tout repeuplement deviendrait illusoire, les poissons au surplus ne trouvant plus une nourriture suffisante.
- Ce coefficient biogénique mesure la quantité de larves, petits crustacés, vairons, etc., qui serviront à l’alimentation des truites. Il dépend lui-même des con ditions physico-chimiques du milieu. L’une de ces conditions semble avoir une influence
- déterminante : c’est le pH des eaux de la rivière con sidérée.
- Les cours d’eau qui coulent dans des régions calcaires sont caractérisés par une réaction alcaline, un pH supérieur à 7, alors que les rivières des régions de roches anciennes ou volcaniques dont les eaux sont pauvres en sels de chaux dissous présentent une réaction acide, un pH inférieur à 7.
- Les rivières de Normandie, du Jura, par exemple, dont le cours traverse des régions géologiques aux roches très calcaires : le crétacé supérieur en Normandie, le jurassique en Franche-Comté, sont à réaction alcaline. Leur pH varie de 7,4 à 8,3 et se situe en conditions normales aux environs de 7,9.
- Les cours d’eaux de Bretagne ou des Vosges déroulent leurs lits sur de vieilles plates-formes granitiques, ceux d’Auvergne traversent des régions de roches volcaniques. Leurs eaux sont très pures, pauvres en sels minéraux solubles et leur réaction, est acide, surtout par suite de la présence d’anhydride carbonique dissous. Leur pH, de 4,5 à 6,9, se chiffre habituellement autour de 5,7.
- Dans les eaux alcalines, la végétation aquatique est abondante, ces herbiers recèlent des quantités innombrables de petits crustacés, de crevettes d’eaux douces, de larves d’insectes qui fournissent une nourriture abondante. Ces larves éclosent à leur saison et les insectes parfaits, pour la plupart, reviennent pondre à la rivière, fournissant aux truites une nourriture qu’elles gobent en surface pour la plus grande joie des pêcheurs à la mouche artificielle.
- Les poissons, dans ces eaux, grossissent rapidement, les truites d’une livre sont communes, celles de trois livres ne sont pas exceptionnellement rares.
- Au contraire, dans les rivières à réaction acide, les herbes aquatiques sont plus rares, la nourriture moins abondante. La densité en poissons s’en ressent ainsi que leur taille moyenne et leur vitesse de croissance qui est sensiblement plus réduite. L’examen microscopique des écailles des spécimens capturés permet l’estimation de leur âge et l’établissement de chiffres précis relativement à la rapidité de leur développement.
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- Le graphique de la figure i montre que les différences sont sensibles.
- Dans les eaux acides, les poissons sont de plus petite taille, les grosses truites sont rares. Les pêcheurs recherchent davantage le nombre des captures que leur poids individuel.
- Il n’entre pas dans le cadre de ces quelques notes de donner les listes systématiques des organismes distincts et des plantes aquatiques diverses qui caractérisent ces deux types de rivières à truites, mais ces différences sont sensibles et leurs conséquences ont pu être observées avec précision et sont évidentes.
- Il est d’ailleurs possible qu’un autre facteur intervienne : le métabolisme des poissons en milieu à pH acide et en milieu à pH alcalin peut être différent mais c’est une question qui n’est pas encore élucidée.
- De plus, il faut noter d’autre part que le régime des débits des rivières alcalines et acides est généralement assez différent. Les cours d’eau à réaction alcaline coulent le plus souvent dans des terrains assez perméables, comme en Normandie, ou de caractère karstique, comme dans le Jura. De nombreuses sources régularisent leur cours et ils sont moins sensibles aux crues que les rivières acides qui coulent dans les régions de roches dures et ont à évacuer aux fortes pluies d’énormes masses d’eaux de ruissellement. Il en résulte que le cycle de production des microflores et microfaunes qui servent de base à l’alimentation des petits orga-
- .........: ==::.. ' ::::...... 335 =
- nismes qui à leur tour deviendront la nourriture des poissons, se trouvera à certains moments profondément perturbé. Ces variations auront une influence directe sur le régime alimentaire des truites. Elles sont particulièrement sensibles dans les torrents de montagne, qui présentent souvent du fait de leur extrême irrégularité de débit et de leur pauvreté en plancton qui en est la conséquence, une densité en poissons incomparablement plus faible que les rivières régulières et à réactions alcalines.
- Ceci bien entendu dans des conditions où les cours d’eaux se trouvent soustraits à l’influence souvent exagérément destructrice de l’homme par la pollution telle qu’elle est actuellement développée dans les régions industrielles et surpeuplées, et par le braconnage intensif tel qu’il est toléré dans certaines parties du pays et tout particulièrement dans le Midi.
- On ne peut que souhaiter qu’à la lumière des connaissances acquises sur les conditions de repeuplement des cours d’eaux, les efforts actuellement faits pour la remise en valeur de nos rivières puissent se poursuivre sans entraves. La France possède des eaux à salmonidés admirables qui, bien traitées et suffisamment protégées, peuvent fournir au ravitaillement alimentaire du pays et à l’emploi de ses loisirs des ressources qui sont loin d’être négligeables.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- LA COOPÉRATIVE FRUITIÈRE DE CHAMBOURCY
- A la fin de 1929, dès l’apparition des premiers fruits américains, les dirigeants des syndicats agricoles de Chambourcy et d’Orgeval (Seine-et-Oise) se réunirent pour examiner les meilleurs moyens de lutter contre cette concurrence qui s’annonçait redoutable et en outre, essayer de reconquérir des débouchés sur les places étrangères.
- Après étude de la question, la sélection des fruits fut reprise et mise au point. On décida que les fruits seraient présentés à la vente dans des plateaux à un seul rang et la marque « F. R. U. G. O. », apposée sur chaque colis, garantirait la parfaite homogénéité des fruits.
- Les efforts de la première année ayant fait apparaître les résultats heureux de cette initiative, la création d’une coopérative fut décidée. Le nombre des membres fondateurs fut volontairement très restreint car, pour continuer l’expérience, il fallait des agriculteurs possédant d’une façon indiscutable l’esprit coopératif, de la constance dans l’effort à poursuivre et enfin la certitude qu’en cas d’échec les pertes pourraient être supportées.
- Peu après la constitution de la coopérative, un modeste immeuble rural fut acheté à des conditions avantageuses. Puis ce fut l’achat d'une machine à trier les fruits et enfin en 1982, la création de deux
- chambres froides. Rapidement, ces chambres devinrent insuffisantes, les producteurs de la région ayant compris les avantages de la coopération en voyant le succès des ventes.
- Ces avantages sont avant tout les possibilités de ne mettre les fruits en vente qu’au moment intéressant. Des écarts de plus de 100 pour 100 ont été ainsi réalisés sur les prix de vente de certaines catégories : framboises, prunes, poires hâtives.
- L’immeuble acquis a été tout d’abord réparé et amélioré pour5 répondre aux besoins de l’exploitation, puis, on a cherché à utiliser la place au mieux, en assurant à la marchandise un mouvement rationnel.
- Les opérations successives qu’on effectue sont les suivantes :
- Réception des fruits ;
- Examen et triage au moyen de la machine ;
- Stockage dans les chambres froides ;
- Sorties des chambres froides ;
- Emballages et expéditions.
- Les chambres froides se composent de deux salles mitoyennes de 80 m3 chacune, qui permettent de conserver de 35 à 4o t. de fruits. Elles ont chacune leur équipement permettant une très grande souplesse d'exploitation. L’isolation des chambres est particulière-
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- ment soignée afin d’éviter les pertes de froid ; elle est faite en liège expansé de 20 cm. d’épaisseur.
- Pour réussir, il fallait réaliser un certain nombre de conditions que nous passerons rapidement en revue.
- Économie de fonctionnement. — Cette condition est réalisée en employant des appareils de haut rendement, en fractionnant l’installation et en calculant largement l’isolation. Chaque chambre est équipée avec un groupe frigorifique de 3 5 00 frigories. On peut donc à volonté utiliser les deux cellules ou une seule selon les besoins. Chaque groupe consomme 2 kW. environ à l’heure et ne fonctionne au maximum que 9 h. sur 24, quand la température extérieure atteint 25°. Il est de toute évidence que, pendant la période de chargement, les heures de marche sont beaucoup plus nombreuses, de façon à refroidir la masse qui doit être amenée à environ + i°. L’automatisme absolu de la marche de l’installation, l’absence de saumure et d’eau de refroidissement sont autant d’économies et il est permis de dire sans exagération que la main-d’œuvre de conduite est nulle.
- Durée de stabilisation des fruits. •— Le fruit ne doit pas subir un froid préjudiciable à sa santé. Sa maturation doit se ralentir jusqu’à devenir presque nulle sans toutefois s’arrêter complètement et, surtout, il ne doit pas subir de variations de température fréquentes et importantes. L’air qui le baigne doit avoir un degré d’humidité constant.
- Un brassage de l’air est constamment assuré par de très puissants ventilateurs à dégivrage rapide et automatique. Lors des entrées massives dans les chambres, on rétablit rapidement l’équilibre, évitant ainsi les dépôts dus à la condensation par suite d’un excès d’humidité.
- Facilité et sûreté de Pexploitation. — Elle résulte d’abord de l’automatisme absolu et parfait obtenu par l’emploi du cycle de l’anhydride sulfureux actuellement bien étudié et qui, monté avec soin par de sérieux constructeurs, donne des garanties certaines de bon fonctionnement. Le refroidissement des compresseurs à l’air, l’absence de saumure comme agent de transmission du froid permettent de réaliser des groupes
- relativement simples et d’une marche sûre, à l’abri de toute surprise. L’installation de « F. R. U. C. O. » qui fonctionne depuis iq32 a donné jusqu’à présent pleine et entière satisfaction.
- Abordons maintenant la partie commerciale.
- La Coopérative possédant du fruit de choix, il s’agit de l’écouler sur le marché aux meilleures conditions possibles. Pour cela « Fruco » s’est réservé sur le carreau des halles un approvisionneur qui ne vend que sa marque. Ce collaborateur reste ainsi constamment sous la tutelle de la Coopérative ; le contrôle et la surveillance de ses ventes s’exercent efficacement.
- D’autre part, les mandataires et commissionnaires pratiquent journellement aux conditions habituelles la vente des colis que « Fruco » veut bien leur adresser. Exceptionnellement, dans les années d’abondance, « Fruco » expédie en province à des maisons spécia-liséés.
- Les chiffres, mieux que toutes les phrases, démontrent que « Fruco » donne pleine satisfaction à ses coopérateurs. Dès 1934-1935, le montant total des ventes s’éleva à 961 623 fr. 10 et 227 5oo kg. de fruits furent traités :
- 70 000 kg. de poires Williams ; i3 000 kg. de Beurré Hardy ; 18 000 kg. de Comice ; 3o 000 kg. de Passe-Crassane.
- Diverses variétés : « Comtesse », « Louise Bonne », « Magnifique », etc., s’inscrivent pour 35 000 kg. Fraises, framboises, groseilles, prunes, cerises, furent également l’objet de transactions et figurent pour 60 000 kg.
- Les frais divers de ventes s’élevèrent à 4g 4i3 fr., soit 6 pour 100. Les mandataires et commissionnaires prélevant environ 10 pour 100, il ressort que les frais de l’approvisionneur attaché uniquement à « Fruco » sont inférieurs à ce pourcentage.
- Si, à ces frais de ventes, on ajoute les frais généraux divers et le prix des emballages, on arrive à un total de dépenses de 180 000 fr., soit environ 20 pour 100 du prix de vente.
- La Coopérative fruitière de Chambourcy est un exemple de ce que les producteurs peuvent obtenir en se groupant.
- Paul Caffin.
- Président de la Confédération générale des producteurs de fruits et légumes.
- CONTRÔLE COLORIMÉTRIQUE DES TEMPÉRATURES
- Les méthodes de mesures colorimétriques ont acquis une vogue justifiée par leur élégance et leur simplicité dans maints domaines de la chimie et de la physico-chimie (analyses, mesures du pH et du rH...). Ce ne fut pas cependant sans surprise qu’on les vit, récemment, s’appliquer à une mesure apparemment purement physique, celle des températures.
- Certes, on connaissait et appliquait depuis longtemps, en métallurgie et en céramique, l’échelle de
- Pouillet basée sur les couleurs d’incandescence. Mais il ne s’agissait que de grossières approximations que l’emploi des pyromètres optiques n’a pu que préciser en restant dans un cadre relativement limité.
- Depuis longtemps aussi on connaissait quelques composés chimiques changeant de coloration en fonction de la tempéi’ature, mais ces variations mal connues et quelque peu inconstantes n’avaient guère été appliquées pratiquement. En outre ces composés
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- étaient trop peu nombreux pour constituer des gammes étendues dans l’échelle des températures. Ces lacunes ont été comblées en ces dernières années.
- Les premières applications tentées vers 1987 en Allemagne portaient sur la transformation énanthio-tropique de certains sels simples ou doubles de métaux lourds à virages de couleur bien définis. Ces sels étaient introduits dans des liants et constituaient des peintures ou des vernis susceptibles d’indiquer la surchauffe ou, d’une façon plus générale, le dépassement d’une température donnée.
- Parmi les principales utilisations proposées, on peut noter les interrupteurs à bain d’huile, les barres d’arrivées sur tableaux de distribution, les collecteurs de courant, les paliers, les roulements à billes, les radiateurs d’auto ou de moteurs fixes, les chambres de séchage, les tuyauteries de vapeur, les calandres sécheuses en papeterie, etc.
- On utilisait en particulier les iodures doubles de mercure et de cuivre ou d’argent . Cu2I2.HgI2 virant de 60 à 70° C. du brun au rouge écarlate et Agl.HgP virant de 90 à ioo° C. du jaune clair au rouge carmin.
- Des mélanges sont aussi utilisables, comme par exemple celui de a5 pour 100 d’iodure de cuivre GuP avec 75 pour 100 d’iodure de mercure HgP, virant du rouge cinabre au noir.
- Ces composés, qui peuvent être broyés sans précautions particulières avec de l’huile de lin pour former une peinture indicatrice de température, ont un virage réversible et ils reprennent leur couleur primitive en se refroidissant. Ceci peut être, selon les cas, un avantage ou un inconvénient. Souvent en effet on désire un virage durable permettant un repérage non immédiat ou le contrôle qu’une certaine température qui est considérée comme limite n’a jamais été dépassée.
- On peut alors utiliser des substances comme le bioxyde de plomb qui passe au jaune (oxyde) par surchauffe, ou encore un mélange de sulfure de plomb et de bioxyde de baryum qui blanchit en se convertissant par la chaleur en sulfate de plomb et en oxyde de baryum.
- Plus récemment de nouveaux produits (thermo-cofor) ont été mis au point, qui fournissent des gammes indicatrices plus amples de températures. Le tableau ci-contre donne une liste en exemple.
- Ces produits ont des virages irréversibles de couleurs nettes et faciles à observer. Il s’agit de complexes métalliques donnant par chauffage des oxydes colorés. Les sels de cobalt, de nickel, de molybdène, de chrome, d’uranium, aux ions colorés sont les plus souvent choisis. Les combinaisons de l’oxyde sont réalisées avec l’ammoniaque, un dérivé de l’ammoniaque, de l’eau, du gaz carbonique, ou un autre élément élimiiiable par la chaleur ; les sels d’ammonium el les amines se sont révélés spécialement intéressants en ce sens.
- Des composés de cobalt et de nickel contenant de l’eau de cristallisation ou de l’hexaméthylène tétra-
- Composés Températures de virage en degrés C Teintes
- CoCl2.2C6H12N4.ioH20 35o Rose à bleu
- CoBr2.2C6H12N4.ioH20 4oo Rose à bleu
- Co12.2C6H12N4.ioH20 5o° Rose à vert
- Co(CNS)2.2C6H12N4.ioH20 600 Rose à bleu
- Co(JN03)2.2C6H12N4. ioH20 75o Rose à pourpre
- Fe(Mo04)6.HG(NH4)3.7H20 800 Jaune à blanchâtre
- NiCl2.2CGH12N4 ioH20 1000 Jaune à violet
- P04(NH4)Ni.6H20 1200 Vert clair à vert gris
- Cu (pyridine)2.(CyS,2 i35o Vert à jaune
- Cr (urée)6.Cr(CN)6 i4o° Vert à brun
- U03(NH4) i5oo Blanc à brun
- U03(NH4) 1700 Brun à noirâtre
- U203.(INH4)2 2000 Gris à jaunâtre
- Fe(Mo04)6.H6(NH4)3.7H20 220° Noir à jaunâtre
- (Cr(NH3)5Cl).SiF6 200° Noir rougeâtre à brun
- (Gr(NH3)8Cl).C204 2600 Noir rougeâtre à brun
- P207H(Co(INH3j6) 2800 Jaune à gris bleuâtre
- P04(Co(NH3)6) 320° Brun à noirâtre
- Ni (pyridine)4.(Cy S,2 3400 Jaune à brun
- P20'!H(Co(NH3j6) 4000 Gris bleuâtre à violet clair
- P04(NH4)Co.H20 5oo° Bleu foncé à gris
- bleuâtre
- mine combinée et éliminable fournissent un bon virage. De telles substances humectées d’eau après virage reviennent à leur couleur originelle et peuvent être réutilisées. Cette réversibilité est parfois spontanée en atmosphère humide.
- Le virage ne s’observe pas toujours à température rigoureusement constante ; la durée et la vitesse du chauffage inlei’viennent sensiblement. Lors d’un chauffage prolongé, la température nécessaire pour obtenir un changement de couleur peut être plus basse que lors d’un chauffage brusque. On en tient compte en traçant des courbes des températures de virage en fonction de l’apport de calories. Les meilleurs produits sont bien entendu ceux pour lesquels cette courbe est horizontale ou voisine de l’horizontale, mais beaucoup s’en éloignent notablement.
- Les indicateurs de température s’utilisent mélangés à des liants, sous forme de peintures et de vernis, ou comme charge dans des feuillets plastiques apposa-bles sur les surfaces à contrôler, ou encore en craies ou en crayons.
- Grâce à des mélanges judicieux, il est possible aussi de réaliser des indicateurs universels couvrant une zone étendue.
- D’intéressantes applications de ces indicateurs colorés ont été faites pour l’étude de la répartition des températures dans les moteurs et dans le réglage subséquent des refroidissements ; dans les installations les plus variées de chauffage et de séchage industriels ; sur des pièces de fours, des piles chaudes, des paliers, des freins, des conduites d’écoulement de gaz, vapeurs, liquides chauds... etc.
- L’emploi des indicateurs peut être combiné à celui
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- de cellules photo-électi’iques actionnant un relais, un interrupteur, un avertisseur d’alarme... Des avertisseurs locaux d’incendie peuvent être ainsi réalisés.
- Nous avons, sur les mêmes bases, signalé la possibilité d’emploi d’indicateurs thermo-luminescents.
- Certaines substances fluorescentes voient cette propriété disparaître à une température donnée pour réapparaître en virage réversible par refroidissement (sels d’uranyle par exemple). En opérant sous les rayons ultra-violets filtrés (lumière de Wood, lumière noire), on pourra ainsi réaliser des contrôles automatiques, l’extinction de la luminescence signalant une surchauffe.
- D’autres fluorescences offrent la possibilité d’un contrôle permanent. Ainsi certains calcaires hydratés à fluorescence bleue passent à une fluorescence orangée à une température donnée, le virage n’étant pas réversible.
- :—................. LE THEOREME
- Qui ne connaît le théorème de Pythagore ? Le fameux « Pont aux Anes », comme on se plaît quelquefois à le nommer, car il passe pour si difficile que celui qui ne peut se l’assimiler reste en deçà du Pont que seuls franchissent aisément les brillants sujets. Reconnaissons qu’il y a là beaucoup d’exagération, son énoncé est court et facile à retenir et sa démonstration n’a rien de particulièrement ardu; bien plus, nous croyons, au contraire, que c’est une des propositions de la géométrie qui reste longtemps familière à ceux qui abandonnent les éludes mathématiques. Quoi qu’il en soit, son importance est grande et dans les applications de la science à Part ou à la technique son emploi est fréquent : ingénieurs, architectes, contremaîtres, ouvriers le connaissent et l’utilisent. Théoriquement, il exprime une relation remarquable entre les côtés d’un triangle rectangle ; pratiquement, ce théorème et ceux qui en découlent, permettent de construire un angle droit, d’évaluer les éléments d’un triangle quelconque, de construire des figures ayant entre leurs aires des rapports donnés, etc...
- Rappelons-en l’énoncé moderne : « Dans tout triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés ». Pour ceux qui sont sensibles à la poésie, voici le quatrain que lui consacra un auteur qui avait mis en vers la géométrie :
- Le carré de l’hypoténuse Est égal, si je ne m’abuse,
- A la somme des carrés Des deux autres côtés.
- Quelle est son origine ? Est-ce bien Pythagore qui l’a découvert ? On ne peut répondre avec certitude à Lune et à l’autre de ces deux questions; cependant, il est intéressant d’essayer de reconstituer, grâce aux documents qui nous sont parvenus, l’histoire de cette célèbre proposition.
- Les Égyptiens, comme en fait foi le papyrus d’Ahmès datant du xvn® siècle av. J.-C., connaissaient deux triangles rectangles remarquables : le triangle isocèle et le triangle ayant pour côtés 3, 4> 5. Ils paraissaient ignorer la proposition sous sa forme générale ; leurs connaissances étaient empiriques et visaient surtout à satisfaire aux besoins pra-
- Les phosphorescences sont accrues en intensité et réduites en rémanence par la chaleur, mais ces variations sont difficiles à appliquer ici.
- Les phénomènes de thermoluminescence, par contre, directement observables dans l’obscurité sans source d’ullra-violet fournissent d’intéressants moyens de contrôle. La thermoluminescence apparaît en effet à une température déterminée (fluorines, ioo à 6oo° selon variétés ; sulfate de quinine vers i5o0...) et se manifeste par des éclats lumineux relativement fugitifs mais faciles à observer dans l’obscurité d’une enceinte chauffée ou capables d’agir sur une cellule sensible pour actionner un relais ou un avertisseur...
- Ainsi les indicateurs colorimétriques de température, complétés au besoin par les substances thermoluminescentes, peuvent rendre en maints domaines de précieux services.
- Maurice Déribéré.
- DE PYTHAGORE ..-
- tiques. Comme ils étaient soucieux d’orienter exactement leurs temples et de construire leurs monuments avec beaucoup d’exactitude ils utilisaient les propriétés du triangle rectangle 3, 4, 5 pour élever, sur le terrain, une perpendiculaire en un point d’une droite. Voici comment ils procédaient : une corde de longueur égale à 12 unités était divisée par des noeuds, en trois segments respectivement égaux à 3, 4 et 5 unités; la section de longueur 4 était fixée par des piquets puis deux opérateurs, prenant les extrémités libres, marchaient, en tendant leurs brins, jusqu’à la rencontre l’un de l’autre. Le segment de 3 unités est ainsi perpendiculaire sur celui primitivement fixé au sol suivant la direction choisie. Mais ceci suppose qu’ils possédaient la réciproque du théorème du carré de l'hypoténuse. Comment prouver que l’angle opposé au côté de 5 unités est droit ? Probablement, par empirisme, avaient-ils remarqué que cet angle était égal à celui qui est déterminé par le fil à plomb tombant sur la surface d’une eau calme, ou, par réitération, avaient-ils constaté que 4 angles semblables faisaient un tour d’horizon complet? Ils auraient pu considérer un triangle, tel que celui de la figure 1, de côtés proportionnels aux nombres 10, x5 et 18, triangle pseudorectangle dont l’angle en A est de 8g°4i^ environ et qui pratiquement eût donné des résultats aussi corrects que le triangle de côtés proportionnels aux nombres 3, 4 et 5. En effet, un triangle rectangle de côtés 10 et i5 aurait pour hypoténuse 18,028 au lieu de 18, et l’on conçoit que sur le terrain l’erreur due à la grosseur des nœuds, à la fixation par les chevilles et à l’inégale tension des trois brins est certainement de cet ordre de grandeur.
- On peut donc conclure que les Égyptiens devaient être
- Fig. 1.
- B
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- familiarisés avec la propriété du carré de l’hypoténuse pour le triangle de côtés 3, 4, 5 ainsi que pour le triangle rectangle isocèle dont l’observation directe de certains carrelages (lig. 2), montrait l’évidence.
- Par contre, on ne relève nulle part dans le Manuel cVAhmès l’indice d’une tentative de généralisation.
- Les Hindous connaissaient également cette relation remarquable et dans les Sulvasutras d’Apastamba remontant au vm° siècle avant l’ère chrétienne (1), on trouve exprimé dans toute sa généralité le théorème du carré de l’hypoténuse. Cependant comme l’auteur ne donne pas de démonstration de celte proposition, il est difficile d’affirmer qu’il en possédait une preuve logique. On pense que les mathématiciens de cette époque ont pu poser la loi générale par induction après l’avoir vérifiée sur des cas particuliers. Ceci est d’autant plus vraisemblable qu’ils connaissaient la propriété du carré de l’hypoténuse pour plusieurs triangles dont les côtés s’exprimaient par des nombres entiers, et qu’ils pensaient qu’on pouvait toujours ramener les trois côtés d’un triangle à des nombres entiers par le choix d’une unité de mesure assez petite.
- A une époque contemporaine de celle où fut rédigée l’original du papyrus d’Ahmès (celui-ci étant la copie d’un traité plus ancien), vers le 2e millénaire avant Jésus-Christ, on trouve chez les Chinois une mention particulière du triangle rectangle de côtés 3, 4 et 5. Le Tcheou-Peï contient, en effet, le texte suivant : « Si on sépare le Ku en deux on fait le Keou large de trois et un Kou long de quatre. Une ligne King joint les deux côtés Keou, Kou fait des angles, le King est de cinq ». On reconnaît qu’il s’agit là d’un rectangle partagé en deux par la diagonale, si les côtés sont
- 3 et 4) celle-ci est 5. Plus loin : « Le Fang ou le Plat fait
- les nombres 3, 4, 5 » et « Des deux Ku font un long Fang de 25, c’est le Tsi-ku total des Ku ». Cette dernière citation traduit bien la relation entre les trois côtés du triangle. Mais cette propriété remarquable est considérée dans cet ouvrage sous un point de vue métaphysique, pour ne pas dire mystique, car le texte 21 se termine par cette phrase : « ... Les côtés Keou et Ku ont leurs nombres; la connaissance de ces nombres prouve celle de toutes choses ». Les commentateurs voient dans ce triangle le secret de la sagesse humaine. Le Tcheou-Peï ajoute : « La connaissance du Kaou-Ku donne la sagesse, on connaît par là la terre... », qu’ils traduisent par : l’Essence absolue 3, jointe à l’Homme 4, fait équilibre au Mal 5 ; autrement dit la conscience permet à l’homme d’éviter le mal et de se conduire avec sagesse. Voilà des vertus bien insoupçonnées du jeune profane qui peine sur le « Pont aux Anes » I
- Convenons cependant que les anciens avaient beaucoup de raisons d’être frappés par les propriétés de ce triangle curieux entre tous. Ses côtés et sa surface sont représentés par quatre nombres consécutifs, son périmètre est égal à 12 qui est précisément le nombre des signes du Zodiaque, en outre : 32 + 42 + 52 * — 1 = (3 + 4)2, et au surplus les nombres 3, 4, 5 ne sont pas « quelconques », on sait qu’ils jouissaient à divers titres de la vénération de tous les peuples de l’antiquité.
- 1. Au iv6 selon certains historiens.
- =................... ................. 339 =
- Avec Pythagore, vi° siècle avant Jésus-Christ, nous entrons dans la période vraiment scientifique de la géométrie. Faut-il rappeler que nous ne possédons rien de cet illustre géomètre, tout ce qui nous a été transmis de lui ne nous est parvenu que par des citations ou des commentaires d’auteurs postérieurs à l’époque où il vécut. La critique moderne tend à lui réserver une part de plus en plus grande dans la fondation de la géométrie et il semble que c’est bien au grand philosophe grec qu’il faut attribuer, entre autres, le théorème du carré de l’hypoténuse. On a tout lieu de croire, en effet, que la démonstration de la proposition 4? du livre I d’Euclide a été donnée pour la première fois par Pythagore. Comment l’idée de ce théorème lui est-elle venue? Quel raisonnement l’a conduit à établir logiquement et dans toute sa généralité cette proposition plus ou moins entrevue par les géomètres égyptiens, chinois et hindous ?
- II est probable que Pythagore voyagea en Egypte, ou tout au moins apprit des Ioniens ce que ceux-ci savaient des mathématiques égyptiennes. Il prit ainsi connaissance des propriétés des triangles rectangles particuliers mentionnés plus haut ; mais nous en sommes réduits aux conjectures pour savoir comment il s'éleva à la conception d’une relation générale applicable à tous les triangles rectangles.
- Nous allons essayer de reconsttiuer les démonstrations qu’il a pu établir en tenant compte des notions alors acquises par son Ecole et des tendances qui l’ont poussé à l’étude spéculative des figures géométriques.
- Remarquons, tout d’abord, que l’énoncé classique du théorème que nous avons donné tout à l’heure est plus ou moins correct ; en réalité il peut s’exprimer de deux manières bien différentes : I. — « Dans tout triangle rectangle, l’aire du carré construit sur l’hypoténuse est égale à la somme des deux aires des carrés construits sur les deux autres côtés ». — IL —-« Dans tout trian-g 1 e rectangle le carré du nombre qui mesure l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des nombres qui mesurent les deux autres côtés ».
- Pythagore a dû, très probablement, envisager la proposition sous sa première forme. Il était en effet familiarisé avec certaines relations quantitatives entre les grandeurs, relations qui constituent les identités fondamentales de notre calcul algébrique, mais il traitait ces questions par la géométrie, les démonstrations étant ainsi rendues intuitives. Par exemple il connaissait l’identité (a + b)2 = a2 + b2 + 2ab correspondant à la relation entre les quatre parties d’un carré divisé, d’une certaine manière, au moyen de deux droites rectangulaires. Son école avait poussé assez loin cette géométrie des rectangles, permettant de résoudre de nombreux problèmes, car une grande partie des propositions d’Euclide qui proviennent de Pythagore ont trait à cette géométrie des aires. Sa démonstration originale a donc pu s’appuyer sur cette méthode.
- Soit un carré ABCD (fig. 3) construit sur la somme de deux longueurs quelconques AG et GB, si on fait AF = GB
- Fig. 2.
- Fig. 2 bis.
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- et qu’on mène par G et F les parallèles aux côtés o n partage 1 e carré en 4 parties : i° deux carrés construits sur les segments AG et GB et 2° deux rectangles égaux ayant pour côtés ces mêmes segments. Les diagonales FG et EB divisent évidemment ces rectangles en deux par-Fi-8- 3- ties égales dont
- chacune est un
- triangle rectangle. Considérons d’autre part le carré A'B'C'D' (fîg. 2 bis), égal au précédent et déterminons les points E,F/G,H/ tels que les segments A'F1 = B'IF = D'G' = C/E/ = AG. Joignons ces 4 points, il est facile de démontrer que le quadrilatère ainsi obtenu est un carré. Par construction, les quatre triangles rectangles qui entourent le quadrilatère sont égaux, les 4 côtés du quadrilatère sont donc égaux, en outre tous ses angles sont droits puisque chacun d’eux est supplémentaire de la somme de deux angles complémentaires.
- Si aux deux figures égales nous retranchons de chacune 4 triangles rectangles égaux il reste des aires égales, à savoir : deux carrés construits sur AG et AF d’une part, un carré construit sur FG d’autre part, ce qui démontre le théorème.
- Cette démonstration, tout en étant presque intuitive, est rigoureuse, et elle est si simple qu’on s’étonne de ne pas la rencontrer dans les manuels élémentaires ; les débutants comprendraient sans peine ce qu’est le théorème de Pytha-gore et le « Pont aux Anes a aurait perdu sa fâcheuse réputation.
- Pytliagore a peut-être abordé la question par une autre voie qui conduit à des conséquences intéressantes.
- Reportons-nous à la figure 2. En examinant le dallage on voit très bien que les carrés construits sur les côtés de l’angle droit sont égaux, ensemble, au carré construit sur la diagonale ; celui-ci se compose, en effet, de 4 triangles rectangles isocèles et chacun des carrés des côtés en renferme deux. Mais on peut considérer la figure d’une autre manière
- (fîg. 4). Plaçons deux carrés égaux côte à côte et imaginons que le triangle ACE pivote autour du point C de façon à faire coïncider le côté CA avec CF ; le point A vient en F, le côté AE sera dans le prolongement de EF puisque l’angle A est droit, et E vient en EL Opérons de même avec le triangle B D E,
- nous obtiendrons le quadrilatère CEDE7 et il est facile de démontrer que c’est un carré. Nous arrivons ainsi à une démonstration du théorème dans le cas particulier où les côtés de l’angle droit sont égaux.
- Cherchons à généraliser et voyons comment il faut modifier le raisonnement précédent. Accolons deux carrés quelconques (fig. 5) et déterminons sur AB un point F tel que les triangles CAF et EBF, pivotant respectivement autour de C et de E, aient leurs sommets F en coïncidence. Il est aisé de voir qu’il suffit que DH soit égal à B7E et B'H égal à CD, autrement dit AF = BE et FB = AC. Le quadrilatère CFEII est un carré, comme il est facile de l’établir, or CF est l’hypoténuse du triangle rectangle ACF ce qui démontre le théorème. Remarque importante, la démonstration consiste à transposer deux parties de la figure initiale pour obtenir un seul carré, donc celui-ci est composé des mêmes éléments d’aire que les deux carrés proposés. D’où une excellente manipulation consistant, après démonstration logique, à faire découper les carrés suivant CF et EF pour reconstituer le carré équivalent ; ou bien on donne les 5 morceaux ainsi obtenus et on pi’opose de les assembler en un seul carré puis en deux carrés. Celte construction permet de résoudre de nombreux problèmes sur la décomposition des aires ; nous reviendrons, dans un prochain article, sur ces questions amusantes et instructives. Il est à noter que les deux démonstrations précédentes ne font appel qu’à des propositions très simples : somme des angles d’un triangle égale à deux droits, égalité des triangles rectangles, propriétés du carré... qui toutes étaient connues de Pythagorc ; en outre elles paraissent se conformer à l’esprit et aux méthodes du célèbre géomètre.
- Mais celui-ci a pu également considérer le théorème sous son deuxième aspect en cherchant à établir la relation qui existe entre les nombres qui mesurent les côtés d’un triangle rectangle. Pythagore et ses disciples attachaient une grande importance aux rapports entre grandeurs, une partie de leurs recherches arithmétiques est d’ailleurs consacrée à ce sujet ; ils connaissaient également les propriétés des triangles semblables et il est possible que leurs spéculations les aient conduits à une troisième démonstration d’où la notion d’aire était écartée.
- Pythagore aurait découvert la célèbre proportion dite de la « Section dorée », c’est-à-dire, en langage moderne, qu’il serait parvenu à diviser une droite en moyenne et extrême raison. Sans entrer dans de longs développements, étrangers à noti'e sujet, disons que sur un segment de droite AB, il existe un point C, et un seul entre A et B, qui divise ce segment en deux autres tels qu’on ait la relation :
- AC __ AB CB “ AC ’
- Il est vraisemblable qu’il ait cherché dans le triangle une relation du même genre en détei'minant une ligne qui le
- Fig, 4.
- Fig. 5.
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- divise suivant une loi remarquable. Or la hauteur abaissée du sommet de l’angle droit sur l’hypoténuse partage un triangle rectangle en deux autres, et les trois triangles ainsi mis en évidence ont la propriété d’être semblables. Il suffit d’écrire les proportions résultant de cette similitude pour obtenir la démonstration suivante, aujourd’hui classique, et par laquelle les néophytes font connaissance avec cette importante proposition.
- A
- Fig. 6.
- Soit ABC (fig. 6) un triangle rectangle, et AH la hauteur correspondant à l’hypoténuse. Les triangles semblables ABC et ABH donnent la relation :
- BC _ AB AB ~ BH '
- de même, avec les triangles ABC et AIIC :
- BC _ AC AC ~ HC '
- On déduit de ces deux proportions :
- ÂB2 + AC2 = BC.BH + BC.HC = BC(BH + HC) = BC 2.
- Il existe d’autres démonstrations de ce théorème — on en connaît une trentaine — notre but n’est pas de les donner toutes, nous voulions simplement tenter de retrouver par quelles voies le génie mathématique de Pythagore a pu parvenir à franchir ce pas décisif pour l’esprit humain : s’élever de la connaissance empirique à la connaissance scientifique en créant le raisonnement déductif.
- Le théorème de Pythagore reste vrai si, au lieu de carrés, on construit des figures semblables sur les trois côtés d’un triangle rectangle, chaque côté correspondant à une ligne homologue. En particulier si nous construisons des demi-cercles disposés comme dans la figure 7, l’aire du demi-cercle ABC est égale à la somme des aires des demi-cercles construits sur AB et AC, donc si nous retranchons les segments communs à ces surfaces il reste d’une part le triangle ABC, d’autre part les deux lunules hachurées ; par conséquent l’aire du triangle rectangle est égale à la somme des aires des lunules. Celte curieuse propriété a été découverte par Hippocrate de Chios (ve siècle avant Jésus-Christ) (x) à qui nous devons la plupart des propositions de la géométrie du cercle. C’est le premier exemple qui nous soit parvenu de la quadrature rigoureuse de surfaces limitées par des lignes courbes.
- Pythagore, avons-nous dit précédemment, connaissait, au début de ses recherches, les deux triangles rectangles pour lesquels ses prédécesseurs avaient reconnu empiri-
- 1. Ne pas confondre avec Hippocrate de Cos, le célèbre médecin.
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- quement la loi qui liait leurs côtés, et il est probable qu’avant de donner une démonstration géométrique générale de cette loi, son attention ait été attirée plus particulièrement par les triangles rectangles de côtés mesurés par des nombres entiers.
- Il savait en effet que tout nombre impair est la différence des carrés de deux entiers consécutifs, donc à tout carré impair doit correspondre un triangle rectangle de côtés mesurés par des entiers.
- De tels triangles sont désignés actuellement par « Triangles de Pythagore » parce que c’est encore à ce géomètre que nous devons la première formule donnant une infinité de nombres vérifiant la relation : x2 + y2 = z2.
- Un nombre impair, 2n + 1, a pour carré 4n2 +'4n + 1, et ce carré doit être la différence des carrés de deux entiers consécutifs ; on peut écrire 4n2 + kn + 1 = 2(an2 + 2n) +1 donc l’un des nombres est : sn2 4- an + 1 et l’autre 2 n2 + 2 n.
- D’où la formule des Pythagoriciens, en désignant, comme nous le ferons toujours par la suite, par x et y les côtés de l’angle droit et par z l’hypoténuse :
- x — 2n + 1; y = 2712 + 2n; z = 2n2 + 2n 4- 1.
- Archytas et Platon donnèrent ensuite une autre expression :
- x — n2 — 1 ; y = 2M ; z = n2 + 1.
- Ce problème d’analyse indéterminée du second degré mérite une mention particulière ; né de considérations géométriques il a été étudié ensuite par des méthodes arithmétiques et son importance théorique est très grande.
- Il s’agit de résoudre en nombres entiers positifs l’équation x2 + y2 _ z2( dans iaque]ie x} z SOnt premiers entre eux, le triangle ainsi obtenu sera dit primitif.
- Le carré d’un nombre impair est un nombre impair, la somme de deux carrés impairs est donc divisible par 2 mais non par 4, par conséquent l’un des nombres x, y est pair. Supposons x pair, y et z sont tous deux impairs.
- Ecrivons x sous la forme x2 = (z + y) (z — y). Tout diviseur commun aux deux facteurs du second membre divise leur différence, 2y et comme y et z sont impairs premiers entre eux, leur plus grand commun diviseur est 2. On peut donc écrire z + y = 2/netz — y = 2n, mais le produit de ces deux expressions devant être un carré, on a nécessairement : m = a2] n = b2. Donc : z + y — 2a2 et z — y — b2, d’où l’on tire : x = zab, y = a2 — b2, z — a2 + b2.
- Ainsi les côtés de l’angle droit et l’hypoténuse de tout triangle de Pythagore primitif peuvent s’exprimer sous la forme :
- zab, a2 — b2, a2 + b2
- a et b étant des entiers positifs premiers entre eux dont l’un est impair, l’autre pair et a b.
- Les formules données plus haut par Pythagore et Archytas ne sont donc pas générales, elles ne comprennent que certains triangles entiers ; la règle ci-dessus a été énoncée pour la première fois par Diophante, célèbre mathématicien de la seconde Ecole d’Alexandrie (ni® ou ive siècle après Jésus-Christ).
- Pour a — 2, b = 1 nous avons : 32 + 42 = 52, pour a — 3, b = 2 : 52 + 122 = i32, etc.
- Quelques triangles sont remarquables.
- Il y a un seul triangle dont les côtés et la surface s’expri ment par 4 entiers consécutifs : c’est le triangle 3, 4» 5; deux triangles ont la surface numériquement égale au périmètre : 5, 12, i3 et 6, 8, 10.
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- On trouve une infinité de triangles dont les côtés de l’angle droit sont deux entiers consécutifs ; voici les premiers :
- 3, 4, 5
- 20, 21, 29
- H9> 120, 169
- 696, 097 ! 980
- une infinité également ont l’hypoténuse surpassant de l’unité le côté pair de l’angle droit :
- 2, 4, 5
- 5, 12, i3 7, 24, 25 9» 4o, 4i ii, 6o, Gi
- Enfin on démontre qu’il existe un certain nombre de relations auxquelles peuvent satisfaire ou non les côtés, la surface et les lignes d’un triangle de Pythagore.
- Fig. 7.
- L’aire d’un tel triangle ne peut être ni un carré ni le double d’un carré, par contre le périmètre peut être carré parfait et il y a une infinité de triangles qui ont cette propriété ; un des côtés au plus peut être égal à un carré.
- Le produit des côtés est un multiple de Go et, à l’exception du triangle 3, 4, 5, la surface est divisible par 3o.
- L’un des côtés de l’angle droit est divisible par 3, et un côté quelconque est toujours un multiple de 5.
- La bissectrice de l’angle droit (intérieure ou extérieure) n’est jamais entière; les bissectrices de l’un des angles aigus
- peuvent être entières, mais les deux bissectrices des angles aigus ne sont jamais entières en même temps.
- Dans un triangle primitif (dont les côtés sont premiers entre eux) la hauteur n’est jamais un entier, etc... Enfin, on peut trouver des triangles répondant à certaines conditions, Diophante et Fermât ont particulièrement traité ces problèmes ; par exemple, on vérifiera que dans le triangle i35, 35a, 877, l’hypoténuse augmentée de l’un ou l’autre des côtés de l’angle droit fait un cube.
- Les mathématiciens ont été tentés de généraliser cette équation, mais dès qu’ils ont cherché les solutions de x3 + y3 = z3, æ4 + y4 = z4, etc..., leurs efforts ont été vains. Fermât énonça au xvn0 siècle celte proposition devenue célèbre sous le nom de « Dernier théorème de Fermât » : L’équation xH + yn = zn est impossible en nombres entiers, si n est un entier plus grand que 2. Rappelons qu’aucune démonstration générale n’en a été donnée jusqu’à présent, bien qu’on n’ait aucune raison de la tenir pour fausse.
- Outre ses applications directes à la géométrie, on voit comment le théorème de Pythagore a suscité des recherches dans divers domaines des mathématiques. Il a eu également une influence très grande sur l’orientation même de la pensée grecque. Alors que les Pythagoriciens paraissaient asseoir leurs conceptions sur des bases plus solides en établissant rigoureusement cette proposition qui manifestait un nouveau lien entre la forme et le nombre, une de ses conséquences les conduisait à la découverte des grandeurs irrationnelles. On pense que c'est l’École de Pythagore qui a mis en évidence que le rapport de la diagonale au côté du carré est un nombre incommensurable; cette révélation, en contradiction formelle avec les idées pythagoriciennes, amena les Grecs à exclure de leur géométrie les conceptions du nombre et de la mesure.
- Ainsi cette relation si simple entre les trois côtés d’un triangle rectangle peut être considérée comme une des acquisitions fondamentales de l’esprit humain, elle est à la base de la géométrie telle que nous la concevons aujourd’hui et elle a, en partie, conditionné l’évolution de la philosophie grecque.
- Nous espérons que cette petite étude réhabilitera ce théorème qu’on prétend si difficile et si abstrait et que plus d’un lecteur se réconciliera avec la géométrie dont Platon vante ainsi les vertus dans sa « République » : « ... Elle attire l’âme vers la vérité, elle forme en elle l’esprit philosophique en l’obligeant à porter en haut ses regards, au lieu de les abaisser, comme on le fait sur les choses d’ici-bas ».
- IL Barolet.
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN DÉCEMBRE J94t
- Le mois des jours les plus courts et des nuits les plus longues, celles-ci offrent cette année l’occasion de contempler des ciels magnifiques et d’effectuer de très nombreuses observations. Jupiter étant en opposition, et le plus favorablement, brille avec son maximum d’éclat parmi les belles constellations visibles en hiver, avec Saturne dans son voisinage et Mars encore bien observable. De nombreuses occultations d’étoiles par la Lune auront lieu aussi et notamment une encore d’Aldebaran, qui pourra être suivie au mieux, le phénomène ayant lieu pour nos régions dans le voisinage du méridien.
- Comme toujours, les heures données ici sont exprimées en Temps universel, compté de oh (minuit) à 24h ; on infligera les corrections nécessaires suivant l’heure en usage au lieu d’observation.
- I. — Soleil. — Solstice d’hiver boréal le 22 décembre à 5h44m ; le Soleil quitte le signe du Sagittaire pour entrer dans celui du Capricorne. La déclinaison de l’astre du jour varie peu pendant ce mois : de — 2i°47/ Ie l6r décembre,, elle s’abaisse à — 23°27/ les 21-22 pour remonter à — 23°7/ le 3i.
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- La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) varie également assez peu : pour Paris elle est de 8h3im le ier, atteint son minimum de 8hnm du 20 au 22, puis remonte à 8hi5m le 3i. Pour Paris également, la durée du crépuscule civil est de 381U au début du mois et de 3ç)m à la fin ; celle du crépuscule astronomique s’allonge de ih57m à 211.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Plus grandes déclinaisons : + i8°35/ le 5 décembre à i5h; — i8°36/ le 18 décembre à 2ih.
- Variations de distance et diamètre apparent : Apogée, le 2 décembre à 1711, diamètre apparent = 29/24//; Périgée, le 17 décembre à i4h, diamètre apparent = 33/22//; Apogée, le 3o décembre à o51, diamètre apparent = 2g/26//.
- Occultations d’étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Décembre : 1er = n^S^Vio8 h/.-WSo* • 16 = iit46mi48 ; 31 = nh53m38s.
- 6 =
- 1 r‘4omD24 IIh5lmI2s
- 21
- iih4im3f)s ; Il nh48ra43s ; 26
- Observations physiques. — Voici des éphémérides permettant l’orientation des dessins et photographies que l’on prendra de la surface solaire.
- Date (o’1) P B0 L0
- Décembre 2 + *5?88 + 0570 286°43
- __ 7 + i3,86 + 0,06 220,54
- 12 + 1 l’l1 — o,58 i54,66
- — ,7 + 9 46 — 1,22 88,79
- 22 + 7,12 — i,85 22,92
- — 27 + 4.?2 — 2,46 317,06
- — 3i + 2,78 — 2,94 264,38
- Magni- Phéno- Heure Angle
- Date Astre tude mène (p. Paris) au pôle
- Déc. 6 26 Gémeaux 5, 1 Era. Ôh 25m, ,2 236°
- — 7 15g6 B. D. -j- 170 5,6 Em. 5 28 3 313
- — 23 À Verseau 3,8 Im. 16 7 6 100
- — 24 20 Poissons 5,6 Im. 20 12 8 73
- — 27 Ç1 Baleine 4,5 Im. 29 9 3 106
- — 3o 75 Taureau 5,3 Im. 17 38 5 116
- — 3o O1 Taureau 4,o Im. 18 1 1 8
- — 3o 637 B.D. + i5o 4,8 Im. 18 46 6 89
- — 3o a Taureau 1,1 Im. 22 27 4 85
- (A Idébaran)
- — 3o ld. — Em. 23 5r 8 257
- — 3i 115 Taureau 5,3 Im. 23 3i 5 3i
- III . — Planètes. — Le tableau que nous donnons ici,
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. — La lumière zodiacale trop couchée sur l’horizon à cette époque de l’année ne peut être observée. Par contre, la lueur antisolaire dans le Taureau est au mieux placée à minuit dans la hauteur du ciel ; l’absence de la Lune étant nécessaire, elle devrait s’observer quelques jours au milieu du mois, mais la présence de Jupiter en opposition, c’est-à-dire avec tout son éclat, sur le même point du ciel s’opposera à sa visibilité.
- IL
- Lune. — Dates des phases
- dressé d’après les indications fournies par l’Annuaire astronomique Flammarion, rassemble les principaux éléments relatifs à la visibilité des planètes et aux conditions de leur observation ; voici en outre quelques informations générales :
- Mercure restera invisible tout ce mois, arrivant en conjonction supérieure avec le Soleil le 22 décembre.
- Vénus, qui se rapproche maintenant du Soleil après son élongation du soir, se montre avec une belle phase en croissant et un large diamètre apparent; mais quoique sa déclinaison soit moins australe, elle se montre toujours assez défavorablement située dans ce crépuscule à peu de hauteur.
- Mars est maintenant bien éloigné de la Terre ; on le voit cependant avec un assez bel éclat encore, mais son diamètre apparent réduit à 11^ à la fin du mois réclame alors
- P. L. le D. Q. le 3 Déc., à 20>i5i 11 — à 181*48 ni m N L. le 18 Déc., à ]ohi8*n P. 0. le 25 — à r01*43m l’usage d’un assez utilement. puissant instru
- ASTRE Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher) à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation ou étoile voisine
- 3 déc. 7I126111 xih4om26s i5h54ra 161*37111 220 5' 32'3o"52 Ophiuchus
- Soleil . 15 — 7 39 11 45 45 i5 52 17 3o — 23 16 32 33,28 —
- 27 — 7 45 11 5i 42 i5 58 18 23 — 23 20 32 34,86 Sagittaire
- ^ 3 — 6 3i 10 58 i5 24 i5 52 — 19 42 5,0 Ophiuchus )
- Mercure i5 — 7 26 11 3o i5 32 17 11 — 23 5o 4,6 _ f
- 27 — 8 10 12 6 16 2 18 34 — 25 4 4,6 Sagittaire ^
- 3 — 10 58 i5 5 *9 11 20 0 — 23 27 28,2 Capricorne ^
- Vénus. i5 — 10 34 *5 0 >9 26 20 43 — 20 12 33,2
- 27 — 9 58 *4 43 *9 29 21 *4 — l6 26 39,8 _ S
- 3 — i3 26 *9 55 2 26 0 52 + 5 32 i4,o S Bélier )
- Mars . i5 — 12 44 19 21 2 1 1 6 + 7 21 12,2 Ç Bélier (
- 27 — 12 4 18 5i 1 4* 1 23 + 9 26 10,8 Bélier )
- 3 16 11 0 9 8 3 5 4 + 22 10 44,8 Taureau )
- Jupiter i5 — i5 *7 23 11 7 9 4 57 + 22 2 44,8 1 Taureau i
- 27 — *4 25 22 !7 6 i4 4 5i + 21 53 44,2 — \
- 3 15 7 22 29 5 55 3 28 + 16 28 18,2 Taureau !
- Saturne 15 — i4 8 21 39 5 4 3 25 4- 16 *7 18,0 -
- 27 — i3 29 20 49 4 i3 3 .22 + 16 10 17,8 — \
- Uranus . 27 — i5 29 23 8 6 5i 3 44 *9 32 3,6 Taureau
- Neptune 27 — 23 18 5 3r 11 4o 12 2 + 1 r5 2,4 Vierge
- VISIBILITÉ
- ^Invisible.
- (Première partie de la nuit.
- >Toute la nuit.
- sToute la nuit.
- Toute la nuit.
- Seconde partie de la nuit.
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-
- 344
- ! mm.
- Nord
- Fig. 1. — Schéma de l’occultation d’Aldébaran, le 30 décembre.
- Jupiter brille avec son maximum d’éclat, arrivant en opposition avec le Soleil le 8 décembre ; cette opposition est une des plus favorables qui puisse avoir lieu. Les conditions sont donc les meilleures pour l’observation de la planète géante dont la vision des détails principaux est accessible alors à de modestes instruments. Il en est de même pour les nombreux phénomènes de son système des principaux satellites; voici la liste de ceux qui seront visibles de Paris :
- Décembre, 1er, I. E. c. 6h2im,i. — 2, II. O. c. 3*29“;
- I. O. c. 3h36m ; I. P. c. 3*47m; II. P. c. 3h5i“; I. O. f. 5h47m; I. P. f. 5h57m ; II. O. f. 6hiom ; II. P. f. 6h3om. — 3, I. E. c. oh49m,o ; I. Em. 3hii“; I. O. c. 22h4m-; II. E. c. 22h8m,i; I. P. c. 22*12“; III. O. c. 22h5om; III. P. c. 23*25“.
- — 4, I. O. f. ohi6m ; I. E. c. o*23“; IL Em. i*i“ ; III. O. f. ih23m; III. P. f. 1*49“ ; I. E. c. 19*18“,5; I. Em. 21*37“.
- — 5, I. O. f. j.8*44“; I. P. f. i8*4g“; IL O. f. 19*28“;
- II. P. f. 19*37“ — 9, I. O. c. 5*3o“ ; I. P. c. 5*3o“ ; II. P. c.
- 6*6“ ; IL O. c. 6*7“. — 10, I. Im. 2*43“; I. E. f.4*57“,4; I. P. c. 23h5Gra ; I. O. c. 23h5gm. — 11, II. Im. 0*37“; I. P. f. 2*6“; I. O. f. 2*io“; III. P. c. 2*3g“ ; III. O. c. 2*5o“ ; IL E. f. 3h2ira,7; III. P. f. 5h4m ; III. O. f. 5*23“ ; I. Im. 2ihgm; . E. f. 23h26m,i. — 12, I. P. c. i8h2im; I. O. c. 18*27“; II. P. c. i9hi3m; II. O. c. 19*25“; I. P. f. 20h32m; I. O. f. 20h39m; II. P. f. 21*62“; II. O. f. 22h6m. •— 13, I. E. f. i7h55m,o. — 1k, II. E. f. i6h3gm,2 ; III. E. f.
- 19*24“ ,o. — il, I. Im. 4h27m. •— 18, I. P, c. ih3gm ; I. O. c.
- i*53“ ; IL Im. 2*oo“; I. P. f. 3h5om; I. O. c. 4*5“ ; I. Im. 22*53“. — 19, I. E. f. ih2im,2; I. P. c. 20*5“ ; I. O. c. 20*22“; II. P. c. 21*29“; II. O. c. 22h3m; I. P. f. 22hi6m; I. O. f. 22h33m. — 20, II, P. f. o*8“; II. O. f. o*44“; I. Im. 17*19“; I. E. f. i9*5o“,i. — 21, I. P. f. i6*42m; I. O. f. 17*2“; II. E. f. i9*44“,a 5 III. Im. igh3im; III. E. f. 23h24m,g. — 25, I, P. c. 3*23“; I. O. c. 3*47“; II. Im.5*3“.
- — 26, I. Im. 0*37“; I. E. f. 3*i6“,5; I. P. c. 21*49“; I. O. c. 22*16“; II. P. c. 23h45m. — 27, I. P. f. o*o“ ; I. O. f. oh28m; II. O. c. o*4i“ ; II. 2*24“; II. O. f. 3h22m; I. Im. 19*3*; I. E. f. 2i*45“,3. — 28, I. P. c. i6*i5“; I. O. c. i6*45“; II. Im. i8*ii“; I. P. f. 18*26“; I. O. f. i8h56m ; II. E. f. 2ih49m,5; III. Im. 22*48“ — 29, III. E. f. 3*25“,g ; I. E. f. i6*i4“,i. — 30, II. O. f. i6h42m.
- Plusieurs de ces phénomènes feront l’objet d’une observation très intéressante. Le lendemain de l’opposition, le satellite I entrera en même temps que son ombre sur le disque de la planète, c’est-à-dire qu’il y aura superposition presque complète et quasi invisibilité de l’ombre masquée à peu près
- totalement par le disque du satellite : le spectacle est à suivre avec soin, mais réclame l’usage d’un instrument assez puissant ; peu après dans les mêmes conditions, on verra aussi le satellite II. A noter que ces passages simultanés seront assez fréquents.
- Saturne qui vient de se trouver en opposition le mois précédent s’observe toujours dans les meilleures conditions. Voici les éléments de sa présentation pour le milieu de décembre :
- Diamètre du globe....................... i8",o
- Grand axe extérieur de l’anneau.............. 45",i5
- Petit axe extérieur de Panneau...............
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de Panneau. . . ................................. 220,84
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de Panneau .......................................— 23o,68
- On sait que cinq des plus importants satellites peuvent être distingués avec des instruments d’amateurs; le plus aisé à apercevoir est Titan, visible à l’aide d’une faible lunette; il arrivera à ses élongations aux dates suivantes :
- Élongations Ouest les ier et 17 décembre; élongations Est, les 9 et 25 décembre.
- Uranus, à peu de distance de Saturne, s’observe au mieux toute la nuit; rappelons que les instruments courants permettent seulement de le distinguer comme un minuscule disque bleuâtre.
- Neptune peut être recherché pendant la seconde partie de la nuit, son observation étant de pure curiosité à l’aide des instruments courants.
- Le
- Le
- Le
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions
- décembre à g*, Saturne avec la Lune
- — à 16b, Uranus avec la Lune
- — à 7^ Jupiter avec la Lune
- — à 14b, Neptune avec la Lune
- — à 6b, Mercure avec la Lune
- — à i6h, Vénus avec la Lune
- — à i5b, Mercure avec 1 Sagittaire à
- — à 22*, Mars avec la Lune à
- — à uh, Saturne avec la Lune à
- — à 20b, Uranus avec la Lune à
- — à 7h} Jupiter avec la Lune à
- Le 12 Le 18 Le 21 Le 25 Le 26 Le 29 Le 29 Le 3i
- 20i3' N. 4°32' N. îpzi’ N. 0015' N. 60io' S.
- 40 4' s.
- 0022' N. 3049' N. 2*24' N. 4°38' N. 4028' N.
- Etoile polaire. — Heures des passages de VËtoile polaire au méridien de Paris :
- 1941 Décembre 7 Passage supérieur à 2oh3om5os
- — 17 — à *9 5i 22
- 27 — à 19 11 53
- Janvier i« — à 18 52 8
- Etoiles variables. — Dates auxquelles des minima d’Algol pourront être observés : décembre : 7 à 5*46“ ; 10 à 2*35“ ; i5 à 2o*i4“; 18 à i7h3m; 3o à 4hi9m.
- Etoiles filantes. — Du 9 au 12 décembre, essaim des Gémi-nides, radiant vers a Gémeaux.
- Constellations. — Le ciel de ce mois de l’année offre le spectacle, au milieu de la nuit et au méridien, des belles constellations d’Orion, du Grand-Chien, du Taureau et des Gémeaux ; la richesse de cette portion du ciel, ainsi offerte pour le mieux aux observateurs est augmentée spectaculairement par la présence simultanée de Jupiter dans tout son éclat, de Saturne et de Mars. La partie la plus riche de la Voie Lactée, dans le Cygne est maintenant voisine de l’horizon nord, tandis que l’on contemple du zénith à l’horizon sud, les régions les plus clairsemées, de Persée au Navire, mais contenant par contre de nombreuses curiosités célestes. La longueur des nuits facilite ces observations et l’obtention de photographies à longue pose. Lucien Rudaux.
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- COMMUNICATIONS A U ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance da 3o juin 1941.
- Dilatomètre non différentiel. — M. G. Charpy décrit un nouveau dilatomètre qu’il a imaginé. La tige à étudier est enfermée dans une enceinte chauffante ; elle bute à une extrémité sur une tige en silice et repose par l’autre sur un arbre en silice sortant de l’enceinte et portant à son extrémité un miroir. L’allongement de la tige fait rouler l’arbre et déplace le miroir dont on mesure les positions par les déviations d’un rayon lumineux réfléchi.
- Les protubérances solaires. — Dépouillant les cartes synoptiques de la chromosphère solaire établies par l’observatoire de Meudon pendant une durée de 11 ans, M. et Mme L. d’Azambuja ont retenu 363 filaments distincts dont ils ont suivi l’évolution et les mouvements d’ensemble. Ils naissent dans la zone de formation des taches et disparaissent à des latitudes plus élevées ; ils atteignent leur développement maximum en trois mois, plus lentement que les taches ; le lieu d’origine se rapproche de l’équateur au cours du cycle undécennal ; leur vitesse décroît quand la latitude augmente, en suivant la déformation de leur méridien d’origine.
- Sulfuration des alliages d’argent. — M. II. Forestier et MUe J. Longuet ont préparé divers alliages d’argent par addition de Cd, Zn, Al, Ca, Mg, Si, Sn et ont étudié leurs vitesses de sulfuration. Les alliages ternaires ou quaternaires contenant Cd, Sn, Zn et Ca jaunissent le plus lentement. L’addition de zinc est excellente en milieu basique, celle de calcium en milieu acide. On peut réaliser des alliages résistant 3oo fois mieux au noircissement que les alliages argent-cuivre habituels.
- Pouvoirs calorifiques de la houille et du coke.
- — On les détermine avec précision par la bombe calorimétrique et pratiquement par la formule de Goûtai, en tenant compte de l’humidité, des cendres et des matières volatiles. MM. II. Lefebvre et C. Georgiadis signalent une quatrième variable indépendante, l’aspect du résidu du dosage des matières volatiles qui permet une meilleure approximation de l’estimation empirique.
- La chaleur interne du globe et l’énergétique du volcanisme. — M. A. Dauvillier essaie de préciser la structure interne du globe en partant de diverses données sur ses constituants : noyau de ferro-nickel, scories de silicates (sial et sima) : elles aboutissent à fixer l’épaisseur de la croûte à 52 km. La radioactivité de chaque couche permet d’estimer la chaleur dégagée par le globe à 102.io12 cal.-s. ; i6.io1? cal.-s. seulement sortent par conduction de la croûte terrestre, 8-1012 sont extraites par les eaux thermales; le reste de l’énergie, hors de proportion avec celle nécessitée par les séismes et l’orogenèse, est la cause du volcanisme. Il faut pour en rendre compte admettre que le volcanisme vaporise à sa température critique une grande quantité d’eau et surchauffe la vapeur produite, par exemple jusqu’à 1 ooo°. La lave, mousse ou émulsion minérale renfermant 10 fois son poids d’eau, l’exsudât minéral annuel est au plus de 100 km3. Ces considérations énergétiques sont incompatibles avec les théories d’A. Gautier et de Suess. Elles s’accordent avec la conception d’une pénétration accidentelle des eaux océaniques dans les grandes fractures de l’écorce et indiquent que l’épaisseur de l’écorce est due à cette eau qui évacue une grande part de la chaleur centrale.
- Le vanadium des végétaux. — M. D. Bertrand a trouvé du vanadium dans 62 plantes différentes qu’il a analysées. Les parties aériennes des plantes à fleurs en contiennent de 0,27 à 4,2 mg. par kg. de matière sèche, soit une quantité voisine d’un millionième.
- Séance du 7 juillet ig4i.
- Dosage instantané de traces de gaz dans l’air.
- — M. E. IIuguenard applique la méthode électrique du fil chaud à ce dosage, au moyen de deux fils, l’un placé dans un courant d’air pur, l’autre dans un courant de l’air à analyser ; les deux courants sont établis à même vitesse, même température et même pression, au moyen de pompes et serpentins. On opère sur quelques centimètres cubes en une seconde. Les deux fils sont reliés à un galvanomètre ordinaire. Certains gaz comme l’oxyde de carbone, l’acide sulfhydrique, l’hydrogène, l’ammoniac, le gaz d’éclairage, les vapeurs d’alcool, d’éther, etc., brûlent au contact du fil chaud en augmentant sa résistance; d’autres comme l’anhydride carbonique, la vapeur d’eau, le tétrachlorure de carbone se dissocient en refroidissant le fil et diminuant sa résistance. La sensibilité de la méthode est telle qu’on décèle aisément quelques millionièmes d’oxyde de carbone dans l’air, des traces de naphtaline insensibles à l’odorat, etc. Le galvanomètre peut être relié à un relais avertisseur.
- Rayons cosmiques simultanés. — On a signalé des coïncidences entre compteurs de Geiger-Muller séparés par plusieurs centimètres de plomb et couverts par un écran épais. Plutôt que de supposer des rayons cosmiques pénétrants (mésons) simultanés, MM. P. Auger et J. Daudin montrent qu’il s’agit d’explosions de corpuscules provenant secondairement d’un centre local situé dans le plomb.
- Séance du 16 juillet 1941.
- Classification des tremblements de terre. —•
- M. E. Botiié distingue deux classes de séismes, ceux hystéré-tiques explicables par des causes anciennes et ceux néogénétiques attribuables à des causes actuelles, à une genèse nouvelle. Les premiers peuvent provenir d’une rupture d’instabilité de l’écorce (glissements, décrochements, prolongements de failles) ou du substratum (fusion, solidification, effets thermiques, etc.), ou encore de réminiscences de la genèse même (cicatrice du Pacifique, émission de la Lune). Les seconds peuvent être localisés (continuation de l’orogénie, tremblements volcaniques, affaissements) ou généraux; il faut mettre à part les tremblements à foyers très profonds dont l’étude est encore incomplète. Cette classification s’inspire de celle de Montessus de Ballore et la complète.
- Séance du 21 juillet 19bl,
- Prophylaxie par des champignons prédateurs des Nématodes des végétaux. — Certains Nématodes ont des larves qui causent de grands dégâts aux cultures (anguillulose). On sait depuis peu que certains champignons microscopiques capturent ces larves au moyen de pièges. M. R. Desciiiens a pu détruire en partie les nématodes infestant les cultures de bégonias des serres de la Ville de Paris en introduisant dans le sol des colonies de champignons appropriés.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- AVICULTURE
- L’éclosion des œuis et la vitamine A.
- La vitamine A liposoluble n’agit pas seulement sur la croissance des enfants. MM. Lissot et Caridroit, dans une récente communication à la Société de chimie biologique, viennent de montrer qu’elle est également indispensable à la faculté d’éclosion des œufs de poule.
- On sait qu’il faut distinguer la fertilité et la faculté d’éclosion, le pouvoir de donner des œufs et celui de donner des poussins. Souvent, dans les élevages, l’œuf fertile se développe bien jusqu’au 18e jour, puis s’arrête et n’éclot pas. Depuis une dizaine d’années, les praticiens avaient reconnu que les éclosions augmentent quand on donne aux poules pondeuses de l’huile de foie de morue ou une forte ration de luzerne, contenant toutes deux de la vitamine A. MM. Lis-sot et Caridroit ont dosé cette vitamine dans le vitellus et le foie des poussins morts en coquille et d’autres vivant jusqu’à l’éclosion et ils ont trouvé constamment dans les premiers moins de 35o unités internationales.
- Un facteur important pour l’aviculture est ainsi mis pleinement en évidence.
- BOTANIQUE
- Un champignon monstre.
- On signale de temps à autre des champignons énormes et l’on en voit parfois dans les expositions organisées au Muséum. M. F. Tanazacq, pharmacien à Pierrefitte (Seine) vient de nous communiquer une nouvelle observation qu’il a pu faire, très complète, le r5 août dernier. Il fut appelé pour expertiser un champignon qu’on venait de trouver dans le jardin de M. Lequéméneur, à Stains, situé derrière la cour de la maison, au milieu d’un carré de panais en pleine croissance. La veille, il n’existait pas, puisqu’on avait été cueillir de l’herbe pour les lapins et qu’on n’avait rien remarqué. Le matin, il apparaissait comme une masse de 3o cm. de diamètre, déjetée sur le côté, irrégulière, présentant une sorte de tète informe. Il pesait 2 kg. 8. On essaya de le conserver sans y parvenir. M. Tanazacq le détermina : Bovisla gigantea Batsch (A. R.). Sous une pellicule fragile, il contenait un feutre vert foncé assez résistant, bourré de
- Fig. 1. — Champignon monstre trouvé à Stains.
- spores. L’espèce n’avait jamais été vue à Stains et il faut attribuer son apparition à un apport de spores dans le terrain humide (les sables infragypseux entrelardés de bancs d’argile étanches sont à 70 cm. de profondeur), sous un couvert de grandes feuilles, après des pluies abondantes, par un temps doux, sur un sol mis en culture cette année seulement.
- Culture en chambre par solutions nutritives.
- On peut amener à maturité un pied de tomate dans un vase de verre renfermant de l’eau, mais il vaut mieux mettre du sable dans l’eau.
- L’essentiel est d’établir un courant lent mais continu de solution nutritive très étendue.
- Dans l’expérience figurée ci-dessous, on a employé pour 20 1. d’eau : 1 cuillerée à thé de phosphate de potasse, 1 cuillerée à thé de nitrate de soude, 2 cuillerées et demie de sulfate de magnésie et 1 cuillerée de chlorure de calcium.
- On ajoute quelques gouttes de solution concentrée renfermant des sels de fer, zinc, manganèse et de l’acide borique.
- Le débit est réglé à raison d’environ 1 1. de solution par jour. L’excédent doit être faible. On le reçoit en dessous.
- Il ne faut pas le réemployer à moins de contrôler sa composition et de le stériliser, car il renferme les excrétas de la plante et ces matières constituent des poisons pour elle.
- On peut les employer à l’arrosage de végétaux robustes en pleine terre de composition complexe si ces végétaux appartiennent à d’autres espèces.
- Ces dispositifs sont employés en serre pour étudier l’alimentation des plantes.
- Fig. 1. — Culture sur sable par solutions nutritives.
- A, pot garni de sable ; B, réservoir à solution nutritive ;
- C, vase à niveau constant ; D, siphon d’alimentation.
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- DÉMOGRAPHIE
- La population de VAllemagne.
- Le dernier recensement allemand a eu lieu en 1989. Nous en résumons les résultats d’après le Bulletin de la Statistique générale de la France. En 1989, la superficie de l’Allemagne (non compris le territoire de Memel), était de 583 4o8 km2 contre 468 620 km2 au recensement précédent de 1933. La population résidente totale sur ce territoire à la date du 17 mai 1939 était de 79 375 281 habitants, dont 843 000 pour le territoire de la Sarre réincorporé en ig35; 6 65o 000 pour l’Autriche incorporée en mars 1938 et 3 4o8 000 pour les Sudètes incorporés en octobre 1938. La densité moyenne est de i36,i habitants par km2.
- Entre les deux recensements de ig33 et de 1 g3g, la population de l’Empire dans l’étendue de ses frontières actuelles a augmenté de 2 g34 423 personnes, soit 3,8 pour 100, accroissement dû presque exclusivement à l’excédent des naissances sur les décès (2 841 000).
- En 1938. on a compté 770 225 mariages, 1 5o8 417 naissances, 949 284 décès, soit un excédent de 509 i33 naissances.
- En 1939 (chiffres provisoires), on compte 944 38x mariages, 1 633 249 naissances, 1 009 268 décès (non compris les
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- décès militaires). En 1940 : 731 4oo mariages, x 644 752 naissances et 1 o45 708 décès (non compris les décès militaires).
- On constate en Allemagne une forte prédominance de la population urbaine sur la population rurale; celle-ci marque un nouveau recul entre 1933 et 1989.
- A cette dernière date, 54 320 000 habitants, soit 68,4 pour 100 de la population se trouvent concentrés dans 4 54i communes de 2 000 habitants et plus ; tandis que 25 o52 000 personnes sont réparties entre 5i 727 communes de moins de 2 000 habitants. L’exode rural semble s’être manifesté surtout au profit des petites villes (augmentation de 9,6 pour 100), des villes moyennes (8,3 pour 100) et des bourgs (6,6 pour 100) ; les grandes villes n’ont que relativement peu augmenté (2,6 pour 100).
- Le nombre des étrangers recensés en 1939 s’élève à 989 386, soit 1,18 pour 100 de la population résidente : sur ce nombre, 476 376 se sentent liés à la communauté ethnique allemande, 428 635 à une communauté étrangère, 89 375 sont juifs. Le groupe étranger le plus important est celui des Polonais avec i3g 44i personnes. Viennent ensuite les Italiens, les Tchèques, les Hollandais. Le recensement accuse un nombre total de Juifs de près de 33o 892, auxquels s’ajoutent 72 738 métis du ier degré, 42 81 x du second degré. De 1933 à 1989, il y a eu, dans les limites de l’Allemagne de ig3g, un départ d’environ 4oo 000 Juifs.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- NE LAISSONS PAS PERDRE LES MÉGOTS
- Les ramasseurs professionnels de bouts de cigares ou de cigarettes utilisent le produit de leur patiente récolte pour faire du « vieux-neuf » qu’ils vendent aux fumeurs pas trop difficiles sur la qualité du tabac. Mais on peut utiliser autrement les « mégots » : ne contiennent-ils pas de la nicotine (en général de 4 à 6 centièmes) l’un des plus utiles poisons utilisés dans la lutte conte les parasites de la serre et du jardin ? Au reste, le tabac résiduel possède, ou à peu près, toutes les qualités des tabacs de qualité marchande...
- Conservation des fourrures et lainages. — Procédons tout d’abord à la toilette des résidus : les feuilles des bouts de cigares sont déroulées, les papiers des bouts de cigarettes sont enlevés, et le tabac, bien mélangé, est mis de côté dans une boîte métallique hermétiquement close ou dans un bocal convenablement bouché. Si le tabac était humide, on le ferait sécher par exposition en couche mince à l’air avant de le mettre en boîte. Lorsque l’on range pour l’été les fourrures et les lainages, on les saupoudre de tabac, et on les laisse dans une malle ou une caisse bien fermée que l’on ouvrira le plus rarement possible.
- Une poudre sternutatoire. — Le tabac dit « à priser » qu’il est maintenant difficile de trouver (depuis que l’on ne prise presque plus) résulte d’un traitement spécial des matières premières. Mais il est possible de faire en petit, avec des mégots, ce qui est fait en grand, dans les usines, avec les feuilles vierges de la plante à Nicot L Pour cela, après épluchage des déchets, fait comme nous venons de l’expliquer, on leur ajoute environ 15 pour 100 d’eau fortement salée, on remue, on laisse en contact pendant à peu près 36 h., puis on procède au hachage et on enferme dans un pot de terre entouré de chiffons qui évitent la déperdition de chaleur. Il se produit, dans ces conditions, une fermentation qui doit se poursuivre pendant 3 mois ; la température, facile à contrôler au moyen d’un thermomètre dont dépasse la tige, devant atteindre 75° sans dépasser 80°. Il convient d’opérer sur une masse assez volumineuse : 1 kg. pour le moins. Après fermentation le tabac s’est aggloméré en une masse qui sera râpée sur une râpe de cuisine, ensuite on humecte avec un peu d’eau tiède et on remet dans le pot de terre calorifuge, où la température s’élèvera peu à peu vers 50°, cette nouvelle fermenta-
- tion devant durer 3 mois. Le tabac à priser est prêt pour l’usage, après qu’on lui a incoi-poré un centième de sel fin afin d’assurer sa conservation.
- Du scaferlati dénicotinisé. — Les mégots épluchés à la manière habituelle seront baignés dans l’eau acidulée au moyen d’acide chorhydrique (20 g. par L). Au bout d’une dizaine d’heures, le liquide devenu noirâtre est séparé (on l’utilisera éventuellement comme insecticide) et le tabac est pressé puis lavé dans l’eau jusqu’à disparition de toute trace d’acide. On l’étale à l’air en couche mince en remuant de temps à autre jusqu’à parfaite dessiccation. Ainsi traité, le tabac, légèrement blondi, appartient à la catégorie des « tabacs doux » ; débarrassé de la majeure partie de l’alcaloïde qu'il contenait, il est absolument inoffensif.
- Un lavement à la mode ancienne. — Il s’agit d’un lavement vermifuge destiné à détruire les minuscules « vers » blanchâtres que l’on voit parfois frétiller dans les selles. La méthode, jadis d’emploi courant, est délaissée depuis que l’on connaît des A^ermifuges d’emploi plus commode absorbés par ingestion, mais en principe, elle est évidemment toujours aussi efficace. Le lavement est préparé en mettant dans 1 1. d’eau bouillante 50 g. de tabac. Faire tiédir avant emploi.
- Destruction des pucerons. — Il suffit de faire macérer du jour au lendemain, dans 1 1. d’eau, 50 g. environ de tabac pour obtenir un liquide qui, projeté après filtration, avec un pulvérisateur, sur les plantes envahies par les pucerons, assure la destruction de ceux-ci.
- Pour les plantes de serre, un élégant nxoyen de faire agir le tabac est d’arroser avec le « jus » nicotinisé des ferrailles chauffées au rouge, qui provoquent une vaporisation rapide de la mixture.
- Lorsqu’il s’agit de détruire les pucerons lanigères, parasites du pommier, on pulvérise une émulsion préparée avec :
- Bouts de cigares ou cigarettes ... 50 g.
- Alcool à brûler.......................... 200 —
- Savon gras................................ 50 —
- Eau de pluie........................... 1.000 —
- Verser, en remuant, la solution alcoolique dans l’eau de savon.
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- Pour se débarrasser des moustiques.— Voici deux formules de mélanges dont la combustion lente produit des vapeurs ayant pour effet de chasser les moustiques des pièces où ils aiment à se réfugier. Des trochisques en forme de petites pyramides très effilées sont façonnés en malaxant avec suffisamment d’eau le mélange :
- Tabac haché fin....................... 50 g.
- Benjoin................................. 20 —
- Salpêtre................................ 10 —
- Sciure de sapin........................ 120 —
- On fait sécher à l’air et au moment de l’emploi, on allume en approchant une flamme de la pointe. _ Grâce au benjoin, les exhalaisons produites ont une odeur très agréable.
- Les chandelles antimoustiques, d’emploi courant en certains pays, sont préparées au moyen du mélange.
- Tabac haché fin..................... 200 g.
- Sciure de bois résineux............. 200 —
- Feuilles d’armoise sèches broyées. . 50 •—
- Poussier de charbon de bois. . . . 250 —
- On met en pâte avec de l’eau dans laquelle on a fait dissoudre par litre 100 g. de gomme arabique ou similaire, on roule entre deux planchettes pour former des sortes de cigarettes qu’on fait sécher à l’air.
- G. Dhexnequin.
- COMMENT UTILISER LE MARC DE VENDANGES
- Les « marcs » résiduels du pressurage des grappes de raisin sont formés par les rafles, pépins et enveloppes des grains, masse demeurant toujours imprégnée d’un peu de liquide vineux. Ces marcs sont parfois convenablement utilisés, quand ils servent à fabriquer l’huile de pépins de raisin ou l’eau-de-vie de marc. Mais trop souvent, on ne les emploie guère que comme amendements, ce qui est un véritable gaspillage.
- Les renseignements donnés ci-après pour l’utilisation du marc de vendange comme fertilisant et comme fourrage s’appliquent également au marc des pommes résiduel de la fabrication du cidre.
- Le marc, fourrage de valeur. — Les bestiaux n’apprécient guère, pour la plupart, le marc donné tel qu'il sort du pressoir. Mais il est facile de préparer ce marc en sorte de le rendre bien meilleur.
- On peut le faire sécher par expositon au soleil, en couches minces, que l’on remue de temps à autre pour hâter la dessiccation : ce faisant, on enlève les débris de râfles qui sont rejetés. On ensache finalement pour mélanger, au moment de l’utilisation, aux diverses provendes.
- On peut aussi saler le marc frais, ce qui permet de le conserver sans dessiccation. On emploie 50 g. de sel dénaturé par kg. de marc, en superposant de minces « lits » de marc saupoudrés chacun de sel.
- On peut enfin mettre le marc en pâte en enlevant la plupart des râfles, puis en arrosant avec assez de mélasse pour obtenir une sorte de pâte qui sert à façonner des galettes que l’on fait sécher et dont les animaux domestiques se montrent très friands.
