La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- HUITIÈME ANNÉE
- t§§o
- PREMIER SEMESTRE
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- G. MASSON, EDITEUR
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- 8® ANNÉE. - N° 340.
- 0 DÉCEMBRE 1879
- LA NATURE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- • LES NECTAIRES DES PLANTES
- ET LE TRANSFORMISME
- üu a donné au mot nectaire bien des signilica-tmns diverses ; mais le caractère sur lequel on se base aujourd’hui pour déterminer ces organes est purement physiologique. (Jn donne ce nom à tout tissu d’une plante en contact avec l’extérieur, dans lequel les sucres s’accumulent en proportion notable.
- Le rôle des nectaires a beaucoup occupé les savants pendant le dix-huitième siècle; on a admis d’abord que les nectaires sont directement utiles à la plante qui les a produits, mais les observations et les expériences faisant défaut, on n’accorde généralement pas une bien grande valeur à cette affirmation. Cependant quelques auteurs, au lieu de considérer l’accumulation des matières sucrées dans les nectaires comme une provision de nourriture, ont soutenu que le nectaire est une excrétion de la plante; l’absence de Toute méthode expérimentale et de graves erreurs dans la détermination chimique des substances étudiées, empêchèrent sans doute cette théorie de se développer.
- Les auteurs modernes qui se sont occupés de cette question ne se sont pas inspirés des méthodes expérimentales rigoureuses qui seules peuvent donner la certitude en matière scientifique.
- Ils ont presque tous repris une théorie soutenue pour la première fois en 1795 par Conrad Sprengel dans un ouvrage très considérable. D’après lui, toutes les dispositions des organes floraux sont prises uniquement dans le but d’assurer la fécondation des fleurs parle transport du pollen sur le stigmate; les insectes seraient chargés de ce transport : aussi Sprengel voit-il à côté de la glande sucrée et du récipient qui le recueille, des organes protecteurs de la provision de sucre (Saftgedecke) et des organes indicateurs tachés ou striés, destinées à montrer aux insectes le chemin qui conduit au nectar (Saftmaal), 8* aoDée. —i l,e semestre.
- mais ce grand travail est rempli d’interprétations hasardées et erronées dont une observation quelque peu attentive démontra l’erreur.
- Aussi, la théorie de Sprengel était tombée dans un oubli presque complet, lorsqu’il y a quelques années M. Darwin l’a remise en lumière en insistant d’une façon plus spéciale sur ce fait que les insectes peuvent transporter le pollen d’une fleur sur le stigmate d’une fleur située sur un autre individu de la même espèce.
- C’est la fécondation croisée; c’est à la fécondation croisée et non à la fécondation en général que toute l’organisation florale serait adaptée. \ers le même temps MM. Hildebrandt et H. Muller en Allemagne, Delpino en Italie, Lubbock en Angleterre apportaient à l’appui de l’ancienne théorie de Sprengel, modifiée par M. Darwin, un nombre considérable de faits. Aussi cette théorie téléologique est-elle devenue classique dans ces divers pays, M. Sachs, dans son Traité de botanique (édit. Iranç., p. 649 et 1064) l’a résumée en quelques lignes : « Les insectes sont les agents involontaires et inconscients de la pollinisation, ils ne visitent les fleurs que pour y puiser le nectar dont ils se nourrissent, et qui y est distillé exclusivement dans ce but.
- « La distribution, la forme et la valeur morphologique des nectaires sont très diverses et toujours en relation immédiate avec les combinaisons spécifiques que la fleur réalise dans le but d’amener la pollinisation par les insectes ».
- Voyons sur quelles données se basent les auteurs pour accorder aux insectes une influence si capitale dans l’acte de la fécondation. D’après les expériences de Kôlreuter et de Darwin il y a pour une plante de grands avantages à être fécondée par croisement ; les produits de la fécondation croisée sont plus féconds, plus vigoureux et plus forts. Il faut donc que le pollen soit transporté d'un individu sur un autre pour que ces conditions favorables soient réalisées. Dans beaucoup de cas, le vent se charge de ce transport; le pollen des conifères
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- est ainsi entraîné à de grandes distances, grâce aux petites ailes développées de chaque côté du grain de pollen ; dans les régions montagneuses couvertes de forêts de sapins, il tombe fréquemment de véritables pluies de pollen qui donnent parfois, aux nappes de neige, une coloration toute particulière ; ce phénomène est bien connu des personnes qui habitent les montagnes; il se présente dans beaucoup de plantes qui sont dites anémophiles ; mais il est bien plus Jréquent que ce transport ne puisse être effectué que par l'intermédiaire des insectes : c est pour attirer les insectes que les plantes ento-mophiles développent des liquides sucrés; c’est poulies forcer à opérer la fécondation croisée de préférence à l’antoiécondation que les différents organes de chaque lleur présentent des caractères variés de coloration et de forme.
- Des volumes seraient nécessaires pour signaler les dispositions prises par la lleur pour favoriser la fécondation croisée. Nous ne pouvons qu’en citer ici quelques exemples pris au hasard au milieu de cette accumulation de faits. Il ne suffit pas, en effet, que le nectar soit sécrété par une fleur pour que la fécondation soit assurée- Le liquide sucré produit par les nectaires doit être recueilli par la plante pour n’ètre pas perdu dès sa formation ; d’après les auteurs que nous avons cités, c’est dans ce but que se développent les éperons des Crucifères, de la Capucine, des Orchidées, les écailles ou les godets des pétales chez les Renoncu-lacées. La couronne de poils formée à l’intérieur de la corolle des Labiées, les écailles qui ferment la fleur des Barraginées sont destinées à le protéger. Ce n’est pas assez que l’appât soit préparé ; il faut que les insectes soient attirés ; les dispositions les plus variées permettent à la fleur d’atteindre ce but. Les couleurs brillantes servent d’enseignes pour les insectes que des taches et des stries guident souvent d’une façon plus complète vers « le hou endroit ». S’il s’agit de fleurs nocturnes, ce ne sont plus les couleurs éclatantes, mais un parfum émané de la fleur qui attire vers elle l’insecte de qui dépend l’accomplissement de la fonction capitale dévolue à cet organe.
- Ce n’est pas tout encore ; le nectar est formé, l’insecte est attiré vers la fleur, mais il faut que la fécondation croisée soit assurée, que l’insecte la produise ; la fleur lui offre son nectar ; il faut inévitablement qu’il paye cette générosité en assurant la reproduction de l'espèce ; aussi, dit M. Sachs (Botanique,p. 1064), « tout dans la fleur est calculé de façon que l’insecte, souvent même qu’un insecte d’espèce déterminée, soit obligé, pendant qu’il cherche à puiser le nectar, de donner à son corps une position déterminée et d’accomplir des mouvements également déterminés de façon que le pollen se fixant à son corps, soit transporté nécessairement sur le stigmate d’une autre lleur de la même espèce. »
- (l’estdans ce but que certaines espèces présentent
- des individus à courtes étamines et à long style, et d’autres individus à étamines longues et à style court (Primevère, Oxalis Linumy etc.). C’est pour cela aussi, que certaines espèces ne mûrissent pas leurs stigmates en même temps que leurs étamines, que ces deux organes viennent successivement occuper la même position par rapport aux nectaires, pour que l’adaptation atteigne le plus haut degré de perfection. Il est nécessaire qne la fleur éloigne les insectes qui ne peuvent contribuer à la fécondation, qu’elle se débarrasse de bouches inutiles ; des couronnes de poils disposées au devant des nectaires, servent de barrières pour empêcher les insectes non adaptés de venir voler le nectar. Inversement, les différents insectes sont adaptés à des formes spéciales de fleurs par la longueur et la forme de leur trompe, par leurs poils, par la forme générale de leur tète, de leur thorax, de leurs pattes. On voit que l'adaptation réciproque des fleurs et des insectes est assurée avec une variété et une richesse de procédés vraiment étonnantes.
- La paléontologie paraît apporter un appui considérable à la théorie précédente. Tout d’abord les plantes phanérogames furent dioïques et anémophi-les; peu à peu, elles devinrent hermaphrodites et, par une série de progrès dont on a déterminé la marche, elles produisirent du nectar d’abord nécessairement découvert , protégé plus tard; enfui, la fleur se modifie par sélection naturelle de façon à atteindre l’étonnant degré de différenciation dont nous venons d’étudier les principaux traits.
- Cependant, cette théorie si séduisante doit-elle nous satisfaire pleinement ? ne laisse-t-elle place à aucune objection ? l’observateur attentif de la nature ne tarde pas à se poser ces questions, et à douter de la rigueur ou de l’exactitude de beaucoup des énoncés qui précèdent.
- Il est certain que les insectes puisent le nectar, mais bien souvent aussi, ils dévorent les étamines et les stigmates et l’on doit reconnaître qu’ils ne contribuent pas alors à la fécondation. Bien souvent aussi, les insectes opèrent la fécondation de fleurs absolument dépourvues de nectar ; c’est ce qui arrive chez les Papavéracées, dans bon nombre deSolanées, d’Orchidées, de Renonculacées. Ailleurs, une quantité considérable de nectar est produite par des organes qui n’ont aucun rapport avec les organes de la reproduction. C’est ainsi, par exemple, qu’on voit les abeilles fréquenter activement un champ tle Vicia sativa, longtemps avant l’épanouissement des premières fleurs, bien que sa couleur verte ne la distingne pas, à ce moment, des cultures voisines ; elles y recueillent un nectar sécrété en abondance par des glandes situées à la base des stipules.
- Il est vrai que beaucoup de partisans actuels de la théorie de Sprengel croient répondre victorieusement à ces objections. Si la fleur est brillamment colorée sans posséder de nectaires comme cela arrive pour le Melitti«, c’est, disent-ils, que la lleur
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- a conservé la trace d’un premier état nec tarif ère ; si le nectar existe sans que la /leur soit remarquable par son éclat, c’est qu’elle n’a pas encore atteint, par la sélection naturelle le degré de per-lection voulu. Cette façon d’expliquer les choses, n’est nullement scientifique; il faut bien en convenir; elle lait appel à des hyppolhèses qui 11e sont pas vérifiables, et 11e repose pas exclusivement sur des faits bien établis.
- M. Gaston Bonnier vient de résumer dans un travail très important auquel nous avons emprunté les renseignements historiques précédents, le résultat de huit aimées de recherches poursuivies depuis l’Italie jusqu’aux régions élevées des pays Scandinaves, l’auteur s’est attaché surtout à reconnaître si réellement, la position et la structure des nectaires ont pour but exclusif de former le nectar nécessaire aux insectes chargés d’assurer la fécondation G
- Nous 11e pouvons malheureusement donner ici qu’une analyse trop courte de cet ouvrage, destiné, nous n’en douions pas, à occuper la première place parmi les travaux publiés depuis plusieurs années sur un sujet qui a eu le privilège de séduire la plupart des esprits éclairés. Insistons d’abord sur la partie du travail de M. Bonnier relative à la critique de la théorie de M. Darwin. L’auteur passe en revue, les faits les plus importants relatifs au rôle des nectaires ; il constate d’abord que le développement d'éperons dans les organes floraux, et celui des nectaires ne sont pas nécessairement corrélatifs. En effet, beaucoup de plantes produisent une grande quantité de nectar sans qu’il soit recueilli par aucun récipient; d’autre part, il arrive fréquemment qu’une plante possède des éperons fort développés, sans qu’il se forme jamais de nectar. G’est ce que M. Darwin, lui-même a constaté dans beaucoup d’Orchidées.
- Le développement d'écailles internes de la corolle, de poils à Vintérieur de la fleur, et celui du nectar ont-ils entre eux, une relation plus certaine ?
- Maison voit ces poils protecteurs chez des plantes dépourvues de nectar (Melittis, Tulipa sylvestris). Quand des poils protecteurs, existent dans'les fleurs nectarilères, le niveau du liquide sucré dépasse bien souvent la couronne de poils (Labiées) ; en outre, si l’on prive la fleur des poils ou des écailles qui protègent son nectar, on peut constater par comparaison, qu’après quelques heures, la quantité de nectar est sensiblement la même chez les plantes ou le nectar a perdu ses organes protecteurs, que chez celles où le nectar est le mieux protégé.
- Abordant la question de l’attraction des insectes, vers les nectaires, M. Bonnier nous donne le résultat d’expériences aussi simples qu’ingénieuses, desquelles il résulte que Je développement des couleurs chez les organes floraux et celui du nectar ne sont
- 1 Ann. Sc. nul. Bot., 0e série, t. VIII. Les Sectaires, |>;ir G. Bonnier, étude critique, anatomique et ]<hvsiolojuquc.
- pas corrélatifs. M. Darwin croit que les fleurs qu'il nomme obscures sont moins visitées par les insectes que les fleurs brillamment colorées; M. Bonnier répond à cette afiirmation en citant une liste de plus de 50 plantes obscures, qui, étant très nectarifères, sont visitées parles insectes avec beaucoup d’avidité. Les Saules, les Groscillers, les Réséda, la Bryonc, les Erables, sont dans ce cas. Au contraire, les fleurs les plus éclatantes, comme les Clématites, les Pavots, les Campanules, les Chrysanthèmes, les Lis, les Tulipes, les Fritillaires et bien d’autres encore, n’attirent aucunement les insectes. Les partisans de la théorie de Darwin attachent aussi une grande importance aux modifications légères que subit la coloration des fleurs sous divers climats; mais on sait aujourd’hui, que ces modifications doivent être attribuées exclusivement à l’influence des conditions physiques extérieures.
- Du reste, il suffit de donner quelques exemples cités par l’auteur chez des plantes appartenant à un même genre, pour se convaincre de l’erreur de ceux qui attribuent un rôle important, à la corolle, pour la fécondation.
- Le Teucrium Scorodonia est beaucoup plus visité que le Teucrium Chamœdrys, bien que celui-ci ait des fleurs beaucoup plus brillantes que le premier. Les Groseillers, les Allium, les Réséda, et bien d’autres genres, fournissent les mêmes résultats. Une expérience aussi simple que démonstrative continue les résultats fournis par l’observation ; si l’on place à égale distance d’un rucher, des rectangles différemment colorés, les uns à peine visibles, les autres très éclatants, si après avoir déposé sur chacun d’eux, une couche de miel de même poids, on compte le nombre d’abeilles qui les visitent; on voit que le résultat est sensiblement le même pour tous les rectangles, quelle que soit leur couleur. M. Bonnier cite aussi ce fait que les abeilles abandonnent des fleurs colorées pour prendre du sirop de sucre sans odeur ni couleur. L’opinion soutenu par M. 11. Müller d’après laquelle les plantes colorées seraient disposées spécialement pour la fécondation croisée et réciproquement, ne peut non plus être admise. Il y a d’ailleurs contradiction sur ce point entre M. Darwin et M. Müller. En somme, les insectes vont en plus grand nombre là où le nectar est le plus abondant, le plus riche en sucres et le plus commode à prendre.
- L’auteur a aussi déterminé par l’expérience que, chez les fleurs dicliues nectarifères, les abeilles ne vont pas d’abord sur les fleurs mâles, puis ensuite sur les fleurs femelles et que la plus grande visibilité des fleurs mâles, est indifférente au point de vue de la visite des insectes. M. Darwin croit, d’autre part, que le développement des taches et des stries que l’on trouve sur beaucoup de corolles est corrélatif de celui du nectar. M Lubbock n’hésite pas à dire qu'elles guident les insectes vers le « bon endroit » mais aucune observation ou expérience bien faite ne confirme celte manière de voir ; au contraire,
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- les observations attentives, la contredisent toujours. Pourrons-nous admettre enfin que l’odeur, que la grandeur de la corolle sont indépendantes de la visite plus on moins fréquentes des insectes. C’est l’opinion deM.Lubbock relativement an rôle delà grandeur de la corolle ; il cite même l’exemple de Géraniums indigènes d’autant plus visités, dit-il, qu’ils ont la corolle plus grande, mais les Géranium sanguineum et G. phœum 11e sont pas nommés par lui. Or M. II. Millier a constaté que le G. sangui-neum n’est visité que très peu, malgré les grandes dimensions et la visibilité de sa corolle ; au contraire le G. phœum à fleurs très-grandes, mais très-obscu-
- res est activement visité dans des localités identiques.
- Quant au rôle des odeurs, M. Bonnier fait observer que beaucoup de plantes sont très parfumées sans produire aucune matière sucrée, et sans être jamais visitées par les insectes. Les Tulipes, les Jacinthes, les lloses, les Œillets, en sont des exemples frappants ; réciproquement, une foule de fleurs sans parfum étant très nectarifères, sont très recherchées par les insectes. On ne peut donc pas considérer le parfum des fleurs, la grandeur de la corolle, comme ménagés tout exprès pour attirer les insectes qui doivent assurer la fécondation. C. Flahault.
- — La suite prochainement. -
- Vue du lac d’eau bouillante à l’île Dominique.
- LAC D’EAU BOUILLANTE
- A L’ILE DOMimuCE '
- Un voyageur anglais nous donne les détails qui suivent sur un phénomène des plus intéressants; c’est celui d’un volcan en travail dont le cratère est à, moitié rempli d’eau bouillante. « J’ai visité, dit-il le lac d’eau bouillante trois fois et chaque fois il était en état d’ébullition. Sa hauteur au-dessus du niveau de la mer, mesurée avec le baromètre anéroïde est de 2425 pieds et le district de la Grande-Soufrière, dont le lac d’eau bouillante est le centre d’activité, est situé à l’est de la chaîne de monta-
- gnes qui traverse l’ile dans sa longueur. La région volcanique se trouve dans le fond d’une forêt vierge d’un caractère sauvage.
- « Le lac a la forme ovale; le point où se fait sentir l’ébullition est indiqué par un soulèvement d’eau en forme de cône; de plusieurs pieds de hauteur, il ne se trouve point au centre, mais près de l’extrémité sud-orientale.
- « Les nuages de vapeur s’élevant du cratère sont quelquefois si denses qu’il n’est plus possible de voir dans toute l’étendue du lac les lueurs qui de temps en temps se manifestent. L’eau a la couleur sombre de l’ardoise. J’ai constaté au bord une température de 180 degrés Fahrenheit. »
- 1 Voy. 3e année 1875, 2e semestre, p. 114,
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- LES PORTS MILITAIRES DE L’ALLEMAGNE
- I. KIEL
- Devenue grande puissance, l’Allemagne s’applique à développer ses forces maritimes. Ses deux grands ports militaires de Wilhelmsliaven et de Kiel méritent de fixer l’attention de quiconque visite les côtes de la mer Baltique et de la mer du Nord. Les établissements de Kiel ont été enlevés au Danemark en 1864 par l’annexion de Sleswig et du pays de Holstein. Ceux de Wilhelmsliaven datent des années 1855 à 1869 et doivent leur création au
- gouvernement prussien. Une visite aux deux ports compte parmi les excursions les plus intéressantes à faire dans le nord de l’Allemagne. Arrêtons-nous un instant pour y jeter un coup d’oeil. Ils en valent la peine.
- Kiel s’élève au fond d’une baie allongée. C'est une vieille ville aux maisons à pignons donnant sur la rue. Quoique les monuments remarquables ne paraissent pas nombreux, ses constructions présentent néanmoins un cachet d’originalité dont manquent nos cités modernes. Elle faisait autrefois partie de la Ligue hauséatique. Aujourd’hui elle compte une population de 52 000 habi-
- Vue du port de Kiel. — (D’après une photographie.)
- tants, forme le siège du gouvernement de la province de Sleswig-Holstein, possède une université, une école navale. L’université de Kiel date de 1665. Ses professeurs ont beaucoup contribué à l’agitation politique qui aboutit à l’annexion de ce pays à l’Allemagne. Les arsenaux, les docks, les nouveaux ouvrages exécutés pendant les dernières années pour en faire le centre de la marine militaire allemande dans la mer Baltique attirent l’attention du visiteur plus que la ville elle-même, qui entretient avec les îles danoises un commerce en voie de s’étendre et d’augmenter.
- L’entrée de la baie de Kiel s’ouvre entre Bulck et Bottsand, entre la pointe orientale des côtes du Sleswig et la pointe septentrionale du Holstein. La baie
- pénètre à 8 milles marins dans l’intérieur des terres dirigée du nord-est au sud-ouest, large de 2 milles, surune profondeur de 16 à 19 mètres. Aussi les vaisseaux du plus fort tirant y entrent et en sortent sans difficultés, même par les vents contraires. Entre la forteresse de Frédériksort, sur la côte occidentale, et Môltenort, sur la rive orientale, la baie se rétrécit à 942 mètres, pour s'élargir de nouveau à une faible distance jusqu’à 1885 mètres. Cette partie forme le port proprement dit avec une profondeur d’eau de 11 à 15 mètres. A un mille marin de la ville, le port se rétrécit de nouveau à 640 mètres et finit ensuite en entonnoir, dans l’intérieur des terres. Devant la ville la profondeur est encore de 9,5 mètres pour se réduire à 5,8 mètres vers l’est,
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- de manière à permettre aux petits navires, comme les chaloupes canonnières, de s’approcher jusqu’à 75 mètres de la rive. La longueur du port, entre Frédcriksort et Kiel atteint 4 milles marins. Des collines de ‘25 à 50 mètres d’élévation enlacent les deux rives de la haie et l’abritent contre les tempêtes du nord-est, dans la direction de l’entrée.
- Tout d’abord on songea à la rive occidentale de Frédcriksort pour les nouveaux établissements de la marine impériale. Des raisons stratégiques firent pourtant abandonner le plan primitif. On choisit une découpure de la rive méridionale, à l’ouest du village d’Ellerbeck et en face de la ville pour le port d’armement et pour les principaux batiments de service. Là l’eau atteint tout près du rivage de 7 à 82 mètres de profondeur et le relief du terrain présentait le moins de difficulté pour ces ouvrages, à proximité de la ville et des chemins de fer. Sur les hauteurs environnantes s’élèvent plusieurs batteries, formant une dernière ligne de défense. Au pied des collines s’ouvrent deux grands bassins, l’un pour les constructions navales, l’autre pour l’armement, creusés jusqu’à 14 mètres de profondeur dans des couches alternatives de sable, de tourbe et d’argile. Le bassin de construction pour les navires mesure une superficie de 215 mètres carrés avec une profondeur d’eau de 9,4 mètres. Le bassin d’équipement ou d’armement atteint 515 mètres de large sur 284 de long avec une profondeur d’eau de 10,3 mètres. Trois machines à vapeur de 90 chevaux de force, chacune, permettent de vider les bassins au moyen de pompes d’épuisement en moins de 6 heures. Un canal de jonction long de fio mètres sur 23 de large relie les deux bassins. Le passage qui conduit les navires du port aux bassins a 185 mètres de longueur sur 90 de largeur, avec 10,3mètres d’eau. Quatre docks à sec se raltachent au bassin de construction vers l’ouest. Ces docks mesurent, à partir du sud : le premier, 109 mètres de longueur avec 25,4 de largeur en haut et 18,2 en bas, sur une profondeur de 8,0; le deuxième, 100,4 mètres de longueur, 21,9 de largeur en haut et 17,1 en bas, 7,8 de profondeur; le troisième 94,1 de longueur 21,9 de largeur en haut et 17,1 en bas, 6,9 de profondeur; le quatrième, au nord, 94,1 de longueur, 21,9 de largeur en haut et 17,1 en bas, 5,9 de profondeur. Détonnés depuis les fondations, les bassins des docks sont construits en blocs de granit taillé. Enfin des quais murés enlacent les docks, ainsi que le canal d’amenée et le canal de jonction entre les bassins de construction et d’équipement, s’élevant à 5,5 au-dessus du niveau normal de l’eau et pourvus d’une voie ferrée, d’appareils élévatoires, de grues.
- Les ouvrages du port avec les différents bassins prennent une longueur de 1100 mèlres avec fiOO mètres de largeur jusqu’à la rive. Toute cette étendue élevée de 5, 5 mètres au-dessus du niveau de la mer Baltique a été excavé en majeure partie dans des collines de sable de 19 à25mètres de hauteur.
- J’y ai remarqué quantité de blocs erratiques, granité et autres roches cristallines, venus de la Nor-wège et transportés par les glaces. Les déblais et les terres provenant du dragage, servent à combler les parties basses à l’extrémité de la baie Un mur d’enceinte entoure les ouvrages où l’on arrive par une chaussée neuve. Au nord ouest du bassin de construction existent trois chantiers où fut lancée en 1874 la première frégate cuirassée construite à Kiel, le Friedrich-der-Grosse
- A coté des chantiers, il y a encore un dock à Ilot en fer servant aussi pour les navires marchands. L’espace entre les deux bassins est occupé par des ateliers, des magasins, des batiments de service.
- L’est pour assister au lancement d’un autre navire que je suis allé à Kiel avec une commission du Reichstag, le 15 mai 1879. Nous avons visité tout le port sous la conduite de l’amiral Werner, qui nous a montré ses installations avec une parfaite courtoisie. Quelle activité l’administration de la marine allemande met en œuvre pour le développement de ses forces! Ateliers et magasins dénotent un ordre remarquable, une parfaite organisation. En moins de huit jours, n'importe quel bâtiment appelé à prendre la mer peut être complètement approvisionné, équipé, armé. L’Allemagne si forte sur terre tient à devenir une puissance navale. Aucun sacrifice ne coûte au gouvernement pour réaliser ce projet dans le plus bref délai possible. Ses nouvelles constructions semblent marcher plus vite que le vote des crédits au budget. Ce qui est positif, c’est que les marins ont belle prestance. Commandés par des officiers instruits, ils nous font la meilleure impression par l’ordre et la célérité des manœuvres.
- Peut-être les officiers et les ingénieurs du port de Kiel mirent-ils une certaine coquetterie à montrer aux délégués du parlement tant d’excellentes choses réalisées en peu de temps. Si tels malicieux représentants du peuple soupçonnent les constructions nouvelles de marcher plus vite que le vote des crédits nécessaires au travail, les promoteurs delà marine impériale leur donnent à comprendre l’opportunité d’ouvrir plus largement lacaisse publique en faveur de ce service. N’en voulons pas à ces hommes actifs. Us ont l’amour de leur œuvre et la grandeur nationale leur tient à cœur. Ils mettent une si parfaite bonne grâce à nous y intéresser. Pas un détail ne doit nous échapper. Après la visite des magasins et des chantiers, il nous lait voir les docks, les arsenaux, les navires stationnés dans le [tort. Dès maintenant l’outillage dont disposent les ingénieurs de l’État subit pour construire de toutes pièces les plus forts cuirassés. Ces machines puissantes qui manœuvrent et manient comme des feuilles de carton les énormes plaques d’acier épaisses de 70 centimètres, vous étonnent par leur fonctionnement. Admirez-les en passant, ces merveilleux engins. Tout à côté des bassins pour la construction des navires viennent les docks, au nom-
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- bre de quatre, dont je vous ai déjà indiqué les dimensions. Ensemble les bassins à flot des docks mesurent une capacité totale de 50,000 mètres cubes : leurs pompes d’épuisement, mues par des machines du système Corliss, les mettent à sec en l’espace de six heures au plus.
- Pour voir les arsenaux il faut traverser le port jusqu à Fréderiksort. Un yacht à marche rapide, la Grille, nous y conduisit en peu d’instants. Jamais je n’ai fait plus belle traversée ni par un temps plus splendide. Toute la nature semblait avoir pris un air de fête, ainsi que les gens. Point de plus magni-hque aspect. La Hotte pavoisée s’était placée en ordre de bataille. En première ligne se tenaient YArcona et le Preussen, puis venaient la JSiobé, le Friedrich der Grosse, tous les vaisseaux cuirassés de l’esta ire de la Baltique. Debout sur les vergues, les matelots nous saluaient au passage d’un triple hurrah, tandis que la musique entonnait l’hymne national et que le canon taisait retentir ses salves. La Grille filait, filait toujours, fendant légèrement le flot tranquille. Elle s’arrêta sur un ordre du commandant et nous vîmes se détacher un bateau torpilleur pour nous montrer la manœuvre des torpilles d’attaque. Attention, donc! Vous connaissez ce terrible engin, formé par une sorte de bobine métallique, longue de deux mètres, effilée aux extrémités. Immergée à une profondeur de 2 à 5 mètres, cette bobine porte une petite hélice en manière de nageoire et une charge de dynamite logée du côté de la pointe antérieure. La torpille est lancée au moyen d’un espars consistant en un tube allongé. Dans l’eau on peut suivre sa marche indiquée par un sillage jusqu’au point où elle va frapper le bâtiment ennemi à un kilomètre de distance. L’arsenal de Frédéricksort est rempli de ces engins, dont les officiers du port nous expliquèrent le mécanisme dans tous ses détails. Il y a aussi une quantité de torpilles-mines qui servent plutôt pour la défense. Celles-ci ont la forme d’un chaudron et sont échouées sur les points qu’elles doivent défendre. L’amiral Werner en fit attacher une aux flancs d’une vieille chaloupe canonnière placée au milieu du port. Un fil métallique reliait la torpille avec une batterie électrique disposée sur la rive. Sitôt que nous fumes débarqués sur la jetée de Frédéricksort, une décharge électrique ébranla la torpille canonnière. Une gerbe d’eau et une colonne de fumée s’élevèrent a la place du navire, suivies d’une détonation sourde. Ce fut l’affaire d’un instant. La canonnière avait disparu foudroyée et c’est à peine si sa position pouvait encore être reconnue par une quantité d’épaves flottantes, disséminées à la surface de la mer.
- Après cet exercice, nous remontâmes à bord des navires de la flotte pour déjeuner. La nouvelle corvette cuirassée devait être lancée après-midi en présence d’une foule nombreuse. Au nom de l’Empereur, M. de Stauffenberg, président du parlement allemand remplit la cérémonie du baptême. Il ap-
- pela le navire du nom de Baiem, la Bavière, et l’abandonna à son élément après avoir brisé contre la poupe une bouteille de vin de champagne. Pendant que retentit de nouveau l’hymne national, les ouvriers coupèrent les dernières attaches du bâtiment. Et le navire glissa d’un mouvement gracieux le long d’un plan incliné pour entrer dans la mer où il flotta avec fierté un instant plus tard, salué par des acclamations enthousiastes. Je partis le soir même pour Luebeck et l'île de Rugen.
- Ch. Grad.
- Député de l’Alsace au Parlement allemand.
- EXPLOSION D'UN APPAREIL A ACIDE SULFURIQUE
- M. Kuhlmann (F.) fils a récemment présenté à la Société d'encouragement quelques détails sur un accident survenu dans l’une de ses usines et dont les effets auraient pu être très graves. Une explosion s’est produite dans un alambic de platine de 90 cent, de diamètre, faisant 6 à 7,000 kilog. d’acide sulfurique concentré par vingt-quatre heures. Les diverses pièces ont élé projetées à 20 et 50 mètres de distance, la cucurbite et le chapiteau ont été déchirés en morceaux et des briqués du foyer projetées de divers côtés. Heureusement un léger sifflement s’était produit, une ou deux secondes avant l’explosion ; instinctivement les ouvriers avaient fui et l’on n’a eu à déplorer aucun accident ; mais l’on tremble en songeant aux affreuses brûlures que cette explosion aurait pu occasionner.
- A première vue M. Kuhlmann a pensé qu’une croûte s’était formée au fond du platine, et qu’en se détachant brusquement elle avait donné lieu à une production considérable et instantanée de vapeur. Il n’en était rien, et voici probablement la cause déterminante de l’accident :
- « Chacun sait, dit-il, qu’une grande quantité de chaleur se produit si l’on mélange de l’acide sulfurique concentré et de l’eau. Cet appareil en platine devant être arrêté pour réparation, on l’avait vidé, mais en laissant au fond 5 centimètres d’acide concentré soit environ 50 à 40 kilogrammes sur lesquels on avait fait couler par le siphon une certaine quantité d’eau ; puis l’on avait chauffé lentement pendant trois à quatre heures pour nettoyer complètement l’appareil. Il semble que le mélange ou plutôt la combinaison de l’eau et de l’acide ne s’étant pas opérée d’abord, s’est fait ensuite instantanément à une température assez élevée, en donnant lieu à une production considérable de vapeur.
- Fabre et Silbermann et d’autres chimistes admettent qu’à 18°, 1 kilog. d’acide, additionné d’eau en proportions convenables, dégage 148 calories. En partant de ce chiffre, on trouve que les 40 kilog. d’acide, contenus dans l’appareil, ont pu, avec l’eau, donner lieu à une production instantanée de 18 à 20 mètres cubes de vapeur ; cette quantité est bien suffisante pour déterminer une explosion dans un vase de platine de 500 litres environ, d’une épaisseur de 2 à 3 millimètres seulement ; mais cette somme de vapeur n’est pas exactement celle qui a dû se produire, vu que la réunion des deux liquides a eu lieu à 100° environ, au lieu de 18, et que nous faisons abstraction, dans ce calcul, de la chaleur spécifique du mélange d’eau et d’acide.
- J’ai renouvelé l’expérience trois ou quatre fois au laboratoire, dans un ballon de verre, et l’explosion s’est faite
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- toujours avec grande violence pourvu que la quantité d’eau ait été au moins de 10 équivalents pour 1 équivalent d’acide. Pfand'.er, en prenant une quantité considérable d’eau et peu d’acide, soit un équivalent d’acide pour 120 équivalents d’eau, a produit, par le mélange, un dégagement de 181 calories ; mais il n’a également opéré qu’à 18°. Il serait intéressant de voir quelle est la cha-leurproduite lorsque la combinaison se fait à des températures plus élevées. »
- Dans une prochaine Note, M. F. Kuhlinann fera connaître les circonstances qui semblent être les plus favorables à l’explosion, dans des cas analogues. En attendant, on ne saurait prendre trop de précautions dans le maniement de tels produits, et en présence de la difficulté de mélange de ces deux corps qui ont une affinité très grande, mais dont la densité est si différente, qu’ils peuvent rester plusieurs heures superposés sans que le mélange et, par suite, la combinaison vienne à s’opérer.
- L’ARCHITECTURE DES OISEAUX
- ism or nier:R migsoîn.
- Transportons-nous par la pensée dans une de ces belles vallées de l’Asie méridionale où, d’un sol humide et vivifié par les rayons d’un soleil torride, jaillit une végétation luxuriante. Bien haut dans le ciel l’arbre de tek, l’ébénier, le dragonnier et le santal élèvent leurs cimes majestueuses ; à leurs pieds, les ixores dressent leurs grappes pourprées, les rosiers et les jasmins à grandes fleurs remplissent l’air de leurs suaves parfums, les bignones et le bétel s’accrochent aux branches et retombent en cascades de feuillage ; un fouillis d’herbes et d’arbrisseaux de toutes sortes recouvre le sol où grouillent les reptiles. Les perroquets poussent des cris discordants et les calaos se {lissent jusqu’au sommet des arbres en faisant claquer leur bec monstrueux, tandis que des oiseaux plus modestes se glissent silencieusement dans le fourré. L’un des plus discrets est le Dicée mignon {Dicœum minimum) qui s’en va furetant au milieu des lianes à la manière de notre Troglodyte. Son plumage olivâtre en dessus, jaunâtre en dessous, avec les ailes et la queue plus foncées, ne se distingue point par ses teintes de la masse du feuillage; ses pattes sont brunes et son bec, couleur de chair, est légèrement enfumé vers la pointe. La femelle porte la même livrée que le mâle et présente des dimensions aussi faibles, sa longueur totale ne dépassant pas 8 centimètres. Cette petite espèce qui est connue dans l’Inde sous le nom de Sunyti-pro-pho, se trouve dans le Bengale, dans l’Arakan, dans l’Assam et dans l’île de Ceylan. Elle se nourrit du nectar et des petits insectes que les Heurs recèlent dans leur corolle, parfois même, suivant Lavard, des graines d’une sorte de Cuscute. Son nid qui, à notre connaissance, n’a point encore été décrit, est fort ar-tistement construit, comme on peut en juger par la figure ci-jointé, exécutée d’après l’un des spécimens de la collection du Muséum. Il affecte la forme d’une bourse, solidement suspendue à une branche, et res-
- semble quelque peu à celui de la Mésange Rémiz ; son entrée, toutefois, au lieu de se ptolonger en goulot, est simplement surmontée d’une légère saillie, d une espèce d’auvent, et ses parois ne consistent pas en. un tissu feutré; elles sont faites d’herbes,de crin végétal, de grappes desséchées, maintenues avec des toiles d’araignées.
- Dans les forêts des montagnes des Chattes, le Dicée mignon est remplacé par le Dicée concolore, qui est de taille un peu plus forte que le précédent, mais tout aussi modeste dans sa parure, ayant le dessous du corps grisâtre et le dessus d’un vert olive taché de brun. Mais, hâtons-nous de le dire, cette livrée terne n’est pas le costume général de tous les Dicées. Plusieurs espèces du même groupe qui vivent soit sur le continent indien, soit aux Moluques, aux Philippines, à Célèbes, à la Nouvelle-Guinée ou en Australie, se font au contraire remarquer par leurs couleurs brillantes. Celui-ci porte une calotte d’un rouge feu, un manteau d’un bleu sombre, bordé de rouge, et un plastron blanc ; cet autre a sur le dos un ca-mail violet, bordé de jaune orangé; cet autre encore a la poitrine marquée d’une large tache sanglante, qui s’enlève vigoureusement sur la teinte blancheet lustrée des parties inférieures du corps. Mais malgré les différences de plumage, tous ces oiseaux se rattachent les uns aux autres par un certain nombre de caractères communs ; tous sont de petite taille, tous ont la queue courte et les ailes relativement assez développés, tous ont le bec plus ou moins déprimé à la base et la langue pénicillée. Ce dernier caractère dénote des affinités incontestables entre les Dicées et les Soui-Mangas qui ont cependant des formes plus robustes, des teintes plus métalliques et un bec plus grêle et mieux conformé pour aller chercher les insectes jusque dans les corolles les plus profondes.
- Quelques naturalistes reconnaissant parmi les Dicées certaines modifications dans les proportions des plumes de l’aile, ou dans la forme du bec qui est tantôt légèrement conique, tantôt élargi comme celui d’une Hirondelle, ont cru pouvoir établir dans ce petit groupe plusieurs subdivisions génériques; mais si l’on ne s’attache pas à des caractères purement extérieurs, on voit qu’il est bien difficile de séparer les Prionochilus, les Microchelidon, les Myzanthe, les Pachyglossa et les Piprisoma des Dicées proprement dits.
- Les mœurs de tous ces Dicéinés sont du reste à peu près les mêmes. Prenons par exemple, le Dicée hirondelle d’Australie, qui a été observé successivement par J. Verreaux et par M. Gould et qu’on a pris pour type du genre Microchelidon. Cette charmante espèce est certainement plus remarquable par son plumage que le Dicée mignon; le mâle a toutes les parties supérieures du corps d’un noir glacé de bleu, la gorge, la poitrine et les plumes sous-caudales d’un rouge vif, le milieu du ventre noir, les côtés d’un blanc pur, le bec et les pieds bruns; la femelle, un peu plus modeste, n’a point
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- Nid du Dicée mignon (grandeur naturelle). — Composition inédite de M.^Giacomelli,
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- de plastron rouge et porte un manteau noirâtre, avec des reflets tl’acier sur les ailes. Mais connue le Dicée mignon, le Dicée hirondelle aime à se cacher au milieu du feuillage ; il vit sur les Casuarina et se nourrit de petits insectes et des baies d’une plante parasite appartenant au genre Loranthus. Son nid même offre de grandes analogies avec celui que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs. Il est également en forme de bourse et suspendu à une branche, mais ses parois sont encore plus artiste-ment travaillées,plus polies extérieurement que celles du nid du Dicée mignon. Leur tissu, d’un gris jaunâtre, est fabriqué avec le duvet de certaines graines mélangé à des fils de la Vierge. Dans ce nid sont logés trois à quatre petits qui avec leur bec fendu jusqu’aux oreilles, ressemblent encore plus que leurs père et mère à de petites hirondelles.
- On connaît actuellement une trentaine d’espèces de Dicéinés, qui toutes appartiennent à la région indo-australienne. Plusieurs formes nouvelles ont été signalées récemment par les voyageurs qui ont visité la Nouvelle-Guinée et l’archipel des Philippines ; et d'autres encore pourront être découvertes, même dans des contrées précédemment explorées, car les Dicées échappent facilement à l’attention, grâce à leur petitesse, grâce à l’agilité avec laquelle ils se glissent dans le feuillage, et grimpent jusqu’au sommet des arbres les plus élevés.
- E. OüSTALET.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire de la machine à vapeur par fl. II. Thurston, 2 vol. in-8 avec 140 figures dans le texte et 16 planches tirées à part. Paris, Germer Baillière, 1880.
- On peut dire que l’industrie moderne tout entière dérive de la machine à vapeur, cependant l’histoire de ce merveilleux engin n’avait pas encore été écrite d’une manière complète. Un des professeurs les plus éminents des États-Unis, M. Thurston, vient de combler cette lacune en donnant à la Bibliothèque scientifique internationale l’ouvrage que nous annonçons, revu et augmenté d’une préface par M. Hirsch, professeur de machines à vapeur à l’École des ponts et chaussées.
- SOCIETES SAVANTES
- Société Chimique de Paris. — Séance du 21 novembre. — M. Schneider lit une communication de M. A. Richard relative aux bases pvridiques du goudron de houille et de l’huile animale deDippel. —M.A. Gautier indique le procédé au moyen duquel il a obtenu, il y a deux ans, la chlorophyle cristallisée: il enlève la matière colorante d’une solution alcoolique au moyen du noir animal et reprend ce dernier d’abord par de l’alcool faible puis par de l’éther de pétrole qui dissout la chlorophylle. Cette dernière présente avec la bilirubine de grandes analogies. Elle ne contient pas de fer. — M.J. Ôgier fait connaître les résultats de ses déterminations
- thermochimiques relatives aux iodhydrate et broinhydrate d’hydrogène phosphore. Il répète devant la Société ses expériences de préparation du chlorhydrate d’hydrogène phosphoré au moyen de l’appareil de M-. Cailletet. — MM. Friedel et Balsohn en oxydant l’éthylbcnzino ont obtenu de la méthvl-benzoïne cristallisée.— Ül. Friedel en faisant agir le cyanogène sur la benzine en présence du chlorure d’aluminium, a obtenu du benzonitrile.— M. Friedel présente un travail de M. Demole sur une synthèse partielle du sucre de lait. Les deux glucoses provenant du dédoublement du sucre de lait par les acides donnent, quand on les traite par l'anhydride acétique, l’étheroctacétique dusucre de lait découvert parM. Schut-zenberger. Cet éther saponifié par les alcalis régénère le sucre de lait. — M. Hanriot décrit une combinaison de l’épichlorhydrine avec le trichlorure de phosphore. 11 a étudié également Faction du sodium sur l’épichlorhydrine.
- Société de Géographie. — Séance du 21 novembre. — Un voyageur français, M. Désiré Charnav, connu par ses pérégrinations au Mexique, a raconté les épisodes d’un voyage dont il est de retour. Presque à la veille de repartir pour une autre mission lointaine, il a voulu communiquer les impressions et les vues qu’il avait recueillies. C’est File si pittoresque de Java, qu’il a fait passer sous les yeux des assistants au moyen de projections : Batavia, Bnitenzorg, son jardin botanique d'un renom universel, une foule d’autres endroits de l’ile à la végétation luxuriante, ont été successivement admirés.
- Le récit de sa visite à un sultan de File était très intéressant; dans la cour immense du palais, le voyageur trouva une foule qu’il évalue à 10,000 individus, tous prosternés, le haut du corps nu. Nous regrettons de ne pouvoir indiquer le nom d’une fleur, extrêmement curieuse qu’on trouve en ces parages, dont le narrateur a donné la description, sa tige ressemble à une racine de bois mort ; quant à la fleur elle-même, elle a 50 centimètres de diamètres.
- Les ténèbres dans lesquelles la salle était plongée, et qui la faisaient ressembler à une chambre obscure, empêchaient de prendre des notes; nous craindrions de nous tromper en citant de mémoire quelques-uns des faits curieux qu’à cités M. Charnay avec chiffres à l’appui. L’Australie, qu’il a longuement décrite, ne séduit pas d’abord le nouvel arrivant : à Melbourne, on éprouve cette même impression ; mais on l’este ensuite saisi d’admiration, quand on voit ce queles colons australiens, ont failde cette terre nouvelle, de cette ville neuve, avec ses monuments, ses sociétés savantes, ses journaux, etc. Croirait-on que la ville de Melbourne consacre pour l’instruction publique 20 millions par an? A ce taux, il faudrait pour la France un budget de 900 millions, rien que pour l’instruction publique. Tels sont du moins les chiffres que nous avons entendus.
- La séance prolongée beaucoup plus lard qu’à l’ordinaire s’est terminée par des expériences que le voyageur a faites avec le boomerang, instrument particulier à l’Australie : c’est une pièce de bois recourbé dont les indigènes se servent comme d’une arme : ils la lancent jusqu’à 100 mètres de distance, et d’une façon particulière, en profitant de la direction du vent, en sorte qu’après avoir accompli son œuvre, elle revient en tournoyant au point de départ.
- Société de géographie commerciale. — Séance du mardi 25 novembre. — La Société de géographie dont nous venons de parler ne s’occupe que de la science
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- théorique; mais il s’en est fondé une autre, qui s’occupe des applications pratiques de la géographie au développement de l’industrie et du commerce. C’est la Société de géographie commerciale de Paris, laquelle entre actuellement dans sa septième année.
- Mardi 25, a eu lieu la séance d’assemblée générale. Plusieurs mémoires y ont été lus. Nous avons été frappé de l’importance et de la hauteur des sujets traités, en ce qui touche les nouveaux débouchés à ouvrir pour notre commerce ou le développement de nos transactions dans les endroits où ce commerce est déjà établi. Le second de ces points de vue était indiqué dans une communication fort intéressante de M. E de Luze sur « les Pêcheries de Terre-Neuve » où la marine de quelques-uns de nos ports marchands : Granville, Fécamp, etc., est si fort intéressée. Le premier, dans un travail d’un caractère très original développé par M. Masqueray : « Le Sahara occidental. »
- Cette dernière communication était accompagnée d’une carte qui, à elle seule est une curiosité, carte dressée d’après de simples renseignements, dus à trois indigènes, trois pèlerins de l’Adrar. L’exploitation de cette région inconnue par le commerce français serait, selon ce voyageur, très fructueuse ; on y trouve des gommiers, du sel gemme et des plumes d’autruche; la dépouille d’une autruche valant 800 à 1,000 fr. se donne là-bas, paraît-il, contre une pièce d’étoffe dune longueur de 42 mètres, et d’une valeur, chez nous, d’environ 20 fr.
- Société de navigation aérienne. — Séance du 27 novembre. — La parole a été accordée àM. Itandrieux qui a fait évoluer dans la salle plusieurs modèles d’hélicoptères construits par lui. M. Pandrieux a fait l’histoire des formes différentes qu’il a données à l’hélicoptère.
- LE SH0WSPEED1
- OU INDICATEUR DE VITESSES, DE M. NAPIER.
- U arrive à chaque instant dans l’industive qu’on ait besoin de connaître la vitesse d’une machine en mouvement, c’est-à-dire le nombre de révolutions qu’elle accomplit en une minute.
- Lorsque cette vitesse ne dépasse pas 100 tours par minute, le moyen le plus simple est de prendre un point de repère sur le volant ou toute autre partie en mouvement et de compter le nombre de fois que ce point passe devant un autre point fixe donné. Au delà de 100 tours, cette opération devient fort difficile et on a recours alors à des appareils qui se divisent en deux classes bien distinctes :
- 1° Les compteurs de tours.
- 2° Les indicateurs de vitesse.
- La première classe, à laquelle on peut rapporter les petits instruments de MM Deschiens et Sainte sont très portatifs, très simples et très commodes, mais ils présentent cependant un inconvénient assez grave. Ces appareils ne donnent que la vitesse moyenne de la machine pendant le temps où l’on leur applique le compteur de tours ; ils n’indiquent absolument rien relativement au régime de la ma-
- 1 Le nom est formé de deux mots anglais show montrer et speed, vitesse.
- chine et aux variations de vitesse que cette machine peut subir.
- Les indicateurs de vitesse, au contraire, font connaître la vitesse à chaque instant, montrent toutes les variations au moment même où elles se produisent, indiquent la valeur de ces variations et par ce fait fournissent dos renseignements très précieux sur la valeur des régulateurs de vitesse appliqués aux machines en mouvement.
- Nous avons décrit précédemment le Cycloscope1 fondé sur des principes d’optique; le petit appareil
- Indicateur de vitesse de JI. Napier.
- représenté ci-dessus est, comme le tachymèlre de M. Buss, fondé sur les lois de la force centrifuge.
- 11 se compose d’un petit réservoir en fonte rempli de mercure monté sur un pivot et un tourillon qui lui permettent de recevoir un mouvement de rotation de la machine soumise à l’expérience, à l’aide d’une transmission formée d’une simple corde à boyaux. Un tube en verre, raccordé par une garniture hermétiquqau réservoir mobile, sert de coursier au mercure placé dans le réservoir qui, par 1 effet de la force centrifuge, tend à monter dans le tube en fonte. En effet, lorsque le réservoir est mis en mouvement, la force centrifuge tend à créer un vide au centre de ce réservoir et le mercure refoulé s’élève dans le tube à une hauteur qui dépend de la vitesse de rotation de l’appareil. Un petit bouchon d’ivoire portant un trait de repère
- 1 Voy. n° 519 du 12 juillet 1879, p. 84.
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- LA NATURE,
- flotte au-dessus du mercure dans le tube de verre, suit tous les mouvements du mercure et indique la vitesse sur une échelle graduée. L’appareil ainsi constitué représente un véritable manomètre de vitesse. Dans la position de repos, le trait de repère du flotteur en ivoire est à zéro comme le montre notre figure.
- Dans un modèle disposé spécialement pour les locomotives, la transmission de mouvement se fait par une roue d’angle ; une graduation convenable qui dépend des rapports existant entre le diamètre des roues motrices et la vitesse de l’indicateur, fait Connaître à chaque instant le nombre de tours des roues motrices et la vitesse du train en kilomètres par heure. L’appareil de M. Napier d’une très grande simplicité et d’une installation très facile, rendra de grands service dans tous les cas où l’on a besoin de connaître la vitesse d’une machine et les variations des vitesses qu’elle subit il ans les phases diverses de son fonctionnement.
- LES GRANDS PRODDITS CHIMIQUES
- a l’exposition UNIVERSELLE DE 1 879 1
- INDUSTRIE DE LA SOUDE.
- Depuis l’exposition de Vienne, les méthodes pour la fabrication de la soude se sont accrues et si l’ancien procédé peut encore lutter c’est grâce aux nombreux perfectionnements apportés à son ensemble.
- Ces perfectionnements sont dus en grande partie aux travaux de Pelouze et de Scheurer-Kestner, Gossage et Dubrunfaut et par suite à l’abandon des anciennes théories, sur la fabrication de la soude par le procédé Leblanc.
- Pour remplacer ce dernier, il fallait une méthode à la fois économique et hygiénique qui donnât directement la soude au moyen du sel marin, par double décomposition.
- On a mis à profit la réaction du bicarbonate
- Fig. 1. Four à cuvette en fonte et à deux calcines.
- A Cuvette chauffée par le foyer b. — FF Foyers chauffant les deux calcines, — H Cheminée conduisant le gaz 5 la tour de condensation.
- d’ammoniaque sur le sel marin, exprimée par l'équation suivante :
- Na Cl -+- (Az H») H C03 = CO’Naïl -f Az H4 Cl.
- Par ce procédé on supprime en partie, l’emploi des chambres de plomb, complètement, les fours à sulfate et les fours à soude, tout l’édifice des appareils à condenser les vapeurs acides, enfin les amas de charrée qui empoisonnaient les alentours de l’usine et on obtient une économie d’environ moitié du combustible.
- Comme produit secondaire il ne reste que du chlorure de calcium provenant de la régénération de l’ammoniaque.
- Malheureusement le procédé à l’ammoniaque ne donne pas d’acide chlorhydrique.
- Or, cet acide est aujourd’hui indispensable à l’industrie pour la fabrication des chlorures décolorants.
- Il est vrai que dans ces derniers temps, M. Sol-vay a essayé de substituer la magnésie à la chaux; en décomposant ensuite le chlorure de magnésium par la vapeur d’eau, il se produit de l’acide chlor-
- hydrique que l’on condense, et de la magnésie qu rentre indéfiniment dans la fabrication.
- Si cette réaction se réalise industriellement, cetle méthode sera parfaite tant au point de vue théorique qu’au point de vue pratique.
- Les premières tentatives pour appliquer le procédé à l’ammoniaque, remontent déjà à une quarantaine d’années.
- Dès 1838, il fut pris de nombreux brevets pour l’application de cette méthode; l’un des principaux est celui de MM. G. Dear et E. llcmming, en commun avec MM.. Grey et Harrison.
- En France, la première tentative industrielle remonte à MM. Th. Schlœsing et E. Rolland, qui, en 1855, perfectionnèrent le procédé au double point de vue industriel et scientifique.
- Malheureusement cette tentative fut entravée par une question de législation et de fisc.
- L’installation complète et industrielle a été réalisée en 1867 par M. Solvay, dans son usine de Couillet près Cliarleroi. Sa production s’élevait en 1872 à 4000 tonnes.
- 1 Voyez table des matières des années précédentes.
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- LA NAT U RL.
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- Depuis cette époque, des usines se sont fondées en Angleterre, en France et en Hongrie.
- La production lors de l’Exposition universelle de 1878 était de 7,500,000 kilogrammes de sel de soude par an dans les quatre établissements de M. Solvay.
- A Dombasle-Varangéville, la production s’est élevée dans l’année à ‘20 millions de kilogrammes.
- En Angleterre, à Nortwich et à Sandbach, elle a été de 15 millions de kilogrammes.
- Enfin plusieurs modifications ont été apportées au procédé de Solvay, et d’autres soudières se sont montées. Nous citerons entres, autre le procédé Boulvard appliqué dans l’usine du Griffon, de Sorgues (Vaucluse) où la production a été en 1877 de 5,600,000 kilogrammes.
- Mais avant d’aborder la question de détail, nous passerons rapidement en revue les progrès les plus intéressants apportés à la fabrication de la soude par le procédé Leblanc, en insistant particulièrement sur la régénération du soufre et du manganèse.
- SULFATE DE SOLDE.
- La transformation du sel ma • rin en sulfate de soude se fait encore généralement par l’acide sulfurique. La plupart des fabricants ont remplacé les anciens fours à cuvette appelés Bastringues par des fours à moufle.
- Dans ces derniers, la réaction se produit dans des moufles closes chauffées à 650° environ. — Cette disposition permet de substituer la bouille au coke.
- L’acide chlorhydrique étant plus pur, est plus facilement absorbé et le rendement est meilleur (Voir figure 1).
- Fig. 2. Tour de condensation.
- L’économie sur l’acide sulfurique est au moins de 5 p. 100 et la condensation des gaz, malgré le mélange des produits de la combustion avec l’acide chlorhydrique s’effectue très bien au moyen des bombonnes et des tours de condensai ion généralement employées (Voir figure 2).
- Procédé Ilargreaves et Robinson — Ce procédé permet d’obtenir directement le sulfate de soude, au moyen du sel marin sans l’emploi d’acide sulfurique.
- Il consiste à faire agir simultanément sur le .sel marin de l’air, de l’acide sulfureux et de la vapeur d’eau. Ces corps viennent se combiner dans les pores du sel marin; il se forme de l’acide sulfurique qui donne du sulfate de soude au fur et à mesure de sa formation.
- 2NaCl+S02-f 0-f II20 = So4Na2-f- 2I1C1.
- Le sel gemme égrugé est aggloméré sous forme de petits morceaux, soit au moyen du sel raffiné humide, soit par la vapeur d’eau provenant des échappements du moteur de l’usine.
- Ces agglomérés sont séchés dans des étuves chauffées à la vapeur.
- On les distribue ensuite dans les cylindres au moyen de chaînes sans fin, à augets; tout ce travail est fait mécaniquement.
- Les cylindres sont en fonte, garnis intérieurement de briques ; ils communiquent les uns avec les autres et peuvent être chauffés par des foyers séparés.
- Ils sont divisés en 2 parties au moyen d’une grille formant faux fond qui supporte les agglomérats de sels.
- L’acide sulfureux provenant directement de la combustion des
- Malgré ces modifications, le k Réservoir d’eau. — c Tuyau d’échappement pyrites, pénètre, mélangé à l’air . , . p des gaz non condenses. — D Chambre à saz , . , 1 , , , ...
- travail des fours a sulfate reste 0ù se coiieae l’acide chlorhydrique liquide, humide, au-dessous de la grille.
- TT hombonnes à condensation.
- toujours très fatigant pour les ouvriers et il devient de plus en plus désirable, tant au point de vue de l’hygiène qu’au point de vue économique qu’on remplace la main d’œuvre par des machines.
- Dans cet ordre d’idées, nous signalerons le four de MM. Jones et Walsh employé à Middlesborough.
- Ce four est ciiculaire et le brassage de la masse est produit par des racles tournant autour d’un arbre central mu mécaniquement.
- Les produits de la combustion d’un foyer de coke traversent le four et maintiennent la température à 420°.
- marche des gaz à travers
- La
- les cylindres est produite au moyen d’aspirateurs; elle est méthodique, c’est-à-dire que plus le gaz est riche en acide sulfureux, plus il rencontre de sel transformé et inversement, ou, en d’autres termes que le courant gazeux suit une marche inverse à celle du sel.
- La condensation de l’acide chlorhydrique se fait dans des bombonnes et des tours , comme dans le procédé Leblanc; seulement la grande quantité de gaz étrangers la rend un peu plus difficile.
- Les batteries qui étaient au début de 4 cylindres, ont été portées à 8 et même à 16 cylindres ce qui
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- LA NATURE.
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- tond à augmenter considérablement les irais d’installation.
- C’est qu’en effet, la réaction, quoique théoriquement très simple est pratiquement très lente et qu’il est très difficile d’avoir une température régulière.
- Les cylindres sont chauffés seulement à 400° environ, la chaleur produite par la réaction chimique étant plus que suffisante pour amener la décomposition du sel.
- Cependant, malgré ces frais d’installation, les inventeurs pensent arriver à 3 fr. 80 comme prix de revient du sulfate, tandis que, même avec les derniers perfectionnements, l’ancien procédé compte de fi fr. 10 à 6 fr. 20 les 100 kilogrammes.
- La production du sulfate de soude par le procédé Ilargreaves en 1877 a été de 50,000 tonnes environ.
- Depuis cette époque quelques usines ont monté ce procédé.
- Ch. Gih.uu).
- — La suite prochainement. —
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- DANS LES MINES.
- Nous croyons devoir signaler à nos lecleurs une application curieuse qui vient d’ètre faite de la lumière électrique pour l’éclairage des galeries du fond et des chantiers de dépilage dans les mines d’anthracite de Pensvlvanie.
- La lumière électrique présente des qualités particulièrement précieuses, surtout dans les mines grisouteuses, ce qui permet de penser qu’on l’emploiera de plus en plus dans l’avenir lorsqu’on pourra la produire économiquement et la diviser davantage. Elle n’exige pas d’oxygène pour la combustion et par suite elle ne vicie pas l’air; si on enferme la lampe dans un globe de verre, on n’a aucune explosion à redouter avec le grisou. En outre, on peut éclairer les grandes chambres dans les mines, examiner le toit jusque dans les moindres détails pour en apprécier exactement la solidité, on évitera ainsi les accidents qui se produisent trop fréquemment lorsque des plaquettes se détachent subitement du toit.
- Le modèle de lampe adopté est celui de Brush qui est actuellement un des plus répandus en Amérique, et qui est employé pour l'éclairage de certaines rues de Boston et de Nexv-York. La machine dynamo-électrique est installée à la surface, auprès de la machine motrice; celle-ci permet d’alimenter à la fois six lampes sur un même circuit. Chacune de ces lampes peut se déplacer facilement sans interrompre le courant, et être portée en avant au fur et à mesure des travaux. Le fd parlant de la machine descend dans le puits et parcourt les galeries pour atteindre les différents points à éclairer, puis il revient jusqu’au puits et remonte à la machine. D’après les renseignements que nous trouvons dans YEngineering and Mining Journal, M. Brush serait arrivé à construire un type de machine faisant 750 révolutions par minute, et pouvant alimenter à la fois 18 lampes dans un même circuit en consommant seulement une force de 16 chevaux. Ce résultat serait beaucoup supérieur à ceux qui ont été obtenus jusqu'à présent. Mais nous en laissons la responsabilité à la publication que nous venons de citer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1" décembre 1879. — Présidence de M. Daubrée.
- Physique du globe. — M. Planlamour continue la série de ses observations sur le niveau à bulle d’air. On sait comment les déplacements de celle-ci mettent eu évidence les trépidations dont la croûte du globe est sans cesse animée.
- Respiration des infusoires. — D’après M. Fracchina, la lumière colorée exerce une influence variable sur la physiologie des infusoires. C’est dans la lumière violette que le développement de ces êtres inférieurs est le plus actif et c’est dans la lumière verte qu’il est le plus lent : on s’en assure en mesurant la quantité d’acide carbonique dégagé durant le même temps dans ces différents milieux.
- Électricité atmosphérique.— Le 20 novembre dernier, à cinq heures et demie du soir, M. Delamare se promenait aux environs de Cherbourg. La neige se mit à tomber et si serrée qu’il en résulta une obscurité complète. Tout à coup, sous le parapluie où l’auteur s’était abrité, se lit entendre un bourdonnement analogue à celui de quelque insecte qui aurait voulu partager l’abri. En même temps, à chaque branche métallique s’accrocha comme un petit flocon de laine légèrement lumineuse. L’observateur y ayant porté la main, il les vit soudain disparaître mais à leur place s’alluma une petite étincelle : il était donc en présence d’un de ces phénomènes électriques bien connus dont Ârago par exemple a relaté plusieurs exemples dans sa Notice sur le tonnerre.
- Les travaux de Paris. — Comme Directeur des travaux de Paris, M. Alphand adresse à l’Académie un volumineux rapport sur la situation actuelle des eaux et des égouts. C’est le résumé des résultats obtenus par Belgrand à Paris même et dans la presqu’île de Gennevilliers et cet historique très bien fait se trouve complété par un programme des plus rationnels.
- La conquête de l'AfHque. — Au moment de quitter l’Europe pour aller étudier sur place la question de l’isthme américain, M. de Lesseps annonce que le Comité français de l’Association africaine va envoyer deux chefs de stations scientifiques et hospitalières, l’un au Gabon et l’autre sur la côte orientale. Le premier de ces missionnaires est M. Savorgrian de Brazza, dont on n’a pas oublié le beau \oyage sur l’Ogooué et l’on compte sur lui pour découvrir les roules si désirées entre nos deux colonies du Gabon et de l’Algérie. La mission orientale, qui a un caractère moins national pour nous, rentre plus direc-ment dans la grande entreprise de civilisation à la tête de laquelle se trouve le roi des Belges.
- Le sulfure de carbone et le phylloxéra.—L’évènement de la séance a été une sorte de manifeste lu par M. Frémy au sujet du traitement des vignes phylloxérées. « Il s’agit ici, a dit l’illustre directeur du Muséum*, dune de nos plus importantes productions nationales. La science a été consultée et elle doit répondre avec une entière franchise, soit pour déclarer son impuissance, soit pour indiquer les remèdes qu’elle peut fournir. » Et il a résumé la question en quatre interrogations qu’il a soumises directement, avec une énergie dont tout le monde l’applaudira, au plus ardent promoteur du sulfure de carbone, à M. Thénard :
- 1° Nous savons que le sulfure de carbone tue le phylloxéra, mais il lue aussi la vigne : est-on arrivé d'une
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- LA NATURE.
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- manière certaine 'a obtenir le premier résultat sans subir le second?
- 2° L’emploi du sulfure de carbone est-il facile et pratique? son action redoutable sur l’économie animale ne peut-elle pas altérer la santé des vignerons ?
- 5° On prétend qu’en sacrifiant un tiers de la vigne malade on sauve les deux autres tiers par l’emploi du sulfure de carboné. Est-ce vrai?
- 4° Enfin, y a-t-il des localités où l’invasion du phylloxéra a été arrêtée par l’emploi du sulfure de carbone? Ün pareil résultat, s’il existe, est important, mais cependant il faudrait l’accepter avecretenue; car on connaît des exemples de vignes qui, bien que non traitées, sont restées indemnes au milieu de vignobles contaminés.
- M. Pau! Thénard, directement interpellé, a pris la parole à la suite de M. Frémy ; mais on n’a pas paru dans l’auditoire trouver que les réponses fussent aussi nettes que les questions et chacun semblait d’avis que, malgré les longues recherches dont il a été l’objet, le problème est bien loin encore d’une solution complète. Certainement M. Frémy aura rendu un grand service en précisant le point en litige
- Composition des graines. — 11 y a déjà bien longtemps que Berzéüus a appelé l’attention sur ce fait, en apparence étrange, que les cendres de graines ne contiennent pas de chlore, alors même qu'elles proviennent de plantes dont les tiges et les feuilles donnent des cendres chlorurées. Un élève de l’institut agronomique dont le nom nous échappe explique ce fait dans un travail présenté par M. Boussingault, 11 a reconnu que l’absence du chlore sur les graines incinérées, est due à la réaction mutuelle des divers éléments de la cendre dont le chlore se trouve chassé. Cette cendre contient en effet du phosphate ammoniaco-magnésien qui parla calcination devient phosphate acide de magnésie. Celui-ci attaque les chlorures alcalins pour redevenir neutre et le chlore est éliminé. La preuve en est dans le résultat fourni par les graines incinérées en présence d’un excès d’alcali. On y trouve alors autant de chlore que dans les feuilles.
- Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- Courses «le lévriers. — Des courses de lévriers ont été récemment inaugurées au bois de Boulogne ; ce genre de sport, très répandu en Angleterre, n’existait pas encore en France. La réunion a obtenu un grand succès de curiosité. Voici comment ces courses ont lieu : les propriétaires engagent leurs lévriers contre ceux d’autres propriétaires. Les uns portent un collier rouge, les autres un collier blanc. Un rouge et un blanc sont lâchés au moment où on fait partir également un lapin ou un lièvre. Le juge déclare gagnant le lévrier qui a le plus contribué à la prise du gibier, c’est-à-dire celui qui a obtenu le plus grand nombre de points suivant les qualités déployées dans cette chasse. Il tient compte de la vitesse déployée, des crochets et angles que chaque lévrier impose à l’animal poursuivi, du nombre de coups de .mâchoires pour donner la mort, etc. Les gagnants de chaque épreuve concourent de nouveau entre eux. Malgré le froid, de nombreux amateurs et curieux assistaient à ces courses. (Jotirnal officiel.)
- Sahara Algérien. — L’irrigation dans le Sahara transforme le désert en paradis fertile : le soleil et l’eau
- ont bientôt constitué un humus d’une telle vigueur, que toutes les plantes intertropicales poussent dans ce terroir comme du chiendent. Un cultivateur d'Ouargla vient d’obtenir des luzernes de lm,50 de hauteur, et plusieurs médailles décernées à l’Exposition universelle de Paru ont récompensé cet intelligent indigène.
- Les merveilles qui nous ont été racontées de la fertilité du Sahara dépassent ce que l’on peut imaginer. Ce sol vierge possède une puissance qui n’a pas d’analogue dans les mei'leures terres du Tell. Ce n’est pas sur un point seulement que l’on a constaté cette remarquable fécondité. Elle existe partout où l’on peut faire venir l’eau à la surface du sol. Or, la plus grande partie des vallées sahariennes et des lits de ses fleuves souterrains possède l’eau en abondance; le moindre effort suffit pour amener à la surface du sol l’élément fécondant.
- Le Sahara n’est que partiellement un désert et dans toute cette région il existe des surfaces, pour le moins aussi vastes que la partie cultivable du Tell, qui sont accessibles au travail de l’homme et dont le sol est prêt à offrir une large rémunération aux hommes courageux et laborieux qui ne craindront pas d’entreprendre sa mise en valeur. Les résultats obtenus jusqu’ici donnent la certitude du succès sur tous les points où les mêmes travaux seront exécutés. Dès aujourd’hui, ou peut dire que la transformation du Sahara n’est qu’une question de temps, de travail, de puits artésiens, de moyens de circulation et de sécurité. (L’Exploration.)
- DÉCOUVERTE D’UNE PIROGUE LiCUSTRE
- DANS LE LAC DE NEUCHATEL
- Le lac de Neuchâtel a cela de particulier sur ses voisins, de posséder des stations lacustres des trois âges; de sorte que sur un espace restreint, on peut saisir le développement de l’humanité dans les époques qui ont précédé les temps historiques.
- M. Adolphe Borel, auquel je dois les communications que l'on va lire, s’occupe activement avec son frère M. Maurice Borel de recherches historiques sur la Suisse et plus particulièrement sur le canton de Neuchâtel.
- Déjà, une première fois, avant la découverte delà pirogue dont il est question, il avait mis à jour une épave lacustre du même ordre et qui se trouve actuellement au musée de Neuchâtel. Celle-ci était petite, d’un travail assez grossier et creusée dans un seul tronc de chêne ; elle ne possédait aucune trace d'élégance; c’était l’enfance de l’art prouvant une population des plus primitives. L’intérieur du canot était garni de bourrelets ou hancs taillés dans le bloc. C’est près de l’un de ces bancs que se trouvent deux entailles bien conservées. Sa longueur était de om,55 ; sa largeur de 0m,61 et sa profondeur de 0m,20 0m,50.
- La nouvelle pirogue dont M. Adolphe Borel m’a envoyé les dessins appartient à l’âge de bronze; c’est le spécimen le plus compte/ et le plus beau de cet âge qui ait été découvert jusqu’ici ; sa conservation est aussi parfaite que possible et elle a été trouvée entière.
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- LA NATURE.
- Je laisse M. Adolphe Borel nous raconter comment il est arrivé à faire cette trouvaille:
- « Le 1er mars 1 879, je revenais avec mon pêcheur de la station de l’Abbaye où j’avais fait une pêche très infructueuse; je longeais la rive du lac à environ 40 mètres du rivage, lorsqu’on examinant le fond de l’eau, je crus remarquer un bois dont la forme étrange me frappa. Je venais de découvrir la deuxième pirogue. Dans quel état de conservation la trouverais-je? Cette question me tourmentait. Je me mis à l’oeuvie tout de suite ; la pointe tournée du côté de l’avant était complètement enfoncée dans un lit de marne; elle était remplie d’une couche de gravier, de vase et de marne dans laquelle se trouvait un lit de feuilles de chêne et de hêtre. La profondeur de l’eau à l’endroit où elle gisait pouvait être de lm,20 à lm,50.
- « Ignorant son état de conservation et sa valeur, je crus devoir l’offrir, par l’intermédiaire d’un de mes parents en séjour chez moi, au musée de la Chaux-de-Fond qui s’empicssa de l’accepter.
- « La pirogue se trouvait alors à une égale distance des deux stations de bronze de l’Abbaye (propriété de l’Etat) et du Moulin à Devais (Campagne-Plaisance)
- à environ 100 mètres de la station de Pierre-de-Châtelard.
- « Lorsque je la sortis de l’eau, une partie du fond de la pirogue resta attachée au fond du lac ; je pus cependant en retirer, non sans peine, toutes les pièces; mais il a fallu la blinder, car le fond en séchant serait tombé en morceaux, w
- D’après M. Adolphe Borel, le mauvais état du fond de la pirogue peut faire supposer qu’elle a dù être abandonnée à la suite d’un accident qui aurait endommagé le fond et l’aurait fait enfoncer là où elle se trouvait. Elle est creusée dans un seul tronc d’arbre et est faite d’une seule pièce ; c’est un chêne qui en a fourni le bois, mais ce qui frappe surtout c’est l’élégance de sa pointe en forme d’éperon et l’anneau en bois qui se trouve à l'arrière ; tout dénote dans sa construction des goûts artistiques très manifeste et une civilisation relativement avancée.
- Il est à supposer qu’elle provient d’une des grandes stations de l'âge de bronze et près de laquelle devaient croître des arbres gigantesques.
- M. Fr. de Rougemont, dans un ouvrage sur cet âge de bronze, admet que lage de bronze romand a
- Fig. 1. Carte montrant les localités où ont été découvertes deux pirogues lacustres.
- ----8.METRES-------------
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- Fig. 2. Pirogue lacustre récemment découverte dans le lac de Neuchâtel. — I. Vue extérieure. 2 et 5. Coupes longitudinales et transversales.
- dît commencer treize à douze siècles av. J.-G. pour Unir environ quatre siècles avant l’ère chrétienne.
- Les Tyriens ont fait des lacs romands l’entrepôt de leurs échanges ; ils allaient chercher en Danemark l’ambre qu’ils échangeaient contre leurs métaux. Si l’on trouve si peu d’ambre dans les lacs de la Suisse, il faut observer que, malgré les incendies qui ont pu détruire les stations et fondre tous les morceaux d’ambre, celui-ci était spécialement destiné aux peuples civilisés du sud et ne faisait que traverser la contrée des lacs, tandis que les bronzes
- phéniciens et indigènes s’entassaient dans des magasins, c’est-à-dire dans des stations pour s’échanger contre l’ambre des marchands du nord. Il existait même des fonderies indigènes ; peut-être on pourrait supposer que la pirogue provenait d’une de ces stations et pouvait être un canot de luxe ou de guerre servant à quelque chef. Sr. de Drée.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakdier.
- 16 826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9 à Paris.
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- N° 54 !
- 15 DÉCEMBRE 18 7 9.
- LA NATLIiE.
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- LE BRACONNIER
- DU JAHD1N BOVAL DU PALAIS D’AJUDA
- Le D) 'acœna Draco, autrement dit Dragonnier (dérivé du grec Drakaina, Dragon), est, sans aucun doute, un des végétaux qui occupent une des places des plus distinguées parmi les plantes ornementales et industrielles. Il appartient à la famille des Liliacées-Asparaginées, et est originaire des Indes-Orientales et du groupe des Canaries. Entre autres synonymies, nous citerons les suivantes : Draccena Canariensis, Hort; Stverkia Draco, Mill ;
- Asparagus Draco, L. ; P aima Draco, Crantz; Dracœna yuccœfo>mis, Yandel ; Œdera dragonalis, Crantz; Dracœna Draco, L. Le fruit, qui est un drupe, succède à de grandes panicules de tleurs. La semence est solitaire dans le fruit qui devient orange à la maturité.
- Le port de cet arbre arrive à prendre des proportions extraordinaires. Ainsi, par exemple, M. De-eaisne, dans son Traité général de Botanique descriptive et analytique, dit que dans l’île de Téné-riffe il existe un Dragonnier remarquable par ses énormes dimensions et sa prodigieuse vieillesse; il laisse exsuder de son tronc un suc résineux rouge
- Dragonnier du jardin royal d'Ajuda.
- qui est une des différentes espèces de sang-dragon employées en médecine comme astringent. Son Ironc jusqu’aux premiers rameaux atteint 24 mètres de hauteur, et dix hommes, les bras étendus et se tenant par la main, en peuvent à peine embrasser le tronc. Dans l’année 1462, dit le même auteur, lors de la découverte de l’île de Ténériffe, la tradition rapporte qu’il était aussi volumineux qu’il l’est actuellement1.
- Notre gravure ci - dessus représente la copie exacte du Dracœna Draco cultivé au Jardin royal
- 1 La Flore des serres et des jardins de l’Europe a également publié, ila;.s une, île ces dernières années, un article tort intéressant sur ce même Dragonnier de Ténériffe. Ce colosse a été détruit en 1865 (Voir Ecrite horticole, 1869, p. 415).
- 8*aDDte.— 1er semestre
- du palais d'Ajuda. Ce beau végétal est contemporain de la fondation de ce jardin, sous le règne de S. M. la reine Doua Maria Ire.
- Superbe Dragonnier! Par son port et ses énormes dimensions, c’est certainement un des plus beaux exemplaires qui existent dans toute l’Europe, suivant les indications de bonne source relatives à la fondation de l’ancien Jardin botanique d’Ajuda, actuellement le Jardin royal. Suivant quelques traditions sensées, ce doyen végétal ne doit pas compter moins de cent vingt à cent cinquante ans. Alin que le lecteur puisse se faire une idée sûre concernant la taille et la splendeur de son port, nous donnons ci-après ses dimensions exactes.
- g La hauteur est de 6 înèttes sur 56 mètres de cir-
- o
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- LÀ NATURE.
- conférence, considéré dans son entier ; le tronc primordial est de 4m.65 centimètres, ainsi que la circonférence du dit tronc. De cet énorme cylindre partent onze branches principales qui se divisent en une infinité de rameaux secondaires, tous bifur-qués plusieurs fois. Enfin, à l’extrémité de ces ramifications, s’épanouissent de nombreux bouquets de feuilles lancéolées et dilatées à la base. Ces feuilles, qui atteignent 50 centimètres de longueur, disposées en bouquets, forment par leur réunion un vaste et épais parasol absolument impénétrable aux rayons du soleil. Nous devons ajouter que ces dimensions seraient de beaucoup plus considérables si, en 1855, le directeur du Jardin botanique, M. le conseiller José-Maria Grande, ne lui avait pas fait couper la tige à coups de hache, sous le prétexte que le puissant arbre avait fait éclater non seulement la caisse de pierre où il était planté, mais encore les autres caisses avoisinantes, qui étaient également de pierre. C’est assurément très lâcheux. N’aurait-on pu éviter une semblable destruction ? Qui nous dit que, sans ces impitoyables coups de hache, ce Dragonnier n’atteindrait pas aujourd’hui la dimension du Dragonnier de Ténériffe?
- Le Dracœna Draco est parfaitement acclimaté en Portugal, ou tout au moins sa culture en est facile en terrains secs, dans lesquels sa végétation est magnifique. La semence qui tombe de l’arbre naît d’elle-même, ce qui indique son mode de reproduction, qu’on réussirait également par marcottes. Les graines que l’on récolte annuellement sur l’exemplaire qui nous occupe, sont évaluées à 3 alqueires (l’alqueire équivaut à 13 litres 80 centilitres).
- En certaines époques de l’année, par exemple au commencement de l’été, il suffit de pratiquer sur les troncs quelques incisions pour en faire sortir un liquide rougeâtre (sang-dragon) qui se concrète au contact de l’air et prend la consistance de la résine. Cette gomme est abondante sur le marché; malheureusement, nous qui pourrions la produire en assez grande quantité, nous l’importons de l’étranger au prix de 1500 reis en morceaux ou 1800 reis en poudre (1,800 reis =10 fr.). Cette drogue s'emploie pour vernir les bois; on en fait également un grand usage dans la teinturerie ; enfin elle est usitée en médecine comme astringenti.
- Don Luiz de Mello Breyner,
- Diiecteur du Jardin royal d’Ajuda.
- LES GRANDS PRODUITS CHIMIQUES
- k l’exposition universelle DE 1 8 7 8 2
- CARBONATE DE SODIUM
- Perfectionnements apportés au procédé Leblanc. — Nous trouvons à l’Exposition universelle de 1878
- 1. Extrait de Jortial de Uorticultnra praticn. — Revue horticole.
- 3 Suite, vov. |>. lk2.
- les perfectionnements signalés déjà, à l’Exposition de Vienne.
- Depuis cette dernière, ils sont entrés dans le domaine de l’industrie et nous voyons que la plupart d’enire eux se sont généralisés.
- En Angleterre, dans presque toutes les soudières les fours tournants sont employés.
- En France, berceau industriel de la fabrication de la soude, ils sont encore à peine adoptés malgré les avantages que procurent ces appareils. M. Kul-tnann à Lille est le seul qui en ait monté.
- Avant de les décrire, disons qu’ils ont permis à M. Mac Tear de sanctionner pratiquement les travaux théoriques de 31. Scheurer-Kestner sur la formation de la soude.
- Eu effet, il ressort de ces travaux que la formation de l’oxysulfurede calcium n’est pas nécessaire, et même ne se produit pas lorsqu’on fond dans un four à réverbère d’après les proportions de Leblanc
- 100 p. sulfate de sodium,
- 104 p. carbonate de calcium,
- 39 p. charbon.
- Qu’en solution, le sulfure de calcium et le carbonate de sodium peuvent rester en présence sans réagir et que les véritables produits de la réaction sont des mélanges variables de :
- Carbonate de sodium,
- Soude caustique,
- Sulfate de calcium,
- Chaux.
- (La formation de la soude caustique et de la chaux résultant de réactions accessoires);
- Que d’après les proportions de calcaire employé, les résultats obtenus sont très différents ;
- Que généralement dans l’industrie, la quantité de calcaire mise en réaction était beaucoup plus forte que celle indiquée par la théorie;
- Qu'un excès de calcaire détermine une perte en soude, la chaux formée dans l'opération, lors de l’hydratation de la masse retenant une quantité de soude très difficile à enlever par les lavages ;
- Qu’il est pourtant nécessaire d’agir dans les fours à soude ordinaire en présence d’un excès de calcaire, de manière à déterminer à la fin de la réaction, un dégagement de gaz destiné à rendre la masse de soude brute poreuse plus facile à hydrater et à laver;
- Qu’enlin le meilleur mélange, pouvant par conséquent fournir le meilleur rendement, sera celui qui se rapprochera le plus des proportions théoriques et qui permettra néanmoins de dégager une grande quantité d’oxyde de carbone, lors du coulage de la soude brute, en renfermant la plus petite quantité de calcaire en excès.
- Il résulte de ce qui précède que l’ensemble de la réaction donnant naissance au carbonate de sodium peut être représenté par quatre phases successives :
- 1° Réduction du sulfate de sodium en sulfure.
- Na*SOl -4- 2C = Na8 S -I- 2C02.
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- LA N A T LUE.
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- 2° Double décomposition entre le sulfure de sodium et le carbonate de calcium.
- Na2 S + CaC03= Na2 CO5 + CaS.
- 5° Production d’oxyde de sodium due à la réduction partielle (arrêtée lors du lefroidissement delà masse) du carbonate de calcium mis en excès par le charbon.
- 2 Ca CO5 4- 2C = 2 CaO -j- 4CO
- (La chaux vive réagisssant sur le carbonate de sodium lors du lessivage donne de la soude).
- 4° Production d’oxyde de sodium dans le cas où il n’a pas été employé un excès de carbonate de calcium, due à l’action du charbon sur le carbonate de sodium.
- CO5 Na2 q- C = 2CO -f- Na2 0.
- Il est maintenant facile de comprendre qu’en faisant varier les proportions de charbon et de craie, on puisse fabriquer des sels de soude plus ou moins caustiques et même la soude caustique. — Cette dernière fabrication a pris en Angleterre un développement considérable, surtout depuis l’emploi des fours tournants.
- En France, au contraire, où ces derniers sont peu répandus, les sels de soude ne renferment que 2 à 10 % de soude caustique.
- Les fours tournants datent de 1853. La première patente prise pour cet appareil est celle de MM. Elliot et Russel. Ils ont été perfectionnés successivement par MM. Stevenson, Williamson et Mac Tear.
- Ce sont d’énormes cylindres en fonte, garnis intérieurement de briques réfractaires, et mobiles autour de l’axe horizontal (voir fig. 1 ).
- La flamme d’un foyer contigu pénètre par une extrémité du cylindre et sort par l’autre de manière à traverser et à chauffer toute la masse.
- Le chargement et le déchargement se font par une ouverture placée au centre et pouvant se fermer facilement par une plaque en fonte à clavettes.
- Les essais tentés en opérant d’après l’équation théorique
- SO4 Na2-f-CO5 La-|-4 C =COr>Na2-+-CaS-MCO
- soit dans les anciens fours, soit dans les fours tournants ne donnaient constamment que des soudes brutes compactes qu’il était presque impossible d’hydrater et par conséquent de lessiver.
- II appartenait à M. Mac Tear de vaincre cette difficulté pratique en introduisant dans les fours tournants à la fin de la réaction une certaine quantité de chaux vive (5 °/0 environ). La chaux ajoutée dans ces conditions reste trop peu de temps en contact avec la masse pour, en réagissant, rendre le lessivage difficile et retenir une certaine quantité de soude.
- Les fragments de chaux, lors du lessivage en s hydratant se délitent et la lorce d'expansion qui
- en résulte brise les pains de soude en menus fragments facilement pénétrables par l’eau.
- A Glascow, dans l’usine de M. Tennant, où sont installés les procédés de M. Mac Tear et où on opère dans des fours tournants également perfectionnés par lui, un four produit 50 tonnes par 24 heures.
- Le lessivage de la soude brute se fait presque partout d’après le procédé méthodique de James-Shank (voir figure 2).
- Nous mentionnerons en passant, parmi les nouveaux travaux de M. Kolb, les conclusions pratiques sur le lessivage des soudes brutes qui doit se faire le plus rapidement possible à une basse température, avec une petite quantité d’eau.
- Les lessives de soude sont évaporées dans des fours spéciaux chauffés directement ou avec la chaleur perdue des fours à soude, jusqu’à consistance sirupeuse, la masse est alors dirigée dans de grands cristallisoirs divisés par des tôles perforées faisant office de tamis ; le carbonate de sodium se dépose pendant que les autres impuretés s’écoulent avec la lessive concentrée (dite liqueurs rouges). — Pour avoir le produit commercial, il suffit de calciner le carbonate de sodium.
- Un modèle d’appareil Thélen était exposé par la Société des mines et usines de Sambre-et-Meuse : il permet d’évaporer et de recueillir mécaniquement, au fur et à mesure qu’ils se forment, les cristaux de carbonate de sodium.
- Soude caustique. — Les eaux mères rouges1 sont généralement employées pour fabriquer la soude caustique; on achève de les caustifier complètement avec de la chaux, on décante, on oxyde suivant le procédé Gossage par le nitrate de soude,
- 2NVS +2Na AzO5 -+- 4IF0 = 2S0lNa2 + 2 Na 110 -f- 2Az H5.
- On évapore à sec la solution contenant la soude caustique.
- Un autre procédé consiste à injecter de l’air dans les lessives puis à évaporer, mais l’oxydation est beaucoup trop lente. Aussi emploie-t-on de préférence la méthode de M. W. Ilelbig qui consiste à insuffler de Pair, non plus dans les lessives, mais dans la masse évaporée et maintenue en fusion au rouge dans des chaudières en fonte, puis à décanter lorsque l’oxydation est complète.
- La liqueur rouge qui a été séparée du carbonate de sodium est surtout très riche en soude caustique, elle contient en outre du sulfure [de fer dissous dans le sulfure de sodium, auquel elle doit du reste sa coloration, de l’hyposulfite, du sulfite et du sulfate de sodium ainsi que du chlorure.
- Suivant les avantages que l’on peut avoir à convertir ces eaux mères en carbonate de sodium ou
- 1 5ois l'appellerons que dans la transformation du sej marin en carbonate de sodium, il est facile d’augmenter la quantité de soude caustique en employant une plus grande quantité de charbon et de craie, en prolongeant la réaction et opérant le lessivage avec de l’eau à 500 degrés;
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- LA NATU11L.
- en soude caustique, le sulfure de sodium est le sel dont il est le plus difficile de se débarrasser.
- On doit encore à M. Mac Tear un four mécanique très ingénieux permettant de réaliser économiquement cette transformation. Il suffit pour obtenir le carbonate de sodium avec les hssivcs rouges de les évaporer presque à sec pendant 8 heures, puis de les mélanger avec de la sciure de bois et de calciner (dans ce four la masse est constamment en contact avec l’air).
- On peut également employer ies sels de fer ou de zinc pour obtenir des sulfures métalliques (pie l'on sépare facilement par décantation.
- Régénération du soufre des marcs de soude. — Les procédés qui ont été adoptés dans l’industrie sont ceux de MM. Mond, Schaffner et llelbig et de M. Mac Tear.
- Le procédé Moud consiste à oxyder les liqueurs des marcs, dans les bassins mêmes de lessivation par un courant d’air, puis à décomposer les polysul-fures et les byposullites formés par l’acide chlorhydrique; le soufre obtenu est raffiné sous pression à 120° dans l’appareil Schaffner. On obtient ainsi 50% du sou Ire des marcs. D’après Schaffner et llelbig, d’Aussig (Autriche), le rendement eu soufre pourrait s’élever à 90%; leur méthode per-
- Fij. 1. — Vue d’un loui tournant, pour la fabrication du carbonate de sodium.
- mettrait en outre de recueillir 70 % de carbonate de chaux pouvant rentrer dans la fabrication de la soude.
- On arrive à ce résultat en décomposant à l’abri de l’air, dans de grandes chaudières en fer, les marcs de soude par le chlorure de magnésium.
- CaS+MgCl +IDO = (u(d- + MgO -f IPS.
- Il se produit ainsi de la magnésie, du chlorure de calcium et de l’hydrogène sulfuré. Le dernier est dirigé dans degrandes tours où il rencontre de l’aeide sulfureux en excès et du chlorure de magnésium destiné à décomposer les acides oxygénés du soufre qui prennent également naissance.
- Il y a formation de soufre, d’après l’équation:
- 211-8+ Sü-! = 5S + 21PÛ;
- que l’on recueille par décantation.
- Pour transformer la magnésie contenue dans les résidus sortant des chambres, en chlorure de magnésium, on les filtre sur des châssis, puis on y fait passer un courant d’acide carbonique.
- LaCl2+ Mgü + CO2— COHIa + MgCP.
- Le carbonate de chaux est séparé par décantation, puis essoré et le chlorure de magnésium rentre pour une nouvelle décomposition.
- La troisième méthode brevetée par M. Mac Tear, a
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- LA NATURE.
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- brute. — Les tubes CD l'ont puis ui dehors.
- surtout pour but le traitement des anciens marcs de soude. Elle est pratiquée à l’usine de Saint-Rolloyoùla quantité de soufre retire'e par au s’élève à 1500 tonnes environ.
- L’inventeur dans sa patente décrit deux procédés : le premier consiste à mélanger les eaux jaunes avec de la chaux dans des cuves en bois munies d’agitateurs, et à faire barboter de l’acide sulfureux dans la masse de manière à produire de l’Iiyposulfitede calcium.
- On ajoute alors une quantité de liqueur jaune, telle, que dans la réaction deux molécules de sulfure de calcium rencontrent une molécule de sulfhydrate et une d’hyposulfite de calcium.
- Le mélange
- dans des appareils fermés où il est décomposé par l’acide chlorhydrique; le soufre se précipite ; on le recueille par décantation, le chlorure de calcium restant en solution.
- Un des inconvénients de ce procédé est la grande quantité de chlorure de calcium produite.
- Aussi l’inventeur propose-t-il un second procédé dans lequel il supprime la chaux. On opère avec une solution aqueuse d’acide sulfureux. On laisse couler dans une cuve munie d’agitateurs, et où la température est maintenue à 65°-7ܰ, les trois solutions d’acide sulfureux, de lessive jaune et d’acide chlorhydrique.
- L’écoulement de ces solutions est réglé de manière à ne produire que du soufre et du chlorure de calcium.
- Signalons en terminant l’emploi des marcs de soude à la production de l’hyposullite de soude.
- Les liqueurs oxydées provenant
- Fi;,r. 2. — Appareil à lessivation.
- AB Cuves munies de doubles fonds perforés qui supportent les morceaux de soude
- passer la lessive formée dans des cuves voisines,
- soude riches de hyposulfite un calcium sont mélangées avec de sulfate de sodium ; il se forme du sulfate de calcium que l’on sépare par décantation; l’hy-posulfite de sodium restant en solution est évaporé et purifié par cristallisation.
- Fabrication i»f
- I.A SOU II K DITE A
- i,'ammoniaque.
- dirigé
- Procédé Solvay. — Le succès obtenu par M. Solvay dans cette fabrication est du :
- 1° A un dosage exact des pioduits gazeux et des solutions salines mises en réaction
- 2" A l’installation d’une série d’appareils mécaniques très ingénieux, constituant un outillage perfectionné qui permet d éviter les pertes d’acide car -bonique et d’ammoniaque.
- Actuellement la consommation de cette dernière est à peu près équivalente à celle du nitrate de sodium servant à la fabrication de l’acide sulfurique et par contre à la production du sulfate de sodium.
- Nous avons dit, plus haut que, théoriquement, il suffisait de mélanger une solution de carbonate d’ammoniaque avec une solution saturée de sel marin pour obtenir du bicarbonate de sodium qui se dépose et du chlorhydrate d’ammoniaque restant en solution.
- Le bicarbonate de sodium calciné se transforme en carbonate de sodium et en acide carbonique qui rentre dans la fabrication.
- Une autre quantité d’acide carbonique est fournie par la calcination du carbonate de chaux servant à la production de la chaux vive employée à la de charrée de | décomposition du chlorhydrate d’ammoniaque et à
- Fig. 5. — Convertisseur pour le procédé à l’ammoniaque.
- BliUB Plateaux percés de trous permettant l’échappement de l’acide carbonique. — CCTubc percé de trous amenant l’acide carbonique. — DD Tube permettant l’ccoulement régulier de la solution de sel marin saturé d’ammoniaque. — E Tube déversant régulièrement la solution aqueuse de sel marin. — F Sortie des gaz. — O Trou d'hommes. — It Trou de coulés pour recueillir le bicardonate de sodium et vider l’appareil.— 11 Tube d’écoulement d’eau extérieur et enveloppant la tour ; il est perforé de trous par lesquels l'eau froide s’échappe et refroidi la tour. — (Réduction 11100 )
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- la régénération de l'ammoniaque. Mais la difficulté de préparer pratiquement le bicarbonate d’ammoniaque a fait modifier cette manière d’opérer sans toutefois changer le mode de réaction.
- M. Solvav fait directement absorber l’ammoniaque par la dissolution du sel marin dans l’eau, il en résulte une augmentation de volume et une diminution de densité du liquide; les proportions d'eau, de sel marin et d’ammoniaque doivent pourtant rester très constantes.
- L’appareil dans lequel se fait cette solution devra donc être à fonctionnement continu et construit de façon à permettre 1 écoulement du liquide salé au fur et à mesure de sa saturation par l’ammoniaque.
- Plusieurs appareils ont été proposés et appliqués : celui de MM. Schlœsing et Rolland dans lequel les gaz peu comprimés sont absorbés par surface, celui de M. Yerzyl qui opère dans une série de caisses séparées, par barbottage avec des gaz très comprimés , comme dans les appareils à colonne de M. Solvav. Nous 11e décrirons que ces derniers.
- L’appareil de M. Solvav pour la saturation par l’ammoniaque se compose :
- 1° D’un cylindre muni à sa base d'une trémie percée de trous à travers lesquels le gaz ammoniac divisé arrive dans la masse liquide.
- 2° D’un robinet réglé permettant l’introduction constante de l’eau salée au fondée l’appareil.
- 3° D’un flotteur placé à la partie supérieure et laissant échapper le liquide exactement saturé d’ammoniaque.
- Cette solution ammoniacale, pour être transformée en bicarbonate de sodium, est dirigée dans de grandes colonnes de 15 à 20 mètres de haut, refroidies extérieurement par une nappe d’eau (fig. 3). L’acide carbonique arrive en sans inverse du liquide ammoniacal, de manière que la dissolution la plus saturée en ammoniaque rencontre l’acide le plus pauvre et réciproquement.
- Ce résultat est obtenu en intercallant dans les cylindres des cloisons horizontales convexes, percées de trous et échancrées sur les bords, de manière à diviser en bulles le courant de gaz et à éviter les obstructions. Elles sont maintenues en outre par des disques percés également de plusieurs trous plus grands à bords relevés destinés à conserver sur les disques une certaine couche de liquide ; enfin cette série de cloisons sert à régulariser la descente du liquide tout en maintenant superposées les couches de composition différente.
- La solution salée saturée d’ammoniaque est amenée par un tuyau à peu près vers le milieu du cylindre ,tandis qu’une autre solution saturée seulement de sel marin est versée à la partie supérieure.
- Le courant d’acide carbonique plus ou moins mélangé d’air et d’azote arrive par le fond; il traverse d’abord la solution riche en bicarbonate, puis l’eau salée saturée d’ammoniaque , et enfin l'eau salée dans laquelle les gaz inertes abandonnent l’ammoniaque qu’ils entraînent mécaniquement.
- Il est facile de concevoir que l’écoulement régulier du liquide par le bas de l’appareil où l’on extrait le bicarbonate de so lium, détermine une marche méthodique.
- Le bicarbonate de sodium et recueilli sur des filtres à vide ou sur des filtres-presses ou dès essoreuses; il [est lavé avec des solutions de bicarbonate de sodium de plus en plus pures et finalement avec de l’eau afin de le débarrasser complètement des eaux mères qu’il entraîne.
- On le transforme alors en carbonate de sodium en le chauffant dans un cylindre vertical divisé par des doubles plaques superposées dans lesquelles circule de la vapeur; l’axe du cylindre est traversé par un agitateur à palettes en hélice qui raclent la surface supérieure des plaques et ramènent le carbonate de sodium vers les ouvertures pratiquées dans ces plaques.
- Actuellement on emploie surtout des fours à réverbère.
- La régénération de l’ammoniaque se fait dans des appareils à colonne à peu près semblables à ceux employés dans la rectification de l’alcool.
- M. Solvay se sert de la chaux vive en morceaux qu’il descend dans des paniers perforés au sein de la solution de sel ammoniac, et utilise ainsi la chaleur dégagée par l’hydratation de la chaux.
- Dans ce procédé la transformation directe du sel ammoniac en carbonate au moyen de la craie n’a pas encore pu être réalisée pratiquement à cause de la dilution de la solution ammoniacale.
- En terminant nous mentionnerons eneore les procédés de fabrication du bicarbonate de sodium dits à chaud ou sous pression, appliqués récemment dans quelques usines. Ces procédés permettront d’agir sur des dissolutions plus concentrées puisqu’on opère à la température de 50 à 70°, d’employer par conséquent des appareils moins grands, et de pouvoir régénérer directement l’ammoniaque à l’état de carbonate par l’emploi du carbonate de chaux, les eaux mères ammoniacales étant très riches.
- Gu. Girard.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- PAR LA PILE TOMMASI.
- Toute invention nouvelle qui se présente au public, appelle son attention à plusieurs points de vue très différents et souvent contradictoires.
- C’est le cas de la pile Tonnnasi qui fait beaucoup parler d’elle depuis quelque temps et dont le côté affaires fait trop négliger, par ses promoteurs, le côté scientifique et surtout le côté pratique. Aussi est-ce au point de vue scientifique et pratique seulement que nous allons examiner les procédés d’éclairage électrique domestique et public de M. Tonnnasi, laissant de côté le point de vue affaires qui n’est ni de notre ressort, ni de notre compétence.
- M. Tonnnasi emploie comme producteur d’électricité la pile Bunsen à laquelle il apporte quelques modifications de détail plus ou moins heureuses.
- Prenons pour tvpe, une batterie composée de 16 élé-
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- rnents Tomtnasi devant faire fonctionner une lampe à incandescence de charbon de 15 becs de gaz brûlant chacun 140 litres à l’heure, chiffres donnés dans la notice qui nous a été remise par la Société lorsque nous sommes allé voir les expériences et sur lesquels il y a lieu de faire quelques réserves.
- Chaque élément de la pile Tommasi se compose d’un vase en terre renfermant un cylindre de zinc creux qui lui est soudé par un enduit, pour préserver la surface extérieure du zinc de l’attaque de l’eau acidulée dans laquelle il plonge.
- Les vases poreux placés au milieu du vase extérieur sont hermétiquement .fermés ; émaillés dans leur partie inférieure qui contient de l’acide azotique en quantité suffisante pour durer dix jours, ils sont poreux dans la partie supérieure qui se trouve en regard du zinc. Les charbons demi-c\lindriques sont placés dans le vase poreux à la même hauteur que les zincs dans le vase extérieur. Lorsque la pile est au repos, les charbons ne sont donc pas plongés dans l’acide nitrique. Pour mettre la pile en activité, on fait descendre dans la partie inférieure des vases poreux, des demi-cvlindres de porcelaine dont le volume égale celui du charbon, ils font alors remonter le niveau de l’acide azotique qui vient baigner les charbons.
- L’eau acidulée au des vases extérieurs, a une circulation continue à l’aide de syphons convenablement disposés qui les fait communiquer entre eux.
- L’invention de M. Tommasi dans cette disposition nouvelle de la pile Bunsen, se réduit donc à préserver la surface extérieure du zinc, idée qui n’est pas neuve, et à boucher hermétiquement le vase poreux pour empêcher le dégagement des vapeurs nitreuses si désagréables et si dangereuses.
- Ici la critique est par trop facile au point de vue scientifique. La pile Bunsen doit dégager des vapeurs pilreuses pour fonctionner, puisque l’acide nitrique qui joue le rôle de dépolarisant, se transforme en acide hypoazotique pour effectuer cette dépolarisation
- Il faut donc, ou bien que l’acide- nitrique soit inerte dans la pile et alors sa présence, est inutile, ou bien que l’acide hypoazotique produit se dégage par les pores des vases, et c’est en effet ce qui arrive lorsque l’acide azotique a absorbé tout ce qu’il peut d’acide hypoazotique. Dans la pile Bunsen ordinaire, on laisse échapper l’acide hypoazotique dans l’atmosphère, dans la pile Tommasi il doit traverser les vases poreux ; c’est mettre un obstacle à son dégagement, mais non un arrêt, obstacle qui nuit à la production de la pile sans lui enlever ses inconvénients.
- Nous ne dirons presque rien de la lampe électrique de M. Tommasi, connue des lecteurs de La Nature par les appareils analagues dont elle est une copie. Une tige de charbon de 1 millimètre à 2 de diamètre est appuyée contre un disque supérieur en graphite contre lequel elle est poussée par un ressort comme les bougies de voitures. On n’a qu’à se reporter aux appareils de M. Emile Reynier, Werdermann, Ducretet, Trouvé, etc., précédemment décrits. Nous avons remarqué cependant un système i ngénieux qui permet de faire passer le courant d’un charbon à l’autre lorsque le premier est usé, dispositif qui constitue la Lampe-revolver. Grâce à la circulation de l’acide sulfurique et au renouvellement partiel de l’acide azotique on peut faire marcher pendant dix jours, à raison de quatre heures par jour, une lampe à incandescence dont la lumière, d’après le rapport de M. l’abbé Moigno, égale celle de 15 becs de gaz.
- Après ces 40 heures de fonctionnement, il faut démon-
- ter la pile pour renouveler l’acide nitrique, nettoyer les zincs, les réamalgamer, recharger la pile et ainsi de suite chaque fois qu’on a marché quarante heures. Au point de vue pratique, cette cuisine électrique nous parait impossible, et en admettant même les chiffres extrêmes de la notice, nous croyons peu au succès de la pile Tommasi en dehors de quelques applications dans les laboratoires ou les manipulations d’acides sont choses fort secondaires.
- Nous nous permettrons donc de différer d'avis avec M. l’abbé Moigno lorsqu’il affirme que la lampe Tommasi brûle sans oxygène et jusque dans le vide et de différer d’avis avec M. Paul G i (Tard, — qu’il ne faut pas confondre avec M. Henry Giffard, l’éminent ingénieur universellement connu, — lorsqu’il affirme que la pile Tommasi, donne la solution tant cherchée de l'éclairage domestique dans toutes les applications possibles.
- Malgré ces affirmations, nous le répétons, la pile économique pratique et domestique reste encore à trouver. Personne plus que M. Émile Reynier n’était intéressé à la solution d’une question qui aurait ouvert à ses lampes un si grand débouché. M. Émile Reynier a essayé toutes les piles connues dont l’application pouvait donner quelques résultats et voici la conclusion de ses expériences :
- « Une pile aussi énergique que la pile Bunsen, aussi économique que la pile Thomson etaussi commode qu’une pile rotative bien agencée serait encore loin de pouvoir convenir à l’éclairage courant. »
- « Ce n'est donc pas parmi les piles hydro-électriques aujourd'hui connues que se trouve la solution d'un électro-moteur domestique applicable aux lampes électriques actuelles. »
- La pile perpétuelle de M. Tommasi n’a rien changé à ce jugement : le champ reste donc ouvert aux inventeurs .
- E. HOSPITALIER, Ingénieur des Arts et Manufactures
- L'AMÉRIQUE DU NORD PITTORESQUE1
- Le premier navire à vapeur qui traversa l’Atlantique en 1838, ne mit pas moins de dix-huit jours à accomplir ce voyage périlleux; aujourd’hui les steamers modernes font le même parcours en neuf jours; leur nombre se multiplie constamment, la quantité des voyageurs qui les remplissent va sans cesse en augmentant, et nous considérons presque les Américains comme des voisins. Les États-Unis semblent être à nos portes, tellement la visite en est facile; nous entendons parler tous les jours des merveilles de ce pays jeune et prospère, et tout ce qui contribue à nous le faire connaître, nous instruit et nous intéresse. Les librairies A. Quantin et G. Decaux, viennent de publier en français un ouvrage remarquable, qui a été accueilli avec la plus grande faveur par les Américains, et qui obtiendra parmi nous un succès certain. C’est la description pittoresque de toutes les régions des
- 1 Un magnifique volume in-folio de 779 pages, ouvrage rédigé par une réunion d’écrivains américains, sous la direction de AV Cullkn Buvant, traduit, revu et augmenté par Bénédict-Hcnry Itévoil, illustré d’un nombre considérable de gravures et d’une carie des Etats-Unis. Prix 50 fr. Paris, A. Quantin et G. Decaux, 1880 .
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- LA NATURE
- n
- États-Unis, depuis New-York, jusqu’à San Francisco, depuis le lac Supérieur et le Niagara, jusqu’au Texas. Le Saint-Laurent, les rives de l’Erié, les cascades de Trenton, les lacs George et Ghamplain, Ufludson, le New-Jersey, le Delaware. Baltimore, la
- Virginie, le Mississipi, la grotte Mammoth, l’Ohio, les Canons du Colorado, toutes les grandes villes de la libre Union, toutes ses forets, ses fleuves, ses cavernes, ses montagnes, ses rochers, ses rivages, ses lacs, s’y trouvent décrits sous une forme aussi
- attrayante que pittoresque. B’innombrables gravures de grand format, font de ce livre un album incomparable qu’on ne se lasse pas de feuilleter et qui nous montre tous les aspects de ce vaste pays comme pourrait le faire le décor sans cesse changeant d’un panorama roulant. Les deux gravures ci-jointes empruntées à ce bel ouvrage, montreront
- à nos lecteurs que nos éloges ne sont en aucune façon exagérés. La première, représente le steamboat « Spartan » descendant les rapides du Saint-Laurent. Cette foule que l’on voit se presser sur le pont, ce navire qui glisse au milieu de torrents d’écumes, nous donnent l’image d’une nation vigoureuse, dont l’activité, l’esprit pratique et
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- L’Amérique du jNord pittoresque
- : Los chutes du Passuic.
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- LÀ NATURE
- ingénieux, méritent à juste titre l’admiration du monde.
- La deuxième gravure nous montre l’aspect des belles chutes du Passaïc dans le New-Jersey. L’impétuosité des eaux de cette rivière l’a rendue célèbre. Elle prend sa source au milieu de vallons sauvages et suit les méandres tracés par la multiplicité de collines rapprochées les ânes sur les autres. C’est à Morris County que le Passaïc sort de terre; il trottine sur un lit de mousse, comme l’Avon, surnommé « le Doux » par Scliakespeare, en rasant à leur base Long IIill et Esser, englobe les eaux de Dead River, et se faufilant entre les monts llorseshoe, reçoit enfin dans son lit, les eaux bondissantes du Rockaway. C’est à une certaine distance de là que le Passaïc qui a grossi comme si un déluge avait doublé son volume, produit les chutes dont le lecteur a la représentation sous les yeux.
- SUR LE VIN DE PALMIER
- RÉCOLTÉ A LAGIIOUAT.
- 1° Les palmiers cultivés dans les oasis de Laghouat se rattachent à une infinité de variétés : ils peuvent y vivre plus d’un siècle. Leur hauteur moyenne est de 10 à 15 mètres, les plus grands atteignent 25 mètres. Ils donnent 10 à 12 régimes par an; le régime, à maturité, pèse 5 à 4 kilogrammes. Les dattes sont de qualité inférieure ; elles sont consommées sur place : celles qui nous viennent de Laghouat pour l’exportation en Europe et dans le nord de l’Afrique sont retirées des oasis du M’zab et d’Ouargla1.
- Le vin de palmier (lakmi des Arabes) est fourni par la sève de l’arbre qui doit avoir au moins quarante ans, c’est-à-dire son maximum de vigueur. Lorsque le palmier •est très vieux, sur le point d’être sacrifié, on coupe le bouquet terminal en ménageant les palmes implantées au-dessous; mais si l’arbre doit être conservé, comme c’est le cas général, on creuse une incision circulaire au-dessous du bouquet terminal, qui est soigneusement respecté. Le liquide est amené, à l’aide d’un roseau, dans un pot en terre (kasseri) fixé au sommet du palmier. On recueille ainsi, au début, de 7 à 8 litres de vin par jour; au bout d’un mois, et on dépasse rarement ce terme, pour ne pas trop affaiblir le palmier, on n’obtient guère que 5 à 4 litres.
- La récolte terminée, on recouvre avec soin l’incision avec de la terre. Le palmier ainsi traité et suffisamment arrosé peut donner des dattes deux ans après, souvent l’année suivante, quelquefois même l’année courante.
- Les Arabes du Sud font grand cas du vin de palmier; ls le recueillent chaque jour pour le consommer de suite : ils ne le conservent pas.
- 2° Je dois à l’obligeance de MM. Bourjade et Janier, oificiers attachés aux affaires indigènes de la colonie,
- 1 Les dernières statistiques de l’administration locale donnent pour le cercle de Laghouat 675 000 palmiers ainsi répartis : Oasis d’Ouargla, 450 000 ; oasis de la Confédération du M’zab, 200 000 ; oasis de Laghouat,‘25000. On compte environ 100 palmiers mâles pour 5000 palmiers femelles (Note de M. Flatters, commandant supérieur du Cercle militaire de Laghouat).
- deux bouteilles de ce vin qui ont été prises à Laghouat le 20 mai au soir, et me sont parvenues à Médéah dans la journée du 51.
- Les bouteilles sont en verre très épais : dès que les ficelles retenant les bouclions sont enlevées, ceux-ci partent et le vin pétille à la façon du champagne. Sa couleur est opaline, un peu lactescente; son odeur est légèrement excitante ; sa saveur est, au premier abord, très agréable et rappelle le cidre mousseux; mais lorsque le vin a perdu son acide carbonique, elle parait fade; au toucher il est gluant.
- Le densimèlre marque 1029.
- 5° J’ai déterminé, à l’aide de l'appareil Sallcron, la quantité d’alcool absolu : elle est, pour 100 volumes, de 55®°,5 à 15°, soit en poids 4‘r,58, représentant 9*r,20 de sucre fermeniescible.
- 4° L’acidité totale (en poids équivalent d’acide sulfurique S0‘H), est de 0sr,086 p. 100.
- 5° Le poids de l'extrait, desséché à 100°, est de lJgr,60 p. 100; par la calcination, ce poids se réduit à 0(r, 52. Dans ce résidu, j’ai pu constater très nettement la potasse, la chaux, la magnésie et l’acide phosphorique; il n’y a que des traces de fer, de chlorures et de sulfates.
- 6° Les principes organiques fixes sont : l'acide mali-que, la glycérine, la mannite, le sucre et la gomme.
- En traitant l’extrait provenant de 100 grammes de vin par l’alcool éthéré, j’ai obtenu 2*r,18 d’un mélange de glycérine, avec un acide organique qui serait représenté en acide sulfurique par 0gr,196 et en acide malique (OIIeÛlü) par 0‘\54.
- L’extrait primitif, repris ensuite par l’alcool bouillant, lui a abandonné 5îr,60 de mannite et 0sr,20 de sucre.
- Le produit restant, insoluble dans l’éther et dans l’alcool bouillant, est très poisseux; il est fort soluble dans l’eau chaude et pèse 5Br,50. Il est en entier constitué par une sorte de gomme facilement saccharifiable par l’acide chlorydrique dilué et donnant avec l’acide nitrique des cristaux d’acide mucique.
- 7° En déduisant de l’acidité totale la quantité donnée pour l’acide malique, on trouve que les acides volatils sont représentés par 0sr,22 d’acide carbonique : c’est à peu près la quantité d’acide contenue dans un vin rouge qui en est saturé.
- 8° Dans le dépôt blanchâtre laissé au fond de la bouteille, j’ai trouvé des traces d’une substance azotée (albumine), et de nombreux globules d’un amidon particulier caractérisé par le microscope et l’eau iodée.
- Après deux mois de conservation dans une bouteille pleine, ce vin ne paraît pas s’ètre modifié d’une faço î sensible; sa densité est la même; son acidité un peu plus élevée :
- 9° La composition du vin de palmier, aussitôt après la fermentation alcoolique, peut donc être représentée
- ainsi :
- g»’-
- Eau............................... 85,80
- Alcool...,.. .................... 4,38
- Acide carbonique................... 0,22
- Acide malique...................... 0,54
- Glycérine....... .................. 1,64
- Mannite.......................... 5,60
- Sucre exempt de sucre de canne.. 0,20
- Gomme.............................. 5,50
- Substances minérales............... 0,52
- 100,00
- ALI. AM),
- Pharmacien-maj >r
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- LA NATURE
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- FLORE DES YOLCANS
- Les météorologistes ont étudié les vents généraux, comme les alizés et les contre-alizés, certains grands courants périodiques comme les moussons et les vents étésiens, ainsi que l’échange qui s’opère en diverses contrées entre les parties de l’atmosphère qui couvrent les terres et les mers. D’autres hrises, qui alternent entre les montagnes et les vallées, ont moins attiré l’attention, et pourtant on peut y rattacher d’intéressants phénomènes ohseivés par les voyageurs qui ont fréquenté les montagnes.
- Lorsque par une chaude journée d’été on approche d'un sommet, on est soutenu dans sa marche par de fraîches hrises qui s’élèvent du fond de la vallée. D’un autre côté, pendant la nuit, un fort vent descendant de la crête arrête souvent le voyageur, et devient parfois assez violent pour l’obliger à chercher un abri derrièie les rochers. En été ce courant de montagne apporte une fraîcheur agréable aux habitants des pentes, mais au printemps et en automne il peut produire des gelées désastreuses.
- Le rôle du vent de vallée dans la distribution des plantes, sur les montagnes volcaniques, est particulièrement remarquable. Suivons la brise partant du pied de la montagne et remontant jusqu’au sommet. Si on divise l’espace intermédiaire en un certain nombre de zones, l’air qui est en conctact avec le sol échauffé par le soleil sera toujours plus raréfié que celui de la zone correspondante au même niveau dans l’atmosphère. Cet air échauffé acquerra une vitesse qui dépend de la différence de pression barométrique et de la température. D'autre part, le sol d’une montagne volcanique conserve encore longtemps après les éruptions une chaleur qui s’ajoute à celle de l’insolation et renforce par suite le vent produit.
- Un voyageur allemand, M. Rein, pendant une exploration du Japon dont il a rendu compte l’année dernière au Congrès des naturalistes à Cassel, a remarqué que sur la terre qui garnit les versants, la végétation s’est toujours propagée du pied vers le sommet, et il regarde le vent de vallée comme l’agent de cette propagation, par suite de la direction qu’il imprime aux semences arrivées à maturité. La nature de la végétation doit ainsi être considérée comme un témoignage plus frappant de l’àge d’un volcan que sa composition minérale. L’une des chaînes les plus élevées du Japon, l'Outaké, a une arête dirigée du nord à l’est et longue de trois kilomètres, où se succèdent huit cratères ayant la même dimension, de 800 à 1000 mètres de circonférence. C’est évidemment le cratère le plus méridional, celui sur lequel on ne voit aucune trace de végétation, qui est le plus récent, tandis que le plus ancien est celui du nord, qui a jusqu’à ses parois intérieures garnies de plantes alpestres arctiques.
- Ces plantes, qui ont de larges dimensions dans la plaine se rapetissent à mesure qu’elles arrivent à des altitudes plus grandes. Le savant explorateur indique les espèces qui sont à l’avant-garde et celles qui les suivent dans leur ascension graduelle vers les cimes. Les premières comprennent le Polygonum Weyrichii, la Stilla-ria florida et le Carex tristis. V Al nus vividis suit d’ordinaire avec le Pyrus sambrecifolia et un remarquable Schizocodon, auxquels se mêle la ravissante Campanulée alpine, plus grande et plus belle que ses congénères européennes. On retrouve aussi à une assez grande hauteur des fleurs communes dans nos forêts de l’Europe centrale. Le Yaccinium ritis iden, VOxalis autosella et
- le Majanthenum montent à près de 3000 mètres d’altitude. La flore propre aux collines japonaises s’étale un peu plus bas et renferment de charmantes Ericinées, des Saxifrages et des Anémones très variées. Cette flore pa;r.i: provenir de la Sibérie orientale et du Kamtschatka, d’où elle a été apportée par les moussons et les courants maritimes de l’hiver. Aussitôt qu’elle a abordé les côtes et les plaines du Japon les vents de vallée la dirigent vers les hauteurs, où quelques espèces vont tapisser les cratères restés tièdes depuis les dernières éruptions. La migration inverse, produite par les vents de montagne, s’observe aussi au Japon. Certaines plantes des sommets descendent vers les plaines et parviennent jusqu’aux fleuves qui les transportent au loin, mais le naturaliste dont nous analysons le travail n'a fait que des recherches incomplètes à cet égard. F. Zürcher.
- LE DESSÈCHEMENT DU LAC FDCIN0
- Le Fucino, le plus grand lac de l’Italie centrale et méridionale, situé dans la province d’Aquila à 80 kilomètres à l’est de Rome et à 155 kilomètres au nord de Naples, mesurait environ 16 000 hectares en 1854, époque à laquelle on commença les travaux gigantesques dont nous allons entretenir nos lecteurs.
- Le dessèchement du lac Fucino, entrepris par le prince Alexandre Torlonia, et entièrement exécuté à ses frais, est une des œuvres les plus considérables et les plus imposantes que les hommes aient jamais tentées. Tout concourt à donner à cette entreprise un caractère spécial d’intérêt et de grandeur qu’on ne rencontre nulle part à un aussi haut degré, si ce n’est dans le canal de Suez. Aucun travail n’est entouré de souvenirs plus anciens et plus illustres; c’est à Jules César en effet qu’appartient la première pensée de ce dessèchement; il fut tenté par son quatrième successeur Claude, et les travaux qu’il fit exécuter dans ce but étaient considérés par Pline comme les plus extraordinaires de cette époque, la plus brillante de la civilisation romaine. La tentative de Claude racontée par le grand encyclopédiste, par Tacite, par Suétone, par Dion Cassius, lut poursuivie par Trajan, par Adrien, puis au moyen âge par Frédéric II, peut être aussi par Alphonse Ier d’Aragon, ensuite par des monarques napolitains, mais toujours en vain. Cette longue suite d’insuccès avait fini par faire considérer le dessèchement du lac Fucino comme une œuvre impossible, jusqu’au moment où le prince Torlonia sacrifiant avec un rare dévouement les ressources d’une fortune immense, parvint enfin, après dix années de travaux, à triompher des difficultés que pendant dix-huit siècles, les efforts des plus puissants souverains n’avaient pu vaincre.
- Le dessèchement du lac Fucino avait été tenté avec une grande énergie principalement par les Romains ; l’intérêt que ce dessèchement présentait au point de vue de l’assainissement des pays voisins, le bénéfice entrevu par l’exploitation agricole de
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- LA NATURE.
- terres desséchées, suffisaient pour exciter l’ardeur des travailleurs. L’empereur Claude avait résolu de percer un tunnel, un émissaire à travers le massif du Monte Salviano, et de faire écouler les eaux du lac à travers ce conduit souterrain, jusqu'au fleuve Liri situé à un niveau inférieur.
- Les Romains exécutèrent l’émissaire, ils ouvrirent 40 puits dans sa longueur (fig. 1). Au bout de onze années de travaux poursuivis sans interruption, et dans lesquels 30 000 hommes furent occupés, on reconnut que par suite de dispositions vicieuses, le dessèchement du lac était impossible, et qu’en raison de l'insuffisance de l’émissaire, il ne fallait même pas songer à faire écouler les eaux de la moitié de leur hauteur.
- L’émissaire Torlonia a été commencé en 1834,
- sous la directiion de MM. de Montricher et II. Ber-mont auxquels fut bientôt adjoint M. l’ingénieur Brisse. La mort quien'èva les deux premiers, laissa M. Alexandre Brisse poursuivre seul comme ingénieur en chef, une œuvre qui lui assure l’admiration de ses contemporains par les hautes capacités et la persévérance dont il n’a jamais cessé de faire preuve dans les circonstances les plus difficiles Si les plus grands écrivains de l’antiquité romaine ont considéré comme digne d’être enregistrée par l’histoire, l’entreprise manquée de l’empereur Claude, combien l’œuvre si complètement réussie du prince Torlonia, ne doit-elle pas avoir sa place dans les fastes de l’Italie moderne, et dans celle des grands travaux de notre siècle. C’est à bon droit que l’on peut, placer le premier jour de l’écoule-
- Fig. 1. Profil en long du tunnel ou émissaire de Claude et de Torlonia conduisant les eaux du lac Fucino au fleuve Liri.
- A Ligne du nouveau radier après abaissement. — B Ligne du radier romain. — C Voûte du tunnel émissaire (la ligne brisée au-dessus de la ligne C, représente la voûte de l’ancien émissaire). — 1‘ Puits romains retrouvés. — P' Puits romains non retrouvés. — D Roche calcaire compacte. — E Roche brisée et cailloux roulés. — F Concrétions calcaires. — G Argiles et sables. — H Terre végétale.
- ment du Fucino, parmi les dates les plus remar- i quables dans l’histoire du travail à notre époque.
- L’écoulement commencé le 9 août 1862 fut cori- | tinué jusqu’au 50 septembre 1865. Durant les 417 jours et demi que dura cette période, l’émissaire lut plusieurs fois fermé et rouvert. Ces diverses suspensions formaient un total de 12 jours et demi. Le canal débita en moyenne pendant les 403 jours pu’il fonctionna, 16 mètres cubes d’eau par seconde, ou un total de 540 845 500 mètres cubes d’eau, et le lac s’abaissa de 4®,247. On jugea que les eaux s’étaient suffisamment retirées dans le bassin lacustre pour qu’on put arrêter entièrement l’écoulement et reprendre les travaux de l’émissaire Tor lonia ; mais il fut décidé en même temps, que cette construction, ne serait poussée que jusqu’à la tête de la galerie romaine. Lorsque ce travail serait fait, on devait pratiquer un nouvel écoulement tempo-
- raire et prolonger ensuite l’émissaire Torlonia d’une longueur de 658*",84, au delà de la construction romaine dans le bassin lacustre.
- L’émissaire Torlonia était entièrement achevé dès le mois de novembre 1869; il ne restait plus à comploter que les ouvrages extérieurs qui devaient former sa tête. Voici les données principales de cette grandiose construction souterraine. Cette galerie a une longueur de 6 301 mètres. Sa pente est de 2 pour 1000 sur les 560 premiers mètres à partir de son embouchure, et de 1 pour 1000 sur tout le reste du parcours. La section transversale a une surface uniforme de 19m2,609, avec une hauteur d’eau de 5m,26 conservant un vide de 0m,50 entre la superficie de l’eau et la voûte, elle peut débiter 49m\60 par seconde. Sa longueur totale est de 6501 mètres. On a ouvert ou restauré pour sa construction, 28 puits formant une longueur totale
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- LA NATU1US
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- ABC Emissaire de Claude
- Superficie du Lac en Juin 1861 15775 héctare».
- Elévation au dessus du niveau delà mer 668rT'9‘e.
- TV/5 Sc 8ARRLT
- Fig. 2. Carte du lac Fucino avant son dessèchement en 18G1 (superficie 15 775 hectares).
- Fig. 5. Le lit du lac Fucino desséché. État actuel de la propriété du prince A. Toilonia, soi tic du dessèchement du lac, avec les traces
- des travaux exécutés*; et la division des terrains pour la ini;e eu culture.
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- LA NATURE
- de 1427 mètres et on a creusé deux galeries d’une longueur totale de 550 mètres. La construction de cet émissaire a duré dix années1.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- NÉCROLOGIE
- Michel Chevalier. — Ce célèbre et savant économiste est mort récemment, au château de Montplaisir, près de Lodève (Hérault), âgé de 73 ans.
- Michel Chevalier, qui, dans la dernière partie de sa vie, s’est entièrement consacré à l’étude des sciences économiques, avait débuté dans la vie comme ingénieur. Il sortit de l’Ecole polytechnique pour passer dans ce corps, qu’il quitta quelque temps après pour les ponts et chaussées. Séduit par les doctrines de Fourier et des saints— sitnoniens, il se lança avec ardeur dans le mouvement de 1850. Il collabora au journal VOrganisateur, qui eut jadis une certaine influence.
- Quand les disciples du Père Enfantin furent traduits en cour d’assises, Michel Chevalier parut avec eux sur le banc des accusés. Il fut condamné pour sa part à une année de prison. Grâce à la protection de M. Thiers, Michel Chevalier recouvra sa liberté au bout de six mois et fut envoyé en mission industrielle aux États-Unis, puis en Angleterre, d’où il revint avec la décoration de la Légion d’honneur.
- Sous la monarchie de Juillet, il fut successivement maitre des requêtes, conseiller d’Etat, professeur d’économie politique au Collège de France, ingénieur en chef des mines, et enfin député. La révolution de Février 1848 et l’avènement du prince Louis-Napoléon servirent à sa fortune. Rallié des premiers à la politique du prince-président, il fut nommé membre de la Commission de l’Exposition universelle de Paris de 1835, contribua dans une large mesure à la conclusion du traité de commerce anglo-français en 1860, et l’année suivante, il était appelé à présider la section française dujury de l’Exposition universelle de Londres. Ce fut à celte époque qu’il fut nommé sénateur par l’empereur.
- Michel Chevalier a longtemps collaboré au Journal des Débals. En 1851, il avait été élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques. Depuis plusieurs années, il vivait tout à fait retiré dans sa propriété de Mont-plaisir, près Lodève.
- Michel Chevalier laisse trois filles : l’une est mariée à M. Paul Leroy-Beaulieu, rédacteur des Débats et rédacteur en chef de VÉconomiste ; une autre à M. Flourens, conseiller d'État et directeur des cultes ; et la troisième au fils de M. Le Play2.
- James Clerk Maxwell. — Ce savant physicien anglais est mort le 5 novembre 1879. 11 était né en 1831 à Middlebie, bourg d’Ecosse. A l’âge de huit ans, il perdit sa mère : son père se consacra, dans une vie retirée, aux soins de l’éducation de l’enfant, son fils unique, et à la gestion de ses biens. Sous la direction paternelle, James Clerk Maxwell fit ses premières études à l’Académie d’Edimbourg, où il obtint en 1845 la médaille de bronze, dans la classe de géométrie, et en 1847 la médaille d’argent, dans la classe spéciale de mathématiques. En 1848,
- 1 D’après le Dessèchement du lac Fucino, précis historique et technique par MM. A. Drisse et L. de Itolrou. Rome.
- - D’après le Dictionnaire des Contemporains et l'Illustration.
- son oncle maternel, John Gray, d’Edimbourg, le conduisit chez William Nicol, qui lui fit voir les couleurs de la lumière décomposée par un prisme. Cette visite semble avoir donné à ses idées leur première impulsion vers les recherches en optique. Dans la suite, l’élude théorique des couleurs spectrales attira l’attention de Maxwell sur l’équilibre des corps solides élastiques, sujet sur lequel il a fait des travaux très estimés. Après avoir quitté l’Académie d’Edimbourg, Clerk Maxwell entra dans l’Université de la même capitale où il ne tarda pas à conquérir les sympathies et l’estime des professeurs Keland , Forbes, Grégory, etc., sous lesquels il étudia. En octobre 1850, il vint à Cambridge et, sur ce théâtre plus élevé, ses progrès lui valurent des succès éclatants : en 1584, notamment, il remporta le premier prix de Smith. En 1856, il fut nommé professeur de philosophie naturelle au collège de Marischal. En 1858, il se maria, épousant Catherine Doward, fille du principal du collège. En 1860, il succéda au professeur Goodwer dans les deux chaires de philosophie naturelle et d’astronomie du « Kin-g’s Collège, » à Londres; nuis en 1856, après la mort de son père, il se retira dans son domaine en Écosse. En 1871, cédant à de pressantes sollicitations d’accepter la chaire de physique expérimentale de Cambridge, qui venait d’ètre créée, il ouvrait son cours le 25 octobre de la même année, et il continua à professer brillamment jusqu’à sa mort prématurée.
- CHRONIQUE
- La tempête de neige des 4 et 5 décembre 1870, à Paris. —La neige est tombée avec une abondance tout à fait exceptionnelle pendant deux jours sur une grande partie de l’Europe; à Paris, elle était accompagnée d’un vent très violent qui fouettait les flocons avec une force peu commune. Ces flocons de très petite dimension, étaient formés de petits cristaux assez denses aussi fins qu’une poussière tenue que le vent accumulait en certains endroits. A la durée de la tempête, on ne peut estimer à moins de 20 à 25 centimètres l’épaisseur de la couche qui aurait recouvert tout Paris si elle avait été uniformément répartie. A leur réveil, le 5 décembre, les Parisiens ont pu constater que la neige n’avait cessé de s’amonceler dans les rues et sur les toits ; chassée en rafales par un fort vent d’est, elle pénétrait partout, dans les pavillons des Halles comme dans les passages couverts. Cette tourmente de neige, plus forte que celle que Paris a déjà eu à supporter pendant le siège et l’année dernière a. jeté une, complète perturbation dans tous les services de transports. Elle a repris avec moins d’intensité dans la journée du 5 et dans la journée du 8. La circulation s’est notablement ralentie pendant plusieurs jours.
- La fuchsine dans le pain. — Le parquet de Nantes fut saisi, il y a quelques, années d’une plainte relative à la présence de taches rouges assez nombreuses, observées sur des pains livrés à la consommation. Ces taches furent d'abord attribuées à la présence de Yoïdium aurantiacum. mais l’analyse révéla bientôt qu’elles étaient en réalité produites par de la fuchsine. Quelle était l’origine de celle matière colorante ? Ce problèmeétait difficile à résoudre, car les boulangers ne paraissaient pouvoir tirer aucun avantage du mélange de la fuchsine au pain, M. Bobierre, membre du Conseil de salubrité de Nantes, et directeur de l’École supérieure des sciences, voulut néanmoins en trouver la solution. 11 la chercha avec d’autant plus de
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- soins que les faits dénoncés au parquet de Nantes ne tardèrent pas à se renouveler plusieurs fois. 11 découvrit que la fuchsine dont les taches apparaissaient aussi souvent sur le pain, ne provenaient nullement des pétrins des boulangers, mais uniquement des farines ; et que celles-ci la recevaient des sacs que, dans certaines 'minoteries, on a pris l’habitude d’étiqueter en rouge. La matière colorante étant en effet appliquée avec un pinceau très dur, pénètre dans l’étoffe du sac, atteint la farine et cause les inconvénients signalés. « Il est évident, dit à ce sujet M. Bobierre, que les taches rouges du pain ne peuvent avoir aucun inconvénient au point de vue de l’hygiène. Toutefois elles peuvent porter préjudice à la boulangerie, provoquant chez le consommateur des craintes fort naturelles ; et les minotiers feront sagement en changeant leur mode d’étiquetage des sacs. »
- (Journal de Pharmacie.)
- Le caviar1. — On donne le nom de caviar aux œufs d’esturgeon que l’on utilise comme aliment de luxe, surtout en Russie et dans quelques parties de l’Allemagne. Ces œufs sont d’un volume considérable, leur enveloppe est mince, ils contiennent une gelée huileuse qui fond dans la bouche sans ou presque sans résidu. On les place sur un filet à mailles serrées disposé sur un châssis, on les malaxe et on les presse sur cette sorte de tamis grossier; ils tombent dans une petite cuve en bois placée au-dessous. Chaque grain, par sa coloration brunâtre ou noire se distingue des autres au milieu de celte masse pulpeuse. Pour rendre le caviar grenu (grained caviar), on le saupoudre d’une couche mince de sel ; pendant la saison chaude, on emploie 5 à 5 livres de sel pour 36 livres d’œufs, et seulement 1 5/4 à 2 1/2 de sel pendant la saison froide, ce qui est avantageux pour la qualité du produit. A l’aide d’une fourche en bois armée de 8 ou 10 dents, on opère le mélange du sel et des œufs; la masse devient d’abord pâteuse, puis son volume augmente, enfin elle fait entendre un bruit semblable à celui de fragments de verre que l’on agite : à ce signe, on reconnaît que l’opération est terminée, et l’on tasse le caviar dans des petits barils de bois pour l’expédier au loin. Pour foire le « grain caviar », on fait tomber les œufs dans une cuve de saumure, on les bat comme il vient d’élre dit, puis on les soumet à une forte pression dans un sac de toile grossière pour en chasser la saumure et les réduire en une masse semblable à du fromage. On presse ensuite 1/3 des œufs avec de la saumure, et le caviar ainsi préparé est mis dans des barriques garnies de serviettes de toile, d’où le nom de caviar à la serviette. On nomme caviar à sac le caviar pressé, de premier choix, emballé dans des sacs de toile, que l’on expédie dans des boites ou des bidons hermétiquement clos. Le caviar le plus gras, que l’on prépare vers le milieu de l’été, est principalement mis en macération dans la saumure, après quoi on l’expédie sans le presser dans des barriques de la contenance de 180 à 360 livres anglaises. Beaucoup d’œufs ramollis et demi-gâtés sont mis en macération dans une forte saumure et mis dans des barils qui en contiennent jusqu’à 000 et 1000 livres, d’une valeur de 6 à 8 cents par livre, tandis que le caviar gras de l’été vaut de 12 à 18 cents la livre Les sortes de caviar frais, de premier choix, que l’on exporte d’Astrakan dans des petits barils, valent de 60 à 70 cents par livre, tandis que s’il est pressé, son prix descend à 45 ou 48 cents. Quelques espèces de choix, le slerliad par
- 1 Pharmaceutical Journal, 50 août 1879. New Remedies et Journal de Pharm. et de Chimie.
- exemple, ne sont pas exportées. On envoie chaque année 400 000 livres de caviar à Berlin, Dresde et Vienne; l’Angleterre en consomme pour 50 000 francs environ ; en Amérique, les étrangers sont à peu près les seuls consommateurs de ce produit. C. M.
- Expédition arctique. — Une nouvelle expédition arctique ayant pour but d’explorer l’océan Glacial le long des côtes septentrionales de l’Asie sera entreprise d’ici un an par M. Aordenskiold. Le courageux explorateur, qui revient en Suède après avoir heureusement franchi le détroit de Behring à bord de la Véga, écrit à M. Sibi-riakoff, un des organisateurs de la dernière expédition, qu’il reprendra le cours de ses voyages daus les mers sibériennes en partant du fleuve Léna. Il explorera toutes les îles situées le long des côtes, et ses efforts tendront à ouvrir au commerce de nouveaux débouchés dans les régions du nord de l’Asie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 8 décembre 1879. — Présidence de M. Dacb[îke.
- Hélioscopie. — On se rappelle que M. Janssen a annoncé, dans les épreuves photographiques du soleil, des détails auxquels il a donné le nom de réseau photographique et qui n’étaient apparus jusqu’alors à la vue d’aucun astronome observant directement. Un auteur, dont le nom nous échappe, déclare aujourd’hui qu’on peut percevoir ce réseau dans un télescope ordinaire, et il décrit les précautions à prendre pour parvenir à ce résultat.
- Nouveau verglas. — Au moment où il faisait paraître sous forme de brochures l’intéressant mémoire dont le verglas du 22 janvier dernier lui avait donné la substance, M. Decharme observait à Angers, le 4 décembre courant, la répétition exacte du même phénomène. Il signale la conformité des deux phénomènes. En même temps, M. Godefroy écrit du département du Loiret que ce nouveau verglas a été précédé d’une transformation remarquable de la neige subitement remplacée par de petites sphérules de glace dense et transparente renfermant en leur centre des cristaux d’eau solide parfaitement définis.
- Aérographie. — Une très importante étude des satellites de Mars vient d’occuper M. Tisserant. Le savant académicien part de ce fait que les deux satellites découverts comme on sait en 1877 par M. Asaph Ilall, se meuvent à peu près dans un même plan qui est aussi celui de l’équateur de Mars. 11 se demande si une pareille coïncidence des trois plans est fortuite ou si, au contraire, elle est liée à la constitution même de notre voisin planétaire. Sa conclusion est que si celui-ci est de constitution homogène ou présente des inégalités de densité internes analogues à celles de notre propre globe, cette coïncidence se maintiendra indéfiniment.
- Géologie agronomique. — En entrant dans la salle, on remarque le long du mur une très belle carte teintée de nuances brillantes. C’est la carte agronomique du département de Seine-et-Marne; elle a pour auteur M. De-lesse. Les nuances diverses sont affectées chacune à une région présentant une terre végétale de composition déterminée et l’intensité de la couleur donne une idée de la fertilité du terrain dans chaque point. Cette belle carte est le résultat d’un travail de très longue haleine et sup-
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- pose des centaines et des milliers d’analyses de terres végétales; aussi a-t-elle amené l’auteur à formuler des conclusions très intéressantes sur le rôle du calcaire dans les sols, sur la fertilité comparée des diverses catégories de terre et sur la relation qui peut exister entre la superficie arable et la formation géologique sous-jacente.
- Localisations cérébrales. — C’est sur ce sujet si plein d’intérêt que M. Grasset, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Montpellier, a rédigé un volume dont M. Vulpiau présente de sa part la troisième édition. On sait que de progrès en progrès on est parvenu à découvrir que tels organes sont en relation spéciale avec tel peint de la masse cérébrale, de telle sorte qu’une lésion de ce point détermine un trouble dans ces organes. Aussi le diagnostic des maladies cérébrales a-t-il acquis une sûreté qu’on n’eùl pas prévue, puisque des accidents pré-
- senté par un paralytique, on peut conclure avec certitude que le cerveau est atteint d’une lésion dont le médecin est à même d’indiquer précisément la place et qui peut n’ètre pas plus large qu’une pièce de 50 centimes. Le livre de M. Grasset est un résumé complet des questions de cet ordre et plus d’un chapitre est enrichi des résultats personnels de l’auteur.
- Anneaux des lames minces. — Un élève de M. Wurlz indique un procédé qui permet de conserver les anneaux colorés, développés dans les lames minces. Il consiste à répandre sur la surface d’un bain de mercure une couche extrêmement mince de eollo lion. Après évaporat'on, la pellicule irisée peut facilement être enlevée et transportée sur du papier.
- Action physiologique du phosphore. —Selon M. Cazeneuve, professeur agrégé à l’Ecole de médecine de Lyon,
- Arc-cn-ciel multiple observé à Gareloch, en Écosse, le 20 octobre 1879.
- l’ingestion du phosphore par les chiens augmente dans l’urine de ceux-ci et jusqu’à la tripler, la proportion de l’urée.
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- UN CURIEUX ARC-EN-CIEL.
- Monsieur le rédacteur,
- Je vous envoie un simple croquis d’un curieux groupe d’arcs-en-ciel observé à Garloch, en Ecosse, vers 8 heures 25 du matin, le 20 octobre dernier. J’aurais écris plus tôt, si je n’avais voulu ine procurer des esquisses provenant de sources variées. Au point où j’étais placé, je ne pus voir que la jonction des deux arcs, seule portion de ces arcs visible en cet endroit ; mais plusieurs observateurs ont vu l’ensemble tel que je l’ai dessiné. La mer était unie comme un miroir, ce qui fait que l’arc renversé doit avoir été formé par les rayons du soleil réfléchis par
- l’eau. Le vent s’élevait à ce même moment et quelques nuages à grains, chassés par le vent du sud-ouest, arrivaient de l’embouchure de la Clyde; mais la baie était parfaitement calme. L’un des arcs était parfaitement plein et brillant, tandis que les deux autres allaient en s’éteignant à leur point le plus élevé. Je m’imagine seulement que l’arc incomplet était formé de lumière léfléchie par quelque nuage brillant; mais je n’en vis aucun de ce genre. Le croquis représente, à peu de chose près, le côté nord-ouest. N’ayant jamais vu jusqu’à ce jour, dans nos montagnes d’Écosse, une telle combinaison d’arcs-en-ciel, j’ai pensé que celte description pourrait intéresser quelques-uns de vos lecteurs. La colline de droite se nomme Knapps hill; haute de 2000 pieds, elle est distante de trois milles et demi ou quatre milles du point où le dessin a été fait.
- J. R. Uannay.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pans.
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- iV 5 12.
- 20 DÉCEMBRE 1879.
- LA NATURE
- r»3
- COLLISION D’UN BATEAU A YAPEUR
- AYEC UN ICEBERG
- Le samedi 22 novembre, le bateau k vapeur le Caspian arrivait à Liverpool, ayant à son bord 48
- passagers du steamer l'Arizona, qui avait failli être brisé le 7 du même mois, dans un choc subi contre un iceberg. Cette montagne de glace gigantesque flottait au large de Terre-Neuve, à 480 kilomètres de Saint-Johns.
- Voici comment les passagers ont raconté l’événe-
- Lc sleamer l'Arizona se heurtant contre une monlague Je glace, dans la nuit du 7 novembre. — (D’après des documents anglais).
- ment qui a failli amener la perte de VArizona. 11 paraît que dans la soirée du 7 novembre, le se cond était de garde au moment de l’accident, le capitaine ayant quitté le pont quelques minutes auparavant. Le vent soufflait du nord, la mer était calme et le ciel nuageux; le bâtiment marchait à raison de 15 nœuds à l’heure. Tout à coup, à 8e année. — 1er semestre.
- 9 heures 10 minutes du soir, on éprouva un choc violent et un mouvement de recul ; les passagers se précipitèrent vers le pont pour savoir la cause de cet événement.
- Le bâtiment s’était heurté contre une immense montagne de glace flottante, qui n’avait pas moins de 160 mètres de longueur à la base, et dont la
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- LÀ NATURE.
- Iiauteui’ dépassait de beaucoup celle des mâts du navire. Les cris des passagers et le bruit des morceaux de glace tombant sur le pont, étaient effrayants. Mais le capitaine se montra à la hauteur des circonstances. Après avoir dégagé VArizona et l’avoir tiré du voisinage de la banquise, il fit dégager le pont vîe la glace qui s’y était amoncelée ; les passagers se calmèrent en se voyant hors de danger.
- De promptes mesures permirent de reconnaître *1 étendue des avaries de VArizona; elle avait été atteinle à l’avant, mais la cloison étanche était intacte. Des pièces de fer jonchaient le pont. Il n’y avait pas eu parmi les passagers, au nombre de 300, d’accident grave; quelques-uns d’entre eux avaient été renversés par la violence de la collision. On se décida à retourner à Saint-Johns (Terre-Neuve), où ‘ on arriva le dimanche 9 novembre. Les passagers de VArizona, après avoir reçu tous les soins nécessaires , purent se réembarquer , à bord de la 1 Caspian, qui partait pour Liverpool. Leur voyage fut prolongé par les mauvais temps qu’on rencontra en mer.
- ' ‘ L’ÉTIOLOGIE
- . ' . DE L’AFFECTION CHARBONNEUSE
- , A la date du 17 septembre 1878, j’ai adressé à M. le* ministre de l’agriculture et du commerce un rapport relatif à des recherches nouvelles sur l’étiologie et la prophylaxie de l’affection charbonneuse, commencées dans les premiers jours du mois précédent, dans le département d’Eure-et-Loir ; recherches ayant pour point de départ, comme je l’explique dans ce rapport, l’idée que le charbon spontané est produit par la bactéridie comme le charbon artificiel. Je né reviendrai pas ici sur les faits nouveaux • que ce rapport a fait connaître et dont je revendique toute la priorité, notamment le fait essentiel que les lésions, dans le charbon spontané, ont leur siège principal dans la bouche, dans l’arrière-gorge, absolument comme dans les cas de contagion par des aliments piquants souillés de germes de bactéridies.
- Ces faits résolvaient de la manière la plus vraisemblable la question de l’étiologie de l’affection charbonneuse; à une condition toutefois, c’est qu’il serait possible de découvrir à la surface du sol du département la présence des germes de la bactéridie, particulièrement sur les points, toujours très nombreux chaque année, où des animaux charbonneux ont répandu des germes, soit avant leur mort, soit après leur mort, là où ils ont été enfouis. C’est à résoudre cette question que je me suis appliqué, dans le courant de cette année, avec la collaboration de M. Chamberland et de M. Roux. Les expériences ont été partagées en deux séries distinctes : dans la première, nous avons recherché si, lorsque
- du sang charbonneux est ajouté à de la terre, la bactéridie s’y conserve à l’état de germes et s’y multiplie, surtout dans le cas où cette terre est arrosée avec de l’eau de levure, de l’urine ou des eaux de fumier. Les expériences ont toutes été positives; la bactéridie, sous ces influences, loin de disparaître, se multiplie dans la pierre ; elle s’y transforme en un temps très court eu corpuscules-germes que l’on peut y retrouver facilement après plusieurs mois de séjour et d’alternatives d’humidité et de sécheresse. Ou peut aller très loin dans ces constatations. Pour fixer les idées, voici quelques résultats. Après avoir cultivé dans 500 grammes d’une terre privée de germes de bactéridies, 20 gouttes de sang charbonneux étendu d’eau et bien mélangé ensuite dans toutes les parties de cette terre, on en a repris 2 grammes que l’on a mêlés à 300 grammes de nouvelle terre, puis de celle-ci on a prélevé 5 grammes qu’on a mêlés à 100 grammes de nouvelle terre également vierge de bactéridies. De cette dernière terre on a prélevé 5 grammes, il a été facile d’extraire de ce dernier échantillon des germes de bactéridies et de démontrer leur virulence par inoculation à des cochons d’Inde. La première de ces terres avait été traitée au mois de juin, la dernière a été préparée au mois de septem-, bre 1879. La bactéridie charbonneuse ajoutée directement à une terre, peut donc s’y transformer en corpuscules germes, et ceux-ci se conserver sans altération de leurs propriétés pendant longtemps.
- La deuxième série d’expériences est autrement décisive. Nous avons enfoui dans un jardin de la ferme de M. Maunoury, à Saint-Germain, près de Chartres, un mouton de son troupeau d’agneaux , mort spontanément du charbon, la veille à quatre heures, après en avoir fait l’autopsie à la place même de l’enfouissement. Dix mois après (mai 1879), on recueille de la terre à la surface de l’endroit où le mouton a été enfoui ; on recueille également de la terre des couches profondes. En appliquant à ces terres la méthode qui nous avait servi dans les premières expériences, méthode que je décrirai ultérieurement, il nous a été facile d'y constater la présence des corpuscules-germes de la bactéridie par l’inoculation de l’affection charbonneuse à des cochons d’Inde. Il nous a été non moins facile de faire apparaître la septicémie au moyen de la terre des couches profondes.
- Dans nos expériences, nous avons rencontré cette circonstance remarquable que toutes les terres naturelles que nous avons eu l’occasion d’examiner renferment des germes propres à donner une septicémie particulière. Nous y reviendrons prochainement.
- De cette seconde série d’expériences il résulte, comme je le prévoyais dans le rapport au ministre que j’ai rappelé tout à l’heure, que si le département d’Eure-et-Loir, contient des germes de bactéridie en grande quantité, c’est que le charbon y
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- LÀ NATURE.
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- ayant depuis longtemps établi domicile, la maladie s’y entretient d’clle-même en quelque sorte, les animaux morts, les malades, semant un peu partout des germes de contagion qui durent longtemps. La désolation serait générale dans un tel département, si les animaux qu’on y élève ne contractaient pas difficilement et d’une manière tout accidentelle, pour ainsi dire l’affection charbonneuse.
- Si l’on arrive à un résultat négatif, il faut l’attribuer principalement à la difficulté de mettre en évidence la présence des germes de la bactéridie dans le sol. Mais pour faire comprendre ces difficultés, je devrais entrer dans des détails qui m’entraîneraient trop loin, et qui trouveront naturellement leur place dans l’exposé des méthodes qui nous ont servi dans ces recherches. Je dirai seulement que ces difficultés résultent de la multiplicité des germes d’espèces microscopiques variées qui existent dans toutes les terres naturelles.
- L. Pasteur,
- Membre de l'Académie des Sciences.
- I/HOMME FOSSILE EN NORMANDIE
- Une importante découverte vient d’être faite aux environs d’Elbœuf (Seine-Inférieure) par M. Noury. Ce naturaliste a trouvé une multitude d’instruments préhistoriques dans les sables siliceux qui forment le sous-sol de la vallée de la Seine entre Elbœuf et Rouen. Dans une seule localité il en a recueilli plus de quatre cents au milieu des ossements des grands mammifères Quaternaires. Ces outils appartiennent à l’àge paléothi-que : ils consistent en silex taillés formant des haches, des nucléi, des poinçons et des marteaux de dimensions variées.
- LE PROBLÈME DE L’EURIPE
- Le problème descouranls de l’Euripe a préoccupé les naturalistes de tous les temps, mais il est reste jusqu’à présent sans solution. Il a fait tellement le désespoir d’Aristote que, si l’on croit une légende, un peu apocryphe du reste, ce grand philosophe se serait jeté dans la mer, poussant ce cri resté classique : « que l’Euripe me prenne, puisque je n’ai pu le tenir; » Slrabon, Pomponius Mêla, Suidas, Pline, Sénèque, Tite-Live, parmi les anciens, et tous les auteurs et voyageurs modernes qui s’en sont occupés, ont renoncé à en trouver l’explication.
- Voici comment je résumerai la question d’après les observations du jésuite Rabin, qui passa deux années, vers 1669, à Chalcisdans l’Ëubée ; ses données, reproduites en 1686 par le Vénitien Goronelli, et en 1705 par le Flamand Dapper, ont fait la base de toutes les descriptions modernes.
- Sous le pont d’Ëgripo, l’ancienne Chalcis, qui fait communiquer par ses cinq arches et son pont-levis File d’Eubée (Négrepont) avec la Béotie, le détroit de l’Euripe montre presque constamment
- un courant très violent; son intensité est telle qu’il fait jouer les roues de moulins à farine. Or ce courant marche tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre ; mais le régime de ces changements de direction, présente deux types essentiellement différents; parfois le courant est réglé, suivant l’expression consacrée, parfois il est déréglé.
- Quand le courant est réglé il change de direction quatre fois par jour lunaire, de 24 heures 50 m. ; il offre ainsi deux tlux et deux reflux et correspond évidemment à la double marée luni-solaire.
- Quand le courant est déréglé, les changementsde direction sont beaucoup plus fréquents et représentent 11, 12, 15 ou 14 ilux et reflux par jour, et meme plus.
- Le P. Rabin a mesuré la durée de l’une de ces marées à courtes périodes et l'a trouvée de une heure et demie.
- C’est à des jours déterminés qu’ont lieu ces deux régimes de l’Euripe; le courant est, d’après les ailleurs, déréglé du septième au treizième et du vingt et unième au vingt-sixième jour du mois lunaire ; il est réglé le reste du temps. Sous cette forme l’énoncé d’une observation fort juste me semble pccher par trop de précision ; je l’atténuerai de la manière suivante : le courant est en général réglé à l’époque des syzygies, en général déréglé à l’époque des quadratures.
- L’amplitude de ces diverses marées est variable; elle peut s’élever à un ou deux pieds.
- Le problème se résout facilement^ l’on sait chercher une double origine aux courants de l’Euripe. Quand ils sont réglés, ils sont l’effet des marées luni-solaires de la mer Egée ; quand ils sont déréglés ils sont l’effet de seiches du canal de Ta-lanti, analogues aux seiches qui sont connues depuis longtemps dans le lac Léman.
- L’action des marées n’a pas besoin de démonstration : chaque fois que la marée monte dans la mer Egée, le courant s’établit dans l’Euripe, en remontant le détroit du S.-Eau N.-O, ; il marche en sens inverse quand la marée descend. Il y a deux marées dans le jour lunaire ; ainsi s’expliquent les quatre changements de direction du courant quand il est réglé.
- L’action des seiches est tout aussi simple. Nos études des dix dernières années ont démontré, dans les bassins fermés des lacs suisses, l’existence d’un mouvement de balancement rythmique de la masse de l’eau, suivant les deux diamètres principaux du lac et spécialement suivant sa plus grande longueur. Ce balancement pendulaire se traduit sur la rive par les mouvements attentifs de flux et de reflux, qu’on appelle les seiches ; dans les canaux qui font communiquer les ports et étangs avec le lac, ces seiches déterminent des courants alternatifs d’entrée et de sortie de l’eau. Les seiches sont causées par diverses actions mécaniques, et entre autres par les variations de la pression atmosphérique, par les vents, par les vents descendants des orages locaux, etc. Les
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- seiches sont presque constamment reconnaissables ; à Genève elles ont une amplitude ordinaire de quelques centimètres, mais cette amplitude peut s’élever dans les cas exceptionnels à 50 centimètres,
- I mètre et même 2 mètres. Le rythme des seiches longitudinales du lac Léman, dont la longueur est de 72 kilomètres, a une durée de 75 minutes, flux et reflux compris.
- Or le canal de Talanti, qui s’étend au N.-O. de l’Euripe, entre l’Eubée et la Béotie, sur une longueur de 115 kilomètres, jusqu’au fond du golfe de Zilani, forme un bassin presque absolument fermé et parfaitement limité. Ce bassin doit avoir ses seiches aussi bien que le lac Léman et ces seiches doivent se faire sentir dans l’Euripe par un flux et reflux, par des courants alternatifs d’entrée et de sortie.
- Appliquons aux seiches hypothétiques de ce bassin, la formule dont nons avons reconnu l’exactitude pour les seiches des lacs suisses.
- La durée des seiches est déterminée par la longueur du bassin et par sa profondeur moyenne :
- 2/
- yjgh
- la longueur ' dD bassin,
- 115 kilomètres.
- h est sa piofon-deur moyenne.
- D’après la belle carte de Gopeland et Graves, de la marine anglaise, la profondeur maximale du bassin est de 200 brasses, soit 566 mètres ; la profondeur moyenne peut être évaluée entre 100 et 200 mètres.
- D’après ces données, la durée des seiches normales du canal de Talanti serait de :
- 122 minutes si lu profondeur moyenne est de 100 mètres. 100 » » » 150
- 00 » » » 200
- Or, le nombre des marées indiquées par les auteurs, dans le courant déréglé de l’Euripe, varie de
- II à 14 par jour; cela donne pour chaque flux et reflux une durée de 105 à 151 minutes. Ceschiffres correspondent fort bien à ceux que me fournit le calcul de la formule des seiches ; je suis donc autorisé à chercher, dans les courants déréglés de l’Eu-ripe, un effet de seiches analogues à celles de notre lac.
- U n’y a pas jusqu’aux détails donnés par les auteurs, qui ne s’appliquent parfaitement à cette hypothèse.
- Ainsi la fréquence relative des deux types de
- t =
- l égale
- dQ ba:
- Carte du détroit de l’Euripe.
- courants aux divers jours du mois lunaires : Aux svzygies, époques de la nouvelle et de la pleine lune, la marée luni-solaire est à son maximum et son effet, doit éteindre celui des seiches ; or si l’on veut se reporter aux dates indiquées plus haut, aux svzygies, le courant de l’Euripe est réglé, c’est-à-dire qu’il présente le double flux et reflux de la marée luni-solaire. A l’époque des quadratures, premier et dernier quartier de la lune, les marées sont les plus faibles, et les flux et reflux des seiches doivent dépasser en importance ceux de la marée luni-solaire : or c’est aux quadratures que le courant de l’Euripe est déréglé, c’est-à-dire qu’il présente les quatorze flux et reflux que j’attribue aux seiches.
- Ainsi encore, les auteurs disent que les eaux de l’Euripe montent lorsque le courant s’écoule vers la mer Égée, et qu’elles descendent lorsque le courant marche vers le canal de Talanti, cette observation indique l’existence de flux et reflux locaux de ce canal de Talanti, et ces marées locales ne peuvent être que des seiches. Mais ces relations étranges entre la direction des courants et le flux et reflux de la mer, ne peuvent, dans mon opinion, se rapporter qu'au cas des seiches; la marée luni-solaire de la mer Égée, doit au contraire déterminer des courants d’entrée dans l’Euripe quand la mer monte, et vice versa.
- Si quelque naturaliste avait l’occasion d’étudier les courants de l’Euripe, il vérifierait facilement l’interprétation que j’en propose. Il devrait en particulier porter son attention sur trois points :
- 1° Constater la durée exacte des flux et reflux de l’Euripe, et en déterminer le rythme normal;
- 2° Vérifier si, comme pour les seiches du lac Léman, l’amplitude des flux et rejlux du courant déréglé est plus forte lorsque le temps est mauvais, que lorsqu’il n’y a pas de perturbations dans l’atmosphère;
- 3° Vérifier si les rapports entre la direction du courant et le flux de la mer montante sont, comme je le suppose, inverses suivant qu’il s’agit du courant réglé et du courant déréglé.
- Je me permets de solliciter cette triple vérification.
- Morges, décembre 1879.
- Dr F. A. Forel.
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- LA NATURE.
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- LE MOTEUR A GAZ HORIZONTAL
- ( SYSTÈME OTTO )
- Les moteurs à gaz présentent, dans la petite industrie, des avantages que nous n’avons pas à faire ressortir ici ; cette question a été traitée dans un article sur les Moteurs domestiques, publié dans la Nature du 16 juin 1877.
- Nous voulons seulement faire connaître le nouveau moteur de M. Otto, de Cologne, qui, par ses dispositions ingénieuses et son application logique des principes de la thermo-dynamique, constitue
- une belle et utile invention dont le mérite justifie le succès.
- Rappelons en quelques mots le principe des moteurs à gaz. Un moteur à gaz se compose d’un cylindre dans lequel se meut un piston ; on introduit dans le cylindre un mélange convenable d’air et de gaz d’éclairage, et on enflamme ce mélange, soit par l’électricité, comme dans le moteur Lenoir, soit par un jet de gaz, comme dans les systèmes Ilugon, Otto et Bishop.
- La haute température produite par la combustion du mélange dilate le gaz et le piston est poussé avec une force qui dépend de la composi-
- Moteur à gaz horizontal, système Otto. — (Type de 4 chevaux. Réduction 1/20).
- tion du mélange, de son volume et de sa combustion plus ou moins complète, plus ou moins méthodique. Lorsque le mélange dilaté a produit son effet, on l’évacue, on introduit dans le cylindre un nouveau mélange qu’on enflamme et ainsi de suite.
- Voilà le principe : il est simple, mais que de difficultés dans son application ! Ce sont ces difficultés qui ont été vaincues par M. Otto, d'une façon très heureuse, dans le moteur que nous allons maintenant examiner.
- L’aspect extérieur est celui d’une machine à vapeur ; on y voit l’arbre de transmission, la poulie, le volant, la manivelle, la bielle et le cylindre moteur, mais là s’arrête la ressemblance.
- Le cylindre est ouvert à son extrémité, du côté de l’arbre de la transmission, c’est un cylindre à simple effet dans lequel se meut le piston , et le mélange gazeux arrive par le fond de ce cylindre dans un tiroir de distribution qu’on voit sur la gauche de la figure.
- Le fonctionnement de cette machine est particulier en ce sens que, sur quatre coups de piston, il n’y en a qu’un seul qui produise du travail.
- Considérons, en effet, la machine dans les quatre phases qui constituent sa marche normale.
- Première phase. Le piston moteur aspire le mélange gazeux et l’introduit dans le cylindre;
- Deuxième phase. Le mélange gazeux est comprimé par le [piston qui revient sur lui-même et
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- LA NATURE.
- ramené aux f du volume qu’il occupait à la fin de la première phase.
- Ces deux phases constituent le premier tour de la machine.
- Troisième phase. Le mélange gazeux est enflammé, le pislon est repoussé, agit sur la manivelle de l’arbre moteur, c’est la phase motrice.
- Quatrième phase. Les gaz qui ont agi sur le piston sont évacués par le mouvement rétrograde du piston.
- On voit donc que, sur ces quatre phases qui représentent deux tours de l’arbre moteur, la seconde dépense du travail, puisqu’elle comprime le mélange gazeux , la première et la quatrième ne produisent rien el dépensent même un peu de travail pour l’aspiration du mélange et le refoulement de ce mélange à l’extérieur, la troisième seule produit du travail. Cette disposition présente un inconvénient, au point de vue de la régularité de la marche de la machine, et oblige à employer un volant assez lourd, mais elle présente un grand avantage, en ce sens qu’elle permet de réduire beaucoup les dimensions de la machine pour une puissance donnée et par suite, de réduire son prix. Ce progrès est à peu près analogue à celui qui est réalisé dans les machines à vapeur par l’emploi des hautes pressions.
- Comme les phases de la distribution d’air et de gaz ne se renouvellent que tous les deux tours, il a fallu disposer toute la distribution sur un arbre spécial, dont la vitesse est deux fois moindre que celle de l’arbre moteur.
- L’aspiration de l’air et 1 évacuation des produits de la combustion se font à l’aide de soupapes mises en mouvement par des cames fixées sur l’arbre de distribution qui se soulèvent au moment précis où elles doivent fonctionner.
- Le tiroir est combiné de telle sorte que le mélange gazeux n’est pas homogène, mais composé de couches de moins en moins explosives à partir du fond du cylindre. 11 en résulte que ce n’est pas à proprement parler une explosion qui se produit dans le cylindre, mais bien une combustion à durée prolongée.
- Ce résultat est obtenu en introduisant d’abord un mélange faiblement explosif, formé de 15 parties d'air pour une de gaz, et à la fin unTnélange fortement explosif composé de 7 parties d’air pour une de gaz. Lorsqu’on examine les diagrammes qui re-présen'cnt la pression à chaque ins'ant dans le cylindre, on est frappé de la forme régulière que prend la courbe des pressions, résultat très important quand on considère combien les pressions brusques détériorent les organes des machines par les chocs quelles produisent.
- L’inflammation du mélange se fait par un brûleur placé à l’extérieur et qui, à un moment donné, correspond avec le tiroir de distribution.
- Le réglage de la machine se fait automatiquement ; un régulateur à boules placé dans une calotte sphérique, au-dessous du cylindre, et mis en
- mouvement par l’arbre de distribution, agit, par une combinaison de leviers, sur une came qui permet ou empêche l’introduction du gaz dans h machine, suivant que sa vitesse est au-dessous ou au-dessus de la valeur moyenne pour laquelle le régulateur est disposé. C’est donc par le nombre d’explosions, ou plutôt par le nombre de coups de piston moteurs, produits en une minute, que la vitesse est maintenue, sinon parfaitement constante, du moins entre deux limites très rapprochées. Cette disposition reml la machine très élastique et l’empêche de s’emporter ou de se ralentir, quelles que soient les variations du travail résistant.
- La machine est complétée par une circulation d’eau qui empêche le cylindre de s’échauffer, un grainage automatique mis en mouvement par la machine elle-même, un compteur à gaz, une poche en caoutchouc qui empêche que les aspirations du gaz par la machine ne produisent des variations trop brusques dans les becs voisins.
- Ajoutons que le moteur Otto est silencieux, résultat dû à la combustion graduée qui supprime les chocs, et aux réservoirs intermédiaires, placés sur les conduites d’aspiration de l’air et de l'évacuation dans l’atmosphère des produits de la combustion. Le moteur de quatre chevaux effectifs, marchant à 160 tours par minute, pèse 1800 kilogr. avec son socle. Il faut lui fournir 40 litres d’eau par cheval et par heure, pour le refroidissement du cylindre, ou installer un réservoir de 1500 litres à circulation continue.
- Le moteur Otto consomme un mètre cube de gaz environ par cheval et par heure ; c’est un sérieux progrès sur les machines Lenoir qui, à l'ori-gine7“consommaient 2700 litres.
- Pendant les deux années 1877 et 1878, il a été installé plus de 1800 moteurs, dont la force varie de 1 à 8 chevaux, représentant ensemble une force de 5200 chevaux.
- Ces chiffres sont éloquents et montrent l’utilité industrielle et pratique de l’invention de M. Otto.
- D’après la Compagnie française des moteurs à gaz, des moteurs dont la puissance varie entre douze et cinquante chevaux, fonctionnent déjà en Angleterre et en Allemagne.
- Nous ne dontons point qu’il soit possible d’établir un moteur à gaz de cinquante chevaux, et même davantage, s’il était nécessaire, mais est-ce bien nécessaire? 11 nous semble que, à partir d’une certaine puissance, la moindre machine à vapeur ferait bien mieux notre affaire. Le gaz est un combustible si cher, qu’il n’en faut pas user sans raisons sérieuses ; le moteur Otto, excellent jusqu’à une puissance donnée, deviendrait au delà une charge pour l’industriel qui voudrait en tirer une source puissante de force motrice.il y a beaucoup moins de mauvaises machines que de mauvaises applications et n’oublions pas que :
- Tel brille au second rang qui s’éclipse au premier.
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- LA NATURE.
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- Qu’on nous pardonne cette critique qui n’enlève rien au mérite d’une invention dont nous avons reconnu la valeur, dès les premières lignes de cet article.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société géologique de France. — Séance du 17 novembre 1879. — Présidence de M. Daubrée. — M. Cotteau présente à la Société un mémoire sur le terrain crétacé du bassin d’Oviédo qu’il a publié en collaboration avec M. Barrois. — M. Daubrée présente le discours qu’il a prononcé dans la séance publique annuelle des cinq Académies, et dans lequel il a revendiqué pour Descartes le rôle d’initiateur des idées fondamentales de la géologie, idées méconnues pendant plus d’un siècle et demi et que la science admet aujourd’hui. — M. de Lap-parent présente quelques observations au sujet d’une note publiée par M. Gosselet et relative à l’argile à silex de Vervins. — M. Toucas fait une communication sur le terrain crétacé des Corbières et sur la comparaison de ce bassin avec ceux du Beausset, d’Uchaux, de la Charente et de la Touraine ; il fait connaître également les rela-tions de ces bassins avec ceux du nord de l’Allemagne et des Alpes autrichiennes. — Il résulte de ce travail que les grès et calcaires à Micraster brevis sont partout à la base du Sénonien qui comprend alors les calcaires supérieurs à Hippurites, considérés jusqu’à ce jour comme formant la partie supérieure du Turonien. — M. Hébert vient d’étudier, il y a quelques semaines, le terrain crétacé des Bains-de-Rennes, dans les Corbières : il n’y a dans cette localité ni faille ni dislocation, et sur ce point M. Hébert partage l’opinion de MM. Peron et Toucas.
- Séance du 1er décembre 1879. — M. Gaudry présente, de la part de l’abbé Delaunay, une notice nécrologique de l’abbé Bourgeois. —M. Fontannes, envoie deux brochures intitulées : Diagnoses de quelques espèces nouvelles des calcaires du château de Crussot (Ardèche); on communique à la Société les résultats stratigraphiques auxquels, d’après l’auteur, conduit l’étude des ammoniles recueillies par M. Huguenin. — M. Chaper expose à la Société le résultat des observations qu’il a faites dans un voyage dans le nord de l’Oural : il décrit successivement les roches sédimentaires, les roches cristallines, le terrain de transport et les minerais et minéraux divers de cette région. — M. Tardy envoie une note sur la possibilité de l’existence de glaciers subapennins dans les environs de Nice. — M. H. Trautschold, de Moscou, envoie un mémoire sur la non invariabilité du niveau de l’Océan. Ce mémoire se termine par les conclusions suivantes : 1° à mesure que certaines parties de l’écorce terrestre s’élèvent du fond de la mer au-dessus de son niveau, ce dernier doit s’abaisser; 2° la surface de presque tous les continents actuels a été autrefois fond de la mer. Elle sortit des eaux en partie à cause des soulèvements, en partie à cause du retrait de l’Océan ; 3“ à mesure que les continents se formaient, une partie de l’eau des mers s’y transportait sous forme de lacs, de rivières, de neiges éternelles, de glaciers et de substance organisée. Par suite de ces actions, l’eau de l’Océan a diminué d’une manière constante, et son niveau s’est abaissé; 4° à mesure que la terre se refroidit, la glace s’accumule près des pôles et sur les montagnes ; l’eau s’imbibe plus profondément dans l’écorce terrestre et la formation de minéraux hydratés se manifeste partout. 11 résulte de tous
- ces faits que depuis que l’eau existe à la surface de la terre, le niveau de la mer s’est abaissé graduellement. — M. Cornuel envoie une note sur de nouveaux débris de Pycnodontes porllandiens et néocomiens do l’est du bassin de Paris, dans laquelle il décrit et figure les espèces suivantes : Pyaiodus Manlelli (Ag.), var, subsimilis (Corn.), var. brevis (Corn.), var. slricta (Corn.), etc.
- Société française de physique. — Séance du 21 novembre. — M. Gouy expose ’a la Société les méthodes qu’il emploie dans ses recherches photométriques sur les flammes colorées.
- M. Mercadier décrit le micromètre qu’il a inventé pour la mesure de l’amplitiide des vibrations d’un diapason, ou plus généralement d’un corps vibrant présentant assez de masse pour que l'on puisse y coller une petite lame de papier. Ce micromètre se compose d’un petit carré de papier blanc portant une large bande noire rectiligne. Lorsque le diapason vibre, le bord de la raie noire paraît remplacé par un parallélogramme gris à bord rectiligne, effet dù à la persistance des images sur la rétine. La largeur de ce parallélogramme, mesurée dans le sens du mouvement, est précisément égale à l’amplitude cherchée. Afin d’augmenter la sensibilité de cette mesure, la bande noire fait un petit angle avec la perpendiculaire à la direction du mouvement, et le papier porte en outre une échelle divisée en millimètres, dirigée suivant une perpendiculaire, composée par suite de traits parallèles au mouvement ; le bord de la bande noire passe au zéro de l'échelle. On mesure donc l’épaisseur du parallélogramme le long d’une droite qui fait un très petit angle avec ses côtés; on obtient ainsi,l’amplitude cherchée, divisée par la tangente d’un très petit angle.
- LES TERMITES
- DE FRANCE ET DE L’ÉTRANGER.
- Le journal la Nature1 s'est déjà occupé des Termites, ces Névroptères sociaux destructeurs où la fonction de reproduction est dévolue à un groupe d’individus multiples, des mâles et des femelles sortant en essaims et tous deux ailés avant l’accouplement, des neutres sans ailes, les uns ouvriers, chargés de construire les termitières et d’élever les larves sorties des œufs de la femelle féconde, les autres, soldats, à large tête avec de grandes mandibules, comme des tenailles, défendant le nid commun avec un courage féroce, placés chez certaines espèces en serre-files près des ouvriers qui voyagent pour le butin, semblant les diriger et les commander. Enfin on trouve encore des larves et des nymphes. Le Termes bellicosus, Smeathman, la plus grande espèce connue, atteignant avec les ailes plus de 4 centimètres chez les sexués, est répandu dans toute l’Afrique chaude, où il est le fléau des habitations. Il construit d’immenses termitières en pyramides d’argile, et ce sont elles dont parle le major portugais Serpa-Pinto, dans son voyage à travers l’Afrique australe (Nature, n° du 2 août 1879, p. 146), disant qu’il les prenait de loin
- 1 La Nature, 3° année, 1875, 1er semestre, p. 239.
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- LA NATURE,
- pour des villages. Nous les représentons d’après les dessins de Smeathman, dans son voyage à la côte occidentale d’Afrique, aux environs de Sierra-Leone. Ces constructions sont si solides que les taureaux sauvages montent dessus; Smeathman et ses compagnons s’en servaient comme d’observatoire pour reconnaître au loin l’arrivée des navires.
- Si on fait à coups de pioche une ouverture au tertre du Termite belliqueux (voir fig. 2), on voit accourir un soldat qui vient reconnaître l'ennemi. Quelquefois il rentre aussitôt après pour donner l’alarme à la colonie ; le plus souvent, il est suivi de deux ou trois autres qui arrivent chacun par une route différente. Le nombre des défenseurs augmente tant que continue la démolition. Us s’attachent à tout ce qui se trouve à leur portée, grimpent aux jambes de l’agresseur, et mordent si for-
- tement la peau, qu’on ne peut les en arracher que pièce à pièce. Les Nègres à pieds nus, que Smeathman employait, étaient souvent forcés de quitter la place, et les Européens étaient mordus jusqu’au sang, à travers leurs bas. Quelques soldats frappent contre le bâtiment, avec leurs fortes et dures mandibules, produisant un bruit plus clair et plus distinct que le tic-tac d’une montre, s’entendant à plus d’un mètre. Tant que les démolisseurs n’ont pas enlevé le roi et la reine ou femelle féconde, mère unique de la colonie, ni les soldats, ni les ouvriers ne perdent courage. Ces derniers construisent sans cesse des barricades et réparent les brèches. Smeathman emporta la chambre royale, qui est au centre du tertre avec son précieux couple, le petit roi et l'énorme reine sans ailes, ressemblant à un boudin blanc rempli d’œufs, et
- Fig. 1. Nids de Termites, en tourelles ou en champignons.
- avec eux beaucoup d’ouvriers qui ne voulurent pas les quitter. Il mit les souverains et les sujets dans un bocal de verre. Les ouvriers ne cessèrent pas leurs soins; ils relevaient les œufs de la reine et les cachaient en petit tas, le mieux possible, lui donnant à manger et la tirant en vain avec leurs mandibules, voulant emporter leur énorme mère, incapable de toute locomotion. Du jour au lendemain, ils recouvrirent d’une voûte d’argile le couple royal.
- Les mêmes régions de l’Afrique chaude présentent un Termite brun et à ailes brunes chez ses sexués, de taille analogue au précédent et de mœurs très différentes. Ce Termes arborum, Smeath. ou Termite des arbres, place en effet son nid sur les arbres, à la fourche des branches, nid sphéroïde, noir, formé de parcelles de bois agglutinées par diverses gommes, quelquefois aussi gros qu’une barrique de sucre. Ces nids, remplis de
- Termites pressés comme des harengs dans une tonne, adhèrent si fortement aux arbres qu’on ne peut les en détacher sans les briser. Il faut couper les branches qui les portent, et les ouragans de la côte de Guinée renversent souvent les arbres sans endommager ces nids On peut remarquer (fig. 2) un tube flexueux en argile, serpentant sur les branches depuis le nid jusqu’au sol, et où cheminent les Termites à l’abri de la lumière, fait général chez ces insectes. Ce tuyau se rend sans doute à quelque termitière souterraine, le nid suspendu n’étant probablement qu’un refuge accessoire, car on n’y trouve pas de reine, ou femelle féconde et mère commune. Ces nids sont souvent bâtis sur les toits des maisons ou dans les caisses à marchandises des comptoirs, et il faut les détruire avec sein, en raison des dégâts à craindre.
- L’Afrique équinoxiale nourrit encore une autre espèce de Termite, le Termes atrox, Smeathman,
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- de taille à peu près moitié de celle des précédents, et comme eux brunâtre et à ailes enfumées. U construit des nids que Smeatlnnan appelle en tourelle. Us n’ont au maximum qu’un mètre de hau-
- teur, et ressemblent par la forme à des champignons ou plutôt à des corps de petits moulins à vent cylindriques (fig. 1). Us sont constitués par un cylindre droit recouvert d’un chapiteau plus ou
- Fig. 2. Nids du Termite belliqueux el du Termite des arbres.
- moins aplati, et qui déborde tout autour de 8 à 10 centimètres. Une fois achevés, les Termites ne les retouchent plus pour les agrandir, mais édifient de nouvelles tours contre les premières et souvent sans attendre que celles-ci soient tout à fait finies. On en trouve parfois cinq ou six au pied du meme
- arbre. Ces nids sont divisés à l’intérieur en un grand nombre de cellules, sans qu’on y remarque de dispositions particulières, comme des arches, des conduits, etc. L’argile de ces nids est noirâtre, rougissant au feu et donnant une brique très belle et d’un rouge clair.
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- On peut dire que l’histoire des Termites est encore à peine connue et qu’elle est remplie des faits les plus étranges. Ainsi près de Rallia, au Brésil, des Mélipones, ou Abeilles sans aiguillon, construisent leurs gâteaux à miel en bon ménage avec des Termites qui font un nid en terre. On trouve, chez d’autres Termites des mêmes régions, de très singuliers Coléoptères étudiés parM. Schiodle. Ce sont des Staphylins, c’est-à-dire ces Coléptères à courtes élytrcs, qui semblent porter une veste et relèvent en général l’abdomen, comme la queue du Scorpion, quand on les inquiète. Ceux des termitières du Brésil mettent au monde des petits vivants, comme les Pucerons, fait unique chez des Coléoptères. Ils sont de petite taille et tiennent constamment redressé sur le dos un énorme abdomen très mou, à anneaux gonflés, qui rendrait sans cela leur marche impossible. Ce sont des commensaux des Termites, qui sans doute trouvent quelque sécrétion à leur goût à ces gros abdomens et aux appendices qui les garnissent. De même nous avons dans nos fourmilières des Staphylins des genres Dinarda et Lomechusa, pareillement commensaux des Fourmis qui doivent rencontrer des matières affectionnées entre les poils de leurs larges abdomens, car l’amitié entre insectes de genres très différents a toujours quelque mobile intéressé.
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
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- ARCS-EN-CIEL SURNUMÉRAIRES-
- « Quand un arc-en-ciel est très brillant, on aperçoit souvent au dedans de l’arc intérieur et en dehors de l’arc extérieur des bandes colorées, désignées sous les noms d’arcs secondaires, supplémentaires ou surnuméraires : immédiatement après le violet on distingue du rouge, puis du vert et du violet. Quelquefois ces couleurs se répètent plusieurs fois dans le même ordre le long du bord intérieur de l’arc principal; elles se montrent plus rarement à l’extérieur du second arc. » M. Daguin, auquel j’emprunte ces indications, ajoute qu’on ne voit les arcs surnuméraires que dans les parties culminantes des arcs ordinaires, et seulement quand ls sont très élevés ; on n’en voit pas de traces près de l’horizon1.
- KaemtZj dans son Traité de météorologie, précise les mêmes particularités, d’après Langwith et d’autres observateurs , qui n’ont jamais remarqué d’arcs supplémentaires près des parties de l’arc principal voisines de la terre.
- Contrairement à ces faits, j’ai eu l’occasion d’observer récemment des arcs-en-ciel surnuméraires qui n’étaient visibles qu’aux extrémités inférieures de l’arc principal, dans des circonstances peut-être
- 1. Traité de physique, 3e édition, t. IV, p. 284 et 445.
- exceptionnelles, mais qu’il importe de faire connaître.
- Le 30 août dernier, après une journée pluvieuse, je me trouvais, avec d’autres personnes, aux environs de Rochefort, un peu avant le coucher du soleil. Quelques moments après une nouvelle pluie de courte durée, nous remarquâmes à l’Est, du côté où elle continuait, deux arcs-en-ciel ordinaires. Les couleurs de l’arc principal perdaient de leur éclat dans les régions inférieures de l’air; celles-ci étaient sensiblement obscurcies jusqu’à certaine hauteur par une teinte brumeuse formant une zone étendue, parfaitement distincte du nuage de pluie tout à fait supérieur, sur lequel les deux arcs se dessinaient plus brillants. En outre, on distinguait en dedans de chaque extrémité inférieure de l’arc intérieur, par conséquent près du sol, quatre arcs surnuméraires qui paraissaient s’élever, de chaque côté, dans la zone brumeuse de l’air, jusqu’au tiers à peu près de la hauteur de l’arc intérieur. Les couleurs de ces huit parties surnuméraires avaient peu d'éclat : le rouge et un violet sombre étaient seuls distincts.
- Je n’ai observé aucun arc supplémentaire à l’extérieur du grand arc.
- Dans cette observation, qui eut lieu vingt minutes avant la disparition du soleil sous l’horizon, la production d’arcs surnuméraires aux extrémités et non à la partie culminante de l’arc principal, constitue une exception manifeste aux faits observés jusqu’ici. Cette exception peut s’expliquer parles circonstances particulières qui en ont accompagné l’observation, comme on va le voir.
- On sait que Young, Arago et Babinetont attribué les arcs-en-ciel surnuméraires à des effets de diffraction. M. Airy a développé par l’analyse cette théorie. Les résultats que ce savant a obtenus ont été vérifiés par M. Miller à l’égard d’arcs de cette espèce, produits par les effets des rayons solaires rencontrant des filets d’eau de à ^ de millimètre de diamètre.
- D’après cette théorie, la condition nécessaire pour que les arcs-en-ciel surnuméraires se trouvent écartés de manière à être distincts, c’est que les effets de diffraction soient produits par un grand nombre de gouttes de pluie très petites et sensiblement égales. Plus les gouttes deviennent grosses, plus les largeurs des franges diminuent, et moins celles-ci sont distinctes. On explique ainsi comment, dans les cas ordinaires, les arcs surnuméraires ne sont visibles que dans les régions supérieures, là où les gouttes de pluie sont ordinairement les plus petites, tandis qu’elles disparaissent près de l’horizon, là où les gouttes sont devenues plus grosses (Daguin).
- Lors de l’observation du 50 août, les nuages de pluie qui s’éloignaient de nous vers l’Est, formaient deux couches distinctes : l’une, la plus élevée, sur laquelle se dessinaient les parties supérieures de l’arc principal qui étaient dépourvues d’arcs surnu-
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- nierai res, et l’autre, paraissant plus rapprochée de nous, s’étendait entre la première et cette zone brumeuse dont il a été question, et en avant de laquelle les quatre arcs surnuméraires qui bordaient intérieurement chaque extrémité de l’arc principal, semblaient se dessiner. Ces dispositions de nuages se montrent parfois pendant des journées de pluie presque continuelles, dans des régions accidentées, telles que celle où je me trouvais.
- Si l’on admet que les gouttes de pluie provenant de la seconde couche de nuages, relativement moins élevée, présentaient encore près du sol la petitesse nécessaire à la production d’arcs surnuméraires, on comprendra que ceux-ci aient été visibles aux deux extrémités de l’arc principal près du sol. Si, contrairement aux faits observés jusqu’ici, ces arcs n étaient point distincts à la partie supérieure de l’arc ordinaire, c’est que les gouttes de pluie qui traversaient les hautes régions de l’air provenant de nuages beaucoup plus élevés que ceux de la seconde couche, étaient sans doute assez volumineuses pour rendre impossibles, dans les régions élevées, les effets de diffraction qui produisent les arcs surnuméraires, dont l’apparition est d’ailleurs assez souvent une exception. Dans ces conditions, les effets des phénomènes de réfraction et de dispersion que produisent les arcs ordinaires, ont été seuls visibles dans les régions supérieures de l’air.
- Ch. Montigny,
- Membre de l’Académie royale de Belgique
- LES COUPS DE FOUDRE EN BELGIQUE
- Les chutes de fluide électrique n’oat pas été en 1878, plus fréquentes que l’année précédente. Ce sont les arbres qui sont toujours frappés de préférence, puis les habitations isolées dans la campagne. Dans les villes la foudre, tombe plus rarement, et plus rarement aussi elle y occasionne des dégâts notables.
- On a eu a enregistrer plusieurs cas de mort par suite de décharge électrique ; il en est parvenu 14 à notre connaissance ; ils se sont présentés aux dates et aux lieux indiqués ci- après :
- 20 avril — Vers 4 h. du soir, à Houdemont (Luxembourg), un cultivateur et ses deux chevaux;
- 14 mai. — Vers 6 h. du soir, à Capelle, un enfant ;
- 18 mai — A Bilsen, un homme;
- 25 juin. — Près de Laroche (Luxembourg), un homme ;
- 25 juin. — A Malempré, près de Cherain, un homme
- 22 juillet. — L’après-midi, à Strombeek (Brabant), un homme. — De même à Ryckevorsel (Anvers);
- 25 juillet. — Deux hommes tués à Seraing;
- Une personne à Dion-le-Mont et une autre à Ciroux-Mously, dans les environs de Wavre;
- Un enfant à Ghistelles ;
- 30 juillet. — Un homme et une femme à Neeroeteren (Limbourg).
- À une époque encore peu éloignée de nous, certains auteurs semblaient considérer la crainte de la foudre comme un sentiment ridicule. Kaeintz lui-même, dans le Traité de météorologie, dit : « A Cœtlingue, dans l’es-
- pace d’un siècle, trois personnes seulement ont été tuées parla foudre; et, à Halle, deux seulement. Aussi la crainte de tonnerre n’est-elle nullement excusable. » La simple constatation des faits a montré combien ces idées étaient erronées. Dans les villes, il est vrai, comme nous le disions plus haut, les chutes de foudre sont peu fréquentes et rien d’élonnant par suite que peu de personnes en subissent les atteintes; mais il en est tout autrement dans les campagnes. Le chiffre cité plus haut pour 1878 — chiffre encore au-dessous de la vérité, très probablement — en est une preuve marquante. Arago, dans sa Notice sur le Tonnerre, a donné de nombreux renseignements à cet égard en ce qui concerne la France : il rapporte que 00 personnes, annuellement, périssent par la foudre dans ce pays. D’après des statistiques récentes, les nombres pour l'Angleterre et l’Allemagne sont respectivement de 25 (indiqué comme trop faible) est de 102.
- Ce n'est donc pas être l’esclave d’un préjugé absurde que de craindre la foudre et de chercher à s’en garantir1.
- A. Lancaster,
- Météorologiste inspecteur à l'Observatoire Royal de Bruxelles.
- LA NEIGE DANS LE MIDI
- L’invasion de froids précoces s’est faite dans le Midi d’une manière particulière sur laquelle nous croyons utile d’attirer l’attention des météorologistes et des agriculteurs qui s’occupent de la prévision rationnelle du temps. La température moyenne du mois de novembre a été inférieure à celle des 'années précédentes. Les observations de l’École normale d’Avignon donnent 4°,2 pour minimum et 10°,8 pour maximum sous abri, 3°,3 et 12°,5 en plein air, tandis qu’en 1877 et à peu près aussi dans les années précédentes on avait 7°,2 et 15°,7, 6°, 2 et 13°,5 dans les conditions correspondantes.
- Aux derniers jours de novembre on a observé un anticyclone avec un maximum de 770mm sur les îles Britanniques, en même temps que des dépressions barométriques passaient de l’ouest à l’est dans les latitudes inférieures. Le Bulletin météorologique international du 27 en fait connaître deux, dont une assez faible, de 752, ayant son centre aux îles Baléares, qui disparaît bientôt, et sous l’influence de laquelle la plu:e commence à tomber. La seconde était signalée dans les parages des îles Madère, où le baromètre descendait à 743. Le 28, cette dépression s’avançait jusqu’à Biarritz et Bordeaux. La neige tombait sur les montagnes de l’Auvergne et sur nos Alpes. Elle blanchissait le sommet du Ventoux dès le 2fî.
- Le 29, les basses pressions persistaient et de grandes pluies tombaient dans le bassin maritime entre l’Italie et l’Espagne; à Naples, on recueillait 45,nm d’eau.
- Le 30, le centre de dépression, toujoui’s de 743, se transportait à Florence ; dans la nuit suivante il avançait encore vers l’est. C'est alors que dans la prartie ouest du cyclone, des vents du nord très violents, tirent subir à la température une forte baisse sur les côtes où la ligne du zéro était descendue. A San Martine, près de Menton, où de telles perturbations sont très rares, le froid prenait possession de l’atmosphère et la neige tombait en abondance faisait craquer des branches d’oliviers. La nuit suivante les vents de sud passaient au nord, le ciel se découvrait et une forte gelée causait beaucoup de
- 1 Extrait de la discussion des observations d’orages faites en Belgique pendant l’année 1878, par A..Lancaster. 1 brocli. in-4. Bruxelles 1879.
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- dégâts, dans les plantations de citronniers. Depuis cette époque la vallée du Rhône s’est encombrée de neige et la marche des trains a été retardée sur plusieurs lignes du Midi. F. Zurcher.
- UN JOUET SCIENTIFIQUE
- L ÉLECTROI’HORE F'EIFFER.
- Au moment de l’approche des étrennes, il ncus paraît intéressant de signaler à nos lecteurs un charmant petit jouet, qui obtient un très grand succès auprès des enfants, et, qui a le mérite incontestable de les initier de bonne heure à tous les principaux phénomènes de l’électricité statique, de leur apprendre la physique en s’amusant. C’est un petit électrophore imaginé par M. J. Peiffer, et réduit à un tel degré de simplicité, qu’il consiste uniquement en une mince plaque d’ébomte, de 1 millimètre d’épaisseur, et de la grandeur d’une page de La Nature. Le disque de bois étamé de 1 elec-trophore classique qui se trouve décrit dans tous les traités de physique, est remplacé par une petite feuille d’étain de la dimension d’une carte à jouer, et collée sur une des faces de la plaque d’ébonite.
- L’électrophore d’ébonite, produit l’électricité avec une remarquable facilité. Vous le posez à plat sur une table de bois, vous le frottez successivement sur ses deux faces avec la main bien ouverte ; si vous le soulevez en le tenant de la main gauche, et si vous approchez la main droite de la feuille d’étain collée sur une de ses faces, vous en ferez jaillir une étincelle de 1 à 2 centimètres de long.
- L’électrophore d’ébonite est complété par une série de petits accessoires construits avec beaucoup de goût. Ce sont des petits pantins de sureau, qui permettent de manifester d’une façon très amusante, les phénomènes d’attraction ou de répulsion électriques. Électrisez le plateau d’ébonite, placez sur sa feuille d’étain les trois petits pantins de sureau qui se joignent à l’appareil, soulevez le plateau pour l’isoler de son appui. Voici un petit
- personnage qui lève les bras vers le ciel, en voici un second, dont les cheveux de soie se hérissent, en voilà un troisième plus léger que les autres qui s’élance comme un clown et qui s’échappe en voltigeant, avec les deux petites balles de sureau qui ont été également placées à côté de lui. Nous avons groupé en une seule figure les trois petits personnages, mais on les fait habituellement fonctionner isolément.
- M. Peiffer a réuni dans une boîte, tous les accessoires connus d’une machine électrique : une petite bouteille de -Leyde en miniature, un carillon électrique, le pistolet de Volta, le carreau étincelant, un tube de Geissler, etc. ; toutes ces expériences sont réduites à leur [dus simple expression et les appareils qu’elles nécessitent, tiennent dans une boîte de carton ; ils sont rangés à côté de l’électrophore d’ébonite qui se trouve ainsi remplacer une machine é-lectrique encombrante et d’un fonctionnement délicat.
- M. J. Peiffer complète enfin son petit cabinet portatif de physique électrique par une brochure très substantielle qui sert de guide au jeune physicien et lui enseigne les premières notions de la science.
- « 11 est facile de comprendre, dit M. Peiffer dans sa préface, combien on peut et combien on doit, pour l'instruction de l’enfant, tirer parti de ses facultés naissantes. Voulez-vous les utiliser fructueusement ? Mettez lui entre les mains, les jouets qui sous une forme attrayante, le familiarisent de bonne heure et sans fatigue avec des sciences dont plus tard la connaissance lui sera absolument indispensable, et cela en l’amusant bien plus qu’avec des joujoux qui depuis si longtemps sont toujours les mêmes. »
- Voilà de bonnes et saines paroles auxquelles nous nous associons pleinement. Oui, la science bien comprise, bien enseignée, peut être mise à la portée de l’enfance, elle doit animer les jouets, et servir à la culture des jeunes intelligences, comme plus tard elle contribue à assurer le développement des travaux de l’homme fait.
- Gasto.n Tissanmer
- Les pantins de sureau de l’électrophore d’ébonite de M. J. Peiffer.
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- UNE ASCENSION
- AU ne DU NET HOU (PYRÉNÉES)
- Ayant exécuté l’ascension du Mont-Blanc, j’avais le plus grand désir de franchir aussi la plus haute cime des Pyrénées. Le 25 septembre 1879, je me suis disposé avec mes deux guides de Bagnères-de-Luchon, llaurillon et Gharlet, à gravir le pic du Néthou.
- Nos provisions faites, nous partons à cheval suivant la route de l’hospice et le rapide sentier qui mène au port de Yenasque. Arrivés sur le versant méridional de la montagne, on est aussitôt frappé par le caractère d’étrangeté et d’abandon que prend le paysage. Les sentiers éboulés, sont encombrés de pierres, et nous conduisent dans des prairies toutes découpées par mille courants d’eau limpide ; c’est, le plan des étangs.
- Nous voyons quelques Heurs malgré la saison déjà avancée ; la parnassie des marais brille encore entre toutes ; véritable étoile dans l’herbe, cette jolie plante ne quitte le touriste qu’à la hauteur de 2000 mètres.
- Nous pénétrons bientôt au milieu de roches entremêlées de vieux pins séculaires ; une forêt desséchée par les tempêtes et les ans. Les pâtres aragonais aident encore au désastre; ils font des feux au pied des plus vieux arbres; la llamme desséchant les restes de résine s’empare bientôt de tout le tronc, la fumée sort par le haut de la tige ainsi que d’une cheminée d’usine et le vieil arbre tombe calciné. Nous arrivons à la Bencluse de la Maladetta. Débarrassant de leur fardeau les chevaux qui doivent se reposer là pendant notre ascension, mes guides leur donnent liberté complète.
- Située à 2082 mètres, environnée de tous côtés d’une enceinte presque circulaire de rochers à pic, la Bencluse est le lieu le plus sauvage qu’on puisse voir. Au milieu de cette sorte de cirque, coule un torrent qui va se perdre dans une caverne, le gouffre de Turmon, pour ne reparaître qu’au près de l’hospice de Yenasque dans la vallée d’Essera. Dans la partie méridionale de ces falaises élevées, le rocher
- surplombe le sol de 6 mètres, formant ainsi un vaste abri. M. le comte Russell dans une de ses dernières ascensions au Néthou faite en 1876, regrette qu’il n’y ait pas une cabane dans le fond de cette grotte naturelle. Elle existe à présent ; on y trouve quelques matelas pour passer la nuit, des couvertures et même une sorte de batterie de cuisine.
- Mes guides ont bientôt pu amasser une provision de branches desséchées, un feu clair nous réchauffe , le torrent nous fournit de l’eau fraîche, et nous prenons bientôt un repas frugal. La nuit vient; au-dessus de la Maladetta la lune colore de ses rayons les nuages et le haut des roches, tandis que les derniers rayons du soleil couchant illuminent d’autre part le pic de Sauvegarde. Cet admirable tableau termine notre journée. Nous nous endormons dans la cabane, en nous disposant à partir au lever du jour.
- A quatre heures et demie du matin nous sommes sur pieds et, malgré l’obscurité, nous parlons; les pentes rapides et l’amoncellement des rochers rend notre marche pénible, d’énormes blocs de granit nous barrent souvent le chemin ; ce sont de véritables escalades qu’il laut faire.
- Je voyais aussitôt que j’aurais autant de peine pour monter les 1522 mètres _de hauteur de la Bencluse au Néthou que pour l’ascension de
- La ilencluse dans les Pyrénées. — (D’après nature par M. Albert Tlssandier).
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- LA NATURE.
- 1760 mètres des Grands-Mulets à la cime du Mont-Blanc.
- Albert Tissandier.
- La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- IjC grand froid de décembre I8ÏÎ>. — Les fortes gelées qui se sont produites dans les premiers jours du mois et qui ont duré avec tant de persistance et une intensité si considérable, placeront l’hiver de 1879 parmi les plus rigoureux de nos climats. Jamais depuis l'invention du thermomètre, on n’avait constaté à Paris un tel abaissement de température : 2f° au-dessous de zéro dans la matinée du 9 décembre et 28° au-dessous de zéro au parc de Saint-Maur. Dans notre prochaine livraison, nous récapitulerons l’histoire des grands hivers ; nous donnerons aujourd’hui, d’après les journaux de. province, quelques documents utiles à enregistrer sur les conséquences d’une gelée absolument unique par son intensité.
- La Maine, dit le Patriote d Angers, est complètement prise, et la couche de glace est à ce point épaisse que des charrettes ont pu hardiment traverser la rivière. — Nos campagnes, lit-on dans le Courrier des Alpes, disparaissent sous des montagnes de neige. Beaucoup de nos villages sont bloqués, et l’on commence à y ressentir les effets désastreux de cette horrible situation. Les choses les plus nécessaires à l’alimentation font défaut. Les moulins sont gelés et ne peuvent plus moudre.
- La Loire n’est qu’une immense nappe de glace recouverte de neige, et on peut la traverser à pied sec, dit YEs-pérance du peuple de Nantes.
- Les renseignements que nous recevons de la campagne annoncent de grands désastres causés par le verglas. Les arbres les plus forts et les plus vigoureux ont été entièrement dépouillés de leurs branches.
- On écrit à Y Union de l'Ouest, du canton de Saint-Georges-sur-Loire :
- Une pluie glaciale était tombée toute la journée du 4, se congelant au fur et à mesure, et vers le soir les arbres étaient revêtus d’une couche de verglas d’une épaisseur extraordinaire. De tous côtés on voyait les branches cédant sous ce poids énorme s’incliner vers la terre, quelques-unes se brisaient; cependant si le temps restait calme, on pourrait espérer encore que le mal ne serait pas trop grand.
- On lit dans le Nouvelliste de Rouen :
- Le thermomètre est descendu jusqu’à — 21 degrés, pendant la nuit de mardi, à Rouen. Sur les hauteurs de la ville, à Boisguillaume et à Bonsecours, il a accusé, nous assure-t-on,jusqu’à—25degrés. A neuf heures du matin il indiquait—1 0,etàmidi — 7. L’après-midi a été moins rigoureuse et la température maxima a été de 2 degrés 8 dixièmes. Il en est résulté un commencement de dégel dont beaucoup d’habitants ont profité pour déglacer les trottoirs. Vers dix heures, la température restait relativement douce et un brouillard épais s’abattit sur la ville.
- Le Journal de la Meurlhe et des Vosges assure que le thermomètre a marqué dimanche dernier, au fort Saint-Michel, près de Toul, jusqu’à 29" au-dessous de zéro.
- Au moment de mettre sous presse, nous recevons de M. Paul Cœurdevache, aide-météorologiste au parc de Saint-Maur, les renseignements qui suivent :
- Le froid a commencé le 15 novembre où jusqu'à la fin
- du mois le thermomètre descend 11 fois au-dessous de zéro. Les jours les plus remarquables de la première quinzaine de décembre sont les jours suivants : Le 5, le thermomètre descend à —15°,7 et ne remonte qu’à —5°, 1.
- Le 4, tempête de neige du N.-E. amenée par une dépression barométrique passant sur Paris. La neige qui commence à tomber à 4 heures ne cesse que le lendemain a 7 heures, il y en a en moyenne 0m,22 sur le sol. Le baromètre réduit à zéro descend à 752mœ,7 dans la nuit du 4 au 5. Il remonte ensuite très rapidement à une hauteur qui varie entre 770mm et 775mm. — Le 8, minimum 17°,8, maximum — 4°,9, neige une partie de la journée. — Il en tombe 0m,ll. — Le 9, minimum —2 4°,2, maximum —10°,4. Minimum sur la neige —27°,9. très beau toute la journée la moyenne des 24 heures — 19°,08. — Le 10, minimum — 25°,6 à I h. m. et maximum 6°,7 vers 10 heures soir. — Minimum sur la neige 28°,1. Ciel couvert. — Le 14, minimum — 12°,5 et maximum — 8°,2. Brouillard et givre épais toute lajour-nce. — 11 y a sur le sol une quantité de neige représentant une hauteur d’eau de 0m,045.
- — Le bois est employé de plus en plus en Norwè^e pour la fabrication du papier. 11 existe actuellement dans ce pays vingt et une usines servant à la production de la pâte de bois. En 1878, il est sorti de ces usines 10,000 I tonnes de pâte représentant une valeur de 50 millions de francs.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 décembre 1879. --Présidence de M. Daubbée.
- La maladie des os. — On sait déjà que dans le ramollissement des os la proportion de matière minérale de 75 0/0 qu’elle est normalement, descend à 25 0/0. Quant à la matière organique, elle ne consiste pas exclusivement en gélatine comme on le suppose ordinairement; M. Renard s’est assuré qu’elle est formée du mélange par parties égales de matière gélatineuse et de matière grasse. La maladie des os est donc en réalité une maladie double puisqu’elle comprend à la fois le ramollissement et la dégénérescence graisseuse de la gélatine.
- Les forêts et la météorologie.—En étudiant l’influence des forêts sur les courants pluvieux qui les traversent, M. Fautrat a été conduit à reconnaître la véritable affinité des pins et autres arbres à aiguilles pour la vapeur d’eau. On peut s’assurer en effet que ces arbres résineux transpirent deux fois plus que les arbres feudlus. L’auteur a reconnu en outre que, placés dans l’air humide, ils absorbent infiniment plus d’eau que ces derniers.
- A propos de givre. — M. Decharme qui continue ses observations météorologiques à Angers a été frappé d’un fait qui était également des plus visibles à Paris. Il s’agit de la disposition affectée par le givre des 12 et 15 décembre dernier, développé exclusivement d’un côté des objets sur lesquels il s’était déposé. Dans le quartier du Muséum c’est sur la face orientale des objets que le givre se montrait et l’on remarquait qu’il n’existait que sur les corps d’un faible volume. Les branches des arbres en étaient pourvues et les troncs n’en présentaient pas. Les barres des balcons en avaient, mais non pas les massifs de pierre auxquels ils sont fixés. Nous ne savons pas si M. Decharme propose une explication du fait qui nous parait tenir à l’inégalité de refroidissement des diverses
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- régions d’un même corps exposées de façons diverses au rayonnement nocturne.
- Température souterraine. — Déjà à bien des reprises nous avons tenu nos lecteurs au courant des importantes observations faites périodiquement chaque jour, par MM. Becquerel, de la température du sol dénudé ou gazonné, à des profondeurs variables, depuis la surface jusqu’à 1 mètre. Ces météorologistes signalent les faits dont ils ont été témoins au moment de nos derniers froids.
- Us constatent tout d’abord que la neige, loin de constituer un écran, jouit d’une conductibilité propre, ayant seulement une influence retardataire sur le mouvement de la température. Depuis les vingt jours que la terre est gelée à la surface, le thermomètre placé à 5 centimètres sous le gazon, quoique se refroidissant constamment, n'est pas encore parvenu à zéro. Au contraire sous le sol dénudé on observa 5° à cette même profondeur.
- À propos de cette communication, M. Boussingault émet l’avis que la neige doit jouer un rôle efficace dans la destruction des insectes nuisibles; principalement en imprégnant le soi, lors de sa fusion, d’eau à zéro. C’est suivant lui à cette action anti parasitaire de la neige que l’Alsace doit d’être préservée du phylloxéra. Telle n’est cependant pas l’opinion de M. Dumas qui pense que si l’Alsace n’a pas le phylloxéra, c’est que cet insecte n’y a pas été apporté; car il est convaincu que le froid ne saurait le détruire. M Chevreul rappelle que les larves jouissent de cet instinct de rechercher, en s'enfonçant dans le sol, des couches dont la température est favorable à leur existence. Toutefois M. Milne Edward ajoute qu’il convient de distinguer à cet égard les larves douées comme les vers bluncs d’une locomotion facile et les larves qui ne se déplacent que péniblement. Or les larves de phylloxéra appartiennent à cette dernière catégorie.
- Le froid et les organismes élémentaires. — C’est à l’occasion delà discussion précédente, que M. Pasteur décrit les expériences qu’il a faites récemment sur la bactéridie charbonneuse et sur le microorganisme auquel on doit attribuer le choléra des poules. Ces êtres inférieurs ont supporté la température de -- 40 degrés, non-seulement sans manifester de malaise, mais en paraissant même y trouver des conditions favorables à un développement plus rapide qu’à l’ordinaire.
- Crania ethnica. — La neuvième livraison de la splendide publication de MM. de Quatrefages et llamy est déposée sur le bureau. Elle concerne les Australiens, chez lesquels les savants auteurs retrouvent les caractères du crâne de Néanderlhal appartenant comme on sait à la race humaine la plus ancienne qui nous ait été conservée.
- Le curare. — Deux communications très distinctes concernent le curare. L’une est de MM. Conly et Blazerna, l’autre de M. Crevaux. Les auteurs de la première, étudient l’action physiologique du célèbre poison. On sait qn’il agit spécialement sur les muscles à fibres striées, mais il parait qu’il suffit de le soumettre à l’ébullition, pour le transformer en une matière active seulement sur les muscles lisses. De plus, certain strychnos donne directement.ce curare si particulier.
- Dans son Mémoire, M. Crevaux attaque le sujet à un point de vue tout différent. Ayant rapporté plus de o kilogrammes de curare, il l’a soumis à des observations chimiques dont le résultat a été l’extraction d’un principe défini, admirablement cristallisé, la curarine dont les
- effets physiologiques sont les mêmes que ceux du curare lui-même.
- Erratum. — Nous avons dans notre dernier article attribué un intéressant travail sur les anneaux colorés du mercure, à « un élève de M. Wurtz » . C’était une erreur d’ailleurs explicable par le nom du présentateur qui certainement n’avait pas indiqué clairement l’auteur. Celui-ci est M. Adrien Guebhard, préparateur de physique à la Faculté de médecine, collaborateur de La Nature et bien connu de nos lecteurs. Stanislas Meunier.
- PILE AI) CHLORURE UE CHAUX
- DE M. NIAUDET
- On sait qu’une pile ou plutôt un élément de pile, ou couple voltaïque se compose toujours de deux électrodes solides plongeant dans un ou deux liquides.
- L’une des deux électrodes est toujours de zinc ; ce métal est en effet de tous ceux pratiquement admissibles le plus avantageux de beaucoup; si on essaie de lui substituer le fer à cause de son prix moindre ou l’aluminium à cause de ses puissantes affinités chimiques, on obtient des résultats très inférieurs ; la force électromotrice est notablement moindre. Cet avantage présenté par le zinc était déjà connu par Volta qui en fit usage dans sa première pile.
- 11 est fort possible cependant que par la suite on arrive à lui substituer une autre substance plus avantageuse ; mais ce sera une importante découverte et une brillante invention.
- L'autre électrode est formée d’un métal moins attaquable que le zinc ; on emploie le cuivre, l’argent, le platine ; on peut d’ailleurs au lieu d’un métal employer du charbon, matière conductrice quoiqu’à un moindre degré.
- Ces deux électrodes sont plongées dans des liquides dont le rôle va être expliqué. Le premier de ces liquides, le seul indispensable, agit sur le zinc, le dissout, l’oxyde (en général du moins) ; cette action chimique est corrélative de la production du courant électrique ; elle est la condition essentielle de cette circulation. En général, avons-nous dit, le zinc est oxydé; de l’eau est décomposée, de l’oxyde de zinc formé et de l’hydrogène dégagé. Cet hydrogène se dégage sur la seconde électrode, nous dirons tout à l’heure l’importance de ce fait. Le premier liquide est souvent de l’acide sulfurique étendu; on peut faire usage d’une solution saline quelconque. L’une des meilleures qu’on puisse employer est celle de chlorure de sodium, ou sel marin. Dans certains pays la pile — zinc, eau salée, charbon— est très généralement employée. Des.expé-riences de M. Poggendorff montrent qu’une solution de chlorure de sodium donne dans certains cas, une force électromotrice supérieure à celle qu’on obtient d’acide sulfurique étendu de quatre fois son poids d’eau. Il va sans dire qu’il y a intérêt à
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- LA NATURE.
- faire usage des solutions les plus conductrices; l’eau salée se présente à ce point de vue comme un des meilleurs liquides qu’on puisse employer. Elle présente d’ailleurs une particularité l'or.t remarquable ; elle a un maximum de conductibilité qui correspond non pas à la saturation, mais à la proportion de 24 parties de sel pour 100 d’eau.
- Nous avons maintenant à expliquer le rôle d’un second liquide, qui n’est pas indispensable, mais fort utile comme on va voir. Nous avons dit que Ebydrogène, dégagé par l’action chimique de la pile, se portait sur la seconde électrode; il résulte de là une augmentation de la résistance et une diminution de la force électromotrice qui concourent à produire une réduction de l’intensité. Ce phénomène important est attribué à la polarisation de Vélectrode conductrice ; il a été l’objet d’études nombreuses et beaucoup de physiciens ont tenté de la supprimer. Pour y arriver, on a employé plusieurs moyens dont le principal consiste à faire usage de liquides propres à absorber l’hydrogène. Les plus efficaces de ces liquides sont le nitrate et le sulfate de cuivre (piles Daniell) ; l’acide nitrique (piles de Grove et de Bunsen) est déjà moins complètement satisfaisant. Tous les autres corps dont on a fait usage donnent des résultats inférieurs ; ils ne dépolarisent l’électrode ’ qu'incomplète-ment ; ils combattent la réduction d’intensité, mais ils ne la suppriment pas d’une manière absolue et dans tous les cas.
- Ces vérités générales une fois rappelées, nous pourrons décrire rapidement la pile deM. Niaudet.
- Les électrodes sont de zinc et de charbon ; les liquides sont une solution de chlorure de sodium et du chlorure de chaux. Cette dernière matière est donc ici le liquide dépolarisant, chargé d’absorber l’hydrogène. Le chlorure de chaux est une matière produite en grandes quantités par l’industrie et employée comme décolorant et comme désinfectant. C’est un mélange de chaux, d’hypocblorite de chaux et de chlorure de calcium. L’hypochlorile seul est actif; l’acide hypochloreux qu’il contient est formé en effet d’oxygène et de chloi’e qui tous deux peuvent se combiner avec l’hydrogène pour former de l’eau et de l’acide chlorhydrique. Ce dernier acide attaque la chaux et produit du chlorure de calcium.
- L’emploi de ces matières présente l’avantage im-
- portant que tous les corps qui prennent naissance sont solubles et le liquide garde sa limpidité; on voit même que la chaux est avec le temps transformée en chlorure de calcium, l’un des corps les plus solubles qu’on connaisse.
- Une autre propriété capitale des liquides choisis c’est qu’ils n ont aucune action sur le zinc, aussi longtemps que le circuit est ouvert ; par conséquent dans les intervalles du travail, l’élément ne fait aucune dépense. Cette qualité est d’une grande importance au point de vue de l’économie et le défaut inverse est celui qu’on reproche à la pile de Daniell, d’ailleurs si près d’être parfaite.
- La force électromotrice de la pile au chlorure de chaux est considérable; elle est égale à 1,6 Volt c’est-à dire supérieure à un et demi Daniell.
- A la vérité la pile n’est pas déoolarisée d’une manière absolue ; quand on la ferme sur un circuit peu rési tant, elle s’affaiblit ; mais elle regagne sensiblement sa valeur première par un repos assez court. Dans la plupart des applications, -la pile se comporte comme si elle était complètement iié-polarisée.
- Le chlorure de chaux a une odeur désagréable bien connue; aussi a-t-on été obligé de clore le vase qui contient la pile, au moyen d’un bouchon recouvert de cire. Ce verre contient comme le montre la ligure, le charbon au milieu d’un vase poreux avec le chlorure de chaux, et le zinc enroulé autour du vase poreux et baignant dans l’eau salée.
- Notons deux dispositions de détail : le zinc et sa queue sont d’un seul morceau et coupés dans la même feuille de métal, tandis qu’ordinairement on soude au zinc une queue de cuivre et on constitue un couple local nuisible. Le zinc est maintenu à distance régulière et très petite, du vase poreux au moyen de petites baguettes de bois interposées ; elles sont serrées entre le zinc et le vase central au moyen de deux bagues de ficelle qu’on voit autour du zinc. Grâce à ce serrage, le zinc ne descend pas au fond du liquide, où l’expérience générale montre qu’il se forme des couples locaux et qu’il se produit une usure active en pure perte.
- l<e Propriétaire-Gérant ; G. Tissandier.
- IG 826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, à Paris.
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- N° 343.
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- LA TÉLÉGRAPHIE DUPLEX
- TRANSMISSION SIMULTANÉE DES DÉPÊCHES EN SENS INVERSE PAR UN SEUL ET MÊME FIL.
- La question que nous allons traiter n'est pas absolument nouvelle, car le problème a été résolu pour la première fois en 1853, par W. Gintl, directeur des télégraphes d’Autriche, mais ses conséquences ont été si grandes et si fertiles au point de vue scientifique et pratique, qu’il nous a paru inté-
- PAR1S
- Ligne l
- Fig. I.
- Figures schématiques, montrant (leu\
- P Pile. — C Manipulateur. — B Bobine de ré'cclro-aiir.ant irliéi résistance R qui sert à égaliser les résistances des deux circuits qui en venant toucher le butoir n lorsque l'armature O est at le circuit d'une pi!e locale.
- ressant de faire connaître à nos lecteurs par quels principes simples un pareil résultat a été obtenu. Il n’y a pas actuellement moins de cinquante à soixante systèmes de télégraphes Duplex, et nous croyons sans peine M. Preece lorsqu’il affirme qu’on en pourrait inventer un nouveau chaque semaine. Nous avons pris le plus simple de tous, appliqué au système Morse et qui a été combiné en 1854 par Cari Frischen, inspecteur des télégra] lies du Hanovre.
- Nous représentons, fig 1 et 2, la disposition sclié-
- BORDEAUX
- Ligne L'
- Pile P'
- Fig. 2.
- télégraphiques montés en duplex.
- à la ligne L. — A Bobine de l’élcetro-ainiarit reliée à la boite ds nfurques eu h. -- O Armature. — s ressort antagoniste. — m boulon irce, l'ait fonctionner l’appareil Morse du poste, en fermant sur lui
- matique de deux postes montés en Duplex, et que nous supposons être Paris et Bordeaux. Les deux postes sont absolument symétriques et se composent :
- lu D’une pile P reliée à la terre par son pôle négatif et par son pôle positif à l’enclume f d’une clef de Morse.
- 2° D’une clef de Morse ou manipulateur qui sert à envoyer des courants interrompus, de faible durée pour les points, de durée plus longue pour les traits, et qui, par leur combinaison, constituent l’alphabet de Morse.
- 5° D’un électro-aimant AB, — représenté droit pour faciliter l’explication, mais qui en pratique
- 8e année. — 1re semestre.
- est en fer à cheval —, sur lequel sont roulées deux bobines A et B, de môme longueur et de môme diamètre de (il. L’enroulement de ces bobines est tel que, lorsqu’elles sont traversées par des courants égaux, l’aimantation que ces courants tendent à communiquer à leur noyau de fer doux est inverse, et que le fer doux ne prend aucune aimantation.
- 4° D’une armature 0 placée en face de l’électro-ai.nant AB qui est attirée lorsque cet électro-aimant devient actif; le bouton m vient alors toucher le bouton n et ce contact vient fermer le courant d’une pile locale sur un appareil Morse ordinaire. L’ensemble de l’électro-aimant A, B, du levier O et des boutons m et n, constitue donc un relais, relais
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- LA NATURE.
- qui suit tous les mouvements du manipulateur de la station oppose'e.
- 5° D’une boîte de résistance R placée dans le circuit de la bobine A, et qui a pour but d’inlro-duire dans le circuit de cette bobine une résistance électrique égale à.celle de la ligne L augmentée de la résistance de la bobine B'.
- Lorsque cette condition est parfaitement remplie, les courants qui traversent les bobines A et B sont parfaitement égaux et obéissent à la loi des courants dérivés; lorsque plusieurs circuits sont montés en dérivation sur une même source électrique, l’intensité du courant, sur chacun de ces circuits, est inversement proportionnelle à la résistance de ce circuit.
- Le but de cette disposition est de rendre chaque récepteur inerte aux courants qu’il envoie, et de le rendre actif chaque fois que le poste opposé lui envoie un courant.
- Pour nous rendre compte que ce but est atteint, il nous suftit d’examiner tous les cas qui-peuvent se présenter. Ces cas sont au nombre de trois :
- 1er Cas. Le poste Paris envoie seul un courant. Pour cela il appuie sur la clef en g, le courant de la pile P passe par feh, arrivé en h il se bifurque: une partie traverse la bobine B, la ligne L, arrive en 1/ à Bordeaux, où nous allons le voir agir tout à l’heure ; une seconde partie du courant traverse la bobine A, la boîte de résistance II et va à la terre. Mais ces deux courants sont égaux, puisqu’ils traversent des résistances égales ; le courant émis par la pile s’est donc divisé en deux moitiés qui sont sans influence sur le poste Paris, puisque leurs actions s’équilibrent. .La seconde moitié du courant arrivant à Bordeaux par I/, traverse la bobine B', aimante le noyau de fer doux qui attire l’armature 0'. Après avoir traversé la bobine B' ce courant va à la terre par h' e' d! %' Tr. On a donc obtenu une action sur le poste Bordeaux sans agir sur le poste Paris.
- 2e Cas. Le poste Bordeaux envoie seul un courant. Ce que nous venons de voir pour le poste Paris se reproduit exactement en sens inverse, l’armature O' de Bordeaux reste alors immobile et c’est l’armature 0 de Paris qui agit à chaque émission de courant.
- 5e Cas. Les deux postes Paris et Bordeaux envoient un courant en même temps. — Dans ce cas les courants envoyés par chaque poste se bifurquent comme dans le premier cas, mais les courants qui tendent à traverser les bobines B et B' et la ligne L L' étant égaux et de sens contraire détruisent leur action. Il en résulte que les bobines B et B' ne sont traversées par aucun courant, mais les bobines A et A' agissant, aimantent leurs noyaux respectifs et les deux armatures O et 0' sont attirées.
- C’est donc par un équilibre bien combiné .des courants que ces appareils fonctionnent, ce qui justifie le nom de système différentiel donné à cette combinaison. Le rôle des boîtes de résistance est de permettre de bien équilibrer les courants qui traver-
- sent les bobines en introduisant ou en enlevant du circuit des bobines A et A' un certain nombre de résistances, suivant que le courant qui les traverse est trop fort ou trop faible. Cela est d’autant plus nécessaire que la résistance des lignes variant avec la température, l’humidité, l’entretien, etc., on doit pouvoir ajuster ces résistances à celles de la ligne chaque fois que cela est nécessaire, ce qui constitue une certaine difficulté pour les lignes un peu longues, difficulté vaincue dans des systèmes spéciaux plus compliqués.
- Pour les longues lignes, on a eu à combattre d’autres causes de perturbation, telles que celles dues à la capacité électro-statique des lignes terrestres, mais l’examen de ces questions de techniques pure sortirait de notre cadre.
- Nous voulons seulement, pour terminer, montrer en quelques mots de combien de progrès la télégraphie duplex a été le point de départ.
- Après avoir transmis simultanément deux dépêches en sens inverse par un même fil, on a transmis deux dépêches par un même fil dans le même sens, transmission à laquelle les Anglais donnent le nom de diplex.
- En diplexant le duplex, ou en duplexant le duplex, comme on voudra, on a pu faire circuler à la fois quatre dépêches par un seul fil, deux dans un sens, deux en sens contraire. Le quadruplex d’Edison est le type du genre de ces nouveaux appareils.
- De progrès en progrès, on a étendu le duplex à d’autres appareils que le Morse. Le télégraphe Hughes monté en duplex permet d’envoyer simultanément deux dépêches en caractères ordinaires par le même fil. Ces résultats sont fort importants, surtout pour les grandes lignes chargées de travail, où le capital engagé pour chaque nouveau fil atteint une valeur assez grande.
- Le dernier mot de progrès de la télégraphie Duplex est relatif aux câbles sous-marins. L’intérêt d’augmenter le débit d’un câble est immense, car le capital engagé est considérable. Pour un câble de 20 000 000, pa? exemple, chaque minute de ce câble représente quatre francs, intérêt et amortissement. Le bon marché des télégrammes sous-marins est donc intimement lié à la rapidité des transmissions, et malheureusement la vitesse est encore très faible à cause des phénomènes complexes qui se produisent dans ces lignes.
- M. A. Muirhead, en duplexant un câble de plus de 5500 kilomètres de longueur a augmenté son débit dans le rapport de A à 5, vitesse qui a atteint maintenant cent lettres par minute.
- En tenant compte de la longueur de la ligne, ce résultat est remarquable, car les premiers câbles ne transmettaient que quatre mots par minute sur des longueurs qui n’atteignaient pas 100 kilomètres.
- Cet écart entre un passé qui ne date que de quelques années et le présent doit nous donner confiance pour l’avenir.
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- LA NATURE.
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- LES ORIGINES ET LE DEVELOPPEMENT
- DE LA VIE1
- TRANSFORMATION DES COLONIES DHVDRES EN INDIVIDUS.
- I. — Les Siphonophores.
- Bien peu d’animaux marins excitent l'étonnement au même degré que les Siphonophores; bien peu offrent des formes aussi capricieuses, aussi variées, aussi inattendues.
- Imaginez de véritables lustres vivants, laissant flotter nonchalamment leurs mille pendeloques, au gré des molles ondulations d'une mer tranquille, repliant sur eux-mêmes leurs trésors de pur cristal, de rubis, de saphirs, d’émeraudes, ou les égrenant de toutes parts, chatoyant des innombrables reflets de l’arc-en-ciel, montrant en un instant à l’œil ébloui les aspects les plus divers. Tels sont ces êtres merveilleux, joyaux animés que l’on croirait fraîchement sortis de l’écrin de quelque reine de l’Océan. L’esprit ne saurait rêver rien de plus riche et c’est précisément pourquoi la froide analyse des naturalistes est demeurée longtemps confondue en présence d’organismes qui ne semblaient relever que de la fantaisie d’un divin joailler.
- Les Siphonophores sont bien connus des navigateurs qui désignent l’un d’entre eux, InPhysale, sous le nom de Galère. C’est surtout dans les mers chaudes et tempérées qu’ils abondent. Par les temps calmes, ils viennent à la surface et se laissent aller à la dérive, emportés par les courants ; mais ils savent aussi très bien se soustraire à la poursuite de leurs ennemis : après avoir suivi plus ou moins longtemps la même route, on les voit tout à coup changer d’allures ; l’extrême complexité de leur corps fait pour flotter et non pour nager n’est pas un embarras pour eux : toutes ses parties se mettent admirablement au service de la volonté directrice; leurs mouvements se coordonnent de la façon la plus précise.
- Rien n’égale cependant la multiplicité et la variété des parties qui doivent obéir ainsi.
- Les Galères ou Physales offrent tout d’abord une vessie allongée, pouvant atteindre la grosseur d'une outre de cornemuse, qui flotte à la surface de l’eau et présente à l’action du vent une sorte de crête membraneuse' qui lui sert de voile. L’une des extrémités de la vessie est effilée et se trouve percée à sa partie supérieure d’un orifice par lequel l’air peut s’échapper, tandis qu’un bouquet de tentacules orne sa partie inférieure ; l’autre extrémité est plus large et sur toute la face par laquelle la vessie plonge habituellement dans l’eau, on voit naître toute une forêt de filaments qui peuvent à la volonté de l’a nimal ou s’étendre démesurément, ou se rétracter au contraire jusqu’à venir se perdre dans le fouillis d’organes suspendus à la poche natatoire.
- Parmi ces derniers, on distingue surtout de grands ^°y- fables des matières des précédents volumes.
- tubes pourvus d’une ouverture à leur extrémité libre et portant chacun un des filaments dont il vient d être question. Ce sont les Siphons dont l’existence très générale a valu aux animaux qui nous occupent le nom de Siphonophores. D’autres Siphons plus petits portent des filaments moins longs et sont disposés d’une façon assez irrégulière sur de longs rameaux charnus, divisés de mille façons, qui naissent de la vessie à la base des grands Siphons. Ces rameaux portent encore des bouquets de tubes sans ouverture qui semblent secréter un suc digestif particulier et que M. de Quatrcfages a nommés pour cette raison tubes hépatiques. Us sont entremêlés de grappes d’organes reproducteurs. Un de ces rameaux peut porter un nombre indéfini de branches secondaires présentant une constitution identique à la sienne. La cavité interne des Siphons et celles de tous les autres appendices communiquent directement avec un canal qui occupe la cavité centrale de chaque rameau et tous ces canaux viennent se réunir en un réseau qui rampe dans l’épaisseur des parois de la vessie aérienne.
- Les Galères sont extraordinairement urticantes. Les longs filaments adosses à leurs Siphons sont garnis d’une multitude innombtablede volumineux Nématocystes qui en font de puissants instruments de detense. Ce sont aussi pour les Physales de précieux instruments de chasse. S’étendant de toutes parts autour de 1 animal, explorant sans cesse les eaux qui l’environnent, attirant même par leur apparence inoffensive les poissons et h s crustacés nageurs en quête d’un gibier facile, ils déchargent au moindre contact leurs mille flèches subtiles et empoisonnées sur toute proie qui vient à les toucher, la parahsent, I enveloppent de leur inextricable échevau et se comportent ainsi comme de véritables filaments pécheurs, capables de s’emparer d animaux d ordre élevé et de taille relativement considérable. Dès qu une proie a été capturée, il se passe un phénomène curieux : un certain nombre de filaments pêcheurs concourront à la maintenir d’abord et à la porter ensuite au contact de tubes hépatiques qui dégorgent sur eux leur suc corrosif. Les tissus de 1 animal et jusqu’à ses os et à ses écailles, s il s agit d’un poisson, sont transformés peu à peu en une épaisse bouillie.
- Le liquide des tubes hépatiques, sans qu’il soit besoin d’un estomac, d’une cavité spéciale a opéré une véritable digestion extérieure. La proie est maintenant à point : les Siphons grands et petits s appliquent sur cette sorte de chyme, l’absorbent et la masse nutritive après avoir séjourné quelque temps dans leur cavité, passe dans les canaux qui la répartissent entre toutes les régions du corps.
- Quelque singulier que soit ce phénomène, la Physale pour l’accomplir n’a cessé de se comporter en individu parfaitement autonome. Entre sa façon de faire et la façon de faire d'une Méduse en pareil cas, on ne pourrait signaler que de bien faibles différences et l’on est tout d’abord tenté de voir dans
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- LA NATURE.
- les Siphons, qui lui servent de bouches, les représentants des suçoirs d’un Rhizostome, dans la vessie aérifère qui la soutient à la surface de l’eau l’analogue de l’ombrelle de ce dernier. Tout comme la Méduse, la Phvsale sait accélérer ou ralentir sa marche, surnager ou plonger à volonté, monter, descendre, aller droit devant elle ou virer de bord ; elle sait faire concourir tous ses organes à ces actes compliqués. Au point de vue physiologique,
- comme au point de vue psychologique, si je puis m’exprimer ainsi, une Physale et une Méduse semblent être des individus du même ordre.
- Un fait, tout d’abord insignifiant en apparence, vient cependant provoquer la réflexion. Les grappes reproductrices des Physales présentent une apparence que nous connaissons bien : elles sont essentiellement constituées par de petites Méduses incomplètement développées, tout comme les grappes reproduc-
- Fjg. 1. Fig. 2.
- Fig. 1. — Détails de l'Agalma Sarsii. — N* 1. Extrémité d'une daetylozoïde contenant deux couples de cristaux c, sa cavité a est garnie de cils vibratiles. — N° 2. Individu mâle. — a pédoncule qui l’attache à l'axe. — b canaux gastro-vasculaires de l’ouduelie.
- — c ouverture de l’ombrelle. — g cavité de l’ombrelle. — f sac stomacal ou manubrium dont les parois contiennent les spermatozoïdes. — N° 3. Individu femelle. — N* 4. Une capsule urticante ou néinatocyste avec son lii spiral déroulé — X" 3. Une bractée.
- — N” 6. Une cloche natatoire, très réduite. — Fig. 2. — Bourgeonnement des Méduses. — N” 1 Sarsia portant de jeunes Méduses pédonculées sur sou sac stomacal. —Nc 2. Méduse d’une Syncoryne portant de jeunes individus sur le bord de son ombrelle —
- 3. Jeune Lizzia portant de petits individus sessiles sur son sac stomacal.
- trices des Tubulaires. De là trois conséquences importantes : la parenté des Siphonophores avec les Hydro-Méduses se trouvent confirmée ; mais puisque la Physale, au lieu d’être directement sexuée comme le sont les Méduses, produit au contraire des Méduses sur lesquelles se développent les éléments reproducteurs, on ne saurait la comparer à la phase Méduse, mais bien à la phase Hydre du développement de nos Polypes. Dès lors, ce ne peut être un individu unique, mais bien une agglomération d’individus équivalant chacun à une Hydre, une véritable colonie flottante de Polypes hydraires. Les
- grands et les petits Siphons du singulier Acalèphe nous apparaissent comme autant d'Hydres portant chacun un énorme tentacule, le filament pêcheur. Les tubes hépatiques sont également des bouquets des Polypes, des dactylozoides accomplissant une fonction particulière; les grappes reproductrices sont enfin, nous l’avons vu, des grappes de Méduses des deux sexes. Il y a donc ici cinq sortes d’individus, sans compter la vessie aérienne, organe très particulier dont nous verrons un peu plus tard l’origine. On pourrait même à la rigueur considérer les lilaments pêcheurs comme dérivant de Polypes
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- F'"* 3. — Siphonofhores. — N* 1. Algama Sarsii, Kôlliker. — a Vésicule aérifère servant d’appareil de flottaison. — b Méduses ou cloches natatoires. — d Cloches natatoires en voie de formation. — e Axe commun. — / Polypes nourriciers en gastrozoides. — g Filaments pêcheurs portant leur appareil urticant. — h Polypes sans bouche ou dactylozoïdes. — k Groupes de Méduses femelles.
- — I Bractées. — N" 2. Prayaldiphyps, C. Vogt. — b Cloches natatoires. — e axe commun. — /'Groupes de Méduses formant autant (l’individus distincts. — g F'ilaments pêcheurs. — N” 3. Physophora hydrostatica. — a Vé-icule aérifère. — b Cloches natatoires.
- — d Cloches natatoires en voie de développement. — e Axe commun. — f Polypes nourriciers. — g Filaments pêcheurs. — h Appareils urticants. — k Dactylozoïdes servant d’organes protecteurs.
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- LA NATURE
- analogues soil aux Dactylozoïdcs, soit aux Grapto-zoïdes des Hydraires dont nous avons précédemment parlé, et leur attribuer une individualité propre ; mais que ce soient des individus ou des organes, cela n’a pas grand intérêt, puisque nous savons que toute partie du corps d’une Hydre est susceptible de s’individualiser et que d’autre part, chez ces êtres, le mode de production des organes est fondamentalement le même que celui des individus, en sorte qu’on pourrait presque, dans la région où nous sommes du règne animal , définir l’organe, un individu adapté à une fonction particulière.
- Les Physopliores (fig. 5, n° 5), sont constitués un peu autrement que les Physales et élargissent encore l’idée que nous devons nous faire de nos Acalèphes flottants.
- Ici la vésicule aérifère (a.) est fort petite : elle présente la forme générale d’un ellipsoïde dont le grand axe serait vertical et qui serait le bouton terminal d’une sorte de tige portant le reste de la colonie. Cette colonie comprend à son tour : 1° une double série de cloches contractiles parfaitement transparentes située immédiatement au-dessous de la vésicule aérifère (fig. 5, n° 3, b); 2° une couronne de longs tentacules vcrmiformes, sans bouche,ni organes, souvent colorés des teintes les plus vives et rangés circulairement autour d’un disque qui termine la tige inférieurement (Ibid, k); 5° des Siphons (Ibid, f), pourvus d’une bouche et d’une cavité digestive présentant à leur base une couronne de nématocystes et munis chacun d’un long filament pêcheur (Ibid, g), portant lui-même de petits organes d’un beau rouge (Ibid, h), semblables à des boutons de fleurs et qui ne sont autre chose que des appareils urticants d’une structure assez complexe, contenant des milliers d’énormes nématocystes; 3° et 4° des grappes d’individus sexués mâles et femelles1 intercalés entre les Siphons, et dont le développement est toujours considérable.
- Ici, comme chez les Physales, nous retrouvons donc des individus nourriciers ou gastrozoïdes, des dactylozo'ides qui jouent seulement le rôle d’organes protecteurs, des individus reproducteurs ou gonozo'ides qui sont des Méduses avortées. Mais en outre, si l’on vient à considérer les cloches contractiles que porte la tige, on est tout de suite frappé de leur ressemblance avec des Méduses dépourvues de sac stomacal ou de manubrium, avec des Méduses réduites à leur ombrelle. L’ombrelle a #du reste conservé ses fonctions : par ses contractions rhythmiques elle détermine la locomotion de la co Ionie; c’est toujours une cloche natatoire. Nous voyons donc apparaître ici une nouvelle catégorie d’individus, les individus locomoteurs, chargés de remorquer leurs compagnons : ces individus ne sont plus des Hydres, mais bien des Méduses, c’est-à-dire des individus reproducteurs transformés.
- 1 Non visibles Hans les gravures.
- Nous avons signalé déjà un phénomène identique lorsque nous avons montré comment les Eponges se constituaient au moyen d’êtres monocellulaires. Nous avons vu, dans le groupe des Protistes la forme Amibe donner naissance, pour les besoins de Ja reproduction, à une forme plus mobile, la forme Monade; nous retrouvons ces deux formes associées dans l’Eponge. Seulement, la Monade est détournée de sa destination primitive qui était la dissémination de l’espèce, et sa faculté locomotrice est utilisée pour la production des courants qui traversent l’Éponge et portent à ses diverses parties l’eau aérée et les matières nutritives qui sont nécessaires à l’entretien de leur existence.
- l)e même pour les besoins de la dissémination de son espèce, l’Hydre se transforme en une Méduse qui nage et se meut avec agilité dans le liquide qui l’entoure. Puis l’Hydre et la Méduse cessent de se séparer et forment une colonie complexe, un être nouveau, le Siphonophore. Là encore la Méduse est détournée de son rôle primitif; elle cesse d’être un individu reproducteur; mais ses facultés acquises sont utilisées et elle devient un individu exclusivement locomoteur. Le parallélisme entre les deux modes de transformation ne saurait être plus complet.
- Ce n’est pas du reste la seule adaptation à laquelle se prêtent les Méduses.
- Chez les Agalmes (fig. 3, n° 1), la colonie commence comme chez les Physopliores par une vésicule aérienne (ibid., a) suivie d’une tige le long de laquelle sont disposées deux séries de cloches natatoires (ibid., b), d’individus locomoteurs. Mais, au lieu de s'épanouir en un disque portant le reste de la colonie, cette tige (ibid., e) se prolonge et c’est sur sa longueur que sont disséminées, formant comme un épi mobile et transparent, les diverses sortes d’individus.
- « Je ne connais, dit M. Cari Vogt1, à propos de l’une des espèces, 1 ’Agalme rouge, rien de plus gracieux que cet Agalme lorsqu’elle flotte étendue près de la surface des eaux. Ce sont de longues et délicates guirlandes marquées de place en place par des paquets d’un rouge vermillon, tandis que le reste du corps se dérobe à la vue par sa transparence.
- « L’organisme entier nage toujours dans une position un peu oblique, mais il peut se mouvoir avec assez de vitesse dans toutes les directions et plus d’une fois les guirlandes ont échappé par des mouvements subits au courant qui devait les entraîner dans mes bocaux.
- « J’ai souvent eu en ma possession des guirlandes de plus d’un mètre de long, dont la série des cloches natatoires mesurait plus de deux décimètres de sorte que dans les grands bocaux de pharmacie dont je me servais pour garder mes animaux en vie, les colonnes de cloches natatoires touchaient le fond
- 1 Recherches sur les animaux inférieurs de la Méditerranée, \eT Mémoire : sur les Siphonophores de la mer de Nice, p. 6,3.
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- alors que la vésicule aérienne flottait à la surface. Immédiatement après la capture, les colonies se contractaient à tel point quelles étaient à peine reconnaissables, mais lorsqu’on laissait les bocaux spacieux en repos, sans remuer, ce qui ne pouvait avoir lieu dans le bateau, tout l’ensemble se déroulait et se déployait dans les contours les plus gracieux à la surface du bocal. La colonne des cloches natatoires se tenait alors immobile dans une position verticale, la bulle d’air en haut et bientôt commençait le jeu des différents appendices. Les Polypes placés de distance en distance sur le tronc commun de couleur rose, s’agitaient en tous sens et prenaient, par les contractions les plus bizarres, mille formes diverses ... Mais ce qui excitait le plus la curiosité, c’était le jeu continuel des fils pêcheurs qui tantôt se déroulaient en s’allongeant de la manière la plus surprenante, tantôt se retiraient brusquement avec la plus grande précipitation, Chaque Polype semblait un pêcheur qui fait descendre au fond de l’eau une ligne garnie de hameçons vermeils qu’il retire lorsqu’il sent la moindre secousse et qu’il lance ensuite de nouveau pour la retirer de même. Tous ceux qui ont vu chez moi ces colonies vivantes ne pouvaient se détacher de ce spectacle saisissant. »
- Les filaments pêcheurs (fîg. 5, n° 1, g) qui semblent formés de tronçons distincts placés bout à bout se bi-furquentgraoieusement déplacé en plaeeetleursbran-ches sont en général terminées par une vrille épaisse du plus beau rouge, véritable arsenal, constitué par une accumulation d'organes urticants, en forme de sabre, contenant un fil spiral barbelé (fig. 1, n° 4), qui est lancé au dehors au moindre attouchement. Les vrilles de 2 millimètres de longueur environ, se prolongent en un appendice transparent enroulé lui-même en spirale; elles sont capables de s’enrouler ou de se dérouler plus ou moins, montrant alors dans leur axe un double cordon transparent également garni de nématocystes et sur lequel s’appli quent leurs spires. A la base de chaque filament pêcheur s’en trouvent beaucoup d’autres en voie de formation, prêts à le remplacer au cas où il viendrait à être brisé. Entre les Polypes nourriciers iqbid., f), pourvus d’une large bouche et de suite reconnaissables aux douze bandes rouges qui parcourent leur longueur, se trouvent de nombreux individus astomes (ibicl., h) à la base desquels on voit un fil pêcheur rudimentaire. Ces individus ondulent en tous sens constamment agités, semblables à des vers et paraissent disposés sans ordre le long de la colonie. Us semblent au premier abord de même nature que les dactylozoïdes vermiformes, rouge-vermillon, des Physophores. Autour d’eux, mais sans rapport apparent avec eux, se trouvent disséminée sans ordre la multitude des individus reproducteurs.
- Jusqu’ici, au point de vue de la constitution fondamentale, il y a la plus frappante analogie entre un Physophore et un Agalme ; la différence la plus
- frappante consiste en ceci: que les Physophores les individus reproducteurs des deux sexes se ressemblent beaucoup et sont également réunies en grappes, tandis que chez les Agalmcs les femelles seules (fig. 5, n° 1, /cetfig. 1, n°5) sont ainsi groupées. Les mâles ^fig. 1, ne 2) sont isolés et seraient des Méduses parfaites si leur manubrium (ibid., f) creux cependant et à parois remplies d’éléments fécondateurs, présentait une ouverture buccale. Durant la vie de l’Agalme, l’ombrelle de ces Méduses mâles bat rhythmiquement comme les cloches natatoires elles-mêmes et contribue peut-être à la locomotion. Quand la Méduse est mûre, elle se détache et nage librement autour de la colonie qui l’a produite. Voici maintenant une différence plus importante. Le long de la tige, sur le côté opposé aux Polypes, généralement au-dessus des Siphons et des Dactylozoïdes et comme pour leur servir de bouclier, se trouvent un grand nombre de lames admirablement transparentes (fig. 3, n° 1, Z et fig. 1, n° 5), de consistance cartilagineuse et dont les bords sont découpés d’une élégante façon. On ne saurait mieux les comparer qu’aux bractées qui dans un épi de blé protègent les épillets. Quelle est la signification de ces remarquables organes qui manquent totalement aux Physophores ?
- Si l’on considère l’extrême variabilité de forme de l’ombrelle des Méduses, qu'elles appartiennent à des colonies d’Hydraires fixés ou à des Siphonophores, si l’on remarque que ces bractées contiennent presque toujours une indication d’appareil gastro-vasculaire, qu’elles sont enfin étroitement unies au Siphon qu’elles recouvrent, on arrive à conclure qu’elles sont bien réellement l’ombrelle d’une Méduse dont le Siphon est le manubrium. L’Agalme est donc non plus une colonie de Polypes hydraires, mais bien une colonie de Méduses. Au fond, la distinction n’est pas de grande importance, puisque les Méduses elles-mêmes ne sont qu’une modification des Hydres ; il est indispensable cependant pour la précision des comparaisons que l’on peut avoir à établir entre les divers Siphonophores, de bien indiquer que le mélange des deux formes hydre et méduse n’est pas nécessaire pour constituer un siphonophore. Quelques-uns de ces êtres peuvent être des colonies de Méduses, et dès lors leurs siphons ne peuvent plus être considérés comme indépendants des organes qui les accompagnent.
- C’est du reste un fait aujourd’hui bien connu que, malgré leur qualité d’individus sexués, les Méduses n’ont pas perdu pour cela la faculté de se reproduire par bourgeonnement, à la façon des Hydres, et par conséquent de former des colonies. Ce bourgeonnement peut même avoir lieu, comme chez les Hydres, sur les parties les plus variées de la Méduse : la Méduse d’une sorte de tubulaire très voisine des Corymorpha, YHybocoilon prolifer, d’A-gassiz, produit de nouvelles Méduses tout le long de son tentacule unique ; chez les Méduses de diverses Syncorynes (fig. 3, n° 2) c’est sur le pour-
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- tour de l’ombrelle, à la base des 4 tentacules ; chez les Eleuthéries, le bourgeonnement se produit au contraire sur le manubrium et il en est de même chez les Sarsia (lig. 2, n° 1) qui sont aussi des Med uses de Syncoryncs et chez les Lizzia (tig. 2, n° 5).
