La Nature
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- N° 3077
- LA NATURE
- 15 Janvier 1942
- L'ÉTAIN
- L’étain était déjà connu des Égyptiens et des Hébreux au temps de Moïse. On pense qu’il leur était procuré par les Phéniciens qui le tiraient probablement des Iles Sorlingues.
- Le fait que ce métal était préparé par les moyens dont disposaient les industries humaines primitives est dû à la facilité du traitement métallurgique des minerais et non à leur abondance, car leur localisation est très limitée et leurs aires de dispersion à la surface du globe sont réduites.
- On a trouvé de l’étain natif, mais il ne s’agit là que de curiosités minéralogiques. Le seul minerai important et qui fournit à l’industrie moderne la presque totalité de l’étain est la cassitérite, bioxyde d’étain : Sn02. Son nom dérive du mot grec désignant le métal.
- La cassitérite se présente en cristaux de forme tétragonale, de couleur foncée du brun au noir, de densité élevée : 6,g et de dureté de 6 à 7.
- De très beaux échantillons ont été recueillis dans les mines d’Erzgebirge en Saxe et dans les gîtes des Cornouailles.
- On trouve également l’étain associé dans des formations de minéraux complexes : stannile, tealite, franckeite, cylindrite ; ce sont des sulfures dans lesquels l’étain se trouve associé à d’autres métaux : fer, cuivre, plomb, antimoine.
- j Enfin, dans la nordenskioldine, l’étain est associé a du borate de calcium, ce qui présente un grand intérêt pour l’étude de la genèse des gîtes d’étain et des conditions dans lesquelles se sont produites les minéralisations des gisements.
- Le principal minerai d’étain, la cassitérite, a été reproduit artificiellement. Il s’en forme par oxydation du métal dans les usines métallurgiques et les fonderies d’étain ou de bronze.
- Daubrée a fait la synthèse de la cassitérite par l’ac-jtion de la vapeur d’eau sur du tétrachlorure d’étain •idans un tube de porcelaine chauffé au rouge ; Sainte-Claire Deville l’a obtenue par l’action de l’acide chlorhydrique gazeux sur l’oxyde d’étain amorphe à haute
- température, également par l’action de la vapeur d’eau sur le chlorure stanneux, et enfin en chauffant au rouge du fluorure stanneux et de l’acide borique.
- Ces expériences conduisent à cette conclusion que les gisements d’étain naturels sont d’origine pneu-matoly tique.
- Ces gîtes de pneumatolyse se sont formés dans les failles de roches éruptives ou magmatiques à la fin de leur solidification ; les vapeurs minéralisatrices venant des profondeurs ont déposé sur leur trajet leurs minéraux, réagissant ou non sur les parois de la roche et formant ainsi des venues dites de pneumatolyse.
- Ces dépôts minéraux sont fréquemment associés aux pegmatites, roches qui se distinguent par ce fait
- que leurs éléments peuvent atteindre des dimensions énormes : des cristaux de plusieurs mètres cubes. Les pegmatites les plus répandues sont celles du granit ; elles sont formées des mêmes éléments: quartz, feldspath, mica, mais en très gros grains. Souvent ces pegmatites sont minéralisées par des substances peu abondantes : bore, lithium, thorium, métaux du groupe des terres rares, béryllium, uranium, etc.
- L’étain se trouve généralement dans, ou à proximité des roches riches en silice : pegmatites, granités plus ou moins altérés.
- Le type des formations stannifères est celui de filons de quartz ou de pegmatites recoupant des granités, les bords de cette dernière roche étant altérés en greisen, granit dont les feldspaths ont été transformés en mica comme on l’observe notamment aux mines d’Erzgebirge, en Saxe et dans les Cornouailles. Ces filons sont dus à des venues puissantes de vapeurs minéralisées apportant les métaux, des dérivés fluorés, du bore qui se retrouvent dans la masse déposée ; ils donnent toute sa signification théorique à l’existence d’un minerai rare comme la nordens-kibldine qui montre l’association bore-étain, en même temps que la présence de topaze, de fluorine, de
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- Fig. 1. — Type de gîte jilonien. Coupe du Cerro de Potosi, Bolivie.
- Des schistes siluriens enveloppent la roche éruptive qui est recoupée par les filons dans sa partie haute.
- D’après Raguin. Géologie des gîtes minéraux. Masson et Cie, éditeurs, 1940.
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- e de Banka
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- Fig. 2. — Région de gîtes alluvionnaires. —
- Carte des massifs granitiques de l’ile de Banka.
- On a figuré par des croix les granités intrusifs dans la série de grès et schistes probablement triasiques. Les traits forts indiquent la direction des assises de' cette série.
- D’après Raguin. Géologie des gîtes minéraux.
- Masson et Cle, éditeurs, 1940.
- lépidolile, etc., témoignant de la présence du fluor et permettent de reconstituer les réactions chimiques du passé qui ont, dans leur ensemble, concouru à la formation du gîte tel que nous pouvons actuellement l’observer.
- Il se présente môme, mais dans des cas très rares, des roches dans lesquelles la cassitérite joue le rôle d’élément constituant, notamment dans les pegmatites titanifères du Maine et de Californie. R. Beck considère que la cassitérite est un des éléments constituants originaires des granités des Iles Banca et Billiton. Mais dans ces cas particuliers, la quantité d’étain incluse dans ces roches est trop faible pour présenter un intérêt économique.
- Le wolfram accompagne très souvent la cassitérite dans les filons d’origine.
- La plus grande partie de l’étain produit dans le monde provient non des gîtes filoniens mais des gisements alluvionnaires. Ces derniers sont en relations directes avec les premiers et ont été formés par la désagrégation des formations filoniennes par érosion. Les éléments les plus légers ont été entraînés par les eaux, alors que les éléments plus lourds telle la cassitérite dont la densité est élevée, formaient des dépôts alluvionnaires plus ou moins riches suivant la
- nature des filons primitifs et la disposition topographique du lieu.
- L’étain est relativement abondant en certains points bien localisés, mais ses gisements ne sont pas dispersés sur les divers continents.
- Il est bien connu que les gîtes minéraux, principalement ceux d’origine primaire sont presque tous situés dans des régions montagneuses très anciennes, ou qui ont été montagneuses, puis se sont trouvées arasées par les phénomènes géologiques ultérieurs, en particulier l’érosion. Ces formations montagneuses par grandes intrusions batholitiques se sont trouvées, au moment de leur refroidissement, dans des conditions très favorables à la formation des dépôts minéraux.
- Le « bouclier canadien », ancienne région montagneuse arasée par l’érosion, est le type classique de ces vieilles plates-formes géologiques fortement minéralisées et riches en métaux de toutes sortes. Il présente cette particularité curieuse de ne pas contenir de gîte d’étain actuellement exploité. On a bien signalé la présence de cassitérite dans plusieurs localités, mais il n’est pas encore parvenu sur le marché d’étain provenant du « bouclier canadien ». La majeure partie de ce métal produite dans le monde provient d’Asie, de Malaisie surtout. Ensuite vient l’Amérique du Sud (Bolivie), puis l’Afrique Centrale. Les autres pays ne sont que des producteurs secondaires.
- La production mondiale annuelle de l'étain oscille entre ioo et 200 00 t. Voici quelle en fut la répartition en 1938 :
- Europe :
- Angleterre.............. 2.100
- Espagne et Portugal. . 1.100
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- Report. . 3.200
- Asie :
- Chine 10.600
- Etats Malais (Détroits) . 43.5oo
- Indes Néerlandaises . . 21.5oo
- Indochine 1.600
- Siam 13.700
- Divers 6.700 97.600
- Afrique :
- Afrique du Sud . 5oo
- Congo Belge .... 10.060
- Nigérie 7-45o 18.010
- Amérique :
- Bolivie 25.600
- Divers 2.800 28.400
- Océanie :
- Australie 3.6oo 3.600
- Total. i5o.8io
- Deux régions, en Asie et en Amérique, totalisent à elles seules, l’une 65 pour 100, l’autre près de 20 pour 100, au total près de 85 pour 100 de la production mondiale.
- Ces deux régions sont du point de vue géologique et minier, très différentes.
- La Bolivie exploite les mines filoniennes les plus riches du monde, dans des conditions de travail difficiles, car elles sont toutes situées dans les Andes à une altitude supérieure à 4 000 m. Les minerais sont complexes, ils contiennent de la cassitérite, de la stannine (sulfure d’étain associé à des sulfures de métaux divers), de la pyrite, du wolfram, de la bis-muthine, des cuivres gris, des sulfoantimoniures de zinc, de plomb, de bismuth et d’argent.
- La teneur moyenne en étain est de l’ordre de 3 pour 100. Le traitement des minerais pour concentrer la cassitérite est complexe. Les circuits de séparation mécanique font appel aux techniques de la flottation et de l’enrichissement par gravité. Leur description ne saurait trouver place ici. Ils aboutissent, en ce qui concerne l’étain, à la production de « barilla » ou concentré à 60 pour xoo environ. Ces barillas sont ensuite traités dans des fonderies spécialisées.
- En Asie, l’étain provient de gisements alluvionnaires. Du Sud de la Birmanie à Bornéo s’étend une grande plate-forme granitique de 3 000 km. qui englobe la jDresqu’île malaise, les Iles de Banka, Billi-ton, Singkep.
- Ces granits désagrégés par l’érosion dans toute leur masse, avec leurs filons, leurs pegmatites, ont produit des zones alluvionnaires étendues dans lesquelles s’est concentrée la cassitérite des roches et des filons primitifs.
- C’est de l’exploitation de ces plaines alluvionnaires . que provient la plus grande partie de l’étain. La teneur en cassitérite de ces alluvions n’est pas constante ; les zones les plus riches se trouvent aux points où les vallées débouchent et s’ouvrent sur les plaines. La cas-
- sitérite entraînée par les eaux s’y est déposée dès que la rivière s’élargissant a ralenti la vitesse de son cours.
- La couche stannifère de ces terrasses d’alluvions est argilo-sableuse, elle atteint en certains points 3o m. d’épaisseur. Dans la vallée de la Kinta, les exploitations s’étendent sur 100 km. de longueur et une vingtaine de km. de largeur moyenne.
- La cassitérite se trouve dans ces alluvions en grains de quelques dixièmes de millimètre de diamètre. Elle est généralement très pure. Les régions de Banka, de Billiton ont à ce point de vue une réputation justifiée.
- L’ensemble de ces zones alluvionnaires minéralisées d’Asie s’étend sur une surface considérable et a permis le développement d’installations minières très importantes.
- Les gisements d’Afrique Centrale sont du même type. Ceux du Congo Belge se sont formés par l’érosion des granits de la région. Ceux de Nigérie paraissent de formation récente ; ils sont dus au remaniement de dépôts anciens par les rivières actuelles. De ce fait, leur minéralisation est très irrégulière ; le lit des cours d’eau a joué le rôle de sluices naturels et des zones riches ou pauvres sont disposées suivant les conditions topographiques.
- L’exploitation des alluvions stannifères est beaucoup plus simple que celle des filons. Elle se fait par lavage et enrichissement par gravité, ce qui est relativement facile par suite de la densité élevée de la cassitérite : 6,9 par rapport à celle des minéraux dominants des sables : 2,5 à 3.
- Cette exploitation est très ancienne. Elle était pratiquée en Malaisie, surtout par des Chinois. Ils installaient sur le bord de la rivière un sluice, longue caisse en planches de plusieurs mètres de long, inclinée, avec quelques lattes en travers sur le fond. On verse les alluvions mélangées d’eau en haut du sluice, l’eau entraîne les sables tandis que la cassitérite plus lourde s’accumule dans les rainures formées par les lattes. De temps en temps on retire les concentrés accumulés, puis on continue le travail. Certaines de ces installations simples comportaient une fonderie plus rudimentaire encore : les concentrés étaient réduits par le charbon de bois dans de petits fours élevés sur place. Pour obtenir plus facilement et plus rapidement la température nécessaire on soufflait le four avec une soufflerie grossière faite de deux longues caisses dans lesquelles plongeaient deux pistons ceinturés de plumes de coq ligaturées pour former joint étanche, si l’on peut dire. Les pistons manœuvrés alternativement à main
- Fig. 4. — Lance d’abatage hydraulique dite « Monitor ».
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- Fig. o. — Abatage du minerai d’étain au « Monitor » par de puissants jets d’eau en Nigerie.
- d’homme produisaient le courant d’air alimentant la soufflerie du four à fondre.
- Ces installations primitives existent encore, à côté des mônitors et des puissantes dragues modernes ; leur production individuelle est faible mais leur multiplicité finit par fournir un tonnage appréciable et ce tonnage qui échappe à tout contrôle n’a pas été sans gêner les grandes ententes syndicales internationales qui avaient pris la charge de contrôler la production mondiale de l’étain pour en régulariser les cours. L’influence de ces petits producteurs était d’autant plus sensible que c’est quand les cours du métal atteignaient leurs plus bas niveaux qu’ils poussaient au maximum leur production pour obtenir de leur travail de chaque jour les sommes nécessaires à leur subsistance.
- Industriellement, l’exploitation des alluvions stan-nifères se fait par drague ou par monitors.
- Une drague (fig. 3) est un outillage imposant qui comporte à son bord, en plus des appareils d’extraction et de rejet des alluvions, une laverie complète avec centrale électrique, matériel de broyage, appareils d’enrichissement par gravité, tables à secousses, etc. Son établissement entraîne une dépense de plusieurs millions.
- On la transporte sur place, en pièces détachées, au milieu d’une terrasse d’alluvions. On creuse une grande fosse que l’eau envahit bientôt. On y monte et fait flotter la drague. Celle-ci creuse l’étang devant elle, mordant à même dans les couches d’alluvions, ceux-ci traversent l’installation, abandonnent leur cassitérite sous forme de concentrés, puis les stériles sont rejetés à l’arrière, comblant l’étang à mesure qu’il se creuse vers l’avant. L’étang se déplace ainsi, portant sa drague, sur toute la surface de la terrasse d’alluvion qu’il épuise lentement de son minerai.
- Une drague moderne peut atteindre et extraire les alluvions jusqu’à 25 m. de profondeur, traitant 175 000 m3 de minerai par mois, avec 750 ch. de force motrice.
- Mais tous les gîtes alluvionnaires ne peuvent être exploités à la drague. Pour que l’emploi d’un tel outillage soit possible, il faut que le dépôt soit étendu et de surface assez plane. Il faut surtout que la roche de fond sur laquelle repose le dépôt minéralisé : le bed-rock, soit assez friable ou plan pour que la base des alluvions qui est généralement la plus riche soit atteinte et enlevée par l’excavateur.
- Ce système s’est très développé en ces dernières années. Les dragues ont été portées à un tel degré de perfection que leur emploi constitue le procédé de traitement le plus économique. Le prix d’achat est évidemment fort élevé mais, bien placée et bien conduite, une drague permet de traiter des tonnages considérables avec une main-d’œuvre des plus réduites. On peut les utiliser même en terrains surélevés si l’on dispose d’assez d’eau pour les faire flotter et laver le minerai et si le travail peut être poursuivi de manière continue.
- L’exploitation au monitor est plus brutale. Elle s’applique aux gisements d’étain dans des conditions sensiblement analogues à celles des alluvions aurifères. C’est un abatage hydraulique par un jet d’eau puissant alimenté sous forte pression et lancé conti'e la masse du gisement. Les roches meubles ainsi désagi'é-gées sont entraînées par le courant d’eau et diiûgées sur des sluices dans lesquels la cassitérite est retenue.
- L’eau accumulée en amont par des barrages est conduite par de foi’tes canalisations de 20 à 25 cm. de diamètre devant le front d’abatage des alluvions. L’eau est projetée en jet puissant par une très forte lance orientable en hauteur et en dii'ection et dénommée a monitor » (fig. 4). Dans les plus gros appareils, l’orifice de décharge du jet a été porté jusqu’à 25 cm. sous une pression de plus de 10 kg. La puissance des monitors est l'églée par l’importance du volume de
- Fig. 6. — Désagrégation et manœuvre du minerai d'étain en tête des sluices en Malaisie.
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- minerai à abattre et surtout par la disposition topographique, la quantité et la pression d’eau disponibles sur le terrain.
- Quand la roche est meuble, la désagrégation et l’entraînement se font facilement. On dirige le jet sur la base du front d’abatage (fig. 5), il se creuse une sorte de cave, les parties qui la surplombent s’effondrent progressivement, sont délayées et entraînées. Si la masse est plus résistante, on approche le monitor aussi près de la roche que la sécurité des hommes qui conduisent l’opération le permet. On utilise ainsi au maximum la puissance de désagrégation du jet. Si cela est insuffisant, le front d’abatage est d’abord ameubli par explosifs puis entraîné par le monitor.
- Le flot d’eau entraînant le minerai est dirigé vers les sluices (fig. 6) si la disposition du terrain permet de les installer avec une pente suffisante pour qu’ils travaillent correctement. Sinon il est dirigé vers une fosse d’où il est repris par de puissantes pompes à gravier et remonté en tête de sluices convenablement établis sur une pente artificielle disposée sur un remblai.
- Ces sluices sont des caniveaux à fond plat montés en planches épaisses. Leurs dimensions sont variables suivant le débit du monitor qui les alimente. Ils peuvent atteindre 3 m. de largeur sur i m. de hauteur et une centaine de mètres de longueur. Le fond est garni de riffles ou de grilles de fer de forme particulière qui retiendront la cassitérite. En tête des sluices des hommes désagrègent au rateau les masses non délayées par l’eau. Leur pente varie de 3 à 5 pour ioo. Ils sont généralement montés par paire. L’un est en marche pendant qu’on récolte les concentrés de l’autre.
- Les concentrés bruts sont broyés puis enrichis de nouveau par gravité sur tables à secousses. Ils contiennent alors environ 6o à 70 pour 100 d’étain et sont ainsi livrés aux fonderies.
- L’exploitation au monitor est plus souple que la drague et permet de travailler des gisements où l’emploi
- Fig. 7. — Train de laminoirs pour la fabrication de la tôle pour fer blanc. Les pupitres à gauche de la figure portent les commandes de marche et de contrôle.
- Fig. 8. — Machine d’essai des boîtes de fer blanc. Cette machine contrôle la bonne tenue au vide et à la pression. Elle vérifie cinq récipients par seconde.
- de celte dernière est impossible : dans les régions accidentées, dans les gîtes dont le bed-rock irrégulier et dur est inattaquable par les excavateurs des dragues, comme cela se présente en beaucoup de points à Banka ; ou encore quand l’irrégularité de la minéralisation des gisements ne justifie pas le placement d’une drague, ce qui est le cas des alluvions de Nigérie.
- L’abatage au monitor paraît à première vue d’une extrême simplicité. En fait, il pose aux ingénieurs une série de problèmes difficiles : aménagement de l’alimentation en eau ; évacuation des stériles, ce qui n’est pas la moindre préoccupation étant donnée l’importance du tonnage déplacé ; établissements d’installations de décantation des eaux avant de les restituer aux rivières, pour éviter l’ensablement et le changement de lit du cours d’eau. L’abatage hydraulique des minerais d’or a eu pour conséquence parfois le changement du système hydrographique d’une région, entraînant de graves conséquences, au point qu’en Californie l’abatage hydraulique a dû être interdit.
- Ces diverses opérations de préparation mécanique des minerais aboutissent à l’obtention de concentrés contenant de 5o à 70 pour xoo de métal. L’enrichissement dépend du degré de perfection du matériel et surtout de la nature des gangues et impuretés existant dans le minerai d’origine. Les alluvions de haute qualité peuvent fournir des concentrés contenant 95 pour 100 de cassitérite, soit plus de 70 pour 100 de métal.
- La métallurgie de l’étain, relativement simple, le
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- Fig. 9. — Hall d’inspection des fouilles de fer blanc pour la recherche et l’élimination des défauts d’aspect. Cette opération nécessite l’examen visuel et ne peut être réalisée mécaniquement.
- fait par voie sèche : elle consiste en une fusion réductrice au moyen de coke ou de charbon de bois. Généralement, il y a lieu d’ajouter au mélange de minerai et de combustible des fondants, qui, suivant la nature de la gangue, donneront une scorie fusible aussi fluide que possible permettant une séparation nette du métal.
- La réduction se fait soit au four droit à cuve, sorte de petit haut-fourneau, soit au four à réverbère.
- En Malaisie, les petites exploitations chinoises qui travaillent sur place font usage de fours extrêmement primitifs. Ils ont i m. à i m. 5o de hauteur sur 4o cm. de diamètre. Les parois intérieui’es sont faites d’argile battue contre une enveloppe cylindrique en fer ou même contre une ossature en bambous fichés dans le sol. Il est ménagé à la base un trou pour la coulée du métal et une tuyère en argile alimentée par la soufflerie des plus sommaires dont j’ai parlé.
- Le métal qui s’échappe du trou de coulée est recueilli dans une lingotière formée par une cavité creusée dans le sol et garnie d’argile.
- Les scories contiennent souvent des grenailles de métal. Elles sont rechargées dans le four et repassées dans une opération suivante ou même traitées séparément.
- Un tel dispositif permet une production de 3oo à 4oo kg. d’étain par jour, traitant 5oo à 800 kg. de concentrés avec une consommation de 3oo à 4oo kg. de charbon de bois.
- Les fours de la métallurgie industrielle sont du même type mais de plus grandes dimensions, construits en briques réfractaires et alimentés par des souffleries modernes.
- Les fours à réverbère, dont l’emploi se généralise de plus en plus, conviennent mieux au traitement des concentrés finement broyés et permettent de traiter en une seule opération de fortes charges : 4 à 5 t.
- L’étain brut ainsi préparé est plus ou moins pur, il contient, suivant la nature du minerai, de petites quantités de fer, cuivre, plomb, tungstène, bismuth, arsenic, antimoine, etc. Dans le cas de minerais exceptionnels, ceux de Malaisie, par exemple, l’ensemble de ces impuretés ne totalise pas plus de 0,1 à 0,2 pour 100. Une simple refonte suffit pour obtenir des lingots de métal à peu près pur sans recourir au raffinage proprement dit. Mais on doit y procéder si la proportion des impuretés est plus élevée.
- Ce raffinage se fait par liquation suivie d’agitation oxydante.
- La liquation est basée sur ce fait que le point de fusion de l’étain est bien inférieur à celui des métaux qui le souillent. Si donc on le refond à aussi basse température que possible, sur une surface en pente, l’étain s’écoulera d’abord, laissant en place des résidus ou « épines de liquation » contenant les métaux étrangers.
- Enfin pour éliminer les métaux fusibles comme le bismuth qui n’ont pu être ainsi séparés, on agite à l’air le métal fondu. Il se forme à la surface des citasses d’oxydes, contenant de l’oxyde d’étain et les impuretés. On les enlève, puis on procère à la coulée en lingots. Cette dernière opération doit être conduite entre des limites de température bien déterminées pour que le métal conserve toutes ses qualités, sa couleur et son éclat.
- Il existe dans le commerce plusieurs variétés d’étain, généralement classées suivant leur origine. Celui de Malacca est le plus pur de tous. On le livre en blocs de forme carrée avec quatre angles retroussés (étain en chapeaux) pesant de o kg. 5oo à 1 kg.
- Les usages de l’étain sont multiples : étamage des ustensiles de cuisine, préparation d’alliages nombreux : soudures, bronzes, métaux blancs, anti-friction, caractères d’imprimerie, étain pour objets d’art.
- La fabrication des dérivés chimiques est très variée : sels d’étain pour la teinture, chlorure stanneux, sulfure stannique pour bronzages et moirages, moiré métallique ; oxyde d’étain pour donner de l’opalescence au verre, pour les émaux, les vernis de faïence, la potée d’étain de polissage.
- L’étain laminé en feuilles minces sert à envelopper de nombreux objets comestibles. La hausse du prix du métal a suscité la concurrence du papier d’aluminium, meilleur marché mais moins souple et plus oxydable.
- C’est cette inoxvdabilité et l’innocuité de ses sels qui ont donné à l’étain son débouché le plus important et le plus large : la fabrication du fer blanc : tôle d’acier mince étamée sur les deux faces (fig. 7).
- Le développement de l’industrie de la conserve a donné à celte fabrication une extension considérable. Malgré la concurrence des récipients en papier ou carton imperméabilisé ou en matières plastiques, le fer blanc reste irremplaçable dans la plupart des cas.
- La production mondiale du fer blanc dépasse un million de tonnes annuelles, elle absorbe à elle seule une partie fort importante de l’étain extrait chaque année.
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- G’est une industrie considérable qui s’est développée surtout aux États-Unis. La fabrication du fer blanc est devenue presque entièrement mécanique : laminage et contrôle d’épaisseur de feuilles, décapage, étamage, découpage, toutes ces opéi'ations sont entièrement automatiques et l’intervention de la main-d’œuvre se borne à la surveillance de l’appareillage mécanique. L’examen des feuilles pour la détection et le rejet des défauts est sensiblement la seule opération qui n’a pas encore pu être réalisée automatiquement (fig. 9).
- L’utilisation du fer blanc et son application à l’industrie est elle-même hautement mécanisée. La fabrication des récipients, leur vérification, leur remplissage, leur fermeture, l’impression des étiquettes et des marques, l’empaquetage final, toutes ces opérations sont entièrement mécaniques.
- Si l’on envisage l’ensemble de cette technique, depuis l’abatage de la cassitérite du minerai au monitor jusqu’à l’arrivée de la boîte de conserve au magasin du détaillant, on peut dire que l’étain a parcouru cette longue route sans intervention directe de la main de l’homme. C’est un des exemples les plus typiques et les plus complets de la « victoire mécanicienne » de l’industrie moderne.
- Le marché de l’étain a subi ces dernières années, des changements de cours rapides. Par comparaison à celui des grands métaux, son marché est plus étroit et par suite plus sensible à l’action de la spéculation et aux vai'iations de la consommation et de la production.
- Les producteurs les plus importants se sont groupés en cartel et font tous leurs efforts pour parvenir à une stabilisation relative des cours du métal .et à une régularisation de la production en accord avec la consommation.
- Le graphique de la figure 10 met en évidence de manière frappante l’ampleur des variations des cours.
- Dans toute la famille des métaux industriels, l’étain
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- 220 o
- 150
- 130 Q-
- 27 28 29
- 30 31
- 32 33 3U 35
- 3E 371938
- Fig. 10. — Graphique des cours de l'étain métal de 1925 à 1938.
- En traits pleins cours en Livres sterling. En pointillé cours en Livres or après abandon de l’étalon or par la Grande-Bretagne.
- figure à une place à part, intermédiaire entre les métaux communs et les métaux rares. Ses emplois sont bien déterminés. Il est dans la plupart des cas irremplaçable. Ses débouchés et leur extension probables sont assurés et, malgré les irrégularités de la production annuelle, de la consommation et des cours financiers, l’industrie de l’étain reste assurée d’un avenir permanent.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- LE RAVITAILLEMENT EN MÉDICAMENTS
- Les difficultés du ravitaillement sont malheureusement familières à tous les Français, non seulement dans le domaine de l’alimentation, mais encore dans le domaine de toutes les industries qui faisaient appel à l’importation de matières premières ou de produits finis provenant, soit de l’étranger, soit des colonies françaises.
- L’industrie pharmaceutique est une industrie qui est particulièrement atteinte et l’art de prescrire qui préoccupe tous les médecins doit s’adapter aux circonstances nouvelles.
- Lors de l’armistice, l’industrie pharmaceutique était en pleine transformation. Celte industrie Amenait d’être placée sous le contrôle du Ministère de l’Armement; elle prenait ses dispositions pour assurer sur notre sol la plupart des fabrications de produits qui, jusqu’alors, étaient importés. En raison des circonstances, l’effort esquissé à cette époque s’cst trouvé considérablement retardé.
- Les stocks de médicaments étaient relativement peu abon-
- dants dans les usines et dans les drogueries car les Services de Santé de la Guerre, de la Marine et des Colonies avaient, dès 1939, complété leur approvisionnement, nécessairement au détriment des disponibilités du marché de la droguerie.
- La première mesure qui s’imposait donc, en juillet 19^0, ôtait la mise à la disposition des pharmaciens et des droguistes de certains produits du Service de Santé militaire. Cette mesure ne pouvait être que limitée puisqu’au surplus, le Service de Santé militaire avait à assurer le ravitaillement en médicaments de notre Empire.
- Dès le mois d’août ig4o, l’industrie pharmaceutique commença à s’organiser sous l’égide des Syndicats de Fabricants de Produits pharmaceutiques et du Syndicat de la Droguerie qui constituèrent un Groupement professionnel. Ce dernier fut remplacé par le « Comité d’organisation des Industries et du Commerce des Produits pharmaceutiques »
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- créé par le Gouvernement et analogue à ceux institués pour d’autres industries. .
- Ce Comité d’organisation, présidé par M. Leprince, après avoir procédé à l’inventaire de nos ressources, tant en stocks qu’en moyens de production, étudia, en liaison avec le Comité d’organisation de l’Industrie chimique, les mesures à prendre.
- Son activité consiste :
- i° A recenser les entreprises qui lui sont rattachées et recueillir sur chacune d’elles les renseignements demandés par des questionnaires détaillés donnant des indications sur les moyens de production, les ressources et les besoins de chaque fabricant ou commerçant.
- 2° A centraliser, pour le Ministère de l’Économie nationale toutes les questions concernant la fixation des prix de revient et la fixation des prix de vente, la valeur des taux de marque, les bénéfices permis.
- 3° A assurer le contrôle et la répartition des matières premières, des produits divers, des emballages dont il est nécessaire de surveiller l’utilisation en raison de l’insuffisance des approvisionnements.
- 4° A étudier les problèmes posés par la nécessité de trouver des produits de remplacement pour remédier à l’insuffisance de certains approvisionnements ou à la rareté de certaines matières premières; ceci s’applique, non seulement aux produits, mais encore à leurs emballages, verres, flacons, etc...
- 5° A étudier toutes les questions concernant les importations et les exportations.
- 6° A étudier les problèmes concernant les cultures et la récolte des plantes médicinales.
- Ce bref résumé de l’activité du Comité d’organisation des Industries et du Commerce des Produits pharmaceutiques montre toutes les difficultés qu’il doit surmonter, difficultés qui ne peuvent être résolues que par une rigoureuse discipline des producteurs et des utilisateurs de médicaments, c’est-à-dire des médecins et des malades.
- Au mois de mars 1941, M. Georges Duhamel, à l’Académie de Médecine, s’exprimait ainsi :
- ce La pratique de la médecine risque d’être gravement « modifiée ou même entraArée par la rareté ou la disparition « de certaines substances, de certains produits chimiques et « médicamenteux considérés comme nécessaires soit au trai-« tement médical et chirurgical de diverses maladies, soit « à la recherche diagnostique, soit aux travaux de labora-« loire. »
- A la suite de cette intervention, l’Académie de Médecine décidait de nommer une Commission qui se traça le programme de travail suivant :
- i° Étudier et tenir à jour une liste des matières ou produits qui font plus ou moins défaut, indiquer en outre le degré de rareté de ces matières ou produits;
- 20 Étudier les conséquences de ce défaut dans la pratique médico-chirurgicale et pour les recherches de laboratoire ;
- 3° Envisager le remplacement des substances qui nous manquent ou qui risquent de nous manquer.
- Cette Commission, par l’organe de divers rapporteurs, MM. Guérin, Goris, Lœper et Martel, dressa un état de nos ressources, de nos besoins, et aboutit à des conclusions que doivent connaître tous les médecins.
- Dans des conférences données sous l’égide du Comité d’organisation des Industries et du Commerce des Produits pharmaceutiques, M. Aunis — sur les produits de remplacement — et M. Choay — sur les produits opothérapiques — ont
- précisé quelques grandes lignes de ces nécessaires restrictions.
- Un certain nombre de produits ne peuvent plus nous parvenir, il faut donc les remplacer et pour ceux dont nous disposons encore en quantité restreinte, on doit réduire leur utilisation aux cas où ils se montrent strictement indispensables.
- PRODUITS CHIMIQUES
- Iode. — L’iode provenait en majeure partie du Chili. Un cartel international limitait la production de nos usines françaises qui retirent l’iode du goémon. Cette industrie fait vivre de nombreux récolteurs de goémon en Bretagne; elle se trouve actuellement en grande difficulté du fait de l’absence de combustible. Les procédés d’extraction de l’iode par l’électrolyse, procédés qui éviteraient l’emploi de combustible, ne sont pas encore au point. On envisage donc la réduction du titre de la teinture d’iode, réduction qui serait d’environ 5o pour 100. On peut aussi remplacer complètement la teinture d’iode comme antiseptique à usage externe, par les dérivés de l’orthooxyquinoléine (Sunoxol), ou de l’oxymercuridibromofluorescéine (Mercurochrome), ainsi que par les sulfamides.
- Bismuth. — Le bismuth était importé de Bolivie et du Pérou. Quelques mines en France, et notamment en Corrèze, à Meymac, ont été remises en exploitation, mais leur production ne peut atteindre les 5o t. — au minimum — qui étaient utilisées avant la guerre. Il faut donc remplacer pres-qu’entièrement ce produit comme pansement gastrique par des succédanés tels que le talc, le kaolin ou le charbon.
- Dérivés du bore. — L’acide borique et les borates provenaient d’importation américaine. La faible quantité fournie par les suffioni de Larderello en Toscane ne parvient pas sur le marché français. L’acide borique est d’ailleurs de moins en moins utilisé en thérapeutique. Les solutions de faible alcalinité que l’on obtient par le borate de sodium peuvent être remplacées par des solutions de bicarbonate ou de phosphate de sodium.
- Sels d*argent. — Les minerais n’étant plus importés, on est obligé de recourir aux objets d’orfèvrerie que l’on achète à l’Hôtel des Ventes ou au Crédit Municipal, pour en extraire l’argent. Cette matière première n’est pas inépuisable. La préparation de l’argent colloïdal électrique, qui ne nécessite pas de grandes quantités de métal, est assurée ; mais pour les sels d’argent minéraux et organiques employés en oculistique et en urologie, on doit s’efforcer d’en restreindre l’emploi.
- Camphre. — Le camphre naturel provient du Japon; il doit être réservé aux préparations injectables. La production de camphre artificiel, dont les stocks sont peu abondants, va être remise en marche prochainement dans la mesure où cette industrie pourra obtenir l’essence de térébenthine qui constitue sa matière première.
- Quinine et ses sels. — L’importation du bois de quinquina des Indes néerlandaises étant pratiquement supprimée, on doit réserver la plus grosse partie de notre stock à notre Empire colonial. Il faut donc remplacer la quinine par les antipyrétiques, le pyramidon, l’antipyrine, la phénacé-tine, etc.... Les succédanés de la quinine utilisables dans les maladies tropicales (proéquine, etc...) ont bien été mis au
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- point en France et on peut espérer que leur production sera suffisante.
- Caféine, théobromine. — Ces alcaloïdes sont extraits du café, du thé et du cacao. On envisage de rendre obligatoire la décaféinisation du café.
- Pour la théobromine, il existe des stocks assez abondants de coques de cacao que l’Académie de Médecine voudrait faire retirer de l’alimentation pour les mettre à la disposition des fabricants de théobromine. Ce produit est assez difficile à remplacer, on peut toutefois trouver dans la scille et ses préparations (vin de Trousseau) un bon succédané.
- Opium et ses alcaloïdes. — L’opium et ses alcaloïdes constituent un des éléments les plus importants de la thérapeutique. L’incertitude d’une obtention régulière d’opium provenant des Balkans a fait ressusciter l’utilisation du pavot à œillette, dont, dès 1827, le pharmacien français Tilloy avait montré que l’on pouvait extraire la morphine.
- La culture du pavot à œillette qui donne non seulement de l’huile, mais encore les extraits contenant les mêmes alcaloïdes que l’opium, a été remise en exploitation dans diverses régions de notre territoire. Sans aller jusqu’à l’extraction totale des alcaloïdes et leur séparation, mesure qui va à l’encontre des obligations souscrites par la France vis-à-vis de la Société des Nations, on peut, à l’aide des extraits de pavot, obtenir des préparations calmantes et sédatives comme celles de l’opium.
- Cocaïne, émétine. — La cocaïne peut être remplacée, sans inconvénient, par les produits de synthèse, tels que la novocaïne, la stovaïne, etc... que l’on peut se procurer aisément. Il n’en est pas de même pour l’émétine — provenant de l’ipéca — qui n’a pas de succédané d’indication absolument identique et qu’il ne faut utiliser que dans les cas de dysenterie amibienne.
- Glucosides cardiaques. — L’ouabaïne provenant du strophantus, graine importée de l’Afrique Occidentale, n’existe qu’en stocks limités. Par contre, il existe des stocks de digitaline. On peut continuer l’extraction de ce glucoside soit de la digitale des Vosges qui est particulièrement riche en digitaline, soit de la digitale d’Auvergne, qui est moins riche, mais qui peut cependant être utilisée.
- Des essais de cultures de digitale sont actuellement en cours.
- PLANTES MÉDICINALES
- Un certain nombre de plantes médicinales, même indigènes, provenaient jadis de Russie, de Pologne, de Bohême, d’Italie. Pour certaines de ces plantes, la cherté de la main-d’œuvre pour notre pays obligeait le commerce de la droguerie à s’approvisionner sur le marché étranger. Le ramassage, par les enfants des écoles ou les Chantiers de Jeunesse, a commencé à se réorganiser sans toutefois avoir encore atteint des résultats très substantiels. Il en est de même des plantes médicinales cultivées dont le prix de culture ne peut actuellement atteindre les rendements obtenus avec les cultures vivrières.
- On peut toutefois être sûr d’obtenir aisément la jusquiame, l’aconit, la belladone, le marron d’Inde, celui-ci comme succédané utile de l’hamamélis et de l’hydrastis; l’aubépine, succédané de la fève de Calabar et de l’ésérine, pour ne citer que les plus indispensables.
- La bourdaine croît abondamment en France et si son
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- ramassage est bien organisé, elle pourrait se substituer au cascara, à la podophylle, à la scammonée, à l’aloès, au jalap et au séné. La gentiane qui croît abondamment dans nos montagnes d’Auvergne et dans les Alpes, se substituera au Colombo et au quassia. Le galega et le fenouil remplaceront le gossypium. L’aunée et le marrube pourront être employés au lieu du grindélia et du polygala, la saponaire au lieu de la salsepareille.
- Nos plantes françaises comportent toute une gamme d’utilisations thérapeutiques, dont le Dr Leclerc, avec une inépuisable opiniâtreté, cherche à diffuser l’emploi.
- La moutarde, dont la culture en France ne suffisait pas à nos besoins tant alimentaires que pharmaceutiques, doit être développée. Si on ne peut remplacer la moutarde dans l’alimentation, on peut la remplacer comme révulsif par un produit de synthèse, la benzylidènecétone.