- Piquette au marc et marc ensilé. — On sait qu’en ajoutant au marc, à la sortie du pressoir, un peu d’eau et si
- possible un peu de sucre, on obtient par nouvelle pression une boisson à goût vineux, la « piquette », d’usage courant dans certaines régions. L’éminent agronome Müntz ^ recommande de procéder à la préparation des piquettes par déplacement et non par dilution : la masse de marc est modérément arrosée d’eau, et on recueille le moût qui s’écoule dans le bas. Le marc lavé est ensuite salé avec environ 5 centièmes de sel, puis on met en silo jusqu’au moment de l’emploi. Ce fourrage, mélangé avec un peu de foin, s’est révélé particulièrement apprécié par les moutons.
- Un engrais économique. — Une tonne de marc de raisin contient en général les proportions suivantes d’éléments fertilisants :
- Azote......................... 7 à 8 kg.
- Potasse....................... 6 —
- Acide phosphorique............ 1 à 2 —
- La proportion de ce dernier élément est donc relativement très faible. D’autre part le marc contient une assez grande quantité d’acides organiques qui nuisent à l’assimilation en retardant les phénomènes de la nitrification. On corrige ces deux inconvénients en incorporant au marc, avant sa fermentation, environ 5 centièmes de phosphate de chaux. Ce traitement revient à un prix infime, mais ne permet d’obtenir qu’un engrais relativement pauvre. On obtient un bien meilleur fertilisant en incorporant à un quintal de marc :
- Scories de déphosphoration ... 4 kg.
- Sylvinite............................ 2 —
- Sulfate d’ammoniaque................. 1 —
- Chaux.......................: . 2 —
- Pour effectuer le mélange, disposer le marc en couches épaisses d’une vingtaine de cm., chacune saupoudée du mélange des engrais, puis on arrose avec une solution de sulfate d’ammoniaque (30 g. par litre d’eau) à raison de 150 1. de liquide par tonne de marc. Finalement on recouvre le tas d’une couche de terre et on laisse fermenter.
- Le vinaigre de marc. — Lorsque le marc décuvé a une odeur de vinaigre, ce qui arrive parfois accidentellement, il faut se garder de le mettre dans le pressoir avec d’autre marc sain qui serait gâté ; on le presse à part et l’on obtient un vin partiellement acétifié, facile à convertir en vinaigre en le mettant simplement dans un tonneau non bondé (on sait en effet que le vin ne s’acétifle qu’au contact de l’air renouvelé).
- Comment on fabrique le verdet. — On sait que le verdet, qui est en fait un mélange d’acétates de cuivre impurs, sert à préparer diverses mixtures anticryptogamiques : le producteur de marc, le plus souvent vigneron, est donc intéressé au premier chef à préparer économiquement une matière première dont l’achat grève son budget. Pour préparer le verdet, il faut se procurer de vieilles tôles de cuivre (peu importe qu’elles soient corrodées ou trouées) ; on en trouve chez les spécialistes en vieux métaux, qui proviennent par exemple de vieilles toitures. Ces lames métalliques sont empilées avec interposition de marc, arrangé en couches épaisses de 2 ou 3 cm. ; on laisse à l’air, mais en protégeant de la pluie pendant quelques semaines. On rejette alors le marc et on racle la surface du cuivre avec de vieux couteaux pour en détacher la couche de verdet qui s’est formée ; après quoi le métal est réutilisé pour une nouvelle opération.
- G. Dhennequin.
- LIVRES NOUVEAUX
- De l’atome à l’étoile, par Pierre Rousseau. 1 vol. 128 p.,
- 21 fig. Presses universitaires de France. Paris, 1941. Prix :
- 12 francs.
- Nos conceptions de la matière et de l’énergie ont été en ces trente dernières années bouleversées et renouvelées ; cette révolution n’a pas seulement modifié l’image que nous nous faisions du monde extérieur, elle a ébranlé les fondements mêmes de la connaissance, elle met en cause des principes tels que le principe de causalité et des postulats comme celui du déterminisme des phénomènes physiques. En quelques pages
- accessibles à tous, M. Rousseau présente la série des découvertes qui ont créé cet extraordinaire renouvellement de la pensée humaine, et il réussit à en faire saisir toute la portée. C’est un joli tour de force de vulgarisation et l’affirmation d’un beau talent d’écrivain scientifique.
- Les certitudes du hasard, par Marcel Boll. 1 vol., 126 pages, 13 fig. Collection « Que sais-je ? ». Les Presses Universitaires de France, Paris, 1941. Prix : 12 francs.
- Le hasard a ses lois ; partant de définitions précises, le cal-
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- cul des probabilités enchaîne ses déductions avec la même rigueur que les autres sciences mathématiques. On sait les nombreuses applications pratiques qu’il a déjà reçues : statistiques, assurances, tir des armes à feu, etc. La physique théorique repose de plus en plus sur les probabilités. Le petit livre de M. Boll est un exposé familier et attrayant des principes et des méthodes de cette science dont tout esprit cultivé doit connaître au moins l’essentiel.
- Causes anciennes et causes actuelles en géologie,
- par Lucien Cayeux. 1 vol. in-8°, 81 p. Masson et Cie, Paris, 1941. Prix : 25 francs.
- On connaît les remarquables recherches du professeur du Collège de France sur les roches sédimentaires : phosphates, oolithes, calcaires, et les A*ues neuves qu’il a fournies, notamment sur leur origine biologique. Comme une synthèse de son long enseignement, il reprend ici ses principales conclusions et en dégage l’idée que les causes actuelles qu’étudie l’océanographie ne sont pas les mêmes que les causés passées. L’époque actuelle est caractérisée par le repos de toute une série d’activités qui ont joué un grand rôle dans.la formation des sédiments au cours des temps géologiques et dont on retrouve la trace dans les gisements de phosphates, les minerais de fer oolithique, les lits de silex, la craie et la dolomie.
- Les secrets des calendriers à la portée de tous, par
- J. M. Oudin. 1 vol. 146 p., imprimé à Tournai, 1939. En vente à la Librairie Générale, Paris. Prix : 30 francs.
- Il ne s’agit ici que des calendriers Julien et Grégorien, et des principaux problèmes qu’ils posent : établissement des calendriers des années futures, reconstitution de ceux des années passées, fixation de la date de Pâques et des fêtes mobiles, établissement des calendriers lunaires, autrement dit des règles du comput. En dehors de VAnnuaire du Bureau des Longitudes, on ne les trouve exposées que dans des ouvrages ou des publications qui, soit par leur rareté soit par leur caractère sont peu à la portée du grand public. Le Frère J.-M. Oudin initie le lecteur d’une façon très claire et fort attachante aux secrets des lettres dominicales, aux nombres d'or, aux épactes. Il a le grand mérite, dans un sujet si rebattu, d’apporter du nouveau en simplifiant d’une façon remarquablement ingénieuse l’exposé du comput ainsi que ses règles de calcul et en donnant le moyen de résoudre rapidement n’importe quel problème de comput soit mentalement, soit en utilisant de courts tableaux. Citons notamment un nouveau calendrier perpétuel extrêmement commode, qui permet de résoudre la plupart des problèmes chronologiques.
- Le système nerveux et ses inconnues, par Paul Chau-chard. 1 A7ol. in-16, 126 p., 12 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses Universitaires de France, Paris, 1941.
- Bon exposé des données neurologiques actuelles et notamment des travaux de l’école de M. Lapicque. L’auteur rappelle la constitution du système nerveux, ses fonctions qui sont de transmission, de commande, d’aiguillage et de régulation et passe en revue quelques problèmes : les mécanismes cérébraux, l’état de l’être aoérébré, le sommeil, le poids du cerveau et l’intelligence, la solidarité organique.
- Faune de France, 38. Coléoptères Scarabéides, par R. Pau-lian. 1 vol. in-8°, 240 p., 445 fig. Lechevalier, Paris, 1941. Prix : 160 francs.
- Voici le 38e volume de la précieuse Faune de France entreprise par l’Office central de faunistique. Il est consacré aux Scarabées dont on connaît 256 espèces vivant surtout au sud de la Loire. On les classe aujourd’hui en 5 familles que l’auteur examine point par point, donnant pour chaque espèce la bibliographie, les caractères et l’habitat. L’ouvrage débute par une étude générale de la morphologie des adultes, des larves et des nymphes, du mode de vie, de l’habitat et de la répartition géographique. Les entomologistes et les amateurs d’insectes y trouveront tout ce qu’on sait et l’indication de nouvelles observations à entreprendre.
- Au seuil de F Antarctique, Croisière du « Bougainville » aux îles des manchots et des éléphants de mer, par le Dr René Jeannel. 1 vol. in-8, 236 p., 27 fig., 16 pl. Éditions du Muséum. Presses uniyersitaires de France, Paris, 1941. Prix : 60 francs.
- Il y a deux ans, le professeur du Muséum embarquait à bord
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- de l’aviso pour une croisière dans les îles subantarctiques de l’Océan Indien : Marion, les Crozet, les Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam. Il put descendre sur la plupart des îles, y faire des récoltes zoologiques dont il a déjà publié les intéressants résultats. Il put aussi y observer les éléphants de mer, les phoques, les manchots, les autres oiseaux de mer, la flore et les divers milieux biologiques et. y ramasser des échantillons de roches. Dans des lieux si rarement explorés, la présence d’un naturaliste était une aubaine pour la science. Aujourd’hui il nous dit ce que fut son voyage, les atterrissages, les débarquements, les aspects et l’histoire des îles, ce qu'il a vu des énormes rassemblements d’éléphants de mer et d’oiseaux^, des faunes d’insectes, des groupements de plantes. Cela l’amène à examiner d’ensemble le peuplement des îles australes où se rencontrent des espèces d’affinités africaines et australiennes, à expliquer leur localisation par la théorie de Wegener et à recommander la protection de la nature pour éviter la disparition des formes les plus intéressantes et les plus rares. Il a accompli un beau voyage fructueux dont le récit se lit avec grand intérêt.
- L'or dans le monde, par Victor Forbin. 1 Ami., 292 pages,
- Payot, éditeur, Paris, 1941. Prix : 36 francs.
- Dans le monde nouveau qui se prépare, l’or conservera-t-il le rôle économique qu’il a joué pendant des siècles ? Quelle que soit la réponse que l’avenir donnera à cette question, l’histoire de l’or restera une de celles qui intéressent au premier chef toute l’humanité. Dans son nouvel ouvrage, notre collaborateur en donne un abrégé attrayant et vivant. L’histoire de l’or se présente sous bien des aspects ; Victor Forbin en examine la plupart : l'or dans l’antiquité et au Moyen Age où il provoque la recherche des grandes voies de communication et la découverte de mondes inconnus ; la géologie de l’or, la technique des exploitations aurifères ; la production moderne et sa répartition. L’époque moderne a vu les grandes ruées des chercheurs d’or en Californie, en Australie, au Transvaal, au Klondyke. Les récits de l’auteur à ce sujet sont captivants comme des romans d’aventure ; grand voyageur, il a visité certains champs aurifères fameux ; il fut même chercheur d’or dans sa jeunesse. Aussi maint chapitre de ce livre a-t-il un accent personnel qui ajoute au charme de la lecture.
- Le papier, par René Escourrou. 1 a7oL, 220 p., 13 fig.
- Collection Armand Colin, Paris, 1941. Prix : broché, 19 fr, 50.
- Chacun s’est posé, un jour ou l’autre, la question : avec quoi et comment ce papier a-t-il été fabriqué ? Les ouvrages sur l’industrie papetière étant rares en France, la question est restée sans réponse pour la plupart de ceux qui se la sont posée. Voici, enfin, la réponse attendue, sous forme d’un petit livre clairement et agréablement écrit par un spécialiste de haute compétence ; sans s’attarder aux détails qui n’intéressent que le praticien, il nous enseigne l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur les matières premières servant à la fabrication du papier, les méthodes de traitement, les procédés de fabrication, les tendances les plus récentes de l’industrie du papier, les diverses sortes de papier, leurs formats, leurs caractéristiques, l’importance de l’industrie des pâtes et du papier, et la consommation du papier dans les différents pays.
- La combustion et les combustibles, par Paul Vérola.
- 1 vol., 224 p., 22 fig. Collection Armand Colin, Paris, 1941.
- Prix : broché, 19 fr. 50.
- Après avoir passé en revue les matières premières de la combustion : combustibles naturels, artificiels, combustibles de synthèse, et décrit les phénomènes de la combustion, l’auteur étudie les combustibles solides et la combustion industrielle ; la liquéfaction et la gazéification du carbone ; les gaz et sous-produits de la distillation de la houille ; les gazogènes, hauts-fourneaux. Il traite ensuite du pétrole brut, du dégazolinage des gaz naturels, des gaz butane et propane. Il aborde enfin la question du moteur : moteur à explosion, moteur à combustion interne, et il nous documente sur les carburants de remplacement, le carburant national, etc.
- Service de Librairie. — Le Service de Librairie de La Nature est à la disposition des abonnés et lecteurs du journal pour leur procurer tous les ouvrages annoncés.
- Les demandes doivent être accompagnées de leur montant, en mandat, chèque ou toute valeur sur Paris, augmenté de 10 pour 100 pour les frais de port pour la France et 15 pour 100 pour l’étranger.
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- Les bois, les champs et les jardins (Vues sur le monde animal). IV. Mimétisme et instinct de défense, par Marcel Roland. 1 vol. in-16, 249 p. Mercure de France, Paris, 1940. Prix : 18 francs.
- Patient observateur des petits animaux terrestres, raisonnant sagement de leurs faits et gestes, excellent descripteur, l’auteur nous présente la force brutale de la mante religieuse,
- ....= INVENTIONS ET
- CHAUFFAGE Chauffe=lit soufflant.
- Le problème du chauffage va redevenir d’actualité (si tant est qu’il ait cessé de l’être)!
- A cet égard le nouveau chauffe-lit soufflant « Étoile » présente un réel intérêt.
- L’idée qui a présidé à la mise au point de cet appareil est d’ailleurs particulièrement ingénieuse :
- Au lieu de réchauffer le lit par le procédé statique et lent qui caractérise les méthodes habituelles : bouillottes, chauffe-pieds électriques, tapis chauffants, etc..., on utilise ici le procédé dynamique qui consistera à « insuffler » entre les draps un jet d’air chaud. Cette technique donne à l’occupant du lit une sensation immédiate de chaleur et de bien-être, le corps tout entier étant constamment baigné d’air chaud.
- Au bout de quelques minutes, le chauffage du lit et du corps étant suffisants, on arrête l’appareil qui peut être aussitôt réutilisé pour chauffer, dans un autre lit, une autre personne.
- En somme, au lieu de surchauffer les pieds du patient et d’attendre que le reste du corps se réchauffe peu à peu et de proche en proche, on utilise un jet d’air chaud qui s’infiltre autour du corps et qu’il est facile de canaliser par de légers mouvements des pieds et des jambes. La sensation de chaleur est instantanée.
- Il faut cependant attendre, avant d’arrêter l’appareil, que le lit et le corps soient effectivement réchauffés, c’est-à-dire que l’appareil ait débité une quantité de
- Fif. 1. — Le chauffe-lit soufflant.
- la ruse d’immobilité et de coloration du phasme, les étrangetés du ver luisant, du lombric, de la criocère du lis et pour finir l’histoire de la casside de l’artichaut dont Mme Rolland s’était souvent préoccupée avant de participer à la Révolution française. Ces histoires naturelles, suivies jour après jour, notées « en profondeur » donnent une intense impression de vie et laissent beaucoup à méditer sur des destinées si étranges.
- NOUVEAUTÉS '1,1 .............
- calories suffisantes pour élever à température confortable la masse du corps et l’ambiance.
- La réalisation de l’appareil est à la fois simple, robuste et pratique. Un ventilateur à air chaud monté sur une raquette-
- support porte une tubulure d’injection tronconique en bakélite.
- La raquette introduite entre le matelas et le sommier sert à supporter l’appareil en place au pied du lit tandis que la tubulure d’injection enfoncée entre les deux draps permet l’entrée de l’air chaud au niveau des pieds.
- L’appareil se place en bout du lit si celui-ci n’a pas de montants pleins, en cas contraire on le place dans un angle.
- La dépense du courant est négligeable car le chauffage d’un lit ne nécessite que quelques minutes. En principe,, l’appareil ne doit être mis en route que quelques instants avant de se fnettre au lit et on peut l’arrêter au bout de quelques minutes (généralement 5 à io mn) suivant la température extérieure et le tempérament plus ou moins frileux de l’occupant.
- Tous ceux qui appréhendent d’entrer dans un lit froid’ ou qui se réchauffent lentement une fois couchés apprécieront particulièrement le confort que leur apportera à peu* de frais la « ventilation chaude » du nouvel appareil qui. pourra servir à tour de rôle à toute une famille en passant, de lit en lit.
- Constructeur : M. Berthier, 18, rue d’Odessa, Paris (r4e).
- Fig. 2. — L’appareil installé.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- CORRESPONDANCE
- A propos du Jaune de Naples (n° du 15 septembre 1941). — M. de Denainvilliers, dont Denis de Fougeroux fut le trisaïeul, nous écrit :
- La composition du jaune de Naples ou giallolino était tenue secrète et les peintres devaient le faire venir de Naples. Auguste Denis de Fougeroux, seigneur de Bondaroy, né à Paris le 16 septembre 1731, membre de l’Académie des Sciences le 30 août 1758, mort à Pithiviers le 1er janvier 1790, en découvrit la composition et indiqua la recette dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, 1766, pages 303-314 : « Je joignis à douze onces de céruse une once d’alun, une de sel ammoniac, et trois d’antimoine diaphorétique ; je les mêlai le mieux qu’il fut possible et les mis dans une terrine plate, non vernissée et couverte ; je les exposai à un feu modéré pendant sept à huit heures. La terre que j’avais mise étant retirée du feu, j’ai obtenu une pierre plus ou moins liée, qui broyée devient douce, grasse au toucher, de la même couleur que le jaune de Naples et qui en a toutes les propriétés. Je l’ai fait aussi avec le blanc de plomb, l’antimoine diaphorétique, le sel d’ammoniac et l’alun, et j’ai eu un beau jaune et plus pesant. »
- Cidre de feuilles de frêne. — Cette boisson agréable se prépare en toute saison. Pour 10 1. prendre 500 g. de sucre et 8 g. d’acide tartrique, qu’on fait dissoudre dans l’eau bouillante ; faire bouillir 10 à 12 g. de chicorée à café dans de l'eau, tamiser et mélanger les liquides avec une infusion de feuilles de frêne sèches à raison de 10 g. dans la quantité d’eau bouillante suffisante pour bien les baigner. On laisse infuser une nuit environ et les liquides sont tamisés et mélangés dans un récipient, tonnelet ou bonbonne ; on complète le volume à 10 1. Quand la température est tombée à 25-30°, on ajoute 10 à 12 g. de levure délayée dans un peu d’eau froide. On laisse alors fermenter, pendant 5 ou 6 jours, sans boucher le récipient (un simple carton ou une planchette sur l’ouverture pour protéger de la poussière). On met alors en bouteilles bien bouchées et on peut consommer quelques jours après.
- Pour reconnaître les œufs frais. — Le comportement d’un œuf plongé dans une solution saline, obtenue en faisant dissoudre 125 g. de sel de cuisine dans un litre d’eau et dont la densité est de 1 073, est le suivant :
- Si l’œuf est du jour, il gagne le fond, s’il a plus de cinq jours, il surnage et la coque sort de plus en plus à mesure que l’on s’éloigne de l’époque de la ponte.
- Réparation d’un pot en grès. — Pour réaliser l’obturation d’une fissure dans un pot en grès, il suffit, le pot étant bien sec, de déposer sur la fente au moyen d’un pinceau fin, pour que le liquide pénètre bien, un filet de la composition
- suivante :
- Celluloïd en menus morceaux ... 30 g.
- Acide oxalique........................ 2 —
- Acétone..............................100 cm3
- Laisser ensuite bien sécher avant de remettre en service. Préparation du vin. — Si le vin ne reste pas tranquille
- en bouteilles et fait sauter les bouchons, c’est que les opérations indispensables du soutirage et du collage n’ont pas été effectuées, ou ont été mal conduites.
- En effet, après la fermentation première suivie du décuvage, le vin trouble renferme encore une certaine quantité de sucre
- et de levure ainsi que des matières organiques en suspension ; débris d’enveloppes du grain de raisin, de rafles, etc...
- Mis ainsi en tonneaux, on doit attendre un temps suffisant pour qu’il se forme un dépôt boueux, la lie, et qu’une fermentation complémentaire fasse disparaître la presque totalité du sucre restant. Dans la pratique, on sépare le vin éclairci de sa lie par un soutirage à la fin de la deuxième semaine qui suit le décuvage ; pendant cette période, le tonneau doit être maintenu plein complètement par addition de vin, opération qui porte le nom d’ouillage.
- Le vin soutiré doit être reçu dans un tonneau parfaitement propre et chargé d’acide sulfureux, par le méchage qui consiste à faire brûler, introduite par la bonde, une mèche soufrée à raison de 2 cm. par hl. de capacité.
- Généralement, on fait un second soutirage, en janvier dans le Midi ou en mars dans les régions plus froides ; le vin doit être tout à fait clair. Il peut alors attendre sans inconvénient le moment de la consommation, mais il faut encore, avant la mise en bouteilles, en effectuer le collage, ce qui se fait le plus souvent au blanc d’œufs, bien frais, battus en neige avec un peu d’eau ou de vin et 10 g. de sel marin par hl. de vin à coller.
- Le voile de colle descendant peu à peu entraîne les dernières cellules de levure et lorsque le vin est devenu limpide, on peut en toute sécurité le mettre en bouteilles, de préférence par temps frais, non orageux.
- De ce qui précède, il résulte que le moyen le plus judicieux de remettre en bon état un vin mal préparé, qui subit une fermentation anormalement prolongée, serait de vider les bouteilles dans un tonneau méché, puis d’effectuer un collage au blanc d’œufs salé pour le débarrasser de la levure résiduelle, cause de la fermentation persistante, laquelle donnant naissance h de l’acide carbonique fait sauter les bouchons par la pression intérieure qu’elle exerce.
- Conserves de haricots. — Pour utiliser des bouteilles, en vue de la conservation des pois et des haricots verts, opérer de la façon suivante :
- Après écossage ou épluchage, jeter les légumes dans de l’eau bouillante légèrement salée et laisser bouillir quelques minutes, puis introduire dans les bouteilles, avec une quantité de bouillon de cuisson suffisante pour les couvrir en laissant un espace vide. Boucher ensuite avec de bons bouchons et ficeler fortement.
- Les coucher alors dans un chaudron, en les séparant par du foin, pour que les bouteilles ne se cassent pas en se heurtant pendant l’ébullition. Emplir le chaudron d’eau, de manière que les bouteilles baignent complètement. Faire bouillir dix minutes.
- Oter le chaudron du feu, mais ne pas enlever les bouteilles du chaudron. Laisser reposer jusqu’à ce que l’eau soit complètement froide, sans cela on risquerait de voir éclater les bouteilles au contact de l’air.
- Une fois les bouteilles retirées de l’eau, les laisser sécher deux ou trois jours, plonger le goulot dans de la cire à bouteilles fondue, puis les conserver dans un endroit frais et sec.
- Le seul inconvénient de l’emploi des bouteilles est la difficulté que l’on éprouve parfois à extraire les haricots verts au moment de l’utilisation.
- Colle pour étiquettes. — Il est facile de retarder le séchage de la colle à la gomme arabique, employée au gommage des étiquettes, en y ajoutant comme produit hygrométrique un peu de glycérine et comme assouplissant une petite quantité de sucre.
- La formule suivante pourra servir de base, mais suivant les saisons, il conviendra d’ajuster les additions ci-dessus aux conditions climatériques :
- Eau ordinaire........................... 600 g.
- Gomme arabique, belle qualité . . . 350 —
- Sucre saccharose........................ 45 —
- Glycérine blanche........................ 45 —
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- Crème de cassis. — L’emploi d’eau-de-vie blanche pour la confection de crème de cassis n’est nullement indispensable ; si l’on dispose d’eau-de-vie dé marcs de raisin, le bouquet final né pourra qu’être amélioré par cet emploi.
- Prendre du cassis mûr, l’égréner puis écraser les grains avec une fourchette, mettre la bouillie dans un cruche en grès, avec deux litres d’eau-de-vie par kg. de cassis. Fermer soigneusement le récipient avec un bon bouchon de façon à obturer également le bec.
- Laisser infuser six semaines à deux mois ; passer le liquide sur une mousseline et presser fortement le marc, puis remettre le dit liquide dans la cruche avec 185 g. de sucre par litre. Remuer chaque jour jusqu’à ce que tout le sucre soit dissous.
- Ajouter finalement une cuillerée à bouche de lait pour coller sans s’inquiéter du trouble qui en résulte, puis filtrer sur papier à filtrer, ce qui donne une préparation parfaitement, limpide que l'on ne pourrait réaliser autrement. Enfin, mettre en bouteilles bien bouchées. Cette mise en bouteilles doit être préférée à une conservation en tonneaux qui aurait pour inconvénient d’amener une déperdition d’alcool sans amélioration du produit, dont les qualités dépendent beaucoup plus des parfums du fruit que du vieillissement de l’alcool.
- Altération de Veau=de=vie. — L’odeur et le goût désagréables que présente une eau-de-vie ont souvent pour origine l’altération putride du cidre qui, resté sur lies, a mis en liberté des éléments sulfureux.
- Le traitement de choix pour faire disparaître ces éléments est de les oxyder par addition d’un peu d’eau oxygénée pharmaceutique. La dose à employer dépend évidemment du degré d’altération, mais quelques essais préalables sur échantillons fixeront rapidement sur les possibilités d’amélioration.
- Après traitement, il conviendrait d’effectuer un collage de l’eau-de-vie à la façon habituelle, au moyen de la terre d’Espagne (argile légèrement ocreuse) dont se servent couramment les négociants en spiritueux.
- Cette opération complémentaire met à profit les propriétés absorbantes et fixatrices de l’argile à l’égard des odeurs, couleurs, etc...
- Méla-sses de sucrerie. — Les mélasses de sucrerie, qu’il ne faut pas confondre avec les mélasses de raffinerie, contiennent une grande quantité de sels de potasse (environ 10 pour 100) qui se trouvaient dans le jus de la betterave et que les épurations successives pour l’extraction du sucre blanc ou roux n’ont pas éliminés. Ils ont pour inconvénient, d’empêcher la cristallisation de quatre fois leur poids de sucre, soit environ 40 pour 100, qui est le chiffre de sucre que contient la mélasse de sucrerie, et lui communiquent un goût salé rendant inutilisable le produit pour la consommation humaine. On peut seulement en obtenir des provendes mélassées dont le bétail est friand, le sel étant trop rarement introduit dans sa nourriture.
- Étant donné que le fabricant de sucre n’a réussi que très imparfaitement à réduire la quantité de sels qui diminuait son rendement en sucre (ancien procédé de l’osmose) on doit pratiquement renoncer à se servir de la mélasse de sucrerie pour préparer des boissons à goût convenable.
- Colles fortes. — Pour se rendre exactement compte de la fabrication de la colle d’os, il faut se rappeler que ces derniers sont essentiellement constitués par les éléments suivants,
- d’après les analyses de Frémy :
- Phosphate tricalcique................. 54 g.
- Carbonate de chaux.................... 10 —
- Phosphate de magnésie.................. 1 —
- Fluorure de calcium...................... 1 —
- Vaisseaux................................ 1 —
- Osséïne................................. 33 —
- 100 —
- L’osséïne peut être libérée facilement en faisant digérer pendant plusieurs jours les os dans l’acide chlorhydrique étendu qui dissout les sels de chaux et de magnésie ; les os
- ainsi ramollis conservent leur forme, primitive et il suffit de laver à l’eau froide l’osséine pour l’obtenir dans un grand état de pureté
- Cette osséine possède une propriété remarquable : insoluble dans 1 eau froide, elle se modifie lentement dans l’eau bouillante et se transforme en gélatine miscible à l’eau.
- Dans cette opération, qu’une légère acidité favorise beaucoup, le poids de l’osséine ne varie nullement au point de vue de sa constitution en carbone, oxygène, hydrogène ; il s’agiL d’un changement d’état par transposition moléculaire, qui fait acquérir à l’osséine la propriété de colle.
- Encre pour films. — On peut facilement préparer une encre blanche pour écrire sur le celluloïd en prenant :
- Gomme laque orange...................... 150 g.
- Borax pulvérisé.......................... 25 —
- Blanc de zinc........................... 120 —
- Eau ordinaire...................... 1 000 —
- Faire d'abord dissoudre le borax dans l’eau portée à l’ébullition ; puis ajouter la gomme laque peu à peu, maintenir pendant ce temps la même ébullition jusqu'à dissolution complète, finalement laisser refroidir et ajouter le blanc de zinc (oxyde de zinc).
- Huile de tournesol. — L’huile de tournesol produite en grande quantité en Russie pour l’usage comestible s’extrait des gi'aines du Tournesol Helianlhus annuus (L. Composées) qu’il ne faut pas confondre avec 1 ’Hclianthus tuberosus qui est cultivé pour ses tubercules.
- L’huile s’extrait sans difficulté de la graine de forme ovoïde, allongée, blanche, grise ou noire suivant les variétés, contenant de 33 à 35 pour 100 d’huile. Le péricarpe dur et ligneux est d’abord séparé de l’embryon par un décortiquage à la meule de façon à écraser l’écorce et non l’amande. Le produit de la mouture est ensuite tamisé pour faire la séparation, celle-ci est d’autant plus facile que les graines sont plus sèches.
- Les amandes écrasées sont soumises à une première pression à froid ou froissage, au moyen d’une presse hydraulique, ce qui fournit 18 à 20 pour 100 d’huile vierge.
- La pression à chaud qui suit immédiatement celle à froid donne encore 12 à 15 pour 100 d’hpile, ce qui porte l’extraction totale à 32-36 pour 100.
- On procède parfois à une troisième pression après avoir trituré le tourteau avec un peu d’eau chaude.
- Autrefois, avant extraction, on faisait subir aux graines un grillage à feu nu qui communiquait à l’huile une saveur em-pyreumatique très recherchée des consommateurs ; actuellement, cette opération est pratiquée à la vapeur surchauffée.
- Finalement, l’huile de tournesol est filtrée à froid, ou simplement décantée, après repos suffisant.
- Les sortes d’huile foncée peuvent être partiellement blanchies par addition de 5 à 6 pour 100 de lessive de potasse ou de soude, mieux encore avec très peu de terre à foulons (environ 7 pour 100) en opérant à la température de 80° C.
- Après traitement par la soude, l’huile doit, bien entendu, être lavée à plusieurs reprises avec de l’eau pure pour éliminer les impuretés solubilisées et la petite quantité de savon formé.
- L’huile extraite par pression à froid est jaune clair, d’odeur agréable et de saveur douce ; extraite à chaud, elle est plus foncée et d’une saveur particulière parfois recherchée ; sa viscosité est voisine de celle de l’huile de pavot, lentement siccative ; elle a pour densité 0,936 à 15° C.
- L’huile de tournesol est soluble dans la benzine, l’éther, le chloroforme, presqu'insoluble dans l’alcool.
- L’huile de tournesol extraite à froid est surtout réservée à la consommation humaine, principalement en Russie orientale ; l’huile de pression à chaud sert pour l’éclairage et la fabrication de savons mous.
- Les tourteaux résiduels de l’extraction constituent un excellent aliment pour tous les animaux de la ferme : bêtes de trait, bétail à l’engrais, vaches laitières, porcs, oiseaux de basse-cour ; ils valent les tourteaux de lin ou de colza.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cie a laval (france). — 15-10-41 Published in France.
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- N° 3075
- LA NATURE
- 15 Novembre \ 94 \
- TECHNIQUES D'ART DU JAPON
- LE SIBORI-ZOME
- Une forme du Sibori existait vraisemblablement à une époque fort lointaine de l’histoire, — probablement dès le moment où l’homme inventa la teinture —, car le principe meme du procédé appelé au Japon Sibori-Zome, extrêmement simple, est susceptible d’avoir été découvert par l’homme primitif : il consiste, en fait, à lier ou compresser certaines portions d’un tissu afin de les préserver de l’action de la teinture dans laquelle celui-ci est ultérieurement plongé et d’exécuter ces ligatures ou compressions de manière que les réserves ainsi provoquées constituent u n décor. Principe élémentaire sur lequel repose, cependant, l’évolution technique entière du Sibori-Zome.
- Ce procédé n’est sans doute pas originaire du Japon. Non seulement il est connu dans bien d’autres pays du continent asiatique 0) mais aussi de l’Afrique : les populations du Sous (1 2), du Sénégal, de la Guinée, du Cameroun et du Gabon notamment le pratiquent communément et parfois avec beaucoup d’art. Mais ce sont incontestablement les Japonais qui ont su le mieux tirer parti de toutes les possibilités offertes par cette méthode ; au point que celle-ci peut être considérée comme l’une de leurs techniques d’art les plus caractéristiques et, sans aucun doute comme celle ayant joué le rôle le plus important dans l’évolution de l’art du tissu.
- Durant i 700 ans, la beauté très particulière, la distinction raffinée qui sont le propre des tissus teints par ce procédé leur ont valu l’estime du peuple japonais ; aussi devinrent-ils, au fur et à mesure qu’allaient s’améliorant leurs qualités d’exécution technique et se multipliant leurs variétés, un élément important de son costume national.
- Non seulement le Sibori-Zome fut, de tous temps,
- 1. Indes Néerlandaises, Indo-Chine.
- 2. Sous — province du Maroc, située à l’extrême sud de ce pays, entre le Haut-Atlas et l’Anti-Atlas.
- extrêmement apprécié par la femme japonaise mais, parce que sa fabrication exige beaucoup d’habileté technique, notamment une grande dextérité des doigts, c’est toujours à elle qu’en ont été assignées les opérations les plus délicates, et cela jusqu’à nos jours. C’est pourquoi l’on peut voir, fréquemment, dans les centres importants de production de Sibori. — tel N arum i en Aiti, — les femmes travailler dans leurs ateliers de teinture tandis que les hommes veillent sur les enfants et la cuisine.
- L’art de la teinture a été l’un de ceux qui furent le plus tardivement étudiés par les critiques et les historiens japonais et, bien que de très nombreux écrits traitant fragmentairement du Sibori-Zome aient été publiés, on ne possède aucune élude d’ensemble qui lui soit spécialement consacrée.
- Néanmoins les éléments épars rassemblés, les documents historiques et techniques que les fabricants de Sibori se sont transmis oralement de génération en génération et qui sont particuliers à chacune clés localités spécialisées dans la fabrication des Sibori, et les spécimens datant de différentes époques qui, conservés clans les trésors des temples, les collections et musées du Japon, permettent cle se faire une idée exacte du degré cle perfection auquel avaient atteint les anciennes techniques, constituent trois sources d’information appréciables qui ont permis à M. Keisuke Serizawa de résumer, avec beaucoup de compétences et de clarté, au cours d’une conférence qu’il donna en février 1989, à la Kokusa-Bunka-Sinko-kai (x) de Tokio, l’histoire et l’évolution du Sibori-Zome de ses origines à nos jours. Cette conférence d’une part — grâce à l’obligeance de son auteur -— nos recherches personnelles et notre pratique du Sibori-Zome de l’autre, sont à la base de cet exposé.
- 1. Kokusai-Bunka-Sinkokai, « Société japonaise pour le développement des relations culturelles internationales ».
- Fig. 1. — Ancien rôheti (fond vert clair
- à décor floral de style chinois) sôsôin de N ara.
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- Fig. 2. — Ancien kyôketi (fond vert à décor de fleurs et oiseaux) sôsôin de Nara.
- Il nous faut tout d’abord préciser que chaque variété de Sibori, — dont il existe de très nombreux types, — a une histoire et un nom qui lui sont propres. Ce nom est dérivé soit du slyle de son décor, soit de sa technique, ou encore de la localité spécialisée dans sa fabrication.
- Bien que les documents écrits existants ne nous permettent pas de remonter plus loin que la période K ara (7x0-794) nous savons néanmoins que trois méthodes étaient employées antérieurement à cette époque, grâce auxquelles un très haut degré de perfection dans l’art de la teinture avait été atteint.
- Ces trois méthodes étaient :
- Le Rôketi-Zome, le Kyôketi-Zome et le Kôketi-Zome.
- Rôketi. — Le Rôkcti était très exactement la méthode, — cjui existait d’ailleurs depuis fort longtemps dans l’île de Java, — que l’on appelle Batik.
- Dans ce procédé bien connu, le dessin est d’abord exécuté sur le tissu avec de la cire en fusion, ceci dans le but de rendre les parties ainsi recouvertes et imperméabilisées réfractaires à l’action de la teinture ; une fois le tissu teint la cire est enlevée et le dessin apparaît alors en réserve sur le fond coloré (x).
- Les plus simples Rôketi n’étaient teints qu’une seule fois, mais des spécimens anciens ont exigé deux ou trois opérations successives et parfois même des rehauts de couleur ont été encore surajoutés, à la main, au pinceau.
- La particularité du Rôketi est constituée par les tra-
- 1. Sur le Batik et. « Le Batik javanais » par P. A. Verneuil, « Art et Décoration », t. XLIY, 1923.
- ces apparentes pi’oduiles, à 1ravers le dessin, par l’infiltration de la teinture dans les craquelures qui se produisent naturellement dans la cire.
- Kyôketi. — Dans le Kyôketi, le tissu est plié et maintenu étroitement serré entre deux planches de bois, ajourées l'une et l’autre d’un môme motif décoratif, et à travers lesquelles la teinture est appliquée. Le tissu, de soie généralement, est plié de différentes manièi'es et autant de fois qu’il est nécessaire pour obtenir le résultat désiré : en deux il s’agit d’un dessin symétrique, en quatre s’il doit être répété quatre fois et ainsi de suite. Une dégradation très délicate de la couleur sur le pourtour des motifs, conséquence de la diffusion de la teinture à travers les fibres de la soie, caractérise les tissus décorés par ce procédé et leur confère un très grand charme.
- Le Rôketi comme le Kyôketi sont susceptibles d'interprétations techniques variées, et les artisans de l’époque semblent en avoir usé avec passion : les paravents conservés au Syôsô-In, Musée impérial, de Nara, qui sont de • véritables chefs-d’œuvre d’art pictural, — et révèlent, dans leur décor, une influence persane indiscutable, — promeut à quelle étonnante maîtrise ils étaient parvenus.
- Kôketi. — Le Kôkeli est, lui, le véritable ancêtre des Sibori : le tissu solidement lié avec un fil est immergé dans un bain de teinture. La partie interne des fronces que produit celle ligature est préservée, dans une certaine mesure, de l’action de la teinture qui, en y pénétrant plus ou moins profondément, provoque des effets de coloration, dégradés, très particuliers.
- Fig. 3. — Ancien kyôketi (fond brun foncé à décor de fleurs et oiseaux) sôsôin de Nora.
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- C’est à cette troisième méthode qu'ont trait les plus anciens documents écrits que l’on possède.
- Il en est notamment question dans de très vieux livres tels que le Taihô-Ritu-Ryô (réglementations concernant le costume féminin) et le Nihon Syoki, Chroniques du Japon qui datent respectivement des ans 701 et 720 de noti'e Ère.
- Les Kôketi employés pour recouvrir les Byôbu (paravents), encadrer les peintures, aussi bien que pour confectionner les vêtements de dessus, manches et ceintures étaient dès le vme siècle, ainsi qu’en témoignent, — encore qu’il ne s’agisse que de fragments, — les spécimens conservés au Syôsô-In, extrêmement remarquables, tant au point de vue du style que de la technique.
- Les fabricants de Kôketi étaient particulièrement savants dans l’emploi des teintures, alors presque toutes extraites de végétaux. Us se servaient comme mordants de cendre de bois, de. vinaigre (*).
- Comme la plupart des artistes de cette époque, ces artisans étaient attachés soit à la Cour, soit aux familles nobles, qui les rétribuaient et pour lesquelles ils travaillaient exclusivement. L’usage du Kôketi était, de ce fait, limité à l’aristocratie, dont les membres attachaient une importance extrême au choix des couleurs, les considérant comme une marque extérieure du rang qu’ils occupaient dans la société ; ceci au point que l’on a pu trouver noté dans leurs mémoires toutes les indications utiles permettant d’obtenir telle ou telle couleur, jusqu’aux poids et volume des produits tinctoriaux, cendre, vinaigre et combustible nécessaire à l’ébullition, correspondant à une dimension donnée de soie à teindre.
- C’est ce patronage enthousiaste des arts et métiers par la noblesse qui est, —autant que l’influence exercée par les
- Fig; 4. — Ancien kôketi (fond vert, à décor sibori-zôme) sôsôin de N ara.
- maîtres chinois et co
- réens, a r -listes et artisans, — à l’origine des très grands
- 1. Parmi ces teintures c i -tons : un bleu d’outre-mer, l’Aï, tiré des feuilles d'un chiendent appelé « chiendent des teinturiers » (Po-lygonum avi-cularc) ; les rouges — Béni — et jaunes tirés du Car-thame ou safran bâtard ; une gomme-gutte extraite d e l’écoree d’ùn arbre, le Kiwada.
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- Fig. o. — Préparation du pochoir servant à transférer le dessin sur le dessin. Le pochoir est en papier ciré.
- progrès furent alors effectués dans toutes les branches de l’art japonais.
- À la période Nara- succéda la période Heian (79/b 1185), — la capitale ayant été transférée de Nara à Kyoto, — le Rôkeli et le Kôketi déclinèrent mais une nouvelle technique reposant sur le même principe que le Kôketi apparut et sa vogue alla désormais croissant, c’était le Sibori-Zome dont le nom même entra en usage.
- LES SIBORI
- Kanoko=Sibori. — Il existe trois types fondamentaux de Sibori-Zome, parmi lesquels le Kanoko-Sibori dont l’histoire est étroitement liée à celle de la technique Sibori-Zome qui atteignit avec lui le zénith de ses développements.
- Le Kanoko-Sibori est réellement le Sibori par excellence, et parmi tous les autres. Sa fabrication exige une très grande habileté et sa qualité est réellement supérieure, aussi est-il le plus cher de tous les Sibori. Kyoto en a toujours été le principal centre de production, aussi peut-on logiquement supposer qu’il y fût inventé.
- Son nom de Kanoko, littéralement « enfant daim » en japonais, a sans doute son origine dans la ressemblance qu’offre le décor de ce Sibori avec la robe, parsemée d’ocelles claires, du jeune daim.
- Considéré sous sa forme la plus simple, le Kanoko est une méthode dans laquelle une portion réduite de tissu est attachée très serrée, de telle façon qu’une fois le tissu teint, la partie du tissu ainsi réservée affecte la forme d’un petit caré de 3 à 5 mm. de côté ; petit carré constituant l’élément-unité qui, — multiplié et disposé de telle ou telle façon, avec plus ou moins d’habileté, — permet de créer toutes sortes de décors.
- Si l’on considère, qu’au moment où cette technique avait atteint son âge d’or, il était assez courant qu’un
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- fabricant de Kanoko consacrât deux ou trois années à préparer un Tan (environ.3o pieds) de tissu, on comprendra aisément quelle pouvait être sa valeur. Ce laps
- Fig. 6 et 7. — Transfert du dessin sur le tissu au moyen de la brosse et d’une teinture végétale spéciale appelée aobana.
- La cire rend le papier imperméable à la teinture et facilite le glissement de la brosse.
- de temps consacré à la préparation du Kanoko peut paraître, à première vue, considérable, mais il nous faut tenir compte que le dessin n’était pas tracé sur le tissu, ainsi qu’il est d’usage de nos jours, et que le
- Fig. 8. — Exécution des ligatures, opération délicate, nécessitant une très grande habileté manuelle.
- fabricant de Kanoko comptait et choisissait à la main chaque pincée de tissu à sa place déterminée, et cela
- Fig. 9. — La teinture du tissu, — ici dans une petite cuvette ; mais avec l’industrialisation du procédé, l’emploi d’énormes chaudrons n’est pas rare.
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- au fur et à mesure qu'il procédait aux ligatures. De plus, chaque petit carré devait être égal, en dimensions, à chacun des autres.
- Plus le dessin était compliqué, plus il exigeait évidemment de dextérité et d’attention. Habituellement quarante motifs au plus pouvaient être ainsi attachés dans la largeur du tissu (environ 37 cm.) 0) mais la quantité-record de soixante-dix motifs fut parfois atteinte et lier ainsi, étroitement accolées les unes aux autres, autant de petites pincées de tissu est une opération qui réclame une habileté difficile à imaginer.
- L’emploi du Kanoko se répandit très vile ; il était largement utilisé pour la confection des kimono (~) des dames de la Cour ; les mémoires du temps citent des vêlements en Kanoko de couleur pourpre que por-laient les hommes lorsqu’ils chassaient au faucon ; et dans le célèbre Hei-Ke Mono-Gatari (histoire du clan Taira) paru à la fin du xn° siècle, il est question de ce Sibori.
- Durant les périodes Kamakura (ii85-i333), Kenmu et Yosino (i333-i3g2) et Miuromati (1392-1568) il se perfectionna techniquement d’autant que son usage continua à se répandre.
- Tuzi^Gahana. — Le Tuzi-Gahana ou Nara-Sibori qui comportait de grands dessins fut une production fameuse de cette époque et suscita de nombreuses améliorations techniques.
- C’est à peu près à ce moment que les fabricants de Sibori commencèrent à employer les écorces de bambou. Cette nouvelle méthode fut appelée « Bôsi » ce qui signifie « réserve ». En combinaison avec les autres types de décor elle est considérée comme la méthode précurseur du « Yusen » (magnifique impression en couleur sur tissu de soie) (:i).
- 1. Cette largeur des tissus japonais est invariable et commande la confection du kimono national.
- 2. Kimono, pièce principale du costume national japonais ; sorte de longue tunique, à larges manches, croisée devant et constituée par des laizes droites cousues ensemble.
- 3. Yuzen, le nom proviendrait de celui d’un prêtre bouddhiste d’Edo qui serait l’inventeur du procédé.
- Fig. il. — Vêtement teint de style iianoho-sibori.
- Le Sibori qui, jusqu’alors était, ainsi que nous l’avons dit précédemment , l’apanage de l’aristrocratie, devint plus populaire et, bientôt, il en exista de très nombreuses variétés, chaque Ipcalité possédant la sienne.
- Durant la brillante période Azuli-Momoyama (i568-1600) tous les arts connurent un merveilleux épanouissement. Le Sibori atteignit une richesse de dessin et coloris jusqu’alors ignorée. Rivalisant en somptuosité avec la broderie, il fut parfois combiné avec elle et devint nettement pictural, les peintures du style Kanô étant alors fréquemment transposées sur soie (1).
- Le coton fut introduit au Japon durant l’ère Keito (i59Ü-i6i5) ; à l’origine plus cher que la soie il contribua à l’évolution de la technique textile et stimula l’industrie de nombreuses provinces. Aussi la période Edo (1600-1867) vit-elle, spécialement durant l’ère Empô (1673-1681), l’art du Sibori-Zome atteindre son apogée.
- Lorsque le Syôgunat des Tokugawa s’établit à Edo (2 3), les artistes et artisans affluèrent par centaines dans la capitale où régnait une atmosphère de luxe et de culture dont les marchands, et même le peuple de la campa gne, subissaient l’influence. Le Sibori devint
- 1. Kanô, Ecole de peinture japonaise fondée par Kanô-Masanobu (14-53-1550) et dont le style serait dérivé d’une École chinoise.
- 2. Edo ou Yedo devait devenir Tokyo.
- Fig. 10.
- (V) Le tissu blanc ligaturé ; (VI) la première opération do teinture ; (VII) le résultat final ; le tissu a été teint autant de fois que le dessin comporte de
- couleurs.
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- Fig. 12 Fig. ]3.
- Fig. 12 et 13. — Sibon-zôme moderne.
- (Décor floral en réserves blanches sur fond bleu ou mauve).
- du Kawarnaki et du Nui-Sibori (collection G. Géo-Fourrier).
- non seulement extrêmement populaire mais 'fut considéré comme le summum de l’élégance, on en fit jusqu’à des kimono entiers. Le luxe et l’extravagance étaient la règle du jour et les productions des fabricants de Sibori de ce lemps-là ne furent jamais égalées depuis.
- 11 était alors, paraît-il, assez courant que la fille d'un riche commerçant possédât douze parures de vêtements en Sibori dans son trousseau lors de son mariage. Or le prix de chaque parure oscillait entre mille et mille cinq cents yen (x).
- L’an 1681 le Syôgunat fut dans l’obligation de publier un loi interdisant certains articles somptuaires et limitant la valeur des tissus et vêtements.
- Le Kanoko était atteint par cet arrêt qui, bien qu’il fût levé en ifiSy, eut une influence considérable sur la fabrication des Sibori. En effet, des imitations à bon marché de Kanoko avaient vu le jour.
- Kata-Kanoko et Edo=Kanoko. — Des patrons sur papier, les Kata-Gami, qui réduisaient considérablement la tâche manuelle furent employés, et ce Kanoko, auquel on donna le nom de Kata-Kanoko fut lui-même imité par les teinturiers de Edo. Leurs productions n’étaient plus du tout du Sibori mais l’imitaient parfaitement.
- Des ceintures (Obi) pourpres, en Ëdo-Kanoko, dont la mode avait été lancée par des acteurs en vogue con-
- I. Le yen valait en 1914, 2 fr. GO ; sa valeur avant les hostilités de 1039 était d’environ 10 fr. GO.
- nurent, entre autres, un immense succès, et cela au point que la dimension de ces Obi atteignit des proportions ridicules.
- Le Kanoko était une méthode de teinture principalement appliquée aux tissus de soie.
- Les autres Sibori, — l’usage du tissu de coton s’étant vulgarisé, — avaient beaucoup progressé dans les dernières années de Tokugavva et étaient devenues des productions très artistiques.
- NuESibori. — Le Nui-Sibori peut être considéré comme le second type fondamental de Sibori-Zome.
- Dans ce Sibori le tissu est froncé finement en « accordéon » au moyen d’une couture, qui suit exactement les lignes du dessin à réserver, et dont les fils sont coulissés, serrés, et attachés.
- Makiage. — Parmi les Sibori de cette catégorie ou classe le Makiage dans lequel la couture cerne les motifs, — ronds ou losanges analogues à ceux du Kanoko mais espacés et mesurant chacun environ 5 cm. de diamètre, — qui sont ensuite ficelés par-dessus les plis ainsi formés ; et deux autres Sibori :
- Yaitagî et Taki-Sibori. — Le Yanagi-Sibori et le Taki-Sibori dont les décors évoquent respectivement le feuillage du saule pleureur et une chute d’eau. L’un et l’autre sont obtenus en plissant longitudinalement et irrégulièrement le tissu et en le maintenant ainsi par un ficelage serré. Gomme dans le Kanoko et le Makiage les réserves sont produites à l’intérieur des plis et sous les liens.
- Miura-Kanoko-Sibori et Kumo-Sibori. — Comme les Makiage, Yanagi et Taki-Sibori, le Miura-Kanoko-Sibori et le Kumo-Sibori étaient exécutés sur tissu de coton ; la couleur dominante, sinon exclusive, employée était l’indigo ou encore un certain bleu sombre
- Fig. 14. — Sibori-zôme moderne indo-chinois, polychrome, style dérivé des some-wake, kawarnaki et nui-sibori (collection G. Géo-Fourrier).
- Type dérivé
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- Fig. 18. — Schéma d’exécution des teintures guinéennes.
- A. B. Le tissu est plié en accordéon ; C. D. E. Les plis son réunis par une couture dont la disposition est variable. Après teinture le décor obtenu est celui des tissus reproduit par les photographies nos 15 et 16.
- Fig. 15, 16 et 17. — Tissus teints de la Guinée. Décor de réserces blanches sur fond indigo (collection G. Géo-Fourrier).
- que l’on peut appeler avec assez d’exactitude bleu-ardoise. Les ocelles du Kumo-Sibori, d’assez large facture, sont analogues à celles du Makiage mais presque juxtaposéses ; celles du Miura-Kanoko-Sibori exactement juxtaposées sont plus petites et plus irrégulières de formes et dimensions.
- Sibori modernes. — Dans la troisième catégorie se classent tous les Sibori, interprétations modernes du vieux procédé, pour l’exécution desquels l’artison em ploie des instruments et ustensiles variés.
- Itame=Sibori. — Parmi ceux-ci, toutefois, Litanie-Sibori se rattache plutôt au Kyôketi de l’époque Nara : le tissu étroitement serré entre deux planches, est teint après avoir été plié de façon à produire un décor de feuilles ou de fleurs C1).
- Beaucoup d’autres procédés utilisent des ustensiles divers, par exemple un récipient cylindrique dans lequel le tissu est fortement tassé, se couvrant à la teinture de dessins naturels, irréguliers et imprévus d’un effet très original.
- Les variétés de Sibori dérivés des trois méthodes fondamentales que nous venons de décrire, sont innombrables.
- Kawa Maki et Some Wake. Parmi celles-ci citons le Kaiva Maki et le Some Wake dans le premier, la coulure froncée limite un décor demeurant entièrement réservé sur le fond teinté ; c’est cette méthode qu’emploient les Grassfield des plateaux Tchang (Cameroun) pour décorer, à l’indigo, leurs tissus de coton de merveilleux dessins géométriques. Dans le second la réserve produite par la couture sert de déli-
- 1. Itazime, ce procédé est une variante, simplifiée, de l’Itame-Sibori, utilisée pour la décoration du papier.
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- Fig. 19. — Eventaire d’un teinturier guinéen.
- La technique de certaines de ces teintures paraît identique à celle des Sibori-Zôme asiatiques (Photo prise par l’auteur à Brazzaville, A. É. F.).
- mitation à des zones teintes avec des couleurs différentes ; c’est une combinaison de ce procédé, du pi’écédent et du Nui-Sibori qui est, aujourd’hui, exploitée sur une très grande échelle par les Indo-Chinois.
- L’ouverture du Japon aux étrangers, lors de la Restauration de Meizi (1868) modifia profondément la vie japonaise. Le Sibori-Zome comme tous les autres arts subit l’influence des apports occidentaux. Les fabricants de Sibori ayant recours de plus en plus à des outils, mécanisant plus ou moins cette technique jusqu’alors essentiellement manuelle, sacrifièrent le plus souvent la qualité à la rapidité de l’exécution.
- Une très grande variété de tissus fut aussi employée ; des teintures chimiques violentes et instables parmi lesquelles les si néfastes couleurs d’aniline.
- Autrefois uniquement exécuté sur commande et sur les indications d’un client qui avait son goût personnel et exigeait une grande perfection d’exécution, le Sibori est entré dans une période massive, avec vente intensive jusque dans les « Grands Magasins ».
- Par contre il a été introduit dans le programme d’éducation des écoles de jeunes filles, ce qui contribua à lui conserver son caractère de production domestique et sa popularité.
- Aujourd’hui l’industrie du Sibori-Zome a atteint un développement remarquable dans de nombreuses villes comme Kyoto, Hukuri, Hukuoka et Narumi ; malheureusement son niveau artistique décline rapidement.
- Cela n’exclut .pas que de très beaux Sibori continuent à être fabriqués au Japon. Des perfectionnements notables ont été apportés à l’art de la teinture (l’usage des décolorants par exemple) ; la variété des dessins, des combinaisons de couleurs est infinie, mais comment compenser la disparition de toutes les précieuses qualités qui étaient inhérentes au lent et appliqué travail manuel, aux riches et solides teintures végétales des temps féodaux ?
- G. Geo-Fourrier et Keisuke Serizawa.
- N.-B. — Les clichés 1 à 12 sont dus à l’obligeance de la Kokusaï sunka sinkokaï de Tokyo.
- NAPPES D'EAU PELLICULAIRES
- Certains phénomènes physiques semblent ne pas avoir été vus, ou, s’ils l’ont été, les observateurs n’ont pas fait connaître leurs observations. Si bien que ces phénomènes, aux yeux de ceux qui les voient, paraissent être des découvertes !
- C’est peut-être le cas des nappes d'eau pelliculaires que j’ai obtenues dans mon laboratoire, et dont je ne trouve aucune trace dans les traités de physique hydrodynamique dont je dispose.
- Voici : il y a quelques mois, dans le but de refroidir les pai'ois externes d’un gros flacon pour y condenser des vapeurs métalloïdi-ques que j’étudiais â ce moment-là, je mis le flacon sous un robinet d’eau.
- L’écoulement d’eau se répartissant mal autour du flacon, j’eus l’idée de placer une soucoupe de porcelaine sur le goulot de celui-ci.
- La distribution de l’eau
- étant encore très inégale je mis, à la place de la soucoupe, un verre de montre concave (du modèle de ceux qui sont utilisés en anatomie végétale, pour la coloration des coupes).
- En ouvrant le robinet, grande fut ma surprise : il se produisit une nappe d’eau très mince et très homogène, d’un diamètre beaucoup plus grand que celui du flacon ; à tel point que celui-ci ne fut pas mouillé par les gouttes d’eau qui tombaient en pluie, uniquement à la périphérie de la pellicule formée (fig. 1).
- Étonné de ce résultat imprévu, et, pour mieux observer le phénomène, je pris des verres de montre différents de grandeur qui pouvaient être placés facilement sur une éprouvette à pied de la hauteur du flacon.
- Le robinet d’eau fut muni d’un brise-jet à mailles fines dont le tube d’écoulement mesurait 1 cm. de diamètre.
- En changeant les verres de montre et en faisant varier le débit du robinet j’obtins successivement des nappes pelliculaires convexes, puis planes, puis faiblement concaves (fig. 2, 3, 4).
- Une simple aiguille à tricoter, placée dans ces nappes, ouvrait un secteur d’autant plus grand que la
- Fig. 1.
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- pointe de l’aiguille était plus près du centre, 2 aiguilles ouvraient deux secteurs, etc. ; sans rompre la tension superficielle de ces curieuses pellicules d’eau ! (fig. 5).
- La concavité du verre de montre donnant le meilleur résultat, mesurée au sphéromètre, me donna {— i3) dioptries. Le degré de concavité des cupules réceptrices paraissant jouer un rôle important sur la forme des nappes obtenues, les verres de montre furent remplacés par des verres d’optique ronds de 4c mm.
- Fig. B.
- de diamètre et de concavité graduée allant de — 3 dioptries à — 16 dioptries.
- Fig. 5.
- Fig. 4.
- De — 3 à — 6 dioptries, les nappes obtenues furent convexes, à — 5 dioptries planes, enfin de — 12 à — i3 dioptries les nappes passèrent de la forme sphé-roïdale (fig. 6), à la forme convexe, puis plane, puis concave selon le débit progressif du robinet.
- Puisqu’il était possible d’obtenir un sphéroïde, je voulus voir ce qui se passerait avec des verres ovales calibre 1U échelonnés de — 5 à — 16 dioptries.
- Il se produisit alors des ovoïdes, et des ellipsoïdes dont l’orientation et la grandeur variaient avec le
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- déplacement des verres, de la position horizontale à la position inclinée !
- Il est donc facile de produire des nappes d’eau pelli-culaires planes, convexes, concaves, sphéroïdales, ovoïdes et ellipsoïdales d’un diamètre relativement considérable par rapport à celui de la sux’face réceptrice.
- Avec un verre de montre de 4o mm. de diamètre, il m’a été possible d’obtenir des nappes de 4o cm. de diamètre.
- Par contre, avec des soucoupes ou des verres plus grands, il ne se produisit aucune pellicule ; l’eau tombant en pluie.
- La grandeur des nappes obtenues n’étant pas en rapport avec la taille des surfaces réceptrices, mais semblant être dans un rapport inverse je voulus essayer de simplifier l’expérience.
- Je mis sous le robinet une bouteille ordinaire de pharmacie, bouchée avec un simple bouchon de liège de 2 cm. de diamètre, c’est-à-dire d’un diamètre double de celui du brise-jet.
- Le résultat fut inespéré, il se produisit un énorme sphéroïde de 20 cm. de diamètre puis, en augmentant le débit il se forma une cloche d’eau de 3o cm. de diamètre, se rompant seulement en arrivant au contact de l’évier du laboratoire ; en continuant à ouvrir le robinet la cloche devint d’une largeur de plus de 4o cm. (fig. 7 et 8).
- Si la largeur de la nappe n’est pas proportionnelle au diamètre de la surface réceptrice, par contre la hauteur de chute fait énormément varier les résultats.
- En outre, le débit du robinet semble être le facteur le plus important.
- Voilà un phénomène curieux, qui a dû se produire spontanément avec le premier courant d’eau- qui est tombé sur une pointe de rocher ; néanmoins, je ne l’ai
- Fig. 7.
- Fig. 8.
- * •
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- jamais observé dans nos cascades du Plateau central, des Alpes et des Pyrénées..
- Bien étudié il pourra peut-être fournir l’objet d’un chapitre de physique hydrodynamique avec des lois nouvelles ?
- Et, qui sait si plus tard nous ne verrons pas dans nos jardins publics, à côté des éternels jets d’eau :
- des sphéroïdes, des ellipsoïdes, ainsi que des cloches d'eau, en nappes pelliculaires, dont il n’est pas possible encore de prévoir la grandeur.
- B. Etienne,
- Docteur en pharmacie, Professeur à l’École de Médecine et de Pharmacie de Tours.
- LA FILATURE DU PAPIER
- En raison des circonstances actuelles, les tissages français éprouvent les plus grandes difficultés pour se procurer les fils nécessaires à leur industrie, et cela est vrai, notamment, pour les tissages de fibres dures, telles que celles du jute.
- Aussi développe-t-on de plus en plus la filature du papier dont les fils, traités comme il convient, peuvent servir à la confection de ficelles fines, de cordelettes offrant une résistance suffisante pour de nombreux emplois, et surtout de fils qui peuvent être utilisés pour la confection de tissus.
- Celle industrie, déjà très active en Allemagne, étant assez nouvelle en France, il a paru intéressant de monter, à Paris même, 19, boulevard Ney, sous l’égide du Comité d’organisation de J-Industrie du jute et des fibres dures, une petite usine de démonstration où les industriels intéressés peuvent se documenter, sur place et étudier le mode de fabrication de ces fils pour la confection desquels toutes les machines à filer le jute sont utilisables.
- Leur tissage ne différant en rien du tissage des autres fils, il n’a pas été nécessaire d’y adjoindre un atelier de démonstration pour ce tissage.
- Le papier employé, de couleur brune, est le plus souvent du papier au bisulfite. Il pèse, généralement, de 42 à 44 g. au mr pour une teneur en humidité de
- Fig. t. — Machine à découper le papier en bandes.
- (Pour en montrer la forme, on a accroché à la machine des disques obtenus sur cette machine).
- 6 à 8 pour 100. Il importe, d’autre part, que sa capacité hygroscopique soit d’environ 5o pour 100 du poids à sec.
- Avec une capacité d’absorption moindre, le papier ne s’humecte pas assez, reste cassant, et se déchire généralement au moment du filage. Si cette capacité dépasse 60 pour 100, le papier n’est plus qu’une sorte de buvard qu’on ne peut employer.
- Les rouleaux venant de la papeterie sont bobinés sur tube de carton. Leur largeur est généralement de 70 cm., avec un poids d’environ 25o kg., ce qui leur donne une longueur de 8 000 à 8 5oo m. Les papiers frais étant parfois presque inutilisables, il est recommandable de les conserver en magasin pendant un mois environ avant, le traitement.
- Pour le découpage, le rouleau est monté sur la machine à découper (fig. 1), fixé à l’aide de deux cônes métalliques, introduits à chaque extrémité du tube de carton et munis de stries longitudinales qui assurent l’entraînement. L’extrémité du papier s’enroule sur un arbre d'enroulement présentant, sur toute sa longueur, une gorge dans laquelle est logée, par dessus la feuille de papier, une clavette de mêmes dimensions que la gorge, qui fixe ce papier et l’empêche de se dérouler.
- La. machine étant mise en marche, le papier commence à s’enrouler sur l’arbre. Lorsque son épaisseur est jugée suffisante, le porte-lames est approché, commence le découpage, et, à ce moment, le papier est collé, dans toute sa largeur, et sur une faible épaisseur, au silicate de sodium ou verre liquide. Puis on fait entrer en action un cylindre mouilleur, entraîné par le papier lui-même au cours de son déroulement. Ce cylindre baigne dans une émulsion pâteuse, appelée adsorbine, composée de paraffine, de colles, d’alu-minates et d’eau, qui imprègne le papier à raison d’environ 35 à 4o pour 100 de son poids, et qui, tout en le rendant hydrophobe, augmente sa résistance et lui permet de supporter plus facilement les efforts mécaniques.
- Le découpage du papier en bandes s’opère à l’aide de lames de rasoir. Celles-ci, comme chacun sait, sont généralement perforées de trois trous circulaires, celui du milieu servant au passage de la lige filetée sur laquelle on visse le manche du rasoir, les deux autres au passage d’ergots qui la maintiennent en place.
- Ces ergots sont remplacés, pour le découpage du papier, par deux tiges d’acier, filetées à leurs extrémi-
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- tés, de même longueur que le rouleau de papier à découper, et sur lesquelles on enfile les lames de o mm. 20 d’épaisseur, écartées par des garnitures intermédiaires, ou « séparateurs », en matière moulée ou laiton.
- L’angle des lames découpe le papier humecté en bandes qui s’enroulent sur l’arbre en disques d’autant plus larges qu’on a placé plus de séparateurs entre chacune d’elles, et d’autant plus serrés que le rouleau de papier est plus freiné.
- La machine à découper doit être munie d’engrenages à démultiplication variable, sinon l’arbre d’enroulement étant généralement accouplé à la poulie de commande, la vitesse de coupe, qui augmente avec le diamètre des disques formés par l’enroulement des bandes, serait extrêmement réduite au début et ralentirait le débit.
- L’engrenage à démultiplication variable permet d’obtenir très rapidement une vitesse de coupe de 3ao m/mn., qui paraît être la vitesse à rechercher, et le réglage diminuant le nombre de tours de l’arbre au fur et à mesure de l’augmentation du diamètre des disques, permet de conserver cette vitesse pendant tout, le cours du travail.
- Le diamètre désiré pour les disques étant atteint, les bandes sont tranchées, l’arbre d’enroulement séparé de la machine et porté sur une table, et la clavette de fixation enlevée, ce qui permet de retirer cet arbre. L’opérateur arrache ensuite, de l’intérieur des disques, tout le papier non coupé au départ, laissant à chaque disque sa partie intérieure collée. Elle forme, pour chacun d’eux, un noyau suffisamment résistant qui permet ensuite le travail sans avoir de déroulement intérieur de la bande de papier. Il reste alors, sur la table, les disques de bandes, en forme de galettes, que le liquide dont le papier a été humecté rend souvent adhérents l’un à l’autre, et que l’on sépare à l’aide d’une lame plate.
- Avec les machines à couper à lames de rasoir, le
- Fig. 2. — Métier continu à ailettes, pour la transformation des bandes étroites en fils destinés au tissage.
- Fig. 3. — Banc à broches pour la transformation des bandes larges de papier en ficelles et cordelettes.
- débit varie, suivant la vitesse de coupe, la largeur des bandes de papier, et le diamètre des disques, entre 180 et 320 kg. à l’heure. On pourrait avec ces lames, et des séparateurs très minces, obtenir des bandes de papier de 2 mm. En pratique, on le découpe en bandes de 4 à 16 mm., suivant la finesse du fil que l’on désire, et en bandes de 70 à 100 mm. pour la ficelle.
- Ces divers travaux doivent être effectués à une température d’environ 220, que l’on surveille constamment, et dans une atmosphère à 85 pour 100 d’humidité, assurée par un « humiflux automatique » qui vaporise de l’eau dans la salle et cesse de fonctionner dès que les 85 pour 100 sont obtenus.
- Les bandes venant de la machine à découper doivent être transformées aussitôt que possible en fils ou en ficelles. Il importe, en effet, d’éviter le dessèchement du liquide dont la bande a été imprégnée. Là transformation de ces bandes en fils ou en ficelles ne serait plus possible, ainsi qu’on l’a constaté, si elles ne conservaient le taux d’humidité qui leur a été donné. Et c’est pourquoi découpage et filage doivent être effectués sans interruption. Si l’utilisation immédiate des bandes est impossible, il est indispensable de recouvrir les disques de toiles humides.
- Les disques portés au métier continu à ailettes (fig. 2) et posés sur les supports de disques, on déroule une partie de celte bande qu’on passe, tout d’abord, dans un « conduit plieur », sorte d’entonnoir muni d’une fente verticale par laquelle on l’introduit et qui, comme son nom l’indique, pilie cette bande en rabattant ses parties marginales vers le milieu, ceci afin de diminuer les tensions marginales et de renforcer les bords. On passe ensuite la bande pliée entre le cylindre de pression, muni de liège, et le cylindre éti-reur cannelé, qui la déroulent du disque, et compriment les plis formés dans le conduit plieur, ensuite dans l’une des extrémités de l'ailette, et on l’attache enfin sur la bobine où cette bande plate, venant de la machine à découper, s’enroule maintenant, par suite
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- Fig. 4. — Spécimens de tissus en papier, pesant de 150 à 700 g. au m" ainsi qu’un spécimen de tissu en papier et jute. Au-dessous, fils obtenus avec bandes de 8 et 10 mm., et cordelette avec bande de 70 mm.
- de la torsion, sous la forme d'un fil rond prêt pour le tissage.
- Avec un disque de 35 cm. de diamètre, on obtient trois bobines, la confection de chacune d’elles demandant environ trois quarts d’heure.
- Au fur et à mesure de l’enroulement du fil sur la bobine, il importe d’augmenter la tension de ce fil par le freinage obtenu, sur le métier à ailettes, à l’aide
- d’un poids attaché à une cordelette, et qu’on rapproche du pied de cette bobine afin qu’elle l’entoure avec un plus grand angle, augmentant ainsi le freinage. Sur le banc à broches, où la bande est transformée en ficelles, la tension est donnée à l’aide d’un ressort réglable.
- On obtient ainsi différents fils, ficelles et cordelettes.
- Avec les fils, et notamment ceux des bandes de 8 et
- 10 mm., on fabrique des tissus de papier dont le poids peut varier de i5o à 900 g. au ni2. Le premier de ces tissus est évidemment à tissage très lâche, peu résistant, et a l’apparence d’une toile à laver grossière. Au fur et à mesure de l’augmentation de poids, tenant à un tissage plus serré, ils deviennent de plus en plus résistants, et sont facilement confondus avec ceux de jute de très belle qualité (fig. 4)-
- Ces tissus servent généralement à la confection de sacs qui peuvent être utilisés, à de nombreuses reprises pour ceux des meilleures qualités, pour le transport de matières diverses, de grains, pommes de terre bien sèches. Il est évident, en effet, que leur emploi pour l’ensachage de matières très humides, ou le transport de matières sèches à découvert sous la pluie, 11e tarderait pas à rendre ces sacs inutilisables. Il en serait de même, d’ailleurs, pour les cordelettes.
- Ces tissus et cordelettes en papier sont susceptibles, à l’heure actuelle, de rendre les plus grands services, et
- 11 paraît désirable que leur fabrication soit intensifiée.
- Georges Lanorville .
- RÉGÉNÉRATION DES HUILES USAGÉES
- Notre ravitaillement en lubrifiants représente une des plus graves préoccupations de l’heure. Normalement, la France en consomme 25o 000 t. par an. On les prépare en quasi-totalité à partir du pétrole ; celui-ci fait cruellement défaut.
- Pour remédier à cette disette, il faudra inéluctablement recourir à la carbonisation des schistes bitumineux dont le sous-sol français est riche, à la synthèse Fischer, à l’hydrogénation des huiles de schistes et de lignite. D’autre part, lors de sa réunion du 19 janvier igdi, le Conseil des Ministres a décidé d’encourager la culture des graines oléagineuses : colza, navette, tournesol et oeillette (x). Malheureusement, ce ne sont là que des solutions à longue échéance. C’est pourquoi, il convient d’économiser les huiles dont nous disposons et de pratiquer, dans la plus large mesure possible la régénération des huiles usagées, comme y astreint d’ailleurs la loi du 9 novembre ig4o ; nous allons indiquer pourquoi les huiles isolantes et de graissage s’usent et comment on les régénère. Nous verrons qu’après revivification, elles sont de qualité supérieure aux huiles neuves. La régénération est une opération simple et payante.
- .1 ,
- L J. Jalbert. L’huile végétale de l’Afrique noire. Dunod, 1941.
- Il n’existe pas de statistiques, relativement à la production des trois qualités d’huiles suivantes :
- Huiles isolantes pour appareils électriques ;
- Huiles de coupe des métaux ;
- Bourres de laine ayant servi à nettoyer les machines et les produits métallurgiques.
- On admet que, par la régénération généralisée des huiles usagées, on réalise dans un pays une économie de 20 pour 100 environ par rapport à la consommation d’huile vierge. Ceci équivaut donc, en temps normal, à 5o 000 t. pour la France, exclusion faite des huiles de coupe. L’économie annuelle correspondante représenterait quelque 200 millions de francs, en se basant sur les cours de juillet 1939, fortement dépassés, aujourd’hui.
- Vaut-il mieux effectuer ces régénérations sur place ou dans des centres appropriés ? Le plus souvent, à cause notamment des difficultés de ramassage, la régénération sur place offre des avantages évidents. Toutefois, dans les grandes régions industrielles, une usine centrale de régénération permet souvent d’arriver, techniquement et économiquement, à des résultats meilleurs, exception faite pour les huiles de coupe qu’il vaut mieux traiter sur place à cause de la simplicité de l’opération, comme nous le verrons.
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- Les huiles de coupe. — Parmi les trois types d’huile dont la régénération s’impose, c’est pour l’huile de coupe des métaux que la technique est la plus simple. Ses principales impuretés sont soit des copeaux métalliques provenant du travail des machines-outils, soit des particules de poussières et de métal, soit de l’eau, soit encore du sable de moulage. On les élimine par centrifugation dans des machines continues (Hignelte, Sharpless, etc...), les huiles à traiter ayant été portées à la température d’environ no0, pour en accroître la fluidité et tuer les germes microbiens qu’elles véhiculent. Il est connu que ces germes s’introduisent dans la peau par l’intermédiaire des piqûres, dues aux brins de métal en suspension dans l’huile, et provoquent la formation de boutons et même de phlegmons sur les mains et les bras des ouvriers tourneurs.
- Huiles isolantes d’appareils électriques. — Ces
- huiles qui se caractérisent par un pouvoir diélectrique élevé, s’altèrent en cours de service par formation d’eau, de carbone libre, de boues acides, sous l’action des arcs électriques qui provoquent des oxydations et polymérisations.
- L’accroissement de coloration est le premier indice de cette transformation. Bientôt, apparaissent des acides asphaltogènes, à grande masse moléculaire, sous la forme de suspensions ténues de corpuscules solides ou pâteux, qui servent d’agents catalytiques pour une oxydation ultérieure. Simultanément, l’eau formée dans l’huile, à la faveur des réactions précédentes, entre en suspension. Vers 8o°, l’isolant liquide dissout une proportion maximum d’eau sans que sa limpidité soit affectée. Cette proportion est de l’ordre de 0,01 pour xoo. Elle dépend de l’huile et de son acidité. A.u refroidissement, le pouvoir dissolvant diminue et l’eau en excès apparaît soiis forme de brouillard, puis décante au fond de la cuve, chaque passage de points causant une nouvelle absorption de l’humidité atmosphérique. Ces pollutions modifient profondément les propriétés essentielles de l’isolant.
- D’autre part, les boues ou dépôts qui se forment dans les transformateurs nuisent au refroidissement des enroulements, et comme ils sont généralement acides, ils attaquent le coton et le papier isolant de ces enroulements, attaque qui est, d’ailleurs, favorisée par la chaleur.
- Dans les interrupteurs et disjoncteurs, la combustion d’une fraction de l’huile, à chaque coupure, par l’arc, donne du carbone à l’état très divisé, colloïdal même, qui diffuse dans l’huile et permet à l’humidité atmosphérique, comme aux poussières apportées par celle-ci, de se maintenir en suspension dans l’huile émulsionnée. Il en résulte de graves inconvénients. D’abord, le pouvoir isolant de l’huile mouillée est très réduit et les arcs se prolongent au moment des coupures, entraînant la dégradation des contacts et accélérant l’usure de l’huile. D’autre part, la quantité de vapeur d’eau qui se forme lors des coupures peut amener des explosions.
- ... ---.=:......... i.. -........ 365 r=
- Couramment, on pxocède à la régénération de ces huiles, en entretien continu ou intermittent, en recourant, comme nous l’indiquerons plus loin, à la centrifugation, complétée périodiquement à l’aide de terres à foulon, suivant la méthode utilisée pour le traitement des vieilles huiles de graissage que nous étudierons tout à l’heure.
- Huiles de graissage des moteurs. — Les impuretés introduites en service sont les suivantes :
- a) Impuretés provenant de l’huile :
- i° Matières goudronneuses et asphaltiques provenant de l’oxydation de l’huile ;
- 2° Carbone, en particules plus ou moins ténues, résultant d’une combustion partielle de l’huile.
- b) Impuretés1 extérieures :
- i° Fractions lourdes de l’essence pouvant représenter de 3 à 5 pour ioo du poids de l’huile ;
- 2° Eau formée par la combustion du carburant ;
- 3° Particules solides généralement abrasives : limailles, sable, ayant pour origine la détérioration des pièces métalliques frottant l’une contre l’autre ou des poussières provenant de l'atmosphère ;
- 4° Gaz dissous, spécialement l’air.
- Une simple décantation, même accompagnée d’une filtration succincte sur un tissu, ne suffit pas pour régénérer une huile usagée, on ne peut ainsi éliminer que les particules denses : eau, particules minérales, etc...
- En général, une huile usagée provenant de moteurs à carburation ou à combustion interne correspond, après déshydratation, à la composition suivante :
- o/o
- Essence................................... 2
- Gas oil et hydrocarbures légers ... 6
- Produits lourds........................... 3
- Produits éliminables au moyen de solvants spéciaux ou de terres absorbantes.............'.................. 4
- Huile de graissage........................85
- La régénération de ces lubrifiants vieillis peut se faire, comme nous le venons, soit par voie chimique, soit par des moyens physico-chimiques.
- VIEILLISSEMENT DES HUILES DE MOTEURS
- Les huiles de graissage des moteurs thermiques (Diesel ou à cai'buration) s’altèrent plus ou moins profondément suivant leur composition originelle et leurs conditions d’emploi. En tout cas, un lubrifiant, au fur et à mesure de son vieillissement, augmente de densité et de viscosité, s’enrichit en carbone libre et en matières asphaltiques. En même temps, il devient plus acide et prend une couleur plus foncée, son odeur change. Il a été prouvé que ces altérations sont dues à la chaleur. En apparence, cependant, le lubi’ifiant n’est pas soumis à une température très élevée. Si l’on prend la température de l’huile contenue dans le carter d’un
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- "'Zèzzzzzzzzzzzzzzz^fè
- Exemple -S Pastille I Bi-Cd -- /W" „ 2 Sn-Pb : 170°
- „ 3 Sn-Zn = 130°
- „ 4 Sn =232° „ 5 Cd-Zn-25Û° „ 6 Bi
- Vz Coupe a b
- Pastille B
- Fig. 1. — Disposition de pastilles oa montres fusibles pour apprécier la température sur les fonds de pistons (Essais de la S. T. C. B. P.).
- moteur en fonctionnement, au banc par exemple, une fois le régime permanent d’échauffement établi, on trouve le plus souvent, qu’elle reste comprise entre 70 et 80Mais certaines parties de cette huile ont été soumises à une température beaucoup plus forte. Ce sont particulièrement celles qui ont été en contact avec les fonds de piston. Quand on démonte ceux-ci, on constate, en effet, la présence de dépôts charbonneux adhérents qui tapissent le fond des pistons du côté du carier. Ce phénomène n’a lieu en aucune autre partie du moteur. Le poids global de ces dépôts peut atteindre ioo à i5o g. pour les quatre pistons d’un moteur. Il se trouve en relation avec la température atteinte par ces pistons.