- On peut même trouver sur le long manubrium des Sarsia, des Méduses de plusieurs générations constituant de longues et remarquables colonies (tig. 3, n° 1). Le bourgeonnement peut aussi avoir lieu sur le dos de l’ombrelle comme l’a vu Metsch-nikotï, chez des Méduses parasites d’autres Méduses ; il peut enfin être tout à l'ait, interne et se produire au fond du sac stomacal. Il est à noter que dans tous ces cas les Méduses produisent par voie agame des Méduses et non des Hydres : il ne peut donc résulter de ce mode de génération que des colonies exclusivement composées de Méduses. Tout porte à
- penser que les individus constituant ces colonies peuvent éprouver, comme les Hydres elles-mêmes, les diverses modifications de forme qui résultent de la division du travail et constituer des colonies tout aussi complexes que celles qui résultent du mélange d Hydres et de Méduses. 11 n’y a donc pas lieu de s’étonner si parmi les Siphonophores, nous trouvons des colonies exclusivement composées de Méduses plus ou moins modifiées à coté de colonies à qui l’on ne saurait appliquer de qualification plus exacte que celle d’hydroméd usa ires puisqu’elle contiennent à la fois des Méduses et des Hydres véritables.
- Edmond Perrieh,
- Professeur administrateur du Muséum il'IIistoire naturelle de Paris.
- — La suite prochainement. —
- ><
- années. DEGRÉS CEN 1 ÉMMAL'X , ANNÉE??. DEGRÉS CENTÉSIMAUX. ANNÉE"'. DEGRÉS CENTÉSIMAUX.
- 1709 — 18% 75 1755 i — 15% 60 1798 (décembre) — 17%G
- 1710 — 19% 00 1757 —13%10 1820 (11 janvier). —14% 3
- 1729 — 15% 10 1758 — 15% 95 1829-1830 (17 janvier). —17%2
- 1740 —12%00 1763 —12%50 1840-1841 (17 décembre et 5 janvier —13°,2
- 1742 —16%40 1766 i —13°, 10 1857-1838 —19%0
- 1745 — 13% 75 1767 — 12% 50 1853 (30 décembre). —14%0
- 1747 - 16% 00 1768 —15%0 1855 (51 janvier). —11°,3
- 1748 — 13% 90 1776 — 19% 50 1858 (7 janvier) — 9%ü
- 1751 -12% 50 1786 — 12% 50 1870 1871 (5 janvier). — 11 ,9
- 1753 — 13% 20 1788-1789 - 21% 55 1871-1872 (froid peu durai le). - 21°,5
- 1754 —15% 74 1794-1795 — 25% 50 1879 (9 décembre). — 23% 9
- Tableau des températures minimu en degrés centésimaux observées pendant les hivers rigoureux des dix-huitième
- et dix-neuvième siècles.
- LES GRANDS FROIDS
- A PROPOS DE l’hiver 1879-1880
- Les grands froids qui ont sévi à Paris dans le courant du mois de décembre 1879, sont presque uniques dans l’histoire de notre capitale. Le Bulletin international du bureau central météorologique de France, enregistre le mardi 9 décembre à 8 heures du matin une température de 23°,9 au-dessous de zéro, quelques heures auparavant, M. Renou constatait à Saint-Maur, dans son observatoire du parc, une température sur la neige de 28° au-dessous de zéro, et à 1 heure du matin, le thermomètre extérieur dans cette même localité, donnait le lendemain 25°,6 au-dessous de zéro. Deux fois seulement en 1788 et en 1795 le froid a ;:évi d’une façon presque aussi intense; le thermomètre ayant indiqué 21°,50 et 23°,50 au-dessous de zéro.
- Yoici ce que l’histoire fournit sur les hivers les plus remarquables. Ils ont été très rigoureux dans les années 763, 801, 1067, 1210, 1505, 1354,
- 1558, 1361,1564, 1408, 1420, 1460, 1480,1495, 1507, 1522, 1600,1608, 1638,1657,1665,1670, 1677. Dans la suite, l’usage du thermomètre a permis de faire des observations certaines et d’enregistrer des chiffres comparatifs.
- Nous publions ci-dessus un tableau qui donne le minimum de température pendant les hivers les plus rigoureux du dix-huitième etdu dix-neuvième siècle1.
- Il nous a paru curieux de recueillir quelques détails historiques sur les grands froids qui ont sévi depuis le sixième siècle jusqu’à nos jours.
- La Chronique de Saint-Denis nous apprend que les hivers de 544 et 547 furent d’une excessive rigueur dans les Gaules, au point que les oiseaux gelés se laissaient prendre à la main. « Li oisel furent si destroit de faim et de froidure que on les prenoit sus la noifaus mains sanz nul engin. »
- La même Chronique signale encore les hivers de 593, de 763, de 859, de 874, qui furent très
- 1. Ce tableau est dressé d’après l'Histoire de Paris de Dulaure, et d’après Arago
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- LA NATURE.
- froids et accompagnés du triste cortège de la lamine et des épidémies. Le tiers de la population de la France périt, dit-on, à la suite de fléaux causés par le froid. La neige était d'une abondance telle, que les forêts devenues inaccessibles, ne pouvaient plus fournir de bois.
- Passons rapidement sur ces lugubres souvenirs en mentionnant les hivers des années 887, 940, 1020, 1043, 1067, comme ayant été aussi d'une excessive rigueur. En 1068, en Angleterre, la gelée amena une effroyable famine. Les hommes furent contraints de manger du chien, du cheval et même de la chair humaine, celle des victimes qu’abattait pêle-mêle le double fléau de la faim et d’un froid mortel. De 1076 à 1077, les gelées se prolongèrent pendant quatre mois en France, et toutes les récoltes furent perdues. En 1124, on vit des anguilles quitter les étangs gelés du Brabant et se réfugier dans des granges, où le froid vint encore les saisir et les faire périr.
- Des froids intolérables marquent encore les hivers de 1133, 1210, 1234, 1316,1408. Pendant ce dernier, à la fin de janvier 1408, le Petit-Pont construit à Paris, fut renversé parles glaçons lors de la débâcle de la Seine ainsi que les maisons établies dessus. Le 51 du même mois, le Grand-Pont dit aujourd'hui Pont-au-change, éprouva une secousse si forte que quatorze boutiques de changeurs, qui y étaient construites furent ruinées (Registres du Parlement). Le même jour le Pont-Neuf quoique bâti en pierres, céda à la violence des eaux et entraîna avec lui les maisons qui s’y trouvaient. Pendant l’hiver de 1820, les loups affamés firent irruption jusque dans les faubourgs de notre capitale. Les pauvres gens, en proie à toutes les souffrances d’une faim dévorante, cherchaient des aliments dans les tas d’ordures.
- Pierre de l’Estoileparle en ces termes de l’hiver de 1564 :
- L’an mil cinq cent soixante-quatre,
- La veille de la sainct Thomas,
- Le grand hyver nous vint combattre,
- Tuant les vieux noiers à tas ;
- Cent ans a qu’on ne vit tel cas ;
- Il dura trois mois sans lascher,
- Un mois outre sainct Macthias ;
- Qui fit beaucoup de gens fascher.
- L’hiver de 1608, longtemps appelé aussi le grand hiver, frappa de mort un grand nombre de passants dans les rues. Le vin se gela dans un calice à l’église Saint-André-des Arts. En 1657, tous les fleuves de l’Europe furent pris par la gelée, depuis la Fionie, où Charles X, roi de Suède, fit passer sa cavalerie à pied sec sur le petit Belt, transformé en une pleine de glace, jusqu’en Italie, où les voitures purent traverser le Tibre de la même façon.
- En 1683, la Tamise tout entière fut gelée à Londres, et une foire put s’y organiser pendant près d’un mois. Une chasse au renard, un combat
- de taureaux eurent lieu sur le solide radeau de glace. Citons rapidement les hivers extraordinaires de 1709-10, de 1739-40, de 1742, ceux de 1762-63, de 1765-66 de 1767 et de 1776. Dans l’hiver de cette dernière année, la glace de la Seine s’étendait jusqu’à 8 kilomètres en mer à son embouchure, jusqu’au moment où la marée venait briser ce vaste plateau de liquide solidifié. Le courrier de Paris en Picardie fut trouvé mort de froid dans sa voiture quand il arriva à Clermont en Beauvaisis.
- En 1710, les arbres gelèrent presque tous. Les blés furent entièrement gelés, et peu de personnes s’en aperçurent. La récolte fut absolument nulle.
- Pendant l’hiver de 1788-89, il y eut à Paris plus de deux mois de gelées sans interruption Louis XVI fît allumer de grands feux dans les carrefours pour que les pauvres gens pussent s’y réchauffer. Ceux-ci, dans leur reconnaissance, construisirent avec de la neige, à la barrière des Sergents, une immense effigie du roi. En 1788 et en 1789, le thermomètre marqua à Paris — 21°,5 et la glace s’étendit sur les rivages de nos côtes. En 1794, en 1795, en 1798, en 1799, en 1800, les hivers furent encore d’une rigueur extrême. Mais ce fut surtout en 1788-89 que le froid sévit avec une violence particulière dans toute l’Europe. La neige, dans les rues de Paris, atteignit une hauteur de 64 centimètres. Le vin gelait dans toutes les caves, et la glace se forma dans les puits les plus profonds. Les rues de Rome et celles de Constantinople furent couvertes de neige pendant plusieurs semaines. Le thermomètre s’abaissa jusqu’à — 17 degrés à Marseille, — 37 à Bâle en Suisse, — 35 à Brême en Allemagne, — 52 à Saint-Pétersbourg.
- La plus basse température qu’on ait vue se produire en France est de 51 degrés au-dessous de zéro. En étudiant les basses températures de notre siècle, nous mentionnerons les froids de 1812, si tristement mémorables dans notre histoire. Tandis que notre armée en Russie était soumise à l’action d’un froid de 56 à 57 degrés au-dessous de zéro, le thermomètre à Paris marquait — 10 degrés. Après 1812, les hivers célèbres de notre siècle sont celui de 1829 à 1850, le plus précoce et le plus long des hivers du siècle, et ceux de 1840, 1844,1846, 1854, qui ont été également très froids. Depuis cette époque, il semble que nous soyons entrés momentanément dans une période de températures plus douces et plus ménagées. Cependant personne n’oubliera l’hiver 1870-71, où pendant la terrible invasion prussienne, la rigueur des gelées semblait ajouter à la liste de nos ennemis.
- Nons ferons remarquer que les hivers rigoureux sont généralement de longue durée. En 1783-84, il y a eu 69 jours consécutifs de gelée, en 1788-89, 50 jours continus, en 1794-95, on en a compté 42. Depuis le commencement de ce siècle, il est bien rare que le froid ait duré plus de 30 jours.
- Sous des climats plus septentrionaux que le nôtre,
- J l’air peut atteindre des froids beaucoup plus rigou-
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- reux. C’est ainsi que, pendant l’hiver de 1854 à 1855, qui fut assez doux en Europe, l’Amérique du Nord fut soumise à une température extraordinairement basse. Tous les ports de Boston, de New-York et du rivage océanique furent entièrement gelés. Le 4 janvier, des voitures traversaient le Potomac transformé en un champ de glace. A Banear, à Franco-nie, à Newport, le mercure des thermomètres gelait. (40 degrés au-dessous de zéro) sous la môme latitude que le midi de la France.
- Dans les régionsboréales, l’air atteint très fréquemment une température capable de solidifier le mercure. D’après le capitaine Parry, à File de Melville, le mercure est solide cinq mois sur douze Le corps humain supporte assez bien ces froids énormes. En lisant les livres de bord de Parry, de Ross et de Rayes, qui est plus récent, on voit que les hommes bien enveloppés de fourrures peuvent se promener, chasser ou circuler sur les champs de glace, dans des traîneaux attelés de chiens esquimaux, au milieu d'une température assez basse pour congeler le mercure.
- Quand l’air est calme, on ne souffre point réellement de ces températures extrêmes, lors même que le thermomètre marque 40 degrés au-dessous de zéro. 11 en est tout autrement dès qu’une brise glacée vient agiter l’atmosphère. L’explorateur qui a risqué sa vie sur ces plages neigeuses endure alors de cruelles souffrances. C’est au milieu des mers boréales que l’homme a constaté les plus basses températures du globe. Parry a vu le thermomètre à aicool marquer 40 degrés au-dessous de zéro, dans l’île de Melville, près du Spitzberg. D’autres observateurs ont constaté — 58 degrés centésimaux au fort Entreprise dans d’Amérique du Nord, — 51 degrés à Nijnélaguiisk, dans les monts Ourals,
- — 54 à Nijné-Kolymsk, — 55 à Calés en Norwègc,
- — 57 degrés le 17 janvier 1854, au fort Reliance, enfin — 58 degrés en 1829 àlakoutsk en Sibérie1.
- Gaston Tissandier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Causeries scientifiques par Henri df. Parville. Dix-huitième année, Exposition universelle de 1878, 1 vol. in-18, orné de 255 vignettes. Paris, J. Rothschild, 1879. Prix, 5 francs.
- Le nouveau volume que le sympathique rédacteur scientifique du Journal Officiel vient de faire paraître, comprend l’histoire complète de l’Exposition universelle de 1878. Ce livre écrit avec le talent d'exposition qui caractérise son auteur, est rempli de charmantes gravures, représentant toutes les merveilles scientifiques qui se sont trouvées réunies l’an dernier.
- Les Peuples de l'Afrique, par R. Hartmann, 1 vol. in-8 de la Bibliothèque scientifique international avec 95figures dans le texte. Paris, Germer Baillière etC‘%1880.
- L’Afrique est devenue une véritable actualité, et une actualité d’autant plus intéressante qu’elle n’rst pas banale*»
- 1 D’après Arago.
- C’est ce qui donne une grande valeur au livre deM. Hartmann. L’auteur est un des plus célèbres voyageurs en Afrique. Il raconte de visu la vie publique et privée, des peuplades de l’Afrique centiale, décrit leurs religions et leurs institutions politiques plus développées qu’on ne le croyait, leur industrie et leur commerce, leurs habitations leurs guerres, leurs chasses, etc.
- Le Jardin de Mlle Jeanne, par Emile Desbeaux, 1 vol. in-4" illustré. Paris P. Ducroq, 1880.
- Ce nouveau livre que notre confrère Emile Desbeaux vient de publier a pour sous-titre « Rotanique du vieux jardinier ».
- C’est un ouvrage destiné à être mis aux premiers rangs des volumes qui ont pour but Yéducation amusante et qui sont actuellement si à la mode et si recherchés, avec juste raison, par le goût moderne.
- Le livre qui sort des presses typograqhiques de Quan-tin, renferme de nombreux dessins de maîtres tels que L. Du Paly. Giacomclli, Monginot, Scott, etc.
- FALSIFICATION DU BEURRE
- Les principales méthodes indiquées pour recher -cher les corps gras introduits par fraude dans le beurre ont pour base la densité ou le point de fusion de ces substances. Dans bien des cas, ces procédés sont insuffisants, et le microscope est appelé à rendre de grands services à l’expert.
- Pour cela, on fait fondre avec précaution, à la flamme d’une lampe à alcool, dans un tube à réactif, un gramme de beurre, de suif ou d’axonge, avec 10 grammes de glycérine.
- En agitant fortement, on obtient une émulsion qui se sépare lentement, ce qifi permet de la traiter par un mélange de 10 grammes d’alcool à 90° et d’une quantité égale d'éther à 06°. Le tout est placé dans une fiole blanche que l’on plonge dans un bain-marie maintenu à 25° L
- Par le repos, le liquide se sépare en deux couches à peu près égales, l'inférieure formée de glycérine et d’une partie de l’alcool, la supérieure d’éther et d’alcool.
- Si l’on opère avec le beurre, pur et bien préparé, on n’observe aucun dépôt entre les deux couches : la supérieure a une teinte un peu jaune, l’inférieure est légèrement opaline, phénomène d’autant plus prononcé que le beurre renferme plus de lait emprisonné.
- Avec le beurre de margarine, on obtient les mêmes résultats; seulement la couche inférieure n’a pas l’aspect opalin de la précédente, elle est d’un jaune sale.
- Le saindoux donne aussitôt un dépôt ayant environ 2 centimètres d’épaisseur: celui-ci présente l’aspect d’axonge à demi fluide.
- Avec le suif du commerce, on observe aussitôt entre les deux couches un dépôt floconneux dense ayant près de 0™,05 d’épaisseur.
- Si l’on opère avec dn suif de veau, cette couche
- 1 Je me sers pour celte opération d’une fiole de pharmacie de la contenance de 60 grammes.
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- LA NATURE
- paraît moins dense et se divise souvent en deux, l’une restant entre les deux couches du liquide et l’autre montant à la surface de la liqueur éthérée.
- Le Leurre naturel renferme-t-il des féculents? Ceux-ci forment également entre les deux couches un dépôt qui ne se teinte pas en bleu si l’on ajoute quelques gouttes de teinture d’iode au liquide éthé-ro-alcoolique. Il ne faut pas pour cela conclure à leur absence ; car, en ajoutant 40 grammes d’eau environ et en agitant, la fécule vient se placer avec une teinte bleu noir entre la couche inférieure et la supérieure.
- Lorsqu’on a retiré ces fioles du bain-marie, si on laisse tomber la température à 48 ou 20°, avec le beurre naturel il se forme entre les deux couches de légers flocons blancs que nous examinerons au microscope.
- Le beurre de margarine produit ce phénomène beaucoup plus lentement. Le dépôt est moins abon-
- Fig i. — Beurre frais vu au microscope.
- cristaux n’ont pas la même netteté (fig. 6, B) ; on voit comme des écailles pavimenteuses, d’où partent les aiguilles que nous venons de décrire ; à côté on observe quelques cristaux de margarine, sous forme de petits plumasseaux isolés ou pris dans des globules gras.
- Avec l’axonge (fig. 5, A), on observe également des sortes de globules polyédriques, globules gras à demi liges et comprimés, qui ont l’aspect de paillettes, et au milieu desquels, avec un fort grossissement, on remarque quelques cristaux très fins de margarine.
- Si l’on s’est servi, pour cette falsification, de saindoux mal préparé, on voit des débris de panne, c’est-à-dire des cellules et des vésicules adipeuses (fig. 4).
- La graisse d’oie donne des résultats ayant une certaine analogie avec ceux obtenus à l’aide de l’axonge, mais le corps gras se présente sous la forme de plaques carrées ou rectangulaires, très
- dant et n'a pas l’aspect floconneux du précédent. Avec la margarine premier choix, il n’occupe même pas toute la surface de démarcation. Avec la margarine de deuxième qualité, le dépôt, un peu plus abondant, se divise bientôt en deux parties, l’une se précipitant au fond du vase et ayant l’apparence glaireuse, l'autre nageant à la surface et ayant l’aspect demi-fluide.
- Les dépôts obtenus avec le suif et l’axonge augmentent de valeur.
- L’examen microscopique servira à différencier ces substances.
- Le premier dépôt formé avec le suit montre, au microscope, des cristaux bien caractérisés de stéarine (fig. 6, A) ; ce sont de petites masses rondes ou elliptiques d’où partent des aiguilles raides qui donnent à ces cristaux l’aspect d’oursins ou de hérissons.
- Lorsqu’on s’est servi dégraissé de veau, tous ces
- Fig. 2. — Cristaux de margaiiiie du beurre vus au microscope.
- petites et très brillantes, au milieu desquelles on voit do légers faisceaux de margarine cristallisée (fig. h, B).
- Avec le beurre frais le microscope montre de longues et délicates aiguilles de margarine, flexueu-scs, contournées, se réunissant en faisceaux qui, en se groupant, présentent les formes les plus variées (fig. 1, A). Jamais on ne voit de cristaux de stéarine.
- Lorsque le beurre a subi la fusion sous l’influence d’une chaleur assez forte, ces aiguilles diminuent considérablement de longueur ; elles sont généralement groupées autour d’un point central et ont l’aspect chevelu (fig. 1, B).
- Si à la liqueur éthéro-alcoolique on a ajouté un peu de teinture d’iode, la margarine du beurre pur se dépose sous forme de petits grains qui laissent voir au microscope cette substance cristallisée en arborescence ou sorte de plumets mêlés à desaiguil-les plus larges, dont les extrémités s’étalent et paraissent à l’état de demi-fusion (fig. 2).
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- LA NATURE.
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- Le beurre de margarine Mouriès donne des cristaux de margarine beaucoup moins nets englobés dans des traînées graisseuses. Le plus souvent, on voit le globule gras présentant l’aspect d’une goutte de vernis qui s’est fendillée en se desséchant. Avec un fort grossissement, on remarque que ce sont des cristaux infiniment petits de margarine qui simulent ces fentes (fiy. 3, II).
- Fig. 5. — H Beurre artificiel Mouriès — A Cucurma. — K Safran. — F Rocou. — D Jus de carotte.
- Fig. 5. — Beurre falsifié avec l’axonge (A) et la graisse d'oie (B).
- se fonce et brunit en présence d’un peu d’alcali.
- Le safran (fig. 3, K) présente des débris végétaux jaune safran, qui deviennent bleus et violets sous l’influence de l’acide sulfurique.
- Le rocou apparaît sous la forme de plaques d’un jaune roux, remplies de sortes de rognons ou noyaux plus foncés (fig. 3, F)
- Enfin le jus de carotte est tout à tait caractéristique; outre les cellules végétales, on remarque une
- De plus, si l’on observe la matière glaireuse qui reste au fond du vase, on remarque une quantité considérable de fragments de tissus végétaux et des débris de matières colorantes qu’on peut reconnaître au microscope.
- Le curcuma se présente sous la forme de petites masses finement granulées, souvent ovoïdes, ayant une teinte d’un jaune roux (fig. 3, A). Cette couleur
- Fig. 4. — Beurre falsifié avec du saindoux mal préparé. Vu au microscope.
- Fig. fi. — Beurre falsifié avec le suif (A) et la graisse de veau (B).
- masse de fragments ayant l’aspect d’aiguilles brisées d’un rouge carrotte (fig. 3, B).
- Les expériences que nous venons de rapporter forment en quelque sorte l’analyse qualitative du beurre 1.
- G. HussoiN,
- — La suite prochainement. — Pharmacien à Toul.
- 1 Le latl, ta crème et le Leurre. Librairie Asselin. Paris 1878
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- LA NATURE.
- CORRESPONDANCE
- M. Ch. Truchot nous a écrit au sujet de la notice que nous avons publiée de lui dans notre n° 557 du 15 novembre 1878, page 585 (Expériences nouvelles sur l'in-jecteur Gif fard), en nous priant d’ajouter que ces expériences avaient été laites sur les indications de M. Gruey professeur à la Faculté des sciences de Clermont. Il ne nous a pas été possible de faire cette rectification, notre numéro étant sous presse. Nous la publions aujourd'hui sur la demande de M. Gruey.
- CHRONIQUE
- L’hiver 18ÏO au Pic-du-Midi. — Tandis que Paris et la France entière sont couvertes de neige, au milieu d’un froid exceptionnel, le temps est relativement très clément au sommet du Pic-du-Midi, et la neige y est rare. Le brave général de Nansouty nous pardonnera de publier ce télégramme tout intime qu’il nous adresse à la date du 24 décembre: « Nous sommes en détresse; nous ne trouverons bientôt plus assez de neige pour faire l’eau pour le thé et la soupe. Apporlez-nous de la neige si Paris en a assez. » Si l’on s’élevait en ballon au-dessus des brumes glacées qui couvrent le pays, peut-être ta-ouverait-on aussi des régions moins rigoureuses que dans les bas-fonds de l’atmosphère.
- Nouveau procédé photographique Inventé au Japon. — Les fabricants de vernis japonais ont remarqué depuis assez longtemps qu'une des substances employées dans leur manufacture devient dure comme la pierre lorsqu’on la laisse exposée à la lumière solaire pendant quelques heures. Un inventeur japonais, dont le nom ne nous est pas encore parvenu, prend celte substance (qui est probablement une espèce de bitume, quoiqu’on assure le contraire) et en endu t une planche, puis il l’expose derrière un négatif. L’exposition est de douze heures environ; l’image est alors mate et dure comme la pierre, tandis que les parties qui n'ont pas subi Faction de la lumière restent molles et brillantes; de sorte qu’elles peuvent être facilement enlevées à l'aide d’un procédé mécanique par le moyen d’une spatule et d’une brosse, etc. La planche sert alors de pierre lithographique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES,
- Séance du 22 décembre 1879. — Présidence de M. Daubhke. Nouvel hydrure de silicium. — Tout le monde connaît l’hydrogène silicié, cette sorte de gaz des marais où le silicium joue le rôle du carbone, et Fou sait les intéressants résultats que M. Friedel a obtenu dans son étude. Les analogies du silicium avec le carbone faisaient prévoir que ce gaz devait appartenir à toute une série de composés répondant aux carbures d’hydrogène ; aussi est-ce avec un intérêt très sérieux qu’on a appris qu’en soumettant l’hydrogène silicié à Faction de l’ettluve électrique, M. Ogier la scindé en hydrogène libre et en une substance solide et cristallisée de la formule SiMl3. Ce nouveau composé qui est très stable se conserve quelque temps à l’air sans altération, mais si on le frotte, avec une lame de canif par exemple, il prend feu.
- Action de la température sur la nitrification. — D’après MM. Schlœsing et Muntz, à 5 degrés sous zéro, la nitrification n’est pas possible, le ferment nitrique étant absolument paralysé. Ce n’est qu’à -t- 12° que l’effet du
- ferment commence à être sensible et il va constamment en augmentant jusqu’à + 57° où il atteint son maximum. Si la température s’élève davantage, la puissance de nitrification va en diminuant, pour s’éteindre à —J— 50°. La quantité d’acide nitrique produit à -f- 57° est sensiblement décuple de celle qui se fait à + 14°.
- Comparaison de la ptyaline et de la diastase. — Les physiologistes divergent d'opinion quant à Faction du suc gastrique sur la ptyaline et sur la diastase. Tandis que les uns maintiennent que la salive est détruite dans le suc gastrique, les autres soutiennent qu’elle continue dans i’eslomac son action sur l’amidon. M. Defresne montre aujourd’hui que tous ont raison : car, en effet, d'une part, la salive est paralysée dans le suc gastrique pur, d’autre part, si on opère dans le suc gastrique mixte, qui ne contient que des acides organiques, la saccharification marche aussi bien que dans la bouche. La ptyaline, comme la pancréatine, est donc un excellent réactif pour démontrer la différence qu’il y a dans la nature du suc gastrique mixte et du suc gastrique pur. Celui-ci doit son acidité à de l'acide chlorydrique sans doute combiné à la leucine; celui-là à des acides organiques combinés aussi à des matières azotées. La ptyaline et la diastase ne sont donc pas deux corps identiques au point de vue physiologique, car : la ptyaline qui saccharilie l’amidon dans le suc gastrique mixte aussi bien que dans la bouche, n’est paralysée qu’un moment dans le suc gastrique pur et retrouve ensuite son action dans le suc gastrique mixte et dans le duodénum; — tandis que la diastase ou malline est détruite irrémissiblement dans les solutions chlorydriques ou dans le suc gastrique pur et après avoir passé dans le suc gastrique mixte, elle est profondément altérée car elle dissout encore de l’amidon, e lie ne le saccharifie plus.
- L'acétate de protoxyde de cuivre. — Un procédé classique de préparation de l’acide acétique consiste à distiller le verdet ou acétate de cuivre. On remarque alors qu’il se condense dans les parties froides de l’appareil une petite quantité d’une substance solide, blanche comme la ii‘ige et que ses caractères, mal étudiés jusqu’ici, à cause du peu d’abondance de ce produit ont conduit à considérer comme de l’acétate de protoxyde de cuivre. M. Lelcl-lier vient d’imaginer une méthode qui permet de l’obtenir en quantité illimitée. Elle consiste à chauffer dans un va-e scellé, du bioxyde de cuivre en présence de l'alcool. L’oxyde métallique perd alors la moitié de son oxygène qui transforme l’alcool en acide acétique et celui-ci se combine au protoxyde de cuivre de façon à donner l’acétate cherché. Cette expérience charmante et qui sera bientôt une expérience de cours, peut être répétée avec tous les alcools et elle donne des produits dont l’élude occupe actuellement Fauteur.
- Nouveau cas de parthénoyénèse. — Un entomologiste de Vaucluse, M. Fabre, a étudié les mœurs et le mode de reproduction d’insectes hyménoptères de la famille des abeilles appartenant au genre alyte. Ces animaux nidifiants qui sont solitaires, s’associent cependant pour construire leurs demeures souterraines et cette association est éminemment intelligente puisqu’elle se traduit en une économie de travail. Les femelles creusent en commun une sorte de vestibule sur lequel s'ouvrent tous les appartements particuliers dont chacun est l’œuvre de la femelle qui doit l’habiter. Ces appartements comprennent des cellules renfermant les œufs et les matières destinées à l’alimentation des larves. Four ce qui est du mode de re-
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- LA NATURE.
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- production, ces bestioles présentent un cas tout nouveau de paiihénogénèse. Voici en effet comment les choses se passent. Au mois de septembre, les mâles elles femelles se rapprochent, non pas en l’air comme cela a lieu pour des genres voisins, mais dans les habitations souterraines. Les mâles ne tardent pa-sà mourir et en novembre les femelles tombent dans le sommeil hibernal. Dès leur réveil, au printemps vers le mois de mai, elles approvisionnent les cellules, y pondent leurs œufs et succombent à leur tour. Les diverses métamorphoses des larves sont terminées en juillet, mais alors l’espèce n’est représentée absolument que par ses femelles. Malgré l’absence de mâles, celles-ci pondent des œufs parfaitement féconds d’où sortent des mâles et des femelles qui recommencent la môme série de reproductions.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE NOVEMBRE 1879
- En commençant la 4 e année de nos études mensuelles, il est utile ds résumer en peu de mots les résultats acquis :
- 1° Le baromètre a été choisi comme instrument météorologique principal, et en réunissant les points sur lesquels la pression atmosphérique est la même, on a pu tracer les Isobares qui sont les diverses courbes menées sur nos cartes.
- 2° La distribution de ces courbes conduit à la notion de cyclones et A’anticyclones jouissant de caractères différents1. Dans le cyclone, la distribution de la pression est en défaut par rapport à sa valeur moyenne, et le vent tangent aux lignes isobares, tourne en sens inverse des aiguilles d’une montre : la chaleur, les vents tempétueux, les pluies l’accompagnent. Dans l’anticyclone, les conditions sont inverses.
- 3° L’intensité du vent est liée au gradient lequel est le meilleur guide pour l'interprétation des cartes du temps2.
- 4° Des dépressions secondaires se montrent souvent : dans un cyclone elles peuvent causer d’immenses dégâts, dans un anticyclone elles n’ont qu’une faible importance et s’évanouissent rapidement3.
- 5° Des cyclones de divers ordres ont été distingués : on en a signalé depuis le premier ordre (710,u 111 au centre) jusqu’au septième ordre (770"lm) au centre. Les premiers causent des tempêtes d’une grande violence et d’une grande étendue4.
- 6° Diverses trajectoires des cyclones ont été indiquées. Ces météores marchent généralement de l’O. à l’E. avec une vitesse grande. Les anticyclones au contraire se déplacent très lentement.
- 7° La baisse du baromètre, l’augmentation de la température et de l’humidité, les vents ralliant le sud sont les caractères qui permettent généralement d’annoncer l’approche des cyclones et de faire les
- 1 Voir la Nature, n° 258 du 22 décembre 1877, p. 65.
- - Voir la Nature, n° 242 du 19 janvier 1878, p. 127.
- 5 Voir la Nature, h“ 246 du 16 février 1878, p. 192.
- 4 Voir la Nature, n° 294 du 18 janvier 1879, p. 111.
- avertissements de tempêtes. Les conditions générales du temps, l’aspect du ciel surtout le soir, donnent des indications très utiles.
- Le mois de novembre 1879 peut être considéré comme le prélude du rigoureux et exceptionnel hiver qui sévit si cruellement aujourd’hui. Déjà pendant tout ce mois la température avait été constamment, sauf le 7, le 8, le 11 et le 12, inférieure à la normale de l’Observatoire de Paris, et le thermomètre de Saint-Maur, était descendu dès les premiers jours du mois de 5° au-dessous, de cette normale, pour atteindre 8°au-dessous au milieu de la seconde décade (le 15) et devenir à la fin de la troisième décade (le 27) inférieur de 10° à cette moyenne. Les températures indiquées avaient été de 0° le 1er novembre —7° le 16, le 21,1e 28 et le 29. Le froid faible dans la lre décade, est donc devenu assez fort pendant la seconde et très fort pendant la 3°; il restera rigoureux et exceptionnel presque tout le mois suivant.
- Ces températures basses doivent coïncider ainsi que nous l’avons dit maintes fois avec de fortes pressions barométriques. Les cartes montrent en effet la prédominance des aires à fortes pressions ou des anticyclones. Dès le 2, le baromètre marque 770mm sur l’Angleterre, il s’élève en cette région jusqu’à 780111111 le 6, et atteint la même hauteur le 20 sur la Suède et le 22 en Russie. A Paris le baromètre est resté tous les jours sauf 2, au-dessus de 760, il a atteint la hauteur exceptionnelle de 777mw.
- Les bourrasques ont toujours circulé loin de nous.
- 1re Décade. — Les cyclones traversent la Scandinavie et la Finlande; le plus remarquable est visible sur la carte du 3 ou les basses pressions (750imu) couvrent la Russie. Leur centre qui était le 1er vers Christiania, le 2 vers Memel, se trouve le 5 entre Wilna et Smolensk puis disparaît vers l’Oural. Une tempête de neige accompagne cette dépression, dont l’effet se fait sentir sur l’Europe occidentale par le refroidissement intense signalé dès le 1er novembre dans les environs de Paris.
- 2a Décade. — La carte du 12 nous montre une dépression de 4e ordre (745mm) qui cause une violente tempête du N. O. sur la Manche et l’Angleterre. Cette dépression persiste pendant toute cette décade formant un cyclone bien constitué dont la marche est fort intéressante. Apparu en Ecosse le 11, il suit la trajectoire anglo-baltique, passe au sud de Memel le 13, et le 14 traverse les marais de Pinsk. Il continue encore jusqu’à 6 heures du soir sa marche vers l’est, puis décrivant une lro boucle, il se trouve, le 16, vers Dantzig. De là marchant vers le S., il atteint le 17 la mer Noire pour remonter de nouveau le 18 vers Lemberg, enfin disparaître le 19.
- Le baromètre reste bas dans l’est de l’Europe, en même temps un anticyclone (770mm) apparaît le 15»
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- LA NATURE
- le 16 et le 17 sur la France, sous cette double influence, une zone de froid persiste sur nos côtes ouest s’étendant jusque vers l’Autriche et l’Italie où Je froid est de 2° à Florence.
- 3° Décade. — Les fortes pressions dominent dans l’est et le nord de l’Europe, les cyclones se propagent surtout de Madère, vers l’Espagne, la Corse, la haute Italie ; de là une nouvelle prédomi-
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN NOVEMBRE 1879 D’après le Bureau centraI météorologique de France, (Réduction 1/8).
- M ardi 11
- Mercredi 12
- Jeudi 13
- Vendredi 1*t
- Samedi 15
- Vendredi 21
- Jeudi 27 Vendredi 28
- nance des vents du nord, et un froid déjà très rigoureux. La neige apparue le 20 se montre à plusieurs reprises.
- En résumé ce mois a été froid, sec, avec prédominance des vents du nord, et baromètre surélevé.
- Le thermomètre à Saint-Maur est descendu douze fois au-dessous de zéro, il y a eu gelée blanche les 6,
- Samedi 29
- Dimanche 30
- 13 et 14. 13 jours de pluie, ont donné moins de 111,111 pendant la lre décade, 4mm pendant la seconde et 15 pendant la 5e, en tout 19mm,5. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmer.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pané.
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- N# 344. — 3 JANVIER 1880.
- LA NATURE.
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- STATISTIQUE DES BÈGUES EN FRANCE
- L’histoire rapporte que Virgile était bègue ; cet admirable poète ne savait pas prononcer ses vers. Démosthènes aussi était bègue, et, fait plus remarquable peut-être, il en était de même d’un autre orateur politique beaucoup plus moderne : Camille Desmoulins. Ainsi ce défaut n’a pas empêché ce poète, ni ces deux orateurs de se distinguer dans des arts où la prononciation a une si grande part1.
- Il n’en est pas moins vrai que le bégaiement est une gêne considérable pour ceux qui en sont affligés ; c’est une gêne souvent plus grande encore
- pour ceux qui sont obligés de les écouter. Et il est fort heureux que cette infirmité soit aujourd’hui facile à guérir. Trois semaines d’un enseignement bien conduit suffisent la plupart du temps, pour que la prononciation devienne courante et naturelle. On sait que Démosthènes atteignit ce résultat en déclamant à haute voix en courant sur les rivages de la mer avec des cailloux dans la bouche. Aujourd’hui, on peut se passer des rivages de la mer et des cailloux dans la bouche, et le résultat n’en est pas moins bon.
- M. Chervin qui a fondé dans plusieurs villes de l’Europe et notamment à Paris, des institutions de bègues, a établi récemment des statistiques curieu-
- Carle de France indiquant les variations dans la fréquence du bégaiement pendant les périodes décennales 1850-59 à 1860-69.
- Carte de Franee indiquant la distribution géographique des bègues exemptés du service militaire de 1850 à 1859.
- Par M. Chervin aîné, directeur fondateur de l'Institution des bègues à Paris.
- ses pour savoir combien il y a de bègues dans la population française, et dans quelles conditions climatériques et autres, le nombre de ces infirmités augmente. Les chiffres qu’il a recueillis lui ont permis de dresser deux cartes que nous présentons à nos lecteurs.
- Un coup d’œil sur ces cartes suffit pour montrer que sous ce rapport la France se divise en deux régions bien distinctes séparées par une ligne allant de Bordeaux à Genève. Au sud de cette ligne, les bègues sont infiniment plus fréquents que au nord. Et les différences sont considérables, car Paris n’a que 6 conscrits bègues sur 10 000, tandis que les Bouches-du-Rhône en ont plus de 155 !
- 1 Plusieurs autres hommes célèbres étaient affligés de ce défaut; dans l’antiquité, Moïse, Esope, et l’illustre Aristote; dans les temps modernes, LouisXIII, Boissy d’Anglas, et beaucoup d’autres.
- 8* année. — 1er semestre.
- Mais ni l’un ni l’autre de ces chiffres ne donne idée de la fréquence ordinaire de cette infirmité. Celte fréquence est de 5 pour 1000 ; du moins il en est ainsi à l’âge du recrutement, car la fréquence du bégaiement paraît varier beaucoup avec l’âge.
- Il résulte de cette proportion que les départements périméditerranéens sont e-xtraordinairement sujets au bégaiement. M Chervin a trouvé que dans le Piémont, qui est sujet au même climat et qui est peuplé par une population assez analogue, le bégaiement est aussi d’une fréquence extraordinaire.
- A quoi tient ce triste privilège ? M. Chervin l’attribue, au moins en partie, à l’animation extrême que les Méridionaux mettent dans leurs discours, qu’ils accompagnent de gestes, de démonstrations et de mimiques expressives que quelques-uns poussent jusqu’à la grimace. Les paroles bouillonnent dans leur bouche pour ainsi dire. Or qu’arrive-t-il
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- LA NATURE.
- à la sortie d’un théâtre, lorsque tout le monde veut sortir à la fois; c’est que personne ne sort, ou du moins la sortie se fait mal, et en quelque sorte par saccades. Quelque chose de pareil arrive à qui veut parler trop vite. Les mots ne sortent pas, ou sortent mal ; l’impatience qu’il y met ne fait qu’ajouter à son embarras.
- On peut encore donner une autre explication de la fréquence du bégaiement dans le Midi. On sait que les vents chauds y causent différentes maladies nerveuses qui font périr en grande quantité des jeunes enfants. M. Bertillon a publié sur ce point une carte très démonstrative. Peut-être ces maladies amènent-elles chez un certain nombre d’enfants des désordres entraînant le bégaiement.
- Les causes que M. Chervin assigne au bégaiement sont le plus souvent une frayeur subite survenue pendant l’enfance : Un incendie, un accident de bateaux, etc., rendent l’enfant subitement bègue. Souvent aussi le mal vient peu à peu ; l’esprit d’imitation peut alors en être une cause parfaitement involontaire; le seul fait de causer souvent avec un camarade ou un maître bègue, fait qu’on le devient soi-même.
- Il est curieux que les hommes soient beaucoup plus sujets à ce mal que les femmes. Tous les auteurs sont d’accord sur ce point, et ne comptent que 10 à 20 femmes sur 100 bègues. Peut-être cela tient—il à ce que les hommes souffrent plus que les femmes de cette incommodité et tiennent plus à s’en débarrasser.
- Les villes comptent deux ou trois fois moins de bègues que les campagnes, d’après les données du recrutement. Ce résultat est assez remarquable. Peut-être faut- il le comparer à une autre règle que M. Chervin a mise en lumière et qui s’explique aisément. C’est que les pays qui comptent le plus d’écoles sont aussi ceux où les bègues sont les pins rares. On comprend en effet qu’en apprenant à connaître leur langue, à distinguer les différents mots, à les épeler et à les écrire, les enfants doivent apprendre par là même, à en avoir une conception plus nette, à les articuler plus distinctement et à éviter le bredouillement.
- Dans les pays sauvages, où la grammaire est un art totalement inconnu, plusieurs voyageurs ont été surpris du nombre considérable de bègues. Le R. P. Petitot cite des tribus de l’Amérique du Nord où les bègues sont très nombreux ; et même il en cite une, la tribu des Litchaurées, dont tous les habitants sont plus ou moins bègues. A cette fréquence du bégaiement chez les sauvages, nous pensons qu’on peut rapporter l’usage fréquent des répétitions de syllabes dans les mots. Il suffît de parcourir des yeux, une carte géographique de l’Afrique ou de l’Amérique, pour voir que les noms d’origine sauvage sont très souvent formés de syllabes répétées.
- Mais revenons à notre pays. Il résulte delà statistique de M. Chervin, qui est fondée sur vingt années d’observation, que, en somme, un millier de jeunes
- gens sont chaque année exemptés du service militaire pour bégaiement. C’est là pour l’armée une perte sèche, car ces hommes sont aussi solides et aussi bien bâtis que les autres ; mais d’autre part, comment faire un soldat d’un homme qui ne saurait pas crier : Qui vive !
- M. Chervin propose que dans les écoles normales on apprenne aux instituteurs les méthodes à suivre pour guérir le bégaiement. Lorsque dans leur village il y aurait quelqu’enfant bègue, il leur serait facile de lui rendre la parole, et de préparer ainsi un soldat de plus à l’armée.
- Jacques Bertillon.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du vendredi 28 novembre 1879. — Présidence de M. Jungfteisch. — M. A. Gautier communique un travail sur l’acide gallotannique. Il indique comment il a pu, par des précipitations fractionnées faites au moyen de l’acide sulfurique et par la dyalise, séparer les tannins des galles de Mossoul et d’Alep en des principes immédiats différents. Le glucose que l’on obtient en hydratant ces tannins par l'action des acides minéraux est dû au dédoublement d’un tannin particulier, qui donne dans ces circonstances du glucose et de l’acide ellagique. — M. Schützenberger, en laissant agir directement l’azote pur sur le silicium à haute température a obtenu deux azotures de silicium. L’un SiAz, correspond au cyanogène et est coloré en vert. L’autre e4 blanc et a probablement pour formule Sir,Az3. — M. Schützenberger a observé que dans la combustion du soufre dans l’oxygène sec, en même temps que l’acide sulfureux, il se forme de l’anhydride sulfurique et probablement de l’acide persulfu-rique. — MM. llenriot et Doassens ont extrait delà racine de thaliclrum macrocarpum un corps cristallisé qu’ils nomment tbalictrine et qui possède des propriétés toxiques très marquées. — M. Demarçay décrit une nouvelle série de combinaisons de l’acide tétrique. Cet acide traité par le perchlorure de phosphore donne un chlorure acide C4U4C1'02 qui se transforme à l’dir en acide mono-chlorocrotonique. — M. Demarçay a observé que le zinc précipite le cobalt et le nickel de leurs solutions ammoniacales. Lorsque les deux métaux sont mélangés, le cobalt est précipité le premier. — M. Ch. Girard rend compte d’une note de M.P. Müller sur les vins artificiels. L’auteur propose l’emploi du microscope pour les distinguer des vins naturels, les levures présentant des caractères différents dans les deux cas. — M. Schneider donne lecture d’une note de MM. Moelting et Reverdin sur la dimélhyl-naphtylainine. — M. Friedel présente une note de M. Demole sur la constitution de l’ethylène bibromé. Ce corps traité en solution benzénique par l’aluminium a donné deux composés. L’un de ces derniers est le diphé— nyléthylène asymétrique C’4H'2; oxydé par l’acide chro-mique, il donne de la benzophénone et de l’acide carbonique.
- Séance du 12 décembre 1879. — M. Millot fait une communication sur les phénomènes de fermentation qui se produisent dans les appareils de diffusion employés en sucrerie pour l’extraction des jus sucrés de la betterave.
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- LA NATURE.
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- Il a observé une fermentation acétique et une fermentation butyrique avec production d’hydrogène et destruction de sucre. M. Jungfleisch indique diverses modifications qu’il a apportées à l’appareil de préparation de l’acétylène présenté par lui dans une séance antérieure. Ces modifications rendent le réglage de l’appareil plus facile, et augmentent très notablement sa production.
- Société française de physique. — Séance (lu 5 décembre. — MM. Vincent et Leclère envoient la description et le dessin d'un rhéostat qu’ils ont imaginé. La pièce essentielle de leur appareil est une roue conductrice à dents aiguës séparées par un corps mauvais conducteur. Un petit ressort appuie sur les dents et peut se déplacer de leur base à leur pointe, de manière à régler les intermittences du courant employé et le rendre équivalent à un courant continu d’intensité donnée. — M. Gueb-hard décrit et montre en projection les anneaux colorés produits à la surface du mercure par l’haleine ou par une goutte d’un liquide volatil (essence de pétrole, etc.), susceptible de s’étendre sur le mercure. Nous décrivons plus loin ces intéressantes expériences.
- CORRESPONDANCE
- sur i/échange de publicité des découvertes
- ASTRONOMIQUES ENTRE LES AMATEURS
- Paris, le 25 décembre.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai l’honneur de vous faire connaître la circulaire qui a été adressée par lord Lindsay, président de la Royal Astronomical Society, aux principaux observatoires anglais et dont voici la traduction : « Désireux de former un système capable de répandre rapidement les nouvelles astronomiques parmi les observateurs anglais, je sollicite votre concours pour la mise en exécution de ce plan. Dans le cas où vous découvririez une comète, une nouvelle étoile ou autre objet intéressant, je vous prierai de m’envoyer un télégramme annonçant la découverte et donnant les détails usuels. Pour plus d’uniformité, les dépêches devront être rédigées selon la forme recommandée par l’Académie de Vienne (Astronomische Nachrichten, vol. 75, num. 1785, p. 142),comme il suit : — Comète (nouvelle étoile, etc.) découverte par, date, heure et minute, localité, ascension droite (en degrés et minutes), distance polaire boréale (degrés et minutes), mouvement journalier en /R et N.P.D. (en minutes d’arc) plus ou moins, description, diamètre de la comète, etc. (en minutes d’arc). Par exemple : — «Comète Winnecke 5 avril 1445 Strasbourg 33157 — 07508.Mouvement —0— moins 60".»
- — Cela voudrait dire : « Comète découverte par Winnecke, le 5 avril, 14 heures 45 minutes, heure inovenne à Strasbourg. Æ. 351°57'N.P.D. 75°8'. Mouvement journalier : stationnaire en Æ, moins 60' en distance polaire. »
- — On mettra des zéros pour remplir les vides, afin d’avoir trois chiffres pour les degrés et deux pour les minutes (cinq en tout) pour JR et P.D. On mettra quatre chiffres pour l’heure. Les télégrammes devront être adressés à l’observatoire Dunechl-Aberdeen. —Je m’engage à faire connaître les nouvelles dans les 24 heures aux observatoires et à tous ceux qui pourraient faire des observations utiles et qui m’enverront leur adresse. Aujourd’hui, c’est
- par un pur hasard que les observatoires particuliers entendent parler des découvertes de comètes, etc. Ce serait évidemment un avantage indiscutable que les informations fussent promptement répandues par toutes les iles Britanniques. »
- Signé : Lord Lindsay.
- Tel est le système de lord Lindsay pour relier entre eux les observateurs si nombreux en Angleterre. Si un pareil plan avait déjà été adopté, nous n’aurions pas tant de ces observations incertaines, quelquefois exagérées qui répandent l’incertitude. Nous saurions à quoi nous en tenir sur ce fameux cratère de Klein, sur ces Vulcains qui sont supposés par quelques-uns traverser le disque du soleil de temps en temps. Je me suis donc chargé pour lord Lindsay d’étendre son système en France et je vous demanderai votre coopération en publiant cette lettre. La Nature sera le premier journal auquel j’enverrai les observations dès que je les aurai reçues. J’invite vos lecteurs qui sont en mesure de faire des observations à jn’envoyer leur adresse. 1° Je leur enverrai directement les observations qui me seront communiquées. 2° Ils m’enverront les leurs qui seront transmises immédiatement en France par moi, en Angleterre par lord Lindsay.
- J’espère que nous serons bientôt en communication avec les différents pays de l’Europe.
- Veuillez agréer, etc.
- C. Détaillé,
- 7, rue de Tocqueville, Paris.
- LES TERMITES
- DE FRANGE ET DE L’ÉTRANGER.
- (Suite et fin. — Voy. p. 74.)
- Une espèce de Termites peut s’observer, trop aisément, hélas! en France. L’habitude qu’a cette espèce de travailler toujours dans l’obscurité et de cheminer dans des tubes de parcelles de bois agglutinées, fait qu’on a longtemps ignoré son existence chez nous. Le Termes lucifugus, Rossi, a été signalé pour la première fois en 4797 dans une maison de la rue Royale, à Rocbefort, puis on le retrouva tout autour dans la Charente-Inférieure, une partie de la Charente et le nord du Bordelais. Comme à cette époque Rochefort, Tonnay-Charente et surtout la Rochelle et Bordeaux étaient l’entrepôt du commerce de la France avec sa colonie de Saint-Domingue, on prétendit que les frères Poupet, riches armateurs de La Rochelle et qui construisirent l’hôtel de la préfecture, avaient importé vers 1780, avec leurs ballots de marchandises, cette funeste engeance, détruisant toutes les matières ligneuses, ainsi que le linge, le papier, les livres, les céréales, etc., amenant l’écroulement des maisons dont les poutres sont rongées à l’intérieur, sans qu’on aperçoive rien au dehors. Aujourd’hui l’opinion de la provenance exotique de ce Termite lucifuge n’est plus soutenable. On le trouve en effet abondamment dans les pins maritimes des Landes, établissant ses termitières dans les souches, loin de tous lieux habités. Ce sont les bois de
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- LA NATURE.
- pins, de construction et de chauffage qui l’ont introduit dans les départements voisins. Seulement, dans les Landes, les Termites ne forment que des essaims de quelques centaines d'individus; dans les villes, sous l’influence d’une nourriture bien plus abondante, ils sont devenus de grandes associations. L’espèce existe encore en Portugal, en Espagne, dans la Catalogne, en Toscane, en Sardaigne, en Dalmatie, en Grèce, en Turquie, à Pile de Chypre, en Égypte, à Madère, en Algérie, surtout dans les bois de chêne-liège.
- Il est très difficile de trouver les termitières dans les maisons, tant elles sont bien cachées.
- On y rencontre, d’après Lespès, un couple fécond, privé d’ailes, de couleur brunâtre, tantôt petit roi et petite reine, provenant de l’émigration de sexués, qui s’opère de mars à mai, tantôt roi et reine à organes reproducteurs bien plus développés et par suite de plus forte taille, qui sont dus à l’essaimage d’août.
- L’abdomen blanchâtre de la reine fécondée est énorme et traîne à terre, variant en longueur, selon lage, de 10 à 30 millimètres. Elle se tient dans une galerie profonde du nid, sans cellule spéciale, le mâle ordinairement près d’elle.
- Quoique très embarrassée de son gros ventre, elle marche cependant assez bien, et le roi est toujours très vif. Les ouvriers ne paraissent pas avoir pour eux de soins d’aucun genre. Le nid contient en outre des mâles et des femelles qui ne se sont pas accouplés (fig. ci-contre) ; ils sont de deux grandeurs et sont les seuls à avoir des ailes, enfumées et translu-cides, bien plus longues que le corps, surtout chez les mâles. Ils émigrent soit au printemps, soit en été, et perdent les ailes après l’accouplement qui a lieu hors du nid. On trouve des sujets ailés dans la termitière pendant toute la belle saison et en dehors des époques d’essaimage; peut-être sont-ils retenus captifs. Les sexués destinés aux essaims printaniers proviennent de nymphes à longs fourreaux d’ailes, et les sexués, qui donneront les rois et les reines d août, sont produits par des nymphes
- plus ramassées, à étuis des ailes courts. Le nid, outre ces deux sortes de nymphes, contient encore des larves de sexués, prenant, avec l’âge, de légers vestiges d’ailes, et des larves de neutres, complètement aptères, enfin les neutres des deux formes, d’un blanc d’ivoire un peu jaunâtre. Les uns, les soldats, longs de 5 à 6 millimètres, sont incapables de couper le bois avec leurs longues mandibules ; les ouvriers, de 4 à 5 millimètres, à tête arrondie, à mandibules ordinaires, creusent les galeries dans le bois, soignent les œufs, les larves et surtout les
- nymphes, les brossent, les lèchent, les aident dans la mue, principalement pour étaler les longues ailes des sexués. Les sexués ont deux gros yeux à facettes et deux ocelles. Lespès dit que les ouvriers et leurs défenseurs sont aveugles; cela n’est pas tout à fait exact. Ils manquent des yeux composés, mais ont deux ocelles très petits, distincts aux plus fortes loupes; ils ne doivent voir qu’à très courte distance et dans une seule direction devant eux.
- Quand je suis allé à la Rochelle en 1874, lors de ma mission pour le Phylloxéra, j’ai retrouvé les Termites aux mêmes places où les observaient MM. Audouin, de Qua-trefages, E. Blanchard. Ils sont surtout près de la Préfecture et de l’Arsenal. Dans le jardin public qui est devant la Préfecture, j’ai rencontré des Termites dans les tiges sèches de plusieurs plantes, et le conservateur du musée dhis-toire naturelle de la ville, M. Beltrémieux, venait de faire jeter à la mer un orme de ce jardin public entièrement criblé de Termites. J’ai vu les tubes de sciure de bois où voyagent les Termites sur les murs d’un vaste cellier, au rez-de-chaussée, attenant à la Préfecture. En raclant ces tubes friables au-dessus d’une boîte ou d’une fiole, on ne tarde pas à la remplir de parcelles ligneuses où grouillent les ouvriers, mêlés de quelques soldats, et on est frappé de la forte odeur de rhum que dégage cette malfaisante, mais si curieuse population. Maurice Girard.
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- Termites divers.
- Termite lucifuge (ligures très-grossies). 1. Ouvrier. — 2. Soldat. — 3. Larve. —4. Nymphe à petits étuis. —S. Nymphe à longs étuis. — 6. Mâle. — 7. Femelle à ailes arrachées. — 8. Grande femelle de la côte de Guinée, représentée en grandeur naturelle.
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- LA NATURE.
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- Fig.l. — 1er groupe cométaire. La comète de Winneckc et l’orbite de Jupiter.
- LA PLANÈTE EXTÉRIEURE A NEPTUNE
- ET LES COMÈTES.
- La théorie cosmogonique la plus probable celle de Kant, de Laplace et d’IIerschel, d’après laquelle le système solaire serait dù à la condensation progressive d’une immense nébuleuse et au détachement successif de fragments enlevés de l’équateur de cette nébuleuse lenticulaire par la force centrifuge due au mouvement de rotation ; cette théorie, dis-je, rend parfaitement compte de la situation comme des mouvements des planètes, mais elle n’explique ni la naissance, ni la nature, ni les orbites des comètes, de sorte que nous sommes encore obligés aujourd’hui de les considérer avec Laplace, comme de petites nébuleuses étrangères à notre système, voyageant à travers l’immensité en suivant des hyperboles ou des paraboles, et errant de systèmes en systèmes. Toute comète périodique, décrivant autour du Soleil une ellipse déterminée, a, dans cette théorie, été saisie au passage par l’attraction d’une planète, qui a courbé sa trajectoire primitive, et qui, en forçant la comète à revenir à cette même région après son passage au périhélie, lui impose désormais comme orbite, une ellipse dont le Soleil occupe un des foyers et dont l’aphélie se ferme vers l’orbite même de la planète perturbatrice. Tel est du reste le résultat des observations ; toutes les comètes périodiques dont le retour a été observé, ont leur aphélie situé vers l’orbite d’une grosse planète, et montrent ainsi que leur introduction dans le système solaire est due ci telle ou telle influence planétaire. Ainsi les huit comètes périodiques d’Encke, de Tempel 1875, de Brorsen, de Winnecke, de Tempel 1867, de d’Arrest, de Ciéla et de Faye, ont leurs aphélies situés vers l’orbite de Jupiter, quatre en deçà et quatre au delà ; leur mouvement est direct et l’on s’accorde à attribuer leur introduction dans le système à l’influence prépondérante de ce géant des mondes. L’aphélie de la comète de Tuttle est situé sur l’or-
- Fig. 5. — 5e groupe cométaire. La comète de 1866 et l'orbite d’Ura-nus.
- métaire. La comète de Halley et l’orbite de Neptune.
- bite de Saturne. Celui de la comète de 1866 et de l’orbite des étoiles filantes, ainsi que celui de la première comète de 1867, est situé sur l’orbite d’Uranus. L’aphélie de la comète de Halley et ceux de sept autres comètes, se trouvent sur l’orbite de Neptune ; on sait même déjà que la première comète de 1812 et la quatrième de 1846 ont été introduites dans notre système par l’attraction de Neptune près duquel elles ont passé vers l’an 695 avant notre ère.
- Le point le plus curieux est que tous ces aphélies sont groupés précisément aux distances de chacune de ces planètes, et que dans l’intervalle qui sépare les orbites planétaires, il n’y a aucun aphélie Fig. 4. —4° groupe co-cométaire. La théorie est donc sinon absolument démontrée, du moins excessivement probable. Il sera du reste facile de s’en rendre compte par le petit tableau et les figures que nous publions.
- C’est sur le cinquième groupe donné par notre tableau que cet article a pour objet d’attirer l’attention. L’orbite des étoiles filantes du 10 août est absolument sure, aussi sure en réalité, que celle de toute comète périodique dont le retour a été observé. L’orbite de la troisième comète de 1862, apparition dont tout le monde se souvient et qui a été visible à l’œil nu pendant trois semaines en août et septembre, est aussi l’une des plus sûrement déterminées. Une autre comète remarquable, celle de 1552, qui est revenue en 1661, mais n’a pas été revue en 1789 (sans doute à cause de son passage en juillet en de mauvaises conditions d’observation), est attendue pour l’an 1919. Il est assurément difficile de comparer notre lîg. 5 à nos 4 premières, sans en tirer la conséquence que, selon toute probabilité, la planète extérieure à Neptune a été la cause déterminante de l’orbite de la comète
- Fig. 5. — 5e groupe com-taire. La comète de 1862, les étoiles filantes d’août, et la planète extérieure à Neptune.
- N. B — Les figures 1 et 2 sont à une échelle double des figures 3, 4, 3; il faut donc les réduire de moitié par la pensée, pour les comparer aux trois autres.
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- LÀ NATURE.
- de 1862, et doit décrire son cours autour du Soleil vers la distance de l’aphélie de cette comète et de l’essaim classique des étoiles filantes du mois d’août. On sait que Le Verrier attribuait à Uranus l’introduction dans notre système, de l’essaim des étoiles filantes du 15 novembre et pensait que la perturbation s’était opérée l’an 126 de notre ère.
- D’autres aphélies cométaires se présentent aux distances 70, 107 et au delà; mais nul n’ignore que
- COMÈTES PÉRIODIQUES
- PREMIER GROUPE
- Orbite de Jupiter. Distance.. . = 4,9 à 5,5'
- Comète d’Encke. Aphélie ... = 4,1
- Tempel, 1875.......................=4,7
- Tempel, 1867 ......................=4,8
- Brorsen............................=5,6
- Winnecke...........................=5,6
- D’Arrest.....................= 5,8
- Faye...............................=5,9
- Biéla (détruite)...................=6,2
- DEUXIÈME GROUPE
- Orbite de Saturne. Distance. . = 9,0 à 10,1
- Comète de Tuttle. Aphélie . . =10,5
- TROISIÈME GROUPE
- Orbite d’Uranus. Distance. . . = 18,3 à 22,1
- Comète de 1866 et étoiles filantes du 13 novembre.
- Aphélie..................= 19,7
- Comète I, 1867.............= 19,3
- QUATRIÈME GROUPE
- Orbite de Neptune. Distance. = 29,8 à 30,3
- Comète I 1846......... = 28
- Comète II 1873......... = 29
- II 1852.......... =32
- 1812.......... =33
- III 1846.......... =54
- 1815.......... =34
- V 1847......... =55
- Ilalley....... =55
- CINQUIÈME GROUPE
- Comète III 1862 et étoiles filantes du 10 août. 49 Comète de 1552 et 1661............. 48
- 1 La distance de la terre étant 1.
- plus l’aphélie est éloigné, plus l’ellipse se rapproche delà parabole et moins l’orbite est sûre. On ne sait pas au juste où ces orbites lointaines se ferment, tandis qu’il est absolument certain que l’orbite des étoiles filantes d’août est fermée à la distance 49. Nous ne tirons donc, en ce moment, aucune conséquence relative à la position des planètes plus lointaines encore.
- Lorsqu’on examine la figure de l’orbite de la comète de Halley et qu’on se souvient qu’à l’époque
- où elle a été tracée pour la première fois, Saturne marquait les frontières du système du monde, on est étonné de la hardiesse du jet de cette orbite qui semble s'élancer dans l’infini, pour aller toucher la place où Neptune sommeillait dans l’attente du progrès des découvertes astronomiques. Il y a moins de hardiesse à placer aujourd’hui en hypothèse, une planète vers la distance 48, à un milliard huit cent millions de lieues du Soleil, qu’il n’y en eût eu du temps de Halley à supposer Neptune à la distance à laquelle il gravite en réalité.
- Ajoutons en terminant, que la loi de Titius, qui avait conduit Le Verrier à supposer Neptune à la distance 56, est démontrée erronée par ce seul fait que Neptune est beaucoup plus proche du Soleil que le rapport numérique alors généralement adopté, ne l’indiquait. Toute loi de proportion analogue serait donc imaginaire. Il n’en est pas moins assez curieux de remarquer qu’à cette distance 48 correspond une révolution environ double de celle de Neptune, laquelle se trouve être aussi à peu près double de celle d’Uranus.
- Camille Flammarion.
- LE VERGLAS A NANTES
- LES 4 ET 5 DÉCEMBRE 1879
- Le mercredi 3 décembre, le ciel resta couvert et la journée fut très froide, vers sept heures du soir la neige commença à tomber et le lendemain jeudi la terre était complètement couverte.
- Mais vers huit heures du matin la neige se changea en une pluie glacée chassée par un vent d’est assez violent et très froid.
- Dans la journée, la pluie se congelait en partie, se fixait aux divers objets qu’elle rencontrait et formait bientôt une couche épaisse de verglas recouvrant toute la végétation.
- Vers le soir, sous le poids de la couche glacée les branches d’arbres commencèrent à se rompre.
- Enfin, pendant la nuit, une tempête de neige, chassée par un fort vent d’est vint encore aggraver la situation. Un grand nombre d’arbres surchargés par le verglas et la neige, se brisèrent. Les ormes des promenades publiques et bordant les routes moins solidement charpentées furent les plus mal traités.
- En général les arbrisseaux et les arbres à basses tiges résistèrent beaucoup mieux, parce que les stalactites de glace en se soudant aux parties inférieures de la plante consolidèrent les branches jusque sur le sol et empêchèrent leur rupture.
- Toute la plante était emprisonnée sous une charpente glacée qui reliait et soudait toutes les branches et les feuilles entre elles
- Le vendredi 5 décembre le ciel étant très pur, le soleil vint augmenter la beauté du phénomène en faisant scintiller cette splendide végétation de cristal. Nous en avons profilé pour faire une photographie d’un petit lilas, qui produit un très bon effet.
- C’est la deuxième fois pendant l’année 1879 que ce rare phénomène météorologique se produit. La Nature a
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- LA NATURE.
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- déjà enregistré tous les faits intéressants observés les 22 et 25 janvier dernier, ainsi que les théories proposées.
- Pour expliquer la formation du verglas la plupart des physiciens supposent que l’eau tombe à l’état de surfusion et qu’une partie de cette eau se solidifie en cédant son excès de calorique à l’autre partie qui reste par cela même à l’état liquide.
- Cette explication serait complètement satisfaisante si la pluie à verglas tombait par un temps calme, mais si elle est accompagnée par un vent froid dont la température soit inférieure à zéro, comme cela a eu lieu à Nantes les 4 et 5 décembre dernier, l’explication de la formation du verglas fournie par M. Decharme (d’Angers) nous semble beaucoup plus rationnelle et surtout plus naturelle.
- En effet, ce savant observateur admet que la formation du verglas, au moins dans certains cas, tel que celui qui nous occupe, est due à de la pluie qui tombe des régions supérieures de l’atmosphère à une température voisine de zéro, et qui rencontre ensuite, avant d’atteindre le sol, une couche inférieure de vent glacé ayant une température inférieure au point de congélation de l’eau.
- Comme on le voit les théories proposées pour expliquer la formation du verglas concordent avec les faits observés, c’est pourquoi nous pensons qu’il ne faudrait pas admettre l’une à l’exclusion de l’autre. Nous croyons plutôt que les deux causes agissent presque toujours simultanément et qu’avec M. Decharme on doit conclure : que si le vent violent et glacial qui soufflait les 4 et 5 décembre n’a pas été la cause unique de la production du verglas observé à Nantes, il a dû au moins agir très efficacement par sa basse température, pour opérer la congélation de la pluie au contact des corps.
- A. Demoget.
- BIBLIOGRAPHE
- Nouvelle géographie universelle de M. Elisée Reclus, tome V, 1 vol. grand in-8 illustré, Paris, Hachette et
- O.
- Le tome cinquième de ce vaste ouvrage est consacré tout entier à l’Europe Scandinave et russe. Il contient 9 cartes en couleur tirées à part, 200 cartes dans le texte, et 76 vues et types gravés sur bois. Il complète la description du continent Européen.
- M. Élisée Reclus se propose d’écrire encore trois volumes, l’Afrique, l’Amérique, l’Asie et l’Océanie. On voit que l’œuvre sera un véritable monument géographique.
- Les Papillons de France. — Histoire naturelle. — Mœurs. — Chasse. — Préparation. — Collections. 1 vol. in-8 avec 110 vignettes et 19 chromolithogi'aphies. — Paris. J. Rothschid, 1880. Prix, broché : 7 francs.
- La Pisciculture fluviale et maritime en France par M. de Bon. 1 vol. in-18 orné de 212 gravures. — Paris, J. Rothschild, 1880. Prix, cartonné : 4 francs.
- La Culture maraîchère. — Traité pratique par A. Dumas. 4e édition, 1 vol. in-8 orné de 186 gravures. — Paris, J. Rothschild, 1880.
- Néridah, par Wilfrid deFonvielle. 2 vol. illustrés de la Bibliothèque rose. — Paris, Hachette et Cie, 1879.
- L’auteur a mis en scène sous une forme très heureuse, des spirites et des médiums charlatans, qui mettent à profit toutes les ressources de l’expérimentation scienti-
- fique, pour égarer la cervelle d’une dupe trop crédule, et accaparer sa fortune. On voit que l’idée est originale, elle a été bien exploitée, et l’ouvrage est d’une lecture véritablement attachante.
- Les Voyages merveilleux. — Aventures surprenantes (VIsidore Brunet par Eugène Tnadlam. 1 vol. in-18. — Paris, E. Dentu.
- Cet ouvrage est un roman de vulgarisation, où des notions scientifiques se trouvent jointes à des histoires plus ou moins merveilleuses et vraisemblables.
- OMBRE DE LA CATHÉDRALE DE ROUEN
- PROJETÉE SUR LA BRUME.
- Nous avons plusieurs fois parlé à nos lecteurs de phénomènes analogues, observés à l’aide du ballon captif, récemment constatés sur une montagne à Ceylau *, etc. Le fait suivant qui nous est envoyé par un de nos lecteurs nous a paru intéressant à enregistrer.
- « Un phénomène extraordinaire pour nos climats, s’est produit à Rouen, mardi 23 décembre 1879, vers trois heures un quart ; quelques personnes ont pu en être témoin de la place de l’Hôtel—de—Ville et sans doute de plusieurs autres endroits. Le soleil, déjà près de disparaitre à l’horizon, éclairait de bas en haut la flèche de la cathédrale, dont l’ombre, à la gauche des spectateurs, se reflétait sur le brouillard, démesurément agrandie. Ce fut pendant quelques instants un véritable mirage. L’effet était d’autant plus fantastique que l'immense construction, au lieu d’être reproduite en sa direction verticale, paraissait inclinée du sud-ouest au nord-est, menaçant de sa chute apparente tout le quartier compris entre la cathédrale et le lycée Corneille. C’était à terrifier les personnes qui, dans ce moment traversaient la place de l’IIôtel-de-Ville. Le spectacle était d’autant plus grandiose, que le disque du soleil, rouge et sanglant à travers le brouillard, semblait envelopper d’un immense incendie la base commune de la flèche réelle et de la flèche réfléchie, chancelante et mobile comme la couche de brouillard sur laquelle se dessinait l’image gigantesque. »
- LE DESSÈCHEMENT DE LAC FUCIN0
- (Suite et tin. — Voy. p. 27.)
- En avant de l’émissaire dont nous avons précédemment donné la description, on a construit un bassin appelé bassin de charge, à cause de son rôle sur le débit du conduit souterrain. Tout le massif de maçonnerie formant la tête de l’émissaire Tor-lonia est surmonté d’une construction en style monumental qui occupe la largeur du bassin de charge. Le centre de cette construction se trouve dans le plan vertical de l’arc de l’émissaire et forme extérieurement un piédestal colossal de 7m, 37 de haut et dont le dé, d’un seul bloc de roche calcaire, pèse 19 000 kilogrammes; il a été extrait des carrières d’où sont sorties les pierres employées
- 1 Voy. Tables des matières des précédents volumes.
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- LA NATURE
- à la construction de l’émissaire; c’est un magnifique spécimen de la rare beauté des matériaux mis en œuvre pour cette construction gigantesque. Le Prince a voulu que sur ce piédestal fut placée une statue haute de six mètres, représentant la Sainte Vierge (fig. 2).
- Les terrains au milieu desquels se trouvent ces grandes constructions ont été nivelés avec soin ; à l’aide de mouvements de terre considérables, on forma des terrasses successives dont l’harmonieuse symétrie a remplacé l’ancien aspect, fort disgracieux de la localité. L’embouchure du canal collecteur et le bassin de charge sont au milieu d’une spacieuse esplanade couverte d’arbres et de verdure. Celle-ci est bordée par un talus relevé de 2"*,80; deux escaliers en pierre, de 2 mètres de largeur, offrent une descente facile sur ses parties latérales, tandis qu’au centre de la belle courbe qui relie celles-ci, en face des constructions élevées sur la tète de l’émissaire, ungrand escalier de dix-huit marches et d’une largeur de 10 mètres, amène du plan supérieur sur celui de ces constructions dont il est séparé par une distance de 36 mètres. Du haut de cet escalier, disent MM. Alexandre Brisse et de Botrou, auxquels nous empruntons ces renseignements, l’œil peut embrasser d’un seul coup d’œil l’ensemble des constructions et suivre à perte de vue dans l’immense bassin desséché du lac Fueino, le canal collecteur qui se dirige en ligne droite vers le centre de la plaine nouvelle ; le regard s’étend sur toute la propriété, dont les limites se confondent à 25 kilomètres de là, avec le pied des montagnes qui ferment du côté de l’orient ce vaste panorama.
- Avant l’achèvement du tunnel du mont Cenis, l’émissaire Torlonia était la plus longue galerie souterraine qui ait jamais été exécutée ; si sous ce point de vue il a été singulièrement dépassé par le magnifique et audacieux passage des Alpes dont la longueur est à peu près double de la sienne, sous celui des difficultés rencontrées dans la construction, on peut hardiment affirmer qu’il occupe une
- place tout à fait exceptionnelle parmi les travaux de ce genre.
- D’après les renseignements qui précèdent, on comprend quel est le système du dessèchement. Les eaux du lac ayant été déversées dans le lleuve Liri par le tunnel souterrain, creusé sous la montagne., il a fallu établir une série de canaux d’irri* gation fonctionnant constamment dans le fond du lac transformé en plaine de culture. Une multitude de canalisations aboutissent à un canal central qui communique avec l’émissaire par l’intermédiaire du bassin de charge dont nous venons de donner la description. Le grand canal que l’on peut appeler le collecteur central a été ouvert à mesure que les eaux du lac s’abaissaient1.
- Le prince Torlonia, au milieu de difficultés et de réclamations de toute nature, a concédé autour du terrain desséché une zone de terres qu’il a abandonnées aux populations du voisinage; les pêcheurs qui vivaient des eaux du lac, sont ainsi devenus des cultivateurs. Il a fallu ouvrir des routes à la surface du sol desséché ; leur longueur totale atteint aujourd’hui plus de 200 kilomètres. La longueur totale des fossés d’irrigation atteint presque 650 kilomètres. La culture des terres qui com.
- 1 Voy. le plan publié dans le n° 541 du 13 décembre 1879, page 29.
- Fig. 1. — Cascade de déversement dans le fleuve Liri des-eaux d’irrigation de la plaine, du Fucitio. — (Dessin d’après nature par SI. Albert Tis-sandier.)
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- LA NATURE.
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- Fig. 2. — Vue du monument formant la tête de l'émissaire Torlonia — (D’après nature par M. A. Tissandicr.
- mence à devenir lucrative a nécessité en outre la construction d’un grand nombre de maisons, et l’établissement de barrages, de vannes, de ponts de toutes dimensions, etc.
- L’étendue des terres qui compose actuellement la propriété du prince Torlonia et qui est comprise dans le périmètre formé par une grande route de ceinture, représente une superficie de 14 175 hectares. Les effets utiles du dessèchement s’exercent sur une surface beaucoup plus grande qui atteint 17 000 hectares.
- Le total général des dépenses faites par le prince Torlonia pendant 23 ans, atteint s’il ne le dépasse pas, le chiffre de 50 millions de francs. Cette somme donne la juste idée de la grandeur d’une entreprise, accomplie par les seuls efforts d’un seul homme.
- Cette énorme dépense sera dans l’avenir hautement lucrative. Les 15 000 hectares de terrés entièrement neuves, qui étaient autrefois couvertes par les eaux, sont actuellement en culture. 11 est facile de se rendre compte de l’importance que peut acquérir une telle production dans l’économie générale du pays tout entier. Il y a encore une conséquence importante de l’œuvre que
- devons pas négliger de signaler ; c’est l’assainissement des parties du littoral du Fucino qui pendant l’été avaient à souffrir des lièvres paludéennes.
- On devait s’attendre à ce que de temps en temps pendant l’écoulement du lac et les travaux de la bonification du bassin, il se manifeste quelque recrudescence dans l’état sanitaire ; tout défrichement de terrain vierge et tout grand mouvement de terre, sans même qu’ils aient lieu dans des contrées marécageuses, occasionnent le plus habituellement des fièvres périodiques qui disparaissent aussitôt que la culture est entrée dans ses conditions régulières, et si la plaine du Fucino a dû traverser cette phase inévitable dans le genre de travaux qu’il y avait à faire, on peut affirmer qu’elle est passée désormais pour ne plus revenir. Le bassin lacustre, comme nous venons de le dire, est aujourd’hui à peu près complètement en culture ; les sources abondantes qui jaillissent dans la zone supérieure du bassin, et dont les eaux, ainsi que celles des rivières venant du dehors, circulent librement dans les canaux, doivent nécessairement entretenir la pureté de nous ne | l’air dans ces localités ; l’altitude moyenne de 657
- Fig. 3. — Ancien tunnel romain, creusé sous le mont Salviano près de l'émissaire.
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- mètres de cette plaine, les vents de nord et de l’est qui y souillent fréquemment lui assurent une salubrité que rien ne saurait altérer à l’avenir et qui ne contribuera pas peu à maintenir la vigueur et la santé dans une population dont les qualités physiques propres aux habitants des montagnes, s’allient aux avantages des habitants des plaines les plus privilégiées. Mais ce qui surtout mérite d’être noté, c’est le changement moral qui s’est opéré dans les populations des bords du Fueino depuis que leurs conditions économiques se sont modifiées. Le caractère de la classe inférieure s’est relevé, l’individu est devenu jaloux de sa dignité personnelle; il a conscience de lui-même; la terre ne lui manque plus et il sait que c’est d’elle et de ses propres efforts qu’il doit tout attendre.
- Ce que nous avons dit de l’œuvre du prince Tor-lonia, fera voir nous l’espérons qu’elle est vraiment grande, non seulement par ses proportions, par les difficultés qu’elle a surmontées, par les sommes qu’elle a coûtées, mais surtout encore par l’idée qui en fut le mobile, par l’importance des résultats moraux et économiques qu’elle a amenés et qu’elle amènera, à mesure que les éléments de richesse qu’elle contient se développeront dans leurs différentes formes. Sous ce rapport, aucune œuvre n’a de droits plus légitimes à la reconnaissance des contemporains et de la postérité1.
- Gaston Tissandier.
- CORRESPONDANCE
- LA FUSION DES NEIGES PAR LA VAPEUR, DANS LES VILLES.
- Mon cher directeur,
- On a beaucoup parlé, depuis les froids sibériens et les tourmentes de neige qui envahissent la capilale, d’un procédé qui consiste à employer la vapeur à la fusion des neiges sur les boulevards et les principales rues. Permel-tez-moi de vous montrer, à l’aide de quelques chiffres très simples, combien celte idée est impraticable. J’ai pris, pour établir mon calcul, les chiffres les plus favora-ldes à l’idée, et j’ai admis qu’il n’y avait aucune perte de chaleur dans l'opération en question.
- Une locomobile de la plus grande dimension établie jusqu’ici pour pouvoir se déplacer sans trop de difficulté sur les chaussées brûle 70 kilogrammes de charbon par heure, et produit400kilogrammes de vapeur à 5 atmosphères de pression. Chaque kilog. de vapeur renferme 670 calories, c’est donc 670 X 400 = 268,000 calories que la locomobile jettera sur le sol par heure, sous forme de vapeur.
- On peut admettre comme un minimum que la neige qui recouvrait les boulevards il y a quelques jours représentait une couche de glace de cinq centimètres d’épaisseur, ce qui fait 50 kilog. de glace par mètre carré.
- 11 faut 100 calories pour fondre chaque kilog. de glace, carie changement d’état, la fusion en demande 79, il faut d’autre part amener la neige à 0° et, après l'avoir fondue,
- 'D’après le Dessèchement du lac Fueino par S. E. le prince Alexandre Torlonia. Précis historique et technique , par A. Brisse et L. de Rotrou.
- élever sa température à 4 ou 5° pour qu’elle ne regèle pas aussitôt. Chaque mètre carré de chaussée exigera donc 50 X 100 = 5000 calories pourfaire fondre la neige qui la recouvre.
- La locomobile pourra donc fondre, au maximum,, la neige qui recouvre 54 mètres carrés de chaussée par heure. Sur une largeur de 15 mètres, cela représente un avancement théorique de moins de quatre mètres par heure.
- Un pareil résultat est absolument hors de proportion avec les moyens mis en œuvre; il montre combienM. Al-phand avait raison en qualifiant de dérisoire, l’emploi de la vapeur pour fondre la neige qui encombre nos chaussées.
- Veuillez agréer, etc. E. II.
- FALSIFICATION DU BEURRE
- (Suite et fin. — Voy. p. 59.)
- Les expériences que nous allons décrire serviront à l’analyse quantitative du beurre.
- 5 grammes de beurre sont pesés exactement et placés dans un ballon avec 25 grammes d’éther à 60° et autant d’alcool à 50°. Le tout est plongé dans un bain-marie à la température de 90°. On agite et l’on obtient au bout de quelques minutes un soluté légèrement trouble. On filtre alors, en ayant soin de chauffer l’entonnoir et de placer dans de l’eau à 40° le flacon dans lequel doit s’écouler le liquide filtré. On lave à plusieurs reprises, à l’aide d’un mélange d’alcool et d’éther, le filtre qui a été taré avec soin avant l’opération. Tant que le résidu est encore frais, on l’examine au microscope.
- Si le beurre est pur, on ne doit apercevoir que de la caséine qui se présente sous forme de petits grains, réunis en flocons.
- Après cet examen, le filtre est séché à l’air, puis pesé.
- Un bon beurre ne laisse pas plus de 1,50 à 2 grammes pour 100 de résidu.
- Si ce chiffre est dépassé, il y a mauvaise préparation; s’il atteint 4 grammes, la fraude est évidente. Le résidu sec laissé sur le filtre doit avoir l’aspect de l’albumine ou mieux du gluten desséché.
- On laisse ensuite refroidir le liquide filtré à la température de 15 à 18°. Une heure après, on voit les flocons blancs se former et ils sont extrêmement abondants au bout de six heures, mais le dépôt n’est complet qu’après douze heures. Examiné au microscope, il montre des cristaux de margarine pure. Séché dans un courant d’air sec, il devient comme farineux, et se détache du filtre, ce qui permet de le peser. On obtient ainsi avec un beurre naturel de la margarine pure dont le poids ne doit pas être inférieur à 55 grammes et supérieur à 40.
- Le liquide filtré est mis dans un ballon et chauffé de manière à être réduit de moitié. Après cette opération, on le verse dans un petit entonnoir en verre fermé par un robinet ou simplement avec le doigt. Par refroidissement, il se dépose des goût-
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- telettes huileuses qu’il est facile de séparer du liquide devenu opalin.
- On obtient ainsi 28 à 30 pour 100 d’huile qui se fige facilement et qui renferme encore de la margarine, difficile à séparer de l’oléine.
- En évaporant le reste du liquide jusqu’à ce qu’il ne dégage plus de vapeurs alcooliques, on retire une graisse demi-fluide, à forte odeur de beurre fondu, qui renferme la butyrine, la caprire, la ca-préinc et de l’oléine unie à la margarine en proportions à peu près égales.
- En résumé on a :
- Caséine desséchée............................. 12
- Margarine pure.................... 40 i. . .
- Margarine se trouvant dans l’huile. . 10>. . . 56
- Margarine du dernier dépôt. ... 6). . .
- Oléine de l'huile............... 20). . .
- Oléine du dernier dépôt.......... 6j. . . 26
- Butyrine, caprine et caproïne................... 2
- Eau et perte.................................. 14
- Total..................TÔÔ
- L’exposition du beurre à l’étuve et à une température de 120° fera connaître exactement la quantité d’eau qu’il renferme.
- En opérant de la même manière avec les substances qui servent à falsifier le beurre, on obtient des résultats bien différents que l'auteur résume dans les conclusions suivantes :
- En résumé on reconnaîtra que le beurre est naturel et de bonne qualité :
- 1° Par la forme cristalline spéciale de la margarine du beurre ;
- 2° En traitant un poids déterminé de la substance à examiner par un mélange à parties égales d’éther et d’alcool.
- Voici comment on opère : on fait la dissolution en plaçant le ballon qui sert à l’opération dans un bain-marie maintenu à la température de 35 à 40°, puis on laisse refroidir à 18°, une fois la dissolution opérée. Au bout de 24 heures de repos, le beurre naturel et bien préparé doit laisser un dépôt de margarine qui, après dessiccation, ne sera pas supérieur à 40 pour 100 et inférieur à 35. Une diminution dans ces chiffres serait une preuve certaine de falsification par la margarine Mouriès, l’axonge ou la graisse d’oie. Une augmentation, au contraire, annoncerait l’introduction dans le beurre de suif de bœuf, de veau ou de mouton.
- Le chiffre trouvé, à l’aide d’un calcul très simple, fera reconnaître les proportions dans lesquelles le mélange s’est effectué.
- Le microscope fera distinguer toutes ces substances entre elle. En sorte que la méthode que je propose pourra servir tout à la fois comme on l’a vu par les renseignements qui précèdent à l’analyse qualitative et quantitative du beurre.
- Husson,
- Pharmacien à Tout.
- NOUVEAU PROCÉDÉ PH0NÉID0SCOPIQUE
- r.VR LES ANNEAUX COLORÉS D’INTERFÉRENCE
- L’importance qu’a prise, depuis l’invention du téléphone, tout ce qui touche à la figuration de la voix, m’engage à signaler ici, comme au dernier Congrès de Y Association française pour l'avancement des sciences, un nouveau procédé d’analyse qui me paraît offrir quelque intérêt.
- Ce procédé s’est présenté à mon observation il y a fort longtemps, au laboratoire de physique de la Faculté de médecine, sans que j’aie eu le loisir d’en tirer tout ce qu’il peut donner, tandis que sa simplicité même — et la publicité de la Nature — susciteront, je l’espère, les recherches comparatives et contradictoires, nécessaires pour le mettre en valeur.
- Les expériences dont il va être question peuvent être exécutées avec la plus grande facilité, et sans le secours d’aucun instrument spécial : une soucoupe pleine de mercure, il ne faut pas d’autre appareil, et encore n’est-il pas utile — au contraire — que le métal soit bien pur. Balayez seulement, avec un bout de carte ou de papier, la pellicule grise d’oxyde et de poussière, puis soufflez sur le brillant miroir : pour peu que vous ne soyez pas dans des conditions d’éclairage exceptionnellement défavorables1, vous verrez apparaître, au lieu d’une buée humide, un magnifique système débandés colorées, dont les vives nuances reproduiront avec un éclat incomparable la série classique des teintes complémentaires de Newton. Au lieu de quatre ou cinq « iris » que détaillait à grand’peine l’illustre astronome, vous en distinguerez nettement six ou sept, et vous retrouverez depuis la bordure brune, d’épaisseur minima, jusqu’au rose et vert qui précède le blanc miroitant des nappes centrales, toute l’échelle chromatique au grand complet.
- Véritables courbes de niveau, ces couleurs disent en millionnièmes de millimètre les épaisseurs d’eau condensées, c’est-à-dire la distribution exacte des densités de vapeur dans la colonne gazeuse.
- De là surgissent immédiatement, mille applications possibles mille dispositions expérimentales. Qu’on s’avise, par exemple, d’écraser brusquement sur le mercure la flamme non éclairante d’un brûleur de Bunsen, et l’on dessinera en traits brillants la figure classique de la constitution des flammes. Un long espace central, absolument net de tout dépôt aqueux, figurera clairement la portion réductrice, tandis que, tout autour, de fines bandes colorées peindront la distribution des effets chimiques et calorifiques.
- 1 Le meilleur éclairage est celui d’une feuille diffusive de papier blanc très mince, qu’on interpose entre la source lumineuse, bougie, lampe ou rayons solaires, de sorte que les couleurs se détachent sur le fond blanc que donne l’image du papier.
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- Mais c’est surtout pour l’étude des sons de la voix que se présente une utilisation directe du procédé. Naturellement saturés d’humidité, en effet, les courants aériens qui produisent le phénomène si varié de la parole peuvent imprimer sur le mercure de véritables diagrammes phonéidoscopiques, d’où l’on tire, sur leur constitution intérieure, des renseignements tout nouveaux.
- A première vue on remarque la diversité des figures obtenues pour les différentes voyelles, et la constance relative de ces mêmes figures, indépendamment du ton, pour chaque voyelle en particulier. C’est un moyen facile d'avoir sur la forme du jet sonore des indications que l’on demanderait en vain à l’étude même du canal vocal. Et il suffit de rappeler, pour démontrer l’importance de ce genre d’observation, l’expérience bien connue du tuyau à anche à qui l’on fait dire à volonté a, o, ou, mmm, sur un ton tixe, en inclinant plus ou moins, sur le porte-vent évasé, une feuille de carton, ou simplement la main.
- Dans la production des voyelles, ce ne sont point, comme on pourrait le croire, les derniers orifices, bouche et arcades dentaires, mais surtout la langue et le palais qui déterminent la forme du courant. 11 est facile de s’en convaincre soit en déformant l’ouverture des lèvres par un moyen quelconque , soit en introduisant entre elles et les gencives des doubles de papier plié, de manière à supprimer complètement l’action des dents. On peut, par exemple, avec un peu de peine, arriver à prononcer très nettement les voyelles au et ou avec la bouche tendue en forme de fente longitudinale étroite, sans altérer pour cela d’une manière sensible la forme ovale ou circulaire des figures correspondantes, qui conservent toujours leur centre unique (fig. 2).
- C’est qu’en effet le nombre des centres est un des éléments principaux de comparabilité et l’on obtient, sur ce point, une constance presque surprenante, avec quelques précautions tout à faitsimples.
- Il faut émettre les voyelles sur un ton bien net, pendant deux ou trois secondes, mais sans effort, avec la disposition des organes le plus naturelle possible, à quoi l’on arrive facilement en s’y disposant un peu d’avance, au moment de se pencher au-dessus du mercure. II faut que l’émission soit assezforte ou la distance assez faible (5 à 4 centimètres environ) pour que le jet de vapeur n’ait pas le temps, en vertu de son élasticité de tension, de se mettre en désaccord sensible avec le courant chaud qui lui sert de
- véhicule : autrement l’on retrouverait toujours, sans rien pouvoir inférer sur l’état de l’air lui-même, cette forme circulaire où tendent si vite, d’après les recherches de MM. Tresca et Bazin, les jets solides et liquides, et a fortiori gazeux.
- Mais deux ou trois essais montreront mieux que toutes les recommandations les moyens d’obtenir de bons résultats, et l’on arrivera très vite à dresser un tableau d’ensemble des figures caractéristiques des voyelles, comme je l’ai fait dans la fig. 2, sur la moyenne de plusieurs centaines d’expériences renouvelées dans les conditions les plus diverses.
- Quoique le ton n’ait pas d’influence sensible sur les figures, il est bon de noter que le tableau a été dressé sur Yutt d’un grand diapason deKœnig, dont les forts battements indiquaient le voisinage de l’unisson. Pour mieux préciser encore, voici une série de mots : dot, dos, doux — dais, dé, dis — de, deux, du (ref. Littré) ; en allemand : Sehosz, Schoosz, Schiih— sâen, See, sie — Schôsse, Schôsze Schühchen (ref. Kellner’s Hdvtb.) dont la prononciation peut servir de type aux neuf sous-voyelles que Cldadni rangeait déjà en trois familles naturelles à partir de l'A, le premier son qui s’échappe de la bouche de l’enfant, la première lettre que les peu-ples inscrivent dans leur alphabet.
- C’est aussi l’A que nous voyons, avec sa figure compliquée, se placer en tête et comme en dehors des autres. Cette multiplicité de centres qui fait de la fig. I l’une des plus curieuses, mais aussi des moins constantes, répond sans doute à la richesse d’inflexion de la voyelle, émise la bouche grande ouverte. « Le bruit propre de l’A est très complexe » dit M. le professeur Guvarret dans son bel ouvrage sur les Phénomènes physiques de la Phonation; « son ton dominant est très difficile à saisir... » Ainsi en est-il de sa figure, qui donne réellement tous les intermédiaires entre l’a très ouvert (de âme par exemple) et ê, o, e.
- L'è, au contraire, présente une grande fixité, si l’on a le soin de le prononcer bien ouvert. Mais en passant à é, i, l’on retrouve presque autant de nuances qu’il y a de signes dans l’écriture : è, et, ai, ez, î, y, etc.
- Dans les deux autres familles, à mesure que croît la simplicité, la constance devient tout à fait absolue. Le parallélisme qui saute aux yeux d’une colonne à l’autre du tableau justifie l’orthographe allemande qui ne distingue que par un tréma les sons de même figure ; et lorsqu’on voit les cercles
- Fig. 1. — Figure phonéidoscopique de la voyelle A.
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- parfaits que donnent, sous l’influence prédominante de l’ouverture labiale, les bruits très-simples de l'ou et de Vu, comme feraient les notes pures du sifflement, on est forcé de reconnaître la connexité qui existe entre la composition des diagrammes et la complexité du son.
- C’est ce qui ressort mieux encore des figures très-curieuses que donnent les voyelles nasales par suite de la division médiane du double courant des narines. Ce courant, qui existe presque seul dans le son an, donne, avec de fortes échappées vers le bas, deux courbes réniformes à trois centres, symétriquement inclinées l’une vers l’autre. Très faible, au contraire, dans un, il faut le faire durer assez longtemps pour en trouver la trace, sous forme de deux fines oreillettes, au haut du double ovale de l’e confondu en une seule courbe
- cure, on trouve exactement la figure de l’e, ou eu ouvert (comme dans peur), ce qui prouve que nos pères étaient plus près de la vérité physiologique en écrivant, dans certains mots, eung —Jmême avec un g — que nous,avec notre un simplifié. Et si jamais nous entendons un gamin de Paris se vanter qu'il a « eun belle voix », nous n’en rirons plus que comme d’un phénomène d’atavisme et non de tératologie linguistique, au lieu que nous chercherons des affinités non françaises au paysan qui dit « in chien. »
- La prononciation de in montre en effet, d’une manière très-constante, au-dessous des deux taches nasales de moyenne intensité, la figure complète de Vè : d’où l’on conclut à la rigueur que la véritable orthographe de ce son est plutôt dans les mots pain, peint, faim, feint que dans
- rant nasal et du courant buccal en une figure divisée en croix, dont la partie inférieure reproduit très nettement la courbe de IV ouvert.
- Quant aux consonnes, il en faut laisser l’étude à d’autres procédés. Si indépendantes que soient des voyelles les pneumatiques, elles sont encore trop exclusivement sous la sujétion des lèvres et des dents pour rien donner de général. On constate les échappées en avant de Vf, les fusées multiples de l’s, le large courant du ch, le courant étroit du tli anglais, la parenté de IV roulé et de IV grasseyé (RsetR3d’Helmholtz) avec 1 ech dur des Allemands. Ma is alors même qu’on parviendrait, par un refroidissement convenable du mercure, à saisir ce qu’il y a d’instantané dans le bruit-consonne, on se trouverait toujours dominé par la figure de la voyelle, ou, tout au moins, par le double centre de IV muet dont il est impossible de se défaire. C’est tout ce qu’on arrive à constater sur le mercure si l’on essaye encore
- de répéter plusieurs fois sur place la syllabe muette ; et l’on renoncera dès lors à demander à ce procédé des indications que donnent à peine les meilleurs phonographes.
- Il faut s’en tenir aux résultats acquis, et ne leur demander encore, en fait de comparabilité, ni plus ni moins qu’aux autres procédés figuratifs. Variables, en effet, comme les phénomènes qu’ils représentent, ils doivent refléter ces mille nuances qui font reconnaître une personne au son de sa voix, un mouvement d’humeur à une intonation, un pays, une province à l’accont ; et ce n’est pas sans étonnement qu’il nous a été donné, par ces temps de gelée, d’en trouver une vérification très-nette et très probante en faisant fondre par la prononciation des voyelles le givre des fenêtres d’appartement.
- L’avantage incontestable qui nous reste est de pénétrer directement, par une application en quelque sorte 'mathématique de la méthode des sections
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- planes, dans l’intimité même du jet sonore; et, sans insister ici sur les nombreuses conséquences théoriques et pratiques qui peuvent être basées sur le nouveau mode d’observation; sans espérer, d’ailleurs, une concordance que n’ont pu obtenir, sur des points fondamentaux, les plus illustres physiciens ; il est permis de souhaiter que des recherches multipliées et comparatives puissent établir la juste valeur de la méthode, en ajoutant quelques éclaircissements à la question si complexe et si intéressante de la voix humaine. Adrien Guébhard.
- MOIS MÉTËOROLOGIyUE AUX ÉTATS-UNIS
- OCTOBRE 1879.
- Lfi mois d’octobre a présenlé, au point de vue de la température, un contraste marqué avec les mois précédents d’août et de septembre ; dans la région orientale des Etats-Unis, la moyenne a été partout supérieure à la normale, principalement dans le Nord, où l’écart atteint et dépasse môme 5 degrés. Cet excès est signalé également dans les régions élevées : il est de trois degrés au mont Washington (altitude 1916 mètres), et au sommet du Pike’s Peak, la plus haute station météorologique du globe (altitude 4313 mètres). Au contraire sur le versant occidental des Montagnes Rocheuses, le thermomètre est resté généralement au-dessous de la moyenne ; on remarque du reste une opposition tranchée entre la direction des lignes d’égale température sur l’un et l’autre océans. Vers la côte Atlantique, les isothermes, abstraction faite des écarts dus à la hauteur du sol au-dessus du niveau de la mer, sont sensiblement parallèles à la latitude ; la température y décroît régulièrement depuis la Floride où elle est de 25 degrés, jusque dans les États du Nord-Est ; à Halifax elle n'est plus que de 7 degrés, soit une différence de 18 degrés entre le trentième et le quarante-cinquième parallèles : le voisinage de la mer n’a donc pas eu une influence notable sur la distribution des températures. Il n’en est pas de même sur la côte du Pacifique ; dans les mêmes limites de latitude, on remarque une température presque constante, comprise entre 13 et 17 degrés, en sorte que la direction des isothermes, qui sont ici parallèles à la côte, met nettement en -évidence l'influence du voisinage de l’Océan. Ce contraste est intimement lié à la direction des vents dominants de l’ouest ; sur la côte occidentale de l’Amérique ils amènent l'air chaud de l’océan Pacifique, tandis que sur la côte orientale les mêmes vents, pendant la saison d’hiver, chassent vers l’Atlantique l’air refroidi par son passage sur le continent.
- Les bourrasques ont été relativement peu nombreuses pendant ce mois ; nous citerons seulement un cyclone venu par la mer des Antilles. D’après les observations recueillies par le Signal Service, le centre du tourbillon atteignait la Jamaïque dans l’après-midi du 11, en marchant très lentement dans la direction du nord-ouest ; son passage sur cette île a été signalé par une violente tempête, et par des pluies torrentielles qui y causèrent de nombreux dégâts : des maisons, des ponts, furent renversés, et la plupart des voies de communication gravement endommagées; à Kingston on recueillit 500 millimètres d’eau du 11 au 14. Le cyclone passait le 30 à minuit sur l’ile de Cuba, tout près de la Havane ; sa tiajectoire se releva alors vers le nord, et dans la soirée du 15 il abordait la côte de l’Alabama, vers Mobile. Sous l’influence des faibles
- pressions qui couvraient alors le centre du continent, son mouvement s’accéléra rapidement ; en 24 heures il avait traversé les États-Unis du sud au nord; arrivé à la région des ]acs, il se réunit à une autre bourrasque venue du Pacifique, inc.ina vers l’est et disparut le 19 par la vallée du Saint-Laurent.
- Les pluies ontété extrêmement rares, sauf dans les États du Sud ; à la fin du mois, la plupart des rivières étaient tellement basses que la navigation avait dû être suspendue en un grand nombre de points ; on signalait une sécheresse excessive de divers côtés, notamment dans les États de New-Jersey, la Pensylvanie, l’Illinois, l’Ohio, Indianola, Iowa, New-York, etc. Depuis longtemps les eaux dans les Lacs ne s’étaient abaissées au niveau actuel. La neige tombait dès le 8 dans la région des Plateaux ; elle gagna peu à peu dans l’est, et le 24 on en signalait dans les environs de Washington.
- Une magnifique aurore boréale a été observée sur une grande étendue du pays dans la soirée du 7, depuis 7 heures jusqu’à 10 heures du soir. Th. Moureadx.
- CHRONIQUE
- Les traîneaux et le patinage à Paris. — Par
- suite de la gelée qui s’est maintenue si longtemps, on a vu chaque jour, en décembre dernier, augmenter le nombre des traîneaux. Dans la soirée, aux Champs-Élysées et au Bois de Boulogne, on comptait souvent quatre ou cinq traîneaux sur vingt voitures. Dans les quartiers excentriques, on appliquait le traînage au transport des marchandises d’un poids considérable et de certains matériaux. Après le traînage, le patinage. On a patiné un peu partout depuis un mois : sur les-lacs du Bois de Boulogne, sur les pièces d’eau de nos jardins publics, sur la Seine et jusque dans certaines rues. Dimanche, 28 décembre 1879, on a beaucoup patiné au bois de Yincennes, sur le lac Daumesnil. La Seine a été le lieu habituel de rendez-vous des patineurs. L’aspect du fleuve vu du haut des ponts, était des plus pittoresques. On peut évaluer à vingt-cinq mille le nombre des personnes qui ont traversé la Seine sur la glace pendant la journée du jeudi de Noël. La police a interdit le lendemain cette dangereuse promenade.
- Mais le soir de Noël à partir de huit heures, une quarantaine d’individus, munis de lanternes, s’étaient formés en bandes et, partis du pont de la Concorde, ils ont remonté la Seine jusqu’au Pont-Neuf.
- La dynamite et les glaces de la Seine. — Ces
- jours derniers, on a fait, près du pont des Invalides, en présence d’une foule considérable, massée sur les quais, des expériences de brisement des glaces par la dvna-mite. MM. Bernard, ingénieur en chef, et Lay, ingénieur ordinaire des ponts et chaussées, dirigeaient les expériences, opérées avec le concours de MM. Flegy et Streito, chefs mineurs de la Société générale de la dynamite Nobel. Six expériences ont été tentées : la première, avec une cartouche de 80 grammes avec la mèche Bickford n° 0, placée sur un flotteur dans un trou de 20 c. de diamètre, a élargi ce trou de 75 c. et a ébranlé la glace sur une longueur de 6 mètres. La deuxième cartouche, de 250 grammes, placée sons la glace également avec la mèche Bickford, a projeté verticalement à une grande hauteur une masse d’eau et de débris, et a disjoint à peu près 100 mètres cubes de glace. La troisième expérience qui était la plus importante, a eu lieu avec 5 cartouches
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- de 400 grammes, reliées chacune par des fds conducteurs à une machine électrique placée sur la rive. Le brisement produit par l’explosion a été de 80 mètres de long sur 5 à 6 mètres de large. Cette expérience parait avoir tracé le chemin à suivre, car, non-seulement une grande quantité de glace a été séparée de la masse, mais elle l’a encore été en morceaux°excessivement petits, ce qui, à la dérive, évite son agglomération contre les arches des ponts. Les trois autres expériences ont eu lieu avec des cartouches de 400 grammes, qui ont, comme les deux premières, fait explosion par la mèche Bickford. Les disjonctions produites ont été de 15 à 20 mètres, qui peuvent être doublées en introduisant des leviers dans les fissures que l’explosion produit dans la [glace.
- (Journal Officiel.).
- Tremblements de terre. — Un tremblement de terre, qui a duré 3 secondes, s’est fait sentir le 17 novembre dans le village d’Alcanar, sur la rive droite de l’Ebre. Un violent tremblement de terre a eu lieu d’autre part à Temesvar (Hongrie), dans la nuit du 20 au 21 novembre. La première secousse s’est produite quelques minutes après minuit. Le sol oscillait au milieu de sourds grondements pareils à ceux du tonnerre. Les meubles et les ustensiles de ménage tremblaient et s'entrechoquaient bruyamment ; les miroirs et les tableaux tombaient des murs. Un sentiment d’indicible angoisse réveilla les habitants. Un grand nombre de personnes se sauvèrent dans la rue, en proie à une véritable panique. Vers les deux heures, le phénomène se renouvela, mais cette fois avec moins de violence. Quelques cheminées sont tombées et plusieurs maisons ont des crevasses.
- Nouvel usage du verre trempé. — Diverses expériences ont été faires dernièrement, en Angleterre, sur des traverses de chemins de fer, en verre trempé. Le verre qu’emploie M. Siemens, l’inventeur, est de la qualité la plus ordinaire ; il peut être coulé sous une forme quelconque. Quelques échantillons de ces traverses, d’une section de dix sur quinze centimètres, ont été soumis à des essais, et on a constaté qu’il fallait un poids de cinq mille kilogrammes pour amener la rupture d’une traverse, posée librement sur deux points d’appui, distants de 0m,75 l’un de l’autre. C’est à peu près une résistance des deux tiers d’une bonne traverse en sapin de même dimension; seulement, la force du bois diminue rapidement par l’humidité, tandis que le verre est inaltérable.
- Après ces essais, des traverses de ce genre ont été posées sur une ligne de tramways, à Strasford. Elles sont espacées d’environ l)m,90, et portent, à leur partie supérieure, des empreintes dans lesquelles sont posées les rails. A la réunion de deux rails, les traverses sont posées sur des plaques en fonte pour éviter l’affaissement; ces plaques servent en même temps à fixer les rails, pour éviter de percer des trous dans le verre.
- Dans une autre série d’expériences, une plaque carrée en verre trempé de Siemens, de 0m,22 de côté et de 0m,028 d’épaisseur, a été enfouie dans du sable et recouverte d’une planchette de 0m,0Ü5 d’épaisseur, sur laquelle on posa un bout de rail ; sur ce rail on laissa tomber, de hauteurs successives de O111,90 à 6 mètres, un poids de quatre cent cinquante-sept kilos. A ce dernier choc, le rail fut brisé, mais la plaque de verre resta intacte. Une plaque en fonte, de même grandeur et de 0m,012 1/2 d’épaisseur, essayée comme l’autre, fut brisée avec le poids de quatre cent cinquante-sept kilos, tombant de trois mètres de hauteur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 décembre 1879. —Présidence de M. Dauurék.
- Séance très peu importante, écourtée par un comité secret relatif, dit-on, à l’élection prochaine d’un membre dans la section de géographie, en remplacement de feu M. de Tessan.
- Ferment fossile. — La communication intéressante de la journée est due à M. Van Tieghem qui signale l’existence du ferment butyrique, bacilus amylobacter, à l’époque de la houille. Cette existence si imprévue a été démontrée par l’examen microscopique de radicelles de conifères altérées, silicifiées dans les roches phytogènes de Saône-et-Loire,.déjà étudiées à plusieurs reprises par M. B. Renault, aide-naturaliste du Muséum. Ces radicelles offrent exactement les mêmes caractères d’altération que les radicelles correspondantes de l’époque actuelle, qui ont séjourné sous l’eau et y sont devenues la proie du bacilus. On sait que l’effet de celui-ci est de faire subir à la cellulose la fermentation butyrique. M. Van Tieghem conclut de ses observations qu’à l’époque houillère les réactions développées dans les marécages aux dépens de la matière ligneuse, étaient rigoureusement identiques à celles dont nous observons les effets contemporains. L’importance de ce travail n’échappera pas à ceux qui, comme nous, sont préoccupés du rôle géologique des causes actuelles.
- Chimie. — On se borne à mentionner deux notes de M. Berthelot sur l’hydrate de chloral et sur l’hydrure de cuivre et un mémoire de M. Bouchardat relatif à la production artificielle du caoutchouc.
- Figures acoustiques. — Il résulte d’expériences exécutées par M. Guébhard que si l’on accentue fortement des voyelles ou des diphtongues au voisinage d’un bain de mercure, on voit pour chacun de ces sons se dessiner une figure spéciale sur la surface métallique. L’auteur décrit plus haut ces curieuses expériences (Voy. p, 75).
- Zoologie expérimentale.—De longues observations exécutées à Boscoff ont conduit M. Frépon à reconnaître, conformément à la théorie de M. Edouard Van Beneden,que l’endoderme des animaux inférieurs est affecté plus spécialement au développement des Qrgaues femelles, tandis que les organes mâles dérivent de l’exoderme.
- Nouveau mode de production de l'urée. — C’est en quelques mots à peine que M. Chatin annonce la production de l’urée obtenue par M. Baudrimont en faisant réagir le permanganate de potasse sur le cyanure de potassium. La précaution nécessaire au succès est d’opérer dans des liqueurs acides ; on sait qu’en présence des alcalis il se fait des nitrates et des nitrites.
- Avant 4 heures, l’Académie se constitue en Comité secret.
- Stanislas Meunier.
- LA. NOUVELLE LAMPE ÉLECTRIQUE
- DE WERDERMANN
- Une invention nouvelle n’atteint sa vraie valeur que lorsqu’elle a bénéficié de tous les perfectionnements qu’une longue pratique lui apporte. C’est le cas de la lampe Werdermann dont nous avons
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- LA NATURE.
- fait connaître la forme primitive1 et qui s’est présentée au public parisien il y a un mois, au moment des expériences d’éclairage électrique du foyer de l’Opéra, sous une forme nouvelle qui constitue, à notre point de vue, un réel progrès
- La lampe Werdermann, par son principe, participe à la fois de l’éclairage par incandescence, et de l’éclairage par l’arc voltaïque; elle constitue donc un système intermédiaire qui doit remplir des conditions spéciales. Dans le modèle représenté ci-dessous (fig. 1) l’inventeur s’est attaché à régler la pression du contact latéral sur la tige de charbon
- Fig. 1. — Nouvelle lampe électrique ileM. Werdermann.
- tige de charbon. Cette disposition qui permet de très légers contacts entre le disque et la tige, fait qu’il n’y a jamais rupture de la pointe, mais usure régulière, et par suite une grande fixité de la lumière, ce que tout le monde a pu constater à l’Opéra.
- Comme plusieurs lampes sont montées en tension sur le même circuit, il faut que, si l’une d’elle s’éteint, elle soit aussitôt mise en dehors du circuit pour ne pas éteindre tes autres.
- Ce résultat est obtenu par le levier même qui sert à presser sur le contact latéral. Quand la tige ne vient plus appuyer contre le disque, ce disque descend et le levier vient buter contre un arrêt métallique qui établit une communication directe et met la lampe hors du circuit.
- A l’Opéra, les 12 lampes Werdermann un peu modifiées pour le cas spécial par M. Napoli étaient groupées sur quatre lustres. Elles étaient alimentées
- Fig. 2 et 3. — Applique et suspension de M. Werdermann pour l’éclairage électrique.
- d’après la pression que cette tige exerce sur le disque supérieur.
- Pour cela le disque de charbon supérieur est placé sur un fléau dont on règle l’équilibre par un poids à vis.
- Ce fléau porte un petit bras, placé à l’intérieur du globe, et qui vient exercer sur le contact latéral mobile du charbon une pression d’autant plus grande que la pression de ce charbon vertical est elle-même plus grande; cette pression s’oppose au mouvement ascensionnel de la tige de charbon.
- Il y a donc là une sorte de frein dont l’équilibre dépend du réglage primitif à l’aide du contrepoids. A mesure que le charbon s’use, la pression sur le disque diminue, le contact latéral se desserre un peu et permet le mouvement ascendant de la
- par 2 machines Gramme, chacune de ces machines ayant dans son circuit six lampes montées en tension. A défaut de mesures photométriques, il nous est absolument impossible de nous prononcer sur la valeur économique du système Werdermann, reproche malheureusement trop fréquent à une époque où toute invention se ramène à une question de francs et de centimes. M. Werdermann se propose d’appliquer ses appareils à l’éclairage domestique. Nous représentons, figure 3, une suspension et figure 2 une applique qui montrent que ces appareils se prêtent à un effet décoratif, bien que ces modèles laissent un peu à désirer au point de vue artistique.
- Ije Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 1 Yoy. n° 287 du 30 novembre 1878, p. 417. | 16.826. — Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pari*.
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- N° 345
- 10 JANVIER 1880
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- UNE ASCENSION
- AU PIC DU NÉTHOU (PYRÉNÉES)
- ( Suite et lin. — Voy. p. 4o. )
- Le soleil parût lorsque nous arrivions au Portillon; un vent assez violent du midi nous inquiétait un
- peu, des grands nuages nous cachaient par instant le pic de Néthou.
- Cependant nous nous dirigions sur les glaciers de la Maladetta. Une neige nouvelle recouvrait une grande partie des énormes crevasses ; pour plus de sûreté nous nous attachons mes guides
- Fi?. 1. Passage du pont de Mahomet au sommet du Néthou. — (D’après nature par M. Albert Tissandier.)
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- LA NATURE.
- sommet de cette arête est encombré de fragments de granit désagrégés par la gelée ou disloqués par les coups de foudre et très dangereux à cause de leur peu de stabilité. Le pont de Mahomet est pourtant la seule voie qui s’offre à nous pour arriver au but après lequel nous courons depuis si longtemps. Nous hésitâmes un moment, je l’avoue, avant de nous engager sur cet étroit passage. »
- Ces roches ne sont pas à vrai dire aussi difficiles à franchir; elles sont moins effroyables que cette description pourrait le faire supposer. Le pont de Mahomet, puisque M. de Franqueville a nommé ce passage ainsi, a 25 mètres de longueur, les crêtes des rochers ont à peu près 1 mètre de large et sont, il est vrai, très aiguës, presque coupantes même ; de chaque côté la vue peut être troublée par la profondeur des précipices. Il est certain que des touristes en proie au vertige ne sauraient y passer. Mais depuis l’ascension faite en 1842, on s’est familiarisé avec ce passage et bien des dames ont été assez hardies pour le franchir.
- Cette crête passée, nous étions sur une plateforme de 4 à 5 mètres de largeur sur une longueur de 24 mètres environ. Deux petites pyramides sont construites sur la cime du pic. Sous l’une d’elle, caché dans la neige, se trouve un cahier où les voyageurs inscrivent leurs noms.
- La vue panoramique dont on peut jouir au sommet du pic est une des merveilles qu’il est permis de contempler ; avec le soleil ardent qui nous favorisait, nous avions devant nos yeux un tableau incomparable.
- Albert Tissandier.
- L’excursion de Luchon à la Maladetta n’est pas seulement intéressante par le côté pittoresque qui attire un si grand nombre de voyageurs, mais l’étude géologique à laquelle on peut se livrer en faisant cette course est fort instructive, non seulement au point de vue de la géologie locale, mais même au point de vue de la géologie générale. C’est pour cela que nous accompagnons la précédente description de quelques détails géologiques utiles et nouveaux.
- Depuis Luchon jusqu’au sommet du port de Venasque Ton remonte la série des terrains les plus anciens à partir du Cumbrien, dans lequel naissent les sources sulfurées; au port de Venasque Ton se trouve dans les schistes les plus inférieurs du terrain silurien, et si Ton pouvait passer sous les grands bancs calcaires et gréseux qui occupent l’espace compris entre le port et la Rencluse, on verrait que ces schistes siluriens inférieurs, criblés de petits amas de minerais de plomb et de zinc, ont l’air, par suite de leur inclinaison' légère vers le sud, de passer sous les granits du Néthou. Cet effet est dû à un renversement sensible des terrains, très marqué surtout un peu plus vers l’ouest, à la tour de Maupas. C’est là déjà Tune des curiosités géologiques de cette course.
- Mais ce qui est encore plus curieux, c’est de trouver, entre le port de Venasque et le Néthou, une bande d’un terrain complètement et immédia-ment supérieur aux terrains de transition proprement dits, je veux parler du calcaire carbonifère C.C (fîg. 2) surmonté d’une épaisseur considérable de schistes gréseux, assez riches en empreintes végétales.
- Il y a déjà plus de trente ans que Nérée Doubé avait vu les empreintes végétales dont je parle, et les avait rapportées au terrain liouil 1er. Nous avons nous-même retrouvé dans ces mêmes schistes des fragments qui nous ont paru devoir être rapportés à de grandes fougères.
- De plus le calcaire carbonifère, inférieur à ces schistes gréseux (qui seraient les représentants du terrain houiller), contient, comme le calcaire carbonifère du reste des Pyrénées, quelques minéraux, surtout des dipyres et des couzeranites, assez fréquents dans ces roches, et presque caractéristiques de ce niveau géologique. C’est sans doute, du prolongement de cette bande calcaire vers le village espagnol de Venasque, que vient un minéral nouveau dans lequel M. Damour de son côté, et nous-même du nôtre, avons trouvé de 6 à 10 pour 100 de chrome. Le calcaire carbonifère de Saint-Béat, et celui d’Aulus, au nord et au nord-est du massif de Néthou, renferment aussi un minéral analogue.
- Ainsi donc, le léger renversement des granits sur les schistes anciens, et surtout la présence du calcaire carbonifère et des grès à empreintes végétales du terrain houiller, sont les deux traits principalement intéressants de la course de Néthou, en passant par le port de Venasque et le plan des Étangs.
- I)r F. Garrigou.
- APPAREIL ENREGISTREUR
- DES MOUVEMENTS DE L’AIGUILLE DU COMPAS.
- Cet appareil imaginé par M. Frédéric Àlsing, de Copenhague, est basé sur la combinaison d’un compas et d’un chronomètre. Un petit crayon fixé sur la rose du compas trace un diagramme représentant la marche du navire, sur une bande de papier placée au-dessous de la rose et entraînée d’une manière continue par un mouvement d’horlogerie. Un autre crayon, dépendant de ce mouvement d’horlogerie, trace une deuxième ligne qui indique les intervalles de temps. La bande de papier reçoit donc deux traits dont la comparaison fournit exactement les déviations de la ligne droite dans la marche du navire, le moment précis où ces déviations se sont produites, en un mot la direction du bâtiment pendant toute la durée de la traversée. — L’inspection de la ligure ci-contre fera comprendre aisément l’idée qui a inspiré les recherches deM. Alsing,
- Dans cette figure, a représente la marche ou la direction du navire, b représente le temps, chaque
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- crochet répondant à un intervalle écoulé de 1 heure.
- L’appareil en question fonctionne depuis plusieurs années à bord du vapeur Aurora qui lait 'c service entre Kiel et Copenhague.
- Un mouvement d’horlogerie avec cadran est suspendu dans un anneau placé horizontalement sur deux pivots : un poids maintient l’appareil en équilibre, c’est-à-dire dans la perpendiculaire ; — au-dessus du chronomètre, et mise en relation avec lui par un petit bras fixé, à sa partie postérieure, se trouve une pointe qui allleure la rose du compas, laquelle tourne librement dans le sens horizontal, la pointe reçoit les petites secousses qui lui sont imprimées par le mouvement d’horlogerie au moyen du levier.
- Entre le chronomètre et la rose du compas, exactement au-dessous, se déroule sur deux cylindres placés latéralement, une bande de toile noire, lisse et huilée, sur laquelle une deuxième pointe fixée au-dessous du petit levier dont nous avons parlé trace une ligne droite interrompue seulement par
- !> —---------___________________________________________________A____________________/l XI_________________
- Courbes tracées par l’appareil enregistreur des mouvements de l’aiguille du compas.
- les crochets qu’on voit dans notre figure et qui indique des intervalles d’une heure.
- A la face inférieure de la rose du compas, sont fixés quatre petits tubes ; l’un d’eux contient un crayon d’argent qui monte et descend librement, et dont la pointe repose sur une bande de toile ; à mesure que celle-ci se déroule, elle reçoit la trace du crayon. — Tandis que la rose demeure toujours dirigée vers le même point du ciel, la bande de toile aussi bien que le mouvement d’horlogerie, obéissent a tous les mouvements du navire,grâce aux dispositions que nous avons indiquées plus haut.—Supposons maintenant que le bâtiment décrive un cercle, le crayon d’argent tracera un cercle sur la bande, tandis que l’autre pointe n’y marquera qu’un point, puisqu’elle tourne sur elle-même, dans le cas où la bande de toile n’est point entraînée par le mouvement d’horlogerie ; si au contraire, elle se déroule sous les crayons, le crayon inférieur tracera une ligne droite, sauf les crans qui marquent les heures, tandis que le crayon d’argent tracera des courbes ou des lignes droites selon les variations de la marche du navire.
- S’il arrivait que le navire décrivit un cercle complet, la pointe d’argent viendrait se heurter contre le bras dont nous avons parlé, la rose devrait donc obéir au mouvement d’horlogerie èt par suite a celui du navire. C’est pour obvier à cet inconvénient qu’on a pourvu l’appareil de quatre petits tubes, et dans le cas que nous indiquons, on
- placerait immédiatement le crayon d’argent dans le tube suivant.
- L appareil qui sert tout à la fois de compas et de chronomètre offre un avantage particulier dans le cas d’un abordage en mer, puisqu’il permet de constater le moment exact de la rencontre. La Hansa, de Hamburgh, à laquelle nous empruntons la description de cet ingénieux instrument, ajoute que son prix de revient est de 575 francs.
- L. R.
- L’ANTIQUITÉ DE L’HOMME
- Dans un journal scientifique des États-finis, un professeur, M. Mudge, a donné quelques faits intéressants relatifs à l’antiquité delà race humaine. U accepte comme exacte l’opinion généralement admise en géologie suivant laquelle l’homme aurait fait son apparition sur la terre à la fin de l’époque des glaces, et il s’efforce de démontrer que l’antiquité de sa race ne peut pas être fixée au-dessous de 200 000 années. Un géologue américain avait reconnu après la période des glaces, trois autres périodes auxquelles il a donné les noms du Champlain, de la Terrace et du Delta, qu’il suppose toutes trois avoir été d’une durée à peu près égale à celle de la période glaciale.
- Prenant les phénomènes observés dans le delta du Mis-sissipi, M. Mudge signale ce fait que sur une distance d’environ 500 milles on reconnaît l’existence de forêts, ensevelies, l’une par dessus l’autre, avec des intervalles de sable. Ces forêts étaient formées de grands arbres et on en compte dix superposées les unes aux autres. Ces arbres sont les cyprès chauves des États du Sud, et il en est qui dépassent 25 pieds de diamètre; dans l’un d’eux on a compté jusqu’à 5700 cercles de croissance annuelle. Dans certains cas, ces arbres immenses ont poussé sur des tronçons d’autres arbres tout aussi grands, et ce phénomène s’observe dans chacune de ces dix forêts.
- De ces faits, M. Mudge conclut qu’on peut sans exagération, évaluer la durée de chacune de ces forêts successives à 10 000 ans, ou 100 000 ans pour les dix forêts. Mais cette évaluation ne fait pas entrer en ligne de compte l’intervalle de temps, qui sans aucun doute a été très considérable, entre la fin d’une de ces forêts et le commencement de la forêt supérieure. 11 est suffisamment prouvé que l'homme existait à l’époque du Champlain ; or, la période de la Terrace ou sa plus grande partie, est intervenue entre celle du Champlain et celle du Delta, ce qui ajoute 100 000 années aux 100 000 ans indiqués plus haut. Si l’on accorde seulement aux deux premières périodes une durée égale à celle du Delta, le résultat total serait de 200 000 ans.
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- LE COCON
- l'RÉSERVE-T-IL LA CHRYSALIDE DU FROID?
- Presque toutes les larves qui se disposent à se métamorphoser ont besoin de chercher une retraite où elles puissent s’abriter pendant cette période de leur vie. Elles sont en effet, à l’état de nymphes,
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- LA NATURE.
- exposées sans défense à des ennemis de toute sorte.
- Les unes s’enfouissent dans le sol, les autres se retirent dans les fissures des murs et des écorces, un grand nombre s’entourent de cette enveloppe soyeuse si remarquable chez le bombyx du mûrier et qu’on appelle cocon.
- Il serait difficile de dire pourquoi toutes les nymphes ne filent pas de cocon, mais celles qui en présentent de très développés, sont en général des espèces à chrysalide aérienne chez lesquelles la période nymphale s’accomplit au milieu d’influences atmosphériques très variées. II est donc naturel de se demander si le cocon qui joue le rôle d’une enveloppe protectrice destinée à dissimuler la nymphe aux regards des oiseaux, qui en sont friands, et à assurer à l’insecte une retraite paisible, le met aussi à l’abri des intempéries et lui permet de passer l’hiver sans être atteint par le froid souvent très rigoureux de nos climats.
- Je ne m’étendrai par sur la manière dont le cocon est caché aux regards, soit dans une fente, soit sous le bord d’une pierre, soit dans un entre-croisement de branches. Ces faits sont signalés partout. Darwin amis en relief également l’harmonie de couleur qui existe souvent entre la nuance du cocon et celle des corps sur lesquels il est appliqué. Il ne faudrait cependant pas pousser ce principe trop loin, car un assez grand nombre de
- 1 On remarquera que la chenille enveloppe son cocon d’une feuille d’Aylante. C’est moins pour le dissimuler aux regards que pour trouver un point d’appui aux premiers tours de spire qu’elle file.
- cocons sont blancs ou jaunes, c’est-à-dire d'une couleur qui tranche le plus souvent avec celle des objets environnants.
- Le point que je veux examiner, dans cette note, est l’utilité que peut présenter cette enveloppe pour mettre la nymphe à l’abri des variations de température.
- Chacun sait que la soie est assez mauvaise conductrice, et l'observation que je vais rapporter pourrait donner à penser que les cocons constituent une sorte de chambre dans laquelle la nymphe, grâce à cette faible conductibilité, conserve une température de beaucoup supérieure au milieu ambiant et lutte.ainsi, en conservant son calorique, contre toutes les intempéries de l’hiver, quelque rigoureux qu’il soit.
- La chenille du ver à soie de l’Ay— lante (Attacus cyn-thia) file à la fin de l’automne un cocon ovoïde d’un gris sale qu’elle suspend au-dessous d’une petite branche par un câble solide long de deux à trois centimètres ; de telle sorte que la nymphe entourée de son enveloppe soyeuse, est pendue dans l’atmosphère, isolée du contact des rameaux, et dans d’excellentes conditions pour subir les variations de température (fig. 1).
- Chacun se souvient du froid extrêmement intense qui a sévi à Paris pendant le mois de décembre 1871. Du 8 au 19 de ce mois, la température moyenne est restée de —9° et le 21,1e thermomètre est descendu à— 20° et s’est maintenu à —18° pendant 24 heures.
- L’hiver écoulé et le mois de mars arrivé, regardant leuiller les arbres du palais abbatial de Saint-
- Eig. 1. — Extrémité d'au rameau d’Aylaute avec le cocou d’Attacus cynthia qui y est suspendu *.
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- LA NATURE.
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- Germaia-des-Prés, que j’habitais à cette époque, et dont le jardin est planté d’Aylantes (vernis du Japon), j’aperçus suspendus aux branches un certain nombre de cocons d'Attacus cynihia que je n’avais pas encore remarqués. J’appris alors que Babinet qui avait habité cette maison vers 1860 s’était livré à des essais d’acclimatation du ver à soie de l’Ay-lantc dans ce même jardin. Ces cocons provenaient de cette source, et de 1860 à 1871 les générations s’étaient succédé à Pair libre sans que personne s’en occupât et avaient eu à supporter le froid de onze hivers.
- Mais la dernière saison était de nature à ne pas permettre une plus longue durée à cette tentative d’acclimatation.
- Je récoltai donc une quarantaine de ces cocons. Ils étaient, à ma grande surprise, dans un parfait état de conservation. A part quelques-uns qui étaient devenus noirs par suite de la décomposition de la nymphe, les autres avaient conservé leur couleur grise, leur volume, leur poids, et contenaient des nymphes en parfait état de santé prêtes à éclore. Une dizaine de ces derniers cocons furent mis de côté dans un carton et le 25 mars ils commencèrent à donner issue à ces magnifiques papillons que tout le monde admire.
- Ce qu’il y a de remarquable dans le fait que je viens de rapporter, c’est la résistance inattendue que la nymphe a opposé à la congélation. On ne saurait assigner à cette résistance que deux causes : ou le défaut de conductibilité presque absolu de l’enveloppe soyeuse, ou la production d’une quantité notable de chaleur de la part de l’insecte. Or cette dernière hypothèse ne concorde guère avec ce qu’on sait de la production du calorique chez les animaux. Réduite à une immobilité presque complète, la nymphe ne paraît pas se trouver dans des conditions favorables au dégagement d’une grande quantité de chaleur.
- L’expérience seule néanmoins pouvait résoudre la question et la trancher en faveur de l’une ou de l’autre de ces suppositions. Il était assez aisé de se renseigner d’abord sur le degré de conductibilité du cocon, et c’est de ce côté que j’ai cherché à éclairer ce petit problème.
- Après avoir ouvert l’extrémité d’un cocon volumineux et en avoir extrait la chrysalide, j’introduisis à sa place la boule d’un thermomètre très sensible, puis avec une bande de caoutchouc je rabattis
- sur la tige de l’instrument les bords effilochés de l’ouverture, de manière à intercepter toute communication avec l’air ambiant. Le réservoir du thermomètre ne touchait le cocon en aucun point.
- Le cocon ainsi préparé fut introduit en compagnie d’un thermomètre témoin, dans une éprouvette entourée d’un mélange réfrigérant (fig. 2).
- Les deux thermomètres avant l’expérience marquaient 18°.
- Cinq minutes après leur introduction dans l’éprouvette on les retire.
- Ils marquent tous deux — 9°.
- On les suspend alors à l’air libre.
- Le thermomètre remonte rapidement; le thermomètre garni du cocon, au bout d’une min monte manifestement et après dix minutes a rejoint son compagnon qui en quelques instants avait regagné son niveau primitif de —J— 18°.
- L’expérience démontre donc que le cocon n’entoure l’insecte d’aucune protection relativement à la température; mais en même temps elle nous apprend un fait inattendu, c’est que si la nymphe résiste à la congélation, elle le fait en vertu d’un dégagement de calorique continu et considérable. Comment se fait celte production de chaleur et aux dépens de quoi? Il est extrêmement probable que c'est aux dépens des transformations organiques qui s’opèrent dans l’intérieur de la nymphe. En effet ces modifications sont tellement considérables que certains naturalistes ont été jusqu’à prétendre que tous les organes se détruisent pour se reconstituer sur un autre plan. Cette opinion est probablement trop exclusive, mais néanmoins, il est certain, pour ne parler que du système musculaire, qu’il y a disparition de certains muscles ayant servi à la larve et formation de nouveaux qui seront utilisés par l’insecte parfait. Un pareil travail ne saurait se faire sans une mise en liberté et une consommation réciproque de calorique, qui se compenseraient si les muscles reconstruits étaient l’équivalent des muscles détruits. Mais le système musculaire de la larve est beaucoup plus considérable que celui de l’insecte parfait ; toute la chaleur devenue disponible par la destruction des muscles anciens n’est donc pas utilisée dans la reconstruction des nouveaux.
- De plus, l’acide urique et ses dérivés se retrouvent très abondants chez l’insecte qui vient de se
- Fig< 2. _ A Cocon dans lequel a été introduit le thermomètre. — B Thermomètre comparatif. — C Mélange réfrigérant. — D Bouchon de liège.
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- LA NATURE.
- métamorphoser, autre témoignage de l’existence de combustions actives pendant la période nymphale.
- C’est donc selon toute apparence à ces phénomènes organico-chimiqucs qu’il faut attribuer la facilité avec laquelle les insectes en voie de transformation supportent des abaissements de température très prolongés.
- l)r JoüSSET DE BELLESME.
- L’EXTRACTION DES PARFUMS
- PAR LE CHLORURE DE MÉTHYLE.
- Il y a quelques mois un industriel s’occupant de l’extraction des parfums, M. Massignon, vint me demander si le chlorure de méthyle, qui jouit de la propriété de dissoudre les corps gras, les résines et les huiles essentielles, ne pourrait pas servir à l’extraction des principes odorants des plantes. Je lui répondis que je pensais la chose possible, et je me mis à sa disposition pour entreprendre des essais.
- La première expérience faite sur des bois odorants, réussit, mais en donnant un produit d’une odeur désagréable, car le chlorure de méthyle industriel employé renfermait des traces d’un produit pyro-géné à odeur très persistante. Je m’occupai alors de purifier le chlorure, dont l’odeur propre est douce et éthérée, et j’y parvins bientôt en traitant le produit à l’état gazeux par de l’acide sulfurique concentré, qui retient complètement la matière à odeur désagréable. Le chlorure de méthyle liquéfié, après ce traitement, ne laisse aucun résidu odorant par évaporation ; il est apte à dissoudre les parfums et à les abandonner ensuite par évaporation, en leur laissant toute leur suavité
- La première expérience fut faite sur des fleurs d’oranger dans un appareil en verre ; et le produit obtenu fut apprécié par plusieurs parfumeurs comme étant de beaucoup supérieur au Néroli, obtenu par distillation des fleurs par la vapeur d’eau.
- Après ces premiers essais encourageants, on installa un appareil de moyenne dimension, permettant d’établir la valeur industrielle du nouveau traitement, en opérant à la fois, sur plusieurs kilogrammes de fleurs et de plantes diverses. Cet appareil, qui fonctionne depuis plusieurs mois avec la plus parfaite régularité, se compose :
- 1° D’un vase digesteur dans lequel on met les plantes dont on veut extraire le parfum ;
- 2° D’un réservoir à chlorure de méthyle liquide, préalablement purifié par l’acide sulfurique ;
- 3° D’un vase clos dans lequel on reçoit le chlorure chargé des principes enlevés aux plantes, et où à l’aide d’une pompe on le fait vaporiser ;
- 4° D’une pompe permettant de faire le vide au-dessus du chlorure à vaporiser, et d’en comprimer la vapeur dans un serpentin liquéfacteur refroidi,
- où le chlorure liquéfié retourne dans le réservoir n° 2. Cette dernière partie de l’appareil n’est autre que la machine frigorifique dont il a été question précédemment L
- Pour procéder à l’extraction des parfums, de celui de la rose par exemple, on remplit le digesteur avec les fleurs ; on ferme l’appareil, puis, à l’aide d’un robinet à cône, que j’ai déjà décrit, on fait arriver le chlorure de méthyle liquide du vase 2, de façon à baigner les fleurs. On laisse deux minutes en digestion, puis on fait passer le liquide chargé de parfum dans le vase 3. On fait alors arriver une nouvelle charge de chlorure de méthyle sur les fleurs, de façon à opérer un épuisement méthodique ; on recommence ainsi plusieurs fois, en envoyant toujours le chlorure dans le vase 5, après filtration sur les fleurs. Enfin, on fait le vide dans le digesteur pour enlever le chlorure qui imbibe les matières, et on le refoule dans le liquéfacteur; ensuite, on fait passer un jet de vapeur à travers la masse épuisée pour chasser le chlorure retenu par la petite quantité d’eau que renferment les fleurs, et on reçoit le gaz humide dégagé, dans un gazomètre, d’où la pompe l’aspire pour le liquéfier après dessiccation.
- Le liquide chargé de parfum et renfermé dans le vase 3, est évaporé dans le vide. A cet effet, on fait passer autour de ce vase, un courant d’eau à 50° environ pendant que la pompe aspire le chlorure de méthyle, qui se vaporise alors rapidement. Lorsque le manomètre placé sur l’appareil, et qui indiquait au début une pression de 3 à 4 atmosphères, accuse un vide d’une demi-atmosphère, on met fin à l’opération. En ouvrant le vaporisateur, on trouve le parfum, résidu de la vaporisation du chlorure, mêlé à la matière grasse et cireuse. Ce mélange, traité à froid par l’alcool, abandonne le parfum, avec toute la suavité qu’il possédait dans la plante.
- En opérant ainsi, on peut non seulement obtenir les parfums, généralement extraits par distillation des plantes au moyen delà vapeur d’eau, mais aussi ceux qui, trop altérables, ne peuvent être obtenus par distillation, et ne sont recueillis que par l’enfleurage, c’est-à-dire par dissolution à froid dans la graisse. Tels sont ceux du jasmin et de la violette.
- Les échantillons que j’ai présentés à la Société d'encouragement permettront déjuger de la suavité de ces parfums extraits en quelques instants par le chlorure de méthyle.
- Les résultats obtenus avec la plupart des plantes odorantes, soit fleurs, graines, écorces, racines, ont en outre prouvé, que l’on obtenait ainsi un rendement beaucoup plus grand que par la méthode ordinaire ; ce surplus de rendement pouvant atteindre jusqu’à 23 pour 100, donne une grande supériorité au procédé.
- M. Massignon fait construire, en ce moment, une installation capable de traiter par le chlorure de
- 1 Voy. La Nature, n’330 du 27 septembre 1879, p. 201.
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- méthyle, 1000 kilogrammes de fleurs par jour ; et il compte la faire fonctionner à Cannes, dans les premiers jours de février prochain. La pompe de compression employée est celle de la machine frigo- ! rifique, capable de produire 60 kilogr. de glace à l’heure.
- Cette nouvelle fabrication porte a trois le nombre des applications industrielles du chlorure de méthyle, à savoir : 1“ la fabrication des produits méthylés; 2° la production du froid; 5° l'extraction des parfums C
- Camille Vincent,
- Professeur à l’École centrale des arts et manufactures.
- RÔLE CALORIFIQUE DE L’EAU
- DANS LA NATURE
- Un lac, tant qu’il n’est pas gelé, est un réservoir de chaleur qui adoucit la température de l’hiver. Voici quelques chiffres qui appuient cette manière de voir.
- Le 19 décembre dernier, j’ai fait un sondage thermo-métrique dans le lac Léman, qui m’a donné les valeurs suivantes :
- Surface 5°,6
- 100m 5°, 6
- 150“ 5°,5
- 200” 5»,3
- 230“... 5°,2
- 330“.../. 50',3
- Cinq jours après, le 24 décembre, la surface était descendu à 5°,4. D’après les lois du refroidissement de l’eau, nous savons que tout ce qui était au-dessus de cette température de 5°,4 avait été refroidi et nous pouvons admettre que le lac était occupé par une masse d’eau de 5°,4 de environ 170 mètres d’épaisseur; au-dessous une couche à 5°,3, enfin les grands fonds au-dessous de' 230m à 5°,2.
- Je suis parti de là pour calculer quelle était la quantité de chaleur qui avait été perdue par le lac dans ces cinq jours, et je l’ai trouvée égale à environ dix milliards de calories, soit à la quantité de chaleur dégagée par la combustion de 1 250 000 tonnes de charbon, ou par la combustion d’un cube de charbon de 100 mètres de côté.
- Le ciel ayant été pendant ces cinq jours généralement couvert par un voile de nuages, la plus grande partie de cette chaleur est restée dans l’air, et a ainsi contribué à atténuer, pour notre vallée, le froid qui sévissait si cruellement ailleurs.
- Morges, 29 décembre 1879. D‘ F.-A. Forel.
- LA PRODUCTION
- DES VINS ET DES CIDRES EN FRANCE PENDANT L’ANNÉEE 1879
- L’administration des contributions indirectes vient de réunir les renseignements sur les résultats des vendanges
- 1 D’après une communication faite à la Société d'encouragement.
- de 1879. Nous publions quelques extraits de ces intéressants documents, que nous empruntons au Journal de l'Agriculture :
- « La récolte des vins a produit un résultat plus faible encore que celui sur lequel on avait compté. Elle n’aurait donné que 25 500 000 hectolitres. C’est une différence en moins de 23 millions sur la récolte de 1878 et de près de 50 millions sur la moyenne des dix dernières années. Cette situation est due à des causes multiples. Le phylloxéra et l’oïdium ont continué en 1879 leurs ravages.
- « A celte influence persistante et progressive sont venues s’ajouter des perturbations atmosphériques particulièrement désavantageuses. Sur certains points, la température humide, qui n'a cessé de régner pendant l’été, a empêché le raisin de se former et de se développer; dans d’autres régions, épargnées par la pluie, les gelées survenues en septembre et en octobre ont desséché les grains et mis obstacle à leur maturité. Les contrées les plus particulièrement éprouvées sont : la Bourgogne et la Champagne, où la récolte a été nulle ou relativement insignifiante ; les deux Charentes, où le rendement atteint à peine le tiers de celui de l’année dernière ; les départements du Centre tels que le Cher, Loir-et-Cher, le Loiret, l’Indre, Indre-et-Loire, la Vienne, l’Ailier et la Nièvre, dont la production a baissé dans la même proportion. Dans les départements de l’Est, le Doubs, la Meuse, Meurthe-et-Moselle, la récolte représente à peine le dixième des quantités obtenues en 1878.
- « Le Midi a beaucoup moins souffert et les documents officiels auxquels nous nous rapportons donnent plusieurs chiffres à ce sujet. L’Aude, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales présentent même, sur le produit de 1878, des augmentations appréciables (environ deux millions d’hectolitres en plus).
- « Les quantités de cidres fabriqués en 1879, sont inférieures de 4197 000 hectolitres à celles de 1878 et de plus de 5 millions aux résultats de l’année moyenne. Cette situation résulte également des influences de la température. »
- TYPES ET PAYSAGES
- DE L’AFRIQUE CENTRALE1.
- La librairie Hachette a publié en deux volumes in-8° accompagnés d’intéressantes cartes et de superbes gravures de l’édition originale anglaise elle-mèmc, le récit mille fois plus intéressant qu’un roman — si dramatique que parfois j’ai dù en suspendre quelques instants la lecture tant l’émotion devenait violente — de l’admirable et téméraire traversée de l’Afrique accomplie par M. Stanley le courageux voyageur américain.
- Le voyageur, qui vient de retourner en Afrique pour la sixième fois, après avoir appris la mort de Livingstone qu’il avait retrouvé et secouru en 1871, au bord du lac Tanganika, avait conçu le désir de compléter les découvertes de celui-ci et de ses devanciers. On le sait, deux journaux, un anglais le
- 1 A travers le Continent mystérieux par H. M. Stanley, traduction de Mme Henriette Loueau, 2 vol in-8, illustrés de 9 cartes et 150 gravures. Paris, Hachette, 1879.
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- Daily-Teleyraph, un américain le New-York-Herald firent les frais énormes de cette expédition qui a renouvelé la carte de l'Afrique. Stanley a fait le tour, dans son canot apporté d’Angleterre, du lac Vic-
- toria, du lac Tanganika, il a remonté le Nil Alexandra et descendu le Congo, à travers des régions absolument inconnues, sur un parcours de 2311 kilomètres. Il a traversé l’Afrique de Baga-
- A travers le continent mystérieux, par Stanley. — Monts Kateyé et Kampeminboua,
- moyo à la Pointe française, fait dans ce parcours de 999 jours, 11517 kilomètres, et descendu le cours ignoré jusqu’à lui, du ileuve de Nianngoué ( le point le plus éloigné de la côte colonisé par les Arabes), jusqu’à l’Atlantique, franchi les sept cataractes de Stanley, puis les trente deux cataractes de
- Livingstone. Parti d’Angleterre le 15 août, et de Zanzibar le 12 novembre 1874, il arrivait à Borna, établissement européen de la côte ouest, le 9 août 1877. Puis, comme le bon pasteur, il ramenait ses serviteurs fidèles à Zanzibar, leur pays natal par Kabinnde, Saint-Paul de Loanda et le Cap, et, le
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- 26 novembre J 877, on rentrait à Zanzibar. Mais beaucoup manquaient, 175 étaient morts en route; le jour du départ on était 560, le jour du retour on était 109, toutes les bêtes : les 5 chiens,
- les ânes, les boucs, les chèvres, tout était mort.
- Mais aussi quel voyage! pendant 500 lieues, les sauvages cannibales qui n’avaient jamais vu d’étran-1 gers, les poursuivaient avec ce cri monstrueux : « De
- Hommes et femmes du Manyéma, visités par Stanley dans l’Afrique centrale.
- la viande, de la viande! » Mais le gibier se défend ; 57 fois Stanley est attaqué, 57 fois il est vainqueur, pas une fois il n’a attaqué lui-même. Ce n’est pas assez des bêtes féroces humaines, les cataractes hurlantes sont là, ajoutant leur inconsciente brutalité, leur violence inerte et formidable à la fré-
- nésie gloutonne d’hommes moralement peu au-dessus de l’animalité, et les meilleurs collaborateurs de Stanley sont dévorés par elle.
- Ce voyage si intéressant au point de vue géographique et dramatique ne l’est pas moins au point de vue scientifique; de la géologie à l’anthropologie,
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- LA NATURE.
- toutes les sciences naturelles ont été avancées par ce voyage. Comme exemple de ces découvertes remarquables, nous donnons la vue d’un groupe extraordinaire de montagnes tabulaires, d’origine vraisemblablement basaltique, qui se dressent sur la cote occidentale du Tanganika, les monts Katéyé et Kapemmboua; et le type très curieux des habitants du Manyéma. Les femmes se distinguent, comme on peut le voir, de toutes les autres négresses, par la longueur tout à fait exceptionnelle de la chevelure qui descend, en frisant et ondulant, presque jusqu’à la taille.
- Charles Boissay.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE IA VIE.
- (Suite. — Yoy. p. 51.)
- Chez les Agahnes, le rôle des individus astomes, des dactylozoïdes qui poussent isolés le long de la tige commune est tout d’abord assez mal défini. Ils ne paraissent pas remplir, comme l’a observé M. de Quatrefages chez lesPhysales, un rôle digestif particulier; ils sont trop courts et trop cachés parmi les autres individus pour qu’on puisse leur attribuer un rôle dans la découverte ou dans la capture de petits êtres dont la colonie se nourrit; on ne peut même voir réellement en eux des individus chargés spécialement d’explorer les alentours de la colonie et de la renseigner d’une façon si inconsciente, que vous la supposiez, sur les dangers qu’elle peut courir. Du moment qu’on ne leur découvre aucune utilité, ils semblent infirmer cette grande loi de la division du travail physiologique dont le polymorphisme des individus constituant une même colonie est une conséquence. La forme devant s’adapter à la fonction, il ne devrait pas y avoir de forme inutile.
- Cela est incontestable, en principe.
- En fait, quand la réaction réciproque d’un organisme donné et du milieu extérieur a déterminé le développement simultané d’un organe et d’une fonction, il peut très bien arriver que l’organe et la fonction se séparent, que Ja fonction disparaisse même et Lorgane, désormais inutile, n’en persiste pas moins plus ou moins longtemps, sauf à disparaître ou à se modifier à son tour pour accomplir quelque fonction nouvelle.
- Il n’est pas d'animal quelque peu élevé qui ne porte les traces indubitables de quelque transformation de ce genre. Les organes rudimentaires de tant de vertébrés, sur lesquels Étienne Geoffroy. Saini-Ililaire a le premier attiré l’attention et qui sont d’une si haute importance pour les déterminations de l’anatomie comparée, les organes rudimentaires ne sont pas autre chose que des organes qui ont cessé d’accomplir leur fonction primitive et qui sont par suite en voie de disparition ou de transformation : tels sont le cæcum de l’intestin grêle des
- mammifères, le coccyx de l’homme et des singes les plus élevés, les ailes d’un assez grand nombre d’oiseaux, les pattes de beaucoup de reptiles du groupe des Semioidiens.
- Il y a donc lieu quand on trouve un organe problématique chez un animal, soit d’étudier le même organe aux différents âges de l’animal, soit d’étudier chez les animaux voisins les organes analogues et de rechercher s’ils ne fournissent pas quelques renseignements sur sa véritable nature.
- Il sera facile d’expliquer la présence des individus à la fois astomes et stériles en apparence chez les Agalmes si l’on examine, comme l’a fait Cari Yogt, au lieu des agalmes adultes les jeunes colonies. Là point d’individus inutiles. Tout d’abord, chaque individu possède sa plaque protectrice, chaque plaque protectrice son polype. Les polypes eux-mêmes ne sont que de deux sortes.
- Les uns, pourvus d’une large bouche et d’un long filament pêcheur sont les individus nourriciers que nous connaissons déjà ; les autres transparents, dépourvus de bouche portent tous à leur base des grappes plus ou moins volumineuses dans lesquelles on reconnaît sans peine les bourgeons des individus reproducteurs. Plus tard, à mesure que la colonie grandit, que le nombre des individus composante augmente, il se fait entre ces divers éléments une véritable dissociation. Les rapports primitifs des plaques protectrices avec les divers individus deviennent difficiles à constater ; les bourgeons reproducteurs s’éloignent des individus qui les ont produits et se disséminent sur le troue commun. Bientôt il devient impossible de reconnaître entre eux aucun lien de parenté ; nous arrivons à l’état ordinaire des colonies adultes d’Agalmes. Mais le passage se fait graduellement, insensiblement et les individus astomes, en forme de dactylozoïdes n’en méritent pas moins de conserver le nom d’individus reproducteurs ; ils sont absolument les .analogues des individus reproducteurs également sans bouche et porteurs de bourgeons sexués que nous avons précédemment signalés chez les Polypes hydraires proprement dits.
- Ce serait maintenant une question de savoir si chez les jeunes Physophores on ne pourrait pas démontrer entre les dactylozoïdes et les grappes reproductrices des rapports analogues à ceux que ces différentes parties présentent chez une jeune Àgalme. La dissociation des individus serait produite chez les Physophores par le raccourcissement extrême de l’axe commun, comme elle est produite chez les Agalmes par un très grand allongement. Peut-être aussi trouverait-on chez de jeunes Physales un rapport analogue entre les grappes reproductrices et ce que M. de Quatrefages appelle les cæcums hépatiques.
- Chez une autre espèce d’Agalme, Y Agalme poin-tillée, les plaques tectrices se rapprochent davantage de la forme de cloche, typique chez les Méduse» libres. Ces cloches et les divers individus de qui
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- elles dépendent sont rassemblées en bouquets, le long de l’axe commun qui est absolument nu dans l’intervalle de ces bouquets.
- C’est ce que l’on voit plus nettement encore chez un autre Siphonophore de lorme assez analogue, la Praya diphyes (Voy. p. 55 du n° du 27 décembre 1879) ; mais ici noos constatons en oi,tre une tendance remarquable à l’individualisation des groupes qui se forment ainsi, de sorte qu’entre l’individualité du polype hydraire et celle de la colonie, vient s’interposer une individualité nouvelle, capable de devenir à son tour totalement indépendante et qu’il est par conséquent intéressant de connaître.
- Les Praya diphyes peuvent, comme les Agalmes rouges, atteindre plus d’un mètre de long. Leur contractilité est telle qu’un individu de cette taille peut se réduire à n’avoir plus que la longueur du doigt. Les Praya manquent de vésicule aérifère ; elles ne possèdent que deux cloches natatoires très semblables à des Méduses, entre lesquelles prend naissance le tronc commun rétractile qui porte le reste de la colonie. Les bouquets d’individus que porte ce tronc sont uniformément composés de la façon suivante : chaque groupe comprend un individu nourricier muni d’un long filament pêcheur et protégé par une pièce cartilagineuse en forme de casque dans laquelle il peut complètement se retirer avec son filament. Ce polype doit être consi' déré comme le sac stomacal d’une Méduse dont la pièce en forme de casque serait l’ombrelle ; cette pièce présente du reste, comme d’habitude un appareil gastro-vasculaire qui complète l’analogie. Son ouverture est fermée par une autre pièce parfaitement transparente attachée au côté opposé du tronc commun et dont la forme se moule exactement sur celle de l’ouverture de façon à intercepter toute communication entre la cavité intérieure du casque et l’extérieur lorsque le Polype s’est contracté. Mais cette pièce nouvelle n’est pas un simple opercule comme celui qui ferme l’orifice des cloches natatoires chez d’autres siphonophores, les Hippopodius et les Vogtia, par exemple. C’est une véritable Méduse, pourvue d’un appareil gastro-vasculaire complet, d’un vélum contractile en forme d’iris et ne différant des Méduses ordinaires, des Méduses typiques que par le développement particulier de la paroi de son ombrelle, adaptée à une fonction nouvelle et par l’absence de manubrium. Enfin vis-à-vis de chaque polype on voit attaché au tronc commun, parmi d’autres bourgeons remplis de cellules urticantes un petit corps isolé, ayant l’apparence d’un bourgeon de Méduse; c’est l’individu reproducteur, tantôt mâle, tantôt femelle, mais changeant de sexe d’un groupe à l’autre, de sorte que si chaque groupe est sexué, la colonie toute entière est hermaphrodite.
- — La suite prochainement.
- Ed. Perrier,
- Professeur administrateur au Muséum d’IIistoire naturelle.
- POSTE TÉLÉPHONIQUE
- AVEC OU SANS MICROPHONE.
- Ce poste téléphonique, construit par M. Ducretet, se compose d’une tablette portant une manette centrale dont l’extrémité à ressort peut être placée à volonté sur les cinq gouttes de contact marquées d’une inscription en regard de chacune, soit : Repos ; sonnerie, contrôle d'appel ; téléphoné ; microphone. — Cette tablette reçoit encore huit bornes d’attncbe de conducteurs ; elles sont marquées ; T, S, R, L ; et à la partie inférieure : T, T.,M., M.
- Les téléphones s’attachent en T, T.; si on veut en mettre plusieurs dans le même circuit (soit en tension), on les attache suivant la figure, en se servant de la borne intermédiaire C. Si, au contraire, on veut les accoupler en dérivation (soit en quantité), les téléphones se mettent symétriquement aux bornes T, T.
- Le microphone Mi, se place en M. M, il peut servir à transmettie à de grandes distances, les plus faibles bruits, sons musicaux, etc.
- S. est la sonnerie avertisseur. Les deux postes sont identiques.
- La transmission se fait aisément. Supposons deux postes, l’un à Paris, l’autre à Versailles. La manette centrale de chacun doit toujours être placée sur la goutte marquée repos. Le poste de Paris désire transmettre à Versailles ; pour l’avertir, il place un instant sa manette sur sonnerie, puis il revient se placer sur repos Le poste de Versailles reçoit cet appel, il y répond en faisant exactement la même manœuvre, puis il se place sur téléphone. Le poste de Paris, dès qu’il a reçu le coup de sonnette qui l’avise qu’on est prêt, se place à son tour sur téléphone.
- Si le poste de Paris ne reçoit pas de réponse à son appel, il en conclut que son correspondant n’est pas présent au poste : il lui est facile de le contrôler. Pour cela, il recommence la même manœuvre, mais, cette fois, il place sa manette à cheval sur les deux gouttes, sonnerie et contrôle d'appel, et dans le même temps il écoute dans son téléphone. où il entend distinctement la sonnerie de son correspondant de Versailles. Il laisse la manette dans cette position de double contact prolongé, jusqu’à ce que le correspondant enfin prévenu, par cet appel prolongé, vienne couper le courant pour se placer sur sonnerie, puis sur téléphone, ainsi qu’il vient d’être dit. Le poste d’envoi de Paris, à ce moment, n’entend plus dans son téléphone la sonnerie de Versailles ; il se place alors sur repos, reçoit l’avis qu’on est prêt; puis il se place sur téléphone. La transmission téléphonique est établie entre les deux postes. Ce contrôle d'appel est très efficace.
- Le poste qui a appelé le premier, doit parler le premier dans son téléphone ; le second téléphone est maintenu à l’oreille. Dès qu’il a fini de causer il en avise son correspondant en sifflant fortement
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- LA N AT U DE.
- n
- dans le sifflet À, fixé à demeure fixe sur le corps du téléphone, il transmet ses vibrations dans la chambre qui se trouve en dessous de la membrane vibrante. De la sorte on évite toute fausse manœuvre, on ne doit parler qu’après avoir reçu le coup de sitflet-avertisseur. Chacun doit agir ainsi. On écoute en portant un téléphone à chaque oreille.
- La correspondance terminée, ou dit sur repos, et les deux postes mettent chacun la manette dans cette position, pour attendre un nouvel appel. Chaque poste, lorsqu’il transmet, peut sans en avertir
- Fig. 1. — Poste téléphonique de M. Ducretet.
- ment, à volonté, par le jeu de commutateurs bien connus, peuvent recevoir cet appel. Ce genre d’appel par sonnerie, doit donc être préféré à tout autre, à cause de sa simplicité.
- Le téléphone employé dans le poste que nous venons de décrire et qui est dû à M. Ducretet, ne diffère des systèmes connus que par une construction spéciale de l’embouchure 0(fig. 2), et l’addition d’un sifflet-signal fixe, A. L’embouchure 0 est métallique ; elle n’est plus soumise aux variations hygrométriques, qui, dans les téléphones à embouchure de bois, agissent constamment sur le serrage de la membrane M, et par suite, modifient le réglage et la sensibilité du téléphone. Ces variations ne se produisent plus avec l’embouchure métallique, elle reçoit la membrane M, laquelle est maintenue par une bague de laiton, par le serrage même de l’em-
- son correspondant, se servir du microphone transmetteur; il lui suffit de placer sa manette sur microphone, et, si lui-même veut entendre dans son propre téléphone, les sons qu’il transmel par son microphone, il lui suffit encore, sans aucun avis, de placer sa manette à cheval sur les deux g ) Iles, téléphone microphone
- Les téléphones, au repos s’accrochent eu PI1'.
- En résumé, ce poste est simple, sa manœuvre facile. L'appel par sonnerie est aussi prolongé et aussi puissant qu’on le désire ; la sonnerie d’appel peut être placée loin des téléphones dans des pièces de service ; plusieurs sonneries peuvent être placées à différents endroits ; toutes ou isolé-
- bouchure. Ce serrage de la membrane est ainsi très régulier sur toute sa circonférence. Un sifflet A, placé à demeure fixe sur le corps du téléphone, transmet ses vibrations dans la chambre qui se trouve en dessous de la membrane M. Chaque fois qu’on a fini de parler on en avise son correspondant en sifflant en A.
- Ce signal convenu est très efticace, il s’entend bien et il évite les fausses manœuvres dans la correspondance téléphonique.
- On voit que le téléphone se complète chaque jour par des dispositions ingénieuses qui en font un instrument tout à fait pratique.
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- L’AUTOPHONE
- Le petit instrument que nous voulons faire connaître aux lecteurs de la Nature, présente, si l’on en croit la description du Scie?itific Américan, un
- certain perfectionnement dans les procédés bien connus de la musique mécanique.
- Jusqu’à présent les orgues de Barbarie, les serinettes et les pianos automatiques Lacappc et Thi-bouvielle constituaient les seuls moyens plus ou moins pratiques de mettre la musique à la portée
- Fig. 1. — Autophone ou accordéon mécanique.
- de toutes les intelligences, et de remplacer le talent de l’artiste par un mouvement de manivelle plus ou moins bien exécuté. Le pianista est la merveille du genre, mais il a l’inconvénient de coûter un prix assez élevé, soit comme premier achat, soit comme approvisionnement de cartons découpés qui servent à l’exécution des morceaux. Une valse ordinaire mesure de 6 à 8 mètres et coûte de 18 à 24 francs.
- A ce prix, une bibliothèque musicale un peu sérieuse, représenterait une fortune.
- Les Américains, voulant populariser la musique, ont imaginé Vautophone, qui n’est autre chose qu’un accordéon mécanique •automatique exploité aussitôt par VAutophone Company of Ithaca.
- N. Y. Toujours pratiques, les Américains.
- Le principe de l’instrument représenté fig. 1, est très simple.
- Un châssis vertical porte, d’un côté, un soufflet, et de l’autre une chambre d’air flexible qui sert de réservoir.
- La partie supérieure porte un jeu d’anches comme la tablette d’un accordéon. Mais l’échappement de l’air au travers de petites lames vibrantes ne peut se faire que par la face supérieure du châssis, sur laquelle glisse une feuille de bristol percée de trous convenablement espacés, et mise en mouvement par le mécanisme représenté fig. 2. La
- fig. 1 représente un axe garni d’une série de rondelles qui viennent s’appuyer sur la feuille de bristol et déterminent Je mouvement de cette feuille par entraînement. C’est le soufflet qui fait tourner l’axe à l’aide de deux cliquets B et C (fig. 2) qui viennent exercer leur action sur une roue dentée fixée sur l’axe.
- Le cliquet B entraîne toujours le papier lorsque le soufflet est comprimé, et le cliquet C lorsque le soufflet est détendu, mais un contre-cliquet D représenté en pointillé sur la figure, est disposé de telle sorte que l’entraînement du papier ne peut avoir lieu que si la dent de ce cliquet D se trouve en présence d’un trou percé sur le bristol ; dans le cas contraire, il n’y a pas mouvement du papier pendant la dilatation du soufflet. Cette disposition très ingénieuse a pour effet de donner à la bande de papier un mouvement irrégulier, mais d’économiser beaucoup de sa longueur dans le cas de notes tenues. Toute la manœuvre de l’instrument se réduit donc à actionner le soufflet convenablement.
- L’effet artistique laisse peut-être un peu à désirer, mais l’instrument est simple, peu coûteux, peu encombrant, et les feuilles de papier sur lesquelles sont découpés les morceaux pourront se
- Fig. 2. — Entraînement du papier de l’au-tophone.
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- LA NATURE.
- labriquer à la mécanique, et par suite à très-bon marché.
- On peut donc prévoir, d'ici à quelques années, une révolution dans la musique d’aveugles. Les orgues de barbarie vont sacrifier à l’actualité. Le légendaire « O mon Fernand tous les biens de la terre » moulu par plusieurs générations successives, fera place à l’air de la veille, au dernier succès de la chanteuse en vogue. Si le nouvel instrument américain parvient à tuer l’orgue de Barbarie, tout le monde applaudira à son succès. Nous le souhaitons vivement pour notre part.
- —*<><,—
- BIBLIOGRAPHIE
- istoirc des grands voyages et des grands voyageurs, par Jules Verne. — Deuxième partie : Les navigateurs du XVIIIe siècle. 1 vol. gr. in-8° avec cartes, gravures et fac-similé d’après des documents anciens. Paris, Iletzel.
- Nous annonçons avec plaisir ce nouveau volume de M. Jules Verne. Il diffère essentiellement de ses aînés en ce qu’il n’est pas œuvre d’imagination. C’est, une histoire authentique mais pittoresque de tous les voyages accomplis jusqu’à ce jour. C’est en même temps une œuvre de science, car bien des récits de voyageurs n’ont été sérieusement étudiés et discutés que par des étrangers. Aussi M. Jules Verne s’est-il adjoint un géographe, M. Gabriel Marcel, dont nous n’avons pas à faire l’éloge car il est notre collaborateur. La compétence toute spéciale de M. Marcel, sa connaissance de plusieurs langues étrangères ont rendu son concours particulièrement précieux au romancier et n’ont pas peu contribué au succès de l’ouvrage. Ajoutons que M. Marcel a dirigé l’illustration de cet important travail qui n'en est encore qu’à son second volume et qu’il a fait reproduire quantité de cartes et de gravures anciennes qni donnent a Y Histoire des grands voyages et des grands voyageurs un caractère scientifique absolument en rapport avec les idées et les goûts actuels.
- CHRONIQUE
- Espiègleries de singes. — Un correspondant de Calcutta raconte, par l’intermédiaire de la Revue d'Anthropologie, deux histoires curieuses relatives aux mœurs des singes de l'Inde. Dans le petit village d’Àrgarpara, situé à huit milles de Calcutta, sur la route de Barrackpour, une colonie de deux ou trois cents babouins ont pris leurs quartiers depuis près d'un an et l’ont rendu presque inhabitable. Ce sont des animaux de quatre pieds de hauteur, aussi sauvages que des bêles féroces. Ils attaquent les enfants et même las femmes les plus robustes, et répandent partout la terreur et la dévastation, entrant impudemment dans les maisons, se démenant dans les plantations et faisant main basse sur tous les fruits mûrs des jardins. Les habitants redoutant une attaque générale et retenus d’ailleurs par le respect qu’ils professent pour ces animaux, hésitent à les châtier. Les autorités restent indifférentes et le village, presque réduit à la famine, est arrivé à un tel état de surexcitation qu’il a pris le parti d’envoyer au gouvernement une députation pour en obtenir du secours. La seconde histoire est celle-ci : Près de Calcutta, au nord, se trouve le petit village de Bengala, lequel ne renferme qu’une centaine de cases placées sur deux lignes parallèles, séparées par un ruisseau. Le 14 sep-
- tembre dernier, vers trois heures de l’après-midi, deux Hindous travaillaient dans un champ de mais, lorsque tout à coup les hautes herbes s’écartèrent et quatre grands singes fondirent sur eux, les saisirent et les transportèrent, avec la rapidité d’une flèche, sur les branches de l’un des arbres de la forêt voisine. Là, les singes les regardèrent en grimaçant, puis les abandonnèrent. En même temps, d’autres de ces animaux se précipitaient en grand nombre sur les cases du village ; des femmes et des enfants furent maltraités, et, finalement, les habitanls durent évacuer le village et se réfugier sur une colline voisine. A la nuit, une lueur rougeâtre apparut au-dessus des cases; on voyait les singes courir çà et là : une partie du village abandonné était en feu. L’incendie allumé accidentellement ou volontairement par les envahisseurs put seul les expulser. Ils s’enfuirent alors en poussant de longs hurlements. Le lendemain, des officiers anglais pénétrèrent au milieu des ruines et trouvèrent tout brisé pillé ou brûlé. Quant aux pillards, ils n’en découvrirent aucun. Depuis lors, les Hindous ont abandonné la place et se sont rapprochés de Calcutta. Ces prétendus babouins sont vraisemblablement les langour ou hunouman, dont la taille varie de deux pieds et demi à quatre pieds, et qui sont regardés dans l'Inde comme sacrés, à tel point, que personne n’ose leur résister. Vénération stupide dont ils abusent, comme on voit, jusqu’à imiter l’homme dans ses instincts destructeurs.
- I.es jouets du premier de l’an à Paris. —
- Chaque année le premier de l’an révèle quelques petites inventions, quelques idées nouvelles utilisées à la fabrication d’un jouet et exploitées par les petits marchands sur les boulevards à Paris. Il est toujours intéressant de les étudier. Ce qui prédomine le plus celte année ce sont les questions, auxquelles l’actualité a donné le nom de questions du divorce. Ce sont : soit des couples reliés par une chainetle qu’il s’agit de détacher ou étranglés par une alliance, ou bien encore mis face à face sur une planchette et qu’il s’agit de faire tourner dos à dos. Ou encore deux boulets de forçats rivés l’un à l’autre et qu’il faut séparer. Il y en a comme cela une trentaine.
- Parmi les jouets d’enfants il y a des petites pendules marchant pendant 10 minutes, faisant un tic tac très suffisant et ne coûtant que 19 sous. Il y a aussi de petits bateaux nationaux, tricolores, montés sur roulettes et ne coûtant que trois sous. Une des petites voitures mérite une mention spéciale; elle a la forme des voitures de fournisseurs, elle est à quatre roues et tient un cheval entre ses brancards, elle est en fer blanc, très soignée relativement et ne coûte que 10 centimes. On raconte à ce sujet que_ l’inventeur de cette petite voiture a passé son année à collectionner les vieilles boîtes de sardines et dès qu’il en a eu une certaine quantité il a entrepris la fabrication en grand de ces petites voitures dont la matière première lui revenait à un prix très peu élevé. Il a vendu sa voiture a deux sous en quantité prodigieuse. Le canon du zoulou est encore une invention de l’année, c’est une petite boule de fonte dans laquelle on met une petite amorce, cette boule est tenue par un élastique, on la laisse tomber; l’amorce éclate, et l’élastique ramène la boule dans la main. Les jouets aux zoulous sont du reste d’actualité. Signalons un vélocipédiste zoulou qui remue les bras et les jambes.
- Le vélocipédiste qui tourne en rond par l’action d’un ressort en caoutchouc, est encore une des curiosités de l’année et coûte 19 sous.
- Ailleurs enfin, se trouvent comme les autres années, des quantités de marchands d'objets divers, de jouets de tou-
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- tes sortes qui par leurs variétés sont toujours très intéressants à examiner.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du § janvier 1880.—Présidence de MM. Daubhée et Ed. Becquebel.
- Spectre photographique des étoiles. — Pour photographier le spectre des étoiles, M. Huggins, promène sur la fente d’un spectroscope et cela pendant des heures entières, l’image d’une étoile fournie, non par une lunette, mais par un télescope. Le spectre est reçu sur une plaque au collodion sec. Les résultats obtenus sont relatifs surtout aux étoiles blanches du groupe d’a de la Lyre. Ces étoiles donnent un spectre continu sur lequel se détachent des raies qui se rapprochent de plus en plus, d’une manière tout à fait régulière à mesure qu’on s’approche davantage de l’extrémité violette. 11 est très remarquable que ces mêmes caractères soient reproduits par des étoiles très distantes les unes des autres comme a de la Lyre, Sirius, 7] de la Grande Ourse, a de la Vierge et a du Cygne. Àrcturus qui appartient au groupe des étoiles rouges donne le même spectre augmenté de nombreuses lignes secondaires dont le groupement est plus compliqué. Comme le fait remarquer M. A. Cornu, la constance de ce spectre remarquable dans des étoiles aussi distantes, montre l’existence d’une même substance dans une région très étendue de l’espace, et la disposition régulière des raies porte à croire que cette substance est de nature élémentaire. Elle est d’ailleurs foncièrement différente de toutes les substances terrestres.
- Elections. — Le reste de la séance a été consacré à des élections. Il a fallu d’abord procéder à la nomination des membres composant la Commission administrative : MM. Chasles et Decaisne, dont le mandat était expiré, ont été nommés de nouveau. La vice-présidence pour 1880 a été décernée à M. Wurtz par 55 voix sur 59 votants. Enfin, on a procédé à la nomination d’un membre dans la section de géographie et de navigation en remplacement de M. de Tessan décédé. Les votants étant au nombre de 60, M. le lieutenant-colonel Perrier est nommé par 55 suffrages. M. Bouquet delà Grye réunit 25 voix.
- MÉTÉOROLOGIE DE DÉCEMBRE 1879
- Les froids de novembre sur lesquels nous avons insisté, avaient préparé l’atmosphère, les eaux et la terre aux phénomènes exceptionnels qui font de décembre 1879 que nous étudierons complètement plus tard, un mois sans précédent dans les annales météorologiques de nos régions.
- Les températures du sol et des eaux, lentement abaissées, ne pouvaient en effet réagir contre les conditions atmosphériques extérieures ; aussi ces dernières ont-elles eu une influence caracté-
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- ristique, et le régime anticyclonique ayant do -miné, nous avons eu une démonstration frappante, par cela même qu’elle était poussée à l’extrême, des conditions atmosphériques qu’amène ce régime.
- Les phénomènes principaux du mois et qui ont frappé les observateurs les moins attentifs, sont : 1° les neiges du 4 qui, tombant sur la plus grande partie de la France pendant un jour et demi ont
- interrompu presque partout les communications ; 2° le froid exceptionnel par sa précocité, sa durée et son intensité qui a sévi, comme nous le disions dans notre étude précédente, presque tout le mois, congelant les fleuves et une partie des ports, y en fermant dans les glaces les bateaux et les navires; 5° enfin le dégel survenu le 29 et la hausse rapide de la température suivie de la débâcle désastreuse du 3 janvier 1880.
- Quels rapports présentent ces trois phénomènes avec les courbes isobares tracées sur nos cartes.
- Occupons-nous d’abord de la neige du 4, et pour cela jetons les yeux sur la carte du 3 ; nous voyons se dessiner vers l’Espagne et la Gascogne un cyclone dont le centre se trouve le lendemain 4, au sud de Lorient (736inm) ; il est sensiblement au point où se trouvait celui de l’ouragan du 20 février 1879 ; il traverse comme lui la France, de l’ouest à l’est, passe vers minuit au sud de Paris et, le 5, se trouve dans les environs de Garlsruhc (741n,m); il amène comme lui des orages dans l’Est et le Centre, des gros temps sur toutes nos côtes et une quantité énorme de neige1. Le phénomène n’est donc pas nouveau ; il s'est développé dans les conditions normales, mais ce qui en a fait la gravité, c’est que venant des mers chaudes, le cyclone avait fait une immense provision de vapeur d’eau qu’il a déversée en neiges sur son passage.
- Ces neiges ont persisté longtemps. En effet, dès le 7, nous voyons s’installer sur l’Angleterre et sur la France, des pressions barométriques supérieures à 770,nm.
- L’isobare de 770 forme pour ainsi dire le contour d’un immense anticyclone, lequel disparaîtra seulement vers le 28.
- Jusqu’à cette date, domineront donc les conditions du régime anticyclonique. Or le sol était déjà glacé au commencement du mois, la Seine commençait à charrier le 3, pour se prendre complètementle 0, on était donc le 7 dans les conditions de froid exceptionnel les plus favorables. Aussi voyons-nous les températures moyennes qui étaient déjà de — 5° les premiers jours descendre jusqu’à— 15° le 8 et à — 23° le 9, jour du maximum du froid en France et en Belgique, puis se maintenir de beaucoup au-dessous de zéro jusqu’au 29.
- A cette date, a lieu le dégel que la forme des courbes nous avait permis d’indiquer dès le 27. Nous disions en effet à cette date qu’un changement complet se produirait prochainement dans l’état atmosphérique de la France et que la température remonterait repidement. Or, la hausse du thermomètre s’est en effet accentuée rapidement et l’isotherme de 0° qui, le 27 décembre, passait encore au large de la Vendée et de la Gascogne était refoulé successivement jusqu’en Russie.
- Les 3 derniers jours du mois ont seuls pré-
- 1 L’eau provenant de'de la fusion de celte neige formait une couche d’eau de 32mm à Paris, de 22 à Gap, et de 28 sur la côte orientale d'Angleterre;
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN DÉCEMBRE 1879 D’après le Bureau central météorologique de France, (Réduction 1/8).
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- Lundi 1 Mardi 2 Mercredi 3 Jeudi 4- Vendredi 5
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- Samedi 6 Dimanche 7 Lundi 8 Mardi 9 Mercredi 10
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- Jeudi 11 Vendredi 12 Samedi 13 Dimanche 14- Lundi 15
- sente une température moyenne qui ne fut pas de beaucoup au-dessous de la normale.
- Les moyennes de~ observations faites à Saint-Maur ont e'té pour le baromètre de 771mm pour les minima de —13° et pour les maxima de —5°.
- La moyenne générale du mois (— 8°,1) est de 12° à la moyenne normale.
- On a recueilli enpluieou neige 46mm d’eau pendant la première décade, 0mui pendant la seconde et 5“™, pendant la troisième, en tout 51mm. Le mois a donc
- été excessivement froid, très sec et à pression barométrique extrêmement élevé. Le thermomètre est descendu à l'Observatoire de Saint-Maur jusqu’à —24°,2 le 9 et — 25°,0 dans la nuit du 9 au 10. A l’Observatoire de Paris, le froid le plus intense connu jusqu’ici avaitété de — 25°,5 le25 janvier 1794 et de — 21°,5 le 31 décembre 1788. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TissandIer. 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pans
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- N° 346. — 17 JANVIER 1880.
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- JONCTION GÉÜDËSIQUE ET ASTRONOMIQUE DE l/ALGËRIE AVEC L'ESPAGNE
- La possibilité de relier l’Algérie avec l’Espagne pardessus la Méditerranée avait été entrevue comme un
- rêve, il y a soixante et onze années, par Biot et Arago; plus tard, en 1803, le colonel Levret avait prouvé,
- Fig. 1. Station géodésique do M’Sahiha pris d’Oran (.Algérie). — h'après une photographie communiquée par M. le commandant Perricr.
- par le calcul, que la trajectoire des rayons visuels allant d’Algérie en Espagne, des cimes de l’Atlas aux sierras de Grenade et de Murcie, n’est pas interceptée par la courbure de la Terre, et que la jonction des deux pays est possible, malgré l’énorme distance qui les sépare.
- Mais, entre les résultats de ces calculs et le point de l'ait, il y avait lieu de craindre qu’il n’y eût place pour l’impossibilité. La reconnaissance que j’ai exécutée sur le terrain même, en 1868, est venue donner à cet égard une certitude complète.
- Dans un Mémoire lu à l’Académie le 18 novembre 1872 , j’ai fait connaître les résultats de cette reconnaissance.
- Les crêtes des sierras espagnoles sont visibles à l’œil nu, par les temps favorables, de tous les 8* aimée. —1re semestre.
- points géodésiques du premier ordre, compris entre Oran et la frontière du Maroc; en recoupant les sommités principales de ces crêtes dentelées, j’ai constaté que deux d’entre elles, dont la forme est très caractérisée, restaient toujours visibles, et pouvaient ainsi fournir une base d’appui pour passer d’Espagne en Algérie .au moyen de triangles gigantesques, dépassant en longueur tous ceux qui ont été tentés jusqu’ici J’ai même indiqué les noms des sommets des triangles possibles, calculé les longueurs approchées des côtés, et proposé dès lors, pour obtenir des signaux perceptibles à des distances voisines de 500km, d’avoir recours à l’emploi de la lumière solaire pendant le jour et de la lumière électrique pendant la nuit.
- ESP A G N E
- Tética
- SaWna
- ORAN
- r Jsf Tafar&Oui -'y T essai a
- Filhaçu/sen ïé
- Nador deTlemcen
- U E
- Fig. 2. Joticlion géodésique de l'Espagne cl de l’Algérie. Carte du quadrilatère adopté.
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- LA NATURE.
- C’est eu 1875 seulement, à la suite d’une entente préalable entre les gouvernements espagnol et français, que nous avons été chargés, M. le général Ibaîïez et moi, de prendre les mesures nécessaires pour exécuter les observations définitives entre l’Espagne et l’Algérie.
- Parmi tous les sommets possibles, nous avons choisi : en Espagne, le Mulhaccn, point culminant de la sierra Nevada, à l’altitude de 5550m, et le Tetiea dans la province de Murcie, à 2080m d’altitude; en Algérie, le Filhaoussen, points culminants de Traras, entre Tlemcen et Nemours, et le M’Sabiha, près d’Oran, respectivement situés à 1137:n et’585in au-dessus du niveau de la mer ffig.2). Ces quatre points forment un magnifique quadrilatère dont les quatre sommets sont réciproquement visibles entre eux.
- Comme le Mulhacen n’est accessible et habitable que pendant la période assez courte où il est débarrassé de ses neiges, et que les observations ne peuvent être pratiquées en Algérie que vers la fin de l’été, nous ne pouvions guère exécuter les observations définitives que pendant le mois de septembre. Afin de terminer nos opérations en une campagne, nous décidâmes, avec le général lbaùez, que les quatre stations seraient occupées simultanément : en Espagne, par des olficiers espagnols ; en Algérie, par des officiers français, choisis parmi les observateurs les plus habiles, pourvus d’instruments et d’appareils identiques, et observant d’après une méthode commune.
- L’Institut géographique d’Espagne avait préalablement commandé à M. Brunner deux cercles azi-mutaux semblables aux nôtres.
- Comme on n’avait jamais opéré à de pareilles distances, les procédés ordinaires employés jusqu’à ce jour pour la production des signaux, pouvaient devenir insuffisants : la prudence exigeait de recourir à des appareils nouveaux. M. le général Ibanez voulut bien me laisser le soin de les choisir et de les faire construire à Paris.
- Pour les signaux solaires, j’ai demandé à M. Bre-guet des héliotropes spéciaux, dont lesglaces planes argentées ont 0'“,50 de côté.
- Pour la production des signaux électriques, j’ai adopté un réflecteur spécialement construit pour nous, par le colonel Mangin, en verre argenté de de diamètre et GU1,00 de distance focale.
- Les rayons des deux surfaces sphériques et concaves ont été calculés de manière à détruire l’aberration de sphéricité par réflexion sur la surface postérieure argentée au moyen de l’aberration de sphéricité par réfraction à travers la surface antérieure, et le miroir fonctionne comme la surface concave d'un miroir parabolique.
- Si, au foyer de ce miroir, on place une source de lumière électrique d’une superficie comparable à celle d’un disque de 0mU) de diamètre, le faisceau réfléchi comprend un cône central de lumière blanche ayant 24' d’amplitude et une large couronne
- irisée; l’amplitude du faisceau de lumière blanche est donc suffisante pour qu’une petite erreur dans l’orientation de l’appareil n’empèche pas les rayons lumineux de parvenir à l’observateur vers lequel ils sont projetés.
- Comme source de lumière électrique, afin d’obtenir la plus grande intensité possible, j’ai adopté la machine magnéto-électrique de Gramme, actionnée par un moteur à vapeur et faisant jaillir l’arc voltaïque entre les deux pôles d’une lampe à régulateur de Serrin, au foyer même des appareils projecteurs.
- Ces appareils une fois terminés, les officiers espagnols, MM. le colonel Barraquer et le major Lopez d’abord, M. le général Ibanez ensuite, sont venus à Paris pour étudier et recevoir ceux qui leur étaient destinés, et tous ensemble nous avons fait, dans les ateliers de M. Breguet et ceux de M. Sant-ter, des expériences photométriques de jour et de nuit, pour nous rendre compte de la puissance de nos appareils.
- Les résultats ont dépassé toutes nos espérances : l’effet produit par nos appareils équivaut à celui de plusieurs milliers de becs Garce!.
- Tout notre matériel ainsi préparé, pour le transporter aux quatre sommets du quadrilatère, il a fallu ouvrir des routes nouvelles, dans des régions escarpées et difficilement accessibles, et c’est à cette besogne qu’ont été employés, pendant plusieurs mois en Algérie aussi bien qu’en Espagne, plusieurs centaines de soldats travailleurs. 11 a fallu aussi aménager des sources pour assurer la provision d’eau et des dépôts de charbon nécessaires au fonctionnement de la machine.
- Toutes les opérations préparatoires étaient terminées, les quatre stations étaient prêtes le 20 août. Chacun de nous était à son poste ; colonel Barraquer au Muihacen, major Lopez à Tetiea, capitaine Bassot à Filhaoussen; j’occupais la station de M’Sabiha.
- Le temps était beau, mais les vapeurs qui montaient de la Méditerrannée ne se laissaient pas traverser par les faisceaux de rayons solaires dirigés sur nos instruments ; la nuit, les signaux électriques ne paraissaient pas davantage.
- Disons tout de suite que les signaux solaires ont complètement échoué. Pas un seul n’a été vu, ni en Espagne ni en Algérie. Nous aurions éprouvé un échec complet et désastreux si nous n’avions pas eu recours à la lumière électrique.
- Enfin, le 9 septembre, après vingt jours d’attente fiévreuse, j’apercevais la lumière électrique de Tetiea, visible parfois à l’œil nu, comme un disque rougeâtre, de teinte uniforme,* comparable comme éclat à l’étoile a du Bouvier qui paraissait dans le voisinage au-dessus de l’horizon de la mer. Le 10, j’apercevais le feu électrique de Mulhacen ; nos collègues espagnols apercevaient en même temps nos signaux et nous entrions dans la période des observations définitives; commencées le 9 septembre,
- | elles étaient terminées le 1er octobre.
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- LA N A TU HE.
- Si)
- Le degré de précision de nos mesures est mis en évidence par la petitesse des erreurs des quatre triangles qui forment notre quadrilatère de jonction. Ces erreurs, susceptibles encore de corrections, toutefois lort légères, sont égales, en secondes d’arc, à
- -+-0M8,— 0,54, H- 1",84, + 1", 12,
- et ne dépassent pas, comme on le voit, les erreurs de ce genre qu’on rencontre dans les meilleures triangulations où les côtés ne dépassent pas 6 à 10 lieues.
- Le problème de la jonction géodésique des deux continents est donc résolu, et la méridienne de France s’étend aujourd’hui sans interruption depuis les îles Shetland jusqu’au Sahara.
- Commandant Pis uni en,
- Membre de l’Acatlômi<’ des Sciences.
- — La suite prochainement. —
- OU DÉI*AHTEJ1KNT DE LA MAKCHE
- M. Hervé Mangon a récemment présenté à ['Académie des sciences et à la Société d'encouragement, une très intéressanle étude météorologique sur le climat d’une partie de la Normandie et sur l'inlluence qu’il exerce sur lu maturité des récoltes.
- « Température. Le climat maritime des côtes de la Manche, dit le savant professeur, est remarquable par sa douceur et sa régularité. La température moyenne des mois les plus froids de l’année est très supérieure à 0 degré. Habituellement, il gèle seulement un peu pendant quelques nuits de l’hiver et il est très rare qu’à une heure du soir la température soit inférieure à 0 degré ; l'iiiver de 1870-1871 constitue une exception des plus extraordinaires. La moyenne du mois de décembre 1870 a été de -h 2°,8 au lieu de 5°,01, et celle de janvier 1871 de -+ 2°, 15, au lieu de 5°,02. La température est descendue à —8°,5, le 27 décembre 1870, et à — I l degrés pendant les nuits du 2 et du 4 janvier 1871.
- « La chaleur de l’été est aussi modérée sur nos côtes que le froid de l’hiver est peu intense. La température de juillet est de 17%44. En 1870, elie a atteint le chiffre de 18°,40, et la plus haute température observée à une heure a été, le 25 juillet, de 28°, 1). La température n’éprouve, d’ailleurs, que des changements assez faibles entre le milieu du jour, le soir et le matin.
- « Quand on s’éloigne de la côte, on rencontre des liguiers très âgés qui témoignent de la rareté des hivers à fortes gelées. Les ligues sont bonnes et mûrissent tous les ans. Le raisin, au contraire, même sur les espaliers les mieux exposés, arrive très rarement à maturité.
- « Pluies. Au point de vue de l’agriculture on ne peut pas caractériser un climat par la température seulement. La distribution par saison des pluies sur nos côtes est également indispensable à connaitre. Dans la Basse-Normandie, la hauteur moyenne annuelle de pluie est de 858mm,19, chilfre dépassé dans beaucoup de localités françaises, et qui excède de un tiers seulement celui qui exprime la hauteur de la pluie à Paris. Le minimum de la pluie est en juin, pour le mois entier, de48m,n,15. Le maximum est en novembre et ne s’élève à I lCmm,52. En juillet et août la pluie est assez abondante et assure
- aux herbages la fraicheur qu ils réclament ; mais si la quantité absolue de pluie n’est pas très considérable dans la Manche, les ondées sont très nombreuses et se distribuent d’une manière régulière entre les différents mois de l’année. Les averses sont donc très nombreuses et peu abondantes.
- « Ces pluies faibles, mais fréquentes, combinées avec une température douce et régulière, caractérisent complètement une légion de pâturages. Si l’on ajoute à ces avantages du climat l’heureuse disposition géologique des terrains, qui assure l’alimentation permanente des abreuvoirs à bestiaux par de l'eau fraîche, véritable eau de source, on comprendra les causes de l’excellente qualité des herbages qui font la richesse et la célébrité du ('otentin. »
- Après ces documents météorologiques, l’auteur abordant l'influence du climat sur le développement et la maturité des plantes de grande culture, a été conduit aux conclusions suivantes :
- l” Dans un climat doux et régulier, comme celui où ont été faites ces observations, il y a presque toujours avantage à faire de bonne heure les semis d’automne.
- 2” On peut calculer avec une grande exactitude, un mois ou six semaines à l’avance, l’époque de la recolle des plantes dont on vient de parler, en faisant chaque année la somme de degrés de température observés depuis les semis, en consultant les tab'eaux numériques des observations moyennes de température.
- COL. R ESP ON DANCE
- Monsieur le Rédacteur,
- Permetlez-moi, je vous prie, quelques observations au sujet de l’article de M. Jousset de Bellestne sur le cocon qui entoure les chrysalides de certaines espèces de papillons(Nature, n° du 10 janvier 1880). J’ai publié en 1800 dans les Annales des Sciences naturelles (G. Masson, éd.) un long mémoire sur la chaleur animale des insectes. Dans le chapitre consacré aux nymphes, j’ai démontré par do nombreuses expériences sur diverses especes, avec le contrôle continuel de la balance, que le cocon est destiné à re arder et à diminuer l’évaporation des chrysalides, constatée autrefois par Réaumur et bien connue des magna-niers. La dessiccation est à redouter pour les chrysalides et non le froid. Quand on les retire immédiatement du cocon, on constate, au moyen d'instruments différentiels, qu’elles ont toujours à la surface un petit excès de température sur l’air ambiant, mais, privées du cocon, leur surface s’abaisse souvent un peu au-dessous de cette température, en même temps qu’elles épirouvent une diminution rapide de poids.
- Agréez, etc.
- Maurice Giuard.
- LÀ PILE THERMO-ÉLECTRIQUE
- DE M. C. CLAMOND
- Si l’on mesure l'importance d’un problème au nombre des solutions proposées pour le résoudre, le premier rang appartient, sans aucun doute, à la production économique et pratique de T électricité. Les méthodes connues jusqu’ici se divisent en trois grandes classes :
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- LA NATURE.
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- 1° Action chimique transformée en électricité. — C’est le plus ancien des procédés, le plus employé encore pour produire de petites quantités de fluide électrique, mais le plus coûteux et le plus désagréable lorsqu’il faut le produire en abondance.
- 2° Travail mécanique transformé en électricité. — On sait quels immenses progrès ont été laits dans cette voie depuis quelques années. Mais il faut disposer d’une force motrice pour employer cette source électrique, et c’est là que gît la difficulté, difficulté qui ne sera vaincu que du jour où utilisant des machines à vapeur de grande puissance, économiques par conséquent, on se décidera à produire l’électricité dans des usines centrales et à la distribuer comme on fait aujourd'hui [tour le gaz.
- 5° Chaleur transformée directement en électricité. — Cette solution, [tour n’étre pas la [tins économique, est certainement la [tins élégante et le nouvel appareil de M. Clamoud que nous allons décrire, est la pile thermo-électrique la plus parfaite qui ait été combinée et construite jusqu’à ce jour. Déjà, en 1874, M. Jamin avait présenté à l’Académie une pile du même inventeur, pile chauffée au gaz et dont la description a été donnée dans la Nature du 15 juin 1874. Depuis, en poursuivant ses expériences, M. Clamond a perfectionné son invention et l’a amenée à l’état où nous la trouvons aujourd’hui.
- Sans entrer dans l’historique de la question, examinons en quelques mots les conditions à réaliser dans une pile thermo-électrique. Une pile thermoélectrique est formée d’une série d’éléments composés chacun de deux substances hétérogènes sou-
- Fig. 2. Chaîne thermo-électrique de dix éléments.
- dées à l’une de leurs extrémités. En reliant un grand nombre, de couples ainsi formés en soudant ensemble les extrémités de chaque couple de substances différentes, on forme une chaîne thermoélectrique. fin chauffant toutes les soudures paires placées d’un même côté, et en refroidissant toutes les soudures impaires placées de l’autre côté, on développe dans cette chaîne un courant électrique dont la force électro-motrice, ou tension dépend :
- 4° De la différence de température entre les deux séries de soudures ;
- 2° De la nature des substances qui composent chaque élément.
- 11 a fallu plusieurs années de recherches savantes
- et de patientes investigations pour déterminer les meilleuressubstances thermo-électriques à employer, les dimensions relatives à donner aux couples; leur disposition pour bien utiliser la chaleur à l’extrémité chauffée, pour bien refroidir l’autre extrémité, pour ne pas détériorer les éléments par un chauffage mal distribué, qui aurait eu l’inconvénient de faire fondre les soudures et d’établir par suite des contacts qui auraient bientôt mis la pile hors de service, etc.
- Voici comment M. Clamond a disposé sa pile pour satisfaire aux conditions multiples que nous venons d’énumérer; l’appareil est représenté en coupe et en élévation, figure 4, il se compose de trois parties :
- 1° Le loyer et le collecteur dont le but est de chauffer les soudures intérieures de la pile ;
- 2" La pile proprement dite;
- 5° Le diffuseur qui a pour but de refroidir les soudures extérieures.
- Foyer et collecteur. — La pile est chauffée à la
- Fig. 3. Détails. A cjllecleur. T chaîne thermo-électrique.
- B diffuseur.
- houille ou au coke. Les gaz de la combustion en sortant du foyer G (fig. 4) traversent un conduit cylindrique en fonte C, redescendent en D par un e série de carneaux disposés en couronne circulaire, remontent en E par une seconde série de carneaux et s’échappent enfin dans l’atmosphère par une cheminée A. Ces gaz ne chauffent donc pas directement les éléments de la pile, — il n’y a même aucun contact entre les éléments placés en F et les gaz chauds, — mais ils servent à échauffer la masse de fonte dans laquelle ils circulent, masse qui forme collecteur de chaleur, et la communique ensuite aux éléments. Cette disposition permet de mieux utiliser la chaleur dégagée par le foyer.
- Pile. — La pile proprement dite, se compose d’une série de chaînes disposées en couronne autour du collecteur pour recevoir sa chaleur par leur face intérieure. Dans la pile de 5000 couples, il y a soixante chaînes de cinquante couples chacune.
- Chaque couple se compose d’un barreau thermoélectrique de forme prismatique ayant 5 centimètres de côté environ et une épaisseur de 2 centimètres. Ces petits prismes sont composés d’un alliage de bismuth et d’antimoine et reliés entre eux par de. armatures en fer représentées figure 1. Ces arma-
- P’
- Fig. 1. Armature d'un élément de la pile thermo-électrique de 3 M. Clamond.
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- lures sont découpées dans des feuilles de tôle mince, et tordues à leurs extrémités Pet P' en forme de tire-bouchon. Pour faire une chaîne thermo-électrique, on dispose dans un moule spécial une série de ces armatures après avoir entouré la partie pleine G d’un carton d’amiante, et on coule l’alliage de zinc et d’antimoine; les parties P et P' de chaque armature, sont alors reliées à deux couples sucessifs par une soudure autogène. Ce procédé présente l’avantage de donner une soudure parfaite et de rendre très économique la fabrication des chaînes. Le courant thermo-électrique est produit en chauffant la face P du couple et en refroidissant la face P'. Une série de couples forme une chaîne représentée ligure 2. Ou a ic-présenlé les prismes en supposant que les armatures étaient enlevées.
- Lorsque les chaînes sont fabriquées, on applique des feuilles minces de mica, sur les faces qui doivent être soumises à réchauffement ou au refroidissement comme cela est représenté figure 3. La chaîne est placée en T, la partie A constitue le collecteur destiné à chauffer le mieux possible la face intérieure de la chaîne, la partie R constitue le diffuseur, dont le rôle consiste à refroidir le mieux possible la face extérieure.
- Les chaînes sont fondues en général par série de cinquante couples. Chaque chaîne de cinquante couples représente donc un seul élément dont les pôles sont à chaque extrémité et qu’on peut relier à la chaîne suivante en tension ou en quantité.
- La pile de 5000 couples constitue donc en réalité une pile de 50 éléments qu’on peut combiner comme des éléments de pile hydro-électriques, suivant l’usage qu’on a en vue.
- Le plus souvent, comme ces éléments ont une très faible résistance intérieure et une faible force électro-motrice, on préfère les grouper en tension. Une pile de 3000 éléments groupés en tension représente, d’après les expériences de M. G Caba-nellas, une force électro-motrice de 109 volts (60 Bunsen environ), et une résistance intérieure
- de 15,5 ohms. La température moyenne des soudures intérieures est d’environ 360°, celle des soudures extérieures ne dépasse pas 80°.
- Diffuseur. Pour n’avoir que 80° sur les soudures extérieures, on doit les refroidir à l’aide de la disposition à laquelle M. Clamond a donné le nom de diffuseur. C’est une série de lames de cuivre placées tout autour de la pile, qui ont pour effet d’enlever la chaleur des soudures et de la disperser rapidement à cause de la grande surface qu’elles présentent. Pour éviter les contacts métalliques de la pile, soit avec le collecteur, soit avec le diffuseur, ce qui aurait pour effet de fermer la pile sur elle-même et par suite de supprimer le courant électrique, le collecteur est entouré extérieurement d’une gaine formée de feuilles très minces de mica; il en est de même de la face intérieure du diffuseur. Ges lames qui ne sont qu’un obstacle très faible à la propagation de la chaleur forment cependant un isolant électrique parfait.
- La pile de M. Clamond est donc un véritable calorifère électrique, et comme telle peut-être établie dans tous les cas où un calorifère trouve son emploi; la production d’électricité peut être considérée comme à peu près gratuite, la dépense se réduisant alors à l’amortissement de la plus-value du calorifère due à l’installation de la pile. Dans ces conditions, il constitue une source électrique véritablement économique. Il n’en est pas de même lorsque la chaleur de la pile Clamond n’est pas utilisée à autre chose qu’à produire de l’électricité. Le plus grand modèle construit jusqu’à ce jour, composé de 6000 couples, brûle de 9 à 10 kilogrammes de coke par heure. En le disposant en deux circuits de 3000 couples chacun, il peut alimenter deux lampes Serrin, en donnant une lumière*qui varie de 50 à 50 becs Carcel pour chaque lampe.
- Dix kilogrammes de charbon pour une moyenne de 80 becs Carcel, c’est une dépense assez grande, considérée au point de vue de la production de lumière seulement. Quoi qu’il tn soit, l’invention de
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- LA NATURE.
- M. Clamond est belle et utile, et nous ne saurions trop le féliciter de ses vaillants efforts, dont les résultats seraient encore considérés comme impossibles sans ses remarquables travaux. E. II.
- PRINCIPES UE L’APPLICATION’
- DU SlILFOCARISONATE D E l’OT A SS III M
- AUX VIGNES PllYIJ.OXÉRÉES.
- C’est dans la séance de l’Académie des sciences du 8 juin 1874, que M. Dumas, le savant chimiste, membre de l’Institut, proposa les sulfocav'bonates de potassium et de sodium (connus sous le nom de sulfocarbonates alcalins) pour combattre le phylloxéra .
- Ces sels sont formés de monosulfure de potassium ou de sodium combiné avec le sulfure de carbone. Ils attirent vivement l'humidité de l'air et sont déliquescents au plus haut degré. Mis en contact avec un acide, en présence de l’eau ou de l’humidité, ils abandonnent instantanément, de l’hydrogène sulfuré et du sulfure de carbone.
- Le sulfocarbonate de potassium présente surtout un ensemble de propriétés remarquables au point de vue qui nous occupe. Par sa déliquescence qui lui permet de se mêler à l'eau dans toutes proportions, il peut se maintenir dans le sol et se glisser partout sous forme liquide. Rencontrant l’acide carbonique toujours en assez grande quantité dans le sol, il se décompose et proiluit autour de lui une atmosphère renfermant de l'bydrog'ne sulfuré et du sulfure de carbone qui tuent le phylloxéra *.
- Ce sel offre ce dernier agent sous une forme fixe. Non inflammable, point volatil, par conséquent transportable et maniable, et ne reprenant ses qualités propres qu’au moment où il y a lieu de les mettre à profit, son application peut se faire en tout temps et en toutes saisons sans danger pour la vigne. Rien mieux, par la potasse qu’il forme en se décomposant, il fournit à la vigne un des éléments qui lui sont le plus nécessaires et qui le plus souvent peut dispenser de toute autre fumure.
- Le sulfocarbonate2 de potassium est livré aux viticulteurs sous forme d’un beau liquide, couleur
- 1 S’il s’agit de sulfocarbonate de potassium on a la réaction suivante :
- KS.CSMIO = K0C02 + IIS + CS2
- Sullocarbonale Acide carbonate Hydrogène ^Suiîufe^
- de potassium. carbonique de potasse. sulfure. decurhone.
- 3 Suivant M. Dumas 202 parties de sulfocarbonate sont composées de la manière suivanle :
- Monosulfure de potassium. . . 55 partie*.
- Sulfure de carbone . . . , . 58 parties.
- Eau de combinaison......... 9 parties. ,
- Eau de dissolution. ..... 100 parties.
- Total. . . . 202 parties.
- Les 5a parties de monosulfure peuvent donner 50 parties de potasse ou 01 de carbonate de potasse.
- rouge sirop de grenadine, marquant à l’aréomètre Baume suivant sa concentration de 40 à 45°. Dans ces conditions l’eau de dissolution y entre pour environ la moitié du poids total. Son prix est actuellement d’environ f)0 fr. les 100 kilogrammes.
- Le sulfocarbonate de sodium qui est moins cher est cependant moins avantageux : tout en étant aussi énergique sur le phylloxéra 11 n’est qu’insecticide et presque sans action fertilisante sur la vigne, aussi est-il peu employé.
- Le sulfocarbonate de potassium est extrêmement énergique sur le phylloxéra et sur ses œufs qu’il tue à la fois par son contact et par son odeur, même à l’état de dissolution très étendue. Sur la viorne, au contraire, non seulement il n’v exerce
- O ’ 7 ,
- aucune action morbide, mais par sa composition même il est un puissant stimulant pour la végétation.
- D’après les expériences méthodiques qui ont été faites à Cognac et ailleurs depuis 1874, et les-résul-tats obtenus, l’efficacité du sulfocarbonate est maintenant établie sur des bases indiscutables.
- 11 est désormais prouvé que ce remède peut :
- 1° En traitant au début de l'invasion phylloxé-rique éteindre complètement les foyers d'infection, enrayer la maladie, empêcher la formation de nouvelles taches et maintenir le vignoble en pleine prospérité comme avant la maladie;
- 2° Ramener à la santé les vignes les plus compromises et même celles à la dernière extrémité ;
- 5° Par son intermédiaire, élever et amener des jeunes plants français à la production, et par suite reconstituer des vignobles détruits en pleins milieux phylloxérés ;
- 4° Qu’il combat la coulure dans une certaine mesure et augmente la production dans des proportions très sensibles.
- Le meilleur procédé d’application du sulfocarbonate de potassium est celui qui consiste à le mélanger à une quantité d’eau variable, pour en former une solution toxique que l’on verse au pied des eeps dans de petits bassins ou récipients plus ou moins grands suivant les modes de plantation de la vigne, la déclivité du sol et les façons culturales.
- De cette manière quelle que soit la nature du sol, si la quantité de liquide dont on étend le sulfocarbonate est suffisante, la diffusion de cet agent peut toujours être parfaite. C’est ce mode d’un emploi général que nous avons surtout suivi dans nos expériences, il est le seul qui nous ait toujours donné des résultats certains, comme destruction du phylloxéra et comme régénération des vignes malades. C'est lui que nous recommandons de préférence et que nous nous sommes efforcés de rendre pratique.
- P. Mouillefert,
- Professeur h l’École nationale d’agriculture de Grignon.
- — La suite prochainement. —
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- CORRESPONDANCE
- SUR UN HARMONOGRAFHE FACILE A CONSTRUIRE. Monsieur leMlédacteur,
- J’ai lu dans La Nature (Voy. n° 336 du 8 novembre 4879, p. 361) la description de l’Ilarmonographe de M. Tisley avec d’autant plus d'intérêt que je m’occupais depuis longtemps de la même question et j’aurais
- A
- communiqué à Lu Nature les résultats auxquels j’arrive, si mes occupations me l’avaient permis.
- 11 y a déjà deux ans, je cherchai à construire un appa-
- reil aussi simple que possible et avec des matériaux aussi communs que je pourrais les trouver, me disant que c’était là le meilleur moyen de permettre à tout le monde
- de reproduire ces jolies courbes d’intervalles musicaux. Aussi je proscrivis complètement l’emploi des métaux et je construisis tout mon appareil avec des morceaux de règles à dessin et de boites à cigares.
- Voici pour cela comment je m’y pris : Sur deux côtés consécutifs d’une planche à dessin,je fixai 4 petites barres de bois (fig. 1) parallèles deux à deux efc portant à leur extrémité un petit morceau de fer-blanc formant une rainure (fig. ï). C’est sur ces rainures que viendront s’appliquer les couteaux, ou plutôt les clous qui supportent les pendules. Cette planche est placée en porte à faux sur le
- coin d’une table de façon que les pendules qui oscillent, dans deux plans rectangulaires, soient dans deux plans sensiblement parallèles aux côtés de la table.
- Les pendules sont formés d’une latte mince, prise vers son exli’émité supérieure, par deux petites pièces de bois perpendiculaires à sa longueur et qui portent les clous très pointus sur lesquels oscille le pendule. La figure 5 ci-dessous en donne une idée.
- Ces pendules portent à leur extrémité supérieure une .épingle implantée verticalement et sur laquelle vient s'enfiler l’extrémité d’une tige qui, à l’aide d’une charnière, réunit les sommets des deux pendules. Cette organisation d’epingle est très avantageuse et si on prend soin de faire le trou de la tige à charnière en forme de double cône comme l’indique la figure 4 (c), elle réalise un véritable
- Fig. 6. Vue d’ensemble de l’appareil.
- joint universel qui permet à la tige toutes sortes de mouvements de petite étendue.
- Enfin, pour compléter l’appareil, les têtes des deux pendules sont réunies par une tige à charnière, dont le point de brisure porte un tube de verre effilé qui trace les courbes. La charnière est conforme au détail ci-contre (fig 5).
- Ce sont les extrémités de ces deux liges qui viennent s’ajuster sur les deux épingles des pendules (fig. 6).
- Je termine en disant que les pendules porlent des rondelles de plomb qu’on peut fixer à telle hauteur qu’on veut à l’aide de vis de pressions.
- Voilà, monsieur, la description complète de mon appareil, j’espère pouvoir, en vous le communiquant, faciliter l’étude des courbes de Lissajou.
- Je vous envoie ci-joint des spécimens des courbes obtenues; elles vous montreront qu’un appareil aussi primitif donne pourtant d’assez bons résultats.
- Veuillez agréer, monsieur le directeur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.
- X. Z., à Paris.
- LES M0RM0LYCES
- Sous les mousses qui recouvrent le tronc des arbres de nos forêts, sous les écorces légèrement soulevées, se cachent de très petits Coléoptères revêtus de fraîches couleurs, ornés de dessins variés ; ce sont les Lebia qui cpmptent parmi les
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- plus jolis de nos Carabiques. Mais combien ils nous paraissent chétifs et misérables ces insectes, lorsque nous les comparons à leurs congénères des régions intertropicdes? En Afrique, aux Indes Orientales, en Aust alie et surtout à Madagascar, les Le-bia sont remplacés par d’agiles Insectes, se dissimulant comme eux sous les écorces ou les troncs d’arbres renversés, les Thyreopterus qui se tout remarquer notamment par la forme des élytres, dont, le bord externe, tendant à s'élargir, porte sur son pourtour une légère expansion, l/île de Java recèle une sorte de Thyréoptère dont Ions les organes semblent s’ètrc monstrueusement développés, tant ils ont pris un accroissement exagéré : la petite bordure de l’élytre, par exemple, est devenue une immense expansion horizontale, qui donne à ranimai l’aspect le plus original et une apparence foliacée fort singulière. A ces caractères viennent s’en joindre d’autres, non moins frappants; la tête s’attache au protbo’ax par un long cou étranglé, porte de gros yeux ronds, des antennes aussi longues que l'animal tout entier ou peu s’en faut; le corselet (prothorax) très aplati a la forme d’un losange aux bords denti-culés ; les élytres elles-mêmes, indépendamment de leurs expansions démesurées, sont couvertes de stries longitudinales interrompues par quelques tubercules. En jetant les yeux sur la figure ci-contre on saisira mieux tout ce qu’a d’étrange ce Coléoptère et l’on comprendra que le nom générique de Mormo-lyce (yopuoïvY.-n) qui signifie spectre, (pie l’appellation spécifique de phyllodes (fuUotSv;) qui veut dire semblable à une feuille, ont été justement appliqués. Les habitants de Java emploient pour désigner notre insecte un terme moins savant, mais tout aussi expressif : ils le nomment « le violon » ; ce n’est pas cpi’ils le croient capable de produire des sons, mais irappés par les apparences extérieures, ils ont trouvé (pie sa forme rappelait celle de cet instrument de musique.
- Les Mormolyces ne sont pas connus depuis une époque fort ancienne; recueillis dans la région occidentale de Elle de Java par les voyageurs Kuhi et Van Hasselt, ils furent envoyés pour la première fois en Europe vers 1820 et adressés au musée de Leyde. llagenbach s’empressa de décrire et de figu rer leM. phyllodes dans un petit mémoire publié à part (1825) ; mais les naturalistes qui l’avaient capturé étant morts, les renseignements biologiques manquèrent à l’autenr pour compléter son travail. Les Mormolyces phyllodes demeurèrent fort rares pendant bien des années; recherchés par les grands musées, enviés par les riches collectionneurs, servant de prétexte à de nombreuses discussions sur leurs affinités naturelles, ils avaient une valeur considérable, aussi ne faut-il pas s’étonner que le Muséum de Paris, il y a quelques vingt ans, ait p.»yé un de ces Insectes aussi bizarre qu’extraordinaire la somme énorme de 1000 francs. Les facilités de communication, la fréquence des voyages ont tout changé; les Mormolyces jadis si précieux se sont ré-
- pandus dans le commerce; aujourd’hui il n’est pus de collections même particulières qui n’en possèdent de nombreux représentants : le musée de Gênes en conserve à lui seul vingt-quatre exemplaires ; et tout récemment MM. Montano et Rey en ont envoyé de nombreux spécimens à notre Muséum. De nouvelles espèces ont été découvertes dans les îles de l’Archipel de la Sonde et sur le continent; le M. phyllodes u.éié retrouvé non seulement à Java, à Rornéo, mais à la presqu’île de Malacca. Nous n’avons rit n à dire de particulier sur les M. llagenbaclii et Cos-telnaudi; ils ne difièrent du type que par la forme du prothorax et le contour de l’expansion foliacée des élytres. Toutes les espèces de Mormolyces ont entre elles les affinités les plus étroites par rapport à l’organisation générale; leurs mœurs sont identiques et ce que nous dirons de l’ur.e se rapporte rigoureusement à l’autre.
- Ces Coléoptères habitent les forets tropicales et si leur grande taille ne leur permet pas de se dissimuler sous les écorces, la minime épaisseur de leur corps leur est favorable pour s’insinuer sous les troncs d’arbres renversés; lorsque à force de bras on déplace un de ces géants terrassés, on trouve les Mormolyces blottis entre l’écorce et le sol; aveuglés par la lumière ils restent immobiles; revenus promptement de leur surprise, ils détalent avec une agilité incomparable ; si le chasseur ne saisit pas prestement sa proie fascinée, quelle que soit son adresse, l’insecte sera assez habile pour se mettre hors d’atteinte par la fuite. M. de Castelnau, dans ses excursions sur la presqu’île de Malacca a été à même d’étudier les mœurs de ces Coléoptères, mais ce sont les naturalistes hollandais qui nous ont transmis les remarques les plus intéressantes sur leurs métamorphoses en nous faisant connaître les larves et les nymphes. Le naturaliste Overdyk a adressé tout d’abord ses observations accompagnées des pièces à l’appui, à M. Verhuell qui s’est empressé d’insérer dans les Annales des sciences naturelles (1847) un mémoire orné de figures; plus tard (1861) on a publié d’Overdyk lui-même quelques remarques complémentaires très intéressantes faites en 1842.
- La larve du Mormolyce par une singulère coïncidence rappelle tout à fait la larve de nos Carabes et de nos Calosomes, la larve de notre Carabe doré, très répandue dans nos campagnes, et surtout celle du Calosome sycophante qui dévore les chenilles processionnaires du chêne; si la coloration est différente, la forme générale du corps est la même. Les rapports sont si grands que l’éminent entomologiste Lacordaire a cru devoir supposer bien à tort que M. Verhuell avait représenté par erreur la larve d’un auti'e carabique. La tète de couleur brun foncé ainsi d’ailleurs que le premier anneau, porte une armature buccale en tous points, analogue à celles des Carabus et des Calosoma, seulement le palpe maxillaire est double au lieu d’être simple ; les deux anneaux suivants sont de teinte moins foncée; tous les autres sont marqués de taches orangées se déta-
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- Le Mormolyce phyllode (Se» métamorphoses). Grandeur naturelle.
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- LA natuhe.
- chant sur un fond jaune vert mat ; Je douzième anneau comme celui des larves de Carabes et de Calo-somes supporte une paire d’appendices. En se reportant à la figure très exacte de la planche ci-jointe on aura une idée parfaite de l’animal. Les larves de Mormolyces pliylIodes d’après les observations d’Overdyk vivent dans d’énormes Polyporus qui croissent sur les troncs et les racines pourris des arbres des forets vierges des montagnes de Java (montGedée) et ressemblent aux volumineux bolets (des Polyporus également) que nous voyons se développer sur nos arbres indigènes; elles creusent dans ces champignons des loges où elles se tiennent à l’affût pour saisir les Insectes qui passent à leur portée; très carnassières, elles poussent la voracité jusqu’à se dévorer entre elles. En l’espace de huit à neuf mois, ces larves ont pris tout leur accroissement et se transforment en une nymphe — très bien représentée sur la planche — qui se distingue au premier aspect par la disposition qu’affectent les longues antennes; la tête est cachée sous le prothorax et les antennes sont repliées en S pour dissimuler leur longueur.
- Au récit d’Overdyk, les Mormolyces secrétent un liquide corrosif d’urne virulence telle que le chasseur, qui les saisit sans crainte, perd pendant vingt-quatre heures l’usage de ses doigts; l’insecte mort ne conserve pas heureusement ses redoutables propriétés, car les entomologistes paralysés — temporairement, il est vrai — auraient écrit sur ce sujet de gros mémoires.
- Jules Künckel d’Herculais.
- LA POPULATION INDUSTRIELLE
- de la France.
- La population totale de la Franee, — d’un peu moins de 37 millions en chiffres ronds, — se subdivise en 12 millions d’habitants des villes et 23 millions d’habitants des campagnes.
- Étant éliminés du total général les 860 590 individus (soldats, marins* élèvps des écoles, infirmes et malades, prisonniers, religieux non enseignants), le total d’un peu plus de 36 millions de participants pleinement à la vie sociale comprend, au point de vue des moyens d’existence et des professions :
- 210 200 personnes sans profession connue;
- 71 300 vagabonds et mendiants ;
- 2151 900 rentiers (y compris les 195 000 pensionnés de l’État) ;
- 1 531 400 personnes exerçant des professions libérales ou en vivant ;
- 3 837 200 personnes exerçant le commerce, le transport et la navigation ou vivant de leurs produits ;
- 9 274 500 personnes exerçant l’industrie ou en vivant (6 millions dans la petite industrie, 5 dans l’industrie minière, usinière et manufacturière) ;
- 18 968 600 personnes exerçant l’agriculture ou en vivant (dont 10 millions et demi de propriétaires de leurs terres, près de 6 millions, fermiers, métayers colons sur la terre d’autrui, 2 millions et demi de spécialistes agricoles, y compris les vignerons).
- Si l’on entre dans le détail de chacune des grandes branches de la production nationale, on voit :
- Que 4 millions de propriétaires ou entrepreneurs agricoles (dont 400 000 femmes), emploient : comme commis, 82 000 hommes et 54 000 femmes; comme ouvriers, 590 000 hommes et 578 000 femmes ; comme journaliers, 922 000 hommes et 704 000 femmes; comme domestiques, 661 000 hommes et 665000 femmes; et, d’autre part, que les familles soutenues par la propriété ou le travail agricole se composent de 580'0 000 personnes du sexe masculin et 7 200 000 du sexe féminin.
- 1 125 000 patrons industriels (dont 226 000 femmes) ont pour commis 143 000 hommes et 50 000 femmes;
- 1 555 000 ouvriers et I million d’ouvrières ; 505 000 journaliers et 244 000 journalières ; 78 000 domestiques mâles et 143 000 de l'autre sexe. — Les familles vivant de l’ex-ploitation industrielle embrassent près de 1 600 000 êtres du sexe masculin et 5 millions du sexe féminin.
- 784 000 patrons dans le commerce et les transports (dont 221 000 femmes)ont 247 000 employés et 71 000 employées ; 198 000 ouvriers et 140000 hommes de peine; 56 000 ouvrières et 80 000 femmes de journée ; 65 000 domestiques mâles et 188 000 cuisinières ou bonnes. — Ils font vivre des familles s’élevant à 661 000 garçons et 1 346 000 filles1.
- LES CONFÉRENCES DE LA SORBONNE
- EN 1880
- Les Conférences de F Association scientifique de France, auront lien à la Sorbonne les samedis à 8 h. 50 minutes du soir.
- La première série commencera le 31 janvier 1880 et se terminera le 17 avril ; elle sera composée de la manière suivante :
- Séance du 31 janvier. —M. Jatnin, membre de l’Institut : Téléphones et phonographes.
- Séance du 7 février. — M. Egger, membre de l’Institut : Un ministère grec en Ègyple, d’après les découvertes faites dans les papyrus du Serapeum de Memphis,
- Séance du 14 février. — M. Gaston Tissandier : Les poussières de l’atmosphère.
- Séance du 21 février. — M. Ravaisson, membre de l’Institut : La Science et l’Art.
- Séance du 28 février. — M. Bouley, membre de l’Institut : Sur la rage.
- Séance du G mars. — M. Mézières : Le Child Harold de lord Bvron.
- Séance du 15 mars. — M. Antoine Breguet : Progrès de la télégraphie électrique; transmissions simultanées.
- Séance du 20 mars. — M. Charles Blanc, membre de l’Institut . Léonard de Vinci.
- Séance générale annuelle du jeudi Fe avril. — M. le comte F. de Lesseps, membre de l’Institut : Voyage à l’isthme de Panama.
- Séance du 10 avril — M. Javal, directeur de laboratoire à l’École pratique des Hautes Études : La lecture l’hygiène de la vue.
- Séance du il avril. —M. Stanislas Meunier, aide-naturaliste au Muséum d’Histoire naturelle : Les météorites.
- 1 D’après VAnnuaire statistique publié par le Ministère de l’Agriculture et du Commerce.
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- LA NATURE
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- PRODUCTION ARTIFICIELLE DU DIAMANT
- Voici une nouvelle qui nous arrive d’Angleterre et que nous publions sans vouloir toutefois en prendre la responsabilité. A la dernière réunion de la Glasgow philoso-phieai Society, M. James Mac Tear, de l’usine de produits chimiques de Saint-Rollox, a annoncé qu’il avait ;éussi à obtenir le carbone sous forme de cristaux purs qui ne pouvaient être cpie des diamants. Il a soumis le résultat de ses expériences au professeur Tyndall, au professeur Smith et à d’autres personnes compétentes qui ont reconnu l'exactitude du fait. Les cristaux de carbone sont actuellement entre les mains de M. Maskelyne, du Rritish Muséum. Ils possèdent toutes les propriétés du diamant au point de vue de la dispersion et delà réfrangibilité de la lumière; ils ont résisté jusqu’ici aux acides, aux alcalis, à la chaleur produite par le chalumeau et ils rayent le verre. Il reste à voir s’ils rayent le diamant naturel ou s’ils sont rayés par lui.
- LE NOUVEAU LOCH
- DU CABITAINE FLEURIAIS
- Parmi les observations recueillies pendant le voyage ue la frégate la Magicienne et outre celles de M. Remercier, lieutenant de vaisseau et Dubois, médecin, il en est de très importantes faites par M. Fleuriais, capitaine, se rapportant à un nouvel instrument destiné à mesurer la vitesse des navires.
- Jusqu’à présent les navigateurs ont le plus souvent employé pour cet usage l’instrument connu sous le nom de loch de Massey; cet appareil est loin d’être parfait et parmi ses inconvénients il faut citer celui d’avoir un compteur immergé; la vitesse à un moment donné est impossible à déterminer et si un arrêt, survient, l’ignorance où l’on se trouve du moment de l’accident rend les indications écrites sans aucune utilité. M. Fleuriais a eu l’idée d’appliquer l’électricité à la transmission des indications et cette innovation tout en ne présentant pas les inconvénients décrits précédemment, donne la vitesse à un moment quelconque et de plus indique elle-même les accidents qui peuvent survenir. Seulement, cette application est-elle réalisable dans les conditions réclamées par la pratique? Telle est la question que M. Fleuriais s’est proposé de résoudre et tel a été le but de ses recherches durant la longue traversée de la Magicienne.
- Voici en peu de mots le principe du nouveau loch : Cet instrument est fondé sur le principe du moulinet de l’anémomètre de Robinson ; nous ne donnerons pas ici la description complète de cet instrument dont l’usage est aujourd’hui si répandu. Nous dirons simplement qu’il se compose d’un axe vertical supportant quatre rayons horizontaux égaux, rectangulaires entre eux et à l'extrémité desquels quatre demi-sphères creuses sont soudées de manière à ce que le grand cercle qui termine chacune d’elles soit toujours dans un plan vertical et que la partie convexe de l’une quelconque regarde la par-
- tie concave de l’autre. Quand ce moulinet se trouve exposé dans un courant d’air, le vent rencontre toujours deux demi-sphères concaves et deux autres convexes, comme il a plus d’action sur les premières que sur les secondes, il imprime à tout le système un mouvement de rotation.
- M. Robinson a démontré que le nombre de tours des moulinets est toujours proportionnel à la vitesse du vent quelle que soit cette vitesse.
- M. Fleuriais, d’après des expériences faites à bord de la Magicienne, reconnut que les lois démontrées par M. Robinson étaient les mêmes pour le moulinet agissant dans l’eau et que l’erreur qui pouvait se produire n’était pas appréciable tant elle était minime.
- Restait à étudier la question des frottements ; les engrenages furent supprimés et l’arbre n’a plus à vaincre que le léger frottement d’une lame de cuivre très élastique.
- La question d’installation fut facilement résolue et le remorquage à distance fut reconnu comme étant le moyen le plus pratique, seulement avec le système de remorque, il fallait une transmission électrique.
- Voici donc comment M. Fleuriais construisit son instrument, en tenant compte de tous les perfectionnements et de toutes les modifications qu’il lui fut possible de déduire des expériences faites par
- lui.
- ABC1) (fig. 1) est un moulinet de Robinson construit en bronze, l’usure par le frottement du bronze contre le gaïae étant comme on le sait presque nulle, les coussinets ont été formés par deux petites pièces de gaïae ce' (fig. 12) ; ces dernières sont encastrées aux extrémités d’une fourche de bronze IIKL dont les formes sont calculées de manière à rendre la résistance à la marche et les remorques aussi faibles que possible. L’extrémité de la branche HK est en deux parties.
- Pour séparer le moulinet de sa monture, il sulfit de démonter la partie HL maintenue par deux petits paliers et par une seule vis m.
- A l’une des extrémités, l’arbre porte une roulette Pq formée de deux cylindres l’un en bois de gaïae, l’autre en cuivre rouge et réunis ensemble par deux chevilles filetées traversant l’arbre P; enfin, une petite lame élastique fixée par son extrémité inférieure sur la base de la vis inférieure, frotte constamment sur l’autre extrémité de l’arbre et maintient ainsi, malgré la présence des coussinets de gaïae une communication métallique permanente entre le moulinet et la monture.
- La liaison de l’appareil avec le bord s’opère au moyen d’une remorque isolée (fig. 5) et d’un conducteur également isolé.
- La remorque est faite d’un filin en quatre de 70 millimètres de circonférence et. d’environ 100 mètres de long dont on a enlevé un toron comme cela se pratique pour les torpilles. Ce filin est attaché sur le navire, son autre extrémité se relie
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- à la monture du moulinet par l'intermédiaire d’une chaîne en cuivre rouge de O'11,80 à 1 mètre de long. Cette chaîne est reliée à la monture à l’aide d’un anneau maintenu dans l’extrémité de la fourche par un ressort qui l'empèche de sortir, tout en permettant de séparer facilement la monture du grelin de remorque. Afin de s’assurer de la solidité
- Fig. 1. Moulinet de Robinson.
- du cable, on remorque pendant quelque temps un objet plus volumineux que le moulinet.
- Le conducteur est un câble militaire Menier (fig. 4) réglementaire de 7 fds ; il part du pôle négatif de la
- ressort du timbre, une petite feuille de papier glacé qui suffit pour s’opposer à l’attraction.
- Lutin, l’instrument est complété par un petit sablier dont la durée d’écoulement est égale au temps précis que le moulinet met à faire 10 tours lorsque le navire file un nœud.
- L’instrument agit de telle sorte que pour chaque tour du moulinet, la sonnerie frappe un coup de timbre. .
- Maintenant, pour déterminer la vitesse du*navire à un moment donné, il suffit : 1° De fermer le courant en poussant la lame de l’interrupteur sur la
- ble'
- /Vf enter
- Fig. 4. Cable militaire.
- goutte de suif de marche; 2° de retourner le sablier à l’instant d’un coup de timbre quelconque en comptant : zéro, 1, 2, 3, 4, les dizaines se comptant sur les doigts pour les grandes vitesses.
- 3° De noter le nombre auquel on est arrivé lorsque le sablier a fini de couler. Si ce nombre est par exemple 75, la vitesse cherchée est 7 nœuds 5.
- Comme on le voit, cet instrument dont l’emploi
- Fig. 2. Le même vu île profil.
- pile, s’enroule autour de la remorque et suivant le logement laissé libre par l’enlèvement d’un toron pénètre dans la monture par le piton IJ.
- L’extrémité du câble est saisie par deux mâchoires
- Fil de
- pa.ri.Ant du pôle positif de ta pile
- Grelin de remorque
- D
- Cable
- Fig. 3. Romorque isolée.
- en bois VV' maintenues serrées par une douille rectangulaire formant pince.
- Le fil de terre part du pôle positif de la pile, passe dans l’électro-aimant d’une sonnerie dont on a supprimé la lame destinée à produire le tremblement, pénètre dans un interrupteur à languette (fig. 5) et vient se fixer après une barre métallique communiquant avec le doublage du navire. La sonnerie ne devant sonner que par coups secs et non par vibrations, on place entre l’électro-aimant et le
- Fig. 5. Interrupteur et sonnerie.
- est très simple, peut rendre bien des services à bord d’un navire en marche. A son retour en France, M. Fleuriais qui avait expérimenté son appareil durant la traversée de la Magicienne de San Francisco à Valparaiso et de Yalparaiso aux Malouines, a adressé un rapport au ministre de la marine. Le modèle type a été confié à un de nos plus habiles constructeurs d’instruments de précision, qui* y a apporté tous les détails de perfectionnement acquis par l’expérience et aujourd’hui plusieurs des lochs du capitaine Fleuriais ont été mis en expérience à bord des bâtiments de l’Etat. Bientôt les résultats seront connus et il y a tout lieu d’espérer que le nouvel instrument sera bien agréé par nos marins.
- D. Jardu.
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- LE CONFORMATEUR DES CHAPELIERS
- Un de nos lecteurs ayant appelé notre attention sur cet instrument au point de vue crâniologique et phrénolo-gique, nous avons prié un savant spécialiste d’éclairer nos lecteurs à cet égard. La notice que nous publions
- ci-dessous, donne la mesure des services que le con-formateur des chapeliers est susceptible de rendre à la science.
- G. T.
- Le conformateur des chapeliers n'est pas un instrument d'invention récente. II a été imaginé en
- Fig. i. Emploi du conformateur dans le magasin d’un chapelier de Paris.
- 1843 par Allié, qui ne fit d’ailleurs que modifier ingénieusement le Jayotype dont l’idée appartient à Jay, de Paris et qui fut breveté en 1842-1843.
- C’est, comme tout le monde le sait, un appareil
- destiné à prendre le contour exact de la tête. Il se moule sur toutes les saillies ou dépressions de la circonférence horizontale sur laquelle s’applique le chapeau et qui correspond assez rigoureusement à la
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- circonférence horizontale des anthropologistes. On peut considérer la rondelle de carton obtenue au moyen du conformateur comme une projection du crâne sur un plan passant par les deux diamètres maximum antéro-postérieur et transverse. A ce titre, nous pensons que l’instrument dont il s’agit peut rendre des services aux anthropologistes, bien
- qu’il ne présente pas un procédé de mensuration absolument mathématique. Cependant les fabricants sont intéressés à prendre aussi exactement que possible le contour de la tête et leurs collections seraient certainement très intéressantes à consulter. Les deux figures ci-dessus donnent une idée du fonctionnement de l’appareil et des résultats qu’il per-
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- met d’obtenir. Les projections de la deuxième figure nous ont été fournies par MM. Finaud et Amour; elles représentent des réductions à la moitié environ, de la circonférence totale prise sur le vivant; le conformateur donne lui-même des réductions au sixième du contour réel de la tète. 11 est clair, d’ailleurs, que l’instrument manié avec connaissance de cause peut s’appliquer sur telle région que l’on voudra de la circonférence horizontale.
- Il y a plusieurs manières d’apprécier cette circonférence.
- Elle se mesure d’ordinaire au moyen d’un ruban que l’on fait partir du point sus-orbitaire et qui atteint le point occipital maximum en coupant la crête temporale au point où se prend le diamètre frontal minimum. « Cette mensuration, disent les Instructions crâniologiques de la Société d'anthropologie de Paris, exige beaucoup d’habitude ou beaucoup d’attention. Le passage du ruban est indiqué en avant par la ligne sus-orbitaire, mais en arrière il n’y a pas de point de repère ; on cherche le maximum de la circonférence, et c’est seulement d’après une appréciation générale de la forme du crâne que l’on porte le ruban plus haut ou plus bas de la convexité de l’écaille occipitale. » On remarquera le même tâtonnement chez le fabricant au moment où il fixe le conformateur; mais cet instrument a l’avantage sur le ruban qu’il ne peut manquer d’atteindre dans ses mouvements le point occipital maximum. En avant, il repose, non pas sur le point sus-orbitaire; mais plus exactement sur les bosses frontales. Sous ce rapport, il reproduit le procédé de mensuration de VVelcker qui fait passer également la circonférence horizontale par les bosses frontales en avant. La différence entre les résultats obtenus par le procédé de Welcker et le procédé ordinaire aurait été, suivant M. Topinard, de5 millimètres en plus pour le premier, chez 10 Auvergnats et de 0 millimètre en moyenne chez 10 Nègres; mais tandis que, sur les Auvergnats, la circonférence passant par les bosses frontales, a constamment été plus forte, sur les Nègres elle a varié de — 4 à -f- 6 millimètres par rapport à la circonférence passant au-dessus des sourcils.
- Quoiqu’il en soit, le conformateur permet d’apprécier le rapport véritable du diamètre antéro-postérieur maximum (qui s’étend de la glabelle au point le plus reculé de l’occipital) au diamètre
- • r DtrxlOO
- transverse maximum. Le rapport-------r-------est
- rr D ap
- ce qu’on appelle Vindice céphalique, qui joue un rôle important en crâniométrie, puisque c’est sur ces variations qu’a été basée la fameuse division des crânes ethniques en dolichocéphales et brachycéphales.
- Le même instrument permet d’apprécier surtoul les états pathologiques confondus sous les noms de microcéphalie et hydrocéphalie. Notre série de figures au trait montre combien les dimensions peuvent- varier dans les limites physiologiques, D’au-
- tres déformations partielles sont également mises en évidence par la seule inspection de ces figures. Toutefois, il importe de remarquer : 1° que les déformations qui siègent à ce niveau ne préjugent rien au sujet des déformations d’ensemble indiquant soit un vice de développement, soit même une simple asymétrie du cerveau ; 2° que le conformateur donne des figures réduites, et que les déformations seront d’autant moins sensibles que les figures seront plus petites. Au point de vue de la crânioscopie, si tant est qu’il en soit encore question, la remarque a sa portée.
- Nous n’insisterons pas davantage, pour ne pas paraître attribuer au sujet, plus d’importance qu’il n’en a réellement. I)r A. N.
- CHRONIQUE
- Conférence de If. W. Crookes sur la matière radiante à la Faculté de médecine de Paris. — Le samedi 10 janvier, dès 1 heure de l'après-midi, l'amphithéâtre delà Faculté de médecine était comble. Sur l’invitation et l’heureuse initiative de M. Wurlz, M. W. Crookes avait bien voulu venir à Paris et y transporter tous ses appareils, pour exécuter lui-même les remarquables expériences qui ont si vivement attiré l’attention de tous les physiciens du monde. Nous signalerons prochainement les résultats obtenus par M. W. Crookes qui, par un mode d'expérimentation des plus élégants, est parvenu à démontrer l’existence d'un nouvel état de la matière, et à ouvrir à la physique de nouveaux horizons. Nous nous bornerons aujourd’hui à parler de la belle séance à laquelle nous avons assisté. M. Crookes a répété ses expériences avec le concours de M. Salet en présence de tout ce que Paris compte de savants illustres. Les secrétaires perpétuels de l’Académie des sciences, MM. J.-B. Dumas et Bertrand, assistaient à la séance avec un grand nombre de leurs collègues, parmi lesquels nous avons remarqué MM. Daubrée, Frémy, Peligot, de Qualrefages, Janssen, l’amiral Mouchez, Friédel, Jamin, etc.; MM. Paul Bert, G. Pouchet, Jungfleisch, Wihn et un grand nombre de chimistes et de physiciens éminents avaient répondu à l’appel de M. Wurtz. M. W. Crookes a su obtenir un grand et légitime succès, et à la fin de la séance, il a été salué par des applaudissements unanimes.
- Au moment de mettre sous presse (mercredi 14) nous apprenons que le savant phys.cien anglais exécutera encore une fois ses expériences à l'Observatoire de Paris, le jeudi 15 janvier, sous les auspices de M. l'amiral Mouchez.
- Coulée de lave du Vésuve. — Le professeur Pal-mieri, d’après une correspondance du Times, donne des détails sur la couche de lave qui, le 17 décembre, a coulé le long du Vésuve jusqu’à l’Observatoire; cette lave se trouvant en contact avec la neige dont la montagne était entièrement couverte depuis plusieurs jours, a produit, par ses teintes roses sur toute sa perspective, les plus splendides effets. « La modeste éruption qui a lieu maintenant, dit M. Palmieri, se continue depuis le mois de décembre 1875. Les flammes sortaient du vaste cratère Je 1877, mais elles n’étaient visibles qu’à ceux qui faisaient l’ascension de la montagne jusqu’à son sommet. Maintenant ce cratère s’est rempli graduellement jusqu’à
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- son orifice ; quanti de nouvelles laves ont a se bayer une voie, elles descendent pour la plupart du cône du Vésuve du côté qui regarde Naples. Depuis le 50 octobre dernier, toutes les fois que l’éruption a été un peu considérable, la lave a été visible pendant la nuit, mais elle n’est jamais descendue jusqu’à la base du cône. Ce cône d’éruption, qui était d’abord entièrement dans l’ancien cratère, s’est actuellement élevé de quinze pieds ».
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du Di Janvier 1880. --Présidence de M. Becquerel.
- Physiologie. — Quand on applique une ligature à la veine cave d’un animal quelconque on détermine la mort de celui-ci mais on constate, ainsi que M. Picard vient de s’en assurer, que le sang subit des modifications chimiques considérables : il se charge d’une proportion de glucose qui peut aller jusqu’à 80. pour 1000.
- A propos de la lampe Edison. — On sait que la lampe Édison, dont les journaux font tant de bruit actuellement, s’appuie sur certaines propriétés que posséderait le charbon fourni par la combustion incomplète du papier. A cette occasion, M. Du Moneel rappelle qu’il a eu dès longtemps l’idée qui sert de principe au nouvel appareil et que cette idée là n'a pas grande valeur.
- Le Journal du Ciel. — Le 15° volume de la collection du Journal du Ciel est présenté d’une manière très flatteuse par M. Bertrand qui accorde à M. Vinot des éloges bien mérités pour sa persévérance qu’aucune difficulté n’a pu décourager. L’utile publication que nous annonçons ne s’est pas bornée à enregistrer les découvertes astronomiques et à répandre dans le public une foule de notions utiles ; elle a mis à la disposition de ses lecteurs un grand nombre d’instruments qui leur permettent de faire par eux-mêmes des observations intéressantes. Dès maintenant ÜG observatoires repartis sur la surface de la France, sont comme autant d’annexes du Journal du Ciel.
- La potasse des sels arables. — D’après des analyses exécutées par M. Pellet, l’argile est bien plus abondante dans les sols arables qu’on ne le croit généralement, et la potasse qu’elle renferme représente une quantité très digne d’attention. L’auteur cite certains terrains du département de 8eine-et~Oise, où l’alcali végétal représenterait 7 centièmes du poids total.
- Le froid et le phylloxéra. — On s’est demandé si l’ho-rible froid dont nous avons tant souffert récemment n’avait pas dumoinscet avantage de nuire au phylloxéra, peut être même de le faire périr. M. Lichtenstein a soumis cette question au contrôle de l’observation et sa conclusion lamentable est que le phylloxéra n’a pas éprouvé le moindre malaise d’une température de 10 à 11 degrés sous zéro; et il ne s’agit pas là seulement des insectes profondément enterrés, mais même de ceux qui se trouvaient près de la surface du sol. Étendant le cercle de ses observations primitives, M. Lichtenstein, s’est assuré que les pucerons du pêcher, jdu fusain, du choux, de l'épine vi-nette, etc., ont supporté vaillamment les rigueurs des derniers frimas. Ces bestioles, fixées comme on sait aux parties aériennes des plantes qu’elles exploitent, se sont complètement engourdies, mais transportées dans le laboratoire,
- elles se sont bientôt mises à pondre comme si de rien n’avait été.
- Météorologie chinoise. — En déposant un cahier d’observations météorologiques faites à Zikawéï, M. Paye signale plusieurs résultats intéressants qui y sont contenus. Il rappelle la trajectoire parabolique suivie par les cyclones de l’Atlantique pour annoncer que les tempêtes chinoises suivent un chemin tout semblable. « C'est, dit-il, un phénomène général, aussi régulier que la marche désastres. » M. Fave fait voir aussi que les moussons ne sont point modifiées dans leurs allures, par l’arrivée des cyclones et il en tire une nouvelle preuve du siège élevé des phénomènes cycloniques.
- La débâcle de la Seine. — Se fondant sur les ingénieuses formules empiriques de M. Belgrand, le service hydrologique de la Seine avait annoncé pour les premiers jours de janvier une crue, qui le fi devait atteindre 4m,Ü0 à l’échelle du pont d’Austerlitz. La crue eut lieu avant la date annoncée et dépassa de beaucoup le niveau prédit. 11 ne faut pas en conclure que les formules soient fausses; mais le phénomène a été cette fois fortement influencé par des causes qu’on n’avait pas prévues et qu’on ne pouvait pas prévoir : la débâcle et surtout des embâcles successives.
- Ainsi qu’il résulte des renseignements transmis par M. Lalanne, une embâcle formidable formée au-dessus du Pont-Neuf a cédé à la crue elle-même. La débâcle a d’ailleurs réalisé une sorte de vidange anticipée de la rivière de telle façon que le maximum précis n’a plus été atteint.
- La conclusion pratique des faits qui se sont produits récemment, est que toutes les fois qu’une crue coïncidera avec une débâcle, il faudra redoubler de précaution et se rappeler qu’on ne peut prévoir la violence du phénomène. Cette fois les glaces ont présenté l’épaisseur moyenne, tout à fait inusitée de 50 centimètres et l’eau s’est élevée à Ablon de 55 centimètres plus haut qu’à la grande crue de 1876. Le choc éprouvé par le pont de Choisy-lc-Iloi a été tel que les vitres d’un bec de gaz placé sur le pont ont été brisées parla trépidation. C’est un cas de transmission de mouvement tout nouveau et des plus intéressants.
- Stanislas Meunier.
- LABOURAGE DES PENTES
- LE JOUG ARTICULÉ I)E M. DE SCORBIAC.
- Le joug articulé ou brisé, de M. J. de Scorbiac est destiné à rendre de grands services dans toutes les localités montagneuses où le labourage s’opère avec des bœufs. Il arrive très souvent que le champ à labourer est placé sur une pente. Or le joug ordinaire des bœufs, exige pour un bon fonctionnement, que les deux têtes des animaux restent à la même hauteur, de sorte que le joug demeure horizontal. Quand les bœufs attelés à une charrue par un joug droit, d’une seule pièce, labourent par le travers d’un coteau, l’un se trouve naturellement placé plus haut que l’autre, le sol sur lequel il marche étant plus élevé. Le bœuf qui est placé au-dessus de la raie où est situé son compagnon de travail, lutte pour se tenir au-dessus de la muraille de terre formée par le coup de charrue et résister aux
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- LA NATURE.
- efforts du bœuf inférieur qui l’attire à lui. La gène qu’éprouvent les deux animaux est telle qu’une partie de leurs forces se trouve paralysée. On peut remarquer en effet que, dans la résistance qu’oppose le bœuf supérieur à la traction de côté et en sens vertical qui lui vient du bœuf inférieur, il n’a pour point d’appui qu’une terre qui s’effondre facilement sous ses pieds. Le poids du bœuf se trouve comme augmenté par des efforts de résistance qu’il oppose à son voisin, et ce poids repose tout entier sur les bords de la muraille formée par la charrue. Aussi voit-on, à tout instant, dans les coteaux, les pieds du bœuf supérieur glisser dans la raie; il se produit, par ce fait, une démarche irrégulière, avec une grande déperdition de force.
- Au contraire, reliés par le joug articulé et à bascule, les deux bœufs marchent chacun avec la tête parfaitement d’aplomb, comme en plaine, et chacun développe toute la puissance des muscles de son cou, qui ne se trouve plus déplacée. Tout accident ou danger est évité, et le bœuf inférieur, ainsi attelé, soutient, plutôt qu’il ne dérange, le bœuf supérieur. Le joug articulé et à bascule se compose d’un joug ordinaire scié en deux, ou bien de deux jougs simples pour une tête chacun, reliés ensemble par deux fortes plaques de fer. Celles-ci sont attachées aux extrémités arrondies des jougs par deux boulons assez gros pour offrir la résistance suffisante aux efforts de chacun des deux bœufs, qui, en tirant la charrue, tendraient à plier en avant la monture. Les extrémités arrondies des jougs sont encore garnies de petites plaques de fer incrustées dans le bois, et lui donnant la force nécessaire. Un boulon avec double anneau traverse les deux plaques et soutient le timon de la charrue. Enfin un levier, sans être rigoureusement nécessaire, aide beaucoup au rapide fonctionnement de l’articulation du joug, en permettant de mieux immobiliser la tète du bœuf supérieur à la hauteur voulue, et de fixer, sans tâtonnement, la cheville destinée à servir de point d’arrêt. Le même joug peut servir pour le labourage en plaine, car il suffit de redresser le levier pour que les deux parties articulées puissent être fixées dans le même plan horizontal ; l’instrument devient un joug ordinaire.