- PRODUITS OPOTHÉRAPIQUES
- Les produits opothérapiques sont de plus en plus employés en thérapeutique et l’organisation des abattoirs français ne permet pas, dans la plupart des cas, de recueillir les glandes utilisables.
- L’importation de glandes venant des grands abattoirs de l’Amérique du Sud et de Chicago, fournissait, avant la guerre, la plus grosse partie des produits opothérapiques. Certains d’entre eux sont de première nécessité, tels : l’insuline extraite du pancréas, agent essentiel de traitement du diabète et le lobe postérieur d’hypophyse dont l’une des activités, l’activité ocytocique est indispensable dans certains cas de la pratique des accouchements.
- A l’insuffisance des abattoirs français, venaient s’ajouter les fâcheuses habitudes prises dons ces abattoirs d’utiliser les glandes pour l’alimentation. C’est ainsi, par exemple, que les grands abattoirs de Lyon fournissaient plutôt les fabricants de quenelles que les fabricants de produits opothérapiques. Il y avait, dans ce domaine, tout à faire et le Comité d’organisation a entrepris le ramassage des glandes et organes dans tous les petits abattoirs de province au moyen d’appareils frigorifiques qu’il a fait spécialement étudier par M. Maurice Choay et qui vont permettre de récolter les produits utilisés dans cette industrie.
- Un arrêté du 25 octobre 19/11 que j’avais moi-même sollicité des pouvoirs publics, dès juillet 1940, vient d’obliger les bouchers, charcutiers et chevillards à mettre à la disposition de l’industrie pharmaceutique, les organes suivants : placenta, fœtus et embryon, tissus lymphatiques (ganglions, amygdales, etc.), épiphyse (glande pinéale), hypophyse, parathyroïdes, surrénales, thyroïde, glandes génitales (ovaires, testicules), pancréas, glandes salivaires, mammaires, prostatique, la moelle épinière et la moelle osseuse, le cœur, cerveau, poumon, rate, thymus, foie, reins, intestin, estomac, vésicule biliaire et bile. Cette mesure s’appliquait d’ailleurs, depuis le 8 octobre 1940, au pancréas destiné à préparer l’insuline. Il faut signaler l’intérêt qu’offre également cette mesure dans l’industrie des ligatures chirurgicales et des catguts préparés à partir des intestins de moutons. '
- Huiles de poissons. — Indépendamment des huiles, matières grasses employées comme excipients ou comme matières premières pour la préparation des savons et de la glycérine, on utilise, en pharmacie, les huiles de foies de poissons, huiles de foies de morues, huiles de foies de flétans, huiles qui sont riches en vitamine A et en vitamine D.
- Les foies de thons, particulièrement riches en vitamine A,
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- ont été réquisitionnés par le Gouvernement qui les a mis à la disposition d’une industrie chargée d’extraire celle vitamine.
- D’autres poissons (sélaciens) peuvent fournir également des huiles, peut-être moins riches en vitamine A, mais que l’on pourrait également utiliser pour la préparation de cette vitamine en employant les procédés modernes ou distillations à courte distance vulgarisés par FaAvcett, Waterman et Van Vlodrop.
- Les autres vitamines : vitamine B, C, D sont des produits que l’on peut obtenir par voie chimique.
- La fabrication de la vitamine E extraite du germe de blé est actuellement en \roie de développement.
- MATIÈRES GRASSES ET HUILES
- Les matières grasses et les huiles étant réservées à l’alimentation et à la savonnerie, il a fallu étudier des succédanés comme excipients pour les pommades et. les suppositoires. Pour les pommades : les gels de silice, les argiles colloïdales, les mélanges gomme arabique-fécule constituent des excipients parfaitement utilisables. Il en serait de même des stéarates de glycol, de triéthanolamine si, malheureusement, l’acide stéarique n’était aussi rare.
- La glycérine, dont la production a été réduite dans les mêmes proportions que celle des matières grasses, peut être remplacée par le propylèneglycol, produit non toxique, différent du diétlivlène glycol qui, lui, est toxique.
- Pour la vaseline, la paraffine et les huiles de pétrole, nécessairement déficitaires, on essaie actuellement d’utiliser
- certains sous-produits de fabrication de l’essence synthétique. On est parArenu à préparer une huile qui serait comparable à l’huile de vaseline, une vaseline neutre propre à la préparation de pommades et qui, par oxydation ménagée, permettrait la production d’un excipient partiellement miscible à l’eau, lequel constituerait un bon produit de remplacement de la lanoline. La fabrication de celle-ci est d’ailleurs en reconstitution dans les lavages de laines du Nord et de Mazamet. *
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- Ce rapide exposé peut paraître un peu pessimiste, malgré les efforts tentés de toutes parts pour remédier à la situation. En novembre 19/11, un nouveau rapport de M. Goris, à l’Académie de Médecine, insiste sur l’augmentation de notre déficit. Le Secrétariat d’Etat à la Famille et à la Santé est d’ailleurs intervenu auprès de l’Ordre des Médecins pour lui signaler cette situation, de façon à guider les praticiens dans leurs prescriptions, en leur demandant de limiter celles-ci aux besoins indispensables.
- M. Lœper a montré que dans l’arsenal thérapeutique il y a un grand nombre de produits qui sont interchangeables.
- C’est donc, là encore, une question de discipline qui permettra de franchir le cap difficile de notre ravitaillement en médicaments. Les efforts tentés par le Comité d’organisation auront peut-être l’avantage de créer, sur notre sol, des moyens de production ou des industries nouvelles qui doivent assurer, de plus en plus, notre indépendance économique.
- Cit. Lormaxd ,
- Directeur du Laboratoire national de contrôle des médicaments.
- LES MOTOCYCLES ÉLECTRIQUES
- La construction de motocyclettes, de tricycles et de bicyclettes électriques ne date pas d’aujourd'hui. Si actuellement ce système de locomotion revient en faveur, les premiers véhicules de ce genre furent expérimentés dès 1881.
- Un électricien célèbre à cette époque par ses inventions multiples, Gustave Trouvé, en construisit un actionné par des piles secondaires de Planté. Le motocycle de la figure 1 montre la disposition employée alors, le moteur actionnant un grand engrenage monté sur la roue motrice. Les moteurs Trouvé étaient extraordinaires de légèreté pour l’époque. Un moteur de 1/2 cheval pesait r5 kg. Trouvé en exécuta de plus légers encore pour la navigation aérienne. En 1897, avec les progrès réali-
- sés, le moteur ne pesait plus que 12 à 16 kg. par cheval, et le cheval-heure électrique comprenant moteur, accumulateurs et transmissions pesait 60 kg.
- Nombre d’inventeurs réalisèrent des motocycles légers, comme le trois roues du comte Carli de Castel-nuovo, en Toscane (fig. 2).
- En 1881, un amateur, M. de Grafflgny, connu par
- Fig. 2. — Le trois roues du comte Carli de Castelnuovo.
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- un grand nombre d’ouvrages de vulgarisation technique, réalisa un tricycle extra-léger muni de piles à acide chlorochromique Renai'd, du type utilisé sur le dirigeable « La France ». Vingt-quatre éléments de pile pesant 3o kg. actionnaient un moteur Trouvé de 12 kg./m. pesant 8 kg. La force était de i/6p de cheval pendant trois heures (fig. 3).
- Le motocycle Libbez apparut en 189b (fig. 4). Le conducteur était assis sur les deux roues directrices
- Fig. 3. — Le tricycle de de Grafjigny.
- arrière, avec le guidon courbé derrière lui. La roue motrice était à Lavant. Ce modèle a comme les autres, un aspect archaïque de vélocipède.
- Une des motocyclettes les plus remarquables fut le
- Fig. 3. — Le tandem Pingault.
- mulateurs fournissant jusqu’à 25 W. par kg. de poids total, et sa vitesse atteignait 72 km. pendant quelques instants, avec l’aide des pédales. Le cycliste fournissait alors 10 pour 100 de la puissance totale. La vitesse ordi-
- Fig. 4. — Le motocycle Libbez.
- tandem d’entraînement Pingault (fig. 5). Ce tandem, construit par Clovis Clerc, entra en compétition avec une triplette électrique Darracq, et battit des records. Les quatre accumulateurs du tandem Pingault-Clovis Clerc, pouvaient donner pendant une heure un courant de 70 à 80 ampères et de 35 V., soit 2 800 W. ou 4 chevaux. Les frères Jallu sur ce tandem soutinrent une • vitesse de 60 1cm. à l’heure avec régularité.
- Pingault présenta aussi une bicyclette électrique à la Société internationale des Électriciens. Construite par Richard, elle était munie d’accu-
- Fig. 6. — La bicyclette « Electra ».
- naire était de 5o km./h. Le poids de cette machine était de 75 kg., dont i3 pour la bicyclette, 38 pour les accumulateurs et 24 pour le moteur et les accessoires. Les accus pouvaient débiter 1 5oo W. pendant une heure, ou 900 VV. pendant quatre heures, soit 2 ch. d’une façon, et x ch. i/4 de l’autre.
- Fig. 7. — Une motocyclette scooter.
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- Fig. 8. — L’ « Electrocycle ».
- portait une caisse d’accumulateurs de quatre éléments de i5o ampères-heure, sous 3 V. En palier, la vitesse atteignait 3o km./h. et cette moto équipée d’un moteur de i ch. 1/2, pesant 11 kg., tournant à 2 5oo t./m. pouvait fournir une course de 4o km.
- Actuellement, divers constructeurs ont établi des motos électriques en tirant parti des appareillages existant dans le commerce.
- La bicyclette Electra qui fut décrite dans La Nature en 1912, n’avait pas de pédales (fig. 6). Elle était pourvue de trois vitesses : 5, 25 et 56 km./h. La batterie, qui pouvait être une batterie ordinaire d’auto ou une batterie spéciale de 12 Y., alimentait un moteur monté sur billes, acceptant une surcharge de 3oo pour 100. Cette moto avait un aspect des plus modernes.
- Comme on le voit, ces réalisations étaient très élégantes pour leur époque, qu’elles soient des constructions d’amateurs, ou des recherches techniques en avance sur leur temps. Elles permettent de mieux apprécier ce qu’on fait actuellement, et ce qui pourrait se faire.
- Une motocyclette scooter spéciale est celle réalisée en 1925 (fig. 7). Sans pédales aussi, son cadre surbaissé
- Fig. 9. — Remorque portant les accus et le moteur et poussant la bicyclette de Durandeau.
- Fig. 10. — Roue motrice Clément.
- La figure 8 montre Y « Electrocycle ». On voit la disposition sur une sorte de porte-bagage de bicyclette, d’un moteur avec un démultiplicateur de type industriel. Les accus sont portés sur une petite remorque.
- Fig. 11. — Scooteur Féron.
- La figure 9 montre le dispositif de remorque poussant la bicyclette, construit par l’aviateur connu Durandeau. On voit comment le moteur actionne directement la roue motrice par un manchon de frottement appliqué sur le pneumatique.
- Un autre système de roue motrice rappelant ce qui a été réalisé il y a quelques années pour motoriser les bicyclettes avec de petits moteurs à essence, est le dispositif de la figure 10. Dû à M. Michel Clément,
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- Vy-N
- Fig. 12. — Bicyclette électrique italienne.
- apprenti ajusteur à Beliet, en Gironde, cet électro-pousseur est monté articulé. Son moteur est muni d’un pignon de vélo à 12 dents. Le relai constitué par un moyeu de vélo avec un pignon de 36 dents, communique le mouvement à l’aide d’un autre pignon de 16 dents. C’est finalement un pignon de 58 dents fixé sur la roue motrice qui termine la démultiplication.
- Fig. 13. — Un triporteur « taxi ».
- La roue motrice est de 5oo mm. de diamètre (roue d’avionnette légère). La vitesse en palier atteint 3o km./h. La distance franchissable avec la batterie de 120 ampères est de 100 km.
- Le scooter de la figure xx est aussi un travail d’amateur. Dû à M. Andi’é Féron, de Harfleur, sa vitesse atteint 35 km../'h. en palier, avec un rayon d’action de
- Fig. 14. — La motocyclette William-Mourlot.
- 80 à 100 km. La batterie est de 120 ampères. L’accélération s’obtient par un rhéostat disposé sur le guidon, et en outi’e un dérailleur assure le changement des vitesses, qui passent ainsi de o à 15, 25 et 35 km./h. Le moteur est d’un demi-cheval à un cheval.
- La bicyclette italienne de la figure 12 dont les agences de pi’esse ont publié dernièi’ement la photographie paraît, elle aussi une bonne réalisation d’amateur.
- On a vu ces temps derniers, dans Paris, de nombreux triporteurs électriques carrossés de façons diverses suivant leur emploi. La figure i3 montre un de ces véhicules.
- Une motocyclette très curieuse est celle doixt les plans ont été diffusés tout récemment par M. Max William-Mourlot, pour en permettre la construction
- par des amateurs. Cette moto (fig. i4) est établie en bois et en contre-plaqué, afin de rendre sa l'éalisation plus aisée. Son auteur emploie pour la même raison des batteries d’automobile, et les moteurs de 1/2 cheval servent de démari'eur. Prévue pour donner, une vitesse de 25 km. en palier et pour gravir les côtes, elle est équipée de quatre batteries de 6 Y. et 60 ampères. Les x'oues sont
- à bandages pleins de 5oo mm. de diamètre sur 5o ou 42.
- Comme on le voit, ce sont sui’tout des travaux d’amateurs utilisant les fournitures existantes qui servent à la construction des motos électriques actuelles.
- Toutefois signalons la motocyclette G. M. Renaud (fig. i5) toute récente qui s’oi’iente vers une technique industrielle. Utilisant un cadre de motocy-
- Fig. 46. — L’éleclro-pousseur.
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- dette dont le moteur thermique est remplacé par un moteur électrique de i / 5e de ch. sous 12 V., la batterie comportant deux accumulateurs de 6 V. et go ampères - heure permet un rayon d’action de 5o à 60 km. et une vitesse de 25 à 3o km./h.
- L’électro-pousseur (fîg. 16) et la bicyclette motorisée (fig. 17) qui ont cir-c u 1 é dernièrement dans Paris sont aussi des réalisations intéressantes.
- La moto électrique pourrait sortir de la période d’essais qu’elle a traversée jusqu’ici et môme avoir un avenir assez brillant. En utilisant par exemple les accus
- Fig. 18. — Motocyclette électrique montée avec une batterie d’aviation.
- légers pour aviation, accumulateurs alcalins au cadmium-nickel, tels que ceux de la maison T. E. M. dont la décharge peut s’effectuer sans inconvénient en 20 mn, le problème de la moto légère serait élégamment résolu.
- Les moteurs extra-légers établis pour l’avia-t i o n seraient également intéressants à adap-ter en raison de l’économie de poids qu’ils permettent par leur principe.
- Rappelons quel-q u e s chiffres concernant ceux
- de la Croydon yç) — Bicyclette transjormée avec
- Manufacturing moteur et accus de démarrage d’auto.
- C° :
- Le moteur F. IL P., de 3/4 de ch. à 3 000 t./min., pèse 3 kg., a comme encombrement une longueur de 196 mm. et un diamètre de 76 mm. Il tourne sous une tension de 12 à 24 V. Le môme constructeur offre également un moteur de 4 ch., tournant à 4 000 tours-minute sous 12 ou 24 V., pesant 9 kg. 5oo, et un autre de 1 ch. 7 pesant 5 kg. 600 seulement.
- Précisément, un constructeur, M. IL Rocheron a présenté dernièrement à la « Foire de Paris » une moto montée avec une batterie d’aviation de 24 V sur 90 ampères, capable d’un rayon d’action de 80 km. à une. vitesse de 45 km. (fig. 18).
- Pour terminer, citons la moto électrique du jeune Parent, élève de première au Lycée Buffon, montée avec un moteur de démarrage d’auto et des accus d’auto également. Ce jeune constructeur, animateur d’un groupe de mécaniciens et de modélistes d’aviation dans son lycée, a monté cet appareillage sur sa bicyclette pendant ses vacances de ig4o (fig. 19).
- Les prix de ces appareillages modernes auraient permis, à l’époque des motos légères de 100 cm3 à essence, de faire des motos électriques d’un prix analogue.
- Bien entendu, les motos électriques n’échappent pas à l’astreinte du rechargement fréquent des accumulateurs qui pèse sur tous les véhicules mus par le même mode d’énergie. Mais il leur reste par contre, comme à ceux-ci d’être de mécanisme simple et de ne dégager ni gaz brûlés ni odeurs. On les voit très bien dans un service quotidien de ville.
- G. Sabliru.
- PRINCIPES DE ZOOLOGIE AGRICOLE
- Les problèmes agricoles n’ont peut-être jamais intéressé les citadins français autant qu’à l’heure actuelle. Il est assurément regrettable qu’il ait fallu en venir à nos malheurs présents pour que la paysannerie reprenne sa juste place dans le domaine des valeurs nationales.
- En face des maigres rations que nous concèdent — parfois théoriquement — des flots de papier, nous nous prenons
- souvent, avec l’aide des journaux et de la radio, à tenter des évaluations de récoltes sur l’exactitude desquelles il est permis de faire bien des réserves.
- Ces dernières années, notre production de blé était excédentaire au point de servir à la nourriture des animaux; on cherchait à nos pommes de terre des débouchés qui ne s’avéraient pas faciles. Les temps sont changés.
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- Il n’y a pas d’ailleurs que le blé et les pommes de terre. Notre culture fruitière — nous entendons celle de la métropole — n’a pas bonne réputation à l’étranger et des pays en profitent — ou plutôt en profitaient — pour nous vendre pommes, poires, prunes, etc., que noire terre est si largement capable de produire. Nous achetions même à l’extérieur bien des légumes. L’endive, encore actuellement, nous vient surtout de Belgique.
- Dans notre Empire, de gros efforts ont été fournis et déjà, ces dernières années, nous étions arrivés à suffire à nos besoins en bananes. Nous étions même devenus exportateurs. Mais dans d’autres cultures, et celle du café en particulier, il nous restait des progrès à accomplir.
- Quand nos productions sont déficitaires, ce n’est pas seulement la faute de semailles ou de plantations trop réduites ou d’une parcimonie excessive dans l’emploi des engrais. Le facteur parasite joue aussi son rôle, et parfois avec une virulence désastreuse. Qu’ils soient végétaux ou animaux, ces parasites peuvent diminuer nos récoltes dans des proportions énormes.
- On sait peut-être que la lutte contre le doryphore, fléau de la pomme de terre, a été reprise cette année avec une particulière énergie. Regrettons seulement que l’invasion de cet insecte voici plus de vingt années, n’ait pu être repoussée ou circonscrite à temps par un contrôle sévère des importations de végétaux et par la mise en œuvre de moyens suffisants.
- M. Paul Vayssière, professeur à l’Institut Agronomique, a publié au début de la guerre une étude sur les parasites animaux. Dans ses Principes cle zoologie agricole (Q, l’auteur montre combien la lutte contre ces ennemis des cultures est importante et nécessaire, mais il nous fait sentir aussi notre infériorité dans ce domaine, puisqu’une vingtaine d’entomologistes seulement ont à faire face, en France et dans l’Empire, à un travail de recherches et de défense écrasant (1 2).
- Nous venons de parler du doryphore. On sc rappelle aussi la catastrophe que fut pour nos vignobles et notre économie générale l’invasion phylloxérique en France. Et si l’on sait que les dégâts infligés en 1934 par les parasites végétaux et animaux à l’ensemble de notre agriculture métropolitaine et coloniale, se sont élevés à une somme de 20 milliards, on conviendra qu’un important service de défense des cultures, pourvu d’un personnel suffisant et de puissants moyens d’action, ne serait pas superflu. Encore une fois, et il est bien triste de le constater, l’étranger nous a surclassés. L’Amérique, en particulier, touchée par plusieurs parasites exotiques très dangereux (pou de San José, fourmi d’Argentine, petit hanneton japonais, bombyx cul brun — ce dernier introduit de France), s’est montrée à la hauteur de sa tâche en mobilisant de gros capitaux, un personnel nombreux et compétent, et surtout, en appliquant à la lettre avec une rigueur bienfaisante, des méthodes de lutte étudiées avec soin. Un des plus beaux exemples de lutte victorieuse est bien celui qui concerne la mouche des fruits. Ce diptère pond dans les fruits et donne naissance à une quantité d’asticots qui rongent les tissus et en provoquent la pourriture. Il apparut pour la première fois à Orlando, en Floride, L’affaire était grave, mais les services phytosanitaires ne perdirent pas de temps en palabres. Une soigneuse prospection détermina l’aire de répartition de la mouche. Les fruits provenant des régions atteintes, déjà
- 1. Collection Armand Colin, Paris, 1940.
- 2. La loi du 23 mars 1941, créant un service de la protection des végétaux, amélioration de l’organisme précédent, mérite d’être signalée.
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- mis sur les marchés, furent saisis. Il fallait à tout prix éviter la dissémination de l’insecte. Quant aux arbres fruitiers situés dans les zones contaminées ou dans les zones dites de protection, ils furent tous traités comme il se devait. Les autres cultures et même les plantes sauvages furent soumises à un nettoyage méthodique. Aux frontières de l’État de Floride, une étroite surveillance s’exerça, tant sur les végétaux exportés ou importés que sur les marchandises les plus diverses et même sur les bagages qui traversaient ces frontières. L’insecte ne devait ni sortir de l’État, ni pouvoir y être importé à nouveau. On le trouva cependant en quelques points des États limitrophes. La même lutte y fut organisée. Le résultat, c’est que peu de temps après avoir été découverte, la mouche des fruits n’existait plus en Amérique.
- En comparant nos services de protection des cultures à ceux des États-Unis, M. Yayssièrc ne cache pas son amertume. « C’est sans doute à une mauvaise conception de notre service de la défense des végétaux, écrit-il, que le doryphore de la pomme de terre a dû de pouvoir progresser dans notre pays. Des millions ont été dépensés, et l’on peut dire qu’ils le furent en pure perte. Le jour où un autre parasite des cultures, très dangereux, menacerait nos richesses agricoles et horticoles, les pouvoirs publics seraient impardonnables de se laisser surprendre et de ne pas assurer en temps utile l’organisation défensive pour laquelle on est en droit de compter sur eux ».
- En écrivant son livre, M. Vayssière ne s’est pas contenté d’attirer l’attention du public sur des problèmes qui lui sont peu familiers, de mettre, pour ainsi dire, l’opinion en état d’alerte. Il a voulu également diriger les jeunes vers la zoologie appliquée; il a cherché, en somme, à provoquer dès maintenant la constitution des cadres dont nos services de recherches et de mise en œuvre devront être pourvus un jour, qu’il faut souhaiter très prochain. Ce n’est pas un cours de zoologie que nous offre ce professeur, mais des réflexions personnelles sur les parasites animaux de nos cultures. Il passe en revue les divers facteurs en relation étroite avec la vie ou la mort des insectes et en tire les conclusions d’ordre scientifique ou économique. Température, humidité, cycles saisonniers sont examinés tour à tour. Un intéressant chapitre nous fait mieux connaître la lutte biologique qui tend de plus en plus à entrer dans le domaine de l’application. C’est ainsi qu’on élève des coccinelles et qu’on les répand dans les cultures envahies par certains pucerons et certaines cochenilles. Dans le pays basque, nous avons pu observer la destruction massive de la cochenille australienne par le Novius cardinalis, petite coccinelle importée et multipliée en laboratoire. On peut de cette façon sauver à peu de frais les plantations de mimosas et de Pitto-sporum qui contribuent si bien à la parure de la Côte d’Argent.
- Le doryphore est également attaqué par des prédateurs et des parasites. Plusieurs d’entre eux ont été introduits en France, où leur élevage est entrepris. Mais il apparaît que la chrysomèle de la pomme de terre ne souffrira jamais énormément de leur présence. Souhaitons cependant que nous nous trompions.
- Plus active est la destruction du puceron lanigère, important parasite du pommier, par un petit hyménoptère, VAphe-linus mali, tout au moins dans les régions de France autres que celles du Nord et du Nord-Est. On pourrait encore citer bien des cas de lutte biologique caractérisée grâce non seulement à des interventions d’insectes, mais aussi à celle de champignons ou de microbes. Ainsi combat-on certains rongeurs en leur communiquant une maladie qui prend vite l’allure d’une épizootie.
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- M. Vayssière consacre encore un long chapitre à la question des criquets, qui lui est chère, car elle représente pour lui bien des travaux. Il énumère les principales espèces de ces dévastateurs et les situe géographiquement. Alors qu’on ne savait à peu près rien jusqu’à ces temps derniers de leur biologie et qu’ils étaient combattus à grands frais sans résultats vraiment appréciables, un entomologiste, Uvarov, a pu percer leur mystère. Il a démontré que les acridiens subissent des modifications morphologiques et biologiques suivant leurs zones d’habitat et que bien des espèces que l’on considérait comme différentes n’en formaient qu’une en réalité. Ils peuvent passer de la forme grégaire à la phase solitaire ou vice-versa. L’origine des essaims ainsi repérée, Uvarov a pu poser les principes — surtout climatiques — qui président à la formation des foyers.
- Avant la guerre, une véritable coalition de plusieurs pays intéressés au problème acridien s’était formée pour la lutte
- en commun, et le centre anti-acridien de Londres avait déjà rendu de grands services. II n’est pas impie d’espérer que le retour de la paix entre les hommes les unira de nouveau dans leur défense contre ces redoutables ennemis de leur agriculture.
- Enfin, l’auteur cite et confronte les divers produits insecticides sous forme de solides, liquides ou gaz. C’est là un chapitre de grande actualité, car plusieurs de ces produits nous feront probablement défaut au cours des prochains mois. C’est une raison de plus pour les mieux connaître, les utiliser à bon escient et savoir au besoin les remplacer.
- Tous ceux qui s’intéressent à la terre de France, si riche, si capable de récompenser l’effort, seront reconnaissants à M. Vayssière de leur avoir confié des observations si précises et si claires, si attrayantes, d’un intérêt si visiblement immédiat.
- L. Dupouy.
- L’ULTRA-VIOLET SOLAIRE
- Nous savons, par la loi de Wien, que l’émission d’un corps incandescent dessine une courbe avec un maximum qui se déplace vers les longueurs d’ondes de plus en plus faibles lorsque la température croît. C’est ainsi qu’un morceau de fer émet d’abord avec maximum dans l’infra-rouge invisible, puis son spectre gagne le début rouge du spectre visible vers 6oo°. Si la température monte, la courbe continue de se déplacer jusqu’à intéresser tout le spectre visible, ce qui donne une résultante d’un blanc éblouissant vers i 5oo° (fig. i).
- Si la température monte encore, le maximum d’émission se décale encore un peu et une portion importante d’énergie s’étale dans la partie ultra-violette du spectre. C’est ainsi que l’on a pu réaliser des lampes à incandescence à forte émission ultra-violette en poussant simplement le filament, aux dépens, d’ailleurs, de la durée de la lampe.
- Aux fortes températures du soleil, on conçoit que cet astre ait une émission particulièrement riche en rayons ultra-violets. C’est d’ailleurs ce que de nombreux travaux expérimentaux ont confirmé.
- Dans l’échelle des rayons ultra-violets il convient dt faire une discrimination. Cette échelle, par rapport à
- Fig. 1. — Déplacement des courbes de rayonnement en fonction de la température. Emissions d’un corps porté à 100, 400 et 1 77o° C. et courbe d’émission du soleil.
- tooo mû
- -------Ultra - violet,
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- 32000 66000 Ac
- Infra * rouge
- l’étroite bande des ondes lumineuses accessibles à nos regards humains, est en effet considérable et des effets physiologiques bien distincts s’y manifestent.
- A la suite des travaux de M. Dognon, relatés ici en leur temps, il est d’usage de diviser arbitrairement le spectre ultra-violet en trois grandes régions :
- r
- Fig. 2. — Effet de l’atmosphère sur le rayonnement solaire. Le spectre s’arrête vers 2 900 Â ; le maximum est déplacé du vert au jaune. En comparaison, la courbe de sensibilité de l'œil humain.
- i° L’ultra-violet proche (du visible), de longueurs d'onde variant entre 4 ooo et 3 ioo Â, qui traverse le verre ordinaire. Ses effets physiologiques sont peu intenses et non dangereux ;
- 2° L’ultra-violet moyen, de 3 ioo à 2 8oo Â, qui ne traverse que les verres spéciaux et qui a des effets thérapeutiques notables, caractérisés par la production d’érythèmes et par une action antirachitique ;
- 3° L’ultra-violet court, au-dessous de 2 800 Â, qui ne traverse que le quartz et la fluorine et qui possède des effets bactéricides nets. Ces rayons sont utilisables en thérapeutique avec certaines précautions, mais leur effet prolongé est destructeur de la vie. Ils ont aussi des actions photochimiques intenses.
- Fort heureusement pour nous, les rayons ultra-violets et plus particulièrement les rayons courts, émis
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- par le soleil, sont retenus dans l’atmosphère, de telle sorte qu’ils nous arrivent privés de leurs composantes courtes et moyennes les plus actives (üg. 2).
- Les émissions ultra-violettes du soleil ont fait l’objet de nombreuses recherches et en particulier les Américains W. Coblentz et R. Stair les ont étudiées en détail, il y a quelques années, aux observatoires de Washington, de Flagstaff (Arizona) et de San Francisco Peaks. Ces derniers, élevés aux altitudes de 7 3oo et
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- San Francisco Peak *v^l Flagstaff
- Washington
- Pression équival^en mm. de mercure
- Fig. 3. — Facteur de réduction pour l’ultra-violet de longueur d’onde inférieure à 3 130A, en fonction de la masse d'air m ou de la pression équivalente (d’après Coblentz et Stair).
- 10 5oo pieds sont dans des conditions de pureté atmosphérique remarquables. Ces travaux ont montré que la pollution de l’atmosphère, notamment dans les villes par la circulation automobile, limite beaucoup la transmission des rayons de courtes et moyennes longueurs d’onde. Le facteur de réduction pour l’ensemble des rayons ultra-violets suit aussi une courbe caractéristique en fonction de l’altitude et, par suite, des pres-
- s i o n s barométriques (fig- 3).
- L’effet de l’humidité est également important, de même bien entendu que la masse d’air interposée (fig. 4).
- La proportion d’ultra-violet qui nous parvient du soleil, enfin, est très variable selon les heures et les saisons (fig. 6 et 7). En effet, lorsque le soleil est à son zénith, ces rayons traversent la moindre épaisseur d’air atmosphérique. Par contre, dès que le soleil se rapproche de l’horizon, l’épaisseur traversée devient plus grande et la réfraction bien plus considérable. L’ultra-violet est relativement plus affecté à cet égard dans ses portions de faibles longueurs d’ondes que dans les zones proches du visible et par suite plus aussi que la lumière visible elle-même.
- Les courbes qui rendent compte des fluctuations des rayonnements ultra-violets solaires parvenant sur la terre présentent un incontestable intérêt et peuvent
- renseigner sur bien des points encore trop mal connus en matière d’héliothérapie.
- Un point à ne pas ignorer également est l’excellent pouvoir réflecteur de la neige vis-à-vis des rayons ultra - violets.
- Ceci joint à l’altitude et à la pureté de l’air expliquera sans peine la facilité avec laquelle les skieurs pre n-nent des « coups de soleil » par des journées froides mais ensoleillées.
- Pourtant, si l’on tient compte de l’ab-soi'ption possible de l’ultra-violet par l’air, l’humidité atmosphérique et ses impuretés, on constate par l’expérience que l’ultra-violet, et plus particulièrement l’ultra-violet court, est arrêté en plus grandes proportions que ne le laissait prévoir le calcul.
- Ce fait provient d’un facteur complémentaire qui, ainsi que nous le verrons plus loin, est d’une importance considérable quant aux conclusions que l’on en peut aujourd’hui tirer : la présence d’ozone dans les couches élevées de l’almosphère.
- Cet ozone, doué d’un coefficient élevé d’absorption des rayons ultra-violets courts, limite le spectre solaire ainsi que l’ont montré, en un travail mémorable, Fabry et Buisson en 1920.
- Plus récemment, l’Américain Kidson a découvert
- Fig. 6. — Variation annuelle de l’énergie solaire ultra-violette, à diverses heures du jour, pendant l’année 1930, à Washington (d’après Coblentz et Stair).
- .0008 -s .
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- Janv. Fév. HtrsAvr. Mai J." Juil.Aoüt Sept.Oct. fior. Oéc. J.nFér.
- .0010 -
- Fig. 4. —• Variation de l’énergie ultra-violette de longueur d’onde inférieure à 3 130 A., en fonction de la massivité, à l'observatoire de Flagstaff.
- Fig. 3. — Radiomètre à ultra-violet utilisé par Coblentz et Stair pour la mesure du rayonnement solaire. L’écran S déplacé montre le diaphragme D et la chambre où se trouvent les filtres arrêtant les rayons ultra-violets de 2 900 à 3 130 Â..
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- Heures
- 6 7 8 9 m II 12 13 tt 15 IB 17 18 13
- Fig. 7. — Variation journalière, de 6 à 19 heures, observée en juin à l’observatoire de Flagstaff (d’après Coblentz et Stair).
- que la présence en proportion variée et en quelque sorte aulorégulalrice de l’ozone, dépend précisémenl de réactions photochimiques produites par l’ultra-vio-let court des radiations solaires. Entre au Ires causes, les radiations plus courtes que i 85o A transforment rapidement l’oxygène des couches supérieures en ozone qui se décomposera à son tour par la chaleur et par l’effet des radiations solaires de longueur d’onde plus élevée. De celte façon un équilibre photochimique s’établit en fonction de l’intensité ultra-violette des
- Fig. 8. — A droite, photomètre en ultra-violet de Fabry et Buisson. A gauche, enregistrement de l’énergie solaire entre 3 140 et 2 912 A obtenu par ces savants à Marseille en juin 1920.
- rayons solaires et de la température des couches élevées de l’atmosphère.
- Ces théories expliquent pourquoi l’on observe des teneurs en ozone maxima au printemps et minima en automne dans les régions tropicales et pourquoi les teneurs en ozone varient avec les conditions météorologiques (maximum au moment des cyclones).
- On peut d’ailleurs aller beaucoup plus loin dans les hypothèses que les faits exposés justifient et c’est ainsi que E. Desguin et A. Dauvillier ont récemment exposé à l’Académie des Sciences des idées originales et nouvelles sur l’origine de la vie.
- Selon ces auteurs, après la condensation des Océans, l’atmosphère terrestx’e était composée d’azote, d’anhydride carbonique, de vapeur d’eau et de gaz rares. L’oxygène n’y figurait pratiquement pas. Une telle atmosphère était parfaitement transparente pour les rayons ultra-violets provenant du soleil et notamment pour ceux de 2 000 A et environ qui sont capables de provoquer la synthèse pholochimique directe, à partir de l’anhydride carbonique et de la vapeur d’eau, de l’aldéhyde formique, selon la réaction chimique connue :
- CO2 + H20 -> O2 + H.COH
- Des réactions de polymérisation du même ordre que celles qui se produisent aujourd’hui dans les partie? vertes des végétaux ont pu ensuite se réaliser pour transformer l’aldéhyde formique créé en hydrates de carbone de complexité croissante. Des phénomènes d’électricité atmosphérique sont ensuite intervenus pour fixer l’azofe sur ces corps.
- Ainsi la vie primitive ne dépendait pas, comme aujourd’hui, de la fonction chlorophyllienne, mais de la photosynthèse directe de l’aldéhyde formique par les rayons ultra-violets du soleil. Cette réaction de base mettait en liberté de l’oxygène utilisable pour la respiration.
- Une partie de cet oxygène se transforme en ozone sous l’effet des rayons courts et, peu à peu, s’établit, grâce à cet ozone, la limitation auto-régulée du spectre solaire.
- A ce moment la photosynthèse devenait impossible du fait de cette limitation. Elle fut arrêtée pour toujours à la surface de notre globe et elle fut remplacée par la chlorophylle qui apparut alors et permit l’utilisation des longueurs d’ondes plus grandes du spectre solaire atteignant la surface terrestre.
- La suppresion de l’ultra-violet court permit la naissance de la vie, car s’il avait continué à irradier librement notre globe sans être filtré, la cellule originelle n’aurait pu apparaître.
- Ainsi la belle découverte de la limitation du stiectre solaire par l’ozone, oeuvre de Fabry et Buisson et de Ilartley, prend une importance géochimique capitale et jette une lueur nouvelle sur l’aube de la vie.
- Maurice Déribéré.
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- CHAUFFAGE CENTRAL NATUREL ET GRATUIT 19
- Des gens heureux que la France entière envierait si elle connaissait leur félicité, ce sont les habitants de Chaudes-Aigues. Alors que nous cherchons en vain charbon et bois et que les difficultés de nos démarches nous présagent des mois de frisson, les citadins de ce
- très reculée ; on retrouve des vestiges gallo-romains de l’utilisation des eaux du Par. Au début du xiv° siècle, en i332 exactement, il existait déjà une piscine
- Fig. ]. — Vue générale de Chaudes-Aigues, la ville chauffée naturellement.
- Fig. 2. — La fontaine des eaux chaudes du Par, d’après une ancienne gravure.
- bourg isolé au milieu des « planèzes » du Plateau Central n’ont pas cette préoccupation. Dans toutes les maisons, le chauffage central est assuré sans bourse délier. Comme le nom de Chaudes-Aigues l’indique (Aigues signifiant eau dans le Sud de la France), ce bourg possède deux sources très chaudes et abondantes.
- L’une, le Par, qui sort des pentes de la Jarriges, plateau dominant 1 agglomération, aurait une température de 8a° d’après les notices éditées par la Municipalité ; mais lorsque l’eau jaillit au griffon de la source elle est bouillante. C’est par suite l’une des. sources les plus chaudes d’Europe.
- La seconde, celle du Ban, située dans le bas de la vallée sur les bords du ruisseau qui la parcourt, ne dépasse pas 67°. Le débit du Par peut être évalué à un million de litres par a4 h. Celui du Ban est légèrement inférieur. L’emploi de, ces eaux pour le chauffage remonte à une époque
- publique sur la place principale du bourg. La canalisation est obtenue par un procédé ancien. Les tuyaux d’amenée sont des troncs de sapin évidés intérieurement. Cette canalisation est fabriquée par d’habiles
- - La fontaine de la source du Par, aujourd’hui.
- Fig. 3.
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- Fig. 4. — Piscine d’eau chaude dans une vieille maison de Chaudes-Aigues.