- D’après les essais de la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne, effectués avec des montres fusibles soudées sur ' le fond des pistons comme le montre la figure i, cette température peut varier entre 303 et U19° pour les pistons en fonte puis entre 170 et 217s pour les pistons en alliage léger (généralement 87 pour 100 de Al et x 3 pour 100 de Cu). En fait, on constate que le dépôt chai’bonneux est plus considérable sur les pistons en fonte, plus chauds, que sur les pistons en alliages légers, plus froids ; ceci joint au fait que la décomposition pyro-génée de la plupart des lubrifiants se manifeste principalement à partir de 3oo-35o°. On s’en rend compte par l’examen de la figure 2 ; elle montre que, pour un lubrifiant préparé à partir d’un pétrole de Perse, l’acidité, la viscosité, la teneur en asphaltes croissent notablement à partir de 280°. Toutes ces caractéristiques désavantageuses s’amplifient à partir de 320°, températui’e qui représente, pour cette huile-là, le « point de décomposition instantanée ». L’édifice molé-
- culaire de l’huile subit alors une démolition profonde qui lui fait perdre ses qualités de lubrifiant. Par là même, on conçoit l’importance, d’une part, de substituer des pistons en alliages légers aux pistons de fonte, d’autre part, de choisir des huiles à température de décompostion élevée. En conjuguant ces deux précautions, complémentaires l’une de l’autre, on évite l’altération prématurée du lubrifiant ainsi que la détérioration des cylindres et des pistons du moteur.
- RENOUVELLEMENT DE L’HUILE DES MOTEURS
- La figure 3 concrétise ces observations en montrant comment s’accentue la viscosité d’une huile de graissage employée dans un moteur Diesel d’autobus. Il en résulte une sujétion très onéreuse pour les compagnies de transport. Celle-ci dépend, d’ailleurs, des parcours à effectuer, de la saison, du genre de moteur et de la contenance des carters, de la qualité de l’huile avec sa résistance à l’altération.
- Par exemple, sur une voiture assurant un service à longue distance, l’huile sera beaucoup plus polluée par les poussières de la route que sur une voiture urbaine n’empruntant que des chaussées pavées ou asphaltées. Aussi les changements d’huile des moteurs d’omnibus cxtra-muros sont-ils beaucoup plus fréquents que ceux des voitures urbaines C1).
- C’est ainsi que, pour les moteurs à essence :
- 22,6 pour 100 des exploitants effectuent les vidanges au-dessous de 3 000 km. ;
- 5o pour 100 des exploitants effectuent les vidanges entre 3 000 et 5 000 km. ;
- 1. Toutefois, les cons truc Leurs d’automobiles présentent à leur clientèle le conseil que voici :
- « Quand la voiture est utilisée presque exclusivement en ville : par suite des arrêts fréquents, le moteur n’atteint pas sa température normale ; l’essence non vaporisée se mélange à l’huile du carter, lui retirant ainsi ses qualités. »
- « Afin d’éviter une usure prématurée des cylindres, il faudra donc procéder à des vidanges fréquentes, tous les quinze cents kilomètres, par exemple. »
- Fig. 2. — Diagramme des caractéristiques d’une huile en fonction de la température.
- Densité
- Abcisse du point de décomposition.
- Tem ur en
- 100° i?o° m° 160° 180° w° m° m° w°. m° 300° 320° s«?° 360°
- Températures en °C
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- O 500 1000
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- Parcours
- MO 5000 en Km.
- -Viscosité absolue à50X ...............JOOX
- D'après essais effectués sur moteur Diesel "Eardner "de ' "Rotterdamshe Bectrische
- Tramjq? tsaac Hubertstraa 1
- Rotterdam
- (Hollande)
- Huile supposée de densité:Q,qoo
- Prises d'essai de 5oo en5oo km. jusqu'au reoouveUemliSoookm.
- Fig. 3. — Accroissement de viscosité, en fonction du parcours effectué, d’un lubrifiant autilisé dans un moteur Diesel, d’autobus.
- i8,g pour ioo des exploitants effectuent les vidanges entre 5 ooo et 8 ooo km. ;
- 6,8 pour ioo des exploitants effectuent les vidanges entre 8 ooo et 12 ooo km. ;
- 1.7 pour 100 des exploitants effectuent les vidanges au-dessus de 12 ooo km.
- Pour les moteurs Diesel, les renouvellements d’huiles sont un peu plus fréquents :
- 43 pour 100 des sociétés de transport effectuent les vidanges au-dessous de 3 ooo km. ;
- 34,3 pour 100 des sociétés de transport effectuent les vidanges entre 3 ooo et 5 ooo km. ;
- 22.7 pour 100 des sociétés de transport effectuent les vidanges entre 5 ooo et 8 ooo km. ;
- o pour 100 des sociétés de transport effectuent les vidanges au-dessus de 8 ooo km.
- Ces données confirment que l’huile des moteurs Diesel s’altère plus vite que celle des moteurs à essence, conséquence logique des plus hautes pressions réalisées et des plus hautes températures qui en résultent.
- Suivant les indications de la S. T. C. R. P., la règle adoptée par presque tous les exploitants est la suivante :
- a) Tous les jours, soit à la rentrée des voitures le soir, soit à leur sortie le matin, le niveau d’huile des carters est vérifié et corrigé s’il y a lieu ;
- b) Après un parcours déterminé, les carters sont complètement vidangés de l’huile altérée qu’ils contiennent et le remplissage est refait, soit avec de l’huile fraîche, soit avec un mélange d’huile neuve et récupérée, soit seulement avec de l’huile récupérée.
- PROCÉDÉS DE NETTOYAGE, D’ÉPURATION ET DE RÉGÉNÉRATION DES HUILES DE MOTEURS
- En raison de la nature des impuretés dont les huiles de graissage se contaminent au cours de leur utilisation, on est amené à distinguer deux étapes distinc-
- tes dans leur traitement : nettoyage, puis régénération ; ces deux opéi’ations peuvent s’effectuer à des périodes très espacées les unes des autres ou, au contraire, se succéder sans interruption.
- L’épuration peut se faire soit par voie physico-chimique, soit par voie chimique, soit par combinaison des deux méthodes.
- A. Nettoyage des lubrifiants. — Cette opération se ramène à un entretien en vue, par exemple, de débarrasser les huiles lubrifiantes soit du carbone libre et des particules minérales de l’eau qui les ont contaminées quand elles ont servi au graissage des moteurs Diesel, soit de l’eau dont elles ont pu se charger dans les turbines à vapeur C1). Dans ce dernier cas notamment, l’eau, par sa présence, se prête à la formation d’émulsions déterminant l’épaississement de l’huile ou, en d’autres termes, un accroissement de sa viscosité, ce qui ralentit ou empêche même sa circulation dans les tuyauteries. Il en résulte une diminution de grais-1 sage avec toutes ses conséquences fâcheuses.
- Afin d’éliminer ces diverses impuretés en suspension dans l’huile, on a intérêt à brancher sur le refoulement des pompes à huile, à l’endroit le plus chaud (2) de la canalisation, une dérivation servant à amener dans les appareils de nettoyage une fraction de l’huile en service. Par exemple, ces épurateurs traitent, par heure, de 4 à 5 pour 100 de la quantité d’huile en circuit (3).
- Le nettoyage des huiles traitées se fait soit par filtration, soit par centrifugation. La filtration est lente et nécessite des appareils encombrants. Même dans les modèles les plus perfectionnés, on prévoit 1 mz pour 2 t. d’huile à traiter par jour. Dans d’auti-es, plus rudimentaires, l’encombrement est de o m2 4 pour un débit horaire de 8 à 10 1. seulement. On arrive, tout au plus, à ce résultat avec des ultra-filires constitués par une colonne de rondelles en matière filtrante (Kie-selguhr, poudre d’amiante, tissus textiles, etc...) ou des bougies filtrantes formées d’un empilage de rondelles de papier ou de métal.
- L’essoreuse centrifuge, tournant à très grande vitesse, offre une solution, la plus élégante ; son débit est élevé et son encombrement réduit.
- Parmi les divers modèles de centrifuges appropriées à l’épuration des huiles, on distingue entre les appareils à bol tubulaire et les appareils à disques.
- Dans les premiers, on augmente la vitesse de rotation en diminuant le diamètre du bol. Quand celui-ci
- 1. L’eau dont se souille le lubrifiant provient, dans les moteurs Diesel, de fuites à la circulation d’eau, aux réfrigé-iants puis surtout aux trombones de réfrigération des pistons et, dans les turbines à vapeur, de fuites aux paliers ou au réfrigérant.
- 2. Pour les moteurs Diesel dans lesquels l’huile se charge fortement de crasses — en moyenne : 0 gr. 0 par cheval-heure — ce qui on accroît fortement la viscosité, l’huile doit entrer h la température de 70° environ dans les nettoyeurs mais cette température peut être ramenée à 50°-G0° pour les lubrifiants des turbines à vapeur.
- 3 Cette fraction doit s’élever à 5 pour 100 au moins pour les lubrifiants de moteurs Diesel qui se souillent très vite. Par exemple, sur un navire de commerce, au bout de 65 jours de mer, les 20 t. d’huile du bord contenaient, faute d’épurateurs continus, 15 pour 100 de crasses.
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- Fig. 4. — Traitement continu des lubrifiants usagés par l’acide sulfurique dans une supercentrifuge Sharpless. Vue du mélangeur d’acide et d’huile ainsi que de la supercentrifuge.
- n’est que de 12 cm., la machine tourne à 17 000 tours (Sharpless). D’autre part, la longueur du bol représente environ sept fois le diamètre. Le liquide est ainsi soumis très longtemps à l’action de la force centrifuge. Dans les seconds, on adopte une vitesse de 6 000 à 8 000 tours, un diamètre moyen (12 à 34 cm.), et on compense en partie l’insuffisance de force centrifuge par un dispositif qui facilite la séparation, et qui consiste à diviser, en lames minces, l’intérieur du bol. En principe, on utilise des ailettes inclinées à 45°, superposées et placées à des intervalles de l’ordre de trois quarts de mm. (Hignette).
- Fréquemment, on associe à la centrifugation un traitement chimique : à cet effet, on incorpore à l’huile un sel de soude : triphosphate, silicate, aluminate ou tungstate. En coagulant la boue, ces agents facilitent la séparation des particules les plus ténues, en particulier celles de carbone, en suspension dans l’huile.
- Quelquefois, on soumet ces huiles à une décantation puis à un filtrage afin de séparer ces savons mais la méthode la plus perfectionnée (Sharpless) consiste à utiliser des centrifuges dans lesquelles l’huile entre immédiatement en contact avec l’acide sulfurique. La réaction est tellement rapide qu’on peut immédiatement, par centrifugation, rejeter l’acide et les goudrons que celui-ci contient. Ceci permet d’éviter la sulfonation de l’huile ainsi que les pertes qui s’ensuivent.
- La figure 6 représente schématiquement une instal-
- lation de ce genre. A la partie supérieure, une cuve À, dite thermo-mélangeur, est placée en charge sur la supercentrifuge B contenant le dispositif qui permet le brassage de l’huile avec le réactif destiné à floculer le carbone colloïdal ; l’action du réactif est double : i° physico-chimique (neutralisation des charges électriques positives du carbone par les ions OH négatifs provenant de la dissociation de la soude, d’où résulte la floculation du carbone) ; 20 chimique (neutralisation des acides libres par l’alcali). Le thermo-mélangeur, alimenté en vapeur à très basse pression, assure le chauffage et le brassage de l’huile. Ainsi préparée, l’huile est envoyée dans la supercentrifugeuse B, qui élimine l’eau et les impuretés solides en suspension.
- Une pompe D, mue par le moteur de la supercenlri-fuge, sert à prendre l’huile dans une petite fosse E ou directement dans le fût d’huile sale, pour remplir le thermo-mélangeur A avant le travail.
- Un deuxième passage dans la supercentrifuge, cette fois sans aucun traitement, peut éventuellement servir à restituer à l’huile toute sa limpidité, en éliminant les dernières traces d’impuretés. L’entonnoir de récolte d’huile est relié directement au réservoir F à huile propre, ou à fût dans lequel on recueille l’huile régénérée.
- B. Épuration physico-chimique des lubrifiants usagés. — Cette opération a pour objet d éliminer les goudrons ; ceux-ci se comportent comme des catalyseurs d’oxydation et réduisent la durée d’usage de l’huile. Ils déprécient commercialement l’huile, a cause de la couleur noire qu’ils lui communiquent.
- L’huile, nettoyée par lune des méthodes précitées, est mélangée avec des terres argileuses décolorantes : floridine, bentonile, frankonite, etc... soit naturelles,
- Fig. 5. — Traitement continu des huiles lubrifiantes usagées par l’acide sulfurique dans une supercentrifuge Sharpless. Vue montrant le doseur et la supercentrifuge.
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- graissage.
- soit activées au moyen du sulfate de cuivre, par exemple.
- Lors de l’emploi de ces terres, il convient de bien les mélanger à l’huile et d’éviter la formation de grumeaux. A cet effet, on se sert d’une saupoudreuse ou bien on délaie la terre dans une petite quantité de l’huile à épurer, de façon à obtenir une boue homogène que l’on verse ensuite dans la masse d’huile et on l’y répartit uniformément par un malaxage.
- Suivant le degré d’al té ration de l’huile, la qualité et la finesse
- usuels agissent mal, en jm'ticulier, les lames de ressorts.
- RÉGÉNÉRATION DES HUILES ISOLANTES DE TRANSFORMATEURS ÉLECTRIQUES
- Dans ces appareils, les huiles jouent le double l’ôle d’isolant électrique et de fluide de l'efroidissement. Leurs qualités isolantes se caractérisent par leur tension de rupture à l’éclateur normal (boules de 12 mm. 5 distantes de 5 mm-) tandis que leurs qualités refroidissantes dépendent de leur fluidité. Ces diverses caractéristiques sont fortement influencées par la présence d’impuretés : eau, boues, particules métalliques et poussières en suspension dans l’huile.
- L’eau, même à l’état de très faibles traces, diminue considérablement le pouvoir isolant de l’huile comme le montre le tableau suivant, qui reproduit le résultat des essais de la General Electric Co.
- Teneur en eau de l’huile
- o,oo5
- o,o5
- X
- Tension de rupture de l’éclateur normal
- 46 OOO 12 OOO IO OOO
- de la terre absorbante, on emploie, par rapport au poids d’huile traitée, de 2 à 5 pour 100 de cette terre, en moyenne ; dans certains cas particuliers, il en faut jusqu’à 16-20 pour 100. La mise en contact de l’huile et de la terre absorbante se fait à la température de 8o° à 120° et généralement se poursuit durant 3o minutes à 1 heure. On procède aussitôt, l’huile étant chaude, à une filtration, complétée parfois par un essoi’age.
- DISTILLATION ET DÉSODORISATION DE L’HUILE ÉPURÉE- LA « PENETRATING OIL »
- A sa sortie des appareils d’épuration, l’huile provenant de moteurs contient encore en dissolution de 3 à 5 pour 100 d’essence qui la dilue. On élimine cette essence par une simple distillation dans une chaudière, munie d’un serpentin de chauffage à la vapeur, par surface, puis d’un autre permettant une injection directe de vapeur dans l’huile afin 'de parfaire son dégazolinage et sa désodorisation.
- Les vapeurs résultant de celte distillation sont condensées et recueillies dans un bac de décantation afin de séparer l’essence d’avec l’eau. Cette essence est constituée par une huile légère que les Américains dénomment « penetring oil ». Elle se caractérise par sa fluidité et sa grande onctuosité, ce qui lui permet de mieux se répandre sur les surfaces à lubrifier, sur lesquelles les lubrifiants
- Fig.
- Ces nombres mettent en évidence la nécessité d’un assèchement complet de l’huile pour lui permettre de
- 7. — Groupe mobile supercentrifuge Sharpless, dit « sous vide », pour le traitement des huiles isolantes.
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- satisfaire aux spécifications de l’Union des. Syndicats, lesquelles stipulent une tension de rupture de 4o ooo volts à l'éclateur normal.
- Une pratique constante dans les centrales électriques consiste à régénérer ces huiles au moyen d’un groupe centrifuge mobile sur roulettes, ce qui permet de l’amener à côté du transformateur dont on veut assécher et nettoyer l’huile.
- Essentiellement, un groupe pour la régénération des huiles isolantes comporte, en plus de l’essoreuse centrifuge, les organes que voici :
- i° Un réchauffeur électrique avec son tableau pour porter l’huile mise en œuvre à la température d’environ 6o° à laquelle elle acquiert la fluidité voulue.
- 2° Un désaérateur en verre dans lequel l'huile passe à sa sortie du bol de l’essoreuse et y abandonne l’air occlus qui lui communiquait un aspect trouble.
- 3° Deux pompes, avec leurs tuyauteries, l’une pour aspirer l’huile sale et la refouler dans le réchauffeur puis dans la supercentrifuge, tandis que la seconde envoie l’huile nettoyée dans le désaérateur d’où elle retourne au réservoir d’utilisation.
- 4° Un moteur électrique dont la puissance varie de o,4 à 2,5 ch. selon que le groupe traite de i5o à 6 ooo 1. d’huile par heure.
- Tout cet ensemble est combiné de façon que l’huile circule à l’abri de l’air ambiant afin qu’elle ne puisse en absorber l’humidité.
- DÉSHUILAGE DES CHIFFONS AYANT SERVI AU NETTOYAGE DES PIÈCES DE MACHINES, MÉTAUX, ETC....
- Les chiffons mis en paquets sont traités dans une essoreuse que traverse un courant d’air chaud. Cet air chaud réduit la viscosité de l’huile souillée qui imprègne les paquetages ; il permet une extraction plus complète de l’huile. Les paquetages sont ensuite secoués pour enlever toutes les particules d’émeri, de métaux, etc... On les resature avec de l’huile propre.
- L’huile sortant de l’essoreuse est envoyée dans un réservoir à huile sale, soit pour être régénérée avec une centrifuge, soit pour être brûlée comme huile carburante.
- En moyenne, on recueille 3o pour ioo de l’huile contenue dans les chiffons et ceux-ci peuvent subir cinq régénérations. On réalise donc une économie appréciable d’huile et de chiffons, grâce à eette méthode de traitement.
- Cii. Bertiielot.
- Ingénieur-Conseil.
- CONSERVES PHYSIOLOGIQUES DE LÉGUMES
- Les nombreuses études publiées sur la conservation des légumes au sel ne semblent pas avoir tenu compte de la notion de pH qui est cependant prépondérante.
- Peu importe la définition du pH qui est maintenant une mesure essentielle de l’acidité. Sachons que les indicateurs colorés tels que le bleu de bromothymol, ou plus simplement le vieux papier de tournesol sont les moyens les plus simples pour en faire le contrôle.
- Nous savons que les tissus vivants des végétaux ont un pli assez bas, indiquant une acidose relative néces-
- saire au maintien de l’intégrité des tissus. K. Kapper a donné pour pli de la sève du blé 7,2, de l’orge 6,7, du seigle 6,6, de la luzerne 5,6 à 5,8, du sarrazin 5 à 5,3. L’acidité est plus grande dans les tiges.
- Nos propres mesures nous donnent généralement des pH analogues à ceux du suc musculaire de la viande saine, 6,1 à 6,3, rarement davantage, sauf dans quelques feuilles vertes dont le pli atteint 6,9.
- Dans les feuilles, les phénomènes dits d’oxydo-réduction, provenant de la respiration des végétaux, ont une grande
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- amplitude et peuvent être modifiés largement par les influences atmosphériques : pluies, brouillard, soleil, vents secs, etc... L’acidose exagérée de certaines feuilles est corrélative de la diminution de la chlorophylle et du pouvoir oxydo-réducteur. Dans ce cas, la chlorose est favorable à la multiplication des spores de champignons et les attaques de ces derniers sont toujours accompagnées d’un abaissement du pli local.
- Ces considérations, encore trop peu connues, nous éloignent en apparence du sujet de cette étude et cependant elles nous amènent au point crucial de la question cc conserves ».
- Les microbes de la décomposition et les ferments putrides en général, au contraire des champignons se développent en milieu dit alcalin; l’alcalinisation débute à 6,4 ou 6,6. C’est à ces chiffres que la viande commence à se corrompre et devient impropre à la préparation des conserves et de la charcuterie.
- Les chiffres relatifs à la décomposition des tissus végétaux sont très rapprochés de cette limite ; les légumes dont la sève possède un fort « pouvoir tampon » sont ceux qui se conservent le mieux.
- C’est ainsi qu’il est possible de conserver dans de l’eau pure des haricots verts convenablement lavés et propres. Mais cette manière de conserver les légumes crus est fort aléatoire et dans un délai assez court il n’est pas rare de voir l’eau dans laquelle ils baignent se troubler :. c’est l’amorce de la décomposition.
- Pour l’éviter, on utilise le plus souvent des solutions salines : les saumures à plus de 5 pour ioo de sel semblent en effet donner un commencement de garantie, mais le légume s’y tanne légèrement et son dessalage ultérieur n’est pas toujours aisé, si bien que la consommation n’en est pas agréable.
- Les saumures à moins de 4 pour ioo de sel ne sont pas absolument sûres. Nous avons fait, par exemple, des conserves de côtes de bettes dans une eau salée à 4 pour ioo qui ont été rapidement envahies par un bacille en bâtonnets brunissant le légume et le rendant impropre à la consommation.
- Au contraire, les conserves salées de crucifères dans lesquelles sc développe une fermentation lactique importante se conservent parfaitement avec moins de 4 pour ioo de sel (choucroutes de choux, de raves ou mixtes). Les choucroutes mixtes, c’est-à-dire dans lesquelles on introduit des légumes divers, tels que la carotte, le navet, le topinambour réduits en cossettes ou en filaments, sont à faire connaître, car elles varient très agréablement le menu, à la longue fastidieux, lorsqu’il ne contient que du chou.
- La conservation des choucroutes est due à la formation d’acide lactique qui abaisse le pH.
- On est donc amené à conclure, et la chimie biologique le faisait prévoir, quoi qu’on n’en ait jamais formulé la loi, qu’un légume cru se conserve parfaitement dans une saumure à 5 pour ioo pourvu que l’acidité du milieu soit portée environ à pH 3, analogue à celle de la choucroute.
- Il est donc possible de conserver les légumes crus sans bouchage, ni cuisson, sans stérilisation aucune, à condition d’utiliser une saumure dans laquelle les microbes et les ferments ne se multiplient pas, tout en restant au-dessous des concentrations capables de durcir ou de pickler le légume, tout agent conservateur interdit par la loi étant, par ailleurs, évité.
- L’usage des sels et des éthers de l’acide paraoxybenzoïque, parfaitement inoffensifs, pourrait améliorer considérablement cette technique.
- De nombreux essais poursuivis au cours de l’année 1940-
- B 0,5°/o
- Acide acétique
- Fig. 1. — Le pH de l’acide acétique à diverses concentrations.
- 1941 et qui, par leur durée, nous amènent à présenter nos conclusions un peu tardivement, nous ont montré que la saumure au chlorure de sodium et à l’acide acétique (à défaut d’acide lactique) donne des produits correctement alimentaires et culinaires, c’est-à-dire ayant conservé non seulement leur valeur nutritive mais aussi leur valeur gustative, ce qui n’est pas le moindre aspect du problème.
- Nous préférons l’acide acétique ou le vinaigre d’alcool au vinaigre de vin parce que ce dernier contient des éthers, et notamment de l’acétate d’éthyle qui se fixe sur les tissus et n’est pas complètement éliminé par le lavage subséquent.
- Nous avons généralement employé 1 pour 100 d’acide acétique parce que cette proportion nous a paru donner le maximum de sécurité et parce qu’elle n’est pas exclusive des conditions minima exprimées ci-dessus, toutefois, il semble utile d’étudier la possibilité de diminuer cette quantité ; c’est l’objet de nos expériences en cours.
- Cette proportion est d’ailleurs expliquée par la courbe des variations du pH des solutions d’acide acétique dans l’eau de fontaine (comptée à 7,5 environ).
- Cette courbe est représentée figure 1.
- Nous avons choisi le point correspondant à 1 pour 100 en prévoyant l’apport éventuel d’un corps neutralisant capable de remonter le pli dans la partie très verticale de la courbe.
- Des légumes variés placés dans le mélange : sel marin 4 pour xoo + acide acétique 1 pour 100 + eau de fontaine g5 pour 100, ont passé plusieurs mois à l’étuve à 3o°, d’autres à la température ambiante sans aucune altération. Lavés à plusieurs eaux ou sous la fontaine, ils ont été cuits et consommés comme les légumes frais.
- Des témoins mis dans l’eau de fontaine non salée entraient en fermentation dès le quatrième jour avec développement d’une odeur fétide aboutissant vers le 3oe jour à la complète destruction des matières végétales par pullulations microbiennes. D’autres témoins, dans la saumure à 4 pour 100 non acidifiée commençaient à fermenter dès le 4e jour avec louchissement de l’eau, brunissement progressif du légume jusqu’au 3oe jour, sans destruction ni odeur. Après trois mois, la multiplication des microbes en bâtonnets faisait présumer une altération rendant les légumes impropres à la consommation.
- En résumé, une conserve non stérilisée peut être obtenue en respectant les conditions dans lesquelles les tissus se maintiennent normaux, c’est-à-dire en employant un milieu salé assez largement acide pour compenser toute action alca-losante ultérieure.
- Pratiquement, on peut préparer une solution contenant 4 à 5 pour 100 de sel de cuisine dans l’eau de fontaine (soit 4o à 5o g. par litre) et 10 g. d’acide acétique ou 100 g. de vinaigre contenant 10 pour 100 d’acide acétique. Ces chiffres présentent assez de marge pour ne pas devoir être x’es-
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- pectés à la décimale près, et des essais individuels permettront des ajustements, qui ont été rendus impossibles par la brièveté du temps qui nous a été laissé.
- Si le légume est très hydraté, il sera bon de prélever, après quelques jours, un peu de la saumure et de vérifier (ju’ellle ait toujours 4° Baumé au pèse-sel ou i 028 environ de densité.
- On verse cette saumure sur les légumes lavés en ayant soin de les recouvrir de liquide et de les y faire tremper par le moyen d’un disque de bois chargé d’une pierre siliceuse (non calcaire), un caillou de rivière par exemple. Un couvercle évitera l’arrivée des poussières extérieures.
- Il est possible, par la suite, d’enlever ou d’ajouter des légumes sans inconvénient pourvu qu’on ait soin de maintenir la surface noyée. Nous n’avons pas employé d’opercule d’huile, vu la rareté de ce produit.
- Au moment de consommer, dessaler les légumes pendant une nuit dans un récipient alimenté par un filet d’eau froide et les cuire selon les usages ordinaires.
- Ce procédé, s’il ne représente pas la perfection du point de vue culinaire, a du moins de grands avantages : il peut être utilisé sans bocaux de verre ni boîtes de métal et sans combustion de gaz ou de charbon : un fût de bois, éventuellement divisé en quatre compartiments verticaux pour différents légumes, une jarre de poterie, permettent de conserver des quantités assez importantes de légumes. Ce procédé présente une sécurité aussi grande que la stérilisation parfaite. Il permet d’envisager des conserves économiques, même à l’intention des animaux : cochons, chiens, à qui il n’est pas toujours facile de donner une alimentation variée à certaines époques de l’année.
- Il aurait mérité une plus longue étude mais sa nécessité urgente nous incite à le divulguer avant sa parfaite mise au point. Nous nous en excusons et souhaitons que de nombreux chercheurs collaborent aux perfectionnements nécessaires et nous tiennent au courant de leurs résultats.
- R. M. Gattefossé et E. Maiiler.
- LES TUYAUX EN BOIS
- On fabrique depuis longtemps aux États-Unis des tuyaux en bois formés de douves assemblées et serrées au moyen de cercles ou de spirales continues en acier. On les utilise principalement pour les conduites d’eau, le bois se conservant fort longtemps, trente ans et même plus, lorsqu’il est complètement imprégné par l’eau et à l’abri de l’air. En raison du sucés qu’a rencontré cette fabrication, on l’a également adoptée dans divers pays d’Europe, notamment en Norvège, en Suisse, en Tchécoslovaquie, etc.
- Dès 1898, M. Arthur L. Adams présentait à l’American Society of civil Engineers un mémoire intitulé « Stave pipes » (c’est-à-dire tuyaux constitués par des douves), dans lequel il prévoyait l’importance que devaient prendre les tuyaux en bois dans le domaine de l’hydraulique, et où il étudiait leur prix de revient, leur durée et leur débit. Il les classait en tête, au point de vue de l’économie de la construction ainsi que pour le débit, et seulement en seconde ligne, après les tuyaux en fonte au point de vue de la durée. Ces affirmations parurent plutôt imprudentes et prématurées à la plupart des ingénieurs de cette époque, car ils considéraient ces déductions comme basées sur des renseignements insuffisants. En 1906, M. Adams présenta un autre mémoire sur la célèbre canalisation des Astoria City Water Works. La discussion de ce mémoire donna pour la première fois aux ingénieurs une idée de ce qu’on pouvait espérer obtenir avec les tuyaux constitués par des douves de bois. Toutefois on pensait qu’il faudrait encore quelques années pour déterminer l’économie réelle de ces tuyaux.
- Si M. Adams avait prévu la valeur des tuyaux en bois, l’expérience montra que tous ne peuvent être rangés dans une classe unique, que le soin dans l’étude et dans le choix des matériaux est nécessaire et que certains bois sont mal appropriés pour une bonne construction.
- Les revues techniques américaines ont publié un grand nombre d’articles qui, en général, indiquent ceci : les dou-ves doivent être saturées de manière complète et continue; une saturation intermittente ou partielle provoque la pourriture et un tuyau en bois dure très peu de temps, même s’il est fabriqué avec du bois du meilleur choix, dans des conditions de saturation partielle et spécialement dans les atmosphères chaudes et humides. Les atmosphères de ce genre se rencontrent fréquemment dans les régions où les ingénieurs
- peuvent envisager l’emploi des tuyaux en bois, et les conditions de saturation partielle ou de dessiccation du tuyau pendant une partie de chaque année sont souvent inévitables
- M. J. F. Partridge a énuméré toute une série d’installations où les tuyaux en bois ont présenté une bonne durée de service dans des conditions défavorables et M. D. C. Ilenny a alors publié un rapport qui constitue le premier essai de classement des différents types et qualités ; il donne des indications utiles sur ce qu’on peut espérer et rappelle que le bois est le matériau le plus variable parmi ceux qu’utilise l’ingénieur.
- Les tuyaux en bois formés de douves assemblées ont été surtout employés dans l’Ouest américain, quoiqu’on les ait inventés et fabriqués tout d’abord dans les États de la Nouvelle-Angleterre. Les frais de transports élevés pour l’acier en provenance de l’Est rendaient les tuyaux métalliques très coûteux et les grandes quantités de bois disponibles dans l’Ouest faisaient de l’emploi du bois une nécessité économique.
- On emploie en général le bois du Brésil (Redwood), le sapin argenté ou commun, le cyprès et le sapin du nord ou épicéa, qui donnent des tuyaux présentant des caractéristiques différentes. Les lunures (sap), la résine ou poix, les nœuds dans les douves, le séchage à l’étuve ou à l’air, le traitement par la créosote ou la peinture superficielle affectent le résultat final. L’emplacement détermine dans une certaine mesure, le type de tuyau à choisir, la grandeur et l’espacement des cercles, et les méthodes de montage peuvent donner avec les matériaux disponibles un tuyau de première qualité ou un tuyau sans aucune valeur.
- Le sapin argenté ou commun et le sapin du Nord ou épicéa sont des résineux et il est impossible de trouver dans le commerce leurs bois sans lunures, sans résine, sans cicatrices de résine ni poches de résine, et dépourvus de nœuds. Dans des conditions de saturation partielle, un tel bois ne durera pas, et même dans le cas de la saturation, la résine et les lunures constitueraient des causes de détérioration. Mais le sapin argenté ou le sapin du Nord auront une longue durée sous un climat sec lorsqu’ils seront montés sur des chevalets, laissant l’air circuler librement autour du tuyau, de telle sorte que les mousses produites par l’humidité ne s’accumu-
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- lent pas à l’extérieur. Les tuyaux sous pression élevée dans un sol compact duréront indéfiniment.
- M. Henny a donné le tableau suivant :
- Sapin argenté, sans revêtement, enterré en sol compact ; 20 années.
- Sapin argenté, sans revêtement, enterré en sol léger, perméable : 4 à 7 années.
- Sapin argenté, sans revêtement, dans l’air : io à 12 années.
- Sapin argenté, sans revêtement, enterré en sol compact : argile, sable, gravier : plus de 25 années.
- Sapin argenté, avec bon revêtement, enterré en sol compact : 25 années.
- Sapin argenté, avec bon revêtement, enterré en sol léger, perméable : i5-2o années.
- Le cyprès donne des tuyaux excellents et c’est le seul concurrent du bois du Brésil au point de vue de la durée de service et de la résistance dans des conditions d’humidité et de sécheresse alternatives. Si on choisit son bois sans lunu-res, il a une durée égale à celle du bois du Brésil.
- Ce dernier constitue le meilleur des matériaux connus pour les tuyaux en bois, et sa longévité n’est dépassée que par la fonte. Les constituants particuliers de ce bois détruisent les micro-organismes et assurent sa protection.
- Pour l’étude d’un projet, on doit examiner quel genre de conduite il faut choisir, selon qu’elle doit subsister de manière permanente ou ne durer que de 5 à 10 ans, pour être ensuite abandonnée ou remplacée par une conduite de débit plus considérable. On doit connaître les conditions locales : climat, humidité, température, pressions extrêmes et moyenne, nature du sol, choisir d’enterrer le tuyau ou le poser à la surface.
- La question du revêtement donne lieu à des appréciations divergentes : la plupart des ingénieurs pensent que le bois du Brésil et le sapin du Nord doivent être peints, tandis que d’autres qui ont acquis de l’expérience avec le bois du Brésil sans revêtement prétendent que la peinture est inutile. L’épaisseur des douves est un autre terrain de discussion; on l’a déterminée théoriquement et pratiquement avec des résultats très variables. Les opinions diffèrent également sur l’espacement à donner aux cercles, selon le coefficient de sécurité qui dépend à son tour de l’esprit plus ou moins prudent de l’ingénieur.
- Dans l’étude des douves, on ne doit pas considérer seulement l’épaisseur. L’économie est un autre facteur essentiel. Dans la pratique courante, on choisit les dimensions de bois qui donneront le nombre de douves le plus économique par mètre courant de tuyau. Par exemple, pour un tuyau de 36 pouces (914 mm.) on choisit du bois de 2 x 6 pouces (5o,8 x i52,4 mm.). On obtient pour les douves le maximum d’épaisseur et de largeur avec le bois de cette dimension. Si on choisissait du bois de 2 x 4 pouces (5o,8 x 101,6 mm.), on pourrait avoir une économie sur la dimension des planches, mais le coût du montage du tuyau serait augmenté considérablement par suite du plus grand nombre de douves à placer. Avec du bois de 2 x 8 pouces (5o,8 x 2o3,2 mm.) on économiserait sur le montage, mais on gaspillerait du bois.
- Les douves doivent résister à la percolation et à la pénétration de l’eau. Elles doivent être assez épaisses pour prévenir une percolation excessive et doivent présenter en même temps une pénétration parfaite. Cette épaisseur est difficile à déterminer. Si les douves présentent des anneaux, indiquant de larges espaces alternés de bois d’hiver dur et de bois d’été tendre, il y aura grand danger de percolation excessive, l’eau trouvant sa voie à travers le bois tendre, entre les anneaux durs. Si le bois est très dur, il y aura
- grande difficulté à ce que la douve reçoive une saturation complète, par suite de l’absence d’action capillaire. Au contraire, un bois tendre absorbe l’eau comme un papier buvard.
- Le sapin argenté commun et le sapin du Nord ou épicéa, qui sont des bois durs par comparaison avec le bois du Brésil (Redwood), et qui ont un gros grain, avec de larges anneaux de bois dur et de bois tendre, se rangent dans la classe des bois à percolation excessive, avec pénétration lente et incomplète. Cet effet se produit par suite du passage rapide à travers le bois d’été tendre de l’eau qui apparaît en gouttes à la surface et par la pénétration lente souvent à travers une fraction seulement d’une douve, le long des anneaux d’hiver durs. Le bois du Brésil est très tendre et cellulaire et un tuyau fait avec ce bois sain est exempt de percolation et offre une saturation complète, même sous une pression légère.
- On rencontre de telles variations dans la qualité, le grain et le degré de dureté des bois, même appartenant au même genre, qu’il est impossible de réaliser un tuyau homogène dans lequel pénétration et percolation présentent le même degré dans toutes les douves. Aussi ne faut-il pas s’attacher à déterminer l’épaisseur avec une précision de quelques millimètres.
- Une objection qu’on présente aux tuyaux en bois est qu’ils peuvent sécher si on vide l’eau, ce qui occasionnerait ultérieurement des fuites. Pour prévenir ceci, les douves qu’on utilise doivent être parfaitement sèches, de manière qu’étant convenablement montées, et cerclées bien serrées, il n’y ait pas de fuites. Le tuyau doit être étanche à sec et rester étanche. Si on emploie des douves humides, on ne peut compter sur le gonflement pour obtenir une conduite étanche et la pression nécessaire entre les douves pour prévenir le passage de l’eau n’est plus que le résultat du serrage des cercles. Le séchage doit se faire naturellement à l’air libre et non à l’étuve. Le traitement à l’étuve rend le bois cassant et réduit sa durée.
- Les cercles se font en acier doux Martin avec une résistance de 38 à 45 kg. par millimètre carré. La section des cercles et leur espacement sont les facteurs les plus importants de la résistance du tuyau. La pratique courante exige un espacement des cercles tel qu’ils donnent un coefficient de sécurité de 4 par rapport à la rupture due à la pression de l’eau. On doit se rappeler que les tuyaux peuvent fuir parce que les cercles s’enfoncent dans le bois et laissent ouvrir les joints longitudinaux entre les douves. Plus les cercles auront une faible section, plus ils seront rapprochés et meilleur sera le tuyau. L’économie constitue une limite dans cette voie, car les cercles à faible section coûtent beaucoup plus cher que les gros cercles, et les frais de montage s’élèvent avec leur nombre. Les cercles sont serrés au moyen de sabots, qui doivent présenter une très grande résistance.
- Les canalisations en bois sont établies selon deux types différents :
- i° On fabrique en usine des éléments tubulaires d’une longueur fixe, ordinairement de 5 à 9 m. de longueur, et on les assemble sur le chantier au moyen de manchons-raccords en bois ou métalliques ;
- 20 On prépare seulement en usine les douves dont l’assemblage constituera le tuyau et on les réunit sur le chan-
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- * 0,7S ».
- Fig. 1. — Forme et dimensions d’une des neuf douves d’un tuyau de 130 mm.
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- = 374 :
- tier même pour obtenir le tuyau, qui présente alors une forme continue sans aucun manchon de raccordement. On serre ensuite au moyen d’une série de cercles distincts ; dans le premier cas, le cerclage se fait avec une spirale continue en acier posée au moyen d’une machine spéciale.
- La première usine norvégienne qui a entrepris cette fabrication a été établie à Trondhjem par la « Norsk Traeroe kompani a. En 1920, elle avait déjà exécuté une cinquantaine de canalisations, de diamètres intérieurs de 100 à 2.000 mm., sous des pressions allant jusqu’à 84 m. de hauteur d’eau. Elle emploie les tuyaux terminés en usine et assemblés sur le chantier au moyen de manchons pour les diamètres de xoo à 600 mm., et les tuyaux continus poulies diamètres supérieurs. Les conduites en bois établies en Norvège se sont très bien comportées et la méfiance qu’elles avaient inspirée à l’origine a maintenant complètement disparu. Une usine suisse a également entrepris cette fabrication.
- Les tuyaux en bois sont économiques parce qu’on peut limiter la quantité d’acier nécessaire au frettage d’après la résistance à la pression sous laquelle la canalisation doit fonctionner. Au contraire, pour les tuyaux métalliques sous faibles pressions, on est souvent obligé, pour des raisons de fabrication, d’employer des épaisseurs de parois sensiblement plus considérables que ne l’exigent les conditions de résistance. Dans les grands diamètres, cet avantage tend d’ailleurs à disparaître.
- L’ingénieur américain Scoley a établi, après plusieurs centaines d’essais sur des conduites en bois en service, la formule suivante pour le calcul des pertes de charge :
- J = 0,ooo885 T .
- Les joints entre les douves adjacentes sont plans ou mieux dentelés en forme de Z comme l’indique la figure 1, qui représente une douve pour un tuyau de diamètre intérieur de i5o mm.
- Les cercles qui maintiennent les douves se font en fil d’acier ou en bandes plates; on les calcule par la formule suivante :
- izcl^S
- 2
- = D/p.
- dans laquelle :
- D = diamètre intérieur du tuyau;
- d = diamètre du fil d’acier ou des cercles ;
- Z s= écartement des cercles de frottage;
- p — pression en atmosphères.
- Les conduites en bois sont le plus souvent revêtues d’un enduit imperméable composé d’un mélange de goudron, d’asphalte et de poix.
- La pose se fait en tranchée ou à l’air libre. Les conduites peuvent se cintrer selon un rayon égal à 100 fois le diamètre intérieur; ou peut même, moyennant certaines précautions spéciales, descendre à 5o fois. Pour les courbes de rayon plus réduit, on a recours à des coudes spéciaux en bois, en acier ou en béton.
- Les conduites en bois présentent l’avantage d’épouser aisément le profil du terrain en raison de leur élasticité supérieure à celle des conduites métalliques.
- La limite supérieure de la pression pour laquelle on peut recommander leur emploi varie à peu près en raison inverse du diamètre, approximativement selon le tableau suivant :
- Pression en atmosphères
- 3
- 3,5
- 4
- 5 8
- 12 20
- Aux États-Unis, la construction en tuyaux continus est particulièrement en faveur, les joints des douves sont inclinés et alternent au passage d’une douve à la suivante; les extrémités des douves de rang pair sont situées dans un même plan perpendiculaire à l’axe de la conduite et celles des douves de rang impair sur un autre rang parallèle au premier. En raison du développement de ce genre de conduites aux États-Unis, on a proposé de normaliser leur fabrication et l’ingénieur Partridge a établi un projet très complet de spécifications.
- M. Ilenny a exposé les résultats d’une enquête faite en vue de déterminer la durée effective des conduites en bois en service continu; ces résultats peuvent être résumés comme suit : dans de bonnes conditions, les conduites en pin ordinaire bien enduites peuvent durer aussi longtemps que celles en bois du Brésil nues. Toutes les conduites durent beaucoup plus longtemps quand elles sont enterrées dans un sol consistant que lorsqu’elles sont placées dans un sol perméable à l’air. Elles peuvent rester en service pendant trente ans et davantage quand la pression de l’eau est forte et constante. A l’air libre, elles durent également plus longtemps que dans un sol perméable.
- Les pressions faibles et le remplissage incomplet des conduites sont des conditions défavorables à leur conservation. Les couvre-joints des conduites posées par sections constituent des points faibles à moins qu’ils ne soient en bois-imprégné de créosote ou en métal. Les couvre-joints en bois ne doivent pas être utilisés pour des conduites de moins-de o m. 23 de diamètre. Ils doivent comporter des cercles séparés permettant de les resserrer en cas de fuite.
- Les tuyaux en bois peuvent servir pour des canalisations d’eau potable, d’eaux résiduaires, de liquides acides ou alcalins ; ils peuvent être employés au drainage et dans les conduites forcées. M. R. K, Tiffany a rendu compte des résultats obtenus avec les tuyaux en bois employés dans le réseau d’irrigation du Yakuma dans l’État de Washington. L’irrigation se fait du ier avril au ier novembre. Pendant cette période, les tuyaux sont constamment pleins d’eau. Une installation exécutée en 1893 comprenait 4o à 5o tuyaux de-branchement de 5 à 9 m. de longueur enterrés de 1 m. 20* à 2 m. 4o, dans des cendres volcaniques. Les tuyaux sont en sapin, garnis de bandes de fer plat en spirales, assemblés au moyen de manchons en acier et enveloppés d’une épaisse couche d’asphalte et de sciure. Ces tuyaux ont été renouvelés en 1911-1912, après 18 ans de service.
- Nous avons tenu à donner avec quelques détails les données acquises sur ce genre de tuyaux en raison des services qu’ils peuvent rendre dans les circonstances actuelles.
- Diamètre intérieur en mètres
- 3
- 2
- 1
- o,5
- 0,10
- M. Varinois,
- Ingénieur des Arts et Manufactures..
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- L'ADDUCTION DES EAUX DES VALS DE LOIRE <>'
- Depuis longtemps envisagée et reconnue inéluctable à plus ou moins brève échéance, l'adduction des eaux des Vais de Loire s’impose, à présent, de façon urgente, du fait que les eaux de source utilisables du bassin de la Seine, toutes aujourd’hui captées au profit de la capitale, arrivent à peine à fournir le tiers de l’eau potable qui lui est indispensable, et que les puisages, de plus en plus intensifiés, en Seine et en Marne, auxquels les services de distribution sont obligés de recourir pour y suppléer et satisfaire, en outre, aux besoins de la voirie, atteignent journellement, à Paris, i a5o ooo m3, et en banlieue 5oo ooo m3, soit au total plus de 20 m3 par seconde, alors que la limite réglementaire fixée à ces prélèvements est de 3 m3 par seconde. Maintenir ces puisages exagérés et, a fortiori, continuer à les accentuer, exposerait l’agglomération parisienne à manquer d’eau de distribution au retour, inévitable, des années de sécheresse qui, i4 fois entre 1892 et 1922, ont mis à l’arrêt les usines de pompage. De là la nécessité, chaque jour plus impérieuse (la consommation d’eau augmentant de 7 pour 100 par an) de s’approvisionner hors du bassin de la Seine, problème vital, qui, de l’avis des services compétents, ne comporte qu’une solution, la dérivation d’une partie des eaux du bassin de la Loire.
- L’importance de l’entreprise (elle reviendrait actuellement à 4 milliards) jointe à celte particularité que, grâce à l’altitude relativement élevée du lit de la Loire, l’eau prise au fleuve ou dans ses rives pourrait s’écouler par simple gravité, c’est-à-dire sans aucune dépense de pompage, jusqu’aux réservoirs de Paris et de la banlieue, explique le nombre considérable d’études dont elle a fait l’objet depuis que, sous Louis XIV, P. Riquet, le créateur du Canal du Midi, en dressa les premiers plans.
- Cet ingénieur, qui avait surtout en vue l’alimentation du château de Versailles et des pièces d’eau du parc, prenait l’eau d’adduction directement à la Loire. Cette disposition fut conservée, avec des variantes dans le tracé du canal de dérivation, par presque tous les auteurs des projets qui suivirent (Marivetz en 1786, Radiguel en i852, Graff et Comoy en i856, E. Belgrand, le collaborateur d’IIaussmann en i858, Sellier en 1880, Sainjon en 1900, Maëh et Blondel en 1908).
- En 1857, Grissot de Passy, ayant constaté que le fond des rives sablonneuses qui bordent la Loire sur 120 km. de son parcours à partir de son confluent avec l’Ailier renfermait une eau remarquablement pure, provenant d’infiltrations naturellement clarifiées et rafraîchies par les sables, proposa de la capter de préférence à l’eau brute du fleuve. D’abord rejetée, cette idée devait être reprise, en 19x0, par la Ville de Paris. Tous ces projets se heurtèrent d’ailleurs à l’opposition irréductible de toutes les populations des régions riveraines de la Loire, qui attribuent à 1 humidité du sol, elle-même due au voisinage du fleuve, la grande fertilité des cultures agricoles, horticoles et maraîchères qui ont valu à la Touraine le beau surnom de Jardin de la France, et qui soutiennent que des prélèvements importants, indéfiniment poursuivis dans la Loire, dont le débit est déjà très réduit en été, ou dans les rives, risqueraient d’avoir des conséquences désastreuses, en asséchant les terres, en tarissant les puits, etc., et seraient non moins préjudiciables aux pêcheries et à la navigation.
- 4. Résumé publié dans les Comptes Rendus de l'Académie des Sciences du 30 juin 1941 d’un Mémoire déposé à l’Académie des Sciences le 16 avril 1941.
- Dans ces conditions, le problème à résoudre se posaiL comme suit :
- Comment assurer, en tout temps, malgré l’inconstance du débit de la Loire, dont le lit est presque à sec la moitié de l’année, et sans provoquer d'abaissement de niveau, soit dans le fleuve, soit dans la nappe souterraine des rives, la dérivation régulière et continue d’un important volume d’eau (1 million de ni3 par jour au minimum), l'épuration et le rafraîchissement de l’eau captée étant d’autre part garantis par un séjour suffisamment prolongé dans les sables ?
- La solution qui a prévalu jusqu’à présent et que la Ville de Paris a adoptée pour l’établissement de son projet de 1910, dont elle a poursuivi l’élude jusqu’en ig3i, consiste à édifier sur la Loire, à Villerest, un peu plus de 200 km. en amont de la zone sablonneuse, xin barrage capable d’emmagasiner, en hautes eaux, un volume d’eau évalué à 160 millions de m3, et dont la restitution au fleuve, durant les cinq mois de basses eaux, lui conserverait son débit normal, en compensant les prélèvements opérés par une ligne de captages, longue de 4o à 60 km., installée à 100 m. des rives et à une profondeur de 8 m. 5o dans les sables.
- Or il faut bien remarquer que, vu l’éloignement du barrage de Villerest, une très faible fraction seulement de l’eau restituée, répartie entre les cinq mois de basses eaux, réussirait à gagner la zone des prélèvements, puis à pénétrer dans les sables en longeant cette zone, car elle aurait naturellement tendance à suivie, en grande partie, le lit fluvial, dont le fond est, au surplus, colmaté; qu’en tout cas, elle ne parviendrait aux captages que tiédie par son long parcours en nappe mince (la période des basses eaux correspondant aux mois les plus chauds de l’année) alors qu’une des principales qualités requises d’une eau d’adduction destinée à l’alimentation est la fraîcheur. Il est non moins certain que des captages vidant, sans arrêt, l’eau des sables, à 8 m. 5o de profondeur, 11e donneraient aucune garantie contre l’as-séchement des terres baignées par la Loire après les captages, ni surtout de celles contiguës à la longue zone des Vais. J’ajoute que les observations faites sur place conduisent à admettre que, dans la région sablonneuse constituant les Vais de la Loire, le lit du fleuve, autrefois large de 2 à 3 km. et profond de 10 à 12 m., a progressivement passé à une largeur de 25® à 4oo m. et à une profondeur de 5 à 6 m. par suite des apports alluvionnaires qui, au cours des siècles, l’ont partiellement comblé; que, néanmoins, une partie de l’eau venant d’amont continue à suivre l’ancien lit fluvial en s’infiltrant au travers des sables qui l’encombrent, et dans lesquels, grossie des infiltrations qui traversent les parois latérales des rives, elle forme une nappe souterraine glissant lentement en direction de l’Océan. On a d’ailleurs constaté que cette nappe, prise jusqu’ici pour un lac souterrain, suit toutes les fluctuations de la Loire et remplit les sables en hautes eaux, pour disparaître presque entièrement en basses eaux.
- Dès lors, il suffit, pour dériver celte nappe, d’empèclier son évasion en fermant les Vais, sur toute leur largeur, par des barrages établis en aval des captages et sur les 9/ioe3 de la hauteur des sables, de façon à ne pas entraver entièrement la circulation de la nappe fluviale ni celle de la nappe souterraine, ces dexix nappes étant simplement, maintenues à un niveau surélevé, réglable à volonté, qui aurait pour effet d’intensifier la production des infiltrations et de régulariser, au lieu de l’amoindrir, l'humidification. des terrains de la région des Vais. Mais l’avantage le plus caractéristique et, de beaucoup, le plus important de ces
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- barrages établis en aval des captages serait (le pouvoir d’absorption des sables de la Loire atteignant 4o pour ioo de leur volume) de constituer, 'dans la partie fermée des Vais, une impressionnante réserve de plus de 600 millions de ni3 d'infiltrations, que des prélèvements continus, poursuivis pendant les 5 mois de basses eaux, au rythme de 3 à 4 mil-
- lions de m3 par jour, ne parviendraient pas à épuiser avant le retour périodique des hautes eaux.
- Le problème de l’adduction des eaux des Vais de Loire, à l’étude depuis près de trois siècles, peut donc être considéré comme définitivement résolu.
- Henry Desrumaux.
- LA MUSIQUE DES GRENOUILLES
- Au printemps et en été, bois et bocages retentissent des ramages harmonieux des chanteurs ailés. Mais il est dans nos marais des musiciennes, les grenouilles et les rainettes, dont on ne parle guère et qui, cependant, peuvent émettre des sons parfois très intenses, ayant une modulation quasi musicale.
- Si l’on observe la grenouille verte en train de coasser, on voit que, sur les côtés des deux joues des vessies se gonflent. Ces dernières disparaissent dès que l’animal s’arrête. Le coassement se trouve en connexion avec les deux vessies membraneuses. Mais c’est là un rapport secondaire, comme l’a déjà montré Aristote en disant que la « grenouille émet des sons par le gosier ».
- Quel est donc le rôle de ces fameuses vessies membraneuses ? Ce sont des résonateurs destinés à renforcer le son comme, par exemple, le corps creux d’un violon. Il ne faut pas perdre de vue que la grenouille coasse la bouche fermée, en faisant circuler sans cesse l’air des poumons dans les vessies gonflées. De là, en raison de l’élasticité des parois de ces dernières, l’air retourne par le larynx dans les poumons. Quant à la petite quantité d’air qui s’échappe par les orifices du nez, elle est bien vite remplacée, pendant les petites pauses, où la grenouille se met à respirer fortement.
- L’air confiné est chassé, la bouche étant fermée, par la contraction des muscles des parois du corps, dans la cavité buccale. Comme à ce moment les cordes vocales se rapprochent, l’air passant entre elles les écarte ; il se produit une agitation, le son se forme.
- Parmi les grenouilles, le timbre de la voix varie considérablement d’une espèce à l’autre. Chez nous, où, seule, la grenouille verte fait entendre des sons assez forts, on ne peut se livrer à des comparaisons. Mais en Australie, par exemple, où de nombreuses espèces vivent dans le voisinage les unes des autres, certaines ne donnent de la voix que le soir ou la nuit, tandis que d’autres prolongent leurs clameurs toute la journée. Parfois, la note est métallique, presque comme un son de cloche ; une espèce qui se fait entendre le jour, très répandue en Tasmanie, lance une note stridente, comme celle que produit le marteau du casseur de pierre.
- Notre grenouille verte à la livrée verdâtre ou jaunâtre, aux formes sveltes et élancées, est essentiellement aquatique. Elle habite les petits étangs entourés de buissons, les marécages où poussent les roseaux et les plantes sur lesquelles elle aime à s’exposer aux rayons ardents du soleil. On la trouve aussi dans les fossés, les rivières. C’est le mâle qui chante ; il possède de chaque côté de la tête un sac vocal pouvant se dilater au point de devenir gros comme une noisette. Ce chant est très compliqué et donnerait de la tablature au musicien qui tenterait de le noter.
- Quant aux rainettes, elles sont toutes plus ou moins arboricoles et ne se tiennent dans l’eau qu’à l’époque de la reproduction; elles quittent également les branches des arbres, pour chercher un abri sous terre, parmi les pierres, ou dans
- les trous, pour hiberner. Les doigts des rainettes sont garnis à leur extrémité de disques adhésifs qui leur permettent d’avancer sur des surfaces verticales, même vernissées. Ordinairement, les couleurs des rainettes s’harmonisent si merveilleusement avec celles des feuilles qu’il est très difficile de les y découvrir.
- Notre rainette verte est la première à secouer l’engourdissement hivernal. Dès le mois de mars, en effet, sa note vibrante, brusquement attaquée, se fait entendre. Les mots « crac, crac ou carac, carac », prononcés rapidement de ta gorge, rendent le son produit par cette musique primitive, lorsque la rainette s’éveille et se met à coasser.
- C’est le mâle qui chante, chez elle aussi; il possède une vessie vocale qui peut être énormément distendue ; cette poche se dilate à tel point qu’elle déborde de la gorge et devient presque aussi volumineuse que l’animal.
- Dès qu’un mâle commence, tous les autres qui l’entendent dans le voisinage se joignent à lui et alors le concert devient vraiment étourdissant.
- L’Amérique du Nord possède deux rainettes tout à fait intéressantes : l’Acns gryllus ou « grenouille-grillon » et la Hyla pickeringii, dénommée « Spring peeper » (piailleur du printemps).
- La grenouille-grillon, ainsi appelée parce qu’elle imite le cri du grillon, est une minuscule rainette de couleur changeante. A la fois diurne et nocturne, elle chante presque sans interruption. En frappant, puis en frottant deux morceaux de quartz l’un contre l’autre, on peut assez bien imiter ce chant au timbre métallique. Lorsque plusieurs de ces batraciens sont réunis, ils se répondent entre eux en lançant leurs notes aiguës, d’abord lentes, puis, de plus en plus rapides, de manière à produire un chœur que l’on entend à une distance de plusieurs centaines de mètres. C’est à se demander comment la gorge tendre, membraneuse de créatures si petites peut arriver à produire un son aussi perçant.
- Le sac vocal de la grenouille-grillon n’est pas sphérique. Il ne se gonfle pas autant que celui de ses congénères ; mais il est néanmoins égal au cinquième du corps de la grenouille et il reste gonflé jusqu’à ce que le musicien ait fini sa « mélodie ».
- Quant aux « piailleurs du printemps », ils passent la belle saison sur les ronces, sur les arbustes et sur les buissons, à une cinquantaine de mètres des eaux qu’ils fréquentent au temps de la reproduction, moment où les mâles commencent leur concert aux notes stridentes. Aussitôt que les femelles ont effectué leur ponte, les mâles redeviennent muets.
- On a remarqué qu’une grosse pluie sur le toit d’une pièce où se trouvent des rainettes provoque leurs appels ; on arrive au même résultat en jouant de la musique dans une pièce un peu éloignée de celle où elles sont installées.
- L. Ivuentz.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN JANVIER 1942
- Des nécessités actuelles de fabrication imposant de préparer longtemps à l’avance la composition de La Nature, nous sommes obligés de modifier momentanément la teneur du Bulletin astronomique qui, dans ces circonstances, doit paraître à une époque précédant de deux mois celle pour laquelle il est rédigé. Divers renseignements qui y sont donnés habituellement étant extraits d'Annuaires non encore publiés ou que des impossibilités ont empêché de consulter en temps utile, le présent Bulletin relatif au mois de janvier 19/12 se trouve donc quelque peu incomplet. Nos fidèles abonnés et lecteurs voudront bien excuser les lacunes que nous nous sommes efforcés de réduire au minimum.
- Ce premier mois de la nouvelle année offre aux contemplateurs et observateurs un ciel d’une grande richesse grâce, comme dans les mois précédents, à la présence simultanée des belles planètes Jupiter, Saturne et Mars, quoique cette dernière se trouvera déjà bien loin de la Terre et de ce fait assez peu brillante. Notons surtout que toutes les planètes seront observables, Vénus atteignant son plus grand éclat au début du mois et Mercure se trouvant en élongation le soir vers la fin.
- Les heures données ici sont comme toujours exprimées en Temps Universel compté de oh (minuit) à 24h ; on infligera les corrections nécessaires d’après l’heure en usage aux lieux d’observation.
- I. — Soleil. — La Terre passant au périhélie le 2 janvier 19/12, à 1911, le disque solaire présentera alors son diamètre apparent maximum, soit 32/i5"; comparativement au diamètre minimum résultant de la situation aphélique au début de juillet (le 6 cette année) la différence, que fait ressortir la. figure 1, est pratiquement insensible à l’œil nu. Néanmoins du fait de ses inégalités de distance au Soleil, la Terre reçoit 7 pour 100 plus de chaleur au début de l’année qu’au milieu.
- Le Soleil entre dans le signe du Verseau le 20 janvier à
- iGh.
- La déclinaison du Soleil remonte en janvier de — 23°4/ le i6r à — X7°36/ le 3r. La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du disque solaire) s’allonge, pour Paris, de 8hiGm le ier à 9hi9m le 3i. Pour ces mêmes dates, la durée du crépuscule civil se raccourcit au contraire de 09™ à 3Gm et celle du crépuscule astronomique de ih58m à ih5am.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Janvier : 1er = nh54m7s ; 6’ = nh56m24s ; 11 =
- 1 ih58m3os ; 16 = i2hom22s; 21 ~ i2hi“47s; 26 = i2h3mi3s; 31 = 12h4m8s.
- Lumière zodiacale et lueur anlisolaire. — La lumière zodiacale, dont l’orientation suivant l’écliptique la redresse maintenant de plus en plus par rapport à l’horizon, pourra commencer à être observée le soir aux dates où la Lune ne .vient apporter aucun obstacle à sa délicate visibilité; ces dates sont comprises pour le mieux, entre les 7 et 18 janvier. Vers le milieu du mois également, et jusqu’au 21, la lueur antisolaire pourra être observable dans les Gémeaux, lorsque la nuit est très pure naturellement.
- II. — Lune. — Dates des phases :
- N. L. le 16 Janv., à 2il>32m P. Q. le 24 — à 6h35m
- Plus grandes déclinaisons : + i8°36/ le 2 janvier ;
- — i8°33/ le 10 janvier; + x8°3i/ le 29 janvier.
- Variations de distance et diamètre apparent : Périgée, le i4 janvier à 2211, diamètre apparent = 32/58//; Apogée le 26 janvier à 1711, diamètre apparent = 2qi2>o,!.
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Date Astre Magni- tude Phéno- mène Heure (p. Paris) Angle au pôle
- Janv. 6 r Vierge 4,0 Im. 11127m,8 50*5
- — 9 i3 Vierge 5,9 Em. 1 47 1 294
- — 9 v Vierge 4,0 Em. 1 5g 0 357
- — 11 95 Vierge 5,5 Em. 2 43 4 3z5
- — 11 x Vierge 4,3 Em. 6 33 5 25g
- — 26 y Taureau 3,9 Im. 22 26 6 124
- III. — Planètes. — Les indications suivantes ainsi que le tableau d’ensemble permettront de trouver aisément les emplacements des planètes sur le ciel et de connaître les conditions générales dans lesquelles elles se présentent à l’observation.
- Mercure atteindra son élongation orientale le 25 janvier à i8°3i/ E. du Soleil. On cherchera à l’apercevoir dans le crépuscule un peu après le milieu du mois, mais les conditions de son observation sont assez défavorables pour nos latitudes en raison de sa faible élévation au-dessus de l’horizon.
- Vénus est à sa phase de plus grand éclat le 3 janvier : elle se présente alors sous l’espect d’un beau croissant de 43,;2 de diamètre, c’est-à-dire visible dans un très modeste instrument ; se rapprochant avec rapidité de la Terre, celte dimension apparente augmente fortement le croissant devenant de plus en plus fin. Mais la planète, de moins en moins écartée du Soleil, disparaît avant la fin du mois, se couchant peu après lui ; il est donc à recommander de chercher à la trouver en plein jour.
- D’une manière générale, la déclinaison australe décroissante de Vénus améliore les conditions de son observation.
- Mars est maintenant loin de la Terre, ne présentant plus qu’un diamètre réduit à moins de io/;, ce qui s’oppose à son examen détaillé à l’aide d’instruments peu puissants. Il est en quadrature E avec le Soleil le 29 janvier.
- Jupiter se présente toujours dans d’excellentes conditions
- Fig. I. — Variation du diamètre apparent du Soleil (les dates indiquées se rapportent à 1942).
- Bjuillef
- P. L. le 2 Janv., à i5h42m D. Q. le 10 — à 6h 5m
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- 378
- 3 janvier 15 janvier
- (plus grand édah)
- permettant l’utile examen des particularités de son disque, ainsi que les évolutions et les phénomènes de son cortège, des quatre principaux satellites ; voici la liste de ces phénomènes qui seront visibles de Paris :
- Janvier 'Ier, III. O. f.
- Fig. 2. — Principales phases I’~I ^
- de Vénus en janvier 1942. ah22m; I. E. f. 5*n“,8;
- I. P. c. 23*34“. — 3, I. O. c. o*i im ; I. P. f. ih45m II. P. c. 2h3m; I.O. f. 2*22“; II. O. c. 3*19“; II. P. f.
- 4*4 2“ ;*II. O. f. 6*o“ ; I. Im. 20*49“; I- E- f- a3*4o“,6. —
- à, I. P. c. 18*o“ ; I. O. c. 18*39“ ; I. P. f. 20*11“; II. Im. 2oh26m; I. O. f. 2o*5i“. ~5, II. E. f. o*24“,g ; III Im. 2*9“; III. Em. 4*38“ ; III. E. c. 4*48“,9 ; I. E. f. 18*9“,5. — 6, II.
- O. e, 16*89“; II. P. f. 17*52“; II. O. f. 19*20“. — 8, III.
- P. f. i8h2om ; III. O. c. 18h5om ; III. O. f. 21*28“. — 9, I. Im.
- 4h8m. — 10, I. P. c. ih2om; I. O. c. 2*6“ ; I. P. f. .3*3o“ ;
- I. O. f. 4hi7M; II. P. c. 4*22“ ; II. O. c. 5h57m ; I. Im.
- 22^35“. — 11, I. E. f. i*36“,i ; I. P. c. 19*46“; I. O. c. 2o*134m; I. P. f. 21*57“ ; II. Im. 22*44“; I. O. f. 22*46“. — 12, II. E. f. 3*o“,5 ; I. Im. 17*2“; I. E. f. 2oh5m,o. — 13, I. O. f. i7Mm; IL P. c. 17*33“; IL O. c. 19*17“; IL P. f. 2ohi3m ; IL O. f. 2i*58m. — 15, III. P. c. 19*18“ ;
- III. P. f. 2i*48“; III. O. c. 22*5o“. — 16, III. O. f. 1*29“.
- — 17, I. P. c. 3*7“; I. O. c. 4*o“. — 18, I. Im. 0*23“ ;
- I. E. f. 3*3i“,7 ; I. P. c. 2i*34“; I. 0. c. 22*29“; I- P- f* 23*44“. — 19, I. 0. f. o*41“ ; IL Im. i*4“; IL E. f. 5*36“,3 ; I. Im. i8*5o“; I. E. f. 22*0“,5. — 20, I. 0. c. i6*58“; I. P. f. 18*11“; I. 0. f. 19*9“; IL P. c. 19*56“; IL O. c. 2i*55“; IL P. f. 22*36“. — 21, IL 0. f. o*36“. •— 22, IL E. f. i8*54“,3 ; III. 22*48“. — 23, III. P. f. 1*19“;
- III. 0. c. 2*60“ ; III. ®. f. 5*3om. — 24, I. P. c. 4*55“ —-
- 25, I. Im. 2*11“; I. P. c. 23*22“. — 26, I. O. c. 0*24“ ; I. P. f. i*33“ ; I. 0. f. 2*36“; IL Im. 3*26“ ; III. E. f. ig*33“,2 ; I. Im. 20*89“ ; I. E. f. 23*56“,1. — 27, I. P. c. 17*49“; I- 0. c. i8*53“; I. P. f. 20*0“ ; I. 0. f. 2i*4“; IL P. c. 22*21“. — 28, IL 0. c. o*33“; IL P. f. 1*1“ ; IL 0. f. 3*i4“. — 29, IL E. f. 2i*3o“,3. — 30, III. P. c. 2*24“.
- Saturne, lui aussi, reste toujours visible très favorablement, son diamètre apparent se réduisant très légèrement. La présentation de l’anneau reste sensiblement la même que pour les mois précédents. On suivra encore assez aisément les évolutions de ses plus importants satellites et surtout celles de Titan, dont les élongations arriveront : à l’Est les 10 et 26 janvier, à l’Ouest le 18 janvier.
- Uranus, élans le voisinage et au-dessus de Saturne en situation céleste, sc voit dans les mêmes conditions; son observation à l’aielc d’instruments modestes est, rappelons-le, de pure curiosité en raison de la petitesse du disque. Il en est de même pour Neptune, que l’on pourra aperccA~oir dès le milieu de la nuit.
- Soleil
- Mercure
- Vénus
- Mars
- Jupiter
- Saturne
- Uranus
- Neptune
- ASTRE
- Date Passage au méridien de Paris Ascension droite Déclinaison Diamètre apparent Constellation
- 1er Janvier. 11 h54m 7s 18*43“ — 230 4' 32'35"i Sagittaire
- ;10 — xt 58 6 19 22 — 22 4 32 34,7 ) Sagittaire.
- <20 — 12 1 4° 20 5 — 20 18 32 33,4 ) Capricorne.
- (3o — 12 3 5g 20 47 — 17 53 32 3i ,2 | Capricorne.
- 1 (20 — i3 i3 21 17 — 16 57 6,0 l Capricorne.
- ?3o — i3 2 21 53 — 11 3o 8,o j Capricorne.
- 1 / 1er — l4 32 21 23 l4 52 43,2 \ Capricorne.
- Vo - i4 3 21 3o — 12 18 49,8 < Capricorne.
- )20 — i3 j.7 21 24 — 10 i5 57,2 j Capricorne.
- (3o — 12 16 21 3 — 9 29 62,0 j Capricorne.
- J 1 er — 18 4° 1 3o -f- 10 20 10,2 ! Poissons.
- \io — 18 20 1 46 -j- 12 1 9,4 ) Poissons.
- )20 j8 0 2 5 + i3 53 8,6 / Bélier.
- (3o — 17 41 2 26 -f i5 44 7,8 'l Bélier.
- 1 iei — 21 55 4 48 4- 21 5o 44,0 l Taureau.
- \io — 21 16 4 44 —j— 21 4^ 43,o 1 Taureau.
- j20 20 34 4 4i + 2! 4l 42,0 V Taureau.
- (3o — 19 53 4 3g + 21 4° 4o,8 f Taureau. |
- ! 1er — 20 28 3 21 + 16 7 17,8 ( Taureau.
- 1X0 — 19 52 3 19 -j- 16 5 *7,4 1 Taureau.
- A20 — iq 12 3 «9 —16 5 17,2 ) Taureau.
- (3o — 18 32 3 19 + 16 9 16,8 ( Taureau. 1
- ! i« — 20 45 3 38 4- iq i5 3,6 1 [ Taureau.
- x5 - 19 49 3 37 + 19 11 3,6 < Taureau.
- (3o — 18 49 3 36 + '9 9 3,6 / Taureau,
- | 1 er — 5 11 12 1 + 1 i4 2,4 j ( Vierge.
- )i5 — 4 16 12 1 4- 1 i5 2,4 1 Vierge.
- ‘|3o — 1 3 16 12 0 4- x 21 2,4 / Vierge.
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- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Il importe de préciser que les conjonctions indiquées ci-dessous, d’après les positions en ascension droite et en déclinaison des deux astres, se rapportent à l’équateur. L’effet de perspective introduit par la parallaxe, suivant le lieu d’observation sur le globe terrestre, modifie très apprécia-blement l’écartement apparent des deux astres à l’instant du phénomène : ainsi la Lune qui de régions données de la Terre occultera une planète, paraîtra en d’autres régions passer au-dessus ou au-dessous à plus ou moins grande distance.
- Voici la liste des conjonctions en janvier :
- Le 8 Janv Le io — Le 18 — Le 18 — Le 21 —
- Le 24 — Le 25 — Le 26 — Le 27 —
- à 2oh, Neptune avec la Lune à 6h, Mercure avec ip Capricorne à 5h, Mercure avec la Lune à i3h, Vénus avec la Lune à Dq Mercure avec Vénus à 8h, Mars avec la Lune à 17!), Saturne avec la Lune à 2h, Uranus avec la Lune à ioh, Jupiter avec la Lune
- à o° 0'
- à 00 3' N. à 4°io' S. à 2023' N. à 6°i5' S. à 5°2Ô' N. à 2043' N. à 4r5o' N. à 4043' N.
- Météores. — Du 2 au 3 janvier, essaim dos Bootides, radiant vers [3 Bouvier; le nombre horaire des météores visi-
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- blés par nuit complète est de 7 environ. Malheureusement cette année l’observation sera gênée par la P. L., ayant lieu à celte date ; on ne pourrait donc noter que des apparitions très brillantes.
- Étoiles variables. — Liste des minima d’Algol observables pendant ce mois : Janv. U, à 22h52m. — 10, à i6h29m. — 27, à 2ih2om. — 30, à i8hi3m.
- V. — Constellations. — Le ciel de la première moitié de la nuit offre au Sud le spectacle des belles constellations du Taureau, des Gémeaux, d’Orion et du Grand-Chien ; vers le Nord, le Cygne et la Lyre disparaissent; vers le zénith, le Cocher, Persée et Cassiopée. La portion de la Voie Lactée visible maintenant est la plus pauvre pour l’œil, mais elle est riche en curiosités télescopiques dans le Cocher et la Licorne notamment.
- Les observations photographiques, toujours favorisées parla longueur des nuits, sont surtout possibles à cause de la présence de la Lune, vers le milieu du mois pour les longues poses.
- Lxjciex Budaux.
- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE Paul Sabatier.
- Le i4 août dernier est mort à Toulouse Paul Sabatier, prix Nobel de chimie, membre non résidant de l’Académie des Sciences, ancien recteur de l’Université de Toulouse. Il était né à Carcassonne le 5 novembre i854. Peu après sa sortie de l’École Normale Supérieure, il fut choisi par Berlhelot comme préparateur au Collège de France où il prépara sa thèse de doctorat sur les sulfures métalliques. Après un bref séjour à Bordeaux comme chargé de cours de physique, il devint professeur de chimie à Toulouse qu’il ne devait plus quitter.
- De la notice nécrologique lue devant l’Académie des Sciences par son président, M. Vincent, nous extrayons l’exposé suivant des principaux travaux de Sabatier.
- « Dans sa féconde carrière scientifique, les recherches de Paul Sabatier se sont développées en deux phases distinctes : les premières appartiennent au domaine de la chimie minérale, les autres à celui de la chimie organique. Les premières ont mis à profit les disciplines rigoureuses auxquelles il avait été soumis comme professeur de physique. Elles ont débuté par des études de thermochimie, bientôt suivies par celles de faits purement chimiques mais souvent associées à des examens physiques, en particulier celles qui sont du ressort de la méthode spectrale. C’est ainsi qu’il a étudié les spectres d’absorption de certains sels métalliques. On lui doit des recherches sur le chlorure ferrique et les chlorhydrates de chlorures métalliques (fer, cobalt, cuivre) ; foules composés du bore, sur certaines combinaisons curieuses de métaux nitrés, etc.
- ce Ses recherches de la seconde phase ont porté sur des combinaisons du carbone très diverses, hydrocarbures, alcools, aldéhydes, cétones, amines, phénols, etc. Elles sont caractérisées par l’utilisation constante, systématique et remarquablement féconde de la catalyse, recherches dans lesquelles il a donné la marque de son originalité puissante.
- « Avec une excellente équipe de collaborateurs formés par lui, en particulier Jean-Baptiste Sendereiis, qui devint plus tard Correspondant de notre Compagnie, Paul Sabatier découvrit et étudia la propriété remarquable que possède le nickel, préparé d’une certaine manière, de fixer l’hydrogène sur un grand nombre de combinaisons organiques. La réaction, conduite à l’aide d’une technique d’une rare élégance, a souvent lieu d’une manière quantitative et, parfois, si aisément qu’il n’est pas nécessaire de chauffer. On en trou-Arera un excellent exposé dans son ouvrage La Catalyse en Chimie organique, dont la seconde édition a paru en 1920.
- « Paul Sabatier fit aussi la découverte qu’en modifiant les conditions de l’expérience, par exemple en opérant à une température plus élevée que celle d’hydrogénation, il est possible de produire des catalyses de sens inverse, c’est-à-dire de séparer un ou plusieurs atomes de l’hydrogène combiné dans la substance organique. Dans certains cas l’enlèvement d’hydrogène s’accompagne de cyclisations.
- « Il est en outre possible de î-éaliscr des conditions dans lesquelles les deux processus inverses de catalyse se produisent simultanément : dans ce cas, l’hydrogène enlevé à une partie de la substance en réaction est fixé sur la partie restante.
- « Le nickel n’est pas seul capable d’intervenir dans les transformations catalytiques. P. Sabatier a mis en'lumière la même faculté, mais à des degrés divers, chez d’autres métaux, tels que le cobalt, le fer, le cuivre, etc.
- « Élargissant encore le champ de ses découvertes, il a étudié les propriétés catalysantes des oxydes métalliques, qui permettent d’obtenir surtout des déshydratations.
- « Pour expliquer les curieux phénomènes chimiques accomplis grâce à la présence des catalyseurs, P. Sabatier a formulé l’opinion que ces corps donnent, avec l’un des éléments du système primitif, une combinaison temporaire instable dont la destruction ou la réaction rapide sur les autres éléments déterminent la transformation du système, le catalyseur étant régénéré semblable à lui-même et, dès lors, capable de produire indéfiniment le même effet.
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- u Les beaux travaux de P. Sabatier sur la catalyse, commencés en 1897 et poursuivis jusqu’en ces dernières années, ont eu un retentissement considérable. Leurs applications, dans les laboratoires scientifiques et dans l’industrie, ont suscité un nombre sans cesse accru de recherches. Ils ont facilité la production de beaucoup de substances qu’il était difficile d’obtenir par d’autres méthodes. Ils ont permis d’en créer un grand nombre de nouvelles, dont beaucoup sont employées comme médicaments ou parfums. Ils se placent à l’origine de plusieurs industries importantes, en particulier celle de l’ethane utilisé dans les machines frigorifiques, celle de la synthèse des hydrocarbures et du cracking des pétroles bruts, celle de la conversion des acides gras liquides et des huiles en acides solides et graisses concrètes. Je signalerai encore sa méthode nouvelle de synthèse du méthane, ses travaux sur la synthèse d’amines nouvelles, etc.
- « La variété de son oeuvre en chimie organique comme en chimie minérale est considérable. Son importance ne l’est pas moins. »
- ENTOMOLOGIE
- A la recherche d’un ennemi du Doryphore.
- On connaît les ravages causés dans les cultures de pommes de terre par la chrysomélide américaine qui a trouvé en Europe un climat si favorable à son développement qu’en vingt ans elle a envahi tous les champs. Partout on lui cherche des prédateurs et des parasites. En 1987, Feytaud déclarait : « à notre connaissance, le doryphore n’a contre lui, dans le Nouveau Monde, aucun entomophylç susceptible de contrarier sa multiplication ». Un champignon, deux diptères, un hyménoptère forment tout le lot des prédateurs, peu efficace. En Europe, les crapauds, les lézards, les hérissons, les poules, canards, pintades, faisans, et aussi les étourneaux, moineaux, hirondelles, cailles, perdrix mangent bien les doryphores adultes, mais ne montrent pas l’appétit qu’il faudrait. On connaît encore une araignée et un acarien qui s’attaquent aux œufs. Enfin, divers insectes ont été vus occasionnellement suçant des adultes ou des larves.
- On a expédié d’Amérique en Europe à peu près tous les parasites du doryphore qu’on y a pu trouver, on en a tenté l’acclimatation, mais les conditions climatiques sont différentes et l’élevage est incertain.
- Une autre voie peut s’ouvrir pour le salut des pommes de terre, la trouvaille de prédateurs ou de parasites indigènes bien acclimatés à nos régions; c’est ce que cherchent MM. R. Mayné et R. Breny à l’Institut agronomique belge de Gembloux et ils viennent de donner dans le Bulletin de cet institut, leurs premiers résultats qui ouvrent un espoir.
- Après avoir réussi à tuer des doryphores hibernants durant l’hiver 1988 par un champignon entomophyte, Beauveria effusa, ils ont observé en iq4o deux punaises pentatomides, Picromerus bidens et Troilus (Podisus) luridus qui paraissent avides des larves, sans parler de deux autres espèces d’hémiptères, Asopus punctatus et Zicrona cærulea, qui semblent moins avides à la chasse.
- Picromerus bidens est assez commune dans les lieux frais, ou môme marécageux. C’est un carnassier qui préfère les larves de doryphore aux autres proies qu’elle mange aussi : asticots, chenilles de Pieris, larves d’Ephestia, etc. Elle recherche les larves bien gonflées, les pique de son long rostre et les tenant ainsi embrochées et suspendues dans l’espace, les vide plus ou moins en les suçant par ses deux stylets.
- Troilus luridus semble moins commun; on le trouve dans les jeunes taillis et les broussailles. Carnassier chassant à l’affût, il a les mômes préférences que Picromerus pour les larves de doryphore, mais il semble avoir moins d’appétit et ne suce que 2 ou 3 larves par jour au lieu de 3 ou 4- Par contre, il voyage peu et risque ainsi moins de s’égarer hors des champs de pomme de terre. Il attaque comme son congénère en piquant et suspendant sa proie.