- Le joug articulé et à bascule a été présenté aux
- Concours régionaux de Toulouse et de Montauban, où il a été l’objet de récompenses honorifiques. Une Commission d’agriculteurs l’a vu fonctionner, chez M. de Scorbiac, au château de Beaudésert, commune de Corbarieu, près Monlauban (ïarn-et-Garonne). On a opéré sur les pentes très raides qui suivent : 270 ou 0,45 par mètre, 508 ou 0,50 par mètre, 32° ou 0,5550 par mètre. La distance du pied du bœuf supérieur à celui du bœuf inférieur était de lm,25 sur la pente, l’un étant plus élevé que l’autre de 67 centimètres. Les animaux marchaient à l’aise sur la pente, leur allure était régulière, et ils ne paraissaient faire des efforts plus considérables que s’ils eussent travaillé dans la plaine. La charrue atteignait une profondeur de 55 centimètres, la terre était bien retournée, le fond de la raie bien net. Le sol était argilo-calcaire, assez friable, moyennement sec, les pluies ayant
- été peu abondantes; aucun laboureur n’aurait osé se charger de faire le travail sur de pareilles pentes, avec le joug ordinaire.
- En se servant de son joug articulé, et en employant, au lieu des énormes charrues à avant-train du nord de la France, la charrue très simple et très solide, dite lour-ne-oreille à timon raide, M. de Scorbiac est arrivé, à opérer avec trois bœufs seulement, le travail qui nécessitait l’usage de trois paires de bœuls dans les anciennes conditions.
- Avec l’ancien joug, on labourait tant que les pentes n’étaient pas trop raides; mais on s’arrêtait lorsque la position de l’animal qui se trouvait sur le sillon n’était plus tenable et qu’il menaçait de tomber sur son compagnon. On laissait ainsi souvent sans cultures des terres de coteaux très bonnes pour les céréales. Avec le joug articulé, au contraire, les pentes les plus abruptes, les coteaux les plus escarpés, que la cherté de la main-d œuvre humaine à la bêche obligeait à abandonner, vont être labourés et deviendront féconds, de manière à augmenter la production agricole de beaucoup de localités, et par suite le bien-être général.
- Maurice Girard.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmer.
- 16 826__Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- Joug articule de M. de Scorbiac.
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- N° 347.
- 24 JANVIER 1880.
- LA NATURE
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- SUR CERTAINES TACHES PÉRIODIQUES
- DE J U rIT E II
- Je ne sais si les lecteurs de La Nature ont quelque mémoire d’une étude que nous y avons publiée sur la constitution physique de la planète Jupiter. Entre autres détails historiques, nous y mentionnions les observations faites il y a deux siècles, par Dominique Cassini, et, parmi ces observations, celles d’une tache qui parut affecter, à cette époque, un caractère remarquable de permanence. Cette tache fut eu effet vue pendant six mois en 1665, pendant les six mois suivants de 1666, et cette première apparition dura environ deux années. La tache disparut ensuite pendant cinq ans, jusqu’au com-
- mencement de 1672; puis elle resta en vue d’une façon permanente, pour devenir invisible encore en 1675 et en 1676. Elle se montra de nouveau en juillet 1677, puis devient invisible jusqu’en mars 1685; et dura de nouveau deux ans; enfin après une disparition qui dura jusqu’à la (in de novembre 1690, cette tache singulière se montra encore avec beaucoup d’autres, mais toujours identique à elle-même, en ce qui concerne sa position sur la surface du disque de Jupiter»
- Ces observations anciennes prennent aujourd’hui, nous semble t-il du moins, un nouvel intérêt. En effet, nous avons eu, il y a quelques semaines, l’occasion d’admirer une splendide série de dessins astronomiques, et parmi eux, toute une suite de vues de Jupiter, où toutes les particularités physiques de
- [Taches de Jupiter observées et dessinées par M. E. Trouvelot.
- Fig. 1. Observation du 25 septembre 1878 à 6 h. 30 ni. T. M. C. Fig. 2. Observation du 23 décembre 1878 à 5 h. 22 m. T. M. C ombre du 'satellite. troisième satellite et son ombre.
- son disque sont admirablement reproduites, jour par jour. Ces dessins sont l'œuvre d’un astronome bien connu, j’allais dire d’un astronome américain ; mais non, il s’agit d’un de nos compatriotes M. L. Trouvelot, que les événements politiques de décembre 1851 ont forcé à quitter la France. M. Trouvelot a utilisé les loisirs de l’exil, en s’occupant sérieusement d’astronomie. 11 est l’un des savants qui ont contribué à rendre célèbre l’observatoire d’Harvard Collège, à Cambridge, dans le Massachussets. Nous connaissions déjà les beaux travaux publiés par lui dans les Annales de cet observatoire, et nous avons pu reproduire, dans la dernière édition de notre ouvrage Le Ciel, des dessins des protubérances, ainsi qu’un dessin de Saturne. M. Trouvelot est venu, cet automne, visiter‘la France; il avait eu l’heureuse idée d’apporter ses collections d’observations avec la pensée, il faut le dire, qu’il aurait la satisfaction de les publier dans son pays 8e année. — 1,r semestre.
- natal. Ii est à désirer que cet espoir se réalise; nous formons un vœu de plus, c’est celui de voir nous revenir un savant expérimenté. Nous envoyons à l’étranger nos astronomes, témoin encore M. Liais, comme si nos observatoires regorgeaient.
- Pour en revenir à Jupiter et à ses lâches, nous avons remarqué, parmi les beaux dessins où M. Trouvelot retrace, avec une fidélité minutieuse, tous les accidents de la surface de cette planète, ceux où se voit une tache singulière, intéressante par sa forme et sa couleur, mais intéressante aussi par sa permanence et sa périodicité. Ces derniers caractères nous ont rappelé la tache vue et décrite par Cassini, et il nous a paru instructif de rapprocher ces observations, représentant, à deux siècles de distance, une analogie qui doit être instructive. M. Trouvelot a bien voulu nous confier deux des vues de Jupiter, où cette tache est dessinée, et ce sont celles que nous reproduisons ici; mais il importe de joindre aux
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- lu
- LÀ NATURE
- dessins en question, la description détaillée que l’observateur en a donnée dans le recueil anglais the Observatory. Voici la traduction de cette note, que nous ne ferons suivre, d’ailleurs, d’aucun commentaire.
- Amédée Guillemin.
- Le professeur C. W. Pritchett ayant publié dernièrement dans the Observatory la relation d’une remarquable tache rouge vue par lui sur Jupiter dans la nuit du 9 juillet 1878, il peut être de quelque intérêt de rappeler les observations d’un phénomène semblable, vu dernièrement à Cambridge, surtout parceque les deux phénomènes semblent être en connexion directe.
- En observant Jupiter le 25 septembre 1878, à 6 heures 50 minutes, une très remarquable tache rouge se voyait juste un peu au-dessus du bord méridional de la bande équatoriale, son centre étant alors situé un peu à l’est du méridien central. Ce curieux objet, qui occupait en apparence un 5me du diamètre de la planète était très nettement visible; sa couleur d’un rose intense formait un contraste frappant avec le fond blanc lumineux sur lequel il se projetait. Il était de la même nuance, uniforme d’un bout à l’autre, sans aucun bord obscur, sa vive couleur rose formant la tache entière. Il paraissait isolé et tout à fait indépendant de la bande équatoriale dont il était séparé par une bande blanche brillante. Comme nuance, la couleur de cette tache différait totalement de la pâle couleur rosâtre de la bande équatoriale; ou de tout autre objet que j’aie jamais vu sur Jupiter; un mélange de vermillon avec du bleu peut donner à peu près la nuance de cette tache. La ligure 1 est une copie du dessin original fait immédiatement après l’observation, aa étant la tache rouge.
- Depuis que cette observation a été faite, le retour de cette tache a été observé et dessiné quinze lois, et elle a été vue la dernière fois le 50 décembre ; après cette époque, il devint impossible de la suivre plus longtemps, en raison de la proximité de la planète du Soleil. La forme de cette tache changea quelque peu pendant cette période : aux premières observations, elle était étroite et allongée (fig. 1 aa), tandis qu’à la lin (fig. 2 bb), elle devint plus courte, beaucoup plus large et s’étendait plus loin vers le sud.
- C’est peut être un fait très curieux que cet objet ait correspondu en position, de très près, avec le nuage rose elliptique observé par le professeur Prit-chett le 9 juillet, ou 77 jours avant que je le voie pour la première fois, la planète ayant effectué à peu près 188 rotations pendant cet intervalle. Toutefois, ce n’était certainement pas identiquement la même tache que celle vue par Pritchett, puisqu’il n’a pu l’apercevoir les 10 et 15 juillet, alors qu’elle devait être visible, si elle fut restée immobile; que je n’ai pu la voir non plus les 6, 10, 15, 20 et 22 septembre quand Jupiter présentait la même région à l’observateur. Entre le 19 et le 20 septembre, des
- changements considérables eurent lieu dans les taches de la planète, le bord méridional de la bande équatoriale présentant en un point, une forme angulaire très caractéristique, qui, le 25, se montrait à l’ouest de la tache rouge et tout à côté. Si la tache rouge eût existé le 20 septembre, il eut été impossible de ne la pas mentionner : la définition atmosphérique fut très nette dans cette nuit, et j’avais obtenu un bon dessin de Jupiter. 11 semble par conséquent certain que la tache fut formée entre le 22 et le 25 septembre, car elle n’a pas été vue le 22 à 7 heures 0 minute.
- 11 est fort remarquable que cette tache apparut précisément à la même place, ou du moins à fort peu près, où un objet semblable a été vu deux mois auparavant. Le retour de quelques taches de Jupiter au même endroit où des formes semblables ont été observées déjà auparavant, bien que ce soit un phénomène tout à fait rare, n’est pas cependant sans précédent, si j’en juge par mes observations decette planète. Par exemple, l’apparence angulaire du bord sud de la bande équatoriale, décrite ci-dessus, et dans le voisinage de laquelle la tache rouge a fait son apparition, démontre d’une manière très frappante le phénomène de retour, puisque cette tache qui m’est si familière a disparu et reparu trois fois, dans une période d’observations embrassant un peu plus d’un an.
- Peut être importe-t-il de remarquer que les deux taches dont j’ai observé la réapparition, sont situées très près l’une de l’autre.,
- La tache angulaire du bord sud de la bande équatoriale n’a pas été vue une seule fois en 1876, pendant ces 150 nuits où Jupiter a été observé; elle a été vue pour la première fois le 14 avril 1877, le second jour de mes observations de cette planète en cette année. Elle continua à être visible pendant six mois, jusqu’au 14 septembre; après cette date, les taches de cette région de Jupiter ont changé et sont devenues tout à fait différentes. Les 16,18 et 25 septembre, la planète présentait la même face à la Terre ; la définition en ces nuits fut bonne et le ciel pur, mais la tache caractéristique ne fut pas aperçue. Pourtant, le 26 septembre, 12 jours apiès, la même remarquable forme fut revue à la même place et continua à être visible pendant 41 jours consécutifs, jusqu’au 6 novembre. La même région de la planète fut observée les 15, 15 et 17 novembre; la tache anguleuse n’y était point; mais à sa place, on voyait un bord uniformément rectiligne. Douze jours après, le 19 novembre, une forme pareille a réapparu à sa place, avec sa pointe saillante caractéristique. Les observations de Jupiter furent abandonnées le 10 décembre, la planète étant alors trop voisine du soleil, et elles n’ont été résumées systématiquement que le 6 septembre 1878. Le 8 de ce mois, une tache angulaire ressemblant exactement à celle observée les années précédentes, fut vue au même endroit du bord méridional de la bande équatoriale. Le 10 et le 15 septembre, elle
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- aurait dû être vue, puisque la planète présentait le même hémisphère à l'observateur; mais à sa place le bord de la bande était uniformément rectiligne. Chose surprenante, douze jours environ après, le 20 septembre, une forme semblable reparut au même endroit, disposée comme auparavant, et à partir de cette date, resta visible sans changement jusqu’à la fin de mes observations, le 12 janvier 1879, quand Jupiter fut trop voisin du Soleil pour qu’on put l’observer. Le retour de la tache angulaire a été observé et dessiné 02 fois pendant les douze mois que Jupiter put être observé dans les nuits sereines,
- Ce singulier phénomène de réapparition, semble indiquer que des causes locales participent dans une certaine mesure à la production des taches sur Jupiter , et le retour de la même apparence, en trois occasions différentes, juste 12 jours après sa disparition, paraît faire prévoir une périodicité dans le mode d’action de ces causes. S’il était prouvé que des causes locales produisent quelquefois des taches sur Jupiter, de telles taches seraient les meilleures à prendre pour calculer la période de rotation de la planète, puisqu’elles seraient moins sujettes à posséder un mouvement propre.
- E. Léopold Trouvelot.
- Cambridge (U. S. A.).
- SOCIETES SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance (lu vendredi 26 décembre 1879. — M. L. Bourgeois,
- en commun avec M. Verneuil, a reproduit artificiellement la scorodite, en chauffant dans des tubes scellés, à 150° pendant 8 jours, une solution d’acide arsé-nique en présence de fils de fer. Les cristaux obtenus sont identiques aux cristaux naturels. — M. Grimaux fait une réclamation relative au procès-verbal de la 1” séance de juillet. 11 a obtenu, non pas, comme on le lui fait dire un corps possédant les propriétés de l’albumine, mais bien une substance colloïde, précipitée en gelée par les acides et se dédoublant par la baryte en acide aspartique, acide carbonique et ammoniaque. — M. Colson fait connaître un perfectionnement apporté par lui et par M. Bernard au procédé Weldon pour la régénération du manganèse. Au lieu de neutraliser par du calcaire le résidu de la préparation du chlore, MM. Colson et Bernard neutralisent ces liqueurs à l’aide des boues provenant de l’oxydation. De cette façon la chaux contenue dans ces boues est transformée en chlorure de calcium et il reste du bioxyde de manganèse presque pur. On économise ainsi le calcaire en même temps que l’acide chlorhydrique.— M. Jungfleisch présente deuxbro-chures de MM. Reverdin et Nolling : Sur les produits chimiques à l’Exposition de 1878 et sur la constitution de la naphtaline. — M. Schneider présente deux notes de M. Berthelot, l’une sur l’épichlorhydrine, l’autre sur la combinaison directe du cyanogène avec l’hydrogène et les métaux. M. Müntz expose la suite des recherches qu’il a faites avec M. Schlœsing sur le ferment nitrique.
- Société française de physique. — Séance du 19 décembre. - M. Napoli décrit et fait fonctionner sous
- les yeux de la Société la lampe électrique de Werdermann du nouveau modèle qu’il a imaginé.
- M. Tbollon, aptès avoir démontré l’utüité des spectros-copes à très grande dispersion pour l’étude des protubérances solaires, décrit une protubérance remarquable qu’il a observée et dont la hauteur atteignait la 1/16 partie du diamètre du soleil, soit plus de 100 000 kilomètres. La raie C de l’hydrogène, observée dans les protubérances est déviée du côté du rouge, et son déplacement indique un mouvement s’exécutant de la périphérie au centre. M Thollon a aussi étudié quelques taches, et reconnu qu’elles constituent des centres de refroidissement. Quand la fente du spectroscope rencontre une tache, le spectre est sillonné dans toute son étendue d’une bande d’ombre uniforme ce qui n’aurait pas lieu si la diminution d’éclat provenait principalement de l’absorption exercée par les vapeurs métalliques qui remplissent la cavité de la tache.
- M. Henri Becquerel, dans le but de fixer aussi exactement que possible la position que le plan de polarisation de la lumière atmosphérique occupe par rapport au soleil, a fait construire un appareil qui lui permet de déterminer successivement la trace du plan de polarisation à l’aide d’un polariscope Savart, et celle d’un plan passant par le rayon visuel et par le soleil. Il a reconnu que, contrairement à l’opinion reçue, les deux plans ne se confondent pas, et que leur angle peut dans certains cas dépasser 6°. Le plan de polarisation est toujours plus voisin de l’horizon que le plan de solei'. L’écart des deux plans, dans le cours d’une même journée, présente des maxima et des rninima dont l’étude offre un intérêt particulier. M. Becquerel a été assez heureux pour manifester l’existence d’une rotation électro-magnétique du plan de polarisation produite par les gaz atmosphériques. Par exemple, à midi, l’éclairement de l’atmosphère est symétrique par rapport au plan du méridien et celui-ci devrait se confondre avec le plan de polarisation. Or cette coïncidence n’a lieu qu’à une heure plus avancée. Il y a donc une cause particulière qui agit pour faire tourner d’un certain angle le plan de polarisation de la lumière. La grandeur et le signe de cette rotation déduites d’observations directes de l’auteur sur le pouvoir rotatoire magnétique des gaz ; les valeurs fournies par ces expériences ont montré avec les résultats des précédents la concordance la plus satisfaisante. Ainsi l’existence du pouvoir rotatoire magnétique des gaz se trouve démontrée de la façon la plus inespérée par l’étude des lois de la polarisation atmosphérique.
- UNE TROMBE A COUTAMES
- Mardi, 6 janvier, dit le Journal de Coulances, le temps était humide et venteux; le ciel était noir. Vers trois heures après midi, une trombe épouvantable, venant du nord-ouest, fit son apparition sur la mer, à peu de distance de Barneville. En quelques instants, cette trombe accompagnée d’un terrible coup de tonnerre, avait atteint la terre, et le gros village de Saint-Georges-dc-la-Ilivière avec son église n’élait plus qu’un monceau de décombres; les toits en chaume, en ardoises, en pierre, eu zinc, les bois des charpentes, tout était arraché, rompu, déchiré, les murailles lézardées, écroulées, les arbres, les pommiers déracinés, tordus,brisés : tout, sur une largeur d’environ 500 mètres, formait un pêle-mêle qu’on ne saurait décrire; une partie de ces débris étaient lancés à des distances incroyables. Le bilan des pertes s’élève au chiffre de 80,000 francs.
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- LA NAT U HL,
- LÀ DÉBÂCLE DE LÀ SEINE
- LE 3 JANVIER 1880
- Après plus de trente jours consécutifs, d’un froid rigoureux, la température s’est relevée tout à coup à Paris, le 28 décembre 1879, sous l’action d'un vent chaud du sud-ouest. La neige accumulée sur toute la surface du bassin de la Seine a fondu peu à peu, l’épaisse couche de glace qui recouvrait le fleuve, ne tarda pas à perdre de sa solidité, et pen-
- dant plusieurs jours de suite, elle se trouva soulevée et brisée çà et là.
- La débâcle commença partiellement le 2 janvier 1880, et devint générale le samedi J3, dans la matinée, offrant à tous ceux qui en furent témoins, un spectacle imposant, inévitablement accompagné de nombreux accidents. À 10 heures du matin, le phénomène s’accomplissait dans toute son intensité. I/eau du fleuve, à Paris, était littéralement cachée sous un monceau de glaçons accumulés et entassés pêle-mêle; on les voyait courir avec une
- rapidité saisissante, entraînant des bateaux, des poutres, des tonneaux, des débris de toute nature, et frappant à la façon de formidables béliers les piliers des ponts qu’ils ébranlaient.
- Dans le petit bras de la Seine, les glaces également entraînées par un courant rapide ont produit de nombreux désastres sous les yeux des milliers de spectateurs qui encombraient les quais.
- A 2 heures, quelques chalands viennent se briser contre les piles du pont Saint-Michel et d’énormes poutres provenant de la rupture des trains de bois le barrent complètement. D’énormes blocs s’amon-eèlent pendant quelques minutes. C’est un amas de glaçons et de bateaux broyés.
- La circulation ne tarde pas à être interdite sur
- plusieurs ponts (pont des Arts, pont des Saints-Pères), tandis que les sergents de ville interdisent de se rassembler sur quelques autres. Tout le petit bras de la Seine est de nouveau obstrué en moins d’une demi-heure et les glaçons ne s’écoulent plus que par le grand bras. En tète du pont Sully, l’estacade tient bon et protège toute cette partie du fleuve jusqu’au pont Louis-Philippe , rive droite.
- « La crue de la Seine, dit le Journal officiel, est extraordinaire depuis le matin. Le fleuve semble monter à vue d’œil. Dans l’espace de trois heures seulement, de dix heures à une heure, la crue est de 1 mètre 50. En amont du Pont-Neuf, une partie des bains froids a sombré. De l’autre côté, entre le
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- LA NATURE
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- pont Saint-Michel et le Pont-Neuf, plusieurs bateaux ont coulé ou ont été broyés. Des familles entières de mariniers déménagent en toute hâte et transportent non sans difficultés leur mobilier et ustensiles de ménage, sur le quai même des Grands-Augustins. En aval du Pont-Neuf, les bains de la Samaritaine, solidement amarrés, résistent bien. Plus bas, un lavoir et un grand bateau de charbon sont en partie submergés. A une heure et demie, les eaux marquent 5 m. 80 à l’échelle du pont Royal. Le fleuve monte toujours. Le courant est d’une violence
- extrême. On pourrait comparer sa vitesse à celle d’un cheval au trot. »
- C’est au pont des Invalides que le désastre est le plus grand. Ou sait que ce pont est en reconstruction depuis quelques mois, et qu’on avait du construire en avant une étroite passerelle de bois pour la circulation du public. Vendredi soir, 2 décembre, les glaces amoncelées en amont du pout de Solfé-rino et provenant de la partie du fleuve, qui s’étend de ce point jusqu’au Pont-Neuf sont venues s’accumuler dans les deux passes protégeant les
- La déliàc'lejde la Seine. .Les derniers glaçons aux environs de Paris le 5 janvier 1880,. (Paysage d’après nature.)
- travaux de reconstruction. On essaya de faire partir, à l’aide de la dynamite, l’amas énorme de glaçons accumulés et dont la plupart mesuraient de 55 à 40 centimètres d’épaisseur. Un conducteur des ponts et chaussées, prit place sur la passerelle avec deux équipes d’ouvriers, et, de ce poste dangereux, fit jeter dans le fleuve de nombreuses cartouches enflammées pour disloquer les glaçons qui faisaient craquer les étais avec un bruit sinistre. Sous l’action brisante des cartouches explosives, des glaçons épais se disjoignaient et s’écroulaient en certains points, tandis qu’en d’autres, l’explosion projetait de hautes gerbes d’eau et de glace. Malgré ces efforts, les deux passes ne tardèrent pas à s’engager; les glissières se rompirent, la passerelle fléchit, et les
- ouvriers n’eurent que le temps de s’enfuir au plus vite : à 7 heures, tout le milieu de la passerelle s’écroulait dans la Seine, et le tablier venait se dresser contre une des passes et la boucher.
- Pendant la nuit, la démolition de la passerelle continua sans trêve ; et le samedi il en restait à peine trace.
- Cependant les glaçons s’accumulaient contre les piles du pont des Invalides, les ébranlant de coups répétés. De bonne heure, les planches et les cintres, disjoints, tombèrent dans le fleuve.
- A 10 h. 40, la seconde arche du pont des Invalides (côté rive droite), incapable de résister plus longtemps à la pression des glaces et au choc des épaves, s’effondra tout entière. A 1 h. 40, au mo-
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- ment où le préfet de la Seine, verni pour se rendre compte du désastre, descendit de voiture et s’avança vers le pont, on vit tout à coup le tablier de la seconde arche du côté gauche s’affaisser et l’arche tout entière s’écrouler avec un bruit effroyable1.
- Tels sont les faits les plus saillants de la grande débâcle de la Seine pendant l’hiver de 1879-1880, qui restera un événement à peu près unique dans l’histoire de la météorologie de Paris.
- Gaston Tissandiek.
- EXPLOSION D’ACIDE CARBONIQUE
- DANS UNE MINE DE HOUILLE.
- Si des dégagements d’acide carbonique ont souvent été signalés dans les mines, des explosions de ce gaz doivent être considérées comme tout à fait anormales et exceptionnelles; elles peuvent cependant se produire, comme l’a montré un terrible accident arrivé à la mine de houille de Rochebelle (Gard).
- Le 28 juillet 1879, deux ouvriers qui travaillaient dans le fond du puits Fontanes, à 545 mètres de profondeur, entendirent une détonation semblable à celle d’un coup de mine, mais plus brève; moins d’une minute après, ils entendirent une seconde détonation, plus forte que la première, qui toutefois ne fut pas perçue par le mécanicien se tenant à l’orifice du puits.
- A ce moment leurs lampes s’éteignirent; en même temps, ils éprouvèrent îles défaillances et ils eurent à peine le temps de se jeter tous deux dans la benne, qui fut aussitôt remontée par le mécanicien, en sorte qu’ils échappèrent miraculeusement à la mort. Malheureusement trois ouvriers mineurs se trouvaient dans des galeries débouchant dans le même puits, à 246 mètres de profondeur, et ils y périrent asphyxiés.
- Les ingénieurs des mines, MM. Julien et de Castelnau, se sont immédiatement rendus au puits Fontanes, afin de procéder au sauvetage, qui a été long et périlleux, et ils se sont livrés à une étude très complète de ce déplorable accident.
- Les détonations entendues pouvaient faire croire d’abord à une explosion de grisou ; mais cette hypothèse, soutenue avec vivacité par certaines personnes, fut bientôt reconnue inexacte : en effet, les détonations n’avaient pas été accompagnées de flammes ; des cloisons légères, existant dans le puits et dans la galerie débouchant au niveau de 246 mètres, n’avaient pas été brisées ; les cadavres et les vêtements des malheureuses victimes ne portaient aucune trace de brûlure ; enfin, de la poudre se trouvant dans la galerie et des cartouches préparées pour tirer des coups de mine n’avaient même pas pris feu.
- Du reste, jusqu’à présent, le grisou n’a jamais
- été observé dans la mine de houille de Rochebelle, et, par suite, on n’y fait pas usage de lampes de sûreté; les dégagements d’acide carbonique y ont au contraire été constatés depuis longtemps, et, pour les combattre, on avait recours à une bonne ventilation. On perçait aussi, au front détaillé, des trous de sonde horizontaux d’une profondeur de 2 mètres de manière à faciliter le départ de ce gaz. A différentes reprises cependant, les ouvriers mineurs ont été obligés de quitter le travail, incommodés qu’ils étaient par l’acide carbonique. A la suite de l’accident du 28 juillet, cet acide s’est répandu dans les galeries de la mine et a remonté jusqu’à 50 mètres de l’orifice du puits Fontanes ; il était d’ailleurs facile de constater sa présence par l’eau de chaux et avec les lampes qui s’éteignaient lorsqu’on descendait à cette profondeur.
- Pour renouveler l’atmosphère de la mine et pour se débarrasser de l’acide carbonique, les ingénieurs ont eu recours successivement à de l’eau qu’on faisait tomber dans le puits, soit en ouvrant les robinets de réservoirs placés dans le haut, soit en enlevant l’eau même de la mine à l’aide de bennes à fond mobile et en la laissant retomber à l’orifice, d’où elle se répandait en pluie. La vapeur d’eau fournie par une machine a également été injectée dans le puits. En outre, on a eu recours à l’eau de chaux et à l’eau ammoniacale. Mais, en définitive, il n’a été possible de rentrer dans la mine, qu’après avoir aspiré l’air, en établissant sur le puits un puissant ventilateur de secours qui avait été envoyé en toute hâte par M. Graffin, l’ingénieur des mines de la Grand’Gombe.
- Alors on a reconnu que l’explosion d’acide carbonique s’était produite au front de taille de la houille, à l’extrémité d’une galerie ascendante, inclinée à 15°,5 et communiquant avec le niveau de 246 mètres. Sur une distance de 9 mètres, cette galerie avait été presque entièrement obstruée par la houille menue lancée au moment de l’explosion de l’acide carbonique, et des poussières de houille imprégnaient les objets à une distance beaucoup plus grande. Le mineur qui travaillait au front de taille avait été projeté par l’explosion et même enseveli sous la houille menue. M. de Castelnau a reconnu, dans la houille du front de taille, l’existence d’un vide qui n’avait pas moins de 6 mètres deprofon-deur et il évalue au chiffre très considérable de 76 tonnes le poids total de la houille menue entraînée par les deux explosions.
- 11 est difficile de connaître exactement la quantité d’acide carbonique qui a été dégagée subitement par ces explosions; mais, en cubant les parties du puits et des galeries qni ont été envahies par l’air irrespirable, on trouve 4596 mètres cubes, volume représentant un maximum.
- L’acide carbonique a continué à se dégager de la houille après l’accident; et, pendant la période de sauvetage, les ingénieurs ont dû plusieurs fois donner l’ordre d’abandonner la mine. Ils ont même
- 1 D’après le Journal officie/.
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- observé que la houille menue, projetée par l’explosion, dégageait encore de l’acide carbonique, lorsqu’on la remuait et lorsqu’on en opérait le déblai, afin de pouvoir rentrer dans le fond de la galerie.
- On avait bien reconnu, depuis longtemps, que de l’acide carbonique se dégageait lentement ou même avec un léger bruissement de diverses couches de houille de la mine de Rochebelle ;mais c’est la première fois que l’on constate que cet acide peut être assez comprimé dans la houille pour la rendre explosive et pour la projeter avec détonation.
- Il reste maintenant à rechercher l’origine de cet acide carbonique dont l’explosion a produit la catastrophe de la mine de Rochebelle. Or, on ne saurait l’attribuer à des dégagements comme ceux qui ont lieu si fréquemment dans les régions volcaniques, particulièrement dans la mine de houille de Rrassac et dans la mine de plomb de Pontgibaud, en Auvergne; en effet, il n’existe pas d’anciens volcans dans le voisinage de Rochebelle.
- D’un autre côté, il semble bien peu probable que l’acide carbonique se soit formé dans la houille même de Rochebelle et par une oxydation de son carbone déterminée par l’oxygène atmosphérique.
- On est alors conduit à se demander si l’acide carbonique de Rochebelle ne proviendrait pas d’une action exercée par la pyrite de fer, du gîte voisin du Soulier; car cette pyrite, présentant un amas stratifié dans la partie supérieure du trias, est très fortement oxydée et en voie complète de décomposition; elle donne sans cesse lieu à la formation d’acide sulfurique, qui, se dissolvant peu à peu dans les eaux souterraines, rencontre du calcaire triasi— que dans la profondeur et par suite en dégage de l’acide carbonique; ce dernier doit se diffuser au loin dans les roches voisines, en pénétrant de préférence dans celles qui, comme la houille, sont friables, fissurées et susceptibles de l’absorber; il peut même finir par s’y accumuler à haute pression. Les couches de houille de Rochebelle, ayant été brisées et très disloquées, et venant quelquefois buter contre le trias pyriteux, semblent d’ailleurs offrir des conduits naturels et être particulièrement favorables à une accumulation de l’acide carbonique dégagé par l’oxydation de la pyrite.
- A. Delesse,
- Membre de l’Académie des sciences.
- LE CHEMIN DE FER ÉLECTRIQUE
- DE BERLIN.
- LA TRACTION ÉLECTRIQUE DES CHEMINS DE FER AÉRIENS ET SOUTERRAINS DANS LES GRANDES VILLES.
- Le sous-titre de cct article est de nature à faire naître l’incrédulité chez nos lecteurs, même parmi ceux que la pratique a familiarisé avec les récentes merveilles de l’électricité. En vérité, une pareille
- idée émise il y a vingt ans, n’aurait assurément été digne que d’un peu de pitié pour celui qui aurait osé l’émettre; mais les découvertes se sont succédé depuis lors, et l’on est contraint aujoui d'hui d’examiner sérieusement une question dont la solution a été ébauchée en pratique, il y a quelques mois, dans la capitale de l’empire d’Allemagne.
- Le chemin de fer électrique de Rerlin, qui a fonctionné pendant toute la durée de l’exposition de 1879, n’est autre chose qu’une application de la transmission de la force motrice à distance par V électricité ; nous allons en donner le principe en quelques mot-:.
- Si nous relions deux machines magnéto-électriques ou dynamo-électriques A et B par des conducteurs métalliques, et q”e nous mettions la machine A en mouvement en dépensant du travail, nous produirons un courant électrique qui, arrivant dans la machine B, la mettra en mouvement en produisant de nouveau du travail sur la machine B.
- Il est bien évident que la machine R ne restituera qu’une fraction du travail dépensé par la machine A, et que le rapport entre le travail dépensé et le travail produit, le rendement, variera avec la nature des machines, leurs vitesses relatives, leur puissance et la longueur des conducteurs électriques qui les relient ; dans certains cas ce rendement atteindra soixante pour cent, même avec des conducteurs d’une assez grande longueur et des machines appropriées ; il ne s’abaissera pas au-dessous de trente pour cent.
- Si nous prenons une machine dynamo électrique dépassant dix chevaux de force, que nous la mettions en mouvement à l’aide d’une machine à vapeur par exemple, et que nous la reliions par des conducteurs électriques à une seconde machine dynamo-électrique, montée sur un véhicule dont les roues peuvent recevoir un mouvement de cette seconde machine, nous aurons ainsi constitué une voiture électrique qui ne fonctionnera qu’autant que les conducteurs électriques suivront son déplacement.
- En disposant notre voiture sur des rails et en utilisant d’une part les rails, pour constituer un des conducteurs relié à la machine par l’intermédiaire des roues, et d’autre part un rail central bien isolé formant le second conducteur et envoyant le courant dans la machine par des brosses ou des balais toujours en contact avec ce rail, nous aurons alors une locomotive électrique recevant la force motrice de l’usine sous forme d’électricité, et pouvant exercer un travail variant de trois à six chevaux. En attelant des petites voitures à ce remorqueur ou locomotive, nous avons le chemin de fer électrique que M. Werner Siemens, le savant électricien allemand, a établi à l’exposition de Berlin. Les ligures que nous reproduisons permettent de se rendre parfaitement compte de cette intéressante et concluante expérience dont nous examinerons tout à l’heure les conséquences.
- La figure 1 représente la machine et une voiture
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- à l’échelle de 1/40, avec une vue par bout d’une des voitures. Les figures 2 et 5 donnent les détails de la locomotive au 1/20.
- La figure 3 est une vue pittoresque montrant l’ensemble de la petite machine et des trois voitures de six places chacune qu’elle remorquait.
- Les machines employées sont les machines à courants continus du système Siemens, elles ont toutes les deux les mêmes dimensions et, pour en comprendre le principe, on n’a qu’à se reporter aux machines Gramme, dont elles ne diffèrent que par des dispositions secondaires, relativement à la
- Fig. 1. Chemin de 1er électrique de M. Werner Siemens. (Échelle de 1/40.)
- question qui nous occupe. La figure 5 montre une coupe longitudinale du remorqueur dans laquelle on voit la bobine qui, mise en mouvement par le courant électrique quelle reçoit de la machine placée dans l’usine,— nous allons voir comment,— transmet son mouvement aux roues motrices par
- une série d’engrenages /. t. v x. \j. Ce jeu d’engrenages est nécessaire pour réduire la vitesse de rotation des roues, bien inférieure à celle de la bobine, et pour pouvoir disposer convenablement la machine dynamo électrique.
- La machine productrice d’électricité est reliée
- —-N~
- [ La locomotive du chemin de 1er électrique ; coupe transversale et coupe longitudinale. (Échelle de 1/20.)
- par un de ses pôles aux rails du chemin de fer, et par son autre pôle, au rail central N (fig. 2 et 3) formé d’une barre de fer méplate placée de champ tout le long de la voie, et isolée le mieux possible sur des tasseaux en bois. Une paire de brosses ou balais, formés de fils de cuivre assez fins, comme les collecteurs des machines Gramme, viennent constamment s’appliquer sur ce rail N et établissent une communication électrique continue entre l’un des pôles de la machine placée sur la locomo-
- tive et le rail. Le courant arrive donc par le rail, le balais, traverse les fils de la machine dynamoélectrique placée sur le remorqueur, et retourne à la source électrique par les roues et les rails ordinaires. On relie métalliquement les voitures et le remorqueur par des fils de cuivre; les 16 roues du train servent alors à établir une communication électrique plus parfaite entre le remorqueur et les rails qui servent au retour du courant. La mise en marche et l’arrêt se font à l’aide d’un commuta-
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- teur ordinaire que le mécanicien, assis sur la ma-, chine, fait manœuvrer de la main gauche tandis que sa main droite agit sur un petit frein à main qui, en s’appliquant sur les roues d’avant du remorqueur, arrête le train. Des mesures faites sur ce train en marche avec dix-huit voyageurs ont donné, pour la locomotive, un effort de traction de 75 kilogrammes et une vitesse de lm,88 par seconde, ce qui représente un travail effectif de prèsde deux chevaux, sans compter le travail dépensé par la locomotive pour se remorquer elle-même. A l’intérieur de l’Exposition, la vitesse a atteint 3m,50 par
- seconde (12,6 kilomètres par heure) le travail développé représentait alors trois chevaux et demi.
- Ces chiffres sont bons à constater, car ils montrent qu’on peut transmettre électriquement à une machine se déplaçant sur ses conducteurs, une force déjà assez considérable.
- En considérant cette remarquable expérience à un point de vue plus élevé, on peut comparer le remorqueur Siemens à une locomotive à vapeur qui serait réduite à son mécanisme moteur ; le foyer et la chaudière seraient fixes, et la machine recevrait sa vapeur par un tuyau qui s’allongerait
- Fig. 4. Vue d’ensemble du chemin de fer éleclrique de M. W. Siemens à l’Exposition de Berlin en 1879. (D’après une photographie
- ou se raccourcirait en suivant les déplacements de la machine. En supposant toutes ces conditions réalisables et réalisées, l’avantage resterait encore à l’électricité sur un point : c’est qu'après avoir travaillé, elle ne laisserait aucun résidu tandis qu’il faudrait toujours se débarrasser de la vapeur qui aurait agi sur les pistons de la locomotive.
- Si on appliquait l’électricité à la traction des chemins de fer aériens et souterrains dans les grandes villes, on obtiendrait donc les avantages suivants :
- 1° Diminution du poids mort inutile à transporter. On peut remarquer en effet combien la machine est petite relativement au train qu’elle remorque et ses dimensions pourraient encore être réduites sans inconvénient.
- Dans le cas improbable où le poids du remorqueur sérail trop faible pour obtenir une adhérence suffisante, il serait toujours possible de vaincre la difficulté en transformant le remorqueur lui-même en voiture automobile; il en résulterait une augmentation de poids suffisante pour empêcher le patinage des roues motrices.
- 2° Suppression du danger d’incendie, puisqu’on n’emporte pas de combustible.
- 3° Suppression de la fumée et des escarbilles pour le même motif.
- 4° Suppression de la vapeur, puisqu’on n’emporte pas de chaudière.
- Les objections faites contre les chemins de fer aériens ou souterrains dans les grandes villes disparaissent par ce mode spécial et nouveau de traction ;
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- l’air comprimé et les machines sans foyer sont des solutions beaucoup moins parfaites que celle présentée par l’électricité, aussi bien au point de vue économique qu’au point de vue pratique. Dans un chemin de fer suspendu ou souterrain, rien n’est plus facile que de bien isoler le rail central, le fonctionnement d’un pareil système pourra donc être toujours assuré.
- Les meilleures machines dynamo-électriques seron t celles dont le rendement sera le plus élevé, et les machines Siemens, Gramme, Brush, Wallace-Farmer, etc., conviendront également, si elles sont dans des conditions que la pratique apprendra bien vite à déterminer.
- M. Gramme construit en ce moment pour l’usine de M. Menier, à Noisiel, une machine spécialement destinée au transport de la force motrice à distance par l’électricité machine qui a fourni en marche normale un travail de dix chevaux (750 kilogram-rnètres), et qui a atteint jusqu'à seize chevaux dans des conditions spéciales. Du jour où l’on aura besoin d’une force plus grande, il sera facile de l’obtenir en augmentant les dimensions des machines.
- B’autre part, les machines à vapeur fixes étant plus économiques que les locomotives, on aura donc intérêt à utiliser des machines à vapeur de grande puissance qui seront les usines de force d’où rayonneront les conducteurs qui actionneront les différentes lignes de chemins de fer électriques dont la capitale sera sillonnée dans un avenir plus ou moins lointain.
- Nous sommes heureux d’avoir eu cette idée à Paris, en même temps que le savant docteur Siemens étudiait un semblable projet à Berlin pour les chemins de fer suspendus de cette capitale.
- « Je crains bien qu’il ne coule encore beaucoup « d’eau dans la Sprée avant que mon rêve ne se « réalise, même dans de faibles proportions. »
- Telles sont les paroles prononcées par M. Werner Siemens, en terminant sa communication à l’Asso-ciation protectrice des progrès de l'industrie relativement à son petit chemin de fer.
- Nous enregistrons ces craintes sans trop les partager. La science va si vite qu’il serait imprudent d’assigner une période d’incubation, même assez courte, à une idée dont la possibilité pratique a été confirmée par une expérience aussi concluante que celle de Berlin.
- La distribution de l’électricité à domicile et la traction des chemins de fer suspendus dans les grandes villes, sont des idées qui méritent plus qu’un examen superficiel : elles supportent déjà vaillamment la critique.
- Qui osera le premier leur donner la sanction de l’expérience ?
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- PRINCIPES DE E’ÀPPLICiTION
- DU SULFOCARBONATE DE POTASSIUM
- AUX VIGA'ES PHYLLOXÉRÉES.
- (Suite. — Voy. p. 102.)
- La préparation du sol consiste, comme nous l’avons vu, dans la confection de récipients ou excavations faites au pied des ceps, et de manière à ce que tout le volume de terre infesté de phylloxéras soit unitormémcnt et également pénétré par la solution toxique1. Ce travail est extrêmement important, c’est de sa bonne exécution que dépend le succès du traitement. Pour atteindre le but poursuivi, ces récipients doivent avoir une forme carrée ou rectangulaire aussi régulière que possible profonds jusqu’aux premières racines principales (soit en général 8 à 10 centimètres) tout en ménageant le plus possible le chevelu supérieur s’il y en a ; le fond doit être aussi horizontal que possible afin que la solution toxique y étant versée, elle descende uniformément dans les couches terrestres phrlloxérées ; les cloisons de séparation doivent être suffisamment minces pour que le volume de terre qu’elles couvrent soit imbibé du liquide sul-focarbonaté, ce qui sera variable suivant la porosité du sol. Leurs dimensions sous le rapport de la largeur seront aussi différentes, suivant les modes de plantation de la vigne et la déclivité du terrain. Ainsi dans certains cas, on en fera un par cep (Gironde, Charente, Midi), et dans d’autres pays (Centre, Bourgogne), où les ceps sont nombreux, on pourra mettre plusieurs de ceux-ci dans un même récipient. Dans les sols en pente, ils seront plus petits, étroits (Fans le sens de la pente et longs dans le sens perpendiculaire.
- Dans certaines contrées, le mode de cultiver la vigne aidera beaucoup à la construction des récipients, notamment lorsque la culture se fait en billons, et dès lors le prix de leur confection pourra être considérablement réduit. Enfin, dans certains cas, on pourra faire avantageusement ce travail en se servant de la charrue en tirant deux traits perpendiculaires au milieu des lignes de ceps (plantations du Midi).
- 1. Dans le procédé d’application par les différents pals, le sulfocarbonate au lieu d’agir par ses propriétés spécifiques semble agir seulement par sa teneur en sulfure de carbone. Ainsi tandis que 50 grammes de sulfocarbonate qui contiennent en moyenne 8 grammes de sulfure de carbone avec l’eau comme véhicule produisent sur un mètre carié de terrain un effet insecticide égal à celui de 50 grammes de sulfure de carbone répartis en trois, quatre ou cinq trous la même quantité de sulfocarbonate appliquée avec le pal et distribuée en quatre ou cinq trous n’agit que comme 8 grammes de sulfure de carbone. Pour obtenir le même résultat qu’avec 50 grammes du dernier agent il faut appliquer au pal de 300 à 515 grammes de sulfocarbonate, soit plus de six fois la dose qui suffit avec le concours de l’eau pour détruire les insectes situés dans le volume de terre correspondant à la surface donnée.
- Aussi les applications de sulfocarbonate avec les pals doivent donc être définitivement rejetées, elles ne peuvent servir qu’à causer des déceptions et à laire rejeter par les viticulteurs un remède dont l’efficacité est certaine.
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- LA NATURE.
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- Cette construction des bassins peut être faite plusieurs jours avant le traitement, mais le mieux est qu’elle en soit le plus rapprochée possible ; ils n’ont pas le temps de se détériorer et la solution toxique pénètre mieux.
- Lorsque le travail préparatoire est terminé, on met dans chaque récipient, l’équivalent de 50 à 60 grammes de sulfocarbonate par mètre carré (suivant les sols), mélangés à la quantité d’eau nécessaire pour imbiber complètement le volume de terre infesté ; cette quantité d’eau varie, suivant la porosité et l’humidité du sol ; elle est en généra! de 8 à 15 litres par mètre carré.
- Quand la solution toxique est absorbée par le sol on verse de nouveau 5 ou 10 litres d’eau claire par-dessus dans le but de chasser plus profondément dans le milieu phylloxéré et de retenir le plus longtemps possible les émanations antiphyl-loxériques dans le voisinage des racines de la vigne.
- Il est bon aussi de ramener le plus tôt possible la terre au pied des ceps pour compléter avantageusement l’action de l’eau claire1.
- • P. Mouillefert,
- Professeur à l’Ecole nationale d’agriculture de Grignon.
- — La suite prochainement. —
- CORRESPONDANCES
- Monsieur le rédacteur,
- Il y a lieu de rectifier dans mon dernier article (n° 555 du 10 janvier 1880, page 84), deux dates qui n’ont aucune importance, il est vrai, pour le sujet que je traitais, mais qui pourraient me brouiller avec les météorologistes C’est le 9 décembre 1871 et non le 21, que la moyenne thermométrique a été de — 16° ; et c’est du 5 au 13, non du 8 au 19, que la température moyenne est restée inférieure à zéro. L’exactitude, même dans les détails se-
- 1 Pour ne parler que des expériences que nous avons plus particulièrement suivies, nous citerons celles qui ont mis en évidence la haute valeur de sulfocarbonate et qui ont été exécutées :
- 1° Chez M. Moullon, à Vitis-Parc, près de Cognac, où le phylloxéra existe depuis 1873 et où 6 hectares sont aujourd’hui en pleine prospérité, tandis qu’d n’y a plus rien dans le voisinage.
- 2° Chez M. de Georges, à Ludon, Médoc. Quatre ans de traitement sur une dizaine d’hectares, récoltés comme avant la maladie.
- 3° Chez M. Henri Mares, à Lannac, près Montpellier. 12 à 15 hectares sont conservés en rapport dans une plaine complètement dévastée.
- 4° A la Provenquière, chez M. Teissonnière, 130 hectares maintenus en pleine prospérité malgré le phylloxéra.
- 5° Chez M. Lacosse, aux Mutz-Barbetaux,près Gardonne : champ de démonstration de la Société, un domaine de 12 hectares en excellent état de production au milieu des vignobles détruits.
- 0° Au Roc, près Duras (Lot-et-Garonne), chez M. O. Ver-gniol : champ de démonstration de la Société ; comme ci-dessus, des vignes qui étaient très affaiblies sont aujourd’hui régénérées.
- 7° Aux Vergues et au Moutet, près Sainte-Foy-la-Grande [Gironde), domaines de la Société: des exemples extrêmement remarquables de régénération, tandis que tout ce qui n’a pas été traité est détruit.
- condaires, doit être le souci constant de tous ceux qui s’occupent de science.
- Veuillez agréer, etc.
- Dr JoüSSET DE BeLLESMK.
- Mon cher directeur,
- Dans un article, publié par le journal Les Mondes, du 8 janvier 1880, intitulé Pro domo sua, l'électricité Tomrnasi, M. l’abbé Moigno, faisant allusion à ma note sur le Travail maximum disponible dans les piles, publiée dans le numéro du 29 novembre 1879 du journal La Nature, met en doute les chiffres que j’ai fournis sur ce sujet, et qualifie mes calculs de calculs impossibles.
- Permettez-moi de vous affirmer que ces calculs, avec lesquels M. l’abbé Moigno n’a pu se familiariser, ses études si variées ne lui en laissant pas le loisir, sont classiques en Angleterre ; exécutés sous le contrôle éclairé de M. le comte du Moncel, ils ne sont que des déduc-lions évidentes des beaux travaux de Ohm, Joule, sir William Thomson, Weber, Becquerel et du Moncel, pour ne citer que les plus éminents.
- En présence des réticences de M. l’abbé Moigno, je devais à nos lecteurs et à moi-même, de confirmer mou travail, en citant mes autorités, avec la certitude absolue que si j’ai commis une erreur, on me pardonnera de l’avoir commise en si bonne et si savante compagnie.
- Veuillez agréer, etc.
- E. Hospitalier, Ingénieur des arts el manufactures.
- LA CATASTROPHE DD PONT DE TAY
- UN TRAIN DE CHEMIN DE FER
- ENGLOUTI DANS LES EAUX. (28 DÉCEMBRE 1879).
- Nous avons souvent parlé du pont de Tay1 qui relie Dundee à Edimbourg, et qui passait pour une merveille de construction me'tallique. Nous rappellerons que le pont de Tay est une route de fer qui n’a pas moins de 3156 mètres de longueur, et qui comprend 85 travées dont 11 de 74 mètres d’ouverture. Nous avons publié tous les détails de sa construction commencée en 1872; nous donnons ici deux gravures qui représentent la vue d’ensemble de la construction (fig. 2), et l’aspect intérieur de la voie cousti uite au milieu de la cage de fer qui l’enveloppe (fig. 1.). Nous croyons devoir reproduire le premier récit publié par M. Walker, directeur du chemin de fer North British, relativement à une catastrophe absolument unique dans l’histoire des chemins de fer.
- « D’après les rapports qui nous ont été faits sur le terrible malheur survenu au pont de la Tay, il parait que plusieurs des grosses traverses du pont ont été précipitées, en même temps que le dernier train venant d’Edimbourg, hier au soir, 28 décembre, vers sept heures et demie dans la rivière. Il y avait, je déplore profondément d’avoir à le dire, près de 5l)0 voyageurs dans le train, sans compter les
- 1. Voy. La Nature, n° 3 du 21 juin 1873, p. 47 ; n° 98 du 17 août 1875, p. 508 ; n° 104 du 29 mai 1875, p. 412.
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- employés de la Compagnie qui en faisaient le service.
- « Les premières nouvelles de l’accident transmises à Dundee n’y provoquèrent qu’un sentiment d’incrédulité, tant la catastrophe paraissait effroyable, et ce sentiment ne tarda pas à faire place aune consternation profonde.
- « Le train qui était parti d’Edimbourg dimanche, à 4 heures 15, était composé de quatre wagons de troisième classe, un de deuxième, et un de première classe, un fourgon de bagages et la machine, en tout huit véhicules.
- « Le train avait quitté Burntisland à l’heure réglementaire, et à toutes les stations du Fifeshire la
- môme régularité s’était maintenue, en prenant des voyageurs dans les principales gares. A celle de Saint Fort, le train avait juste cinq minutes de retard. Il fut signalé à partir de là au garde barrière de l’extrémité méridionale du pont, qui transmit le signal à son collègue de l’extrémité nord et de là à Dundee. En ce moment, un vent des plus violents, véritable ouragan, faisait rage, et à peine une minute ou deux après la communication télégraphique d’une extrémité du pont à l’autre, le pont s’écroula subitement. On crut d’abord que le train avait pu rétrograder, et l’on essaya de s’en assurer en se mettant en communication avec la rive du Fifeshire de
- Vue intérieure dupont de Tay (partie médiane) avant la catastrophe du 28 décembre 1879.
- la Tay. Mais les employés de la Compagnie durent enfin se rendre à l’évidence et reconnaître que le train avait été précipité dans la rivière.
- « Le vapeur qui, parti à onze heures du soir, eût toutes les peines du monde à arriver sur le théâtre de la catastrophe, y parvint à un moment où la lune commençait à se cacher derrière d’épais nuages.
- « Ceux qui le montaient purent néanmoins s’assurer que, sur une longueur de 1000 mètres, tout avait cédé. Il n’y restait pas même un simple bout de barre de fer. C’était une grande ouverture béante où quelques extrémités de poutres passaient seules de chaque côté. Au milieu de l’obscurité, les pas-
- sagers du steamboat crurent distinguer des êtres humains sur l’une ou l’autre des deux berges; mais c’était une illusion d’optique; la rivière n’avait rien rendu, et ce que 1 on avait pris pour des hommes, c’étaient les bouts de câble restés fixés aux culées maçonnées du pont.
- « On se perd en conjectures pour expliquer comment 13 massives traverses ont pu être enlevées si complètement qu’elles n’ont laissé aucune trace. L’explication la plus plausible paraît être celle qui attribue leur rupture à la pression latérale exercée par le vent au moment où le poids du train en exerçait une verticale, et provoquait des vibrations qui ont été contrariées par l’action opposée simul-
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- tanée de l’ouragan. Dans cet état de choses, quelque partie plus i'aibleayant cédé, la lourde masse du train aura accéléré la rupture totale. Une chose surprenante, c’est que le bruit d’une chute pareille n’ait pas été entendu dans la ville, probablement à cause de la violence du vent. En somme, il n'est resté du pont que les fondations en pierre et une partie des culées en maçonnerie encore garnies de bouts de montant en 1er. »
- Quelques jours après, quelques hardis plongeurs munis de scaphandres, ont pu retrouver le train en entier au fond des eaux.
- Fox, l’un de ces plongeurs, pendant une exploration de seize minutes, a trouvé d’abord trois voitures du train à 80 pieds de la pile n° 5. Ces voitures sont encaissées dans la cage de fer de la structure du pont. Passant ses jambes à travers un des panneaux, Fox a senti quelque chose de mou qu’il a cru être un corps, il l’a harponné avec un croc et envoyé à la surface avec une corde : c’était le sac du courrier ; il n’a pu découvrir trace d’aucun corps.
- Un autre plongeur, Simpson, a découvert, plus près de la pile n° 6, la locomotive et son tender couchés sur le côté, le charbon du tender s’étant répandu sur
- le fond sablonneux en tas très visibles. Sur l’indication du chef du mouvement, Simpson a été invité à chercher le corps du mécanicien qui devait se tenir à la poignée de vapeur de la locomotive par ses mains crispées, mais le plongeur n’a rien découvert.
- llarley, le troisième plongeur, qui est resté vingt minutes dans l’eau et qui a exploré trois voitures, croit avoir senti des corps ; mais les trois voitures explorées par Simpson ne contiennent que des sacs postaux et des débris.
- La position des voitures du train trouvées du côlé de la mer indique que l’accident est arrivé entre la cinquième et septième pile, c’est-à-dire vers le milieu du pont, le train étant entré du côté sud de la baie, rive d’Edimbourg.
- Une chose qu’on ne s’explique que très imparfaitement, c’est qu’on n’a trouvé aucun cadavre dans le train lui-même ni dans ses enviions ; en fait on n’en a trouvé aucun en dehors de trois que les flots ont portés au rivage, et les marins qui connaissent bien ces parages estiment que les corps ont été entraînés en pleine mer par le courant, dont la force est plus que doublée par lèvent qui acon-tinué à souffler dans la direction de la haute mer. J1 faut donc
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- s’attendre à ce que beaucoup manqueront à l’appel, entraînés qu’ils auront été vers l’Océan.
- Nous ajouterons aux laits qui précèdent quelques documents techniques, que M, Relahaye a publiés dans la Revue industrielle, d’après le Glasgow Weekly Mail.
- Ce sont les onze travées de 245 pieds et les deux travées de 227 pieds qui ont été enlevées par la tourmente. Le poids de la superstructure métallique était de 190 tonnes environ pour les portées de 245 pieds. Il existait entre les treize grandes travées des liaisons qui les divisaient en deux groupes de quatre et un de cinq, toutes précautions étant prises pour que les dilatations et les contractions pussent se produire en toute sécurité.
- Le pont n'est pas en ligne droite; il présente à chaque extrémité une courbe d’un rayon de 402 mètres. Il est construit avec une rampe partant de chaque rive, celle du nord étant de 1 sur 75,6 et celle du midi de 1 sur 365. La cote la plus élevée du rail au-dessus du niveau de la mer pleine était 70 pieds (21,536), au centre des grandes travées.
- La catastrophe arriva le soir vers sept heures un quart. Le train précédent, à 6 heures, était passé sans encombre et le train d’Edimbourg s’engagea sur le pont, à l’heure réglementaire (7 h. 14 m.), «à la vitesse de 5 kilomètres environ. 11 faisait alors une tempête tellement épouvantable que plusieurs personnes semblent avoir éprouvé au même instant des craintes sur la solidité du pont et suivaient le train avec attention ; c’est ce qui explique comment les secours, inutiles d’ailleurs, furent aussi rapidement organisés ; commènt M. J. Roberts et M. Smith, agents du chemin de fer, se portèrent immédiatement sur le pont au risque d’être enlevés par le vent, et comment, à dix heures du soir, un steamer de Dundee explorait les abords du pont.
- Le vide produit dans le pont s’étendait sur une longueur de plus de 5000 pieds (environ 900 mètres). Le désastre était si complet qu’il n’était pas resté en place une seule barre de fer.
- Il n’est pas inutile de se reporter aux observations météorologiques du docteur Robert Grant, de l’Université de Glasgow, relatives à la journée de l’accident. (Dimanche, 28 décembre.) « A 5 heures de l’après-midi, la vitesse du vent était de 58 kilomètres à l’heure; à 5 heures 1/2, elle était de 67 kil. 5; à 4 heures 20 minutes, de 96 kilomètres; enfin à 7 heures 10 minutes, elle atteignait 115 kilomètres. A ce moment, la direction du vent était Ouest-Sud-Ouest et le baromètre indiquait une pression de 756m/in.
- C’est dans ces conditions que le pont a cédé en dépit de toutes les prévisions de la science humaine qui déclarait, en 1872, par la bouche de M. Edgard Gilkes, à la réunion de la Cleveland Institution of Engineers, que la tempête la plus furieuse ne produirait pas seulement la moitié de l’effort nécessaire pour renverser les piles.
- BIBLIOGRAPHE
- La marine des anciens. La bataille de Salamine et l’Expédition de Sicile, par le vice amiral Jurien de la Gravière, 1 vol. in-18, Paris. E. l'Ion, 1880.
- 11 y a quarante ans, les manœuvres des flottes à la bataille de Salamine n’auraient pu intéresser que les historiens. La marine à voiles différait tellement de la marine à rames! Aujourd’hui une étude de la marine des anciens prête à plus d’un rapprochement intéressant. Les petits navires de l’antiquité, approchant facilement des côtes, manœuvraient de concert avec les armées de terre. Aujourd’hui, tandis que nos grands navires tiendront la haute mer, nos flottilles modernes, d’un nouveau modèle, pourraient-elles, sous la sauvegarde des grands vaisseaux, opérer sur les côtes? L’ouvrage de 1 amiral Jurien do-la Gravière, qui paraît aujourd’hui, offre donc non seulement un haut intérêt pour l’histoire, mais peut-être encore d’utiles enseignements pour la pratique moderne.
- Les oiseaux dans la Nature, Paris, Germer Baillière. — La 9° livraison vient de paraître avec deux belles chromo-lithographies sur le Roitelet huppé et la Fauvette des jardins.
- Eléments de chimie par P.-P. Dehérain et G. Tissan-dier. —Première année, 1 vol. in 18 avec de nombreuses gravures. Septième édition. — Paris, Hachette et Cie, 1880.
- Les ascensions célèbres, par Zurcher et Margollé,
- 1 vol. illustré de la Bibliothèque des Merveilles. 4e édition. Paris, Hachette et Cie, 1880.
- CHRONIQUE
- La physiologie végétale et la botanique au Uluséum d histoire naturelle. — M. le président de la République vient de rendre deux décrets relatifs à l’enseignement au Muséum d’histqire naturelle. Le premier décret crée une nouvelle chaire de physiologie végétale. M. P.-P. Dehérain, aide-naturaliste, notre excellent collaborateur, bien connu de nos lecteurs, est nommé professeur titulaire de cette chaire.
- D’après le second décret, rendu en considération de la richesse exceptionnelle du Jardin des Plantes pour les études de botanique, le professeur d’histoire naturelle médicale de la Faculté de médecine, les professeurs de botanique de la Faculté des sciences et de l’Ecole de pharmacie de Paris, ont le droit de faire en totalité ou en partie leur cours au Muséum d’histoire naturelle. Il est mis, à cet effet, à leur disposition des amphithéâtres et des salles de conférences. Ils se servent pour leur enseignement et leurs recherches personnelles, au même titre que les professeurs titulaires du Muséum, et sous les conditions qui sont imposées à ces professeurs, des herbiers et des plantes vivantes.
- Longueur extraordinaire de cheveux. — Dans une de ses leçons au Cullège des médecins, lit-on dans le Médical Times,M. Erasmus Wilson, de Londres, montrait la photographie d’une dame de trente-huit ans, haute de cinq pieds cinq pouces, dont les cheveux, lorsqu’elle était debout, l’enveloppaient d’un beau voile doré trainant sur le sol de plusieurs pouces. Les plus longs mesuraient six pieds trois pouces et demi. Trente pouces est la longueur moyenne des cheveux de femme. Trois pieds constitue déjà une longueur fort remarquable. Le docteur
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- Henri Léonard, de Philadelphie, possède une photographie d’un Américain, qui vit dans l’intérieur, dont la barbe traîne sur le sol quand il est debout; elle mesure sept pieds six pouces. La femme d’un droguiste de Philadelphie possède une chevelure un peu moins longue que celle citée plus haut, mais certainement aussi épaisse qu’aucune connue; lorsque cette femme est assise sur une chaise elle peut l’arranger de façon à s’envelopper comme d’un grand manteau qui la recouvre complètement et cache absolument son corps.
- Pâtisseries plombifèrcs. — M. le docteur Ch. Poillet a signalé, dans 1 e Journal d'hygiène, un fait relatif à des pâtisseries ploinbifères, auquel il peut être utile de donner toute la publicité possible, afin d’éveiller l’attention de l’autorité et d'instruire les pâtissiers du danger auxquels ils exposent les consommateurs et des responsabilités qu’ils encourent. En raison de la cherté des œufs, un certain nombre de pâtissiers se sont imaginé d’introduire dans leurs gâteaux du chromate neutre de plomb pour remplacer la coloration due au jaune d’œuf. Cette pratique, originaire de Paris, s’est répandue en province. M. Personne a placé, sous les yeux de l’Académie de médecine, un échantillon recueilli parM. Galippe père, pharmacien dans le département de Î Oise. La fraude a été découverte, grâce à l’inexpérience du fraudeur, qui ne connaissant que depuis peu, par l’un de ces confrères, ce nouveau procédé de falsification, a eu la main trop lourde. La pâtisserie était, en effet, d’un jaune trop vif, qui a éveillé facilement l’attention des consommateurs. Des accidents ont été observés. Le coupable, ignorant les propriétés toxiques du produit qu’il appliquait, en a remis un échantillon. L’analyse de cette pâtisserie plombifère, à laquelle a procédé le docteur Galippe, a démontré que la brioche contenait 0tr,073 pour 100 grammes d’oxyde de plomb.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 19 janvier 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- Les banquises de la Loire. — L’imminence d’une débâcle de la Loire préoccupe vivement les riverains de ce grand fleuve, et un auteur dont le nom ne parvient pas jusqu’à nous, propose de ‘débiter la banquise à partir de l’aval et à l’aide de la scie, en morceaux que le courant se chargerait d’emporter. Cette méthode d’après les hommes spéciaux est infiniment supérieure à la démolition par les corps explosifs, et l’amiral Pâris rappelle comment elle dégagea son navire, pris dans les glaces.
- Les matelots munis d’une scie séparèrent de la glace immobile la région où se trouvait le navire et celui-ci fut ainsi délivré sans grande peine. La scie était actionnée par quatre hommes, et un boulet de canon en maintenait l’extrémité inférieure; il fallut faire deux traits de scie représentant les branches d’un V entre lesquelles étaient compris le navire. L’un des traits eut 1700 mètres de long et l’autre 1400 mètres. Un pareil précédent justifie d’avance toutes les tentatives de sciage qu’on pourra faire sur la Loire.
- Diamant artificiel. — Les journaux anglais ont fait grand bruit ces jours-ci d’une communication de M. Mac Tear à une Société savante de Glasgow, d’où il résulterait qu’après treize années de recherches persévérantes ce chimiste serait parvenu à reproduire synthétiquement le
- diamant. Le Consul de France à Glasgow, à cette occasion, a adressé une note au ministre des affaires étrangères qui s’est empressé de la transmettre à l’Académie. Le corps produit par une méthode dont on ne donne d’ailleurs pas de detail, serait cristallin, transparent, de 1[32° de pouce de diamètre, et résisterait au chalumeau et à l’action des dissolvants.
- M. Crookes, récemment de passage à Paris, se proposait d’entretenir l’Académie de cette nouvelle, mais au moment de faire sa communication il reçut une dépêche télégraphique de M. Mac Tear, le conjurant de ne rien dire à cause de certains doutes possibles sur l’identité du produit de l’expérience. Or, comme dit M. Dumas, quand à propos du diamant, il y a doute, c’est qu’il n’y a pas doute du tout : on peut donc croire que cette fois encore l’espoir du chimiste aura été aussi vaine que l’appréhension des propriétaires de diamants.
- L'ouie rendue aux sourds. — Atteint lui-même de surdité intense, M. Colladon (de Genève) a toute autorité pour annoncer qu’on peut même avec l’oreille extrêmement dure, prendre part à la conversation et se trouver sensible aux charmes de la musique. Le procédé dont l’auteur a étudié l’efficacité sur lui-mèine est présenté comme un perfectionnement de la méthode audiphone américaine et réunit toutes les conditions désirables de simplicité. II consiste dans l'emploi d’une simple feuille de carton mince dont on tient dans les deux mains l’arête inférieure pendant que le bord opposé est serré entre les dents. M. Dumas n’hésite pas à qualifier l’appareil de M. Colladon, de grande découverte et il est certain que s’il remplit réellement le but annoncé, il rendra un immense service à une foule de personnes.
- Constitution de l'hydrate de chloral. — La discussion dont nous avons à plusieurs reprises entretenu nos lec-tenrs et qui s’est élevée entre MM. Wurtz, Berthelot et Troost au sujet de la constitution de l’hydrate de chloral continue toujours, M. Berthelot qui croit à l’existence de la vapeur d’hydrate de chloral présente un appareil avec lequel il a observé un échauffement sensible au moment où la vapeur d’eau et la vapeur de chloral anhydre se trouvent mélangées. M. Wurtz tout en se réservant de répondre complètement plus tard, assure que dans des conditions toutes semblables il n’a jamais vu de dégagement de chaleur. La question parait donc encore cette fois sans solution.
- Stanislas Meunier.
- LA STATUE DE GALVANI A BOLOGNE
- La ville de Bologne a récemment érigé une statue en l’honneur de Galvani, l’un de ses grands concitoyens. Nous reproduisons l’aspect du marbre qui perpétuera la physionomie de l’illustre physicien au moment où il considère les muscles de la grenouille, d’où viennent de se révéler les manifestations de l’électricité animale. Cette remarquable sculpture est duc au ciseau d’un éminent artiste italien, M. Adalbert Cincetti, de Rome1.
- Luigi Galvani, né à Bologne le 9 septembre 1757,
- 1 Notre gravure est faite d’après une photographie que nous devons à l’obligeance de M. Tanoni, maire de la ville de Bologne auquel nous adressons nos sincères remerciments.
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- LA MATURE.
- est mort dans la même ville le 4 décembre 1798. Dès sa jeunesse il se fit remarquer par son ardeur à l’étude de l’anatomie et de la physiologie. A vingt-cinq ans Galvani était nommé professeur d’anatomie à l’Université de Bologne à la suite de sa thèse sur les os, leur nature et leur formation. Les devoirs de cette place ne l’empêchèrent pas de pratiquer des accouchements, d’exercer la chirurgie, de faire des opérations où il se montrait d’une grande habileté.
- C’est en 1791 que Galvani fut mis sur la voie de la découverte qui devait immortaliser son nom. L'histoire a rapporté plusieurs versions différentes de celte découverte.
- Un rapporte que dépouillant des grenouilles pour en préparer un bouillon à sa femme qui se mourait d’une maladie de poitrine, il arriva qu’ayant par hasard touché avec des métaux différents les nerfs lombaires d’une de ces grenouilles dont les membranes inférieures avaient été séparées du tronc, ces deux membres se contractèrent avec force. On dit encore que le professeur d’anatomie de Bologne ayant disséqué plusieurs grenouilles pour étudier leur système nerveux, avait suspendu tous les trains de derrière à un balcon en fer, au moyen d’un crochet de cuivre engagé dans les nerfs lombaires ; et toutes les fois que dans le mouvement de balancement que le hasard leur imprimait, ces mêmes nerfs touchaient le fer, il arriva que le phénomène décrit plus haut se reproduisit. De quelque manière que ce phénomène soit venu à sa connaissance, Galvani l’étudia avec une rare sagacité, et découvrit bientôt les conditions pour le reproduire à volonté. 11 croyait que le mouvement produit par le contact de deux métaux sur les nerfs lombaires, était dù à une électricité particulière à un fluide nerveux, inhérent à l’économie animale. On adopta d’abord les idées du
- physicien italien et on désigna la nouvelle découverte sous le nom de galvanisme. Cette opinion garda de nombreux partisans, mais Volta la réfuta victorieusement, et démontra que le prétendu fluide nerveux de Galvani n’était autre chose que de l’électricité ordinaire, à laquelle les organes des animaux pouvaient servir de conducteurs, et dont ils pouvaient même être des générateurs. Le physicien de Bologne ne se rendit jamais à ces arguments de son adversaire, et
- jusqu’à sa dernière heure, il se refusa d’abandonner son hypothèse; en réalité s’il fit une grande découverte, il laissa Yolta en retirer des résultats importants.
- Galvani au moment ou il immortalisait son nom, allait avoir à supporter les plus cruels coups de a destinée; il perdit sa femme chérie Lucia Galeazzi et peu de temps après, il eut la douleur de se voir contraindre par la république cisalpine à un serment tout à fait contraire à ses convictions politiques et religieuses. Il n’hésita pas, refusa de donner une parole qui répugnait à ses sentiments, et se laissa dépouiller de ses places et de ses titres.
- Galvani presque réduit à l’indigence, se retira chez son frère, et tomba bientôt dans un état de langueur,auquel ne purent l’arracher, ni les soins de la médecine, ni le décret du gouvernement qui par égard à sa célébrité, lui rendit sa place de professeur d’anatomie à l’Université de Bologne.
- Le grand physicien mourut sans remonter dans la chaire qu’il avait si brillamment illustrée1.
- ‘ Voy. Eloge de Galvani par Alibert, Paris, 1806. — Eloge de Volta, par Arago. Œuvres complètes. — Nouvelle biographie générale de Firmiw-Didot.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- La statue de Galvani à Bologne. — (D’après une photographie.)
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N” 348. — 51 JANVIER 1880.
- LA NATURE.
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- DESCRIPTION
- DE LA PLUS GRANDE BOBINE D’INDUCTION COSSTRUITE JUSQü’a CE JOUR
- M. William Spottiswoode, Président de la Société Royale de Londres, a l'ait construire par M. Apps, fabricant d’instruments de physique à Londres, une bobine d’induction qui dépasse par ses dimensions et ses effets, tout ce qu’on avait réalisé antérieure ment.
- Nous en donnons la description d’après le Pliilo-sophical Magazine, sans presque rien changer au texte anglais de M. Spottiswoode.
- L’aspect général de l’instrument est représenté
- par la figure ci-jointe. On voit que la bobine elle-même est portée par deux piliers massifs de bois, recouverts de gutta-percha et paraffinés à leurs deux extrémités. Outre ces deux supports, on en voit un troisième au milieu et dont la hauteur peut être réglée au moyen d’une vis, pour résister à la flexion de la pièce principale.
- L’appareil entier est monté sur une base d’acajou portée par des pieds.
- La bobine peut fonctionner avec deux circuits inducteurs qu’on utilise à tour de rôle. Deux personnes peuvent enlever l’un et lui substituer l’autre, en quelques minutes.
- Le premier, qui sert aux longues étincelles et en réalité à la plupart des expériences, a un noyau
- La plus grande bobine d’induction construite jusqu’à ce jour.
- composé d’un faisceau de fils de fer de 8/10 de millimètre chacun, et formant ensemble un cylindre de 1IU,10 de long et de 9 centimètres de diamètre. Il a un poids de plus de 30 kilog.
- Le fil de cuivre qui constitue l’inducteur a une longueur de G00 mètres, un diamètre de 24 millimètres, une conductibilité de 93 centièmes, une résistance totale de 2,3 ohms., et un poids de 25 kilog. à peu près. Il est enroulé sur le faisceau de fils de fer, en 1344 spires disposées en 6 couches et se présente enfin sous la forme d’un cylindre de 1 jriètre 6 centimètres, et d’un diamètre extérieur de 12 centimètres.
- L’autre système inducteur, qui est destiné à fonctionner a\ec des piles de plus grande surface et à donner des étincelles courtes et nourries, pour des expériences de spectroscopie, a un noyau de fils de fer de 8/10 de millimètre comme les précédents, 8* aimée. — lr* semestre.
- réunis ensemble et formant un cylindre de 1m, 11 de long et de 97mlu de diamètre. Le poids de ce noyau est de 41 kilog. Le fil de cuivre est le même que dans le premier circuit inducteur, mais le conducteur qui a 459 mètres de long est composé de 2 fils parallèles. Il est divisé en trois sections de chacune deux couches ; leurs résistances sont respectivement 0,181, 0,211 et 0,231 ohms. La longueur du cylindre ainsi composé est de 1,u,01 et son diamètre 14 centimètres. Le poids de ce fil est de 38 kilog.
- Grâce à une disposition nouvelle, on peut disposer ces tro-is sections en une seule série, ce qui donne un conducteur de 4IUIU,87 de diamètres, ou en dérivation ce qui donne l’équivalent d’un conducteur unique de 14mm,63 de diamètre.
- Ce fil inducteur a été employé pour fournir des étincelles de 86 centimètres de longueur (dans l’air
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- LA NATURE.
- avec une pile de Grove de 10 éléments dont les électrodes de platine avaient 76inin sur 159"lm.
- Venons maintenant au (il induit ou circuit secondaire. 11 se compose de 450 kilomètres de lil, formant un cylindre de 95 centimètres de long, de 50 cent, de diamètre extérieur et 24 centim. de diamètre intérieur. La conductibilité de ce fil est de 94 % et sa résistance totale de 110.200 ohms. Il est distribué en 4 sections ; dans les deux du ini'ieu le iil a environ 0mra,24 de diamètre; dans les deux sections extérieures le fil a pour l’une 0mm,2s et pour l’autre 0mm,29 de diamètre. La raison d’être de ce diamètre plus grand du fil induit vers les extrémités que vers le centre, est la charge accumulée que ces parties du conducteur ont à supporter. Chacune de ces sections ' est composée elle-même de disques plats qui ont l’épaisseur d'environ 200 couches du fil dont ils sont formés. Enfin le nombre total de spires du circuit induit s’élève à 341 850.
- La grande longueur de fil nécessaire se comprend, si on songe que les spires extérieures ont près de un mètre et demi. On admet que l’étincelle croît plutôt avec le nombre de spires qu’avec sa longueur, à la condition qu’un bon isolement soit assuré dans toutes les parties. Pour marcher sûrement à un résultat satisfaisant, on essaya chaque disque séparément avec grand soin, on les essaya de nouveau en séries ; et on nota tous les résultats fournis. Comme épreuve suprême, on fit agir sur la bobine 70 éléments de Grove sans que l’isolement fût endommagé.
- Le condensateur approprié à cette bobine est beaucoup moins grand qu’on n’eût pu croire. Après de nombreuses expériences, on s’arrêta à une dimension employée par M. Apps pour des bobines destinées à donner 25 cent, d’étincelle. Ces condensateurs sont formés de 126 feuilles d’étain de 45x21 cent, séparées par une double épaisseur de papier verni, mesurant au total 0n"n,28.
- Voici quelques-uns des effets obtenus avec ce puissant appareil (on se servait du premier système inducteur) :
- Avec 5 grands couples de Grove, l’étincelle atteignit 71 centimètres.
- Avec 10 couples on obtint 89 centimètres.
- Avec 50 — — 106 1/2.
- On arriva même dans quelques cas à 109 ou 110 centimètres.
- Il importe de remarquer que ces étincelles ont une longueur plus grande que la bobine qui les fournit; elles dépassent donc très sensiblement une limite que plusieurs physiciens avaient cru pouvoir assigner.
- On sait que les bobines d’induction ou indueto-riums comme on les appelle en Angleterre, donnent deux courants d’induction, l’un au moment de la fermeture du circuit inducteur, l’autre au moment de la rupture. Le premier ne présente pas de tension* et c’est le second qui fournit les étincelles.
- Les expériences faites avec le bel appareil qui nous occupe, ont démontré que la tension du courant induit (de fermeture) peut atteindre une valeur notable; on en a obtenu des étincelles qui ont atteint 51mm. Ce fait sans précédent est digne de la plus grande attention. La longueur de l’étincelle du courant de fermeture, dépend naturellement de l’intensité du courant inducteur et augmente avec lui.
- On a pu également percer des blocs de tlint-glass de 75,mn d’épaisseur, sans même faire usage des piles qui donnent le maximum d’effet.
- Dans ce qui précède, nous nous sommes presque borné au rôle de traducteur ; nous avons seulement modifié quelques-uns des chiffres publiés, grâce à d’obligeantes communications que M. Spottiswoode a bien voulu nous adresser.
- Nous demandons la permission de terminer par une observation qui nous est personnelle et que nous croyons neuve. La figure montre que les étincelles sont obtenues entre une pointe et un plateau; c’est un fait bien connu qu’on obtient ainsi de plus longues étincelles que si on opérait avec deux pointes. Il nous semble facile d’expliquer pourquoi cette disposition est la meilleure. Tout le monde sait que les étincelles sont loin de se produire en ligne droite, surtout si elles sont un peu longues. Elles suivent une ligne sinueuse et capricieuse ; jamais deux étincelles se suivant, ne se ressemblent complètement.
- Le chemin choisi par l’étincelle doit être celui de moindre résistance et, par suite de mouvements de l’air ou de petits changements dans la surface des électrodes, cette ligne de moindre résistance est constamment variable. Si maintenant on offre à l’arrivée de l’étincelle une surface métallique un peu grande, comme celle d’un plateau, l’étincelle ne suivra pas toujours la normale qui est la ligue géométriquement la plus courte; souvent elle suivra une des obliques qui par des variations, autrement inappréciables, de la résistance de l’air, présentera une moindre résistance au trajet. En langage vulgaire on pourrait dire que le plateau offre à l’étincelle un plus grand nombre de chemins que n’offrirait la combinaison pointe et pointe, et parmi ces chemins, le moins résistant n’est jamais le plus court.
- Ges singularités de la résistance de l’air se rencontrent également dans d’autres corps mauvais conducteurs et notamment dans le verre ; si on examine un de ces blocs percés par l’étincelle qui gardent la trace de son passage, oii voit que son trajet n’est jamais une ligne droite et quelquefois on observe des branches qui n’aboutissent pas et que l’électricité paraît avoir abandonnées après les avoir essayées.
- Aî.f. Niaudet.
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- LA NAT U II K.
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- EMPLOI DES PILES ÉLECTRIQUES
- On nous demande souvent quelle est 1» meilleure pile électrique. On peut répondre hardiment ;i celte question que presque toutes les piles sont bonnes à la condition de bien les appliquer. Nous donnons ici, d’après M. Spra-gue et noire expérience personnelle, une liste qui pourra servir d’indication, dans la plupart des cas.
- Dépôts électriques. Daniell, Callaud, Smée, chromale de chaux, bichromate de polasse, Bunsen.
- Dorure. Daniell, Sinés.
- Argenture. Daniell, Smée, chromate de chaux, bichromate de potasse, Slatcr.
- Electro-aimants. Chromate de chaux, Bunsen. Slater, Smée, Daniell.
- Lumière électrique. Pour des expériences de quelques heures, on peut employer la pile Bunsen et ses nombreuses modifications, la pile au chromate de chaux, la pile Slater.
- Bobines d'induction. Bichromate, chromate de chaux, Bunsen.
- Electro-médicaux. Bichromate, Smée, Bunsen.
- Electro-médicaux de poche. Pile au chlorure d'argent, au sulfate de mercure, Manganèse, pile hermétique de Trouvé.
- Grandes lignes télégraphiques. Les piles, dans ces conditions, fournissent de faibles courants sur de grandes résistances électriques. Les meilleurs sont : la pile au chromate de chaux, la pile Leclanché, sulfate de mercure, la pile Daniell, la pile Callaud.
- Sonnet tes électriques et lignes télégraphiques. Leclanché, sulfate de mercure, sulfate de plomb.
- Mines, torpilles, etc. Pile Leclanché, mais on emploie le plus souvent l’exploseur de Breguet. La petite machine électro-magnétique de M. .Marcel Deprez est aussi excellente pour cette application.
- Mesures des résistances électriques, etc. Pile au chromate de chaux, bichromate, Daniell, Leclanché.
- Expériences sur l'électricité de haute tension. Les meilleurs résultats, ont été obtenus avec un grand nombre de piles au chlorure d’argent Warren de la Rive et avec les piles secondaires de M. Gaston Planté.
- Nous devons, pour être complet, signaler les piles thermo-électriques qui donnent de bons résultats dans la galvanoplastie la dorure et l’argenture, et avec lesquelles on peut à présent produire la lumière électrique.
- Nous avons dù ne citer que les piles les plus connues; il nous aurait fallu une livraison entière de La Nature pour citer toutes les piles connues qui donnent de bons résultats dans les applications que nous signalons.
- OMNIBUS ET TRAMWAYS DE PARIS
- A plusieurs reprises, nous avons parlé du l'éseau de tramways décrété pour Paris et ses environs ; ce premier réseau est complet depuis un certain temps et il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur l’ensemble des lignes de voitures pour le transport en commun comprises dans la capitale en tout ou en partie de leur parcours au l°r janvier 1880. Il existe actuellement 72 lignes partagées entre 4 Compagnies : La Compagnie des Omnibus exploite 52 lignes d'omnibus, 1 ligne annexe de petits omnibus de faubourg, 17 lignes de tramways (dont la dernière, non encore terminée, est ppovisoirement des-
- servie à l’aide d’omnibus), soit 50 lignes au total; la Compagnie des Tramwags-Nord en exploite 10 lignes, celle des Tramways-Sud 11 lignes et celle des Chemins de fer de Paris à Sèvres, Versailles et extensions, 1 ligne, l’une des plus anciennes et la [dus longue de toutes (10 kilomètres parcourus en 1 heure 50 minutes), celle de Paris (Louvre) à Versailles (place lloclie) ; soit 59 en tout. Sur les 55 lignes d’omnibus, y compris la ligne annexe. 52 ne dépassent pas les fortifications, 1 seul omnibus les franchit; sur les 50 lignes de tramways, 14, dont 11 appartenant à la Compagnie des Omnibus, 5 à celle des 'Tramways-Sud, sont intérieures, les 25 aulres se prolongent sur une partie de leur parcours, au delà de l’enceinte fort.liée. Les 59 lignes de tramways ne comprennent pas celles de la banlieue parisienne qui sont entièrement en dehors de Paris, à savoir la ligne de Villiers-le-Bel-Gonesse (gare) à Villiers-le-Bel, appartenant à la Compagnie des Chemins de fer sur routes et celles de Rueil (gare) h Marly-le-Roi (abreuvoir) et de la ville de Versailles appartenant à la Compagnie des Chemins de fer de Paris à Sèvres, Versailles et extensions.
- En laissant à part la ligne de Versailles, la plus longue ligne de tramways est celle du Louvre à Sèvres, sa longueur est de 11505 mètres, la durée du trajet y est de 1 heure 10 minutes; la plus courte est celle de la gare d’Auteuil au rond-point de Boulogne, longue de 2760 mètres et dont le parcours s’accomplit en 20 minutes. La plus longue ligne d’omnibus est celle du Panthéon à la place de Courcelles, dont la longueur est de 7567 mètres, a plus courte celle de la porte de Charenton à la place de la République dont la longueur est de 5058 mètres-
- Les temps de parcours ne sont pas tout à fait proportionnels aux distances ; tandis que les deux lignes précédentes sont parcourues respectivement en 56 et 40 minutes, celles de Clichy à l’Odéon, de Montmartre à la place Saint-Jacques, de la Madeleine à la Bastille et de Belleville au Louvre le sont en 58 minutes pour les premières, longues seulement celle-là de 6756, celle-ci de 6678 mètres ; en 52 minutes pour les deux autres, longues celle là de 4588, celle-ci de 5852 mètres.
- Charles Boissay.
- FEUX SAINT-ELME DANS LES ALPES
- On lit dans le Télégraphie Journal : « Dans notre dernier numéro, nous avons signalé l’illumination de toute une forêt de pins par une décharge silencieuse provenant de feux Saint-Elme ; de nouveaux rapports annoncent qu'un phénomène analogue s’est produit sur la montagne du Gross-Glokner (Tyrol), ou des tourisles furent, sans leur consentement, appelés à y jouer leur partie, comme des démons du feu ( Walpurges Nacht). Le journal anglais Nature rapporte qu’un d’eux fut entouré comme par une vaste effluve lumineuse; « nous étions, dit-il, revêtus d’un vêtement de feu, et le tonnerre roulait avec un bruit assourdissant répété par les échos de tous les rochers, pendant qu’une bourrasque de vent envoyait ses sifflements à travers les fissures des rochers. » Les six touristes furent momentanément aveuglés, et quand ils eurent recouvert l’usage de leurs yeux, ils reconnurent, à leur grand étonnement, que leurs cheveux, leur barbe et leurs vêtements projetaient des étincelles, et, même, que des aigrettes de feu sortaient de leurs chapeaux.
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- LA NATURE.
- JONCTION GËODÉSIQUE ET ASTRONOMIQUE
- DE l’.ALGÉIUE AVEC l’eSPAGNE.
- (Suite et lin. Voy. p. 91).
- Le premier résultat dont il a été question précédemment une fois atteint, notre tâche n’était pas terminée. Nous nous sommes proposé encore de projeter sur le ciel deux des points de notre réseau, situés, l’un en Algérie, le M’Sabiha, et l’autre en Espagne, le Tetica.
- Il s’agissait de mesurer en ces deux stations la latitude et un azimut, ainsi que les différences de longitude eutre Alger et M’Sahiba, pour rattacher M’Sahiba avec Paris, et entre M’Sahiba et Tetica pour nous relier avec Madrid.
- M. l’astronome Merino, avec l’ingénieur Esteban,
- occupait la station de Tetica, le capitaine Bassot celle d’Alger. Je continuais à observer à M’Sahiba avec le capitaine Uefforges. Les trois observateurs étaient pourvus de cercles méridiens et d’appareils identiques.
- La station de M’Sahiba étant reliée par un lil télégraphique avec celle d’Alger, la différence de longitude des deux stations a été obtenue par l’échange des heures locales au moyen de signaux télégraphiques, enregistrés sur les chronographes des deux stations.
- Pour comparer entre elles les pendules de Tetica et de M’Sahiba, nous avons eu recours à l’échange réciproque, par dessus la Méditerranée, de signaux électriques lumineux et rythmés, dont la transmission, même à 70 lieues, peut être considérée comme instantanée.
- Fig. 1. Station de M’Sabiha.
- A Pilier central. Cercle azimulal reitéraleur. — B Projecteur de la lumière, dirigé sur Tetica, eu Espagne — G Projecteur dirigé sur le Mulhaccn en Espagne. — I) Machine inagnéto-électriijue de Gramme. — E locomotive de trois chevaux-vapeur. — F Salle méridienne contenant le cercle méridien. — G Tentes, abris, nirga-ius.
- Bans ce cas, l’équation personnelle des deux observateurs est double ; elle ne comprend pas seulement celle qui est relative à l’observation des astres, mais encore celle qui résulte de l’observation des phénomènes lumineux instantanés, et il a fallu déterminer avec soin chacune de ces équations.
- A cet effet, M. Merino est venu à Paris pendant les mois de juin et de juillet ; la première équation a été déterminée par la méthode ordinaire dans notre Pavillon des longitudes à Montsouris, et la seconde à l’Observatoire de Paris, de la manière suivante :
- Un collimateur Mangin était placé sur lu tour de Montlhéry, à 24em environ de distance, et dirigé sur la plate-forme de l’Observatoire. M. Merino et moi, nous observions séparément les signaux lumineux produits à Montlhéry, avec des lunettes identiques, et chaque signal observé venait s’enregistrer sur la bande d’un cluonographe à trois plumes, dont l’une
- marquait l’heure de la pendule et les deux autres les instants du phénomène pour les deux observateurs. Nous observions ainsi quarante signaux ; puis, pour renverser toutes les conditions de l’expérience et éliminer la parallaxe des plumes, nous changions de lunette et de tope, et nous procédions à une nouvelle série d’observations de quarante signaux. L’ensemble de ces deux séries nous donnait une valeur de l’équation personnelle relative aux signaux.
- Nous avons ainsi observé pendant plus d’un mois plusieurs milliers de signaux.
- Les expériences préliminaires nous ont montré que, comme l’avait indiqué M. Liais, l’observation des signaux rythmés est susceptible d’une très grande précision ; mais elles ont aussi révélé des faits nouveaux qui contredisent certaines conclusions de ce savant astronome.
- Ainsi l’équation personnelle n’est pas nulle dans ' l’observation des signaux rythmés ; chaque observa-
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- LA NATURE.
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- teur à la sienne propre. Elle est, il est vrai, moins variable dans le courant d’une même soiréeet d’une soirée à l’autre que celle qui se manifeste dans l’observation des passages d'étoiles ; mais elle peut, comme cette dernière, atteindre un ou plusieurs dixièmes de seconde; entre M. Merino et moi, elle s’élève à 0,124. Toutes les valeurs obtenues sont comprises entre 0,108 etO,149, ce qui prouve combien les variations dues à l’état physiologique des observateurs ont eu pour nous peu d’importance.
- En second lieu, il est préférable d’observer les éclipses instantanées et non pas les apparitions; dans nos expériences, nous pouvions indifféremment observer les unes ou les autres ; mais l’observation des éclipses est plus précise et plus sûre. Les physiologistes peuvent expliquer le fait : je l’attribue surtout à ce que, même avec des signaux rythmés, l’apparition d’un signal cause toujours une certaine surprise à l’observateur.
- Enfin, le rythme qui convient le mieux consiste à espacer les éclipses de deux en deux secondes, les durées des éclipses et celles des apparitions du signal lumineux, étant les mêmes et égales à une. seconde de temps.
- L’échange des signaux lumineux entre Tetica et M’Sabiha, à la distance de 270km, ne pouvait s’elfec-luer sûrement que si le faisceau, bien dirigé et d’intensité constante, était susceptible d’être interrompu d’une manière instan-tannée. Ponr réaliser ces deux dernières conditions, qui n’étaient pas nécessaires dans les mesures azimutales, nous avons employé nos collimateurs optiques ou réfracteurs à lentille, en substituant à la lampe à pétrole, qui nous sert dans les observations ordinaires, une lampe électrique, non plus du modèle de Serrin, où se produisent des déplacements oscillatoires du crayon positif et par suite des défaillances du faisceau éclairant, mais une lampe électrique à main susceptible d’un réglage continu, à l’aide duquel on peut maintenir exactement au même point le crayon positif, en conservant aux deux crayons la distance convenable; et, pour augmenter encore (dans le rapport de 2 à 5) l’intensité lumineuse, les crayons étaient inclinés à 60° sur l’axe, la pointe incandescente du crayon positif étant tournée vers l’objectif.
- Ces petits appareils peuvent être réglés et orientés comme de véritables lunettes; ils sont plus faciles à manierque les réflecteurs et fournissent des images presque aussi éclatantes, bien que les lentilles n’aient que 0m,20 de diamètre.
- J’estime à 500km ou 600km la distance à laquelle on pourrait les apercevoir, par des temps favorables, avec une lunette de 4 pouces.
- Ils offrent aussi ce précieux avantage, que, l’image conjuguée du charbon positif venant se former au foyer de la lentille sous la forme d’un petit disque de 0m,006 de diamètre, le faisceau lumineux peut être interrompu presque instantanément par un petit levier soumis à l’action intermitlertte d’un appareil électro-magnétique.
- Les échanges de signaux s’opéraient comme il suit :
- Tetica, par exemple, envoyait quarante signaux; à l’instant de chaque éclipse, le levier de l’obturateur fermait le courant de la pile locale et le phénomène était enregistré automatiquement sur le chronographe, comme un passage d’étoiles; M’Sa-biha de son côté, observait les instants des éclipses et, en pressant sur le bouton du tope, les enregistrait aussi comme un pas-_ sage d’étoiles.
- Puis M’Sabiha envoyait et enregistrait quarante signaux que Tetica recevait et enregistrait de même.
- Le dernier signal était accompagné, de part et d’autre, d’un long contact pour repérer les secondes correspondantes des deux pendules.
- Chaque échange complet comprenait quatre séries pareilles, soit en tout cent soixante signaux reçus. Deux échanges par soirée donnaient lieu à l’enregistrement, de part et d’autre, de six cent quarante signaux, répartis en huit séries.
- L’effet produit par l’apparition et la disparition rythmée du petit disque lumineux était saisissant, si bien que nous aurions pu, dans la plupart de nos soirées, observer cà l’œil nu les éclipses. Toutefois, nous nous sommes toujours astreints à nous servir d’une lunette, pour ne pas modifier les conditions physiques dans lesquelles nous avions déterminé notre équation personnelle.
- Du 5 octobre au 10 novembre, nous avons aperçu réciproquement nos signaux électriques pendant quinze soirées; sept d’entre elles seulement, également favorables à M’Sabiha et à Tetica, peuvent servir au calcul de la longitude, chacune comprenant, de part et d’autre, quatre circompolaires au moins, avec cinquante étoiles horaires réparties dans quatre positions successives du cercle, et l’échange de six cent quarante signaux.
- La constance de la portion de l’équation personnelle relative aux signaux lumineux est extrêmement
- J--------
- Fig. 2. Délai! d'un projecteur de la lumière électrique.
- P pilier en pierre de taille. — C trépied à vis collantes. — .1 Miroir en verre étamé postérieurement, à courbures calculées pour éliminer l’aberration de sphéricité. — O Foyer du miroir : place où doit être amenée la lumière électrique fournie par la lampe Serrin S. Les courants sont produits par une machine d’induction Gramme, mue par une machine à vapeur. — B Appareil lenticulaire de rectification. — FF >.miette de repaire.
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- LA NATURE.
- remarquable ; nous évaluons à moins d’un centième de seconde de temps seulement l’incertitude de la détermination ; d’où nous concluons que l’emploi des signaux lumineux rythmés pour le transport du temps, réservé à quelques cas intéressants, dans lesquels on ne peut disposer d’un fil télégraphique, est susceptible de donner des résultats d'une très haute précision.
- C’est la première fois qu’une opération de ce genre a été réalisée ; elle a été couronnée d’un succès complet
- Nous avons ainsi fermé le vaste polygone des longitudes dont l’un des sommets esta Paris, et les autres à Marseille, à Alger, à M’Sabiha, Tetica et Madrid.
- Ce polygone exceptionnel contient tous les cas possibles qui peuvent se produire dans la mesure des longitudes, puisqu’il comprend dans son périmètre des fils aériens, un câble sous-marin et, en guise de fil, une sorte de traînée lumineuse qui unit M’Sabiha avec Tetica par-dessus la Méditerranée.
- Colonel Perrier,
- Membre de l’Académie des Sciences.
- PRINCIPES DE L’APPLICAÏIO.N
- DU S ULF OCAERON.ATE DE POTASSIUM
- AUX VIGNES PHYLT.OXÉRÉKS.
- (Suite). — Voy. p. 102 et 122.)
- Le plus grand obstacle à la propagation du sulfo-carbonatage résidant dans la difficulté de se procurer l’eau nécessaire, la so'.uLija de ce problème ne pouvait être que dans l’emploi de moyens mécaniques substituésau travail manuel, c’est-à-dire dans la création d’un outillage approprié.
- Les conditions essentielles que devait réunir l’outillage qu’il s’agissait de créer sont les suivantes :
- 1° Qu’il permit d’avoir l’eau ou la solution sul-locarbonatée à toutes distances à pied-d’œuvre, en quantité voulue et à très bas prix ;
- 2° Qu’il fut de la plus grande solidité possible, léger, facilement transportable, d’un montage et démontage rapide et facile même pour les ouvriers les moins familiarisés avec les objets mécaniques;
- 3° Qu’il permit de traiter au besoin de grandes étendues en peu de temps, afin de profiter de toutes les circonstances favorables et passagères qui peuvent se présenter ail viticulteur; ces trois sortes de considérations assurent l’application économique du sulfocarbonate.
- Nous avons réalisé cet outillage en collaboration avec notre ami, l’ingénieur Félix llembert, et d’après les résultats qui ont été obtenus depuis deux ans ou peut diieque la question de l’eau n’est plus rien ; elle est résolue, et l’on pourra désormais traiter avec le procédé de l’eau comme véhicule, le seul certain, très économiquement la plupart des vignobles français.
- Le système mécanique qui permet d’effectuer rapidement et économiquement l’application du sulfocarbonate se compose d’une manière générale :
- 1° D’un moteur quelconque ;
- 2° D’une pompe aspirante et élévatoire actionnée parle moteur ci-dessus;
- 3° D’une canalisation métallique spéciale très légère, d’un montage et démontage extrêmement faciles et rapides (un ouvrier exercé peut en monter jusqu’à 3 kilomètres en dix heures) permettant d’envoyer l’eau nécessaire pour faire la solution sulfocarbonatée à toutes distances et à toutes hauteurs ;
- 4° D’un système spécial de prises d’eau greffée sur la canalisation d’amenée et permettant, au moyen d’une canalisation secondaire, de distribuer le liquide dans toutes les parties du vignoble;
- 3° D’un certain nombre d’accumulateurs ou réservoirs de pression placés sur différents points de la canalisation, pour régler la distribution de l’eau suivant des pressions variables ;
- 6° De vases spéciaux plus ou moins grands pour recevoir l’eau de la canalisation de distribution et où l’on prépare la solution sulfocarbonatée, lorsqu’on ne veut pas l’envoyer directement;
- 7° Enfin, d’appareils d’injection et de distribution de la solution sulfocarbonatée;
- 8° De ponts volants pour permettre à la canab -sation de traverser les routes et autres obstacles qui peuvent se rencontrer.
- Quant au fonctionnement du système il est des plus simples : l'eau puisée dans une rivière, dans une source, dans un puits, etc., est envoyée dans les vases de réeepMonqui sont au nombre de deux à l’extrémité de chaque canalisation de distribution. Tour à tour on forme dans ces vases (leur capacité est de 375 litres) en mettant la quantité de sulfocarbonate voulue, la solution toxique que l’on n'a plus ensuite qu’à puiser au moyen d’arrosoirs et à vider au pied des souches dans les cuvettes ou récipients préalablement faits.
- La canalisation de distribution qui est en caoutchouc par bouts de 10 mètres s’allonge ou se ra-courcit à volonté dans toutes les directions du vignoble.
- Dans une bonne organisation, les ouvriers ne doivent pas porter la solution à plus de 10 mètres et comme ils peuvent vider de 1200 à 1500 litres de liquide par heure, 8 ou 10 ouvriers travaillant 10 heures suffisent dans les circonstances les plus ordinaires pour traiter un hectare L’eau étant abondante, la quantité d’hectares que l’on peut traiter par jour en dépend donc plus que de la puissance du système et du moteur; pratiquement on peut facilement aller jusqu’à 4 à 0 hectares.
- Il est extrêmement difficile de fixer a priori Je prix de revient d’un sulfocarbonatage; en principe, on peut dire qu’il varie suivant les nombreuses circonstances et les causes qui peuvent se présenter.
- Les principales de ces causes qui peuvent modi-
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- fier dans un sens ou dans l’autre le prix de revient du traitement sont les suivantes :
- 1° Les pertes de temps pour transporter le matériel et le monter ;
- 2° L’altitude à laquelle se trouve situé le vignoble par rapport à la prise d’eau ;
- 5° La distance à laquelle il faudra envoyer l’eau ;
- 4° Le mode de culture, la configuration du vignoble, et le nombre de ceps à l’beclare;
- 5° La saison et le climat peuvent aussi exercer une grande action sur l’opération;
- G0 Le prix et la rareté de la main-d’œuvre dans la localité ;
- 7e La nature du terrain suivant qu’il est plus ou moins favorable à la délense;
- 8° Le degré de maladie qui exigera une quantité plus ou moins considérable de sulfocarbonate et des soins appropriés à chaque cas;
- 9° Enfin suivant que la superficie à traiter sur un même point ou dans une même localité sera plus ou moins grande.
- Toutes conditions étant égales d’ailleurs, voici, d’une manière générale, le prix de revient pour les principaux cas qui peuvent se présenter, l’état de la vigne seul étant pris comme base :
- 1° Traitement lorsque les taches ne sont pas encore confluentes (première phase de la maladie) 250 à 500 kilogrammes
- de sulfocarbonate.................... 250 à 300 fr.
- 2° Traitement lorsque tout le vignoble est envahi (deuxième phase de la maladie)
- 500 kilogrammes de sulfocarbonate. .. 350 à 400 »
- 3° Traitement lorsque toutes les souches sont très affaiblies, deux opérations : première année, 600 kilogrammes de
- sulfocarbonate ensemble.............. 500 à 550 »
- 4° Traitement de jeunes plantations : première année, immersion des plants pendant 6 à 8 heures dans une solution de sulfocarbonate au 1/500.......... 20 »
- 5° Traitement de deuxième année, traitement de juillet........................ 100 à 125 «
- 6° Traitement de troisième année, irai—
- ment au printemps.................... 140 à 190 »
- 7° Traitement de quatrième année, traitement au définitif du premier cas.. . . 250 à 500 »
- Mais, comme je le disais ci-dessus, ces chiffres ne doivent être considérés que comme des moyennes dont on s’éloigne plus ou moins dans un sens ou dans un autre suivant les nombreuses circonstances influentes énumérées plus haut qui pourront se présenter.
- D’un autre côté, il est certain qu’un abaissement du prix du sulfocarbonate, se produira prochainement, que dans beaucoup de cas il sera facile de diminuer l’importance de la main-d’œuvre, et que l’on arrivera à pouvoir baisser les chiffres ci-dessus dans une très forte proportion.
- Si d’autre part on veut bien remarquer que chaque 100 kilogr. de sulfocarbonate contiennent
- environ 25 kilogr. de potasse, excellent engrais tout placé, sans autres frais et d’une valeur qu’on ne saurait estimer dans ces conditions à moins de 1 franc le kilogramme, l’opération apporte donc au sol une fumure qui vient en décharge du prix de traitement pour une valeur de (suivant la quantité insecticide employée) 75 à 150 francs, ce qui abaisse le prix du traitement à 175 ou 350 francs.
- Mais l’important et sur quoi je me permettrai d’appeler tout particulièrement l’attention des viticulteurs :
- « C’est que le sulfocarbonate n’est pas seulement un remède certain pour combattre le phylloxéra, mais que grâce à l’outillage mécanique, c’est aussi une opération aujourd’hui parfaitement pratique et applicable dans la plupart des vignobles français. »
- Après un traitement au sulfocarbonate, il ne faut pas s’attendre à voir la vigne, si elle est déjà très affaiblie, se rétablir dans son ancienne vigueur en quelques jours. C’est là une grossière erreur, qui ne peut être commise que par les personnes qui ignorent complètement comment se nourrissent les végétaux, ainsi que le fonctionnement de leurs organes. Le phylloxéra étant la cause de la maladie, et cette maladie étant caractérisée par la destruction du système radiculaire, c’est donc et l’insecte et les racines qu’il faut prendre pour guides, si l’on veut bien suivre les phases du rétablissement de la plante.
- Si tout va bien de ce côté, on peut être certain qu’une amélioration dans la végétation surviendra. Cette amélioration se fera naturellement plus ou moins attendre, suivant le degré d’affaiblissement de la vigne lors du traitement. Sous ce rapport, on peut classer les ceps en trois catégories, qui correspondent à peu près aux trois phases de la maladie. On pourra facilement faire entrer dans l’une ou dans l’autre de ces catégories les ceps d’un vignoble donné.
- 1° Les vignes qui, commencent à être attaquées par l’insecte, qui n’ont encore que leur chevelu et leurs radicelles de lésées à mort, et qui peuvent mûrir leur récolte prochaine sans aucun traitement, en un mot celles prises au début de l’invasion phyl-loxérique;
- 2° Les vignes qui, ayant non seulement leurs radicelles et leur chevelu détruits, ont encore leurs racines fortement compromises dans leurs fonctions biologiques; qui étant privées d’organes absorbants et ayant déjà épuisé leurs ressources nutritives pour donner au printemps de nouveaux organes de végétation souterrains et aériens, périclitent presque subitement en juillet et août ; et qui, abandonnées à elles-mêmes, ne mûriraient pas les raisins quelles portaient au commencement de l’été ;
- 5° Les vignes qui ont perdu tout leur système radiculaire, c’est-à-dire qui n’ont plus de vivant que la base de leurs grosses racines et de la souche
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- qui ont épuisé presque entièrement leurs réserves nutritives les années précédentes, et qui ont donné quelques rares organes souterrains absorbants et quelques pousses insignifiantes ; qui n’ont pas de rameaux fructifères, et qui sont vouées à une mort prochaine, en un mot des vignes à la dernière extrémité.
- S’agit-il des vignes répondant à la première phase de la maladie, c’est-à-dire qui sont au début de l’invasion, les faits acquis permettent de dire qu’un seul traitement suffira pour les maintenir indéfiniment en état de production ; bien mieux, dans la plupart des cas, on peut espérer un excédant de récolte qui couvrira largement les frais de traitement.
- Dans le cas de vignes correspondant à la deuxième phase de la maladie, c’est-à-dire ayant déjà très sensiblement faibli, le premier effet du remède sera de les arrêter dans leur dépérissement et de leur permeltre de mûrir le peu de raisins qu’elles porteront. De plus, le sulfocarbonatage commencera à les remettre dans leur état antérieur à la maladie, résultat qu’on obtiendra plus ou moins tôt suivant la richesse du sol et la vigueur des ceps.
- Enfin, s’agit-il de vignes à la dernière extrémité? l’expérience a fait aussi connaître que la régénération de telles vignes ne se fait que proportionnellement à la reconstitution du système radiculaire, ce qui demande forcément plusieurs années de traitement.
- Quant à savoir s’il y a intérêt à conserver et à traiter ces vignes, s’il ne vaudrait pas mieux les arracher et en planter de nouvelles, il serait téméraire de se prononcer au premier abord dans un sens ou dans un autre car il y a autant de solutions que de circonstances particulières. C’est aux propriétaires en comparant les avantages qu’offre chacune des deux méthodes à résoudre le problème.
- Toutefois d’une manière générale nous croyons qu’if est préférable de régénérer une vigne épuisée que de l’arracher et de la remplacer par une plantation nouvelle dont la défense est plus difficile que dans le premier cas et qui ne peut être en plein rapport qu’après quatre à cinq ans tout au plus.
- P. Mouillefert,
- Professeur à l'École nationale d’agriculture de Grignon.
- — La suite prochainement. —
- L’ARCHITECTURE DES OISEAUX
- LE NID DE LA RHIPIDURA ALBISCAPA.
- C’est en Australie que se passe la scène qui a été si artistement reproduite par le crayon de M. Giacomelli. Dans un nid en forme de coupe, solidement attaché sur une branche et terminé en dessous par un élégant pendentif, un petit oiseau est en train de couver. Aucun danger ne le menace, aussi s’adonne-t-il tout entier à ses pénibles fonc-
- tions : la tête rejetée en amère, les ailes et la queue légèrement soulevées et dépassant les bords du nid, il concentre sur ses œufstoutela chaleur de son corps. Le mâle s’est éloigné pour quelques instants, il est allé donner la chasse aux insectes, afin de pourvoir aux besoins du ménage ; mais il reviendra bientôt, et, perché sur un rameau voisin, il fera entendre son gai ramage ou cherchera à distraire sa compagne en exécutant autour d’elle des voltes gracieuses. Pour asseoir le berceau de sa progéniture, le couple a fait choix d’un arbuste peu élevé, situé sur la lisière d’une forêt d'Eucalyptus et de Casua-rina. Ces grands arbres, dont les rameaux flexibles gémissent tristement au souffle de la brise et dont le feuillage grêle et rude est presque toujours d’un vert glauque, imprimeraient à tout ce coin de paysage un cachet de monotonie désespérante, si çl et là ne croissaient des myrtesaustraliens, des Callistemons1, des LiUipyllis 2, des Acacias et quelques-uns de ces jolis Arbres de Noël5 dont les fleurs délicates changent brusquement de couleur quand leurs pétales d’un blanc pur tombent et laissent à découvert le calice d’un rouge vif. D’ailleurs, un peu plus loin, les bords d’un ruisseau sont émaillés de Slellaires, de Gnaphalium argentés, de Dianelles bleues et d’Hilbertiés à fleurs jaunes.
- Maintenant que la scène est indiquée, disons quelques mots des personnages. L’oiseau qui couve est. uu Gobe-.Vloucbe, appartenant au genre Rhipidura, dont les espèces, au nombre de cinquante environ, sont toutes caractérisées par des pennes caudales allongées et susceptibles de s’étaler eu éventail *. Ces grandes plumes que l’on désigne en ornithologie sous le nom de reetrices, ont souvent, chez les Rhi-pidures, la tige d’un blanc pur qui se détache vigoureusement sur le fond obscur de la penne, marquée en outre, à l’extrémité, d’une tache claire plus ou moins étendue. Les teintes du plumage sont presque toujours modestes, mais parfois très agréablement distribuées, le front étant orné d’un bandeau roux, ou la couleur blanche des parties inférieures du corps étant recoupée par une large écharpe, se fondant de chaque côté dans la nuance du manteau. Les pattes sont de grandeur médiocre, et le bec est large, aplati, légèrement crochu à la pointe et garni sur les côtés de longues soies raides qui sont probablement destinées à retenir entre les mandibules les mouches et les papillons que l’oiseau saisit dans son vol rapide.
- L’Europe, l’Afrique et le nord de l’Asie qui sont pourtant fort riches en Gobes-Mouches de formes et de couleurs variées ne possèdent point de Rhipidu-
- 1 Arbustes de la famille des Myrtacées, à fleurs écarlates.
- 2 Le Lillipilly-tree, des colons australiens, est, d’après le docteur Bennett, 1 'Acmenia ellipHca, aux fleurs blanches, aux fruits d’un rouge cire.
- 5 Christmas-tree ou Lightvood, Ceratopetalum gummife-rutn.
- 4 Le nom de Rhipidura signifie queue en éventail : il est tiré de deux mots grecs : pmis, pmlSot, éventail, et obpû. queue.
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- Nid de la TJiipidura albiscapa (grandeur naturelle). Composition inédite de il. Giacomelli, d’après les collections
- du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris.
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- res, mais on trouve de ces oiseaux dans le sud de l’Inde et de lTndo-Cliine, en Malaisie, en Australie, à la Nouvelle-Zélande et dans la plupart des lies de l’Océanie. Aujourd’hui nous n’avons [dus à nous occuper que d’une seule espèce, la Rhipidura ni bis-' capa qui est 1res répandue sur tout le continent australien et sur la terre de Van Diémen, et qui est représentée à la Nouvelle-Zélande par une forme très voisine, on pourrait presque dire par une simple race. Les nuances du plumage de la Rhipidura albiscapa varient très légèrement suivant les localités, mais les couleurs restent toujours les mêmes, du brun fuligineux très foncé’ sur le dessus du corps et sur la poitrine, du blanc sur la gorge, sur les sourcils, sur un petit espace de chaque côté, en arrière de l’œil, sur les bords des [dûmes secondaires et des couvertures alaires, sur les tiges et sur les extrémités de toutes les lectrices, à l’exception des deux médianes, et du fauve sur la région abdominale. Les yeux, le bec et les pattes sont d’un brun tirant au noir. Enfin la longueur totale du corps n’excède guère 13 centimètres. Quant au nid il n’a pas plus de 5 centimètres à 5 centimètres et demi de diamètre, sur 10 à 12 centimètres de haut, y compris le prolongement inférieur consistant, comme les parois, en lambeaux d’écorce d'Eucalyptus, tordus et reliés avec des toiles d’araignée. Ce nid ne renferme que deux œufs, tachés de brun olivâtre sur fond blanc. Les jeunes qui en sortent ne se distinguent guère des parents que par leur petite taille et les teintes moins nettes de leur plumage.
- En temps ordinaire les gracieux Gobe-Mouches sont extrêmement familiers, et, comme nos berge-roneltes, se laissent approcher sans difficultés tandis qu’ils sont en train de poursuivre les moucherons dans les taillis ou au bord des ruisseaux ; mais quand ils ont des petits, ils manifestent la plus grande inquiétude aussitôt qu’un étranger vient à s’approcher de leur nid, dont ils décèlent la présence par leurs cris et leur agitation. A l'approche de l’hiver ils ne quittent pas l’Australie, et se contentent de changer de canton, cherchant les coteaux abrités contre les vents glacés du Sud-Ouest, où ils découvrent encore sous les feuilles des pucerons et d’autres menus insectes. Mais c’est par les beaux jours de l’été qu’il faut les voir montant perpendiculairement dans le ciel, les ailes frémissantes, la queue largement épanouie, ou se laissant brusquement tomber sur quelque proie invisible, en poussant de temps en temps de petits cris joyeux ! Vers le mois d’octobre ils s’occupent de la construction du nid, et pendant les trois mois suivants, ils élèvent souvent deux ou trois couvées, à moins qu’ils ne fassent bénévolement l’éducation de quelque Coucou bronzé, traîtreusement substitué à leur progéniture.
- E. Oustalf.t.
- CORRESPONDANCE
- SCR LE COXFORMATEUR DES CHAPELIERS
- Cher monsieur,
- Je viens de lire dans la Nature (n° 546 du 17 janvier 1880, page 109), un article sur les résultats que pourrait fournir à l’anthropologie le conformateur des chapeliers. L’auteur de l’article reconnaît « que cet instrument ne présente pas un procédé de mensuration absolument mathématique, » et plus tard il se défend « d’attribuer au sujet plus d’importance qu’il n'en a réellement. » Cependant il pense, et c’est ce qui constitue le fond de son article, que le eonformateur «peut rendre des services aux anthropologistes. »
- Peut être serait-il utile de prévenir vos lecteurs que c’est là, aux yeux de M. Broea Je principal fondateur de l’anthropologie, une erreur complète, et une erreur assez dangereuse, car beaucoup de personnes s’y laissent tromper, et se servent des petits cartons que collectionnent les chapeliers pour faire de longs et pénibles travaux. Or ces travaux, d’après M. Broea, sont absolument dépourvus de valeur, parce qu’ils pèchent par la hase.
- J’ai sous les yeux une communication que M. Broea a faite sur ce point à la Société d'anthropologie, et je vais vous en donner quelques extraits presque textuels.
- J’ai dit autrefois, a dit M. Broea, que le eonformateur ne donnait que la caricature du crâne. L’expression était trop douce, car la caricature exagère certains caractères saus détruire la ressemblance, tandis que les cartons du déformateur sont obtenus par un moyen empirique qui dénature tous les caractères et détruit toute ressemblance.
- Remarquons d’abord que la circonférence horizontale du crâne, telle qu’elle est définie en anthropologie passe immédiatement au-dessus des sourcils; or, comme une coiffure descendant aussi bas serait affreuse, les chapeliers ne prennent leurs mesures que fort au-dessus de cette ligne, à un niveau indéterminé qui varie avec la mode, et avec le goût des clients.
- Mais quand bien même ces mesures seraient prises avec plus de soin, elles ne donneraient aucun résultat satisfaisant, M. Broea l’a démontré d’après la structure même de l’instrument ; mais c’est une démonstration trop longue et dans laquelle je ne puis entrer ici.
- Comme preuve expérimentale, M. Broea a présenté à la Société d’anthropologie deux cartons-découpures obtenus d’après sa propre tête, par le même chapelier à l’aide du même instrument et à cinq minutes d’intervalle. Eh bien, ces deux cartons très irréguliers tous deux, n’avaient rien de commun, sauf le diamètre antéro postérieur qui était resté le même. Tous les autres caractères du crâne avaient disparu, pourtant M. Broea a expliqué que ces deux cartons, quoique dissemblables, permettaient l’un et l’autre de faire un bon chapeau. Mais pour expliquer ce résultat paradoxal, il faudrait expliquer le mécanisme de l'instrument, et ce serait trop long.
- Une autre preuve de l’infidélité du eonformateur c’est la fréquence extraordinaire qu’il attribue aux déformations crâniennes. Elles sont fréquentes il est vrai, et considérables quelquefois, mais pourtant l’humanité n’est pas affligée souvent des crânes biscornus que le eonformateur attribue à ceux qui se font coiffer de cet instrument.
- On raconte qu’une fantaisie du eonformateur attribua un jour au baron Dupin une tête en forme de semelle de soulier. La chose se divulga et attira à cet académicien quelques mauvaises plaisanteries.
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- 11 est remarquable que ces déformations imaginaires exagèrent presque toujours le côté gauche du crâne. Cela vient de ce qu’un chapelier qui n’est pas gaucher, a une tendance invincible à appuyer sur sa droite (c’est-à-dire sur le côté gauche du client qui est en face de lui) plus que sur sa gauche, l'n membre de la Société d'anthropologie a raconté à ce sujet l’anecdote suivante : Examinant, chez son chapelier, une série de cartons découpures, il remarqua qu’elles étaient déformées à droite (et non à gauche, comme d’habitude) et devina à ce signe que son chapelier était gaucher, ce qui était vrai; il parait même que tant de perspicacité jeta cet industriel dans un profond étonnement.
- Avant d’inventer le conformateur (instrument excellent en chapellerie, mais détestable en anthropologie), Allié avait construit le formion, aujourd’hui abandonné; cet instrument était médiocre et incommode, mais, au point de vue anthropologique, il était moins mauvais que le conformateur.
- Veuillez excuser cette lettre un peu longue et me croire votre bien dévoué
- Jacques Bertillon.
- Mon cher directeur,
- Je vous remercie de m’avoir communiqué la lettre de M. Bertillon. Elle intéressera, je n’en doute pas, nos lecteurs et complète très-savamment ce que j’ai dit. Je persiste à croire que l’examen d’une collection de contours d’un conformateur serait instructif, sinon pour les « anthropologistes, » du moins pour les voyageurs naturalistes. 11 est clair que cet instrument grossier ne peut prétendre à suppléer les nombreux crâniomètres de l’école; mais M. Bertillon ne conteste pas qu’il permette d’apprécier le rapport du diamètre transversal et antéro-postérieur, et c’est l’essentiel. Les lecteurs de La Nature, n'ignorent pas que les crâniologues exigent pour l’appréciation du crâne un très grand nombre de mensurations-
- J’en suis du reste pour ce que j’ai dit en terminant:
- « IN’insistons pas davantage pour ne pas paraître attribuer au moyen plus d’importance qu’il n’en a réellement. » Votre tout dévoué collaborateur
- Dr A. N,
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du 9 janvier 1880. — M. Würtz présente une note de M. Fr. Kuhl-mann sur un accident qui s’est produit dans un appareil de platine à concentrer l’acide sulfurique. (Voy. table des matières du précédent volume, de La Nature.)
- MM. Henninger et Fauvel ont fait réagir le chlore sur l’iode et le soufre en présence du tétrachlorure de carbone. Ils ont obtenu un corps très notable, en jolis cristaux orangés. La composition est exprimée par la formule S1CL7, qui correspond à une combinaison de tétrachlorure de soufre et de trichlorure d’iode. — M. Friedel présente une note de M. Ador qui, en faisant réagir le chlorure d’isophtalyte sur la benzine en présence du chlorure d’aluminium a obtenu une acétone double, l’isophalo-phénone.Ce corps est isomériqueavec le composé préparé par MM. Friedel et Crafts avec le chlorure dephtalyle et dont M. Baeyer a démontré la structure dissymétrique. — M. Jungtleisch communique à la Société un travail de M. Barbier, relatif à l’action de l’anhydride acétique sur
- quelques aldéhydes phénols. En faisant réagir l’anhydride acétique sur le salicylal au bain d’huile 180°, M. Barbier a obtenu de l’acétosalicylal bouillant ; 251-256°. Il a préparé de même l’aldéhyde acétyl-paroxybenzoïquc et deux aldéhydes oxtoluiques acétylées. — Dans cette réaction, le corps formé tout d’abord est le dérivé triacétique, qui se décompose en donnant à la distillation le dérivé monacé-tique (éther phénolique), ou par l’action de la potasse un dérivé diacétique (éther aldéhydique).
- Société géologique «le France. — Séance du 15 décembre 1879. — Présidence de il. Dacuréë. — M. F. Cuvier envoie une note sur l’érosion des roches par les cours d’eau. M. Zeiller présente à la Société quelques empreintes végétales provenant de gisements fossilifères découverts dans les grès permiens de la Corrèze par M. Mouret ingénieur des ponts et chaussées. M. Dollfus communique de nouvelles observations sur la stratigraphie détaillée de la partie moyenne des sables moyens parisiens. — M. Hollande envoie une note sur les terrains du ISivolet comparés à ceux du Mont de Lépine et du Mont du Chat (Savoie).
- Séance du 5 janvier 1880. — La Société a dans cette séance constitué de la manière suivante son bureau pour l’année 1880 : Président : M. de Lapparent. Vice-Présidents: MM. Fischer, Cotteau, Oustalet, Par-ran. Secrétaires : MM. Douvillé, Vasseur. Vice-Secrétaires : MM. Bertrand, Carez. Trésorier : M. Delaire. Archiviste : M. Danglure. Membre du Conseil : MM. Tour-nouër, Hébert, Gaudry, Brocchi, Delesse, Sauvage, de Boys, Chaper, Bioche, Daubrée, Vélain, Pomel.
- Séance du 20 janvier 1880. Présidence de M. de Lap-tarent. — M. Daubrée fait hommage à la Société de la deuxième partie de ses Études synthétiques de géologie expérimentale, consacrée à l’étude des phénomènes cosmologiques. — M. Hébert, chargé de l’organisation de la sous-commission française pour l'unification de la nomenclature géologique, soumet à la Société de la composition actuelle de cette sous-commission, dans laquelle ont bien voulu entrer MM. Delejse, Lory, de Rouville et Potier. — Le secrétaire donne lecture d’une note envoyée par M. Bleischer sur la découverte d’un horizon fossilifère à poissons, insectes et plantes dans le Tongrien de la Haute-Alsace. M. Oustalet rappelle que dans une note publiée en co laboration avec M. Sauvage sur les Schistes de Froide fontaine, il a déjà signalé la présence de poissons et de plantes dans le Congrès d’Alsace.
- L’EXPOSITION MVERSELLE DE 1878
- CAUSERIES SCIENTIFIQUES DE M. H. DE PARVILLE
- Les Causeries scientifiques de M. Henri de Par-ville jouissent à présent d’une réputation qui dispense d’en faire l’éloge. Pour une pareille publication, arriver à son dix-huitième volume c’est faire preuve en même temps d’une utilité sérieuse et d’une valeur réelle.
- Cependant,la livraison nouvel le présente des caractères trop spéciaux pour que nous ne la signalions pas expressément à nos lecteurs : elle est relative à 1878 et l’histoire scientifique de cette année mémorable se confond évidemment avec la description de
- 1 t vol. in-18. Paris, Rothschild, 1880.
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- LA NATURE.
- l’Exposition universelle. Or, l’auteur a su donner à cette description un cachet d’originalité qui résulte de la direction particulière de ses études ordinaires relatives dIus volontiers comme on sait à l’art des
- constructions, au génie civil et à la construction de ces étonnantes machines dont le travail emplissait de fracas une bonne partie de l’Exposition.
- Disons d’abord que 255 vignettes dont beaucoup,
- 2 5 5
- Vases de porcelaines de la manufacture de Sèvres.
- 1. Vase d’Entrecolle : style chinois. Porcelaine peinte au l'eu de moufle. — 2. Vase Gobert : pâtes d’application. — 3. Buire en éynail par Gobert. — Flore etPoraone. — b. Vase de Salamine : pâte colorée. — 5. Vase à fleur, par Gely.
- sont de véritables œuvres d’art, rendent plus clair encore le style précis deM.de Parville. On admirera surtout des reproductions de porcelaines et de tapisseries sorties des manufactures nationales et qui sont véritablement merveilleuses. Nous en publions ci-dessus quelques-unes des plus belles.
- Plusieurs chapitres concernent la description même de palais du Champ de Mars et du Trocadéro, avec une foule de vues, de coupes et de plans cotés qui perpétueront dans toutes les bibliothèques le souvenir de notre grande manifestation nationale.
- La revue des machines motrices, depuis la Cor-
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- LA NAT U RL.
- 1 il
- liss et la Compound jusqu’aux moteurs à gaz du plus petit modèle est faite avec un charme tout spécial. L’auteur y démontre, suivant ses propres expressions que « le présent appartient sans con-
- teste, pour les grandes et moyennes puissances, à la machine à vapeur et pour les petites forces aux moteurs à gaz. ))
- Nous signalerons spécialement l’étude relative
- Les Fruits.
- Le Vin.
- La Pèche.
- La Chasse.
- Tapisseries des Gobelins : Panneaux décoratifs du théâtre national de l’Opéra à Paris, par M. J. M a/.e roi le,
- en tapisserie de haute lisse.
- au pavillon de la Ville de Paris, l’une des parties , curieux s’y pressent, dit M. de Parviile, parce que les plus visitées de l’Exposition universelle. « Les | les spécimens parlent aux yeux; les modèles à
- Tapisserie de Beauvais en basse lisse. Dossier de canapé du meuble dit Don Quichotte, d’après Baptiste et Coypel.
- échelle réduite de nos monuments, attirent les regards; il n’est pas jusqu’aux enfants qui ne s’arrêtent ravis devant cette ville en miniature dont ils voudraient emporter un petit coin, ou metlre tout au moins une maison dans leur poche ; on en a vu
- ulus d’un pleurer parce qu’on ne lui donnait pas un arbre du boulevard des Italiens : « Oh, maman! « ce petit trottoir,cette petite lanterne, dis, donne-« moi la lanterne! » Les gardiens de M. Alphand sont obligés d’élever la voix ; autrement, à côté de
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- LA NATURE
- l'exposition de la Ville, nous pourrions bien avoir aussi une exposition de scènes parisiennes qu’il n’est pas besoin de placer sous les yeux des visiteurs. »
- Dans l’exposition des travaux publics, M. de Par-ville signale surtout les phares, et la monographie qu’il donne de ces appareils peut être considérée comme tout à fait complète.
- A propos de l’exposition des manufactures de l’Etat, nous avons des tableaux synoptiques relatifs à la consommation du tabac dont la vue donne lieu à bien des réflexions. En voyant une augmentation si énorme, on est tenLé de regretter avec l’auteur que la « Société française contre l’abus du tabac n’ait pas élevé un pavillon consacré à l’exposition des abus du Tabac. Elle eut été bien curieuse, l’exposition de la Société ; c’est une véritable lacune qui sera certainement comblée au prochain concours international. ».
- De même, et sans pousser plus loin cette analyse, nous dirons que l’exposition des moyens de transport, chemins de fer, omnibus et tramways, et même ballons, et que celle de la télégraphie électrique, fournissent à M. de Pareille la matière de notices à la fois attrayantes et savantes.
- A notre sens, l’ouvrage que nous annonçons mérite d’être cité comme un modèle de littérature scientifique, à la fois pleine d’intérêt pour le grand public, et rempli de détails techniques, que les hommes spéciaux seront heureux de trouver ainsi condensés sous un petit volume.
- Stanislas Meunier.
- L’EMBÂCLE DE LA LOIRE
- PRÈS DE SAUJIUR.
- Il \ a quelques semaines, la Loire était prise : une couche de glace unie et continue, épaisse de 50 à 40 cenlirnètres, permettait aux piétons et même aux attelages de passer sur le (leuve d’une rive à l’autre. La température s’est relevée ; les neiges qui couvraient toute la région se sont fondues, grossissant les ruisseaux et les rivières dont les eaux sont venues se déverser dans la Loire et soulever le couvercle de glace qui en comprimait le cours. Dans cet exhaussement produit par la crue, la surface solide s’est fracturée, désagrégée et la débâcle a commencé. D’énormes glaçons descendaient violemment le fleuve, s’entre-choquant, se brisant pour se rencontrer bientôt et se rejoindre , puis se morceler encore, quand, tout à coup, cette effrayante migration s’est heurtée, un peu en amont de Saumur, contre un barrage à la formation naturelle duquel ont concouru des cames mécaniques et physiques qui ne sont pas encore sûrement déterminées.
- Alors, elle s’est arretée ; mais la gigantesque colonne, longue de vingt, trente, quarante lieues, avançait toujours à la suite et serrait ses rangs qui
- formèrent vite une banquise compacte. L’eau gênée dans son lit obstrué et devant nécessairement s’é-pandre, franchit cette couche de glaçons pressés et immobiles et vint en superposer de nouvelles, en rejetant et abandonnant sur ses rives des blocs monstrueux. Puis, entraînés par dessous avec une vitesse vertigineuse et repoussés par la croûte, d'énormes morceaux se plantèrent dans le sable, complétant ainsi par le bas la muraille qui se fortifiait de minute en minute.
- Enfin, la crue prit fin et le niveau du courant s’abaissa de plus d’un mètre. Suspendue en l’air, la lourde masse de glaçons soudés et unifiés s’affaissa, sc brisa. L’écroulement des glaces et son agglomération nouvelle dans l’encaissement du fleuve, qu’il occupe presque tout entier, ont donné deux résultats, l’un pittoresque et l’autre terrible : le premier, c’est 1 inégalité et les aspérités grandioses de la banquise; le second, c’est la nécessité pour la Loire de chercher un nouveau lit, — qu’elle s’est formé au détriment du vallon qui la séparait des coteaux de la rive gauche.
- Tels sont les phénomènes extraordinaires et heureusement fort rares, qui ont produit Yembâcle célèbre qui-s’étend surtout de Villebernierà Gaure, sur une longueur de huit kilomètres et sur toute la largeur du fleuve. Il y a là vingt millions de mètres cubes déglacé (chaque mètre cube pèse 950 kilos), qui menacent gravement une partie de la ville de Saumur, les vallées que protège la levée et les ponts de la Loire.
- Nous donnerons dans notre prochaine livraison des documents complets sur ce phénomène contre lequel lutte aujourd’hui toute une armée de travailleurs, nous ajouterons que des faits semblables ont quelquefois été signalés par les géologues. Un engorgement de ce genre a eu lieu notamment dans la Yistule en janvier 1840 à 2 kilomètres environ au-dessus de la ville de Dantzick. La rivière arrêtée par des glaces empilées suivit un nouveau cours sur sa rive droite. En quelques jours, elle se creusa à travers des collines sablonneuses de 12 à 18 mètres de haut, un lit profond et large de plusieurs lieues de longueur.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Les Archives de 1 Académie des Sciences. —
- L’Académie des sciences, préoccupée de la reconstilution de ses Archives, vient de les installer dans un local spécial. Lundi 19 janvier elle a reçu de M. E. Bornet quelques pièces fort intércs antes qui lui avaient appartenu autrefois, et ses secrétaires perpétuels se sont empressés de lui offrir à ce sujet l’expression de leurs remerciements. De son côté, M. Étienne Charavay, l'habile expert en autographes, dont le nom a été souvent cité dans de pareilles occasions, avait déjà fait rentrer dans ce dépôt officiel nombre de lettres ou de mémoires originaux que des circonstances diverses en avaient éloignés. Ces exemples seront suivis sans doute et permettront de remplir les
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- LA NATUUE.
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- lacunes que présente encore une collection de documents relatifs ii l’histoire de la science1 qui embrasse plus de deux siècles et dont l’Académie des sciences a confié la reconstitution à M. E. Maindron, sous l’autorité de ses secrétaires perpétuels.
- Photographie des préparations mierogrn-phiques. — M. Regnard a récemment signalé un procédé nouveau qu'il a employé avec M. Favre pour reproduire par la photographie les préparations micro-graphiques. Dans les photographies obtenues par les procédés ordinaires le dessin est lion, noirâtre et repose cur un fond beaucoup trop brillant. C’est le eollodion qui donne ce mauvais aspect aux photographies micrographiques. Aussi M. Hegnard a-t-il échoué complètement toutes les fois qu’ila voulu se servir de eollodion dans ses essais-Mais il a réussi en remplaçant le eollodion par l'albumine de l’œuf qu’il étalait sur une plaque de verre avec une 5 tournetle.
- Utilisation du fumier comme source de calorique. — Le colonel d’un régiment de cavalerie a eu récemment une pensée très heureuse qui permet aux soldats de se procurer de l’eau chaude pour leurs ablutions réglementaires. 11 s’agit de l’utilisation de la chaleur produite par le fumier provenant des écuries du régiment. Cette chaleur, qui se perdait inutilement dans l’a;r, peut être employée très facilement : il 11’y a qu'à placer dans le fumier, des bombomies pleines d’eau, et, l’eau s’échauffera tout aussi bien que sur le meilleur fourneau. Voici, en quelques lignes, comment on procède. Les bom-bonnes sont placées les unes à côté des autres, et on les recouvre de tous les côtés d’une couche de fumier qui doit avoir environ 50 centimètres d’épaisseur; au bout de 48 heures, la chaleur du fumier a fait monter l’eau à 40 ou 45 degrés ; au bout de 4 jours, elle s’élève à 00 cl 05 degrés. Cette température peut se maintenir stationnaire pendant quinze à vingt jours. O11 conçoit facilement que cette méthode soit susceptible de généralisation.
- “ O ^>0-——
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 Janvier 1880. -- Présidence de M. Becqueuei,.
- Nature de la chlorophylle. —Beaucoup de recherches ont eu pour but de définir les organes des plantes où s’accomplit la décomposition de l’acide carbonique, et l’on admet généralement que c’est à la chlorophylle qu’incombe le rôle actif dans ce phénomène chimique M Pring-slieiin arrive à un résultat différent. Suivant lui, la chlorophylle se dédouble en deux substances fort distinctes l’une de l’autre et c’est l’un des produits de ce dédoublement Yhypochlorine qui agit sur l’acide carbonique. L’hy-pochlorine est d’ailleurs une matière délicate qu’un excès de lumière solaire ne tarderait pas à détruire; aussi l’autre élément de la chlorophylle a-t-il pour fonction d’attirer en lui-mème et de détourner paar conséquent de l’hypo-chlorine l’ardeur trop vive des radiations : il se consume et pendantcc temps son associée peut poursuivre l'accomplissement de sa tâche.
- Le phylloxéra et le froid. — Nous avons analysé l’autre jour un mémoire où, sous le titre de résistance des pucerons aux froids rigoureux, M. Lichtenstein fait connaître que les phylloxéras souterrains de la vigne 11’ont nullement souffert des basses températures de — 110 et — 12° qui ont été constatées à Montpellier en décembre dernier. Notre savant collaborateur M. Maurice Girard rappelle à cette occasion qu’il avait déjà annoncé cette résis-
- tance du phylloxéra : « En effet, dit-il, dans l’hiver 1875-76, j’ai constaté que des larves hibernantes du phylloxéra, fixées sur les racines, ont supporté pendant plusieurs jours l’action directe des températures de — 8° et — 10° obtenues par des mélanges réfrigérants; je tirais la conclusion, qu’en raison de la mauvaise conductibilité du sol et des expériences importantes de MM. Becquerel sur ce sujet, le phylloxéra souterrain n’avait rien à craindre du froid. Mes expériences sont exposées en détail dans mon travail Sur la maladie de la vigne dans les Cha-rentes, travail que l’Académie a bien voulu insérer dans ses Mémoires des savants étrangers pour 1876.
- Tératologie. — Poursuivant les importantes recherches dont il a tiré des résultats si imprévus, M. Camille Dareste étudie aujourd'hui cette catégorie de monstres désignés sous le nom A'orocéphaliens parce quechez eux les oreilles ont pris un développement démesuré. Sa conclusion confirme la notion déjà admise que cette anomalie tire sa cause de l’hypertrophie des deux premières fentes branchiales, et l’auteur s’est assuré de plus que cette hypertrophie dérive elle-même d’un arrêt de développement de la partie du tube médullaire destinée à devenir la moelle al'ongée.
- Nouveau condensateur voltaïque. — En voyant les effets si énergiques de la batterie secondaire deM. Gaston Planté, M. Darsonval, s’est proposé de construire un condensateur beaucoup plus puissant encore. On sait que les causes opposées à une charge illimitée de la batterie secondaire sont au nombre de deux principales : l’état gazeux du métal réduit, c’est-à-dire de l’hydrogène el la cessation de l’oxydation du plomb dès que la surface de la lame de plomb est entièrement recouverte d’une pellicule d’oxyde. On lève ce dernier obstacle en augmentant extrêmement la surface de la lame métallique ; quant à l’autre, l’auteur s’en tire également en substituant à l’hydrogène un métal soluble c’est-à-dire en remplaçant l’eau de la batterie par un sel de zinc.
- Température des eaux d'égout. -- Les ingénieurs de la Ville de Paris ont été très frappés de ce que par les plus grands froids récemment subis, les eaux d’égout sont toujours restées bien au-dessus du point de congélation. Tandis que toute la Seine était fortement prise comme on sait, la rive droite au-dessous du grand collecteur s’est maintenue parfaitement libre. Les irrigations de la presqu’île de (lennevilliers ont pu continuer à raison de 25 000 mètres cubes d’eaux d’égout par jour, et les cultivateurs ont trouvé dans leur emploi l’avantage imprévu d’une fonte immédiate des neiges.
- Injections intraveineuses d'eau. — On pourrait croire que l’introduction de l’eau dans la veine amènerait un effet diurétique. Des expériences récentes de MM. Moutard-Martin et Richet prouvent qu’il est loin d’en être ainsi. L’injection de 50 centimètres cubes d’eau dans les veines d’un chien diminue considérablement, au bout de cinq minutes, la quantité des urines. Plus on introduit d’eau et moins la sécrétion rénale est abondante : elle s’arrête complètement par un litre d’eau.
- Force du cœur. — D’après M. Marev la force de con traction du cœur varie d’une manière très notable suivant les circonstances. Le maximum de puissance correspond au maximum de plénitude de l’organe; la plus grande faiblesse avec sa pénurie de sang.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- LA LAMPE ÉLECTRIQUE D’EDISON1
- Nous publions aujourd’hui lout ce que nous avons pu recueillir au sujet de la nouvelle lampe Edison, mais nous commencerons par faire de strictes réserves sur la valeur et l’avenir de cette découverte.
- Les renseignements puisés aux sources 1* s plus nombreuses et les plus variées se ressemblent tous par leur ambiguïté et le manque de données scientifiques qui les caractérise.
- Nous avons lu un certain nombre de journaux américains, anglais et français, pour ou contre la nouvelle lampe, voici ce que nous avons pu savoir de plus précis.
- Après avoir essayé en vain de produire pratiquement la lumière par l’incandescence de fils de platine traversés par un courant, M. Edison s'est adressé au charbon, mais à un charbon spécialement préparé, et c’est cette préparation qui constitue le fond de l’invention. j
- La lampe de M. Edison représentée ci-contre | consiste en un charbon en forme de fer à cheval, ayant j 5 centimètres de longueur environ sur une largeur j de trois à quatre millimètres; il est placé dans un 1 ballon où l’on fait un vide presque absolu, la près j sion ne dépassant pas un millionième d'atmosphère, j et relié aux bornes qui lui amènent le courant par deux petits fils de platine qui viennent saisir chacune de ses extrémités. Ce charbon est préparé d’une façon spéciale : on le fabrique en découpant des petites feuilles de bristol en forme de fer à cheval; on place un certain nombre de ci s feuilles dans un moule en fer qu’on cbaulfe graduellement dans une mouftle en maintenant à la fin de l’opération une température très éleu’e pendant un certain temps. Les parties volatiles du papier disparaissent, et il reste dans le moule un petit fer à cheval de charbon de papier, assez fragile, mais qui, placé dans le ballon, où l’on a fait le vide peut rester d’après les affirmations de M. Edison, indéfiniment incandescent lorsqu’il est traversé par un courant électrique, sans se rompre ni se détériorer. Tel est le point délicat de la question. 11 y a quelques années M. Fontaine, en répétant les expériences d’incandescence du charbon dans le \ide, a bien obtenu des charbons fournissant de la lumière pendant cinq heures, mais au bout de ce temps il s’était produit une évaporation lente du chat bon, évaporation due à faction désagrégeante du courant ainsi qu’à la chaleur intense à laquelle il était soumis. Nous douions fort que la préparation du charbon de papier par le procédé Edison ail suffi pour lui permettre de résister à faction du coûtant
- 1 L’article que l’on va lire était déjà composé, lorsque nous avons eu connaissance d’une dépêche adressée au journal Iron, par laquelle on annonçait que M. Edison ayant reconnu que ses charbons étaient exposés à se briser (Viable to breake), avait arrêté la fabrication de ses lampes jusqu’à ce qu il ail découvert la cause de ce fait. Cette dépêche justitie pleinement nos réserves.
- électrique pendant 15 jours, jour et nuit, soit 3t>0 heures consécutives, comme l’affirme le correspondant de New-York du Times.
- En ajoutant que, avec un clievafvapeur de force dépensé sur la machine, on peut produire huit à dix lampes donnant chacune une lumière de 10 candies (1, 6 Carcel par lampe), on aura dit tout ce qu’on peut savoir jusqu’ici sur le nouveau système d’éclairage électrique d’Edison.
- Le générateur électrique, publié il y a déjà quel-
- F i çr. 2
- Nouvelle lampe électrique d’Edison.
- 1. Charbon de pipier eu 1er à cheval. — 2. Ensemble du système.
- ques mois, est une disposition tenant à la fois des macii.ues de Gramme et de Siemens ; il n’a aucune raison d’ètre meilleur ou plus mauvais que les excellentes machines dont il dérive.
- Quant à la disposition des lampes sur les circuits, à leur nombre sur chaque machine, à la distribution, à la régularis «tion des courants, aux compteurs, et autres dispositions qui constituent la partie vraiment intéressante de la question, il n’en est pas soufflé mot dans la plupart des comptes rendus faits de visu ; les descriptions données par le Neiv-York Herald et 1 eScientific American sont si vagues et si confuses que nous croyons inutile de les reproduire, désirant ne donner à nos lecteurs que des renseignements nets et précis.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdieu.
- 16 826.—Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Parie
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- N» 34 9
- 7 FÉVRIER 1 8 80.
- LA NATURE
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- LES LIONS DU JARDIN DES PLANTES
- De tous les animaux sauvages de l’Ancien Continent, le Lion est certainement l’un des plus connus. Depuis les temps les plus reculés il a été célébré
- par les poètes et il a servi de modèle aux peintres et aux sculpteurs. Après avoir paru jadis comme acteur dans les jeux sanglants du cirque, il monte encore parfois aujourd’hui sur la scène de nos théâtres et il fait l'ornement de toutes les ménageries. Si nous ajoutons que ce roi des animaux a
- Les deux lionceaux vivant actuellement au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. (D’après nature, par M. Freeraau.)
- inspiré à Buflon quelques-unes de ses pages, sinon les plus exactes, au moins les plus éloquentes, qu’il a été décrit et figuré dans une foule de traités populaires d’histoire naturelle, et qu’il a été observé à l’état sauvage, soit dans les déserts de l’Afrique australe, soit dans les montagnes de l’Atlas, par
- d’illustres voyageurs et des chasseurs intrépides tels que Livingstone, Delegorgue, Gordon Cuming, Jules Gérard, on verra que l’histoire de ce noble animal n’est plus à faire et qu’il est même bien difficile, à l’heure actuelle, d’y ajouter le moindre trait inédit. Dans ces derniers temps cependant quelques obser-
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- 8® année. — 1*’ semestre.
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- LA MATURE.
- valions intéressantes ont pu être laites sur des Lions vivant en captivité. En examinant comparativement les différents termes d’une nombreuse série de ces carnassiers placés côte à côte dans les cages d’un jardin zoologique, on a pu s’assurer, par exemple, que les Lions offraient, comme quelques voyageurs l’avaient, annoncé, certaines modifications dans le déveloüpe-ment de la région faciale, la longueur de la crinière, la couleur du pelage, et que ces modifications correspondaient souvent à des différences dans le lieu d’origine des individus ; mais on s’est assuré aussi que ces variations n’étaient pas assez considérables pour motiver la création de plusieurs espèces et qu’il y avait lieu tout au plus d’admettre l'existence d’une ou deux races locales du Felis Léo. On a vu encore que les jeunes Lions présentaient fréquemment quelques mouchetures peu distinctes sur la tète, ou sur le corps, parfois même des raies mal définies sur les flancs, et dénotaient par là les liens de parenté qui unissent le Lion avec le Tigre ou la Panthère. Enfin on a eu tout récemment une preuve nouvelle des sentiments d’affection que le Lion peut éprouver pour la race canine. Déjà au commencement de ce siècle, dans un livre intitulé l'Ami de la Nature, G. Toscan avait raconté comment un Lion parfaitement adulte de la ménagerie du Jardin des Plantes s’était pris d’une belle amitié pour un chien qu’on lui avait donné comme compagnon, et comment, à la mort de ce dernier, il tomba dans une profonde tristesse. Vainement on essaya d’apaiser sa douleur en lui présentant un autre chien, presque semblable au premier par la taille et la couleur; le lion ne s’y laissa point tromper, et sans pitié il égorgea l’intrus qui tentait de prendre la succession de son ami. Quelques années plus tard, Cuvier décrivit en ces.ternies l’attachement qu’une lionne du même établissement éprouvait pour un jeune chien : « Elle se « plaît à ses jeux, dit-il; elle s’amuse de ses caprices, « et sensible à ses caresses, attentive à ses besoins, « satisfaite quand elle le voit près d’elle, triste « lorsqu’on le lui ôte pendant quelques moments, « c’est bien plus au sentiment mutuel que les deux « prisonniers se sont inspiré qu’à sa douceur parti -« cuhère qu’elle doit la tranquillité avec laquelle « elle supporte la perte de son indépendance. »
- L’an dernier, le Muséum reçut, par l’entremise obligeante de MM. les officiers de la marine, un certain nombre de mammifères donnés par S. M. le roi de Grèce. Parmi ces animaux se trouvait une lionne âgée de huit à dix mois, qui fut appelée Gauloise, en l’honneur du navire qui l’avait amené. Cette lionne fut placée dans une des cages de la ménagerie, mais elle s’y tint couchée dans un état d’abattement qui inspirait des craintes pour sa santé. On résolut alors de renouveler l'expérience qui avait précédemment réussi, et on introduisit dans la cage une jeune chienne qui était destinée, la malheureuse, au laboratoire de physiologie. Tout d’abord les deux animaux s’observèrent mutuellement, la chienne regardant avec anxiété sa terrible compagne qui de
- son côté semblait se demander ce que signifiait cette invasion de son domicile. Mais sentant que c’était à elle de faire les premiers pas, par cc'a même qu’elle était la plus forte, la lionne essaya quelques agaceries, il est. vrai, tant soit peu brutales. La chienne y répondit, non saus une secrète terreur, et les jeux commencèrent. Mais souvent, sans le vouloir, la lionne envoyait un coup de patte trop brusque, ou mordait trop fortement. Que fit alors la chienne ? Elle usa de la ressource des faibles, elle geignit, et la lionne, honteuse du mal qu’elle avait fait, modéra désormais sa vivacité, et lit patte de velours. C’est le soir surtout, au moment de la distribution des vivres, que les deux amies prennent plaisir à se taquiner. La chienne montrant les dents cherche à empêcher la lionne de toucher à sa ration, mais la lionne s’empare aisément du morceau de viande qu’elle promène quelques instants dans sa gueule d’un air de triomphe, mais qu’elle finit par abandonner de nouveau, eu bonne princesse qu'elle est. Puis leur appétit satisfait, les deux compagnes prennent leur repos, la lionne servant d’oreiller à la chienne et lui donnant de temps en temps une légère caresse.
- La ménagerie du Jardin des Plantes possède encore cinq autres lions d’âges et de sexes divers. Parmi eux nous citerons d’abord un mâle et une femelle, trois adultes, qui ont appartenu à l’ancien Khédive et quiontété achetés par le Muséum d’histoire naturelle. Cesdeux individus nommés Brutus et Pauline, font un ménage modèle. Puis vient Eugénie, lionnedu Soudan, qui diffère de Pauline par son pelage clair, sa face courte et ses formes trapues, et qui s’en distingue aussi, nous avons le regret de le constater, par son caractère éminemment, grincheux et inégal. Enfin il y a deux petits lionceaux dont nous mettons le portrait sous les yeux de nos lecteurs et qui sont d’une douceur et d’une gentillesse extrême. Par leur tête ronde, leur corps souple et leurs mouvements gracieux, ils ressemblent tout à fait à de jeunes chats.
- E. OüSTALET.
- LA PRODUCTION DE L’ÉLECTRICITÉ.
- Nous empruntons les quelques documents qui suivent à la deuxième édition de l’excellent ouvrage de notre collaborateur M. À. Niaudet, Traité élémentaire de la pile électrique1.
- 1 La première édition de cet ouvrage s’est épuisée en moins de deux ans. Comme il n’en a pas été rendu compte à nos lecteurs, nous pensons qu’ils accueilleront avec plaisir quelques extraits que nous faisons à la deuxième édition. La première partie de l’ouvrage e-t consacrée aux piles à un seul liquide dont Yolta avait fourni le type en 1801. La seconde, contient la description des piles à deux liquides dont Üaniella imaginé la première et la plus parfaite, et dont Crove a donné un autre type presqu'aussi parfait que le précédent. Dans la troisième partie, se trouvent réunies des piles qui ne rentrent pas dans les cadres simples dont nous venons de parler, et qui sont plu-
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- LA NATURE.
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- Voila avait reconnu la supériorité du zinc sur tous les autres métaux usuels connus de son temps; l'aluminium découvert dans ces dernières années, et dont les affinités énergiques pouvaient faire songer à l’employer dans les piles, s’est montré moins avantageux que le zinc, dans l’acide sulfurique, dans l’acide chlorhydrique et dans tous les liquides qu’on a essayés. Par conséquent on ne doit pas s’étonner que dans toutes les piles en si grand nombre qui ont été proposées, le zinc s’impose toujours comme électrode positive.
- Ainsi chaque équivalent d’électricité couteau minimum un équivalent de zinc plus un équivalent d'une ou plusieurs autres substances.
- Telle est la cause du prix élevé de l’électricité et on peut se demander s’il ne serait pas possible d’utiliser la combustion du charbon, qui donne la chaleur dans nos foyers, à la production des courants électriques.
- Dès à présent, comme on sait, les machines magnéto-électriques à courant continu, dont la machine Gramme es! le type le plus •connu, présentent une solution de ce problème; en effet, quand une machine Gramme est mise en mouvement par un moteur à vapeur, on doit voir, dans cetensemble d’appareils, une Iran?formation en électricité de la chaleur produite par la combustion du charbon dans le foyer du moteur. C’est là une solution indirecte puisque la chaleur est d’abord transformée en force motrice et ensuite la force en électricité; mais c’est une solution très bonne et dès aujourd’hui consacrée par la pratique.
- Si l’électricité produite par les machines Gramme coûte peu, c’est qu’elle est produite par la combustion de la houille qui est jusqu’ici la source la plus avantageuse d’énergie : énergie qui peut se présenter sous forme de chaleur, d’énergie chimique, de mouvement et enfin d'électricité et qui peut être transformée dans l’une ou l’autre de ces quatre manifestations.
- Il est possible, d’ailleurs, que par la suite, on arrive à transformer directement en électricité la chaleur dégagée par la combustion du charbon.
- Al. Becquerel a même réalisé à titre d’expérience un couple voltaïque dans lequel le charbon est l’élément consommé.
- « Si l’on fixe, dit-il, à l’une des extrémités du fil d’un galvanomètre, un creuset de platine rempli de nitrate ou de chlorate de potasse fondu et que l’on attache à l’autre extrémité un morceau de charbon de cornue dont le bout ait été préalablement porté au rouge; en plongeant ce charbon incandescent dans le sel en fusion, on a un courant énergique dans un sens tel que le charbon est négatif et le nitrate de potasse positif. Cet effet est dû à la combustion vive du charbon aux dépens de l’oxygène du bain en fusion. »
- En d’autres termes le charbon joue ici le rôle du zinc, le rôle d’électrode positive et se présente comme pôle négatif de cet élément.
- La même expérience a été faite par M. Jablocbkofj qui ne connaissait pas le passage que nous venons de rapporter.
- Il faisait fondre du nitrate de soude dans une petite marmite de fonte de fer; le charbon plongé dans cette liqueur se consumait aux dépens de l'oxygène du nitrate ; la fonte restait inattaquée. Au moyen d’un galvanomètre, il put reconnaître que le charbon jouait le rôle d’électrode
- tôt des jalons posés en avant que des repères déjà connus et reliés à l’ensemble de la science. C'est à cette série que nous emprunterons ce que nous publions.
- positive ou soluble ou génératrice, et la fonte de fer celui d’electrode conductrice ou négative (pôle positif).
- Il y a là un phénomène curieux d'inversion; si, en effet, au heu de nitrate fondu en fusion ignée, on employait du nitrate dissous dans l’eau à la température ordinaire, les mêmes électrodes, joueraient des rôles opposés, le fer serait attaqué et serait l’électrode génératrice tandis que le charbon serait, comme dans toutes les piles ou nous l’avons vu employé, l’électrode conductrice. Nous ne connaissons pas d’autre exemple de cette inversion ; mais il parait certain qu’on en découvrira beaucoup d’autres et cette particularité devra trouver son explication dans une théorie chimique complète des couples voltaïques.
- BIBLIOGRAPHIE
- Promenade dans l'Inde el à Ceylan, par E. Cottkau,
- 1 vol in-18. Paris, E. Plon et C\ 1880. Prix, 5 francs.
- Les Orchidées. Histoire iconographique, par E. de Puydt, 1 grand vol. in-8°, avec ‘244 vignettes et 50 chromo-lithographies. Paris, J. Rothschild, 1880. Prix, 5 fr.
- L'Homme et les Sociétés. Leurs origines et leur histoire. Première partie. Développement physique et intellectuel de l’homme. 1 vol. in-8° avec 87 gravures. Paris, J. Rothschild, 1880. Prix, 8 fr.
- Chimie et géologie agricoles, d’après Johnston et Cu-rneron, par Stanislas AIeunier, 1 vol. in-18 avec 200 gravures. Paris, J. Rothschild, 1880.
- Le reboisement par les essences résineuses. Mise en valeur des sols pauvres, par A. Fillon, 2e édition. 1 vol. in-18. Paris, J. Rothschild, 1880.
- Noie sur la tache rouge observée sur la planète Jupiter pendant les oppositions de 1878 et de 1879,' par
- L. Neisten. 1 broch. in-8°, Bruxelles, F. Rayez, 1879.
- Tables of Metric measures and their english équivalents by, G.-M. Borns. 1 vol. in-8°, London, Ch. Gilbert, 1879.
- LE PRAXINOSCOPE-THÊATRE
- Dans notre livraison du 1er février 1879, nous avons donné la description d’un appareil produisant l’illusion du mouvement. Il s’agit du prcixinoscope, inventé par M. Reynaud et qui nous a paru présenter une curieuse application d'une disposition optique très ingénieuse.
- Le succès qui a accueilli cet intéressant jouet scientifique, nous engage à signaler aujourd’hui à nos lecteurs une addition au modèle déjà décrit.
- Les appareils qui produisent l’illusion du mouvement à l’aide (le figures répétées dans des attitudes diverses, ne donnaient jusqu’à présent que de simples images animées, auxquelles manquait le relief sur le fond, qui restait toujours un simple papier blanc.
- Dans le praxinoscope-tkéâtre, au contraire,
- M. Reynaud a réussi à produire de véritables tableaux avec décors comme sur une petite scène lilliputienne, au milieu de laquelle se détache avec un relief saisissant le sujet animé,
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- LA NATURE.
- Pour parvenir à ce résultat, l’inventeur commence par silhouetter entièrement en noir chacune des poses différentes dont l’ensemble doit former un sujet qui s’animera par la rotation imprimée au praxinoscope.
- Puis, pour obtenir le décor, il projette sur le fond noir ainsi produit l’image d’un dessin colorié approprié, à l’aide d’une glace sans tain. On connaît la propriété d’un verre ou d’une glace transparente de donner par réflexion une image des objets situés en deçà et de laisser voir en même temps les objets situés au delà. On se rappelle les applications que cet effet d’optique a reçues dans les théâtres et
- dans les cours de physique sous le nom de spectres impalpables.
- C’est aussi par réflexion sur une mince glace non étamée que M. Reynaud obtient l’image du décor dans le praxinoscope-théâtre.
- En réalité, le décor est placé dans le couvercle qui, retenu verticalement par un crochet, forme la paroi antérieure de l’appareil (Voir la figure ci-dessous).
- A cette paroi est aussi pratiquée une ouverture rectangulaire par laquelle le spectateur (regardant des deux yeux à la fois)aperçoit en même temps, et l’image animée du praxinoscope et l’image immo-
- Ltj nouveau Praxinoscope-Théâtre de M. Reynaud
- bile du décor se réfléchissant sur la glace sans tain.
- L’inclinaison de celle-ci et sa distance au décor sont telles que cette image est reportée en arrière du sujet animé, lequel, par suite, apparaît avec un relief réel sur le décor. La vision se faisant des deux yeux, rend ce relief très sensible.
- On comprend que pour changer le décor il suffit de placer successivement dans une coulisse et sur une petite planchette ad hoc, les chromos représentant des paysages, des monuments, l’intérieur d’un cirque, etc. Il est alors facile de choisir un cadre convenable pour chacun des différents objets animés placés dans le praxinoscope.
- Par cette heureuse et toute nouvelle combinaison optique, le mécanisme de l’appareil disparaît aux yeux pour ne laisser visible que l’effet produit de personnages animés, exécutant leurs mouvements.
- prenant leurs ébats au milieu d’un décor changeant à volonté.
- Le praxinoscope-théâtre fonctionne aussi bien le soir que le jour. Le jour, il suffit de placer l’appareil devant une fenêtre bien éclairée; le soir, on obtiendra les mêmes effets, avec plus d’éclat peut-être encore, en plaçant simplement sur le bougeoir du praxinoscope une bougie munie d’un petit réflecteur argenté et d’un abat-jour.
- L’illusion produite par ce jouet scientifique est très complète et très curieuse ; on ne saurait trop féliciter M. Reynaud de si bien appliquer ses connaissances de la physique, à la confection d’un instrument qui est tout à la fois un appareil d’optique et un charmant objet de divertissement.
- Gaston Tissandier.
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- IA PRODUCTION DU BLÉ
- AUX ÉTATS-UNIS.
- En 1863, les Etats-Unis ont produit un peu plus de 60 millions d’hectolitres de froment, en 1879, la récolte s’élève à 161 millions, elle a presque triplé; en 1863 la surface consacrée à la culture du froment était de 5 millions et demi d’hectares, en 1878 elle s’étendait sur 14 millions environ; ces chiffres indiquent immédiatement l’importance que présente pour l’alimentation et pour la culture
- européenne cette production exubérante, et il nous a paru intéressant de rechercher quelle marche elle a suivi, comment elle est obtenue, et quelles conséquences elle peut avoir sur notre agriculture française.
- Nous avons représenté par la courbe ci-jointe l’étendue de la surface consacrée chaque année à la culture du blé, elle est indiquée par la ligne pleine, l’unité employée est le million d’hectares.
- La récolte est exprimée en millions d’hectolitres, sa marche est tracée en ligne pointillée, les chiffres placés à gauche du tableau indiquent des hectares,
- Hectares ensemencés Hectolitres récoltés
- NOMBRE D'HECTARES CONSACRES A LA CULTURE DU BLÉ AUX ÉTATS-UNIS.
- En millions d'hectares _____ Nombre d’hectolitres récoltés ert millions d'hectolitres
- Diagramme de la culture du blé aux États-Unis de 1865 à 1879.
- ceux de droite des hectolitres, ils diffèrent l’un de l’autre de dix unités, de telle sorte que si le rendement à l’hectare est de 10 hectolitres, comme cela est arrivé pour l’année 1872, les deux lignes coïncident.
- Pendant la guerre de la sécession, le nombre d’hectares ensemencés en froment reste à peu près constant entre 5 millions et demi et 6 millions. Mais dès 1866, la culture s’étend sur 7 millions d’hectares, elle monte à 8 millions en 1867, puis reste presque stationnaire jusqu’en 1870; à cette époque la marche ascendante s’accuse et elle continue régulièrement jusqu’en 1876 où elle atteint 12 millions d’hectares, elle reste au même chiffre en 1877, mais en 1878 elle poursuit sa marche rapide, elle atteint 14 millions d’hectares; nous n’avons pas le chiffre de 1879, si on en juge par le produit ob-
- tenu, il doit être compris entre 15 ou 16 millions d’hectares.
- Quant à la récolte, elle s’élève au-dessus de la ligne des hectares, ou s’abaisse au-dessous, montrant l’influence décisive des saisons et présentant des fluctuations considérables: en 1869 elle atteint 90 millions d’hectolitres, le chiffre habituel de la France, puis en 1870 elle recule à 80 millions, y reste en 1871, monte à 110 millions d’hectolitres en 1874, redescend à 105 millions en 1875 et 1876 puis atteint 120 millions en 1877, 151 en 1878, 161 enfin en 1879.
- Il suffit de comparer la ligne pointillée des récoltes à la ligne pleine des surfaces pour reconnaître que le rendement à l’hectare est peu élevé, il oscille constamment autour de 10 hectolitres
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- restant très au-dessous pendant les mauvaises années comme 1866 et 1876, le dépassant parfois sensiblement (1869, 1874).
- Ce rendement est, comme on le voit, très inférieur à la moyenne de la France qui est de 14 hectolitres à l’hectare, très inférieur surtout aux rendements de notre région du Nord, qui dépasse 20 hectolitres.
- Il n’est pas extraordinaire qu’il en soit ainsi, car très souvent dans les grandes fermes du Far West la culture du froment a lieu d’une façon continue et sans apport d’engrais, elle se trouve donc dans les conditions les plus mauvaises pour obtenir des rendements considérables ; ce mode de culture es*-même si éloigné de notre méthode européenne, qu’on serait au premier abord porté à nier la possibilité de continuer longtemps une culture si peu rationnelle,si on n’avait présent à l’esprit les résultats si curieux obtenus à Rothamsted par MM. Lavves et Gilbert et qu'on ne saurait révoquer en doute puisque notre champ d’expériences de Grignon commence à fournir un nouvel exemple.
- On sait que les deux célèbres agronomes anglais ont poursuivi sur ce beau domaine une série d’études expérimentales du plus haut intérêt ; ils ont continué notamment sur le même sol la culture du blé depuis trente-six ans ; quelques-unes des parcelles ont reçu du fumier de ferme, d’autres des engrais chimiques convenablement choisis, les rendements à peu près égaux dans les deux cas oscillent autour de 50 hectolitres, mais ils ont aussi cultivé une parcelle sans engrais pendant cette longue suite d’années et, en 4874, au moment où j’ai visité Rothamsted, le rendement de cette parcelle, qui avait déjà donné trente récoltes de blé sans avoir rien reçu, atteignait encore 14 hectolitres F
- Il est donc bien évident qu’une terre vierge comme celle des grandes prairies de l’Ouest pourra fournir des récoltes de froment faibles sans doute, mais rémunératrices cependant pendant bien des années, sans que la culture devienne impossible par suite de l’épuisement du sol.
- Les étendues dont on dispose sont telles, qu’on conçoit très bien qu’on préfère employer tous les capitaux disponibles à créer l’outillage nécessaire à la culture, plutôt qu’à des achats d’engrais. 11 existe notamment, près du chemin de fer du Pacifique, une ferme en plein rapport qui a 55 000 hectares de superficie; toute la machinerie y est tiès perfectionnée, elle est pourvue de charrues, de rouleaux, de herses, de semoirs, de machines à moissonner et à battre, mais ou n’y fait aucune dépense d’engrais et on réussit à y produire l’hectolitre de froment à des prix variant de 5 à 7 francs.
- Le ferm er estime qu’il conservera à son sol toute sa fertilité en intercalant tous les quatre ou cinq
- 1 En 1879, la récolte est tombée par suite de conditions climatériques déplorables à 4 hectolitres environ. J’ai donné dans le fascicule de décembre 1879 des Annales Agronomiques une traduction de la note de Jf. Lawes sur la récolte du lié à Rothamsted en 1879 comparée à celle des années précédentes.
- ans au milieu de la culture continue du froment, une culture de trèfle destinée à être enfouie en vert ; quoiqu’il en soit, il est certain d’avoir des récoltes pendant assez longue suite d’années, car il est entouré de cultivateurs qui font du blé d’une façon continue depuis plus de vingt ans, sans que les rendements aient encore baissés. Les prairies désertes qui s’étendent vers l’ouest des Etats-Unis, sont susceptibles d’être utilisées à cette culture des céréales, aussitôt qu’elles se trouvent à proximité du chemin de ter qui leur permet d’écouler leurs produits jusqu’aux grands lacs, ou même jusqu’à l’Océan, les distances possibles à faire franchir étant d’autant plus grandes que le prix de production est plus faible. 11 est clair, en elfet, que s’il est possible de faire du blé à 5 francs l’hectolitre, et qu’en Europe le prix du froment soit de 20 francs, on se trouvera avoir un écart de 15 francs par hectolitre, qui comprendra le bénéfice et les frais de transport, ceux-ci pourront donc être d’autant plus élevés, en d’autres termes, le froment pourra être amené d’autant plus loin qu’il sera produit à un prix plus bas à son point de départ et qu’il aura une valeur plus grande à son point d’arrivée.
- 11 reste cependant un point important à élucider, c’est de déterminer la quantité de froment disponible pour l’exportation, car si la population des Etats-Unis consommait habituellement ce qu’elle produit, l’étude à laquelle nous nous livrons actuellement n’aurait qu’un intérêt de curiosité, mais elle ne toucherait pas directement à nos intérêts.
- En France, nous consommons environ 84 millions d’hectolitres de froment1, notre population étant d’environ 57 millions, on voit que chaque personne consomme 84/57=2 hect. 2. Si on appliquait ce mode de calcul aux États-Unis, on en devrait conclure qu’il reste peu de blé destiné à l’exportation; en effet, la population est vraisemblablement de 50 millions d’habitants2, la production étant de 160 millions d’hectolitres on aurait 160/50=5 hectolitres, chiffre peu différent de celui qui représente la consommation française; car aux 2.2 de Iroment que consomme chaque habitant, vient se joindre une certaine quantité de grains inférieurs. Mais ce raisonnement serait tout à fait inexact; en elfet les usages des divers peup'es sont loin d’être semblables, c’est ainsi que les Russes qui exportent 20 millions d’hectolitres de froment tous les ans, n en produisent guère que 80 ; près de 20 millions sont destinés aux semailles ou employés dans diverses industries, et on ne peut évaluer à plus de 40 millions la quantité consommée 3; la population étant de 71 millions, il ne reste guère plus d’un demi-hectolitre de froment par habitant; les Russes ne peuvent fournir du blé à l’exportation que parce qu’ds consomment surtout du seigle, s’ils avaient l’habitude du pain
- 1. Voyez Annales Agronomiques, toine II, p. 542, un travail de M. Dubost sur la produc.ion agricole de la I rance.
- 2. Voyez La Nature, n°538 du 22 novembre 1879. p. o92.
- 5. Voyez Annales Agronomiques, toine p-IV, 591), 1878
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- de froment comme nous l’avons en France, au lieu d’être exportateurs de blé, ils seraient obligés au contraire de devenir importateurs.
- Aux États-Unis, on produit non seulement beaucoup de blé, comme nous l’avons vu, on produit énormément de maïs; en effet, en 1878, la production s’est élevée à près de 500 millions d’hectolitres, on avait consacré à cette, culture 25 millions d’hectares; on conçoit qu’avec une si énorme production de maïs chaque habitant ne puisse consommer les o hectolitres de froment qui lui reviennent et qu’il reste une quantité considérable de froment disponible pour l'exportation : on estime en effet que pendant ces dernières années les Etats-Unis ont envoyé en Europe environ le quart des quantités qu’ils ont récolté, pour 1878 la proportion doit être encore plus élevée, et 50 millions d’hectolitres sont arrivés sur les marchés faire concurrence aux produits nationaux. Nous avons au reste une autre méthode à employer pour calculer les quantités de blé disponibles pour l’exportation, c’est de comparer les quantités produites et les prix atteints pendant les années pour lesquelles nous avons des renseignements précis; quand les États-Unis ne produisent que 70 millions d’hectolitres de froment, et que le maïs ne monte pas à 500 millions comme en 1866, le blé atteint le prix excessif de 57 francs l’hectolitre, cette production est donc manifestement insuffisante; pendant les cinq années qui précèdent 1878,1e froment s’est, maintenu autour de 20 francs l’hectolitre, or la récolte pendant ces années est comprise entre 100 et 120 millions d’hectolitres et celle du maïs dépasse 400 millions ; pendant ces années enfin l’exportation enlève du cinquième au quart de la récolte, par conséquent elle est d’environ 22 millions d’hectolitres, si nous retranchons ces 22 millions des 110 qui représentent la production, nous trouvons que la consommation exige environ 90 millions d’hectolitres, ce qui se produit en plus pourra être considéré comme disponible. On voit que si la culture continue à s’étendre elle pourra jeter sur le marché des quantités énormes. Il serait téméraire cependant d’affirmer que la production suivra la marche rapide qu’indique la courbe précédente, eu effet, en 1878, le prix de l’hectolitre de froment est tombé à 15 francs 80 ; or si les fermiers du Far West peuvent encore trouver quelques bénéfices en vendant le blé à ce prix très bas, il est bien probable que les cullivaleurs des bords de l'Atlantique qui n’ont plus de terres à défricher et qui sont forcément conduits à faire quelques dépenses d'engrais ne pourront pas continuer à produire dans ces conditions ruineuses, et s’ils cessent d’apporter leur contingent à la production totale, celle-ci se trouvera nécessairement diminuée dans une forte proportion, au moins pendant quelque temps, jusqu’à ce que de nombreuses ligues de chemins de fer venant s’embrancher sur le grand Pacifique permettent la culture des immenses plaines encore désertes qui couvrent l’ouest des Etats-Unis.
- Quoiqu’il en soit, il est certain que le marché européen devra compter désormais avec la production exubérante des États-Unis. Quelle influence aura-t-elle sur notre culture européenne? C’est ce que nous essayerons d’indiquer dans un second article.
- P. P. Dehéralv,
- Professeur administrateur au Muséum d’IIistoire Naturelle.
- L’EMBACLE DE LA LOIRE
- PRÈS DE SAUMUR.
- (Suite. Voy. p. 142).
- Les causes qui, suppose-t-on, ont occasionné les phénomènes si extraordinaires qui se sont produits en amont de Saumur, restent encore sans explications bien définies. Dès hypothèses nombreuses et diverses sont données chaque jour sans que l’on puisse néanmoins arriver à une solution précise d, la question. Ce n’est donc que sous toute réserve, que je vous soumets une théorie que je crois être la plus voisine de la vérité.
- La formation de la banquise peut prendre naissance, soit dans une cause mécanique, soit dans une cause physique. La première de ces causes est évidemment la plus aride, car personne à l’heure de la débâcle n’a pu se trouver sur les lieux et en examiner point par point tous les détails.
- Supposons un bloc de glace arrêté sur la rive par un obstacle. Arrive un second bloc animé d'une certaine vitesse. 11 rencontrera alors le premier, le détachera, le poussera en le faisant tourner sur lui-même. (Ce mouvement de rotation existe forcément car ce n’est en général que par des parties anguleuses que les glaçons se rencontrent.) Il se forme par suite des remous dans tout le parcours de ces deux glaçons. Dans ce mouvement de rotation, les deux blocs ont pu en entraîner d’autres et imprimer à ces glaçons, qu’ils ont rencontré sur leur passage, le même mouvement. Survient un deuxième obstacle. La masse s’arrête alors et deux cas se présentent : ou les nouveaux blocs qui se jettent sur la masse l’entraîneront et le mouvement précédent se reproduira, ou la seconde masse ne sera pas assez forte pour pousser la partie en repos, et alors en raison de la vitesse qu’elle possède, elle glissera en-dessus ou en-dessous. Dans cette dernière hypothèse, le bloc peut alors rencontrer un banc de sable et s'y fixer. Ce que je dis pour un glaçon se répète pour des milliers de glaçons. C’est le spectacle que nous avons eu en amont de Saumur.
- Cette théorie de remous et de l'entraînement des glaçons par les remous qui peut paraître assez épineuse, permet seule, selon mon appréciation du moins, d’expliquer certaines dispositions assez étranges des glaces. 11 existe des blocs de glace très réguliers comme surface, aussi planes que du verre» et qui présentent des dimensions considérables; or, la formation peut très bien s’expliquer par ma théorie.
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- Le bloc principal qui tourne et qui forme des remous dans son mouvement de rotation, entraîne avec lui les blocs de plus petites dimensions. Ceux-ci par suite du phénomène physique que j’énoncerai plus loin, parviennent à se souder et forment ainsi ces immenses tables que l’on rencontre dans bien des endroits. Pourquoi ces blocs qui semblent fixement plantés et qui pourtant s’inclinent tantôt à
- droite, tantôt à gauche? Le principe des remous vient ici expliquer cette disposition.
- La seconde cause mécanique s’explique tout naturellement par les obstacles que peuvent rencontrer les glaces charriées.
- Evidemment, le principal de tous ces obstacles n’est autre que les bancs de sables et les hauts fonds du lit qui le produisent. C’est là, évidemment, la
- Fig. i. Carte de l’embâcle de la Loire à Villebernier et à Souzay, montrant le chenal exécuté par les pontonniers, les points menacés par le courant naturel, etc. (D'après les documents communiqués par M. A. Deroy.)
- cause prépondérante et que tout le monde est d’accord à admettre.
- La cause physique qui a contribué à la formation de la banquise provient de l’abaissement de la température, de l’air et de l’eau. La débâcle s’est produite la nuit. A ce moment la température avait considérablement baissé. Il est évident que cette masse de glace charriée par les eaux, et fondant en
- partie en avait diminué le degré. Cet abaissement de température général a donc permis aux glaçons de se souder entre eux et alors, cette première muraille étant formée, on s’explique cet amas de glace.
- J’ajoute que l’île de Souzay, située au milieu de l’embâcle, n’a pas été sans largement contribuer à la formation de l’embâcle.
- La banquise, tout d’abord, portait à peu près au
- Fig. 2. L'embâcle rie la Loire à l’île Souzay. Coupe schématique montrant l’envahissement de l’ile et des rives par les glaçons, le chenal ouvert par la dynamite, le niveau des premiers jours d’embâcle, etc. (Dressée sur place par M. E. Férat.)
- droit de l’hospice de Notre-Dame et se prolongeait jusqu’à 200 mètres environ au delà de Gaure. La longueur de cette banquise était de 7 kilomètres. (Voir la carte ci-dessus). On peut dire que l’épaisseur moyenne de cette banquise varie de 5 à 4 mètres, et, dans certains endroits, il existe des amoncellements qui atteignent jusqu’à 5 mètres de hauteur. Ce monolite de glace est formé par l’enchevêtrement de glaçons dont l’épaisseur varie de 50 à 40 centimètres. L’eau, au début, passait sur les chantiers rive gauche, et le long de la route de Limoges.
- J’ai pu me rendre compte en traversant les glaces
- que la Loire coulait également sous les glaçons. Des excavations ou des lacs qui existent en certains endroits m’ont permis de justifier ce fait.
- Jusqu’à ce jour MM. les ingénieurs se sont occupés de percer un chenal dans le bras gauche de l’ile Souzay en utilisant pour ce travail un chenal naturel qui s’était formé sur les chantiers. À l’heure actuelle le chenal est complètement percé. Et l’on s’occupe maintenant de son élargissement, de façon à faire reprendre à la Loire son lit naturel. Depuis Souzay jusqu’à 1500 mètres en aval, le chenal est fait en plein lit. (Fig. 1 et 2.)
- On poursuit ce chenal vers Montsoreau. On attaque
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- également, en face de Notre-Dame et Beaulieu, et sur les chantiers, un chenal venant se jeler dans celui qui existe déjà. Le chenal de la rive gauche
- terminé on s’occupera de faire le même travail dans le bras droit.
- J’arrive maintenant aux travaux de défense en
- cours d’exécution pour la préservation de l’île Offard en abattis d’arbres que l’on dispose en lorme de ou quartier des ponts. Le système employé consiste chevaux de frise. Il est bon de faire remarquer que
- Fig. 4. Le sciage de la glace. Méthode employée pour le dégagement^’un navire opéré sous les ordres
- de M. l’amiral Pânsen 1853.
- ces ouvrages sont faits uniquement pour détourner les glaces etnon pour préserver les habitations contre les inondations, car File Offard est entièrement
- submersible. On établit des sortes de digues, uniquement formées de tètes d’arbres, qui sont amenées de l’ile Milocheau. Ces têtes sont entrelacées et
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- maintenues à l’aide de forts piquetse nfoncés en terre. On se sert également des arbres qui existent aux abords pour consolider celte muraille en bois. Pour se faire une idée de ce système employé, on peut se figurer une corde de bois rangée, de grande dimension.
- Supposons qu’une débâcle arrive, les glaçons se jettent contre les défenses, lesquelles, si elles ne peuvent arrêter complètement leur mouvement, en diminuent au moins de beaucoup la vitesse. Le courant tend à corroder la rive gauche de l’île. Le sera donc de ce côté que devront se diriger et se concentrer tous les efforts. Tous les arbres qui se trouvent eu amont de ces ouvrages seront alors maintenus plus fort que jamais, ces plantations pouvant protéger les murailles contre les glaces. Mais pour la protection des ponts de Saumur, l’embarras est plus grand. Le seul moyen d’éviter un enlèvement ou un renversement serait de faire sauter plusieurs arches, ou aurait ainsi diminué la vitesse du courant.
- Pour Yillebernier et la Vallée tout le système de protection repose sur la solidité des levées. Aussi a-t-on jugé nécessaire d’écrêter la glace le long des talus afin de pouvoir surveiller ces levées d’une manière plus facile. A ce propos j’appellerai l’attention des personnes qui plus empressées de juger que de comprendre, n’ont pas hésité, sur ce point, à critiquer le travail des ingénieurs. Je reviens donc sur la constitution des glaçons dans le bras majeur entre Souzay et Gaure, où se remarque un enchevê trement tout particulier de ces mêmes glaçons. Ces monceaux semblent entrer les uns dans les autres et forment coin. Il n’y a qu’à traverser la Loire au droit de Gaure pour se rendre compte du phénomène. Je crois qu’il est inutile d’entrer dans de plus amples détails pour que l’on puisse comprendre maintenant la raison qui faisait dégager les digues.
- En résumé, tout repose sur une question de crue, et pour le moment, rien ne fait supposer une perturbation dans l’état actuel, les eaux continuant à baisser aussi bien en amont qu’en aval de l’embâcle.
- A’..., Ingénieur en service extraordinaire au glacier de Saumur.
- LE SCIAGE DES GLACES
- Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences, M. J. B. Dumas a donné lecture d’une lettre, où l’auteur proposait pour éviter les désastres de l’embâcle de la Loire, de scier par morceaux la banquise qui couvre le fleuve aux environs de Saumur.
- L’éminent secrétaire perpétuel a fait remarquer à cetle occasion qu’un moyen semblable avait été employé en 1855 par l’expédition dont faisait partie li. l’amiral Paris, pour dégager des glaces les navires qui y étaient emprisonnés J.
- 1 Au commencement de cersiècle, l’ingénieur Vcnatz, a sauvé la ville de Wiège dans le Valais, en sciant une immense banquise déglacé qui la menaçait et derrière laquelle se trouvaitun lac qui aurait produit sans doute une inondation formidable.
- M. I amiral Paris, interrogé à ce sujet, a donné les ex-pli alions suivantes que nous empruntons au compte rendu do la séance du 19 janvier 1880.
- La petite division navale laissée à la garde de Kil-Bouroun par l’amiral Bruat après la prise du fort, avait 1 ordre de se tenir dans l’intérieur du | grand lac nommé le Liman du Boug et du Dnieper et de rester aussi près que possible du fort pour battre la longue plage de sable que forme la flèche de Kil-Bouroun. Les batteries flottantes furent amarrées avec une ancre et une chaîne de vaisseau à trois ponts et leurs propres aneics. Les cannonnières et la bombarde furent approchées. Une première gelée survenue à la fin de novembre produisit une épaisseur de glace de (Jm,10 à Û“, 12, qui, lorsqu’elle se rompit, cassa une chaîne de trois ponts de l’une des batteries, qui fut jetée hors du Liman et resta tout l’hiver en pleine côte, tandis qu'une autre batterie traîna son ancre à plus de 2kinet resta éloignée du fort lorsque la division fut définitivement prise dans les glaces pour le reste de l’hiver. L’épaisseur s’accrut rapidement jusqu’à dm et permit de transporter sur des traîneaux non seulement les vivres, mais une ancre'Ae 2000ks à 2500ke déposée à terre. Il en résultait qu’une attaque sur la glace était très possible et que la petite élévation des navires en aurait permis l’escalade, d’autant plus que les canons de cinquante ne pouvaient guère être employés contre des hommes, bien qu’ils en eussent dix pour leur service ou plutôt à cause de ce nombre. Il était donc naturel de chercher une défense dans des fossés maintenus pleins d’eau, et, après divers essais, on reconnut que la taille à la hache était très lente, difficile avec une grande épaisseur, et qu’elle couvrait les hommes de gouttes d’eau projetées et bientôt gelées quand on arrivait à le partie inférieure. On eût alors l’idée de faire des scies avec- de la tôle de O®,005 à 0m,005, coupée simplement à la tranche, ayant sur leur plat un trou à la partie inférieure pour y attacher un boulet eslropé, tandis qu’en haut la tôle, chauffée, avait été gauchie et retournée pour former une douille dans laquelle passait une traverse en bois pour mettre quatre hommes, comme sur les bringueballes des pompes à incendie. La denture était grosse comme celle d’un harpon, mais triangulaire au lieu de pointes séparées et pas ou peu inclinée vers le bas’ La longueur était de 2ra environ. Tant que la glace fut dure avec des froids au-dessous de — 20°, ces scies ne mordaient guère et le travail était lent, mais elles s’émoussaient peu et il fallait rarement les limer.
- On les employa d’abord à découper des paralléli-pipèd-'s de la dimension des grosses pierres de taille sortant des carrières de Paris, et, quand ils étaient détachés, on passait dessous des cordes en trévire, comme pour monter ou descendre des barriques, et avec des barres de cabestan ou des avirons on soulevait le bloc sur la glace. C’est ainsi que chaque navire était entouré d’un fossé de 3m envi-
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- ron au plus, en conservant quatre nervures pour le rendre immobile et permettre ainsi le pointage anticipé en cas d’attaque. 11 fallait casser la glace jusqu’à deux fois par nuit pour maintenir la nappe liquide.
- Lorsque le dégel commença à diminuer l’épaisseur de la glace et que la crainte de la débâcle rendit important de dégager les navires les plus voisins du bout de la flèche de Kil-Bouroun, les mêmes scies furent employées à dégager un navire nolisé par la guerre au moyen de deux traits de scie dirigés eu V ouvert, puis une batterie flottante, pour laquelle on fit deux traits de scie, l’un de 1100m, l’autre de 700"1 à 800m.
- Tout ce qui précède n’est que pour montrer que, pour couper la glace, il ne convient pas d’employer la hache, à cause de ce qu’elle laisse dans la fente, du peu dont elle enfonce à chaque coup eten-fm de l’eau qu’elle projette sur les hommes, mais que la scie est préférable et qu’elle ne doit pas être trop mince, surtout quand la glace devient molle.
- Je crois donc que dans une rivière où l’on a un courant pour enlever à mesure les glaçons, ce qui manquait à Kil-Bouroun, il y a grand profit de temps et de travail à employer la scie. 11 me semble que des traits perpendiculaires au courant et pas trop éloignés doivent laisser partir de longs glaçons, qui se cassent en route, et évitent de scier en damier. C’est ce qu’une courte expérience montrera facilement. Mais l’homme reste toujours bien petit lorsqu’il est forcé de lutter contre la nature.
- L’amiral Paris.
- LES ORIGINES ET LE DEVELOPPEMENT
- DE LA VIE
- (Suite, voy. p. ;il). '
- On pourrait dire que les Praya sont des Agal-mes dont les cloches natatoires ont quitté le sommet de la colonie pour venir se mettre chacune au service d’un polype. 11 résulte de cette disposition nouvelle que les différents groupes ne sont pas liés d’une façon aussi intime à l’ensemble de la colonie et c’est en effet, dit M. Vogt, « un spectacle fort surprenant que celui des mouvements de tous les groupes qui semblent n’avoir entre eux qu’un lien absolument physique. Je ne puis mieux comparer, ajoute-t-il, toutes les évolutions des polypes qu’à celles d’une réunion de jongleurs faisant des exercices de gymnastique autour d’une corde qui est ici représentée par le tronc commun. Sauf cette adhérence, la vie, la volonté de chaque groupe sont parfaitement indépendantes, et on ne remarque une dépendance dans l’ensemble que lorsque le tronc commun se contracte pour ramener tous ses appendices vers les cloches natatoires qui se mettent alors en mouvement. »
- Chaque groupe secondaire d’une Praya a tout ce
- qu’il lui faut pour vivre d’une façon indépendante : son individu nourricier, son individu locomoteur, son filament pêcheur et même son appareil de protection et son individu reproducteur. Il peut donc se détacher sans être pour cela menacé en quoi que ce soit dans son existence et il est fort probable qu’à un certain moment tous les groupes quittent la colonie soit pour en former de nouvelles, soit pour pondre comme le font les Méduses des hydrai-res ordinaires.
- On s’est quelquefois demandé si, plutôt que de considérer comme résultant d’une association de Méduses ces individualités nouvelles, il ne valait pas mieux voir en elles un seul et même individu, une méduse dont le battant serait extérieur, comme un marteau de sonnerie, au lieu d’être intérieur, le casque n’étant alors qu’un organe accessoire. Les Galéolaires d’une part, les Àthoribies de l’autre fournissent une réponse à cette question. Les Galéolaires comme les Praya ont deux cloches natatoires ; mais ces cloches ont la forme de sabots et sont de dimension et d’aspect un peu différents. Entre les deux clochas naît comme d’habitude le tronc commun qui supporte les individus nourriciers et reproducteurs.
- Ces individus sont groupés exactement comme chez les Praya; mais chaque groupe comprend une bractée protectrice en forme de cornet qui enveloppe le groupe tout entier, un Polype avec son blâment pêcheur et une Méduse sexuée dont le battant a ses parois remplies d’œufs ou de spermatozoïdes. Ici l’on ne saurait bien évidemment considérer le polype extérieur comme dépendant de. la Méduse puisqu’elle a déjà son battant; il occupe par rapport à la méduse exactement la même position que chez les Praya : et par conséquent là aussi nous sommes amenés à le considérer comme indépendant de la cloche natatoire à laquelle il est accolé. Les groupes de Galéolaires ne diffèrent de ceux de Praya que parceque, dans chaque groupe le même individu sert à la fois à la reproduction et à la locomotion. Mais ici se présente en outre une particularité importante. Tandis que les colonies de Praya sont hermaphrodites,celles des Galéolaires, comme celles d’un genre voisin, les Diphyes sont unisexuées : dans une même colonie tous les individus reproducteurs sont exclusivement mâles ou femelles. Il y a donc entre eux un lien physiologique de nature inconnu qui n’existe pas chez les Praya.
- Le développement se fait graduellement chez ces animaux des cloches natatoires à l’extrémité libre du tronç commun bù se trouvent les individus les plus âgés. Dès que les groupes qui sont à cette extrémité sont arrivés à maturité, ils se détachent pour vivre d’une vie indépendante. L’illustre ^anatomiste anglais Huxley avait d’abord pris ces groupes détachés pour des organismes spéciaux, des Siphonophores réduits en quelque sorte au maximum de simplicité, il avait créé pour eux le genre Eudoxie. On doit à
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- Cari Vogt d’avoir bien montré que les Eudoxies ne sont que les groupes terminaux individualisés d’organismes analogues aux Diphyes. Il est inutile de faire ressortir davantage les affinités qui lient les Eudoxies aux groupes correspondants des P raya.
- De petits Siphonophores, qui ne sont pas 'sans quelque ressemblance avec les Eudoxies, les Àthor-hybies, viennent enfin faire disparaître tous les doutes qui pourraient subsister relativement à l’assimilation que nous avons faite des plaques protectrices des Polypes avec les ombrelles des Méduses. Là, en effet, les cloches natatoires ont disparu et sont remplacées immédiatement au-dessous de la vésicule aérienne par une couronne de boucliers en tout analogues aux bractées des genres dont nous venons de parler. Entre ces bractées se montrent les dactylozoïdes et les gastrozoïdes.
- Les Praya, les Diphyes, les Galéolaires se rapprochent évidemment beaucoup de la forme la plus élémentaire que puissent présenter les Siphono-phores. On ne peut rien concevoir de plus simple qu’une colonie tlottante composée de Polypes naissant isolément sur un stolon que maintient à la surface de l’eau, comme un ludion, une vésicule remplie d’air, dont la formation première peut n’être, nous le verrons plus tard, qu’une sorte d’accident. De petits Siphonopbores, désignés sous le nom de Rhisophyses ne s’élèvent guère au-dessus de cette condition. Que les Polypes situés à l’une des extrémités de la tige se développent en Méduses locomotrices, en même temps que la vésicule aérienne disparaît, que les Polypes situés plus bas produisent, chacun tout en se modifiant eux-mêmes plus ou moins une ou plusieurs Méduses sexuées, nous passons aussitôt de la forme rhizophyse à la forme diphyse ou galéolaire. Puis une division du travail se fait dans chaque groupe ; l’une des Méduses devient exclusivement locomotrice; les Méduses sexuées se développent alors plus ou moins, nous passons aux Praya. Dans tous ces types, la personnalité de la colonie est fort peu développée. Chaque groupe s’est constitué en un village à peu près indépendant de ses voisins ; de telles colonies sont de simples confédérations. Les Agalmes et les types voisins, tels que les Apolémies ou les Stéphano-mies, s’élèvent déjà plus haut sur l’échelle des individualités. Chaque groupe ne peut plus se suffire à lui-même; la faculté de locomotion se centralise décidément d’une façon complète. Les Méduses sexuées arrivées à maturité peuvent bien parfois se détacher; mais elles n’aident en rien au transport de la colonie et ce sont les cloches natatoires accumulées en double série ou, comme chez les Stéphanomies, en rangées multiples au-dessous de la vésicule aérienne, qui accomplissent seules cette fonction. 11 en résulte nécessairement une dépendance plus grande de toutes les parties; des liens plus intimes s’établissent entre elles; les impressions produites sur une partie quelconque de l’ensemble, doivent nécessairement être transmises aux
- cloches locomotrices; les mouvements de celles ci, sous peine de désordre, doivent être coordonnés.
- Il naît donc une sorte de conscience coloniale : par cela même, la colonie tend à constituer une unité nouvelle; elle tend à former ce que nous nommons un individu. Cette individualité s’accuse davantage chez les Physophores où le tronc commun se raccourcit, où tous les individus se rassemblent de manière à former une sorte de bouquet qui s’épanouit au-dessous des cloches natatoires; elle est peut être encore plus développée chez les Physales. Là, la vésicule aérifère prend un immense développement ; les cloches locomotrices et l’axe commun disparaissent en entier, et c’est directement à la surface de la poche remplie d’air que naissent les Polypes principaux et les troncs ramifiés qui portent les Polypes secondaires, et les grappes reproductrices, les individus astomes ceux que M. de Qua-trel'ages nomme cæcums hépatiques. M. de Quatre-fages nous montre ces singulières colonies comme déjà si hautement individualisées. Toutefois elles ne représentent pas encore cet arrangement régulier et constant que nous sommes habitués à rencontrer chez les animaux plus élevés, arrangement sans lequel la coordination des mouvements ne saurait être absolue, ni la perception des impressions régulièrement centralisées de manière à produire une véritable conscience et par conséquent un indi vidu parfait.
- D’autres Sipbonophores nous fournissent ce dernier terme de l’évolution de Vindividualité. Certes, si les Polypes hydraires et les lois de leurs associations n’avaient pas été connues, si l’on n’avait pas rencontré dans nos mers d’autres organismes du même ordre, il ne serait venu à l’esprit de personne de décomposer l'individualité des Vélelles ou des Porpites (fig. ci-contre) Ces êtres aussi singuliers qu’élégants sont cependant des colonies au même titre que les Physales.
- Chez eux, la vésicule aérifère est remplacée par un appareil assez compliqué présentant la forme d’un disque aplati chez les Porpites, d’une sorte de paralléiipipède de très faible hauteur chez les Vélelles. Le long de la petite diagonale de la face supérieure du paralléiipipède s’élève en outre chez les Vélelles une sorte de crête triangulaire qui surnage au-dessus de l’eau et qui sert à l’animal à prendre le vent pour se laisser pousser par lui.
- G’est à la face inférieure du disque chez les Porpites, du paralléiipipède chez les Vélelles, que sont attachés les Polypes colorés, comme toutes les autres parties, du plus beau bleu de Prusse. Dans les deux genres, la constitution de la colonie est à peu de chose près la même ; nous nous occuperons seulement des Porpites qui sont à la fois plus simples et plus régulières.
- Là le centre du disque est occupé par un grand Polype (fig. i, n° 1 a et n° 2,*</), toujours stérile et qui est exclusivement nourricier; c’est l’estomac principal de la colonie ; autour de lui viennent se ranger cireulairement une foule d’autres Polypes*
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- plus petits (Voy. fig. n° 1 b, et n° 2, h), pourvus également d'une bouche et qui peuvent par conséquent l’assister dans ses fonctions de nourricier de la colonie. Ils ont cependant un autre rôle important à jouer. C’est sur eux à leur base que bourgeonnent les individus sexués. Ces derniers ne sont autre chose que de petites Méduses à un seul tentacule latéral, pour qui Gegeubaur, avant de connaître exactement leur origine, avait institué le genre Chrysomi-tra (Fig. n° 3). Ces Méduses, chose exccp-tionelle chez les Siplio-nophores, se détachent avant d’avoir développé les éléments reproducteurs. Ceux-ci ne se montrent que lorsque les Méduses ont déjà vécu plus ou moins longtemps d’une façon indépendante.
- Vers le bord du disque, les individus reproducteurs sont remplacés par une couronne de longs dactylozoïdes, sans bouche, bien entendu, en forme de massue et portant épars sur leur surface, de petits tentacules terminés par un bouquet de capsules urticantes (Fig. n° d, d et n° 2, e).
- Au - dessus d’eux se trouvent de petits appendices (Fig. n° d c, e et n° 2 c, d) que l’on pourrait considérer comme des daetylozoï-des rudimentaires, En lin parmi les Polypes on voit une foule de petits prolongements tubulaires qui semblent des dépendances de l’appareil aérifère.
- Telles sont les Porpites qui présentent ordinairement les dimensions d’une pièce de cinq francs. A part leurs bouches multiples, elles ont en somme assez exactement la physionomie d’une anémone de mer flottante. Or jusqu’à présent — nous verrons bientôt d’ailleurs ce qu’il faut penser de cette opinion — tous les naturalistes ont considéré chacune de ces anémones comme un individu simple, au même titre que les Méduses. La multiplicité des bouches n’est d’ailleurs pas, nous l’avons vu, un signe de complexité, puisque les Rhizostomes qui sont homologuesdes vraies Méduses, et par conséquent des
- Hydres, en possèdent un nombre assez considérable.
- Nous sommes donc arrivés à un point où la colonie est véritablement devenue un individu Les Yélelles et les Porpites se sont constitutées à l’aide des Hydres, exactement comme les Hydres et les Éponges se sont constituées à l’aide des organismes monocellulaires. 11 suffit de se rappeler la série des formes intermédiaires que nous avons pu établir entre les Rhizopodes, les Infusoires flagellés, leurs
- colonies fixes et les Eponges, pour reconnaître, dans les deux cas, un .parallélisme absolu. Seulement, dans un cas, les individus qui s’associent sont les plus simples des êtres, les éléments primitifs ; dans l’autre, ce sont des individus résultant de cette première association qui se groupent à leur tour pour constituer, par des procédés identiques, une individualité plus élevée, qu’on pourrait appeler une individualité de troisième ordre. Les Praya, les Diphyes, les Galéolaires nous ont montré que, même dans cette dernière individualité, pouvaient se constituer encore des individualités intermédiaires.
- Il reste à rechercher comment les colonies fixes de Polypes hy-draires ont pu se transformer en colonies flottantes, pour produire les Siphonophores. L’embryogénie va nous éclairer sur ce point et confirmer en même temps tout ce que nous venons de dire relativement à la nature coloniale de ces êtres singuliers. Nous avons vu comment se développent les colonies de Polypes d’hydraires : l’œul se transforme en une larve ciliée, la Planule, qui se fixe et commence alors à se transformer en un Polype unique; la colonie se constitue ensuite par un bourgeonnement successif de Polypes les uns sur les autres.
- Edmond Perrier,
- Professeur-administrateur au Muséum d’IIistoire naturelle.
- — La suite prochainement. —
- Fig. 1. — Porpita Méditai ranca.
- 1, P. Vue par sa face inférieure. — a, Polype central stérile; b, polypes reproducteurs portant les individu sexués ; c, petits dactylozoïdes marginaux; d, grand dactylozoïdes garnis de tentacules. — N” 2. Coupe diamétrale d'une Porpite : a. appareil cartilagineux aérifère ; b, tégument ; g, individu stérile : h, individus reproducteurs; c, d, petits dactylozoïdes ;r, grandes dactylozoïdes. — N° 3. Individu sexué, en forme de méduse libre (Chrysomitra).
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- LA NATURE.
- LA LINE N EST PAS UN ASTRE MORT
- L'affirmation, qu’il se produit encore actuellement des changements à la surface de la Lune, offrant un caractère moitié physique, moitié météorologique, diffère tellement de l’opinion généralement reçue, qu’il ne faut pas ’ s’étonner si elle rencontre une grande réserve, ef même i des contradictions ardentes.
- Lorsque j’annonçai au mois de mars 1878 qu’il s’était formé à l’est du cratère llyginus une grande dépression ; également en forme de cratère, et que la montagne appelée d’après Madler le Colimaçon avait l’eçu vers le sud l’adjonction d’une grande vallee, je m’attendais naturellement à entendre les dénégations habituelles contre !a formation nouvelle annoncée. Quoique j’eusse soin de décla-i’er par précaution que les environs dllyginus in’étaien1 connus depuis douze ans par de nombreuses observations, il se trouva néanmoins différents observateurs qui n’avaient examiné cette région lunaire qu’occasionnellemeut et qui croyaient être obligés de mettre en doute celte formation nouvelle.
- Les plus singulières confusions se présentèrent : les uns cherchèrent le changement prétendu dans llyginus même, d’autres sur les collines avoisinantes... celui-ci prétendait avoir vu une ombre précise} l’autre croyait distinguer un point plus clair, beaucoup ne voyaient absolument rien.
- Cela fournit une preuve éclatante, déjà avancée par Radier, puis par Jules Schmidt, que personne ne devrait se permettre un avis sur la surface de la Lune, que celui qui la connaît depuis longtemps par ses propres observations. Cela étant, l’observateur ne refusera pas à considérer comme nouveau un objet qui se présente d’une manière aussi évidente que le petit cratère voisin d’flyginus au moment où la limite de lumière se trouve sur sou méridien, c’est-à-dire dans cette phase où l’on aime de préférence à observer cette contrée.
- A part moi-même, il est absolument impossible que Lohrmaim, Madler, Schmidt, Neison aient constamment négligé cet objet, tandis qu'ils enregistraient sur leurs cartes des détails bien moins importants. Quant à la grande partie de vallée ouverte au sud du mont Colimaçon, il me semble que nous pouvons affirmer sa nouvelle formation par une preuve positive. J'ai pu avoir à ma disposition les journaux originaux de l’habile observateur Gruilhuisen, qui n’avaient point été publiés jusqu’ici. Avec ces journaux se trouvent de nombreux dessins originaux d’une finesse et d’une vérité qui étonnent les connaisseurs de la Lune. Parmi ces dessins, j'en trouvai un qui porte pour titre: « Fin de mon lit de fleuve; 28 novembre soir, 5 heures et demie 1824. )) Le lit de fleuve n’est rien autre que le système de rainures qui environne la montagne du Triesneeker. Dans le dessin se trouve la partie du nord, mais aussi à côté, dans la moitié de gauche, le cratère llyginus avec sa grande rainure et le mont Colimaçon. Le dessin montre les plus minutieux détails ; mais la grande vallée sillonnée proche d’ilyginus, laquelle aurait dù être à ce moment remplie d’ombre noire, y manque absolument.
- Et cependant Gruithuisen a spécialement étudié et représenté le mont Colimaçon ; il en parle, il dessine une toute petite rainure qui s’étend du cratère intérieur vers le sud-ouést. S’il était encore possible de douter de la nouvelle formation delà vallée, le doute serait complète- j ment levé par le dessin de Gruilhuisen, et maintenant j
- on peut affirmer que cette nouvelle formation est constatée au plus haut degré d’évidence que ce genre d’observation hum une puisse recevoir. MM. Neison et Green ont fait le 2!) mars des dessins du cratère N et de ses alentours qui sont très caractéristiques; ils sont complètement d’accord avec les miens.
- Le « Sélénographical Journal, # n° IG, dit que d’après les mesures de M. ÎNeison le lieu du cratère se trouve en -+- 6°,47 de longitude et -j- 90,5 de latitude sélénographique. M. iNeison observe « sous tout autre rapport que la présence de cette tache noire, se montre l'aspect de cette région, exactement te.le que je l’ai nbser vée de 1874-75 quand je dressais ma carte. »
- J’ai annoncé l’objet comme un cratère, d’après l’analogie. C’est un entonnoir de cratère, et même un des plus grands. Vers le sud existe uu creux peu profond en forme de cuillère, qui se termine par un second petit cratère. En plein soleil, si l’intérieur du grand creux du cratère n’est plus à l’ombre, on peut encore reconnaître le creux en forme de cuillère comme une tache grise.
- En employant de forts grossissements, on remarque que les environs du nouveau cratère paraissent chaotiquement fendus. Deux fines rainures, qui coupent le sol comme des fentes, et qui couvrent de N vers le mont Colimaçon, sont les plus fins objets de la Lune. Nous ne pouvons encore décider si cette formation est réellement volcanique. Il y a cependant un fait assez curieux qui semble indiquer qu’on a déjà vu sur la Lune une montagne de fumée. Le 2 juillet 1797, Schroter et (libers examinèrent une montagne située dans la mer des vapeurs. Celle montagne trouvée d’une hauteur de 5450 pieds, n’a été vue, ni avant, ni après et n’était probablement qu’une masse vaporeuse. Dans le texte de la carte lunaire de M. Schmidt, on trouve l’observation que celte montagne pourrait être « Silberschlag B » ; mais l’élément séléno-graphe est ici en erreur. Un ne peut pas en douter un seul instant si l’on compare le dessin de Schroter avec ceux de Lohrmann, Madler, Neison et même avec les cartes lunaires. La formation mesurée par Schroter a disparu de la Lune et presque à sa place se trouve un cratère.
- Ce n’est pas ici le lieu de prouver qu’en effet, il se produit parfois sur la surface de la Lune des couches nébuleuses de très longue durée ; mais par contre, il est a constater que ces productions n’ont sur la terre rien d’analogue. Celui qui examine avec soin les matériaux nombreux d'observations faites sur lés formations lunaires depuis Gruithuisen jusqu’à nos jours, arrive à la conviction qu'il se passe à la surface de ce monde voisin des choses dont nous ne pouvons pas encore nous rendre compte G Jules Klein.
- CHRONIQUE
- Walferdin. — On annonce la mort, à l’dge de quatre-vingt-quatre ans, de M. llippolyle Walferdin, ancien représentant. du peuple à la Constituante de 1848. Walferdin était, comme on sait, un savant distingué ; il fut le collaborateur de Dulong et de François Arago, qui l’associèrent à leurs recherches sur l’accroissement de la température de la Terre à mesure qu’on s'éloigne de sa surface. — On lui doit le thermomètre à déversoir qui leur fut d’un si
- 1 Traduit du Astronomische Nachrichien, n3 2275. Pour plus de détails sur celte région discutée de la Terre et sur les dernières observations lunaires, voir {'Astronomie populaire de Camille Flammarion, p. 189.
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- LA NATURE.
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- grand secours pour la mesure de la température de l’eau dans les grandes profondeurs, ainsi que des thermomètres a minirna et a maxima fonctionnant dans la position verticale. Passionné pour les lettres et les arts du dix-huitième siècle, il prit une part active à la publication de la première édition estimée de Diderot, l’édition Brière, et réunit une riche collection de tableaux, surtout de Fragonard, à une époque où ce maître était tombé dans l’oubli. 11 est mort à l’àge de quatre-vingt-quatre ans, fidèle à ses convictions politiques et philosophiques.
- L’avertUseur électrique des voyageurs. —
- Il n’est personne, dit Y Électricité qui n’ait pesté bien des fois en entendant la manière ridiculement incompréhensible dont les employés de chemin de fer font l’appel des stations où le train s’arrête. En hiver, surtout, le mode d’avertissement devient tout à fait insuffisant quand les portières sont soigneusement fermées. Aussi, ceux de nos lecteurs qui font un usage notable des chemins de fer, apprendront-ils avec une vive satisfaction que M. Rogers, ingénieur-mécanicien anglais, a imaginé un appareil électrique qui fait connaître automatiquement le nom de chaque station devant laquelle le train s’arrête. M. Rogers dispose dans chaque wagon un cadran ressemblant à celui d’une horloge et sur lequel on a peint le nom de différentes stations. Une aiguille solidarisée avec un électro-aimant fait un mouvement chaque fois qu’un courant électrique anime l’électro-aimant. L’inventeur anglais place sur la voie un taquet qui frappe sur un bras au moment où le train entre en station. 11 en résulte un contact, le passage d’un courant simultané, et le déplacement de l’aiguille venant indiquer le nom de la station. On pourrait encore faire mouvoir un réveil qui ferait tout le bruit nécessaire pour tirer les dormeurs du plus profond sommeil. Le système le plus simple serait de charger le garde-frein de donner le courant chaque fois qu’on arriverait à une station. Gomme toutes les voitures d’un train sont réunies pour l’usage des freins au vide ou des freins Westinghouse, dont l’usage devient universel, la nécessité d’entretenir des relations électriques entre toutes les voilures n’est point un obstacle que l’on puisse considérer comme suffisant pour faire reculer les Compagnies de chemins de fer. D’autres combinaisons peuvent peut-être se présenter encore, mais celle-ci nous parait à la fois suffisamment raisonnable et suffisamment ingénieuse.
- Poissons tués par la foudre. — Un petit étang rempli de poissons vient d’être dépeuplé par la foudre; ce curieux incident s’est produit à Seck, dans le grand-duché de Nassau. Le Nassauer Bote raconte que pendant une nuit d'orage terrible, accompagné d’une tempête de grêle, la décharge électrique tomba sur un petit vivier, où se trouvaient de nombreuses espèces de poissons, appartenant au pasteur de la paroisse. Le lendemain matin on les trouvait tous morts, flottant à la surface. Leur apparence était celle de poissons bouillis, et leur chair tombait en morceaux quand on les touchait, exactement comme celle de poissons cuits. On n'apercevait aucune lésion interne ni externe ; les écailles étaient intactes et la vessie natatoire encore pleine d’air avait été préservée. L’eau du bassin était encore trouble et vaseuso le lendemain de l'orage, comme si la foudre venait de l’agiter à l’instant.
- Kniploi de I huile minérale pour l'éclairage des phares». — Le rapport annuel de l'administration des phares aux Etats-Unis, nous apprend que l’huile minérale a été substituée aux autres modes d’éclairage pour
- la plupart des feux de i”, 5e et (b ordre. Tous ces feux eussent subi la même transformation, si on n’avait pas été arrêté par l'altération qu’éprouve l'huile minérale dans les larges barils où on tient généralement l’huile ; on a dû, par suite, fabriquer des réservoirs plus petits pour la provision de chaque station.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du t février 1880.—Présidence de M. Becqueiiel.
- Tranche-glace à vapeur. — Tel est le nom que M. Marc-Antoine Gaudin donne au procédé qu'il a imaginé pour débiter rapidement les glaces de n’importe quelle épaisseur; procédé qui serait applicable surtout aux banquises de la Loire, en amont de Saumur et d’Angers, afin d’agrandir le plus rapidement possible le lit disponible du fleuve, obstrué maintenant par les glaces et l’empêcher, en cas d’une forte crue de dégel, de s’élever outre mesure, et en se déversant par-dessus les levées d’inonder toute une contrée des plus fertiles. Ce procédé consiste à poser à la surface de la glace, un tube llexible en plomb de petit calibre et communiquant au moyen d’un robinet à un générateur mobile de vapeur. Le tube, fondant la glace à sa périphérie s’enfoncerait à mesure, laissant une tranchée verticale de faible largeur pendant que l’eau de condensation s’échapperait par l’extrémité opposée restée ouverte « J’ai fait, avec plein succès, di l’auteur dans une note qu’il nous a communiquée, l’essa de ce procédé à la fabrique de borax et d’acide borique de M. Desmazures, à Maisons-Laffitte et je vais tout préparer pour le répéter dans le même lieu sur une plus grande échelle devant la Commission qui sera nommée par l’Académie des sciences. Dans le cours de mes essais, le tube m’a paru s’enfoncer à raison de 10 à 15 centimètres par minute; ce qui me fait espérer qu’on arriverait à trancher les glaces à 5 mè-Ires de profondeur en moins de 50 minutes avec un générateur convenable. On pratiquerait par ce procédé, à travers les glaces les plus étendues et les plus épaisses, des tranchées larges seulement de 2 centimètres, excellentes pour donner le plus grand effet aux boyaux garnis de dynamite qui activerait le morcellement. » Le volume de l’embâcle estimée à fi millions de mètres cubes est de beaucoup trop considérable, ajoute M. Gaudin, pour qu’on puisse songer à le iaire disparaître en raison du petit nombre de jours qui nous séparent d’une crue de dégel probable, même en suivant mon procédé; car en supposant qu’on put la diviser en fiO mille fragments de 100 tonnes chacun, ces fragments auraient au minimum 10 mètres de longueur et, en les plaçant bout a bout pour les faire defiler par le lit du fleuve, ils formeraient une ligne de 600 kilomètres; de sorte que les premiers seraient depuis longtemps déjà en pleine mer quand les derniers n’auraient pas encore quitté l'embâcle. U ne peut donc pas être question en ce moment de détruire l’embâcle ; mais bien d’y pratiquer un chenal le plus large possible pour l’écoulement normal d’une crue à venir; et c’est à quoi l’application de mon procédé serait je crois plus avantageux que tout autre. »
- Scorodite artificielle. — Deux élèves de M. Frémy, MM. Bourgeois et Verncuil viennent deAtkrliser au Muséum la synthèse de l’arséniate natif de peroxyde de fer connu sous le nom de scorodite. le procédé diffère évidemment de celui que la nature a mis en œuvre, puisqu’il consiste à chauffer dans un tube scellé de l’acide ar-
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- sénique renfermant un fragment de fer métallique : ce métal s’oxyde aux dépens de l’acide partiellement ramené à l’état d’acide arsénieux et la scorodite cristallise avec la forme d’octaèdres orthorhombiques, la dureté, la densité et même la nuance vert bleuâtre des échantillons du Brésil et du Cornouailles. Les cristaux peuvent même être obtenus sous un volume plus considérable et avec de formes plus parfaites qu’aucun des échantillons conservés dans les collections.
- Compression des mélanges gâteux. — Si l’on soumet à de très fortes pressions de l’acide carbonique mélangé d’air, on obtient des résultats très différents de ceux que fournit l’acide carbonique pur. Dans ce dernier cas on a une liquéfaction pure et simple du gaz acide; avec le mélange, les effets sont beaucoup plus compliqués ainsi que M. Caillelet vient de s’en assurer. Supposons que l’éprouvette renferme un gaz formé de 5 volumes d’acide
- carbonique et de 1 volume d’air, on liquéfie l’acide à une pression relativement peu considérable, mais si l’on continue de faire jouer la pompe, on voit à 200 atmosphères le ménisque jusqu’ici convexe du liquide s’applatir peu à peu jusqu’à devenir concave ; il suffit alors d’agiter un peu le tube pour voir subitement tout le liquide disparaître et le tube ne contient plus qu’une matière homogène dont l’état physique, liquide ou gazeux, n’a pas été jusqu’ici déterminé. Si on cesse très lentement de presser, on voit progressivement le liquide reparaître pour s’évaporer ensuite, à mesure qu’on se rapproche des conditions normales. Ces effets constatés par plusieurs académiciens et spécialement par M. Henri Sainte-Claire Deville et par M. Bous-singault sont tout à fait imprévus et jusqu’ici on n’a pas imaginé d’explications satisfaisantes pour en rendre compte.
- Stanislas Meunier.
- Les yachts^à glace aux États-Unis sur un petit lac du Canada.
- LES YACHTS A GLACE AUX ÉTATS-UNIS
- Pendant l’hiver, les amateurs de canotage américains, se construisent des yachts à glace (Ice yacht), formés d’un châssis, monté sur une traverse de bois munie à chacune de ses extrémités d’un patin allongé; ces yachts sont en outre pourvus d’un troisième patin à l’arrière, comme le montre la gravure ci-dessus. Ce genre de sport a obtenu un très grand succès cet hiver, sur les glaces de l’iludson et sur celles des petits lacs du Canada. Les Américains affirment que ces yachts à glace, par la seule impulsion d’une bonne brise soufflant dans leur voile, peuvent rivaliser de vitesse avec un train express de chemin de fer. La voile est placée à l’avant de la charpente et son orientation par le pilote, permet de diriger le véhicule d’un si nouveau genre.
- Le yacht que nous représentons sur le premier plan de notre gravure a été construit par M. Aaron Innés de Poughkeepsic (États-Unis) ; la quille a environ 8 mètres de longueur ; le ruât a 7 mètres de hauteur. Les autres constructions sont faites sur le môme modèle.
- Il existe au musée naval de South lvensington à Londres, des modèles de yachts à patins finlandais qui sont pourvus de deux voiles. Les amateurs américains ne se servent que d'une voile, ils affirment, ce que nous répéterons sans en prendre la responsabilité, que le yacht à glace une fois lancé, se meut parfois avec une rapidité plus grande que celle dont est animé le vent qui le pousse sur la surface glacée.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typographie Lahure, rue de ITeurus, 9, à Paris.
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- N° 550. — 14 FÉVRIER 1880.
- LA NATURE.
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- LES AUDIPHONES
- Les expériences récentes dont je vais donner la description ont été entreprises dans le but de pro -curer aux sourds-muets des appareils très simples, d’un prix très minime, et cependant assez efficaces pour qu’ils puissent distinguer les sons musicaux et même la parole1.
- Vers la fin de 1879, un inventeur américain, M. R.-G.
- Rhodes, de Chicago, a pris une patente pour un appareil qu’il a appelé andiphone, et dont l’efficacité remarquable a été constatée par un grand nombre d’expériences, faites aux États-Unis d’Amérique pendant les mois de septembre, octobre, novembre et décembre 1879. Quelques essais, entrepris dans des instituts de sourds-muets, ont démontré que, par l’usage de cet instrument, beaucoup de sourds-muets arrivent assez promptement à distinguer les sons musicaux de quelques instruments, et même les articulations de la voix, et qu’avec le secours de cet audiphone leur éducation orale se trouve considérablement abrégée.
- Des résultats favorables ont été aussi constatés pour des personnes atteintes de surdité simple.
- L’instrument de M.
- Rhodes2 est fabriqué en caoutchouc durci et ressemble à un de ces écrans de cheminée que l’on tient à la main. L’écran proprement dit, ou disque, est une large lame de caoutchouc durci, munie d’un manche de même matière ; sa largeur est d’environ 0m,24 et sa longueur de 0m,30 (fig. 1 ).Les trois côtés voisins dumanche,sont rectangulaires; lequatrièmecôté, opposé à la poignée, est découpé en arc de cercle.
- 1 Le prix de ces nouveaux appareils ne dépasse guère 50 centimes. Ils peuvent aussi, dans certains cas, être utilisés par des personnes chez lesquelles le sens de l’ouïe est tort altéré.
- 2 Le Journal illustré de Leslie du 13 décembre dernier, qui se publie à New-York, donne le dessin de cet instrument Nous le reproduisons ci-dessus (fig. 1).
- 8‘ auuée. — lr* semestre.
- Fig. 1. Audiphone américain de M. Rhodes. Coupe de l’audiphune en caoutchouc durci, maiiv tenu recourbé par des cordons de tension, ei vue en dessous de l’appareil.
- Fig 2. Audiphone de M. D. Culladou (de Genève).
- Près du sommet de cet arc de cercle, sont attachés des cordons qui aboutissent à une ouverture pratiquée au haut de la poignée. En tendant fortement les cordons, on force la partie la plus éloignée du manche à se courber comme un arc tendu (voyez la figure ci contre), et un petit encliquetage, fixé vers cette ouverture, permet de rendre la tension permanente. En appliquant ensuite l’extrémité de la partie recourbée contre les dents de la mâchoire supérieure, les personnes sourdes entendent les bruits avec une sonorité très remarquable et distinguent assez bien les paroles articulées et toutes les notes des instruments de musique.
- Les sourds-muets chez lesquels les nerfs de l’audition ne sont pas totalement atrophiés peuvent, avec le même instrument, distinguer presque immédiatement les sons musicaux,
- hauts ou bas, de plusieurs instruments, et ceux de la voix humaine lorsqu’ils sont émis avec force près de l’appareil. S’ils ont déjà appris à prononcer des sons bien distincts et à articuler des mots, ils pourront, après un très court apprentissage, dirigé par un instituteur expérimenté, comprendre des mots ou des phrases, et les répéter distinctement; ils pourront aussi entendre leur propre voix, ce qui facilitera puissamment leur éducation orale. L’emploi de ces audiphones peut donc être un véritable bienfait pour les institutions de sourds-muets et pour la plupart de ceux qui sont aifligés de cette infirmité. Malheureusement, le prix des écrans audiphones de caoutchouc durci est assez élevé; ils se vendent à Chicago, selon leur grandeur, depuis 10 jusqu’à 15 piastres; leurs dimensions possibles sont assez limitées et le caoutchouc durci est fragile par les temps froids.
- J’ai été consulté, il y a une dizaine de jours, sur l'efficacité d’un de ces appareils, importé d’Amérique, et sur son effet utile pour les personnes at-
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- teintes de surdité simple, comparativement à celui qu’on obtient avec des cornets acoustiques perfectionnés. Après l’avoir essayé et m’ètre convaincu de sa puissance pour recueillir les sons et les transmettre aux organes intérieurs, il m’a semblé probable que des appareils plus simples, composés d’autres substances, pourraient rendre les memes services acoustiques avec une dépense beaucoup moindre.
- J’ai fait de très nombreux essais sur des lames minces de natures diverses, métaux, bois, etc. ; enfin, j’ai découvert une variété de carton mince laminé qui donne les mêmes résultats que le caoutchouc durci et qui permettrait d’obtenir à 0 fr. 50 environ, au lieu de 50 francs, des appareils de même puissance acoustique.
- Les cartons qui m’ont donné ces résultats favorables portent, dans le commerce, le nom de cartons à satiner, ou cartons d'orties1 ; ils sont remarquablement compactes, homogènes, élastiques et tenaces ; ils sont aussi très souples, et, pourvu que leur épaisseur ne dépasse pas 0,n,001, une légère pression de la main, qui soutient un disque découpé dans une de ces feuilles de carton, tandis que son extrémité convexe s’areboute contre les dents de la mâchoire supérieure, suffit pour lui donner une courbure convenable, variable à volonté, sans fatigue pour la main ou les dents. Ainsi, un simple disque de ce carton, sans manche, sans cordons ni fixateur de tension, devient un audiphone tout aussi puissant que les appareils de caoutchouc de l’inventeur américain. On peut rendre la feuille de carton imperméable en imbibant la partie convexe, celle qui s’appuie contre les dents, d’un enduit hydrofuge qui résiste à la vapeur de l’haleine.
- Je me suis assuré que les sons peuvent être transmis aux dents supérieures avec la même netteté en se servant d’une petite touche ou pince en bois dur, de la dimension d’une sourdine de violon ou de violoncelle, munie d’une fente dans laquelle entre à frottement dur l’extrémité supérieure du disque, et en appuyant cette pince contre les dents supérieures 2.
- Entre diverses séances d’essais auxquelles ont assisté des sourds-muets, j’en citerai une qui vient d’avoir lieu le 14 janvier en présence de quelques personnes, et, notamment de l’habile instituteur de sourds-muets M. Louis Sager. M. Sager avait amené huit élèves sourds-muets, formés par lui, comprenant les phrases par le mouvement des lèvres
- 1 Désignés en Angleterre sous le nom de Shalloon lioards.
- 8 Mes essais me font entrevoir que l'épaisseur la plus convenable des cartons est comprise entre 0"',0008 et 0ra,00l, et que les dimensions des disques de grandeur moyenne peuvent être convenablement tixées à 0m,28 ou 0m,50 de largeur, sur 0ra,35 à Qm,38 de hauteur maxima. En augmentant ces dimensions, la puissance est augmentée, mais celte augmentation n’est pas proportionnelle à l’étendue de la surface.
- Je m’occupe à faire varier les formes des lames vibrantes et à combiner les effets de lames multiples conjuguées.
- de leur instituteur et prononçant plusieurs mots très distinctement.
- On a d’abord vérifié quels étaient ceux qui pouvaient percevoir de très près les sons d’un grand piano, et l’on a déterminé la distance à laquelle ils cessaient d’en être affectés sans appareil acoustique; quelques-uns ne ressentaient les vibrations que par les mouvements du parquet, recouvert d’un tapis. Lorsqu’ils ont été munis de l’audiphone, ils ont tous indiqué que la sensation des sons était transmise distinctement à la tête, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, selon les individus. On a pu constater que, leurs yeux étant bien fermés, ils discernaient nettement les notes hautes des notes basses du piano, et aussi les sons du piano de ceux du violoncelle. La plupart étaient peu impressionnés par les sons du violon, surtout dans les notes hautes, qu’ils n’entendaient pas, ou fort peu.
- Enfin, d’autres expériences ont permis de constater que des paroles prononcées très près de l’audi-plione peuvent être perçues par les sourds et muets et même répétées distinctement par eux, pourvu qu’on les ait soumis à une préparation préalable.
- Les audiphones en carton peuvent avoir des formes et des dimensions très variées. Une feuille rectangulaire maintenue convenablement courbée, semble réussir aussi bien que celle découpée comme l’indique la figure 2.
- Un fait bien intéressant à noter, c’est qu’avec les audiphones en caoutchouc, ou en carton, un grand nombre de sourds-muets qui n’avaient jamais entendu les airs joués sur un piano ou d’autres instruments, non seulement ont pu les entendre, mais de plus ils en ont éprouvé une véritable jouissance.
- Vers la fin de la séance dirigée par M. Sager, les élèves étant pourvus d’audiphones en carton, sauf celui qui écoutait avec l’instrument américain, on a joué sur le piano une ouverture et on les a ensuite questionnés sur leurs sensations ou impressions. Tous ont déclaré qu’ils avaient éprouvé un très vif plaisir, tandis que, d’après M. Sager, les modulations d’un tambour les laissent indifférents.
- Une demoiselle artiste, autrefois très bonne musicienne, devenue complètement sourde, a éprouvé une joie excessive lorsque, se servant de l’audiphone, elle a pu, pour la première fois depuis quinze années, entendre les airs d’un piano.
- Des expériences analogues ont été faites dans une autre institution de sourds-muets du canton de Genève, placée sous la direction de M. le professeur Forestier, et dans quelques familles.
- On savait déjà que d’autres corps que l’air transmettent les sons musicaux sans les altérer et permettent de reconnaître les instruments et les timbres.
- Dans une série d’expériences faites en i 841 sur le lac de Genève, en me servant de boîtes à musique placées au fond de l’eau sous une petite cloche de plongeur, j’ai pu, avec l’appareil de mon invention pour écouter les sons qui se pro-
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- IGo
- pagent sous l’eau, entendre les airs transmis par l’eau à plusieurs centaines de mètres ; ces airs n’étaient nullement altérésl.
- De nombreuses expériences récentes démontrent qu’on peut obtenir des résultats analogues lorsque les sons des instruments ou de la voix sont transmis par des corps solides, non seulement par des métaux en fils ou en lames minces, mais aussi par des cordes et des feuilles d’ébonite, de carton, ou d’autres substances végétales ou animales.
- Les audiphones peuvent être utilisés par quelques personnes dont l’ouïe est altérée et qui ont de la peine à supporter les appareils acoustiques en contact avec l’ouverture de l’oreille. Us peuvent surtout servir pour l’audition d’un concert. En tous cas, le très bas prix des disques de cartons-audiphones rend ces appareils accessibles aux personnes les moins fortunées.
- D. Colladon (de Genève),
- Correspondant de l’Institut.
- LES NECTAIRES DES PLANTES
- ET LE TRANSFORMISME (Suite et fin. — Voy. p. 1.)
- Les nombreuses observations dont nous n’avons pu citer précédemment que les principales, démontrent que c’est la matière sucrée qui attire les insectes, indépendamment de toutes les modifications de la fleur; les insectes vont chercher les matières sucrées partout où ils les rencontrent, dans les magasins obscurs où l’on conserve le miel, dans les caisses où une fente leur permet de s’introduire, dans les cuves et les appareils des raffineries aussi bien que sur les fleurs les plus brillantes. La théorie de Sprengel amendée par M. Darwin demande autre chose à la nature : il faudrait admettre, d’après cette théorie, qu’entre la forme de chaque insecte et les dispositions de chaque fleur, il y a une adaptation réciproque et nécessaire, que tout insecte s’est modifié de façon à pouvoir se mouler sur les organes essentiels de chaque fleur.
- Mais des faits nombreux contredisent cette manière de voir. Une même fleur peut être visitée de différentes façons par un même insecte ; les fleurs du colza sont visitées par les abeilles de trois façons différentes; ces insectes n’opèrent la fécondation que dans un seul cas ; une même espèce de bourdon introduit aussi sa trompe dans ces fleurs de trois manières et opère rarement la fécondation; cet animal déchire souvent les sépales pour prendre le nectar que ces parties recouvrent. M. Bonnier a fait aussi la même observation sur le Vicia sativa, sur le lierre terrestre, et sur plusieurs autres plantes ; on peut constater que les abeilles profitent toujours des trous qui ont pu être perforés par des hyménoptères plus forts qu’elles, pour puiser le nectar
- 1 Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XIII, page 439.
- sans passer par les ouvertures naturelles ménagées entre les pétales et les étamines; on voit même fréquemment les abeilles chercher ces orifices accidentels à la surface des fleurs et en prendre par une autre voie, quand celle-ci leur fait défaut. Les mufliers, les digitales, les capucines, les silènes, les labiées, les éricacées, les fuchsias, les belles-de-nuit, les aconits, beaucoup de légumineuses, et une foule d’autres plantes, sont visitées de cette façon, par les abeilles qui se dérobent au travail qui leur serait imposé en retour du bien que la fleur leur procure. Enfin ne suffirait-il pas, pour enlever à l’adaptation réciproque toute l’importance qu’on lui attribue, de citer les exemples extrêmement nombreux de plantes qui présentent en dehors de leurs fleurs, sur des organes quelconques, des nectaires que les insectes savent très bien trouver et exploiter. Les stipules de Vicia, les pétioles jeunes de pruniers; les jeunes feuilles d’aubépine, attirent ainsi les insectes qui, à coup sûr, n’opèrent dans ce cas aucune fécondation. Ou voit même dans les journées chaudes qui succèdent à des temps humides, la surface entière des feuilles de beaucoup d’arbres, émettre au dehors un liquide sucré; il n’est pas rare d’observer alors des quantités considérables d’abeilles ou d’autres hyménoptères sur la cime des chênes, des érables, des peupliers, des sorbiers, etc. Les apiculteurs de certains pays, transportent même leurs ruches au voisinage des arbres, lorsque la saison est favorable au développement de cette miellée.
- Bien qu’il ne paraisse pas y avoir de relation entre ces derniers phénomènes et la fécondation, M. Delpino croit que les nectaires extra-floraux ont reçu la propriété de secréter du nectar pour attirer les fourmis et les guêpes qui auraient pour mission de défendre la plante contre ses ennemis, contre les chenilles,.par exemple. A côté dépareilles hypothèses, on ne peut s’étonner de voir quelques auteurs admettre une adaptation réciproque entre les fleurs et les oiseaux-mouches, entre les fleurs et les mollusques, entre certaines fleurs'd’Australie et la langue des Kanguroos.
- La plupart des mollusques dévorent la fleur avec avidité. Certains hyménoptères se nourrissent des ovules de Yucca, beaucoup de coléoptères mangent les stigmates et les étamines des fleurs; y a-t-il alors adaptation réciproque? Cette adaptation existe-t-elle davantage entre les fleurs de VAsclépios Drummon-dii et les abeilles qui meurent le plus souvent victimes de leur gourmandise ne pouvant détacher leurs pattes des glandes visqueuses qui couvrent les stigmates?
- Tous ces faits n’ont pas échappé aux observateurs qui ont précédé M. Bonnier ; mais, imbus de leur théorie téléologique, ils ont négligé tous ceux qu’une méthode plus sévère leur eut fait considérer comme des objections graves ; au contraire, ils ont mis en relief les moindres faits favorables à leur théorie. C’est ainsi que les partisans de l’hypothèse
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- LA NAT U R E.
- darwiniste admettent l’exclusion de certains insectes non adaptés à la fécondation croisée par la couleur, par l’odeur, par la forme des organes floraux, parle temps de l'épanouissement des fleurs ou par les localités où elles vivent ; mais il n’est pas vrai que les fleurs jaunes ne soient visitées que par les Diptères, comme le dit M. Delpino, les Hyménoptères y sont extrêmement fréquents; chacun sait que le miel de tilleul est des plus recherchés ; les abeilles ne fréquentent-elles pas le lierre, la bryane, les saules, de préférence à d’autres lleurs? Le contraire devrait nous étonner puisque ces plantes produisent
- Fig. 1. Nectaire des jeunes frondes Fig. 2. Nectaires situés à l’ais-de Cyathea arborea. selle des teuilles de VAlla-
- manda nerifolia.
- un nectar abondant et riche en sucres. Quant à l’exclusion par la forme, rappelons seulement que lorsque la forme de la fleur s’oppose à ce qu’un insecte y vienne chercher le nectar par les ouvertures naturelles, il sait le plus souvent déchirer
- Fig. 3. Pétale nectarifère d’Helleborus niger.
- Fig. 4. Nectaire développé entre les sépales et les étamines du Xanthoceras sorbi folia.
- la corolle pour faire ses provisions ou 'profiter des orifices creusés avant son arrivée.
- * Le temps de l’épanouissement n’est pas plus important car les bourdons et les abeilles vont chercher le nectar des fleurs nocturnes, en y pénétrant pendant le jour, par des orifices creusés dans le tube encore fermé.
- Bien que l’hétérostylie et la dichogamie ne soient pas en rapport avec les nectaires, M. Bonnier termine cette étude critique en montrant combien les avis sont partagés sur les avantages ou les désavantages de ces dispositions; les uns y voient un perfectionnement floral; c’est un moyen d’assurer la fécondation croisée en empêchant l’auto-fécondation.
- Selon les autres, il y a au contraire tout à gagner pour la plante à être hermaphrodite sans être hété-rostyle ou dichogame, puisque le pollen étranger germe plus facilement sur un stigmate que le pollen de la même plante. 11 y a tout avantage, pour la fleur à conserver le pouvoir de subir l’influence de son propre pollen, si le pollen étranger vient à lui manquer. A ce titre, l’hétérostylie et la dichogamie seraient défavorables aux plantes.
- 11 est donc impossible d’admettre que toutes les dispositions florales soient calculées pour attirer les insectes en leur fournissant le nectar et pour leur faire opérer la fécondation croisée ; les insectes vont chercher le sucre là où ils le trouvent.
- La théorie de Sprengel, quel que soit le caractère
- ’ig. 5. Nectaire du Salvia latanifolia. — Fig. 6. l.e même, avec les faisceaux vasculaires qui s’y rendent; n, nectaires; ov, ovaire; cor, corolle; cal, calice. — Fig. 7. Nectaires lloraux de Pulmonaria officinatis. — Fig. 8. Nectaire du Veronica
- chamœdrys.
- des modifications qu’on y apporte, est donc insuffisante, pour expliquer le rôle des nectaires.
- Nous avons vu que les nectaires peuvent se développer sur des parties quelconques de la plante. M. Bonnier a étudié ces organes partout où ils se présentent ; nous ne pouvons songer à le suivre pas à pas dans cette longue et patiente étude, signalons seulement les principaux résultats auxquels elle a conduit l’auteur.
- L’accumulation des saccharoses et des glucoses pouvant avoir lieu dans des régions extrêmement différentes, il est impossible de trouver à tous ces tissus un caractère morphologique commun; on trouve des nectaires à la base des feuilles cotylé-donnaires comme dans le ricin, à la base des jeunes feuilles de pervenche, sur le pétiole de diverses espèces de pruniers ; entre le pétiole et le limbe, comme dans un grand nombre de fougères (fig. 1) où ils seraient destinés à fournir la nourriture aux insectes qui défendent la plante contre ses ennemis ; sur
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- les dents qui bordent les jeunes feuilles d’aubépine, dans les stipules de vicia et d’autres légumineuses, dans les bractées, entre la feuille et la tige comme dans l’Allamanda (fig. 2) où il est formé de plusieurs masses de tissu saccharifère distinctes les unes des autres, développées à l’aisselle des feuilles. On en trouve aussi sur toutes les parties de la fleur, dans les sépales, dans les pétales ; on les rencontre, par exemple, extrêmement développés dans ceux du Fritillaria imperialis; ils transforment les pétales de beaucoup de Renonculacées d’une façon très remarquable; ils ne forment qu’une petite languette dans les renoncules; dans les hellébores (fîg. 3) ; ils constituent, dans leur ensemble, une sorte de cornet évasé ; entre ces deux extrêmes, on rencontre dans cette même famille une foule d’intermédiaires ; on y trouve même des pétales recourbés en éperon nectarilere, dans l’aconit par exemple. Mais c’est surlout au voisinage des étamines et de l’ovaire, que l’on trouve le plus souvent des nectaires; les glandes si développées du réséda odorant sont for-
- Fig. 9. Coupe longitudinale de la Fig. 10. Coupe de la fleur fleur du Fcrula tingitana, montrant le tissu neetari-
- inontrant le nectaire teinté à la 1ère, indiqué par une teinte,
- partie supérieure de l’ovaire.
- mées par un développement extrême de la base des étamines. Dans la violette, le nectaire est une dépendance du connectif. On trouve cinq nectaires très développés entre les sépales et les étamines du Xanthoceras sorbifolia (fig. 4).
- Dans les plantes caliciflores, les tissus nectarifè-res, se ti’ouvent en général au voisinage des carpelles, en prenant des dispositions extrêmement variées. Fort bien développé dans les amandiers, ce tissu est abondant surtout à la face interne de la base commune du calice, de la corolle et de l’androcée. L’épiderme de cette face présente un grand nombre de stomates1 fort développés, ne recouvrant toutefois qu’une chambre sous-stomati-que, très petite; au reste, cette présence des stomates à la surface des tissus saccharifères est presque générale. Nous pourrions nous étendre bien
- 1 On sait que les stomates sont les petites ouvertures qui font communiquer l’intérieur des tissus d’uue plante avec l’air extérieur, à travers l’épiderme.
- longuement sur les dispositions que présentent les nectaires au voisinage de l’ovaire, elles sont extrêmement nombreuses. Les papilionacées, les labiées, (fig. 5, 6,) les borraginées (fig. 7), les scrophularia-cées (fig. 8), les éricacées nous fournissent des exemples très variés de ces tissus spéciaux plus ou moins
- Fig. 11 Cristaux de glucose pur extrait du nectar d’Helleborus niger. — Fig. 12. Cristaux de saccharose du nectar de Primula sinensis. — Fig. 13. Cristaux de saccharose du nectar A'Helle-borus niger.
- développés à la base de l’ovaire. Quand l’ovaire est complètement adhérent, comme dans les ombelli-fères (fig. 9), c’est dans le parenchyme de la partie supérieure du carpelle ou dans tout l’ensemble de l’ovaire (fig. 10) que se forment les sucres. On en
- Fig. 14-17. Développement successif du fruit de Ruta graveolens. 7i. nectaire ; ov, ovaire; fr, fruit après la résorption du nectaire.
- trouve quelquefois aussi dans le tissu carpellaire des ovaires libres ; c’est à des tissus de cette nature fort développés chez beaucoup de plantes mo-nocotylédones que Brongniart a donné le nom de glandes septales. Le style, lui-même, peut être nec-tarifère comme dans les synanthérées. Enfin il y a une foule de plantes chez lesquelles les sucres s’accumulent à la base commune de tous les organes floraux ; cette accumulation peut alors se faire avec ou sans différenciation; elle a toujours lieu, mais il arrive très souvent que ces matières sucrées ne
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- soient pas émises au dehors et qu’elles demeurent enfermées dans les tissus de la plante.
- La structure des nectaires est donc extrêmement variée; toutes les dispositions imaginables sont réalisées par ces organes, ils sont empruntés à des parties très différentes du végétal ; nous ne pouvons donc leur attribuer des caractères anatomiques ou morphologiques qui permettent de les caractériser. Est-il possible, du moins, d’y trouver des caractères communs à une même famille, à un même genre, des caractères qui puissent servir à distinguer ou à rapprocher les familles, les genres?
- Quarante genres de crucifères ont été étudiés dans ce but par M. Bonnier qui a rencontré des différences très considérables entre des genres très voisins, tandis que parfois, des genres beaucoup plus éloignés ont des nectaires de structure presque identique; la structure des nectaires varie dans un même genre; bien plus, elle n’est pas constante dans la même espèce.
- On peut conclure de cette étude anatomique que des tissus saecharifères se forment aux dépens d’organes quelconques; mais nous avons remarqué que c’est toujours au voisinage d’organes jeunes et surtout au voisinage des parties basilaires de la fleur que s’accumulent ainsi les matières sucrées.
- Nous avons vu plus haut que l’émission du nectar au dehors, dépend surtout de la structure du tissu nectarifère. Si, comme cela arrive très souvent, le nectaire est recouvert d’un épiderme creusé de stomates, le nectar est abondamment émis au dehors par ces orifices; si l’épiderme ne présente pas de stomates, le liquide peut fi.trer à travers les parois amincies des cellules; mais si l’épiderme n’étant pas creusé de stomates, est cuticularisé, la couche de cuticule est soulevée et le nectar s’accumule entre cette membrane et les cellules épidermiques.
- Quelle est la nature des sucres accumulés d’une façon si remarquable, et pourquoi cette accumulation? Nous avons constaté qu’elle n’est pas préparée tout exprès pour servir de nourriture aux insectes ; quel est donc le rôle de ces organes.
- Le nectar est un liquide tenant en dissolution des saccharoses : le plus fréquent est le sucre de canne, et des glucoses, parmi lesquels se trouvent surtout le glucose ordinaire ou sucre de raisin et le lévulose. Les glucoses réduisent le tartrate cupro-potassique (liqueur de Fehling) d’où un excellent moyen de les reconnaître des saccharoses qui n’opèrent jamais cette réduction. On peut aussi distinguer très nettement ces sucres par la lumière polarisée, l’angle de déviation étant différent pour chaque espèce; de plus, le glucose est difficilement cristallisable ; il donne des cristaux très petits (fig. 11) ; au contraire, le saccharose cristallise avec la plus grande facilité, le plus souvent par simple évaporation et donne des cristaux beaucoup plus grands que le glucose et d’une autre forme (fig. 12, 13).
- C’est en employant ces divers procédés que
- M. Bonnier a montré que la proportion relative des sucres de ces deux genres, varie avec l’àge de l’organe nectarifère, et aussi avec une foule d’autres conditions. Des variations très considérables sont dues aux différences dans les conditions du milieu physique. La pression endosmotique des racines, qui fait pénétrer dans les tissus de la plante une quantité d’eau plus ou moins considérable, agit sur l’émission du nectar comme elle agit sur l’émission des gouttelettes liquides qu’on observe à la surface des feuilles de Coloccisia, de Richardia, d’Al-chemilla et de beaucoup d’autres plantes. L’état hygrométrique de l’air en activant ou en retardant la transpiration et l’évaporation, augmente ou diminue la quantité de nectar émise au dehors, et la richesse relative de ce nectar en sucres. C'est ainsi, qu’après des jours de pluie, le volume du nectar augmente pendant une série, de beaux jours, pour diminuer ensuite; de même, la quantité de nectar émise est plus considérable le matin que dans la journée, toutes les autres conditions étant égales. La température produit le même effet ; l’émission du nectar est donc soumise aux mêmes conditions que la transpiration; ce sont là des phénomènes parfaitement comparables; mais tandis que, dans les conditions ordinaires, l’eau est rarement émise au dehors à l’état liquide, c’est toujours sous cette forme que les liquides sucrés sont exsudés ; cela tient surtout aux sucres que ce liquide tient en dissolution et qui en lui donnant une dqn-sité plus grande retardent l’évaporation ou la rendent plus difficile.