- artisans qui percent les longs troncs de sapin en suivant la moelle. Ce matériau produit une tuyauterie présentant de grands avantages : elle est peu coûteuse, bien étanche, le bois gonflant sous l’influénce de la chaleur, enfin mauvaise conductrice de la chaleur ; sur un parcours de 5oo m. la température du tuyau ne baisse que de i° à 20 au maximum. Partant de la source située au-dessus de l’agglomération, une conduite traverse les rez-de-chaussée de toutes les mai-
- sons. Un ruisseau d’eau chaude coule ainsi constamment à l’intérieur des maisons et procure à leurs occupants une douce et agréable température. Dans plusieurs habitations, des piscines ont été établies, permettant à leurs hôtes l’usage des bains chauds en hiver. Plusieurs maisons privilégiées possèdent une source chaude, soit dans leur jardin soit dans leur cave. Leurs propriétaires ont pu s’offrir le luxe de l’eau courante chaude et du bain chaud quotidien pour leurs soins particuliers. Il est curieux que celte richesse de Chaudes-Aigues en sources chaudes n’ait pas trouvé
- Fig. 0. — Canalisation d’eau chaude en sapin, montrant le raccordement de deux tuyaux.
- application à l’industrie des forceries. A Reykjavik on a utilisé les sources chaudes voisines de la ville, non seulement pour le chauffage, mais encore pour installer des forceries où l’on a pu obtenir du raisin sous le 65° de latitude, tout près du cercle polaire.
- Il serait intéressant d’utiliser les sources thermales. On les rencontre souvent en des sites inattendus ; ainsi eh septembre 1912, un sondage effectué dans la vallée de la Durance près de Serre-Ponçon, amena le jaillis-
- Fig. 6 et 7.
- 6. On vient chercher l’eau chaude à la source du Par. — 1. Des fontaines d’eau chaude et d’eau froide jaillissent dans les rues
- de Chaudes-Aigues.
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- Fig. 8 et 9.
- S. En certains points, on voit les canalisations en bois et leurs raccords. — 9. L'eau chaude de la source du Par sert aussi
- à ébouillanter les bêtes abattues.
- sement d’une énorme source d’eau chaude à 5o°. Dans Cette chaleur et ce chauffage qui paraissent si natu-
- les Alpes comme en Islande, comme sur les Grands rels aux habitants de cette petite ville, feront rêver les
- Plateaux de l’Auvergne, le feu central du globe fournit Parisiens par les froides journées de cet hiver,
- aux habitants le chauffage central. V. Romanovsky.
- L'AGE DE L'UNIVERS (,)
- Lord Kelvin voyait l’origine de la chaleur solaire, jusqu’alors entièrement inexpliquée, dans l’énergie de gravitation libérée par la formation du Soleil à partir d’une matière infiniment éparse. Il y avait là de quoi subvenir au rayonnement pendant quinze millions d'années, et les géologues devaient, paraît-il, s’en contenter. Or les sédiments à fossiles suffisent à montrer qu’il ne peut s’être écoulé beaucoup moins d’un milliard d’années depuis que des Mollusques voisins de Mollusques actuels, donc nés en un climat semblable sous le même Soleil, pullulaient dans les mers anciennes.
- D’autre part, en sa théorie de la Relativité, Einstein a trouvé que toute énergie a une masse (W/c2 g. pour W ergs, c désignant la vitesse de la lumière). Loi 4’abord imposée par son pouvoir explicatif et depuis vérifiée (notamment lors de la projection d’hélium issu de lithium bombardé par protons). Langevin a .aussitôt suggéré que, si les poids atomiques des éléments sont entiers quand on prend égal à i,ooS celui de l’hydrogène, c’est que ces éléments, en se formant .à partir de l’hydrogène, dégagent en énergie 8/ioooe
- 1. Note présentée à l’Académie des Sciences le 8 septembre 1941.
- de la masse initiale. Et j’ai fait remarquer alors que, si le Soleil primitif était fait d’hydrogène, la transmutation de cet hydrogène en hélium ou autres éléments suffirait pour alimenter le rayonnement solaire actuel pendant quelque cent milliards d’années. De quoi permettre, semblait-il, l’évolution des êtres vivants.
- Cette durée va nous apparaître presque dérisoire à son tour.
- I. Suivant la voie ouverte par Russel, on a trouvé que des étoiles (hors certaines prodigieusement denses) peuvent être rangées sans écarts importants en une série le long de laquelle le rayonnement total, ou puissance, décroît, ainsi que le volume et la masse, alors que la température superficielle croît depuis environ 2 5oo° (géantes rouges, puis jaunes) jusque vers oo ooo° (étoiles blanches) pui décroît (naines jaunes, dont le Soleil, puis rouges). Et une hypothèse, dont la première idée est due à Lockyer, est que chaque étoile passe par cette suite d’états, perdant sa masse du fait qu’elle rayonne. Depuis le stade où se trouve le Soleil, qui, d’après la constante solaire, perd 4 millions de t. par seconde, il faudrait à ce taux, pour épuiser l’Etoile, environ i5 trillions d’années (« échelle longue » de l’âge de l’Univers).
- On sait par ailleurs, d’après le déplacement vers le
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- rouge de leurs raies spectrales, que les Galaxies (dont notre Voie lactée) • s’écartent les unes des autres avec une vitesse proportionnelle à leur distance, soit 160 km./sec. par million d'années-lumière (Hubble). C’est-à-dire que l’Univers est en expansion. Et, à ce propos, je signale que la lumière, partie d’une Galaxie, et perçue de plus en plus grave par celle qu’elle dépasse en sa course, revient infrarouge à son point de départ si, comme l’a suggéré Einstein, l’Univers est hypersphérique. Un calcul, au reste incertain, montre que, d’après l’allure actuelle de l’expansion, les Galaxies devaient être serrées les unes contre les autres il y a seulement quelques milliards d’années, durée avant laquelle rien de ce que nous connaissons ne serait saisissable (« échelle courte » de l'âge de l’Univers). Mais les hases du calcul ne sont pas si sûres qu’on ne puisse supposer que, lorsque les Galaxies étaient voisines et l’expansion encore très lente, l’Univers était constitué depuis un temps immense par des étoiles semblables aux nôtres. Et je compte en effet montrer ici que l’échelle longue, fort allongée encore, doit être décidément acceptée.
- II. Je rappelle qu’en sa théorie de l’équilibre radiatif d’une masse gazeuse incandescente, Eddington a trouvé que la puissance cl’une étoile est proportionnelle au cube de sa masse, loi que les mesures ont confirmée pour les étoiles de la série de Russe!, depuis ces géantes où la densité moyenne s’abaisse bien au-des sous de celle de notre air, jusqu’aux soleils jaunes plus denses que l’eau, et même aux naines rouges où la densité moyenne dépasse largement celle du plomb, les propriétés des gaz y étant donc conservées (sans doute parce que les atomes, très réduits en volume par une ionisation qui chasse leurs électrons, sont loin de s’y trouver au contact). Seules les étoiles étrangères à la série de Russel, naines blanches (sans doute faites surtout de neutrons) où la densité peut dépasser un million de fois celle du plomb, font exception.
- Dès lors, d’après la déperdition connue au stade solaire, si une étoile qui épuise sa masse en rayonnement suit la loi d’Eddington, on calcule aisément son âge, qu’on trouve proportionnel à l’inverse du carré de sa masse actuelle. D’abord prodigue, l’étoile a pris 1,7 milliard d’années pour passer de 5o fois la masse solaire S à la masse 4o S, puis i3 milliards entre 4o S et 20 S, puis 25o entre 20 S et 5 S ; un trillion d’années sont nécessaires entre 5 S et 2 S, et plus de 5 tril-lions d’années entre 2 S et S. Soit en tout plus de 6 trillions d’années pour le passé de notre Soleil !
- On objectera que peut-être chaque étoile s’est formée à peu près telle que nous la voyons, et aurait à peine commencé à décroître, nos calculs valant pour son avenir et non pour son passé. Nous allons voir que cela n’est pas admissible, du seul fait qu’il existe de nombreuses étoiles doubles dont les composantes sont de l’ordre de notre Soleil.
- Car, en sa théorie (confirmée par la loi qu’on vient de dire), Eddington trouve qu’au-dessus d’une certaine masse critique (io36 g. ou 55 S) la pression de radiation due au flux lumineux jailli vers l’extérieur
- l’emporte sur le poids des couches supérieures, l’étoile devant alors se diviser. (Et de fait, à l’écart près signalé pour S Dorade, peut-être instable, qui serait 1,2 fois trop lourde, toute étoile étudiée a une masse inférieure à la masse critique.) Après celle division, une composante au moins est disons 3o fois plus lourde que notre Soleil et, si nous la voyons aujourd’hui au stade solaire, c’est qu’elle a déjà rayonné pendant environ 6 trillions d’années. Argument qui me semble décisif en faveur de l’échelle longue, et n’a pas, je crois, été signalé.
- Notons qu’au voisinage de sa puissance actuelle, noti'e Soleil prend un trillion d’années pour perdre i/i5° de sa masse. Cela fait un trillion d’années qui ont pu permettre le progrès des espèces vivantes avant l’apparition de l’Homme, sous un Soleil à peine plus chaud qu’aujourd’hui, et cela fait un autre trillion d’années sous un Soleil à peine moins chaud qui pourront permettre de nouveaux progrès de ces espèces, en une Evolution qui cette fois semble vraiment au large (et pourrait encore s’adapter ultérieurement à des températures lentement diminuées).
- Maintenant que nous pouvons accepter en sécurité le calcul de l’âge d’une étoile par la loi d’Eddington, suivons l’histoire de notre Soleil (ou remontons celle d’une naine rouge). Vingt trillions d’années seront nécessaires pour qu’il devienne 2 fois moins lourd (et S fois moins puissant). Puis, de plus en plus économe, par étapes de plus en plus longues, il atteindra, gardant seulement le dixième de sa masse, le stade de ces naines rouges que nous pouvons encore tout juste observer (et qui 11’est pas terminal). Ce qui au total aura pris environ six cents trillions d’années.
- Ceci est la durée qu’une étoile met à se consumer. Or le Ciel nous montre des étoiles à tous les stades de cette évolution. Si l’état actuel est quasi stationnaire, la richesse en étoiles pour chaque stade est proportionnelle au temps passé dans ce stade. Grossièrement cela semble le cas. Alors, et tenant compte de la réserve encore énorme, au sein des Galaxie^, des nébulosités sources de géantes, nous pouvons raisonnablement penser qu’une durée décuple de celle d’une étoile se sera écoulée entre le temps où s’allumèrent les premières géantes et celui où les Galaxies se‘induiront à un fourmillement de naines rougeâtres de plus en plus amenuisées. Soit, une durée peu inférieure à dix mille trillions d’années (to1g ans) !
- Mais peut-être aucun nombre ne peut encore exprimer celle durée. Car toute mesure n’a de sens qu’au-tant que nos étalons subsistent et restent concordants. Or il semble qu’en particulier l’inertie, la masse d’un objet, a son origine dans l’ensemble de fa matière présente dans l’Univers, donc varie avec elle, ce qui peut influer, par exemple, sur la désintégration d’une proportion donnée de radium. En sorte qu’il faudra sans doute élargir nos concepts de Temps et d’Espace, pour les étendre à des conditions très éloignées de celles où ils se sont formés.
- III. La disparition (au millième près) de la Matière primitive diffère profondément de la perte de masse
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- d’hydrogène transmuté en hélium. Ce n était là qu’un réarrangement de grains élémentaires conservés en nombre et en nature. Ici ces grains même disparaissent, comme nous savons déjà que peuvent faire un positon et un négaton en engendrant deux photons. Et le physicien doit regarder comme certain que, dans les étoiles, et non par une désintégration indépendante des circonstances extérieures, le neutron et tous autres grains élémentaires disparaissent, transmutés en énergie.
- IV. Plusieurs théoriciens de la Relativité ont prévu comme également probables l’Expansion ou la Contraction de l’Univers. Une répulsion de la matière par la matière aux grandes distances explique peut-être pour une part l’expansion actuelle. Ne peut-on suppo ser (Francis Perrin) que, lorsqu’il n’y aura plus de matière, l’Espace, qui aura dépassé son état le plus stable comme un pendule dépasse sa position d’équilibre, se mettra à se contracter P Alors les photons, qui sillonnaient cet Espace distendu au début de cette Ère de Contraction, deviendront de plus en plus aigus, et les chan-
- -........... ............................. 23 ==.
- ces que soient inversées les conditions qm leur avaient donné naissance iront croissant : de nouvelle matière apparaîtra sans cesse aux dépens de lumière, jusqu’à ce que, ayant dépassé dans le sens inverse son état stable, l’Univers où se reformeront les nébulosités puis les étoiles géantes recommence une Ère d’expansion. El ainsi indéfiniment.
- Même le rêve n’est pas exclu que, endormies dans l’espace glacé, les spores qui, selon Ari’henius, chassées par la lumière, propagent la vie de planète en planète, puissent durer plusieurs Ères et transporter de l’une à l’autre les germes de Formes précieuses, comme la semence d’automne après le sommeil hivernal s’épanouit dans la moisson de l’été. Par là triompherait la tendance des Choses vers une Pensée sans cesse plus haute, au travers du balancement éternel d’un Univers qui n’a pas connu de Naissance et ne connaîtra pas de Mort.
- Jean Perrin, Membre de l’Institut.
- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN MARS 1942
- Ce premier mois du printemps sera riche en phénomènes célestes. En premier lieu la visibilité de toutes les planètes, quoique peu favorablement pour l’obsex’vation de la plupart ; signalons cependant l’élongation matinale de Mercure dans les parages de Vénus qui atteindra à ce moment son maximum d’éclat. Mais retenons surtout qu’une éclipse totale de Lune aura lieu dans les conditions les meilleures, puisque pour Paris ou tous lieux situés sur la même longitude, le milieu de ce beau spectacle coïncidera presque avec le passage de la Lune au méridien : c’est-à-dire que de nos contrées tout l’ensemble du phénomène pourra être suivi. Une éclipse partielle de Soleil se produira également mais seulement visible des régions antarctiques. Enfin on pourra observer bon nombre d’occullalions d’étoiles par la Lune.
- Comme toujours les heures sont exprimées en Temps Universel, compte de oh (minuit) à 24h; infliger les corrections nécessaires suivant l’heure en usage aux lieux d’observation.
- I. — Soleil. — Équinoxe de Printemps le 21 mars à 6hnm : le Soleil entre dans le signe du Bélier. La déclinaison de l’astre du jour, qui passe de l’hémisphère austral à l’hémisphère boréal, varie pendant ce mois de — 7054, le Ier à + 3°4c/ le 3i.
- La durée du jour (intervalle entre le lever et le coucher du centre du Soleil) est pour Paris, de ioh57m le ier et de i2h45m le 3i ; la durée du crépuscule civil s’allonge de 33 à 37m et celle du crépuscule astronomique de ih47œ (minimum') à ih53m.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours :
- Mars : 1er = i2h3mios; 6 = X2112n,6s; 11 = i2hom42s; 16 = nh59m3os; 21 = nh58m2s; 26 = iih5Gm3is; 31 = nh55mos.
- Observations physiques. — La liste suivante donne la liste des éphéméridcs permettant d’orienter les dessins et photographies de la surface solaire, que l’on observera tous les jours de beau temps.
- Date (o>>) P Bo L0
- Mars 2 — 2 I ?/4 — 7?23 i8i?ii
- — 7 22.91 — 7,25 n 5,24
- — 12 — 23.92 — 7,21 49.35
- — >7 — 24 76 — 7,12 343,45
- — 22 — 25,43 — 6,98 277,54
- — 27 — 25.93 — 6.78 211,60
- Avril 1er — 26,25 — 6,53 i45,65
- Lumière zodiacale et lueur antisolaire. — Parmi les mois du printemps, pendant lesquels, pour nos latitudes boréales,
- Fig. 1. — Schéma de l’éclipse totale de Lune des 2-3 mars.
- 3 or rie çfe / 'ombre
- d$ns l'ombre
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- Mercure
- ^ Vénus
- Mercure
- ...... *
- ^rdujo^
- ÜIÉÉIIMH
- Fig. 2. — Vénus et Mercure dans le ciel du matin le 7 mars ;
- phases et proportions des diavr.stres apparents respectifs.
- la lumière zodiacale se présente au mieux le soir, Mars est le plus favorable à sa bonne visibilité. Ayant donné dans le Bulletin précédent diverses indications à ce sujet destinées à faciliter ces intéressantes observations, nous nous bornerons à mentionner la période de ce mois pendant laquelle il sera possible de les effectuer, la Lune devant être absente à ces heures-là : celte période s’étend du 5 au 18 mars.
- Quant à la lueur antisolaire, on pourra tenter de la rechercher vers le méridien, dans la Vierge, du io au 20.
- II. — Lune. — Dates des phases :
- P. L. le 3 Mars à oh2om N. L. le 16 Mars à 23h5om
- P. Q. le 9 — à 22h o® P. Q. le,25 — à oh im
- Plus grandes déclinaisons : — iS^ô' le n mars; + i8°2S' le 25 mars.
- Variations de distance et diamètre apparent : Périgée le 8 mars à nh, diamètre apparent = 32,iç),/; Apogée le 23 mars à ioh, diamètre apparent = 2Q* I?>2,,.
- Éclipses. — Eclipse de Lune. — La nuit du 2 au 3 mars offrira l’un des plus beaux spectacles qui se puisse observer aussi bien à l’œil nu qu’à l’aide d’un instrument d’optique quelconque : une éclipse totale de Lune. L’heure à laquelle elle se produira permettra, pour l’ensemble de la France, d’en suivre au mieux toutes les phases, puisque le milieu de la totalité surviendra, pour Paris, quelques minutes après le passage de la Lune au méridien ; la Lune sera élevée de 48° au-dessus de l’horizon, ce qui, si le temps est favorable, permettra de la contempler dans un ciel bien dégagé des brumes salissant généralement le voisinage de l’horizon.
- Voici les heures des phases principales de ce beau phénomène :
- Entrée de la Lune dans la pénombre . Mars 2 à zihzym
- Entrée de la Lune dans l’ombre. . . — 2 à 22 3i
- Commencernant de l’éclipse totale . . — 2 à 23 33
- Milieu de l’éclipse totale..........— 3 à 0 21
- Fin de l’éclipse totale...................— 3 à 1 9
- Sortie de l’ombre.........................— 3 à 2 11
- Sortie de la pénombre.....................— 3 à 3 i5
- (Pour Paris, la Lune se lèvera le 2 à i7hi3m et se couchera le 3 à 6h4im).
- Grandeur de l’éclipse = 1,567, Ie diamètre de la Lune étant 1.
- Indépendamment de la beauté du spectacle, qui vaut d’être contemplé pour lui-même, de nombreuses observations sont toujours à effectuer ; nous les rappellerons en général. Visuellement, à l’œil nu et mieux à l’aide d’une lunette de faible pouvoir grossissant, on notera l’assombrissement variable et les colorations qui affectent les différents points du disque
- ASTRE Lever Passade Coucher Ascen- Déclinai- Diamètre
- Date : à Paris au méridien de Paris à Paris sion droite son apparent
- 2 mars 61>33m 12L 2i»3os 17 h33 m 22h5om 7020' 3z'19"2
- Soleil . <4 — G 7 12 0 3 »7 54 23 35 — 2 40 32 i3,o
- '26 — 5 44 11 56 3i 18 10 0 19 4- 2 3 32 6,6
- 2 5 33 I 0 20 i5 8 21 7 — l6 1 7,S
- Mercure . U — 5 25 10 23 i5 21 21 56 — i4 6 6,6
- >26 — 5 l7 10 4* 16 6 23 0 — 8 51 5,6
- t 2 — 4 36 9 4i i4 46 20 28 — 12 23 45,6
- Vénus. *4 — 4 i4 9 J7 ,4 20 20 5i — 12 48 37 j 4
- '26 — 3 58 9 5 i4 i3 21 26 — 12 2 3i,4
- 1 ( 2 Mars . .<i4 — 9 3 16 5o 0 38 3 37 + 20 49 6,2
- — 8 36 16 32 0 3o 4 7 4- 22 20 5,8
- '26 — 8 12 16 16 0 21 4 37 + 23 32 5,4
- i 2 — 10 2 *7 55 1 52 4 44 4- 21 55 37,0
- Jupiter 4 — 9 l9 17 i3 1 10 4 49 4- 22 5 35,6
- (26 — 8 37 16 32 0 3i 4 55 4- 22 18 34,2
- 2 9 i3 16 36 Q? 23 2 59 16 3 24 + 16 36 16,0
- Saturne . 114 8 28 i5 52 3 28 4- 16 53 i5,6
- 26 — 7 43 >5 9 22 35 3 32 + *7 11 i5,4
- Uranus 2 mars 9 12 16 49 0 29 3 38 + !9 i4 3,4
- 1 avril 7 «7 i4 55 22 34 3 42 4~ *9 28 3,4
- Neptune . 2 mars 18 58 1 12 7 23 11 58 1 38 2,4
- - avril 16 55 23 7 5 23 11 55 -f 1 58 2,4
- Constellation et étoile voisine
- Verseau
- Verseau
- Poissons
- VISIBILITE
- l Capricorne /Le matin dans l’aurore. â Capricorne \ —
- <p Verseau (Invisible.
- ? Capricorne 1. mllU avont ,e leïer
- Capricorne ^ du
- 4, y Capricorne)
- S Bélier Pléiades r Taureau
- i Taureau
- (Première moitié de la ^ nuit.
- 1
- (Première moitié de la f nuit.
- F Taureau
- Taureau
- Taureau
- $ Vierge
- ^Première moitié de la nuit.
- ^Première moitié de la ) nuit.
- I
- (Toute la nuit
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- lunaire pendant la traversée de l’ombre. Photographiquement les phases successives de l’éclipse partielle (avant ou après la totalité) offrent des apparences plus ou moins accusées suivant le mode opératoire. Des images très peu posées accusent mieux que pour l’œil l’assombrissement provoqué par la pénombre, mais par cela même exagèrent l’importance de la phase, car l’ombre paraît alors entamer plus largement le disque; des limites plus correctes et plus nettes de l’ombre sont obtenues avec des poses de quelques secondes, mais dans ces conditions la portion lumineuse sera volontiers surexposée et ainsi sans détails. Totalement éclipsée, la Lune peut être encore photographiée, en utilisant notamment des émulsions panchromatiques, ou mieux, sensibles à l’infrarouge; dans tous les cas la durée de pose, de l’orclre de plusieurs minutes (ce qu’il convient d’apprécier d’après les valeurs de luminosité et de coloration), entraîne l’obligation de l’entraînement de l’appareil par un équatorial pour suivre le déplacement de la Lune.
- Eclipse de Soleil. — Une éclipse partielle de Soleil aura lieu les 1C-17 mars, mais seulement visible du Pôle Sud et des régions avoisinantes ; nous ne la signalons donc que pour mémoire, sa grandeur maximum sera de o,63g (le diamètre du Soleil étant 1).
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Magni- Phéno- Heure Angle
- Astre tude mène (p. Paris) au pôle
- 3 56 Lion 6,0 Im. oh 4ra ,8 69°
- 3 — — Em. 0 5g 3 339
- 4 ,8 Vierge 3,8 Im. 1 24 0 58
- 4 — — Em. 2 4 4 353
- 22 6' Taureau 4,0 1m. 18 47 9 97
- 22 62 Taureau 3,6 Im. 18 56 9 121
- 22 G37 B.D. + i5o 4,8 Im. 20 8 9 54
- 22 85 Taureau 6,0 Im. 21 8 3 167
- 23 iii Taureau 5,i Im. 22 27 8 91
- 24 1182 B.D. -f- 170 5,7 1m. 22 29 5 82
- III. — Planètes. — Les indications suivantes, et celles qui sont rassemblées dans le tableau annexé, résument les données nécessaires pour trouver les planètes et connaître les conditions dans lesquelles elles peuvent être observées utilement.
- Mercure atteindra, le 7 mars, sa plus grande élongation à 27°2i/ W. du Soleil : c’est presque le maximum de l’écartement auquel on puisse le voir. Cette élongation serait donc exceptionnellement favorable, mais en raison de la déclinaison austi'alc de la planète, celle-ci ne restera alors qu’insuf-fisamment dégagée du jour naissant ; il sera néanmoins facile de la bien découvrir surtout en se référant pour la rencontrer à sa position par rapport à Vénus, qui offre précisément à cette date son maximum d’éclat et brille magnifiquement malgré sa position assez défavorable également. Le schéma 2 fait connaître la situation des deux planètes au lever du jour ; il donne également la proportion de leurs diamètres apparents et phases respectives le 7 mars. C’est le 8 que théoriquement Vénus est à son maximum d’éclat. Elle s’éloigne de la Terre, atteignant son élongation W. au milieu du mois prochain ; son diamètre diminue donc de jour en jour en même temps qu’augmente la grandeur de la phase. Remarquons maintenant, et surtout à propos de Mercure, que lorsqu’elle est peu élevée au moment où il est possible de la voir briller, on peut ensuite continuer à observer une planète en plein jour, mais alors à bonne hauteur pour la qua-
- lité de l’image : il suffit (avec un peu de patience !) de la suivre en conservant l’instrument braqué sur elle.
- Mars, trop éloigné de la Terre, présente maintenant un diamètre apparent si réduit qu’il ne se prête plus à aucune observation utile.
- Jupiter, en quadrature E. avec le Soleil le 5 mars, est également éloigné de nous et ne se prête plus à de longues observations en raison de son coucher dès le milieu de la nuit, tandis que la fin du crépuscule est de plus en plus tardive. Pour ces raisons, moins nombreux sont les phénomènes de son système de satellites que l’on pourra observer de nos régions; en voici la liste, et l’on se rappellera qu’ils sont aisément suivis à l’aide d’une faible lunette.
- Mars 1er, IL O. c. oh23m ; IL P. f. oh24m. — 2, II. E. f. 2ihi4m,8. — 5, I. Im. oh3im; I. P. c. 2ih4om; I. O. c. 22h58m; I. P. f. 23h5im. —6, I. Im. i9hom; III. P. c. 2ih37m; I. E. f. 22h32m,o. — 7, III. P. f. ohi7m; I. P. f. iS^o"1;
- I. O. f. igh38h. — 8, IL P. c. oh22m. — 9, II. Im. i8h32m;
- II. E. f. 23h5im,8. — 10, III. E. f. i9h43m,9. — 11, IL O. f. i9hom. — 12, I. P. c. 23h36m. — 13, I. O. c. oh53m. — 16, II. Im. 2ihnm. — 17, III. E. c. 2oh5Gm,2 ; III. E. f. 23h45m,7. — 18, I. O. c. i8h56m ; IL P. f. i9h3m; IL O. f. 2xh37m. — 20, I. Im. 22h53m. —• 21, I. P. c. 2oh3m ; I. O. c. 2ihi8m;
- I. P. f. 2 2hi4m; I. O. f. 23h3om. — 23, IL Im. 23h5im. — 24, III. Im. i9h54m; III. Em. 22h4om. — 25, IL P. c. igh4m;
- II. O. c. 2ih33m ; II. P. f. 2ih45m. — 26, II. O. f. ohi4m. — 28, I. P. c. 22hom; I. O. c. 23hi3m. — 29, I. P. f. ohi2m; I. Im. i9h2im; I. E. f. 22h47m,4- — 30, I. P. f. i8h42m; I. O. f. i9h54m.
- Saturne et Uranus, assez voisins maintenant, deviennent d’une observation de moins en moins facile, déjà très abaissés vers l’horizon, à la fin du mois, lorsque se fait la nuit complète.
- Neptune, en opposition avec le Soleil le 19 mars, est visible toute la nuit, son observation, on le sait, n’étant guère que de pure curiosité.
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le 2 Mars, à 7h> Mars avec Uranus à i°37' N.
- Le 4 — à 6h, Neptune avec la Lune à oü 4' S.
- Le i3 — à i5h, Vénus avec la Lune à io58’ N.
- Le i4 — à 22h, Mercure avec la Lune à 3o 3' S.
- Le 21 — à l5h, Saturne avec la Lune à 3° 10' N.
- Le 21 — à 20h, Uranus avec la Lune à 4o58' N.
- Le 22 — à 2oh, Mars avec la Lune à 6o45r N.
- Le 23 — à 8h, Jupiter avec la Lune à 4°58' N.
- Le 3i — à i4h> Neptune avec la Lune à o° 0'
- Constellations. — Les belles constellations du ciel d’hiver, Orion, Grand-Chien, s’inclinent de plus en plus vers l’horizon Ouest et bientôt se coucheront dès l’arrivée de la nuit complète ; au moment où celle-ci se fait, dans la première partie du mois, ce sont les Gémeaux et le Petit Chien qui occupent le méridien avec la partie la moins brillante de la Voie Lactée (Licorne), tandis qu’alors la région si riche du Cygne disparaît à l’horizon nord. La portion de la Voie Lactée s’offrant ainsi le mieux à l’observation, dans la soirée, est comprise entre la Licorne et Cassiopée.
- Lucien Rudaux.
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- NOTES ET INFORMATIONS
- CHIMIE
- Le gypse et Vanhydrite, sources d'acide sulfurique.
- Le sulfate de calcium se présente à l’état naturel sous deux formes : le gypse, ou pierre à plâtre, S04Ca, 2H20, et l’anhydrite S04Ca, Ces deux roches, la première surtout, étant abondantes dans les terrains secondaires et tertiaires, on s’est proposé, depuis longtemps, d’en extraire l’acide sidfurique, au lieu de recourir au grillage des pyrites, comme on l’a toujours fait jusque dans ces toutes dernières années.
- Si on ne considèi’e que les formules ci-dessus, le problème paraît même plus facile qu’avec les pyrites ; en outre, presque toutes renferment des impuretés qui « empoisonnent » le catalyseur quand on fabrique l’acide sulfurique par les procédés de contact. En effet, comme pour beaucoup de sels décomposablcs par la chaleur, il semble qu’il suffirait de chauffer le sulfate de calcium à une température convenable pour qu’ait lieu la réaction :
- CaS04 = CaO + S02 + O.
- Cette réaction a bien lieu, mais elle ne commence qu’à i 4oo°; de plus, elle est très endothermique, de sorte que, pour qu’elle se poursuive, il faut fournir continuellement une grande quantité de chaleur. Bien qu’on dispose maintenant de moyens de chauffage bien plus puissants qu 'autrefois, les rares procédés par lesquels on a essayé d’utiliser la réaction précitée ont tous échoué. On n’a pu réussir qu’en y associant d’autres réactions ayant pour objet de combiner la chaux CaO à la silice et à l’alumine de façon à obtenir un ciment comparable au Portland artificiel. Le résultat atteint est alors triple : on a valorisé la chaux ; la température à laquelle elle se combine à la silice n’atteint pas goo°, et à l’alumine g5o° ; on peut cuire dans un four rotatif du même type que celui qui est d’usage courant dans les grandes cimenteries, c’est-à-dire chauffé économiquement par un combustible solide pulvérisé. •
- Toutefois, dans l’application, on rencontre des difficultés qui n’ont pu être vaincues qu’à la suite de longues recherches; elles n’ont abouti à une véritable réalisation industrielle qu’en 1916, en Allemagne, grâce aux travaux du Dr J. W. Muller. Depuis, le procédé a reçu de nombreux perfectionnements qui l’ont rendu applicable dans un très grand nombre de cas, malgré la variété de composition des matières premières et du combustible dont on dispose. C’est ainsi qu’il est appliqué depuis 1989, par les établissements Kuhlmann à Miramas (Bouches-du-Rhône) (x). Ici, les matières premières sont le gypse et un schiste, qui fournit la silice et l’alumine ; le combustible est du lignite. On consomme aussi une petite quantité de coke, dont le rôle est essentiel.
- Tant qu’on n’eut pas mélangé de coke aux matières premières qui, seules, paraissaient indispensables, aucun type de four ne put convenir, car il restait beaucoup trop de soufre dans le clinker de ciment sortant du four. L’addition de coke peut avoir cependant deux inconvénients : ou bien il y a dégagement d’oxyde de carbone CO suivant la réaction :
- CaS04 + C = CaO + S02 + CO ;
- 1. Conférence faite le 31 mars 1941, à la Maison de la Chimie, par M. Zorninger, ingénieur aux Établissements Kuhlmann.
- ou bien, s’il y a un excès de coke, il se forme du sulfure de calcium CaS, suivant :
- CaS04 + 2C = CaS + 2C02.
- Dans le premier cas, l’oxyde de carbone est mélangé au gaz sulfureux, déjà beaucoup plus dilué que quand on grille des pyrites, et il gêne l’oxydation catalytique de celui-ci en anhydride sulfurique S03 ; dans le second cas, on évite bien la formation de l’oxyde de carbone et on diminue aussi l’apport de chaleur à fournir, mais on perd une partie du soufre, celui qui est passé à l’état de sulfure de calcium; de plus, la présence du sulfure de calcium dans la masse la rend pâteuse et peut provoquer son accrochage. En définitive, l’expérience a fait reconnaître qu’on doit ajouter une quantité de coke telle qu’on ait :
- CaS04 + i C - CaO + C02 + S02,
- réaction qui, d’ailleurs, est peu endothermique.
- Toutes les conditions précitées sont nécessaires mais non suffisantes. Le Français Basset, qui en avait l'econnu la nécessité, échoua quand, en 1910, il voulut appliquer le procédé en utilisant le four rotatif, de 4o m. de longueur, d’une cimenterie des environs de Paris : le clinker renfermait ou trop de sulfure CaS ou trop d’anhydrite S04Ca non décomposée. On reconnut beaucoup plus tard que s’il n’est pas indispensable que le gypse soit complètement déshydraté, il faut au contraire que les autres matières premières et le coke soient desséchés aussi complètement que possible; de plus, tous ces corps doivent être introduits dans le four à l’état d’un mélange parfaitement homogène, résultat qui ne peut être obtenu que par un broyage très poussé.
- A Miramas, on traite un gypse qui, après concassage, est calciné à 5oo° dans un petit four rotatif de 20 m. de longueur chauffé au lignite pulvérisé ; sa teneur en eau est ainsi abaissée à o,5 pour 100. Le schiste et le coke sont des-dcchés de même façon et leur teneur en eau est ramenée à o,5-i pour 100. Ces produits, conservés dans des silos, sont moulus séparément, peu avant l’enfournement, dans des broyeurs cylindriques à boulets, puis mélangés en proportions voulues et, presque aussitôt, enfournés; 80 pour 100 des produits moulus doivent passer au tamis de 4 900 mailles par centimètre carré, la poudre résultant de leur mélange a l’aspect de la fai'ine.
- Le four rotatif de Miramas a Go m. de longueur et 3 m. 20 de diamètre extérieur. Il est recouvert intérieurement d’un garnissage réfractaire de 3o cm. d’épaisseur. Il a fallu une longue suite de tâtonnements de l’I. G. Farbenindustrie A.-G. avant de pouvoir obtenir régulièrement un clinker bien scorifié, granulé et se prêtant facilement au broyage, malgré les variations inévitables dans la composition et les propriétés des matières premières et des combustibles dont on dispose.
- La fabrication de l’acide sulfurique n’a pas présenté moins de difficultés ; elles résultent surtout de ce que les gaz qui sortent du four sont très pauvres en anhydride sulfureux S0„ — ils en renferment quelquefois moins de 4 pour 100 — et en oxygène, ce qui oblige à une addition d’air; pour que la catalyse se fasse bien, il faut en effet que le volume d’oxygène soit le double du volume d’anhydride sulfureux; on opère donc sur un volume total de gaz bien plus grand que lorsqu’on grille des pyrites, ce qui oblige à une installation de contact plus grande aussi et comportant des récupérateurs de chaleur.
- Malgré toutes ces difficultés, comme dans le cas des pyri-
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- tes, on fabrique l’oléum 20, c’est-à-dire renfermant 80 pour xoo d’acide sulfurique monohydraté répondant exactement à la formule S04H2, et 20 pour 100 d’anhydride S03 libre. Le catalyseur est l’acide vanadique, avec, comme support, la terre d’infusoires,
- Quant au ciment, ses caractéristiques, qui se sont beaucoup améliorées, sont maintenant celles des ciments de très bonne qualité fabriqués par les procédés ordinaires. Il importe qu’il en soit ainsi car le procédé n’est viable que si toute la chaux et tout le soufre du sulfate de calcium sont transformés en produits marchands.
- E. L.
- Le placage des métaux.
- Un métal plaqué est un métal revêtu d’une plaque mince d’un autre métal, avec adhérence intime réalisée mécaniquement. Ce procédé est en usage depuis fort longtemps pour les métaux précieux. En ces dernières années, à la suite d’études approfondies poursuivies aux États-Unis et en Allemagne, il a pris une grande extension dans le domaine des métaux communs. Le placage a généralement pour but d’assurer la protection du métal de base contre la corrosion, avec une dépense réduite du métal rare ou coûteux. C’est ainsi que l’on fabrique aujourd’hui couramment des placages de cuivre ou de nickel, ou d’alliages de ces métaux sur de l’acier, des placages d’aciers inoxydables à haute teneur d’alliage sur de l’acier au carbone ordinaire ou sur certains aciers spéciaux, des placages de cuivre sur de l’aluminium, d’aluminium pur sur du duralumin. Ces matériaux plaqués sont aujourd’hui fournis par l’industrie sous forme de tôles fines, moyennes, ou grosses, de bandes et de tuyaux.
- Les placages sont généralement obtenus par laminage à chaud d’une plaque de métal de base et d’une plaque du métal de revêtement, sur une seule face, ou sur les deux faces de la plaque de base. L’épaisseur totale du revêtement est généralement voisine du dixième de l’épaisseur totale. Autrement dit, les plaqués permettent de réduire de près de 90 pour 100 la consommation des métaux rares.
- « Les placages laminés, dit M. Bellay, dans le Bulletin technique du Bureau Veritas, constituent une très bonne méthode de protection; l’adhérence est excellente : le plaqué peut subir des déformations importantes sans danger de décollage; l’épaisseur est suffisante pour qu’il n’y ait aucune porosité ».
- On peut faire aussi des placages par soudure ; notamment par soudure électrique par points. Mais dans ce cas l’adhérence des deux métaux n’est plus continue; elle ne se fait qu’aux points de soudure, ce qui peut être un inconvénient lorsqu’il y a transmission de chaleur.
- En Allemagne on fabrique des tôles plaquées par laminage ayant des largeurs allant jusqu’à 4 m., des longueurs de 10 m. et une épaisseur totale de plus de 3 mm. Aux États Unis, une aciérie a fabriqué des plaqués de nickel dont l’épaisseur totale était de 12 mm. 5, la longueur de G m., la largeur de 4 m.
- HYGIÈNE
- Condiments de remplacement.
- Nous manquons de moutarde. Le syndicat des fabricants de moutarde et de condiments avait demandé au Ministère de la Jeunesse et de la Famille l’autorisation d’utiliser l’essence de moutarde synthétique et le jaune naphtol. Le condiment de remplacement aurait été composé de farine de manioc, de vinaigre, d’eau, coloré au jaune de naphtol et additionné d’isothyocyanate d’éthyle chimiquement pur à moins de 25o mg. par hectogramme du mélange.