- Les deux espèces ont besoin de chaleur et d’humidité; toutes deux pondent à l’automne et hibernent à l’état adulte. MM. Bayné et Breny les ont élevées et observées au laboratoire et y voient un sérieux espoir pour l’avenir de la lutte biologique contre le doryphore. Souhaitons qu’ils réussissent et débarrassent bientôt les champs de la maudite engeance.
- VITICULTURE
- Les sucres de raisin.
- Devant la pénurie actuelle du sUcre, les espoirs se tournent vers le sucre de raisin. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs, puisque Parmentier s’en était engoué au temps du Blocus continental. Mais tandis que l’industrie du sucre de betteraves survécut et se perfectionna, l’extraction du sucre de raisin fut abandonnée et oubliée, si bien qu’on la retrouve aujourd’hui au point même où Parmentier l’avait décrite en 1810 dans son Art de fabriquer les sirops et les conserves de raisins. Seuls les moûts concentrés avaient attiré l’attention en ces dernières années, avec des résultats commerciaux assez médiocres. M. Michel Flanzy, directeur de la station régionale de recherches viticoles et œnologiques de Narbonne a repris la question et il vient de présenter les résultats qu’il a obtenus à l’Académie d’Agriculture.
- Partant des moûts d’aramon colorés et sulfités, pauvres en sucres, il en a extrait quatre produits : un sirop de sucre, un sucre mi-cristallisé, un sucre solide, un moût solide. Le sirop de sucre ou sucre liquide, transparent, jaune, a une densité au moins égale à 4o° Baumé. Le sucre mi-cristallisé ou miel de raisin marque 4o° Baumé et présente des cristaux de glucose dispersés dans le sirop de lévulose; la masse est opaque, blanche, résistante. Le vrai sucre solide est une variété vitreuse, à cassure nette, transparente, très légèrement teintée en jaune clair, qu’on peut couler et mouler et que M. Flanzy a obtenue pour la première fois. Enfin, le moût solide, autre nouveauté, dur et cassant comme verre, contient tous les constituants solides des moûts initiaux, y compris le tartre ; il peut régénérer le moût primitif et donner du vin par fermentation.
- Le sirop de raisin et le miel de raisin, seuls connus jusqu’ici, sont teintés, acides et renferment la totalité de l’agent de mutage.; ils donnent aux produits qu’ils édulcorent un goût assez désagréable ; leur usage actuel disparaîtra dès qu’on pourra disposer à nouveau de sucre cristallisé de betterave ou de canne. Les mêmes produits préparés purs par M. Flanzy peuvent avoir un autre avenir. Le sucre solide qui ne cristallise jamais peut trouver de nombreuses applications en bonbonnerie et en confiserie. Mais le plus intéressant est certainement le moût solide qui résoud le problème industriel des moûts de raisin puisque, sous un volume réduit au cinquième ou au sixième, il garde toutes les propriétés du moût initial qu’il régénère par simple addition d’eau ; il permettra dans l’avenir le stockage des excédents de récoltes, si redoutés des viticulteurs, comme la production de vin dans des pays privés de raisins et libérera les transports de vin de la masse d’eau qui les grève.
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- COMMUNICATIONS A L'ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 juillet 1941.
- Deux moustiques arboricoles observés dans l’agglomération parisienne. — Aedes geniculatus et A. pulchrilarsis sont deux moustiques très voisins des slégo-niies et du moustique de la fièvre jaune et ont des aptitudes infectieuses similaires qui les rendent inquiétants pour l’hygiène publique. On les a déjà rencontrés dans des grandes villes et notamment à Paris. MM. E. Rotjbaud et J. Colas-Bel-cour ont observé sur un marronnier d’Inde abattu à Neuilly-sur-Seine, des galeries provenant de la décomposition des tissus ligneux d’où sont sorties des larves des deux espèces. Le développement de celles-ci est donc possible dans les parcs et jardins urbains et il est difficile à déceler et à réduire.
- L’édification des cirques lunaires et l’orogenèse terrestre. — Continuant ses larges synthèses géogéniques, M, A. Dauvillier examine la formation des cirques lunaires et des grandes fosses terrestres. L’évolution chimique du magma pendant son refroidissement lent sous une écorce viLreuse solidibée et notamment les dégagements gazeux volcaniques expliquent facilement les enfoncements coniques des cratères lunaires et les grands traits des socles océaniques. Il calcule les valeurs des enfoncements produits en 4o.iG6 années par des systèmes correspondant au fossé rhénan plissant les Vosges, aux fosses méditerranéennes refoulant les Alpes, au Pacifique édifiant les Andes et les montre tous actionnés par la gravité, aboutissant aux séismes quand la limite élastique est dépassée et que les socles jouent, tendant enfin vers l’isostasie sans l’atteindre.
- Évanouissements des ondes courtes. — On admet que les évanouissements des ondes courtes radioélectrkpies sont provoqués par un rayonnement de courte longueur d’onde émis au cours des éruptions chromosphériques, vers 80 km. d’altitude, dans la région qui se comporte comme un miroir pour les ondes longues. MM. R. Jouaust et E. Vassy attribuent ce phénomène à l’ionisation des atomes de sodium par le rayonnement ultra-violet des éruptions, lequel doit être considérable puisque les météorites apportent 4 g. de matière par kilomètre carré et par an, ce qui correspond à 2,5.io3 atomes de sodium par seconde et par centimètre carré.
- Champ électrique terrestre et pression atmo= sphérique. — Calculant les corrélations des observations du Val Joyeux et du Parc Saint-Maur, M. R. Guizonnier montre le parallélisme complet entre les fluctuations du champ électrique moyen à la surface du sol et celles de la pression atmosphérique moyenne.
- Séance du il août 19H.
- Le bore dans les graines. — MM. G. Bertrand et
- L. SiIjBerstein ont déterminé la teneur en bore d’un grand nombre de graines ; chez toutes, ils en ont trouvé à des doses variant de 7,6 à 20,6 mg. par kilogramme de matière sèche. Les plantes sont bien plus variables, avec des teneurs de 2,3 à 95 mg. Les graines de graminées sont les plus pauvres, celles de papilionacées et de crucifères plus riches; les graines d’anis et de ciguë ont la plus haute teneur.
- La molécule CH dans le spectre solaire. —
- M. J. Dufay a identifié dans le spectre solaire plusieurs ban-
- des correspondant à celles de la molécule Cil. Une est certaine, les autres seulement très probables.
- Procédé électrostatique pour entretenir les vi= brations. — M. P. Griyet a expérimenté sur des diapasons et des verges dont il entretient la vibration au moyen de deux plaquettes métalliques isolées, distantes des branches de o mm. 5.; l’une sert de microphone électrostatique, l’autre joue le rôle d’activateur électrostatique et reçoit la tension microphonique amplifiée; le diapason est mis à la masse ; il peut être en quartz fondu à surface aluminée qui présente la meilleure stabilité moléculaire pour la construction d’étalons.
- Générateur d’impulsions de fréquence, d’am= plitude et de phase réglables. — M. R. Dehors a réalisé deux circuits à thyratrons dont l’un commande la grille de l’autre. Le premier monté en base de temps reçoit les charges et les décharges d’un condensateur ; le deuxième fonctionne en interrupteur synchrone. L’ensemble donne des impulsions toutes de même signe dont on peut régler la fréquence, la durée, l’amplitude, la phase et qu’on peut Iransformer en trains d’ondes périodiques. L’appareil a d’intéressantes applications en électrotechnique.
- Profondeur des tubercules d’Arum. — Ces tubercules se trouvent à une profondeur constante dans le sol quand ils sont dans les mêmes conditions. M. L. Plantefor en a planté à des profondeurs différentes et il a vu s’enfoncer ceux près de la surface, tandis que ceux ensevelis à 20 cm. ont, pour la plupart, leur axe de croissance plus ou moins redressé. Ceux qui se trouvent à la profondeur optimum présentent la plus grande augmentation de poids.
- Séance du 18 août 19U1.
- Préparation des nitriles. — MM. G. Darzens et C. Mentzer indiquent une nouvelle méthode générale de préparation des nitriles R — CN, par rétrogradation des acides de formule R -— CIP -— COOII. L’acide est transformé en chlorure, puis condensé avec du benzène pour donner une cétone R — CH2 — CO — C6II5 ; celle-ci est isonitro-sée, puis décomposée en acide benzoïque et nitrile.
- Diagnostic différentiel des bactéries du groupe colLtyphique. — MM. A. Sartory et J. Meyer donnent la composition d’un milieu de culture gélosé au sous-acétate de plomb qu’on additionne d’hyposulfitc de soude ou de cystinc. La réaction au plomb est négative dans les deux cas avec le paralyphique A, positive dans les deux cas avec le paratyphique B, négative avec l’hyposulfite et positive avec la cystine pour le colibacille, positive avec l’hyposulfite et négative avec la cystine pour le bacille typhique. C’est donc un moyen de diagnostic précieux.
- Séance du 25 août 1941.
- Radiations intenses du ciel nocturne dans VuL tra^violet. — M. J. Dufay, examinant le spectre d’émission du ciel nocturne dans la région de l’ultra-violet y trouve de nombreuses bandes dont les unes correspondent à l’état normal des molécules d’azote et d’oxygène, mais dont d’autres très intenses restent rebelles à toute identification.
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- La glace en été dans les coulées volcaniques d’Auvergne. — Dans certaines coulées de laves, on trouve des cavités, où même en été, de la glace est formée sur place. Les habitants du pays connaissent ces « trous de glace » et vont même y chercher la glace pour leurs besoins domestiques. On en connaît notamment à 6 ou 7 km. au sud-est de Pontgibaud, à 700 ou 800 m. d’altitude, sur la grande coulée de labradorite du Puy-de-Dôme. C’est un désert de pierres chaotiques et fissurées, sous lesquelles circulent un grand nombre de ruisseaux souterrains dont l’eau est à + 4°. Les trous clc glace ont la forme d’entonnoirs très évasés, de 5 à 10 m. de profondeur, tapissés de mousses et entourés d'arbres et clc broussailles; la glace se forme dans une cavité secondaire de 5o cm. à 1 m., ouverte vers le nord, au fond et non sur les parois; elle est dure, compacte, souillée de terre. MM. A. Lepage et G. Colange en ont vu un bloc de plusieurs dizaines de kilogrammes par une chaude journée d’été. Glanceaud avait expliqué ce phé-
- nomène par la capillarité et l’évaporation; les auteurs, n’ayant pas observé de mouvements de l’air, attribuent au rayonnement nocturne le refroidissement nécessaire pour la congélation de l’eau.
- Séance du, Ier septembre 1941.
- L’essence de feuilles de tabac. — Disposant de 200 kg. de feuilles de tabac de la régie marocaine, MM. S. Sabetay, L. Trabaud et J. Emmanuel en ont extrait 849 g. d’essence concrète qu’ils ont analysée. Ils y ont trouvé de la nicotine accompagnée d’autres bases, de l’acide acétique accompagné de faibles quantités d’un acide à odeur valérianique, des phénols à odeur de cuir, un carbure à odeur pinénique, une cétone à odeur menthée-amylique et des alcools libres et cstérifiés, notamment le bornéol et surtout le t-linalol. Cette essence d’odeur typique présente un réel intérêt pour la parfumerie.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- A QUOI PEUT SERVIR LE SANG
- Notre sang, comme celui des animaux domestiques, est composé d’eau contenant en dissolution surtout de l’albumine, avec un peu de sels (principalement du sel marin) et en suspension les innombrables globules rouges qui donnent à la masse sa couleur rouge. C’est ainsi qu’un litre de sang humain, par exemple, contient environ :
- Eau ................................. 780 g.
- Globules (supposés secs) . ... 135 —
- Albumine.............................. 70 —
- Sels................................... 8 —
- Peu après sa sortie du corps, le sang se coagule : il y a formation d’un « caillot » qui contient les globules, et qui d'abord très volumineux diminue petit à petit cependant qu’augmente la proportion du <c sérum » ainsi que l’on nomme la dissolution jaunâtre dans l’eau de l’albumine et des sels. Le tout, à moins qu’on ajoute quelque antiseptique ou qu’on conserve en glacière, 11e tarde pas à se putréfier.
- Dans les abattoirs bien installés, le sang est soigneusement recueilli : on l’utilise soit pour préparer l’albumine industrielle, soit pour fabriquer un excellent engrais vendu sous le nom « sang desséché » en masse noirâtre de particules brillantes. Notons à ce propos qu’à la campagne, les possesseurs d’un tas de fumier pourront utiliser le sang tout simpement en arrosage sur la masse de matières en décomposition.
- Les diverses façons d'utiliser le sang que nous décrivons ci-après sont applicables au sang humain comme à celui des animaux domestiques ou du gibier.
- Peinture au sang. — En délavant de la chaux finement pulvérisée dans du sérum de sang, on obtient une bouillie dont il est facile de régler la consistance de façon qu’appliquée au pinceau sur une paroi lisse verticale, l’enduit ne « coule » pas. Cette mixture constitue une sorte de badigeon résistant assez bien à l’action des intempéries ; on peut y incorporer divers pigments opacifiants ou nuanceurs des sortes employées couramment en peinture : des ocres par exemple.
- Pour obtenir du sérum en quantité suffisante, recueillir dans un abattoir du sang frais bien propre et le laisser reposer dans une cave ou autre endroit dont la température soit assez basse. Au bout de trois jours, on décante avec soin pour séparer du caillot, et on utilise aussitôt le sérum après l’avoir filtré sur un linge fin. Le sérum en effet s’altère assez rapidement, et dès qu’il sent mauvais, il n’est plus utilisable pour la peinture.
- Mastic adhésif pour céramique. — Depuis un temps immémorial, les artisans chinois savent préparer un excellent produit leur servant pour le raccommodage des vases de
- faïence ou de porcelaine, des objets de marbre, de pierre ou de plâtre, en base de sang. La mixture est préparée peu avant l’emploi en malaxant jusqu’à l’obtention d’une masse bien homogène un mélange de :
- Sang frais bien battu................... 40 g.
- Chaux éteinte en poudre fine. . . 54 —
- Alun finement pulvérisé................. 6 —
- Les surfaces à réunir, bien nettoyées au préalable s’il y a lieu sonl recouvertes d’une couche du produit, puis on les applique les unes sur les autres en ligaturant fortement avec des ficelles que l’on enlève le lendemain.
- Pour apprêter dentelles ou broderies. — Le sérum de sang peut servir à donner de la raideur aux tissus légers, pourvu qu’il s’agisse de pièces écrues ou teintes de nuances assez foncées : les pièces d’un beau blanc seraient en effet légèrement nuancées par le produit. Pour que le sérum ne se putréfie pas, on lui incorpore, dès sa séparation du caillot, un peu d’un antiseptique d’odeur agréable, par exemple 5 g. par litre de nitrobenzène dont on connaît le parfum rappelant celui des amandes amères. Dentelles ou broderies venant d’être lavées sont simplement baignées dans le sérum, après on serre dans la main pour faire sortir le liquide en excès, puis on repasse au fer pas très chaud, en interposant une pattemouille.
- Comment imperméabiliser le carton. — On peut transformer en tuiles économiques les plaquettes de carton provenant de boîtes hors d’usage en les baignant dans la bouillie résultant du brassage de :
- Sang frais bien battu.............. 45 g.
- Chaux éteinte en poudre............ 50 —
- Alun pulvérisé..................... 5 —
- La mixture sera préparée peu avant l’emploi, car elle durcit assez vite.
- Un engrais économique. — Pour faire sécher le sang par exposition au soleil, il est pratiquement indispensable de le faire absorber par quelque matière pulvérulente qui facilitera l’aération et permettra de remuer facilement la couche mince exposée à l’air au cours du séchage. Il est intéressant de choisir, comme « support » du sang, des matériaux eux-mêmes riches en fertilisants : par exemple, les os concassés, les écailles d’huître broyées, de la chaux ou du plâtre « éventés ». Opérer le séchage au dehors, l’engrais ne sentant pas très bon au cours de sa fabrication. Les proportions à mélanger importent peu : il suffit seulement de ne pas ajouter trop de sang psi le mélange était pâteux par exemple, le séchage deviendrait difficile. On peut d’ailleurs ajouter le sang à plu-seurs reprises de manière à enrichir progressivement la masse, qui, lorsqu’elle est bien sèche, se conserve longtemps.
- G. Diiennequin.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Les petites machines électriques (tome III), par
- II. Lanoy. 1 vol., 228 p., 268 fig. Girardot et Cle, Paris, 1941.
- Prix : broché, 75 francs.
- L’ouvrage de M. Lanoy est le seul à notre connaissance qui soit consacré aux machines électriques de faible et très faible puissance, Ces machines intéressent un très grand nombre d’industrie, et cependant il était difficile de trouver sur ce sujet une documentation quelque peu sérieuse. Le traité de M. Lanoy est venu combler heureusement cette lacune. Deux volumes avaient paru avant la guerre, voici le troisième consacré aux groupes convertisseurs, comrnutâtrices, moteur-dynamo, aux petits alternateurs haute, basse et moyenne fréquence, aux moteurs de phonographes. L’auteur étudie également les machines électriques miniatures pour jouets scientifiques ou pour applications spéciales : pompes d’aquarium, caméra d’amateurs, essuie-glace d’autos, moteurs de compteurs, moteurs d’horlogerie électrique. Un dernier chapitre est consacré à l’anti-parasitage des petites machines électriques et l’ouvrage se termine par un appendice sur l’historique des machines électriques.
- La rectification des métaux, par R. Fontaine. I vol.
- 117 p., 61 fig. et il tableaux. Ch. Béranger, Paris, 1941.
- Prix : relié, 55 francs.
- Rectifier une pièce, c’est lui donner par moulage ses cotes finales avec le maximum de précision. La rectification a pris une très grande importance avec le développement des fabrications mécaniques en série. M. Fontaine en donne ici une étude détaillée ; il débute par l’étude de la structure des meules et l’analyse de leur mode d’action ; il décrit ensuite les divers types de machines à rectifier aujourd’hui en usage et montre comment on les utilise.
- Le déclin d’un raisonnement, par Robert Gérard. 1 vol.
- in-8, 33 p. Editions d’art et d’histoire, Paris.
- L’auteur souligne le désaccord croissant entre la pensée classique, basée sur le syllogisme, imbue de schématisme et de simplification et les démarches de la science contemporaine vers le discernement de la complexité. Notamment le langage mathématique récent reflète ce pluralisme expérimental et refoule la pensée cartésienne affaiblie, d’où un malaise croissant, une décadence d’où sortiront peut-être un nouveau langage et une nouvelle forme de l’esprit.
- Les forages profonds du bassin de Paris. La nappe
- des sables verts, par P. Lemoine, R. IIumery et R, Soyer.
- 1 vol. in-4, 700 p., 56 fig., 11 pi., 1 carte au millionième.
- Mémoires du Muséum national d’Ilistoire naturelle, Paris.
- Prix : 260 francs.
- On sait quelle mine de renseignements le regretté directeur du Muséum avait su tirer des sondages profonds exécutés dans le bassin de Paris. Avec le concours de ses deux collaborateurs, il en avait extrait cet ouvrage fondamental qui réunit toutes les données que l’on possède tant sur la stratigraphie des séries tertiaires et crétacées jusqu’au Gault du bassin de Paris, que sur leur hydrologie. Mise au point détaillée scientifique et technique, répertoire raisonné de toutes les coupes relevées dans les forages, ce livre a sa place dans la bibliothèque du géologue, de l’hydrologue et de l'ingénieur. La première partie comporte en 5 chapitres l’étude stratigraphique générale du bassin, l’étude détaillée de l’Albien, l’analyse des phénomènes de subsidence et de la tectonique. Les chapitres suivants étudient les sondages et leur répartition, la piézométrie, l'alimentation et les sorties d’eau de la nappe des sables verts, enfin, les caractères physiques et chimiques de ces eaux. La deuxième partie fournit par département les coupes relevées dans tous les sondages et constitue une mine de renseignements infiniment précieuse.
- Service de Librairie. — Le Service de Librairie de La Nature est à la disposition des abonnés et lecteurs du journal pour leur procurer tous les ouvrages annoncés.
- Les demandes doivent être accompagnées do leur montant, en mandat, chèque ou toute valeur sur Paris, augmenté de 10 pour 100 pour les frais de port pour la France et 15 pour 100 pour l’étranger.
- Le chromage électrolytique, par O. Macchia, traduit de l’italien par D. Berkholz, adapté par J. Glaymann. 1 vol. xv-431 p. 16 x 25, 173 fig. Dunod, Paris, 1940. Prix : broché, 175 francs.
- On sait l’importance que le chromage électrolytique a pris ces dernières années. Avec bien des difficultés, cette industrie a fini par entrer en possession d’une technique bien définie, se prêtant à des applications sans cesse plus nombreuses. L’ouvrage de Macchia expose les règles de cette technique, telles qu’elles résultent de l’expérience scientifiquement contrôlée.
- Ce livre s’adresse surtout aux ingénieurs et industriels ayant à pratiquer ou à faire pratiquer le chromage, ainsi qu’aux contremaîtres à qui il donnera des indications précises et pratiques sur les méthodes opératoires, les procédés de « dépannage », etc.... Il s’adresse enfin aux chimistes de laboratoire à qui il fournira toutes les méthodes actuellement usitées pour le contrôle analytique des bains.
- Chaque problème est traité tant du point de vue théorique que du point de vue chimique, les considérations d’ordre purement chimique sont exposées dans un langage clair facilement assimilable même pour des praticiens ne possédant que des connaissances chimiques d’un usage courant. L’ouvrage résume une abondante documentation puisée aux meilleures sources. Sa copieuse bibliographie sera d’un grand secours aux chercheurs.
- La préhistoire en Gironde, par J. Ferrier. 1 vol. in-S°, 338 p., 85 pl. Imprimerie Monnoyer, Le Mans. Prix : 100 francs.
- Cet ouvrage est une thèse de doctorat, que son auteur, instituteur primaire actuellement directeur de l’École Anatole France à Bordeaux, vient de soutenir devant la Faculté de Poitiers. Après un hommage à tous les pionniers de la préhistoire en Gironde, donnant de précieuses notes biographiques sur ces préhistoriens d’autrefois : Jouannet, Dr E. Ber-chon, A. Meynieu, François Daleau, Dr G. Lalanne, abbé J. Labrie, dont, sauf quelques rares spécialistes locaux, la plupart de nos contemporains ignorent le nom et les écrits, Fauteur esquisse la géologie de la région, puis entre dans le vif de son sujet. Embrassant successivement les grandes périodes de la préhistoire (paléolithique, mésolithique, néolithique et âge des métaux), il expose méthodiquement, d’abord les faits connus au recensement Daleau, qui établit, en 1876, la première carte d’ensemble de l’archéologie préhistorique du département de la Gironde, puis, dans l’ordre chronologique, les découvertes postérieures, peu connues ou inédites. Au cours d’une quinzaine d’années de courses et d’explorations à travers les stations, les grottes et les abris de divers niveaux, le savant instituteur fit, en effet, de très heureuses trouvailles qu’il décrit et interprète avec autant de précision que de prudence scientifique.
- Comment se défend l’organisme, par Léon Binet.
- 1 vol. in-16, 119 p., 12 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1941.
- En physiologiste averti ayant beaucoup expérimenté lui-même, l’auteur a groupé les principales défenses de l’organisme contre le froid, la chaleur, la douleur, la peur, l’asphyxie, l’hémorragie, le choc et la brûlure, la soif et la faim, les irritations respiratoires et les intoxications alimentaires. A considérer tous ces mécanismes puissants, rapides, étonnants, on prend confiance en la vie et en l’art de guérir.
- Les étapes de la biologie, par Maurice Caullery. 1 vol. in-16, 126 p., 12 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1941. Prix : 12 francs.
- Excellent résumé des connaissances, des idées et des théories depuis l’antiquité grecque jusqu’aujourd’hui, en passant par la Renaissance, les débuts de l’observation microscopique, de l’expérimentation et de la physiologie. Le xixe siècle a la plus grande place, avec les grandes figures du début : Lamarck, Cuvier, Geoffroy Saint-IIilaire, les développements de la zoologie marine, de l’océanographie, de la paléontologie, de la cytologie, de l’embryologie, de la protistologie et de la bactériologie, de la génétique, de la physiologie enfin qui rejoint aujourd’hui les sciences physico-chimiques, sans percer toutefois les mystères de l’origine et de l’organisation.
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- BOITE AUX LETTRES
- ERRATUM
- A propos de Léopold Réverchon (n° du 15 juillet 1941). — Dans la notice nécrologique sur notre collaborateur Léopold Réverchon, une erreur typographique a déformé le nom de l’auteur, qui est M. Roger Lallier, bibliothécaire de l’Aéro-Club de France.
- CORRESPONDANCE
- La stramoine et les tziganes. — M. Is. Maranne, membre de la Société botanique de France, nous écrit :
- « Le numéro du 15 septembre dernier de La Nature a publié un intéressant article de mon distingué collègue, le professeur Fournier, sur les plantes à tziganes. Après une étude très serrée sur l’origine de la stramoine (Datura stramonium), il arrive à cette conclusion que la plante, contrairement à l’opinion admise jusqu’à ce jour, n’a pas été introduite par les tziganes, qui l’auraient importée de l’Inde, mais qu’elle serait plutôt originaire du Mexique, ainsi que l’auraient démontré le botaniste américain Safford et le botaniste allemand Wein.
- « La raison qui était surtout invoquée pour justifier le rôle de ces nomades dans le développement de la stramoine était que cette plante se trouvait principalement aux endroits où ils avaient stationné, car, utilisant les graines pour certaines cérémonies, la plante y était semée accidentellement par les graines perdues. Or, il n’en est rien. Tous les ans, la ville de Périgueux est envahie par une bande de tziganes qui établissent plusieurs campements dans les faubourgs ou les environs immédiats de la ville. Ce sont toujours les mêmes endroits qu’ils occupent, soit parce qu’ils les auraient repérés d’avance, soit parce que la municipalité les leur aurait imposés. Après leur départ, et pendant plusieurs mois de suite, j’ai eu beau examiner les" endroits où ils avaient stationné, je n’ai jamais pu trouver un seul pied de stramoine. Cette espèce est même absente sur un rayon d’au moins 7 à 8 km. autour de la ville. Je m’étais toujours demandé si l’introduction de cette plante par les nomades n’était pas plutôt une légende qu’un événement réel. L’article de M. Fournier me donne raison, et mon observation apporte une preuve de plus à sa conclusion. »
- Pellicules fluorescentes. — On peut réaliser des pellicules de gélatine à reflets brillants et miroitants, en utilisant les propriétés fluorescentes de sels de quinine ou d’escu-line (loi de Stokes).
- Pour cela, on ajoute à une solution de gélatine dans son eau de gonflement, liquéfiée au bain-marie, soit 1 pour 100 de chlorhydrate de quinine, en solution chlorhydrique, soit 0 g. 50 de chlorhydrate d’esculine.
- On coule cette préparation sur une lame de verre bien nettoyée et talquée ou légèrement huilée ; puis, après refroidissement et séchage, on détache les feuilles et les plonge dans une solution à 0,50 p. 100 d’acétate de thalium ; par réaction chimique, il se forme à la surface des feuilles une couche brillante et miroitante d’un très agréable effet.
- L’esculine est un glucose extrait de l’écorce de tige de marronnier d’Inde (Aesculus hippocastanum). Elle fournit, avec ia potasse alcoolique, une luminescence très belle, instantanément supprimée par addition d’eau (Dubois).
- Cela posé, voici comment on procède à la fabrication de la colle d’os.
- Les os préalablement concassés sont soumis à un dégraissage, au moyen d’un solvant des matières grasses, tels que la benzine, le sulfure de carbone, ou préférablement, le tétrachlorure de carbone ou le tétrachloréthane, ces derniers ayant l’avantage très important de ne pas être inflammables. L’extraction se fait dans un appareil à épuisement continu, analogue au soxlhet de laboratoire, ce qui permet après évaporation du solvant d’obtenir le suif d’os.
- Les os dégraissés peuvent alors être traités de deux façons pour la conservation en colle :
- 1° par déminéralisation ;
- 2° par dégélatinisation.
- Le premier procédé consiste à traiter le tissu osseux par l’acide chlorhydrique, ainsi que nous l’avons exposé, pour dissoudre les matières minérales formant son armature ; puis la matière résiduaire transparente, formée d’osséine, est convertie en colle ou gélatine par ébullition avec de l’eau. La solution acide, séparée à froid avant transformation, est additionnée d’un lait de chaux qui précipite l’acide phosphorique à l’état de phosphate bicalcique, employé comme engrais sous le nom de phosphate précipité, lequel est très rapidement assimilable par la plante.
- Dans le second procédé, les os sont soumis directement à un traitement par l'eau et la vapeur, ce qui donne un bouillon que l’on concentre par la suite ; le squelette résiduaire est réduit en poudre et vendu sous le nom de poudre d’os dégela tinée ; il contient l’acide phosphorique sous la forme de phosphate tricalcique d’assimilabilité plus lente comme engrais.
- Les colles obtenues par cuisson directe des os dégraissés, mais non déminéralisés, sont nettement inférieures aux colles d’os déminéralisés parce que, pour obtenir une extraction convenable de la gélatine, il est indispensable de soumettre le tissu osseux à une cuisson très longue, à température élevée, qui provoque toujours une altération de la gélatine et diminue son pouvoir adhésif.
- Le bouillon de gélatine, concentré, est couché dans des. moules en bois ou en métal, dans lesquels, par refroidissement, il se prend en gelée. Après démoulage, les blocs sont débités en tranches, puis séchés avec de grandes précautions, sur des filets tendus sur des cadres, qui circulent dans un couloir où se déplace de l’air pur, de façon à éviter le développement sur la colle des bactéries liquéfiantes, ce qui est parfois difficile.
- La colle d’os appelée dans le commerce « colle brevetée »• présente d’ordinaire un aspect laiteux dû à une petite quantité de phosphate de chaux retenue dans la masse ; loin de constituer un défaut, cette apparence laiteuse recherchée est souvent augmentée artificiellement par addition de blanc de-baryte, de plomb ou de zinc.
- Écran phosphorescent. — 1° La formule suivante permet de préparer un très bon vernis à l’acétate de cellulose pour fixer le sulfure de zinc phosphorescent sur un écran de-
- carton :
- Acétone............................... 850 cm3
- Tétrachloréthane...................... G00 —
- Alcool à 95°........................... 50 —
- Sulfure do zinc........................ 50 —
- Acétate de cellulose................... 30 —
- Dissoudre d’abord l’acétate de cellulose dans l’acétone, ajouter ensuite l’alcool et le tétrachloréthane, en dernier lieu le-sulfure de zinc.
- Fumier artificiel. — On peut utiliser les débris de-paille et en faire un compost en y ajoutant les déchets divers de toutes sortes tels que feuilles d’arbres, balayures de cours, curures de fossés et de mares desséchées, boues de routes,, fonds de greniers, nettoyage de basse-cour ainsi que des matériaux de démolition tels que platras écrasés.
- Ajouter, à mesure du chargement du tas, environ 10 pour 100 du volume de chaux éteinte qui rend la masse alcaline en neutralisant son acidité éventuelle et favorise en même-temps que la décomposition organique la nitrification.
- Recouper trois à quatre fois à la bêche pour aérer la masse, avoir soin de la maintenir humide au moyen d’arrosages-, légers.
- Ainsi, on peut réaliser, avec un peu de soin, un fumier artificiel peu coûteux et très efficace.
- Éviter particulièrement une trop grande élévation de la température de la masse, ce qui pourrait occasionner une déperdition d’ammoniaque et diminuerait les propriétés fertilisantes.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoub frères et cie a laval (france) — 15-11-41 Puhlished in France
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- N° 3076
- LA NATURE
- 15 Décembre 1941
- = LES SUPERNOVÆ =
- SOLEILS ÉPHÉMÈRES ET GÉANTS
- Le premier acte du drame se passe pendant l’époque tertiaire, il y a quelque 7 5oo 000 ans. Il se déroule dans une petite nébuleuse spirale de la constellation de Persée : une étoile de cette nébuleuse vient d’exploser ; d’un jour à l’autre, son éclat a centuplé, puis centuplé et encore centuplé, et son rayonnement prodigieux s’est irradié dans l’espace.
- Le deuxième acte a lieu le i4 septembre 1937. Après 75 000 siècles de voyage, l’un des rayons émis par l’étoile a rencontré un obstacle. Cet obstacle s’est trouvé consister en une plaque photographique, qu’un astronome terrestre avait disposée au foyer de son télescope.
- Et le dénouement a été exprimé en trois lignes dans les faits divers des journaux : (t L’astronome américain Zwicky, de l’Observatoire du Mont Palomar, vient de découvrir une étoile nouvelle ».
- NOVÆ ET SUPERNOVÆ
- Avouons qu’au premier abord, cette découverte n’impressionne guère plus les astronomes que les profanes : « Une nova, disent-ils, bah ! Nous en enregistrons, dans notre Galaxie, bon an mal an, une vingtaine. Ce sont de petites étoiles qui, brusquement, se mettent à briller à l’égal des plus belles. L’une d’elles, qui apparut en 1918 dans la constellation de l’Aigle, passa de la 10e à la ire grandeur, devenant presque aussi étincelante que Sirius. En général, leur éclat est près de 100000 fois plus grand que celui du Soleil. Nous en avons l’ecueilli de nombreux spectres, et l’Observatoire de Meu don a même pu reconstituer complètement l’histoire de la Nova d’Hercule de 1934 : au moment où l’astre éphémère atteint son apogée, son spectre présente des raies d’absorption puis, peu à peu se strie de puissantes raies d’émission fortement décalées vers le rouge, indiquant ainsi, grâce à l’effet Doppler-Fizeau, un mouvement d’expansion des gaz lumineux qui peut dépasser 1 000 km. à la seconde ; l’histoire se poursuit par un spectre de bandes brillantes analogue à celui des nébuleuses gazeuses, et se clôt par la rechute de l’étoile à sa 10e ou i5e grandeur primitive. De plus, nous savons que
- Avant d’arriver au miroir sphérique, les rayons lumineux traversent une lame correctrice, dont la forme est indiquée en coupe sur la figure.
- notre Galaxie n’est pas seule à posséder des Novæ. Les nébuleuses spirales, qui sont autant de galaxies, en montrent, elles aussi, qui revêtent le même éclat et suivent la même évolution. Pourquoi voulez-vous, concluent les astronomes, que, dans ces conditions, nous nous émouvions de la découverte de Zwicky ?
- Mais il ne s’agissait point d’une nova ordinaire. Celle de l’Aigle, par exemple, de iro grandeur apparente, n’était distante que de i i83 années-lumière, ce qui correspond à un éclat intrinsèque i58 ooo fois supérieur à celui du Soleil ; mais la nova de Zwicky était 6 34o fois plus éloignée ; quel éclat ne devait-elle pas avoir pour se présenter encore comme de i3e grandeur apparente, alors que les étoiles les plus brillantes de la même nébuleuse n’atteignaient pas la 20e grandeur ? En fait, l’éclat de cette extraordinaire nova, de cette Supernova égalait 4o millions de fois celui de l’astre du jour...
- LA PROSPECTION DES SUPERNOVÆ]
- A dire vrai, ce n’était pas la première fois que l’on notait l’apparition d’une supernova. La distinction entre celle-ci et la nova standard ne date guère que de 1936, mais on s’est aperçu que plusieurs objets catalogués jadis comme simples novæ devaient plutôt être rangés dans l’autre catégorie. Tel est le cas de l’astre éclatant — il rivalisait avec Vénus ! •— qui surgit dans Cassiopée en 1672, à la grande stupeur de Tycho-Brahé ; tel est encore celui de l’étoile apparue en i885 dans la nébuleuse d’Andromède : elle n’était que de 7e grandeur apparente, mais, en réalité, brillait 60 millions de fois plus que le Soleil. Au total, une douzaine de ces corps célestes figuraient, en 1936, dans les catalogues astronomiques, lorsque les Américains Baade et Zwicky, ayant établi qu’ils formaient décidément une classe à part, résolurent de leur consacrer une technique particulière.
- Il s’agissait d’abord de les déceler rapidement ; il fallait donc se préoccuper de fabriquer un télesCôpe à grand champ, susceptible d’explorer de larges portions de ciel. N’oublions pas, en effet, que le champ des
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- Fig. 2. — L’astronome Zicirkg à son télescope Schmidt.
- grands télescopes est infime : celui du télescope de 2 m. 5o, par exemple, n’est pas plus large que la pleine Lune, et l’on dit que le télescope de 5 m., en cours d’achèvement, n’aura un champ net que sur un diamètre de 25 mm. !
- Zwicky mit alors à exécution la solution imaginée par le Dr Schmidt, de l'Observatoire de Bergedorf. Le télescope de Schmidt (fîg. i) comporte un miroir sphérique et il est fermé par une lentille asphérique, dont on verra, sur la ligure î, la forme très spéciale. Contrairement aux autres, cet instrument possède un champ d’autant plus vaste que son ouverture est plus grande, et cette dernière peut aller jusqu’à F/0,57 > dans ce cas, le champ a la largeur de 4o pleines lunes.
- L'appareil utilisé par Zwicky au Mont Palomar a 45 cm. d’ouverture et, avec une pose d’une demi-heure, il peut accéder à la 170 grandeur apparente. Il permet de surveiller périodiquement 3 000 nébuleuses extra-galactiques, qui ont, jusqu’ici, fourni une récolte d une trentaine de supernovæ.
- On dira que c’est peu. Sans doute, en comparaison de la fréquence des nova' : « Dans une nébuleuse, écrit M. Bertaud, il apparaît en moyenne une supernova tous les 600 ans... On voit que la fréquence des supernova> est 20 000 fois plus petite que celle des novæ. »
- TORRENTS D’ÉNERGIE
- La figure 2 montre le l)r Zwicky réglant son télescope Schmidt, et la figure 3 présente le résultat de ses efforts. L’image de droite est celle d’une nébuleuse spirale vue par la tranche, celle qui porte le n° ioo3
- fin ‘Juin 1938
- Courbe de lumière de la supernova de SOC 1003.
- dans le .Veto General Catalogne de Dreyer, distante de 7 5oo 000 années-lumière. L’image de gauche, prise par Zwicky, montre, suspendue au-dessous de la nébuleuse la super-nova soudainement surgie, supernova que l'on désigne, en abrégé, par la notation SN. N OC, ioo3.
- 11 est naturellement très intéressant de suivre les variations d’éclat de cette étoile. Comme on a eu la chance de la saisir une semaine avant quelle atteignît son éclat maximum, on a pu en dresser une excellente courbe, que le lecteur trouvera figure 4- Elle montre qu’après s’èlre élevé très rapidement à 4o millions de fois celui du Soleil, l’éclat a redescendu ensuite non moins rapidement pendant quelques semaines, puis qu’il a poursuivi son déclin à une cadence très ralentie. À la fin de la courbe, il ne vaut plus que 600 000 fois celui du Soleil.
- Toutes les supernovæ suivent à peu près la meme courbe de lumière ; il n’y a que la valeur du maximum qui varie. Celle que le même astronome trouva dans la nébuleuse n° 4182 de
- Fi y. 3. — /.’ apparition d’une supernova.
- La photographie de droite montre la nébuleuse spirale jNOC 1003 avant l'apparition de la supernova. Celle de gauche montre, désignée pur la flèche, la supernova apparue le 14 septembre 1037 , ’hotos de l’Observatoire du Mont Palomar).
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- YIndex Catalogue, — c’est-à-dire SN. IC 4i8u-— monta, par exemple, jusqu’à 600 millions de fois l’éclat solaire : Mlle aussi put être observée avant son maximum, grâce à l’astronome suisse Leutenegger et à notre Observatoire de Meudon ; M. Bertaud la retrouva, en effet, sur deux plaques que son collègue M. Grenat avait prises à la Table équatoriale le 17 août 1937, un jour après Leulenegger et une semaine avant Zwicky. Sa courbe de lumière est celle de la figure 6. Les deux points noirs indiquent les observations de Meudon.
- Malheureusement, comme c’est par leur accroissement d’éclat que les supernova? attirent l’attention,
- 21 Septembre 1937
- mi -Avril 1938
- Vig. (5. — Courbe de lumière de la supernova de IC 4182. '
- Les deux petits ronds noirs représentent les observations do l’Observatoire de Meudon.
- Fig. 5. — Apparition de la. supernova de IC 4182.
- On voit ici. de gauche à droit'', des photographies de la nébuleuse IC 4182, extrêmement faible et à peine visible, prises les 10 avril, 20 août, 31 décembre 1037 et 8 juin 1038. La supornova apparaît sur la deuxième, dépassant de beaucoup l’éclat de la nébuleuse ; puis son éclat décroît, et elle n’est plus qu’à peine visible sur
- la dernière (Photos Zwicky).
- naires, elles, se cantonnent autour d’un éclat de quelque 63 000 fois celui du Soleil, et l’on ne connaît pas d’intermédiaire entre les deux, ce qui prouve bien que les supernovæ constituent une classe d'étoiles tout à fait distincte de celle des nova?.
- A rayonner tant qu’elles peuvent, elles dépensent des quantités d’énergie complètement inaccessibles à notre entendement. SN. NGC ioo3, par exemple, a dépensé, en un an, 5 milliards de fois plus d’énergie que le Soleil, c’est-à-dire, en une seconde, de quoi faire bouillir une masse d’eau 4 000 fois plus grosse que la Terre (J) ! SN. IC 4182 est encore plus prodigue : elle en a dégagé, dans les trois mois qui ont suivi son maximum, autant qu’en libère le Soleil en 3o millions d’années ! Il ne lui faudrait que
- 1. 5,8 x 1017 ergs.
- on ne les découvre généralement qu’après leur maximum, c’est-à-dire que l’on ne peut guère dessiner que la branche descendante de la courbe. M. Bertaud, s’appuyant sur une méthode de Baade, a pourtant réussi à reconstituer les branches ascendantes de quelques-unes et à en déduire leurs maxima. En moyenne, ceux-ci valent 02 millions de fois l’éclat, du Soleil, le record actuel étant détenu par SN. NGC 4182 : « Pour se rendre compte de son énorme éclat (600 millions de fois celui de notre Soleil), écrit le jeune et savant astronome de Meudon, il suffit, de penser qu’à la distance de Sirius, c’est-à-dire à 9 années-lumière de nous, elle aurait plus de 16 millions de fois l’éclat de celle étoile et 1 400 fois celui de la pleine Lune, ce qui fournirait un éclairement égal à celui d’une lampe de 3oo bougies placée à 1 m. C1). » Les novæ ordi-
- Fig. 7. — La labié équatoriale de l’Observatoire de Meudon.
- C’est cet instrument qui a permis de photographier la supernova
- de IC 4182.
- 1. L’Astronomie, lévrier 1941.
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- Fig. 8. — Apparition de la supernova de NGC 5907.
- La photo de gauche est prise au télescope de 1 m. 50 du Mont Wilson le 22 mars 1935. Celle de droite, prise au télescope Schmidt du Mont Palomar par l’astronome J. Johnson le 16 février 1940, montre une supernova de 14e grandeur apparente (Photos Public. Astr. Soc. of Pacific, avril 1940).
- spectre recueilli par Humason ; les traits numérotés, plus ou moins épais, sont les raies de l’hélium, qui servent de repères ; le spectre de la supernova est le ti’ait allongé horizontalement ; il est là tel que l’obtint Humason, seulement considérablement agrandi ; celui du bas est le même spectre, élargi pour la commodité de son étude. Il faut se souvenir que toutes ces images sont des négatifs, où les raies d’émission apparaissent en noir et les raies d’absorption en clair. On voit donc, sur cette figure, que les parties noires, c’est-à-dire les raies d’émission sont excessivement élargies, jusqu’à former de larges bandes qui empiètent les unes sur les autres et s’embrouillent mutuellement.
- Si le lecteur demande à les identifier, nous devrons avouer que nous en sommes tout à fait incapables. En plus de celles de l’hélium ionisé deux fois et de l’oxygène ionisé quatre fois, sans doute renferment-elles aussi celles de l’hydrogène. Ce degré d’ionisation, c’est-à-dire le fait que deux électrons aient pu être arrachés à chaque atome d’hélium et quatre à chaque atome d’oxvgène, dénote une folle élévation de température. Mme Payne-Gaposchkin et son confrère Whipple, en reproduisant synthétiquement ces spectres, n’ont-ils pas montré qu’ils exigeaient de i5 ooo à ioo ooo° ?
- a Mais pourquoi ces raies sont-elles si larges ? » se demandera-t-on encore.
- Cet élargissement est certainement dû à l’effet Doppler-Fizeau. Les gaz s’écartent de tous les côtés, comme une enveloppe lumineuse qui s’agrandirait sans cesse, expansion parente de celle des novæ, mais avec des
- i / ioo ooo ooo de seconde pour vaporiser un volume d’eau gros comme le globe !
- LES RÉVÉLATIONS DU SPECTRE
- Fig. 9. — Apparition de la supernova de NGC 4273.
- En haut à gauche : photo de la nébuleuse spirale NGC 4273 prise le 10 mai 1931 par Mayall ; à droite, la même, prise le 16 février 1936, par Van Maanen, montrant la supernova. Au-dessous, le spectre de la supernova (Photos Public. Astr. Soc. of Pacific, 1936, p. 110).
- Naturellement, l’étude spectrale des super-novæ apporte un bon supplément d’informations. Ce n’est pas que cette étude soit bien facile : il n’est pas précisément commode d’attraper le spectre d’étoiles de i3e ou de i4e grandeur apparente. C’est à quoi s’attacha cependant le grand spécialiste américain Humason, avec le télescope de 2 m. 5o. Ce dernier est équipé d’un spectrographe dû au Dr Rayton, ouvert à F/o,36 et dans lequel, tout comme dans un microscope à immersion, une couche d’huile est interposée entre la couche sensible et la face arrière de la lentille. L’une des supetnovæ qu’il décela, SN. NGC 4273, éloignée de 7 ooo ooo années-lumière, était inférieure à la i5e grandeur.
- Cette nébuleuse NGC 4273 est représentée sur la figure 9. La photographie de gauche, prise par Mayall en ig3i, ne montre pas de supernova ; celle de droite, obtenue par Van Maanen en ig36, montre la supernova surgie au bord supérieur. L’image du dessous est le
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- vitesses autrement considérables : l’enveloppe lumineuse de SN. NGG ioo3 se dilaterait à raison de 6 ooo à 7 ooo km./seconde, et celle de SN NGC 5278 à la vitesse fantastique de 10 ooo km./seconde !
- Assurément, on est très excusable d’être abasourdi par ces phénomènes excessifs, et le lecteur qui en exige une preuve est tout à fait pardonnable. Mais les astronomes sont gens de ressources. Vous réclamez des faits ? Ils vous en présentent deux, dont l’observation appuie singulièrement les théories qui précèdent.
- Le premier nous oblige à remonter 887 ans en arrière, et à émigrer jusqu’en Chine. Une chronique chinoise de l’époque relate, en effet, qu’en l’an io54, une brillante étoile naquit tout à coup près de l’étoile Ç du Taureau, récit confirmé par les annales japonaises, qui attribuent à cet astre l’éclat de Jupiter. D’après ces observations, on évalue aujourd’hui l’éclat réel à
- Fig. 10. — La Nébuleuse du Crabe, photographiée par Magall.
- Au-dessous, spectre suivant son grand axe (remarquer le dédoublement des raies). En bas, spectre suivant son petit axe (pose : 6 h. lo mn) (D’après Public. Astr. Soc. of Pacific, 1937, p. 103).
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- Fig. 11. — La Nébuleuse en Dentelle, du Cygne (Photo Observatoire Yerkes).
- 19 millions de fois celui du Soleil. C’était donc une supernova et, qui mieux est, une supernova galactique. Or, en épanouissant sa lumineuse corolle de gaz au rythme de 1 3oo km./seconde — vitesse déduite de sa distance et du déplacement angulaire de quelques-uns de ses points — elle a abouti à former l’accumulation de gaz que l’on appelle aujourd’hui la Nébuleuse du Crabe. C’est cet objet singulier que présente la photographie 10. On notera, dans les spectres, les raies dédoublées : ce dédoublement provient de l’effet Doppler-Fizeau, le bord de la nébuleuse le plus éloigné de nous continuant à s’en éloigner et le plus rapproché continuant à s’en rapprocher. Il prouve donc que l’expansion persiste toujours (fig. 10).
- Quant au second fait, nous le trouvons dans la constellation du Cygne. Il y a au moins 10 ooo ans, une supernova éclata dans cette région. Son enveloppe gazeuse se dilata, tant et si bien qu’elle se fendit et que les morceaux, réduits à de faibles nuages lumineux, continuèrent à se séparer. De nos jours, ils sont tellement écartés qu’ils forment trois nébuleuses gazeuses isolées, cataloguées respectivement NGC 6960, NGC 6992 et NGC 6995. La première n’est autre que la splendide Nébuleuse en dentelle, que l’on admirera sur la photographie 11. Toutes trois posent, au milieu du fourmillement des étoiles, une pâle boucle luminescente. Cette boucle est large comme 9 pleines lunes, et
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- les mesures de Hubble, au Mont Wilson, montrent qu’elle s’agrandit toujours.
- ÉTOILES BRILLANTES ET INVISIBLES
- Reste à se demander quelle cause donne naissance à ces prodigieux phénomènes. Il semble que l’on ait aujourd’hui tendance à se rallier à l’explication proposée par Milne en 1930, et complétée récemment par Zwicky. Les supernovæ seraient des étoiles dont l’intérieur s’est affaissé, par suite d’une rupture d’équilibre, cet affaissement, celle contraction se traduisant par une énorme élévation de température. Celte dernière, favorisant une énergique ionisation, dépouille les atomes de la majeure partie de leurs électrons et il n’en reste plus que les noyaux ; étant très réduits en volumes, les atomes peuvent être beaucoup plus pressés les uns contre les autres, de sorte que l’étoile, tout en demeurant extrêmement chaude, est excessivement comprimée et dense : elle est devenue une naine blanche, dont nous avons exposé ici même les stupéfiantes performances (*).
- Zwicky trouve ainsi qu’un an après son maximum, I. La Nature, l;i octobre 1938.
- Fig. 12. — La nébuleuse NGC 0992.
- Avec la précédente et une troisième nébuleuse, celle-ci constitue la Boucle du Cygne, que l’on considère comme le reste d’une ancienne supernova (Photo Observatoire Ycrkes).
- la supernova dégénérée n’est plus qu’une naine dont le cœur mesure 100 km. de rayon, dont la température superficielle est de l’ordre de 5 millions de degrés, et la densité tellement vertigineuse qu’un cm3 en pèse 1 mil liard de kg. Une parcelle grosse comme un petit pois est aussi lourde que le paquebot Normandie...
- Enfin, les spectres de supernovæ nous présentent un autre phénomène non moins curieux : un déplacement d'ensemble de toute la partie violette vers le rouge, déplacement qui croît avec le temps. Vingt jours après le maximum, par exemple, le déplacement est déjà de i5 À. (*) ; 80 jours plus tard, de 67 ; 3oo jours après le maximum, de io5, et SN. IC 4182 a même atteint 125 Â après 33g jours. On appréciera l’étrangeté de ce déplacement si l’on se souvient que, sur une étoile filant à raison de 1 000 km./seconde, l’effet Doppler-Fizeau ne décale guère les raies que d’une vingtaine d’angstroems.
- Dans le cas des supernovæ, certains astronomes, comme Mme Payne-Gaposchki-n, l’inlei'prètent plutôt comme la conséquence d’une ionisation croissante mais, d’après Zwicky, c’est tout bonnement un effet Einstein.
- La théorie de la Relativité enseigne, en effet, qu’un atome peut être considéré comme une petite horloge dont les vibrations rythment le temps. Mais c’est une horloge sensible à la pesanteur : plus là pesanteur est forte, plus les vibrations sont ralenties. Or, des vibrations ralenties, cela signifie que la lumière émise par l’atome tourne au rouge. Si l’on examine son spectre, on doit donc y discerner un certain décalage vers le rouge. Ainsi s’expliquerait, suivant Zwicky, le déplacement du spectre des supernovæ. Pourtant, il faut bien remarquer que l’effet Einstein est un déplacement du spectre en bloc, et que, dans les spectres de supernovæ, la partie violette paraît se déplacer seule, comme si le rouge et le violet étaient complètement indépendants l’un de l’auti'e.
- Cet effet Einstein, le savant américain n’hésite d’ailleurs pas à le porter à ses plus extrêmes conséquences. Selon lui, il peut exister des étoiles où l’action gravitationnelle soit tellement puissante et le ralentissement subi par la lumière tellement considérable que celle-ci emploie un temps très élevé pour parvenir en un point extérieur, et qu’elle y arrive même avec une énergie nulle... Bien quelles irradient des torrents de lumière visible, de telles étoiles seraient à tout jamais dérobées à nos yeux !
- Pourtant, à bien réfléchir, xrous doutons que ces hyper-supernovæ existent effectivement. En effet, selon les idées relativistes, leur champ de gravitation aurait pour conséquence de courber l’espace, et il pourrait se faire que cette courbure fût si forte que l’espace se refermât autour d’elles. Les autres astres, la Terre en particulier, seraient situés en dehors de l’espace, c’est-à-dire nulle part... Cela nous conduirait à nier notre propre existence, chose que, depuis l’ego sum de Descartes, nous accorderons difficilement aux théoriciens. Pierre Rousseau.
- 1. Un angstroem est 1/10 000 000 de millimètre.
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- LE GENÊT PEUT-IL CONJURER LA CRISE = DE NOS INDUSTRIES TEXTILES ?
- Nos industries textiles ne peuvent plus se procurer aujourd’hui les matières premières nécessaires à leur fonctionnement. Avant la crise, en effet, la France achetait son coton aux États-Unis, en Égypte ou aux Indes. Elle faisait venir de Russie ou du Bengale la
- Fig. i. — Pied de genêt d’Espagne ou spartier à feuilles de jonc (Spnrtium junceum) sur la lande de Sauveterre {Gard).
- plus grande partie du lin et du chanvre qu’elle tissait. L’Afrique du Sud, la République Argentine et l’Australie lui fournissaient presque toute la laine qu’elle utilisait tandis qu elle demandait à la Chine, au Japon et à l’Italie de compléter le faible apport de ses magnaneries car les quantités de soie, produites par ces dernières, ne représentaient pas plus de 5 pour ioo de la consommation de nos fabriques lyonnaises. Or, par suite des événements mondiaux, toutes ces sources étrangères d'approvisionnement sont maintenant taries. Aussi divers techniciens proposent des succédanés textiles nationaux plus ou moins adéquats, en tète desquels vient le Genêt d’Espagne ou Sparlier à feuilles de Jonc (Spartium Junceum).
- A l’heure actuelle, les fabricants de tissus s’intéressent vivement à cet arbuste, qui croît à l’état sauvage dans les terrains arides cle la région méditerranéenne (flg. i) et que les jar-
- diniers ornemanistes recherchent pour l’élégance de son port ; ses grandes fleurs jaunes et odorantes s’utilisent également en parfumerie. Des feuilles lancéolées rares mais d’un joli vert glauque, lisses en dessus et légèrement veloutées en dessous, ornent ses rameaux noueux dont les tisseurs de l’Afrique du Nord et de l’Europe méridionale emploient, d’ailleurs, depuis un temps immémorial, les fibres élastiques et résistantes pour confectionner de solides étoffes.
- En France, les paysans pauvres des Cévennes et du Bas-Languedoc s’en servaient encore, de façon courante, il y a peu d’années, comme matière textile pour fabriquer des toiles grossières et inusables. En particulier, les paysans de Celles (Hérault;, de Sauveterre, de Rochefort et de la Valette (Gard) coupaient le genêt à la serpe, dès sa floraison. Puis ils en formaient de petits ballots qu’ils broyaient avec un pilon de bois afin d’éliminer l’extrémité des tiges et des rameaux. Ils empilaient ensuite ces. paquets dans des fosses, les recouvrant d’herbes et de paille, qu’ils arrosaient de façon intermittente durant une dizaine de jours. Après quoi, ils déterraient le tout et frappaient le genêt suffisamment ramolli avec une batte plate, de manière à pouvoir en détacher la partie fibreuse. Nettoyant alors les brins un à un, ils les étendaient en éventail sur le sol, pour vérifier s’ils ne renfermaient pas de grains de sable ou autres substances étrangères et les laissaient ensuite sécher au soleil. Finalement, ils réunissaient lesdits brins en liasses, qu’ils conservaient jusqu’à l’hiver. A cette saison, la filasse se détachait aisément des parties de l’écorce qui y adhéraient encore. Hommes et femmes peignaient celle-ci à la main pendant les longues veillées hivernales ou bien la livraient en
- Fig. 2. — Récolte des fleurs de genêt aux environs de Rochefort-du-Gard {Gard).
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- écheveau à une des fabriques de Lodève, alors centre de tissage régional important.
- Quand les fermiers languedociens ou cévenols veulent vendre simplement les fleurs de Spartier à la parfumerie, ils les récoltent à la belle saison dans les garrigues (fig. 2) puis, les étendenl sur des toiles où ils les abandonnent quelques jours (fig. 3). Après ce séchage au soleil, ils les expédient à leurs clients.
- Aujourd’hui, dans la région de Mazamet. et de Castres, on procède à des essais de tissage de la fibre de genêt, essais qui paraissent fort encourageants. Le Genêt d’Espagne présente, du reste, de précieux avantages sur le lin, au point de vue textile, car il prospère dans les landes calcaires, sableuses, rocailleuses ou argileuses sans grande valeur culturale. On peut en récolter annuellement 100 quintaux à l’ha. pendant plus de deux lustres, sans autre entretien que de rares sarclages. En outre, ses libres possèdent une résistance extraordinaire unie à une incomparable légèreté. Avec
- 7 kg. de fil de genêt, on réalise effectivement la même surface de tissu qu’avec 11 kg. de fil de lin.
- Il faudrait organiser la culture dans les terrains favorables, qui ne manquent pas dans notre pays, par exemple en Bretagne, en Sologne et sur le plateau de Lannemezan. D’après un spécialiste autorisé, M. Lucien Petitbarat, en sélectionnant les meilleures variétés de Spartier à feuilles de jonc, en choisissant pour chacune d’elles les régions les plus propices, en semant à l’automne leurs graines sur des zones étendues et en les cultivant de façon rationnelle, on récolterait une quantité suffisante de fibres pour alimenter notre industrie textile tout le long de l’année.
- Ce serait un appoint très sensible et il ne faut pas oublier que nos tisseurs versaient à l’étranger 2 600 millions de francs chaque année pour l’achat du coton, de la soie ou du jute. D’autant plus, qu’un ingénieur italien, Salvador Cambriono, a imaginé de remplacer les anciens procédés de macération, de battage, de rouissage et de peignage manuel par divers traitements chimiques qui, associés à des machines perfectionnées, permettent d’opérer beaucoup plus rapidement le filage des fibres.
- Notons qu’on tire encore du Genêt d’Espagne d’autres produits d’une certaine valeur. Indépendamment de ses fleurs dont on extrait, au moyen des dissolvants volatils, un suave parfum comme nous le notions plus haut, les différentes parties de la robuste Joncacée fournissent la spartéine, base huileuse dont le sulfate est un excellent tonique cardiaque adjuvant de la digitale. Enfin cet arbrisseau pourrait fort bien concurrencer l’alfa algérien comme matière première de la pâte à papier et ses résidus de peignage servir au bourrage des coussins, des matelas, des fauteuils ou des chaises.
- Jacques Boyer.
- OU EN EST LA TÉLÉVISION EN FRANCE ?
- Sans revenir ici sur l’historique de la télévision, ce qui nous entraînerait trop loin, nous devons cependant constater que voici une dizaine d’années qu’elle est entrée en France dans sa phase active.
- Les débuts furent caractérisés, de 1982 à 1935, par une transmission hebdomadaire sur 3o lignes, donnant une image assez grossière. Bientôt, cette définition fut portée à 60 lignes. Les scènes à diffuser étaient représentées dans un petit studio installé 97 rue de Grenelle, dans les locaux du Service de la Radiodiffusion. On utilisait pour cette émission le poste de Paris P. T. T. sur 431 m. de longueur d’onde, avec une bande passante de 10 kilohertz, pour la partie radioélectrique, puis un émetteur expérimental de
- 1 kW. transmettant sur 180 m. avec une bande de modulation de 3o kilohertz.
- Il ne s’agissait alors que d’émissions expérimentales.
- Les premières émissions régulières de télévision furent assurées en France au mois de décembre 1935, date à laquelle le Service de la Radiodiffusion mit en exploitation un émetteur d’images à 180 lignes, d’une puissance de 10 kW., installé au pied du pilier nord de la Tour Eiffel. Dans le courant de l’année 1987 fut monté un second poste plus puissant susceptible de transmettre des images plus fines, formées par environ 45o lignes entrelacées. Pour ne pas nuire à la perspective du Champ-de-Mars, cette nouvelle station fut installée en sous-sol dans un bâtiment édifié cette
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- fois au pied du pilier sud de la Tour. Les premières émissions commencèrent en septembre ig3j avec une puissance de 7,5 kW, qui fut portée à 25 kW. en mars 1938. L’antenne, installée sur la lanterne de la Tour, est alimentée en courant de très haute fréquence modulé par un câble concentrique articulé, dit <( coaxial », qui grimpe jusqu’au sommet en longeant l’arête du pilier. La longueur de ce câble est de 38o m. et son poids de 12 t.
- Arrêté en septembre 1939, ce service n’a pas encore été repris.
- Les émissions de télévision de la Tour Eiffel sont les seules qui aient été autorisées pour un service régulier. Les constructeurs dont les laboratoires étudient la question n’ont le droit d’effectuer que des émissions expérimentales.
- A l’heure actuelle, le public français est encore assez peu informé des questions de télévision. Depuis plusieurs années, cependant, il a pu se rendre compte, par les démonstrations données aux expositions de T. S. F., que la télévision existe et qu’elle donne des images de bonne qualité.
- Mais il doit aussi constater que ce dixième art n’a pas encoi’e acquis pratiquement droit de cité en France, comme c’était le cas avant-guerre dans divers pays étrangers.
- C’est la raison pour laquelle nous avons cru utile de montrer que la télévision est techniquement au point et d’examiner les causes qui ont pu contribuer à retarder jusqu’à ce jour son développement.
- LTNDUSTRIE FRANÇAISE DE LA TÉLÉVISION
- Le public n’a, jusqu’à présent, aucun contact avec cette industrie dont la fonction a consisté, soit à faire des recherches expérimentales en vue d’un développement futur de cette branche de la radioélectricité, soit à fournir au service de la Radiodiffusion les postes émetteurs et récepteurs dont il a besoin.
- Pendant quelques années, la station à ondes très courtes de la Tour Eiffel a été considérée comme un poste expérimental pour la recherche des meilleures « normes », c’est-à-dire des caractéristiques des émissions susceptibles de donner la meilleure image et le meilleur rendement.
- Quatre procédés, différant assez peu les uns des autres, ont été essayés comparativement. Ce sont ceux de la Compagnie française Thomson-Houston, de la Compagnie française de Télévision, des Etablissements Grammont et de la Radio-Industrie.
- Ces recherches ont abouti en 1938 à l’élaboration des normes que nous indiquons au paragraphe suivant.
- Pour donner une idée exacte et précise des possibilités actuelles de l’industrie française en la matière, nous ne saurions mieux faire que de décrire une installation type de recherches et de construction, telle que celle récemment mise au point par la Compagnie française de télévision. C’est le résultat d’efforts continus qui remontent à plus de quinze ans. En 1926, la
- Fig. 1. — Vue d’ensemble du Centre expérimental de télévision de Montrouge, surmonté de l’antenne spéciale.
- Compagnie des Compteurs, escomptant l’essor futur de la télévision, installa dans de modestes locaux un petit laboratoire qui fut confié à M. R. Barthélemy. C’est dans ce laboratoire que vit le jour, en 1929, le premier équipement à prise de vue directe à « basse défini lion », c’est-à-dire donnant une image analysée et reconstituée par 3o lignes horizontales seulement. Ce fut ensuite le premier poste émetteur à 180 lignes employé en 1 g35 par le service de la Radiodiffusion nationale pour assurer une exploitation quotidienne, qui se poursuivit pendant un an et demi.
- Les travaux acharnés de M. Barthélemy et les résultats qu’il obtint furent pour beaucoup dans la décision, prise alors par le Ministre des P. T. T., de faire construire le premier poste de télévision de la Tour Eiffel. Le grand public avait assisté avec un vif intérêt aux démonstrations données par l’inventeur à la Sorbonne et, à l'Ecole supérieure d’Electricité en ig3i.
- La mise au point du Centre expérimental de télévision de Montrouge, unique en son genre non seulement en France mais dans le monde, représente dix ans d’efforts continuels. Il nous a paru intéressant d’en donner la description pour montrer le degré de perfection auquel est actuellement parvenue l’industrie française de la télévision.
- LES NORMES ACTUELLES DE LA TÉLÉVISION
- Ouvrons maintenant une parenthèse pour indiquer les caractéristiques actuelles des émissions de télévi-
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- Fig. 2. — Le studio du Centre expérimental de télévision.
- En haut,-les-rampes-d-éclairage ; au-premier plan à droite, le microphone suspendu ; au fond, la caméra de prise de vue et la glace étanche qui établit une communication visuelle avec, les opérateurs du tableau mélangeur-distributeur.
- sion. A la période expérimentale, que nous avons signalée ci-dessus, a succédé, depuis le ior juillet ig3S, une période d’exploitation normale, caractérisée par la fixation des caractéristiques jusqu’alors assez llot-lantes.
- Ces caractéristiques qui devaient rester en vigueur pendant trois ans, soit jusqu’au ier janvier 1941, pour permettre aux constructeurs de produire, sans crainte de voir constamment modifiées les données du problème pratique, ont été implicitement reconduites.
- L’émission de la station de la Tour Eiffel est caractérisée par deux longueurs d’onde, celle de 6,5a m. pour l’émetteur de l’image et celle de 7,14 m. pour l’émetteur du son. Ces caractéristiques sont particulières à la station de la Tour Eiffel. Toute autre station de télévision aurait, naturellement, des longueurs d’ondes différentes, à moins d’être synchronisée avec la première.
- L’image est produite par des impulsions de courant a positives », ce qui veut dire que toute augmentation d’éclairement d’une région de l’image se traduit par une augmentation de l’amplitude du courant modulé, et inversement.
- Il est évident qu’on pourrait aussi bien adopter la disposition contraire, qui était d’ailleurs primitivement celle du procédé Barthélemy.
- Dans certains appareils récepteurs, il suffit de tourner un bouton pour passer de l’image positive à l’image négative, comme si, dans l’examen d’une image photographique, par exemple, on substituait brusquement le cliché à l’épreuve. Cette disposition peut présenter un certain intéi'êt pour le télécinématographe.
- Dans la succession de la modulation, on distingue deux fréquences : la fréquence des images et la fréquence des lignes. Les images se succèdent à une fréquence de 5o périodes par seconde. Mais, comme il s’agit de demi-images entrelacées les unes dans les autres comme deux grilles superposées, la fréquence des images complètes n’est, en réalité, que de 25 périodes par seconde.
- Chaque image élémentaire est reproduite par un nombre de lignes compris entre 44o et 455. On appelle fréquence des lignes, ou du balayage, le nombre de lignes qui se succèdent en une seconde. Cette fréquence est de 44o x 2b — 11 000 périodes par seconde pour la valeur la moins élevée et de 455 x 25 = 11 375 périodes par seconde pour la valeur la plus élevée.
- L’image rectangulaire n’a pas de dimensions strictement définies, ce qui est facile à comprendre : selon les tubes, selon les types d’appareils, selon les écrans de projection, l’image sera plus ou moins grande. La seule chose qui reste constante, c’est le « format » de l’image, autrement dit le rapport de sa largeur à sa hauteur, qui est égal à 5/4.
- Sur la durée totale de chaque ligne, on prélève une fraction de 18 pour 100 pour assurer la synchronisation des lignes entre l’émetteur et le récepteur.
- De même sur la durée totale de l’image, on réserve une fraction de 7 pour 100 afin d’assurer la synchronisation de l'image entre l’émetteur et le récepteur.
- L’amplitude totale des signaux est exprimée en centièmes. La partie de cette amplitude comprise entre 3o et 100 pour 100 est consacrée à la modulation. Celle comprise entre zéro et 3o pour 100 est réservée aux signaux de synchronisation.
- Les blancs purs de l’image sont fournis par l'amplitude maximum de la pleine lumière, soit 100 pour 100. Le noir total est donné par l’amplitude minimum de modulation, soit 3o pour 100. Entre ces deux limites, on trouve évidemment toutes les tonalités intermédiaires.
- Lorsqu’on utilise l’amplitude maximum, l’image présente les plus grands contrastes, de 3o à 100 pour 100. Mais on peut diminuer le contraste entre les blancs et les noirs et obtenir une image plus grise en limitant l’amplitude des blancs à une valeur moins grande, à 70 pour 100 par exemple.
- Pour l’établissement des récepteurs de télévision, les constructeurs doivent donc tenir compte de ces normes qui, quels que soient les progrès de la télévision, restent encore valables.
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- Fig. 3. — La prise de vue au studio : la caméra est braquée sur le sujet. Un objectif à viseur permet de faire la mise au point et le cadrage.
- LE CENTRE EXPÉRIMENTAL DE TÉLÉVISION DE MONTROUGE
- Revenons maintenant au Centre expérimental de télévision installé à Montrouge et dont M. Chaînon et M. Le Duc, administrateurs de la Compagnie française de télévision, nous ont fait fort aimablement les honneurs, ainsi que M. Weygand, directeur commercial.
- Terminé en 1986, ce centre est installé dans un vaste bâtiment couvrant une superficie de 4 000 m2 et renfermant à la fois les laboratoires, les ateliers, un vaste studio et une station d’émission de 6 kW., dont l’antenne élevée surplombe les constructions (fi g. 1).
- Aux étages des bâtiments sont répartis les laboratoires ; au premier, les laboratoires de recherches en haute et basse fréquence, les mesures, les oscillographes cathodiques, l’optique ; au second étage, les
- tubes cathodiques de réception, les iconos-copes de prise de vue, les cellules photoélectriques, les multiplicateurs. L’atelier permet la réalisation de tous les montages électriques et mécaniques, et même la construction des postes d’émission des plus grandes puissances.
- Précisons que les recherches et la fabrication sont faites par un personnel français, sous la protection de brevets français depuis la a caméra » de prise de vue jusqu’au récepteur d’images, en passant par l’émetteur et par tout le matériel accessoire.
- Le centre de Montrouge comprend encore une station d’émission complète, servant pour les essais, un grand studio pour prises de vue intérieures, un jardin
- pour les vues de « plein air », un mélangeur-distributeur, une cabine de son, une installation de télécinéma et une salle de démonstrations, avec projection de l’image sur écran.
- Nous allons donner quelques précisions sur chacun de ces équipements particuliers à la télévision.
- LE STUDIO
- C’est une vaste salle de 12 m. sur 8 m. (fîg. 2 et 3), dans laquelle des rampes de réflecteurs suspendues à des ponts roulants forment comme un plafond lumineux donnant une lumière modérée et diffuse. Ces rampes totalisent i5o lampes de 100 W., soit une puissance de i5 kW. Un écran de verre coloré est chargé d’arrêter les rayons infra-rouges et laisse passer quatre cinquièmes de lumière utile. L’éclairage normal est de 2 000 lux, mais la caméra est assez sensible pour travailler sous un éclairement réduit à 200 lux.
- Cette caméra de prise de vue (fîg. 4), qui se présente sous la forme d’un appareil blindé monté sur un trépied à roulettes coulissant, est pourvue de deux objectifs : l’un sert à la visée de l’opérateur pour la mise en place du sujet ou de la scène à transmettre ; Tautre est l’objectif servant expressément à la prise de vue et formant une image de 9 cm. x 12 cm. sur la plaque de T a iconoscope ».
- Avec de grands objectifs on arrive à transmettre une scène de théâtre.
- La modulation de l’image est ensuite transmise de la caméra au tableau mélangeur par un câble coaxial englobé dans un câble à 33 conducteurs de 35 mm, de diamètre qui assure toutes les liaisons de la caméra, en particulier toute son alimentation en énergie électrique, les conducteurs de déviation, de contrôle d’image, etc...
- Fig. 4. — La caméra de prise de vue.
- Cette caméra est montée sur un support mobile à roulettes, extrêmement stable, qu’on dirige facilement par le volant. La manette permet do braquer la caméra dans la direction désirée. On aperçoit côte à côte, par l'ouverture, l’objectif de l’iconoscope et celui de la lunette de visée. L’iconoscope et l’ensemble de l’appareillage électrique de prise de vue sont renfermés à l’intérieur de la boîte blindée.
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- LA PRISE DE VUE
- Au studio de télévision, la prise de vue exige beaucoup moins d’éclairement qu’au studio de cinéma. Cette circonstance est due au fait qu’il faut une quantité de lumière beaucoup plus grande pour impressionner un film cinématographique que pour agir sur une cellule photoélectrique.
- L’organe le plus délicat et le plus complexe de la caméra de télévision est l’iconoscope, sorte d’ampoule de verre qui comporte à la fois les éléments d’un oscillographe cathodique et ceux d’une cellule photoélectrique multiple. L’image de 9 cm. x 12 cm. fournie par l’objectif de la caméra se forme dans l’iconoscope sur une couche photosensible portée par une plaque de mica analogue à une plaque photographique. Cette plaque de mica est recouverte sur sa face postérieure par une couche de platine ou d’argent, et sur sa face antérieure par une mosaïque de grains d’argent et d’oxyde de césium. Chaque élément de cette mosaïque photoélectrique constitue ainsi un petit condensateur élémentaire avec la couche postérieure. L’image qui se forme sur la mosaïque donne à chacun de ces condensateurs élémentaires une charge d’électricité qui est proportionnelle à l’éclairement, c’est-à-dire au relief
- Fig. 5. — La chaîne des amplificateurs de modulation.
- Ce tableau groupe tous les circuits de modulation, rassemblés dans le châssis métallique sous forme de cellules blindées. On aperçoit, sur le panneau antérieur de chaque cellule : une boîte grillagée qui protège les lampes et permet leur aération, des appareils de mesure et une rangée de boutons de réglage.
- de l’image, les points blancs correspondant à une charge plus forte que les points noirs.
- Le canon à électrons de l’iconoscope envoie sur cette image son faisceau cathodique, qui, comme une sorte de fil conducteur à bras mobile, vient cueillir successivement les charges d’électricité de chacun des grains de la mosaïque. Il décharge d’abord tous les grains d’une ligne, horizontale, puis tous ceux de la ligne sui vante et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ait balayé toute l’image en 45o lignes environ. De cette manière les variations de teinte et d’éclairement de tous les points de l’image sont successivement traduits en une modulation de courant électrique, qu’on peut appliquer aux ondes de très haute fréquence chargées de transmettre l’image par télévision.
- La description de ces phénomènes demande une ou deux minutes, mais en fait cela se passe beaucoup plus vite, chaque ligne horizontale de l’image ne demandant que x/ii 000e de seconde environ pour sa prospection.
- Il est prodigieusement intéressant de voir fabriquer ces mosaïques photoélectriques dans les laboratoires de la Compagnie française de télévision. La plaque de mica utilisée est finement clivée et n’a pas plus de 2/100® de mm. d’épaisseur. Les grains de la couche d’argent n’ont que 5 millièmes de mm. de diamètre. La difficulté consiste à répartir ces grains sur la plaque afin qu’ils s’y déposent sam se toucher. On y parvient en électrisant ces grains et en les faisant tomber comme un nuage dans une sorte de cheminée de verre.
- Quant à la couche continue de platine qui forme l’autre armature de la plaque de mica, elle est déposée dans le vide par simple pulvérisation cathodique.
- Certains iconoscopes à grande sensibilité utilisent, en outre, des « multiplicateurs d’électrons », c’est-à-dire des tubes qui, par le jeu d’un rayonnement secondaire, multiplient le courant et produisent une amplification considérable. Par contre, le gain d’amplification fait perdre de la finesse.
- On estime qu’un iconoscope simple peut donner une image de 600 lignes, qui possède déjà une très grande finesse.
- TABLEAU DES AMPLIFICATEURS
- Ce tableau se présente sous la forme d’un bâti métallique pourvu d’un nombre considérable de châssis qui groupent les appareils de commande, d’amplification et de contrôle de la modulation (fig. 5). Les commandes permettent de réaliser des mélanges de modulation, de modifier les niveaux des teintes, de contrôler la sécurité et la synchronisation.
- Une image de contrôle apparaît sur un oscillographe monté aux bornes du départ du câble. Les divers contrôles de modulation sont effectués sur des tubes cathodiques de mesure, dont l’écran a un diamètre de 100 mm.
- Une certaine difficulté surgit du fait de la compensation des taches provenant des irrégularités de l’icono-
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- Fig. 6. — Le poste émetteur du Centre expérimental de télévision.
- A gauche, le pupitre de commande. A droite, les divers panneaux du poste de G kW : maître-oscillateur, amplificateur, modulateur.
- scope. Des boutons de correction sont prévus à cet effet sur le châssis. D’autres servent à modifier la modulation et le balayage en amplitude et en phase.
- La courbe de balayage de l’image peut être modifiée à volonté. Elle apparaît sur le tube cathodique où l’on peut dessiner à volonté des dents de scie et courbes plus ou moins arrondies.
- L'APPAREIL DE TÉLÉCINÉMATOGRAPHE
- Une salle spéciale est réservée aux transmissions de films cinématographiques. Cette technique diffère de celle de la télévision en ce sens qu’il s’agit d’analyser, non plus des images mobiles, mais des images fixes du film qui se succèdent à la cadence de 25 par seconde. L’exploration n’est donc plus continue, mais discontinue.
- Le procédé employé pour le télécinéma est assez curieux. L’image du film n’est projetée sur la mosaïque de l’iconoscope que pendant io à i5 pour ioo du temps. Le pinceau cathodique n’explore donc plus une image vivante, à proprement parler, mais un souvenir, un enregistrement analogue à celui du son sur un disque.
- La phase du film doit être réglée par la phase du moteur d’entraînement, de manière à supprimer la transmission de la bande noire qui sépare deux images consécutives du film.
- L’éclairement est obtenu avec une simple lampe à incandescence de 760 W., travaillant sous 8 V. Le jeu de l’obturateur fait que la lumière de cette lampe n’est projetée sur le film que pendant 10 pour 100 du temps.
- Lorsque la lumière est coupée par l’obturateur, la mosaïque reste chargée et cette charge peut même se conserver pendant 7 h 8 mn. Le pinceau cathodique de décharge ne transporte qu’un courant de 1 microampère sous une tension de 5oo à 1 000 Y.
- Il est assez curieux de remarquer que pour produire les signaux de synchronisation, on a avantage à utiliser une solution mécanique, assurée par un moteur tournant à 1 5oo tours par minute, dont l’inertie évite les risques de vai’iation de la fréquence du secteur.
- Un tableau mélangeur spécial permet d’associer la modulation de la télévision à celle du télécinéma. Le procédé est le même que pour la radiophonie, où l’on mélange parfois la modulation microphonique à celle prélevée sur un disque par un pick-up.
- L'ÉMETTEUR DU COURANT PORTEUR
- L’émetteur de télévision à très haute fréquence, construit par la Société française radioélectrique (fig. 6), consomme 70 kW. sur le réseau et donne une puissance de 6 kW. sur la longueur d’onde de 8,i3 m. (37 mégahertz). Il comporte un oscillateur à cristal de
- quartz de 64 m. de longueur d’onde, suivi de trois étages doubleurs de fréquence sur 32 m., 16 m. et 8 m.
- Cet émetteur a été spécialement étudié pour pouvoir transmettre sans affaiblissement une bande passante de 6 mégahertz. En raison de la largeur considérable des bandes de télévision, des essais sont en cours en vue de transmettre seulement une demi-bande, ce qui ramènerait la largeur à 3 mégahertz.