- M. Bonnier a pu isoler par diverses expériences, l’influence de chacune des conditions extérieures. En exagérant la transpiration, et l’état hygrométrique, il est même arrivé à rendre nectarifères des tulipes, des jacinthes et d’autres plantes qui n’émettent ordinairement aucun nectar.
- l)u reste, dans la nature, beaucoup de plantes deviennent nectarifères quand l’état hygrométrique de l’air est plus élevé et quand la quantité d’eau absorbée par les racines est plus considérable ; des plantes qui ne sont jamais nectarifères en France, le deviennent par exemple dans les montagnes Scandinaves, où les hyménoptères y puisent activement le nectar.
- Il est encore plus intéressant d’étudier comment la quantité de1 sucres et leurs proportions relatives varient dans les nectaires aux différents âges; car cette étude va nous conduire à l’explication du rôle des nectaires.
- Les conditions physiques extérieures étant les mêmes, le maximum de la production du nectar correspond à l’époque où l’ovaire a achevé son développement et où le fruit n’a pas encore commencé le sien ; c’est à ce même moment que les nectaires contiennent la plus forte proportion de saccharose; mais à mesure que le fruit se développe, le saccharose se détruit, les glucoses angmentent. M. Bonnier a pu isoler un ferment inversif so-
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- lubie qui transforme Je saccharose en glucose comme la diastase transforme l’amidon en glucose; c’est au moment où le fruit commence à se développer que ce ferment inversif est le plus abondant.
- Ce glucose est lui-même destiné dans tous les cas à faire retour à la plante; le nectar émis au dehors peut être réabsorbé par elle après la fécondation et le saccharose interverti contribue à la nourriture des ovules et du fruit, s’il s’agit des nectaires floraux; au développement des jeunes organes quels qu’ils soient, s’il s’agit de nectaires extra-ilo-raux.
- Il arrive quelquefois que le nectaire, tout en perdant la plus grande quantité de ses sucres, continue à s’accroître; mais le plus souvent, il s’atrophie et disparaît presque complètement à mesure que le fruit se développe, on voit un très bon exemple de ces modifications successives en suivant le développement du fruit du Ruta graveolens (fig. 14-17).
- Le saccharose n’étant pas directement assimilable, il faut qu’il soit interverti et transformé en glucose pour pouvoir être absorbé par les parties en voie d’accroissement, pendant la période de formation, d’accumulation, le saccharose domine; le ferment inversif le transforme peu à peu en glucose, alors commence la période de destruction, pendant laquelle les réserves de sucres accumulées dans les nectaires sont détruites et absorbées.
- La formation des réserves au voisinage des ovaires, n’est donc pas une exception ; c’est un exemple tout à fait normal de la formation des réserves» phénomène commun à tous les êtres vivants, anr maux ou plantes ; le nectaire n’est pas physiologiquement différent de la racine de betterave ou du tubercule de pomme de terre.
- Laissant donc de côté toute espèce d’adaptation réciproque, toute relation entre les insectes et les fleurs, nous devons considérer les nectaires comme appartenant par leur rôle et leurs fonctions à une série d’organes communs à tous les êtres vivants M. Bonnier a ainsi prouvé que l’étude des nectaires rentre dans l’étude des réserves nutritives. Ces réserves sont constituées pour la plante qui les produit et non pour les insectes, de même que le sucre de la betterave n’est pas fait pour l’homme, qui le consomme,mais pour la betterave. « L'orga-« nisme vivant est fait pour lui-même, a dit Claude « Bernard, il a ses lois propres, intrinsèques, il « travaille pour lui et non pour les autres. »
- C. Flahault.
- LES NOUVEAUX PROCÉDÉS
- DE FABRICATION DE L’ACIER
- Depuis une quinzaine d’années, l’acier s’est subsitué au fer dans toutes les grandes applications nées de l’extension des voies de communication, de la navigation et des chemins de fer.
- On fabriquait autrefois, il y a vingt ans, en France,
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- de 25 000 à oO 000 tonnes d’acicr par an, à peu près autant dans les divers autres pays : on en fait aujourd’hui plus de 500 000 tonnes; on en fait 400 000 tonnes en Allemagne, 500 000 en Angleterre, 400 000 aux Etats-Unis; en un mot, on fabrique aujourd’hui plus de 1 500 000 tonnes d’acier.
- L’acier, en effet, a remplacé le fer pour les rails, pour les bandages de roues, pour les essieux, pour les tôles de chaudières, pour les tôles de navires, pour les ponts, etc., et, dans tous ces nouveaux usages de l’acier, ce ne sont plus les propriétés spéciales de l’acier tel qu’on le produisait jadis, l’élasticité et la dureté, qui sont utilisées : c'est la malléabilité.
- En effet, ce rail de 52 mètres de long que l’usine John Cockerill, de Seraing, a dû, pour lui trouver place dans l’exposition belge, plier, cintrer, pour en former une énorme hélice suspendue au-dessus du laminoir qui l'a produit, ce rail est en acier.
- Les bandages de roues obtenues sans soudure, de dimensions si variées, qui sont présentés à l’Exposition non seulement dans leur état d’emploi, mais encore écrasés, applatis, après l’action des chocs répétés, sont aussi en acier.
- Ces essieux qui sont pliés à froid et recourbés jusqu’à ce que les deux fusées viennent à se toucher sont en acier.
- Enfin, l’acier est employé à faire des canons, tôles, à faire des arbres de machines.
- Les plaques de blindage destinées à défendre les navires de guerre contre le choc des projectiles les plus durs, sont en acier; les projectiles eux-mêmes, les obus destinés à détruire les blindages, sont également en acier. L’acier sert à faire aussi bien la cuirasse qu’aucun projectile ne doit percer que les projectiles qui doivent détruire les blindages les plus épais.
- D’un autre côté, l’acier se rencontre avec un grand nombre de qualificatifs, avec des noms spéciaux (acier cémenté, acier puddlé, acier fondu), avec des noms désignant les apppareils de production (acier Bessemer, acier Martin, acier Per-not) ou enfin sous une désignation qui annonce la présence d’autres corps (acier chromé, au phosphore, au manganèse, au tungstène).
- Il y a vingt-cinq ans, nous ne connaissions le fer qu’à ces deux états de fer et de fonte, et à un troisième état intermédiaire qui était l’acier, c’est-à-dire du fer renfermant, au lieu de 2, 5, 4 p. 100 de carbone comme la fonte, 1, 1,25 ou 1,5 de carbone. Cet acier était surtout remarquable par la propriété de durcir par la trempe. Il était obtenu dans des circonstances particulières, souvent assez inexplicables, mystérieuses parfois, et dépendant surtout de la richesse et de la pureté du minerai employé.
- En tout cas, étant admis que l’acier est du fer carburé, moins carburé que la fonte, deux procédés, deux méthodes peuvent servir à l’obtenir : l’une consistant à prendre du fer qui n’est pas carburé
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- et à le carburer de la quantité nécessaire pour lui donner les propriétés de l’acier; l’autre méthode consistant à fondre de la fonte contenant 3 à 4 p. 100 de carbone et à la décarburer partiellement, de manière à l’amener à l’état intermédiaire entre la fonte et le for. Le premier procédé, qui consistait à faire de l’acier avec du fer en le carburant, constituait ce qu'on nommait la cémentation.
- Dans des fours disposés a l hoc, des barres de fer de faibles dimensions étaient placées par lits successifs au milieu de poussière de charbon et chauffées à une haute température. En présence du charbon, le fer se carburait peu à peu, le carbone pénétrait dans l’intérieur de chacune des barres en allant de la surface au contre, s’y dissolvait, et au bout d’un certain temps on avait une série de barreaux d’acier cémenté, qui renfermaient une certaine proportion de carbone. Cette opération était très coûteuse, car elle était longue : elle durait quinze ou vingt jours. L’acier cémenté ainsi obtenu était irrégulier; certaines barres étaient plus carburées les unes que les autres; mais, si on les reprenait et si, après les avoir cassées et triées, on les replaçait dans un creuset et on les fondait, car c’était une matière fusible, on obtenait alors une matière beaucoup plus homogène : de l’acier fondu. C’est cet acier fondu qui a fait pendant tant d’années la réputation des aciers de Scheffield. Enfin, vers 1850, on a commencé à employer, à pratiquer la seconde méthode pour obtenir de l'acier, celle consistant à décarburer partiellement la fonte, c’est-à-dire à la traiter dans un four à puddler, comme on traite le fer, mais en arrêtant l'opération à un moment déterminé. Je ne dis pas quels étaient les détails de l’opération, mais c’est ainsi -qu’on fait encore ce qu’on appelle Yacier puddlé.
- C’est eu 1856 que survint la grande révolution métallurgique due à l’invention du procédé Besse-mer. Le procédé Bessemer consiste, comme le pud-dlage, à obtenir de l’acier en décarburant la fonte, mais cette décarburation s’effectue dans un appareil convertisseur.
- Voici les dispositions d’un atelier Bessemer. Ii se compose de deux convertisseurs. Un convertisseur Bessemer est une sorte de cornue en tôle dont l’intérieur est revêtu de matières réfractaires. Cette cornue est fixée sur un axe horizontal autour duquel elle peut tourner de manière à prendre diverses positions. La cornue est dans une position verticale; on peut la faire tourner en lui faisant décrire un quart de cercle, de manière à amener l’orifice supérieur en face de la porte d’un four par laquelle s’écoule de la fonte ; on peut donc la remplir d’une certaine quantité de fonte en lusion. On peut enfin la faire tourner de 180°, de manière à verser extérieurement la fonte après qu’elle a été traitée et qu'c.le est devenue de l’acier fondu. Le fond de cette cornue est constitué par une tuyère multiple au travers de laquelle on insuffle une grande quantité d’air avec une certaine pression.
- Lorsqu’on a rempli nn convertisseur d’une certaine quantité de fonte, en introduisant de fuir avec une grande pression par la partie inférieure, de manière que cet air traverse la masse de fonte, le phénomène qui se produit consiste dans la combustion, au contact de cet air, d’abord du silicium que renferme la fonte et ensuite du carbone, et cette combustion se fait en élevant la température de la masse, de sorte que, quand le carbone est brûlé et que la fonte s’est transformée ou en fer ou en acier peu carburé, la masse est à l’état de fusion, parce que la température y a été considérablement élevée par la combustion du silicium et du carbone. Si l’opération était prolongée, si l’on continuait à insuffler de l’air plus longtemps après que toute la masse est transformée en fer fusible, c’est le fer, à son tour, qui brûlerait en se transformant en oxyde de 1er. 11 est donc indispensable d’arrêter l’opération lorsque toute la quantité de carbone a été brûlée, et alors on fait faire à la cornue le mouvement inverse dont je parlais tout à l’heure, pour en verser le contenu, qui est de l’acier à l’état liquide.
- 11 faut dire qu’à l’origine surtout il n’était pas possible de decarburer la f onte juste au point voulu pour avoir l’acier qu’on désirait, et l’opération consistait, elle consiste encore souvent, à insuffler assez d’air pour brûler toute la quantité de carbone, décarbu -rer complètement la fonte, puis à introduire dans l’intérieur du convertisseur une certaine quantité de fonte, renfermant une quantité de carbone parfaitement déterminée et destinée à ramener la masse qui se trouve dans la cornue à l’état de l’acier ayant le degré de carburation désiré. On emploie dans ce but les fontes très riches en manganèse connues sous le nom de Spiegel Eisen ou des alliages de fonte et de manganèse, des ferrà-manganèses.
- Le manganèse est un grand élément de réussite de cette opération, parce qu’il facilite la réduction de l’oxyde de 1er qui a pu se produire et dont la présence dans le métal en altérerait toutes les propriétés. Le traitement d’une masse de 5000 kilogrammes à 10 000 kilogrammes de fonte, dure de quinze à vingt minutes; c’est certainement l’opération la plus extraordinaire, la plus belle qui se soit laite en métallurgie. A ce sujet, j’exprimerai le regret que j’ai éprouvé, surtout en constatant, dans 1 exposition belge, combien le public s’intéressait à la marche du laminoir de l’usine de Seraing, quoiqu’il fonclionnât à vide, qu’on n’ait pas installé et fait fonctionner à l’Exposition un appareil Bessemer. En montrant dans scs détails pittoresques comment s'elfectue cette opération si admirable par sa rapidité et par la puissance des moyens employés pour la manœuvre des. appareils, nul doute qu’on aurait ainsi contribué à l’éducation générale des masses et jeté peut-être dans le public les germes de découvertes futures.
- J’ajouterai que l’appareil Bessemer exige pour son emploi des fontes d’une très grande pureté, car si 1 on peut éliminer le silicium et le carbone, on
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- [ Fabrication de l’acier Bessemer à S h c f fi e 1 d, en Angleterre.
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- no peut pas éliminer (le même le phosphore et les autres corps qui se trouvent toujours dans la fonte. D’un autre coté, il faut employer de la fonte, on ne peut pas employer du fer ou des débris de fer et des débris d’acier. C’est ce qui a conduit à rechercher, à joindre au procédé Ressemer, un autre procédé : la fabrication de l’acier sur sole, qui est devenue pratique lorsqu’on a connu en France le moyen d’obtenir de très hautes températures dans des fours à réverbère, c’est-à-dire par l’emploi des appareils Siemens, qui ont trouvé leur application non seulement dans la métallurgie, mais dans la verrerie et la fabrication du gaz.
- Lorsqu’on a pu obtenir de hautes températures, on a songé à faire l’acier en traitant la fonte comme dans le four à puddler, sur une sole, en y faisant fondre du fer (c’était le procédé indiqué en 1722 par Réaumur) en quantité suffisante pour que la quantité moyenne de carbone contenue dans la fonte primitive et dans le fer qu’on ajoutait vînt constituer la teneur voulue de l’acier ; on obtint ainsi la transformation de la fonte en acier par sa décarburation et l’acémentation du fer, carburé par le carbone que lui abandonne la fonte.
- La différence des procédés est caractérisée par ce fait que dans le procédé Bessemer le carbone est brûlé, et que dans la fabrication de l’acier sur sole le carbone renfermé dans la fonte est uniquement réparti sur une plus grande quantité de matière, et que cette matière employée peut être du fer, de l’acier peu carburé, peut être surtout du fer et de l’acier hors d’emploi, qu’on ne peut pas traiter dans le convertisseur Bessemer.
- Je sortirais, je crois, du sujet en parlant de la manière d’obtenir les hautes température et du four Siemens. Je me bornerai à rappeler qu’un four à sole placé au-dessus du récupérateur de chaleur est le moyen qui permet, dans les fours Siemens, d’arriver à de hautes températures. Au lieu de brûler le charbon, on brûle du gaz obtenu dans un appareil spécial, dans un gazogène, et ce gaz oxyde de carbone est formé par la combustion incomplète du charbon et mis en présence de l’air; l’air ainsi que le gaz sont chauffés en utilisant la chaleur perdue dans les récupérateurs, appareils en maçonnerie placés au-dessous des fours et dans lesquels Je courant des produits gazeux qui s’échappent marche en sens inverse de l’air et de l’oxyde de carbone.
- Pour revenir à ce qui concerne l'acier sur sole, on applique le procédé de chauffage Siemens pour avoir de hautes températures, qui consiste à décarburer une masse de fonte en la mettant en contact avec du fer. Comme je le disais tout à l’heure, l’idée en avait été indiquée en 1722 par Réaumur; le procédé lui-même a eu pour premier inventeur un ingénieur des mines très regretté, M. Lechatelier, qui avait décrit et proposé un four pour la fabrication de 1 acier dans ces conditions. Les premières expériences ayant échoué par suite d’une trop haute température donnée au four la première fois qu’on
- s’en est servi, elles ont été reprises plus tard, avec succès, par M. Martin, de Sireuil, et le métal obtenu par ce procédé prit le nom d'acier Martin.
- Pour répondre à une question qui est faite bien souvent : quelle différence y a-t-il entre les aciers Martin et Bessemer? je dirai qu’il y a la différence de procédés que je viens d’indiquer, mais que, si les aciers étaient obtenus avec les mêmes matières et si le produit obtenu était un produit aussi carburé dans un cas que dans l’autre, il n’y aurait pas, dans- les procédés eux-mêmes, de raison pour que ces aciers aient des propriétés différentes. Si des aciers Martin et Bessemer obtenus dans une même usine ont des propriétés différentes, c’est que, en général, chacun des deux procédés est appliqué pour traiter des matières premièr es, des fontes, de qualités différentes.
- On sait que les appareils dont je viens de parler ont subi depuis des modifications, des transformations. Il s’en fait tous lès jours ; mais j’ai voulu me borner ici à n’indiquer que les appareils classiques1.
- Erxest Marché,
- Ingénieur civil.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE (Suite. — Voy. p. 51 et 155.)
- S’il est réel que les Siphonophores soient des colonies d’hydres, l’œuf d’un Siphonophore ne doit donner directement qu’un seul individu ; les autres doivent naître par voie agame de celui-là. Mais il est clair, d’autre part, que, dès le début, une différence doit se manifester : la jeune larve ciliée, la Planule ne peut se fixer, sans quoi elle reproduirait la forme ordinaire des colonies d’hydraires ; destinée à vivre en haute mer, elle doit acquérir rapidement les moyens de se soutenir et de se mouvoir dans le liquide ambiant. Lorsque le Polype dans lequel elle se transforme a atteint une certaine taille , les cils vibratiles dont elle est revêtue ne seraient plus suffisants pour remplir cette fonction : aussi voyons-nous apparaître, presque en même temps que les premiers linéaments du Polype, l’appareil aérifère qui devra servir de flotteur à la colonie. L’apparition précoce de cet appareil est significative. Elle nous montre que c’est sur la larve même, sur la planule, qu’ont porté les modifications d’où est résultée la transformation des colonies d’Hydraires en Siphonophores Les Hydraires vivent presque tous à de faibles profondeurs, que des Planules entraînées vers la haute mer aient acquis individuellement la propriété de conserver dans leurs tissus une certaine quantité de gaz, elles auront pu se maintenir dans des conditions d’existence plus favorables à leur développement que celles qui auront été entraînées par leur poids
- 1 Extrait d'une conférence faite au Trocadéro.
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- à des profondeurs considérables, où elles ne trouvent ni l’air, ni la lumière, ni la chaleur, qui leur est nécessaire et où la pression de la masse d’eau superposée est énorme. Les larves flottantes se seront donc maintenues, transmettant à une partie de leur descendance la faculté précieuse à laquelle elles ont dû leur salut. Cette faculté s’est ensuite généralisée et, par le plus simple des mécanismes, la classe si remarquable des Siphono-phores s’est trouvée constituée. On voit, par là, que l’appareil de flottaison n’est, en quelque sorte, que le résultat d’un accident du développement; il provient de l’adaptation d’une partie de la Planule ou du Polype qu’elle produit à une fonction nouvelle, et l'on ne saurait par conséquent, dans aucun cas, le considérer comme l’équivalent d’un individu. Son évolution postérieure a suivi deux voies très différentes, et, comme on devait s’y attendre, son degré de développement a dû être en raison inverse de celui des individus locomoteurs. Si l’appareil de flottaison a rapidement acquis un certain volume et une organisation en rapport avec les conditions d’existence créées par le milieu ambiant, les individus purement locomoteurs ne se sont pas développés : les individus sexués ont pu cesser de revêtir la forme de Méduse complète, comme chez les Phvsales, ou bien se sont détachés de bonne heure, comme chez les Velelles et les Porpites. Dans ce cas, la colonie, au début, n’est absolument constituée que par un Polype unique, muni de son appareil aérifère, comme Huxley l’a constaté chez les Phy-sales, Cari Vogt et Huxley chez les Velelles. C’est exactement ce que supposait la théorie.
- Si l’aopareil de flottaison se développe peu ou mal, il est évident qu’il y aura avantage pour la colonie à ce que les individus locomoteurs se développent et se perfectionnent rapidement. De plus, d’après les lois bien connues de la sélection naturelle, ce développement devra tendre à s’accélérer de plus en plus, et il arrive, en effet, que ces individus se développent directement sur la Planule, avant même que celle-ci se soit transformée en Polype.
- Un habile naturaliste, M. Elias Metschmikoff, a voulu conclure de ce fait, que l’élément fondamental des colonies de Siphonophores était la Méduse; les Siphons, ou gastrozaides, les tentacules, cœcus hépatiques, individus astomes ou dactylozoides, les filaments pêcheurs, les pièces protectrices cartilla-gineuses ne sont- pour lui que les organes de Méduses diversement modifiées. Les Hydres, et leurs formes secondaires, n’entrent pour rien dans la colonie. Nous avons déjà fait remarquer combien cette distinction était subtile, puisque les Méduses dérivent indubitablement des Hydres, et qu’une Méduse sans ombrelle n’est, en définitive, autre chose qu’une Hydre véritable. Mais les faits extrêmement intéressants observés par Metschnikoff n’impliquent nullement les conclusions qu’il en tire. Ils sont absolument conformes aux procédés ordinaires de
- l’embryogénie ou même du bourgeonnement. N’avons-nous pas vu celui-ci s’accélérer d’une manière extraordinaire, chez les Hydres bien nourries, au point qu’une toute jeune hydre, à peine formée, n’ayant encore que des bras rudimentaires, commence déjà à produire des bourgeons? Qu’une cause quelconque vienne hâter le développement de ces bourgeons ou entraver le développement de la mère, le bourgeon le plus jeune pourra devenir un individu parfait, bien avant celui qui l’a produit ; il y aura interversion dans l’ordre naturel du développement. U pourra sembler que l’individu de seconde génération se soit développé avant celui qui devait le produire. Bien peu d’animaux, ayant atteint un certain degré de complication, sont absolument exempts d’interversions de ce genre, dans le développement de leurs organes. C’est là toute l’explication des faits observés dans le développement des Siphonophores pourvus de cloches locomotrices. La Planule qui provient de leur œuf se transforme toujours ou en Polype hydraire ; elle n’est même, à proprement parler, qu’un jeune Polype hydraire qui est devenu apte à produire déjà des bourgeons de Méduses au cours de son développement. Ces Méduses éminemment utiles à la future colonie en leur qualité d’individus locomoteurs, hâtées pour cette raison dans leur développement, conformément aux conséquences ordinaires de la sélection naturelle, prennent les devants sur le Polype nourricier. Celui-ci est inutile à la colonie, tant que l’embryon contient suffisamment de cette matière nutritive que les œufs renferment toujours en proportion variable ; il n’y a donc aucun inconvénient à ce que son développement soit retardé. Mais à un certain moment, ce développement, d’abord ralenti, reprend la marche ordinaire et le Polype nourricier s’épanouit. Ce Polype est toujours, il faut le remarquer, le résultat d’une transformation , directe de la Planule primitive, tandis que la première cloche natatoire, malgré sa précocité, s’est développée sur le côté de cette Planule, exactement à la façon d’un bourgeon ordinaire. Cela achève de justifier l’explication que nous venons de donner et qui ramène au même plan général, le développement de tous les Siphonophores.
- L’embryogénie confirme donc pleinement les conséquences auxquelles nous avaient conduits l’observation des colonies adultes de Siphonophores. Ces êtres sont bien réellement des colonies d’Hydraires que leur genre de vie errant a conduit à s’individualiser de plus en plus. Leur histoire nous fait assister à toutes les phases de cette transformation en individu d’une colonie, d’un groupe d’individus eux-mêmes complexes : elle nous fuit pénétrer en même temps dans le mécanisme de cette transformation et nous apprend quelles sont les lois qui les régissent.
- Edmond Perrier,
- Professeur administrateur du Muséum, d’Histoire naturelle de Paris;
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- LA NATURE
- LE VIADUC DE LLANDULÂS
- UN VIADUC ÉTUDIÉ ET BATI EN UN MOIS.
- Nous donnons d’après Y Engineering, dans les figures ci-contre, une vue du viaduc de Llandulas qui mérite d’étre signalé à la suite des ponts les plus renommés, pour la rapidité surprenante avec laquelle il a pu être étudié et construit. Un mois seulement après la grande crue qui emporta suintement le vieux pont en maçonnerie de Llandulas, ce nouveau pont, fabriqué tout entier avec des pièces en acier et sans aucun joint, était terminé et livré à la circulation. Deux semaines avaient suffi à la préparation des différentes pièces et au montage du pont, et les sept premiers jours qui
- avaient suivi récorulement du pont en maçonnerie, avaient été occupés au déblayage du lit de la rivière, et à l’installation d’un pont provisoire.
- Le viaduc de Llandulas est situé sur une des voies les plus chargées du réseau du North-Western Railway, la ligne de Chester à lloly-head qui longe la côte septentrionale de l’île d’Anglesey. 11 franchit la rivière Dulas, non loin de la station de Rhyl, à une faible distance de son embouchure dans la mer. La portée du viaduc est de 70 mètres environ. L’ancien pont en maçonnerie comprenait sept arches, ayant chacune dix mètres de portée ; i| fut enlevé comme nous l’avons dit par la crue du 17 août, qui renversa entièrement plusieurs arches et en projeta les matériaux dans la rivière un quart d’heure après le passage du dernier train de voya -
- Fig. 1. Construction du nouveau viaduc de Llandulas, après l’écroulement d’un vieux pont en maçonnerie.
- geurs. La Compagnie du North Western prit des mesures immédiates pour rétablir la circulation interrompue, mais c’est seulement au bout de deux jours, lorsque la violence du courant fut un peu apaisée, qu’il fut possible d’entreprendre d’enlever les décombres amoncelés. En même temps, on procéda à l’installation d’un pont provisoire en bois, qui fut établi a une faible distance et réuni à la voie ferrée par une dérivation. Ce pont comprenait au milieu une travée de 25 mètres de longueur formé par quatre poutres longitudinales et supportée par des poteaux verticaux munis de jambes de force. Il put être livré à la circulation le 24 août, à deux heures du matin, et il fut ainsi terminé en moins de cinq jours, en raison des deux jours d’inaction forcée qui suivirent le désastre.
- On prépara en outre la construction du pont définitif, et on décida de disposer un tablier entièrement métallique supporté par des piliers en maçonnerie. Toutes les pièces furent fabriquées
- en acier et laminées dans les forges de Creeve ; comme on cherchait avant tout à opérer rapidement, on résolut de supprimer tous les assemblages en fabriquant d’un seul morceau des poutres assez longues pour occuper tout l’écartement d’une travée. On conserva sept travées de 10 mètres de long comme dans le pont en maçonnerie, et on eut à fabriquer ainsi quarante-deux poutres de 10 mètres à raison de six par travées, comme l’indique la figure 2. Celle-ci représente également avec détails l’installation du pont, ainsi que le mode d’assemblage des différentes pièces et du tablier. Les quatre poutres du milieu supportent les deux voies d’aller et de retour, et les deux poutres latérales, les treillis qui limitent le pont. Toutes les pièces sont résistantes et robustes, et l’assemblage en est particulièrement simple et facile.
- La fabrication de l’acier, le laminage et l’ajustage furent conduits avec une telle rapidité que tout fut terminé au bout de huit jours seulement;
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- LA NATURE
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- toutes les pièces lurent expédiées immédiatement de Creeve à Llandulas, et elles y arrivèrent avant que les piliers en maçonnerie fussent entièrement terminés, il en résulta un retard d’un jour environ pour le montage du pont.
- Nous avons représenté dans la première gravure le procédé suivi pour le montage, on voit que les travées étaient entièrement préparées à l’avance; l’ouvrage était conduit en partant d'une des rives, et les travées déjà construites, à mesure qu’elles étaient terminées, servaient à amener la travée suivante au-dessus des piliers qui devaient la supporter. Ce
- fprocédé simple et commode présente des avantages particuliers pour le montage des travées des ponts en fer, car on peut les assembler d’avance, et il suffit alors de les faire glisser sur la partie du pont déjà construite; dans bien des cas on a été conduit à former le pont avec une poutre unique, au lieu de plusieurs poutres séparées, afin de pouvoir employer ce procédé avec plus de sécurité.
- Une semblable méthode a été adoptée pour le montage d’un des ponts les plus hardis de la Suisse, celui de Fribourg sur la Sarine, qui franchit cette rivièré à une hauteur de plus’de 90 mètres. Ce pont pré-
- Fig. 2. Le nouveau viaduc de Llandulas, du Nord Western railway, en Angleterre. Tout eu acier sans joints, fabrique et pose en vingt jours.
- sente eii outre un intérêt tout à fait particulier, car les piles elles-mêmes furent bâties par le même procédé. On faisait avancer la poutre à placer de manière que l’extrémité libre arrivât à l’aplomb du pilier à construire, on descendait alors les matériaux dans le vide au moyen d’une grue roulante amenée $ ^l’extrémité de^a poutre. Le bas des piliers était formé par un massif en maçonnerie d’une hauteur de 200 mètres environ, au-dessus duquel on disposa une sorte de colonne formée de treillis en fer haute de 50 mètres, dont les matériaux furent descendus au moyen de la grue roulante comme nous l’avons expliqué.
- Le pont de Llandulas était loin? assurément de présenter des difficultés pareilles ; toutefois l’emploi exclusif de l’acier, le procédé de construction suivi,
- et surtout la rapidité avec laquelle il fut installé, puisqu’il était livré à la circulation dès le 22 septembre, n’en présentent pas moins un vif intérêt et témoignent en même temps d’une manière frappante du progrès que l’emploi du fer et de l’acier a permis d’apporter dans la construction des ponts. .
- NÉCROLOGIE
- Frédéric Mohr. — Ce savant chimiste, que 1 on peut considérer comme l’un des représentants les plus éminents de la pharmacie allemande, né en 1806, à Cologne, a succombé récemment dans cette dernière ville. A la mort de son père, en 1840, il prit la suite de sa pharmacie et c’est de cette époque que date son activité
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- LA NATURE
- scientifique. Déjà, en 1857, il avait fait paraître un traité sur Y équivalence des forces. Bientôt après il entreprit la continuation de la Pharmacie universelle, commencée par Geiger, et, comme appendice, il publia en 1846 son Traité de pharmacie. Puis parurent successivement son commentaire de la pharmacopée prussienne (1847), le Manuel de chimie pharmaceutique (1854), et la Méthode de titrage dans l'analyse chimique, basée sur les expériences de Gay-Lussac et de Margueritte. Ce traité, qui est devenu classique en France, eut cinq éditions successives. Dans la dernière année de sa vie, il avait commencé à publier dans les Annales de chimie de Liebig un travail sur la Cohésion, qu’il ne put terminer. 11 y combat les principes delà théorie atomique. A un savoir profond, Mohr joignait une facilité d’élocution, une lucidité d’exposition extraordinaires. Aussi, ses conférences étaient-elles suivies par un public nombreux et sympathique.
- Ernest Bersot. — Cet homme de bien et de grand mérite vient de mourir à l’Ecole normale supérieure, qu’il dirigeait depuis neuf ans. C’est une perte considérable pour la direction des hautes études universitaires, où il pouvait rendre encore de grands services, n’étant-âgé que de 64 ans. Né à Surgères (Charente-Inférieure), il étudia au lycée de Bordeaux, et y resta comme maître d’études pour pouvoir se préparer à l’École normale. 11 y fut distingué par M. Cousin qui se l’attacha comme secrétaire quand il était ministre de l’instruction publique. Nommé professeur de philosophie à Bordeaux puis à Versailles, Bersot refusa de prêter serment, au lendemain du coup d’État de décembre. Pour vivre, il donna des leçons particulières et collabora à plusieurs journaux. Nommé membre du conseil municipal de Versailles, il eut, au moment de la guerre de 1870, à lutter avec le maire et quelques collègues contre les exigences exorbitantes de l’ennemi. Plusieurs fois menacé, ainsi que ses collègues, d’être enlevé et transporté en Allemagne, il ne céda jamais que dans la mesure de sa conscience. Aujourd’hui ce vaillant cœur ne bat plus, mais tout ce qui était en lui n’est pas mort. Bersot se survivra dans l’œuvre qu’il a faite, dans les germes qu’il a semés et, comme le dit excellemment M. Scherer, dans le Temps, il est impossible que les élèves qu'il a formés ne transmettent pas à la jeunesse française quelque chose de la vertu dont ils se sont eux-mêmes imprégnés sous la direction d’un pareil maître.
- L’abbé Debaize. — H y a quelques années, un jeune prêtre à la physionomie intelligente et résolue vint me trouver ; « Monsieur, me dit-il, je veux franchir de part en part le continent africain, me rendant de Zanzibar au Gabon, en passant par la région des grands lacs; mais je suis pauvre, on me repousse, aidez-moi ! » Une flamme brillait dans ses yeux. Sa parole, sa physionomie, révélaient la conviction, la foi dans l’œuvre entreprise. Après beaucoup de difficultés, l’abbé Debaize obtint une mission ; il fut chaudement protégé ; d’un côté, par un très haut personnage de notre temps ; de l’autre, par un des orateurs les plus justement appréciés de l’Assemblée, M. Georges Perrin. 11 partit. Arrivé à Zanzibar, l’abbé Debaize organisa, avec une habileté qui dormait les plus grandes espérances, une caravane de plus de 400 hommes. Il traversa, pour ainsi dire, sans éprouver la moindre perte, l’espace compris entre la mer et le lac Tanganyika. Sa marche rapide devint presque légendaire. On l’aimait, on le respectait. Une main de fer dans un gant de velours, tel était son principe de commandement. Un jour, quel-
- ques sauvages veulent lui barrer le passage; il fait le coup de feu et poursuit son chemin. Près de la moitié du voyage était accomplie; avant de s’élancer dans l’inconnu, il stationna longtemps, trop longtemps à Ou ljiji.Scs hommes perdirent sans doute là l’habitude de la discipline. Vers le milieu-de l’été dernier, il s’engagea dans les parages au nord du Tanganyika. Sa troupe se débanda. Il finit par être dévalisé et par revenir malade, presque sans escorte, à Oujiji où les missionnaires catholiques l’entourèrent de soins. Le climat, plus terrible encore que les sauvages, que les animaux féroces, a donc très probablement frappé cet homme si jeune, qui croyait à son étoile et que l’on désignait déjà comme le futur Livingstone français.
- Richard Cortambert.
- Le général Morin . — Le savant directeur du Conservatoire des Arts et Métiers est mort le 7 février à Page de 85 ans. Né le 17 octobre 1795, A. Jules Morin fut do 1813 à 1819 élève de l'École polytechnique et de l’École d’application de Metz. Il sortit dans l’artillerie de terre. Le 7 avril 1855, il fut nommé général de division d’artillerie, et directeur du Conservatoire des Arts et Métiers. Le général Morin dans sa'longue carrière a exécuté un nombre considérable de travaux de mécanique, et il est considéré comme un des savants qui ont le plus contribué depuis trente ans aux progrès de cette branche de la science. C’est à lui qu’est dù l’appareil classique qui sert à démontrer les lois du mouvement des corps pesants; il a écrit des mémoires sur la pénétration des projectiles et sur la rupture des corps solides par le choc, sur les pendides balistiques, il a exécuté des travaux sur les roues hydrauliques, sur des appareils chronométriques, sur la ventilation, sur la salubrité des habitations, etc., etc. Admis à l’Académie des Sciences en 1845, comme successeur de Coriolis, le général Morin a été promu grand officier de la Légion d’honneur le 14 mars 1858. Tous ceux qui ont connu cet infatigable travailleur, ont admiré les rares qualités de son esprit : distinction parfaite, affabilité exquise, une grande bonté, beaucoup de droiture et de loyauté, tels sont les mérites qui réunissaient chez le général Morin un beau caractère à un grand talent.
- Gaston Tissandiek.
- CHRONIQUE
- La banquise de Saumnr. — Par suite de la baisse des eaux, les vastes prairies abandonnées par la Loire présentaient ces jours derniers un singulier et navrant spectacle. Elles étaient pavées d’immenses dalles de glace d’une épaisseur de 40 à 50 centimètres, qui fondent peu à peu, si une crue ne les enlève point. Tous les arbres, peupliers, bouleaux et saules sont brisés, tordus, décapités, écorchés ou grièvement blessés; des ravines profondes ont été creusées par les eaux ; de ce chef, il y aura donc des pertes considérables pour les riverains. A la pointe de l’ile d’Offard, une centaine de soldats du génie sont occupés à établir contre les remblais une ceinture d’arbres et de fascines pour les protéger contre les glaces. Les travaux du chenal de la rive gauche sont activement poussés sur toute son étendue. Une débâcle provenant de la Vienne a pu y passer sans encombre la semaine dernière Sur la rive droite, on continue le déblaiement. La débâcle des glaces accumulées depuis Candes jusqu’à Langeais a com-
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- mencé à se produire sans accident. Samedi dernier au conseil des ministres, le ministre des travaux publics a annoncé que tout danger avait disparu du côté de Saumur, et que les glaces, grâce aux précautions prises, s’écoulaient lentement.
- I.e brouillard des 8, 3 et 4 février 1880. — Un
- épais brouillard a recouvert pendant plusieurs jours une grande partie de la France. A Paris il était très dense, doué d'une odeur particulière et rendait la circulation très difticile. Il en a été de même à Itouen, la circulation a été un instant interrompue aux abords des quais, et ce n’est qu’avec des précautions inlinies que les piétons pouvaient s’aventurer sur les chaussées.
- Le froid, dit le Moniteur du Puy-de-Dôme à la date du 4, continue à être très vif pendant la nuit, et les brouillards qui persistent presque tout le jour empêchent le soleil de nous faire sentir sa chaleur; aussi les ruisseaux sont restés gelés, aujourd’hui mardi, une grande partie de la journée, et la température s’est un peu abaissée.
- Nous sommes, dit le Courier de Lyon du mardi 3 février, en pleine période de brouillards. Le matin et le soir, ils sont si épais, qu’on a quelque peine à se conduire dans les rues. Vers le milieu du jour seulement, le temps est relativement beau. Le froid n’en continue pas moins à être très rigoureux, et il gèle tous les matins à 7 ou 8 degrés.
- Tempêtes et tremblements de terre. — Une
- grande tempête qui a sévi le 50 janvier 1880, sur le littoral de la Sicile a détruit près de 3 kilomètres de chemins de fer. Les ports de Catane et de Messine ont beaucoup souffert. Un grand nombre de naufrages sont signalés. Le lendemain, la tempête a sévi sur le littoral septentrional. Les torrents ont débordés, un grand nombre de maisons se sont effondrées : on signale plusieurs victimes.
- Mardi 3 février, à six heures et sept minutes du soir, une violente secousse de tremblement de terre a tout à coup agité la terre dans une partie des Basses-Pyrénées ; on a entendu au pied des collines de Baigoura un gronde-inentdel que toutes les maisons des vallées environnantes en ont été ébranlées. Les habitants eux-mêmes, sous le coupj de l’émotion causée par cette commotion, ont quitté un instant leur logis pour se grouper tout autour. Ce qui est fort remarquable, c’est qu’au moment où la croûte terrestre était ainsi en mouvement, l’atmosphère ne se trouvait pas agitée, le temps élait très serein et très beau.
- PETITES NOUVELLES
- M. , Broca, membre de l’Académie de médecine, directeur de l’École d’anthropologie, a été nommé sénateur inamovible à la majorité de 8 voix. Son élection porte à dix-neuf le nombre des académiciens de toutes classes qui sont membres du Sénat. Pour l’Académie de médecine en particulier, c’est le troisième membre qu’elle compte au Sénat, les deux autres sont les docteurs Charles Bobin et Théodore Roussel.
- — M. Albert Geoffroy Saint-Hilaire, le savant et sympathique directeur du Jardin d'Acclimatation de Paris, a été nommé chevalier delà Légion d’honneur.
- — Une nouvelle expédition dans l’Afrique centrale, dirigée par le prince Borghcse et le docteur Pellegrino Malteucci a quitté Rome dans les premiers jours du mois.
- — Le journal anglais Nature a consacré la semaine dernière un supplément considérable de 40 pages à la biographie et aux lravaux scientifiques de M. J.-B. Dumas. Une magni-
- fique gravure donne le portrait sur acier de l’illustre chimiste français.
- — On a pratiqué depuis quelque temps des fouilles impor- ’ tantes à Ostie. L’Italie nous apprend qu’un splendide camée parfaitement conservé, représentant Ajax, et évalué à plusieurs milliers de francs a été découvert tout récemment.
- — La statue de marbre de Carnot vient d’être commandée par le ministère de la guerre à M. L.-E. Cougny, sculpteur,
- ui, au dernier Salon, a exposé une statue remarquable de la uintinie.
- — Un élève externe des hôpitaux de Paris, Fernand Reverdy, a succombé, il y a une dizaine de jours, à l’angine couenneuse qui a enlevé récemment deux de ses collègues. Reverdy, attaché à l’hôpital des Enfants-Malades, avait été obligé de quitter Paris, ets’était retiré à Laval, où il est mort.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 Février 1880. — Présidence de M. ürcyurina,.
- M. le général Morin. — Nos lecteurs savent déjà que M. le général Morin, directeur du Conservatoire des arts et métiers, est mort celte semaine à l’âge de 85 ans, à la suite d’une maladie peu prolongée. M. le Président, encore revêtu du frac à palmes vertes qu’il portait aux obsèques faites le matin même, annonce qu’en signe de deuil la séance sera levée immédiatement après la mention de quelques pièces importantes de la correspondance.
- Les diamants de Glasgow. — Au moment où M. Crookes a fait à l’Ecole de Médecine la belle conférence qui a été un véritable événement dans la Société scientifique de Paris, le bruit s’était répandu qu’il avait avec lui des échantillons prouvant la réalisation si longtemps poursuivie de la synthèse du diamant. Le savant Anglais montrait en effet, à plusieurs de nos grandes notabilités, un produit d’expérience que lui avait confié M. Mac Tear et qui consistait en granulations hyalines mélangées de substances charbonneuses. Il annonçait en même temps son intention de le présenter solennellement à l’Académie le lundi suivant. On sait comment une dépêche télégraphique l’engagea à surseoir à cette présentation et comment la question resta tout à fait douteuse dans l’esprit de beaucoup de personnes qui ne mettaient pas un instant en doute l’autorité du témoignage de M. Crookes. Or, aujourd’hui, une note transmise à l’Académie par le Ministère de l’Instruction publique, annonce que M. Mac Tear s’est assuré que ses prétendus diamants ne sont autre chose que des silicates dont on ne dit pas les bases mais qui, par conséquent, n’ont rien de commun avec le carbone cristallisé.
- Hautes températures. — M. le Secrétaire perpétuel se borne à mentionner un Mémoire de M. Crova, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier, sur la mesure spectrométrique des hautes températures. Il cite aussi des considérations de M, Delaurier sur la température du soleil.
- Phylloxéra. — Un nouveau rapport relatif à la destruc^ lion du phylloxéra est adressé à l’Académie par le directeur général de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon à la Méditerranée. En même temps M. Mul-sant décrit les procédés qui lui permettent de greffer la vigne sur le groseiller et d’empêcher du même coup, parait-il, le développement du phylloxéra.
- J Sur des mouches empoisonnées par des champignons. I — Dans le cours d’une excursion au travers de la forêt
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- de Gisors, MM. Charles Brongniart et Maxime Cornu, remarquèrent que les épis du Molinia cærulea, dont les larges touffes de plus de 1 mètre de hauteur couvraient le chemin, étaient chargés de centaines de mille de cadavres d’insectes. Ceux-ci, tous pareils, désignés par les entomologistes sous le nom de Syrphus mellinus et appartenant à l’ordre des diptères, ou mouches, étaient accrochés par les pattes, les ailes étendues, l’abdomen fortement gonflé et distendu. Quant à la cause de cette mortalité, il fut facile aux auteurs de la reconnaître dans les Entomophthora, sorte de champignons parasites et microscopiques qui prospéraient sur les malheureuses bestioles. Tout le monde a vu ces cryptogames, puisque c’est à leurs spores, qu’est due cette auréole blanchâtre dont sont entourés à la fin de l’automne les cadavres de mouches collées aux vitres des cabarets.
- Destruction de la banquise de Saumur. — En même temps que M. Gaudin, M. Bouvet a eu l’idée qu’on pouvait scier la glace de la Loire à l’aide d’un tube métallique traversé par un courant de vapeur d’eau. 11 accompagne la description de ce nouveau « fil à couper le beurre » d’un calcul qu’on lira sans doute avec intérêt, dans le but de déterminer la dépense entraînée par le procédé. Supposons une banquise de 500 mètres sur 10 mètres et de 1 mètre d’épaisseur, qu’on veut réduire en fragments de 5 mètres seulement de cô'é. 11 faudra produire 2 traits de 500 mètres de long, et 51 traits de 10 mètres soit, en tout 1500 mètres de traits ayant 0m, 05 de large et 1 mètre de haut. Le poids de la glace ou le volume d’eau correspondant à ce volume est
- 1500x 0,05x 1 = 75ra- * = 75 000 kiI-
- C’est le poids de l’eau à fondre. Or, si nous admettons que pour fondre 1 kilogramme de glace il faut 100 calories (au lieu de 79, chiffre théorique, à cause des pertes), on voit qu’il faut dépenser pour obtenir le résultat désiré :
- 75000x100 = 7 500 000 calories.
- Chaque kilogramme de charbon brûlé, donne une utilisation de 5000 calories; il faudra donc en dépenser.
- 7 500000 , . ,
- —- = 1500 kilogrammes de charbon.
- 5000
- Ce qui correspond au plus à la dépense de 3 ou 4 loco-mobiles de 6 chevaux pour 24 heures.
- Ainsi donc, avec 3 ou 4 loeomobiles, on pourrait en 24 heures, élargir le chenal de Saumur de 10 mètres sur une longueur de 500 mètres ou mieux encore de 5 mètres sur une longueur de 1 kilomètre.
- Certes, avec la dynamite qu’on a employéejusqu’à présent, on est loin d’avoir obtenu de pareils résultats.
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- CRISTALLISATIONS OBSERVÉES A LA SURFACE DE LA NEIGE
- Monsieur,
- Je vous adresse une photographie représentant un effet de neige que j’ai observé à Poitiers.
- La neige tombée le 6 décembre 1879 avait conservé jusqu'au 24 du même mois la forme hexagonale élémentaire, particulière à notre latitude, mais le 24 décembre, sous l’influence peut-être de Réchauffement de la tempé-
- rature qui s’est produit entre 11 heures du matin et 4 heures du soir, elle a pris la forme des petites roses pompons de nos jardins.
- Chaque fleur avait au minimum de 10 à 20 millimètres de diamètre, plusieurs atteignaient le diamètre de 50 millimètres.
- Chaque fleur était composée de pétales enroulées comme celles des roses. Chaque pétale présentait la forme oblongue, était striée longitudinalement et recourbée absolument comme la feuille de la rose.
- La corole, soit l’ensemble des feuilles, était séparée de la couche inférieure de la neige et les fleurs ne se présentaient qu’à la superficie de la neige, c’est-à-dire dans la couche la plus immédiatement en contact avec l’air.
- Cet effet de congélation s’est présenté partout où la lumière pénétrait facilement. Sous les arbres, dans les allées, dans les quinconces plantés, la neige a conservé la forme hexagonale. Généralement les fleurs se touchaient sans interruption. Elles étaient plus petites dans les plans horizontaux que sur ceux inclinés.
- Ce phénomène est resté apparent jusqu’au 29 décembre, époque où a eu lieu le dégel.
- Cristallisations en forme «le fleurs observées à la surface de la neige. Détail d’un pétale de la fleur. (D’après une photographie.)
- Scoresby ne mentionne pas cette forme particulière de la neige ; toutes les figures qu’il nous a laissées représentent la forme hexagonale sur un même plan. Quelques voyageurs au pôle Nord parlent bien des fleurs de neige, mais je n’ai pas rencontré dans leurs écrits une description fidèle de ce phénomène.
- Si vous croyez intéressant pour vos lecteurs cette communication, je vous la livre en vous assurant de ma parfaite considération.
- Comte Sansac dè Toucuimbért.
- Poitiers, 22 janvier 1878.
- Nous ajouterons quelques observations aux intéressants documents que notre honorable correspondant nous adresse. Ces fleurs de glace ne doivent pas, selon nous, être confondues avec les cristaux hexagonaux qui se forment au sein de l’atmosphère, et nous croyons d'après nos observations personnelles qu’elles sont en réalité constituées par des cristallisations qui se déposent à la surface d’une masse de neige préalablement déposée sur le sol.
- Elles n’en constituent pas moins une curieuse variété des nombreuses formes que peut affecter l’eau solidifiée par le froid. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N» 351
- 21 FÉVRIER 1880.
- LA NATURE.
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- L’ÉTUDE DES TREMBLEMENTS DE TERRE
- LE NOUVEAU SISMOGRAPHE DE M. GALLI
- Nous avons fréquemment parlé de l’importance que l’observation des tremblements de terre offrirait au point de vue des progrès de la Physique du globe. Cette étude e.-t fort peu pratiquée en France, où il ne faudrait pas croire cependant que les oscillations du sol soient rares. Elles y sont souvent très appréciables, et les journaux des départements nous apprennent très fréquemment qu’une secousse de tremblement de terre a été ressentie sur quelque point de notre pays. Il est certain qu’on constaterait bien plus souvent la production des secousses que les Italiens appellent micro-sismiques , en employant des instruments enregistreurs très sensibles, capables de laisser les traces matérielles des plus petites trépidations.
- Dans l’espérance de faciliter et d’encourager ce genre d’observation, nous donnons aujourd’hui la description d’un sismographe très ingénieux, imaginé par un savant météorologiste italien,
- M. Ignazio Galli, directeur de l’observatoire météorologique municipal de Velletri.
- La figure ci-jointe donne l’aspect de l’appareil et de ses diverses parties. Sur un support de marbre se
- trouvent fixées les deux extrémités d’une barre de laiton, recourbée à sa partie supérieure, sous la forme de l’ouverture d’une porte. Au-devant, ou voit deux petites colonnes métalliques, implantées dans le marbre. Sur chacune de ces colonnes se trouve posée une coupelle de pierre dure, à laquelle est adaptée une tige rigide mince, de grande longueur. Cette tige se tient verticale par l’effet d’un gros anneau métallique soudé à la coupelle par l’intermédiaire de quatre fils de laiton. La coupelle, la tige et l'anneau forment ainsi un seul système, 8* année. — 1" semestre.
- Nouveau sismographe pour l'enregistrement des tremblements de terre.
- posé sur l’extrémité de la colonnette, et constituent un véritable pendule qui n’a pas de frottement à son point de suspension. L’amplitude des osci 1 la-lions de ce pendule se trouve multipliée à l’extrémité supérieure de la tige pointue, proportionnellement à la longueur de cette tige.
- La tige la plus longue (à la droite de notre figure) dépasse tout l’appareil et se termine par un petit miroir d’argent poli, dont on peut constater les plus petites oscillations, en suivant, à l’aide
- d’une lunette, les mouvements du point de lumière qu’il réfléchit. On peut encore terminer ce miroir par une aiguille très fine, dont on observerait les plus petits déplacements.
- La tige la moins longue (à gauche de la figure) se termine par un petit châssis carré, très léger, à la surface duquel est appliqué un papier noirci par le noir de fumée. On peut amènera la surface de ce papier la pointe d’une aiguille, fixée par l’intermédiaire d’un bras de levier au support Fixe de laiton. Au moindre mouvement de l’appareil, le carré de papier noirci suit les oscillations de la tige qui le porte et se déplace sous la pointe de l’aiguille, qui y trace une ligne droite ou une ellipse, dont l’orientation et la longueur permettront de donner l’intensité relative du mouvement ondulatoire.
- Pour apprécier les secousses verticales, M. Galli a eu recours à la spirale élastique habituellement usitée dans ce cas. On la voit figurée à côté de la partie de l’appareil que nous venons de décrire. Ce ressort métallique supporte à sa partie inférieure un poids cylindrique. Au moindre mouvement vertical du sol, ce poids s’abaisse légèrement sous l’action de la flexion du ressort, il actionne un levier articulé, très léger, qui supporte une aiguille suspendue à un cheveu. Cette aiguille trace une ligne sur une feuille de papier enduite de noir de fumée, repré-
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- LÀ NATURE.
- sentée à droite de la figure et à sa partie inférieure.
- Au milieu du socle de marbre, M. Galli a fixe une tige rigide qui permet de contrôler la direction du tremblement de terre. Cette tige constitue à peu de chose p^ès le sismographe de M. Forbes, employé par MM. Palmieri et de Rossi. Un châssis semblable à celui du pendule de gauche, porte un carré de papier noirci, sur lequel l’aiguille d’un levier trace des lignes, lorsque la tige en se mouvant autour de sa base par la seule élasticité de flexion, décrit des arcs dans le plan vertical de la secousse. Remarquons qu’il n’est pas à craindre que, par des chocs successifs et angulaires, la tige décrive des mouvements coniques, comme il arrive nécessairement dans les pendules.
- On voit que la direction et l’intensité de la secousse se trouvent enregistrées avec précision : M. Galli a voulu que son appareil indiquât l’orientation de Fonde sismique. Si l’on trouve par exemple une trace inscrite dans le plan du méridien, il est utile de savoir si la secousse est venue dans la direction du sud ou dans celle du nord.
- Pour résoudre ce problème très important, le savant Italien a eu recours à un mécanisme fort ingénieux représenté à la droite de notre figure, auprès de la pendule, et au-dessus de l’aimant dont nous parlerons un peu plus loin. Un cône métallique tronqué est posé debout sur un disque horizontal, tenu en équilibre sur sa plus petite base ; il ne se tient debout que lorsque son support est parfaitement immobile. Si le support oscille, le cône tronqué tombe immédiatement vers le côté d’où est venu le mouvement d’impulsion. Il se pose alors sur le bord intérieur d’un disque annulaire, muni de divisions correspondant aux seize points principaux de l’horizon. En outre, la chute de ce cône détermine l’heure précise du tremblement de terre : en tombant, il entraîne le disque divisé et la tige qui le supporte; celle-ci transmet le choc à un bras de levier qui agit sur le mouvement d’horlogerie, et arrête aussitôt le pendule de 1 horloge.
- Le sysmographe de M. Galli est encore muni d’une pièce importante : d’un aimant en fer à cheval renversé; un portant posé sur deux branches est fixé à une romaine à vis, comme le montre la figure. Si l'intensité magnétique diminue, même très faiblement, le portant s’incline du côté du poids en restant malgré cela adhérant anx deux pôles de l’aimant.
- D’après les expériences du P. Bertelli et de M. le comte A. Malvasia, il paraît certain que les aimants subissent quelquefois une diminuton de force dans les moments qui précèdent les tremblements de terre. Les Japonais ont observé'ce fait dès longtemps. Il est donc d’un grand intérêt de s’attacher à cette observation spéciale.
- Les dimensions du sismographe de M. Galli ne sont pas très considérables ; l’appareil, qui n’a pas plus de 0 m 56 de hauteur, n’est nullement en-
- combrant ; il peut être placé à l’abri de l’air, sous une cage de verre.
- L’ingénieux météorologiste italien a eu plusieurs fois l’occasion de constater l’efficacité de son système, notamment le 15 octobre dernier. À midi 50 minutes, l’instrument enregistra une secousse de tremblement de terre si légère que personne ne s’aperçut que le sol avait remué. Toutefois le cône de l’appareil tomba sur la division S. S. \V du disque annulaire ; l'horloge s’arrêta à l’heure mentionnée ci-dessus. On eut une trace de 5 millim. dans la direction S. S. W—N. N. E sur le papier enfumé du pendule de gauche, et une autre de 2 millimètres décrite par le bras de levier du ressort en spirale. Il résulte de ces renseignements que Fonde sismique a été très faible, qu’elle est venue du S. S. W., et qu’elle a été accompagnée d’une très petite secousse verticale.
- Depuis cette époque, le sismographe de M. Galli a plusieurs fois fonctionné avec la même délicatesse et la même précision ; cet appareil nous paraît réaliser complètement la plupart des desiderata de la science des tremblements de terre (1).
- Le mouvement de l’atmosphère, et des cyclones qui l’agitent, sont l’objet de milliers d’observations quotidiennes. La couche superficielle de la terre a aussi ses mouvements ondulatoires, ses ondes de vibrations et parfois ses tempêtes, qu il y aurait certainement intérêt à étudier avec le même soin.
- Gaston Tissandjer.
- NOVEMBRE 1879.
- Si l’on compare les observations météorologiques faites pendant le mois de novembre dernier en France et aux États-Unis, on remarque une opposition marquée quant aux températures. Tandis qu’à Paris la moyenne du mois est restée bien au-dessous de la normale, on signale au contraire en Amérique (comme en septembre et en octobre) un excès général de la température sur tout le pays à l’est des Montagnes-Hocheuses. Cet excès, moins accentué qu’en octobre dans les États de l’Atlantique, atteint sa plus grande valeur vers le golfe du Mexique et dans le bassin du Mississipi. Du reste, les caractères généraux du temps observé en octobre ne se sont guère modifiés, et les sécheresses persistantes des mois précédents se sont continuées en s’accentuant encore, notamment sur le versant de l’Atlantique depuis la Caroline du Nord jusqu’à New Jersey, et dans la partie méridionale du Texas. Dans les environs de Jersey City, les puits et les sources étaient à sec ; les moulins à eau ont dù cesser de fonctionner, faute de force motrice, et dans la Virginie les fermiers étaient obligés de conduire leur grain jusqu’à 80 kilomètres pour le faire moudre. Dans quelques stations du
- (1) Le sismographe que nous décrivons a été construit par M. François Marelli, sous la direction et sur les plans de M. Galli. D’autres modèles sont en voie de construction pour M. Scliiaparelli, à Milan, et pour M. de Rossi, dont les belles études sur les tremblements de terre sont connues de tous.
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- LA N ATI! UE.
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- Texas, il n’esl pas tombé d'eau dep.i.s le mois de juillet ; dès le 8 novembre, le sol des prairies était sillonné de crevasses larges et profondes, qui en rendaient l’accès extrêmement dangereux. D’après le Daily Union, de Springfield, la sécheresse était devenue si grande dans l’Illinois, que les Compagnies de chemins de 1er avaient dû organiser des trains spéciaux pour apporter chaque jour aux habitants de l’intérieur, des provisions d’eau puisée dans le Mississipi.
- La distribution des pluies est moins uniforme que celle des températures; dans les États du Sud et de l’Est la quantité d’eau recueillie est inférieure de moitié à celle qui y tombe habituellement en novembre. Au contraire dans les hautes latitudes, vers la région des Lacs et les vallées du Mississipi supérieur, le total des pluies du mois présente partout un excès prononcé. De même, sur le versant occidental des Montages-Rocheuses, des pluies considérables sont tombées sous l’influence de deux fortes bourrasques venues du Pacifique ; on sait d’ailleurs que dans la Californie, l’année peut, à ce point de vue, être divisée en deux saisons bien distinctes : la saison sèche, pendant laquelle la pluie est à peu près inconnue, dure d’avril à octobre ; la saison pluvieuse comprend les six autres mois et commence en novembre.
- Des 18 dépressions barométriques suivies sur l’étendue du réseau américain, 6 sont venues de l’Océan Pacifique ou se sont formées dans les Montagnes-Rocheuses ; la plupart ont traversé tout le continent pour disparaître dans les parages du golfe Saint-Laurent. Rien que ces perturbations aient quitté l’Amérique du Nord dans les conditions habituelles, leur marche ultérieure a été modifiée par les haules pressions qui régnaient alors sur l’Atlantique ; elles ont été rejetées vers les régions polaires sans affecter nos régions, et sans nous apporter l’adoucissement du temps qui accompagne ordinairement leur passage pendant la saison froide.
- Généralement, la navigation est interrompue par les glaces, dès la fin d’octobre, sur la plupart des cours d’eau des États-Unis; celte année, le temps doux qui a persisté jusque dans la deuxième quinzaine de novembre, a relardé la prise des rivières ; et à la fin du mois, les bateaux avaient cessé leur service seulement dans le cours supérieur du Missouri et sur le Red River du Nord.
- Il sera intéressant de comparer le mois de décembre aux Étals-Unis avec les conditions atmosphériques tout exceptionnelles constatées simultanément sur l’Europe occidentale, et particulièrement en France.
- Tu. Moureaux.
- ft
- L’ECLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- SYSTÈME SIEMENS
- Le nouveau système d’éclairage électrique de M. Siemens est un réel progrès fait dans la voie de la divisibilité de la lumière électrique.
- L’ensemble comprend :
- 1° Une machine excitatrice destinée à nourrir les électro-aimants fixes de la machine à lumière ;
- 2° Une machine à lumière à courants alternatifs alimentant les lampes ;
- ,V Les lampes différentielles qui, par leurs dispositions ingénieuses, permettent de placer jusqu’à dir appareils montés en tension dans le même circuit.
- Machine excitatrice. — La machine excitatrice est nue machine dynamo-électrique à courants continus. La disposition représentée (figure 1) est le petit modèle qui sert à alimenter la machine à lumière. La même machine peut servir aussi pour faire fonctionner des régulateurs Siemens ou Serrin et des lampes Wcrdermann. Les modèles plus grands n’en diffèrent que par des dispositions de détail. Pour comprendre le fonctionnement de cette machine on n’a qu’à se reporter à la machine Gramme dont elle reproduit en partie les organes. Elle en diffère cependant par les points que nous allons signaler.
- 1° Les électro-aimants sont plats et formés de har.es de fer (au nombre de quatre dans le petit modèle) légèrement cintrées à l’endroit de la bobine, disposition qui présente l’avantage de mieux répartir le champ magné’iquc;
- 2° L’anneau de Gramme est remplacé par une carcasse en fer sur laquelle viennent s’enrouler les bobines reliées au collecteur ;
- 3° La bobine, plus longue et d’un moindre diamètre que l’anneau de Gramme est roulée de façon à ne recouvrir que la circonférence extérieure de la carcasse qui supporte les différentes sections.
- 4° Les balais qui recueillent le courant sur le collecteur sont doubles pour chaque pôle. Cette disposition a pour effet d’avoir toujours une partie métallique du collecteur en contact avec un des balais lorsque l’autre balai rencontre une partie isolée, ce qui donne un courant plus régulier.
- C’est le courant de cette excitatrice qui est envoyé dans la machine à lumière ou machine à division.
- Machine à lumière. — La machine à lumière est une machine dynamo-électrique à courants alternatifs, dans laquelle, à l’inverse de la machine Gramme à division, les inducteurs sont fixes et les induits mobiles.
- Nous avons représenté (figure 2) la machine du plus grand modèle construit jusqu’ici et qui peut actionner vingt lampes en deux circuits de dix lampes chacun.
- Les inducteurs sont formés de 32 électro-aimants fixes disposés sur deux aimants en fonte, seize de chaque côté.
- L’extrémité du noyau de chacun de ces électroaimants porte une petite pièce de fer destinée à former un épanouissement du pôle et à faciliter ainsi l’induction. Les pôles de chacun de ces inducteurs sont alternés, c’est à dire qu’à un pôle sud succède un pôle nord et ainsi de suite. Ces inducteurs reçoivent le courant de la machine excitatrice et deviennent par ce moyen fortement aimantés. Les inducteurs se composent de seize bobines plates fixées sur un plateau et tournant très rapidement
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- LA NATURE
- (Lins I espace annulaire laisse par les deux séries d inducteurs. Ces bobines induites ne renferment pas de noyau de fer, le courant s’y développe par le passage rapide devant les inducteurs ; il se produit des courants d'interversion polaire, courants qu’on recueille à l’aide de balais qui viennent frotter sur des collecteurs convenablement reliés aux fils des bobines.
- La machine faisant 600 tours par minute, soit 10 tours par seconde, il ne se produit pas moins de 160 interversions de courant par seconde. Le couplage des bobines et leur at tache sur les collecteurs permet d’obtenir à volonté un courant de haute tension, de tension moyenne et un nombre de circuits proportionné aux applications qu’on a en vue. Dans le cas de deux circuits seulement, il suffit de trois fils partant de la machine car l’un d’eux qui constitue le fil de retour, peut être commun aux deux circuits.
- Lampe différentielle. — C’est la disposition ingénieuse de celte lampe, dont la 1,1 ligure 3 est un
- diagramme, théorique, et la figure 4 une vue d’ensemble , qui a permis de placer un nombre très grand de lumières en tension sur un seul circuit, tout en rendant le fonctionnement de chaque lampe indépendant de celui des autres. C’est une ap-
- i'ig.l. Machine à courant continu, système Siemens, petit modèle.
- plication de la loi des courants dérivés et de l’action différentielle qu’ils exercent en fonction de leurs intensités relatives sur deux circuits. Bien que le
- courant soit en réalité alternatif, nous pouvons le considérer comme continu à un instant donné, pour comprendre le fonctionnement de l’appareil. Le courant arrivant de la machine en L (fig. 3) se divise en deux parties; une partie du courant traverse une bobine T for mée de fil très fin et très résistant, et sort par bL' pour aller à la lampe suivante; une seconde partie du courant traverse une bobine R à fil gros et court ; en sortant de R il traverse l’arc voltaïque formé entre les charbons g, h et va par bV à la lampe suivante.
- Le courant est donc partagé en deux fractions très inégales, la plus faible traverse la bobine T qui a une résistance fixe et très grande ; la plus grande partie du courant traverse l’arc voltaïque qui constitue une résistance variable
- a . ... avec l’écartement
- i. Machine a divisiou, modèle de lb bobines actionnant 20 lampes en deux circuits, dgs charbons Pla
- çons à l’intérieur
- de chaque bobine une tige de fer doux s sr, reliée par un levier c d a au charbon ga, et voyons ce qui va arriver. Chacune des bobines attire le solénoïde qui lui correspond avec une force proportionnelle à l’intensité et au nombre détours.
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- LA NATU1U5.
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- On conçoit donc que pour une certaine résistance convenablement réglée de l’arc voltaïque, les résistances relatives des deux circuits seront telles que les actions des bobines sur les tiges s, s' seront égales et le levier c A a prendra une certaine position d équilibre. Si la résistance de l’arc vient à augmenter, cet équilibre sera détruit, l’action de la bobine T deviendra prépondérante, le levier c d c’ oscillera autour de d et rapprochera les charbons. L’inverse se produirait si la résistance venait à diminuer car alors la bobine H exerçant une plus grande action sur la tige o', il y aurait écart des charbons. Le régulateur n’agit plus alors par les variations de l’intensité du courant dans le circuit, comme dans la lampe Ser-rin, par exemple, mais par les variations de résistance de l’arc voltaïque.
- Tel est le principe de l’appareil représenté sous sa forme pratique (fig. 4). L’action prépondérante de la bobine T a pour effet de faire déclancher un petit encliquetage qui permet au charbon supérieur de descendre par son propre poids.
- Pour que cette descente du charbon se fasse lentement et régulièrement, il y a une sorte de petit balancier de pendule qui ne permet que l’échappement d’une dent par oscillation, et comme on peut arrêter la descente à chaque cinquième d’oscillation de ce petit pendule il en résulte que les mouvements sont absolument imperceptibles et ne nuisent en rien à la fixité de la lumière.
- Pour que les mouvements du solénoïde soient plus doux, et pour qu’il ne vibre pas sous l’action des courants alternatifs, il est relié à une petite pompe à air, et qui a pour effet de rendre ses mouvements plus gras. Lorsque l’écart des charbons
- se produit, le mécanisme est soulevé avec le charbon supérieur, jusqu’à ce que la distance des pointes corresponde à celle pour laquelle l’appareil est réglé.
- Ce réglage se fait très facilement en élevant plus ou moins la bobine à fil lin de manière à augmenter ou à diminuer sou action.
- Le charbon inférieur étant fixe, il s’en suit que le point lumineux descend au fur et à mesure de l’usure des charbons, mais comme le mécanisme est placé tout entier au-dessus du point lumineux, il n’y a pas d’ombre portée par le socle de l’appareil, et ce déplacement ne présente pas d’inconvénient dans ces conditions, surtout lorsque la lampe est placée un peu haut : le mécanisme est caché dans une enveloppe cylindrique en cuivre qui le préserve en même temps qu’elle sert à le suspendre.
- On peut éteindre une lampe sans que les autres en soient affectées ; il suffit pour cela d’introduire une clef dans le commutateur, ce qui a pour effet d’établir une communication directe; en enlevant la clef, la lampe éteinte se rallume aussitôt.
- Signalons encore une disposition simple et ingénieuse :
- La crémaillère du porte-charbons mobile porte une petite traverse qui, lorsque cette crémaillère est au bout de sa course, vient s’appuyer sur deux petits contacts en platine reliés aux bornes et établit automatiquement une communication directe. Cela a pour but de ne pas laisser s’éteindre toute les lampes d’un même circuit lorsque les charbons d’une des lampes sont usés et qu’on a oublié de les remplacer à temps. Une machine à lumière à 16 bobines dépense avec son excitatrice une force d’environ dix chevaux et alimente vingt lampes d’une
- Fig. 5. Diagramme de la lampe différentielle.
- Fig. 4. Lampe différentielle de Siemens.
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- puissance d’environ vingt-cinq becs Carcel chacune. Nous enregistrons avec plaisir ces résultats qui sont tout à l'honneur de M. Siemens et de son collaborateur M. IlalTner Alteneck, espérant que ce n’est cependant pas là le dernier mot de la division de la lumière électrique.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- INFLUENCE DU MARIAGE
- SUR LA TENDANCE AU SUICIDE.
- L’état mental qui pousse l’homme au suicide est-il plus fréquent chez les vieillards ou chez les jeunes gens ?
- Sur ce point, les gens du monde, habitués à juger des choses par Je raisonnement plutôt que par l’expérience, sont non pas embarrassés, mais généralement divisés d’opinions. Quand on leur pose
- «—
- .ojrî
- AgedesFrançavstS-20i 20 OC Ag* des Suédois 1S-23
- Fig. 1. Tendance au suicide suivant l’âge et suivant le sexe.
- 2S-3S
- Les chiffres marqués sur la figure indiquent le nombre des suicides annuels pour 100 000 individus de l’âge et du sçxe correspondants (France, 1863-68; Suède, 1861-75).
- cette question, les uns disent que la jeunesse est l’àge des illusions, l’âge où l’on voit tout couleur de rose et où par conséquent les idées noires sont bien loin. Donc le suicide doit être rare à cet âge. « Mais, répondent aussitôt les autres, la jeunesse est l’âge des passions, et par conséquent l’âge des orages ; c’est l’âge des illusions, soit, mais quand ces illusions s’évanouissent trop brusquement, quels mécomptes, quels chagrins ! Voyez Werther, voyez Hamlet, voyez Roméo et tous leurs imitateurs : ce sont tous des jeunes gens. Au contraire, songez avec quelle rage certains vieillards se cramponnent à la vie ; la mort, que la jeunesse affronte sans même y songer, apparaît aux vieillards d’autant plus épouvantable qu’elle est plus proche. Assurément, ajoutent-ils pour conclure, le suicide doit être fréquent chez les jeunes gens, et rare chez les vieillards. »
- Ces derniers raisonnements sont les plus beaux (hi monde. Malheureusement l’expérience leur donne tort. C'est un fait connu déjà depuis assez long-
- temps en statistique. Le diagramme que nous présentons à nos lecteurs a été construit en partie d’après des chiffres empruntés au docteur Bertillon (art. Mariage du Dict. encyclop. des sciences méd.), en partie d’après une statistique suédoise. Les deux pays donnent à peu près les mêmes résultats. Pour les âges jeunes, il y a identité; il est vrai que les vieillards suédois embrassent la mort moins volon -tiers que les nôtres ; mais en Suède comme en France, on voit les vieillards avoir pour le suicide un goût absolument inconnu parmi les jeunes gens. Ils se suicident trois ou quatre fois plus souvent qu’eux.
- On remarquera aussi qu’à tous les âges, les femmes se suicident beaucoup moins souvent que les hommes. A cette différence près, on trouve chez elles les mêmes phénomènes généraux que chez les hommes; chez elles comme chez nous, la tendance au suicide augmente rapidement avec l’âge.
- Nous ne donnons ces résultats remarquables que pour deux pays, afin d’éviter la monotonie. Qu’il nous suffise de dire qu’on les a trouvés partout où l’on a fait cette recherche. On trouvera des chiffres nombreux à l’appui dans un ouvrage statistique du plus haut intérêt qui vient de paraître à Milan, et dont l’auteur est M. Morselli.
- Nous allons pousser plus loin cette étude, et voir l’influence du mariage sur la tendance au suicide. Cette étude a déjà été commencée par mon père, et j’ai déjà eu occasion d’exposer ici les résultats remarquables auxquels cette étude l’avait conduiti.
- Il a établi les deux lois suivantes :
- 1° Les veufs se suicident beaucoup plus souvent que les époux;
- 2° La présence des enfants dans une famille éloigne fortement les idées de suicide. Elle est également salutaire aux gens mariés et aux veufs, aux hommes et aux femmes. Pour les uns comme pour les autres, la vue de ces petits êtres diminue de moitié l’envie qu’ils peuvent avoir de se tuer.
- Ces deux lois se vérifient pour les deux sexes.
- Mais, mon père ne pouvait, avec les documents français, tenir compte de l’âge des suicidés en même temps que de leur état civil. Et nous avons vu l’importance de cet élément.
- Cette recherche, un document suédois2, nous permet de la faire (sans tenir compte de la présence des enfants). Notre diagramme montre les résultats remarquables qu’elle nous donne.
- Considérons d’abord les hommes mariés. Quand ils sont très jeunes, ils se suicid nt à peu près aussi souvent que les célibataires. Nos chiffres indiquent même qu’ils se suicident plus, mais il est probable que ce n’est qu’une apparence due à une raison bien simple d’ailleurs, mais qu’il serait trop long d’expliquer. On peut donc admettre que leur ten-
- 1 Voy. La Nalwe, 8 février 1871), p. 165.
- 2 Introd. à la statist. de Suède de 1876. Ann. de tlemugr. Internat., 1878.
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- dance au suicide est égaie à celle des célibataires du même à‘re,
- . 0 . 1
- Suivons les hommes mariés dans le cours des
- âges successifs : nous voyons qu’en vieillissant, leur tendance au suicide augmente assez lentement, si bien qu’à l’âge où cette tendance est au maximum elle est deux fois et demi environ ce qu’elle était à l’âge adulte. Plus tard, — fait assez remarquable, — elle diminue progressivement.
- Pour les non-mariés (célibataires et veufs, le document ne distingue pas), quelle différence! C’est presque une progression géométrique que forment les chiffres successifs qui les concernent. A 25 ans, leur tendance au suicide était déjà double de celle des gens mariés du même âge; à 70 ans, elle est onze fois plus élevée ! Sans cesse, le danger augmente pour eux; au lieu de subir un temps d’arrêt comme pour les gens mariés, il croît sans s’arrêter jamais.
- Pour les femmes, on observe des phénomènes analogues ; mais comme ils sont beaucoup moins marqués, les femmes étant, — en Suède comme ailleurs, — très peu portées au suicide, on me permettra (Te ne pas y insister.
- On a vu au début de cet article, que le suicide augmente avec l’âge en Suède comme ailleurs. Le nouveau diagramme que je présente au lecteur ajoute à cette loi les deux conclusions suivantes :
- 1° Le suicide est à chaque âge (sauf peut être avant 20 ans), moins fréquent chez les gens mariés que chez ceux qui ne le sont pas ou qui ne le sont plus;
- 2° Il augmente avec l’âge cln z les uns et chez les autres. Mais tandis que chez les gens mariés cette augmentation ne se produit qu’avec une grande lenteur (et fait même place, sur le lard, à une certaine diminution), elle est au contraire chez les vieux garçons et les veufs d’une rapidité prodigieuse et effrayante.
- 3° C’est aux célibataires et veufs qu’est due presque tout entière l’aggravation de là tendance au suicide que les statisticiens ont depuis longtemps érigée en loi h
- 4° f^es mêmes lois se vérifient pour les femmes, mais avec moins d’intensité.
- Reste à indiquer les causes des phénomènes que je viens d’exposer.
- 1 Que le lecteur juge combien la distinction des âges est importante en démographie. Si au lieu d’analyser patiemment les âges les uns après les autres, j’avais considéré en bloc les mariés et les non mariés, j’aurais trouvé ceci : sur 100000 hommes non mariés adultes, 16 suicides annuels, et sur 100 000 époux, 10 suicides. Ainsi j’aurais attribué aux époux plus de suicides qu’aux autres, tandis qu’ils en ont, comme nous venons de le voir, infiniment moins que les non mariés des mêmes âges. — La raison de cette différence est bien simple. Le? non mariés sont presque tous des jeunes gens, et par conséquent, ils fournissent moins de suicides que Yensemble des époux qui sont plus vieux. Mais ce n’est pas parce qu’ils vivent dans le célibat. c’ect parce qu’ils sont jeunes. Cet exemple montre assez qu’on ne s’improvise pas démographe. C’est une science des plus rigoureuses, mais il faut la connaître.
- Ces causes sont multiples. J’ai dit (loc. cit.) pourquoi la mortalité des non mariés, pourquoi leur criminalité, leur tendance à l’aliénation mentale, etc.,sont plus fortes que celle des époux. Ces raisons sont probablement applicables à la tendance au suicide. Je ne les énumérerai pas à nouveau. L’une d’elles m’a paru surtout importante; c’est celle qui résulte de la régularité de la vie de famille, comparée à l’irrégularité presque fatale de la vie du célibataire.
- En ce qui concerne le suicide, une de ces irrégu-
- Fig. 2. (L'échelle de ce diagramme est trois fois moindre que celle de la ligure 1.) Tendance au suicide suivant que les hommes sont mariés ou ne le sont pas.
- Les chiffres marqués sur la figure indiquent le nombre de suicides annuels pour 100 000 hommes de l’âge et de l'état civil correspondants (Suède, 1861-75).
- larités doit surtout attirer notre attention, notamment en Suède. C’est l’ivrognerie, qui sans doute est plus répandue chez les célibataires que chez hs gens mariés. En Danemark (pays d’Hamlet) et « lerre classique du suicide » comme dit M. Morselli, l’ivrognerie cause 31 pour 100 des suicides, et il en est à peu près de même partout.
- On peut donc admettre comme hypothèse que si les vieux célibataires et les vieux veufs se pendent avec tant de facilité, c’est en partie parce qu’ils boivent plus que les autres ; les uns par vieille habitude, et les autres..., pour se consoler d’avoir perdu leur femme.
- Jacques Bkrtillo.n.
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- REPRODUCTIONS HÊLIOGRAPHIQUES
- PAR LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- La Compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Médi-lerranée vient de faire, dans son bureau des études, une application industrielle de la lumière électrique à la reproduction des dessins. Le procédé Marion, qui donne un dessin en traits blancs sur fond bleu par l'exposition au soleil d’un papier sensibilisé recouvert d’un calque, est bien connu, tous les bureaux de dessin en font usage; mais il faut du soleil, et à Paris, en hiver, ces rayons font souvent défaut. Comment faire sans le soleil? Aller le chercher à Nice? C’est bien ce qui a été résolu de prime abord, et ces jours-ci la Cio vient de terminer sur le bord de la Méditerranée l'installation d’un atelier de reproduction. Mais il fallait aviser à remplacer le soleil pendant le temps que demandait cette petite installation.
- M. Nenger, chef du bureau des études, eut l’idée de reprendre les essais de reproduction, en se servant de la lumière électrique, et, par des dispositions simples et ingénieuses, il a créé en deux jours un atelier de reproduction qui fournit 20 reproductions par jour, soit 000 par mois. Le matériel électrique fort simple venait de chez MM. L. Saulter, Lemonnicr et Cie. C’était une loco-mobile portant 2 machines de Gramme du type d’atelier, qui alimentaient 2 lampes Serrin. Ces 2 lampes étaient placées sur un chariot mobile à 25 cent , au-devant d’un châssis ordinaire, qui contient le dessin Ce châssis placé verticalement pouvait glisser entre 2 coulisses, de manière qu’on pût faire varier facilement, sa position par rapport aux 2 sources lumineuses. II fut constaté qu’au bout de 20 minutes d’exposition, l’impression était faite, et dès ce moment, dit la Lumière électrique, on procéda montre en main, sans se préoccuper de la couleur du papier sensibilisé.
- Nouvel appareil de natation américain.
- L NOUVEL”'APPAREIL DE NATATION [
- DE M. U. RICHARDSON j
- La gravure que nous publions ci-dessus donne une idée très complète d’un ingénieux mécanisme qui a été expérimenté à plusieurs reprises et avec un plein succès, à Mobile, aux États-Unis.
- L’appareil consiste essentiellement en un llotteur traversé par un arbre longitudinal, muni à sa partie inférieure d’une petite hélice servant de propulseur. L’arbre est mis en rotation tout à la fois à l’aide d’une manivelle actionnée par les bras du nageur, et d’une pédale de même système actionnée par ses pieds. Le nageur couché sur le flotteur avance ainsi avec une grande rapidité et sans beaucoup de fatigue; la tête élevée au-dessus de l’eau se trouve dans une position très avantageuse pour faciliter la respiration. M. Richardson a pu exécuter avec ce j
- mécanisme un parcours de 7 kilomètres sur l’eau, dans l’espace d’une heure. Nous avons reçu une lettre d’un ingénieur américain qui en nous donnant la description de cet ingénieux système, nous en avons fait un grand éloge. La construction de l’appareil est facile et pourra peut être tenter parmi nous quelque amateur de natation.
- On a beaucoup parlé dans ces derniers temps des appareils du capitaine Boyton ; nous les avons décrits ici même1 et nous nous garderons de nier leur efficacité comme système de sauvetage, mais il nous semble que les essais dont nous venons de faire mention, offrent un caractère d’originalité tout particulier, et que cette union directe de l’hélice à la force musculaire doit être très avantageuse.
- 1 Voy. tables des matières des années précédentes.
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- LA NATURE.
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- ART ET NATURE
- En exécutant une préparation microscopique, je me servis un jour d’une des pointes d’acier généralement employées à cet usage, et comme j’eus l’occasion de la faire passer par hasard sous le microscope, je fus étonné de voir combien son apparence, sous un fort grossissement, était rugueuse et grossière. Cette observation me donna l’idée de recourir à quelque objet plus pointu et je fus ainsi conduit à faire les comparaisons des différents objets dont je vous envoie la représentation très exacte. Si vous la jugez intéressante, vous pouvez la reproduire pour vos lecteurs ; elle leur montrera combien est grossière l’œuvre de notre industrie, si on la
- considère à côté de celle de la nature. Le n° 1 de la figure ci-dessous, représente, sous un grossissement de 500 diamètres, la pointe d’une épingle ordinaire ayant déjà été employée. On voit que cette pointe, un peu émoussée, est légèrement aplatie à son extrémité supérieure. Le métal malléable a peu à peu cédé sous le travail de la pression nécessitée pour le faire pénétrer dans des tissus. Le n° 2 est un peu plus pointu, c’est une aiguille d’acier; vous voyez cependant combien son aspect est encore défectueux, quand on la considère avec l’œil du microscope. Quelle finesse, au contraire, présente l’épine de rose, et quelle délicatesse inouïe le dard d’une guêpe, examinés sous le même grossissement ! (Voy. nos 3 et 4.)
- Différents corps pointus vus au microscope, sous un grossissement de 500 diamètres. — 1. Épingle ordinaire. —2. Aiguille d’acier.
- 5. Épine de rose. — 4. Dard d'une guêpe.
- La vue du dessin très exact que je vous envoie m’a permis de faire un calcul qui conduit à des résultats assez curieux : A 1 demi-millimètre de la pointe, les diamètres des quatre objets représentés sont respectivement, en millièmes de millimètre, 3,4; 2,2; 1,1; 0,58. Les sections correspondantes en millionièmes de millimètre carré sont: 907,92 ; 38i),13 ; 95,03 ; 11,34, ou, en nombres ronds : 908 ; 380 ; 95 ; 11.
- Si on suppose, ce qui est bien au-dessous de la vérité, que la pression qu’il faut exercer sur la pointe, doive être proportionnelle à la section, en admettant qu’il suffise d’une pression de 11 centigrammes pour faire enfoncer l’aiguillon d'une guêpe de un demi-millimètre, il faudra plus de 9 grammes de pression pour enfoncer une épingle de la même quantité. En réalité, ce dernier chiffre est beaucoup trop faible, car nous n’avons pas tenu
- compte de l’avantage qui résulte pour l’épine de rose, par exemple, de sa forme en coin allongé, beaucoup plus favorable à la pénétration que celle en goutte de suif de l’épingle.
- Il serait facile d’étendre considérablement les observations de ce genre à un grand nombre d’autres objets, et les remarques que je viens de faire sur des pointes naturelles et artificielles s’appliqueraient incontestablement, par exemple, à des tissus. Nul doute que le fil d’une toile d’araignée laisserait bien loin derrière lui le fil de la plus fine dentelle, et que l’art se trouverait toujours distancé de beaucoup par la nature.
- Je n’insiste pas davantage sur ces comparaisons, et je vous les livre en vous autorisant à en faire l’usage qui vous conviendra;
- l)r Z...
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- LA NATURE.
- LA REINE DES FOURMIS
- Le Rév. Mc Cook rapporte, dans les Proceedings de l’Académie des Sciences naturelles de Philadelphie, d’intéressantes observations qu’il a pu faire sir les fourmis, grâce à l’emploi de fourmilières artificielles munies d’un châssis vitré. Dans un de ces nids artificiels fut placée une reine féconde d’une petite espèce de fourmi noire, le Cromatogaster lineolata. Plusieurs ouvrières de la même espèce, mais proveuant de nids différents et capturées le jour même, furent introduites dans la fourmilière vitrée. L’une d’elles découvrit bientôt la reine, et, avec beaucoup d’animation, elle courut à ses compagnes, puis toutes ensemble se groupèrent sur le corps même de la reine. D’autres fourmis, introduites successivement se joignirent aux premières. Elles ne témoignaient aucune hostilité, mais s’attachaient par leurs mandibules aux poils délicats qui recouvrent le corps de la femelle, beaucoup plus gros que le leur ; et elles remuaient leurs antennes en signe de caresse. La reine disparut dans une des galeries, toujours environnée par cette fidèle escorte. Elle était adoptée, et M. Mc Cook regarde cette adoption, remarquable chez les fourmis, qui sont généralement hostiles aux autres nids de leur espèce, comme une preuve de la force de l'instinct de conservation de l’espèce.
- M. Mc Cook a observé la ponte d’une autre espèce, de fourmi noire, le Camponotus Pensylvanicus. La reine, dressée presque verticalement au bord d’une petite cavité, était complètement entourée par sou escorte d’ouvrières qui la touchaient continuellement de leurs antennes. L’œuf, blanc, cylindrique, long de 5 millimètres environ, fut près de deux minutes à sortir du corps ; il fut aussitôt emporté par une des ouvrières dans les galeries inférieures. Les gardes du corps de la reine ne la quittaient pas, cherchant à diriger ses mouvements, lui barrant souvent le passage, la saisissant même quelquefois par une antenne ou par une patte, pour la retenir. La reine ne les repoussait pas; elle cédait même généralement de plus ou moins bonne grâce, mais souvent aussi, elle s’obstinait à poursuivre son chemin.
- R. Vion.
- UN REMÈDE CONTRE LA RAGE
- M. Torrès Coïcedo, ministre de Salvador, vient de faire don au Jardin zoologique du Bois de Boulogne de deux plantes curieuses, le guaco et le cedron, préconisées depuis longtemps en Amérique comme antidotes à la morsure de serpents venimeux et de la rage. La découverte des propriétés de ces plantes est assez singulière. Des Indiens avaient remarqué qu’un oiseau de proie, qui poursuit les serpents dont il fait sa nourriture, cherchait la liane du guaco, en mangeait les feuilles et en enduisait son plumage. Ils utilisèrent les vertus thérapeutiques de cette plante, et obtinrent par son . emploi des guérisons merveilleuses de la rage, des morsures venimeuses et des fièvres paludéennes. La découverte des propriétés du guaco et du cédron avait d’ailleurs déjà été faite par M. le dccteur Saffray dans la relation d’un voyage exécuté par lui, en 1869, dans la Nouvelle-Grenade.
- L’ÉTAT RADIANT DE LA MATIÈRE
- EXPÉRIENCES DE M. CKOOKES
- M. Crookes, le savant anglais à qui l’on doit déjà la découverte du thallium et l’invention du radi-mèlre, a fait au Congrès de Sheffield unc lecture sur les résultats qu’il a obtenus dans une étude poursuivie avec persévérance sur les gaz extrêmement raréfiés ; il a répété récemment ses expériences les plus importantes à Paris, à l’École de médecine, à l’Observatoire et à la Société de physique et il y a obtenu un succès qui nous paraît justement mérité. Nous nous proposons de faire connaître les expériences principales dont nous avons été témoin en même temps que les explications auxquelles elles ont donné lieu de la part de M. Crookes.
- Il n’est personne maintenant qui n’ait vu les tubes de Geissler qui s’illuminent si remarquablement lorsqu’ils sont traversés par un flux d’électricité émanant d’une machine d’induction : on sait que ces tubes sont remplis d’un gaz très raréfié dont la nature et la pression influent également sur les effets lumineux observés. Faraday a observé dès longtemps, que, lorsque la raréfaction a atteint une limite déterminée, la lueur qui remplit l’espace raréfié n’est pas continue et qu’elle présente une in-terrupfion du côté qui correspond au pôle négatif, c’est-à-dire que de ce côté et sur une longueur qui varie avec les conditions de l’expérience, il existe une partie obscure à la suite de laquelle seulement apparaît l’illumination ordinaire (fig. 4).
- C’est, paraît-il, cette observation qui a servi de point de départ aux recherches de M. Crookes. Le savant Anglais a été guidé dans ses expériences par une hypothèse qui, si elle ne représente pas la vérité, a le mérite incontestable de fournir une explication plausible des faits qu’il a signalés. On sait que l’on admet maintenant, pour la constitution des gaz, l’hypothèse de Bernouilli : on suppose que les molécules des gaz sont animées de vitesses qui tiendraient à les faire mouvoir indéfiniment en ligne droite, conformément au principe de l’inertie, mais que par suite des chocs de ces molécule^ entre elles elles changent de direction, comme elles le font lorsqu’elles viennent rencontrer les parois contre lesquelles elles rebondissent. La pression exercée par un gaz sur les parois du vase qui le renferme ne serait pas autre chose même que le résultat de l’infinité de ces chocs infiniment petits. Lorsque les molécules sont assez nombreuses dans un espace donné (elles sont toujours en très grand nombre et il ne s’agit ici que de grandeurs relatives), par leurs chocs multipliés et fréquents il résulte deux effets que nous voulons retenir entre autres : chaque molécule ne peut parcourir qu’un petit espace en ligne droite sans qu’un choc la dévie de sa direction, d’une part; et d’autre part, en chaque point de la paroi, des molécules viennent frapper dans tous les sens
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- de telle sorte que la pression doit être partout la même.
- Mais on conçoit que ces effets doivent varier avec le nombre des molécules et que lorsque ce nombre diminue, les chocs entre celles ci doivent être moins fréquents ; que, par suite, chacune doit parcourir un espace plus grand sans être déviée de sa route, et aussi que s’il existe une cause qui détermine le mouvement des molécules dans une direction déterminée, la paroi recevra sur cette direction même un nombre de chocs plus considérable et la pression y devra être plus forte qu’en tout autre point. (On voit que s’il en est ainsi le gaz ne possédera plus celte propriété de l’égalité de pression que l’on considère comme caractéristique de l’état gazeux : nous reviendrons d’ailleurs sur ce point.)
- M. Crookes pense, d’autre part, que l’effet d’un conducteur métallique électrisé est, après avoir électrisé des molécules gazeuses, de leur communiquer une vitesse normale à la direction du conducteur au point considéré. Si donc le conducteur est plan les molécules constituent un faisceau perpendiculaire à ce plan. Pour la pression ordinaire des tubes de Geissler, 1 dixième de millimètre de mercure environ, cette direction constante ne se prolonge pas et par suite des chocs multiples qui surviennent presqu’aussitôt les trajectoires des diverses molécules sont brusquement modifiées, pour éprouver peu après un nouveau changement, et ainsi de suite ce serait d’ailleurs par suite des chocs ainsi multipliés et qui par suite de leur très grand nombre pourraient être considérés comme uniformément répartis que se produirait l’illumination dans toute l’étendue du tube considéré.
- Si la raréfaction est poussée un peu plus loin, les molécules qui seront électrisées par leur contact avec le conducteur métallique (celui qui sert de pôle négatif) pourrait, sur une certaine longueur, et à cause du moindre nombre des molécules, suivre une trajectoire rectiligne, c’est-à-dire que, dans un espace qui sera d’autant plus grand que le nombre des molécules sera plus petit, il n’y aura pas de collision moléculaire, et que, par suite, il ne pourra pas se manifester de phénomènes lumineux. C’est ainsi que s'expliquerait l'espace obscur signalé par Faraday, espace qui doit croître à mesure que l’on pousse plus loin la raréfaction du gaz. Si même Fon parvient à diminuer la pression suffisamment, l’espace obscur doit envahir le tube tout entier qui cessera detre lumineux. C’est ce à quoi M. Crookes est arrivé en effet : en perfectionnant les machines pneumatiques employées et en prolongeant leur action d’une manière continue pendant longtemps, quinze jours de suite a-t-on dit, il a pu obtenir des tubes et autres vases en verre dans lesquels la pression est arrivée à moins de un millionième d’atmosphère. Dans ces conditions remarquables lelectri-cité passe, mais on n’observe aucune illumination ; c’est bien d’ailleurs à la raréfaction extrême qu’est due cette absence de lueur et M. Crookes le prouve
- de la manière suivante : dans un tube préparé de cette manière, on a placé au préalable un fragment de potasse caustique, puis on a fait le vide jusqu’à la limite indiquée ci-dessus; le passage de l’électricité ne produit aucun effet lumineux ; on chauffe légèrement la potasse qui abandonne une très petite quantité de vapeur, quantité suffisante cependant pour accroître considérablement le nombre des molécules, aussitôt le tube s’illumine dans toute son étendue ; on laisse refroidir la potasse qui absorbe la vapeur d’eau petit à petit de manière à ce que lorsqu’elle est revenue à la température ordinaire la pression soit ramenée à sa valeur primitive, et l’on voit la lueur s’affaiblir aussi peu à peu et finalement disparaître d’une manière absolue.
- On peut reconnaître cependant l’existence de ces molécules, suivre leur marche, reconnaître la forme d’un faisceau quelles forment, bien que par elles-mêmes elles soient invisibles. Il suffit en effet que dans leur mouvement elles viennent rencontrer un corps phosphorescent ou fluorescent pour que celui-ci s’illumine brillamment en émettant les plus vives couleurs. C’est ainsi que le diamant soumis à ces j chocs répétés de molécules électrisées donne une vive lumière jaune ; que le rubis fournit une lumière rouge d’un éclat incomparable (que fournit i'ussi, d’ailleurs, le rubis artificiel et même l’alumine précipitée, quoique à un degré moindre) ; mais le verre, au moins pour certaines espèces, possède la même propriété. Si donc dans un tube à raréfaction extrême on fait passer l’étincelle, le tube dans sa longueur restera obscur, mais l’extrémité opposée à celle où se trouve le pôle négatif, s’illuminera brillamment donnant ainsi une section transversale du faisceau de molécules gazeuses. Le sulfure de calcium, cette substance phosphorescente remise à la mode depuis quelque temps, peut également être employé : si par exemple une lame recouverte de sulfure de calcium est placée un peu obliquement dans la longueur du tube, elle s’illuminera dans l’étendue du faisceau de molécules donnant cette fois une section longitudinale de ce faisceau dont on pourra étudier les variations de forme et de direction.
- Nous ne pouvons avoir la prétention de passer en revue les nombreuses expériences imaginées et réalisées par M. Crookes et nous nous bornerons à indiquer celles qui semblent vérifier le plus nettement l’hypothèse qu’il a faite et que nous avons indiquée, hypothèse qui consiste, nous le répétons en ce que dans ses tubes, les molécules gazeuses électrisées, relativement en petit nombre se meuvent en ligne droite et normalement à la surface où elles se sont électrisées. 11 y a, autrement dit, un courant de matière raréfiée, fuyant le pôle négatif et dont la forme est déterminée par celle de l’électrode négative.
- L’existence d’un courant matériel semble nettement mise en évidence par l’expérience suivante : dans un tube à atmosphère extrêmement raréfiée,
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- on a introduit préalablement une petite roue à palettes très légères dont l’axe repose sur des rails que l’on place horizontalement. L’électricité passe par un électrode dont la direction est telle que le courant de molécules que nous supposons vient frapper les palettes; aussitôt la roue se met en mouvement, comme si ces palettes recevaient l’action d’un courant d’air. Si l’on renverse le sens de l’action électrique la roue se met à tourner en sens contraire (fig. 4).
- On peut également montrer que ce courant moléculaire est arrêté par des obstacles matériels : c’est ainsi qu’un écran en mica, quoique transparent, arrête les manifestations lumineuses qui se produisent.
- S’il est découpé en forme de croix, par exemple, on aperçoit à l’extrémité du tube une ombre se détachant en noir sur le fond éclatant du verre phosphorescent. Ces expériences et quelques autres du même genre (lig. 2) sont parfaitement en concordance avec l’idée de la propagation rectiligne des molécules dans les gaz très raréfiés.
- D’autre part, en modifiant la forme de la plaque métallique qui sert d’électrode on modifie la forme du faisceau : cylindrique si l’électrode est un plan, elle devient conique si l’électrode est une portion de sphère : en coupant longitudinalement ces faisceaux par une lame recouverte de sulfure de calcium, on reconnaît nettement la différence de forme.
- Il importe de remarquer que ces courants de molécules électrisées [ne sont pas des courants électriques dans le sens vrai du mot : ce n’est pas de la matière immobile ou à peu près, traversée par un llux d’électricité, c’est de la matière en mouvement emportant avec elle I électricité dont elle est chargée ; deux expériences capitales mettent nettement cette différence en évidence, ce sont les suivantes.
- Considérons une sphère de verre en un point de laquelle se trouve l’électrode négative et qui présente en divers autres points des pièces métalliques pouvant
- Fig. 1. Production d’un espace obscur dans des tubes de Geissler.
- Fig. 2. Propagation en ligne droite de la matière à l’état radiant.
- servir d’électrodes positives (fig. 3). Si la sphère est remplie d’un gaz raréfié comme dans les tubes de Geissler le courant manifestera son passage par la lueur qu’il produit et il prendra des formes différentes suivant que l’on emploiera l’une ou l’autre électrode positive, de manière qu’il se produira une lueur droite ou courbe suivant les cas allant de l’électrode négative invariable à l’électrode positive employée. Mais si le gaz est beaucoup plus raréfié, comme dans les expériences précédentes, il ne se produira de lueur que sur la paroi aux points frappés par le courant supposé de molécules et non dans l’intervalle, comme nous l’avons déjà dit; mais ce qu’il importe de remarquer c’est que la zone illuminée est invariable de position lorsque l’on ne change pas l’électrode négative quelle que soit la place de l’électrode positive choisie. Ainsi tandis que le courant électrique devrait aller (et va sans doute sans être visible) d’une électrode à l’autre, les molécules électrisées par leur contact avec le pôle négatif se meuvent en ligne droite.
- Dans une autre expérience, M. Crookes dispose deux faisceaux de molécules de manière à ce que chacun d’eux prend une direction parallèle à celle de l’autre alors qu’ils se produisent isolément. Ces directions sont rendues visibles d’ailleurs par l’interposition d’une lame phosphorescente , comme nous l’avons déjà dit. Que doit-il arriver si les deux faisceaux sont produits simultanément? On sait que si ce sont des courants électriques, comme ils sont parallèles et de même sens, ils se doivent attirer ; si, au conlraire, ce sont des corps électrisés, comme ils sont chargées de la même électricité, ils doivent se repousser ainsi que le font les feuilles d’or d’un électroscope. L’expérience est très concluante ; les faisceaux sont nettement divergents : ils ne sont donc pas des courants électriques, mais des courants de matière électrisée (fig. 5).
- Les expériences que nous venons d’indiquer som-
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- inairement sont très intéressantes en ce qu’elles nous font connaître des phénomènes presque imprévus, on peut le dire ; d’autres actions non moins importantes , montrent que ces phénomènes sont reliés à des effets d’une toute autre nature et permettent de penser que leur étude sera le point de départ de progrès sérieux sur la physique moléculaire. C’est ainsi que les courants moléculaires dont nous avons parlé, sont sensibles aux actions magnétiques et qu'ils sont déviés , par attraction et par répulsion, sous l’influence des pôles des aimants : cette relation entre les aimants et ce que nous supposons être un courant de matière électrisée,pour n’être pas imprévue, n’est pas moins intéressante à signaler.
- D’autre part, des effets caloritiques peuvent être obtenus par l’action de ces courants de matière très ténue ; en produisant un faisceau conique, par l’emploi d’une électrode sphérique, on concentre au sommet toute l’action et l’on y peut produire une élévation de température considérable puisque nous avons vu un fil de platine iridié entrer en fusion. Cette action calorifique intense est-elle le résultat de l’électrisation des molécules ou correspond-elle
- seulement à la transformation en chaleur de la force vive dont sont animées ces molécules, c’est ce que
- l’on ignore absolument; mais il est certain que ces phénomènes devront être étudiés soigneusement et il n’est pas douteux qu’ils ne conduisent à des résultats importants.
- Il nous paraît résulter des expériences de M. Crookes, dont l’élégance et l’ingéniosité ne sont égalées que par la netteté des résultats, que les matières gazeuses soumises à une raréfaction poussée jusqu’à un millionième d’atmosphère jouissent de propriétés spéciales, suffisantes pour caractériser un quatrième état qui différerait autant de l’état gazeux que celui-ci diffère de l’état liquide, et auquel on peut donner le nom d'état radiant proposé par M. Crookes, qui quelquefois emploie l’expression de matière radiante qui nous paraît moins heureuse, car il ne s’agit pas d’une nouvelle matière, mais d’un nouvel état de la matière.
- Nous avons été très frappé des belles expériences faites par M. Crookes et, bien que nous connussions les résultats qu’il avait annoncés, nous ne pensions pas que les faits fussent aussi nets et aussi probants ; nous sommes convaincu que l’étude de la matière extrêmement
- Fig. 5. Actions différentes du passage de l’électricité suivant le degré de raréfaction.
- Fig. 4. Rotation d’une roue à palettes par un courant de matière à l’état radiant.
- Fig. 5. Répulsion de deux courants de matière à l’état radiant.
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- raréfiée, de la matière à l’état radiant conduira à d’importants résultats et permettra d’entrer plus avant, pour ainsi dire, dans l’intimité des phénomènes de la physique moléculaire qui est appelée à servir de hase à la physique générale.
- G. M. Gauikl.
- CORRESPONDANCE
- SU! LES BATEAUX A GLACE EN HOLLANDE
- Amsterdam, le 10 février 1880.
- Monsieur le Rédacteur,
- l’ermettez-moi de vous signaler à propos de l’article sur les yachts à glace aux États-Unis (n° 349 du 7 février 1880, page 160), que ce genre de sport est très répandu en Hollande.
- Ici on désigne ces véhicules sous le nom de « Ys-schuiljes, » c’est-à-dire bateaux à glace, et leur emploi date de plusieurs siècles ; en 1600 un certain Adriaan Ferrier, demeurant près de Ilaarlem, reçut un brevet pour construire des bateaux qui se murent sur la glace au moyen de voiles.
- Cet hiver j’en vis une demi-douzaine à Honnikendarn ; ils ressemblaient entièrement à votre description, sauf que le châssis était muni d’un petit bateau, ce qui donne l’avantage de faire surnager le système si la glace se rompt.
- On m’a assuré qu’il n’était pas rare de voir ces bateaux à glace, parcourir la distance de Honnikendarn à Hoorn, 24 kilomètres environ, en 50 minutes, ce qui donnerait une vitesse de 13 mètres par seconde.
- Agréez, etc.
- P. A. Gildemeestek.
- CHRONIQUE
- Le vuleanisme en Italie. — L’étude des phénomènes volcaniques et des mouvements sismiques du sol, a récemment donné lieu en Italie à plusieurs travaux intéressants queM. S. de Rossi résume dans le Bulletino del Vulcanismo. —M. Silvestri, professeur de chimie à l’Université de Catane a publié un rapport détaillé des phénomènes dont l’Etna a été le théâtre après sa grande éruption, jusqu’à la fin d’aoùt 1879. Quoique pour ce volcan, il n’y ail plus d’éruption proprement dite, on y constate cependant une série de petites phases de maxima et de minirna d’une activité sensible. — M. le professeur Goiran a entrepris un travail très intéressant sur les changements de niveau des eaux du lac de Garde, changements qu’il trouve intluencés aussi par les mouvements sismiques du sol. — Parmi les récentes observations faites sur le Vésuve il faut remarquer une coïncidence assez suivie des maxima d’activité de ce volcan avec les maxima de l’Etna. En même temps les deux volcans se trouvent durant leur phase en rapports étroits avec les mouvements sismiques de l’Italie toute entière. On voit surtout se dessiner très clairement des heures fixes pour les maxima sismiques et volcaniques. Ces heures fixes ou habituelles ont été 1 heure — 2 heures — 5 heures — 6 heures — 7 heures — 8 heures — 10 heures — 11 heures.
- En faisant l’histoire du vuleanisme italien, M. de Rossi,
- à propos du récent centenaire de la destruction de Pom-péï, a résumé les observations très curieuses, publiées sur la contrée qui a été engloutie par suite de l’éruption de 79. MM. Ruggiero et Palmieri ont enrichi de ces observations le volume consacré au centenaire précité. M. Ruggiero prouve qu’il n’y a pas eu de boue parmi les matières qui ont jadis recouvert la ville de Pornpéï. Il trace les limites de la mer à cette époque ; et surtout il parvient à résoudre presque définitivement le problème de la date précise de la grande éruption, date restée douteuse d’après l’histoire. M. Ruggiero, se basant sur les travaux de vendange qui sont représentés dans les découvertes de Pom-péï, démontre que l’éruption a dû arriver à la fin de novembre.
- PETITES NOUVELLES
- Une exposition internationale de pendules et de montres aura lieu à Genève, pendant le cours des mois de mai et juin prochains. Toutes les machines, tous les appareils et outils relatifs à l’horlogerie seront admis à cette exposition.
- — Par un décrét a la date du !) février 1880, MM. Quiche-rat, directeur de l’École des Chartes, et Levasseur, membre de l’Institut, professeur au Collège de France, ont été nommés officiers de la Légion d’honneur.
- — C’est au mois de mars prochain que se réunira à Paris la Conférence internationale des poids et mesures. Plus de vingt puissances ont déjà adhéré à cette conférence, dont on attend les meilleurs résultats au point de vue de l’unification des poids et mesures.
- — Nous avons appris que dernièrement la préfecture a fait saisir un certain nombre de jouets en caoutchouc, aujourd’hui si répandus sur nos boulevards et dans nos bazars. Certains fabricants sont poursuivis pour avoir employé des couleurs vénéneuses pour l’ornementation de ces objets.
- — L’hospice du Saint-Gothard a hébergé H,101 voyageurs du 1er octobre 1878 au 31 septembre 1879, et il leur a distribué 45 906 rations. Bon nombre de voyageurs ont reçu des chaussures, du linge et des vêtements. Èniin 132 personnes malades ou ayant les membres gelés ont été soignées à l’hospice.
- — Deux secousses de tremblement de terre ont été ressenties à la Havane, à onze heures du soir el à quatre heures «la matin, le 31 janvier. La durée des oscillations a été de 3 secondes. Le baromètre était fortement en baisse à six heures du soir. Le 5 décembre 1879, ÏËcho du Japon nous apprend que de fortes secousses ont été ressenties à Tokio, au Japon.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 février 1880. —Présidence de M. Becquerel.
- Comète. — L’empereur du Brésil adresse à l’Académie la dépêche télégraphique suivante :
- « Rio-Janeiro, 14 février. Grande comète : on l'observe »
- C’est laconique, comme on voit, et c’est de nature à ne faire accepter que sous bénéfice d’inventaire les détails circonstanciés publiés dès maintenant par plusieurs journaux quotidiens.
- Phosphorescence du ver luisant. — Déjà la phosphorescence du lampyre a été l’objet d’un certain nombre de recherches scientifiques, et la plupart des physiologistes sont d’avis que la matière lumineuse dont sont enduits les derniers anneaux de l’abdomen chez la femelle et chez la larve jouit de la propriété de s’oxyder lentement à l’air et de répandre ainsi la lueur douce que tout le monde connaît bien. Reprenant le sujet, M; Jous-
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- set do Bcllesme s’est proposé de déceler le mode de production de la matière photogène, et il arrive à ce résultat qu’elle provient d’une sécrétion spéciale, active tout le temps de la luminosité, et dont l’arrêt est la cause de l’extinction. En d’autres termes, il n’y aurait pas chez le lampyre de substance oxydable emmagasinée, mais une sécrétion spéciale qui se consumerait au fur et à mesure de son élaboration.
- Conditions thermiques de l'acide persulfurique. — On se souvient, qu’en 1878, M. Berthelet a annoncé que l’électrolyse de l’acide sulfurique très dilué donne naissance à un nouveau composé, dont la formule est S207 et qu'on désigne maintenant sous le nom d'acide persulfurique. En perfectionnant ses méthodes, l’auteur arrive à préparer des liqueurs qui contiennent par litre jusqu’à 105 grammes du nouvel acide, et qui peuvent en se décomposant dégager 7 litres d’oxygène. En se formant, l’acide persulfurique absorbe une grande quantité de chaleur* que M. Berthelot représente par 15 800 calories. Ce nombre est fort analogue à ceux qui concernent l’ozone (14 800) et l’eau oxygénée (10 800), et se trouve compris entre eux, ce qui est conforme à l’activité chimique relative dont dispose l’oxygène de ces trois substances.
- Imitation de l'amphhjène. — Si, comme M. Haute-feuille vient de le faire, on maintient très longtemps en fusion les éléments chimiques de l’ainphigène dans un bain constitué par le vanadate de potasse, on obtient des cristaux qui grossissent peu à peu et qui sont identiques avec l’amphigène naturelle des laves volcaniques. Au bout de 25 jours d’expérience, les cristaux, qui ont atteint une dimension de 1 millimètre, sont parfaitement mesurables, et on y retrouve tous les angles, d’où M. Vom Rath a conclu que l’amphigène, malgré la première apparence, n’est pas cubique. Taillés en lames minces, ces cristaux se montrent, faiblement mais certainement, actifs sur la lumière polarisée. La composition chimique, la densité, la dureté, l’aspect et la loi des groupements cristallins sont d’ailleurs les mêmes chez le minéral naturel et chez son imitation. Il en résulte que, bien que le Vanadate de potasse n’ait joué aucun rôle dans la formation de l’amphigène naturelle, M. Haute-feuille s’est placé dans des conditions analogues à celles qui ont présidé à la cristallisation des laves de Frascati, par exemple.
- Deltas pliocènes. — Il existe en divers points de la corniche des conglomérats pliocènes très grossis, remarquables par la forte inclinaison des couches qui les composent et qui font jusqu’à 50 degrés avec l'horizon. Jtl. Desor n’hésite pas y voir de vrais deltas sous-marins des torrents tertiaires, qui se seraient comportés absolument comme maints torrents actuels de la Suisse, à la bouche desquels il se fait dans les lacs des superpositions de couches obliques, constituées par de gros galets. La Nature a publié dans ce genre la reproduction d’une belle photographie prise dans Genève même par M. Col-ladon et qui ne laisse aucun doute.
- Procédé optique pour l'étude de la diffusion.— M. De-sains, expose pour un physicien dont le nom nous a échappé, les résultats d’une intéressante expérience. Elle consiste dans le développement de très belles franges d’interférences dans la lumière homogène qui traverse une auge, où deux liquides différents sont en train de se diffuser l’un dans l’autre. Outre qu’il y a là un nouveau
- moyen de produire les phénomènes d’interférences, l’auteur pense qu'on pourra par la mesure des franges observer avec une précision toute nouvelle la marche de la diffusion.
- Martite. — C’est le nom que les minéralogistes donnent à l’oligiste quand, au lieu de cristalliser dans le système hexagonal il se présente en octaèdres réguliers. Ce minéral intéressant, bien connu à Frainont, dans les Vosges, est extrêmement abondant au Brésil, d’où M. Gorceix en adresse une étude détaillée. L’origine de cette cristallisation aberrante embarrasse fort les minéralogistes et tandis que quelques-uns voient dans la martite une espèce normale, les autres la considèrent comme un produit de pseudoinorphose. M. Gorceix se range à cette dernière opinion. Nous ajouterons que depuis quelque temps déjà, nous poursuivons sur cet oxyde de fer et sur d’autres substances analogues, une série d'expériences qui semblent devoir éclairer le débat.
- Stanislas Meujsiek.
- MÉTÉOROLOGIE DE JAMIER 1880
- Janvier 1880 est caractérisé comme les deux mois qui l’ont précédé, par une prédominance inusitée des fortes pressions barométriques sur l’Europe centrale et même sur les îles Britanniques : les trajectoires des bourrasques passent toutes au nord de l’Europe ou sur les régions méditerranéennes. Au nord de l’Europe, elles sont rares entre l’Angleterre et l’Islande, mais deviennent extrêmement pressées dans la partie boréale de la Scandinavie, dans la Finlande et dans la Russie. Sur la Méditerranée, elles sont peu nombreuses, mais amènent de très mauvais temps.
- Les phénomènes caractéristiques sont les suivants :
- 1° La température est extrêmement élevée les trois premiers jours et produit le 2 janvier au soir la débâcle de la Seine ;
- 2° Le froid reprend le 4, dure jusqu’à la tin du mois et atteint son maximum les 25, 26, 27 et 28;
- 5° A partir du 28, malgré les froids nocturnes, l’action solaire l’emporte peu à peu, i’échauifement se produit lentement jusqu’au samedi 7 février jour où un changement complet a lieu d«ms le régime atmosphérique devenu chaud, humide, pluvieux et à tempêtes.
- Parmi les dépressions boréales, la plus remarquable est celle du o dont le centre est, ce jour, au N. 0. de la Norwège (750'UU1). Venue de l'Océan et ayant passé au N. de l’Irlande, elle a produit sur nos régions le régime des vents de S. O. qui ont causé la chaleur exceptionnelle des deux premiers jours de l’année. Aucune dépression ne Payant suivie, le régime du froid a repris rapidement.
- Sur la Méditerranée, la bourrasque la plus importante a sévi le lo janvier entre Malte et la Tripoli-taine. Elle a amené une violente tempête et jeté à la côte G navires qui sont restés enfoncés dans le sable à Tripoli. Ce jour le baromètre est descendu à
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- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN JANVIER 1880 D’après le Bureau central météorologique de France (Réduction 1/8).
- Mercred j 21
- Jeudi 22
- Vendredi 23
- Samedi 8V
- Mardi 27
- Mercredi 28
- Dimanche 28
- 759mm à Elle de Malte, tandis qu’il marquait 772 à Raima et 775 à Marseille.
- La moyenne des hauteurs barométriques ramenées au niveau de la mer a été à Paris de 772mra avec minimum voisin de 7t)5 (le 17) et maximum voisin de 779 (le 7).
- Les lectures du thermomètre sont restées constamment, sauf le lor et le 2, inférieures à la normale. La moyenne est descendue juqu’à —7° à Saint-Maur avec un minimum nocturne de — 11°,5.
- Samedi 31
- 11 est tombé en tout moins de 10m,u d’eau. En somme, le mois a encore été froid, sec, et à pression barométrique très élevée.
- On a constaté à l'observaioire de Bordeaux une moyenne des minima de 1°,4 et une moyenne des maxima de-f-7°,l.
- Il n’était tombé dans le mois queOmm,8 d’eau.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissàndier. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris,
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- iV 352. — 28 FÉVRIER 18 80.
- LA N AT U II K.
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- LE GENERAL MORIN
- Le général Morin appartenait à l’Académie des Sciences dès l’année 1843 et était, six ans après, directeur du Conservatoire des arts et métiers. Dans ces deux positions se reflètent les aspirations de sa jeunesse. Sorti de l’École Polytechnique en 1815, à une époque un peu indécise quant à sa carrière, il s’était adonné pendant quelque temps à l’industrie des forges, mais il revint bientôt à ses épaulettes d’oflieier d’artillerie, qui lui permirent, à l’École de Metz, d’exercer heureusement ses aptitudes scientifiques, d’abord comme adjoint de Poncelet, qu’il devait retrouver plus tard à l’Académie avec Piobert, artilleur comme lui, et qui l’avait précédé de quelques années.
- Ces hommes considérables, dont on a pu dire, en d’autres termes, qu’ils étaient trois intelligences sous la môme égide, se trouvaient unis dans une active collaboration.
- Poncelet, le plus illustre des trois et le véritable fondateur de la mécanique appliquée, avait ouvert magistralement la voie. Piobert, plus réservé, mais non moins sur dans ses conceptions théoriques, avait déjà devancé Prony par l’indication d’une première méthode conduisant à la mesure expérimentale du travail. Morin, le plus jeune des trois, moins exigeant au point de vue de l’analyse mathématique, était en môme temps plus essentiellement pratique.
- Continuateur de Coulomb, quel labeur n’a-t-il pas dépensé à la recherche des coefficients numériques relatifs au frottement, au tirage des voitures, au choc des corps mous, à celui des projectiles, à l’effet utile des principaux récepteurs hydrauliques, coefficients dont l’application est devenue depuis lors, et d’après lui, mais depuis lors seulement, si familière?
- Son dynamomètre et son Aide-mémoirê ont contribué dans une grande mesure au développement des arts mécaniques en France; ils répondaient véritablement aux besoins d’une époque à laquelle les vrais principes n’étaient pas encore appliqués dans leur exacte mesure.
- UAide-memoire, si populaire en France, n'a été 8* auuée. — lr* semestre.
- traduit ou copié en cinq l ingues différentes que parce qu’il indiquait pour chaque problème sa solution vraiment pratique. Il se rattachait d’ailleurs étioitement , dans ses éditions successives, aux Leçons de Mécanique générale, publiées pour la première fois en 1840 et complétées bientôt par les volumes relatits aux moteurs hydrauliques, aux pompes, aux machines à vapeur et plus tard à la résistance des matériaux et à la ventilation.
- Un teul mot suffira pour caractériser son mode de travail, toujours basé sur l’observation : il s’agit de savoir si la traction des véhicules varie suivant une loi déterminée; il invente et construit les appareils de mesure nécessaires, et il reconnaît que le tirage est proportionnel au diamètre des roues ; d’autres disaient à sa racine carrée; Piobert inclinait, par des considérations théoriques, pour un exposant intermédiaire; Morin, pour résoudre la question sans conteste, essaye tous les types des roues eu usage et peut clore la discussion en faisant couronner par l’Académie la série tout entière de ses chiffres. Que dis-je, ses chiffres? il se remet au travail, fatigue les routes qu’il parcourt avec ses interminables convois pesamment chargés, et va trouver, jusque dans le cubage de leurs détériorations, la contre-preuve de ses affirmalions premières.
- Les premiers travaux du capitaine Morin lui avaient valu la succession de Poncelet à l’École de Metz; en 1859, il fut tout étonné d’apprendre que, sans avoir môme été consulté, il n’avait plus qu’à accepter la chaire de mécanique appliquée qui venait d’être créée pour lui au Conservatoire des arts et métiers.
- C’est là surtout que, dans les avis qui lui étaient chaque jour demandés et qu’il donnait avec une extrême bienveillance, il a exercé ce don de première vue qui caractérisait plus spécialement son esprit, et qui lui permettait dé juger en toute assurance chacune des questions de mécanique qui lui étaient déférées. Tel nous l’avons vu d’ailleurs à la Société centrale d’agriculture et à la présidence de la Société des ingénieurs civils.
- C’est dans ces conditions favorables que les suffrages de l’Académie des Sciences le mirent en pos-
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- Le général Morin.
- (D’après une photographie de M. Truchelut.)
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- session du fauteuil laisse vacant par Coriolis, celui de nos savants auquel revient l'honneur d’avoir définitivement consacré la notion précise du travail mécanique, que le nouveau titulaire avait si souvent mesuré. C’est ainsi que les anneaux de la science se forment et se juxtaposent, jusqu’à ce que la doctrine soit immuablement fondée.
- Devenu à son tour notre Doyen dans la Section de mécanique, il aurait dù être accompagné jusqu’ici par son condisciple et ami M. de Saint -Venant, que les fatigues d’un voyage et peut-être aussi la crainte d’une émotion trop naturelle ont décidé à se reposer sur nous de ce soin.
- Appelé, à la suite des événements de 1848, à la direction du Conservatoire, le colonel Morin devait y trouver l’occasion de rendre à l'industrie et à la science de nouveaux services, en s’occupant successivement des questions variées dont il nous serait impossible de faire ici la seule énumération.
- Nous dirons seulement quelques mots de celle qui l’a plus particulièrement occupé dans ces derniers temps.
- En 1869, le général Morin avait réussi à faire instituer une commission internationale pour l’exécution d’étalons métriques de haute précision. Ce travail, auquel il a donné les soins les plus assidus et dans lequel il ne pouvait se dispenser d'apporter toutes les exigences de son patriotisme sévère, était entre tous celui qu’il tenait le plus à terminer avant de mourir. Déjà les rangs de nos éminents collaborateurs s’étaient bien éclaircis : Laugier, Delaunay, Mathieu, Le Verrier, quel assemblage de noms illustres nous avaient été enlevés avant l’heure ! Le général Morin, à leur suite, n’a pu qu’entrevoir l’achèvement des dernières opérations. Les mètres qui ont été construits sous son contrôle immédiat sont dès maintenant des monuments de la science française, signés de nos larmes et datés de sa fin.
- Nos confrères de l’Institut aimaient en lui la droiture assurée de ses relations ; il prenait souvent la parole dans .les discussions, avec une allure toute militaire et simple, et je n’ai pas à leur demander s’ils oublieront jamais la verve et l’entrain avec lesquels le général Morin, faisant tout récemment appel à l’esprit scientifique qu’il est si désirable d’entretenir chez nos officiers des armes spéciales, réclamait patriotiquement une place, devenue vacante parmi nous, en faveur de la géodésie française, qui, suivant l’heureuse expression de notre savant secrétaire perpétuel, venait d’accomplir une action d’éclat. C’est certainement la seule fois que j’aie vu se produire dans un de nos comités secrets de véritables applaudissements,
- Au plus fort de sa maladie il me disait à cette occasion : « Boussingault a prétendu que j’étais un caractère. » Un caractère, c’était déjà beaucoup à l’âge auquel était arrivé le général Morin, mais, ce qui est plus rare encore, c’est que c’était un caractère dans lequel le cœur n’avait pas vieilli.
- Au nom de tous nos collègues du Conservatoire
- dont il était le véritable ami, il nous suffira de rappeler les deux dates de 1848 et de 1880 : l’étude de l’installation des machines en mouvement, qui devaient parler aux yeux du public le plus avide d instruction, signale la première de ces dates ; l’autre nous montre tous les services en plein fonctionnement et les bâtiments sur la rue Saint-Martin presque terminés.
- Sans doute ce développement est principalement dù à l’intérêt que les pouvoirs publics n’ont cessé de porter à la cause de l’enseignement populaire, mais pour combien aussi doit être compté l’esprit de suite du directeur et la confiance respectueuse (juc lui avaient vouée la plupart de nos principaux industriels, dont d avait su faire valoir les droits dans toutes nos grandes expositions !
- Pendant son administration, la valeur des collections du Conservatoire s’est élevée de 1 million à 5 millions de francs; elles ont été mises dans un ordre parfait, et c’est à son initiative que l’on est aussi redevable de la création successive de quatre nouveaux cours publics, comprenant les constructions civiles, l’économie de nos manufactures, la filature et le lissage, la teinture, la céramique et la verrerie, qui sont venus compléter, au point de vue de l’enseignement des sciences appliquées, les services rendus par l’institution dans laquelle le dévoué dire leur s’était en quelque sorte personnifié.
- Le général était en outre le lien le plus sympathique entre le Conservatoire et les principales écoles techniques, qui ont voulu lui rendre avec nous un dernier hommage : l’École Centrale des arts et manufactures, que sa prochaine installation doit bientôt rapprocher de nous, l’Institut national agronomique, qui a pris naissance dans l’établissement même, les Ecoles d’arts et métiers, qu’il affectionnait d’une façon toute particulière. Leurs représentants se sont souvenus qu’au Conseil supérieur de l’instruction publique, où il a siégé pendant plus de dix ans, à la Commission de réorganisation de l'Ecole Polytechnique, comme aussi au Conseil supérieur de l’enseignement technique, et partout ailleurs, il avait été le plus ferme champion de l’introduction plus généralisée des sciences appliquées dans les écoles industrielles de tous les degrés. Depuis 1862, et surtout depuis l’enquête officielle dont il avait été chargé en Allemagne, il n’a cessé de poursuivre dans cette direction, par tous les moyens en son pouvoir, l’exécution des mesures libérales dont il espérait, depuis quelques mois surtout, la prochaine réalisation.
- Ce n’e^t point ici que nous pourrions songer à trahir le moindre secret de famille; mais il faut cependant que vous sachiez comment le général Morin comprenait, pour son propre compte, les tendresses du foyer domestique. Toute cette année, à l’âge de quatrc-vingfcquatre ans, il réapprenait presque en cachette scs mathématiques élémentaires, qu’il était bien eu droit d’avoir un peu négligées ; par tous les temps et deux fois par semaine, il
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- allait en faire leçon à son petit-fils, qui sc prépare aux examens de l’Ecole de Saint-Cyr. Encore n’avons-îious surpris la vérité qu’au sujet de quelques points sur lesquels le trop bon maître n’était pas assez sûr de lui.
- Voilà, messieurs, celui que nous avons perdu *.
- II. Trksca,
- Membre de l'Academie des Sciences.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française «le physique. — Séance du 16 janvier 1880. — Présidence de M. Berlhelot et de M. Mascart. - Avant de quitter le fauteuil de la présidence, M. Bcrthclot, président sortant, prononce une allocution où il résume en quelques mots les travaux de la Société. — M. Crookes exécute devant la Société scs expériences sur l’étincelle dans les gaz raréfiés, dont M. Iiouty donne au furet à mesure l’explication.
- S«»ciété gé«tlogi«|iie de France. — Séance du 26 janvier. — Présidence de M. P. Fischer. — M. Tour-nouër présente à la Société une note sur quelques coquilles marines recueillies dans la région des chois sahariens. — M. Douvillé présente à la Société un échantillon de Y Ammonites pseudo-an ceps (Ébrav), remarquable par a belle conservation de l’ouverture, et communique à la Société les résultats des explorations qu’il a faites en 1879 dans le miccène du Blaisois. — M. Carez fait connaître le résultat de ses recherches sur l’étage du gypse auprès de Château-Thierry.
- Séance du 2 février. — Présidence de M. de Lappa-rent. — Le Président annonce que, conformément à la délégation qu’il avait reçue, il s’est rendu samedi à la séance organisée par la Société de géographie pour délibérer sur la réception à faire au professeur Nordenskjœld lors de son arrivée à Paris. 11 a été décidé que toutes les sociétés savantes seraient invitées à se faire représenter chacune par un délégué à la gare où arrivera M. Nor-denskjœld, à la séance qui aura lieu ensuite à la Sorbonne, enfin au banquet donné en son honneur. — M. Daubrée lait hommage à la Société d’une note publiée en 1858 dans le tome VI des Mémoires de la Société d’Histoire naturelle de Strasbourg et dans laquelle il a signalé pour la première fois la présence de poissons fossiles dans le tertiaire moyen des environs de Mulhouse. — M. Carez présente la coupe du chemin de fer de Monlsoult à Luzar-ches.
- Société chimique «le Paris. — Séance du 23 janvier 1880. — Présidence de M. Friedel. — M. le Président adresse à la Société ses remerciements pour l’honneur qu’elle vient de lui faire en lui confiant la présidence pour 1880. Il croit être l’interprète de tous ses collègues en exprimant à M. Jungfleisch, président sortant, leur reconnaissance pour l’activité qu’il a déployée au service de la Société. — M. Ch. Girard indique un procédé de préparation de la lévulose à l’état de pureté. — M. Millot a trouvé qu’on obtenait une rétrogradation dans les dosages d’acide phosphorique des superphosphates au citrate d’ammoniaque, en faisant attaquer de l’oxyde de fer par l’acide phosphorique et le phosphate acide de chaux,
- 1 Extiait d’un discours prononcé aux funérailles de M. Morin au nom de l'Académie des sciences et du Conservatoire des arts et métiers. (Comptes rendus de l'Académie.)
- avec formation dans ce dernier cas de phosphate bical-cique. — M. Fauconnier, en étudiant le dosage de Curée par les hypoehlorites et les hypobromites alcalins, a reconnu, comme l'a indiqué M, Mébu, qu’en présence de la glucose on obtient la quantité théorique de gaz. — M. Le Bel, a préparé une seconde fois le méthylpropyl carbinol lévogyre, qui a été transformé en iodure dextrogyre. Il rend compte de diverses cultures de microbes aëorbies, en particulier d’un saccharomyces vivant sur la solution aqueuse d’éther. —- M. Würtz présente deux travaux de M. Mauinené. Le premier a trait à l’analyse des différentes ardoises; en les comparant entre elles, il est arrivé à reconnaître que celles de bonne qualité ne renferment point de carbonate de chaux ou seulement des traces, mais que celles de qualité inférieure, comme par exemple les ardoises de Lavagna, près de Gênes, peuvent contenir jusqu’à 53,7 p. 100 de carbonate de chaux. — M. Mau-mené a repris l’étude de l’action du soufre sur l’hvpo-sulfite de baryte; il a ainsi reconnu la formation de huit nouveaux acides, dont il en décrit deux. — M. Jay a fait quelques essais sur l’inlîuence des sucres dans le dosage de Curée dans l’urine. — Répondant à la note récente de M. Berthelet, sur la constitution de l’épichlorhydrine, M. Ilanrio* fait remarquer que la formule qu’il lui avait attribuée est simplement l’expression de l'idée émise par M. Berthelot sur la nature de ce corps.
- Socî«“ié «le géographie. — Le nombre des membres de la Société, y compris les membres correspondants, était de 1915 au 51 décembre 1879, tandis qu’il n’était que de 505 en 1864. Il n’a cessé de s'accroître régulièrement pendant cette période de quinze années. Le chiffre de 1915 sociétaires comprend 212 membres à vie, 175 membres appartenant à l’armée, 143 membres appartenant à la marine, 120 à la diplomatie; 53 membres de l’Institut et 27 dames. 1257 membres résident à Paris ou dans le département de la Seine, 258 hors de France. Tandis que le nombre des sociétaires de province est aujourd’hui de 596, il n’était en 1864 que de 34, répartis sur 22 départements. Le nombre de départements dans lesquels ne résidait pas un seul membre de la Société s’élevait à 66 en 1864, à 50 en 1869; il est aujourd’hui réduit à 10. Le département de la Vendée est le seul qui n’cit pas une seule fois figuré sur les listes de la Société pendant les quinze dernières années. La Société compte enfin dans son sein neuf souverains ou chefs d’Élat; S. M. dom Pédro II de Alcanlara, empereur du Brésil; S. M. Léopold II, roi des Belges; don François d’Assise) roi d’Espagne; S. M. Louis 1er, roi de Portugal; S. M. Nôrodôm Ier, roi de Cambodge ; S. M. Syeid-Barghash-Ibn-Syed-Saïd, sultan de Zanzibar; S. Exc. don Porfirio Diaz, président de la République du Mexique; S. Exc. don Guzman Blanco, président de la république de Venezuela; S. A. Charles de Ilohenzollern, prince régnant de Roumanie.
- L’AOIIÎK RESSEMER
- Le Times, de Londres, estime comme suit les résultats économiques produits dans l’industrie sidérurgique par l’emploi de l’acier Ressemer, au sujet duquel nous avons récemment renseigné nos lecteurs K
- Avant l’adoption du procédé Bessemer, la produe-
- 1 Voyez la Sature, n* 550, du 14 févriers 880, p. 671.
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- tion totale de l’acier londu dans la Grande-Bretagne n’était environ que de 50 000 tonnes par an; le prix, qui variait de 50 à 00 livres sterling la tonne (1250 à 1500 francs), en restreignait nécessairement les applications. Depuis lors, les choses ont bien changé. En 1877, malgré le ralentissement des a liai res, la Gramle-Ihetagne seule a fabriqué 750 000 tonnes d’acier Ressemer, c'est-à-dire quinze fois autant d’acier qu’elle en faisait autrefois. 11 est vrai que le prix de vente de la tonne n’est plus en moyenne que de 10 livres (250 francs), mais, en revanche, cette énorme production a consommé o 500 000 tonnes de houille de moins qu’il n’en aurait fallu pour fabriquer la même quantité d’acier fondu ordinaire. La réduction totale dans les frais de fabrication ne présente pas moins de 50 millions de livres sterling (750 millions de francs).
- Pendant la même année, les États-Unis, la Bel-
- gique, l’Allemagne, la France et la Suède, les cinq pays où le procédé Bessemer a reçu le plus de développement, ont produit ensemble 1 874 278 tonnes, d’une valeur nette de 20 millions de livres sterling (500 millions de francs).
- D’après les calculs de M. Price Williams, qui a fait des études sérieuses sur la durée comparative des rails de différentes sortes, la substitution de l’acier Bessemer au fer dans la fabrication des rails doit produire, pour toutes les lignes de la Grande-Bretagne, une économie de plus de 170 millions de livres (4,25 milliards de francs).
- On peut dire que l’histoire de l’industrie offre peu d’exemples de résultats économiques aussi surprenants que ceux qu’a produits l’invention de M. Bessemer, lequel a le bonheur d’en être témoin et est encore assez jeune pour travailler à d’autres découvertes utiles.
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- Hospice Port de Venasque Col de laPicade Rcnctuse Portillon
- 1860'!’ 2111” 2‘,2‘fT 21S‘rT
- Courants aeriens superposés au-dessus du port de Yenasijue et du pic de Nélliou le 2-1 sej tendue 1879.
- COURANTS AÉRIENS SUPERPOSÉS
- OBSERVÉS DANS LES PYRÉNÉES
- Les aéronautes ont fréquemment observé, pendant le cours de leurs ascensions, des courants atmosphériques qui se meuvent dans des directions différentes ; il arrive même souvent que l’on puisse mettre à profit des observations semblables pendant le cours d’une ascension aérostatique. Mon frère et moi, nous avons plus d’une fois profité de cette alternance des courants superposés, pour nous diriger en quelque sorte à l’aide des aérostats. Le 24 septembre 1879, j’ai constaté très nettement un phénomène tout semblable lors de mou ascension du pic de Nétliou 1 : il m’a semblé que sa description succincte était de nature à être enregistrée. Le diagramme figuré ci-dessus représente
- 1 \oy. la Nature, n° 345, du 10 janvier 1880, p. 81.
- très fidèlement les circonstances atmosphériques de ce phénomène. Les cimes de Vénasque, de Sauvegarde, de la Picade forment en quelque sorte une véritable muraille de 2500 mètres d’altitude, que balayait à sa partie supérieure un courant aérien venant de la direction du Nord. Les nuages qui flottaient à la surface de ce courant s’échappaient des défilés taillés dans ce massif à la façon de jets de vapeur; ils formaient comme une fumée abondante sortant d’une gigantesque cheminée. Un vent supérieur venant du Sud passait au-dessus du pic de Nétliou et faisait alors rétrograder ces nuages dans une direction tout à fait opposée, comme le représente très nettement la figure ci-dessus. Ce phénomène produisait un spectacle véritablement grandiose, et je ne me lassai pas de le considérer pendant toute la durée de mon ascension, du plan des étangs au port de la Picade.
- Albert Tissandier.
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- LFS HYMÉNOPTÈRES
- On laisse habituellement au second plan les insectes autres que les Coléoptères et les Lépidoptères ou Papillons, parce que les amateurs de collections s’en occupent peu, Ils ne sont pas cependant moins bien doués par la diversité des formes, et même, pour certains genres, par l’éclat des couleurs. Les plus élevés incontestablement au point de vue de l’instinct et des mœurs sont les Hyménoptères porte-aiguillon. Ils savent construire des nids où la mère vient pondre ses œufs d’où sortent des larves
- sans pattes, le plus souvent aveugles, n’ayant que des mouvements de translation très imparfaits ou nuis, et un épiderme mince et très délicat, incapables de se défendre, même contre l’ennemi le plus faible. Aussi la mère passe toute sa vie, dans une admirable sollicitude, à assurer l’existence d’une postérité, qui lui demeure presque toujours inconnue.
- Tantôt, comme nourriture à scs enfants débiles, elle approvisionne le nid de pollen et de nectar des fleurs, ce liquide que les fables antiques désignent comme le seul aliment des dieux immortels; d’autres espèces, les Guêpes solitaires et les Fouisseurs
- Fourmis occupées à traire des pucerons du rosier (ligures très grossies).
- apportent dans le nid, pour leurs larves, des insectes ou des araignées, engourdies par le venin d’un faible coup d’aiguillon, proie toujours fraîche et cependant incapable de résister aux morsures des larves, de même que les indigènes des forêts de l’Amérique du Sud anesthésient, avec des flèches de chasse n’ayant reçu qu’une petite dose de curare, les animaux dont ils veulent se nourrir ou qu’ils vendent aux marchands d’Europe. Une paresse raisonnée préside à la construction des nids, car la mère sait réparer les anciens nids pour son usage, ou approprier, en les modifiant, les nids des autres espèces, de manière à n’accomplir qu’un minimum de travail. Ces insectes, placés par le fait de l’homme dans des conditions insolites, exécutent des actes qu’on ne peut attribuer à l’instinct seul ; ils attestent, chez
- ces chétives créatures, de véritables lueurs d’intelligence.
- Il semble qu’un courant d'idées favorable s’établisse aujourd’hui en France pour ces insectes *rop longtemps négligés, car l’année 1879 a vu paraître trois ouvrages importants traitant de l’ordre des Hyménoptères. L’un d’eux, les Hyménoptères porte-aiguillon (Paris, J. B. Baillière et fils) est la continuation du Traité élémentaire cl'Entomologie, d’un de nos collaborateurs, M. Maurice Girard.
- L’ouvrage donne une étude très approfondie des mœurs des espèces nidifiantes : le promeneur dans la campagne voit le long des talus une foule de trous par où entrent et sortent sans cesse des mouches à quatre ailes, sans se douter de l’intérêt de curiosité que lui offrent ces arehitecles
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- LA NATURE
- minuscules. L’ouvrage traite aussi, avec beaucoup de détails, de tout ce qui concerne les demeures des Hyménoptères sociaux, ces associations qui ne sont ni des monarchies, ni des républiques, mais des unions forcées et harmoniques d'individus tous nécessaires pour la reproduction de l’espèce, le père, la mère, la nourrice et parfois le soldat. L’auteur nous initie aux constructions des Abeilles, des Méli-pones et des Trigones, ces Abeilles sans aiguillon des régions torrides, des Guêpes sociales et des Fourmis. l)e curieux insectes hantent les guêpiers et les fourmilières, les uns, ennemis altérés de carnage, les autres, au contraire, commensaux choyés, protégés, nourris comme les enfants de la maison. Le livre de M. Maurice Girard énumère les relations des Fourmis et des Pucerons, caressés et comme tétés' par les Fourmis,, à qui ils éjaculent une liqueur sucrée.
- Qui aurait cru, s’écrie lluber, que les Fourmis fussent des peuples pasteurs ! Parfois même les fourmilières s’établissent autour des racines chargées de Pucerons, et l’on peut dire alors que les Fourmis ont leurs vaches à l’étable. Certaines espèces, les Amazones d’Huber, sont incapables d’élever leur progéniture. Quand elles ont pondu, une fureur guerrière les saisit; elles vont en expédition à l’as saut des fourmilières d’espèces à instinct maternel bien développé, emportent comme esclaves les jeunes Fourmis ouvrières, qui, trouvant des enfants à élever dans leur nouvelle habitation, ne s’inquiètent pas de la provenance, et prennent, pour toute leur vie, l’état de nourrices sur lieu.
- Un entomologiste de la province, par une tentative qu’on ne saurait trop encourager, tant elle était difficile dans une petite ville, M. Edmond André, a entrepris l’histoire des Hyménoptères de France et d'Algérie, dans son Species des Hyménoptères, Beaune, 1879, qui paraît par fascicules trimestriels. L’auteur a commencé l’étude des Hyménoptères en ordre inverse de l’ouvrage précédent, par les Ten-thrédmiens ou Mouches à scie. Ce sont des mouches à quatre ailes, à corps épais, dont l’abdomen est largement implanté sur le thorax, au lieu d'être lié à lui par un étroit pédicule, de faire, comme on dit, la taille de Guêpe. Les femelles ont l’abdomen terminé par une tarière de ponte, agissant par son tranchant dentelé, pour pratiquer, aux pétioles des feuilles ou dans les jeunes branches, des entailles dans lesquelles elles déposent leurs œufs. Il en naît des larves pourvues de pattes, vivant presque toutes à l’air libre sur les végétaux, se déplaçant avec facilité, ornées de couleurs variées et souvent vives, ressemblant aux chenilles des papillons, ce qui a fait appeler fausses-chenilles. Beaucoup s’enroulent quand on les touche et laissent suinter une liqueur âcre, d’odeur forte, qui les protège contre les Oiseaux. Ces larves sont souvent très nuisibles par leur voracité, dépouillant de leur leuiilage les rosiers, les arbres fruitiers, les arbres verts, etc.
- C’est sous les ardents soleils de la Provence que
- M. Abeille de Perrin a étudié avec amour, pendant plusieurs années, une bien curieuse lamil'e d’Ily-ménoptères, les Guêpes dorées des anciens auteurs, mot dont le nom scientifique, les Chrysides, n'est que la traduction. Ces élégants petits insectes, moins abondants dans le nord de la France qu’au midi, brillent sur le corselet et sur l’abdomen des plus riches couleurs du rubis, de la topaze, de l’émeraude, de l’améthyste ; on les voit courant sans cesse sur les troncs d’arbres, les espaliers, les vieux murs, les talus criblés de nids d’Ilyrnénoptères, faisant constamment vibrer leurs antennes, ce qui est l’indice de carnassiers en quête de proie vivante. Si on saisit une Chryside femelle, un coup d’aiguillon, brûlant comme une étincelle de feu, châtie aussitôt l’imprudent. Ces ravissants insectes sont des déprédateurs féroces, pénétrant pour pondre dans tous les nids mal gardés ; leurs larves dévorent celles de l’architecte du nid, ou les provisions vivantes amassées par les Fouisseurs. Dans son Synopsis critique et synonymique des Chrysides de France, Paris, J. B. Baillière et fils, M. Abeille de Perrin indique les moyens de récolter les splendides Chrysides pour les collections, soit en les chassant au filet dans les lieux propices, soit en ramassant en hiver les nids si variés des Hyménoptères, dans lesquels les Chrysides ne dévorent jamais tout, et attendant au printemps, à la fois, l’éclosion de l’ennemi et de la victime.
- BIBLIOGRAPHIE
- De l'instinct et de l'intelligence, par Félix Dément. 1 vol. in-8° illustré, Paris, Ch. Delagrave, 1880.
- Cet ouvrage est tout à la fois lé livre d’un écrivain et d’un philosophe : dans le récit des faits et des expériences, l’auteur se montre en effet narrateur charmant et spirituel, comme dans les conclusions il se montre esprit élevé, impartial et profond. Dans l’élude de ce problème si complexe de l’instinct et de l’intelligence, M. Dément s’est limité aux données de la science. Pénétré de la vraie méthode, i! s’est défié des hypothèses et s’est complètement renfermé dans l’observation et l’expérience; son travail a acquis de la sorte une précision, une clarté qu’on trouve rarement dans les meilleurs traités sur le même sujet.
- Notes d'un globe-trotter. Course autour du monde'. De Paris à Tokio. De Tokio à Paris, par Emile d’Audiffret. 1 vol. in-18, Paris, E. PJon et Cie, 1880.
- L’auteur raconte sous ce titre un intéressant voyage autour du monde qu’il a fait l’an dernier, de Paris à Tokio, de Tokio à Paris. Ces notes sans prétention unissent au charme d’un livre instructif l’attrait de mille épisodes, aventures, historiettes des plus amusantes.
- Lettre à M. le Préfet de la Seine sur l'installation frigorifique de la Morgue, par Cii. Tellier. 1 broch. in-8", Paris, 1880.
- M. Ch. Tellier, cet ingénieux inventeur à qui l’on doit les remarquables appareils pour la fabrication du froid au moyen de l’éther méthylique, proteste dans cette brochure contre le rapport d’une Commission nommée pour installer
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- line chambre frigorifique à la Morgue de Paris. Les hommes compétents ont en effet le droit d’èlre surpris de conclusions appuyées sur des chiffres assurément erronés. La production du froid par l’évaporation des liquides volatils est beaucoup plus économique que celle obtenue à l’aide de la compression de l’air qui nécessite une installation mécanique considérable. La Commission instituée par le profi t de la Seine soutient le contraire. M. Ch. Teilier démontre qu’elle a été induite en erreur, ce qui, assurément, est fort regrettable.
- Du refoulement progressif du phylloxéra en France jusqu'à son anéantissement, par A.-L. [{avisai.. 1 broeb. in-8°, Poitiers, 1879.
- La création évolutive, par le comte Begouen, 1 broeb. in-8°, Toulouse, 1879.
- Bibrax et le camp romain sur la frontière rémoise, par Camille Mercier, 1 broch. in-8°, Versailles, 1879.
- Carnet de l'officier de marine. Agenda vade mecmn ou recueil de renseignements a l'usage des officias de la marine militaire et de la marine du commerce, 2e année 1880. 1 vol. in 32. Paris, Berger-Levrault et Cu.
- Les oscillations polaires et les températures géologiques, Nouvelles considérations, par Jules Péroche.
- 1 broch. in-4°, Paris, Germer Buillère et Cie, 1880.
- La lumière zodiacale étudiée d'après les observations faites de 1875 à 1879, à l'observatoire de Zi-Ka-Wei [Chine), par le P. Marc Dechevrens. 1 broeb. in-4° avec planches. Zi-Ka-Wei, 1879.
- LES COMMUNICATIONS TÉLÉPHONIQUES
- AUX ÉTATS-UNIS
- Si l’Amérique est le pays des réclames invraisemblables, elle est aussi par excellence le pays des applications pratiques. Alors qu’on se doute à peine en France de ce que peut être un service de communications téléphoniques, on compte actuellement dans le Nouveau Monde, 85 villes qui se servent journellement de ces installations. A Chicago il y a 5000 abonnés, 600 à Philadelphie, autant à Cincinnati, un nombre sans cesse croissant à New-York, et le chiffre de personnes abonnées aux Compagnies téléphoniques en Amérique de-passe 70 000. A Paris, il ne s’est pas fondé moins de trois compagnies dans le but d’établir des communications téléphoniques à l'instar de '['Amérique ; la première avec le téléphone Edison, la seconde avec le téléphone Bell et le transmetteur Blake, la troisième avec le téléphone Gower. Cette multiplicité de compagnies a rendu les futurs abonnés fort circonspects, et par suite fort réservés ; il y a eu tentative de fusion, puis séparation nouvelle. Les installations téléphoniques ne sont encore qu’en voie d’organisation, et nous n’avons pas à en parler, du moins pour le moment. Chose à noter, car elle est rare : dans l’espèce, la concurrence tue l'application, et il en sera ainsi jusqu’à ce que, par des moyens que nous n’avons pas à
- examiner ici, on arrive à une entente que nous souhaitons bien vivement pour notre part, car la question présente un intérêt et un avenir immenses à tous les points de vue.
- Transportons-nous à New-York par la pensée et voyons comment fonctionne le service du téléphone.
- Si nous pénétrons au milieu de la grande s die du bureau central du Merchant's Téléphoné Exchange, établi 198, Broadway (fi". l),nous verrons une série de switchman (employés) occupés à établir les communications entre les abonnés. Là c’est un switchman correspondant avec un des abonnés qui a appelé (fig. 2) ; plus loin c’est un autre employé occupé à relever le signal d’avertissement (fig. 5). Dans la ville, chez l’abonné, est le téléphone de bureau, tel qu’on l’installe dans un grand nombre de maisons (fig. 4) ; ce modèle est très commode pour les affaires, car il permet de parler dans l’embouchure placée à gauche, d’écouter avec le téléphone, qu’on décroche pour l’appliquer à son oreille, et en même temps de prendre des notes sur le pupitre avec la main restée libre.
- Avant de suivre la série des opérations qui constituent un appel complet, examinons rapidement le système de téléphones employés dans le bureau de Broadway.
- Ce système appartient à la classe des téléphones à pile, ce qui permet d’utiliser ces piles pour faire les appels chez les abonnés, à l’aide de sonneries ordinaires, sonneries représentées sur le pupitre de la figure 4.
- Transmetteur. -— Le transmetteur est le téléphone à charbon d’Edison1, fondé sur les variations de résistance électrique produites par les variations de pression qu’exerce la plaque lorsqu’on parle devant l’embouchure. Le circuit est formé par la pile, — 2 éléments Leclanché — le transmetteur et une petite bobine de Ruhmkorff sans trem-bleur. Il constitue le circuit primaire de la bobine. La ligne et le récepteur de l’autre poste, sont reliés au fil secondaire de la bobine, fil dont l’autre extrémité est reliée au récepteur du poste et à . la terre. Il en résulte que les courants de ligne sont les courants induits par les variations d’intensité du courant qui traverse le fil primaire de la bobine. Cette disposition a pour effet de transformer en courants de tension les courants ondulatoires du transmetteur, de les rendre moins sensibles aux variations de résistance de la ligne, de faciliter les montages et de supprimer une partie des commutateurs, dont le maniement pourrait causer des erreurs.
- Récepteur. — Le récepteur est un téléphone Phelps, analogue au téléphone Bell, mais dont l’aimant est retourné en forme d’anneau, ce qui rend son maniement assez facile (fig. 4).
- Dans la position de repos ou d’attente, le téléphone est pendu à son crochet, et par ce fait seul,
- 4 Yoy. la Nature, tables des matières des années précédentes.
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- LA NATURE
- il fait basculer une pièce formant commutateur, qui supprime toute la partie téléphonique du circuit pour n’y intercaler que la sonnerie. On est donc prêt pour un appel.
- En prenant le téléphone à la main, la pièce, en basculant de nouveau, remet automatiquement toutes les communications sur téléphone.
- Les téléphones des employés du poste central, parleur et récepteur, sont analogues à ceux des abonnés, mais pour faciliter le maniement de ces appareils, le parleur et le récepteur sont montés sur une même tige en acier un peu recourbée qui sert de poignée, comme cela est représenté (fig. 2), et forme en même temps l’aimant du récepteur.
- Nous allons pouvoir suivre maintenant toute la série des opérations. Supposons que l'abonné 751, que nous nommerons Edouard, veuille correspondre avec l’abonné 511, que nous appellerons Léon.
- Edouard commence par appuyer sur un petit boulon placé sur le côté droit du pupitre (lig. 4). Comme le téléphone est suspendu, il en résulte que, dans cette position, le courant de la pile d’Edouard traverse la ligne et un petit électro-aimant placé au poste central ; l’électro-aimant, devenant actif, a pour effet de détacher un petit guichet (fig. 2), qui tombe avec un petit bruit sec suffisant pour appeler l’attention de l’employé, et lait apparaître le numéro 751. L’employé ainsi pré-
- venu se met alors en communication avec Édouard, en plaçant le fil, qui correspond à son téléphone sur une barre de cuivre longitudinale reliée aussi à la ligne d’Édouard. La conversation s’engage alors, en commençant par ce cri bizarre, mais, paraît-il, très commode : Ilallo ! H allô !
- Édouard demande à l’employé de le mettre en correspondance avec le n° 511. Si le n° 511 est libre à ce moment, l’employé appuie sur un bouton après avoir eu soin de relier le fil du 511 à ce bouton : la sonnerie de Léon se met en marche, et lorsque Léon est prêt à correspondre, il appuie sur son bouton de sonnerie, ce qui a pour effet de faire tomber le guichet correspondant à son numéro. En mettant alors un fil de communication directe entre les deux
- barres horizontales qui correspondent aux fils de ligne d’Édouard et de Léon, la communication directe entre ces deux correspondants est établie. Si, à ce moment, on oblige l’employé à retirer son téléphone, la communication entre Édouard et Léon devient secrète. Si, pendant que Léon et Édouard sont en conversation, le n° 42 que nous nommerons Jules veut correspondre avec Léon par exemple, l’employé peut se mêler à la conversation des deux interlocuteurs comme le ferait un domestique venant annoncer un visiteur.
- La personne interpellée par l’employé peut donc répondre tout de suite, ou faire annoncer à Jules dans combien de temps elle sera à ses ordres. S’il n’y a aucun inconvénient à ce que la conversation
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- sc fasse entre Édouard, Léon et Jules, on peut, en avisant l’employé, établir immédiatement une communication entre ces trois personnes.
- Cette manoeuvre équivaut au « Faites entrer, » de la vie ordinaire.
- Les communications téléphoniques, ainsi conçues
- Fig 2. Switchman ou employé du téléphone correspondant avec un abonné.
- et utilisées, peuvent rendre les plus grands services, car elles suppriment les distances et établissent une note de présence réelle entre les interlocuteurs, qui peuvent s’entendre comme s’ils étaient réunis dans la même pièce, bien que séparés souvent par des distances considérables.
- Signalons encore quelques dispositions de détail fort ingénieuses.
- Lorsque la conversation entre Édouard et Léon est terminée, ils accrochent chacun leur téléphone et appuient sur leurs boutons, il en résulte que le numéro de chacun d’eux réapparaît au poste central. L’em-, ployé sait alors que laj conversation est finie entre les deux interlocuteurs ; il relève les guichets, snpprime la communication directe entre Léon et Édouard, et tout est prêt pour un nouvel appel.
- Fig. 5. Autre employé occupé à relever le signal d'avertissement.
- Dans les postes où il y a 500 ou 600 abonnés, on doit disposer les numéros par ordre dans des tableaux renfermant chacun 50 à 100 guichets; on emploie alors des dispositions spéciales pour faire communiquer les séries entre elles.
- A New-York, le bureau central ne fait pas moins de 6000 communications par jour, et tout se passe à la plus grande satisfaction des clients. Le téléphone est devenu pour ceux-ci, aussi indispensable que les omnibus poulies Parisiens.
- Tous les mois, on distribue aux abonnés la liste des souscripteurs par ordre alphabétique et par professions. Les listes de Philadelphie sont imprimées sous forme de répertoire, et il n’y manque même pas le petit trou à œillet nécessaire pour les suspendre au-dessous du téléphone. La liste de Chicago forme déjà un
- Fig. 4. Téléphoné de bureau installé chez un abonné à New-York.
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- LA NATURE.
- petit volume. L'American district Telegraph Company a beaucoup étendu son service, et voici ce que nous lisons sur son dernier livre d'adresses, — nous traduisons littéralement :
- Avis aux abonnés.
- Un domestique en livrée sera à votre porte, trois minutes après votre appel, pour distribuer vos notes, invitations, circulaires, porter des petits paquets, etc..., accompagner une dame et un enfant à un endroit convenu ou pour aller les prendre; il ira chercher vos enfants à l'école pendant un orage; il apportera les ombrelles, les parapluies, etc., à l’église ou ailleurs lorsque cela sera nécessaire; il ira chercher un médecin, une nourrice, un remède, un ami, une voiture, etc., à toute heure.
- N’est-ce pas là l’esprit pratique poussé à scs dernières limites? La réalisation de ce qu’on annonce là n’a rien d’impossible, car les télégraphes de district sont si bien répartis sur la ville entière qu’on n’est certainement jamais à plus de cinq minutes de distance d’un bureau. La même Compagnie a installé ainsi un service de surveillance de gardes de nuit, service dont on ne parlera en France que dans vingt ans peut-être.
- Mais en nous tenant simplement aux communications téléphoniques, sachons profiter de l’exemple que nous donne l’Amérique ; et tout en critiquant comme il convient les inventions de haute fantaisie qu’elle nous expédie de temps en temps, rendons hommage à son activité, surtout lorsqu’il s’agit d’appliquer une idée dans l’esprit de sa devise : Time is money.
- E. Hospitalier,
- Ingénieur des Arts et Manufactures
- CORRESPONDANCE1
- RÉCENTS PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES OBSERVÉS A L’iLE DOMINIQUE (ANTILLES ANGLAISES)
- Roseau, le 9 janvier 1880.
- Je prends la liberté de porter à la connaissance de la Société de Géographie, les faits suivants qui se sont produits le dimanche 4 janvier 1880 à cnze heures du malin, et qui ont amené la presque disparition d’un volcan et l’ouverture de nouveaux cratères dans l’ile de la Dominique (Antilles anglaises). Je suis établi dans cette île, où je possède une manufacture assez importante d’acide citrique et d’huiles essentielles.
- Il existe à l’ile de la Dominique un volcan qui présente le caractère intéressant d’être toujours en activité 2; son cratère, rempli aux trois quarts d’eau bouillante sulfureuse, forme un lac à niveau constant, dont la température, sur les bords, peut être estimée à une moyenne de 75° cen -tigrades. À une des extrémités de ce lac, l’ébullition se manifeste, toutes les trois, quatre ou cinq minutes par
- 1 Nous devons la communication de l’intéressante lettre que l’on va lire à M. Maunoir, secrétaire de la Société de Géographie, auquel nous adressons nos sincères remerciements.
- 2 Voy. la Nature, n° 540, du 6 décembre 1879, p. 4.
- une colonne d’eau affectant la forme conique, projetée violemment à une hauteur de 50 à 40 pieds anglais (90 à 10:) mètres), en dégageant de fortes lueurs et des vapeurs sulfureuses. Ce cratère, qui est situé à l’est de la chaîne de montagnes qui traverse File dans toute sa longueur, fait partie du district de la Grande-Soufrière. L’altitude n’a jamais été mesurée exactement, niais doit être évaluée à environ 5000 pieds anglais (900 mètres).
- Le dimanche 4 janvier 1880, à onze heures du matin, un grondement sourd s’est fait entendre se répétant presque toutes les deux minutes, mais par intermittences; l'atmosphère s’est obscurcie comme pendant une éclipse de soleil, la pluie tombait par torrents et sans interruptions. À onze heures deux minutes, j’ai aperçu un gros nuage noir se dirigeant par la vallée de Roseau sur la ville et prenant la direction de la mer; à onze heures trois minutes, par une violente rafale de vent, ce nuage, mêlé à la pluie, tombait sur la ville en forme de houe et de sable; un bruit lointain continuait de se faire entendre ; cette pluie mélangée de sable a duré jusqu’à onze heures dix minutes environ, puis le temps est devenu plus clair; le baromètre marquait en ville 752mm, état à peu près normal, et le thermomètre 22° centigrades, état normal. Je vous envoie une bouteille contenant l’eau de pluie mélangée de sable recueillie dans un pluviomètre. vous pourrez juger de la quantité de matières étrangères mêlées à la pluie, par la quantité du dépôt; vous trouverez en outre dans la caisse une enveloppe contenant du sable recueilli après la pluie. Ce sable affecte a forme des pouzzolanes, ou pyrites sulfureuses. Je dois ajouter que pendant toute sa durée, le phénomène a été accompagné d’une forte odeur sulfureuse. La pluie a continué par rafales jusqu’au lendemain, après avoir repris son aspect normal. L’émission de pluie et de sable a donc duré environ huit minutes, et n’a été accompagnée d’aucune secousse de tremblement de terre, comme on pouvait s’y attendre, du moins de notre côté. La pluie charriant ce nuage de sable n’a atteint qu’une partie de File, soit la partie qui se trouvait sous le vent du volcan ; la largeur de l’émission a atteint près de 4 kilomètres, sur une longueur de près de 10 kilomètres, soit du cratère au bord de la mer. Je tiens à relater un fait assez curieux sur le peu de vitesse qu’a acquis ce nuage charriant le sable, malgré la grande violence du vent Le yacht de plaisance la ionise de la Martinique, se rendant à Roseau, capitale de File de la Dominique, se trouvait le dimanche 4 janvier 1880 à la mer, à environ 12 milles anglais (19 500 mètres) de la ville de Roseau. 11 était cinq heures du soir, sa position était vis-à-vis de la ville, quand le nuage s’est abattu sur lui, par une mer relativement calme et a laissé sur son pont un résidu pareil à celui que je vous envoie et que j’ai recueilli le lendemain sur le pont, à l’arrivée du navire. Du côté du vent de File, une forte secousse de tremblement de terre s’est fait sentir de onze heures à midi à Marigot, petit village situé sur i’autre versant de la chaîne de montagnes où se trouve situé le volcan. Une rivière non navigable, la rivière de la Pointe-Mulâtre, qui prend sa source sur les flancs du cratère, a eu son lit entièrement rempli par un sable pareil à celui que je viens de mentionner. Ce sable ne tombait pas avec la pluie, mais provenait naturellement des sources de la rivière. Aujourd’hui cette rivière est séchée et l’eau qui coule de ses anciennes sources est d'un volume tout à fait insignifiant, La rivière qui traverse la ville de Roseau a débordé et a charrié pendant toute la journée des sables rouges pyriteux et des sables gris pareils à ceux qui sont tombés sur la ville.
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- J’attribue cette pluie de sable à une éruption volcanique provenant du cratère d’eau bouillante, mais je dois vous donner la description de l’endroit où le fait s’est passé. La contrée où se trouve le volcan est déserte, complètement inhabitée et située à des altitudes de 2000 à 5000 pieds au maximum (600 à 000 mètres). Avant de parvenir au volcan, il faut traverser sur le sommet d'un des pics avoisinant, une plaine d’environ 10 hectares, complètement composée de sable pyriteux et d’où s’élèvent presque sans aucune interruption des petites solfatares ou éruptions de sables de 5 à G pieds de haut, mais toujours changeant de place ; le sable s’élève en l’air puis retombe. Il n'y a aucune végétation sur cette plaine. Depuis dimanche, personne n’a pu aller voir ce qui s’était réellement passé. Les hommes sont partis depuis hier et sont attendus aujourd’hui. Vous trouverez dans la caisse que je vous envoie par Royal-Mail trois bouteilles et quatre échantillons ; une bouteille et un paquet de sable vous sont destinés, une autre bouteille et deux paquets de sable sont destinés à l’Académie des sciences, une autre bouteille et un paquet de sable sont destinés à M. Gaston Tissandier1, à qui je vous prie de les faire parvenir de ma part, ainsi qu’au bureau de l’Académie des sciences.
- J’ai trouvé, par une analyse sommaire, du fer, du soufre et du plomb, ainsi que de la silice et de la magnésie.
- Des nouvelles de l’endroit de l’éruption me parviennent aujourd’hui. L’éruption a eu lieu simultanément dans la plaine de solfatares et dans le lac d'eau bouillante sulfureuse. Le dimanche 4, à onze heures du matin, des flammes, des roches et de l’eau, ainsi que du sable, ont été projetés violemment en l'air à une grande hauteur. Un côté de la montagne est tombé dans les ravines, et le feu a gagné les bois de palmistes sauvages qui avoisinent les hauteurs. Pendant trois jours, disent les habitants les plus rapprochés du lieu d’éruption, la fumée les a empêchés de voir au loin, et ce n’est que le troisième jour au soir qu’ils ont pu voir un amas indescriptible de terrain haché et bouleversé. Quant à approcher du lieu d’éruption pour voir si un nouveau cratère s’était formé dans les solfatares ou dans le lac, personne n’a encore pu approcher.
- Veuillez agréer, etc...
- L. Bert.
- LES FLEURS DE GIVRE
- Persan, 15 février 1880.
- Monsieur le Rédacteur,
- Le phénomène dont parle M. de Sansac de Touchim-bert, n° 550, du 14 février 1880, p. 176, n’est pas, comme vous l’avez dit, une forme particulière de la neige ; elle est seulement propre au givre déposé sur une surface gelée. Ce phénomène fut très développé dans la vallée de l’Oise et les alentours de la forge de Persan, où il offrit un spectacle singulier, car la couche de neige, ayant perdu de sa blancheur par les poussières charbonneuses dégagées des fourneaux, toutes les excroissances du givre s’y détachaient en blanc éblouissant.
- Situé de 10 à 30 millimètres de ses voisins, chaque petit dépôt de givre s’élevait à 15, 20 et même 30 millimètres au dessus de la surface de la neige. La tige, était formée de petites lames imbriquées comme les tiges d’un palmier, et le sommet, plus fourni, ressemblait à beaucoup d’endroits au cas signalé par M. de Touchimbert. La
- 1 ISous avons constaté, par un premier examen, que la matière terreuse qui nous a été remise était en effet formée d’un salde essentiellement siliceux : la même matière se trouve en suspension dans l’eau de pluie. G. T.
- première impression était celle produite par des fleurs, mais, en examinant plus attentivement le dépôt, on voyait qu’il ressemblait à s’y méprendre (comme structure) à la mousse tapissant le sol de nos bois au printemps; aussi, si l’on voulait donner au phénomène un nom en rapport avec son aspect, « mousse de givre » lui conviendrait certainement mieux que « fleurs de neige. #
- A l’appui de ce que j’ai dit sur la source de ces saillies et fleurs déglacé, voici ce quej’ai observé après lafonte de la neige : une planche dressée contre un mur bâti sur la rivière d’Esches (rivière qui ne gèle pas) avait élé recouverte d’une forle couche de givre en cristaux provenant de la vapeur d’eau s'élevant de la rivière susnommée, quand arriva le fort brouillard ; le vent étant venu à souffler avec force, normalement à la planche eu question, elle s’est recouverte de « mousse de givre, » comme l’était précédemment la neige, mais, dans ce cas comme dans le premier, il me fut impossible de reconnaître des cristaux à l’œil nu.
- Avant de conclure, je dois vous signaler un autre cas de givre. En décembre, et quelques jours après la chute de neige, il y eut plusieurs matinées d’un épais brouillard^ et les arbres et tous les objets au dehors furent chargés de givre, comme jamais je n’en avais vu; la quantité était telle qu’on ne distinguait que les troncs et maîtresses branches aux arbres ; il était particulièrement remarquable aussi par ses formes. Formé de très fines tiges de glace transparente, assemblées entre elles, on eût dit d’innombrables feuilles de fougères aux mille nervures scintillantes, et mesurant parfois plusieurs décimètres de la naissance à la pointe ; et, chose remarquable, toutes les nervures formaient toujours un angle de 60° avec la nié' diane, ce qui est précisément l’angle des cristaux de neige.
- De ce qui précède, on peut conclure : 1° que dans l’atmosphère comme dans nos laboratoires, le calme est indispensable à la cristallisation ; 2° que le givre en forme de mousse est une forme amorphe et qu’il ne se produit que dans une atmosphère agitée; 5° que le givre en feuille de fougère est la forme cristalline, et que le calme est indispensable à sa formation ; 4° que la neige n’est autre chose qu’un givre cristallisé dans les hautes régions calmes, où, les objets faisant défaut à son dépôt, il cristallise suivant la forme spéciale à l’eau et en équilibre sur un centre ; comme réciproque, on peut dire aussi que le givre critallisé n’est autre chose que de la neige formée dans les basses régions calmes, et dont les cristaux propres à l’eau se groupent symétriquement, en équilibre sur un axe, qui est le soutien.
- Veuillez agréer, etc.
- F. Millet, Ingénieur civil.
- ASTRONOMIE POPULAIRE
- PAR CAMILLE FLAMMARION 1
- Nous avons déjà plus d’une fois parlé dans La Nature des publications de l’actif astronome, plus d’une fois nous avons rendu compte de ses livres de science vulgarisée ou de science pure2, et déjà notre
- 1 1 vol. grand in-8° de 848 p. avec 558 %., dont 30 grandes compositions, et 8 pl., dont 6 en couleurs; Paris, Marpon et Ernest Flammarion, 1880.
- 2 Les Terres du ciel, 24 mars 1877, p. 271, 5e année, 1er semestre; les Etoiles doubles, 18 octobre 1879, p. 514, 7e année, 2' semestre. Voir aussi : « Limites extrêmes de la vue humaine, » 20 mai 1877, p. 407. 5e année, 1er semestre.
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- LA NATURE.
- journal a annoncé le commencement de la publication en livraisons du livre achevé aujourd’hui.
- L'Astronomie de Flammarion seule mérite absolument le nom de populaire, car elle seule est ouverte à toutes les intelligences curieuses, aussi bien que son prix est accessible à toutes les bourses. S’il a le désir de savoir, son instruction n’eût-elle pas dépassé les limites de l’enseignement primaire, le lecteur peut, en lisant cet ouvrage, se rendre comple par lui-même de la cause intime des aspects et des phénomènes célestes dont il est le témoin, il peut arriver à comprendre comment on a découvert les mouvements, la distance, la dimension des astres, à savoir comment ces dernières ont été mesurées ; c’est-à-dire, cesser de croire sur parole — avec un doute secret involontaire — aux chiffres prodigieux, ou aux affirmations contraires au témoignage des sens qui sont le fond de l’astronomie. En outre, le texte n’est pas seulement clair, il est charmant, il 11e se laisse pas aborder, il s’offre ; entre les démonstrations mathématiques et les déductions philosophiques, M. Flammarion a glissé de gaies anecdotes,
- parfois étrangères à l’astronomie mais qui récréent et empêchent la tension d’esprit.
- L’écrivain astronome a dirigé l’illustration dans le même esprit qu’il a écrit le texte; aux figures géométriques et aux dessins astronomiques tracés l’œil à la lunette, dont une partie sont l’œuvre de l’auteur, s’ajoutent des fac-similé fort curieux prouvant qu’il connaît aussi bien l’histoire de l’astronomie que l’astronomie elle-même, et enfin de grandes compositions artistiques, séduisantes pour le regard comme les descriptions poétiques sont attrayantes pour l’imagination.
- Nous avons voulu donner un échantillon des propres dessins de notre collaborateur et nous avons choisi la curieuœ série de ses croquis de Mars montrant la diminution graduelle des neiges du pôle sud au fur et à mesure de l’avancement de l’été de cet hémisphère. On voit peu à peu se rapetisser la touche blanche australe d’une figure à la suivante, la première ayant été dessinée le 30 juillet 1877, la suivante le 22 août, la troisième le 14 septembre, la dernière le 26 octobre.
- Fig. 1. Aspect télescopique de la planète Mars, les 50 juillet, 22 août, 14 septembre et 20 octobre 1878.
- Notre seconde figure empruntée à VAstronomie donne la forme et la position des orbites les plus remarquables des petites planètes1 : celles de la plus rapprochée du Soleil, Méduse, de la plus éloignée, Ililda, des deux plus excentriques, Polymnie et Æthra2. Voici leurs éléments principaux :
- Distance
- Moyenne Minimum Maximum Excentricité
- Méduse 2,15 1,88 2,59 0,12
- Ililda 5,95 5,31 4,60 0,16
- Æthra 2,60 1,61 3,59 0,58
- Polymnie 2,86 1,89 3,83 0,34
- La moins excentrique des comètes, celle de Tem-
- 1 11 faut dire que, pour les planètes récemment découvertes, les chiffres ne sont pas toujours sûrs : ainsi Féronia, qui n’est que la troisième au delà de Flore, a été regardée comme plus rapprochée du Soleil que cette dernière, Libératrix, dont l’excentricité est une des plus faibles, a été crue plus excentrique que Polymnie d’après les premières mesures et Freia, dont l’excentricité est moyenne était considérée comme ayant une excentricité très faible.
- * D’après Y Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1880, les planètes Eva, Andrumaque, Istria, moins excentriques qu’Æ-thra, le sont plus que Polymnie ; la moins excentrique de toutes les petites planètes est Philomèle dont l’excentricité est 0,020.
- pel 1867, ayant pour excentricité 0,46 on voit que ce n’est pas beaucoup plus que les 0,38 d’Æthra. 11 résulte de l’énorme elleptieité de l’orbite de cette dernière que, des 210 petites planètes connues, elle est celle qui s’approche le plus près du Soleil, bien qu’elle soit loin d’être à la plus petite distance moyenne. De plus, par un singulier hasard, le périhélie d’Æthra correspond presque à l’aphélie de Mars et son aphélie au périhélie de Ililda d’où il résulte que son orbite croise celles de ces deux planètes, Ililda s’approchant jusqu’à 3,31 (la distance moyenne de la Terre au Soleil étant 1) et Mars s’éloignant jusqu’à 1,66. Les petites planètes ne sont pas distribuées également dans l’espace qu’elles occupent ; sous la puissante attraction de Jupiter, elles se sont groupées en trois zones principales de plus grande condensation, indiquées sur la figure en courbes pointillées. Ces zones annulaires où les petites planètes sont accumulées en plus grand nombre et les zones intermédiaires où il n'y en a pas ne sont pas distribuées au hasard. L’astronome américain Hirkwood a remarqué que si des petites planètes circulaient dans les espaces restés vides, leur durée de révolution présenterait un rapport simple avec la durée de la révolution de Jupiter;
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- or, il est résulté de cette circonstance des pertur- ont, à l’origine, massé les astéroïdes comme on le hâtions à courte période et comme rhytmées qui constate aujourd’hui. Oi* peut dresser le tableau
- X~ JXfe
- S 'X \ \L
- - -J.
- Fig. 2. Forme et position des orbites les plus remarquables îles petites planètes.
- suivant résumant le groupement des petites planètes1 :
- Rapport de la durée de la révolution d’une planète qui occuperait le milieu de chaque zone vide, à la durée de la révolution de Jupiter.
- Distance moyenne au Soleil
- Du milieu de la Du milieu de la largeur des zones largeur des zones de vides. plus grande conden-
- sation.
- 5,44
- o
- 5
- 7
- 2
- 5
- 1
- 5
- 5,28
- 2,96
- 2,82
- 2,50
- 5,15
- 2,92
- 2,68
- 2,41
- Le diamètre des petites planètes est des plus difficiles à mesurer par suite dç son extrême petitesse
- 1 Les zones correspondant aux distances 2,41, 2,68 et 3,15 sont marquées seules sur la figure.
- aussi l’on aime généralement mieux le calculer par la méthode photométrique, d’après l’éclat; mais l’expérience prouve qu’il n’est pas toujours proportionnel à la dimension, puisque plusieurs petites planètes : Cérès, Pallas, Junon, Vesta, Iris, Victoria, Palès, présentent des variations périodiques d’éclat d’après l’état des faces qu’elles nous présentent, il est donc indispensable de comparer les mesures réelles aux calculs théoriques. Cinq planètes seulement ont été mesurées ; Vesta à laquelle Mâdler a trouvé un diamètre de 118 lieues et Secclii de 182 lieues, le diamètre calculé étant de 100 à 105 ; Pallas dont le diamètre est de 44 lieues d’après IlerscheL de 254 d’après Lamont, de 61 à 67 d’après le calcul ; Junon dont le diamètre est de 141 lieues d’après Mâdler, de 42 à 50 d’après le calcul ; Cérès dont le diamètre est de 65 lieues d’après Ilerschel, de 87 d’après Argelander, de 87 à 89 d’après le calcul; Iris dont le diamètre est de 161 lieues d’après Tal-mage, de 35 à 39 d’après le calcul1. Or cette année
- 1 II y a encore deux mesures de Schœrer donnant 179 lieues de diamètre à Cérès et 7 40 à Pallas ; l’exagération évidente de ces chiffres comparés à tous les autres doit les faire éliminer.
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- trois de ces planètes seront à leur plus petite distance possible de la Terre, Pallas et Cérès en février, Vestaen juin, ces deux dernières seront visibles à l'œil nu pour les très bonnes vues, et il est bien à désirer que cette circonstance si rare et si favorable soit mise à profit pour décider de la valeur réelle du diamètre de ces trois astéroïdes.
- On le voit si M. Flammarion rend la science attrayante, c’est cependant sans rien sacrifier de sa précision, c’est en donnant, entre deux anecdotes, les résultats des plus difficiles recherches, des travaux les plus spéciaux que, sans lui, le public ne connaîtrait jamais.
- (llIARLES BoiSS.VV
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ETATS-UNIS
- DÉCEMBRE 1V79
- Les phénomènes météorologiques observés de part et d’autre de l’Atlantique présentent en décembre 1879, comme en novembre, un contraste marqué. En France, le baromètre s’est maintenu à des hauteurs inaccoutumées, atteignant jusqu'à 781 millimètres à Paris ; nous avons subi des froids exceptionnels, plus remarquables encore par leur persistance que par leur intensité, et, sauf la tour-meule de neige survenue au commencement du mois, il n’est tombé un peu d’eau que dans les derniers jours. Aux États-Unis, les observations du Signal-Service permettent de reconnaître et de suivre 21 perturbations atmosphériques plus ou moins profondes ; la température y est supérieure à la moyenne dans toute la partie orientale, depuis le Saint-Laurent, la région des Lacs inférieurs et la vallée de l’Ohio jusqu’au golfe du Mexique. Il est vrai que dans les Étals de l’extrême Nord et sur le versant est des Montagnes Rocheuses la moyenne du mois est presque partout au-dessous de la normale, mais l’écart est dû principalement à des froids excessUs et passagers arrivés brusquement sous l'influence d’une aire de hautes pressions qui a traversé le pays du 22 au 24 décembre. Pendant cette courte période, le thermomètre est descendu à — 50° dans l’Utah, — 59° dans le Dakota, et dans plusieurs stations à grande altitude les thermomètres à mercure ont cessé de fonctionner, par suite de la congélation du mercure. Des pluies considérables sont tombées dans le Kentucky, le Tennessee et, d’une manière générale, dans les régions où l’excès de la température a été le plus accentué; des inondations locales sont même signalées en divers points Seul, le Texas continue à subir la longue sécheresse qui y persiste depuis près de six mois.
- L’opposition mise en évidence par les observations que nous venons de résumer brièvement, est loin d’être constante ; elle se manifeste rarement d’une manière aussi nette, et même il arrive fréquemment que les caractères généraux du temps sur l’un et l’autre continents présentent une grande analogie; il est facile de se rendre compte de cette apparente anomalie. On admet que dans notre hémisphère la plupart des grands tourbillons aériens suivent une marche moyenne de l’Ouest à l’Et; un certain nombre viennent du Pacifique, traversent l’Amérique du Nord, l’Océan Atlantique, et abordent l’Europe occidentale à une latitude plus ou moins liante. Cette hypothèse est même la base d’un système de prévisions fort intéressant, mais dont les résultats jusqu’ici
- sont très discutables ; nous voulons parler des annonces câblées en Europe par un journal américain bien connu; à l’aide de ses seules ressources, et indépendamment de tout concours officiel. Le New-York Herald étudie la marche des bourrasques sur les États-Unis, et, d’après leur direction, leur intensité, la vitesse de leur mouvement de translation, il en déduit des probabilités relatives au moment de leur arrivée en Europe et à l’indication des côtes plus particulièrement exposées à en ressentir les effets. Le succès de ces prévisions est subordonné à diverses considérations que nous ne pouvons développer ici; constatons seulement que si elles semblent se réaliser dans certains cas, il en est d’autres où elles sont absolument en défaut. Le mois de décembre dernier offre un remarquable exemple d’insuccès ; sur les sept annonces reproduites par les journaux français, deux seulement paraissent s’être vérifiées; les perturbations annoncées par les cinq autres se sont traduites en France par un temps calme, sec et excessivement froid, dont les météorologistes ne seront pas seuls à conserver le souvenir.
- Ces périodes de succès et d’insuccès sont liées à la situation atmosphérique en Europe aux époques pour lesquelles on a formulé des prévisions. Lorsque les bourrasques quittent la côte orientale des Etats-Unis, en marchant vers l’Est, il peut se faire qu’elles continuent à se transporter, dans cette direction, surtout si de faibles pressions existent sur l’Europe; elles abordent alors les îles Britanniques, étendent leur action jusqu’à nous et amènent en France une température douce avec un ciel couvert ou pluvieux ; et, comme elles arrivent généralement par groupes, il s’ensuit que, dans ces cas, une période pluvieuse en Europe correspond à une période également pluvieuse aux Etats-Unis : ce sont les cas favorables aux préwsions du New-York Herald. Mais il arrive fréquemment que des aires de hautes pressions ou anticyclones, dont la stabilité est un des principaux caractères, couvrent l’Europe occidentale et une partie de l’Océan : les bourrasques sont alors refoulées vers le Nord, et ne nous affectant pas, en dépit des prévisions, elles ne modifient en rien les conditions atmosphériques de nos régions; le ciel reste pur, l’air sec, froid, et la période pluvieuse des États-Unis correspond ainsi à une période sèche en France.
- Nous venons de constater cette opposition de phénomènes pour le mois de décembre 1879 ; nous aurons certainement occasion d’en signaler la concordance pendant les mois qui suivront.
- Th. Moureaux.
- CHRONIQUE
- Les puits artésiens en Algérie. — En Algérie, le génie militaire a depuis bien longtemps organisé des ateliers de puisatiers, qui vont dans le désert forer des puits artésiens. Le 8 janvier dernier, un atelier, sous les ordres de M. Jus, du lieutenant Bourrot et du sergent Cloltu, a rencontré, près de l’oasis de M’Raied, vers soixante-quinze mètres de profondeur, une nappe d’eau, et en a fait jaillir une source donnant deux mille trois cents litres par minute. Une fête a salué la première gerbe d’eau de la nouvelle fontaine appelée Ain-Charara. L’oasis de M’Raied est située à cent sept kilomètres au sud de lliskra. Elle possède environ quarante-cinq mille palmiers en plein rapport qui croissent et se multiplient, grâce à plus de
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- LA NATURE.
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- dix mille litres d’eau que débitent huit puits artésiens forés par les Français et sept par les Arabes. Sur tous les points du Sahara où se montre l’eau, la végétation apparaît, de telle sorte qu’avec le temps, ce vaste désert pourra? grâce à l’augmentation du nombre de puits artésiens, se trouver couvert d’arbres et de moissons.
- !\avire désemparé par 1111 animal marin. —
- Le steamer Caland vient d’arriver de Rotterdam, ayant à bord le capitaine Larsen et l’équipage de la barque norvégienne Columbia, désemparée par une collision avec un monstre marin d’espèce inconnue, près des bancs de Terre-Neuve. Voici le récit extraordinaire fait par le capitaine Larsen, et confirmé par le second et les dix hommes d’équipage :
- « La barque Columbia, de 400 tonneaux, appartenant au capitaine Rad de Tunschborg, valait 815 000 fr., et, à ce que je crois, n’était pas assurée. Nous sommes partis sur lest le 8 août, de Londres pour Québec. Vers dix heures et demie du matin, le 4 septembre, étant sur le pont avec le second, nous avons entendu un choc violent à l’avant. Immédiatement après, la mer s’est rougie de sang tout autour du navire, et nous avons vu à quelques brasses un énorme poisson qui se débattait dans l’eau. Je suis descendu avec le charpentier, et nous avons constaté que l’eau montait déjà jusqu'à moitié des barils dans la cale. Après avoir donné l’ordre de préparer et d'approvisionner deux bateaux, j’ai été examiner le beaupré et je me suis aperçu que trois ou quatre planches de quatre à six pieds de long, avaient été arrachées du bâbord d’avant. Vers midi, nous avons lancé les bateaux, abandonnant la barque avec 12 pieds d’eau dans la cale. Elle a sombré à une heure quinze minutes. Nous avons hissé une petite voile et fait route pour les bancs de pèche, dans l’espoir de rencontrer quelque navire. A deux heures et demie, nous avons aperçu à l’est un steamer qui s’est trouvé être le Caland. Nous avons fait des signaux de détresse en agitant un paletot au bout d’un aviron. Le steamer a gouverné sur nous, et il nous a pris à son bord. »
- NOUVELLES
- Luc Commission spéciale a été tonnée près le ministère de l’instruction publique, à l'effet de procéder immmédiate-ment à la révision du Codex mcdicamenlarius ou Pharmacopée française, publié en 1867 par le gouvernement, et pour préparer une nouvelle édition de cet ouvrage. Nous citerons parmi les membres de cette Commission MM. Gavarret, Chatin, Bâillon, Bouchardat, Régnault, 8ée, Vulpian, AYürtz, Baudri-mont, Rouis, Bourgoin, A. Milne-Edvvards, Planehon, Riche.
- — Par décret en date du 17 février 1880, M. Hervé-Man-gon, membre de l’Institut, ingénieur eu chef des ponts et chaussées, professeur au Conservatoire des arts et métiers et à l’Institut agronomique, a été nommé directeur du Conservatoire des arts et métiers, en remplacement de M. le général Morin, décédé.
- — Par décret en date du même jour, M. Fustel de Coulanges, membre de l’Institut, professeur d’histoire du moyen âge à la Faculté des letlres de Paris, est nommé directeur de l’École normale supérieure, en remplacement de M. Ernest Bersot, décédé. »
- — Le 12 février 1880, les ouvriers travaillant à l’intérieur du tunnel du Saint-Gothard, du côté nord, ont entendu très distinctement le bruit des machines de percement travaillant du côté d’Airolo. Il ne restait plus environ que 150 mètres à percer.
- — Le l01' février, entre neuf heures et neuf heures et demie du soir, un assez violent tremblement de terre a été obscrvé'à Kalschiny (Bohème). Les secousses se sont étendues jusqu'à Kebilz.
- — Un habitant de Kansas-City (Californie) vient d’être tué par un aérolithe. 11 chassait des bestiaux de son champ, lorsque le météore est descendu obliquement par un grand érable, dont il a coupé les branches comme l’aurait fait un boulet de canon, puis il a frappé l’homme près do l’épaule, lui a enlevé une partie de la poPrine et s’est enfoncé dans la terre. Nous empruntons cette nouvelle au New-York Times, auquel nous en laissons la responsabilité.
- — L’Association britannique pour l’avancement des sciences tiendra cette année son Congrès à Swansea, sous la présidence de M. Ramsav.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 février 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- Nouvel emploi du verre trempé. — D’après les essais de M. Ducretet, le verre trempé oppose au passage de l’électricité une résistance beaucoup plus grande que le verre ordinaire. L’auteur de cette remarque l’a appliqué à la construction de bouteilles de Leyde, qui, toutes choses égales, peuvent être chargées beaucoup plus que les bouteilles ordinaires. Comme le fait remarquer M. Becquerel, ce fait pourrait devenir très précieux, en permettant de construire des condensateurs extrêmement minces et capables, par conséquent, d’effets considérables.
- La maladie des truffes. — Dans un volumineux mémoire accompagné de planches, M. Maxime Cornu expose comment la maladie qui sévit sur les truffes a pour cause un champignon, le Peronospora glandiformis. L’auteur s’est, en outre, préoccupé de découvrir un remède au mal, et il décrit les procédés qui lui semblent propres à combattre les progrès du parasite.
- Astronomie. — Dans une nouvelle dépêche, don Pedro donne des détails complémentaires sur la comète signalée lundi dernier. En combinant entre elles deux observations de M. Liais, faites le 4 et le 8 courant, avec des observations exécutées dans d’autres parties du continent américain, on est à même de déterminer tous les éléments du nouvel astre.
- En même temps, M. le Secrétaire perpétuel signale une note où M. Tacchini (de Païenne) indique la quantité relative des facules aux diverses régions de la surface solaire. Le maximum se trouve entre 10 et 30 degrés de latitude dans les deux hémisphères, c’est-à-dire plus près de l'équateur que le maximum des taches. Le nombre des facules a paru en outre un peu plus grand dans l’hémisphère nord que dans l’hémisphère sud.
- M. Favre. — Un des correspondants les plus distingués de l’Académie, M. Favre, doyen honoraire de la faculté des sciences de Marseille, vient de mourir. Ce savant, dont le nom s’est associé à celui de Silbermann l’ainé, pour signer des travaux de physique devenus absolument classiques, avait débuté dans le laboratoire personnel de M. Peligot. Sa carrière fut entièrement consacrée à la science, et sa mort laissera un très grand vide dans le milieu où son activité était à la fois pour ses nombreux élèves, un enseignement permanent et un exemple.
- Le pain à la viande. — On remarque, sur le bureau, des tranches d’un pain que rien, à l’aspect, ne distingue du pain de munition. Il a été fabriqué par M. Scheurer Kestner et consiste dans une pâte formée de farine et de viande hachée eu poids égal, additionnée d'un peu de lard. Cette pâte est mise à lever, puis cuite Après la cuisson, on recon-
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- LA NATURE.
- nuit que, sous l'influence sans doute d’une sorte de ferment digestif, toutes les fibres musculaires ont été pour ainsi dire digérées et sont devenues solubles. Ce pain se dessèche à la manière d’un biscuit, et il suffit de le faire bouillir dans l’eau avec du sel pour obtenir une soupe excellente. Le général Chanzy a fait expérimenter ce pain en Algérie avec un plein succès.
- Retour de M. Nordeuskiold. — Une lettre reçue par M. Daubrée fait savoir que M. Nordenskiold, revenu de son voyage circum-asiatique, est en ce moment à Rome. Les résultats recueillis par l’illustre voyageur sont immenses. Outre qu’il a ouvert définitivement au commerce sibérien une double roule, de LObi-Ieniséi d’une part avec l’Europe et l’Atlantique, et de la Léna avec l’Océan Pacifique d’autre part, il a accumulé les découvertes de géographie, de météorologie, de physique du globe, de géologie, de zoologie, de botanique et d’ethnographie. Bloqué pendant neuf mois par les glaces, l’équipage du Véga a lié d’intimes relations avec les Tchouktes, et M. Nordenskiold a fait de ce peuple jusqu’ici presque inconnu une étude des plus instructives. Un fait du plus haut intérêt concerne la richesse zoologique et botanique du fond de la mer de Behring et de l’Océan sibérien. Suivant l’auteur, à la profondeur de 30 à 100 mètres, la faune sous-marine de ces régions est infiniment plus riche que celle des eaux tropicales. On vient de publior à Londres une relation complète du voyage de M. Nordenskiold, et nous l’analyserons très prochainement au profit des lecteurs de la Nature.
- Reproduction artificielle d'un minéral cosmique — Guidé par des résultats que j’ai fait connaître antérieurement, et qui montrent que la portion métallique des météorites s’est constituée par voie de concrétion, j’ai cherché à produire une sorte de givre dont la substance fut du bisilicate de magnésie, c’est-à-dire le minéral lithoïde le plus caractéristique des pierres tombées du ciel.
- Les études de géologie comparée conduisent d’ailleurs à penser que c’est précisément ce qui a lieu actuellement dans le soleil. On sait, en effet, grâce aux études spectroscopiques, que les régions les plus externes du globe solaire présentent un mélange de vapeurs où se rencontrent tous les éléments nécessaires à la production des silicates magnésiens.
- C’est pourquoi, voulant avant tout rester dans les conditions naturelles, et ne pouvant emprunter au soleil une partie de sa chromosphère, j’ai cherché à faire de celle-ci une imitation chimique aussi parfaite que possible pour le but qui était en vue. En d’autres termes, j’ai mis en présence dans un tube de porcelaine, à une température convenable, de la vapeur d’eau, de la vapeur de magnésium, et de la vapeur de chlorure de silicium. De l’ensta-lite cristallisée s’est produite en abondance, avec un ensemble de caractères identiques à ceux que la même espèce minérale présente dans les météorites. Il est d’ailleurs permis de prévoir qu’on obtiendra par le même procédé des silicates d’alumine en remplaçant la vapeur de magnésium par de la vapeur d’aluminium, et qu’il se fera de même des aluminates magnésiens, si dans l’expérience primitive on substitue au chlorure de silicium employé du chlorure d’aluminium.
- En tout cas, c’est la première fois qu’un silicate anhydre et cristallisé est obtenu dans une atmosphère de vapeur d’eau à la simple pression ordinaire.
- Stanislas Meunier.
- LES POISSONS MAGIQUES
- Un ingénieux physicien, M. de Combettes, ingénieur civil à Paris, s’est attaché à construire un grand nombre de jouets et appareils scientifiques à l’usage de la jeunesse, parmi lesquels nous signalerons la curieuse expérience que nous représentons ci-dessous.
- Un bocal cylindrique rempli d’eau tient en suspension des poissons de fer-blanc, analogues à ceux que les enfants promènent à la surface de l’eau à l’aide d’un aimant. Mais ici le mécanisme est caché ; à la
- Expéi ience des poissons magiques mis en mouvement par l’électricité.
- volonté de l’opérateur, les poissons accomplissent un mouvement de rotation, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Le secret de celte expérience s’explique facilement de lui-même par la figure ci-dessus.
- Dans le socle de bois qui supporte le bocal est caché un petit moteur magnéto-électrique qui agit sur le fer doux dont les poissons-flotteurs sont munis. Quand on fait passer le courant, le petit moteur de M. de Combettes se met à tourner et entraîne avec lui les petits poissons, qui nagent dans le liquide. Le mouvement .giratoire est change à volonté, à l’aide d’un commutateur.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à I’ai i«.
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- N» 353.
- 6 MARS 18 80.
- LA NATURE.
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- LES AUD1PH0NES
- L’audiplione de M. Rhodes, de Chicago, si . bien simplifié par M. J). Colladon, de Genève, obtient de jour en jour un succès toujours croissant auprès de ceux qui sont affligés d’une faiblesse d’ouïe plus ou moins considérable. Nous ne reviendrons pas aujourd’hui sur la description très complète qui a été donnée de l’instrument1. Nous rappellerons qu’il consiste uniquement en une feuille de carton que l’on tient serrée entre les dents, et que l'on arrondit avec la main, de manière à opposer une surface con-
- cave aux rayons sonores. Les vibrations de l’air, ainsi transmises aux dents et à la charpente osseuse de la tête, donnent aux sourds l’impression des sons. Cette expérience ne peut être appréciée que par certains sourds : ceux-ci n’entendent plus par le tympan, mais souvent, ils perçoivent les sons transmis par les vibrations des os de la tète.
- C’est ainsi que parmi les personnes qui ont l’oreille dure, il en est qui entendent le tic-tac d’une montre, si cette montre est appuyée contre leur front, et qu’ils ne l’entendent plus quand elle est placée à une petite distance de l’oreille. Tous ceux qui ont l’oreille normale ne peuvent donc pas se rendre
- Une séance audiphonique. — Sourds-muets entendant de la musique, à l’aide de l’audiplione.
- compte par eux-mêmes des avantages de l’audi-phone, mais il leur est facile de s’assurer de sa valeur en interrogeant des sourds qui l’ont employé.
- Nous avons reçu une lettre très intéressante d’un de nos correspondants, qui a récemment assisté à une séance fort curieuse, où plusieurs sourds-muets, munis de l’audiplione, entendaient distinctement les accords d’un piano, et la voix même d’une jeune dame qui chantait une romance. M. Colladon a précédemment exposé les résultats d’une semblable expérience qui avait été faite le 14 janvier, en présence d’un habile instituteur des sourds-muets, M. Sager. Celle que nous représentons ci-contre a encore une fois confirmé la merveilleuse efficacité de l’audiplione de carton. Quelques-uns des sourds-muets, munis de
- 1 Voy. n° 350, du 14 février 1880, p. 161.
- 8* année. — l*1' semestre*
- l’audiplione, ont eu la joie de prendre part au concert, et l’émotion qu’ils exprimaient en éprouvant cette sensation nouvelle de la musique, offrait, paraît- il, un spectacle touchant.
- Lors de cette curieuse séance du 14 janvier, un fait bien remarquable a frappé les assistants. M. Sager prenait un de ses élèves et lui faisait toucher séparément son larynx, tandis que lui-même mettait sa main contre le larynx de l’élève; après avoir prononcé quelques mots à haute voix, il a tenu les yeux de cet élève complètement fermés et a prononcé les mêmes mots alternativement très près de l’audi-phone; la plupart de ces mots ont été répétés distinctement et sans hésitation par le jeune sourd-muet. Lorsqu’on supprimait l’audiplione, il ne pouvait plus les répéter.
- 14
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- LA nature.
- PRINCIPES DE L’APPLICATION
- DU SULFOCARBONATE DE POTASSIUM
- AUX VIGNES PHYLLOXÉRÉES (Suite et fin. — Voy. p. 102, 122 et 134.)
- L’histoire naturelle du phylloxéra nous apprend :
- 1° Qu’il devient hibernant ou s’engourdit, dès que la température du sol est descendue et se maintient au-dessous de 8 à 10° au-dessus de zéro ; (pie l’année suivante il se réveillera et continuera ses métamorphoses, qui avaient été interrompues par les froids, lorsque cette même température du sol aura régulièrement atteint et dépassé de nouveau le nombre de degrés indiqués ci-dessus, c’est-à-dire suivant les climats du mois d’avril au mois de mai ;
- 2° Que son action nuisible, qui est nulle pendant la période d’engourdissement, devient d’autant plus funeste aux racines de la vigne que l’activité végétale de celle-ci est plus grande ; d’où la conséquence : que c’est surtout pendant les mois de mai, juin et juillet, que le grand nombre d’insectes sur les organes souterrains est nuisible ; c’est-à-dire qu’à moins d’une vigne en voie de régénération ou jeune (dont le système radiculaire est tendre et très actif) les parasites même très nombreux, font relativement beaucoup moins de mal à l’arrière-saison (activité végétale moins grande, organes plus lignifiés et plus résistants) que pendant les trois premiers mois cités.
- De ces principes tirés de nos expériences et de nos observations, il résulte :
- 1° Qu’un traitement est nécessaire du mois de novembre au mois de mai ou de juin, pour détruire les phylloxéras hibernants, et que dans cette longue période de sept ou huit mois le propriétaire a toutes facilités pour traiter au moment qu’il jugera le plus avantageux; toutefois les applications de printemps sont préférables à celles de l’hiver ;
- 2° Qu’en principe, un traitement en juillet produit un effet utile considérable en détruisant à cette époque les insectes épargnés lors de la première opération ou ceux issus de l’œuf d’hiver, et dont le nombre peut devenir inquiétant dans certains cas, comme nous le verrons ci-dessous ;
- 5° Qu’à moins de se trouver en présence d’une très grande activité végétale qu’il importait de protéger (beaucoup d’organes à tissus jeunes et non encore lignifiés) les traitements de fin d’août, septembre, octobre et première quinzaine de novembre sont inutiles et sans effet, et cela parce qu’ils ne peuvent empêcher, grâce à une réinvasion qui a généralement lieu avant les froids, le traitement hivernal ;
- 4° Qu’un seul sulfocarbonatage par an est sulfi-sant quand il s’agit de vignes traitées dès le début de l’invasion ; parce qu’alors les phylloxéras qui surviennent toujours à la lin de l’été se portent
- de préférence sur le chevelu qui est naturelle" ment caduc, les radicelles et les principales racines sont peu ou pas lésées et le système radiculaire se retrouvera en bon état pour accomplir ses fonctions au printemps suivant;
- 5° Que lorsqu’on veut ramener à leur ancien état des vignes phylloxérées depuis plusieurs années et déjà très affaiblies par la maladie, deux traitements paraissent indispensables, surtout dans le Midi : le premier, du mois de novembre au mois de mai pour détruire les phylloxéras qui ont hiberné : le deuxième dans le courant de juillet, pour protéger, contre la réinvasion phylloxérique de la fin de l’été, issue des générations de l’œuf d’hiver, descendues du tronc sur les racines, les nouvelles productions radiculaires qui se sont développées en mai-juin à la faveur du premier traitement.
- De cette manière seulement les organes souterrains formés pendant toute la durée de la végétation sont conservés sains pour l’année suivante et pourront venir avantageusement joindre leur action à ceux qui se formeront dans le courant de la deuxième année, en même temps qu’ils prendront une importance de plus en plus grande.
- Si au contraire, devant une réinvasion intense de fin d’été, on ne donnait pas le deuxième traitement, toutes les productions radiculaires développées en mai, juin et juillet seraient détruites en août, septembre et octobre, et il ne pourrait y avoir d’acquis, au point de vue de la régénération de la plante. D’où la conséquence que voici : c’est que l’on a toujours tout avantage à traiter tout le vignoble dès les premières atteintes du mal, et au contraire tout à perdre à attendre pour commencer le traitement général, que la vigne soit déjà affaiblie èt que toutes les taches soient confluentes.
- Examinons à présent les causes qui favorisent ou qui entravent l’action du sulfocarbonatage.
- L’action du sulfocarbonate est favorisée :
- 1° Dans les sols siliceux et surtout siliceux frais et substantiels, là le chevelu se renouvelle facilement ainsi que tout le système radiculaire ; les sols silico-argileux aident aussi à l’action du sulfocarbonate et en général tous les sols profonds frais et riches en matières nutritives ;
- 2° Au contraire les sols argileux, argilo-calcaires, calcaires, et surtout calcaires secs peu profonds sont beaucoup moins favorables à l’action du sulto-carbonate ; dans ces conditions, le chevelu se renouvelle difficilement et il est facilement détruit par la chaleur de l’été ;
- 3° L’âge de la vigne, les ceps âgés gros et surtout ceux d’âge moyen, toutes conditions étant égales d’ailleurs, profitent beaucoup mieux du remède que ceux qui sont jeunes, grêles ou détériorés par l’âge; les premiers ont plus de ressources en eux-mêmes pour produire le premier chevelu et les premières feuilles tout d’abord nécessaires au départ de la végétation que les seconds.
- 4° Les façons culturales qui détruisent la végé*
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- LA NATURE,
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- tation adventive et qui ameublissent le terrain aident au sulfocarbonate en favorisant le développement du chevelu ;
- 5° Enfin, les engrais sont un puissant adjuvant de remède.
- Le sulfocarbonate étant lui-même un engrais, plus on en mettra, lors du traitement, mieux cela vaudra, on peut même dire que la régénération de la vigne se fera proportionnellement à la quantité employée. Toutefois, comme cet insecticide ne fournit qu’un seul élément nutritif, la potasse, il sera bon de le compléter par l’addition au sol d’autres agents.
- Le fumier de ferme, les compost, les débris de cornes, les déchets de laine et autres engrais à décomposition lente conviennent plus particulièrement aux vignes encore peu affaiblies par la maladie, ils doivent être appliqués à l’automne ou pendant l’hiver, c’est-à-dire du mois de novembre au mois de mars.
- La poudrette, la viande et le sang desséché, et les engrais chimiques tels que nitrate de soude, nitrate de potasse, sulfate d’ammoniaque, superphosphate soluble et guano, conviennent le plus spécialement aux vignes déjà très affaiblies, étant immédiatement assimilables ils agissent rapidement (ce qu’il faut en pareil cas) sur la végétation de la plante. Ils doivent être appliqués suivant leur nature à la dose de 500 à 500 kilog. à l’hectare en même temps que le sulfocarbonate du mois de mars au 1er au 15 mai. Plus tard, quand les ceps seront régénérés, on pourra supprimer les engrais azotés qui pousseraient trop au bois au détriment du fruit; le sulfocarbonate, lephospho-guano, le superphosphate à la dose de 150 à 200 kilog. par hectare suffiront pour avoir à la lois et la végétation et le fruit.
- Avoir trouvé des remèdes pour combattre le fléau dévastateur qui s’est abattu sur la vigne et des procédés pratiques pour appliquer ces remèdes, c’est beaucoup, mais ce n’est pas tout. Le propriétaire livré à son initiative et à ses propres forces est souvent impuissant à utiliser les découvertes qui lui fourniraient le moyen de se défendre ; il faut qu’on lui vienne aussi en aide, qu’on facilite et qu’on encourage ses tentatives, qu’on multiplie les expériences et les exemples pour gagner sa confiance.
- Dans cet ordre d’idées, nous avons pensé qu’une Société possédant un matériel approprié à des besoins financiers d’une grande puissance, pourrait rendre d’immenses services aux viticulteurs en les aidant de diverses manières à combattre le fléau qui s’est abattu sur leur propriété viticole.
- Pour remplir sa mission, c’est-à-dire pour répondre à tous les besoins de la viticulture, la Société qui est aujourd’hui constituée1 divise ses opérations de la manière suivante :
- 1 Société nationale contre le phylloxéra, 10, place Vendôme, Paris.
- 1° La loctition des appareils pour le traitement des vignes avec le sulfocarbonate appliqué au moyen du procédé de l’eau ;
- 2° Le traitement et la régénération à forfait des vignes phylloxérées ;
- 5» La reconstitution des vignobles qui ont été détruits ;
- 4° La vente des brevets, soit aux communes, soit aux propriétaires ;
- 5° La cession des licences ou la location du système avec redevances annuelles ;
- 6° La fabrication et la vente des sulfocarbonates ou de tous autres ingrédients reconnus efficaces ;
- 7° La location des machines ou l’entreprise à forfait des irrigations ou des élévations d’eau pour la submersion des vignes ;
- 8° La prise à bail de domaines ruinés par le phylloxéra.
- En un mot, la Société peut se prêter à tout arrangement avec les propriétaires qui voudront traiter ou reconstituer leurs vignes au moyen du sulfocarbonate, appliqué avec le procédé de l’eau, qui est celui auquel elle s’est arrêtée comme donnant les plus sérieuses garanties.
- Ainsi tombent toutes, les unes après les autres, les critiques souvent partiales accumulées contre le remède de l’illustre M. Dumas, président de la Commission supérieure du phylloxéra, et la question du sulfocarbonatage se trouve par suite réduite à ceci : il s’agit de savoir, pour le viticulteur, s’il peut ou veut faire une dépense de 260 à 550 francs suivant les cas, pour appliquer un remède sûr et capable de sauver son vignoble, le reste concernant entièrement l’institution qui a été fondée et qui a pour mission de lever les difficultés d’application.
- D’autre part, la loi sur les -syndicats qui fait intervenir l’État pour une forte part dans les dépenses, quand les propriétaires se réunissent en associations syndicales, est un puissant encouragement pour les viticulteurs qui veulent lutter contre le mal.
- C’est ainsi que se fera peu à peu la vulgarisation de cette médication et que l’on arrivera, y compris le concours de tous autres remèdes qui, dans l’avenir, pourront être reconnus efficaces et avantageux, à combattre le terrible fléau qui sévit en ce moment sur la viticulture.
- P. Mouillefert,
- Professeur à l’École nationale d'agriculture de Grignon.
- SYDNEY
- ET LES EXPOSITIONS UNIVERSELLES EN AUSTRALIE
- L’Australie, qui semble vouloir rivaliser avec la vieille Europe et sa sœur aînée, la jeune Amérique, n’en est pas moins, à l’exception de quelques districts, de quelques cantons vraiment beaux, un pays
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- LA NATURE.
- relativement triste et peu fertile. Que les émigrants ne s’imaginent donc pas trouver un paradis dans une terre qui demandera certainement à l’homme plus de travail que les savanes et les pampas du Nouveau-Monde !
- Complètement inconnue des anciens et à peine soupçonnée par nos pères du quinzième siècle, ce ne fut en résumé que vers 1527 ou 1550 que les Portugais durent l’aborder. Ils tinrent secrète leur
- découverte, afin de jouir seuls des avantages qu’elle leur promettait; des manuscrits ont, depuis, proclamé l'authenticité de leur voyage. Mais qu’arriva-t-il? Lorsque les Hollandais, en 1606 et de 1628 à 1629, firent définitivement connaître cette région, à laquelle ils imposèrent immédiatement le nom de Nouvelle-Hollande, on crut qu’ils dévoilaient un monde complètement ignoré. Les Anglais, du reste, ne tardèrent pas à les supplanter. En effet, Cook,
- 1v;.rY»6,Nuïts Dec J,
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- A U STRAM.E
- Fig. 1. Carte de l’Australie en 1785.
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- AUSTRAlUt
- Fig. 2. Carte de l’Australie eu 1880.
- le découvreur par excellence du monde océanien, débarque sur la côte orientale, il aborde à Botany Bay en 1770 et .en prend possession au nom de son souverain, George III.
- II n’y a pas encore un siècle, — d’après les renseignements fournis par Cook — le capitaine Arthur Phillip résolut d’installer à Botany Bay la colonie pénitentiaire qui devait donner à l’Angleterre l’immense continent qu’elle occupe aujourd’hui. Il met son projet à exécution ; pourtant la situation ne lui semble pas complètement favorable : il cherche un peu plus au nord et découvre le magnifique port Jackson. Sydney allait naître.
- Il est assez curieux de savoir quels furent les premiers éléments de la colonie qui devait plus tard s’étendre sur le continent entier. Elle se forma simplement, au début, de 757 forçats, dont 192 femmes et 18 enfants. Le tout gardé par 200 soldats. 1 taureau, 4 vaches et 1 veau, 1 étalon et 3 juments, quelques moutons, quelques chèvres et quelques
- porcs formaient la réserve et l’espoir de fortune. Eh bien ! chose merveilleuse, fait unique dans l’histoire de la colonisation, disait M. Désiré Charnay, qui visitait il y a quelques mois l’Australie, eu moins de 90 ans, ce groupe d’hommes s’est converti en une nation de 2 700 000 habitants, et ces quelques bestiaux jetés sur 'cette terre déserte, [en 1 million de chevaux, 8 millions de bœufs, 60 millions de moutons !
- Sydney est dans une situation admirable. Elle s’étend au fond d’une vaste baie, qui forme un grand nombre de havres, d’anfractuosités de l’aspect le plus enchanteur. Sa population, qui, en 1846, n’atteignait pas 40 000 âmes, dépasse aujourd’hui 200 000 habitants. Cette station, fondée par un assemblage de gens qui, dans les premiers temps, devaient plus éloigner qu’attirer l’émigration volontaire, ne tarda pas, avec l’aide du gouvernement britannique, à vouloir se laver de cette tache du con-victisme. Dès 1839, l’Angleterre cessa d’y envoyer
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- des déportés, mais les anciens convicts demeuraient , transformés, il est vrai, pour la plupart, vivant avec tous les dehors de l’indépendance, à peu près libres et ne commettant pas de crimes. En 1846, il y en avait encore 10 555 dans la colonie. On en délivra 6500 deux années plus tard. En décembre 1851, il n’en restait plus que 1700.
- Encore aujourd’hui, on montre quelques vieux colons, propriétaires ou bons rentiers, qui sont arrivés les fers aux pieds sur cette terre libératrice. Les habitants, leurs voisins, devenus leurs amis, ont oublié le passé, mais l’étranger, plus sévère, ne leur tend pas encore volontiers la main. Pourtant, on cite des convicts qui ont fini par avoir des situations officielles, gouvernementales..., et qui naturellement étaient entourés d’hommages.
- Avec de pareils commencements, il est facile de comprendre qu’une ville, même de date récente, ne peut pas sortir de terre régulière , symétrique , comme les cités américaines, toutes tracées avant d’être nées.
- Aussi, tandis que l’orgueilleuse rivale de Sydney, Melbourne, la reine du Sud, apparaît majestueuse, coupée de rues parallèles, construite de maisons élégantes, la plus ancienne station australienne se ressent des difficultés de son enfance, des luttes qu’il lui a fallu soutenir, du peu de
- ressources dont elle disposait. Ses habitations sont généralement laides, les voies manquent d'harmonie. On dirait une ville déjà vieille.
- M. Désiré Charnay, dans une comparaison originale, nous fait bien saisir la différence des deux grandes cités australiennes. « Melbourne, nous dit-il, c’est un cadet aventureux, un fils de fortune prodiguant ses richesses, — Sydney, un aîné prudent, tier de son droit d’aînesse et respectant les traditions de la famille. Melbourne, c’est une démocratie lancée ~ à toute vapeur dans la
- | voie des réformes exa-
- ^ gérées, — Sydney, une
- * république conserva-
- | trice, qui a également
- ta ses audaces. »
- 3 Un des caractères ?§ des peuples jeunes,
- « c'est d’adorer les mo-
- % numents. Les vieilles
- U nations haussent tou-
- g jours quelque peu les
- o épaules en voyant les
- §. dépenses énormes, soûls vent inutiles, qu’en-
- ^ traîne la construction
- des édifices. Les jeunes peuples, au contraire, brûlant d’affirmer leur puissance, élèveraient volontiers des palais en plein désert : ils semblent vouloir dire à tous ceux qui viennent, à tous ceux qui passent : « Nous n’avons rien à envier aux vieux mondes! » Malheureusement, le palais ressemble presque toujours à un sorte de vaste hôtel, et trop souvent il n’y a rien à mettre dedans.
- Ne dénigrons cependant pas Sydney. La rue Pitt et la rue York
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- ont de somptueuses constructions. L’Hôtel de Ville et le Trésor sont de beaux édfices.
- Quant aux parcs, aux jardins, le colon australien, digne héritier des traditions britanniques, en a lait partout des merveilles.
- C’est au milieu d’un de ces splendides jardins que s'élève, non sans grâce, l’Exposition universelle, la première qu’ait eue le monde océanique, et qui va maintenant avoir pour émule l’exposition de Melbourne.
- Deux expositions en dix-huit mois, dans un pays moins peuplé que la Belgique, c’est là une de ces idées qui ne peuvent trouver leur réalisation que chez une jeune et vigoureuse nation qui se croit grande parce qu’elle aspire à l’être. Témérité d’enfant qui se sent appelé à devenir homme supérieur!
- L’entreprise lancée par les Australiens peut-elle rivaliser avec les expositions de Philadelphie et de Paris? Évidemment non! On n’expédie pas sans des difficultés énormes, des produits aux antipodes du monde civilisé.
- Pourtant, en tête des nations européennes qui ont envoyé le plus d’exposants et qui ont tenu la première place comme beauté d’installations, citons la France et l’Italie.
- Parmi les plus brillants comptoirs, s’est signalée la maison Christofle, qui est parvenue à faire de Part, du grand art même, avec les procédés que nous fournit la science contemporaine. Non loin des faïences de Gien, on remarquait de nombreux échantillons de nos joyeux vins de France, de ces bons crus qui nous ont fait nul nt, peut-être plus apprécier des étrangers, que nos qualités, que notre esprit!
- L’exposition de Sydney a attiré en somme un peu moins de monde que l’exposition annuelle des beaux-arts aux Champs-Elysées, mais elle est le point de départ d’une ère nouvelle pour l’Australie. L’enfant a pris la robe prétexte : il ne demande plus qu’à marcher hardiment.
- Nous joignons à cette description sommaire de Sydney trois cartes qui pourront intéresser nos lecteurs : 1° une carte de l’Australie telle qu’on la connaissait du temps de Cook; elle est tirée de l'un des atlas qui accompagnent la relation des voyages de ce navigateur; 2° une carte de l’Australie actuelle; 5° une carte de Sydney et du voisinage.
- Richard Cortambert.
- LES
- VIRULENTES.
- I.E CHOLÉRA DES POULES
- Les maladies virulentes comptent parmi les plus grands fléaux. Pour s’en convaincre, il suffit de nommer la rougeole, la scarlatine, la variole, la syphilis, la morve, le charbon, la fièvre* jaune, le typhus, la peste bovine. Cette liste, déjà si chargée,
- est loin d’être complète. Toute la grande pathologie est là.
- Aussi longtemps qu’ont régné les idées de Liebig sur la nature des ferments, les virus furent considérés comme des substances livrées à- un mouvement intestin, capable de se communiquer aux matériaux de l’organisme et de transformer ces derniers en virus de même nature. Liebig n’ignorait pas que l’apparition des ferments, leur multiplication et leur puissance de décomposition offrent avec les phénomènes de la vie des rapprochements saisissants; mais ce n’est là, disait-il dans l’introduction de son Traité de Chimie organique, qu’un mirage trompeur.
- Toutes les expériences que j’ai communiquées depuis vingt-trois ans à l’Académie des Sciences ont concouru, soit directement, soit indirectement, à démontrer l’inexactitude des opinions de Liebig. Une méthode, pour ainsi dire unique, m’a servi de guide dans l’étude des organismes microscopiques. Elle consiste essentiellement dans la culture de ces petits êtres à l'état de pureté, c’est-à-dire dégagés de toutes les matières hétérogènes mortes ou vivantes qui les accompagnent. Par l’emploi de cette méthode, les questions les plus ardues reçoivent parfois des solutions faciles et décisives. Je rappellerai une des premières applications que j’en ai faites (1857-1858). Les ferments, disait Liebig, sont toutes ces matières azotées de l’organisme, fibrine, albumine, «seine, etc., dans l’état d’altération qu’elles éprouvent par l’effet du contact de l’air. On ne connaissait pas de fermentation où de telles matières ne fussent présentes et agissantes. La spontanéité était partout invoquée dans l’origine et la marche des.fermentations comme dans celles des maladies. Afin de démontrer que l’hypothèse du savant chimiste allemand n’était, à son insu, pour me servir de son expression, qu’un mirage trompeur, je composai des milieux artificiels comprenant seulement de l’eau pure avec les substances minérales nécessaires à la vie, des matières fermentescibles et les germes des ferments de ces diverses matières. Dans ces conditions, les fermentations s’accomplirent avec une régularité et une pureté, si l’on peut dire ainsi, qu’on ne trouvait pas toujours dans les fermentations spontanées de la nature. Toute matière albuminoïde se trouvant écartée, le ferment apparaissait comme un être vivant qui empruntait à la matière fermentescible tout le carbone de ses générations successives et au milieu minéral l’azote, le phosphore, le potassium, le magnésium, éléments dont l’assimilation est une des conditions indispensables de la formation de tous les êtres, grands ou petits.
- Dès lors, non seulement la théorie de Liebig n’avait plus le moindre fondement, mais les phénomènes de la fermentation se présentaient comme de simples phénomènes de nutrition, s’accomplissant dans des conditions exceptionnelles, dont la plus étrange et la plus significative, sans doute, est l’absence possible du contact de l’air.
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- La médecine humaine, comme la médecine vétérinaire s’emparèrent de la lumière que leur apportaient ces nouveaux résultats. On s’empressa notamment de rechercher si les virus et les contages ne seraient pas des êtres animés. Le docteur üavaine (1865) s’efforça de mettre en évidence les fonctions de la bactéridie du charbon, qu’il avait aperçue dès l’année 1850; le docteur Chauveau (1868) chercha à établir que la virulence était due aux particules solides antérieurement aperçues dans tous les virus; le docteur Klebs (1872) attribua les virus traumatiques à des organismes microscopiques ; le docteur Koch (1876), par la méthode des cultures, obtint les corpuscules-germes de la bactéridie, semblables de tout point à ceux que j’avais signalés dans les vibrions (1865-1870), et l’étiologie de plusieurs autres maladies fut rapportée à l’existence de ferments microscopiques. Aujourd’hui, les esprits les plus rebelles à la doctrine de la théorie des germes sont ébranlés. Mais quelle obscurité pourtant voile sur plusieurs points la vérité !
- Dans la grande majorité des maladies virulentes, le virus n’a pu être isolé, encore moins démontré vivant, par la méthode des cultures, et tout se réunit pour faire de ces inconnues de la pathologie, des causes morbides mystérieuses. L’histoire des maladies qu’elles provoquent, présente également'des circonstances extraordinaires, au nombre desquelles il faut mettre en première ligne l’absence de récidive. Quelle étrange circonstance ! C’est à peine si l’imagination trouve à hasarder de ce fait une explication hypothétique ayant une base expérimentale quelconque. N’est-il pas plus surprenant encore d’observer que la vaccine, maladie virulente elle-même, mais bénigne, préserve et de la vaccine et d’une maladie plus grave, la petite vérole? Et ces faits sont connus dès la plus haute antiquité. La variolisation et la vaccination sont des pratiques connues dans l’Inde de temps immémorial, et, lorsque Jenner démontra l’efficacité de la vaccine, le peuple des campagnes où il exerçait la médecine savait que la picole des vaches, ou cow-pox, préservait de la variole. Le fait de la vaccine est unique, mais le fait de la non-récidive des maladies virulentes paraît général. L’organisme n’éprouve pas deux fois les effets de la rougeole, de la scarlatine, du typhus, de la peste, de la variole, de la syphilis, etc. ; du moins l’immunité persiste pendant un temps plus ou moins long.
- Quoique l’humilité la plus grande soit une obligation en face de ces mystères, j’ose penser que dans les faits qui vont suivre on trouvera des éclaircissements inattendus sur les problèmes que soulève l’étude des maladies virulentes.
- Parfois se déclare dans les basses-cours une maladie désastreuse qu’on désigne vulgairement sous le nom de choléra des poules. L’animal en proie à cette affection est sans force, chancelant, les ailes tombantes. Les plumes du corps, soulevées, lui donnent la forme en boule. Une somnolence
- invincible l’accable. Si on l’oblige à ouvrir les yeux, il paraît sortir d’un profond sommeil, et bientôt les paupières se referment; et, le plus souvent, la mort arrive sans que l’animal ait changé de place, après une muette agonie. C’est à peine si quelquefois il agite les ailes pendant quelques secondes. Les désordres intérieurs sont considérables. La maladie est produite par un organisme microscopique, lequel, d’après le Dictionnaire de Zundel, aurait été soupçonné en premier lieu par M. Moritz, vétérinaire dans la haute Alsace, puis mieux figuré en 1878 par M. Peroncito, vétérinaire de Turin, et enfin retrouvé en 1879 par M. Toussaint, professeur à l’École vétérinaire de Toulouse, qui a démontré, par la culture du petit organisme dans l’urine neutralisée, que celui-ci était l’auteur de la virulence du sang.
- Dans l’étude des maladies parasitaires microscopiques, la première et la plus utile condition à remplir est de se procurer un liquide où l’organisme infectieux puisse se cultiver facilement et toujours sans mélange possible avec d’autres organismes d’espèces différentes. L’urine neutralisée qui m’avait servi avec tant de succès pour démontrer qu’une culture répétée quelconque de la bactéridie de Davaine était bien le virus charbonneux (1877, Pasteur et Jouberl) remp’it ici très mal le double but dont il s’agit. Mais un milieu de culture merveilleusement approprié à la vie du microbe du choléra des poules est le bouillon de musc’es de poule, neutralisé par la potasse et rendu stérile par une température supérieure à 100° (110° à 115°). La facilité de multiplication de l’organisme microscopique dans ce milieu de culture tient du prodige. En quelques heures, le bouillon le plus limpide commence à se troubler et se trouve rempli d’une multitude infinie de petits articles d’une ténuité extrême, légèrement étranglés à leur milieu, et qu’à première vue on prendrait pour des points isolés. Ces petits articles n’ont pas de mouvement propre ; ils font certainement partie d’un tout autre groupe que celui des vibrions. J’imagine qu’ils viendront se placer un jour auprès des virus, aujourd’hui de nature inconnue, lorsqu’on aura réussi à cultiver ces derniers, comme j’espère qu’on est à la veille de le faire.
- La culture de notre microbe présente des particularités fort intéressantes. Dans mes études antérieures, un des milieux de culture que j’ai utilisés avec le plus de succès est l’eau de levure, c’est-à-dire une décoction de levure de bière dans de l’eau, amenée par la filtration à un état de parfaite limpidité, puis rendue stérile par une température supérieure à 100°. Les organismes microscopiques les plus divers s’accommodent de la nourriture que leur offre ce liquide, surtout s’il a été neutralisé. Par exemple, vient-on à y semer la bactéridie charbonneuse, elle y prend en quelques heures un développement surprenant. Chose étrange, ce milieu de culture est tout à fait impropre à la vie du microbe
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- du choléra des poules; il y périt même promptement, en moins de quarante-huit heures. N’est-ce pas l*image de ce qu’on observe quand un organisme microscopique se montre inoffensif pour une espèce animale à laquelle on l’inocule? Il est inoffensif, parce qu’il ne se développe pas dans le corps de l'animal, ou que son développement n’atteint pas les organes essentiels à la vie.
- La stérilité de l’eau de levure ensemencée par le microbe qui nous occupe offre un moyen précieux de reconnaître la pureté des cultures de cet organisme dans le bouillon de poule. Une culture pure ensemencée dans l’eau de levure ne donne aucun développement : l’eau de levure reste limpide. Elle se trouble et se cultive, dans le cas contraire, par les organismes d’impureté.
- Je passe à une particularité plus singulière encore de la culture du microbe auteur du choléra des poules. L’inoculation de cet organisme à des cochons d’Inde est loin d’amener la mort aussi sûrement qu’avec les poules. Chez les cochons d’Inde, d’un certain âge surtout, on n’observe qu’une lésion locale au point d’inoculation, qui se termine par un abcès plus ou moins volumineux. Après s’être ouvert spontanément, l’abcès se referme et guérit sans que l’animal ait cessé de manger et d’avoir toutes les apparences de la santé. Ces abcès se prolongent souvent pendant plusieurs semaines avant d’abcéder, entourés d’une membrane pyogénique et remplis du pus crémeux où le microbe fourmille à côté des globules de pus. C’est la vie du microbe inoculé qui fait l’abcès, lequel devient pour le petit organisme comme un vase fermé où il est facile d’aller le puiser, même sans sacrifier l’animal. Il s’y conserve, mêlé au pus, dans un grand état de pureté et sans'perdre sa vitalité. La preuve en est que, si l’on inocule à des poules un peu du contenu de l’abcès, ces poules meurent rapidement, tandis que le cochon d’Inde qui a fourni le virus se guérit sans la moindre souffrance. On assiste donc ici à une évolution localisée d’un organisme microscopique qui provoque la formation de pus et d’un abcès fermé, sans amener de désordres intérieurs ni la mort de l’animal sur lequel on le rencontre, et toujours prêt néanmoins à porter la mort chez d’autres espèces auxquelles on l’inocule, toujours prêt même à faire périr l’animal sur lequel il existe à l'état d’abcès, si telles circonstances plus ou moins fortuites venaient à le faire passer dans le sang ou dans les organes splanchniques. Des poules ou des lapins qui vivraient en compagnie de cobayes portant de tels abcès pourraient tout à coup devenir malades et périr sans que la santé des cochons d’Inde parût le moins du monde altérée. Pour cela, il suffirait que les abcès des cochons d’Inde, venant à s’ouvrir, répandissent un peu de leur contenu sur les aliments des poules et des lapins. Un observateur, témoin de ces faits et ignorant la filiation dont je parle, serait dans l’étonnement de voir décimés poules et lapins, sajis causes apparentes, et
- croirait à la spontanéité du mal, car il serait loin de supposer qu’il a pris son origine dans les cochons d’Inde, tous en bonne santé, surtout s’il savait que les cochons d’Inde sont sujets, eux aussi, à la même affection. Combien de mystères dans l’histoire des contagions recevront un jour des solutions plus simples encore que celle dont je viens de parler! Repoussons les théories que nous pouvons contredire par des faits probants, mais non par le vain prétexte que certaines de leurs applications nous échappent. Les combinaisons de la nature sont à la lois plus simples et plus variées que celles de notre imagination.
- On sera mieux convaincu de ce que j’avance si j’ajoute que quelques gouttes d’une culture de notre microbe, déposées sur du pain ou de la viande qu’on donne à manger à des poules, suffisent pour faire pénétrer le mal par le canal intestinal, oû le petit organisme microscopique se cultive en si grande abondance que les excréments des poules ainsi infectées font périr les individus auxquels on les inocule. Ces faits permettent de se rendre compte aisément de la manière dont se propage dans les basses-cours la très grave maladie qui nous occupe. Évidemment les excréments des animaux malades ont la plus grande part à la contagion. Aussi rien ne serait plus facile que d’arrêter celle-ci en isolant, pour quelques jours seulement, les animaux, lavant la basse-cour à très grande eau, surtout à l’eau acidulée avec un peu d’acide sulfurique, qui détruit facilement le microbe, éloignant le fumier, puis réunissant les animaux. Toutes causes de contagion auraient disparu, parce que, pendant l’isolement, les animaux déjà atteints seraient morts, tant la maladie est rapide dans son action1.
- L. Pasteur,
- Membre de l'Académie des Sciences.
- — La suite prochainement. —
- LES LÉPIDOPTÈRES
- DE LA NOUVELLE-GUINÉE ET DE LA MALAISIE
- LE POLYMORPHISME
- ET L’APPARITION UES ESPÈCES NOUVELLES
- Pour donner une idée complète de la faune entomologique de la Nouvelle-Guinée, il faudrait écrire bien des pages et les accompagner de nombreux dessins, mais en effleurant un sujet on peut à la dérobée jeter quelques aperçus, souvent plus instructifs que de longues énumérations, que de méticuleuses descriptions. J’aurais pu décrire certains insectes Diptères des plus singuliers, qui portent, implantés sur les joues, d’énormes appendices dilatés ou branchus, rappelant par leur forme, soit la ramure des élans, soit le bois des daims et des cerfs, d’où les noms d'Elaphomyia alcicornis, cer-vicornis, mais je me suis souvenu que Wallace, à
- 1 Comptes rendus de VAcadémie des Sciences.
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- Lépidoptères de la Nouvelle-Guinée (grandeur naturelle). — Eronia Jobœa, Heslia d’Urvillei, lenaris catops.
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- qui l’on doit leur découverte, les avait figurés (The Malay Archipelago, p. 502). J’aurais pu mentionner certains Coléoptères des plus beaux et des plus éclatants qui soient au inonde, les Eupholus, certains autres charançons au corps agréablement nuancé dontles mâles sont ornés d’antennes immenses qui les font ressembler à des Cérambycides (vulyo Longicornes) ; mais Wallace en a parlé mieux que je ne saurais le faire, et la couleur ne viendrait pas me seconder. J’ai pensé qu'il y aurait intérêt à passer en revue les Lépidoptères, à étudier leur distribution géographique à travers l'Océanie, à suivre d’île en île un genre, une espèce, afin d’en observer méthodiquement les variations ; l’étude des Papillons, entre tous les insectes, nous fournira une moisson de documents précieux, d’où nous déduirons une foule d’arguments très favorables à la doctrine delà mutabilité des espèces, de l’apparition continue des formes nouvelles. C’est Bâtes et Wallace qui, les premiers, ont attiré l’attention sur le polymorphisme des Lépidoptères et ont fait ressortir les conséquences que l’on pouvait en tirer pour expliquer l’origine des espèces.
- La majorité des Papillons rapportés de la Nouvelle-Guinée appartient à des genres actuellement répandus dans l’archipel malais ; il n’est presque pas d’espèces qui soient absolument indigènes; mais un fait frappe tout d’abord le naturaliste : surcbacune des îles, les Lépidoptères ont pris souvent des formes et des colorations différentes, de telle sorte que les mêmes espèces ont quelquefois les aspects les plus dissemblables; dans d’autres cas, ces espèces sont remplacées par d’autres ayant avec elle la parenté la plus étroite; les caractères distinctifs deviennent alors si fugaces qu’il faut l’œil exercé d’un entomologiste de profession pour les apprécier.
- Un magnifique papillon, l’OrnithoptèrePriam, aux ailes de velours noir profond relevées de bandes de velours vert chez le mâle, se rencontre aussi bien en Papouasie, à Salwatty, à Dorey, à Pile Mafor, qu’à Ceram et à Amboine. 11 est remplacé aux îles Aru par POrnithoptera Aruana dont le mâle porte une bande de velours vert en plus; à la Nouvelle-Galle du Sud (Australie) par PO. Richmondi, qui ne diffère guère du Priam que par pi taille plus petite ; à la Nouvelle-Irlande par PO. Urvilliana, dont les bandes, disposées de la même façon, sont de velours bleu ; à Batchian, à Gilolo, par l’0. Crœsus, aux bandes du plus splendide velours jaune orange. Chaque île, chaque région présentant une forme apparentée à laquelle on a donné un nom particulier, les anciens auteurs ont été conduits à admettre que chacune de ces formes insulaires constituait une espèce distincte ; aujourd’hui quelques entomologistes aux larges vues, notamment M. Kirby, auteur d’un excellent catalogue synonymiquc des Lépidoptères, ne considèrent plus ces prétendues espèces que comme des variétés géographiques d’une forme unique, Y Ornithoptera Priamus
- Tous les autres Ornithoptères, PO. Amphrisius
- excepté, ont les ailes supérieures noires, quelquefois nuancées de gris et les ailes inférieures marquées de taches oranges ayant le brillant de la soie ; le magnifique 0. llippolithus des Célèbes, d’Amboine, de Ceram, de Gilolo, des îles Morty, a les ailes inférieures bordées d’un damier de velours noir et jaune ; l’O. Pompeus, de Sumatra, de Java, de Bornéo, des Célèbes a les ailes inférieures jaunes toujours bordées de noir et souvent coupées par une série de points noirs; PO. Amphrysius de Malacca, Java, Bornéo se distingue de tous les autres, les ailes supérieures étant marquées de jaune comme les inférieures ; PO. Triton de Ternate, Tidore, Gilolo a des femelles affectant deux formes ; les ailes supérieures sont tantôt entièrement noires, tantôt noires coupées par une large bande blanche ; les ailes inférieures, chez ces deux sortes de femelles et chez les mâles, portent des taches noires orbicu-laires dans les espaces jaunes. On peut dire que ces remarquables Lépidoptères sont particuliers à l’archipel Indo-Malais, car deux espèces seulement, sur une quinzaine, habitent l’une Ceylafi, l’autre le continent asiatique.
- Parlerai-je du merveilleux Papilio Ulysses, aux ailes bleu métallique encadrées de velours noir, qui rivalisent d’éclat et de chatoiement avec celles des plus beaux Morphos du Brésil ; quelquefois la coloration bleue se prolonge comme des flammes jusqu’au bord des ailes inférieures, ainsi qu’on l’observe dans la variété Telegonus, plus magnifique encore, s’il est possible, que le type lui-même. Je dirai simplement que la distribution géographique de ce Lépidoptère est fort étendue, car il habite aussi bien Amboine, Ceram, Batchian, Gilolo, Dorey, Woodlark que l’Australie (Queens’ land) et se retrouve, sous la figure d’une espèce affine, à la Nouvelle-Calédonie (P. Montrouzieri).
- Le plus intéressant peut-être des Papillons de la région indo-malaiseestsans contredit le P. Memnon, qui présente une série de formes distinctes, de variétés à coloration disparate ; le mâle a toujours les ailes noires interrompues de semis d’écailles bleu cendré parallèles aux nervures; les femelles, au contraire, se montrent au moins sous trois aspects absolument dissemblables; leurs ailes supérieures ont la même coloration, elles sont grises interrompues de lignes parallèles aux nervures, d’une teinte plus foncée avec une tache rouge ou jaune à la base ; mais leurs ailes inférieures varient autant dans le système de coloration que dans la forme ; tantôt elles sont presque semblables à celles des mâles, tantôt elles sont coupées par une bande blanche nuancée de jaune à sa partie interne, tantôt elles sont ornées de six taches blanches, d’une bande noire et d’une bordure alternativement jaune et noire, mais, chose très remarquable, portent une large queue spatulée. Jamais les anciens auteurs n’auraient soupçonné quelque parenté entre ces différents êtres, pour eux ils constituaient autant de types particuliers, autant d’espèces : c’étaient
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- es P. Memnon, Agenor, Anceus, Achates. Il a fallu la patience et la sagacité des naturalistes qui élevèrent des chenilles (Payen et Bocarmé, à Java) et observèrent des accouplements (Wallace) pour démontrer que toutes ces prétendues espèces n’étaient que des formes particulières d’une même espèce le P. Memnon.
- Le P. Deiphobius présente exactement les mêmes phénomènes de variabilité que le Memnon', le P. Ormenus possède également trois sortes de femelles, Tune analogue au male, et deux autres n’ayant aucun rapport entre elles, aucun trait de ressemblance avec le mâle, la disposition comme la coloration des taches étant absolument différentes.
- Si nous réfléchissons qu’à côté de ces espèces polymorphes viennent se grouper des espèces aftines, mais réellement distinctes à l'époque actuelle, ne sommes-nous pas en droit de penser que ces espèces affines, comme les espèces types, dérivent par sélection sexuelle prolongée, par isolement insulaire de quelques formes primitives; en effet ne voyons-nous pas que les P. Ascalaphus et P. Deiphobius mâles sont entièrement semblables en dessus au point de ne pouvoir être distingués, et complètement méconnaissables en dessous; ne constatons-nous pasqu’il existe les rapports les plus étroits dans la disposition des taches et la coloration entre les P. Adrastus, Tydeus et Ormenus; ces espèces, aujourd’hui distinctes, ne sont-elles pas les descendantes de certaines variétés d'Ormenus, et les variétés actuelles, manifestation de la puissance créatrice de la nature sans l’intervention de la main de l’homme, ne sont-elles pas suceptibles de se fixer à leur tour et de faire souche d’espèces? Wallace le pense et nous sommes tous portés à penser comme lui.
- Les Nymphalides ont de nombreux représentants en Océanie; mais certains genres de cette immense famille y sont plus particulièrement répandus ou même lui appartiennent en propre ; les Danaines s’y rencontrent en foule, les Euplæa, aux reflets du plus beau bleu, habitent surtout les archipels de la Malaisie, mais hantent aussi la Papouasie, l’Australie, la Nouvelle-Calédonie et même les îles Fidji, sans cependant déserter le continent asiatique (partie orientale et méridionale), deux d’entre elles volent même à Bourbon et à Madagascar. Les Danais, qui se font remarquer par l’étendue de leur aire de distribution géographique, sont intéressantes à plus d’un titre,car l’une des espèces,O. Chrysippus, Lin., se rencontre en Cocbincbine, dans l’Inde, à Madagascar, en Abyssinie, en Égypte, en Syrie et arrive en Europe ; le D. Plexippus offre des variétés, au moins douze, si caractérisées qu’on en a fait autant d’espèces distinctes. Les Hestia sont certainement les plus grandes, les plus belles, les plus élégantes entre toutes les Danaines : leurs ailes immenses, presque transparentes, d’un blanc brillant aux nervures noires, aux taches également noires, ont un aspect qui ne se rencontre dans aucun autre Papillon, aussi avons-nous pensé qu’il y aurait profit à
- représenter l’une d’elles, 17/. d'Urvillei, qui a été découverte en Nouvelle-Guinée par les naturalistes de Y Astrolabe et a été rapporté depuis par MM. Raf-fray et Maindron, ainsi que par M. Laglaise. Tout ce que nous savons des mœurs des llestia se borne à très peu de chose : leurs immenses rames aériennes ne leur permettent que de voler lourdement, elles aiment à se poser sur les fleurs des Hibiscus (flamboyants) ; mais si les observations des voyageurs ne permettent pas d’écrire leur histoire, nous pouvons dire qu’elles sont toutes confinées, à une exception près, dans l’archipel malais (Bornéo, Java, Célèbes, Philippines, Bourou, Ceram, Amboine, la Nouvelle-Guinée, îles Aru). Les II. Idea, Aza, Blanchardi, d’Urvillei, Leuconæ ont d’étroites affinités, toutes ont deux taches noires cîe forme spéciale au sommet delà cellule discoïdale; n’y a-t-il pas lieu de penser, d’après les conceptions de Wallace, qu’elles représentent différentes lormes dérivées graduellement, à la suite des temps et sous l’influence de l’isolement insulaire, d’un type unique.
- L’Eronia Jobæa, qui appartient à l’immense tribu des Piérines, habite aussi bien la Papouasie que l’Australie, mais revêt deux aspects très dissemblables ; sous le premier, elle est uniformément vert clair avec la bordure des ailes, noire ; nous la représentons à gauche sur la planche ci-jointe ; sous le second, elle est également verte, mais toutes les nervures des ailes sont noires.
- Il est un genre de la tribu des Morphines qui se trouve exclusivement en Malaisie et en Papouasie et présente un grand intérêt ; de teinte jaunâtre, quelquefois interrompue de blanc, tous ses représentants sont caractérisés par l’existence à la face inférieure des secondes ailes de deux grands yeux, que parfois on aperçoit également sur la face supérieure. 11 semble que la nature se soit plue à établir entre eux toutes les transitions, à créer de nombreuses variétés ; aussi les auteurs ont-ils multiplié les espèces ! Au témoignage de Kirby, dix d’entre elles ne seraient que des formes particulières, des concrétions polymorphiques du Tenaris Hors-fieldü; nous avons représenté l’une d’entre elles, le T. Catops. Il y a de grandes probabilités pour que la réunion de ces dix espèces soit fondée, mais les renseignements que nous possédons ne nous permettent pas d’accepter définitivement l’opinion de l’auteur anglais, quoiqu’il soit plus que probable qu’il ait raison. C’est aux naturalistes voyageurs de venir au secours des naturalistes de cabinet. S’ils ont le don de l’observation, ils nous rapporteront des renseignements mille fois plus précieux que les collections qu’ils pourront former ; jusqu’ici la zoologie descriptive a procédé par voie d’analyse, en cataloguant et décrivant les formes; aujourd’hui nous pouvons espérer qu’elle utilisera avec succès les procédés de la synthèse.
- Jules Küxckel d’Herculais.
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- LA NATURE.
- ÉTUDES SYNTHÉTIQUES
- DE GÉOLOGIE EXPÉRIMENTALE
- PAR V. A. DAUBRÉE
- C’est seulement aujourd’hui, après un siècle d’efforts incessants que l’école géologique expérimentale est définitivement constituée, et le livre que publie M. Daubrée marquera le point de départ d’une nouvelle période dans le développement de la géologie.
- Il ne s’agit pas seulement ici d’une série d’expériences entreprises sur des questions diverses et qui se trouvent plus ou moins résolues. C’est un corps de doctrines nouvelles que nous possédons, une méthode générale non appliquée encore d’une manière systématique à l’étude du globe : la synthèse expérimentale.