- Le Comité consultatif d’hygiène, sur avis de M. Schæffer, puis l’Académie de Médecine, après rapport de M. Tanon, ont donné un avis défavorable pour les raisons suivantes : le sénévol allylique a une toxicité qui n’est pas connue ; on peut facilement lui substituer d’autres corps aisés à préparer en partant de résidus industriels, tel que l’isothyosulfo-cyanate de crotonyle, ou des mélanges mal définis dérivés de carbures éthyléniques provenant du cracking des pétroles. De plus, l’Académie est opposée à toute introduction de substances chimiques synthétiques dans l’alimentation.
- La moutarde de remplacement n’existera donc pas.
- COMMUNICATIONS A L’ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 octobre 1941.
- Calcul des débits d’eau à évacuer dans les agglo= mérations urbaines. — Le problème de l’écoulement des eaux pluviales lors des grands orages est des plus délicats à résoudre en raison des multiples variables dont il dépend. Sa solution importe en raison des travaux d’art importants à engager dans chaque agglomération. M. A. Caquot propose des bases de calcul tenant compte de la hauteur d’eau et de la durée d’une averse, de l’effet de capacité du réseau et des zones de réception, de l’évaluation du temps d’écoulement, du débit maximum en fonction de la fréquence, du coefficient de perte dû à la perméabilité des terrains,
- Teneur des végétaux en vitamine antipella= g reuse. — La vitamine PP, préventive de la pellagre, n’est autre que l’amide de l’acide nicotinique. Mu° M. Morel l’a dosée avec précision chez divers végétaux. Le maïs et le seigle, connus depuis longtemps comme pellagrogènes, sont
- pauvres, ainsi que la farine blanche du blé, et plus encore les haricots verts, la pomme de terre, la carotte, la tomate, la poire et surtout le raisin. Par contre l’orge entière ou mondée est riche et beaucoup plus le son de blé et la levure fraîche de boulangerie. On sait que l’ingestion de maïs ou de blé n’empêche pas l’apparition de la pellagre, tandis que l’absorption quotidienne de viande, de lait, de levure sèche est efficace. Le besoin de l’homme en nicotinamide assimilable est de o,x à o mg. 2 par kilogramme et par jour.
- Action de la prégnéninolone sur les caractères sexuels d’un poisson. — La prégnéninolone est une substance synthétique voisine des hormones sexuelles, la progestérone et la testostérone. M110 M.-T. Régnier en a ajouté un comprimé de xo mg. dans les 12 1. d’eau d’un aquarium contenant des poissons d’ornement, Lebistes reti-culatus, venant de naître. En quinze jours, ces jeunes prirent tous les caractères des mâles adultes : nageoire anale allongée en gonopode, taches brillamment colorées, instinct
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- combatif. Les sujets traités ne mesuraient que io mm. alors que les mâles deviennent adultes à 24 mm., vers deux ou trois mois seulement.
- Séance cia 27 octobre 1941.
- Paissance d’entraînement d’un dot liquide à débit variable. — M. A. Caquot étudie les formes à donner aux canalisations pour l’évacuation des eaux usées et des eaux de pluie d’une ville afin d’éviter les dépôts de corps solides. Il examine le cas d’une section circulaire, triangulaire, ovoïde et montre que cette dernière forme est la meilleure, d’autant plus que sa hauteur relative est plus grande.
- SemLmicroradiographie métallographique. —
- La microradiographie, imaginée en igi3 par Goby, a été appliquée à la métallographie par Fournier, en 1938. M. M. Paic propose une technique intermédiaire qui donne sur plaque photographique à grain fin une image directe qu’on amplifie dans un agrandisseur ou un appareil à projection. On obtient ainsi des photographies agrandies de 20 à 3o fois. Elles montrent nombre de détails intéressants : tapures, criques, retassures et aussi la structure du métal, ainsi que les altérations dues à la corrosion.
- Mesure de la conductibilité thermique des sols.
- — M. V. Romanovsky décrit un appareil qu’il a imaginé pour la mesure de la conductibilité thermique des sols. C’est une sorte de marmite norvégienne dans laquelle on met l’échantillon de sol à étudier. Deux thermomètres y pénètrent, l’un en haut, l’autre en bas et l’on chauffe en dessus par une plaque d’aluminium surmontée d’une résistance électrique. Quand le thermomètre du haut atteint une température constante, on note le temps qu’il faut à celui du bas pour arriver lui aussi à une température constante. Les premières expériences faites montrent que le transport de chaleur se fait par les particules et les ions de la couche de solvatation bien plus que par les minéraux solides.
- Toxicité des coques de cacao. — Puisque les coques de cacao ont été introduites dans l’alimentation humaine, et qu’elles contiennent de 0,66 à 1,09 pour 100 de théobro-mine et de 0,18 à 0,26 pour roo de caféine, M. L. Millat a examiné leur toxicité possible en injectant leur extrait par l’eau bouillante dans le péritoine de cobayes. Le résultat est tranquillisant. Les coques de cacao ont une toxicité très faible et même elles diminuent la toxicité de la caféine.
- Séance du 3 novembre 1941.
- Les domaties des feuilles des Juglandacées. —
- MM. A. Chevalier et F. Chesnais reviennent sur les curieuses formations en cryptes ou en pinceaux qu’on observe à la face inférieure des folioles de ces arbres. Ils établissent qu’elles ne sont point dues à l’action d’insectes, que leurs formes très variées sont caractéristiques des genres ou des espèces et qu’elles varient quand la plante change de milieu. Leur rôle probable est de régulariser la transpiration.
- Le frottement de roulement. — Les lois de frottement établies par Coulomb présentent des difficultés analytiques que Painlevé a signalées en ce qui concerne le glissement. M. L. Roy montre qu’on retrouve les mêmes difficultés quand on analyse le roulement, à moins d’admettre que dans certains cas, la rotation cesse presque immédiatement par arc-boutement dynamique.
- Structure et résistance au duage des aciers. —
- Les aciers austénitiques à haute teneur en nickel et en chrome présentent de grandes variations de résistance au fluage selon leurs traitements thermiques antérieurs. MM. M. Sédille et E. Moklet montrent que cette résistance varie comme la grosseur des grains d’austénite. Cet avantage est compensé par une diminution de l’allongement à froid et une augmentation de fragilité.
- Le bri charentais. — Ce bri est un dépôt compact, bleu, d’aspect argilo-marneux, qu’on trouve dans les marais et les plaines maritimes du centre-ouest, sur l’emplacement d’anciens golfes où débouchaient des rivières à estuaires : Sèvre Niortaise, Charente, Seudre. M. C. Roehbich en décrit la granulométrie, la composition et y signale la présence de pyrite de fer qu’on ne retrouve pas dans les dépôts analogues actuels.
- Prospection électrique du sous=sol. — M. F. Dié-nert présente deux procédés, un à trois câbles pour la prospection horizontale et un à quatre câbles pour la prospection en profondeur, qui permettent de mesurer la résistivité du sol au moyen d’électrodes en charbon de cornue et d’un courant continu ou alternatif. Les hétérogénéités du terrain sont ainsi décelées.
- Pontes aberrantes des éphémères. — MUeM.-L. Verrier a observé des éphémères de plusieurs espèces pondant sur des routes goudronnées sèches, l’été, au crépuscule. On sait que les femelles de ces insectes portent un énorme paquet d’œufs : 4oo à 2 000. Elles les déposent dès qu’elles rencontrent un corps solide, parfois même sur le toit d’une automobile. Cette ponte sur un substrat sec, loin de la rivière, s’explique par un thermotropisme positif, mais elle a une conséquence fatale pour la progéniture.
- Séance du 10 novembre 1941.
- Source sonore étalon. — Quand un corps tourne autour d’un axe matériel, il rend un son d’axe dont la hauteur et l’intensité augmentent avec la vitesse. Quand le rotor est mû et supporté par l’air comprimé, ce son existe encore. M. E, Huguenard signale que celte source sonore a l’avantage d’être facilement constante, de donner un son pur exempt d’harmoniques, d’atteindre avec la vitesse jusqu’à des fréquences inaudibles, d’avoir une grande puissance, d’être constante dans tous les azimuts, si bien qu’on pourrait ainsi construire des sources étalons allant de 5oo à i5 000 vibrations par seconde.
- Le rôle des vitamines B dans l’utilisation des aliments. — Tandis que l’on désigne la vitamine B2 comme vitamine d’utilisation des glucides, toutes les vitamines B, et notamment la vitamine Bj, jouent un rôle dans l’utilisation des trois constituants de la fraction organique des aliments : glucides, lipides et protides. M. R. Lecoq le prouve ainsi que la protection exercée par la- vitamine Bx sur la réserve alcaline.
- Rôles de la vitamine C et de la phosphatase dans la formation des cals osseux. — M. J. Roche et Mme R. Martin-Poggi montrent que l’acide ascorbique joue un rôle important dans l’organisation protéique du cal de fracture, après quoi la phosphatase joue le rôle primordial peu avant la calcification ; ces deux processus se succèdent dans la consolidation des fractures comme dans la croissance des os.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- QUE FAIRE AVEC L’HUILE DE VIDANGE DES AUTOS
- On relire périodiquement des véhicules mûs par moteurs à explosion une épaisse huile noirâtre souillée par toutes sortes d’impuretés la rendant absolument impropre, — à moins de traitements épurants d’application trop difficile pour l’amateur — au réemploi pour le graissage. Aussi la plupart des automobilistes laissent-ils tout bonnement perdre leur huile de vidange : encore se trouvent-ils parfois assez embarrassés pour jeter cette huile qui souille les parois des conduites en y fixant des particules diverses... Ne vaut-il pas mieux tirer parti. du résidu ? C’est parfaitement possible, encore que l’on ne puisse songer à en faire du savon par exemple.
- Une peinture économique. — Depuis des années — le procédé a donc fait longuement ses preuves — un de nos bons amis utilise les huiles usagées de son auto pour badigeonner les boiseries extérieures d’une propriété de campagne, boiseries demeurées grâce à ce traitement en parfait état de conservation. Il faut choisir, pour l’application, un temps bien sec, et opérer quand le bois est échauffé par une assez longue exposition au soleil. On applique l’huile avec une grosse brosse de peintre, choisie à poils raides, et en laissant le moins possible d’huile à la surface du bois. Pendant quelques jours, on risque évidemment de se tacher au contact du bois ainsi badigeonné, et les boiseries sont uniformément noires ce qui ne plaît pas à tous. Mais il est possible de pallier, dans une certaine mesure, ces inconvénients, en passant sur le bois, deux ou trois jours après la peinture, une brosse douce, bien sèche, chargée d’ocre : en manœuvrant ce pinceau très légèrement (on doit appuyer à peine) on poudre le bois de particules qui adhèrent suffisamment et donnent une teinte gaie.
- Un enduit imperméable. — A la longue, le carton bitumé garnissant une toiture perd sa souplesse, et parfois il se fendille, se déchire. Pour éviter les fuites qui se produisent en cas de pluie, on donne généralement une couche de coaltar appliquée à chaud. Mais on peut fort bien aussi se servir d’huile de vidange à laquelle on aura incorporé suffisamment d’un durcissant qui empêchera la mixture de couler pendant les chaleurs estivales. Voici un mélange, fait naturellement à chaud, qui nous a donné d’excellents résultats :
- Huile de vidange....................... 6 kg.
- Colophane brune........................ 3 —
- Paraffine.............................. 1 —
- On peut en outre incorporer à la masse fondue de petites proportions de bouts de cierge ou de bougies, de cire d’abeille ou de cire à cacheter, de résine ou de suif... On applique à chaud, avec une brosse à poils raides, puis on saupoudre légèrement avec du sable sec.
- Désherbage des cours pavées. — Ces cours, lorsqu’on n’y circule guère, sont assez rapidement envahies par la végétation indésirable des mousses et des graminées se développant dans la terre des joints entre pavés. On peut très efficacement prévenir la venue de ces mauvaises herbes en déchaussant les pavés sur une profondeur de 2 ou 3 cm., opération facile à effectuer en employant un vieux couteau, dont la lame est usée à la meule pour rendre le bout bien plat. On verse alors de l’huile dans le creux des joints pour le remplir à moitié, après quoi le vide est comblé au moyen d’un peu de sable ou de fines escarbilles.
- Comment engluer les chenilles. — Il s’agit des parasites qui font l’ascension des troncs d’arbres afm d’aller dévorer le feuillage. Un excellent moyen de protection consiste à entourer le tronc d’une ceinture d’un adhésif approprié : les bestioles ne pourront franchir ce barrage engluant., Une glu ne séchant pas à l’air et résistant bien à la pluie sera préparée en faisant fondre à feu doux, dans quelque vieille casserole, un mélange de :
- Vieille huile d’auto.................... 2 kg.
- Coaltar................................... 1 —
- Résine.................................... 1 —
- On applique à chaud, avec un pinceau, en manchon large d’une dizaine de cm. ; on règle la proportion de résine en vue de la consistance désirée ; elle donne de la fermeté.
- Pour les amateurs de travaux en béton. — Lorsque l’on coffre du béton contre des parois de tôle, il est indis-
- pensable, pour prévenir l’adhérence, de graisser le métal. L’huile sale résiduelle des autos convient très bien pour cet usage, à condition de la fluidifier un peu en y incorporant soit de l’essence, soit du pétrole lampant. Il est indiqué de consacrer à cet usage, les fonds de bidon d’essence salie, ou l’essence ayant servi à nettoyer et souillée en conséquence de matières grasses.
- Le même liquide convient naturellement aussi pour graisser les coffrages en bois dont la surface a été finie pour l’obtention de parois bétonnées bien lisses : mais le bois reste alors superficiellement souillé. Cela d’ailleurs n’a pas d’autre inconvénient, les bois ayant servi pour le coffrage ne pouvant plus guère servir qu’à cela. G. Dhennequin.
- L'ÉCLAIRAGE DANS LES FERMES
- L’éclairage à la ferme au moyen des graines oléagineuses : colza, œillette, etc., peut, dans une certaine mesure, être réalisé assez facilement, si l’on dispose d’appareils broyeurs, moulins à tourteaux par exemple, puisqu’il suffit après broyage de faire bouillir dans l’eau les graines réduites en poudre, puis do laisser refroidir pour laisser l’huile monter à la surface.
- Après repos, l’huile est décantée en ayant soin de ne pas entraîner d’eau, il en reste toutefois encore un peu en émulsion, mais on peut l’éliminer en agitant l’huile avec environ 10 g. par litre de sel de cuisine décrépité, c’est-à-dire de sel que l’on aura chauffé dans une cocote en fonte avec couvercle pour lui faire perdre son eau d’interposition.
- La plus grande difficulté est de trouver les lampes convenables pour que la combustion soit complète et que la flamme ne soit pas fuligineuse. Malheureusement, la construction des lampes, type carcel à piston, est abandonnée depuis longtemps et la seule ressource sera d’avoir recours à des godets où plongeront des mèches de coton, en vieux linge effiloché ainsi qu’était la lampe romaine ; bien entendu une telle lampe sera peu transportable mais, établie à demeure, elle fera bon service, si l’on a soin de tenir à proximité une paire de ciseaux servant de mouchettes.
- UTILISATION DE LA TOISON DE MOUTON
- Le désuintage de la laine brute est simple, car le suint se dissout directement dans l’eau chaude ; après quoi, on rince abondamment à l’eau pure et l’on fait sécher à l’air libre.
- Quant au filage, si l’on dispose d’un ancien rouet retrouvé au grenier, il pourra encore remplir son office, seule une certaine dextérité ayant à intervenir.
- Le tissage enfin demandera une plus grande patience, la production de la main étant très lente puisqu’il faut passer alternativement sous les fils disposés en long (fils de chaîne dourdissage), le fil de trame, monté sur une navette.
- Évidemment, il sera difficile, dans les reliques familiales, de trouver un métier à tisser, mais on achetait autrefois de petits appareils réduits, établis en vue de réalisations artistiques.
- FICELLES DE REMPLACEMENT
- La ficelle papier Kraft allemande est, paraît-il, préférable à la ficelle lieuse fabriquée en France, où l’on débutait dans ce produit de remplacement (*) ; mais elle casse, se détrempe, et elle est coûteuse, parce qu’il faut la préparer humide et qu’on perd sur le poids facturé par l’usine.
- Pour remédier à cette pénurie de ficelle, on a fabriqué après la moisson, un câble métallique en acier doux, recuit à trois brins de 5/10 qui est plus solide que la ficelle papier et moitié moins cher, mais ce câble très fin demande un réglage délicat du tirage à angles trop vifs et du couteau.
- Signalons des essais en cours, à Troyes notamment, pour incorporer une bande de papier entre les deux ou trois fils d’acier à retordre, ou pour renforcer la rigidité, la solidité de la ficelle papier en lui incorporant un seul petit brin de fil d’acier doux de 5/10 au moins, ou encore pour coller un fil de métal entre deux feuilles de Kraft qui sont ensuite repliées et forment un ruban, une ficelle plate ne coupant pas grâce au papier et solide et souple à cause de l’acier.
- 1. Voir La Nature, n° 3075, 15 novembre 1941, p. 362.
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- INVENTIONS ET NOUVEAUTES
- Nouveau cylindrographe.
- Le cylindrographe (ou cyclographe) est un appareil photographique dont le champ est très étendu. Inventé par Moëssard, cet appareil a fait l’objet d’une description dans La Nature du 18 juillet i885. Sa construction est basée sur le fait que l’image d’un objet éloigné donnée sur un écran par un objectif quelconque reste fixe lorsque la direction de l’objectif varie, à la condition que son point nodal image N' soit fixe.
- Les points nodaux d’un système optique sont deux points conjugués de son axe (c’est-à-dire que l’un est l’image de l’autre, dans le système optique ; ainsi tout rayon incident passant réellement ou virtuellement par un point donné, donne naissance à un rayon émergent passant réellement ou virtuellement par le point conjugué). De plus les rayons
- incident et émergent passant par des points nodaux N et N7 sont parallèles, quel que soit leur angle sur l’axe (pourvu qu’il ne soit pas trop grand en pratique) .
- Donc, la rotation de l’objectif autour de son point nodal image n’entraîne pas le déplacement de l’image des objets situés très loin de l’objectif (fig. i).
- La figure 2 donne le schéma du cylindrographe de Moëssard, vu de dessus en coupe. La surface sensible est une bande P de pellicule disposée à l’intérieur d’un demi-cylindre C. L’objectif est mobile autour d’un axe confondu avec celui du cylindre et passant par le point nodal image. Un écran E percé d’une fente rectangulaire, solidaire de l’objectif, limite les rayons trop écartés de l’axe de l’objectif pour lesquels les propriétés des points nodaux sont moins bien vérifiées.
- L’angle exploré est d’environ 170° (moins de la moitié du panorama entier). Le mouvement à donner à l’objectif est très difficile à exécuter : il doit se faire rapidement et à vitesse constante.
- Il est possible de modifier ce cylindrographe afin d’obtenir sur une bande de pellicule sans fin l’image du panorama total.
- L’axe optique est tout simplement déplacé parallèlement
- Fig. 1. — Principe du cylindrographe.
- Fig. 2.
- Schéma de
- Fig. 3 a. — Vue en coupe.
- à lui-même par deux miroirs jouant le rôle de périscope (fig. 3 a), ce qui permet de disposer la pellicule à l’intérieur d’un cylindre entier G. Des pattes Q la fixent, par sa coupure, au cylindre.
- L’un des miroirs, M, est en verre noir, l’autre, M', est métallique (ou mieux, remplacé par un prisme à réflexion totale). Ils sont solidaires de l’objectif. Un écran E, placé près de la pellicule, est percé d’une fente parallèle à l’axe du cylindre, dont la largeur est vue de l’axe sous un angle a (fig. 3 b).
- Le cylindre est fixé à un pied d’appareil photographique. Le disque de fermeture B, solidaire du système optique recouvre le bord du cylindre. Une gouttière D recouvrant le bord du disque B impose à la lumière parasite un trajet tel que le vernis noir mat dont est peint l’appareil absorbe totalement cette lumière (fig. 3a et 3 c).
- L’obturateur O est commandé par le déplacement d’une masse pouvant glisser suivant un rayon sous l’action de la force centrifuge à laquelle elle sera soumise lors de la rotation de l’appareil. Deux ressorts maintiennent cette masse dans la position convenable lorsque rien ne tourne. Une vis peut bloquer la masse lors du transport de l’appareil chargé (fig. 3 a).
- On fait subir au système optique plusieurs rotations, ce
- qui réduit énormément les inégalités d’exposition consécutives à la non-uniformité du mouvement.
- Il faut impressionner pendant un certain temps qui, d’ailleurs, ne dépend pas de la vitesse de rotation. C’est pourquoi cette rotation peut être effectuée à la main (par l’intermédiaire de deux poulies et une courroie).
- Le temps de pose est suffisamment long pour que les rotations complètes de l’objectif soient nombreuses et puissent être effectuées à la main.
- Supposons a =i8° et supposons, pour le pouvoir réflecteur du verre de M, la valeur a = o,o5 pour 45° d’incidence. Si pour un même objectif et une même émulsion le temps
- de pose nécessaire est de de seconde dans un appareil
- , . 36o°
- ordinaire, ici ce temps est multiplie par = 20 et par
- soit 20. Le temps de pose sera donc 8 s.
- Mais il est recommandé de se fier encore plus à la pratique, car un panorama de 36o° présente suffisamment d’inégalités d’éclairement pour défier tout calcul de pose.
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- Il ne faut pas croire qu’un tel appareil est encombrant. La petite pellicule pour appareil 3 x 4,5 reproduira des panoramas entiers sur 4o cm. de longueur dans un appareil ayant seulement 12 cm. de diamètre.
- En supposant qu’on emploie un objectif de 11 cm. environ de distance focale, comme ceux des 6x9 courants, la bobine de 8 poses utilisée par ces appareils doit être consommée !
- Mais remarquons que la reproduction des panoramas par la méthode ordinaire consistant à souder huit photos successives en consomme autant. Et cette dépense de pellicule est si peu de chose auprès de la valeur de la photographie obtenue 1
- J. Normier.
- LIVRES NOUVEAUX
- Théorie des oscillateurs, par Yves Rocard. 1 vol. illustré 222 p. Éditions de la Revue Scientifique, Paris, 1941.
- Les systèmes oscillants se rencontrent dans tous les domaines de la physique, aussi bien électricité qu’en optique, acoustique ou mécanique. Les théories données dans les ouvrages classiques se réduisent généralement au schéma du pendule entretenu : énergie potentielle s’échangeant avec l’énergie cinétique, dissipation par frottements, compensation par un mécanisme d’entretien jouant le rôle d’un frottement négatif ; le tout décrit à l’aide d’un système d’équations différentielles linéaires. Comme le dit l’auteur, la réalité des faits s’arrange mal de cette théorie simplifiée. Le problème est ici abordé sous un jour tout différent : l’oscillateur est défini comme un système fermé, complet, capable de fournir et de maintenir une loi de variation périodique entretenue pour l’une au moins des variables qui fixent son état ou servent à le décrire. C’est sous -cet aspect que l’auteur aborde un certain nombre de problèmes fort importants et qu’il en donne ou en esquisse la solution générale. On réussit ainsi dans bien des cas à analyser •des phénomènes dont la complexité, au premier abord, est déroutante.
- Parmi les questions ainsi traitées, nous citerons le pendule, les oscillations de relaxation, les oscillateurs avec propagation (lignes électriques, conduites forcées, anches et. tuyaux sonores), le pompage des moteurs synchrones, les vibrations d’ailes d’avions. A côté de ces questions de grande importance pratique, l’auteur montre dans un remarquable chapitre, comment peuvent être abordés mathématiquement les phénomènes économiques périodiques et il apporte ainsi une heureuse contribution aux efforts qui tendent à faire de l’économie politique une science exacte, capable de prévisions. Tout l’ouvrage, du reste, abonde en aperçus profonds ou suggestifs.
- Automates et automatisme, par Pierre Devaux. 1 vol. 128 p., 16 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses Universitaires de France, Paris, 1941. Prix : 12 francs.
- L’ambition des inventeurs d’automates était de créer des êtres proches des êtres vivants et animés ; de là sont nés les chefs-d’œuvre de Vaucanson, Jacquet-Droz et les non moins remarquables créations modernes de Decamps, à usages publicitaires. Un exposé historique succinct, quelques anecdotes attachantes •et M. Devaux passe rapidement au sujet tout différent de l’automatisme. L’automatisme, c’est la substitution de mécanismes à l’intervention humaine : il est une des caractéristiques du progrès industriel moderne. On voit, dans les domaines les plus divers, des dispositifs qui semblent doués de discernement et même de réflexion : régulateurs, mécanismes d’avertissement, relais variés, machines automatiques, nous en donnent des exemples que M. Devaux groupe d’une façon très logique et décrit avec une admiration qu’il sait faire partager h ses lecteurs.
- JLes ultra-sons, par Francis Draveil. 1 vol. 122 p., 60 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1941.
- Les ultra-sons forment un chapitre longtemps négligé de l’acoustique. Leurs applications au repérage des obstacles sous-marins ont attiré sur eux l’attention des physiciens. Ingénieurs et savants, au premier rang desquels il faut citer Chi-lowsky et Langevin ont imaginé et mis au point des appareils d’émission et de réception qui, appliqués ensuite dans le •domaine de la science pure, y ont permis une ample moisson •de découvertes. M. Draveil traite cet intéressant sujet avec une élégante clarté, qui recommande son livre à tous ceux
- désirant se tenir au courant des problèmes posés et résolus dans cette partie de l’acoustique.
- La vie créatrice de roches, par Georges Deflandre.
- Collection « Que sais-je ? » 128 p., 24 fig. Les Presses universitaires de France, Paris. Prix : 12 francs.
- Cette excellente monographie inet en valeur de manière frappante le rôle joué par les infiniment petits au cours des âges géologiques dans la constitution de nombreuses roches.
- La craie, les diatomites, les silex sont des ossuaires immenses constitués par l’accumulation des squelettes calcaires ou siliceux de protistes. C’est grâce à ces monstrueuses nécropoles que sont les bancs de craie que le confort moderne a pu disposer du béton ; grâce aux matières organiques de ces êtres planctoniques s’est formé le dictateur de la vie contemporaine : le pétrole.
- Tous ces faits sont clairement et simplement exposés par l’auteur : M. G. Deflandre, spécialiste de ces questions, qui a développé leur connaissance par des travaux personnels importants et leur a fait faire des progrès marquants. Quelques-unes de ces recherches ont même été, en leur temps, présentées par lui aux lecteurs de La Rature P).
- Il met en valeur également le rôle considérable joué par les microbes dans la formation des combustibles : houilles, pétroles, etc., et comment la vie puissante et silencieuse du plancton des mers anciennes accumulait dans ses produits l’énergie solaire que nous pouvons aujourd’hui récupérer.
- Ce petit livre imprime à ces masses de roches inertes une vie nouvelle et sa puissance évocatrice transporte la pensée aux époques géologiques révolues, aux temps secondaires surtout, face aux troublantes et curieuses connaissances acquises récemment par l’étude microscopique des roches.
- La paléogéographie, par Raymond Furon. 1 vol. in-8°,
- 530 p., 136 fig., 16 cartes hors texte. Bibliothèque scientifique. Payot, Paris, 1941. Prix : 125 francs.
- La distribution des animaux et des plantes à la surface du globe ne s’explique pas tout entière par les causes actuelles ; il est évident pour beaucoup que les configurations passées des terres et des mers ont joué un rôle primordial ; la biogéographie ne se comprend pas sans paléogéagraphie. Celle-ci s’étend a fortiori à l’explication de la répartition des espèces fossiles. L’auteur a abordé ce sujet aussi riche de faits que de théories disparates pour en dégager une vue d’ensemble d’un haut intérêt. Il décrit d’abord les méthodes d’observation et de recherche, les moyens de dater les couches de l’écorce terrestre et leurs déformations, d’établir les cartes géologiques, paléogéographiques et paléoclimatiques et ce qu’on peut apprendre des milieux marins et terrestres actuels. Puis il reconstitue les géographies qui se sont succédé en examinant toutes les grandes aires du globe : continent Nord-Atlantique, Asie, Afrique, Amérique du Sud, Australie, Antarctide, Gondwanie, Atlantique, Pacifique, Méditerranée. On voit évoluer parallèlement continents et êtres vivants et se dégager nettement les notions sur lesquelles l’auteur insiste en terminant : la mobilité constante de l’écorce, la valeur des ponts interocéaniques qui ont permis les échanges de faunes et de flores, l'importance des soulèvements récents, et aussi le besoin de multiplier partout les observations et les études pour compléter et corriger les grandes lignes de l’histoire de la terre déjà connues.
- 1. Yoir La Nature, n° 3010, 1er octobre 1937. Les microfossilcs de la craie et des silex, par G. Deflaxdre.
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- fixe peut être constitué par de minces feuilles d’aluminium A — à défaut d’étain — collées sur des plaques de mica M de manière à former un bloc. Pour éviter les effluves et pour améliorer l’isolement, il est bon que les feuilles de mica débordent de 3 à 4 cm. au dehors de chaque armature d’aluminium.
- CORRESPONDANCE
- A propos des nappes pelliculaires (n° 3075). — M. J. Jaffray, docteur ès sciences, nous écrit :
- « La formation de lames liquides a été étudiée sérieusement la première fois par Félix Savart. Ses expériences sont décrites dans deux mémoires qui ont été insérés dans les Annales de Chimie et de Physique :
- 1° Mémoire sur le choc d’une veine liquide lancée contre un plan circulaire (Ann. de Ch. et Phys., t. 54 (1833), pp. 55 à 87 et pp. 113 à 145 ; le texte est accompagné de 3 planches.
- 2° Mémoire sur le choc de deux veines liquides animées de mouvements directement opposés (Ann. de Ch. et Phys., t. 55 (1833), pp. 257 à 310 (1 planche).
- Ces recherches de Savart ont été résumées dans de nombreux traités de physique anciens. Par exemple, dans les suivants, qu’on rencontre souvent dans les bibliothèques :
- Péclet. Traité élémentaire de Physique, 3e édition, 1838. Tome I, pp. 164 et suivantes (planche).
- Pouillet. Eléments de Physique expérimentale, 1847. Tome I, pp. isg et suivantes (planche).
- Daguin. Traité élémentaire de Physique, 1855. Tome I, pp. 526 et suivantes (avec figures).
- Parmi les traités récents, celui de Bouasse consacre de nombreuses pages à ce problème des nappes liquides : le volume intitulé : Jets, tubes et canaux (Paris, 1923) l’étudie dans deux chapitres :
- Chapitre VI. — Choc d’une veine sur un obstacle (pp. 134 à 156).
- Chapitre VII. — Formation des lames liquides (pp. 157 à 183).
- L’abondance des noms propres cités dans le traité de Bouasse prouve que de nombreux savants ont étudié cette question. »
- Générateur de courants de haute fréquence ali= menté par le courant du secteur. — Ces types d’appareils, connus sous le nom de générateurs à « rayons violets » parce que les courants de haute fréquence produits illuminent en violet un tube à gaz raréfié, sont essentiellement constitués par une bobine de Ruhmkorff ou par un dispositif analogue, comme l’indique le schéma de la figure 1. Ce schéma peut être simplifié au cas où l’on n’utilise qu’une seule poignée comme prise de haute fréquence. Il peut également être adapté aux réseaux à 220 V. au lieu de 110 V. à la condition d’ajouter un
- nombre de tours suffisant pour doubler approximativement l’impédance du circuit primaire.
- La bobine d’induction peut être construite selon les indications de la figure 2 et le condensateur selon celles de la figure 3.
- Le condensateur
- Fig. 1.
- 110* Fusible (Lampe de poche J
- Condensateur
- [Rhéostat
- OOÜDDl
- Fbigrrée
- droite
- Bobine de Ruhmkorff
- Secondaire
- Isolant-
- Cloisonnements
- Fig. 2.
- Fig. 3.
- La bobine peut donner 2 à 3 cm. d’étincelle mesurée à vide. Le courant du réseau est limité par un rhéostat comportant, par exemple, 30 à 40 m. de fil de ferro-nickel ou d’aluminium fer de 10/10 mm. enroulé sur quelques bâtonnets isolants en céramique.
- On peut aussi constituer le condensateur par quelques bouteilles de Leyde, faites avec des bocaux en verre, dans le genre des bocaux à conserve, qu’on tapisse intérieurement d’une feuille d’aluminium appliquée contre la paroi. La liaison électrique est assurée par une tige de cuivre pénétrant par le bouchon dan3 le bocal où elle plonge dans un entassement de feuilles d’aluminium froissées. La fermeture peut être assurée par un bouchon en liège recouvert de cire, de paraffine ou d’un vernis isolant.
- Encore qu’on trouve dans le commerce des bobines d’induction, nous allons donner quelques précisions sur leur fabrication. Le noyau magnétique est un faisceau de fils de fer recuits, chaque brin étant soigneusement isolé. Ce noyau est logé dans un cylindre de carton de 5 cm. de longueur et de 3 cm. de diamètre. Le primaire est formé par 3 couches de fil de cuivre de 25/10 mm. d’une longueur de 35 m. environ, fil à deux couches coton imprégné. Cet enroulement est également recouvert d’un cylindre de carton verni, formant carcasse de 6 cm. de diamètre et de 4 cm. 5 de longueur. On enfile sur cette carcasse 6 bobines plates de 18 à 20 cm. de diamètre et de 7 cm. entre joues, sur lesquelles on bobine dans le même sens que le primaire, l’enroulement secondaire. Préalablement, on dispose dans le fond de chaque bobine une couche de chatterton enroulé de manière à former une épaisseur qui varie de 5 à 6 mm. pour les bobines centrales jusqu’à 4 et 5 cm. pour les bobines extrêmes, qui supportent les tensions les plus élevées.
- Le fil utilisé pour le secondaire est du 12/100 mm. isolé à l’émail. L’ensemble de cet enroulement en consomme environ 20 km., soit 5 kg. en poids. Le bobinage se fait rapidement au tour. Il est bon d’imprégner l’enroulement de temps à autre, à mesure qu’on bobine.
- Après finition, la bobine est montée dans une petite caisse ou ébénisterie qu’on remplit de paraffine fondue.
- Pour une bobine de petite efficacité (1 cm. 5 de longueur d’étincelle à vide), les caractéristiques du noyau sont :
- Longueur.................... 11 cm.
- Diamètre.................... 1,5 cm.
- Diamètre des fils de fer. . . 7/10 mm.
- Les caractéristiques du primaire et du secondaire sont •
- i Diamètre du fil.... 12/100 mm.
- | Nombre de couches. ... 3 mm.
- ( Poids en grammes .... 340 mm.
- ° | Diamètre du fil..... 13/10 mm.
- La petite bobine doit pouvoir suffire pour des applications locales de courants de haute fréquence.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (france). — 15-1-42 — Published in France.
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- N° 3078
- LA NATURE
- 15 Février J 942
- LES DINOSAURES
- Les Dinosaures ont eu les honneurs de la grande presse, il y a quelques années, quand furent présentés au public les squelettes reconstitués de ces animaux fossiles monstrueux.
- Les journalistes trouvèrent là une copie facile pour provoquer l’étonnement des foules par des considérations et des comparaisons simples relevant surtout de l’anthropocentrism e.
- On peut tirer de nos connaissances actuelles sur les Dinosaures bien autre chose, des points de vue de la paléontologie pure, de la paléontologie philosophique et de la philosophie scientifique.
- On peut d’abord apprécier à sa juste valeur l’effort considérable, l’habileté technique et la compétence scientifique déployés pour reconstituer ces êtres étranges et en réaliser les présentations remarquables que l’on admire dans les grands muséums d’histoire naturelle du monde : en Allemagne : à Berlin, Francfort, Stuttgart, Tübin-gen ; en Angleterre : à Londres,
- Oxford ; en Belgique : à Bruxelles ; aux États-Unis : à Chicago,
- Harvard, New-York, Washington, Yale ; en France : à Paris, etc...
- Ce que nous savons maintenant des Dinosaures donne un intérêt tout spécial à leur étude.
- Le cas particulier qu’ils présentent fait l’attrait de cette partie de l’histoire d’un âge depuis si longtemps enfoui dans le passé.
- C’est une aventure dramatique qui se développe sur la route de l’évolution biologique, un point singulier, comme les hommes quaternaires le seront probablement, au long de la marche du temps, de cette montée immense, inconsciente et sans mesure vers le progrès biologique. Au cours de ce long voyage d’où l’on ne revient pas en arrière, des masses d’êtres, des formes innombrables de la vie, dont les Dinosaures, nous le savons maintenant, ont lutté puis sont tombées, écrasées par la vie elle-même, sur les côtés et les bas-côtés de la route où elles ont péri et disparu sans laisser de descendance.
- Les Dinosaures, dont les formes furent aussi étranges
- que variées, sont les plus importants et les plus puissants des reptiles qui aient habité la Terre. Ils sont essentiellement limités à l’ère secondaire : ils apparaissent au trias en espèces dont la taille est réduite : quelques dizaines de cm., puis ils évoluent rapidement, se répandent sur toute la surface du globe, deviennent abondants pendant le jurassique supérieur et le crétacé inférieur. Ils dépassent alors en taille et en variétés tous les autres vertébrés. Les plus grands spécimens atteignent et dépassent 3o m. de longueur. La différentiation des espèces s’accentue encore au crétacé supérieur qui voit s’épanouir les formes les plus singulières. Puis, à la fin de cette période, brusquement et sur toute la terre, les Dinosaures disparaissent.
- Ces grands reptiles ne constituent pas un ensemble très homogène. Ils étaient de formes et de tailles très variées. Certains, pourvus d’une mâchoire puissamment armée de dents tranchantes, étaient carnivores, d’autres étaient d’inoffensifs herbivores. Les uns reposaient sur quatre pattes à peu près égales, d’autres présentaient des membres antérieurs réduits mais des pattes de derrière fortement développées.
- Les paléontologistes sont d’accord pour les faire descendre d’un ordre spécial de reptiles triasiques : les Pseudosuchiens ou Parasuchiens, proches parents des Crocodiliens.
- Les premiers ossements furent décrits en 1824 et 1825 par les Anglais Dean Buckland et Gédéon Mantelle qui ne leur donnèrent point une place précise dans la systématique d’alors. Ce ne fut qu’en i84i que le célèbre anatomiste Richard Owen créa un nouveau groupe d’animaux fossiles qu’il baptisa Dinosauriens, du grec deinos : terribles et sau-ros : lézard, qui évoque leur aspect souvent monstrueux.