- Actuellement, le son est transmis sur une longueur d’onde métrique voisine de celle de l’image, parce qu’on estime pouvoir ainsi utiliser pour les deux modulations le même amplificateur à haute fréquence. Néanmoins, on peut penser qu’à titre transitoire et pour gagner une clientèle à la télévision dans le public des auditeurs, il serait souhaitable de transmettre aussi la modulation sonore de la télévision sur 200 m. environ de longueur d’onde, comme on le faisait naguère par la station de la Tour Eiffel. Il n’est pas indifférent de noter que la transmission du son sur 7 m. coûte environ 1 000 francs de plus pour la réception acoustique sur un poste de télévision, alors qu’on pourrait utiliser à cette fin le récepteur normal de radiodiffusion si la transmission était faite dans les bandes d’on des attribuées à la radiophonie.
- LES CONDITIONS DE LA RÉCEPTION
- Pendant longtemps, on a estimé que la portée des ondes très courtes, telles que celles utilisées pour la télévision, était limitée à la zone de vision directe par les obstacles et par la courbure de la terre. Ainsi une antenne placée au sommet de la Tour Eiffel aurait, dans cette hypothèse, une portée de 60 km. environ
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- autour de Paris. C’est, en effet, la distance limite d’où l’on aperçoit le sommet de la Tour Eiffel. Mais on a pu vérifier que pratiquement cette, portée est supérieure, du fait d’une certaine diffraction des ondes. Avec une antenne de réception bien dégagée, les émissions de télévision de la Tour Eiffel faites sur 6 et 7 m. de longueur d’onde avec une puissance de 3o kW. peuvent donc être captées dans un rayon de 80 à go km., qu’on espère même pouvoir porter à 120 km. En somme, on peut considérer que de bonnes réceptions sont obtenues dans le rayon d’une portée supérieure d’au moins a5 pour xoo à la portée optique.
- Cependant certaines difficultés surgissent du fait des réflexions des ondes qui se produisent soit sur les antennes, soit sur divers obstacles, murs, maisons, etc. au voisinage du lieu de la réception.
- Tout se passe alors comme si divers rayonnements indirects se superposaient au rayonnement direct. Il s’ensuit qu’on ne reçoit plus seulement une image mais deux ou trois images qui se superposent, comme il advient lorsqu’on prend plusieurs photographies sur la même plaque'
- Cet inconvénient est assurément fort gênant, mais il ne se produit souvent que si l’onde reçue arrive très affaiblie, au delà de 80 km. environ dans le cas de la Tour Eiffel.
- Par contre, ces ondes très courtes de la télévision présentent un avantage considérable : leur absence d’évanouissement (fading).
- Toutefois, elles sont assez sensibles à la pluie, qui a pour effet de faire baisser leur intensité. Naturellement les obstacles les absoi’bent facilement. Lorsqu’on fait des essais avec un poste récepteur mobile, on remarque que l’absorption des ondes est complète sous les ponts.
- LE RÉCEPTEUR DE TÉLÉVISION
- Le public a déjà eu l’occasion, lors des expositions et des Salons de la Radio, de se familiariser avec !a présentation d’un récepteur de télévision. Quelles que soient sa forme et sa disposition, il comporte toujours essentiellement un écran sur lequel vient se former l’image. Cet écran est généralement constitué par le fond même du tube à rayons cathodiques. Parfois, l’image est projetée sur un éci'an d’assez grandes dimensions.
- Jusqu’à ce jour et compte tenu du nombre de tubes nécessités par ces montages, on estime que, toutes choses égales d’ailleurs, le prix d’un récepteur de télévision doit s’établir normalement entre trois et quatre fois le prix d’un récepteur de radiodiffusion équivalent. Il faut penser qu’il s’agit d’assurer, non seulement la réception de l’image, mais encore celle du son.
- La sensibilité moyenne du récepteur peut être établie pour 1 mV. à l’entrée. C’est-à-dire qu’à l’extrême rigueur, un tel poste pourra capter des ondes cinq fois plus faibles (0,2 mV.).
- La difficulté de la réception réside moins dans le récepteur lui-même, qui peut être construit selon un schéma uniforme, que dans l’antenne, qui doit tenir compte des conditions locales de la réception et être établie avec le plus grand soin.
- L’installation des antennes de télévision réserve bien des surprises. Une antenne mal installée produira des réflexions, donc des « ondes stationnaires », c’est-à-dire des sortes d’échos visuels. De même que la voix d’un prédicateur est répercutée sous la nef d’une cathédrale, de même l’image de télévision appai'aîlra alors bordée de franges qui la dédoubleront ou la détripleront. Il faut penser que le passage d’une ligne de l’image s’effectue en moins d’un dix-millième de seconde et qu’un très faible retard d’une onde, une simple « différence de marche » d’un cent-millième de seconde suffit à pi'oduire une seconde image décalée d’un dixième de longueur de ligne par l’apport à la première.
- Les Anglais, qui utilisaient déjà plus de 00 000 récep-teurs de télévision en 1939 et avaient une certaine pratique de ce genre de transmission, estimaient que la pose d’une antenne extérieure spéciale, nécessaire pour recevoir convenablement les images, i*evient à 5oo ou 600 francs environ. Les constructeurs de collecteurs d’ondes antipai’asites trouveront là une application nouvelle et intéressante de leur industrie, puisque les antennes de télévision font également usage de con-ducteui's et de câbles blindés spéciaux.
- Les récepleui's de télévision sont insensibles à la plupart des perturbations qui affectent les grandes et les petites ondes. Par contre, ils sont très sensibles aux parasites particuliers des ondes très courtes, notamment aux étincelles des moteurs à explosion. Il est probable que, dans un avenir prochain, on sera amené à prescrire un antiparasitage rationnel de tous les moteurs à explosion.
- Quant aux parasites atmosphériques, à ceux des ascenseurs et des appareils ménagers, les récepteurs de la télévision y sont pratiquement insensibles.
- Par temps de pluie, lorsque l’affaiblissement des ondes de la télévision est grand, surtout dans les maisons, dont les murs deviennent conducteurs, la réception sur antenne intérieure ne peut être assurée dans de bonnes conditions. C’est ce qui confirme la nécessité d’utiliser toujours une antenne extérieure bien installée.
- LES TUBES A RAYONS CATHODIQUES
- Le tube ou oscillographe à l’ayons cathodiques est l’organe essentiel du récepteur de télévision et c’est sur l’écran fluorescent qui recouvre son fond que se forme l’image.
- La durée moyenne du tube cathodique est de 1 000 h. environ, comme celle d’une lampe électronique. Sa cathode débite 100 microampères et la tension maximum de ses anodes, variable d’ailleurs suivant le type de tube, est de 5 000 à 6 000 V. Le vieillissement du tube se manifeste surtout par l’affai-
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- blissement de la cathode, qui s’use à la longue sous l’effet du bombardement des particules électrisées.
- Dans les tubes les plus modernes, le pinceau cathodique qui balaye l’écran est concentré magnétiquement au moyen de bobines, au lieu de l’étre électriquement par des plaques de condensateur. Cette nouvelle disposition donne de meilleurs résultats et rend les réglages plus faciles, du fait que les bobines sont extérieures au tube, tandis que les plaques sont à l’intérieur.
- Il est difficile de donner des indications, même approximatives, sur le prix d’exploitation d’un récepteur de télévision, les bases qu’on possède actuellement étant susceptibles de se modifier très rapidement dès que la télévision sera entrée effectivement dans nos mœurs.
- PROJECTION DE L’IMAGE SUR UN ÉCRAN
- Fig. 7. — La salle de démonstration du Centre expérimental de télévision.
- La réception de l’image est obtenue sur l’écran qu’on aperçoit au fond. Le récepteur proprement dit, le tube cathodique formant l’image sur écran fluorescent et le système optique de projection sont dissimulés derrière le rideau. Sur le grand écran, l’image projetée apparaît par transparence.
- Dans les récepteurs de grandes dimensions, l’image recueillie sur le fond du tube cathodique est agrandie par un système optique. L’emploi d’un tel système présente un double inconvénient : il est coûteux et il agrandit les défauts. Le rendement lumineux du système optique est de l’ordre de go pour xoo environ. On arrive à recueillir un éclairement de 60 à 80 lux sur le fond des grands tubes qui supportent des tensions anodiques de i5 ooo à 25 ooo et même 4o ooo V. La fatigue de ces tubes apparaît au bout d’une centaine d’heures de fonctionnement.
- La brillance de l’enduit fluorescent dépend à la fois de sa composition chimique et de la tension anodique à laquelle elle est sensiblement proportionnelle. On a vérifié qu’un écran aux sulfures de zinc et de cadmium possède une brillance de o,25 bougies à i 5oo V., de o,5 bougie à a ooo V., de 0,75 bougie à 2 5oo V. et de i,x bougie à 3 ooo V. On peut obtenir en fait un rendement de 2 bougies par W.
- L’utilisation de tensions anodiques très élevées, de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de volts, pose à la construction des conditions spéciales, relatives surtout à l’isolement du tube, de ses électrodes et de ses circuits d’alimentation, ainsi qu’à la natui’e de l'écran fhxoï'escent.
- A mesure que s’accroît la tension anodique, on observe une rigidité plus grande du pinceau électronique, dont la déviation requiert des tensions de plus en plus élevées. Une puissance modulée plus considérable doit être appliquée aux électrodes de déviation. Il convient à la fois d’augmenter l’amplification pour obtenir des tensions modulées plus élevées et de
- réduire le gain par étage pour s’assurer plus de puissance.
- On ne peut songer à augmenter beaucoup les dimensions du tube cathodique, en raison de son encombrement et de sa fragilité. En outre, par l’effet de la pression atmosphérique, le fond du tube supporte une force mécanique considérable qui oblige à employer un verre épais et à lui donner une forme bombée. Un calcul très simple montre que l’atmosphèi'e exerce sur le fond d’un tube à rayons cathodiques de 60 cm. de diamètre une foree totale de 3 t. Pi'atiquement, on ne peut, pour le moment, envisager la construction de tubes de plus grand diamètre.
- Tout le problème se ramène donc à produire, sur le fond du tube, une image d’une brillance telle qu’il soit possible d’obtenir une luminosité suffisante en la projetant sur un écran, compte leixu de l’absorption du système optique.
- L’objectif, qui a une vingtaine de cm. de diamètre, donne de l’écran fluorescent une image agrandie sur leci'an en verre dépoli au sable ou à l’acide. Cette image est aperçue par ti'ansmission directe du flux lumineux à travers l’écran, et non par réflexion, connue au cinématographe.
- On a fait diverses démonstrations spectaculaires successivement sur des écrans de o m. 60 x 1 m., de 1 m. x 1 m. 80, de 1 m. 5o x 2 m. Nos lecteurs ont encore présents à la mémoire la séance de télévision sur grand écran donnée au théâtre Marigny le 3i mars 1989 sous les auspices du Service de la Radiodiffusion natioxxale..
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- La télévision permet actuellement de transmettre de bonnes images projetées sur un écran d’une surface de 4 m2 et même supérieure. Nous en avons eu la démonstration dans la salle de spectacle de la Compagnie française de télévision (fig. 7), où l’image apparaît sur un écran de io5 cm. x 180 cm. Seule la profondeur de la salle n’a pas permis d’utiliser un écran de plus grandes dimensions. Cette installation nécessite un tube cathodique de grande taille alimenté sous 4o 000 V. et consommant une puissance de 600 W., dont 4o W. sont dissipés sur l'écran. Le pinceau cathodique charrie, en effet, un courant de 1 milliampère.
- De telles performances démontrent qu’on peut, d’ores et déjà, montrer simultanément à tous les spectateurs d’une grande salle une image télévisée de bonne qualité et de grande finesse, couvrant une surface de 3 à 4 m2. L’augmentation de la luminosité est recherchée par l’accroissement des tensions anodiques, qu’on espère porter jusqu’à 100 000 V.
- Mais, quel que soit l’intérêt spectaculaire de telles démonstrations sur grand écran, il semble bien que la télévision s’orientera plutôt vers la réception familiale sur l’écran de 3o à 4o cm. de côté. Il est d’ailleurs probable que cette réception ne sera pas faite directement sur le fond d’un tube cathodique de grandes dimensions, encombrant et fort coûteux, mais sur un tube cathodique de diamètre très réduit (5 à 10 cm.) avec projection de l’image très lumineuse ainsi obtenue sur un petit écran d’un dizaine de dm2 de surface.
- PERSPECTIVES D’AVENIR
- Nous venons de montrer à quel point de son évolution se trouve la télévision et quelles étaient ses virtualités à la veille de la guerre. Au point de vue technique comme au point de vue industriel, les constructeurs français étaient prêts. Le Salon de la Radiodiffusion qui allait s’ouvrir au début de septembre 1989 devait consacrer l’avènement officiel de la télévision.
- 11 est évident que, depuis deux ans, le cours des événements mondiaux a arrêté l’essor de la télévision, au moins en Europe. Mais les recherches techniques se sont poursuivies et les progrès effectués dans la fabrication des tubes à rayons cathodiques offrent actuellement à la télévision des perspectives meilleures qu’il y a deux ans.
- Le développement de la télévision est donc lié beaucoup plus aux problèmes économiques de l’heure qu’aux possibilités techniques. Et l’on n’ose pas espérer qu’un avenir prochain nous apporte la réalisation effective, à un moment où la pénurie de matières se fait sentir dans toutes les industries.
- Il n’y a au contraire aucune raison pour que la télévision ne prenne pas un raoide essor dès que les circonstances seront redevenues plus normales, à condition toutefois qu’on le veuille. Le service de télévision assuré en 1939 était insuffisant pour satisfaire le public. Les émissions, bien que quotidiennes, étaient
- rares. Elles n’avaient guère lieu qu’une heure par jour, à une heure « creuse » de la journée. Elles s’adressaient plus au constructeur désireux de régler ses postes qu’au « téléviseur » proprement dit.
- En outre, le service de la télévision était doté de crédits très insuffisants, qui ne s’élevaient annuellement qu’à 5oo 000 francs pour l’équipement technique et à 800 000 francs pour l’exploitation, alors que le budget total de la radiodiffusion française atteignait 189 millions de francs.
- Nous devons souligner, à titre de comparaison, que, pour la seule année 1935, l’Allemagne a dépensé plus de 3oo millions de francs pour sa télévision. Et nous ne parlons pas ici du câble coaxial Berlin-Munich, ni des diverses installations de visiotéléphonie réalisées en ce pays.
- L’avenir dans cette voie sera évidemment à ceux qui sauront voir loin et juste. Nul ne peut actuellement assigner de bornes au développement de la télévision. Peu avant sa mort, le sénateur Marconi n’avouait-il pas que, même dans ses rêves les plus enthousiastes, il n’avait jamais cru que la radiodiffusion prendrait un tel essor. N’en doutons pas, ce qu’est devenue la radiophonie, la télévision peut et doit le devenir. L’expérience acquise en matière d’enregistrement électroacoustique est de nature à prouver que les reportages de scènes et d’événements extérieurs compteront demain parmi les attraits essentiels de la télévision, qui aura d’autre part à remplir une mission artistique et éducative de tout premier plan. Répétons encore qu’il s’agit de réalités et non d’anticipations, puisque la sensibilité des caméras est telle qu’elle permet les prises de vue extérieures même par les jours d’hiver les plus sombres.
- Retenons seulement pour l’avenir, lorsque le moment opportun sera venu, que le démarrage de la télévision est lié à plusieurs conditions : des programmes intéressants, des émissions en nombre suffisant et à des heures convenables, enfin des crédits normaux.
- On sait qu’à ce propos, le budget de la radiodiffusion pour 1939 faisait état d’une taxe annuelle de 100 francs par appareil récepteur de télévision. C’était, sans doute, aller un peu vite que de taxer une clientèle fantôme qui, tel le bon destrier Bayard des quatre fils Aymond, avait toutes les qualités... sauf celle d’exister !
- Plus que sur cette taxe, on devait alors tabler sur l’aide matérielle puissante que le budget de la radiodiffusion, aux substantiels revenus, pouvait apporter à la télévision naissante. Simple reconnaissance des services que la radiodiffusion à ses débuts avait reçus du budget général des Postes et Télégraphes.
- On ne saurait non plus sous-estimer les concours que l’industrie radioélectrique française pourra, le moment venu, assurer à la télévision. Mais des problèmes infiniment plus urgents et plus ardus sollicitent actuellement nos constructeurs. Ayons encore la sagesse d’attendre, en faisant confiance aux destinées de la télévision française. Michel Adam,
- Ingénieur E. S. E.
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- LES DÉCOUVERTES DE GALVANI = 401
- Les progrès réalisés en physique vers le milieu du xvm6 siècle, à savoir l’invention de la machine électrique par Otto de Guérieke, et la découverte de la nature électrique de la foudre et des éclairs à la suite des expériences de Dali-bard (de Marly) et de de. Romas (de Nérac), ces progrès avaient préparé la voie où devait s’engager l’un des observateurs les mieux doués de son époque, Galvani, professeur de physiologie et d’anatomie à l’Université de Bologne. C’est à lui qu’était réservée la gloire d’ouvrir l’immense champ de recherches qui devait enrichir la science et amorcer l’étude d’un des plus importants chapitres de la physique biologique.
- Préoccupé depuis longtemps de l’étude des fonctions du système nerveux, il cherchait à déterminer l’influence du fluide électrique sur les organes des animaux, et en particulier sur ceux de la grenouille ; pour procéder à ses expériences, Galvani faisait subir à cet animal une préparation consistant à le dépouiller de sa peau, à séparer d’un coup de ciseau les membres inférieurs de la partie supérieure du corps, en conservant seulement les deux nerfs cruraux. C’est en opérant sur la grenouille ainsi préparée (grenouille galva-noscopique) que Galvani découvrit deux phénomènes qui ont immortalisé son nom.
- L’expérience la plus connue est celle qu’il réalisa sur la terrasse du Palais Zamboni où il habitait : il avait suspendu une grenouille, préparée, au moyen d’un fil de cuivre passé sous les nerfs cruraux. Le 20 septembre 1786, Galvani fit la découverte de l’excitation des muscles de la grenouille par le contact du cuivre avec la balustrade de fer. Nous y reviendrons tout à l’heure.
- Mais, en 1780, six ans auparavant, Galvani avait fait une expérience peu connue, et e’est elle que je vais étudier tout d’abord. Voici la description des circonstances qui amenèrent la première découverte de l’excitation neuro-musculaire.
- Dans le même laboratoire où Galvani se livrait à des recherches sur l’irritabilité nerveuse, un de ses aides était occupé à faire de son côté des expériences de physique, au moyen d’une machine électrique ; cette coïncidence fut le hasard qui détermina la découverte en question.
- Voici le passage du mémoire de Galvani, écrit en latin : « La chose se passa pour la première fois comme je vais le raconter : je disséquais une grenouille et je la préparais comme à l’habitude. Ensuite, me proposant tout autre chose, je la plaçais sur une table près de la machine électrique. La grenouille n’était aucunement en contact avec le conducteur de la machine; elle en était même distante d’un assez long intervalle. Un de mes aides vint à approcher par hasard la pointe d’un scalpel des nerfs cruraux internes de cette grenouille et les toucha légèrement ; tout aussitôt tous les muscles des membres inférieurs se contractèrent lorsqu’on tirait une étincelle du conducteur.
- J’approchais ensuite moi-même la pointe de mon scalpel, tantôt de l’un, tantôt de l’autre des nerfs cruraux, tandis que l’une des personnes présentes tirait des étincelles. Le phénomène se produisit exactement de la même manière : au moment même où l’étincelle jaillissait, des contractions violentes se manifestaient dans chacun des muscles de la jambe, absolument comme si ma grenouille préparée avait été prise de tétanos. »
- Le phénomène qui avait si fort émerveillé Galvani et ses aides n’avait jamais été observé jusqu’alors : on l’attribua à ce qu’on appelle le choc en retour (x).
- 1. On sait que ce phénomène se traduit par une commotion violente produite indirectement par la foudre et que peuvent
- Mous ferons une objection sérieuse à cette interprétation, mise en avant par Galvani lui-même. Si les secousses des muscles de la grenouille étaient le résultat du choc en retour, elles auraient dû se produire, sans qu’on ait besoin de toucher les nerfs cruraux avec un scalpel : or, le phénomène ne se produisait que lorsque les nerfs cruraux étaient en contact avec le scalpel à manche métallique tenu à la main par l’observateur. Il y avait donc autre chose, mais cette autre chose était ignorée à l’époque de Galvani. On sait maintenant qu’a chaque étincelle, il y a émission d’ondes électriques vite amorties. Dans les conditions de l’expérience, ces ondes se propageaient au corps de l’observateur et au scalpel en contact avec les nerfs de la grenouille, situés à une certaine distance du point d’émission des étincelles.
- La grenouille réalisait ainsi, grâce à sa grande sensibilité, un véritable détecteur physiologique des ondes électriques, jouant un peu le rôle du tube à limaille ou radio-conducteur de Branly. On peut donc dire que Galvani a été, sans le savoir, le précurseur des moyens employés, pour la détection des ondes électriques, par Hertz et Branly plus de cent ans après.
- Après avoir expérimenté avec la machine électrique, il était logique de la part de Galvani de chercher à voir ce que donneraient sur. sa grenouille galvanoscopique les éclairs, qui ne sont en somme que de grandes étincelles.
- C’est six ans après sa première découverte que Galvani entreprit ses recherches sur l’influence de l’électricité atmosphérique. Il avait eu connaissance des résultats obtenus par Dalibard à Marly, en employant des barres de fer pointues de grande longueur. Sans se laisser arrêter par les dangers d’une tentative où l’infortuné Richmann, de Saint-Pétersbourg, avait trouvé la mort, Galvani n’hésita pas à exposer sa vie pour enrichir la science de quelques résultats nouveaux : il installa donc dans sa propre maison une barre qui traversait le toit; à la partie inférieure, qui aboutissait dans son cabinet de travail, il avait fixé un fil de cuivre, retourné en forme de crochet, qui était passé sous les nerfs de la grenouille galvanoscopique. Dans ces conditions, il constata par temps orageux, qu’au moment d’un éclair, une secousse apparaissait dans les pattes de la grenouille. C’était là l’exacte reproduction de ses expériences avec la machine électrique dont les étincelles étaient ici remplacées par les éclairs et où le fil de cuivre suppléait le scalpel.
- Ce résultat aurait dû faire comprendre à Galvani qu’une explication de l’excitation des nerfs de l’animal ne pouvait pas être trouvée dans le choc en retour, puisqu’il se produisait sans un coup de foudre qui conditionne précisément le choc en retour, comme on l’a vu plus haut.
- Tout le monde aujourd’hui connaît l’influence des ondes électriques atmosphériques par les perturbations du haut-parleur de nos postes de T. S. F. ; de violentes pétarades se produisent en effet au moment des éclairs.
- Après avoir expérimenté sur l’électricité atmosphérique, Galvani voulut rechercher si, par un jour serein, quelque manifestation ne se produirait pas sur la grenouille galvanoscopique. C’est ainsi qu’il fut conduit à découvrir le fait fondamental qui a servi de point de départ à Volta pour établir sa pile.
- Pour étudier l’influence de l’électricité des couches de l’atmosphère sur les mouvements de la grenouille par un
- ressentir l’homme ou les animaux sur un point voisin du lieu frappé par la foudre. D’après les idées admises, mais qui sont loin d’être prouvées, cette commotion serait due h la brusque disparition de l’électricité que le nuage orageux a développée par influence dans le corps du sujet.
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- temps calme, Galvani prépara un de ces animaux, et après lui avoir passé un crochet dG cuivre sous les nerfs cruraux, il le suspendit à la balustrade de fer qui bordait sa terrasse : vers la fin de la journée, le ao septembre 1786, fatigué de la longueur de ses observations, il saisit le fil de cuivre et l’appliqua contre le fer de la balustrade qu’il frotta vivement, comme pour rendre le contact plus intime entre les deux métaux ; aussitôt, les membres inférieurs qui touchaient ce barreau de fer entrèrent en contraction à chaque contact du fil de cuivre avec le fer de la balustrade.
- Ce fait était le plus important de tous ceux que Galvani avait découverts depuis le commencement de ses travaux : ici les secousses musculaires étaient obtenues sans le secours d’aucun appareil électrique placé dans le voisinage.
- Il répéta la môme épreuve dans son laboratoire, en substituant au fer de la terrasse, une lame de fer polie; il suspendit donc à une tige de cuivre la grenouille, fraîchement préparée, par ses nerfs cruraux et appliqua sa lame de fer contre les muscles des membres inférieurs : il constata ainsi que dès que la lame de fer entrait en contact avec la tige de cuivre, les secousses se produisaient, telles qu’il les avait observées sur la terrasse. Celte observation était capitale et entièrement nouvelle; jusque-là il avait obtenu les secousses grâce à une influence électrique artificielle ou naturelle. Ici la source étrangère n’existait plus, et le fait se trouvait réduit à ces termes simples : un arc métallique hétérogène en contact par l’une de ses extrémités avec les nerfs cruraux et par l’autre avec le système musculaire de la grenouille. Sans la sagacité merveilleuse avec laquelle Galvani poursuivit pendant onze ans l’un des problèmes les plus compliqués que la science ait jamais abordés, nous ne connaîtrions pas la plus générale, la plus puissante peut-être de toutes les forces physiques, c’est-à-dire l’électricité dynamique. '
- Restait à trouver l’explication. Plusieurs raisons furent invoquées; elles devinrent la cause de discussions nombreuses de la part des physiciens de cette époque. Pour Galvani, c’était à l’électricité animale, c’est-à-dire à l’électricité propre du muscle, qu’il fallait attribuer les mouvements de la grenouille. Pour Voila, qui fut l’un des plus acharnés à combattre les idées de Galvani — idées qu’il avait d’ailleurs adoptées au début, sans réserves —, la cause des secousses musculaires résidait dans le contact des deux métaux formant l’arc de Galvani.
- Volta formula sa théorie physique pour l’opposer à la théorie physiologique de Galvani de la façon suivante : « Lorsque deux métaux différents sont en contact l’un avec l’autre,
- par suite de ce contact, par l’effet de cette hétérogénéité de la nature, il y a développement d’électricité » ; c’est ce qu’on appelle en physique le principe de Volta ou la loi du contact.
- La mémorable lutte scientifique qui s’éleva entre le physiologiste de Bologne et le physicien de Pavie, vivra à jamais dans l’histoire de la science, tant par l’importance des questions discutées que par la correction et la dignité des formes qui furent observées par les deux adversaires pendant cette longue controverse qui dura six ans. Évidemment, on sait aujourd’hui que l’électricité qui provoque les secousses d’une grenouille galvanoscopique sur laquelle on appuie les extrémités de l’arc métallique provient, comme le soutenait Volta, de la force électro-motrice engendrée par le contact des deux métaux. Mais, ce qu’on n’a pas encore bien mis en évidence, c’est que cette force électro-motrice provoque une secousse au moment où un muscle de la grenouille est touché par une branche de l’arc : cette secousse est due à l’état variable de fermeture du courant, dont la force électro-motrice est pourtant bien faible; mais la sensibilité de la grenouille est tellement exquise qu’elle répond à l’excitation de ce courant de contact qui se mesure par quelques millivolts seulement.
- L’étude qui précède montre et prouve très nettement que Galvani a enrichi la science de faits nouveaux de la plus haute importance : avant lui, 1 ’électricité statique — l’électricité de repos — était la seule que les physiciens eussent connue. Galvani découvrit l'électricité dynamique, l’électricité en mouvement, dont les effets se sont révélés pour la première fois à l’observation des savants. Il a aussi trouvé le premier que l’excitation d’un nerf peut être provoquée par les ondes électriques, mais il en ignorait l’existence; il a montré du même coup que la grenouille galvanoscopique constituait l’un des réactifs les plus sensibles pour déceler la propagation de ces ondes dont l’étude devait être entreprise plus d’un siècle après lui.
- Galvani enfin a découvert des phénomènes nouveaux en électrophysiologie : l’excitation du système nerveux par l’état variable de fermeture du courant était ignorée avant lui; ce n’est que plus de cent ans après que les physiologistes étudièrent les lois de l’excitabilité neuro-musculaire par l’électricité.
- On a donc eu grand tort dans le siècle qui a suivi de vouloir rabaisser le génie de Galvani devant celui de Volta.
- Pr II. Bordieb,
- Membre correspondant de l’Académie de Médecine.
- L’ORTIE
- PLANTE INJUSTEMENT DÉDAIGNÉE
- L’Ortie, parmi toutes nos plantes indigènes, est sans doute la seule qui se fasse instantanément reconnaître de tous, même des enfants, et même dans les ténèbres. Je parle de l’Ortie vraie, de la plante au contact brûlant, et non des espèces que lui assimile le langage populaire en raison d’une analogie dans la forme des feuilles, telles que l’Orlie jaune, l’Ortie rouge, l’Ortie blanche, qui sont des Lamiers, ou l’Ortie puante, qui est une Epiaire ou Stachys, comme les Crosnes du Japon. Les piqûres cuisantes, infligées par l’Ortie à qui la touche sans précautions, sont produites par les poils
- dont elle est couverte, minuscules ampoules à parois calcaires et à pointe silicifîée extrêmement fragile, remplies d’un liquide violemment irritant (fig. 1). Successivement considéré comme étant à base d’acide formique, puis d’une enzyme indéterminée, d’une toxai-bumine, d’un venin analogue à celui des serpents, ce contenu liquide serait simplement, d’après F. Flury (1927), un composé acide, non fluide, voisin par ses propriétés des acides résineux. Quoi qu’il en soit du contenu, on voit que la plante utilisait, pour sa protection, l’ingénieuse invention de l’ampoule médica-
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- menteuse bien avant qu’v recourût la pharmacopée moderne.
- Si l’Ortie ménage de ce fait des surprises souvent fort désagréables à l’homme, elle ne s’en montre pas moins son amie, l’accompagnant partout où il s’installe, perpétuant pendant de longues années la trace de ses anciennes demeures, et surtout s’offrant à lui rendre les services les plus précieux et les plus variés. Aliment, remède, fourrage, textile, dédaignée actuellement sous ces quatre aspects, elle répond cependant remarquablement à chacune de leurs exigences et les a remplies au cours des temps avec assez de constance pour quelle puisse de nouveau les satisfaire encore.
- Nous parlons de l’Ortie ; en réalité, il faut dire : les Orties, car il en existe plusieurs espèces distinctes, dont les propriétés et les emplois ne sont pas absolument identiques et qui ne sont pas également répandues.
- La principale, celle qui se rencontre partout, dans les haies, les environs des villages, au bord des chemins, sur les décombres, dans les jardins, autour des chalets alpestres, est la Grande Ortie (fig. 2), plante vivace, extrêmement envahissante et actuellement répandue à peu près dans le monde entier. Elle pousse dans tous les sens et inlassablement des rejets rampants qui la rendent fort difficile à extirper. Presque aussi commune est la Petite Ortie (fig. 3), moitié moins élevée, à feuilles beaucoup plus petites, annuelle celle-ci, et à simple racine pivotante. Le Midi possède d’autres espèces. D’abord l’Ortie romaine (fig. 4), dite aussi Ortie à pilu-^ les, l’Ortie des auteurs grecs et romains,
- urticant qui porte au bout de longs pédoncules
- de l’Ortie (très recourbés des boulettes sphériques, des
- 9sre0Selt întlZ espèces de pilules, formées par des
- rée d'une gai- groupes de ses fleurs femelles. Enfin,
- ne de cellules. confinée sür le littoral méditerranéen,
- avec une enclave dans le Finistère, l’Ortie à membranes (fig. 5), espèce annuelle qui se distingue par une autre oi'iginalité : ses fleurs sont comme piquées sur des rubans étroits dressés autour de la tige comme des antennes.
- Si, sous ces diverses formes, et surtout sous les deux premières, l’Ortie se trouve actuellement partout répandue, c’est qu’elle a été, pendant des millénaires, le légume le plus courant de l’humanité. Elle semble avoir été cultivée dès l’Age de pierre ; elle l’est de temps immémorial, bien que réduite au rang de fourrage, dans les pays Scandinaves. Sous forme de plat d'Epinards, elle s’est mangée presque partout depuis les temps préhistoriques jusqu’au xvi6 siècle. Maintenant encore il en arrive des quantités considérables sur les marchés de nombreuses villes de l’Europe orientale et les misères accumulées par la guerre n’ont pu
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- qu’accroître encore sa place dans l’alimentation des populations éprouvées.
- Or on aurait grand tort de ne voir en elle qu’un aliment de misère, sans autre avantage que de faire du volume dans l’estomac.
- Outre que les heureux e ff e t s de l’Ortie comme aliment,
- dans l’éleva- Lige ^ — Urtica dioica L., la Grande Ortie,
- , reconnaissable à sa taille et à ses longues
- des v°- grappes de fleurs.
- lailles, sont
- connus depuis longtemps, M. Dobreff a pu en isoler, en 1924, une « secrétine » analogue à celle de l’Épinard et qui peut compter parmi les meilleurs stimulants connus des diverses sécrétions de l’appareil digestif,' stomacal, pancréatique, biliaire, intestinal, non moins que des mouvements péristaltiques. Dix ans plus tard (ig34) H. Cremer, par des expériences comparatives sur des animaux, démontrait la valeur égale de l’Ortie et de l’Épinard pour enrichir l’organisme en globules sanguins.
- Avantage incomparable, la « secrétine » se dissout dans l’eau et ne se décompose pas par la chaleur. Ainsi une simple infusion d’Ortie, à plus forte raison un plat d’icelle, se montrent particulièrement bienfai-
- Fig. 3. — Urtica ureùs L., la Petite Ortie, avec ses feuilles petites et ses grappes de fleurs courtes et compactes.
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- Fig. 4. — Urlica pilulifera L., l’Ortie romaine ou Ortie à pilules.
- A droite, sa curieuse variété cultivée, l’Ortie de Dodard à feuilles non dentées.
- sants pour la nutrition et l’on doit regretter qu’ils ne figurent plus sur nos tables qu’à titre de curiosités exceptionnelles. Sait-on seulement dans le public à quel point l’Épinard lui-même est nutritif ? Sous l’effet de l’Ortie comme de l’Épinard, la teneur du sang en hémoglobine et le nombre des hématies augmentent sensiblement. La constitution chimique de la chlorophylle est voisine de celle de l’hémoglobine, et les feuilles de l’Ortie comme celles de l’Épinard en sont bourrées ; de plus on y trouve de la lécithine, des combinaisons ferreuses, de l’acide formique, etc., de sorte que le suc de ces deux plantes n’est pas inférieur aux préparations ferrugineuses employées contre l’anémie.
- L’Ortie offre même sur l’Épinard l’avantage de ne pas se prêter aux mêmes contre-indications et de ne comporter aucun inconvénient pour les rhumatisants, les goutteux, les arthritiques, les lithiasiques, les uratiques, les oxaluriques. Au contraire, par son action diurétique, elle ne peut que purifier le sang. II. Wan-toch-Wil a récemment revendiqué pour elle la propriété, déjà soupçonnée par les Anciens, de stimuler l’épithélium rénal, aussi bien fraîche, par son suc, que sèche et en infusion. Cette action est si nette que souvent elle ne se borne pas au jour même de l’absorption, mais se prolonge encore aux jours suivants.
- Activant donc les fonctions digestives, agissant efficacement sur le métabolisme, l’Ortie s’est vue à bon droit comptée parmi les plantes médicinales les plus précieuses. Sans remonter jusqu’aux Anciens, à Dios-coride, à Galien, nous savons que pendant tout le
- Moyen Age on l’utilisait contre les maladies des reins et de poitrine, conlre les hémorragies et les hémoptysies. Le marrane Amatus Lusitanus (Rodriguez de Cas-telblanco) qui, du moins, fut habile praticien, rapporte (i553) le cas de divers malades atteints d’hémoptysie et dans un état désespéré, qui, après de nombreuses médications inopérantes, se trouvèrent guéris par le seul suc d’Ortie.
- Aux propriétés nutritives, reconstituantes, dépurati-ves de l’Ortie, on peut donc ajouter des vertus hémostatiques à peu près indiscutables. Innombrables sont les praticiens qui en ont témoigné, depuis Scopoli et Sydenham, en passant par Chornel, qui, en 1809, déclarait l’Ortie « le remède le plus certain contre l’hémoptysie et les hémorragies », par Ginestet, qui, en i845, adressait tout un mémoire sur la question à l’Académie de médecine, par Cazin, le principal représentant de la phytothérapie au xixe siècle, jusqu’au Dr H. Leclerc, le maître de la nouvelle école phytothérapique française. Ginestet rapportait avoir vu nombre d’hémorragies utérines arrêtées presque instantanément par l’absorption de 100 à i?.5 g. de suc d'Orties, et le Dr II. Leclerc déclare avoir pu constater personnellement ses bons effets comme vaso-constricteur dans des métrorragies accompagnées d’hémophilie et d’épistaxis, ainsi que dans des hémoptysies.
- L’Ortie s’est également révélée antidiabétique. A la suite des succès obtenus par Mark et Wagner avec la Myrtille (1935), dans des expériences sur des Chiens, A. Y. Marx et E. Adler tentèrent des expériences analogues avec l’Ortie et virent l’activité de celle-ci se manifester par une baisse notable du sucre urinaire. De sorte que R. Wasicky place l’Ortie au même rang que les feuilles de l’Airelle-Myrtille en qualité d’auxi-
- Fig. b. — Urtica membranacea Poiret, l’Ortie à membranes, la moins piquante des espèces indigènes.
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- liaires dans la lutte contre le diabète. Le mode d’emploi est le suivant, le même d’ailleurs que pour obtenir des effets diurétiques : on fait bouillir dans 200 g. d’eau une poignée de feuilles hachées et l’on prend cette tisane trois fois par jour.
- L’Ortie semble en même temps exercer une action élective sur l’épiderme et l'homéopathie n’est pas seule à utiliser cette propriété. Dès i855, Bullar avait vu sa décoction et son extrait triompher rapidement des maladies de peau, surtout de celles qui sont liées à un état cachectique, en particulier de l’eczéma chronique, du psoriasis et des « lichens a. Le médecin allemand W. Bohn (1927) affirme qu’une seule prise de teinture d’Ortie se montre efficace contre les urticaires consécutifs à l’absorption de Crustacés et de Mollusques marins. D’autres praticiens emploient ces mêmes médications contre les éruptions et les démangeaisons persistantes.
- Comment l’Ortie agit-elle sur l’intestin ? Les uns la disent laxative, surtout en raison de ses « secrétines », les autres anti-diarrhéique. M. Oudar, dans une Thèse de Paris (1911), après avoir nié les vertus hémostatiques de la plante, affirme en avoir obtenu des guérisons, même dans les diarrhées des tuberculeux. Ces effets contradictoires ne sont ni inconciliables ni tellement rares dans la médecine par les plantes, les doses et les modes d’emploi suffisant souvent à en rendre compte.
- Est-ce là tout ce que l’on est en droit d’attendre de l’Ortie dans le champ de la thérapeutique ? Pas encore, et pourtant on avouera que ce serait déjà beaucoup. Cazin a vu employer avec avantage, par des paysans, la décoction de racine d’Ortie contre la jaunisse, l’hy-dropisie, la gravelle. A l’extérieur, les feuilles pilées mêlées d’un peu de sel ou cuites et réduites en bouillie ont fréquemment été employées efficacement contre la gangrène et les ulcères putrides ; le suc frais ou la décoction se sont montrés efficaces en gargarismes contre les angines, les aphtes, les amygdalites, les inflammations des gencives. N’oublions pas la fameuse « urtication », c’est-à-dire la flagellation avec des Orties récemment cueillies, regardée comme un puissant révulsif, auquel, pendant des siècles, on a recouru contre l’apoplexie, la léthargie, les rhumatismes chroniques, la fièvre typhoïde, l’aménorrhée, et même le choléra. Un phytothérapeute allemand contemporain, W. Bipperger, rapproche ce moyen primitif de l’action élective que semble exercer l’Ortie sur l’épiderme. Enfin mentionnons les décoctions d’Ortie, les macérations de sa racine dans l’alcool, utilisées en lotions sur le cuir chevelu, pour faire croître les cheveux et entraver leur chute.
- Pour tous ces emplois, on peut s’adresser indifféremment aux diverses espèces d’Orties, bien que la Petite Ortie soit plus indiquée pour l’usage culinaire, le printemps en étant la saison de choix.
- Mais lorsqu’il s’agit des utilisations fourragères et textiles, ce n’est plus guère que la Grande Ortie qui entre en ligne de compte. Étant connue sa valeur nutritive, on ne peut s’étonner qu’elle fournisse un
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- fourrage d’hiver excellent, tout spécialement recommandé pour les vaches laitières en raison de ses propriétés galactogènes. En Suède et en Norvège, où la culture en grand de l’Ortie se pratique depuis des siècles, on fait facilement trois à quatre coupes par saison. On sait que, de plus, les jeunes sommités, hachées et mêlées aux pâtées, conviennent on ne peut mieux aux poussins, canetons et dindonneaux, tandis que les graines activent la ponte des poules.
- Et voici le chapitre de l’Ortie comme fournisseur de fibres ; ce n’est pas le moins intéressant. L’emploi de ces fibres, après rouissage, pour confectionner des tissus, remonte très loin dans le passé. A plusieurs reprises, dans les derniers siècles, on a tenté de l’amener à l’étape industrielle. C’est surtout en Allemagne que ces essais ont eu lieu. Au début du xvme siècle s’éleva à Leipzig une manufacture de fibres d’Ortie ; en 1794, elle avait disparu. En 1876-1877 fut créée une Commission allemande de l’Ortie qui n’aboutit à aucun résultat positif. Mais pendant la Guerre mondiale, la pénurie de textiles ramena impérieusement l’attention sur le même problème, surtout en Autriche et sous l’impulsion de l’Administration militaire. On multiplia les méthodes de préparation et l’on obtint effectivement de la fibre qui rendit de grands services pendant la période où le coton fit défaut. On en a fabriqué des toiles de tente, des sacs d’infanterie, des liens, des cordes, on en a tricoté des chaussettes. Bien préparé, le fil d’Ortie est soyeux, souple, doux au toucher. Il reste cependant inférieur en souplesse au coton. La guerre passée, il n’a plus retenu l’attention, malgré les services provisoires qu’il venait de rendre. Mais cela tient à des causes plutôt extrinsèques. C’est que l’industrie ne peut utiliser l’Ortie que si elle est cultivée en grand. Or cette culture, en raison de l’appétence de la plante pour les sols salpêtres, ne peut se faire utilement dans les champs normaux et ne réussit que dans les dépressions tourbeuses, marécageuses, riches en éléments nitrogènes. D’autre part les tiges de l’Ortie ne fournissent que 6 à 8 pour 100 de fibres, longues de 25 à 55 mm. seulement, et, en somme, difficiles à obtenir en état très satisfaisant. Si donc l’on ne peut fonder de grands espoirs sur l’avenir économique de ce textile, il est incontestable qu’en temps de crise, il peut rendre de très utiles services, et il est bon de ne pas le perdre de vue (*).
- N’est-il pas loisible maintenant de conclure que l’Ortie est trop dédaignée de nos contemporains et que ses qualités diverses sont trop généralement méconnues d’eux ?
- P. Fourniek,
- Directeur du Monde des Plantes.
- 1. Détail bon à rappeler : les travaux de Lippert ont démontré que l’ortie, plantée par rangées entre les plantes médicinales, en augmente considérablement la teneur en huiles éthériques (Pfeiffee, Fertilité de la. terre, Dornach, station expérimentale, Suisse).
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- 406 = LES BIJOUX DANS L'ANCIENNE ÉGYPTE
- Il y a ici des merveilles, répondit Howard Carter à Lord Carnarvon lui demandant ce qu’il voyait à l’intérieur du tombeau de Toutankhamon. Cette phrase pourrait servir de préface à tout travail sur les bijoux égyptiens. Que l’on se place au point de vue de la beauté artistique, de l'intérêt historique ou de l’habileté technique, cette phrase est exacte.
- De toutes les grandes civilisations antiques, seule celle de la vallée du Nil nous a fourni des objets des diverses époques suffisamment nombreux pour qu’il soit possible de retracer l’histoire de ses bijouterie et joaillerie pendant quarante siècles. Comme l’or a toujours exercé une sorte de fascination sur les hommes, de nombreux et savants travaux ont été consacrés à l'étude des objets d’art égyptiens en métaux précieux. Nous nous bornerons ici à parler brièvement des principaux bijoux, délaissant pour l’instant les cercueils, statuettes, vases et autres objets d’orfévrerie et d’ar-genlerie.
- Il importe de noter que les bijoux égyptiens diffèrent des nôtres d’abord parce qu’ils étaient généralement des amulettes (dont les pierres avaient une vertu magique) et des objets de parure à la fois, et ensuite par l’emploi abondant des pierres semi-précieuses dont l’harmonieux assemblage donne un effet coloré intense, ignorant les feux des pierres précieuses employées de nos jours, mais qui pour être nettement différent n’a pas un moindre charme.
- ANCIEN EMPIRE
- Le besoin de parure est inné chez l’homme et chez la femme et antérieur même semble-t-il au besoin de vêtements. C’est pourquoi, si nous laissons de côté les bijoux en pierre, ivoire et coquillages de civilisations préhistoriques, nous trouvons des bijoux dès les origines de l’Egypte pharaonique.
- En explorant la nécropole d’Abydos, sir Flinders Petrie a trouvé dans la tombe de la femme du roi Zer (Ire dynastie) quatre beaux bracelets, chacun d'un dessin différent (fig. i). L’un est formé d’une suite de petites plaquettes alternativement en or ciselé et en turquoise bleu clair ; un autre, de perles en spirales formées de fils d’or et de perles de lapis lazuli. Les trois boules en or placées de chaque côté ont été soudées ensemble sans bavures. Le troisième bracelet est formé d’une série de 12 perles en améthyste taillé et en or massif. Ces perles en forme de sablier ont pour origine les entraves qui gardaient les prisonniers. Le quatrième est en perles de pierre, de pâtes et en perles d’or, avec pour motif central une fleurette épanouie en or, d’une rare perfection.
- Les bijoux de la Ire dynastie, trouvés par Reisner à Naga-ed-Deir, nous donnent l’écrin d’un grand personnage de province : diadème (simple cercle d’or sans décor), bracelets, bagues, colliers — dont certains sont faits de coquillages imités en or — ayant pour pen-
- dants des animaux en or repoussé : lion, abeille, bœuf, gazelle. Ces figurines minuscules sont d’une pureté de dessin qui leur donne un style monumental lorsqu’on les voit reproduites avec grossissement.
- De l’époque des grands bâtisseurs de Pyramides, il est parvenu peu de choses si l’on compare avec les bijoux des tombes royales d’Ur en Chaldée, mais l’on doit plutôt s’étonner qu’il en subsiste après des pillages répétés pendant des dizaines de siècles.
- Quelques pièces remarquables ont été mises au jour par les fouilles récentes. La série des 10 bracelets-de la reine Hetepheres, mère de Chéops, découverte par Reisner en 1926 est splendide. Ces bracelets sont en argent — plus rare que l’or en ce temps-là — avec incrustations. Les incrustations représentent quatre papillons séparés l’un de l’autre par quatre disques de cornaline. Les papillons forment une éclatante polychromie où la malachite d’un beau vert diapré, la cornaline rouge, la turquoise et le bleu profond du lapis lazuli jaillissent à la surface un peu froide des bracelets et en font des pièces somptueuses.
- C’est de Gizeh encore que proviennent les bijoux de deux princesses de la IVe dynastie, découverts par Sélim Hassan bey en ig3i et ig36. La première portait un diadème formé d’un ruban d’or fixé sur une âme de bronze et décoré de trois ornements en or — séparés du bandeau par un cylindre d’or — dont l’un représente une rosette et ceux des côtés deux bouquets de papyrus surmontés d’ibis (fig. 2). Elle avait aussi un collier formé de 5o perles d’or allongées, en forme d’insectes. Aux bras et aux jambes, la momie portait des bracelets en or et en bronze plaqué d’or. La seconde princesse, qui paraît être la fille de Chéfren, portait également une couronne en or, des colliers et des bi’acelets. Dans la tombe d’un des fils de Chéfren il y avait un magnifique collier d’or rehaussé d’ivoire, d’améthystes et turquoises.
- A la fin de l’Ancien Empire (VIe dynastie) appartiennent deux bijoux caractéristiques de ceux que pouvaient posséder des particuliers. Le premier est une chaîne d’or de 1 m. 5o de long, faite d’anneaux pliés chacun en une double boucle et insérés dans l’anneau suivant, trouvée par Garstang à Mahasnah. L’autre est le grand collier ousekh d’Imthepy (fig. 3) en perles de faïence bleue et en or, dont la rangée inférieure est en forme d’insectes allongés. Cette dernière pièce, trouvée par Reisner à Gizeh, est au musée de Boston.
- L'APOGÉE
- Le Moyen Empire est véritablement l’apogée de la bijouterie égyptienne. Même les trésors de Toutankhamon n’ont pas la valeur artistique de ceux des princesses de ce temps. La beauté des objets et la perfection du travail font qu’il est bien difficile de choisir parmi toutes ces merveilles.
- Les bijoux de la petite princesse Maït (XIe dynastie)
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- Fig. 1 à 4.
- 1. Bracelets royaux provenant d’Abydos. Musée du Caire ; 2. Diadème d’une princesse. Musée du Caire (d’après Selim Hassan) ; 3. Collier d’Imthepy. Musée de Boston (d’après Reisner) ; 4. Couronne de la princesse Khnoumit. Musée du Caire.
- trouvés par Winlock à Deir-el-Bahari, comportent cinq colliers qui furent certainement portés par l’enfant. L’un d’eux est formé de 21 grosses perles d’or creux, un autre uniquement de grains de cornaline ; deux sont des combinaisons de petites perles d’argent, de cornaline, de feldspath vert et de pâte de verre bleue ; le dernier est formé d’une suite de petits disques d'or enfdés sur un lacet de cuir et si délicats qu’on croit voir un tube d’or d’une seule pièce. Tous sont au musée de New-York.
- Pour la XIIe dynastie, les trésors découverts à Dah-chour par J. de Morgan en 1894-1895 et à Lahun par sir Flinders Petrie en 1914 nous donnent des bijoux de toutes catégoi’ies : diadèmes, pectoraux, colliers, bracelets, bagues, etc. Deux diadèmes sont spécialement jolis : celui de la princesse Khnoumit, de Dahchour, formé d’une résille de fils d’or d’une légèreté aérienne maintenue par 6 croix en or et semée de fleurettes à cœur rouge et à pétales bleus, si fragile qu’on a doulé qu’il ait été porté par la princesse de son vivant (fig. 4)-
- Celui de Sithathor, de Lahun, plus classique, est formé d’un bandeau d’or auquel sont rivées i5 rosettes en or cloisonné et émail blanc. Devant se dresse un uréus et derrière les deux plumes verticales d’Amon sortant d’une fleur. Six lamelles pendent dernière et sur les côtés. Tous ces accessoires sont en or (fig. 5).
- Le pectoral est un bijou royal caractéristique de l’art égyptien. Ceux de Dahchour offrent cette parti-
- cularité d’être nettement influencés par l’architecture. Ils sont en forme de naos et surmontés d’une corniche en « gorge égyptienne ». Ceux de Sésostris III et d’Amenemhat III ayant pour but de l’appeler les victoires du roi, les motifs qui les décorent semblent des bas-reliefs historiques traduits en orfèvrerie. Leur valeur artistique en souffre. Celui de Sésostris II, où le cartouche royal est entouré d’hiéroglyphes, est beaucoup plus harmonieux. 11 en est de même de ceux de Sésostris II et d’Amenemhat III trouvés à Lahun. Celui du musée de New-York (fig. 6), d’une composition très équilibrée, est découpé dans une feuille d’or sur laquelle on a soudé des cloisons incrustées de turquoise, lapis lazuli et cornaline. Tous ont d’ailleurs une éclatante polychromie et le revers en or délicatement ciselé.
- Les colliers sont nombreux et très variés. L’un est formé de blocs d’or massif en forme de doubles têtes de lions ciselées opposées dos à dos. Un de ces blocs est fait de deux têtes séparées et sert de fermoir. Beaucoup plus léger et gracieux est le collier retenant le pectoral de Sésostris II, fait de perles piriformes en or, lapis azuli, cornaline et amazonite. Une très jolie cein ture de jeune fille est faite de 8 coquillages (cypreæ) en or séparés l’un de l’autre par 12 perles rhomboïda-les en or, cornaline et feldspath vert (fig. 7). Ces bijoux sont à New-York.
- Les bracelets sont tantôt rigides, faits de deux par-
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- lies réunies par des charnières, tantôt souples, faits d’enfilages de perles réunis par un fermoir en forme de barrette verticale à glissières. Ces bracelets combinent toujours l’or et les pierres de couleur.
- Parmi les bagues, l’une est spécialement remarquable (fig. io, n° 2) par son chaton décoré de 27 losanges formés chacun par la réunion de 25 minuscules granules d’or soudées côte à côte. D’autres foi’ment chapelet autour du bord. Ce bijou est un bel exemple du granulé, technique qui fait alors son apparition. « Elle consistait, dit Vernier, à décrire des lignes, des méandres et des figures géométriques infiniment variés sur la surface plane ou convexe des métaux précieux, non plus en profilant à l’aide du burin, du poinçon ou du ciselet, mais en alignant des granules d’or presqu’im-
- perceptibles, qui étaient ensuite fondus et fixés sur le fond avec une précision et une netteté vraiment admirables ». La fixation se faisait par soudure ou par fusion. On est émerveillé devant l’habileté déployée pour obtenir des résultats comme celui-ci, ou comme ce papillon du trésor de Dahchour (haut. i5 mm.) aux ailes recouvertes de granulé (fig. 8). Les Égyptiens atteignirent à la maîtrise dès le début dans l’emploi de ce procédé qu’on trouve en Egée au vu® siècle (rosettes d’or de Milo récemment entrées au musée d’Athènes) et qui fut très usité ensuite par les Etrusques.
- Les trésors de Dahchour et de Lahun ont donné beaucoup de petites amulettes en forme d’hiéroglyphes d’or incrusté de pierres de couleur avec une habileté technique et une harmonie de la composition qui ne le cèdent pas à celles des bijoux plus importants.
- Les joyaux n’étaient pas le privilège de la famille royale et la classe moyenne en possédait aussi, simples mais non sans beauté. Ceux de la dame Senebtisi (XIIe dynastie) trouvés à Lisht et conservés au musée de New-York, comportent : un diadème d’or — triple chaîne formée d’un fil d’or tordu en anneaux -—, des rosettes d’or piquées dans la perruque, des colliers et des bracelets en or avec incrustations. Un collier est formé de gros grains de coraline encastrés dans des cupules d’or et séparés par une perle allongée en or. Ceux qui ne pouvaient s’offrir de telles pièces avaient des colliers en perles de faïence.
- La jeune fille nommée Hepy, dont M. Lansing a trouvé les bijoux à Lisht en ig34, portait un collier à perles en forme de gousses d’acacia, une ceinture en forme de coquillages en or d’un excellent travail et de perles en lapis lazuli, un bracelet et une périscélide.
- Il n’est pas étonnant que les peuples alors en rapport avec l’Égypte aient admiré les bijoux des Pharaons de ce temps. Les orfèvres phéniciens les ont copié et M. Montet a notamment trouvé à Byblos un pectoral en or repoussé, conservé au Louvre, nettement inspiré des œuvres égyptiennes.
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- LE NOUVEL EMPIRE
- Nous possédons beaucoup plus de bijoux du Nouvel Empire que des précédentes époques. Mais au point de vue esthétique ils ne leur sont pas supérieurs. A Part majestueux et sobre de l’Ancien et du Moyen Empire succède un art fleuri, avec de gracieuses trouvailles mais d’une harmonie moins sereine. Comparés aux bracelets de la mère de Chéops et aux bijoux des trésors de Lahun et de Dahchour, les trésors de Tou-tankhamon apparaissent d’une luxuriance éblouissante. A la modération classique s’oppose une sorte de romantisme dont la richesse exubérante n’est pas exempte de surcharge.
- A cette époque, à la suite des guerres victorieuses l’or afflue en Égypte, l’argent aussi — ce qui donne naissance à l’emploi de l’électrum. En outre le goût de la parade fait que ceux qui ne peuvent acquérir des bijoux en métaux précieux veulent au moins faire illusion. L’emploi du placage et de matériaux trompe-l’œil (pâte de verre bleue pour lapis lazuli etc.) se répand. Un nouveau bijou, la boucle d’oreilles, fait son apparition.
- Des bijoux de la reine Ahaliolep (début de la XVIIIe dynastie) nous citerons deux bracelets rigides dont l’un représente un vautour les ailes déployées et l’autre le i-oi Ahmès agenouillé devant le dieu Geb. Ces deux bracelets sont en or avec incrustations de pierres et pâtes de couleur. La reine avait aussi un collier ousekh d’une composition très originale. Il est entièrement en or et comporte non seulement des perles et des fleurettes mais aussi des spirales et de mignonnes figurines d’animaux : vautours, faucons, chacals assis, gazelles courant, et môme lions poursuivant des antilopes. Il se termine par deux tètes de faucons avec incrustations d’émail bleu. Une chaîne d’or est remarquable par les trois grosses mouches embouties qui y sont attachées (flg. 9). La mouche étant l’emblème du courage, de tels colliers étaient des récompenses dites « or de la vaillance ». Le pectoral est en forme de naos mais le diadème est d’une composition plus bizarre qu’heureuse. Tous les bijoux d’Aha-holep sont d’ailleurs inférieurs comme conception et comme exécution à ceux du Moyen Empire.
- Les bijoux de Toutankhamon forment un ensemble prodigieux dont la simple énumération demande 18 pages. Il n’y en avait pas moins de i43 couvrant la momie de la tète aux pieds sous les bandelettes. Parmi la série des colliers, nous noterons celui en forme d’oiseau-âme Ba à tête humaine et pattes en or, les ailes déployées ayant un ton bleu par suite de l’emploi prédominant du lapis lazuli parmi les incrustations. Le collier de Nekhabit, en forme de vautour aux ailes déployées semble une coulée de paillettes d’or. Il est fait de 255 petites plaques d’or, formant les plumes, assemblées de façon flexible et décorées en cloisonné de jaspe rouge, de lapis lazuli, turquoise et verre opaque. Deux autres se terminaient, l’un par le
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- Fig. 10. — Bagues d’époques diverses.
- N° 2, XIIe dynastie, nos I, 3, 7, S, XVIIIe dynastie, nos 4, 5, 6, Toutankhamon, nos 9, 10, XXVIe dynastie. Musées du Caire et (rangée inférieure) de Brooklyn.
- vautour Nekhabit avec les ailes rabattues, l’autre par trois scarabées de lapis lazuli soutenant le disque solaire en or et le disque lunaire en argent. La composition de ces deux pièces est plus heureuse et moins confuse que celle des autres bijoux. Le revers en or ciselé était travaillé avec soin.
- Le diadème royal, trouvé sur la tête même de la momie, est formé d’un bandeau décoré de rosettes et terminé par des rubans d’or pendant derrière, dont le type remonte à l’Ancien Empire, mais auquel ont été ajoutés le vautour et le serpent symbolisant la Haute et la Basse Égypte. Le tout, en or massif, est incrusté de lapis lazuli, turquoise, cornaline sardonyx et malachite. L’ensemble est d’une richesse extrême.
- De nombreux bracelets étaient décorés de signes amulettes. Certains étaient rigides, d’autres faits de perles enfilées. La plupart sont à décor géométrique et floral avec incrustations en pierres semi-précieuses et pâtes de couleurs.
- Les bagues se comptaient par dizaines, placées aux 2e et 3e doigts de la main gauche et près du poignet droit, d’autres éparpillées dans les bandelettes sur le thorax et l’abdomen. La plupart étaient en or. Il y en avait formées d’un double anneau avec vide entre les deux, ou d’un seul tenant (fig. 10, n° 6). Certaines sont même faites d’un triple anneau. D’autres ont le chaton en forme de cartouche royal (n° 4) ou de scarabée tournant en pierre semi-précieuse monté sur un anneau d’or en forme d’étrier (n° 5).
- Les bagues étaient portées par les hommes et les femmes soit comme ornement soit comme sceau — le Louvre possède le sceau royal d’Horemheb en or massif — ou comme marque d’autorité. Les bagues dont le chaton est un scarabée, et souvent les autres aussi, étaient portées au 3e doigt de la main gauche. Le chaton était parfois carré (nos 8 et 10) ou même en forme de petit cylindre (n° 7) rappelant les anciens cylindres sceaux.
- Diverses trouvailles récentes nous ont bien rensei-
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- Fig. 11 et 12.
- 11. Pectoral de Ramsès II. Musée du Louvre (d’après Vernier) ;
- 12. Pectoral représentant la déesse Isis. Musée de Boston
- (d’après Reisner).
- gné sur les bijoux de la classe moyenne à Thèbes. Nefer-Khewet, fonctionnaire sous le règne d’Hatshep-sout, et sa femme Rennefer avaient des bagues en faïence bleue ainsi que des bracelets et périscélides de même matière. Ils avaient également des bagues-sceaux en argent avec chaton scarabée gravé de motifs décoratifs. Rennefer avait une fort belle bague en or dont le chaton était en forme de tête de lion (fig. xo, n° 3). Ces bagues furent trouvées par M. Hayes en 1935. L’archéologue américain trouva en 1906, dans sa tombe, plusieurs bagues appartenant à Halnoufer, la mère du grand architecte Senmout, l’auteur du temple de Deïr-el-Bahari. Elles ont un chaton mobile et sont gravées en forme de scorption (n° 1), d’hiéroglyphes ou d’enroulements décoratifs. Un archéologue français, M. Bruyère, découvrit en 1928 les bijoux de Sennefer. Celui-ci voulant donner l’illusion d’une richesse qu’il ne possédait pas avait seulement un pectoral en bois recouvert d’une mince feuille d’or et son collier était en pâte de verre imitant le lapis lazuli et la turquoise.
- Se l'approchant pluiôt des bijoux royaux que de ceux de la classe moyenne, le charmant diadème d’une des femmes du harem royal (au musée de NeAV-York) est un des plus gracieux bijoux du Nouvel Empire. C’est un bandeau d’or à décor de fleurettes portant par devant à la place de l’uréus royal deux mignonnes têtes de gazelles ciselées et dessous six pendants en forme de signe nefer (= beau) ce qui indique, par la l’épétition, que celle qui le portait était très belle. Ces petits hiéroglyphes se balançaient sur le front selon les mouvements de la tête. Un autre diadème, appartenant à la New York Hislorical Society (au musée de
- Brooklyn) a fait l’objet d’une étude minutieuse dans l’admirable catalogue de Mrs Ransom Williams. C’est un bandeau d’or bordé de deux torsades appliquées, dont la partie supérieure, exécutée à l’emporte-pièce, se termine par une frise de papyrus en fleurs alternativement élaixcés et courts surmontés de disques. Ce motif, unique dans la bijouterie, est fréquent dans la décoration murale. Ce diadème paraît avoir appartenu à une dame de la cour sous Ramsès II.
- Le Nouvel Empbre se termine avec les bijoux des l’ois des XIXe et XXe dynasties. Ceux de Ramsès II, IrouA'és par Mariette au Sérapeum et conservés au Louvre sont bien connus. Les plus beaux sont le grand pectoral en forme de naos et le pectoi’al en forme de faucon aux ailes éployées (fig. 11) et la broche du pi’ince royal en forme d’oiseau à tête de bélier, tous trois en or avec incrustations de pierres de couleur. Peut-être est-ce une bague de Ramsès II celle, si curieuse, portant sur son chaton deux petits chevaux en relief (Louvre). Les bracelets de Ramsès II, le pectoral de Piamsès III, le diadème et les boucles d’oreilles de Séti II et de Ramsès XII sont d’une lourdeur vulgaire montrant la décadence d’une époque qui Avisait au colossal plus qu’à la sobriété.
- LES ÉPOQUES RÉCENTES
- Notre connaissance des bijoux des XXIe et XXIIe dynasties était très rudimentaire quand une trouvaille sensationnelle est Avenue nous apporter une abondante documentation. La découverte à Tanis en 1989 et 1940 par le P1' Montet, de l’Université de Strasbourg, de plusieurs tombes royales est d’une importance égale à celle de la tombe de Toutankhamon. Cette nécropole s’étend sur pi’ès de deux siècles, donnant notamment un roi Sheshonq de la XXIe et Pso-n-sennès Ier de la XXIIe dynastie. Outre les cercueils et masques d’or et d’argent, les bijoux sont nombreux.
- Ceux du roi Sheshonq comportent un collier en foiane de vautour aux ailes éployées, trois pectoraux en or cloisonné, quatre bracelets au bras gauche et trois au bras droit, et des amulettes. Le fils du roi avait cinq bracelets et trois bagues en or. Ceux du roi Psou-sennès comportent cinq pectoraux et 21 bracelets en or avec incrustations, un collier composé de rondelles en or donnant l’impression de centaines de monnaies enfilées et un collier en énormes grains de lapis lazuli dont le fermoir porte une inscription disant que a Sa Majesté a ordonné de faire un collier de lapis comme jamais on n’en avait vu auparavant ». En outre, le roi avait comme Toutankhamon les doigts des mains et des pieds cachés dans des étuis d’or.
- L’éminent savant n’ayant pas encore eu la possibilité de publier le rapport sur ses trouvailles dont la fouille, le transport et la conservation demandent des précautions minutieuses, il n’y a pas lieu d’en dire davantage. Il importe toutefois de marquer que les rois en question sont considérés comme des souverains secondaires. A voir leurs richesses, on imagine
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- le prodigieux trésor d’objets d’art des tombes des grands Pharaons et on comprend l’acharnement des pillards à travers les âges.
- Les rois de la XXVfl dynastie dits rois d’Éthiopie parce que leur capitale était Napata (Soudan égyptien) ont des bijoux de style égyptien exécutés en partie par des artistes d’Égypte. Ces bijoux ont été retrouvés dans leurs pyramides par la mission Reisner entre 1917 et 1920. Ils sont assez lourds comme style et emploient largement la faïence bleue. Il faut noter spécialement un collier, fait de deux plaques d’or polies réunies par des charnières avec deux motifs en repoussé appliqués au centre devant et derrière, et un beau pectoral formé d’une plaque d'or repoussée représentant la déesse Isis agenouillée, les ailes éployées (fig. 12).
- Des époques récentes les musées renferment surtout des amulettes en or finement repoussé et ciselé. L’une des plus remarquables est l’oiseau Ba à tête humaine, du musée de Brooklyn, dont les ailes éployées sont incrustées de turquoise, lapis lazuli et stéatite.
- C’est à l’époque saïle (XXVI3 dynastie) qu’apparaît la bague de forme un peu plus ronde qu’au Nouvel Empire et qui, sans avoir changé depuis, est devenue notre chevalière (fig. 10, nos 9 et 10).
- LES PROCÉDÉS TECHNIQUES
- Selon les recherches de M. Forbes, il semble bien que l’or ait été découvert postérieurement au cuivre en général. En Égypte les mines d’or se trouvaient, dans les montagnes du désert arabique, mais les Pharaons s’en procuraient aussi en Afrique centrale. L'or natif n’était pas pur mais contenait des quantités parfois considérables d’argent et un peu de cuivre, sans parler des traces d’autres métaux. La proportion d’impureté- varie, selon Lucas, de 10 à 23 pour 100 pour l’or brut et de 0,2 à 7,9 pour 100 pour les objets travaillés. Ces alliages naturels ont amené les Égyptiens à leur donner des noms selon la teinte, allant du blanc au rouge. Ils exécutaient aussi des alliages artificiels soit pour obtenir une teinte, soit par économie (à la basse époque on trouve de l’or contenant 75 pour 100 de cuivre !). Les textes de la XXe et de la XXI° dynastie parlent de « l’or de deux fois », « l’or de trois fois » etc., ce qui indique combien de fois il a été soumis au raffinage (généralement par coupellation).
- La technique n’a pas progressé depuis les Pharaons
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- parce que, en bijouterie, l’habileté manuelle et le soin remportent sur l’usage d’outils compliqués. Sur certains points il est impossible non seulement de faire mieux mais même de faire aussi bien. Ainsi les Égyptiens étaient remarquables comme batteurs d’or puisqu’ils atteignaient à une minceur de i/5 000 c’est-à-dire 20 fois la minceur maximum actuelle.
- Les artisans bijoutiers faisaient partie de la classe moyenne. Il semble bien qu’ils exerçaient leur métier dans des ateliers de caractère familial. Un orfèvre thé-bain est qualifié en même temps de sculpteur de portraits (exécutant des statuettes en métaux précieux). On a dans les tombes des diverses époques de nombreuses figurations d’ateliers de bijouterie.
- Les procédés employés sont : la fonderie et le moulage, la soudure, la rélreinte (modelage au marteau). Pour la décoration : la ciselure, la gravure, la dorure par estampage, l’emboutissage, l’incrustation, le granulé ou filigrane, le décapage et la mise en couleurs. La ciselure était utilisée soit pour supprimer les rugosités des pièces fondues et leur donner une surface douce et polie, soit pour terminer certains détails par une sorte de sculpture. La ciselure au tracé est un dessin tandis que la ciselure au repoussé obtient un effet de relief, l’incrustation ne se fait pas en coulant de 1 email comme dans le cloisonné mais par introduction dans la cloison d’une pierre semi-pi'écieuse cimentée au fond. Parmi les incrustations rappelons que le niellé est d’origine égyptienne. Nous avons déjà parlé du granulé ; la mise en couleurs consiste à donner l’as pect de l’or pur à un alliage en faisant disparaître à la partie superficielle les traces colorées des métaux autres que l’or.
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- En présence de toutes les jolies choses créées par leur génie, les Égyptiens témoignaient d’une admiration justifiée. Un artisan bijoutier, figuré dans un tombeau de l’Ancien Empire, adresse à un de ses compagnons celle parole naïve ; « C’est très beau, camarade ! ». Nous pouvons reprendre à notre compte cette appréciation, car les bijoux égyptiens prouvent, par leurs qualités techniques et esthétiques, le degré élevé de civilisation atteint par les anciens habitants de la.
- vallée du Nil.
- Henrï de Morant.
- Les figures 4, 6, 7, sont reproduites avec la courtoise autorisation du Metropolitan Muséum de New-York.
- LA FLOTTATION DES MINÉRAUX ......
- NON MÉTALLIQUES ET DES SUBSTANCES DIVERSES
- La flottation est un procédé de concentration des minerais qui a pris depuis une cinquantaine d’années un développement considérable.
- Aucun autre procédé n’a eu autant d’importance et n’a exercé une action aussi profonde sur la production
- et le prix de revient des métaux usuels. Du point de vue du tonnage traité, la flottation est en tête de tous les procédés de concentration utilisés dans le monde.
- En principe, l’enrichissement et la séparation par flottation consistent à agiter dans l’eau additionnée de
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- Elévation - Coupe
- Entrée
- Sortie
- Fig. 1. — Schéma d’une machine de flottation de la Société Minerais et Métaux.
- petites quantités de réactifs appropriés, le minerai finement broyé, en même temps que l’on introduit dans le mélange, de l’air en bulles finement divisées. Ces bulles montent en surface, forment une écume qui entraîne les minerais métalliques, les sulfures, notamment, alors que les gangues sans valeur restent dans la masse d’eau.
- Industriellement, l’opération est effectuée dans des séries d’appareils dits cellules de flottation où s’opèrent mécaniquement et automatiquement l’agitation, l’introduction de l’air, la séparation des écumes, l’élimination des gangues.
- Cette séparation par flottation est conditionnée par des actions physico-chimiques de surface : tension superficielle, aptitude au mouillage, adhérence aux bulles d’air, etc. Les théories qui expliquent et permettent de prévoir dans une certaine mesure ces actions ne sauraient prendre place ici, d’autant qu’il n’en est aucune qui soit totalement satisfaisante.
- Comme ce procédé est basé sur des actions de surface, il n’a à mettre en oeuvre pour modifier ou préparer les minerais à traiter, que de petites quantités de réactifs. Ce sont des réactifs moussants : huiles de
- pin, huiles de goudron, crésols, etc., des réactifs collecteurs : les xantha-tes par exemple qui agissent sur la surface des minéraux et les rendent aptes à la flottation, des réactifs déprimants qui rendent certains corps inaptes à la flottation ; tous ces produits sont utilisés à faible dose : 5o à 5oo g. par tonne de minerai tout venant. Enfin des réactifs de conditionnement mettent le milieu dans des conditions donnant les meilleurs résultats, par le réglage du pli notamment. Ces produits sont bon marché et utilisés également en faible proportion : o kg. 5oo à 2 kg. par tonne environ.
- Tout cela n’a été mis au point qu’après de longs tâtonnements : c’est en i885 que fut pris aux Etats-Unis, par Miss Carie Everson le premier brevet dont on peut dire qu’il montrait la voie du procédé de flottation des minerais métalliques mais ce n’est qu’en 1912, après des progrès très lents, que ces principes reçurent la consécration de la pratique industi'ielle dans les usines de traitement de la Butte and Superior Mining Cy à Bultc-City dans le Montana (U. S. A.).
- De cette époque part le développement ininterrompu et l’extension dans le monde entier du nouveau procédé. Un progrès considérable fut, vers 1921, la découverte par Perkins, puis par Keller et Lewis, de l’utilisation des xanthates.
- Actuellement, des millions de tonnes de minerais passent chaque année dans les cellules des usines de flottation. Près de 94 pour 100 des minerais de cuivre, plomb, zinc sont traités par ce procédé.
- Des gisements considérables de ces minerais, considérés autrefois sans valeur, sont maintenant exploités avec profit : des teneurs moyennes en cuivre de i,5 pour 100, en zinc de 3 pour xoo, en plomb de 4 pour 100 sont payantes par suite de l’économie du procédé. Même développement pour les minerais aurifères : on peut exploiter moins de 10 g. d’or par tonne. Enfin, l’industrie des charbons a fait lai’gement appel à la flottation pour l’élimination des schistes ; des millions de tonnes sont actuellement ainsi enrichies et cette application se développe sans cesse.
- Pendant longtemps, les sulfures : chalcopyrite, galène, blende, etc., d’une part, et les charbons, d’autre part, ont été considérés comme les produits-types x’épondant à la flottation. Mais on n’a pas lardé à s’apercevoir que les phénomènes physico-chimiques x’esponsables de ces actions de séparation, avaient un caractère beaucoup plus général et étendu ; qu’ils pouvaient être appliqués à des cas multiples de séparation,
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- et qu’il restait un champ immense de possibilités. C’est ceci que je veux mettre en valeur.
- Déjà la flottation s’est introduite dans le traitement des minerais métalliques oxydés et des minéraux autres comme le spath fluor, les phosphates, le sulfate de baryte, etc.
- La difficulté qui apparaît dans la mise au point de toutes ces applications nouvelles paraît être surtout la nécessité de rechercher des réactifs collecteurs doués d’une action sélective. On a utilisé surtout pour la flottation des minerais oxydés et des minéraux non métalliques, des acides gras, tels que l’acide oléique, des savons alcalins d’acides gras, des acides et des huiles sulfones, des alcools à longue chaîne sulfonés et leurs dérivés. Ces réactifs ont une action sélective en général peu marquée : ils ne présentent pas en principe une action particulière sur un produit déterminé et qui conduise à une séparation parfaite. Comme disent les spécialistes : ils ont une tendance à tout flotter, une influence préférentielle mais non sélective, au sens strict du mot. On a pu cependant, tirer de leur action des résultats pratiques intéressants. Les recherches actuelles orientées surtout vers la détermination de réactifs plus sélectifs, ont donné déjà des résultats et on peut espérer que ces progrès continueront.
- La flottation des phosphates est déjà appliquée sur plusieurs milliers de tonnes par jour en Floride, en U. R. S. S., notamment sur des apatites, des phospho-rilcs. On utilise comme réactifs les acides gras, les savons, les résinâtes de soude et les acides naphténi-ques résiduaires des traitements de purification des pétroles qui sont très bon marché. On concentre ainsi des phosphates naturels jusqu’à une teneur de 3o à 35 pour ioo d’anhydride phosphorique P205.
- Une application inattendue et qui porte sur des tonnages considérables est celle de la flottation des terres à ciments, afin de modifier la composition des calcaires naturels mis en œuvre et de la régler exactement
- Fig. 2. — Coupe à travers une cellule de flottation. Modèle de la Denver Equipmcnl C°.
- Fig. 3. — Une installation de flottation.
- aux proportions voulues pour une fabrication déterminée. On flotte avec de petites quantités d’acide oléique et de crésol mélangées ou, mieux encore, avec des alcools à longue chaîne. De très importantes usines ont recours à cette méthode en Argentine, Afrique du Sud, Pennsylvanie, etc.
- L’aptitude du calcaire à la flottation ne semble pas encore suffire à un traitement facile de la dolomie pour l’enrichir en magnésie. Les magnésites naturelles par contre, ont pu être purifiées et leur teneur en silice abaissée jusqu’à 2 ou 3 pour ioo seulement.
- La flottation des graphites se réfère à celle des charbons. Le graphite se mouille mal et a une tendance naturelle à flotter.
- Les sables bitumineux peuvent également être traités par flottation.
- Le traitement du spath fluor est entré en application industrielle depuis une dizaine d’années déjà. On parvient à monter de 8o à 95 pour 100 la teneur du produit naturel en fluorure de calcium, ce qui le rend utilisable directement en métallurgie. On utilise comme réactif l’acide oléique et ses savons ; on élimine ainsi facilement la silice, mais si du calcaire est présent, sa séparation devient plus difficile car il n’est pas facile de le déprimer et d’en empêcher la flottation. On y parvient cependant avec certains réactifs. La cryolithe du Groenland est également purifiée par ces procédés.
- La flottation du talc est entrée dans la technique courante. Elle fait appel à des réactifs très divers suivant les cas et la composition du minerai d’origine : acides sulfonés, acide isovalérique, amines à longues chaînes, etc.
- La purification du sulfate de baryte est relativement facile : la barytine répond à l’action d’une grande variété de réactifs collecteurs et il est souvent possible de séparer l’oxyde de fer et la silice, améliorant ainsi la blancheur et la qualité du produit.
- La flottation de la chromite, de la cassitérite sont difficiles. Pour la cassitérite en particulier, elle n’est actuellement possible qu’en présence de gangues présentant des actions de surface assez différentes pour
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- que la séparation soit possible. Elle est de pi’atique courante en Bolivie, en Cornouailles.
- Les kaolins peuvent être purifiés par flottation pour l’élimination du quartz. Il en est de même du feldspath, des micas, de la lépidolite.
- Le soufi’e, par suite de son inaptitude au mouillage, flotte facilement et permet l’obtention d’un produit très pur. Le procédé Frasch constitue même en fait une véritable flottation in situ sur la mine même : des sondages sont faits sur le gisement, espacés de 5o à ioo m. Dans chaque sondage on descend ti'ois tubes concentriques. Dans le plus grand espace annulaire, on envoie de l’eau surchauffée à i6o° sous pression. Le soufre fond et se rassemble par gravité au bas de la sonde, sous la couché d’eau. Par le "tube central, on injecte de l’air comprimé qui émulsionne l’ensemble, le soufre remonte alors par l’espace annulaire intermédiaire.
- Il a été proposé des procédés de séparation par flottation du feldspath destiné aux industries de la céramique et de la verrerie par traitement des roches broyées contenant des feldspaths : pegmatites, granités, svénites, sables feldspathiques.
- Certains auteurs ont également affirmé la possibilité d’obtenir, par flottation des concentrés de béryl, de zircon.
- Les minerais de titane : l’ilménite, le rutile répondent assez franchement à la flottation par les réactifs usuels de la classe des savons. Mais on a obtenu également de bons résultats au moyen de réactifs spéciaux : des sels quaternaires d’ammonium et en flotta-
- Fig. 4. — Une batterie de flottation en action. On voit sortir l’écume enrichie en l’un des constituants.
- tion inversée : la gangue est flottée et il reste un résidu eni’ichi en ilménite.
- On a démontré également que la flottation des minerais de manganèse : rhodochrosite, manganite, pyro-lusite, était possible.
- Des études approfondies ont été faites aux États-Unis et ont conclu à la possibilité d’enrichissement par flottation des minerais de fer : hématite ou magné-tite.