- Le volume de M. Daubrée comprend deux parties, relatives, l’une aux phénomènes géologiques proprement dits, l’autre à l’étude «les météorites. De cette dernière, nous ne dirons rien, ayant eu l’occasion d’en signaler ici même divers résultats, alors
- deux de ses côtés contigus, il soumet des lames flexibles représentant les couches du globe aux pressions les plus variées au double point de-vue de leur énergie et de leur direction. Sous ces efforts constamment mesurés, il voit se reproduire tous les traits caractéristiques de la géologie' des pays tourmentés : vallées synclinales, crêtes anticlinales, surplombs et renversement de couches, couches en C, couches en S, etc.
- Il fait plus encore et dépassant les limites d’élasticité des lames ployées il entre dans le grand chapitre de l’origine et du mode de formation des cassures terrestres. Dans cette voie nouvelle, les joints et les failles se sont trouvés imités avec tous leurs détails, et, chose très imprévue, l’étude des résultats d’expériences a révélé des traits de coordination mutuelle des cassures naturelles que l’observation seule avait à peu près méconnus.
- Ceci mérite de nous arrêter. Une plaque de verre rectangulaire GG (fig. I) est saisie par l’un de ses petits côtés entre deux mâchoires de bois serrés à vis, qui forment une sorte d’étau E, E ; l’autre extrémité est en-
- |fl
- Mmmwwmmmmw
- que 1 auteur les communiquait Fig. î. Double système de cassures conjuguées castrée dans un tourne-à-gauche à l’Académie des sciences. La développé dans une lame de glace GG par
- l’effet de la torsion produite à l'aide du tourne-à-gauche TT. — EE, bloc de bois où est encastrée l’autre extrémité de la glace. —
- 1/6 de la grandeur naturelle.
- partie géologique se divise elle-même en deux sections, dont l’une concerne les phénomènes chimiques et physiques et l’autre les phénomènes mécaniques. Celle-ci est de beaucoup la plus nouvelle.
- Parmi les phénomènes chimiques, l'auteur s’occupe surtout de la genèse des minéraux, et spécialement de ceux qui remplissent les filons métallifères et de ceux qui caractérisent les roches métamorphiques. Sous ces deux chefs se rangent de nom-
- breuses expériences, dont les unes ont eu pour théâtre le laboratoire ordinaire du chimiste, tandis que les ." autres se sont produites d'elles-mêmes dans la substance de substructions romaines imprégnées constamment d’eau thermale depuis deux mille ans.
- Quant aux phénomènes mécaniques, nous nous y arrêterons un peu plus
- M. Daubrée étudie d’abord les contournements des couches stratifiées. Avec un appareil des plus simples, un châssis en fer muni de longues vis traversant
- T, T. En faisant mouvoir celui-ci autour d’un axe horizontal, on tord la lame de verre, qui ne tarde pas à sc rompre en mille morceaux. Si l’on a eu soin d'envelopper la glace dans une feuille de papier collée sur elle, de façon à conserver aux débris leur disposition réciproque, on reconnaît avec surprise que les cassures, loin d’être orientées d’une manière quelconque, dessinent dans le verre un réseau dont la régularité est géométrique. On y Fig. 2. Belemniles niger D, exactement encas- voit les Cassures groupées Sui-
- trée par moulage au centre d’un prisme en f j f|jrPrtions OU SVSlèniPS
- plomb forme de deux parties, dont une seule yalU aeUX mieCllOns OU sysiemes
- est représentée. Ce.prisme est destiné à subir, également inclinés SU1’ l’axe de perpendiculairement a ses plus grandes faces, torsion. En général, CeS deux
- 1 action de la presse hydraulique. — Echelle °
- de 1/2.
- systèmes ainsi conjugués se croisent sous des angles très ouverts, dont la valeur paraît dépendre des dimensions re -Jatives des deux côtés de la plaque; cet angle, qui est quelquefois voisin de l’angle droit, se réduit dans d’autres cas à 70 degrés et au-dessous.
- Or, ces cassures artificielles se trouvent avoir d’intimes analogies avec certains traits géologiques de diverses régions, et, parmi les exemples de localités où ressort la corrélation des fractures souter-
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- LA NATURE.
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- raines avec les reliefs de la surface, on peut citernes couches crétacées d’une partie du nord de la France. En examinant attentivement une carte bien faite, on voit que sur les vallées principales, parallèles entre elles, s’embranchent un grand nombre de vallons également rectilignes, parallèles les uns aux autres.
- On y voit comment la mince pellicule, que nous appelons l’écorce terrestre, a cédé à des efforts ou torsions analogues à ceux que le tourne-à-gauche imprimait tout à l’heure aux lames de glace, et s’est ainsi fissurée suivant des directions coordonnées les unes par rapport aux autres. Dans la partie espagnole du massif du Mont-Perdu, les couches crétacées et nummulithiques, tout en étant restées horizonlales, ont été soulevées à 3000 mètres environ d’altitude et se sont entaillées sur 1200 à 1500 mètres de profondeur, par des vallées étroites dont les parois sont à peu près verticales. Un autre exemple de système réticulé de ce genre, se présente dans les traits d’incision qui dessinent dans une partie de la Norwège les côtes, les fiords et les vallées principales.
- On sait déjà que c’est à des laminages véritables qu’il faut attribuer la structure schisteuse ou feuilletée présentée par tant de terrains dits métamorphiques. M. Daubrée étudie par l’expérience les déformations subies par les fossiles dont on trouve les vestiges dans les roches schisteuses. On sait qu’il est bien rare que les restes de trilobites et de mollusques des environs d’Angers ne se présentent pas avec un caractère déformé, qui en fait comme des caricatures d’animaux dont ils dérivent. L’expé
- Fig. 3. Étirement et tronçonnement de la béiemnite de la ligure précédente par l’action de la presse hydraulique sur le prisme de plomb où elle était encastrée.
- dans l’intérieur desquels on avait préalablement enchâssés des bélemnites. La figure 2 représente une semblable béiemnite B, enchâssée ainsi dans un bloc de plomb, dont on n’a représenté que la moitié. On voit (fig. 3) ce que produit le laminage:
- le fossile a été tronçonné, et ses tronçons ont été plus ou moins écartés les uns des autres, exactement comme dans les échantillons naturels.
- C’est en poursuivant le même ordre de recherches que l’auteur arrive à imiter la structure si caractéristique des grandes chaînes de montagnes, que Saussure avait observée au Mont-Blanc. « Le massif du Mont-Blanc, dit le célèbre observateur, se divise en grands feuillets qui ont leurs plans exactement parallèles entre eux et qui sont parallèles à la direction de la chaîne. » De plus, Saussure constate que ces feuillets, à peu près verticaux dans le centre du massif, prennent des positions inclinées dans les parties latérales et plongent symétriquement vers l’axe central, de manière à présenter dans leur section transversale la forme d’un éventail entr'ouvert.
- Or, on peut reproduire de petits monts-Blancs en miniature, dont la structure est celle que décrit Saussure. Voici comment : de l’argile préalablement bien malaxée et à peu près desséchée a été coupée en forme de prisme carré. Après l’avoir placée entre deux plaques carrées de même dimension que la base du prisme, on l’a soumise à l’action de la presse hydraulique. Dans cette opération, il est sorti de chacune des quatre faces latérales une bavure, dont la forme évasée, par
- rience permet de les imiter compïè- Fig. 4. Production de la structure suite de changement de pression, se tement; en enchâssant un têt d’écre- raccordait avec les laces du prisme. La
- visse dans une masse de plomb qu’on deux plaques parallèles et peu masse ainsi déformée, présente dans fait ensuite passer au laminoir, on distantes. La pression horizontale sa cassure transversale une texture
- inflige au crustacé une déformation d’abord la structure feuilletée, essentiellement schisteuse, qui est toute pareille à celle des trilobites Puis la structure en éventail, dès ainsi disposée : dans toute la partie siluriens. Un type remarquable d’al- ^plaques.6—11 /3Ve*la*"gran- serr^e entre les plaques, les feuillets
- téiation de forme des fossiles con- deur naturelle, tenus dans les roches devenues schisteuse est présenté par les bélemnites de diverses localités des Alpes qui ont été tronçonnées, et dont les segments se sont plus ou moins écartés les uns des autres. 11 a été également reproduit par l’expérience, en laminant des blocs de plomb
- sont à peu près parallèles aux deux parois, mais dans la partie qui dépasse ces plaques ou voit les feuillets s infléchir et s’éloigner de l’axe, de manière à être parallèles aux deux surfaces extérieures, pendant qu’elles vont elles-mêmes en s’écartant de plus en plus. Le feuilleté est surtout prononcé à proximité des
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- LA NATURE.
- deux surfaces externes; il l’est, en général, beaucoup moins vers la partie centrale. Cette expérience fournit donc un fac simile (fig. A) en miniature de la structure feuilletée dite en éventail.
- Enfin, parmi les sujets dont il nous reste à parler pour analyser le livre qui nous occupe, nous appellerons l’attention sur les actions mécaniques développées dans la croûte du globe, considérées comme source des mouvements de chaleur auxquels est dû le métamorphisme des roches.
- C’est en effet à cette conclusion que M. Daubrée est amené par des expériences et c'est ainsi que la théorie du métamorphisme, peut espérer d’être prochainement déblayée d’une foule de considérations métaphysiques dont elle est encore encombrée. Il suffit en elfet que des roches subissent les actions mécaniques propres à les rendre schisteuses, pour qu’elles s’échauffent à un degré très sensible. Or, on sait qu’une faible élévation de température suffit pour faire naître au sein de masses rocheuses des réactions chimiques. L’eau de carrière dont toutes les roches sont imprégnées et celle qui y trouve accès par les fissures, donneraient lieu à ces réactions, qui ont dû se prolonger un laps de temps fort long. L’expérience fait donc bien comprendre que cei tains effets du métamorphisme régional puissent simplement dériver de la chaleur que les actions mécaniques ont provoquée dans les roches1.
- Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- La nouvelle comète. —S. M. l’empereur du Brésil a annoncé l’apparition d’une comète observée dans le ciel de son pays; il semble que cet astre a été vu pour la première fois par un fermier du Cap de Bonne-Espérance, le 1er février, à huit heures du soir. Ce fermier a immédiatement prévenu M. Gilles, directeur de l’observatoire du Cap, qui a aperçu la comète dans le voisinage de S de la Grue. Le fait que nous reproduisons a été rapporté dans une lettre écrite par M. Gilles à M. Airy, et publiée dans le Daily News. La comète a encore été vue le 2 et le 5 février, par M. Gould, directeur de l’observatoire de Cortova, dans la République Argentine.
- L’extraction de la houille. — En 1879, on a extrait houillères du inonde entier la quantité énorme de 284 millions de tonnes de houille, pour une somme d’en* viron 5 milliards 1/2 de francs, Pour avoir une idée de cette masse énorme de charbon, il fautse figurer un bloc, haut comme l’Arc-de-Triomphe de l’Étoile, large comme son grand côté et long de 25 lieues. Telle est la montagne noire extraite des entrailles de Ja terre en 1879.
- 1 Les Éludes de Géologie expérimentale forment un volume de 800 pages, illustrées de près de 200 gravures et de 7 planches. Elles se terminent par des tables alphabétiques qui constituent à elles seules un travail considérable et qui ajoutent beaucoup à l’intérêt du volume lui-même. (Paris, Dunod, éditeur.)
- NOUVELLES
- Il est question de créer un observatoire météorologique et magnétique dans Pile de la Réunion. Cet observatoire, du genre de celui que la Hollande a fondé à Batavia depuis une quinzaine d’annees, serait la première station magnétique de nos colonies.
- — Dans une de ses dernières séances, la Société géologique de Londres a décerné sa grande médaille Wollaston à M. Daubrée, membre de l’Académie des sciences de Paris et directeur de l’Ecole des mines, pour ses recherches de géologie expérimentale.
- — L’Académie de médecine, dans sa séance du ô février, a nommé M. Jungtleisch membre titulaire dans la section de pharmacie.
- — A la fin de janvier dernier, une locomotive a franchi aux Etats-Unis le fleuve Saint-Laurent, qui était gelé. On avait posé des rails et établi un chemin de fer sur la glace, afin de faciliter les transports d’une rive à l’autre.
- — En 1879, la fabrication du papier aux États-Unis a été de 040 01)0 tonnes, soit le tiers environ de la production totale du monde.
- — Le Muséum d’histoire naturelle de Paris vient de recevoir de Cochinchine plu-ieurs jeunes tigres et une panthère, qui sont arrivés en parfait état de santé .
- — Le capitaine Boyton, qui avait obtenu tant de succès avec son curieux appareil de sauvetage, vient de mourir à Aevv-York, des suites d'un choc qu’il avait éprouvé contre un naûre.
- — La Commission d’étude du chemin de fer Transasiatique est revenue à Samara ; après une longue exploration dans l’Amou-Daria ; elle admet la possibilité de construire un chemin de fer jusqu’à Samarcande.
- — M. Baudrimont, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Bordeaux, vient de mourir à l’âge de soixante-quatorze ans, des suites d’un refroidissement, après quelques jours seulement de maladie.
- — On s’attend d’un moment à l’autre à découvrir dans le Hanovre des sources de pétrole aussi abondantes que celles de la Pensylvanie. Des sondages entrepris par des maisons de Hambourg et de Brême ont déjà permis d’atteindre une profondeur rie plus de 600 pieds.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er mars 1880. — Présidence de M. Daubrée.
- La séance publique annuelle de l’Académie s’est composée aujourd’hui de trois parties : 1° un discours prononcé par M. le Président ; 2° la proclamation des prix décernés pour 1879 et des sujets de prix proposés poulies années suivantes ; 3° l’éloge historique de M. Bel-grand, par M. J. Bertrand.
- Le discours de M. Daubrée offre cette particularité qu’il concerne surtout un fait extra-académique : le récent voyage exécuté, à la surprise du monde entier, par M. Nordenskiold dans l’Océan glacial de Sibérie.
- Les prix décernés deviennent si nombreux qu’il nous est impossible de donner ici autre chose que leur énumération.
- Mécanique. — Prix Poncelet, décerné à M. Moutard. — Prix Dalmont, à M. Collignon.
- Astronomie. — Prix Lalande, décerné àM. Peters (de Clinton), qui a découvert à lui seul quarante-trois petites planètes, dont huit l’année dernière. — Prix Valz, à M. Trouvelot. — Prix Damoiseau ; ce prix, relatif à la théorie des satellites de Jupiter, n’est pas décerné, mais la question est maintenue au concours, et un encouragement de 1000 francs est accordé à M. Souillart.
- Physique. — Prix Lacaze, décerné à M. Le Roux.
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- Statistique. — Prix Montijon accordé à M. Y. de Saint-Genis. La Commission accorde en outre : à M. Bo- ' rius, le rappel du prix qu’il a obtenu en 1875 ; un en- | couragemenl de la valeur de 400 francs à M. G. Le Bon j et une mention très honorable à M. Bonnange. !
- Chimie. — Le prix Jecker est partagé de la manière J suivante : M. Riban obtient 4000 francs, M. Bourgouin 4000 francs et M. Crafts 2000 francs. — Prix Lacaze, décerné à M. Lecoq de Boisbaudran.
- Géologie. — Le grand prix des sciences physiques, dont le sujet était l’étude approfondie des ossements fossiles de l’un des dépôts tertiaires situés en France, est décerné à M. Filhol. Une récompense de 1000 francs est accordée à M. Lemoine.
- Botanique. — Le prix Barbier n’est pas accordé, mai un encouragement de 1000 francs est attribué à M. le docteur Manouvriez. — Sur le prix Desmazières, deux encouragements de 750 francs chacun sont accordés, l’un à M. Crié, l’autre à M. le docteur Leudiger-Forlmorel.
- Anatomie et zoologie. — Le prix Thore est décerné à M. Eduart Brandi.
- Médecine et chirurg.e. — Prix Montyon. — La Commission décerne trois prix : à MM. Dujardiu-Beaumetz et Audigné, à M. 'filiaux et à M. Auguste Voisin. Elle accorde trois mentions honorables : à M. Bochefontaine, à M. Lécorché, à M. Simonin, et cite honorablement dans le rapport : MM. Azam, G. Delaunay, Grasset, Gréhant, Poucet, Parak, Ricmbault. — Prix Bréant. Un prix de 5000 francs est décerné à M. Toussaint. — Prix Godard. La Commission décerne deux prix, de 1000 francs chacun, à MM. Alph. Guérin et Ledouble. — Prix Chaus-sier. Le prix est décerné à feu M. Ambroise Tardieu.
- Physiologie. — Prix Montyon : physiologie expérimentale. — Le prix est décerné à M. François Franck. — Le prix Lacaze est décerné à M. le docteur Davaine.
- Prix généraux. Prix Montyon : arts insalubres. — Le prix est décerné à MM. Boutmy et Faucher. Un encouragement de 1500 francs est accordé à M. le docteur Haro. — Prix Cuvier, décerné à M. Sluder. — Prix Trémont, à M. Thollon. — Prix Gegner, à M. Gaugain. — Prix Laplace, à M. C. M. Walckenaér, sorti le premier en 1870 de l’École Polytechnique.
- Un prix de 3000 francs est accordé à M. William Crookes, pour l’ensemble de ses expériences.
- Stanislas Meunier.
- DE M. G. LE GOAÏtANT DE TROMELIN Enseigne de vaisseau
- Le nouveau télémètre que nous allons décrire, en reproduisant les dessins de La Lumière électrique est une solution très élégante du problème suivant :
- Déterminer, par une simple lecture, exactement, rapidement et à chaque instant, la distance d’un objet mobile, éloigné et inaccessible.
- Le principe de l’appareil est représenté fîg. i.
- On vise de deux observatoires 0,0' placés à une distance connue, 1200 mètres, par exemple, le point N, dont on veut connaître la distance à l’observatoire 0. Si, par un procédé quelconque, nous obligeons uue droite A a, tournant autour du point
- A, à rester toujours parallèle à l’axe de la lunette O'L ' de l’observatoire O', nous formerons deux triangles semblables O An et OO'N. Si la distance OA est de 1111,20, le côté 00' ayant 1200 mètres, il en résultera que chaque millimètre sur le côté On correspondra à une longueur de un mètre sur le côté ON et que, en lisant la distance On exprimée en millimètres sur une règle graduée R, ce nombre sera l’expression en mètres de la distance ON. Maintenir toujours le parallélisme entre la droite A a, et l’axe de la lunette O'L', tel est le rôle de l’électricité dans le télémètre de M. de Tromelin.
- L’appareil se compose donc de deux parties distinctes, un manipulateur placé en O' ; il a pour effet de distribuer des courants électriques qui dépendent du mouvement de la lunette I/, et d’un récepteur, qui utilise ces courants pour faire mouvoir l’aiguille Aa. L’ensemble constitue une sorte de télégraphe à deux fils.
- Manipulateur. 11 se compose d’une lunette 1/ (fîg. 1), portant un secteur denté S mis en mouve-
- Observatoire 0’
- Observatoire 0
- Fig. t. Mode d’emploi du télémètre électrique.
- ment par une vis tangente V, reliée à une manivelle M. En tournant cette manivelle dans un sens ou dans l’autre, on fait tourner la lunette à droite ou à gauche, ce qui permet de suivre l’objet mobile.
- Sur l’axe de la vis tangente est placé le distributeur de courants, représenté figure 2, et dont nous allons étudier la fonction.
- Une roue à 8 cames est fixée sur l’axe de la vis Un galet g, relié à une tige r formant ressort, s’appuie constamment sur cette roue.
- Lorsque le galet est dans un creux, le ressort r ne touche pas la pointe d et le courant venant de la pile F ne passe pas dans le fil relié à la borne B" du récepteur. Si on tourne la manivelle de droite à gauche, le plateau tournera; il y aura un contact en d, et par suite une émission de courant, chaque fois qu’une des cames du plateau sera en face du galet g.
- Pour chaque tour de la vis sans lin il y aura huit émissions de courant, le récepteur recevra huit fois le courant électrique, l’aiguille A a se mouvera sous l’influence de ces courants, comme nous le verrons tout à l’heure.
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- Sur l’axe de la vis sans lin, est fixé un immer-seur 1 monté à frottement sur eet axe; cet inverseur est relié par un fil à la borne B du récepteur ; lorsqu’on tourne la manivelle de droite à gauche, la tige I vient toucher en B, et le courant qui traverse ce lil est positif car il vient, de la pile C ; si l’on tourne de gauche à droite, l’inverseur entraîné par le frottement touche la borne B" et l’on envoie un courant négatif venant de la pile I).
- En résumé, le manipulateur produit les effets suivants :
- 1° En tournant M de droite à gauche, le fil B1 reçoit un courant continu positif, et le fil Ba des courants intermittents, à raison de huit pour chaque tour de manivelle.
- 2° En tournant M de gauche à droite, le fil B1 reçoit un courant continu négatif, et le fil B®, des courants intermittents comme dans le premier cas.
- 3° Au repos, le fil B2 ne reçoit aucun cou-
- Borne B’
- Fig. 2. Manipulateur,
- raut, le galet g se logeant dans la gorge des cames et la tige I de l’invcr*eur, conserve sa dernière position.
- Récepteur. Les courants arrivent par deux fils aux bornes B1 et B2 (fig. 3).
- Le récepteur se compose d’un mouvement d’horlogerie M qui, par une série de roues S2S3 transmet son mouvement à une roue d’angle N reliée à l’axe des roues e et S3 par un joint à la Cardan.
- Le courant venant de B2 traverse un électro-aimant devant lequel est placé une ar mature A2, qui par une disposition facile à concevoir, mais non représentée pour ne pas compliquer le dessin, vient agir sur la roue dentée e et laisse échapper une dent chaque fois qu’il se produit une émission de courant.
- La roue e et par suite la roue d’angle N entraînée par le mouvement d’horlogerie, tourne d’une dent et toujours dans le même sens, à chaque émission de courant venant du manipulateur par le fil‘B2.
- Le fil B1 traverse un second électro-aimant E1,
- devant lequel est une armature polarisée A1, armature polarisée par un aimant en fer à cheval NS. Suivant le sens du courant qui traverse l’électroaimant E1 cette armature prend deux positions différentes, à cause des attractions ou des répulsions produites par les pôles de nom contraire ou de même nom.
- Cette armature, en prenant une de scs deux positions, entraîne l’axe z de la roue N qui engrène alors avec la roue 11, comme dans le cas du dessin, ou avec la roue K dans le cas contraire, il en résulte que le mouvement de la vis V se fait dans un sens ou dans l’autre suivant que le courant qui traverse Et est positif ou négatif. Comme la vis V est reliée à un cercle denté St analogue à celui du manipula-lateur, la règle Aa fixée sur ce secteur suit fous les mouvements.
- Par cette disposition, un peu difficile à expliquer, mais très ingénieuse, tous les mouvements de la lunette L' du poste O' se transmettent étcctrique-
- Fig. 3. Récepteur.
- ment à la règle A a, il n’y a qu’à lire la distance sur la règle graduée de la lunette L.
- Chaque mouvement de l’aiguille A a correspond à un déplacement angulaire de l'52",o> ce qui permet d’obtenir la distance avec une très grande approximation.
- Cet appareil est appelé à jouer un grand rôle dans la défense des passes, car il permettra de déterminer très rapidement la vitesse d’un navire et facilitera le lancement des torpilles Whittehad ; il sera aussi très utile aux forts de l’artillerie des côtes, qui ont à tirer souvent sur des buts mobiles et très éloignés.
- Ce système a été expérimenté à Lorient et a été l’objet d’un rapport favorable de la part d’une Commission spéciale nommée par M. le ministre de la marine.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Taris.
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- N« 55 4. — 15 MARS 1 880.
- LA NATURE.
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- APPAREIL ENREGISTREUR
- DE LA RADIATION SOLAIRE
- La radiation solaire est incontestablement un élément qui joue un rôle considérable dans les phénomènes météorologiques; il serait par consé-
- quent très utile d’enregistrer automatiquement le temps pendant lequel le soleil brille, les interruptions que le passage de nuages au sein de l’air peuvent apporter à la radiation, etc. Quand nous avons visité l’observatoire météorologique de Kiew, en Angleterre, nous avons remarqué un appareil imaginé par Campbell et destiné à cet usage; c’est
- un ballon de verre rempli d’eau, formant lentille, et disposé de telle façon qu’il carbonise une bande de papier par la concentration des rayons du soleil, lorsqu’ils traversent l’atmosphère.
- Un savant physicien anglais, M. David NYin-stanley, a notablement perfectionné ce système.
- L’appareil de M. Win-stanley consiste en un thermomètre différentiel TT' (fig. 1), monté sur le lléau d’une balance, comme le fait voir la gravure ci-dessus. Les deux boules du thermomètre TT' sont recouvertes de noir de fumée. La boule de gauche T est seule exposée à l’air libre ; tout le reste de l’appareil est enfermé dans une boîte. Quand le soleil brille, l’air contenu dans la boule T se dilate, le mercure du thermomètre différentiel est chassé dans le tube; il rompt l’équilibre de la balance, le fléau s’incline, et la pointe d’un crayon monté dans le support F, vient s’appuyer sur une rondelle de papier fixée à un disque de cuivre. Ce disque 8* auaét. — ir* umestr».
- tourne constamment sur son axe et entraîne avec lui le cadran de papier, semblable à celui que représente la figure 2. Quand le soleil ne brille plus, la balance reprend l’équilibre , le crayon cesse d’être appuyé sur le papier, et la trace qu’il y marquait se trouve interrompue. Dans notre figure 2, la ligne A AA représente celle qui a été inscrite par le crayon de l’enregistreur le 1er septembre 1879. On voit que le soleil a brillé de 6 heures à 7 h. 30 m. du matin ; des nuages l’ont voilé à plusieurs reprises, de 7 h. 30 min. à 8 heures, puisque la ligne a été interrompue. On compte facilement ainsi la durée et les interruptions de la radiation jusqu’à 4 h. 15 m., où elle s’arrête définitivement pour cette journée.
- Pour compléter la description de l’ingénieux appareil de M. Winstanley, nous ajouterons que des boules métalliques A B sont montées sur des vis, à l’extrémité du fléau, et servent à mettre la
- 15
- Fig. i. Appareil enregistreur de la radiation solaire.
- Fig. 2. Spécimen d’un cadran de papier pour l'enregistrement (A A A, ligne tracée par le crayon).
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- LA NATURE.
- balance en équilibre. Les tiges C D sont des liges métalliques rigides, qui sont destinées à contrebalancer la tendance à l’oscillation.
- Le tracé que nous avons reproduit, en le réduisant de moitié, est un spécimen de ceux que l’auteur obtient à son observatoire de Douglas, dans l’ile de Man.
- Gaston Tissandier
- LES MALADIES VIRULENTES
- I,E CHOLÉRA DES POULES (Suite et iin. — Voy. p. 214-.)
- La culture répétée du microbe infectieux dans du bouillon de poule en passant toujours d'une culture à la suivante par l’ensemencement d’une quantité pourainsi dire infiniment petite, par exemple par ce que peut emporter la pointe d’une aiguille simplement plongée dans la culture, n’affaiblit pas la virulence de l’organisme microscopique non plus, ce qui revient d’ailleurs à la même chose, que la facilité de sa multiplication à l’intérieur du corps des gallinacés. Cette virulence est si grande que, par l’inoculation d’une minime fraction de goutte d’une culture, vingt fois sur vingt, la mort arrive en deux ou trois jours, et le plus souvent en moins de vingt-quatre heures.
- Par certain changement dans le mode de culture, on peut faire que le microbe infectieux soit diminué dans sa virulence. C’est là le point vif de mon sujet. Je demande néanmoins la liberté de ne pas aller, pour le moment, plus avant dans ma confidence sur les procédés qui me permettent de déterminer l’atténuation dont je parle, autant pour conserver quelque temps encore l’indépendance de mes études que pour mieux en assurer la marche.
- La diminution dans la virulence se traduit dans les cultures par un faible retard dans le développement du microbe; mais, au fond, il y a identité de nature entre les deux variétés du virus. Sous le premier de ses états, l’état très infectieux, le microbe inoculé peut tuer vingt fois sur vingt. Sous le second de ses états, il provoque vingt fois sur vingt la maladie et non la mort. Ces faits ont une importance facile à comprendre : ils nous permettent, en effet, de juger, en ce qui concerne la maladie qui nous occupe, le problème de sa récidive ou de sa non-récidive. Prenons quarante poules, inoculons-en vingt avec un virus très virulent : les vingt poules mourront. Inoculons les vingt autres avec le virus atténué, toutes seront malades, mais elles ne mourront pas. Laissons-les se guérir et revenons ensuite, pour ces vingt poules, à l’inoculation du virus très infectieux : celte fois, il ne tuera pas. La conclusion est évidente : la maladie se préserve elle-même. Elle a le caractère des maladies virulentes, maladies qui ne récidivent pas.
- Ne nous laissons pas éblouir par la singularité de ces résultats. Tout n’y est pas aussi nouveau
- qu’on pourrait le croire au premier abord. Us ont cependant, sur un point capital, une nouveauté bien réelle qu’il s’agit de dégager. Avant Jenner, et lui-même a longtemps pratiqué cette méthode, comme je le rappelais précédemment, on variolisait, c’est-à-dire qu’on inoculait la variole pour préserver de la variole. Aujourd’hui, dans divers pays, on clavelise les moutons pour les préserver de la clavelée; on inocule la péripneumonie pour préserver de cette très grave affection de l’espèce bovine. Le choléra des poules vient de nous offrir l’exemple d’une immunité du même genre. C’est un fait digne d’intérêt, mais qui n’offre pas une nouveauté de principe. La nouveauté vraiment réelle des observations qui précèdent, nouveauté qui donne beaucoup à réfléchir sur la nature des virus, c’est qu’il s’agit ici d’une maladie dont l’agent virulent est un parasite microscopique, un être vivant, cultivable en dehors de l’économie. Le virus varioleux, lè virus vaccin, le virus de la morve, le virus de la syphilis, le virus de la peste, etc., sont inconnus dans leur nature propre. Le virus nouveau est un être animé, et la maladie qu’il provoque offre avec les maladies virulentes proprement dites ce point de contact inconnu jusqu’ici dans les maladies virulentes à parasites microscopiques : le caractère de la non-récidive. Son existence jette en quelque sorte un pont entre le terrain propre aux maladies virulentes à virus vivant et celui des maladies à virus dont la vie n’a jamais été constatée.
- Je ne voudrais pas laisser croire que les faits présentent la netteté et la régularité mathématiques que j’ai invoquées. Ce serait ne pas se rendre compte de tout ce qu’il y a de variabilité dans les constitutions d’animaux pris au hasard dans un groupe d’animaux domestiques et dans les manifestations de la vie en général. Non, le virus très virulent du choléra des poules ne tue pas toujours vingt fois sur vingt ; mais, dans les laits qui ont passé sous mes yeux, il a tué au minimum dix-huit fois sur vingt dans les cas où il n’a pas tué vingt fois. Non, le virus atténué dans sa virulence ne conserve pas toujours la vie vingt fois «ur vingt. Dans les cas de moindre conservation, c’a été dix-huit et seize fois sur vingt. Il n’empêche pas davantage d’une manière absolue, et par une seule inoculation, la récidive de la maladie. On arrive plus sûrement à cette non-récidive par deux inoculations que par une seule.
- Si nous rapprochons des résultats qui précèdent le grand lait de la vaccine dans ses rapports avec la variole, nous reconnaîtrons que le microbe affaibli qui n’amène pas la mort se comporte comme un vaccin relativement à celui qui tue, puisqu’il provoque, en définitive, une maladie qu’on peut appeler bénigne, du moment qu’elle n’amène pas la mort et qu’elle préserve de la maladie sous sa forme mortelle. Que faudrait-il pour que ce microbe, de virulence atténuée, fût un véritable vaccin, comparable au vaccin du cow-pox? Il faudrait, si je puis
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- ainsi parler, qu’il lût fixé clans sa variété propre et qu’on ne fût point contraint de recourir toujours à sa préparation d’origine quand on veut en user. En d’autres termes, on retrouve ici cette crainte qui, pour un temps, préoccupa Jenner. Lorsqu’il eut démontré que le cow-pox inoculé préservait de la variole, il crut que, peur empêcher cette maladie, on devrait toujours s’adresser au cow-pox de la vache. C’est, à tout prendre, le point où nous en sommes, touchant l’alfection du choléra des poules, avec celte différence néanmoins, différence considérable, que nous savons que notre vaccin, à nous, est un être vivant. Jenner reconnut bientôt qu’il pouvait se passer du cow-pox de la vache et faire passer le vaccin de bras à bras. Nous pouvons faire une tentative analogue en faisant passer notre microbe, être vivant, de culture en culture. Reprendra-t-il une virulence très active ou conservera-t-il sa virulence discrète? Pour étonnantes qu’elles doivent paraître, les choses arrivent conformément à cette seconde supposition. La virulence, du moins dans le petit nombre de cultures successives que j’ai tentées, ne s’est pas exaltée, et, en conséquence, on peut croire que nous avons affaire à un véritable vaccin. Bien plus, un ou deux essais sont favorables à l’idée que le virus atténué se conserve tel en passant dans le corps des cochons d’Inde. En sera-t-il de même à la suite de plusieurs cultures et de plusieurs inoculations ? Des expériences ultérieures pourront seules répondre à ces questions.
- Quoi qu’il en soit, nous possédons aujourd’hui une maladie à parasite microscopique qu’on peut faire apparaître dans des conditions telles qu’elle ne récidive pas, malgré son caractère parasitaire. En outre, nous connaissons une variété de son virus qui se comporte vis-à-vis d’elle à la manière du vaccin vis-à-vis de la variole.
- Il résulte de ce qui précède qu’on peut facilement se procurer des poules malades de l’affection que l’on désigne sous le nom de choléra des poules, sans que la mort soit une conséquence nécessaire de la maladie. Cela revient à dire qu’on peut assister à la guérison de tel nombre de ces animaux qu’on voudra . Or, je ne crois pas que la clinique chirurgicale ait jamais rencontré des phénomènes plus curieux que ceux qui se manifestent dans ces conditions de retour à la santé à la suite des inoculations faites dans les gros muscles pectoraux. Le microbe se multiplie dans l’épaisseur du muscle comme il le fait dans un vase. En même temps, le muscle se tuméfie, durcit et blanchit à sa surface et dans son épaisseur. Il devient tout lar-dacé, rempli de globules de pus, toutefois sans suppuration. Ses éléments histologiques se rompent avec une grande facilité, parce que le microbe, qui les imprègne par îlots nombreux, les altère et les désagrège en se nourrissant d’une partie de leur substance. Je donnerai plus tard des figures coloriées représentant ces curieux désordres qu’entraîne la vie du microbe dans les cas de guérison. Le para-
- site est arrêté peu à peu dans son développement et disparaît, en même temps que la partie nécrosée du muscle se rassemble, durcit et se loge dans une cavité dont toute la surface ressemble à celle d’une plaie bourgeonnante de très bonne nature. La partie nécrosée finit par constituer un séquestre si bien isolé dans la cavité qui le renferme, qu’on le sent sous le doigt, à travers la peau, dans l’intérieur ou à la surface du muscle, et que, par la moindre incision, on peut le saisir avec une pince et l’extraire. La petite plaie faite à la peau se cicatrise tout de suite, et la cavité oxi le séquestre était logé se remplit peu à peu des éléments réparés du muscle.
- J’ai hâte de terminer par une explication, qui paraîtra à tous très légitime, du fait de la non-récidive de la maladie virulente qui nous occupe, Considérons une poule très bien vaccinée par une ou plusieurs inoculations antérieures du virus affaibli. Réinoculons cette poule. Que va-t-il se passer? La lésion locale sera pour ainsi dire insignifiante, tandis que les premières inoculations, la première surtout, avaient provoqué une altération si grande du muscle qu’un énorme séquestre se sent encore sous les doigts. La cause des différences des effets de ces inoculations, réside tout entière dans une grande facilité relative du développement du microbe à la suite des premières inoculations, et, pour la dernière, dans un développement pour ainsi dire nul ou très faible et promptement arrêté. La conséquence de ces faits saute aux yeux, si l’on peut ainsi dire : le muscle qui a été très malade est devenu, même après guérison et réparation, en quelque sorte impuissant à cultiver le microbe, comme si ce dernier, par une culture antérieure, avait supprimé dans le muscle quelque principe que la vie n’y ramène pas et dont l’absence empêche le développement du petit organisme. Nul doute que cette explication, à laquelle les faits les plus palpables nous conduisent en ce moment, ne devienne générale, applicable à toutes les maladies virulentes.
- 11 me paraîtrait superflu de signaler les principales conséquences des faits que je viens d’exposer. Il en est deux cependant qu’il n’est peut-être pas sans utilité de mentionner : c’est, d’une part, l’espoir d’obtenir des cultures artificielles de tous les virus, de l’autre, une idée de recherche des virus vaccins des maladies virulentes qui ont désolé à tant de reprises et désolent encore tous les jours l’humanité, et qui sont une des grandes plaies de l’agriculture dans l’élevage des animaux domestiques.
- C’est un devoir et un plaisir pour moi d’ajouter, en terminant, que dans ces délicates et longues études j’ai été assisté, avec beaucoup de zèle et d’intelligence, par MM. Chamberland et Roux.
- L. Pasteur,
- Membre de l’Académie des sfciencds.
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- LA NAT U UE.
- LES MARÉES EN 1880
- Les mouvements des eaux de l’Océan seront encore moins considérables cette année qu’en 1879. Les hautes marées moyennes qui servent de types, les marées de 100 centièmes, comme l’on dit, seront aussi nombreuses que possible; il y a eu des marées de cette sorte le 11 et le 27 février au soir ; il y en aura le 23 juillet et le 4 novembre au matin. De plus, les grandes marées du 20 septembre au matin et du 3 octobre au soir ne différeront guère des précédentes, mesurant 101 centièmes.
- La plus grande marée de l’année 1880 arrivera sur nos côtes de France le 28 mars au matin, elle mesurera 106 centièmes, c’est-à-dire qu’elle ne sera pas beaucoup plus forte qu’une grande marée moyenne. Les plus
- Soufllerie à
- grandes marées qui viendront ensuite seront celles du 26 avril au matin, de 103 centièmes, et celle du 21 août au soir, 104 centièmes. Cependant, si le vent soufflait de la mer, elles pourraient encore occasionner des désastres plus ou moins importants.
- Nous devons citer les marées du 13 janvier au matin, 97 centièmes; du 11 et du 27 février au soir, 100 centièmes; du 12 mars au soir, 97 centièmes; du 25 mai au soir, 97 centièmes ; du 24 juin au matin, 96 centièmes; du 25 juillet au matin, 100 centièmes; du 6 septembre au matin, 95 centièmes; le 20 septembre au matin et le 5 octobre au soir, 101 centièmes; le 4 novembre au matin, 100 centièmes, et le 5 décembre au soir, 98 centièmes. Nous aurons ainsi complété l’énumération des
- marées en 1880. Joseph Vinot. .
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- pour laboratoire.
- SOUFFLERIE A VAPEUR
- POUR LABORATOIRE
- Le principe de l’appareil représenté par notre ligure consiste essentiellement à entraîner l’air par un jet de vapeur, qui, en se condensant à travers un serpentin refroidi, reprend l’état liquide et se sépare de l’air qu’elle a entraîné.
- Ce principe n’est pas nouveau, puisque M. Bourdon l’avait appliqué vers 1845, mais la disposition adoptée par M. Wiesnegg lui donne une réalisation pratique.
- Comme la figure le montre, le générateur à vapeur est chauffé par le gaz et consiste en une petite chaudière à circulation rapide ; la pression de la vapeur est maintenue constante, et le combustible proportionné à son débit, par un régulateur de pression de M. d’Arsonval.
- Le condensateur est un serpentin ordinaire muni d’un réservoir où s’accumule l’eau condensée, qui servira de nouveau à garnir la chaudière et à
- empêcher, par conséquent, les incrustations. Un régulateur de température de M. d’Arsonval, adapté au condensateur, permet enfin de régler automatiquement le débit de l’eau froide destinée à la condensation de la vapeur, ce qui est très avantageux lorsque la quantité dont on peut disposer est limitée.
- A sa sortie du condensateur, l’air pénètre, en entraînant le gaz, dans un tube à mélange, de M. Schlresing. Le four proprement dit est un creuset en plombagine à parois multiples.
- Par cette simple et ingénieuse disposition, on peut fondre dans un laboratoire, des pièces de fer doux et d’acier de 5 à 6 kilogr. Il est inutile de démontrer combien cet appareil est utile dans un laboratoire de physique ou de chimie, car il permet de faire simultanément la compression de l’air, le vide, la distillation des liquides volatils, etc., et il peut enfin être employé comme force motrice.
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- LA NATURE.
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- LES BEAUX-ARTS CONTEMPORAINS
- KT I.ES AEROSTATS
- La Nature a déjà décrit et figuré à trois reprises différentes (4e année, 1876, 2e semestre, p. 24; 6e année, 1878, 2e semestre, p. 452, 7e année, 1879, 2° semestre, p. 404) une série d’objets très curieux appartenant à la collection aérostatique de
- Fig. 1. Médaille commémorative des ballons du siège de Paris (face).
- Fig. 3. Coupe en émail, par Mlle J.-A. Blot.
- brication, et les pièces étaient d’autant plus précieuses que le temps avait manqué pour en multiplier le nombre. Pendant de longues années, l’inspiration des artistes a semblé s’éloigner des aérostats, mais les immenses services rendus par les aéronautes pendant le siège de Paris, et l’émotion causée par la catastrophe du Zénith, ont fait naître quelques œuvres récentes d’un mérite supérieur. La reconnaissance officielle acommencé, l’admiration individuelle a suivi.
- Le Conseil municipal de Paris a fait exécuter
- MM. Tissandier; d’abord un choix d’assiettes, un plat et un bidon en faïence, ensuite une ancienne pendule Louis XVI, en forme de ballon, puis un ivoire sculpté, un médaillon en cristal de roche et une bague à chaton en cornaline. Tous ces objets, tous ceux qui existaient il y a peu d’années, avaient été exécutés dans une période de cinq ans 1783-1788. Les préoccupations de la Révolution avaient ^brusquement interrompu cette fa-
- Fig. 2. Médaille commémorative des ballons du siège de Paris (revers).
- Fig. A. Plat en faïence, par M. L.-O. Scribe.
- pour les aéronautes du siège une médaille commémorative des ascensions obsidionales. Elle est en bronze, d’un module exceptionnel (75 millimètres). La face présente la figure symbolique de la ville : coiffée de la couronne murale, debout sur le rempart, auprès d’un canon, elle s’appuie sur son écusson et, de la main droite, montre le ballon qui s’envole, pendant que les pièces tonnent et que les obus éclatent derrière elle. Au revers, une couronne de chêne encadre les mots : Emploi des aérostats pour la défense de Paris (fig. 1 et 2).
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- LA NATURE.
- Les voyages du siège ont aussi inspiré une habile artiste, Mlle J. A. Blot, dont les connaisseurs ont pu admirer les œuvres variées, porcelaines, faïences, cloisonnés, émaux, au Salon et à l’Exposition universelle, et dont ils retrouvent parfois les productions charmantes, malheureusement anonymes pour la plupart, chez les grands joailliers et chez quelques marchands d’objets d’art et de curiosité. La pièce que nous décrivons, est absolument unique, non seulement dans son espèce, mais dans son genre ; elle est triplement précieuse par l’art, la matière et la rareté. C’est le seul exemple connu de l’application des émaux à l’illustration d’une scène aérostatique. C’est une coupe de 15 centimètres de diamètre, en émail brun. Du côté concave, la coupe représente, en grisaille genre limousin, le départ du Céleste1 (fig. 5).
- La France, debout, pressant le drapeau en émaux transparents de couleurs sur « paillons », montre d’un geste large le Céleste qui monte, portant comme devise son nom sur son équateur. Sur le côté convexe, l’artiste a dessiné en « or gravé » la tentative de retour à Paris du ballon le Jean-Bart2. L’aérostat, dont le nom se lit également sur ses flancs, plane au-dessus d’un délicat paysage fluvial. La coupe est sertie dans une monture verticale, pivotant sur un pied, et surmontée d’un petit ballon de cuivre doré.
- La dramatique ascension du Zénith5 devait aussi exercer la verve des artistes. Un céramiste zélé, qui par amour abstrait de l’art, poursuit avec opiniâtreté la recherche des procédés, jusqu’à présent inimitables, des anciennes majoliques italiennes, et qui est, aussi, bien connu par les faïences envoyées par lui à l’exposition du Champ-de-Mars et celles qu’il met chaque année au Salon, M. L.-O. Scribe, a exécuté en faïence un superbe plat circulaire sans rebord ni marly, peint sur émail cru et cuit à grand feu. Toutes les faïences du siècle dernier sont, sans exception, peintes sur émail cuit recuit à petit feu; ce plat est donc unique, comme la précédente pièce, non seulement comme sujet, mais comme genre ; possédant aussi un mérite artistique et historique supérieur, elles ne sont inférieures aux œuvres du siècle dernier que comme ancienneté. Le sujet symbolique de cette « faïence crue » est très heureux : le Zénith, dont on lit le nom, flotte dans l’espace au-delà de la terre disparue ; mais, au-dessus du glorieux aérostat, qui, à une exception près, a dépassé tous les pics de la terre, tous les ballons qui l’avaient précédé, une Victoire puissante plane, ouvrant ses ailes à la large envergure et soufflant dans son fort clairon (fig. 4). A cette trompette est noué un ruban rouge vif, véritable tour de force; sur
- 1 Monté par M. G. Tissandier, le 30 septembre 1870, le Céleste descendit à Dreux.
- a Monté par MM. A. et G.Tissandier, le 8 novembre 1870, le Jean-Bart alla de Romilly (Eure) à Ileurtreauville (Seine • Inférieure).
- 0 Monté par MM. Sivel, Crocé-Spinelli, Gaston Tissandier, le Zénith descendit à Ciron (Indre), le 15 avril 1875.
- la « faïence à cru », et, autour du plat, se déroule une inscription votive latine que le lecteur pourra lire sur la gravure.
- Charles Boissay.
- LES* ARTS INDUSTRIELS
- DAXS L’ANCtEiNXE ÉtRURIE1.
- Une nationalité, non moins intéressante que la Grèce sous le rapport des services qu’elle a rendus à la civilisation antique, c’est l’Etrurie, cette région de l’Italie qui comprend aujourd’hui la Toscane, le duché deLucques et une partie des États de l’Eglise.
- L’origine des Étrusques est encore enveloppée de mystère. Hérodote dit que l’Etrurie a été occupée par une colonie de Lydiens, qui prirent le nom de leur chef Tyrrhénius et s’appelèrent Tyrrhéniens. Celte opinion vivement contestée par Denys d’flali-carnasse, Ilellanicus et Myrsile de Lesbsos mais acceptée par la plupart des écrivains anciens et continuée par Anticline d’Athènes, qui vivait vers le quatrième siècle avant notre ère, c’est-à-dire un siècle à peine après Hérodote, est appuyée par les découvertes de l’archéologie. M. des Vergers, qui a récemment publié un ouvrage sur l’Étrurie et les Étrusques, conclut de l’étude des monuments que ces peuples tirent leur origine de l’Asie2.
- Des villes Étrusques, les unes situées au pied de l’Apennin ou sur ses premières pentes, dominent des vallées fertiles ; elles n’ont jamais cessé d’être connues, habitées et de porter le même nom. — Les autres, plus nombreuses, situées près de la mer, entourées par ces solitudes meurtrières, qu’on appelle aujourd’hui les Maremmes, sont ensevelies, oubliées, d’un accès difficile.
- Ce pays des Maremmes comprend de vastes plaines qui s’étendent entre les racines de l’Apennin et la Méditerranée, entre l’embouchure du Tibre et celle de l’Arno. Jadis une race forte, patiente, industrieuse, peuplait ces campagnes, aujourd’hui désolées. Par son opiniâtreté, sa vigilance, par l’aménagement des eaux, le dessèchement des marais, elle avait établi peu à peu dans les Maremmes une salubrité que la conquête Romaine et plus tard l’invasion des Barbares ont fait disparaître.
- Les travaux des chemins de fer dans les Maremmes et la Campagne de Rome, en nécessitant d’immenses coupures qui ont mis à nu les couches inférieures du sol, ont permis de constater le grand nombre de conduits souterrains dont les champs étaient sillonnés; c’était un véritable drainage, qui demandait des soins continuels et que les Étrusques ont enseigné aux Romains3.
- 1 Fragments détachés d’un ouvrage manuscrit sur les arts chimiques, industriels et économiques chez les anciens ; par M. J. Girardin.
- * L'Étrurie et les Etrusques, par M. Noël des Vergers, 2 vol. in-8°. Paris, F. Didot, 1864. — Rapport de M. Rculé sur cet ouvrage, dans le Journal des Savants, novembre 1864, p. 669.
- 3 Columell. — De re ru*tica, II, cap. I.
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- LA NA TU 11 E.
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- Us savaient endiguer les torrents, épuiser les lagunes, abaisser le niveau des lacs, diriger l’écoulement des plus grands fleuves dans la mer. L’antiquité leur attribuait le dessèchement du vaste ! marais qui s’étendait de Ravenne à Venise ; or, dans le principe, le Pô, grossi de 50 rivières, formait 7 mers intérieures sur une longueur de 120 milles. Tout fut assaini, réglé, endigué, canalisé par l’industrie Tyrrhénicnne.
- Le cours inférieur de l’Arno avait été l’objet de travaux du même genre ; on avait même percé des rochers pour élargir le passage du fleuve.
- A l’art de rehausser les terrains marécageux par des altuvions méthodiquement dirigées, les Étrusques joignaient la science de construire des émissaires, c’est-à-dire des passages souterrains voûtés, d’une solidité admirable, qui traversaient les montagnes et conduisaient les eaux malsaines soit dans les fleuves, soit dans la mer.
- A ces efforts gigantesques s’ajoutaient les soins de. culture les plus minutieux. Les Étrusques étaient d’excellents agriculteurs, et ils ont formé les Latins par leurs leçons. Jadis l’Etrurie entière était parée comme l’est aujourd’hui la plaine de Florence, qui ressemble à un jardin perpétuel.
- On connaît aujourd'hui la charrue en usage dans cette région. Un modèle en a été dessiné par de Lasteyrie d’après un bas-relief conservé au Collège Romain1.
- C’était aussi un peuple de marchands et de navigateurs que celui dont je m’occupe en ce moment. Ses vaisseaux visitaient la Grande-Grèce, la Corse, la Sardaigne, la Sicile et même la mer Égée, pour le commerce des céréales, du fer et de l’ambre.
- Dès les premiers temps de leur arrivée en Toscane, les habitants de Populonia, seule cité placée sur le bord de la mer, séparée de l’île d’Elbe par un canal de 10 kilomètres seulement, envoyèrent dans cette île une colonie pour y exploiter les mines de fer qui s’y trouvent. Les mines de Rio les avaient frappés ; l’aspect insolite de ces terres rougeâtres, leur poids, le volume considérable qu’elles occupaient sur le terrain, toutes ces particularités réunies durent donner à des hommes qui connaissaient déjà l’art de fondre le cuivre, l’idée de jeter également dans le fourneau le minerai de l’île d’Elbe. Celui qu’on trouve à Rio est très fusible, très riche en fer ; l’essai dut réussir, et dès lors la Sidérurgie était créée.
- Populonia entretint des relations suivies avec sa voisine, car le trajet de 10 à 12 milles, faible distance qui sépare Rio de Piombino, n’offrait aucune difficulté. Une voie d’échanges était d’ailleurs trouvée entre la colonie et la métropole; l’île donnait le métal, le continent envoyait des vivres. Dans l’île, la métallurgie allait grand train, et partout où une vallée existe, partout où apparaît une source, un faible cours d’eau, il y eut un fourneau à fer.
- 1 DeLasteyrie.— Collection de machines, instruments, etc., employés dans l’économie rurale, etc., t. II, tig. 19.
- Ces bas foyers, dont le type est encore en usage dans l'ancienne Ligurie, en Corse, en Catalogne, étaient soufflés à bras, ou plus simplement par la trompe au moyen de l’eau, peut être même par ces courants d’air naturel qui régnent toujours le long des vallées. Le combustible était fourni par les montagnes voisines, et la loupe de fer ou d’acier spongieux, en sortant du foyer, était étiré sous le marteau.
- D’après l’examen des divers tas de scories, résidus de la fusion, que M. Simonin a reconnus à l’île d’Elbe, le travail semble avoir été conduit par les Étrusques d’une façon plus que rudimentaire. Les scories sont lourdes, compactes, mal fondues, très riches en fer, et ces premiers forgerons du monde n’ont certainement pas retiré plus de 15 à 20 p. 100 de métal des minerais qu’ils ont traités. Les deux tiers au moins du fer étaient ainsi perdus. Sur quelques points cependant, l’aspect des scories est meilleur et témoigne d’un certain progrès.
- A cette époque (c’était de 6 à 8 siècles au moins avant notre ère), l’île d’Elbe se présentait de loin la nuit, avec tous ces feux allumés, comme un immense phare aux yeux du navigateur. Aussi les Grecs, qui fréquentaient alors ces parages, allant coloniser le midi de la Gaule, la Corse, la Sardaigne, les côtes de Ja Ligurie, avaient-ils donné à l’île le nom caractéristique d'Æthalia, sous lequel les anciens l’ont citée, c’est-à-dire Vile qui brûle, l’île des feux.
- Si j’ai nommé les Étrusques comme ayant été les premiers à fouiller les mines de Rio, ce n’est pas sur la foi de la fable que raconte Tite-Live, de devins Tyrrhéniens mandés par Ancus Marcius pour découvrir des mines en l’île d’Elbe, mais par des considérations géographiques et d’inductions historiques qu’il serait difficile de ne point admettre *.
- Ce n’était pas, au reste, seulement dans l’île que les Étrusques travaillaient le fer. Populonia était une ville de mines ; elle faisait le commerce des métaux, et les minerais lui arrivaient tant du Monte Valerio, près de Campiglia, que de l’île d’Elbe; on mélangeait les produits des deux provenances qu’on traitait sur place dans de nombreux fourneaux construits autour de la ville.
- Le port de Populonia, aujourd’hui Porto Baratti, présente encore, le long du rivage, des monceaux de scories, de très bonne qualité, développés sur une longueur de plus de 600 mètres et une hauteur moyenne de 2 mètres. Ces fonderies continuèrent à fonctionner sous la domination romaine, et Tite-Live cite Populonia parmi les cités dont Scipion l’Africain tira tout le fer dont il avait besoin pour son expédition contre Carthage2.
- Plus tard, Strabon, qui décrit si bien les localités qu’il traversa, a visité les mêmes forges. Quatre siècles après Strabon, l’an 417 après Jésus -
- 1 L’île d’Elbe et ses mines de fer, par L. Simonin.— Revue des Deux Mondes, 34° année, 28 période, t. 53, p. 430.
- 2 Tite-Live. — Lib. XXXVIII, xvi.
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- Christ, Rutilius Numatianus, l’ancien préfet de Rome, qui se rendait dans les Gaules, sa patrie, en côtoyant ces rivages qu’il a pittoresquement décrits dans son Itinéraire, trouva encore ces forges allumées. Il compara, en passant, les gisements inépuisables de l’île d’Elbe à ceux de la Sardaigne, du Berri et à ceux de la Norique (aujourd’hui la Carinthie et la Syrie), tous lieux célèbres par leurs mines de fer et d’acier. C’est probablement à l’époque de l’invasion des Barbares que cessèrent leurs travaux, qui auraient ainsi duré pendant 10 ou 12 siècles.
- Parmi les dépôts métallifères attaqués par les Etrusques dès les temps les plus anciens, on peut citer, outre ceux dont il vient d’être question, les mines de cuivre et de plomb argentifère des environs de Massa maritima, alors appelée Massa me ! tallorum, les gîtes argentifères de Mon-tieri, les mines de cuivre de Campigla et de Monte-Catini. Au moyen âge, la contrée de Massa était encore renommée pour son cuivre, qui était recherché jusque sur les marchés de Flandre, et pour son plomb argentifère, qui fournissait presque tout l’argent frappé dans les hôtels des monnaies de la Toscane1.
- De ce qui précède, on doit conclure que les Etrusques étaient d’habiles fondeurs. Les premiers, ils pratiquèrent en Italie la fabrication et le coulage du bronze, à l’imitation des Lydiens, leurs ancêtres. Comme ces derniers, ils excellaient dans la confection des trompettes d’airain, des candélabres, des armes, des miroirs en cet alliage2. Critias, d’Athènes, contemporain de Mys, si célèbre dans le même art, déclarait que les bronzes d’ameublement étrusques l’emportaient sur tous les autres3. On leur attribue un grand nombre de statues et de patères ornées de sujets mythologiques, tracés au simple trait. Yarron nous assure que, de son temps, tous les temples de Rome étaient remplis d’objets d’arts venus d’Étrurie; le pillage les avait accumulés autant que le commerce, puisque de la seule ville de Vulsinii (aujourd’hui Bolsena)
- 1 Paul Leroy-Beaulieu. — Les populations agricoles de la Toscane, étude d’économie rurale. (Revue des Deux Mondes, 40e année, 2e période, f. 85. 15 janvier 1870, p. 407).
- s Cassid, Varias, VII, 15. — Pline, XXXIV, 54.
- 3 Athen., I, p. 28, 6.
- l’armée romaine avait rapporté 2000 statues1.
- M. Simonin nous dit avoir trouvé à Populonia des miroirs, des vases, des piques, des sabres et des casques en bronze. Les lampes actuelles de la Toscane, dont les formes sont si gracieuses, sont à peu près identiques à celles qui excitaient l’admiration des Athéniens, même au temps de Périclès. Arre-tium, aujourd’hui Arezzo, fournit, d’aprèsTite-Live, une partie de l’équipement des soldats romains pour la seconde guerre Punique.
- J’ai eu l’occasion, en 1847, d’analyser une patère étrusque que me donna M. Deville, corespondant de l’Institut, alors directeur du Musée des antiquités de Rouen. J’y ai trouvé 85 p. 100 de cuivre, 14,15 d’étain et 0,85 de fer et de zinc.
- C’est donc un bronze peu riche en étain, dans lequel le fer et le zinc proviennent évidemment de l’impureté des métaux employés*.
- Pour la fabrication de leur alliage, les Etrusques recevaient l’étain des Gaulois et des Bretons, par l’intermédiaire des Phéniciens et des Carthaginois. Mais quant au cuivre, ils le trouvaient sur leur propre sol. Les environs de Populonia et de Massa étaient couverts d’exploitations de pyrites cuivreuses, notamment à Campi-glia, Ghérardesca, la Serra-Bottini, où l’on remarque encore distinctement de nombreux puits d’extraction. Voici ce qu’en dit le minéralogiste Fournet, qui a visité ces lieux en 1841 :
- « Rien n’égale la vue des exploitations de Cam-piglia qui cependant datent de 5000 ans. De larges excavations s’ouvrent à la surface, tandis que d’autres sont tellement rétrécies qu’un homme ne peut y entrer qu’avec la plus grande peine. En outre, des salles souterraines dont l’ampleur ne s’explique que par la solidité de la gangue quartzeuse, yéni— tique et pyroxénique, communiquent entre elles par d’étroits boyaux, et au milieu des parties encore en place, la pyrite cuivreuse, arrangée en mouche*, en veinules, en rosaces, se trouve très clairsemée.
- « Eh bien, cette dernière circonstance, combinée avec la forme irrégulière des travaux, amenait tout droit à conclure qu’en fort calculateurs, les mineurs
- 1 Pline, XXXIV, 34.
- 2 J. Girardin. — Analyse de plusieurs produits d'art d'une haute antiquité, 2° mémoire, p. 17.
- 'TÂROZ.
- Fig. 1. Armurerie étrusque. — Casque de guerrier (musée du Louvre).
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- Étrusques s’étaient spécialement attachés à suivre les veines riches, de manière à ne laisser que la misère à leurs héritiers. Puis, quand même cette visite n’eut pas sauté aux yeux; il est une maxime basée sur une longue expérience, et qui sc débite entre praticiens : c’est qu'il ne faut aborder les travaux des anciens quavec le plus profond respect. Or donc, averti d’une façon comme de l’autre, je dus chercher à étudier la difficulté en faisant la découverte d’une partie vierge du filon. A l’ouest, apparaissaient des puits que des mesures subséquentes ont appris avoir plus de 100 mètres de profondeur. Je me tournai donc du côté opposé où existait un
- espace qui ne montrait aucun vestige d’exploitation. Le mineur fut placé au pied d’un chêne séculaire, et pourtant, qu’elle ne fut pas ma stupéfaction quand, 5 ou 4 jours après, je pus m’assurer qu’il avait rencontré de vieux boisages entourés de remblais en pleine voie de décomposition. On le voit donc, les Étrusques entendaient au moins aussi bien que nous le travail des mines. Ils ont fait tout ce qu’il était humainement possible de faire sans le secours de la poudre et des machines à vapeur.
- « Si les exploitations de Campiglia étonnent le mineur, les restes des fonderies ne surprennent pas moins les métallurgistes. A l’endroit voisin de la
- 1. Tèle de Bacchus en or. — 2. Fragment de collier en argent. — 5 et A. Fragment? de colliers en or (musée du Louvre).
- Fig. 2. Orfèvrerie étrusque. —
- r
- mine dite la Fucinaja (forge ou fonderie), existent les ruines des fourneaux et surtout des tas de scories cuivreuses cubant., steprès M. Simonin, l’énorme volume de plus de 150 000 hectolitres, lequels correspondent au poids de 50 millions de kilogrammes. Encore, ne s’agit-il, dans ce calcul, que des parties visibles, car quelques-uns de ces monticules ont leur base enfoncée dans le sol. Il en est à peu près de même auprès des mines de Ghérardesca, et j’ajoute que toutes ces scories sont infiniment plus pures que celles qui ont été obtenues à des époques plus récentes. Au surplus, comme dans ces monceaux on n’a jamais rencontré autre chose que des scarabées, des amphores de forme spéciale et divers débris de l’époque étrusque, il faut bien faire
- remonter à la même date les travaux miniers et métallurgiques K »
- Aristote dit quelques part que les Étrusques ont fondu le cuivre à l’île d’Elbe avant le fer, dont les dépôts étaient recouverts par ceux du premier métal. Il est plus probable que ce furent d’abord les gîtes cuivreux reconnus à Pomonte et à Santa-Lucia par M. Simonin, ainsi que ceux voisins de Populonia sur le continent qui furent exploités, bien qu’au-jourd’hui encore on ait trouvé àCalamita, dans l’île d’Elbe, du minerai de cuivre au milieu du fer. Dans
- 1 Fournet. — Du mineur, son rôle el son influence sur les progrès de la civilisation, d’après les données actuelle de Varchéologie et de la géologie, 1 vol. grand in-8°, 181)2. Lyon, chez Rev et Sézann.
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- tous les cas, l’âge de bronze aurait précédé celui du fer, même à l’île d’Elbe, et la mythologie et l’histoire se trouveraient une fois de plus d’accord.
- Les découvertes récentes faites à l’île d’Elbe, par M.Raffaello Foresi confirment ces assertions. Ce naturaliste y a retrouvé de nombreux spécimens des âges de la pierre et du bronze ; tels que des pointes de flèches, des couteaux, des grattoirs, des haches, des nucleï en silex d’espèces absolument inconnues à l’île d’Elbe; tels encore que des haches, une faucille et autres instruments indéterminés en bronze. Les premiers objets, en pierre, ont été trouvés à la surface du sol ou dans les dépôts des vallées, dans les champs défrichés, principalement autour du golfe de Lacona, dans le sud de l’île. Les objets en bronze, ainsi que des moules taillés dans une pierre de Macigno pour la confection des pointes de haches et d’autres outils effilés, ont été rencontrés à Santa-Lueia.
- M. Foresi a également retrouvé l’âge du fer à sa naissance, dans des échantillons de fer oligiste compact, poli, strié, ,à arêtes vives qui ont dù servir d’outils aux premiers habitants de l’île, peut être dès l’époque même de l’âge de la pierre et du bronze; mais, dans tous les cas, avant qu’ils aient connu la fusion du minerai de fer1.
- Une autre découverte récente due à M. Simonin, c’est la présence de nombreuses pierres taillées, de grand volume, de la catégorie de celles qu’on a nommées pierres à bassins, aux environs delà riche mine de cuivre de Rocca Tederighi, fouillée par les anciens et reprise de nos jours.
- Ces pierres creusées, disséminées sur le flanc des collines, à la surface des champs cultivés ou sous les bois de châtaigniers qui couvrent le pays, sont delà même nature minéralogique que la roche éruptive qui supporte le sol cultivable et forme les points culminants (traebyte selon les uns, porphyre quartzi-fère selon les autres). Elles sont généralement libres, quelquefois cependant taillées en place, c’est-à-dire faisant partie du roc lui-même. Elles sont rondes, ou carrées, ou rectangulaires ; les premières ont un mètre environ de diamètre ou de côté ; les dernières ont lra,20 à lm,50 de large sur 2 mètres de long. Elles sont creusées à 25 ou 50 centimètres seulement de profondeur. Quelquefois une ouverture est ménagée dans le fond ; d’autrefois c’est un petit canal qui se montre sur le bord du bassin. Les bassins creusés en place sont accouplés et en contrebas l’un de l’autre. Sur toutes ces pierres, travaillées de main d’homme, la trace de l’outil a complètement disparu.
- A quel usage pouvaient servir ces pierres creusées, qui remontent évidemment à une époque très ancienne? Les traditions du pays sont muettes sur ce point. M. Simonin incline à penser que ces bassins ont dû servir au broyage de fruits farineux, comme
- 1 Moniteur du 17 octobre 1865, p. 1320.
- les glands et les châtaignes, fort répandus encore dans le pays. La polenta est, en Italie, aussi ancienne que l’homme, et on la compose volontiers de farine de châtaigne, à défaut de farine de maïs. Aux premiers temps de l’espèce humaine, on a même dù employer le gland, et Ovide est là-dessus fort explicite. Comme il fallait broyer les fruits, les bassins ont peut être servi à cet usage sur une grande échelle.
- On pourrait encore supposer qu’ils ont été employés à broyer des olives, à presser le raisin; la vigne et l’olivier semblent indigènes dans la contrée. Avec ces nouveaux usages, l’existence des ouvertures ménagées au fond de quelques pierres et des canaux supérieurs s’expliquent assez naturellement.
- Il faut, jusqu’à meilleure preuve, s’en tenir aux emplois domestiques indiqués plus haut. Fournet nous signale des indigènes algériens écrasant encore actuellement, dans le creux d’un gros quartier de grès éboulé des montagnes, des olives qu’ils cueillent dans leurs champs, et M. Simonin a vu, en Californie, les Indiens broyer les glands sur les roches quartzeuses du pays, usées à cette fin comme de vraies pierres à écuelles, depuis un temps immémorial l.
- Les Romains qui avaient pour principes d’affaiblir les peuples qu’ils avaient subjugués, firent cesser les travaux des mines et usines à cuivre de l’Etrurie, d’autant plus qu’ils pouvaient tirer ce métal soit de Chypre, soit des autres îles de l’archipel, de même qu’après la conquête de la Macédoine par Paul Emile ils interdirent l’exploitation des mines d’or et d’argent de ce pays. Du temps de Strabon, les mines et fonderies des environs de Populonia étaient abandonnées depuis longtemps.
- Ce n’étaient pas seulement le fer, le cuivre et l’étain que les Étrusques travaillaient avec habileté ; ils ciselaient, gravaient, façonnaient les autres métaux avec une rare perfection ; aussi tous les ornements en or et en argent sortis de leurs ateliers étaient-ils recherchés dans la Grèce même, au temps des célèbres artistes Myron, Mentor et Mys2. On a d’eux des chaînes, des bracelets, des anneaux, des couronnes d’or du travail le plus délicat, des pierres finement gravées. Les spécimens de colliers que nous publions ci-contre permettent d’apprécier le fini d’exécution des orfèvres étrusque3.
- M. Noël des Vergers cite, comme ayant été trouvée à Cervateri une parure de prêtre garnie d’orne: ments qui ont un singulier caractère assyrien et égyptien à la fois.
- Ce goût des Étrusques pour les bijoux de toutes
- 1 Pierres à bassins de l’âge de bronze trouvées en Toscane (Moniteur du 21 octobre 1865, p. 1341).
- a Etr. Spiegel, pl. 83 et 179.
- 3 E. Braun.— In Ann. de Institute archeol., 1854, pl. 33, p. 112. — Chabouillet, Colléet. L. Fould, n° 1137. — Catalogue des bijoux du Musée Nap. III, n° 544. — Gazette des Beaux-Arts. 1863, pl. hors texte.
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- espèces, ils le communiquèrent aux peuples plus pauvres qui les entouraient, aux durs Sabins et à Rome naissante1.
- J. Girardix,
- Corre? pondant de l’Institut, directeur de l’École supérieure des Sciences de Rouen.
- — La suite prochainement. —
- —«•<>«—
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du 13 février 1880. — M. Bertrand expose une méthode pratique de dosage de l’oxygène actif dans le bioxyde de baryum et dans l’eau oxygénée. — M. Bourcart a étudié l’action de l’ammoniaque sur les dérivés sulfoconjugués de l’anthra-quinone. 11 décrit les composés nouveaux qu’il a obtenus et en donne les formules de constitulion. — M. Dela-chanal présente, au nom de M. Vincent, un travail sur la dimétbylamine pure, qui a fourni un certain nombre de sels obtenus à l’état de pureté. — M. le Président rend compte d’nn travail étendu de M. Crafts, sur les densités de vapeur de quelques gaz à une température voisine de 1500 degrés. L’auteur, en modifiant la méthode de M. V. Meyer, de manière à la rendre applicable aux gaz, est arrivé à des résultats différents de ceux qu’a obtenus M. Meyer. Le chlore gazeuz ne semble pas se dissocier, si ce n’est d’une manière tout à fait insignifiante. Il en est de même de l’anhydride carbonique et de l’acide chlorhydrique. — M. Colson a observé une notable rétrogradation de l’acide phosphorique, lorsque les phosphates sont additionnés de sulfate de chaux. — M. Millot présente quelques observations sur la rétrogradation des phosphates et rappelle qu’il en a attribué la cause dans ses travaux antérieurs à la formation de phosphates de fer. — M. Lemoine indique une expérience de cours facile à faire, pour répéter, sans l’inlervenlion de l’appareil de M. Cail-letet, l’expérience de M. Ogier sur la combinaison des gaz acide chlorhydrique et hydrogène phosphoré. Le mélange gazeux est soumis, dans un tube en U fermé par un bout, à une pression d’environ 2 atmosphères, déterminées par une colonne de mercure, et la branche fermée est plongée dans de l’acide sulfureux liquide, dont on accélère l’évaporation au moyen d’un fort courant d’air.
- Société botanique de France. — Séance du 13 février, — M. Cauvet communique quelques observations sur la respiration des racines. — M. Mer signale l’influence des milieux sur la structure anatomique des végétaux. — M. Prillieux présente de nouvelles observations sur la maladie de la vigne appelée anthrachnose. — M. Cornu fait une communication sur quelques champignons parasites.
- Séance du 27 février. — Il est donné lecture d’une note deM. Caruel (de Pise), sur la structure florale des ara-cées. — M. Ch. Flahault rend compte des nouveaux travaux suédois au sujet de l’influence de la température sur les phénomènes de la végétation. Il signale, entre autres, le récent mémoire de M. Linser, où se trouve critiquée la méthode de M. de Candolle sur les sommes de température. — M. Duchartre fait remarquer qu’il est très difficile de définir exactement l’époque d’un phénomène végétal. Il est presque impossible de préciser le moment de l’ouverture des bourgeons dans le marronnier d’Inde, par
- 1 Ampère. — L'histoire romaine à Rome, I, p» 386.
- exemple. — M. Vilmorin signale aussi des écarts de plusieurs semaines dans la feuillaison de divers arbres d’une même espèce. — M. Marcart présente un projet des observations sur les phénomènes physiologiques de la végétation et sur les phénomènes périodiques de l’agriculture. Ces observations devront être faites cette année dans toute la France. — M. Cosson rend compte des récentes explorations faites au Maroc par l’indigène Ibrahim, qu'il a envoyé en ce pays pour récolter des plantes. Les montagnes situées au N.-E. de la ville de Maroc ont présenté une flore toute différente de celles déjà connues en ce pays. Sur 100 espèces récoltées, 50 manquaient à la flore de Maroc et 8 sont des espèces nouvelles. — M. Marchand envoie une note sur une monstruosité de pivoine. — M. Vilmorin soumet à la Société des échantillons de blé qui proviennent d’un croisement de blé d’hiver et d’épeautre. Ce qui est remarquable, c’est que l’un de ces croisements a donné des échantillons tous semblables, sans retour vers l’un des parents. M. Vilmorin se propose de voir si la descendance de cet hybride conservera ces caractères constants. — M. Bureau annonce que le Muséum a acquis un herbier provenant du voyage à la recherche de La Beyrouse.
- Société française tle physique. — Séance du 20 février 1880. — M. d’Àlmeida communique à la Société une lettre de MM. Vincent et Leclerc, relative à un appareil projeté par eux, et devant servir de galvanomètre inscripteur. — M. Duboscq présente un appareil destiné à produire facilement l’interversion de la raie du sodium. Entre la fente de la lanterne de projection et la lentille se trouve une série de lampes à alcool, alimentées par l’alcool salé, — M. Cailletet a comprimé, dans son appareil à liquéfier les gaz, des mélanges d’acide carbonique et d’air. On remarque d'abord que le point critique s’abaisse. Avec des volumes égaux des deux gaz, le point critique est au-dessous de 0°. Avec 5 volumes d’acide carbonique et 1 d’air, le point critique est à 21°. A une température un peu inférieure, on a d’abord du liquide; puis, en augmentant la pression, la surface de séparation devient de plus en plus vague et finit par disparaître complètement. Elle réparait par une décompression lente. Ce phénomène ne peut tenir à réchauffement du gaz, à cause de la lenteur de l’opération et de la colonne d’eau à température constante qui entoure le tube; il ne peut tenir non plus à l’égalité entre l’indice de réfraction du gaz et celui du liquide, puisque une pression plus forte, poussée jusqu’à 700 atmosphères, ne fait pas reparaîlre le ménisque. M. Cailletet pense donc qu’il y a une véritable dissolution du liquide dans le gaz. — M. Garbe communique, au nom de M. Mouton, les résultats de ses travaux sur la dispersion des rayons calorifiques obscurs.
- BIBLIOGRAPHIE
- Revues scientifiques publiées par le journal « la République française », sous la direction de M. Paul Bekt, 2°année, 1 vol. in-8°, avec 51 fig. Paris, G. Masson, 1880.
- La réunion des remarquables feuilletons scientifiques du journal la République française constitue un véritable annuaire, où se trouvent exposées toutes les grandes questions qui ont préoccupé le monde savant pendant l’année qui n’est plus. Le 2e volume de ce recueil est d’un puissant intérêt, et chacun des chapitres qui le constituent peut être cité comme un modèle d’exposition méthodique et claire. C’est un beau et bon livre, qui vient s’ajouter à l’actif du savant député de l’Yonne.
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- LA NATURE
- POILS D’ANIMAUX
- VUS AU MICROSCOPE
- Les intéressantes figures que nous publions ci-dessous sont empruntées au remarquable ouvrage de Micrographie de MM. IL Beauregard et Y. Ga-lippe; elles ne sont pas seulement curieuses à considérer, mais elles peuvent être d’un réel usage pour reconnaître la nature de certaines fourrures : c’est à ce titre que nous les représentons, en les accompagnant de quelques explications empruntées aux savants auteurs que nous venons de mentionner.
- Les figures 1 et 2 montrent la différence d’aspect que présentent les poils d'animaux comparés à la barbe de l’homme, représentée en C (fig. 1); elles donnent le détail de la structure de quelques poils
- de l’Ieniséi sont surtout recherchées. Elle tendent à devenir très rares, à cause de la chasse active qui leur est faite. Comme la zibeline, la loutre (fig. 11 et fig. 13) est l’objet d’un très grand commerce et atteint des prix élevés. C’est la noire qui est la plus recherchée. La loutre commune ou d’Europe est moins prisée que celle de l’Amérique du Nord, du Canada et de la Virginie. La loutre de mer, qui habite les rivages de l’Amérique septentrionale et du Kamtchatka, est la plus rare et la plus estimée.
- La fourrure du castor (fig. 7 et 12) est l’objet d’un commerce très important ; la majorité des peaux vient de l’Amérique septentrionale.
- Le hamster est un rongeur de la grosseur d’un
- Fig. 1. Poils de différentes espèces animales. — A, cheveu blond grossi 80 fois. — B, poil follet grossi 100 fois. — C, poil de barbe d’homme grossi 50 fois. — E, poil de chauve-souris, — F, de musaraigne, — G, de souris, — IF, de cobaye, (a, extrémités terminales; b, c, milieu; d, bases.)
- Fig. 2. Poils de différents animaux domestiques. — A, lapin argenté, grossi 6 fois [b, 60 fois) ; — B, souris, 20 fois b, 70 fois]; — C, veau, 14 fois (c, 50 fois); — D, cheval (d, 50 fois); — E, chèvre blanche, 2 fois (poils grossiers sont des crins) (e, 50 fois); — F, taupe, 100 fois.
- remarquables, tels que ceux de la musaraigne (F, fig. 1), et du cobaye (H, fig. 1).
- Le lièvre est chassé aussi bien pour sa fourrure que pour sa chair (fig. 3). La Bohême fait un très grand commerce de peaux de lièvre. Le duvet du lièvre se distingue par une imbrication oblique, qui n’est pas cependant caractéristique.
- Le lapin offre une variété de pelage très considérable. Nous en donnons un spécimen (fig. 4).
- La peau du chat domestique est très employée dans le commerce des fourrures (fig. 8), mais elle est moins estimée que celle du chat angora, qui n’est qu’une variété du premier. La structure du poil du chien domestique (fig. 9), est la même chez les chiens à longs poils que chez ceux à poils courts. Les gros poils noirs et les moyens ne laissent pas passer la lumière.
- La fourrure de la marte-zibeline (fig. 10), est très estimée en raison de sa finesse. Les zibelines
- rat, que l’on trouve en Alsace, en Saxe et même en Sibérie. Son pelage est composé d’un duvet long et court et de poils soyeux assez longs, noirs à l’extrémité. Leur couleur varie du brun roux au noir (fig. 6).
- Tous ces poils diffèrent considérablement de la laine, dont nous donnons l’aspect caractéristique (fig. 5), et qui est constituée par de petites écailles, en quelque sorte superposées.
- Si l’examen des poils offre un véritable intérêt au point de vue du commerce des fourrures, il peut offrir une importance capitale en médecine légale. En voici un exemple, cité par MM. Beauregard et Ga lippe.
- Un homme âgé, qui avait des habitudes d’ivresse, fut un jour trouvé pendu et le corps couvert de plaies. On accusa de ce crime deux individus qui étaient en de mauvais termes avec la victime. Sur la blouse de l’un des inculpés, on avait trouvé des taches rouges, que l’on avait considérées comme
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- ayant été faites par du sang (celui de la victime), et des poils blancs, que l’on supposait être des poils de barbe de la victime. Après le rapport de M. le docteur Ducastel, les deux inculpés furent mis eu liberté. Celui sur lequel pesaient les charges les plus graves, se souvint qu’il avait porté dans sa blouse jde l'herbe qu’il avait recueillie pour ses lapins : les aches avaient presque toutes été produites par
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- Fig. i. Poils du lapin. «, petit poil ; b, poil moyen.
- le docteur Ducastel a écrites à ce sujet dans son rapport :
- « Je crois devoir ajouter, dit le savant expert,
- b C- C
- Fig. 8. Poils de chat.
- a, grand'moyeune; A,
- b, poil mince; c, extrémité libre.
- 13 A
- Fig. 9. Poils de chien, poil lin; 13, poil moyen; C, duvet.
- Fig. 6. Poils de hamster. Fig. 7. Poils de castor.
- aa, gros poils; b, duvet. a, pointe ; h, c, poils
- supérieurs ; a, d, poils de duvet.
- Fig. 10. Poils de zibeline. Fig. 11. Loutre de Virginie. a, gros poil; b, poil lin a, gros poil; b, duvet,
- et duvet.
- a, 1>
- Fig. 12. Castor. Poils Fig. 13. Poils de petite loutre,
- supérieurs. a, duvet; b, gros poil.
- un suc laticifère coloré; les poils étaient des poils de lapin. On reconnut que lavictime, en état d’ivresse, après être tombée sur une herse en fer, s’était pendue volontairement. C'est le microscope qui permit de constater que les poils trouvés sur Je vêtement de l’un des accusés avaient l’aspect de ceux représentés figure 4, qu’ils appartenaient au lapin, et non à la barbe humaine, figurée en C (fig. 1).
- Nous citons textuellement les quelques lignes que
- que j’ai pu recueillir quelques poils blanchâtres de 12 à 20 millimètres de longueur. Ces poils, examinés au microscope, ont présenté une striation transversale à la pointe, une striation à la fois transversale et longitudinale vers la base; cette striation ne s’observe pas dans les poils de l’homme, mais nous l’avons retrouvée dans des poils de lapin, pris pour terme de comparaison. »>
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Le téléphone Edison à 1’ohservatoire du Pic du Midi. — Nous apprenons avec plaisir qu’un 1H téléphonique vient d’être installé entre la stalion météorologique du Pic du Midi et Bagnères-de-Bigorre (50 kilomètres). "Voici ce que le général de Nansouty nous écrit à ce sujet : « M. Buchin, ingénieur électricien à Bordeaux, bien qu’il soit l’inventeur d’un très bon téléphone, n’a pas hésité à me faire connaître l’appareil d’Edison, et à venir lui-même, avec l’ingénieur de la Compagnie américaine, mettre en action ce téléphone, que la Compagnie offre à l’observatoire à titre gracieux. Il est merveilleux comme sonorité et d’un usage infiniment plus commode que ceux que j’avais expérimentés auparavant. Une température de missess a favorisé notre opération. »
- Les huîtres vertes. — On a émis bien des hypothèses au sujet de la coloration verte que l’on remarque dans les huîtres pêchées sur certains points de notre littoral, notamment à Marennes, à l’ile d’Oléron (Océan) et à Courseulles (Manche). On a prétendu que cette couleur était due à une maladie particulière de l’huître; d’aulres ont pensé qu’elle devait être attribuée à l’influence de la nature des fonds, au mélange des eaux douces aux eaux salées, ou encore à la présence du sulfate de cuivre dans les parcs. M. G. Puységur, sous-commissaire de la marine, chargé par son administration d’établir des parcs au Croi-sic, donne une explication très simple de ce phénomène. D’après les expériences auxquelles il s’est livré, la coloration verte provient uniquement de l’absorption par les mollusques d’une diatomée qui porte, dans la famille des algues microscopiques, le nom de Navicula fusiformis os-Irearia. Toutes les huîtres vertes le sont devenues en se nourrissant de ces diatomées qui renferment non seulement un pigment jaunâtre, comme elles en présentent d’habitude, mais encore un liquide cellulaire d’un très beau bleu d’azur.
- Société de salubrité d’Edimbourg.— Tous les habitants de la ville qui souscrivent une guinée (26 fr. 45 c.) sont membres de l’association. Les sommes ainsi versées p omettent à la Société d’avoir à son service un personnel d'hommes techniques. Ceux-ci font des visites périodiques chez chaque sociétaire et assurent la réalisation des conditions de salubrité. Us se tiennent en outre à la disposition des souscripteurs pour les études des modifications désirables, et pour en donner l’évaluation. Moyennant la somme annuelle de 26 fr. 45 c., chaque sociétaire peut donc se procurer l’assainissement de son intérieur et contribuer ainsi au développement de la salubrité générale. Uu an après sa fondation, la Société comptait déjà 500 membres. Chacun d’eux avait reçu la visite d un ingénieur, qui avait examiné les conditions de salubrité et avait indiqué les améliorations à faire.
- (Journal de thérapeutique.)
- Consommation de Paris. — La statistique officielle des entrées dans Paris pendant l’année 1879 donne les chiffres suivants pour les produits et objets divers employés dans l'industrie :
- Combustibles. — Bois dur : 391 008 stères. Bois blancs : 267 291 stères. Cotrets et fagots : 70 987 stères. Charbons de bois et artificiels : 4 309 806 hectolitres. Poussier de charbon, tan carbonisé : 97 156 hectolitres. Houille de toute espèce : 824 550 581 hectolitres.
- Bouteilles : 20 924 131 kil. Huiles, autres que l’huile
- d’olive : 15 871 148 kil. Goudron liquide : 416 056 kil.
- Chaux et ciments : 80 469 444 kil. Plâtre : 4 056 974 hectolitres. Fers : 51 179 179 kil. Fontes : 21 548 625 kil. Ardoises de grande dimension : 4 604 304; ardoises de petite dimension : 118 566. Tuiles : 1 020 706. Briques de dimension ordinaire : 57 891 163. Carreaux :
- 7 934 967. Briques de toute autre dimension : 25155 731. Asphalte : 20 528 558 kil. Verres à vitres : 8 573 771 kil. Glaces : 2 335 734 kil.
- Les sapins et bois blancs comptent 304 419 stères.
- Pour les fourrages et les grains : avoine, 157 052 725 kil.; orge, 2 619 050 kil.; foin (botte de 5 kil.),
- 19 002 841 ; paille (botte de 5 kil.), 25 594 509.
- L’emploi des machines dynamo-électriques en télégraphie. — L’emploi des machines en télégraphie a été proposé plusieurs fois, sans qu’on ait donné suite à cette idée réalisée aujourd’hui par la Western Union Tele-(jraph Company. Après expérience faite, on a remplacé au poste central 16500 éléments « gravités », autrement dits éléments Callaud et 4000 éléments au bichromate de potasse, par trois séries de machines Siemens qui occuperont comme emplacement, le dixième environ de celui occupé actuellement par les piles.
- Nous reviendrons plus en détail sur cette transformation si importante et nous montrerons comment elle permet la divisibilité du courant en un nombre de fractions correspondant aux appareils mis en action, tout en conservant à chacun d’eux l’intensité de courant pour laquelle il a été réglé.
- Pieuvre et plongeur. —M. Smale, plongeur du gouvernement anglais, a eu à soutenir une lutte, à Belfast, avec un poulpe gigantesque. Il en a fait le récit dans les termes suivants :
- « Ayant plongé mon bras dans une excavation, je le sentis tout à coup retenu, mais, l’eau étant encore chargée de vase, je restai pendant quelques minutes sans pouvoir rien distinguer. Lorsque je pus voir un peu clair, je m’aperçus avec horreur que le tentacule d’un gros poulpe était enroulé autour de mon bras, comme un boa constric-tor. En ce moment l’animal appliqua quelques-uns de ses suçoirs sur ma main, ce qui me fit éprouver une sensation très douloureuse. Je sentis une douleur comme si on me brisait la inain, et plus j’essayais de la retirer ‘et plus la souffrance augmentait. À environ cinq pieds de l’endroit où j’étais, il y avait une barre de fer que je réussis à attirer, avec mon pied, à portée de ma main gauche, et je m’en saisis. C’est alors que commença le combat. Je frappais à tour de bras, mais plus je frappais et plus le monslre me serrait, si bien que mon bras était complètement engourdi. Je continuai à frapper, et je sentis à la fin que l’étreinte se relâchait, mais je n’en fus quitte qu’après avoir déchiré en plusieurs tronçons le tentacule qui me retenait captif. La bête lâcha aussi alors le rocher auquel elle était fixée, et je m’en emparai. J'étais complètement épuisé, élant resté dans cette situation plus de vingt minutes. Je remontai avec l’animal, ou plutôt avec une partie de l’animal. Il mesurait huit pieds de diamètre, et je suis convaincu qu’il aurait pu capturer cinq ou six hommes à la fois. »
- Mèches de lampes en verre. — On fabrique en Allemagne des mèches de lampes en verre filé. Ces mèches amènent l’huile de pétrole ou l’alcool plus régulièrement, et les lampes qui en sont munies peuvent être maniées avec moins de danger. Pour une flamme égale, les mèches en verre donnent une lumière plus
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- pure et plus claire; olles ont une odeur moins désagréable, consomment moins de combustible et donnent, dans les lampes à l’alcool, une chaleur plus intense et une flamme plus tranquille.
- NOUVELLES
- Par décret en date du 28 février 1880, rendu sur la proposition du ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, l’administration du Bureau des longitudes pour l’annce 1880 a été constituée comme suit :
- Président : M. Faye, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes. — Vice-président : M. l’amiral Paris, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes. — Secrétaire-trésorier : M. Bréguet, membre du Bureau des longitudes.
- — Dans une de ses dernières séances, l’Académie de médecine a nommé le docteur Guéniot titulaire dans la section d’accouchement.
- — On vient de mettre à l’étude le projet de réorganisation du jardin de la ville de Paris. Ce jardin prendra le nom d'École municipale d’horticulture.
- — Une exposition internationale aura lieu cette année à Buenos-Ayres. La date de l'ouverture est fixée au 15 septembre prochain.
- — M. le docteur L. Auzoux, si célèbre par la construction de pièces anatomiques artificielles, vient de mourir à Paris, à l’Age de 83 ans.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 mars 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- Percement du Gothard. — Dans une lettre intéressante d’un bout à l’autre, M. Colladon expose les conditions exceptionnellement défavorables rencontrées lors du percement du Gothard. La principale consiste dans l’apparition de masses d’eau si grandes, que le volume des infiltrations était, au bout de h première année, de 230 litres par seconde, soit 800 000 litres par heure. Pendant trois ans, la galerie représenta un véritable aqueduc, dont le courant avait la vitesse du jet d’une pompe à incendie. Plusieurs fois, à ce suintement aqueux, se joignit la rencontre de failles, qui versaient dans la galerie des torrents de boue et de débris. Malgré tout, le percement se fil avec une telle précision, que les deux tronçons se rencontrèrent exactement bout k bout. Au moment où la communication fut ainsi établie entre les deux flancs de la montagne, on observa un courant d’air causé par une différence de pression d’un millimètre environ entre les deux extrémités du tunnel ; après quelques heures, un vent inverse se produisit. M. Colladon annonce que ces phénomènes vont être soumis à des observations continues.
- Statue à Becquerel. — Le maire de Chàtillon-sur-Loire informe l’Académie que son conseil municipal a décidé d’ériger une statue à Becquerel sur l’une des places de sa ville natale. Les amis des sciences qui voudront contribuer k cet hommage rendu au célèbre physicien devront adresser leur souscription directement k la mairie.
- Le marché du Ghâleau-d Eau. — Suivant M. Trélat, l’écroulement du marché du Châleau-d’Eau est dû à la contraction produite par le froid dans les charpentes en fer de cette construction. C’est absolument le pendant des effondrements causés par de petits incendies dans les bâtiments en fer, et bien que l’elfet se soit trouvé exactement inverse, la cause se trouve être rigoureusement la même ; k savoir, la grande dilatabilité du fer sous l’influence des variations de température.
- . La Société d’hygiène. — Grâce aux efforts vraiment héroïques du docteur Prosper de Pietra-Santa, la Société française d’hvgiène a décidément pris place au nombre de nos grandes compagnies scientifiques. Fondée le 7 mai 1877, elle compte aujourd’hui, après moins de trois ans, sept cent quarante-sept membres : c’est dès maintenant une puissance, et elle a rendu de grands services, aussi bien pour ses publications que pour l’établissement vaccinal qu’elle s’est annexé.
- Sur la mort apparente résultant de l’asphyxie. — M. le Dr Fort, professeur libre d’anatomie k l’Ecole pratique, pose en principe qu’on enterre, non pas des personnes vivantes, mais des individus qui étaient en état de mort apparente pendant les premières heures qui ont suivi les dernières manifestations de la vie. 11 base son affirmation : 1° sur des expériences personnelles, dont il fera connaître ultérieurement les résultats ; 2° sur des faits extraordinaires de pratique médicale.
- Dans l’un de ces faits, qui appartient à M. Fort, il s’agit d’une enfant de trois ans qui avait été ensevelie, chez laquelle il a commencé k pratiquer la respiration artificielle trois heures et demie après la mort apparente, et qu’il a rappelée à la vie après quatre heures de respiration artificielle. L’autre cas a été communiqué à M. Fort par le D’ Fournol (de Billancourt), qui, en juillet 1878, a ranimé un noyé après quatre heures de respiration artificielle. Le noyé avait séjourné dans l’eau pendant dix minutes et le médecin était arrivé une heure après l’asphyxie.
- L'auteur insiste aussi sur l’utilité de la respiration artificielle dans les cas d’empoisonnement, pour permeitre au poumon d’éliminer les poisons volatils, comme l’a fait dans un cas M. le Dr Lancereaux, ainsi qu’aux glandes pour les poisons k principes fixes, comme dans l’observation si curieuse d’empoisonnement par le laudanum récemment publiée par le I)r Nicolas.
- Voici la conclusion de M. Fort : a Dans l’état de mort apparente consécutive k l’asphyxie proprement dite, on doit pratiquer avec persévérance la respiration artificielle pendant un nombre d’heures que je m’attacherai à déterminer. »
- M. Zinin. — Le président annonce la perte que l’Académie vient de faire dans la personne d’un de ses correspondants, M. Zinin, mort k Saint-Pétersbourg, le 18 février dernier. Ce chimiste a attaché son nom k la grande découverte de la transformation en bases organiques des carbures d’hydrogène de la série aromatique. C’était créer, entre autres, l’industrie si florissante de l’aniline, et c’est un service qu’on n’oubliera pas.
- Stanislas Meun-ieb,
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- BOBINES D’INDUCTION
- Un des abonnés de la Nature a eu l’attention, dont nous le remercions, de nous signaler une faute d’impression dans le détail donné récemment des dimensions des différents organes de la bobine d’induction monstre de M. Spottiswood (n° 348, du 51 janvier 1880, p. 129) ,
- Nous avons imprimé que le fil inducteur a 600 mètres de long, 24 millimètres de diamètre et environ 25 kilogrammes de poids ; c’est 2,4 millimètres qu’il faut lire, ou, en nombre rond, 2 millimètres 1/2 de diamètre.
- Puisque nous sommes amené k reprendre la plume
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- sur ce sujet, nous appellerons de nouveau l’attention des lecteurs sur le fil induit de la bobine en question. Il se compose d’une partie moyenne, qui a un moindre diamètre, et de deux parties extrêmes, qui sont formées d’un fil plus gros.
- Le constructeur de cet appareil, M. Apps, a été plus loin dans cette voie; il a construit la bobine dont M. Crookes a fait usage récemment, lors des belles démonstrations qu’il a présentées à l’Observatoire, à l’École de médecine et à la Société de physique. Dans cet induc-torium, le fil induit est divisé en cinq parties, de diamètres inégaux; la partie moyenne est en fil plus fin; les deux voisines sont d’un diamètre plus grand, les deux extrêmes d’un diamètre encore supérieur. Le lecteur voit S clairement quelle est l'idée suivie; le diamètre du fil j
- induit va en augmentant, du milieu aux extrémités. Elle peut se justifier en quelques mots.
- C’est dans la partie moyenne de la bobine que l'action inductrice est la plus intense ; c’est donc dans cette partie qu'il importe de placer le plus grand nombre de spires destinées à recevoir l’action. Les parties voisines des extrémités et des pôles de l’électro-aimant, au contraire, présentent une action inductrice moindre ; il n’y a donc pas le même intérêt à mettre dans leur rayon d’action un grand nombre de spires. D'autre part, il y a intérêt à donner au fil induit la moindre résistance possible, et, par conséquent, à augmenter son diamètre dans ces parties, moins efficacement soumises à l’induc-! lion. A. Niaupet.
- Fig. 1. Bouchon d’une bouteille soulevé par la congélation du liquide, transformé en glace. (D’après une photographie communiquée par M. L. Godefroy.1
- CORRESPONDANCE
- CURIEUX EFFETS DES GRANDS FROIDS Monsieur le Rédacteur,
- Je vous adresse ci-joint une photographie qui montre un curieux phénomène observé pendant les froids de décembre dernier.
- La bouteille ci-dessus (fig. 1) était dans une vitrine et contenait une dissolution d’azotate d’argent (1 0/0). On l’a trouvé un jour dans l’état que représente l’épreuve : le bouchon était soulevé et emprisonné à l’extrémité d’un long cylindre de glace, dû à l’augmentation de volume de la masse. Ce cylindre était comme passé à la filière. La bouteille était en outre brisée et plusieurs fragments s’en étaient détachés.
- "Veuillez agréer, etc. L. Godefroy.
- La Chapelle, près Orléans, 8 février 1880.
- Fig. 2. Une bougie en combustion dans les régions polaires par un froid de 3îi° au-dessous de zéro. (D’après un dessin fait sur nature par M. Moss.)
- Nous ajouterons au fait intéressant que nous communique notre correspondant, un autre fait emprunté à un savant anglais, M. Moss, qui a fait partie de l’expédition anglaise au pôle Nord en 1875-1876. C’est celui d’une bougie en combustion dans une atmosphère extrêmement froide (fig. 2). La flamme n’arrivait à fondre la stéarine que presque à son contact, et la bougie, en brûlant, présentait le singulier aspect que le lecteur a sous les yeux dans la figure ci-dessus *.
- G. T.
- 1 Shores of the Polar sca. A Narrative of lhe Arche expédition of 1875-76, by Dr. Ed. L. Moss. 1 magnifique vol. in-folio. Marcus Ward and C°, London, 1878.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdieh.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, tue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N* 555.
- ‘20 MARS 1880.
- LA NATURE.
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- UNE NOUVELLE PLANTE TEXTILE
- LA RAMIE
- Depuis quelques aimées déjà, l’attention s’est portée sur une plante qui, si l’on arrive à en tirer bon parti, amènera certainement sur le marché européen une révolution analogue à celles qu’ont produites l’introduction de la pomme de terre, l’utilisation de la betterave et le développement de la production du coton ; nous voulons parler de la ramie.
- Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on a cherché à cultiver, comme textiles, certaines orties gigantesques. La Chine, le Japon et la plupart des pays connus sous le nom d’Extrême-Orient les ont appliquées à des usages multiples et en ont fabriqué des cordages, des filets, des étoffes, etc. Les plus anciens poètes de l’Inde, les historiens, les voyageurs ont tour à tour vanté les étoffes- solides et sou-ples fabriquées avec ces plantes, qui croissent spontanément un peu partout.
- Mais les procédés en usage dans ces contrées, où la main d’œuvre est pour rien, sont dans l’enfance. Ils ne pourraient convenir à une production qui, pour être rémunératrice, doit être considérable. Aussi les efforts des ingénieurs et des constructeurs se sont-ils portés de ce côté, car les services que rendra la ramie ne sont plus contestés aujourd’hui.
- Mais, avant de parler des résultats déjà obtenus dans la fabrication de l’outillage destiné à mettre en œuvre les tiges de la ramie, il convient de dire quelques mots de la plante elle-même.
- Des orties gigantesques des îles de la Sonde, de la Cochinchine, de l’Inde et de la Chine, les unes ont les feuilles et même la tige armées de dards, ce sont les Urtica proprement dites, les autres, privées de ce moyen de défense, sont désignées sous le nom de Bœhmeria.
- Ces dernières, les seules dont nous ayons à nous occuper, sont divisées en deux classes distinctes, les 8® anüée. — 1er semestre-
- unes aux feuilles vertes en-dessous, les autres aux feuilles blanches.
- Ces deux sortes de Bœhmeria présentent de nombreuses variétés, qui toutes servent en Chine à la fabrication des étoffes grossières ou fines, et dont certaines donnent jusqu’à cinq récoltes par an. La plus productive de toutes est VUrtica util'is ou ramie verte, qu’on ne peut cultiver que dans les climats chauds, tandis que Y Urtica nivea, qui se plaît dans les régions plus septentrionales ou montagneuses, ne donne que deux récoltes par an.
- La première peut donc être acclimatée dans le midi de la France, l’Algérie, l’Espagne, l'Italie, le Maroc, l’Égypte, en un mot, sur les rives du bassin méditerranéen, où l’on a partout renoncé à la culture
- de la ramie blanche.
- Offrant quelque ressemblance avec le chanvre, la ramie est vivace, pousse en touffes qui atteignent jusqu’à 5 mètres de haut et dont le nombre de tiges augmente chaque année, à mesure que ses racines prennent un plus grand développement.
- Bien que les étoffes orientales fabriquées avec la ramie fussent connues depuis longtemps, c’est seulement en 1810 qu’arrivèrent à Londres les premières balles de ce nouveau textile. Des essais furent aussitôt tentés des deux côtés du détroit, et cinq ans plus tard, un certain M. Farel possédait une importante plantation de ramie dans les environs de Montpellier. Ces tentatives d’acclimatation furent poursuivies, grâce à des envois de jeunes plants et de graines, si bien que, vers 1845» MM. Pépin et Decaisne constatèrent que la ramie végétait et fleurissait en France.
- Dès lors, on essaya de tirer un parti industriel de cette nouvelle acquisition. Mais les manufacturiers qui se livrèrent à ces recherches n’étaient pas outillés pour extraire économiquement la filasse. En outre, ils entendaient traiter la ramie comme le chanvre, par le rouissage; enfin, leurs travaux portaient sur Y Urtica nivea, dont le rendement est de 40 p. 100 au-dessous de celui de Yutilis, et qui donne
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- La Ramie, nouvelle plante textile.
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- LA NATURE.
- une filasse très intérieure en force, en souplesse et eu beauté à cette dernière. Leurs efforts ne furent donc pas couronnés de succès, et la culture de la ramie fut complètement abandonnée.
- En 1863, l’Angleterre, dont presque tout le génie commercial n’est que persévérance, faisait à Shangaï une première commande de 1 915 000 kilogrammes de ramie, quelle sut bien vite peigner, blanchir et filer comme le lin. Aussi, deux ans après, ce chiffre s’élevait-il à 3 240 000 kilogrammes, bien que plusieurs autres contrées fussent, en même temps, mises à contribution. Depuis lors, l’importation du China-grass, comme les Anglais appellent la ramie, n’a fait que s’accroître et ne peut suffire aux besoins de leurs fabriques.
- Introduite en 1867 en Amérique, YUrtica ntilis se vit bientôt cultivée au Texas, dans la Louisiane et sur le Mississîpi inférieur, avec un tel succès que nombre de plantations de cotonniers furent arrachées et remplacées par la ramie, qui nécessite bien moins de main-d’œuvre et dont la récolte est plus sûre.
- La France allait-elle se laisser devancer dans cette voie si féconde de la culture de la ramie? Un de nos compatriotes, M. Hugon, établi depuis longues années à Londres, ne pensa pas qu’il en dût être ainsi. 11 se livra à une active propagande pour l’acclimatation du nouveau textile, n’épargnant ni son temps, ni son argent pour atteindre le résultat qu’il se proposait. Aussi le plus grand nombre des cultures de la France, de l’Algérie et des pays riverains de la Méditerranée proviennent-elles des plants généreusement distribués par M. llugon à ses amis et à presque tous ceux qui lui en firent la demande.
- Successivement, en Algérie, M. Hardy, directeur du Jardin d’essai du Harama, M. de Malarlic, qui déjà cultivait la ramie verte avec succès dans la plaine de la Grau, le baron Jean de Bray essayèrent de faire connaître la ramie, et grâce à ce dernier surtout, des cultures assez importantes s’établirent dans les départements d’Oran et de Constantine. Quelques essais isolés ont été tentés dans diverses parties de la France, mais les cultivateurs ont toujours été découragés par la difficulté de trouver un parti rémunérateur de leurs récoltes.
- Originaire des pays tropicaux, la ramie poussera le mieux et s’acclimatera le plus facilement dans les climats qui se rapprochent le plus de celui de sa contrée d’origine. Sous ce rapport, l’Algérie, la Corse et les parties méridionales de la France sont naturellement indiquées. Cependant, la ramie est une plante si vigoureuse, qu’à Jersey, sur les côtes de Normandie et jusqu’en Belgique elle donne encore deux récoltes et ses pousses n'ont pas moins de 2m,30de haut. Mais il lui faut, pour cela, une exposition abritée du nord.
- Résistant aux pluies les plus fortes, la ramie supporte des gelées qui pénètrent le sol jusqu’à 5 ou 6 centimètres de profondeur, mais, pour résister à
- un froid plus rigoureux, elle devrait, comme le houblon, être recouverte d’une légère couche de terre.
- Peu difficile, cette plante se contente d’un sol de médiocre qualité, pourvu qu’il soit frais, profond et perméable. Aussi sa culture a-t-elle réussi dans les dunes aréneuses de la Manche et dans la plaine de la Crau. Un autre avantage que possède ce textile, c’est que, loin d’épuiser le sol comme le lin et le chanvre, la ramie l’améliore plutôt. Graines, boutures, marcottes ou éclats, tout est bon pour reproduire cette plante.
- Quant aux tiges, dès qu’elles ont atteint im,10 ou 4111,20, il faut les couper. La filasse qu’on obtient alors est plus fine, plus soyeuse et le pied n’en devient que plus vigoureux.
- Nous arrivons maintenant au point délicat, aux procédés employés pour utiliser la récolte et transformer ces tiges brutes eu une filasse qu’on puisse facilement travailler.
- Dans les petites cultures, on décortique à la main la tige fraîchement coupée. C’est le procédé usité à la Guyane, où l’on fait ensuite tremper pendant une nuit cette tige décortiquée dans de l’eau acidulée avec du jus de citron, afin de la débarrasser de la gomme, qui rend si difficile la désagrégation.
- Mais ces procédés ne sauraient convenir à une grande exploitation, où il faut nécessairement des machines.
- L’Angleterre l’a si bien compris, que Y India Office a offert 5000 1. st. (125 000 francs) pour la meilleure décortiqueuse, c’est-à-dire celle qui ne laisse pas trace de l’écorce et qui désagrège la fibre sans nuire à ses qualités textiles.
- Pour débarrasser la ramie de sa gomme, certains industriels avaient imaginé de la soumettre à un rouissage semblable à celui du lin, mais on semble aujourd’hui d’accord pour repousser cette méthode.
- « Les tiges du chanvre, dit M. Goncet Du Mas dans sa Notice sur la Ramie, peuvent séjourner dans l’eau presque impunément, non seulement parce que l’action de la putréfaction se fait lentement, mais aussi parce que toutes les tiges sont prêtes et mûres d’une manière homogène. Pour la ramie, il n’en est pas ainsi. Point d homogénéité, à moins de procéder à un triage préalable, si long et si coûteux qu’il devient nécessairement impossible... Le rouissage agit inégalement, certaines tiges ne sont pas assez rouies, tandis que d'autres le sont trop, et la fibre est sérieusement compromise... »
- Nous n’entrerons pas dans l’examen des diverses décortiqueuses qui ont été successivement inventées par MM. Labéric, F. Roland, Moermann, Artog, Huet-Lagache, etc. C’est celle de M. Roland, surtout avec les perfectionnements dont elle a été récemment dotée par son inventeur, qui semble réunir les meilleures conditions de bon marché et de travail, car elle décortique les tiges vertes ou sèches indifféremment, avec peu de perte, sans nuire aux qualités textiles de la filasse, en enlevant presque tout l’épiderme et en enlevant aux fibres une
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- grande partie de leur gomme. Ce n’est pas encore la perfection même, mais c’est la machine qui s’en approche le plus, et nul doute que M. Roland ne s’arrêtera pas en si beau chemin.
- En résumé, c’est jusqu’ici l’invention d’une bonne décortiqueuse qui a empêché la culture de la ramie de prendre un essor que tout fait présager devoir être prochain. Elle a figuré honorablement dans nos expositions des colonies et à l’Exposition de 1878, plutôt à l’état de curiosité que comme culture rémunératrice et prospère.
- S’il était pour nos départements du Midi et du Centre une culture d’un rendement presque certain et productif, c’était assurément celle de la vigne. Aujourd’hui que le phylloxéra a tari presque complètement l’une de nos plus opulentes sources de richesses, ne serait-il pas à propos de remplacer la culture de la vigne par celle, non moins rémunératrice, de la ramie?
- Gabriel Marcel.
- NOTICE MÉTÉOROLOGIQUE
- SUR LES MERS COMPRISES ENTRE LA CHINE ET LE JAPON
- PAR M. J. REVERTÉGAT Lieutenant de vaisseau1.
- L’auteur de cette très intéressante et utile notice a suivi dans son travail la méthode de Maury, en y introduisant les modifications dues à M. le lieutenant de vaisseau Brault. Il a analysé les données recueillies dans environ 500 traversées des paquebots desservant la ligne de Hong-Kong à Yokohama, de Nagasaki à Shanghaï, et dans celles d’un grand nombre de bâtiments de guerre français ayant fait partie de la station navale de Chine et Japon. Il s’est de plus servi des travaux récents publiés par YAsiatic Society of Japon, ainsi que des cahiers d’observation tenus dans divers phares japonais.
- Les cartes jointes à la notice sont relatives aux vents, aux courants et à la température de l'eau, à l’état du temps, aux observations barométriques et thermométriques, enfin aux typhons, assez fréquents dans les mers de la Chine et du Japon.
- Une remarquable partie de la notice montre que le régime des courants sur les côtes orientales d’Asie offre une analogie frappante avec celui des côtes orientales de l’Amérique du Nord. — « Toutes deux, dit M. Revertégat, sont longées par un courant chaud charriant avec une grande vitesse les eaux tropicales qui viennent côtoyer, à partir d’une certaine latitude, les eaux froides apportées par des courants polaires. Il y a cependant entre le Gulf-Stream et le Kurosiwo (courant noir) une différence essentielle, c’est que le premier envoie la grande masse de ses eaux dans les mers arctiques, tandis que le second, ne pouvant en faire autant, à cause de la configuration des terres au nord du Pacifique, vient se replier presque en entier le long de la côte occidentale d’Amérique, ne dirigeant sur le détroit de Behring qu’un rameau insignifiant. De plus, tandis que le Gulf-Stream est remarquable par sa belle couleur bleue, le Kurosiwo doit justement son nom à la couleur très foncée de ses eaux. »
- 1 Dépôt des cartes et plans de la marine, 1879.
- Les cartes du temps, du baromètre et du thermomètre, donnent la proportion du beau et du mauvais temps dans les diverses saisons, et montrent le rapport des variations observées avec les variations de la pression et de la température. On voit sur ces cartes que c’est au voisinage immédiat du Kurosiwo que le Japon doit les vents chargés de vapeur qui amènent en toutes saisons une abondance de pluies inconnue partout ailleurs. C’est surtout pendant l'hiver que se fait sentir l’influence de ce courant tiède, qui donne, sur la même latitude, à l’air qui s’étend au-dessus de lui une température supérieure à celle de l’air situé à l’ouest de sa limite.
- En classant par mois, et dans les régions où ils ont éclaté, les typhons observés au-dessus du tropique de 1870 à 1877, on voit que l’époque de la plus grande fréquence de ces tourbillons suit en latitude la marche du développement de la chaleur solaire. Dans la mer orientale, le plus mauvais mois est juillet, et la plupart des typhons y éclatent dans la partie sud, près de l’entrée du canal de Formose. Sur la côte sud-est du Japon, qui est de beaucoup la plus exposée, les plus mauvais mois sont juillet et août.
- Les capitaines qui fréquentent ces parages admettent que généralement le typhon, en atteignant le Kurosiwo, se range dans ses eaux et ne le quitte plus. On a vu cependant un des plus violents typhons qui aient passé sur Yokohama, celui du 24 août 1871, traverser le Kurosiwo à angle droit et continuer sa route dans le nord-ouest. Les typhons qui suivent cette direction viennent vraisem-bleinent s’amortir sur les terres, tandis que ceux qui se rangent dans le lit du courant longent la côte du Japon jusqu’au point où elle se redresse pour se diriger vers le nord ; il est rare qu’au-dessus de ce point on ressente, sur la côte, autre chose que leurs effets éloignés. Cette étude sur les typhons se termine par une description des pronostics dont il est prudent de tenir compte pour reconnaître les indices d’une perturbation dans la saison des tourmentes.
- Dans sa conclusion, M. Revertégat tire des cartes construites et de la notice qui l’accompagne, les remarques qu’elles comportent intéressant la navigation, et il examine les traversées principales que l’on peut faire dans les mers objet de son élude.
- Les instructions qu’il donne, très claires et très précises, seront consultées avec fruit par les capitaines qui fréquentent ces mers lointaines.
- Élie Margollé.
- UNE NOUVELLE FALSIFICATION
- DES CONFITURES
- S’il est toujours intéressant de voir avec quelle habileté le commerce s’ingénie à falsifier les denrées alimentaires, il y a lieu de s’extasier devant la perspicacité avec laquelle les chimistes savent dévoiler les ruses les mieux déguisées. Un très joli travail de M. Ménier, professeur à l’École de médecine de Nantes, sur un cas curieux de falsification des confitures, va nous en fournir un exemple.
- Quoi, la confiture! ce produit éthéré, cette ambroisie des ménages, ce régal des goûters d’enfants! Mais, dira sans doute le lecteur, que peut-on bien mettre dans de la gelée de groseilles pour la falsifier? Probablement un peu de gélatine pour lui
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- donner de la consistance, de la cochenille pour la colorer; ne le fait-on pas dans quelques ménages, et cela est-il bien répréhensible?
- Certes, il est toujours fâcheux d’altérer, si peu que ce soit, la qualité d’un aliment qui, ainsi que le fait très judicieusement remarquer M. Ménier, s’adresse presque exclusivement à l’enfance; mais enfin, en supposant même qu’on admette ces additions comme une chose inoffensive, il y a loin d’une telle confiture à un produit aussi énigmatique que celui devant lequel s’est trouvé le savant professeur, et qui ne contient ni groseilles, ni sucre, ni même gélatine, hélas !
- Le sucre est cher, la groseille aussi, la gélatine est hors de prix, a pensé l’inventeur de ce beau mélange. Eh bien, supprimons tout cela, supprimons même le pot, qui revient à 10 centimes, remplaçons-le par une boîte de fer-blanc de 4 centimes; quant au contenu, remplaçons-le par....
- C’est là ce que le fabricant, qui est un confiturier célèbre de Paris, s’est bien gardé de dire ni au
- véritable gelée de groseille et de cette étrange matière.
- CONFITURES DE GROSEILLE
- Consistance ferme.
- Couleur rose vif.
- Acidité franche.
- Acides citrique et malique. Odeur de groseilles.
- Saveur très sucrée. L'ammoniaque change la couleur en vert noirâtre. Calcination : odeur animali-sée.
- CONFITURE FALSIFIÉE
- Consistance visqueuse. Couleur rouge pourpre violacé.
- Acidité à peine sensible. Acide tartrique.
- Odeur nulle.
- Saveur à peine sucrée. L'ammoniaque avive la couleur rouge.
- Calcination : pas d’odeur.
- M. Ménier, convaincu que la groseille n’entrait pour rien dans ce produit, l’examina alors au microscope, dans l’espoir d’y rencontrer quelques tissus caractéristiques d’un produit végétal.
- Sa surprise et sa joie de micrographe ne furent pas petites en y trouvant les différentes substances que représentent les gravures ci-jointes (fig. 1, 2 et 3).
- Assurément, toutes ces choses ne diraient rien à la plupart de nos lecteurs, mais pour M. Ménier ce fut une révélation. En sa qualité de professeur de
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- Fig. 1. Morceau de varech, reconnu par le microscope dans une prétendue confiture de groseille.
- Fig. (2. Grains de pollen de rose-trémière, reconnus par le microscope dans une prétendue confiture de groseille.
- public, ni à l’épicier. Mais à ce dernier, il a tenu ce langage : « Ami épicier, voilà d’excellentes confitures que je te vends à raison de 50 centimes le kilo ; tu la revendras au client 80 centimes la livre, ce qui te constitue un assez beau bénéfice. Inutile d’ajouter qu’avec un prix aussi rémunérateur, tu auras avantage à en vendre le plus possible ; tu en inonderas ta clientèle. » Puis, la confiturerie dont je parle, et que je nomme pas, car il y a des gens qui, par curiosité, seraient capables d’aller acheter de ce produit indigeste, ce qui constituerait une forte réclame, a fait, à part soi, ce simple raisonnement : « Ma confiture me revient à 35 centimes le kilo, je la vends 50 centimes; c’est donc 15 centimes par kilo que je gagne. En supposant que chacun des 38 millions de Français en consomme seulement un kilogramme, ne fût-ce que pour y goûter, c’est 5 700 000 francs nets de bénéfice. »
- M. Ménier, qui fait partie des 38 millions de Français ayant acheté son kilog, fut pris en y goûtant de la curiosité indiscrète de savoir ce qui pouvait bien entrer dans cette composition, qui ne lui rappelait en rien la saveur fraîche et parfumée des confitures de ménage.
- 11 se mit donc à y chercher les principes immédiats de la groseille, mais sans les rencontrer. En effet, voici les caractères comparatifs de la
- matière médicale, il connaît par le menu toutes les drogues enfermées jadis dans l’Arche, et qui tapissent aujourd’hui la surface du globe et le fond des mers. Aussi quelle ne fut pas sa stupéfaction en reconnaissant dans la figure 3 une plante marine de la famille des algues diatomées, plante des plus rares, qu’on a rencontrée une seule fois sur les côtes d’Angleterre, et qui ne se trouve habituellement qu’au Japon et dans la mer des Indes : c’est l’A-rachnoïdiscus japonicus.
- Par quel prodige celle-ci se trouvait-elle dans les susdites confitures, et quel singulier rapprochement pouvait-on faire entre une plante marine de la mer des Indes et de la gelée de groseilles! Le voici.
- 11 y a dans la mer un végétal, c’est le varech, la providence des matelassiers. Une espèce particulièrement, donne par ébullition une sorte de gelée visqueuse et gluante, dont la consistance rappelle de loin celle de la gelée de groseilles, et que quelques ménages plus économes que gourmets substituent au blanc d’œuf dans la confection des crèmes. C’est ce rapprochement qu’avait fait le confiturier en question. Un simple trait de génie, n’est-ce pas? Faire de la confiture de groseilles avec du varech, voilà une idée qui certes ne serait pas sortie de la tète du premier épicier venu. Il n’y avait malheureusement aucun doute à
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- avoir à cet égard, car l’objet représenté figure 1, et sur le support des diatomées (fig. 3), n’est autre qu’un morceau de ce varech.
- La consistance était trouvée; passons maintenant
- à la couleur. La confiture de groseilles est rouge, habituellement du moins. Or, pour colorer cette gelée colloïde, le fabricant n’avait que l’embarras du choix entre les produits tinctoriaux les plus variés,
- cochenille, fuchsine, aniline, alizarine, sureau, etc. ; mais, comme c’est un homme très économe, il est évident qu’il a dû recourir au moins cher de tous ces produits. La partie n’était pas aussi belle pour
- le chimiste, qui avait à tâtonner entre ces nombreuses substances. Heureusement, les corpuscules représentés figure 2 sont devenus entre ses mains le fil d’Ariane de cette seconde expertise.
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- Il ne faudrait pas être botaniste pour n’avoir pas reconnu dans ces petites sphères, recouvertes de fines aspérités et de poils, du pollen provenant d’une Heur quelconque. Le pollen est cette poussière colorée, que chacun connaît, qui saupoudre le bout des étamines.
- Or, tous les grains de pollen se ressemblent plus ou moins, mais dans certaines familles on peut les ; reconnaître à un caractère assez sûr et qui présente pour un même genre une grande fixité. Ce sont les dimensions. Le pollen de certaines plantes est petit, chez certaines autres il est volumineux; celui-ci se trouvait dans ce dernier cas. En le mesurant, M. Ménier acquit la certitude qu’il présentait absolument les dimensions du pollen des malvacées, et, après l’avoir comparé à d’autres grains provenant de fieurs connues, il vit que c’était manifestement du pollen de rose-trémière (Althea rosea) ; mais, probablement pour aviver la couleur, qui, avec la rose-trémière seule, eût été trop sombre, le fabricant avait ajouté une faible quantité de cochenille, dont M. Ménier reconnut la présence à certains caractères très délicats à apprécier.
- De l’eau, du varech et de la rose-trémière, cela ne fait pas encore de la confiture; il faut du sucre. Toujours guidé par les mêmes principes, l’auteur, qui doit avoir médité la célèbre loi d’économie de M. Milne-Edwards, trouvant le sucre trop dispendieux, l’a remplacé par de la glucose, et encore n’en a-t-il guère mis, 50 p. 100 seulement, le moins qu’il a pu. Le sucre de canne fait absolument défaut.
- Enfin, pour compléter le tableau, la faible acidité constatée dans ce singulier mélange est due à une addition d’acide tartrique, que les groseilles ne contiennent jamais, car leur acidité provient des acides citrique et malique. Pourquoi celte substitution? Simplement parce que l’acide tartrique est d’un vil prix et qu’on l’a sous la main, tandis que l’acide citrique est cher. Ce dernier détail exclut nécessairement la présence de la groseille, en quantité si minime que ce soit.
- Résumons. La substance que le professeur Ménier a étudiée, et qui continue à se vendre depuis sa publication, mais sous le titre modifié de gelée groseillée ; est-elle dans la catégorie des aliments sains et nourrissants? Assurément non. Au point de vue de la salubrité, nous devons faire observer qu’elle est d’une conservation très défectueuse, puisque M. Ménier affirme que, dans tous les échantillons qu’il a examinés, il a toujours trouvé une assez grande quantité de produits cryptogamiques, qui indiquent une altération, et que même cette altération est souvent sensible au goût. C’est sans doute pour cela que l’inventeur a du recourir à la fermeture hermétique des boîtes de fer-blanc. Un pareil produit constitue donc un aliment malsain.
- Est-il au moins nutritif, quand il est frais? Il est permis d’en douter; les pectines qui constituent la
- base des gelées de fruits contiennent déjà une forte proportion d’eau pour quelques éléments azotés, mais au moins leur incinération démontre que la quantité d’azote renfermée y est appréciable, tandis que dans la gelée de varech, il n’y en a pas du tout. Donner à un enfant une tartine de cette confiture équivaut donc à lui tremper son pain dans une eau à peine sucrée.
- Il y a donc là double tromperie, qui fait que vendre cette confiture, même sous le nom de gelée groseillée, constitue une fraude sur la nature et la qualité de la marchandise vendue. J’emprunte à M. Ménier sa conclusion :
- « Il n’est pas inutile, croyons-nous, de signaler « ces fraudes partout où elles se rencontrent, qu’elles « intéressent la médecine ou l’alimentation pu-« blique. Cette gelée de groseille à bon marché « s’adresse évidemment à la classe pauvre, qui l’uti-« lise souvent comme boisson rafraîchissante, délayée « dans l’eau dans le cas de maladie, ou comme ali-« ment journalier des enfants.
- « Ce qui nous surprend, c’est qu’elle n’ait pas « plus tôt attiré l’attention, depuis le temps qu’elle « s’étale impudemment aux portes de la plupart « des épiciers et marchands de comestibles de Paris « et de la province. »
- J’ajouterai, et je crois que le lecteur partagera mon impression, qu’à ne considérer la chose qu’au point de vue artistique, l’ingéniosité de ce fabricant ne laisse pas que de produire un certain étonnement, comparable à celui qu’on éprouve en regardant un filou détrousser un passant avec la dextérité d’un prestidigitateur, tandis que le mémoire de M. Ménier nous cause la satisfaction du gendarme qui arrive sur ces entrefaites. Au point de vue de la morale, l’homme, fût-il épicier, qui s’enrichit par de pareilles pratiques, mérite d’être stigmatisé et puni. Si j’étais préfet de police, j’offrirais à cet industriel quelques mois de prison pendant lesquels je le nourrirais avec ses propres confitures, et, bien qu’il soit défendu de cumuler, si j’étais ministre de l’instruction publique, j’enverrais les palmes d’officier d’académie à ce jeune et intelligent professeur, qui a déjà rendu au public plus d’un service en de semblables circonstances.
- Dr J. de B.
- LA PRODUCTION DU BLÉ
- AUX ÉTATS-UNIS (Suite, voy. p. 119.)
- Nous avons montré (n° 549, 7 février 1880), dans quelles énormes proportions s’était développée, depuis quelques années, la culturedublé aux Etats-Unis ; il nous reste à examiner l'influence qu’exercera sans doute cette exubérante production sur notre marché français.
- Il est clair qu’ayant eu deux mauvaises récoltes I en 1878 et en 1879, nous avions besoin de trouver
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- à l’étranger une quantité de céréales suffisante pour assurer notre alimentation et empêcher les prix de s’élever outre mesure ; si une cherté exceptionnelle était venue cette année ajouter ses souffrances à celles qu’a occasionnées un hiver d’une rigueur exceptionnelle, tout était à craindre ; cette crise difficile a été traversée heureusement, mais si la consommation n’a qu’à se louer d'avoir trouvé en Amérique le grain qui faisait défaut chez nous, le cultivateur fait entendre d’amères récriminations; autrefois, en effet, quand nos marchés étaient moins ouverts, le prix du grain s’élevait pendant les mauvaises années, et la culture trouvait dans des prix plus élevés une compensation aux faibles quantités récoltées.
- Aigris par les deux mauvaises récoltes qu’ils ont subies, les cultivateurs s’efforcent de faire revenir le gouvernement de la République aux idées protectionnistes; ils affirment ne pouvoir lutter contre des producteurs qui, ayant de la terre à bas prix, peu d’impôts, jettent sur le marché le grain et le bétail à des prix auxquels ils ne peuvent descendre; leurs plaintes sont vives, et il est à craindre qu’elles n’exercent une action décisive sur notre régime douanier, qui est précisément aujourd’hui en discussion au Parlement.
- Ces questions économiques divisent des esprits si impartiaux, elles sont liées à des intérêts si importants, qu’on ne saurait les aborder sans hésitation, quand on n’en a pas fait une étude spéciale ; aussi n’ai-je pas la prétention de les trancher dans les quelques lignes qui suivent ; je voudrais seulement éclairer les deux points suivants :
- 1° A quel prix peut arriver le blé américain sur le marché européen?
- 2° Ce prix étant établi, faut-il l’élever par un droit d’entrée ou bien le Parlement peut-il trou ver-un procédé plus efficace pour aider les cultivateurs à triompher de cette nouvelle concurrence?
- Un ingénieur distingué, M. Ronna1, vient de publier récemment un ouvrage intéressant : le Blé aux États-Unis d'Amériquei, dans lequel nous trouvons de précieux renseignements sur le sujet que nous avons abordé.
- Les grains de l’Ouest peuvent emprunter pour arriver en Europe plusieurs voies différentes; ils vont rejoindre par chemin de fer les Grands Lacs, et, en s’embarquant sur les canaux qui joignent le lac
- 1 J’ai été très frappé depuis longtemps de l’importance des expériences exécutées à Rothamsled par MM. Lawes et Gilbert; j’ai donné dans mon Cours de Chimie agricole, puis dans la Revue scientifique, des extraits des mémoires publiés par les savants agronomes anglais; j’avais reculé devant une traduction complète, elle a été exécutée par M. Ronna, il .y a quelques années, au grand avantage de tous les agronomes.
- - Berger-Levrault, 1880.—Le Blé aux États-Unis d’Amérique comprend une description géographique des États-Unis, dans laquelle l’auteur insiste particulièrement sur les productions agricoles ; le chapitre consacré au mode de vente des terres appartenant aux États devrait être particulièrement médité par nos administrateurs algériens ; on lira également avec intérêt les pages consacrées à la culture du froment.
- Erié à l’Hudson, ils arrivent à New-York; ce mode de transport n’est praticable que pendant l’été.
- Une autre voie, plus septentrionale, encore peu usitée, mais destinée sans doute à acquérir un trafic important pour la région fertile de la Rivière-Rouge, descend au lac Winnipeg. puis emprunte le fieuve Nelson et débouche dans la baie d’Hudson. Enfin, de grands travaux sont projetés sur le Missouri, le Mississipi, l’Ohio, pour faire descendre les blés avec une sécurité complète jusqu’à la Nouvelle-Orléans; ce mode de transit, malgré let difficultés qu’il présente encore, est déjà employé aujourd’hui sur une large échelle; c’est ainsi qu’en 1878 des expéditeurs de Davenport, dans l’iowa, ont décidé de faire remorquer sur le Mississipi des chalands chargés de 3600 hectolitres de blé jusqu’à la Nouvelle-Orléans, pour de là les expédier en Angleterre. Le coût du transport de Davenport, situé à 240 kilomètres à l’ouest de Cliieago, jusqu’à Liverpool, a été de 46 fr. 85 par 1000 kilogrammes.
- Quoi qu’il en soit, la voie la plus usitée est le chemin de fer de Chicago, le grand entrepôt de l’Ouest, à New-York.
- On sait combien les lignes de chemin de fer se sont multipliées aux États-Unis ; elles se font les unes aux autres une terrible concurrence, qu’activent encore les compagnies de transport par canaux et par rivières, aussi la tonne kilométrique est-elle tombée à un chiffre tel que beaucoup de compagnies ne donnent plus de dividendes à leurs actionnaires et payent à peine les intérêts de leurs obligations; les prix extrêmement bas auxquels les transports sont descendus aujourd’hui ne paraissent donc pas pouvoir être maintenus; quoi qu’il en soit, nous pouvons les prendre pour bases des calculs qui nous serviront à établir le prix auquel le blé est rendu actuellement à Liverpool.
- M. Ronna, auquel nous empruntons ce paragraphe, estime à 7 fr. 15 le prix de l’hectolitre de froment obtenu dans le Far-West et rendu à Chicago; de cette ville à New-York, sur un parcours de 2000 kilomètres, au prix de 80 centimes par sac de blé, tarif ruineux pour les compagnies, qui ne couvrent pas ainsi, par wagons ni par trains complets, la moitié de leurs frais d’exploitation, l’hectolitre de blé coûterait de transport entre la gare du Far-West et New-York 2 fr. 60.
- Les compagnies de navigation à vapeur, liées par
- La deuxième partie de l’ouvrage de M. Ronna traite des voies de communication : les fleuves, les canaux, les chemins de fer. Il y discute les prix auxquels les céréales peuvent atteindre les côtes de l’Atlantique suivant le mode de transport adopté.
- La statistique et le commerce forment la troisième et quatrième partie, et l’ensemble des documents laborieusement accumulés est résumé à la lin du volume, dans les conclusions.
- I.’ouvrage de M. Ronna est un exposé de faits qui paraissent puisés à des sources authentiques; il sera consulté avec fruit par les personnes qui se préoccupent de l’influence que la production des céréales de l’Amérique peut exercer sur nos cultures européennes.
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- traité avec celles des chemins de fer de New-York prennent tout chargement de blé, s’engageant à le livrer à quai à Liverpool moyennant un fret de 5 fr. 60 par hectolitre; il résulterait de ces chiffres que l’hectolitre de blé produit dans le .Minnesota, le Dakota, l’Iowa, reviendrait à quai à Liverpool à 15 fr. 50, et, en tenant compte des frais imprévus, à 16 francs.
- C’est là évidemment un chiffre très bas ; peut-on le considérer comme étant normal, comme devant servir de base aux décisions si graves qui vont être prises au moment des renouvellements des traités de commerce ? Nous ne le pensons pas.
- En effet, nous avons adopté le prix de revient de l’hectolitre de froment à 7 fr. 15, mais, pour l’établir ainsi, il faut admettre avec M. Donna que le rendement a été de 14 hectolitres à l’hectare, ce qui est exceptionnel pour l’Amérique ; il faut admettre en outre le voisinage immédiat d’un chemin de fer, sans cela les frais de transport de la ferme jusqu’à la gare peuvent être considérables; en France, où nous avons des routes excellentes, nous savons ce qu’il en coûte pour conduire des betteraves aux usines distantes de quelques kilomètres.
- Il est donc vraisemblable que ce prix de 7 fr. 15 pour la valeur du blé rendu à Chicago est exceptionnellement bas, et que très habituellement le prix sera plus élevé ; nous avons vu en outre que le transit de Chicago à New-York aux prix indiqués plus haut est ruineux pour les compagnies ; de telle sorte qu’en tenant compte de ces diverses circonstances, nous ne pensons pas que le prix de vente du blé américain en Europe puisse être au-dessous de 20 francs ; il est à remarquer en effet que cette année, malgré l’abondance de la récolte américaine, il est compris entre 22 et 25 francs ; pendant la dernière semaine, le prix moyen pour toute la France est de 51 fr. 78 par 100 kilos, ce qui est un peu supérieur aux chiffres précédents; ainsi, malgré des arrivages formidables 1 de blés américains, les cours n’ont pas été écrasés, comme on aurait pu le croire.
- Si nous admettons avec M. Ronna que le prix du froment américain soit à Liverpool de 16 francs, nous sommes conduits à conclure que ce prix n’a qu’une influence médiocre sur le marché, puisque le cours est resté de 5 francs plus élevé. Jusqu’à présent, le prix du froment n’est donc pas tel qu’il faille le relever par un supplément de droit, mais on envisage l’avenir et on s’effraie de ce qu’il réserve, on demande au Parlement de l’assurer par des droits protecteurs. Est-ce bien là ce qu’il faut lui demander, et ne pourrait-il pas servir plus efficacement la cause de l’agriculture par d’autres mesures que par celles que réclament avec tant d’énergie les protectionnistes ? P. P. Dehérain.
- — La fin prochainement. —
- 1 II est entré en France, du 1" août 1879 au 31 janvier dernier, 11 ‘252 970 quintaux métriques de blé; il n’en est sorti que 34 086.
- UNE
- EXCURSION AUX PYRAMIDES D’ÉGYPTE
- La Nature a souvent parlé des excursions au milieu des montagnes alpestres ou pyrénéennes et des voyages entrepris dans les pays lointains. La grande pyramide est si grandiose et si ancienne, qu’elle est digne de figurer parmi les œuvres naturelles, et qu’en la gravissant on a peine à croire que l’on fait l’ascension d’un monument humain. J’ai pensé que le récit succinct d’un voyage aux pyramides pourrait intéresser le lecteur.
- Les pyramides, quand on en approche, dominent de leur masse écrasante l’horizon du désert de sable. J’avais pris la résolution d’assister au spectacle du coucher du soleil au sommet de la pyramide de Giseh; mes compagnons et moi, quand nous approchâmes du gigantesque monument, nous fûmes aussitôt entourés par un grand nombre de Bédouins qui ont la garde et le monopole des pyramides. C’est une population déguenillée, qui sous le soleil du désert ne manque pas d’un certain aspect pittoresque. Comme j’essayais de monter les premiers gradins, les Bédouins vinrent à mon aide, et me saisissant, l’un d’eux par les mains, et un autre au-dessous me soulevant par les pieds, je pus franchir rapidement cet escalier de géants, dont les marches viennent à la hauteur de la ceinture. Quelques guides me précédaient sur les gradins supérieurs, dont ils faisaient l’ascension avec une remarquable dextérité.
- Arrivé au tiers environ de la hauteur, on visite la salle funéraire; précédés de flambeaux, nous entrâmes dans une sorte de crypte à voûte triangulaire, dont les parois de marbre portent une inscription française, souvenir de la campagne de Bonaparte. Il nous fallut ensuite exécuter un trajet périlleux, le dos courbé, les pieds posés sur deux étroits rebords, de chaque côté d’un abîme ouvert entre nos jambes. Les Bédouins nous soutenaient de leur mieux. A cet affreux chemin sans fond succède une galerie basse, où l’on rampe à grand’peine, car elle gravit une pente assez roide. On tourne prudemment autour d’un puits sans parapet. Enfin, poussé, tiré, plié en deux pour éviter les chocs, porté même sur de robustes épaules, on arrive à la grande salle, qui est petite, petite à ce point qu’on se demande si la pyramide ne recèle pas des mystères plus dignes d’elle. Plus de vingt millions de mètres cubes de pierres, entassées avec art, pour enfermer un caveau qui n’a pas plus de vingt-quatre mètres de tour! Avec la pyramide, on élèverait un mur de deux mètres qui ferait facilement le tour de la France.
- La sortie exigea les mêmes précautions que l’entrée. Je continuai mon ascension et je fus bientôt au faîte. La plate-forme est une œuvre du temps, et jadis la pointe aiguë des pyramides semblait couper l’azur. On s’y trouve à l’aise aujourd’hui, et
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- LA NATURE.
- l’on aperçoit au loin les terrasses du Caire, qui s’illuminent, tandis que le Nil paraît en feu sous l’action d’un soleil brûlant E
- Malheureusement, ces grandes pyramides, qui pendant des siècles ont affronté les injures du temps, deviennent chaque jour l’objet d’actes d’un vandalisme monstrueux, contre lequel on ne saurait trop vivemçjit protester.
- Lors de ma récente excursion, quatre ou cinq blocs ont été eidevés à la grande pyramide.
- J’ai vu à Daehour, place peu fréquentée, trois chameaux que l’on chargeait de pierres calcaires arrachées à la pyramide. En vain menaça-t-on les bandits qui travaillaient à cette œuvre de destruction de porter immédiatement plainte aux autorités, ils n’en continuèrent pas moins, et chaque bloc qu’ils arrachaient entraînait forcément la chute de deux ou trois autres.
- La pyramide voisine, qui fait un si bel effet, vue d’Helouan, est aussi en butte aux déprédations de quelques démolisseurs des environs. Sous la porte d’entrée, il manque plusieurs grands blocs, et tout autour du monument on en voit qui ont du être arrachés à coups de pic.
- Pareils faits s’accomplissent à Sakkarah et à May-doun, et si le gouvernement égyptien n’y met bon ordre, les pyramides seront peu à peu détruites et mises en ruines. J. C.
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- LES VIBRATIONS DES SURFACES LIQUIDES
- Molière, dans la comédie du Misanthrope, nous représente un personnage ridicule qui crache dans un puits pour faire des ronds. Tout le monde a remarqué ces ondes liquides se formant sur l’eau à partir du point où l’on a jeté une pierre, agrandissant successivement leur circonférence jusqu’à ce qu’elles s’éteignent par diminution de la force vive; c’est le meilleur exemple qu’on puisse donner pour faire comprendre la différence entre un mouvement d’émission et un mouvement d’ondulation. Qu’on laisse flotter un bouchon à quelque distance de la chute de la pierre, on verra les ondes concentriques l’atteindre, puis le dépasser, sans qu’il éprouve autre chose qu’une légère trépidation sur place. Si, au centre de l’orifice d’un puits, on fait tomber un filet d’eau, on aperçoit à la surface une double série d’ondes liquides, les unes partant du point central, les autres, plus faibles comme intensité, y revenant après réflexion contre les parois.
- Lorsqu’un obstacle fixe, comme un rocher vertical ou un mur, se trouve à assez petite distance du centre d’ébranlement de l’eau pour être choqué par les ondes liquides, on voit celles-ci revenir après réflexion, s’entre-croisant avec les ondes directes, et telles que les donnerait un second centre d’ébranlement symétrique du premier et situé de l’autre côté du mur. Une jolie expérience des cours
- 1 Yoy. la Vallée du Nil, par H. Caniraas et A. Lefebvre.
- de physique est de prendre une cuvette elliptique pleine de mercure et de faire tomber à l’un des foyers une fine pluie de gouttelettes de mercure. Les rides ondulatoires réfléchies contre les parois vont converger au second foyer, d’après la loi fondamentale de l’ellipse.
- Dans ce qui précède, il n’est question que des ondes, c’est-à-dire des ébranlements qui se déplacent à la surface d’un liquide. Mais, dans certaines circonstances, lorsque le liquide est contenu dans un vase d’une faible étendue, on voit sa surface se diviser en un certain nombre de parties vibrantes, les divisions entre ces parties restant fixes. C’est cet état particulier de la surface des liquides ébranlés qui fut étudié en Allemagne par les frères Weber et désigné par eux sous le nom d’oscillation fixe1. — Ils comparent les figures obtenues à celles trouvées par Chladni pour des plaques de bronze vibrantes. On sait que si on recouvre la surface de celles-ci de sable fin, on le voit osciller quand la plaque rend un son, la plaque se séparant en sections qui vibrent en sens contraire, de sorte que le sable abandonne les régions ébranlées et s’amasse en lignes nodales comprenant les points fixes et formant ainsi des figures d’autant plus compliquées que les vibrations sont plus rapides, que le son s’élève plus comparativement au son fondamental de la plaque. Dans ces derniers temps, en France, M. A. Barthélémy a publié dans les Annales de chimie et de physique, 5me série, t. I, un mémoire intitulé : Des vibrations communiquées aux nappes liquides de forme déterminée. 11 a examiné la forme de la surface du mercure vibrant dans des vases de formes rectangulaire, triangulaire, circulaire et elliptique; son procédé d’ébranlement est, au fond, un de ceux qu’employèrent les frères Weber, en mettant le vase à mercure sur un plan élastique qu’on choque à intervalles réguliers. M. Barthélemy place le vase contenant le liquide soit sur la caisse d’un diapason, soit sur la table d’harmonie d’un piano à queue, et fait vibrer le diapason ou une note convenable du piano. Il y a une analogie évidente avec les figures qu’on obtient en couvrant de poudre de lycopode un tambour de basque bien tendu et en le plaçant près d’un tuyau d’orgue chantant ou d’un fort timbre qu'on ébranle d’un coup d’archet. Le mode d’observation est une méthode optique très simple. Le mercure si brillant offre des lignes fixes qui restent peu éclairées, tandis que les parties en mouvement forment des miroirs concaves qui pourront envoyer par réflexion des faisceaux lumineux intenses. Un miroir plan reçoit un faisceau horizontal de rayons solaires et les dirige presque perpendiculairement sur la surface vibrante; puis les rayons réfléchis sont reçus sur un second miroir, ramenés à l’horizontalité et déviés par une lentille convergente, qui donne sur un écran une image nette de la surface liquide.
- 1 Wellenlehre auf Expérimenté, etc., Leipzig, 1825.
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- LA NATURE.
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- Tel était l’état de la question qui vient d'être reprise avec une autorité décisive par M. Lecliat. 11 a abordé le problème à la fois par ses deux faces, l’étude mathématique du mouvement vibratoire, puis la détermination expérimentale, permettant de rechercher jusqu’à quel point les faits sont d’accord avec la théorie.
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- CORRESPONDANCE
- l’éclairage des phares par le pétrole
- ET PAR LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- La Rochelle, 10 mars 1880.
- Monsieur le Rédacteur,
- La Chronique de la Nature du 7 février 1880 (p. 159) fait connaître qu’aux États-Unis l’huile minérale vient d’être substituée aux autres modes d'éclairage pour la plupart des phares de quatrième, cinquième et sixième ordre ; que tous ces feux eussent subi la même transformation si l’on n’avait pas été arrêté par la nécessité de faire subir quelques modifications aux réservoirs destinés à l’emmagasinement des huiles de chaque station.
- Tous les phares de France, depuis ceux de premier ordre jusqu’aux feux de port, sont éclairés depuis 1875 à l’huile minérale.
- On a employé tout d’abord l’huile connue sous le nom de paraffine d’Écosse, extraite du boghead, qui présente le précieux avantage de n’émettre des vapeurs inflammables qu’à une température de 60 à 70°.
- Ultérieurement, plusieurs fabricants français sont parvenus, en dirigeant convenablement la distillation du pétrole, à obtenir des produits qui remplissent les mêmes conditions et coûtent moins cher. Aujourd’hui tous les feux du littoral sont alimentés par des huiles minérales provenant de fabriques françaises.
- L’huile minérale revenant à un prix bien inférieur à l’huile de colza, le nouveau mode d’éclairage a entraîné une notable diminution de dépense. L’économie a été utilisée en partie à augmenter, dans l’intérêt de la navigation, l’intensité lumineuse des appareils. Elle est encore de plus de 400 000 francs par an, soit plus de 30 p. 100 sur l’éclairage à l’huile de colza.
- L’usage de l’huile minérale n’a pas occasionné un seul accident dans les phares, et, après quelques essais, on a même pu l’introduire dans les feux flottants. Le feu flottant de Rochebonne, mouillé à 53 milles (100 kilomètres) au large de La Rochelle, est éclairé depuis quelques mois à l’huile minérale
- Trois phares en France sont actuellement éclairés à la lumière électrique, laquelle permet d’atteindre, par un temps clair, des portées atteignant 70 milles. Ce sont les deux phares de la Hève, près du Havre, et du cap Gris-Nez, près de Boulogne. Plusieurs autres phares, notamment ceux des Baleines et de la Palmyre, dans la Charente-Inférieure, celui du Planier, en construction près de Marseille, recevront prochainement des appareils électriques.
- Veuillez agréer, etc.
- A. Thurninger,
- Ingénieur des ponts et chaussées.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du 27 février 1880. — M. Berthelot fait un exposé complet de ses recherches : 1° sur l’acide persulfurique et sur sa formation par l’électrolyse; 2“ sur la chaleur de formation de l’acide persulfurique ; 3° sur la décomposition de l’eau oxygénée en présence des alcalis et sur les dérivés du bioxyde de baryum. — M. Étard communique, en son nom et au nom de M. Cahours, un travail sur de nouveaux dérivés de la nicotine. — M. Pabst décrit un procédé de préparation continue de l’éthyle, qui est analogue à celui dont on fait usage pour la fabrication de l’éther sulfurique. — M. Schneider donne lecture d’un mémoire de M. U. Gayon, sur le glucose inactif ou sucre neutre. L’auteur rappelle qu’il a publié ses premières expériences dès le 2 mai 1878, et qu’il en a continué l’exposé dans le courant de la même année et en 1879 ; il signale les résultats qu’il a obtenus et qui sont pareils à ceux que M. Horsin-Déon a publiés le 5 août 1879. A la suite de cette communication, M. Horsin-Déon fait remarquer que ses expériences datent des années 1876-1877, comme le prouve un pli cacheté déposé à l’Académie en janvier 1877, et accepté dans la séance du 5 février, et du contenu duquel il donne lecture. Ce dépôt prouve la parfaite originalité de ses expériences et de ses conclusions. M. Horsin-Déon étudiera dans une prochaine note la différence qui existe entre les résultats de ses expériences et de celles de M. U. Gayon. — M. A. Bertrand, en étudiant l’action des chlorures de titane, d’étain et d’antimoine sur l’anhydride acétique, a constaté la formation de produits constituant des anhydrides mixtes analogues à celui qu’ont fait connaître MM. 'Friedel et Ladenburg, en faisant réagir le chlorure de silicium sur l’acide acétique.
- Société géologique de France. — Séance du 1er mars 1880. — M. Carez présente un travail de M. Aimera, intitulé De Monjuich. à Papiol, portant sur la géologie des environs de Barcelone. L’auteur fait connaître la présence du cambrien, composé de schistes maclifères, du silurien sans fossiles et du dévonien. — M. Fischer fait connaître un nouveau mammifère fossile des phosphorites du Quercy, YApterodon Gaudryi, représenté par une mandibule gauche conservée au Muséum d’histoire naturelle. — M. Vasseur fait connaître un nouveau genre de gastéropodes, qu’il a découvert aux environs de Nantes, dans les sables éocènes de Bois-Gouèt, près Saffré. Il propose pour ce genre le nom de Velainella. — M. Vélain, au nom de M. Munier-Chalmas, présente à la Société un genre nouveau de céphalopode, qui a été trouvé par lui à Ronca et par M. Vasseur à Bois-Gouët; dans cette dernière localité les exemplaires son d’une très belle conservation. Ce genre, voisin des Bayanotheutis M. Ch., appartient également à la famille des Belopteridœ, qui possèdent un siphon disposé comme celui des Spirulidœ. H propose de lui donner le nom de Vasseuria Mun. Ch. — M. Tournouër a étudié quelques huîtres caractéristiques de l’étage de Bazas (aquitanien), dans le Sud-Ouest, sur lesquelles on ne s'entend pas toujours. — M. R. Bréon adresse une note sur la présence du nickel et du rutile dans le filon de pyrite de Chizeuil (Saône-et-Loire).
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- LA NATURE.
- LÀ PHYSIQUE SANS APPAREILS
- Il y a une vingtaine d'années, Babinct, qui savait vulgariser la science et la faire aimer, publia dans le Magasin Pittoresque, sous le titre de Chimie sans laboratoire, plusieurs articles où il s’efforçait de décrire les moyens de répéter les expériences fondamentales de cette science, à l’aide de petits appareils très élémentaires et peu coûteux.
- Quand le célèbre astronome devint trop âgé, M. Édouard Charton voulut bien me confier le soin de continuer cette intéressante série d'articles, qui a eu le privilège d’attirer l’attenlion d’un certain
- nombre de chimistes et d’amateurs. Ce que nous avons fait ailleurs, il y a quelques années, pour la chimie, nous tenterons de le recommencer ici beaucoup plus sommairement pour la physique. Nous espérons que nos lecteurs voudront bien devenir nos collaborateurs, et compléter, au besoin, ce que nous aurons dit sur les moyens de faire des expériences instructives avec rien., ou du moins avec les objets usuels, que tout le monde a sous lu main.
- Le regretté Balard, que la science a perdu dans ces dernières années, excellait à faire de la chimie sans laboratoire; des tessons de bouteilles, des débris de vaisselle, tout lui était bon pour improviser des cornues, des matras ou des vases à précipiter
- Fig. 1. Ascension de l’eau déterminée dans un verre par la Fig. 2. Verre plein d’eau, retourné et fermé par une feuille de pression atmosphérique. papier que maintient la pression de l’air.
- et pour exécuter ainsi des travaux importants.
- Scheele, autrefois, opérait de même; il savait faire de grandes découvertes avec d’humbles outils, et à l’aide de bien faibles ressources. On ne saurait trop encourager les jeunes gens à savoir se servir de leurs mains, à devenir habiles dans l’art d’employer des outils et au besoin, d’en faire eux-mêmes. On ne saurait trop indiquer les moyens de devenir adroit et ingénieux.
- Il ne s’agira pas ici de faire des recherches, mais bien d’esquisser un programme d'enseignement, basé sur des expériences de physique amusante, exécutées sans appareils. La plupart de ces expériences sont assurément connues ; hâtons-nous de dire, que nous n’avons d’autre prétention que de les avoir recueillies et groupées pour les décrire. Nous devons ajouter que nous les avons toutes exécutées et vé-
- rifiées; le lecteur pourra les essayer avec toute certitude de succès.
- Supposons que nous nous adressions à un jeune auditoire, et que nous commencions notre cours de physique par des notions relatives à la pression de l’air. Un verre à pied, une assiette et de l’eau, serviront immédiatement à nos premières expérimentations.
- Voici une assiette, où je verse de l’eau, j’y enflamme du papier posé sur un petit flotteur de liège, et je coiffe la flamme au moyen d’un verre, que je retourne (fig. 1). Qu’arrive-t-il? L’eau monte dans le verre. Pourquoi ? Parce que le papier, en brûlant, ayant absorbé une partie de l’oxygène, et le volume du gaz confiné ayant diminué, la pression de l’air extérieur a refoulé le liquide.
- Je remplis d’eau un verre à pied, de telle façon
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- qu’il soit plein au ras du bord, je le couvre d’une feuille de papier qui adhère bien avec le bord du verre et avec la surface du liquide. Je retourne le verre ainsi rempli d’eau (fig. 2), la feuille de papier l’empêche de s’écouler, parce qu’elle est maintenue par la pression atmosphérique. Il arrive quelquefois que cette expérience ne réussit qu’après quelques tâtonnements de la part de l’opérateur, aussi est-il prudent de retourner le verre au-dessus d’une cuvette, afin que l’eau puisse tomber sans inconvénient, dans le cas d’insuccès.
- Ajoutons une carafe et un œuf dur à notre matériel, nous allons remplacer la machine pneumatique et faire bien facilement l’expérience du crève-vessie.
- J’enflamme du papier et je le fais brûler en le plongeant dans la carafe pleine d’air. Dès que le papier a brûlé quelques instants, je ferme l’ouverture de la carafe, à l’aide d’un œuf dur, que j’ai préalablement dépouillé de sa coquille, et de telle façon qu’il forme un bouchon hermétique. La combustion du papier a déterminé un vide dans l’air confiné de la carafe. L’œuf dur va être poussé par la pression atmosphérique extérieure ; le voilà qui s’allonge (fig. 3), qui se moule dans le goulot de la carafe; il est étiré et descend peu à peu... Tout à coup, il entre tout entier dans la bouteille, brusquement, en faisant entendre une petite détonation, semblable à celle que l’on obtient en donnant un
- Fig. 5. Œuf dur dépouillé de sa coquille entrant dans une carafe sous l’action de la pression atmosphérique.
- coup de poing dans un sac de papier gonflé d'air. Voilà la pression atmosphérique démontrée d’une façon manifeste et à bien peu de frais.
- La figure 4 représente l’expérience de la cloche à plongeur; elle est tellement simple qu’il n’est pas nécessaire de la décrire. Elle se rattache à celles qui sont relatives à la pression de l’air et à la compression des gaz. Deux ou trois mouches ont été introduites dans le verre, et, en y voltigeant, elles prouvent qu’elles se trouvent fort à l’aise dans cet espace légèrement comprimé.
- Si Ton voulait pousser un peu plus loin la leçon relative à la pression atmosphérique, il serait facile de compléter les objets précédents par un tube de verre bouché et un certain volume de mercure; on aurait ainsi les éléments nécessaires pour faire les expériences de Toricelli et de
- Fig. i. Expérience de la cloche à plongeur exécutée avec un verre à pied et un bassin de verre rempli d’eau.
- Pascal, et pour expliquer facilement le baromètre.
- Un jouet bien connu des écoliers, le tire-pavé, pourrait encore être l’objet de nombreuses dissertations sur le vide et la pression de l’air. On sait que cet objet est formé d’une rondelle de cuir mouillé, au milieu de laquelle est attachée une cordelette. Cette rondelle, appliquée sur un pavé, est pressée sous le pied. Quand on tire la cordelette, la rondelle de cuir forme ventouse, et on a beaucoup de peine à la séparer du pavé, quelle peut soulever. Ce petit appareil remplace, comme on le voit, les hémisphères de Magdebourg.
- Il n’est pas de branche de la physique où l’on ne trouve ainsi des sujets d’expérimentation accessibles à tout le monde. C’est ce que nous nous promettons de mieux démontrer dans la suite.
- Nous ne voulons pas prolonger aujourd’hui le récit
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- LA NATURE.
- d’expériences de ce genre; nous en réservons quelques autres, peut-être un peu moins connues, pour une prochaine livraison.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- BIBLIOGRAPHIE
- Eaux d'égout de Paris. Travaux du Comité de défense contre les projets de déboisement et d’irrigation de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, 1 vol. in-8. Saint-Germain, imprimerie 1). Bardin, 1880.
- On sait que les ingénieurs de la ville de Paris ont émis le projet d’organiser dans la forêt de Saint-Germain un système d’irrigation par les eaux d’égout, comme cela se pratique à Gennevillers. Les habitants des communes qui entourent la forêt protestent avec énergie contre ce projet de transport dans leur voisinage d’un foyer d’infection, et il semble évident qu’ils n’ont pas tort en ce qui concerne leurs intérêts. Le livre que nous annonçons est rempli de documents instructifs et intéressants; nous y avons particulièrement remarqué les travaux de M. Duverdy, qui s’est fait l’éloquent défenseur des intérêts de Maisons-sur-Seine.
- Comment se font les miracles en dehors de l'Église, par W. de Fonvielle, 1 vol. in-18, 2” édition. Paris, Maurice Dreyfous.
- Il ne s’agit ici que des mystifications des spirites, des exploits des Home ou des Davenport, des jongleries des guérisseurs et de tous les charlatans qui exploitent la crédulité humaine en faisant tourner les tables et en évoquant les esprits. L’auteur explique tous ces miracles de faux prophètes, et il montre le dessous des cartes avec beaucoup de perspicacité. Le livre est d’une lecture attachante et instructive.
- Matériaux pour l’histoire des temps quaternaires, par Albert Gaudry, 2e fascicule, 1 broch. in-4°. Paris,
- F. Savy, 1880.
- Calendrier météorologique pour 1880, 1 broch. in-fol. avec tableau pour les observations mensuelles. Paris, Secretan.
- Nouveau dictionnaire de Géographie universelle, par M. Vivien de Saint-Martin, publié en livraisons in-4°. Le 12e et le 13e fascicule de cette œuvre considérable viennent de paraître. Paris, Hachette et Cie, 1880.
- CHRONIQUE
- La lumière électrique et les végétaux. — L’attention de la Royal Society d’Angleterre vient d’être I appelée sur une découverte assez singulière, qui sera sans, doute utilisée pour l’horticulture. Il s’agit de l’influence de la lumière électrique sur les végétaux. A la suite d’expériences faites pendant plusieurs mois par le docteur Siemens aux environs de Londres, il a été reconnu que les plantes et les fleurs exposées pendant la nuit à la lumière électrique poussent et prospèrent beaucoup mieux que celles qu’on laisse simplement exposées à la lumière du jour et qui restent la nuit dans l’obscurité. Pour montrer combien l’influence de la lumière électrique se fait sentir rapidement sur les fleurs, le docteur Siemens a placé sur une table, dans la salle de conférences de la Royal Society, un pot de tulipes en bouton; ces tulipes
- ont été soumises aux rayons d’une lampe électrique. Au bout de quarante minutes, elles étaient complètement épanouies.
- Cuir d’alligator. — On tanne annuellement de 17 000 à 20 000 peaux d’alligator, et on les emploie dans la fabrication des chaussures, notamment aux États-Unis, à Londres et à Hambourg. La matière première est fournie par les alligators de la Floride, et Jacksonville est, dans cet Etat, le marché le plus important. Les animaux écorchés, on met de côté le ventre et les flancs, qui seuls peuvent être utilisés : on les entasse dans des tonneaux remplis d’une forte saumure pour les expédier aux tanneurs du Nord, de Boston notamment. Ceux-ci soumettent les peaux à un traitement de six à huit mois avant de les livrer au commerce. On fait, avec ce cuir, des bottes pour hommes et pour dames, des articles de voyage, sacs, porte-monnaie, porte-cigares, etc., tous objets qui se recommandent par leur solidité.
- NOUVELLES
- La chambre de commerce de Paris a désigné M. Gavorel comme délégué de l’industrie parisienne à Melbourne.
- — Une intéressante expérience téléphonique a été faite, le
- 25 janvier, entre le bureau télégraphique de la rive gauche du Missouri, en face d’Omaha, et le bureau de l’American-Union à Saint-Louis; ces deux points sont situés à OtàQ kilomètres l’un de l’autre. '
- — On a reçu à Rome des nouvelles de l’expédition italienne qui se dirige vers le centre de l’Afrique. Le prince de Borghèse, chef de cette expédition, et le docteur Maleucci ont été, à leur passage au Caire, reçus par le khédive et le gouverneur du Soudan, qui leur ont remis des lettres pour le sultan du AVadaï, pays que doivent traverser les explorateurs.
- — A Berlin, la municipalité a récemment accordé la concession pour l’établissement d’un chemin de fer électrique semblable à celui que nous avons décrit (n° 347 du 24 janvier 1880, p. 119). La ligne partira de la place de Belle-Alliance, pour aboutir à la place ÀVidding.
- — Le président des États-Unis, M. Bayes, vient d’adresser au Sénat de Washington un message, dans lequel il expose que les intérêts politiques de son pays demandent que le canal maritime de Panama soit placé sous le contrôle américain. Les Etats-Unis ne sauraient consentir à céder ce contrôle à une puissance européenne, non plus qu’à une combinaison de puissances européennes.
- — Sous le titre de Ciel et Terre, plusieurs membres de l’Observatoire royal de Bruxelles viennent de publier la première livraison d’une revue populaire d’astronomie et de météorologie qui paraît en Belgique; nous souhaitons grand succès à ce nouveau et utile recueil.
- — L’emplacement du grand observatoire qui sera créé en France, grâce à la munificence de M. Bischoffshcim, a été choisi sur le Mont des Mignons,à 500 mètres au-dessus de Nice. Il comprendra une étendue considérable, dont ce protecteur de l’astronomie a déjà fait l’acquisition.
- ACADÉMIE DES SCIENCES,
- Séance du 15 mars 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- Origine du système solaire. — L’examen de la théorie cosmogonique de Laplace fournit à M. Faye la substance d’une longue communication. Le savant astronome montre comment les progrès de la science rendent inacceptables plusieurs points de cette théorie, qui, à l’époque de Laplace, ont été l’objet du consentement de tous. Le principal est relatif au sens de rotation des planètes et de leurs satellites. Laplace croyait que ce sens est le même pour tous les astres de notre système, et la supposition d’anneaux se détachant de la nébuleuse primitive au fur et à
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- mesure de sa contraction rend celte condition tout à lait nécessaire. Or, on sait maintenant qu’il n’en est rien, les satellites d’Uranus et ceux de Neptune étant animés d’un mouvement rétrograde. Il faut aussi, dans la manière de voir examinée, que les satellites exécutent leur révolution en plus de temps que la planète qu’ils accompagnent n en met à tourner sur elle-même; or, les satellites nouvellement découverts de Mars n’obéissent pas à cette prétendue loi. Enfin M. Faye insiste sur ce l'ait, que la possibilité même de la formation d’anneaux successifs aux dépens de la nébuleuse n’a jamais été prouvée. 11 devient donc nécessaire d’abandonner une partie de la théprie de Laplace, et M. Faye promet de proposer très prochainement une nouvelle manière de voir sur ce grave sujet.
- Élection de candidats.— L’Académie ayant à fournir à M. le ministre de F Instruction publique une liste de deux candidats à une place d’astronome à l’Observatoire, elle désigne, pour le premier rang, M. Périgaud,par 41 suffrages sur 48 votants. Le deuxième rang est attribué à M. Per-rotin, par 41 bulletins sur 51 votants.
- Pluie de cendres. — Nos lecteurs ont déjà été entretenus avec détails de la pluie de cendres volcaniques survenue à la Dominique en janvier dernier. M. L. Sert adresse, par l’entremise de M. Paubrée, des échantillons des substances recueillies. L’eau, analysée au bureau d’essais de l’École des mines, s’est montrée très riche en chlorure de potassium. Ce qui domine dans la portion solide, ce sont des silicates (feldspaths et pyroxène) et de la pyrite en cristaux cubiques parfaitement nets.
- Analyse minéralogique. — Pour séparer les uns des autres des minerais plus lourds et moins lourds que le quartz, M. Bréon jette le mélange dans un bain en fusion de chlorure de zinc et de chlorure de plomb. Les grains les plus denses tombent au fond du bain, tandis que les autres surnagent.
- Nouveau télé-microphone. — M. Paul Bert lit la description d’un appareil qui permet : 1° de renforcer les vibrations sonores de la parole ; 2° de recueillir ces vibrations à plusieurs mètres de la personne qui parle. Cet important résultat tient à deux modifications importantes des appareils téléphoniques ordinaires. La première consiste dans la substitution d’une lame de caoutchouc durci, et relativement épaisse, à la mince membrane employée d’habitude ; l’autre réside dans le mode de réglage descharbons du microphone. Le charbon fixe passe au travers de la lame de caoutchouc, l’autre est porté par une petite tige de fer dont la mobilité dépend de la distance à laquelle on arrête un petit aimant qui fait partie du mécanisme. L'auteur insiste sur la simplicité et la précision de ce mode tout nouveau de réglage, bien préférable aux diverses sortés de ressorts jusqu’ici proposés. Il va sans dire que les variations du courant engendré par les vibrations sont transmises à un récepteur convenablement disposé.
- Parmi les effets du nouvel instrument, M. Bert signale l’absence des crachements et des bruits de courant. La voix, loin d’avoir le timbre désagréable de la plupart des téléphones, n’est presque pas altérée. On obtient une excellente transmission, même si l’on parle à voix basse auprès de l’appareil. Enfin, si l’on parle haut, on peut se tenir à 4 ou 5 mètres de la lame vibrante et obtenir néanmoins une transmission parfaite.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE FÉVRIER 1880
- Le régime anticyclonique, dont l’influence s’est manifestée par les froids extraordinaires de décembre et de janvier, cesse seulement le 7 février.
- 4re décade. — Une zone de pressions élevées couvre la France du 1er au 5, s’étendant vers l’est de l’Europe, où elle disparaît le 8. A partir du 6, les basses pressions se montrent à l’ouest de nos côtes de Bretagne et s’avancent graduellement vers nous. Aussi le temps, qui a été beau en France du 1er au 6, se couvre bientôt, devient pluvieux le 6 en Bretagne, le 7, sur le nord et l’ouest de la France, puis les pluies se généralisent sur tout le territoire, sous l’influence d’une dépression importante dont le centre est bien visible, le 9, au N.-O. de l’Angleterre (755 millimètres). La température, basse les six premiers jours, se rapproche bientôt de la normale, et les pluies tombées dans cette décade atteignent 8 millimètres à Saint-Maur.
- 2e décade. — L’atmosphère est très troublée à l’ouest des côtes d’Europe, les cyclones passent près de nous marchant du Sud au Nord; ils amènent des vents forts avec mer grosse. La trajectoire de ces bourrasques se rapproche bientôt, et dès le 15, le centre d’un cyclone important, bien visible sur les cartes, apparaît au sud-ouest des îles Britanniques.
- Il longe lentement les côtes anglaises, passe successivement à l’ouest de l’Irlande, près des Hébrides, et enfin au nord de l’Ecosse, où nous le trouvons le 20 ; alors il commence à perdre un peu de son intensité, pour se réduire, le 22, en plusieurs mouvements secondaires. Le baromètre a été très bas et la température très élevée en France pendant toute cette période, les vents de Sud ont régné, il est tombé en un seul jour (le 17) plus de 40 millimètres d’eau à Cherbourg, et le total des pluies recueillies à Saint-Maur a été de 24 millimètres. Au centre et à l’est de l’Europe, les fortes pressions avec temps sec et froid ont au contraire continué et le baromètre atteignait le 17 la hauteur de 787 millimètres à Arkangel; le lendemain 18, le froid était dans cette station de — 56°, tandis que le thermomètre marquait — 30° à Kiew et — 27° à Moscou.
- 3e décade. — L’atmosphère est moins tourmentée, les gradients sont faibles et de fortes pressions apparaissent à l’ouest de l’Europe le 25 et le 26. A partir de cette date, des bourrasques importantes sévissent sur les régions nord de l’Europe, et un centre de tempête bien caractérisé existe près de la Baltique les 27, 28 et 29. La température, froide le 25 et le 26, est élevée au commencement et à la fin de cette décade,' et le total de la pluie recueillie à Saint-Maur est de 8 millimètres.
- En résumé, la moyenne des hauteurs baromé-* triques, ramenées au niveau de la mer, a été à Paris de 762 millimètres, avec un minimum voisin de 741 (Io 17), et un maximum voisin de 775 (le 3). Le thermomètre, à l’observatoire de Saint-Maur, est descendu jusqu’à —7° (le 5), il a atteint 16° (le 19).
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- LA NATURE
- Il est tombé en tout 40 millimètres d’eau. En somme le mois, tout en restant sensiblement normal, a été un peu chaud, pluvieux, et à pression barométrique supérieure à la moyenne.
- M. Rayet, directeur de l’observatoire de Bordeaux, a constaté à la station Bordeaux-FIoirac une moyenne des miiiima de 5°,7 et une moyenne des maxima de 15°,5. Il a recueilli dans ce mois 47 mil-
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN FÉVRIER 1880 D’après le Bureau central météorologique de' France (Réduction 1/8).
- Dimanche 1
- Lundi 1
- Mardi 3
- Mercredi 4*
- Jeudi 5
- Lundi 23
- Jeudi 2$
- M ardi 2V
- limètres d’eau. Le minimum absolu des températures, —1°,2, s’est présenté le 5, et le maximum, -J- 20°,5, a eu lieu le 19. Ces deux extrêmes de température ont donc été constatés les mêmes jours qu’à Paris.
- A Avignon, M. Giraud, directeur de l’École normale, et qui a établi dans cette ville une station
- Mercredi 2S
- météorologique excellente, a constaté un v minimum de — 2°,6 le 6, et un maximum de 19° le 21. Il a recueilli 51 millimètres d’eau, quantité supérieure de 5 millimètres à la moyenne depuis 1875. E. Fhon.
- Le Propriétaire-Gérant : G. T iss an dieu . Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
- Dimanche 29
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- LE TATOUAGE EN CHINE ET AU JAPON
- L’action de se farder et de se tatouer est très usitée dans l’Extrême Orient. Mais les dames chinoises et japonaises ne se peignent pas le visage de la même manière que les dames européennes. Une couche uniforme de blanc recouvre toute la figure et tout le cou; au Japon, cependant, on fait une exception pour deux ou trois points angulaires de la peau, naturellement brune; ces points, situés sur le cou, ne sont pas peints, et doivent ainsi former des contrastes. Une fois la face blanchie, une teinte de rouge est passée sur les joues, au-dessous de chaque œil. Ensuite on colore les lèvres en rose avec du magenta. Au Japon, on étend sur les
- Fig. 1. Maquillage d’un acteur japonais; raies rouges sur fond blanc. (D'après une gravure japonaise.)
- lèvres une couche si épaisse de cette couleur, qu’elle cesse de paraître rouge, et tire sur le vert métallique irisé, teinte de la couleur d’aniline cristallisée. Dans les livres coloriés du Japon moderne, on peut voir parfois les lèvres des jeunes filles ainsi peintes en vert. Je suppose qu’en appliquant sur la peau d’aussi épaisses couches de peinture, on veut montrer, par vanité, qu’on ne tient aucun compte de la dépense. C’est un fait curieux, que la propagation si rapide de la couleur d’aniline parmi les Chinoises et les Japonaises. En Chine, du moins, on ne devait guère s’y attendre ; malgré cela,l’aniline parait y avoir supplanté l’ancien rouge; on la vend étendue sur des rouleaux, avec des caractères chinois, à Canton et au Japon.
- Cet usage de peindre la figure semble avoir la même origine que les bariolages des sauvages, dont il est sans doute la continuation directe. Il est analogue à l’habitude de se peindre, qu’ont nos clowns,
- 8* «Bée. — 1er sem-.ilre.
- quand ils doivent jouer une pantomime. En Chine, les visages des hommes (par opposition à ceux des femmes) ne sont peints, à ce qu’il paraît, ni sur la scène ni ailleurs, mais au Japon, dans certaines pièces de théâtre, les acteurs se peignent la face de larges raies rouges, tracées d’ordinaire aux deux côtés des yeux. Ce mode de peinture est exactement celui des sauvages (fig. 1). On remarque encore qu’employé par les adultes qui paraissent sur la scène, il est appliqué ailleurs à l’enjolivement des petits enfants. On peut aisément, aux jours de grandes fêtes, voir des enfants, soigneusement attifés par leurs parents, recevoir en outre une ou deux raies transversales, d’un rouge éclatant, partant du coin de chaque œil ou commencées à peu près dans cette partie du visage.
- Fig, 2. Tête d’un mannequin destiné à être brûlé pendant les cérémonies de funérailles en Chine.
- Il est possible que ce genre de peinture ait existé dans l’ancienne Chine. Lorsque, jadis, on enterrait dans cette contrée un homme de distinction, un certain nombre de ses serviteurs étaient tenus de le suivre dans la tombe. Aujourd’hui, l’on brûle, pendant les funérailles, des mannequins en carton et en papier, hauts d’environ trois pieds et dont la figure est peinte comme celle que nous représentons ci-dessus (fig. 2); on les consume dans de petits fourneaux préparés à cet effet sur les temples, en même temps que des charretées de cartonnages semblables, envoyés par les survivants à l’usage du défunt dans l’autre monde. Autrefois, au Japon, on enterrait pareillement, avec les grands hommes défunts, des figurines en argile.
- Moseley,
- Membre de l’expédition du Challenger.
- 17
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- LA NATURE.
- U PRODUCTION DU BLÉ
- AUX ÉTATS-UNIS
- (Suite et fin. — Vov. p. 149 et 246.)
- 11 est clair que si on réussissait à produire le froment à un prix plus bas que par le passé, on trouverait encore bénéfice à le cultiver, bien qu’on le vendit à un prix peu élevé ; que faire pour y réussir?
- Ici tout le monde est d’accord; augmenter le produit sur une surface donnée, de telle sorte que les frais généraux : impôts, loyer, qui grèvent le produit obtenu, se trouvent être diminués par leur répartition sur un produit plus fort.
- Que faire pour augmenter le produit : employer de meilleures machines, employer une plus grande quantité d’engrais !
- C’est ce point surtout que je voudrais discuter, parce que les nombreuses expériences que j’ai exécutées à l’École de Grignon, depuis une quinzaine d’années, me permettent d’en parler avec quelque compétence.
- D’abord il convient de ne pas se faire d’illusion; ce qui détermine l’abondance de la récolte, c’est, avant tout : la répartition convenable de la pluie, de la lumière et de la chaleur; nous ne pouvons que nous soumettre à ces conditions favorables ou fâcheuses, et, dans notre région septentrionale, nous n’avons aucun moyen de réagir contre de mauvaises influences climatériques, ainsi qu’on l’a malheureusement trop bien vu pendant ces deux dernières années.
- Nous sommes libres, en revanche, d’employer des quantités d’engrais variables, de les répandre avec parcimonie ou avec profusion.
- Pouvons-nous espérer, par un emploi plus judicieux des engrais, abaisser le prix de revient de l’hectolitre, et trouver comme on le professe souvent les gros profits en faisant au sol de plus larges avances? Peut-être les lecteurs de la Nature ont-ils encore présents à l’esprit les résultats de nos cultures du champ d’expériences de Grignon (7° ann., 1er sem., p. 274-315), qui démontrent clairement qu’on atteint très vite une limite au delà de laquelle l’emploi d’un supplément d’engrais n’est plus avantageux. On pourrait peut-être penser cependant que les circonstances dans lesquelles nous sommes placés à Grignon sont exceptionnelles et que dans d’autres conditions on obtiendrait des résultats différents; aussi, au lieu de puiser des exemples dans les expériences qui nous sont personnelles, nous reproduirons ici quelques passages d’une conférence faite par M. J. B. Lawes dans le courant de l’année dernière, conférence dont nous avons publié une traduction dans le numéro d’octobre 1879 des Annales agronomiques.
- Le tableau suivant donne les effets comparatifs de quantités croissantes d’engrais chimiques composés de sulfate d’ammoniaque, de superphosphate
- de chaux et de sels de potasse et de magnésie données sur des récoltes de blé et d’orge.
- MOYENNE ANNUELLE
- à l’he ctare.
- GRAIN PAILLE
- Blé. — '27 ans (1852-1878).
- Engrais minéral complexe seul hectol. kilogr.
- (sans engrais azoté) 14,1 1691
- — 224 kil. sels ammoniacaux. 22,0 2850
- — 448 — — 29,8 4229
- — 670 - — 53,0 5049
- Orge. — 6 ans (1852-1857).
- Superphosphate de chaux seul... — 224 kil. sels ammoniacaux. 28,3 2067
- 40,8 5566
- — 448 — — 44,3 4256
- Nous voyons que, par l’addition de 224 kilos de sels ammoniacaux à l’engrais minéral complexe répandu sur toutes les parcelles, la récolte augmente de 8 hectolitres ; pour la quantité double de sels, la récolte monte proportionnellement à l’engrais, elle devient 29 hectol. 8, en excès de 7 hectol 8 sur le rendement obtenu avec la première fumure; mais pour une quantité d’engrais tiiple de la première dose, la récolte est seulement de 33 hectolitres, tandis que si la marche ascensionnelle eût été régulière, elle aurait atteint le chiffre de 37 hectol. 8 ; aussi, en employant un excédant de fumure de 224 kilos de sels ammoniacaux sur les 448 donnés aux parcelles précédentes, on n’obtient plus qu’un excédant de récolte de 3 hectolitres.
- Si l’on considère la dose de 448 kilos comme quantité maximum rémunératrice, le prix du blé étant de 20 fr. 65 l’hectolitre, il est difficile de voir comment on peut proposer l’application d’une plus forte quantité d’engrais, parce que le prix de l’hectolitre de blé est descendu à i 7 francs ; comment il serait utile d’augmenter les dépenses pour produire une plus grande quantité d’une marchandise de moindre valeur.
- C’est ce qui ressort nettement du petit tableau suivant :
- Blr à '20 fr. 65 l’hectolitre.
- Prix Supplément Valeur
- liugra is employé. île de du Bénéfice.
- l’engrai: 5. récolte, supplément.
- fr. hectol. fr. fr.
- 224 kil. sels ammonia
- eaux à 55 fr. 123 7,9 163,5 40,1
- 448 — — 246 15,7 524,2 + 78,1
- 672 - — 369 18,9 380,5 + 11,3
- 1lié. à 17 francs l’hectolitre.
- 224 — 125 7,9 154,5 -f 11.5
- 448 — — 246 15,7 266,9 + 20,9
- 678 — — 369 18,9 321,3 47,7
- Si donc l’emploi de doses modérées d’engrais est avantageux, les doses plus fortes deviennent onéreuses, surtout quand le prix du produit obtenu est faible, mais elles deviennent onéreuses, remarquons-
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- LA NATURE.
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- le bien, parce que le prix de l’engrais est élevé ; il est clair que si sa valeur diminuait, remploi de doses plus fortes serait encore avantageux; si, par exemple, on avait 53 hectolitres de froment en dépensant 185 francs au lieu de 369, on aurait un bénéfice considérable : la question est donc d'obtenir l’engrais au meilleur marché possible.
- Or, on ne voit pas que le prix des engrais chimiques puisse beaucoup baisser; le prix du fumier seul est variable, et peut devenir faible si les spéculations animales sont bien conduites. La raison qui m’a toujours porté à conseiller la culture à l’aide du fumier de ferme, plutôt que la culture soutenue par les engrais chimiques, est précisément dans ce bas prix que peut atteindre le fumier ; et, si nous nous sommes bien fait comprendre, on reconnaît que le point capital est d’obtenir le fumier à un prix aussi bas que possible. Or, l’expérience est faite: c’est dans les étables d’engraissement qu’on produit le meilleur fumier au prix le plus bas ; les fermes dans lesquelles l’engraissement est bien conduit sont souvent dans un état d’admirable prospérité ; c’est ce qui apparaît avec une parfaite netteté dans les récits si instructifs des voyages que mon collègue M. Dubost fait chaque année avec nos élèves de l’école de Grignon, et notamment dans le compte rendu du voyage de 1879, qui a eu lieu en Picardie et dans les Flandres *.
- Comment cette industrie de l’engraissement s’est-elle établie si avantageusement dans cette région? C’est que la nourriture pour le bétail y est abondante, par suite de la culture de la betterave.
- C’est à répandre le plus possible cette culture qu’il faut tendre; la prospérité des pays qui l’ont introduite depuis trente ou quarante ans est une preuve décisive de l’influence heureuse qu’elle exerce ; la betterave supporte très bien d’abondantes fumures, et la récolte s’élève avec ces fumures, sans que la qualité de la racine en souffre, à la condition que les betteraves soient maintenues à de faibles distances ; on peut facilement obtenir dans ces conditions de 50 à 60000 kilogrammes de racines à l’hectare, qui, à 20 francs la tonne, donnent déjà une rémunération suffisante pour payer les engrais, la main-d’œuvre et les pulpes qui reviennent à la ferme; c’est avec ces pulpes qu’a lieu l’engraissement, source de profit; ce n’est pas tout, la terre qui a porté la betterave est dans un excellent état pour donner du blé ; sans qu’on fasse la moindre nouvelle dépense d’engrais, on obtient aisément de 30 à 55 hectolitres à l’hectare, c’est-à-dire qu’on fait en grains seulement de 600 à 700 francs, en comptant seulement le blé à 20 francs l’hectolitre ; la région du Nord, dans laquelle ce mode de culture est suivi depuis plusieurs années, est certainement la plus riche de notre pays; pourquoi les autres parties de la France n’imiteraient-elles pas ce que font si heureusement le Nord, la Somme et le Pas-
- 1 l’ne brochure in-8\ G. Masson.
- de-Calais? on y tend, à coup sûr; le nombre des sucreries augmente, mais il augmente lentement, car la production est beaucoup plus rapide que la consommation ; nous faisons plus de sucre que nous n’en consommons, la consommation étant arrêtée par des droits exorbitants.
- On a demandé au Parlement de dégréver, mais on l’a demandé sans énergie. Si on avait dirigé la campagne qu’on fait actuellement pour obtenir des droits compensateurs sur le blé vers un important dégrèvement du sucre, on aurait sans doute réussi, car on n’aurait pas rencontré une préoccupation absolument légitime de la part d’un gouvernement sage, ne pas élever artificiellement le prix d’une denrée nécessaire à l’alimentation publique.
- Il est encore un point sur lequel nous insisterons en finissant; les États-Unis, qui exportent de si grandes quantités de froment, importent au contraire la plus grande partie du sucre nécessaire à leur consommation; malgré de grands efforts, les cultivateurs américains ont échoué, jusqu’à présent, dans les essais de culture de la betterave1; et le sucre actuellement consommé dans l’Union provient exclusivement de la canne, dont la culture n’est possible qu’en Louisiane. Or cette culture est loin d’avoir repris, depuis la guerre, l’état prospère qu’elle avait autrefois; ce sont les Antilles qui fournissent à l’Union le sucre qu’elle consomme. Nous pouvons, à coup sûr, participer à cette importation ; mais il faut pour cela que notre, production s’accroisse encore, et, pour qu’elle devienne plus abondante, il faut que la consommation la sollicite. Il me paraît évident que si le sucre, qui revient souvent dans les usines à 60 ou 70 francs les 100 kilos, était vendu au détail au-dessous de 1 franc le kilo, la consommation s’accroîtrait très rapidement, les sucreries deviendraient plus nombreuses, la culture de la betterave se répandrait infiniment plus vite qu’elle ne le fait aujourd’hui, et avec elle la production du fumier à bon marché, qui est la condition d’une production économique du froment.
- Ce n’est donc pas un droit d’entrée sur le froment qu’il faut réclamer avec énergie, mais un important dégrèvement sur l’impôt, qui arrête la consommation du sucre. Je ne crois pas qu’il puisse y avoir actuellement une mesure qui serve plus efficacement les intérêts de l’agriculture française.
- P. Dehérain.
- HISTOIRE DE U MACHINE A VAPEUR*
- Depuis la Notice historique sur les machines à vapeur de François Arago, notice publiée pour la première fois dans l’Annuaire du Bureau des longi-
- 1 Voyez Annales agronomiques, tome V, p. 308 (1879).
- 2 2 vol. in-8°, par R. Thurston, professeur de mécanique à rin-titut polytechnique Stevens, à Hoboken, près New-York »
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- LA NATUR'E.
- tudes de 1829 et rééditée à plusieurs reprises, nous n’avions aucun livre en France traitant l’histoire de la machine à vapeur d’une manière aussi complète
- Fig. 1. t.’Oruk'or amphibolis d'Evans, 18"l.
- que l’ouvrage récemment publié par un savant spécialiste américain, M. Thurston.
- Fig. 2. Miller, Taylor et Synimington, 178S.
- La machine à vapeur, sous ses trois formes : machine fixe, machine locomotive, bateau à vapeur, a
- Steamer à hélice de Stevens, 1804.
- révolutionné le monde depuis un demi-siècle, et faire son histoire, c’est faire l’histoire du progrès
- Revu, annoté et augmenté d’une introduction par M. J.Hirsch. 140 figuras dans le texte et 16 planches à part. Bibliothèque internationale, Paris, Germer Baillière.
- moderne, en l’étudiant à son point de vue le plus fécond, le plus humanitaire.
- Fig. 4. Le lion Ami, 1830.
- Fig. 5. Le Clermont, de Fultou (1804).
- L’auteur est parti de cette idée, dont son livre même est la preuve la plus concluante :
- Fig.£6. Machine-tender du chemin de fer aérien de New-York.
- Les grandes inventions ne sont jamais l'œuvre d'un seul ; une grande invention est la résultante des efforts accumulés d'un grand nombre de travailleurs.
- M. Thurston est si convaincu de cette vérité, que
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- LA NATURE.
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- l’ouvrage original avait pour titre : Histoire de la croissance de la machine à vapeur (À history of the growth of the steara engine).
- On peut suivre pas à pas tous les développements successifs, depuis la machine du marquis de Wor-
- cester, en 1665, la première machine à vapeur qui mérite véritablement ce nom, jusqu’aux machines modernes les plus perfectionnées, telles que celles du type Corliss.
- L’idée d’utiliser la puissance motrice du feu re-
- monte cependant bien avant 1665 et bien avant Salomon de Gaus, en 1615.
- En effet, deux cents ans avant Jésus-Christ, Héron avait imaginé une méthode pour faire ouvrir les
- portes d’un temple, en allumant simplement un feu sur l’autel.
- La disposition de Héron d’Alexandrie, aussi ingénieuse que compliquée, était fondée sur la dilata-
- Fig. 8. Le type américain moderne de locomotive express.
- tion de l’air, et il est à remarquer que, si son appareil avait été construit, la machine à feu aurait débuté par un miracle, chose facile à une époque où la science était à un état plus que primitif.
- En 1571, un autre auteur, se plaçant à un point de vue moins spéculatif et plus pratique, voulait appliquer l’éolypile de Héron pour faire tourner la broche, faisant ainsi, et avec avantage, concurrence au tournebroche à fumée de Cardan.
- Les considérations méritent d'être reproduites.
- L’inventeur revendiquait pour son appareil « l’avantage de ne rien manger, tout en constituant en outre une garantie pour les convives dont le caractère soupçonneux rend l’appétit délicat, et qui, de cette façon, seront certains que le marmiton n’a pas mis la patte au rôti en l’absence de la ménagère, pour se donner le plaisir de lécher ses doigts malpropres ».
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- LA NATt’BE.
- Les origines de la machine à vapeur forment en quelque sorte une période spéculative, qui embrasse toute la période des temps écoulé depuis Héron jusqu’à l’année 1650 de l’ère chrétienne.
- Vient ensuite la période d’application. On y rencontre les travaux de Worcester, Papin et Savery.
- La machine à vapeur à l’état de machine composée, telle que nous la connaissons aujourd’hui, date en réalité du commencement du dix-huitième siècle.
- En 1705, Newcomen imagine l’injection d’eau froide dans le cylindre, pour hâter la condensation ; les machines, qui donnaient 6 ou 8 coups par minute, en donnent alors 10 et 12. C’est à Newcomen qu’on doit aussi l’introduction du balancier.
- En 1715, Humphrey Potter, chargé du soin de la machine de Newcomen, y ajoute ce qu’il appelait un scoggan (expression populaire du comté d’Yorck, qui signifie paresseux); ce scoggan ou déclic, manœuvré par le balancier lui-même,-permet d’obtenir 15 à 16 coups par minute, mais ce déclic se fait à l’aide de ficelles, qu'un perfectionnement nouveau, de Henry Beighton, fait disparaître en 1718.
- A ce moment, les machines, à marche si lente, brûlaient 25 kilogrammes de charbon par heure et par cheval.
- Nous devrions citer chaque page de l’ouvrage, si nous voulions montrer par quels perfectionnements successifs on est arrivé aux machines actuelles, qui, grâce aux grandes vitesses relatives de leurs organes et aux progrès réalisés, développent des puissances considérables (7000 chevaux pour certaines machines marines), en ne brûlant que. 1 kilogramme de charbon par heure et par cheval.
- Smeaton, Watt, Boulton, Murdock Hornblower, Woolf, William Bull, Trevithick, etc., sont autant de noms d’inventeurs plus ou moins heureux, mais c’est incontestablement au génie de Watt que l’on doit rendre le plus grand hommage, et M. Thurston l’a fait avec un talent et une exactitude dont nous ne saurions trop faire l’éloge.
- Nous retrouvons dans l’histoire de la locomotive et dans celle des bateaux à vapeur l’idée que nous signalions au début; après avoir lu l’histoire de la machine à vapeur de M. Thurston, on est arrivé sans fatigue à en bien connaître le mécanisme, jusque dans ses fonctions les plus délicates. Chaque organe nouveau représente une difficulté vaincue, un perfectionnement dont on étudie la nécessité au moment même où l’on en voit apparaître la solution. La tâche de l’auteur, au point de vue descriptif, est d’ailleurs facilitée par 140 gravures et 16 planches tirées à part, qui permettent de suivre sans fatigue et même avec agrément le travail important dont nous ne pouvons donner qu’un aperçu très insuffisant.
- Nous reproduisons quelques-unes de ces gravures, qui présentent un intérêt, soit comme idée originale, soit aa point de vue historique.
- La figure 1 représente YOruktor amphibolis d’Evans, machine bizarre et amphibie, qui servit à
- la fois sur terre, en faisant tourner les roues, et sureau, en faisant marcher la roue à aubes.
- La figure 4 nous montre une locomotive qui date aujourd’hui d’un demi-siècle. Le Bon Ami, construit en 1850, sur les plans de M. Miller, devait remorquer trois fois son poids, à la vitesse de 10 milles à l’heure. On exige un peu plus de nos locomotives actuelles.
- Dans la navigation à vapeur, nous reproduisons, figure 2, le Miller, Taylor et Symmington, construit en 1788, et qui fonctionna parfaitement. La figure 5 est le dessin du Clermont, construit en 1807 par Eulton; ces deux bateaux étaient mus par des roues à aubes. La figure 5 représente le steamer de Ste-vens, construit en 1804, et mu par une hélice.
- Nous transportant en Amérique, la figure 6 représente le type de machines-tenders employées sur le chemin de fer aérien de New-York, et la figure 8 la locomotive-tender américaine de Forney.
- Nous avons enfin choisi dans le livre de M.Thurn-stou deux gravures qui montrent les formes toutes modernes de la machine à vapeur : la machine à vapeur actionnant des pompes élévatoires (fig. 7), la locomotive moderne, type américain.
- L’ouvrage se termine par l’historique et les principes fondamentaux de la théorie mécanique de la chaleur; cet exposé présente un intérêt au moins aussi grand que l’histoire de la machine à vapeur elle-même, car, sous une forme simple, l’auteur développe les principes qui doivent servir de guide dans l’avenir, si l’on veut perfectionner encore ce puissant levier de la civilisation.
- E. H.
- UNE ALGUE AÉRIENNE
- M. le pharmacien Behrens m'apporta, d’une course qu’il fit dans la vallée de Chamounix, un fragment de gneiss provenant des environs de la Tôle-Noire (Châtelard). A la surface de cette roche, on aperçoit à l’œil nu des taches d’un brun rouge, formées par une matière pulvérulente qui se détache avec une pointe de couteau.
- A l’aide du microscope, on voit que cette coloration esl produite par une petite algue (Chroolepus Jolithus Ag.). Les cellules qui la composent ont environ 0mm,38 de diamètre transversal; leur longueur égale la largeur ou la dépasse deux fois. Ces cellules, dont les parois sont très épaisses, renferment un liquide d’un beau rouge qui, avec de la teinture d’iode, se colore en bleu. L’algue est formée d’une série simple, dichotome ou ramifiée de ces cellules. Les organes de reproduction, sous forme de zoospores garnies de deux cils vibratiles, se forment dans des cellules terminales ou latérales. A côté de ces filaments, on voyait sous le microscope un grand nombre de gouttes d’huile jaune d'or, qui s’étaient échappées des cellules.
- Dans une solution de borax, le protoplasma des cellules du Chroolepus se contracte, et le liquide rouge apparaît alors à la surface des cellules sous forme de boules rouges ou de gouttes d’huile. L’alcool extrait de ces mêmes cellules une matière d’un jaune d’or, qui parait identique avec l’huile des boules jaunes qu’on observe entre les filaments de l’algue, lorsqu’en raclant délicatement la roche, on fait tomber dans l’eau l’algue, qui la colore en rouge.
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- LA NATURE.
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- Après une immersion prolongée de ces algues dans une solution de borax, on observe dans les cellules, outre l'huile rouge, une matière jaune finement granuleuse, qui présente quelquefois une teinte verdâtre. Cette matière granuleuse jaune garde sa couleur lorsqu’on la traite avec la teinture d’iode; elle représente le protoplasma de la cellule.
- Le protoplasma des zoospores qui se forment dans des cellules terminales ou latérales ne se colore pas en bleu ; il ne paraît pas encore contenir de l’huile, car sous l’influence de la teinture d’iode il devient jaune et granuleux.
- Les cellules de Chroolepus Jolithus renferment par conséquent du proloplasma accompagné d’une huile rouge ou jaune. La chlorophylle proprement dite est masquée par l’huile et apparaît dans le protoplasma granuleux après l’immersion dans la solution de borax.
- L’algue dont nous parlons, vit sur des roches siliceuses où il n’y a point de matières organiques, il faut donc que le proloplasma de ses cellules ait le pouvoir de produire avec l’eau et l’acide carbonique de l’air l’huile qui les remplit e! qui en exsude de même en nombreuses gouttelettes. Cette huile remplace évidemment l’amidon qui se forme dans les cellules vertes d’autres végétaux. On a du reste observé cette forma'ion d’huile dans les grains de chlorophylle de Slrelitzia et de Musa.
- L’enduit rouge qui recouvre la roche répand une agréai) e odeur de violettes, qu’il garde pendant fort longtemps, surtout lorsqu'on l’humecte légèrement. On a appelé Veilclienstein uns roche siliceuse du Broken, dans le llarz, qui doit son odeur de violette à notre Chroolepus Jolithus. Celte odeur provient de l’huile renfermée dans les cellules de cette algue aérienne*.
- J. B. SciINETZLER.
- LES ARTS INDUSTRIELS
- DANS LANCIENNE ÉtRURIE1.
- (Suite et fin. — Voy. p. 230.)
- Dès une époque fort ancienne, ces mêmes Étrusques possédaient un système monétaire; plusieurs villes frappaient de la monnaie de bronze, et Popu-lonia était le centre du monnayage de l’argent. Presque toutes les pièces de cette dernière cité sont à l’effigie de Vulcain, avec le marteau, l’enclume et les tenailles pour emblèmes; mais celles-ci peuvent dater de l’époque romaine. Il a été constaté que les plus anciennes ont été simplement fondues. Le système des poids et mesures était duodécimal.
- Les Étrusques imaginèrent la division du temps en siècles. Le jour commençait pour eux à-midi. Leur année était solaire et leurs mois lunaires, mais on ignore comment ils mettaient d’accord ces deux modes de détermination de la durée. On croit que les chiffres dits Romains leur furent empruntés.
- On leur doit ces constructions solides, même massives, formées par un appareil carré d’un aspect rude et vigoureux, à joints bien vifs, sans mortier. C’est ce même appareil qui fut appliqué aux premiers édifices de Rome. C’est également à eux qu’est dû l’ordre toscan, remarquable par son ex-
- 1 Archives des sciences physiques et naturelles de Genève.
- trême simplicité. Leur système de décoration fut le même que celui des artistes grecs, ainsi que le démontrent les terres cuites peintes qu’ou a retrouvées en divers endroits, notamment à Veise et à Vulci.
- Ils inventèrent aussi une espèce de poterie rouge, grise ou noire, dont on a trouvé de nombreux échantillons dans les tombeaux ou sépultures, notamment à Clusium (Chiusi) et à Vulci (Canino), qui paraissent avoir été les deux centres principaux de ccHe fabrication nationale. La pâte en est souvent grossière et ne présente jamais les peintures d ornements et de figures, le lustre ou vernis comme métallique, qui caractérisent les vases campaniens ou italo-grecs; mais elle offre généralement des reliefs archaïques, tantôt seuls, tantôt accompagnés défigurés d’un style tout spécial1.
- Cette poterie, ordinairement unicolore, rappelle la vieille vaisselle noire que Juvénal prête au roi Numa et dont Porsenna se servait également pour son service de table.
- « Les formes sont pesantes, bizarres, variées, quelquefois d une naivete elegante. Les reliefs se répètent souvent; ce sont des figures humaines, des j têtes qui ressemblent à des tètes égyptiennes, des sphinx, des chevaux ailés, des sirènes, des griffons, d-s panthères, avec les caractères bien connus de l’archaïsme oriental. En effet., avant de subir l’in-iluence de 1 ait grec, il est dans l’ordre historique que les Étrusques aient imité les produits que le commerce leur apportait d Orient.
- « Quoique M. des Vergers ait recueilli ces vases dans divers endroits, à Cétona, à Sarteano, àChian-ciano, ces localités faisaient partie de l’ancien territoire de Clusium ; c’est à Clusium que se dé.ouvrent principalement les vases noirs à reliefs, c’est là qu’était jadis le centre de la fabrication. Micali, dans ses Monuments inédits, rapporte qu’en 1841 on a trouvé auprès de Corneto de la terre mélangée avec du bitume, semblable de tout point à la pâte des vases de Chiusi.
- « Des antiquaires ont voulu pénétrer le procédé de fabrication des Étrusques. Ils ont fait mouler des vases avec de l’argile ordinaire, puis on les a introduits dans un récipient assez vaste pour qu’on pût les entourer d’une couche de sciure de bois. Le tout, hermétiquement lutéavec de la glaise, a été introduit dans un four et exposé à une haute température. Par l’effet de la carbonisation de la sciure de bois, la fumée a pénétré l’argile à une grande profondeur, en la colorant d’une teinte noire. Mais M. des Vergers fait observer avec raison que ce ne sont là que des conjectures2. >»
- Une circonstance remarquable que signale Bron-gniart, c’est que la plupart des poteries étrusques proprement dites n’ont pas été faites avec le tour à
- 1 Simonin. — Les hypogées de Chiusi (Revue scientifique des Deux Mondes, 18613, t. III, p. 580.
- 2 Beulé. — Troisième et dernier article sur les Étruries et les Étrusques, par M. des Vergers (Journal des Savants mars 1865, p. 180).
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- rencontrait pas au même degré dans la poterie romaine de cette époque. Ils appartiennent certainement à la fabrication italo-grecque ou campanienne. On les a découverts, à partir du milieu du siècle dernier, à Vol terra, à Arezzo, à Populonia, à Tar-quimum, à Yulci, etc.
- Dans cette dernière localité, ou en a trouvés, de 1827 à 1850, de 4 à 5000, qui n’ont fait connaître que 40 noms d’artistes, soit potiers, soit peintres ; ces noms sont en caractères romains. Quelques-uns de ces vases portent des inscriptions en caractères étrusques et en caractères grecs disposés arbitrairement, par conséquent inintelligibles, comme s’ils avaient été faits par des potiers étrusques voulant imiter les vases grecs!.
- Brongniart pense qu’on peut attribuer les vases de style et de pâtes grecs, dont je viens de parler, à des ouvriers grecs amenés ou appelés par Démarate, de Corinthe , lorsque, s’expatriant pour fuir l’injuste tyrannie de Cvpsèle , 656 ans
- avant Jésus-Christ, il vint s’établir à Tar-quinies avec deux artistes corinthiens, Eukier et Engram-mos, qu’il avait emmenés avec lui. Ces artistes étaient grands plasticiens, circonstance qui a pu concourir à la création Fig. 1. Céramique étrusque. Antélixe (Musée du Louvre). du nombre considéra-
- ble de belles figures en terre cuite et de grands sarcophages que l’on a découverts encore tout récemment dans la nécropole de cette ville2.
- C’est aux Étrusques que Rome demanda les premières statues en terre cuite qui décorèrent ses temples et ses places publiques.
- Au reste, les chaussures tyrrhiennes, les ouvrages d’airain, les sièges d’ivoire, les ornements de métal, les costumes des magistrats, les vases peints, les mosaïques étaient très recherchés, même en Grèce et plus tard à Rome. En 1841, on a trouvé dans les fouilles entreprises à Populonia une des plus belles mosaïques en pierres dures qu’ait produites l’art ancien.
- potier, quoiqu’elles soient complètement rondes et sans qu’elles offrent des garnitures et des saillies qui aient pu s’opposer à l'emploi du tour1.
- Les plus anciennes paraissent remonter au delà du neuvième siècle avant l’ère chrétienne, et leur fabrication a tout à fait discontinué à la guerre sociale, c’est-à-dire 550 ans environ après J.-G.2.
- Beaucoup de ces vases avaient pour destination de servir aux funérailles et d’être placés dans les tombeaux ; on y mettait les cendres des morts, et pour que la vapeur qu’elles pouvaient encore répandre pût s’exhaler, on pratiquait à la partie supérieure des vases une ouverture latérale de chaque côté.
- Quelques-uns de ces vases noirs, de fabrication grossière, à pâte rougeâtre dans le milieu, portent des figures en relief et comme appliquées après coup, et des ornements en points enfoncés ; ils n’ont pas été cuits, mais simplement séchés au soleil, aussi sont-ils très fragiles. D’après Dorow et Brongniart, ils ont de l’analogie avec les vases germains des bords du Rhin et les vases gaulois 3.
- Mais dans l’ancienne Étrurie, on trouve aussi, souvent à côté des poteries véritablement nationales, des vases de grandes dimensions à pâte fine, muge ou noire, lustrés, légers de forme, évidemment façonnés sur le tour, avec des ornements en relief du goût le plus parfait, couverts d’inscriptions grecques el de sujets qui rappellent les divinités, les costumes et les usages de l’Attique. Pline les compare aux poteries de Samos et de Sagonte, en Espagne, ville non moins célèbre que Samos par ses potiers et ses belles poteries d’un rouge de jaspe.
- Ces vases, beaucoup plus durs et plus denses que les vases étrusques proprement dits, étaient très estimés des Romains, parce qu'ils pouvaient servir dans les usages culinaires, qualité qui ne se
- 1 Bron. niait. —Traité des arts céramique ou des poteries,
- t. I, p. 22.
- 8 Brongniart. — Loco citato, p. 592.
- J Dorow. — Voyage archéologique dans l'ancienne Etru-rte, 1827, et Poteries étrusques proprement dites, traduc. d’Eyride. 1 cahier in-4° avec p]., 1829. p. 25 et suivantes. — Brongniart, loc. citât., I, p.417.
- 1 Lettre de M. Gerhard à M. Panof'ka, du 17 août 1831, dans les Ann. del l'Instit. di corrispondenza Archeologica, vol. III, Borna, 1831.
- * Brongniart. — Traité des arts céramiques ou des poteries, p, 591.
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- « Il ne faut pas oublier, dit M. Beulé, que la rue des Toscans (Tuscus vicus) était une des plus fréquentées de Rome ; qu’elle était au pied du Capitole et du Palatin, que les artistes étrusques y vivaient nombreux et riches, que la faveur publique les protégeait, orfèvres, potiers, fabricants de bronze, sculpteurs, marchands d’armes, de miroirs, de candélabres ou de trompettes L
- La peinture fut pratiquée en Étrurie bien avant l’époque des Tarquins, probablement même avant le siège de Troie. Parmi les antiquités découvertes en si grand nombre depuis plus d'un siècle dans
- cette région de l’Italie, figurent beaucoup de peintures qui n’ont rien perdu de leur fraîcheur.
- « On voit de nos jours, près de Tarquinies, dit Ghampollion aîné, près de 2000 grottes, qui ont jadis servi de tombeaux aux Étrusques. Les pilastres sont chargés d’arabesques, et une frise qui règne tout autour des grottes est composée de figures peintes de 2 ou 3 palmes de hauteur, drapées, ailées, armées, combattant ou traînées dans des chars attelés de chevaux. Ces scènes peintes sont très variées; on y retrouve les idées des Étrusques sur l’état de l’âme après la mort, des combats de guerrier à guer-
- rier, des combats plus nombreux, un roi qui survient dans la mêlée, des danseuses, etc. »
- Selon toute vraisemblance, la civilisation de l’E-trurie fut, en grande partie, le résultat d’influences étrangères, orientales et grecques, lesquelles s’expliquent par des immigrations ou par les relations de commerce. En effet, les détails d’architecture des monuments découverts à Vulsinies (Vulci) ont un certain rapport avec ceux de l’ancienne Egypte. —Dans la nécropole souterraine de Clusium, on voit des frises peintes sur le tuf qui représentent des chasses où figurent des lions et des panthères,
- i Ketilé.— Un prrjuqr sur l’art romain (Revue des Deux Mondes, 1805, t LYI,p. 312).
- animaux étrangers à l’Italie, ou bien des images de jeux funèbres qui rappellent les sujets religieux de la Phénicie, de la Babylonie, de l’Assyrie et de la Perse.
- Dans la nécropole de Vulci, découverte en 1875 par MM. des Vergers et François, les peintures murales représentent, d’un côté, une des scènes de l’Iliade, le sacrifice que fait Achille des prisonniers troyens sur le tombeau de Patrocle, et, du côté opposé, un sujet national, Servius Tullius sauvant la vie à son ami Cœlus Vibenna. Ces peintures, par leur caractère et leur beauté, semblent postérieures de peu au siècle d’Alexandre.
- Les peintures trouvées en 1863 dans la nécropole d’Orvieto, par M. Domenico Golini, sont de
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- même style et de même e'poque que les précédentes1.
- Certains vases étrusques portent des inscriptions en caractères phéniciens; d’autres représentent les formes helléniques, portent des inscriptions en dialecte éolien ou des noms d’artistes complètement athéniens.
- Denys d’Halicarnasse avance que les connaissances musicales des Etrusques furent tirées d’Argos, et, en effet, tous les instruments de musique des Grecs se retrouvent sur ces poteries. On sait de plus que des colonies corinthiennes vinrent s’établir à Vul-tu-rnum (Capouc), à Nola, dans l’Étrurie méridionale, à Tarquinies, etc., sept siècles avant J.-C.
- Les festins que les peintures étrusques olfrent aux yeux, rappellent les usages grecs, comme les danses des femmes rappellent celles des Aimées de la Perse moderne. L’aigle que Rome avait empruntée à l’Étrurie, était l’enseigne militaire de la Perse, d’après Xénophon2.
- Les faits précédents donnent une nouvelle force à cette tradition nationale des Etrusques, qui les portait à croire qu’ils avaient tiré de l’Orient une grande partie de leur civilisation. Il est regrettable que la conquête romaine, qui s’acheva vers le troisième siècle avant notre ère, ait lait disparaître la plupart des monuments qui nous eussent éclairés complètement à cet égard.
- J. Girardijn,
- Correspondant de l’Institut, directeur de l’École supérieure des Sciences de Rouen.
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- APPAREIL ENREGISTREUR
- DE LA PRESSION DU VENT
- Dans le numéro 332 de la Nature (11 octobre 1879, p. 302), on a décrit, sous la dénominalion de baromètre dynamique, la description de deux appareils mesureurs de la pression du vent, communiquée par M. A. Winckler, d’Odessa.
- Le premier de ces appareils, par suite de l’application d’un aspirateur, exige toujours un coefficient de correction, déterminé par l’expérience pour chaque instrument ; de plus, les pressions indiquées, étant négatives, sont toujours subordonnées à l’étanchéité des garnitures de caoutchouc GGG (voy. n° 332), qui, outre qu’elles empêchent le mouvement de rotation par un frottement nécessaire, ne présentent aucune durée, car le caoutchouc, exposé aux alternatives de température, ne tardera pas à durcir et à se rétrécir. Le second de ces appareils, bien plus pratique, présente néanmoins le même défaut d’accouplement par l’intermédiaire des mêmes presse-éloupes élastiques.
- Voici ce que je propose :
- La girouette A (fig. 1), de la forme adoptée par le P. Secchi dans son météorographe, est composée de deux plans formant un angle de 50° entre eux (fig. 2); par
- 1 Ileulé. — Journal des Savants, juillet 1863, p. 433, article sur l’ouvrage de M. Comstabile consacré aux peintures antiques d’Orvieto.
- 'À Xénophon. — Anab. 1, X.
- cette disposition, "lie présente plus de fixité dans le vent. Cette girouette est fixée sur un arbre creux (un tube en fer) R, fermé aux deux extrémités et muni latéralement de deux ouvertures c et d. L’ouverture c porte un tronc de cône ou entonnoir D, donnant accès au vent. Au-dessus de l’ouverture d est fixé à l’arbre un manchon ou cylindre E, fermé en haut et ouvert en bas, qui plonge dans un autre cylindre fixe, au fond duquel repose, dans une crapaudine, l’extrémité de l’arbre B. Le vase étant rempli de mercure, à hauteur voulue, il est évident • 1° que les frottements seront réduits et limités à ceux du
- support de la girouette, de la crapaudine et du cylindre E dans le mercure, le mouvement de rotation se fera donc très librement; 2° que l’air comprimé en c est refoulé par l’ouverture d dans le cylindre E, pour passer de là dans le tuyau de conduite HH et dans l’appareil enregistreur.
- Comme le montre le croquis, la conduite IIH passe
- par le fond du cylindre extérieur, traverse le mercure et vient aboutir près de la paroi supérieure du cylindre mobile.
- L’appareil enregistreur se compose d’une simple petite cloche cylindrique ou rectangulaire I, plongée dans un bain de mercure ou dans tout autre liquide et fixée à l’extrémité d’un levier en équerre KLM, avec point d’appui en L. En P est fixé un ressort en spirale dont la tension équilibre constamment la pression en K. Or, comme l’effort de traction est proportionnel à la longueur du ressort tendu, les abscisses tracées sur le cylindre enregistreur R seront aussi proportionnelles à la pression du vent en c, en admettant toutefois que la cloche I, présente une base assez grande pour que le déplacement du liquide par le mouvement d’oscillation puisse être négligé.
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- En place de l’appareil à cloche I, on peut employer, comme dans le baromètre enregistreur de Niaudet, une boîte en maillechort mince, très tlexible et très élastique. Le couvercle de la boîte, selon les variations de pression, se soulève ou s’abaisse et transmet son mouvement au levier K.
- Connaissant la pression du vent, il est facile d’en déduire la vitesse par la formule
- dans laquelle P est la pression enregistrée et S la densité de l’air. Cette dernière est donc une variable, puisque
- 11 faut donc pour, déterminer, £ connaître la température de l'air et la pression barométrique pour chaque instant donné, ce qui, avec les appareils enregistreurs en usage ne présente aucune difficulté. Le coefficient dépend de la forme de l’entonnoir D; si celle-ci reste la même pour chaque appareil, a> devient une constante à déterminer une fois pour toutes.
- Nous espérons que la description de l’appareil que nous venons de faire connaître pourra être de quelque utilité aux météorologistes, et nous serions heureux d’apprendre que quelques-uns d’entre eux en auront fait l’emploi avec quelque avantage.
- J. Ackeu.
- DE L'INEXACTITUDE DES AREOMETRES
- Dans la dernière livraison de la Rivista scientifico-industriale, publiée à Florence par M. Guido Vimercati, M. le professeur Marangoni rappelle plusieurs expériences faites en 1870 par M. Roster, de Florence, prouvant l’inexactitude des aréomètres pour mesurer la densité des liquides. Les conclusions de M. Roster étaient les suivantes :
- 1“ Un aréomètre plonge d’autant moins que la colonne liquide est haute ;
- 2° La même chose arrive si l’on plonge dans le liquide des corps de forme, matière et volume différents;
- 5“ Ces phénomènes sont très prononcés dans les aréomètres sensibles, par exemple pour l’uromètre de M. Bou-chardat.
- M. Marangoni vient de répéter ces expériences et de les compléter d’une façon vraiment remarquable, les reliant à un travail publié en 1872, par M. Duclaux dans le Journal de physique.
- M. Marangoni fait observer que jusqu’à présent, dans la théorie des corps flottants, on a fait intervenir le principe d’Archimède sans se préoccuper de l’action capillaire, qui a une très grande influence quand il s’agit des aréomètres, pour lesquels il est nécessaire de tenir compte de la tension superficielle. Si l’on plonge dans l’eau un aréomètre sensible, et si l’on verse sur cette eau un voile d’élher, l’aréomètre s'élève tout de suite, à cause de la diminution de tension éprouvée par l’eau ; la même chose arrive avec des morceaux de savon, des acides gras, etc., qu’on a laissé tomber sur la surface de l’eau. Ce phénomène a reçu le nom de souillement de la surface.
- Les expériences que M. Marangoni a faites avec l’eau
- distillée, avec l’eau souillée par un voile d’huile, ou de savon de Marseille, ou de panamine, l'ont porté à reconnaître des variations vraiment inattendues. Si l’on construit un aréomètre dont le tube soit en mica (muscovite), de 12 centimètres de longueur, de 2 centimètres de largeur et d’une épaisseur de 0mm,07, et si on le plonge dans de l’eau souillée par la panamine, quand la colonne liquide est haute, le tube est tout à fait hors de l’eau, mais si la colonne liquide baisse, l’aréomètre est complètement immergé, c’est-à-dire qu’il tombe de 12 centimètres de hauteur. ».
- M. Marangoni décrit une ingénieuse disposition pour rendre évidents ces faits, découverts par M. Roster, et en donne la figure. Il se réserve, dans une prochaine communication, de présenterun moyen pour éviter ces erreurs, demanièreà pouvoir, malgré cela, considérer les aréomètres comme des balances sensibles.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société botanique de France. — Séance du 12 mars. — M. Cosson annonce la mort de M. Warion, l’un de ses collaborateurs pour la Flore de l'Algérie. — M. Ducharlre présente les publications de M. Dupont sur les arbres du Japon. Il signale le curieux mode de culture des champignons en ce pays. — M. Yan Tieghem fait une communication au sujet de l’action du froid sur les grqines. Les graines d’érable qui sont restées sur les branches des arbres cet hiver ont toutes leur embryon gelé. Celles qui, tombées sur le sol, ont été protégées par la neige, ont leur embryon intact. Elles ont pu être gelées comme les premières, lorsqu’on les a soumises à I un froid de — 22°. Le froid peut donc, en ce cas, agir sur la vie latente. — M, Gaston Bonnier rend compte d’expériences entreprises sur la vie ralentie des bulbes et des tubercules. On peut y constater les phénomènes de transpiration et de respiration. Les bulbes ou tubercules, renfermant du sucre et privés d’air, émettent une grande quantité d’acide carbonique et produisent de l’alcool dans leurs tissus. Le protoplasma des cellules est à lui-même son propre ferment, comme dans les expériences de MM. Lechartier et Bellamy.
- LE DÉVIDOIR MATHÉMATIQUE
- Les appareils jusqu’alors employés pour titrer le fil ou en dévider une longueur connue ne satisfont que très imparfaitement à cette destination. En effet, l’enroulement du fil, par suite de la superposition de ses tours, s’effectue dans les mêmes conditions que si le diamètre du dévidoir augmentait constamment. D’où l’impossibilité de demander à ces appareils autre chose qu’une approximation extrêmement variable dans la mesure qu’ils indiquent.
- On a cherché à compenser en partie l’effet de la superposition des fils, en donnant au dévidoir un diamètre légèrement inférieur à celui qu’il devrait avoir si les fils ne s’accumulaient pas les uns au-dessus des autres. Cette correction serait excellente si l’on dévidait invariablement des fils de même
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- finesse et de même longueur. Mais c’est là un cas hypothétique qui ne se présente pas dans la pratique industrielle; or, dans tous les autres cas, l’expérience a montré, comme il fallait d’ailleurs s’y attendre, que cette prétendue correction est au contraire une nouvelle cause d’erreur. Car, les fils fins n’atteignant pas la circonférence normale et les gros fils la dépassant de beaucoup, il en résulte que l’instrument indique 100 mètres bien avant d’avoir dévidé 100 mètres des premiers et longtemps après avoir dévidé 100 mètres des seconds.
- Pour la même raison, la détermination précise des finesses, à l’aide des appareils ordinaires, est chose impossible.
- Le dévidoir mathématique, dont nous donnons ici la description, et qui a été récemment inventé parM. Louis Olivier, d’El-beuf, est le premier instrument qui permette de mesurer et de titrer les fils avec la plus rigoureuse exactitude, quelles que soient leur nature, leur finesse et la lonyueur dévidée.
- 11 se compose essentiellement d’un grand tambour Z et d’un petit dévideur cylindrique E, disposés comme l’indique le dessin ci-joint.
- L’axe du petit cylindre peut s’élever verticalement, à mesure que le lil s’enroule à sa surface.
- La vitesse de sa rotation se ralentit proportionnellement à l’épaisseur du fil enrou'é, alors que la rotation du cylindre Z ne subit aucune variation. La longueur du fd dévidé est donc égale, millimètre pour millimètre, au chemin parcouru par un point quelconque de la surface du tambour Z. Un compteur de tours (avec timbres et numéros) et un mouvement latéral de va-et-vient, obtenu à l’aide d’un excentrique, complètent l’appareil.
- Pour empêcher l’opérateur de dépasser la vitesse de rotation à laquelle le fil n’est pas étiré, un disque à secteurs chromatiques se trouve sur la face verticale du grand tambour qui est située du côté de la manivelle.
- Le dévidoir mathématique, petit modèle, sert exclusivement à titrer le fil. Tous les 100 mètres, il fait entendre un son et inscrit une centaine.
- Le grand modèle est destiné à dévider le fil en marquant exactement la longueur de chaque son, tête ou paquet.
- L’axe du cylindre E étant situé à l’arrière du plan vertical qui comprend l’axe du tambour Z, l’appareil peut être actionné par la même force que les dévidoirs ordinaires.
- Le cylindre E se démonte facilement et promptement, pour qu’on puisse retirer le fil.
- Il n’est point douteux que le dévidoir mathématique, déjà introduit dans plusieurs filatures de laine de la Seine-Inférieure, ne rende les mêmes services à toutes les industries des textiles, notamment à celles du coton et de la soie.
- Depuis longtemps, les fabricants de tissus se plaignent de ne pouvoir apprécier exactement la finesse des fils qu’ils emploient. Et en effet, dans un même drap, il importe que les fils similaires de la chaîne et surtout de la trame aient identiquement le même diamètre : quand il n’en est pas ainsi, l’étoffe présente des saillies longitudinales ou transversales qui la déprécient : on dit alors qu’elle « barre » ; ce défaut est si fréquent qu’à Elbeuf, à Louviers, à Sedan, à Vienne, à Carcassonne, à Mazamet, etc., tout fabricant possède un atelier de rentrayeuses, d’épinceteuses et de dé-barreuses, chargées de retirer les gros fils, et, s’ils sont trop nombreux, de les masquer par un dépôt trompeur et malheureusement fugitif de pastel.
- La connaissance précise des finesses et, par suite des longueurs, offre aussi pour les filateurs à façon un avantage d’un autre ordre : c’est celui de les mettre d’accord avec leurs clients, lesquels les payent en raison non du kilogramme, mais de la longueur filée. Enfin, le fabricant de drap lui-même rétribue ses tisserands en raison de la longueur de la trame qu’ils ont introduite entre les fils de la chaîne, et jusqu’alors l’incapacité où l’on se trouvait de la fixer convenablement donnait prise à de quotidiennes contestations et quelquefois même à la fraude.
- Ces inconvénients, assez graves pour porter simultanément atteinte à la qualité du travail et à la juste rémunération de l’ouvrier, disparaîtront du jour où aux anciens appareils (qui les présentaient sera définitivement substitué le dévidoir mathématique.
- J. Brunner.
- Nouveau dévidoir de M. L. Olivier.
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- LE NOUVEL OBSERVATOIRE DE L’ETNA
- En septembre 1876 le professeur Tacchini, de Païenne, adressa à 1 ’Accademia Gioenia de Catane, une lettre « Sur la convenance et l'utilité de fonder au sommet de l'Etna une station astronomico-météoro-logique ». Cette lettre fut publiée dans les Atti (actes) de l’Académie et parut ensuite sous la forme d’une brochure in-4°, avec le plan et l’élévation détaillés de l’édifice proposé. Le projet fut pris en sérieuse considération, tout à la lois par le gouvernement italien et par la municipalité de Catane. Les plans furent étudiés, les fonds votés, et les travaux commencèrent en juin 1879. L’observatoire aujourd'hui est presque achevé ; il n’y manque plus que la coupole mobile et le télescope.
- L’observatoire est construit à la Casa degl' Inglesi (Maison des Anglais), à 5200 mètres au-dessus du niveau de la mer.
- La Casa était un bâtiment oblong, formé de blocs de lave et contenant trois chambres (voir le plan ci-joint). Elle fut construite par les Anglais, en 1811, époque à laquelle ils occupaient la Sicile, et on l’a, depuis, utilisée comme dortoir à l’usage de ceux qui font l’ascension de l’Etna. Il y a quelques années, cette bâtisse était délabrée par l’effet de l’accumulation des neiges en hiver et d’autres causes de dégradation, mais on la répara complètement en 1863, pour la rendre digne de recevoir la visite du roi d’Jtalie. L’observatoire construit deviendra la propriété de l’Université de Catane et sera en quelque sorte une succursale de l’observatoire Bellini, de Catane. Il sera non seulement consacré aux observations astronomiques et spectroscopiques, mais encore muni d’une collection complète d’instruments météorologiques et sismologiques. Entre l’observatoire de l’Etna et Catane, on établira trois ou quatre stations météorologiques, à différentes altitudes, par exemple à Nicolosi, à la Casa del Bosco. Tous les jours, à la même heure, des observations seront faites dans chacune de ces stations, ainsi qu’à Catane et à l’observatoire de l’Etna.
- M. Mer/ de Munich a construit une lentille de 12 pouces pour grand réfracteur. Cette lentille a une distance focale de 5ra,50. Le télescope et l’appareil chronométrique (clock-work movement) sont en train de se fabriquer, sous la direction de M. Carignato, le mécanicien de l’observatoire de Padoue, qui confectionna les instruments employés par les astronomes italiens venus dans l’Indoustanpour y observer le passage de Vénus, en 1874. L’observatoire ne sera habité que pendant les mois de juin, juillet, août et septembre; la grande lentille sera ensuite transportée, pour le reste de l’année, à Catane, où, montée sur un appareil ad hoc, elle sera utilisée dans l’observatoire Bellini. Mais un certain nombre d’instruments automatiques resteront dans l’observatoire de l’Etna, ce qui permettra de continuer les opérations, même pendant les mois d’hiver.
- Le professeur Tacchini, qui a eu la première idée de cet établissement, désire vivement que l’on en lasse un observatoire international. À cet effet, le grand télescope sera muni d’un second tube, dont on pourra modifier à volonté la longueur et l’ouverture, de telle sorte que des astronomes, venus de n’importe quel pays du globe, pourront apporter avec eux leurs objectifs et leurs oculaires, pour les adapter au télescope de l’observatoire. On prendra des dispositions spéciales pour photographier le soleil et la lune et pour faire des observations spectroscopiques.
- L’observatoire renfermera le grand télescope, couvert au centre par le dôme usuel; de chaque côté, il y aura des chambres pour les autres instruments, et, au-dessous des chambres à coucher, une salle à manger et une cuisine à l’usage des voyageurs. Le plan ci-joint, qu’avec la plupart des faits énoncés ci-dessus, nous devons à M. le professeur Tacchini, fera connaître l’arrangement général de l’observatoire.
- Dans son rapport sur ce sujet, M. le professeur Tacchini commence par déclarer que, depuis l’année 1868, l’étude de la constitution physique du soleil a fait des progrès très rapide. Dans ces études, le spectroscope a joué un rôle très important. Mais les
- Plan dn nouvel observatoire de l’Etna.
- ABC, chambres de l’ancienne Casa degl’ Inglesi. — 1), pièce circulaire de 8 mètres de diamètre, avec un pilier massif au centre pour ie grand réfracteur. — E, logement pour les guides. — G, cuisine et offices. — I, écuries pour les mulets. — A l’étage supérieur, ABC sont des chambres à coucher, E G I des cabinets pour les instruments, P la chambre circulaire pour le réfracteur, passant par les deux étages et surmonté d’un dôme mobile en fer.
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- observations spectroscopiques sont souvent entravées, et leur exactitude est troublée par des causes atmosphériques. Ces perturbations proviennent surtout des couches inférieures de l’atmosphère. Voilà pourquoi un observatoire placé à une altitude considérable facilitera énormément ces opérations. L’Etna, qui forme un mont isolé, offre un emplacement admirable pour un observatoire semblable.
- L’azur du ciel y est d’une couleur intense et les étoiles y brillent avec un éclat extraordinaire. Vénus y projette de l’ombre, et des lignes spectroscopiques, invisibles à l’observatoire de Palerme, sont très nettes à une altitude de 5000 mètres.
- Bien que convaincus des résultats importants qu’aura pour plus d’une science, l’établissement du nouvel observatoire, nous ne pouvons passer sous silence certains dangers auxquels il pourra être soumis. L’observatoire de l’Etna est bâti sur un rocher proéminent; des torrents de lave, de dimensions ordinaires, pourront, s’ils s’élancent de ce côté du cône, se diviser et faire de l’observatoire une île rocailleuse. L’observatoire de l’Etna est placé près de la limite supérieure de la plaine du lac (piano del lago), plaine d’où s’élève le grand cône de l’Etna. Si une grande éruption abat le cône et fait couler un fleuve de lave dans cette direction, l’observatoire sera infailliblement submergé. Heureusement que la lave se porte d’ordinaire vers la Bucca del fuoco (bouche du feu), du côté de la montagne situé au bas du grand cône. La construction doit être d’une solidité extraordinaire; car elle se trouvera exposée à de violentes secousses de tremblements de terre, à de terribles ouragans, à des amoncellements de neige sur son dôme et sur son toit. Ceux qui ont lu l’histoire de l’Etna savent avec quelle épouvantable énergie il répand la terreur autour de lui ; ils savent que des heures de bruyantes destructions et d’affreux mugissements sont suivies de journées entières pendant lesquelles la terre tremble violemment et de semaines durant lesquelles des régions de plusieurs milles cariés sont inondées de millions de mètres cubes de lave liquéfiée. Que Je nouvel observatoire ait une existence prospère, qu’il résiste victorieusement aux forces redoutables des cyclopes emprisonnés I tels seront, nous en avons l’assurance, les vœux de tous nos lecteurs.
- G. F. Rodwell.
- CHRONIQUE
- Un bienfaiteur de la science^ — Les ressources dont dispose l'Association française pour l'avancement des sciences, ressources qui augmentent continuellement par suite du développement régulier de cette société, viennent de s’accroître par un don que vient de lui faire M. B. Brunet; ce généreux donateur vient de verser entre les mains du trésorier une somme de 20 000 francs, qui doit être placée, et dont les intérêts seront distribués annuellement en subventions scientifiques, par les soins du Conseil d’administration. L’Association avait déjà reçu
- quelques dons importants ; mais, outre qu’ils étaient moins considérables, ils émanaient des présidents ou des membres actifs, tandis que M. B. Brunet n’avait jamais figuré jusqu’à présent sur les listes de l’Association. Des faits analogues sont fréquents en Angleterre et surtout en Amérique : ils sont rares en France, et il serait à désirer que l’exemple de M. Brunet fût suivi par les hommes que la fortune a favorisés et dont bien peu savent, comme M. Bischoffuheim, dépenser une partie de leurs richesses pour aider au développement de la science.
- La statistique des épingles. — Un statisticien vient de faire un curieux calcul sur la quantité d’épingles fabriquées chaque jour. Les manufactures de Birmingham tiennent le premier rang dans cette industrie et produisent quotidiennement environ 57 millions d’épingles; celles de Londres, de Strandes et de Dublin en produisent 17 millions, soit une production journalière de 50 millions d’épingles pour l’Angleterre seule. En France, les diverses fabriques de l’Aigle, de Rugle, de Paris, en produisent une vingtaine de millions, et celles de Hollande, d’Allemagne et d’ailleurs, 10 millions environ. De sorte que l’on peut estimer très approximativement à 80 millions le nombre des épingles fabriquées chaque jour, ce qui donne 29 milliards 200 millions d’épingles fabriquées par an. Cette quantité représente une valeur de 11 millions 1/2 de francs. Malgré celte énorme production, et quoique les épingles ne s’usent jamais et se brisent bien rarement, on entend à chaque instant cette phrase : ï Vous n’auriez pas une épingle à me prêter? » de telle sorte que, comme probablement les accapareurs d’épingles sont fort rares, les épingles ne doivent disparaître de la circulation que par leur perte, et on est forcé d’admettre qu’il se perd 80 millions d’épingles chaque jour. Les épingles ont été longtemps un des curieux exemples des résultats donnés par la division du travail ; chaque épingle passait par les mains de quatorze ouvriers, et chaque ouvrier contribuait chaque jour à la fabrication de 100 milliers d’épingles. Aujourd’hui, les machines ont remplacé dans une grande pioportion le travail à la main des ouvriers. Si, en face des chiffres énormes que donne la statistique de la production des épingles, on cherche le prix de revient d’une seule de celles-ci, on trouve un nombre non moins curieux : d’après le prix moyen de vente en fabrique, le prix de revient d’une seule épingle varie de deux à trois millièmes de centime.
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- NOUVELLES
- La Société de secours des Amis des sciences (de Thénard) profitera de la présence à Paris d’un grand nombre de savants des départements, pour tenir sa séance annuelle, le mercredi 31 mars, à 8 heures du soir, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. La réunion sera présidée par M. J. B. Dumas. Une conférence sera faite par M. G. Salet, de la Faculté des sciences, sur les expériences de M. Crookcs, relatives à l’état radiant de la matière, avec tes appareils du savant anglais.
- — Lundi soir, 22 mars, M. de Méritens a donné dans ses ateliers une tort intéressante séance d'éclairage électrique au moyen de ses nouveaux appareils; un grand nombre de savants spécialistes avaient répondu à l'appel de l’inventeur. Nous rendrons compte de cette soirée dans notre prochaine livraison.
- — On télégraphie de Yokohama, par la voie de San Francisco, que le gouvernement japonais fait poser des câbles sous-marins pour relier ensemble les îles du Japon.
- — On annonce de Sydney que M. Andrew Goldie est revenu d’une croi.-ièrc sur la côte de la Nouvelle-Guinée, pendant le cours de laquelle il a découvert plusieurs tribus indigènes inconnues jusqu’ici des voyageurs.
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- LA NATURE.
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- — Jeudi 18 mars, vers sept heures et demie du soir, dit le Propagateur, de Lille, un magnifique bolide a traversé notre ville. Des observateurs l’ont vu s'abattre sur la place Saint-Martin. Il était suivi d’une longue traînée d’un bleu magnifique, semblable à la queue d’une comète.
- — L’Angleterre vient de s’annexer la petite île de Rolu-mah, qui fait partie du groupe des îles Fidji.
- — Erratum. M. V. Serrin nous fait remarquer que dans notre n° 554. du 13 mars 1880, p. 239, il est question d’ériger une statue à Becquerel à Châtillon-sur-Loire, et que c’est Châtillon-sur-Loing (Loiret) qu’il faut lire.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Alcaloïdes du grenadier. — M. Tauret, qui a déjà fait connaître des bases organiques extraites de l’écorce du grenadier, retire aujourd'hui de la même mine des autres composés analogues. On ne nous dit rien d’ailleurs des propriétés de ces divers corps.
- Deux nouveaux tritoxydes. — L’un d’eux est le tri— toxyde d’argent, résultant, d’après M. Berthelot, de la réaction de l’eau oxygénée sur l'azotale d’argent; l’autre, beaucoup plus intéressant encore, serait le tritoxyde d’hydrogène. Pour l'obtenir, l’auteur soumet l’eau oxygénée à l’intluence du permanganate de potasse. Ce sel, dans ces conditions, se décolore complètement sans qu’il se dégage la moindre bulle d’oxygéne. La discussion de plusieurs expériences amène à reconnaître comme nécessaire l’existence du nouveau composé,mais il reste encore à M. Berthelot à isoler la substance qu’il signale.
- Résistance vitale des insectes. — Ayant plongé une mouche ordinaire dans de la lessive de potasse, M. Bouti-gny reconnut le lendemain que l’insecte ne s’en portait que mieux. Le même observateur décrit la bonne intelligence qui ne cessa de régner dans un flacon où cohabitèrent longtemps des graines de coriandre, des charançons et.... des crayons de pierre infernale ; ces coléoptères prospérèrent, se reproduisirent et vécurent aussi longtemps que le permit la provision de graines.
- Statue à Pinel.— Sur l’invitation de M. le docteur Legrand du Saulle, président de la Société médico-psychologique, un registre de souscription sera ouvert à l’Académie pour l’érection d'une statue à Philippe Pinel.
- Rubis artificiels. — J'ai mis en présence, dans un tube de porcelaine chauffé, le chlorure d’aluminium, la vapeur d’eau et le magnésium métallique. Le produit consiste en une multitude de cristaux microscopiques, de forme octaédrique, dont la dureté extrême et l’inaltérabilité absolue dans l’acide azotique bouillant les identifie, comme leur composition, avec le spinelle naturel. Ce résultat si net, que j’ai eu l’honneur de soumettre à M. Daubrée et à M. Des Cloizeaux, m’a naturellement engagé à tenter la synthèse de la gahnite ou spinelle zincique, mais un défaut de température ne permit pas d’atteindre au succès. En échange, il se développa d’innombrables lamelles hexagonales, qui se reproduisirent également par la réaction mutuelle de l’eau et du chlorure d’aluminium, et qui consistent, sans aucun doute en corindon cristallisé comme celui de la nature.
- Ces divers faits, faciles à vérifier par tout le monde, contribueront à appuyer, pour leur part, les idées de Gay-Lussac et de Davy, sur l’existence d'un noyau métallique non oxydé dans les régions infrà-granitiques. L’eau et le chlorure de silicium étant des agents qui jouent nécessai-
- rement un grand rôle dans la chimie des profondeurs, il semble que les expériences précédentes reproduisent un ensemble de conditions réalisées dans la nature.
- Théorie du système du monde. — Poursuivant des recherches dont nous donnions une première analyse dans le dernier numéro, M. Faye montre comment des considérations très simples permettent de rendre compte de ces deux zones du système solaire dont la plus externe est caractérisé par des rotations rétrogrades, tandis que 1 autre ne nous présente que des rotations directes. Pour cela, il part simplement de ce fait difficile à réfuter, que dans la nébuleuse originaire, la densité allait en croissant de la périphérie vers le centre. On a la preuve directe de cette condition, réalisée dans une foule de nébuleuses. Or, ceci posé, le calcul montre que la pesanteur dans une masse ainsi constituée, croît d’abord, à partirde la surface, en raison inverse d’une puissance de la distance au centre. Mais cette progression atteint bientôt un maximum, après lequel la pesanteur est proportionnelle simplement à la même distance, de telle sorte qu’au centre même elle est nulle. Si l’on admet, dans une nébuleuse ainsi bâtie, la séparation des anneaux planétaires, on voit que ceux provenant de la région externe, seront tels que la vitesse de leur circonférence la plus grande sera plus considérable que la vitesse de leur autre circonférence ; donc, s’ils se réduisent en un globe tournant sur lui-même, ce globe se mouvra dans le sens rétrograde. Au contraire, pour des anneaux formés par la seconde région, les vitesses relatives seront inverses et la rotation du globe produit sera nécessairement directe. La particularité fondamentale du système solaire serait donc ainsi expliquée.
- Stanislas Meunier.
- DE LA RESPIRATION ARTIFICIELLE
- DANS LES EMPOISONNEMENTS
- Nous avons signalé précédemment1 les travaux de M. Paeini relatifs aux procédés mécaniques au moyen desquels on peut rétablir la respiration suspendue ou même définitivement abolie. La mélhode vient de recevoir une consécration expérimentale d’une grande valeur par l’heureux emploi qu’en ont fait MM. Ad. Nicolas et F. Demouy dans un empoisonnement par le laudanum, administré à la dose de 5 grammes, en place de sirop de chicorée, chez un enfant de trois semaines.
- Nous ne reviendrons pas sur la méthode de Paeini. L’idée, d’ailleurs, n’est pas nouvelle ; elle remonte à une quarantaine d’années. Il conviendrait même de lui conserver le nom de méthode de Marliall Hall; car c’est à ce médecin que revient l’honneur d’avoir, le premier, songé à ranimer les noyés, par la compression et la dilatation alternatives du thorax. Nos figures 1 et 2 permettent d’apprécier ces procédés, qui utilisent les variations de capacité de la poitrine dans les mouvements imprimés au tronc. Ils consistent à modifier la position du corps, étendu sur le dos ou sur le côté, de manière à comprimer ou dilater alternativement le thorax.
- 1 La Nature, 187(5, 2° semestre, p. 278.
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- LA NATURE.
- Le docteur Henry Sylvester substitua à cette méthode la manœuvre des bras. Chacun peut s'assurer sur lui-même du degré d’agrandissement du thorax qui résulte de l’écartement des bras dans un mouvement d’abduction un peu prononcé. Nous avons insisté sur les détails de cette manœuvre dans notre article sur la méthode Pacini; nos lecteurs savent que cette méthode n’est qu’un perfectionnement de la méthode Sylvester, adoptée dès 1850 par les sociétés de sauvetage d’Angleterre.
- Fig. 1
- Nos figures 3 et 4 représentent les deux temps principaux de la manœuvre opératoire.
- Le docteur Nicolas, qui a donné les premiers soins à la petite malade dont il est question dans la note présentée récemment par M. Leroy de Méri-court à l’Académie de médecine de Paris, ne paraît
- Fig. 2.
- pas s’être préoccupé d’appliquer tel procédé plutôt que tel autre. Il a combiné les mouvements d’élévation des bras avec la malaxation de la poitrine et même avec la succussion, qui a été particulièrement préconisée par M. Matlei dans les cas de mort apparente des nouveau-nés.
- Chez cette enfant, les accidents se manifestèrent deux heures après l’ingestion du poison. Ils durent être aggravés par l’administration de 10 centigrammes d’émétique, que les parents avaient fait prendre, par suite d’un malentendu, avant l’arrivée du médecin. Malgré cette dose énorme d'émétique, il n’y eut ni vomissements, ni selles, ni même d’émission d’urine pendant les douze premières
- heures. Les symptômes se bornèrent à de la somnolence, ou du sommeil, des nausées, des convulsions qui étaient suivies d’une période de prostration complète pendant laquelle non seulement les mouvements respiratoires, mais aussi ceux du cœur étaient suspendus. A vingt reprises, les deux médecins assistèrent à des alternatives de mort et de résurrection véritables. Le soir du premier jour, l’enfant parut se ranimer ; le lendemain seulement, vers quatre heures du soir, elle put avaler quelques
- Fig. 5.
- cuillerées de lait; à une heure du matin, le troisième jour, elle put reprendre le sein. Le quatrième jour, elle était complètement rétablie.
- Cette observation inaugure, chez nous, une médication nouvelle, qui est applicable non plus seulement aux noyés et aux enfants nouveau-nés en état
- Fig. A.
- de mort apparente, mais aux convulsions du jeune âge, dans lesquelles la mort n’est bien souvent que la conséquence d’une syncope prolongée. Elle est surtout applicable aux cas d’empoisonnement sans lésion d’organes, et elle a l’avantage ne pas exiger d’ap-pareils compliqués et coûteux, dont le principal défaut est qu’on ne peut jamais se les procurer à temps.
- Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- 16 826.— Typographie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N» 357.
- 3 AVRIL 1880.
- LA NATURE.
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- LES ILES SOLO
- ET LA MISSION FRANÇAISE DE MALAISIE
- Les îles Solo, Soulou, ou Holo, situées à moitié route des Philippines et de Bornéo, étaient restées jusqu’en 1876 presque entièrement inconnues aux Européens. Les Espagnols avaient bien occupé la plus grande de ces terres en 1746.
- Dumont d’Urville,
- Rienzi et AVilkes avaient passé quelques jours en rade de Bévouan, alors résidence du sultan ; divers navires européens avaient lait depuis lors de rares apparitions dans les eaux de l’Archipel. Mais, si les côtes avaient été vues et partiellement levées, l’intérieur des îles était demeuré complètement inexploré, et l’on ne savait presque rien de leur sol et de leurs habitants.
- Les Malais de Solo passaient, à bon droit d’ailleurs, pour les pirates les plus redoutables de l’Extrême Orient, en même temps qu’ils se montraient les plus fanatiques des musulmans des Indes. Aussi nul explorateur n’aurait-il songé à aller vivre au milieu d’eux pour étudier leurs mœurs, leurs caractères physiques, etc., sans les événements qui sont venus brusquement modifier la situation politique de l’Archipel.
- Lassés des attaques incessantes des Solanos contre leurs colonies des Philippines, les Espagnols se décidèrent, en i876, à forcer de nouveau les pirates dans leur repaire. Le 29 février, le mouara de Tianggi tombait en leur pouvoir, et le sultan se voyait forcé de subir un protectorat détesté.
- Tianggi n’existe plus : on ne voit plus sur son 8* année. — 1e1’ semestre*
- emplacement que les pilotis qui en supportaient les cases. Les Espagnols ont bâti, au nord-est de l’ancienne ville, une petite cité nouvelle, assise dans de si bonnes conditions d’hygiène, que les cas de fièvre pernicieuse, qui étaient la règle à Tianggi, sont aujourd’hui à l’état de très rare exception.
- Les nouveaux occupants ont exécuté des travaux considérables et fort bien entendus, et leur installation semble aujourd’hui tout à fait définitive. Aussi les hommes de science, surs de la protection des autorités espagnoles, qui n’a jamais fait défaut aux explorateurs des Philippines, à quelque nationalité qu’ils appartinssent, ont-ils tourné les yeux vers ces terres inexplorées, qui leur promettaient de nombreuses découvertes. La mission française de Malaisie, composée des docteurs Montano et Rey, a gagné Solo en novembre dernier, et, malgré de nombreux obstacles dus à des circonstances malheureuses, et notamment à une aggression de ju-rameatados, qui a fait, le 23 novembre, dans la ville espagnole une quinzaine de victimes, nos compatriotes ont pu recueillir sur l’intérieur de l’île, qu’ils ont traversée de Solo à Maïboun, résidence actuelle du sultan, des renseignements fort intéressants. Un certain nombre d’échantillons d’histoire naturelle ont été rassemblés; des études ethnologiques précises ont été faites et des photographies d’un très haut intérêt sont déjà parvenues en France. L’une d’elles, représentant le sultan, est reproduite ci-dessus. Ce souverain, nommé Mohamed-Yamalal-Alam, âgé de trente-quatre ans, est un pur Malais, assez intelligent, mais d’une ignorance profonde. Il présente, comme la plupart de ses sujets, un
- 18
- Le sultan de Solo.