- Plus tard, Huxley montra l’analogie de leur squelette avec celui des oiseaux.
- Mais ce n’est qu’après 1878 que Cope et Marsh exhumèrent des plaines du Far West américain des squelet-
- Triasique Jurassique Crétacé
- Oiseaux
- Fig. 1. — Filiation et période d’extension des Pseudosuchiens, etc.
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- Iguanodon
- Brachtosaurus
- Fig. 2. — Graphique résumant l’histoire des Dinosaures..
- D'après M. Boule et J. Piveteau (Les Fossiles, Masson et Ci0, éd.).
- les permettant la restauration correcte des formes. Ensuite des recherches systématiques généralisées mirent au jour, dans toutes les parties du monde, des restes de ces animaux.
- Actuellement, on divise les Dinosauriens en deux groupes : les Sauripelviens dont le bassin s’apparente à celui des reptiles normaux et les Avi-pelviens dont le bassin présente une analogie avec celui des oiseaux.
- Ces deux grands groupes se divisent à leur tour de la manière suivante : les Sauripelviens en Théropodes : carnivores terrestres à membres très inégaux armés de griffes, et en Sauropodes : herbivores amphibies géants aux membres peu inégaux et à sabots.
- Les Avipelviens en Ornithopodes . : bipèdes et inermes (non armés, dépourvus d’épines, d’aiguillons), en Stégosau-riens : quadrupèdes et armés et en Cératopsidés : quadrupèdes à -grande tête cornue.
- Les Théropodes ont de tous les Dinosauriens la plus complète répartition stratigraphique : leur histoire s’étend du trias à l’extrême fin du crétacé, leurs formes sont très diverses ; c’est à l’une d’elles : le Megalosaurus qu’apparte-
- naient les premiers ossements découverts en 1824. Parmi les plus connues il faut citer le Ceralosaunis, relativement petit, de 4 à 5 m. de long mais puissamment armé d’os nasaux portant une corne tranchante et de pièces buccales à 60 dents aiguës ; les yeux étaient protégés par des os préfrontaux et le corps par une peau épaisse. Cette allure féroce était plus marquée encore chez le Tyrannosaunis de l’Amérique du Nord (crétacé supérieur), la plus grande forme des Dinosaures carnivores : i5 m. de long, 5 à 6 m. de haut, possédant le crâne le plus puissant de toute sa race : long de 1 m. 4o, armé de dents crénelées de i5 à 20 cm. de hauteur, les membres antérieurs courls munis d’énormes griffes. C’était le type maximum de puissance et de spécialisation des Théropodes carnivores.
- Aux Sauropodes appartiennent les animaux les plus grands ayant jamais vécu sur notre globe. Leur aspect général : petite tête, long cou, corps massif, pattes énormes, longue queue, a été vulgarisé par les reproductions répandues partout du Diplodocus dont un moulage du squelette complet, offert par Carnegie à la France, est actuellement exposé dans la galerie de paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Ce squelette mesure 20 m. 60 du museau à l’extrémité de la queue. La tête, minuscule, est portée par un cou long et mince, le tronc massif, se termine par une queue longue et effilée. L’animal devait peser une vingtaine de t., il fréquentait, du jurassique supérieur au crétacé inférieur, les régions lagunaires tropicales qui correspondaient alors à l’emplacement actuel des Montagnes Rocheuses. Des squelettes plus ou moins complets ont été trouvés près de Canyon City et de Morrison, dans le Colorado ; d’autres dans le Wyo-ming, dans TUtah. De tous les Dinosaures c’est certainement le Diplodocus qui est le plus connu du grand public.
- Le Brontosaure en est un proche parent, il est plus
- Fig. 3. — Diplodocus.
- D’après \V. E. Swinton. The Dinosaurs.
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- Fig. 5. — Iguanodon Bernissartensis. D’après W. E. Swinton : The Dinosaurs.
- massif encore. U a été reconstitué d’ossements récoltés dans la formation Mori'ison du jurassique supérieur du Wyoming et de l’Utah. Le plus complet spécimen a été découvert par M. Walter Granger en 1898. Tout l’été de 1899 fut employé à extraire du sol des ossements, à les emballer et à les transporter au Muséum de New-York. Il fallut deux ans pour dégager les pièces de la roche qui les contenait, les assembler, les durcir par des traitements appropriés. L’établissement et le montage sur une carcasse de fer prirent plus d’années encore et ce n’est qu’en 1906 que le squelette fut exhibé dans les collections.
- D’autres Sauropodes étaient aussi monstrueux : l’Atlantosaure avait des fémurs de a m. de haut.
- Plus grands encore étaient le Brachiosaure de l’Amérique du Nord et le Gigantosaure du crétacé inférieur de l’Afrique orientale, dans les territoires du Tanganyka ; ceux-ci étaient caractérisés par des membres antérieurs plus élevés que les membres postérieurs, ce qui élevait considérablement leur stature.
- Toutes ces especes appartiennent aux Sauripel-viens et leurs apparitions se sont étagées du trias à la fin du crétacé supérieur. Les Avipelviens se sont développés plus tardivement : ils sont très rares au trias, plus nombreux au jurassique, ils atteignent leur plus grand développement au crétacé, et enfin, dispa-
- Fig. 4. — En haut : Reconstitution du Brontosaurus dans son habitat fluvio-terrestre ; en bas : Squelette du Brontosaurus
- monté au Muséum américain. d’Histoire Naturelle.
- D’après Osborn : L’origine et l’évolution clc la vie.
- raissent comme les précédents à la fin de celte période géologique. Tous sont herbivores.
- Parmi eux, les Ornithopodes comprennent deux familles : les iguanodontidés et les Trachodontidés.
- L’Iguanodon est un des Dinosaures les plus parfaitement connus. On en a découvert, par un hasard heureux en 1878, un véritable cimetière dans les charbonnages belges de Bernissart, près de Mons.
- La formation exploitée dans ce domaine minier recoupe des dépôts wealdiens. 11 existe, dans ces terrains, des ravins actuellement comblés par les dépôts ultérieurs. Au cours des travaux miniers, une galerie recoupa les terrains occupant le fond d’une gorge étroite, profonde, à l’époque wealdienne, de plus de a5o m. ; bordée d’un côté par un précipice vertical, de l’autre par une pente moins abrupte du terrain houiller. On y découvrit vingt-neuf squelettes d’iguanodons, des crocodiles, des poissons, des tortues et des restes de plantes, des fougères arborescentes surtout.
- Tous les spécimens de la faune et de la flore d’alors, enfouis, sans doute par suite d’un accident local, se sont trouvés dans des conditions très favorables à leur fossilisation et ont été retrouvés en excellent état. Exhumés avec soin, ils ont été transportés au Musée royal d’Histoire naturelle de Belgique où, après plusieurs années de préparation laborieuse, vingt-trois squelettes furent montés et présentés en attitude naturelle, d’autres replacés dans une galerie de mine reconstituée et dans la position même où ils furent découverts.
- La hauteur de ces animaux varie de 4 à 5 m., leur longueur est d’une dizaine de mètres environ. La tête relativement volumineuse est armée de dents crénelées. La queue massive forme avec les membres postérieurs puissants une sorte de trépied supportant le corps,
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- Fig. G. — Stegosaurus ungulatus Jurassique supérieur du Colorado.
- Restauration d’un squelette complet, 1/75 (Marsh).
- Les grandes plaques dermiques étaient disposées par paires, ce qui ne se voit pas sur cette figure.
- tandis que les membres antérieurs terminés par cinq doigts dont un énorme pouce pointu non opposable aux autres doigts semblaient plutôt conformés pour la défense que pour la préhension.
- Les Trachodons avaient la silhouette générale de l’Iguanodon mais la tête portait une énorme mâchoire spatulée comme un bec de canard, garnie de près de 2 ooo dents placées en mosaïque. Leur allure générale était celle des kangourous et leur habitat, très probablement aquatique.
- Les Stégosauriens étaient des quadrupèdes protégés par une forte armure osseuse.
- Le Stegosaurus du crétacé inférieur de l’Amérique du Nord mesurait environ 7 m. de longueur. La tête était .très petite, les membres antérieurs plus courts que les postérieurs, le dos arqué portait un imposant appareil de protection : une double rangée de grandes plaques osseuses, suivies de quatre paires de fortes épines dermiques.
- Un autre Stégosaurien : YAnkylosauras était plus fantastique encore, il était du sommet de la tête à l’extrémité de la queue recouvert de plaques osseuses, le corps large, porté par des pattes courtes, massives.
- Enfin les Cératopsidés, sont localisés dans les terrains crétacés de l’Asie centrale et de l’Amérique du Nord. Ces Dinosauriens au corps ramassé, aux membres massifs, la queue courte, avaient la tête armée de cornes, le cou abrité par une lourde plaque osseuse.
- Le plus connu : le Triceratops avait un corps massif de 7 à 8 m. de long, l’allure générale d’un rhinocéros monstrueux, la tête énorme : 2 m. de long, démesurée par rapport à l’ensemble du corps. Le crâne portait deux énormes cornes et se développait en arrière en une large plaque osseuse arrondie, bordée de pointes et protégeant le cou.
- Dans l’Alberta, au Canada, de riches gisements fossiles ont fourni quelques autres genres de Cératopsidés C).
- Le principal caractère de la faune des temps secondaires est l’abondance des Reptiles ; ils ont joué à cette période le rôle dévolu aux mammifères aux temps tertiaires, c’est pourquoi on applique parfois à cette phase des temps géologiques la dénomination d’ « ère des Reptiles ». Ce sont des animaux vertébrés à sang froid et qui, pour la plupart, quoiqu’en dise leur nom, ne rampent pas. Ceux d’entre eux qui n’ont pas de membres : les serpents, n’ont guère laissé de traces avant le tertiaire.
- Les Dinosauriens appartenaient aux Reptiles. Comme on peut le voir par cette revue rapide, ils présentaient une grande diversité de formes. Ils avaient cependant quelques caractères communs.
- La plupart étaient ovipares. Depuis longtemps, on connaît du crétacé supérieur de Provence, des fragments d’œufs attribués aux Dinosaures. Le crétacé de Mongolie, dans le désert de Gobi, a livré récemment des œufs entiers de i5 cm. de longueur environ dans un gisement où ils se trouvaient associés à des restes de Dinosaures divers, dont des Protoceratops jeunes et adultes ; à l’intérieur, on a même pu distinguer des embryons. Les œufs étaient probablement simplement incubés au soleil.
- Une des données les plus typiques révélée par l’étude des squelettes des Dinosaures fossiles a été l’extraordinaire contraste entre les dimensions monstrueuses de ces animaux et la petitesse de leur masse cérébrale.
- Leur cerveau est en général très petit et peu organisé. Le Pr Lull a attiré l’attention sur ce fait que la capacité totale d’un crâne de Stegosaurus n’est que de 56 cm3 ! qui conduit à estimer le poids du cerveau à
- Dinosauriens voir : Les Fossiles, par M. Boule et J. Piveteau, 1935. Masson et Cic, éditeurs. — Voir également : The Dino-saurs, W. E. Swinton, 1934.
- Fig. 7. — Triceratops Prorsus. D’après W. E. Swinton : The Dinosaurs.
- 1. Pour plus de détails sur l’anatomie et la systématique des
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- Fig. 9. — Diplodocus Carnegie! du Jurassique supérieur du Wyoming (U. S. A.). Moulage d’un squelette complet. Galerie de Paléontologie du Muséum de Paris.
- deux onces et demie : moins de 80 g. seulement pour un animal bien plus lourd qu’un éléphant des temps modernes qui possède un cerveau de 8 livres, soit 5o fois plus pesant. Par contre la partie olfactive et visuelle est développée, de sorte qu’on peut penser que l’odorat et l’acuité visuelle étaient les plus développés, davantage que l’ouïe sur laquelle on connaît peu de choses.
- Le Pr Albert Gaudry a tiré les conséquences de cette exiguïté du cerveau des Dinosaures. Il s’exprime ainsi (x) :
- « Une des plus curieuses choses que « les paléontologistes américains nous « aient révélées a été le contraste des (t dimensions gigantesques des dinosau-« riens secondaires et la petitesse de leur « cerveau : j’en ai été très impressionné « aux États-Unis, en voyant les collec-« tions formées par MM. Marsh et Cope ;
- « quand on regarde les colonnes verté-« braies des êtres qu’ils ont tirés des Montagnes « Rocheuses, on est exposé à prendre tout d’abord le « cou pour la queue, attendu que le cou et la tête ont « une ténuité à laquelle nous ne sommes pas habitués ; (( la cavité encéphalique est parfois beaucoup moindre (( que la cavité médullaire du sacrum ; M. Marsh a eu « l’ingénieuse idée de mouler l’un et l’autre, et il en a (( donné les figures ; je les reproduis en les intercalant « l’une dans l’autre, de manière à rendre le con-« traste encore plus frappant « (fig. 8). On remarquera que le « cerveau n’est pas plus dilaté « que la moelle allongée, et (( qu’il est tout petit comparati-« vement à la masse nerveuse (( logée dans les vertèbres sa-« crées, c’est-à-dire dans la ré-« gion qui est en rapport avec « les membres postérieurs. Si « donc le développement de « l’intelligence est lié dans une « certaine mesure à celui de la (( substance nerveuse, on peut « croire que le Stegosaurus en « avait plus dans la partie poste térieure du corps que dans la « tête. C’était, nous n’en sauce rions guère douter, une bête te stupide, qui nous montre une et fois de plus que la force mate térielle ne se confond pas te avec la force intellectuelle ».
- Le terme supérieur de cette puissance physique semble bien avoir été atteint dans le gigan-
- 1. Essai de paléontologie philosophique, par Albert Gaudry. 1890, Masson et Cie, éditeurs.
- tesque Tyrannosaurus rex du crétacé supérieur du Montana, décrit par Osborn comme et le roi des Sauriens dominateurs » qui, par son agilité, sa taille, sa puissance et sa férocité, est la machine destructrice de vie la plus extraordinaire qui ait jamais existé.
- La dimension excessivement petite de son cerveau qui pesait probablement moins d’une livre : moins du quatre millième du poids attribué à sa masse totale, montre que l’évolution mécanique de ces animaux a été tout à fait indépendante de l’évolution de leur intelligence (*).
- L’apparition, puis la disparition totale des Dinosaures sur la scène du monde ne sont point un phénomène unique : des branches puissantes : Trilobites, Crinoïdes, Rudistes, Ammonites, n’ont persisté que pendant une partie des âges, mais la stature imposante de ces grands reptiles donne à leur cas une signification saisissante.
- Les fossiles primaires ne pouvaient faire prévoir la suite de hasards, de processus évolutifs obscurs qui ont amené au trias l’apparition des Dinosaures. Ceux-ci, alors se répandent sur le monde. Pendant des millénaires, ils vont étonner les continents par le spectacle de leurs formes gigantesques et étranges, par leur puissance d’expansion, d’évolution hétéroclite. Puis, subitement, à la fin du crétacé supérieur, la pièce tourne à la tragédie et s’achève brusquement par la disparition rapide et totale des acteurs.
- A la fin du crétacé supérieur, les derniers Dinosaures ont pu encore contempler les lagunes brumeuses qu’ils avaient dominées si longtemps. Ils sont morts sans descendance.
- C’est là ce que nous enseigne la paléontologie par ses constatations matérielles, ses observations précises,
- 1. The origin and évolution of Li{e. H. F. Osborn. 1921 (La traduction française de F. Sartiaux, Masson et Cie, 1921, est épuisée).
- Fig. 8. — Stegosau-ms ungulatus.
- Moulage de l’encéphale placé à l’intérieur de la région sacrée 1/4 (Marsh). ol., lobes olfactifs ; h. c., hémisphères cérébraux ; opt., région optique ; c., cervelet ; m., moelle allongée ; 1 v. à 4 v., les quatre vertèbres sacrées.
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- qui enregistrent et accumulent les faits suivant la rude doctrine de la connaissance, faisant abstraction des entités mystérieuses que peut offrir la métaphysique.
- Pour l’homme, qui a tant de peine à se débarrasser dans ses pensées de son anthropomorphisme inné, c’est une aventure angoissante que celle des Dinosaures, de leur pathétique montée vers l’anéantissement au milieu de l’inutile lutte universelle. C’est par analogie un rappel brutal à la réalité de la condition humaine.
- Les causes de cette disparition subite des grands reptiles du secondaire ont été fort discutées.
- On l’a fait d’abord dériver de catastrophes géologiques généralisées : lorsque la théorie des soulèvements brusques a été proposée, elle a séduit beaucoup d’esprits qui aiment le tragique. On admettait des conflagrations, des commotions immenses du globe. Mais bientôt les géologues ont démontré que tout cela était excessif et la théorie cataclysmique a été abandonnée.
- La transposition d’une théorie identique dans le monde animal, imaginant des luttes violentes entre espèces conduisant à la disparition de certaines, relève de la légende et ne supporte pas l’examen.
- On a invoqué également de grands changements climatériques auxquels les mammifères pouvaient mieux s’adapter. Cela semble également peu valable. Ils auraient pu se réfugier aux tropiques, puis reprendre leur existence. Bien des reptiles ont poursuivi leur vie normalement à la même époque.
- On a pensé que les Dinosaures avaient disparu par suite de la destruction de leurs œufs par les petits mammifères. Il est difficile de l’admettre car ceux-ci existaient dès le trias supérieur, ils étaient assez abondants au bathonien, très abondants au jurassique supérieur. Ils ont donc cohabité pendant des millions d’années avec les Dinosaures dont la disparition subite se situe au sommet du jurassique supérieur ; on les
- trouve jusqu’au Danien, dans les couches de passage au tertiaire.
- Il est plus probable que la disparition est due à des causes internes, à des disharmonies de croissance, ayant elles-mêmes leurs sources dans un manque d’équilibre dans les sécrétions, endocrines : dans la répartition et la nature des hormones. Ces disharmonies de croissance étant surtout sensibles pendant le stade embryonnaire et conduisant par suite d’inégales vitesses de croissance des feuillets embryonnaires à des développements excessifs de certaines parties de l’individu : viscôi'es, squelette, ectoderme, alors que le système nerveux cessait rapidement de croître.
- Lorsque ces vitesses de croissances, dont l’étude a d’ailleurs été poussée par certains chercheurs sous leur forme mathématique, aboutissaient à des valeurs respectives par trop différenciées, il en résultait des êtres disharmoniques, instables, peu viables.
- En fait, il semble bien que les Dinosaures aient constitué dans leur ensemble une masse d’organismes exceptionnellement plastique sur laquelle les facteurs d’évolution, conduits par les hasards des circonstances, ont exercé une fantaisie de variations, de mutations, plus ou moins étranges, dont les individus ultimes ont présenté de telles disharmonies organiques, de tels caractères défavorables à la reproduction et à la persistance des espèces qu’elles ont fini par disparaître.
- Quelles qu’en soient les causes véritables, la disparition rapide et totale des Dinosaures est un fait brutal, indiscutable.
- Sa connaissance est un dur rappel de l’implacable loi de l’évolution biologique qui poursuit lentement sa marche, sans revenir jamais en arrière, et qui est elle-même englobée dans la grande loi dévolution des astres qui emporte notre terre vers sa destinée.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- LA THERMOLUMINESCENCE
- Certains corps, chauffés dans l’obscurité, sont capables d’émettre de la lumière bien avant la température d’émission normale d’incandescence et sans qu’il y ait à proprement parler de transformation thermique. Il s’agit d’un phénomène de luminescence particulier, excitable par l’élévation de température, et appelé par suite : thermoluminescence.
- La thermoluminescence est connue depuis longtemps. En 1821, un pharmacien d’Annecy, Calloud, découvrait qu’en chauffant rapidement du sulfate de quinine au-dessus de ioo°, la substance s’illuminait d’une lueur bleue. Le même phénomène se manifeste avec le sulfate de cinchonine. Toutefois ces faits s’accompagnent d’une ionisation de l’air ambiant et le phénomène est tout aussi bien un phénomène de chimiluminescence ne se manifestant qu’à partir d’une certaine température.
- La fluorite, portée à 3oo° dans l’obscurité, décrépite et s’illumine de lueurs allant du bleu au mauve, parfois au violet, au verdâtre, voire au vert lumineux très vif comme dans la variété chlorophane. La fluorite est ainsi devenue le type usuel et classique des substances dotées de thermoluminescence.
- On peut se demander si ce phénomène n’est pas simplement une manifestation particulière de la phosphorescence.
- On sait en effet que les phénomènes de luminescence se manifestent de diverses façons et peuvent être classés selon leur mode d’excitation. Lorsque cette excitation est provoquée par choc, frottement, broyage, c’est la triboluminescence ; lorsque l’excitation est d’ordre chimique c’est la chimiluminescence ; l’électroluminescence se manifeste par une excitation électrique..., etc.
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- Mais les luminescences les mieux connues sont celles proA'oquées par les radiations lumineuses et ultraviolettes ou photoluminescence. La fluorescence et la phosphoi'escence sont les manifestations de la photoluminescence. Pendant longtemps, on les a distinguées en disant que la fluorescence était un phénomène instantané cessant avec l’irradiation et la phosphorescence un phénomène de restitution lente de l’énergie lumineuse. Mais on connaît aujourd’hui des fluorescences dotées d’une certaine persistance et des phosphorescences courtes. Une autre distinction devient dès lors nécessaire. Elle est donnée par le comportement thermique : si l’on refroidit suffisamment un corps phosphorescent préalablement excité, l’émission cesse; elle reprend dès qu’on réchauffe le corps. La fluorescence par contre n’est pas affectée en durée par les variations de température. En intensité, elle n’est pas influencée ou l’est en sens inverse de la phosphorescence, la luminosité pouvant disparaître au chauffage.
- 11 est donc possible que la thermoluminescence ne soit qu’un cas particulier de la phosphorescence. Il s’agirait de substances dont le point de refroidissement, correspondant à l’inhibition du phénomène lumineux, serait supérieur à la température ambiante. Au chauffage, on dépasse ce point et la phosphorescence se manifeste.
- Pourtant cette hypothèse, aussi plausible qu’elle paraisse, ne doit pas être adoptée avec facilité. Les phénomènes sont souvent plus complexes et, dans l’état actuel de la question, il apparaît que le terme de thermoluminescence doive être maintenu et que les désignations de phosphorescences qui s’étaient généralisées, notamment dans les manuels de minéralogie doivent être considérées comme impropres.
- Reprenons en effet l’exemple de la fluorite. La luminescence se manifeste avec rupture des cristaux et décrépilation. Elle peut donc être provoquée par ces faits mécaniques et serait alors d’ordre tribolumines-cent. D’autre part, abandonnée quelque temps à elle-même et chauffée à nouveau, elle n’est plus thermoluminescente. Par contre, une irradiation sous des rayons X ou sous les rayons radio-actifs lui restitue cette propriété qui apparaît alors comme une radioluminescence et non plus comme une photolumines-cencc, puisque les rayons lumineux ne sont pas capables de provoquer la mise en état activé.
- Autrement dit, on peut considérer la thermoluminescence comme une luminescence où le corps, fixé à la température ambiante dans son état d’activation, exige une température donnée pour être décroché de cet état et passer, avec restitution d’énergie luminescente, à l’état métastable non activé. Dans ce nouvel état, il peut à nouveau être réactivé (rayons X, processus chimique, irradiation...) et redevenir capable de nouvelle émission pourvu qu’il soit à nouveau chauffé à la température nécessaire.
- En réalité, la thermoluminescence a beaucoup moins bien été étudiée que les photoluminescences, mais elle peut, comme on le voit, bénéficier aujourd’hui de ce
- qui avait été fait dans ce domaine auquel elle est intimement rattachée. L’oubli dans lequel on l’avait laissée tenait à ce que les possibilités pratiques de la phololuminescence apparaissaient beaucoup plus intéressantes. Or, aujourd’hui on peut estimer que la thermoluminescence est aussi un moyen d’investigation à ne pas dédaigner.
- En minéralogie et en géologie sont déjà apparues des applications directes.
- De nombreux minéraux sont thermoluminescents. Le tableau ci-dessous en donne quelques exemples.
- Minéral Provenance Thermo- luminescence
- Fluorite diverses bleuâtre à lilas et violet
- Chlorophane rose New-Jersey (U. S. A.) verte intense
- Calcaires urgo- diverses faible à orange net
- niens
- Calcaires cristal- » do
- lins, marbres divers
- Gipolins Algérie jaune orangé
- Orthose Saint-Ghely d’Ap-cher des gneiss du littoral algérien bleue
- » bleu à bleu vert
- » des gneiss de Corse et des Maures do
- » des gneiss de Pont-gibaud bleu vert
- » des gneiss de la Bourboule verdâtre vif
- » du granit de la Bourboule jaunâtre
- Hackmannite Bancroft (Ontario) (U. S. A.) bleu
- Cancrinite Bancroft (Ontario) (U. S. A.) bleu vif
- Wernérite Canada verte
- Apatites mangané- Américaines (diver- jaune à jaune ver-
- sifères ses) dâtre
- Pectolite New-Jersey (U. S. A.) blanchâtre
- Halite bleue New-Mexico (U. S. A.) orangé
- Halite incolore, diverses nulle
- rouge, grise
- Aragonite stron-tianée Lias de Vendée, Saint-Maixent faible à bleuâtre
- Des recherches analytiques apparaissent possibles comme l’identification du strontium dans certains calcaires.
- Le manganèse apparaît comme luminogène utile dans beaucoup des échantillons (fluorites, hackman-nite...). Dans la halite bleue, c’est l’effet d’une irradiation radio-active qui semble avoir produit conjointement la coloration et la thermoluminescence.
- Dans l’ordre géologique, L. Royer a montré que la thermoluminescence bleue de l’orthose dans les roches
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- Fig. 1. — Dispositif pour observation des thermoluminescences.
- A, Substance à étudier (en grains plutôt qu’en morceaux ou qu’en poudre) ; B. Four électrique à montée en température réglable ; T. Tube en fer ou en silice opacifiée à l’extérieur ; P. Pyromètre et sa canne p ; Y. Yerre mince écran pour protéger des éclats ; 0. Œil de l’observateur pouvant être remplacé par un intégrateur photographique ou un spectros-cope.
- nombreuses, où elle entre comme constituant, avait pu êti'e altérée ou détruite par des phénomènes érup-
- tifs. Les roches anciennes (gneiss) seront thermoluminescentes, tandis que les roches éruptives ne marqueront pas ce phénomène. Ainsi a-t-il pu être distingué, dans le massif algérien, et malgré un grand air de famille, des gneiss et granités anciens et d’autres éruptifs.
- Un autre exemple des possibilités offertes par les phénomènes de thermoluminescence est donné par une variante des procédés de mesure et de contrôle colori-métrique des températures.
- Des poudres de fluorite, orthose, etc... contrôlées et émettant leur luminosité à une température donnée permettraient le contrôle de cuisson d’une pièce qui en serait enduite, la pièce étant dans un four et observée par une fenêtre.
- De même, en salle obscure, on peut utiliser ces poudres dans un vernis recouvrant une tuyauterie chaude. A une certaine température, le tuyau s’illuminera et pourra agir sur une sonnerie d’alarme par l’intermédiaire d’une cellule photo-électrique et d’un relais.
- Les phénomènes, encore mal connus et peu inventoriés, de thermoluminescence méritent donc de retenir aujourd’hui l’attention.
- Maurice Déribéré.
- HERBES A FUMER
- On fumait dans l’Ancien Monde bien avant la découverte du Nouveau et même bien avant notre ère. Non seulement maints textes anciens en font foi, mais de nombreuses fouilles archéologiques ont mis au jour, dans des gisements préhistoriques, des instruments ou ustensiles dont l’usage ne pouvait être qu’analogue à celui de nos pipes. On en a trouvé de terre, de bois, de fer; on en a réuni d’importantes collections, et certains ont même prétendu user de cet argument fallacieux pour démontrer que le tabac était connu dans l’Ancien Monde très antérieurement à la découverte de l’Amérique.
- Mais en Amérique même et en Australie, plus d’un millier d’années avant l’arrivée des Espagnols, on fumait beaucoup d’autres plantes que le tabac. Dans tout le territoire des États-Unis on a recueilli des pipes dans les couches préhistoriques, alors que les tabacs, de quelque espèce que ce soit, ne croissaient que dans une faible partie de ce territoire. Nous connaissons, par des témoignages certains, toute une liste de plantes ou de parties de plantes qui se fumaient dans le Nord du Nouveau Monde. Joseph D. Mc Guire (1899) en a dressé l’ample catalogue dans les publications du Smithsonian Institute. On a recueilli des pipes en grand nombre dans les mounds du Mississipi supérieur, du Missouri, de l’Ohio, des pentes occidentales des Alleghanis, au long du lac Ontario et jusque dans la région du Saint-Laurent, mounds que l’on attribue aux populations indiennes qui émigrèrent dans la suite
- pour s’établir au Mexique et en Amérique centrale. D’autre part, les témoignages des premiers Européens prouvent que les Indiens du Nouveau Monde fumaient à peu près dans toutes les régions, y compris celles où ne croissait pas le tabac. Ils le remplaçaient par diverses écorces, des feuilles ou des fragments de plan-
- Fig. 1. — Busserole ou Raisin d’ours. b, c, d, fruits grossis ; e, graine.
- D’après ïïegi. Illustrierte Flora von Mitteleuropa.
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- tes dont les unes sont particulièrement riches en tanin, et les autres notoirement fournies d’alcaloïdes stupéfiants ou enivrants.
- Enfin depuis que le tabac est répandu dans le monde entier, il n’a pas manqué de circonstances où les fumeurs ont été contraints de s’en passer provisoirement et de recourir à des substances de remplacement. Dans diverses régions montagnardes même, on fumait couramment et l’on fume encore, par habitude ou économie, des plantes propres à ces pays et qui ont reçu des noms comme tabac de montagne, tabac sauvage, tabac de Saint-Pierre, etc.
- On peut classer ces tabacs de remplacement en quatre groupes. Les uns étaient fumés en qualité de narcotiques ou d’excitants de l’imagination, en vue de permettre à leurs amateurs l’accès des « paradis artificiels », tels l’opium, le chanvre, la stramoine. D’autres représentaient des formes de médication, par exemple le tussilage. Un troisième groupe comprend quelques
- Fig. 2.— 1 à S, feuilles de Busserole ; 9, feuille d’Airelle myrtille ; 10 et 11, feuilles de Buis (d’après Hegi, loc. cit.).
- plantes fumées uniquement par les adolescents ou les enfants, par imitation des adultes, entre autres les liges de la clématite des bois (Clematis vitalba L.) et, d’après L. Lewin, de la canne de Provence (Arurtdo do-nax L.) (1). Le quatrième et dernier groupe, de beaucoup le plus important, et dans lequel on retrouve d’ailleurs plusieurs des succédanés indiqués aux lignes précédentes, comprend les nombreuses espèces destinées uniquement à procurer au fumeur le plaisir de fumer, quelle qu’en soit la nature, physique ou psychologique. Ces derniers succédanés varient nécessairement avec les régions naturelles par lesquelles ils sont fournis. Les populations exotiques recourent à des produits exotiques. C’est ainsi que dans l’Amérique du Sud on
- 1. Dans la traduction française, par le Dr F. Gidon, des Paradis artificiels, Payot, 1928, p. 377, VArundo Donax est appelé « Jonc d’Espagne », par confusion avec le Genêt d’Espagne. Mais il semble bien que Lewin veut parler effectivement du Roseau dit Canne de Provence.
- fume le bois de certaines Aristoloches indigènes, que les Indiens du Chili et du Brésil fument celui d’une So-lanée locale, le Cestrum par-qui L’Hérit., botaniquement assez voisin des tabacs, qu’au Mexique on fume les stigmates de maïs, que les Hottentots emploient de même les feuilles d’une magnifique Labiée, le Leonolis leonuvus,
- R. Br., etc.
- Nous laisserons ici de côté les plantes exotiques, de peu d’intérêt pratique dans les circonstances actuelles, et nous ne mentionnerons que pour mémoire celles des trois premiers groupes.
- De l’opium, nous n’avons rien à ajouter à ce que tout le monde sait. Le chanvre indien, simple race du chanvre ordinaire, fumé sous le nom de kif au Maroc et, sous divers noms, dans une bonne partie de l’Afrique et de l’Asie, est un redoutable agent de ruine physique et morale pour les populations adonnées à cette passion ; elle peuple les asi-i les d’aliénés de l’Égypte et de l’Inde, abrutit celles de diverses régions africaines. Les effets de la stra-, moine (Datura), pour retentir moins profondément sur l’organisme,
- n’en sont pas ' „ _ u B(mi(rac
- moins dangereux en raison de la folie hallucinatoire qu’ils comportent et des facilités qu’y trouvent les malfaiteurs et les criminels.
- C’est des plantes qui servent simplement de succédanés du tabac que nous voulons spécialement entretenir nos lecteurs.
- Elles sont fort nombreuses et appartiennent aux familles b o t a n i-ques les plus variées. On y trouve des mousses (Poly-trich) et des copeaux de pin, du
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- Fig. 3. — Mélilot,
- plante fourragère, abondante clans les champs,
- le long des chemins, sur les talus.
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- Fig 5. — Le Pas d’âne au moment de èa floraison, b, bouton a fleur ; c, le même en coupe ; d, un capitule fleuri ; e, le même en coupe (d’après Ilegi, loc. cit.). A la floraison, les feuilles ne sont pas encore développées.
- moins dans les régions les plus déshéritées du globe, chez les Tongouses, les Iakoutes, en Mandchourie. L’écorce de divers pins, celle de bouleau, se sont fumées en Amérique septentrionale de même qu’en Mongolie. Celle des saules, spécialement du saule pourpre et du saule noir, se fumaient couramment chez les Indiens du Maine, chez les Cheyennes, les Comanches, les Kiowas, les Sioux. De même les feuilles et la seconde écorce du cornouiller sanguin, dans les Montagnes Rocheuses et au Canada ; les feuilles du sumac glabre (Rhus glabra L., assez souvent cultivé en France actuellement) et d’un autre sumac
- Fig. 6. — Pas d’âne en feuilles ; les fleurs ont alors disparu.
- indigène, au Nouveau Mexique, au Texas, chez les Osa-ges du Kansas, chez les Kikapous de l’Ohio ; l’écorce de diverses viornes chez les Omahas ; les feuilles de la busserole ou raisin d’ours (Arctostaphylos Uva-Ursi L.) chez les Assiniboins de la Saskatschewan, chez les Pieds-Noirs et dans la région de Montréal. Actuellement encore, au Mexique, on fume les feuilles jeunes de l’Agave, cette plante grasse originairement central-américaine, actuellement naturalisée dans toute la région méditerranéenne et connue là le plus souvent sous le nom erroné d’ « aloès ». On mentionne encore le chalef (Elœagnus angiistifolia L.), si répandu sur les sables du littoral méditerranéen ; le gui, spécialement celui de chêne ; les feuilles de rhubarbe, qui remplacent, au Thibet, le tabac à fumer ; le thé vert, dont les Anglais font des cigarettes ; l’écorce de rhododendron, usitée au Népal, etc.
- Venons-en maintenant à des succédanés d’usage plus courant et plus généralisé.
- Presque tous appartiennent à la fa-mille des Composées et se manifestent au fumeur par une certaine âcreté. Par contre, les plantes à coumarine se signalent par leur odeur doucement aromatique et leur saveur à
- la fois mucilagineuse et un peu amère. Les principales sont la flouve odorante, l’aspérule odorante ou reine des bois et les mélilots. Certains fumeurs, à qui plaît le parfum de la coumarine, mélangent à leur tabac ces diverses espèces, desséchées puis réduites en poudre grossière. En est-il qui les fument seules et sans mélange ? Nous l’ignorons. Sans doute serait-ce toutefois après leur avoir fait subir quelque préparation, comme serait une macération plus ou moins prolongée dans le jus de tabac. En tout état de cause, la coumarine qu’elles contiennent ne joue pas simplement le rôle d’élément ai’omatique, elle agit également comme un léger stupéfiant. A l’état pur et à dose assez élevée, la coumarine paralyse le cerveau et l’excitabilité réflexe, provoque des nausées, des vomissements, de la céphalée, des
- Fig. 7. — L’Arnica.
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- vertiges, en même temps que le ralentissement du cœur et l’abaissement de la température du corps. Mais elle n’existe pas, chez les plantes dont nous parlons, en quantité suffisante pour produire des troubles sensibles. Même l’aspérule odorante, l’une des plus riches en coumarine, n’en contient que i à 2 pour 100, à l’époque où elle en contient le plus, c’est-à-dire au printemps. A l’automne, cette proportion se trouve réduite des cinq sixièmes. C’est seulement par la dessiccation que la coumarine se forme dans les tissus de l’aspérule, des mélilots jaunes et blancs et de la flouve odorante ; dans le mélilot bleu ou baumier (Trigonella cærulea Ser.), souvent cultivé dans les jardins, la plante fraîche elle-même est très odorante.
- Si les plantes à coumarine ne sont guère recherchées par les fumeurs que pour obtenir un mélange parfumé, les Composées dont il va être question se fument souvent seules et pour elles-mêmes, ou du moins mêlées l’une à l’autre en proportions dosées au goût de chacun. Ce sont l’armoise, la bardane, le pas d’âne, l’arnica et les doronics.
- L’armoise et la bardane sont, depuis des siècles, fumées par les Mongols. La première a reçu, en France et en Belgique, le nom suffisamment significatif de (t tabac de Saint Pierre ». Elle n’est que faiblement odorante, contient peu d’huile essentielle, surtout du tanin et des matières résineuses, pas d’alcaloïde, et possède une saveur fortement amère. Elle recherche les sols riches en nitrates et se rencontre abondamment sur les décombres, les terrains vagues, aux abords des villages, le long des haies, des voies ferrées,, sur les alluvions récentes. Bien que son huile essentielle à haute dose puisse être considérée comme toxique, il est certain que, fumée, l’armoise se montre à peu près inoffensive, ce qui lui conférerait une immense supériorité sur le tabac..., si elle en possédait l’arome.
- On peut en dire autant de la bardane. Encore n’est-il pas impossible de renforcer l’illusion du fumeur en faisant macérer ses feuilles dans du jus de tabac. Bien connue des enfants pour ses capitules qui s’accrochent aux vêtements et à la chevelure,
- « L’amour es comme la lampourdo,
- S’arrapo mounte pôn toucar »
- chante Mistral, la bardane retient l’attention par ses larges feuilles en cœur renversé qui peuvent atteindre 3o cm. de longueur. C’est sans doute à ces vastes dimensions, rappelant celles des feuilles de tabac, que la plante a dû le rôle qui nous occupe. Comme l’armoise. elle recherche les terrains ammoniacaux, vit dans le voisinage des villages et sur les décombres. Ses propriétés thérapeutiques sont très discutées, les analyses chimiques n’ayant jusqu’ici permis d’y déceler rien d’autre que des éléments assez répandus dans le monde végétal, tanin, résine, mucilage, sels de potasse, de chaux, de magnésie, etc. ; cependant elles sont affirmées par de nombreux praticiens. Du moins n’existe-t-il, dans ces grandes feuilles, toutes désignées pour rouler de magnifiques cigares, aucun élément nocif.