- Ces dernières années, de nombreux brevets ont été pris couvrant la fabrication ou l’utilisation de réactifs dits « cationiques ». Ce sont des réactifs dont la partie active est le cation. Celui-ci est susceptible d’avoir des actions de surface sur des minéraux à fonction acide possible. Ces réactifs dont la liste est déjà assez longue et dont certains sont fabriqués régulièrement et livrés couramment par l’industrie chimique sont en particulier : des sels quaternaires d’ammonium, par exemple le bromure ou le chlorure de cétyltriméthyl-ammonium, des dérivés pyridiques, par exemple le sulfate de laurylpyridine, des amines : dibutylamine, chlorhydrate d’octylamine, etc.
- La flottation s’est étendue, ces dernières années, à des produits artificiels. C’est ainsi que l’on a proposé de purifier les résidus de la préparation de l’aluminium au four électrique qui contiennent un mélange de carbone, d’alumine et de cryolithe par flottation éliminant le carbone et récupérant la cryolithe.
- En papeterie, la récupération des fibres résiduaires des eaux blanches peut être réalisée par flottation, il en est de même du désencrage des vieux papiers.
- Mais c’est dans la séparation sélective des cristaux formés en mélange à partir d’une même solution saline comportant des sels solubles différents que la flottation a trouvé ses applications les plus curieuses et donné les résultats les plus surprenants, remplaçant avec avantage dans bien des cas les longues opérations de cristallisation fractionnée.
- I/une des premières applications pratiques a été le traitement des sels de potasse naturels : kaïnite, syl-vinite et la séparation des principaux constituants : chlorure de potassium et chlorure de sodium.
- On soumet à la flottation la bouillie des sels cristallisés dans leur eau mère. Le procédé Weinig de la Potash Cy aux États-Unis utilise comme réactif des oléates et de l’acide oléique. Mais bien d’autres agents ont été utilisés avec succès : acide ricinoléique, acide œnanthylique, acide abiétique, octadécylsulfate de sodium, etc. En Russie, on utilise les acides naphténi-ques. On a constaté également que de petites quantités de nitrate de plomb, de l’ordre d’un kilogramme par tonne, activent nettement la flottation, en particulier en présence de silicate de sodium. Les sels de bismuth sont également activants. L’extraction du chlorure de potassium peut atteindre un rendement de 99 pour xoo.
- Les réactifs cationiques ont également trouvé application dans la flottation des sels de potasse, et également les amines à longue chaîne : de 6 à 12 atomes de carbone.
- Les chimistes-russes ont de même étudié la sépara-
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- tion du borax et de l’acide borique d’avec divers sels alcalins, le chlorure de sodium en particulier, en employant comme réactif des acides naphténiques, de l’aniline, de l’orthotoluidine, de la métaxyline, de la pyridine.
- Dans l’industrie chimique, une séiie de brevets a été prise par Nessler pour la séparation des mélanges de chlorure d’ammonium et de nitrates alcalins ; ils sont utilisés par l’I. G. Farbenindustrie pour l’obtention de nitrates destinés à l’agriculture par traitement du mélange obtenu par double décomposition entre le nitrate d’ammonium synthétique et du chlorure de sodium. On utilise comme réactifs l’acide oléique, les huiles végétales ou minérales, le crésol.
- Le fluorure de sodium préparé par fusion du spath fluor en présence de silice et de carbonate de sodium peut être séparé par flottation par l’acide naphlénique ou l’acide oléique. L’opération est facile et rapide alors que le traitement usuel est long et oblige à mettre en œuvre de grandes quantités de liquide par suite de la faible solubilité dans l’eau du fluorure de sodium qui rend très long l’épuisement de la masse par lixiviation.
- Dans la fabrication du carbonate de soude par le procédé Solvay, la séparation du bicarbonate de sodium d’avec le chlorure d’ammonium peut être faite par flottation. Celle-ci est exécutée après introduction dans la masse à séparer d’urée et de chlorure de sodium qui provoquent la cristallisation du chlorure d’ammonium en gros cristaux alors que le bicarbonate de sodium forme de petits cristaux. On flotte ensuite aux acides gras le chlorure d’ammonium qui est ainsi séparé.
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- La purification des eaux troubles se fait généralement en ajoutant à l’eau du sulfate d’alumine et si nécessaire un peu d’alcali, le précipité gélatineux qui se forme entraîne les matières en suspension et clarifie l’eau, mais le coagulum ainsi formé est parfois difficile à filtrer. Le procédé Freeman utilise des réactifs qui forment un savon d’alumine englobant de même manière les impuretés, mais il présente des propriétés hydrophobes très marquées. Par addition de très petites quantités d’un moussant tel que l’huile de pin et agitation en présence d’air, toutes les impuretés et le savon d’alumine qui les enrobe se réunissent dans l’écume et sont ainsi flottés et éliminés sans difficultés.
- On a pu purifier par un processus analogue, en sucrerie, les jus sucrés lors de la défécation par la chaux et de la carbonatation qui suit et éliminer l’écume avec ses impuretés. De même on a pu débarrasser des matières protéiques les jus de pomme de terre des fabriques de fécule.
- De tous ces exemples, il résulte que les procédés de flottation ont largement débordé la technique minière qui était à l’origine leur domaine exclusif.
- La chimie industrielle a trouvé là une méthode nouvelle de séparation qu’elle applique déjà très amplement et dont le champ d’action se développera. La mise au point de réactifs sélectifs nouveaux peut ouvrir à cette technique des débouchés presque illimités.
- Lucien Perruche, Docteur de t’Université de Paris.
- LA LUTTE CONTRE LE FROID
- Aucun être végétal ou animal ne peut vivre ni surtout prospérer que dans des conditions ambiantes déterminées dont les plus indispensables, par ordre d’importance sont : le milieu, la température et la nourriture. Par exemple, un homme peut vivre plusieurs jours et même plusieurs semaines sans aucune nourriture (mais non sans eau) dans un local bien chauffé et aéré; il vivra moins longtemps étant à jeun dans un local froid; enfin, plongé dans l’eau, ou enfermé dans un local dont l’air est altéré, ou surchauffé ou très froid, il sera tué rapidement. La lutte contre le froid est une lutte pour l’existence.
- Accidents dus au froid. — Lorsqu’un être vivant est soumis à un refroidissement, il en résulte toute une série d’accidents généraux, locaux ou secondaires, scion la nature du refroidissement, sa durée et la résistance individuelle du sujet soumis à l’épreuve.
- Accidents généraux. — Les accidents généraux ont une allure différente suivant qu'il s’agit d’un refroidissement intense et brusque ou d’un refroidissement intense mais progressif.
- Le refroidissement brusque s’observe surtout en cas de bain froid. Il varie suivant la susceptibilité de l’individu : soit modéré dans un bain à température encore supportable, soit bas dans une rivière glacée. Ce refroidissement, portant sur toute la surface du corps, détermine un choc avec
- paralysie rapide des vaso-moteurs, effondrement de la tension artérielle, leucopénie brutale et enfin adynamie de toute la musculature, y compris le muscle cardiaque. C’est, en somme, la mort à peu près subile.
- Quant aux phénomènes résultant d’un refroidissement intense mais progressif, voici leur remarquable description faite par Laveran dans son Traité d'hygiène militaire.
- a La première impression de froid est suivie d’une contraction des vaisseaux périphériques, l’organisme concentre ses forces, sa chaleur vers les parties centrales ; l’homme soumis au refroidissement comprend instinctivement le danger et il cherche à lutter contre le froid par un exercice violent, par une alimentation substantielle, par un habitat et des vêtements appropriés ; si ces auxiliaires lui font défaut, il arrive un moment où il ne peut plus tenir sa température constante; le sang, refroidi à la périphérie, n’est plus réchauffé suffisamment dans les parties profondes, la température générale s’abaisse ; c’est à ce moment que se font sentir des frissons accompagnés de malaises, de défaillances. Le refroidissement des muscles dont la circulation se fait mal est rapide ; la gêne apportée au fonctionnement régulier des muscles explique la lassitude extrême, le besoin presque insurmontable de repos, de sommeil; de là aussi, les douleurs musculaires, les raideurs cataleptiformes, et cette démarche incertaine, tibutante, qui a été comparée par plusieurs auteurs à celle de l’homme ivre. Les parties péri-
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- phériques se refroidissent avant les parties centrales, les muscles des membres se paralysent avant ceux du tronc ; les muscles des jambes faiblissent, le malade tombe et il lui est impossible de se relever, si' l’on ne vient pas énergiquement à son secours pour rétablir la circulation des muscles. Une fois par terre, sur la neige, le malheureux qui a été saisi par le froid continue à se refroidir plus rapidement encore; les muscles du tronc, ceux qui président à la respiration et le cœur lui-même se paralysent, la respiration se ralentit, les battements du coeur diminuent de fréquence et deviennent parfois irréguliers ; la mort arrive doucement, au milieu d’un délire tranquille, ou bien on voit surgir des attaques épileptiformes qu’il faut rattacher probablement à l’anémie bulbaire ».
- Notons parmi ces symptômes l’invincible tendance au sommeil. A première vue, elle peut se comparer aux phénomènes d’hibernation dont nous parlerons plus loin, mais elle comporte une signification toute différente : elle constitue une véritable abdication de la vie et non une politique salutaire d’épargne et de résistance.
- Disons que les accidents généraux ne sont pas toujours mortels. Dans beaucoup de cas, ils ne sont que des épreuves plus ou moins pénibles, suivant la baisse de température, la durée du refroidissement et la résistance de l’individu.
- Accidents locaux. — Les accidents locaux ou gelures sont dus à un excès de vaso-constriction dont nous parlerons plus loin, ou au réchauffement trop rapide des zones ischémiées. Ces accidents peuvent présenter trois degrés : la rubéfaction, la vésication et l’escarrification. Lorsque les gelures du premier degré se renouvellent à courts intervalles, elles déterminent une capillarité thrombosante qui est l’engelure. Elles siègent, en règle, aux extrémités : mains, nez, oreilles, et surtout aux pieds.
- Le froid, ainsi que l’insuffisance du chauffage et de la ration de corps gras ont rendu les engelures particulièrement fréquentes durant l’hiver 1940-19/11. Notons aussi que le lymphatisme, la scrofule, l’anémie, l’insuffisance thyroïdienne, ovarienne ou surrénale, ainsi que certaines avitaminoses favorisent l’apparition des engelures. Pour ces raisons diverses, tous les remèdes sous forme de bains ou de pommades ne sont que des palliatifs temporaires. C’est en luttant contre les causes et le terrain qu’on soigne les engelures.
- Accidents secondaires. — D’autre part, le refroidissement peut créer des états pathologiques secondaires, ou aggraver les maladies préexistantes. Les accidents naso-pharyngés ou pulmonaires sont à signaler tout particulièrement. Les troubles vasomoteurs dus à la réfrigération peuvent aggraver certains étals pathologiques préexistants, tels les cardiopathies ou les néphrites. Citons les congestions par le froid et les complications mortelles de la scarlatine dues aux refroidissements imprudents d’un malade ou d’un sujet de guérison récente. Enfin un organisme atteint d’un refroidissement devient une proie facile pour une invasion microbienne, ce qui explique la recrudescence habituelle des affections telles que la grippe, les bronchites, les pleurésies et les bronchopneumonies, lors de chaque saison froide.
- La défense de l'organisme contre le froid. — L’organisme se défend contre le froid en se mettant en état de vie ralentie (hibernation), ou en entamant la lutte par les moyens qui augmentent la thermogénèse et diminuent la déperdition de chaleur.
- Hibernation. — Un certain nombre de mammifères, comme la Marmotte, le Hérisson, le Loir, la Chauve-Souris, par exemple, sont les hibernants; ils passent l’hiver en léthargie.
- Sans doute, pour les animaux hibernants, ce sommeil léthargique constitue une défense non seulement contre le froid, mais aussi contre l’absence d’alimentation. Effectivement, en amenant le ralentissement des échanges, il permet de supporter plus longtemps l’inanition. La perte de poids par kilogramme est vingt fois plus grande chez le Lapin ou le Cobaye en inanition que chez la Marmotte.
- Il est évident aussi que ce sommeil est devenu, pour certaines espèces animales, une fonction biologique indispensable, puisque ces animaux s’endorment à la simple apparition de l’automne ou de l’hiver, même si on les tient dans un local chauffé et pourvu de nourriture.
- À côté des animaux pour lesquels le sommeil hibernal est une inéluctable nécessité, il en est d’autres qui, au gré des circonstances, adaptent un genre de vie analogue. Certains mammifères, comme l’Ours, le Blaireau, le Castor, se mettent, par grands froids, en état d’engourdissement passager, qu’un rien fait cesser. Ce sont de faux hibernants.
- Dans l’espèce humaine, certaines populations des régions froides, les Esquimaux par exemple, mènent, pendant plusieurs mois de l’hiver, une vie ralentie, où le sommeil tient une grande place (parfois vingt heures sur vingt-quatre).
- Revêtements naturels. — Aux espèces animales et aux individus qui s’adaptent au froid par le moyen d’une vie ralentie combinée à l’utilisation d’abris, il faut opposer les espèces qui luttent par une réaction de l’organisme. La défense est assurée dans ce cas, soit par l’augmentation des revêtements naturels qui empêche la déperdition calorique, soit par l’alimentation appropriée qui permet d’augmenter la thermogénèse, soit par ces deux moyens réunis.
- L’augmentation des revêtements naturels du tégument peut être externe ou interne.
- Les animaux et les oiseaux des contrées polaires sont pourvus de fourrures ou de plumes qui s’opposent d’une manière très efficace à la déperdition de chaleur. Une masse d’air se trouve emprisonnée, immobilisée dans le feutrage des plumes ou des poils, et cette couche d’air constitue un isolant parfait.. C’est un revêtement naturel externe.
- L’augmentation de la graisse sous-cutanée diminue aussi la déperdition calorique. C’est pourquoi la plupart des mammifères et des oiseaux des régions froides s’engraissent avant l’apparition de l’hiver. Cette augmentation de la graisse sous-cutanée est un revêtement interne.
- Ces deux moyens de défense sont passifs. D’autres actifs agissent aussi temporairement.
- Vuso-constriciion. — Quand l’organisme est brusquement soumis au froid, il se met en défense active afin d’éviter la gelure des viscères et des cellules nobles. Le premier moyen consiste en une vaso-constriction périphérique dont l’effet est de diminuer l’apport du sang refroidi vers les viscères et, en même temps, de céder moins de chaleur par radiation.
- Frisson. — Simultanément l’organisme réagit par un tremblement du système musculaire, connu sous le nom de frisson, qui a pour effet d’augmenter les combustions de l’organisme.
- Ces deux moyens actifs de la défense naturelle de l’organisme contre le froid ne sont que temporaires. Sans une aide propice sous forme d’un abri, d’un vêtement, ou d’un aliment, ils ne peuvent sauver longtemps l’organisme d’un refroidissement fatal.
- Chez l’homme, les deux moyens de défense naturelle passive contre le froid (revêtements naturels externes et internes du tégument) font pour ainsi dire complètement défaut. Chez le plus velu des hommes, le revêtement externe ne peut être comparé à la plus pauvre fourrure. Quant au revêtement interne représenté par la couche sous-cutanée de graisse, bien que les individus corpulents (bonne graisse) et
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- non ceux obèses (mauvaise graisse) supportent le froid mieux que les individus maigres, il est loin d’être suffisant pour protéger par lui seul efficacement.
- Il ne restait donc à l’homme que de trouver, grâce à son intelligence, les moyens pour suppléer les revêtements naturels du tégument par les vêtements et les abris chauffés. L’intelligence et l’instinct lui ont indiqué en outre les aliments dont l’ingestion compense au mieux les pertes occasionnées par les phénomènes de combustion élevée de son organisme quand ce dernier réagit contre le froid.
- Nos moyens efficaces de lutte contre le froid consistent donc en bonne utilisation des abris, des vêtements et des aliments.
- Abri. — Dans un local constamment bien chauffé, un homme sédentaire peut rester vêtu comme en été, en se contentant d’un strict minimum de nourriture, pendant l’hiver le plus froid. Une telle claustration n’est pas pratique pour la forte majorité des hommes : les uns sortent pour leurs plaisirs, d’autres pour aller à leur travail ; certains sont obligés de travailler dans des locaux froids ou en plein air.
- Or, dès que l’organisme est exposé au froid, il se produit une augmentation considérable des combustions organiques. Selon Lefèvre, la thermorégulation chimique sous l’influence du froid exige, chez l’homme :
- Température extérieure Production de chaleur
- 2o° x 900 calories
- i5° 2 3oo
- io° o 060 —-
- 5° 4 000 —
- x° 5 4oo -—•
- Les aliments doivent venir combler les pertes occasionnées par les phénomènes de combustion supplémentaire. S’il n’en est pas ainsi, la lutte contre le refroidissement devient impossible.
- Laveran rappelle que les accidents de congélation ont toujours été observés dans des armées ou dans des colonnes de troupes mal ravitaillées, sur des soldats affaiblis par la fatigue, les maladies et les privations, ne présentant plus au fi'oid qu’une faible l'ésistance.
- La quantité totale de l’alimentation doit, par conséquent, être augmentée pendant la saison froide, ainsi que l’ingestion d’aliments thérmogénéliques.
- « L’alimentation d’hiver, dit Prat (Médecin Commandant Prat, Notions d’hygiène militaire), doit être particulièrement riche en graisse et en sucre. Le lard et le saindoux qui entrent pour 3o g. dans la ration normale et dans la ration forte seront portés à 80 g. On donnera des conserves de sardines à l’huile, de pâtés de foie. Les hydrates de carbone sei’ont augmentés. Le sucre, de 20 g., sera porté à 100 g. La ration de vin sera d’un demi-litre; des boissons chaudes seront régulièrement distribuées, additionnées de temps en temps de quelques gouttes de rhum ou d’alcool. La quantité de pain sera élevée à 1 kg. ».
- Les graisses jouent un rôle primordial, car elles se transforment rapidement et facilement en chaleur. En consommant beaucoup de lard de baleine cru et l’huile de phoque, les Esquimaux appliquent instinctivement les règles de la physiologie : le lait de renne n’est-il pas, tout spécialement îiclie en beurre, huit à dix fois plus que le lait de vache.
- « Le vin, l’eau-de-vie, pris à petite dose, dit Laveran, rendent de grands services; mais, à forte dose, les boissons alcooliques, loin de fortifier l’organisme, le livrent sans défense aux atteintes du froid. Malgré que l’alcool brûle en
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- partie dans l’organisme et détermine une sensation de réchauffement, il n’augmente pas sensiblement la thermo-génèse. Cette sensation subjective est due probablement à un effet vaso-dilatateur qui favorise la déperdition de chaleur. A dose élevée, l’alcool est plutôt antithermique. Si l’alcool est utile pour se dégourdir quand on rentre à l’abri, il est plus nocif quand il est consommé au dehors ou avant de sortir ».
- Malheureusement à l’époque où nous vivons, la ration de combustible non seulement ne permet pas de chauffer convenablement les locaux privés, mais même d’avoir un petit feu continu. Nous recommandons à nos lecteurs une série d’intéressants articles dus à R. Legendre et parus dans La Nature sous le titre général : « Comment se chauffer » (i5 octobre 1940, i5 décembre 1940 et i5 janvier 1941) qui leur permettront de tirer le maximum de rendement du peu de combustible qui leur est actuellement alloué.
- Notre ration alimentaire est aussi notoirement inférieure à celle préconisée par Prat. Il ne nous reste que de porter l’effort de la lutte du côté de l’habillement.
- Vêtements. — Disons d’abord que les vêtements, comme le plumage ou le pelage, protègent, non pas tant en soi, que par la couche isolante d’air qu’ils emmagasinent, couche qui constitue un écran antidéperditeur de calorique. En conséquence, deux vêlements semblables superposés constituent une protection plus efficace qu’un vêtement unique de même étoffe, mais d’épaisseur double. J. Rouch dans son récit : « Avec Charcot dans l’Antarctique » dit : « Il faut dans les pays froids, non pas augmenter l’épaisseur des vêtements, mais mettre les uns par-dessus les autres plusieurs vêlements légers ».
- Selon Rergonié les coefficients d’utilité du pouvoir protecteur des divers tissus seraient les suivants :
- Maillot de cycliste coton. . . 1,1
- Gilet de flanelle. . . . . . x,35
- Chemise de laine. .... i,4o
- Chemise de laine de soie. x ,5o
- Gilet de chasse laine. 1,60
- Veston cuir doublé 1,60
- Veston de drap U90
- Macfarlane laine 2,10
- Gilet de laine des Pyrénées. 2,5o
- Pardessus drap d’hiver. 2,5o
- Pelisse vison d’Amérique . 4,5o
- On voit donc que les vêlements qui protègent le mieux
- contre la déperdition de calorique sont les étoffes de laine et les fourrures. Malheureusement, dans les circonstances actuelles, il est de plus en plus difficile de s’en procurer. Il nous faut donc porter notre choix sur d’autres tissus, en rappelant que l’habillement optimum comporte l’association de vêtements à trame serrée impénétrable au vent et de vêtements plus lâches susceptibles d’emmagasiner de l’air dans leurs mailles.
- N’oublions pas que dans les sous-vêtements usagés, la laine a subi un tassement qui diminue la couche d’air qu’elle emprisonne. Il y a donc avantage à dévider cette laine et à tricoter de nouveau le sous-vêtement.
- Notons aussi que l’humidité, en diminuant l’isolement des vêlements, augmente la probabilité des gelures.
- Utilisation des mouvements musculaires. — Une dernière ressource que la sagesse populaire recommande en cas de froid, est de faire de l’exercice : battre la semelle, marcher sont d’excellents moyens de se réchauffer. Sous l’influence d’une marche rapide, la température axillaire s’élève; l’immobilité au contraire la fait baisser. De même nous nous
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- échauffons pendant le travail manuel et nous devons parfois quitter une partie de nos vêtements pour l’accomplir.
- Ce sont cependant des palliatifs temporaires et même quelquefois dangereux. L’exercice et le travail manuel donnent naissance à une quantité de chaleur résiduelle, mais favorisent la perte de chaleur par exagération de la circulation et par réchauffement inévitable de la peau. De cette
- façon, après un travail pénible, qui nous a coûté un grand nombre de calories, nous devenons plus sensibles au froid.
- Au contraire, le sommeil, le repos au lit sont des excellents moyens prophylactiques : ils permettent de ne pas gaspiller les stocks thermo-énergétiques et de les réserver pour les moments où leur utilisation momentanée est vraiment indispensable. W. N. Kazeeff.
- USURES ARTIFICIELLES DES DENTS CHEZ LE SINANTHROPE (,)
- Sur le crâne dun Mélanésien néolithique du kjôk-kenmôdding de Da But (Annam) j’ai noté des traces d’usure très nettes. A la deuxième molaire supérieure (M 2), une large et profonde carie a entamé le côté mésial, a atteint les deux racines et toute la moitié linguale de la couronne, du collet à la face masticatrice ; du côté distal une autre carie n’a entamé que les racines. La cavité due à la carie est profonde, son bord a été usé du côté lingual et surtout du côté vestibu-laire. Souffrant, cet homme devait introduire entre M 2 et M 3 une tige de 2 mm. de diamètre dont le va-et-vient a donné une usure demi-cylindrique sur M 2 ainsi que sur la moitié linguale de la face mé-siale de la racine de M 3 ; la tige était donc introduite un peu obliquement par rapport à la courbe alvéolaire, ce qui est naturel ; elle appuyait M 2 du côté vestibulaire, sur M3 du côté lingual. Une semblable usure se distingue encore du côté mésial de M 2 malgré les dimensions de la carie.
- Les lésions décrites par Weidenreich sur le Sinanthrope offrent une ressemblance frappante ; elles ne peuvent s’expliquer que de la rhême façon. Je n’ai pas vu la pièce, elle est à Pékin ; mais Weidenreich a pu se demander s’il ne s’agissait pas d’une telle usure, et, pour combattre cette hypothèse, ne s’est pas appuyé sur des caractères purement morphologiques ; c’est donc que la forme de la lésion est compatible avec mon explication, qui s’impose d’autant plus que Weidenreich, le premier, n’a pu ni en trouver d’autres, ni trouver des lésions naturelles comparables. Même à propos de l’Homme néanderthalien de La Quina, qui présente des lésions comparables à celles du Sinanthrope et semblablement placées, Weidenreich trouve grotesque l’emploi régulier d’un cure-
- dents. Nous verrons que cette appréciation est entièrement contredite par l’observation ; il oppose aussi ce fait que l’usure de la dent du Sinanthrope com-
- 1. Note présentée à l’Académie des Sciences le 9 juin 1941.
- Fig. 1.
- mence du côté distal sur la face vestibulaire, du côté mésial sur la face linguale, mais ceci répond exactement à l’obliquité naturelle de la tige introduite et fournit un très puissant argument, non une objection. L’usure est recouverte d’un peu de tartre et a donc bien été opérée pendant la vie. La couronne est très usée par le frottement de la voisine ; d’après Weidenreich, un processus inflammatoire pourrait en être résulté ; ceci nous aide à comprendre le besoin de recourir à un grattage contre la douleur.
- L’usure artificielle est donc un fait acquis ; les conséquences sont considérables. L’être qui savait choisir une tige pour l’introduire entre ses dents malades n’était pas loin d’être capable d’imaginer aussi la taille rudimentaire des quartz taillés trouvés dans la caverne de Chou Kou Tien, pouvoir qui lui a été jusqu’ici refusé, soit attribué avec un point de doute. Toutefois il y a un pas à franchir pour passer de l’emploi d’un instrument occasionnel à l’emploi réfléchi d’un outil permanent et les faits suivants sont à rappeler.
- Mégnin (x) a décrit un orang du jardin d’acclimatation, âgé de 4 ans et demi, capturé tout jeune et habitué à la société de l’homme ; après avoir bu et mangé, il choisissait dans la paille de sa cage une bûchette bien dure et s’en servait comme de cure-dents ; imitation ou besoin, peut-être les deux ? se demandait son observateur.
- Hachet-Souplet a décrit ce trait d’un sapajou ; il « était sujet à des maux de dents chaque fois qu’il mangeait des noix ; de petits morceaux se logeaient entre ses dents et lui causaient de vives douleurs qu’il manifestait par de grands mouvements ; il essayait de retirer avec ses doigts les morceaux de noix, mais n’y parvenait que très imparfaitement. L’idée nous vint alors de lui donner les moyens de se tirer d’affaires, tout en le mettant sur la voie des actes qu’il devait accomplir. Pour remplir ce programme, après l’avoir bourré de noix..., nous déposâmes dans sa cage une
- 1. Buytendijk, Psychologie des animaux, 1928, pp. 266-267 , Guillaume, La psychologie animale, 1940, p. 208 ; Guillaume et Meyerson, Journal de psychologie normale et pathologique, 1934, p. 526, 531 ; IIaciiet-Souplet, Examen psychologique des animaux, 1900, p. 72 ; Koelher, L’intelligence des singes supérieurs, trad. Guillaume, 1927, p. 124 ; Mégnin, La Nature, 9 janvier 1897, p. 101 ; Weidenreich, Palaetologia Sinica, n° 101, 1937, p. 162, üg. 142, 311.
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- petite tige de fer courte et assez grosse et une pierre à aiguiser et, devant ses yeux, nous frottâmes un autre fer sur la pierre afin de le rendre pointu. Le singe commença par s’emparer de la tige de fer que nous lui abandonnions et essaya de l’utiliser comme cure-dents ; mais bientôt il comprit que cette tige était trop grosse pour pouvoir déloger les morceaux de noix, et il conçut l’idée de l’aiguiser sur la pierre. Au bout d’une heure il avait fait un cure-dents dont il se servit à sa grande satisfaction ».
- D’autre part, Koelher a montré des chimpanzés taillant en pointe des morceaux de bois, par exemple pour piquer quelqu’un à travers la grille ; en l’absence d’un bâton, ils cassent une branche, redressent un fil de fer enroulé, placent l’un dans l’autre deux bâtons comme ceux d’une gaule et les utilisent avec opportunité pour attraper, fouiller, creuser, comme levier ou comme arme (Buytendijk). Ils cherchent souvent avec persévérance l’outil qui leur manque et tendent même, apres usage, à le garder dans la cage ; ils plient un brin de paille pour accroître sa rigidité (Guillaume et Meyerson). Ainsi, comme il est naturel de frotter pour masquer la douleur de la dent, c’est pour le
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- même motif que les animaux se grattent, peut-être la pratique observée n’est-elle pas si extraordinaire et n’exige-t-elle pas d’être parvenu au stade humain. Cependant les exploits des singes semi-captifs ne sont presque jamais accomplis spontanément, les expérimentateurs emploient toujours quelque maïeutique ; le développement de la fonction instrumentale n’atteint sa limite supérieure que sous l’influence d’une pression exercée par l’Homme (Guillaume). Il reste que l’on n’a jamais signalé chez les singes vraiment en liberté des faits comparables à celui du Sinanthrope, et une telle pratique ne nous apparaît que simplement possible de la part d’un singe libre.
- Revenant à l’énigme des quartz taillés de Chou Kou Tien, on peut se demander si un Primate aussi élevé en organisation que le Sinanthrope, bien supérieur à un Orang ou un Sapajou, et capable d’agir ainsi sur ses dents, ne pouvait pas tailler des quartz et mériter ainsi l’épithète de faber ; dans ce cas, le sujet, homo, n’est-il pas impliqué par ce pi'édicat ?
- Etiexne Patte.
- Professeur à la Faculté des sciences de Poitiers.
- LA FAUNE AVEUGLE -- :: "
- DES CARRIÈRES SOUTERRAINES DE PARIS
- Parce que le vieil Homère avait affirmé que la vie organique n’existait pas dans la terre et les profondeurs des mers, quarante générations d’érudits, de savants, de géologues répétèrent que le sous-sol et les abîmes abyssaux étaient désertés par les êtres organisés. Il fallut attendre 1768 pour que Laurenti, dans un ouvrage publié à Vienne, démontrât l’existence d’une faune « cavernicole ». La science spéléologique était née.
- Paris, avec ses immenses catacombes, ses 3oo km. de galeries souterraines, devait fournir à cette science un champ d’étude précieux. Iléricart de Thury tenta en i8i3 d’acclimater des poissons rouges dans une fontaine de l’ossuaire souterrain. Ceux-ci étant morts sans avoir pu se reproduire, l’expérience semblait devoir se résoudre par une décourageante négative.
- Pourtant, tout un monde vivant, animé, organisé se perpétuait dans les ténèbres du sol parisien. Ce n’est qu’à la fin du siècle dernier que les naturalistes
- Fig. 1. — Le Campodea staphylinus.
- Armand Viré et Jacques Maheu révélèrent les conditions de vie et d’évolution de cette société étrange, paradoxale même, qui fournit des formes absolument inconnues et insoupçonnées et qui a soulevé — et soulève encore — des problèmes non seulement zoologiques mais aussi paléontologiques, géologiques et hydrologiques.
- Écoutez comment Viré décrit les caractéristiques des animaux « obscuricoles » :
- « Tous les animaux sont tota « lement privés de couleur. Ils « sont blancs ; leurs téguments « sont souvent transparents et (( l’on peut apercevoir, grâce à « cette transparence, les batte-« ments de leurs vaisseaux san- Fig. 2. — Le « guins, le fonctionnement de pseudo-scorpion.
- « leur tube digestif et des mas-« ses musculaires. En outre, ces animaux souterrains et sont aveugles. Non seulement l’œil externe n’existe « pas, mais encore la rétine, le nerf optique et même « le lobe optique sont complètement disparus. Le cer-« veau même diffère profondément de celui de l’ani-« mal normal... »
- Jamais le principe : la fonction crée l’organe n’a été si logiquement mis en évidence par l’implacable loi de la nature. Les, ancêtres des insectes carvernicoles étaient vraisemblablement des êtres normaux, vivant
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- à la surface, à la lumière du jour. Entraînés dans les cavités souterraines par quelque accident, ils s’y sont acclimatés, reproduits, après un
- stade d âpre sélection naturelle qui vit la disparition des plus chétifs, des moins doués. Peu à peu, l’organe de la vue, devenu inutile dans ce domaine de l’obscurité éternelle, s’atrophia, puis disparut et fut remplacé par des antennes et des poils tactiles d’une incroyable sensibilité, susceptibles de capter des ondes sonores et lumineuses, à tel point que lorsqu’on allume soudainement une lampe électrique, c’est une fuite éperdue d’animaux qui ne voient pas et qu’effarouche cependant la lumière.
- Nul n’est mieux armé en ce sens que le Campodea staphylinus de la famille des Thysanoures (du grec thusanos : frange et oura : queue). Sa tête est lisse, sans trace d’organe visuel, mais il est pourvu d’une paire d’antennes et d’un panache caudal démesurés qui remplacent l’organe inexistant.
- Le pseudo-scorpion est couvert, lui, de longs poils tactiles qui l’enveloppent littéralement et le mettent en contact permanent avec le monde extérieur.
- Mais voici un phénomène complet : le Gammarus puteanus, « la crevette aveugle », dont les pattes réparties le long du corps servent les unes à la natation, les autres à la respiration. Il habite les flaques d’eau dans les galeries à sol argileux, les ruisselets, les sources. Les plus frêles évoluent dans les flaques, les plus robustes habitent les ruisseaux des ossuaires où ils trouvent une nourriture abondante parmi les micro-phytes et les moisissures des ossements.
- Son cousin, le Niphargus puteanus a la particularité
- de nager sur le dos et d’être, quoique très timide, d’une opiniâtreté qui le fait constamment revenir vers sa proie autour de laquelle il erre, s’approche, s’éloigne, revient, indécis, craintif et obstiné.
- Voici la Podurelle qui pullule dans les vieux bois, les planches pourries où elle puise sa pitance. Comme le Campodea auquel elle est intimement apparentée, elle possède de vastes antennes munies de cils tactiles et olfactifs. Mais ce qui la distingue c’est l’extraordinaire appareil de détente qui orne son arrière-train et qui lui permet de faire des bonds prodigieux qui atteignent couramment 4o fois sa longueur.
- Ce qui caractérise ce peuple étonnant d’animaux aveugles, c’est sa remarquable résistance physique. En effet, le milieu biologique des carrièi’es souterraines de Paris diffère essentiellement du milieu biologique de la surface par l’absence totale de lumière « créatrice de vie » et l’état hygrométrique de l’air saturé de vapeur d’eau. Ces différences biologiques provoquent chez les animaux de grandes transformations auxquelles de très rares végétaux inférieurs ont pu difficilement résister.
- Fig. 4.
- La Podurelle.
- Combien de citadins se doutent-ils que, sous leurs pieds, dans les profondeurs du sous-sol, un monde bizarre se meut, s’agite, se perpétue, dans une définitive cécité ? ...
- Marc Minératii.
- = LA DESSICCATION DES POMMES DE TERRE =
- La pomme de terre constitue un excellent aliment pour l’homme et les animaux ; du point de vue agricole elle a l’avantage d’une production très élevée à l’ha, mais sa conservation présente certaines difficultés, dues à sa grande proportion d’eau. Au cours d’un magasinage prolongé jusqu’à la soudure avec la récolte suivante, la perte en fécule est de l’ordre de io pour ioo ; a cela s’ajoutent les altérations par le gel, les fermentations, la germination, de sorte que la perle totale est au minimum de i5 à 20 pour 100.
- Les cultivateurs sont conduits dans une certaine mesure à limiter leur production, parce qu’après une récolte trop abondante, il leur faut consommer avant
- la récolte suivante tout ce qu’ils ne parviennent pas à vendre, sous peine de voir la totalité de leur stock se gâter, s’ils essaient de le garder trop longtemps. Par contre, si la récolte suivante est déficiente, elle leur manque pour leur propre alimentation et pour celle de leurs animaux, ce qui les conduit parfois à vendre des bestiaux à n’importe quel prix.
- S’il était possible de conserver plus longtemps les récoltes de pommes de terre, ces difficultés seraient éliminées, puisqu’on aurait un moyen de compenser les inégalités de production des années successives. Ce sont ces raisons qui. ont conduit à étudier la possibilité de dessécher les pommes de terre.
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- Les deux méthodes qui ont donné les meilleurs résultats et sont appliquées en grand consistent l’une dans la production de cossettes et l’autre dans la production de flocons. On a aussi essayé de découper les pommes de terre en disques mais ceux-ci tendent à s’agglomérer, aussi doit-on donner la préférence au découpage en cossettes. La valeur nutritive des pommes de terre découpées en cossettes est égale à celle des pommes de terre converties en flocons ; avec des appareils bien conduits, les deux produits restent blancs et parfaitement utilisables pour l’alimentation
- Fig. 1. — Laveur de pommes de terre.
- humaine. Les cossettes humides contiennent environ y5 pour 100 d’eau, le produit fini n’en a plus que 12 à i4 pour 100, de sorte que l’élimination d’eau par la dessiccation est d’environ 71 pour 100, pour la plus grande économie des transports.
- Les pommes de terre destinées à la dessiccation en cossettes passent d’abord dans une machine à laver et
- Fig. 3. — Dispositions diverses des aubages intérieurs du tambour de séchage.
- épierrer (fig. 1), puis un élévateur les envoie dans la trémie de la machine à découper les cossettes, placée au-dessus du séchoir proprement dit. Celui-ci est constitué (fig. 2) par un long tube horizontal, ou plus exactement légèrement incliné, animé d’un lent mouvement de rotation, dans lequel circulent les gaz chauds provenant d’un foyer situé à une extrémité. Les cossettes circulent en sens contraire des gaz et sont soulevées par une série d’aubes fixées à la paroi intérieure du tube (fig. 3) ; elles retombent ensuite dans le courant de gaz chauds, ce qui active leur dessiccation.
- On doit régler la masse et la température des gaz en circulation selon la quantité de cossettes, de manière à éviter le grillage et la combustion de ces dernières. Le produit obtenu est d’autant plus blanc que la com-
- Fig. 2. — Ensemble d’une installation de dessiccation de pommes de terre en cossettes.
- A. Foyer ; B. Vis amenant la matière brute ; G. Élévateur à matière brute ; D. Dispositif d’introduction ; E. Gorge du tambour ; F. Tambour de séchage ; G. Commande du tambour ; I. Enveloppe de sortie ; K. Exhausteur ; L. Tube de communication de l’ex-hausteur avec, le cyclone ; M. Cyclone ; N. Cheminée d’évacuation de la buée ; 0. Vis transporteuse de produit sec ; P. Élévateur de
- produit sec ; Q. Vis d’évacuation de produit sec.
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- y//////
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- Fig. 4. — Tambour de séchage des cassettes, système Fôrster.
- bustion dans le foyer est plus complète et que l’ali-mentation en combustible s’y fait plus régulièrement. Une grille mécanique est toujours préférable à ce point de vue. Le tirage est généralement assuré par un ventilateur placé à la sortie du séchoir, et celui-ci doit être disposé de manière à éviter toute rentrée d’air frais ailleurs que par la grille du foyer.
- La qualité des résultats obtenus dépend dans une large mesure du bon fonctionnement des machines à découper les cosseltes ; il faut en effet éviter de produire de la purée, comme cela arrive facilement quand les couteaux sont obstrués soit par de la paille, soit par des racines. On a imaginé dans ce but des systèmes de couteaux articulés, qui se rabattent après chaque coupe et sont débarrassés des débris qui pourraient les obstruer au moyen d’une brosse rotative.
- Pour la production des pommes de terre en flocons,
- celles-ci sont éga-
- Fig. 5. — Cuiseur à vapeur à vidange inférieure.
- lement soumises à un lavage préalable, puis elles sont cuites à la vapeur (fig. 5), et à la sortie du cuiseur, elles sont déversées dans la trémie du séchoir, où elles sont réduites en une masse aussi homogène que possible au moyen d’un agitateur spécialement étudié (fig. 6). Cette masse est ensuite appliquée sur la surface d’un cylindre à axe horizontal chauffé à la vapeur et animé d un mouvement lent de rotation.
- La répartition régulière à la surface du cylindre sécheur est réalisée par des cylindres non chauffés et de faible diamètre, d’autres cylindres assurent ensuite l égalité de cette distribution. Lorsque la masse a fait environ les trois quarts de tour du cylindre elle se trouve séchée, elle est alors séparée au moyen d’un couteau de raclage et tombe en flocons ou sous forme d une nappe mince dans un récipient, d'où le produit fini est évacué au moyen de vis, de lapis roulants ou d’un courant d’air (fig. 7) vers un poste d’ensachage (fig. 8).
- Les premiers séchoirs à vapeur utilisés pour les pommes de terre comprenaient deux cylindres chauffés à la vapeur et on versait la masse à sécher entre ceux-ci. Mais cette disposition entraînait de nombreuses difficultés de fonctionnement et semble avoir été complètement abandonnée. La vapeur utilisée pour le chauffage des cylindres est à une pxession de 3 à 5 kg./cm2. Certains constructeurs ont imaginé d’employer le chauffage des cylindres au moyen de l’huile, qui permet d’atteindre une température de 2 3 o° C. Les avantages mis en avant en faveur de ce système sont les suivants :
- i° Grande différence de température entre le fluide de chauffage et l’eau à évaporer, et par suite dessiccation très rapide ;
- 20 Possibilité de remplir l’intérieur du cylindre complètement avec le fluide de chauffage, sans avoir à tenir compte de l’air ni de l’eau de condensation ;
- 3° Élimination de toute pression dans les cylindres et les canalisations de chauffage, l’huile ne bouillant qu’à des températures plus élevées que celle utilisée pour la dessiccation.
- Ces conditions favorables ont pour effet d’augmenter la quantité de pommes de terre desséchées par unité de surface de chauffe du cylindre.
- D’après des essais exécutés sur des séchoirs de différents systèmes, la production moyenne par m2 de la surface de chauffe totale et par heure et la richesse moyenne en amidon ont été les suivantes :
- Production moyenne Richesse moyenne en amidon
- Fig. 6. — Séchoir à vapeur à un cylindre pour la production des flocons.
- 64 kg. 57 kg. 69 kg.
- 19.1 pour 100
- 17.2 pour xoo i6,5 pour 100
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- Fig. 7. — Transport pneumatique des flocons.
- Avec les séchoirs chauffés à l’huile, on arrive à sécher xoo kg. de pommes de terre brutes par m2 de surface de cylindre et par heure, avec une proportion d’amidon de 19 pour 100 et 12,1 pour 100 d’humidité dans le pi’oduit fini. Comme on peut évaluer à 75 pour 100 la quantité d’eau contenue dans les pommes de terre après cuisson à la vapeur, et comme la proportion d’eau des flocons est de l’ordre de 12 pour 100, on évapox’e donc 71 kg. d’eau par 100 kg. de pommes de teiTe bi’ules.
- Au point de vue commercial, la clientèle pai'aît avoir une préférence pour les flocons et elle accepte de les payer un peu plus cher que les cossettes. Ceci a eu pour effet qu’en certaines années de récolte déficiente, certains pi'oducteurs ont racheté des cossettes pour les transformer en flocons. La méthode de séchage au moyen du tambour ro tatif chauffé directement par un foyer présente le grand avantage de s’appliquer également à la plupart des marchandises en vi'ac, ce qui permet d’amortir plus rapidement les frais d’installation.
- Les pommes de terre séchées
- Fig. 8. — Machine à ensacher les flocons.
- présentent sur les pommes de terre fraîches nombre d’avantages qu’on peut résumer comme suit :
- i° Faculté de conservation pendant un gi'and nombre d’années, sans germination ni altérations ;
- 20 Excellent aliment pour tous les animaux domestiques ;
- Fig. 9. — Ensemble d’une installation de séchage des flocons.
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- = 424 — .....:
- 3° Possibilité de préparation d’un nombre de mets très variés ;
- 4° Grandes économies de transport.
- En Hollande et dans les pays Scandinaves, la dessiccation des pommes de terre s’est considérablement répandue, et les études systématiques sur les animaux domestiques ont permis de constater les résultats suivants :
- i° Le bétail jeune dévore les llocons avec avidité et accuse une bonne croissance ;
- 2° Les chevaux mangent volontiers les llocons et sont capables de développer de grands efforts de traction ; ils sont robustes et sains et le changement du poil se fait plus rapidement qu’avec une autre nourriture.
- On a aussi utilisé la pomme de terre sécliée en addition au blé pour la fabrication du pain et dans la pâtisserie.
- La figure 9 représente en coupe l’ensemble d’une installation de fabrication de flocons :
- Les pommes de terre qui arrivent de la cave de magasinage passent d’abord dans la machine à laver A
- d’où elles sortent parfaitement débarrassées de la terre et des pierres. Un élévateur B et une vis transporteuse G les conduisent dans la trémie d’alimentation D. De là on les fait passer à volonté dans le cuiseur à vapeur E, où elles sont cuites au moyen de la vapeur d’échappement de la machine qui actionne l’usine, ou au moyen de vapeur vive, si l’usine est mue par le secteur d’électricité, cette vapeur étant préalablement détendue à la pression convenable au moyen d’un détendeur. La bouillie obtenue tombe ensuite dans les coffres F. Une gouttière inclinée G les reprend et les envoie au sécheur proprement dit H. Après séchage elles sont détachées par les couteaux de raclage et tombent dans la vis de refroidissement et de subdivision J qui les envoie à l’élévateur de flocons K. De là elles passent dans un cylindre de tamisage L qui sépare les agglomérations qui auraient pu se former par suite de la présence d’un reste d’humidité. Elles sont ensuite conduites par une vis transverse d’ensachage et de là au magasin de conservation et d’expédition.
- II. Varinois,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- NOS PÈRES AUSSI MANGEAIENT DES RUTABAGAS
- Au moment où, de nouveau, s’ouvre la saison des Rutabagas, il n’est pas inutile de rappeler brièvement leurs origines lointaines, leur généalogie mal connue et leur pittoresque histoire.
- Depuis une haute antiquité, on cultive ces Crucifères à chair jaune appartenant au genre que les botanistes modernes ont dénommé Brassica. Les nombreuses variétés de cette plante bisannuelle ont donné naissance, à travers les âges, à de nombreux descendants d’une importance alimentaire considérable. Les savants toutefois ne sont pas d’accord sur le « pedigree » de ces multiples choux au faciès familier et n’ont pas réussi à remonter jusqu’à leur ancêtre commun, pas plus qu’ils n’ont établi une différenciation nette entre la Rave et le Navet, espèces de la même famille.
- Quoi qu’il en soit, rangeons-nous à l’avis de Vilmorin-Andrieux qui, faisant autorité en la matière, considère dans son livre Les plantes potagères (1904), le Rutabaga comme une variété du Chou-Navet (Brassica napus). L’un et l’autre de ces derniers produisent en terre une grosse racine à peu près aussi longue que large mais à chair jaune dans le premier et blanche dans le second. Quant à leurs feuilles et à leurs fleurs, elles suffisent à confirmer qu’ils ne sont, en somme, que de véritables Choux plus ou moins modifiés et perfectionnés par les jardiniers, grâce à de multiples sélections. De son côté, le Chou-Rave (Brassica rapa) a également sa tige renflée mais au-dessus de terre.
- D’ailleurs, selon Pline le naturaliste, la culture des différentes espèces de Brassica était très répandue dans
- Fig. 1. — Estampe des « Cris de Paris », 1641 du graveur Bré-biette, où figurent des Rutabagas (Collection Jacques Boyer).
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- tout l’empire romain. En particulier, les maraîchers de Nursia produisaient alors les Raves les plus estimées tandis que ceux d’Amiterne faisaient pousser les plus savoureux Navets. En France, au Moyen Age, les Rutabagas, comme les autres choux, jouèrent un grand rôle dans la cuisine de nos aïeux avant la vulgarisation des pommes de terre. Dans son livre sur EAgriculture et la Maison rustique (1567), Charles Eslienne écrit effectivement que les « Limosins et Savoisiens n’ont viande plus esquise que les Raves, de sorte qu’ils crient à la faim quand, dans leurs païs, elles sont gelées ou ont reçu quelque injure du ciel ».
- Cependant, au xvn° siècle, nos pères préféraient les navets, objets d’un commerce très actif dans les grandes villes françaises, témoin le couplet suivant de la romance d’une « gagne-petit » de cette époque, que nous empruntons à l’érudit ouvrage d’Henri Leclerc sur les Légumes de France (1927) :
- Quand je fus mariée rien n’avois Mais (Dieu Mercv) j’en ai pour l’heure Que j’ai gagné à mes navetz ;
- Qui veut vivre, il faut qu’il labeure.
- ==:” ..425 =
- Regardons encore la planche 38 du curieux recueil « Cris de Paris » (i64i) ; le graveur P. Brébielte y ligure des choux divers portés par un âne qu’une femme promène à travers les rues de la Capitale. Sur l’un des paniers soutenus par le bât du placide animal, l’artiste a voulu représenter sans doute des Choux navets. Les Parisiens de jadis consommaient ces derniers avec plaisir, soit en ragoûts, soit à « l’allemande » après les avoir fait confire comme la choucroute.
- Depuis les triomphes culinaires de la « Parmen-tiôre », les différentes variétés de Rutabagas (à collet vert, rouge ou violet) n’étaient guère utilisées en France qu’à l’alimentation des bestiaux. Pendant l’hiver 1940-1941 et faute de mieux, nous avons dû nous contenter des ces « ersatz » de pommes de terre ! Mais, au contraire, nos voisins d’outre-Manche apprécient assez les ventrues Crucifères auxquelles le climat froid et humide de l’Angleterre convient parfaitement.
- J. de la Cerisaie.
- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- CASSE-TETE GÉOMÉTRIQUES
- On désigne sous ce nom des jeux composés de plaquettes de bois ou de carton qu’il s’agit de disposer de façon à obtenir soit une figure donnée, soit une disposition fixée à l’avance. Ces jeux, appelés aussi quelquefois « questions », présentent souvent de réelles difficultés et sont très divers quant à leur nature ou à leur but.
- Le « jeu de patience » qui a distrait notre enfance peut entrer dans cette catégorie ; on sait qu’il consiste en plaquettes, découpées suivant des contours sinueux qu’il s’agit de raccorder pour reconstituer un dessin; il a été rénové et compliqué depuis sous le nom de « puzzle ».
- Nous ne voulons envisager ici que les « casse-tête » géométriques c’est-à-dire ceux composés d’éléments de figures définies géométriquement et devant reconstituer également une figure simple. Les problèmes ainsi posés constituent d’excellents exercices de géométrie et ces manipulations pourraient compléter heureusement l’enseignement théorique qui paraît bien souvent trop rébarbatif aux jeunes gens. Quelques conseils pour réaliser les constructions que nous allons indiquer. Les figures doivent être exécutées avec beaucoup de soin à l’aide de la règle et du compas, sur du bristol de force moyenne, le découpage sera fait au canif ou mieux avec une lame de rasoir mécanique fixée dans un dispositif spécial que l’on trouve dans le commerce; il faut se guider avec une règle bien droite et disposer le bristol sur un support plan assez tendre, carton fort ou feuille de contreplaqué, pour ne pas émousser le tranchant de la lame et éviter de détériorer la table sur laquelle on travaille. Les ciseaux sont à proscrire car ils ne permettent pas d'obtenir des coupes droites et nettes.
- Rappelons que deux figures planes sont dites congruentes quand, appliquées l’une sur l’autre, elles coïncident dans tous leurs points, égales quand la coïncidence ne peut être
- obtenue que par la rotation de l’une d’elles autour d’une droite de son plan, équivalentes quand elles ont la même aire.
- Soit le carré ABCD (fig. 1), on mène AE, E étant le milieu de CD, puis de B on abaisse la perpendiculaire BF sur AE, on joint B à E et on découpe suivant les lignes tracées (représentées, ainsi que dans les figures suivantes, par des traits forts). On obtient ainsi 4 triangles rectangles avec lesquels on propose de former un carré ; essayez, sans avoir la figure sous les yeux, et vous vous rendrez compte de la difficulté de celte simple « question ».
- Plus intéressants sont les casse-tête où l’on demande de réaliser deux ou plusieurs figures, avec les mêmes éléments; nous avons donc à traiter le problème de la décomposition de figures équivalentes en éléments égaux ou congruents. Pour amorcer cette étude, nous avions proposé ici (Q le problème suivant : découper un rectangle en 4 morceaux qui, assemblés convenablement, reproduisent un carré. La solution de cette question étant fondamentale, nous allons la rappeler.
- Soit le rectangle ABCD (fig. 2) ; on détermine le côté du carré équivalent en portant DE = DB et en élevant la perpendiculaire El jusqu’à sa rencontre en I avec la demi-circonférence tracée sur CD comme diamètre. ID est le côté cherché, on fait IH — ID et on achève le carré IIIKD. La
- 1. Voir La Nature, n° 3064, 13 décembre 1940.
- Fig. 1. — Un carré découpé en 4 triangles rectangles.
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- perpendiculaire KL abaissée de K sur CD partage le triangle IFDK en deux autres : HfLK et LDK. Il est facile de prouver que GC = ID, par la - considération des triangles IFD et AGC, d’où l’on tire l’égalité des triangles IGG' et CHEF enfin on démontrera que les triangles AGC et LKD sont égaux ainsi que les triangles G'BD et H'LK. Le rectangle ABCD et le carré IHKD sont composés d’une partie commune et de trois éléments congruents deux à deux.
- Si CD <( 2BD la demi-circonférence est à l’intérieur du
- Fig. 2. — Carré équivalant à un rectangle ou un parallélogramme.
- rectangle (fig. 3), on prolonge CI en G et on démontre de même que CG — ID ; on porte CH = IG et on achève le carré IHKD, le lecteur prouvera de même- que les éléments ACG et KD ainsi que GIDB et CEIK sont congruents. Enfin si CD = 2BD (fig. 4) la solution est évidente ; dans ces deux derniers cas, il suffit de décomposer le rectangle en trois
- Fig. 3 et 4.
- A gauche, cas d’une largeur plus grande que la moitié de la longueur ; à droite, cas d’une largeur égale à la moitié de la
- longueur.
- parties (x). Pour augmenter la difficulté on peut découper arbitrairement un ou plusieurs des éléments, par exemple, le quadrilatère CHKL peut être divisé suivant la diagonale CK.
- Remarque importante : la même méthode s’applique au parallélogramme ; il est aisé de voir (fig. 2) que la figure A'B'CD est bien décomposée par la même construction, on mène KL' parallèlement à A'C, la démonstration est ensuite facile.
- 1. Nous n’envisageons pas le cas où le rectangle étant beaucoup plus long que large le point H tombe au delà de G (fig. 2) ; la décomposition exige plus de 4 éléments.
- Enfin par une transformation simple, on ramène la quadrature du triangle au cas précédent ; il suffit (fig. 5) dans le triangle ABC, de mener, par les milieux B' et Cr de AB et de AC, la droite BD jusqu’à sa rencontre avec le parallèle CD à AB, le parallélo-gramme BB'DC est équivalent au triangle proposé. Ainsi ce procédé permettra de construire effectivement le carré équivalent à un polygone quand nous pourrons transformer ce polygone en parallélogramme, c’est le cas pour l’hexagone et le pentagone réguliers. Nous donnons dans les figures 6 et 7 la décomposition de ces deux figures. Pour l’hexagone, on le divise d’abord en deux parties égales par un diamètre et l’on dispose les deux parties CABD et BDEF côte à côte pour obtenir un parallélogramme. Si l’on divise le triangle EFG, par la perpendiculaire EEI, on a en définitive 6 parties per-
- K
- Fig. G. — Transformation de l’hexagone régulier en un parallélogramme, un rectangle ou un carré équivalents.
- mettant de reconstituer 4 figures : un carré, un rectangle, un parallélogramme et un hexagone régulier. Le pentagone exige 7 éléments, on le transforme d’abord en trapèze en prolongeant la diagonale BE d’une longueur EF égale au côté du pentagone et en joignant F à D, puis en parallélogramme en menant par G, milieu de FD la parallèle à BC. On voit ainsi que avec 7 morceaux on peut obtenir à volonté un carré, un pentagone, un trapèze et un parallélogramme.
- Un autre problème curieux consiste à décomposer un triangle quelconque pour reconstituer la figure symétrique c’est-à-dire égale mais non congruente. La solution qui se présente d’abord à l’esprit est de tourner à l’envers tous les
- A
- Fig. 0. — Quadrature du triangle.
- Fig. 7. — Transformation d’un pentagone régulier en un trapèze, un parallélogramme ou un carré équivalent.
- \ V
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- morceaux qui constituent le triangle; mais si on exige que l’assemblage soit réalisé avec les cartons tournés du même côté la question est plus embarrassante. Pour présenter cette récréation, il est préférable d’utiliser un papier ayant le recto et le verso de teintes différentes, et on demande de reconstituer deux triangles symétriques par l’apport à une droite de leur plaxr, les deux figures obtenues devant être de même couleur.
- Nous donnons (fig. 8), la manière de découper le triangle;
- A
- Construction d’un triangle symétrique.
- H B
- pour augmenter la difficulté, on peut décomposer arbitrairement le trapèze isocèle. AF = FD = DG— GB ; AE= EG FI — GH = GB ; DK = IE. On remarquera que les éléments se composent : d’un trapèze isocèle, de deux quadrilatères égaux mais symétriques et de deux triangles isocèles.
- Passons maintenant à un autre genre de questions où il s’agit de décomposer une figure en éléments permettant la reconstruction de plusieurs figures semblables ou non. Le premier problème que nous examinerons est classique ; c’est le théorème de Pythagore : construire un carré équivalent à la somme de deux carrés donnés. Nos lecteurs connaissent évidemment la solution qui conduit à trouver le côté du
- carré résultant, mais ici les carrés doivent être découpés pour composer le carré construit sur l’hypoténuse.
- Nous avons déjà donné la solution à propos des recherches de Pythagore (1) ; nous rappelons la méthode qui sera utilisée dans la suite pour d’autres casse-tête.
- Soient ABCD et B EFG les carrés proposés disposés suivant la figure 9, on fait EII = AB
- et on joint H à G et F, il est aisé de démontrer que les triangles GDK, GFK, AIIC et HEF sont égaux; les carrés sont découpés en 5 parties. Voici maintenant le problème de Busschop : partager un carré en huit parties qui, assemblées convenablement, donnent : i° deux carrés dont l’un est le double de l’autre ; 20 trois carrés dont les aires soient entre
- Fig. 9. — Carré équivalent à deux autres carrés (théorème de Pythagore).
- 1. Voir La Nature, n° 3074, 15 octobre 1941.
- 427
- Fig. 10. — Le problème de Busschop.
- elles comme les nombres 2. 3. 4-'
- Soit A2 l’aire du carré à partager : prenons une unité d’aire arbitraire a2 : la deuxième décomposition donne :
- A2 + 2 a2 + 3a2 + 4a2 = 9a2,
- donc la première exige : A2 = 3a2 + 6a2 ; les carrés d’aire égale à 3a2 sont communs aux deux dispositions et les carrés de surface 2a2 et 4a2 s’obtiendront en décomposant suivant la première condition le carré égal à Ga2. D’où la solution analytique (fig. 10), on construit un carré ABCD de côté arbitraire a, pour le carré BGEF ayant pour côté la diagonale du premier ; en opérant d’après la figure 9 on obtient le carré CKLF et sa décomposition répondant à la première condition. Pour reconstituer les trois carrés il faut décomposer, le carré BGEF de la même manière que le carré CKLF; il est inutile de refaire la construction précédente puisque les deux figures doivent être semblables, or la considération des triangles CLM et GFK montre
- que FK est l’homologue de ML. On achève donc en abaissant sur FK les perpendiculaires GN, EQ, TP puis en reportant les deux dernières droites en ER et US, on obtient ainsi les 8 parties demandées.
- Pour avoir deux carrés, on prendra pour l’un les morceaux numérotés 1 et 2, pour l’autre on s’inspirera de la figure pour assembler les 6 parties restantes. Pour les trois
- Fig. II. — Découpage d'un carré en trois carrés égaux.
- Fig. 12. — Figures obtenues avec 5 carrés égaux.
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- (e)
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- A
- A'
- Fig. 15.
- — Elément d’un jeu de cubes.
- Fig. 16.
- carrés, le plus petit sera constitué avec 4 et 5, le médian avec i et 2 et le plus grand avec les 4 autres morceaux.
- Nous continuerons les casse-tête sur les carrés en donnant la manière de découper un carré pour former trois carrés égaux : il suffit de construire un rectangle dont la longueur soit égale à trois fois la largeur et de le traiter comme il est indiqué dans la figure 2, on obtient ainsi (fig. 11), 7 morceaux. Il y a d’autres solutions, mais comportant un nombre plus élevé d’éléments. Par la même méthode on décom-posei’ait un carré pouvant reconstituer un nombre quelconque de carrés égaux.
- Le cas de 5 carrés égaux étant intéressant, nous le traiterons particulièrement car il conduit à la formation de figures diverses à partir d’éléments semblables.
- Cinq étant la somme de deux carrés 1 + 4> en groupant les carrés comme l’indique la figure 12 a, on retombe sur un cas connu, mais pour compliquer le problème, en donnant aux morceaux une forme commune, on divise chaque carré en 4 triangles égaux. Avec ces 20 triangles rectangles, on peut construire plusieurs polygones, les figures 12 b, 12 c, 12 d, 12 e en donnent des exemples. Cette récréation peut être rendue plus attrayante en coloriant diversement les triangles, les figures obtenues sont parfois curieuses et originales.
- Pour montrer comment on peut varier ces amusements géométriques, nous nous proposerons de partager un triangle quelconque pour le transformer en triangle isocèle.
- La figure i3 indique la marche à suivre : le triangle est d’abord transformé en parallélogramme puis en rectangle; par le milieu de B/C/ on élève une perpendiculaire qui détermine A1 sommet du triangle isocèle équivalent.
- Les côtés de ce triangle partagent le rectangle en 7 parties; i!, 21, Sf, 4' sont, reportées en 1, 2, 3, 4.
- On obtiendrait d’autres solutions, par exemple, en traçant la diagonale IPE' mais il faudrait tourner à l’envers les élé-
- Fig. 14. — Assemblage d’éléments égaux formés chacun d’un carré auquel on a enlevé un quartier, b, c, d, autres éléments utilisables.
- ments égaux. Nous nous bornons à quelques exemples ; les éléments peuvent être coloriés pour obtenir des effets artistiques qui fournissent souvent des motifs de décoration, de même on pourra combiner des figures en associant plusieurs éléments fondamentaux. La figure i4
- donne une idée des formes initiales et d’un assemblage à partir d’un carré dont on a supprimé un quartier.
- Parmi les casse-tête donnant un grand nombre de combinaisons, nous mentionnerons un jeu édité en Suisse; nous l’avons vu depuis sous un autre nom, à Paris, il y a quelques années alors qu’une tentative était faite pour remettre en vogue les jeux de poche, le « Taquin », entre autres, qui avait été baptisé du nom de « Diablotin ». Ce jeu se compose de 7 morceaux obtenus en décomposant la fig. 12 b pour la transformer en rectangle ; l’album que nous avons sous les yeux renferme 133 modèles à reproduire, certains présentent une réelle difficulté.
- Enfin il serait intéressant de chercher à étendre à l’espace ces genres de construction ; mais, à part quelques cas sim-
- I 1 0
- 1 0 1
- 0 1 1
- 1 2 2
- 1 2 2
- 2 2 1
- Construction d’un cube polyédriques.
- avec 6 éléments
- pies, on n’obtiendrait que des figures composées d’un grand nombre d’éléments et de formes difficiles à construire et à assembler.
- Le cube est le solide le plus facile à décomposer puisque n3 cubes assemblés donneront un autre cube. Présentée ainsi la question n’aurait aucun intérêt, mais on peut imaginer que certains cubes contigus soient soudés suivant une ou plusieurs faces communes et on obtient ainsi un assemblage à partir de polyèdres irréguliers. Encore faut-il, quand on conçoit une telle décomposition, que la reconstitution du cube soit possible et que les assemblages soient au moins à un degré de liberté comme ceux réalisés par les charpentiers. Nous donnerons un seul modèle de partage du cube. Si on prend pour base l’élément de la figure i4 a et pour hauteur le côté d’un des trois carrés qui le composent on obtient un prisme formé de 3 cubes égaux (fig. i5). Avec 9 polyèdres semblables voici comment on constitue un cube. Représentons le carré de la base en projection horizontale et convenons de noter dans chaque case, par un nombre, la cote de cette case, c’est-à-dire le nombre de cubes élémentaires empilés verticalement, à chaque phase de l’opération. La figure 16 indique la marche à suivre. Nous donnons également (fig. 17) le développement du polyèdre; les parties en trait fort devront être découpées en laissant une largeur supplémentaire de 3 à 4 mm. pour recevoir le filet de colle qui assurera l’assemblage des faces.
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- Les lignes en pointillé seront entaillées légèrement pour être pliées en arêtes vives. Les lettres se correspondent dans le développement et sur la vue en perspective. Avec des éléments contenant 4 à 5 cubes, on peut même obtenir des
- hexaèdres de 64 et de 125 unités, mais il est nécessaire de grouper respectivement 16 et a5 polyèdres fondamentaux, le casse-tête est intéressant, mais la construction des 16 éléments, pour s’en tenir au cas le plus simple, devient fastidieuse avec les moyens dont dispose l’amateur.
- Nous espérons que nos jeunes lecteurs seront intéressés et s’exerceront à réaliser les divers modèles reproduits ; s’ils sont curieux, ils chercheront eux-mêmes à consti’uire d’autres casse-tête en s’inspirant des méthodes que nous avons indiquées. Voici quelques problèmes à résoudre : partager un triangle quelconque en éléments permettant de construire un triangle équilatéral ; décomposer un carré en deux triangles équilatéraux; un triangle en deux carrés dont les aires sont égales ou dans un rapport donné.... Ajoutons, pour terminer que le problème général : partager un polygone
- ........... ——............... 429 =.
- de telle manière que ses parties assemblées différemment en reproduisent un autre équivalent, a été résolu complètement.
- H. Bakolet.
- Problèmes proposés.
- Problème A. — Un bac, remplaçant un pont détruit, peut être chargé nu maximum à 2 t. Pour le contrôle, les hommes sont comptés pour 63 kg., en moyenne, les femmes pour 62 kg. et les enfants pour i3 kg. Par un beau dimanche d’été, le bac est au complet, il y a plus d’enfants que de femmes et plus de femmes que d’hommes et le passeur dit qu’il n’a jamais vu si peu de personnes pour faire le poids limite. Quelle est la composition des passagers ?
- Problème B. — Quatre cyclistes A, B, G, D roulent sur une piste circulaire ayant 200 m. de développement. Ils partent ensemble d’un point O; A et B marchent dans le sens des aiguilles d’une montre, leurs vitesses respectives sont 5 m. et 8 m. à la seconde ; G et D vont en sens contraire et leurs vitesses sont respectivement de 7 m. et 10 m. à la seconde. Au bout de combien de temps et à quel point de la piste se rencontreront-ils de nouveau tous les quatre ? (Problème déjà posé).
- Problème C. —- Pour construire un cadre triangulaire on dispose de deux baguettes, l’une de 2 m. 28, l’autre de 1 m. 3o de longueur. Comment, avec un seul trait de scie, pourra-t-on obtenir un cadre ayant la plus grande surface possible P
- H. Baholet.
- ' 1 ! e
- CL h
- C d
- Fig. 17. — Construction d'un élément.
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOÛTE CÉLESTE EN FÉVRIER J 942
- Sauf Mercure, toutes les planètes peuvent être observées pendant ce mois, mais pour la plupart bien moins favorablement qu’au cours des mois précédents. Mars surtout, puis Jupiter, Saturne et Uranus sont de plus en plus éloignés de nous ; au contraire Vénus est à sa plus grande proximité, mais alors en apparence toute voisine du Soleil.
- Pas d’occultation importante par la Lune ; par contre, en l’absence de cette dernière la Lumière zodiacale se présente maintenant dans de bonnes conditions pour son intéressante étude.
- Nous rappelons, comme toujours, que les heures données ici étant exprimées en temps universel comptées de oh (minuit) à 24h, il y a lieu de leur infliger les corrections nécessaires suivant l’heure en usage au lieu de l’observation.
- I. — Soleil. — Au cours de février, le Soleil, qui entre le 19 à 6h47m dans le signe des Poissons, se rapproche notablement de l’équateur céleste; sa déclinaison qui est de — i7°2of le i6r remonte à — 8°i6/ le 28.
- La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) qui est pour Paris de 9h23m le Ier s’allonge à ioh54m le 28 février. Pour Paris également, la durée du crépuscule civil est pour les mêmes dates de 36m et 33m respectivement; la durée totale du crépuscule astronomique se raccourcit de ih52m à ih47m-
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Février : lei = 6 = i2Hm28s; Il = i2h4m59s;
- 16 = i2h4m5is; 21 = i2h4m25s; 26 = i2h3œ43s.
- Observations physiques. — La surface du Soleil est à observer tous les jours de beau temps ; voici la liste des éphémérides permettant l’orientation des dessins ou photographies :
- Date (o>‘) P B„ Lo
- Février 5 <3-O | CO" 1 — 6°3i i5o“34
- — 10 - 15,54- — 6,60 84,5o
- — 15 — i7,3i - 6,84 18,67
- — 20 18,94 — 7,o3 3i2,83
- 25 — 20,42 — 7»ï6 246,98
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. — La Lumière zodiacale se présente à partir de février dans une position très redressée par rapport à l’horizon, et pourra être alors observée dans de bonnes conditions. On la voit, à l’ouest, par les soirées de ciel très pur et en l’absence de la Lune à l’heure de l’observation, c’est-à-dire les soirs du 5 au 17 février. La visibilité de cette douce lueur étant très délicate, elle n’est guère discernable avant la fin du crépuscule astronomique, au-dessus de laquelle elle paraît se dresser.
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- Il est à recommander de la suivre attentivement pour noter les particularités et les .variations possibles soit en extension, soit en éclat, avec des zones d’intensité différente comme on l’a remarqué dans certains cas. On tiendra compte naturellement que la pureté plus ou moins grande du ciel est susceptible de jouer un rôle important à propos de la visibilité générale et de la reconnaissance de limites imprécises; nous donnons ici un schéma du tracé moyen de la lueur parmi les étoiles, au milieu de février, ce qui peut aider à la mieux reconnaître; ce schéma indique aussi les zones parfois reconnues.
- La lueur antisolaire que l’on pourra chercher à reconnaître vers le milieu du mois, se trouve alors entre le Lion et le Cancer.
- Fig. i. — Tracé schématique de la lumière zodiacale parmi les constellations, au milieu de février.
- A, fuseau généralement le mieux visible et A>, zone inférieure parfois bien accusée ; B, dégradation en hauteur de la lueur ; C, moyenne des extrêmes limites extérieures.
- V Pléiades
- V. \ \ r •
- \ *« Trtanyte
- \ • a
- \Bétier. Q-
- II. — Lune. — Dates des phases :
- P. L. le i fév. à 9bi2m I N. L. le i5 fév. à ioh 2m D. Q. le 8 — à i4ll52ni | P. O. le 23 — à 3h4om
- Plus grandes déclinaisons : — i8°28/ le 11 février; + i8°26/ le 25 février.
- Variations de distance et diamètre apparent : Périgée le 11 février à i2h, diamètre apparent — 32/28// ; Apogée le 23 février à i4h, diamètre apparent = ag,S2,r.
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Magni- Phéno- Heure Angle
- Date Astre tude mène (p. Paris) au pôle
- Fév. 25 i3o Taureau 5,5 Im. ih24m,o 660
- III. — Planètes. — Les indications et le tableau suivants permettent de chercher les planètes et de connaître les conditions dans lesquelles elles se présentent au mieux pour l’observation; ces éléments sont établis d’après des extraits de l'Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1942, en préparation, et qui nous ont été obligeamment communiqués.
- Mercure restera invisible en février, arrivant le 9 en conjonction inférieure avec le Soleil.
- Vénus est en conjonction inférieure avec le Soleil le 2 féiu-ier, c’est-à-dire invisible à l’œil nu jusqu’au milieu du mois, époque à partir de laquelle on la verra alors recommencer à briller, comme « étoile du matin » dans la clarté de l’aurore : son mince croissant, de grande dimension, pourra être distingué à l’aide du plus modeste instrument.
- Signalons une observation intéressante susceptible d’être effectuée. Au moment de sa conjonction Vénus passera à 7°2o' au-dessus du Soleil : il est possible de chercher à la voir ainsi sous sa plus forte dimension apparente, le croissant réduit à un simple fil de lumière. Pour cette observation, on doit s’ingénier à se placer dans des conditions grâce auxquelles l’objectif de l’instrument se trouve
- ASTRE Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellation VISIBILITÉ
- Soleil . . 6 Fév. 7^1601 12b 4mi7s i6b54m 2ihi8m i5o43' fe’zÿ" 1 Capricorne
- 18 — 6 54 12 4 43 l7 16 22 3 — 11 55 32 25, 6 Verseau
- Mercure . ! 6 18 — 7 i5 6 0 12 10 29 56 17 i5 42 52 21 44 20 58 — 10 21 14 2 9,6 9,8 Verseau Capricorne Invisible
- Vénus. .! 6 18 — 6 i5 5 14 11 10 32 25 16 i5 48 36 20 46 20 26 — 9 45 11 6 61,6 54,8 Verseau Capricorne Le matin dans l’aurore.
- 1 Mars . J 6 — 10 3 *7 29 0 56 2 41 + 17 0 7,4 Bélier Première moitié de la
- 18 — 9 32 l7 9 0 47 3 8 + J9 1 6,8 Bélier nuit.
- i Jupiter . • 6 18 11 34 10 47 '9 18 25 39 3 2 21 35 • 4 4o 4 4i + + 21 42 21 47 O Xj- 0 00 XJ-CVS Taureau Taureau Presque toute la nuit.
- 1 Saturne .! 6 — 10 45 18 6 1 3o 3 20 + 16 13 16,6 Taureau Première moitié de la
- 18 — 9 59 17 20 0 45 3 21 + 16 23 16,4 Taureau 1 nuit.
- Uranus ,j 3i Janv. ” 9 18 46 2 26 3 36 + *9 9 3,6 Taureau iPresque toute la nuit.
- 2 Mars 9 12 16 49 0 29 3 38 + 19 J4 3,6 Taureau Première moitié de la
- l nuit.
- Neptune . | 3! Janv. 21 0 3 12 9 21 12 1 + 1 22 2,4 1 Vierge îPresque toute la nuit.
- 2 Mars 18 58 1 12 7 23 11 58 + 1 28 2,4 Vierge (Toute la nuit.
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- protégé des rayons solaires : cette protection serait réalisée au mieux par un toit, un pan de mur ou une cheminée, lointains, et masquant juste l’astre du jour; on peut disposer aussi à quelque distance un écran approprié et laissant voir le ciel au-dessus, de telle façon dans un cas ou dans l’autre, que l’on puisse sans erreur grossière pointer la lunette d’un angle de 70 au-dessus de la direction dans laquelle se trouve le Soleil. Le schéma ci-joint indique les conditions devant être remplies pour le mieux, en même temps qu’il fait connaître les positions relatives de Vénus et du Soleil du 3i janvier au 4 février (jours pendant lesquels on peut chercher à renouveler l’observation). D’après ces positions par rapport au disque solaire, on braquera l’instrument (muni d’un faible grossissement fournissant un large champ) dans la direction approchée de Vénus, afin de trouver ensuite celle-ci par balayage d’assez faible étendue; choisir l’heure du. passage au méridien, celte observation n’étant d’ailleurs possible que si le ciel est très pur. Le croissant aperçu ainsi comme un fil se montre parfois embrassant plus de la demi-circonférence.
- Mars, maintenant très loin de nous, n’est plus d’une observation utile à l’aide de faibles instruments; il était en quadrature E avec le Soleil fin janvier. Au début de février, il se trouve à l’équinoxe d’automne pour son hémisphère austral.
- Jupiler peut être toujours favorablement observé, quoique son diamètre apparent commence à se réduire apprécia-blement. En quadrature E avec le Soleil au début du mois prochain, son système est vu sous un angle très oblique, les passages des satellites devant lui précèdent de beaucoup ceux de leurs ombres sur le disque ; on voit aussi le commencement et la fin des éclipses du IIIe. Voici la liste de tous les phénomènes qui seront observables de Paris :
- Février, 2, II. Em. i8h5om; III. E. c. 2ob52m,3; I. Im. 22h29m ; III. E. f. 23h35m,2. — 3, I. E. f. ih5im,7; I. P. c. i9h3gm; I. O. c. 2olx48m; I. P. f. 2ih5om; I. 0. f. 22h5gm.
- — h, II. P. c. oh49m ; IL O. c. 3ünm; II. P. f. 3h29m. — 5, I. 0. f. i7lx28ra; IL Im. 2om4]1. — 6, IL E. f. oh6m,6. — 7, IL 0. f, ig^io111. — 9, III. Im. i9h58m; III. Em. 22h35m.
- — 10, I. Im. oh2o“; III. E. c. olx52m,5 ; III. E. f. 3h36m,5 ;
- I. E. f. 3ll47m,4; I. P. c. 2ih3im; I. 0. c. 22h4im. — 11, I. 0. f. oh55m ; IL P. c. 3hx9m; I. Im. i8h48m ; I. E. f. 22hiGm,3. — 12, I. P. f. i8h9m; I. O. f. igh23m; IL Im. 2ih33m. — 13, II, E. f. — Ik, IL 0. c. 19V1;
- IL P. f. i9hi5m; IL 0. f. 2ih48m. — 16, III. Im. 23h46m.
- — 17, IL Em. 2h24m; I. P. c. 23h23m. — 18, I. 0. c. 0^39™ ; I. P. f. ih34m; I. 0. f. 2h5om ; I. Im. 2oh4im. — 19, I. E. f. ohi2m,o; I. P. c. i7h5im; I. 0. c. i9h7m; I. P. f. ao^111 ; I. 0. f. 2ihi9ra. — 20, IL Im. oh4m; I. E. f. i8Mom,9; III. 0. c. i8h53m; III. 0. f. 2ih36m. — 21, IL P. c. igh8m; IL 0. c. 2ih45m; IL P. f. 2ih49m. — 22, IL 0. f. o1126m. — 23, IL E. f. i8h38m,o. — 25, I. Im. 22h35m. — 26, I. E. f. 2h7m,6; I. P. c. i9h45ra; I. O. c. 2ih3m; I. P. f. 2ih56m; I. 0. f. 23Mm. — 27, IL Im. 2h37111; III. P. f. 2ohi6m; I. E. f. 2oh36m,5 ; III. 0. c. 22lx54m. — 28, III. 0. f. ih38m; IL P. c. 2ih44m.
- 431
- Lunetre
- Fig. 2. — Observation de la conjonction inférieure de Vénus.
- A gauche, marche apparente de Vénus et situations respectives par rapport au disque solaire ; à droite, conditions à réaliser pour l’observation.
- donc le plus obliquement possible la projection de l’ombre de son globe sur la face sud de Panneau.
- Son principal satellite Titan, facilement visible, atteindra ses élongations ouest les 3 et 19, et ses élongations est les 11 et 27 février.
- Uranus est en quadrature E. avec le Soleil le i5 février. Neptune sera en opposition avec le Soleil le mois prochain; on peut le rechercher au mieux toute la nuit.
- Rappelons que l’observation de ces deux lointaines planètes est de pure curiosité, lorsqu’elle est effectuée à l’aide d’instruments peu puissants.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 5 fév. à oh, Neptune avec la Lune Le 6 — à i5h, Vénus avec t Verseau Le i3 — à 2411, Vénus avec la Lune Le i4 — à i5h, Mercure avec la Lune Le 22 — à i'i, Mars avec la Lune Le 22 — à 3h, Saturne avec la Lune Le 22 — à ioh, Uranus avec la Lune Le 23 — à igh, Jupiter avec la Lune Le 24 — à 2h, Mars avec Saturne
- à oo 7' S. à o° 6' N. â 5o 5' N. à io 6' N. à 6027' N. à 3o o' N. à 4o55' N. à 4o55' N. à 3028'N.
- Étoile polaire. — Heures du passage de l’étoile polaire au méridien de Paris :
- Février 10 Passage supérieur à 4bl6m 2s — 20 — à 3 36 31
- Mars 2 — à 2 57 2
- Météores. — Au milieu de février, étoiles filantes émanant d’un radiant voisin de a Cocher.
- V. — Constellations. — Le ciel de février montre dès l’arrivée de la nuit : au sud, le spectacle des belles constellations d'Orion et du Grand Chien au voisinage du méridien, et au zénith le Cocher. C’est donc la partie de la Voie Lactée la moins brillante dans la Licorne qui se développe au mieux pour l’observation; elle est riche en curiosités célestes de même que dans la région du Cocher ; la partie brillante de la région du Cygne se couche et ne se montre plus que dans la seconde moitié de la nuit.