- (D’après une photographie envoyée par MM. Montano et Rey, membres de la mission française de Malaisie.)
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- LA NATURE.
- type fin, bien supérieur, dit M. Montano, à celui des Malais de Malacca, plus svelte, plus délicat et mieux proportionné. A ce type appartiennent la majeure partie des habitants de nie; l'importation de nombreux esclaves enlevés aux Philippines a infusé çà et là au peuple soloanais une petite dose de sang noir, mais il n’existe point dans l’intérieur de tribu négrito comparable aux Aetas de Luçon. M. Montano a constaté, en revanche, à Solo, la présence de quelques Arabes presque purs, établis depuis si longtemps dans le pays, qu’ils ont perdu tout souvenir île luir origine lointaine.
- MM. Montano et Rey ont quitté Solo, après un séjour de plus de deux mois, pour le nord de Bornéo, où i s comptent explorer le territoire de Sar-dakan. Ils gagneront de là Mindanos, dont ils se proposent d’étudier avec soin les lacs intérieurs.
- E. HAMY.
- LES ÉLÉPHANTS D’ASIE
- EN AFRIQUE
- Nos lecteurs se rappellent que le roi Léopold, fondateur de l’Association internationale Africaine, a tenté de substituer l’emploi des éléphants à celui des porte-faix, dont l’inconstance et la mauvaise foi ont compromis tant d’expéditions R ils savent que sur quatre éléphants apprivoisés amenés d’Asie à la côte d’Afrique, deux ont succombé sans que l’on ait pu accuser de ces morts la redoutable mouche tsé-tsé2. Les deux restant ont continué leur voyage vers le lac Tanganyka, sous la conduite de M. Carter. Ce dernier a adressé récemment au Comité exécutif de l’Association une lettre dont nous sommes heureux de reproduire ici des extraits. Nos lecteurs verront que nous ne nous étions pas exagéré l’effet que devait produire en Afrique l’arrivée des éléphants empruntés à l’Asie; ils comprendront que la domestication de l’espèce indigène s’impose désormais à ceux qui veulent conquérir le continent africain, comme une de ces nécessités auxquelles l’intelligence humaine a toujours répondu à bref délai.
- Voici la lettre de M. Carter ;
- Komhnrab (Ounyanyembé), 30 octobre 1879.
- Monsieur,
- Je suis heureux de pouvoir vous apprendre mon arrivée ici avec les deux éléphants qui me restent. Depuis le jour de notre départ de Mpvvnpwn, 2 septembre, jusqu’à celui de notre arrivée à llittoura, 12 octobre, les éléphants ont constamment eu une nourriture insutfi ante, de la mauvaise eau, et ont dù faire de longues marches sans boire ni manger. Aussi, comme je trouvai à llittoura de la nourriture en abondance, je proposai au capitaine Popelin de le laisser continuer seul sa route vers Tabora. où je le
- rejoindrais à petites marches, et en m’arrêtant partout où les éléphants trouveraient une nourriture saine.
- M. Popelin partageant ma mon ère de voir, je séjournai à llittoura jusqu’au 17 courant, et je me dirigeai ensuite lentement vers Konibarah, laissant mes éléphants se nourrir d’herbe fraîche dans les endroits favorables. Au bout de quelques jours, mes deux éléphants se trouvaient dans de meilleures conditions qu’en quittant Dar-es-Salam. Le 23 octobre, nous arrivâmes à Konibarah. Le sultan, le gouverneur et tous les Arabes de Konibarah et de Ta-boi a m’ont reçu fort amicalement, disant que le sultan de Zanzibar, Saïd-Bargaslt, leur avait donne l’ordre de se mettre à ma disposition, eux et tout ce qu’ils possédaient. Ils en agirent positivement ainsi.
- On nous assure que Mnambo m’a envoyé une ambassade,. avec cinquan e défenses d'éléphants, pour me demander d aller m’établir dans son pays. Nyonngou, le meurtrier de .M. Penrosc, s'est enfoncé dans l’interieur, avec sa bande, parce qu il avait appris qu’un Européen, accompagne de plusieurs éléphants portant des canons — les tubes des pompes Norton, — s’avançait pour venger la mort de M. Penrose. L’annonce de l'arrivée des éléphants a donc suffi pour purger la forêt qui se trouve entre Tchaïa et llittoura des tous les « Honga-Bonga » qui l’infestaient. M. Slokes, membre de la Church missionary Sociely. qui vient d’arriver de l'Ouganda, me disait dernièrement : « Les nouvelles des éléphants ont traversé l'Afrique, et Sa Maje.-té, en les envoyant dans ce pays, a fait plus pour l'établissement des Européens que les milliers de livres sterling dépensées jusqu’ici dans ce but. »
- L’elfet produit sur les indigènes par la vue des éléphants apprivoisés est incroyable : « Puisque les Européens, disent-ils, parviennent à se faire obéir des éléphants, ils sont à même d'accomplir toutes choses. »
- Les Nègres se racontent entre eux que la scène suivante a lieu tous les matins entre moi et les éléphants au moment où je les charge. L’éléphant se couche et dit :
- « Seigneur, je suis prêt. » Alors le seigneur lui met 20 frasilahs (1200 livres) sur le dos et dit à l’éléphant :
- « Maître, en avez-vous assez?— Non, seigneur, répond l’éléphant, mettez-en davantage. » Le seigneur le charge alors de 25 frasilahs et répète la même question, à laquelle l’éléphant fait la même réponse. Le chargement continue ainsi jusqu’à ce que l’éléphant porte 35 frasilahs (2100 livres). Alors il dit: « Voilà qui est bien, seigneur, » se lève et s’en va avec sa charge, comme s’il n’avait rien sur le dos ....
- Le 28 de ce mois, à 8 heures du matin, le capitaine Popelin, le docteur Vanden Ileuvel, M. Stokes et moi, nous partîmes pour Tabora, montés tous les quatre sur Pul-malla, vieil éléphant de selle, que j’avais revêtu de son plus brillant harnais — écarlate et noir. — Bien qu’un peu lourdement chargée, la pauvre vieille dame n’en marchait pas moins d’un pas allègre. Nous fûmes suivis pendant toute la journée par des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants poussant des exclamations, des cris, et riant à gorge déployée. L’étonnement des Arabes et des indigènes, en voyant les éléphanls leur faire des saluls et exécuter d'autres exercices, dépasse toute description. C’est un jour qui ne sera jamais oublié par le peuple de Tabora.
- Quelques-uns de mes Nègres, attachés aux éléphants, les conduisent déjà assez bien ; j’espère donc que pendant noire séjour à Masikamba ces Africains apprendront parfaitement leur service.
- Agréez, etc.
- 1 Yoy. n° 521 du 26 juillet 1879, p. 123. Yoy. ii° 538 du 22 novembre 1879, p. 395.
- Carter.
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- LA NATURE.
- APPAREIL MICROPHONIQUE
- RECUEILLANT I. A PAROLE A DISTANCE
- Au cours de recherches sur la surdité, nous nous sommes proposé de construire un micro-téléphone qui résolût le double problème suivant : d’une part, renforcer les vibrations sonores de la parole, que le téléphone ne peut qu’affaiblir en les transmettant; d’autre part, recueillir ces vibrations à une distance de plusieurs mètres de la personne qui parle.
- On sait, en effet, que l’emploi des téléphones pour la transmission de la parole exige que la bouche soit placée au voisinage immédiat de l’instrument. On a fréquemment essayé de remédier à ce grave inconvénient par l’adjonction au téléphone de microphones de divers systèmes ; mais pour des raisons multiples, tenant particulièrement au défaut de réglage des instruments, à la transmission exagérée des bruits solidiens, à la faible impression des vibrations aériennes, on n’est arrivé à aucun résultat pratique satisfaisant : d’où il suit qu’on ne peut, dans l’état actuel des choses, transmettre par une ligne télégraphique un discours prononcé à une certaine distance d’un récepteur micro-téléphonique.
- Dans les recherches que nous poursuivons en commun, nous sommes arrivés à un résultat qui nous semble mériter d’attirer l’attention. 11 est dû aux modifications profondes que nous avons fait subir aux microphones actuellement connus. Ces modifications portent : en premier lieu, sur la nature de l’écran qui doit recevoir les vibrations aériennes et les transformer en ébranlements moléculaires; en second lieu, et principalement, sur le moyen de régler le contact des charbons qui constituent le microphone. La matière qui, pour la construction de la plaque réceptrice, nous a donné les meilleurs résultats, est le caoutchouc durci. Nous l’employons en plaques d’étendue variable; l’épaisseur augmente ou diminue avec la surlace, mais elle n’est jamais moindre de 0m,001, sous peine de voir reparaître les sons nasillards, si désagréables dans ces sortes d’instruments. A travers cette membrane passe le charbon fixe, soutenu par une bague! métallique. Le second charbon, dont les variations de pression dans son contact avec le premier devront déterminer les variations du courant, est réglé d’une manière toute nouvelle, à laquelle est dû pour la plus grande part le bon résultat de notre instrument. Ce charbon est porté par une tige de fer qui peut pivoter autour d’un axe, sur lequel elle est parfaitement équilibrée, de telle sorte que la pesanteur n’a plus nulle action sur elle. La mobilité de cette tige de fer est réglée par un aimant qui l’attire suivant son axe et qu’on peut en éloigner ou rapprocher à volonté. Lorsque l’aimant est très éloigné, la tige peut tourner indifféremment autour de sou pivot. Lorsqu’il est presque au contact, l’aiguille est fortement dirigée et ne peut avoir
- que des vibrations d’une très faible amplitude et d'une grande rapidité : c’est ce qui est nécessaire pour qu’elle puisse accompagner le charbon monté sur la membrane vibrante, sans jamais l’abandonner, et par conséquent sans créer d’interruptions. Les déplacements de l’aimant, très faciles à obtenir avec une grande précision, constituent un mode de réglage à la fois très délicat et très fixe, et qui pourra être employé dans beaucoup d’autres circonstances ; il est bien supérieur à celui qu’on obtient avec des ressorts quelconques, dont le poids et l’inertie présentent toujours de graves inconvénients, surtout lorsqu’il s’agit de phénomènes moléculaires.
- Tel est notre microphone. Les variations de courant qu’il a engendrées actionnent, soit directement, soit par l’intermédiaire d’une bobine d’induction, un téléphone récepteur. Grâce à cet appareil, les bruits stridents connus sous le nom de crachements disparaissent en même temps que les ruptures de courant qui leur donnent naissance dans le microphone ordinaire. Le timbre de la voix transmise ne subit qu’une très légère altération, due probablement au téléphone récepteur. On peut, en parlant à voix très basse, mais au voisinage même du microphone, transmettre la parole avec une netteté vraiment très remarquable. A haute voix, on peut se placer jusqu’à 4 mètres ou 5 mètres de l’appareil, dont la sensibilisation à l’aide de l’aimant est très aisément proportionnée à la distance. Cette première partie de notre étude achevée, la parole ainsi recueillie à distance, nous cherchons mainttmant à en augmenter l’intensité au téléphone récepteur, et c’est alors que l’application au soulagement de la surdité pourra être tentée utilement.
- Paul Bert et d’Arsonval.
- CRUSTACÉS RARES OU NOUVEAUX
- DES CÔTES DE FRANCE
- Les petits Crustacés représentés ci-contre sous un fort grossissement appartiennent à la nombreuse famille des parasites qui vivent aux dépens des Poissons. Us ont été décrits récemment dans un nouveau mémoire publié par M. Hesse, dans les Annales des sciences naturelles. Nous donnons ici quelques extraits de cet intéressant travail.
- Comme beaucoup de leurs congénères, ils ne se hasardent pas à se fixer sur le corps de ceux-ci, où ils seraient exposés à des dangers continuels ; ils trouvent plus prudent de se cacher entre leurs lames branchiales, lesquelles, étant recouvertes par des opercules, les mettent complètement à l’abri de tous les périls extérieurs.
- Cette situation privilégiée, en outre qu’elle leur procure une sécurité complète, leur offre de plus le grand avantage de les placer dans la partie du corps
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- LA NATURE.
- où le sang alllue avec abondance, et où, conséquemment, ils peuvent s’en gorger plus facilement. Comme ils sont de très petite taille et que leur corps est transparent, il en résulte que le sang qu’ils ont sucé apparaît à travers la peau et lui donne une couleur rougeâtre qui se confond avec celle des branchies. Il serait donc très difficile de les y découvrir, si ce n’était la longueur extrême des tubes ovifères, qui dépassent celle des branchies, et leur couleur noire ou brune, qui tranche sur celle de ces organes de la respiration et décèle leur présence.
- Le genre Cycnas a été créé, comme je l’ai dit, 1 2
- Fig. 1. — 1. Cycne du Crenilabre (femelle). — 2. Cycue de la Vieille variée (gros>is 65 fois).
- par M. Kroyer, et le genre Kroyeria par M. Van Bcneden, qui l’a dédié à ce savant.
- Le 8 décembre 1860 et le 28 mars 1862, M. Hesse a trouvé plusieurs Cycnes sur les branchies du Cre-nilabrus Melops, où il n’est pas rare.
- Le mâle est d’un jaune d’ocre pâle, légèrement teinté de rose. On aperçoit au milieu une raie verticale de cette dernière couleur. Les yeux, placés de chaque côté d’une petite protubérance rouge, sont de couleur blanche.
- La femelle (fig. l,n° 1) est également d’une couleur jaune plus pâle; elle présente au milieu une large raie blanche verticale, encadrée de chaque côté par des lignes noires claires, à côté desquelles sont d’autres lignes jaunes suivies de lignes rouille et jaunes plus pâles. Les œufs sont d’une couleur chocolat foncé.
- Le Cycne de la Vieille variée a beaucoup d’analogie avec la précédente (fig. 1, n° 2). Il a été trouvé sur les branchies de la Vieille variée (Labrus mixtus), le 28 mars 1862.
- Le Kroyerie du Chien de mer (Roussette) est représenté figure 2.
- Le mâle mesure environ 5 millimètres de longueur sur 1 millim. 1/2 de largeur.
- Vu en dessus, son bouclier céphalique est remarquable par sa forme anguleuse et semble divisé en deux parties, dont l’antérieure, qui est petite et ovale, est circonscrite par une ligne qui en fait le tour et au milieu de laquelle on aperçoit les yeux,
- Fig. 2. Kroyerie du Chien de nier (Roussette mâle).
- 1. Femelle. — 2. Mâle (grossis 50 fois environ).
- qui sont placés des deux côtés d’une petite éminence qui en occupe le centre.
- La femelle est un peu plus grande que le mâle. La forme de son bouclier céphalique diffère beaucoup du sien ; il est relativement plus petit et d’une forme tout à fait différente (fig. 2, n° 1).
- Toute la tête et le corps sont, chez le mâle et la femelle, de couleur jaune clair. Une raie noire médiane part de la tête pour se rendre à l’extrémité inférieure du corps, et celle-ci est encadrée de chaque côté par une ligne plus large, qui est d’une couleur rougeâtre. Les yeux sont blancs, très-brillants, environnés d’une auréole bleue et rouge. Les tubes ovifères sont noir violet. Les embryons sortant de l’œuf ont cette couleur.
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- LÀ NATURE.
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- LES MOTEURS ANIMÉS
- MACHINES A COUDRE MISES EN MOUVEMENT PAR DES CH1FNS
- Les animaux ont été employés de tout temps pour traîner des voitures, pour conduire la charrue, etc. Mais ces moteurs animés sont généralement très incomplètement mis à profit et dans des conditions très défectueuses. Le manège bien connu de nos exploitations rurales, bien qu’il ait été considérablement amélioré dans ces dernières années, ne produit pour ainsi dire pas de travail. Outre l’inévitable frottement, le cheval seul déploie de la force pour puiser de l’eau comme pour traîner une voiture, tandis que le poids inerte de l’animal reste
- presque entièrement inutilisé. Une disposition plus économique est celle à laquelle on a recours peut-être encore dans des fermes lointaines; là, on fait monter l’eau du fond des puits, dans des seaux, au moyen d’un âne marchant dans l’intérieur d’une roue, à la manière des chiens mettant jadis en mouvement le tournebroche. Toutefois, cette méthode suscite de graves objections, au point de vue de l’humanité aussi bien que de la mécanique. En effet, la tension musculaire d’un animal qui monte continuellement dans une roue creuse est réellement considérable; on a vu quelques-unes de ces pauvres bêtes tomber à la renverse devant un obstacle subit, qui offrait une plus grande résistance.
- Lors de la dernière exposition agricole qui a eu lieu à Paris, nous avons remarqué une nouvelle machine destinée à battre en grange; elle était mise
- Fig. 1. Petite machine motrice, mise en action par un chien. Fig. 2. Figure explicative donnant le détail du mécanisme.
- en mouvement par un cheval marchant constamment en avant sur une voie sans fin, passant sur deux rouleaux presque horizontaux.
- Nous allons décrire aujourd’hui une application bien plus utile de la force animale. La machine dont il va être question a été inventée par M. Richard, de Paris; on l’a fait fonctionner à l’Exposition des sciences appliquées à l’industrie.
- Le principe de l’invention consiste en ce que l’animal déploie toute la force résultant de son poids brut. Une petite case contient l’animal; elle repose sur un axe que supporte l’ensemble de la machine. On voit le chien dans la position du repos (fig. 1) ; le poids de l’animal, quand il maintient son centre de gravité, n’exerce aucune action sur la roue. Mais, quand la case prend forcément la position indiquée par les lignes ponctuées de la figure 2, c’est-à-dire quand la tangente forme un angle aigu avec la verticale, le seul poids de l’ani-
- mal suffit immédiatement pour faire tourner la roue dans la direction des flèches. Le chien, se sentant glisser, marche naturellement en avant. Toutefois, le résultat complet est obtenu quand le corps est placé entièrement sur la ligne descendante, et ce résultat provient uniquement du poids de l’animal.
- On ajoute en E (fig. 2) une plateforme fixe, juste en dessous et en dehors de la courroie sans fin, afin d’empêcher le poids de l’animal au repos de peser sur cette dernière. Une écuelle, qu’on ap-perçoit au dessus du tambour B, permet au chien de boire quand il se repose.
- L’origine de cette découverte est digne d’intérêt. M. Richard confectionne des uniformes militaires et emploie un grand nombre de machines à coudre. 11 a reconnu que ces dernières exercent une influence fâcheuse sur la santé de ceux qui les font marcher. Le calcul démontra que tout autre genre
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- de force motrice absorberait environ la moitié du petit profit obtenu par ce mode de travail. 11 imagina donc son « moteur quadrupède »,à l’usage de nos intelligents caniches français, qui sont aisément dressés et nourris à bon marché. Grâce à ce procédé, il est en mesure de faire marcher quatre lourdes machines à coudre, qui ne fonctionnent pas constamment, mais avec intermittences, suivant les besoins, et cela avec une dépense à peine appréciable.
- DESTRUCTION DU PHYLLOXERA
- l'Ail SES PARASITES
- UN PROGRAMME DE RECHERCHES
- 11 faut applaudir à la découverte et à l’application déjà si fructueuse des insecticides à l’égard du Phylloxéra, sans oublier que leur action est locale. Quand la vie a une puissance égale à celle qui se manifeste dans la reproduction du Phylloxéra, c’est par la vie principalement et par une puissance de reproduction supérieure qu’on peut espérer triompher. Comme toutes les espèces vivantes, le Phylloxéra doit avoir ses maladies, ses parasites, des causes naturelles de destruction.
- «V Je rechercherais ces maladies et ces parasites. De ces derniers, j’étudierais les propriétés, afin de savoir s’il n’est pas possible de les multiplier et de les opposer au Phylloxéra. En 1865, la race des vers à soie était bien prêt d’être anéantie en France par l’organisme microscopique désigné sous le nom de Corpuscule de Cornalia, et cela alors même qu’on làisait tout pour éloigner cet ennemi du précieux insecte. Ici, et en ce qui concerne le Phylloxéra, il faut tenter de renverser le problème. Cherchons à l’espèce Phylloxéra un parasite, et loin de combattre ce dernier, faisons qu’il se multiplie et s’attache au Phylloxéra jusqu’à le détruire, comme il eût été si facile de détruire la race ver à soie par le parasite
- corpuscule de la pébrine...
- La multiplication extraordinaire du Phylloxéra n’est qu’une niaiserie à côté de la puissance de vie et de propagation de certains parasites : la salle de l’Académie des sciences est bien grande, elle a des centaines de mètres cubes de capacité. Je me ferais fort de la remplir d’un liquide de nature telle que, en y semant un organisme microscopique parasite des Gallinacés, dans l’intervalle de quelques heures, tout ce vase de capacité immense serait troublé par la présence du parasite, et en si grande abondance, que tous les Phylloxéras du monde seraient, pour leur nombre comparé au nombre des individus du parasite dont je parle, comme une goutte d’eau dans la mer1.
- L. Pasteur,
- MpmHre de l'Académie des sciences.
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences (extrait).
- LE PERCEMENT DU TUNNEL
- DU SAINT-GOTHARD
- Le percement du Saint-Gothard est un fait accompli depuis le 29 février 1880. C’est un dimanche, à onze heures un quart du matin, que sautait le dernier diaphragme qui séparait encore les deux chantiers. Nous nous proposons, dans cet article, de compléter les renseignements donnés par la Nature, en 1876, sur cette œuvre gigantesque \ en racontant brièvement notre visite aux chantiers d’Airolo lors de ce grand évènement.
- Les chantiers de Goschenen ont déjà été décrits, ainsi que les compresseurs, les perforatrices, les locomotives à air comprimé, les méthodes d’excavation, etc , ce qui facilitera beaucoup notre tâche.
- A Airolo comme à Goschenen, c’est la perforation mécanique et la dynamite qui ont permis d’obtenir des avancements qui, dans des circonstances particulièrement favorables, ont atteint le chiffre de 7 mètres par jour, chiffre qui aurait permis d’achever le travail en trois années s’il avait pu se maintenir constamment. Mais il n’en a pas été ainsi malheureusement. L’une des premières difficultés fut le manque de force motrice. On avait compté sur l’eau de la Tremola, et des jaugeages trop favorables accusaient un débit de 500 à 400 litres par seconde, avec une hauteur de chute de 180 mètres, ce qui représentait une force brute de 700 à 900 chevaux.
- Les turbines, construites par la maison Esclier, Wyrs et Cie, de Zurich, sont un des rares exemples de moteurs hydrauliques puissants fonctionnant avec une si forte chute. Ces turbines, au nombre de quatre, représentent, lorsque la Trémola débite 400 litres par seconde, une puissance de 200 chevaux chacune environ : elles sont en bronze, à axe vertical, portent 100 aubes et font 550 tours par minute; leur diamètre n’est cependant que de 1"*,20.
- Chacune de ces turbines met en action un groupe de trois compresseurs Colladon, qui fournit l’air des perforatrices à une pression de quatre atmosphères en moyenne, et un compresseur à haute pression, qui sert à alimenter les locomotives, dont la pression atteint 10 à 12 atmosphères.
- Les jours de grand fro:d ou de grande sécheresse, le débit de la Tremola s’abaisse beaucoup, et il fallut aviser, sous peine de voir suspendre les travaux. C’est alors que Louis Favre se décida, en 1874, à emprunter au cours du Tessin un supplément indispensable de puissance motrice.
- Le volume d’eau du Tessin est plus grand, mais
- 1 Yoy. nos des 17 juin, 1er, 8 et 29 juillet et 5 août 1870, p. 58, 75, 87, 142, 145, du 2° semestre 1870. — li nous sera permis de dire aujourd'hui que ces notices, très complètes, sont dues à un des plus actifs collaborateurs de L. Favre, dont le nom véritable a été caché sous le pseudonyme de Maxime Hélène. G. T.
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- LA NAITRE.
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- la chute est moindre; elle n’est que de 90 mètres. Le canal qui amène l’eau dans le réservoir n’a alors que 3 kilomètres de longueur; si on avait conservé une hauteur de 180 mètres de chute, comme pour la Tremola, la canalisation aurait eu 7 kilomètres de longueur et aurait présenté des difficultés presque insurmontables. Pour utiliser cette eau en plus grand volume, mais sous une pression moindre, il a fallu établir, sur l’axe même des premières turbines, une seconde turbine disposée pour ces conditions spéciales.
- On a ainsi double turbine et double prise d’eau, qu’on utilise suivant les circonstances; la puissance dont on dispose aux chantiers d’Àirolo, grâce à cette double installation (complétée par l’adjonction de deux turbines Girard de 5 mètres de diamètre, qui actionnent deux nouvelles paires de compresseurs chacune) est égale et même supérieure à 1000 chevaux1.
- Les compresseurs sont analogues à ceux de Go-schenen (voir la Nature, 2' semestre 1876).
- La question de force motrice une fois résolue, bien d’autres difficultés se présentèrent pour entraver les travaux et souvent même les suspendre Ici c’est le terrain qui cède, et le boisage fait perdre tantôt un mois, tantôt huit jours ; puis c’est la conduite du Tessin que les avalanches viennent casser; une autre fois, c’est l’alignement qui demande une suspension de travaux de quatre jours pour permettre de bien déterminer la direction de la galerie d avancement. Ces suspensions de travail forcées n’ont pourtant pas été inutiles, car elles ont permis aux habiles ingénieurs Koppc et Gelpe, chargés de cette mission ingrate et difficile, de se rencontrer sans erreur sensible de niveau et de direction. Des mesures précises donneront la valeur exacte de l’erreur, qui, en tout cas, ne dépassera pas quelques centimètres! N’est-ce pas un résultat merveilleux en présence des difficultés de toute sorte inhérentes à une semblable opération !
- Honneur aussi à M. Stapff, le savant suédois dont les prévisions géologiques ont été si bien confirmées.
- Après avoir quitté le bâtiment des compresseurs, dont nous venons de voir les particularités qui le différencient de celui de Goschenen, signalons en passant une série d’appareils déjà connus de nos lecteurs. Les réservoirs dans lesquels s’accumule l’air comprimé, soit pour le service des perforatrices, soit pour celui des locomotives, les sé-cheurs d’air, l’atelier de construction et de réparation des machines, la forge, etc. Les locomotives à air comprimé sont identiques à celles de Goschenen, les méthodes sont les mêmes et les perforatrices à peu près semblables; tous ces appareils et procédés ont été décrits dans la Nature; nous n’y reviendrons
- 1 C’est à l’obligeance de M. le professeur Daniel Colladon, correspondant de l’Institut et ingénieur-conseil de la Compagnie, que nous devons tous les renseignements relatifs aux travaux mécaniques
- pas, car nous avons hâte d’arriver à la rencontre des galeries.
- En janvier 1880, les fronts de taille étaient encore à 400 mètres de distance ; ou entendait déjà très distinctement, dans chaque chantier, les coups frappés dans le chantier opposé.
- Le 1er lévrier, la distance présumée des fronts de taille était de 206 mètres. Nous disons présumée, car la longueur géodésique du tunnel, de tète en tète, est de 14 920 mètres : le dernier diaphragme <jui séparait le chantier, le 29 février, avant le dernier coup de mine, avait une épaisseur de lm,40. Bien que ce soit le chantier d’Airolo qui ait eu l’honneur de cette dernière perforation, il est juste d’en attribuer la moitié à chaque chantier. En faisant alors la somme des avancements de chaque chantier, ou trouve :
- Longueur percée par Airolo. . 7167m,G0
- Longueur percée par Goschenen. 7743"’,90
- Longueur totale. . . . 14 911"1,50
- Longueur géodésique. . 14 920“,00
- Erreur. . . 8,n,50
- Cette erreur peut être împut’e, soit aux mesures directes faites dans le tunnel, soit aux opérations géodésiques préliminaires. La rencontre s’est effectuée 56 heures environ avant les prévisions, puisque l‘n,40 séparait seulement les fronts de taille, lorsqu’on pouvait se croire encore à une distance de 10 mètres, mais grâce aux précautions prises, il n’y a eu aucun accident. Depuis plusieurs jours déjà, les chantiers étaient mis en communication télégraphique, et les coups de mine ne partaient que successivement dans chacun d’eux.
- C’est à un des plus anciens ouvriers du tunnel, nommé Niearaviglia (Celcstino), qu’échut l’honneur de donner le dernier coup de sonde. La dernière perforation fut faite aussi par un vieil ouvrier, Chirio (Pietro). Tous deux au Saint-Gothard depuis l’origine des travaux, avaient déjà travaillé plus de sept ans au Mont-Cenis.
- A peine le dernier coup de mine fut-il parti, que, de chaque côté, les ingénieurs, qui étaient tous dans le tunnel, se précipitèrent vers l’ouverture, de lm,50 de diamètre environ, faite par l’explosion.
- Ce qui se passa alors est indescriptible; il nous suffit ici d’enregistrer la joie causée à tous ces rudes travailleurs par l’heureux événement. Du dimanche au jeudi tout travail cessa dans les galeries Seuls les compresseurs continuèrent à envoyer l’air dans le tunnel ; jusqu’à ce que la galerie soit élargie à sa section normale, le léger courant qui peut s’v établir sera insuffisant à son aération. Ce n’est que lorsque le dernier ouvrier aura quitté le tunnel qu’on pourra arrêter leur fonctionnement.
- Le lundi, la Compagnie faisait distribuer une
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- LA NATURE.
- médaille commémorative à tous ceux qui, le 29 février, étaient attachés au tunnel.
- Le mardi, un train spécial allait chercher les invités arrivant de l’embouchure nord pour assister au banquet offert par l’entreprise le lendemain mercredi.
- Passons sur le banquet, passons aussi sur les quatorze discours qui l’ont suivi.
- Celui par qui l’œuvre existe, et qui n’a pas été assez heureux pour en voir l’achèvement, puisque la mort l’a surpris dans le tunnel même, le 19 juillet 1879 n’a pas été oublié dans ces fêtes, et c’est son souvenir qui y a présidé.
- Nous n’en voulons pour preuve que cette inscrip-
- tion apportée par les ouvriers dans la salle du ban quet :
- REGARDE ET SOURIS,
- Ô LOUIS FAVRE,
- EN CE JOUR DE GLOIRE ET DE JOIE QUI T’EST DU EN GRANDE PARTIE SALUT
- Ô ILLUSTRE FILS DE l’iIELVÉTIE MORT SUR LE CHAMP DU TRAVAIL ET DE L’HONNEUR;
- TON NOM EST GRAVÉ DANS LE ROCHER DU GOTIIARD TRANSPERCÉ ET TA MÉMOIRE DANS LE CŒUR DE TROIS PEUPLES RECONNAISSANTS.
- L’œuvre entreprise par Louis Favre, et qu’il a su mener à bonne lin malgré les difficultés de toute nature qui se sont présentées, perpétuera sa mémoire, nous en avons la conviction; en ne se plaçant qu’au point de vue scientifique, on doit y
- G0SCHE.NEN
- Al RO LO
- Fig. 1. Diagramme des travaux de percement du Saint-Gothard, montrant les progrès de la perforation du 13 septembre 1872
- au 29 février 1880.
- applaudir, car elle a enrichi la science d’une foule de connaissances et l’industrie d’une quantité de procédés dont elles sauront faire leur profit dans l’avenir.
- La production de l’air comprimé, grâce aux appareils imaginés par M. le professeur Colladon, est devenue courante, et le volume d’air que ces appareils envoient journellement dans les chantiers dépasse 80 000 mètres cubes pour chacun d’eux.
- La canalisation d’air comprimé, dont la longueur dépasse 5000 mètres dans chaque chantier a permis à M. E. Stockalper, ingénieur chef de service à Goschenen, de faire des expériences fort intéressantes sur l’écoulement de l’air comprimé dans les longues conduites métalliques. La perte de charge dans ces conduites présente une importance extrême. En effet, nous voyons, dans le 86e Rapport fédéral, que la pression absolue de l’air, qui était
- de 6,5 atmosphères à l’embouchure de Goschenen, n’était plus que de 1,8 au front de taille à la fin des travaux. A Airolo, pour des pertes de charge analogues, on a dû porter le diamètre des perforatrices de 100 à 130 millimètres; on doit donc dépenser un volume d’air beaucoup plus grand pour produire le même travail.
- Nous reproduisons, figure 2, la vue des perforatrices de la galerie d’avancement montées sur leur affût ; elles sont du système Mac Kean et Séguin, et diffèrent de celles de MM. Dubois et François par le mouvement de l’outil, qui se fait directement, au lieu d’employer un moteur rotatif.
- La figure 3 représente une locomotive et son réservoir d’air amenant à la décharge un train de wagons sortant du tunnel.
- On pourra se rendre compte de l’activité qui règne dans le tunnel par les quelques chiffres que
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- LA NATUKE
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- Fig. o. Train de wagons sortant du tunnel du Saint-Gothard, amenés à la décharge par la locomotive à réservoir d’air comprimé
- (D’après une photographie.)
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- L'A NATURE.
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- nous reproduisons ci-dessous, en les empruntant au 80° Rapport du conseil fédéral sur l’état des travaux du Saint-Gotliard au 51 janvier 1880. Prenons, par exemple, les chiffres qui se rapportent à la moyenne entre les deux chantiers.
- Il v avait, en janvier, 409 ouvriers travaillant ensemble dans le tunnel et 219 hors du tunnel, soit 028 par chantier.
- En moyenne, 400 lampes brûlent dans le chantier et viennent ajouter leur action délétère à celle des 400 ouvriers et des 205 kilogrammes de dynamite qui font explosion chaque jour. Ces 205 kilogrammes de dynamite produisent 260 wagons de déblais, chaque wagon ayant environ 1 mètre cube de capacité; si l’on tient compte du foisonnement, on voit qu’à chaque kilogramme de dynamite correspond assez exactement un mètre cube d’excavation de la galerie.
- La consommation mensuelle de la dynamite atteint 6000 kilogrammes par chantier et, depuis l’ouverture des travaux, elle a dépassé 500 000 kilogrammes.
- Malgré les 85 000 mètres cubes d'air envoyés par les compresseurs, la température, au front de taille, atteignait 55° pendant les derniers jours du percement. On voit quel courage et quelle volonté il a fallu pour travailler dans cette atmosphère chaude, humide, viciée, avec 15 centimètres d’eau sur le sol, malgré le costume rudimentaire des ouvriers du front de taille, costume dont d’immenses bottes et un chapeau faisaient tous les frais.
- Malgré toutes ces circonstances défavorables, le travail ne s’est pas ralenti un seul instant, comme on peut le voir sur le diagramme de l’avancement, que nous reproduisons figure 1. La partie hachurée se rapporte à la perforation à la main, commencée avant que les installations de la perforation mécanique ne fussent terminées. On voit que cet avancement est relativement insignifiant et, dans ces conditions, il aurait fallu une cinquantaine d’années avant que le travail fût achevé : sans l’air comprimé, peut-être aurait-il été inachevable; en tout cas, on n’aurait pas osé l’entreprendre.
- Les progrès accomplis depuis le percement du Mont-Cenis sont immenses; l’outillage s’est perfectionné; les travailleurs, qui n’étaient que des ouvriers, sont devenus des artistes sachant, à l’inspection seule de la roche, le meilleur moyen de l’attaquer pour en avoir plus vite raison. Nous augurons donc bien, dans l’avenir, pour le percement des nouvelles galeries souterraines, et si, à une époque que nous nous plaisons à ne pas considérer comme trop éloignée de nous, la traversée du Simplon devient une chose décidée, on trouvera au Saint-Gotliard même tous les éléments de succès du nouveau tunnel dans un temps plus court encore. C’est ainsi que nous pourrons faire servir aux intérêts de la France une œuvre qui, à son origine, leur était au moins contraire, pour ne pas dire davantage.
- E. Hospitalier.
- SIMPLES REMARQUES
- SUR UX POIX T INEXPLIQUÉ DES EXPÉUIEXCES DE M. CROOKES
- Pourquoi la matière radiante procède-t-elle du pôle négatif dans les tubes de M. Crookes? Ce problème, que posait dernièrement un lecteur de la Nature, soulève une difficulté très réelle; qui n'a pas encore reçu de solution, et dont la préoccupation est telle parmi le monde savant, qu’elle se faisait jour encore à l’une des dernières séances de la Société de physique, par la voix autorisée de M. Bertin, n’hésitant pas à émettre un doute sur la véritable direction de ce qu’on est convenu d’appeler le courant électrique.
- Il serait donc bien téméraire de prétendre résoudre définitivement la question, et c’est avec la plus grande réserve, et seulement pour faire suite aux observations déjà présentées, que je veux essayer de pousser un peu plus loin, en recherchant, au point de vue électrostatique, ce qui se passeràit, dans un récipient clos, entre deux conducteurs électrisés et un petit nombre de particules attirables, très légères, disséminées dans une atmosphère sans résistance.
- Si toutes ces particules sont originairement à l’état neutre, et si les deux pôles se trouvent électrisé» rigoureusement au même instant, il n’y aura qu’un mouvement tumultueux de part et d’autre, puis des attractions et répulsions incoordonnées, dont l’effet sera de se détruire en très grande partie. Mais si l’un des pôles se trouve électrisé un instant, si court soit il, avant l’autre, ou si les particules mobiles possèdent par elles-mêmes une électricité quelconque, si faible qu’elle soit, tous les mouvements se coordonneront dans un même sens, et le phénomène prendra un caractère tout particulier de régularité cyclique.
- Supposons que, pour l’une des raisons énoncées ou pour une autre quelconque, le pôle A soit celui vers lequel se dirigent au premier instant toutes les particules. Elles viendront lé choquer avec une certaine vitesse Ga, et rebondiront en vertu de l’élasticilé. avec une vitesse égale, augmentée de la répulsion ya du pôle dont elles viennent de prendre l’électricité. Mais en même temps elles se trouvent attirées par le pôle de nom contraire B, ce qui leur donne un nouvel accroissement de vitesse G&, et, après un nouveau choc et un nouveau changement d’électricité, elles s’éloigneront de ce pôle avec une vitesse encore accrue et égale à Ga + (ja -4- G&4- (jb-
- Il est facile de se rendre compte que tous les termes de celte expression, à moins de dispositions expérimentales tout à fait exceptionnelles, seront, en général de même signe et de mèir.e ordre de grandeur, c’est-à-dire que la particule, le cycle accompli, s’éloignera toujours du pôle B avec une vitesse très grande par rapport à celle qu’elle possédait au départ ; il n’y a même pas de doute que chacune des accélérations subies n’ait été très considérable, si l’on songe aux puissants effets de vent électrique que produit une machine ordinaire dans l’air, où le nombre des chocs moléculaires entraîne pourtant de grandes pertes de forces efficaces.
- La vitesse sera donc très grande, et alors, de deux choses l’une : ou bien l’attraction du pôle A sera devenue tout à fait négligeable, et l’on verra, comme dans les appareils de M. Crookes, à partir du pôle négatif, chaque particule suivre sa trajectoire en ligne droite, sans être influencée par le pôle A ; ou bien, l’influence du pôle A se faisant sentir encore, la particule viendra
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- LA NATURE
- m
- heurter avec son énorme vitesse et entraîner aussitôt avec elle quelqu’une des particules d’électricité contraire ou neutre qui avoisinent ce pôle, après quoi le groupe recommencera, mais avec une vitesse initiale encore très considérable, le cycle entier que nous avons décrit; de sorte qu’il n’y aurait pas de raison, théoriquement, pour que la vitesse ne s’accrût infiniment, sous l’afflux indéfini de force qu’envoie la machine électrique. Cela n’arrive pas dans la léalité, et l’on sait, par exemple, que les faisceaux moléculaires de Crookcs dévient sous l’influence de l’aimant. Mais il arrive en (oui cas un moment où la vitesse, à partir du pôle B, est suffisamment grande pour échapper à l’action du pôle de nom contraire, et c’est alors que l’on voit se manifester les trajectoires rectilignes que M. Crookes a si ingénieusement su rendre visibles, en même temps que des effets mécaniques et thermiques véritablement énormes par rapport aux faibles masses qui les produisent. Mais on voit aussi qu’autour du pôle À, il ne peut y avoir au même instant que des vitesses beaucoup moindres et de nombreux chocs au milieu de mouvements incoordonnés : de là l’auréole résiduelle du pôle positif, dans les tubes de Geissler où la raréfaction n’a pas atteint la limite radioinétrique.
- Ainsi tout se passera autour des pôles A et B, dans le cas théorique que nous venons d’examiner à grands traits, exactement comme autour des pôles positif et négatif de Crookes. Il est vrai que nous n’avons tenu compte ni des rotations propres des particules, qui, sous la puissante influence directrice des deux pôles et des répulsions de voisinage, doivent se coordonner dans le sens général du mouvement, ni des chocs particulaires au voisinage du pôle B, qui, comme auprès du pôle A, ne peuvent que retarder et point supprimer l’augmentation indéfinie des vitesses; ni enfin des chocs contre les parois, qui, d’une manière générale, peuvent compliquer et non modifier le cycle étudié, et qui vont précisément nous fournir ce qui nous manque encore, cette cause originaire et prédisposante qui dirige le courant moléculaire dans un sens plutôt que dans un autre.
- C’est, en effet, dans des tubes de verre que se font les expériences de Crookes, et l’on sait avec quelle facilité le moindre frottement, le moindre choc font naître sur le verre de l’électricité positive, et sur le corps choquant de l’électricité négative. Or, si dans ces récipients remplis sous des pressions ordinaires, il peut s’établir un état d’équilibre mobile entre les électricités du contenu et du contenant, il n’en est plus de même dans les tubes de Crookes, où chaque molécule isolément, animée d’une grande vitesse rectiligne, peut choquer sans cesse un point nouveau de la paroi vitreuse, et conserver ou reprendre l'électricité négative acquise au premier choc.
- Si petite que soit la quantité d’électricité moléculaire ainsi développée, elle suffit pour diriger au départ tous les mouvements du côté positif, et nous avons vu, à partir de là, comment tout s’accorde avec les belles expériences qu’a si bien décrites M. Gariel. Aucun fait, à ma connaissance ne s'oppose à ce mode d’explication, qui trotiveraje l’espère, des vérifications expérimentales tout indiquées et faciles à concevoir. En attendant,comme simple hypothèse, il peut rendre un compte exact de faits nouveaux et inexpliqués, au moyen de faits connus, et ce serait chose heureuse si nous arrivions à supprimer toute apparence de désaccord entre les découvertes de M. Crookes et les idées admises en physique jusqu’à ce jour.
- Voici d’ailleurs, à titre de curiosité plutôt que de rapprochement, quelques exemples, que je retrouve après
- coup, de prépondérance du pôle négatif dans des répulsions électrostatiques.
- D’abord quelques faits très anciens rapportés dans le Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme de Becquerel, 1855, t. 111, p. 173. Si l’on plonge dans une couche mince d'acide sulfurique au-dessus d’un bain de mercure très pur, les deux fils conducteurs d’une pile de dix éléments, « on observe aussitôt dans l’acide un mouvement rapide de rotation dû à un courant violent qui s'établit entre les deux fils, et qui traverse le mercure dans la direction du pôle négatif au pôle positif », sans qu’on puisse observer aucune réaction chimique de l’acide et du mercure. Si la couche d’acide est très mince, « le mouvement de rotation du mercure est très violent, et les molécules superficielles éprouvent une radiation continuelle (sic) à partir du point le plus rapproché du pôle négatif». Si Tonne prend qu’un globule de mercure entre les deux fils, sous l’acide sulfurique, il s'allonge en pointe arrondie du côté du pôle négatif.
- Les mêmes effets se reproduisent quand on remplace le mercure par un bain d’alliage fusible, ou l’acide sulfurique par d’autres acides forts, et même par des solutions salines; mais l’intensité diminue à mesure que la base du sel devient plus forte, et Ton n’a plus rien du tout avec les solutions d’alcalis ou de terres; enfin la moindre trace d’amalgamation avec un des métaux alcalins renverse complètement les effets.
- (les observations remontent à llerschel et Nobili; en voici une plus moderne et bien plus frappante, de M. von Waha, dans les Wiedemann s Annalen der Physik u. Chemie, 1878, t. IV, p. 74 :
- « Si Ton fait communiquer avec les deux pôles d’une machine de Iloltz deux conducteurs effilés pénétrant par le fond d’un vase jusqu’à peu de distance du niveau d’un liquide mauvais conducteur, comme le pétrole, on aperçoit au premier moment une vive agitation, après quoi s’élève du pôle négatif un jet liquide qui peut atteindre des mètres de hauteur, tandis que du pôle négatif, comme d’un mortier, part un bombardement continu de petites gouttes vers l’autre pôle. Le jet se continue alors même que le niveau liquide s’est abaissé sensiblement au-dessous de l’extrémité des pointes, et Ton voit ainsi qu’il v a par côtés et en arrière une forte attraction, mais en avant une violente répulsion de la pointe. »
- Sans autres commentaires, j’ajouterai seulement que l'observation que j’ai pu faire moi-même, dans l’expérience d’IIerschol, des mouvements de corps légers en suspension, confirme pleinement la conclusion de M. von Waha. Adrien Guébhard.
- PORCELAINE DE SÈVRES
- M. Laulh, administrateur de la manufacture de porcelaines à Sèvres, vient de prendre des mesures contre un abus qui se produisait trop souvent. Des marchands de curiosités acquéraient des pièces de porcelaine blanche à bas prix, les décoraient, y joignaient la marque de la manufacture, et écoulaient ensuite très cher ces objets comme produits de première qualité, ayant été fabriqués et décorés à Sèvres même.
- Dorénavant, la marque des pièces blanches sera gravée sous la couverte, ce qui lui assure l’indestructibilité. Quant aux pièces de porcelaine blanche dites objets de rebut, on en fera trois catégories : la première part sera détruite; la deuxième sera abandonnée aux hospices; la troisième restera à Sèvres, où elle sera décorée de façon à pouvoir être mise dans le commerce courant.
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- LA NATURE.
- LA MER DE LAIT
- La coloration qui a fait donner le nom de mer de lait à certaines régions de l’Océan a été remarquée par bien des marins, mais la diversité des opinions qu’ils se sont transmises au sujet de ce phénomène, prouve qu’aucun d’eux n’a pris la peine de l’observer assez attentivement pour lui assigner sa cause véritable.
- Les uns prétendent, en effet, que cette apparence lumineuse de l’eau se manifeste pendant les nuits d’orage, alors que les nuages sombres qui voilent le ciel sont sur le point de développer entre eux les effets électriques ordinaires : ils en attribuent la cause à l’électricité.
- Les autres y voient le résultat de combinaisons chimiques dues à la décomposition cadavérique des animaux marins et des plantes marines, avec production d’une liqueur phosphorescente qui a même un nom, la noctilucine.
- D’autres assurent que c’est le frai, déposé à la surface, sur une étendue considérable, qui brille sous l’action fécondante des bancs de poissons qui s’y baignent et y circulent en tous sens.
- Mais ces hypothèses n’ont reçu aucune confirmation; elles sont combattues par des expériences plus positives, qui tendent à prouver que la mer de lait est produite par une accumulation prodigieuse d’animalcules capables de devenir phosphorescents, spontanément ou par le frottement.
- Pour corroborer cette dernière opinion, nous allons citer les observations qui viennent d’être faites à bord du cuirassé français l'Armide, à son retour du Japon, pendant sa traversée de Pointe-de-Galles à Aden.
- Le 10 février 1880, vers minuit et demi, par un ciel clair mais sans lune, la partie ouest de l’horizon, vers laquelle le navire fait route, s’illumine d’une lueur assez vive pour attirer l’attention de l’officier de quart. Celui-ci, attribuant d’abord cet éclat aux brillantes étoiles Rigel, Bételgeuse, Procyon, Si-rius et Canopus, qui commencent à s’abaisser sur l’horizon, change d’avis devant l’augmentation de la lueur, et s’attend à découvrir bientôt un malheureux navire incendié. Une demi-heure après, cependant, toute idée de sinistre a disparu, à la vue d’une nappe d’écume blanchâtre qui s’étend en recouvrant l’eau; la mer de lait apparaît, le navire y pénètre à 1 h. 10 m. A ce moment, l’estime donne 10° 57' latitude N., et 00° 43' de longitude E.
- La mer entière, d’un blanc laiteux, brillant aussi vivement que la phosphorescence habituelle que le navire produit sur son passage, ressemble à un champ de neige par une nuit claire. Elle resplendit
- assez pour effacer toute trace des ondulations de la houle; on ne distingue plus ses lames, dont la crête et le creux se confondent ; elle semble plate et unie comme quand le calme s’est fait. Le sillage du navire, qui d’ordinaire reste visible jusqu’à 2 ou 5 milles, le remous de l’hélice, qui projette avec force l’eau sur l’arrière, se dessinent à peine sur la surface immaculée ; ils prouvent bien que la couche laiteuse n’est pas seulement superficielle, mais qu’elle a une bonne épaisseur. Bientôt le phénomène s’accentue et ne tarde pas à acquérir toute son intensité : de 2 heures à 5 heures, on se croirait pris par les glaces, au sein d’une banquise étendue, si les mouvements du navire ne venaient détromper l’œil; au jour, tout disparaît.
- En regardant attentivement défiler l’eau le long du bord, on y remarque une quantité prodigieuse de particules lumineuses pressées les unes sur les autres et plus brillantes au contact de la carène qui les heurte. Ramenée dans un seau, cette eau est pleine de corpuscules phosphorescents d’un à deux centimètres de longueur, qui étincellent quand on les agite avec la main; on en compte près de quatre cents dans un seau de dix litres. Si on les retire de l’eau pour les examiner à la lumière d’une lampe, on s’aperçoit qu’ils sont formés d’une substance gélatineuse qui se dessèche promptement à l’air et disparaît, en laissant un globule obscur d’un millimètre de diamètre, qu’une goutte d’eau (fig. 1 a) suffit à ranimer, en excitant à nouveau leur propriété lumineuse. En les écrasant dans la main, on forme une petite traînée brillante qui s’éteint vite et qui n’a pas d’odeur.
- Au microscope composé, le globule obscur représente parfaitement un animalcule transparent, rempli d’œufs d’une forme ovoïde et agitant sans cesse ses nageoires et ses tentacules (fig. 1 Aj. Il est ellipsoïdal et plein d’œufs contenus dans un sac interne; les tentacules intérieurs t, toujours en mouvement, font circuler les œufs. Les tentacules extérieurs b ont un mouvement semblable à celui qu’on fait en allongeant vivement les bras, pour les ramener ensuite en pliant les coudes, n est une nageoire en peigne à 12 ou 15 arêtes. L’épiderme est strié dans le sens du grand axe de l’ellipsoïde.
- Conservée jusqu’au jour et regardée alors dans une chambre obscure, l’eau ne donne plus aucune lueur; on a beau l’agiter, les animalcules ont perdu leur propriété. De l’eau fraîchement puisée en plein jour, et remuée dans l’obscurité, ne produit rien non plus, bien que la couleur de la mer, devenue d’un bleu sale tirant sur le gris, indique qu’on navigue toujours dans la mer de lait.
- Le soir du même jour, le soleil se couche à
- A
- Fig. 1. a, animalcule phosphorescent de la mer de lait (grandeur naturelle). A, grossissement du globule obscur vu au centre de a.
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- LA IV A TIIR K.
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- 5 li. 40 m., la nuit est close à 6 h. 50 ni., et la teinte lactée vient remplacer subitement, vers 7 heures, la teinte ardoisée de la mer. Les belles apparences de la nuit précédente sont encore observées, mais le reflet blanchâtre de l’horizon fait naître en plus une impression de brouillard, qui l’obscurcit et le rapproche. Des gouttes d’eau examinées seules, à leur tour, au microscope, décèlent des filaments d’herbes marines et de nombreuses cellules végétales prolifères. Les animalcules sont les mêmes et les seuls lumineux. Au jour, le phénomène disparaît.
- La nuit du 11 se passe sans aucun incident remarquable; c’est encore la mer de lait, mais son éclat très effacé montre que l’on côtoie ses limites; l’accumulation des animalcules est moins grande : un seau n’en contient plus qu’une cinquantaine. j
- Le 12, à 8 heures du soir, la lueur opalescente i apparaît de nouveau et ne tarde pas à briller avec |
- une grande énergie jusqu’à 10 heures. On voit passer le long du bord des corps allongés ou repliés sur eux-mêmes, de 40 à 50 centimètres de longueur, cylindriques, gros comme un bâton, étincelant d’une belle lumière verte, soit en entier, soit par moitié seulement; quelques-uns même restent obscurs et se détachent en noir sur la blancheur de la mer. Malheureusement, les efforts faits pour en pêcher sont infructueux. A côté d’eux se montrent aussi, en grand nombre, des méduses lumineuses et tous les mollusques que l’éperon du navire rejette en dehors du sillon profond qu’il creuse. Cette nuit-là, à partir de 10 heures, l’éclat de la surface se modifie, en donnant lieu à des variations bien sensibles; des lignes obscures se détachent sur le fond, comme des lits de courant ; la lumière devient blafarde et diminue progressivement d’intensité jusqu’au jour.
- Le 15, à l’approche de la nuit, la mer de lait se
- A R A B I E |
- Traoerdpe. d‘aller de UAmudc* en Février i8j8
- Traversées de, retour j erv Février 1880
- Rasfarta&s
- >V2S Fév.1878
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- l Socotora.
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- 9 Fév.1880
- S Q rn a I i
- Fig. 2. Carte montrant l’étendue de la mer de lait observée à bord de 1 ’Armide en février 1880.
- montre encore, sa phosphorescence se développe aussitôt, elle jette un vif éclat pendant la plus grande partie de la nuit, pour disparaître à partir de 2 heures et ne plus revenir; les animalcules examinés sont les mêmes.
- Ainsi les nuits des 9, 10, 12 et 15 février ont été décorées par la splendeur de la mer de lait, dans laquelle le navire a parcouru 660 milles ou 220 lieues marines (1100 kilomètres), par une latitude moyenne de 12° Nord, entre les méridiens de 61° et de 51° de longitude Est. L état de l’atmosphère était parfaitement normal ainsi que celui de la mer, la lune, nouvelle ; le ciel, dégagé ; le baromètre et le thermomètre marchant régulièrement (barom. : 757ram, thermom. sec : 25°; thermom. mouillé : 22°). Nul orage, aucun changement dans l’état hygrométrique de l’air, une mousson depuis longtemps établie et soufflant du Nord-Est en petite brise. La mer, de son côté, était belle, la houle du veut légère, le navire glissait sur l’eau, dont la température à la surface s’est constamment maintenue à 25° ; un cou-
- rant favorable, d’un demi-mille à l’heure, s’écoulait au S. 80° O.
- Toutes les observations ont prouvé que la cause du phénomène lumineux qui nous occupe devait être rapportée à des amas considérables d’animalcules phosphorescents, serrés dru les uns contre les autres, et produisant une lumière plus ou moins éclatante, suivant la plus ou moins grande densité de leur accumulation. Nous pouvons donc éloigner toutes les autres suppositions au sujet de la phosphorescence de la mer de lait. Celle-ci est produite par des animalcules bien vivants qui montent à la surface, et non pas par l’orage, ni par les œufs de poisson, ni par la pourriture des êtres marins. Reste à présent à déterminer si la propriété lumineuse de ces animalcules est due à l’électricité, à la combinaison chimique ou à toute autre cause.
- Plusieurs officiers du bord avaient été déjà témoins de cet intéressant spectacle en des lieux différents, tels que le golfe d’Aden, le golfe du Bengale. la mer de Java, sous les latitudes chaudes et
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- LA NATURE
- pendant les mois de janvier et de lévrier, mais aucun d’eux n’avait vu la mer de lait aussi resplendissante et ne l’avait parcourue aussi longtemps.
- L'Armide elle-même, dans son voyage d’aller, avait passé dans les mêmes parages, à trente lieues plus au nord et dans le même mois (lévrier 1878), sans pourtant rien rencontrer sur sa route.
- H serait sans doute intéressant de constater la position des différentes mers de lait que l’on trouve sur le globe, de connaître l’époque de leur apparition, de leur développement, de savoir si elles persistent à la même place, comme les mers de sargasses, ou si elles circulent sur une grande étendue ; mais ces observations, ne pouvant être faites que par les navires chargés de missions scientifiques, resteront longtemps encore à l’état de projet.
- E. Pornain,
- Lieutenant de vaisseau à bord de VArmide. —«-<£>«—
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité de chimie biologique, par Ad. Wurtz, membre de l’Instilut, etc.; première parlie, avec figures dans le texte, 1 vol. in-8°. Paris, G. Masson, 1880.
- M. Ad. Wurtz a reuni, dans !e nouveau volume qu’il vient de publier, la première partie de ses remarquables leçons de chimie biologique professées h la Faculté de médecine depuis 1849. Un livre traitant de questions aussi importantes, étudiées et exposées par l’illustre chimiste, n’est pas de ceux que l’on peut analyser en quelques lignes. Nous nous bornons à en annoncer la publication. Nous ajouterons que celte œuvre capitale comble une grande lacune dans Phistoire de la science, en apportant à la physiologie et à la médecine les importantes ressources de la chimie moderne.
- L'Année scientifique et industrielle, par Louis Figuier ; vingt-troisième année, 1879, 1 vol. in—18. Paris, Hachette et Cie, 1880.
- Encore un ouvrage qui se recommande de lui-même. 11 y a vingt-trois années que le succès de ce recueil va sans cesse grandissant, et que AI. Louis Figuier sait 1ou-ourslemaintenir invariablement à la hauteur du progrès scientifique, dont il nous retrace fidèlement l’histoire. Le nouveau volume est digne de ses devanciers, et sera lu avec le même fruit.
- Nouvelles Causeries scientifiques ou Notes adressées aux membres de l’Association scientifique de France à l’occasion de l'Exposition internationale de 1878, par M. 11. AIilke-Edvvards, 1 vol. in-8°. Paris, Gaulhier-Yil-lars, 1880.
- Ce livre, rédigé par l'illustre doyen de la Faculté des sciences, comprend un certain nombre de chapitres d’un puissant intérêt, dont quelques-uns, notamment celui que l’auteur intitule « les Voyageurs suédois et les Explorations de M. Nordenskiold », offrent un véritable caractère d’actualité. Ce livre sera lu avec avidité par tous ceux qui s'intéressent au progrès des sciences.
- La Bibliothèque utile a réalisé le type des bibliothèques populaires, en donnant des petits volumes sans prétention mais non sans mérite; car ce n’est pas un mince mérite
- que de mettre à la portée de tous les questions scientifiques sur lesquelles les savants eux-mêmes ne se sont pas encore mis d’accord.
- On trouve des résumés clairs et attrayants de ces questions dans les derniers volumes parus : la Géologie, par M. Geikie; les Phénomènes célestes, par A1M. Zurcheret Margollé; les Migrations des animaux, par M. Zaho-rowski : les Peuples de l'Afrique et de l’Amérique, par AI. Girard de Uial'.e; la Physiologie de l'esprit, par AL F. Paulhan. (Vol. in-18, br. fit) centimes, cart. 1 fr. Paris, Germer Baillière et Cie, éditeurs.)
- Report on lhe Meteorology of India in 1877, by John Eliot, 1 vol. grand in-folio, Calcutta, 1879. Report ou the Madras Cyclone of May 1877, par le même, 1 vol. in-loi. Madras, 1879.
- CHRONIQUE
- U,a nouvelle machine dynamo-électrique de M. de Méritons. — Nous avons assisté le 22 mars dernier, chez AI. de Aléritens, à des expériences de lumière électrique faites avec les machines de cet inventeur. Nous avons déjà décrit la machine magnéto-électrique à courants alternatifs; nous allons exposer ici brièvement le principe de la nouvelle machine dynamo-électrique. AI. de Aléritens s’est proposé d’augmenter la puissance magnétique des inducteurs de sa machine magnéto-élec-irique, en les entourant de bobines, qui les transforment en électro-aimants. Mais ces électro-aimants — et c’est là la particularité nouvelle et ingénieuse de la machine — sont excités par le courant alternatif provenant des bobines induite?, sans redressement de courant. Pour résoudre ce problème, qui parait impossible à première vue, AI. de Aléritens entoure chaque aimant de deux bobines, et, par une distribution convenable des courants alternatifs, il transforme chaque aimant en électro-aimant boiteux. A l’aide de deux distributeurs portant autant de dents qu’il y a de pôles alternés sur la circonférence des inducteurs, il fait passer les courants successivement dans chacune des bobines de l’électro-aimant boiteux. L’entrée et la sortie du courant sur chaque bobine sont disposées de telle sorte qu’il ne passe jamais dans une bobine donnée qu’un courant de sens favorable à la surexcitation magnétique. Si la circonférence de l’inducteur porte huit aimants, il y aura seize pôles, et par suite seize bobines. Pour chaque tour de l’axe, il se produira huit courants positifs qui passeront dans huit de ces bobines, et huit courants négatifs qui passeront dans les huit autres bobines; mais les actions concourent à maintenir le même pôle, et l’effet est analogue à celui que produirait un courant continu mais d’intensité variable. Malgré l’ingéniosité du procédé imaginé par AI. de Aléritens, on peut se demander si la surexcitation magnétique produite par cette série de courants successifs sur des barreaux d’acier aimanté, sera bien grande, et si, d’autre part, l’augmentation de résistance du circuit par les bobines qu’on y intercale ne comprendra pas, et au delà, l’augmentation qui peut provenir de la surexcitation magnétique des inducteurs. Des expériences précises et comparatives pourront seules nous renseigner à cet égard.
- I a pluie à volonté. — Le général Rugglcs a exprimé dernièrement à une commission du Sénat des Etats-Unis, un moyen par lequel il prétend pouvoir provoquer des chutes de pluie à volonté. Son plan, pour
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- LA NATURE.
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- lequel il a pris un brevet, corniste à produire, au milieu des nuages, des explorons, soit à l’aide de la dynamite ou d’une autre matière explosive puissante. Ces matières seraient lixées sur un bâtis en bois suspendu au-dessous d’un ballon, et elles feraient explosion, en une ou plusieurs fois, soit par le moyen de mèches brûlant pendant un certain temps, soit à l'aide d’un fil électrique. On sait q le les cxplo ions telles que celles des déchargés d’artillerie, dans les batailles par exemple, sont très souvent suivies de chutes de pluie, mais les explosions se produisant dans la région des nuages, e’est-à-dire dans un air raréfié, n’ont plus la même énergie que loisqu’elles ont lieu à la surface du sol. butin, par des temps de vent, il ne sera pas possible de maintenir un petit ballon captif sur la verticale.
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- NOUVELLES
- Samedi 27 mars, M. Raoul Pictet a fait au Conservatoire des arts et mcticis une remarquable conférence sur le Froid el ses applications aux sciences et à l'industne. Le savant physicien a trappe une médaille avec 15 kilogrammes de meVcurc solidifié.
- — Le Bureau de statistique d’Allemagne a récemment fait connaître le chiffre de la population de l’empire à la fm de 1878; il s’élevait à cette époque à 44 211 000 habitants.
- — Le Conseil d’administration de la bibliothèque nationale du Brilish Muséum de Londres vient de décider que le système d’éclairage électrique de la grande salle publique de lecture deviendrait définitif el permanent.
- — Lundi 22 mars, vers six heures du soir, une assez forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Poitiers et à Châtellerault ; la durée du phénomène a été évaluée à 3 secondes environ; le sens de ta trépidation a été du Sud-Ouest au Nord-Est.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 mars 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- Calorimélrie.— On sait que l’on détermine les températures élevées en mësurant la dilatation que l’air éprouve dans un tube de porcelaine placé dans le lieu échauffé ; on peut évaluer le volume de l’air qui sort du tube par l’augmentation de pression qu’il détermine dans un manomètre, ou mieux, comme le conseillent MM. Saintc-Clairc-De-ville et Troost, en mesurant l’air contenu dans le tube à 0° et à la température que l’on veut mesurer, ün épuise cet air à l’aide d’une trompe de Sprengel, qui, au bout de quinze jours ou trois semaines, donne un vide presque complet; l’approximation obtenue est de 1 ou 2 degrés pour 1000 degrés.
- A propos de la trompe de Sprengel, M. Deville fait part à l’Académie de différentes remarques qu’il a faites lorsque le vide obtenu est presque complet : le frottement du mercure contre le verre produit une quantité d’électricité suffisante pour donner une étincelle entre le petit piston de mercure qui descend et le sommet de la colonne de 76 centimètres. M. Deville a constaté également que, lorsqu’on approche du vide, les gaz passent entre le verre et les pistons de mercure.
- Physiologie. — Un curieux effet d'action réflexe a été observé el étudié par M. François Franck : le nerf pneumogastrique arrête les mouvements du cœur lorsqu’on l’excite alors qu’il est en communication avec les centres nerveux; s’il est lié, les mouvetnenls du cœur ne sont plus arrêtés; ces mouvements ne sont pas non plus arrêtés si on produit la section du nerf un temps très court après l’excitation : le transfert centripète a eu le temps de se
- produire, mais le mouvement centrifuge a été arrêté; si un temps suffisamment long s’écoule entre l’excitation et le moment de la rupture du nerf, le cœur est arrêté ; M. Franck, à l’aide d’un appareil électrique, a observé le temps minimum qui doit s’écouler entre l’excilation et la rupture; il Fa trouvé de 1 dixième de seconde.
- Equivalent de l'acide vanadique. — Fendant ses recherches sur la product on de minéraux cristallisés à l’aide de l’acide vanadique, M. Ilaulefeuille a remarqué que les v.ïnadates acides ont la propriété de rocher absolument comme l’argent; l’acide vanadique fondu ne serait pas l'acide qui entte dans la constitution des vunadates; cet acide vanadique fondu contient 1(l8n- d’oxygène en plus, qu'il dégage au moment de sa combinaison; or, l’équivalent de l’acide vanadique a été déterminé en réduisant ce corps par l’hydrogène; le fait découvert par M. Haute-feuille montre qu’il est nécessaire de changer la valeur de cet équivalent.
- Tuberculose. — La question de la transmission de la tuberculose est une des questions les plus controversées de la médecine; M. Toussaint a étudié celte transmission sur le porc, en faisant manger à cet animal des poumons de mouton luberculeux ; il s’est occupé aussi de l’inoculation par le sang et par le lait ; dans ces diiférents cas, les animaux se sont trouvés atteints de la maladie; il en a été de même d’animaux sains cohabitant avec des animaux tuberculeux.
- Érosions produites par des poussières. — On connaît dans la Sierra-Nevada des roches très dures qui ont été perforées par du sable violemment projeté par le vent; un fait analogue a été observé en France par M. Cazalis de Fondouce dans la vallée du Rhône; aux environs d’t zès règne souvent un vent très violent qui pousse de grandes quantités de sable contre une bande de cailloux quartzeux appartenant au terrain tertiaire; tous ces cailloux portent des cavités que l’on pourrait croire creusées par la main de l’homme et qui sont dues au frottement souvent renouvelé des particules sableuses contre la surface de ces cailloux.
- Stanislas Meunier.
- LE LABORATOIRE DE CHIMIE
- DU DOCTEUR F. GARRIGOU
- Le laboratoire de M. F. Garrigou, un des plus remarquables et des plus complets parmi ceux qui sont dus à l’initiative privée, est situé à Toulouse, rue Valade, n° 58. Le plan ci-contre en représente les différentes parties.
- La grande salle de travail, représentée en E, est très commodément installée : jour supérieur, jour latéral, fourneaux pour les calcinations, becs de gaz pour évaporations et travaux ordinaires, boîtes à réactifs, armoires pour dépôt des substances en traitement, armoire à objets de platine largement fournie, tableaux imprimés sur les murs rappelant les principales propriétés des corps, etc., rien ne manque. — Deux portes vitrées séparent les aides d’un cabinet de travail particulier E. ,
- Vient ensuite la salle des appareils G. Nous ne mentionnerons que les principaux, à savoir : trois
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- LA NATURE.
- balances à analyse de chez Collot; l’une pèse 2 kilogrammes sur chaque plateau sensible au -1/2 milligramme. Elle sert, entre autres choses, à prendre la densité des eaux minérales dans des litres étalons construits par Baudin, et donnant le volume du litre d’eau à toutes les températures jusqu’à 25°. Des densi-mètres étalons sortent de chez Baudin. Une série de trente thermomètres, dont plusieurs étalons sont construits également par Baudin. Des bobines de Ruhmkorff, dont Tune fournit des étincelles de 50 centimètres. Des régulateurs électriques pour les recherches de spectro-scopie. Des héliostats, dont l’un grand modèle, de Silbermann, etc., etc.
- Après la chambre des appareils, vient une petite pièce, éloignée du laboratoire, et absolument consacrée au mercure (cuve, pompes, etc.). Aupre-sont les produits
- d’elles et est
- rnier etage réserves de chimijues.
- Dans le sous-sol, complètement voûté, se trouvent les chambres à distillation, les réserves de verrerie et de porcelaine, un réduit pour les substances inflammables et un puisard, dans lequel pourraient s’engouffrer ces substan-
- grande croisée, une table spécialement consacrée aux réactions des flammes de Bunsen. Une grande hotte
- fermée, dans laquelle se font les évaporations d’eaux minérales dans des vases de platine et de porcelaine, etc. Eu dehors de cette pièce, dans le jardin, une chambre spéciale pour les dégagements d’acide sulfhydrique. Tout l’air de cette chambre est à chaque instant chassé, par suite de l’organisation de la ventilation, dans des fosses désinfectantes, où il devient inodore. Au premier étage est une chambre noire pour le spectroscope, le saccharimètre et le microscope solaire.
- Entre ce corps de batiment et la maison d’habitation se trouvent : une chambre à photographie, et de chaque côté de cette chambre, quatre grands bassins en fonte émaillée servant à emmagasiner les eaux minérales destinées aux évaporations.
- Enfin, au second étage de la maison d'habitation est installée une grande chambre de spectroscopie au midi.
- Partout, sur les tables et les fourneaux de travail, on peut
- ces si elles s’enflammaient.
- Dans le second corps de bâtisse se trouvent : une grande salle M, avec un fourneau à vent
- Le laboratoire de M. F. Garrigou, à Toulouse.
- A, A', portes d’entrée dp laboratoire. — B, chambre des étuves. — C, cour intérieure vitrée pour les lavages. — D, chambre des aspirateurs (système Sprengel et système Alvergniat) et fourneau (f) ; machine pneumatique hyaraulique. — E, grande pièce de travail avec une grande table dallée en porcelaine T ; fourneaux f, f, f est uu compartiment séparé pour fourneaux à calcination et pour évaporations acideà et eaux minérales. — F, cabinet de travail avec une armoire vitrée a pour recevoir les produits conservés des analyses d’eau minérales et des expertises judiciaires; b, balances sensibles au 1/10; P, porte conduisant au 1er étage, destiné aux provisions de réactifs et de produits chimiques. — G, salle des appareils; v, vitrines renfermant les appareils ; r, grande bobine de Uulimkorff ; p', poêle ; b', grande balance Collot, pesant 2 kilogr. dans chaque plateau et sensible au 1/2 milligramme. — H, chambre des appareils à mercure. — P', porte avec escalier descendant dans les sous-sols. — P”, porte donnant sur le jardin. — 1, couloir. — J, grande armoire pour les échantillons de roches et de minérais à analyser. — K, escalier montant à la chambre noire, dans laquelle sont le spectroscope et le saccharimètre. — L, lieux d’aisance. — M, grande salle du laboratoire. — N, fourneau fermé dans lequel se lont les évaporations d’eaux minérales. — N', N", Fourneaux. — F' Fontaine ; c, grande cuve à eau. — 0, fraude cheminée avec fourneau à vent, autour de laquelle sont ranges des moufles à gaz et à l’huile lourde (système Deville) (4 moufles). — Q, table destinée aux appareils nécessaires pour les réactions des flammes de Bunsen. — q, q, fourneaux Perrot à gaz. — R, chambre avec réservoirs pour l’alimentation des fourneaux à huile lourde. — S, chambre avec appareils à acide sulfhydrique à courant constant; appareils à acide sulfureux. — U, fosses désinfectantes pour les appareils précédents. — F", porte s’ouvrant sur le jardin pour le service spécial des chambres R et S. — X, chambres photographiques. — T, Z, chambres dans lesquelles sont les bassins alimentant fes évaporateurs d’eaux minérales.
- avoir à volonté le gaz, l’eau, l’électricité, l’air comprimé , le vide , l’oxygène.
- Tel est l’outillage que M. le docteur Garrigou a réuni dans son
- construit sur le modèle
- de celui du Muséum de Paris. Tout autour sont rangés les moufles au gaz et à l’huile lourde. Sur les côtés, des fourneaux Perrot. En face, la
- beau laboratoire, où il procède surtout à des expertises pour le parquet de Toulouse et
- à des analvses d’eaux minérales. Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieh. Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
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- N° 558. — 10 AVRIL 1 880.
- LA i\ AT U 11 K.
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- TEMPÉRATURE DE L’EAU
- DES LACS GELÉS
- M. J. Y. Buchanan a publié, au printemps de 1879 (Nature, XIX, 421), d’intéressants sondages tliermométriques exécutés sous la glace des lacs écossais; ces sondages ont sensiblement modifié les idées reçues sur la propagation verticale du froid dans l’eau douce. Au lieu de trouver, comme il s’y attendait, au fond du lac une couche d’eau à 4° C., température du maximum de densité de l’eau, M. Buchanan a vu, dans le Loch Lomond, la température de l’eau s’élever graduellement de 0° à la surface jusqu’à 2°,4 à 20 mètres de profondeur, mais ne pas s’élever plus haut. En faut-il conclure
- I à l’inexactitude de la théorie classique de la congélation des lacs d’eau douce? Suivant cette théorie, l’eau, après s’être refroidie dans toute sa masse jusqu’à 4°, sous l’influence des courants de convection thermique, se refroidit ensuite seulement à la surface, en se stratifiant en couches d’autant plus froides qu’elles sont plus superficielles, conformément à l’ordre de leurs densités.
- Les observations suivantes montreront que les profondeurs atteintes par M. Buchanan n’étaient pas suffisantes pour lui faire voir la limite du refroidissement superficiel, refroidissement qui descend beaucoup plus bas qu’on ne l’a jamais supposé.
- J'ai répété ces recherches dans des lacs suisses, plus profonds que les lochs écossais ; mes sondages,'
- Effet de mirage observé sur la glace du lac de Zurich. (D’après un croquis de M. F. A. Forel.)
- exécutés avec un thermomètre Negretti et Zambra, ont été faits dans les lacs de Morat, le 25 décembre 1879 et le 1er février 1880, et dans le lac de Zurich, le 25 janvier 1880. Yoici les résultats numériques que j’ai obtenus :
- I. Lac de Morat. Superficie, 27,4 kil. ; profondeur maximale, 45 mètres. Le lac a été pris par la glace dans la nuit du 17 au 18 décembre. Épaisseur de la glace, 23 décembre, 11 centimètres; 1er février, 36 centi-
- mètres. 25 décembre 1879. 1“' r février 1880. Différence.
- 0m 0°,36 0°,35
- 5“ 1°,60 1°,90 0°,30
- 10“ 2«,00 20,00 0°
- 15“ 2°,23 20,45 + 0°,22
- 20“ 2°,46 2°,50 -+- 0°,04
- 25“ ' 2°,60 20,50 — 0°,10
- 30“ 2o,66 2o,40 - 0°,26
- 35“ 2°,75 20,55 — 0°,20
- 40“ 20,70 20,70 0°
- Moyennes. 2°, 15 20,15
- 8* aauée. — 1er semeslrse.
- II. Lac de Zurich. Superficie, 87,8 kil. ; profondeur maximum, 141 mètres. Le lac a été pris par la glace pendant deux jours à la fin de décembre, puis de nouveau et définitivement le 21 janvier. Épaisseur de la
- ;lace le 25 janvier, 10 centimètres.
- Profondeur. Température. Profondeur. Température.
- 0“ 0°,2 70“ 3°,7
- 10“ 2°,6 80“ 30,8
- 20“ 2°,9 90“ 50,8
- 30“ . 5°, 2 100” 3°,9
- 40“ 3°, 5 110“ 3o,9
- 50“ 3°,6 120“ 40,0
- 60” 3°, 7 133“ 4°,0
- De l’étude de ces chiffres, je tire les conclusions
- suivantes :
- 1° L’ancienne théorie de la congélation des lacs, qui admet un refroidissement progressif de toute la masse jusqu’à 4° G., puis un refroidissement des 1 couches superficielles, qui se stratifient de 4° à 0°,
- 19
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- LA NAT U HE.
- suivant leur ordre de densité, cette ancienne théorie est exacte.
- 2° La pénétration du froid dans les couches superficielles peut descendre jusqu’à 110 mètres de profondeur (lac de Zurich).
- 5° C’est en raison de son peu de profondeur que le Loch Lomond n’a montré àM. Buchanan que 2°,4 et non pas 4°.
- 4° Cette pénétration du froid dans les couches supérieures a lieu très graduellement et progressivement; la courbe que l’on peut tirer de mes chiffres du lac de Zurich ne présente ni sauts, ni saccades: elle est tout à fait analogue aux courbes du réchauffement superficiel d’un lac en été. Cela suffit, me semble-t-il, pour écarter la supposition que le refroidissement qui nous occupe ait lieu par voie de convection thermique ou par mélange mécanique sous l’action des vagues et des courants, à l’exception peut-être des 10 mètres supérieurs.
- Faut-il attribuer cette pénétration du froid à des phénomènes de conductibilité ou de radiation, soit de l’eau elle-même, soit du sol? Les expériences ne me donnent pas d’éléments pour répondre à cette question.
- 5° Si je compare les deux séries de sondages faites dans le lac de Morat à 40 jours d’intervalle, je vois que la température moyenne est restée exactement la même; la couche de glace a donc arrêté absolument le refroidissement de l’eau.
- - 6° L’eau du lac de Morat a subi dans cette période une égalisation de la température; les couches supérieures, plus froides, se sont un peu réchauffées, les couches profondes, plus chaudes, se sont refroidies.
- 7° L’action du froid extérieur, pénétrant à travers la glace, a tout entière été dépensée dans la formation de la glace. Dans ces 40 jours, l’épaisseur de la glace s’est accrue de 25 centimètres, ce qui indique un dégagement de 1,84 calories par centimètre carré de la surface. Toute cette chaleur a été dégagée dans l’air; donc la glace d’un lac réchauffe l’air sus-jacent.
- De là les beaux mirages que j’ai observés sur la glace des lacs de Zurich et de Morat, mirages aussi beaux que les mirages d’hiver sur l’eau du lac Léman, aussi beaux que les mirages d’été sur une plaine de sable échauffée par le soleil.
- La gravure ci-dessus représente un de ces singuliers effets ; les maisons, les collines et des groupes de patineurs lointains semblent se réfléchir comme dans un miroir au-dessus de l’horizon réel1.
- Les observations suivantes, faites à Zurich le 26 janvier, à 10 heures du matin, rendent compte de ces mirages et de l’épaississement de la glace, en montrant le réchauffement de l’air au contact de
- 1 M. le docteur F. A. Forel nous a adressé un autre croquis, qui offre beaucoup d’analogie avec celui que nous reproduisons. 11 représente un mirage sur le lac Léman, pendant la bise d’hiver. Plusieurs bateaux paraissent être surélevés au-dessus de la ligne d’horizon. G. T.
- la glace et la pénétration du froid dans l’épaisseur de la glace.
- Température de l’air à Im,50 au-dessus de la glace. — 10°,o
- — — 0m,01 — — — 8°,0
- — de la glace à 0m,01 de profondeur. . . — 5°,8
- — — 0m,05 — — 2°,6
- — — 0m,10 — — 0\8
- — de l’eau sous 0m,15 de glace............-+- 0°,2
- 8° La perte de 1,84 calories par centimètre carré de glace du lac de Morat, en 40 jours, soit 0,04 calorie par jour, peut se comparer avec des faits analogues du refroidissement du lac Léman. Le 15 janvier 1880, toute la masse du Léman, depuis la surface jusqu’au fond, avait 5°,2 ; le 29 janvier, sa température était descendue à 4°,8. En 14 jours, elle avait perdu 0°,4, ce qui, avec une profondeur moyenne de 250 mètres, représente une perte de 10 calories par centimètre carré de surface, et en un jour, 0,72 calorie. C’est un refroidissement quinze fois plus intense que celui du lac de Morat gelé. L’eau du lac Léman, à 5° au-dessus de zéro, toujours renouvelée, avait donc une action de réchauffement sur l’atmosphère bien autrement considérable que la glace du lac de Morat, immobile et bien près de la température de l’air ; cela était facile à prévoir.
- F. A. Forel.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUI ÉTATS-UNIS
- JANVJElf 1880
- Les améliorations successives apportées dans les communications télégraphiques ont permis d’assurer une plus grande régularité dans la transmission des dépêches qui servent à dresser les cartes synoptiques du temps. Depuis que le Signal Office de Washington reçoit plus exactement les télégrammes si importants des stations établies dans l’extrême Nord-Ouest, dans l’Orégon, le Territoire de Washington, etc., il devient plus facile de préciser la marche des bourrasques depuis le moment où elles abordent le continent américain; ainsi, on a pu établir que pendant le mois de janvier dernier, sur dix-huit dépressions barométriques, neuf sont certainement venues toutes formées du Pacifique ; quatre sont des dépressions secondaires ayant pris naissance sous l’influence des précédentes ; trois sont passées dans les latitudes élevées, sur la Nouvelle-Bretagne et le Canada ; une seule est venue par le golfe du Mexique. La plus remarquable des bourrasques du Pacifique abordait la côte de l’Orégon le 9 au matin ; d’après les observations faites à la mer, il n’est pas douteux qu’elle venait de loin, à en juger par l’énergie qu’elle possédait déjà lorsqu’elle fut rencontrée par les navires qui se trouvaient au large, notamment par les steamers Oregon et Victoria, de la Pacific mail steam ship Gompany. Le baromètre, à bord de YOregon, marquait 762 millimètres le 8 à huit heures du matin; il était descendu à 716 le 9 à six heures du matin, soit une baisse de 56 millimètres en moins de vingt-quatre heures; pendant la nuit, ce navire eut à lutter contre un ouragan du S. S. E., tandis que le Victoria, à
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- LA NATUIIK
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- environ 80 kilomètres de distance dans la direction du Nord-Ouest, essuyait une violente tempête de N. 0. : ces deux observations permettent de préciser la position du centre du tourbillon. Cette perturbation profonde perdit peu à peu sa force vive dans l’intérieur du continent ; mais, sur le versant du Pacifique, elle occasionna des dégâts de toute nature : arbres tordus ou déracinés, maisons renversées, ponts détruits, etc.; à la traversée de la Sierra-Nevada, son passage fut accompagné d’une abondante chute de neige, qui causa l’interruption momentanée du service sur cette partie du chemin de fer du Grand-Pacifique.
- On sait que, pendant la saison froide, les côtes exposées aux vents soufflant de la mer reçoivent une quantité d’eau plus grande que les régions de l’intérieur ; aussi, en raison du grand nombre des bourrasques venues du large, et, par suite, de la prédominance des vents d’Ouest, n’est-il pas étonnant de trouver un excès considérable de pluie sur le versant du Pacifique. Dans le territoire de "Washington, il est tombé jusqu’à 500 millimètres d’eau; à Portland (Orégon), on en a recueilli 160 millimètres de plus qu’il n’en tombe habituellement à cette époque de l’année ; on rencontre également un excès de pluie dans les États du Nord, où sont passées la plupart des trajectoires des bourrasques; au contraire, dans l’intérieur et principalement vers l’Atlantique, les hauteurs d’eau tombée sont partout inférieures à la normale.
- La distribution de la pression atmosphérique à la surface de l’Amérique du Nord a été très irrégulière et très anormale pendant ce mois ; le baromètre est resté en excès marqué dans toute la région du Nord-Est, depuis le Maine et le lac Ontario jusqu’à la Virginie, mais la moyenne du mois est inférieure à la normale dans l’intérieur du pays. La température est au-dessus de la moyenne dans les différentes régions des États-Unis et jusqu’au Canada. Dans l’Europe occidentale, au contraire, nous avons eu, comme en décembre 1879, des pressions barométriques très élevées et une température moyenne très basse. Comme en décembre aussi, les bourrasques de l’Amérique marchant vers l’Europe se sont éloignées par les hautes latitudes sans affecter les côtes d’Irlande et surtout celles de France.
- De fortes secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 22 janvier, vers onze heures du soir, à Key-West (Floride), à Cuba et à San Salvador (Amérique centrale).
- Th. Moureaux.
- --c<>o--
- VIANDE PHOSPHORESCENTE
- Le premier fait de ce genre a été signalé à Padoue en 1592 i. Fabricius dit que, vers Pâques, il a observé de la viande fraîche qui, une demi-journée après l’abattage, était lumineuse et restait ainsi pendant quatre jours. De la viande non lumineuse, mise à côté de celle qui était lumineuse, le devenait aussi. Il dit que les parties grasses de cette viande étaient également lumineuses.
- On a reconnu depuis que la phosphorescence de cer taines mers provient de la respiration d’animalcules2; que la phosphorescence des poissons provient aussi d’animalcules qui se trouvent exclusivement dans la gelée externe de ces poissons. Le soi-disant sang d’hostie n’est autre
- 1 De Ovulo visus organo, cap. iv, par Hieronimus Fabricius ab Aquapandente.
- * Yoy. la Kalure, n° 35'1 du 5 avril 1880, p. 284.
- chose qu’un être organisé rouge ; la couleur bleue, jaune ou rouge du lait, a la même origine; il en est de même de la couleur verte ou jaune du pus et de la couleur brune des taches de fruits.
- Pflüger indique comme cause de la phosphorescence de certains animaux l’ignilion constante de toutes les cellules de leur corps, par suite de l’absorption continue d’oxygène ; j’ai récemment fait des observations de même nature sur les viandes phosphorescentes.
- Des côtelettes de porc crues ayant éclairé ma cuisine au point de me permettre de voir l’heure sur une montre de poche, je m’enquis auprès de mon boucher, qui me fit la déclaration suivante : Les premières phosphorescences furent observées le vendredi-saint, dans une cave où il réunissait les débris destinés aux saucisses. Puis, peu à peu, toutes ces viandes sont devenues phosphorescentes.
- De la viande fraîche, provenant de villes éloignées et mise dans sa boutique, est devenue très vite phosphorescente.
- En grattant la surface de la viande ou en l’essuyant fortement, la phosphorescence disparaissait momentanément. Un os frais, fendu dans le sens de la longueur avec un couteau qui servait à couper les viandes phosphorescentes, est devenu aussi phosphorescent. La graisse le devient aussi bien que la viande. Avant de livrer la viande à la clientèle, le boucher l’essuyait fortement.
- J’ai constaté qu’aucun consommateur n’en avait été incommodé; non seulement la chair, mais encore le foie, les poumons, le cœur, les reins, les intestins, le cerveau, la moelle épinière devenaient phosphorescents sur toute leur surface. Le sang, frais ou vieux, n’était pas phosphorescent.
- La viande doit être fraîche pour que le phénomène sc produise, et dès qu’elle sent, il cesse. A ce moment, un examen microscopique démontre que les Bacterium iermo apparaissent. Les viandes de chats, lapins, chiens, oiseaux, grenouilles, devinrent phosphorescentes par expérience ; on mettait, en un point quelconque d’une viande, une trace de la substance phosphorescente, on marquait un endroit avec une aiguille, et l’on voyait ce point s’agrandir, au point qu’après trois ou quatre jours tout le morceau était devenu phosphorescent. La phosphorescence disparaissait généralement du sixième au septième jour.
- Dans le local de la boucherie, la viande fraîche devenait phosphorescente après sept ou huit heures. La viande cuite ne produit pas ce phénomène. Mais sur l’albumen cuit et les pommes de terre cuites, on a réussi à le reproduire, toutefois d’une manière peu énergique.
- Sur l’empois d’amidon, je n’ai obtenu qu’une coloration orange sans phosphorescence. En frottant les mains sur ces viandes, elles restent phosphorescentes pendant plusieurs heures, et un frottement énergique des mains fait disparaître le phénomène.
- Au microscope, j’ai vu des masses de petites bactéries, à côté de chapelets ^de globules, ainsi que de magnifiques octaèdres. Au microscope et dans l’obscurité, j’ai vu un nombre très considérable de points et de traits lumineux, dont quelques-uns en mouvement. Sous l’influence des vapeurs phéniques, d’acide salicylique, d’acide sulfurique, d'alcool, on les voyait, sous le microscope, disparaître instantanément.
- La viande phosphorescente ne diffère ni d’aspect ni d’odeur de la viande ordinaire. La température, tout le temps que ce phénomène a duré chez le boucher, n’a pas dépassé 10°. Je ne saurai dire si c’est à la température plus élevée de la saison^ ou bien à l’acide phénique ou
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- LA N A T U H K
- aux fumigations de chlore qu’il faut attribuer la disparition complète du phénomène.
- Aucune autre boucherie de la localité ni des environs n’a présenté de phosphorescence1.
- Nuescïi.
- LES PUITS INSTANTANÉS
- Le principe sur lequel repose cet ingénieux système est simple et élémentaire. On sait que dans un grand nombre de terrains, il existe des couches d’eau souterraines à une faible distance de nos pas; nos puits ordinaires, qui n’atteignent généralement
- qu’une petite profondeur, en sont une preuve incontestable. Supposons qu’une nappe liquide existe, par exemple à dix mètres au-dessous de la surface du sol; il s’agit tout simplement d’enfoncer dans la terre un tube étroit qui pénètre jusqu’au sein du réservoir naturel, et d’adapter une pompe à sa partie supérieure.
- Voici comment on procède à l’exécution de ces puits. On dispose sur le terrain une plateforme solidement fixée par trois pieds en bois, et percée d’un trou dans lequel s’engage le tube métallique qui doit disparaître dans le sol ; ce tube, aux parois très épaisses, a un diamètre intérieur de trente-
- Fig. 1. Enfoncement des tubes d’un puits instantané.
- cinq millimètres, et une hauteur de trois à quatre mètres ; à sa partie inférieure, il est percé de trous sur une hauteur de cinquante centimètres environ ; enfin, il est terminé par un cône d’acier très bien trempé. On le frappe violemment au moyen d’un mouton suspendu par deux cordes qui s’engagent dans les gorges de deux poulies; ce marteau pesant, que deux hommes peuvent facilement faire agir, pourrait endommager le tube s il le choquait directement à sa partie supérieure, aussi est-il disposé de manière à agir sur un anneau circulaire solidement fixé au tube par des boulons ; on déplace et on remonte cet anneau à mesure que le tube s enfonce, et l’opération, conduite par deux ouvriers habiles,
- 1 Bulletin scientifique du département du Nord; Revue internationale des sciences; Journal de pharmacie-
- s’exécute avec une très grande rapidité. Quand le premier tube a presque entièrement disparu dans la terre, on visse à sa partie supérieure un autre tube, et on recommence la même manœuvre. Une fois arrivé à une certaine profondeur, on descend dans la cavité intérieure une petite sonde formée d’une pierre attachée à une corde, et, en examinant si elle revient sèche ou mouillée, on voit si 1 on a atteint ou non la couche d’eau. Quand la partie inférieure et percée du tube a pénétré dans la nappe souterraine, le travail est terminé, et on adapte alors une pompe à sa partie supérieure (fig. 2) ; on fait manœuvrer la pompe, qui ramène d abord à la surface du sol une eau trouble et bourbeuse, par suite du mouvement de terre qu’a déterminé l’enfoncement du cylindre métallique ; après une
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- LA NATURE.
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- heure ou deux, on obtient une onde fraîche et limpide. 11 n’est pas nécessaire de dire que si l’eau a une force ascensionnelle suffisante pour jaillir au niveau du sol, on a formé un puits artésien et la pompe devient inutile.
- L’opération s’exécute généralement sans difficulté ; cependant, si le tube rencontre un obstacle très résistant, comme un rognon de silex, il faut l’arracher et l’enfoncer ailleurs; mais dans la plupart des cas, en raison de son petit diamètre, il repousse les obstacles de côté, et arrive, neuf fois sur dix, à la profondeur voulue.
- L’expérience exige en moyenne une heure de travail, et le tube, de dix mètres avec sa pompe, est d’un prix modéré, qui pourra diminuer encore, ce qui permet de faire des essais souvent utiles dans les exploitations agricoles. Un puits ordinaire est relativement un travail long et difficile; il faut creuser le sol et enlever la terre, garnir le trou lentement foré d’un mur de maçonnerie, et si l’eau ne se rencontre pas, la dépense est complètement infructueuse. Grâce à ce système, on peut chercher l’eau partout, à peu de frais, sonder le sol avec une grande facilité, et si on ne trouve pas de nappe liquide, on en est quitte pour enlever le tube; on l’arrache, et on peut le replanter ailleurs.
- On raconte que l’idée des puits tubulaires a
- l’armée expéditionnaire écrivait, à la date du 20 janvier 1868 :
- « On vient de découvrir à Koomaylee, à l’aide du puits tubulaire américain, une source d’eau chaude, et comme Koomaylee, la première station sur la roule de Senafé, n’est qu’à treize milles de distance de la baie d’Annesley, on parle d’y faire venir l’eau par des tuyaux...
- « Une des plus grandes difficultés de la Passe de Senafé était le manque d’eau entre le Sooroo supérieur et le Rayray-Guddy, sur une distance de trente milles environ. Un puits tubulaire vient d’ètre établi à Undul, qui se trouve à peu près à moitié route de ces deux endroits, ce qui facilite singulièrement le mouvement des troupes et les approvisionnements jusqu’à Senafé. »
- Depuis cette époque déjà lointaine, M. Don-net, de Lyon, a voulu modifier et améliorer les puits instantanés de M. Norton, en employant des tubes d’un diamètre plus considérable, disposés, avec tout le matériel nécessaire pour les enfoncer, sur un véhicule facile à transporter.
- L’appareil de M. Don-net se compose d’un chariot à quatre roues, que l’on immobilise au moyen de freins. Les montants jumeaux se rabattent verticalement en trouvant un point d’appui solide contre le chariot; ils sont en outre renforcés par des
- pris naissance au moment de la guerre qui a momentanément divisé les États-Unis : quelques soldats de l’armée du Nord avaient puisé l’eau dans un sol infertile, au moyen de tubes de fusil qu’ils brisaient et enfonçaient dans la terre; M. Norton a plus tard perfectionné et rendu pratique cette invention.
- Le gouvernement anglais avait expédié en Abyssinie un grand nombre de ces tubes, et les résultats dépassèrent toute espérance. Un commandant de
- jambes de force. A l’extrémité supérieure de chaque montant, sont fixées des poulies qui reçoivent les taraudes destinées à relever le mouton. Ce mouton, en forme de manchon, laisse passer le tube à enfoncer (fig. 1) exactement comme dans le premier système de M. Norton. La seule modification importante consiste dans l’emploi du chariot. On a reconnu que ce système offre l’inconvénient d’être très difficilement transportable sur un sol rugueux ou labouré. Il est abandonné aujourd’hui et rem-
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- LA NATURE.
- placé par des perfectionnements très importants, dus à M. Clark, Nous les ferons connaître prochainement.
- (A suivre.) GASTON TiSSANMER.
- L’ANESTHÉSIE CHIRURGICALE
- De tout temps on a cherché à supprimer ou au moins à atténuer la douleur pendant les opérations chirurgicales. Les Assyriens comprimaient les vaisseaux du cou aux enfants qu’ils voulaient circoncire. Pline rapporte que les Grecs et les Romains employaient la pierre de Memphis (carbonate de chaux) broyée dans du vinaigre pour rendre insensibles les membres sur lesquels ils opéraient. En 1780, un chirurgien anglais, James Moore, à l’aide d’un double compresseur disposé sur le trajet du nerf sciatique et du nerf crural, pratiqua une amputation de jambe sans que le malade donnât aucun signe de douleur1. Quelques années plus tard,-Humphry Davy2 découvrit que les inhalations du protoxyde d’azote déterminaient un rire convulsif et pouvaient même amener une insensibilité complète. I Il appela ce gaz gaz hilarant, et proposa de l’employer dans les opérations chirurgicales.
- Vers la même époque, des étudiants, en respirant de l’éther, observèrent les effets anesthésiques de ce corps, et en 1818, le Quarterly journal of science rapporte qu’à la suite d’inhalation d’éther, un homme resta pendant trente heures en léthargie, et que la servante d’un pharmacien, couchée dans une pièce où venait de se briser une jarre d’éther, succomba sous l’action des vapeurs qui s’en échappèrent.
- La première application de l’éther pour insensibiliser les malades pendant les opérations chirurgicales fut faite par Long, à Athènes, le 50 mars 1842.
- Il obtint des résultats très satisfaisants, mais il négligea d’appeler l’attention des médecins sur ses expériences ; elles étaient complètement ignorées, lorsqu’un médecin et chimiste américain, Jackson, découvrit également les propriétés de ce corps.
- Sur les conseils de Jackson, un dentiste de Boston, Morton, employa l’éther pour l’extraction des dents, et obtint une insensibilité complète; enfin, le 17 octobre 1846, Morton administrait l’éther à un malade auquel John Warren, chirurgien de l’hôpital de Boston pratiquait une amputation de cuisse; le malade ne ressentit aucune douleur. La chirurgie venait de faire un progrès immense : elle réalisait définitivement l’anesthésie.
- Flourens3 et Longet étudient aussitôt l’action de l’éther sur l’organisme, et découvrent que le chloroforme, dont la composition est analogue à celle de
- 1 James Moore, Méthode of preventing or diminishing pain in several operations of sur g er y. London, 1784.
- 2 Davy, Researches Chemical on the gazeous oxyd of azote.
- 3 Flourens, Comptes rendus de l’Académie des Sciences. 1847.
- l’éther chlorhydrique, possède des propriétés plus rapides et plus énergiques que celles de l’éther. Mais en France, on n’eut pas l’idée de répéter ces expériences sur l’homme.
- Les premières applications du chloroforme comme agent anesthésique furent faites en Angleterre par Simpson, chirurgien d’Edimbourg.
- Le 10 novembre 1847, il publiait les résultats de cinquante chloroformisations, dans des opérations de tout genre, qui furent toutes suivies du plus grand succès.
- Le succès du chloroforme provoqua de nouvelles recherches, qui amenèrent la découverte d’autres substances jouissant des mêmes propriétés à divers degrés; l’éther et le chloroforme sont les seuls corps qu’on emploie pour déterminer l’anesthésie chirurgicale. Ces deux corps agissent tous deux de la même façon; ils ne diffèrent que par l’énergie avec laquelle leur action s’exerce; le chloroforme a une action beaucoup plus rapide et plus puissante.
- Les anesthésiques agissent de même sur tous les organismes, aussi bien animaux que végétaux.
- C’est ainsi que la sensitive ne répond plus aux excitations venues de l’extérieur lorsqu’elle est soumise à l’influence des vapeurs de chloroforme ou d’éther; la plante est donc anesthésiée absolument comme le serait un animal, et en effet, dès que l’action des anesthésiques cesse, la sensibilité de la plante reparaît1.
- Quels sont les phénomènes de l’anesthésie;?
- A peine le malade a-t-il fait une ou deux inspirations de l’anesthésique, qu’il éprouve des picotements dans la gorge, déterminant souvent de la toux et une véritable suffocation qui amène parfois un arrêt momentané de la respiration. Cette action, due à l’irritation que produit le chloroforme, est purement locale. Ce fait est facile à démontrer : lorsqu’on pratique la trachéotomie sur un chien, par exemple, et qu’on le fait respirer par la trachée, on n’observe plus les phénomènes de suffocation que l’on constate lorsque l’animal respire par la bouche.
- C’est donc un phénomène dont la cause est physique et complètement indépendante de l’anesthésie.
- Le chloroforme est introduit par la respiration dans le poumon ; dans cet organe, il se trouve en contact avec le sang ; le sang se charge de vapeurs de chloroforme, qu’il transporte, en sortant du cœur, dans tout le système artériel; l’agent anesthésique est ainsi amené jusqu’à l’élément nerveux sensitif, sur lequel il exerce son action. Le courant circulatoire l’entraîne alors dans les veines, jusqu’au poumon, et, comme l’éther et le chloroforme sont des substances très volatiles, elles sont éliminées par l’expiration. Le poumon est donc à la fois le point d’absorption et d’élimination de l’agent anesthésique.
- Ces faits expliquent parfaitement comment il se
- 1 Clemens, Untersuchung iiber die Wirkung des Ætkers und Chloroforms auf Menschen,Thiere und Pflanzen. Bern, 18Î.0.
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- LA NATURE.
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- fait qu’on ne peut produire l’anesthésie par les injections sous-cutanées d’éther ou de chloroforme. En effet, ces corps pénètrent du tissu cellulaire sous-cutané dans les veines, qui les conduisent au cœur droit; de là, ils sont lancés dans le poumon, où ils sont immédiatement éliminés avant d’avoir pénétré dans le système artériel.
- Dès que le chloroforme commence à exercer son action, on voit le malade s’agiter; ses membres se contractent; il parle avec volubilité; il se raidit et se défend ; en un mot, le malade est dans la période d’excitation. Peu à peu, les contractions disparaissent, et la résolution musculaire se produit; à ce moment, la sensibilité a complètement cessé; c’est alors que !e chirurgien commence à opérer.
- Au point de vue physiologique, les phénomènes se passent dans l’ordre suivant : l’homme perd d’abord la conscience, la notion du moi ; puis il perd la sensibilité externe, c’est-à-dire qu’il ne perçoit plus les impressions reçues par les organes des sens et par la peau, mais la sensibilité interne subsiste toujours; les impressions produites sur l’arrière-gorge amènent le réflexe de la déglutition, et si l’anesthésie continuait son évolution, cette sensibilité inconsciente disparaîtrait bientôt, et avec elle, la respiration cesse, le cœur s’arrête, la mort survient.
- Le chloroforme agit donc d’abord sur le cerveau, puis sur la moelle, et enfin sur les nerfs, dans lesquels l’anesthésie progresse de l’extrémité périphérique vers la cellule sensitive centrale.
- Quelle idée doit-on se faire de l’action du chloroforme ou de l’éther sur la cellule nerveuse centrale? Cette action consisterait, d’après Claude Bernard, en une semi-coagulation de la substance même de la cellule nerveuse, coagulation qui ne serait pas définitive, c’est-à-dire que la substance de l’élément anatomique pourrait revenir à son état primitif normal après élimination de l’agent toxique. Pendant la vie, les tissus et les éléments de tissus ne peuvent manifester leur activité que dans des conditions d'humidité et de semi-fluidité spéciales de leur matière; si cet état physique cesse d’exister, s’il y a coagulation, la fonction se suspend ; c’est ainsi que la sensibilité est suspendue.
- Pour obtenir l’anesthésie complète, il faut en moyenne dix minutes avec l’éther et six à sept avec le chloroforme. A partir du moment où l’on fait cesser les inhalations, l’anesthésie persiste pendant trois ou quatre minutes; puis la sensibilité reparaît peu à peu; après elle, l’intelligence revient, mais la chaleur animale tarde à se rétablir ; la prostration persiste, et les malades restent souvent dans un état d’anéantissement complet; bientôt cet état se dissipe, et les malades reviennent à leur état normal, tout en conservant pendant longtemps dans la bouche le goût du chloroforme, ce qui donne à tous leurs aliments une saveur fort désagréable ; souvent encore le malade est pris de vomissements qui persistent pendant quelque temps. Cet accident est fréquent et
- n’amène qu’un malaise général ne présentant aucune gravité. Mais, malheureusement, l’anesthésie ne se produit pas toujours ainsi, et des accidents mortels surviennent quelquefois pendant l’inhalation des vapeurs d’éther ou de chloroforme. Le malade résiste, la période d’excitation est très longue; il fait des mouvements convulsifs très violents; la face devient pâle et livide; tout à coup le pouls disparaît, le cœur ne bat plus, les mouvements respiratoires cessent : l’individu est mort.
- Comment expliquer ce fait et quelle en est la cause ?
- Certains physiologistes pensent que le chloroforme est lui-même formé de deux agents : l’un qui aurait des propriétés anesthésiques, l’autre qui serait un poison du cœur. Pour Claude Bernard, l’action toxique du chloroforme n’est que l’action physiologique exagérée.
- Quand le chloroforme a agi d’une manière toxique, le moyen le plus efficace pour combattre l’accident serait la respiration artificielle, qui permettrait l’élimination du chloroforme; mais si le cœur ne bat plus, la respiration devient inutile ; il s’agit donc de rétablir les mouvements du cœur : or, Claude Bernard a démontré, en opérant sur des animaux, qu’un courant électrique qui suit la colonne vertébrale réveille l’excitabilité de la moelle et du bulbe, et ramène ainsi, par réaction sur les nerfs moteurs, le jeu des mouvements respiratoires, des battements du cœur, c’est-à-dire la vie
- La plupart des accidents se montrent chez des personnes qui y sont prédisposées. Ainsi, toutes les maladies du cœur ou des poumons prédisposant à la syncope, augmentent les dangers de la chloroformisation. Il en est de même des alcooliques, dont l’anesthésie présente toujours une certaine difficulté.
- Les accidents qui surviennent pendant l’inhalation du chloroforme s’observent également pendant l’inhalation de l’éther; pourtant, certains chirurgiens pensent que l’éther est moins dangereux que le chloroforme ; les chirurgiens de Lyon n’anesthésient qu’avec l’éther, tandis qu’à Paris on n’emploie dans les hôpitaux que le chloroforme.
- Maurice Springer.
- — La suite prochainement. —
- —c><^—
- LES VOYAGES ARCTIQUES
- DE M. NORDENSKIOLD
- Au moment où l’attention universelle est arrêtée sur le hardi explorateur qui vient d’accomplir le périple non tenté jusqu’ici du vieux monde, on lira avec intérêt le résumé de voyages qui feront époque dans l’histoire de la géographie1.
- 1 Les documents que nous publions sont empruntés au récit de M. Nordenskiold, récemment publié en Angleterre sous le titre : The Arlic Voyages of Adolph Erik Nordens-kiold 1858-1879. 1 vol. in-8° avec cartes et gravures. Londres, Macmillan et C°.
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- LA MA TU UE.
- M. Nordenskiold est né à Ilelsingfors, capitale de la Finlande, le 18 novembre 1852. Admis en 1849
- à l’université de sa ville natale, il s’appliqua à l’étude de la chimie, des mathématiques, de la
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- Fig. 1. Carte du voyage de M. Nordenskiold, de Gothombourg (Suède) à Yokohama (Japon) par le détroit de Behring.
- physique et, par-dessus tout, de la minéralogie et de la géologie. Sa vocation lui lit entreprendre avec sou père, en 1855 , un voyage minéralogique dans l’Oural, d’où il rapporta le sujet de ses premiers mémoires scientifiques.
- Au printemps de 1858, M. Nordenskiold fut attaché, comme géologue, à la première expédition au Spitzberg dirigée par Tordl. Ce voyage, pour un coup d’essai, fut un véritable coup de maître; il apporta aux paléontologistes des révélations absolument imprévues. Il résulte en effet des échantillons rapportés en grand nombre, et dont l’étude fut laite
- par M, Oswald Heer, que durant la période géologique appelée miocène, et qui correspond sensiblement au dépôt des sables de Fontainebleau, la côte de Bellsound était ombragée par une luxuriante végétation, comparable comme essence aux lorêts actuelles de l’Europe moyenne. En outre, l’expédition rapporta un grand nombre de fossiles appartenant, les uns à la formation carbonifère, les autres au terrain jurassique; comme les premiers, ces vestiges contribuent à démontrer que le refroidissement arctique est relativement récent.
- M. Nordenskiold retourna dans les mêmes pa-
- Fig. 2. Graine d’Entada gigalobium (grandeur naturelle) provenant d’un arbre américain et charriée par les courants océaniques dans les mers du Nord.
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- rages, et sous les ordres du même chef, en 1861. Cette fois, il releva le littoral septentrional du Spitzberg et rapporta une foule do notions que Ton regarde comme la première base de nos connaissances en histoire naturelle, des régions polaires.
- C’est durant cette expédition que fut recueilli l’échantillon représenté figure 2. Il consiste en une graine d’Entada gigalobium, provenant d’un arbre américain et charriée par les courants océaniques jusque dans la baie de Murchison. La résistance vitale de ces sortes de graines est si grande, que, placées dans de bonnes conditions, elles peuvent germer malgré leur immense navigation.
- Ce n’était d’ailleurs qu’une introduction à l’expédition que M. Nordenskiold dirigea lui-même en 1864. Celle-ci, quoique entreprise avec des moyens trop limités, fut riche en résultats. On y compléta les mesures préliminaires pour la détermination d’un arc du méridien; la côte du Spitzberg méridional fut dressée, et des données précises furent recueillies au sujet de la llore et de la faune de ce groupe d’îles. Pendant l’année 1864, la mer fut remarquablement libre de glaces et quand,à la fin de l’automne, les explorateurs eurent accompli leur tâche au Spitzberg, ils se préparèrent à pointer vers le Nord, avec l’espérance bien fondée d’at-
- Fig. 3. Draguage sous-marin, opm; au fond d'une mer recouverte de glace, par les membres de l’expédition de M. Nordenskiold.
- teindre une très haute latitude. Toutefois, le projet fut rendu impraticable par la rencontre de sept chaloupes chargées de chasseurs de morses, dont les trois vaisseaux avaient naufragé sur la côte est de la Terre du Nord-Est. Une pareille recrue tenait trop de place et faisait essuyer un trop rude assaut aux provisions de bouche pour qu’on pût songer à autre chose qu’à retourner en Norvège aussi vite que possible.
- A peine rentré chez lui, et tout en faisant une série de tournées intéressantes, dont Tune l’amena à Paris, lors de l’Exposition universelle de 1867, M. Nordenskiold poursuivit avec persévérance le projet d’une nouvelle expédition arctique, installée sur un pied beaucoup plus considérable que toutes les précédentes. A force de démarches,
- il obtint de son gouvernement un vapeur en fer, le Sofia, et, réunissant de nombreuses souscriptions et un état-major aussi savant que dévoué, l’intrépide naturaliste reprit pour la troisième fois, en 1868, la route du Spitzberg. Le 19 septembre, le navire se trouvait à la plus haute latitude qu’aucun navire ait jamais atteinte dans l'hémisphère nord. Ce ne fut d’ailleurs pas sans de grands risques, et l’auteur se plait à constater qu’il dut la vie sauve au capitaine du vaisseau, M d’Otter, qui devint plus lard conseiller d’Etat.
- Le Sofia, malgré toutes ses qualités, n’avait pas été construit pour résister au choc et à la pression des banquises, aussi M. Nordenskiold émit-il, dès son retour, l’opinion qu’il fallait recommencer la tentative avec un batiment convenablement con-
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- slruit. Grâce à l’appui financier de M. Oscar Dickson, qu’il qualifie de Mécène, M. Nordenskiold put presque immédiatement se préoccuper d’une nouvelle expédition. Le plan adopté fut d’aller camper au nord du Spitzberg, pour partir de là avec des traîneaux, afin d’atteindre sur la glace une latitude aussi élevée que possible. C’est comme simple préparation à ce voyage qu’une excursion fut entreprise, en 1870, au Groenland, dans le but spécial, qui lut d’ailleurs abandonné, de se procurer les chiens destinés à la remorque des traîneaux.
- Cette tournée, malgré son caractère accessoire, fut remarquablement riche en résultats scientifiques. Elle mit l’auteur en présence du plus grand glacier continental dont on ait jamais parlé. En compagnie du seul docteur Bergreen. et malgré l’abstention des Esquimaux, qui tous refusèrent de l’accompagner dans des régions aussi épouvantables, il s’aventura sur une surface glacée bien plus grande à elle seule que tous les glaciers de Suisse supposés réunis. Les explorateurs trouvèrent que, malgré la première apparence, ces solitudes ne sont pas dépourvues absolument d’êtres vivants. La glace est presque entièrement recouverte d’une algue microscopique qui, malgré sa ténuité et grâce à sa couleur sombre, tend à limiter très efficacement l’extension indéfinie du glacier.
- C’est en passant seulement que file de Disko fut visitée et fournit, comme on sait, à Ovifak, de colossales masses de fer natif, dont l’étude a conduit à des données si importantes sur la structure des régions profondes de notre globe. Nos lecteurs ont eu ici même un article spécial sur ce sujet, et nous n’y revenons pas.
- Après des préparatifs dans le détail desquels nous ne saurions entrer, la nouvelle expédition polaire prit la mer en 1872, mais cette fois encore,les obstacles furent nombreux, et outre que les vaisseaux furent de bonne heure pris dans les glaces, il fallut encore recueillir un certain nombre de pêcheurs naufragés. Néanmoins, la science trouva encore son profit à l’entreprise, et c’est alors, par exemple, que M. Nordenskiold découvrit la poussière cosmique, riche à la fois en charbon et en fer nickelé, dont la description a fourni des détails si curieux.
- L’hiver fut employé à réaliser un nombre considérable de draguages sous la mer (fig. 3), et il en résulta, pour la zoologie des régions sous-marines, des notions que les naturalistes ne soupçonnaient pas. Il fut démontré, en effet, que, malgré une température constamment inférieure à zéro et une obscurité à peu près complète, les êtres vivants pullulent dans des proportions et avec un luxe et une variété de formes et de coloris qu’il semblait naturel de regarder comme l’apanage des régions tropicales.
- Bien qu’on pût regarder les résultats comme fort au-dessous des dépenses, M. Dickson, qui avait fait tous les frais de l’entreprise, ne se montra aucunement découragé. Il poursuivit avec M. Nordenskiold
- le projet d’une nouvelle expédition dans la mer de Kara, et jusqu’aux embouchures de l’Obi et de l’Yénissei. Aussi le milieu de l’été de 1875 retrouve-t-il notre infatigable explorateur naviguant dans un petit vaisseau. Cette persévérance fut enfin couronnée d’un plein succès. Grâce à des circonstances exceptionnellement heureuses, le programme tracé d’avance fut accompli de point en point, et l’auteur eut la gloire de joindre à ses découvertes scientifiques l’ouverture d’une route commerciale de première valeur. Parvenu à l’embouchure du Yénissei, il renvoya le navire en Norvège, avec un chargement de produits sibériens, et pendant ce temps, il remonta le cours du fleuve sur une embarcation du pays. Le retour se fit par terre, et les villes traversées, Ekaterinebourg, Moscou, Saint-Pétersbourg, Helsingfors et Abo, saluèrent le passage des voyageurs par les démonstrations les plus enthousiastes.
- Il est vrai que certaines personnes annoncèrent que le succès était exclusivement dû à des rencontres fortuites, dont on ne pouvait espérer la répétition tous les ans. C’est pour répondre à ce soupçon que fut exécuté le voyage désormais célèbre qui vient de prendre fin, où, pour la première fois, un navire parti de Norvège a longé toute la côte sibérienne, pour entrer dans le Pacifique par le détroit de Behring (fig. 1). La démonstration que voulait obtenir M. Nordenskiold est désormais complète, et l’auteur, en la fournissant, a conquis une des plus belles places parmi les promoteurs des sciences géographiques.
- Stanislas Meunier,
- EXiMEN DES POUSSIÈRES VOLCANIQUES
- TOMBÉES LE 4 JANVIER 1880 A L’iLE DOMINIQUE ET DE L’EAU QUI LES ACCOMPAGNAIT1
- L’échantillon de poussière recueilli par M. L. Bert, après la pluie, est à grain fin, ayant en moyenne I millimètre dans l’échantillon qui nous a été adressé. Cette sorte de sable est formée, pour la plus grande partie, de grains pierreux. Parmi les grains incolores, les uns manifestent, sous le microscope, les formes et les caractères optiques qui appartiennent au labradorite, ainsi que les macles propres à cette espèce de feldspath. D’autres ont les caractères du feldspath sanidine. Certains cristaux feldspathiques sont comme corrodés. Les grains verdâtres ont la forme du pyroxène. On reconnaît aussi du gypse en cristaux isolés.
- Même à l’œil nu, on voit briller beaucoup de petits grains à éclat métallique. Avec un grossissement convenable, on reconnaît que tous ces grains consistent en cristaux cubiques parfaitement nets, parfois striés, sans facettes modifiantes : ils consistent en pyrite. Leur dimension n’est que de à ^ de millimètre. Au lien d’être isolés, ces cristaux sont
- 1 Voy la Nature, n° 552, du 28 février 1880, p. 202.
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- parfois associés et agglutinent les grains pierreux, de manière à montrer qu’ils leur sont postérieurs. Çà et là on a reconnu quelques grains de galène.
- Ce sable volcanique est imprégné de matières salines, en partie déliquescentes et très sapides, qui ont attaqué le papier qui l’enveloppait.
- La poussière qui a été recueillie en mer, à une distance de 19 kilomètres du rivage, est de même nature que la partie pierreuse de l’échantillon précédent, mais à un état tout à fait impalpable, elle contient aussi des parcelles bulleuses et scoriacées, comme la ponce.
- D’après l’examen qui en a été fait au Bureau d’essai de l’École des Mines, la poussière recueillie à sec, dont il a été question d’abord, a donné les résultats ci-après :
- Partie soluble dans ] j Chlorure de potassium. 1 Chlorure de sodium... 1,96 ’ 0,65 l 3,57
- l’eau ] 1 Sulfate de chaux 0,29
- Partie soluble dans ( [ Matières organiques... Sous-sult'ate de 1er,... 0,70 > 6,20
- l’acide chlorhy- < ! Carbonate de chaux... 3,60 9,60
- drique étendu... | [ Carbonate de magnésie. 0,80
- Partie soluble dans j i Pyrite de fer 5,50 5,95
- l’acide nitrique.. j ! Galène 0,65
- Cuivre absence
- Partie insoluble dans les acides. ..- 80,50
- Total................ 99,42
- Comme on le voit, parmi les chlorures, celui de potassium prédomine beaucoup. Quant à l'eau recueillie dans le pluviomètre, elle est chargée de poudre grossière, dans une proportion qui dépasse 20 p. 100. Les grains dépassent souvent 1 millimètre dans notre échantillon. En outre, d’après l’analyse du Bureau d’essai, la même eau contient, en dissolution, les mêmes sels que la poussière recueillie à sec, c’est-à-dire beaucoup de chlorure de potassium, avec un peu de chlorure de sodium, une petite quantité de sulfate de chaux et une forte portion de matières organiques. La quantité de ces sels s’élève à 2 p. 100 du poids de l’eau.
- La poussière volcanique dont il vient d’être question est particulièrement remarquable par les innombrables cristaux de pyrite qui y sont disséminés.
- Il y a tout lieu de croire que cette pyrite s’est formée récemment, dans les flaques d’eau chaude que recèle le massif volcanique, sous l’influence des abondantes exhalaisons sulfureuses qui, d’après la note précédente, se manifestent sans cesse. L’éruption l’a projetée au dehors, avec les matières pierreuses au milieu desquelles elle s’est développée.
- La pyrite dont il s’agit paraît donc avoir la même origine que celle que M. Bunsen a reconnue en Islande. Elle en a d’ailleurs l’aspect général, ainsi que j’ai pu m’en assurer sur des échantillons dont je suis redevable à l’obligeance de M. le professeur Johnstrup, de Copenhague. Comme dans les fumerolles d’Islande, où se produit la pyrite, que ce sulfure est associé à du sulfate de chaux.
- Nous avons donc ici un nouvel exemple de la formation contemporaine de la pyrite à ajouter à ceux qu’on a antérieurement signalés. Jusqu’à pré-
- sent, on n’a rencontré la pyrite, au milieu de déjections volcaniques, que dans un nombre de cas très restreints, si on le compare à l’abondance de cette même espèce minérale dans les anciens dépôts. La présence de la galène, associée ici à la pyrite, comme un produit d’émanation volcanique, est également très digne de remarque.
- A. Daubrée,
- Membre de l’Académie des sciences.
- LE CAMPYLOMÈTRE
- Le campylomètre1 construit par M. le lieutenant Gaumct est un petit instrument de poche destiné à donner, après une seule opération et par une simple lecture : 1° la longueur métrique d’une ligne quelconque, droite ou courbe, tracée sur une carte ou un plan ; 2° la longueur naturelle correspondant à une longueur graphique sur les cartes au sô-jôô et au tôôVot et sur les cartes dont les échelles sont des multiples ou des sous-multiples simples des précédentes.
- Le campylomètre est une application d’une propriété de la vis micrométrique, déjà mise à profit par M. Gaumet dans la construction du télémètre de poche, dont il est l’inventeur.
- Cet instrument consiste en un disque denté dont la circonférence est exactement de 5 centimètres. Les deux faces de ce disque portent chacune un système de divisions : l’une est divisée en quarante parties, l’autre en cinquante parties.
- La circonférence du disque (5 centimètres) correspond à 4 kilomètres à l’échelle du gÿ^ôô et a 5 kilomètres à celle du roirôoô'» division au jô du disque à la première échelle mesure 100 mètres, il en est de même de la division au ^ pour la deuxième échelle.
- Le disque dente se meut sur une vis micrométrique dont le pas est de 0in,00I5, en regard d’une réglette portant des graduations espacées d’une longueur égale au pas de la vis et représentant des longueurs :
- 1° de5,10,15,20.... 50centim- à l’échelle métrique ; 2° de 5,10,15,20.... 50kil- - du
- 3° de 4,8,12,16.....40kil- — du ^-i—
- La vis micrométrique est fixée dans une monture, de manière à former une pointe servant de guide Pour se servir du campylomètre, amener le zéro du disque en regard du zéro de la réglette, puis placer l’instrument sur la carte dans une position perpendiculaire, la pointe servant de guide, et promener le disque denté sur la ligne droite ou sinueuse dont on veut avoir la longueur.
- L’opération terminée, remarquer la dernière graduation de la réglette, au-delà de laquelle le disque s'est arrêté, ajouter à la valeur de cette graduation la longueur complémentaire fournie par la division du disque qui est en regard de la réglette.
- Dans le cas de la mesure métrique d’une ligne, 1 KayunCi).»;, courbe, /cérpov, mesure.
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- LA NATURE.
- ajouter au nombre de centimètres donné par la graduation supérieure le complément en millimètres fourni par la division au
- Exemple : soit 20 la graduation supérieure, 55 la division au ~ en face de la réglette; la longuenr obtenue est de 20 centimètres -t- 55 millimètres = 0m,255. — Si l’on mesure une ligne sur une carte au ï-ô^ôTo» ^es graduations supérieures représentent des kilomètres; les divisions complémentaires au des centaines de mètres.
- Exemple : 20, graduation supérieure, 55, division au gL- du disque en regard de la réglette, la distance mesurée est de 20 kilomètres -(-5500 mètres, ou 25 500 mètres.
- Avec la carte au on se servira de la gra-
- duation inférieure de la réglette.
- Exemple : 12, graduation supérieure, 7, division au du disque en regard de la réglette ; distance mesurée, 12700 mètres.
- Le campylo -mètre a été spécialement construit pour les cartes au ^Tô et au iooooo* calcul facile à faire sur les résultats permet -rait de l’utiliser sur des cartes dont les échelles seraient des multiples ou des sous-multiples simples des précédentes.
- Cet instrument peut d’ailleurs servir pour toute carte ou tout plan dont on connaît l’échelle numérique. Il suffira dans ce cas de multiplier la longueur de la ligne exprimée en millimètres par le dénominateur de l’échelle divisé par 1000.
- Ainsi sur une carte anglaise au eybr* une ^on" gueur de 155 millimètres correspondra à une longueur naturelle de 65 560x155 ou 9820m,80.
- D’après ce qui précède, on voit que l’emploi du campylomètre n’exige pas le tracé, sur la carte, de l’échelle graphique, mais bien la connaissance de l’échelle numérique. Dans le cas où l’échelle graphique serait seule connue, l’instrument pourrait servir comme rapporteur à l’échelle et être employé de la manière suivante :
- Après avoir fait suivre au disque denté le chemin à mesurer, porter l’instrument sur le zéro de l’échelle, promener le disque en sens inverse le long de l’échelle, jusqu’à ce que le zéro du disque revienne
- en regard du zéro de la réglette. L’endroit où s’arrête le disque sur l’échelle indique la longueur de la ligne mesurée sur la carte. Si l’échelle est plus petite que la ligne mesurée, porter l’instrument de nouveau sur le zéro autant de fois que cela sera nécessaire.
- Le campylomètre peut aussi servir à rapporter sur une carte une longueur naturelle; ainsi pour rapporter sur une carte à l’échelle du 20*00 une longueur de 1200 mètres, il suffira de disposer le disque denté de manière que la position du disque marque une distance quadruple, c’est-à-dire de 4800 mètres (report au 8Q„00-) ; cela fait, promener lé disque dans la direction donnée, jusqu’à ce que le zéro du disque revienne en regard du zéro de la réglette ; cette limite marquera l’extrémité de la longueur à reporter.
- Les différentes applications que nous venons d’énumérer nous dispensent d’in-sisler sur les avantages de l’emploi du campylomètre. Cet instrument extrêmement simple remplacera très avantageusement les procédés, aussi longs qu’inexacts, en usage jusqu’ici pour la mesure des distances , cette partie capitale de la lecture des cartes.
- Son emploi , dans les mesures nécessaires pour l’établissement des ordres de marche, économisera aux officiers d’état-major un temps précieux. (On peut dire que cet instrument, imaginé en particulier pour servir à la lecture de la carte au 8 oü'o o~ devient le complément indispensable de l’emploi de cette carte.) Le campylomètre dispensera du compas, du double décimètre et du tracé de l’échelle graphique, qui peut ne pas se trouver sur le fragment de carte que l’on a à sa disposition. Il peut être appliqué à la mesure de toute espèce de courbe, sans exiger le recours au calcul, souvent très compliqué. Le campylomètre peut être facilement employé en marche, même à cheval, sur la paume de la main ou la fonte de la selle, avantage bien appréciable pour les officiers montés.
- Ajoutons que la partie essentielle du campylomètre peut être vissée à l’extrémité d’un porte-mine, et que l’on obtient ainsi, réunis en un seul, deux objets souvent indispensables.
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- LE CHR0M0GR4PHE
- Lorsque, après avoir écrit sur une feuille de papier, en se servant comme encre d’une solution un peu concentrée de violet de méthylaniline ou de fuchsine, on applique exactement l'écriture ainsi obtenue sur une lame gélatineuse molle, constituée par une substance analogue à celle dont sont faits les rouleaux d’imprimerie, en passant plusieurs fois la main sur le revers du papier, et qu’on enlève ensuite ce dernier après quelques minutes, l’encre a quitté le papier et l’écriture renversée se trouve reportée sur la lame de gélatine. Si dès lors on applique sur
- Fig. 1. Impression obtenue par le simple frottement sur la planche du cliromographe.
- La lame de gélatine est formée par un des mélanges suivants :
- 1° Gélatine, 100 grammes; eau, 575 grammes; glycérine, 375 grammes; kaolin, 50 grammes (Le-baigue.)-,
- 2° Gélatine, 100 grammes; dextrine, 100 grammes; glycérine, 1000 grammes; sulfate de baryte, Q. S. (W. Wartha.y
- 3° Gélatine, 100 grammes; glycérine, 1200 grammes; bouillie de sulfate de baryte lavé par décantation, 500 centimètres cubes (IL. Wartlia.);
- 4° Gélatine, 1 gramme ; glycérine à 50% 4 grammes, eau, 2 grammes. (Kwaysser et Husak.)
- Le mélange fondu est agité pendant qu’il se refroidit jusqu’au moment de l’épaississement, puis coulé dans une caisse de zinc rectangulaire de 3 centimètres de profondeur. Le kaolin ou le sulfate de baryte rend la masse blanche et permet de voir plus
- la préparation ainsi obtenue une feuille de papier ordinaire, en frottant plusieurs fois le revers avec la main étendue (fig. I), l’écriture redressée s’imprime sur la feuille et donne une reproduction exacte de l’original (fig. 2). L’encre étant épaisse et douée d’un pouvoir colorant considérable, on peut obtenir ainsi successivement quarante ou cinquante épreuves sans modifier la préparation.
- Tel est le principe mis en usage dans un assez grand nombre d’appareils de plus en plus répandus dans le commerce sous des noms divers : chromographe, hectographe, etc. Nous croyons devoir donner ici quelques renseignements sur ce sujet.
- Fig. 2. Épreuve retirée de la planche molle du chromographe après l’impression.
- facilement la préparation. On peut encore se servir du mélange de gélatine et de mélasse employé pour les rouleaux d’imprimerie. Lorsque le tirage est terminé, il suffit de frotter la surface avec une éponge imbibée d’eau, pour enlever toute trace d’encre et rendre la lame propre à recevoir une nouvelle impression. L’introduction de la dextrine facilite ce nettoyage.
- On a donné les formules suivantes pour l’encre à employer :
- 1° Encre violette : eau, 30 grammes; violet de Paris, 10 grammes (Lebaigue.) ;
- 2°Encre violette : alcool, 1 gramme; eau, 7grammes; violet de Paris, 1 gramme (Kwaysser et Husak.) -,
- 3° Encre rouge : alcool, 1 gramme; eau, 10 grammes; acétate de rosaniline, 2 grammes. (Kwaysser et Husak.)
- 11 est bon d’employer pour l’écriture du papier
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- LA NATURE.
- glacé, que l’encre abandonne plus facilement. On facilite le report en passant sur le revers une éponge à peine humide.
- Pour les épreuves, il est avantageux, au contraire, de se servir de papier moins uni1. E. J.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société géologique de France. — Séance du 15 mars 1880. — M. Cotteau offre à la Société la quatrième livraison de la Paléontologie française et présente quelques considérations sur la famille des Saléni-dées, sur les genres dont elle se compose et sur les niveaux stratigraphiques qu’ils occupent. — M. Munier-Chalmas annonce à la Société que ses études sur les Nummulites lævigata, planulata, variolaria, irregularis, .et sur les Assilina granulata et spira l’ont conduit à admettre que ces espèces étaient dimorphes. Il est( probable que ce fait se généralisera. — M. Albert Gàudry fait hommage à la Société du deuxième fascicule des Matériaux pour l'histoire des temps quaternaires, intitulé De l'Existence des Saïgas en France à l'époque quaternaire. Ce mémoire est accompagné de quatre planches, dans lesquelles il compare les diverses parties du squelette du Sa/iga tarlarica avec les os homologues des Cervus megaceros et tarandus, Capra ibex et Rupi-capra europæa et met en évidence les caractères qui 'permettent de les distinguer. M. Gaudry indique les transformations du système dentaire qui relient ces différents types. — M. Vélain fait hommage à la Société des Recherches géologiques qu’il a faites à Aden, à la Réunion, aux îles„Saint-Paul et Amsterdam, aux Seychelles, à l’occasion de la mission de Pile Saint-Paul. Cet ouvrage fait partie des mémoires, rapports et documents relatifs à l’observation du passage de Vénus sur le Soleil (t. Il, 2e partie), publiés par l’Académie des sciences.
- CHRONIQUE
- Bolides du 29 février et du 8 mars 1880. —
- Le 29 février dernier, à onze heures et demie du matin, des détonations très fortes se sont fait entendre dans l’atmosphère aux environs de Toulon. D’après l’ensemble des informations prises sur la côte, depuis la Ciotat jusqu’à Saint-Tropez, elles ressemblaient à des éclats de tonnerre ou à des décharges de grosse artillerie, dans lesquelles les coups se succédaient de plus en plus rapidement. Les témoignages recueillis montrent que ce phénomène, qui a effrayé beaucoup de monde, était dû à la chute d’un aérolithe. A bord d’un bâtiment mouillé en rade d’Hyères, on a remarqué que le bruit coïncidait avec la présence dans Pair, du côté de l’ouest, d’un assez gros nuage blanchâtre. A Carqueyranne, près d’IIyères, le météore a été observé d’une manière plus précise. Les personnes descendant, au sortir de la messe, de l’église vers le village, aperçurent devant elles, sur le ciel clair, un nuage très allongé, parallèle à l’horizon. Au moment des plus fortes détonations, une trace vaporeuse descendit à peu près du zénith, perpendiculairement à ce nuage, avec lequel elle forma pendant quelque temps une sorte de croix. S’il faut en croire des pêcheurs, qui, dit-on,
- 1 Journal de chimie et de pharmacie.
- auraient aussi aperçu l’aérolilhe, il paraissait avoir dans l’atmosphère des dimensions considérables. Nous regrettons de n’avoir pu obtenir, dans notre excursion sur la côte, des relations suffisamment exactes pour déterminer le point d’immersion. Avec les moyens d’exploration actuellement en usage, il serait peut-être possible de retrouver l’aérolithe dans la baie de Carqueyranne.
- Le 8 mars, nous avons aperçu, vers huit heures et demie du soir, un magnifique bolide, ayant à peu près le quart du diamètre de la lune et produisant une illumination telle que les corps projetaient très visiblement leur ombre. Il avait une couleur bleuâtre, et sa trajectoire, commençant près de l’étoile Procyon, traversait la constellation de l’Hydre dans toute sa longueur. Deux pêcheurs, qui se trouvaient dans un bateau près du rivage, ont pu suivre le météore jusqu’auprès de l’horizon. 11 présentait alors, suivant eux, une apparence déjà signalée par M. J. Schmidt, directeur de l’observatoire d’Athènes. Le gros disque s’était divisé en deux plus petits, de couleur jaune, qui disparurent en éclatant près de la mer, laissant tomber de grosses flammèches rougeâtres. Le phénomène n’était accompagné d’aucun bruit, mais la frayeur des pêcheurs fut cependant telle qu’ils regagnèrent en bâte leur demeure, redoutant quelque catastrophe. F. Zur.ciiER.
- Le nickel de lâ Norvège. — Dans ces dernières années, la production du nickel a pris une grande importance en Norvège. La première mine de ce métal fut ouverte en 1846, par une Compagnie anglaise, dans la vallée d’Espédal ; mais les travaux ne durèrent que dix ans, en raison des difficultés de transports. Plus tard, des exploitations ont été commencées à Ringerike et à Bamble, près Skien, et le nombre ne tarda pas à s’en élever jusqu’à onze, de 1861 à 1865, produisant en moyenne 3450 tonnes par année. Enfin, en 1875, il y avait quatorze mines ouvertes, ayant fourni au maximum 34 500 tonnes. La majeure partie est exportée à l’état de minerais, et le reste traité sur place. Le nombre des ouvriers mineurs employés dans les exploitations est d’environ quatre cent soixante.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 avril 1880. — Présidence de M. Becquerel,
- M. Nordenskiold. — L’événement de la séance est la présence de M. Nordenskiold, qui donne lecture d’un mémoire relatif aux difficultés de la navigation dans l’Océan sibérien. On sait que la côte sud de cet océan s’étend sur plus de 90 degrés suivant le 77e parallèle. Le dernier voyage de l’explorateur suédois montre qu’un vapeur peut en quelques semaines longer tout cet immense littoral. Toutefois, ce ne serait que durant des étés exceptionnels que la route du Nord-Est pourrait être franchie tout entière. Le point important acquis dès maintenant est qu’une libre communication existe, d’une part entre l’Europe et l’embouchure de l’Obi-Yenissei et d’autre part entre l’Amérique et l’embouchure de la Léna. Quant aux difficultés du voyage, elles ne se présenteront pas sur le littoral sibérien, où la masse d’eau constamment vomie par les grands fleuves détermine un courant marin, gi’âce auquel les glaces ont toutes difficultés à se former; on doit les craindre surtout au voisinage de la Nouvelle-Zemble, que M. Nordenskiold signale d’une manière toute spéciale à l’attention des navigateurs.
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- LA NATURE.
- Pucerons et champignons. — A propos de la note où MM. Brongniart et Cornu signalaient la destruction de certains insectes par le développement des cryptogames,
- M. Lichtenstein annonce qu’étudiant le puceron des galles ligneuses du peuplier noir, il n’a jamais pu développer sur eux à volonté la maladie cryptogamique. Il est fréquent de voir se déclarer chez ces bestioles une épi- ; démie caractérisée par le développement de certain cham- 1 pignon microscopique. Mais si l’on place un puceron ' infesté et couvert de spores au milieu de ses congénères ! parfaitement sains, c’est en vain qu’on attend la transmission de la maladie. Il ne parait donc pas que ce soit encore dans cette voie qu’on rencontre le remède à la multiplication du phylloxéra.
- Minéraux artificiels — M. llautefeuille a reconnu qu’on peut, dans les expériences de synthèse minérale qu’il a précédemment décrites, remplacer les vanadates fondus par les phosphates. Il se produit ainsi du quartz et de l’orthose cristallisés, et ces minéraux se présentent même parfois à un état d’association tout à fait comparable à celui qu’ils ont dans la pegmatite graphique. On ne saurait croire cependant que la roche naturelle résulte d’une réaction de ce genre.
- Composés haloïdcsdu chrome. — M. Debray présente, au nom de M. Henri Moissan, une note sur les sulfures et séléniures de chrome. On sait qu’il y a entre le sesquioxyde de chrome calciné et celui qui ne l’a pas été une différence assez grande, qui se traduit particulièrement par une attaque plus ou moins facile par les acides. La différence est plus profonde. Si l’on chauffe, par exemple, à 440 degrés du sesquioxyde de chrome calciné dans une atmosphère d’hydrogène sulfuré, l’oxyde n’est pas attaqué. Dans les mêmes conditions, l’oxyde anhydre non calciné est transformé en sesquisulfure. Le même oxyde est facilement attaqué par l’hydrogène sélé-nié et par le sélénium. C’est en s’appuyant sur ces faits et sur la décomposition des chlorures par les acides sulthy-drique et sélénhydrique que M. Moissan a préparé les proto et sesquisulfure et les proto et sesquiséléniures de chrome.
- Tempête tournante. — C’est avec beaucoup de détails que M. Faye décrit le cyclone qui, le 24 janvier dernier, a déterminé une épouvantable catastrophe à la Nouvelle-Calédonie. Toutes les circonstances de ce phénomène grandiose cadrent d’une manière si exacte avec la théorie des cyclones présentée par l’ingénieux académicien, qu’on ne conçoit pas qu’il y ait dorénavant quelqu’un pour soutenir l’opinion qu’une aspiration se produit dans l’axe des trombes. M. Faye a certainement apporté la lumière la plus vive dans l’un des chapitres jusqu’alors les plus embrouillés de la météorologie.
- Stanislas Meunier.
- APPAREIL AVERTISSEUR
- POUR LES PASSAGES A NIVEAU UES CHEMINS DE FER
- Lorsqu’une voie ferrée passe au même niveau qu’une route ordinaire, une barrière est établie et un gardien est chargé de la fermer un peu avant le moment du passage du train. Mais il peut arriver
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- que, par le fait d’une négligence, ou parce que le signal d’un train non indiqué d’avance n’aura été ni vu, ni entendu, comme en temps de brouillard, par exemple, un gardien ne ferme pas la barrière, laisse une voiture, une personne, un animal s’engager sur la voie et qu’alors survienne un terrible accident. Ce ne sont malheureusement pas les exemples qui manquent. On se souvient peut-être qu’il y a environ dix-huit mois, dans le département du Nord, une famille entière fut en quelque sorte hachée par un train, au moment où elle croyait pouvoir traverser la voie. Qui ne se rappelle également le terrible accident de Yincennes, dans lequel une voiture de tramway fut coupée en deux par un train, sur le chemin de fer de Ceinture.
- Enfin, dans beaucoup de localités, la barrière qui ferme le passage à niveau d’une route n’est pas gardée; chacun doit veiller à sa propre sûreté et s’assurer, au moment de traverser la voie, si un train est ou n’est pas en vue. Ainsi, à quelques kilomètres de Paris, sur des ligues secondaires, on remarque de chaque côté de la voie un écriteau ainsi conçu : « Prière de regarder à droite et à gauche si on ne voit pas arriver de train. Prière de fermer la porte r
- C’est dans le but de supprimer et ces inconvénients et les dangers pouvant résulter d’un moment d’oubli ou d’une imprudence, que MM. Leblanc et Loiseau ont imaginé un mécanisme avertisseur devant se poser auprès des passages à niveau et servir d’indicateur automatique de l’arrivée des trains.
- Ce mécanisme consiste en un levier ou pédale monté à une distance quelconque du passage qu’il s’agit de couvrir, par exemple deux, trois kilomètres ou plus (fig. 1). Au moment, où le train passe, la pédale est repoussée par le première roue de la locomotive et elle agit sur un mécanisme de déclanchement qui, à son tour, fait mouvoir un commutateur. Celui-ci est un appareil servant à mettre en communication une pile avec une sonnerie électrique montée dans une boîte de tôle que porte une colonne plantée auprès du passage à niveau. La sonnerie se met aussitôt à vibrer, le son, déjà très intense, est encore augmenté par la résonnance de la caisse en tôle.
- En même temps que la sonnerie a commencé à vibrer, le même courant électrique déplace un volet de tôle, et on lit sur l’un des côtés de la caisse de tôle : Défense de passer (fig. 2 et 3).
- Le jour, les caractères apparaissent sur verre à fond blanc; la nuit, le fond est rendu lumineux au moyen d’une lampe ou d’un beo de gaz placé à l’intérieur de la caisse, et les caractères s’y détachent en noir.
- L’écriteau reste visible et le timbre ne cesse de résonner tant que le train n’a pas dépassé la barrière et fait mouvoir la pédale de l’appareil à sonnerie monté auprès du passage à niveau. Cette pédale est également repoussée par la première
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- roue qui la rencontre ; elle rompt le circuit, c’est-à-dire la communication de la pile électrique avec le timbre. Celui-ci cesse de vibrer et le volet de tôle recouvre l’inscription défense de passer; le passage est libre, on peut s’y engager sans crainte.
- Comme on le voit, ce mécanisme est très simple : quand l’appareil est silencieux, la voie est libre ; quand il résonne , il faut attendre. L’avertissement est donc donné, à l’ouïe par le bruit, à la vue par l’écriteau démasqué.
- La pédale d’avertissement se trouvant disposée à une distance de trois ou quatre kilomètres environ, le piéton ou la voiture déjà engagée sur la voie ont tout le temps de s’éloigner pour la laisser libre.
- Une remarque à faire au sujet du mécanisme de MM. Leblanc et Loiseau, c’est sa simplicité et sa sûreté. En effet, la pédale que repousse la pre-
- mière roue qui} la touche ne revient pas sur elle-même; elle conserve la position imposée, de telle sorte qu’elle n'a pas à subir les chocs répétés de toutes les roues dn èonvoi, chocs qui, dans la plupart des appareils divertissements actionnés par le même système c’est-à-dire par les roues des marines, otit pour résultat de mettre ces appareils promptement hors de service. La pédale 11e
- revient à sa position normale, c’est-à-dire à sa position d’attente, qu’après que le dernier wagon l’a dépassée.
- Notons aussi la disposition tout à fait ingénieuse mise en œuvre par M. Loiseau, pour
- faire mouvoir par l’électricité le volet qui découvre ou recouvre l’inscription défense de passer. Le problème était difficile, à cause du peu de force attractive des électro-aimants, quand leur armature s’éloigne quelque peu. Grâce à uu artifice ingénieux, une espèce de mouvement de balancier, la plaque se meut avec une grande amplitude de mouvement.
- Comme nous le voyons, l’appareil de MM. Leblanc et Loiseau est appelé à rendre de véritables services aux Compagnies de chemins de fer et aux habitants des localités traversées par des voies ferrées ; prochainement des expériences définitives, qui auront
- Fig. 5. Signal fermé
- lieu sur une grande ligne de chemins de fer, permettront de se rendre un compte exact et définitif du fonctionnement de cet avertissement. ’
- P. Laürekcin.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. Pédale et déclanchement de l’a) pareil avertisseur.
- 16 82G. — Imprimerie A. Laliure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 359
- 17 AVRIL 1880.
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- L’EMMAGASINEMENT DE L’ÉLECTRICITÉ
- Peut-on emmagasiner l’électricité, ou, pour employer une expression plus figurative, peut-on mettre Y électricité en bouteilles, pour la dépenser ensuite d’une façon proportionnée aux besoins, jusqu’à complet épuisement du récipient qui la contient? C’est en nous plaçant à ce point de vue que nous voulons examiner rapidement quelques appareils qui nous permettent de répondre oui hardiment, à la condition de bien déterminer à l’avance dans quelle mesure cet emmagasinement peut s’effectuer.
- Nous commencerons d’abord par la pile secondaire de M. Gaston Planté, car c’est celle qui a donné jusqu’ici les meilleurs résultats pratiques et fourni le plus grand nombre d’applications.
- Pile secondaire de M. Gaston Planté.
- — Nous n’avons pas à décrire ici l’appareil, bien connu de nos lecteurs (voir la Nature, n° 56 du 27 juin 1874, p. 51), ni à exposer sa théorie. Nous nous contentons de reproduire (fig. 1) un élément du modèle primitif, dans lequel M. Planté a substitué depuis, à la toile qui séparait les lames de plomb, deux bandes étroites de caoutchouc..
- Quelle que soit la source électrique employée, la pile emmagasine le courant électrique et le restitue ensuite dans des conditions souvent tout à fait différentes de celles de l’emma-gasinement.
- l°Nous avons représenté ( figure 2) l'intéressante expérience effectuée par MM. Gaston Planté et Niau-det en 1875, expérience qui est une des plus belles démonstrations de Yunite des forces physiques et de leurs transformations mutuelles. Une machine Gramme à aimant Jamin transforme le travail mécanique en électricité, qui, envoyée dans une pile secondaire de Planté, s’y emmagasine. Si, après avoir chargé le couple, on arrête la machine, elle se remet en marche dans le même sens, sous l’action du courant produit par le couple secondaire, et transforme de 8® année. — 1er semestre-
- nouveau le courant électrique en travail mécanique.
- Dans cette expérience, la machine tourne moins vite qu’au moment du chargement du couple, qui n’a agi alors que comme réservoir; c’est un emmagasinement.
- 2° Si nous relions un couple secondaire à trois ou quatre éléments Daniell, et que nous fassions passer ce courant pendant quelques heures, il y aura non seulement emmagasinement du travail chimique de la pile arrivant au couple secondaire sous forme d’électricité, mais il y aura accumulation, et nous pourrons produire, pendant un temps beaucoup plus court, il est vrai, des effets calorifiques, magnétiques, etc., incomparablement plus puissants que ceux que le courant de la source primitive aurait pu fournir.
- Cette propriété précieuse de la pile secondaire a été habilement mise à profit par M. Âchard dans son frein électrique, dont nous parlerons bientôt, et dans le polyscope de M. Trouvé (voir la Nature, n° 267 du 13 juillet 1878, p. 107).
- Nous devons signaler aussi les expériences sur l’électricité de haute tension faites par M. Planté avec huit cents couples chargés à l’aide de quelques éléments Bunsen seulement.
- Le nombre des applications des piles secondaires deviendrait immense, sans l’inconvénient que nous devons maintenant signaler. Dans un couple bien formé, l’emmagasine-ment est limité par la surface des lames de plomb qui constituent leurs électrodes ; comme le volume et le poids des éléments dépendent de cette surface même, il en résulte que la pile secondaire, eu égard au travail maximum qu’elle peut fournir, est un appareil relativement lourd et encombrant. Ces considérations ont amené MM. Houston et Thomson à chercher une combinaison nouvelle d’un accumulateur électrique, dans lequel le procédé d’emmagasinement est tout différent. Appareil Houston et Thomson. — MM. Houston
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- Fig. 1. Pile secondaire Plaute.
- Fier. 2. Pile secondaire Planté chargée par une machine Gramme à manivelle.
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- et Thomson se sont proposé d’emmagasiner le courant produit par des machines dynamo-électriques et de l’utiliser ultérieurement pour les télégraphes, les sonneries, les avertisseurs d’incendie, les moteurs domestiques de petite puissance, etc.
- La ligure 5 représente le principe de leur batterie d’emmagasinement et la figure 4 une série d’éléments disposés en tension pour produire des effets plus intenses.
- Dans la figure 5, B est une plaque de cuivre reliée à la borne b, et C une plaque de charbon reliée à la borne e. Le vase A, qui renferme les deux plaques, est rempli d’une solution de sulfite de zinc, E est un diaphragme poreux qui sépare les deux plaques.
- Si un courant venant d’une machine dynamo-électrique traverse l’appareil dans le sens bc, le sulfate de zinc sera décomposé, et du zinc métallique se déposera sur la plaque de charbon G, tandis qu’il se formera, à la partie inférieure du vase A, une
- Batteries d’emmagasinement de l’clectricité de MM. Houston et Thomson.
- Fig. 3. Élément simple. Fig. 4. Élément en série.
- solution concentrée de sulfate de cuivre. La durée du dépôt ou de la charge n’est limitée que par la quantité de sulfate de zinc que renferme le vase et par l’épaisseur de la plaque de cuivre B. On a donc constitué ainsi un élément gravité — analogue à l’élément Callaud — susceptible de fournir un courant électrique tant que la plaque de charbon C est recouverte de zinc.
- Il va sans dire que lorsqu’on dépense l’électricité ainsi emmagasinée, il se reforme du sulfate de zinc, et le cuivre se dépose de nouveau sur la plaque inférieure B. L’appareil de MM. Houston et Thomson n’est donc en réalité qu’une pile Callaud dans laquelle on régénère le zinc transformé en sulfate de zinc, en utilisant le travail mécanique fourni par la machine à vapeur qui actionne la machine dynamoélectrique effectuant le chargement.
- La figure 4 représente plusieurs couples montés en série. L, I/, L", L'" sont des plaques en cuivre séparées par des anneaux isolants ; les intervalles entre ces plaques sont remplis de la dissolution de sulfate de zinc; les tubes latéraux d permettent la dilatation des liquides. La batterie chargée est analogue à la pile à colonne de Volta.
- Bien que l’emmagasinement de l’électricité ne dépende plus de la surface des plaques, mais de la quantité de sulfate de zinc, comme la force électro-motrice de chaque élément est égale à celle d’un élément Daniell, et que la résistance intérieure doit être assez grande, il faut un nombre d’éléments assez grand pour produire des effets importants, et si l’on gagne sur la durée du fonctionnement de la pile sans charge nouvelle, il nous semble qu’à puissance égale elle doit être beaucoup plus encombrante et plus lourde que la pile secondaire de M. Gaston Planté.
- Condensateur voltaïque de M. d Arsonval. — Au moment même où MM. Houston et Thomson combinaient leur batterie accuniulatrice en Amérique (octobre 1870), M. d’Arsonval, préparateur au Collège de France, étudiait la même question, dans le but d’augmenter la charge accumulée dans la pile secondaire de M. Planté.
- Dans la note présentée à l’Académie des sciences le 26 janvier 1880, M. d’Arsonval décrit son couple secondaire, qui se compose d’une lame de zinc et d’une lame de charbon placées dans un vase poreux rempli de grenaille de plomb ou de cendrée, le tout baigné par une solution concentrée de sulfate de zinc.
- Si on charge le couple par un courant allant du charbon au zinc, le sel de zinc est électrolysé : le zinc se dépose sur la lame de zinc, l’oxygène vient former sur la cendrée de plomb du peroxyde de plomb, l’acide sulfurique reste, à l’état libre. Le dépôt du métal oxydable, le zinc, n’est donc plus limité, et l’oxvgène peut s’accumuler en plus grande quantité, sous forme de peroxyde de plomb. On peut substituer au plomb du manganèse, de l’argent et du cuivre, qui donnent aussi de bons résultats, mais aucun n’approche du peroxyde de plomb, adopté par M. Planté.
- Tel est l’appareil de M. d’Arsonval ; un couple contenant 1 kilogramme de cendrée a pu faire marcher pendant quatre heures, à vide, un petit moteur de.M. Marcel Deprez.
- En signalant encore un accumulateur analogue, imaginé par M. Varley, et qui a été utilisé à Londres pour un système de remise à l’heure électrique, nous aurons passé en revue tous les appareils connus jusqu’ici qui permettent d’emmagasiner, d’accumuler le courant électrique venant d’une pile ou d’une machine.
- Le meilleur de tous est sans contredit la pile secondaire de M. Gaston Planté ; le système de MM. Houston et Thomson et celui de M. d’Arsonval n’ont pas encore fait leurs preuves, mais ne paraissent pas devoir donner des résultats meilleurs. Faut-il pour cela considérer comme impossible l’emmagasinement sous un faible volume et un faible poids de grandes quantités d’électricité? Nous ne le pensons pas, et si nous considéi ons l’avenir immense réservé à une pareille découverte, nous ne saurions trop encourager les chercheurs à s’engager dans une
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- voie où le succès se fera peut-être longtemps attendre, mais dont le résultat fera vite oublier les déceptions qui l’auront précédé.
- E. Hospitalier.
- LES LIBRATIONS DES SURFACES LIQUIDES
- (Suite et lin. — Voy. p. 250.)
- Les équations des petits mouvements dans les liquides et à leur surface ont été établies par Lagrange. Ce géomètre a seulement considéré le cas où la profondeur est très petite, et il admettait que, en réalité, l’ébranlement ne se propage qu’à une faible profondeur. Poisson reprit plus tard la théorie de ces mouvements, en supposant que le liquide a une profondeur quelconque. Il n’admettait pas la supposition de Lagrange.
- M. Léchât est parti des équations de Lagrange et de celles de Poisson pour étudier, au point de vue mathématique, les figures que prend la surface d’un liquide placé dans un vase rectangulaire et, en particulier, dans un vase de forme carrée, lorsque cette surface est animée de vibrations ayant partout la même période. Ces figures ont pu être classées en séries, renfermant chacune un nombre indéfini de formes qui ont certains caractères communs.
- L’auteur a construit, pour les séries les plus simples, un certain nombre de ces figures, dans lesquelles on distingue les lignes nodules, les lignes ventrales, les nœuds et les ventres de vibrations. Les lignes nodaies sont des lignes sur lesquelles la surface du liquide conserve constamment son niveau primitif d’équilibre; les lignes ventrales comprennent la série des points où les excursions de la surface, au-dessus et au-dessous de la surface d’équilibre, passent par des maxima. Les nœuds de vibration sont des points situés sur les lignes nodaies, et qui sont en repos absolu ; les ventres sont d’autres points pour lesquels il n’y a de vitesse que dans le sens vertical, et qui sont le siège du mouvement vertical le plus étendu.
- Les ligures I, 2, 3, 4, appartenant à quatre séries différentes, donnent une idée de ces constructions. Les lignes nodaies et les lignes ventrales sont représentées, les unes comme les autres, sur ces ligures, choisies parmi beaucoup d’autres de nombreuses expériences. Ces ligures ont été obtenues par des chocs périodiques exactement au centre de la surface; mais la durée de la période nécessaire pour obtenir chacune de ces ligures dépend du côté du vase carré et de la profondeur du liquide. Le point important de la théorie mathématique de ces ébranlements est de faire voir qu’une fois l’ébranlement donné, l’effet est produit par la pesanteur qui agit sur le liquide et tend à le ramener au repos. La masse liquide oscillante est un pendule composé très complexe. La figure 1 s’obtient très nettement avec un vase de
- 5 centimètres de côté et la profondeur de 1 cent. 56, si l’on donne 264 chocs par minute ; la ligure 2, avec le même vase et la même profondeur, exige 355,5 chocs par minute, et la figure 4, dans les mêmes conditions, exige 400 chocs en une minute. La figure 5 n’a pas été obtenue avec le vase de 5 centimètres de côté, parce qu’elle nécessiterait un trop grand nombre de chocs; mais un vase de 10 centimètres de côté, avec une profondeur de liquide de 2 cent. 1, la donne très nettement par 284 chocs à la minute. Le petit vase en exigerait le double.
- Les lignes nodaies de ces ligures sont tracées en traits pleins; quant aux lignes ventrales, elles sont de deux sortes : sur les unes, la vitesse de vibration est nulle dans la direction perpendiculaire à l’un des côtés du carré, et sur les autres, elle est nulle perpendiculairement à l’autre côté. Elles ont été tracées avec des tirets ; mais l’un des systèmes se distingue de l’autre par des points interposés entre les tirets. Les ventres de vibration sont aux points de croisement des lignes ventrales des deux systèmes. Quant aux nœuds, ils n’existent pas toujours. Ce sont les points où passent à la fois une ligne nodale et une ligne ventrale de chacun des deux systèmes. Toutes ces figures ont été faites pour le cas où le centre de la surface est un ventre de vibration.
- La théorie mathématique fait connaître la relation qui doit exister entre la forme de la surface et la durée de la période du mouvement. Cette relation a été obtenue en supposant que, pendant le mouvement, les molécules de la surface restent constamment sur cette surface. Mais l’expression de cette durée n’est pas la même quand on suppose, avec Lagrange, que la profondeur de la partie ébranlée est très faible, et quand, avec Poisson, on suppose la profondeur quelconque.
- Les figures qui se produisent à la surface d’un liquide en vibration sont-elles effectivement celles que donne la théorie mathématique? Dans le cas où il en serait ainsi, la durée de la période, pour une figure déterminée, est-elle d’accord avec la théorie de Lagange ou avec celle de Poisson, ou bien y a-t-il désaccord entre l’expérience et les théories mathématiques? Tel est le problème qui se pose naturellement, et que M. Léchât s’est proposé de résoudre dans la deuxième partie de son travail.
- L’auteur a fait usage seulement de vases de forme carrée. La plupart de ces vases sont en bois. Ils ont été creusés dans des plaques d’un bois très homogène et sur une profondeur bien constante. Un autre vase, plus profond, est formé de lames de glace, collées au baume du Canada. Tous ces vases ont des parois très épaisses, afin de diminuer autant que possible l’influence des vibrations de ces parois.
- La nature du liquide a une grande importance. Les mouvements vibratoires sont insensibles pour les liquides visqueux comme les huiles. C’est le mer-* cure qui convient le mieux. Mais, même avec le
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- la nature.
- mercure, il est ne'cessaire que la surface soit parfaitement nette. Les poussières, l’oxyde qui peut recouvrir le liquide, empêchent le phénomène de se manifester.
- La méthode employée pour produire un ébranlement périodique de la surface consiste à l’attaquer
- g. 1. — 264 chocs par minute, mètres; profondeur du mercure, 1 cent. 56.
- Côté, 5 cent
- :--t
- T1
- Fig. 3. ’— 284 chocs par minute.
- Côté, 10 centimètres; profondeur du mercure, 2 cent. 1.
- cuivre horizontale est attachée par son milieu à l’extrémité supérieure de la lame, et elle porte d’un côté la tige qui agit sur le liquide. Les vibrations de la lame d’acier déterminent alors dans ce liquide un mouvement périodique.
- 11 était nécessaire d’entretenir ces vibrations pour ainsi dire indéfiniment. On y est parvenu au moyen d’un petit électro-aimant horizontal, qui agit directement sur la. lame d’acier, et d’un interrupteur à mercure. La barre de cuivre porte un style qui
- en un point, au moyen d’une tige d’acier qui s’enfonce tiès peu dans le liquide et en ressort alternativement. La figure 5 représente l’appareil dont on s’est servi.
- La partie principale de cet appareil est une lame d’acier verticale fixée dans un étau. Une barre de
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- Fig. 2. — 535,5 chocs par minute.
- Côté, 5 centimètres; profondeur de mercure, 1 cent. 56
- Fig. 4. — 400 chocs par minute.1 Côté, 5 centimètres ; profondeur du mercure, 1 cent. 56.
- vient plonger dans un godet contenant du mercure. Si l’on met ce mercure en communication avec l’un des pôles d’une pile et que l’électro-aimant communique d’un côté avec la lame d’acier et de l’autre avec le second pôle de la pile, aussitôt que le style touche le mercure la lame entre en vibration, et le mouvement vibratoire persiste tant que la pile est en activité.
- Cet appareil permet de faire varier à volonté, et par degrés insensibles, la période du mouvement
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- vibratoire. On obtient les changements considérables de la période en employant des lames d’acier de diverses épaisseurs et en faisant varier, pour chaque lame, la longueur de la partie vibrante. Quant aux changements lents et progressifs, on les obtient au moyen d’un poids cylindrique, mobile sur une tige à vis qui est fixée au milieu de la barre de cuivre exactement au dessus de la lame d’acier. La période du mouvement devient plus longue à mesure que ce poids s’élève sur la tige qui le porte.
- 11 est impossible de déterminer la forme de la surface en l’examinant directement. Les divisions de cette surlace n’apparaissent que quand un la
- regarde à la lumière diffuse, de loin et sous certaines incidences, et l'on ne peut pas distinguer les points qui restent à un niveau constant et ceux dont la hauteur varie. Le procédé qui a le mieux réussi consiste à éclairer la surlace avec une lumière artificielle placée presque verticalement au-dessus du liquide, à environ l‘“,50 de distance, et à placer à l’opposite un écran blanc, qui reçoit la lumière réfléchie. Lorsque l’écran est convenablement incliné et que la surface du liquide est en repos, on voit sur l’écran un espace également éclairé partout et qui a la forme de la surface. Si le mouvement vibratoire se produit, et si la période est couve-
- Fig. b. Production et projection des vibrations liquides.
- nable, au lieu d’un éclairage uniforme, on voit apparaître sur l’écran une ligure formée de petits espaces très brillants, de lignes vivement éclairées et d’espaces relativement obscurs. Les parties fortement éclairées correspondent aux ventres et aux lignes ventrales et les espaces obscurs aux lignes nodales. La figure reçue sur l’écran fait donc connaître la disposition de la surface en mouvement. On comprend qu’avec un éclairage convenable et un appareil amplifiant, on pourra obtenir à distance une figure très grossie, visible sur un écran pour un auditoire.
- Lorsqu’on a produit une figure déterminée, il faut trouver la durée de la période correspondante. Pour cela on compte, à l’aide d’une montre à secondes, les vibrations complètes exécutées pendant
- un ceituin temps, 50 secondes par exemple. Les mouvements vibratoires ont toujours été assez lents pour qu’on pût exécuter cette opération avec exactitude. Les petites étincelles qui jaillissent à l’instant où le style quitte le mercure de l’interrupteur facilitent beaucoup cette partie de l’expérience, et l’on a pu compter jusqu’à 216 vibrations complètes en 50 secondes.
- Les conclusions des expériences vérifient en partie les données mathématiques, mais sont différentes pour une partie. Sous le rapport des formes que peut prendre la surface libre d’un liquide vibrant régulièrement, les résultats de la théorie mathématique sont complètement vérifiés par l’expérience. Si, pour une même forme de surface, on compare les durées de la période obtenues avec des profon-
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- ‘LA NATURE.
- deurs différentes, on reconnaît que ces durées vont en croissant à mesure que la profondeur augmente, mais de moins en moisis, de sorte que, à partir d’une profondeur assez petite, la durée de la période ne varie plus sensiblement. Ce premier résultat s’accorde avec les théories de Lagrange et de Poisson. La profondeur limite dépend de la forme de la surface, étant d’autant moindre que cette forme est plus compliquée, ce que disait d’avance la théorie de Poisson, mais non celle de Lagrange. Les nombres trouvés en faisant varier la profondeur sans que la forme de la surface change confirment d’une manière remarquable les idées de Poisson relatives à l’influence de la profondeur.
- Au contraire les théories, soit de Lagrange, soit de Poisson, sont loin de conduire aux nombres obtenus par l’expérience, quand il s’agit de la relation qui peut exister entre la durée de la période et la forme de la surface pour une profondeur déterminée. Ces théories supposent que les molécules de la surface libre restent constamment sur cette surface pendant le mouvement. On doit en conclure que celte hypothèse n’est pas légitime, et qu’il faut admettre, avec les frères Weber, que les molécules de la surface la quittent pour pénétrer dans la masse du liquide.
- Les remarquables résultats obtenus par M. Léchât prendront place parmi les meilleurs travaux de la physique française dans ces dernières années. L’auteur n’a encore livré à la publicité que les expériences avec des vases carrés. Il étudie en ce moment des vases d’autres formes, rectangulaire, en triangle équilatéral, circulaire et elliptique, et le journal la Nature aura soin de faire connaître les ligures observées et leurs relations avec les nombres de chocs, la profondeur du liquide et la figure géométrique du vase.
- Maurice Girard.
- CHÂSSE AUX COLÉOPTÈRES
- DANS LES VILLES
- On l’a dit avec raison, les coléoptères se rencontrent partout, et |j’ai pensé qu’il serait peut-être bon de rappeler cette vérité en l’appuyant par des exemples. Je voudrais démontrer que, même au sein de nos grandes villes, il y a des endroits que l’on néglige sans doute d’explorer et où l’on ferait parfois de bonnes captures. Visitons dans certains moments les abords des quais, même en dehors du temps des inondations, et nous serons tout surpris d’y rencontrer des espèces que nous allons souvent chercher bien loin.
- L’année dernière, le 24 octobre était une bien belle journée, succédant à une série de jours sombres, pluvieux et froids. Je me trouvais vers midi dans le Jardin des Plantes de Paris, arrêté devant un bassin où croissaient quelques plantes aquatiques, quand j’aperçus sur le bord un Agabus bipunctatus qui était sorti de l’eau et se réchauffait aux doux rayons du soleil d’automne, puis une grande libel-
- lule vint se jouer dans les herbes, pendant que des notonectes déployaient leurs ailes au-dessus de la nappe liquide.
- Je n’étais pas resté indifférent à ce spectacle imprévu. En voyant des insectes de tous les ordres prendre leurs ébats, j’en avais conclu que la journée serait favorable à la chasse; mais je ne pouvais aller courir la campagne, et bientôt, appelé par mes occupations, je sortis du jardin. Je suivais depuis quelques instants un long mur qui horde le quai, et que je ne quittais pas des yeux. Je ne tardai pas à y découvrir, grimpant, un petit carabide que je crus être de loin quelque vulgaire Anchomenus; en m’approchant j’eus une agréable surprise : j’avais reconnu la Loricera pilicornis, que je renfermai bien vite dans mon flacon. Elle y était à peine qu’une deuxième s’offrit à ma vue, puis une troisième. Encouragé par ce succès, j’allai jusqu’à l’extrémité du mur, et j’en pris encore cinq. Qje de fois cependant je l’avais cherchée en vain, la Loricera, dans les lieux qu’elle habite, en compagnie de ses parents, les Chlænius! Les eaux de la Seine me l’avaient apportée. C’est encore par la même voie que m’est parvenue l’unique Lebia cynocephala que je possède, et que j’ai prise dans une circonstance analogue.
- Un de mes amis a trouvé, vers le mois de juin, sur les boulevards extérieurs, YObrium canlharinum, et sur le boulevard Mazas, un grand nombre de Simplocaria semistriata. J'ai supposé que ce dernier insecte, qui, d’après M. Mulsant, vit sur la luzerne, avait été apporté là avec cette plante.
- Je n’ai jamais pris qu’une Cicindela germanica, et c’est sur la place du Trône que je l’ai capturée! Un Omophlus lepturoïdes trouvé dans la gare de Lyon, à Paris, me fut apporté un jour; évidemment cet insecte, qui appartient, si je ne me trompe, à la France méridionale, avait dù être amené dans un train.
- Mais ces deux derniers cas sont assez rares, et je ne les cite que comme des faits curieux produits par le hasard ; je pourrais en citer d’autres aussi surprenants, si je ne craignais de fatiguer le lecteur. Si le jeune amateur d’insectes veut s’enrichir à coup sûr, toujours sans sortir de l’enceinte de la ville, je le conduirai, surtout au printemps, auprès des magasins renfermant des amas de peaux desséchées et autres débris d’animaux. Là, il verra sortir des soupiraux ou des fenêtres les Corynetes vio-laceus, cœruleus, ruficollis, beaucoup de Ptinus et de Dermestes, la Nitidula biputulata, etc.; puis nous irons dans le voisinage des greniers de blé, de graines, de farine, et nous prendrons, toujours grimpant sur les murs, la Trogosita mauritanica, les Tenebrio molilor, obscurus, et une quantité de Silvanus frumentarius, de Trïbolium ferrugineum, de Bruchus, les Calandra granaria et orizæ. Quand nous passerons près d’un chantier de bois, notre attention sera tenue en éveil, car nous pouvons apercevoir en cet endroit la Bitoma crenata, ï'Apate capucina et quelques beaux longicornes, comme les Calli-sies et les Clytes. C’est pour le même motif qu’il faudra ouvent visiter pendant la belle saison les greniers ren-ermant du bois. De cette manière, j’ai pu me procurer le Clerus formicarius, le Callidium violaceum, YHyloirupes bajulus, le Clylus plebeitts.
- Dans les vieilles maisons surtout on trouve le Lathri-dim minutas et plusieurs espèces d'Anobium; le Gibbium. scotias et les Hylastes n’y sont pas rares non plus. J’ai eu un jour le plaisir de prendre, dans une tasse où il s’était laissé tomber, l’élégant Opilus mollis.
- J’allais oublier de dire que près des écuries et des
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- LA NATURL.
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- fumiers il y a une. foule de Staphylinides à capturer, quelques llister et des Anthicus.
- Descendons enfin à la cave, et, si c’est au printemps ou vers l’automne, nous y trouverons le Sphodrus leuco-phthalmus et le Prislonychus terricola, sans compter les Blaps. Presque en toute saison, nous y verrons se promener dans les moisissures des portes et des tonneaux quelques Cryptophagus cellaris et un grand nombre à’Atomaria nigripennis et de Mycetœa hirta.
- Je termine en citant nos jardins publics comme ne devant pas être tout à fait dédaignés, surtout quand il s’y trouve de vieux arbres et de l’eau. C’est au Jardin des Plantes que j’ai pris, sur un if, un bon nombre de Dro-mius h-notatus, A-maculatus, agilis, et YOlibrm corti-calis. J’ai rencontré deux Slrangalia viliica au Luxembourg ; VAulonium sulcalum et des Scolytes dans un arbre dépérissant. Enfin dans les plaies que présentent les vieux ormes malades, et d’où suinte un liquide brunâtre, on trouve presque toujours le Nosodendron fasciculare avec YEpuræa obsoleta, et les Cryptarcha imperialis et strigata.
- Je borne là mes citations, et bien que je n’aie qu’effleuré mon sujet, je pense en avoir dit assez pour exciter le zèle des jeunes coléoptéristes, car c’est surtout pour eux que j’ai écrit ces lignes, avec le désir de leur être utile.
- A. Dubois.
- CRÉMELSE CENTRIFUGE
- Pendant l’une des dernières séances de la Société d'encouragement, M. Hervé Mangon a parlé d’une méthode nouvelle pour opérer la séparation entre la crème et le petit-lait. La machine employé? est fort ingénieuse et intéressera les agriculteurs aussi bien que les mécaniciens et les chimistes.
- La matière grasse du lait existe dans ce liquide sous forme de petits globules microscopiques plus légers que la dissolution environnante. Ces globules s’élèvent lentement à la surface du lait, lorsqu’il est abandonné au repos à une température modérée, et forment, après un temps suffisant, une couche de crème plus ou moins épaisse.
- Le temps nécessaire à la séparation de la crème et du lait est plus ou moins long, suivant les circonstances, mais en pratique, on laisse généralement le lait en repos pendant vingt-quatre heures au moins avant d’enlever la première crème, et la séparation complète n’a lieu généralement qu’après un temps beaucoup plus long.
- Le beurre est d’autant plus fin, toutes choses égales d’ailleurs, que la crème est plus fraîche. D’un autre côté, le petit-lait aigrit rapidement et perd une partie de sa valeur quand on conserve le liquide assez longtemps pour effectuer la séparation à peu près complète de la crème;
- 1 es propriétaires de laiteries à beurre doivent donc s’efforcer de hâter autant que possible le crémage du lait.
- L’idée de séparer rapidement la crème du lait par l’action de la force centrifuge est déjà fort ancienne. Je n’ai point retrouvé l’ouvrage où j’avais lu cette indication, mais je me souviens parfaitement qu’étant encore presque enfant, j’ai tenté l’expérience. 11 suffit de remplir de lait un flacon de verre ou tout autre vase de forme analogue et de lui imprimer autour d’un point fixe, par un mouvement de fronde, une vitesse suffisante de rotation pour obtenir en une trentaine de minutes la séparation de la crème, qui se réunit dans la partie du vase la plus voisine du centre de mouvement.
- Depuis 1850, plusieurs personnes ont essayé de construire sur ce principe des crémeuses centrifuges, mais sans arriver, paraît-il, à un résultat absolument satisfaisant. En 1808, M. Weston, de Boston, fit breveter une crémeuse centrifuge, qni fonctionne actuellement encore chez M. Burnelt, fermier dans le Massachussetts (États-Unis), et qui, à la vitesse de 1500 tours par minute, peut traiter 340 litres de lait par heure.
- La crémeuse centrifuge qui semble la plus parfaite en ce moment est celle de M. Laval, de Stockholm, qui figurait à la dernière exposilion d’animaux gras du Palais de l’Industrie, et que M. Piller a bien voulu m’envoyer aujourd'hui pour la matlre sous les yeux de la Société.
- La machine et le dessin que je présente permettent de se rendre facilement compte du fonclionnement de l’appareil. Le lait, immédiatement après la traite, arrive d’une manière continue dans l’axe d’un sphéroïde en acier de 0ra,25 de diamètre, animé d’une vitesse de 6000 tours par minute. La crème sort par une ouverture très voisine de l’axe, et le petit-lait par un tube ouvert près de la circonférence extérieure. L’appareil est construit avec beaucoup de précision et de solidité. Le réservoir en acier doit résister à une pression équivalente à 14 atmosphères. La crémeuse Laval-Pilter, mise en mouvement par un seul cheval attelé à un manège, peut traiter 130 litres de lait à l’heure.
- D’après les chiffres fournis dans une conférence faite récemment aux Etats-Unis par M. Burnett, le lait traité par la crémeuse centrifuge donne 5 à G pour 100 de beurre de plus que le même lait traité par les procédés ordinaires. La crème est d’excellente qualité et se vend à des prix élevés chez les laitiers de Boston. Enfin, fait fort remarquable, l’examen microscopique de la crème a démontré l’absence complète de globules brisés ou a£rsrlomérés les uns aux autres.
- ©O . t
- Dans un grand nombre d'expériences, faites avec le plus grand soin par ordre de la Société royale d’agriculture d’Angleterre, a l’occasion du concours de Kdburn, on a trouvé que 26 kil. 12 de lait traités par la crémeuse cmtrituge Laval donnaient 1 kilogramme de beurre, et que 27 kil. 25 traités par la méthode ordinaire donnaient 1 kilogramme de beurre.
- Des essais semblables, poursuivis depuis plusieurs mois en France, dans le département de l’Eure, par M. Bacquet(A.), ont fourni des résultats analogues. Des dégustateurs experts n’ont point pu distinguer le beurre fait avec la crème de la machine du beurre fait avec la crème ordinaire.
- La crémeuse centrifuge sépare du lait les matières étrangères impures qui peuvent s’y trouver, avec une perfection remarquable. M. Bacquet (A.) a fait à cetégâVd une expérience des plus curieuses. Il a mêlé du noir de fumée à du lait frais et a livré à la crémeuse ce mélange presque noir. La crème est sortie parfaitement blanche, ainsi que le petit-lait. Après l’expérience on a retrouvé le noir de fumée, avec quelques autres impuretés, étalés en couche mince et fortement adhérente à la surface intérieure de la crémeuse.
- En résumé, l’emploi de la crémeuse centrifuge aug mente la proportion de beurre extraite du lait, en fournissant de la crème fraîche et du petit-lait doux d’un emploi plus avantageux que celui du petit-lait caillé. H est vivement à désirer que l’on multiplie les expériences sur l’emploi pratique de ces machines.
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- LA NATURE,
- L’ARCHITECTURE DES OISEAUX1
- LE NID DE LA MYZOMÈLE ENSANGLANTEE
- Dans le monde des oiseaux, comme parmi les humains, on rencontre des parvenus qui cherchent à éblouir les yeux par la richesse de leur costume; leurs manteaux sont faits de velours et de soie, sur leurs têtes resplendissent des diadèmes, sur leurs poitrines s’étalent de larges colliers d’or; mais il leur manque cette élégance native, ce goût inné auquel rien ne peut suppléer; des couleurs discordantes se heurtent parfois sur leurs ajustements, leurs parures sont lourdes et sans grâce, ou bien encore la gaucherie de leurs allures dénote la bassesse de leur origine. Ainsi, lorsque le Paradisier papouan faitresplendirausoleilsongorgerin d’un vert d’émeraude, étale, en faisant la roue, les panaches orangés qui jaillissent de ses flancs, on est d’abord surpris de tant de magnificence; mais quand l’oiseau se met à sauter pesamment de branche en blanche, quand il pousse son cri discordant, on s’aperçoit bientôt qu’il n’est en réalisé qu’un Corbeau déguisé. Vainement aussi certains passereaux de l’Ancien Continent et des îles de l’Océanie voudraient jouer à l’Oiseau-Mouche en se drapant dans des habits somptueux, en se parant de brillantes aigrettes ou d’écharpes multicolores : en dépit de leurs efforts, ces petits oiseaux, qu’on appelle des Mélipliages ou des Soui-Mangas, ne parviennent jamais à égaler ces pierres précieuses virantes qui font l’ornement des forêts vierges du Nouveau Monde. Il faut être juste cependant : tous les représentants de cette famille n’affichent pas des prétentions outrecuidantes, et le Dicée mignon, dont nous avons parié récemment, a le maintien discret et la livrée modeste de nos humbles Fauvettes.
- D’autre part, il faut bien avouer que les naturalistes européens sont mal placés pour apprécier la beauté des oiseaux exotiques. Nous ne les connaissons trop souvent que par de froides dépouilles, plus ou moins artistement empaillées et rangées méthodiquement dans les vitrines de nos cabinets d’histoire naturelle; mais pour bien juger ces créatures ailées, il faudrait les voir vivantes, dans leurs forêts natales, dans le cadre qui leur convient, au milieu des fleurs et de la verdure. Sans doute alors le plumage de beaucoup de Soui-Mangas ou de Mélipliages, tels que les Myzomèles, n’offrirait ni des tons trop crus, ni des teintes trop heurtées, mais serait en parfaite harmonie avec les couleurs de la flore australienne.
- C’est en elfet à la Nouvelle-Hollande, dans la terre des Papous et dans quelques îles avoisinantes, que vivent ces Myzomèles, dont le nom, tiré du
- 1 Voy. n» 340 du 6 décembre 1879, p. 8 ; n° 348 du 31 janvier 1880, p. 136, et table des matières de l’année précédente.
- grec, signifie : Oiseaux qui vivent du miel des fleurs1.
- Elles sont répandues depuis Célèbes jusqu’aux îles Viti, depuis l’Archipel des Mariannes jusqu’à l’Australie méridionale, et se répartissent en une trentaine d’espèces, chez lesquelles les mâles affichent presque toujours une livrée mi-partie rouge et noire, tandis que les femelles portent un costume beaucoup plus terne, d’un brun sombre passant au gris blanchâtre sur les parties inférieures du corps. Quelquefois cependant les couleurs des deux sexes sont également enfumées ou tirent fortement au noir.
- Comme son nom l’indique, c’est parmi les espèces au plumage éclatant que se range la Myzomèle ensanglantée (Myzomela sangumolenta), qui vit en Australie, dans la Nouvelle-Galles du Sud, et qui a reçu des colons anglais les noms de Blood bird (oiseau sanglant) et de Little soldier (petit soldat2). Dans le mâle, en effet, la tête, la poitrine et le dos sont d’un rouge écarlate, les ailes, la queue, le bec, les pattes et un trait en avant de l’œil d’un noir profond, le ventre d’un blanc rosé; chez la femelle, au contraire, le dessus du corps est d’un brun foncé et le dessous d’un brun pâle.
- Les Blood birds arrivent dans les mois de juillet et d’août, parfois en très grand nombre, aux environs de Sydney, et décèlent aussitôt leur présence par les petits cris joyeux qu’ils poussent en sautillant sur les blanches des mahoganys, qui sont alors dans tout l'éclat de leur floraison. Souvent ils sont accompagnés de petits perroquets aux brillantes couleurs appartenant au genre Trichoglosse. Un peu plus tard, en octobre, en novembre ou même au mois de décembre, ces jolis oiseaux commencent à construire, avec des filaments d’écorce, leurs nids élégants, qu’ils suspendent à l’extrémité d’un rameau ou qu’ils accrochent entre deux branches, au sommet d’un arbre à thé. Dans chaque nid sont pondus deux œufs, d’un blanc délicat, parsemés de points bruns ou rougeâtres.
- En dépit de leur nom générique, les Myzomèles ne se nourrissent pas à proprement parler du nectar des fleurs, mais elles dévorent les petits insectes qui sont attirés par la liqueur sucrée ; elles vont les chercher, avec leur bec délié, jusque dans les corolles les plus profondes, et les saisissent entre les filaments de leur langue pénicillée.
- Trois autres espèces du même genre habitent, soit toute l’étendue, soit seulement les provinces septentrionales du continent australien ; l’une, la Myzomèle obscure, est, comme son nom l’indique, un oiseau au plumage rembruni; une autre, la Myzomèle noire, est encore plus triste dans sa mise, ayant une robe noire, relevée seulement par deux bandes blanches; enfin la troisième, la Myzomèle à tête rouge, plus richement vêtue, porte un manteau
- 1 De /jMiw, je suce, et /xûi, miel.
- 2 On sait qu’une partie de l’armée anglaise porte l’habit rouge.
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- NUI de la Myzomèle ensanglantée (grandeur naturelle). — Composition inédite do M. Giacomelli.
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- LA NATURE.
- noir et on capuchon d’un rouge vil', et ne diffère par conséquent de la Myzomèle ensanglantée que par la distribution de ses couleurs.
- E. Oustalet.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance du 12 mars 1880. — Présidence de M. Friedel. — M. Würtz proscrite, de la part de M. Maurnené, un ouvrage sur les théories de l’auteur. M. Wiirlz expose ensuite les résultats des recherches qu’il a entreprises avec M. Bouchut sur le suc du papayer. — M. Rosenslhiehl rend compte de ses vues sur la constitution de la rosaniline et de ses sels, qu’il considère comme des éthers et non comme des sels proprement dits. — MM. Würlz et Pahst présentent quelques considérations sur la communication de M. Ito-senstliiehl. — M. le Président annonce Ja mort de M. Fabre, membre du Conseil de la Société, et présente une notice biographique sur M. Fabre, rédigée par M. F. Leblanc. — MM. E. Grimaux et P. Adam ont obtenu, par l’action du brome sur l’épichlorhydrine, de l’acétone chlorotribromée C5ll2ClBr50. — M. llorsin Déon rappelle ses expériences sur le sucre neutre et insiste sur les points qui les différencient de celles de M. Gayon. — M.Millot est arrivé à faire la synthèse de matières ulmi-ques en électrolysant une solution ammoniacale, l'électrode négative étant une lame de platine et l’électrode positive un charbon de cornue à gaz. La potasse, dans les mêmes conditions, fournit une matière noire non azotée. — MM. friedel et Balsohn décrivent différents dérivés bromés de déphénylméthane. — M. Friedel rend compte des appareils employés par M. Crafts pour la détermination des densités à haute température et des résultats obtenus pour la densité du chlore et de l'iode. — M. le Président présente une note de M. Marcanho sur le sulfo-cxanure de platine et un travail de M. Raynaud sur le dosage de la glycérine dans les vins.
- Société française de physique. — Séance du 2 avril 1880. — La séance publique annuelle a eu lieu le 2 avril, en présence d’un grand nombre d’assistants ; voici la liste des expériences qui ont été exécutées : accélérographe de M. Marcel Deprez, appareil pour la mesure des pressions développées par les gaz de la poudre, par M. Sebcrt; — télémètre, campylomètre, par M. Gaumet; — effet Peltier, par M. Bouty ; — illusion d’optique; aimantation de la plaque des téléphones, par M. Silvanus Thompson; — différence de phase qui existe entre les vibrations de deux téléphones associés, par M. Kœnig ; — nouveau brûleur à gaz de la Compagnie parisienne, présenté par M. Brisac ; — spectroscope à très grande dispersion avec inscripteur de raies, par M. Thollon; —saccharimètre modifié; nouvel éolipyle ; prismes composés, par M. Laurent; — nouvelle disposition de la lampe électrique de Werdermann ; pantographe planimétrique ; nouveau photomètre, par M. Napoli; — spectroscope pour l’élude de la fluorescence, par M. La-mansky; — galvanomètre à aiguilles flottantes; pile au chlorure de chaux; pile secondaire actionnant une bobine d’induction; radiomètre électrique, par M. Niaudet; — phonographe à plateau, par M. Saint-Loup; — microscope polarisant, par M. Lutz ; — appareil pour l’étude de la dispersion des rayons calorifiques obscurs, par M. Mouton ; — appareil pour les recherches photométriques sur les flammes colorées, par M. Gouy; — influence de
- l’électricité sur l’évaporation, par M. Gernez; _micro-
- mètre vibrant, par M. Mercadier ; — anneaux colorés
- produits à la surface du mercure, par M. Guébhard ;____
- appareil pour l’étude de la polarisation atmosphérique, et l’influence du magnétisme terrestre sur l’atmosphère, par M. II. Becquerel; — système électrique destiné à prévenir les accidents sur les voies ferrées, par M. L. Olivier; — expériences de M. Crookes; — renversement des raies, par M. À. Duboscq ; — compression des mélanges gazeux; préparation de l’acide carbonique liquide, par M. Cailletet; — balance d’induction de M. Hughes; appareil de M. Cailletet (expérience de M. Ogier) ; boussole Pouillet disposée pour la mesure des forts courants, présentés par M. Ducretet; — photomètre pour mesurer la lumière diffuse, par M. Javal ; — rhéomètre à indications rapides et appareil mesurant la quantité d’énergie qui passe dans un circuit ; synchronisme électrique de deux mouvements quelconques; machine et moteur électromagnétique mohfiés, par M. Marcel Deprez; — frein funiculaire, par 31. Carpentier ; — expériences de démonstration d’optiqu', section longitudinale des faisceaux, par M. Gariel; — lentille à courbures variables, par M. Cusco ; — emploi du spectrophotomètre pour la mesure des hautes températures, par M. Crova ; — lunette et support universel d’Edelmann; lampe monochromatique, par 31. Terquem.
- Société botanique de France. — Séance du 2 avril 1880. — M. Cosson annonce la mort de M. Tacite Letourneux. — M. G. Lemoine présente deux fascicules d’un Atlas des caractères spécifiques des plantes de la flore parisienne et rémoise. Il met aussi sous les yeux de la Société de nombreux dessins de plantes fossiles trouvées par lui et souvent très bien conservées. — 31. Fournier présente deux planches représentant deux graminées du SIexique, du genre nouveau Lesourdia. — 31. Gaston Bonnier fait une communication sur l’augmentation du coloris des fleurs avec l’altitude, chez une même espèce. — M. l’abbé Ily expose le résultat de ses recherches sur la structure de plusieurs mousses. Chez le Poltjtrichum commune et YAtrichum undulatum, on peut reconnaître l’ébauche des faisceaux vasculaires. Ces plantes absorbant une dissolution de fuchsine, la matière colorante circule d’abord par ces cellules allongées, qui jouent ainsi presque le rôle de vaisseaux. Ces mousses présentent donc jusqu’à un certain point des intermédiaires entre les 31uscinées et les Cryptogames vasculaires.
- LA FAMINE EN CHINE
- Un nouveau Bulletin de l’Observatoire magnétique et météorologique de Zi-Ka-Wei (1878), aussi intéressant que celui dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs1, contûnt une remarquable étude du P. Slarc Dechevrens, concernant les phénomènes météorologiques auxquels on peut rattacher la famine qui a ravagé les provinces du nord de la Chine en 1878. Nous en résumerons les parties principales, qui mettent en relief d’importantes observations.
- Dés le mois de juin 1876, des prières et des sacrifices publics étaient prescrits, par décrets impériaux, pour obtenir du ciel la cessation de la sécheresse qui désolait déjà les provinces septentrionales, pendant que les récoltes, dans le Midi, étaient ruinées par des pluies et desinonda-
- 1 Voy. n° 318 du 5 juillet 1879.
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- LA NATURE.
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- tions. Des secours importanls étaient aussi prélevés sur le Trésor pour subvenir aux plus pressants besoins.
- Au mois de décembre, près de 20 000 fugitifs étaient déjà arrivés aux portes de Tchang-Tcheou, de Sou-tchcou et de Changhaï, en quête de moyens de subsistance. Dans un rapport adressé à la cour de Pékin, au mois d’avril 1877, le gouverneur de la province dont ces trois villes font partie portait à 85 000 le nombre des réfugiés qui ne vivaient que de la charité publique dans cette seule province, et ce nombre ne lit que s’accroître parla suite. Au mois de février 1878, on apprenait avec épouvante que les morts, çà et là, devenaient la pâture des vivants, arrivés au dernier degré de la misère et du désespoir. Cette calamité, qui sera sans contredit une des plus mémorables de l’histoire de la Chine, est en même temps, suivant le P. Dechevrens, un événement météorologique digne de fixer l’attention du monde savant.
- Durant trois années, une portion du territoire chinois, comprenant environ 700 000 kilomètres carrés avec une population de 70 millions d’âmes, a été désolée par une effrayante sécheresse. Pendant que dans la Chine du Nord se faisait cruellement sentir le manque absolu de pluies, la Chine du Midi était en partie submergée par des inondations venues à la suite de pluies extraordinaires.
- Le fait capital observé à Zi-Ka-Wei depuis le commencement de l’année 1877, c’est l’existence dans la région supérieuiede l'atmosphère d’un courant aérien profond, constant, dans une direction à peu près parallèle à la ligne que suit le Yang-tze-Kiang (Fleuve Bleu) à travers la Chine, et marchant comme lui de l’Ouest à l’Est. « Au seul point de vue de la météorologie générale, dit le P. Dechevrens, la découverte de ce courant supérieur me paraît importante ; cette importance est telle, à nion avis, que c’est à sa présence et à sa direction qu’on peut attribuer en grande partie la sécheresse qui fait aujourd’hui un désert aride de ces belles provinces auquelles leur fertilité a fait donner le non d’Eden de la Chine. »
- Après avoir indiqué la place qu’occupe dans la circulation générale ce remarquable courant, le Bulletin montre les conséquences presque inévitables de sa présence dans les régions moyennes et élevées de l’atmosphère. Par sa profondeur, sa largeur et sa rapidité, il constitue une barrière infranchissable à tout courant secondaire tentant de passer du midi au nord de la Chine ou inversement à une certaine distance du sol. Or, dans un pays septentrional, privé de grands cours d’eau, qui n’est arrosé que par les pluies amenées sous forme de vapeurs au sein des courants aériens partis des régions équatoriales, quelle sécheresse ne doit pas produire l’interruption de ces courants, interceptés durant plusieurs années? Refoulés ou arrêtés, ils sont alors entraînés de l’Ouest à l'Est, puis une fois redescendus à la surface du sol, repris par l’alizé de Nord-Est, qui les a ramenés à travers la Chine méridionale, abandonnant sur leur route les pluies qu’ils devaient transporter vers le Nord.
- Vers le milieu de 1878, des pluies abondantes sont enfin tombées sur les provinces affamées, permettant d’espérer un soulagement prochain à tant de misères. L’époque de ce changement a coïncidé avec celle d’une grande bourrasque, annoncée dès la fin d’avril par de fortes ondées. Pendant ces pluies, les cirri, par leur présence et leur mouvement, ont témoigné de la continuation du courant Ouest-Est observé avant leur chute. « Mais, dit le P. Dechevrens, en cherchant dans la théorie des tempêtes développée par M. Fayeà l’Académie des sciences (séance du Ie’ avril 1878) l’explication des nombreux tourbillons atmosphériques qui ont passé sur Zi-Ka-Wei
- dans ces deux derniers mois, on arrive facilement à admettre le transport des courants équatoriaux par le travers de notre parallèle, soit à la faveur des troubles occasionnés probablement, quoique à notre insu, dans le courant supérieur par ces tourbillons, soit dans leur sein même, où les mouvements de giration et de translation ont pu évidemment aider des masses d’air humide à traverser le lit de ce fleuve atmosphérique. » En avril et mai, vingt tourbillons ont été enregistrés à Zi-Ka-Wei, sur lesquels la plupart ont été de véritables tempêtes. En cherchant plus au Nord les traces du passage de ces bourrasques, on a reconnu par les Bulletins météorologiques de l’observatoire de Shien-Shien que l’atmosphère y a toujours présenté les mêmes variations qu’à Zi-Ka-Wei. Mais de cette dernière station à Shien-Shien, la trajectoire des tourbillons s’est notablement inclinée vers l’Est, ce qui est conforme au mouvement parabolique admis par les météorologistes pour la marche des tempêtes dans l’hémisphère nord. La direction orientale de cette trajectoire semble indiquer l’influence de la direction du courant supérieur observé à Zi-Ka-Wei. Ce courant doit faire dévier vers l’Est les grandes dépressions parties des régions chaudes de l’Asie méridionale avec le contre-alizé supérieur, qui s’avancent vers le Nord en suivant ce grand courant, dans lequel elles ont été engendrées et d’ou elles sont descendues en tourbillonnant. Le courant Ouest-Est, s’il n’est pas lui-même le contre-alizé, ou tout au moins une partie considérable de ce courant méridional, donnera naissance à des tourbillons semblables, soit à cause de l’inégale vitesse de ses différentes parties, soit par sa rencontre avec les courants secondaires obliques à sa direction. Dans l’un ou l’autre cas, et surtout lors du passage des tourbillons plus puissants venant du Sud ou du Sud-Ouest, phénomène fréquenté une époque de transition et de lutte entre les vents généraux opposés, ou conçoit que des masses d’air humide peuvent passer au delà du courant supérieur et poursuivre leur route vers les contrées septentrionales.
- Le P. Dechevrens termine son élude en rapportant ce que disent les traditions dans les provinces du nord de la Chine. Autrefois les chaînes montagneuses qu’elles renferment étaientexirêmement boisées; à celleépoque, des pluies fréquentes et modérées venaient presque toujours assurer d’abondantes récoltes. Mais aujourd’hui les montagnes et le pays tout entier sont si dénudés, que de Pékin à Ilan-kow, sur un parcours de plus de 1100 kilomètres, on rencontre rarement un arbre ou même un arbrisseau, si ce n’est dans le voisinage de quelques bourgs. Les Chinois âgés disent qu’il pleut beaucoup moins fréquemment qu’autrefois, et que les pluies plus rares tombent avec plus de violence.
- Comme on a pu le voir dans cette reproduction sommaire d’une série d’intéressantes observations, la météorologie a nsi pratiquée ouvre la voie à de féconds aperçus sur les mouvements généraux de l’atmosphère, et rend par suite plus certaines d’utiles prévisions relatives aux phénomènes qui peuvent assurer une influence sur nos récoltes. De semblables observations, poursuivies avec le même soin et la même persévérance dans les stations météorologiques des differentes régions du globe, amèneraient bientôt de grands progrès dans une science encore au berceau, mais qui sera sans doute un jour mise au premier rang parmi celles qui ont pour but d’assurer notre domination sur la nature, en nous faisant mieux comprendre son œuvre et mieux connaître ses lois.
- Eue Margollé.
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- LA NATURE.
- LA PHYSIQUE SANS APPAREILS
- (Suite. — Voy. p. 2j2.)
- Les idées que nous possédons sue la gravitation, sur la pesanteur, les expériences relatives à la chute des corps, peuvent être facilement démontrées avec les menus objets que nous avons sous la main. Voilà un sou et un morceau de papier que je découpe de manière à lui donner la forme de la pièce de monnaie ; je laisse tomber les deux objets, en les plaçant l'un à côté de l’au're : le sou arrive à terre bien avant le papier; le résultat n’est pas contraire aux lois de la gravitation, parce qu’il faut tenir
- Eig. 1. Eau maintenue dans un verre par l'action de la force centrifuge.
- recoins à un simple verre à boire posé sur une rondelle de carton que des cordelettes maintiennent solidement; nous y verserons de l’eau, et nous montrerons qu’en le faisant tourner comme une fronde, l’eau ne tombe pas, même quand le verre prend la position verticale de haut en bas (üg. 1).
- Les principes de l’hydrostatique seront expliqués ! tout aussi facilement. Un de nos lecteurs, M. Aimé Schuster, professeur et bibliothécaire de la ville de Metz, nous a appris à faire connaître d’une manière très simple le principe d’Archimède. On prend un corps de lorme aussi peu régulière qu’on le voudra, une pierre, par exemple. On attache cette pierre par un fil et on l’immerge dans un verre à boire plein d’eau jusqu’au bord. L’eau déborde; il s’en écoule nécessairement un volume égal à celui de la pierre. On essuie le verre ainsi vidé partiellement. On le
- compte de la présence de l’air et de la résistance différente qu’il oppose aux deux corps à cause de leur différence de densité. Je pose le disque de papier sur la face supérieure de la pièce, que je laisse tomber dans sa position horizontale : les deux objets arrivent alors en même temps à la surface du sol. Le papier, en contact avec le sou, s’est trouvé préservé de l’action de l’air.
- Cette expérience est trop connue pour que nous croyions devoir nous y arrêter; mais on voit qu’elle peut donner lieu à des développements sur les phénomènes relatifs à la chute des corps.
- On se trouve ainsi conduit à étudier la force centrifuge. Pour la mettre en évidence, nous aurons
- Fig. 2. Démonstration de la pression exercée de lias en haut par les liquides.
- place sur le bassin d’une balance, au-dessous duquel on suspend la pierre. On établit l’équilibre avec du plomb de chasse placé sur l’autre bassin. Cela fait, on apporte un vase plein d’eau et on y fait plonger la pierre suspendue au plateau de la balance, en soulevant ce vase à l’aide de briques. L’équilibre est rompu ; pour le rétablir, il suffit de remplir d’eau le verre à boire placé sur le plateau du côté de la pierre, c’est-à-dire de remettre dans le verre le poids d’un volume d’eau précisément égal à celui de la pierre.
- Yeut-on faire comprendre les principes relatifs aux vases communiquants, donner la notion des jets d’eau, des puits artésiens, etc., deux entonnoirs reliés entre eux par leurs tiges à l’aide d’un simple tuyau de caoutchouc d’une certaine longueur serviront à la démonstration ; il suffira d'y verser de
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- LA NATURE.
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- l’eau et de montrer que l’eau déborde du 'second entonnoir si on la verse abondamment dans le premier entonnoir, placé à un niveau plus élevé, etc.
- Un disque de mica et un verre de lampe nous permettront de faire comprendre la nature de la pression de bas en haut exercée par les liquides. J'ai appliqué sur l’ouverture d’un verre de lampe une mince rondelle de mica, que je retiens à l’aide d’une cordelette ; je plonge le tube ainsi tèrmé dans un vase rempli d’eau. La rondelle est maintenue par la poussée du liquide de bas en haut. Pour la séparer de l’ouverture, il suffit de verser de l’eau dans le tube jusqu’à la hauteur du niveau extérieur (fig. 2). La pression extérieure exercée sur la lame
- est donc égale, comme celle qui s’exerce en dedans, au poids d’une colonne d’eau ayant pour base la surface de l’ouverture du tube et pour hauteur la distance de la lame au niveau.
- Les phénomènes particuliers qui se manifestent quand on observe le niveau des liquides dans des espaces très étroits, comme dans un tube de verre mince, ou entre deux lames très rapprochées, les phénomènes capillaires, ne nécessitent aucun appareil spécial pour être mis en évidence; il en est de même pour la convexité ou la concavité des ménisques. La figure 5 représente une jolie expérience de physique amusante, faite au sujet de ces phénomènes. On prend un verre à boire, que l’on remplit
- Fig. 3. Expérience sur la convexité des ménisques.
- d’eau jusqu’au bord, en ayant soin toutefois que le ménisque soit concave. On place à côté une pile de pièces de 5 francs ou de pièces de 10 centimes, à défaut des premières. On interroge alors les assistants, et on leur demande combien de pièces on pourra jeter dans le verre sans faire déborder le liquide qu’il contient. Toute personne qui ne connaît pas cette expérience répondra qu’on n’en pourra mettre qu’une ou deux, tandis qu’il est possible d’en faire tenir un nombre considérable jusqu’à dix ou douze. Quand on fait tomber les pièces avec précaution et d’une main délicate (fig. 5), on voit la surface du liquide devenir de plus en plus convexe, et on est soi-même étonné de l’importance que peut aquérir cette convexité avant que le liquide ne déborde.
- Les expériences ainsi exécutées sur la pesanteur,
- Fig. 4. Conductibilité du son par les corps solides.
- sur l'hydrostatique, pourraient être considérables et former la base d’un véritable cours. Il en peut être de même pour la chaleur, la lumière, l’électricité, l’acoustique et toutes les branches de la physique. Voici, pour terminer notre deuxième chapitre, une expérience d’acoustique très intéressante, qui donne une très bonne idée de la transmission des sons par les corps solides. On attache une cuiller d’argent ou de ruoltz à un fil, on enfonce les deux extrémités de ce .fil dans chaque oreille, comme le montre la figure 4; cela fait, on imprime un mouvement de balancement à la cuiller, et ou lui fait toucher le bord d’une table; la transmission du son est si intense que l’on croira't entendre résonner un bourdon de cathédrale. Cette expérience explique parfaitement la transmission de la parole par le téléphone à ficelle, autre appareil
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- LA NATURE.
- très simple, que chacun peut confectionner soi-même et qui a été si répandu que nous ne croyons pas devoir en donner la description.
- Gaston Tissandier.
- — Lii suite prochainement. —
- CORRESPONDANCE
- sur i/éclairage les liiares tar le pétrole
- Londres, 31 mars 1880.
- Monsieur le Rédacteur,
- J’ai sous les yeux le n° 355 de votre estimable journal, contenant une lettre de M. Thurninger, ingénieur des ponts et chaussées, sur l’éclairage des phares par le' pétrole et par la h inière électrique ; M. Thurninger passe sous silence l’auteur de l'invention qui, d’après sa propre affirmation, économise 400 000 francs par an à l’État. Permettez-moi de combler cette lacune par les citations et pièces suivantes... En 1864, M. Reynaud, ancien directeur des phares, dans son mémoire sur l'Éclair âge, p. 138, a écrit : « Jusqu’à ce jour, tous les essais pour appliquer les huiles minérales à l’éclairage des trois ordres supérieurs de phares ont échoué, » et dans son ouvrage, Application de l'huile minérale à Vêclairage des phares, avril 1875, il dit : « Les nombreux essais des ingénieurs et manufacturiers pour employer l’huile minérale dans les lampes des ordres supérieurs (qui ont plusieurs mèches concentriques, comme on le sait) n’ont pas réussi ; la combustion était incomplète, l’éclat faible et la fumée parfois abondante; pendant que nous expérimentions encore, le capitaine üoty, un Américain, a réussi à résoudre le problème que tous avaient cherché en vain. » Je joins les certi-
- ficats des ingénieurs Allard et Reynaud et je hrmine par la mention qu’il m’a été alloué une sommede 50 000 francs pour mon invention, dont le brevet avait encore une dizaine d’années de durée, ce qui représente un mois d’une économie annuelle estimée à 400 000 francs par M. Thurninger.
- Veuillez agréer, etc.
- II. Doty.
- VOLCAN SURGI DU MILIEU D’UN LAC
- Dans une récente lettre adressée à l’Académie des sciences, M. F. de Lesseps a envoyé quelques intéressants documents sur un phénomène extraordinaire qui a accompagné des tremblements de terre ressentis à la fin de janvier clans la République de San Salvador.
- « Comme on le croyait, le centre des tremblements de terre existait dans le lac d’ilopango. Ce fait vient d’ètre confirmé d’une manière positive. Les eaux du lac ayant baissé, on vit apparaître trois pics, s’élevant plus ou moins du centre du lac; sur la cime de l’un d’eux, se trouvant a environ 28 mètres au-dessus de la superficie de l’eau, s’échappaient des flammes aussi hautes que celles du volcan Izaleo et des colonnes de fumée que l’on voyait de notre ville. L’ancien volcan, qui, en disparaissant, avait laissé un beau lac, réparait aujourd’hui dans son antique domaine. Les eaux ont eu d’abord une température élevée, qui s’affaiblit chaque jour. Jusqu’à présent, elles ont baissé de 12m,25. Il ne serait pas extraordinaire, d’après ce que l’on dit, que, dans la suite des temps, elles fussent absorbées, et que l’imposant volcan d’ilopango restât maître absolu de cette vallée. Ce notable événement géo-
- logique, loin d’ètre une menace pour la population de San Salvador, lui sera probablement favorable, car il créera une nouvelle soupape, qui donnera une facile sortie aux gaz de l’intérieur de la terre. La preuve en est que les mouvements souterrains ont cessé presque complètement, et, s’il y en avait encore, ou si le cratère du volcan s’élevait davantage, les tremblements n’auraient pas la gravité d’une commotion produite par la rupture de la croûte solide de la terre. Eeaucoup de personnes ont été visiter le lieu où s’est produit le phénomène ; mais, parmi les curieux qui se sont approchés en bateau, plusieurs ont couru des dangers, ce qui a obligé l’autorité à prendre des mesures pour empêcher les imprudences. »
- Nous avons reçu de San Salvador des photographies et des descriptions de ce grand phénomène. Nous les publierons prochainement.
- CHRONIQUE
- Imitation d’ivoire — On fait une dissolution de colle, en dissolvant et filtrant 100 grammes de colle forte bien blonde dans un litre d’eau pure. On fait ensuite une bouillie de cellulose au moyen de 50 grammes de cellulose parfaitement blanchie, ou de pâte à papier, que l’on délaye dans 5 litres 1/2 d’eau, de manière à obtenir une bouillie bien uniforme. Enfin, on fait une solution d’alun avec 50 grammes d’alun dissous dans un litre d’eau chaude.
- On mélange 75 grammes d’huile de lin avec 200 grammes d’eau de puits; on ajoute à ce mélange 250 grammes de gypse albâtre en poudre très fine, et on remue jusqu’à ce que la masse soit devenue uniforme dans toutes ses parties; on ajoute ensuite 200 grammes de la solution d’alun et on remue de nouveau. On obtient ainsi la masse plastique à laquelle on peut faire prendre toutes les formes voulues, à l’aide de moules. On emploie de préférence des moules en métal. Avant de porter la masse dans le moule, on repasse l’intérieur de celui-ci avec un pinceau trempé dans un mélange de parties égales de graisse d’oie et de graisse de porc. Cela fait, on introduit la masse dans le moule par cuillerée. Quand il est rempli, on le secoue légèrement dans le but de tasser plus uniformément la masse et de faire partir les bulles d’air qu’elle pourrait avoir emprisonnées. Ensuite, on laisse reposer pendant quelques minutes, et on voit la masse commencer à s’épaissir. A ce moment, on étend sur la surface une toile humide, sur laquelle on pose une planche de bois ou une plaque le métal, et, au moyen d’une presse, on soumet le tout à une pression que l’on augmente graduellement, de sorte que l’eau s’écoule en quantité de plus en plus grande. L’alun que l’on a ajouté fait que la masse se solidifie rapidement; de plus, il retient la colle et l’eau s'écoule parfaitement claire. Après un quart d’heure de repos sous pression, on retire l’empreinte, et on la place dans un four à sécher, après l’avoir au préalable débarrassée de la couche graisseuse au moyen d’un bain d’eau chaude. L’empreinte, devenue sèche, est introduite dans un bain chaud de cire et de stéarine mélangées en parties égales, dont on la laisse s’imbiber. Après le refroidissement, on frotte avec une brosse tendre et un peu d’asbeste pour produire le brillant de l’ivoire.
- Un petit calculateur. — R y a quelques mois on a signalé l’arrivée en France d’un petit Italien possédant la singulière faculté de faire de tête des calculs très longs et très compliqués. A la dernière séance de la
- 1 D. Ind. Zeit., et;Moniteur scientifique, 1879, p. 1118.
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- Société d’anthropologie, ce petit prodige a été présenté. C’est un petit garçon de 10 à 11 ans, à la mine- éveillée, aux yeux intelligents, et dont la tète, examinée et mesurée, n’a présenté rien de bien spécial; elle est un peu volumineuse, le front est proéminent. Parmi les différents calculs qui lui ont été donnés à faire, se trouvait celui-ci : multiplier 5 000 249 par 240 075; l’opération lui a pris deux minutes, au bout desquelles il a donné le résultat exact. Pendant son calcul, on causait autour de lui, sans que cela parût, le gêner. D’après ses explications, le procédé qu’il emploie est tout empirique, se rapprochant du reste de celui de Mondeux, le célèbre berger calculateur. 11 commence par les gros chiffres, et à la base ainsi obtenue, il ajoute ce que lui donnent les retenues et la multiplication des chiffres inférieurs; il arrive ainsi, par tâtonnement, au chiffre exact. Chose singulière, ce petit garçdn ne sait ni lire ni écrire, et ce n’est que depuis peu de temps qu’il connaît les chiffres. Il dit même que depuis qu’il sait les reconnaître, il calcule moins facilement qu’avant. Celte aptitude au calcul est, paraît-il, naturelle chez-lui. La personne qui le présente l’a trouvé, il y a quelques mois, accompagnant un joueur d’orgue dans les rues et les cafés, et étonnant les consommateurs, dans ces derniers endroits, par sa faculté de taire les calculs de tête.
- NOUVELLES
- — Un cultivateur du Pas-de-Calais a récemment déterré un objet, archéologique d’une valeur considérable; c’est un chaînon en or formant le milieu d’un collier, et portant d’un côté, autour d’une croix potencée, le monogramme de la reine Balhikle, épouse de Clovis II, et de l’autre la tète du Christ, avec une inscription pieuse en langue romane. Ce bijou mérovingien a été acquis par M. d’IIénin-Liétar, notaire à Dancoisne.
- — La ville de Vervins compte parmi ses habitants une centenaire dont on a célébré récemment l’anniversaire de la naissance. Marie-Anne Hichet, veuve Magnier, est née à Vervins le 18 mars 1780 ; elle a un siècle révolu, ce qu’on ne croirait guère en la voyant, encore valide et alerte, s’occuper des menus travaux du ménage et manier gaiement l’aiguille.
- — Un Congrès international d’enseignement se réunira à Bruxelles au mois de septembre 1880. La session du Congrès coïncidera avec l’ouverture du musée pédagogique organisé par les soins du département de l’instruction publique. Ce Congrès a pour but d'élucider et de vulgariser les questions sociales et pédagogiques qui se rattachent à l’enseignement, à tous ses degrés.
- ACADÉMIE DES SCIENCES,
- Séance du 12 avril 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- Sur la congélation de Veau. — M. Raoult, professeur h la Faculté des sciences de Grenoble, étudie expérimentalement la congélation des mélanges d’eau et d’alcool. Il reconnaît, comme l’avait déjà fait M. Melsens, que dans tous les cas les glaçons consistent en eau pure, parfaitement libre d’alcool. De plus, il émet l’opinion que dans les liquides alcooliques amenés à une température inférieure à 0°, l’eau se comporte exactement comme un corps à l’état de surfusion; ce qui démontre la justesse de ce point de vue nouveau, c’est que si, dans un tel liquide, on laisse tomber un fragment d’eau congelée, immédiatement toute la masse aqueuse se congèle.
- Acide sulfureux et phylloxéra. — La Commission supérieure du phylloxéra s’est tout naturellement occupée avec beaucoup de détails des procédés propres à désin-
- fecter les véhicules où l’on a transporté des plantes phylloxérées. Au ministère de l’agriculture, quelqu’un, que M. Dumas qualifie de « dqdomate », pour bien faire sentir que ce n’était pas un chimiste, n’a pas craint de proposer pour cet usage le sulfure de carbone ! Il n’est pas besoin d’insister sur les inconvénients qui résulteraient en foule de ce procédé, sans parler des périls que courraient à chaque instant -les manipulateurs. Au contraire, M. Victor Fatio propose aujourd’hui, avec beaucoup plus de raison, de laver les voitures avec de l’acide sulfureux anhydre. Il a fait, parait-il, de nombreuses expériences d’où il résulterait que jamais le phylloxéra ne résiste à un pareil traitement.
- Le magnétisme de la moelle de sureau. — D’après M. du Moncel, un petit pendule en balle de sureau est fortement attiré par un fort aimant en fer à cheval dont les pôles sont garnis de larges semelles de fer doux, étalées de façon à venir très près l’une de l’autre. Le phénomène, sensible très nettement encore à une distance de 4 centimètres, est en quelque sorte l’exagération des attractions étudiées par plusieurs physiciens à la suite de Musshenbrœk; son explication n’est pas encore complète.
- Action physiologique de l'opium. — Il paraît que tout le monde jusqu’ici, à commencer par Molière, s’est trompé en attribuant à l’opium une vertu dormitive ; et si les malades ont des nuits tranquilles à la suite des potions opiacées, c’est tout simplement par erreur. Heureusement la vérité éclate aujourd’hui, grâce à un travail présenté par M. Bouillaud au nom de M. Pécholier (de Montpellier). Bien loin d’avoir des qualités soporifiques, l’opium détermine l'insomnie ; nos lecteurs sont maintenant prévenus.
- Faune américaine. — Avec un collaborateur dont le nom nous échappe, M. le docteur Henri Gervais, aide-naturaliste au Muséum, publie la liste des mammiières vivant actuellement dans l’Amérique du Sud. Cette liste, qui est le prodrome d’un ouvrage descriptif en cours de préparation, comprend trois cents espèces, dont soixante-dix sont nouvelles.
- Stanislas Meunier.
- COUVERTURE RÉFRIGÉRANTE
- On sait que le traitement par la réfrigération est souvent utilisé par la thérapeutique, notamment dans les cas de lièvre typhoïde. M. le Dr Dumont-pallier a récemment installé à son service, à l'hôpital de la Pitié, un nouvel appareil très remarquable, construit sur ses indications par M. Galante. Nous allons en donner la description.
- La couverture est formée d’un tube de caoutchouc mesurant 80 mètres de longueur, replié sur lui-même et engainé entre deux parois de toile (fig. 1). Les deux extrémités de ce tube sont sans cesse traversées par un courant d’eau froide, sous l’action de l’appareil de distribution (fig. 2), placé entre le réservoir et la couverture.
- L’appareil de distribution est composé de deux robinets placés parallèlement; chacun de ces robinets R R' est en rapport avec une boîte métalli-
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- que BB', présentant un raccord destiné à recevoir le tube allant à la couverture D (côté de l’entrée) et le tube vcnart de la couverture D' (côté de la sortie).
- Chacun dos deux robinets présente un raccord : à celui du robinet d’entrée s’adapte le tube venant
- du réservoir supérieur; à celui du robinet de sortie, le tube S, destiné à conduire dans un vase quelconque l’eau utilisée.
- Immédiatement après avoir franchi le robinet de sortie II', cette eau traverse une sorte de re-
- Fig. 1. Couverture réfrigérante de MM. Dumontpallier et Galante.
- gard V, formé par une petite cloche en cristal, qui i donne la possibilité de s’assurer constamment | de la régulai ité de l’écoulement de l’eau à travers l’ensemble de l’appareil.
- Chacune des deux boîtes métalliques B B' attenantes aux robinets est disposée pour" recevoir un thermomètre.
- Les cuvettes de ces deux thermomètres (thermomètre d’entrée TT, thermomètre de sortie) plongent dans l’eau précisément dans Taxe de la direction du courant.
- Les boîtes des appareils de distribution employées pour les premières applications de ces couvertures étaient disposées pour recevoir, en sus du thermomètre, un manomètre.
- On est, avec cette disposition, à même de relever rapidement, à l’entrée et à la sortie de l’appareil, des indications thermométriques et manométriques, d’apprécier le degré d’ouverture de chacun des robinets et de noter simultanément les tempéra-
- tures axillaires ou, rectale du malade soumis à l’action réfrigérante de la couverture.
- L’appareil jouit d’une grande sensibilité : lorsqu’on modifie l’ouverture de l’un ou de l’autre des robinets, ou des deux simultanément , dans un sens ou dans l’autre, on voit presque immédiatement se produire des variations thermométriques, conséquences des modifications apportées à l’écoulement du liquide.
- Le poids du malade enveloppé dans cette couverture n’exerce aucune influence sur l’écoulement du liquide, qui s’effectue dans d’excellentes conditions de régularité.
- La disposition de l’appareil est très simple, comme le montrent les figures ci-dessus.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandïer.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Taris
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- N° 560. — 24 AVRIL 1880.
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- PILES THERMO-ÉLECTRIQUES DE NOE
- Ces piles sont très répandues et très appre'ciées en Autriche et en Allemagne. On leur donne diflé-rentes formes; celle représentée par la figure 1 est la dernière et nous paraît devoir être préféiée aux autres, parce qu’elle n’exige que deux brûleurs de Bunsen pour mettre en action quarante éléments thermo - élec -triques. Il y a un modèle de soixante éléments avec trois brûleurs, qui présente les mêmes avantages que celui-ci.
- Chaque groupe circulaire de vingt éléments doit être considéré séparément. En voici la description :
- Les éléments sont placés dans un plan horizontal et se présentent comme des rayons d’un cercle; les soudures chaudes sont du côté du centre, les soudures froides à l’extérieur.
- Les deux métaux sont : 1° du mailleehort ou argentane, que les Anglais appellent german Silver et les Allemands neu Silber; 2° un alliage d’antimoine et de zinc, qui fond à une température un peu moins élevée que l’antimoine.
- Ces deux métaux sont soudés ensemble (du moins à la soudure chaude) sans l’intermédiaire d’aucun autre métal ; les fils de mailleehort pénètrent par leur extrémité dans une petite capsule de laiton, qui sert de fond au moule dans lequel on coule l’autre métal. Cette petite capsule c est visible dans la figure 2, qui représente deux éléments séparés en grandeur naturelle; elle reste attachée à l’élément et fait partie de l’appareil.
- Dans cette même capsule pénètre une petite tige de cuivre rouge r, dont l’extrémité se trouve également saisie dans le métal fondu, et par le moyen de laquelle la chaleur est amenée à la soudure chaude. Les extrémités de ces tiges de cuivre sont réunies dans un petit cercle et saisies entre deux
- 8* aiuée. — leT semestre,
- petites lames circulaires de mica, de manière qu’elles sont toutes chauffées par une flamme unique. Dans l’appareil représenté, c’est un brûleur de Bunsen qui est adopté ; mais dans des appareils plus simples on fait usage d’une lampe à esprit-de-bois. La plaque de mica a pour effet de concentrer et de diriger la chaleur de la flamme sur les tiges de cuivre.
- La raison d’êlre des tiges de cuivre qui pénètrent
- dans la soudure chaude est la suivante ; la soudure u’est pas échauffée directement par la flamme, elle ne l’est que par l’intermédiaire de la tige de cuivre ; elle est ainsi ménagée et protégée contre les accidents de surchauffage, c’est-à-dire la fusion du métal, qui entraîne la mise hors d’état de la pile.
- Pour éviter, du moins en partie, la perte de chaleur par rayonnement, ces petites tiges sont enveloppées , excepté à leur extrémité plongée dans la flamme, par un petit tube t, visible figure 2.
- La soudure froide est notablement différente ; le métal fusible y est soudé à une plaque de cuivre, à laquelle sont soudés les fils de mailleehort de l’élément suivant. La plaque de cuivre présente une très grande surface; elle a la forme d’un cylindre, dans lequel l’air circule en le rafraîchissant.
- Ces piles ont été expérimentées avec beaucoup de soin par M. Waltenhofen (de Prague) ; il les a comparées à celle de M. Markus et les a trouvées très supérieures.
- Il résulte des expériences antérieures de M. Stefan, de Vienne, que les éléments thermo-électriques de Markus peuvent atteindre une force électromotrice égale à 1/18 de volt., mais ce maximum correspond à une température très voisine du point de fusion du métal qui entre dans leur composition.
- Dans des conditions semblables, M. Waltenhofen
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- Fig. 1. Pile thermo-électrique de Koë.
- Fig. 2. Détails des éléments de l’appareil ci-dessus.
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- LA NATURE.
- ;i trouvé aux éléments de Noë une force électromotrice comprise entre 1/9 et 1/10 de volt.
- En pratique il ne faut pas compter, à beaucoup près, sur ces maxima; et quand on associe plusieurs éléments ensemble, on ne les atteint jamais, parce qu’on n’arrive pas à chauffer tous les éléments également; il faut, pour les expériences ordinaires, calculer sur 1/16 de volt, par élément. La résistance par élément est égale à 1/40 d’unité Siemens1.
- Un perfectionnement accessoire, mais fort utile dans la pratique, a consisté dans l’addition d’un régulateur de la pression du gaz, grâce auquel on évite un surchauffage et les accidents qui en seraient la conséquence. Il arrivait, en effet, que, par suite d’une distraction ou d’une augmentation imprévue de la pression du gaz, un échauffement subit et exagéré des soudures se produisait, amenait la fusion du métal fusible et détériorait la pile.
- L’appareil de sûreté dont nous parlons, et qui est en avant dans la figure 1, présente un petit flacon de verre contenant de l’eau et fermé par un bouchon de liège. Deux tubes y pénètrent; le premier, BB, est un branchement du tube d’arrivée du gaz et pénètre jusqu’au fond de l’eau; le second, H, n’arrive pas jusqu’à l’eau, il sert à évacuer le gaz qui peut se dégager dans le flacon et l’amène devant un autre petit branchement, terminé par un bec de gaz 1, constamment allumé. Si la pression du gaz est faible, l’eau ferme la branche BB; si elle augmente, le gaz sort en bulles dans le flacon, traverse l’eau et sort en G, où il s’allume.
- Le flacon constitue donc une soupape de sûreté et empêche la pression de dépasser un certain maximum, qu’on règle à volonté. Le gaz qui sort de l’appareil est brûlé à l’instant et ne peut pas produire d’accidents.
- Avec une pile de douze éléments, on peut faire fonctionner une petite sonnerie trembleuse; avec vingt éléments, on peut décomposer l’eau dans un voltamètre ; avec quarante éléments, on peut charger une pile secondaire de Planté ou faire agir une bobine d’induction. En un mot, ces piles permettent de faire la plupart des expériences de la physique et de petites opérations industrielles, dorure, argenture, nickelage, etc., etc.
- Un grand avantage de ces appareils consiste en ceci : elles prennent leur force en une ou deux minutes, et toute dépense peut cesser aussitôt qu’on n’a plus besoin du courant.
- Enfin, et ce point est capital, la pile ne s’altère pas avec le temps, comme il. est arrivé pour celles qui l’ont précédée, et qui prenaient au bout de peu de temps une résistance intérieure considérable, d’où résultait un affaiblissement correspondant.
- A. Niaudet.
- 1 Waltenhofen. Dinglers Pofytechnisches Journal, 1877, vol. CGXXIV, p. 267.
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- LA CONGÉLATION DES LACS
- ET I.E RAYONNEMENT TERRESTRE
- On connaît l’expérience classique citée par les traités de physique pour démontrer l’action du rayonnement nocturne : « Au Bengale, le refroidissement nocturne est utilisé pour obtenir de la glace. A cet effet, pendant les nuits sereines, on expose sur le sol, en ayant soin de les isoler sur des substances non conductrices, comme de la paille ou des feuilles sèches, de grands vases plats remplis d’eau. » Par l’effet du rayonnement nocturne, ces vases se refroidissent assez pour que l’eau se congèle, même quand l’air est à 10° au-dessus de zéro. L’hiver extraordinaire que nous venons de traverser nous présente une démonstration bien plus saisissante encore et bien plus grandiose.
- Nous avions vu, en décembre et en janvier, la plupart des lacs suisses du nord des Alpes se congeler les uns après les autres (les lacs de ÂValenstadt, de Thoune et de Brienz sont seuls restés jusqu’à la fin libres de toute glace). Vers le milieu de lévrier, le dégel a commencé et, sous l’influence d’une température printanière, les uns après les autres, les lacs se sont débarrassés de glace. Or, c’est précisément ce moment que le lac Léman a choisi pour se couvrir à trois reprises d’une légère couche glacée. Dans la partie étroite et peu profonde que nous appelons le Petit-Lac et qui s’étend entre Nym et Genève, l’on a vu, les 9, 14, 15 et 16 février et 1er mars, d’immenses champs de glace, d’une épaisseur allant jusqu’à 15 millimètres, couvrant des kilomètres carrés, se former pendant la nuit, pour disparaître pendant le jour sous les ardents rayons d’un soleil déjà très chaud.
- Et cependant le thermomètre ne descendait pas très bas; ce n’étaient plus ces froids de—10° à —15° que nous avions eu en décembre et en janvier, et qui s’étaient montrés impuissants à faire geler le lac. Voici, d’après l’observatoire de Genève, les températures du maximum de la veille et du minimum de la nuit où la congélation a été signalée :
- Maximum. Minimum.
- 8 février... + 2°,3 — 1°,5
- 13 - +11»,4 — 4o,2
- 14 — .... + 4o,0 — 3°,5
- 15 — .... +4o,6 — 2°, 3
- 29 - .... + 8°, 5 — 1°,7
- Le même phénomène s’est reproduit d’une man ièr bien plus saisissante encore sur les lacs de Morat et de Neuchâtel, dans la nuit du 10 au 11 mars. En voici les circonstances les plus intéressantes :
- La glace, qui, depuis le 18 décembre 1879, couvrait le lac de Morat d’une couche continue et qui avait atteint jusqu’à 40 centimètres d’épaisseur, a commencé à se disloquer le 4 mars ; le 5 mars elle mesurait encore 15 centimètres d’épaisseur, le
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- 6 mars elle couvrait encore les Irois cinquièmes de la superficie du lac, le 8 mars elle était entièrement fondue, et le lac, débarrassé de glaces, s’ouvrait de nouveau à la navigation, après quatre-vingt-deux jours de chômage. On peut voir dans la rapidité de la disparition de la glace la preuve de la puissance du soleil dans ces beaux jours du premier printemps.
- Le soleil continuait à réchauffer l’air et l’eau, et l’on pouvait croire l’hiver vaincu, quand le 11 mars, au matin, l’on a vu le lac de Morat couvert de nouveau d’une couche de glace qui l’envahissait presque entièrement. La même pellicule glacée a été vue dans la même nuit sur le lac de Neuchâtel (et aussi sur le lac de Constance). Qu’était il arrivé, l'hiver était-il revenu? Non, à en juger par les données suivantes de l’observatoire de Neuchâtel :
- Moyenne. Minimum. Maximum.
- 10 mars..... + 8°,5 -4- 2°,5 + 17°,6
- 11 mars..... + 9°, 8 —|— 2°, 7 + 19°, 2
- Dans celte nuit, le thermomètre n’est pas descendu à Morat au-dessous de zéro, et marquait à sept heures du matin -f- 2,5. A Lausanne, le minimum était de -h 6°.
- Comment expliquer ce phénomène de la congélation des lacs par des jours de printemps?
- Tout d’abord il a fallu que le lac, dans la partie du moins qui a été congelée, fût à une température nféricure à 4° pour que l’eau de la surface, se refroidissant à 0°, fût plus légère que les eaux plus profondes; cela n’a pas besoin de démonstration. En second lieu, il a fallu une perte de chaleur énorme par la surface, perte de chaleur qui dépassât assez en intensité la conductibilité de l’eau pour que les couches supérieures pussent descendre à 0°; il a fallu enfin une perte de chaleur en plus de 4,8 à 10 calories par décimètre carré pour le changement d’état d’une épaisseur d’eau de 5 à 10 millimètres qui sera transformée en glace.
- Tel a été le mécanisme de cette perte de chaleur, Ce n’est pas par le contact de l’air froid; la température la plus basse que nous ayons notée à Genôvea été — 4°,2; à Neuchâtel, le thermomètre n’est pas descendu au-dessous de zéro. Or l’expérieuce de cet hiver nous a appris qu’il faut des froids de —15° à — 20° pour amener la congélation des lacs par des temps couverts, et encore cette congélation est très irrégulière et très inégale. Non, c’est par la chaleur émise par rayonnement en l’espace dans une nuit sereine. Toutes les nuits où les lacs ont été ainsi surpris par la glace, ont été pures et sans nuages, et l’on a presque toujours noté de la gelée blanche. Le même froid qui sur nos prés fait geler la rosée et produit la gelée blanche, ce même froid sur l’eau de nos lacs détermine la formation de la mince pellicule de glace que l’on a observée ce printemps.
- Ce phénomène de la congélation de la surface du
- lac par la nuit sereine d’un jour de printemps n’était pas connu dans nos climats; sur le lac Léman il n’a, en tous les cas, jamais été observé.
- Dr F. A. Forel.
- GELÉE GR0SEILLÉE
- Dans notre numéro 555 du 20 mars 1880, nous avons publié sous le titre : Une nouvelle falsification des confitures, un article qui nous a été adressé par M. le docteur J. de B., d’après un travail antérieur deM. Ménier, professeur à l’École de médecine de Plantes. Nous apprenons que, dès le 30 juin 1879, M. Ménier avait fait paraître dans les journaux de Nantes la lettre suivante, qui modifiait complètement le sens de ses conclusions en ce qui concerne les producteurs :
- Monsieur le rédacteur,
- Le mot falsification, employé dans mon travail, a vivement ému le fabricant auquel il s’appliquait. Il affirme qu’il n’a jamais eu l’intention de tromper les consommateurs ni les intermédiaires et qu’il a vendu sa gelée pour ce qu’elle est. Sa conduite ne peut donc être suspectée de déloyauté.
- Je né conteste pas le bien fondé de la réclamation qu’il m’a adressée à cet égard; en faisant ce travail, je n’avais en vue que de rechercher, dans l’intérêt de l’hygiène, la nature du produit et nullement d’incriminer les intentions du producteur.
- Veuillez agréer, monsieur le rédacteur, l’assurance de ma considération distinguée.
- Ch. Ménier.
- Cette lettre, que nous regrettons de n’avoir pas connue, devait être placée sous les yeux de nos lecteurs, et nous pensons qu’il n’est pas trop tard pour le faire. — La gelée groseillée est un produit spécial, très économique, et vendu pour ce qu’il est ; il a été apprécié comme matière alimentaire et au point de vue hygiénique par plusieurs chimistes compétents, parmi lesquels nous mentionnerons M. H. Pellet, qui vient de publier à ce sujet une intéressante notice, que nous envoyons encartée dans toutes les livraisons de la Nature adressées à nos abonnés. — Nos autres lecteurs, acheteurs au numéro, etc., pourront se la procurer gratuitement à la librairie G. Masson.
- Nous sommes heureux de pouvoir donner ainsi satisfaction à d’honorables commerçants qui, à la lecture du nouvel article de M. J. de B., nous ont fait parvenir leur légitime protestation.
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES
- Le Congrès de l’Association française se tiendra cette année dans la ville de Reims. Il aura lieu du 12 au 19 août 1880.
- Nous publions les noms des notabilités qui composent le bureau du comité local de Reims : président d’honneur, M. le maire de Reims ; président, M. Poulain, ancien maire de Reims, manufacturier; vice-présidents, MM. Loriquet, bibliothécaire, docteur Lemoine, Nivoit, ingénieur des mines, J. Martin, manufacturier ; secrétaire général, docteur Langlet ; secrétaires, MM. le docteur Bulteau, H. Poitevin, Alph. Gosset, Louis Pommery; trésorier, M. Garnier.
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- LA NATURE.
- MOTEURS HYDRAULIQUES
- DE PETITE PUISSANCE
- Les deux petits appareils que nous allons décrire résolvent d’une façon particulièrement intéressante le problème de la distribution de petites forces à domicile, partout où l’eau sous pression de 20 à 40 mètres et davantage peut être fournie en abondance et vendue à un prix assez modéré.
- Fig. I. Moteur hydraulique Dufort.
- Moteur II. Dufort. — Le moteur Dufort, que nous représentons en perspective ligure 1 et en coupe longitudinale figure 2, n’est autre chose qu’une petite turbine de 6 centimètres de diamètre et de 1 centimètre d’épaisseur, munie de vingt ailettes coudées à angle droit, rivées à deux disques qui servent à les maintenir. L’eau sous pression arrive en A (tîg. 2); un tiroir, manœuvré par une crémaillère B, démasque plus ou moins l’orifice C; le jet d’eau vient frapper les parties des
- Fig. 2. Coupe du moteur Dufort (1/3 grandeur d'exécution).
- ailettes qui se trouvent dans la direction des rayons, la force centrifuge agit ensuite sur la seconde partie des ailettes, et après avoir produit son effet, l’eau s’échappe presque sans vitesse par le large orifice E. Notons en passant que le même appareil peut servir aussi pour la vapeur et l’air comprimé. L’axe de la turbine traverse la boîte par les deux joues qui forment coussinets. La mise en marche se fait par un levier (fig. 1) manœuvré ordinairement par une pédale; l’arrêt se fait en fermant le tiroir,
- Fig. 3. Moteur hydraulique de Schmid.
- presque instantanément, car, le levier fixé sur l’axe de la crémaillère vient frotter sur une poulie placée sur l’axe et agit comme un frein puissant. La vitesse et la puissance de ce moteur, qui pèse 5 kilogr. à peine, varie entre 60 et 18 000 tours par minute, mais il va sans dire que son meilleur rendement a lieu pour des vitesses intermédiaires qui dépendent de la pression dont on dispose et du travail que le moteur doit accomplir.
- M. Humblot, employé à l’administration des lignes télégraphiques, a fait une intéressante application de ce moteur au télégraphe Hughes.
- Ce moteur, dans les conditions où il est appliqué, dépense 200 litres d’eau par heure, sous une pression de 20 mètres, ce qui représente un travail brut de 4000 kilogrammè-tres, soit 1,11 kilo-grammètres par seconde. 11 remplace le poids moteur de 60 kilogr., poids qui actionnait le télégraphe Hughes, et descendait de lm,10 toutes les deux minutes et demie, ce qui représente un travail effectif de 1584 ki-logram mètres par heure, soit 0,44 ki-logrammètre par seconde. Le rendement est donc de quarante pour cent : eu égard aux petites dimensions de l’appareil, à la faible quantité du travail produit, à la simplicité et à la commodité de l’appareil, ce rendement est très satisfaisant.
- En supposant une pression de 56 mètres d’eau et un rendement aqalogue, il faudrait dépenser 250 litres par heure pour produire un kilogram-mètre de travail net par seconde, travail suffisant pour faire agir une machine à coudre, un petit tour et une foule de petits outils de l’industrie parisienne. L’eau coûte à Paris 120 francs par an et par mètre cube. Le prix du kilogrammètre effectif
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- serait alors de huit centimes et demi par heure, soit dix centimes avec le graissage et autres menus frais.
- Ce prix, inadmissible pour produire un cheval-vapeur, qui coûterait sept francs par heure, n’a rien d’excessif lorsqu’il s’agit de produire un kilogram-mètre seulement et de supprimer par ce moyen l’emploi de la pédale et tous les inconvénients qui y sont attachés.
- Moteur Schmid, de Zurich. — Le moteur que nous allons maintenant examiner est employé sur une grande échelle dans plusieurs villes de la Suisse, où l’eau sous pression coûte bien moins cher qu’à Paris et est distribuée sous une pression beaucoup plus grande.
- Le moteur Schmid (fig. 5) est une machine à piston, à cylindre oscillant; il fonctionne donc
- Fig. 4. Moteur Sclunid. — Modèle pour machine à coudre.
- comme une machine à vapeur, mais sans détente, l’eau n’étant pas compressible. Les flèches indiquent, sans autre explication, l’arrivée et l’échappement de l’eau sous pression. Un réservoir d’air sert de régulateur et amortit le coup de bélier au moment de l’arrêt. Le rendement de cette machine est assez élevé, car il atteint 85 p. 100 dans des conditions favorables, avec une moyenne variant de 75 à 80.
- La figure 4 représente le même moteur, mais sous de plus petites dimensions. Le cylindre est vertical; l’eau arrive dans une petite chambre recouverte d’une glace épaisse sur sa face antérieure, par un simple tuyau en caoutchouc, emmanché sur un bout en laiton, analogue à celui des fourneaux à gaz, le caoutchouc formant joint automatique.
- La figure 5 représente le moteur Schmid installé pour actionner une machine à coudre. Le diamètre du cylindre est de 25 millimètres, la course est égale au diamètre : avec une pression de 25 mètres d’eau et une dépense de 150 à 450 litres, il peut
- faire marcher une ou deux machines à coudre, en tournant à une vitesse de 100 à 500 tours par minute; son poids ne dépasse pas 7 kilogrammes.
- Dans une communication faite à la Société d’encouragement, M. Hervé Mangon signale une très intéressante application, fréquemment faite à Zurich, du moteur Schmid.
- Un petit chariot, assez léger pour être traîné par deux hommes, porte une scie à ruban mise en mouvement par un moteur hydraulique à piston; cette machine sert à scier le bois à brûler à domi-
- Fig. 5. Moteur Schmid appliqué à une machine à coudre. — A, robinet d’arrêt ; B, tuyau d’arrivée en caoutchouc ; C, tuyau d’écoulement ; D, support de la poulie de transmission ; E, frein tendeur mis en action par la pédale de la machine à coudre ; en tendant plus ou moins la corde F, on met la machine en mouvement plus ou moins vite, suivant les exigences du.travail ; l’arrêt se produit en levant le pied ; F, cordes de transmission ; G, volant et poulie à gorge.
- cile. On la conduit devant la maison du client ; on la met en communication, par un tuyau llexible, avec la bouche d’eau la plus voisine, et le travail commence immédiatement. Un ouvrier présente les bûches à la scie, le second les transporte du tas à la machine.
- La machine dépense 6 à 10 mètres cubes par heure, un compteur de tours fait connaître cette dépense; mais comme la ville de Zurich ne fait payer que 5 centimes le mètre cube d’eau, dont la pression est de 27 mètres dans les quartiers bas, le travail s’effectue rapidement et économiquement.
- Nous souhaitons vivement, avec M. Hervé Man-gon, qu’un mécanicien s’occupe de propager ces intéressantes applications de la force à domicile,
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- LA NATURE.
- mais il faudra avant tout que la ville abaisse beaucoup le prix de l’eau; c’est alors, et alors seulement, que nous pourrons suivre le bon exemple que nous donne aujourd’hui l’industrie helvétique.
- E. II.
- RAIES ET SQUALES
- PRODUITS Qu’lLS FOURNISSENT AU COMMERCE ET A L’INDUSTRIE.
- Les poissons, qui entrent pour une si large part dans l’alimentation publique, ne fournissent, en revanche, qu’un très petit nombre de produits à la médecine et à l’industrie. Encore ces produits médicinaux ou industriels sont-ils presque exclusivement empruntés aux Gades, aux Esturgeons, aux Raies et aux Squales.
- Laissant de côté dans cet Article l’étude des Gades et des Esturgeons, nous ne voulons entretenir aujourd’hui nos lecteurs que des animaux connus depuis Aristote sous le nom de poissons cartilagineux.
- Les Raies, qui approvisionnent largement tous nos marchés, paraissent avoir été peu recherchées des anciens. Aristote parle toutefois de celles-ci et en signale plusieurs espèces; la plus remarquable d’entre elles est la Pastenague de la Méditerranée ou Raie armée, que le grand naturaliste de l’antiquité décrit comme un poisson plat et armé d’un dard.
- Par sa forme singulière, par l’aiguillon aigu dont la queue est pourvue et qui, lorsque l’animal se débat, peut occasionner de cuisantes blessures, cette Raie devait, en effet, attirer de tout temps l’attention des pêcheurs. Les auteurs grecs et romains, et pour n’en citer que quelques-uns, Aristote, Pline, Elien, Oppien, croyaient que les plaies faites par le Trygon sont presque toujours mortelles, et cette croyance s’est propagée jusqu’à l’époque de la Renaissance; Salviani consacre, en effet, tout un long chapitre à la description des remèdes que l’on doit employer contre les blessures produites par le Turlur. Rondelet nous apprend également, d’après l’autorité de Pline, que l’on garnissait parfois les javelots et les flèches de l’aiguillon de la Pastenade, de telle sorte, dit notre vieil auteur, que « Circê donna un de ces dards à Télégone, pour en user contre ses ennemis, toutefois il en tua son père (Ulysse) sans i mal penser ».
- Nous devons, en passant, dire que la Raie a été plusieurs fois figurée sur les monuments épigraphiques qui sont arrivés jusqu’à nous. D’après Pembrock, en effet, l’on a trouvé à Tarente une médaille d’Archytas, philosophe pythagoricien qui vivait du temps de Denys le Tyran, médaille sur laquelle la Raie se trouve gravée.
- Si, à l’époque du Ras-Empire, les poissons cartilagineux étaient généralement peu recherchés, ces ani-
- maux étaient par contre très estimés des peuples du Nord ; une charte datée de 966, et octroyée par Ethelred I’r, roi des Anglo-Saxons, confirme, en effet, à l’abbaye de Barton une donation de six mille Raies, d’après le Monasticon anglicanum de Dugdale.
- Bien que moins comestibles que les Raies, les Squales servent à l’alimentation, et certaines espèces sont aujourd’hui mangées sur les côtes de la Méditerranée sous le nom de Thon blanc. Les Japonais font usage, ainsi que plusieurs peuplades des îles de la Polynésie, de quelques Requins que l’on fait attendrir par une demi-putréfaction.