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- Fig. 8. — Le Doronic mort aux panthères : feuillage.
- Bien moins encore dans celles du pas-d’âne, qui sont même douées de propriétés bienfaisantes, au dire de Pline l’Ancien, « à condition, précise-t-il, de boire, entre chaque bouffée, une gorgée de vin de raisins secs ». Feuilles et racines sèches se fumaient, d’après cet auteur, à l’aide d’un tube de roseau pour guérir les toux invétérées. Sans doute leur haute teneur en salpêtre favorise-t-elle les sécrétions muqueuses et l’expectoration. Mais plus souvent encore, surtout en pays wallons, les fume-t-on tout uniment comme tabac. Pour cela, une fois cueillies, on les laisse sécher doucement à l’ombre, puis on les entasse par lits successifs, on les laisse fermenter et on les fait sécher suspendues à des ficelles tendues dans un endroit aéré. On obtient ainsi une sorte de tabac qui, pendant la Grande Guerre, s’est même vendu, dans les villes flamandes, en paquets ad hoc munis de la suscription ingénieuse : « Ken tabak, maar 00k niet Kastanje-boom » : « pas de tabac, mais non plus pas de copeaux de châtaignier ». Ce succédané possède sur tous les autres la supériorité d’être en même temps un remède pour les bronchiteux, d’après le phytothérapeute allemand H. Schulz (1).
- L’arnica serait moins anodin. En Suède, dès le temps de Linné, en Russie, dans les Vosges, dans les Alpes, on fume ses feuilles et ses fleurs à la place du tabac. Les montagnards ajoutent même la poudre de feuilles sèches, éminemment sternutatoire, à leur tabac à priser. De là les noms, sous lesquels est connue également cette plante au renom populaire, de « tabac de mon-
- 1. Il n’est pas inutile de rappeler que le Pas d’Àne fleurit dès la fin de l’Iiiver, mais que ses feuilles ne se développent que plus tard, d’où son ancien nom de Filius ante patrem. Ces feuilles ne se récoltent donc qu’en été.
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- Fig. 9. — Feuilles d’autres espèces de Doronics : 1 et 2, Doronic à feuilles de Plantain ; 3, Doronic scorpioïde.
- tagne, tabac des Vosges, tabac des Savoyards ». Encore faut-il s’adresser à l’arnica authentique, et non à l’un de ses innombrables substituts, abusivement introduits dans les jardins des villages sous son nom. Il suffit, dirait-on, qu’une Composée possède des fleurs jaunes pour que le populaire soit tenté de la baptiser arnica. C’est ainsi que l’on rencontre, afflublés de cette trompeuse désignation, des séneçons, des épervières, des aunées, des porcelles, le tragopogon, le télékia, etc... Pourtant, si vaste et si complexe que soit la famille des Composées, à laquelle il appartient, il est facile à reconnaître à un ensemble de caractères qui lui sont propres : toutes ses feuilles sont étalées en rosette sur le sol, à l’exception d’une seule paire, deux paires au plus, opposées une à une sur la tige et vers son milieu. Cette tige ne porte normalement qu’une seule « fleur », au sens vulgaire, c’est-à-dire un seul capitule ; seules les plantes luxuriantes en portent trois ou cinq. Larges de 6 à 8 cm., ces fleurs, d’un jaune orangé très foncé s’épanouissent de juin en août, suivant l’altitude. Le trait à retenir, le trait unique, qui permet de ne confondre l’arnica avec aucune autre Composée, ce sont les deux petites feuilles insérées face à face au milieu de la tige. Cette plante croît sur l’humus, la silice, le granit, le basalte, rarement en régions calcaires, dans les prairies pauvres, les pâturages non fumés, les bruyères, les bois clairs, de préférence en montagne, entre 6oo et 2 800 m. Pourtant elle se trouve aussi dans l’Orléanais, le Berry, les Landes et l’Alsace. Certes l’arnica est loin de posséder la toxicité du tabac. Néanmoins, et bien que l’on n’arrive pas encore à expliquer clairement ses effets par ce que l’on sait de ses principes chimiques, il est hors de doute que l’arnica
- est une plante dangereuse et qui a fréquemment causé de très graves accidents, soit prise en décoction, soit simplement employée en applications externes. Comment agit-il P Pour les uns c’est directement sur les muscles, pour les autres c’est sur le système nerveux central. D’après certains, stimulant médullaire, et, d’après certains autres, paralysant médullaire, sans doute, comme pour tant d’autres plantes actives, le tout dépend-il du dosage. Comment, sous forme de fumée, son action retentit-elle sur l’organisme P II semble bien qu’actuellement on ne soit pas en mesure de répondre à cette question.
- Doit-elle se poser pour les doronics, si voisins botaniquement de l’arnica et tous également employés comme succédanés du tabac ? Nos contemporains ne croient plus à leur toxicité, ni même à leur valeur thérapeutique. Mais, au xvme siècle, Linné les regardait comme suspects, et Matthiole, au xvie, ainsi que son contemporain et correspondant Cortusi, s'appuyaient sur des faits d’expérience pour les déclarer au contraire fortement vénéneux. Quoi qu’il en soit, on fume, en particulier dans les Alpes autrichiennes, les feuilles des divers doronics en manière de tabac. Ces espèces sont plus nombreuses et plus répandues en Europe centrale que chez nous, où la moins rare est le doronic mort-aux-panthères, assez répandu dans la zone moyenne de nos montagnes. Plus rares sont le doronic d’Autriche, dit spécialement « tabac sauvage », le doronic à feuilles de plantain et le doronic scorpioïde. Tous se distinguent aisément de l’arnica, avec lequel on les confond cependant couramment et sous le nom duquel on les cultive souvent, par leurs feuilles alternes et leurs fleurs jaune clair. On connaît encore très mal leurs principes chimiques et l’on n’est, par suite, pas en mesure d’expliquer l’agrément qu’y trouvent les fumeurs des montagnes, si toutefois cet agrément est vraiment positif.
- Mais à vouloir entrer dans le vif de ce problème, on serait vite amené à en étendre la portée à tous les autres succédanés du tabac, au tabac lui-même, et finalement à l’acte meme de fumer. Et ceci nous conduirait rapidement à quitter le terrain scientifique proprement dit pour nous engager dans un domaine délicat qui n’est pas le nôtre, celui de la psychologie. Pourquoi fume-t-on ? D’où est venue aux hommes l’idée de ce plaisir, vite tourné en besoin ? Ce n’est pas ici le lieu de le rechercher, si intéressante que puisse être cette étude.
- P. Fournier,
- , Directeur du Monde des Plantes.
- LA PÉTRIFICATION DU SOL
- Les grands problèmes devant lesquels l’art de l’ingénieur s’est trouvé placé dans ces dernières dizaines d’années, ont fait apparaître, dans de nombreux cas, comme désirable de disposer d’un procédé de solidification des couches du sol.
- PROCÉDÉS PAR CIMENTATION
- Le procédé par cimentation, est applicable dans les terrains formés de graviers ou de sable grossier. On utilise un lait de ciment, que l’on injecte dans le sous-
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- sol au moyen de tubes perforés ou « lances » ; le mélange résultant du lait de ciment avec les graviers ou le sable fait prise comme un béton ordinaire et détermine une pétrification durable.
- Malheureusement, une cimentation de ce genre n’est possible que dans des conditions strictement limitées. Dès que le sous-sol, comme c’est généralement le cas, présente des constituants plus fins, ou même contient de la glaise ou de l’argile, les granules de ciment se déposent au voisinage immédiat de la lance et n’atteignent pas les couches éloignées. Des difficultés se présentent également si ces terrains contiennent des matières qui retiennent le ciment ou s’il existe un courant d’eau qui délaie le ciment avant la prise. Celle-ci, au surplus, ne se produit qu’après des jours entiers.
- Pour ces différentes raisons, la cimentation n’a pas pris une grande extension dans les techniques des fondations. Elle a fait place dans de nombreux cas à des procédés de congélation du sol ou à de véritables pétrifications obtenues par voie chimique (x).
- NOUVEAUX PROCÉDÉS DE CONGÉLATION
- Les modifications importantes apportées par un gel inlense à la résistance des terrains ont été mises à profit en Sibérie pour le creusement des puits ; le froid naturel a été utilisé dans ce pays pour faciliter certains travaux publics, tels que les terrassements et les fondations ; on a pu. également utiliser la gelée pour faire éclater des blocs de rocher. En immergeant dans des rivières gelées de la paille et des branchages, il est possible de constituer des passerelles « armées » permettant le passage des charrois.
- En i85a, un Français, Michaux, surveillant aux
- I. Voir notamment, sur les procédés de congélation par saumures, les numéros des 24 septembre et 8 octobre 1938 du Bulletin technique de la Suisse romande ; sur le procédé chimique Joosten, la revue Simens, année 19So, u° 3 et année 194.1, n° 2.
- Fig. 1. — Procédé ordinaire de congélation du sol par machine frigorifique séparée et circulation de saumure.
- ~l Compression Aspiration
- Réservoir^ de liquide a ,ht pression
- Circuit 1 , (Centrale frigorifique.)
- Détendeur
- Station de réglage
- pndenseur
- 'Circulation à > contre-cour:)
- Evaporateur
- Circuit 2
- > ( Saumure Congélateurs)
- Terrain "
- Congela teurp
- " Pompe pour circulation de ia saumure
- I Compression Aspira t ion
- Réservoir de liquide à haute-pression
- Circuit 1
- ( Centrale frigorifique )
- froide l----------\,
- Condenseur ( Circulation à contre courant )
- Terrain
- Congélateur (evaporateur)
- Fig. 2. — Congélation directe du sol par évaporation du fluide frigorigène à l'intérieur des sondes (d’après Rodio).
- mines d’Ànzin, publia un mémoire sur l’emploi du froid dans le creusement des puits de mine. Une première application fut faite en Angleterre, en 1862, au moyen d’une machine frigorifique à éther, pour une traversée de sables boulants.
- Les procédés de congélation artificielle du sol ont pris depuis celte époque un grand développement dans le domaine minier. En Belgique, la profondeur des puits de mine, foncés par congélation, dépasse 600 m.; c’est ainsi qu’aux charbonnages de Houthaelen-Zolder, il existe 2 puits de 5 m. de diamètre utile et mesurant 625 et 635 m. de profondeur, creusés par ce procédé. Par contre la congélation n’est pas très en faveur dans les travaux publics, vraisemblablement à cause de son prix élevé. Une des premières applications fut la préparation d’un puits d’ascenseur à bateaux sur le canal de Saint-Omer, en 1893. Vinrent ensuite les travaux du Métropolitain à la Place Saint-Michel en 1907 et les travaux très importants ds puits du tunnel sous l’Escaut à Anvers (1932). Pour le barrage, très difficile, du Rhône à Génissiat, on procéda à des essais de constitution de prébâtardeaux obtenus par congélation. Une réalisation très hardie, la seule qui pouvait être envisagée, fut adoptée aux Etats-Unis pour couper court à une catastrophe : le glissement des boues qui menaçait d’envahir les fouilles du barrage de Grand Coulée. La congélation permit d’obtenir un arc horizontal constitué par solidification des boues elles-mêmes et qui résista parfaitement à la poussée, bien que les pressions de l’arc aient dépassé i4 kg’, par cm2.
- Dans les procédés classiques, on utilise une saumure à basse température produite par une centrale frigorifique et circulant dans les lances creuses foncées dans le terrain. Un procédée perfectionné, mis au point par Dehottay et Rodio, semble appelé à un grand avenir. Dans ce nouveau système, le fluide utilisé, en l’espèce du gaz carbonique préalablement liquéfié et refroidi à la température ambiante, est envoyé dans les lances, où il se détend ; la génération du froid est donc produite au sein même des terrains à congeler. Le gaz revient ensuite à la machine de condensation.
- L’installation est très simplifiée par les suppressions
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- Fig. 3. — Consolidation en sous-œuvre des fondations de l’abside de la cathédrale de Ribe 'par injections chimiques Joosten.
- Les lances verticales et obliques c, pénétrant dans le massif de fondation ancien bd, donnent naissance à un bloc pétrifié a (Les documents concernant la pétrification chimique sont extraits de la Revue Siemens).
- du circuit de saumure, des échangeurs de température, des doubles tuyauteries des lances de congélation, et de l’évaporateur. Il y a un gain appréciable de force motrice, la seule suppression de la pompe de circulation de saumure pouvant entraîner un gain de 20 pour 100 ; les pertes de froid le long de la conduite d'amenée de saumure sont supprimées, et le prix de revient global est sensiblement abaissé.
- La détente directe du gaz carbonique dans les lances permet d'obtenir une température de moins 4o° ; il est possible de dégager jusqu a 800 frigories par heure et par mètre de lance si le sol contient beaucoup d’eau ; à titre de comparaison, aux travaux du tunnel d’Anvers, on dégageait seulement 76 frigories par heure et par mètre.
- Sous cette forme perfectionnée la congélation est un procédé susceptible d’un assez vaste développement. Elle présente l’avantage d’être à peu près indépendante des terrains traversés, et de s’appliquer aux terrains qui ont la plus mauvaise réputation : sables boulants, limons, argiles molles. Elle permet de reprendre en sous-œuvre des ouvrages, en formant des piliers, verticaux ou inclinés, de forte capacité portante, aussi résistants que du béton. L’excellente adhérence de la glace avec le béton, la maçonnerie et les métaux fournit d’autre part des solutions d’étanchéité intéressantes dans le cas de la réalisation de joints sous l’eau entre les éléments d'un même ouvrage, par exemple entre plusieurs caissons à air comprimé ; la congélation apporte
- une sécurité nouvelle pour l’emploi des caissons à air comprimé lorsqu’il s’agit de travailler au-delà de la limite pratique de profondeur (a5 m.), ou de traverser des couches très molles dans lesquelles ce caisson risque de s’enfoncer brusquement. Par contre, la solidification par congélation est essentiellement provisoire et cesse d’elle-même après la fermeture du chantier.
- PROCÉDÉS CHIMIQUES
- Depuis 1926, on utilise un autre procédé de solidification et d’étanclrement du sol qui évite les inconvénients mentionnés ci-dessus. Ce procédé, appelé du nom de son inventeur le procédé chimique ,Joosten, repose sur l'injection successive, dans le sous-sol, à l’aide de lances, de deux solutions chimiques différentes. La première est une solution d’acide silicique, qui ne détermine aucune combinaison chimique avec les particules du sol, mais qui chasse l’eau souterraine et revêt ces particules d’une mince pellicule. La seconde est une solution saline qui entre instantanément en réaction avec la première, donnant naissance par précipitation à un gel colloïdal d’acide silicique. Par suite des tensions superficielles créées par la formation du gel, les particules du sol se trouvent fortement reliées entre elles.
- La constiution de la roche nouvelle, ainsi obtenue, est entièrement comparable à un grès de moyenne dureté avec liant siliceux. Les résistances que l’on peut obtenir, en sol sableux, atteignent 80 kg. par cm2 ; elles sont abaissées en présence de constituants glaiseux ou argileux. Comme la réaction chimique n’est pas réversible, la consolidation, une fois obtenue, persiste indéfiniment, comme l’on montré de nombreuses observations et prises d’échantillons exécutées sur des travaux datant actuellement de i4 ans.
- Les avantages de la consolidation chimique sont les suivants. Il ne peut y avoir de ségrégation, autrement dit le dépôt anormal d’un constituant quelconque ne peut se produire, comme dans l’injection de lait de ciment, car il ne s’agit point d’un mélange physique mais de so lutions chimiques pures ; de même, un délayage par les eaux souterraines est impossible à cause de la rapidité de réac-
- Fig. 4. — Pétrification chimique du sol pour l’exécution d’une voûte de métro.
- Enfoncées obliquement, les lances solidifient un pan de terrain en forme de trapèze, qui sera taillé au marteau-piqueur.
- Rue du Renard ----12,00 ----
- r c Largeur normale 7,700.
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- tion. Les constituants chimiques étrangers n’altèrent pas le sol consolidé ; une solution de sulfate de soude, qui corrode dangereusement un béton poreux, n’agit plus sur un béton qui a subi le traitement Joosten. La consolidation, dans un sol perméable, se traduit par un étanchement qui s’étend à distance et permet de supprimer radicalement toute arrivée d’eau. La seule condition obligatoire est que les terrains puissent évacuer l’eau qu’ils renferment, afin d’absorber les solutions chimiques ; ceci est à considérer si l’on a à forer des puits de grande profondeur, car un procédé différent, la congélation par exemple, devrait être adoptée pour traverser les sables très argileux.
- CONSOLIDATIONS ET ÉTANCHEMENTS
- Voici, à titre d’exemples, quelques travaux exécutés avec le procédé de « pétrification ».
- Les fondations de la cathédrale de Ribe, en Jutland, antique monument historique exécuté en maçonnerie de moellons, reposait sur une couche de sable fin. Des tassements de sable ayant mis en péril l’édifice, dans lequel se montraient de très fortes crevasses, on résolut une reprise en sous-œuvre au moyen de puits de fondation et de poutres transversales. Cette méthode s’étant révélée inapplicable, on se décida à élargir par le procédé chimique les murs de fondation existants et
- Fig. i>. — Travaux exécutés par pétrification dans le sous-sol de la City Mill River.
- Exécution de deux tunnels passant sous les piles d’un pont. a, niveau de l’eau ; b, paroi existante en palplanches ; c, boue ; d, gravier ; e, chapeau de terrain pétrifié chimiquement pour la protection du chantier ; / et g, tunnels.
- Vue d'en haut
- Coupe A B
- Fig. G. — Progression d’un bouclier sous un cours d’eau.
- a, niveau exérieur ; b, niveau de ia nappe aquifère ; c, zone dangereuse ; d, sens de l’avancement des travaux ; e, bouclier dont la partie A est sous pression d’air ; /, sas d'entrée ; g, voussoirs
- à les approfondir jusqu’au contact d’un sol meilleur. Les travaux furent exécutés au moyen de lances inclinées et dirigées radialement et obliquement sous les fondations de l’abside ; le sous-sol, dûment pétrifié en masse, forma un prolongement de fondation qui vint reposer sur un sable fin et siliceux, écartant définitivement de nouveaux dangers pour l’édifice.
- Lors des travaux de consolidation entrepris en liaison avec l’établissement du Métropolitain de Londres à la Monument Station, la consolidation chimique du sol fut utilisée pour déplacer un grand égout collecteur. A Teplitz-Schœnau, en Bohême-Moravie, existent des sources minérales chaudes qui sont captées par un établissement thermal. Le sous-sol, au droit des sources et sous la rivière Becvou, est formé jusqu’à une grande profondeur de grès, sur lequel s’est déposée une couche épaisse de 4 à 5 m. de cailloux roulés. Par les fissures, l’eau chaude des sources s’était frayé un chemin jusqu’à la couche de cailloux, en sorte que l’eau minérale s’échappait dans la rivière au lieu de se diriger par les captages. Gi’âce à la consolidation et à l’étan-chement du lit de cailloux, ainsi qu’à l’obturation simultanée des fissures du grès par voie chimique, la fuite d’eau chaude fut tarie en peu de temps.
- La pétrification chimique s’applique aux étanche-ments des maçonneries devenues perméables, spécialement à la suite de foi’mation de fissures. Il est indifférent que la construction soit en maçonnerie ou en béton ; les solutions chimiques pénètrent dans les plus fines ramifications des fissures et y agissent activement ; l’opération peut être exécutée en présence d’un fort courant d’eau : le procédé est par suite applicable pour l’élanchement des barrages, écluses, docks et autres constructions hydrauliques avariées.
- Signalons, en France, un essai de pétrification du sous-sol parisien exécuté pour le métro de Paris à la station Hôtel-de-Ville, à l’angle de la rue du Renard et de la rue de Rivoli, sous une fondation d’immeuble ; on procéda à la pétrification d’une grande partie de la région devant former la voûte de la nouvelle ligne de métro (n° ix), qui fut ensuite attaquée, comme un ter-rain naturel, au marteau-piqueur pneumatique. Le sol pétrifié sembla plus dur aux ouvi'iers que le poudingue lui-même !
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- Fig. 7. — La pétrification du sous-sol protège également le chantier souterrain et les ouvrages supérieurs.
- a. niveau de la rivière ; b, niveau de la nappe aquifère ; c, murs de quai ; /, tunnel d’approche exécuté avec un petit bouclier ; e, lances d’injection ; d, chapeau de terrain pétrifié ; g, tunnel définitif.
- Dans les mines, il a été possible d’étancher des galeries présentant des jaillissements sous 80 atmosphères de pression d’eau. On a pu également assurer la sécurité de cuvelages tassés ou fissurés, les solutions chimiques étant injectées à travers le cuvelage dans les terrains environnants.
- TRAVAIL AU BOUCLIER
- Des travaux remarquables, qui eussent été vraisemblablement impossibles sans le secours de la pétrification chimique, ont été exécutés pour le Central London Raihvay par la Simens-Bau et John Mowlen, pour la construction de deux tronçons de tunnel sous la City Millriver. Au point de croisement, les tunnels se trouvent sous les piles d’un pont, emprunté par les voies du London and ISorth-Eastcrn-Railway ; indépendamment des difficultés de travail sous le fleuve, il fallait donc creuser sous un ouvrage d’art existant et fortement chargé. Le sol du chantier était composé de graviers dans lequel on progressait au moyen de boucliers sous air comprimé, en utilisant des voussoirs en fonte pour l’achèvement de la construction. L’utilisation
- d’air comprimé exige toutefois la présence d’une couche de terrain suffisamment ferme, empêchant les fuites brusques d’air comprimé, et qui n’existait pas dans le lit du fleuve.
- On aurait donc été conduit à faire passer le tunnel en grande profondeur, solution coûteuse et que rien ne conditionnait par ailleurs, si la pétrification du lit du fleuve n’était venue apporter la solution désirée. A cet effet, des lances d’injection furent enfoncées dans le sol à partir d’un ponton solidement amarré sous les arches du pont. Les pompes à liquides chimiques furent installées sur le chemin de halage. Aucune difficulté ne se produisit du fait de l’utilisation d'un chantier flottant ; le résultat fut excellent ; l’avancement du tunnel, sous la protection du plafond pétrifié, se fit avec toute la sécurité désirable et avec des pertes d’air comprimé minima.
- Un problème analogue reçut également une solution remarquable lors du passage de deux tunnels de 4 m. de diamètre chacun, creusés par boucliers et passant sous les murs de quais et différentes piles en rivière, lors de la traversée souterraine de la Waterwoks River. Lu égard à la faible épaisseur de la couche de terrain existant entre la partie supérieure du bouclier et le pied de ces ouvrages, on craignait des tassements dangereux, puisque le terrain s’ameublit nécessairement devant le bouclier. Pour éviter ces accidents, les grands boucliers ne furent avancés que jusqu’à une certaine distance des ouvrages, puis on continua l’avancement avec de petits boucliers de 2 m. 3o de diamètre seulement. Les parois en acier de ces petits boucliers étaient munies d’ouvertures à travers lesquelles on pouvait enfoncer au dehors les lances d’injection.
- Grâce à ces lances, une couche de terrain pétrifié put être créé au-dessus de la zone dangereuse ; les grands boucliers purent avancer ensuite sous cette protection, et les tunnels furent achevés sans que l’on eût à déplorer aucun affaissement des ouvrages déjà existants.
- Pierre Devaux,
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- = CHAUFFÉ, ÉCLAIRÉ, RAFRAICHI ET ASEPTISÉ =
- AU FEU CENTRAL !
- La Nature a récemment décrit (n° 0077) le chauffage central naturel dont jouissent les heureux habitants de Chaudes-Aigues. Peut-être ses lecteurs seront-ils curieux d’apprendre qu’il est des lieux encore plus favorisés où la chaleur centrale non seulement chauffe, mais éclaire, rafraîchit et aseptise. Il s’agit de Larde-rello qui se trouve en Toscane, à 120 km. de Florence, non loin de Sienne, de Pérouge, de San Gimignano, tous sanctuaires d’art. On y parvient de Volterra, jadis tenace rivale de Florence. Sur l’autre versant d’une vallée trompeuse qui se dédouble, se déboîte comme
- un jeu de décors sur un plateau tournant, une vallée au nom wagnérien, la vallée d’Eisa, se découvre tout à coup en paysage dantesque (fig. 1). Dans des nuages de vapeur, jaillis du sol comme par une machinerie d’opéra, on devine une cité industrielle. C’est Larde-rello.
- Larderello se tient, en lisière des trésors de la Renaissance, un peu à l’écart du courant touristique. La surprise que réserve ce site est d’une autre qualité, car il n’est pas habituel de voir le feu central souffrir la domestication.
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- Fig. !. — La vallée de Larderello.
- Donnons à celle manifestation volcanique le nom qu'elle porte clans le pays. Ce sont des « Soffioni ». Cousins germains des « Geysers », les Soffioni — qu’il faut traduire « Soufflards » — jaillissent avec bruit. Mais, tandis que les bruissants geysers d’Islande crachent de l’eau, c’est de la vapeur brûlante que vomissent les bouillants Soffioni toscans.
- A la faveur des fissures de la croûte terrestre et des anfractuosités superficielles, ces jets bouillants se livrent passage à l’extérieur, amoncellent au-dessus du sol ces carieux nuages de vapeur qui contribuent à donner au pays une physionomie quelque peu infernale. Creusant la surface à leurs issues, ces jets de vapeur forment des entonnoirs bientôt remplis par les eaux phréatiques, unies à celles de condensation de la vapeur. Ainsi se forment, à la surface, des lacs
- Fig. 2. — Au bord de la roule, un soffioni jaillit, formant un lagoni dont les eaux sont chargées d’acide borique.
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- en miniature, les « Lagoni » (fig. 2). De l’eau de ces lagoni on retirait, dès longtemps, l’acide borique. C’est l’origine des audacieuses réalisations que nous allons esquisser.
- L’audace la plus caractérisée fut de ne pas se borner à recueillir la vapeur jaillissant en surface, mais d’aller la chercher en profondeur et d’en provoquer l’éruption par des forages. La première de ces audaces remonte à i836. Alors, des puits, à la vérité peu profonds et de faible diamètre, revêtus de tubes en tôle rivée, avaient été pratiqués.
- L’audacieux était un ingénieur français, le comte de Larderel. Fondateur de la dynastie qui n’a pas cessé depuis lors de régner sur cette enclave de l’Enfer,
- Fig. 3. — Un « soffionissimo » foré et capté.
- ce hardi pionnier a frappé le pays de l’empreinte de son nom : Larderello. L’attention du Français de Larderel avait été attirée sur les soffioni à la fin de la période napoléonienne et c’est en 1818 qu’il avait entrepris d’exploiter leur puissance géothermique pour concentrer les eaux-mères des lagoni et en extraire l’acide borique qu’ils contiennent.
- Depuis lors l’entreprise s’est étendue en surface à Caslelnuovo et à Serrazano, elle a pris un développement considérable tout en conservant un caractère familial, transmise qu’elle a été de père en fils, en petit-fils et en gendre suivant la bonne formule qui a fait la prospérité des entreprises et des nations, chaque génération marquant du sceau d’un progrès nouveau son passage aux « affaires ».
- Les premiers forages du fondateur étaient modes-
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- Fig. 4. — Vue générale de l’exploitation de Larderello.
- tes. L’usage de la région au Moyen Age était d’ériger au seuil de l’habitation de chaque notable une tour parallélépipédique de hauteur proportionnée à sa fortune. Bon nombre de ces tours subsistent à San Gimi-gnano et contribuent à l’originalité de cette cité-bijou. Sa « tour », de Larderel l’avait enfoncée en profondeur. Elle n’avait que quelques mètres. Ses héritiers ont fait mieux : perçant la croûte superficielle d’autant de cheminées volcaniques artificielles, la sonde va aujourd’hui taquiner la marmite en fusion par 600 m. de fond. Vieux maintenant de 10 ans, le premier de ces forages à grande profondeur a jailli en un bouillonnement tumultueux, salué à sa naissance du nom de « Soffionissimo » (fîg. 3). Le fait est que ce soufflard avait du souffle au superlatif. Ce fut une belle explosion, urïe véritable éruption volcanique qui,
- Fig. 5. — Au seuil de l’exploitation, les bustes du Français François de Larderel et de son fils.
- après avoir projeté à une grande hauteur de la boue et des pierres, émit des torrents de vapeur avec un mugissement assourdissant, perçu jusqu’à Vol terra, distant de 20 1cm. à vol d’oiseau et qui se prolongea jusqu’à ce que l’indocile fût dompté. Cela ne demanda pas moins de vingt jours. En deux points (Larderello et Serrazzano) le débit horaire de vapeur à la pression de 4 et môme de 5 atmosphères et à la température de 25o° C. à la bouche du super-soufflard est de 200.000' kg. Un autre forage (Larderello) débite 180000 kg./h.
- Peu de temps avant la guerre, par la faveur du souverain des lieux, prince Ginori Conti, roi de l’acide borique, sénateur du royaume d’Italie, savant chimiste et gendre du petit-fils de notre Français François de Larderel, j’ai eu la bonne fortune de visiter tout à loisir celte exploitation peu banale. Alors, la puissance utilisable, empruntée au feu central était de l’ordre d’un million de kilogrammes de vapeur à l’heure. Et l’on envisageait de la tripler, de la quadrupler. Au cours de la guerre, le prince Ginori Conti est mort, laissant à son fils cette entreprise unique au monde.
- Sans doute existe-t-il au Japon, à Java, en Nouvelle-Zélande et en Amérique des manifestations volcaniques analogues à celle-là ; mais nulle part, croyons-nous, elles ne font l’objet d’une puissante exploitation industrielle scientifiquement conduite comme l’est celle de Larderello.
- De ce million de kilogrammes/heure de vapeur captée que fait-on ?
- Une partie est utilisée au traitement de l’acide borique qui, en dépit de l’extension des produits exploités, reste l’industrie de base. L’acide borique arrive avec la vapeur. Il faut l’en séparer et le purifier. C’est à quoi servent les petites chaudières dont on voit une batterie sur la droite de la figure 4-
- En dehors de son usage pharmaceutique d’antiseptique léger, uni au carbonate de sodium, l’acide borique donne des borates de sodium et de magnésium, le perborate de sodium, le borax dont les usages tant industriels que pharmaceutiques sont nombreux. Incorporé à titre d’adjuvant au sel de sodium des acides gras il donne des savons aseptisés...
- L’acide borique a aussi d’autres usages de qualité
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- plus sportive. Comprimé à 3oo ou 4oo atmosphères il procure la matière glissante des patinoires artificielles que nous avons connues naguère à Paris et ailleurs.
- Sont en outre entraînés par la vapeur surchauffée : i° de l’anhydride carbonique dont une partie solidifiée procure sur place de la glace sèche. Ainsi le prestidigitateur fait-il du froid industriel avec le feu central et il est devenu le fournisseur des glacières du pays ; 2° de l’ammoniaque dont on fait du sulfate et du carbonate d’ammonium ; 3° de l’hydrogène et de l’azote, qui, combinés suivant les méthodes classiques, font de l’ammoniaque et des azotates, bref toute une gamme d’engrais chimiques azotés ; 4° de l’argon et de l’hélium dont on connaît les précieux usages ; 5° du méthane, qui. à l’époque de ma visite n était guère employé que comme gaz d’appoint pour le chauffage des fours et qui, avec les perfectionnements apportés depuis lors à la technique de compression des gaz, pourrait bien avoir gagné le rang de carburant de remplacement.
- Le surplus d’énergie disponible alimente une centrale électrique dont le courant triphasé à 4 5oo V. 5o périodes transformé à 16 ooo et 4o ooo V. et distribué par la Société • Ligure-Toscane procure force et lumière à toute la région jusques et y compris Livourne.
- Cette « houille rouge », comme l’a appelée le
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- XIIe Congrès géologique italien, est un combustible exceptionnel. En cet hiver où les foyers de notre pays connaissent de sévères restrictions, que ne donnerait-on pas pour que les puits artésiens de Belleville et de Grenelle ne se missent à vomir de la vapeur brûlante aseptisée à l’acide borique ? Quel coup de main le feu central, venant à la rescousse, ne donnerait-il pas à l’installation du chauffage urbain ?
- Ce combustible exceptionnel est gratuit en apparence, mais pratiquement, il faut compter les dépenses considérables de forage, d’outillage, d’entretien, de main-d’œuvre.
- Payante, la houille rouge l’est à la fois au sens de bénéficiaire pour le producteur — le transformateur faudrait-il dire plus justement — et au sens économique pour le consommateur, car, tous comptes faits, la vapeur ainsi libérée des entrailles de la teiTe, est moins onéreuse que si elle était produite par combustion de la houille. N’en serait-il pas ainsi que son exploitation resterait intéressante là où le charbon n’est pas abondant et le pétrole rare.
- Quand il s’en mêle, le feu central ne fait pas les choses à demi.
- Heureux Toscans de cette région bénie des Arts, ils sont chauffés, éclairés, rafraîchis et aseptisés au feu central !
- Georges Kimpflin.
- E L'ÉCOLE DES CHARTES ET LA GÉOPHYSIQUE =
- Il y a une trentaine d’années, plusieurs publications d’un érudit char liste, M. Étienne Clouzot (Q, ont montré quelle précieuse source d’informations les dépôts d’archives constituent pour la connaissance des modifications du sol pendant la période historique comme pour l’étude des phénomènes actuels. Quelques années plus lard, M. Le Tonnelier, alors archiviste départemental de la Haute-Savoie, en apportait une seconde preuve par la découverte de pièces qui ont permis d’établir la chronologie des variations glaciaires depuis la fin du xvie siècle, ainsi que les différentes modalités de ce phénomène. Enfin tout récemment un jeune chartiste, M. René Gandilhon, archiviste en chef de la Marne, a révélé une page inédite de la climatologie et de la potamo-logie de la France dans sa thèse pour le doctorat ès-lettres : Politique économique de Louis XI (1 2 *), ouvrage remarquable soit dit en passant, dont l’Académie des Inscriptions et l’Académie des Sciences morales ont reconnu les mérites en lui attribuant leurs plus hautes récompenses.
- Exposant le long et énergique effort de Louis XI pour réparer les ravages causés par la guerre de Cent Ans, notamment pour reconstituer l’agriculture abandonnée sur de vastes territoires, l’auteur de ce beau livre montre cette grande oeuvre mise en péril à la fin du règne par d’effroyables calamités climatiques.
- Le célèbre ouvrage de feu le professeur Brückner, Klima-
- 1. Les marais de la Sèvre Niortaise et du Lay, du xe siècle à la fin du xYi6 siècle. Paris, 1940, in-8° ; Les inondations à Paris du vi® au xxe siècle. La Géographie, Bulletin de la Soc. de Géographie de Paris, t. XXIII, 1911, pp. 81-106.
- 2. Presses Universitaires, mars 1941. Un vol. in-8°, 477 p.
- Prix : 80 fr.
- Schwankungen, signale comme froide la période i475-i495, soit une grande partie du règne de Louis XI, sans donner aucun détail. A l’aide de la correspondance de Louis XI et de pièces d’archives, M. René Gandilhon apporte d’importantes précisions sur trois années de ce cycle froid.
- Durant l’été i48o, des orages te terribles » déterminèrent des inondations dévastatrices dans le Lyonnais et dans le bassin de la Loire, particulièrement dans la haute vallée du fleuve et dans celle du Cher. A cet été humide succéda un hiver exceptionnel par sa durée comme par sa rigueur.
- Le froid commença entre le 23 et le 27 décembre et se prolongea jusqu’au 6 ou 8 février. Il se manifesta donc pendant une période deux fois plus longue que durant le fameux hiver de 1879-1880, remarquable par un extraordinaire abaissement de la température dans nos régions. Au début ce fut un froid sec, rendu particulièrement pénible par des tempêtes, évidemment de Nord ou de Nord-Est; d’où le gel des semences. Tous les cours d’eau se couvrirent d’une épaisse couche de glace, quelle que fût la rapidité de leur débit : la Seine, la Marne, la Saône, la Loire, la Garonne, l’Yonne, le Rhône, l’Isère. « Chevaux ou charrettes lourdement chargées pouvaient les traverser sans danger ». Après cette période de froid sec, de très abondantes chutes de neige se produisirent ; dans le Lyonnais, la couche qui recouvrait le sol atteignit « 2 à 3 pieds ».
- La fusion de cette énorme quantité de neige engendra au printemps de nouvelles inondations. Charriant des glaçons, les rivières détruisirent les ouvrages construits dans leurs lits. A Paris, la Seine emporta la plupart des ponts et des moulins.
- L’été de i48i, comme celui de i48o, fut caractérisé, dans
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- une grande partie de la France, par de très violents orages. Les précipitations qui accompagnèrent ces phénomènes provoquèrent encore des inondations. Pour la troisième fois en un an, de vastes territoires se trouvèrent submergés pendant plusieurs mois. Quoique le maximum de leurs crues ait été atteint en juillet, les eaux ne rentrèrent dans leurs lits qu’en septembre. « Ce ne sont alors que murs de villes écroulés, faubourgs inondés, terrains de culture ravagés et ensablés ». Les levées du val de Loire, par exemple, cédèrent et son flot dévastateur se répandit sur de vastes terrains fertiles.
- Quelques mois plus tard, nouveau déluge. En janvier i48a des pluies torrentielles tombèrent dans toute la France et pour la quatrième fois, des inondations ravagèrent le pays. M. R. Gandilhon cite, comme ayant débordé à cette date,
- le Clain, la Charente, la Mayenne, la Loire, le Lot. L’éloignement de ces différents fleuves et rivières les uns par rapport aux autres indique la généralité du phénomène.
- Une effroyable famine fut la suite de ces calamités. Dans les circonstances actuelles, les mesures prises pour conjurer celle disette intéresseront : les grains furent alors saisis, les denrées taxées, les marchés surveillés, des perquisitions opérées.
- Les travaux des chartistcs ont renouvelé l’histoire. Aussi doit-on souhaiter, d’après les exemples cités plus haut, que ces érudits appliquent également leur activité à la recherche des anciens textes intéressant les diverses branches de la géophysique. La science en recevra de nouvelles lumières, souvent inattendues. Charles Rabot.
- L'UTILISATION DES EAUX D’EGOUT
- Fig. 1 à 4. — Quelques aspects de l’usine de Clichy.