- Saturne, assez réduit maintenant en dimensions apparentes, est en quadrature E. avec le Soleil le xi février. On voit
- Lucien Rudaux.
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- CAUSERIE PHOTOGRAPHIQUE (0
- LE DÉVELOPPEMENT PRATIQUE
- N’oublions pas tout d’abord que nous sommes campés, loin de notre laboratoire habituel. Nous avons réuni, dans les cinq causeries précédentes, tous les renseignements permettant de grouper le matériel nécessaire pour développer nos pellicules et les produits indispensables pour ce développement.
- Donc, dans un local où nous pouvons faire l’obscurité complète, nous allons disposer sur une table, une planche ou sur un support quelconque tout notre matériel. Celui-ci comporte un seau ou une cuvette d’eau très propre, deux bols, deux pinces pour bien tenir la pellicule par ses extrémités et la lanterne inactinique précédemment décrite (n° 8069). Dans l’un des bols, on versera le révélateur; dans l’autre, le fixage.
- Si possible, choisir ces bols de formes différentes, ou encore, que l’un d’eux possède des dessins de couleur verte ou bleue (qui paraîtront noirs en éclairage inactinique rouge) : il faut éviter, en effet, dans la faible lumière du laboratoire, de confondre les bains entre eux.
- Pour bien tenir la pellicule, nous avons indiqué (n° 3062) d’employer des pinces à linge et décrit une modification utile de ces pinces. Toutefois, nous n’hésitons pas à conseiller, maintenant, d’utiliser des pinces spéciales en nickel pur, pinces dont les mâchoires, larges de 60 à 75 mm., comportent des pointes qui traversent la pellicule et la maintiennent ainsi très énergiquement : les conditions dans lesquelles nous opérons ne sont plus celles qui existaient au début de ces causeries, celles-ci ne s’adressent plus, en effet, à des soldats en campagne, mais à des excursionnistes, etc., qui peuvent s’embarrasser de ce modeste accessoire peu encombrant et d’un faible poids (chaque pince pèse environ 35 g.).
- Le développement. — Deux méthodes s’offrent à nous pour le développement des pellicules. La description de ces deux méthodes va paraître, sans doute, fort compliquée; mais, quelle que soit la méthode que l’on suivra, on sera surpris de la simplicité des opérations à effectuer, après développement de quelques bandes.
- Première méthode. — Ayant sorti, — de préférence en éclairage inactinique — la bobine de pellicule de l’appareil, on tient cette bobine de la main gauçhe et on commence par dérouler la bande de papier noir qui la protège. Lorsque l’on arrive à la pellicule sensible, on n’en déroule que 1 à 2 cm. et on engage cette extrémité de la bande entre les mâchoires d’une pince en nickel (nous l’appellerons, pour la facilité des explications, pince n° 1). Si cette pince comporte un (c voyant » quelconque (par exemple en celluloïd blanc) le placer du même côté que l'émulsion sensible (ce détail a son importance. La pince étant bien en place, on presse sur les mâchoires, ce qui a pour effet de faire pénétrer les deux pointes de la pince dans la pellicule, qui, ainsi se trouve très solidement maintenue.
- On déroule alors toute la pellicule, le poids de la pince
- 1. Voir les n°* 2967, 2972, 2974, 2979, 2980, 2981, 2983, 2985, 2987, 2989, 2993, 2996, 2999, 3002, 3006, 3010, 3012, 3023, 3027, 3039, 3041, 3049 et, en outre, formant la série actuelle, plus spécialement consacrée à tous les amateurs se trouvant hors de chez eux (excursionnistes, scouts, campeurs, alpinistes, jeunes des Chantiers de Jeunesse, etc.), les nos 3060, 3061, 3062, 3069 et 3073.
- On rappelle ici que la photographie en plein air est rigoureusement interdite en zone occupée.
- n° 1 la maintient presque verticale et on arrive ainsi au début de la pellicule, c’est-à-dire à l’endroit où elle est collée à la bande de papier noir. On sépare alors la pellicule de son support en papier et on fixe la seconde pince en nickel (pince n° °2) après la bande sensible. Pour le moment donc, de la main gauche nous tenons la pince n° 2 après laquelle pend toute la bande impressionnée tendue par le poids de la première pince. La pellicule, qui est sèche, a une forte tendance à s’enrouler, à se tordre.
- 11 faut éviter, dans les divers bains, par crainte de rayures dans les images, de frotter la surface sensible sur les parois des bols ou récipients de lavage. Le « voyant » de la pince n° 1 permet, dans toutes les opérations qui vont suivre, de toujours maintenir la surface sensible à l'intérieur de la boucle formée par la pellicule (*).
- La première opération à laquelle nous allons procéder est le mouillage de la pellicule dans l’eau pour la rendre souple. De chaque main, on tient une des pinces, la pellicule forme une courbe dont la convexité (surface non sensible) est tournée vers le sol. Il faut maintenir les mains assez écartées, sinon la pellicule, encore sèche, risquerait de s’enrouler sur elle-même. On plonge alors la pellicule dans l’eau, en la tendant légèrement, pour éviter l’enroulement. On commence par une extrémité (pince n° 1) et on fait en quelque sorte glisser lentement la pellicule sur elle-même dans l’eau jusqu’à l’autre extrémité (pince n° 2). On fait ensuite le mouvement inverse, toujours sans précipitation, en ayant soin de mouiller toute la surface, et on répète ainsi ce mouvement de va-et-vient pendant au moins une minute. La pellicule devient alors souple et n’a plus aucune tendance à s’enrouler. On peut maintenant rapprocher les mains et même tenir les deux pinces d’une seule main sans risque d’enroulement.
- Laisser égoutter quelques instants pour ne pas transporter trop d’eau dans le révélateur et pour éviter surtout des marbrures, des stries dues à une action inégale du révélateur aux endroits où il y aurait excès d’eau.
- Si l’on se sert d’un appareil photographique qui laisse une assez grande partie inutilisée de la pellicule aux extrémités, il n’y a guère à craindre de marbrui’es puisque, sur quelques centimètres, la pellicule restera vierge. Mais, avec certains appareils, le film sensible est impressionné sur toute sa longueur. Pour citer un cas concret, nous utilisons un « reflex » 6 x 6 qui doit donner, noi’malement, 12 images sur une bobine de pellicule 6 x 9. Or, pratiquement, nous prenons toujours i3 images sur cette bande (il faut pour cela arrêter la pellicule au premier point qui suit la « main-repère )) qui apparaît dans le petit viseur rouge). Le résultat est celui-ci : il n’y a que très peu de pellicule vierge au début et à la fin du rouleau impressionné (juste de quoi tenir la pellicule dans les mâchoires des pinces), et il faut prendre quelques précautions au développement contre les marbrures, car l’eau contenue dans les pinces coule sur le film maintenu en l’air, alors que l’autre extrémité est plongée dans le révélateur. L’idéal, serait donc de plonger toute la bande de pellicule d’un seul coup, dans le bain de développement, ce que l’on ne peut faire. Voici comment il faut opérer :
- 1. Nous avons reconnu, à l’usage, la difficulté d’emploi de certaines cuvettes à rouleaux, qui obligent à maintenir la surface sensible à l’extérieur de la boucle formée par la bande souple ; les rayures sont presque inévitables avec ces cuvette3.
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- On tient de la main gauche, au moyen de la pince n° 2, la pellicule presque verticale; la main droite, au bas, tient la pince n° x immédiatement au-dessus du bol de révélateur. Alors, d’un seul coup, on immerge cette extrémité de la pellicule dans le révélateur et rapidement, on élève la main droite et abaisse la main gauche jusqu’au contact de la pince n° 2 avec le bain de développement. Donc, à ce moment, toute la pellicule est à peu. près imbibée de révélateur. Sans perdre de temps, on fait le mouvement inverse et on recommence ainsi 5 ou 6 fois. La pellicule est alors bien imprégnée du bain réducteur. Les images apparaissent. On ralentit alors le mouvement de va-et-vient et on le continue jusqu’à ce qu’elles aient acquis la densité voulue. Ne pas se laisser tromper par l’opacité apparente des images, cette opacité diminue beaucoup au cours du fixage.
- La pellicule étant développée, faire égoutter l’excès de liquide et la laver dans le récipient qui a servi au début pour la mouiller. Procéder à ce lavage en pratiquant toujours le mouvement alternatif des bras. Au bout d’une minute environ fixer toute la bande.
- Seconde méthode. — Dérouler la bobine de pellicule en séparant le film du papier noir. La pellicule, étant sèche, forme ressort et s’enroule sur elle-même. Détacher la pellicule du papier et fixer, à cette extrémité — qui est le début du film — une pince en nickel. Donc, à ce moment, toute la pellicule, enroulée, tient après la pince. Prenant cette pince de la main gauche et la partie enroulée de la main droite, on déroule peu à peu la pellicule dans l’eau, sans se presser. Éviter de mouiller la partie enroulée. Ainsi, peu à peu, graduellement, toute la bande deviendra souple. Alors, on plongera la pellicule ainsi mouillée, toujours tenue d'une seule main, dans l’eau.
- En abaissant la main, on constatera que la partie immergée s’enroule sur elle-même. En élevant la main, au contraire, elle se déroulera. On répétera plusieurs fois cette opération, sans risquer de rayer la gélatine, pendant une minute environ.
- Pour le développement, on opérera de la même manière. Immerger rapidement l’extrémité de la pellicule dans le révélateur et abaisser la main ; toute la pellicule s’enroulera. Relever la main, l’abaisser de nouveau, etc., à condition, chaque fois, de dérouler la pellicule jusqu’au bout. Répéter plus lentement ce mouvement de va-et-vient jusqu’à la fin du développement. Celui-ci étant achevé, laisser égoutter un instant puis laver et fixer par le même procédé (mouvement alternatif de haut en bas et de bas en haut de la pellicule) .
- Fixage. — Au cours du fixage, ne pas laisser la pellicule immobile, mais continuer le même mouvement alternatif pratiqué au cours du développement, que l’on se serve des deux mains ou d’une seule main.
- Ne pas rendre la lumière trop tôt, continuer le fixage jusqu’à ce que les bords de la pellicule, où le bromure d’argent n’a pas subi l’action de la lumière, soient complètement transparents. Le milieu de la pellicule se fixe un peu plus vite que ses extrémités, où sont les pinces. Donc quand ces extrémités sont fixées, tout le reste l’est aussi.
- Lavage. — Le lavage n’est pas toujours chose aisée, surtout avec le matériel dont nous disposons (seau, cuvette). On peut procéder comme suit. La pellicule doit être munie, à chaque extrémité, d’une pince en nickel.
- On réunit ensemble les deux anses (qui forment ressort) de ces pinces au moyen d’une épingle à linge, et on place la pellicule sur champ dans la cuvette, en ayant soin que la
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- surface sensible soit à l’intérieur de la boucle formée par la bande. Pour diminuer la surface totale occupée, on peut rapprocher les deux pinces (qui sont tenues ensemble) du milieu de la pellicule qui, alors, prend à peu près la forme de la lettre majuscule D en ronde.
- On peut encore, si l’on ne dispose que d’un seau, couper la pellicule en fragments que l’on fixe, avec des épingles autour d’une planchette flottant sur l’eau.
- La plupart du temps, on ne disposera pas d’eau courante. Pour obtenir un lavage suffisant, on sera obligé de changer l’eau plusieurs fois. Nous conseillons de faire ce changement environ toutes les 5 à 10 mn et de répéter l’opération 5 à 6 fois.
- (c Tous les expérimentateurs s’accordent à reconnaître, écrit M. L.-P. Clerc (1) que l’on ne gagne à peu près rien à prolonger au delà de 5 mn la durée de chacun des lavages, et que, en utilisant pour chaque lavage, environ 200 cm3 d’eau par décimètre carré d’émulsion, 5 à 6 lavages sont amplement suffisants pour assurer aux clichés sur verre ou sur pellicules la plus grande stabilité compatible avec les conditions de leur fixage. »
- Une pellicule 6x9a environ o m. 80 de longueur et sa surface est voisine de 5 dm2. En prenant pour base la quantité d’eau indiquée ci-dessus, on voit donc qu’il suffirait de 5 à 6 1. d’eau pour laver une pellicule 6x9. Mais l’obligation de couvrir la pellicule — placée sur la tranche comme nous l’avons dit — exigera chaque fois plus d’un litre d’eau. On voit qu’en adoptant le chiffre de six changements d’eau, on aura réalisé un lavage très suffisant.
- Séchage. — La pellicule, une fois lavée, restera munie de ses deux pinces en nickel. L’une servira à ia suspendre, au moyen d’une ficelle, après tout objet convenable. L’autre, celle du bas, par son poids, tendra la pellicule. Éviter, pendant le séchage, les poussières, notamment celles pouvant tomber d’un plancher supérieur mal joint (granges, etc.). Après quelques minutes, s’assurer qu’il ne reste pas de gouttes d’eau à la surface de la gélatine, gouttes qui pourraient former des taches : les absorber avec l’angle d’un papier buvard ou avec un linge fin très propre. Si l’eau de lavage formait un léger dépôt à la surface de l’émulsion, passer délicatement un tampon de ouate imbibé d’eau propre à la surface de la pellicule ; éviter les rayures par des grains de sable.
- Après quelques heures (temps variable suivant le degré d’humidité de l’air) la bande sera sèche. Bien s’assurer, avant de la détacher, qu’il en est ainsi.
- Séparer alors les images avec des ciseaux. Si l’on a pris soin de noter les clichés exécutés sur un calepin (ainsi que nous l’avons toujours recommandé), marquer d’un petit chiffre, en marge de la pellicule, chaque vue prise. Parfois, en effet, des vues se répètent et quand la bande est débitée en morceaux, on pourrait ne plus identifier les sujets.
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- Il nous reste à tirer les épreuves de nos clichés pour les envoyer rapidement aux parents et amis puisque — on s’en souvient, — nous sommes « campés ».
- Le tirage succinct des épreuves fera l’objet de notre prochain entretien.
- Em. Tou chut.
- 1. La Technique photographique, p. 436.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- BOTANIQUE
- Les épluchures de pommes de terre,
- La Nature a publié, à diverses reprises, des photographies de spécimens curieux de pommes de terre, remarquables soit par leur forme, soit par leur poids. La figure x est la reproduction d’un tubercule que nous venons de récolter tout récemment, et si nous le publions ici, ce n’est pas pour l’un des motifs précédents, mais à titre d’exemple que beaucoup d’amateurs de jardinage devront suivre, surtout en ces temps de restrictions alimentaires ! Le tubercule lui-même a une forme assez amusante et fait penser à quelque monstre fantastique qui aurait subi des commotions sérieuses au cours d’un cataclysme!
- Sa dimension maximum —- facile à vérifier à l’aide de l’échelle de o m. io placée sous la figure — est de 195 mm.
- Son poids est de Cio g. Il n’a rien, constatons-le d’un « record ».
- L’intérêt qui s’attache à ce tubercule résulte du fait qu’il provient d’une épluchure, d’un fragment de pelure.
- Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on a conseillé de planter les épluchures de pommes de terre; tous, depuis un an, nous avons constaté la rareté du précieux légume. Or, il est quelque peu pénible de mettre en terre de bons tubercules quand il n’y en a plus sur la table.
- Nous avons donc, celte année, tenté l’expérience et fait une planche d’épluchures. Celles-ci doivent être un peu épaisses et contenir un ou deux cc yeux ».
- Les épluchures qui ont été plantées avaient environ 3 mm. d’épaisseur, la dimension d’une pièce de 2 francs et des germes-de 3 à 4 mm. de longueur. On a planté une seule épluchure par pied. Tous les pieds ont levé et, en moyenne, la récolte a été de un tiers de kg. par pied. Précisons, pour
- Fig. I. — Curieuse pomme de terre provenant d’une « épluchure ».
- Poids : 610 g. L’échelle placée au-dessous a 0 m. 10 de longueur.
- (Photographie Em. Touclict).
- expliquer ce chiffre un peu faible, que plusieurs espèces ont été utilisées et que certains pieds ont donné près de 1 kg. Par contre, d’autres ont fourni seulement un ou deux tubercules.
- Dans un essai plus sérieux, nous conseillons, après soigneuse préparation du terrain et fumure habituelle, de placer 2 ou 3 épluchui'es par pied.
- Le seul inconvénient est celui-ci. Les pelui’cs de pommes de terre sèchent et ne peuvent être conservées, donc la plantation ne peut se faire qu’au fur et à mesui’e de la consommation. C’est chose facile chez soi, dans un jardin où l’on peut préparer d’avance une planche, et même les trous dans lesquels il suffira, au fur et à mesure, de jeter les épluchures nécessaires.
- Ainsi, on aura réalisé ce tour de force, pendant la période de plantation — qui s’étend du milieu de mars à la fin mai,
- —- donc pendant plus de deux mois — de manger scs pommes de terre tout en les plantant comme si on ne les mangeait pas !
- Em. Touciiet.
- MINÉRALOGIE
- Curiosités minérales : les minéraux triboluminescents.
- Lorsque nous brisons un morceau de sucre bien sec dans l’obscurité, nous voyons se produire des lueurs bleuâtres : c’est le phénomène de triboluminescence. La luminescence peut en effet, dans certaines substances, être excitée autrement que par des radiations courtes comme dans la fluorescence ou que par un échauffement comme dans la thermoluminescence. Des actions mécaniques, en particulier, peuvent exciter de tels phénomènes qui portent alors le nom de triboluminescence.
- Certains chauffages qui agissent par bris des cristaux, certaines cristallisations peuvent se ranger dans le même groupe, mais nous nous arrêtons seulement ici sur le phénomène le plus général, celui des actions mécaniques directes : broyage, cassage, frottement.
- Divers minéraux sont dotés de cette curieuse propriété de triboluminescence. Déjà, en i565, Bayle en avait signalé un pi’emier exemple en citant certains diamants qui devenaient lumineux dans l’obscurité lorsqu’on les approchait de la flamme d’une bougie après les avoir frottés sur un chiffon.
- Un exemple beaucoup plus remarquable est offert par l’adulaire, ou feldspath noble qui, frotté, donne des lueurs fort vives. Broyé dans l’obscurité dans un mortier, les cristaux d’adulaire laissent une poudre lumineuse et scintillante dont la luminosité peut durer plusieurs secondes et même, en quelques cas, plusieurs minutes.
- Un autre exemple particulièrement typique est celui de certaines blendes ou sulfures de zinc naturels, et notamment de la blende de Tsounes (Sud-Ouest Africain). Cette dernière frottée, broyée ou grattée avec une aiguille d’acier, émet de belles lueurs de ton orangé.
- De nombreuses fluorites émettent semblablement au bi'oyage des lueurs de teinte bleuâtre, lilas ou rose. Le manganèse, présent en très faibles quantités, semble jouer ici, comme en bien d’autres occasions, un rôle luminogène actif.
- Des apatites manganésifères, une albite de la variété cleve-landite de Portland, dans le Connecticut; une pectolite fibreuse de Peterson, New-Jersey... ont montré aussi des phénomènes lumineux au broyage.
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- Du reste, la triboluminescence des minéraux mérite mieux qu’un simple intérêt de curiosité passagère et il semble que des recherches rationnelles pourraient conduire à une méthode simple d’investigations dans le règne minéral.
- M. Déribéré.
- MÉTALLURGIE
- Le chromage par diffusion.
- Les revêtements chromés ont pris un grand développement industriel : le chromage, en effet, est un excellent protecteur contre la corrosion. Jusqu’ici il a été pratiqué exclusivement par voie électrolytique. Une autre méthode, due à la collaboration de trois chercheurs allemands : MM. Becker, Daeves et Steinberg, a été mise au point en ces derniers temps et paraît devoir ouvrir de nouveaux débouchés au chromage. C’est la méthode dite par diffusion ; elle est applicable aux objets en fer ou acier, sous condition que leur teneur en carbone ne soit pas trop élevée. Le procédé repose sur une réaction de double décomposition entre le chlorure chromeux et le fer, suivie de diffusion du chrome dans le métal. Il se produit une couche de chrome de o mm. i environ dont la teneur en chrome varie entre i3 et 35 pour ioo. Le traitement s’effectue à une température voisine de i ooo° ; il peut se faire par voie sèche, humide ou gazeuse. Sa technique rappelle les techniques de cémentation ou de nitruration. Les couches chromées obtenues confèrent à l’acier une excellente protection contre l’oxydation à des températures pouvant aller jusqu’à 8oo°»
- HYGIÈNE INDUSTRIELLE L’aluminium antidote de la silice.
- La respiration prolongée dans une atmosphère chargée de poussières siliceuses provoque des lésions des poumons groupées sous le nom de silicose. Les particules de silice inhalées avec l’air vont se fixer sur la paroi alvéolaire, à la surface des cellules de revêtement ; elles sont alors phagocytées par ces cellules qui deviennent des <c cellules à poussières » et se momifient. La silice se dissolvant lentement et faiblement les pétrifie et en fait des corps inèrtes et bientôt irritants.
- Les chimistes savaient que l’addition d’aluminium à de la silice diminue la solubilité de celle-ci. Des savants canadiens, Denny, Robson et Irvvin ont alors eu l’idée de faire respirer à des lapins des poussières de silice libre additionnées de poussières d’aluminium métallique. Aucune lésion de silicose n’est apparue alors qu’elles étaient étendues et graves avec les poussières siliceuses seules.
- M. le professeur Policard, de la Faculté de Médecine de Lyon, a vérifié le fait en introduisant des poussières dans la cornée d’un lapin ; celles siliceuses provoquent des troubles allant jusqu’à la formation d’une taie persistante; celles additionnées d’aluminium ne causent qu’une réaction réduite et passagère.
- L’aluminium enrobe les grains de silice et supprime leur solubilité.
- Comme la respiration de poussières d’aluminium ne présente aucun danger et iie provoque aucune lésion, M. Policard propose dans La Presse Médicale d’essayer sur l’homme ce mode de traitement et de prévention.
- HYGIÈNE
- Toxicité des feuilles de rhubarbe.
- La rhubarbe (Rheum Rhapouticum), plante vivace de la famille des Polygonées, originaire des monts subalpins de la Sibérie altaïque et baïkalique et de la Daourie, est cultivée, dans les jardins, en France, comme plante dont on mange la partie verte des feuilles tendres, associée à l’oseille, comme les épinards.
- Cette plante fait aussi l’objet de cultures industrielles pour la production de sa racine, dénommée rhubarbe indigène de France ou rhubarbe anglaise.
- En été, les feuilles sont coriaces et d’une saveur trop prononcée. Mais, avec les pétioles des feuilles, on prépare des confitures et des tartes très estimées. Dans le Nord de la France et en Belgique, les tartes de rhubarbe sont moins appréciées que celles préparées avec des pommes, des groseilles, des myrtilles, des prunes ou des pruneaux.
- En France, la racine de l'hubarbe est produite dans la Drôme, aux environs de Valence, dans les vallées de l’Isère, à Saint-Donat, et en particulier à Cliâteauneuf-d’Isère, centre le plus important de cette culture.
- Les restrictions et les difficultés du ravitaillement, que l’on rencontre actuellement, ont incité de nombreuses personnes à consommer non seulement les côtes de la rhubarbe, mais aussi, en quantités excessives, les feuilles de celte plante, s’exposant ainsi à de graves indispositions, ainsi que, tout récemment, M. le professeur Combes, de la Faculté des Sciences, directeur du Laboratoire de biologie végétale de Fontainebleau, l’a expliqué dans une intéressante communication destinée à appeler sur ce point l’attention des consommateurs.
- La rhubarbe contient, dans tous ses organes, un complexe de substances appartenant au groupe des oxyanthra-quinones. Ce complexe, dont M. le professeur Combes a étudié la structure chimique, exerce sur le tuhe digestif, à faible dose, une action laxative, à dose plus élevée une action purgative. En quantité plus grande encore, il produit sur l’intestin un effet comparable à celui d’un vésicatoire et M. Brocq-Rousseu vient de signaler à l’Académie de Médecine des accidents mortels récents.
- Les organes souterrains de la plante sont les parties les plus riches. Les pétioles foliaires, c’est-à-dire les queues des feuilles, ce que les cuisinières désignent sous le nom de <( côtes de rhubarbe », en contiennent relativement peu. Par contre les limbes foliaires, c’est-à-dire les larges parties vertes des feuilles, contiennent une proportion assez élevée d’oxyanthraquinones, proportion qui varie d’ailleurs dans d’assez larges limites suivant les variétés et suivant les conditions de milieu dans lesquelles la plante est cultivée.
- On peut sans crainte consommer les côtes, en compotes ou en tartes, à condition de n’en pas absorber de trop gi’andes quantités. Par contre, il faut déconseiller la consommation des parties vertes des feuilles, tout d’abord parce qu’elles sont plus riches en principes actifs, mais aussi parce que, préparées à la façon des épinards, on tend à en ingérer beaucoup trop.
- Des accidents plus ou moins graves sont toujours à redouter. Ils résultent de l’action du complexe anthraquinonique sur l’intestin; mais, en outre, ils sont aggravés du fait que la substance purgative est absorbée à la fin d’un repas. Or, on sait qu’il est dangereux de s’alimenter avant ou après l’absorption d’un purgatif et c’est précisément ce que l’on fait lorsqu’on consomme un plat de feuilles de rhubarbe
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- au milieu d’un repas. La toxicité des feuilles de rhubarbe est donc ainsi très clairement expliquée.
- Henki Blin.
- MÉDECINE
- U implantation sous=cutanée d’hormones.
- Les hormones partagent avec les vitamines le premier plan des recherches thérapeutiques actuelles. Elles agissent à très petites doses maintenues pendant longtemps, puisqu’elles sont les produits constamment déversés dans le sang des glandes à sécrétion interne. Aussi ne réalise-t-on qu’impar-faitement la correction de leur insuffisance en ordonnant leur injection ou leur ingestion, forcément discontinues et d’action assez brève.
- Mieux vaudrait introduire les hormones dans l’organisme d’une façon lente et continue, dans des conditions voisines de l’état physiologique. C’est ce qui a conduit, en 1937, des Américains, Deansly et Parkes, à implanter sous la peau des rats des comprimés d’œstrone ou de testostérone (hormones sexuelles). Un comprimé de 6 mg. de testostérone agit pendant i3o jours; des comprimés de 2 à 3 mg. d’œstrone firent sentir leur effet durant 2 à 3 mois.
- Dès 1938, Bishop appliqua ce mode d’emploi à des femmes opérées ou présentant des troubles et en obtint des résultats prolongés. Les essais se multiplièrent avec le même succès et MM. Ravina et Verriez qui viennent de les passer en revue dans La Presse Médicale considèrent que la nouvelle méthode paraît autoriser de sérieux espoirs pour l’amélioration des troubles dus aux insuffisances hormonales.
- DÉMOGRAPHIE
- Déclaration des causes de décès.
- Pour toutes sortes de raisons il importe de connaître très exactement les causes de décès. Le cancer est-il en progression ? La tuberculose s’étend-elle ou bien régresse-t-elle ? La syphilis est-elle vaincue ? Chaque mesure sociale prise contre les grandes endémies est-elle efficace et ses résultats valent-ils l’effort et les dépenses qu’elle a coûtés ? Que penser des nouveaux traitements et des nouvelles organisations sociales d’hygiène : dispensaires, sanatoria, inspections, visites à domicile, etc.
- En gros, on sait bien que des progrès ont été accomplis puisque la durée moyenne de vie a considérablement augmenté; plus en détail on voudrait connaître l’effet de chaque nouvelle application des découvertes médicales.
- Séance du 8 septembre ig4i.
- Le sulfate d’ammoniaque à partir du gypse. —
- Revenant à la question qu’il avait traitée dans la note que La Nature a reproduite, M. G. Claude reconnaît que les frais de transport actuels ne permettent pas l’utilisation à grandes distances des boues contenant seulement 100 kg. de sulfate d’ammoniaque à la tonne. Il a donc cherché une autre technique, renouvelée des études de Matignon et Frèrejac-ques, aboutissant, sans consommation de charbon ni extrac-
- Pour en juger, il faudrait une statistique complète et exacte des causes de mort de la population française.
- Jusqu’ici elle est restée bien imparfaite pour de multiples raisons. Ce n’est que dans quelques villes que le médecin d’état civil se rend chez les décédés; partout ailleurs, le permis d’inhumer est signé sans visite préalable, ou même sans attestation médicale. Le plus souvent, la secrétaire de mairie se borne à interroger les membres de la famille qui viennent déclarer le décès et décide du diagnostic à inscrire quand même il ne laisse pas en blanc la ligne qui y est consacrée. 20 à 3o pour 100 de la mortalité reste ainsi de cause inconnue !
- Dans les cas où le médecin d’état civil va constater la mort et fait le diagnostic exact en interrogeant les proches et voyant les ordonnances du médecin traitant, une autre difficulté apparaît. Peut-il, sans violer le secret professionnel, inscrire sur sa déclaration la cause véritable qui deviendra ainsi publique et révélera à la famille le nom de la maladie qu’elle pouvait ignorer ? Aussi, beaucoup se bornent-ils à indiquer : mort naturelle ou mort des suites de maladie, sans plus.
- Pour sortir de cette incertitude, il faut que les causes de décès soient médicalement contrôlées et déclarées en secret. Sur l’instigation de M. Moine, chef du service de la statistique du Comité national contre la tuberculose, une circulaire a été rédigée en 1937 par le Ministère de la Santé publique et celui de l’Economie nationale dont on peut espérer un heureux résultat. Le Dr Poix vient de la rappeler dans La Presse Médicale, puisqu’aussi bien les statistiques précises et exactes ne sont jamais aussi utiles qu’en période de crise et de changement.
- Le médecin d’état civil délivre deux certificats. L’un constatant la mort est adressé à la mairie et sert pour l’état civil ; l’autre indiquant la cause est mis sous enveloppe cachetée envoyée à la préfecture, au médecin inspecteur de la santé qui a seul qualité pour l’ouvrir. Cette déclaration ne reproduit pas le nom du décédé ; elle reste anonyme ; elle peut donc être précise et au besoin circonstanciée sans aucun inconvénient.
- Déjà, grâce à çette simple mesure, la proportion des décès de cause inconnue est tombée de 20 à 2 pour 100.
- La création récente de l’Ordre des médecins est venue remettre tout en question, puisque l’article 48 du Code de déontologie déclare que « tout médecin doit refuser de mentionner sur un certificat de décès le nom de la maladie ou une indication quelconque sur sa nature », mais aussitôt une circulaire du Ier juillet 1941 a maintenu la procédure de la déclaration exacte et sans nom au médecin inspecteur de la Santé.
- Attendons les futures statistiques qui renseigneront sur l’état de santé de la nation.
- SCIENCES
- tion d’ammoniaque, à des boues à 4oo kg. de sulfate, et même à une séparation de sulfate d’ammoniaque à 90 pour 100. La solution, intéressante pour la production d’acide sulfurique, ne convient plus pour l’amendement de la Sologne.
- Variété nouvelle d’une graminée semLéteinte.
- — Le Bromus ardtuennensis, endémique entre Liège et Givet où on le rencontrait dans les moissons d’Epeautre, a disparu des stations spontanées depuis la fin du xixe siècle et ne se
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- retrouve plus que dans les cultures de quelques stations botaniques. En la croisant avec B. grossus, M. A. de Cugnag a reconstitué la variété villosus complètement éteinte, et en la croisant avec B. secalinus il a obtenu une nouvelle variété encore inconnue.
- Inhibition de la gastrulation par le froid. —
- Wintrebert avait empêché la gastrulation sans arrêter la prolifération chez un Amphibien, le Discoglosse, en maintenant les embryons à basse température, M. C. Mettetal a réussi la même inhibition chez l’oursin Paracentrotus lividus. Cette inhibition est réversible est n’est pas due à une lésion des cellules, mais à l’arrêt d’un processus physiologique.
- Le rachitisme dans la race noire. — On avait remarqué, dans le Nord des États-Unis que les jeunes nègres sont bien plus souvent atteints de rachitisme que les blancs, sans qu’une particularité de l’alimentation ou du genre de vie explique cette anomalie. Cela est dû à ce que la vitamine D antirachitique se forme dans la peau sous l’influence des radiations solaires et que le pigment cutané des nègres forme écran à cette radiation. M. J. Millot, d’observations faites en Afrique, aboutit à la même conclusion. Les nègres de la Guinée, de la Côte d’ivoire, du Soudan, de la Haute Volta, vivant dans des savanes lumineuses sont exempts de rachitisme, tandis que les enfants vivant dans la forêt dense présentent souvent des troubles de croissance, des malformations osseuses et divers stigmates de la maladie. D’ailleurs les nègres des forêts sont toujours de très petites tailles.
- Séance du, i5 septembre 1941.
- Piles symétriques. — M. P. Renaud a réalisé des piles aussi symétriques que possible constituées par des électrodes de cuivre dans du sulfate de cuivre, ou du fer dans du sulfate de fer, etc., et il a mesuré leurs actions avec un microampèremètre de 100 ohms indiquant la mise en jeu de 3.io~4 microgrammes de cuivre, soit une couche mono-moléculaire de 0,14 mm2. Quand on réussit à rendre les expériences constantes, on observe une différence de potentiel de 22 microampères environ au moment où l’on plonge l’électrode mobile, diminuant de moitié en 3 minutes, correspondant à la mise en-jeu de i,5 pgr. de cuivre, soit une couche moléculaire de 7 cm2 qui est justement celle de l’électrode utilisée. En répétant les plongées, le phénomène s’atténue.
- Désintégration spontanée du méson. — MM. P.
- Auger, R. Maze et R. Chaminade, utilisant trois compteurs dont deux séparés par un filtre de plomb de xo cm. sont montés en coïncidence et un troisième placé sous plomb en dehors du faisceau des mésons, ont réussi à distinguer dans les rayons cosmiques les mésons qui agissent seulement sur les compteurs 1 et 2 et ceux qui, arrivés en fin de parcours, se désintègrent dans l’appareil en un neutrino et un électron qui va actionner le troisième compteur. On a ainsi une preuve directe de la radioactivité du méson.
- Séance du 29 septembre ig4i.
- Priorité d’organes homéotypes dans les groupes. — Continuant ses minutieuses recherches sur les Acariens, M. F. Grandjean compare des groupes d’organes homéotypes qui se reforment à chaque mue ; il relève leur
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- présence ou leur absence aux états successifs du développement, dans chaque espèce, et il voit apparaître partout une même hiérarchie, un même classement. L’ordre de priorité de l’organe le plus fort, le plus précoce, le plus commun, est le même sur toutes les listes, révélant des lois évolutives diverses, particulières éclairant la phylogénie. M. Grandjean en donne divers exemples typiques à propos des poils et des segments.
- Traitements thermiques des aciers. — M. G.
- Charpy revient sur les techniques qu’il avait mises en œuvre dès 1893 et les résultats qu’on en obtient pour la connaissance des effets de la trempe -des aciers. Par deux exemples typiques sur une perlite et un acier au chrome-nickel, dont il donne les diagrammes de trempe et de dilatation, il montre l’importance d’une détermination précise du traitement et sa nécessité pour les multiples variétés d’acier actuellement mises en œuvre.
- Oxydes supérieurs du bismuth et bismuthates.
- — En traitant de l’hydroxyde de bismuth Bi(OH)3 en solution dans la soude concentrée par une solution chaude et concentrée de persulfale de sodium, M. H. Martin-Frère a obtenu du bismuthate Bi03Na3 qu’il décompose en tétroxyde de bismuth Bi204. Les bismuthates sont de puissants oxydants qui libèrent le chlore de l’acide chlorhydrique, transforment l’acide arsénieux en acide arsénique et le sulfate manganeux en permanganate.
- Applications géologiques de l’élasticité. —
- M. P. Despujols traite des terrains soumis en profondeur à une pression résultant de leur poids auquel s’ajoutent dans certains cas des forces tectoniques. Si une cavité se forme, pleine d’un fluide, sa compression pourra soutenir le toit, mais elle augmentera la pression horizontale, allant jusqu’à rompre la voûte et injecter le fluide dans les terrains avoisinants. Quand un tel massif se solidifie, il y a généralement rupture et départ du résidu fluide ou pâteux sous forme de filons. La migration des huiles minérales s’explique de même. Les filons sont donc dus à des forces horizontales, les failles à des efforts tranchants verticaux.
- Séance du 6 octobre ig4i.
- Mesure des débits de rivière par échelles lim• nimétriques. — En admettant que chaque cote correspond à un débit donné, un étalonnage de l’échelle limni-mélrique suffit pour connaître à tout instant le débit. Si la rivière avait une section prismatique, de pente constante et un mouvement permanent et uniforme, cela serait vrai dans tous les cas, mais dans la nature, si la station limnimétri-que est bien placée dans une partie stabilisée du lit de la rivière, il est rare que l’amont et l’aval aient des formes géométriques constantes, si bien que le mouvement est graduellement varié dans l’espace et non permanent dans le temps. M. A. Fortier discute ces conditions et aboutit à la conclusion de la nécessité de deux échelles situées à une distance connue l’une de l’autre.
- Mesure des très hautes tensions. — La mesure des différences de potentiel élevées, de l’ordre de plusieurs millions de volts manque de précision et de régularité. En partant du principe du voltmètre tournant, M. O. Yadoff a imaginé deux demi-sphères, mécaniquement solidaires et électriquement isolées entraînées par un petit moteur logé
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- dans la sphère. Celui-ci étant à l’abri des champs électriques peut être commandé sans danger tandis que la forme de la surface conductrice, sans arêtes, ne provoque pas d’aigrettes. On relève par points l’oscillogramme obtenu. Ce voltmètre rotatif permet d’analyser simplement les tensions des lignes à très haut A'oltage, leurs harmoniques, leurs tensions de crête, leur mise à la terre; il s’applique aux 'générateurs monopolaires et bipolaires, aux champs électrostatiques et alternatifs.
- Conservation des fruits par le froid. — Les poires Passe-Crassane sont couramment conservées 4 ou 5 mois en chambre frigorifique.' M. 1\. Echevin a comparé leur comportement à celui des fruits laissés à la température ordinaire. Ces derniers perdent 12 pour 100 d’eau en 2 mois et leur matière sèche diminue de 20 pour 100; les pectines solubles augmentent régulièrement aux dépens des propectines jusqu’à la maturation commençant en fin décembre. En chambre froide, après 5 mois, les fruits ont perdu moins d’eau et beaucoup moins de matière sèche (4 pour 100) ; l’hydrolyse des propectines, arrêtée jusqu’en février, part très activement au début de ce mois, au moment où apparaissent les premières taches jaunes, signe de maturation. L’activité respiratoire est donc indépendante des actions diastasiques.
- Séance du i3 octobre 1941.
- Dosage de l’étain en présence d’antimoine et
- de plomb. — L’acide sélénieux est réduit par le chlorure stanneux en milieu chlorhydrique ; cette réaction est utili-
- sée pour le dosage du sélénium. La même réaction peut servir à doser l’étain, dans des alliages étain-plomb-antimoine et MM. M. F. Taboury et E. Gray en décrivent la technique : dissolution de l’alliage dans l’acide nitrique; formation par l’acide chlorhydrique de chlorure stannique SnCl4 qu’on réduit par l’aluminium en chlorure stanneux SnCl2 ; précipitation de l’acide sélénieux à l’état de sélénium qu’on pèse.
- Rôle de la température dans la formation des failles et filons. — M. P. Despujols montre que l’effet de la température d’un magma l’emporte de beaucoup sur les effets combinés de la pesanteur et de la pression du poids des terrains. La compression provoque la déformation permanente, la tension de la dilatation cause la rupture. Quand un magma pénètre dans des couches, il forme une cavité dont le toit change d’élasticité et se déforme. Quand le refroidissement se produit, le toit entre en tension et finit par se rompre. A ce moment, les couches magmatiques se rompent à leur tour et les fluides internes sont injectés.
- Dissolution des ciments pectiques intercellulai-res et dégommage des fibres textiles. — Le ciment pectique qui unit les cellules et les fibres des végétaux verts est un composé contenant du calcium. M. C. Primot a songé à le désintégrer en le privant de calcium. Il a donc traité les tissus par le fluorure, l’arséniate, le citrate ou l’oxalate de cations monovalents, afin de précipiter le calcium à l’état insoluble. Il a ainsi traité des tiges de lin, de ramie, d’ortie, fraîches ou sèches, et des filasses. A l’ébullition, la réaction est très rapide et en moins de i5 mn, les fibres sont complètement séparées.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- A QUOI PEUT SERVIR LA BILE
- 11 est très facile de se procurer, en s’adressant au boucher, au charcutier ou au garçon d’abattoir, un ou plusieurs fiels de porc ou de bœuf, remplis de bile. Ce liquide épais, verdâtre est surtout riche en eau, mais il contient aussi de 15 à 20 centièmes de sels biliaires. Les dits composés possèdent un fort pouvoir « émulsif » c’est-à-dire rendent l’eau capable de s’incorporer les matières grasses sous forme de minuscules gouttelettes ; ce mélange constitue, comme le lait par exemple, une émulsion. C’est cette propriété de la bile que l’on utilise pour la plupart de ses applications.
- La bile fraîche se conserve mal : pour éviter sa putréfaction, il convient, lorsqu’on ne l’utilise pas aussitôt après l’abatage, de la faire chauffer au bain-marie jusqu’à transformation en une masse pâteuse que l’on pourra conserver en pot.
- Un savon à détacher. — On le prépare, d’après la revue américaine Chemist and Druggist, avec :
- Huile de coco..................... 5 kg.
- Graisse de rognon................. 3 —
- Soude caustique à 40° Baumé . . 4 —
- Essence de térébenthine .... 250 g.
- Fiel de bœuf..................... 500 —
- Faire fondre les matières grasses à feu doux, incorporer petit à petit la soude en remuant. Cesser de remuer et de chauffer lorsque la pâte homogène est translucide, ajouter alors les autres constituants, remuer et couler en pots qui seront conservés bien fermés.
- Nettoyage des tapis. — Délayer le contenu d’un fiel de bœuf dans une dizaine de litres d’eau et frotter le tapis avec une brosse imbibée du liquide. On brosse ensuite à l’eau claire jusqu’à ce qu’il ne se forme plus d’écume, on tamponne
- avec des chiffons secs et propres puis on fait sécher à l’ombre.
- Eau à détacher. — La mixture, qu’il conviendrait plutôt de nommer liquide à détacher, est selon l’ouvrage de M. Herçay consacré au nettoyage et détachage, un simple mélange de :
- Benzine................................. 25
- Essence de térébenthine. ... 10
- Fiel.................................... 10
- Eau..................................... 10
- Glycérine................................ 5
- Les chiffres indiquent des volumes. Remuer fortement avant application et faire suivre le détachage d’un rinçage à l’eau de savon tiède, puis à l’eau douce.
- Pour les aquarellistes. — Il arrive parfois que la couleur ne « prend » pas sur le papier, le plus souvent parce que la surface est légèrement grasse : il suffit pour cela qu’on y ait posé le doigt I II convient alors d’ajouter à la couleur une très petite proportion de fiel pour lui faire acquérir la propriété de mouiller le papier.
- Lorsqu’on veut soufrer une bouillie cuprique. —-
- Au lieu de soufrer la vigne au soufflet, on peut, pour réduire le coût de la main-d’œuvre, incorporer du soufre à la bouillie bordelaise ou bourguignonne projetée au pulvérisateur. Mais le soufre en fleur non spécialement préparé pour être « mouillable » ne peut être mélangé aux mixtures fongicides aqueuses. Cette préparation peut aisément être réalisée en malaxant :
- Soufre . ........... 20 kg.
- Fiels de bœuf . . ... trois fiels
- Eau . .......... 40 1.
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- On étend finalement la pâte en couche mince pour qu’elle sèche à l’air.
- Comment on marbre le papier. — On emploie couramment en reliure, en cartonnage et dans certains travaux artistiques de bibelots, des papiers marbrés dont certaines variétés sont assez difficiles à préparer. Pour avoir le papier marbré du genre dit « agate » par exemple, la feuille de papier est posée à plat sur une table, puis badigeonnée avec une colle claire amylacée provenant de l’ébullition d’un mélange bien délayé de :
- Amidon................................ 19 g.
- Acide tartrique........................ 1 —
- Eau.................................. 980 —
- Tendant que l’enduit, appliqué largement, est encore frais, on projette, au moyen d’un petit balai en chiendent dont on frotte les poils avec une réglette, une couleur faite en broyant à la molette un mélange de :
- hoir de fumée......................... 40 g.
- Empois amylacé....................... 50 —
- Eau................................... 100 —
- Fiel de bœuf......................... 200 —
- L’empois sera préparé en chauffant et en remuant continuellement un mélange sans grumeaux de 40 g. amidon de riz et 250 g. eau.
- On projette ensuite, toujours avec des petits balais à poils raides (chacun réservé à une seule couleur), des gouttes de nuances appropriées, les mixtures résultant du mélange de ;
- Pigment................................. 50 g.
- Empois.................................. 50 —
- Eau.................................... 100 —
- Les harmonies de teintes d’usage le plus fréquent sont blanc et rouge, blanc et violet, crème et bleu. Comme pigments, prendre des ocres, des laques, du blanc de zinc. Sitôt les projections terminées qui doivent se suivre à brefs intervalles, on incline la feuille de papier pour que coulent les gouttes, puis on laisse sécher.
- G. D’Hennequix.
- HYGIÈNE
- Contrôle de la stérilisation. — On sait l’importance d’une stérilisation parfaite des instruments de chirurgie et des objets de pansement. Aussi s’estLon ingénié à en contrôler la pratique par divers moyens. Tantôt on place dans l’autoclave, au milieu d’une boîte de pansements un thermomètre à maxima, tantôt on y installe un enregistreur de température ou de pression, tantôt on y loge un tube de culture ensemencé d’un germe plus résistant que les microbes pathogènes, le Bacillus subtilis par exemple. On a aussi essayé des peintures indicatrices qui changent de couleur à une température donnée.
- M. Marcel Guillot, pharmacien des hôpitaux de Paris, qui vient de passer en revue dans le Bulletin des sciences pharmacologiques (juillet-août 1941) les techniques de stérilisation, indique un autre moyen de contrôle, imaginé aux États-Unis, qui renseigne non seulement sur la température atteinte mais aussi sur la durée qu’on l’a maintenue.
- C’est une peinture blanche qu’on prépare sous deux formes :
- A. Carbonate de plomb................ 1
- Sulfure de lithium...................... 0,50
- B. Carbonate de plomb................ 1
- Soufre précipité................... 0,10
- Carbonate de lithium................... 0,30
- La première noircit à 100°, la seconde à une température un peu plus haute.
- On peint un morceau de carton, partie avec la peinture A, partie avec la peinture B. La surface couverte par A noircit dès qu’on atteint 100° ; celle couverte par B plus lentement et à température plus haute. Si, en sortant de l’étuve, les deux surfaces sont noires, la stérilisation est suffisante, si B reste plus pâle que A, la stérilisation a été imparfaite.
- Les essais ont montré à M. Guillot que la peinture B devient grise :
- à l’autoclavc, à 100° en plus de 30 mn,
- — à 110° en 3 ou 4 mn,
- — à 120° en 30 s. ;
- à l’étuve Poupinel, à 155° en plusieurs heures,
- — à 180° en 30 s.
- Elle devient tout à fait noire à l’autoclave :
- à 110° en plus d’une demi-heure,
- à 120° en 5 mn,
- à 134° en quelques secondes.
- Au Poupinel, elle ne devient jamais noire à 180°.
- On peut ainsi contrôler aussi bien les stérilisations sèches que les humides puisque les temps de virage de la couleur sont du même ordre que ceux de destruction des bactéries sporulécs.
- Il y aurait donc intérêt à employer des peintures indicatrices de ce genre.
- OBJETS UTILES
- Ficelle en métal.
- Nous avons manqué de ficelle sisal pour attacher les récoltes en 1941 et on a cherché par tous les moyens à éviter de lier à la main.
- Des cultivateurs ont utilisé de la ficelle papier. Certains en ont eu a peu près satisfaction ; d’autres étaient mécontents. La petite quantité livrée par les usines allemandes était préférée à la qualité fabriquée avec du kraft français.
- On a essayé de la ficelle en métal fabriquée avec deux ou trois brins de fil d’acier doux retordu offrant une grande résistance et, à l’encontre de la ficelle papier, résistant bien à la pluie.
- Malheureusement sa résistance est un défaut, car elle se coupe et se plie difficilement et elle ébréche les couteaux des noueurs des faucheuses-lieuses, mais avec un réglage spécial, un tirage également modifié, et compte tenu que ce fil est beaucoup moins gros, plus dur à couper, moins souple au pliage et au tirage que le sisal, on arrive à s’en servir.
- Pour des liens à la main, la même ficelle en métal serait parfaite ; pour faire dans l’industrie ou le commerce des petits ou gros paquets, elle serait également très pratique, sauf son défaut de couper facilement aux angles le papier ou le carton se trouvant dessous.
- Elle revient deux ou trois fois meilleur marché que les ficelles papier, alfa, etc., et coûte au consommateur environ 0 fr. 10 le mètre par 1 500 m. Nous en avons vu à la maison M. F. C., 29, rue Sadi-Carnot- Troyes.
- Chaussettes « franco-russes ».
- La laine est rare, le feu aussi et nos pieds seront froids cet hiver, car les bas et chaussettes de laine et les bonnes chaussures sont presque introuvables.
- Il est certain que les bandes de tissus désignées sous le nom de chaussettes russes sont assez pratiques quand on possède l’art de les rouler autour des pieds.
- Mais les bandes de toile sont rares aussi. On peut les rem-placer par des bandes de papier Kraft crêpé de 3 m. de long environ sur 8/10 cm. Ces bandes marque « Fermebien » résistent peu de temps, mais mieux cependant que n’importe quel autre papier non crêpé, car le crêpage donne de la souplesse au papier et ce gaufrage, ce plissage enferme des alvéoles d’air qui servent d’isolant. Ces bandes peuvent aussi être fabriquées avec du Kraft crêpé imperméable, mais ces bandes « Ferme-bien » ferment trop et le pied n’est pas assez aéré. Avec les bandes de papier, on supprime le lessivage ; quand elles sont usées ou malpropres, on les brûle. Il faut toujours les mettre dans les bas et les chaussettes, car sans cela elles ne tiendraient pas deux jours. Ce papier est vendu en gros 20 francs le kilogramme ; il pèse de 80 à 100 g. par mètre carré et dans 3 m. on peut faire de 10 à 15 bandes pour 6 francs. Quant au crêpé imperméable goudronné entre deux feuilles crêpées, il pèse presque le double, mais il est plus résistant et plus imperméable et peut fournir d’excellentes molletières.
- Ajoutons que les bandes de papier Kraft crêpé peuvent aussi remplacer les bandes dites crêpe Velpeau.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- CHAUFFAGE
- Le poêle gazogène.
- C’est bien le moment de tirer des appareils de chauffage dont on dispose le maximum de chaleur. La Nature a passé en revue l’an dernier (nos 3o63 à 3067) les conditions du chauffage des appartements et le rendement des principaux types d’appareils.
- La cheminée est le moyen le plus ancien et aussi le plus imparfait. Elle chauffe seulement par rayonnement tandis que les gaz chauds emportent la plus grande part de la
- Fig. 1 et 2. — Un poêle à tirage direct, à gauche ; à droite, le même transformé en poêle à tirage inversé.
- chaleur dans la cheminée. Son rendement atteint rarement 20 pour 100 et peut tomber à moins de 3.
- Les poêles à tirage direct permettent une meilleure utilisation du combustible qui peut atteindre jusqu’à ko pour xoo, mais il faut de longs tuyaux et des chargements fréquents et répétés pour que la masse de combustible traversée par les gaz ne soit jamais épaisse, sinon de l’oxyde de carbone se forme qui part dans le conduit de fumée sans être brûlé.
- Les poêles cheminées permettent de brûler cet oxyde de carbone au moyen de l’air frais dont une partie traverse le combustible et l’autre se rend directement à la cheminée.
- Dans les poêles à feu continu, l’air frais, arrivant par une
- prise réglable, est systématiquement conduit en partie sous la grille pour entretenir la combustion et en partie au delà du foyer pour brûler les produits dégagés par la première combustion incomplète. Ils permettent de ralentir la marche, ils ont un rendement supérieur qui peut atteindre 60 et même 70 pour 100, mais ils nécessitent un combustible de bonne qualité et bien calibré qu’il est fort difficile de se procurer actuellement.
- Le réglage de l’air arrivant au foyer est toujours délicat. S’il est en excès, le charbon brûle bien, mais une partie des calories qu’il fournit sert
- Fig. 3. — Un appareil à feu continu transformé en poêle gazogène.
- uniquement à réchauffer l’excès d’air qui les entraîne dans le conduit de fumée où elles se perdent. S’il est en défaut, la combustion se fait mal, incomplètement, et une partie du charbon se transforme en oxyde de carbone (CO), au lieu de l’oxydation complète qui aboutit à l’anhydride carbonique (C02). De ce fait, les deux tiers des calories du combustible sont perdus, sans parler du danger d’intoxication grave au cas où le tirage s’arrête ou s’inverse.
- L’idée est venue à M. J. Lemouzy, l’ingénieur-construc-teur bien connu en T. S. F. de perfectionner les poêles en y brûlant le charbon en deux temps : d’abord avec une quantité insuffisante d’air pour produire systématiquement de l’oxvde de carbone; ensuite avec un appoint secondaire d’air pour enflammer cet oxyde de carbone. C’est là le principe des gazogènes alimentant des moteurs à explosion, mais son application aux appareils de chauffage n’avait pas encore été réalisée pleinement.
- M. Lemouzy nous a expliqué comment il avait abouti à cette étude : « L’hiver dernier, nous dit-il, pour réaliser des économies de chauffage, nous avions entrepris de transformer un poêle à tirage direct en poêle à retour de flammes en le cloisonnant (fîg. 1 et 2). L’économie fut notable et la
- Fig. 4. — Poêle gazogène à double enveloppe et arrivée d'air primaire au centre du magasin à combustible.
- A. Chambre à combustible ;
- B. Grille ; C. Cendrier ; D. Buse d’évacuation ; E. Arrivée d’air de la tuyère ; F. Sortie d’air primaire de la tuyère ; G. Couloir de réchauffage de l’air secondaire de la combustion des gaz ;
- H. Chambre de combustion et d’expansion des gaz ;
- I. Réglage de l’arrivée de l’air primaire ; J. Conduit
- d’évacuation.
- Fig. 5. — Poêle gazogène simplifié à tirage par le cendrier.
- A. Chambre à combustible ; B, Grille .du foyer ;
- C. Cendrier (chambre de combustion des gaz) ;
- D. Buse de tirage direct pour l’allumage ; E. Buse de tirage inversé pour marche normale-, F, Conduit de fumée ; G. Tuyère d’arrivée d’air primaire ; H. Réglage de l’air de la tuyère ; I. Réglage de l’air secondaire de combustion des gaz
- dans le cendrier.
- régularité de marche satisfaisante. Un jour où par suite d’une admission d’air trop faible au foyer, la chèminée ne tirait plus suffisamment, il nous vint à l’esprit d’introduire dans le carneau d’évacuation des gaz (A) du poêle des brindilles de bois, afin de réamorcer le tirage. A notre surprise le bois tombant sur la braise se carbonisa sans s’enflammer. Devant notre insuccès, nous introduisîmes alors (avec précaution) une pipette d’alcool dans le carneau du retour de
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- flamme ; à notre stupéfaction, l’alcool ne s’enflamma pas davantage que le bois, mais après quelques secondes, une petite explosion se produisit, non dans le poêle, mais dans les tuyaux. Nous avons été amenés à conclure que le manque d’air dans le carneau du poêle était la cause de la non combustion du bois et de l’alcool, les vapeurs de ce dernier, surchauffées, avaient ensuite pris feu dans les tuyaux du fait d’une entrée d’air à un coude non étanche. Prenant alors une chignolle, nous pratiquâmes un trou à la base du carneau d’évacuation des gaz ; aussitôt une flamme bleue violacée s’éleva en ronflant dans le carneau, l’oxyde de carbone venait de s’enflammer. Nous avons pu ensuite fermer presque complètement l’admission d’air du foyer, sans faire sensiblement baisser l’intensité de chauffage du poêle. Le carneau porté à haute température par la combustion des gaz entretenait la distillation du combustible et par ailleurs, par suite de l’insuffisance d’air sous la grille, il y avait production abondante d’oxyde de carbone, qui devenait la source principale de calories de l’appareil. Nous venions de réaliser, un peu incidemment, ce que nous avons baptisé depuis : le poêle gazogène ».
- On pourrait redouter une telle production systématique d’oxyde de carbone, mais le tout est de le brûler avec certitude aussitôt qu’il est formé. Il brûle spontanément à l’air dès que la température dépasse 5oo°. De là le danger des appareils à feu lent dès que le tirage de la cheminée cesse ou s’inverse et aussi celui des autres quand on vient de les charger en grande quantité de combustible froid.
- M. Lemouzy a résolu le problème de la façon suivante : on amorce le foyer avec une faible quantité de combustible, de façon à former sur la grille une couche incandescente d’une certaine épaisseur, puis on couvre cette couche d’une masse de charbon qui sèche, puis distille. La vapeur d’eau se décompose partiellement en fournissant de l’hydrogène; le charbon s’oxyde en anhydride carbonique qui se réduit au contact du foyer incandescent en oxyde de carbone ; les hydrocarbures sont volatilisés et en partie dissociés. Pour obtenir toutes ces réactions, il faut que l’air fi'ais s’échauffe en traversant la masse de charbon jusqu’au foyer ; on l’obtient par un tirage inversé. La base du foyer ou le carneau d’évacuation devient une chambre de combustion où l’air secondaire qui arrive déjà échauffé brûle complètement le mélange gazeux. La température y est constamment supérieure à 5oo° si bien que l’oxyde de carbone est détruit aussitôt après qu’il a été formé.
- La combustion étant complète, il n’y a jamais de fumée et les seules matières en suspension sont les cendres en poussière impalpable.
- On voit ici la différence essentielle entre le poêle gazogène et les poêles à feu continu. Dans ceux-ci, l’air primaire de combustion arrive sous la grille et l’air secondaire au-dessus; dans celui-là, l’air primaire traverse la masse de combustible et l’air secondaire arrive sous le foyer ou à la sortie des gaz. La circulation de l’air primaire est inverse dans les deux cas.
- M. Lemouzy a réalisé sur ce principe divers dispositifs, les uns modifiant des types d’appareils existants, les autres plus parfaits, de construction nouvelle.
- Voici, par exemple, figure 3, le schéma de la transformation d’un appareil classique à retour de flammes.
- La figure 4 représente un appareil à double
- enveloppe avec tuyère d’arrivée d’air primaire au centre du magasin à combustible. L’air secondaire réchauffé préalablement par son passage dans un couloir qui ceinture l’appareil vient, par de multiples tuyères disposées sur le pourtour, se mélanger aux gaz issus de la base du foyer pour en provoquer la combustion.
- La figure 5 représente un appareil simplifié à combustion inversée et à tirage par le cendrier ; une couronne de tuyères d’air primaire chaud, alimente le foyer au-dessus de la grille. Une seconde couronne de tuyères alimente en air secondaire chaud la chambre à combustion des gaz constituée par le cendrier.
- Dans tous les cas, on obtient une meilleure utilisation du combustible, la possibilité d’employer aussi bien du charbon maigre que du charbon gras, du coke, du poussier, du bois, de la sciure et un fonctionnement continu, régulier, stable pendant des périodes de io à 3o heures selon la capacité de la chambre à combustible. On fait varier le régime en quelques minutes par le réglage des entrées d’air et l’on n’a à craindre aucune fuite extérieure d’oxyde de carbone puisqu’il est brûlé aussitôt que produit.
- Constructeur : M. Lemouzy, 63, rue de Charenton, Paris, 12e.
- MÉDECINE
- Le comparateur « Théraplix » pour le dosage des sulfamides.
- Les sulfamides sont devenus des médicaments courants, d’usage interne et externe, qu’on prescrit par ingestion, en injection, en lavages; leurs effets sont si remarquables, surtout dans les infections aiguës à diplocoques, qu’on n’hésite
- Fig. 1. — La trousse pour le dosage des sulfamides.
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- Fig. 2. — Le bloc comparateur.
- plus à les employer à doses massives et répétées ; mais leur toxicité n’est pas nulle et dans beaucoup de cas, le médecin doit chercher la dose limite qui agira au plus vite sur les symptômes alarmants 'sans créer de réactions secondaires fâcheuses, d’où l’intérêt de connaître rapidement le degré d’élimination de l'organisme, la teneur en sulfamides de l’urine, du sang, du liquide céphalo-rachidien.
- Voici une trousse (fig. i) peu encombrante qui permet d’opérer l’analyse instantanément au lit, même du malade. Son usage est si simple qu’elle trouvera certainement d’autres applications.
- Dans une petite boîte, on trouve un bloc comparateur, un coin photométrique ecjpré, des cuves de comparaison, des flacons de réactifs pour cent dosages.
- Les sulfamides donnent des réactions colorées qui permettent d’estimer leur concentration par comparaison avec des solutions titrées ou un coin d’un verre teinté, en forme de prisme très allongé, semblable aux coins photométriques qu’emploient les photographes pour essayer la sensibilité des plaques.
- La figure a suffit pour comprendre le mode d’emploi. Dan un bâti métallique léger, deux ouvertures laissent passer la lumière, l’une est munie d’un verre dépoli, l’autre d’un cylindre de visée. Dans la boîte ainsi formée, on peut placer, en haut A une petite cuve B clans laquelle on verse le liquide à analyser et le réactif tout préparé. C’est tout. Le bas D est occupé par un tube scellé E, de même diamètre que la cuve devant lequel on peut faire glisser le coin coloré F. Quand on observe l’égalité de teintes, on s’arrête, on lit le nombre inscrit en ce point du coin et on trouve aussitôt dans une table fixée dans le couvercle de la trousse la teneur en sulfamides désirée. On titre ainsi tous les sulfamides, le 1162 F comme la sulfapyridine ou le sulfathiazol.
- Constructeurs : Établissements Théraplix, 98, rue de Sèvres, Paris, 7e.
- THÉRAPEUTIQUE Appareils à microbrouillards.
- Après avoir administré les médicaments par la bouche, par la peau, puis par injection, on a découvert une autre voie efficace : l’inhalation qui introduit directement les substances thérapeutiques dans les poumons.
- Les Drs E. et II. Bianeani et MM. G. et M. Delaville ont montré en ig3y que l’on pouvait introduire dans l’organisme, par la voie respiratoire, clés substances très finement pulvérisées et .revêtant les caractères de cc microbrouillards ». Ces substances inhalées par des animaux peuvent être décelées dans leurs poumons et leurs urines. D’autre part, chez l’homme, l’insuline inhalée à l’état de microbrouillards pro-
- Fig. 1. — Appareil portatif générateur de microbrouillards.
- voque une baisse du taux de la glycémie de même ordre que celle que l’on observe par injection. Les résultats de ces auteurs furent confirmés par 1 e s travaux des Drs Binet et Dautrc-bande.
- L’appareil à microbrouillards Biancani-Delaville, actuelle-m e n t expérimenté dans les hôpitaux, se compose essentiellement d’un atomiseur à chicanes en verre Pyrex, d’un compresseur à envoyer de l’air sous pression à l’alomiscur, d’un réservoir en caoutchouc desliné à emmagasiner les microbrouillards.
- L’ensemble est réalisé sous deux formes, l’une portative dans un coffret (fig. 1), l’au-Irc dite « clinique » dans un meuble (fig. 2) avec groupe moto-compresseur dans le bas, tableau général de manœuvre dans le haut, chambre de préparation des médicaments au centre.
- L’appareil clinique permet de mesurer la quantité de produits inhalés. On introduit dans un sac en caoutchouc situé à la partie supérieure de l’appareil une quantité déterminée de médicaments transformés en microbrouillards et on fait inhaler par le malade le contenu du sac à travers un masque à soupapes.
- La médication transpulmonaire est facile à appliquer avec ces appareils générateurs de microbrouillards. Elle ne présente aucun danger quand on règle les durées cl’inhalation et les
- doses à pulvériser des produits les plus actifs. On en obtient de remarquables résultats non seulement dans les affections des voies respiratoires, mais aussi dans certaines affections générales pour des médicaments dont l’injection est difficile ou douloureuse ou dont l’ingestion est inefficace.
- Constructeurs : Établissements Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris (7e).
- Fig. 2. — Appareil type clinique.
- CHIMIE
- Nouveaux « feuillets analytiques » pour l’évaluation du pH.
- De nouveaux feuillets analytiques permettant une évaluation extrêmement simplifiée du pli, par virages colorés, viennent d’être présentés.
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- Il s’agit, en fait, d’une variante du procédé « Ionoskrib » qui consiste, comme l’on sait, en l’application d’un tracé effectué au moyen d’un réactif solide, sur un feuillet de papier neutre. En humectant ce tracé de la solution aqueuse en examen, ce dernier prend une coloration qui est fonction du pli, et permet donc de déterminer celui-ci, par comparaison avec une échelle colorée appropriée, d’une façon simple et élégante. Nous avons décrit précédemment, dans celte Revue (1),- les avantages du dispositif imaginé et la technique extrêmement rapide qui en résulte.
- Dans les feuillets analytiques « Ionoskrib » également présentés par les chimistes français Dru et Monnet, le tracé réactif se trouve automatiquement réalisé dans le papier neutre, découpé prêt à l’emploi sous forme de bandelettes rectangulaires particulièrement maniables, ce qui conduit à une première simplification du procédé.
- De plus, et là résident, à notre avis, l’originalité et l’intérêt même de cette nouveauté, les inventeurs ont cherché à réaliser des virages colorés à teintes franches, nettement caractérisées, intéressant une zone de pH réduite, s’étalant sur deux unités de pli tout au plus.
- Chaque feuillet est ainsi référencé par un nombre de 3 ou de 4 chiffres, et par 3 colorations se rapportant à 3 valeurs de pH déterminées. Par exemple, pour le feuillet référencé FA. oia, on indique : vert-bleu-violet. Chaque teinte annoncée se rapportant dans le même ordre aux chiffres de référence, cela signifie que ce réactif donne une coloration verte au p H : o,o, bleue au pli : i,o et violette au pli : 2,0.
- De plus, les auteurs du procédé cc Ionoskrib » dont on connaît déjà le réactif colorigraplic « Universel » ont réalisé un feuillet analytique « Universel » FA. 112 dont la gamme de virage polychrome s’étend des pH 1,0 à 12,0, en passant successivement par les couleurs du spectre solaire : rouge, oi’angé, jaune, vert, bleu.
- Ce dispositif se révèle, à l’usage, éminemment pratique. Il convient de souligner, notamment, que l’on obtient de très bonnes estimations au voisinage de la neutralité. Les colorations jaune orangé (pH : 5,o), jaune (pli : 6,0), jaune vert (pH : 7,0) et vert-jaune (pli : 8,0) se distinguent très bien les unes des autres, de même que celles qui correspondent aux pH : 9,0 et 10,0, vert et vert-bleu.
- Si le feuillet « Universel » FA. 112 permet l’obtention de résultats à une unité près, les feuillets complémentaires atteignent des évaluations nettement plus serrées, à o,5 unité près. En outre, l’intérêt pratique du procédé se trouve accru par le nombre de ces derniers qui se succèdent d’unité en unité, de pii : 0,0 à pli : i4,o.
- Le mode opératoire consiste à placer une goutte de la solution à examiner, à l’aide d’un agitateur, sur une surface bien propre (lamelle porte-objet, verre de montre, petit becher, capsule, etc...). On met cette goutte en contact avec l’extrémité d’un feuillet analytique, soit « Universel », soit choisi dans la zone de pH avoisinant celui, supposé, de la liqueur on étude.
- On peut aussi immerger rapidement une fraction du feuillet dans le liquide, puis le maintenir sur un support ou simplement entre les doigts.
- On attendra quelques secondes pour que le virage soit complet et la coloration bien établie ; l’examen de la coloration indiquera le pH cherché eu égard à la référence du feuillet considéré. L’observation sera très améliorée en plaçant, le feuillet sur une surface blanche, carreau de faïence, plaquette à touches, godet de porcelaine. Nous croyons qu’il est môme recommandable de toujours opérer de cette façon.
- 1. M. DéiHBKHK. L’ « Ionoskrib » pour la mesure colorimétri-que du pli. La Nature, n° 3039, 15 décembre 1938.
- Dans le cas des eaux, ou de liquides peu tamponnés, les réactifs présentent une certaine inertie, et il est nécessaire d’attendre environ u n c minute.
- Pour les liqueurs normalement tamponnées, a u contraire, ce qui est le cas de la grande majorité des produits industriels, le virage c s t pratique-m e n t instantané. On doit aussi veiller à ne pas noyer le feuillet dans un excès de liquide, ce qui gêne les examens, et. ne travailler, de préférence, que par touches légères, avec de minimes quantités de substance.
- L’emploi des feuillets analytiques trouvera son intérêt dans d’innombrables applications, dans les domaines les plus divers, industriel, médical, ou purement scientifique. Signalons, par exemple, l’estimation rapide du pli de bains élec-trolyliques, d’eaux potables, naturelles ou industrielles, de saumures salines, de conserves alimentaires, etc. Il est également possible d’essayer des solutions nettement colorées telles que bains de tannage, eaux résiduaires, bains de galvanoplastie, ou encore des substances visqueuses ou opaques, pommades, colles, adhésifs, sels colloïdaux, émulsions, laits, latex, etc., etc. Comme il est possible d’opérer avec de très faibles quantités de matière, ainsi peut-on faire des touches directes avec'le suc exsudé d’un organisme végétal ou d’une sécrétion animale, d’où l’intérêt de la méthode en botanique, hygiène alimentaire et surtout pour le diagnostic médical : pïl urinaire, gynécologie, stomatologie, etc.
- A signaler également que, par l’emploi de liqueurs tampons préalablement ajustées à des pli déterminés, les feuillets analytiques deviennent d’emblée un procédé colorimétri-que de précision permettant au technicien l’évaluation du pli dans des conditions de simplicité et d’économie encore inconnues.
- Est-il utile d’ajouter, enfin, que les feuillets analytiques sont, présentés élégamment, en étuis clc matière plastique (lig. 1) les conservant à l’abri de l’humidité et des vapeurs acides ou alcalines, et permettant de les emporter facilement dans la poche par séries sélectionnées. On peut, ainsi constituer des trousses colorimétriques personnelles sous un encombrement excessivement réduit.
- Nul doute que ce nouvel instrument de travail ne rencontre un accueil chaleureux auprès des chimistes, comme des praticiens, des industriels, autant qu’auprès du simple amateur. Ce dernier, aura, grâce à lui, la possibilité d’aborder d’une façon simple et économique la détermination du pli de pro-
- Fig. 1. — Les feuillets analytiques Dru-Monnet permettent la réalisation de trousses colorimétriques personnelles sous F encombrement le plus réduit.
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- duits variés, et de se livrer ainsi à de très utiles investigations dans l’immense domaine scientifique que lui ouvre la nature.
- Fabricant : Ionoskrib, 4o, rue Blanche, Paris.
- Le chariot de Jean de Nivelle.
- Supposons (fig. i) que nous placions deux roues de wagon sur des rails au-dessus d’une de ces fosses qui servent dans les gares au nettoyage des locomotives. Au milieu de l’essieu est montée une troisième roue deux fois plus grande que les deux premières. Un fil est enroulé sur cette troisième roue de façon que son extrémité libre se dégage par en dessous. Une traction exercée sur ce fil détermine la rotation des roues. L’ensemble se déplacera en sens inverse de la
- Fig. 1. — Principe du chariot de Jean de Nivelle.
- traction exercée sur le fil et l’on démontrerait facilement
- que ce déplacement est, en sens inverse, exactement de
- même amplitude que celui qui animerait les roues si le fil était attaché directement à l’axe de l’essieu.
- Le même principe de mécanique qui a fait ainsi mouvoir les roues de wagon dans l’exemple ci-dessus est appliqué à une machine nouvelle présentée par l’auteur à la dernière foire de Paris. Il s’agit d’une sorte de chariot supporté par
- trois roues. Une de ces roues est folle et peut, de plus,
- pivoter, à la manière des roues de fauteuil, autour d’un axe vertical.
- Les autres roues, disposées symétriquement de part et d’autre de l’axe de l’appareil, sont mues chacune par le déroulement d’un fil agissant sur une vis sans fin. Les deux fils s’échappent de l’appareil par un même trou placé au sommet du chariot et viennent enfin s’enrouler sur les deux tambours d’un poste de commandement fixe non figuré sur le schéma.
- Par l’intermédiaire de la démultiplication, qui augmente virtuellement le rayon des cylindres moteurs, les deux fils commandent les deux roues, ensemble ou séparément, suivant que le chef de trafic désire voir le chariot tourner ou marcher droit, aller ou revenir après avoir tourné.
- La vitesse de translation et l’énergie transportée ne sont limitées que par les possibilités du dispositif expéditeur de mouvement, la grosseur des fils et leur vitesse propre étant variables à la volonté du constructeur. Le chariot peut donc être construit à la dimension d’un dé à coudre ou à celle d’un vaisseau de haut bord. On peut aussi bien construire un bateau qu’un véhicule terrestre. Le véhicule terrestre peut aussi bien rouler au fond de l’eau que sur un sol sec. Le système est applicable à toutes les machines qui doivent se déplacer dans un certain rayon d’action et non au delà, excavatrices, bétonnières, bacs, etc., qui seraient ainsi affranchies de la nécessité de transporter un moteur.
- Signalons que rien ne s’oppose à ce qu’on utilise, au lieu de fils simples, des boucles sans fin.
- À la même exposition, l’auteur présentait un contrepoids pour les lampes électriques à tirage reposant sur le même principe.
- Constructeur : M. L. Dodin, i place Ch. Le Roux, Nantes.
- Fig. 2. — Le chariot de M. Dodin.
- LIVRES NOUVEAUX
- L’Astronomie sans télescope, par Pierre Rousseau.
- I vol. 128 p., 42 fig. Collection « Que sais-je ? ». Les Presses universitaires de France, Paris, 1941.
- II n’est pas d’homme capable de réfléchir dont la pensée ne se soit un jour portée sur les spectacles et les mystères du ciel étoilé. Mais, dit-on souvent, l’astronomie est une science rébarbative. Après Arago et Flammarion, M. Rousseau démontre le contraire. En neuf agréables causeries, sur le ton des entretiens de Fontenelle, il fait un bilan sommaire mais fort attrayant des conquêtes de l’astronomie moderne : l’atmosphère des planètes, les taches et protubérances solaires, la haute atmosphère terrestre, l’âge de la terre, l’explication des comètes et des astéroïdes, la vie des étoiles, les rayons cosmiques, tels sont les principaux sujets étudiés. L’auteur les connaît à fond. Il a su en dégager l’essentiel pour les profanes.
- La terre et son histoire, par Lucien Rudaux. 1 vol. in-16, 128 p., 27 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1941.
- Notre collaborateur a su tracer un vaste tableau d’ensemble de notre globe : découverte, forme, éléments constitutifs, évolution, âge et avenir. Il l’a fait dans un excellent esprit de
- vulgarisation, en s’appuyant sur toutes les connaissances actuelles.
- Histoire de l’électricité, par Pierre Devaux. 1 vol. 128 p., 9 fig. Collection « Que sais-je ? ». Les Presses universitaires de France. Paris, 1941.
- L’antiquité connaissait déjà certains phénomènes électriques ; mais la science de l’électricité n’a pris naissance qu’au xvu® siècle et n’a commencé à se développer qu’au xvin6 siècle. On sait quelle prodigieuse extension elle a prise depuis lors ; connaissances théoriques et applications ont progressé à la même cadence. M. Devaux avait la tâche de retracer en quelques pages les étapes essentielles de cette évolution ; il y a remarquablement réussi ; il a su dégager les découvertes et les inventions qui ont joué le rôle principal dans le développement de l’électricité prise comme science et industrie. Alerte et amusant, ce petit livre qui sait utiliser l’anecdote pour rendre plus aisée la compréhension des phénomènes et des idées mérite le succès.
- Les petites machines électriques, par H. Lanoy. T. III. 1 vol. 228 p., 268 fig. Girardot et Cie, éditeurs, Paris, 1941. Prix broché : 76 francs.
- Le troisième tome de l’utile traité de M. Lanoy consacré aux
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- petites machines électriques de 1/2 000 à 3/4 de CV. traite des groupes convertisseurs, petites commutatrices, petits alternateurs, moteurs de phonographes, machines électriques miniature, de l'antiparasitage des petites machines. Un bref historique des machines d’induction termine le livre.
- Les matières premières de remplacement en con= struction électrique et en réparation, par H. La-
- noy. 1 broch. 84 p. Éditeur Girardot et Cie, Paris, 1941. Prix : 17 francs.
- Les deux grands problèmes de la construction électrique en présence de la pénurie des matières premières sont le remplacement du cuivre par l’aluminium ou le magnésium, le remplacement des isolants d’origine étrangère par des produits indigènes. La brochure de M. Lanoy condense de nombreux et utiles renseignements techniques et offre les suggestions intéressantes à bien des égards.
- Carburants et lubrifiants nationaux, par Ch. Berthe-lot. 1 vol. xvi-566 p., 100 üg. Dunod, éditeur, Paris, 1941. Prix broché : ISO francs.
- En 1938, la France consommait plus de 5 millions de tonnes de carburants liquides et 235 000 t. d’huiles de graissage. La majeure partie de ces produits nous venait de l’étranger ; notre ravitaillement est aujourd’hui en quasi totalité supprimé. Comment faire face à cette situation dramatique ? Problème difficile dont l’auteur pose les données, pour indiquer ensuite les diverses voies qu’il faut suivre sans retard pour aboutir à une solution : carbonisation du bois, traitement de la tourbe, des lignites, clés schistes, hydrolyse cle la cellulose, fabrication de l’alcool à partir des végétaux ou par synthèse, hydrogénation des combustibles solides ou liquides, emploi de l’acétylène, de l’ammoniac, etc. Pour chacune de ces méthodes, l’auteur présente une documentation technique complète, tenue à jour des progrès les plus récents, un bilan économique et financier et des plans d’organisation. Son nouveau livre a donc la valeur d’une œuvre constructive ; les techniciens ainsi que les organisateurs de l’économie nouvelle y puiseront des renseignements et des directives du plus haut intérêt.
- Si nous reparlions d’aviation ? par Georges Houard.
- I vol. illustré, 96 p. Société d’Éditions aéronautiques, 77, boulevard Malesherbes, Paris. Prix : 9 francs.
- Le journal Les Ailes n’a pas encore repris sa publication ; ses lecteurs n’ont pu oublier cet organe si vivant, si documenté et si clairvoyant. Aussi est-ce avec plaisir que l’on voit son rédacteur en chef Houard et ses collaborateurs Victor et Frachet reprendre leur tâche de vulgarisateurs sous une forme nouvelle ; celle d’une collection de petites brochures consacrées à l’aéronautique civile et aux applications de la science à la vie moderne. M. Houard aborde ici le problème de la reconstitution de l’aviation civile après l’armistice : il décrit en détail l’organisation du Secrétariat d’Ëtat de l’aviation, dit l’héroïsme des pilotes civils dans les dures journées qui ont suivi l’armistice, étudie quelques-uns des problèmes techniques que pose l’aviation marchande : transport du courrier, amélioration des formes et de l’équipement, recherche du plus haut rendement ; il nous dit où en sont l’aviation privée, les modèles réduits, le vol à voile, et enfin ce que sont devenues, après la grande tourmente, les principales personnalités de l’aviation. Ces trop courtes pages respirent une foi réconfortante.
- La bentonite, les argiles colloïdales et leurs emplois, par M. Déribéré et À. Esme. 1 vol. 13 x 21, xiii-198 p., 25 fig., 1941. Dunod, édit. Prix : 74 francs.
- Cet ouvrage est une monographie des argiles colloïdales du type des bentonites, dont la structure physico-chimique est remarquable.
- II en résulte pour ces substances minérales des propriétés très diverses : elles gonflent considérablement dans l’eau, formant des sols de toutes consistances et sont dotées de propriétés gélifiantes, adsorbantes, émulsifiantes.