- Parmi les Squales les plus estimés, nous citerons celui que l’on désignait déjà à l’époque de la Renaissance sous le nom d'Ange ou d’Angelot, bien que Rondelet nous apprenne que ce « poisson sent mauvais, e est de mauvais gouct, de chaire dure ». Le grand Requin qui est connu sous le nom de Squale-nez, de Taupe de mer, de Loutre et de Trouille-bœuf, est salé et fumé par les pêcheurs de la mer du Nord, qui lui donnent le nom de Latour. L’on prépare aussi dans quelques localités la Roussette commune ou Chien de mer, bien que la chair en soit dure et indigeste ; l’on mange à l’état frais, dans les pays Scandinaves, sous le nom de Haege, l’Emisôle, cet animal moins vorace que les autres Requins, dont la dentition, semblable à celle des Raies, se compose de dents disposées en pavés et régulièrement agencées comme les pièces d’une mosaïque.
- Les ailerons des Requins entrent pour une large part dans l’alimentation des habitants du Céleste Empire ; la pêche des Squales est, dans la mer des Indes, l'objet d’un commerce si important que nous devons en parler ici.
- Le docteur Buist nous apprend dans les Pro-ceedings de la Société zoologique de Londres qu’en 1850, à Koratchi, port important situé à l’embouchure de l’indus, dans la principauté de Sindhy, les bateaux occupés à cette pêche capturaient environ 40 000 Squales chaque année.
- D’après le Dictionnaire du Commerce, publié par Guillaumin en 1839, les nageoires de Requins sont recueillies avec soin dans toutes les mers, depuis la côte orientale d’Afrique jusqu’à la Nouvelle-Guinée ; « dans les prix courants de Canton, elles sont cotées aussi régulièrement que le thé et l'opium, le prix ayant varié de 15 à 18 dollars par pécul, ce qui fait de 127 francs à 152 francs par 100 kilogrammes. » D’après M. Rondot, à Canton seulement, l’importation a été, en 1847, de 700 000 kilogrammes, valant 1 200 000 francs, introduits par les navires européens; dans ce chiffre ne sont pas compris les animaux expédiés par les jonques chinoises, cochinrhinoises, malaises et siamoises, dont elles constituent le principal chargement; le prix variait à cette époque entre 1 franc et 6 francs le kilogramme.
- Les ailerons de Requins viennent des points les
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- LA NATURE
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- plus divers, ainsi qu’on peut en juger par le tableau suivant, emprunté à M. Buist :
- Provenances. Kilogr. Valeur.
- Côte d’Afrique 5.212 5.295
- Mer Rouge 74.694 76.965
- Malabar 27.734 26.892
- Sindhy. 57.494 62.690
- Koratchi 29.486 32.740
- Côte de Konkay 34.620 35.295
- 229.240 239.877
- Les îles de l’Océanie fournissent aussi leur large part dans les cargaisons destinées à la Chine.
- Les Squales sont harponnés ou pris au filet. Les animaux étant traînés sur le rivage, on leur coupe les nageoires, que l’on fait sécher au soleil ; la chair elle-même est divisée en longues lanières qui sont salées pour l’alimentation; du foie l’on extrait une huile qui sert principalement dans l’industrie pour assouplir les cuirs.
- Préparées pour être mangées, les nageoires ou ailerons, dit M. Auguste Duméril, auquel nous avons emprunté plusieurs des détails dans lesquels nous venons d’entrer, les nageoires sont réduites à l’état de filaments minces, à demi transparents et llexueux, de longueur inégale, d’un jaune d’or brillant et d’un aspect qui rappelle celui de la corne. L’on fait avec cette matière, de même qu’avec les nids de Salanganes, une sorte de potage, d’un goût très apprécié des gourmets de l’Extrême Orient.
- Les anciens paraissent avoir absolument méprisé la chair des Squales; sous l’Empire romain, l’on s’emparait de ces animaux, sur les côtes d’Italie, pour s’en procurer la peau ; ce fut, d’après Noël de la Morinière, une industrie abandonnée à la dernière classe des pêcheurs.
- La peau des Squales, rugueuse et rude au toucher, est revêtue d’une quantité de grains rapprochés et saillants, que l’on connaît sous le nom de scutelles, et dont l’analogie avec les dents a été démontrée par l’étude microscopique. Ces scutelles présentent des formes et des dimensions très dilfé-rentes, suivant les groupes de Sélaciens; très petites chez les vrais Requins, elles sont beaucoup plus développées chez les Chiens de mer; en forme de petits cônes carénés chez les Oxyrhines, par exemple, les grains de la peau sont arrondis et disposés en pavé chez les Centrophores, ainsi qu’on le remarque chez certaines Raies.
- Dès la plus haute antiquité, l’on avait observé que la peau des Squales est âpre et rugueuse, ainsi que nous l’apprend Aristote; parlant de la peau des poissons, Pline, Oppien et Athénée nous disent qu’elle peut être assez dure, comme chez la Squatine, pour polir le bois et l’ivoire. La peau des Requins servait au polissage de l’ivoire et des métaux précieux, au moyen âge et pendant la Renaissance; Rondelet, dans son Histoire des Poissons, publiée en 1558, écrit que la Squatine « a le cuir aspre é dur asses
- pour polir le bois et l’iuoire » et que le Chat rochier (la grande Roussette), « a la peau dure é si rude qu’on en pourvoit polir le bois et l’iuoire; on en couvre aussi des poignées depée». En 1555, Bellon rapporte que la peau de 'YAngelot « sert aux Italiens, a polir leurs boys, ainsi que la peau d’un Chien de mer sert à nous ». Boussuet, dans son curieux ouvrage sur la nature des animaux aquatiques, publié en 1558, parle aussi de l’usage que l’on faisait de son temps de la peau de Roussette :
- Euis ebur cute pollitur, tam dura vel aspra est.
- La peau de certains Squales, polie et teinte généralement en bleu ou en vert, était également recherchée pendant le moyen âge et à l’époque de la Renaissance pour en recouvrir des poignées d’épées ou de poignards, surtout chez les habitants des pays barbaresques. L’auteur d’un livre publié à Rome, en 1555, sur les poissons, livre très remarquable, tant par l’exactitude des descriptions que par la beauté et la fidélité des planches, Salviani, écrit « que les Turques se servent de la peau de la Squa-line pour faire des fourreaux de poignards, de sabres et de couteaux ».
- Actuellement encore, partout où les Sélaciens sont l’objet d’une pêche, leur peau est utilisée. Lesson nous apprend, par exemple, que dans les îles du Pacifique les naturels se servent des téguments de ces animaux pour polir les substances dures. Dans son voyage publié en 1619, François Pirard rapporte qu’aux Maldives l’on pêche de grandes Raies et que les naturels « les escorchent et de la peau sèche et bien tendue, en font des tambours, et ne s’en servent d’autres ».
- La peau des Squales est connue dans le commerce sous le nom de peau de roussette ou de chagrin, à cause de sa ressemblance avec certaines préparations de peau de mammifères, qui ont pendant très longtemps été l’objet d’une industrie spéciale aux régences de Tunis et du Maroc. Faisons remarquer, en passant, que M. Littré admet que ce mot de chagrin vient du turc sagri, qui signifie croupe, la peau de cette région chez le cheval, l’âne et le mulet étant la plus estimée pour la préparation dont il s’agit ici.
- La peau de Roussette est toute couverte de petits tubercules cornés qui lui donnent l’aspect d’une râpe; on en monte des morceaux sur des mandrins de bois constituant des outils de forme variée, suivant les besoins de l’industrie.
- La Roussette, le Sagre, la Centrine, la Leichc sont les espèces qui fournissent principalement la peau dite de Roussette.
- Les Roussettes ou Scylliens sont des Squales de taille médiocre, à nageoire anale distincte, portant sur le dos deux nageoires, dont la première est située un peu en arrière des ventrales; le museau est court et mousse, les narines s’ouvrent près de la bouche. Abondantes dans les mers du Gap et d’Australie, les Roussettes sont représentées sur
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- nos côtes par deux espèces connues dès la plus haute antiquité, la grande Roussette ou Rochier et la petite Roussette ou Roussette à grandes taches, que l’on désigne aussi sous le nom de Chat. C’est de cette espèce que Reion écrit : « Ce que les Grecs et les Latins ont appelé Canicule, qui est la derniere espece de leurs Musteles et Galeots, est uéritable-ment ce que nostre uulgaire nomme Chien de mer, duquel la peau aspre et rude sert aux menuisiers, artillers et charpentiers a polir leurs boys et ouuraiges. Il sert aussi a couurir les poignées des dagues et espees, pour les tenir plus seurement à la main ». Le corps est revêtu de petites scutelles
- acérées et .à trois pointes; à cause de l’abondance des Roussettes et dès lors, de leur bas prix, c'est la peau de ces’animaux qui est la plus répandue dans le commerce. Nous devons rappeler que l'on a utilisé pendant longtemps la peau du Chien de mer pour recouvrir le dessus des hoîtes d’alumettes ; l’emploi du papier de verre a supprimé cet usage.
- A la tribu des Spinaeiens appartiennent le Sagre (.Spinax niger) et la Centrine (Oxynotus eentrina), dont la peau sert aux mêmes usages que celle des Roussettes; cette peau est, en général, d’un gris brunâtre et présente l’aspect d’une râpe; chez l'Oxynole, les scutelles sont épineuses et
- Fig.^1. Trygon uarinik.
- donnent beaucoup de rudesse au toucher. Le Sagre a les scutelles d’une forme toute spéciale, formant de véritables épines fines, à pointe très aiguë, recourbées en arrière comme les dents d’une carde, extrêmement serrées les unes contre les autres et simulant, en quelque sorte, des poils. Chez ces deux animaux les nageoires du dos sont armées d'un aiguillon, la nageoire anale manquant. La Centrine et le Sagre habitent la Méditerranée et, bien que communes dans cette mer, paraissent avoir été peu connus des anciens, quoique « Athenée allégué Aristote nombrant ces poissons entre les Chiens de mer ». Rondelet nous apprend que « le foie de ces poissons se fond en huile, qui peut seruir pour mollir la dureté du foie de l’home, pour seruir aussi à brusler. Le fiel avec du miel, est bon
- contre les cataractes, le cuir est bon pour polir ». Parlant de la Centrine ou Regnard de mer, Reion écrit : « La peau de ce poisson sert aux menuisiers pour polir leur boys; mais la chair n’en est utile qu’a faire de l’huylle pour les lampes et pour les courroyeurs. »
- La Leiche ou Scymnus lichia, de la Méditerranée, fait partie de la même tribu que les deux genres dont nous venons de parler, mais en diffère par l’absence d’aiguillons dorsaux. La peau de cette espèce est, en général, d'un gris brunâtre; elle est couverte de scutelles disposées en quinconce et très rapprochées.
- Convenablement polie, cette peau fournit un faux galuchat, que l’on obtient également dans l’industrie avec la peau de l’Humantin et même de la
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- grande Roussette. Guibourt, dans THistoire naturelle des drogues simples, dit que l’on prépare ce produit « en usant par le frottement les écailles, qui laissant sur le derme l’impression d’un réseau carré, lequel devient très apparent en collant la peau ainsi préparée sur un papier vert, recouvrant lui-même les objets de gainerie auxquels on veut donner cette couverture ».
- Un faux galuchat est également fabriqué avec la peau du Gentrophore granuleux, et non de l’Ai-guillat, ainsi que le suppose Guibourt. La peau, vue à la loupe, paraît couverte de petites scutelles tuberculeuses, épaisses, disposées en quinconce,
- d’une transparence opaline et nacrée; la régularité de son grain et son éclat la font rechercher des gainiers et des armuriers pour garnir des étuis et des fourreaux de poignards. L’on s’en sert également, sous le nom impropre de requin de Chine, bien que l’espèce soit de la Méditerranée et surtout des côtes d’Algérie, pour en faire des étuis de i cigarettes, pour couvrir de petits coffrets et pour servir de revêtement élégant à des meubles de fantaisie.
- C’est avec la peau d’une Raie habitant la mer Rouge et la mer des Indes, Y Hypolophus sephen, désignée par les habitants de la côte de Coromandel
- Fig. 2. La Centrine.
- sous le nom de Wolga Tenku, que l’on obtient le vrai galuchat, ce produit ainsi désigné par le nom même de l’ouvrier parisien qui le premier sut polir la peau de cet animal et l’amener à un degré d’amincissement convenable ; les Raies trygon pourraient servir à un usage analogue.
- L’Hypolophe est une Raie appartenant à la section des Pastenagues, caractérisée par la disposition toute spéciale du système dentaire et l’arrangement des scutelles qui revêtent le corps. Les mâchoires sont fortement arquées. La partie supérieure du corps est coifverte de scutelles fort serrées, formant une sorte de mosaïque dont chaque pièce, un peu excavée à sa partie centrale, est légèrement crénelée au bord postérieur; sur le milieu de la ceinture scapulaire se voient trois tubercules beaucoup
- plus gros que les autres, dont la forme est presque circulaire; l’on doit noter, du reste, que les pièces qui composent l’éeaillure sont d’autant plus fines qu'elles sont plus éloignées du centre. La partie couverte de scutelles est d’un gris plombé, le ventre est de couleur claire, le reste du corps ayant une teinte d’un brun rougeâtre.
- La partie centrale du bouclier dorsal est celle qui fournit le plus beau galuchat. Lacépède nous apprend que, vers le commencement de ce siècle, l’on faisait venir d’Angleterre « de ces dépouilles de Sephen, de presque toutes les grandeurs, jusqu’à la longueur de soixante-cinq centimètres ou environ. La peau des Sephens parvenues à un développement plus étendu ne pourrait pas être employée comme celle des petites, à cause de la grosseur trop
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- considérable de ses tubercules ». L’industrie reçoit aujourd’hui surtout de la mer Rouge et des mers de Chine les Raies armées avec lesquelles l’on prépare le galuchat.
- H est un autre emploi des peaux de Raie que nous ne devons pas passer sous silence ; dans tous les pays du Nord, en Hollande principalement, l’on prépare avec les tubercules de la Raie bouclée une ichthyocolle, qui sert à clarifier les bières; il s’exporte chaque année, dans le Nord de la France et en Belgique, une quantité relativement considérable de peaux de Raies destinées à cet usage.
- Du foie si volumineux des Squales, l’on extrait une huile recherchée pour l’industrie et la médecine. Les Grecs savaient déjà mettre à profit ce produit, ainsi que le rapporte Aristote. La traduction Camus nous apprend, en effet, que « l’on tirait de l’huile du foie des Sélaques en le faisant fondre ».
- De nos jours, dit M. Auguste Duméril, « tous les peuples pêcheurs, quelques rivages qu’ils habitent, recherchent activement les Squales et les Raies, dans le but de se procurer cette utile substance ».
- L’industrie du chamoisage des peaux tire un parti très avantageux de l’emploi de l’huile de Squale; ce produit a été également proposé comme succédané de l’huile de foie de Morue.
- L’on vend parfois, sous ce dernier nom, de l’huile de Squale ou de Raie, qui n’est pas dépourvue de certaines qualités thérapeutiques, mais dont la valeur commerciale est beaucoup moindre; il importe, dès lors, de pouvoir distinguer les deux produits.
- Dans son intéressant rapport sur l’exposition internationale de pêche qui eut lieu en 1867, à Boulogne-sur-Mer, le docteur Henri Cazirt indique que l’acide sulfurique concentré, versé lentement et goutteii goutte, donne-avec l’huile de Squale une coloration d'un brun violet foncé, passant au grenat, puis au brun, au lieu de la coloration d’un rouge foncé qui serait produite par l’huile de Morue pure. Avec l’huile de foie de Raie, la tache est d’un violet brunâtre, n’atteignant pas le bord du dépôt d’huile ; le centre dé la tache devient rouge et se couvre destries brunes; il se forme une auréole d’un blanc grisâtre opaque, passant par places au jaunâtre. D’après MM. Girardin et Preissier, le chlore gazeux colore l’huile de foie de Morue en brun foncé; il n’en serait pas de même de l’huile de foie de Raie.
- Cette dernière, ainsi que l’huile de Squale, est, selon M. Auguste Duméril, employée « souvent avec succès dans le traitement des maladies où l’huile de foie de Morue produit des effets salutaires sur la santé générale. Pour combattre à son début le rachitisme, elle semble préférable à cette dernière. Les huiles de poissons agissent sur l’ensemble de l’économie et impriment à toute la constitution des modifications profondes ».
- E. Sauvage.
- RÉUNION GÉNÉRALE
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE (AVRIL 1880)
- SCIENCES PHYSIQUES
- Mesure spectrométrique des hautes températures. — M Crova, professeur à la Faculté de Montpellier, communique les résultats de ses recherches sur les radiations émises par les corps incandescents, et sur la mesure des hautes températures au moyen du spectromètre. Il a d'abord mesuré avec une pile thermo-électrique l’énergie mécanique des diverses radiations simples du spectre solaire et les a ramenées, au moyen des courbes de dispersion, au spectre normal obtenu par diffraction au travers d’un réseau de Frauenlioffer. Cela fait, il a abordé la même étude pour les autres sources lumineuses (lumière électrique, gaz, lumière Drummond, lampeà modérateur), et, au moyen du spectro-photomètre, il a mesuré en divers points du spectre les rapports des intensités lumineuses à celles des mêmes régions du spectre solaire. Connaissant l’énergie mécanique en divers points de ce dernier, il a pu dresser un tableau des énergies correspondantes dans les spectres des autres sources. Les nombres consignés caractérisent les températures d’émission de ces sources.
- Quand la température d’un corps incandescent s’élève, on sait, d’après Draper, que le spectre s’allonge de plus en plus vers le violet, et qu’en même temps les radiations déjà existantes dans le spectre augmentent d’intensité d’autant plus rapidement qu’el'es sont plus réfrangibles.
- Traçons la courbe suivant laquelle varie l’intensité d’un rouge déterminé (celui dont la longueur d’onde est X=0mm,000676) en fonction de la température, et de même celle d’un certain vert (X = 0mm,000523) ; la première de ces courbes commence vers 500°, l’autre vers 580°; mais la seconde se relève plus vite que la première. À 500°, le rapport des ordonnées de la seconde et de la première est nul : c’est là le0°de l’échelle optique que propose M. Crova. Si l’on appelle arbitrairement 1000 degrés la température optique de la lampe à modérateur prise comme terme de comparaison, la température optique exprimée en degrés de cette échelle s’obtiendra par deux mesures photométriques ; on prendra le rapport des intensités du rouge, puis du vert, dans la lumière de la source à mesurer et dans celle de la lampe modérateur. Le quotient de ces deux rapports multiplié par 1000 donne la température optique qui est proportionnelle au quotient des énergies mécaniques du vert (523) et du rouge (676) dans la source de température inconnue.
- M. Crova établit la concordance de l’échelle optique qu’il propose avec l’échelle centigrade, en faisant, au moyen d’un spectro-photomètre qu’il a ainsi transformé en spec-tro-pyromètre, des déterminations de ce genre sur les radiations émises par le réservoir en porcelaine dure d’un thermomètre à air porté à l’incandescence, dans un fourneau de graphite, par un puissant courant de gaz d’éclairage et d’air comprimé au moyen d’une trompe à vapeur.
- 11 n’a pu dépasser, dans cette comparaison, la température de 1650°, à laquelle la porcelaine se ramollit. Au delà, alors que les mesures thermométriques sont impossibles, se trouve Davantage des mesures optiques qui donnent des points de repère faciles à retrouver, et qui
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- permettront de fixer avec précision les plus hautes températures où la matière se vaporise et se dissocie.
- 1000 degrés optiques correspondent environ à 2000 degrés centigrades. La température des pointes de charbon de l’arc voltaïque est d'environ 3000 degrés optiques; celle du soleil de 4500 degrés optiques. On peut ainsi aborder l’étude de températures jusqu’ici inaccessibles aux mesures.
- Cette méthode est très ancienne, en ce sens qu’on a depuis longtemps évalué la température des sources incandescentes par les couleurs qu’elles prennent suivant la température. Mais autant est parfaite la méthode proposée par M. Crova, autant est peu précis le mode d'observation ancien. Il faut remarquer d’ailleurs que toute couleur excessive donne la sensation du blanc. Ainsi la lumière électrique, qui nous parait blanche, est rouge, comme on le voit manifestement dans le jour; la lumière solaire elle-même est jaunâtre.
- Chaleur de formation des polysulfures alcalins. — M. Filhol, professeur à la Faculté de Toulouse, qui a déjà longuement étudié les eaux minérales sulfurées, présente quelques observations curieuses sur les altérations de ces eaux.
- A Barèges, l’eau, incolore au sortir du griffon, jaunit bientôt et devient polysulfurée dans la piscine. A Ba-gnères-de-Luchon, le bain blanchit et devient laiteux. M. Filhol a trouvé l’explication de ces faits dans l’action simultanée de l’oxygène de l’air et de l’acide carbonique ; c’est ce qu’exprime l’équation suivante :
- 2NaS -f O -1- CO2 = NaOCO* + NaS*.
- 11 semble que l’oxydation devrait aller plus vile que la polysulfuration, vu la petite quantité d’acide carbonique qui existe dans l’air ; c’est en effet ce qui se produit lorsqu’on expose à l’air la dissolution d’un monosulfure : il se transforme en sulfate. Les choses se passent tout autrement lorsqu’on mêle à la solution du monosulfure une eau chargée d’oxygène et d’acide carbonique; on voit apparaître la couleur jaune verdâtre du polysulfure.
- A Bagnères-de-Luchon, l’eau minérale blanchit parce qu'on la mêle à de l’eau froide; il se forme un lait de soufre et un carbonate alcalin avec dégagement d’hydrogène sulfuré. Le même phénomène ne se produit pas lorsqu’on additionne l’eau minérale d’eau ordinaire à 40°. L’eau de Barèges ne blanchit pas parce que la source, étant moins chaude, n’a pas besoin d’être tempérée par de l’eau froide.
- Les eaux polysulfurées paraissent donc bien plus stables que les eaux monosulfurées. M. Filhol en a trouvé la raison dans l’étude des chaleurs de formation des polysulfures.
- Deux méthodes se présentent pour cette étude. La décomposition des polysulfures par les acides ou leur formation par l'addition d'iode au monosulfure ; c’est cette dernière voie que l’auteur a suivie.
- Si l’on ajoute au monosulfure de sodium de l’iode en quantité suffisante, on obtient du bisulfure de sodium sans dépôt de soufre ni production de sulfate. L’opération pouvant se faire dans un calorimètre, donne aisément la chaleur de formation du bisulfure.
- En ajoutant successivement une quantité convenable d’iode, on produit le trisulfure, le quadrisulfure et enfin le pentasulfure.
- L’expérience a montré que les polysulfures de sodium dégagent par leur formation, à partir des éléments : le
- bisulfure, 50 calories; le trisulfure, 30 calories; le quadrisulfure, 22 calories; le pentasulfure, 4 calories.
- Le bisulfure est donc le plus stable de la série.
- En ajoutant à une solution concentrée de monosulfure de sodium de l’iode en quantité insuffisante pour le transformer en bisulfure, on n’obtient pas de précipité de soufre, et il en est de même si l’on continue à ajouter de l’iode. En traitant de même une eau minérale sulfurée, on précipite le soufre dès que le sulfure est complètement transformé en bisulfure.
- Sur la demande de M. Corenwinder, M. Filhol décrit les efflorescences qu’il a rencontrées dans les galeries de B.ignères-de-Luchon. Il y a trouvé principalement des aiguilles volumineuses de sulfate de chaux, du sidfate de magnésie provenant de l’action de l’eau sulfurée sur des calcaires dolomitiques, des sulfates d’alumine, de fer et même de cuivre. Il a trouvé aussi, dans le fond des bassins, des couches de soufre de plusieurs centimètres, dont la formation parait assez rapide. De pareils dépôts se produisent à peine d’une façon sensible à Barèges.
- Action comparative de la lumière sur les sels d’argent. — M. Préaubert, professeur à Beauvais, a étudié l'action de la lumière salaire sur le chlorure, le bromure et l’io— dure d'argent, tous trois entrant dans la constitution du collodion impressionnable des photographes.
- Le chlorure rapidement attaqué s’altère bien vite dans 'intérieur de la masse. L’action sur le bromure est plus lente et moins complète. L’iodure est impressionné immédiatement à la surface, mais il ne s'altère que très lentement dans l’intérieur de la masse.
- M. Préaubert propose un nouveau^fnode de renforcement des épreuves négatives en photographie, basé sur ces observations. L’épreuve retirée du bain de fer est exposée, avant d’être fixée, pendant quatre ou cinq jours à la lumière; l’action sur l’iodure d’argent se continue là où elle a commencé; les blancs restent intacts et les noirs s’accentuent; la photographie est ainsi renforcée sans nouvelles manipulations et sans qu’il soit besoin d’un nouveau bain d’argent.
- L’expérience montre qu’il est avantageux de mettre l’une sur l’autre deux couches de collodion.
- L’auteur présente des négatifs qui justifient de l’excellence de son procédé.
- Observatoires climatologiques. — La définition hippocratique du climat fait intervenir à la fois les modifications atmosphériques, les actions telluriques et l’influence des eaux; cependant on ne considère généralement que la manière d’être de l’atmosphère et ses altérations représentées par la formule météorologique. On prend comme unité le climat d’habitat ; l’étude s’étend ensuite aux climats de localités, de régions, de contrées, de zones. C’est ainsi que le comprend l’auteur avec M. de Fonsagrive.
- L’unité climatique ne doit pas être choisie aux sommets des montagnes, qui ne sont pas, à proprement parler, des habitats. Il serait préférable d’adopter la maison d’école, autour de laquelle sont généralement groupées de nombreuses habitations. Chaque école pourrait devenir un petit observatoire météorologique, les instituteurs étant suffisamment exercés dans les écoles normales à ces sortes d’observations. Ce service pourrait, du reste, être surveillé par les inspecteurs.
- Il faudrait mettre dans chaque école des thermomètres à maximum et à minimum, un hygromètre, un baromètre, un pluviomètre même et un anémomètre; ce ne serait pas une bien grande dépense, et le gouvernement pour-
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- rait facilement, de concert avec les communes, fournir ce petit matériel d’un observatoire naissant. L’auteur pense que, l’élan une fois donné, cette institution pourrait fournir des renseignements précieux.
- Cependant, comme le fait remarquer un membre de la réunion, les observations météorologiques demandent un soin que n’y apporteraient pas la plupart des instituteurs. 11 y a de grandes diflicultés pour établir dans de bonnes conditions un pluviomètre et même un thermomètre, et il vaut mieux ne rien observer que d’amasser des nombres inexacts ou faux.
- Il faudrait donc que les instituteurs fussent bien pénétrés de l’importance des observations qu’ils auraient à faire.
- A. Leduc.
- — La suite prochainement. —
- LE PONT DU « FIRTH OF FORTH »
- Les côles de la Grande-Bretagne sont découpées par de nombreux estuaires, au fond desquels se sont établis ces ports bien abrités qui ont été le point de départ de la fortune maritime de ce pays. L’Écosse en particulier présente un grand nombre de golfes étroits et allongés qu’on appelle des firths et qui forment autant de sillons gigantesques, pénétrant bien au delà de la ligne normale des côtes à l’intérieur des terres, où ils découpent une foule d’îlesetde promdhtoires, qu’on a peine à distinguer sur la carte. Et ces sillons, qui constituent sans doute le dernier reste du travail d’érosion des anciens glaciers, atteignent parfois tout à coup des profondeurs considérables, bien supérieures à celles qu’on rencontre au large dans la mer du Nord, par exemple. Le fîrlh of Lane, qui isole l'île de Mull, ne présente pas moins de 220 mètres, et on trouve 250 mètres sur les côtes de l’île de Skie; le firth of Fortli, dans le passage rétréci de Queensberry, atteint plus de 60 mètres, tandis que la profondeur moyenne de la mer du Nord ne. dépasse guère 100 mètres. De plus, les bords des firths sont généralement formés de rochers abrupts amenés par les moraines des anciens glaciers et qui en rendent aujourd’hui l’accès particulièrement difficile. Dans de pareilles conditions, les voies ferrées, cherchant à atteindre les villes les plus importantes, ont dû suivre les côles et franchir les estuaires pour relier entre eux les ports qu’ils renferment. C’est ainsi qu’on s’est trouvé amené à construire ces ponts audacieux qui font époque dans l’histoire de l’architecture ; tels sont, par exemple : le pont de Britannia, qui franchit le détroit de Menai à une hauteur de 70 mètres, avec des arches de 140 mètres de portée, le pont de Saltash sur la Tamar ; nous pourrions citer également le pont tubulaire de Chep-stow sur la Wye, la merveille de Brunei, et ce viaduc du firth of Tay, le plus considérable peut-ctre de tous, véritable route de fer de 5156 mètres de longueur, que le terrible accident du mois de décembre dernier a rendu si tristement célèbre.
- Les trains traversent encore îaujourd’hui sur des bacs à vapeur le firth of Forth et cdui de la Severn en particulier, mais le jour n’est pas loin sans doute où ces estuaires seront franchis par des ponts plus audacieux peut être encore que (,eux que nous venons de citer.
- Pour le firth of Forth, les premiers travaux de construction des piles du pont sont déjà commencés. En face d’Edimbourg, la largeur du firth dépasse
- 10 kilomètres, mais l’estuaire se rétrécit brusquement à une faible distance à l’Ouest, et il présente entre Queensberry et North-Queensberry, qui est en face, sur la rive septentrionale, une largeur de 1450 mètres seulement, et il est en outre partagé en deux parties presque égales par l’ilot d’Inch Garvie. On a donc résolu de profiter de cet îlot pour y établir les piles intei’médiaires du pont, comme le représente la figure ; mais d’autre part, la profondeur des deux bras du fnth dépasse 60 mètres et
- 11 est impossible d’y établir aucune autre pile, et il sera nécessaire d’avoir de chaque côté une travée de 450 mètres environ pour aller rejoindre les deux rives. Pour franchir cette énorme distance, la plus considérable qu’on ait traversée jusqu’à présent d’une seule travée, M. Bouch, l’auteur du projet primitif, a songé à installer un pont suspendu analogue à celui de Brooklyn. Ce projet avait obtenu l’assentiment du Parlement et une société s’était déjà formée pour le mettre à exécution; toutefois l’idée était tellement audacieuse et, en particulier, l’érection du pont présentait tant de difficultés, que les maisons de construction les plus importantes avaient jusqu’ici hésité à s’en charger. Enfin le désastre du pont de la Tay est venu mettre le comble à ces préoccupations, et on s’est demandé si la violence du vent, dont on avait fait trop bon marché dans la construction du pont de la Tay, ne créerait pas un danger plus grave encore sur le Forth, par les oscillations que le courant communiquerait inévitablement à un pont suspendu. En présence de ces difficultés, le Parlement a cru devoir nommer une seconde commission pour étudier à nouveau les dessins et voir s’il ne serait pas possible d’adopter un mode de construction moins aléatoire; la discussion est donc ouverte à nouveau sur les différents projets en présence. Celui dont nous donnons ici le dessin est publié par l’Engineering; il se recommande par une conception tout à fait originale, ainsi que nos lecteurs pourront en juger par la description des deux projets.
- Le pont entier doit avoir vingt-neuf arches, les arches extrêmes ayant une portée de 50 mètres seulement, mais pour la traversée du firth proprement dit, les deux projets conservent les piles centrales sur l’îlot d’Inch Garvie. Dans le projet de M. Bouch, ces piles sont formées de piliers en maçonnerie de 9 mètres de hauteur environ, sur lesquels s’élèvent des colonnes atteignant la hauteur vertigineuse de 170 mètres. Chaque pilier comprend quatre colonnes écartées de 50 mètres dans le sens longitudinal et
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- de 40 mètres dans le sens perpendiculaire, et chacune d’elles est supportée par un bloc isolé de maçonnerie. Les deux piliers bâtis dans l’ile sont séparés par une arche de 50 mètres de longueur, qui franchit l’inch Garvie. Quant aux deux grandes travées de 450 mètres, elles sont supportées par des chaînes qui s’élèvent sur le sommet des colonnes et sont amarrées à la hase des piliers. Les poutres de la plateforme du pont sont suspendues aux deux chaînes par l’intermédiaire de tirants verticaux et, pour obtenir une certaine rigidité, on a disposé aux deux extrémités de la travée des tirants inclinés formant une sorte d’éventail, dont le centre est fixé sur le pilier correspondant de soutènement. En outre, chaque travée est double, pour ainsi dire, car elle est formée de deux plateformes isolées avec 30 mètres d’écartement et portant une voie chacune. Ces deux plateformes restent distinctes pendant toute la traversée du pont, elles sont seulement entretoisées à des distances très rapprochées pour raidir le pont, et elles se réunissent en arrivant sur les deux rives. Les poutres du tablier sont attachées d'une manière rigide à une extrémité seulement, l’autre extrémité est libre de se mouvoir
- dans une glissière horizontale fixée à l’un des piliers et destinée à empêcher les déplacements verticaux. La hauteur du tablier du pont au-dessus du niveau del’eau est de 50 mètres environ.
- Le danger principal qu’entraîne cette disposition 'provient du grand écartement des points de suspension et du peu de rigidité des chaînes eu égard à leur grande longueur et à la flèche considérable qu’elles présentent; il est à craindre en effet quelles n’entrent trop facilement en vibration, sous l’action du vent par exemple, et qu’elle ne perdent ainsi une grande partie de leur résistance au moment du passage d’un train chargé.
- Enfin il faut ajouter que l’érection d’un pont suspendu présente de grandes difficultés dans de pareilles conditions. Il faut avoir recours à la chaînette et tisser le câble, en le lançant comme on l’a fait pour certains ponts d’Amérique, ou apporter un à un les anneaux de la chaîne définitive le long d’un câble temporaire. Il faut ensuite maintenir la chaîne immobile, en la reliant vers les extrémités aux piliers par des tirants inclinés, auxquels on donne une tension initiale pendant que le milieu oscille librement. Pour la construction du tablier propre-
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- ment dit, on pourra commencer vers les extrémités, par exemple; mais il ne faut pas oublier que la forme et la tension de la chaîne iront eu s’altérant à mesure de l’avancement du travail, et il deviendra nécessaire de modifier d’une manière correspondante la longueur et la tension des tirants.
- Le projet que nous représentons dans la figure ci-contre remplace les chaînes du pont suspendu de M. Bouch par une sorte de voûte articulée en fer, ayant sa naissance sur les piliers extrêmes, au niveau de la haute mer, pour alteindre à la clef une hauteur de 130 mètres. L’épaisseur de la voûte à la naissance est de 13 mètres et de 6 mètres à la clef. Le tablier du pont est suspendu à une hauteur de 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, et ce qui fait la grande originalité du projet, il s’élève au milieu de la hauteur de cette voûte ; il repose aux extrémités sur des colonnes partant des naissances, il traverse ensuite la voûte, avec laquelle il est solidement fixé, puis il est soutenu vers le milieu par des tirants verticaux écartés de 20 mètres environ, qui descendent du haut de la voûte. Chaque travée comprend également deux tabliers de 6 mètres de large environ, comme dans le projet Bouch, mais ils sont maintenus à une distance plus considérable, atteignant 40 mètres, et, en raison de la forme de la voûte, il est possible de les entretoiser plus solidement, afin de donner une grande rigidité au système.
- Nous ne pouvons dire encore lequel des deux projets sera définitivement adopté, mais celui que nous venons de décrire nous paraît nouveau et particulièrement original ; et, quelle que soit la décision définitive, le pont de Forth, s’il est solidement construit, avec ses deux travées énormes, marquera un perfectionnement important dans la construction des ponts et il pourra dignement prendre place à côté de ces ponts merveilleux dont la Grande-Bretagne est si fière.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- CHRONIQUE
- Le» mines de l’Oural. — L’exploilation des mines de l’Oural s’est visiblement ranimée ces derniers temps. Il n’est pas rare qu’il se forme de nouvelles compagnies pour exploiter les mines d’or, de fer, etc. Dans les endroits les plus sauvages, là où il y a quelques années encore régnait un silence de mort, vous entendez aujourd’hui résonner le bruit du marteau des ouvriers ou bien retentir leurs joyeuses chansons. Un entrepreneur a pris à ferme des terrains appartenant aux Baschkirs, et l’exploration de ces terrains a fait découvrir beaucoup de minerais promettant de riches bénéfices. Le pays n’y perdra rien, vu que l’exploitation de nouvelles mines ne peut que contribuer à l’augmentation du salaire des ouvriers et par conséquent au bien-être des habitants.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 avril 1880. — Présidence de JI. Becquerel.
- Diffusion de l'ammoniaque. — Il résulte des analyses nombreuses de M. Pellet que l’ammoniaque entre dans la consl itution normale des tissus vivants, animaux et végétaux. La chair de bœuf, par exemple, en renferme des quantités très notables. La sève de la betterave à sucre en est si riche que la récolte annuelle de cette racine représente en France 200 000 kilogrammes d’ammoniaque, ou plus de 1 million de kilogrammes de sulfate ainmo-nique.
- La gélose. — On sait que Payen a désigné sous le nom de gélose une matière abondante dans certains lichens appelés vulgairement mousse de Chine. La gélose tire son nom de sa propriété de donner lieu à une gelée incolore qui solidifie un poids d’eau vraiment prodigieux. M. Henri Morin, qui vient de soumettre cette curieuse substance à une nouvelle étude, a reconnu qu’elle contient de l’acide mucique, principe immédiat jusqu’ici à peu près spécial à la gomme arabique.
- Géologie suisse. — Le secrétaire perpétuel mentionne une étude géologique avec carte du canton de Genève. Nous nous proposons de revenir avec quelques détails sur ce travail, dont l’auteur est M. le professeur Alphonse Favre.
- Percement .de l'isthme américain. — A peine revenu à Paris depuis quelques jours, M. de Lesseps annonce que le résultat de son exploration de l’isthme de Panama est une démonstration complète de la parfaite praticabilité du percement. On sait que notre compatriote était accompagné d’une commission de douze ingénieurs, secondés par cent cinquante pionniers : tous ces explorateurs sont unanimes pour penser que l’entreprise n’offrira aucune difficulté sérieuse.
- D’abord, pour ce qui est du climat, M. de Lesseps déclare que l’Amérique centrale a été affreusement calomniée. Personne pendant le voyage n’a été malade, et il résulterait d’enquêtes très sérieuses que certaines maladies, telles que la variole et la fièvre jaune, s’éteignent d’elles-mêmes très rapidement dès qu’on les transporte à Panama : aussi ce pays ne connaît-il point la pratique des quarantaines.
- En ce qui concerne le côté technique, il parait que le tracé, qui suivra exactement le chemin de fer, est constamment sur des couches meubles faciles à travailler à la drague. On n’aura qu'un pic à entailler sur la ligne de partage des eaux, mais il est constitué de roches peu dures; de plus, les déblais qu’il fournira trouveront un emploi immédiat dans la construction d’une digue voisine nécessaire pour prévenir en un point des crues désastreuses tant qu’elles ne sont point maintenues. La digue sera d’ailleurs d’une dimension inférieure à celte de travaux analogues qui existent en France, en Espagne et en Belgique, et ne présente par conséquent aucune difficulté spéciale. En somme, il ne manque donc plus que de l’argent pour que le percement passe au rang des faits accomplis.
- Les brebis du Larzac. — C’est un caractère très constant de la race ovine de ne présenter que deux mamelles, et M. Darwin a d’ailleurs posé en principe que les organes sont d’autant moins sujets aux variations qu’ils se répètent en plus petit nombre. Or, M Taillant (de Montpellier) signale ce fait, que les brebis de Larzac possèdent très fréquemment quatre mamelles. Cette anomalie est
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- d’autant plus intéressante qu’il parait légitime de l'attribuer, au moins en partie, aux manœuvres que les laitiers des hautes Cévennes font subir à leurs troupeaux : on sait qu’au lieu d’une traite simple, les brebis sont soumises à une triple manipulation, dont la dernière est une sorte de battage, avec le dos de la main, des organes lactifères. M. Bouley ne regarde pas comme impossible que cette sorte de gymnastique ne puisse avoir pour conséquence les variations signalées dans les organes mammaires.
- Guérison de Véléphantiasis. — Un médecin du Brésil, M. Moncorvo, avait déjà reconnu que l’application des courants électriques intermittents apporte parfois à l’élé— phanliasis une amélioration sensible. 11 annonce aujourd’hui que la guérison de cette affreuse maladie, jusqu’ici incurable, s’obtient souvent lorsque dans le traitement on fait un usage simultané des courants intermittents et des courants continus. M. Gosselin, qui présente le mémoire du praticien américain, parait y attacher une réelle importance.
- Ornithologie. — Notre savant collaborateur M. Ous-talet, aide naturaliste au Muséum, termine la séance par la lecture d’un important mémoire sur les Gallinacés de la famille des Mégapodidés. Ce travail, qui a conduit l’auteur à visiter en détail les principaux musées de la France, de l’Angleterre et de la Hollande, a eu pour résultat l’établissement d’une espèce nouvelle, le Talegallus Bruijnii, qui mérite de devenir le type d’un genre particulier.
- Les Macropodidés constituent un type zoologique très ancien, manifestant encore des affinités avec les reptiles, puisqu’ils pondent des œufs énormes, dont ils confient l’incubation aux rayons du soleil. M. Oustalet pense que ces animaux étaient peut-être, à une époque reculée, cantonnés déjà dans la région indo-australienne, qu’ils habitent encore aujourd’hui.
- Candidature. — M. Marcel Deprez demande à être compris sur la liste des candidats à la place devenue vacante dans la section de mécanique, par suite du décès de M. le général Morin.
- Stanislas Meunier.
- —c.<>«—
- MÉTÉOROLOGIE DE MARS 1880
- Mars 1 880 est caractérisé comme les mois précédents, de novembre, décembre et janvier, par une prédominance excessive des fortes pressions barométriques sur l’Europe centrale et occidentale. Les bourrasques suivent donc encore de préférence deux trajectoires principales, l’une située dans les régions boréales, l’autre sur le bassin méditerranéen. Au Nord, deux dépressions seulement sont à remarquer entre l’Angleterre et l’Islande, mais elles sont très nombreuses vers la Russie; au Sud, une seule mérite d’être étudiée.
- Grâce à l'action des rayons solaires, qui, par un ciel presque constamment pur, s’est fait sentir avec énergie, les températures, basses la nuit, se sont beaucoup élevées pendant le jour et la moyenne a été presque toujours supérieure à la normale, quoique des gelées nocturnes accompagnant le hâle de mars aient été fréquemment signalées.
- Les phénomènes caractéristiques sont les suivants :
- 1° Les quatre premiers jours, le baromètre est au-dessous de 760mm à Paris, le ciel est pluvieux, la Manche et l'Océan sont agités. L’état atmosphérique avait été signalé comme très mauvais dès le 1er mars, il s’aggrave le 2 et une tempête violente sévit le 5 sur la Manche.
- 2° A partir du 5 mars, la situation change; une période de beau temps est annoncée, elle commence le 7 et dure jusqu’à la fin du mois. Du 7 au 51, en effet, quelques gouttes d’eau seulement sont recueillies à Paris, les vents d’entre N. E. et S. E. dominent, le ciel est pur, d’une limpidité extraordinaire, l’air est sec, et l’état hygrométrique s’abaisse jusqu'au chiffre extraordinaire de 21 centièmes (le 18 et le 25) et de 7H centièmes (le 20).
- Le 51 mars, un changement complet est annoncé dans la situation atmosphérique, et, le 1er avril, nous entrons de nouveau dans un régime de pluies et de tempête. La période de beau temps qui règne depuis le 7 est donc terminée. Les pluies commencent avec avril, et nous pouvons espérer voir se justifier le proverbe :
- Pluie de février, hâle de mars,
- Pluie d’avril et rosée de mai,
- Rendent le cœur du laboureur gai.
- — Parmi les dépressions boréales, la plus remarquable est celle du commencement du mois. Elle est de premier ordre (710mm) le 1er et son centre se trouve au nord-ouest et très près des Hébrides ; le 2, nous la voyons au nord des Shetland, elle est devenue du deuxième ordre (720imu); le 5, elle se propage vers la mer du Nord et amène une violente tempête sur la Manche et la Bretagne; le lendemain, elle disparaît en longeant la côte norvégienne.
- Une autre dépression analogue (755mra) se montre encore près de Feroë le 51 mars, causant une baisse barométrique de 22mm aux Hébrides; son centre marche rapidement vers Bruxelles, la baisse qui l’accompagne est très forte, et c’est à son arrivée soudaine qu’il faut attribuer l’explosion de grisou qui, le 1er avril, faisait au charbonnage du Bois-de-la-Haie, près de Mons, plus de soixante victimes.
- — Sur la Méditerranée, quelque agitation se manifeste les 5 et 6 ; mais les mauvais temps sévissent surtout du 25 au 27 ; ils sont dus à un mouvement cyclonique, lequel, venu de l’Océan, a gagné successivement la Gascogne, l’Espagne, l’Algérie, la Sicile, puis l’Adriatique et la mer Noire, produisant des vents d’entre N. et E. et un froid intense. Le minimum de température du mois a lieu le 25, aux observatoires de Paris (Saint-Maur) et de Bordeaux. Il est à remarquer, comme règle presque générale, que les minima de température de chaque mois correspondent au passage de bourrasques méditerranéennes.
- En somme, le mois de mars à Paris a été chaud, à pression barométrique élevée et sec; il n’est
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN MARS 1880
- D’après le Bureau central météorologique de France (Réduction 1/8).
- Vendredi S
- Dimanche 21
- Samedi 27
- Dimanche 28
- Lundi 29
- Mardi 30
- tombé en tout que 5mm d’eau, recueillie les quatre premiers jours. Le minimum absolu de température a été de —1°,4 le 23 et le maximum de 22°,7 le 11.
- M. Rayct, directeur de l’Observatoire de Bordeaux, a constaté une moyenne des minima de 6°,3 et une moyenne des maxima de 19°,4. Il a recueilli 19mm d’eau. Le minimum absolu des températures 0°,4 s’est présenté le 23, et le maximum 24°,3 a eu lieu le 12 et le 31.
- A l’École normale d’Avignon, M. Giraud a signalé
- un minimum de température de 1°,(> le 20, et un maximum de 24°,3 le 9. Les moyennes déduites des huit dernières années sont à Avignon de 5°,8 pour les minima, 15°.6 pour les maxima et 30nun pour la pluie. Ces nombres ont été, en mars 1880, de 6° pour les minima, 16° pour les maxima, et til est tombé 131,11,1 d’eau en deux jours. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Ui S2ti. — Imprimerie A. Lahure, lue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 304.
- 1« MAI 1880.
- LA NATURE.
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- AOLCAN SURGI DU LAC D’ILOPANGO
- DANS LA RÉPUBLIQUE DE SAN SALVADOR
- Nous avons fait connaître à nos lecteurs les intéressants détails que M. F. de Lesseps a récemment communiqués à l’Académie des sciences au sujet de ce grand phénomène géologique1. Le consul de la République de San Salvador, M. J. Laferrière, a eu l’obligeance de mettre à notre disposition des documenta complémentaires d’une haute valeur scientifique. C’est d’abord une photographie qui a été prise sur les bords du lac, et qui montre la nature
- du cratère surgi du sein de ses eaux (voy. la gravure ci-dessous) ; c’est ensuite une lettre de M. Anselme Cousin, actuellement en résidence à San Salvador, et dans laquelle nous trouvons quelques faits inédits sur < elle imposante manifestation des feux souterrains. Des tremblements de terre ont été ressentis dans la République de San Salvador dans la première moitié de janvier 1880; il n’y a eu que trois fortes secousses, moins violentes toutefois que celles de 1876 ; pas une seule maison n’a été endommagée. Ces tremblements de terre avaient leur centre dans les environs du lac d’Ilopango, au milieu duquel ont surgi trois bouches volcaniques
- Aspect du volcan surgi du milieu du lac d’Ilopango.
- (D’après une photographie communiquée par M. J. Laferrière, consul de la République du Salvador.)
- accolées les unes aux autres. Ce nouveau cratère, qui, vu de très loin comme le représente notre gravure, paraît un îlot minuscule, dépasse cependant la surface des eaux d’une vingtaine de mètres environ. On a essayé de s’en approcher en bateau, mais les eaux sont toutes bouillonnantes au contact de la roche brûlante et dégagent des torrents de vapeur. Une abondante colonne de fumée jaillit au sein de l’atmosphère, en prenant l’aSpect d’un immense panache de nuage, qui s’aperçoit à une grande distance et produit un spectacle d’un aspect imposant et grandiose.
- Le phénomène a été précédé par une crue excep-
- 1 Voy. n° 359 du 17 avril 1880, p. 318.
- S« année. — l*p semestre-
- tionnelle du lac d’Ilopango, grossi par les pluies abondantes de l’hiver. D’après une ancienne tradition, les Espagnols prétendent que lorsque le niveau du lac est élevé, on doit craindre des tremblements de terre. Aussi avait-on anciennement l'habitude de creuser des déversoirs pour faciliter l’écoulement des eaux. Cette pratique a été suivie sans interruption pendant un siècle, et les phénomènes volcaniques ne se sont pas manifestés pendant cet espace de temps. Les phénomènes actuels semblent encore donner raison à la tradition.
- S’il est difficile d’expliquer ce fait, il n’en est pas moins intéressant de rappeler qu’un grand nombre de volcans sont sous-marins, que les autres se trouvent pour la plupart dans des îles ou des ré-
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- LA NATURE.
- gions maritimes, et que l’eau pourrait être un des aliments des leux volcaniques.
- Le lac d’Uopango, également connu sous le nom de lac Cojutepeque, est, d’après M. J. Laferrière, un cratère d’effondrement; il est sur la ligne du volcan, et c’est un fait général, au Centre-Amérique, que les lacs alternent avec les cônes volcaniques.
- L’eau de ce lac est saumâtre, très amère et presque visqueuse. Elle dégage parfois, çà et là, des bulles de gaz acide sulfhydrique. Ce lac n’a pas moins de 24 kilomètres de longueur sur 16 kilomètres de large; la profondeur en est inconnue. Il est situé environ à 12 kilomètres de San Salvador '.
- Nous recevons d’autre part une lettre de M. de Thiersant, consul de France au Guatemala, qui nous communique quelques nouveaux faits très intéressants. L’eau du lac d’Uopango est encore à une température de38° sur les bords; elle est en pleine ébullition autour du volcan. Tous les poissons sont cuits et surnagent à la surface avec un grand nombre de coquilles et d’animaux aquatiques. La montagne continue à s’élever et le niveau du lac baisse progressivement,
- Gaston Tissandier.
- LES VOYAGES ARCTIQUES
- DE NORDENSKIOLD2
- L’éminent voyageur est actuellement revenu dans sa patrie; il nous paraît intéressant de compléter ce qui a été publié ici même sur ses explorations, et de faire encore une fois comprendre l’importance des découvertes qui lui sont dues. Il nous suffit de reproduire à cet effet les paroles que M. de Qua-trefages a prononcées à la fin du banquet offert à M. Nordenskiold par la Société de géographie; c’est une page presque entièrement inédite que nous offrons à nos lecteurs. G. T.
- TOAST DE M. DE QUATREFAGES.
- Messieurs,
- Votre Bureau a pensé que le toast à l’hôte que nous fêtons devait être porté par un des Présidents honoraires de la Société. U a bien voulu me confier cette tâche honorable. Donc, remplissez vos verres et préparez-vous à les vider en l’honneur du héros que nous avons la joie de saluer au passage, en l’honneur du professeur Nordenskiold !
- Messieurs, je viens de prononcer le mot de héros; je ne le relire pas. On le réserve trop souvent aux hommes de guerre. C’est un tort. 11 implique l’idée de luttes et de victoire. Mais l’on se bat ailleurs que sur les champs de carnage. Voyez les hommes de science. Quoi de plus pacifique en apparence? Et pourtant ils sont en guerre perpétuelle. Leur ennemi, c’est la nature, qu’ils s’efforcent de connaître pour la dompter, pour l’asservir. Celle-ci tantôt
- J jNotes de voyages au Centre-Amérique, par J. Leferrière. Paris, Garnier frères, 1867.
- 3 Voy la Nature, n° 558 du 10 avril 1880, p. 295.
- se dérobe, tantôt se défend d’une manière terrible contre les audacieux qui s’efforcent de lui arrach r ses secrets. Les savants n’en restent pas moins à leur poste, luttant sans cesse et élargissant chaque jour le plus noble domaine de l'humanité, le champ du savoir.
- Dans cette vaillante armée, il est une escouade d’élite c'est celle des grands découvreurs. Ceux-ci sont à l’avant-garde, combattant d’ordinaire en enfants perdus, en irréguliers, qui sondent l’inconnu et découvrent des voies nouvelles. C’est à eux que l’humanité doit de voir s’ouvrir d’époque en époque les horizons les plus inattendus e d’arriver, parfois d’un seul bond, là même où des siècles ne semblaient pas devoir la conduire.
- Cette phalange sacrée a elle-même ses escouades distinctes. Chaque science y est représentée par quelques hommes groupés autour du même guidon. Ici, je n’ai à parler que de ceux qui ont inscrit suc le leur un mot qui nous est cher à tous, le mol de Géographie. On ne leur accorde pas toujours la part de gloire et de reconnaissance qui leur est due. Le vulgaire croit assez volontiers que les grandes découvertes géographiques nous font seulement connaître des mers et des terres nouvelles. C’est une erreur; elles portent plus loin et plus haut. Elles donnent pour ainsi dire une secousse à l'intelligence humaine et accélèrent sa marche en avant. En nous révélant un monde matériel, Colomb a éveillé tout un monde d’idées qui dormaient bercées par notre ignorance.
- Messieurs, Nordenskiold—je supprime à dessein le mot banal de monsieur — Nordenskiold appartient à la noble armée des savants, à la phalange des grands découvreurs, à l’escouade des plus illustres pionniers géographes. Son nom a désormais sa place a côté de ceux de Gama et de Magellan.
- En m’exprimant ainsi, je sais que je blesse une modestie aussi vraie, au-;si délicate que les mérites sont grands. Peut-être Nordenskiold m’en voudra-t-il de lui dire ainsi ses vérités en face et de répéter publiquement une appréciation que vous avez tous portée. Mais, s’il se plaignait de mes paroles; je lui répéterais ce que, dans une circonstance analogue, je disais à l’illustre et vénérable d’Omalius d’IIalloy : « Si nos acclamations vous fatiguent, si nos éloges vous font souffrir, ne vous en prenez qu’à vous-même; vous n’aviez qu’à ne pas les mériter. »
- Toutefois, je tiendrai compte d’un sentiment qui complète si bien un grand caractère. Je serai bref en rappelant les mérites de Nordenskiold; je ne reprendrai pas un à un ses huit premiers voyages. Au surplus, lorsque j'embrasse par la pensée l'ensemble de l’œuvre accomplie, ils ne m’apparaissent plus que comme autant d'études préparatoires pour celui que nous célébrons. Ils n’en ont pas moins tous leur valeur propre, et nous ne pouvons pas oublier ici que l’un d’eux, le quatrième, mérita notre prix de La Hoquette et la médaille d’or de la Société Royale de Londres.
- C’est qu’à chacun de ces voyages Nordenskiold rapportait quelques résultats souvent entièrement inattendus, toujours d’une haute portée. J’en citerai deux ou trois pris au hasard.
- Pendant son voyage au Groenland, à l ile Disko, Nordenskiold découvrit deux énormes masses de fer natif et nickelé, amenées un jour par l’éruption des basaltes. Au Spitzberg, il recueillit à la surface de la neige des poussières de fer également natif et nickelé, qui ne pouvaient évidemment venir que du ciel. Du rapprochement de ces faits, de la comparaison de ces masses et de ces poussières, résultent des conséquences que notre éminent collègue
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- M. Daubrée faisait naguère ressortir avec une autorité qui me manque en pareille matière. D abord, le fer natif, que l’on croyait jusqu’ici èlre étranger à noire globe, est seulement caebé dans ses entrailles, d’où l'arrachent les éruptions platoniques. En second lieu, notre planète, au moins par quelques caractères de composition, est identique avec les autres les plus éloignés.
- Nordenskiold a donc apporté sa part de démonstration à un résultat magnifique, qui se dégage d’une foule de faits et de considérations empruntés à des sciences diverses, savoir : que dans notre uni'ers, tous les globes sont composés des mêmes éléments groupés selon les mêmes lois.
- La nature vivante devait attirer l’attention d’un homme comme Nordenskiold au moins à l’égal des corps bruts. Pendant son terrible hibernage au Spitzberg, pendant ce long hiver passé à deux journées du détroit de Behring, Nordenskiold faisait casser la glace et draguait la mer polaire. Là, dans ces eaux dont la température restait toujours au-dessous de zéro, il constata l’existence d’une faune, moins variée peut-être que celle des zones marines intertropicales, mais plus riche eu individus.
- C’est comme une revanche de la vie, qui ne pouvant se développer librement sur le sol découvert où le froid l’en-chaine et l’arrête, se réfugie sous les flots et y redouble d’activité.
- Mais en même temps, Nordenskiold nous montrait que ces terres, aujourd’hui désolées, ont eu aussi leurs beaux jouis, et qu’il fut un temps où la vie y déployait toute sa puissance féconde. A l’époque houillère, elles avaient leurs palmiers, leurs fougères arborescentes, comme les régions équatoriales de nos jours ; à l’époque tertiaire, elles étaient couvertes de forêts de chênes, de platanes, de séquoias et possédaient à peu près le climat de la Californie. C’est ce que mettent hors de doute les fossiles végétaux découverts par Nordenskiold et déterminés par l’éminent continuateur de notre Adolphe Brongniart, M. Oswald Heer.
- Ce résultat n’intéresse pas seulement la zoologie et la botanique; il nous touche de bien plus près. On-a cru longtemps, et des hommes éminents affirment encore que l’homme a pu apparaître seulement dans une contrée chauile, où il n’avait besoin ni de vêtements ni d’abri, où des fruits sans cesse renouvelés assuraient sa nourriture en attendant que son intelligence se fût développée et que ses industries fussent nées. Ne songeant en outre qu’à l’état actuel des choses, ces écrivains ont placé notre point d’origine dans les environs des tropiques. Mais l’étude des races et des langues humaines nous ramène invinciblement vers la haute Asie ; et le refroidissement graduel du globe, l’antiquité géologique de l’homme, deux faits aujourd'hui indiscutables, nous conduisent bien plus loin vers le Nord.
- Les découvertes de Nordenskiold apportent un argument nouveau et des plus sérieux b cette manière de voir ; et peut-être le temps n’est pas éloigné où on sera contraint d'aller chercher le berceau de notre espèce jusque sous le pôle lui-même.
- Mais je m’arrête!... — Quelque intéressants, quelque importants que soient ces résultats, ils pâlissent et s’effacent devant le grand fait à la fois scientifique et social qui résume tout le dernier voyage.
- Le 21 juillet 1878. le Véga, commandé par Palander, monté par Nordenskiold et un état-major de savants d’élite, quittait les cèles de Norvège. Le 20 juillet 1879, il entrait dans le détroit de Behring. Toute la contrée que drainent l’Obi, le Jénisséi, la Léna; tout l’immense ver-
- sant de l’Asie boréale, jusque-là isolé et resté barbare derrière ses remparts de glace, était ouvert à l’activité humaine, au commerce, à l’industrie, à la science, à la civilisation !
- Messieurs, il est bien inutile de rappeler ici les péripéties de ce voyage. Mais laissez-moi ramener un instant votre attention sur ce qui en a assuré le succès; sur cette étude constante des faits ; sur cette sagacité qui trouvait des enseignements jusque dans les erreuis les plus accréditées; sur cette puissance de rapprochement et de déduction qui faisait deviner l'enchaînement des phénomènes; sur cette prudence, cette sévérité d’appréciation qui n’allaient jamais au delà du possible actuel et qui ont conduit d’étape en étape au résultat final. Messieurs, ces qualités sont nécessaires aux hommes à la fois de science et d’action ; tous les ont possédées à des degrés divers. Mais cpiand elles sont portées au point où nous les trouvons chez Nordenskiold, elles sont plus que des facultés exceptionnelles; elles deviennent du génie !...
- Eh bien, messieurs, toutes ces qualités merveilleuses n’auraient pas sulli pour pousser Nordenskiold à travers les brumes de l’Océan Glacial, pour l'entraîner dans ces chenaux bordés d’écueils de glace où le Véga pouvait à peine se glisser. Il fallait de plus le courage qui voit le danger, qui en mesure toute l’étendue, mais qui l’affronte et le dompte en vue d’un noble but à atteindre. Ce courage viril, Nordenskiold le possède au plus haut degré. En voici deux exemples :
- A l’âge de vingt-six ans, en plein hiver, se croyant appelé à Stockholm par un devoir pressant, il se lance seul, les patins aux pieds, sur les canaux gelés de l’archipel d’Aland. Trois fois la glace, trop faible, se brise, et Nordenskiold tombe à l’eau. Croyez-vous qu’il se rebute et retourne en arrière? Non; trois fois il se relève et marche en avant!
- Plus lard, au Groenland, il veut étudier l’énorme glacier de Nord-Ost-Land. 11 part, accompagné du docteur Berg-gren et de quelques .Esquimaux enrôlés comme guides. Mais bientôt ces enfants du pôle s’étonnent à la vue des immensités glacées où les entraine la témérité des deux Européens; ils reculent devant ces formidables crevasses voilées par une neige perfide et qui, de cent mètres en cent mètres, menacent de les engloutir; ils s’arrêtent et refusent d’aller plus loin. Croyez-vous que Nordenskiold et son compagnon vont s'effrayer de rester seuls et suivre ceux qui les abandonnent? Non; ils continuent leur exploration; ils marchent en avant!... — Messieurs, le guerrier qui, le sabre au poing ou la baïonnette au flanc, s’enfonce dans les rangs ennemis, a-t-il jamais montré plus de courage que Nordenskiold et le docteur Berg-gren? Non !
- Buvons donc à notre héros!... Mais il ne nous pardonnerait pas d’oublier ses frères d’armes. Voici donc le toast que je vous propose :
- A MM. Kjellman, Sluxberg, Almquist, Bove, llovgaard, Nordquist; à tous ces hommes de science, qui, montés sur le Véga, ont les premiers accompli le périple de l’Asie boréale !
- A Nordenskiold, qui a conçu et préparé le voyage, qui, de la première à la dernière heure, est resté l’âme de l'expédition1 !
- 1 Si M. de Quatrefages n’a pas mis ici le nom du lieutenant Palander. c’est qu’un toast spécial devait èlre porté au brave commandant du Vega.
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- LA NATURE.
- STABILITÉ
- CHIMIQUE DE LA MATIÈRE
- EN VIBRATION SONORE
- Une multitude de transformations chimiques sont attribuées aujourd’hui à l’énergie de la matière éthérée, animée de ces mouvements vibratoires et autres qui produisent les phénomènes calorifiques, lumineux, électriques. Cette énergie, communiquée à la matière pondérable, y provoque des décompositions et des combinaisons.
- En est-il de même des vibrations ordinaires de la matière pondérable; je veux parler des vibrations sonores, qui se transmettent en vertu des lois de l’acoustique? La question est fort intéressante et touche spécialement l’étude des matières explosives, dont je m’occupe depuis dix ans.
- D’ingénieuses expériences ont été publiées à cet égard par MM. Noble et Abel, ainsi que par MM. Champion et Pellet, et beaucoup de savants admettent que les corps explosifs peuvent détoner sous l’influence de certaines notes musicales, qui les feraient vibrer à l’unisson. Quelque séduisante que soit cette théorie, les résultats obtenus jusqu’ici ne l’établissent cependant pas sans contestation. Les explosions par influence de la dynamite et du coton-poudre s’expliquent plus simplement par l’effet direct du choc propagé par les gaz à de courtes distances, au delà desquelles elles ne se propagent point. Quant à l’iodure d’azote, sujet des principales observations relatives aux explosions par résonnance, c’est une poudre tellement sensible au frottement, qu’il est permis de se demander si sa détonation n’a pas lieu par les chocs et frictions
- Fig. 1. Appareil de M. Berthelot pour l’étude de l'influence des vibrations sur les phénomènes chimiques.
- des supports, siège véritable de la résonnance à l’unisson.
- Il m’a paru utile d’exécuter de nouvelles études, faites sur des gaz et sur des liquides, substances plus convenables qu’une poudre pour la propagation d’un mouvement vibratoire proprement dit. J’ai choisi, d’ailleurs, des substances dccomposables avec dégagement de chaleur, afin de réduite le rôle du mouvement vibratoire à provoquer la réaction, sans l’obliger à en effectuer le travail total en vertu de son énergie propre. Enfin j’ai opéré sur des corps instables, et même à l’état d’une décomposition continue, qu’il s’agissait seulement d’accélérer : ce sont là, je crois, les conditions les plus favorables. Toute la question était de faire résonner la substance en transformation chimique. J’y suis parvenu par deux procédés qui répondent à des vibrations de rapidité fort inégales, savoir :
- 1° Au moyen d’un gros diapason horizontal, mû
- par un interrupteur électrique, et dont une des branches était chargée avec un flacon de 250 cent, cubes renfermant le gaz ou le liquide, l’autre branche avec une masse équivalente. La vibration effective du flacon a été vérifiée, ainsi que celle du liquide, manifestée d’ailleurs par les apparences optiques ordinaires. Ce procédé a fourni 100 vibrations simples par seconde environ (tig. 1).
- 2° Au moyen d’un gros tube de verre horizontal, scellé aux deux bouts, jaugeant près de 400 centim. cubes, long de 60 centimètres et large de 3 centimètres, par exemple, enfin mis en vibration longitudinale par la friction d’une roue horizontale pourvue d’un feutre mouillé. Cet appareil très simple, que M. Koenig a eu l’obligeance de disposer, exécutait, dans mes essais sur l’ozone, 7200 vibrations simples par seconde, d’après les comparaisons faites par ce savant constructeur (fig. 2).
- L’acuité de cette note est presque intolérable.
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- LA NATURE.
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- Voici les résultats observés sur l’ozone, l’hydrogène arsénié, l’acide sulfurique en présence de l’éthylène, l’eau oxygénée, l’acide persulfurique.
- Ozone. — L’oxygène employé renfermait des proportions d’ozone telles que 58 milligrammes par litre, richesse facile à assurer avec mes appareils. Avec le diapason (100 vibrations), l’état vibratoire ayant été maintenu pendant une heure et demie, le titre du gaz en ozone est demeuré constant, tant avec l’ozone sec qu’avec l’ozone mis en présence de 10 centim. cubes d’eau. Celle-ci n’a ni abaissé le titre de l’ozone, ni fourni de l’eau oxygénée1.
- Avec le tube et la roue (7200 vibrations), l’état vibratoire étant maintenu pendant une demi-heure, le titre du gaz sec n’a pas varié. Pour préciser, je dirai que, l’absorption de l’ozone étant effectuée après coup par de l’acide arsénieux titré, la diminution du titre a été trouvée équivalente à 171 divisions de permanganate; tandis que cette
- diminution était précisément de 171 sur un volume égal du même gaz, analysé avant l’expérience.
- L’ozone est un gaz transformable en oxygène ordinaire avec dégagement de chaleur (— 14 cal. 8 pour Oz = 24 grammes) ; il s’est transformé spon • tanément, d’une manière lente et continue, de façon à passer de 53 milligrammes à 29 milligrammes en vingt-quatre heures, lorsqu’on l’a abandonné à lui-même dans les conditions ci-dessus. Cependant on voit que sa transformation n’a pas été accélérée par un mouvement qui le faisait vibrer 7200 fois par seconde, pendant une demi-heure. Sa décomposition spontanée ne saurait donc être attribuée à ces vibrations sonores, qui traversent incessimment tous les corps de la nature.
- Une telle absence de réaction n’est pas explicable d’ailleurs par une influence inverse; car un tube semblable et rempli d’oxygène pur n’a pas modifié d’une seule division le titre de la solution arsé-
- Fig. 2. Deuxième appareil de M. Berthelot.
- nieuse, après avoir vibré de la même manière et pendant le même temps.
- Hydrogène arsénié. — Un mouvement vibratoire analogue, communiqué à un tube rempli de ce gaz, puis scellé, ne l’a pas altéré. Cependant, dans l’espace de vingt-quatre heures, le tube a commencé à se recouvrir d’un enduit d’arsenic métallique, comme le fait d’ailleurs un tube rempli du même gaz et qui n’a subi aucune vibration. Ce gaz se réduit en ses éléments, en dégageant -h 36 cal. 7, d’après M. Ogier ; ce qui en explique l’instabilité : on voit qu’elle n’est pas accrue par les vibrations sonores.
- Éthylène et acide sulfurique. — J’ai cherché à accélérer par le mouvement vibratoire la combinaison lente de ces deux corps, si facile à réaliser sous l’influence d’une agitation continue et avec le concours des chocs produits par une masse de mercure. Elle est d’ailleurs exothermique.
- 1 Dans ces essais, il convient de se mettre en garde contre l’alcalinité du verre, qui détruirait rapidement l’ozone. On est surtout exposé à cet accident avec le verre pulvérisé.
- Un flacon de 240 centim. cubes renfermant l’éthylène pur, avec 5 à 6 centim. cubes d’acide sulfurique et du mercure, a été mis en vibration au moyen d’un diapason (100 vibrations par seconde) : l’acide vibrait et se pulvérisait à la snrface. Cependant, au bout d’une demi-heure, l'absorption du gaz était faible et à peu près la même que dans un flacon pareil, demeuré immobile dans une pièce éloignée.
- Ajoutons ici quelques essais sur l’influence de la compression sur le même système. Cette influence, si efficace sur un mélange d’hydrogène phosphoré et de gaz chlorhydrique dans l’expérience de M. Ogier, a été peu sensible sur l’éthylène comprimé jusqu’à 80 atmosphères et liquéfié au contact de l’acide sulfurique monohydraté pendant quelques minutes.
- L’oxyde de carbone a pu aussi être comprimé jusqu’à 400 atmosphères et maintenu un quart d’heure au contact de solutions concentrées de potasse (dans l’eau et dans l’alcool), sans donner lieu à une absorption sensible. 11 est probable cependant que ces réactions seraient accélérées si
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- LA NATURE.
- l’on prolongeait la compression pendant plusieurs heures. Mais revenons à l'influence du mouvement vibratoire sur la décomposition chimique.
- Eau oxygénée. — 10 cent, cubes d’une solution renfermant 9 milligr. 3 d’oxygène actif, placés dans un flacon de 250 cent, cubes, n’ont pas changé de titre, par l’effet du mouvement du diapason (100 vibrations par seconde) soutenu pendant une demi-heure. Cependant le liquide vibrait réellement et il perdait en ce moment 0 milligr. 9 d’oxygène par vingt-quatre heures. 10 cent, cubes d’une solution renfermant 6 milligr. 3 d’oxygène actif, mis en vibration (7200 vibrations) dans un tube de 400 centirn. cubes plein d’air, pendant une demi-heure, ont fourni ensuite 6 milligr. 25.
- Acide persulfunque. — Mêmes résultats. Avec le diapason (100 vibrations), titre initial 15 milligrammes; titre final 2 milligr. 8. L’écart semble surpasser ici un peu la vitesse de décomposition spontanée, vitesse plus grande d’ailleurs qu’avec l’eau oxygénée; mais il ne sort guère des limites d’erreur.
- Les résultats observés sur ces liquides méritent d’autant plus l’attention qu’on aurait pu, a priori, assimiler de tels systèmes à des liquides retenant de l’oxygène à l’état de dissolution sursaturée, dissolution que l’agitation et surtout le mouvement vibratoire ramènent à son état normal. En fait, les liqueurs précédentes contiennent bien quelque dose d’oxvgène sous cet état, comme il est facile de s’en assurer; mais cette portion d’oxygène n’agit ni sur le permanganate ni sur l’iodure de potassium employés dans les dosages, et elle doit être envisagée à part. En effet, elle n’intervient ici dans aucun équilibre de dissociation capable d’être influencé par la séparation de l’oxygène de l’eau oxygénée. Il en serait sans doute autrement dans un système à l’état de dis ociation, et dont l’équilibre serait maintenu par la présence d’un gaz actuellement dissous ; mais alors il ne s’agirait plus d une influence directe du mouvement vibratoire sur la transformation chimique.
- Les expériences faites sur les gaz, tels que l’ozone et l’hydrogène arsénié, ne sont pas sujettes à cette complication ; elles tendent à écarter l’hypothèse d’une influence directe des vibrations sonores, même très rapides, des particules gazeuses sur leur transformation chimique l.
- En d’autres termes, la matière est stable sous
- 1 On a dit quelquefois que parmi les chocs incessants et réciproques des particules gazeuses en mouvement dans une enceinte, il en est un certain nombre qui sont susceptibles de porter à des températures très élevées les particules qui les éprouvent. S’il en était réellement ainsi, un mélange d'oxygène et d’hydiogène, éléments combinables vers 55b°, devrait se transformer peu à peu en eau; le gaz ammoniac, décom-posable vers 80l)°, devrait se changer lentement en azote et hydrogène, etc. Je n’ai rien observé de semblable sur ces systèmes gazeux, conservés pendant dix années. Si cet elfet n a pas lieu, c’est probablement parce que la perte de force vive de chaque particule gazeuse, envisagée individuellement, et même sa force vive totale demeurent comprises entre certaines limites.
- l’influence des vibrations sonores; tandis qu’elle se transforme sous l’influence des vibrations élhérées. Cette diversité dans le mode d’action des deux classes de vibrations n’a rien qui doive surprendre, si l’on considère à quel point les vibrations sonores les plus aiguës sont incomparablement plus lentes que les vibrations lumineuses ou calorifiques.
- M. Bekthelot,
- Membre de l’Académie des sciences.
- LE MICROBE DU CHOLÉRA. DES POULES
- Le Microbe qui produit la maladie du choléra des poules, étudié par M Pasteur (vov. la Nature, nos 355 et 554, 6 et 13 mars 1880, p. 214 et 226) est le p'us petit organisme connu parmi les ferments bactéridiques.
- Dans l’état de développement, reproduit figure 1 aussi bien que le permettent les procédés typographiques, ce
- Fig. 1.
- Microbe du choléra des poules
- (grossi 800 fois environ).
- Fig. 2.
- Autre forme du Microbe vu au microscope sous le môme grossissement.
- (D’après des préparations communiquées par M. Pasteur.)
- petit être se présente sous la forme de minimes cellules, allongées, un peu étranglées au milieu, dépourvues de mouvements propres, en général isolées les unes des autres (voir noire figure à la loupe).
- En d’autres cas, on n’aperçoit au même grossissement qu’une masse de petits points (fig. 2) dont on ne peut distinguer la forme; leur ensemble constitue une sorte de petit nuage dans la préparation microscopique. M. l’.isteur n’a pas vu ces pelits points se former à l’intérieur des articles allongés, de sorte qu’on ne saurait affirmer que cette seconde forme de Microbe représente les spores reproductrices de la première, bien que cette supposition paraisse vraisemblable.
- ARCHICENTENAIRES
- Le plus curieux exemple actuel de longévité, écrivait YUnion médicale de novembre dernier, est celui de Michel Solis, dont M. Louis Figuier a fait connaître l’existence, et qui vient d’atteindre un âge qu’on estime supérieur à 160 ans. Solis, l’homme le plus vieux du monde, est un métis de Bogota, dans la République de San Salvador. 11 vit d’une façon exlrêmement régulière et il attribue son extraordinaire vieillesse à sa sobriété Haller parle d’un homme qui succomba à 169 ans; Easton de Salisbury d’un ménage, John Rovin et sa femme, dont l’un mourut à 172 ans et 1 autre à 164; et Drichard entre autres d’un mulâtre qui vivait en 1797 à Frederic-town (Amérique du Nord), âgé de 180 ans, et de Saint-Mongah ou Kenliga, qui en 1781 atteignit 1S5 ans.
- (Revue d'anthropologie.)
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- LA NATURE.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Jean-Baptisle Dumas, par M. A. W. IIofmann, traduit du journal anglais Nature, par Cn. Baye, 1 brochure, in-4°, avec portrait. Extrait du Moniteur scientifique Ques-neville. Paris, au bureau du Moniteur scientifique, 1880.
- Celte biographie d’une des gloires scientifiques de notre pays a un double attrait. Elle a été faite en Angleterre, publiée pir un journal anglais, ce qui lui donne un grand caractère d’impartialité ; elle est écrite par un chimiste éminent qui rend hommage à celui dont le génie, suivant l’expression de Liebig, a su « parvenir aux résultats précieux qui forment en grande partie la base de notre science moderne ». Cette biographie, d’une étendue considérable, est d’un intérêt peu commun; on y voit se développer peu à peu les grands progrès de la chimie contemporaine, en suivant pas à pas la carrière de celui qui, débutant dans la carrière scientifique en qualité d’apprenti chez un pharmacien d’Alais, s’est élevé jusque vers les hauts sommets où plane le génie de Lavoisier.
- Les Œuvres de Bernard Palissy, publiées d’après les textes originaux, par Anatole France, 1 vol. in-8°. Paris, Charavay frères, 1880.
- Les œuvres de Bernard Palissy devraient être lues par tous ceux qui pratiquent les sciences expérimentales, car aucun écrivain n’a tant fait pour elles. Ces œuvres de l’humble « potier de terre », nous les voudrions voir dans toutes les mains, tant elles inspirent la pratique du raisonnement et de l’observation, de la saine logique et de la savante déduction des faits. Bernard Palissy fut un grand artiste et un grand savant tout à la fois. On lui doit des chefs-d'œuvre de céramique et de magnifiques decouvertes, comme celle des puits artésiens; il fut le fondateur de la géologie. Bernard Palissy fut encore un grand écrivain, et son style est digne de Montaigne. Aucun livre plus que celui de Palissy ne peut être appelé un beau livre. S’il n’est pas assez connu, c’est que toutes les éditions en étaient épuisées. M. Anatole France a rendu un véritable service en publiant d'une façon aussi complète les œuvres de celui qui aimait à s'appeler « l’inventeur des rustiques figulines », et que nous qualifierons d’un des grands génies dont la France ait à se glorifier.
- Traité de chimie générale, comprenant les principales applications de la chimie aux sciences biologiques et aux arts industriels, par Paul Schutzenberger, tome II, 1 vol. iu-8°. Paris, Hachette et Cie, 1880.
- Nous avons annoncé récemment la publication du premier volume de cet important ouvrage. Le tome second vient de paraître, et l’on doit savoir gré à M. Schü!zen-berger de fournir à ceux qui veulent s’instruire un livre qui s’inspire des derniers progrès de la science, et qui les exprime avec méthode et sous une forme aussi heureuse que nouvelle.
- Nordenskiold, Notice sur sa vie et ses voyages, par Ch. Flahault avec un portrait et une carte lithographiée, 1 vol. in-8°. Paris, K. Nilson, 1880.
- Lettres de Nordenskiold, racontant son expédition, avec une prelace de M. Daubrée, 1 vol. in-18. Paris, Maurice Dreyfous, 1880.
- Histoire des coléoptères de France, par le Dr Sériztat, précédée d’une introduction à l’étude de l’entomol<>gie, par M. Ch. Naudin, de l’Institut, 1 vol. in-18, avec figures. Paris, Firmin-Didot et Cie, 1880.
- Dictionnaire de botanique, par M. H. Bâillon, douzième fascicule, avec gravures et chromolithographie, format in-4°. Paris, Hachette et Cie.
- La Marine des anciens, deuxième partie, par le vice-amiral Jcrien de la Gravière. 1 vol. in-18. Paris, E. Plon et Cie. 1880.
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- LE PIN ET L’EUCALYPTUS
- Le pin et l’eucalyptus jouissent depuis longtemps déjà de la réputation de modificateurs bienfaisants de la salubrité des contrées où ils croissent. Le dernier surtout a justifié son titre de « destructeur des fièvres » dans les pays marécageux.
- M. Kingzelt (Mémoire lu au Congrès de Manchester, octobre 1879) s’est demandé à quelle particularité organique ces arbres doivent des propriétés aussi remarquables. On a dit pour l’eucalyptus qu'il agit en opérant un drainage du sol ; mais il n’a de supériorité sous ce rapport que celle que lui donnent ses racines, et les particularités qu’il présente ainsi n’expliqueraient qu’en partie, suivant M. Kingzelt, ses propriétés merveilleuses. Nous pensons cependant qu'il faut tenir compte de la croissance rapide de cet arbre et de l'action exercée par le feuillage sur l’état hygrométrique de l’air et sur les eaux pluviales. Toutefois cette réflexion n’enlève rien à l’originalité de l’interprétation proposée par l’auteur.
- De même que le pin agit sur les phthisiques par ses émanations volatiles, de même, suivant M. Kingzelt, ce serait à ses huiles volatiles que l’eucalyptus devrait les propriétés dont il s’agit.
- Le genre eucalyptus embrasse cent trente espèces;
- Y eucalyptus amygdalina est celle qui donne le plus d’huile essentielle : lltO livres de feuilles fournissent de 3 à 6 livres d’huile. Cette huile est considérée comme identique à l’essence de térébenthine, dérivée du pin, et se rapproche de la plupart des essences utilisées en parfumerie. L’auteur dit s'être assuré par une investi.ation de plusieurs années que l’oxygène et l’humidité de l’atmosphère exercent sur elles une action oxydante, d’où résulterait un peroxyde d’hydrogène jouissant des propriétés de l’ozone, et qu’ils déterminent, en outre, la formation de substances camphrées douées d’une puissante action antiseptique.
- Connaissant la quantité de ces substances obtenues dans les laboratoir es avec un poids déterminé d’huile d'eucalyptus ou de térébenthine, il a calculé ce que pouvait produire l’une 4e ces forêts de pins et d eucalyptus, si nombreuses à la surface du globe. En ce qui concerne la Nouvelle-Galles du Sud et l’Australie méridionale, les forêts d’eucalyptus de ces contrées pourraient contenir dans leur feuillage, à un moment donné, assez d’huile essentielle (prête à être entraînée par les vents chauds de la région) pour disséminer dans l’atmosphère jusqu’à 92 785 023 tonnes de peroxyde d’hydrogène pur et 507 587 945 tonnes de principes camphrés. On peut en déduire l’action puissamment oxydante d’une telle atmosphère, qui ne laisserait subsister aucun des agents organiques pernicieux.
- Ce qui est vrai de l’eucalyptus le serait également du pin. Il est fâcheux que l’auteur ne donne pas la formule de ce peroxyde d’hydrogène et qu’il exploite sa découverte en fabr icant lui-inéine un antiseptique commercial, basé sur la théorie. br Ad. N,
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- LA NATURE.
- LES MIROIRS JAPONAIS
- On a beaucoup parlé à Paris, à diverses époques, des Miroirs japonais et de leurs propriétés merveilleuses, mais c’est seulement le 9 avril 1880 qu’il nous a été donné de constater de visu qu’on n’avait en aucune façon exagéré les phénomènes singuliers qu’ils présentent et que nous allons faire connaître aux lecteurs de la Nature. D’après la Revue scientifique, il y a cinquante ans, Arago avait possédé pendant quelques jours un miroir japonais que lui avait procuré Humboldt, et il avait invité à cette occasion Fresnel, Biot, Sivart, M. Dumas et quelques autres savants à venir à l’Observatoire en examiner les curieux effets. Mais lorsque Humboldt, ayant exposé devant l’assistance une sorte d’explication du phénomène voulut montrer le fait lui-même, l’expérience échoua complètement.
- Les expériences auxquelles nous avons assisté le 9 avril, chez M. Carpentier, ont au contraire complètement réussi. Nous devons cette séance si intéressante à M. W. E. Ayrton, le savant physicien anglais qui, parti au Japon il y a quelques années avec son collègue M. Perry pour y organiser l’enseignement scientifique, en est revenu il y a un an environ, avec une collection remarquable de ces miroirs merveilleux. Ajoutons, pour compléter l’historique de ces expériences, que M. Ayrton, venu à Paris pendant les fêtes de Pâques, y était arrivé sans ses miroirs, et qu’il n’a fallu rien moins que les pressantes sollicitations de ses amis, parmi lesquels nous avons l’honneur de compter, pour le décider à s’en faire envoyer quelques-uns à la hâte. A la douane, les difficultés qui s’étaient déjà produites à l’occasion des appareils de M. Crookes se sont renouvelées pour les miroirs de M. Ayrton. Il a fallu de nombreuses démarches et de puissantes interventions pour rentrer en pes-session de ces objets purement scientifiques : nous espérons que ces difficultés ne se reproduiront plus à l’avenir dans des circonstances semblables.
- Arrivons maintenant aux phénomènes.
- Le miroir japonais, représenté figure 1, est un disque en bronze coulé de 4 à 6 millimètres d’épaisseur et de 15 à 25 centimètres de diamètre, muni d’un manche entouré de bambou qui sert à le tenir. L’une de ses faces porte des dessins en relief : oiseaux, arbres, fleurs, animaux, lettres japonaises, etc.; l’autre face, légèrement convexe et parfaitement polie, est recouverte d’un amal-
- game d’étain et de mercure qui forme le miroir proprement dit.
- Lorsqu’on se met devant la surface polie, le miroir se comporte comme tous les autres, c’est-à-dire qu’il réfléchit les objets qui sont devant lui, mais en plus petit, à cause de sa forme un peu convexe; mais si une grande quantité de lumière est réfléchie par cette face polie sur un écran, on voit paraître sur cct écran une image représentant avec plus ou moins de précision les dessins qui se trouvent sur la face postérieure du miroir, face qui n’est pas éclairée.
- L’expérience réussit aussi bien avec la lumière du soleil qu’avec celle de l’arc voltaïque. C’est avec l’arc voltaïque que M. Ayrton a fait ses expériences, et la figure 2 montre comment les appareils étaient disposés.' L’effet produit sur l’écran est analogue à celui que produirait un miroir découpé éclairé par derrière, ce qui justifie le nom que leur avait donné un Chinois du neuvième siècle : Theou-Kouang-Kien, c’est-à-dire « miroirs qui se laissent traverser par la lumière ».
- Il est à remarquer que cette propriété curieuse, connue des Chinois depuis très longtemps, ne l’est encore que d’une façon très imparfaite par les Japonais. Pour ceux-ci, les miroirs sont un objet de culte, et c’est pour cela seul qu’ils sont considérés comme objets précieux. Tous les miroirs ne présentent pas cette propriété ; à peine en rencontre-t-on deux ou trois pour cent qui monlrent nettement le phénomène.
- Le fait bien constaté et bien prouvé, il s’agissait d'en trouver l’explb alion, et c’est dans ce but que MM. Ayrton et Perry entreprirent une série de recherches. On ne peut tout d’abord attribuer le phénomène à une différence sensible dans la constitution moléculaire du miroir, car, le miroir étant coulé et non frappé, le mode de fabrication suflît à faire rejeter cette explication.
- De nouvelles expériences, non moins curieuses que la première, viennent d’ailleurs détruire encore cette première explication.
- Si l’on fait avec un clou en fer une rayure sur le dos d’un de ces miroirs magiques, lorsqu’un rayon de soleil vient à être réfléchi par la face polie du miroir sur un écran, on voit apparaître une ligne brillante, bien quüucune marque ne soit visible sur la face polie du miroir.
- En éclairant le miroir à l’aide de lentilles, on change sa nature, suivant que les rayons qui tombent sur le miroir sont plus ou moins divergents ou convergents.
- Fig. 1. Miroir magique japonais (face postérieure).
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- En faisant tomber des rayons lumineux parallèles sur le miroir japonais, et en interposant une lentille biconvexe entre le miroir et l’écran, on peut obtenir, suivant la position de l’écran, soit une figure claire sur un fond noir, soit une figure noire sur un fond clair. Pour une position intermédiaire de l’écran, il n'y a plus aucune image.
- En se fondant sur ces expériences, M. Ayrton a été amené à conclure que les phénomènes présentés par les miroirs magiques doivent être attribués aux portions du miroir qui sont plus aplaties que le reste de la surface convexe, et qui, dans certains cas, peuvent même être concaves,
- M. Ayrton attribue ces inégalités de courbure dans les différentes parties de la surface, inégalités qui échappent à l’œil et même au microscope, au mode de fabrication même des miroirs.
- Bien que tous les miroirs magiques soient convexes, les surfaces des deux moitiés du moule sont planes, et ce n’est qu’après avoir coulé le miroir qu’on lui donne sa courbure de la façon suivante :
- Le miroir, placé sur une planche, est gratté, rayé avec une tige en fer ; il devient alors légèrement cylindrique, l’axe du cylindre étant parallèle aux rayures ; on fait une nouvelle série de raies à angle droit, puis une troisième à 45°, et ainsi de
- Fig. t. Expérience faite par M. Ayrton sur les miroirs magiques japonais, dans le cabinet de physique de Jl. Carpentier, le 9 avril 1880.
- suite, le miroir, prenant chaque fois une forme un peu cylindrique et parallèle aux rayures, devient enfin légèrement convexe. Après cette opération, on rend la surface unie pour le polissage.
- Pendant l’opération, le métal plie sous l’action de la pression et revient en arrière dès que la pression cesse. On peut donc admettre que les parties les plus épaisses du miroir, — les différences d’épaisseur atteignent 1 millimètre 1/2 —cédant moins à la pression que les parties les plus minces, soient moins convexes; elles peuvent même alors conserver la forme que leur a donné l’outil et rester un peu concaves en ne revenant pas sur elles-mêmes. Puisqu’en faisant des raies sur la face du miroir on la rend convexe et le dos concave, ne pouvons-nous pas en conclure qu’une raie profonde
- laite sur le dos du miroir peut le rendre convexe et rendre l’autre face concave ?
- Cela expliquerait qu’une ligne plus claire apparaisse sur l’écran dans la réflexion de la lumière solaire lorsqu’on fait une raie sur la partie postérieure du miroir.
- L’opération du polissage, qui se fait avec une pierre à aiguiser et du charbon, contribue aussi à cette déformation de la surface, en rendant plus concaves les parties les plus épaisses.
- Tous ces phénomènes, si bizarres et si imprévus, deviennent très faciles à comprendre par la manière dont M. Ayrton les explique. Nous ne pouvons mieux faire en terminant que de féliciter M. Ayrton de ses recherches ingénieuses, en le remerciant de nous avoir rendu témoin de ces phénomènes
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- LA NATURE.
- si intéressants, qui tiendraient encore du miracle si la science ne venait juste à point pour les expliquer.
- E. Hospitalier,
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française de physique. — Séance du 19 mars. — M. le comte L. Hugo adresse une note sur le caractère sinusoïdal de la loi de refroidissement de la protonébuleuse solaire, d’après toutes les observations planétaires. — M. Leclerc envoie la description d’un appareil qu’il a imaginé avec M. Vincent, destiné à enregistrer électriquement les morceaux de musique joués sur un piano quelconque. — M. Gariel montre à la Société de nouveaux appareils représentant la marche des rayons lumineux, soit à travers une lentille, soit dans l’œil. Les baguettes qui représentent les rayons lumineux sont reliées entre elles d’une manière très simple par un fil passant sur de petites poulies. Nous décrirons prochainement ces intéressantes expériences. — M. Marcel Deprez démontre, en réponse à une observation de M. Joubert, présentée à propos du dernier procès-verbal, que l’expression générale du travail électrique est égale à e i, e étant une différence de potentielle et i l’intensité du courant. M. Raynaud ajoute que le même théorème se trouve démontré dans le livre de Verdet, et qu’il sert à démoBtrer a priori la nécessité des forces éleclromotrices de polarisation et d’induction. — M. Deprez expose ensuite un appareil électrique qui transmet à distance un mouvement de rotation. Cet appareil se compose au départ de deux inverseurs du courant fixés sur un même axe et croisés à angle droit et à l’arrivée de deux bobines Siemens également fixées sur un même axe à angle droit et placées entre les pôles d’un aimant permanent. A chaque position du premier axe, il correspond une position d’équilibre stable et une seule du second axe. 11 en résulte que le second axe suit tous les mouvements du premier à un quart de tour près, et dans es deux sens. L’appareil fonctionne devant la Société. M. Deprez explique d’autres solutions du même problème. On peut employer au départ une force électromotrice variable obtenue à l’aide™d’une dérivation, et à l’arrivée un appareil galvanornélrique continu. On peut encore employer au départ un rhéostat et à l’arrivée un appareil régulateur du courant gouvernaunt un rhéostat égal au premier. Enfin, M. Deprez a obtenu la transmission à distance d’un mouvement quelconque, tel que celui d’une main qui écrit, à l’aide de deux parallélogrammes articulés constituant deux pantographes et reliés élec'riquement de façon que les mouvements angulaires des branches de l’un des parallélogrammes soient transmis aux branches de l’autre.— M. Gariel présente, au nom de M. le docteur Cusco,un appareil imitant le mécanisme d’occominodation du cri-tallin et au sujet duquel nous nous arrêterons prochainement.
- (Société géologique de Fronce. — Séance du 5 avril 1880. — Présidence de M. Fischer. —M. A. Gau-dry présente les observations suivantes : « Après la présentation du deuxième fascicule de mes Matériaux pour l'histoire des temps quaternaires, deux de nos savants confrères m’ont fait des objections sur mes hypothèses paléontologiques. En paléontologie, nous avons des faits trop incomplets pour que nous ne soyons pas obligés de
- suppléer à leur insuffisance par les efforts de notre esprit ; les uns et les autres, nous faisons bsus forcément des hypothèses. Dans mon ouvrage sur l’Attique, j’ai écrit que je regardais les foss les comme des substances plastiques que le Divin Artiste s’est plu à pétrir pendant le cours des âges ; dans mes Matériaux pour l'histoire des temps quaternaires, j’ai dit que pendant une grande partie de l’époque tertiaire, la France avait été plus chaude qu’au-jourd’hui et que pendant l'âge du renne elle avait été plus froide; j’ai ajouté que les transformations des espèces avaient pu s’harmoniser avec les changements de climats. Ce sont là des idées théoriques qui me semblent avoir l’assentiment d’un grand nombre de savants; mais on peut les rejeter, tout en admettant l’exactitude des observations de paléontologie positive sur lesquelles elles sont fondées; aussi les ai-je toujours présentées avec réserve. C'est pourquoi, en lisant le compterendu sommaire de la der nière séance, j’ai éprouvé quelque étonnement à voir un habile minéralogiste sembler dire que je donne des hypothèses comme des faits démontrés. » — M. Bleieher lit une note relative aux terrains antérieurs au jurassique de la province d’Oran. — M. le professeur Yilanova, de Madrid, fait hommage à la Société du traité de Geologia agri-cola qu’il vient de publier sous les auspices du gouvernement espagnol, des Conférences données par lui à la Société géographique de Madrid et de la Leçon inaugurale du cours de paléontologie dont il est chargé. Il présente en outre à la Société deux exemplaires d un fossile végétal nouveau, trouvé par lui dans le terrain tertiaire d’Alcoy (province d’Alicante), dont la description sera donnée par M. de Saporla, et donne des indications sur le gisement de la Teruelile dans le trias d’Alcoy, qui expliquent la nature dolomitique de ce minéral. Enfin il parle de la presque identité de composition, structure géologique et minéralisation des Sierra-Nevada d’Espagne et de Californie. — M. R. C. Porumbaru présente à la Société les Fossiles recueillis par lui dans les collines tertiaires des environ de Crajova (Roumanie) et qui se rattachent à la grande formation des Couches à paludines du bassin du Danube. — M. Fontannes fait hommage à la Société d’un mémoire intitulé ; Description des Ammonites des calcaires du château de Crussol.
- Société chimique de Paris. — Séance du 9 avril 1880. — Présidence de M. Friedel. — M. Moissan entretient la Société de ses recherches sur les sulfures et les séléniures de chrome. — MM. Terreil et A.Wolff présentent une note sur l’extraction de la résine du bois de palissandre et sur les propriétés physiques de cette résine.
- — M. Bertrand annonce qu'il a obtenu une combinaison cristallisée de chlorure de titane et de chlorure d’acétyle à C2H30CI.Till4.— M. Villiers communique à la Société un procédé qui lui a permis d’obtenir l’acide oxalique cristallisé sans eau de cristallisation en octaèdres rhom-boïdaux d’assez grande dimension. C’est en dissolvant l’acide oxalique dans l’acide sulfurique qu’il y a réussi.
- — MM. Gundelach et Pabst ont préparé quelques dérivés de l’acide métadioxy-benzoïque en faisant réagir sur ce corps la résorcine et le 3 naphtol; ils ont obtenu des dérivés azoïques, matières colorantes oranges qui offrent peu d’intérêt. En faisant réagir l’acide benzoïque sur le même composé diazoïque, ils ont obtenu un nouvel acide azoben-zoïque qui parait être meta para, et se proposent d’en continuer l’étude. — M. Virouboff, à propos du sulfocva-nate de platine, décrit par M. Mareano, fait une rectification sur la composition de ce composé. — M. Riche rappelle, dans une lettre adressée à M. le président, qu’il
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- a fait l’analyse des eaux de la Bourboule et a publié celte analyse, le 10 février dernier, dans le Bulletin de l'Académie de médecine; qu’il a annoncé avoir trouvé une quantité notable de lithine, correspondant à 44 milligrammes de chlorure de lithium, et qu’il réclame contre l’assertion émise par M. Willm, qui dit que la lithine n’a été qu’indiquée dans les eaux de la Bourboule. — MM. de Lachanal et Vincent font connaître quelques propriétés des mélanges du Cyanure de Méthyle avec l’alcool ordinaire et avec l’alcool méthylique et le procédé de séparation de ces corps.— MM. de Lachanal et Vincent font connaître quelques propriétés des mélanges du cyanure de méthyle avec l’alcool ordinaire et avec l’alcool méthylique et le procédé de séparation de ces corps. — M. le président communique à la Société un mémoire de M. Méhu sur le dosage de l’urée par l’hypobromite de sodium, et un mémoire de M. Bourgoin sur l’électrolyse de l’acide malonique. — MM. Friedel et Balsohn traitent de l’action de l’eau sur le diphénylmélhane monobromé.
- Société de géographie. — Cette Société a procédé au renouvellement de son bureau, qui se trouve ainsi composé pour 1880-4881 : président, M. le vice-amiral de la Roncière le Noury; vice-présidenls, MM. A. Milne-Edwards, de l’Institut, le colonel Laussedat; scrutateurs, MM. J.-B. Pâquier, le lieutenant de vaisseau L. Brault; secrétaire, M. le docteur Ilarmand. Ont été nommés membres du Conseil de la Société : MM. C. Janssen, de l’Institut, J. Jackson, F. Fournier, C. de Ujfalvy, G. Perin.
- Société botanique de France. — Séance du 25 avril.— M. Cauvet communique la suite de ses observations sur le dégagement d’acide carbonique par les racines. — MM. Van Tieghem et Gaston Bonnier exposent les résultats de Jeurs recherches sur la quantité d’eau prise par .es graines et sur la perte de substance par exosmose des plantes plongées dans l’eau pendant un temps limité et avant toute production de fermentation. Cette perle de substance par lu graine à l’état de vie latente peut aller jusqu’à 54 pour lOOde son poids chez le lupin. Le résidu solide renferme le tiers ou la moitié de son poids d’un saccharose qui parait êire du sucre de canne. Une pareille exosmose de substances sucrées et gerini-neuses se produit aussi si on plonge dans l’eau toute la plantule germée ou les feuilles d’une plante développée: elle a lieu par les feuilles, par la tige, par les racines même; mais le poids de la substance exosmosée est moins considérable que pour les graines et les tubercules. On comprend quel peut être l’intérêt de ces faits pour la culture lorsqu’on voit la quantité de réserve perdue par les graines au contact de l’eau. Ces recherches expliquent aussi les perles de poids constatées dans les gra.nes avancées qui ont été accidentellement plongées dans l’eau de mer. — M. Roze présente à la Société une nouvelle espèce de champignon du genre Agaricus, l’A. sepium; cette espèce, qui n’avait pas encore été décrite, est cependant très commune dans certaines régions. Elle est vendue à Poitiers comme comestible et connue sous la nom de mousseron des haies. — M. Cornu a reçu de Montpellier et d’Angleterre divers champignons dont il donne, après détermination, les noms spécitiques; il a reçudeM.Con-darny une double forme du mycélium des morilles, et exprime des doutes au sujet de la théorie des mycéliums sexuels proposée par son correspondant. — Il est donné lecture d’une note de M. Palouillard sur les appareils coniditères d’un champignon basidiomycèle, le Pleurotus ostreatus.
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- RÉUNION GÉNÉRALE
- UES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE (AVRIL 1880)
- (Suite. — Voy. p. 530.)
- SCIENCES PHYSIQUES
- Dosage des matières organiques des eaux naturelles.— Vu l’importance que l'on attache aux matières organiques dans les eaux naturelles, M. Lechartier, professeur à la Faculté de Rennes, s’efforce de perfectionner les méthodes de dosage de ces matières.
- On a longtemps employé pour ce dosage la réduction du permanganate de polasse. Mais les plus nuisibles des matières organiques, savoir celles qui contiennent de l’azote, n’ont qu’une action très lente sur ce réactif.
- L’analyse immédiate des matières organiques contenues dans une eau est impossible. Pour se renseigner sur leur poids et leur nature, le seul procédé certain consiste à doser le carbone et l’azote qui entrent dans leur composition.
- Le carbone se dose sur le résidu de l’évaporation de l’eau que l’on a fait bouillir préalablement avec une quantité d’acide sulfureux suffisante pour détruire les carbonates.
- L’opération s’effectue par l’un des procédés en usage dans l’analyse organique.
- L’azote existe dans une eau sous trois états différents :
- 1° Encore engagé dans des combinaisons organiques;
- 2° A l’état de sels ammoniacaux provenant de la décomposition des précédentes ;
- 5° A l'état de nitrates ou nitrites provenant d’altérations ultérieures de ces derniers.
- L’azote ammoniacal et t’azote nitrique sont déterminés séparément par des procédés spéciaux (Schloesing, Frank-land).
- L’azote organique est dosé par différence : on élimine l'ammoniaque que contient l’eau en la faisant évaporer au contact de la magnésie pure; on dose l’azote contenu dans le résidu de cette évaporation, et du résultat on retranche le poids de l’azote nitrique ; la différence donne le poids de l’azote encore engagé dans les matières organiques.
- L’auteur indique le parti que l’on peut tirer de la trompe à mercure de Sprengel pour le dosage du carbone et pour celui de l’azote ; il expose la pratique de l’analyse et passe en revue les conditions que doit remplir l’opération pour qu’on puisse compter sur un résultat rigoureux. Il insiste sur la nécessité de balayer par un courant d’acide carbonique l’ammoniaque qui reste infailliblement dans l’appareil. Il fait remarquer qu'on ne peut doser à la fois le carbone et l’azote, parce que l'acide introduit pour décomposer les carbonates altère aussi très notablement les azotates.
- Sur quelques effets lumineux des courants induits.— Jusqu’à présent les mouvements électriques ont été étudiés principalement sur les corps solides rendus mobiles, dans les liquides et parfois dans les gaz à la pression ordinaire. Dans ces divers cas, la cohésion vient troubler les phénomènes électriques’, et nous n'observons qu'une résultante dans laquelle cette dernière est prépondérante.
- M. R. Coulon, de Rouen, s’est proposé de se débar-
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- LA NATURE.
- rasser de cette cohésion, et pour cela, il opère dans les gaz très raréfiés. Il a ainsi des molécules matérielles à peu près libres, obéissant facilement aux influences électriques; il est vrai que, par suite de cette grande sensibilité aux actions extérieures, une foule de causes, qui sont sans action sur les courants ordinaires, devront être éliminées avec soin.
- ! 0 ' ;
- K
- Dans ses recherches sur les condensateurs chantants, M. Coulon avait remarqué que le trembleur d’une bobine de Rhumkorff marche différemment suivant que les deux fils polaires se touchent ou sont séparés par de l’air. Avec
- Fig. 2.
- un tube de Geissler, et surtout avec une houle, les phénomènes cessent d’être les mêmes lorsque le contact parfait est rompu.
- La figure 1 représente une sphère de 7 cent. 5 de diamètre, vide d’air, renfermant un petit électro-aimant du poids de 62 grammes et ayant une résistance d’un kilomètre télégraphique. Au sommet de la boule se trouve une amorce de courant A ; sur un diamètre horizontal parallèle aux surfaces polaires de l’aimant sont
- deux autres amorces D, E. Les fils de l’électro-aimant aboutissent en B, C. L’appareil est enfermé sous une cloche de verre, et les amorces communiquent d’une façon permanente avec des bornes situées hors de l’enveloppe où l’on fixe les fils de la bobine inductrice; les contacts se manœuvrent à distance.
- Le circuit inducteur comprend la pile, le trembleur, le
- gros fil de la bobine; le circuit induit est composé du petit fil de la bobine, de la boule lumineuse et d’un petit appareil (fig. 2) permettant d’établir le contact parfait entre P et Q, — la distance convenable pour la production d’étincelles ou d’aigrettes — ou l’isolement complet de P et Q.
- Mettons en communication A avec le pôle négatif et
- Bobine
- Appareil de contact
- B, G avec l’autre pôle de la bobine, et assurons le con-lact parfait entre P et Q. Le platine du pôle A est entouré d’une gaine violette, et de II et K s’élancent vers A deux rayons lumineux légèrement stratifiés et concaves vers le centre 0. Le phénomène lumineux paraît concentré dans le triangle AHK. Quand on approche la main de la boule, elle produit une lueur h peine sensible.
- Éloignons la vis Q de P. Les rayons AH, AK, moins vifs que précédemment, deviennent rectilignes ou même convexes vers 0, suivant la longueur de l’étincelle qui jaillit entre P et Q.
- Isolons P de Q, en détachant au besoin l’un des fils conducteurs Une lumière pâle remplit la sphère, et si des filets lumineux apparaissent, ils sont nettement convexes par rapport au centre.
- Faisons maintenant communiquer A avec le pôle positif,
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- B et C avec le pôle négatif. Si le contact est parfait, l’on voit, en omettant les autres phénomènes lumineux, deux rayons dirigés de À vers H et K et concaves par rapport au centre. Si le contact est imparfait, les rayons deviennent convexes, en même temps que l’électro-aiinant s’illumine. Enfin, si le contact est rompu, la boule s’illumine, et quand des filets apparaissent, ils sont convexes.
- Fig. 6.
- Les lignes ÀII, AK peuvent être considérées comme des conducteurs extrêmement mobiles traversés par des courants égaux et marchant dans le même sens. Toute force agissant sur la molécule M dans une direction autre que celle de la droite AU tendra à déformer cette ligne, et le sens de la courbure indiquera la direction de la force. L’attraction entre Ail et AK se manifestera par des lignes
- concaves, l’action nulle par des lignes droites, et la répulsion par des lignes convexes.
- Nous voyons donc que dans le cas du contact parfait entre P et Q, il y a attraction ; quand au contraire le contact est rompu, il y a répulsion. On est donc conduit à dire que :
- Dans un courant électrique, les molécules des corps conducteurs s'attirent ou se repoussent suivant le rapport
- Fig. 8.
- de la résistance extérieure du circuit à la résistance intérieure de Vélectro-moteur.
- Les conclusions paraissent en désaccord avec les lois ordinairement admises ; elles s’expliquent aisément par la considération des mouvements moléculaires. M. Coulon donne du reste de nouvelles expériences à l’appui.
- Dans un tube représenté figure 5, il fait passer un même courant bifurqué en AC et BD; entre les pôles s’élancent des filets lumineux qui ont toujours montré,
- suivant les cas, des phénomènes d’attraction ou de répulsion .
- N’utilisant qu’une partie de cet appareil, représenté figure 4, il fait communiquer C avec le pôle négatif, D avec le pôle positif de la bobine. Les deux tiges de platine FG et III constituent deux conducteurs parallèles séparés par un conducteur médiocre, l’air raréfié.
- Pour la réussite des expériences, il faut que le courant soit très faible et juste suffisant pour faire fonctionner le trembleur. Avec un fort courant, les phénomènes lumineux sont trop intenses et on n’en peut suivre les variations.
- Écartons d’abord P de Q (fig. 2), de manière qu’il ne passe ni étincelle ni aigrette ; on voit de légers rayons s’échapper de l’extrémité II (fig. 5), et en G une lumière plus diffuse, se dirigeant vers H en forme d’arc.
- Diminuons la résistance PQ, par exemple en faisant communiquer P avec le sol et mettant la main sur Q; la lueur augmente d’inten>ité et prend la disposition qu’in-d:quc la figure G.
- ? A 1',
- Établissons la communication entre P et Q par un corps peu conducteur, la poudre de charbon, par exemple. La lueur augmente; la tige CII est presque complètement entourée d’une gaine violette, et dans la lumière positive, on observe toujours un espace obscur E entre deux régions éclairées, phénomène très curieux et encore inexpliqué.
- Enfin, en amenant P et Q au contact, on obtient les apparences de la figure 8. Le phénomène présente son maximum d’intensité en FI, tout près des supports de verre; l’extrémité G est obscure et la tige IG n’est lumineuse que du côté de l’autre tige.
- Ces expériences nous montrent que dans le cas de la résistance maxima, le courant refoulé aux extrémités des conducteurs prend en traversant l’air une forme qui augmente encore le trajet qu’il a à faire de H en G.
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- La répulsion des molécules d’électricité de même nom l’emporte donc sur l’attraction des molécules de noms contraires.
- Il est à remarquer que l’arc se redresse et se concentre lorsqu’on augmente la résistance GH, et qu’il s’allonge et se dilfuse dans le cas contraire. 11 arrive un moment où la répulsion qui tend à allonger la courbe se trouve équilibrée ; la position d’équilibre correspond à la résistance maxima que peut vaincre le courant.
- Le dernier cas de l’expérience montre, par l’accumulation de la lumière sur le chemin le plus court oftert aux elfluves, une attraction bien nette dans le cas de la résistance minima.
- Si l’on considère que, malgré l'extrême mobilité des molécules des gaz raréfiés, le courant électrique a une tendance bien marquée à se propager en ligne droite, même dans les cas de répulsion, on verra que la force développée par le courant doit être bien faible. M. Coulon, pour se rendre compte de l’action que pourrait avoir cette force sur les molécules liquides, imagina l’appareil suivant, remarquable parce qu’il met en évidence la cohésion dans les liquides et permet, dans certaines limites, de mesurer celte force.
- L’appareil (fig. 9) se compose d’un tube en U, aux extrémités duquel sont soudés perpendiculairement deux petits ballons dont le col est fermé à la lampe et laisse passer une amorce de platine.
- Ce tube est fixé sur une planchette mobile, autour d’un axe horizontal D, et pouvant prendre toutes les inclinaisons. Il est vide d’air et rempli de mercure, comme l’indique la figure 10.
- On doit s’attendre à ce que le mercure abandonne le tube en U pour venir dans les boules dès que l’on inclinera ce tube. C’est ce qui arrive en effet le plus souvent, mais pas toujours. Par un certain tour de main, on arrive à rendre le tube vertical sans voir tomber la double colonne de mercure, qui a, dans ces expériences, 18 centimètres.
- Cet équilibre est très instable; il sulfit pour le rompre de faire vibrer dans le voisinage un instrument de musique.
- Cependant l’on peut faire traverser la colonne par le courant d'ime machine de Siemens alimentant quatre bougies électriques sans la disjoindre.
- Les actions que nous avons constatées dans les gaz sont donc de beaucoup inférieures à la cohésion du mercure, puisqu’elles n’en allèrent pas la valeur d’une façon appréciable.
- A. Leduc.
- CHRONIQUE
- 91. de Lesseps et l’isthme de Panama. — Nous avons été des premiers à publier le grand projet du canal interocéanique que M. F. de Lesseps a pris sous son patronage. Nous ne voulons pas manquer de saluer le retour en France de ce grand promoteur de grandes entrepiises, dont l’activité et l’énergie semblent défier les injures de l’àge. Après avoir parcouru l’Amérique, après avoir donné le premier coup de pioche du canal, après avoir été salué et acclamé partout sur la terre du Nouveau Monde, l’illustre auteur du canal de Suez a reparu parmi nous, portant avec plus de vigueur que jamais le poids de scs soixante-quinze années. Le samedi 17 avril, M. de Lesseps a raconté son voyage devant une assistance considérable,
- qui remplissait outre mesure le grand amphithéâtre de la Sorbonne; il était accompagné de sa femme et de ses jeunes enfants. Pendant plus de deux heures, il a tenu l’auditoire en suspens nous ne savions pas, pour noire part, ce que nous devions le plus admirer, ou du tour spirituel de sa verve familière, ou de la foi profonde qui donne à sa parole une si grande autorité. Qnelques jours après, M. de Lesseps n’a pas eu moins de succès à la tin du grand banquet qui lui a été offert à l’hôtel Continen'al ; là encore, il a communiqué à tous ses convictions en faveur de la grande entreprise qu’il poursuit contre vents et marées.
- Le canal de Panama sera plus facile à exécuter que le canal de Suez. Toutes les objections, dit M. de Lesseps, sont tombées une à une; il ne manque plus qu’une partie du capital. C’est à la France, qui a toujours eu l’initiative des grandes choses, qu’il appartient d'assurer l’exécution matérielle d’une œuvre immense également utile à tous les peuples.
- La forêt de Saint-Germain et les égoilts de Paris. — Jeudi 26 avril 1880, une grande partie des membres du Conseil municipal de Pari? a visité, sous la conduite de M. Alphand, les terrains d'irrigation par les eaux d’égout de Gennevilliers, et ceux qui doivent être traités de la même façon au milieu de la forêt de Saint-Germain. On sait que ce dernier projet a soulevé de vives protestations de la part des habitants de Seine-ct-Oise ; mais les ingénieurs de la ville de Paris affirment que ces craintes sont exagérées. « On nous a accusé, dit M. le directeur des travaux de Paris, de vouloir détruire la forêt de Saint-Germain et de rendre cette contrée inhabitable en y transportant les ferments infects de Gennevilliers. Ces récriminations n’ont rien de fondé. Depuis que les terrains de Gennevilliers sont fertilisés au moyen des eaux d’égout, il s’y est établi des constructions. Les habitants n’ont jamais été malades. Vous savez, en outre, que les vents qui régnent dans la région de Paris sont les vents d’üuest. Si l’air de Gennevilliers était infect, ce seraient les contrées vers l’Est qui en souffriraient. Or, Clicliy ne s’est jamais plaint. Au contraire, au lieu d’avoir devant lui des carrières arides, il a maintenant une plaine luxuriante. Les objections formulées par les habitants de Saint-Germain ne sont donc pa* fondées. On dit aussi que nous détruirons la forêt de Saint-Germain.Nous prendrons 1200 à 1500 hectares de terrain, mais à Acbères. Si le sol entièrement sablonneux des fermes établies sur ce point est transformé eu vertes prairies, qui nourriront de nombreux bestiaux, quel préjudice les habitants des communes voisines en éprouver ont-ils? Outre les fermes, nous comptons occuper les tirés, mais il n’existe sur ce point qu’un bois chétif qui ne serait guère à regretter s’il venait à disparaître. D’ailleurs, il n’est pas prouvé que le bois ne sera pas maintenu. Les forestiers éminents que j’ai consultés à cet égard pensent au contraire que, pour conserver ce bois, il suffirait de pratiquer quelques rigoles.
- En résumé, les irrigations que nous proposons d’entreprendre auront pour résultat de debarrasser Clicliy et Saint-Denis de la projection des eaux d’égout, de rendre aux riverains le plaisir de la pèche et du canotage, et surtout de rendre l’eau potable. Les communes de Saint-Germain, de Houilles et de Maisons, éloignées des champs d’irrigation, ne souffriront pas plus de ce voisinage que Paris lui-même, qui n’est distant de Gennevilliers que de quelques kilomètres. »
- On a souvent dit que les eaux d’égout de la ville de Paris pourraient être conduites jusqu’à la mer, où elles
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- se déverseraient sans nuire à aucun intérêt; mais il faut faire remarquer que ce résultat ne pourrait être obtenu qu au moyen de constructions considérables, qui exigeraient une dépense énorme et un espace de temps d’une très grande durée.
- Installation frigorifique de la Morgue. —
- M. Ch. Tellier vient d écrire une nouvelle lettre à M. le préfet de 1;^ Seine, en faveur des procédés qui utilisent l’évaporation des liquides volatils pour produire le froid. On se rappelle qu’une Commission avait désigné comme devant être utilement employées à la Morgue les machines à air comprimé de MM. Paul Giffard et Berger. M. Ch. Tellier a dû assurément faire partager ses convictions, qui sont basées sur des faits physiques absolument certains. Tous ceux qui ont étudié les différentes machines à produire le froid, reconnaissent que les machines à air comprimé exigent pour bien fonctionner une force motrice considérable, aussi M. Ch. Tellier affirme-t-il, avec raison selon nous, que la question économique a été résolue dans un sens défavorable à la Ville. Du reste, nous ferons remarquer que dans cette question comme dans plusieurs autres, il y a assurément une confusion de noms très fâcheuse. Il semble qu’un appareil mécanique portant le nom de Giffard se recommande de lui-même ; nous ne saurions trop faire savoir à nos lecteurs que M. Henry Giffard, à qui l’on doit l’injecteur qui a porté son nom dans toutes les parties du monde, et les travaux d’aérostation qui ont acquis l’importance de créations nouvelles, est tout à fait étranger au système en question. Comme l’a dit très bien M. Tellier, cette erreur est regrettable, car elle donne à l’emploi frigorifique de l’air comprimé un patronage éminent qui n’existe pas.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Seance du 26 avril 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- M. de Luca. — lime lettre de M. Govi informe l’Académie de la perte très sensible que les sciences viennent de faire dans la personne de M. de Luca, mort récemment à Naples d’une pneumonie compliquée d’une maladie de cœur. M. de Luca était un excellent chimiste, qui laisse une foule de travaux très remarquables, relatifs aux sujets les plus divers.
- La passivité du fer. — Poursuivant des expériences dont l’Académie a déjà reçu la première partie, M. Va-rennes, répétiteur à l’École Polytechnique, arrive à reconnaître que la passivité du fer est due avant tout à une réaction chimique développée entre le métal et l’acide azotique concentré. Cela posé, l’auteur explique comment une -baguette de fer rendue passive seulement à l’une de ses extrémités peut être plongée tout entière dans l’acide azotique ordinaire sans s’y dissoudre, pourvu que l’immersion, commencée parle bout passivifié, soit faite avec une lenteur suffisante. Il indique aussi comment on peut à coup sur obtenir les alternatives successives et synchroniques de passivité et de solubilité d’un même morceau de fei, conformément aux résultats obtenus d’abord par Faraday, et qui ont frappé toutes les personnes ayant eu occasion d’étudier ce sujet intéressant.
- ^ Propriétés explosives du fulminate de mercure. — L explosion du fulminate de mercure est, d’après MM. Ber-thelot et Vielle, exprimée par l’équation suivante :
- CMzJHgîfD = 2C-02 + Az2 + Hg2
- fulminate oxyde azote mercure
- de mercure de carbone
- Le gaz développé est composé de deux tiers d’oxyde de carbone pour un tiers d’azote. Un équivalent de fulminate donne 67 lit. 7 de gaz, réduit â la température de 0° et à la pression de 760 millimètres. La chaleur produite est de 115 calories; elle est capable d’élever à 4200 degrés les gaz engendrés par l’explosion.
- La deusilé du fulminate de mercure est exprimée par le nombre 4,42.
- La tension déterminée par l’explosion a été mesurée par l’écrasement qu’elle fait subir à un cylindre plein de cuivre sur lequel elle agit. Voici les résultats obtenus dans une éprouvette de 22 cent. cub. 3 de capacité :
- L explosion de 2 gr. 4 de fulminate a donné une pression de 477 kilogrammes;
- L’explosion de 4 gr. 8, 1730 kiloau-ammes ;
- L’explosion de 7 gr. 3, 2697 kilogrammes;
- L’explosion de 9 gr. 7, 4372 kilogrammes.
- En détonant dans des conditions telles qu’il ne pourrait changer de volume, le fulminate déveloj.peiait 48 000 atmosphères, ce qui est beaucoup plus que pour aucun autre corps explosif. Le fulmi-coton arrive à 24 000 atmosphères, c’est-à-dire seulement à la moitié du nombre précédent.
- Le choléra des poules. — Suivant M. Pasteur, on peut mettre les poules à l’abri de cette maladie terrible par une véritable vaccine à l’aide du virus atténué. L’expérience suivante le démontre : vingt poules sont soumises à l’inoculation au moyen de virus virulent, et en quarante-huit heures on constate que toutes périssent. Vingt autres sont préalablement soumises à une vaccination, et alors le poison en laisse survivre six à huit. Un troisième lot de vingt est vacciné deux fois coup sur coup, et c’est alors douze à quinze qui ne succombent plus à l’infection qu’on cherche à y développer. Enfin, vingt autres ayant été vaccinées trois ou quatre fois, elles triomphent de toutes les tentatives de la contagion. On conçoit que ce résultat peut avoir d’importantes applications pratiques. L’auteur en tire aussi des conséquences au point de vue de la pathologie générale.
- Propriétés optiques de l'atmosphère. — Déjà M. A. Cornu a montré que si on prend pour ordonnée le logarithme du sinus de l'angle h qui mesure la hauteur du soleil et pour abscisse la longueur d’onde x de la partie ultra-violette du spectre, les résultats sont représentés par une ligne droite. De plus, si on s’élève dans l’atmosphère, par exemple en gravissant des montagnes, on reconnaît que cette ligne droite subit, tout en restant parallèle à elle-même, un recul égal à une longueur d’onde (soit un millionième de millimètre) chaque fois que l’altitude s’accroît de 868m,2. Il résulte de là que l’atmosphère contient une substance capable d’exercer une action absorbante sur les radiations ultra violettes du spectre. L auteur s’est préoccupé de déterminer la nature de cette substance et de contrôler par conséquent les suppositions qui l’identifient soit aux poussières en suspension dans l’air, soit à la vapeur d’eau dissoute dans 1 océan aérien. Sa conclusion est que c’est l’air lui-même qui jouit de la propriété absorbante dont il s’agit.
- Minéraux artificiels. — Par l’action simultanée sur l’aluminium métallique de la chaleur rouge et d’un double courant de vapeur d’eau et de vapeur de chlorure de silicium, j’ai obtenu des myriades d’aiguilles cristallisées, transparentes, enchevêtrées les unes dans les autres
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- LA NATURE
- et actives sur la lumière polarisée. Elles ont donné à l’anal;se des nombres que leur assigne exactement la composition de l’andalousite et du xuthène de la nature. Si, par une complication considérable, on fait intervenir la potasse caustique au contact de l’aluminium, il se produit en abondance des cristaux brunâtres, en irapèzoèdres réguliers parfaitement nets, ayant la composition de l'ampliigène. Avec eux se présentent quelquefois des cristaux un peu plus volumineux, qui ont des contours rappelant le feldspath.
- Ces résultats montrent que la méthode dont j’ai exposé précédemment le principe, et qui avait fourni des silicates et des aluminales magnésiens, donne aussi des silicates alumineux et des silico-alummates alcalins semblables à ceux de la nature. Elle est donc générale, et on peut prévoir dès maintenant qu’elle pourra conduire à la reproduction artificielle d'un très grand nombre d’autres espèces minérales. Suivant moi, elle se recommande surtout par sa
- similitude avec le procédé que la nature a dû mettre en œuvre lors de la formation des cristaux que nous avons imités. Elle ne fait intervenir que des éléments dont le rôle minéralisateur est universellement reconnu, et elle se tient exactement dans les conditions précisées, comme conséquences de leurs études, par les observateurs qui ont cherché à se rendre compte de l’organisme des roches anciennes. 11 me suffira, à cet égard, de rappeler d’un mot la grande conception de Da\y, adoptée par Gay-Lussac, et à laquelle l’étude des météorites a ramené M. Daubrée. Elle consiste à croire que, selon l’heureuse expression dÉlie de Beaumont, les loches primitives sont résultées d’une coupellation naturelle d’un noyau entièrement métallique, à la périphérie duquel sont venus s'attaquer les agents d’oxydation et de minéralisation.
- Stanislas Meunier.
- —»<>«—
- Canot traîné par un phoque.
- L’MELLIGENCE DES PHOQUES
- Les lecteurs de la Nature ont eu la description de plusieurs appareils de locomotion ingénieux : wagons à voiles aux États-Unis, bateaux à patins pour les lacs gelés, vélocipèdes à eau, etc. Auraient-ils songé au curieux mode de’ locomotion sur l’eau que représente la gravure ci-dessus ? Cette gravure n’est pas le résultat de l’imagination, elle a été reproduite d’après The Graphie, de Londres, et représente une curieuse expérience à laquelle nous avons assisté il y a quelques mois.
- On a longtemps exhibé dans la capitale britannique un phoque savant qui conduisait parfaitement à la surface de l’eau d’un vaste bassin une petite barque, où un jeune pilote se trouvait assis, maniant l’aviron. Le phoque obéissait d’une façon étonnante à la voix de son maître.
- Ce mode de locomotion pourrait-il être utilisé au moyen d’attelages de phoques dressés? N’y aurait-il pas à craindre que, le naturel reprenant ses droits, l’animal ne se livrât à ses plongeons accoutumés ? La réponse est délicate et nous n’osons en prendre la responsabilité. Quoi qu’il en soit, le fait nous a paru de nature à être signalé.
- Nous ajouterons même, en faveur de l’intelligence du phoque en question, qu’après avoir traîné le canot, il faisait résonner les cordes d’une guitare qu’on lui plaçait entre les nageoires, et cela au grand ébahissement des spectateurs, parmi lesquels se trouvait le signataire :
- Dr Z...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier. Imprimerie A. Laliure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N» 562.
- 8 MAI 1 880.
- LA NATUUE.
- ÔOÔ
- GALVANOMÈTRE DE MARCEL DEPREZ
- M. Marcel Deprez a présenté récemment à la Société de physique un nouveau galvanomètre, destiné à rendre les plus fréquents services aux personnes qui emploient des courants puissants.
- Le savant physicien s’est attaché à donner à l’aiguille une très grande légèreté, en même temps qu’il la soumettait à une action magnétique directrice très énergique.
- La figure ci-jointe présente une des formes qu’a reçues l’instrument.
- L’aiguille est ici multiple; ce sont réellement seize ou dix-huit petites aiguilles parallèles, montées sur un axe unique, et dont l’aspect particulier a fait dénommer l’appareil galvanomètre à arête de poisson. Ces aiguilles sont de fer doux; elles sont placées, comme on le voit clairement, entre les deux branches parallèles d’un aimant en fer à cheval. Cet aimant puissant leur donne un magnétisme et les dirige é nergiq uement dans son plan, si énergiquement que si on écarte à la main le système des aiguilles, il revient par un saut brusque à sa position de repos et y oscille entre des limites très rapprochées.
- Le conducteur du courant qui doit agir sur l’aiguille est placé sur un petit cadre rectangulaire entre les aiguilles et les branches de l’aimant.
- Dès que le courant passe, on voit l’aiguille sauter brusquement à sa position nouvelle d’équilibre et s’y tenir, sans ces longues oscillations qui, avec les galvanomètres ordinaires, font perdre tant de temps aux expérimentateurs.
- L’instrument est complété, la figure rend presque inutile de le dire, par une aiguille indicatrice mobile devant un cadran. Dans l’appareil ici représenté, l’axe qui porte les aiguilles est dans le plan horizontal de l’aimant directeur. Dans une autre disposition, cet axe est perpendiculaire à la direction générale de cet aimant ; l’aiguille aimantée est unique et se meut dans le plan vertical ; il résulte de cet arrangement que l’indicatrice est rabattue sur l’aimant et que l’appareil a un moindre volume. Nous avons préféré représenter la disposa aimée. — 1er semestre,
- sition dite à arête de poisson, parce qu’elle est plus facile à faire saisir dans un dessin.
- On peut composer le conducteur de plusieurs spires de fil recouvert de soie, comme dans l’appareil figuré, ou bien le former d’une seule lame de cuivre, pour rendre sa résistance presque nulle.
- On voit par la description qui précède que ce galvanomètre n’a pas besoin d'être orienté, puisque son aiguille aimantée, dans la position qu’elle occupe, est soumise à une action infiniment plus grande que celle de la terre.
- Mais la propriété la plus importante de cet instrument est de donner instantanément l’indication de l’intensité du courant ; il en résulte en effet la possibilité de montrer des variations très brusques de l’intensité, variations que les galvanomètres
- actuels sont impuissants à faire connaître. Cette propriété , répé-tons-le, tient à l’extrême légèreté du système mobile et à la grande énergie des actions qui le sollicitent. Quand l’aiguille arrive par un saut un peu grand à sa position d’équilibre entre les efforts de l’aimant et du courant, on la voit bien osciller un moment, mais ces oscillations ont le caractère des vibrations d’un diapason et témoignent de l’énergie des actions mises en jeu. Si on met le galvanomètre dans le circuit d’une machine Gramme, on voit l’aiguille trahir par des oscillations toutes les irrégularités du mouvement de la machine. Si on fait passer le courant d’une forte pile dans un puissant électro-aimant, et qu’on l’étudie en même temps au galvanomètre, on voit l’intensité varier et croître pendant un temps fort long, qui peut s’étendre à une minute dans des circonstances spéciales ; c’est-à-dire que le développement complet du magnétisme n’est achevé qu’au bout de cette période et que pendant tout le temps qu’elle dure, la réaction d’induction de l’électro-aimant est sensible et décroissante. Ce phénomène remarquable, découvert, comme en passant, par M. Marcel Deprez, montre quels services peut rendre l’instrument que nous venons de faire connaître.
- Il nous reste à dire que le galvanomètre en question permet d’évaluer mécaniquement l’intensité du courant et de peser, pour ainsi dire, le courant. Si en effet on produit une déviation déterminée de l’aiguille de l’instrument en faisant
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- Gaivanomètie de M. Alaieel Deprez.
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- LA NATURE,
- agir un poids de 10 grammes sur un rayon de 10 centimètres, on pourra affirmer qu’un courant produisant la môme déviation exerce un effort égal à celui du poids.
- A. Niaudet.
- P. S. — Est-il besoin de dire que des courants intenses peuvent être obtenus non seulement avec des sources puissantes, mais aussi avec des sources faibles, à condition que la résistance de ces sources soit elle-même faible.
- CORRESPONDANCE
- PHÉNOMÈNES CHIMIQUES DANS LES PILES
- Castets-des-Landes, ce 16 avril 1880.
- Monsieur le rédacteur,
- Permettez-moi de vous soumettre quelques expériences curieuses auxquelles j’ai été conduit en étudiant les phénomènes de décomposition de l’acide azotique contenu dans le vase poreux de la pile de Bunsen.
- Tous les traités d’électricité admettent que dans cette pile l’hydrogène dégagé par l’eau en présence du zinc et de l’acide sulfurique dilué se rend, à travers le vase poreux, dans l’acide azotique et le décompose en hypoazo-tide seulement.
- La réduction est pourtant encore plus complète, car en recueillant dans une éprouvette les gaz dégagés, j’ai obtenu au bout de quelque temps du bioxyde d’azote, lequel, au contact de l’air, s’est transformé en hypoazotide et quelques traces d’azote ; de plus, l’examen de l’acide azotique m’a fait découvrir une certaine quantité d’azolate d’ammonium, cette réaction pourrait se représenter par la formule ci-contre :
- 4Az06 + 1611 = AzIDO.AzO3 + AzO2 -f-Az-|- 12IIO
- On peut voir ains que la réduction de l’acide azotique a été poussée à sa dernière limite, puisque j’ai obtenu l’azote et même l’ammoniaque; cette décomposition n’a été faite jusqu’ici qu'à l’aide d’une pile d’un fort grand nombre d’éléments et par un procédé différent, tandis que je suis arrivé au même résultat avec un seul élément de petit modèle.
- J’ai suivi alors cette voie, et je me suis livré à deux expériences concluantes pour démontrer combien l’hydrogénation d’un composé est facile par cette méthode.
- 1° Dans le vase poreux d’un élément Bunsen petit modèle, j’ai remplacé l’acide azotique par une dissolution à froid d’hyposulfite de soude; il s’est dégagé une quantité considérable de sulfure d’hydrogène, tandis qu’un dépôt abondant se formait au fond du vase poreux. Ce dépôt était formé de soufre, de sulfite de soude (avec des traces de sultate de soude ?), réaction expliquée par la formule :
- 2(Na0.S*O) + H = lIS2 + 2(N’aO.SO*).
- Le dépôt de soufre est dù à la décomposition de l’hydrogène bisulfuré, composé très instable, en soufre et en sulfure d’hydrogène.
- 2° Une dissolution d’acide oxalique placée dans le vase poreux a fixé de l’hydrogène et s’est transformée en acide formique : C408H2 + ll2 = 2(C204IIa). Bienmieux, en faisant passer un courant continu d’acide carbonique dans de l’eau contenue dans le vase poreux, j’ai obtenu une dis-
- solution d’acide oxalique qui s’est ensuite transformée en acide formique :
- Ve phase : 4(C09- + 2H = C40sIIâ,
- 2e phase : C4Ü8Hâ-h21i=2(C204li2).
- J’insisterai surtout sur ce résultat, parce qu’il fait voir nne synthèse très simple et très facile de l’acide oxalique et de l’acide formique.
- Je n’ai jamais compris que le courant électrique intérieur, si faible dans un seul élément, ait été employé pour hydrogéner certains corps ; on s’est servi dans ce but de l’hydrogène se dégageant au sein de la dissolution, de l’action de l’étain sur la potasse, de l’action de l’amalgame de sodium en contact avec l’eau, d’un assemblage de piles considérables ou bien de bobines d’induction les plus fortes, sans que l’hydrogénation ait été poussée aussi loin que par la méthode que j’emploie.
- Agréez, etc.
- E. II. Lapeyrère.
- MACHINES MISES EN ACTION PAR DES CHIENS
- Paris, 20 avril 1880
- Monsieur le rédacteur,
- Vous avez décrit avec bienveillance la petite machine motrice de mon invention mise en action par un chien ou tout autre quadrupède (voy. n° 557 du 5 avril 1880, p. 277) : permettez-moi de vous exposer combien ce moteur peut recevoir d’applications dans la petite industrie, le commerce et la vie domestique. Outre qu’il peut en toutes circonstances remplacer avantageusement la pédale et la manivelle employées journellement dans presque tous les ateliers1, l’on pourrait dans tout intérieur tirer profit du manque d’activité qu’éprouvent les chiens dans les grandes villes : 1° en les employant aux travaux domestiques, tels que frottage du parquet des appartemenls, nettoyage des chaussures et des couteaux, lavage du linge, etc., travaux qui se font aujourd’hui mécaniquement ; 2° en les utilisant à l’aération et à la ventilation des logements. On créerait ainsi à ces intéressants animaux un exercice qui serait également utile à leurs maîtres et à eux-mêmes.
- Agréez, etc. II. Richard.
- LES ORIGINES ET LE DÉVELOPPEMENT
- DE LA VIE
- LES COUALLIAIRES (Suite. — Voy. p. 51, 90, 15o et 170.)
- Le Corail a donné son nom à une classe nombreuse d’animaux, les Copalliaires, qui lui sont plus ou moins analogues et qui jouent dans les régions chaudes du globe un rôle considérable. Le fond de la mer est en quelque sorte tapissé de leurs colonies, qui montent graduellement ve?s la surface et. finissent par former des îles d’une étendue assez vaste pour suffire au développement de dores et de faunes variées, en attendant que l’homme lui-même vienne s’y établir. Souvent leurs édifices s’étendent
- 1 La manivelle ou la pédale, ont dit des homm plus autorises que nous, sont des instruments de supplice;
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- en longues murailles de récifs en avant des continents et les protègent contre l'érosion des vagues furieuses de l’Océan.
- Les architectes de ces prodigieux monuments sont ordinairement désignés, comme les Hydres, sous le nom de Polypes, quoique leur structure soit en apparence fort différente. Ils comptent parmi les êtres les plus délicats; presque toujours leurs tissus sont à demi transparents, parfois ils revêtent des teintes éclatantes, et les colonies, quand tous leurs hôtes sont épanouis, ressemblent alors, suivant leur étendue, soit à de gracieux bouquets, soit à d’admirables massifs des fleurs les plus élégantes. Marsigli, apercevant pour la première fois, en 1706, les animaux du Corail, crut en avoir réellement découvert les fleurs et en avoir démontré par cela même, d’une manière incontestable, la nature végétale. Aucun nom ne saurait être mieux choisi que celui à'Anémone de mer, sous lequel tout le monde désigne le plus commun des Coral-liaires qui vivent sur nos côtes, Y Actinia equina.
- Le Corail et l’Anémone de mer peuvent être considérés comme les représentants des deux grandes divisions de la classe des Coralliaires, division que l’examen le plus superficiel de ces animaux épanouis suffit à faire reconnaître. Les fleurs du Corail n’ont jamais que huit pétales, et ces pétales sont toujours régulièrement frangés sur leurs bords. Les Anémones de mer ont, au contraire, un nombre variable et souvent très considérable de pétales, ou, pour parler plus exactement, de tentacules; ce nombre augmente avec l’âge et il est ordinairement un multiple de six1. Les tentacules sont régulièrement coniques, parfois découpés en houppes [ou arborescents, comme chez le Thalassianthus aster, lvlüzinger, de la mer Rouge (fig. j), jamais frangés, pectinés ou dentelés sur leurs bords. De semblables caractères paraissent sans doute de peu d’importance, mais ils se retrouvent avec une telle constance chez ces êtres, présentant d’ailleurs les formes les plus variées, qu’on est naturellement conduit à leur attribuer une grande valeur.
- Les Coralliaires du premier type, ceux qui ressemblent le plus au Corail, sont désignés sous le nom d'Alcyonnaires. Ils vivent toujours en colonies plus ou moins nombreuses. Les plus simples sont celles des Cornulaires2, dans lesquelles chaque individu habite une petite loge cornée, semblable à celles des Hydres, et n’est relié à ses voisins que par une sorte de stolon extrêmement grêle. Les Tubi-pores de l’océan Pacifique constituent des masses compactes formées de tubes calcaires cylindriques presque droits, de couleur rouge foncé, dans chacun
- 1 Les Antipathes ont régulièrement six tentacules et les Gerardia vingt-quatre.
- 2 Plusieurs espèces vivent dans la Méditerranée et se rencontrent jusque sur les côtes de Bretagne. M. Poirier, aide-naturaliste au Muséum, en a recueilli une à Roscolf (Finistère) .
- desquels habite un Polype. Des planchers calcaires continus unissent de loin en loin tous ces tubes entre eux, et un réseau vasculaire assez complexe met les divers Polypes en rapport étroit de nutrition les uns avec les autres. Les tubes calcaires ont environ 2 millimètres de diamètre, ils sont placés à côté les uns des autres, de manière à rappeler un peu la disposition des tuyaux d’orgue, de là le nom de Tubipore-Musique (Tubipora musica, Linné) donné à l’espèce la plus commune du genre. La plupart des autres Alcyonnaires jouissent de la propriété de sécréter en quantité variable des particules solides, qui se déposent non plus à l’extérieur, mais dans l’épaisseur même de leurs tissus.
- Ce sont chez les Alcyons proprement dits, qui étalent sur les rochers sous-marins leurs croûtes charnues vivement colorées, des corpuscules de forme nettement déterminée, de véritables spiculés, analogues à ceux des Éponges, et dont les formes sont très caractéristiques des espèces. Ce sont aussi des spiculés d’un rouge de sang qui donnent à la masse charnue du Corail son éclatante couleur; les parties solides qu’elle revêt, et qu’on emploie dans la joaillerie, ne sont elles-mêmes qu’une agglomération de ces spiculés soudés les uns avec les autres.
- Les branches de Corail, si estimées comme parures, avec leur solidité, leur apparence végétante, leur magnifique couleur rouge de sang, ont longtemps été une énigme pour la science. Orphée voyait en elles des algues rougies par le sang de Méduse et pétrifiées par le regard mourant de la Gorgone, lorsque Persée en posa la tète sur le rivage pour purifier ses mains dans la mer. Ovide croyait que le Corail était mou sous l’eau et se durcissait à l’air. La plupart des naturalistes admirent, jusqu’à Peyssonel, que cette précieuse production des mers était une plante1. En réalité, les branches de Corail ne sont que l’axe solide, dépourvu de vie par lui-même, d’une colonie de Polypes. Chez les Gorgones, cet axe calcaire et résistant est remplacé par un axe de consistance cornée, flexible, élastique, qui tantôt pousse de longs rameaux parfaitement rectilignes, tantôt se divise en branches légères, de manière à simuler un buisson, tantôt s’épanouit en éventail ou bien forme un réseau dont les mailles serrées font de la colonie une sorte de crible vivant. Cet axe corné n’exclut pas la présence de spiculés dans les tissus mous qui l’enveloppent, et la forme de ces spiculés est là encore absolument caractéristique des espèces qui les présentent.
- L’axe solide d’une belle espèce d’Alcyonnaires, Ylsis hippuris, Lamarck, présente une particularité remarquable ; il est formé de parties alternativement calcaires et cornées. Les parties calcaires sont d’un
- 1 Voir l’hislorique de la découverte de l’animalité du Corail dans Y Histoire naturelle du Corail, de M. de Lacaze-Du-thiers, 1 vol., J. B. Baillère.
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- blanc pur et ont un peu l’aspect du Corail blanc; les parties cornées sont brunes et leur couleur foncée tranche nettement sur celle des parties qu’elles séparent, de sorte que l’axe tout entier paraît régulièrement annelé de brun et de blanc. Une disposition analogue se rencontre chez tous les Alcyonnaires du groupe des Mélitées ; mais elle est moins tranchée, parce que les parties calcaires et cornées présentent la même teinte générale. Quelques Alcyonnaires, dépourvus d’axe solide, tels que les Bébryces, em-
- pruntent à d’autres plus privilégiés les moyens de se soutenir et viennent en parasites établir leurs colonies sur celles de diverses Gorgones, étouffant sous leurs vivaces plaques rouges les Polypes qui gênent leur développement. Aucune fusion ne s’établit du reste entre les deux colonies, pas plus qu’il ne s’en produit entre les tissus d’IIydraires d’espèces distinctes. On a donné des noms différents à la Bébryce, suivant qu’on l’a rencontrée dans tel ou tel état d’épanouissement M. Deshayes en a
- Fig. 1. Fig. 2.
- Fig. 1. — Coralliaires. — Thalassianthus aster, Klüzinger, de la mer Ifouge. — N” 1. Un individu épanoui, vu de face. — N° 2. Un individu rétracté, vu de prolil. — JN'° 5. Uu tentacule isolé et grossi pour montrer les digitations et le bouquet dorsal d’organes urticants. — Hg. 2. — Coralliaires. — IV 1. Pennatula grisea, Lk, de la Méditerranée. — NT° 2. Veretillum cynomorium,' do Blainville (demi-grandeur naturelle environ).
- publié une belle figure, reproduite dans le Monde de la mer, d’Alfred Frédol, sous le nom d'Antho-zoanthe parasite.
- La plupart des colonies d’Alcyonnaires n’ont pas de forme déterminée. De même que chaque essence d’arbre, chaque espèce a bien un port qui lui est propre, mais elle varie à l’infini cette forme générale, qui échappe d’ordinaire à toute description et subit d’une manière évidente l’influence modificatrice des milieux ambiants. Il n’en est cependant pas toujours ainsi. Certaines espèces ne vivent pas indissolublement fixées aux rochers sous-marins, comme celles dont nous venons de parler; elles sont libres de toute adhérence et se
- bornent à enfoncer plus ou moins profondément dans les fonds vaseux leur partie inférieure, dépourvue de Polypes. Quelques-unes se laissent même parfois emporter au gré des vagues. Elles sont aux colonies ordinaires à peu près ce que sont les Siphonophorcs aux autres colonies de Polypes hydraires. Chose remarquable ! la vie indépendante a produit chez elles exactement les mêmes modifications que chez les Siphonophores ; elles ont acquis une sorte d’individualité, beaucoup moins élevée sans doute, mais qui se traduit nettement par une tendance bien marquée à prendre une forme parfaitement déterminée.
- Les Rénilles ont, comme leur nom l’indique,
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- l’apparence ü’un rein aplati, soutenu par un pédoncule fixé à sa partie rentrante, celle qui correspondrait au hile de la glande. Les Polypes, disséminés sur les deux faces de la plaque réniforme, se détachent en jaune sur un fond du plus beau violet. Les Véretilles (fig. 2, n° 2] ont l’aspect d’une longue massue, dont un tiers est dépourvu de Polypes, tandis que les deux autres tiers, plus renflés, portent un nombre considérable de ces animaux, incapables de
- se cacher dans la masse charnue sur laquelle ils prennent naissance. Chez les Virgulaires, la massue s’allonge considérablement en forme de baguette; et les Polypes se développent sur des espèces de crêtes, obliquement disposées relativement à l’axe de la baguette. Enfin, chez lesPennatules (fig. 2, n° 1), l’axe se raccourcit de nouveau et s’épaissit ; mais les crêtes obliques que nous avons vues chez les Virgulaires s’épanouissent en larges feuilles latérales, serrées
- Fig. 5. Fig. 4.
- Fig. 3. — CoiuLUAir.ES. — N° 1. Gerardia Lamarckii, Lacazc-Duthiers ; coupe montrant le tube œsophagien d, les loges a, dans leur fond l’orifice de l’un des canaux vasculaires b; f, tentacules; c, bourrelet garni de nématocystes. — N° 2. Sarcophvton, indét. (grossi 7 fois); c, polypes complets ; z, polypes avortés ou Zoïdes ; pm, oriüces des canaux de communication entre les individus. — N* 3. Un Zoïde isolé, grossi 20 fois. — s, estomac. — Fig. 4. — Madréporairf.s. — Astroïdes calycularis, de la Méditerranée.— N° 1. Polypes épanouis et rétractés.]— N" 2. Polypier dégarni de Polypes.
- les unes contre les autres, soutenues par des nervures rayonnantes formées de longs spiculés et portant les Polypes sur l’une de leurs faces. Ces feuilles s’élargissent et s’allongentgraduellement, du sommet de la tige jusque vers son milieu, pour diminuer ensuite et laisser finalement un espace nu assez allongé, exactement comme le font les barbes d’une plume relativement à son tuyau; il en résulte pour la colonie une ressemblance réelle avec une grande plume d’oiseau, de là le nom de Pennatules et aussi celui de Plumes de mer sous lesquels on désigne ces étranges Zoophytes. Les Pennatules grises de la Méditerranée ont à peu près la taille d’une belle plume d’Autruche; elles sont, à l’épo-
- que de la reproduction, admirablement phosphorescentes.
- Là s’arrêtent les transformations que subissent les colonies d’Alcvonnaires dans la direction de l’individualisation. Dans aucune d’elles les Polypes composants ne perdent leur personnalité ; dans aucune d’elles leur forme ne se modifie pour se prêter à une division du travail, et si, dans un petit nombre de cas comme chez les Sarcophytons (fig. 5, n° 2), et diverses Pennatules, nous voyons apparaître des individus de deux formes différentes, ces individus ne sont pas des individus, perfectionnés en vue de quelque fonction nouvelle à accomplir, mais simplement des individus incomplets, qui ne modifient
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- pas d’une manière importante les allures de la colonie. Évidemment on ne saurait refuser une sorte de personnalité à ces colonies provenant chacune d’un œuf unique et conservant toujours une forme rigoureusement déterminée, formées à la vérité de Polypes indépendants, mais offrant en outre des parties qui produisent ces Polypes, et dont aucun d'eux ne peut revendiquer la propriété, des parties qui sont, en d’autres termes, des organes de la colonie et non des dépendances des Polypes. Toutefois ces parties qui supportent*les Polypes n’établissent entre eux aucun lien psychologique. Chaque Polype semble ignorer totalement l’existence de ses voisins ; aucune sensation commune, aucun mouvement combiné ne semble pouvoir se produire dans cet assemblage d’êtres tous semblables entre eux et vivant chacun pour soi. Il y a donc entre les colonies personnelles des Coralliaires et les colonies personnelles des Hydres des différences profondes, tout à l’avantage de ces dernières. Les causes de cette infériorité des colonies de Coralliaires, d’où la division du travail semble totalement absente1, apparaîtront pleinement lorsque nous aurons pu faire connaître d’une manière complète la nature réelle des individus constitutifs de ces colonies.
- Les Coralliaires du second type sont souvent désignés sous le nom de Zoanthaires. Us se divisent eux-mêmes en trois groupes bien distincts, suivant que leurs tissus conservent leur mollesse primitive, sécrètent un axe solide plus ou moins analogue à celui des Gorgones ou produisent enfin un polypier calcaire, tellement moulé sur les animaux qui l’habitent, qu’on retrouve dans les loges de ceux-ci comme une reproduction pétrifiée de toutes les parties molles. Les Actinies ou Anémones de mer de nos côtes appartiennent au premier groupe, que M. Milne-Edwards, appelle pour cela groupe des Actiimaires. Le type du second groupe, est ce que les pêcheurs appellent le Corail noir. On croyait autrefois que ce corail noir était souverain contre toutes sortes de douleurs ; de là le nom d'Antipathe qui lui a été donné et celui d’ArmPATHAiRES qui a été étendu à tous les représentants du groupe auquel il appartient. Les Polypes de ce groupe n’ont d’ordinaire que six tentacules mal développés. Il faut toutefois rapprocher d’eux un singulier coralliaire de la Méditerranée, admirablement étudié par M. de Lacaze-Duthiers, qui lui a imposé le nom de Gerardia Lamarckii (fig. 5, n° 1) *. Les Gerardia ont
- 1 II convient de faire à ce sujet quelques réserves. Nous ignorons à peu près totalement, en effet, quelle est la véritable nature de l’axe des Pennatules et des lames qui portent les Polypes. Sont-ce de simples parties accessoires empruntées à l’ensemble des Polypes, comme chez le Corail, dont le développement a été si bien décrit par M. de Lacaze-Duthiers? Sont-ce des individus transformés ? L’embryogénie peut seule nous renseigner sur ce point, et peut-être l’étude du développement de ces colonies fournirait-elle de précieux renseignements sur l’origine des Polypes coralliaires.
- 4 II. de Lacaze-Duthiers, Mémoires sur les Antipatliaires, Annales des sciences naturelles : Zooloqie, 5e série, t. II et t. IV.
- vingt-quatre tentacules égaux entré eux et tous bien développés. Pendant leur jeune âge, elles sont complètement molles et vivent, comme les Bebryces. en parasites sur le polypier des Gorgones. Peu à peu elles étouffent celles-ci et se mettent à sécréter un axe solide, dont la consistance et l’apparence générale rappellent celles d’un bois dur et poli. A l’intérieur de cet axe on trouve encore très souvent l’axe de la Gorgone qui a été recouverte.
- Enfin le troisième groupe est celui des Madrépo-raires. C’est celui qui renferme le plus grand nombre d’espèces et aussi les espèces de la plus grande taille, celles qui jouent dans l’économie de la nature le rôle le plus important. Ce sont exclusivement les Madréporaires qui construisent les îles de Corail et les récifs auxquels les régions chaudes du Pacifique et les mers qui les avoisinent doivent une physionomie si particulière.
- Un assez grand nombre d’Actiniaires et de Madréporaires vivent à l’état isolé. Presque tous les Actiniaires sont dans ce cas; ils ne sont même pas fixés au sol d’une façon définitive et peuvent ramper grâce aux contractions d'une sorte de disque qui termine la partie inférieure de leur corps et qui leur sert à la fois d’organe d’adhérence et de pied. Dans certains genres, tels que les Mynias, ce pied se renfle de manière à former une bourse, qui se remplit d’air et permet à l’animal de flotter en pleine mer. Pas plus chez les Mynias, que chez les Pennatules, la vie errante ne modifie l’agencement des parties qui constituent essentiellement le polype Coralliaire. Le pied seul est transformé en un véritable ludion et le Polype se laisse emporter par les vagues à la façon des Physales, des Vélelles et des Porpites, avec lesquels il n’est pas sans présenter une certaine analogie. Cette analogie est plus profonde, nous le montrerons bientôt, qu’on ne l’a supposé jusqu’ici.
- Edmond Perrier,
- Professeur administrateur du Muséum d’IIistoire naturelle de Paris:
- — La suite prochainement. —
- —«<><—
- L’USURE DES GRANDES ROUTES
- Sait-on ce qui se consomme de pierres et de cailloux sur les grandes routes ? La statistique nous apprend bien que la dépense d’entretien est, année moyenne, de 51 millions pour 57 000 kilomètres de routes nationales, de 20 millions pour 41 000 kilomètres de routes départementales et de 75 millions pour 260 000 kilomètres de chemins vicinaux, sans compter ce que coûtent les ponts, les grosses réparations et les redressements de tracés. Mais ces gros chiffres comprennent les frais généraux, l’entretien des pavages et des ouvrages d’art, la réfection des fossés et des accotements. Pour les routes nationales, qui doivent être maintenues en parfait état afin que le roulage puisse s’y faire sans
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- LA NATURE.
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- difficultés en toute saison, les ingénieurs calculent de très près ce qui se dépense en main-d’œuvre et en achats de matériaux sur les chaussées empierrées. L’administration des Travaux publics veut partager de façon équitable entre tous les départements les crédits dont elle dispose ; elle a besoin de savoir si on emploie partout des matériaux de bonne qualité ; si les rechargements sont effectués suivant les meilleures méthodes. Il y a une dépense annuelle j de 15 millions rien que pour les chaussées em- ! pierrées des routes nationales. Casser des cailloux et les étendre sous les roues des voitures semble être un travail élémentaire : c’est devenu presque une science. L’importance que les ingénieurs y attachent se justifie par les chiffres cités plus haut.
- D’abord il n’est plus permis d’employer pour l’entretien des grandes routes des matériaux médiocres, qui se délitent par la gelée ou s’écrasent sous le poids des lourdes voitures. On choisit les roches les plus résistantes ; on les fait venir de loin lorsque les transports économiques le permettent. Aussi le prix de revient des matériaux varie-t-il beaucoup d’un département à l’autre; il est de 6 fr. 70 le mètre cube, en moyenne, pour toute la France; il s’abaisse entre 3 et 4 francs dans les pays de montagnes : les Alpes, l’Ardèche, l’Isère; il s’élève à H, 13 et même 14 francs dans les pays de plaine, tels que Seine-et-Oise, la Marne, l’Aube.
- Quant à la consommation, elle varie suivant que la route est plus ou moins fréquentée. L’usure est à peu près proportionnelle au nombre des voitures qui circulent. On a fait des comptages plus ou moins exacts, d’où résulte que, par exemple, dans l’Avevron, la circulation est de 99 colliers par jour, dans l’Ardèche de 195, dans l’Hérault de 400 colliers. L’usure devrait donc être double dans l’Ardèche de ce qu’elle est dans l’Aveyron, et quadruple dans l’Hérault, à qualité de matériaux égale. S’il y a de petites différences dans la pratique, elles s’expliquent ou par les conditions atmosphériques ou par le mode d’emploi.
- La statistique nous apprend ainsi que, par kilomètre et par 100 colliers, la consommation moyenne est de 23 mètres cubes chaque année. Les ingénieurs ont calculé que, pour assurer un bon entretien, elle devrait être de 28 mètres cubes ; les crédits sont donc insuffisants; il faudrait les augmenter de près de 3 millions.
- Telle quelle, la consommation de pierres cassées est de 1 326 000 mètres cubes sur les routes nationales. Tout cela est écrasé, réduit en boue et en poussière chaque année par les roues des voitures et les pieds des chevaux. Accumulé en un seul tas, cela formerait une tour de 150 mètres de diamètre et de 100 mètres de haut. Étalé sur toute la superficie des routes nationales de France, cela correspond à une usure moyenne de 9 millimètres d’épaisseur.
- H. Blerzy.
- LES GRANDES USINES ÉLECTRIQUES
- DE PARIS
- LES MAGASINS DD LOUVRE - L’HIPPODROME
- Si nous voulons juger sainement des progrès accomplis par la lumière électrique depuis quelques années, descendons dans les sous-sols des grands magasins du Louvre et rendons d’autre part une visite à la magnifique usine d’électricité de l’Hippodrome. Ces deux grands établissements ont organisé des systèmes d’éclairage électrique, dans des conditions spéciales et très différentes; en les décrivant, nous montrerons dans quelles limites la lumière électrique, bien appliquée et bien dirigée, peut rendre des services; nous verrons, en outre, si elle est capable de remplacer avantageusement les éclairages artificiels aujourd’hui connus.
- Éclairage des magasins du Louvre. — C’est aux magasins du Louvre que revient l’honneur d’avoir commencé les premières expériences faites sur les bougies Jablochkoff. Cet éclairage, commencé modestement avec quelques bougies et une machine de Y Alliance, compte aujourd’hui quatre-vingt-quatre foyers de lumière électrique. M. Honoré, l’ingénieur chargé de cette installation, s’est trouvé en présence de nombreuses difficultés qu’il a vaincues avec une très grande habileté. II n’était pas commode, en effet, d’installer dans un sous-sol très bas et dans un espace restreint, les chaudiè-res, les machines à vapeur et les machines électriques nécessaires à la production du courant. M. Honoré a adopté les chaudières inexplosibles de M. Belleville, qui répondent très bien au service qui leur est demandé.
- Deux chaudières de quarante chevaux chacune alimentent deux machines à vapeur Corliss.
- Les machines électriques sont les machines Gramme à division1. Trois machines de vingt bougies et une machine de vingt-quatre fournissent le courant aux quatre-vingt-quatre globes répartis dans les magasins et l’hôtel du Louvre.
- Dans cette installation, l’éclairage électrique présente tous les avantages inhérents à sa nature même, c’est-à-dire qu’il ne produit pas de chaleur sensible, — à lumière égale, l’arc voltaïque dégage deux cents fois moins de chaleur qu’un bec de gaz brûlant 100 litres par bec Carcel, — il ne dégage pas de produits nuisibles à la respiration et à la conservation des couleurs délicates des étoffes ; enfin il n’altère pas les nuances, dont on peut saisir les différences les plus légères. Les extinctions accidentelles, assez fréquentes aux débuts, deviennent de plus en plus rares et finiront certainement par disparaître complètement. Quant à la fixité de la lumière, elle est bien supérieure à celle des bougies de l’avenue de l'Opéra, car les appareils, n’étant
- 1 Yoy. n° 289 du 14 décembre 1878, p. 28.
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- LA NAT U R R
- pas soumis à tous les caprices de l'atmosphère, peuvent fonctionner dans des conditions bien meilleures.
- En résumé, l’éclairage électrique du Louvre donne des résultats très satisfaisants, dont on trouve une preuve suffisante en considérant l’extension qui lui a été donnée successivement.
- L’éclairage de l'Hippodrome.— Personne ne peut mettre en doute la valeur de l’éclairage électrique lorsqu’il s’agit d’éclairer de grands espaces, aussi trouvons-nous à l’Hippodrome, dans ses dimensions gigantesques, un champ d’application qui s’impose d’une façon absolue. Comme au Louvre, la première installation faite, et faite cependant dans d'assez grandes proportions, a été vite jugée insuffisante, aussi a-t-on dîi la recommencer entièrement, et c’est l’installation de la nouvelle salle des machines que représente le grand dessin ci-contre.
- L’éclairage électrique de l’Hippodrome comprend actuellement cent vingt bougies Jablochkoff et vingt et un régulateurs Serrin, qui, en plein fonctionnement, dépensent cent soixante chevaux de force.
- L’usine électrique du Palais de l’Industrie alimentera trois cent soixante-cinq foyers à l’ouverture du prochain Salon, mais ces foyers sont disséminés en nombre plus ou moins grand dans une foule de petites salles. A l’Hippodrome, la salle est éclairée par cent bougies et vingt régulateurs : c’est l'éclairage le plus grandiose et le plus puissant qu’on ait fait jusqu’ici.
- L’usage de deux systèmes différents, bougies et régulateurs, nécessite l’emploi de deux systèmes de machines différents, tous deux imaginés par M. Gramme.
- Les cent vingt bougies sont alimentées par trois machines à courants alternatifs de vingt bougies chacune et par une machine de soixante bougies ; cette dernière machine, dont on ne peut voir qu’une partie sur la droite de notre de.-sin, est la plus grande machine à division construite jusqu’ici ; elle ne diffère des autres que par scs dimensions et sa puissance. Les régulateurs sont alimentés chacun par une machine Gramme à courant continu.
- Chaque machine à courant continu ne peut alimenter qu’un seul régulateur à la fois, mais à l’aide d’un commutateur à plusieurs directions, on peut envoyer le courant de chaque machine successivement dans plusieurs directions pour éclairer différentes parties de la salle suivant les exigences du spectacle. Dans les courses de char et les exercices équestres, on allume les régulateurs du pourtour; pour le travail à terre, les machines alimentent des régulateurs disposés pour éclairer le milieu et la piste; pour le travail en l’air, c’est une autre dis position d’éclairage qui est adoptée. Il n’est pas jusqu’à la jeune et hardie personne qui se suspend par les dents à un chariot et se laisse glisser du haut de l’Hippodrome le long d’un fil de fer qui n’ait une lumière électrique spéciale pour éclairer sa descente vertigineuse à travers l’espace.
- Tous ces changements s’effectuent avec une rapidité et une facilité remarquables. Signalons encore une disposition qui a permis de réaliser quelques économies dans l’installation. Les machines des régulateurs n’ont pas de fil de retour pour compléter le circuit. Le retour se fait par la terre, ou plutôt par la charpente de l’Hippodrome, qui, toute en fer, sert de conducteur et complète le circuit.
- On voit sur notre gravure comment le mouvement est transmis aux machines disposées en escalier. Cette disposition a l’avantage de rendre la vitesse de chaque machine indépendante de celle des autres, et par suite de la proportionner à la distance qui sépare la lampe du générateur électrique. Il suffit pour cela de faire varier convenablement le diamètre de la poulie sur chaque machine.
- Les machines à division sont à courants alternatifs du système Gramme.
- Les bobines sont disposées en quatre circuits alimentant cinq bougies chacun. Ces machines font six cent soixante tours ; leurs inducteurs sont alimentés par une machine Gramme du même type que celle des régulateurs Serrin (type d’atelier) ; ces machines excitatrices font six cents tours par minute.
- La machine de soixante bougies alimente douze circuits de cinq bougies chacun et ne fait que cinq cent quarante tours ; son excitatrice tourne à une vitesse de mille cent tours.
- Tandis que les trois machines de vingt bougies dépensent soixante chevaux, M. Geoffroy, l’ingénieur chef du service électrique, estime que la machine de soixante bougies n’absorbe pas plus de cinquante chevaux de force : on retrouve donc encore ici l’avantage que présente l’emploi des machines puissantes sur celui des petites machines
- Le travail dépensé varie entre cent soixante et cent soixante-dix chevaux-vapeur. La force motrice est fournie par deux moteurs à vapeur du type dit Compound, de cent vingt chevaux chacun.
- Peux volants-poulies de 2m,60 de diamètre transmettent le mouvement à deux arbres intermédiaires à l’aide de courroies en caoutchouc de 40 centimètres de largeur, cet arbre intermédiaire porte un tambour sur lequel passent les courroies en crin qui transmettent le mouvement aux machines électriques.
- Trois chaudières à vapeur, à foyer intérieur et à bouilleurs supérieurs, de soixante-quinze chevaux chacune, complètent l’installation.
- Rien de plus vivant et de plus intéressant que cette usine électrique au moment du spectacle, lorsque tout est en marche et que chacun est à son poste.
- Les extinctions, si fréquentes au début, deviennent de plus en plus rares, grâce aux soins de M. Geoffroy, ingénieur-chef de service.
- Il nous reste à dire quelques mots de la question économique, qui joue ici un très grand rôle. Nous le ferons en terminant.
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- La grande salle des machines électriques à l’Hippodrome de Paris (d’après nature)
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- LA NATURE.
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- L’éclairage électrique de l’Hippodrome, dont personne ne peut nier la puissance et la beauté, coûte, tous frais comptés, 250 à 260 francs par soirée. L’éclairage au gaz d’il y a quelques années coûtait de 1100 à 1200 francs et produisait un effet assez mesquin.
- Voilà donc une application d’une importance considérable où la lumière électrique montre sa supé-î iorité d’une façon indiscutable à tous les points de vue.
- Remarquons cependant que cette dilférence considérable de prix ne se retrouverait plus pour une application de la lumière électrique de faible importance; dans ce cas, le gaz reprendrait incontestablement ses avantages.
- Très prochainement, à l'occasion de l’ouverture du Salon, nous compléterons cet article en donnant quelques renseignements sur l’éclairage du Palais de l’Industrie, où la lumière électrique, dont l’emploi est encore si contesté aujourd’hui pour cette application spéciale, doit figurer dans des proportions encore plus grandes que l’année dernière.
- Quels que soient les résultats obtenus au Salon, il n’en est pas moins établi aujourd’hui que la lumière électrique a définitivement conquis sa place à la nuit.
- Mais pour ne pas compromettre son succès, il conviendra d’agir avec prudence et de n’étendre le champ de ses applications qu’au fur et à mesure des perfectionnements qui lui seront apportés. Le gaz et F électricité pourront alors, sans se poser en concurrents ou en rivaux, se prêter au contraire un mutuel appui en choisissant un champ d’application qui, laissant dans l’ombre leurs inconvénients, mette en lumière leurs avantages respectifs.
- E. Hospitalier. RÉUNION GÉNÉRALE
- 1)ES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE (AVRIL 1880) ;
- (Suite. —Voy. p. 550 et 547.)
- SCIENCES NATURELLES
- La diminution des Oiseaux. — C’est principalement au point de vue des intérêts de l’agriculture que M. le docteur de Montessus,le savant ornithologiste de Saône-et-Loire, a recherché les causes de la destruction toujours croissante des Oiseaux. Les causes locales sont celles qui déciment les Oiseaux en détail et dans des lieux divers; leur étude ne préoccupe pas l’auteur dans la question qu'il traite actuellement. Les causes générales sont celles qui déciment, à.l’insu de tous, la gent ailée dans presque tous les pays de l’Europe.
- Il y a de ces causes générales qu’on peut dire sans remède, comme le défrichement par suite des progrès de l’agriculture et l’extension des voies ferrées. D’autres causes
- de destruction anéantissent une multitude d’Oiseaux dans leurs stations d’hiver ou dans les lieux qu’ils traversent pour s’y rendre ; ce sont le braconnage, le dénichage et les engins de tout genre. Ces causes-là peuvent être supprimées ou, au moins, fortement diminuées.
- Jument tuée par une larve de mouche. — Gimblette, jument de cinq ans, très douce et d’excellent naturel, faisait la joie du 10me régiment d’artillerie, à Rennes. Il y a très peu de temps, elle fut prise toute une nuit d’accès convulsifs subits. Le lendemain, deux membres, l’antérieur droit, le postérieur gauche, étaient immobiles, en contracture tétanique; les deux autres membres, également en diagonale,en mouvement convulsif automatique; lors des accès, le cou était fléchi fortement à gauche. La bête ne pouvait plus uriner. Après trois jours de ces accès, entrecoupés de périodes de rémission, Gimblette mourut. A l’autopsie, ou trouva une forte congestion des méninges de l’encéphale. Au bord gauche du bulbe rachidien était une petite plaie circulaire, à contour déchiqueté, entrée d’un étroit canal au fond duquel, en arrière du Calamus scriptorius, on rencontra une larve entourée de mucosité concrétée, et qui fut dégagée de cet enduit au moyen d’eau gommée. On vit alors un ver blanc et sans pattes, allongé, montrant par transparence deux troncs trachéens, allant s’ouvrir par deux stigmates noirs postérieurs. C’était une larve de Diptère, encore jeune, n’ayant subi qu’une mue. M. le professeur Sirodot, de la Faculté de Rennes, qui a présenté cette larve à la Réunion, est tenté d’y voir une larve d’Œstride. Les larves des Œstres habitent à l’ordinaire l’intérieur de l’estomac des chevaux, sans causer de graves accidents, et il y en avait plusieurs dans l’estomac de la jument. Je suis plutôt porté à supposer une larve de Muscide, d’après les exemples de cas de mort constatés par l’introduction de larves de Mouches dans les cavités intérieures de la tête; ainsi le Ver macaque, de Cayenne, très probablement Lucilia hominivorax (Co-querel), ayant amené mort d’hommes, le Ver moyaquil, du Mexique, attaquant l’homme et le chien. 11 reste à expliquer comment la larve a pu s’introduire presque jusqu’au centre de la moelle allongée de la jument.
- Les Ténias sans tête. — M. Mégnin, bien connu dans la science par ses beaux travaux sur les Annelés inférieurs, a eu l’occasion d’étudier de nombreux Ténias d’Oiseaux, notamment de Palmipèdes et de Gallinacés, dans ses autopsies, et il en a fréquemment rencontré qui avaient perdu la tête, fait déjà signalé autrefois par Dujardin. Ainsi dans une Oie, sur une pelote de trente Ténia lanceolata (Goeze), c’est à peine si M. Mégnin en trouva trois ayant la tête ou Scolex muni de ses ventouses et de sa couronne de crochets ; chez la plupart il était résorbé et on ne voyait plus qu’une encoche là où avait été le Scolex. Ce Scolex, issu du Cysticerque ou larve, est à la fois un organe de fixation du parasite intestinal au moyen des crochets et un organe de reproduction par bourgeonnement des anneaux successifs du Ténia. Cette tête effilée persiste tant que le Ténia est jeune; puis les anneaux se remplissent d’œufs qu’ils laissent échapper par des pores ; h vitalité s’épuise peu à peu, les anneaux se détachent successsivement et le Scolex ou tête, n’ayant plus d’usage, perd d’abord ventouses et crochets, puis se résorbe. M. Mégnin a constaté les mêmes séries, avec tous leurs passages, sur le Ténia infundibuliformis des Faisans. Les Ténias inermes sont, pour M. Mégnin, une phase des Ténias armés ou à crochets. Le Ténia serrata du chien devient acéphale, et, comme passage, perd la couronne de crochets, puis les ventouses.
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- LÀ NATURE.
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- Les Ténias des Palmipèdes, des Faisans et des Poules peuvent s’expliquer par la transmigration animale, car ces Oiseaux mangent divers débris de Vertébrés, des Insectes et des Limaces. On ne sait comment comprendre l’origine des Ténias des Pigeons, Oiseaux exclusivement granivores, si on admet la nécessité de deux espèces animales distinctes. M. Mégnin, dans une théorie dont il est l’auteur et qui est loin d’être encore admise par tous, croit que les Ténias peuvent se reproduire directement chez un seul animal, étant successivement œuf, embryon à forme d’infusoire, puis Cysticerque, Scolex et Slrobile ou Ver annelé. Il pense que les Gallinacés et les Palmipèdes contractent directement leurs Ténias en ingurgitant des anneaux rendus par d’autres Oiseaux de leur espèce et non en mangeant des Insectes ou des Limaces infestés de Cys-ticerques.
- Un parasite des Planaires. — M. S. Jourdain entretient la réunion d’un Annelé qui vit en parasite sur les téguments d’une Planaire marine, Laptoplana tremellaris (0. F. Müller). Les Planaires sont des Helminthes à vie libre dans les eaux. L’Ànnelé en question est microscopique, exigeant pour son élude des grossissements de 250 à 500 diamètres. Il a la forme d’un cylindre terminé par deux calottes sphériques. Il est recouvert de cils vi-braliles et divisé en une quinzaine de segments. La bouche et l’anus occupent les extrémités opposées du cylindre; le tube alimentaire est rectiligne. Les téguments possèdent des éléments contractiles et en dessous se développent des éléments générateurs. Il n’y a pas de trace d’appareils circulatoires, de système nerveux différencié ni d’organes des sens.
- M. Jourdain a constaté l’existence de deux sortes d’individus. Les individus les plus nombreux et les plus grands (0mn\40) sont des femelles, montrant des ovaires et parfois des œufs; ils sont colorés en vert foncé. Les petits individus, moins nombreux, plus grêles, moins colorés, sont probablement des mâles. De même que les Infusoires, dont ils ont certains caractères, ces Ànnelés paraissent avoir la faculté de s’enkyster dans la mucosité et peut-être, outre les œufs, de se reproduire par scissiparité. L’auteur fait remarquer que ces parasites nous montrent le type annelé dans sa plus grande simplicité. Il propose pour eux le nom de Prothelminthus Hessi, dédiant ainsi l’espèce au savant M. Hesse, de Brest, bien connu pour ses travaux sur les Crustacés inférieurs, dont les plus récents viennent d’être publiés par la Nature.
- Sur les Lichens. —Un botaniste distingué de Châlons-sur-Marne, M. Brisson, de Lenharrée, communique à l’assemblée un mémoire sur les Lichens des environs de Château-Thierry. Les roches de grès disséminées çà et là sur les versants des coteaux sont, pour les études liché— nographiques, d’une richesse pour ainsi dire inépuisable. L’auteur signale dans cette région environ 250 espèces de Lichens, en grande partie Saxicoles, et ces dernières font l’objet de son travail. Cette flore, d’après M. Brisson, diffère sensiblement de celle de la Marne, et cela tient à ce que les Lichens préfèrent des substratums ou supports déterminés, non pas en raison de leur composition chimique eu minéralogique, mais selon l’état plus ou moins dur ou solide du support convenant à telle ou telle espèce de Lichen. Ainsi certaines espèces végètent indifféremment sur des roches siliceuses ou calcaires, pourvu qu’elles y trouvent la consistance convenable. Selon la dureté variable du support, le développement des Lichens diffère de durée; les Lichens lents sont ceux à dévelop-
- pement lent, exigeant un substratum très dur; les Lichens rapides sont formés d’autres espèces développées en peu de temps sur des pierres tendres, siliceuses ou calcaires ; enfin les Lichens médians sont, pour M. Brisson, des espèces très communes, à développement intermédiaire entre les deux catégories précédentes et à peu près indifférentes au support.
- Avant le perfectionnement des microscopes et l’emploi des réactifs chimiques produisant des colorations différentes suivant les tissus des espèces, il était fort difficile de séparer les espèces voisines de Lichens d’après la forme d’organes qui se mesurent par millièmes de millimètre. Aujourd’hui le lichénologue peut reconnaître les espèces affines des Lichens aussi aisément que celles des plantes supérieures. Aussi doit-on abandonner les exagérations de certains botanistes, qui ont voulu trop réduire le nombre des espèces. Ces espèces, déterminées par des caractères dont l’observation est devenue précise, forment, dit M. Brisson, une barrière au transformisme, attendu qu’elles nous font voir dans l’échelle magnifique des êtres de la création des gradations qui nous étaient inconnues jusqu’alors dans les végétaux.
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- ÉRUPTION DE BOUE
- AU PIED DE L’ETNA
- Depuis la grande éruption de lave du mois de juin 1879, l’Etna n’a plus cessé de donner des signes d’excitation volcanique, tantôt par des éjections de larges colonnes de fumée et de sable, tantôt par des jets de vapeur très chaude, jaillissant de petites crevasses restées béantes après l’éruption de 1852, tantôt aussi par des éruptions de boue lancée de petits cratères situés près de Paterno, sur le côté occidental de la basse région de la montagne.
- Ce dernier phénomène a été le plus persistant. Commencé aussitôt après l’éruption de lave, il disparut vers le mois de juillet 1879. Dans le commencement de l’automne de la même année, il apparut de nouveau, et depuis lors il n’a plus cessé.
- Si j’en crois le témoignage de quelques paysans, c’est après les pluies extraordinaires du mois de février que l’activité des cratères vaseux est entrée dans sa plus grande phase, et elle a diminué peu à peu depuis la fin du mois de mars. Vers cette époque, la boue avait déjà formé une sorte de lac de plus de 6 kilomètres carrés et qui commençait déjà à causer des dégâts très considérables aux propriétés environnantes; peu après, une partie de la vase forma un petit torrent, qui alla se mêler aux eaux du fleuve Simet. C’est pourquoi on a vu pendant plusieurs jours que tout autour du promontoire de la Croce, qui est près du delta du Simet, les eaux de la mer étaient d’une couleur jaunâtre, quoiqu’elles fussent tout à fait tranquilles.
- J’ai visité l’éruption de boue lorsqu’elle était dans sa plus grande activité. En arrivant près de Paterno, j’ai observé que le sol était de nature calcaire et qu’il y avait près du foyer de l’éruption une source abondante d’une eau acide et ferrugineuse. C’était une sorte d’eau de Seltz, toujours en ébullition, à cause de la grande quantité d’acide carbonique qui s’en dégageait. Il y a de ce
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- LA N ATI) I! R.
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- cô'.é de l’Etna plusieurs sources d’eaux qui renferment de l’acide carbonique. Ces eaux, en s’infiltrant dans les couches du sol, élèvent leur température et donnent naissance à une sorte d’albâtre veiné qui est très estimé dans le commerce.
- Entre la source d’eau acide et une petite montagne volcanique qu'on appelle Monte cli Patcrno, j’aperçus un grand lac fumant formé par une boue liquide, salée et pétrolifère. Au milieu de ce lac, on voyait quantité de petits îlots coniques de 2 à 4 mètres d'élévation. C’étaient les cratères vaseux. Des plus bas de ces cratères et d’autres ouvertures à fleur de terre, on voyait s’échapper des jets de matières liquides, qui avaient de 4 à 5 mètres de hauteur. Des cratères plus élevés, on voyait se dégager de temps en temps une sorte de bulle, qui éclatait au moment de sortir.
- Les éjections étaient accompagnées par de fortes émissions d’acide carbonique et d’hydrogène sulfuré ; la température de la boue était de 45°. Ces éjections de vase arrivent ordinairement dans l’hiver et, si je ne nie trompe, à la suite des grandes pluies. Pendant les grandes chaleurs de l’été, les cratères de boue restent en repos et alors leurs parois intérieures sont parsemées de petits cristaux de sel marin. Il parait cependant qu’ils ne cessent pas d’émettre de l’acide carbonique, car on m’a assuré que lorsqu’on verse de l’eau dans le sein d’un de ces cratères, elle entre tout de suite en bouillonnement.
- Les éruptions argileuses ont été fort nombreuses depuis plusieurs années, et la vase a formé de puissantes couches, qui s’étendent depuis la basse région de l’Etna jusqu’aux bords du fleuve Simet. Ces couches sont formées par des laves dont plusieurs présentent des caractères vraiment admirables d’aspect. On en voit à fond rouge avec de gros cristaux de feldspath blanc. Ces amas ressemblent alors à un superbe porphyre. Ailleurs la masse minérale présente dans son sein un grand nombre de cavités rectangulaires qui renferment du pétrole liquide.
- J’ai remarqué aussi une autre circonstance qui m’a paru intéressante : de ce côté de l’Etna où sont les cratères vaseux (sud-sud-ouest), il n’est arrivé, de mémoire d’homme, aucune éruption de lave.
- Y. Tedesciii ni Ercole.
- Catane, 1er mai 1880.
- APPAREIL
- FOUR RÉGLER LA TEMPÉRATURE DES ÉTUVES A GAZ 1
- L’appareil ci-contre, imaginé par M. Cresti, se compose d’une éprouvette horizontale A, de 15 centimètres de longueur et de 2 centimètres de largeur, sur laquelle est soudée une autre éprouvette verticale B. Les deux éprouvettes communiquent l’une avec l’autre, à l’aide du tube C. La partie supérieure de l’éprouvette verticale reçoit un tube en T auquel est adapté un anneau en caoutchouc destiné à serrer un petit tube à angle droit, qui conduit le gaz. L’autre bras latéral F du tube en T donne issue au gaz du côté de la lampe. On introduit du mercure dans l’éprouvette verticale, comme dans l’appareil Bunsen Kemp.
- 1 Gazzetla chimiea italiana et Journal île Pharmacie.
- L’éprouvette horizontale est adaptée à l’étuve au moyen d’une ouverture latérale. Le tube E est en communication avec la conduite de gaz, et le bras latéral F porte un autre tube en caoutchouc qui conduit le gaz à la lampe. Lorsqu’on chauffe, l’air de l’éprouvette horizontale placée dans l’étuve se dilate, pousse le mercure dans l’éprouvette verticale, et le force à s’élever dans le long bras du tube en T. En s’élevant, le mercure intercepte complètement le passage du gaz, et, par suite, le bec qui chauffe l’étuve s’éteint, mais un petit tube métallique G, adapté à la lampe, qui la met en communication
- Appareil de M. Cresti pour régler la température des étuves à gaz, à l’usage des laboratoires de chimie.
- directe avec le gazomètre, conduit une très faible quantité de gaz, toujours allumé, à un centimètre de distance horizontalement du bec de la lampe. Cette petite flamme n’élève la température de l’étuve que d’une manière insignifiante ; elle sert à allumer la flamme de la lampe, lorsque par un abaissement de température le gaz se dégage, de nouveau. Le petit tube métallique est fixé sur un côté de la lampe, à l’aide d’un fil de laiton. Comme on le voit, il suffit d’élever ou d’abaisser le petit tube E pour avoir la température voulue. L’auteur assure que cet appareil fonctionne régulièrement, qu’il est très sensible, simple et peu coûteux.
- Poggiale.
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- LA NATUUK.
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- PONTS V0L4NTS ET ATTACHE-BOULINS
- Un ingénieux constructeur, M. Bouilliant, a imaginé et perfectionné différents types de ponts qui n’exigent que des bois bruts faciles à trouver
- partout, qui se montent et se démontent en quelques heures par de simples manœuvres, et qui nous semblent destinés à rendre de grands services pour les exploitations agricoles, les travaux des parcs et des jardins, les troupes en campagne, etc.
- Fig. 1. Spccimen d’un 'système de pont volant.
- a, longrincs; .traverses porteuses; c, reliasses inclinées; dd, tiges de suspension; e, contrefiches ; f, tiges de contreventement ; g, entretoises reliant les deux fermes; h, poteaux supportant les traverses extrêmes.
- f Nous donnons ci-contre un des types de ces ponts volants (fig. 1). On voit que les longrines du tablier sont soutenues, sur le modèle représenté par trois traverses porteuses intermédiaires; ces traverses sont suspendues par des tiges à deux fermes placées de chaque côté du tablier et constituées par des éehasses obliques. Des contre-fiches soutiennent les éehasses vers le milieu de leur longueur, et leur résistance à la compression, jointe à la tension des tiges de contreventement, s’oppose dans tous les cas à la flexion des éehasses.
- Ces ponts, dont nous nous bornons à donner un seul modèle, se construisent et s’enlèvent très rapidement; quand ils sont démontés, les matériaux dont ils ont été formés se retrouvent absolument intacts. Ils ne comportent aucun assemblage de charpente, aucune entaille, aucun point d’appui intermédiaire dans la travée, aucun clou, boulon, vis ou tirefond d’assemblage. Ils se construisent en-
- tièrement en bois, si l’on 'possède des bois capables de fournir des liens; en bois et cordes
- (cordes à puits) ou en bois et fils de fer. Enfin, on peut les construire plus solidement encore au moyen d’attache-boulins et chaînes, sur lesquels nous voulons appeler l’attention du lecteur.
- Ces attaches, susceptibles d’être employées à beaucoup d’usages, échafaudages, etc., se composent d’une chaîne entourant les pièces à assembler et dont les deux extrémités viennent se fixer à un écrou (fig. 2). A cet effet, l’écrou porte d’un côté une oreille percée dans laquelle passe le dernier maillon de la chaîne et de l’autre côté un crochet dans lequel on peut engager un maillon quelconque de cette même chaîne. L’écrou est traversé par une vis dont la tète porte un levier ; celte vis est munie à l’autre extrémité d’une petite plaque métallique ou patin.
- Pour opérer l’assemblage au moyen de l’attache-boulin, les pièces de bois sont rapprochées et re-
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- LA NATURE
- liées par la chaîne, dont un maillon est engagé dans le crochet de l’écrou ; puis le patin est appliqué contre une des pièces et le serrage est produit au moyen de la vis, comme on le voit figuré sur notre deuxième gravure.
- CHRONIQUE
- Études sur les organes segmentaires des annélides polychètcs.— M. Cosinovici a soutenu récemment devant la Faculté des sciences de Paris une thèse sur ce difficile sujet. Les auteurs qui ont traité de ces organes, dits organes segmentaires, qu’on rencontre chez les vers et en particulier chez les annélides polychètes, n’étaient d’accord ni sur leur structure, ni sur leur rôle. Les uns supposaient qu’ils servaient à produire les ovules, d’autres qu’ils en étaient simplement les organes conducteurs.
- D’après M. Cosmovici, qui les a étudiés chez un assez grand nombre d’annélides, surtout chez les sédentaires, il y aurait deux organes à fonctions très différentes dans ceux qu’on désigne sous le nom d’organes segmentaires, et ni l’un ni l’autre ne seraient des glandes produisant les ovules. C’est ailleurs, en effet, dans des glandes toutes différentes, et qui n’avaient pas été reconnues avec précision jusqu’à présent, que sont formées les cellules reproductrices mâles et femelles. Ces glandes sont souvent difficiles à voir dans la mauvaise saison, lorsque leur volume est considérablement réduit; c’est peut-être pour cela qu’elles avaient 'souvent échappé à l’obseivation ; mais elles occupent une position constante pour chaque animal.
- Quant aux organes segmentaires, ils comprennent deux autres organes, d’après M. Cosmovici : 1° une sorte de rein, analogue à ce que l’on nomme,chez les mollusques, le corps de Bojanus. Cet organe est une glande munie d’une pore spéciale qui la fait communiquer avec l’extérieur. On peut déceler dans son tissu, au moyen de réactifs, la présence des urates; 2° un conduit à pavillon et à cils vibratils, communiquant d’une part avec la cavité générale du corps et d’autre part avec l’extérieur. Cette communication avec l’extérieur est tantôt directe, tantôt empruntée au conduit de l’organe rénal. Le rôle de ce canal, auquel il convient de réserver exclusivement le nom d'organe segmentaire, est de recueillir à l’intérieur du corps les cellules reproductrices et de les verser au dehors.
- Ces deux organes physiologiquement si différents sont souvent très rapprochés l’un de l’autre, quelquefois entièrement soudés ; de là les nombreuses confusions et contradictions qu’on rencontre chez plusieurs auteurs.
- M. Cosmovici n’a pu suivre la ponte, la formation de l’œuf, et n’a observé qu’une fois le développement de cet œuf une fois formé ; mais son travail a le mérite d’avoir proposé une solution précise au sujet de la structure et des fonctions d’organes si mal connus jusqu’à présent.
- Le phylloxéra en Sicile. — Le phylloxéra s’est répandu en Sicile avec une rapidité fort remarquable : 15 hectares de sol en ont été déjà envahis dans le territoire de Riesi (province de Caltanisetta). Les larves s’y développent un mois et demi plus tôt qu’en France, et tous les remèdes qu’on a employés jusqu’à présent ont donné des résultats négatifs. On a cependant remarqué une circonstance très intéressante. C’est la présence en
- plusieurs endroits d’un parasite du phylloxéra, le hoplo-phora, qui se multiplie dans les climats chauds avec une grande rapidité. Le phylloxéra a été introduit en Sicile par deux marcottes d’origine française que M. Calamita, le propriétaire du premier vignoble endommagé, a acheté à Palerme chez un marchand de plantes. Ces deux marcottes ont été trouvées au milieu de la zone infestée.
- Association française pour l'Association des sciences. — Le Conseil d’administration vient de voter les subventions scientifiques suivantes :
- M. l’abbé Kougerie, pour lui permettre de continuer ses recherches sur les courants atmosphériques 300 fr. M. Rivière, pour aider à la publication de ses recherches sur la paléontologie humaine et aux nouvelles fouilles qu’il compte entreprendre...................................... 500
- M. Jobert, pour l’achat d’un moteur électrique, d’un appareil à respiration artificielle et d’un saccharimètre Laurent, qui lui permettront de continuer ses recherches personnelles sur les plantes médicinales qu’il a rapportées du
- Mexique...................................... 1000
- M. Gros, pour aider à la suite de ses études sur
- la télégraphie hydrostatique................... 200
- M. Sabatier, pour l’achat d’une drague et les dépenses qu’entraînera l’exploration zoologique de l’étang de Thau...................... 1000
- M. Moniez, pour contribuer à l’achat et à l’entretien des animaux nécessaires pour la continuation de ses recherches.................... 200
- M. Delort, pour contribuer aux dépenses occasionnées par ses fouilles dans les grottes-abri, les dolmens, etc., etc., de l’Auvergne.... 500
- M. Salmon, pour contribuer aux dépenses occasionnées par la publication d’une carte d’archéologie celtique du département de l’Aube. 500 M. Fière, pour contribuer aux dépenses occasionnées par des fouilles dans les grottes préhistoriques du Dauphiné (grotte d’Aizy) 500 M. Maury, pour contribuer aux recherches relatives à la multiplication des vignes américaines.......................................... 500
- M. Giard, pour achat d’appareils de pèche spécialement disposés pour les recherches d’animaux marins................................. 500
- M. Cartailhac, pour contribuer à l’installation
- d’un laboratoire d’anthropologie............... 500
- M. Lescarbaut, pour l’aider à continuer ses importantes recherches astronomiques.......... 500
- M. de Lacaze-Duthiers, une somme de 30001r., dont on porte sur l’exercice actuel, pour
- l’achat d’un scaphandre complet................ 2000
- M. Leveau, pour second versement d’une subvention de 1000 fr. votée pour lui faciliter l’exécution de calculs se rapportant à la
- théorie de la planète Vesta.................... 400
- Observatoire du Mont-Ventoux (2e versement sur la subvention de 2000 fr.), installation scientifique et achat d’appareils d’observations............................................ 1000
- Total...... 9500 fr.
- Éruption sous-marine aux lies Sanguinaires.
- — Une éruption sous-marine a été observée au milieu des
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- îles Sanguinaires, à l’entrée du port d’Ajaccio, durant environ une heure, dans la journée du 31 mars dernier. Cette éruption produisait un bouillonnement qui a rempli la mer d’un grand amas d’algues et de déjections blanchâtres, en même temps que l’air se chargeait de vapeurs sulfureuses. Le phénomène, observé par le guetteur du sémaphore et le gardien du phare, s’était déjà manifesté antérieurement, d'après les marins des îles, mais sans avoir été signalé. Il y a lieu d’ajouter que sur la côte, vis-à-vis du point d’éruption, on trouve, dans un rayon de 15 kilomètres, des sources minérales fortement sulfureuses, ayant une température d’environ 50 degrés.
- F. Zurciie’,.
- Curieux effets «le la foudre — Un violent orage a éclaté, jeudi 22 avril, dans le nord de la France. La foudre est tombée faubourg de Douai, à Lille, sur deux maisons d’ouvriers situées à proximité du passage à niveau du chemin de fer de Béthune. Elle est tombée également sur un bateau pêcheur du Waldam, Mère-de-Grâce, qui se trouvait dans la Manche, au nord-est de Gravelines. Le tonnerre, après avoir brisé le grand mât, s’en vint couper le taille-vent du chapeau, et pénétra jusque dans l’intérieur du bateau, où le fluide électrique suivit tout le fer qui se trouva sur son passage. Le patron, adossé contre le mât, aperçut une boule de feu qui vint aussitôt le renverser violemment sur le pont. Les hommes faisant partie de l’équipage se trouvèrent pour un instant étourdis, et plusieurs d’entre eux tombèrent même évanouis. Durant plusieurs heures, ils furent tous atteints d’une surdité telle qu’ils ne s’entendaient plus les uns les autres.
- L’aérostation militaire à Meudon. — Un accident est arrivé dans les ateliers de Meudon, où s’exécutent des expériences d’aérostalion militaire. D’après le XIXe Siècle, un ballon qu’on venait d’achever de gonfler a fait explosion. Plusieurs soldats ont été violemment projetés de différents côtés et ont reçu des contusions heureusement sans gravité. Le capitaine qui dirigeait les manœuvres a reçu à la tête une blessure entraînant la perte d’un œil. On a ouvert une enquête pour rechercher la cause de cet accident.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 mai 1880. — Présidence de JI. Becquerel.
- Loi de la tension des vapeurs. — Dans un mémoire que le secrétaire analyse très succinctement, M. Raoul Pictet fait connaître une équation générale donnant pour tous les liquides et à toutes les tempéiatures la relation qui existe entre la température et la tension de vapeur. Les résultats que donne le calcul peuvent être considérés comme absolument identiques aux résultats fournis par les classiques expériences de Régnault : l’écart n’est en général que de 1 à 2 centièmes. Aussi ne sait-on ce qu’on doit admirer de la rigueur de la formule ou de l’exactitude des expériences.
- Occlusion des gaz- par les métaux. — Déjà, il y a quelque temps, M. Dumas avait soumis à une étude approfondie la propriété que possède l’argent fondu de retenir après refroidissement une forte proportion d’oxy-
- gène. De nouvelles expériences lui ont montré que beaucoup d’autres substances, métalliques ou non, jouissent du même pouvoir d’occlusion vis-à-vis de différents gaz. . Aujourd’hui il se borne à exposer ce qui concerne l’énergie avec laquelle l’aluminium et le magnésium retiennent de l’hydrogène.
- A la température du blanc, 200 grammes d’alunvnium , représentant un volume de 80 centim. cubes, abandonnent dans le vide 89 centim. cubes de gaz (mesuré à 17° et sous la pression de 755 millimètres de mercure). Ce gaz renferme 1 cc. 5 d’acide carbonique et 80 centim. cubes d’hydrogène : on peut le considérer comme constitué essentiellement par ce dernier corps. Au point de vue pratique, on devra se rappeler ce fait chaque fois qu’il s’agira de faire entrer l’aluminium dans la construction des appareils destinés à l’étude des gaz sous de très faibles pressions.
- Dans les mêmes conditions, le magnésium se montre encore plus riche en gaz : il s’en dégage 52 centim. cubes de 44 grammes de métal, représentant un volume de 23 centim. cubes. Cette fois, ce qui se dégage peut être regardé comme de l’hydrogène sensiblement pur. Pendant l’opération, qui se fait à une température voisine de celle où la porcelaine se ramollit, tout le magnésium se volatilise et cristallise dans le col dd la cornue : il prend alors des formes cristallines assez nettes pour que leur étude géométrique demeure évidemment possible, et l’auteur prie M. Des Cloizeaux de se charger de ce sujet de recherches. Ainsi obtenu, le magnésium possède un degré de pureté qui paraît offrir toutes les garanties nécessaires pour la détermination de son équivalent, encore entouré de quelque incertitude. D’ailleurs, il sera facile de déterminer directement la densité de vapeur du métal, et M. Troost s’occupe de cette détermination.
- Maladies parasitaires. — Comme complément de scs belles études sur le choléra des poules, M. Pasteur signale d’autres maladies comme dues également au développement dans le pus ou dans le sang de petits organismes microscopiques. Ce sont le furoncle, l’osteomyélile et la fièvre puerpérale. Dans tous ces cas, dont l’auteur donne de nombreux exemples, étudiés par lui avec soin, on voit le mal se développer en raison même de la prospérité d’un parasite bien défini. Dans tous les cas aussi, ce parasite, cultivé dans un liquide convenable, détermine des troubles plus ou moins graves quand on vient à l’injecter dans le système circulatoire d’un animal sain.
- Corps explosifs. — Suivant MM. Sarran et Vieille, la densité d’un corps explosif, coton-poudre, poudre de mine, nitroglycérine,etc., influe d’une manière très directe sur la composition des gaz produits. De là l’explication rationnelle d’une foule d’anomalies apparentes constatées dans les explosions.
- Phylloxéra. — Un auteur dont le nom nous échappe propose contre le phylloxéra la culture intercalaire do l’absinthe. Il annonce qu’on détruit le parasite à l’aide d’un compost où entrent la chaux, le sel marin et le sulfate de cuivre.
- Variabilité des brebis. — Poursuivant des études dont nous avons rendu compte l’autre jour, M. Taillant annonce avoir reconnu que les brebis des basses Cévennes ont parfois jusqu’à six tétines. L’anatomie de la mamelle montre que chacune d’elles est en rapport avec une glande lacli-fère spéciale.
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- LÀ NATURE
- Produits pyrogênés de la lêguminc. — Quand, à l'exemple de M. Bleunard, on soumet pendant quarante-huit heures de la légiunine à la température de 150 degrés dans un digesteur convenable, on trouve qu’elle a subi une altération profonde. Parmi les produits auxquels elle a donné naissance en grand nombre, on peut citer les acides oxalique, carbonique et acétique, l’ammoniaque, la tyrosine et la leucine
- Physique mathématique. — M. Guébbard a trouvé dans le procédé électro-chimique de Nobili un moyen de déterminer expérimentalement les lignes équipotenlielles d’écoulement de l’électricité à travers les surfaces conductrices. La méthode, étendue à l'écoulement station-
- naire de la chaleur, est susceptible de généralisation et pourra fournir des solutions empiriques d’une foule de cas échappant au calcul. Les premiers spécimens de ces expériences, obtenus sous forme de magnifiques anneaux colorés sur des feuilles de clinquant, ont paru intéresser vivement l’Académie.
- Candidature. — M. Uaiton de la Goupillère demande à être compris dans la liste de candidats à la place vacante dans la section de mécanique par suite du décès de M. le général Morin.
- Stanislas Meunier.
- Nouveaux bateaux doubles aux États- Unis.
- CANOTS DOUBLES AUX ÉTATS-UNIS
- On a parfois essayé de construire des bateaux doubles, formés en quelque sorte de deux bateaux réunis par un pont. Le Castalia est la tentative la plus importai.te qui ait été faite dans ce sens b Nos lecteurs se rappellent que cette tentative n’a pas été couronnée de succès. Un constructeur américain vient de s’engager encore une fois dans la voie des bateaux doubles, en confectionnant les embarcations que représente notre gravure, d’après le Scientific American. Ces canots à voiles sillonnent actuellement la surface du lac Cayuga, dans l’État de New-York ; ils sont formés de deux moitiés étanches. Les voiles dont ces bateaux sont pourvus obéissent au vent avec autant de facilité qu’une
- 1 Voy. n° 93 du 13 mars 1875, p. 225.
- girouette. Le bateau est, paraît-il, tout à fait insubmersible.
- Le poids d’un de ces yachts de plaisance est de 1500 livres et son tirant d’eau est de 6 pouces. Grâce à ses deux quilles, il obéit au vent avec beaucoup plus de facilité que tout autre bateau. Le yacht représenté au milieu de notre gravure est nommé Proa Ladronia, en souvenir de l’île des Larrons. 11 appartient à M. Prentiss. Bien qu’il n’ait pas été spécialement construit en vue de la rapidité de la course, il a battu tous ses concurrents dans des régates. Ce bateau a le mérite de pouvoir naviguer sans qu’on ait à craindre aucun danger.
- Le Propriétaire-Gérant : G- Tissandier.
- 16 826. —[Imprimerie A. Laliure, lue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 363
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- LA NATURE
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- LA CULTURE DU MAÏS FOURRAGE
- A L’ÉCOLE DE GRIGNON
- A plusieurs reprises différentes, déjà, j’ai entretenu les lecteurs de la Nature des résultats obtenus au champ d’expériences de Grignon.
- J’y reviens cette année encore, parce que la culture du maïs fourrage a donné des produits si différents, suivant les engrais qui ont été distribués, qu’elle permet d’introduirô une question d’une haute importance : l’origine du carbone des végétaux.
- Au mois d’août 1879, mon collègue à l’École de Grignon, M. Jubert, qui est un photographe très habile, a bien voulu prendre une vue de la culture de maïs fourrage de notre champ d’expériences; elle a été reproduite très exactement dans le joli dessin qu’en a fait M. A. Tissandier.
- Les maïs de droite, présentant une hauteur double des autres, se sont développés sur les parcelles qui ont reçu du fumier de ferme ; immédiatement à côté se trouve la culture sans engrais; cette parcelle, comme toutes les autres, a déjà porté du maïs en 1876, 1877 et 1878; la récolte de 1879 est la quatrième qu’elle fournit sans engrais; les
- Yue du champ de culture de maïs fourrage à l’École de Grignon (d’après uuc photographie).
- parcelles voisines, représentées à gauche du dessin, qui ne sont guère meilleures que celle qui n’a pas eu d’engrais, ont reçu cependant de l’azotate de soude.
- L’aspect du champ d’expériences, très nettement reproduit par la photographie, montre l’avantage que présente l’emploi du fumier de ferme, et les pesées qui eurent lieu quelque temps après n’ajoutèrent qu’une plus grande précision aux résultats qui apparaissaient si clairement à première vue.
- Les pesées, en effet, accusèrent les chiffres suivants :
- Engrais de ferme...... 76 500 kil. à l’hectare.
- Sans engrais.......... -22 500 — —
- Azotate de soude...... 52 500 — —
- Sulfate d’ammoniaque. 53000 — —
- 8* année. — l,r semestre.
- Les différences sont plus grandes que les années précédentes; en effet, les chiffres pour les rendements moyens des trois premières années étaient les suivants :
- Fumier de ferme. ... 85 521 kil. à l’hectare.
- Sans engrais......... 58 300 — —
- Azotate de soude..... 65 539 — —
- Sulfate d’ammoniaque. 55125 — —
- Des expériences poursuivies pendant ces quatre dernières années au champ d’essai de Grignon, on peut déjà conclure avec certitude que le fumier de ferme est l’engrais qu’il convient de donner au maïs fourrage; sur cc point, il n’y a pas d’incertitude, mais est-ce là la seule conclusion qu’on puisse tirer de ces expériences? le peu d’effet
- U
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- LÀ NATURE.
- qu’ont exercé, en 1879, les engrais salins est-il dù seulement à l’abondance des pluies, qui les ont dissous et entraînés dans le sous-sol ? Nous ne le pensons pas ; les résultats de ces expériences nous autorisent à émettre une opinion que nous me considérons pas encore comme absolument démontrée, mais qui nous paraît cependant être appuyée par des raisons assez nombreuses et assez fortes pour être sérieusement discutée.
- La plupart des physiologistes admettent aujourd’hui que si les végétaux puisent dans le sol les matières minérales qui constituent leurs cendres et les matières azotées, nitrates, sels ammoniacaux qui leur servent à élaborer l’albumine, le gluten, la légumine,. c’est dans l’acide carbonique de l’air qu’ils trouvent le carbone nécessaire à la constitution des principes ternaires qu’ils renferment : cellulose, amidon, sucre, tannin, etc.
- Cette manière de voir est tellement considérée comme l’expression de la vérité, qu’aujourd’hui toutes les transactions sur les engrais reposent sur la détermination de deux chiffres : azote, acide phosphorique ; il est rare qu’ou se préoccupe de la potasse, et on ne saurait blâmer les cultivateurs de ne pas lui attacher la même importance qu’aux deux substances précédentes, car, le sol étant habituellement fourni d’une quantité suffisante de potasse, il est la plupart du temps inutile d’en ajouter.
- Dans ces idées, le fumier de ferme ne vaut que par l’azote et l’acide phosphorique qu’il renferme, et la matière carbonée qui constitue sa masse presque entière n’a qu’une valeur des plus contestables ; elle maintient l’humidité du sol, elle fournit, en se brûlant dans la terre, de l’acide carbonique, qui favorise la dissolution des matières minérales; mais cette matière carbonée, par elle-même n’est pas pour la plante un aliment.
- Cette manière de voir est-elle exacte ; faut-il croire avec Liebig que l’humus, le terreau, n’est pas directement assimilé, ou bien faut-il rester fidèle à l’opinion contraire, que défendait Th. de Saussure?
- Sous cette forme absolue, je pense que ces deux opinions sont inexactes et que c’est parce qu’on a trop hâtivement généralisé que, de part et d’autre, on est arrivé à des conclusions fautives.
- Je crois qu’il faut dire avec Liebig que certaines plantes vivent exclusivement de matières brûlées, nitrates, phosphates, acide carbonique ; ces plantes peuvent puiser tout leur carbone dans l’acide carbonique de l’air, et elles vivent aussi bien dans un sol pauvre en hurnus que dans celui qui en renferme une forte proportion.
- Mais je crois aussi qu’il est d’autres plantes qui vivent autrement et qui n’acquièrent tout leur développement, ou même qui n’accomplissent leur évolution régulièrement que lorsqu’elles trouvent des matières ulmiques à proximité de leurs racines.
- Pour sortir des généralités, fournissons quelques exemples. Pendant trente-six ans, MM» Lawes et
- Gilbert ont cultivé, à Rothamsted, du blé sur le même sol; quelques-unes des parcelles du champ de blé recevaient du fumier»de ferme, quelques autres seulement des engrais salins : azotates ou sels ammoniacaux, phosphates, sels de potasse, etc.; les rendements moyens sont les suivants :
- Pendant 27 ans, le blé a été cultivé à l’aide d’un engrais minéral complexe additionné de 670 kilogrammes de sels ammoniacaux et a donné 55 hectolitres de grain et 5049 kilogrammes de paille; pendant le même laps de temps, de 1852 à 1878, 55 000 kilogrammes de fumier de ferme, répandus tous les ans, ont fourni 50 liectol. 6 de grain et 4134 kilogrammes de paille; il est donc bien clair que l’absence de la matière organique dans le sol n’a eu aucune influence fâcheuse sur la récolte.
- Ainsi, que le sol ait eu une abondante provision de matière carbonée ou qu’il n’en ait pas reçu une trace pendant ce long espace de temps, les rendements sont les mêmes; le blé est donc une plante qui justifie la manière de voir de Liebig; pour elle, la matière ulmique n’est pas un aliment indispensable.
- Mais pour ne pas sortir des exemples fournis par les cultures de Rothamsted, voyons ce qui s’y est passé pour le trèfle; on a essayé de le cultiver sur le même sol, d’une façon continue comme on avait fait pour le blé, on a échoué absolument; après quelques années, le trètle a dépéri ; on a ajouté des engrais minéraux sans succès, on a retourné le champ, on a semé le trèfle de nouveau; il a végété misérablement pendant quelque temps, puis a disparu ; on a employé les engrais azotés, le fumier même, on a obtenu un magnifique développement de graminées, mais la culture de la légumineusc n’a pas été rétablie; et cependant, à quelque distance de ce champ où la culture continue du trèfle était impossible, elle réussissait sans interruption pendant vingt ans de suite, mais dans un sol de jardin abondamment fourni depuis de longues an nées de matières ulmiques.
- Tous les cultivateurs savent, au reste, que lorsqu’une luzerne a été établie dans une partie du domaine, et qu’après quatre ou cinq ans, quand elle est envahie par les graminées, il faut la défricher, ce serait peine perdue que de vouloir la rétablir au même point; il faut laisser s’écouler plusieurs années, dix, quinze ans, avant de pouvoir reprendre avec avantage, sur ce même sol, cette même culture; il y a donc entre le blé,qui peut être cultivé indéfiniment sur le même sol à la condition qu’on lui fournisse des engrais chimiques, et le trèfle, qui ne peut revenir qu’à de longs intervalles, qui ne prospère pas sous l’influence des engrais azotés, une différence d’alimentation marquée. 11 semble, d’après nos expériences de Grignon, que le maïs soit également une plante qui n’atteigne un puissant développement que sous l’influence des matières ulmiques.
- En effet, pendant la première année de culture
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- sur notre champ d’essais, les différences entre les parcelles qui avaient reçu le fumier et celles qui avaient été amendées avec les engrais chimiques n étaient pas excessives, mais cependant la parcelle sans engrais avait lourni un rendement aussi élevé que celles qui avaient eu des engrais chimiques, ce qui ne semblait pas annoncer qu’ils fussent très efficaces; en 1877, il est vrai, les parcelles au fumier de ferme dépassaient beaucoup celles qui avaient reçu les engrais salins, mais comme l’été avait été très sec, on pouvait attribuer les différences à la propriété que possède le fumier de retenir 1 eau du sol arable; en 1878, année très humide, au contraire, les différences entre les diverses parcelles ne furent pas très accusées; mais, ce qui est fort curieux, c’est qu’en 1879, où la saison a présenté le même caractère que la précédente, la récolte sur le fumier est restée considérable, tandis qu’elle a été des plus médiocres sur la parcelle sans engrais et sur celles qui ont eu les engrais chimiques ; c’est ce que le dessin qui accompagne cet article, et qui est la reproduction exacte de la photographie, fait voir clairement.
- La terre arable est tellement complexe, tant de causes encore mal connues influent sur l’abondance des récoltes, qu’il faut attendre encore les résultats de 1880 pour être certains qne c’est, l’absence des matières ulmiques consommées par les cultures précédentes qui atténue la récolte sur les parcelles amendées avec les engrais salins; cependant, nous avons encore un puissant argument à faire valoir en faveur de cette interprétation.
- Il est très difficile de déterminer rigoureusement le poids des matières ulmiques contenues dans la terre arable autrement qu’en appréciant la quantité de carbone appartenant aux matières organiques que renferme le sol et en le distinguant de celui qui fait partie de l’acide carbonique des carbonates; cette analyse élémentaire se pratique, au reste, pour l’azote et pour l’acide phosphorique, et si elle ne donne pas sur la constitution de la terre arable des renseignements aussi précis que ceux que fournirait une étude dans laquelle on réussirait à isoler les diverses substances carbonées, comme on distingue déjà les nitrates, les sels ammoniacaux de l’azote engagé en combinaison dans des matières organiques, elle fournit déjà une première idée sur la richesse d’une terre cultivée.
- Or, notre champ d’expérience a été tracé au milieu d’une terre très homogène, qui présentait partout, à l’origine, la même composition ; mais sous l’influence des diverses cultures qui y ont été faites, plusieurs modifications importantes se sont déjà produites.
- En 1878, on a prélevé,au printemps, des échantillons de terre sur les parcelles qui avaient porté des pommes de terre et sur celles qui avaient été cultivées en maïs fourrage,’ puis on a déterminé le carbone des matières organiques; dans tous les sols cultivés en pommes de terre, on a trouvé plus de
- carbone que dans les sols cultivés en mais; la différence est considérable : dans un kilogramme des parcelles cultivées en mais, on a trouvé en moyenne 15gr. 04 de carbone appartenant à des matières organiques et 17gr. 51 dans les sols qui avaient porté des pommes de terre; or, il est à remarquer que la culture des pommes de terre exige de nombreux binages, que le sol est travaillé, retourné, exposé à l’action de l’air beaucoup plus que dans la culture du maïs fourrage, de telle sorte que si l’appauvrissement constaté était dù seulement à l’oxydation de la matière organique, à une combustion lente, l’appauvrissement devrait être plus considérable sur les sols qui ont porté les pommes de terre que sur ceux qui ont eu le maïs, et c’est précisément le contraire qu’on observe. Ces résultats nous avaient conduit déjà à formuler, en 1878 *, cette hypothèse que le maïs fourrage s’emparait des matières ulmiques et que c’était là la cause des différences constatées dans les proportions de carbone appartenant aux matières organiques dans les deux sols.
- Les résultats des cultures de 1879 me fournissaient l’occasion de vérifier cette manière de voir; en effet, ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer dans des articles précédents, insérés ici même2, le même sol portant chaque année les mêmes plantes, l’influence que ces plantes exercent sur sa composition doit aller en s’accentuant à mesure qu’elles sont revenues plus souvent.
- On a procédé de nouveau, en 1879, à une prise d'échantillons sur le sol cultivé en maïs fourrage, et il s’est trouvé que le carbone des matières organiques et par suite les matières organiques elles-mêmes avaient beaucoup diminué; la parcelle qui avait reçu, en 1875-76-77, des doses énormes de fumier, mais qui était restée sans engrais pendant les deux dernières années, ne renfermait plus que 14 gr. 5 de carbone au lieu de 16 gr. 7 ; la parcelle! toujours maintenue sans engrais, n’en contenait plus que 10 gr. 4 au lieu de 15 gr. 1 ; enfin, celle qui avait été amendée avec du sulfale d’ammoniaque présentait encore une diminution de 5 grammes par kilogramme.
- Les résultats constatés par l’analyse concordent donc complètement avec ceux qu’a fournis la pesée des récoltes. En voyant, d’une part, que le maïs fourrage ne prospère que dans un sol riche en matières organiques, en voyant en outre ces matières organiques diminuer dans le sol à mesure que la culture du mais s’y continue pendant un plus grand nombre d’années, il me semble qu’il faut conclure que le maïs fourrage est une de ces plantes qui prennent plus aisément le carbone nécessaire à leur développement dans les matières ulmiques que dans l’acide carbonique de l’air. P. P. Dehéraix.
- 1 Annales agronomiques, t. IV, p. 418; Étude du sol du champ d’expériences de Grignon, par MJI. Dehérain et Nantier.
- 2 Voyez le articles sur les cultures du champ d’expériences de Grignon, 5° année, 1er semestre, p. 114, 139,
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- LA NATURE.
- RÉPARATION EN PLEINE MER
- d’un navire dont la quille était brisée
- Nous croyons devoir donner quelques détails au sujet d'un travail audacieux, exécuté dans des conditions réellement curieuses sur un navire avarié en pleine mer ; nous voulons parler de la réparation et la remise à flot de la Columbia, bateau à vapeur appartenant à la Compagnie royale de navigation à vapeur sur le Pacifique, et qui, en allant de Panama à Callao, s’était échoué sur les récifs du port de Ballenita. Ce bateau, qui ne jaugeait pas moins de 1825 tonnes, était venu heurter contre les rochers du bas-fond. La quille fut entièrement brisée dans le choc, et il s’ouvrit à l’arrière une large plaie béante, par laquelle l’eau envahit rapidement jusqu’au pont; le navire resta enfoncé dans une crevasse.
- La cargaison avait été déchargée aussi rapidement que possible, mais on ne réussit néanmoins à dégager le navire que deux jours après, avec l’assistance d’un autre bateau, la Loutre, qui passait également à Ballenita en faisant le même voyage; toutefois, même ainsi remise à flot, la Columbia ne put reprendre son assiette normale : la proue seule se voyait encore au-dessus de la mer ; la poupe disparaissait entièrement sous l’eau, et 1s pont du navire était recouvert jusqu’au mât de misaine.
- Cet accident eut lieu le 21) juillet 1878, et la nouvelle en fut connue seulement le 9 août à Callao; elle fut apportée, en l’absence de toute communication télégraphique, par le vapeur suivant, YOroya, qui emmena également les passagers de la Columbia.
- L’ingénieur en chef de la Compagnie du Pacifique, M. James Thomson, eut le courage de ne pas désespérer de son vaisseau, et il organisa immédiatement une expédition, qui se rendit à Ballenita pour essayer de sauver la Columbia et de la remettre à flot, s’il était possible, afin de la ramener à Callao, dans les chantiers de la Compagnie. C’était là une entreprise particulièrement hardie, car la distance à parcourir n’était pas moindre de 1000 kilomètres, et il fallait arriver à remplacer presque entièrement la quille du navire en mer, boucher cette large fissure et la calfeutrer hermétiquement, pour éviter les venues d’eau pendant ce voyage, le plus long qu’on ait jamais fait dans de pareilles circonstances.
- Le procédé original suivi par M. Thomson est décrit en entier dans le rapport qu’il adressa à ce sujet à la Compagnie du Pacifique, et auquel nous empruntons ces renseignements d’après l'Engineering. Il a consisté à fabriquer sur le pont de la Columbia une sorte de quille artificielle capable de s’adapter exactement sur les parois déchirées. Cette quille fut ensuite immergée et mise en place, de manière à recouvrir entièrement la partie avarié
- et à boucher les issues par lesquelles l’eau aurait pu pénétrer.
- M. James Thomson arrive le 15 août à Ballenita, amenant avec lui deux plongeurs et plusieurs ouvriers mécaniciens. En arrivant à bord, ils reconnurent que l’eau, remplissant le navire depuis un mois déjà, s’était fortement corrompue; elle était chargée d’acide sulfhydrique, qui produisait un dégagement désagréable et attaquait tous les outils. On eut recours à une petite pompe centrifuge qu’on avait apportée, et il fallut la maintenir en mouvement pendant plusieurs jours pour évacuer entièrement cette eau fétide. Les plongeurs descendirent immédiatement dans la mer, pour aller reconnaître le navire à l’extérieur et déterminer d’une manière précise l’importance de l’avarie. Us reconnurent que le gouvernail était brisé, ainsi que deux des quatre ailes de l’hélice; d’autre part, tout Barrière de la quille était enlevé et laissait voir une large plaie béante, ayant environ 16 mètres de longueur sur 2 de largeur. Il fallut ensuite relever les dimensions de cette ouverture d’une manière aussi précise que possible, afin de déterminer exactement celles de la pièce à employer pour la boucher. Pour y réussir, les plongeurs tendirent une ligne allant depuis l’avant de l’ouverture jusqu’à la poupe, et ils relevèrent le profil de la fente en dirigeant des ordonnées qui allaient en rejoindre les bords. Ces lignes étaient représentées au moyen de tiges flexibles formées par des lattes qu’on attachait sur le flanc du vaisseau, de manière à représenter exactement la partie enlevée. Lorsqu’on eût ainsi constitué, au moyen de pareilles lattes suffisamment rapprochées et coupées à la longueur convenable, une sorte de châssis ayant la forme de la carène, on remonta ce châssis sur le pont, et on construisit avec des poutres une boîte ayant les mêmes dimensions, en laissant toutefois un certain jeu, pour remédier aux défauts inévitables dans un pareil travail et pour permettre surtout de placer les laines et les étoupes qui devaient servir à calfeutrer les ouvertures. La boîte ainsi fabriquée fut suspendue au mât de hune et immergée sur le côté du navire, en la soutenant au moyen de chaînes, sur lesquelles on avait eu soin de marquer à l’avance la longueur à dérouler pour amener la boîte à la position qu’elle devait occuper. On avait accroché sur le côté en dehors des chaînes, pour servir de lest, des sacs remplis de sable, qu’on put détacher sans difficulté à mesure qu’il était nécessaire pour enfoncer la boîte. Les plongeurs descendirent avec elle, afin de la mettre en place, comme il est indiqué sur notre gravure, et ils calfeutrèrent soigneusement les ouvertures, en ajoutant dans les vides de la laine et des étoupes. Ils clouèrent ensuite la boîte, pour la fixer définitivement, puis on eut recours à la pompe centrifuge pour épuiser l’eau contenue à Barrière du navire. On y réussit au bout d’une journée de travail; la poupe fut entièrement vidée
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- et elle se souleva de 3 mètres environ avant de reprendre la ligne de flottaison. On crut nécessaire, afin d’empêcher une nouvelle venue d’eau pendant le voyage jusqu’à Callao, de calfeutrer toute la plateforme inférieure et d’augmenter l’épaisseur de
- la cloison; mais, d’ailleurs, le voyage s’accomplit heureusement, et l’audacieux travail de réparation que nous venons de raconter fut couronné d’un plein succès : la Columbia, qui avait quitté Bal-lenita le l'r septembre, arriva sans accident le 7 à
- Réparation en pleine m
- Callao, et les faibles venues d’eau qui se produisirent en marche furent épuisées facilement au moyen de la pompe centrifuge. On résolut même, pour éviter les frais de réparations, de conserver le navire dans le même état, et la Columbia put rester à flot jusqu’au 28 mars suivant, en attendant que les pièces nécessaires à la réparation dans les chantiers fussent arrivées d’Angleterre. Pour
- du navire la Columbia.
- conserver les parois bien étanches, on recouvrit avec des feuilles de zinc les flancs du navire, qu’on enduisit d’huile de pin, et on les revêtit ensuite d’une couche de ciment de Portland, afin de préserver le bois contre les vers, et on n’observa, en effet, aucune venue d’eau importante. C’est là un résultat frappant, qui témoigne hautement en faveur de l’ingénieur qui osa entreprendre cette
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- LA NATPUK.
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- réparation improvisée et qui fournit en même temps un modèle à suivre, dans les avaries analogues, pour sauver des navires qu’on croirait entièrement perdus.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société française tle physique. — Séance du 16 avril 1880. —Présidence de M. Mascart. — M. Niaudet, à propos de l’audiphone de M. Colladon, qu’il montre à la Société, cite des observations d’où il résulterait qu'il y a avantage à ne pas arrondir les angles supérieurs de l'appareil. — M. Berlin présente une balance d’induction et un sonomètre da M. Hughes, construits par M. Ducretet. La balance d’induction comprend deux couples de bobines plates, dont les inférieures sont inductrices et les supérieures induites ; le courant inducteur est fréquemment interrompu à l’aide d’un mouvement d’horlogerie. Les bobines induites sont de sens contraire et reliées entie elles et à un téléphone. Si les courants induits sont égaux, le téléphoné est silencieux. On peut produire cette égalité en déplaçant légèrement une des bobines. M. Ber-tin décrit un certain nombre d’expériences faites à l’aide de cet appareil, qui montrent l’influence des diaphragmes métalliques et des corps magnétiques sur le courant induit. L égalité des deux courants est détruite par l’introduction dans les bobines de pièces de monnaie légèrement différentes. Pour les métaux magnétiques, il suffit pour détruire cette égalité d’introduire un fil de fer de 0 ,1 de diamètre sur 1 millimètre de longueur. Le sonomètre se compose d’une bobine induite reliée à un téléphone et placée entre deux bobines inductrices de sens contraire. Le bruit s’éteint par une position donnée de la bobine et reriait quand on la déplace. En comparant ce bruit à celui produit par la balance, on peut transformer en mesures de longueur les indications de ce dernier instrument. M. Bertin présente également une boussole des tangentes construite par M. Ducretet. Cette boussole peut se transformer en boussole de Gaugain en déplaçant l’aiguille perpendiculairement au plan du cercle. En inclinant le multiplicateur sur l’horizon, on peut diminuer à volonté la déviation produite par un courant donné. M. Trouvé rappelle les considérations qui l’ont conduit à la^conslruction de son stylet électrique, destiné à révéler 1 existence d’une balle dans les chairs. Il fait des expériences à l’aide de son polyscope, destiné à éclairer les cavités naturelles ou artificielles du corps. La source électrique est une pile secondaire de M. Planté.
- Société géologique de France. — Séance du 19 avril 1880. — Présidence de M. Cotteau. — M. Hébert a examiné l’ammonite présentée dans la dernière séance comme cénomanienne par M. Potier, et avec laquelle notre confrère a recueilli au Blanc-Nez le Bclem-niles plenus. Celte ammonite, qui a de l’analogie avec certaines variétés de VA. Mantelli, s’en distingue par 1 absence complète de tubercules et par un accroissement beaucoup plus rapide dans l’épaisseur des tours. — M. de Sarran envoie le compte rendu d’une course géologique aux environs d’Alais. — M. N. de Mercev envoie une note intitulée : Quelques mois sur le quaternaire ancien. II réduit le quaternaire ancien du nord de la France à deux
- termes : les alluvions anciennes déposées pendant le creusement des vallées, de l’àge de VElephas meridio-nalis à la fin de l'âge de VE. primigenius, et un second terme paraissant être un dépôt atmosphérique, un limon glaciaire qui s’est étendu sur lu région entière après le creusement des vallées et qui correspond à la lacune entre l’industrie de la pierre taillée et celle de la pierre polie.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Statistique humaine de la France (naissance, mariage,mort), par J. Bertillon, 1 vol. in-32 de la Bibliothèque utile, Paris, Germer Baillière et Cie.
- « La démographie, dit l’auteur de cet excellent et utile petit livre, est l’étude de la vie collective. Son but est d’étudier comment les sociéte’s se développent, se renouvellent et finissent par se désagréger et par périr. Elle cherche comment les hommes de chaque peuple sont constitués physiquement et moralement, quelles professions les font vivre; elle étudie comment et pourquoi ils se marient, dans quelles proportions ils ont des enfants, comment ils les élèvent, etc. Elle montre enfin dans quelles circonstances, à quel âge et par quelles causes ils meurent. »
- Nos lecteurs savent l’intérêt que présente cette science nouvelle, aux progrès de laquelle le docteur Bertillon a tant contribué; ils ont souvent apprécié d’autre part le talent d’exposition de notre collaborateur M. J. Bertillon, fils du savant professeur, et ils trouveront de nombreux sujets d’enseignement dans le livre que nous annonçons.
- Nouveau Manuel complet du relieur en tous genres, 1 vol. de l’Encyclopédie ltoret, par Seb. Lenormand, nouvelle édition entièrement refondue et considérablement augmentée, par M. AIaigne, avec un grand nombre de figures. Paris, librairie Roret, 1879.
- Du Rhin au Nil. Carnet de voyage d'un Parisien, par Fortuné du Boisgorey, 1 vol. in-18, avec 10 gravures. Paris, E. Plon et Cie, 1880.
- LES GRANDS PRODUITS CHIMIQUES
- à l’Exposition universelle de 1878 1 *
- INDUSTRIE DE LA POTASSE
- La production des sels dé potasse, quoique inférieure à la fabrication des sels sodiques, et malgré la concurrence redoutable des gisements salins de Stassfurth, en Prusse, et de Kalutz, en Galicie, n:en reste pas moins encore une des branches importantes de notre industrie chimique.
- Pour se rendre compte des efforts qu’il a fallu faire pour protéger cette industrie de la concurrence étrangère, il suffira de rappeler qu’on extrait annuellement 600 000 tonnes de sels bruts de potasse (sels de déblai) des mines de Stassfurth, et que la production des mines de Kalutz atteindra rapidement le même chiffre.
- Les sources de potasse, en France, sont restées
- 1 Voy. n° 341 du 13 décembre‘1879, p. 18.
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- les mêmes depuis l’Exposition de 1867 ; ce sont :
- 1° Extraction des eaux mères des marais salants, procédé de M. Balard, appliqué à Giraud, en Camargue, avec tant de persévérance et d’habileté par feu M. Merle, et plus récemment par M. Pechiney; production, 1200 tonnes de chlorure de potassium ;
- 2° Extraction des sels potassiques des vinasses provenant de la fermentation des mélasses pour fabriquer l’alcool ; ce procédé, donné par M. Dubrun-fault en 1857, fournit annuellement 42 000 tonnes;
- 5° Extra ;tion du suint de la laine des moutons, indiquée par M. Maumcné en 1862; produit, 5500 tonnes environ;
- 4° Extraction des lavages des cendres de bois et des varechs, 25 000 à 30 000 tonnes.
- Parmi les perfectionnements apportés à ces diverses méthodes, nous signalerons particulièrement ceux dus à M. Merle et à M. Pechiney dans l’exploitation des eaux mères des marais salants ; ceux de M. Porion dans la construction des fours et l’évaporation des vinasses; ceux de M. Vincent dans la distillation des vinasses en vase clos; enfin ceux de MM. II. de Grisoulières et Siemens pour la production du carbonate de potasse par la transformation directe du chlorure de potassium par l’ammoniaque et l’acide carbonique.
- Extraction aciuelle des sels de sodium, de potassium et de magnésium des eaux mères des marais salants de la Méditerrannée.—Les eaux mères, après la cristallisation du sel marin (chlorure de sodium), sont évaporées à l’air jusqu’à ce qu’elles marquent 52° B. Elles sont recueillies dans de grands réservoirs étanches jusqu’à la campagne suivante. Pour les concentrer à nouveau, on les dirige pendant la belle saison dans des bassins d’évaporation, où elles abandonnent le sel mixte, mélange de chlorure de sodium et de sulfate de magnésium. Après cette cristallisation, les eaux mères marquent 35° B; elles sont encore recueillies dans de grands réservoirs, dans lesquels elles séjournent pendant tout l’hiver. Par le froid, la plus grande partie du sulfate de magnésium cristallise.
- Les solutions aqueuses, après ces diverses cristallisations, contiennent presque exclusivement des sels potassiques. Pour obtenir ces derniers, on porte les solutions à l’ébullition, puis on les mélange avec une solution concentrée de chlorure de magnésium; il se précipite une nouvelle quantité de sel mixte, entraînant la totalité du sulfate de magnésium. On décante; par le refroidissement, la liqueur abandonne un chlorure double de magnésium et de potassium.
- Pour isoler le chlorure de potassium, il suffit de laisser le sel à l’air humide, puis de le laver à l’eau froide, qui entraîne tout le chlorure de magnésium. Le chlorure potassique est claircé, essoré et livré à l’industrie.
- Pour préparer le sulfate de sodium, le sel mixte, mélange de chlorure de sodium et de sulfate de magnésium, est dissous dans l’eau; la solution, re-
- froidie au moyen de puissants appareils frigorifiques Carré (fig. 3), donne du chlorure de magnésium et du sulfate de sodium hydraté contenant 50 p. 100 d’eau.
- Dans cet état, ce sel, vu son bas prix et les tarifs de transports, ne pouvait être livré à l’industrie. On a dù chercher à l’avoir directement à l’état anhydre. Une réaction aussi simple qu’ingénieuse a encore permis de réaliser économiquement ce problème. Le sulfate de sodium est chauffé vers 50 à 60°, puis mélangé avec 20 à 50 p. 100 de sel mixte ou 8 à 10 p. 100 de chlorure de sodium. Vers 33°, il se forme un précipité ténu de sulfate de sodium anhydre.
- On fabrique, par ces procédés, aux salines de Giraud, 12 à 15 tonnes de sulfate de sodium par jour.
- La proportion de chlorure de potassium étant de 1 tonne pour 10 tonnes de sulfate de sodium, on peut espérer enfin voir l’industrie toute française des marais salants, créée par M. Balard, pouvoir soutenir de nouveau la lutte contre les mines de Stassfurth.
- Les fours construits par M. Porion, et qui portent le nom de l’auteur, permettent de réaliser une grande économie sur le combustible nécessaire à l’évaporation des vinasses de betterave, tout en supprimant l’odeur et la fumée résultant de leur concentration et de leur calcination.
- On doit également aux efforts de M. C. Vincent un appareil pour opérer la distillation des vinasses en vase clos ; ce procédé permet de recueillir en outre la plus grande partie des produits volatils.
- Les vinasses, marquant 4° B., sont concentrées à l’air libre jusqu’à 57°, puis envoyées dans des cornues en fonte, où elles sont distillées. L’opération dure quatre heures. Le charbon salin est très poreux et, par conséquent, très facile à laver. Les produits volatils dégagés pendant la distillation sont condensés avec soin et donnent un mélange de goudron et de liquide alcalin. Les produits non condensables sont employés comme combustible pour chauffer les cornues. Le liquide alcalin surnageant en masse goudronneuse, marque 5° B. et renferme du carbonate, du cyanhydrate, du sulfhydrate d’ammoniaque, de la triméthylamine, de l’alcool méthy-lique, des cyanures et sulfures de méthyle, enfin les sels de quelques acides de la série grasse.
- Pour séparer ces différents corps, on neutralise l’eau par l’acide sulfurique en excès, et on distille en fractionnant les produits.
- Les eaux restant dans l’alambic sont évaporées, de manière a recueillir le sulfate d’ammoniaque à l’état cristallisé. Le liquide décanté renferme le sulfate de triméthylamine. La partie goudronneuse, soumise également à la distillation, donne 1,65 p. 100 de brai, 0,53 p. 100 d’huiles, contenant 0,15 d’alcaloïdes solubles dans les acides, et 5 p. 100 d’eau ammoniacale.
- La distillerie de MM. Tilloy, Delaune et Cie, à
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- Courrières, où l’on exploite le procédé de M. C. Vincent, produit par jour, en traitant 00 000 kilogrammes de mélasse : 250 hectol. alcool ordinaire à 90°, 100 hectol. alcool méthylique, 10 000 kil. salin de potasse, 1600 kil. sulfate d’ammoniaque, 1500 kil. eaux mères concentrées de triméthylamine ; enfin, 4000 kil. de goudron, donnant, par la distillation : 2000 kil. eau ammoniacale, 560 kil. huiles. 1600 kil. brai.
- Les eaux renfermant les sulfates de triméthylamine et d’ammoniaque impurs sont distillées avec la chaux et les produits volatils re -cueillis dans l’acide chlorhydrique. On les concentre jusqu’à ce qu’ils marquent 14° B. ; le chlorhydrate d’ammoniaque cristallise par refroidissement. Les eaux mères sont encore concentrées , puis décomposées par la chaleur à 300° environ. On obtient ainsi du chlorure de méthyle, de l’ammoniaque et de la triméthylamine. Ces deux derniers sont recueillis dans une solution d’acide chlorhydrique, et le chlorure de méthyle dans des gazomètres, après avoir été lavé dans une solution saline et desséché dans l’acide sulfurique. On le comprime à l’aide de pompes, qui le condensent à l’état liquide dans des cylindres en cuivre facilement transportables. Il est actuellement employé dans l’industrie des matières colorantes artificielles et pour la production du froid.
- Le procédé de M. II. de Grisoulières, perfectionné par M. V. Siemens, consiste à traiter dans l’appareil construit par ce dernier, les chlorures de potassium et de sodium, par une solution alcoolique d’ammoniaque et d’acide carbonique.
- Le chlorure de potassium et l’alcool, à 55 p. 100, sont introduits mécaniquement et d’une façon continue dans le décomposeur cylindrique, de façon à ce que l’alcool coule à travers le sel, tandis qu’on fait arriver par le bas de l’appareil l’ammoniaque et l’acide carbonique. Un agitateur mécanique facilite encore la réaction, qui est par elle-même assez
- rapide. Enfin, une disposition mécanique très ingénieuse permet, vu la différence des poids spécifi-fiques, de séparer an fur et à mesure le bicarbonate de potasse du chlorure de potassium, L’alcool saturé de chlorhydrate d’ammoniaque se rend dans le régénérateur, renfermant la chaux; il distille de l’alcool et de l’ammoniaque, qui rentrent de suite en réaction. Le bicarbonate de potasse est lavé dans un filtre-presse, afin de le débarrasser des eaux mères, puis calciné; l’acide carbonique est également dirigé à nouveau dans l’appareil à décomposer.
- Avec l’appareil perfectionné de M. Siemens, la perte en alcool et en ammoniaque ne dépasse pas 1/2 p. 100 par quintal de carbonate de potassium.
- Enfin nous citerons, en terminant, les modifications les plus importantes apportées au procédé Leblanc.
- Ce sont : pour la transformation du chlorure de potassium en sulfate, la substitution de briques en porcelaine à la fonte dans les fours à décomposition à la main ou à la mécanique, et l’emploi de fours mécaniques de Jones et Walsh, permettant surtout de réaliser
- une notable économie sur le combustible; pour la transformation du sulfate en carbonate de sodium, l’emploi de fourneaux à petites charges, dans lesquels il est plus facile de maintenir une température plus régulière, les sels de potassium étant très volatils à de hautes températures. La sole de ces fours est divisée en deux parties. Dans la première s’opère la fusion. Elle doit être construite en bonnes briques, fortement calcinées et posées sur champ. La seconde, plus élevée, doit servir au chauffage préalable de la masse à fondre. Les matériaux doivent être pulvérisés, le charbon choisi de manière à ne pas donner plus de 5 à 6 p. 100 de cendres. Les proportions sont ; 150 kil. de sulfate de potassium, 120 à 140 kil. de carbonate de chaux, 50 à 70 kil. de houille.
- On peut faire par vingt-quatre heures cent trente
- Fig. 1. Gisement de Stassfurth. —A, grès bigarré; B, couche de gypse; C, couche de marne ; D, couches jaunes, grises et rouges, constituant les sels de déblais ; E, couche de sel gemme.
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- charges environ dans un four mesurant 6 mètres carrés de surface de fusion et 5 mètres carrés de surface de chauffe préalable. La quantité de cyano-ferrure de potassium produite dans cette fusion est toujours assez considérable. Elle peut s’élever, avec certains charbons riches en azote, jusqu’à 1 p. 100 du poids de la potasse produite, et être, par conséquent, exploitable. Dans quelques usines, on laisse dans le four une cerlaine quantité de sulfate de potasse en excès; on diminue ainsi la production de sulfure et de cyanure. Le sulfate de potasse étant
- peu soluble dans les lessives, il est facile de le recueillir et de le faire rentrer dans la fabrication. D’autres usines, au contraire, ont essayé d'intro duire, à la fin de l'opération, du carbonate de chaux. Ce corps, tout en abaissant considérablement la température, transforme le sulfure produit en carbonate.
- Le lessivage de la soude brute se fait, comme pour la soude, dans l’appareil de Shanks ; les pains sont traités au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures. L’eau est chauffée, en hiver, à 30° environ;
- Fig. 3. Appareil Carré pour la séparation du sulfate de soude du sel mixte (traitement des eaux mères des marais salants). — A, foyer BB, chaudière renfermant la solution ammoniacale dans laquelle se produit le gaz; CCC, rectificateur servant à retenir la vapeur d’eau entraînée; DD, serpentin entouré d’eau froide servant à condenser le gaz ammoniac; E, régulateur prenant l’ammoniaque liquéfié en DD pour l’envoyer par le tuyau FF dans le réfrigérant GG, dans lequel, par suite du passage de l'ammoniaque liquéfié à l’état gazeux, il y a abaissement considérable de température. La solution du sel mixte qui entre d’un côté circule autour des tubes GGG, se dépouille de sulfate de soude et s’écoule après avoir abaissé la température des eaux prêtes à pénétrer dans le réfrigérant GG (réservoir M) ; HII, tuyau ramenant l’ammoniaque à l’état gazeux dans le cylindre d’absorption XX, où il se dissout dans la solution épuisée de la chaudière BB ; II, tuyau prenant la solution épuisée dans le fond de la chaudière et la conduisant dans les serpentins JK, où elle se refroidit avant d’entrer dans le cylindre à absorption ; JK, serpentins autour desquels passe le liquide saturé à nouveau d'ammoniaque et où il échange sa température avec le liquide épuisé de la chaudière ; il est refoulé par le tuyau NN dans cette dernière; NX débouche au-dessus du rectilicateur CCC, de manière que le liquide enlève ia vapeur d’eau du gaz qui se dégage de la chaudière BB; LL, robinets permettant l'écoulement des eaux refroidies parle serpentin L à travers le réservoir Sl, ainsi que l’alimentation de GG par les eaux refroidies de M ; O, robinet amenant les eaux mixtes dans le réservoir M.
- la température ne doit pas dépasser 40 à 50° ; au-dessus, il sc produit de fortes quantités de sulfure de potassium.
- Les lessives très colorées renferment, outre le carbonate de potassium, du sulfure, de l’hyposul-fite, du silicate et de l'aluminate de potassium. Ces sels doivent être transformés en sulfate ou en carbonate, en permettant la séparation facile de l’alumine et de la silice. Le fer est séparé à l’état de sulfure ou de sesquioxyde, enfin le cyanofer-rure peut être recueilli, ou converti, par la calcination, en carbonate de potasse et sesquioxyde de fer. Ces diverses transformations se font en in-
- jectant dans les lessives un courant d’acide carbonique et d’air lors de l’évaporation.
- Les méthodes suivies consistent généralement en ; 1° calcination en deux temps avec traitement carbonique et feu inférieur; 2°calcination avec traitement carbonique des lessives et chauffage supérieur; 3° deux calcinations sans traitement carbonique et chauffage supérieur ; 4° deux calcinations avec traitement carbonique et chauffage supérieur.
- Le raffinage du carbonate de potassium se fait dans de grandes cuves en tôle munies d’agitateurs, et dans lesquelles barbotte de la vapeur d’eau. La solution doit être très concentrée; elle marque
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- LA NATURE.
- 50 à 52° Baume. On arrive à ce résultat en introduisant dans l’eau chaude les sels de potasse ayant subi un des traitements décrits plus liant; on décante, puis on laisse refroidir; tout le sulfate se dépose, ainsi que la matière insoluble. La lessive claire est dirigée dans les fours de raffinage, qui sont les mêmes que ceux qui servent à la transformation du sulfate en carbonate. Le sel, étant très hygrométrique, est introduit au sortir des fours, encore chaud, dans les tonneaux ; il titre suivant sa pureté 95 à 99 p. 100 de carbonate.
- Les marcs provenant du lessivage sont les mêmes que ceux de la soude, et sont traités par les procédés décrits pour ces derniers.
- La Société anonyme Croix, près de Roubaix, fabrique, par le procédé Leblanc modifié, 2000 tonnes de carbonate de potasse titrant 88° Decroizilles.
- Cu. Girard.
- LES COUPS DE GRISOU
- ET LA PRESSION BAROMÉTRIQUE
- La remarque d’une relation entre les mouvements de l’atmosphère et les coups de grisou est déjà assez ancienne. Dès 1855 elle avait fait l’objet d’un important mémoire de M. Buddle, célèbre ingénieur anglais, publié dans les Transactions de la Société d’histoire naturelle de Northumberland. L’auteur y établissait les propositions que voici :
- « Les chances de trouver des atmosphères explosibles dans les galeries des mines de charbon de terre sujettes au dégagement du grisou ou hydrogène carboné, sont fort grandes quand le baromètre est bas. Ces atmosphères offrent, au contraire, des traces à peine perceptibles du gaz inflammable lorsque le mercure, dans le même instrument, est très haut. » Et il expliquait cette influence de la pression de l’air de la manière suivante :
- « La cause de cette fluctuation dans le dégagement du gaz, disait-il, est évidente. Quand la pression de l'atmosphère est égale à la force élastique du gaz carboné contenu dans les pores et dans les fissures du charbon, les deux fluides élastiques se balancent. Mais si la densité de l’atmosphère diminue, l’équilibre est détruit : la force élastique du gaz prend le dessus et il se dégage. »
- Plus tard, en 1856, M. Dobson soumit au jugement de l’Académie des sciences de Paris, sur le même sujet, un travail non moins important que le précédent.
- « Dans les houillères sujettes à explosion, disait M. Dobson, il y a un écoulement constant de gaz hydrogène carboné, sortant par les innombrables petites fissures du charbon désagrégé et envahissant les galeries. La vitesse et la quantité de cet écoulement dépendent, toutes choses égales d’ailleurs, de la pression atmosphérique : il est plus grand quand la pression est moindre, et réciproquement.
- « La proportion de gaz carboné ou grisou contenu dans l’atmosphère des galeries n’atteint jamais un chiffre déterminé sans qu’il y ait danger d’explosion, de sorte qu’il faut absolument maintenir un certain rapport entre la vitesse de ventilation et l’écoulement gazeux à l’intérieur des galeries, si l’on veut être assuré que l’atmosphère de la houillère n’atteindra pas la limite à laquelle elle commence à devenir explosible.