- Les temps sont durs, la matière rare. Tout ce qui est réutilisable doit être récupéré, adapté à de nouveaux emplois. L’usine de Clichy, où se traitent les eaux du Grand Collecteur n’a pas attendu l’extrême pénurie de l’après-guerre pour mettre en pratique l’art d’utiliser les restes. Des 5oo ooo m3 d’eaux résiduelles que lui envoient journellement les 4/5es des égouts de Pai’is, on extrait de quoi fertiliser les 5oo ha. de terre maraîchère de Gennevilliers, garnir l’éventaire d’innombrables bric-à-brac ou édifier les cloisons de quelque maison à bon marché.
- Une immense pièce d’eau orne le centre de cette singulière usine : c’est le bassin de décantation. L’eau y arrive, animée par un mouvement artificiel de giration et est tamisée par des herses rationnellement disposées qui captent au passage ce que l’on veut arrêter — et d’autres choses aussi, comme, de temps à autres, le cadavre d’un nouveau-né ou un sac de femme avec des pièces compromettantes.
- Les détritus de légumes, les déchets organiques, les immondices que l’on y puise feront, mélangés à des débris de coton, un engrais très recherché. Assemblés et malaxés, ils seront entassés dans les péniches d’un entrepreneur qui en fera un fertilisant inodore. Les bouchons y flottent par milliers. Us seront aussi consciencieusement recueillis car, amalgamés avec des scories, ils formeront des agglomérés légers et peu coûteux.
- L’eau elle-même, l’eau qui subsiste de cette analyse substantielle, fait l’objet d’une judicieuse récupération. Canalisée et dirigée par 53 ooo m. de tuyauteries diverses, 6oo bouches d’irrigation et 35 vannes, elle ira, de l’autre côté de la Seine, fertiliser la plaine de Gennevilliers qui, grâce à cet apport inestimable, est devenue la commune la plus étendue de France et un centre maraîcher fécond.
- •]. Une entrée d’eau résiduelle. — 2. Le bassin de décantation. — 3. Les vieux bouchons séchant au soleil. — 4. Le chargement des boues pour les usines d’engrais.
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- Ainsi, un ha. de terrain irrigué par cette eau généreuse, « donne » i5 ooo kg. de pommes de terre ou 3o ooo pieds d’artichauts par an. Elle est, d’ailleurs, à la sortie des drains, d’une pureté que l’on ne soupçonne pas. En effet, elle ne contient plus alors qu’une douzaine de microgermes par cm3. Si l’on veut bien
- =— ................. — LES THÉS
- Dans le langage populaire on désigne sous le lerme de « thés » toutes les infusions, tout ce que Alphonse Karr appelait irrespectueusement « de l’eau chaude dont on a altéré la pureté avec des herbes ». Ce n’est pas de ces breuvages, aussi nombreux qu’il existe de plantes capables d’être mises en contact avec l’eau bouillante, que je désire entretenir mes lecteurs : je n’ai en vue que ceux qui, par leur couleur et par leur arôme, peuvent offrir quelque ressemblance avec les thés de Chine ou de Ceylan et leur servir de succédanés.
- Pendant longtemps, la Véronique a passé pour le végétal le plus propre à jouer ce rôle, à tel point qu’on la voyait jadis, dans les traités de botanique, affublée du surnom de Thé d’Europe : si je la mentionne au début de cette notice, c’est pour en déconseiller formellement l’usage, sa saveur âcre et amère étant diamétralement opposée aux qualités organoleptiques qu’on recherche dans le thé. On pourra, par contre, employer les deux variétés de Bruyère qui abondent dans notre flore : la Bruyère franche (Erica cinerea L.) et la Bruyère commune (Callana vulgaris L.). Dans la Phar-mcizeutische Zentralhalle fiir Deutschland du 17 décembre 1914, un médecin allemand, M. Alfred Schneider, en recommandait l’infusion, additionnée de suci-e et de lait, comme une boisson dès plus agréables, comme un des meilleurs succédanés du thé. Après avoir accueilli cette assertion avec un certain scepticisme, basé sur le fait que j’avais essayé de la décoction et non de l’infusion de ces plantes, j’ai pu reconnaître que l’opinion de l’auteur était pleinement justifiée : 5 g. de sommités fleuries sèches, laissées en contact pendant 10 mn avec 100 g. d’eau bouillante, fournissent un thé parfaitement potable qui présente, en outre, l’avantage, par suite de sa teneur en tanin et en arbutine, d’exercer une action diurétique et antiputride à utiliser dans le traitement des inflammations aiguës ou chroniques des voies urinaires.
- Dans plusieurs provinces, notamment aux environs de Fontainebleau, on emploie de la même façon les feuilles du Grémyl ou Herbe aux perles (Lithospermum officinale L.), qu’on aura eu soin de torréfier légèrement pour les dépouiller de leur saveur un peu acerbe. Ce mode de préparation s’applique également aux feuilles de l’Alchémille (Alchemilla vulgaris L.), dont une courte ébullition suivie d’une infusion de i5 mn fournit une boisson qui, par sa discrète stypticité, ne manque pas d’analogie avec le thé de Ceylan.
- De saveur plus douce, le Lotus corniculé (Lotus cornicu-latus L.), recueilli lorsque ses fleurs sont épanouies, est le thé qui convient aux sujets dont le système nerveux s’accommoderait mal des effets excitants que produisent les thés authentiques ; en collaboration avec J. Brel, j’ai publié diverses observations qui le montrent doué de vertus antispasmodiques manifestes. Bien qu’un peu fade, son infusion est assez agréable, surtout lorsqu’on a pris soin de l’aciduler de jus de citron. Il n’est, par contre, besoin d’aucun correctif pour les thés qu’on prépare avec les plantes à coumarine telles que l’Aspérule odorante (Asperula odorata L.),le Mélilot (Melilotus
- ...:.................... .............. 53 =
- penser que l'eau de source de la Vanne contient 62 microgermes dans le même volume, on serait tenté de pousser l’art d’utiliser les restes au point de boire l’eau d’égout !
- Marc Minératii.
- INDIGÈNES .............................— =
- officincdis Wild.), la Mélisse des bois (Melitlis melissophyl-lum L.), conservés, une fois desséchés, à l’abri de l’humidité. Rendue opalescente par un nuage de crème, leur infusion rappelle, par son parfum discrètement ambré, le thé au jasmin que vendent certaines maisons de produits exoti-liques. Elle est, en tout cas, bien préférable aux liquides insignifiants, peu colorés et à peine sapides, qu’on obtient avec les fibres de l’Anthyllide vulnéraire (Anthyllis vulne-raria L.), de la Molène (Yerbascutn thapsus L.) et du Tussilage ('Fussilago farfara L.), que je me contente de signaler en passant, parce qu’elles font partie des mélanges connus sous le nom de thés suisses.
- De l’Aubépine (Cratæ g us oxyacanlha L.), ce sont les baies qu’on utilise : récoltées en automne, à l’époque de leur complète maturité, elles seront soumises à une dessiccation suffisante pour qu’on puisse, au moyen d’un moulin à café, les réduire en une poudre grossière dont une cuillerée à dessert, infusée pendant 10 mn dans une tasse d’eau bouillante, fournit un breuvage cl’une belle teinte chamoisée et d’un arôme robuste qui imprègne les papilles gustatives d’une vague fragrance d’amande amère et se recommande aux sujets à système neuro-végétatif vulnérable.
- J’ai connu, il y a une cinquantaine d’années, à Fontaine-le-Port, un x'ieil aubergiste, ancien soldat d’Afrique, qui préparait un thé qu’il prétendait provenir du Maroc et qu’il servait à ses clients, à la façon arabe, aromatisé de menthe fraîche. C’étaient en réalité des brindilles de genêt (Saro-thamnus scoparius Koch) qu’après les avoir coupées en menus morceaux, il exposait à la chaleur d’un four. Leur infusion, un peu amère, avait quelque analogie avec le thé de Ceylan, mais sa teneur en spartéine et en scoparine ne permettrait pas d’en faire un copieux usage.
- On peut, au contraire, surtout aux personnes chez lesquelles le travail de la digestion déclenche une sensation d’angoisse, comme cela s’observe souvent aux époques troublées de l’existence, conseiller le « thé de feuilles d’oi’anges orangé » qu’on prépare en faisant infuser, pendant 10 mn, dans 200 g. d’eau bouillante, une cuillerée à entremets de feuilles d’oranger pulvérisées grosso modo et une cuillerée à café de zeste desséché d’orange ou de mandarine. Edulcorée avec une cuillerée de sirop de capillaire, additionnée d’un peu de lait, celte boisson fournit une bavaroise fort agréable, dans le genre de celle dont, sous la Régence, faisaient leurs délices les princes bavarois, habitués du café Procope.
- Au bord des étangs et des marais, le long des fossés humides, croît en abondance une belle plante reconnaissable à ses fleurs rose pourpré dont les pétales bilobés s’épanouissent au sommet d’un long ovaire, à ses graines terminées par une aigrette soyeuse. C’est l’Épilobe hérissé (Epilobium hir-sutum L.), dont les feuilles, rapidement flambées, lorsqu’elles sont encore fraîches, pour les débarrasser de leurs pilosités, puis desséchées, servent à préparer un infusé rappelant le thé de Chine qu’une maîtresse de maison économe a mis
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- = 54 ..
- à sécher après en avoir fait un premier usage : l’analogie est plus grande encore si l’on emploie les feuilles de VEpilo-bium spicatam Link. qui, d’après les analyses faites en Allemagne par Konstantia Püringer, renferment de fortes proportions de sucres réducteurs (5,27 à 8,47 pour 100) et de tanin (12,i5 à 12,67 pour 100). Mme Henri Gougerot, la grande artiste pour laquelle la phytographie n’a pas de secrets, ayant utilisé un spécimen de cette plante que j’avais récolté l’été dernier dans un terrain vague de la rue du Bac, a reconnu que c’était un des plus fidèles « sosies » du thé,
- surtout si l’on avait soin de la cueillir au moment où elle avait subi, sur place, un commencement de dessiccation ayant, probablement, pour effet de concentrer, de « caraméliser » ses principes saccharifiants. La ressemblance est d’autant plus frappante que le consommateur possède assez d’imagination, faculté aussi indispensable, en cette occasion, que le lait, le citron ou le rhum, pour camoufler en thé produit par l’Extrême-Orient les végétaux de notre flore que je viens de passer en revue.
- Henri Leclerc.
- ULTRAMICROBURETTE MESURANT 1/100.000e DE CC.
- Le développement des méthodes microanalytiques a conduit à réaliser des instruments et des appareils de mesure cle plus en plus petits et précis. On a construit des microbalances pesant au millième de milligramme près, des microbure lies et des micropipettes d’un volume de 1 ou 2 cm3. Voici, semble-t-il, le record actuel des appareils de ce genre. C’est une ultramicroburette qui permet la lecture de 1/10.000 de cm3 et l’appréciation de 1/100.000. Elle a été imaginée par M. Marcel J. Dallemagne qui vient de la décrire dans le Bulletin de la Société de chimie biologique.
- Fig. 1. — U ultramicroburette Dallemagne.
- Déjà, en 1926, Rehberg avait réalisé une micropipette d’une contenance de 0,1 cm3 constituée par un tube capillaire de i5o à 200 mm. de long. Une vis s’enfonçant dans du mercure chassait celui-ci dans la pipette à raison de 4 mm3 par tour. La pipette étant graduée par des traits écartés de i,5 à 2 mm., on pouvait apprécier le 1/10.000 de centimètre cube. Mais un tube capillaire n’a pas un calibre régulier et sa graduation manque ainsi de précision.
- L'ultramicroburette de M. Dallemagne est bien plus pré-
- cise puisque les mesures de volume sont faites uniquement sur des pièces mécanisées qu’on peut construire avec toute la justesse désirable.
- Voici comment fonctionne l’appareil (fig. 1) :
- Un cylindre 1, d’une contenance de 2 cm3 est rempli de mercure. Il présente à la partie inférieure une ouverture dans laquelle passe un piston plongeur serré dans un anneau d’étoupe 8 comprimé par un presse-étoupe 9 maintenu par un écrou 10. A l’extrémité supérieure il se continue par un raccord 11 serré par un écrou 12 avec un tube de verre capillaire très fin (i5). Le piston, en entrant dans le cylindre, chasse le mercure dans le tube capillaire. Ce piston, très exactement calibré est tenu par des entretoises 3 ; sa partie inférieure filetée s’enfonce dans l’écrou de commande 5 muni d’un index i4 qui tourne au-dessus d’un disque horizontal 4 portant une fine graduation en 100 parties égales. La base du piston porte une échelle graduée 7 se déplaçant devant un index i3 et chaque trait correspond à un tour complet du disque gradué. Un tour entier du piston déplace x/100 de cm3 de mercure qu’on lit sur l’échelle verticale; un centième de tour, c’est-à-dire 1/10.000 de cm3, correspond une division du disque horizontal; on estime aisément le dixième de l’espace entre deux divisions, soit 1/100.000.
- Le cylindre étant plein de mercure jusqu’à affleurer le tube capillaire et le piston à la position O, on remplit de mercure le tube capillaire en tournant le disque 4 ; on plonge l’extrémité du tube capillaire dans la solution qu’on veut employer et on tourne le disque en sens inverse ; le réactif pénètre dans l'ultramicroburette. Pour un dosage, on plonge la pointe de verre dans le vase à titration, bien au-dessous de la surface du liquide ; on agite en soufflant au moyen d’une poire de caoutchouc par un autre tube très fin ; on tourne doucement le disque pour enfoncer le piston plongeur, déplacer le mercure, faire sourdre le réactif; quand le virage de couleur apparaît, on lit le volume utilisé sur l’échelle graduée pour les centièmes et sur le disque pour les dix-millièmes de cm3.
- La très haute précision de cet appareil a de nombreux avantages. Elle permet d’opérer sur d’infimes volumes, ce qui est intéressant, notamment pour les prises de liquides biologiques : sang, liquide céphalo-rachidien, etc. Elle permet aussi d’employer des réactifs concentrés qui se conservent mieux et donnent des virages bien plus nets. Elle est enfin le résultat d’un chef-d’œuvre d’ingéniosité mécanique et méritait ainsi une courte description.
- Daniel Claude.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- LA VOUTE CÉLESTE EN AVRIL 1942
- Pour tous ceux qui sc livrent plus particulièrement à l’examen des planètes, commence une période peu propice à de telles observations. À ne considérer que ce mois d’avril, pendant lequel Mercure restera invisible, Mars, Jupiter, Saturne et Uranus se perdent de bonne heure dans le crépuscule. Seule Vénus, à son élongation du matin, peut être vue utilement (surtout en plein jour lorsqu’on en a la possibilité instrumentale) et Neptune presque toute la nuit.
- Malgré tout, groupées comme elles le sont dans une même région du ciel, diverses planètes arriveront en conjonction; quelques autres conjonctions de ces astres avec la Lune seront également assez remarquables, et tous ces spectacles vaudront d’être contemplés.
- On notei’a, comme toujours, que les heures données ici sont exprimées en temps universel, compté de oh (minuit) à 2l\li ; tenir compte des corrections à infliger suivant l’heure dont il est fait usage au lieu d’observation.
- I. — Soleil. — Le Soleil, remontant dans l’hémisphère nord, passe en déclinaison, de + !\°2td le Ier avril, à + i4°4o/ le oo ; il entre dans le signe zodiacal du Taureau le 20 avril à 1711.
- La durée du jour (intervalle compris entre le lever et le coucher du centre du Soleil) augmente de plus en plus ; elle est, pour Paris, de iah48m le icr avril et de i4h28m le 3o; à ces mêmes dates la durée du crépuscule civil est de 33™ et 37™, tandis que celle du crépuscule astronomique s’allonge à ih53m et 2hi6ra.
- Temps moyen à midi vrai, de 5 en 5 jours : "
- Avril : Ier = nh54m42s; 6 = nh53mi3s; 11 = uh5im5os; 16 = nh5om33s; 21 = nh49™26s; 26 = nh48m2Ç)s ; Mai : 10T = nu47ra44s.
- Observations physiques. — Voici la liste des éphémérides permettant d’orienter les dessins et photographies de la surface du Soleil, que l’on observera tous les jours de beau temps :
- Date | ;0iq P Bo L0
- Avril 1er 2Ô?25 — 6?53 i45;65
- — 6 — 20,38 — 6,24 79*67
- — 11 — 26,34 — 3,90 i3,68
- — 16 — 26,12 — 5,5i 307,67
- — 21 — 25,71 — 5,09 24i,63
- — 26 25,1I - 4,64 175,58
- Mai 1er — 24,34 — 4,i5 109,51
- Lumière zodiacale. — Avril est encore un mois favorable pour l’examen de la Lumière zodiacale le soir, dans nos contrées. Nous avons déjà exposé, dans les bulletins précédents les conditions dans lesquelles elle se présente par rapport à l’horizon, vers l’ouest à la fin du crépuscule astronomique; les indications ci-dessus, relatives à la durée de celui-ci, fixent l’heure du début de l’observation que l’on doit chercher à effectuer les soirs de ciel très pur, et sans clair de Lune au moment de la visibilité de la Lumière zodiacale : pour cette dernière raison, la période favorable à un tel exameri s’étendra du 5 au 1G avril.
- II. — Lune. — Dates des phases :
- P. Q. le 23 avril à i8hiom P. L. le 3o — à 2ih5ym
- Plus grandes déclinaisons : — i8°32/ le 7 avril à 6h; + i8°38/ le 21 avril à 911.
- Variations de distance et diamètre apparent : Périgée le 4 avril à 6h, diamètre apparent = 3ar44// ; Apogée le 20 avril à 4h, diamètre apparent = 2gf2Srf.
- Occultations d'étoiles (jusqu’à la 6e magn.) :
- Magni- Phéno- Heure Angle
- Date Astre tude mène (p. Paris) au pôle
- Avril 2 95 Vierge 5,5 Em. 22^2310,6 297°
- — 27 S Vierge 3,8 lm. 2017 8 98°
- III. —- Planètes. — Les données suivantes, ainsi que le tableau les accompagnant, font connaître les conditons dans lesquelles les planètes peuvent être aperçues et observées utilement. Les principaux de ces éléments sont extraits de l'Annuaire astronomique Flammarion pour 1942, que l’on compulsera pour plus amples renseignements à divers égards ainsi que pour toutes autres indications supplémentaires ne pouvant trouver place ici.
- Mercure, en conjonction supérieure avec le Soleil le 20 avril, reste pratiquement invisible pendant tout le mois.
- Vénus atteint sa plus grande élongation du matin le i4 avril, à 46°ig/ ouest du Soleil; sa situation céleste reste néanmoins toujours assez défavorable, par suite de sa déclinaison australe. Il est cependant possible de l’observer dans de meilleures conditions que les mois précédents, surtout lorsqu’on est à même de pouvoir la trouver en plein jour à l’aide d’un instrument monté équatorialement; d’autre part on sait que grâce à une conjonction rapprochée avec la Lune, il est aisé de la rencontrer, et c’est précisément ce qui se produira dans la journée du ix avril.
- Mars, à très grande distance de la Terre, est d’assez faible éclat et ne présente plus qu’un disque trop minuscule pour l’observation utile de sa surface. Faute de mieux on s’intéressera à la marche de cette planète devant les constellations qu’elle traverse rapidement en sens direct depuis le début de l’année, ce qui l’a amenée, rappelons-le, en conjonction avec Saturne le 2k février et avec Uranus le 2 mars; elle rattrape maintenant Jupiter et passera à i°44/ au-dessus le 4 avril.
- De ce groupement assez remarquable de quatre des principales planètes, Jupiter reste la seule qui se pourra obser-
- pig 1. _ Conjonction de Saturne et d’Uranus, le 2S avril.
- * V Pléiades
- • X 32 q . * . 9
- •
- • ,
- • CO Uranus •
- • 6 • *•« • 8* • *'S
- Saturne**"'
- A/cfébsrsn
- •
- - °P . ’
- P. L. le 1er Avril à i2h32ra D. Q. le 8 — à 4h43ra N. L. le i5 — à i4,133m
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- Fig. 2. — Marche de Neptune dans la Vierge, en 1942.
- ver dans d’assez bonnes conditions encore pendant avril, mais seulement peu de temps après l’arrivée de la nuit. On trouvera ci-après la liste de ceux des phénomènes de ses quatre gros satellites qui d’après leur heure de production sont susceptibles d’être aperçus de nos régions; il est facile, on le sait, de les suivre à l’aide de modestes instruments :
- Diamètre apparent polaire du globe. . . . i5"
- Grand axe extérieur de l’anneau............. 37",87
- Petit axe extérieur de l’anneau ... . i5",47
- Hauteur de la Terre au-dessus du plan de l’anneau ........................................ 24°,11
- Hauteur du Soleil au-dessus du plan de l’anneau ............................................ 25o,58
- Les satellites ne peuvent plus être suivis.
- Uranus, tout voisin de Saturne, se trouve donc dans les mêmes conditions défavorables pour sa visibilité courante. Cependant une occasion se présentera de chercher à l’apercevoir car les deux planètes seront en conjonction le 28 avril à l’écartement de i03ç/. Celle observation ne pouvant être effectuée que dans le crépuscule, et à peu de hauteur, réclamera un ciel particulièrement pur. La figure 1 en donne le schéma, permettant de s’orienter par rapport aux quelques étoiles avoisinantes et notamment aux Pléiades.
- Neptune est toujours bien visible pendant la durée de la nuit. On s’aidera de la petite carte, figure 2, pour le trouver parmi les petites étoiles, au voisinage, à l’Est, de ?j Vierge. Son observation est, on le sait, de pure curiosité.
- Avril, iev, II. P. c. 2ih47m- — 3, II. E. f. 2ih2m,o. — k, III. O. f. 2ih47m. — 5, I. Im. ai'^o"* 1 *. •— 6, I. P. f. 2oh4im;
- I. O. f. 2ih5om. — 7, I. E. f. i9hnm,6. — 11, III. P. f. 2ihi7m; III. O. c. 22h57ra. — 13, I. P. c. 20h28m ; I. O. c. aih33m; I. P. f. 22h4ilu. — 14, I. E. f. 2ih6m,8. — 17, II. Im. 2ih27m. — 18, III. P. c. 22h49m. — 19, II. P. f. i9h2im;
- II. O. f. 2Ih22m. --- 20, I. P. C. 22h28m. — 21, I. Im.
- i9h49m. -— 22, I. P. f. ighum; III. E. f. i9h52ra,2 ; I. O. f. 2ohiom. — 26, IL O. c. 2ihi6m ; II. P. f. 22h8m. — 28, I. Im. 2ih49m. — 29, I. O. c. igNis111; III. Em. 20hi6m; III. E. c. 20h58m,2 ; I. P. f. ai^ia™; I. O. f. 22h5m. — 30, I. E. f. i9h25m,8.
- Saturne est très défavorablement situé, maintenant non loin de son coucher dès qu’arrive la nuit; ainsi, vite perdu dans la brume de l’horizon, son observation reste très limitée, avec de très médiocres conditions quant à la qualité de l’image télescopique. Voici néanmoins les éléments de sa présentation, au milieu de ce mois :
- IV. — Phénomènes divers. — Conjonctions :
- Le
- Le
- Le
- Le
- 4
- 11 i5 18
- Le 18 Le 27 Le 28
- Avril, à 4b, Mars avec Jupiter — à 16b, Vénus avec la Lune 1 h, Mercure avec la Lune 5t>, Saturne avec la Lune 6h, Uranus avec la Lune Neptune avec la Lune Saturne avec Uranus
- a à à
- à 24h à 9h
- à 1044' N. à O®!3' N. à 1045’ N. à 3« 13' N. à 4054' N. à 0" 1' S. à i°39' S.
- Étoile polaire. —• Heures des passages de l’Étoile polaire au méridien de Paris :
- Date Passage Heure
- Avril iet’ Inférieur 0b58m46s
- — 11 — 0 19 26 0 3 42 23 5p 46
- - i5 \ ,
- — 21 — 23 36 12
- Mai iPr — 22 56 56
- ASTRE
- Soleil .
- Mercure
- Vénus.
- Mars .
- Jupiter
- Saturne
- Uranus
- Neptune
- Date : Lever à Paris Passage au méridien de Paris Coucher à Paris Ascen- sion droite Déclinai- son Diamètre apparent Constellatioi et étoile voisii
- 7 Avril 5hiqtn 1 ih52n>56s l8h28n> 1 h 3m + 6042' 32' o"o8 Poissons
- •19 ~ 4 55 11 49 52 18 46 1 47 -j- 11 3 3i 53,56 Bélier
- 1 < 7 ~ 5 6 11 8 17 12 0 i5 - 0 44 5,2
- ‘ta - 4 56 11 47 18 4° 1 4° + 9 35 5,o
- 1 s 7 — 3 45 9 0 14 18 22 8 — 10 2 26,6 0 Verseau
- ’)i9 — 3 27 8 59 14 3i 22 54 — 6 57 23,2 Verseau
- j 7 — 7 5i 16 0 0 10 5 9 + 24 22 5,2 P Taureau
- ’j‘9 - 7 32 i5 44 23 57 5 4t + 24 49 4,8 Taureau
- ! 7 — 7 56 i5 53 23 5o 5 3 -f- 22 3i 33,2 1 Taureau
- 'U - 7 >7 i5 i5 23 i3 5 12 -j- 22 44 32,2 Taureau
- 1 t 7 — 6 5g i4 27 21 55 3 37 + 17 3l l5,2 Taureau
- 1 >9 — 6 16 i3 45 21 i5 3 45 + 17 32 i5,o Taureau
- i 1er Avril 717 i4 55 22 34 3 4 2 + 19 29 3,4 Taureau
- ‘l 1er Mai 5 23 i3 3 20 44 3 48 + !9 49 3,4 Taureau
- (1er Avril 16 55 23 7 5 23 11 55 + 1 58 2,4 (3 Vierge
- *fier Mai 1 14 54 21 7 3 24 11 53 -f- 2 i5 2,4 (3 Vierge
- VISIBILITÉ
- ^Invisible
- I
- |Le matin au lever du ) jour.
- [Première moitié de la J nuit.
- [Première moitié de la
- ) nuit.
- 1
- [Le soir dans le crépus-f cule.
- ^Le soir dans le crépus-( cule.
- Toute la nuit.
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- Étoiles variables. — Dates auxquelles on observera des minima d’Algol, en raison de leur heure de production : Avril 3, à 20h8m. — 21, à ih2m. — 23, à 2ih52m.
- Météores. — Un assez bel essaim d’Ëtoiles filantes, les Lyrides, radiant vers io4 Hercule, s’observe du 19 au 22 avril; ces météores sont rapides.
- V. — Constellations. — Avec les nuits qui vont maintenant se raccourcissant notablement, les observations stel-
- ..... ...... ---........... 57 =
- laires deviennent assez limitées ; on ne dispose plus guère que de 5h3o, vers la fin du mois, pour entreprendre des photographies à longues poses. D’une manière générale la Voie Lactée très inclinée sur l’horizon, se présente peu favorablement. Orion et le Grand-Chien se couchent peu après le crépuscule ; et dans la première partie de la nuit, avec la Grande-Ourse vers le zénith, ce sont les régions du Lion, de la Vierge, du Bouvier et du Serpent qui se présentent le mieux à l’observation.
- Lucien Rudaux.
- NOTES ET INFORMATIONS
- NÉCROLOGIE
- Charles-Émile Picard.
- Charles-Émile Picard, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, a succombé le 11 décembre dernier à la suite d’une longue et pénible maladie. Sa mort est un deuil pour la Science et pour notre pays, car les travaux de ce grand Français jouissaient d’une réputation universelle. M. H. Vincent, président de l’Académie des Sciences, a fait son éloge en ces termes : « Charles-Émile Picard était né à Paris le 24 juillet i856. Dès son adolescence, il manifestait une précocité d’intelligence et de jugement véritablement exceptionnelle. En 1874, il était admis le premier à l’École normale supérieure (section des Sciences) et le second à l’École polytechnique. Il avait alors 18 ans. En 1877, il fut reçu également le premier au concours d’agrégation des sciences mathématiques.
- « Sa magnifique carrière scientifique et universitaire se déroule alors avec rapidité, à Paris, comme répétiteur, puis maître de conférences à la Faculté des sciences, à Toulouse comme chargé du cours de calcul différentiel et de calcul intégral; puis à divers titres, à la Faculté des sciences de Paris jusqu’au jour où enfin il atteignit l’âge minimum nécessaire de 3o ans. Il fut nommé, le ior novembre 1886, professeur de calcul différentiel et intégral et, plus tard (3o novembre 1897), sur sa demande, professeur d’analyse supérieure et d’algèbre supérieure à la même Faculté.
- « En i8g4, il avait été chargé de la Chaire de mécanique générale à l’École centrale des Arts et Manufactures.
- « L’Académie des Sciences l’avait élu le 11 novembre 1889, dans la section de géométrie, à la presque unanimité des voix. Il avait alors 33 ans. Il a présidé l’Académie en 1910 et a été élu secrétaire perpétuel en 1917, succédant à Gaston Darboux.
- « La vie scientifique d’Émile Picard s’est signalée par les succès les plus éclatants. Ses travaux de mathématique et de physique l’ont fait connaître chez les savants du monde entier. Il serait bien difficile de signaler ici l’ensemble de son œuvre, qui est immense, et dont l’énumération imprimée dépasserait une centaine de pages in-4°. Je rappellerai plus particulièrement le célèbre Théorème de Picard, ses travaux sur la Théorie des équations différentielles et fonctionnelles ; sur les Fonctions algébriques ; les nombreux Théorèmes, Équations, Intégrales, Groupes, etc., auxquels est attaché son nom ; ses publications sur les Fonctions indépendantes qu’il a appelées hyperfuschiennes et hyperabélien-nes; sur la classe des hyperelliptiques, etc.
- « Appliquant ses conceptions et ses découvertes aux autres branches de la Science, en particulier à la physique (et
- même à la biologie dont il a parlé à diverses reprises) il disait très justement : « Plus une science se développe, plus on voit grandir îe rôle du nombre ».
- « Ses ouvrages de physique mathématique, ses publications sur l’histoire des sciences, sur la philosophie scientifique, etc., ont eu un grand retentissement.
- « L’Académie française l’avait élu en 1926 parmi ses membres. En 1932, il était élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d’Honneur. Je rappellerai que l’Institut Mittag-Leffler, de Stockhlom, lui a conféré sa grande métaille d’or.
- <( En 1989, l’Académie des Sciences a célébré solennellement le cinquantenaire de l’élection de son illustre et vénéré confrère et secrétaire perpétuel. Ce fut l’apothéose émouvante de celui que Marcel Prévost avait appelé « un prestigieux investigateur »; de celui, encore, dont un grand mathématicien étranger, Torsten Carleman avait dit que ses travaux « ont renouvelé certaines parties de la Science mathématique » et que « son célèbre théorème est un chef-d’œuvre d’imagination, de rigueur et d’élégance qui brillera toujours comme une étoile de première grandeur ».
- PHYSIQUE
- Machines électrolytiques à influence.
- Au sujet des machines électrostatiques à influence, il est fréquent d’entendre dire que les secteurs métalliques radiaux collés sur les plateaux d’ébonite sont inutiles.
- En fait, tous les constructeurs de ces machines ont employé de tels secteurs dans les machines à une paire de plateaux, tandis que pour les machines à plusieurs paires, une seule en était munie, les autres restant nues. Ces secteurs métalliques paraissent donc avoir été considérés comme ayant seulement pour rôle de faciliter l’amorçage.
- Des expériences systématiques à ce sujet nous permettent d’affirmer que ce point de vue est erroné.
- Nous avions constaté par hasard qu’une machine de Wimshurst à deux plateaux sous-secteurs fonctionnant normalement dans l’air à un degré hygrométrique moyen fonctionnait beaucoup moins bien par temps très sec, même en amorçant fortement cette machine; au bout de quelques secondes de fonctionnement le débit baissait considérablement ; on avait l’impression d’un évanouissement. En soufflant sur les plateaux, le fonctionnement s’améliorait pendant quelques secondes, puis redevenait très difficile. Cela était déjà la preuve de la nécessité d’une conductibilité superficielle des plateaux.
- Nous avons alors muni lesdits plateaux de secteurs métalliques (feuilles d’aluminium). Le résultat a été concluant, la machine a bien fonctionné par les temps les plus secs.
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- Nous avons refait les mêmes essais sur une machine à influence à un seul plateau .et npus avons encore constaté une considérable amélioration du fonctionnement par temps très sec en munissant ledit plateau de secteurs conducteurs.
- Nous avions pensé que l’adjonction de très nombreux balais balayant la surface entière de la partie intéressée des plateaux, c’est-à-dire la partie soumise au champ électrique provoquant la charge, aurait un effet favorable pour le fonctionnement par temps très sec — le résultat n’a pas confirmé cette hypothèse.
- Il résulte donc nettement de ces faits expérimentaux qu’une charge électrique se maintient difficilement à la surface très isolante d’un diélectrique. Il n’v aurait presque aucune attraction pondérale entre la matière isolante et les charges électriques (ions, ou électrons ou ?...). Il n’y aurait en somme dans ce cas que polarisation du diélectrique.
- On peut rapprocher ces faits de l’expérience classique du condensateur à armature mobile. Si l’on charge un tel condensateur et que l’on écarte les armatures, ce sont ces armatures qui portent presque toute la charge, les deux surfaces du diélectrique ne retiennent presque rien.
- Ces faits semblent avoir été méconnus par tous les constructeurs de machines à influence (le plus souvent du type Wimshurst), sinon ils n’auraient pas manqué de munir tous leurs plateaux d’ébonite de secteurs métalliques.
- Il est probable de même, que pour les machines à courroies transporteuses de charges (telle que celle du Palais de la Découverte à l’Exposition de 1987), des secteurs conducteurs parallèles à l’axe de rotation des tambours auraient sérieusement amélioré le fonctionnement.
- R. Lordereau.
- HYGIÈNE
- L’asthme des boulangers.
- Sait-on que la farine est irritante pour certains des ouvriers qui la manipulent : boulangers, pâtissiers, meuniers ? MM. Pasteur Vallery-Radot et Pierre Blamoutier ont observé quelques cas de ce genre qu’ils Adennent de signaler dans La Presse médicale. Il s’agit surtout de coryza spasmodique et d’asthme bronchique qui se déclenchent dès qu’on pénètre dans l’atmosphère chargée de farine, niais aussi de toux, de conjonctivite et même d’eczéma des mains. Le boulanger qui pénètre dans son fournil se met à éternuer, son nez coule puis se bouche, ou bien il se sent oppressé et ne peut plus respirer; dès qu’il sort à l’air libre ou s’éloigne du four, la crise cesse. Les minotiers et les grainetiers peuvent être sensibles à une seule sorte de grains : blé, seigle ou avoine, et Ancona a même cité une petite épidémie d’asthme dans un moulin due non au blé, ni à la teigne des grains qui attaquait ceux-ci, mais à un parasite de celte teigne, Pediculoides ventricosus. Ces crises d’asthme ne surviennent pas dès le premier contact, mais seulement après une longue sensibilisation et plus encore quand le travail est assez longtemps ou souvent interrompu.
- On ne peut recommander à ces asthmatiques de cesser temporairement leur travail, puisqu’à la reprise les crises deviendraient plus violentes. Les essais de désensibilisation par cuti-réactions répétées à la farine ou intradeiano-réac-tion à la peptone n’ont produit aucun effet. Par contre, les saignées arrêtent les crises pour un temps plus ou moins long. Mais le traitement le plus simple est encore la prophylaxie. Si le boulanger travaille avec un masque filtrant, des lunettes étanches, s’il se lave et change de vêtements quand il quitte le fournil, il peut continuer son métier.
- PHYSIOLOGIE
- Le déficit actuel de calcium alimentaire.
- Mme Randoin a établi qu’un adulte doit ingérer chaque jour o g. 84 de calcium et un adolescent 1 g. 20 à 1 g. 4o. Le rapport du calcium au phosphore doit être de 0,6 à 0,7 chez l’adulte, 0,8 à 0,9 chez l’adolescent, i,3 chez le nourrisson.
- Les aliments dont on dispose actuellement sont loin de fournir ces quantités. La ration de la carte A (adultes) n’apporte que 0,16 g. de calcium et celle de la carte J/3 (adolescents) 0,188. Le rapport Ca/P est dans les deux cas de o,32 à o,33.
- La commission scientifique alimentaire du Secours National a demandé à Mme Randoin et au professeur Charles Richet d’attirer l’attention sur ce déficit grave et ils viennent de le signaler à l’Académie de Médecine et dans La Presse médicale, en indiquant la solution qu’on y peut apporter.
- Les aliments soumis à la restriction sont pauvres en cal-
- cium et en phosphore :
- Ca pour 100 Ca/P
- Viande.............. 0,011 o,o5
- Pommes de terre . . o,oi5 o,25
- Farine de blé . . .. 0,020 0,22
- Pain................ 0,027 0,29
- D’autres sont beaucoup plus riches, par exemple :
- Ca pour 100
- Fromage....................... o,g3i
- Soja.......................... 0,286
- Figues sèches................. 0,280
- Amandes sèches .... 0,243
- Cresson...................... 0,200
- Noisettes.................... 0,200
- Haricots secs................ o,i4o
- Jaune d’œuf............. 0,14o
- Lait ........ 0,125
- Olives vertes................ 0,122
- Chou-fleur................... 0,120
- Limande et sole .... 0,120
- Raifort...................... 0,110
- Pissenlit.................... o,io5
- Moules....................... 0,100
- Certains ont un rapport Ca/P particulièrement élevé :
- Olives vertes ................. 8,71
- . Cresson............... 4
- Mandarine...................... 0,42
- Figues sèches........... 3,06
- Citron.................. 3
- Rutabaga....................... 2,17
- Chou-fleur.............. 2
- Orange......................... 1,96
- Chou.................... 1,88
- Navet..............• . . x,77
- Pissenlit...................... 1,76
- Cai’otte . 1,66
- Raifort........................ i,5i
- Mûres, framboises ... i,4a
- Lait.......................... 1,3g
- Fromage........................ i,36
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- Le lait, les fromages, certains fruits et légumes peuvent donc fournir un appoint de calcium dans un rapport convenable par rapport au phosphore.
- Mais comme il est souvent difficile de combler par un choix judicieux d’aliments non soumis aux restrictions les insuffisances de ceux rationnés, il est sage de compléter la ration journalière par un médicament apportant la quantité de chaux necessaire. Divers sels organiques de calcium peuvent utilement servir : le lactate, le gluconate, le formiate, le glycérophosphate (dont le rapport Ca/P atteint i,3). Plus économiquement, on peut avoir recours à la poudre d’os. 11 est sage d’absorber, surtout en hiver et au printemps, i g. de calcium par jour, dont moitié à chacun des principaux repas. Cela est indispensable aux enfants, aux adolescents, aux femmes enceintes ou nourrices.