- Dans les conditions actuelles, ces propriétés ont trouvé une série de débouchés variés dans les industries les plus diverses : savonnerie, cosmétique, matières grasses, produits pharmaceutiques, etc.
- Ce volume constitue un guide pratique des emplois industriels des bentonites, il contient nombre de renseignements utiles mettant en valeur les nombreuses possibilités d’utilisation de ces singulières matières premières dont la consommation et la diversité des applications se développent selon un rythme toujours croissant.
- Le bois, matière première de la chimie moderne,
- par A. Guillemonat. 1 vol. vin-136 p., 18 fig. Dunod, éditeur, Paris, 1941. Prix : 52 francs.
- Pour la France réduite aux seules ressources de son sol, le bois, naguère utilisé seulement au chauffage et à la construction devient un des matériaux de base de l’industrie chimique. Mais pour l’employer utilement, il faut connaître à fond la nature de ses constituants. Or c’est là un problème que la science est loin d’avoir résolu. Avec une remarquable clarté, M. Guillemonat fait le point de nos connaissances à cet égard : il résume ce que l’on sait aujourd’hui de la cellulose, de la lignine, des polysaccharides, du bois et des pectines ; cette excellente mise au point ne dissimule aucune des lacunes qui subsistent dans la science du bois et suggère de vastes programmes de recherches. L’auteur aborde ensuite, dans le même esprit de clarté et de synthèse, les principales industries chimiques qui reposent aujourd’hui sur le bois : carbonisation, hydrolyse aboutissant au sucre et à l’alcool, pâtes à papier. Une bibliographie sélectionnée complète cet exposé qui rendra les plus grands services à quiconque s’intéresse à l’industrie du bois.
- Chercheur de champignons, par J. Loiseau. Méthode pratique pour la recherche des champignons sur le terrain. 1 vol. in-16, 146 p., fig. Yigot frères, Paris, 1941.
- Auteur aimé des jeunes « compagnons voyageurs » pour lesquels il a déjà écrit diverses initiations à l’observation dans la nature, M. Loiseau aborde la détermination des champignons qu’on peut rencontrer au cours des excursions. Sans traiter de leurs caractères précis qu’on ne peut voir qu’au microscope, il les classe d’après leur a,spect, leur forme, leur couleur, tout ce qu’on voit aisément. Ses tableaux de classification, ses descriptions, ses croquis sont d’une telle précision qu’aucune erreur n’est possible, même pour les espèces difficiles à classer, a fortiori pour celles dangereuses bien plus aisément reconnaissables. Les jeunes apprendront ainsi à observer avec méthode et tous les amateurs de champignons à satisfaire leur goût sans crainte.
- Éléments de biochimie médicale, par Michel Polo-noyski, P. Boulanger, P. Cristol, G. Florence, A. Giberton, M. Macheboeuf, H. Robert, J. Roche et C. Sannié. 1 vol. in-8°, 694 p., 57 fig. Masson et Cie, Paris, 1941. Prix : 165 francs.
- Avec le concours de la plupart des professeurs de chimie biologique des Facultés de Médecine, le professeur de la Faculté de Paris vient d’écrire ce traité qui complète la Chimie organique médicale qu’il avait publiée avec M. Lespagnol et dont la deuxième édition vient de paraître. Il intéresse un vaste public : médecins et étudiants en médecine d’abord, pharmaciens et étudiants ès-siences ensuite. Dans un domaine si vaste et si complexe qui est, pourrait-on dire en pleine ébullition, puisque la plupart des données sont récentes et que certains chapitres, ceux des sucres, des vitamines, des hormones, du métabolisme intermédiaire par exemple, datent à peine de quelques années, la plupart des manuels classiques se trouvent périmés. On trouvera ici l’état vraiment actuel de nos connaissances, le point où l’on en est aujourd’hui. Beaucoup do ces acquisitions bouleversent, transforment les anciennes pratiques thérapeutiques ou en créent de toutes nouvelles singulièrement efficaces. C’est dire combien on peut estimer l’effort que représentent ces Eléments pour être précis, complets, tout à fait à jour. Le plan de l’ouvrage seul reste classique : éléments constituants de la matière vivante ; phénomènes chimiques de la digestion, métabolismes intermédiaires ; tissus, humeurs, sécrétions ; excrétions ; échanges nutritifs. Les éléments de l’exposé sont formés de mille données fournies par la chimie organique, la physiologie, la clinique, en ces derniers temps, dont quelques-unes seulement avaient déjà permis des exposés d’ensemble. Le petit effort qu’impose sa lecture à des praticiens encore insuffisamment informés est largement compensé par la richesse des points de vue qu’il révèle. Rarement, on a la chance de trouver une mise au point aussi neuve et bien ordonnée.
- Les vitamines, par Suzanne Gallot. 1 vol. in-16, 128 p., 34 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1941.
- On en a tant parlé que le public leur a accordé une sorte de pouvoir magique de calmer la faim et de maintenir la santé. Le temps est venu de mieux savoir ce qu’on en peut réellement attendre. Élève de Mme Randoin, l’auteur rappelle
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- l’histoire de leur découverte progressive, ce qu’on connaît de leur variété, de leur composition et de leur rôle, les moyens d’étude qu’on emploie,' les sources principales qu’on trouve dans les aliments et les besoins réels qu’il faut satisfaire.
- Carence calcique et régime alimentaire, par H. et
- M. Hingeais. 1 vol. in-8°, 95 p., 9 fig. Masson et Cie, Paris,
- 1941. Prix : 25 francs.
- On a dit que la civilisation est une décalcification. Cela n’est vrai que dans les pays où l’hygicne alimentaire n’est pas respectée. Les besoins de l’organisme en calcium sont grands et deviennent considérables pendant l’enfance, la grossesse et l’allaitement. Ils ne peuvent être satisfaits que par une abondante consommation de lait. Actuellement le lait est rare et la carence en calcium s’accentue, provoquant la brièveté des membres, les bassins rétrécis, les malformations et les caries dentaires. Les sels de chaux ne suffisent pas à y remédier parce que, comme le montrent les auteurs, le calcium, le phosphore et la vitamine D des huiles de poissons forment un complexe indissoluble où la vitamine règle l’assimilation et l’utilisation des sels minéraux. De là des mesures prophylactiques simples mais précises à appliquer.
- La mort, cette inconnue, par le Dr Maurice d’Halluin.
- 1 vol. in-lG, 429 p., 7 fig., 3 tableaux. Beauchesne, Paris, 1941.
- Quand on ne sait pas ce qu’est la vie, peut-on savoir ce qu’est la mort ? Quels sont ses signes de probabilité et de certitude ? La persistance des vies partielles des organes, des tissus, des cellules, les cultures in vitro modifient-elles l’idée qu’on se fait de la mort ? Et les moyens de réveiller les mouvements cardiaques arrêtés : injections, massages, peuvent-ils faire admettre la reviviscence ? Ces questions sont d’importance pour ceux qui redoutent les inhumations prématurées et pour les prêtres qui ont à administrer les derniers sacrements. L’auteur les traite avec la compétence d’un médecin et d’un catholique, appuyé par la préface de l’archevêque de Cambrai.
- Aptitude aux sports et contrôle médical, par le
- Dr Ciiailley-Bert. 1 vol. in-8°, 108 p. Baillière et fils, Paris,
- 1941. Prix : 22 francs.
- Au moment où l’on organise partout l’éducation physique et les compétitions sportives, où on les introduit dans l’enseignement. les médecins sont appelés à examiner tous les adolescents et à leur délivrer des certificats d’aptitude physique aux divers sports. Le directeur de l’Institut d’éducation physique de l’Université de Paris a groupé dans ce petit livre les modèles des certificats sportifs, les éléments de l’examen physiologique et notamment les épreuves d’aptitude cardiaque fonctionnelle, puis, avec le concours de confrères spécialisés, il décrit chaque sport en particulier en indiquant les principaux retentissements sur l’organisme des efforts qu’il exige.
- Manuel de puériculture, par P. Lereboullet, 3e édition.
- I vol. in-8°, 231 p., 55 fig. Masson et Cic, Paris, 1941. Prix :
- 32 fr. 50.
- Directeur de l’Institut de puériculture de l’hospice des enfants assistés, l’auteur y a instruit nombre de jeunes filles et de jeunes femmes des soins à donner aux tout jeunes enfants. S’adressant à dos futures mères, il donne à son enseignement un caractère pratique, insistant plus sur l’hygiène qui est l’affaire de tous que sur la clinique qui est du domaine du médecin. Tl dit comment allaiter le nouveau-né, au sein d’abord, puis comment passer à l’allaitement artificiel, régler le sevrage, préparer les premières bouillies. Il dit les signes de la bonne santé de l’enfant, la croissance en poids et en taille, l’aspect, la dentition, les progrès de l’intelligence. Il insiste sur les soins maternels : le bain, la toilette, le vêtement, le berceau, le régime de vie. Il rappelle les incidents et les maladies de cette période et les soins à donner. Enfin, il énumère tous les moyens légaux et sociaux dont la mère dispose pour l’aider à protéger la première enfance.
- Les progrès de l’éducation nouvelle, par Angela Me-
- jiici. 1 vol. in-lfi, 128 p. Collection « Que sais-je ? ». Presses
- universitaires de France, Paris, 1941.
- Depuis Condillac et Rousseau, on s’est préoccupé de connaître l’enfant, de s’adapter à sa personnalité, de suivre son développement pour en tirer le meilleur parti. Les recherches théoriques de psychologie infantile y ont aidé. On a abouti à
- chercher l’épanouissement libre et complet de l’enfant dans des locaux scolaires, avec un matériel appropriés, par des interventions actives sur sa vio personnelle et sociale. C’est ce que l’auteur appelle l’éducation nouvelle qui forgera les acteurs équilibrés et conscients des progrès à venir.
- Les grandes religions, par E. Ægerter. l vol. in-16, 128 p. Collection « Que sais-je ? ». Presses Universitaires de France, Paris, 1941.
- Tour d’horizon, agréablement écrit, sur le sentiment religieux, ses expressions successives en Egypte, en Mésopotamie, en Grèce, à Rome, en Amérique pré-colombienne, dans l'Inde, la Chine, le Japon, l’Iran, les régions nordiques do l’Europe, dans le judaïsme, le christianisme et l’islamisme. Des hérésies, l’auteur en choisit deux extrêmes et traite des rapports de l’homme et de Dieu.
- Latitudes, par André Demaison, 2e édition. I vol. in-itî, 309 p. Arthaud, Grenoble et Paris, 1941. Prix : 24 francs.
- Suite de cinq récits très différents, évoquant les Chinois à Madagascar, la Casamancc, Paris, l’Algérie, le Sénégal, où l’auteur met en scène colons, indigènes, voyageurs avec beaucoup de vie et d’expérience et tout le talent littéraire qu’on lui connaît.
- Les malfaiteurs publics (Documents d’histoire 1924-1940), par Pierre Dignac. 1 vol. 192 p. B. Arthaud, Grenoble.
- M. Dignac, ancien député, reproduit ici les nombreuses interventions au Parlement ou dans la presse, par lesquelles, de 1924 à 1940, il a voulu éclairer gouvernants et public sur les dangers de la situation intérieure, les insuffisances de notre préparation militaire et surtout sur l’écrasante infériorité de notre aviation, comparée à l’aviation allemande. Avertissements hélas inefficaces, qui n’ont rien pu contre l’aveuglement volontaire ou inconscient des partis politiques au pouvoir et des hommes qui les dirigeaient. Ce rappel de quelques-unes des fautes de passé comporte bien des leçons à méditer.
- Les indices du coût de la vie en France. 1 broch. in-8°, 74 p. Statistique générale de la France. Imprimerie nationale, Paris, 1941.
- Les indices du coût de la vie sont une manifestation des fluctuations économiques ; ils sont utilisés pour fixer légalement les prix et les salaires. Mais leur observation est délicate et difficile. Le directeur de la Statistique générale de la France expose comment on y parvient, le rôle des commissions qui suivent leurs variations, les méthodes de calcul, les résultats obtenus depuis 1930, les comparaisons avec les pays étrangers.
- Bibliothèque du peuple, publiée par les Presses universitaires de France, Paris.
- Sous la direction de M, François-Perroux, professeur à la Faculté de droit de Paris, voici le début d’une nouvelle eollec-tion de brochures (de 04 pages chacune et du prix de 4 francs) destinées à aider les Français, quelle que soit leur condition sociale, à voir clair, sans préjugés, et à porter sur toutes les questions actuelles, si complexes et si confuses, des jugements sains. Un vaste programme a été établi, divisé en deux séries : utilitaires et culturelles. Les premiers ouvrages parus montrent la diversité des sujets traités et permettent de juger de la sincérité et de la qualité do cet effort. On y trouve traités les sujets les plus divers :
- Régimes et santé, par Paul Chêne ;
- Petite histoire des colonies françaises, par Robert Deeavi-gnette ;
- Les coopératives en France, par Gaston Prague ;
- Les métiers de la forêt, par R. Béais et G. Luzu ;
- Les grands écrivains français, par P.-A. TouciiARn ;
- Petite histoire de l’Europe, par J. Madaule ;
- Le théâtre populaire., par Jacques Copeau.
- Service de Librairie. — Le Service de Librairie de La Nature est à la disposition des abonnés et lecteurs du journal pour leur procurer tous les ouvrages annoncés.
- Les demandes doivent être accompagnées de leur montant, en mandat, chèque ou toute valeur sur Paris, augmenté de 10 pour 100 pour les frais de port pour la France et 15 pour 100 pour l’étranger.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Écoute de Radio=Paris sur galène. — Il n’est pas étonnant, sur un poste à galène, de mieux recevoir les ondes courtes que les grandes. L’effet inductif étant beaucoup plus considérable pour les fréquences élevées, il faut, pour la réception des grandes ondes, utiliser un collecteur d’ondes beaucoup plus développé.
- Nous ne pouvons donner, à ce sujet, aucune indication sur la valeur d’un toit en zinc utilisé comme antenne. Il peut, assurément, capter pas mal d’énergie à'haute fréquence, mais il n’a sans doute pas les constances électriques qui conviennent pour les grandes ondes.
- L’emploi d’un cadre monté au plafond ne paraît pas indiqué.
- jg
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- S
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- 2
- I<ig. 1. — Schéma de montage récepteur Oudin.
- Fig. 2. — Schéma de montage récepteur en dérivation sur une bobine réglable par curseur.
- Le cadre, induit par la composante magnétique horizontale du champ, n’agit que lorsque son plan est vertical. Il devrait donc être disposé contre un mur ou parallèlement à ce mur, et non pas contre le plafond. Dans ce dernier cas, il n’agit que comme antenne et ne doit pas donner de bons résultats, l’effet d’induction sur l’un des brins se trouvant à peu près annulé par l’effet d’induction sur le brin parallèle formant la spire.
- Nous conseillons donc l’une des solutions suivantes :
- 1° un cadre mural do 2 ou 3 spires, mesurant, par exemple, 2 m. 50 sur 3 m. 50. Un tel cadre est naturellement fixe. On choisira donc la paroi orientée dans le plan le plus voisin de la direction de la station d’Alloins (direction de Mehun-sur-Yèvre) ;
- 2° un cadre de 40 spires environ, mesurant 70 cm. sur 30 cm. Cet appareil est facile à monter sur un tambour vertical et peut être orienté exactement dans la direction de la station.
- Cependant, l’efficacité des cadres étant toujours faible par rapport à celle des antennes, les résultats seront sans doute encore médiocres sur galène.
- L’accord peut être fait au moyen de bobines en nid d’abeilles de 150 spires environ ; toutefois, des bobines à une couche donneraient de meilleurs résultats. Dans le cas où l’on ne pourrait encore entendre, nous conseillerions l’emploi d’une lampe montée en détectrice à réaction. Un tel montage, beau-
- Fig. 3. — Schéma-de réception sur cadre.
- coup plus sensible que la galène, consomme très peu et peut être alimenté au moyen de piles. Ci-contre, nous donnons quelques schémas de montage de réception sur cadre. On peut y adjoindre une antenne aussi longue que possible.
- Dosage de la silice dans les diatomites. — L’appareil susceptible d’indiquer en quelques minutes dans les diatomites ou Kicselgulirs le pourcentage de silice n’existe pas. En effet, dans les diatomites, la silice peut se présenter sous trois états :
- 1) sous forme de grains de quartz ;
- 2) sous forme d’opale qui constitue le squelette même de la diatomite et qui est, en effet, la partie intéressante et faisant la valeur de la diatomite considérée ;
- 3) sous forme de silice combinée à l’état de silicate, notamment dans les argiles plus ou moins ferrugineuses qui peuvent souiller les dépôts do diatomite.
- Ce dernier cas est précisément assez fréquent dans la région de Mostaganem.
- En conclusion, la détermination de la silice avec exactitude ne peut être faite que par des analyses chimiques difficiles et il n’existe aucun moyen simple remplaçant ce procédé.
- D’ailleurs, la détermination de la silice seule est insuffisante pour l’estimation de la valeur marchande d’une diatomite, car il faut également considérer les caractères physiques : densité apparente et pourcentage d’impuretés, pouvant réduire la valeur industrielle des produits.
- Rutabaga. — bien que le rutabaga porte également le nom de chou-navet (Brassica campeslris nanus), ce n’est pas la partie feuillue qui est consommée, mais la racine. Or, la composition de la racine la rapproche plutôt de la betterave fourragère que du chou, ainsi que le montrent les analyses de Bail and :
- Rutabaga Betterave four.
- Matières azotées .... 1,5 pour 100 1,2
- — grasses .... 0,2 - 0,1
- — sucrées et cxtrac-
- tives .... 7,2 - 10,6
- Sels 0,7 - 0,6
- Cellulose 1,4 - 0,8
- Eau 89,0 — 86,7
- 11 en résulte que la fermentation qui s’établit spontanément n’est pas celle qui se produit pendant la fabrication de la choucroute au moyen des éléments feuillus du chou (Voir n° 3063 du 15 janvier 1941).
- Nous savons toutefois-qu’on prépare une sorte de choucroute de rutabaga, en procédant ainsi :
- Découper les rutabagas en fines lanières ou pailles ; les placer dans un récipient non métallique, par lits do 2 cm. environ ; sur chaque lit, on met une feuille de laurier, quelques baies de genièvre, une légère couche de sel, oignon, poivre, etc. On fait ainsi plusieurs lits et l’on termine par une couche de sel ; on place ensuite sur le tout une assiette ou une rondelle de bois avec un poids pour tasser ; on laisse macérer. Au bout d’une huitaine de jours, la choucroute est prête, mais on peut la conserver plus longtemps. Pour la cuisson, on procède comme pour la choucroute.
- On prépare également, le rutabaga comme le céleri rave, c’est-à-dire cru, découpé en lanières, avec une sauce rémoulade, mais en assaisonnant un peu plus.
- Conservation des pommes de terre. — Le procédé de conservation des pommes de terre en les immergeant une dizaine de minutes dans un bain aqueux contenant 10 g. d’acide sulfurique par litre, ce qui les empêche cle germer, a été préconisé par Schribaux en 1S93 et sa communication a été vulgarisée par tous les journaux agricoles de cette époque.
- Bien entendu, la méthode ne peut être appliquée à la pomme de terre de semence, mais pour la consommation de bouche,
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- elle est très intéressante, car elle ne présente aucun danger, les pommes de terre étant rincées après traitement.
- Conservation des œufs. — La poudre vendue pour la conservation des œufs est généralement de la chaux vive destinée à être employée dans les conditions classiques pour préparer l’eau de chaux (Voir n° 3067 du 15 mars 1941).
- Mais avec le temps, au contact de l’air, les neuf dixièmes de la chaux se carbonatent de sorte qu’il ne reste plus que du carbonate de chaux (craie) , avec seulement une trace de chaux vive, insuffisante pour donner un résultat convenable.
- Dans ces conditions, le mieux est de se procurer de la chaux fraîchement préparée de préférence chez un chaufournier, ce qui permet d’opérer de la façon la plus économique.
- Désinsectisation des haricots. — L’insecte qui attaque les haricots est une variété de Bruche (Bruchus obtectus) qui pond ses œufs au printemps sur les gousses en voie de formation ; de petites larves blanches pénètrent dans les graines ; il n’y a généralement qu’une larve par graine, quelquefois cependant il y a deux bruches. L’évolution de la larve est peu rapide, celle-ci ronge l’albumen, respectant habituellement le germe, qui ne reste pas nécessairement indemne et il est tout aussi sujet à l’attaque que la réserve nutritive du grain.
- La larve n’atteint son complet développement qu’à la fin de l’hiver ; elle se transforme alors en nymphe et, vers le mois de mai, l’insecte parfait sort du grain en perçant un petit trou dans l’enveloppe.
- Le sulfure de carbone a bien été conseillé pour la destruction des larves de bruches, mais il a l’inconvénient de présenter une odeur repoussante de chou pourri et d’être inflammable ; c’est pourquoi il est préférable d’employer le tétrachlorure de carbone qui est ininflammable et a une odeur éthérée.
- On peut facilement procéder à cette destruction en emmagasinant les grains de haricots dans des tonneaux munis de couvercles, reposant sur une toile épaisse, puis en versant aussitôt, avant de fermer, au moyen d’un entonnoir à douille assez longue, 15 à 20 cm3 de tétrachlorure de carbone dont les vapeurs étant très denses doivent arriver au milieu de la masse.
- Le plus souvent, quelques jours suffisent pour que lesdites vapeurs aillent asphyxier l’insecte à l’intérieur du grain ; mais on peut sans inconvénient laisser les tonneaux ainsi préparés jusqu’au moment de l'utilisation des haricots ; une simple exposition à l’air permet l’évaporation du tétrachlorure résiduel, sans qu’aucune odeur persiste, ni que le goût, lors de la consommation, soit modifié.
- Farine de châtaignes. — L’analyse des châtaignes a montré qu’elles avaient la composition suivante :
- Matières azotées.
- — grasses.
- — sucrées.
- — amylacées
- Cellulose. Sels . . Eau . .
- 2,47 pour 100 0,89 —
- 33,16 —
- 1,16 —
- 1,12 —
- 61,20 —
- La présence d’une quantité importante d’amidon permet de les utiliser pour la préparation d’une sorte de pain ou galette, mais l’absence de sucre, qui existe normalement dans les farines de céréales, n’amorcerait pas la fermentation après addition de levain ; c’est pourquoi, après avoir ébouillanté les châtaignes pendant 15 à 20 mn environ, pour pouvoir les décortiquer, on y ajoute un peu de lait, lequel par pétrissage amène à la consistance voulue, en même temps qu’il apporte la lactose, remédiant à la carence signalée. Le reste des opérations se poursuit alors comme dans la panification habituelle s’il s’agissait d’une farine de blé ; mais le résultat est un pain toujours plus lourd et se digérant moins facilement.
- Ciment pour couteaux. — On peut réaliser un excellent scellement des couteaux dans le manche par un ciment à la caséine auquel on ajoute le Blanc de Paris habituel pour
- lui donner la consistance voulue. Après séchage suffisant, le fixage devient extrêmement dur et résiste très bien à l’humidité.
- Prendre :
- Poudre de chaux éteinte............................ 200 g.
- Carbonate de soude cristallisé pulvérisé. . . 150 —
- Caséine sèche...................................... 550 —
- Le mélange ayant été empâté dans l’eau froide ou légèrement tiède est ensuite additionné de Blanc de Paris comme il est indiqué ci-dessus jusqu’à consistance convenable.
- Utilisation des vieilles peintures. — Le seul moyen dont on puisse disposer pour rendre de la fluidité à de vieilles peintures restées en « camions » est d’y ajouter un peu d’ammoniaque (alcali volatil) et de laisser macérer assez longtemps, en remuant fréquemment, le récipient reste clos pour éviter le départ de l’ammoniaque. Mais il est évident qu’une peinture ainsi récupérée ne pourra avoir les qualités d’une peinture préparée récemment dans les conditions habituelles.
- Cire à cacheter. — La cire à cacheter les bouteilles se prépare en prenant :
- Résine concassée........................100 g.
- Suif de mouton.......................... 40 —
- Cire jaune d’abeilles................... 20 —
- On fait fondre le tout dans une marmite de fonte, en chauffant lentement de manière à ne pas produire l’inflammation, en remuant, constamment et retirant du feu si la matière a tendance à monter et à déborder.
- Finalement on ajoute 50 g. d’un pigment tel qu’ocre jaune, chromate de plomb, minium, bleu de Prusse, noir de fumée, mélange d’ocre jaune et bleu de Prusse, suivant que l’on désire une cire jaune, rouge, bleue, noire ou verte.
- Pour cacheter les bouteilles, on trempe la partie saillante du bouchon et environ 1 cm. du goulot dans la cire que l’on maintient en fusion dans un récipient placé sur un feu doux, puis on remet la bouteille debout après l’avoir fait tourner doucement entre les mains pour que la cire donne une couche régulière et peu épaisse.
- Coagulation du lait. — La coagulation du lait se produit spontanément lorsque, par la formation de l’acide lactique, le milieu qui était alcalin devient acide, ce qui met en liberté la caséine.
- De cette constatation, il résulte qu’au lieu d’attendre que le ferment lactique ait opéré, il suffit d’acidifier nettement le lait pour obtenir la coagulation. On peut, à cet effet, se servir tout simplement d’une solution diluée d’acide chlorhydrique pur, lequel donne naissance à du chlorure de potassium tout à fait inoffensif et qui agit comme léger antiseptique ; le remplacement de la présure, si elle fait défaut, se trouve ainsi tout indiqué.
- Cirage. — Dans les conditions actuelles, il ne faut pas songer à fabriquer un cirage-crème du type courant. Le mieux est de revenir momentanément au cirage classique de nos pères qui se prépare ainsi :
- Prendre : Mélasse de sucrerie................ 100 g.
- Acide sulfurique................... 15 cm3
- Noir animal........................ 25 g.
- Soude caustique à 36° B. . . 12 cm3
- Huile végétale...................... 8 g.
- Glycérine brune..................... 2 g.
- Verser lentement en remuant constamment l’acide dans la mélasse, ce qui amène la carbonisation du sucre avec dégagement de chaleur et d’acide sulfureux ; ajouter ensuite le noir animal ; puis, lorsque la réaction est terminée, peu à peu la soude caustique, pendant que la masse est encore chaude afin de neutraliser l’acidité.
- En dernier lieu, on incorpore l’huile qui peut être quelconque, ainsi que la glycérine et on malaxe longuement pour rendre parfaitement homogène.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoüd frères et cie a laval (france) — 15-12-41 Published in France.
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- LA NATURE
- SOIXANTE-NEUVIÈME ANNÉE — I94Ï
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeilles : alimentation, 288, 320.
- Abeilles : thermogenèse, 220.
- Académie des Sciences : communications, 25, 61, 91, 126, 184, 219, 249, 286, 316, 345, 380, 436.
- Acétylène : Générateur « Pictavia », 94. Acide acétique du bois, 250.
- Acide ascorbique dans les fleurs, 317. Acide ascorbique des piments et des tomates, 27.
- Acides oxaliques, 185.
- Aciers : traitements thermiques, 437. Adduction des eaux des vais de Loire, 375.
- Adhésifs modernes, 306.
- Adjuvants de filtration, 70.
- Adsorption d’eau par les sels étendus en lame mince; 249.
- Agar-agar, 288.
- Air : pureté dans la région parisienne, 185.
- Alcool de topinambour, 187.
- Alcool moteur, 236, 261.
- Alcool naphtalène, nouveau carburant, 272.
- Algues, nourriture du bétail, 286. Alimentation : crises, 158.
- Allemagne : population, 347.
- Alliages dentaires nouveaux, 212. Altitude et moteurs d’avion, 273. Altimètre intégrateur, 286.
- Aluminium antidote de la silice, 435. Aluminium : boîtes de conserves, 204. Amendements aux sols tropicaux dégradés, 286.
- Amidon, 192.
- Amixie chez les moustiques, 126. Ammoniac-acétylène, 294.
- Ammoniaque acétylénée dans les moteurs, 249.
- Amortisseur de selle « Sanchoc », 94. Anguille femelle : chlorémie, 25.
- Antarctique : variation diurne de la température, 92.
- Anthracnose du noyer, 220.
- Anti-Atlas, 220.
- Antigels pour radiateurs, 64.
- Appareils à microbrouillards, 442. Aptéryx, 82.
- Aquitaine : hydrocarbures, 220.
- Arbre : pour déterminer la hauteur, 222. Arctique : observations zoologiques, 185. Ardoise : utilisations des déchets, 252. Argent : récupération des bains photographiques, 96.
- Argent : sulfuration des alliages, 345. Arsonval (A. d’), nécrologie, 88.
- Arum : profondeur des tubercules, 381. Astronomie : bulletin, 23, 59, 87, 119, 176, 214, 247, 278, 309, 342, 376, 429.
- Atlas moyen, 250.
- Atmosphère : perturbations dans la région lyonnaise, 220.
- Avion contre un observatoire astronomique, 184.
- Avitaminose et prébenzolisme, 26.
- Azote : utilisation par les céréales, 220. Azotites : recherche dans les eaux, 91.
- B
- Bactérie cellulosolytique de l’intestin du Doryphore, 286.
- Bains de développement, 312.
- Batellerie et voies navigables, 147, 200. Béhal : nécrologie, 123.
- Bentonite alimentaire, 121.
- Betterave : sucre, 32.
- Beurre : conservation, 128.
- Beurre rance : traitement, 128.
- Bière économique : préparation, 188. Bièvres : jardin alpin, 233.
- Bijoux dans l’ancienne Egypte, 406.
- Bile, à quoi elle peut servir, 438.
- Biologie mathématique, 250.
- Bismuth et bismuthates, 437.
- Bois : acide acétique, 250.
- Bois de pin et pâte à papier, 315.
- Bois : utilisation des déchets, 64.
- Boites de conserves en aluminium, 204. Bore dans les graines, 381.
- Bore dans les végétaux, 91.
- Boues d’égout : digestion, 10.
- Bouillons de cultures microbiennes éco- • nomiques, 25.
- Bouillottes, 96.
- Bouteille pour prélèvement d’eau de mer, 26.
- Boxage des salles de malades, 190.
- c
- Cadre de cycle, 254.
- Cafés de figues, 285.
- Cameroun : massifs volcaniques, 220. Cancer et foie, 26.
- Caoutchouc : autoxydation, 250. Caoutchouc : chimie, 249.
- Caoutchouc : collage des pièces, 224. Caoutchouc : conservation, 316. Caoutchouc : récupération, 187.
- Caractères sexuels secondaires des Lopho-gastrides, 26.
- Caramel, 320.
- Carbonisation des sarments de vigne, 301. Carrières de Paris : faune aveugle, 419. Cartons de montagne, 183.
- Casse-têtes géométriques, 425.
- Cassis : crème, 352.
- Centrifugation et supercentrifugation industrielles, 328.
- Céramique comparée, 250.
- Céramique d’Extrême-Orient : engobes, 26. Chaleur : répartition entre deux corps frottant, 250.
- Supplément au n° 3076 de La Nature du 15 décembre 1941.
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- = 450 —...........................:....srr
- Champ électrique terrestre et pression atmosphérique, 381.
- Champ magnétique terrestre intensité dans le passé, 184.
- Champignon monstre, 346.
- Champignons prédateurs des nématodes 345.
- Champignons tueurs de moustiques, 27. Chapeaux de feutre dur : pour rendre la rigidité, 93.
- Chariot de Jean de Nivelle, 444.
- Charrue vibrante, 95.
- Charbon de bois, 19, 44.
- Charbon de bois contrepoison, 96. Châtaignes : farine, 448.
- Chauffe-lit soufflant, 350.
- Chauffer (Comment se), 18, 54, 84. Chaussettes franco-russes, 439.
- Chercheur de pôles : pomme de terre, 27. Chlorémie de l’anguille femelle, 25. Chlorure de sodium : cristalloluminescence, 249.
- Choucroute : préparation, 30.
- Chromage, 320.
- Chromage par diffusion, 435.
- Cidre de feuilles de frêne, 351.
- Cidre de topinambour, 253.
- Ciel nocturne : radiations intenses dans l’ultra-violet, 381.
- Ciel : rayonnement ultra-violet extrême, 316.
- Cierges : emploi des débris, 96.
- Ciment à la litharge, 320.
- Ciment pour couteaux, 448.
- Cinéma scientifique, 289.
- Cirage, 128, 448.
- Cire à cacheter, 448.
- Cirques lunaires, 191.
- Cirques lunaires et orogenèse terrestre, 381.
- Cirques lunaires et taches de sang, 1, 41. Citrouille : sucre, 121.
- Coagulation du lait, 448.
- Collage du drap sur du bois, 224.
- Colle à l’albumine, 32.
- Colles et adhésifs modernes, 306.
- Colles fortes, 352.
- Colle pour étiquettes, 351.
- Collier thérapeutique, 128.
- Coloriage des tissus, 224.
- Cœlestium pour l’observation des étoiles, 317.
- Coke : pouvoir calorifique, 345. Coli-typhique : diagnostic différentiel, 381. Collage des pièces de caoutchouc, 224. Colorimétrie des températures, 336. Comparateur pour le dosage des sulfamides, 441.
- Composés organiques : constantes physiques, 282.
- Concrétions phosphatées, 28.
- Confiture d’écorces d’oranges riche en vitamine C, 122.
- Conservation des fruits et légumes, 52, 314, 438.
- Conservation des matières alimentaires à froid, 79.
- Conservation des œufs, 96, 448. Conservation des pommes de terre, 447. Conserves de haricots, 351.
- Conserves physiologiques de légumes, 370. Constantes physiques des composés organiques, 282.
- Contrepoison qui ne coûte rien, 30. Convection : mesure des coefficients, 286.
- Coopérative fruitière de Chambourcy, 335. Copeaux : déformations dans l’usinage des métaux, 61.
- Coquilles d'Hélix : bandes, 185.
- Côte d’ivoire : forêt humide, 184.
- Couteaux : ciment, 448.
- Couvertes et pâtes : aspect décoratif, 27. Crème de cassis, 352.
- Criquet pèlerin : grégarisme, 126.
- Crises alimentaires dans le présent et dans le passé, 158, 196. Cristalloluminescence du chlorure de sodium, 249.
- Cuir : assouplissement, 192.
- Cultures de fragments végétaux, 317. Culture en chambre par solutions nutritives, 346.
- Culture légumière : conseils, 174.
- Cycle : nouveau cadre, 254. Cyclostéréoscope Savoye, 276.
- D
- Décès : déclaration des causes, 436. Déchets de bois : utilisation, 64.
- Débits de rivière : mesure, 437.
- Dents : alliages nouveaux, 212.
- Dents : usure chez le Sinanthrope, 418. Dépression atmosphérique et système nerveux, 317.
- Désinsectisation des haricots, 448. Dessiccation des pommes de terre, 420. Détonation dans les moteurs à explosion, 207.
- Développement photographique, 432. Diamant des mathématiques, 179. Diatomites : dosage de la silice, 447. Dilatomètre non différentiel, 345. Dissolution, 128.
- Doryphore de la pomme de terre, 251. Doryphore : recherche d’un ennemi, 380. Drap : collage sur bois, 224.
- E
- Eau de mer : température et densité à Marseille, 91.
- Eaux des vais de Loire : adduction, 375. Eau-de-vie : altération, 352.
- Eaux : recherche des azotites, 91. Échelles limnimétriques, 437.
- Éclairage du laboratoire photographique, 178.
- Éclosion des œufs et vitamine A, 346. Écran phosphorescent, 384.
- Écrouissage : influence, 250.
- Effluves des machines électrostatiques, 250.
- Égypte ancienne : bijoux, 406.
- Élasticité : applications géologiques, 437. Électrification de la France, 97. Électrolyse en solution aqueuse, 286. Encre pour films, 352.
- Enfants arriérés : examen et traitement, 316.
- Engelures, 64.
- Engobes dans la céramique d’Extrême-Orient, 26.
- Engrais complet, 192.
- Entomophagie, 114.
- Épluchures de pommes de terre, 434. Essais des moteurs d’avion en altitude, 273.
- Essais micromécaniques des métaux, 162. Essence de feuilles de tabac, 382.
- Étain : dosage, 438.
- Étoffes : peinture, 320.
- Étoiles : équilibre dynamique, 61.
- Étoiles : infra-sons, 182.
- Explosifs à gaine de sûreté : emploi dans les mines, 218.
- Exposition des termites, 129.
- F
- Failles et filons ; rôle de la température, 438.
- Farine de châtaignes, 448.
- Faune aveugle des carrières de Paris, 419. Ferrite tétracalcique, 126.
- Feuillets minéraux, 92.
- Fibre de bois : panneaux, 183.
- Ficelle en métal, 439.
- Figues : café, 285.
- Filature du papier, 362.
- Filtration : adjuvants, 70.
- Filtre monochromatique pour l’observation du soleil, 317.
- Flamme à infra-sons, 193.
- Fleurs : acide ascorbique, 317.
- Flore adventice de Paris, 27, 61. Flottation, 411.
- Foie et cancer, 26.
- Forêt de la Côte d’ivoire : rôle des poussières atmosphériques, 184.
- Foudre en Suisse, 90.
- France : électrification, 97.
- France : hypsoinétrie, 26.
- France : les deux zones, 240.
- Frêne : cidre de feuilles, 351.
- Froid conservateur des matières alimentaires, 79.
- Froid : conservation des fruits, 314, 438. Froid : lutte, 415.
- Fruits : conservation, 52.
- Fruits : conservation par le froid, 314, 438. Fruits : séchage ménager, 241.
- Fumier artificiel, 384.
- G
- Galvani : découvertes, 401.
- Gastrulation : inhibition par le froid, 437. Gaz dans l’air : dosage instantané de traces, 345.
- Gazogènes, 73, 108, 135.
- Générateur à acétylène « Pictavia », 94. Générateur d’impulsions réglées, 381. Genêt textile, 391.
- Glace en été dans les coulées volcaniques d’Auvergne, 382.
- Glaciation : périodicité et température, 90. Globe : chaleur interne, 345.
- Gouttelettes d’eau dans les nuages, 219. Graines et semences : repos, 286. Graminée : variété nouvelle, 436. Gravures : enlèvement des taches, 320. Grégarisme du criquet pèlerin, 126.
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- Grenouilles : musique, 376.
- Grès : réparation, 351.
- Groupes sanguins dans le sud-ouest de la France, 185.
- Gypse et sulfate d’ammoniaque, 436.
- H
- Hanneton : biologie, 126.
- Haricots : conserves, 351.
- Haricots : désinsectisation, 448.
- Hélix : bandes des coquilles, 185.
- Hôpital : boxage des salles, 190.
- Horizon : ses spectacles, 286.
- Hormones : implantation sous-cutanée, 436.
- Houille : pouvoir calorifique, 345.
- Huiles de graissage : régénération, 29. Huile de noix, 224.
- Huile d’œillette, 64.
- Huile de tournesol, 352.
- Huiles usagées : régénération, 364. Hydrocarbures en Aquitaine, 220. Ilypsométrie de la France, 26.
- I
- Iles atlantiques françaises : peuplement mammalien, 25.
- Infra-rouge : nouveau procédé de séchage,
- 112.
- Infra-rouge : réflexion par les végétaux, 249.
- Infra-sons : flamme, 193.
- Infra-sons stellaires, 182.
- Insecticide, 192.
- Interrupteurs à mercure, 188.
- Inventions : question en France, 117. Intoxication oxycarbonée, 140.
- Ionosphère : perturbations, 249.
- Ivoire : teinture, 32.
- J
- Japon : techniques d’art, 353.
- Jardin alpin de Bièvres, 233.
- Jaune de Naples, 313, 351.
- Jet issu d’un orifice en mince paroi, 185.
- L
- Lait : coagu'ation, 448.
- Laine mince : absorption d’eau, 249. Lanoline et suint, 192.
- Larynx : rôle dans le timbre des voyelles, 185.
- Lecornu : nécrologie, 62.
- Légumes : conseils pour la culture, 174.
- Légumes : conservation, 52.
- Légumes : conserves physiologiques, 370.
- Légumes : séchage ménager, 241.
- Lepidosiren : œil, 185.
- Lessives, 64.
- Levures chimiques, 92, 192.
- Lignites : utilisation, 65.
- Livres nouveaux, 28, 63, 95, 127, 186, 221, 255, 288, 318, 348, 383, 444. Lophogastrides : caractères sexuels secondaires, 26.
- Lune : cirques et taches de sang, 1, 41. Lunette-loupe française, 189.
- M
- Machines électrostatiques : pertes par effluves, 250.
- Machines-outils, 288.
- Magnétisme : champ terrestre dans le passé, 184.
- Magnétisme : nouvelle action, 26. Mammifères : peuplement des îles atlantiques françaises, 25.
- Marées et puits artésiens, 27.
- Marseille : tempéi’ature et densité de l’eau do mer, 91.
- Mathématiques : récréations, 179, 280, 485. Matières organiques transparentes, applications optiques, 62.
- Mégots : utilisation, 347.
- Mélasses de sucrerie, 352.
- Méson : désintégration spontanée, 437. Mésoton : masse, 27.
- Métaux : analyse micromécanique, 91.' Métaux : déformations des copeaux dans l’usinage, 61.
- Métaux : déformations subpermanentes, 249.
- Métaux : essais micromécaniques, 162. Métaux légers : progrès, 125.
- Mètres étalons, 91.
- Microbrouillards : appareils, 442. Microcinématographie, 104.
- Micromachines d’analyse des métaux, 91. Micromécanique : essais des métaux, 162. Microradiomètre, 126.
- Minéraux caméléons, 283.
- Minéraux : curiosités, 183.
- Minéraux : triboluminescence, 434. Molécules polaires : orientation, 317. Molybdène dans la terre et dans l’eau, 27.
- Moteurs à explosion : détonation, 207. Moteurs d’avion : essais en altitude, 273. Motocycles à vapeur, 244.
- Moustiques : amixie, 126.
- Moustiques arboricoles de l’agglomération parisienne, 381.
- Moustique marin : rythme saisonnier, 26. Moustiques tués par des champignons, 27. Moyen-Atlas, 250.
- Musique des grenouilles, 376.
- N
- Nappes d’eau pelliculaires, 360. Nécrologie : Béhal, 123. Nécrologie : d’Arsonval, 88. Nécrologie : Lecornu, 62. Nécrologie : Reverchon, 251. Nécrologie : Sabatier, 379. Néolithique : trépanations, 218. Néoténie chez les Oursins, 126.
- ..................... 451
- Nicotine : usages agricoles, 253. Nitriles : préparation, 381.
- Noyer : anthracnose, 220.
- Nuages : gouttelettes d’eau, 219. Nuits claires, 230.
- O
- Observatoire astronomique endommagé par un avion, 184.
- Odontolite dans les phosphates du Hadna, 219.
- OEil de Lepidosiren, 185.
- Œil des Vertébrés et phylogénie, 286. Œufs : conservation, 96, 448.
- Œufs : éclosion et vitamine A, 346.
- OEufs frais : pour les reconnaître, 351. Oiseaux chanteurs, 304.
- Oligo-éléments dans la fixation de l’azote par une légumineuse, 220.
- Ondes courtes : évanouissement, 381. Ondes courtes : vitesse, 250.
- Ondes moirées et formes des bactéries, 317.
- Organes homéotypes, 437.
- Orge : utilisations, 30, 256.
- Oribates : parthénogenèse, 220. Ornithomélographie, 304.
- Ortie, plante injustement dédaignée, 402. Oursins : néoténie, 126.
- Ozone atmosphérique, 92.
- Ozone : lueur dans un four, 317.
- P
- Pagures, 25.
- Panneaux en fibre de bois, 183.
- Papier : filature, 362.
- Paratonnerre : ses progrès récents, 271. Paris : flore adventice, 27, 61. Parthénogenèse chez les Oribates, 220. Pasteur, son esprit d’invention, 6.
- Pâte à papier et bois de pin, 315.
- Pâtes et couvertes : aspect décoratif, 27. Peau et muqueuses : protection contre les rayons X, 317.
- Pectine : dissolution, 438.
- Peinture sans huile, 223.
- Peinture sur étoffes, 320.
- Peintures vieillies, 448,
- Pellicules fluorescentes, 384. pH : feuillets analytiques, 442.
- Phosphates : concrétions, 28.
- Phosphates du Hodna : odontolite, 219. Photographie : causerie, 178, 312, 432. Photographie : récupération de l’argent des bains, 96.
- Piles sèches, 224.
- Piles symétriques, 437.
- Piments : acide ascorbique, 27.
- Pions de dames : récréations mathématiques, 179.
- Plantes à tziganes, 296.
- Plantes adventices pérégrinantes de la flore française, 91.
- Pochette-classeur de tickets, 127.
- Poêle gazogène, 440.
- Poids d’un corps en mouvement à la surface de la terre, 265.
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-
-
-
- = 452 ...............................
- Pôle galactique : position, 220.
- Polissage électrolytique des métaux, 124. Pommades : formules, 93.
- Pommes de terre : conservation, 447. Pomme de terre, chercheur de pôles, 27. Pommes de terre : dessiccation, 420. Pommes de terre : épluchures, 434. Pomme de terre : néotechnique, 95. Pomme de terre : problème, 151. Population de l’Allemagne, 347.
- Poules nées sans père, 57.
- Poussières atmosphériques : rôle dans la forêt de la Côte d’ivoire, 184.
- Pouvoir calorifique de la houille et du coke, 345.
- Prébenzolisme et avitaminose, 26. Pression atmosphérique et champ électrique terrestre, 381.
- Probabilité, 25.
- Projection épis copique en relief, 31. Protubérances solaires, 345.
- Puits artésiens et marées, 27.
- R
- Rachitisme dans la race noire, 437.
- Rachitisme expérimental et excès de vitamine A, 185.
- Radioactivité : concentration, 91.
- Radio-Paris : écoute sur galène, 447.
- Raisin : sucres, 380.
- Râpe à fromage économique, 93.
- Rayons cosmiques simultanés, 345.
- Rayons X : protection de la peau et des muqueuses, 317.
- Rayonnement ultra-violet extrême du ciel, 316.
- Réchauffer : quelques moyens, 124.
- Réductions provoquées par l’hydrogène naissant, 316.
- Régénération des huiles de graissage, 29.
- Régénération des sols des pays chauds, 219.
- Réparation d’un pot en grès, 351.
- Ressac, 126.
- Reverchon : nécrologie, 251.
- Rhubarbe : toxicité, 435.
- Rigidité des vases : appareil de mesure, 250.
- Rivières : mesure du débit, 437.
- Roches sédimentaires : rôle du carbonate de chaux et de l’épigénie, 250.
- Rutabagas, 424, 447.
- Rythme saisonnier d’un moustique marin, 26.
- S
- Sabatier : nécrologie, 379.
- Saccharine, 191, 288.
- Saccharine et sucres artificiels, 284. Sang : à quoi il peut servir, 382. Sang des abattoirs : utilisations, 251.
- Sang : groupes dans le sud-ouest de la France, 185.
- Sang : taches et cirques lunaires, 1, 41. Sapindus : savon, 315.
- Sarments de vigne : carbonisation, 301. Saumure pour conservation des viandes, 93.
- Savons, 31.
- Savon de sapindus, 315.
- Savon : fabrication, 256.
- Savon : fabrication domestique, 222. Séchage ménager des fruits et des légumes, 241.
- Séchage par infra-rouge, 112.
- Sel marin, conservateur de fortune des récoltes zoologiques, 123.
- Sexe : détermination, 92.
- Sibori-zome, 353.
- Silice : aluminium antidote, 435. Sinanthrope : usure artificielle des dents, 418.
- Sols polygonaux, 308.
- Sols : régénération dans les pays chauds, 219.
- Sol : soufre, 317.
- Sologne : remise en valeur, 321.
- Souffleries aérodynamiques à réservoir aspirateur, 286.
- Soufre dans le sol, 317.
- Spectre solaire : molécule CH, 381. Stérilisation : contrôle, 439.
- Stramoine et tziganes, 384.
- Sucre de betterave, 32.
- Sucre de citrouille, 121.
- Sucre de raisin dans le lait, 288.
- Sucres de raisin, 380.
- Suie : ce qu’on en peut faire, 122.
- Suint et lanoline, 192.
- Suisse : foudre, 90.
- Sulfamides : dosage, 441.
- Sulfate d’ammoniaque à partir du gypse, 436.
- Sulfate d’ammoniaque : fabrication, 326. Sulfuration des alliages d’argent, 345. Supercentrifugation industrielle, 328. Superhuileur Oda, 254.
- Supernovæ, 385.
- Système nerveux et dépression atmosphérique, 317.
- T
- Tabac : essence de feuilles, 382.
- Tabac usagé : utilisations, 347.
- Taches de sang aux cirques lunaires, 1, 41. Taches sur les gravures : enlèvement, 320.
- Taffetas collants, 32.
- Tantale, 182.
- Taupes, 223.
- Teinture de l’ivoire, 32.
- Teintures « Oréal », 128.
- Télévision en France, 392.
- Températures : contrôle colorimétrique, 336.
- Température et périodicité de glaciation, 90.
- Température : variation diurne dans l’An-tarctique, 92.
- Tensiomètre nouveau, 26.
- Tension interfaciale : mesure par lame immergée, 286.
- Tensions superficielles : mesures par un tube capillaire, 126.
- Tensions très hautes : mesure, 437. Termites : exposition, 129.
- Théorème de Pythagore, 338. Thermoélasticimètre enregistreur, 62. Thermogenèse chez les abeilles, 220. Thermométrie en haute fréquence, 91. Tickets : pochette-classeur, 127.
- Tissus : coloriage, 224.
- Tomates : acide ascorbique, 27. Topinambour : alcool, 187.
- Topinambour : cidre, 253.
- Tourbe, 33.
- Tournesol : huile, 352.
- Toxines bactériennes, 103.
- Tremblements de terre : classification, 345.
- Trépanations néolithiques, 218. Triboluminescence des minéraux, 434. Truites et pH, 334.
- Tube brûlant sciure et poussier, 94. Tuyaux en bois, 372.
- V
- Vanadium des végétaux, 345.
- Varrons des bovidés : lutte, 211.
- Vases des eaux douces, 220.
- Vases : mesure de la rigidité, 250. Végétaux : réflexion du proche infrarouge, 249.
- Vernis isolant, 223.
- Verres naturels : transformation en roches cristallines, 91.
- Vessies de porc, 96.
- Viandes : conservation par la saumure, 93.
- Vibrations : entretien électrostatique, 381. Vins : épuration, 320.
- Vin : réparation, 351.
- Vipères de France, 257.
- Vitamine A et éclosion des œufs, 346.
- Voies navigables et batellerie, 147.
- Voiture électrique, 155.
- Volcans du Cameroun, 220.
- Volcanisme : énergétique, 345.
- Volga : débits d’hiver, 27.
- Y
- Yerres, 170.
- Z
- Zoologie : observations dans l’Arctique, 185.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Adam (Michel). — Où en est la télévision en France, 392.
- Aguilar (G. d’). — L’apteryx, 82. — L’entomophagie, 114. — Les oiseaux chanteurs et l’ornithomélographie, 304.
- Barolet (H.). — Récréations mathématiques, 179, 280. •— Le théorème de Pythagore, 338. — Casse-tête géométriques, 425.
- Barrelier (R.). — L’alcool naphtalène, nouveau carburant, 272.
- Beaudequin (J.). — La détonation dans les moteurs à explosion, 207.
- Bercy (André). — Essais micromécaniques des métaux, 162. — Essais des moteurs d’avion en altitude, 273. — Un nouveau carburant : l’ammoniac acétylène, 294.
- Berthelot (Ch.). — La digestion des boues d’égout, 10. — La tourbe, 33. — L’utilisation des lignites, 65. — L’alcooJ moteur, 236, 261. — Régénération des huiles usagées, 364.
- Binet (Dr Léon). — L’intoxication oxycarbonée, 140.
- Blétry (Camille). — La question des inventions en France, 117.
- Blin (Henri). — Le sucre de citrouille, 121. — L’alcool de topinambour, 187. — Le café de figues, 285. — Le bois de pin dans la fabrication de la pâte à papier, 315. — Le savon de sapindus, 315. — Toxicité des feuilles de rhubarbe, 435.
- Bordier (H.). — Les découvertes de Galvani, 401.
- Bosqtjain (Suzanne). — Nouveaux alliages dentaires, 212.
- Boyer (Jacques). — Des poules nées sans père, 57. — La lutte contre les varrons des Bovidés, 211. — Les vipères de France, 257. — La remise en valeur de la Sologne, 321. — Le genêt peut-il conjurer la crise de nos industries textiles, 391.
- Broyer (Ch.). — L’Yerres, 170. — Le jardin alpin de Bièvres, 233.
- Caffin (Paul). — La coopérative fruitière de Chambourcy, 335.
- Cerisaie (J. de la). — Le cyclostéréoscoe Savoye, 276. — Nos pères mangeaient aussi des rutabagas, 424.
- Chabanaud (Paul). — Le sel marin, conservateur de fortune des récoltes zoologiques, 123.
- Chappelier (A.). — Les Gammarus squeletteurs, 125.
- Claude (Georges). — Sur la fabrication du sulfate d’ammoniaque, 326.
- Déribéré (M.). — Nouveau procédé de séchage par infra-rouges, 112. — Les cartons de montagne, 183. — Les minéraux caméléons, 283. — Contrôle colorimétrique des températures, 336. — Les minéraux triboluminescents, 434.
- Desbrière (R,.). — Le séchage ménager des fruits et des légumes, 241.
- Desgrez (Pierre). — Voir R. Piedelièvre et H. Desoille.
- Desoille (Henri). — Voir R. Piedelièvre et P. Desgrez.
- Desrumaux (Henry). — L’adduction des eaux des vais de Loire, 375.
- Devaux (Pierre). — Où en est l’électrification de la France ? 97. — La flamme à infra-sons, 193. — Centrifugation et supercentrifugation industrielles, 328.
- Dhennequin (G.). — Comment récupérer le caoutchouc des pièces hors d’usage, 187. — Ce qu’on peut faire avec des débris d’ardoise, 252. — Ne laissons pas perdre les mégots, 347. — Comment utiliser le marc de vendanges, 348. — A quoi peut servir le sang, 382. — A quoi peut servir la bile, 438.
- Dupouy (L.). — La conservation des fruits et légumes, 52. — Conseils pour la culture légumière, 174.
- .Esme (A.). — La bentonite alimentaire, 121.
- Étienne (R.). •— Nappes d’eau pelliculaires, 360.
- Fournier (P.). — Les plantes à tziganes, 296. — L’ortie, plante injustement dédaignée, 402.
- Fourrier (G. Geo) et Serizawa (Keisuke). — Techniques d’art du Japon : le sibori-zome, 353.
- Gattefossé (R. M.) et Mahler (E.). — Conserves physiologiques de légumes, 370.
- Gay (P.). — Pour déterminer la hauteur d’un arbre dont le pied est accessible, 222.
- Kazeeff (W. N.). — La lutte contre le froid, 415.
- Kuentz (L.). — La musique des grenouilles, 376.
- L. (E.). — Utilisations du sang des abattoirs, 251. — Emploi du microscope pour déterminer les composés organiques par leurs constantes physiques, 282. — Le jaune de Naples, 312.
- L allier (Roger). — Léopold Reverchon, 251.
- Lanorville (Georges). •— La filature du papier, 362.
- Legendre (R.). — Comment se chauffer, 15, 54, 84. — Les boîtes de conserves en aluminium, 204.
- Lepoivre (A.). — Le charbon de bois, 19, 44. — Les gazogènes, 73, 108, 135. — La carbonisation des sarments de vigne, 301
- M. (R.). — Les deux zones de la France, 240.
- Magrou (J.). — Le problème de la pomme de terre, 151.
- Mahler (E.). — Voir Gattefossé (R. M.).
- Malvezin (P.). — Conservation des matières alimentaires ù froid, 79.
- Mauveaux (J. C.). — Fabrication domestique du savon, 222.
- Merle (René). — Les toxines bactériennes, 103.
- Miciiaut (Pierre). — La microcinématographie, 104. — Le
- Minérath (Marc). — La faune aveugle des carrières de Paris, 419.
- Mollandin (A.). — Les crises alimentaires dans le présent et dans le passé, 158, 196.
- Montgolfler (Pierre de). — Tube brûlant sciure et poussier, 94.
- Morant (Henry de). — Les bijoux dans l’ancienne Égypte, 406.
- Normier (J.). — Projection épiscopique en relief, 31.
- Pasteur Vallery-Radot, — Pasteur, son esprit d’invention, 6.
- Patte (Étienne). — Usures artificielles des dents chez le Sinanthrope, 418.
- Perruche (Lucien). — Régénération des huiles de graissage, 29. — Les adjuvants de filtration, 70. — Les levures chimiques, 92. — Le tantale, 182. — Les aciers inoxydables dans l’industrie moderne, 225. — Colles et adhésifs modernes, 306. — Les truites et le pH, 334. — La flottation, 411.
- Piedelièvre (R.), Desoille (Henri) et Desgrez (Pierre). — Des taches de sang aux cirques lunaires, 1, 41.
- Pierre (M.). — L’exposition des termites au Palais de la Découverte, 129.
- Quivy (Dr Jean). — A propos des cirques lunaires, 191.
- Raulin (G. de) — Les voies navigables et la batellerie, 147, 200.
- Romanoysky (Y.). — La périodicité de glaciation et la température, 90. — Les sols polygonaux, 308.
- Rousseau (Pierre). — Les supernovæ, 385.
- Rudaux (L.). — Bulletin astronomique, 23, 59, 87, 119, 176, 214, 247, 278, 309, 342, 376, 429. — L’horizon : ses spectacles, 266.
- Sablier (G.). — Les premiers motocycles à vapeur, 244.
- Serizawa (Keisuke). — Voir Fourrier (G. Geo).
- Touchet (Em.). — Causerie photographique, 178,' 312, 432. — Les nuits claires, 230. — Les épluchures de pommes de terre, 434.
- Touyy (A. M.). — La voiture électrique, 155.
- Trouvelot (B.). — Le doryphore de la pomme de terre, 251.
- Varinois (M.). — Les tuyaux en bois, 372. — La dessiccation des pommes de terre, 420.
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- TABLE DES MATIÈRES
- I. — ACADÉMIE DES SCIENCES
- Résumé des communications. . 25, 61, 91, 120, 184, 219,
- 249, 286, 316, 345, 380, 436
- IL - MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- Des taches de sang aux cirques lunaires (R. Piedelièvre,
- H. Desoille et P. Desgrez).........................1, 41
- Probabilité................................................25
- L’équilibre dynamique des étoiles..........................61
- Les mètres étalons.........................................91
- Les infra-sons stellaires..................................182
- Un avion contre un observatoire astronomique...............184
- A propos des cirques lunaires (Dr J. Quivy)................191
- Position du pôle galactique................................220
- Les changements de poids d’un corps en mouvement à la
- surface de la terre......................................265
- Le théorème de Pythagore (II. Barolet).....................338
- Les protubérances solaires.................................345
- Les supernovæ (P. Rousseau)................................385
- Récréations mathématiques (II. Barolet).
- Avec des pions .de dames...............................179
- Diamant des mathématiques..............................181
- Problèmes..............................................280
- Casse-tête géométrique.................................425
- Bulletin astronomique (L. Rudaux). 23, 59, 87, 119, 176,
- 214, 247, 278, 309, 342, 376, 429
- III. — SCIENCES PHYSIQUES
- Mesure des coefficients de convection.........................286
- Contrôle colorimétrique des températures (M. Déribéré). 336
- Dilatomètre non différentiel..................................345
- Rayons cosmiques simultanés...................................345
- Nappes d’eau pelliculaires (R. Etienne).......................360
- Procédé électrostatique pour entretenir les vibrations. . 381
- Générateur d’impulsions réglables.............................3SI
- Les minéraux triboluminescents (M. Déribéré)..................434
- Désintégration spontanée du méson.............................437
- 2. Chimie.
- Le molybdène dans la terre et dans l’eau de mer. ... 27
- Recherche des azotites dans les eaux......................91
- La ferrite tétracalcique.................................126
- Le tantale (L. Perruche).................................182
- Existence de deux acides oxaliques.......................185
- Nouveaux alliages dentaires (S. Bosquain)................212
- Absorption d’eau par les sels étendus en lame mince. . 249
- Chimie du caoutchouc.....................................249
- L’acide acétique du bois.................................250
- L’autoxydation du caoutchouc.............................250
- Colles et adhésifs modernes (L. Perruche)................306
- Le jaune de Naples (E. L.) . ..........................313
- Sur la fabrication du sulfate d’ammoniaque (G. Claude). 326
- Sulfuration des alliages d’argent........................345
- Pouvoirs calorifiques de la houille et du coke.........345
- Dosage instantané de traces de gaz dans l’air..........345
- Préparation des nitrites . 381
- Le sulfate d’ammoniaque à partir du gypse ...... 436
- Oxydes de bismuth et bismuthates..........................437
- Dosage de l’étain en présence d’antimoine et de plomb. . 438
- 1. Physique.
- IV. — SCIENCES NATURELLES
- Nouveau tensiomètre.........................................26
- Nouvelle action du magnétisme...............................26
- Masse d’un mésoton..........................................27
- La pomme de terre, chercheur de pôles.......................27
- ïhermoélasticimètre enregistreur............................62
- Applications optiques des matières organiques transparentes .........................................................62
- Les adjuvants de filtration (L. Perruche)...................70
- Thermométrie en haute fréquence.............................91
- Concentration de la radioactivité...........................91
- Nouveau procédé de séchage par infra-rouge (M. Déribéré). 112 Mesures relatives des tensions superficielles par un tube
- capillaire................................................126
- Microradiomètre............................................ 126
- Contraction d'un jet issu d’un orifice en mince paroi. . 185
- La flamme à infra-sons (P. Devaux)..........................193
- Cristalloluminescence du chlorure de sodium.................249
- Appareil de mesure de la rigidité des vases.................250
- Répartition de la chaleur entre deux corps frottants. . . 250 Emploi du microscope pour déterminer les composés organiques par leurs constantes physiques (E. L.). . . . 282
- Altimètre intégrateur.......................................286
- Mesure des tensions interfaciales par lame immergée. . 286 Électrolyse en solution aqueuse............................286
- 1. Géologie. — Paléontologie.
- Les concrétions phosphatées....................• • • •
- Transformation de verres naturels en roches cristallines. 91
- Feuillets minéraux...........................................92
- Les cartons de montagne (M. Déribéré). ......................183
- Odontolite dans les phosphates du Hodna......................219
- Les massifs volcaniques du Cameroun..........................220
- L’Anti-Atlas..................................................^
- Hydrocarbures en Aquitaine...................................220
- Rôle du carbonate de chaux et de l’épigénie dans la genèse
- des roches sédimentaires...................................^50
- Le Moyen Atlas............................................
- Usures artificielles des dents chez le Sinanthrope (E. Patte) 418
- 2. Physique du globe. — Météorologie.
- Bouteille pour prélèvement d’eau de mer...........
- Hypsométrie de la France..........................
- Les débits d’hiver de la Volga....................
- Puits artésiens et marées.........................
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-
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- 456
- La périodicité de glaciation et la température (V. Roma-
- novsky)..................................................90
- Température et densité de l’eau de mer à Marseille ... 91
- Variation diurne de la température dans l’Antarctique. 92
- L’ozone atmosphérique.......................................92
- Le ressac...................................................126
- Intensité du champ magnétique terrestre dans le passé. . 184
- Pureté de l’air dans la région parisienne...................185
- Les gouttelettes d’eau dans les nuages......................219
- Les perturbations atmosphériques dans la région lyonnaise ....................................................220
- Les nuits claires (E. Touchet)..............................230
- Perturbations ionosphériques................................249
- L’horizon : ses spectacles (L. Rudaux)......................266
- Le paratonnerre et ses progrès récents......................271
- Les sols polygonaux (V. Romanoysky).........................308
- La chaleur interne du globe et l’énergétique du volcanisme 34b
- Classification des tremblements de terre....................345
- Champ électrique terrestre et pression atmosphérique. . 381 L’édification des cirques lunaires et l’orogenèse terrestre. 381
- La molécule CH dans le spectre solaire......................381
- Radiations intenses du ciel nocturne dans l’ultra-violet. 381 La glace en été dans les coulées volcaniques d’Auvergne. 382
- Applications géologiques de l’élasticité....................437
- Rôle de la température dans la formation des failles et filons....................................................438
- 3. Zoologie. — Biologie. — Physiologie.
- Peuplement mammalien d’îles atlantiques françaises. . . 25
- Chlorémie de l’anguille femelle.............................25
- Les pagures.................................................25
- Caractères sexuels secondaires des Lophogastrides. . . 26
- Rythme saisonnier d’un moustique marin......................26
- Moustiques tués par des champignons 27
- Des poules nées sans père (J. Boyer) . .....................57
- L’Apteryx (G. d’Aguilar)...................................82
- Détermination du sexe......................................92
- L’entomophagie (J. d’Aguilar)...............................114
- Le sel marin, conservateur de fortune des récoltes zoolo-
- giqucs (P. Chàbanaud)....................................123
- Les Gammarus squeletteurs (A. Chappelier)...................125
- Le grégarisme du criquet pèlerin............................126
- La néoténie chez les Oursins................................126
- Biologie du hanneton........................................126
- Amixie chez les moustiques..................................126
- L’exposition des termites au Palais de la Découverte
- (M. Pierre) .............................................129
- Rôle du larynx dans la différenciation du timbre des
- voyelles................................................ 185
- L’œil de Lepidosiren........................................185
- Observations zoologiques dans l’Arctique....................185
- Les bandes des coquilles d’IIelix...........................185
- La lutte contre les varrons des Bovidés (J. Boyer). . . . 211
- Les trépanations néolithiques...............................218
- La parthénogenèse chez les Oribates.........................220
- Thermogenèse chez les abeilles..............................220
- Biologie mathématique.......................................250
- Le doryphore de la pomme de terre (B. Trouyelot). . . 251
- Utilisations du sang des abattoirs (E. L.)..................251
- Les vipères de France (J. Boyer)............................257
- L’œil des Vertébrés et la phylogénie........................286
- Les oiseaux chanteurs et l’ornithomélographie (G. d’Aguilar)......................................................304
- Les truites et le pH (L. Perruche)..........................334
- L’éclosion des œufs et la vitamine A........................346
- La musique des grenouilles (L. Kuentz)......................376
- A la recherche d’un ennemi du Doryphore.....................380
- Deux moustiques arboricoles observés dans l’agglomération parisienne...........................................381
- Les découvertes de Galvani (H. Bordier).....................401
- La lutte contre le froid (W. N. Kazeeff)....................415
- La faune aveugle des carrières de Paris (M. Minerath) . . 419
- Inhibition de la gastrulation par le froid..................437
- Propriétés d’organes homéotypes dans les groupes . . . 437
- 4. Botanique. — Agriculture.
- La flore adventice de Paris..........................27, 61
- L’acide ascorbique des piments et des tomates...............27
- La conservation des fruits et légumes (L. Dupouy). ... 52
- Conservation des .denrées alimentaires à froid (P. Mal-
- yezin)....................................................19
- Le bore dans les végétaux....................................91
- Plantes adventices pérégrinantes de la flore française. . 91
- Le sucre de citrouille (H. Blin)............................121
- Le problème de la pomme de terre (J. Magrou).............151
- Conseils pour la culture légumière (L. Dupouy). . . . 174
- Poussières atmosphériques dans la forêt humide de la
- Côte d’ivoire............................................184
- Régénération des sols des pays chauds......................219
- Les oligo-éléments dans la fixation de l’azote par une légu-
- mineuse..................................................220
- L’anthracnose du noyer......................................220
- Utilisation de l’azote par les céréales.....................220
- Le jardin alpin de Bièvres (C. Broyer)......................233
- Le séchage ménager des fruits et des légumes (R. Des-
- brière)..................................................241
- Réflexion du proche infra-rouge par les végétaux. . . . 249
- Bactérie cellulosolytique de l’intestin du Doryphore . . 286
- Amendements aux sols tropicaux dégradés.....................286
- Les algues, nourriture du bétail............................286
- Le repos des graines et semences............................286
- Les plantes à tziganes (P. Fournier)........................296
- La conservation des fruits par le froid.....................314
- La coopérative fruitière de Chambourcy (P. Caffin). . . ô35
- Le vanadium des végétaux....................................345
- Prophylaxie des végétaux par des champignons prédateurs
- des Nématodes............................................345
- Un champignon monstre.......................................346
- Culture en chambre par solutions nutritives.................346
- Conserves physiologiques de légumes (R. M. Gattefossé
- et E. Màiiler)...........................................370
- Les sucres de raisin........................................380
- Le bore dans les graines.................................. 381
- L’essence de feuilles de-tabac..............................382
- Le genêt peut-il conjurer la crise de nos industries textiles
- (J. Boyer)...............................................391
- L’ortie, plante injustement dédaignée (P. Fournier) . . . 402
- La dessiccation des pommes de terre (II. Varinois) . . . 420
- Nos pères mangeaient aussi des rutabagas (J. de la Cerisaie) ....................................................424
- Les épluchures de pommes de terre (E. ToucnET) .... 434
- Toxicité des feuilles de rhubarbe (II. Blin)................435
- Variété nouvelle d’une graminée semi-éteintc................436
- Conservation des fruits par le froid........................438
- Dissolution des ciments pectiques intercellulaires et dégommage des fibres textiles...............................438
- V. - GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE
- L’Yerres (Ch. Broyer)...................................170
- Vases des eaux douces . . ..............................220
- Les deux zones de la France (R. M.).....................240
- La remise en valeur de la Sologne (J. Boyer)............321
- La population de l’Allemagne............................347
- Techniques d’art du Japon (G. G. Fourrier et K. Serizawa) 353 Adduction des eaux des vais de Loire (H. Desrumeaux). . 375 Les bijoux dans l’ancienne Egypte (H. de Morant) . . . 406 Mesure des débits de rivières par échelles limnimétriques. 437
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- VI. — HYGIÈNE. — MÉDECINE
- 3. Électricité.
- 457
- Comment se chauffer (R. Legendre)...............18, 54, 84
- Bouillons de cultures microbiennes économiques .... 25
- Prébenzolisme et avitaminose................................26
- Cancer et foie..............................................26
- Les toxines bactériennes (R. Merle)........................103
- La bentonite alimentaire (A. Esme).........................121
- Quelques moyens de se réchauffer...........................124
- L’intoxication oxycarbonée (Dr L. Binet)...................140
- Les crises alimentaires dans le présent et dans le passé
- (À. Mollandin)...................................158, 196
- Le rachitisme expérimental en présence d’un excès de
- vitamine À...............................................185
- Les groupes sanguins dans le sud-ouest de la France. . . 185
- Diagnostic différentiel des bactéries coli-typhique. . . . 381
- L’aluminium antidote de la silice..........................435
- L’implantation sous-cutanée d’hormones.....................436
- Déclaration des causes de décès............................436
- Le rachitisme dans la race noire...........................437
- VII. — SCIENCES APPLIQUÉES 1. Mécanique- — Industrie. — Outillage.
- La digestion des boues d’égout (Ch. Berthelot). ... 10
- Le charbon de bois (A. Lepoivre)......................19, 44
- Les engobes dans la céramique d’Extrême-Orient. ... 26
- Les pâtes, les couvertes et leur aspect décoratif. .... 27
- La tourbe (Ch. Berthelot)...................................33
- Déformations des copeaux dans l’usinage des métaux. . 61
- L’utilisation des lignites (Ch. Berthelot)..................65
- Analyse micromécanique des métaux...........................91
- Le polissage électrolytique des métaux......................124
- Le progrès des métaux légers...............................125
- Essais micromécaniques des métaux (A. Bercy).............162
- Les panneaux en fibre de bois...............................183
- Les boîtes de conserves en aluminium (R. Legendre). . . 204
- L’emploi des explosifs de sûreté dans les mines .... 218 Aciers inoxydables dans l’industrie moderne (L. Perruche) 225
- Déformations subpermanentes des métaux......................249
- Méthode de céramique comparée..............................250
- Influence de l’écrouissage.................................250
- La carbonisation des sarments de vigne (A. Lepoivre). . 301 Centrifugation et supercentrifugation industrielles (P. Devaux) .....................................................328
- La filature du papier (G. Lanorville)......................362 •
- Régénération des huiles usagées (C. Berthelot). . . . 364
- Les tuyaux en bois (M. Varinois)......................... 372
- La flottation (L. Perruche).................................411
- Le chromage par diffusion...................................435
- Traitements thermiques des aciers...........................437
- 2. Photographie.
- La microcinématographie (P. Michaut)......................104
- Le cyclostéréoscope Savoye (J. de la Cerisaie)............276
- Le cinéma scientifique (P. Michaut).......................289
- Causerie photographique (Em. Touchet).
- Eclairage du laboratoire improvisé...................178
- Les bains de développement...........................312
- Le développement pratique . .........................432
- Où en est l’électrification de la France ? (P. Devaux). . . 97
- Réduction des pertes par effluves dans les machines électrostatiques...................................................250
- Vitesse des ondes courtes.....................................250
- Evanouissement des ondes courtes..............................381
- Où en est la télévision en France (M. Adam)...................392
- Piles symétriques.............................................437
- Mesure des très hautes tensions...............................437
- 4. Transports.
- Les gazogènes (A. Lepoivre)................... 73, 108, 135
- Les voies navigables et la batellerie (G. de Raulin). 147, 200
- La voiture électrique (A. M. Touvy)....................155
- La détonation dans les moteurs à explosion (J. Beaude-
- QUin)..................................................207
- L’alcool moteur (C. Berthelot)................... 236, 261
- Les premiers motocycles à vapeur (G. Sablier)............244
- L’ammoniaque acétylénée dans les moteurs.................249
- L’alcool naphtalène, nouveau carburant (R. Barrellier). 272 Un nouveau carburant : ammoniac-acétylène (A. Bercy). 294 Essais des moteurs d’aviation en altitude (A. Bercy). . . 273 Souffleries aérodynamiques avec réservoir aspirateur . . 286
- VIII* — HISTOIRE DES SCIENCES
- Pasteur, son esprit d'invention (Pasteur Vallery-Radot). 6
- Nécrologie.
- Lecornu...............................................62
- d’Arsonval............................................88
- Béhal..................................................123
- Reverciion (R. Lallier)................................251
- Sabatier...............................................379
- IX. — VARIA
- La question des inventions en France (C. Blétry). . . . 117
- X. — RENSEIGNEMENTS PRATIQUES 1. Inventions et Nouveautés.
- Projection épiscopique en relief........................31
- Tube brûlant sciure et poussier. .....................94
- Amortisseur de selle « Sanchoc »....................94
- Générateur à acétylène « Pictavia »....................94
- Charrue vibrante . 95
- Néotechnique cartofélique..............................95
- Pochette-classeur de tickets............................127
- Interrupteurs à mercure................................ 188
- Lunette-loupe française.................................189
- Boxage des salles de malades............................190
- Cadre de cycle..........................................254
- Superhuileur Odha.......................................254
- Cœlestium pour l’observation des étoiles................317
- Chauffe-lit soufflant...................................350
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- 458
- Poêle gazogène . ......................................440
- Comparateur pour le dosage des sulfamides .... 441
- Appareils à microbroüill'ards .'.......................442
- Feuillets analytiques de pH............................442
- Chariot de Jean de Nivelle.............................444
- 2. Recettes et procédés utiles.
- Régénération des huiles de graissage (L. Perruche). 29
- Contrepoison qui ne coûte rien.......................30
- Préparation de la choucroute.............................30
- Ne négligeons pas l’orge.................................30
- Les levures chimiques (L. Perruche). ................92
- Formules pour pommades...................................93
- Conservation des viandes par la saumure..................93
- Râpe à fromage économique............................93
- Rigidité des vieux chapeaux de feutre dur............93
- La bentonite alimentaire (A. Esme)...................121
- Le sucre de citrouille (H. Blin).....................121
- Ce qu’on peut faire avec de la suie..................122
- Confiture d’écorces d’oranges riche en vitamine C. . 122 Le sel marin, conservateur de fortune des récoltes
- zoologiques (P. Chabanaud)............................123
- Comment récupérer le caoutchouc des pièces hors
- d’usage (G. Dhennequin)...............................187
- L’alcool de topinambour (H. Blin).......................187
- Préparation d’une bière économique......................188
- Pour déterminer la hauteur d’un arbre dont le pied
- est accessible (P. Gaï)...............................222
- Fabrication domestique du savon (J. G. Mauyeaux). . 222 Ce qu’on peut faire avec des débris d’ardoise (G. Dhennequin) ...........................................252
- Usages agricoles de la nicotine.........................253
- Le cidre de topinambour.................................2b3
- La saccharine et les sucres artificiels.................284
- Le café de figues (H. Blin).............................285
- Le bois de pin dans la pâte à papier (H. Blin). . . . 315
- Le savon de sapindus (H. Blin)..........................31b
- Conservation des objets de caoutchouc...................316
- Ne laissons pas perdre les mégots (G. Dhennequin). . 347 Comment utiliser le marc de vendanges (G. Dhennequin) .............................................348
- A quoi peut servir le sang (G. Dhennequin)..............382
- A quoi peut servir la bile (G. Dhennequin)..............438
- Contrôle de la stérilisation............................439
- Ficelle en métal .......................................439
- Chaussettes franco-russes...............................439
- 3. Boîte aux Lettres.
- Savons....................................................31
- Colle à l’albumine........................................32
- Taffetas collants.........................................32
- Sucre de betterave........................................32
- Teinture de l’ivoire......................................32
- Engelures.................................................64
- Lessives..................................................64
- Antigels pour radiateurs..................................64
- Huile d’œillette..........................................64
- Utilisation des déchets de bois...........................64
- Charbon de bois contrepoison..............................96
- Œufs : conservation.................................. 96, 448
- Bouillottes...............................................96
- Vessies de porc...........................................96
- Cierges : emploi des débris...............................96
- Récupération de l’argent des bains photographiques. 96 Beurre rance : traitement...........................128
- Beurre : conservation...................................128
- Teintures « Oréal ».....................................128
- Collier thérapeutique...................................128
- Cirage..................................................128
- Dissolution.............................................128
- Cirques lunaires........................................191
- Saccharine..............................................191
- Insecticide.............................................192
- Levures chimiques.......................................192
- Amidon................................................ 192
- Engrais complet.........................................192
- Assouplissement du cuir.................................192
- Suint et lanoline.......................................192
- Taupes..................................................223
- Peinture sans huile.....................................228
- Huile de noix...........................................224
- Piles sèches............................................224
- Vernis isolant..........................................224
- Collage des pièces en caoutchouc........................224
- Collage du drap sur du bois ............................224
- Coloriage de tissus.....................................224
- Orge : utilisations.....................................256
- Savon : fabrication.....................................256
- Saccharine..............................................288
- Agar-agar...............................................288
- Sucre de raisin dans le lait............................288
- Machines-outils.........................................288
- Abeilles : alimentation......................... 288, 320
- Gravures : enlèvement des taches........................320
- Peinture sur étoffes....................................320
- Caramel.................................................320
- Ciment à la litharge....................................320
- Épuration des vins......................................320
- Chromage................................................320
- Jaune de Naples.........................................351
- Cidre de feuilles de frêne..............................351
- OEufs frais : pour les reconnaître......................351
- Réparation d’un pot en grès.............................351
- Réparation d’un vin.....................................351
- Conserves de haricots...................................351
- Colle pour étiquettes...................................351
- Crème de cassis.........................................352
- Eau-de-vie : altération................................ 352
- Mélasses de sucrerie....................................352
- Colles fortes......................................... 352
- Encre pour films....................................... 352
- Huile de tournesol.................................... 352
- Reverchon...............................................384
- Stramoine et tziganes...................................384
- Pellicules fluorescentes................................384
- Écran phosphorescent....................................384
- Fumier artificiel.......................................384
- Écoute de Radio-Paris sur galène........................447
- Dosage de la silice dans les diatomites.................447
- Rutabaga................................................447
- Conservation des pommes de terre.......................447
- Désinsectisation des haricots...........................448
- Farine de châtaignes....................................448
- Ciment pour couteaux.................................. 448
- Utilisation des vieilles peintures......................448
- Cire à cacheter.........................................448
- Coagulation du lait.....................................448
- Cirage................................................. 448
- 4. Bibliographie.
- Livres nouveaux . 28, 63, 95, 127, 186, 221, 255, 288,
- 318, 348, 383, 444
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (france) — 1941 — Published in France.
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