- « Les fluctuations météorologiques peuvent contribuer de deux manières à rendre explosive l’atmosphère des houillères :
- « 1° Pendant les périodes de temps relativement calme ou serein, lorsque la colonne de mercure reste pendant plusieurs jours à une grande hauteur (de 765 à 775 millimètres environ), l’écoulement habituel du gaz se trouve arrêté par la grande densité de l’air, et la tension du gaz augmente à l’intérieur des fissures. Mais si à cette époque de pression atmosphérique élevée, succède une diminution brusque de pression, indiquée par un abaissement considérable de la colonne barométrique, le gaz, délivré tout à coup de la pression atmosphérique qui le refoulait à l’intérieur, peut s’échapper en assez grande abondance pour rendre impuissants les moyens ordinaires de ventilation, et, par conséquent, l’air de la houillère peut devenir explosible par une diminution subite de la pression atmosphérique;
- « 2° Même en supposant que le mécanisme de la ventilation reste le même et que l’écoulement de gaz à l’intérieur de la mine soit constant en vitesse et en quantité, il est évident que la ventilation efficace, ou l’effet utile de la ventilation, varie en raison inverse de la température de l’air extérieur ; l’efficacité de la ventilation, en effet, dépend principalement de la différence de température entre l’air extérieur et l’air intérieur des galeries. Une élévation considérable de température de l’air extérieur peut donc empêcher l’effet de la ventilation, ou la rendre impuissante à aspirer la quantité de gaz qu’elle aspire dans les conditions normales. La proportion de grisou augmente alors, et l’atmosphère de la mine devient explosible, parce que, par suite de l’élévation de température, elle ne renferme pas la quantité d’air nécessaire à la dilution du grisou. 11 est donc certain, a priori, que l’explosion est toujours à redouter lorsque le baromètre descend, ou que le thermomètre monte subitement. La comparaison ou le rapprochement des faits d’explosions avec les données météorologiques confirme pleinement ces conclusions théoriques.
- « Pour citer nu cas très remarquable de ce genre, je dirai que le passage sur l’Angleterre de la grande onde barométrique de novembre 1854, qui s’est terminée par la tempête de la mer Noire, a été signalé par cinq explosions arrivées coup sur coup dans cinq mines différentes et en quatre jours, c’est-à-dire pendant la durée de la grande dépression du niveau barométrique causée par l’ouragan.
- « Les ouvriers mineurs de France et d’Angle-
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- LÀ NATURE.
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- terre ont remarqué depuis bien longtéhips que les gaz inflammables sortaient en plus grande abondance des fissures des couches, et tendaient davantage à envahir les galeries, lorsque le baromètre était très bas ou que le vent soufflait plus chaud du Sud ou du Sud-Ouest. On trouve ces observations consignées, dans les rapports présentés aux Chambres des Lords et des Communes, en 1834,
- 185”2, 1853 et 1854, par les sous-comités chargés des enquêtes sur les accidents des houillères. »
- M. Dobson terminait l'exposé de ses recherches en préconisant les mesures pratiques suivantes :
- « 1° Il est aussi nécessaire pour le mineur que pour le marin de consulter avec soin le baromètre et le thermomètre ;
- « 2° Les précautions à prendre si l’on fait descendre les mineurs dans les mines à un moment où le baromètre est très bas ou le thermomètre très haut doivent être excessives. Il vaudrait mieux peut-être suspendre le travail ;
- « 5° Des observations barométriques et thermo-métriques faites à l’ouverture des puits des mines, à des intervalles réguliers, suffisamment rapprochés, présentent un grand intérêt, ou plutôt sont si absolument nécessaires, que les administrations devraient peut-être les imposer. »
- En Angleterre, une enquête fut ordonnée par le gouvernement, en 1870, pour vérifier d’après les procédés scientifiques les plus rigoureux et les données les plus complètes la connexion qui se trouve exister entre les éléments météorologiques et les explosions dans les houillères. Cette enquête fut confiée à deux hommes expérimentés, M. Gallo-way, inspecteur des mines, et M. Scott, directeur du Bureau météorologique de Londres, et leurs rapports établirent cette connexion à toute évidence. Ils démontrèrent, entre autres, que sur 550 explosions fatales survenues dans les années 1868, 1869, et 1870, 55 p. 100 pouvaient être rapportées avec certitude aux mouvements du baromètre et 19 p. 100 à ceux du thermomètre. Les conclusions de ces rapports étaient, d’autre part, en tous points conformes à celles de MM. Buddle et Dobson, dont nous * avons parlé tout à l’heure. Comme eux, MM. Scott* et Galloway disaient : « Si la colonne barométrique, après être restée à la même hauteur, ou à peu près, pendant plusieurs jours, éprouve une baisse de 12 à 25 millimètres durant les deux ou trois -jours suivants, on doit s’attendre à trouver une quantité de grisou plus grande que d’habitude dans les» cavités du fond et dans les étages supérieurs des travaux, non seulement pendant la chute barométrique, mais également pendant un jour ou deux après que le baromètre a atteint le point le plus bas de sa course. Dans ces circonstances, on peut aussi trouver du grisou à certaines places où l’on n’avait pas reconnu sa présence auparavant. Si la température s’élève à 12° C. ou au delà, ajoutaient-ils, la ventilation doit être activée en même temps, et plus le thermomètre montera, plus on devra augmenter
- la ventilation, afin de prévenir une stagnation possible du courant ventilateur. Enfin, dans le cas d’une chute soudaine et rapide du baromètre (25 millimètres ou environ dans l’espace de vingt-quatre heures), ou d’une chute nouvelle après que le baromètre est déjà descendu très bas, il est urgent au dernier chef de prendre ses précautions, et principalement si le phénomène barométrique est accompagné, comme c’est souvent le cas, d’une hausse de la température. En Belgique comme en Angleterre, les trois premiers et les trois derniers- mois de l’année sont ceux pendant lesquels les oscillations du baromètre sont les plus considérables.
- D’après MM. Scott et Galloway, la plupart des explosions pourraient être écartées par une bonne ventilation. « Le grisou serait pour ainsi dire inconnu, disaient-ils à la fin de leurs rapports, dans les mines où un courant d’air suffisant traverserait constamment les galeries, ou tout au moins il resterait confiné dans les parties les plus basses. Pour arriver à ce but, le premier pas à faire serait d’imaginer un instrument pouvant indiquer à tout moment la quantité d'air passant dans la mine, et aussi la différence de pression barométrique, réduite à un même niveau, entre le fond des puits d’introduction et de sortie; il renseignerait de la sorte tout changement dans la force ventilatrice produit par des variations de température ou de pression atmosphérique, ou provenant d’insuffisance dans les procédés artificiels de ventilation. »
- Les différentes recherches dont nous venons de donner un rapide aperçu sont toutes d’accord pour montrer la liaison intime qui existe entre les explosions dans les mines et les mouvements atmosphériques. Aussi, chaque mine devrait-elle être pourvue, à notre avis, d’un petit observatoire dirigé par un ingénieur délégué spécialement à cet effet et muni d’instruments enregistreurs permettant de se rendre compte à tout instant des fluctuations de l’atmosphère. Ces instruments devraient être consultés nuit et jour. En Angleterre, on construit actuellement des baromètres à glycérine à l’usage particulier des mines ; des variations de la colonne barométrique sont beaucoup amplifiées par cet appareil, et elles peuvent par conséquent éveiller facilement l’attention, même chez des hommes, comme les mineurs, peu au courant des observations scientifiques.
- Il est temps que de grands efforts se produisent pour arriver à résoudre ce problème redoutable des explosions de grisou, dans lequel la vie de milliers de travailleurs se trouve en jeu. La Belgique, il est juste de le reconnaître, s’est mise résolument en avant dans la poursuite de ce but humanitaire; et le savoir, l’expérience des hommes qui ont accepté la mission de chercher à mener l’entreprise à bonne fin, donnent lieu d’espérer qu’une solution satisfaisante ne se fera pas attendre*. A. L.
- * Extrait de Ciel et Terre, revue populaire d'astronomie et de météorologie, numéro 4 du 15 avril 1880.
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- LA PHYSIQUE SANS APPAREILS
- (Suite. — Voy. p. 252 et 510.)
- Les notions relatives au poids des corps, au centre de gravité, à l’équilibre stable ou instable, peuvent être facilement enseignées et dé-montrécs au moyen d’un grand nombre d’objets tout à fait familiers.
- Quand on met entre les mains d’un enfant une boîte de soldats découpés dans de la moelle de sureau, fixée à la moitié d’une balle de plomb, et connus sous le nom de Prussiens, on lui donne l’occasion de faire des expériences faciles sur le centre de gravité. Au dire de quelques équilibrâtes, il n’est pas impossible, avec un peu de patience et de délicatesse de main, de faire tenir un œuf en équilibre sur un de ses bouts. Pour essayer cette expérience on doit l’exécuter sur un plan bien horizontal, une cheminée de marbre, par exemple. Si l’on réussit à faire tenir l’œuf debout, c’est, comme l’indiquent les plus élémentaires principes de la physique, que la verticale du centre de gravité passe par le point de contact du bout de l’œuf avec le plan sur lequel il s’appuie.
- Notre figure 1 reproduit une curieuse expérience d’équilibre, qui s’exécute avec beaucoup plus de facilité.
- On pique deux fourchettes dans un bouchon de liège ; on place le bouchon sur le bord du goulot d’une bouteille. Les fourchettes et le bouchon forment un ensemble dont le centre de gravité est fixé au-dessus du
- Fig. 1. Expérience sur le centre de gravité.
- Fig. 2. Autre expérience sur le même sujet.
- point d’appui; on peut pencher la bouteille, la vider même si elle est pleine de liquide, sans que le système qu’on y a posé perde son équilibre. La verticale du centre de gravité passe toujours par le point d’appui et les fourchettes oscillent avec
- le bouchon qui leur sert de support, formant un édifice mobile, mais beaucoup plusstablequ’on ne serait tenté de le supposer. Cette expérience curieuse s’exécute souvent par des prestidigitateurs, qui annoncent aux spectateurs devant lesquels ils font leurs tours qu’ils se chargent de vider une bouteille en laissant le bouchon sur son goulot. Ils opèrent comme nous l’indiquons. Nous avons déjà fait connaître ce tour d’équilibre en 1873, dans le Magasin pittoresque, où, |eu de temps après, un lecteur publia la même expérience sous une forme un peu plus compliquée. « Si l’on sert une bécasse dans un repas, ou tout autre oiseau à long bec, on en sépare la tête en bas du cou ; on fend un bouchon de manière à pouvoir y introduire le cou de l’oiseau, qui doit être suffisamment serré; puis, on adapte au bouchon deux fourchettes , exactement comme dans l’expérience précédente; ensuite, on enfonce une épingle sous le bouchon. On place alors ce petit appareil sur une pièce de monnaie mise à plat sur l’orifice du goulot de la bouteille; et enfin, lorsque l’équilibre est bien assuré, on imprime un mouvement de rotation à l’une des fourchettes, assez rapidement même, si l’on veut, mais autant que possible sans secousses
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- (fig. 2). Alors on voit tourner sur leur pivot, qui n’est qu’une simple tête d’épingle, les deux four-chettes et le bouchon surmonté de la tête de bécasse. Rien n’est comique comme le long bec de l’oiseau se tournant successivement vers chacun des convives, réunis autour de la table, et quelquefois avec de singuliers petits mouvements oscillatoires qui donnent à cette tête un faux air de vitalité. Ce mouvement de rotation dure assez longtemps. Par-l’ois on ouvre des paris sur cette question : — Devant quel convive le bec s’arrêtera-t-il?1 »
- Dans les cabinets de physique se trouvent souvent des cylindres de bois qui remontent sans impulsion des plans inclinés. Un tel fait surprend au premier abord ; il cesse d’étonner quand on sait que le
- Fig. 5. Tantins automatiques.
- centre de gravité est situé tout près du bord du cylindre à cause d’une masse de plomb qu’on y a incrustée.
- La figure 5 représente très fidèlement un jouet qui se vend sur les boulevards de Paris à l’époque du premier de l’an. Ce petit appareil, qui est connu depuis très longtemps, est une des plus charmantes applications des principes relatifs au centre de gravité. Avec un peu d’habileté, on peut le construire soi-même. Il consiste en deux petits pantins qui tournent autour d’axes adaptés à deux tubes parallèles, contenant du mercure.
- Quand on pose le système dans la position de la figure 4, le mercure étant en a, les deux poupées restent immobiles, mais si l’on abaisse la poupée S
- 1 Magasin pittoresque, 1874, p. 180.
- de manière à ce qu’elle se pose sur la deuxième marche de l’escalier n° 2, comme l’indique la figure 5, le mercure descend en b à l’autre extrémité du tube ; le centre de gravité se trouve brusquement déplacé et la poupée R accomplit une révolution complète dans le sens indiqué par la flèche (fig. 5); elle vient se poser sur la marche n° 3 ; le même effet se reproduit pour la poupée S, et ainsi de suite, autant de fois qu’il y aurait de gradins à descendre.
- Les lois de l’équilibre et du déplacement de centre
- Fig. 4. Coupe schématique de l’appareil.
- de gravité sont observées rigoureusement par les jongleurs, qui arrivent à de véritables prodiges, généralement facilités, du reste, par le mouvement
- Fig. 5. Deuxième position des pantins.
- de rotation imprimé aux corps sur lesquels ils opèrent et qui fait intervenir la force centrifuge. Le jongleur qjji tient en équilibre sur son front une mince baguette, à l’extrémité de laquelle tourne une assiette, ne réussirait jamais à répéter cette expérience, si l’assiette ne tournait pas autour de son axe avec une très grande rapidité. C’est que la vitesse d’un corps compense son peu de masse. Inutile de rappeler que le mouvement de la toupie tend, de même, à la tenir verticale. Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
- CORRESPONDANCE
- SUR LES MIROIRS JAPONAIS Monsieur le Rédacteur,
- Permettez-moi de rappeler dans la Nature, que l’explication si claire donnée par M, Ayrton des phénomènes produits par les miroirs japonais, a déjà été publiée il y a fort longtemps par M. le professeur Govi; je n’ai pas les documents sous la main, mais c’est un fait encore présent à la mémoire des amis de l’éminent physicien italien, qu’une discussion eut lieu entre lui et sir David Brews'er sur la cause de ces singulières images ; des lettres ont été publiées dans un journal anglais, si je ne me trompe, et il sera facile de les retrouver quoique déjà anciennes.
- Sir David Brewster tenait absolument à expliquer le phénomène par un mélange de matières de densités différentes, dont l’agglomération ne pouvait guère se comprendre. M. Govi n’eut pas de peine à réduire à néant cette hypothèse et à démontrer que la formation des images était due à des modifications existant sur la surface même, lesquelles correspondaient aux résistances produites pendant le polissage par les parties épaisses et aux enfoncements nettement déterminés par le frottement sur les portions faibles du miroir. C’est du reste un fait bien connu des ouvriers opticiens, car le même phénomène a lieu sur les surfaces de verre qu'on soutient par un mandrin ou une molette.
- Foucault a démontré que ces effets subsistent même dans les épaisseurs de verre assez considérables, et il en tenait parfaitement compte dans la confection des miroii s de télescope. J’ai acquis moi-même, il y a longtemps, la preuve qu’il ne serait pas impossible de faire des miroirs japonais en verre, grâce à la flexion assez importante que peut subir une surface de verre dans certaines conditions.
- Cette indication de priorité n’enlève rien au mérite de la communication de M. Ayrton, car il n’est pas douteux qu’il a trouvé, avec beaucoup de sagacité, l’explication de ces phénomènes en analysant la méthode employée par les Japonais pour la confection de leurs miroirs.
- Agréez, etc.
- A. Naciiet.
- SUR DES PLUIES TERREUSES EN ALGÉRIE
- L’Arba, près Alger, 26 avril 1880.
- Monsieur le Rédacteur,
- Le 24 avril 1880, une pluie de poussière a eu lieu à l’Arba et dans les environs ; à ma connaissance, elle a couvert le sol sur une surface de 2 myriamètres carrés environ.
- Voici l’état de l’atmosphère et ce qui s’est passé avant la chute de cette poussière :
- La journée du 25 avril a été très fatigante , le ciel avait une teinte fauve isabelle ou oc.racée cl les rayons du soleil étaient obstrués par cette teinte. Le thermomètre a atteint 28° à l’ombre; pas trace de vent, mais on sentait qu’il y avait du sirocco ou vent du Sud dans les régions élevées de l’atmosphère. Le temps était à l’orage et tout faisait présager de l'eau.
- Vers sept heures du soir, quelques gouttes de pitre boueuses sont tombées en quantité suffisante à l’Arba pour mouiller légèrement le sol et déposer partout un
- véritable badigeonnage rougeâtre limoneux. Dans d'autres localités la pluie boueuse a été plus ou moins forte.
- Le lendemain 24, le temps a continué à être orageux, mais sans cette teinte rougeâtre de la veille. Le soleil n’a pu se faire voir que quelques fois. Ciel couvert dans quelques régions, surtout celle de l’Ouest, quand vers quatre heures on entend quelques roulements sourds, puis un formidable coup de tonnerre qui ébranle tout, auquel succèdent quelques roulements lointains ; immédiatement après une pluie boueuse plus forte que celle de la veille, forme des ruisseaux limoneux et des flaques ocracées partout. A cette pluie se trouvent mêlés des grêlons de la grosseur d’un petit pois, très irréguliers, les uns discoïdes, les autres anguleux, tous d’un blanc laiteux parfait. Je constate qu'ils ne contiennent pas trace de poussière ou de corps étrangers.
- Aujourd’hui 26, le temps s’est remis un peu au beau : un peu de pluie ce soir, mais la terrine que j’ai mise pour recueillir l’eau ne contient plus de poussière.
- C’est la troisième fois de l’année que ce phénomène se produit ici, à l’Arba.
- La première en mars, vers la fin du mois (du 25 au 28), la deuxième le 23 avril à sept heures et la troisième le 24 à quatre heures du soir ’.
- Veuillez agréer, etc.
- Ch. Lallemant,
- Pharmacien à l’Arba.
- SUR L’ÉCLAIRAGE DES PHARES PAR LE PÉTROLE
- La Rochelle, 29 avril 1880.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans l’impression de ma lettre relative à l’éclairage des phares à l’huile minérale que vous avez bien voulu insérer dans la Nature du 20 mars 1880 (p. 251), il s'est glissé une erreur typographique que la communication de M. Doty, publiée dans le numéro du 17 avril (p. 518), m’engage à vous signaler.
- J’avais écrit que l’économie réalisée par l’emploi du nouveau mode d’éclairage était de plus de 100 000 fr. par an. On a imprimé 400 000 fr. Le chi fre officiellement annoncé par feu M. Reynaud, directeur général des phares, dans son Mémoire publié en 1875, était de 100 670 fr. 80.
- Je saisis l’occasion pour rendre pleine justice à M. Doty, à qui revient en effet l’honneur d’avoir, le premier, apporté une solution pratique du problème de l’éclairage des phares à l’huile minérale.
- Ma lettre n’avait pas d’ailleurs d'autre but que d’ajouter quelques renseignements à une note parue dans la Chronique de la Nature, et je n’avais nullement l’intention de faire un exposé historique de la question.
- Veuillez agréer, etc.
- A. Tiiurni.xger,
- Ingénieur des ponts et chaussées.
- 1 Notre correspondant a joint à cette intéressante communication quelques échantillons de la poussière. Cette poussière est jaunâtre, farineuse ; vue au microscope, elle offre un caractère différent de celui des pluies de poussière qui proviennent du Sahara. On va voir plus loin (Académie des sciences, p. 585) qu’une poussière analogue est tombée dans le midi de la France, le lendemain 25 avril. G. T.
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- LA NATURE.
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- CHRONIQUE
- Les démonstrations expérimentales an Conservatoire des Arts et Métiers. — La salle des machines en mouvement de notre musée national vient d acquérir une importance nouvelle, grâce à l’initiative de M. lierre Mangon. On sait que celte partie du Conservatoire des Arts et Métiers est fréquentée chaque dimanche par un public nombreux, avide de s’instruire, et qui prend le plus grand intérêt aux appareils fonctionnant sous ses veux. M. Hervé Mangon se propose d’augmenter encore 1 intérêt de cette galerie en sacrifiant à l’actualité, c’est-à-dire en installant tous les appareils nouveaux, dont on parle beaucoup, mais qu’il est plus difficile de voir, surtout pour les travailleurs qui ne disposent que de leur dimanche. L installation, à peine commencée, comprend déjà un certain nombre d’appareils, et l’électricité y a une large part. Des machines électriques, des lampes, des bougies Jamin et Jablochkoff, plusieurs appareils de M. Bréguet, etc., etc., forment le noyau d'une intéressante Exposition expérimentale, noyau qui va s’augmenter sous peu du moteur de M. Marcel Deprez, de téléphones de différents systèmes et d’une série d’autres appareils de physique et de mécanique, dont l’énumération serait trop longue. Les constructeurs et les inventeurs aideront M. Hervé Mangon dans cette œuvre, en mettant à sa disposition les appareils qu’ils auront construits ou inven'és. Ils rendront ainsi service, à eux-mêmes en faisant connaître leurs travaux, au public en l’initiant aux progrès de la science et de l’industrie, et enfin à notre musée national, dont celte innovation, que nous ne saurions trop encourager, rehaussera encore la réputation et l’éclat.
- Le celluloïd.— La matière créée depuis seulement quelques années en Amérique et si répandue partout aujourd’hui sous le nom de celluloïd est le résultat de l’union intime du camphre avec une variété particulière de pyroxylinc non explosible (papier ou coton nilrés) analogue à celle qu’on emploie dans la préparation du collo-dion. Cette union intime se fait sous l’action combinée de la pression et de la chaleur. Le celluloïd est une substance dure, tenace, élastique, transparente, d’un blanc jaunâtre, et qui devient plastique et malléable vers 125 degrés. En incorporant au celluloïd diverses matières colorantes, on en fait des imitations très réussies de corail, d’ambre, d’é-caillc blonde, d’écaille ordinaire, de jade, de lapis, de malachite, de jais, etc., et présentant sur ces matières naturelles 1 avantage de n’ètre aucunement fragiles. Jusqu rcr le celluloïd n avait été employé que pour la fabrication de menus objets, tels que montures de dentiers, articles de toilette et de bureau, bijoux de fantaisie, etc., tous d’un beau poli et extrêmement résistants aux causes de rupture. Un de nos compatriotes, M. Emile Jannin, statuaire, frappé des avantages qu’on pouvait tirer des remarquables propriétés physiques du celluloïd (et en particulier de sa plasticité, de son élasticité et de sa dureté) pour le clichage des gravures, a eu Je premier l’idée de laire des clichés avec le celluloïd, comptant bien que s’il réussissait, il réaliserait du même coup un progrès immense dans 1 art de l’imprimerie, M. Jannin a réussi.
- Les clichés en celluloïd, aussi bien ceux qui sont destinés à la reproduction des textes typographiques qu’à celle des gravures sur bois ou en taille-douce, ont déjà donné de très bons résultats, d’après les renseignements intéressants que publie à ce sujet M. E. Vignes dans le feuilleton scientifique de la France. « Les clichés typographiques en celluloïd, ajoute ce savant écrivain, .auquel nous avons déjà
- emprunté les lignes précédentes, grâce à leur flexibilité, qui permettra de les appliquer à la surface des cylindres, pourront aussi bien s’adapter aux presses rotatives à tirage rapide qu’aux presses plates : de telle sorte qu’il sera inutile de faire deux genres de clichés, l’un plat et l’autre courbe, et que le même cliché plat sera en état de servir aux deux genres de presses. »
- Découverte archéologique. — Une intéressante trouvaille a été faite à Mardof, près de Marbourg, dans la Hesse. Sur une colline, des cultivateurs ont déterré des centaines de pièces d’or anciennes, des ustensiles en or, tels qu’une croix, une boucle et un bracelet. Les pièces d’or découvertes sont des monnaies dites bractéates, reproduisant en creux l’image d’un animal ressemblant à un serpent, et 5, 5, 7 ou 9 points rehaussés, tandis que le côté en relief présente au milieu une élévation en forme de poire, entourée de 2 ou 3 ponts et d’une couronne de feuillage. Elles ont la grandeur d’une pièce de 10 marks, mais elles sont plus épaisses.
- L'émigration des Allemands. — Il ressort des chiffres fournis par la statistique officielle que, dans le cours de 1879, 28 993 nationaux allemands ont émigré, savoir : 27 176 à destination des États-Unis de l’Amérique du Nord, 44 dans l’Amérique anglaise du Nord, 17 dans l’Amérique centrale et au Mexique, 69 dans Indes occidentales, 942 au Brésil, 203 dans les Etats ar-genlins, 48 au Pérou, 113 au Chili, 64 dans d’autres Etats de l’Amérique du Sud, 22 en Afrique, 31 en Asie et 2747 en Australie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 10 mai 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- Pluies de poussière. — Le dimanche 25 avril dernier, il tomba, dans les Basses-Alpes et dans l’Isère, une abondante neige fortement colorée en rouge brique. Elle avait été précédée par le passage de nuages sombres qui durèrent tout un jour. La matière rouge était si abondante, que de Barcelonnette toutes les montagnes semblèrent ocreuses jusqu’à la hauteur de 2000 à 5000 mètres. Au-dessus se montrait une neige parfaitement blanche, fin notaire de la ville eut l’excellente idée d’envoyer un homme recueillir de cette neige, et après fusion, de séparer la poussière à l’aide d’un filtre, puis de l’envoyer à M. Daubrée. Celui-ci y a reconnu la présence de calcaire, qui représente 1/4 à 1/3 de la masse totale, ainsi que celle du mica et de deux feldspaths, dont l’un est l’orlhose. Comme on le voit par cette composition, cette poudre ne saurait être attribuée à une origine cosmique : elle est purement terrestre; on ne saurait non plus y voir un produit volcanique, comme la cendre tombée en Scandinavie à la suite de certaines éruptions islandaises; enfin, elle diffère du sable du Sahara si fréquemment charrié par les vents. Le point d’où elle provient est encore incertain, et il serait d’autant plus intéressant de le connaître, que la même subslance est déjà tombée à plusieurs reprises, par exemple en 1846, précisément dans les mêmes départements, et en 1865, dans les Pyrénées-Orientales. La seule différence entre ces divers phénomènes consiste en ce que le 25 avril on n’a pas observé les orages qui s’étaient signalés les fois précédentes.
- A cette occasion, M. Du Moncel transmet de la part de M. de Jussieu, le récit d’une pluie survenue le 15 avril dans Saône-et-Loire. Sans doute par suite d’une erreur,
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- LA NATURE.
- l’auteur a cru reconnaître dans la poussière recueillie, la présence d’une notable quantité de plomb.
- Un nouveau parasite de la vigne. — Il y a quelques mois, M. Blanchard reçut du Midi des échantillons de sarments et d’éclialas recouverts de petites plaques d’apparences évidemment dues à un insecte. On reconnut immédiatement, sous ces plaques, l’existence d’œufs rangés avec la plus parfaite symétrie. Leur éclosion mit au jour de petits hémiptères de la famille des Cycadaires, désignés par Fabricius sous le no.n de Cycada aptera. Jusqu’ici, cet insecte s’était cantonné dans le midi de l’Europe et dans le nord de l’Afrique. Son introduction chez nous mérite évidemment d’ètre signalée, car sa multiplication exagérée deviendrait funeste à la vigne, déjà si éprouvée. Heureusement sa destruction sera des plus faciles : les œufs, pondus à l’automne, sont déposés sur les objets extérieurs au sol, et comme leur éclosion n’a lieu qu’en mars, les vignerons auront toute la saison hibernale pour procéder aux opérations d’échaudage à l’eau et à la vapeur, auquelles le parasite ne saurait résister.
- Le choléra des poules et la maladie du sommeil. — M. Pasteur présente, au nom du docteur Ad. Nicolas, une courte note sur les analogies et les différences qui existent entre la maladie du sommeil et le nélavan. Sans contester les analogies signalées précédemment par M. Valrny entre le nélavan et le choléra des poules, M. Nicolas distingne du nélavan la maladie du sommeil ou somnose, qu’il persiste à croire, comme il y a vingt ans, essentiellement constituée par les manifestations physiologiques du sommeil prolongé au delà de ses limites normales. Le nélavan, au contraire, se distingue par tout un cortège de symptômes d’une telle importance, qu’il est invraisemblable qu’ils aient pu échapper à l’observation la plus grossière et surtout par l’absence fréquente du symptôme unique et essentiel : la somnolence et le sommeil. En outre, il est au moins étrange que le nélavan, somnose compliquée, soit curable, comme on l’a dit, par l’ablation des ganglions du cou, plus ou moins engorgés, alors que la somnose simple a été reconnue mortelle dans tous les cas observés.
- Stanislas Meunier.
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- NOUVELLE LAMPE A PÉTROLE
- DE M. CIIARLOT
- La lampe représentée ci-contre brûle de la gazo-line ou gaz Mille sans la moindre odeur et sans le moindre danger d’explosion. Elle brûle tout aussi bien le pétrole et l’huile de naphte. Son maximum de clarté s’obtient avec des gazolines du poids de 660 grammes au litre.
- Voici la description de ce système. La partie centrale ou porte-mèche comporte un orifice AB traversant toute l’embase et par lequel l’air s’introduit au centre de la flamme. Deux lames verticales soudées en dedans divisent ce courant d’air en quatre filets. Le porte-verre ou galerie forme avec le verre trois enveloppes concentriques, étagées avec les bords du porte-mèche de façon à ce que l’air, qui arrive en lames cylindriques, soit de plus en plus infléchi sous la flamme. Des orifices soigneusement réglés, a, b, donnent l’accès à l’air exté-
- rieur. En y comprenant le courant d’air central, il y a donc quatre courants d’air, dont trois en lames minces, qui viennent heurter la flamme. Ce sont d’excellentes conditions pour obtenir une parfaite combustion ; par suite, absence d’odeur et de fumée et belle intensité lumineuse.
- Nous ajouterons que cette lampe reçoit indifféremment n’importe quel verre, soit le verre dit modérateur, à coude d’équerre, soit le verre Allemand, étranglé ; que sa complète répartition d’air très chaud pour la première lame, moins chaud pour les autres, s’oppose au coup de feu sur la cheminée et par suite qu’on ne casse jamais les verres ; ces
- Coupe de la nouvelle lampe 5 pétrole.
- deux observations seront certes goûtées en province, où la difficulté de se munir de cheminées convenables est souvent une grosse affaire. La lampe en question ne peut recevoir de liquide nouveau sans qu’il soit nécessaire de dévisser le bec, ce qui force à l’éteindre pour cela et supprime la plupart des chances d’explosion; si nous ajoutons enfin qu’un bec 12 lignes éclaire le double d’un bec modérateur de même force et ne consomme que de 5 à 4 centimes à l’heure, et que sa lumière a une fixité absolue, nous aurons tout dit sur ce modeste ustensile'.
- 1 D’après une communicatiou adressée à la Nature par M. de la Laurencie.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à 1 ans.
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- — 22 MAI 1 880. LÀ N AT U HL.
- LE TAGUAN
- OU PTÉnOMYS PKTAURIïTK
- Un sait depuis longtemps que, chez les animaux vertébrés, les membres peuvent subir, particulière-
- ment dans leur portion terminale, des modifications profondes afin de s’accommoder à la vie terrestre, aérienne ou aquatique; c’est ainsi que, chez les Chauves-Souris, la main s’allonge démesurément et, grâce à la présence d’une membrane reliant les doigts et se rattachant d’autre part aux côtés du
- Le Taguan (Ptei'omys pelaurista). — Écureuil volant au Muséum d’histoire naturelle de Paris d’après nature).
- corps, devient une aile presque aussi puissante que celle de l’oiseau. Dans certains cas toutefois, lorsque l’animal n’est pas soumis d’une manière aussi exclusive à tel ou tel genre de vie, les altérations des membres sont beaucoup moins prononcées ou remplacées par de légers changements dans la disposition des téguments. Il y a, par exemple, dans l’ordre des Rongeurs, toute une catégorie d’ani-. 8* jdnée. — 1er semestre,
- maux que l’on désigne vulgairement sous le nom d’Écureuils volants, mais qui, en dépit de leur nom, ne jouissent nullement de la faculté de voler, étant seulement capables de se soutenir dans les airs pendant un certain temps, tandis qu’ils bondissent d’une branche à une autre branche. Eli bien, ces animaux, dont nous mettons des spécimens sous J les yeux de nos lecteurs, n’ont pas, comme les
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- LA NATURE.
- Chauves-Souris, les doigts prolongés en baguettes et rattachés les uns aux autres par une membrane parcheminée; leurs mains n’offrent d’antre anomalie qu’une atrophie presque complète du pouce, caractère qui se retrouve, du reste, chez nos Ecureuils européens, et les pieds sont bien conformés, ayant leurs doigts terminés comme ceux des membres antérieurs, par des ongles recourbés par de véritables griffes. Mais les téguments prennent une telle ampleur que le corps semble pour ainsi dire logé dans un sac trop vaste; la peau des flancs et celle des côtés du cou, sans rien perdre de sa nature, tout en restant couverte de poils, s’avance de part et d’autre entre la base de la tête et l’avant-bras, entre le poignet et la cheville, et embrasse une couche de chair entre ses deux feuillets. Ainsi se trouve constitué un double parachute, dont l’ani--mal se sert avec l’adresse d’un aéronaute, et au moyen duquel il exécute les sauts les plus périlleux. Un voyageur m’affirmait dernièrement avoir vu un Écureuil volant franchir ainsi, avec la rapidité d’une flèche, une distance d’une dizaine de mètres, non pas, il est vrai, en ligne droite, mais obliquement de haut en bas. Dans ces circonstances, la queue, longue et touffue comme celle d’un Écureuil ordinaire, est toujours largement étalée et sert probablement de gouvernail.
- Par l’ensemble de leur organisation, par la disposition de leurs dents, par la forme de leur tête, par la nature de leur pelage aussi bien que par leur régime et par leurs mœurs, les Écureuils volants viennent du reste se placer, parmi les Rongeurs, dans le voisinage immédiat des Écureuils proprement dits. Us se divisent en deux genres, les Sciu-roptères ou Polatouches, qui habitent les contrées froides de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique, et les Ptéromys, qui ont pour patrie le sud de l’Asie et les îles de l’archipel Indien. Les premiers ont la tête effilée, les membranes latérales terminées du côté du poignet par un lobe arrondi, les poils de la queue disposés sur deux rangs et les dents molaires peu compliquées; les derniers, au contraire, ont la tête renflée comme les Marmottes, les membranes latérales prolongées en pointe derrière le poignet, la queue très touffue, en panache, et les dents molaires marquées sur la couronne de nombreuses sinuosités.
- L’espèce dont nous publions aujourd’hui une figure exécutée d’après un individu qui a vécu récemment à la Ménagerie du Jardin des Plantes, appartient au genre Ptéromys; elle est appelée Taguan par les voyageurs et porte dans les catalogues zoologiques le nom de Pétauriste {Pleromys petaurista). On la trouve dans le sud de l’Asie, à Malabar, dans la presqu’île de Malacca, dans le royaume de Siam et même, parait-il, daus l’île de Ceylan. Ses dimensions sont assez considérables, le corps mesurant près de 70 centimètres et la queue seule 50 centimètres. La tête, relativement assez petite, est un peu enfoncée dans les épaules, ani-
- mée par de grands yeux brillants et surmontée d’oreilles courtes et pointues; les pattes sont armées d’ongles recourbés et le corps est revêtu d’une abondante fourrure. Les parties supérieures sont en général d’un gris tiqueté de noir; mais le dessus des bras et des membranes alaires tourne souvent au brun châtain, tandis que la queue est d’un noir presque pur. Le dessous du corps est au contraire d'un blanc grisâtre sale, contrastant avec la teinte noire de la face.
- Le Taguan habite les jungles et les forêts épaisses. Pendant la journée, il se tient caché dans le creux des arbres et ne sort de sa retraite qu’à la tombée de la nuit. Les graines et les fruits constituent la partie essentielle de scn alimentation; mais, au besoin, quelques larves d’insectes viennent rompre la monotonie de ce régime végétal.
- On avait essayé déjà bien souvent d’amener en Europe des Pétauristes vivants, mais jusqu’à ces derniers temps on avait constamment échoué dans cette tentative, et l’animal qui a vécu au Jardin des Plantes est le premier, si je ne me trompe, qui ait pu supporter les fatigues d’une longue traversée. Comme tous ses pareils, cet Écureuil volant paraissait doué d’une intelligence plus que médiocre, et passait la journée tapi dans un coin de sa cage. Dans l’Inde même, les Ptéromys supportent mal la captivité. Quand on vient à les saisir, ils ne mordent pas, mais ils tentent de se défendre à coups de griffes, en faisant entendre un grognement analogue à celui de la Pintade. Leur voix ordinaire est douce et faible. Suivant Jerdon, Oral est le nom sous lequel les Hindous connaissent le Ptéromys petaurista.
- Les autres espèces du même genre s’écartent plus ou moins du Taguan par leurs dimensions et les teintes de leur pelage : ainsi le Ptéromys magnifique (Ptéromys magnifiais), découvert par le major Hodgson dans l’Ilimalaya, à 6 ou 7000 pieds au-dessus du niveau de la mer, porte un habit marron rehaussé de noir et de jaune doré; le Ptéromys terne (Ptéromys inornatus), qui vit à une altitude encore plus considérable, est, au contraire, comme son nom l’indique, fort modeste dans sa mise; le Ptéromys aux oreilles noires (Ptéromys me-lanotis), de Sumatra, a le dessus du corps d’un roux vif, les côtés de la tête marqués de brun noirâtre et les parties inférieures d’un roux saumoné; enfin le Ptéromys du Yunan (Ptéromys yunanensis), qui se trouve non seulement dans la province chinoise de ce nom, mais encore en Cochinchine, a le manteau d’un roux moins pur, chaque poil étant terminé de noir.
- Ces deux dernières espèces ont été envoyées récemment au Muséum d’Histoire naturelle de Paris par M. Brau de Saint-Pol-Lias et par M. Pierre, directeur du Jardin botanique de Saigon.
- E. Oustalet.
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- LÀ NATURE.
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- SOCIÉTÉS SAVANTES
- Société chimique de Paris. — Séance cht 25 avril 1880. — Présidence de M. Friedel. — M. Willm,
- ;i l’occasion du procis-vcrbal do la séance du 8 avril, dit qu'il regrette de n’avoir pas eu connaissance de l’analyse complète des eaux de la Bourboule de M. Riche; le tableau général, publié par M. Riche, ne porte la lilhine que pour mémoire, sans indiquer de résultats numériques. Les chiffres publiés par M. Willm ont été obtenus parla méthode des pesées qu’il a indiquée 'a l'occasion de l'analyse d’autres eaux d’Auvergne. M. Willm ajoute enfin que son analyse des eaux de la Bourboule a été présentée dès le mois de novembre 1879 au Comité consultatif d’hvgiène (Commission des eaux minérales). — M. I)e-marçay communique un procédé de préparation de l’acé— tonilrile, qui consiste à distiller, avec un appareil Lebel-llenninger, l’acétamide, et parle des premiers résultats d’expériences qu'il a entreprises sur le chlorure de soufre, le chlorure de thionyle et le sulfure d’azote. — M. Selni-tzenberger entretient la Société de ses recherches sur l’oxydation de diverses matières organiques sous l’influence de la levure de bière. Les corps qui activent plus particulièrement l’absorption de l’oxygène par la levure sont l’alcool éthylique et le glucose ou le sucre interverti. Celle relation conduit à penser que le sucre n’est brûlé dans les cellules vivantes qu’après avoir subi le dédoublement en alcool et acide carbonique. M. Schützenberger fait observer ensuite que les analyses publiées par MM. Beck-jnann et Tolstrow, de leur oxydimorphine, se rapportent mieux à la morphine elle-même qu’à un produit de transformation. L’hydrogène trouvée par eux est dans les treize analyses publiées de 0,5 à 0,4 plus fo t que ne l'exige la formule adoptée par les auteurs, et se rapporte au contraire exactement à la formule de la morphine. 11 y a la quelque chose d’obscur que M. Schützenberger se propose d’éclaircir. Il ne pense pas que l’oxymorphine, dont il a publié dans le temps les analyses, puisse être identifiée avec les bases isolées par MM. Polstrow et Beck-mann. - - M. Schützenberger, contrairement à l’opinion de Klasiwetz, a constaté que l’acide carminique n’est pas un glucoside. M. Schützenberger a reconnu que l’acide carminique se présente à deux états d'hydratation dilférents.
- — MM. Sarrau et Vieille ont étudié le coton-poudre au point de vue de la nature et du gaz qu’il développe pendant l’explosion, et ont mesuré sa chaleur de formation.
- — M. Ftard a obtenu un certain nombre d’aldéhydes, en faisant agir l’acide chlorochroinique sur différents carbures d’hydrogène. — M. Klein décrit les boro-tungstates de potasse et de baryte. — M. Henninger, au nom de M. Greene, présente une note sur l’anhydride acétobenzoïque. — M. Schneider donne lecture d’une note de MM. Engel et de Girard relative à un nouveau mode de production de l’acétal. — M. Schneider présente à la Société : 1° une note de M. P. Kieulen, traitant de l’essai commercial des roches et calcaires bitumineux ; 2° recherches et dosagü des huiles lourdes minérales et de résine, des huiles grasses et de la résine dans les huiles du commerce, par M. Rémond.
- Société botanique de France. — Séance du 14 mai 1880. — M. Duchartre communique quelques observations faites par lui sur les Bégonia à fleurs doubles. Les pétales des fleurs mâles peuvent être formés par la transformation des étamines ou par la multiplication des pétales normaux. On peut trouver parfois des ovules parfaitement
- conformés sur les pétales des fleurs males. Il se présente parfois, chez les fleurs femelles, de curieux intermédiaires entre les styles et les pétales. —M. Gaston Bonnier rend compte de ses premières recherches sur les quantités de chaleur absorbées ou émises par les végétaux. Les mesures ont été faites au moyen du calorimètre de M. Ber-thelot légèrement modifié. La quantité de chaleur dégagée par un même poids de graines d'une même espèce varie pendant la germination ; elle passe par un maximum. Elle varie aussi avec la température moyenne. — M. Van Tie-ghem a étudié un organisme microscopique vert qui vit dans l’eau de mer, signalé par M. Edmond Terrier. La chlorophylle amorphe est répandue dans la masse uniccl-lulaire qui constitue cet être. Son protoplasma est revêtu d’une membrane gélatineuse ornée de cils au sommet et aussi latéralement en forme de moustaches. M. Van Tieghem propose d’appeler Dhnystax Perrieri cet organisme, qui ne peut être classé avec sécurité parmi les végétaux. — M. Cornu a reçu divers échantillons de champignons.
- Il a recueilli à Fontainebleau un champignon parasite du mélèze non encore signalé en France.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Le Monde animal, par Mme Stanislas Meunier, I vol. in-8° de la Bibliothèque des Écoles et des Familles. Taris, Hachette et Cie, 1880.
- Dans ce livre, très richement illustré, Mme Stanislas Meunier s’est proposé de décrire les merveilles de la zoologie sous un jour tout nouveau. S’adressant avant tout aux jeunes intelligences, l’auteur s’est préoccupée beaucoup moins de décrire les espèces animales que de faire ressortir les admirables dispositions au prix desquelles se maintient l’harmonie de la nature. Son but est d’inspirer à ses lecteurs un juste sentiment de fierté en leur faisant voir de quelle façon l’homme a conquis la plupart des animaux, comme il se défend contre ceux qui ont des intérêts opposés aux siens, de quelle façon il se met l’esprit en travail pour vaincre les ennemis qui lui restent ou ceux qui, comme le phylloxéra, lui apparaissent tout à coup. En même temps, Mme Stanislas Meunier cherche à écarter les préjugés si nombreux dont les bêtes sont trop souvent victimes auprès des intelligences peu cultivées.
- « Nous espérons, ajoute-t-elle, que ce livre ne nuira en rien à la bonne opinion que les petits enfants ont des animaux. Parmi ceux-ci, point de méchants; le lion est simplement une grosse bête qui mange de la viande et qui a beaucoup d’appétit. Toint non plus d’animaux sales, mais des bestioles qui piquent, ou qui exhalent des odeurs non faites pour notre nez. Les seules qualifications qu’il nous soit permis d’appliquer à ces êtres placés au-dessous de nous sont celles de nuisibles ou d’utiles : les animaux nuisibles étant surtout ceux qui aiment ce que nous aimons, le cep de vigne, le grain de blé, la chair de mouton ; les animaux utiles, ceux qui mangent nos ennemis ou nous aident à remplir nos coffres et notre garde-manger. » A l’appui de cette thèse, des exemples sont choisis dans les régions les plus diverses de la série animale, depuis le singe jusqu’aux organismes élémentaires dont le microscope nous a révélé l'existence. Signalons au hasard les jolis morceaux relatifs à la taupe, si horriblement calomniée; au chien, qui a rendu possibles les explorations polaires, etc.; ils dénotent de la part de l’auteur beaucoup d’érudition et un véritable talent d’écrivain.
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- LA NATURE.
- LE MICROPHONE
- APPLIQUÉ A LA MÉDF.CIXE
- Un a souvent parle de l’importance que le microphone pourrait offrir au point de vue médical ; il ne nous paraît pas nécessaire d'entrer dans des développements à ce sujet; nous nous bornerons à faire connaître un instrument récemment construit, et qui nous paraît de nature à être recommandé.
- Dans une dernière séance de la Société de biologie M. le docteur Boudet, de Paris, a donné la description d’un microphone très sensible, monté sur un double ressort de sphygmographe, et qui lui a servi à faire des recherches intéressantes dans le service de M. Charcot à la Salpêtrière. Le petit volume de cet instrument le rend très maniable et permet de l’appliquer sur tous les points du corps.
- Une petite lame de caoutchouc durci de 5 sur 2 centimètres, très légèrement concave, et percée d’un orifice à son centre, sert de base à l’appareil. A l’une de ses extrémités s’élève une tige haute de 5 centimètres environ; sur cette tige monte et descend, au moyen d’une vis de réglage, un tout petit chariot de cuivre, entre les montants duquel oscille, sur un axe transversal C, un cylindre de charbon D, long del cent. 1/2 et épais de 5 millimètres. Au-dessous de ce premier charbon vient aboutir l’extrémité libre d’une mince lame de ressort H, placée horizontalement et fixée par son autre bout à l’extrémité opposée de la planchette de caoutchouc. A ce ressort est adaptée une petite lentille de charbon, qui vient toucher l’extrémité du cylindre oscillant de charbon. Enfin, sous ce premier ressort et parallèlement à lui, comme dans le sphygmographe de M. Marey, se trouve un autre ressort terminé par un bouton explorateur, lequel traverse l’orifice de la planchette.
- La moindre pression exercée sur ce bouton se transmet par l’intermédiaire des ressorts aux deux contacts de charbon, et fait ainsi varier l’intensité du courant qui les traverse; ces variations sont recueillies par un téléphone que l’observateur applique à son oreille. La mobilité des deux charbons en contact fait comprendre l’extrême sensibilité de ce microphone. Toutefois, il est nécessaire, dans ces expériences, d’obtenir un premier degré de pression initiale, que la vis de réglage peut déjà donner en partie, puisqu’elle permet d’appuyer plus ou moins le cylindre oscillant de charbon sur la lentille inférieure. Mais ceci n’est pas suffisant; car, si l’on explore un pouls un peu ample, les mouvements communiqués aux ressorts soulèveraient brusquement le charbon supérieur et détermineraient les ruptures de courant.
- Nous avons obvié à cet inconvénient,dit M. Boudet, de Paris, en plaçant à l’intérieur du petit chariot, au-dessus de l’une des extrémités du cylindre oscillant, un petit morceau de papier écolier plié
- en forme de \ et qui fait office de ressort. Nous n’insisterons pas ici sur l’addition de ce ressort en papier, qui nous appartient et dont les avantages ont déjà été signalés dans plusieurs journaux scientifiques. Nous rappellerons seulement que le papier est un corps très faiblement et très parfaitement élastique, ainsi que l’ont prouvé les expériences de Savard; par conséquent, il se prête beaucoup mieux que l’acier et le caoutchouc aux déplacements et aux rétablissements des contacts de charbon, ou plutôt aux variations de leur pression réciproque. Ainsi constitué, l’appareil, placé sur une artère, indique tous les bruits qui se passent à l’intérieur du vaisseau, et, avec un peu d’habitude, on arrive très aisément à distinguer les différences de rythme, les bruits de souille, etc. La pulsation est très fortement accentuée, le dicrolisme normal devient perceptible,
- Microphone du docteur Boudet, de Paris.
- en un mot on entend le tracé du pouls, tel qu’il est inscrit par le sphygmographe.
- Appliqué sur un muscle, le même instrument devient un excellent myophone. Il décèle le bruit du tonus musculaire normal et, lors de la contraction, on entend parfaitement le bruit de roulement caractéristique de ce phénomène. La tonalité des sons transmis par ce microphone est conservée dans toute sa pureté. On peut facilement s’en convaincre en faisant vibrer successivement près de lui, ou même en contact avec sa planchette, des diapasons de tonalités différentes. Le téléphone répète alors fidèlement la note émise par chacun d’eux, et, ce qui est plus curieux, on peut même distinguer les sous de deux diapasons différents vibrant ensemble, sans que la tonalité de l’un ou de l’autre soit altérée. Nous avons également construit deux autres microphones un peu différents de celui-ci, afin d’étudier la contraction musculaire sur les animaux.
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- LA NATURE
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- LE NOUVEAU FREIN ÉLECTRIQUE
- DE M. AC.HARD
- Avec les vitesses effrayantes des trains des chemins de fer actuels, vitesses qui dépassent quelquefois 100 kilomètres à l’heure, — 28 mètres par seconde — il est indispensable de disposer de moyens d’arrêts puissants, rapides et sûrs.
- L'arrêt instantané, tel que le rêvent encore certains inventeurs ignorants, étant une chimère, comme le mouvement perpétuel, on se contente d’agir, faute de mieux, par la méthode ordinaire,
- qui consiste à venir appliquer des sabots sur les roues des voitures pour enrayer leur mouvement. Si le principe est resté le même, les méthodes d’application ont du moins beaucoup varié, et c’est une solution très élégante et aujourd’hui très perfectionnée de la question des freins continus que nous voulons faire connaître aux lecteurs de la Nature.
- Ou obtient un arrêt rapide en agissant sur toutes les roues d'un train à la fois; les appareils qui permettent de réaliser cette condition prennent le nom de freins continus.
- Pour obtenir un pareil résultat sans les freins
- Frein électrique de M. Achard. — Disposition nouvelle du chemin de fer de l’Est (1879). — I, batteries secondaires avec piles Daniell pour les charger; L, L, conducteurs; A A, électro-aimant tubulaire; B B, essieu qui entraine l’électro-aimant, en fonction lorsque le courant passe ; C, C, leviers mouflés soulevés par les chaînes au moment du serrage ; D, D, sabots de serrage en fonte ; H, commutateur disposé sur le fourgon de tête ; G, G1, cordes allant du fourgon de tête à la locomotive. En tirant G1, le mécanicien produit le serrage, et le desserrage en tirant G. On manœuvre le frein sur le fourgon d’arrière en agissant sur une manette analogue à celle du commutateur II.
- continus, on serait obligé d’employer un garde-frein par voiture, condition irréalisable dans la pratique.
- A côté de la question de continuité d’action se place l’instantanéité d’action; on devine sans peine l'importance de ce facteur, chaque seconde perdue rapprochant l’obstacle de tout le chemin parcouru par le train, dans le même temps. L’action instantanée de l’électricité donne au frein Achard cette propriété qui ne se retrouve qu’à un moindre degré dans tous les autres systèmes, — vide ou air comprimé — aussi peut-on, avec le frein électrique, obtenir des arrêts aussi rapides et aussi puissants qu’avec aucun autre.
- Reste la question de sécurité d’action. Il est très important, à ce point de vue, de disposer d’un appareil toujours en état de bon fonctionnement, et nous avertissant lui-même de ses dérangements, s’il en arrivait. L’insuccès des freins exceptionnels, dits freins de détresse, destinés à produire des arrêts rapides en cas de danger imminent, tient à ce qu’ils n’étaient jamais en état de fonctionner au moment même où on réclamait leurs services; les freins doivent donc être utilisés en service courant; et, d’autre part, avertir s’il leur arrive un accident de . nature à compromettre leur bon fonctionnement.
- Les appareils qui satisfont à cette dernière condition sont dits automatiques.
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- LA NATURE.
- r.oo
- Un bon frein doit donc êlre à la lois :
- 1° Continu, pour produire nn arrêt puissant;
- 2° Instantané dans son action, pour produire un arrêt rapide;
- 5° En service courant et automatique, pour produire un arrêt sur.
- Ceci bien établi, nous pouvons examiner les dispositions nouvelles du frein Achard, sous la forme où il est appliqué maintenant au chemin de fer de l’Est; on pourra voir par quels points il satisfait au programme que nous venons d’établir et par quels points il leur fait défaut.
- L’appareil — le même pour chaque voiture — est tout entier disposé sur le châssis, au- dessous de la caisse.
- L’ensemble d’un train muni du frein électrique Achard comprend d'abord deux piles secondaires de M. Gaston Planté, disposées sur le fourgon de tête, et deux piles secondaires placées sur le wagon de queue, chacune de ces piles étant alimentée par trois éléments Daniell. Dans la ligure, les quatre piles secondaires ont été représentées ensemble, mais cela ne change rien à l’explication.
- Le courant des piles secondaires est envoyé aux freins de chaque voiture par deux fils parallèles qui longent le train.
- Les électro-aimants des freins sont montés en dérivation sur ces deux fils, et le serrage a lieu en fermant le circuit des piles secondaires sur les deux conducteurs qui longent le train. Le frein proprement dit se compose d’un électro-aimant tubulaire A suspendu en regard de l’essieu BIP.
- En envoyant dans l’électro-aimant le courant de la pile, cet électro-aimant est fortement attiré par un manchon de fer placé sur l’essieu, et vient s’appliquer fortement contre cet essieu. Cet électro-aimant participe alors, par adhérence magnétique, au mouvement de rotation de l’essieu, il est entraîné comme les cônes de friction des essoreuses et des turbines à sucre ; des chaînes s’enroulent autour de l'arbre AA, exercent une traction sur les grands leviers moufles C, C, qui se soulèvent et appliquent les sabots 1), D contre les jantes des roues.
- Chaque roue étant serrée également des deux côtés à la fois, il n’y a pas de poussée contre les coussinets. Pour desserrer le frein, il suffit de conper la communication électrique, l’électro-aimant abandonne aussitôt l’essieu, et les chaînes, en se déroulant, produisent le desserrage.
- L’action des freins est instantanée et quelquefois même un peu brusque. M. Achard a remédié à cet inconvénient en intercalant dans le circuit des résistances qui affaiblissent le courant des piles secondaires dans des proportions convenables.
- Le serrage se fait indistinctement par le mécanicien, le conducteur d’arrière ou même automatiquement, par le disque, à l’arrêt au moment d’entrer en gare.
- Dans des expériences faites au chemin de fer du
- Nord sur un train de treize voitures lancé à une vitesse de 75 kilomètres à l’heure, l’arrêt a pu être obtenu en 21 secondes, avec un parcours total de 215 mètres jusqu’à l’arrêt complet.
- Le frein Achard est donc puissant et rapide. Il est aussi simple et commode, et l’entretien des piles, qu’on aurait pu croire difficile, se fait au contraire très aisément par de simples manœuvres.
- L’appareil réalise donc la plupart des conditions qu’on exige d’un frein parfait. Si, comme M. Achard l’affirme, il est parvenu à rendre le frein entièrement automatique, ce sera la solution la plus simple et la plus pratique à la fois des freins continus.
- Nous ne connaissons jusqu’ici, en France du moins, que le frein à air comprimé qui satisfasse à cet!c condition essentielle.
- Si, pour une cause quelconque, il se produit un dérangement, soit dans la conduite d’air, soit dans le mécanisme de l'un des freins automatiques à air comprimé, il se produit aussitôt un serrage automatique qui prévient le mécanicien de l’accident.
- Dans certains cas même, ce dérangement peut serrer à bloc dans les freins et arrêter le train. Cet anêt intempestif est un inconvénient doublé cependant d’un avantage de nature à le faire oublier.
- S’il est vrai qu’un homme prévenu en vaut deux, ne vaut-il pas mieux s’exposer à cet arrêt intempestif qui, avec un service de signaux bien organisé, — un block-system, par exemple — ne présente aucun danger puisque deux tiains ne peuvent jamais circuler en même temps sur la même voie, dans la même section, que d’avoir un frein non automatique pouvant être mis hors de service, sans prévenir, et donnant par suite une fausse sécurité à ceux qui ont à l’employer?
- Poser la question, c’est la résoudre, car un arrêt intempestif se traduit par un retard dans le service, tandis qu’un manque du frein au moment où il est nécessaire se traduit le plus souvent par un accident dont on ne peut atténuer la gravité par aucun moyen.
- Il faut donc, pour les trains à grande vitesse, un frein continu, c’est-à-dire puissant, rapide et automatique, c’est-à-dire sûr. Le frein électrique de M. Achard est continu et instantané dans son action, il est donc puissant et rapide. L’inventeur étudie les moyens de le rendre automatique; nous aurons l’occasion d’y revenir à ce point de vue lorsque les expériences qui se poursuivent en ce moment seront terminées.
- L’intérêt immense que présente la question des arrêts rapides dans les trains de chemin de fer justifie amplement la série de recherches entreprises dans le but de la résoudre, et nous signalerons toutes les solutions importantes qui pourront se présenter pour eu constater les mérites et en indiquer les défaillances.
- E. Hospitalier.
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- LA NATURE
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- LES TREMBLEMENTS DE TERRE
- ET I.EUR ÉTUDE SCIENTIFIQUE
- Quelle que soit la fréquence des tremblements de terre, et quoique nous ayons à notre disposition des observations sur bien des milliers de ces ébranlements du sol, il nous resfe encore beaucoup à faire pour connaître la nature intime du phénomène, ses elfets et ses rapports avec d’autres phénomènes naturels. C’est dans les dernières années seulement que cette étude a fait des pas en avant ; mais ces pas sont si importants que nous pouvons espérer arriver bientôt à la solution de quelques questions importantes de ce chapitre de l’histoire naturelle.
- L’observation des tremblements de terre est difficile ; ils nous prennent par surprise, et le phénomène est terminé avant que nous ayons eu le temps de nous recueillir pour en faire l’étude attentive. Dans l’instant où le sol, qui est pour nous l’image de la stabilité, se met à vaciller, quand nous ne pouvons nous rendre compte ni du pourquoi, ni de la fin de ce qui nous étonne, notre imagination s’emporte facilement; elle trouble nos facultés d’observation et de réflexion.
- Pour' l'étude scientifique des tremblements de terre, le naturaliste a besoin d'un grand nombre d'observations différentes, faites dans le plus grand nombre possible de points de la surface ébranlée. JSous devons donc demander l'aide de tous les amis de la science ; nous devons nous adresser non seulement aux naturalistes de profession, mais à chaque hommes qui’ intéresse aux choses de la nature.
- La présente notice, qui doit atteindre ce vaste cercle des amis de la science et de la nature, a pour but de résumer l’état de nos connaissances sur les tremblements de terre, de gagner de nombreux adhérents à ce genre d’étude, et enfin d’expliquer comment l’on peut faire dos observations utiles; en terminant, nous donnerons les indications nécessaires sur l’organisation de ces études en Suisse.
- Nous nommons tremblement de terre tout ébranlement de l’écorce de la terre dont le point de départ vient de l’intérieur. Ces ébranlements varient d’intensité, depuis le frémissement à peine perceptible, jusqu’au bouleversement le plus effroyable.
- L’histoire de l’Europe a enregistré des catastrophes épouvantables. En l'an 520, par exemple, 120 000 habitants périrent en Italie par suite d’un seul tremblement de terre. En 1095, en Sicile, 00 000 vies humaines furent victimes d’un de ces cataclysmes. Le célèbre tremblement de terre de Lisbonne a eu lieu en 1755, ceux de Calabre en 1783, 1854 et 1870.
- D’après l’impression produite sur nos sens et d’après leurs effets mécaniques, on distingue trois sortes de tremblements de terre : 1° la commotion ou secousse verticale avec choc de bas en haut; 2° la commotion ou secousse horizontale avec
- choc latéral ; 3° le mouvement ondulatoire, pendant lequel le sol oscille comme s’il était agité par des vagues. Dans un même tremblement de terre, on peut souvent constater une commotion au centre et un mouvement ondulatoire sur les bords de la surface ébranlée.
- Donnons d’abord par quelques exemples une idée des effets mécaniques de ces phénomènes. En 1783, on vit en Calabre les sommefs des montagnes s’effondrer en maint endroit et le relief des cimes être notablement modifié (voy. fig. \, 2, 5 et 4) ; des lacs furent formés par des éboulements qui barraient les vallées; des maisons furent lancées dans les airs, comme projetées par une mine; les pavés des rues traversaient l’air comme des boulets de canon. A Rio Ramba, en 1797, des cadavres furent arrachés de leurs tombeaux ; plusieurs centaines d’hommes furent lancés en l’air et leurs corps tombèrent jusqu’au sommet d’une haute colline, de l’autre côté d’une rivière. Au Chili, on a vu un énorme mât, profondément enchâssé dans le sol, en être violemment arraché, etc.
- Quant au mouvement ondulatoire, voici quelques exemples des descriptions qui en ont été faites :
- Pendant le tremblement de terre de 1783, en Calabre, des arbres s’inclinèrent si fort que des branches se brisèrent en frappant sur le sol; on pouvait voir à distance, dans de longues allées d’arbres, la marche progressive de la vague. En 1811, dans le Missouri, on voyait les forêts osciller comme des champs de blé battus par l’orage. En 1870, à Rattang, en Chine, le sol se mouvait, d'abord comme une mer tranquille, et bientôt comme un océan tourmenté par l’ouragan. Le 26 mars 1812, le sol de Caracas ressemblait à un liquide en ébullition. Le 7 juin 1692, à Port Royal de Jamaïque, les hommes se sont vus bousculés, jetés les uns contre les autres et grièvement blessés.
- Les tremblements de terre sont parfois accompagnés de la formation de fentes ou fissures du sol, qui restent ouvertes ou bien se referment presque subitement; à Port Royal, en 1692, on a vu des hommes engloutis dans ces fissures, être aplatis, mutilés et dans certains cas rejetés ensuite au dehors. En Calabre, des maisons tout entières disparurent dans des fentes, dont quelques-unes se sont refermées ensuite; d’autres sont restées ouvertes. A Lisbonne, une crevasse engloutit tout le Quai de Marbre avec les habitants qui s’y étaient réfugiés.
- La même classification en commotions ou secousses et en mouvements ondulatoires s’applique aussi bien aux grands tremblements de terre qui causent des dégâts épouvantables et aux faibles tremblements de terre à peine perceptibles à nos sens. Que le tremblement de terre soit fort ou qu’il soit faible, que ce soit une secousse ou un mouvement ondulatoire, l’ébranlement peut être unique ou bien composé de plusieurs chocs successifs; parfois il est accompagné d’un frémissement prolongé.
- A côté des tremblements de terre perceptibles à
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- LA NATURE.
- nos sens, si l’on emploie des instruments assez sensibles, l’on constate presque partout et presque toujours de très faibles ébranlements du sol, qui sont ou bien de très légers tremblements de terre, ou bien la répercussion de tremblements de terre très éloignés, ou bien enfin qui proviennent de causes accidentelles externes. Les observations par lesquelles on cherchait autrefois à prouver un mouvement de rotation n’ont point été confirmées.
- Les tremblements de terre sont plus intenses dans les couches superficielles que dans les couches plus profondes; cela tient probablement à ce que les premières sont plus élastiques par suite de l’absence de pression. Au fond des puits de mines, tunnels, etc., on les ressent à peine, souvent même on ne les sent pas du tout. La secousse se transmet ort différemment suivant la densité des couches.
- Fig. 1. Fissures occasionnées par le tremblement de terre de 1783 près de Jerocarne, dans la Calabre.
- (D’après sir
- dans la maison voisine (Syrie, 1837). Cela tient-il à des phénomènes d’interférence, comme il y en a dans d’autres mouvements oscillatoires? Dans d’autres cas, au contraire, on constate des effets semblables sur une très grande étendue de pays. C’est ainsi que le 16 novembre 1827 toutes les localités situées entre Bogota et Popayan, sur une longueur de 1500 kilomètres, ont été détruites de la même manière. En 1856, tous les pays riverains de la Méditerranée ont été secoués depuis la Syrie jusqu'à la Corse. Le tremblement de terre de Lisbonne a été perçu, dit-on, sur une surface quatre fois aussi étendue que l’Europe. En opposition à ces exemples, nous avons un grand nombre de cas où le tremblement de terre n’est senti que sur une très petite surface. C’est ainsi qu’une secousse qui, en mars 1879, jeta hors de leurs lits les habitants de Linththal, Glaris, s’étendit vers l’est à peine jusqu’à la Reuss, et ne fut pas sentie dans la direction du nord à Glaris,
- C’est ainsi qu’à travers des couches épaisses d’allu-vions ou d’éboulis, la commotion semble marcher aussi difficilement que les vibrations du son à travers de la sciure de bois. Au contraire, dans les localités où sur une roche compacte repose une mince couche meuble, celle-ci entre en mouvement comme du sable sur la table de résonnance d'un piano. C’est ainsi qu’à Lisbonne et en Calabre les ravages ont toujours été plus forts là où la couche d’al-luvions est mince, tandis qu’à Berlin, à Breslau, etc., là où les couches meubles sont très épaisses, il est extrêmement rare que les tremblements de terre soient perçus, et ils y sont toujours très faibles.
- 11 arrive souvent que la même secousse est perçue fort différemment dans des localités situées dans des conditions identiques et fort près l’une de l’autre; une maison s’écroule, tandis qu’on ne sent rien
- Fig. 2. Crevasse produite par le tremblement de terre de 1785 dans la colline de San Angelo, près de Soriano, en Calabre.
- Ch. Lyell.)
- et dans la direction du sud dans la vallée du Rhin antérieur. Il semble parfois que ce sont des vallées, parfois des montagnes, qui servent de limite à l’extension des tremblements de terre ; mais le nombre est grand aussi des secousses qui ont traversé toute la chaîne des Alpes.
- La secousse du tremblement de terre se propage avec une vitesse de 35Ô à 500 mètres à la seconde; exceptionnellement, cette vitesse peut s’élever à 800 mètres ou descendre à 150 mètres par seconde; c’est à peu près la vitesse du son dans l’air, 540 mètres à la seconde.
- Les tremblements de terre sont aussi ressentis sur l’eau : le navire est ébranlé comme s’il était violemment soulevé ; les amarres, les mâts se brisent, et cependant on n’aperçoit aucun mouvement extraordinaire sur l’eau. D’autres fois au contraire apparaissent, tantôt quelques minutes, tantôt quelques heures après la secousse, ces terribles ras de
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- LA NATURE.
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- marée qui, causés par le tremblement de terre, ravagent les côtes ébranlées et se transmettent souvent à une grande distance. C’est par une vague de ce genre que Lima fut entièrement détruite en 1724; aucun habitant ne survécut à ce désastre; des navires furent jetés par-dessus les murs et les débris de la ville, et lancés, jusqu’à une lieue du rivage, dans l’intérieur des terres. Les lacs au centre des continents sont aussi parfois ébranlés; c’est ainsi que la plupart des lacs suisses ont été mis en mouvement par le tremblement de terre de Lisbonne, et que leurs eaux sont entrées en balancement, comme l’eau d’un bassin qui est secoué.
- Souvent le tremblement de terre ne consiste qu’en une seule secousse et ne dure qu’une fraction de seconde. Les mouvements ondulatoires sont un peu moins brefs. Souvent les plus épouvantables ravages
- Fig. 5. Gouffre formé par le tremblement de tene de 1183 près d’Oppido, en Calabre.
- D’après sir
- suite, une série très nombreuse de commotions plus faibles se succédèrent dans la même vallée de Viège, et ce n’est qu’en 1857 que le repos est revenu dans cette région, cette série de tremblements de terre étant terminée. En 1856, on compta dans une seule semaine, à Honduras, 108 secousses, qui ont formé ensemble un seul tremblement de terre. A Hawaii, îles Sandwich, en 1868, un même tremblement de terre dura presque continuellement plusieurs mois de suite. Dans le seul mois de mars, on ne compta pas moins de 2000. secousses. Il est rare que la secousse la plus forte soit la première de la série; elle n’est jamais la dernière.
- Il y a certaines régions du globe où les tremblements de terre sont relativement fréquents à une époque donnée; on les désigne alors sous le nom de zones ou régions à tremblements de terre (en allemand : Schüttergebiete). La plus remarquable actuellement est la côte occidentale de l’Amérique du
- sont l'œuvre de quelques secondes. La plupart des observateurs surfont un peu la durée des tremblements de terre; cela tient à la prolongation apparente du temps lorsque nous sommes sous le coup d’une excitation violente. Les petits tremblements de terre ne consistent en général qu’en une seule secousse; mais le plus souvent, plusieurs secousses se suivent coup sur coup, et leur ensemble constitue alors le tremblement de terre. Souvent aussi plusieurs tremblements de terre se succèdent dans la même région ; ils sont évidemment liés entre eux et ils constituent ensemble une série de tremblements de terre. C’est ainsi que dans la vallée de Viège, en Valais, une première secousse eut lieu le 1er juillet 1855; son intensité fut trèsgrandeet elle fut ressentie dans toute la Suisse et même jusqu’à Paris. Après cette secousse, pendant quatre mois de
- Fig. 4. Cavités circulaires produites par le tremblement de terre de 1783 dans la plaine de Rosarno.
- Ch. Lyell.)
- Sud : la ville de Lima, par exemple, a’ été ravagée ou détruite dans les années 1586, 1687, 1697, 1699, 1716,1725,1752,1754, 1745, 1746,1868. En Europe, nous pouvons citer comme zones à tremblements de terre : l’Italie, l’Espagne et les Alpes. De 1850 à 1857, on a noté sur toute la surface du globe 4620 tremblements de terre; plusieurs d’entre eux consistaient en un grand nombre de secousses. Sur ce nombre, 1005 tremblements de terre, portant sur 582 jours différents, reviennent aux Alpes occidentales et 81, en 68 jour, aux Alpes orientales. Au printemps de 1764, on compta dans le canton de Glaris une moyenne de 20 secousses par mois, la plupart d’entre elles n’étant pas perceptibles au delà des frontières du canton. Une statistique officielle italienne nous montre que dans l’année 1870, quoiqu’on n’ait pas eu à signaler de catastrophe extraordinaire, il n’y a pas eu dans l’ensemble du royaume moins de 2225 maisons dé-
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- truites ou gravement endommagées, 98 hommes tués et 223 blessés par l’effet des tremblements de terre. En moyenne on peut compter par jour, sur l’ensemble de la surface du globe, deux tremblements de terre, lesquels peuvent consister en plusieurs secousses.
- Quelques phénomènes accidentels accompagnent souvent les secousses; ainsi, par exemple, les bruits souterrains. Ces bruits ont été comparés au tonnerre, à un cliquetis de ferraille, à un grincement, à un roulement dans la profondeur du sol. Ces bruits souterrains sont parfois entendus au moment même de la secousse, ou bien ils la précèdent, ou bien ils la suivent.
- On peut citer encore l’émission de gaz, de fumées ou bien d’odeurs singulières; ou encore des sources de boue ou d’eau, qui jaillissent des fissures du sol. Il n’est pas rare que l’atmosphère soit fortement chargée d’électricité ; on aperçoit d’autres fois des lueurs électriques, et l’aiguille aimantée est en agitation. Ces faits sont cependant exceptionnels.
- Quelques tremblements de terre produisent des modifications durables de la surface du globe. Près de Sindree, dans le delta de l’Indus, un tremblement de terre donna naissance, en 1819, à l’Allah-Bund ou Digue des Dieux, arête peu élevée de 80 kilomètres de longueur, 10 pieds de hauteur et 20 kilomètres de largeur; en même temps, un district tout entier, avec le port de Sindree, s’est enfoncé sous la mer et forme actuellement un golfe de 5 mètres de profondeur et de plus de 5000 kilomètres de surface. Des soulèvements ou des effondrements du sol, souvent fort importants, ne sont pas rares dans l’histoire des tremblements de terre. En janvier 1855, le port de Nipon, au Japon, a été tellement soulevé que depuis lors il n’est plus utilisable. Le port de la Conception, au Chili, est resté à sec depuis le tremblement de terre du 24 mai 1750; sur toute la côte autour de ce port, on trouvait, à environ 4 pieds au-dessus de la mer, des bancs d’huîtres et autres coquilles marines.
- De tout temps on a cherché des rapports entre les tremblements de terre et les phénomènes atmosphériques. On ne peut nier qu’il n’y ait souvent coïncidence entre les secousses de la terre et des phénomènes extraordinaires, comme, par exemple, d’épais brouillards, s'étendant sur d’immenses surfaces de pays en une saison inaccoutumée, une chute subite du baromètre, un subit refroidissement de l’air ; mais les cas où l’atmosphère n’est en rien troublée sont de beaucoup les plus fréquents. Les tremblements de terre sont un peu plus fréquents la nuit que le jour, en automne et en hiver plus fréquents qu’en été. L’influence de la position de la lune semble être insignifiante; cependant on croit constater une fréquence un peu plus grande aux syzygies, époque de nouvelle ou pleine lune, et au périgée, époque où la lune est le plus près de la terre.
- L’application de la statistique aux tremblements
- de terre est difficile, à cause surtout du grand nombre des tremblements de terre ; quel que soit le point de vue théorique d’où l’on parte, il est toujours facile de trouver un grand nombre de tremblements de terre qui satisfont à l’hypothèse.
- Dans le voisinage des volcans, les tremblements de terre sont fréquents ; de fortes secousses précèdent en général les éruptions, surtout quand le volcan a été longtemps en repos. Mais quoique l’existence de volcans au centre de quelques régions à tremblements de terre soit indiscutable, cependant plusieurs pays où les tremblements de terre sont le plus fréquents ne possèdent absolument pas de volcans; il n’y a donc pas toujours coïncidence entre les deux phénomènes. Ainsi dans les îles Sandwich il y a souvent des tremblements de terre sans éruptions, et aussi deÀforles éruptions sans tremblements de terre importants. Ainsi les Alpes, qui sont actuellement une zone à tremblements de terre, ne présentent pas de traces de l’action volcanique. Les tremblements de terre les plus intenses et les plus étendus en surface sont en général sans rapport avec les phénomènes volcaniques.
- Albert Heiji1,
- Professeur à Zurich.
- — La suite prochainement. —
- RÉUNION GÉNÉRALE
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE (AVRIL 1880)
- (Suite. —Voy. p. o30elôi7.)
- SCIENCES NATURELLES
- Un Oiseau-Replile. — La géologie est la science des surprises; nous ne connaissons qu’en peu de points les couches du sol, et tous les jours une découverte imprévue démolit la théorie de la veille. Où sont aujourd’hui les célèbres limites des- faunes géologiques de Cuvier? On avait rencontré, dans les terrains secondaires, des Reptiles fort curieux, les Ptérodactyles, à bouche armée de dents, avec le doigt exlerne du membre antérieur très allongé, soutenant une membrane qui devait servir d’aile ou de parachute au Reptile. Tous ceux qui ont quelques notions d’anatomie connaissent les affinités osléologiques des Oiseaux et des Reptiles, si étroites surtout avec les Tortues, symbole de la lenteur, ce qui vérifie bien la loi de Geoffroy Saint-Hilaire, que l’organe est supérieur à la fonction ; mais on regardait l’Oiseau à plumes, ce léger voyageur aérien, comme une création trop parfaite pour les temps secondaires, où pullulaient les Reptiles des mers, des eaux douces et des (erres.
- Cette théorie fut tout à coup renversée par la découverte de l’empreinte d’une seule plume, tombée accidentellement dans un sédiment de l’époque jurassique supérieure et conservée sur une plaque de calcaire lithogra-
- 1 Traduit par M. F. A. Foret.
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- LA NATURE
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- phiquc de Solenhofen, en Bavière (1861). Bientôt après, en 1865, une autre plaque fournit aux observations de M. Richard Owen le train postérieur d’un animal de la grosseur d’un Ramier, ayant un bassin et des pattes d'Oi— seau rapace et une longue queue garnie de plumes, qui devait être gênante pour le vol. Il y a quelques années, enfin, on trouva, dans une plaque du même calcaire, un sujet entier et couché sur le dos du même animal, la tête sur le côté, et qui a dû tomber, après sa mort, au fond des eaux. M. le professeur Cari Yogt, de Genève, a montré à la Réunion deux photographies de cet Oiseau étrange, YArchæopleryx macronura (Owen),en raison de sa longue queue. Les membres antérieurs, le thorax, le cou et la tête sont ceux d’un Reptile. La tête offre une dent de chaque côté; il y a, d’après la détermination de M. Cari Yogt, de longues omoplates et deux coracoïdiens rapprochés au milieu, comme chez les Ichthyosaures et les Plésiosaures, et pas de sternum avec bréchet, ni de clavicules; en outre, un humérus de Crocodile, un radius et un cubitus séparés, et, au lieu des doigts plats et soudés de l’Oiseau, trois doigts grêles, bien séparés, terminés par des griffes. D’autre part, ces membres antérieurs de Reptiles étaient couverts de duvet et de plumes, bien visibles sur l’empreinte, implantées comme chez les Oiseaux.
- M. Cari Vogt regarde cette étrange créature comme plus rapprochée des Reptiles que des Oiseaux, et croit à l’existence ancienne d’un type intermédiaire entre ces deux classes,et d’où seraient sortis plus tard les véritables. Oiseaux. 11 fait remarquer dos passages bien connus entre les deux classes. Ainsi, chez les Ptérodactyles, Reptiles volants, les espèces géologiquement les plus anciennes sont très dentées, puis le nombre des dents diminue, et dans l’espèce la plus récente de la craie, il n’y a plus de dents. Il y a longtemps qu’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire a vu que les embryons de Perroquets ont des dents ; il y a un moment où les embryons d’Oiseaux ont les doigts de devant séparés.
- M. Alphonse Milne-Edwardsdiscute certaines des assertions de M. Cari Vogt. 11 regarde l’Archœoptéryx comme plus réellement Oiseau que ne le pense le savant Genevois; il aurait un petit sternum, serait un mauvais voilier, plutôt un Oiseau percheur. Un Oiseau de l’argile de Sheppev, étudié par M. Richard Owen, avait aux mâchoires des rainures non encore dentées; on a trouvé dans la craie, en Amérique, de véritables Oiseaux à mâchoires dentées, l’Espérornis, non voilier, et l’Ichthyornis, au contraire bon voilier.
- L’Archœoptéryx fait partie d’une riche collection de fossiles de Solenhofen, dont il est la pièce capitale; le propriétaire de la collection ne le laisse entrevoir qu’avec de grandes difficultés. 11 exige de la collection 50 000 marcs, soit 38 500 francs. C’est une forte somme, il est vrai. Toutefois, s’il était question de quelque canon pouvant tuer des hommes d’un hémisphère à l’autre, ou d’une danseuse ultra-légère, ou d’un ténor suraigu, gouvernements ou riches particuliers mettraient probablement la main à la poche; ici il ne s’agit que de science!
- Fossiles des environs de Reims. — M. le docteur Lemoine continue ses recherches sur la faune éocène inférieure des environs de Reims et présente à la Réunion des moulages d’ossements des principaux fossiles qu’il a recueillis. Tels sont le genre Arclocyan, offrant des caractères d’Ours, de Porc et de Lémurien, le genre Hyeno-diclis, le genre Plesiodapis, avec deux molaires antérieures allant de la forme tricuspidée à la forme uoicus-pidée, le genre Lopltiochœrus, dont les pattes ont des
- doigls en nombre pair, les Protodichobumes, le genre Ilyracotlierium, rencontré aussi àl’état fossile au Nouveau-Mexique, dont le cerveau était d’un très petit volume et les dents fort développées, ce qui annonce des brutes peu intelligentes, les Lophiodon Remense, giga:ileum, Parisiense, Heberti, etc.
- Dans les Oiseaux, M. Lemoine montre des ossements du Gastornis Edtvardsi, oiseau de dimensions considérables, avec des vertèbres d’un type rapproché des Reptiles. 11 avait un bec de petite dimension comparative; cet Oiseau tenait des Coureurs, des Échassiers et des Palmipèdes. Il existait, une seconde espèce, encore mal déterminée. Parmi les Reptiles, M. Lemoine montre une tête de Gavial, présentant le cerveau bien conservé, avec la plupart des nerfs crâniens, des restes d’un Crocodile à dents horizontales, qui devait avoir 20 à 25 mètres de long, un autre type intermédiaire entre les genres Crocodile et Gavial, entin le type Caïman. Puis sont soumis à l’examen de l’Assemblée des ossements d’un Varanien, d’un Lacertien, une Tortue, un Serpent, qui devait avoir 4 à 5 mètres de long, représenté par quelques vertèbres, un Lépisostée (poisson ganoïde), un Poisson du genre actuel américain Hamia, une Chimère, des Sparoïdes, des Myliobates. Enfin, M. Lemoine présente une énorme dent de Squale, provenant de l’étage des fahluns.
- Oursins fossiles. — Les Oursins ou Échinides se prêtent admirablement à la fossilisation par la dureté de leur test et toutes ses bosselures, ses porcs respiratoires, les orifices d’entrée et de sortie des aliments restent parfaitement marqués. Aussi, ces fossiles donnent d’excellents caractères pour l’assimilation des assises des terrains de sédiment.
- M. Cotteau a continué, avec MM. Péron et Gauthier, ses études sur les Échinides fossiles de l’Algérie de l’étage turonien, beaucoup plus développé dans la région du sud qu’au nord ou à l’ouest de nos possessions. Il a décrit 29 espèces appartenant à ce niveau, et 24 sont spéciales à l’Algérie; 5 espèces seulement sont communes à l’Algérie et à la France, mais elles suffisent pour établir la concordance des dépôts turoniens de l’Algérie avec les nôtres. Parmi les espèces les plus intéressantes, M. Cotteau signale plusieurs Hemiaster, un magnifique Echinoconns, remarquable par sa grande taille et la disposition toute particulière de ses tubercules, un Rhabdocidaris tout à fait distinct de ceux que l’on connaissait et plusieurs Cypho-soma fort curieux.
- On ne connaissait jusqu’ici que 12 espèces d’Échinides du terrain tertiaire de la Belgique; M. Cotteau a porté ce nombre à 31, appartenant à l'éocène et au pliocène, d’après l’examen des collections du Musée de Bruxelles. Dans le système landénien sont 4 espèces, dont un Ho-laster très intéressant, parce qù’on l’avait regardé comme caractéristique du terrain crétacé, et Y Hemiaster nux, déjà rencontré à Biarritz. Le système lakénien contient 21 espèces qui lui sont propres, dont 5 identiques à celles du calcaire grossier de Paris ; il faut citer une très petite espèce du genre Caratomus, un échantillon de YEchino-lampas affinis, etc. Le pliocène a offert 8 espèces, dont une nouvelle : Echinocyamus Forbesi.
- Dans les régions du nord, le nombre des Échinides est fort restreint, d’autant plus que le miocène n’est pas représenté. Cette petite faune belge est très importante au point de vue de la concordance des zones.
- Maurice Girard.
- — Lu suite prochainement. —
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- LA NATURE.
- SCIENCES PHYSIQUES
- Dosage total de l'azote dans les matières organiques. — M. Flavard, chef des travaux cliniques à la Faculté de médecine de Lyon, présente un nouvel appareil pour le dosage total de l’azote dans les matières organiques et en particulier dans l’urine. Il rappelle d’abord les divers procédés en usage et en particulier celui de Will et Warren-trap, qui consiste à chauffer la matière avec de la chaux sodée et à absorber l’ammoniaque par une liqueur titrée d’acide sulfurique. L’urine et autres liquides sont séchés avec du plâtre avant de subir ces traitements. Le plus souvent le tube casse. M. Flavard propose de faire l’opération dans un appareil distillatoire dont le chapiteau porte un col allongé, et de faire arriver l’ammoniaque dans une dissolution d’acide sulfurique titré au saccharate de chaux.
- Son procédé a été éprouvé par un essai d’urée pure : il a trouvé 45,84 au lieu de 46, résultat très satisfaisant.
- Chaleurs de combinaisons de l'ammoniaque. — M. Isambert, professeur à la Faculté de Poitiers, présente ses observations sur les combinaisons du chlorure et de l’iodure de palladium avec l’ammoniaque.
- L’iodure de palladium absorbe rapidement l’ammoniaque en donnant l’iodure de palladammonium; l’opération peut se faire dans un calorimètre, et l’on peut mesurer directement la chaleur de combinaison, qui a été trouvée de 16 à 17 calories par équivalent.
- Le chlorure de palladammonium traité par l'ammoniaque donne le chlorure de palladiammonium avec dégagement de 12 calories.
- Le chlorure de palladiammonium traité par l’acide iod-hydrique donne comme résidu insoluble l’iodure de palladammonium en dégageant 12 cal. 85.
- M. Isambert a étudié les tensions de dissociation de ces composés :
- L’iodure de palladammonium abandonne son ammoniaque à 110° sous la pression de 0m,760.
- L’iodure de palladiammonium l’abandonne à 235°.
- La seule différence entre ces composés et les combinaisons de l’ammoniaque avec le chlorure d’argent réside dans la plus ou moins grande facilité avec laquelle ils sc décomposent.
- M. Isambert a remarqué que pour ce groupe de composés, la température de décomposition totale à la pression de 0m.760, varie de 30° lorsque la chaleur de formation augmente d’une calorie.
- Applications scientifiques et industrielles des actino-mèlres. — M. Vidal, délégué de la Société de statistique de Marseille, exprime le regret qu il n’y ait aucune entente entre les astronomes et les Sociétés de météorologie pour la création d’un photomètre type destiné à mesurer régulièrement la force chimique de la lumière, comme on mesure partout et de la même manière la température, la pression barométrique, l’humidité, etc.
- Parmi les appareils destinés à mesurer la force chimique de la lumière, il en est peu qui soient d’un emploi facile et d’une exactitude suffisante. Laissant de côté comme trop délicats les photomètres électro-chimiques (Becquerel) et ceux qui sont basés sur certaines réactions produites sous l’influence de la lumière, l’auteur passe en revue quelques-uns de ces actinomèlres basés sur certaines réductions. Il distingue celui de M. Marchand, à l’oxalate de fer, avec lequel ce savant a fait de nombreuses observations du plus grand intérêt. Cet appa-
- reil ne peut malheureusement pas être adopté comme photomètre type à cause des soins qu’exige son emploi.
- M. Vidal préfère comme plus simple et mieux à la portée du plus grand nombre un appareil fondé sur la transformation et le changement de couleur des sels d’argent sous l’influence de la lumière. On peut aisément construire des appareils de ce genre très sensibles; le tout est de s’entendre sur une graduation uniforme et sur la préparation toujours la même d’un papier sensible. Ces éléments pourraient être fixés par une commission d’aslro-nomes et de savants. On pourrait adopter le papier imprégné d’azotate d’argent et d’acide citrique et préparer un étalon au moyen d’encre de Chine étendue de 1 à 20 fois sur une bande de papier divisée en 20 parties. Une feuille de papier impressionnable se déroulerait devant une ouverture avec déclanchement toutes les minutes ou toutes les cinq minutes; la comparaison des teintes obtenues avec celles de l’étalon donnerait le“degré actino-métnque à chaque instant.
- Si l’on se sert d’iodure d’argent, il faudra préparer l'étalon avec du papier jauni d’avance comme il le serait par l’iodure.
- Le degré aclinométrique ainsi entendu joue un assez grand rôle dans les phénomènes de la vie, de la végétation , pour qu’on attribue de l’importance à cette donnée.
- M. Vidal croit bien que son appareil soulèvera certaines objections, mais il s’est surtout proposé d’offrir une base à la discussion, qu’il appelle de tous ses vœux ; il donne, en attendant mieux, un système de dosage de l'intensité actinique, facile à employer et donnant une approximation suffisante.
- Marche des cyclones et explication du mistral. — M. fJamard, vice-président de la Commission météorologique de Vaucluse, après avoir remercié M. le ministre du concours qu’il a bien voulu prêter à la Société qu’il représente, rend compte de l’organisation du service des avertissements agricoles dans le Vaucluse. Déjà les prédictions météorologiques sont consultées avec intérêt et sont rarement détrompées par l’expérience.
- L’organisation régulière de ce service à Avignon a permis d’y faire l’étude de la marche et de l’influence des cyclones en 1878. Des caries d’Europe ont été dressées, sur lesquelles on a tracé le chemin suivi par le centre de chaque cyclone. Les dates de l'arrivée et de la disparition des cyclones sont marquées aux extrémités de leurs trajectoires, et l’on a noté chaque jour la position du centre, la direction du vent et, au besoin, la pluie ou le mistral.
- En général les cyclones sont venus par l’Atlantique après avoir traversé l’Amérique du Nord, ont abordé l'Europe entre le nord de la France et l'Irlande, se dirigeant ensuite vers le Nord-Est; quelques-uns se sont infléchis vers le Sud-Est, ont traversé la Méditerranée, puis se sont dirigés vers l’Est ; un petit nombre même sont venus par l’Espagne ou l’Afrique, ou bien se sont formés dans la Méditerranée et se sont dirigés ensuite vers le Nord-Est ou le Sud-Est.
- On sait qu’autour de chaque centre de dépression il se produit un mouvement giratoire de l’air dirigé, lorsqu’on se tourne vers lui, en sens inverse de la marche des aiguilles d’une montre. Ce mouvement, s’étendant au loin, détermine la direction du vent; par conséquent, si rien ne venait le contrarier, il suffirait de connaître la position de ce centre pour en déduire la direction du vent en un point quelconque de la zone influencée. Mais ce n’est
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- point le cas pour Avignon, à cause de la configuration spéciale des lieux qui l’entourent.
- On voit en effet sur la carte que les positions du centre comprises dans l’angle ABC ont déterminé à Avignon les vents du Sud ou du Sud-Est et que pour toutes les autres positions le vent a été Nord ou Nord-Ouest. On n’a constaté que très exceptionnellement des vents d’Est, de Nord-Est, d’Ouest et de Sud-Ouest ; et en effet, s’ils se produisent, ils sont brisés par les Alpes. Les vents du Sud-Ouest sont infléchis vers le Sud-Est, ceux d’Ouosl vers le Nord ; ceux d’Est ou de Nord-Est, qui ne peuvent se produire que lorsque le centre de dépression est placé
- à l’est des Alpes, sont transformés en vents violents du Nord.
- On pourra donc, connaissant la position du centre des cyclones, prévoir la direction des vents futurs. Si cette position se trouve dans l’angle ABC, on en conclura l’arrivée des vents chauds du Sud-Est, apportant la vapeur d’eau de la Méditerranée et par conséquent la pluie lorsqu’ils rencontreront les cimes froides des Alpes ou des Cévennes. Dans le cas contraire, on aura des vents froids du Nord ou du Nord Ouest, débarrassés de leur humidité par leur passage sur le plateau central ou les Alpes, et il y aura probabilité de beau temps. On peut voir sur la
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- Madrid
- Grave’par E.JforietL/,
- Carte de la marche et de l’influence des cyclones. — 1" juin au 30 novembre 1878.
- carte ci-jointe que c’est effectivement ce qui arrive, à moins qu'il n’y ait à la fois plusieurs centres de dépression dont les influences se contrarient.
- Cette étude donne aussi l’explication d’un phénomène remarquable très anciennement connu mais dont on ignorait la cause. Le mistral, ce vent impétueux du Nord-Nord-Ouest, se produit toutes les fois qu’un centre de dépression descendu à travers le continent, arrivé par l’Espagne ou l’Afrique, ou bien formé sur place, se trouve au sud et à l’est du méridien d’Avignon, ou mieux toutes les fois que le mouvement giratoire de l’air ne peut se transmettre à la Provence qu’en rencontrant les Alpes. Par suite de l’enlèvement de l’air qui se trouve sur le versant occidental des Alpes, il se produit alors une raréfaction entre le Ventoux et la Méditerranée. Le cyclone envoie sur le versant oriental un courant qui franchit l’obstacle, se refroidit et se précipite sur les pentes occidentales vers la Provence avec d’autant plus d’impétuosité
- que la différence de densité est plus grande. Il suit alors la chaîne du Nord-Ouest au Sud-Est jusqu’à la Méditerranée, revient et décrit de nouveau son circuit, tant que le mouvement de dépression reste dans la même région.
- Le mistral persiste pendant plusieurs jours ; il est plus ou moins violent suivant la position du centre de dépression. Dès que celui-ci se forme sur le golfe de Gênes, on voit le mistral s’établir en Provence. Il arrive quelquefois que le centre de dépression apparaissant par l’ouest de la Méditerranée, détermine dans le midi de la France des vents du Sud et du Sud-Est; des pluies se produisent alors en Provence et dans le centre de la France; puis, le centre du cyclone ayant dépassé le méridien d’Avignon, le mistral succède instantanément aux vents chauds du Sud et à la pluie.
- Il n’est pas possible d’attribuer la formation du mistral à réchauffement de l’air dans la plaine de la Crau, car le
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- phénomène se produit pendant les saisons froides et persiste de nuit comme de jour.
- Il se produit encore eu Provence des vents violents du Nord-Ouest, moins froids que le mistral, qui ne sont pas accompagnés d’un centre de dépression dans le sud-est de l’Europe. Ls sont dus à l’existence d’un anticyclone dans | le nord-ouest de la France, avec des pressions basses j dans le fond de la Mediterranée, d’où résulte un mouve- 1 ment général à travers la France, resserré comme dans i un goulot étroit et s’épanouissant ensuite sur la Méditer- j ranée. Dans ce cas, la production du phénomène est moins brusque, le refroidissement moins sensible.
- Ces observations montrent quelle est l’importance de la création de nouveaux observatoires, qui, reliés entre eux ainsi qu’avec le bureau central et le Signal Oflîce, permettront d’assurer la prévision du temps, renseignement précieux y l’agriculture. A. Leduc.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- L’orage du 5 mal 1880 à Fribourg et à Genève. — Mercredi 5 mai un orage d’une intensité peu commune s’est produit dans la Gruyère au milieu des montagnes, qui se sont trouvées rapidement couvertes de grêlons. De là la tempête est descendue sur Fribourg. La foudre est tombée sur le temple protestant de celte ville, sur la scierie de Pérolles et sur un ouvrier qui traversait la rue de Romonl. Celui-ci a senti une forte secousse à la main droite, qui a été un moment pai’alvsée, puis il s'est remis et est aujourd’hui parfaitement dispos. Mais c’est surtout sur le plateau de Pérolles que l’orage atteignit une violence inouïe. Tout le plateau de Péiolles était en quelque sorte incandescent. Dans les ateliers de la fonderie, le fer entassé dans les magasins dégageait continuellement des étincelles électriques plus ou moins fortes, avec un bruit comparable à celui d’une capsule qui éclate.
- Près de Thoune, la foudre est tombée sur un cultivateur et sa femme, qui travaillaient en plein champ avec leurs deux enfants. L’homme et la femme ont été tués sur le coup; les enfants ont été épargnés.
- Voici d’autre part ce que dit le Journal de Genève au sujet d’un effet particulier de cet orage, qui s’est étendu dans plusieurs communes :
- Le coup de foudre de mercredi soir s’est fait vivement sentir aux horloges électriques, au nombre de huit, dont les conducteurs se trouvaient dans sa sphère d’action, celles de l’Observatoire, du Bourg-de-Four, de la place Neuve. Toutes ces horloges, y compris celle du Conseil administratif et les quatre qui marquent l’heure dans l’intérieur du théâtre,ont été arrêtées net à 4 h. 54, marquant ainsi l’instant précis, minute et seconde, où un peuplier des Tranchées a été foudroyé. En effet dans chacun de ces appareils, le fil très mince du conducteur a été fondu, et a par cela même interrompu le courant, circonstance qui, pour le dire en passant, est de nature à rassurer complètement sur les prétendus dangers que ce genre d'horloges pourrait faire courir à leur dépositaires en temps d’orage. Tout courant électrique intense qui est lancé sur un fil aussi mince, le rompt et se ferme ainsi le passage. A l’horloge de l’Observatoire, la décharge a été si violente que le matelas de papier qui sépare le conducteur métallique de l’horloge de celui du parafoudre situé au-dessous, a été percé de part en part d’un trou de grande taille ; en même temps, la surface du papier s’est tromée recouverte d’une couche de limaille de laiton arrachée aux
- deux conducteurs. Des emmêlements de fds, provoqués par la décharge électrique, ont amené à leur suite des sonneries déréglées dans quelques appareils.
- Suppression du macadam. — M. C. A. Opper-mnnn, ingénieur des ponts et chaussées, propose de remplacer le macadam, dont on connaît tous les inconvénients, par un système de dallage très avantageux et très économique. Il s’agit simplement dit M. Vignes dans la France, de composer les chaussées: 1° d’une première couche de 15 à 20 centimètres de gros béton ordinaire à mortier de chaux hydraulique ; 2° par dessus, d’une seconde couche de béton plus menu cimenté au lait de chaux, où l’on introduirait une partie de ciment de Portland ou de Boulogne et une partie de mâchefer. Ce mâchefer, composé de scories à demi vitreuses qui s’agglomèrent dans les foyers et forment le résidu combustible des diverses espèces de houille ou de charbons de terre, est le même qu’on emploie à chauffer les étuves à cuire la chaux ou les briques et dont on fait usage, également pour garantir les rez-de-chaussée de l’humidité en en mettant une couche de 50 à 40 centimètres sous le plancher. Les pierres qui entreraient dans la confection de celte espèce particulière de béton, destiné à succéder au macadam, seraient choisies parmi les plus dures et les plus siliceuses. Toute espèce de pierre de nature si peu argileuse que ce soit serait absolument exclue. Gela constituerait une sorte de dallage extrêmement résistant, mdé-layable en boue en temps de pluie, et néanmoins assez rugueux, par suite de la présence du mâchefer et de la pierraille, pour ne pas faire glisser les chevaux.
- Intelligence des animaux. — M. Schulzenberger , ancien professeur à Strasbourg, a récemment fait connaître 1 anecdote suivante, que rapporte la Revue d’Anthropologie :
- Possesseur d'un jardin où se trouvait un potager, un propriétaire avait remarqué qu’un panier, contenant une récolte de carottes nouvelles se vidait à vue d’œil. 11 interrogea le jardinier. Celui-ci répondit qu’il n’y comprenait rien, mais qu’il y avait un moyen bien simple de surprendre le voleur, quel qu’il fût : c’était de s’embusquer derrière une haie qu’il indiqua. Ce qui fut dit fut fait ; un petit quart d’heure ne s’était pas écoulé que le propriétaire et le jardinier ne purent retenir un cri de stupéfaction. Ils venaient de voir le chien de la maison aller droit au panier, prendre une carotte dons sa gueule et se diriger vérs l’écurie. Les chiens ne mangent pas de carottes crues. J1 n’y avait qu’à suivre le larron. Nos observateurs purent constater alors que le chien avait affaire à un grand diable de cheval, son compagnon de nuit: la queue frétillante, il lui tendait le fruit de son larcin, que l’autre, naturellement, ne se faisait pas prier pour accepter. Exaspéré, le jardinier voulut prendre une trique et faire justice de cet acte de trop complaisante camaraderie. Mais son maître l’arrêta. Les carottes y passèrent de la première à la dernière ; la scène se renouvela jusqu’à l’extinction complète de la provision de légumes. Le chien avait fait, depuis longtemps, son favori de ce cheval ; il y en avait deux dans l’écurie, l’autre n’a jamais obtenu un regard, encore moins une carotte.
- Sur le saucisson des Arabes. — Le saucisson arabe vendu en Algérie sur les marchés indigènes sous le nom de El halaoua présente, à s y méprendre, l’aspect extérieur de notre saucisson ordinaire Lorsqu’on le coupe en rondelles, on aperçoit au centre des fragments d’amandes douces non mondées reliés entre eux par une
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- petite ficelle et, du centre à la circonférence, une pâte compacte et sensiblement homogène d'un brun plus ou moins foncé : c’est à peine si l’on remarque, en la comprimant, qu’elle est formée de plusieurs zones concentriques. Celte pâte est très sucrée, fondante à la bouche. Lorsqu’on la met en contact prolongé avec une suffisante quantité d’eau, elle s'y dissout en grande partie en laissant au fond du vase un dépôt blanchâtre qu’on peut isoler par lévigation. J’ai constaté qu’elle renfermait en moyenne 64 p. 100 de sucre réducteur, 16 p. 100 d’eau et 20 p. 100 de matière amylacée.
- Voici quelques renseignements sur la fabrication de ce saucisson, tel qu’on le prépare de tout temps à Médéali. Lorsque le raisin est arrivé à maturité, on en exprime le suc, que l’on verse dans une bassine avec une pelletée de sable siliceux. On porte lentement à l’ébullition. Sous l’influence de l’albumine végétale et du sable projeté en tous sens au sein de la masse liquide, la clarification ne tarde pas à s’opérer. On enlève les écumes au fur et à mesure de leur formation ; on laisse refroidir et on décante pour isoler le sable. Le liquide décanté est de nouveau chauffé. On pousse l’évaporation jusqu’à consistance très sirupeuse et, à ce moment, on ajoute peu à peu de la semoule semblable à celle que l’on emploie pour obtenir le traditionnel kouskous On facilite le mélange par l’agitation continue à l’aide d’un bâton, puis, lorsque la masse est suffisamment compacte, on y plonge de petits chapelets d’amandes préparés et vendus pour cet usage par les marchands mozabites. On les retire, on les fait sécher un instant à l’air, pour en recommencer de nouveau l’immersion jusqu’à ce que le saucisson ait atteint la grosseur voulue. On le dessèche alors et on le conserve pour la vente sur place ou l’exportation dans les centres du Sud où la vigne n’est point cultivée. La plus grsnde consommation de ce produit se fait pendant les fêtes musulmanes, que tout Arabe célèbre religieusement au commencement de chaque année i.
- Balland, pharmacien-major.
- Exposition anthropologique à Berlin. .— À
- Berlin doit avoir lieu au mois d'août de celte année une exposition universelle d'anthropologie préhistorique allemande. Cette exposition se tiendra à l'occasion de la réunion de la Société allemande pour l’anthropologie, l’ethnologie et l’histoire primitive. Tous les États d’Allemagne ont été invités à prendre part à cette exposition, qui contiendra des objets tirés de tous les musées de l’Allemagne. Un comité s’est constitué pour l’organisation de cette entreprise, sous la présidence du professeur Wirchow.
- Les montons au Japon. — C’est à un Américain qu’est due l’introduction de la race ovine au Japon, introduction qui ne date que de quelques années. Cet éleveur possède aujourd'hui, sur ses fermes, un stock de 4000 moutons appartenant généralement à la race mongole. U y a quelques mois, l’anniversaire de la naissance de son millième mouton à été célébré par lui, sur ses propriétés, dans une fête à laquelle assistaient beaucoup de notabilités. On trouve encore au Japon quantité d’espaces incultes, en sorte que l'élevage des moutons y peut être rémunérateur ; mais on ajoute que, vu la nature du climat japonais, qui diffère totalement de celui des contrées où le mouton est indigène, l’acclimatation de ces animaux sur le sol japonais présente nombre de ditfi-cultés.
- 1 Journal de Pharmacie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 mai 1880. — Présidence de M. Becqüerel.
- M. Peters. — On apprendra avec un vif regret la perte que les sciences astronomiques viennent de faire dans la personne de M. Peters, correspondant de l’Académie. M. Bertrand se promet de rédiger une brève notice sur les faits principaux de la carrière scientifique de ce savant, des plus illustres et des plus laborieux.
- Candidature. — La place laissée vacante par le décès de M. Morin dans la section de mécanique continue à susciter beaucoup d’ambitions. A la suite de bien d’autres, nous avons à enregistrer aujourd’hui la candidature de M. Boussinesq.
- Effets chimiques de l'engraissement. — Tout le monde admet depuis bien longtemps que la graisse des animaux gras est plus fluide que la graisse des animaux maigres. M. Müntz tire la confirmation complète de ce préjugé d’une série d’analyses résumées par M. Dumas. La graisse des bœufs maigres de la race charollaise renfermerait jusqu’à 80 p. 100 d’acides concrets, tandis qu’il ne s’en trouverait plus que de 20 à 30 p. 100 dans la graisse des mêmes bestiaux primés au concours d’animaux gras.
- L'acide carbonique de l'air. — D’après M. Reiset, la vapeur d’eau vésiculaire qui se forme dans l’air ramasse l’acide carbonique dans un espace plus grand que celui qu’elle occupe. Il en résulte que la formation du brouillai d en un point donné est suivie d’une légère augmentation de la quantité d’acide carbonique atmosphérique au même point.
- Propriétés physiologiques des alcalins. — Des recherches consignées dans un long mémoire amènent M. Marlin-Damourette à conclure que les alcalins administrés à dose modérée activent la circulation de l’homme en bonne santé. Ils élèvent le nombre des globules et ils augmentent la quantité d’urée et d’acide urique éliminés. Ce dernier point, déjà admis par les thérapeutistes, prend ici un caractère de sûreté très complète et justifie l’emploi qu’on fait des alcalins, de l’eau de Vichy, par exemple, dans le traitement des affections graveleuses.
- Distribution du froid. — On se rappelle que M. Al-luard a récemment signalé la différence de température offerte par les deux stations de Clermont-Ferrand et du sommet du Puy-de-Dôme; cette dernière étant, contre toute attente, beaucoup moins froide que l’autre. Il paraît, d’après M. André, que les mêmes faits se sont reproduits à Lyon avec la même netteté, bien que les stations comparées aient été d’altitudes beaucoup moins différentes que les précédentes. L’Observatoire de Lyon, qui est à 175 mètres, a subi un froid beaucoup plus intense que le fort du Mont-Verdu, dont la hauteur est de 625 mètres ; bien plus, le phénomène a été très sensible aussi entre l’Observatoire et un point du faubourg Saint-Irénée qui est seulement de 70 mètres plus élevé.
- Astronomie. — M. Mouchez transmet, de la part de M. Airy, les observations méridiennes de petites planètes faites à l’Observatoire de Greenwich.
- M. Rayet adresse des observations de la comète B de 1880, faites à Bordeaux à l’aide d’un équatorial confié par l’Académie.
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- LA NATURE.
- Après moins d’une demi-heure de séance, l’Académie se constitue en Comité secret.
- Stanislas Meunier.
- BAINS JAPONAIS
- Dans le numéro du 27 mars 1880, la Nature annonçait la présentation à la Société de Botanique de l’ouvrage de M. E. Dupont sur les essences forestières du Japon. L’auteur, qui est un ingénieur fort distingué des constructions navales, attaché actuellement à l’arsenal de Toulon, a passé cinq années dans celui d’Iokoska, au Japon. Il a rapporté à son retour un ouvrage complet et bien étudié, dans lequel il a réuni de nombreux renseignements techniques à côté de curieuses observations sur les mœurs japonaises ; nous avons cru intéressant d’en extraire quelques détails relatifs aux ablutions habituelles des Japonais et au type particulier de baignoires qu’ils emploient.
- On sait que les Japonais, comme tous les peuples orientaux, sont très soucieux de la propreté du corps ; tous les habitants du pays prennent chacun au moins un bain brûlant par jour. La gravure ci-contre représente la disposition curieuse de baignoires dont ils font usage, telles qu’on les rencontre dans chaque habitation. Cette baignoire est constituée par une petite cuve en bois présentant la forme d’un cône à section elliptique dont les axes ont seulement 80 et 60 centimètres; la profondeur ne dépasse pas 70 centimètres. On voit par suite qu’il est impossible de s’étendre dans une pareille cuve, et le baigneur est obligé de prendre une position accroupie, comme il est indiqué. L’eau contenue est échauffée au moyen de charbons incandescents placés dans un chaudron en fonte, rapporté dans une ouverture ménagée à cet effet au bas de la baignoire. L’eau entre en agitation aussitôt que le foyer est allumé ; comme il y en a très peu dans la baignoire, elle est brûlante au bout d’une demi-heure environ ; et d’ailleurs la température se maintient facilement dans un vase en bois.
- Dans les villes, les établissements de bains emploient de grandes cuves carrées, formées de douves en bois assemblées comme celles des tonneaux, et on assure l’étanchéité des joints en les recouvrant soigneusement des deux côtés et en les calfeutrant avec l’écorce d’un arbre résineux appelé segni (Cryptomeria japonica). Chaque établissement ne possède généralement qu’une seule baignoire, quelle que soit l’importance de sa clientèle, et plusieurs personnes se baignent à la fois dans cette cuve.
- Les Japonais sont très habiles dans les différents travaux de tonnellerie; ils arrivent à fabriquer de grandes pièces pouvant tenir jusqu’à 1U0 hectolitres, et en n’employant pas cependant de fer poul-
- ies cercler. Les douves des tonneaux sont assemblées par juxtaposition, comme nous le faisons en Europe, mais de plus, elles sont retenues par un prisonnier en bambou formé d’un simple éclat de bois allongé comme un clou, et dont une extrémité est enfoncée sur le côté de l’une de douves, tandis que l’autre doit pénétrer dans la douve opposée. Cette cheville est droite et plantée normalement à la douve, elle s’oppose seulement au glissement longitudinal et ne s’appliquerait pas sur la surface conique du tonneau ; la douve est repliée et amenée à sa position définitive quand on pose les cercles ; le prisonnier en bambou, qui est très flexible, se plie alors facilement sans se briser.
- Les cercles sont formés par des cordages obtenus en tressant des lanières de bambou; on les fixe après avoir adapté des cercles provisoires pour maintenir les douves, en les poussant avec un mar-
- Une baignoire japonaise.
- teau en bois jusqu’à la position qu’ils doivent occuper, et on enlève alors les cercles provisoires, devenus inutiles.
- Les bois de tonnellerie employés au Japon sont presque tous des essences résineuses, appartenant au genre des hinoki; ils comprennent le hinoki proprement dit, le plus estimé de tous (Retinospora obtusa) et le sawara (Retinospora pisifera), le segni dont l’écorce est employée pour calfeutrer les douves, et le kaya (Torreya nucifera). Ces bois jouent peu et maintiennent bien les liquides; ils sont préférés pour cet usage aux bois feuillus, dont le plus célèbre est le kéaki (Planera japonica), qui est à la fois l’orme et le chêne du Japon.
- La baignoire dont nous avons parlé plus haut dure, d’après M. Dupont, trente ans quand elle est en kaya et dix ans si elle est en hinoki.
- Le Propriétaire-Gérant, : G. Tissandier.
- 16 826. — Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N' 365
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- LA NATURE.
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- LA LUMIÈRE ZODIACALE
- Le P. Marc Dechevrens, directeur de l’observatoire de Zi-Ka-Wei, en Chine, après une série d’observations qui s’étend de 1875 à 1879, vient
- de publier sur la lumière zodiacale un remarquable mémoire qui constitue un important service rendu à la science. Le phénomène qu’il décrit est resté si peu connu qu’aujourd’hui encore on trouve des savants qui en font une enveloppe de notre planète, tandis que d’autres le regardent comme une vaste
- Solstice d'hiver.
- Équinoxe de printemps.
- Solstice d'été.
- La nébulosité zodiacale.
- extension de l’atmosphère solaire. Des conclusions plus nettes ressortent des nouveaux faits acquis, dont nous donnerons l’analyse, en nous reportant pour la description générale à l’intéressant article deM. A. Guillemin publié par la Nature en 1875.
- Nous ferons remarquer d’abord que l’observatoire 8* année. — l»r semestre.
- de Zi-Ka-Wei, dans lequel les recherches ont été faites, se trouve dans une position remarquable pour l’étude du ciel. Il s’élève au milieu d’une immense plaine, à 40 kilomètres environ de la mer ; aucune inégalité de terrain ne limite son horizon, et l’air y est d’une grande pureté.
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- LA NATURE.
- Un premier tableau du mémoire renferme pour quatre années, et plusieurs fois dans chaque mois, la mesure des élongations de la pointe du fuseau oriental de la lumière zodiacale vue le matin avant l’aurore, et des élongations du fuseau occidental vu après le crépuscule du soir. Cent dix-huit dessins ont été faits avec grand soin; parmi le nombre beaucoup plus grand de descriptions détaillées qui indiquent les variations du phénomène, nous choisissons quelques-unes des plus caractéristiques :
- « Pendant le mois de décembre 1875, la branche orientale a pris un développement rapide et inattendu; son éclat est vraiment extraordinaire; onia voit s’élancer au loin sans discontinuer, et conservant sur une longueur de près de 40° une largeur à peu près uniforme jusqu’à la constellation du Bélier. L’observation du 24 au soir et du 25 au matin est la plus intéressante de la série; le phénomène cette nuit-là couvrit à peu près les trois quarts de J’écliplique (265°). L’axe passait un peu au-dessus de ce plan, mais le Soleil n’occupait pas le milieu de la bande. Le 24 au soir, en fixant attentivement les yeux sur la portion inférieure, elle me parut faire l’effet d’un manteau nébuleux assez mal défini sur scs bords extérieurs, enveloppant une longue bande lumineuse centrale. L’éclat des deux fuseaux paraissait à peu près identique, surtout à la base, et égal à près de deux fois celui de la Voie lactée dans ses parties les plus brillantes.
- « Le 18 novembre 1876, à six heures du matin, les parties inférieures très brillantes semblent un manteau d où s’échappe un mince fuseau allant 50° plus loin jusque vers Régulus. Les parties brillantes vers l'horizon tranchent bien avec la Voie lactée.
- « Décembre 1877, le 4 au matin. — La lumière de l’orient ne s’avance qu’un peu au delà de Régulus sans atteindre à la Voie lactée. Le | hénomène ne couvre donc pas l'écliptique en entier; il y a une lacune de 60 degrés environ.
- « Le 22 au soir, malgré la présence de Vénus et la clarté projetée par la Lune près de se lever, la Lumière est visible jusqu’aux Pléiades.
- « Le mois de. juillet est l’époque du minimum du phénomène. Eu juillet 1879, l’apparition de la Lumière a été assez souvent constalée pour qu’on puisse considérer le phénomène comme visible toute l’année à Zi-Ka-Wei. »
- D’après le résumé des observations, on voit que quand les deux branches ont la môme longueur, de 80 à 90°, la lumière zodiacale affecte la môme forme des deux côtés de l’horizon, celle d’un 1er de lance ou d’une demi-lenUlie un peu aplatie, mais quand 1 élongation va au delà de 100°, c’est plutôt la forme d’une longue bande de lumière de largeur constante, et cette bande est parfois enveloppée à la base par une sorte de manteau plus lumineux.
- La lueur a toujours paru à l’observateur très
- calme et sans vibration. Sa teinte était toujours le blanc pur, telle que nous apparaît la Voie lactée.
- Cette lueur participait au mouvement diurne apparent de toutes les étoiles, et ce fait, parfaitement constaté par les observateurs de Z-Ka-Wei, sape par la base les systèmes qui assigneraient l'atmosphère terrestre comme siège de la lumière zodiacale.
- Il est à remarquer que les deux branches de la Lumière ne font pas leur apparition sur l’horizon à la même époque et ne disparaissent pas non plus ensemble, mais que le maximum d’élongation a lieu au même moment. Les observations, sur l’étendue la plus grande des élongations auxquelles la Lumière peut arriver, sont d’autant plus intéressantes quelles concordent avec les observations faites par le savant voyageur Eylcrt dans d’autres parties du monde (Cap de Bonne-Espérance et Atlantique sud). On peut conclure de leur ensemble que l’amplitude totale peut être portée à 295 degrés.
- Le P. Dechevrens rattache ses vues théoriques à celles bien connues de Laplace, qui suppose la matière zodiacale composée des parties les plus subtiles de la nébuleuse primitive, dont les condensations successives ont donné naissance au Soleil et aux planètes de notre système ; ces molécules circuleraient au delà de l’atmosphère proprement dite avec des vitesses inconnues ne se rapportant probablement pas à la vitesse dont celte atmosphère est animée. En cherchant à déduire la forme de la nébulosité des observations recueillies, on la trouve irrégulière et pouvant être représentée par la figure ci-contre. Son grand axe ou plutôt sa ligne de plus grande dimension traverse l’écliptique en deux points dont la longitude est de 220 et 100 degrés, et cet axe est rencontré | ar la Terre dans son évolution autour du Soleil en avril et en décembre ou janvier. Le Soleil ne se trouve pas au centre de figure de la nébulosité, qui dépasse l’orbite terrestre de quantités très appréciables, formant un espace sous-tendu par un arc de 50° au solstice d’été et un espace presque triple au solstice d’hiver. Tantôt notre planète côtoierait la nébulosité et tantôt elle marcherait pleinement dans son intérieur. Relativement à sa densité, on est conduit à admettre que les particules ne sont pas uniformément distribuées dans la masse; elles paraissent plus serrées surtout dans la région voisine du Soleil, située à la base du fuseau et qu’on a désignée sous le nom de manteau.
- La circulation de la matière qui compose la nébulosité doit lui imprimer une forme lenticulaire. Il est évident qu’elle emprunte au Soleil une partie de la lumière dont elle brille; les variations d’intensité qu’on observe peuvent s’expliquer en admettant l’opacité des molécules constituantes, et par suite l’existence de phases analogues aux phases lunaires. Pour les observations faites avec le polariscope, il y a accord entre le P. Dechevrens et l’astronome américain Wright, qui a reconnu que le plan de
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- polarisation pas'œ par lo Soleil et que la quantité de lumière polarise atteint de lb à 20 p. 100 de la lumière lotale. Cette lumière est de la lumière solaire rétléeliie par les moléeules, comme le montrent également les observations spectroscopiques.
- Au sujet des passages de la Terre à travers la nébulosité, il y a lieu de se demander si les obscurcissements temporaires observes quelquefois en plein jour ne proviendraient pas de sa rencontre avec certaines parties plus denses et plus opaques. Les poussières météoriques signalées par le professeur Nordenskiold dans les régions polaires et par d’autres savants dans diverses conlrées du globe, pourraient aussi provenir de ces passages.
- Il reste de 1 incertitude sur la posilion du plan de la nébulosité zodiacale par rapport à celui de l’écliptique. Dans les observations de Zi-Ka-Wei, on trouve un faible écart de l’axe de la lueur, mais dans deux sens opposés. D’après celles qui ont été faites par M. Ilciss à Munster, l’axe serait situé du côté boréal, mais l’angle d’écart serait petit aussi, tandis que des,observations fûtes par un autre savant dans le sud de 1 Atlantique montrent l’extrémité du fuseau zodiacal à une latitude de 21 degrés. Faut il supposer des changements aussi considérables? C’est ce qu’il importe de vérifier par des recherches nouvelles, et, à ce sujet, le P. Peche-vrens exprime le vœu que la détermination des variations de forme et d’étendue de la lumière zodiacale soit faite le plus souvent possible dans les observatoires météorologiques comme elle l’est dans celui de Zi-Ka-Wei. « C'est un phénomène, dit-il, bien plus fréquemment visible qu’on ne le croit. Il importe de ne pas se contenter d’observer immédiatement après le crépuscule ou très peu avant l’aurore. Sans doute à ces instants, la lumière zodiacale ne saurait échapper à un observateur un peu attentif; mais on aurait à craindre de se tromper sur l’élongation de la pointe, car les parties supérieures de la Lumière sont effacées par l’éclat des parties inférieures. Il faut donc observer une seconde fois quand le soleil, en s’abaissant sous l’horizon, aura entraîné à sa suite et fait disparaître les portions les plus lumineuses de la nébulosité; alors si l’œil n’est pas fatigué, si on a pris soin surtout de le préparer à l’observation par un quart d’heure de repos en présence de la voûte étoilée du firmament, je crois bien difficile qu’on ne parvienne à discerner à travers les constellaiions, dont les pr incipaux détails doivent être connus, cette douce lumière sous forme soit de cône, soit de fer de lance, soit de bande étroite s’avançant plus ou moins loin au-dessus de l’horizon, selon l’époque de l’année et l’heure de l’observation. »
- Le grand nombre de problèmes que présente encore la nébulosité zodiacale doit encourager les recherches. Il faudrait pouvoir mieux déterminer la nature des particules qui la composent. Les observations faites à l’aide du spectroscope n’ont
- pas été trouvées concordantes, par suite peut-être d’idées préconçues. Dans les unes on prétend avoir aperçu les raies appartenant à l’aurore boréale, dans les autres ce seraient celles de la couronne solaire ; il y en a qui ont simplement donné les raies du spectre solaire ordinaire.
- Des relations pourraient bien exister entre la nébulosité et certaines pluies d’étoiles filantes qui paraissent plus fréquentes aux époques où elle est plus voisine de l’écliptique. La supposition qu’au moment où la Terre y est plongée des chutes de poussières météoriques et des obscurcissements cosmiques ont lieu, est très admissible, et des investigations dans ce sens peuvent conduire à d’intéressantes découvertes. 11 y a lieu de rappeler l’importante remarque faite, en 1843, par le P. Secchi, sur l’apparence lumineuse extraordinairement vive que prit la nébulosité au moment où la comète de cette année lut assez vobine du périhélie pour traverœr l’atmosphère solaire. L’accroissement de la lumière aurait été dû, selon l’illustre astronome, à l’agitation que la comète détermina dans cette atmosphère.
- « D’où provient, dit le P. Dechevrens, la stabilité de la nébulosité zodiacale dans notre système, eu présence de tant de corps dont les masses devraient en apparence troubler sans cesse et modifier sa forme, la position de ses diverses parties, les soustraire à l’attraction du Soleil et s’en faire à eux-mêmes des atmosphères ou des nébulosités propres dont la stabilité ne devrait pas être durable?»
- N’y a-t-il pas lieu, d’un autre côté, de chercher à vérifier l’hypothèse de Tyndall relative à la lumière zodiacale, considérée comme un courant incommensurable de matière pondérable coulant en quelque sorte vers le Soleil, en augmentant de densité à mesure qu’il s’en approche, et qui serait formé d’éléments météoriques destinés à donner un incessant aliment à la dévorante activité de l’astre central?
- F. Zurcher.
- L’ACOUSTIQUE EN PROJECTION
- Les expériences d’acoustique peuvent en général se ramener à des expériences de mécanique. L’observation de l’oreille est remplacée par celle des yeux, et dès lors, d’une part, les phénomènes deviennent plus évidents pour l’esprit à l’aide de ce deuxième sens, et, d’autre part, ils sont susceptibles d’être mesurés avec une précision rigoureuse.
- Ce double problème, M. Albert Duboscq l’a résolu complètement de la manière la plus élégante et aussi h plus pratique pour toutes les expériences que comportent les diapasons.
- Il est parvenu à les reproduire toutes avec un seul instrument qui permet de donner aux diapasons toutes les positions possibles * et en le combi*
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- LA NATURE.
- nant avec l’appareil à projection horizontale de M. J. Duboscq, dont la Nature a déjà parlé il y a quelque temps1, il peut montrer à un nombreux auditoire les phénomènes les plus minutieux dans leurs moindres détails.
- Le diapason peut glisser sur une coulisse horizontale montée au moyen d'une douille sur une colonne (tig. 5, p. 406).
- Cette coulisse se fixe à une hauteur quelconque, et tourne à volonté autour d’un axe vertical et aussi autour d’un axe horizontal. En résumé, le diapason peut s’approcher ou s’éloigner de la •colonne, se placer dans un azimut quelconque et vibrer dans un plan horizontal, vertical ou incliné.
- On provoque les vibrations non pas à l’aide d’un archet, mais au moyen de l’électricité, ce qui permet de les rendre aussi constantes et aussi durables que possible. A cet effet, on
- emploie le procédé qu’a indiqué M. Mercadier. La coulisse porte un électro-aimant fixé entre les branches du diapason, et en dehors, sur le côté, un interrupteur, c’est-à-dire un petit bouton métallique mobile, que l’on peut approcher ou éloigner à volonté d’un style fixé à l’une des branches. L’un des fils de la pile est attaché à l’é-lectro-aimant, l’autre à l’interrupteur ; suivant qu’il y a ou non contact entre l’interrupteur et le style, le courant passe ou
- est interrompu. Quand le courant passe, l’éleclro-aimant attire les branches du diapason, qui se rapprochent l’une de l’autre, mais par cela même le style s’écarte du bouton, le courant est intercepté et les branches s’éloignent, alors le contact se réta-
- 1 Yoy. n° 356 du 8 novembre 1879, p. 567-
- ienee de Melde.
- Fig. 2 Expérience avec deux diapasons.
- blit, les branches se rapprochent de nouveau, et ainsi de suite, de sorte que le mouvement vibratoire s’entretient automatiquement.
- Deux supports identiques, auxquels on ajoute, suivant le cas, les différentes pièces nécessaires, permettent de répéter les expériences suivantes :
- L’une des plus simples consiste à montrer les vibrations d’une corde entraînée par un diapason.
- C’est l’expérience de Melde (fig. 1). Un fil est attaché par un bout à l’aide d’une pince spéciale à l’extrémité d’une des branches du diapason; l’aulre bout s’enroule sur un petit treuil fixé à une planchelle qui se pose sur l’appareil à projection. Le fil passe précisément au-dessus de la lentille éclairante, et son image se forme sur l’écran. Dès que le diapason est excité, on voit le fil entrer lui-même en vibration et montrer des ventres et des nœuds comme l’indique la figure 1.
- Tout le monde sait que le son émis par un diapason dépend du nombre de vibrations qu’il exécute par seconde. D’autre part, lorsque deux corps vibrent ensemble, si l’accord qui en résulte est harmonieux, en général les nombres de vibration sont entre eux dans un rapport simple. Pour le montrer, on porte sur les supports que nous venons de décrire deux diapasons donnant, par exemple, l’un ut et l’autre sol, c’est-à-dire formant l’intervalle d’une quinte. Il est bien facile de les comparer. Chacun d’eux est muni d’un style inscripteur équilibré (fig. 2); on approche le tout de l’appareil à projection ; sur la lentille éclairante de celui-ci est placée une lame de verre recouverte de noir de fumée sur laquelle on a tracé de petits traits parallèles équi-
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- distants, et pouvant glisser dans un cadre à rainure. Les styles viennent affleurer à la face noir cie de cette glace, on fait vibrer les deux diapasons électriquement, et l’on tire rapidement la lame de verre. On voit alors sur l’écran des courbes ondulées se dessiner par le tracé des styles sur le noir de fumée. En comptant ensuite pour chaque courbe le nombre d’ondulations ou de dents comprises entre deux mêmes traits parallèles , on trouve qu’ils sont ici dans le rapport très simple : 3/2.
- Dans l’expérience précédente, ou fait vibrer deux diapasons à la fois, mais sans essayer de les faire réagir l’un sur l’autre.
- On peut, au contraire , combiner leurs mouvements et chercher le son et le dessin qui en résultent. Pour cela on fixe à l’un la glace noircie et à l’autre le style inscripteur (fig 3). La glace est placée au-dessus de l’appareil à projection, et le plus près possible de la lentille condenseur de manière à ce que l’on ait un champ très étendu, le style porté par l’autre diapason vient s’appuyer très légèrement sur la glace.
- L’expérience étant ainsi disposée, on fait vibrer les deux diapasons électriquement, puis on tire sur celui qui porte le style; il se meut entraînant ainsi sa coulisse et sa colonne tout entière, qui à cet effet est disposée de façon à pouvoir glisser sur un chariot servant de pied. Alors on voit la courbe sur l’écran au moment même où elle s’inscrit sur la plaque. Si les deux diapasons sont parfaitement à l’unisson, la courbe obtenue est une ligne sinueuse dont l’amplitude est double de ce qu’elle serait si la ligne représentait le mouvement d’un diapason
- vibrant seul, car ici les vibrations sont constamment de même sens et s’ajoutent. Si, au contraire, on dispose sur les diapasons des curseurs, de façon qu’ils ne soient pas tout à fait d’accord, mais qu’ils présentent entre eux une légère différence dans leurs nombres de vibrations, le son se renforce et s’affaiblit tour à tour, en produisant ce qu’on appelle des battements.
- En même temps, l’amplitude des ondes de la ligne sinueuse offre des variations concordant aux battements , et l’on voit se former des ventres et des noeuds.
- M. A. Duboscq est parvenu même à inscrire et à projeter à la fois les figures de M. Lis-sajous avec autant de simplicité, et c’est là la partie la plus originale de son travail, car ce résultat n’avait pas encore été obtenu jusqu’ici.
- Je rappelle que M. Lissajous fait vibrer deux
- diapasons, l’un dans un plan vertical, l’autre dans un plan horizontal. Tous deux sont munis de miroirs équilibrés aux extrémités de leurs branches. L’un d’eux reçoit sur son miroir des rayons émanés d’un poiut lumineux et les renvoie sur le miroir de l’autre diapason, qui les réfléchit à son tour sur un écran. Les deux diapasons vibrant dans des plans rectangulaires, la combinaison de ces deux mouvements amène la seconde image du point lumineux à décrire sur l’écran une courbe très belle et d’une forme spéciale pour chaque intervalle l’unisson, l’octave, la quinte, la
- quarte, etc..... D’ailleurs chaque courbe varie
- lentement d’une manière continue, parce que les commencements des vibrations ne coïncident
- C2 Ci
- Fig. A. Inscription des ligures de M. Lissajous.
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- pas; il y a toujours une petite différence de phase.
- Pour inscrire ces figures en projection et en conserver la trace, M. À. Duboscq commence par munir les deux diapasons, l’un d'un style inscripteur, l’autre d’une glace noircie. Puis il répète l’expérience de M. Lissajous optiquement, telle que je viens de la décrire afin de la bien régler; les deux diapasons sont placés l’un vis-à-vis de l’autre, l’un horizontal, l’autre de champ; on a soin de les charger avec des masses convenables pour amener la figure correspondante dans telle phase que l’on veut (fig. 4).
- Cela fait, l’expérience étant parfaitement réglée, on amène les deux diapasons de manière que leurs
- Fig. 5. Diapason monté sur une coulisse.
- axes soient perpendiculaires entre eux, leurs vibrations s’exécutent alors horizontalement, mais toujours dans deux directions rectangulaires, comme l’exige l’expérience de M. Lissajous. La glace noircie doit être le plus près possible de la lentille condenseur de l’appareil à projection, et à une faible distance du style inscripteur, qui est un peu au-dessus d’elle.
- Quand ces deux diapasons sont en vibration, à l’aide de la vis calante du support, on abaisse le diapason qui porte le style de façon que celui-ci s’appuye légèrement sur la plaque noircie; on voit alors la figure se tracer d’elle-même. Aussitôt qu’elle est formée, il faut avoir soin de relever le diapason en tournant la vis calante en sens eon-traiie, sans quoi, à cause du changement de phase, on n’obtiendrait qu’un dessin confus. Ce procédé peut donc être considéré à juste titre comme le
- complément de la méthode optique de M. Lissajous, car ici ce sont les diapasons eux-mêmes, c’est-à-dire les corps producteurs du son, qui tracent les courbes formées par la composition des deux mouvements vibratoires. Le tracé n’est donc que la traduction, par un procédé extrêmement simple, de l’impression que l’oreille a perçue, et lien n’est plus facile que de lire l’intervalle entre deux notes que l’on vient d’entendre.
- Stiegi.er,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- AMPH1P0DES AVEUGLES
- DE LA MER CASPIEISKE
- M. 0. Grimm, dans un travail récemment publié *, cherche à expliquer comment il se fait que l’on trouve dans les grandes profondeurs des mers et des lacs à côté d’animaux prives d'yeux, d’autres chez lesquels ces organes sont développés d’une manière excessive. Ce fait lui semble avec raison indiquer que dans les grands fonds il n’y a pas une obscurité ab'olue, puisque l’on doit supposer que des organes visuels bien constitués ont une utilité pour les animaux qui les possèdent.
- D’après le savant russe, la lumière que reçoivent les animaux vivant dans les abîmes est extrêmement affaiblie, mais n’arrive jamais à être complètemenl nulle. Il s’est fait une adaplalion à ces conditions spéciales. Chez certains crustacés les yeux ont pris un volume très considérable; c’est le cas pour les Mysis de la Caspienne, pour le Gcimmaracanlhus caspius, pour les espèces du genre Bœckia, etc. Par contre, dicz beaucoup d’autres, les yeux ont une tendance à s’alrophier et à être suppléés par d'au-Ires organes des sens. C’est ainsi par exemple que chez les Niphargus et les Onesimus, on eonslale l’exislence d’organes sensitifs extrêmement développes qui fonclion-nent probablement comme organes du tact, du goût et de l’odorat. Le Niphargus caspius n’a que de petits yeux devant être considérés comme les restes d’organes normaux, et ne pouvant guère avoir d’utilité chez un animal vivant à une profondeur de 35 à 90 brasses; mais on trouve sur ses antennes des organes d’odorat et de tact fortement développés.
- Chez les Onesimus, qui n’ont aussi que des yeux très rudimentaires, l’on ne trouve pas sur les antennes ni sur d'autres parties du corps des organes sensitifs semblables à ceux des Niphargus, ou du moins ne sont-ils que peu développés. D’autre part, une recherche attentive fait découvrir sur la lame externe des pattes-mâchoires, des organes des sens bien constitués, quoique cachés et d’une structure différente de ceux des Niphargus.
- On peut se demander pourquoi des organes sensitifs de nature differente prennent un grand développement chez des genres voisins les uns des autres ? Voici comment M. Grimm résout cette question en s'appuyant sur ses observations personnelles.
- H a remarqué pendant ses draguages que les espèces dont les antennes sont pourvues d’organes sensitifs, se tenaient toujours dans l’eau et ne pénétraient jamais dans la vase. Les Onesimus se comportent tout autrement : ils se tiennent constamment dans la vase des profondeurs et
- 1 Archiv. fur Naturgeschichte, Berlin. Analyse faite par les Annales des sciences physiques et naturelles de Genève.
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- y cherchent leur nourriture en fouissant à la manière des taupes. Dans ce dernier cas, les antennes munies d’organes délicats ne pourraient pas fonctionner. L’appareil sensitif se trouve alors logé à l’abri, sur les lames des pat'es-màchoires.
- 51. Grirmn résume ainsi sa théorie. Dans les profondeurs où l’obscurité est très grande, sans toutefois être absolue, les organes visuels sont tantôt extrêmement développés, tantôt suppléés par d’autres organes qui prennent une grande importance. Toutefois, ces organes des sens se montrent sur différentes parties du corps, suivant les con litions extérieures et le genre de vie de l’animal, qui doivent être considérés comme donnant la pre-m ère impulsion à tout le processus du développement rétrograde d’un organe et du développement progressif d’un autre.
- LES HORLOGES PNEUMATIQUES
- LA DISTRIBUTION DE L’HEURE A DOMICILE
- Distribuer l'heure exacte et uniforme dans une grande ville est un problème d’une grande utilité et d’une extrême importance ; ce problème est résolu presque sans réserves par les horloges pneumatiques installées depuis le 15 mars dernier dans les rues principales delà capitale et chez bon nombre d’abonnés qui, pour un sou par jour, reçoivent l’heure de 1 Observatoire, à une minute près, sans avoir jamais à s’inquiéter du remontage, de l’entretien et de la remise à l’heure de leur pendule.
- La Nature a décrit dans le numéro du 10 août 1878 le système des horloges pneumatiques employées à Vienne et établies à l’Exposition universelle de 1878 dans la section autrichienne. Nous allons faire connaître aujourd'hui le système des horloges pneumatiques en usage à Paris, qui comprend, comme celui de Vienne :
- 1° Une usine centrale, dont la fonction est de produire de l’air comprimé et de l’envoyer chaque minute dans la canalisation ; 2° une canalisation avec des ramifications dans les rues et les maisons; 5° une série de cadrans avec récepteurs pneumatiques établis sur la voie publique et chez les particuliers.
- Usine centrale.— A l’usine centrale, une machine à vapeur met en mouvement deux compresseurs à piston qui ennnagasinenl de l'air compiimé à 5 atmosphères dans un vaste réservoir de 8 mètres cubes environ. Cet air comprimé, à l’aide d'un régulateur spécial, est envoyé dans un second réservoir, nommé réservoir de distribution, où sa pression est réglée à 7/10 d’atmosphère, à l’aide d’un appareil automatique facile à concevoir.
- Ce réservoir est mis en communication à chaque minute avec la canalisation générale pendant vingt secondes, à l’aide d’une pendule distributrice représentée figure 1. Cette pendule distributrice comprend deux mouvements bien distincts; le mouvement de gauche est destiné à faire marcher la pendule à la manière ordinaire ; le mouvement de
- droite est spécialement destiné à la manœuvre du tiroir de distribution R. L’aiguille des secondes est en I). Au commencement de chaque minute, l’air du réservoir de distribution arrivant par le tuyau J dans la boîte de distribution est envoyé dans la canalisation générale par le tuyau M. Au bout de vingt secondes, un déplacement du levier G remet le tiroir R dans sa seconde position; le tuyau N communique alors avec le tuyau K, ouvert dans l’atmosphère, tandis que le tuyau J n’a plus aucune communication ni avec K ni avec N. Le tiroir R reste quarante secondes dans cette position pour compléter la minute, puis un nouveau déplacement du tiroir R fait de nouveau correspondre J avec N, et ainsi de suite. Tous ces déplacements de tiroir se font à l’aide de déelanchements établis sur le mouvement de la pendule distributrice.
- On utilise l’air comprimé de la canalisation pour remonter automatiquement les deux mouvements à l'aide des leviers A et B, qui sont reliés à des pistons placés dans des cylindres C et soulevés à chaque minute par l’air comprimé d’une quantité parfaitement égale à celle dont le poids moteur est descendu pendant la minute précédente. Il n’y a donc pas à s inquiéter du remontage de la pendule distributrice. Jusqu’à nouvel ordre, on règle cette pendule sur l’Observatoire, en compensant chaque jour à la main l’avance ou le retard de quelques secondes de l’horloge distributrice. Bientôt on installera un système spécial, qui distribuera électriquement l’heure exacte de l’Observatoire.
- Tout ce système est installé en double à l’usine centrale, et s'il se produisait un dérangement quelconque dans un des appareils, on en serait aussitôt averti par un contrôle électrique fort bien organisé. Dans ce cas, comme dans celui d’un nettoyage de la pendule distributrice, il suffit de quelques secondes pour substituer la seconde horloge à la première sans causer de retard appréciable.
- On peut même remplir la fonction de l’horloge distributrice à la main, en manœuvrant convenablement chaque minute le robinet à trois voies I; celui-ci joue alors exactement Je rôle du tiroir U.
- Canalisation. — L’air comprimé est envoyé chaque minute dans le tuyau N, qui se bifurque en un certain nombre de branchements plus petits, formant autant de réseaux parfaitement séparés et indépendants, de telle sorte qu’un dérangement sur l’un de ces réseaux n'affecte pas les autres.
- Les tuyaux principaux, placés dans les égouts, sont en fer forgé et ont un diamètre intérieur de 27 millimètres.
- Les tuyaux établis dans les maisons particulières sont en plomb et ont 15 millimètres de diamètre — la grosseur d’un tuyau à gaz d’éclairage; — dans les appartements et les vestibules, ce diamètre se réduit à 6 millimètres, et le tuyau rattaché à la pendule, en plomb ou caoutchouc recouvert de soie, n’a plus que 5 millimètres de diamètre. La pose et l’installation de ces tuyaux est absolument iden-
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- tique à celle du gaz, avec cet avantage cependant qu’on peut les dissimuler à la vue, puisqu’ils ne présentent aucun danger et qu’ils ne sont visés par aucun règlement de police. Avec une pression de
- 7/10 d’atmosphère, en laissant la canalisation pendant vingt secondes en communication avec le réservoir distributeur, comme nous l’avons dit, il est facile de faire marcher les horloges a plusieurs ki-
- Fig. t. Horloge distributrice de l'air comprimé.
- lomètres de distance de l’usine centrale, malgré les fuites inévitables des conduites. Les quelques divergences qu’on a pu observer entre les différents cadrans pneumatiques depuis leur mise en service doivent être attribuées pour la plupart à la malveillance; des tuyaux d’égout démolis, des cadrans brisés, des soufflets crevés, tels sont les accidents à craindre. Grâce à la division du service en plusieurs réseaux distincts, les dérangements, lorsqu’ils se produisent, sont localisés et facilement réparables ; ajoutons qu’ils deviennent de plus en plus rares et finiront sans doute par disparaître.
- Cadrans publics et horloges particulières. — Quelle que soit la forme et la grandeur du cadran, public ou particulier, le mécanisme est toujours le même. Un soufflet en caoutchouc, comme celui des sonneries à air Walker, est en communication avec
- la canalisation générale. Chaque minute, la pression de l’air le soulève (fig. 2) ; ce soufflet agit sur un levier qui entraîne une roue portant soixante dents, sur l’axe de laquelle est fixée l’aiguille des minutes. La roue tourne d’un soixantième de tour; un cliquet de retenue empêche de faire sauter deux dents à la fois; il est représenté sur la gauche de la roue dentée. Le mouvement de l’aiguille des heures s’obtient à l’aide d’une petite minuterie qui n’est pas représentée sur la figure. Ce petit mécanisme, très simple, peut se placer avec la plus grande facilité à l’intérieur des pendules déjà existantes, sans rien changer à leur forme extérieure, en se substituant à l’ancien mouvement.
- A l’aide d’un second soufflet, dont le rôle est de remonter la sonnerie d’une horloge pneumatique d’un système un peu différent, on peut établir des
- Fig. 2. Mécanisme des cadrans des rues et horloges particulières.
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- pendules à sonnerie. Le prix des premières est pour l’abonné de 5 centimes par jour; les pendules à sonnerie coûtent 6 centimes.
- Nous avons représenté (fig. 3), l’horloge pneumatique de la place de la Madeleine, munie de ses
- trois cadrans ; le mouvement de chacun d’eux est indépendant. Les lettres sont en clair sur fond bleu; la nuit, un bec de gaz éclaire l’intérieur, et l’heure se détache nettement à une distance suffisante.
- Après avoir apporté la vie aux plongeurs dans
- Fig. 5. Vue d’une horloge pneumatique à Paris, place de la Madeleine (d’après nature).
- les abîmes de la mer, la force aux mineurs dans les longues galeries souterraines, l’air comprimé pouvait entreprendre de jouer le rôle plus modeste que nous venons d’examiner aujourd’hui. La vie est assez courte et le temps assez précieux pour qu’on apprécie hautement un système, quel qu’il soit, donnant toujours exactement l'heure qu'il est.
- Une expérience plus prolongée nous fera connaître dans quelle mesure le problème a été résolu par les horloges pneumatiques, mais quel que soit l’avenir réservé à cette application, il n’était pas moins utile d’en signaler les dispositions nouvelles et intéressantes. E. Hospitalier.
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- LA N ATI1 RK.
- RÉUNION GÉNÉRALE
- DES
- SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS
- A LA SORBONNE (AVRIL 1 8 8 0)
- (Suite. — Voy. p. 5'0,517 et 59-i.)
- SCIENCES NATURELLES
- Sur les Astéries. — M. Jourdain établit un point important d'anatomie, relatif aux Etoiles de mer ou Astéries communes de nos côtes de France. On avait cru à l’existence, dans ces Échinodermes, d’une sorte de cœur en forme de pentagone, h la face dorsale, entourant l’anus, et d’où partaient des vaisseaux allant à la glande génitale. M. Jourdain a montré que ce prétendu système vasculaire n’est autre chose que les cinq paires de conduits excréteurs delà glande génitale ; ce système aboutit en un point voisin de l’orifice buccal; une ouverture très petite y est visible, surtout au moment de l’émission des produits génitaux. Les œufs arrivent dans une cupule où ils commencent leur développement.
- Nouvelle station de l'homme préhistorique. — M. Ch. Benner, de la Société libre d’émulation de Rouen, fait connailre l’existence d’un nouveau gisement palæo-lithique, à la Brelôque-Saint-Léger, près de Rouen ; au confluent de deux petites rivières se trouve un tertre conique d’argiles et de cailloux roulés de 40 mètres de haut. A 4 mètres de profondeur, on trouve une strate de 0m,40 d’épaisseur, composée de sable fin et de silex éclatés et roulés, dans lesquels sont divers objets préhistoriques en silex éclaté, tels que pointes de flèche, couteaux et grattoirs, en silex pyromaque pareil à celui de la montagne Sainte-Catherine. Les outils et objets préhistoriques sont en si grande abondance qu’on peut conjecturer que cette strate est le produit du diluvium d’un ancien atelier.
- La vallée de Darnelal, à l’entrée de laquelle se trouve ce dépôt, paraît provenir d’une faille formée à l’époque à laquelle s’est produit le déchirement de la vallée de la Seine, parla dislocation de la couche de craie inférieure, qui correspondrait, d'après Élie de Beaumont, au soulèvement du pays de Bray. Ce sont les grands courants descendant des Alpes, après l’époque tertiaire, qui ont amené les silex formant la strate qui contient les outils et objets en silex éclaté, et qui après, ont délayé les argiles des plateaux, lesquelles se sont déposées en une couche de 5 mètres d’épaisseur. On rencontre avec ces outils des ossements de mammouth, de chevaux, de grands hœufs, déposés à la partie supérieure de la strate des silex éclatés. On voit que les hommes qui vivaient en Normandie à cette époque appartenaient aux plus anciens représentants de notre espèce, contemporains de l’éléphant à poils et du rhinocéros sur le sol de la France.
- Singulier gisement silurien. — M. Morière, doyen de la Facuhé des sciences de Caen, appelle l’attention de la Réunion sur un gisement étrange du terrain silurien supérieur, qui a été reconnu en 1879 au Blessis-Griinault (Calvados), grâce aux fouilles qu’y fait exécuter une homme dévoué à la seienc1, M. Victor Cliàtel, de Valcongrain. Une dépression du grès silurien moyen a été remplie à la partie inférieure par une couche de craie de 2 mètres de
- puissance, et, à la partie supérieure, par une argile noire très plastique de 5 à 0 mètres d’épaisseur, que M. de Caumont assimilait à l’argile plastique de Paris.
- L’argile noire ayant été déposée au-dessus de la craie, il était en effet assez naturel de la rapporter au terrain éocène ; mais les nodules qu’elle renferme en grande quantité contiennent des Cardiola interrupta, des Orlhoce-ras, etc., qui caractérisent nettement le silurien supérieur.
- La présence de la craie au Plessis-Grimault, au milieu des terrains paléozoïques et sur un point situé à CO kilomètres au moins de la zone craveuse, constitue déjà un phénomène géologique très curieux, qui le devient bien plus encore lorsqu’on remarque que cette craie est recouverte par le terrain silurien. M. Morière pense qu’on ne peut voir dans cette formation que des terrains de transport, arrachés violemment par les eaux de l’endroit où ils étaient en place, puis entraînés par des courants plus ou moins forts, n’ayant abandonné quelques-uns des matériaux que ces courants entraînaient que lorsqu’ils ont rencontré sur leur parcours une dépression importante. La craie, moins résistante que le teriain silurien supérieur, aura cédé la première à cette action destructive des eaux et constitué le dépôt inférieur, puis des lambeaux de silurien supérieur, qui se trouvaient sur le passage du courant, auraient cédé à leur tour des matériaux qui ont comblé la cavité.
- Dans d’autres communications, M. Morière décrit les genres et les especes des Crinoïdes (Échinodermes) des terrains jurassiques du Calvados, et fait connaître que le genre de Fougères Lomalopteris, qu’on croyait spécial à la grande colithe, a été rencontré tout récemment dans les grès basiques, à Sainte-IIonorine-la-Guillaume, dans l'Orne.
- Les terrains d'Avranches à Lamballe. — M. Delage, professeur au lycée de Rennes, a profité d’une coupe faite afin d'établir un chemin de fer entre Avranches et Lamballe pour étudier la constitution géologique du sol. Nous ne le suivrons pas dans la description détaillée des couches. Nous signalerons seulement des schistes cambriens soulevés par les granits et situés sous les schistes rouges, puis des terrains récents présentant une couche de tourbe, et, au-dessus de celle-ci, une couche de sable avec des coquilles marines pareilles à celles qui vivent aujourd’hui sur les côtes de l'Océan; dans la couche de tourbe, on a trouvé des médailles de Jules César et des ossements d’animaux domestiques. M. Delage estime que la Bretagne subit un affaissement extrêmement lent, de 0m,25 par siècle.
- Le hatchis en Algérie. — L’homme semble éprouver partout le besoin des substances enivrantes. Comme la loi religieuse interdit l’alcool aux musulmans, ils ont cherché à y suppléer par le Kif ou llalchis. M. Berthcrand, secrétaire général de la Société des sciences physiques naturelles et climatologiques d’Alger, élunie cette substance au point de vue de la consommation, de l’influence sur la santé et delà réglementation administrative. Le hatchis se prépare avec l'extrémité des tiges du Cannabis inclica. Il se fume à la pipe ou se façonne en pâte avec du musc ou du Datura stramonium,, ou même des cantharides pilées. Il y a actuellement à Alger plus de soixante débitants de ce produit. Le hatchis cause de l'excitation, de l’extase, des hallucinations variées, souvent voluptueuses. Ces elfets sont nécessairement suivis d'abattement et de prostration, et leur fréquente récidive conduit à la démence, On devrait empêcher les mineurs d'entrer dans
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- ces débits et y appliquer la loi sur l’ivresse, en interdisant l’ivresse complète. Les trois conclusions du mémoire sont les suivantes : 1° prévenir et réprimer l’abus; 2° tolérer et réglementer l’usage; 3° instruire la jeunesse sur les dangers de celte substance.
- M. Milne-Edwards prend la parole, et, se montrant à juste raison plus sévère que M. Berlherand, dit qu’on devrait imposer très fortement les débits de hatchis.
- Terrain quaternaire du Maroc. — M. Blaicher, professeur à l'École de pharmacie de Nancy, fait reconnaître le résultat de ses observations pendant quatre ans, dans la province d’Oran et au Maroc, sur le terrain quaternaire de ces régions.
- Il le divise en trois groupes : 1° groupe des poudin-gues, conglomérats, travertins, tufs des hauts niveaux;
- 2° groupe des poudingues, travertins, marnes sableuses grises des niveaux moins élevés ; ou groupe des tufs superficiels, des sables rouges ferrugineux. La stratigraphie et la topographie donnent plus d’indication sur ces groupes que les fossiles, qui sont peu nombreux. Des dénudations bien plus énergiques qu’auparavant ont agi dans la province d Oran et au Maroc pendant les temps quaternaires, et les matériaux enlevés ont été entraînés vers la Méditerranée. 11 en est résulté le creusement des vallées des rivières, au fond desquelles sont les dépôts du second groupe. Nulle part il n’v a trace d'action glaciaire, et la faune et la flore s’accordent avec l’observation géologique pour le démontrer. Le retrait successif des dépôts quaternaires vers le fond des vallées des rivières ne se manifeste que rarement par des terrasses, sauf au Maroc, où il existe de vrais fleuves coulant dans des vallées largement ouvertes.
- La sédimenlalion chimique n’a pas été moins énergique que la sédimentation détritique, ün doit lui attribuer des dépôts de tuf calcaire comblant de vastes bassins lacustres, et des dépôts de travertins de sources. L’action volcanique, si énergique à l’époque tertiaire en Algérie, s’est réveillée à l'époque quaternaire. Des coulées de basalte, des émissions d’eaux thermales ai ides, et enfin des oscillations rendues sensibles par des cordons littoraux fossilifères échelonnés à différentes hauteurs sur la côte, témoignent de ce fait.
- La faune du quartenaire est peu riche en mammifères de grande ta.Ile. 11 y a, outre quelques gazelles, l’hippo-polame et un éléphant d’espèce perdue découverts par M. le sénateur Pouiel. Les coquilles terrestres et d’eau douce sont toutes identiques aux espèces actuelles. Au début de la période quaternaire des travertins à Hélix laclea et Bulimus decollalus sont intercalés avec les éjections de laves basaltiques. Quant aux coquilles marines des cordons litturaux, nuelques-unes ont émigré vers le Sud ; ainsi un Strombe de grande taille qui aujourd'hui a reculé ju-qu'aux îles du cap Vert. La flore, peu riche en espèces, ne donne d’indications que sur la végétation arborescente. ün y trouve des saules, des lauriers, dont le Nerium oleander, et des espèces plus méridionales que les actuelles. La présence de l’homme est indiquée par des armes du type de Saint,-Acheul trouvées dans des grottes, par des silex taillés des terrains superficiels des grottes, accompagnant l’éléphant d’espèce perdue de M. Pomel. Il est donc permis de dire que le climat de cette région nord-ouest de l’Afrique a été pendant cette longue période des temps quaternaires très analogue au climat actuel, mais moins sec.
- Maurcie Girard.
- — La suite prochainement. —
- SCIENCES PHYSIQUES
- Expériences d'acoustique. — M. Gripon, professeur à la Faculté des sciences de Rennes, présente de nouvelles expériences sur les tuyaux sonores, dans lesquelles il s’est efforcé d’annuler les perturbations dues à l'embouchure. D’après M, Bourget, un tuyau ouvert peut renforcer tous les sons avec plus ou moins d’intensité. Pour le vérilier, il faut rejeter les tuyaux à flûte ou à anche, car la réaction de l’air sur l’embouchure peut annuler complètement les vibrations.
- M. Gripon fait vibrer ses tuyaux en les adaptant sur une caisse à vent dont ils sont séparés par un disque de cuivre (fig. 1) percé d’un petit orifice (il faut que la pression soit très bien réglée). Il a trouvé que les tuyaux rendent en effet d’autres sons que ceux qu’indique la théorie de Bernouilli.
- En mettant le disque de cuivre à l’autre bout du tuyau, le son sort plus facilement. Si l’on ajoute un second tuyau à la suite du premier (fig. 2), le son dépend du tuyau poite-venl et de la longueur totale; les sons produits sont voisins de ceux que donne le tuyau primitif.
- M. Gripon a voulu se débarrasser de la caisse à vent, qui peut vibrer aussi : il insuffle l’air dans le tuyau au moyen d’un tube, à distance (fig. 5). En faisant varier la pression, il peut produire divers harmoniques.
- Il a recherché emuite la place des ventres et des nœuds Le procédé qui conririe à percer des trous est bien imparfait, car souvent deux trous distants de 1 centimètre produisent le meme effet. Il s’est servi de deux tuyaux glissant à frottement l’un sur l’autre, l’un ayant une fente longitudinale et l’autre une fente en hélice. Un fait vibrer le tuyau à l’unisson d’un diapason et l’on fait tourner l’un des deux tubes jusqu’à ce qu’il ne se produise plus de battements; on est sûr d’avoir ainsi exactement la position des ventres.
- M. Gripon a trouvé que les ventres sont régulièrement espacés dans le milieu du tuyau, mais que les distances du premier et du dernier ventre aux extrémités du tuyau ne sont que les 9/10 de la longueur d’onde théorique. Il a imaginé alors un nouveau mode d’ébranlement. Un tuyau en zinc est entouré d’un plus gros, qui sert de porte vent (fig. 4) ; l’air vient frapper un biseau circulaire qui ne tient pas au tuyau : celui-ci n'est donc parcouru par aucun courant. Cependant les mêmes différences avec la théorie ont été retrouvées. Avec ce nouveau tuyau, il est facile d’étudier l’influence de la température et de la nature du gaz vibrant. Dans le premier cas, il suffira de placer une allumette en A, au bas du tuyau, pour élever le son. Pour faire vibrer de 1 acide carbonique, par exemple, il suffira de mettre le tuyau AB en communication avec une caisse où arrive un courant lent de ce gaz. Des mesures ont été faites, et les nombres de M. Régnault ont été retrouvés.
- M. Gripon a étudié aussi le renforcement des sons produits par un diapason au moyen d’une colonne d’air obtenue, comme on sait, en mettant dans une éprouvette une quantité d’eau variable, fl a trouvé que les tuyaux larges renforcent sensiblement tous les sons. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est qu’une colonne d’air pouvant rendre le do4, par exemple, produit en effet cette note, et avec grande intensité, lorsqu’on en approche un diapason donnant le do- ou même le rfo2. Il est à remarquer que le son dot n’est point rendu par ces diapasons. En faisant varier la longueur de la colonne d’air, on pourra reproduire successivement les divers harmoniques du diapason.
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- Electro-capillarité. — M. Debrun, préparateur à la Faculté de Bordeaux, présente une modification du remarquable électromètre capillaire de M. Lipprtiann, non pas
- Fig. 1,
- Fig. 2.
- dans le but de l’améliorer, mais pour en faire un instrument courant moins fragile et moins cher.
- J
- r
- B
- A
- Fig ô
- Fig- A-
- le pôle positif (3 ; le pôle négatif a est soudé dans le tube D. Derrière AB est une règle divisée en millimètres.
- Pour mettre en expérience cet instrument, on réunit a et on met en C de l’eau acidulée, puis quelques gouttes de mercure pur ; on verse par D assez de mercure pour remplir aux trois quarts le tube AB ; on chasse l’air du tube capillaire et on ajoute un peu d’eau acidulée en 1).
- Une articulation permet de rendre l’appareil plus ou moins sensible en inclinant AB. Cet électromètre peut être gradué très facilement.
- M. Debrun a imaginé un autre appareil, donnant des indications très rapides. 11 se compose de deux tubes en U ayant chacun une branche capillaire (fig. 0). Ces tubes sont remplis de mercure et leurs extrémités capillaires plongent dans une cuvette commune pleine d’eau acidulée. Tandis que l’un des ménisques montera, l’autre descendra, ce qui doublera la déviation. La grandeur et même le sens de la déviation peuvent changer lorsque le mercure n’est pas absolument pur. Soient, en effet, deux tubes (fig. 7), dont l’un contient un globule de mei’cure pur, l’autre du mercure contenant un peu de
- L’appareil se compose d’un tube capillaire (1 millimètre de diamètre), long de 30 centimètres, plusieurs
- Fig. 5.
- fois recourbé, et dont la partie AB (fig. 5), longue de 10 centimètres, fait avec l’horizon un angle de 8 à 10°. Son extrémité débouche dans une cuvelte C, oh vient aboutir
- zinc; on constate que le courant traversant ces tubes dans le même sens, les deux globules marchent en sens inverse. La plus grande déviation est, du reste, obtenue avec de l’eau acidulée au dixième par l’acide sulfurique pur.
- Expériences sur la salure des courants marins. — M. Coutance, de Brest, rend compte de nombreuses expériences de bord faites pour déterminer la quantité de sel qui se trouve dans l’eau de mer en différents points
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- des courants. Il ne s’occupe que des chlorures et en dose le chlore au moyen de l’azotate d’argent, en prenant comme témoin le chromate de potasse. Il a Irouvé que les minimums de salure sont sur les courants eux-mêmes, que cette salure augmente du milieu de ces courants vers leurs bords et que le maximum a lieu en dehors d’eux.
- Transmission particulière du calorique. — M. Olivier, membre de la Commission météorologique de Vaucluse, désire attirer l’attention sur un phénomène qu’il n’a pas été le premier à observer, mais qui pourrait présenter un grand intérêt.
- Prenons une barre de fer amincie aux extrémités, donnons-lui une forme sensiblement courbe et appuyons-
- la sur une meule en mouvement, de manière à la faire brouter (grincer). Le point frotté à l’extrémité opposée s’échauffe considérablement; le milieu conserve sa température. Ainsi dans une barre en vibration les ventres s’échauffent, tandis que les nœuds demeurent froids.
- Variations de climat h Nice. — M. Niepce, de Nice, présente des tableaux indiquant l’état météorologique, sur lesquels il a marqué l’aspect plus ou moins nuageux du ciel. 11 fait remarquer que l’Observatoire, qui est élevé de 550 mètres au-dessus de la ville, ne donne pas de renseignements sur le climat de Nice ; aussi se propose-t-on d établir un petit observatoire météorologique dans les jardins de la ville.
- Le themjpmètre est descendu, cette année, à Nice,
- 16 17 18 19 20 21 22 23 2>* 25 26 27 28 29 30 31
- 8 9 10 11 12 13 IA- 15
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- Clerm.
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- «OYEN *E$
- Fig. 8- Diagramme météorologique des températures et du vent à Clertnjant dt au sommet du Puy-de-Dôme. Décembre 1879, 6 heures du matin (communiqué par M. Alluard).
- à — 4°. En 1820, on a constaté, paraît-il, la température de — 12°; les oliviers, orangers etc., ont été détruits. On cultive aujourd’hui à Nice l'Eucalyptus globulm, qui gèle ’a — 8° ; un hiver comme celui de 1820 serait donc à craindre pour cet arbuste.
- Vulgarisation des musées cantonaux. — M. Letur de Saint-Jean-d’Angély, appelle l’attention des Sociétés savantes sur cette œuvre difficile, mais non sans exemples. Il présente des projets de musées faciles à exécuter et peu dispendieux. On pourrait choisir comme local la maison d’école ou la mairie; les vitrines seraient édifiées, en grande partie, au moyen de cotisations; la plupart des objets de la collection seraient offerts par les habitants, savoir : plantes et animaux utiles et nuisibles, produits agricoles et industriels, etc.
- La proposition de M. Letur a été prise en considération.
- L'hiver au Pic-du-Midi. — M. le général de Nan-
- souty rememe M. le ministre de la part active qu’il a prise à l’améHoration de son observatoire.
- Les communications ont été permanentes avec Bagnères ; les chemins étaient praticables, les télégraphes etinême le téléphone ont toujours fonctionné ; l’observatoire était du reste bien approvisionné.
- La tempégiture n’est pas descendue au-dessous de —13°; il y a eu un peu de neige, quelques rares tempêtes. Le temps était toujours beau, et le 5 janvier M. de Nan-souly a pu cueillir un bouquet de fleurs.
- Calendrier grégorien. — M. Allégret, professeur à la Faculté de Lyon, propose une ingénieuse modification du calendrier aetuel.
- Il existe soixante-dix calendriers différents ; au moyen de la date de la fête de Pâques, il est facile de choisir celui qui convient à l’année courante. Cette date se calcule d’ordinaire par l’Epacte et la Lettre dominicale.
- M. Allègre! remplace ces données par le nombre domi-
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- LA NATURE
- nical et le nombre pascal obtenus plus direclement. Cela fait, il dispose deux carions, dont l’un est mobile et l’autre percé d’ouvertures, et par un jeu fort simple il place la fè:e do Pâques à l’endroit convenable, cl détermine aisément le jour correspondant à telle date que l’on voudra.
- M. Allégrel se propose de rechercher au moyen de ce calendrier les dates des éclipses mémorables.
- Morphologie des groupements atomiques. — M. Lcrat, d’Angers, fait l’historique des théories sut* les atomes et pré>eule de nouvelles conceptions sur lt+ur constitution et leur forme.
- D’après lui, les liquides seraient composés d'atomes sphériques, tangenls entre eux : d'où résulterait pour ces corps l’incompressibilité. Les gaz seraient composés de sphères séparées par de grands espaces.
- Hiver de 1879-1880 à Clermont et au Puy-de-Dôme.
- — M A luard, directeur de l’observatoire du Puy-de-Dôme, présente de curieuses observations sur la comparaison des températures à Clermont et au sommet du Puy-de-Dôme.
- L’hiver de 1879-1880 est un des plus rigoureux qu’on ait vus en Auvergne. On a constaté la température de
- — 25° pendant le jour, comme en Sibérie. La température moyenne du mois de décembre a été de — t’.°,7.
- La figui’e ci-jointe (fig. 8) rend compte de la marche des températures en décembre.
- 11 s’est présenté un phénomène très rare en Auvergne : un brouillard épais a régné deux fois et surtout du 4 au 14 janvier. Le climat y est généralement très sec ; le vent d’Ouest y domine et les nuages se disso'vcnt par suite de la haute température de l’air et vont se résoudre en pluie dans le Forez. Le brouillard élait dû à l’arrivée d’un vent chaud, par suite d’une aspiration produite en Norvège. 11 y avait alors — 1° en Laponie, et l’Auvergne était le point le plus froid de l’Europe. Sur les hauteurs, près de Clermont, le ciel était très clair et la température moyenne était de 10 degrés plus élevée au Puy-de-Dôme qu’à Clermont.
- Les interversions de température entre Clermont et le Puy-de-Dôme déjà signalées par M. Alluard ont été très fréquentes ; elles se présentent toutes les f"is qu’une zone de hautes pressions couvre l’Europe, et les différences sont d’autant plus fortes que les pressions sont plus élevées. Ainsi la comparais n des thermomètres apprend quand il se forme un anticyclone en France ou en Europe. 11 serait bon de savoir jusqu’à quelle hauteur se manifestent ces interversions.
- M. Alluard présente aussi quelques observations sur le verglas. Le 21 novembre, par une pluie fine, un parapluie pris à 15° fut immédiatement couvert de glace. La température élait de — 0°,5 à Clermont et de -t- 1°,2 au Puy-de-Dôme; la pluie se refroidissait au-dessous de 0° et se congelait en touchant un objet quelconque.
- Analyse des potasses du commerce. — Les potasses se vendant au quantième de carbonate de potasse, il importe de déterminer celui-ci le plus exactement possible. Or, l’analyse d’un même échantillon, faite par différents chimistes par le procédé usuel (précipitation de la potasse à l’état de chloroplatinate), adonné des nombres dont la différence atteignait 3 p. 100 Cette divergence, qui ne peut être due à l’inexpérience des chimistes, demandait à être expliquée et supprimée, autant que possible.
- MM. Corenwinder et Contamine, de Lille, en ont trouvé la cause dans la présence d’acide phosphorique et de silice dans les salins de betteraves -, du phosphate de soude se
- trouve précipité en même temps que le chloroplatinate de potasse, et comme il est, de même que ce dernier, insoluble dans l’alcool et l'éther, le poids de celui-ci se trouve exagéré.
- Le nouveau procédé permet de ne pas se préoccuper de l’acide phosphorique, de la silice ni même de l’acide sulfurique qui accompagnent les carbonates. Le chloroplatinate impur est versé dans une solution bouillante de formiate de soude; le platine se précipite : on décante le liquide rendu légèrement acide, on lave à l’eau bouillante, et l’on a le poids du platine précipité et par conséquent celui de la potasse totale.
- Ce procédé a été éprouvé par l’analyse de divers mélanges de sels purs, et les résultats fournis ont été parfaitement exacts.
- Remarquons en passant que pour précipiter la potasse, il faut avoir soin d’ajouter assez de chlorure de platine pour que la soude soit aussi transformée en chloroplatinate soluble. Autrement du sulfate de soude serait précipité par l’alcool et exagérerait le titre du salin.
- La présence des phosphates dans les salins de betteraves s’explique parce qu’on les fait fermenter avec du moût de maïs. C’est surtout dans ce cas que le nouveau piocédé sera précieux.
- Quoi qu’il en soit, l’expérience montre que l’analyse crdi -naire brute donne très sens’blcment pour la quantité de carbonate de potasse le poids réel de celui-ci augmenté de celui du phosphate et du silicate; et comme ces derniers rendent aux savonniers, qui emploient les salins, le même service que Je carbonate, il parait convenable de conserver la formule consacrée par l’usage. 11 est vrai que pour l’industrie du verre, le phosphate serait plus nuisible qu’utile, mais les verriers se gardent bien d’employer des potasses raffinées provenant des salins.
- A. Leduc.
- ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Séance du 21 mai 1880. — Présidence de M. Becquerel.
- Le horse-pox. — Au milieu des péripéties de la grave épidémie de variole qui sévit depuis plusieurs mois sur l’aris, un fait scientifique d’une grande importance vient de se produire dans le service des vaccinations de la Société française d’hygiène. Après plusieurs tentatives infructueuses d’inoculations, sur des génisses, de lymphe vaccinale, provenant de cow-pox ou de horse-pox spontanés, les praticiens qui s’occupent de ce service si éminemment utile ont été assez heureux pour rencontrer dans une écurie des Champs-Elysées un jeune cheval de sang, récemment arrivé d’Allemagne, sur lequel s’étaient développées des pustules franches de horse-pox. Inoculé avec succès à une génisse de trois mois, le virus de ces pustules est arrivé aujourd’hui avec des résultats heureux et caractéristiques à la troisième culture. Cette découverte, à laquelle ont pris part MM. Leblanc et Alexandre, médecins-vétérinaires, MM. les docteurs de Pie!l’a Santa et Dormain, et M. Chambon, met à la disposition de la Société française d’hygiène un vaccin de provenance certaine, de pureté incontestable, d’effic3cité assurée. Dans un mémoire présenté en son nom par M. Pasteur, M. le docteur Pietra Santa, secrétaire général de la Société d’hygiène, annonce que le mardi, de midi à une heure, aux séances de vaccinations gratuites, 44, rue de Rennes, une
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- LA NATUIIE
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- génisse inoculée avec le nouveau vaccin sera soumise à l’examen des médecins.
- Les archives de l’Académie. — Grâce au zèle de M. Maindron, chef du secrétariat, les archives de l’Académie depuis l'époque de sa fondation sont reconstituées. Or, il parait que cette reconstitution n’était pas une petite affaire, les pièces des archives se trouvant dans un désordre complet. Mais, ce qui est encore plus grave que le désordre, il parait que de très nombreux papiers ont disparu, la collection ayant été, suivant l’expression de JI. Bertrand, soumise à un véritable pillage. Aussi les secrétaires perpétuels ont-ils fait appel à la loyauté de toutes les personnes possédant quelques-unes de ces pièces, dans l’espoir qu’elles voudront bien les réintégrer à la place qu’elles n'auraient jamais dù quitter. A la suite des amis des sciences qui ont déjà répondu à cette invitation, il faut citer aujourd'hui M. Dubrun'aut, qui restitue un lot très important d’autographes précieux. On y trouve, entre autres, un mémoire de physiologie végétale du citoyen De Candollc, un travail de Bcrlhollet (1810), des appréciations de Dulong sur des recherches de M. Léon Dufoar, celles deCordier sur l'analyse du mercure argentai, par M. Lassus, un permis d'imprimer d’un travail de Maupertuis signé de Clairault, Lemouier et Nicolle et daté de 1741, une demande d’Ampère à l’effet d’obtenir le concours pécun aire de l’Académie pour la poursuite de ses expériences sur l’électricité dynamique, etc., etc. Il parait que M. Dubrunfaut possède encore des richesses du même genre : il sera invité à les joindre aux précédentes.
- Utilisation de la chaleur solaire. — M. Mouchot, dont on n’a pas oublié les travaux relatifs à l’emploi industriel de la radiation du soleil, poursuit d’importantes expériences sous le ciel pur de l’Algéiie, où il s’est établi depuis le 6 mai 1879. Préoccupé surtout de réaliser au moyen de son récepteur des opérations de chimie technologique, il décrit les essais qui l’ont amené à réaliser la fusion et la calcination de l’alun, la cuisson des huiles de lin, la distillation de l'acide benzoïque, la concentration des sirops, la carbonisation du bois. Les petits alambics pour la préparation des essences, fonctionnent admirablement, et il en est de même de la marmite de Papin et du digesteur de Payen. Un miroir de 5™,80 de diamètre, installé de manière à résister aux vents les plus violents, concentre la chaleur du soleil sur une chaudière de 5 millimètres d’épaisseur : en une heure la pression produite est de 8 atmosphères ! Comme on voit, on peut dès maintenant considérer comme absolument résolu le problème auquel M. Mouchot a consacié ses efforts.
- Structure interne de la Terre. — Parlant des observations du pendule, qui, comme on le sait, révèlent une plus forte énergie attractive du globe au-dessus des océans qu’au-desus des continents, M. Faye, par une de ces discussions ingénieuses, dont il est coutumier, arrive à conclure que l’écorce solide terrestre doit être plus épaisse sous le fond des mers que dans les régions continentales. La cause de cette dilference serait la mauvaise conductibilité des masses rocheuses qui protègent le sous-sol du refroidissement spontané, tandis que l’eau favorise l’écoulement de la chaleur des masses submergées. On sait qu'à 4000 mètres sous l’eau la température n’est que de 1° à \° 1/2, tandis qu'à la même profondeur dans les couches du globe, elle est d’au moins 150°
- Nouveaux composés explosifs. — En traitant des alliages
- de plomb et de rhodium par l’acide azotique, M. Debray a obtenu une matière qui détone par l'application de la chaleur: cette substance contient du plomb, du rhodium, de l’oxygène et de l’azote. O.i en prépare d analogues avec le ruthénium et 1 iridium, mais le platine ne donne rien du même genre. L’auteur a poursuivi l’étude de ces curieuses substances dans un mémoire qu’il se borne à déposer sur le bureau.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE D'AVRIL 1880
- Première décade. — Pendant les sept premiers jours d’avril, de basses pressions barométriques (inférieures à 755 millimètres) se montrent au nord-ouest de l’Europe; elles se propagent ensuite à travers le centre du continent vers Je Midi, où elles arrivent à la fin de la première décade; de là pour la France un régime de vents pluvieux de Sud-Ouest. A partir du 7, jour où les basses pressions ont passé au sud de Paris, les courants polaires dominent, les pluies cessent et une aire anticyclonique, bien manifeste en Angleterre sur la carte du 9, se propage vers la Scandinavie, la Baltique, la Turquie d’Europe et arrive le jeudi 15 en Asie Mineure. Quelques orages ont etc signalés en France : Je 5 à Paris, le 4 à Montrouge, dans Seine-et-Oise, dans la Ilaute-Garonne; le 6 dans la Gironde et le 9 dans la Somme. Le total de la pluie recueillie à Paris a été de 53 millimètres.
- Deuxième décade. — Les courants polaires cessent le 14; le 15 reprennent les courants équatoriaux, qui durent encore pendant une semaine; de nouvelles pluies et des orages sont signalés. Pendant cette décade tombent les deux extrêmes de température du mois. Le maximum du froid (1°,8) a lieu vers les 12 et 15 sous Faction d’un cyclone méditerranéen intense, dont le centre, bien visible sur la carte, est le 12 dans le voisinage de Naples (752 millimètres). Quant au maximum de chaleur,
- 11 tombe le 19 à Saint-Maur. La température a atteint ce jour 22°,3, tandis qu’elle était descendue la nuit jusqu’à 4°,3. Il y avait donc eu une différence de 18° entre la température du jour et celle de la nuit. 11 est tombé pendant celte décade
- 12 millimètres d’eau à Paris.
- Troisième décade. — Les courants équatoriaux, sous l’influence desquels s’ouvre la troisième décade, persistent jusqu’au jeudi 22. Le 23, une aire anticyclonique apparaît de nouveau à l’ouest de nos côtes océaniennes, monte vers l’Angleterre, où elle se fixe le 50 et où son centre est indiqué nettement par la forme d3 la courbe (775 millimètres). Les vents du Nord, qui ont repris le*23, commencent à souffler avec force à partir du mardi 27. Ils régneront ensuite pendant presque tout le mois de mai. La pluie tombée a été seulement de 4 millimètres.
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- LA NATURE
- En résumé, à Paris les moyennes ont été : poulie baromètre sensiblement 759 millimétrés, poulies températures minima 4°,9 et maxima 15° ; moyenne générale 10°. Il est tombé en tout 49 mil-
- limètres d’eau. Le mois a donc été sensiblement normal pour le baromètre, le thermomètre et la pluie.
- A Bordeaux, M. Bayet a constaté à l’observatoire
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN AVRIL 1880
- D’iipi ès le Ihirrau central météorologique de France (Réduction 1/8).
- Jeudi 1 Vendredi 2 Samedi 3 Dimanche hr Lundi 5
- mm iü§ §§g^ m
- Mardi 6 Mèrcredi7 Jeudi 8 Vendredi 9 Samedi 10
- ISS gg^ ps jj|||
- Dimanche 11 Lundi 12 Mardi 13 Mercredi 14 Jeudi 19
- ws 7nri ri i.<AiffiyX’7p0:i£a - \ t§o —1 grCP PS
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- Vendredi 16 Samedi 17 01 manche 18 Lundi 19 Mardi 20
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- Mercredi 21 Jeudi 22 Vendredi 23 Samedi 24- Dimanche 25
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- 9 Lundi 26 Mardi 27 Mercredi 28 Jeudi 29 Vendredi 30
- de Floirac les moyennes suivantes : 6°,9 pour les minima de température, 16°,6 pour les maxima, et il a recueilli 121 millimètres d’eau. La température la plus basse, 2°,9, a eu lieu le 9, et la plus élevée, 25°, 1, a été lue le 19, le même jour qu’à Paris.
- À Avignon, M. Giraud, directeur de l’École normale, a signalé un minimum de 4°,2 le 2, et un
- maximum de 25°,6 survenu encore le 19. Il a recueilli 79 millimètres d’eau, nombre sensiblement égal à la moyenne depuis 1873,
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des sciences (Archives de 1’), 142, 415.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de T), 14, 31, 40, 02, 79, 95, 111, 127, 143, 159, 175, 190,
- 207, 222, 239, 25i, 271, 287, 302,
- 319, 334, 551, 367, 583, 599, 414.
- Acétate de cu;vre, 61.
- Acide carbonique dans une mine de houille (Explosion d’), 118.
- Acide carbonique de. l’air, 399.
- Acide persil lfurique (Conditions thermiques de T), 191.
- Acide sulfurique (Explosion d’un appareil à), 7.
- Acier Bessemer, 195.
- Acier (Nouveaux procédés de fabrication de P), 167.
- Acoustique en projection (P), 403.
- Aériens superposés (Courants), 196.
- Aérographie, 31.
- Aérostation mi.ilaire à Meudon, 367.
- Aérostats (Les beaux-arts contemporains et les), 229.
- Afrique centrale (Types et paysages de T), 87.
- Afrique (La conquête de T), 14.
- Agronomique (Géologie), 51.
- Alcalins (Propriétés physiologiques des), 399.
- Alcaloïdes du grenadier, 271.
- Algérie avec l’Espagne (Jonction géodé-sique et astronomique de 1’), 97.
- Algue aérienne (Une), 263.
- Allemands (Émigration des), 383.
- Amérique du Nord pittoresque, 25.
- Ammoniaque (Ditfusion de 1'), 334.
- Amphigène (Imitation de T), 191.
- Amphipodes aveugles de la mer Caspienne, 406.
- Anesthésie chirurgicale, 294.
- 8e mute. — 2“ semestre
- Anneaux colorés d’interférence (Procédé phonéïdoscopique par les), 75. Anneaux de lames minces, 52.
- Annélides polychètes (Études sur les), 566.
- Anthropologique à Berlin (Exposition), 599.
- Antiquité de l’homme, 83.
- Appareil de natation (Nouvel), 184. Arc-en-ciel, 32.
- Archéologique (Découverte), 383. Arcs-en-ciel surnuméraires, 43. Architecture des obeaux, 8.
- Arctique (Expédition), 31.
- Aréomètres (Inexactitude des), 267.
- Art et nature, 1>5.
- Arts et Métiers (Conservatoire des), 583. Arts industriels dans l’ancienne Etrurie, 250, 263.
- Association française pour l'avancement des sciences, 366.
- Astronomie populaire, 203. Astronomique de l’Algérie avec l’Espagne. (Jonction), l.»2.
- Astronomiques (Publicité des décou-veitcs), 67.
- Atmosphère (Propriétés optiques de T) 551.
- Audiphones (Les), 161, 209.
- Autophone, 93.
- Avertisseur des chemins de fer, 305. Avertisseur électrique des voyageurs, 159.
- B
- Bains japonais, 599.
- Banquises de la Loire à Saumur (Les), 127, 174, 176.
- Bateaux à glace, 160, 190.
- Becquerel (Statue à), 239.
- Bègues en France (Statistique des), 65. Bersot (Ernest), 174.
- Bessemer (Acier), 195.
- Beurre (Falsification du), 59, 74.
- Blé aux États-Unis (Production du), 149, 246, 258.
- Bobine d’induction construite jusqu’à ce jour (Description de la plus gran ’c), 129, 239.
- Bolides du 29 février et du 8 mars, 502.
- Botanique de France (Société), 235, 267, ol4, oH7.
- Boue au piedde l’Etna (Éruptionde), 330.
- Biebis du Larzac (Les), 334.
- Brebis (Variabilité des), 367.
- Brouillard des 2, 3 et 4 février, 175.
- c
- Calculateur (Un petit), 318.
- Calorifique de l’eau dans la nature (Rôle), 87.
- Calorimétric, 287.
- Campylomctre (Le), 299.
- Canots doubles aux États-Unis, 368.
- Caviar (Le), 50.
- Celluloïd (Le), 383.
- Centenaires, 342.
- Cérébrales (Localisations), 32.
- Charbonneuse (Étiologie de l'affection), 54.
- Chemin de fer électrique de Berlin, 119.
- Chevalier (Michel), 30.
- Cheveux (Longueur extraordinaire des), 126.
- Chiens (Machines mises en action par des), 277, 351.
- Chimique de Paris (Société), 10, 66,115, 159, 195, 235, 314, 587.
- Chimiques à l’Exposition universelle (Les grands produits), 12, 18.
- Chine (La famine en), 314.
- Chloral (Constitution de l’hydrate de), 127
- Chlorophylle (Nature de la), 143.
- Chlorure de chaux (Pile au), 47.
- Chlorure de méthyle (Extraction des parfums par le), 86.
- 27
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- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE. *
- Choléra des poules (Le), 21-4, 226, 542, 584.
- Chrome (Composés haloïdes du), 505. Chromographe (Le), 501.
- Cidres en France (Production des), 87. Climatologique du departement de la Manche (Conditions), 99.
- Cocon préserve-t-il la chrysalide du froid (Le) ? 85.
- Cœur (Force du), 145.
- Coléoptères (Chasse aux), 510.
- Comète (La nouvelle), 190, 222.
- Comètes (Les), 69.
- Compas (Appareil enregistreur des mouvements de l’aiguille du), 82. Compression des mélanges gazeux, 1 <i0. Condensateur voltaïque (Nous-eau), 145. Confitures (Falsification des), 245. Cont'ormateur des chapeliers (Le), 109, i 158.
- Congélation de l’eau (Sur la), 519. Consommation de Paris, 258.
- Cosmique (Reproduction d’un minéral), 208.
- Courants aériens superposés, 196. Couverture réfrigérante, 519.
- Crania ethnica, 47.
- Crémeuse centrifuge, 511.
- Crookes (Expériences de M.), 282. Crustacés rares ou nouveaux des côtes dé France, 275.
- Cuir d’alligator, 254.
- Cuivre (Acétate de), 62.
- Curare (Le), 47.
- 1)
- Débâcle de la Seine, 111, 116.
- Debaize (L’abbé), 174.
- Deltas pliocènes, 191.
- Dessèchement du lac Fucino, 27, 71. Dévidoir mathématique (Le), 267.
- Diamant (Production artificielle du), 107, 127, 175.
- Diastase et ptyaline, 62.
- Dicée mignon (Nid de), 8.
- Diffusion (Procédé optique pour l’étude de la), 191.
- Dragonnicr (Le), 17.
- Dynamite et les glaces de la Seine (La), 78.
- E
- Eau dans la nature (Rôle calorifique de F), 87.
- Éclairage des phares, 159.
- Éclairage électrique, système Siemens, 179.
- Écureuils volants, 585.
- Égouts de Paris, 550.
- Égout (Température des eaux d’), 145. Électricité atmosphérique, 14.
- Électricité (Emmagasinement de 1’), 505. Électricité (Production de F), 146. Électrique dans les mines (Lumière), 14. Électrique de Werdermann (Lampe), 79. Électrique (Éclairage), 179.
- Électrique et les végétaux (La lumière), 254.
- Électrique par la pile Tommasi (Éclairage), 22.
- Électriques de Paris (Les grandes usines), 559.
- Électrophore Peiffer, 44.
- Élephantiasis (Guérison de F), 355. Éléphants d’Asie en Afrique, 274.
- Embâcle dé la Loire près de Saumur, 142, 151.
- Emigration des Allemands. 583. Engraissement (Effet chimique de F), 599. Épingles (Statistique des!, 270.-Érosions produites par les poussières, 287. Éruption de boue au pied de l'Etna, 363. Éruption sous-marine aux îles Sanguinaires, 566.
- Etna (Observatoire de F), 269.
- Étoiles (Spectre photographique des),95. Étrurie(Arts industriels dans l'ancienne), 230, 263.
- Étuves à gaz (Appareil pour régler la température des), 364.
- Eucalyptus, 343.
- Euripe (Problème de F), 35.
- Explosifs (Corps), 367, 415.
- Exposition universelle de 1878, 139.
- F
- Falsification du beurre, 59.
- Famine en Chine (La), 514.
- Faune américaine, 319.
- Favre, 207.
- Fer (Passivité du), 351.
- Feu Saint-Elme dans les Alpes, 131.
- Forêt de Saint-Germain et égouts de Paris, 350.
- Forêts et la météorologie (Les), 46. Fossile en Normandie (Homme', 35. Fossile (Ferment), 79.
- Foudre (Curieux effet de la], 367.
- Foudre en Belgique (Coups de), 43. Fourmis (La reine des), 186.
- Frein électrique, 389.
- Frigorifique de la Morgue (Installation), 351.
- Froid de décembre 1879 (Le grand), 46. Froid (Distribution du), 599.
- Froid et les organismes élémentaires (Le), 47.
- Froids (Les grands), 56, 240.
- Fuchsine dans le pain (La), 30.
- Fucino (Le dessèchement du lac), 27. Fulminate de mercure, 351.
- Fumier comme source de calorique (Utilisation du), 143.
- G
- Galvani à Bologne (La statue de), 127. Galvanomètre de Marcel Deprez, 553. Gazeux (Compression des mélanges), 160. Gaz (Moteur à), 37.
- Gelée groseillée, 323.
- Gélose, 334.
- Géodésique de l’Algérie avec l’Espagne (Jonction), 97, 132.
- Géographie (Société de), 10, 195. Géologie expérimentale, 220.
- Géologie suisse, 534.
- i
- I
- !
- I
- I
- I
- !
- i
- i
- i
- !
- Géologique de France (Société), 39,139, 195.
- Givre (A propos de), 46.
- Givre (Fleurs de), 203.
- Glace à vapeur (Tranche-), 159.
- Glaces (Le sciage des), 154.
- Gothard (Tunnel du Saint-), 578.
- Graines (Composition des), 15.
- Grisou et la pression barométrique (Les coups de), 578.
- H
- Harmonogrnphe (Sur un), 103. llélioscopie, 31.
- Hiver de 1879, 56, 62.
- Horloges pneumatiques, 407.
- Ilorse-Pox, 414
- Houille (Explosion d’acide carbonique dans une mine de), 118.
- Houille (Extraction de la), 222.
- Huîtres vertes, 238.
- Hyménoptères (Les), 197.
- i
- Iceberg (Collisionvd’un bateau à vapeur avec un), 33.
- Ile Dominique (Lac d’eau bouillante à F),
- 4.
- Indicateur de vitesses, 11.
- Infusoires (Respiration des), 14.
- Insectes (Résistance vitale des), 271. Intelligence des animaux, 598.
- Isthme américain (Percement de 1’), 354, 350.
- Ivoire (Imitation d’), 318.
- J
- Jouet scientifique (Un), 44.
- Jouets du Premier de l’an à Paris, 94 Joug articulé de M. de Scorbiac, 111. Jupiter (Sur certaines taches périodiques de), 113.
- K
- Kicl, 5.
- L
- Laboratoire de chimie du docteur F. Gar-rigou, 287.
- Labourage des pentes, 111.
- Lac d’eau bouillante à l’île Dominique, 4. Lacs (Congélation des), 522 Lacs gelés (Température de l’eau des), 289.
- Lacustre (Pirogue), 15
- Lames minces (Anneaux des), 32.
- Lampe à pétrole, 584.
- Lampe Edison, 111, 144,
- Lampe électrique de Werdermann, 79. Lave du Vésuve, 110. l.égumine (Produits de la), 368. Lépidoptères de la Nouvelle-Guinée, 216. Lévriers (Courses de), 15.
- Lions du Jardin des Plantes (Les), 145. Localisations cérébrales, 32.
- Loch du capitaine Fleuriais (Le nouveau), 107.
- Lumière électrique dans les mines, 14.
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- INDEX ALPHABETIQUE
- 419
- Lumière électrique et les végétaux (La), ‘254.
- Lumière électtique (reproductions hélio-graphiques par la), 184.
- Lumière zodiacale, 401.
- Lune n’est pas un astre mort (La), 158.
- M
- Macadam (Suppression du), 598.
- Machine à vapeur (Histoire de la), 259.
- Machine?dynamo-électriques en télégraphie (L’emploi des), ‘258.
- Machine dynamo-électrique de Méritons, 28(3.
- Machines à coudre mises en mouvement par des chiens, 277.
- Machines dynamo-électriques en télégraphie (L’emploi des), 238.
- Ma gnetisme de la moelle de sureau (Le), 318.
- Maïs fourrage (Culture du), 369.
- Maladies virulentes, 214, 220.
- Malaisie (La mission française de), 273.
- Marché du Château-d’Eau, 259.
- Marées en 1880 (Les!, 228.
- Mariage sur la tendance au suicide (Influence du), 182.
- Martite, 191.
- Maxwell (.lames Clerk), 50.
- Mèches de lampe en verre, 238.
- Mer de lait, 284.
- Métaux (Occlusion des gaz par les), 367.
- Météorologie chinoise, 111.
- Météorologie de novembre, décembre 1879, janvier, février, mars, avril 1880, 63, 95,191, 255, 335, 415.
- Météorologie des mers de la Chine et du Japon, 243.
- Météorologique aux États-Unis (Mois), 78. 178, 206, 290.
- Méthyle (Extraction des parfums par le chlorure de), 86.
- Microbe du choléra des poules, 5i2.
- Microphone appliqué à la médecine, 588.
- Microphone (Nouveau télé-), 255.
- Microphone (Poste téléphonique avec ou sans', 91.
- Microphonique recueillant la parole à distance (Appareil), 275.
- Minéralogique (Analyse), 255.
- Minéraux artificiels, 303, 551,
- Mines de l’Oural, 534.
- Miroirs japonais, 344, 582.
- Mohr (Fr.), 173.
- Morin (Le général), 174, 175, 193.
- Mormolyces (Les), 103.
- Mort apparente (Sur la), 239.
- Moteur à gaz horizontal, 37.
- Moteurs animés, 277.
- Moteurs hydrauliques de petite puissance, 324.
- Mouches empoisonnées par des champignons, 175.
- Moutons au Japon (Les), 599.
- Mysomèle ensanglantée (Nid de la), 512
- N .
- Navigation aérienne (Société de), 10.
- Navire désemparé par un animal marin, 207.
- Nectaires des plantes et le transformisme (Les), 1, 163.
- Neige (Cristallisations observées à la surface de la), 176.
- I Neige par la vapeur (Fusion des), 74.
- ! Neige dans le Midi (La), 43.
- Neptune (Planète extérieure à), 69.
- Néthou (Une ascension au piedu), 45, 81.
- Neuchâtel (Découverte d’une pirogue lacustre dans le lac de), 15.
- Nickel de la Norvège, 302
- Nids de Dicée, de la Rhipidura, 8, 136.
- Nitrification (Action de la température sur la), 62.
- Nordcnskiold (Voyages arctiques de), 295, 302, 538.
- O
- Observatoire de l’Etna (Le nouvel), 269.
- Oiseaux (Architecture des), 8, 512.
- Ombre de la cathédrale de Rouen sur la brume, 71.
- Omnibus et tramways de Paris, 131.
- Opium (Action physiologique de P), 319.
- Orage du 5 mai, 598.
- Origines et développement de la vie, 51, 90, 155, 170, 354.
- Ornithologie, 355.
- Os (Maladie des), 46.
- Ouïe rendue aux sourds, 127.
- Oural (Les mines de F), 331.
- P
- Pain à la viande (Le), 207..
- Palmier (Sur le vin de), 26.
- Parasitaires (maladies), 367.
- Parthénogénèse, 62.
- Pâtisseries plombifères, 127.
- Pétrole (Éclairage des phares par le), 250, 518, 382.
- Pétrole (Lampe à), 3,;4.
- Phonéidoscopique (Procédé), 75.
- Phoques (Intelligence des), 552.
- Phosphore (Action physiologique du), 52.
- Phosphorescence du ver luisant, 190.
- Phosphorescente (Viande), 291.
- Photographie des préparations microscopiques, 143.
- Photographique inventé au Japon (Procédé), 62.
- Phylloxéra, 14, 102, 111, 122,. 134, 143, 175, 21ü, 278, 319, 367.
- Phylloxéra (Destruction du), 278.
- Physiologie, 287.
- Physiologie végétale au Muséum (La), 126.
- Physique du globe, 14.
- Physique sans appareils (La), 252, 316, 380.
- Physique (Société française de), 39, 67, 115, 195, 235, 514.
- Pieuvre et plongeur, 238.
- Pile au chlorure de chaux, 47.
- Pile thcrmo-électjrique de M. Clamond, 99.
- Piles électriques (Emploi des), 131.
- Piles (Phénomènes chimiques dans les), 254.
- Piles thermo-électriques de Noë, 321.
- Pinel (Statue à), 271.
- Pin et eucalyptus, 343.
- Pirogue lacustre (Découverte d’une), 15. Planète extérieure à Neptune et les comètes (La', 69.
- Pluie â volonté, 286.
- Pluie de cendres et de poussières, 255, 583.
- Pluies terreuses, 382.
- Poils d’animaux vus au microscope, 236. Poissons magiques, 208.
- Poissons tués par la foudre, 159.
- Pont de Tay (Catastrophe du), 123.
- Pont du « Firth of Fort h », 332.
- Ponts volants, 365.
- Population industrielle de la France, 106. Porcelaine de Sèvres, 283.
- Ports militaires de l’Allemagne (Les), 5. Potasse (Industrie de la), 374.
- Poussières (Érosions produites par les), 287.
- Poussières volcaniques (Examende),298. Praxinoscope-théâtre (Le), 147.
- Produits chimiques à l’Exposition universelle, 12.
- Ptyaline et diastase, 62.
- Pucerons et champignons, 303.
- Puits artésiens en Algérie, 207.
- Puits instantanés, 292.
- Pyramides d’Égypte (Une excursion aux), 248.
- R
- Radiant de la matière (Etat), 187. Radiante (Matière), 110.
- Radiation solaire (Appareil enregistreur de la), 225.
- Raies et squales, 326.
- Rage (Un remède contre la), 186. Ramie (La), 241.
- Réparation en pleine mer d’un navire dont la quille était brisée, 372. Respiration artificielle dans les empoisonnements, 271.
- Respiration des infusoires, 14.
- Rhipidura albiscapa (Nid de la), 157. Roules (Usure des grandes), 558.
- Rubis artificiels, 271.
- S
- Sahara algérien, 15.
- Salubrité d’Édimbourg (Société de), 238. Saucisson des Arabes, 598.
- Scorodite artificielle, 159.
- Silicium (Hydrure de), 62.
- Singes (Espiègleries de), 94. Siphonophorcs (Les), 51.
- Sismographe de M. Galli, 177.
- Société botanique de France, 235, 267, 314, 546, 387.
- Société chimique de Paris, 10, 66, 115, 139, 235, 314,346, 387.
- Société d’hygiène, 259.
- Société de géographie, 10.
- Société de salubrité d’Édimbourg, 258, 547.
- Société française de physique, 39, 67, 115, 139, 235, 514, 546, 574.
- Société géologique de France, 59, 139, 302, 346, 374.
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- 420
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Société de navigation aérienne, 11. Sociétés savantes des départements à la Sorbonne (Réunion des), 350, 547, 362, 394, 410.
- Sodium (Carbonate de), 18.
- Solaire (Système), 254.
- Solaire (Chaleur), 415.
- Solo (Les îles), 273.
- Soude (Industrie delà), 12.
- Soufflerie à vapeur pour laboratoire, 228. Sourds (Ouïe rendue aux), 127.
- Spcctic photographique des étoiles, 95. Squales et raies, 526.
- Statue de Galvani à Bologne, 127. Suicide (Influence du mariage sur le), 182.
- Sull'ocarbouate de potassium et vignes phylloxérées, 102, 122, 134, 210. Sulfure de carbone et. phylloxéra, li. Sureau (Lemagnétisme delà moelle de), 519.
- Sydney et les expositions universelles en Australie, 211.
- Système du monde (Théorie du), 271.
- T
- Taguan (Le), 385.
- Tatouage en Chine et au Japon (Le), 557. Télégraphie Duplex, 49.
- Télémètre électrique, 223.
- Téléphone Edison, 258.
- Téléphonique (Poste), 91.
- Téléphoniques aux États-Unis (Communications), 199.
- Température (Haute), 175.
- Température souterraine, 47.
- Tempête tournante, 303.
- Tempêtes et tremblements de terre, 175. Tempête de neige des 4 et 5 décembre, à Paris, 50.
- Tératologie, 145.
- Termites de France et de l'étranger (Les), 39,67.
- Terre (Structure interne de la), 415. Traîneaux et le patinage à Paris (Les),
- 78.
- Transformisme (Les nectaires des piaules et le), 1.
- Tremblements de terre, 79, 177, 591. Litoxydes (Deux nouveaux), 271. Trombe à Coutances, 115.
- Truffes (La maladie des), 207. Tuberculose, 287.
- Tunnel du Gothard, 239, 578.
- U
- Urée (Nouveau mode de production de 1’),
- 79.
- V
- Vanadique (Équivalent de l’acide), 287. Vapeurs (Tension des), 367.
- Vent (Appareil enregistreur de la’pression du), 266
- Verglas (Nouveau), 31.
- Verglas à Nantes (Le), 70.
- Verre trempé (Nouvel usage du), 79, 207.
- Vésuve (Coulée de lave du), 110.
- Viaduc de Llamlulas, 172.
- Viande phosphorescente, 291.
- Vibration des surfaces liquides, 250, 507. Vibration sonore (.Stabilité chimique de la matière en), 540.
- Vie (Origines et développement de la), 51, 90, 155, 170, 554.
- Vigne (Un nouveau parasite de la), 584. Vins en France pendant l’année 1879 (Pro luction des), 87.
- Vitesses (Indicateur de), 11.
- Volcaniques à l'ile Dominique (Phénomènes), 202.
- Volcan surgi du milieu d’un lac, 318, 537. Volcans (Flore des), 27.
- Vulcanisme en Italie (Le), 190. \Valferdin, 158.
- Y
- Yachts à glace aux États-Unis, 160.
- Z
- Zinin, 259.
- Zoologie expérimentale, 79.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- AcKfitt (.1.). — Appareil crU’êgistreur de la pression du vent, 226.
- Arsonval (D’).— Appareil micropliomque recueillant la parole à distance, 275.
- Bâclé (L.). — Le Pont du « Firth of Forth », 332.— Réparation en pleine mer d’un navire dont la quille était Brisée, 372.
- Ballaxd.— Sur le vin de palmier récolté à Lagliouat, 26.
- Bert (L.). — Récents phénomènes volcaniques observés à l'île Dominique (Antilles anglaises), 202.
- Bert (Paul). — Appareil microphonique recueillant la parole à distance, 275.
- Beuthelot(M.). — Stabilité chimique de la matière en vibration sonore, 340.
- Bertillon (J.). — Statistique des bègues en France, 65. — Sur le conformaleur des chapeliers, 458. — Influence du mariage sur la tendance au suicide, 182. —
- Blehzy (H.).— L’usure des grandes routes, 358.
- Boissay (Ch.) — Types et paysages de l’At'rique centrale, 87. — Omnibus et tramways de Paris, 131. — Astronomie populaire, par C. Flammarion, 203.— Les beaux-arts contemporains et les aérostats, 220.
- Bruxner (J.).— Le dévidoir malhématique, 267.
- Carter. — Les éléphants d’Asie en Afrique, 274.
- C. (J.).— Une excursion aux pyramides d’Égypte, 248.
- Colladox (I).).— Les audiphones, 461.
- Cortambert (Richard). — Sydney et les expositions universelles en Australie, 211.
- Daubrèe (A.) — Examen des poussières volcaniques tombées le 4 janvier 1880 à l'île Dominique et de l’eau qui les accompagnait, 208.
- Dehérain (P. P.). —La production du blé aux États-Unis, 149, 246, 258. — La culture du maïs fourrage à l’École de Grignon, 369.
- Delesse (A.). — Explosion d’acide carbonique dans une mine de houille, 119,
- Demooet (A.). — Le verglas à Nantes les 4 et 5 décembre 1879, 70.
- Doty (IL). — Sur l’éclairage des phares par le pétrole, 518.
- Drée (St. de).—Découverte d’une pirogue lacustre dans le lac de Neuchâtel, 15.
- Dubois (A.).— Chasse aux Coléoptères dans les villes, 310.
- Flahault (C.). — Les nectaires des plantes et le transformisme, 1, 165.
- Flammariox (C.). — La planète extérieure à Neptune et les comètes, 69.
- Forel (Dr F. A.). — Le problème de l’Euripe, 55. — Rôle calorifique de l’eau dans la nature, 87. — Température de l’eau des lacs gelés, 289. — La congélation des lacs et le rayonnement terrestre, 322.
- Fron (E.).— Météorologie de novembre, décembre 1879, janvier, février, mars, avril 1880, 63, 95, 191, 255, 355, 415.
- Gariel (C. M.).— L’état radiant de la matière. Expériences de M. Crook.es, 186.
- Gaurigoü (Dr F.). — Excursion au pic du Néthou, 82.
- Gildemeester {P. A.). — Sur les bateaux à gkee en Hollande, 190.
- Girard (Ch.). — Les grands produits chimiques à l’Exposition universelle de 1878. L’industrie de la soude. Carbonate de sodium. Industrie de la potasse, 12, 18, 574.
- Girard (Maurice).— Les Termites de France et de l’étranger, 59, 07. — Labourage des pentes. Le joug articulé de M. de Seorbiac, 111.— Les vibrations des surfaces liquides, 250, 307.— Réunion générale des Sociétés savantes des départements à la Sorbonne, 302, 394, 4 0.
- Girardix(J.).—Les arts industriels dans l’ancienne Étvurie, 230, 263.
- Godeeroy (L.). — Curieux effets des grands froids, 240.
- Grad (Ch.). — Les ports militaires de l’Allemagne, I, Kiel, 5.
- Guébiiard (4d.). — Nouveau procédé phonéidoseopique par les anneaux colorés d’interférence, 75. — Simples remarques sur un point inexpliqué des expériences de M. Crookes, 282.
- Guillemix (Amédée). — Sur certaines taches périodiques de Jupiter, 115.
- Hamy (E.). — Les îles Solo et la Mission française de Malaisie, 273.
- IIanxey (J. B.). — Un curieux arc-en-ciel, 32.
- Heim (Albert). — Les tremblements de terre et leur étude scientifique, 391.
- Hospitalier (E.) — L’éclairage électrique par la pile Tom-masi, 22. — La fusion des neiges par la vapeur dans les villes, 74. — La pile thermo-électrique de M. Clamond, 99. —-Le chemin de fer électrique de Berlin, 119. — Correspondance, 123. — L’éclairage électrique système Siemens, 179. — Les communications télégraphiques aux États-Unis, 199. — Histoire de la machine à vapeur, 259. — Le percement du tunnel du Saint-Gothard, 278. — L’emmagasinc-ment de l’électricité, 505. — Moteurs hydrauliques de petite puissance, 324. — Les miroirs japonais, 344. — Les grandes usines électriques de Paris : les magasins du Louvre; l’Hippodrome, 359. — Le nouveau frein électrique de M. Achard, 589. — Les horloges pneumatiques. La distribution de l’heure à domicile, 407.
- Hcssox(C.).— Falsification du beurre, 59, 74.
- Jardo. — Le nouveau loch du capitaine Fleuriais, 107.
- Jousset de Bellesme.— Le cocon préserve-t-il la chrysalide du froid? 83. — Correspondance, 123.— Une nouvelle falsification des confitures, 243.
- Kleix (J.). — La lune n’est pas un astre mort, 158.
- Künckel d’Hercülais. — Les Mormolyces, 103 — Les Lépidoptères de la Nouvelle-Guinée et de la Malaisie, 216.
- Lallesiaxt (Cii.). — Sur des pluies terreuses en Algérie, 382.
- Lancaster (A.) *— Les coups de foudre en Belgique, 43. — Les coups de grisou et la pression atmosphérique, 378.
- Lapeyrère (E. II.). — Phénomènes chimiques dans les piles, 354.
- Laurencin (P.). — Appareil avertisseur pour les passages à niveau des chemins de fer, 305.
- Leduc (A.).— Réunion générale des Sociétés savantes des départements à la Sorbonne. Sciences physiques, 530, 347, 396, 411.
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Lindsay (Lord). — Sur rechange de publicité des découvertes astronomiques entre les amateurs, 07.
- Marcel (Gabriel). — Une nouvelle plante textile. La Ramie, 241.
- Marché (Ernest).— Les nouveaux procédés de fabrication de l’acier, 107.
- Margollé (Élie). — Notice météorologique sur les mers comprises entre la Chine et le Japon, 243. — La famine en Chine, 314.
- Mello-Breyner (Don luiz de]. — Le dragonniei du Jardin royal I d:Ajuda, 17.
- Meunier (Stanislas).— Académie des sciences (Comptes rendus des séances lieb lomadaires de 1’), 14, 51, 40, 62, 79, 93, 111,127,143,159, 175, 191, 207,222, 239, 254,271, 287, 302, 319, 354, 351, 307, 383, 399, 415. — Exposition universelle de 1878; causeries scientifiques de M. H. de Parville, 159. — Études synthétiques de géologie expérimentale, par M. A. Daubrée, 220. —Les voyages arctiques de M. Nordenskiold, 293.
- Millet (F.) — Les lleurs de givre, 203.
- Montigny (Ch.). — Arcs-en-ciel surnuméraires, 43.
- Moseley.— Le tatouage en Chine et au Japon, 357.
- Moiiillefert (P.). — Principes de l’application du sulfocarbo-nato de potassium aux vignes phyiloxérées, 102, 122, 134, 210.
- Moureaux (Th ).— Mois météorologique aux Etats-Unis, octobre, novembre, décembre 1879, janvier, février, mars 1880, 78, 178,206,290.
- Nachet (A.). — Sur les miroirs japonais, 582.
- N. (Dr A.). — Le «informateur des chapeliers, 109. — Le pin et l’eucalyptus, 545.
- Niaudet (A.).— Description de la plus grande bobine d’induction construite jusqu’à ce jour, 129, 239. — Piles thermo-électriques de Woë, 321. — Galvanomètre de Marcel Deprez, 353.
- Nuesch. — Viande phosphorescente, 291.
- Oustalet (E.). — L'architecture des oiseaux. Nid du Dicée mignon ; nid de la Rhipidura albiscapa ; nid de la Myzomèle ensanglantée, 8, 136, 512, — Les lions du Jardin des Plantes, 145.— Le Taguan ou Ptéromys pétauriste, 585.
- Paris (L’amiral). — Le sciage des glaces, 154.
- Pasteur (L.). — L’étiologie de l’affection charbonneuse, 34.— Les maladies virulentes. Le choléra des poules, 214, 226.— Destruction du phylloxéra par ses parasites. Un programme de recherches, 278.
- I'errier (Edmond). — Les origines et le développement de la vie. Transformation des colonies d’hydres en individus. Les Siphonophores, les Coralliaires, 51, 90, 155, 170,354.
- Perrier (Le colonel). — Jonction géodésique et astronomique de l’Algérie avec l’Espagne, 97, 132.
- Poggiale. — Appareil pour régler la température des étuves à gaz, 364.
- Pornain (E.). — La mer de lait, 284.
- Quatrefages (De). — Les voyages arctiques de Nordenskiold, 338.
- Renard (L.). — Appareil enregistreur des mouvements de l’aiguille du compas, 82.
- Rodwell (G. F.). — Le nouvel observatoire de l’Etna, 269.
- Sauvage (E.). —Raies et squales. Produits qu’ils fournissent au commerce et à l’industrie, 526.
- Schnetzler (J. B.). — Une algue aérienne, 263.
- Springer (Maurice). — L’anesthésie chirurgicale, 294.
- Stiegler. — L’acoustique en projection, 403.
- Tedeschi di Ercole. — Éruption de boue de l’Etna, 564.
- Thurninger (A.). —L’éclairage des phares par le pétrole et par la lumière électrique, 250, 382.
- Tissandier (Albert). — Une ascension au pic du Néthou (Pyrénées), 45, 81.— Courants aériens superposés ob.-ervés dans les Pyrénées, 196.
- fissANDiEn (Gaston). — Le dessèchement du lac Fucino, 27, 71.
- — Un jouet scientifique, l’électropliore Peiffer, 44. — Les grands froids, à propos de l’hiver 1879-1880, 56. — La débâcle de la Seine, 116. — Le Praxinoscope-théâtre, 147.— L’étude des tremblements de terre; le nouveau sismographe de M. Galli, 177. — Appareil enregistreur de la radiation solaire, 225. — La physique sans appareils, 252, 310,380.— Les puits instantanés, 292. — Volcan surgi du lac d’Uopango, dans la République de San Salvador, 337.
- Touchihuert (Sansac de).— Cristallisations observées à la surface de la neige, 170.
- Thesca (H.). — Le général Morin, 195.
- Trouvelot (Léopold). — Sur certaines taches périodiques de Jupiter, 113.
- Vincent (Camille).— L’extraction des parfums par le chlorure de méthyle, 80.
- Vinot (J). — Les marées en 1880, 228.
- Vion (R.).— La reine des fourmis 187.
- X.... — L’embâcle de la Loire près de Saumur, 142,151.
- Zurciier (F.) — Flore des volcans, 27. — La neige dans le Midi, 43. — La lumière zodiacale, 401.
- Z... (X). — Sur un harmonographe facile à construire, 103.
- Z... (Le I)r). — Art et nature, 185. — De la respiration artificielle dans les empoisonnements, 271.— Le laboratoire de chimie du docteur F. Garrigou. 287. — L’intelligence des phoques, 352.
- Articles non signés.— Lac d’eau bouillante à l’île Dominique, 4.
- — Explosion d’un appareil à acide sulfurique, 5. — Sociétés savantes, 10, 39, 00, 115, 139, 195, 251, 207, 502, 514, 344, 374. — Le Schowspeed ou indicateur de vitesses de M. Napier, 11. — La lumière électrique dans les mines, 1 i.— L’Amérique du Nord pittoresque, 23. — Collision d’un bateau à vapeur avec un iceberg, 53. — L’homme fossile en Normandie, 35,— Le moteur à gaz horizontal, système Otto, 37.— Pile au chlorure de chaux de M. Niaudet, 47. — La télégraphie Duplex, 49.— Ombre de la cathédrale de Rouen projetée sur la brume, 71.— La nouvelle lampe électrique de VVerdermann, 79. — L’antiquité de l’homme, 85. — La production des vins et des cidres en France pendant l'année 1879, 87. — Poste téléphonique avec ou sans microphone, 91. — L’autophone, 93. — Les conditions climatologiques du département de la Manche, 99. — La population industrielle de la France, 106. — Les conférences de la Sorbonne, 107.— Production artdicielledu diamant, 107.— Une trombe à Coutanees, 115.— La catastrophe du pont de Tay ,123. — La statue de Galvani, à Bologne, 127. — Emploi des piles électriques, 131. — Feu Sainl-Elme dans les Alpes, 131. — La lampe électrique d’Edison, 144.— La production de l’électricité, 146. — Les yachts à glace aux États-Unis, 160. — Le viaduc de Llandulas, 173. — Reproductions héliographiques par la lumière électrique, 184.— Nouvel appareil de natation de M. IL Richardson, 184. — Un remède contre la rage, 186. — L’acier Ressemer, 195. — Les Hyménoptères, 197. — Les poissons magiques, 208. — Les audi-phones, 209. — Télémètre électrique, 223. — Soufflerie à vapeur pour laboratoire, 228. — Poils d’animaux vus au microscope, 256. — De l’inexactitude des aréomètres, 267.
- — Crustacés rares ou nouveaux des côtes de France, 275. — Les moteurs animés; machines à coudre mises en mouvement par des chiens, 277. — Porcelaine de Sèvres, 283.— Le campylomètre, 299. — Le chromographe, 301. — Crémeuse centrifuge, 311. — Couverture réfrigérante, 319.— Gelée groseillée, 323. — Ponts volants et attache-boulins, 365. — Canots doubles aux États-Unis, 368. — Nouvelle lampe à pétrole, 384. — Le microphone appliqué à la médecine, 388. — Bains japonais, 400.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B, Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Sur l’échange de publicité des découvertes astronomiques
- entre les amateurs (lord Lindsay, C. Détaillé). ... 67
- La planète extérieure à Neptune et les comètes (C. Flammarion) .............................................. 69
- Jonction géodésique et astronomique de l’Algérie avec
- l’Espagne (le colonel Perrier)..............97, 132
- Sur certaines taches périodiques de Jupiter (A. Guil-
- LEMIN, L. TrOUVELOt).................................113
- La lune n’est pas un astre mort (Jules Klein). . . . 158
- Astronomie populaire par C. Flammarion (Ch. Boissay) 203
- Les marées en 1880 (J. Vinot).........................228
- Le nouvel observatoire de l’Etna (G. F. Rodwei.i.) . . . 269
- La lumière zodiacale..................................401
- Aérographie............................................31
- Hélioscopie............................................51
- Spectre photographique des étoiles.....................95
- La nouvelle comète............................. 190, 222
- Origine du système solaire..............................254
- Théorie du système du monde...........................271
- Physique.
- La lumière électrique dans les mines.................. 14
- L’éclairage électrique par la pile Tommasi (E. Hospitalier) 22 Société française de physique. 39, 66, 115, 195, 255,
- 314, 346, 374
- Un jouet scientifique, l’électrophore Peiffer (Gaston
- Tissandier). .............................' . . . . 44
- Pile au chlorure de chaux deM. Niaudet................ 47
- La télégraphie Duplex. Transmission simultanée des dépêches en sens inverse par un seul et même fil. . . 49
- Nouveau procédé phonéidoscopique par les anneaux colorés d’interférence (Ad. GuébhardI..................... 75
- La nouvelle lampe électrique de Werdermann.............. 79
- Poste téléphonique avec ou sans microphone .... 91
- L’autophone............................................ 93
- La pile thermo-électrique de M. C. Clamond (E. IL) . . 99
- Sur un harmonographe facile à construire (X. Z.) . , . 103
- Le chemin de fer électrique de Berlin. La traction électrique des chemins de fer aériens et souterrains
- dans les grandes villes (E. Hospitalier)....................119
- Description de la plus grande bobine d’induction construite jusqu’à ce jour (A. Niaudet)................ 129, 239
- Emploi des piles électriques................................131
- La lampe électrique d’Edison................................143
- La production de l’électricité..............................146
- Le praxinoscope-théàtre (G. Tissandier).....................147
- Les audiphones (D. Colladon) . ........ 161, 209
- Éclairage électrique, système Siemens (E. Hospitalier) 179
- L’état radiant de la matière, expériences de M. Crookes
- (G. M. Gariel)...................................186
- Les communications téléphoniques aux É'ats-Unis (E.
- Hospitalier).....................................199
- Les poissons magiques...............................208
- Télémètre électrique de M. G. Le Goarant de Tromelin 223 Les vibrations des surfaces liquides (Maurice Girard), 250, 307 La physique sans appareils (Gaston Tissandier), 252, 516, 380
- De l’inexactitude des aréomètres....................267
- Appareil microphonique recueillant la parole à distance
- (Paul Beiit et d’Arsonval).......................275
- Simples remarques sur un point inexpliqué des expériences de M. Crookes (Ad. Guébhard) ....... 282
- L’emmagasinement de l’électricité (E. Hospitalier). . . 305
- Piles thermo-électriques de Noë (A. Niaudet)........521
- Les miroirs japonais (E. Hospitalier) ..............344
- Galvanomètre de Marcel Deprez (A. Niaudet)..........553
- Les grandes usines électriques de Paris. Les Magasins du
- Louvre. L’Hippodrome ^E. Hospitalier)............359
- L’acoustique en projection (Stiegler)...............405
- Anneaux des lames minces............................ 52
- Nouveau procédé photographique inventé au Japon 62 Photographie des préparations microscopiques. . . 143
- Nouveau condensateur voltaïque......................143
- L'avertisseur électrique des voyageurs ....... 159
- Compression des mélanges galeux.....................160
- Hautes températures.................................175.
- Reproductions héliographiques par la lumière électrique................................................184
- Procédé optique pour Vétude de la diffusion . . . . 191
- Nouvel emploi du verre trempé.............................207
- Le téléphone d’Edison à l'observatoire du pic-du-Midi. 238 L’emploi des machines dynamo-électriques en télégraphie................................................. 258
- La lumière électrique et les végétaux.....................254
- Nouveau télé-microphone............................ . 255
- Nouvelle machine dynamo-électrique de M de Méritens 286
- Calorimétrie..............................................287
- Sur la congélation de l’eau...............................319
- Le magnétisme de la moelle de sureau. ....................319
- Sur lquelques effets lumineux des courants induits 347
- Loi de la tension des vapeurs.............................367
- Physique mathématique.............................. . 368
- Chimie
- Explosion d’un appareil à acide sulfurique................. 7
- Société chimique de Paris. 10,66,115,195, 235, 251,
- 314, 346, 387
- Les grands produits chimiques à l’Exposition univer-
- selle de 1878. Industrie de la soude. Carbonate de sodium. Industrie de la potasse (Ch. Girard). 12, 18, 37
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- TABLE DES MATIÈRES.
- Falsification du beurre (C. Hussox)......................59, 74
- L’extraction des parfums par le chlorure de méthyle
- (Camille Vincent).......................................... 87
- Production artificielle du diamant......................107, 175
- Soufflerie à vapeur pour laboratoire..........................228
- Les arts industriels dans l’ancienne Étrurie (J. Gourdin)
- 231), 2<Ï3
- Une nouvelle falsification des confitures (DT J. le B.). . 243
- l.c laboratoire de chimie du docteur F. Gurrigou (lJr Z.). 287
- Viande phosphorescente (N'uescii)........................291
- Gelée groseilléc.........................................525
- Stabilité chimique de la matière en vibration sonore
- (11. Berthelot)................................ 510
- Phénomènes chimiques dans les piles (G. IL Lapevrère). 554
- Appareil pour régler la température des étuves à gaz
- ^Poggiale)............................................564
- La fuchsine dans le pain................................. 50
- Nouvel hydrure de silicium............................... 62
- Action de la température sur la nitrification. ... 62
- L'acétate de protoxyde de cuivre......................... 72
- Nouvel usage du verre trempé............................. 79
- Nouveau mode de production de l'urée..................... 79
- Diamant artificiel.......................................127
- Constitution de l'hydrate de chloral................... 127
- Conditions thermiques de l’acide per suifurique. . . 791
- Imitation de l'amphigène.................................191
- Le pain à la viande......................................207
- Alcaloïdes du grenadier..................................271
- Deux nouveaux tritoxydes.................................271
- Rubis artificiels........................................271
- Équivalent de l’acide vanadique..........................287
- Le nickel de la Norvège..................................502
- Minéraux artificiels............................505, 551
- Composés alcoïdes du chrome..............................305
- Imitation d'ivoire.......................................518
- Diffusion de Vammoniaque.................................334
- La gélose.............................................. 334
- Dosage des matières organiques des eaux naturelles.. 347
- La passivité du fer......................................351
- Propriétés explosives du fulminate de mercure . . . 351
- Occlusion des gaz par les métaux.........................367
- Corps explosifs ... 567
- Produits pyrogénés de la légumine........................368
- Le Celluloïd............................................ 383
- Acide carbonique de l’air................................599
- Nouveaux composés explosifs....................... 415
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Lac d’eau bouillante à l'île Dominique................ 4
- Le problème de 1 Euripe (Dr F. A. Forel).............. 55
- Société géologique de France. . 39, 195, 251, 302,
- 346, 374
- Arcs-en-ciel surnuméraires (Ch. Mo.ntigny) ...... 42
- Les coups de foudre en Belgique (A. Lancaster) .... 43
- La neige dans le Midi (F. Zurcher).................... 43
- Les grands froids, à propos de l’hiver 1879-1880. ... 56
- Météorologie de novembre, décembre 1879 ; janvier, février, mars, avril 1880 (E. Fros) . . 63, 95, 191,
- 255, 335, 415
- Le verglas à Nantes les 4 et 5 décembre 1879 (A. Demo-
- get)............................................... 70
- Ombre de la cathédrale de^Rouen projetée sur la brune. 71 Mois météorologique aux États-Unis, octobre, novembre, décembre 1879 ; janvier, février, mars 1880 (Th.
- Rôle calorifique de l’eau dans la nature (Dr F. A. Forel). 87 Les conditions climatologiques du département de la
- Manche............................................... 99
- Une trombe à Coutances................................ 115
- La débâcle de la Seine le 3 janvier 1880 (G. Tissandiër). 116 L’embâcle de la Loire près Saumur (X.).142, 151, 174, 176
- L’étude des tremblements de terre. Le nouveau sismographe de M. Galli (G. Tissandiër) ..................177
- Courants aériens superposés observés dans les Pyrénées
- (A. Tissandiër).................................. 499
- Récents phénomènes volcaniques observés à File Dominique (L. Bert) (A. Daubrée)....................202, 298
- Les fleurs de givre (F. Millet).......................203
- Etudes synthétiques de géologie expérimentale parM. A.
- Daubrée (S. Meunier)...............................220
- Appareil enregistreur de la radiation solaire (G. T'Ssan-
- dier)..............................................225
- Notice météorologique sur les mers comprises entre la Chine et le Japon, par M. J. Ucvcrtégat (Eue Marcoule).................................".............243
- Appareil enregistreur de la pression du vent ,J. Ackfri. 266
- La mer de lait (E. Pornain).......................... 284
- Température de l’eau des lacs gelés (l)r F. A. Forel). . 289
- La famine en Chine (E. Margollé)......................514
- Volcan surgi du milieu d’un lac.......................518
- La congélation (les lacs et le rayonnement terrestre (Dr F.
- A. Forel)......................................... 522
- Volcan surgi du lac cl’Ilopango dans la République de
- San Salvador (G. Tissandiër)...................._ 537
- Éruption de bouc au pied de l’Etna (Tedesciii di Ercole). 564 Les tremblements de terre et leur étudi scientifique
- (Albert Hein)..................................... 394
- Physique du globe. ................................... 44
- Electricité atmosphérique............................. 14
- La tempête de neige des 4 et 5 décembre à Paris . . 50
- Nouveau verglas. . ................................... 31
- Un curieux arc-en-ciel................................ 32
- Le grand froid de décembre 1879 ...................... 46
- Les forêts et la. météoroloyi"........................ 4g
- A propos de givre.................................... 4g
- Température souterraine............................... 47
- L’hiver 1879 au Pic-du-Midi........................... 62
- Tremblement de terre.................................. 78
- Ferment fossile....................................... 73
- Coulée de lave du Vésuve...............................HO
- La débâcle de la Seine.............................1 [ 1
- Météorologie chinoise.................................. m
- Les banquises de la Loire.............. 127, 174, 176
- Feux Saint-Elnte dans les Alpes.......................131
- Poissons tués par la foudre...........................159
- Scorodilc artificielle................................159
- Le brouillard des 2, 5 et 4 février 1880........... 175
- Tempêtes et tremblements de terre.....................175
- Cristallisations observées à la surface delà neige . 176
- Pluies terreuses et pluies de poussières .... 582, 583
- L’orage du 5 mai 1880 ................................598
- Le vulcanisme en Italie........................... 490
- Deltas pliocènes.........................................
- Martite..................................................
- Reproduction artificielle d’un minéral cosmique . . 208
- Pluie de cendres.................................. 255
- Là pluie à volonté....................................286
- Érosions produites par les poussières.................287
- Bolides du 29 février et du 8 mars 1880.............. 302
- Tempête tournante.................................... 393
- Géologie suisse.......................................334
- Propriétés optiques de l'atmosphère...................351
- Éruption sous-marine aux îles Sanguinaires. . . , 366
- Curieux effet de la foudre............................367
- Distribution du froid............................... . 399
- Structure interne de la Terre.........................415
- Scienùes naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Les nectaires et le transformisme (C. Flahaült) . . 1, 163 L’architecture des oiseaux : nid du Dicée miamon, nid de la Rhipidura albiscapa, nid de la Mysomèle ensan-
- glantée (E. üustalet)......................8,136, 312
- Le Dragonnier du Jardin Royal du palais d’Ajuda (Don
- Luiz df Mello Breyner) . ............................ 17
- Flore des volcans (F. Zurciier)............... 27
- Les Termites de la France et de l’étranger (M. Girard), 39, 67
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Les origines et le développement de la vie. Transformation des colonies d’hydres en individus. — Les Si-phonophores. l es Coralliaires (Ed. Perrier), 51, 9 >,
- 155, 170, 354
- Le cocon préservc-t-il la chrysalide du froid ? (Jousset
- de Bellesme)............................................ 80
- Les monnolyces (J. Kunckkl d’IIercclais)............1( 5
- Les lions du Jardin des plantes (E. Oustalet)..............145
- La reine des fourmis (U. Vion).............................180
- Les Hyménoptères...........................................197
- Les Lépidoptères de la Nouvelle-Guinée et de la Malaisie.
- Le polymorphisme et l’apparition des especes nouvelles
- (J. Kunckel d'Heuculais)................................210
- Société botanique de France. . . 235, 267, 314, 547, 387
- Poils d’animaux vus au microscope..........................236
- Pnc algue aérienne (J. B. Sciisetzlkr).....................263
- Crustacés rares ou nouveaux des côtes de France . . . 275
- Chasse aux Coléoptères dans les \ilh s (A. Duuois) . . 510
- Raies et squales. Produits qu’ils fournissent au commerce et è l’industrie (E. Sauvage)....................526
- Le Taguan ou Ptéromys péluanste (E. Ocstai.et). . . . 385
- Amphipodes aveugles de la mer Caspienne (A. II.) . . 404
- Respiration des infusoires................................. 16
- Composition des graines........................... . . 15
- Zoologie expérimentale..................................... 79
- Espiègleries de singes..................................... 94
- Salure de la chlorophylle..................................142
- Sur des mouches empoisonnées par des champignons 175
- Phosphorescence du ver luisant.............................190
- La maladie des truffes................................... 207
- Les huîtres vertes........................................ 238
- Résistance vitale des insectes.............................319
- Pucerons et champignons.............................3 3
- Faune américaine...........................................27)
- Ornithologie...................................... , . 555
- La diminution des oiseaux..................................362
- Jument tuée par une larve de mouche........................362
- Les ténias sans tête.......................................362
- Un parasite des planaires..................................563
- Sur tes lichens............................................363
- Etudes sur les organes segmentaires des annélidcs
- polychètes..............................................366
- Intelligence des animaux...................................398
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Société de géographie.................... 10, 195, 347
- L’Amérique du Nord pittoresque............................. 23
- Une ascension au pic du Néthou (Pyrénées) (A. Tissan-
- dier)...............................................45, 81
- Types et paysages de l’Afrique centrale (Cu. Boissay). . 87
- Sydney et les Expositions universelles en Australie
- (Richard Coutambekt)................................... 211
- Une excursion aux pyramides d Égypte (J. C.). . . . 248
- Les éléphants d’Asie en Afrique (Carter)...................274
- Les voyages arctiques de M. Nordenskiold (S. Meunier)
- (de Quatreeages)................................ 295, 338
- Le eampylomèlre............................................299
- La conquête de l’Afrique................................... 14
- Expédition arctique........................................ 31
- Retour de il/. Nordenskiold.......................... 208, 502
- Découverte archéologique...................................383
- Emigration des Allemands...................................585
- Exposition anthropologique de Berlin.......................599
- Crama ethnica........................................... 47
- Longueur extraordinaire des cheveux......................126
- Mécanique. — Art «le l’ingénieur — Travaux publics. — Arts industriels.
- Le Schowspccd ou indicateur de vitesses de M. Napier. 11 Le dessèchement du lac Fucino (G. Tissandier). . 27, 71
- Le moteur à gaz horizontal (système Otto)............ 57
- La fusion des neiges par la vapeur dans les villes (E. II.). 74
- Jonction géodésique et astronomique de l’Algérie avec
- l'Espagne (le commandant Peuuieu).................... 97
- Explosion d’acide carbonique dans une mine de houille
- (A. Delesse)..........................................118
- La catastrophe du pont de Tay. Un chemin de fer englouti dans les eaux..................................123
- Omnibus et tramways de Paris (Cu. Boissay)...............131
- Le sciage des glaces (l'amiral Paris)....................154
- Les nouveaux procédés de fabrication de 1 acier (Ernest Marché)...............................................167
- Le viaduc de Llaudulus, étudié et bâti en un mois. . 173
- Nouvel appareil de natation de M. Richardson. . . . 184 Les bateaux à glace en Hollande (Gii.demeesteh). . . . 190
- L'acier Bcsscmer........................................195
- L'éclairage des phares par le pétrole (A. Tuürnixger). 251 Les arts industriels dans l'ancienne Étiuric (J. Gourdin)
- 250, 243
- Histoire de la machine à vapeur (E. H.).............259
- Le dévidoir mathématique (J. Brunneu)...............267
- Les Moteurs animés. Machines à coudre mises en mouvement, par des chiens........................ 277, 354
- Le percement du tunnel du Saint-Gothard (E. Hospita-
- lier)...............................................278
- Les puits instantanés (G. Iissandier)..................292
- Le campylomètre........................................299
- Le chromographe........................................501
- Appareil avertisseur pour K s passages à niveau des chemins de fer (P. Lairencin)......................... 503
- Crémeuse centrifuge....................................511
- Moteurs hydrauliques de petite puissance (E. 11.). . . 524
- Le pont du « lirth of Fortli » (L. Bâclé)............. 552
- L’usure des grandes routes (H. Blerzy).................558
- Ponts volants et attache-boulins........ .... 365
- Les coups de grisou et la pression barométrique (A. L.). 376
- Nouvelle lampe à pétrole...............................384
- Nouveau frein électrique de M. Âehard (Hospitalier) . . 389
- Les travaux de Paris.................................. 15
- Les traîneaux et le patinage à Paris.................. 78
- La dynamite et les glaces de la Seine ...... 78
- Nouvel usage du verre trempé........................... 79
- Température des eaux d'égout...........................145
- Tranche-glace à vapeur.................................159
- Les puits artésiens en Algérie.........................206
- L’extraction de la houille.............................222
- Percement du Gothard...................................239
- Le marché du Château-d’Eau............................ 239
- Mèches de lampes en verre..............................258
- Cuir d'alligator.......................................254
- Les mines de l'Oural. .................................534
- Percement de l’isthme américain.............. 334, 350
- La forêt de Saint-Germain et les égouts de Paris. . 250
- Installation frigorifique de la Morgue.................351
- Suppression du macadam.................................400
- Utilisation de la chaleur solaire......................415
- Anthropologie.— Ethnographie. — Sciences préhistoriques.
- Decouverte d’une pirogue lacustre dans le lac de Neuchâtel (St. de Urée)..................................... 15
- L’homme fossile eu Normandie............................ 35
- L’antiquité de l’homme.................................. 85
- Le confoimatcur des chapeliers (D1 A. N) (J. Bertillon)
- 109, 139
- Le tatouage en Chine et au Japon (Moseley)..............257
- Les îles Solo et la mission française de Malaisie (E. Hamy). 273
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- L’étiologie de l’affection charbonneuse (L. Pasteur). . 34
- Statistique des bègues en France (J. Bertillon). ... 65
- Le cocon préserve-t-il la chrysalide du froid ? (Jousset
- de Bellesme).................*....................... 83
- Les maladies virulentes. Le choléra des poules (L. Pasteur, ......................................... 214, 226
- De la respiration artiliciclle dans les empoisonnements
- (Dr Z.). ............................................271
- L’anesthésie chirurgicale (Maurice Springer).........295
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-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Couverture réfrigérante............................
- Le microbe du choléra des poules...................
- Le pin et l’eucalyptus (I)1' Ai». IN.). . . /......
- Le microphone appliqué à la médecine...............
- Localisations cérébrales...........................
- Action physiologique du phosphore..................
- La maladie des os.............................. . . .
- Le froid et les organismes élémentaires............
- Le curare. . . ..............................
- Comparaison de la ptyaline et delà diaslasc . . .
- Nouveau cas de parthénogenèse......................
- L'ouïe rendue aux sourds...........................
- Tératologie ................................... •
- Injections intraveineuses d'eau....................
- Force du cœur......................................
- Un remède contre la rage...........................
- Société de salubrité d’Edimbourg...................
- Société d’hygiène..................................
- Sur la mort apparente résultant de l’asphyxie. . . .
- Physiologie........................................
- Tuberculose........................................
- Action physiologique de l’opium....................
- Guérison de l’éléphanfiasis........................
- Archicentenaires...................................
- Le choléra des poules..............................
- Maladies parasitaires...................... ...
- Variabilité des brebis . ........................
- Le choléra des poules et la maladie du sommeil. . .
- Sur le saucisson des Arabes........................
- Effet chimique de l’engraissement..................
- Propriétés physiologiques des alcalins.............
- Le Horse-Pox.......................................
- Agriculture.— Acclimatation. — Pisciculture, etc.
- Sur le vin de palmier récolté à Laghouat (Balland) . .
- Falsification du beurre (C. Husson)................
- La production des vins et des cidres en France pendant
- l’année 1879.....................................
- Principes de l’applicat on du sullbcarbonatc de pula>sium aux vignes phylloxérées (P.Mouillefert), 102,122,134, Labourage des pentes. Le joug articulé de M. de Scorbiac
- (M. Giuard)......................................
- La production du blé aux États-Unis (P. P. Di uérain)
- 149, 247,
- Une nouvelle plante textile. La Ramie (Gaisriel Marcel). Destruction du phylloxéra par ses parasites. Un programme de recherches (L. Pasteur)..................
- Crémeuse centrifuge................................
- La culture du maïs fourrage à l’École de Grignon (P. P. De-
- hérain)..........................................
- Le sulfure de carbone et le phylloxéra.............
- Sahara algérien....................................
- Géologie agronomique...........................
- La potasse des sols arables........................
- Lé froid et le pylloxera .... ..........111,
- Phylloxéra.........................................
- Acide sulfureux il phylloxéra . . . ...............
- Les brebis du Larzac...............................
- Le phylloxéra en Sicile............................
- Un nouveau parasite de la vigne....................
- Les moutons au Japon..............................
- Art militaire. — Marine.
- Les ports militaires de l’Allemagne. I. Kiel (Ch. Ghad). .
- Collision d’un bateau à vapeur avec un iceberg....
- Appareil enregistreur des mouvements de l’aiguille du
- compas (L. R.) . ............................
- Le nouveau loch du capitaine Fleuriais (Jaruu) ....
- Canots doubles aux États-Unis.....................
- Réparation en pleine mer d’un navire dont la quille était
- brisée (L. Bâclé)...............................
- Emploi de l’huile minérale pour l’éclairage des phares Navire désemparé par un animal marin..............
- Aeronautique.
- Les beaux-arts contemporains et les aérostats (Ch. Boissay) 229
- Société de navigation aérienne.......................... 11
- IJ aérostation militaire à Meudon......................367
- i
- Kotices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Michel Chevalier........................................ 39
- James Clerk Maxwell..................................... 30
- La statue de Galvani à Bologne..........« . . . 127
- Wallcrdin...............................................138
- Frédéric Molir.........................................175
- Ernest Bersot..........................................174
- L'abbé Debaize.........................................174
- Le général Morin........................174, 175, 193
- Favre...................................................207
- Zinin..................................................239
- l)e Luc.i...............................................351
- Peters................................................ 599
- La physiologie végétale et la botanique au Muséum
- d’histoire naturelle..................................127
- j Statue à Becquerel.....................................259
- | Statue à Pinel.........................................271
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences. Comptes rendus des séances hebdomadaires (S. Meunier). 14, 51, 47, 62, 79, 94,
- 111, 127, 143, 159, 190, 207, 222, 239, 254, 271,
- 287, 302, 319, 354, 5M, 567, 583, 599, 415
- Société chimique de Paris. 10, 66, 115, 139, 195, 235,
- 514, 387
- Société de géographie............................10, 195
- Société de navigation aérienne........................ 11
- Société géologique de France.......... 59, 139, 195, 574
- Société française de physique. 39, 67, 115, 195, 235,
- 314, 574
- Les conférences de la Sorbonne en 1880................106
- L’Exposition universelle de 1878 (S. Meunier) .... 159
- Société botanique de France........... 235, 267, 314, 587
- Réunion générale des Sociétés savantes des départements à la Sorbonne (A. Leduc et Maurice Girard). 330, 347,
- 362, 394, 410
- Association française pour l’avancement des sciences . . 566
- Conférence de M. W. Cookes sur la matière radiante
- à la Faculté de médecine de Paris...............110
- Les archives de VAcadémie des sciences. . . . 145, 415
- Société de salubrité d’Edimbourg........................238
- Société d'hygiène.......................................259
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Statistique des bègues en France (J. Bertillon) .... 66
- La population industrielle de la France...............106
- Les yachts à glace aux États-Unis............160, 190
- Influence du mariage sur la tendance au suicide (J. Bertillon) ........................................ 182
- Art et nature (Dr Z.)..................................185
- Porcelaine de Sèvres.................................. 285
- Bains japonais.........................................400
- Courses de lévriers. .................................. 15
- Le caviar.............................................. 31
- Les jouets du premier de l’an à Paris................. 94
- Pâtisseries plombiferes................................127
- Utilisation du fumier comme source de calorique . . 145
- Consommation de Paris..................................238
- Pieuvre et plongeur....................................238
- Un bienfaiteur de la science...........................270
- Statistique des épingles...............................270
- Un petit calculateur...................................318
- L’intelligence des phoques ............................352
- Démonstrations expérimentales au Conservatoire des Arts et Métiers..................................585
- 319
- 542
- 343
- 588
- 52
- 32
- 46
- 47
- 47
- 62
- 62
- 127
- 143
- 143
- 143
- 186
- 239
- 259
- 259
- 287
- 287
- 519
- 335
- 543
- 551
- 567
- 567
- 584
- 398
- 599
- 399
- 414
- 26
- 59
- 87
- 210
- 111
- 258
- 241
- 278
- 511
- 569
- 15
- 15
- 51
- 111
- 143
- 175
- 519
- 354
- 366
- 584
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- 372
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-
- TABLE DES MATIÈRES.
- Bibliographie.
- L’Amérique du Nord pittoresque............................ 23
- La marine des anciens, par le vice-amiral Jurikn de
- la Gravif.re.............................................126
- Causeries scientiliques de M. II. de I'arville..........139
- Astronomie populaire par C. Flamuarion......................203
- Études synthétiques de géologie expérimentale, par
- M. A. Daubrée............................................220
- Histoire de la machine à vapeur jnr Tiiurstox. . . . 259
- Notices bibliographiques. . 10, 59, 71, 94, lit), 147,
- 199, 235, 254, 286, 343, 374, 387
- Correspondance.
- Un curieux arc-en-ciel (J. B. Hannay)........... 33
- Sur l’échange de publicité des découvertes astroin.niques entre les amateurs (C. Détaillé)............ 67
- 427
- La fusion des neiges par la vapeur dans les villes (E. H.) 74
- Correspondance (Maurice Girard)............................ 99
- Sur un harmonographe facile à construire (X. Z.) . . . 103
- Correspondance (Dr Jousset de Bellesue)....................123
- Correspondance (E. Hospitalier)............................123
- Sur le conformateur des chapeliers (J. Bertillon) . , 138
- Cristallisations observées à la suifaee delà neige (comte
- Sansac de Touciumbert)...................................176
- Sur les bateaux à glace en Hollande (P. A. Gilremf.ester) 190 L’éclairage des phares par le pétrole (A. Thurninger). 195, 382
- Récents phénomènes volcaniques observés à l’ile Dominique (L. Beht). . ....................................202
- Les fleurs de givre (F. Millet)............................205
- Curieux eflèts des grands froids (L. Godefroy).........240
- L’éclairage des phares (H. Doty) ..........................318
- Phénomènes chimiques dans les piles (E. II. Làpeyrère) 354 | Machines mises en action par des chiens (H. Richard), , 354
- | Sur les miroirs japonais (A. N'aciiet).................382
- I Sur des pluies terreuses en Algérie (Ch. Lallema.nt) . . 382
- FIS DES TABLES.
- *
- f
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-
-
- Page 12, col. 2, li
- Page 111, col. 1, li Page 111, col. 1. li
- ERRATA
- gne 2 du titre. — Au lieu de : Exposition universelle de 1879, Usez : Exposition universelle de 1878. igné 56. — Au lieu de: sels arables, lisez : sols arables.
- gne 57. — Au lieu de : 51. Pellet, lisez: M. Pcrrey.
- Page 129, col. 1, ligne 19. — Au lieu de : un diamètre de
- 24 millimètres, lisez: 2,4millimètres.
- Page 173, col. 1, ligne 21. — Au lieu de : 260 mètres, lisez :
- 20 mètres.
- Page 522, col. 2, ligne 29. — An lieu de : Nym, lisez :
- N’yon.
- 4
- (
- Imprimerie A. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
- p.428 - vue 432/432
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-