- ÉCONOMIE
- La récupération des cheveux.
- Le Bulletin officiel'du Service de la Récupération signale que des mesures vont être prises pour organiser la récupération des débris de cheveux chez les coiffeurs. La conservation des chutes de cheveux par ces artisans va être rendue obligatoire. Des ramasseurs viendront prendre à domicile les lots de cheveux, les dirigeront sur des centres de triage d’où ils seront expédiés aux utilisateurs.
- Naguère les cheveux humains n’étaient plus guère utilisés que pour la fabrication des postiches d’art. Cette industrie employait à peu près exclusivement des cheveux longs importés de l’Extrême-Orient et. en consommait environ 12 t. par an. Les déchets et bourres qui en provenaient étaient utilisés pour la fabrication des filtres à huile. Les quantités disponibles suffisaient aux besoins de celle fabrication. On n’avait donc pas songé à récupérer les déchets capillaires des salons de coiffure.
- On estime que Paris, à lui seul, peut fournir mensuellement 3o t. de débris de cheveux au minimum.
- Que faire de ces déchets ? Ils peuvent être utilisés dans les mêmes conditions et pour les mêmes fins que la plupart des poils d’animaux.
- Après ti’iage et désinfection, ils peuvent être cardés et
- mélangés à d’autres textiles pour faire des couvertures et des tissus. De même, après un traitement spécial, ils peuvent être foulés pour donner des feutres à pantoufles ou à hauts-parleurs. Ils peuvent servir pour confectionner des matelas, coussins, rembourrages, des remplissages de chaussures, des bourrelets. Enfin les débris inutilisables autrement peuvent aller à l’engrais.
- A l’heure actuelle, on envisage surtout la fabrication de feutres pour semelles de pantoullcs et celle de tissus mélangés pour dessus de pantoufles.
- La plus grande difficulté à vaincre sera celle qui lient à l’extrême légèreté de ces déchets, moins de ioo g. au litre, ce qui pose de délicates questions d’emballage et de pesage, mais elles seront résolues grâce à l’intervention de ramasseurs expérimentés.
- Récupérons les soies de porc.
- Tel est le sage conseil que donne le Bulletin officiel du Service de la Récupération.
- L’industrie française de la brosserie, qui occupe 45 ooo ouvriers traitait avant guerre près de i ooo t. de soies de porc. Les deux tiers étaient importés de l’étranger, notamment de Russie.
- Les sources extérieures de ravitaillement sont taries ; le marché national fournit de moins en moins et une industrie importante se trouve menacée d’un chômage total.
- Cependant il y a encore des porcs en France et on en abat, malgré tout, des quantités importantes. Mais seules les grandes porcheries récupèrent les soies de porc, tandis que le paysan qui tue un porc de temps à autre les laisse perdre, négligeant ainsi une source de revenus nullement négligeable : car un kilogramme de soie de porc vaut plus cher qu’un kilogramme de viande.
- L’intérêt général et l’intérêt particulier réclament donc la récupération de ce sous-produit. Elle n’offre pas de difficultés. On la réalise, soit par arrachage au crochet ou au vilebrequin, soit par échaudage. L’opération doit évidemment précéder le grillage des animaux. L’emploi de la tondeuse est rigoureusement proscrit, parce qu’il ampute la soie de sa racine et lui enlève de ce fait la plupart de ses utilisations.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- CHAUFFAGE Pot thermogène.
- De tous côtés, on nous demande de diminuer notre consommation de gaz et d’électricité, mais comment faire ?
- Voici deux moyens pratiques pour la cuisine :
- D’une part, utiliser une marmite norvégienne en carton qui ne coûte que 80 francs et 23 à 30 francs de matières premières si on la fait soi-même ; d’autre part, utiliser le pot ther-mogène.
- Fig. 1. — Pot thermogène en terre, couvrant une casserole.
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- IS
- J
- Quand vous mettez une casserole, une marmite, sur un four-neau à gaz, à bois, à charbon ou électrique, vous chauffez le fond du récipient et aussi les côtés par le passage rapide de l’air chaud. Les côtés et le dessus de la casserole forment une
- surface refroidissante. Il est possible de recouvrir le récipient à chauffer de manière qu’il soit dans une véritable étuve, toutes les surfaces refroidissantes devenan t chauffantes par le retour des chaleurs perdues à la partie inférieure du pot thermogène.
- Si c’est pour faire un essai et non pour la vente, vous pouvez réaliser cet économiseur de chaleur en utilisant un pot de fleurs de 24 de diamètre où vous ferez une encoche pour laisser passer la queue do la casserole, et vous y gagnerez une baisse sensible de la consommation de gaz oxi d’électricité.
- Fig. 2. — Pot à fleurs et cloche calorifugée recouvrant un récipient sur le jeu.
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- Le pot thermogène peut être constitué actuellement, faute d’une autre matière isolante, d’un pot en terre avec bouton ou poignée dans le haut: Il a- la forme cylindrique et le bas est aussi large que le haut, tandis que dans un pot de fleurs renversé, le haut est d’un plus petit diamètre que le bas.
- La place du manche des casseroles est prévue dans une encoche, et faute d’amiante, c’est du carton ondulé en deux ou trois épaisseurs qui sert d’isolant.
- Faute de monnaie-matière, il n’est guère possible de fabriquer ce pot thermogène en métal creux avec une double enveloppe de tôle qui serait remplie d’eau, sorte de bouilloire chauffée avec les chaleurs perdues en même temps que le petit récipient placé sur le feu.
- CONSERVATION DU STOCK FAMILIAL DE POMMES DE TERRE
- On a beaucoup discuté parmi les techniciens du Ravitaillement de la meilleure manière de conserver la réserve de pommes de terre dont le pays dispose pour cet hiver. Fallait-il constituer des stocks peu nombreux et importants ou au contraire faire une répartition immédiate entre les consommateurs ? Le second moyen a l’avantage de diminuer beaucoup les risques d’altérations et de pertes, mais il fait appel à un instinct de prévoyance qui peut défaillir par les temps actuels.
- L’Académie d’Agriculture s’est nettement prononcée pour la distribution immédiate et la constitution de petits stocks familiaux laissés aux soins des bénéficiaires, et elle a demandé à M. E. Schribaux de donner les conseils nécessaires pour la sauvegarde de ces provisions.
- M. Schribaux vient de rédiger les prescriptions suivantes qu’il a présentées à l’Académie.
- La conservation du stock familial de pommes de terre, dont le poids n’est jamais élevé, ne présente pas de difficulté, et n’entraîne que des pertes insignifiantes, si l’on prend les précautions suivantes :
- Triage et classement des tubercules. — Dès la réception des pommes de terre, examiner les tubercules un à un avec grand soin, et les classer en trois catégories :
- 1° Les malades ;
- 2° Les suspects et les blessés à l’arrachage';
- 3° Les tubercules sains.
- I. — Les malades qui sont visiblement altérés, dont la surface est pourrie, déprimée, brunâtre, souvent humide sur une assez grande étendue, seront rebutés, jetés aux ordures, mais seulement après s’être assuré, en les coupant profondément, qu’ils ne renferment pas encore une certaine quantité de chair saine, blanche ou jaune parfaitement comestible.
- II. — La deuxième catégorie, tubercules suspects ou blessés à l’arrachage, comprend ceux dont la peau est tachée ou déprimée, brunâtre sur une faible étendue. En entaillant ces taches avec l’ongle ou avec la pointe d’un couteau, on découvre ordinairement dans la chair des altérations peu profondes, peu accentuées, reconnaissables à leur teinte brunâtre.
- Ces pommes de terre, mises à part, seront consommées les premières et le plus rapidement possible.
- III. — Les tubercules sains, les plus intéressants, bien entendu, se distinguent aisément par leur couleur, généralement uniforme, et surtout par leur consistance ; ils sont durs, fermes, et nulle part la peau ne cède sous la pression du doigt. On les déposera dans un endroit sec, obscur et à l’abri de la gelée. L’humidité de l’atmosphère favorise le développement de champignons et de microbes nuisibles. A la lumière, les tubercules verdiraient, prendraient une saveur désagréable. Les pommes de terre gèlent à — 2° — 3°, c’est-à-dire légèrement au-dessous de la température de congélation de l’eau. Les pommes de terre gelées n’étant plus comestibles et pourrissant très rapidement, bien couvrir le tas avant les froids rigoureux.
- Remarque importante : au moins dans les deux premiers mois qui suivent la récolte des tubercules, alors que la pomme de terre « jette son feu », il faudra les trier à nouveau, en procédant comme au début de la conservation.
- Pommes de terre sucrées. — Chose curieuse, après un séjour prolongé dans un local où la température demeure inférieure à 8°-10°, les pommes de terre fabriquent du sucre de canne, prennent une saveur douceâtre et désagréable. Il suffit de les placer pendant une quinzaine de jours dans une pièce où la température dépasse ordinairement 15°, pour qu’elles reprennent une saveur normale.
- Pommes de terre germées. — Au printemps, la germination épuiserait rapidement la pomme de terre qui deviendrait flasque. Dès l’apparition des germes, les extirper avec la pointe d’un couteau ou mieux avec un porte-plume armé d’une plume retournée qui agit comme une gouje. Egermés, éborgnés, les tubercules se conservent parfaitement pendant des mois, sans déperdition sensible de matière nutritive.
- COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 novembre ig4i-
- Séance du 24 novembre 1941.
- L’alcool moteur. — M. R. Rebel a essayé dans un moteur monocylindrique à 4 temps, au banc, puis dans un moteur à 4 cylindres, l’alimentation par de l’alcool à 75°, en injectant directement celui-ci avec allumage commandé. Il a ainsi obtenu un gain de 3i pour 100 au banc, de 20 pour 100 sur la voiture, et il recommande l’utilisation de l’alcool dans ces conditions comme un carburant de haute qualité.
- L’ixone, quinone tétrabenzopyrénique. — C’est le colorant de cuve le plus simple connu, pour une couleur aussi profonde que le vert. MM. C. Dufraisse et M. Loury étudient ses caractères et sa préparation, bien moins connus que les dérivés du benzène de la même série aromatique.
- La vitamine E. — Mlle A. Yinet et M. P. Meunier ont analysé le passage dans le sang du tocophérol ou vitamine E, sous l’effet des variations du régime alimentaire. L’ingestion d’acétate de tocophérol synthétique est efficace pour le maintien de la croissance. La teneur normale dans le sang est de 3 mg. par 100 cm3 chez le lapin, de i,5 mg. chez l’homme.
- Le nodule radiculaire des Légumineuses pro= ducteur d’ammoniac. — Les nodules des Légumineuses dégagent de l’ammoniac. M. et Mme Winogradsky ont analysé ce phénomène. Il n’est pas le fait des bactéries, ni celui de l’action de l’uréase sur l’urée qu’on trouve toutes deux dans les nodules. Il se poursuit durant longtemps et semble réglé par un système thermo-résistant, agissant même dans un milieu privé d’eau liquide. Différant ainsi des enzymes, il paraît être d’un type de catalyseurs biologiques encore inconnu.
- Dichotomie anormale des feuilles. — Les feuilles et les lames cotylédonaires présentent parfois une nervure médiane en fourche ou deux lobes ayant chacun leur nervure propre. Est-ce une dichotomie ou une concrescence ? M. A.-G. Parrot a observé des feuilles anormales de fusain, de lilas, de troène qui font pencher en faveur de la première hypothèse.
- Toxicité des arséniates alcalino=terreux pour le doryphore. — MM. M. Raucourt et H. Guérin ont comparé l’action des divers arséniates au laboratoire et en culture. Les résultats concordants montrent que le méta-arsé-
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- niate de calcium insoluble a peu d’effet ; l’arséniate diplombique est un peu plus efficace, mais bien moins que l’arséniate tétracalcique, le pyroarséniate calcique, le biarsé-niate pentacalcique, les orthoarséniates bi- et tricalciques, tri-strontique ou tribarytique. On peut donc avantageusement choisir les arséniates de calcium convenablement fabriqués qui diminuent la consommation d’arsenic et suppriment celle du plomb.
- Séance du i01- décembre 1941.
- Détermination par Valcool de Veau de cristallL sation d’un sel. — Depuis ig33, M. M. Nicloux a montré dans les tissus des poissons l’existence d’une eau imperméable à l’alcool, probablement eau liée aux protéines. Il retrouve dans l’eau de cristallisation de divers sels la même imperméabilité, en opérant sur divers sels cristallisant avec un nombre variable de molécules d’eau. Ces deux séries si différentes étendent le problème de l’eau liée et le posent sous un jour plus général.
- Vieillissement artificiel des brais de houille. —
- Les brais de houille employés pour réaliser l’étanchéité des terrasses doivent conserver leurs qualités pendant dix ans au moins. M. G. Varlan indique un essai accéléré de ces produits plus complet que le simple chauffage. Il consiste à les soumettre 25 fois aux régimes suivants : solution sulfurique à 1 pour 100 ; pluie artificielle ; oxygène ozonisé ; radiations lâches en ultra-violet ; pluie artificielle ; potasse à 2 pour 100 ; température de — 70. Il permet un classement rapide concordant avec les effets du vieillissement naturel lent.
- Fragilité de revenu des aciers. — MM. H. Jolivet et R. Chouteau montrent que des aciers de même composition chimique, contenant les mêmes éléments d’alliage, présentent des vitesses critiques d’apparition de la fragilité qui dépendent de la durée du séjour aux environs de 5oo°-55o°.
- Diffusion de l’hydrogène dans le fer. — La présence d’hydrogène dans le fer pur modifie les propriétés du métal non seulement suivant sa proportion, mais aussi selon la place qu’il occupe dans la structure. MM. G. Chaudron et L. Moreau le prouvent par des mesures de dureté Brinell et proposent ce moyen comme une méthode particulièrement fine pour connaître la structure des métaux.
- Les éthers phénoliques (ü=chlorallytés. — M. L.
- Bert décrit une réaction générale de préparation de ces composés au moyen de dichloropropène-i.3. Il a déjà pu reproduire ainsi divers produits naturels : alcool méthylco-niférylique, aldéhyde p-méthoxycinnamique, aldéhyde mé-thylférylique, acide caféique, cubébine, et aussi l’aubépine, l’héliotropine, la méthylvanilline, la vanilline, l’aldéhyde triméthylgallique et l’aldéhyde asarylique.
- Aurores boréales remarquables. — Le grand spécialiste des aurores boréales, M. C. Stôrmer signale des types remarquables d’aurores boréales observés en Norvège méridionale : des arcs homogènes de grande altitude, des arcs pulsatoires isolés, des plaques pulsatoires, des aurores ressemblant à des nuages, des rayons montant à plus de 1 000 km. dans la partie de l’atmosphère illuminée par le soleil, des rayons divisés, des taches et des arcs rouges.
- Le parfum des fleurs de tabac. — MM. S. Sabetay, G. Igolen et L. Palfray ont traité des fleurs de Nicotiana petunioides par l’éther de pétrole à froid et en ont extrait 3,7 pour 1 000 d’une essence concrète verte, d’odeur forte plutôt désagréable. Celles de Tabac (N. iabacum) ont donné une autre essence absolue jaunâtre, à odeur de café et d’œillet, grasse et sucrée à la fois, de saveur piquante rappelant la girofle, dans laquelle ils ont identifié l’eugénol, l’acide caprylique libre, l’acide acétique combiné. Les parfums des fleurs contiennent tous de l’eugénol ou de l’isoeugénol, corollaire d’une insolation vive et d’une température élevée, qui doit avoir une action antioxydante au moment de la floraison. C’est pourquoi les fleurs tropicales auraient des odeurs particulièrement épicées.
- Rôle de la puce de l’homme dans la transmis= sion de la peste. — On a démontré le rôle des Rongeurs dans la transmission de la peste, mais on a peu étudié le rôle de la Puce de l’Homme (Pulex irritans). Au cours d’une épidémie marocaine, MM. G. Blanc et M. Baltazard ont reconnu que celle-ci s’infecte toujours sur les malades à la période agonique et reste infectée pendant 21 jours au moins ; ses déjections sont virulentes pendant 5 jours au moins et ce mode de transmission explique les épidémies mieux que la contagion des Rongeurs qui est endémique.
- Séance du 8 décembre 1941.
- Densité du graphite. — Il est difficile d’obtenir une masse de graphite pure et homogène, sans vacuoles entre les macles. M. J. Basset a choisi des échantillons purs qu’il a soumis à une série de compressions à 20 000 kg./cm2 séparées par des dégazages à 2 xoo0 au four à induction dans le vide. Il a ainsi observé des densités croissant jusqu’à 2,4io et déterminé le coefficient de compressibilité du graphite de 5 000 en 5 000 kg.
- Microradiographie par réflexion. M. J. J. Tril-lat décrit la technique qu’il emploie pour l’essai d’alliages contenant des éléments de numéros atomiques très différents (Al et Pb ou Mn par exemple). L’objet très petit est recouvert par une émulsion sensible, un film Lippmann par exemple, insensible aux rayons X mais sensible aux photo-électrons. Le temps de pose est assez lent. On obtient des images détaillées de la structure cristalline et des microinclusions.
- Altération du cuivre par les acides gras. —
- Ayant remarqué qu’une lame de cuivre plongeant entièrement dans l’eau surmontée d’une couche d’acide stéarique ou palmitique dissous dans le benzène, le toluène ou le xylol, se corrode en formant un sel cuivrique vert et insoluble, M. R. Dubrisay a précisé les conditions du phénomène. La présence d’oxygène est nécessaire mais non celle de gaz carbonique. L’attaque n’a lieu qu’en milieu acide en l’absence d’acide gras et est plus active en milieu légèrement alcalin en présence de ceux-ci, en raison de la solubilité du palmi-tate et de l’oléate de cuivre s’ajoutant à celle de l’hydroxyde.
- Le tocophérol dans l’huile de ricin. — M. J. Langlois a trouvé, par diverses réactions, que l’huile de ricin contient de notables proportions de tocophérol ou vitamine E. L’huile en renferme de 0,8 à 1,1 pour 1 000, l’insa-ponifiable 21,6 pour 100. L’huile de germe n’est pas plus riche, contrairement à ce qu’on observe dans le germe de blé.
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- LIVRES NOUVEAUX
- Le mystère des nombres et des formes, par Marcel Boll. 4 vol. 330 p., 354 fLg. Larousse, Paris, 4941.
- Les mathématiques n’apparaissent à Beaucoup de personnes môme cultivées que comme une succession de raisonnements abstraits, fastidieux et sans grande utilité pour la pensée ou même pour la vie pratique. M. Boll en a entrepris la réhabilitation sous une forme originale et accessible à tous. Il part de deux notions instinctives : la notion de nombre et celle de forme ; il montre comment, en creusant ces notions, et en enchaînant sur elles une série de déductions logiques, la science mathématique s’est développée à travers les âges dans diverses directions; tantôt poussée par les besoins de l’expérimentation, par le désir de préciser notre connaissance du monde extérieur, tantôt précédant toute application pratique, elle fournit à l’homme un admirable instrument d’investigation et de réflexion. Bans ce développement, M. Boll s’attache surtout à montrer l’enchaînement des idées, sans s’attarder aux démonstrations. Progressivement, il conduit le lecteur des simples règles de l’addition aux nombres complexes, irrationnels et transcendants, au calcul des matrices ; de la règle de trois au calcul intégral ; do la notion de fonction et de celle de la forme à la science des courbes et des surfaces. Topologie, biologie et économie mathématiques, logique mathématique, ces sciences toutes récentes viennent se placer tout naturellement dans le cadre que s’est tracé l’auteur.
- Les ports de commerce. Construction, organisation, exploitation, par G. de Raulin. 1 vol. in-8°, 200 p. Société d'Editions Géographiques, Maritimes et Coloniales, Paris, 1941. Prix : 32 francs.
- C’est grâce aux ports maritimes qu’un pays maintient le contact avec les nations d’outre-mer et développe son activité commerciale et industrielle. Pour faitre mieux connaître ce qu’est un grand port moderne, l’auteur traite de leur construction, de leur organisation et de leur exploitation, en réservant une place aux ports fluviaux, aux ports de pêche, aux chantiers navals. Rappelant les errements du passé avec l’espoir d’en éviter le retour, notre collaborateur consacre un long chapitre aux. différentes phases de l’âpre bataille économique que se livrent les grands ports internationaux.
- Les fosses septiques. Leur construction, leur fonctionnement, leur entretien, par A. Bujlder. 2e édition. 1 vol. in-8°, 205 p., 107 lig. Béranger, Paris, 1941. Prix : cartonné, G0 francs.
- D’invention française, la fosse septique a sa place au village, à la campagne, à condition d’être bien construite et étanche. Elle est le moyen de choix, en dehors des grandes agglomérations, pour l’élimination des vidanges et des eaux usées. Mais il faut savoir la bâtir correctement, bien l’installer et connaître son fonctionnement pour en obtenir une bonne épuration constante. Ce livre est le guide de tous ceux que la question intéresse : architectes, hygiénistes, ingénieurs, maçons, cimentiers, propriétaires. Ils y trouveront tous les renseignements utiles réunis de main d’ouvrier.
- Atlas de paléobiogéographie, par L. Joleald. i vol. in-4°, 99 pl., 1 portrait. Lechevalier, Paris, 1939.
- Notre regretté collaborateur, professeur à la Faculté des Sciences de Paris, est mort brusquement, laissant une œuvre considérable, dont cet atlas devait être l’achèvement. Pieusement, sa sœur publie ici ce document considérable qui restera longtemps une base pour tous les travaux futurs de synthèse biogéographique et biologique. Joleaud avait choisi, au cours do ses très nombreux travaux et de ses lectures, un certain nombre de groupes d’organismes fossiles et vivants dont la distribution géographique est particulièrement intéressante pour l’histoire de la vie sur la terre et pour les déplacements qu’on peut supposer ou justifier. En 99 cartes dont la plupart sont
- Service de Librairie. — Le Service de Librairie de La Nature est à la disposition des abonnés et lecteurs du journal pour leur procurer tous les ouvrages annoncés.
- Les demandes doivent être accompagnées de leur montant, 10 pour 100 pour les frais de port pour la France et 15 pour 100 pour l’étranger.
- sur le fond géographique actuel, les autres sur des planisphères tracés selon les idées de Wegener, il avait marqué la répartition sur le globe de végétaux et d’animaux choisis pour illustrer et bien souvent éclaircir nos idées sur le peuplement de la terre. Dans un domaine aussi vaste et jusqu’ici si discuté, ces faits précis, exacts, jettent de vives lueurs que l’auteur n’a pu malheureusement développer dans un texte joint. Cet ensemble de cartes n’en est pas moins un très précieux document, prolégomène à toute biogéographic future.
- Invention et finalité en biologie, par L. Cuénot. i vol.
- in-10, 259 p., 50 fig. Bibliothèque de philosophie scientifique.
- Flammarion, Paris, 1944. Prix : 27 francs.
- Voici un livre ferme et courageux. L’auteur qui est un grand biologiste de notre temps a consacré sa vie aux problèmes fondamentaux de l’évolution, de l’hérédité et il a fait connaître en ces dernières années nombre de nouveaux détails d’organisation troublants par leur perfection : les callosités des points de frottement du corps, qui apparaissent chez l’embryon avant tout usage ; les coaptations d’accrochage des segments de membres ; les extraordinaires boutons-pression de certains Céphalopodes ; bien d’autres qui ne peuvent vraiment être expliqués ni par une adaptation progressive lamarckienne, ni par une sélection darwinienne, ni par de heureux hasards mécaniques. Cela l’a conduit à poser à nouveau le problème fondamental : la vie est-elle purement mécanique ou bien révèle-t-elle une création, une invention, une finalité ? Il pèse le pour et le contre, fait le tour des innombrables théories, cite nombre de faits typiques, et ne voulant pas conclure par l’impossibilité où nous sommes de comprendre et d’expliquer le monde, il essaie de prendre aux deux modes de pensées antagonistes ce qu’ils ont de partiellement acceptable et il finit par admettre un finalisme mitigé, restreint et intermittent.
- Faune de France. Coléoptères carabiques (première
- partie), par R. Jeannel. 1 vol. in-8°, 571 p., 1029 fig. Lechevalier, Paris, 1944. Prix : 300 francs.
- Les Carabiques forment une énorme famille comptant près de 25 000 espèces groupées en plus de 1 000 genres. Le professeur du Muséum les a classés méthodiquement en distinguant les caractères d’adaptation néogénétiques des caractères de filiation ou paléogénétiques ; parmi ces derniers il donne la première place aux pièces sternales et à l’appareil copulateur. Selon le plan commun à tous les ouvrages de la Faune clc France dont celui-ci est le 39e, il décrit d’abord la morphologie externe : les téguments, la tête, le corps, les ailes et les pattes, les caractères sexuels, puis la morphologie interne : fonctions de nutrition, de relation, de reproduction ; il suit le développement : embryon, larve, nymphe et insiste sur la distribution géographique et l’éthologie. II aborde alors la systématique, par un tableau des familles et décrit ensuite chaque espèce en la forme accoutumée : références, caractères, habitat, lieux de récolte.
- Croissance des végétaux cultivés, par A. Demolon,
- 2e édition. 1 vol. in-8°, 475 p., 81 fig., 4 pl. en couleurs.
- Dunod, Paris, 1941. Prix : broché, 215 fr. ; relié : 241 fr.
- L’ouvrage de M. Demolon : Principes d’agronomie, est devenu classique dèâ son apparition. On n’avait pas en Franco de traité récent, didactique, powvant servir de base à l’enseignement et aux recherches. Aussi a-t-il été rapidement épuisé. La première partie : Dynamique du sol, a dû être rééditée, puis la seconde. On sait que le tome I est consacré au milieu, à sa physique et à sa chimie. Le tome II qui en est la suite expose les* multiples rapports entre le sol et les végétaux qu’on y cultive. Il débute par l’action des facteurs physiques de croissance : radiations et lumière, température, effets de l’électricité et de la radioactivité. Puis viennent les facteurs chimiques : l’atmosphère et sa teneur en acide carbonique^ et en composés azotés, avec son application au forçage ; les échanges par les racines, non seulement d’eau, mais do gaz carbonique et surtout de matières minérales : azote, phosphore, soufre, potasse, calcium, magnésium, silicium, fer, oligoéléments, qui conduisent à considérer les doses toxiques de divers éléments. L’influence de la vie microbienne du sol, tantôt utile, tantôt pathogène complète le tableau qui permet de fixer les lois de la croissance, les besoins de fumure, les qualités des récoltes. Un dernier chapitre traite des méthodes expérimentales : au laboratoire, on pots, aux champs et des techniques d’analyses.
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- L’art de tailler les arbres et les plantes, par Georges Truffaut et Pierre Hampe, i vol. in-8°, 481 p., 514 fig. Bibliothèque des établissements Georges Truffaut, Versailles, 1941.
- Beaucoup de plantes ont besoin d’être taillées. C’est une opération importante en arboriculture fruitière. La taille Lorette ou taille d’été, parmi bien d’autres, assure une bonne pousse et un rendement accru des fruits à pépins. La vigne, les rosiers, les arbres et arbustes d’ornement, le melon, la tomate, l’aubergine, gagnent aussi à être taillés. Mais il faut savoir le faire. Ce livre indique l’équipement nécessaire au
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- jardinier, les tours de main indispensables, puis il décrit toutes les sortes de tailles efficaces, avec très nombreuses figures à l’appui. C’est dire qu’il est un livre indispensable à la profession comme à l’amateur de jardins.
- Intrigues de la forêt, par André Demaison. 1 vol. in-16, 247 p. Flammarion, Paris, 1941. Prix : 24 francs.
- Ce roman est le journal d’une plantation dans la forêt primaire de la zone tropicale et la forêt domine, conduit les personnages et 1 action. L auteur la connaît bien et sait la faire vivre, immense, étouffante.
- INVENTIONS ET NOUVEAUTÉS
- AUTOMOBILE
- Balai dégivreur pour essuie=glace.
- On connaît les inconvénients du givre et de la neige sur les pare-brise. Les essuie-glace, actuellement en usage, sont inefficaces dans les périodes de froid. En effet, sous l’action du vent, d’autant plus fort que la vitesse du véhicule est grande, les brouillards ou neiges se transforment en nappe gelée qui s’accumulent sur les pare-brise et gênent la visibilité, sans que les essuie-glace actuels puissent y remédier.
- Le balai dégivreur, spécialement conçu pour attaquer les couches de glace, comporte une résistance électrique noyée dans un isolant approprié. Le contact direct de la chaleur émanant de la résistance fait fondre la neige ou la glace, même aux grandes vitesses. Ce système d’attaque directe n’a rien de comparable à ceux qui ont été employés antérieurement et qui, fonctionnant par radiation, ont de fortes pertes de calories du fait qu’ils fonctionnent à travers l’isolant thermique de grande résistance qu’est le pare-brise.
- Ce balai dégivreur réunit de nombreux avantages ; outre celui d’être de conception simplifiée à l’extrême, son encombrement nul permet de conserver une visibilité parfaite, il est de fonctionnement efficace, de faible consommation, de pose simple et rapide. La résistance électrique reste invisible et ne gêne pas la visibilité.
- La pose en est extrêmement simple ; il suffit de remplacer l’ancien balai, fixé généralement par une goupille, par le balai dégivreur et de brancher le conducteur électrique aux bornes de l’appareil essuie-glace, s’il est actionné électriquement ; sinon, le conducteur est relié au tableau de bord. Un modèle est étudié pour chaque mode de locomotion : aviation, automobile, navigation, autorail, etc....
- Constructeur : C. Caroni, q5, rue de Saint-Cloud, Cla-mart (Seine).
- OENOTECHNIE
- Méchage par aspiration.
- combustion du soufre. On a longtemps employé la mèche soufrée (il s’en vend encore des wagons dans les pays de vin blanc), d’où le nom de méchage donné à l’opération. Celui de sulfitage est réserve à l’emploi des sulfites, en parli-culiei du metabisulfile de potasse qui libère son acide sul-fni eux au contact des acides du vin. Ces produits sont deve-
- nus bien plus rares que le soufre.
- On s ingénié a éviter les perles de S03 et à dissoudre dans le vin des doses connues de ce gaz. Le dernier appareil créé dans ce but est une trompe aspirante, qu’on place sur les cuves où arrive le moût à fermenter, mélangé ou non de vendange.
- Celle trompe est entourée d’une coupelle annulaire qui peut recevoir de l’anhydride sulfureux liquéfié ou du soufre.
- Fig. 1.
- coupelle d’air :
- Sulfiteur à combustion.
- soufre ; o, orifices d’entrée B, coupe île la trompe.
- L’air entre par les trous oo (fig. i) clans la coupelle où il entretient la combustion du soufre ; il en ressort chargé de S02, aspiré par la trompe.
- Plus le moût s’écoule vite, plus il entraîne de gaz et accélère le tirage. On peut du reste régler les orifices de ce dernier. Le débit de gaz est sensiblement proportionnel à celui de la moto-pompe élévaloire du moût qui est en pratique de ho à ioo hl. à l’heure.
- Les inventeurs sont MM. Gouvernct et Deleuil.
- Théoriquement x kg. de soufi’e donne a kg. d’anhydride sulfureux ; pratiquement on obtient i kg. 5oo utilisable. Le prix de revient du gaz à partir du soufre est actuellement le quart de celui provenant du mélabisulfite de potasse.
- Le principe de celte trompe pourrait servir dans d’autres techniques, par exemple pour la stéi’ilisation des eaux potables par les gaz et pour tout mélange automatique de liquide et de gaz sans moteur ni pompe auxiliaire.
- Le principal agent sanitaire des cuves et du vixx est l’anhydride sulfureux (S02) obtenu principalement par la
- Constructeurs : MM. Gouvci'net et Deleuil, 8, rue Clovis, à Nîmes (Gard).
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- BOITE AUX LETTRES
- En raison du ralentissement de la publication, les correspondants de la « Boîte aux lettres » sont invités à préciser leur adresse et à joindre le montant de l’affranchissement, pour réponse directe par poste.
- Il n’est actuellement publié de réponses que sous une forme impersonnelle.
- Régénération des piles. —On peut régénérer les piles pour lampes de poche d’une façon très simple ; cette opération, pouvant être renouvelée quatre à cinq fois, consiste à faire passer à travers la pile un courant continu faible (2/10 à 3/10 d’ampère) comme s’il s’agissait de recharger une batterie d’accumulateurs, c’est-à-dire en connectant le pôle positif du courant sur le pôle positif de la pile. Les batteries de 80 V. peuvent être branchées directement sur le secteur ; pour les blocs de 40 V., on intercale une résistance d’environ 60 ohms.
- Le bloc de 40 Y. donne facilement 60 Y. une demi-heure encore après la recharge ; ensuite, le voltage baisse et se stabilise vers 35-40 Y. et se maintient pendant quelques semaines à ce chiffre.
- Cacao soluble. — Le cacao soluble est préparé en traitant les graines torréfiées par du carbonate de potasse destiné à émulsionner le produit. Le tissu cellulaire se désagrège et les matières albuminoïdes insolubles se transforment en peptones et albuminates solubles. Les graines ainsi traitées peuvent ensuite être séchées, dégraissées et pulvérisées, ce qui donne la poudre de cacao soluble.
- Le Conseil d’Hygiène et de Salubrité de la Seine a adopté comme conclusions que les cacaos en poudre dits « solubilisés » doivent contenir au moins 28 pour 100 de beurre de cacao et ne peuvent contenir plus de 3 pour 100. de potasse anhydre comptée en K20.
- Imperméabilisation des semelles. — Un procédé permet d’assurer la conservation des semelles de chaussures en même temps qu’il augmente leur durée et les rend imperméables. Il consiste à imprégner copieusement les semelles bien sèches avec du vernis à la gomme laque, de telle façon que le cuir soit nettement saturé par plusieurs couches successives. En appliquant la dernière couche et avant qu’elle soit sèche, on saupoudre de pierre ponce finement pulvérisée afin d’éviter à l’usage le glissement ultérieur.
- Gaz des marais. — La production de gaz par la vase des marais est due à l’intervention d’un microbe, le Bacillus amylobacter qui, d’après les recherches de Prazmowski confirmées par celles de Van Tieghem (Comptes Rendus, t. XXXVIII, I, 205), fait fermenter la cellulose contenue dans les débris végétaux, l’hydrate et la décompose en acide carbonique et formène ou méthane CH4 d’après la réaction :
- C6H1005 + II20 = 3C02 + 3(CH4)
- cellulose formène
- La condition optima de vie de l’amylobacter est une température voisine de 50° C.
- Si l’on veut utiliser le gaz ainsi dégagé, résultant de la fermentation, en vue du chauffage, il est nécessaire de le débarrasser de l’acide carbonique qu’il contient, en le faisant barbotter dans de l’eau de chaux, ou mieux encore en le faisant circuler en zig-zag dans une caisse contenant, sur des tablettes, de la poudre de chaux éteinte.
- Un litre de formène pèse 0 g. 722 ; sa combustion complète est exprimée par l’équation :
- CH4 + 40 = CO2 + 2H20
- C’est-à-dire qu’il faut un volume double d’oxygène.
- Lotion capillaire. — La formule suivante doit donner satisfaction :
- Prendre : Eau chaude.................... 1 000 cm3
- Ecorce de quinquina gris. . . 50 g.
- Ecorce de bois de Panama . . 50 —
- Borax......................... 5 —
- Glycérine. . ................ 20 —
- Faire bouillir pendant environ un quart d’heure ; puis après refroidissement ajouter 5 cm3 d’essence de violettes ; agiter vivement en secouant ; laisser infuser 24 h. ; enfin filtrer au papier et mettre en flacons.
- N. B. — L’addition d’alcool est inutile car il serait contraire à la production de la mousse.
- Alcarazas. — Les alcarazas, utilisés pour rafraîchir l’eau en été, cessent d’avoir un bon fonctionnement lorsque leur capillarité est entravée par la présence, dans les canalicules, d’algues visqueuses du genre des Beggiatoacées et par le carbonate de chaux déposé par les eaux calcaires. Il convient pour remédier à ces obstructions d’opérer de la façon suivante :
- 1° Faire macérer l’alcarazas en le baignant complètement dans un récipient contenant un lait de chorure de chaux à 20 g. par litre (poudre de chlore du commerce), ce qui amène la destruction des algues, leur gonflement et une stérilisation parfaite.
- 2° Rincer abondamment et brosser avec une brosse douce pour l’extérieur, un goupillon pour l’intérieur.
- 3° Immerger dans une eau acidulée par l’acide chlorhydrique (acide muriatique du commerce) à 5 pour 100 qui dissoudra les dépôts calcaires. Finalement rincer à grande eau.
- La cyanine. — La cyanine est la matière colorante qui porte également le nom de bleu de quinoléine dont la formule est C251I35JN2i.
- Elle est obtenue par l’action de la quinoléine sur l’iodure d’amyle et le produit se trouve dans le commerce sous forme de sel potassique.
- C’est une poudre cristalline verte, peu soluble dans l’eau froide en bleu rougeâtre ; elle se dissout en bleu dans l’alcool par réflexion et violet par transparence.
- En solution aqueuse bouillante, la cyanine teint la laine et la soie directement, le liquide étant neutre ; si on l’acidifie légèrement, même par l’acide carbonique, et que l’on fasse bouillir, on obtient un bleu pur.
- La cyanine est employée couramment dans la préparation des plaques photographiques orthochromatiques à cause de la propriété qu’elle possède d’augmenter d’environ soixante fois la sensibilité aux rayons orangés.
- Quant à permettre sous forme d’écran coloré de percevoir l’auréole fluidique produite par les radiations vitales, cela semble plus que douteux, malgré les discussions auxquelles ont donné lieu les études sur la photographie néo-spirite, des DTS Baraduc, Guébhard, Luys, etc..., qui ont cherché à savoir si les phénomènes constatés étaient dus au fluide vital ou à l’omission du balancement de la cuvette pendant le développement, à des fautes techniques telles que mauvaise dissolution du révélateur, mélange incorrect des réactifs, absence de filtration ou simplement intervention de la chaleur de la main du sujet, etc....
- On peut se procurer la cyanine aux Etablissements Prolabo 12, rue Pelée, Paris, 11e.
- Cire à chaussures. — La cire à chaussures destinée à leur imperméabilisation se prépare de la façon suivante :
- Prendre :
- Cire jaune d’abeilles................ 200 g.
- Suif de mouton....................... 250 •—
- Colophane............................ 125 —
- Faire fondre doucement au bain-marie, rendre homogène puis appliquer encore chaud sur le cuir bien sec.
- Le Gérant : G. MASSON.
- imprimé par barnéoud frères et cle a laval (france) — 15-2-1942 Published in France.
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